Bonheur ou Biscuit

2020-07-14 Fred (lateo) 0 Intelligence artificielle

  • wtf is this : extrait d'une interview de Joscha Bach (wiki) par Lex Fridman (Youtube)
  • sujet de l'extrait, en version courte : "bonheur"/joie/félicité.
  • en version explicite : les mécanismes de récompense, un exemple de confusion malheureuse entre un état (le bonheur) et son rôle (encourager l'agent à accomplir des trucs, bref à améliorer la probabilité de l'amélioration de sa condition).
  • thème de l'entrevue : intelligence artificielle
  • entrevue complète : lien direct, 3 heures très riches avec un allemand et un russe qui échangent en anglais...
  • note : si la transcription est fidèle, la traduction est libre et je me permets d'y ajouter impressions, sous-entendus et autres si j'ai envie.
  • ps : oh, ce serait sympa de me signaler les fautes.

transcription

LF: do you think suffering is fundamental to happiness ?

JB: no. suffering is the result of caring about things that you cannot change ; and if you're able to change what you care about to things that you can change, then you'll not suffer.

LF: would you then be able to experience happiness ?

JB: yes. but happiness itself is not important : happiness is like a cookie. when you're a child you think cookies are very important and you want all the cookies in the world ; you look forward to being an adult because then you'll have as many cokies as you want, right ?

LF: yes...

JB: but as an adult you realize the cookie is a tool. It's a tool to make you eat vegetables.

LF: (laughs)

JB: and anyway when you eat your vegetables you stop eating cookies for the most part because otherwise you'll get diabetes and won't be around for your kids.

LF: yes but then... the cookie... the scarcity... if the scarcity is enforced... if the pleasure comes from the scarcity ?

JB: yes. happiness is a cookie your brain bakes for itself. it's not made by the environment. the environment cannot make you happy. it's your appraisal of the environment that makes you happy.

if you can change you appraisal of your environment, which you can learn, then you can create arbitrary states of happiness. some mediatators fall into this trap : so they discover this basement room were their brain bakes cookies, they indulge themselves, right? and after a few months they become really old and then a big crisis of meaning comes because they though that the unhappiness was the result of not being happy enough, so they fixed this, right? they can release the neurotransmitters at will if they train.

the crisis of meaning pops up at a deeper layer. and the question is : "why do i live? how can i make a sustainable civilisation that is meaningfull to me? how i kind of insert myself into this?" And this is the question you couldn't solve in the first place.


traduction fr

LF: penses-tu que la souffrance est un prérequis au bonheur ?

JB: non. La souffrance n'est que le résultat du fait de se soucier de choses que l'on ne peut changer. Si tu es capable de modifier ce dont tu te soucies (1), alors tu ne souffriras pas.

LF: connaîtrais-tu alors le bonheur ?

JB: Oui. Mais le bonheur en lui-même n'a aucune importance (2). Tu peux voir le bonheur comme un cookie : lorsque tu es enfant, tu penses que les cookies sont très importants et tu veux tous les cookies du monde ; tu es impatient d'atteindre l'âge adulte pour enfin pouvoir manger autant de cookies qu'il te plaira, n'est-ce pas ?

LF: oui...

JB: mais un adulte comprend que le cookie est un outil. Un outil pour te faire manger tes légumes.(2)

LF: (pouffe)

JB (qui reste très sérieux mais s'amuse manifestement) : et au final quand tu manges tes légumes [tu es adulte] tu arrêtes de te goinfrer de cookies parce que sinon le diabète te guette et tu ne seras plus là pour tes enfants.

LF: d'accord (3) mais dans ce cas... le cookie... la rareté... si l'on organise la rareté... si le plaisir va de pair avec la rareté... ?

JB: c'est ça (3). Le bonheur est un cookie que ton cerveau se cuisine lui-même. Le bonheur n'a rien à voir avec l'environnement, l'environnement ne peut pas te rendre heureux : c'est ton évaluation de l'environnement qui peut te rendre heureux (4).

Si tu es capable de modifier ton évaluation de ton environnement, ce qui s'apprend, alors tu es en mesure de créer arbitrairement un état de bonheur.

Il arrive que des gens qui pratiquent la méditation tombent dans ce piège : alors voilà, tu as découvert cette salle secrète dans laquelle le cerveau se cuisine ses cookies ; les cookies sont tentants n'est-ce pas ? Après quelques mois passés à cuisiner des cookies à volonté, ce qui t'attend c'est une belle crise existentielle, une crise du sens.

Parce que tu pensais que le malheur était la résultante d'un manque de bonheur, tu croyais avoir corrigé ça [ par des shoots de méditation, genre rave party dans le fournil à cookies ], n'est-ce pas ? Avec de l'entraînement, il est possible de libérer les neurotransmetteurs idoines à volonté.

La crise du sens émergera d'une strate plus profonde. Le sujet c'est le sens de l'existence, ce que je peux faire pour la société qui aura du sens pour moi... comment je m'insère dans tout ça. Tu en reviens donc au problème que, dès le départ, tu ne savais résoudre [ et que tu as cherché à éviter en plongeant dans un bonheur artificiel ] (5)


notes :

1 : donc de fixer ton attention sur des objectifs atteignables

2 : cf le système de récompense / système de renforcement. Le bonheur apparaît quand l'on vit le fait d'avancer sur le chemin qui mène à l'objectif. Autrement formulé, c'est le voyage qui compte, c'est la progression qui est encouragée par nos mécanismes instinctifs.

3 : les simples "yes" originaux portent le message de la compréhension entre les bonhommes, genre "je vois où tu veux en venir".

4 : "nous" (quoi que ce soit) ne vivons jamais qu'une simulation créée par notre cerveau, ce qui lui permet d'appréhender le monde qui nous entoure. Par exemple, dans l'absolu, les sons et les couleurs n'existent pas en tant que tels : il ne s'agit que de représentations internes au cerveau de différentes ondes perçues par nos différents sens (selon leurs fréquences, amplitudes, ce genre de trucs.).

5 : toute ressemblance avec les comportements addictifs serait parfaitement normale : la même logique de "hack" du système de récompense est à l'œuvre.


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