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GJ, vous êtes tous des FakeNews

Par info@dedefensa.org

GJ, vous êtes tous des FakeNews

18 décembre 2018 – D’une façon extrêmement originale et d’un héroïsme hors-sol comme on cause aujourd’hui, nos chouettes petits révolutionnaires label Mai-68 , — « Ils finiront tous notaires », avait prédit Jouhandeau, se gourant totalement, cet homo encombré d’une infernale sorcière d’épouse, puisqu’ils finirent pipole sur les plateaux-TV à €15 000 du mois, – donc nos chouettes petits-héros criaient à la face du monde, se référant à l’implacable Dany qui continue à nous traquer dans l’étrange-lucarne, avec le très-beau (coiffure) Luc Ferry sur LCI le dimanche, – « Nous sommes tous des juifs-allemands ». (Fin de la phrase, passons à autre chose.)

Je suggère, moi, à nos GJ-ringards en quête d’identité de se proclamer : « Nous sommes tous des FakeNews. » Tout le monde sera content, la BBC, le chef-député En Marche monsieur Le Gendre expliquant l’erreur de son groupe, “Nous avons été tous trop-intelligents, trop-subtils pour leur expliquer nos réformes” ; France3 qui corrige les fautes des panneaux des bouseux-GJ, Integrity Initiative, qui nous transmet les tonnantes et étonnantes trouvailles-GJ/Poutine (entre autres) du MI6. La célébrité internationale ayant fait son travail, les GJ accèdent au statut de grande star, avec nomination d’études détaillées de la désinformation russe dans divers médias anglophones plus ou moins antiSystème, – sans parler de Shamir, certes. Enfin, tout est en place, tous “les éléments de langage” en mission de torpillage dans le bon sens après quelques errances du départ où l’on oublia les Russes, vous expliquant en détails comment les ploucs-GJ mettent en gravissime danger Notre-Démocratie-à-nous et les bastions de la Liberté-Universelle, en se faisant complices de Moscou...

Même et bien entendu, le bombastique J.M. Aphatie a mis la main à la pâte parce que, c’est bien connu, il n’en rate pas une même s’il est un peu lent au démarrage. Il lui faut une mention particulière, sorte de “Prix Spécial du Jury” avec la médaille de l’héroïsme médiatique. Lui, Aphatie, « depuis le début » (mais il gardait ça pour lui, pudique), il voit une incroyable manigance dans ce mouvement GJ, une monstrueuse entreprise. Rien à voir, tout ça, avec ce qu’on nomme “complotisme”, le complotisme des ploucs du 9/11 traficoté en Inside Job ; non, rien de commun lorsqu’il nous confie, Aphatie, –mais chut hein, entre nous, n’ébruitez pas car “des oreilles ennemies vous regardent, yeux grands ouverts en-dessous des lunettes noires” : « Dans ce mouvement informel, gazeux, – moi je le pense depuis le début – il y a une organisation souterraine, cachée, il y a des tireurs de ficelles, des gens beaucoup plus politisés et politiciens qu'on ne le croit, et qui apparaissent aujourd’hui... », – ainsi parlait Jean-Michel Aphatie.

Ah va, ce sacré Aphatie, son empathie presque sacrée, son commentaire dit avec cet accent venu du fond de la “France périphérique” tout de jaune-giletée, son éblouissant doigté dans l’art du cirage de pompes, son flair incomparable de chien-de-chasse pour renifler avec la langue les bottes du pouvoir en place, n’importe lequel et qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse, – l’homme (l’Aphatie) est admirable dans le sérieux qu’il met à débiter ses triomphales trouvailles, – l’“agité du mèche-cul” aurait dit Céline-ricanant, confondant J.M. Apathie et J.P. Sartre.

Leur contre-attaque, car c’est bien d’une telle grande manœuvre qu’il s’agit, est pour mon compte, je vous l’affirme, absolument jubilatoire parce qu’elle ne dissimule rien, absolument rien, qu’elle est littéralement nue comme un ver à force d’en rajouter, et d’en rajouter encore. Dans le langage postmoderne des banlieues, on serait sur le point, après consultation de l’Académie Française, de remplacer l’expression “le roi est nu” par celle de “la connerie est nue” ; effectivement, concèdent les Immortels sous la Coupole, l’usage en a décidé ainsi tant leur démonstration est éclatante.

On l’avait bien vu, les défenseurs de la démocratie avaient mis un certain temps à réagir, à se structurer et à se coordonner (sauf Aphatie qui savait dès le début). Ils ont pas mal pédalé, dans la semoule ou dans la choucroute selon les latitudes. Ils ont tous été stupéfaits comme nous-mêmes fûmes, et moi en premier qui n’espérais jamais plus rien de semblable de cette France-là qui semblait avoir détruit mes idéalistes espérances. Ils, – non, nous sommes tous restés sans voix, unis pour une fois dans une communauté de la stupéfaction devant un déchaînement que nul n’avait vu venir. C’est vrai, je m’en rappelle, à cette époque, autour des 17-20 novembre, les talk-shows des grands réseaux-Système étaient supportables, même pour un antiSystème convulsif de ma trempe. 

Je me rappelle avoir écrit l’une ou l’autre ligne où je nous mettais dans le même sac de la sidération muette, presque respectueuse, les zombieSystème et nous, tous unis dans ce même sentiment incrédule :

« Même Ségala ressorti du grenier, empaillé séquence-Mitterrand-1981 (“La force tranquille” sur fond de clocher mauriacien et maurrassien, vous kifez ?) et invité en table-talk-show hier soir sur LCI, – décidément ma référence-Système en fait de réseauSystème, – même Ségala dis-je, trouve ça parfaitement d’une grandiose importance... [...] 

» ...Force est de constater que tous ces résidus de rhizome enfantés par Deleuze-Guattari pour tenir ferme les chaînes de la communication du rien entropique se trouvaient là devant une énigme consternante ; j’ai eu alors l’impression qu’ils se trouvaient en vérité dans cette situation qu’on décrit selon l’expression fameuse : ils étaient là comme lorsqu’on on est “pris à son propre piège”, et Deleuze-Guattari nous ayant fourni la clef de la prison où ces deux-là nous ont enfermés. »

Aujourd’hui, ils leur font payer cet instant d’égarement, je veux dire ces zombies-Système pris en flagrant délit d’absence de vigilance, avec, comme nous les antiSystème, ces paroles de stupéfaction mâtinées d’empathie (d’apathie, rectifie l’autre qui savait depuis le début) pour cette souffrance soudain découverte. Ils se rattrapent, ils se redressent à coups d’anathèmes et de prévisions sinistres sur la désintégration de ces gueux en vêtements de gueux qui osent prétendre à disposer d’une expression populaire. Je crains qu’il ne soit plus tard qu’ils ne croient, – plus tard, trop tard...

Les Gilets-Jaunes ont fait lever une tempête de Force-12, sous la forme d’un ouragan de Catégorie-5. Est-ce “le commencement de la fin” ? interrogent, finauds et pleins d’espoir, les éditorialistes du sérail après l’Acte V dont on leur a appris qu’il est toujours l’acte final du grand théâtre classique. Comme je sais qu’il ne s’agit pas de théâtre dans cette époque qui n'a plus rien de classique, et que je connais bien leur sens de l’inversion, je leur suggère une inversion vertueuse et churchillienne pour tout de même satisfaire, pour la forme, leur goût d’entrée dans les ordres de tout mouvement déviant : disons “la fin du commencement” ; avec, pour le confort, quelques poires pour la soif, avec cette prédiction (Vidéo, 01’53”) du même Emmanuel Todd que je cite souvent par ces temps qui courent à bride abattue : « On ne peut qu’attendre de nouveaux événements... A priori, et à travers toute l’Europe, l’année 2019 va être très spectaculaire» ; avec cette autre prédiction de Max Keyser, de RT-USA : « Le mouvement Gilets-Jaunes va se globaliser. Nous le verrons dans le monde entier, nous entrons dans l'époque de milliers d'“Occupy Wall Street” ».

C’est bien sûr, c’est bien ça ! C’est le complot dont il nous parlait, Zarathoustra...

  • 18 décembre 2018 à 00:00

Le Jaune, encore au goût du jour

Par info@dedefensa.org

Le Jaune, encore au goût du jour

Ils ne seront pas foutus de compter jusqu’à vingt (*)

 

Il est arrivé au terme d’une longue séquence. Ces dernières décennies, la tête de l’exécutif français a été confiée à un chapelet de personnages dont l’image a été forgée par des fictions avec les ingrédients d’un blockbuster commandées par les détenteurs du réel pouvoir. Il cristallise désormais ce que le menu peuple exècre et rejette avec force.

La liste des motifs de mécontentement des gueux qui se signalent en jaune est fort longue D’abord cette arrogance démesurée qui lui fait considérer que celui qui n’aurait pas réussi comme lui ne serait qu’un Rien.

Le mépris qu’il manifeste à l’égard du peuple français dans son ensemble quand il se plaint de lui devant un public étranger et qu’il le dépeint comme un troupeau d’irréformables.

La préférence octroyée en toutes circonstances à l’Union européenne ce qui lui fait négliger l’intérêt de la nation qu’il préside.

La dévalorisation de sa fonction quand il invite une troupe de danseurs à se trémousser en bas résilles, short échancré et talons hauts sur le perron de l’Élysée.

La servilité devant les privilégiés et la haute finance qu’il a matérialisée en particulier par un impôt de solidarité sur les grandes fortunes qui exonère les patrimoines en actions. L’inégalité fiscale criante avec l’accent mis sur l’impôt indirect qui pénalise d’abord les bas revenus. 

L’arbitraire du Parcours Sup qui impose aux bacheliers leur orientation universitaire et professionnelle. 

Une humiliation des plus blessantes a été infligée aux travailleurs qui protestaient sous le quinquennat précédent contre une loi concoctée par l’actuel Président, dite El Khomri. Un certain jeudi 23 juin 2016 le parcours de la manifestation fut restreint à une boucle de 1,6 km, départ de Bastille et arrivée à Bastille en passant par le port de l’Arsenal. Une promenade pour animaux en cage. L’accès au site était contrôlé avec obligation de se démunir du moindre foulard qui pourrait servir à se voiler le visage en protection contre les gaz lacrymogènes et toutes les issues étaient bloquées par des camions anti-émeutes tout à fait impressionnants.

Mais aussi, sûr de son destin jupitérien, il a profondément contrarié deux institutions en mordant sur leurs prérogatives et en rognant sur leurs moyens matériels et humains.

Il a instauré des services secrets privés au sein de la Présidence dévoilée au public par l’affaire Benalla, entaille insupportable faite au renseignement français, déjà endommagée par la refonte réalisée par Sarközy. Sans doute, les ‘fuites’ organisées vers le journal de révérence vespéral cet été soulignent que le lèse-pouvoir régalien ne peut être passé sous silence ni ne peut rester impuni.

Il a réduit davantage le budget de la défense nationale ce qui a ulcéré nombre d’officiers. L’armée se trouve confinée à des activités subalternes au service de l’Otan ou à des opérations absurdes de maintien de la paix sans moyens d’assurer sa mission première.

La démission du chef d’état-major des armées (*) en juillet 2017 signale une faute politique que la Muette ne pouvait pardonner.

Terme ultime du néolibéralisme

Tous ceci est le résultat convergent de politiques d’austérité et d’un laisser-faire ‘néo-libéral’ mis en œuvre avec un zèle qui n’a pas désemparé depuis Mitterrand. 

Progressivement, l’État est devenu l’instrument exclusif d’un capitalisme non régulé, retrouvant son caractère brutal et sauvage de ses origines d’autant que se perdait la force antagoniste du bloc communiste de l’Europe orientale avec l’effondrement de l’URSS. En France, il a renoncé à toute souveraineté budgétaire, monétaire et de défense, contraint dans ces trois dimensions par l’UE, l’euro et l’OTAN.

La passe d’armes entre un Jospin candidat à la présidentielle et un ouvrier de Whirlpool menacé de licenciement pour fermeture de son usine en mars 2002 a constitué le point d’orgue qui a symbolisé l’impuissance de l’État. Privé de leviers parce qu’il y a renoncé en endossant le dogme de la concurrence non faussée, il avoue ne plus pouvoir garantir l’emploi sans les moyens d’entraver la désindustrialisation et les délocalisations. 

Ne lui restent plus alors que deux domaines d’activité.

La fonction de répression policière s’exerce avec de plus en plus de brutalité, la fabrication insidieuse par les médias étayée par un discours politique indigent d’une nouvelle catégorie d’ennemi intérieur en a permis l’épanouissement. Les crimes des forces de l’ordre commis lors de chasses au faciès restent toujours impunis. Ils sont le pendant d’un système judiciaire rendu incapable par un empilement inextricable de lois et de décrets et par le manque de moyens de rendre la justice efficacement et sereinement. Les restrictions budgétaires affectent également négativement les facultés de la police. L’État d’urgence institué en 2015 après les attentats de novembre a bien montré leur limitation, l’ensemble des ressources a été  mobilisé continûment sans droit à un quelconque repos durant des semaines, ce qui n’a pas manqué d’induire ne serait-ce qu’en raison de la fatigue cumulée des comportements aberrants. Les techniques de contre-insurrection et de lutte contre la guérilla urbaine inspirées et enseignées par l’armée d’occupation israélienne concourent à cette atmosphère de guerre civile larvée.

La contraction du nombre des employésde la fonction publique largement entamée par Sarközy se constate bien dans le secteur répressif. Le recours récent à la gendarmerie européenne, l’Eurogendfor, créée à l’instigation d’Alliot-Marie, est attesté par la surprise de manifestants aux gilets jaunes face à des gendarmes ne parlant pas français. Bénéficiant d’une immunité qui les protège et les place au-dessus du droit de chacune des nations européennes, ils ont des compétences militaires mais aussi celles des services secrets.

Le second champ résiduel du pouvoir de l’État est la politique fiscale. Pour des raisons de congruence avec le dogme libéral, il défiscalise les plus grosses entreprises et de préférence les multinationales et prétend qu’un ‘ruissellement’ des richesses accumulées au détriment des classes laborieuses parviendrait jusqu’à elles. Cette énorme empathie envers les détenteurs du réel pouvoir, l’économique et donc aussi l’idéologique, s’accompagne bien sûr d’une injustice fiscale envers les exploités qui ont à porter le poids de financer l’instrument de leur oppression.

La dernière taxe sur le carburant a été un événement déclencheur d’une colère latente depuis 1995, l’occasion de la dernière expression réellement radicale d’une contestation de cet ordre qui anéantit inexorablement les fondements d’une cinquième République née sur les décombres de la dernière grande guerre inter-impérialiste. Cette grève générale avait permis le recul momentané de la destruction de la Sécurité Sociale, acquis majeur d’une solidarité nationale où chacun contribue selon ses moyens et y puise selon ses besoins. Le moment le plus récent où le peuple français avait exprimé sans ambiguïté sa préférence pour la souveraineté nationale économique et politique et son refus du principe constituant de la « concurrence libre non faussée » tout azimut fut son Non au référendum du TCE en 2005.

Le ‘projeeet’ de la figure poupine propulsée à l’Élysée en 2017, c’est cela et rien que cela.

Poursuivre dans la voie de ses prédécesseurs, Revenir au roman de Zola, un Français sur cinq ne peut s’offrir ses trois repas quotidiens, avec l’industrialisation et la projection impériale en moins. « Au Bonheur des dames » serait écrit aujourd’hui dans une version où sans la clientèle chinoise, les enseignes des Galeries Lafayette et du Printemps disparaîtraient. La France est bousculée en Afrique par la Chine, les USA et la Russie. Ses interventions en Afghanistan, en Irak et en Syrie ont servi la puissance hégémonique de l’heure. Sur le plan de la finance mondialisée, elle est dominée par la City et Wall Street. Les pénalités payées comme tribut par la BNP et la Société Générale en témoignent. Au niveau industriel, elle cède les bijoux de famille, le dernier le plus flagrant en date est la section électricité de Alstom  cédéeà General Electric. Elle laisse détruire des pans entiers de son parc industriel, textiles et construction de centrales nucléaires y compris, sous la pression d’une monnaie trop forte la défavorisant sur le marché international. Remorquée par la véritable puissance européenne, l’Allemagne réunifiée, industrieuse, à la classe ouvrière traditionnellement muselée par des syndicats partenaires du patronat qui accepte les petits jobs à 600 euros mensuels,  elle n’est pas capablede défendre sa position d’exportatrice d’armements. 

Pour seuls terrains d’excellence, la France ne dispose plus que du tourisme et du football. Pour les deux, elle est confrontée à des figures non caucasiennes, elle qui a tant de mal à digérer les effets directs de son ancienne projection impériale dans ses colonies. Multiraciale et multiculturelle, elle reste crispée dans une dénégation de l’existence d’une part de son histoire et d’elle-même, source de tensions nuisibles à la cohésion nationale, prétexte bienvenu exploité de part et d’autre pour dissimuler la donnée réelle de la guerre menée par la classe exploiteuse cosmopolite à l’endroit des Gueux. 

La pauvreté et au-delà

La pauvreté et la précarité grandissantes ne suffisent pas cependant à rendre compte de la mobilisation de la France entière autour du mouvement des Gilets Jaunes.

Le vêtement jaune fluorescent a été conçu pour rendre visible de loin la présence de l’automobiliste en panne sur le bord de la route. Les citoyens transformés en automobilistes pour les besoins de Renault, Peugeot et Total et toute l’infrastructure immobilière déportée en banlieue, sont si nombreux à être pannés qu’ils obstruent désormais la circulation. Ils empêchent par leur multitude le mouvement fluide des hommes et des marchandises de façon rythmée et seulement ponctuelle, hebdomadaire. Leurs corps exposés aux gaz incapacitants et aux Flash-Ball n’altèrent en rien le mouvement incessant et vertigineux des échanges financiers.  C’est à ce flux-là qu’il leur faudrait aussi et avant tout s’attaquer. Les femmes et les hommes en jaune portent une colère qui emmagasine plus que la détresse économique actuelle. Ils perçoivent intensément depuis près d’une génération que leurs enfants auront un devenir sans avenir plausible, ils connaîtront des conditions matérielles et environnementales bien plus défavorables que les leurs.

Et déjà, leurs vies ont perdu du sens.

La compétition entre les travailleurs mis en concurrence au niveau de l’embauche puis au sein de l’entreprise les place dans des situations de harcèlement qu’ils paient par des désordres psychiques compensés par des psychotropes licites ou non, des divorces et parfois des suicides.  

Très souvent le travail qu’ils accomplissent est insatisfaisant car il leur apparaît comme dénué d’utilité quand il n’est pas doué de toxicité sociale. 

Les carrières les plus convoitées dans l’ingénierie sociale et financière s’obtiennent au terme de formations dans des écoles privées de commerce dont on sait qu’une fois passés les concours d’entrée, on n’y apprend rien (de consistant) ou presque. 

Les situations où l’individu est la proie de dissonance cognitive sont trop fréquentes pour être évitées, fragilisant son psychisme et l’entraînant vers des renoncements dépressifs ou des comportements schizophréniques.

Le regain de l’alcoolisme chez les sujets très jeunes et la pente positive de la courbe de consommations de drogues psychoactives traduisent ce malaise social.

Le consumérisme effréné comme modèle social institué dans les trente années de croissance keynésienne atteint aujourd’hui ses limites. L’avidité exubérante pour le nouvel objet induite par des techniques de persuasion commerciales de plus en plus fines amorce son reflux. Le dernier I Phone n’a pas rencontré l’engouement escompté et Apple peut dégringoler très vite dans sa capitalisation boursière.

Dénouement de crise

C’est une véritable crise de civilisation qui a permis l’émergence de tribuns de la plèbe sans charisme comme Trump, Sarközy, Hollande, Theresa May et Angela Merkel et de bien d’autres. La dernière prestation de Macron, l’homélie préenregistrée de 13 minutes, est emblématique d’un discours apprêté, sur-joué, d’une fausseté trop palpable qui ne pouvait convaincre personne. 

Le drame de Strasbourg, ce bain de sang perpétré par un délinquant notoire et en même tempsislamiste, comme c’est maintenant la tradition, n’arrêtera pas l’élan des Gilets Jaunes. Beaucoup se sont fait leur religion à propos de ce type d’attentats qui surviennent de façon opportune. Ils n’en disent mot mais n’en pensent pas moins.

Les Français sont lassés de la situation sans issue qui leur est faite. Ils n’espèrent plus qu’un changement survienne à la faveur d’une prochaine élection-bidonnée par des communicants. Ils veulent le départ de celui qui occupe le palais de l’Élysée.

Ils veulent une refonte institutionnelle.

Ils veulent plus de démocratie et de justice sociale et économique.

Ils ne s’en remettent à aucune des formations politiques ou syndicales existantes qui les ont toutes quasiment trahis, ces fameux corps intermédiaires que Macron a invités et rencontrés avant son allocution pour les amadouer.

Ils veulent tant et plus.  Qu’on ne les méprise plus en parlant à propos de leur légitime colère de grogne comme s’il s’agissait d’un animal sauvage à domestiquer.

Le représentant a perdu toute sacralité, celle que lui confère le Collectif, quand à l’évidence il l’usurpe pour ne servir que l’intérêt privé de quelques-uns.

Le ‘Dégagisme ‘ principe révolutionnaire revivifié en Tunisie et en Égypte lors des printemps arabe doit aboutir positivement, ici, dans un pays anciennement industrialisé et dit développé. Les forces productives se sont tellement développées grâce au capitalisme néolibéral qu’il suffit d’inverser le signe d’appartenance des moyens de production pour assurer une vie digne à chaque humain de cette planète avec un minimum de travail. Cette inversion est possible en un minimum de temps et d’efforts, elle est faisable sans même verser une goutte d’hémoglobine de plus. On verra bien apparaître en plus de gilets dans les carrefours et les péages d’autoroutes quelques hackers sur les circuits électroniques d’échanges interbancaires et les marchés boursiers.

 

Notes

(*) Les belles familles 

Louis I
Louis II
Louis III
Louis IV
Louis V
Louis VI
Louis VII
Louis VIII
Louis IX

Louis X (dit le Hutin)
Louis XI
Louis XII
Louis XIII
Louis XIV
Louis XV
Louis XVI
Louis XVII
Louis XVIII
et plus personne plus rien... qu'est-ce que c'est que ces gens-là qui ne sont pas foutus de compter jusqu'à vingt ? 

Jacques Prévert

(**) Quelques mois plus tard, inemployé, le général de Villiers n’a pas fait preuve de persévérance patriotique, il a rejoint un groupe américain de conseil en stratégie, le Boston Consulting Group.

  • 19 décembre 2018 à 00:00

La lance qui saigne

Par info@dedefensa.org

La lance qui saigne

Contrairement à l’économie, oiko-nomía, qui concerne oikos,la maison, et nomos, les règles qui régissent son fonctionnement, la chrématistique est l’art d’acquérir des richesses (chrémata) par définition hors de la maison, élargie à la cité. Les Anciens avaient donc usé de deux mots pour deux activités distinctes mais complémentaires, qui pour nous n’en font qu’une.

Si on s’étonne que la chrématistique ait été pensée par Aristote, philosophe et non "économiste", c’est parce que pour nous la philosophie n’a plus rien de cet acte fort de la pensée où se construit le premier concept propre à cette discipline – l’être–, en opposition fonctionnelle avec le concept d’avoir. L’être niche dans une contemplation émerveillée du monde, lové au secret de l’âme humaine, tandis que l’avoir nous invite au "sortir de soi" pour acquérir de l’inconnu. La chrémata suppose donc un extérieur où s’acquièrent des biens, pour en faire usage interne dans l’oïkos. Dit autrement, poussé par le désir, l’homme se résout à sortir de la maison de l’êtreen vue de découvrir et de s’approprier ce qui est au-delà puis à faire retour dans la maison pour en digérer l’acquisition. Dit encore autrement, si on veut remonter au-delà d’Aristote, à l’époque des chasseurs-cueilleurs de la préhistoire où l’économie était rudimentaire et immédiate, c’est "la lance et le panier" de l’anthropologie qui structure la séparation des sexes. La femme est économe de la maison, enfante, cuisine, l’homme s’élance dehors, guerroie, vole et s’approprie. Un est creux, l’autre en relief. Un consomme, l’autre fournit. Ils sont complémentaires.

A l’époque d’Aristote comme à la nôtre, on scandaliserait en prétendant que l’acquisition est du vol pur et simple tout en sachant que le pillage existe. Comme l’oïkos, la chrématistique est régie par des règles et nécessite des moyens. Le moyen de la chrémata, hormis le troc, est la monnaie, objet intermédiaire entre les différents extérieurs et les différents intérieurs. Objet qui est reconnu comme ayant une valeur en tant que tel (au moins au départ, par exemple argent ou or, choses rares, fascinantes, donc précieuses) et qui sert d’unité de compte pour apprécier et comparer la valeur de tous les objets proposés par ceux qui veulent les échanger. Car comme pour penser, pour échanger il faut comparer à un troisième terme. C’est la chrématistique dite naturelle. On pourrait dire qu’à l’époque d’Aristote régnaient – en théorie du moins – la concurrence libre et une monnaie non faussée.

La seconde forme de chrématistique, radicalement différente, est liée au fait de "considérer la richesse comme possession de monnaie en abondance". C'est l'accumulation de la monnaie pour la monnaie qui, selon Aristote, est une activité contre nature et qui déshumanise ceux qui s'y livrent. Pour Aristote, l'homme est par nature zoon politikon, animal politique, citoyen, c'est-à-dire fait pour vivre encommunauté. Suivant l’exemple de Platon, il condamne le goût du profit et l'accumulation de richesses ou chrématistique commerciale. Celle-ci substitue l’argent aux biens et subséquemment, engendre l’usure, crée de l’argent à partir de l’argent. Le cycle M-A-M (marchandise-argent-marchandise) est remplacé par le cycle A-M-A. C’est l’histoire du "pantalon à une jambe" du célèbre chrématologue Jacques Attali. Le marchand, agent de la chrématistique commerciale ne produit aucune richesse mais s’enrichit en faisant jouer la différence de valeur entre l’objet acheté puis revendu et thésaurisant ensuite à la maison, la plus value acquise en signes monétaires. Pour Aristote, en l'absence de règles strictes visant leurs activités et d'un contrôle de la communauté dans son ensemble, ces chrématisticiens sont condamnables d'un point de vue politique, éthique et philosophique. Partant de ce point de vue, Aristote traite la chrématistique comme un ensemble de ruses et de stratégies d’acquisition des richesses qui permet, aussi, un accroissement du pouvoir politique. Ainsi, il la condamnera en tant que telle. Il est sur ce sujet l’auteur phare de l’Antiquité. Il aura une très grande influence à la période médiévale et pour finir inspirera notre grand juif économiste-chrématologue Marx, qui produira le concept de valeur ajoutée, de valeur-travail de valeur d’usage(oikos) et valeur d’échange(chrématistique). Marx est, sans qu’ils s’en doutent, l’étendard de nos gilets jaunes !

Le chrétien médiéval savait cela. Il crut s’en libérer en laissant aux Juifs, race maudite selon lui, la responsabilité de la chrématistique commerciale, la responsabilité d’engranger la richesse sous sa forme monétaire puis de la prêter au taux le plus cher. Il leur refila en somme le mistigri. La richesse, il la mit lui dans de somptueuses cathédrales, dans le trésor des sacristies et de vastes domaines agricoles. Cette façon de faire de nos congénères d’antan est difficile à saisir pour l’homme d’aujourd’hui, mais quelle eût été l’alternative ? Proscrire l’endettement ? Interdire l’usure ? Nos rois n’ont-ils pas donné l’exemple en trafiquant la monnaie, en diminuant le pourcentage d’or dans les pièces, et en demandant l’aide des banquiers juifs pour boucher les trous de leurs budgets ? Et cet argent des Juifs, d’où venait-il ? de l’usure banale seulement ou du génial système bancaire qu’ils mirent en place dès avant la Renaissance ? L’usure, la dette, la manipulation financière, n’ont-elles pas été à travers le temps la principale source de richesse ? Rothschild a manipulé la banque d’Angleterre avant la défaite de Napoléon à Waterloo, a mis Pompidou et Macron à l’Elysée, Delanoë à la mairie de Paris. Les gilets jaunes dénoncent le président en partie pour ça, haïssent BFM Drahi pour la même raison. Ils ont compris que l’économie actuelle est une chrématistique dévoyée, une "Déconomie" selon le mot de Jacques Généreux. Et si l’on garde à l’esprit la métaphore de la lance et du panier d’il y a cent mille ans, on voit que les lanciers s’échinent sans pour autant que le panier correspondant des ménagères se remplisse, au contraire, il se vide et ne peut plus nourrir l’oikos. C’est pour cette raison que les ménagères se font lanciers et qu’elles se retrouvent en foule sur les ronds-points et défilent dans les rues. La condamnation d’Aristote, ce grand philosophe que d’aucuns disait dépassé, retentit à nouveau après deux mille cinq cent ans. Oui, les chrématisticiens sont condamnables d'un point de vue politique, éthique et philosophique. Oui, la chrématistique et un ensemble de ruses et stratégies d’acquisition des richesses qui permet, aussi, un accroissement du pouvoir politique. Emmanuel Macron en est l’illustration mortelle. Les porteurs de lances l’ont bien compris, leur nombre s’accroit sur toute la terre et rien ne pourra les réduire sinon une grande guerre accompagnée ou suivie d’une famine générale. Ce valet des Rothschild, serviteur des chrématiticiens, ne sert plus à rien car il est désormais haï. S’il s’obstine, les lanciers vont se transformer en porteur de piques et auront envie de mettre quelque chose au bout. La crise finale se rapproche où le chrématisticien arrogant et égoïste sera brûlé dans le vaste incendie qui s’annonce en France et ailleurs sur la planète. Depuis le commencement de l’humanité, dès les premières lueurs de l’être, les hommes ont voulu avoir, mais paspour avoir, plutôt pour enrichir l’être. Ils se rendent bien compte que sans un minimum d’avoiron ne peut pas être, que la dignité humaine se dissout lorsque la chrémata tue l’oikos, lorsque les banquiers détruisent l’économie, lorsque l’homme mendie au lieu d’acquérir des biens par son travail et son mérite. Comme les rôles sont aujourd’hui inversés ou interchangeables, les banquières ont cru malin de laisser leur panier à la maison et "se réaliser" dans la chrématistique. Avant que ne sévisse le gamin Macron, l’avocate Lagarde a spolié la France, l’ancêtre Beloubet trône aujourd’hui à l’injustice tandis que la craquante Penicaud, après Dassault et Danone, explique aux smicards et aux autres lanceurs de piques que relever le smic pour remplir le panier est irresponsable. Enfin la Buzin, autre avatar du basculement des rôles, au lieu de veiller à la santé des Français soutient la chrématistique des empoisonneurs que sont les laboratoires pharmaceutiques. Toutes ces lances brisées, ces paniers percés, seront brûlés avec toutes celles qui n’ont que mépris pour le panier ou admiration béate pour la lance, ou pire, qui vendent leurs paniers intimes pour pousser les porteurs de lance à toujours plus de chrémata gaspillées en vue de jouir à la fois des conquêtes de la lance et des joies sourdes du panier. La Schiappa en est l’immonde symbole. Macron s’est vu assimilé au dieu de l’Olympe maniant l’éclair, il en est à peine l’épouse, la jalouse et impuissante Héra. Par sa politique il prive les hommes et les femmes non seulement de l’avoir mais aussi de l’être. Tous il les étrangle par un manque à gagner qui fait qu’à la maison il n’y a plus d’être possible. Qu’il ait choisi un panier illégitime pour y faire surgir sa verticalité n’est que l’aboutissement de sa lance qui saigne.

Marc Gébelin

  • 19 décembre 2018 à 00:00

Belgique, prends garde à nous !

Par info@dedefensa.org

Belgique, prends garde à nous !

19 décembre 2018 – Pour une fois, je vous parlerais de la Belgique où je réside, par les étranges chemins de fortune et de l’Histoire, depuis la fin de 1967. J’en ai donc vu des crises, absolument pas intéressé par la chose, les incroyables nœuds gordiens des querelles communautaires. Si je fais le compte du temps où je restais avec une demie-oreille attentive au brouhaha politique, – c’est-à-dire jusqu’à la fin de la décennie des années 1990, – je ne me suis vraiment intéressé qu’à trois reprises aux soubresauts politiques belges : 

• lors du choix des avions de combat (deux épisodes que je mets ensemble, 1974-1975 lors du choix du F-16, et 1986-1989 avec l’offre-Rafale de la France, et éventuellement today si on reparle du JSFvs Rafale  puisque les partisans jusqu’à l’os de l’avion US, autour du ministre flamand à la défense, ont quitté le vaisseau et que la décision du pseudo-choix n’a été que pseudo-formelle) ; 

• en 1979-1983, lors de la crise des “euromissiles”, avec surtout la décision de l’OTAN après un vote sérieux des pays-membres, de la “double-décision” de décembre 1979, et une époque politico-militaire jusqu’à la crise yougoslave des années 1990 où l’on trouvait des gens de très grande qualité chez les diplomates et les généraux belges ; 

• en 1996 pour l’incroyable “affaire Dutroux”, son écho, sa puissance de communication, sa révolution pour les causes humanitaires et sociétales.

Depuis le début du siècle j’ai coupé le son et l’image est brouillée jusqu’à paraître entropisée, moi-même complètement étranger à ce qui se passe dans ce pays... Jusqu’à aujourd’hui, où j’ouvre un demi-œil de caïman sur la crise qui éclate sur fond d’agitations-GJ, la Belgique toujours un peu synchro avec la France pour ce qui est du désordre et des déclamations. Pour les nouvelles, lisez les Russes c’est court et parfois drôle, et puis au moins c’est du FakeNewsisme pur-jus, – plutôt que les canards franco-parisiens qui en font des tonnes chez eux, dans le caviardage incroyablement grossier jusqu’à péter de rire, et parlent donc des Belges avec les mêmes accents, avec l’ironie parisienne et persifleuse en plus. Les Français n’ont jamais su parler des Belges, sauf Talleyrand lorsqu’il était à Londres, Baudelaire à Bruxelles lorsqu’il parlait du bourgeois bruxellois, et Bainville lorsqu’il écrivait en 1914 que le Roi-Soldat (Albert the-One) ferait un bon souverain pour la France en guerre (sérieux, dans L’Action Française).

Pour avoir un bon écho, à la fois du style pompeux et moralisateur des éditorialistes (francophones) qui ont toujours un œil vers les salons parisiens ; à la fois, par conséquent, combien tout cela sent son Gilet-Jaune quasi-directement importé, entre les lignes ou droitement écrit cela éclate ; la sorte de frasques que les bourgeois bruxellaires ont en une sainte et laïque horreur... Lisez donc deux extraits des éditos et voyez le ton élevé de la chose, l’alarme constitutionnelle, l’avertissement aux délégitimations, style très-GJ :

• « Quel désastre pour la politique »explique Béatrice Delvaux dans l’édito du Soir.« Après trois semaines en absurdie, le Premier ministre a remis hier soir son sort et celui de son gouvernement entre les mains du Roi. Plus rien sur le pouvoir d’achat, plus rien sur le climat et un budget en douzièmes provisoires : la Belgique se retrouve dans une situation irresponsable. […]À l’heure où l’on pointe la grave déconnexion entre les citoyens et les élites, politiques notamment, à l’heure où les sociétés sont profondément inquiètes, à l’heure où les extrêmes font vaciller nombre de démocraties en Europe, les partis politiques belges étaient donc occupés à gérer leur nombril, leur image et leur court terme : l’élection. […]Mais qui peut croire encore ces gens ? La politique est affaire de tactique, mais elle est d’abord et avant tout affaire d’éthique. Et cela a été cruellement oublié.

» On ne peut pas instrumentaliser un problème pour “chauffer” l’électeur et semer une division dangereuse »conclut Béatrice Delvaux.

• « Les élections anticipées de fin janvier ne sont plus à exclure »avertit La Capitale. Demetrio Scaglio, dans son édito, « Réinventer notre démocratie d’urgence », écrit que d’impression qu’elle était, « la crise s’est officiellement ouverte avec la démission du gouvernement minoritaire et éphémère de Charles Michel. […] Ce qui saute aux yeux, désormais, c’est cette furieuse envie de l’opinion publique de se passer des pouvoirs classiques et de pouvoir écrire elle-même sa propre histoire. Bien sûr, cette aspiration radicale peut pousser le pays vers des chemins aventureux voire dangereux. Mais la démission du gouvernement de Charles Michel et le petit ballet convenu autour du Palais royal ont pris un fameux coup de vieux, comme ringardisés par les Gilets jaunes, les marches pour le climat et autres formes de mobilisation populaire. Si notre pouvoir démocratique veut renouer avec sa légitimité, il doit impérativement s’ouvrir à ces nouvelles formes de démocratie directe et participative : votations, comités citoyens, référendums, consultations régulières. Si cette petite crise en chambre aura permis à nos gouvernants d’ouvrir les yeux et de réinventer notre système démocratique, elle n’aura, pour une fois, pas été vaine. »

Tout cela écrit, moi je n’ai rien dit. Je ne fais aucune prévision, encore moins de prédiction... Simplement, je crois que rarement sinon jamais, une crise tordue et embrouillée comme quasiment seuls les Belges savent faire, n’est intervenue dans ce pays dans un moment de tension européenne et française si extrême, et tension descendue dans la rue du grand voisin du Sud si souvent imité. La Belgique est un pays sage et bien rangé qui s’enflamme avec régularité d’une façon extraordinairement rapide et furieuse.

Je n’ai vécu, vu mon grand âge, ni la question royale de 1950 ni les “Grandes Grèves” de 1960-61 où un André Renard voulait faire de la Wallonie un petit coin de paradis soviétique socialiste, mais on m’a raconté ces deux crises de témoignages vécus, comme deux épisodes d’une vraie guerre civile continuée d’une décennie l’autre. Par contre, j’ai vécu l’“affaire Dutroux” et j’ai vu un formidable et immense incendie assorti d’une crise psychologique paroxystique et d’élans sociétaux-McCarthystes embraser ce pays alors que personne, absolument personne n’avait rien vu venir. (Cela ne vous rappelle-t-il rien, ô vous-autres, braves Gilets-Jaunes ?)

La Belgique est un pays comme-il-faut et politiquement-très-très-correct, au centre de l’Europe, n’existant que par et pour l’Europe, mère tutélaire et fille prodigue de l’UE. Le désordre à Bruxelles et alentour, c’est un projet tentant, et tout le monde le sait si l’on en juge par la férocité incroyable des flics pour cogner et mater les manifestants “anti-Marrakech” qui voulaient prendre d’assaut l’un ou l’autre bâtiment de l’UE samedi dernier. Une entrée au son d’une mésentente majeure et de type-idéologique sur le “traité de Marrakech” ONU-migration, dans une période type-“affaires courantes” avec un pouvoir réduit aux acquêts de l’instant qui passe, ou type-“élections anticipées”, sans aucune garantie majoritaire, avec l’antagonisme Flamands-Wallons toujours au beau fixe, sur un arrière-plan furieux où la Grande Crise d’Effondrement du Système atteint son rendement maximum, c’est un risque-gros. Ces derniers temps, il y a eu vraiment beaucoup d’“agitation-citoyenne”, des GJ-belges aux climato-alarmistes. La région où j’habite est un terrain fertile pour les survivalistes, qui apprennent à tenter de vivre en autarcie, ou en circuit fermé.

Les anglo-saxons, très maritimes, disent uncharted waters ; les latinistes, qui ont le sens de l’espace et de la civilisation, parlent d’une terra incognita. Moi je ne dis rien mais, ayant consulté le Grand Sachem, je vous conseille de garder une oreille collée au sol, au cas où la marée grondante se mettrait à gronder.

  • 19 décembre 2018 à 00:00

Base russe au Venezuela : on en bavarde ferme

Par info@dedefensa.org

Base russe au Venezuela : on en bavarde ferme

A la suite ou “en même temps” que la visite des deux Tu-160 russes à Caracas, les médias russes sont très diserts sur la possibilité d’une base stratégique russe au Venezuela, – ou plutôt sur une île au large du Venezuela et appartenant à ce pays : l’île d’Orchila, dans la Mer des caraïbes, à 160 kilomètres de la capitale, Caracas. Il y a dix ans, Chavez l’avait proposée comme base aérienne et navale à la Russie, qui avait décliné l’offre, selon le quotidien Nezavisimaya Gazeta (NG), qui publie un article sur ce sujet à partir de sources militaires et diplomatiques. Ainsi l’interprétationd’un exercice exploratoire de “projection de force” permanente semble justifiée.

D’une façon générale, les officiels russes ne disent mot mais ne démentent pas, plutôt dans le mode “laisser dire et écrire sur le sujet”... Les Vénézuéliens démentent selon le mode “pour le moment” : « J’aimerais que ce soit vrai, mais ce n'est pas le cas », selon le président de l'Assemblée Nationale Diosdado Cabello, tandis que des officiels vénézuéliens disent qu’ils sont « plus que disposés à envisager une telle option », qu’ils jugent tout indiqué « d’étendre la coopération militaire avec la Russie et de la rendre plus efficace ». Le ministre de la défense Lopez avait déjà dit au Russe Shoigu, en avril dernier : « Nous voulons aller au-delà de la coopération technique militaire habituelle [...] [et] développer notre coopération au niveau opérationnel. »

Un obstacle à l’installation d’une base sur Orchila est que la loi vénézuélienne n’autorise pas un déploiement étranger permanent sur le sol du pays. Cette loi pourrait être tournée en organisant une présence par rotation d’unités, ce qui supprime formellement la notion de “permanence”.

Ces indications de source diplomatique russe via NG montrent que la Russie est passée à l’étude concrète du projet, tandis que le Venezuela ne semble demander que cela, parce qu’une présence russe renforcerait sa sécurité et écarterait l’isolement où se trouve le Venezuela. A notre estime, on trouve suffisamment d’indications pour conclure que le projet galope et que le risque est bien envisagé d’une crise majeure avec les USA à ce propos : mais les Russes, désormais, ne reculent plus devant cette sorte de risque.

Quelques autres indications dans un texte de RT-USA sur le sujet, en plus d’un autre texte précisant le type d’activité et les exercices des deux Tu-160 en visite au Venezuela.

« Selon les experts, une base aérienne au Venezuela capable d'accueillir les bombardiers à longue portée à la capacité nucléaire stratégiques de la Russie pourrait bien être l’une des mesures de rétorsion [si les USA sortent du traité FNI]. “Si les mesures [liées au traité FNI] sont réduites à néant, nous devrons prendre des mesures à la fois symétriques et asymétriques pour assurer la stabilité”, a déclaré à RT Andrey Koshkin, président de la chaire de sociologie et de sciences politiques de l’université d'économie de Plekhanov, ajoutant qu'une telle base serait une bonne option à cet égard.

» Quitter le traité INF permettrait potentiellement aux États-Unis de déployer des missiles nucléaires en Europe, posant une menace pour la Russie, ont averti les experts, suggérant que pénétrer dans l’“arrière-cour” des États-Unis pourrait être la seule réponse viable pour la Russie. Mais au fur et à mesure que l’enjeu augmente, le spectre d’une confrontation militaire se fait plus pressant. “Cela pourrait devenir un prélude à quelque chose de similaire à une crise dans les Caraïbes”, a déclaré à RT Konstantin Sivkov, officier de la marine à la retraite et analyste militaire.

» [Sur cette base] située loin du territoire russe, Moscou aurait probablement besoin d'installations militaires à grande échelle, a déclaré M. Sivkov, ajoutant qu'une petite installation ne suffirait pas à soutenir les opérations russes dans la région. “Cela pourrait être réduit initialement à une présence limitée au niveau d'un escadron aérien ou d'un régiment aérien”, a-t-il déclaré, ajoutant que la Russie augmenterait alors sa présence en construisant des dépôts de carburant et de munitions, ainsi qu'en déployant des systèmes de défense aérienne et rendrait l’installation vénézuélienne potentiellement similaire à la base russe de Khmeimim en Syrie. »

 

Mis en ligne le 20 décembre 2018 à 12H34

  • 20 décembre 2018 à 00:00

Trump et la Syrie : on a gagné, on rentre !

Par info@dedefensa.org

Trump et la Syrie : on a gagné, on rentre !

Cette fois, Trump semble avoir réussi un KO debout, – et reste à savoir si l’adversaire, que ce soit DeepState en personne, Bolton, le Pentagone, etc., aura le temps de récupérer pour convaincre le “Trump-qui-change-d’avis-comme-une-toupie” de revenir sur sa décision. Cette fois (bis), ce type d’opération de récupération semble mal partie car l’affaire a pris une énorme ampleur dans le champ de la communication, d’une certaine façon plaçant Trump devant la nécessité de résister aux pressions pour ne pas perdre trop spectaculairement la face et le renforçant dans sa conviction que l’armée US “n’a rien à faire en Syrie” à partir du moment où l’on proclame la victoire sur Daesh.

Certes, il est question de l’annonce du retrait “rapide” des troupes US de Syrie ; ce n’est pas la première fois que Trump l’annonce (pour changer d’avis après une rencontre avec Mattis-Pompeo), mais cette fois les réactions diverses, l’agitation, l’air du temps disons indiquent qu’il s’agit sans doute d’un train lancé d’une façon quasiment irrésistible. D’ores et déjà, on annonce le rapatriement “dans les 24 heures” de tous les officiers du département d’État en Syrie, – puisqu’il y en avait... Les premières réactions des Israéliens, les plus concernés et ceux qui étaient les plus confiants dans le soutien de Trump, ont été significatives.

• Netanyahou : « [“Les Américains] nous ont dit qu'ils avaient d'autres moyens [que la présence militaire] d'exercer leur influence dans ce domaine”, a déclaré mercredi le Premier ministre Netanyahou à la suite de la décision des États-Unis de retirer leurs troupes de la Syrie. “Nous étudierons leur délai de retrait, comment il sera utilisé et, bien sûr, les implications pour nous. Quoi qu’il en soit, nous veillerons sur notre sécurité et nous nous défendrons nous-mêmes dans ce cadre.” Dans son discours sur le Hezbollah et l’Iran au Liban, peu de temps auparavant, Netanyahu n’avait fait aucune allusion à la décision de Donald Trump de se retirer de la Syrie. »

• Le commentaire du site DEBKAFiles, dont on connaît les tendances, sur la décision de retrait de Trump (DEBKAFiles mentionne 2 000 soldats US en Syrie, mais le chiffre de 4 000 a déjà été avancé, lors d’une déclaration ornée d’un lapsus du Général Votel, commandant Central Command) : « Le président américain Donald Trump a annoncé dans une série de tweets le retrait imminent des forces américaines du nord et de l'est de la Syrie. “Nous avons vaincu Daesh en Syrie, la seule raison de se trouver là-bas durant la présidence Trump”, a-t-il déclaré. De hauts responsables de l'administration ont confirmé mercredi 19 décembre qu'il y aurait un “retrait complet et rapide”.

» DEBKAfile note que ce n'est pas la première fois que le président Trump décide de retirer les 2 000 soldats américains de Syrie. Il a décidé cela en mars mais a été convaincu de revenir sur sa décision par le secrétaire à la Défense James Mattis et le secrétaire d'État Mike Pompeo. Ils ont expliqué que, dès que les troupes américaines seraient à l'écart, les Russes entreraient et prendraient le contrôle de la frontière syro-irakienne et les forces pro-iraniennes envahiraient la région. L’Iran obtiendrait son plus grand triomphe militaire de tous les temps en établissant une ligne de communication terrestre directe jusqu’à la Méditerranée. Le Hezbollah aussi serait renforcé.

» Trump avait accepté leurs arguments à l'époque, mais il revient maintenant à sa conviction constante que les troupes américaines n’ont rien à faire en Syrie dès lors que la mission de liquider Daesh est accomplie, et que la Syrie doit être laissée aux Russes. On ne sait pas encore si Mattis et Pompeo réussiront encore à faire reporter le retrait des forces US de Syrie. Si cela se concrétise, Israël devra faire face à une nouvelle et désastreuse réalité militaire, avec une intégration complète des forces iraniennes et syriennes sur son front nord. Cette situation réduirait l’opération de Tsahal contre le réseau des tunnels du Hezbollah à la plus complète inutilité. »

A Washington, dans les milieux nécessairement radicaux type-neocons et hégémonistes, l’agitation est furieuse et catastrophée. « Je me demande comment Bolton se sent ce matin, lui qui affirmait il y a moins de trois mois que les USA ne quitteraient pas la Syrie tant que les Iraniens y seraient », observe Jackson Diehl, du Washington Post. Le présentateur de CNN Jack Tapper a tweeté, amertume et ironie mêlées : « En me répondant à ce propos, un officiel du Pentagone m’a demandé : “Quand donc les Russes vont-ils annoncer leur victoire ?” »

D’une façon générales, toutes, absolument toutes les déclarations officielles depuis des mois autour de Trump sont complètement démenties par la décision annoncée hier et, semble-t-il, prise avant-hier : « La semaine dernière encore, l'émissaire des États-Unis pour la coalition internationale antidjihadistes, Brett McGurk, assurait que les Américains avaient vocation à rester encore pendant un bon moment en Syrie. “Même si la fin du califat en tant que territoire est maintenant clairement à portée de main, la fin de l'EI prendra beaucoup plus longtemps”, avait-il dit devant la presse à Washington, car “il y a des cellules clandestines” et “personne n'est naïf au point de dire qu'elles vont disparaître” du jour au lendemain. “Personne ne peut déclarer ‘mission accomplie’”, avait-il insisté, ajoutant : “Nous avons bien entendu appris beaucoup des leçons du passé, donc nous savons qu'une fois les territoires sont libérés, on ne peut pas simplement plier bagage et partir.” A plusieurs reprises, le ministre américain de la Défense, Jim Mattis, a lui aussi mis en garde contre un départ précipité de Syrie. “Nous devons éviter de laisser en Syrie un vide qui puisse être exploité par le régime d'Assad ou ses soutiens”, avait-il ainsi expliqué en juin. »

Un point de vue développé par d’autres analystes est que le vrai vainqueur est la Turquie, – mais nous dirions un vainqueur “de plus”, puisque la Russie, l’Iran et bien sûr Assad sont aussi des vainqueurs. L’idée est que Trump a passé un accord avec Erdogan, lui laissant les mains libres pour s’arranger des Kurdes (lesquels, une fois de plus, crient à “un coup de couteau dans le dos”, – ce qui est sans aucun doute le cas et ils en ont l’habitude de la part des USA ; la seule surprise étant que les Kurdes aient continué à croire aux promesses des USA). Cette analyse de RT-USA fondée sur diverses déclarations d’experts plus ou moins indépendants du Système est complétée par l’évaluation que Trump est entré en campagne électorale pour sa réélection et revient à sa rhétorique de la campagne 2016 :

« Joshua Landis, directeur du Centre d'études sur le Moyen-Orient à l'Université d'Oklahoma, pense que le retrait est en partie destiné à la consommation interne des États-Unis, mais vise également à supprimer un passif dans la région. “C'est le président qui revient à sa rhétorique électorale” alors que la campagne pour 2020 se profile, a déclaré Landis à RT. “Il revient à sa narrative originale, à savoir ‘Les guerres au Moyen-Orient étaient stupides, et que faisons-nous là ? Pourquoi avons-nous dépensé 5 000 milliards de dollars au Moyen-Orient ?’” »

• E.J. Magnier, ce chroniqueur de qualité des affaires de la région dont nous publiions un texte il y a trois jours encore, dit son ravissement dans un tweet qu’on laissera dans la forme originale : « If the #USpull out all its forces from the north-east of #Syria, and I mean ALL, this is time to celebrate for all Syrians and declare the day of the last US soldier withdrawal THE independence day.The main source of trouble to the ME claim it is pulling out? Am I dreaming ? »

Le même Magnier qui publie sur son site un texte un peu avant l’annonce de la décision de Trump, sur la visite du président du Soudan en Syrie... Il y voit la concrétisation d’une grande réconciliation de tout le monde arabe avec la Syrie d’Assad et d’aucun autre, qui serait marquée par une réintégration de ce pays dans la Ligue Arabe. On appréciera la coordination des événements...

« La visite du président soudanais était prévue depuis plus d’un an, avec la bénédiction des pays qui s’opposaient le plus farouchement à Assad. Ces pays ont accepté leur défaite et admettent que la Syrie ne peut tomber. La Turquie aussi revoit sa position, comme le prouve la plus récente affirmation du ministère des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu : “Si les élections[syriennes] sont démocratiques et dignes de confiance, nous envisagerons tous les scénarios[donc coopérer avec Assad s’il est réélu]”. [...] La porte menant à la reconnaissance d’Assad comme président de la Syrie est maintenant ouverte à tous les Arabes sans exception, tout comme leur investissement dans la reconstruction du pays. L’heure est venue d’enterrer la hache de guerre arabe au Levant. »

Ainsi, il y a trois jours, nous étions devant la possibilité d’un affrontement au plus haut niveau entre les Russes d’une part, Israël et les USA d’autre part, du fait d’une nouvelle position d’une extrême fermeté des Russes. Aujourd’hui, on dirait lyriquement que la cage est ouverte et que la colombe de la paix vole à nouveau : c’est à ne pas croire, sinon à penser que les Russes ont effectivement averti tout le monde que l’on passait aux choses sérieuses, et que tout le monde en a tenu compte pour accélérer un dégagement que beaucoup souhaitaient secrètement ; peut-être même que les Israéliens s’y feront, s’ils arrivent à regagner au moins une “confiance limitée” des Russes. Quoi qu’il en soit, la Russie renforce son statut de puissance, et sa résolution désormais de s’affirmer contre la poussée du désordre-USA, ce qui se hume également aux bruits selon lesquels elle penserait à installer une base aérienne sur une île au large du Venezuela, – tiens donc, quelle surprise.

Il est possible que l’on s’achemine, disons vers une stabilisation contrôlée en Syrie, avec Assad comme formidable vainqueur lorsqu’on songe à la façon dont il a tenu, les Russes comme subtils et fermes vainqueurs, les USA comme “allié”-protecteur complètement incontrôlables et discrédités malgré les manigances des neocon & Cie ; complètement absorbés par leur “Guerre Civile froide” (“D.C.-la-folle”) et la gestion schizophrénique de l’effondrement de leur puissance. Tout le monde est servi... (Si, tout de même et comme c'est bien possible, le Pentagone laisse sur place des combattants-contractants civils, ceux-ci vont déguster : n'étant plus officiellement US, ils seront impitoyablement matraqués.)

Si l’on accepte cette perspective de “paix syrienne”, peut-on y voir une amorce d’un retour à un certain apaisement et vers la réduction du désordre mondial ? En aucun cas. L’horrible guerre syrienne est (était ?) une “diversion” bien dans les habitudes du Système et de l’hégémonisme de l’hybris US, permettant par ailleurs de dissimuler en partie les terribles soubresauts de la Grande Crise d’Effondrement du Système. Quoi qu’il en soit, ces soubresauts ont et d’ores et déjà pris le dessus, tant dans la communication que dans la vérité-de-situation du monde, avec les terribles déstabilisations qui frappent impitoyablement l’Europe et les USA. Le Moyen-Orient ne va pas devenir un oasis de stabilité, et certaines situations internes (Israël et l’Arabie, par exemple) peuvent devenir compliquées, tandis que certains des “vainqueurs” (Iran, Hezbollah), toujours en butte à l’hostilité au moins des USA, sont toujours en guerre, – dans cette sorte de guerre asymétrique et changeante que nous donne la postmodernité.

L’épisode est heureux, – pour l’instant, si Trump persiste, – mais il ne constitue certainement pas un tournant lui-même. Nous dirions plutôt qu’il contribue à achever un tournant vers une certaine contraction des folies extérieures des USA et du bloc-BAO, et cela sous la pression devenant explosive de la véritable crise du monde rongeant ce bloc-BAO qui en est paradoxalement la matrice, qui en a déclenché l’expansion surpuissante pour découvrir évidemment que cette surpuissance recèle le risque inéluctable et mortel de sa propre autodestruction.

Une dernière réflexion, comme un post-scriptum,  – sur Trump... Est-il cet homme de la paix par retrait et désengagement dont il a interprété le rôle durant la campagne USA-2016, cet American-Firster par conviction réfléchie ? Certainement pas. Il est plutôt ce qu’il nous a constamment révélé de lui, sans tourner autour du pot : fantasque et menteur sans penser à mal, sans l’embarras de la conviction, changeant sans cesse de jugement dans ces matières dont il ne connaît rien (stratégie, sécurité nationale), mais irrésistiblement attaché au profit et à l’argent productif d’argent. C’est pourquoi il déteste les engagements type-Syrie, dont il ne comprend absolument pas le rapport financier, et qu’il y revient constamment, bernant sans le vouloir son entourage idéologisé qui ne raisonne qu’en termes idéologiques et croit pouvoir le verrouiller à une idéologie en le manipulant... Trump ne pense “politiquement” qu’à deux choses : éviter les manœuvres de destitution qui vont commencer en janvier, avec la nouvelle Chambre à majorité démocrate, et soigner sa popularité pour sa réélection en 2020, – ceci lui permettant d’ailleurs de mieux affronter cela. C’est mieux ainsi, cet absence d’esprit de conviction, cet “esprit sans esprit” de Trump : la destinée, qui ne cesse et ne cessera pas de nous surprendre, nous et notre raison raisonnante, peut d’autant mieux faire son miel et en faire son outil pour dégager les faux-semblants et parvenir au cœur du problème qui est la destruction du Système et de la modernité.

 

Mis en ligne le 20 décembre 2018 à 07H55

  • 20 décembre 2018 à 00:00

Zygmunt Bauman et le bon usage du terrorisme

Par info@dedefensa.org

Zygmunt Bauman et le bon usage du terrorisme 

Il est important de contrôler les masses rétives et de les faire plier. L’attentat de Strasbourg n’a pas failli à cet égard. Las, chat échaudé craint l’eau froide. Et le pouvoir aux abois, avec cette arme ridicule de 1892, n’a pas su exploiter le massacre pour interdire à la France de se réveiller. Le Bataclan, lui aussi coordonné dans des circonstances invraisemblables, fut mieux exploité et maintint l’État-PS et le lobby euroatlantiste au pouvoir, mal dans les baskets des déplorables depuis l’élection du Donald. 

On va relire le sociologue israélo-britannique Zygmunt Bauman, auteur de remarquables essais sur notre postmoderne et zombi mondialisation. Il a bien compris que la clé c’est la peur et son exploitation (on est en 2002) :

« Mais l’envoi de troupes en Irak n’a fait qu’aggraver la crainte de l’insécurité, aux États-Unis et ailleurs…. Comme on aurait pu s’y attendre, le sentiment de sécurité ne fut pas la seule victime collatérale de cette guerre. Les libertés personnelles et la démocratie ont vite connu le même sort. Pour citer l’avertissement prophétique d’Alexander Hamilton :

« La destruction violente des vies et des biens que causent la guerre et l’inquiétude permanente qu’entraîne un état de danger permanent obligeront les nations les plus attachées à la liberté à chercher le calme et la sécurité auprès d’institutions qui tendent à détruire leurs droits civils et politiques. Pour être plus protégées, elles finissent par accepter le risque d’être moins libres. »

On croirait lire Thucydide. Mais ne biaisons pas. Bauman ajoute :

« La vie sociale change quand les hommes commencent à vivre derrière des murs, à engager des gardes, à conduire des véhicules blindés, à porter des matraques et des revolvers et à suivre des cours d’arts martiaux. La difficulté est la suivante : ces activités renforcent et contribuent à produire la sensation de désordre que nos actions visaient à empêcher. »

L’important dans ce ministère de le peur, comme dirait Fritz Lang, qui connut et le nazisme et le maccarthysme, est de créer une peur qui se nourrit d’elle-même. C’est le sujet du passionnant et percutant Captain America (le soldat d’hiver) produit par les israéliens de Marvel Comics. Le pouvoir se nourrit d’attentats car ils servent à soumettre. Debord a aussi écrit sur le sujet. Mais restons-en à Bauman :

« Il semble que nos peurs soient devenues capables de s’auto-perpétuer et de s’auto-renforcer, comme si elles avaient acquis un dynamisme propre et pouvaient continuer à croître en puisant exclusivement dans leurs propres ressources. »

La peur gagne sans rire tous les domaines, la météo, le sexe, le vêtement, la bouffe :

« Nous cherchons à dépister « les sept signes du cancer » ou « les cinq symptômes de la dépression », nous tentons d’exorciser le spectre de la tension trop forte, du taux de cholestérol trop important, du stress ou de l’obésité. Autrement dit, nous sommes en quête de cibles de substitution sur lesquelles décharger le surplus de crainte existentielle qui n’a pas pu trouver ses débouchés naturels, et nous découvrons ces cibles de fortune en prenant de grandes précautions pour ne pas inhaler la fumée de cigarette des autres, pour ne pas ingérer d’aliments gras ou de « mauvaises » bactéries – tout en avalant goulûment les liquides qui se vantent de contenir « les bonnes » –, pour éviter l’exposition au soleil ou les relations sexuelles non protégées… »

Bauman ici explique pourquoi on croule sous d’horribles et coûteuses voitures informelles. Cela correspond à la paranoïa du « « capitalisme de catastrophe » (Ramonet) :

« L’exploitation commerciale de l’insécurité et de la peur a des retombées commerciales considérables. Selon Stephen Graham, « les publicitaires exploitent délibérément la crainte très répandue du terrorisme catastrophique pour dynamiser les ventes très lucratives de 4 x 4 ». Ces monstres militaires très gourmands en carburant, que les Américains appellent SUV (sport utility vehicles), représentent déjà 45 % de l’ensemble des ventes de voitures aux États-Unis et s’intégrent dans la vie urbaine de tous les jours sous le nom de « capsules défensives ». Le 4 x 4 est  un signifiant de sécurité que les publicités dépeignent, à l’instar des communautés fermées au sein desquelles on les voit souvent rouler, comme permettant d’affronter la vie urbaine, pleine de risques et d’imprévus […]. Ces véhicules semblent apaiser les craintes que ressentent les membres de la bourgeoisie lorsqu’ils se déplacent en ville (ou sont bloqués dans les embouteillages). »

Puis il revient au sujet, le terrorisme et son utilité comme ingénierie sociale :

« En octobre 2004, la BBC a diffusé une série documentaire sous le titre The Power of Nightmares : the Rise of the Politics of Fear (« Le pouvoir des cauchemars : la montée de la politique de la peur »). Adam Curtis, auteur et réalisateur de cette série, l’un des documentaristes les plus acclamés en Grande-Bretagne, y montre que, si le terrorisme international est assurément un danger réel qui se reproduit continuellement dans le no mans land mondial, une bonne partie – sinon l’essentiel – de sa menace officielle « est un fantasme qui a été exagéré et déformé par les politiciens. Cette sombre illusion s’est propagée sans jamais être contestée à travers les gouvernements du monde entier, les services de sécurité et les médias internationaux ». Il ne serait pas difficile d’identifier les raisons du succès rapide et spectaculaire de cette illusion : « À une époque où toutes les grandes idées ont perdu leur crédibilité, la peur d’un ennemi fantôme est tout ce qu’il reste aux politiciens pour conserver leur pouvoir. »

Et comme s’il avait lu Guy Debord, Bauman rappelle les années de plomb allemandes (l’actuel fascisme humanitaire-antiraciste-féministe en Allemagne a de beaux précédents) :

« Capitaliser sur la peur est une stratégie bien établie, une tradition qui remonte aux premières années de l’assaut néolibéral contre l’État social. 

Bien avant les événements du 11 septembre, beaucoup avaient déjà succombé à cette tentation, séduits par ses redoutables avantages. Dans une étude judicieusement intitulée « Le terrorisme, ami du pouvoir de l’État », Victor Grotowicz analyse l’utilisation des attentats de la Fraction armée rouge par la République fédérale allemande à la fin des années 1970. En 1976, seuls 7 % des citoyens allemands considéraient leur sécurité personnelle comme une question politique importante, tandis que, deux ans après, une majorité considérable d’Allemands en faisait une priorité, avant la lutte contre le chômage ou contre l’inflation. Durant ces deux années, la nation put voir à la télévision des reportages sur les exploits des forces de police et des services secrets, alors en pleine expansion, et put entendre les hommes politiques promettre des mesures toujours plus dures dans la guerre totale contre les terroristes. »

Il est important de rappeler cela, qu’il s’agisse de Sarkozy-Macron-Hollande, de Bush, May, Clinton-Obama, Merkel et du reste ; l’Etat fasciste-sécuritaire accompagne la dégradation-extinction de l’Etat de droit et de l’État social. L’État renonce à la carotte et a recours à la trique du CRS et au contrôle par des services plus ou moins secrets :

« On en venait à se demander si la fonction manifeste de ces nouvelles mesures, sévères et ostensiblement impitoyables, censées éradiquer la menace terroriste, ne dissimulait pas une fonction latente : déplacer le fondement de l’autorité de l’État d’un domaine qu’elle ne voulait ni ne pouvait maîtriser efficacement vers un autre domaine où son pouvoir et sa détermination pouvaient se manifester de façon spectaculaire, en remportant presque tous les suffrages. Le résultat le plus évident de la campagne antiterroriste fut une rapide hausse de la peur dans tous les rangs de la société. »

D’où évidemment un incessant recours à ces insaisissables émanations terroristes (dans Captain America, cela s’appelle justement Hydra). Bauman rappelle qu’on baptisa l’hydre du terrorisme mondial pour effrayer les chaumières et servir l’avènement de l’Etat policier universel :

« Adam Curtis, déjà cité, va encore plus loin et suggère qu’Al-Qaida existait à peine, sinon comme vague programme visant à « purifier par la violence religieuse un monde corrompu », et ne fut créé que par l’ingéniosité des juristes ; Al-Qaida ne fut ainsi baptisé que « début 2001, quand le gouvernement américain décida de poursuivre Ben Laden en son absence et dut utiliser les lois antimafia qui exigeaient l’existence d’une organisation criminelle portant un nom ».

Le terrorisme compte donc sur l’Etat postmoderne, dont il est le meilleur et le plus régulier allié :

« Contrairement à leurs ennemis déclarés, les terroristes ne sont pas limités par l’étendue modeste de leurs ressources. Lorsqu’ils conçoivent leur stratégie et leur tactique, ils peuvent compter au nombre de leurs atouts la réaction attendue et quasi certaine de « l’ennemi », qui viendra considérablement amplifier l’impact des atrocités commises. Si le but des terroristes est de répandre la terreur au sein de la population ennemie, l’armée et la police ennemies veilleront à ce qu’ils y parviennent bien au-delà de ce qu’ils auraient pu accomplir par leurs propres moyens. »

Dure et rigoureuse conclusion de Bauman :

« De fait, on ne peut que reprendre l’analyse de Michael Meacher : le plus souvent, et surtout depuis le 11 septembre, nous avons l’air de « jouer le jeu de Ben Laden ». Cette attitude peut avoir des conséquences tragiques. »

On a tous vu la nullité brouillonne des forces du désordre à Strasbourg. Mais ce chaos fait partie de la mise en scène, et Bauman vous l’explique :

« Les forces terroristes ne souffrent guère de ce genre d’attaques ; au contraire, c’est dans la maladresse et dans la prodigalité extravagante de leur adversaire qu’elles puissent une énergie renouvelée. L’excès n’est pas seulement la marque des opérations explicitement antiterroristes ; il caractérise aussi les alertes et avertissements adressés à leurs propres populations par la coalition antiterroriste. »

Le grand vainqueur est l’État postmoderne (avec le bonapartisme la France a toujours eu de l’avance). On rappelle du reste la citation de Maurice Joly :

« Il y aura peut-être des complots vrais, je n’en réponds pas ; mais à coup sûr il y aura des complots simulés. À de certains moments, ce peut être un excellent moyen pour exciter la sympathie du peuple en faveur du prince, lorsque sa popularité décroît. »

Je reprends mon étude sur Joly :

Le pouvoir subventionne la presse et devient journaliste :

« Dans les pays parlementaires, c’est presque toujours par la presse que périssent les gouvernements, eh bien, j’entrevois la possibilité de neutraliser la presse par la presse elle-même. Puisque c’est une si grande force que le journalisme, savez-vous ce que ferait mon gouvernement ? Il se ferait journaliste, ce serait le journalisme incarné. »

Le pouvoir contrôle et soudoie tout, opposition populiste compris :

« Comme le dieu Vishnou, ma presse aura cent bras, et ces bras donneront la main à toutes les nuances d’opinion quelconque sur la surface entière du pays. On sera de mon parti sans le savoir. Ceux qui croiront parler leur langue parleront la mienne, ceux qui croiront agiter leur parti agiteront le mien, ceux qui croiront marcher sous leur drapeau marcheront sous le mien. »

Joly avait même inventé l’expression « pensée unique ».

Gouverner par le chaos alors ? En effet et dix ans avant notre Lucien Cerise, Bauman écrit :

« La société n’est plus protégée par l’État, ou, du moins, elle ne peut plus se fier à la protection offerte ; elle est désormais exposée à la rapacité de forces qu’elle ne contrôle pas et qu’elle ne compte ni n’espère reconquérir et dompter. C’est pour cette raison, en premier lieu, que les gouvernements qui se débattent pour affronter les orages actuels passent d’une série de mesures d’urgence à une autre, d’une campagne ad hoc de gestion de la crise à une autre, en rêvant uniquement de rester au pouvoir après les prochaines élections, mais sont par ailleurs dépourvus de toute ambition à long terme, sans parler d’envisager une solution radicale aux problèmes récurrents de la nation. »

 

Sources

Zygmunt Bauman, la Société liquide, Seuil, 2002

Maurice Joly, Entretiens, Wikisource.org

Guy Debord - Commentaires

https://reseauinternational.net/maurice-joly-et-la-naissance-du-systeme-1864/

https://reseauinternational.net/captain-america-et-le-devoilement-du-nouvel-ordre-mondial/

  • 21 décembre 2018 à 00:00

Notes sur complots & chaos

Par info@dedefensa.org

Notes sur complots & chaos

21 décembre 2018 – L’annonce par Trump du retrait des troupes US de Syrie a eu un effet extraordinaire dans tous les domaines et secteurs des directions-Système. Le “sérieux” de la décision, – toujours objet de vérification avec Trump, – a été officialisé par l’annonce sensationnelle de la démission du secrétaire à la défense Mattis, implicitement pour protester contre cette “décision” du président, explicitement pour des différences conceptuelles fondamentales avec le président ; le côté Trump de la décision, ou “côté-bouffe” si l’on veut, a été renforcé par l’annonce par le président qu’il faudrait songer également (ou bien disons “en même temps”, pour rester dans l’air du temps) à se retirer d’Afghanistan...

 « Le président américain Donald Trump aurait “perdu toute patience” et aurait ordonné au Pentagone d'examiner différentes options pour réduire le contingent américain de 14 000 personnes en Afghanistan, défiant les conseils de ses généraux, selon plusieurs médias.

» Trump s’affirme de plus en plus frustré par l'impasse afghane, réclamant la fin de la campagne américaine de 17 ans dans le pays au cours des dernières semaines, a rapporté ABC News citant un responsable américain. “Que faisons-nous là-bas ? Nous sommes là depuis toutes ces années”, aurait déclaré Trump à un allié lors d'une réunion mercredi, a rapporté Reuters. Le même jour, Trump aurait discuté du retrait potentiel ou d'une réduction considérable de la force américaine avec son secrétaire à la Défense, Jim Mattis, son secrétaire d'État, Mike Pompeo, et son conseiller en matière de sécurité nationale, le super-faucon John Bolton.

» Le commandant en chef n’a toutefois pas trouvé de soutien pour son plan de retrait, selon ABC. Quelques heures avant que les médias américains aient rendu compte des délibérations, Mattis avait remis sa lettre de démission, citant des divergences de vues avec le président. »

Cette citation est de RT-USA, meilleure source cataloguée “FakeNewsiste” de la presse classique pour nous donner des éléments de synthèse nous permettant de tenter de suivre la dynamique d’une situation extraordinaire, plus extraordinaire de jour en jour et toujours plus rapide d’heure en heure

 Cette dynamique génère naturellement une sorte de chaos en boule de neige, impliquant la mise en chaos d’une situation déjà chaotique, – une sorte d’hyper-chaos, si l’on veut, – parsemé d’innombrables possibilités de complots au cœur même du pouvoir. On pourrait dire, si l’on voulait rendre compte du sur-surréalisme de la situation,  tentant d’à nouveau peser bien nos mots, que “D.C.-la-folle” est devenue folle, que sa folie est elle-même touchée par une sorte d’hyper-folie...

(Encore prenons-nous “D.C.-la-folle” comme facteur le plus important, mais aussi comme symbole de cette dynamique de situation, car les mêmes signes d’“hyper-chaos” et d’“hyper-folie” se répercutent partout dans les pays et forces intéressés. Les réactions à ce point précis de la décision de Trump sur la Syrie sont extrêmes ou complètement inattendues, ou bien encore extrêmement retenues [voir Poutine lors de sa conférence de presse], comme signes évidents de l’impossibilité de réagir de façon mesurée et éventuellement rationnelle.)

Dans tous les cas, nous sommes renforcés dans un aspect de notre analyse initiale de la décision de Trump selon laquelle il ne s’agit pas d’un tournant, mais de l’achèvement d’un « tournant vers une certaine contraction des folies extérieures des USA et du bloc-BAO », pour mieux permettre aux crises internes de se développer, éventuellement en les alimentant :

« Si l’on accepte cette perspective de “paix syrienne”, peut-on y voir une amorce d’un retour à un certain apaisement et vers la réduction du désordre mondial ? En aucun cas. L’horrible guerre syrienne est (était ?) une “diversion” bien dans les habitudes du Système et de l’hégémonisme de l’hybris US, permettant par ailleurs de dissimuler en partie les terribles soubresauts de la Grande Crise d’Effondrement du Système. Quoi qu’il en soit, ces soubresauts ont et d’ores et déjà pris le dessus, tant dans la communication que dans la vérité-de-situation du monde, avec les terribles déstabilisations qui frappent impitoyablement l’Europe et les USA... »

Les tweets du député Ted Lieu

Nous en sommes encore à tenter de comprendre l’annonce du retrait des forces US de Syrie que, déjà, la crise que constitue cette décision se transporte à Washington D.C., qui explose en une crise nerveuse de la communication et se transforme en hyper-“D.C.-la-folle”. L’un des messages les plus évidents et les plus forts de la journée d’hier aurait pu être condensé dans le contraste suivant... D’abord ce tweet, d’un rarissime soutien au président du député démocrate de Californie Ted Lieu, parlementaire de base mais connu pour être engagé dans les questions d’immigration, donc critique virulent et adversaire constant de Trump : 

« Je me fiche de savoir qui est le président : si le @POTUS veut nous sortir d’une de ces guerre sans fin, je le soutiendrai dans cette action. »

Mais le même Ted Lieu, 36 heures bien plus tard (ce 21 décembre à 00H01, heure washingtonienne), trouve un tout autre ton, c’est-à-dire une tonalité inverse pour acclamer la lettre de démission de Mattis, en citant, par ailleurs un autre tweet très-laudateur du secrétaire à la défense... (Donc, par logiques interposées, particulièrement critique de Trump jusqu’à le mettre en cause comme fait Mattis sur les sujets les plus graves.)

« Voici une lettre extraordinaire du ministre Mattis. Nous devrions tous être attristés par la démission de Mattis. Contrairement à nombre d’officiels du Cabinet de @realDonaldTrump, Mattis sait vraiment ce qu’il fait et c’est un homme intègre. »

... Tweet cité par Lieu : « WOW! Mattis interpelle Trump spécifiquement sur la Russie, et il l’accuse de nous aliéner nos alliés. Il dit que les conceptions de Trump ne coïncident absolument pas avec les siennes sur ces sujets. Il s’agit d’une formidable condamnation de la conception de Trump sur notre place dans le monde, par le ministre de la défense. »

Quid de la Syrie ?

La situation en Syrie, comme les intentions de Washington, sont très loin d’être claires... Nous disons “intentions”, mais ce n’est pas le mot juste : il y a les ordres/les exhortations du président, et la question de l’exécutions de ces ordres. Les deux choses sont différentes, très différentes, et l’on a là un signe de plus du désordre qui règne, – non pas en Syrie mais à Washington D.C.

L’annonce de Trump du départ des forces US de Syrie a eu d’abord un écho absolument formidable, instantanément. Ce constat est contraire à de précédentes annonces de cette sorte, par le même moyen du tweet, et c’est là un constat étrange ; certes, les précédentes annonces ne furent pas suivies d’effets, par changement d’humeur de Trump, pressions sur lui, etc., mais nul ne le savait lorsque les annonces avaient été faites. Cette fois, rien de cela, comme si avait existé dès le premier tweet une assurance qu’il s’agissait d’une “affaire sérieuse”, – sans qu’on se doutât pour autant qu’il ne s’agissait pas de la seule Syrie, mais d’abord de Washington D.C.(Des articles de la presseSystème vinrent aussitôt renforcer cette perception, mais les précédentes interventions de Trump avaient été également commentées.)

Quoi qu’il en soit, sur l’annonce du retrait elle-même, nombre de constats, d’inconnues et d’interrogations :

• Pour l’instant, on n’a pas observé de mouvements de troupes significatifs, des 2 000 ou 4 000 soldats US (chiffres selon les sources, – officielles ou Général Votel [Central Command] par inadvertance).

• Le retrait concerne-t-il les supplétifs, les contractants privés, etc. ?

• Le retrait concerne-t-il toutes les zones où il y a une présence US, notamment la zone Est avec une petite enclave, dont il n’a guère été question.

• Quel est le principal bénéficiaire du retrait ? Sur le terrain, on dirait la Turquie. Dans la situation de l’équilibre général des forces et des influences, ce serait la Russie. Ces deux pays restent très prudents.

• L’alliance de la Syrie, de la Russie (et de l’Iran) avec la Turquie (processus d’Astana) va-t-elle tenir ? Elle était essentiellement fondée sur une commune hostilité à la présence des forces US.

• Une seule certitude : comme d’habitude, les grands perdants sont les Kurdes, incapables de comprendre la constante fourberie des USA, quel que soit le président.

Un texte de E.J. Magnier sur la situation est comme d’habitude très intéressant. Il permet de nous rafraîchir la mémoire sur le rôle incroyablement destructeur et déstructurant, semeur de désordre et créateur de terrorisme, avec double sinon triple jeu des USA dans cette zone ; avec comme seule préoccupation de détruire autant que faire se peut, – que ce soit sous Obama ou sous Trump qu’importe, la Bête avance et produit toute seule sa surpuissance de destruction. Conclusion de Magnier sur la situation présente selon le retrait ou pas de retrait :

« Le geste des USA profitera d’abord et avant tout à la Syrie et aux Syriens. Il sera aussi avantageux pour la Russie et les perspectives de paix dans le monde, en réduisant considérablement le risque de conflit entre les deux superpuissances, dont les forces armées se trouvent très proches l’une de l’autre. Des affrontements aux conséquences mortelles entre les USA et la Russie au Levant ont déjà eu lieu, mais miraculeusement sans conséquence jusqu’à maintenant. L’Iran sera heureux de voir les USA quitter la Syrie. Le retrait des USA va apaiser les préoccupations de la Turquie au sujet des forces des YPG qui collaborent avec le PKK à sa frontière, tout en réduisant la probabilité du prolongement de l’occupation turque à Afrin et Idlib. L’Irak bénéficiera de ne pas avoir à déployer autant de forces pour surveiller les forces américaines et limiter leurs mouvements, avec le risque d’affrontement que cela entraîne. Le gouvernement belliciste d’Israël pourrait regretter la perte de son accès aux aéroports des USA dans cette partie occupée de la Syrie, mais il peut toujours compter sur le soutien des USA et de leurs alliés au Moyen-Orient comme plateforme pour parvenir à ses propres objectifs

» Tout ce qui précède présuppose que les USA vont vraiment se retirer de la Syrie. Pareil retrait pourrait se faire en l’espace de 60 à 100 jours comme il a été annoncé, mais cela pourrait prendre plus de temps. Quoi qu’il en soit, l’intervalle donne à toutes les parties le temps de revoir leur stratégie. Les Kurdes seront encouragés à se tourner vers Damas et à reprendre les négociations sans condition préalable avec le gouvernement. La Turquie aura le temps de réfléchir à son prochain mouvement et la Syrie pourra planifier la reconquête du reste de son territoire occupé en 2019. Si Damas et Moscou croient qu’ils peuvent s’occuper d’Idlib et d’Hassaké sans l’aide de leurs alliés, l’Iran pourrait amorcer le retrait des milliers d’hommes qu’il compte sur le terrain, sans pour autant mettre fin à son alliance avec le gouvernement syrien. Si Trump ne retire pas ses troupes, il aura au moins réussi à détourner l’attention du meurtre de Khashoggi, tout en donnant amplement de matière à réflexion aux Kurdes à propos de ce à quoi ils peuvent s’attendre de la part des USA à l’avenir. » 

Les alliés-moutons, Macron en tête

Il semble qu’il faille dire un mot des “alliés” des USA qui sont cités avec tendresse par le vieux dur-à-cuire Mattis dans sa lettre de démission ; c’est-à-dire la quasi-trentaine du troupeau de moutons de l’OTAN et les 74 glorieux moutons de la coalition anti-Daesh montée par le Pentagone. Par une addition étonnante d’inversions et d’auto-intoxication de fausses analyses, les grands “alliés” notamment (France, UK, Allemagne) se trouvent au premier rang des protestataires dénonçant le retrait US. Leurs arguments d’une extraordinaire platitude après être passés aux filtres de nombre de narrative, ne méritent même pas d’être mentionnés, encore moins discutés et réfutés par conséquent, – ce serait leur faire bien trop d’honneur. On les laissera donc aux descriptions habituelles.

On accordera tout de même une place à part, pour ne pas dire “d’honneur” à la France, dans cette course à l’absurde d’une politique réduite à la communication et à l’entropisation. On citera un avis détaillé sur la position française, d’une interview du politologue franco-syrien Bassam Tahhan, par un autre organe-FakeNewsiste, autrement dit Spoutnik-français :

« Je mets clairement en garde la France. Que peut-elle faire en Syrie avec ses quelques centaines de soldats? Il y a différents scénarios, mais je considérerais comme une bêtise le fait de rester, même si les Américains laissent leurs bases militaires et toute l'infrastructure qu'ils ont construite aux Anglais et aux Français. Tout d'abord, cela engendrerait des coûts supplémentaires pour le maintien des troupes. La France a déjà dépensé des millions d'euros depuis le début de son intervention en Syrie. En pleine crise des Gilets jaunes et alors que des voix s'élèvent pour demander des référendums populaires, notamment à propos des interventions militaires françaises à l'étranger, je ne suis pas sûr que cela plaise beaucoup à la population. Si une telle décision de maintenir les forces françaises en Syrie émane directement d'Emmanuel Macron alors qu'une grande partie de la population est contre, il continuera de sombrer dans l'estime des Français. Sur le terrain, la présence de quelques centaines de soldats français sur un théâtre incluant les armées turques, iraniennes, syriennes, le Hezbollah et Daesh représenterait un trop grand danger. Le Royaume-Uni est dans une situation semblable. Sans les États-Unis, c'est la fin de la coalition. Et je crains des morts si la France reste. Du temps de Nicolas Sarkozy, des soldats français ont été tués en Afghanistan. Ne refaisons pas la même erreur. Retirons-nous avec honneur et dignité avant que les cercueils militaires n'arrivent en France. »

L’opposition générale à Trump

Mais nous revenons à Washington D.C., où la situation déjà confuse et désordonnée (“D.C.-la-folle”) s’est encore compliquée et hystérisée avec la décision de Trump (d’où “hyper-‘D.C.-la-folle’”). La démission de Mattis dramatise la situation et électrise les extrêmes. Ainsi la crise, qu’on croyait située en Syrie, revient à son point d’orgue et à sa matrice, à Washington D.C. et alentours.

Le spectacle le plus extraordinaire est de voir les progressistes-sociétaux, amis des droits de l’homme, du respect des autres et des minorités, du féminisme et des doctrines de tous les genres et mélange des genres, amis des antiracismes etc., et sans aucun doute très-amis de la paix, – de les voir donc se joindre aux “faucons” et aux neocons blanchis sous le harnais de leurs mensonges, devenir hystériques pour réclamer le maintien des forces US en Syrie et désigner le Pentagone comme une référence incontournable (ainsi le pense l’actrice Mia Farrow)... The Times They Are a-Changing, chantaient-ils...Cette extraordinaire inversion est exposée et commentée notamment par Nell Clark : 

« Nous savions que les néo-conservateurs seraient mécontents de la nouvelle. Ils veulent que les États-Unis soient en Syrie pour toujours. Nous savions que la Grande-Bretagne et la France, – qui ont tant investi pour renverser le gouvernement Assad, – ne seraient pas heureux non plus. Mais c’est la réaction des libéraux d’Hollywood qui est intéressante. Je suis assez vieux pour me souvenir du temps où les libéraux fredonnaient des chansons de Pete Seeger et défilaient contre les guerres et les occupations illégales des pays du Sud de la planète, quand ils dénonçaient l'impérialisme et les attitudes racistes qui le sous-tendaient

» Aujourd'hui, ils soutiennent l’impérialisme, la guerre et les occupations militaires. Ils sont passés de l’antiguerre à l’anti-antiguerre. La doctrine-bidon de “l’interventionnisme humanitaire”  [R2P], préconisée par les fauteurs de guerre pour habiller de vertus les guerres de pillage à l’ancienne, et la russophobie qui charge le “diable Poutine” d’à peu près tous les péchés, ont détraqué pas mal de cerveaux. Mia Farrow s’inquiète du fait qu'un départ US de la Syrie “profite à la Russie, à l’État islamique toujours actif, à l'Iran et à Assad”, et elle s’inquiète également de ce que The-Donald n'ait pas “consulté le Pentagone”. »

Par ailleurs, il suffit de revenir au député de Californie déjà cité, – ce démocrate de la gauche du parti, – l’honorable Ted Lieu, dans un de ses autres tweets qui fixe l’affaire, selon le point de vue de l’État de Droit et de la démocratie américaine, version-Tocqueville :

« Note pour les libéraux [progressistes] qui soutiennent maintenant l’usage de la force militaire en Syrie à cause des Kurdes, de la Russie, de l’Iran ou de la Turquie, ou pour des raisons humanitaires : AUCUNE DE CES ACTIONS MILITAIRES N’A ETE AUTORISEE PAR LE CONGRES. Seul l’usage de la force militaire légalement autorisée peut être lancée contre les terroristes. @POTUS a raison de retirer nos troupes. »

Trump contre le Pentagone ?

Le centre de la crise est donc bien aux USA, et peut-être apparaîtra-t-il bientôt que la décision de Trump de retrait de Syrie n’est qu’un épiphénomène, qui a essentiellement servi à allumer une nouvelle mèche, c’est-à-dire à donner un élan supplémentaire à l’incendie de la Grande Crise générale, aux USA même. C’est bien entendu la démission de Mattis qui déclenche tout cela, – démission déjà flottant dans l’air depuis un certain temps, mais qui s’exprime sur ce cas d’une manière dramatique. En fait, Mattis est en désaccord avec Trump dès l’origine et la décision sur la Syrie n’a fait que cristalliser ce désaccord jusqu’à l’insupportable, dans tous les cas pour l’honorable Général du Corps des Marines. Son départ complète la disparition du triumvirat de généraux censés à l’origine surveiller, manipuler et diriger le président (McMaster a quitté la direction du NSC au printemps 2018, Kelly s’en va à la fin du mois, et maintenant c’est le tour de Mattis). Qui voudra, qui pourra remplacer “les généraux” ? Que vont faire Pompeo et Bolton [qui a remplacé McMaster], qui déjà devaient les remplacer mais pour faire une politique encore plus “ultra” et qui se trouvent devant une attaque violente de cette politique ? Vont-ils eux aussi démissionner, ou bien vont-ils molester le POTUS, provoquant l’extrême indignation du député démocrate de gauche et de base Ted Lieu ?

La démission de Mattis dramatise une autre situation, qui est celle des rapports de Trump avec le Pentagone. On sait que le Pentagone a l’habitude de mener sa politique, et jusqu’ici les présidents ne protestaient pas trop, la plupart étant d’accord ou bien fatalistes ; et si, parfois, un gêneur insistait, une fatale circonstance survenait et résolvait le problème. (Qui penserait à Dallas serait exclu du cercle de la raison qui préside à ce commentaire.) Mais Trump est un “gêneur” d’un genre inhabituel, et sa mèche n’a rien de commun avec celle de JFK : parfois il semble avoir bien compris, marcher droit et suivre les consignes, voire même les précéder ; parfois son humeur change et il interfère dans les affaires du Pentagone, brutalement, sans ménagement, et vous ordonne un retrait de Syrie. Lui-même a ressenti plus d’une fois ce désaccord lors d’initiatives douteuses du Pentagone (en Syrie, justement), et il en a sûrement été irrité. 

Ainsi sa décision sur la Syrie ressemblerait-elle après tout à une sorte de coup d’État intérieur contre la toute-puissance du Pentagone. C’est alors que le départ de Mattis, qui cadre bien avec cette image de la toute-puissance bafouée, pourrait prendre tout son sens... Or, cette démission ne prendra effet que le 28 février 2019 : encore deux gros mois, avec le désaccord exposé à ciel ouvert.

Mattis restant en place jusqu’au 28 février, que va faire le Pentagone d’ici là ? Il est difficile de penser qu’un secrétaire à la défense puisse rester 70 jours en fonction pour appliquer de toute urgence selon les vœux du président une politique militaire de guerre si active (retrait de Syrie), et qu’il condamne. Le Pentagone désobéira-t-il au président sous la houlette de son ministre ? Cela se discute ferme : ayant démissionné, Mattis, en bon Marine, est lié à son respect des formes et de l’autorité du président. Trump peut le tenir responsable de la mutinerie du Pentagone si celle-ci a lieu, ou le tenir en otage pour forcer le Pentagone à appliquer sa politique du retrait, etc. Pendant ce temps et par ailleurs, pour rendre les choses plus complexes, cette simple et affreuse question : qui voudra de ce poste de secrétaire à la défense ?

Certes, la complexité des choses est considérable...

Plusieurs coups d’État en route

Enfin, une réflexion ultime que cette complexité ne décourage pas... D’abord cette question : pourquoi Trump a-t-il lancé cet énorme pétard, pouvant prévoir sans guère de doute que Mattis, qui était déjà sur le départ, romprait brusquement et s’en irait ? Notre hypothèse est que ce président se sent très mal parti, avec des affaires d’argent et de corruption qui prennent de plus en plus d’étoffe, beaucoup plus que les tartarinades de Russiagate, avec une Chambre des Représentants majoritairement démocrate le 1erjanvier 2019. Alors, pourquoi ne pas prendre l’offensive et choisir, pour faire éclater la crise qui risque de l’amener à affronter une procédure une destitution, oui pourquoi ne pas déclencher cette inévitable crise intérieure sur un sujet un peu plus noble, et susceptible de re-mobiliser les troupes qui lui ont donné la présidence en 2016 ? En accomplissant l’une de ses promesses principales (désengagement extérieur), ce qui a fait la force conjoncturelle de sa campagne, tout en cantonnant les démocrates, et surtout les progressistes-sociétaux, sur un terrain belliciste complètement schizophrénique et très mouvant pour eux, comme on le voit avec la réaction d’un Ted Lieu qui est pourtant de leur côté ? 

Hypothèses, hypothèses...

Tout se passe comme s’il y avait en fait plusieurs coups d’État et contre-coups d’État en route presque d'une façon routinière, et principalement : un coup d’État de Trump contre le CMI/DeepState, un coup d’État du Système, via le CMI/DeepState, contre Trump, un coup d’État des marxistes culturels qui perdent leurs principaux arguments, un coup d’État, espèrerait Trump, d’une sorte de mouvement de Gilets-Jaunes yankees qui en ont assez du DeepState et de ses guerres sans fin, etc...

Tout cela ne fait pourtant pas très sérieux ou pas très radical, parce que tous les cas évoqués s’appuient sur des causes et des arguments sans guère de substance. Les uns et les autres se battent pour des causes d’apparence, en guise de protection de leurs positions ou de leurs privilèges, ou bien pour sortir de situations difficiles, à l’intérieur du même Système en cours de désagrégation et d’effondrement. Inutile de dire qu’ils sont tous, chacun à leur façon, chacun dans un sens qui contredit l’autre, ils sont tous des termites zélées quoiqu’inconscientes de ce travail admirable, serviteurs du Système participant avec ardeur à la déstructuration et à la dissolution des fondements de ce Système.

On doute donc que l’affaire s’arrêtera à la Syrie, débarrassée ou pas de sa soldatesque-yankee... 

  • 21 décembre 2018 à 00:00

Les GJ et l’État

Par info@dedefensa.org

Les GJ et l’État

Henri Guaino, qui fut conseiller de Sarkozy et qui mériterait mieux comme référence pour le situer, est un des rares personnages d’une certaine qualité dans le monde politique français. Pour cette raison, ses possibilités d’affirmation publique, et par là d’influence, sont restées limitées ; sa grande affaire, finalement, fut d’être un “homme secret”, c’est-à-dire la plume et le conseil d’un président de la République plutôt douteux, et par conséquent autant pour l’affirmation publique et l’influence.

Guaino a quelque chose, avec un “petit quelque chose”, qui le rapproche de Philippe Séguin (et peut-être de Michel Jobert, lui-même avec un lien secret avec Séguin) : un de ces hommes foncièrement honnêtes en politique, avec une belle hauteur de vue, un sens très patriotique du devoir et du service qui n’empêche nullement l’indépendance de l’esprit et du jugement, une croyance dans la vertu de l’État, – si possible de facture gaulliste, – mais finalement l’absence de ce “petit quelque chose” qui permet de combiner tout cela en une action politique qui peut espérer la victoire. Comme Séguin et Jobert, Guaino est un loser de belle facture, du genre qui peut vous dire sans avoir l’air de se défiler devant l’argument : “C’est un honneur que d’être un loser dans une époque telle que la nôtre”.

Par conséquent, il importe de lire avec attention lorsqu’un article de Guaino se présente à votre regard, surtout lorsqu’il concerne une crise en cours, et dans ce cas celle des Gilets-Jaunes (GJ). Dans cet article qu’il a judicieusement donné à RT-France dont la qualité du travail tente de rattraper la médiocrité de notre presseSystème, Guaino nous met en garde contre certaines initiatives dont il est beaucoup question aujourd’hui, plus ou moins venues des GJ, plus ou moins reprises par les autorités certifiées légitimes, plus ou moins acclamées par la rumeur publique et le rimeur médiatique, etc. On parle du Référendum d’Initiative Citoyenne, les grands débats sur la démocratie participative, les questions de représentativité, bref tout ce que Guaino nomme « Le pouvoir à la base ».

On comprend aisément ses arguments, qu’il renvoie aussi bien aux outrances et aux atrocités de la Très-Grande Révolution Française, ou à la technique des Soviets si judicieusement exploitée par les Bolchéviques. A tout cela, il oppose ce qu’il juge être la permanence de l’État comme principal outil de résistance à la démagogie et au désordre qui s’ensuit. S’il ne dit rien des GJ principalement et directement, on le sentirait mal à l’aise à cet égard, et l’on comprendrait les causes de ce malaise. 

Le problème est évidemment, non pas du côté des GJ, mais du côté de l’État dont il fait la promotion. Si l’État avait été et serait encore l’État dont parle Henri Guaino, il n’y aurait sans doute pas de GJ. On atteint clairement les limites de l’argument lorsqu’il écrit : 

« Mais, sans l’État, qu’aurions-nous à dresser face aux grandes forces économiques et financières ? Comment combattrons-nous tous les déterministes qui asservissent les gens si  nous n’avons plus les États à leur opposer ? Que serions- nous devenus sans les États en 2008 ? »

Malheureusement, il s’agit de l’argument inverse. Lorsque Guaino écrit « L’État, dans ce monde de violence économique, sociale, culturelle, psychologique, physique, il faut le rétablir dans ses prérogatives, son autorité et sa volonté, non l’abattre et faire ainsi le jeu des grandes féodalités qui n’attendent que ça », on sent que ce qui l’intéresse c’est la première patrie (très théorique) de la proposition, – avec laquelle on ne peut être que d’accord, – alors que la seule importante, parce que définissant faussement une tragique et concrète vérité de ces temps, c’est la chute de cette phrase. Les “grandes féodalités” n’attendent pas “que ça” (“abattre l’État”) puisqu’elles sont très satisfaites de l’État en place, ô combien, puisqu’il s’agit de l’État qu’il leur faut et qu’elles l’ont puissamment aidé à évoluer sans qu’il (l’État) ne les repousse un instant. Ce sont d’ailleurs bien elles (les “grandes féodalités”) qui, via leurs médias et autres relais divers, tirent à boulets rouges sur les Gilets-Jaunes. Tout le monde sait bien, ou devrait savoir, que l’État ne nous protège pas aujourd’hui des « grandes forces économiques et financières », mais qu’il leur ouvrent toutes grandes ses portes ; que l’État ne nous a pas sauvés de la grande crise de 2008 qu’il a lui-même permise en favorisant les évolutions financières qu’on connaît, mais qu’il a plutôt sauvé les banques. C’est l’État qui, aujourd’hui, parraine partout une doctrine centralisatrice jusqu’à la globalisation, qu’on devrait nommer “socialisme hypercapitaliste”.

Lorsque Guaino donne comme exemple de la folie de donner tous les pouvoirs “à la base ” cet Article 35 de la Constitution de 1793 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs », on se dit que cela aurait pu servir de synthèse théorique du discours de l’homme du 18-juin ; et cela dit, tout est dit, puisque l’on sait bien que le même homme du 18-juin ne concevait pas d’autre moyen de conquérir et d’affirmer sa légitimité que de consulter le “pouvoir à la base” pour lui demander son aval, et même lui demander son aide dans les moments de grande détresse. Après tout, c’est bien de Gaulle qui s’est battu comme un beau diable pour obtenir le référendum père de tous les référendums, – l’élection du président de la République au suffrage universel, – institué par référendum en octobre 1962.

On ne peut que partager les souhaits de Guaino de restauration d’un État légitime, souverain, indépendant, et c’est justement au nom de ce souhait qu’on doit s’étonner du procès qu’il fait implicitement à un mouvement dont le but est justement la restauration d’un État perdu en attaquant l’État en place. L’État n’est pas, si l’on veut bien permettre ce jeu de mots, un état de faits immuables qui devrait être l’objet d’une religion, mais un phénomène mouvant issu d’un principe qui est chaque jour de notre époque odieuse l’objet d’attaques vicieuses et subversives qui le menacent jusqu’à l’inversion et à l’entropisation.

L’État d’aujourd’hui, dans nos démocraties agonisantes, est une subversion complète du principe qui doit régir un État. Voilà le véritable état de faits, correspondant évidemment à la Grande Crise d’Effondrement du Système. La bataille n’est pas entre le désordre de “la base” et l’ordre régalien de l’État ; elle est entre les GJ et Macron, et cela n’est pas la faute des GJ mais de l’État devenu ersatz d’État puisque, au travers de toutes ses machineries, ses complicités, ses manipulations, sa censure, etc., il a permis à Macron de devenir ce qu’il prétend être.

On ignore ce à quoi va nous mener l’aventure des GJ ; mais on ne peut ignorer qu’à laisser aller l’État tel qu’il est devenu, et à défendre un principe qui est totalement subverti sans proclamer que le premier danger c’est cette subversion, le pire sera probable si ce n’est déjà fait. A ce point, effectivement, il vaut mieux détruire cette caricature faussaire et pourrie d’État, avec tous les risques qui vont avec, parce qu’il n’y a pas d’autres choix. A l’instar du mot fameux du vieux Caton l’Ancien, le mot d’ordre est plus que jamais Delenda Est Systemum, – puisqu’aujourd’hui “l’État c’est lui”, – c’est le Système, à visage découvert, absolument sans fard. On ne peut s’aveugler sur cette vérité au nom de la religion de l’État, comme un croyant au nom de la religion d’une Église qui a complètement trahi sa mission.

dedefensa.org

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Le risque du grand défoulement

Pour calmer la première révolte du pouvoir d'achat de l'après-guerre on a redonné un peu d'argent aux smicards et aux retraités. Aux Gilets jaunes on a dit que c'était beaucoup, à la Commission européenne, et à nos partenaires qui s'inquiétaient des déficits on a dit que c'était moins qu'il paraissait et que l’on se rattraperait sur d'autres dépenses. On verra bien quand chacun fera ses comptes. 

En attendant, au milieu du torrent de démagogie que les chaînes de télévision laissent s'écouler sur leur plateau avec délectation, on organise un grand débat national en forme de thérapie collective. Mais l’on ne soigne pas les sociétés démocratiques malades en organisant des groupes de parole comme on le fait pour soigner l'addiction à l’alcool. En guise de débat on risque plutôt d'avoir le grand déballage de toutes les rancœurs les haines et les jalousies que 40 ans d’insécurités économique, sociale et culturelle ont nourri chez tous ceux qui en souffrent. Et ce défoulement qui s’annonce ne va pas guérir toute cette violence accumulée, il risque, au contraire, de l’exacerber. Chacun, aux prises avec ses propres difficultés, ne sera-t-il pas tenté de voir dans l’autre un privilégié et criant «à bas les privilèges!», les vrais et les faux, de nourrir ainsi la guerre qui couve de tous contre tous : citoyens contre élus, salariés du privé contre fonctionnaires, travailleurs contre chômeurs, actifs contre retraités,  non- diplômés contre diplômés, campagnes contre villes, jeunes contre vieux…

Et cette guerre ne rendra à personne les fin de mois plus faciles et la vie moins dure. Le système qui fait souffrir tant de gens continuera à broyer les vies. Et si la guerre n’a pas lieu, que sortira-t-il de cette parole libérée, sinon les contradictions de millions de gens qui peuvent se coaliser dans le ras le bol mais qui au fond ne sont d ‘accords sur rien pour ce qui concerne les solutions. Ainsi va la vie démocratique d’une nation comme la nôtre : il y faut sans cesse dépasser les contradictions de 65 millions de Français, chacun pétri lui-même de ses propres contradictions. L’idée qu’une telle nation peut être gouvernée par un système où chacun à chaque instant a son mot à dire sur chaque décision est une illusion peut être séduisante en théorie mais dangereuse au regard des leçons de l’Histoire. Le pouvoir à la base est une vieille promesse qui finit toujours mal, c’est celle du pouvoir aux soviets que la révolution russe promettait aux ouvriers et qui devait accoucher de la dictature du prolétariat en attendant le gouvernement du peuple tout entier. Il y eu bien la dictature mais pas celle du prolétariat qui subit la tyrannie totalitaire comme toutes les autres catégories sociales.

Ce fut la même chose avec Mao ou Castro qu’avec Staline. Ce fut pareil avec la Convention et la belle constitution de 1793, adoptée par référendum, qui proclamait (Article 29) que «chaque citoyen a un droit égal de concourir à la formation de la loi et à la nomination de ses mandataires ou de ses agents», qui prévoyait qu’un projet de loi, une fois adopté par le Corps législatif était (Article 58, 59, 60). «envoyé à toutes les communes de la République, sous ce titre: loi proposée. Que, quarante jours après l'envoi de la loi proposée, si, dans la moitié des départements, plus un, le dixième des Assemblées primaires de chacun d'eux, régulièrement formées, n'a pas réclamé, le projet est accepté et devient loi. Et que s'il y a réclamation, le Corps législatif convoque les Assemblées primaires». Elle posait enfin comme principe (Article 35) que : «Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.» Constitution inapplicable et inappliquée : et la Convention laissa le pouvoir du petit peuple des cahiers de doléances de 1789 entre les mains du Comité de Salut Public et du tribunal révolutionnaire.

Écartons l’hypothèse que tout cela finisse aussi mal, quoiqu’il ne faille jamais en sous-estimer le risque dans une époque où l’Homme qui se croit, à tort, devenu meilleur que ses aïeux, demeure, comme eux, capable du meilleur comme du pire. Que peut-il sortir de tout cela, sinon tous les nœuds de contradictions de tous les intérêts, de tous les sentiments et de toutes les idées? On verra, on voit déjà, le refus de la dette, le refus des déficits et, en même temps, le refus de l’impôt et une demande accrue de services publics comme on a vu beaucoup de ceux qui dénoncent les fermetures de lignes ou la suppression des arrêts de TGV dans les villes moyennes approuver le changement de statut et la mise en concurrence de la SNCF. On verra dénigrer l’État et tout attendre de lui. On verra réclamer à corps et à cris plus de participation citoyenne par ceux qui n’ont jamais voté de leur vie…

Pour sanctionner une classe dirigeante qui n’a pas été à la hauteur, on réussira seulement à affaiblir l’État. Mais, sans l’État, qu’aurions-nous à dresser face aux grandes forces économiques et financières. Comment combattrons-nous tous les déterministes qui asservissent les gens si  nous n’avons plus les États à leur opposer ? Que serions- nous devenus sans les États en 2008 ? L’État, dans ce monde de violence économique, sociale, culturelle, psychologique, physique, il faut le rétablir dans ses prérogatives, son autorité et sa volonté, non l’abattre et faire ainsi le jeu des grandes féodalités qui n’attendent que ça. La Ve République a permis à la France d’être gouvernable. Depuis des décennies, elle est abîmée par des réformes inconséquentes pour suivre l’air du temps, comme le quinquennat, et souvent mal servie par ceux qui en ont la mission, ce n’est pas une raison pour jeter le bébé avec l’eau du bain et retourner aux errements des Républiques passées en refaisant la IVe République sous le couvert de la VIe.

La véritable démocratie, c’est une délégation de pouvoir légitimée par le suffrage universel qui permet au peuple de choisir entre des personnalités, des systèmes de valeurs, des projets pour une durée déterminée au terme de laquelle l’élu revient devant les électeurs. Des mandats trop courts empêchent d’inscrire la politique dans la durée. Mais à la démocratie représentative, celle de Condorcet qui disait que les électeurs ne l’avaient pas élu pour qu’il agisse en fonction de leurs opinions mais en fonction des siennes, il faut des respirations. Celles de la cinquième République étaient dans la possibilité de la cohabitation que le quinquennat a quasiment abolie et dans le référendum trop peu utilisé. Faute de donner la parole au peuple par le référendum, tel qu’il est prévu à l’article 11 de la Constitution, on a créé la frustration qui risque d’engendrer une forme ingérable du référendum d’initiative populaire, devenu le sujet à la mode, si à tout moment un petit nombre de citoyens peut en provoquer un sur n’importe quel sujet car, il faut avoir le courage de le dire, on ne réussira alors qu’à mettre du désordre dans les institutions et encore plus d’incohérence dans les politiques ce qui au bout du compte n’améliorera le sort de personne. Mettons en place le référendum d’initiative populaire pour modifier la constitution, révoquer le Président de la République, le gouvernement, les députés, abroger les impôts, et nous aurons plus sûrement le chaos que l’augmentation du pouvoir d’achat. 

Si l’on veut que le peuple ait le dernier mot sur le contrat social et civique qu’on l’interroge sur un vrai service militaire obligatoire ou sur une réforme de la justice. Si l’on avait voulu que le peuple ait directement la parole, on aurait dû la lui donner sur le mariage, on la lui donnerait sur la PMA pour toutes, on modifierait la Constitution pour que les traités qui par l’une, au moins, de leurs dispositions portent atteinte à la souveraineté de la nation ne puissent être ratifiés que par référendum. Si l’on veut réellement donner la parole au peuple pour qu’il puisse peser sur sa destinée que l’on ratifie le CETA  par référendum. Mais, bizarrement, personne ne le propose, peut-être parce qu’un rejet du CETA par référendum porterait un grand coup au cœur même de la pensée unique. Et que cela, les grands démocrates qui veulent punir les Anglais pour le Brexit et cherchent par tous les moyens à les faire revoter, ces grands démocrates refusent catégoriquement d’en prendre le risque.

La démocratie ne gagnera rien à ce genre de défoulement que risque d’être le «grand débat national». De celui-ci, les communicants politiques sortiront quelques mots pour confectionner les discours creux qui sont leur spécialité et qui nourriront un peu plus le discrédit de la politique. Les démagogues sortiront ce qu'il y aura de plus démagogique qui minera un peu plus la démocratie. Mais les politiciens seront satisfaits : ils auront pour un temps noyé le poisson, ce qui était leur but, comme dans la vieille politique. A quel prix et jusqu'à quand ?

Henri Guaino

  • 22 décembre 2018 à 00:00

De Matrix à la folie, – et “Boum !”

Par info@dedefensa.org

De Matrix à la folie, – et “Boum !

23 décembre 2018 – Il est vrai que nous sommes sollicités de toutes parts, avec toutes les crises qui ne cessent de jaillir, de surgir, pour s’insérer dans le tourbillon crisique qui opérationnalise la Grande Crise Générale. Nous, en France et alentour, les GJ et tout ce qui va avec retiennent notre attention, et il nous reste peu de temps pour le reste. Pourtant non, faites un effort !

Je veux dire : tournez-vous vers Washington, ma “D.C.-la-folle” dont il était écrit il y a deux jours, notamment et fort justement à mon sens, et tant pis pour ce qu’on dira de ce jugement qui est mien sur un texte de ce site qui est un peu moi-même :

« On pourrait dire, si l’on voulait rendre compte du sur-surréalisme de la situation, tentant d’à nouveau peser bien nos mots, que “D.C.-la-folle” est devenue folle, que sa folie est elle-même touchée par une sorte d’hyper-folie...  [...] 

» ...et l’on a là un signe de plus du désordre qui règne, – non pas en Syrie mais à Washington D.C.[...]

» ...Ainsi la crise, qu’on croyait située en Syrie, revient à son point d’orgue et à sa matrice, à Washington D.C. et alentours. »

La décision de Trump sur la Syrie a plusieurs aspects : les effets sur la crise et l’affreuse guerre syriennes, sur les équilibres généraux et les positions diverses des divers acteurs (Russie, Turquie, plus quelques pensées pour les stupides moutons, type-France-macronique), sur la situation politique de Trump et dans son administration, toutes ces choses d’une infinie importance... Mais non, le plus important, le plus stupéfiant, c’est bien ce qui se passe à Washington, dans l’air du temps !

Je m’en doutais bien un peu, mais je l’ai réalisé encore plus clairement, renforcé dans ma perception d’un tourbillon psychologique dans le tourbillon crisique ; comme une sorte d’inversion gigantesque de la pensée et du jugement, dont nous ne cessions de nous douter et d’en explorer l’hypothèse mille fois confirmée, qui explose devant nos yeux comme une conflagration nucléaire ; une explosion comme d’une façon “opérationnelle”, comme j’aime à dire dans une époque où la métaphysique historique s’“opérationnalise” devant nos yeux, à chaque heure et à chaque minute, dans le moindre des commentaires et des réactions. Pour en prendre bonne mesure, on choisira avec intérêt de suivre les textes, y compris et surtout dans sa langue originale, d’une nouvelle-venue dans mon agenda des bonnes adresses, une poétesse guérillero et une journaliste-voyou comme elle se définit elle-même, Caitline Johnstone.

(Je laisse sa définition d’elle-même en langue originale, charge à chacun de traduire, mais à mon avis assez pour comprendre l’esprit de la chose et le caractère de la plume, et peut-être plus encore en gardant la langue originale : « Rogue journalist. Bogan socialist. Anarcho-psychonaut. Guerilla poet. Utopia prepper. »)

Johnstone s’attache surtout au comportement des gens de “D.C.-le-folle” formant ce qu’on nomme les élitesSystème, – nos GJ connaissent l’équivalent parisien, – tout ce monde de la communication, de la rumeur péremptoire et de l’affectivisme hystérique à peine déguisée sous les oripeaux d’une raison totalement subvertie. Elle a déjà beaucoup écrit là-dessus, en se référant pour développer ses observations à la célèbre série des Matrix.

On passe sur le site distingué dedefensa.org son dernier texte sur “D.C.-la-folle” après la décision de Trump, texte gardé en version originale, certes par manque de temps pour la traduction, mais aussi parce que je trouve que son langage même s’il est mal compris par ceux qui ne maîtrisent pas l’anglo-américain dégage un rythme, avec des mots et des expressions dont on ressent la pression, qui restituent et confortent la perception qu’on se trouve dans un asile psychiatrique où c’est le personnel-soignant, en surabondance jusqu’à priver les vrais malades de leurs justes places, qui ramène à lui toute la folie du lieu pour mieux l’expectorer furieusement, comme l’on crache et comme l’on vomit, hystériquement assurés qu’on est de proclamer la vertu et la raison...

Enfin, pour la sûreté de la chose et la bonne compréhension du sujet dont il est question, je mets ici les deux premiers paragraphes adaptés en français.

« Depuis que j’ai écrit il y a deux jours au sujet de la réaction hystérique, furieuse et bipartisane au retrait des forces US de Syrie envisagé par Trump l’autre jour, la situation ne s’est pas améliorée, elle a empiré. J'ai du mal à choisir certains éléments de la panique collective de la classe politique / des médias, parce que cela atténuerait la perception de la substance totalitaire du tonnerre frénétique de la réaction à la fois paranoïaque, conspiratrice et alarmiste face à la possibilité que deux milliers de soldats sont retirés d'un territoire qu’ils occupaient illégalement.

» La guerre sans fin et l’expansionnisme militaire sont devenus tellement normalisés dans les esprits que même une légère réduction est traitée comme un acte horriblement anormal et terrible. Les responsables des médias de la presseSystème avaient presque totalement ignoré l'accumulation de troupes américaines en Syrie et les opérations qu'ils y menaient, mais dès que la possibilité de leur départ apparaît, toutes les sonneries d’alarme retentissent furieusement. La guerre sans fin est considérée comme tellement normale que personne n'en a jamais parlé, puis Trump a tweeté qu'il ramenait les troupes à la maison et tous les progressistes institutionnalisés qui n'avaient aucune idée de ce qu’est un Kurde cinq minutes auparavant deviennent soudainement des experts d’Erdogan et du YPG kurde. Lindsey Graham, qui n’a jamais connu une occupation militaire américaine illégale qui ne lui soit imputable et qu’il n’ait adorée, se réclame tout à coup de l’autorité du Congrès, – non pas parce qu’on a envoyé des troupes illégalement dans des guerres illégales mais parce qu’on veut les en retirer... »

Cet événement des réactions des élitesSystème est le principal de la séquence (« Les réactions au plan de désengagement de Syrie de Trump en disent bien plus que le plan lui-même », écrit Johnstone le 20 décembre) ; il a tout à voir avec la psychologie, puisqu’il s’agit de folie, et pas grand’chose, non vraiment pas grand’chose avec l’hégémonisme, la stratégie et toute cette sorte de choses. Il nous dit simplement que l’“Empire” (pffuittt), c’est-à-dire “D.C.-la-folle”, c’est-à-dire la courroie opérationnelle de la Matrice, c’est-à-dire le Système enfin ne pourra être vaincu comme une armée remporte une bataille contre une autre armée. Il ne pourra jamais être réformé, amendé, transformé, transmuté, aministié après conformité, – il doit être d’abord et seulement, et définitivement détruit, – Delenda Est Systemum bien au-delà de ce qu’imaginait Caton l’Ancien pour Carthage.

C’est dans les têtes de ses serviteurs subjugués et non pas sur le champ de bataille qu’il va nous falloir aller le débusquer, le réduire à néant, au Rien qu’il nous promet dans ses projets d’entropisation. Il va falloir faire exploser psychologiquement ces têtes-là, c’est-à-dire faire avancer la folie comme court un incendie jusqu’à sa masse critique, et activer grâce à leur fission intime l’explosion nucléaire des psychologies produisant la transmutation, pour enfin rompre le carcan du Système. Les forces extérieures et au-dessus de nous qu’on me reproche parfois d’évoquer sans m’en expliquer m’ont assuré que c’est de cette façon que la chose se passera.

Ne me dites pas que c’est une tâche insurmontable car il est impératif que vous ne soyez pas sans avoir remarqué que ces esprits emprisonnés et ces psychologies poussées jusqu’à l’incandescence du feu nucléaire sont les uns et les autres ceux des élitesSystème. On a déjà remarqué que le reste, c’est-à-dire les antiSystème assumés et la “populace jaune” (les GJ selon les milieux financiers allemands qui sont notre sauvegarde), et divers autres du même genre, que tous ceux-là sont aujourd’hui plutôt en révolte ouverte et furieuse contre les élitesSystème et tout ce qu’elles défendent.

Les zombies, ou zombieSystème que nous devions devenir par l’action du Système, eh bien ce n’est pas nous c’est eux, ceux-là même qui devaient assurer notre transformation en cet état. Le Diable joue des tours bien étranges à ceux qui lui vendent leurs services à défaut de l’âme dont ils n’ont plus la disposition.

  • 23 décembre 2018 à 00:00

Situation d’urgence

Par info@dedefensa.org

Situation d’urgence

Depuis cinq jours que notre barre de comptage est affichée, le “19 courant...”, les contributions de nos lecteurs ont été très rares, à un point qui nous préoccupe. C’est une situation courante et d'urgence à la fois dans notre fonctionnement, notre préoccupation l’est aussi. 

Comme vous le voyez en tête de notre page d’accueil, la barre de donation atteint ce 23 décembre au matin €629 alors qu’elle atteignait €552 lorsque nous l’avons installée. Vous mesurez aisément le rythme de progression de nos donations mensuelles, bien assez pour comprendre qu’il ne nous permettrait pas s’il se poursuit de seulement entrevoir les premiers contreforts de notre “zone de sécurité”. 

Vous connaissez les nombreux arguments que notre site, qui ne dispose d’aucun autre soutien que celui de ses lecteurs et notamment pas celui de la publicité, peut avancer pour solliciter ce soutien. Nous sommes dans des temps toujours plus cruciaux, toujours de plus en plus cruciaux, chaque mois plus cruciaux que le mois précédent. Les Gilets-Jaunes ont ajouté une situation crisique qui fait trembler le Système et le rend encore plus féroce pour ses adversaires. Les “sans-dents” se révoltent et les “sans-moyens” les soutiennent. Tenez votre rôle dans cette insurrection historique, qui se place dans le cadre de la Grande Crise Générale d’Effondrement du Système.

Plus que jamais, nous avons besoin de votre mobilisation pour le soutien de dedefensa.org.

 

Mis en ligne le 23 décembre 2018 à 04H41

 

 

P.S.A VOTRE ATTENTION, S’IL VOUS PLAÎT : Nous renouvelons ici les principales recommandations faites depuis six mois à nos donateurs dans une note reprise par intermittence au-dessus de cette rubrique “Nos dernières parutions”, essentiellement de ne plus utiliser notre compte bancaire français  ...

« Les virements bancaires entre pays de l'“espace européen” se faisant sans aucun frais spécifique de plus qu'entre deux banques d'un même pays, nos donateurs peuvent en toute sécurité et sans aucun frais spécifique adresser leurs virements à notre banque en Belgique, à Liège.

« Il s'agit de la banque Nagelmakers (ex-Delta Llyod), à notre compte Euredit SPRL : IBAN BE05 1325 0372 4475 • SWIFT/BIC • BNAG BE BB.

« (Bien entendu, Paypal reste évidemment utilisable en permanence aux conditions habituelles.) »

  • 23 décembre 2018 à 00:00

Endless War Normalized, Everyone Crazy

Par info@dedefensa.org

Endless War Normalized, Everyone Crazy

Since I last wrote about the bipartisan shrieking, hysterical reaction to Trump’s planned military withdrawal from Syria the other day, it hasn’t gotten better, it’s gotten worse. I’m having a hard time even picking out individual bits of the collective freakout from the political/media class to point at, because doing so would diminish the frenetic white noise of the paranoid, conspiratorial, fearmongering establishment reaction to the possibility of a few thousands troops being pulled back from a territory they were illegally occupying.

Endless war and military expansionism has become so normalized in establishment thought that even a slight scale-down is treated as something abnormal and shocking. The talking heads of the corporate state media had been almost entirely ignoring the buildup of US troops in Syria and the operations they’ve been carrying out there, but as soon as the possibility of those troops leaving emerged, all the alarm bells started ringing. Endless war was considered so normal that nobody ever talked about it, then Trump tweeted he’s bringing the troops home, and now every armchair liberal in America who had no idea what a Kurd was until five minutes ago is suddenly an expert on Erdoğan and the YPG. Lindsey Graham, who has never met an unaccountable US military occupation he didn’t like, is now suddenly cheerleading for congressional oversight: not for sending troops into wars, but for pulling them out.

“I would urge my colleagues in the Senate and the House, call people from the administration and explain this policy,” Graham recently told reporters on Capitol Hill. “This is the role of the Congress, to make administrations explain their policy, not in a tweet, but before Congress answering questions.”

“It is imperative Congress hold hearings on withdrawal decision in Syria — and potentially Afghanistan — to understand implications to our national security,” Graham tweeted today.

In an even marginally sane world, the fact that a nation’s armed forces are engaged in daily military violence would be cause for shock and alarm, and pulling those forces out of that situation would be viewed as a return to normalcy. Instead we are seeing the exact opposite. In an even marginally sane world, congressional oversight would be required to send the US military to invade countries and commit acts of war, because that act, not withdrawing them, is what’s abnormal. Instead we are seeing the exact opposite.

A hypothetical space alien observing our civilization for the first time would conclude that we are insane, and that hypothetical space alien would be absolutely correct. Have some Reese’s Pieces, hypothetical space alien.

It is absolutely bat shit crazy that we feel normal about the most powerful military force in the history of civilization running around the world invading and occupying and bombing and killing, yet are made to feel weird about the possibility of any part of that ending. It is absolutely bat shit crazy that endless war is normalized while the possibility of peace and respecting national sovereignty to any extent is aggressively abnormalized. In a sane world the exact opposite would be true, but in our world this self-evident fact has been obscured. In a sane world anyone who tried to convince you that war is normal would be rejected and shunned, but in our world those people make six million dollars a year reading from a teleprompter on MSNBC.

How did this happen to us? How did we get so crazy and confused?

I sometimes hear the analogy of sleepwalking used; people are sleepwalking through life, so they believe the things the TV tells them to believe, and this turns them into a bunch of mindless zombies marching to the beat of CIA/CNN narratives and consenting to unlimited military bloodbaths around the world. I don’t think this is necessarily a useful way of thinking about our situation and our fellow citizens. I think a much more useful way of looking at our plight is to retrace our steps and think about how everyone got to where they’re at as individuals.

We come into this world screaming and clueless, and it doesn’t generally get much better from there. We look around and we see a bunch of grownups moving confidently around us, and they sure look like they know what’s going on. So we listen real attentively to what they’re telling us about our world and how it works, not realizing that they’re just repeating the same things grownups told them when they were little, and not realizing that if any of those grownups were really honest with themselves they’re just moving learned concepts around inside a headspace that’s just as clueless about life’s big questions as the day it was born.

And that’s just early childhood. Once you move out of that and start learning about politics, philosophy, religion etc as you get bigger, you run into a whole bunch of clever faces who’ve figured out how to use your cluelessness about life to their advantage. You stumble toward adulthood without knowing what’s going on, and then confident-sounding people show up and say “Oh hey I know what’s going on. Follow me.” And before you know it you’re donating ten percent of your income to some church, addicted to drugs, in an abusive relationship, building your life around ideas from old books which were promoted by dead kings to the advantage of the powerful, or getting your information about the world from Fox News.

For most people life is like stumbling around in a dark room you have no idea how you got into, without even knowing what you’re looking for. Then as you’re reaching around in the darkness your hand is grasped by someone else’s hand, and it says in a confident-sounding voice, “I know where to go. Come with me.” The owner of the other hand doesn’t know any more about the room than you do really, they just know how to feign confidence. And it just so happens that most of those hands in the darkness are actually leading you in the service of the powerful.

That’s all mainstream narratives are: hands reaching out in the darkness of a confusing world, speaking in confident-sounding voices and guiding you in a direction which benefits the powerful. The largest voices belong to the rich and the powerful, which means those are the hands you’re most likely to encounter when stumbling around in the darkness. You go to school which is designed to indoctrinate you into mainstream narratives, you consume media which is designed to do the same, and most people find themselves led from hand to hand in this way all the way to the grave.

That’s really all everyone’s doing here, reaching out in the darkness of a confusing world and trying to find our way to the truth. It’s messy as hell and there are so many confident-sounding voices calling out to us giving us false directions about where to go, and lots of people get lost to the grabbing hands of power-serving narratives. But the more of us who learn to see through the dominant narratives and discover the underlying truths, the more hands there are to guide others away from the interests of the powerful and toward a sane society. A society in which people abhor war and embrace peace, in which people collaborate with each other and their environment, in which people overcome the challenges facing our species and create a beautiful world together.

People aren’t sleepwalking, they are being duped. Duped into insanity in a confusing, abrasive world where it’s hard enough just to get your legs underneath you and figure out which way’s up, let alone come to a conscious truth-based understanding of what’s really going on in the world. But the people doing the duping are having a hard time holding onto everyone’s hand, and their grip is slipping. We’ll find our way out of this dark room yet.

Caitline Johnstone

 

• Le texte original se trouve sur le site de l’auteure (CaitlinJohnstone.com) le 22 décembre 2018 sous le titre : « Endless War Has Been Normalized And Everyone Is Crazy »

  • 23 décembre 2018 à 00:00

La séquence d’auto-destruction

Par info@dedefensa.org

La séquence d’auto-destruction

Nous approchons de la fin 2018 avec un rythme accéléré d’articles et d’analyses annonçant la disparition des États-Unis en tant que superpuissance mondiale, leurs énormes problèmes politiques, économiques et sociaux et leur liste toujours plus longue d’échecs stratégiques et géopolitiques, trop évidents pour être ignorés. Il peut y avoir de nombreux points de vue possibles sur la suite, d’une descente graduelle ou progressive vers la dépression, le dysfonctionnement et l’insignifiance jusqu’à la catastrophe mondiale par le biais d’un anéantissement nucléaire, et il existe à peu près autant de façons de raisonner à ce sujet, sur la base de modèles macroéconomiques, de méthodes d’évaluation des risques, de croyances ardentes en la seconde venue du Christ ou sur de bonnes vieilles méthodes démodées des boules de cristal. Je voudrais proposer une autre méthode : le raisonnement par analogie. Cela m’a déjà été très utile.

Je l’ai utilisé pour la première fois il y a 13 ans – le 1er juin 2005 à 9h du matin, pour être vraiment trop précis – lorsque j’ai publié mon tout premier articlesur le sujet (partie 2partie 3et le tout en français), dans lequel je considérais sérieusement l’idée que les États-Unis allaient suivre le chemin de l’URSS, qui s’était écroulée 14 ans auparavant, le 25 décembre 1991. Je l’ai suivi d’une présentationexpliquant en détail comment la population de l’URSS était par inadvertance, à cause de ses nombreux déficits et inefficacités, beaucoup mieux préparée à survivre à un effondrement que ne le sera jamais celle des États-Unis.

Si vous acceptez cette prémisse de base, alors mon analyse initiale est toujours tout à fait valable. Ma seule faiblesse importante, c’est mon absence de prise en compte de l’effet du phénomène de fracturation hydraulique aux États-Unis et le report du pic mondial de production d’hydrocarbures ; mais il ne s’agit que de cela, un léger retard. Si l’on considère le rythme élevé et croissant des nouvelles et des analyses annonçant la disparition de l’Amérique, la prémisse de mon analyse semble de moins en moins farfelue.

Le 25 décembre 1991 reste gravé dans la mémoire de millions de personnes comme le début d’un cataclysme majeur qui a détruit le pays où ils ont grandi et qu’ils aimaient. Ce serait bien de pouvoir indiquer une date tout aussi précise pour la disparition des États-Unis, disons le mardi 20 octobre 2020, mais je n’ai trouvé aucune boule de cristal donnant une telle précision. Disons simplement que des événements de cette ampleur ont tendance à surprendre tout le monde. Ce qui a été particulièrement surprenant dans l’effondrement de l’URSS, c’est la rapidité avec laquelle la séquence s’est déroulée.

L’URSS est passée de parfaitement stable à inexistante en cinq ans environ. Les politiciens américains ont été particulièrement décontenancés : un moment ils la voyaient comme un monolithe politique et militaire, et l’instant d’après ils furent forcés de considérer les conséquences horribles de l’effondrement économique et politique de trois entités nucléaires – la Russie, l’Ukraine et le Kazakhstan – et durent réduire considérablement les arsenaux stratégiques américains afin de se positionner pour exercer une pression contre une prolifération nucléaire incontrôlée.

Bien que certains politiciens américains, en particulier George H.W. Bush, fraîchement décédé, aient voulu s’attribuer le mérite de l’effondrement de l’Union soviétique, le qualifiant de “victoire de la guerre froide”, il ne s’agissait de la victoire de personne. La guerre froide n’a jamais été chaude, et c’est pourquoi la Russie et les États-Unis existent toujours. Au lieu de cela, l’Union soviétique s’est autodétruite, ce qu’elle n’aurait probablement pas fait si elle s’était mobilisée pour lutter contre une menace extérieure. La situation n’est pas différente maintenant. Les guerres entre puissances nucléaires sont suicidaires et donc impensables, et les États-Unis ne sont confrontés à aucune menace extérieure d’aucune importance.

Si l’analogie avec l’URSS tient toujours (comme cela devrait l’être), la période entre le moment où la séquence d’autodestruction est lancée et celui où les États-Unis cessent d’exister sera également de l’ordre de cinq ans. Nous pouvons garder ma date proposée du mardi 20 octobre 2020 pour se revoir afin de vérifier si la séquence d’autodestruction a été initiée. Bien sûr, si les États-Unis s’effondrent avant, je m’attends à ce que tout le monde me paye à boire, et si ce pays s’effondre à cette date précise, je serai sans doute insupportablement suffisant pendant un bon moment après cela.

Comment savoir si la séquence d’autodestruction a été déclenchée ? Il y a deux signes révélateurs. La première est qu’il existe une reconnaissance et une acceptation communes du fait qu’il faut faire quelque chose pour éviter l’effondrement. La perestroïka de Gorbatchev et le « Make America Great Again »de Trump sont deux signes de désespoir. La seconde est que chaque tentative de prévenir ou de retarder l’effondrement nous en rapproche, chaque perturbation augmente le désordre et la portée de l’action productive se réduit à presque rien. Les tentatives de Gorbatchev de libéraliser l’économie soviétique centralement planifiée ont fait chuter la production, tandis que les tentatives actuelles de Trump de renégocier les relations commerciales font augmenter le déficit commercial, le déficit budgétaire et les coûts d’emprunt en même temps.

Ce ne sont là que quelques-uns des signaux que nous pouvons déjà déceler, mais pour voir la séquence d’autodestruction soviétique en action et l’appliquer aux États-Unis, je devrai établir des parallèles supplémentaires entre les deux, notamment : l’échec du leadership ; l’échec de l’idéologie ; la perte de compétitivité internationale ; la fin de la croissance et l’impasse finale et inévitable vers une faillite nationale. Je m’en occupe dès maintenant.

 

(6 décembre 2018, Club Orlov– Traduction du Sakerfrancophone.)

  • 24 décembre 2018 à 00:00

La guerre est déclarée (suite)

Par info@dedefensa.org

La guerre est déclarée (suite)

24 décembre 2018 – On a déjà observé que le choix du prochain secrétaire à la défense US serait un exercice très difficile pour Trump, après la démission de Mattis. (« Pendant ce temps et par ailleurs, pour rendre les choses plus complexes, cette simple et affreuse question : qui voudra de ce poste de secrétaire à la défense ? ») On observera en plus que, pour nombre de commentateurs hors du bêlement hystérique de la presseSystème neocon et progressiste-sociétale absolument belliciste, cette question s’avère déterminante pour la stabilité du pouvoir à Washington D.C., ou plutôt ce qu’il reste de stabilité du pouvoir à “D.C.-la-folle”.

La suggestion pour le remplacement de Mattis la plus évidente, la plus directe et la plus exemplaire, – mais sans aucun doute aussitôt la moins probable, – était celle que fit le colonel Pat Lang, de Sic Semper Tyrannis : Tulsi Gabbard comme secrétaire à la défense !

« Le major Gabbard, membre de l’ARNG  [Garde Nationale d’Hawaii] qui a servi en combat en Irak [de 2004 à 2006] : c’est une femme, une démocrate, une personne de couleur, une non-interventionniste, une pratiquante de la religion hindouiste et une insulaire du Pacifique d’origine samoane. Qu'est-ce qui pourrait être mieux ? »

Nous ajouterons sa séduisante jeunesse et un courage qui, dans la bouilloire de pressions haineuses qu’est “D.C.-la-folle”, confine à l’héroïsme. Pour cette raison, nous doutons grandement que Gabbard soit jamais nommée du temps de Trump à ce poste, comme à n’importe quel autre, parce que ce n’est pas le genre de Trump de s’entourer de fortes personnalités. Il y a alors plutôt ces observations de Daniel Larison, de Strategic-Culture.org (ce site, mis en place par Wayne Madsen, est, à l’image de ce commentateur, en général très hostile à Trump tout en étant antiguerre, anti-neocon, bref plutôt très nettement du camp des antiSystème) :

« Si Mattis avait tort sur un certain nombre de questions de politique étrangère, son successeur risquerait d'être bien pire. Même si Trump ne nomme pas Tom Cotton ou Lindsey Graham, le prochain secrétaire à la Défense sera très probablement un béni-oui-oui du type-Mike Pompeo. Le plus souvent, lorsque Trump a remplacé ses plus hauts responsables de la sécurité nationale, il a choisi quelqu’un qui le flatterait et le féliciterait au lieu de lui dire la vérité et de lui donner des conseils avisés sans souci de lui plaire. Le prochain secrétaire à la Défense pourrait être moins susceptible de résister aux tendances belliqueuses de Trump, et plus susceptible d’adhérer aux pires impulsions du président. Tout comme Pompeo s’est avéré être un secrétaire d’État bien pire que Tillerson, le successeur de Mattis pourrait se révéler comme un secrétaire à la Défense bien pire que Mattis. »

Tous ces commentaires datent du 21 décembre et, depuis, de nouveaux événements ont eu lieu à “D.C.-la-folle”, comme l’on sait et comme l’on verra plus loin. Néanmoins, dès ce 21 décembre (sur ConsortiumNews), l’ancien officier de la CIA devenu un brillant dissident antiSystème, Ray McGovern, avait pressenti par intuition ces “nouveaux événements”... Après avoir évoqué l’une ou l’autre possibilité comme successeur de Mattis, et notamment, – en apparence d’une façon paradoxale mais pas vraiment pour Trump, – le président sortant du JCS (comité des chefs d’état-major), le général Dunford, sorte de Mattis-bis en moins flamboyant et moins cliquetant, McGovern observe ceci, – en invoquant les mannes du Général des Marines Butler, auteur de The War Is a Racket , qui avait refusé tout net de mener un coup d’État envisagé par des cercles d’industriels contre Roosevelt en 1933 : 

« Trump doit maintenant se débarrasser de Mattis et s'assurer qu’il reste à l'écart du Pentagone et du complexe militaro-industriel avant qu’on ne demande à ce même Mattis de mener une insurrection contre un président très vulnérable, comme on avait demandé au général Smedley Butler de faire [contre Franklin Delano Roosevelt], – ce que Butler, lui, avait refusé. »

... “Se débarrasser de Mattis”, c’est ce que Trump a aussitôt entrepris de faire en ordonnant que son départ du Pentagone se fasse le 1er janvier 2019, et non le 28 février comme Mattis l’avait proposé. Il ordonne, en attendant (ou pas ?) la nomination du successeur, au sous-secrétaire à la défense d’assurer les responsabilisés de cette fonction (“Acting Secretary of Defense”)... Tweet à l’appui, dans l’après-midi du 23 décembre :

« Je suis heureux d'annoncer que notre très talentueux sous-secrétaire à la défense, Patrick Shanahan, assumera le titre de secrétaire à la défense par intérim à compter du 1er janvier 2019. Patrick a à son actif une longue liste de succès lorsqu'il était vice-président de Boeing. Il sera génial ! »

Shanahan restera-t-il secrétaire à la défense en étant finalement nommé officiellement à cette fonction ? La situation est incertaine, selon ce que Trump voudrait éviter, notamment des auditions de confirmation au Congrès. Peut-être même entend-il vivre avec un “Acting Secretary of Defense” à demeure, qui n’aurait guère d’autorité politique ; cet état de chose le satisferait par contraste avec le poids que pesait Mattis, d’autant plus que Shanahan, homme de Boeing (le Complexe [CMI] est satisfait) serait cantonné à un travail de gestion et d’équipements du monstre technocratique qu’est le Pentagone, alias Moby Dick. C’est dire que toutes les orientations catastrophiques du technologisme qui guide la bureaucratie, à l’intense satisfaction de l’industrie du CMI, seraient encre plus accélérées. Pour autant, il est loin d’être assuré que Trump serait à l’abri d’initiatives et d’insubordinations militaires, si personne ne contrôle Moby Dick, par exemple par le biais d'un commandant de théâtre comme le Général Votel, de Central Command, a fait à deux reprises en Syrie.

Quoi qu’il en soit de ces perspectives, il y a surtout aujourd’hui le choc causé par la démission de Mattis, qui s’est transformé à nouveau en un ouragan de rage anti-Trump dans tous les quartiers de “D.C.-la-folle”, du Congrès aux innombrables talk-shows et autres “salons” du DeepState. En un mot, la chasse au Trump est ouverte, il n’y a plus d’espoir de le contrôler... C’est ce qu’exprime Philip Rucker, du Washington Post le 23 décembre. On observera qu’il utilise dans son titre, avec reprise dans l’article, des expression qui font de Trump un égal de tous les ennemis qu’a eu à affronter Washington D.C. depuis 1945 : sa présidence est désormais une “présidence-voyou” (“rogue presidency”) comme l’ont été ou le sont ces “pays-voyous”, l’Irak, la Corée du Nord, la Syrie, l’Iran... On a essayé de “contenir” Trump, – “to contain” – et cela a tenu un temps mais on a finalement échoué et l’époque terminée est celle du containment de Trump, terme utilisé pour la politique US vis-à-vis de l’URSS durant la Guerre froide.

Par contraste, tous ceux dont s’est entouré Trump lui-même et qui, jusqu’ici, ont été écartés par des sautes d’humeur ou des colères noires du même Trump se débattant dans ses choix aberrants de son point de vue et dans les méandres de l’exercice du pouvoir, deviennent, dans une parabole abracadabrantesque, des sortes de pédagogues vertueux mandés par le Système pour contrôler l’affreux, autant d’Aristote-Système qu’une caricature d’Alexandre, un Alexandre-bouffon, aurait stupidement chassés... La narrative vaut bien le Hollywood des grandes périodes.

« Ils lui ont appris l’histoire, expliqué les nuances et tenté d’écarter les illusions. Ils l’ont exhorté à des délibérations prudentes, conseillé la retenue et lui ont préparé des arguments pour tenter de promouvoir des politiques normales auprès d’une base conservatrice agitée et avide de perturbations. Mais à la fin, ils ont échoué.

» Pour le président Trump, l’ère du containment est terminée.

» Un par un, les conseillers chevronnés considérés comme des remparts contre les pulsions les plus téméraires de Trump ont été écartés ou, comme l’a fait le secrétaire à la défense Jim Mattis jeudi, ont démissionné en signe de protestation extraordinaire. Ce que le président de la commission des relations extérieures du Sénat, Bob Corker (R-Tenn.) a surnommée “une garderie pour adultes”, a cessé ses activités.

» Trump entrera dans sa troisième année en tant que président hors de tout contrôle, – en guerre avec ses ennemis supposés, déterminé à tenir les promesses de sa campagne d'insurrection et écartant tout ce qui peut diviser sa coalition politique. »

Pour avoir une vision plus juste de la situation, misant sur leur hargne plus grande contre l’establishment de Washington que contre le “fascistique Trump” comme ils le désignent, on se tournera vers les trotskistes de WSWS.org. Chargés de leur expérience politique et de leur vertu de représentants exclusifs du prolétariat mondial, on peut presque les entendre déverser leurs tombereaux de vérités furieuses sur les zombiesSystème corrompus et totalement subvertis qui font la leçon à Trump au milieu de cris d’orfraie des vertus offensées.

« L'avenir de l'administration est remis en question. Chuck Todd, l'animateur du programme ‘Meet the Press’ de la chaîne NBC, a déclaré dimanche que la démission de Mattis en signe de protestation contre le retrait des troupes US de Syrie pourrait constituer le “début de la fin opérationnelle de cette présidence”. Il a évoqué l'érosion du soutien à Trump, parmi les républicains du Sénat qui ont servi de tampon contre les enquête menées contre lui, essentiellement celle menée par l'ancien directeur du FBI, Robert Mueller, sur les relations personnelles de Trump et sur ses liens supposés avec la Russie.

» Dans les changements de politique étrangère de Trump, les démocrates, parlant au nom de l'armée et des services de renseignement, voient un abandon de ce qu'ils considèrent comme le principe fondamental de la politique étrangère américaine : le contrôle du Moyen-Orient, essentiel pour contrer la Russie et nécessaire pour affronter la Chine. Le sénateur démocrate Chris Coons a déclaré dimanche dans le cadre de l'émission ‘Face the Nation’ de CBS que “le président Trump a fait un beau cadeau de Noël au président Vladimir Poutine de Russie et à l’Ayatollah Khamenei d’Iran”.

» Au cours du processus, les démocrates s'alignent sans vergogne sur les forces les plus réactionnaires de l'appareil d'État et de l'armée. ‘Mad Dog’ Mattis, le boucher de Faloujah, qui a déclaré un jour qu’“il est amusant de tirer sur certaines personnes” a été transformé en un pilier de la vertu morale. Dick Durbin, le numéro deux du parti démocrate au Sénat, a déclaré à ‘Meet the Press’ : “Ca me brise le cœur” de voir Mattis partir. Il a dit qu'il avait supplié Mattis : “Restez, restez aussi longtemps que vous le pouvez”, car “nous avons désespérément besoin de votre maturité, de votre patriotisme”. Le criminel de guerre Mattis, toujours en vie, suit la voie menant à la sainteté politique que les démocrates et les médias ont tracée aux défunts John McCain et George H.W. Bush.

» Il y a bien plus qu’un soupçon d’appels à une intervention directe de l'armée contre Trump. Si l’on décidait de renverser Trump par une sorte de ‘coup d’État interne’, cela serait bien accueilli par les démocrates et les médias. D'après les déclarations qui ont été faites, on ne peut que conclure que cela serait suivi d'une escalade immédiate de la guerre au Moyen-Orient et d'une agression contre la Russie.

» La réaction féroce contre les mouvements de Trump en Syrie et en Afghanistan expose la fraude de la ‘guerre contre le terrorisme’, prétendument lancée pour lutter contre les terroristes islamistes. Trump a justifié son plan de retrait des troupes américaines par la déroute de l'État islamique en Syrie. Mais comme l’ont déclaré de nombreux adversaires indignés, le véritable problème n’est pas l’État islamique, mais plutôt la lutte contre les rivaux géopolitiques de Washington au Moyen-Orient et en Asie centrale, en particulier la Russie et l’Iran. »

Plus c’est la même chose, plus ça change

Il est vrai que, depuis l’élection de Trump, les rumeurs de complot, de guerre totale, de coup d’État intérieur, etc., n’ont pas manqué. Celles qu’on évoque aujourd’hui, dans le cadre de l'interprétation qu’il s’agit avec la démission de Mattis d’un événement de rupture des choses, n’ont guère plus de consistances que celles qu’on évoque depuis novembre 2016, mais pas moins non plus... Qu’importe, elles continueront à circuler, paraissant chaque fois plus assurées, plus menaçantes et, pour certains, plus exquisement prometteuses.

L’affirmation de Rucker (« Pendant deux ans, ils ont essayé de l'instruire et de le retenir... ») qui nous laisserait à penser que Trump a été “sous contrôle” pour faire son “éducation” depuis deux ans (sacré Aristote) apparaît, lorsqu’on considère la séquence, totalement, absolument fausse. Cela fait partie des montages de type antidépresseur, les narrative que les plumes-Système les plus huppées se racontent à elles-mêmes pour se rassurer d’une part (“Nous le tenions, donc nous n’avons jamais perdu le contrôle des choses”) ; pour se laisser à penser et pourquoi pas, y croire malgré tout (“C’est sûr, le crime ne restera pas impuni et le Général des Marines Mattis va prendre la tête de la contre-attaque sabre au clair, et déposer ce président insalubre et qui pue”).

Mattis n’a rien empêché du tout dans les domaines les plus durables et les plus marquants de la présidence Trump jusqu’ici, – notamment le retrait du traité nucléaire avec l’Iran et une guerre commerciale d’une intensité extrême, n’épargnant certainement pas les alliés de l’OTAN et interférant gravement sur la solidarité transatlantique. Tout juste a-t-on pu croire à l’influence apaisante de Mattis et des autres “généraux” (McMaster et Kelly, également éjectés) dans l’affaire nord-coréenne, sauf à penser, comme l’affirme Trump lui-même, que ses rodomontades nucléaires ne constituaient que l’application de sa tactique habituelle de négociation (exercer une pression énorme sur “le partenaire” pour l’amener à des concessions maximales)... De toutes les façons, cette affaire nord-coréenne n’intéresse plus personne à “D.C.-la-folle”, où elle a été mise au frigidaire, tandis que Russes et Chinois travaillent discrètement avec Kim, dans leur coin.

De même et au contraire, bien qu’il ait fait avancer certaines de ses idées réduites à la comptabilité et à la sensibilité de ce qu’il juge être son électorat, Trump est loin, très loin, de posséder la moindre capacité d’imposer une stabilité “trumpiste” à une politique US qui est chaque jour plus chaotique. Il est vrai que Trump serait bien en peine d’offrir une perspective, une conception sur laquelle bâtir la moindre stabilité ; à cet égard, il n’a rien appris “sous la contrainte” durant ses deux premières années de pouvoir ; il est resté le même homme qui ne mesure les choses qu’en fonction d’une seule référence : l’argent et les bénéfices qui permettent d’en disposer.

C’est par ce chemin étrange, qui paraîtrait celui de tous les blocages, qu’il en est arrivé à la conclusion du désengagement de Syrie : à cause du coût de ses opérations dès lors qu’il ne leur voit aucun avantage, aucun bénéfice sonnant et trébuchant. (Dieu sait pourtant si les opérations US en Syrie ne sont qu’une poignée de dollars dans l’énorme trésor de monnaie de singe fraîchement imprimée que reçoit chaque année le Pentagone.)

Le paradoxe est qu’ainsi, par le tout-petit, tout-petit bout de la lorgnette, on arrive à écorner la politique d’un bellicisme et d’un hégémonisme religieux (la politiqueSystème) qui nourrit la folie washingtonienne, et par conséquent, par la vertu du symbolisme que prend cette décision dans les conditions où elle est prise et selon la personnalité insupportable de celui qui l’a prise, l’on suscite une nouvelle crise nerveuse à “D.C.-la-folle” et l’on y aggrave la situation de désordre à mesure, tandis que le prestige et l’influence des USA dans le monde baissent encore d’un cran.

Constatant l’extraordinaire déchaînement de colère et de mépris contre Trump, l’affirmation de l’isolement mortel et de la destruction “opérationnelle” de l’administration Trump, à l’occasion de la démission du Général Mattis effectivement élevé au rang des Saints & Martyrs de l’innommable, WSWS.org le note avec fureur et dérision : « Ce n’est pas l’attaque ‘fascistique’ de Trump contre les immigrés, sa guerre contre la classe ouvrière ou sa bellicosité vis-à-vis de la Chine qui a déclenché le paroxysme de la rage au sein de l’establishment et du Parti démocrate. La cause de cette rage, c’est son intention apparente de mettre fin aux guerres en Syrie et en Afghanistan, qui sont toutes deux non déclarées et illégales. »

Le résultat de cet épisode est toujours le même pour le sens de la situation qui est le sens du désordre, et bien entendu il permet d’aggraver encore plus cette situation.

• D’un côté, les adversaires de Trump nous ont montré depuis deux ans l’extraordinaire volume de leur haine et de leur fureur, mais aussi leur impuissance presque complète face à Trump, y compris dans la tradition exotique de l’élimination d’un président par l’outil le plus expéditif. (Il ne serait pas étonnant d’apprendre que Trump a pris ses précautions de ce point de vue en doublant sa protection officielle d’une protection secrète assurée par une société privée de sécurité.) L’épisode Mattis et la mise en cause de la “Grrrande Politique” belliciste et hégémonique, type antiSystème, ne font qu’accentuer leur haine et leur  fureur, et surtout les y enfermer un peu plus, sans pour autant donner, – dans tous les cas jusqu’à maintenant, – le signe que l’effet de la chose puisse correspondre à ce qu’un commentateur facétieux nommait “un peu de Viagra politique”.

(• On notera que si ses adversaires parvenaient “enfin” à réussir quelque chose de décisif contre Trump, l’effet serait également d’accentuer le désordre, cette fois au niveau de la paix civile, – passage probable de la “guerre civile froide” à la guerre civile tout court, – en raison du paroxysme de la tension psychologique et de la radicalité des oppositions au niveau populaire.)

• Trump continuera à être Trump, c’est-à-dire qu’il le sera plus que jamais, ayant de plus en plus rompu des amarres qui n’ont jamais vraiment existé entre D.C. ; et lui, cherchant surtout à mobiliser sa “base” pour 2020, c’est-à-dire à faire une politique 1) qui rapporte de l’argent et lui permet de clamer que tout va mieux, et 2) qui interfère dans la politiqueSystème washingtonienne et lui permet de clamer qu’il est antiSystème. Ses divers éventuels problèmes légaux liés à ses affaires le conduiront à une seule chose : accentuer tout ce qui peut alimenter le populisme de ses électeurs, et de ce point de vue l’attaque contre la politiqueSystème est un excellent argument.

(• Effectivement, de ce point de vue Trump apporte de la nouveauté, en renversant complètement la technique dite “Wag the Dog”. Au lieu de concevoir que les effets de ses problèmes intérieurs ou intimes peuvent être annulés par une crise extérieure, comme le déclenchement d’une guerre, il fait l’inverse : c’est en interrompant des guerres extérieures qu’il peut renforcer sa position intérieure et disposer d’assez de poids pour écarter les problèmes que nous évoquons... Bref, pour ce cas la justesse de l’événement vient par un étrange chemin.)

Dans tout cela, il n’y a que des postures et des simulacres (même s’il y a des effets) relevant d’abord de la communication, dans un temps qui semble impuissant à “opérationnaliser” ce qu’il y a de tragique dans la “tragédie-bouffe”, – sinon en atteignant la tragédie finale de l’effondrement ? Chuck Todd a sans doute raison lorsqu’il affirme que « le retrait des troupes US de Syrie pourrait constituer le “début de la fin opérationnelle de cette présidence” », sauf que cette présidence n’a jamais été vraiment “opérationnelle”, et que, lorsque la présidence n’est pas “opérationnelle” à Washington D.C., c’est tout “D.C.-la-folle” qui est paralysée en une “non-opérationnalité” structurelle et le désordre  alimenté au maximum de sa puissance.

Certes, Trump n’est pas et ne peut être un antiSystème, considérant sa psychologie, son origine sociale, le milieu où il évolue, sans doute sa faiblesse conceptuelle à cause des habitudes indéracinables que donne la pratique du business-USA. Par contre, il est sans aucun doute le plus formidable outil dont la dynamique antiSystème puisse rêver : avec lui, dans la posture où il se trouve, avec les forces dont il dispose et celles qui lui sont opposées, s’est créé un phénomène de paralysie et d’impuissance qui ne fait qu’activer le désordre de “D.C.-la-folle” et ce qui suit, et précipiter plus encore le Système dans le déchaînement de sa surpuissance qui implique nécessairement le déchaînement de son autodestruction. De ce point de vue, Trump nous paraît être un producteur sans fin de poison antiSystème, et si l’effondrement n’est pas encore bouclé il faudra le réélire en 2020.

(... Excellente remarque d’Orlov : « Comment savoir si la séquence d’autodestruction a été déclenchée ? Il y a deux signes révélateurs. La première est qu’il existe une reconnaissance et une acceptation communes du fait qu’il faut faire quelque chose pour éviter l’effondrement. La perestroïka de Gorbatchev et le “Make America Great Again” de Trump sont deux signes de désespoir. La seconde est que chaque tentative de prévenir ou de retarder l’effondrement nous en rapproche, chaque perturbation augmente le désordre et la portée de l’action productive se réduit à presque rien. »)

  • 24 décembre 2018 à 00:00

Nizan et les caractères de notre tyrannie bourgeoise

Par info@dedefensa.org

Nizan et les caractères de notre tyrannie bourgeoise

Disons-le enfin nûment. Nous sommes dirigés par des bourgeois, nous le savons grâce aux gilets jaunes maintenant. Même volage libertin, le « bourgeois sauvage », comme j’écrivais jadis, type Valls ou Hollande, sera sans pitié pour les questions de pognon et de mondialisation, et il le sera d’autant plus qu’il est préoccupé de questions de migrations, de climat, de régionalisme ultra ou de pollution. Il est humanitaire, donc plus moral que le peuple qu’il exploite et méprise. Soros, Rothschild, Macron, BHL, Pinault, les larbins surpayés de la télé et tutta quo sont des bourgeois qui estiment valoir plus que nous, en termes matériels, mais aussi moraux. Ils s’arrogent donc le droit de nous remplacer. Et ils ont gardé, avec leur modèle anglo-saxon, comme ennemi de  toujours, la Russie, qui, tzariste (lisez mon texte sur Tocqueville et la russophobie), communiste ou orthodoxe-démocrate, a le pouvoir de les rendre fous.

Cela étant dit, on en reviendra à Paul Nizan que j’ai enfin découvert en relisant les Nouveaux chiens de garde de Serge Halimi. Halimi a très bien décrit la déviance du journaliste de marché dans son livre bourré de notes, mais il a omis de rendre un hommage au livre de Nizan (voyez wikisource), qui est un chef-d’œuvre. 

Le bourgeois exploite certes, et il aime les hommes, mais à distance. C’est pourquoi il n’aime pas son prochain. Le milliardaire américain conchie les déplorables, le milliardaire européen conchie son gilet jaune et le fait coffrer en lançant une énième chasse au terroriste invisible.

Nizan donc :

« Le bourgeois est un homme solitaire. Son univers est un monde abstrait de machineries, de rapports économiques, juridiques et moraux. Il n’a pas de contact avec les objets réels : pas de relations directes avec les hommes. Sa propriété est abstraite. Il est loin des événements. Il est dans son bureau, dans sa chambre, avec la petite troupe des objets de sa consommation : sa femme, son lit, sa table, ses papiers, ses livres. »

Jusque-là on est au dix-neuvième siècle. Après Nizan se montre visionnaire. Le bourgeois-Jules-Verne, coincé dans son avion, son building ou son condominium, voit le monde comme une émission de télé-réalité. Comme dans le sketch des Guignols qui nous montrait un Balladur effrayé de ces gens qu’il voyait des fois à la télé, et qui étaient des Français… Nizan annonce ici Debord et sa société du spectacle, il annonce aussi le monde des écrans où tout est vu à distance :

« Tout ferme bien. Les événements lui parviennent de loin, déformés, rabotés, symbolisés. Il aperçoit seulement des ombres. Il n’est pas en situation de recevoir directement les chocs du monde. Toute sa civilisation est composée d’écrans, d’amortisseurs. D’un entrecroisement de schémas intellectuels. D’un échange de signes. Il vit au milieu des reflets. Toute son économie, toute sa politique aboutissent à l’isoler. » 

Charles Gave rappelait récemment que le bourgeois bobo adore l’humanité mais qu’il déteste les Français. Chez Nizan cela donne déjà ça :

« La société lui apparaît comme un contexte formel de relations unissant des unités humaines uniformes. La Déclaration des Droits de l’Homme est fondée sur cette solitude qu’elle sanctionne. Le bourgeois croit au pouvoir des titres et des mots, et que toute chose appelée à l’existence sera, pourvu qu’elle soit désignée : toute sa pensée est une suite d’incantations. Et en effet pour un homme qui n’éprouve pas effectivement le contact de l’objet, par exemple les malheurs de l’injustice, il suffit de croire que la Justice sera : elle existe déjà pour lui dès qu’il la pense. Il n’y a pas un écart douloureux entre ce qu’il éprouve et ce qu’il pense. »

Le bourgeois est dans l’abstraction. Au dix-neuvième on se fout en Grande-Bretagne de la famine irlandaise (trois millions de morts) mais on veut abolir l’esclavage en Amérique. John Hobson parlait d’inconsistance dans son classique sur l’impérialisme occidental : vers 1900, 90% des sanglantes conquêtes coloniales avaient des alibis humanitaires, comme aujourd’hui.

Nizan encore :

« Car sa vie n’est pas moins abstraite et solitaire que sa pensée. Un abîme ne sépare point son être privé et sa personne morale. Les Droits de l’Homme expriment assez complètement le peu de réalité qu’il possède. Marx a donné des descriptions admirables de cet Homme bourgeois « membre imaginaire d’une souveraineté imaginaire, dépouillé de sa vie réelle et individuelle et rempli d’une généralité irréelle ».

Le bourgeois crée une série d’êtres abstraits avec le transgenre et le reste, et de problèmes abstraits pour éviter de parler des questions qui fâchent, comme le fait qu’1% des gens détiennent 93% des richesses mondiales (80% selon le Figaro, mais pourquoi chicaner avec la presse-Dassault ?), ou que vingt-sept Français possèdent plus que trente-deux millions... Quand on sait que les premiers aiment les domestiques non déclarés, les éoliennes et les évasions fiscales, sans oublier l’art contemporain le plus putréfié (lisez Tolstoï qui le sentait venir), on comprend mieux nos problèmes, surtout qu’ils contrôlent les médias et ont fait élire leur falote et efféminée marionnette à l’Elysée en profitant de la fin, dangereuse pour eux à long terme, du binôme bouffon droite-gauche.

Puis Nizan décrit comment le bourgeois devient dangereux. La technologie est venue pour servir ses desseins, le cancer technologique dont nous parle Philippe Grasset dans plusieurs livres inspirés.

« Dans son univers où rien n’arrive réellement, il doit avoir, pour continuer à vivre, l’illusion qu’il se passe quelque chose. Mais l’intelligence est justement le seul élément de l’homme qui puisse se développer pour soi. La pauvreté réelle de la vie bourgeoise permit aux jeux de l’esprit une prolifération autonome. L’intelligence bourgeoise se développa comme un cancer.Ce que le bourgeois ne trouvait pas dans la pratique véritable de la vie humaine, il dut le remplacer par quelque chose qui était au dedans de lui, qui lui permettait malgré tout de s’affirmer qu’il vivait. »

On répètera cette phrase apocalyptique : « L’intelligence bourgeoise se développa comme un cancer. » Et cela donne dans les hautes sphères bureaucratiques le besoin de faire envahir l’Europe, de fracasser le monde arabe, de démolir la Chine ou la Russie, et de nous mettre sans rire aux énergies non polluantes tout en prenant l’avion cent fois par an.

La science bourgeoise, Nizan sent qu’elle dégénère en occident et cela donne cinquante ans après sous la plume de Guy Debord : 

« La science de la justification mensongère était naturellement apparue dès les premiers symptômes de la décadence de la société bourgeoise, avec la prolifération cancéreuse des pseudosciences dites « de l’homme » ; mais par exemple la médecine moderne avait pu, un temps, se faire passer pour utile, et ceux qui avaient vaincu la variole ou la lèpre étaient autres que ceux qui ont bassement capitulé devant les radiations nucléaires ou la chimie agroalimentaire. »

Les milliardaires qui contrôlent ce pays, les eurocrates-mondialistes bourgeois mis en place en 45 puis en 57, les bobos qui les assistent (et en vivent de plus en plus mal), ne font finalement que maintenir notre vieille aliénation. Et ce que je nomme fin de l’Histoire n’est qu’une ère bourgeoise qui n’en finit pas, et préfèrera la guerre nucléaire avec la Chine et la Russie à la fin de son apostolat de fric et d’humanitaire.

Car on se doute que le destin de l’ère bourgeoise n’est pas de finir en despotisme éclairé. Découvrez Paul Nizan en tout cas, le penseur obscur qui a mis le doigt ou cela fait le plus mal : le bourgeois est prétentieux, il se la pète, il est content de lui alors qu’il commet toutes les injustices de la terre, que ce soit aujourd’hui en province, au Yémen, en Grèce ou en Palestine :

« Ne parlent-ils pas de Liberté, de Justice, de Raison, de Communion ? Ne se mettent-ils point sans cesse dans la bouche les mots d’Humanisme et d’Humanité ? Ne savent-ils point que leur mission est d’éclairer et d’aider les hommes ? C’est ainsi qu’ils font la théorie de la pratique bourgeoise, qu’ils font la métaphysique de l’univers auquel le bourgeois tient : le bourgeois fut toujours un homme qui justifiait son jeu temporel par le rappel de sa mission spirituelle. Le bourgeois sait. Ses fonctions économiquement, politiquement dirigeantes exigent d’être complétées et garanties par des fonctions spirituellement dirigeantes. »

Tout cela rappelle l’effrayant Maurice Godelier, universitaire-anthropologue-concepteur de la théorie du genre, et qui avoue « être fonctionnaire au service de l’Humanité »…

Nizan sur notre omniprésente racaille philanthrope :

« Le bourgeois est conseiller et il est protecteur. Il incline à la philanthropie. Il fonde des dispensaires. Des crèches. Noblesse obligeait. Bourgeoisie oblige. »

Et je citerai Maïakovski pour terminer, qui soulignait cette voracité si bourgeoise et omniprésente à la télé :

Ешь ананасы, рябчиков жуй,
день твой последний приходит, буржуй.

Mange des ananas, mâche des tétras, 
ton dernier jour arrive, bourgeois !

 

Les sources principales 

Paul Nizan – les chiens de garde (wikisource.org)

Serge Halimi – les nouveaux chiens de garde (raisons d’agir)

Nicolas Bonnal – la culture comme arme de destruction massive, Céline pacifiste enragé (Amazon.fr)

Guy Debord – Commentaires sur la Société du Spectacle

 

http://www.bvoltaire.fr/bourgeoisie-barbare-hait-populo-rebelle/

https://www.egaliteetreconciliation.fr/Gouverner-par-le-chaos-10989.html

https://nicolasbonnal.wordpress.com/2018/01/15/tocqueville-et-la-rage-anti-russe-en-1849-cette-fois/

https://www.youtube.com/watch?v=skddjC5j4cc

 

  • 25 décembre 2018 à 00:00

État des lieux assorti de quelques voeux

Par info@dedefensa.org

État des lieux assorti de quelques voeux

Les alliés, vassaux traditionnels des USA, en sont tout marris

L’Australie, la Corée du Sud, la France, l’entité sioniste installée en Palestine sans compter d’autres encore comme l’Arabie aux mains des Bédouins du Nadjd semblent avoir été prises au dépourvu à l’annonce intempestive de l’Homme Orange à la mèche blonde du retrait imminent des troupes Us de Syrie.  2200 soldats, le nombre n’est pas important. Mais leur rôle est essentiel dans le soutien des unités kurdes installées dans le Nord et l’extrême Est de la Syrie dans des territoires qui excèdent les zones où cette ethnie est traditionnellement majoritaire (*) mais aussi dans le Sud, armant et formant également les ‘Forces Démocratiques Syriennes’. Pas moins de quatorze bases US étaient recensées en janvier 2018. La volonté étasunienne non déguisée de créer un Kurdistan unifié près des frontières turque, syrienne et irakienne aux dépens de la Syrie répond à une exigence de la défense israélienne . A partir de ce point d’appui, les trois pays limitrophes pourraient être pris à revers.

Le projet lancinant des Néoconservateurs de morceler l’Orient arabe pour un remodelage du Grand Moyen Orient a rencontré ses limites du fait de l’Hubris israélienne. La destruction d’un Il-20 russe par l’aviation israélienne, mal évaluée par des militaires israéliens, corrompus et ivres d’une arrogante impunité conférée par un sentiment de toute puissance acquis grâce aux assassinats commis sur des civils palestiniens, en a été le terme. La Russie a mis à disposition du gouvernement légal de Damas des dispositifs qui assurent une protection du ciel syrien devenu quasi-inviolable. Ne pouvant assurer ravitaillement et protection des soldats au sol sans risquer que ne soient abattus avions et hélicoptères US, l’Homme Orange a pris une décision logique de retrait pur et simple en cohérence par ailleurs avec les proclamations de sa campagne électorale isolationniste. 

Le Sultanat, substitut de la Sublime Porte

La détermination d’Erdogan de ne pas laisser s’installer un foyer d’instabilité kurde organisé à sa porte a sans doute pesé lourdement dans ce retrait. L’Otan se devait de conserver la carte turque dans le jeu de la guerre ‘froide’ contre l’ennemi russe décrété comme principal. L’ambiguïté adroitement maintenue par Ankara a favorisé cette issue qui privilégie le maintien d’une alliance avec une puissance moyenne réelle plutôt que l’élaboration aléatoire, coûteuse et dangereuse d’un mini-État kurde. L’absence des Occidentaux dans les négociations d’Astana illustre suffisamment leur éviction de la scène de l’Orient arabe. Puisque Russie, Iran et Turquie sont les seuls parrains de la future recomposition de la région, autant redevenir réaliste et conserver le canal d’influence turc. L’épouvantable assassinat de Khashoggi à Istanbul, lourd de bizarreries encore inexpliquées à ce jour, est venu à point nommé renforcer la nécessité d’amadouer une Turquie sur la voie d’un euroasiatisme qui lui ferait préférer les S-400 et l’Organisation de Coopération de Shanghai. On revoit ici à l’œuvre la résurgence de la diplomatie biscornue et complexe des deux empires français et britanniques qui accordaient leur protection à l’empire ottoman contre les appétits tsaristes tout en le grevant de dettes qui finirent par le ruiner et le faire succomber.

La victoire du peuple syrien aidé de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah sur la création d’une branche d’All Qaïda et de l’alliance occidentale a éloigné le morcellement annoncé de la nation syrienne, pluriethnique et multiconfessionnelle.

Rester attentifs aux contrepoints

Dans le bruit du ressac produit par la démission de Jim Mattis, l’approbation de la vente à la Turquie des missiles Patriot par l’administration étasunienne est restée inaudible. Le montant global de la transaction s’élèverait à 3,5 milliards de dollars et permettrait à la défense turque de rester Otan-compatible. On n’a pas entendu pour autant qu’Ankara renoncerait au système anti-missile russe.

L’effacement officiel de l’armée régulière étasunienne de Syrie et d’Afghanistan n’exclut pas une intervention occulte de firmes militaires (dites de sécurité) privées sur le champ de bataille. Maintes fois renommée et restructurée, la firme Blackwatera acheté une pleine page de publicité dans le numéro de janvier 2019 de la revue ‘Recoil’ dédiée aux armes et à la chasse. Le message, laconique, en blanc sur fond noir, annonce non sans espièglerie morbide leur retour très probable sur les théâtres d’opération ‘We Are Coming’. En effet, comment imaginerque de telles prébendes puissent être abandonnées par l’énorme machine à corruption et profit du Pentagone ?

Quand il n’en reste plus, il en reste encore serait l’aphorisme qui siérait bien aux maîtres d’œuvre du Complexe Militaro-Industriel étasunien.

La question de la Dette, épicentre des crises

Poursuivant une réalité sonnante et trébuchante, bien plus consistante que toutes les idéologies de domination étasunienne, les Usa ont enfourché une autre guerre, celle des sanctions et des tarifs douaniers. Il est loin d’être certain qu’ils la gagnent mais elle est autrement plus vitale pour eux. L’irrésistible montée de la Chine et sa place comme future ou déjà première économie mondiale est considérée comme l’enjeu primordial par les stratèges américains. La Chine leur dispute leur présenceen Afghanistan. Désormais, la paix dans l’un des toits du monde se discute entre le Pakistan, les Talibans, Kaboul et Pékin.

Dans un contexte de ‘ralentissement’ de la croissance mondiale, le FMI et toutes les banques centrales revoient l’augmentation des PIB nationaux à la baisse, la restriction des importations instituée par Trump et son équipe incapable d’évaluer les effets en retour dévastateurs de leur America Firstest en train de plonger les Usa dans un début de marasme économique. Le frein des importations de la Chine du pétrole, du soja et du maïsaméricains est en train d’affecter l’agriculture et l’extraction des hydrocarbures non conventionnels. Pour cette raison et bien d’autres, liées à l’obsolescence de l’industrie et à la faiblesse des salaires, l’équilibre de la balance commerciale escompté se trouve repoussé aux calendes grecques.

La politique continue des taux d’intérêts bas menée par la Fed depuis 2008 avec l’excès des liquidités mises en circulation menace de faire grimper l’inflation, ce que redoute toute banque centrale dont l’une des missions essentielles dont elles ont été investies est de maîtriser la montée des prix à la consommation et celle des salaires. Que Trump veuille faire démissionner Jerome Powell de la Fed n’y changera rien. Cet adepte des taux négatifs ne fait que poursuivre ce qu’avait institué Bernanke, mais il est contraintde rendre attractives les obligations émises par le Trésor, ses fameux Bons, en les rémunérant un tant soit peu. Le Marché a déjà intégré ce qui est anticipé, la montée des taux en 2019 et 2020 sera trop faible pour sortir les taux de la zone négative dans laquelle on les presse de rester. La petite hausse des taux pratiquée par Janet Yellen et Powell a déjà alourdi la Dette fédérale de 500 milliards de dollars par an. Encore une fois, nous assistons à l’implacable fonctionnement d’une boucle rétroactive positive. Une économie étroitement dépendante de la consommation la favorise en facilitant le crédit aux particuliers sans révision à la hausse des salaires. (**)

La Fed est piégée. Monter les taux, c’est tenter de dégonfler le bilan colossal de la Fed, première cliente de la dette fédérale mais aussi faire apprécier le dollar, déprécier les matières premières et les actions boursières, alourdir le service de la Dette. Les maintenir bas, c’est gonfler artificiellement les valeurs boursières. Mais c’est aussi encourager les crédits et perpétuer des investissements aberrants selon la logique même du capitalisme comme les hydrocarbures de schiste de rentabilité douteuse exploités uniquement parce qu’imprégnés d’un financement gratuit et d’existence toujours remise en cause par un cours du baril volatile et maintenant en baisse. 

Les $21 000 milliards du Pentagone

Trop peu d’attention a été portée à l’audit que vient de subir le Pentagone.

Cela faisait plus de vingt ans qu’était repoussé par un organisme ‘indépendant’ l’examen de conformité de la comptabilité du Pentagone. En 2010, le Congrès a donné un délai de 7 ans pour que le Département de la Défense soit en mesure de répondre à son obligation de rendre compte de l’usage du budget qui lui est alloué annuellement (plus de la moitié du fédéral). Le Pentagone a réussi à obtenir du temps supplémentaire pour satisfaire à cette obligation élémentaire.

Finalement, la promesse de campagne de nombreux candidats à la Présidence des Usa d’examiner les comptes du ministère qui absorbe la majorité des ressources fédérales vient d’être mise à exécution. Le Pentagone a ouvert ses livresà 1200 analystes et agences comptables.  Le 15 novembre 2018, Ernst Young et toutes les firmes privées invitées à se pencher sur les livres ont jeté l’éponge, déclarant ne pouvoir poursuivre leur étude. Aucune des divisions n’a été capable de prouver sa capacité à tracer et justifier ses dépenses. L’adjoint au secrétaire à la défense a reconnu avec une désinvolture bonhomme ce constat : « Nous avons échoué à cet audit mais nous ne nous attentions pas à un autre résultat ». Bien sûr les médias trouvent une justification à une situation en principe inacceptable. Ce serait la situation de Guerre permanente instituée comme principe existentiel par Bush et les néoconservateurs depuis lors au pouvoir qui aurait empêché une tenue correcte des comptes. (La réalité refoulée serait plutôt qu’une guerre sans fin dans le temps et l’espace est une condition souhaitée pour des dépenses incontrôlables).  

Pendant des décennies, fraudes, corruption, vol et brigandage à tous les étages ont été au menu de la plus grande machinerie de destruction conçue par l’humanité.

Les sommes réelles engouffrées dans le fonctionnement du Pentagone excèdent les budgets consentis par le Congrès. Elles sont d’une ampleur telles qu’elles représentent des chiffres difficiles à appréhender.  Un rapport pour l’année fiscale de 2015 avait établi qu’un montant de $6 500 milliards (le budget total  alloué pour cette année n’était que de $565 milliards) n’avait pas été justifié  dans les livres comptables du Département de la Défense. Cette bizarrerie, dépense sans objet correspondant à plus de dix fois la théorique,  avait alerté deux chercheurs dont Mark Skidmore de l’université du Michigan qui avaient établi qu’entre 1998 et 2015 ce sont $21 000 milliards qui ont été consommés et qui ont disparu on ne sait où. L’escroquerie est tellement gigantesque qu’elle en est incroyable et par conséquent l’on ressent comme une gêne quand on la relaie. On vérifie là une fois de plus que la désinformation ne consiste pas à déformer des nouvelles ou à inventer des fausses mais à taire ce qui peut éclairer sur la nature de l’ordre régnant. 

Il faut compter cette anomalie majeure, un Truc qui dépense dix fois plus qu’il ne reçoit sans pouvoir justifier comment, comme l’une des raisons du retrait actuel des Usa de la Syrie et de l’Afghanistan.

En  2011, le premier ministre russe Vladimir Poutine au cours d'une rencontre avec un mouvement de jeunes avait osé dénoncer les Usa de parasiter l’économie mondiale avec leur dette en usant de la situation de monopole du dollar.  Déclaration venue des décennies après celle de De Gaulle qui soulignait le privilège exorbitant du dollar et de quoi en faire le diable en personne. 

Nous ne pouvons que nous souhaiter pour cette prochaine année une fin rapide du dollar comme monnaie d’échange et de réserve universelle mais qui peine encore à s’affirmer. Bien sûr, l’effondrement du dollar ne règlerait pas à lui seul tous les problèmes des économies interdépendantes de la planète. Aucune ne serait à cette heure auto-suffisante si tous les circuits financiers et commerciaux venaient à s’interrompre.  Comme en aucun cas la croissance zéroou négative réclamée par certains n’en est une, nous sommes en situation réelle de stagnation depuis quelques années. Ni le système de la monnaie fongible, c’est-à-dire la perte de la valeur obligatoire de toute somme thésaurisée qui ne serait pas injectée dans l’économie réelle n’est une issue pour le mode de production destructeur monstrueux développé à l’abri des théories libérales des Chicago Boys. Les taux d’intérêts négatifs rendent insatisfaisante la monnaie comme valeur de réserve puisqu’elle se déprécie à mesure de l’inflation.

Il manque à ce jour des voies audacieuses en nombre pour que se dissipe l’illusion partagée que ce mode de production (profit et exploitation) est naturel.

 

Notes

(*) Pour s’en convaincre, il est utile de comparer ces deux cartes.

1) Répartition avant la guerre civiledes principaux groupes ethniques en Syrie.

2) Occupation militaire de territoires par les YPG... Ce qui n’est pas sans poser le problème des épurations ethniques commises de part et d’autre, en particulier l’éviction de larges minorités chrétiennes par les YPG autour de Hassaka.

(**) Selon une étude de The Economist de 2012, la croissance de la dette privée est un indicateur de récession plus fiable que l’augmentation de la dette publique, l’offre de monnaie, ou un déséquilibre dans les échanges. Actuellement, 56% des Américains ont un crédit, et 52% des propriétaires ont eu besoin de retarder l’échéance de leur emprunt hypothécaire, et ne disposent pas des ressources financières suffisantes pour y faire face. Les jeunes adultes sont particulièrement vulnérables ; une étude menée par Wells Fargo est venue à la conclusion que les jeunes de la génération Y consacrent au moins la moitié de leur salaire à leurs échéances de prêt. D’après un rapport du Congressional Budget Office, la croissance économique aux États-Unis est susceptible de stagner parce que la population va continuer à consommer, sans que les salaires ou la richesse du pays n’augmentent suffisamment, ce qui risque d’accentuer les inégalités. L’écart sera en effet comblé par des crédits, selon la même dynamique que celle qui a contribué à la récession. 

  • 26 décembre 2018 à 00:00

Complications de l’Orient compliqué

Par info@dedefensa.org

Complications de l’Orient compliqué

Elijah J. Magnier poursuit son analyse de la situation en Syrie et autour de la Syrie après l’annonce du retrait US de ce pays. Cet observateur avisé, qui n’a pas besoin du simulacre des références-faussaires de la presseSystème pour faire entendre sa voix, nous donne une analyse nécessairement engagée, qui nous répercute le point de vue des milieux syriens, libanais, etc., eux-mêmes engagés dans une lutte visant à tenter de faire reculer la politiqueSystème dont les USA, avec les acolytes israélien et saoudien, sont les porteurs d’eau les plus zélés. De ce point de vue, la décision de Trump, qui semble bien devoir se concrétiser, constitue un événement dont les effets sont à la fois bénéfiques et déstabilisants, – ou plutôt pourrait-on dire “bénéfiques mais déstabilisants”...

Magnier tente de rendre compte de la situation en Syrie dans la perspective du retrait US et nous fait prendre conscience de son extrême complexité. Les USA sont (étaient ?) installés en Syrie depuis quelques années, illégalement et “officieusement” quoique cela soit connu de toutes les parties, essentiellement pour y entretenir le désordre, avec comme “but stratégique” éventuel mais de plus en plus improbable et insaisissable la chute d’Assad. Cette appréciation n’est pas une parabole née d’une plume assez peu bienveillante puisqu’il y a quelques mois une source officieuse, – un fonctionnaire du département d’État de passage à l’OTAN, – décrivait la mission des forces US exactement dans ces termes : « Nous entretenons le désordre jusqu’à ce que se présente une situation opportune pour nos objectifs. »

Le paradoxe est que le départ des forces US va créer un désordre supplémentaire, – Magnier décrivant la situation en disant son espoir que ce désordre ne sera que transitoire. En effet, dans la Syrie totalement déstructurée, une sorte de “restructuration de désordre” s’était effectuée, avec chaque partie occupant ses positions, agissant pour atteindre ses buts, etc. Le désengagement US va nécessairement ôter un “élément de structure”, créer un “vide” dans cette “restructuration de désordre”, que les divers acteurs travaillent déjà à tenter de combler, chacun selon ses intérêts.

Le premier des enjeux est le sort des Kurdes, qui constitue notamment un argument de poids pour la logique affectiviste, largement déployée par la presseSystème et les élites qui vont avec, par exemple du côté français où les Kurdes ont toujours eu bonne presse. Cette “bonne presse” rencontrait cet affectivisme qui tient lieu de logique politique et stratégique, qui ressemble parfois à l’esprit de la midinette mais s’exprimant d’une voix de Stentor (vient du grec sténein, pour « gémir profondément et bruyamment »), plein d’affection pour ceux que les salons ont institués “minoritaires opprimés”. (Par exemple, Bernard Kouchner, avec sa voix d’or et de Stentor, est l’exemple-type de cette sorte d’état d’esprit et de culture vocale.)

Le soutien aux Kurdes s’accordaient assez bien avec le proaméricanisme effréné des affectivistes. Il se sortira de l’actuel prolongement peu favorable à l’“honneur” américaniste. Il suffit, comme fait Kouchner, de dénoncer dans le lâchage US des Kurdes une action caractéristique, non pas des USA “selon notre cœur”, mais du détestable personnage qu’est Donald Trump et qui d’ailleurs subit une attaque généralisée de tous les américanistes convenables des USA pour avoir pris cette décision. (L’affectivisme est aussi une “affaire qui marche” à “D.C.-la-folle”.)

Dans un texte précédent du 22 décembre, Magnier, qui produit beaucoup de commentaires dans cette période cruciale, s’attachait essentiellement au sort des Kurdes (dont il parle encore dans son texte ci-dessous). Il écrivait en conclusion ceci, qu’il confirmait hier, qui semblerait indiquer que les Kurdes se tournent vers un accord avec le gouvernement syrien et Assad, pour obtenir la protection de l’armée syrienne. (Cette nouvelle situation, que les Kurdes ont déjà expérimentée dans leur histoire agitée et douloureuse au cœur du conflit infra-syrien, risque de poser des problèmes à la sensibilité affectiviste, puisque Assad est rangé dans l’autre colonne face aux “minoritaires opprimés”, la colonne des “salopards” au sens sartrien de l’invective. Si cela se produit effectivement, ils résoudront le dilemme par le silence, qui est l’argument péremptoires des élitesSystème dans cette sorte de situation.)

Voici les paragraphes de conclusion du texte du 22 décembre : « Il est clair qu’Erdogan, tout en rassemblant ses propres forces et celles de ses alliés syriens (brigade Sultan Murad de l’opération Bouclier de l’Euphrate, Noureddine Zinki, Jaish al-Islam, etc.) conserve sa liberté d’action. Si les USA ne se retirent pas, la Turquie avancera jusqu’à Manbij. Sinon, le président turc semble être d’accord avec la décision russe, ne voulant pas délier le lien solide et la relation stratégique qu’il a établis avec l’Iran et la Russie l’an dernier. Le président turc a convenu avec la Russie d’attendre quelques mois avant de s’en prendre aux Kurdes. Il ne voit pas d’objection au déploiement de l’armée syrienne à Hassaké, du moment que les Kurdes sont désarmés. 

» Depuis quelque temps, les Kurdes à Hassaké protègent les forces américaines, qui comptent à peine 4 000 à 5 000 hommes dans une région faisant environ 5 000 km2, des attaques de Daech, des tribus arabes et des alliés de l’État syrien. Ces mêmes Kurdes semblent maintenant prêts à laisser le contingent local de l’armée syrienne prendre les rênes à Hassaké et à faire de leurs militants des “loyaux sujets” de Damas. Ils pourraient finalement avoir compris la leçon, à savoir que l’administration américaine n’est pas un partenaire stratégique fiable et digne de confiance. Les Kurdes étaient prêts jusqu’ici à se fier à tout pays étranger, y compris Israël, disposé à leur donner l’indépendance plutôt qu’à demeurer fidèles à la Syrie, le pays qui les accueille depuis des décennies. Les Kurdes n’ont d’autre amis que les montagnes et n’ont aucune loyauté envers la Syrie. 

» Cela dit, l’armée syrienne va de toute évidence collaborer avec les Kurdes à la destruction de Daech, soit le reste des combattants que les forces américaines ont disséminés le long de la rive orientale de l’Euphrate, soit entre deux feux des deux côtés du fleuve. Il est indubitable que le Pentagone a délibérément poussé Daech le long du fleuve pour qu’il se trouve en face de l’armée syrienne et de ses alliés. Le but était de créer une “zone tampon” entre les forces américaines et l’armée syrienne. De plus, la présence de Daech le long de la rive orientale de l’Euphrate est elle-même une invitation à une insurrection contre toute tentative syrienne d’ouvrir la voie commerciale terrestre entre la Syrie et l’Irak qui passe par Albu Kamal.

» Aujourd’hui, les Kurdes sont plus faibles que jamais et pourraient bien avoir perdu la position privilégiée qu’ils occupaient sous la protection des USA. Si le retrait des USA se fait, ils vont soit tomber aux mains de la Turquie (leur défaite dans l’enclave d’Afrin est encore fraîche dans leur mémoire), soit accepter les conditions proposées par Damas. L’administration américaine confirme ainsi une fois de plus à ses partenaires sa règle d’or : face aux intérêts des USA, tous les partenariats et toutes les alliances sont superflus. »

Un autre facteur, extérieur au théâtre, pourrait se concrétiser et ajouter encore à la situation de désordre qui suivrait le désengagement US. L’idée selon laquelle les troupes US seraient “remplacées” par un contingent de mercenaires privés US a été illustrée d’une façon spectaculaire par une page d’annonce publicitaire, sinistre et spectaculaire ou bien spectaculaire parce que sinistre, toute noire avec ces seuls mots, en blanc : « We Are Coming », et comme signature Blackwater. (La pager a paru dans le magazine Recoil [“Recul”], caractérisant une arme à feu], spécialisé dans les questions d'armes, de mercenaires, etc.) Il s’agit de la fameuse société de services de sécurité fondée par Erik Prince, revendue par lui en 2010 et rebaptisée Akademi ; – et “fameuse” pour ses divers scandales, exactions, assassinats de civils, tortures, corruption, etc. RT-USA développe la nouvelle, nous rappelant que Prince est un “très”-proche de Trump, ce qui pourrait faire avancer les choses, d’autant que le départ de Mattis soulage le paysage d’un adversaire acharné de l’emploi de contractants privés.

« “Avec Mattis parti, il est concevable que Trump réévalue [cette possibilité], a déclaré à RT Michael Maloof, ancien analyste de la sécurité au Pentagone. Maloof a expliqué que la privatisation des guerres américaines restait une question très discutable, et que le ratio “trois contractants militaires privés pour un soldat américain” actuellement établi en Syrie et en Afghanistan “n’a pas donné de résultats très convaincants”. “Erik Prince est très proche de Trump”, a souligné l'analyste, “mais pour être convainquant il devrait proposer une force puissante qui coûterait très cher, et Erik Prince devrait être payé par le gouvernement américain.” »

... Par conséquent, certains pourraient penser que l’accusation extrêmement exotique et spéculative lancée au nom de quelques-uns des amis des USA et de lui-même par le Général Wesley Clark lundi sur CNN (“Et certains de nos amis et alliés au Moyen-Orient se demandent : ‘Erdogan a-t-il fait chanter le président ? Y a-t-il eu un pot de vin ou quelque chose du genre ? Que s’est-il passé ? Pourquoi ce type[le POTUS Trump]aurait-il pris de lui-même une décision pareille ? Alors que toutes les recommandations allaient dans le sens contraire’...”), – on pourrait penser que cette accusation serait reprise avec dividendes et intérêts à propos d’Erik Prince vis-à-vis de Trump si une décision d’emploi de contractants privés était prise... Si “l’Orient est compliqué”, les USA de Trump ne le sont pas moins.

... Ainsi voit-on que la pauvre Syrie n’est pas au bout de ses peines. Magnier nous peint et nous dépeint le paysage, maniant avec brio les lieux, les acteurs, les figurants, et les diverses variantes du script. Son texte du 25 décembre 2018 a comme titre, que nous racourcissons pour des raisons techniques : « Trump ouvre derrière lui une trappe pour la Russie, la Turquie et l’Iran en Syrie ».

dedefensa.org

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Trump laisse un piège derrière lui

L’ordre exécutif prévoyant le retrait de la Syrie a été signé aux USA, ce qui indique que le président Trump est résolu à rappeler les quelques milliers de militaires américains se trouvant en Syrie. Il est bien connu que les troupes régulières sont beaucoup plus vulnérables pendant les opérations de retrait qu’au combat ou lorsqu’elles prennent position. Par conséquent, le retrait annoncé qui, semble-il, ira de l’avant malgré le scepticisme généralisé en Syrie et en Irak, va probablement prendre moins de temps que les cent jours prévus. Le commandement militaire des USA garde les dates secrètes pour éviter les pertes. Bien que le départ des USA soit fort bien accueilli par toutes les parties en Syrie et autour (exception faite des Kurdes), Trump laisse intentionnellement derrière lui une situation très chaotique au Levant, en installant un piège dangereux pour la Russie au premier chef, mais aussi pour l’Iran et la Turquie.  

À en juger par ce que les présidents Trump et Erdogan se sont dit pendant leurs dernières conversations téléphoniques, il y a lieu de croire que l’administration américaine a décidé de laisser la Syrie aux mains de la Turquie. C’est loin d’être innocent. En effet, le Pentagone a délibérément poussé plusieurs milliers de combattants de Daech dans le secteur qu’il contrôle sur la rive orientale de l’Euphrate, face à l’armée syrienne et ses alliés sur le front de Deir Ezzor. Cela signifie qu’en cas de retrait en coordination avec la Turquie, les troupes d’Ankara pourront se déployer dans la province kurdo-arabe d’Hassaké, à partir peut-être de Manbij ou Tal Abiad, sans rencontrer de résistance de la part de Daech tout simplement parce Daech n’a aucune présence dans le secteur. Les deux villes sont à des centaines de kilomètres de la zone contrôlée par Daech le long de l’Euphrate à Deir Ezzor. 

En cas d’une attaque soudaine de la Turquie, les forces kurdes des Unités de protection du peuple YPG (le PKK syrien) devront se précipiter devant les troupes turques en progression pour tenter de les ralentir en attendant l’aide du gouvernement syrien et pour permettre aux civils de quitter la zone vers des secteurs contrôlés par Damas ou de fuir en direction du Kurdistan irakien. Pareil mouvement aurait des conséquences sur la relation turco-russo-syrienne. Moscou a déjà avertila Turquie à propos de cette possible avancée au nord-est de la Syrie. Toute avancée, y compris par les mandataires djihadistes de la Turquie en Syrie qui sont massés à la frontière des provinces contrôlées par les Kurdes, va entraîner un chamboulement dans les relations entre Moscou et Ankara et entre Moscou et Damas. Pareil réalignement ne peut être évité que si le président Erdogan résiste à toute tentative d’invasion et adhère à l’optique de la Russie, qui préfère que le départ des USA soit suivi de discussions à propos de l’avenir de la région.  

D’après des sources bien informées en Syrie, la Turquie songeait déjà à annexer le nord de la Syrie plutôt qu’à l’occuper. Toute occupation du territoire syrien entraînera des complications sur le plan international en l’absence de reconnaissance par les autres pays. Cependant, la situation de la portion Nord de Chypre a appris à la Turquie qu’une annexion peut continuer pendant des décennies, parsemée de quelques réactions sporadiques de la communauté internationale. L’annexion de la Crimée par la Russie pourrait avoir créé un précédent. 

Si Erdogan ne se synchronise pas avec la Russie et l’Iran, le front d’Idlib s’ouvrira. Les prétextes ne manquent pas, puisque les djihadistes n’arrêtent pas de violer le cessez-le-feu convenu à Astana. Une invasion turque amènera l’armée syrienne à attaquer Idlib et sa région rurale sous contrôle djihadiste, ainsi que Daech sur l’Euphrate afin d’obtenir une victoire rapide. 

Tout massacre et toute attaque possible de Daech dans les provinces contrôlées par les Kurdes donnera une légitimité morale rétroactive à l’occupation américaine du territoire syrien ces dernières années. Les experts et les responsables de l’administration américaine diront au monde comment la présence illégale des USA en Syrie a permis de combattre le terrorisme (Daech). 

Les négociations se poursuivent à Damas, où les Kurdes et les représentants du gouvernement s’entendent mieux sur la façon de combattre ensemble Daech une fois que les USA retireront toutes leurs forces, ce qui devrait se faire en moins d’un mois. 

Une coordination est nécessaire pour créer un passage sûr de façon à prendre Daech en tenaille sur plusieurs fronts le long de l’Euphrate avant que le groupe armé ne s’étende dans la vaste région d’Hassaké. Cette bataille décisive pour éliminer la présence de Daech nécessitera le soutien de l’armée de l’air russe, des forces spéciales syriennes, des forces terrestres alliées de l’Iran et du Hezbollah, ce que n’ont pas eu le temps de faire les USA pendant les dernières années de leur occupation de ce même secteur. 

Les YPG devront coopérer avec la Russie après avoir combattu sous le commandement des USA pendant de nombreuses années. Simultanément, d’autres forces syriennes et alliées convergeront vers Idlib afin d’empêcher les djihadistes de tirer avantage de l’opération visant à exterminer Daech pour lancer une attaque. 

Pour la Turquie, toute initiative unilatérale de pénétration en Syrie sans coordination avec la Russie n’est pas vraiment à son avantage. Le retrait des USA ne permettra pas à la Turquie d’atteindre Daech ou les riches gisements pétrolifères et gaziers de Deir Ezzor, dont ceux d’al-Omar et de Conoco. Ces gisements seront visés et pris par les forces du gouvernement syrien et ses alliés seulement une fois que les USA auront retiré leurs forces. En février dernier, Damas a ordonné à ses troupes de traverser l’Euphrate dans l’espoir d’attaquer Daech et de prendre le contrôle des champs pétrolifères et gaziers. Elles ont alors subi une attaque de la coalition des USA, ce qui a coûté la vie à des centaines de Syriens et de Russes, des contractants du groupe Wagner.

La capacité au combat des Turcs n’a pas été vraiment impressionnante lorsqu’ils ont été confrontés à Daech dans différentes régions, dont Jarablous, Al Rai et Dabiq en 2016. Les forces d’Ankara ont pu contrôler ces villes seulement après avoir conclu un accord avec Daech, qui avait réussi à absorber la première vague d’attaque et à infliger des pertes sévères aux forces turques durant les premières semaines. Daech ne s’est retiré qu’une fois la bataille perdue et après avoir subi une attaque de revers.

Il est probable que ni l’armée turque et ses alliés, pas plus que les YPG kurdes, sont capables de défaire Daech à eux seuls. L’armée syrienne, par contre, avec l’aide de ses alliés et des Russes, a expulsé  Daech de nombreuses positions sur le territoire syrien dont Palmyre, Suweida et les campagnes environnantes, en menant à la fois une guerre urbaine et une guerre de terrain.

Une chose certaine est que les Kurdes ont tout à perdre de la décision de Trump de retirer ses troupes qui est destinée, comme il l’indique un peu plus chaque jour, à mettre fin à son occupation du Nord-Est de la Syrie en faveur de la Turquie. Les Kurdes ont grandement profité de la présence des USA, en croyant qu’elle ne cesserait pas. Aujourd’hui, à moins de céder à des tendances suicidaires, ils n’ont guère de choix comme leur décision à propos d’Afrin le laisse penser.

Le retrait rapide des USA devrait créer et pourrait même viser à créer, une confusion initiale dans le triangle Turquie-Syrie-Irak au cours des premiers mois. Daech, la Turquie et Al-Qaeda pourraient en tirer parti, dans l’espoir de retourner la situation à leur avantage. Il n’empêche que ce retrait sera sans doute une bénédiction à long terme pour le gouvernement syrien, dont les représentants ne s’attendaient aucunement à pareil résultat. L’administration américaine est une source continuelle de chaos au Levant, surtout pour l’Axe de la résistance. Elle protège Al-Qaeda (à Idlib) et Daech (dans le secteur d’où Trump a l’intention de se retirer) en Syrie, et en Irak. Le départ des troupes américaines est le signe que les USA commencent à accepter le fait que son hégémonie unilatérale a pris fin. La Russie fait des progrès tandis que les USA reculent au Moyen-Orient. 

Elijah J. Magnier

  • 26 décembre 2018 à 00:00

Notes sur une panique allemande

Par info@dedefensa.org

Notes sur une panique allemande

27 décembre 2018 – Le ministre allemand des affaires étrangères, le terne Heiko Maas, s’est signalé par une intervention de poids, hier, auprès de l’agence de presse allemande DPA. Il s’agit d’une déclaration, assez courte mais d’une fermeté remarquable et portant sur une situation crisique, dans un sens clairement identifié, – à propos du projet US de sortir du traité FNI et contre ce projet dans les conséquences évoquées par les USA. Le pays qui est mis en cause est bien les USA, et l’acte qui est mis en cause c’est le projet des USA, une fois sortis du traité, de déployer en Europe des missiles à capacités nucléaires et à portée intermédiaire (500-5 000 km), – ceux qui sont, justement, bannis par le traité.

On ne peut pas dire que cette déclaration ait enthousiasmé la presseSystème, qui n’aime pas tout ce qui pourrait mettre en cause l’impeccable alignement des pays du bloc-BAO sur le Système et sa courroie de transmission que sont les USA. Par conséquent, la presseSystème a, en général, parlé d’autre chose, selon la doctrine courante qui est simplement de ne dire mot des sujets qui fâchent. Les Russes, par contre, ont mis la chose en exergue, notamment sur tous les canaux linguistiques de leurs réseaux internationaux. Ainsi, RT-France écrit-il notamment :  

« La menace des États-Unis de se retirer du traité sur les armes nucléaires à portée intermédiaire (FNI) n’inquiète pas seulement Moscou. L’Allemagne a pris les devants et a d’ores et déjà prévenu Washington qu’elle ne souhaitait pas lui permettre de déployer de nouvelles armes sur son territoire.

» “L’Europe ne doit en aucun cas devenir une plate-forme de discussion sur l’accumulation d’armes”, a déclaré le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas, dans une interview accordée à l’agence de presse allemande DPA, publiée le 26 décembre. “Le déploiement de nouveaux missiles à moyenne portée en Allemagne susciterait un mécontentement énorme”, a-t-il ajouté. “L'accumulation d'armes nucléaires constituerait une réponse totalement erronée”, a poursuivi le ministre, commentant la guerre des mots qui se joue actuellement entre Moscou et Washington. “La politique des années 80 ne va pas aider à répondre aux questions d’aujourd’hui”, a-t-il enfin fait valoir.

» Ces déclarations interviennent dans un contexte tendu entre Washington et Moscou. En cause : la menace lancée le 20 octobre par le président américain Donald Trump de se retirer du traité INF sur les armes nucléaires de portée intermédiaire... [...] Washington a réitéré sa menace par la voix de son secrétaire d'État Mike Pompeo le 3 décembre, qui a annoncé que les États-Unis cesseraient sous 60 jours de respecter les obligations prévues par le FNI si Moscou ne s'y conformait pas. Washington dénonce le déploiement par Moscou du système de missiles 9M729, dont la portée dépasserait 500 km.

» Une accusation rejetée à de nombreuses reprises par Moscou. Le 5 décembre Vladimir Poutine a estimé que les États-Unis cherchaient simplement “des prétextes pour se retirer du traité”, notant qu'aucune preuve de prétendues violations du traité de la part de la Russie n'avait été fournie. »

Il y a un net changement de position des Allemands sur cette question, par rapport à la réaction officielle du même ministre des affaires étrangère, par communiqué le 21 octobre 2018, au lendemain de l’annonce par les USA de leur probable retrait du traité. Cette réaction était d’abord orientée vers une critique de la Russie, comme on le lit dans le deuxième paragraphe. Cela plaçait les Allemands sur une ligne proche de celle des USA (avec bien sûr une mise en cause de la possible décision unilatérale des USA) et faisait des Russes les principaux responsables de cette nouvelle crise en train de naître : 

« L’annonce par les États-Unis de leur intention de se retirer du traité INF est regrettable. Cela soulève des questions difficiles pour nous et pour l’Europe. Depuis 30 ans, le traité INF, qui interdit à la Russie et aux États-Unis de posséder et de tester des missiles à portée intermédiaire au sol, est un pilier important de notre architecture de sécurité européenne. Il est donc extrêmement important, particulièrement pour nous en Europe.

» Nous avons demandé à plusieurs reprises à la Russie de répondre et de clarifier les graves allégations selon lesquelles elle aurait violé le traité INF. À ce jour, elle ne l'a pas encore fait. Nous demandons également aux États-Unis d’examiner l’impact éventuel de leur décision. Mettre fin au traité aurait de nombreuses conséquences négatives, notamment sur le nouveau traité START, dont nous avons un besoin urgent si nous voulons préserver nos réalisations en matière de désarmement nucléaire après 2021. »

L’interprétation qui est faite de la position exprimée hier par Maas enregistre cette évolution et est clairement considérée dans le sens qu’on a dit, par les rares médias (essentiellement antiSystème) qui s’arrêtent à la chose. Il s’agit d’une critique des USA, et d’un avertissement sévère, comme l’explique ZeroHedge.com, en citant RT : 

« Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a averti les États-Unis qu’ils ne devraient pas même pas envisager de déployer des missiles à portée intermédiaire en Allemagne – ou ailleurs en Europe. Au cours des 30 dernières années, le traité a interdit les missiles à capacité nucléaire à portée intermédiaire en Europe. Toute tentative de changement se heurterait presque certainement à une “résistance généralisée” en Allemagne, a déclaré Maas, afin d’éviter un scénario dans lequel l'Europe serait plongée dans un bras de fer opposant la Russie et les États-Unis. »

Ultimatum “à l’américaniste”

On connaît le cas, encore exposé le 3 décembre 2018 par le secrétaire d’État Mike Pompeo, donnant aux Russes 60 jours (moins de 40 aujourd’hui) pour prouver qu’ils ne sont pas coupables, dans le cadre du traité FNI sur les Forces Nucléaires à portée Intermédiaire. Les USA avancent une de ces accusations dont ils ont le secret : accuser sans preuve connue l’autre parti qui se trouve effectivement devant la tâche accablante mais démocratique d’avoir à prouver son innocence en démontrant que les preuves qui n’existent pas ne prouvent rien contrairement à l’évidence américaniste.

(Tout cela, alors qu’eux-mêmes, les USA, sont accusés par les Russes de violer le traité, et avec des arguments extrêmement solides puisqu’appuyés sur des opérations effectués publiquement, en déployant [ce qui est fait en Roumanie et le sera sous peu en Pologne] des systèmes de tir à capacités multiples, expressément pour des missiles anti-missiles [sans rire, pour contrer des missiles iraniens et nord-coréens] mais qui peuvent également tirer des missiles sol-sol à capacités nucléaires d’une portée largement supérieure à 500 kilomètres. La violation du traité est ici caractérisée, identifiée et d’ores et déjà effective.) 

On sait que, pour les Russes, il n’y a plus rien à discuter : le retrait US du traité est un fait acquis, sinon quasiment-accompli, et les USA se fichent bien des 60 jours et d’une preuve ou non des “violations” russes du traité. Cela été confirmé par le vice-ministre russe des affaires étrangères Sergei Riabkov, parlant à la mi-décembre au journal Kommersant : « Washington a confirmé que sa décision de se retirer du traité FNI est définitive. Washington a annoncé publiquement son intention de se retirer du traité dès le mois d'octobre. Grâce aux canaux bilatéraux de haut niveau, il nous a été confirmé que cette décision était définitive et n’était pas une tentative d’instaurer un dialogue [notamment sur les affirmations US concernant les “preuves” des violations russes] ». 

Un désordre plus qu’une course 

On a déjà beaucoup glosé sur l’aspect catastrophique de cette démarche des USA, du point de vue de la politique générale et de la structuration de ce qu’il reste des relations internationales. On a pris en compte les réactions extrêmement vives des Russes, et surtout l’inquiétude profonde des Européens, désormais publiquement exposées par la très ferme intervention allemande. D’autres facteurs existent, qui compliquent encore la situation et transforment une certaine stabilité qu’entretenait le traité FNI en quelque chose qui ressemblerait, à notre sens, à un désordre complet et à multiples facettes plutôt qu’à une “simple” course aux armements maîtrisée et “codifiée” comme celle qui eut lieu durant la Guerre Froide, et qui constituait paradoxalement une sorte d’ordre, – même si au service et dans une dynamique potentiellement à finalité catastrophique,  certes, – entre deux superpuissances nucléaires au statut établi et reconnu par tous.

On pourrait penser qu’il faut alors considérer les conséquences réelles de cette décision, et les positions auxquelles ces conséquences conduiraient les uns et les autres. Mais nous n’aurions fait là qu’ne sorte de nomenclature, d’“états des lieux à venir” qui ne nous diraient rien du fondement même de la décision des USA ; or, c’est cela qui nous importe.

Nous observons que le retrait du traité FNI installe le désordre en Europe et coupe court à toute sécurité collective, même partielle et symbolique, – mais d’un très fort symbole qui a maintenu une certaine stabilité malgré les énormes soubresauts rencontrés depuis la fin de la Guerre froide (fin de l’URSS, conflit de l’ex-Yougoslavie), et surtout depuis le 11-septembre. C’est essentiellement ce “climat” qui importe.

L’argument US selon lequel le retrait du FNI a pour objet de rechercher un nouvel accord englobant les autres pays hors-Europe (Chine, Pakistan, etc.) qui ont des FNI mais ne sont pas dans le traité, est de notre point de vue absolument spécieux. Le retrait du FNI installe un “climat” d’affrontement et de prolifération des FNI en Europe, là où régnait la stabilité, et encourage les extérieurs à l’Europe à protéger et renforcer leurs arsenaux de FNI. Le comportement des USA et leurs grotesques prétentions hégémoniques (voir Pompeo, dans son autre discours du 3 décembre à Bruxelles) rendent absurdes leur argument d’un “nouveau traité FNI” élargi : ce n’est pas la technique qui parle ici mais l’impératif jugement politique et psychologique. Cet aspect du dossier est tranché, il n’y a aucune chance, aucune possibilité, aucun espoir qu’une meilleure stabilité, plus élargie, naisse du retrait du FNI. Ce jugement doit être tenu comme absolument catégorique.

Nous passons donc à autre chose, le vrai sujet de cette analyse, qui est le véritable “pourquoi ?” de la chose : pourquoi, en vérité, hors de toute rhétorique spécieuse qui est une perte de temps, pourquoi les USA ont-ils quitté le traité FNI ? Nous verrons que nous écartons résolument les arguments techniques et pseudo-stratégiques.

Le cas de 1977 et des “euromissiles

L’histoire nous est un guide précieux, parce que le passé est, par nature, la source privilégiée et fondamentale des “causes premières” des choses et des événements. Il importe alors de se pencher sur l’histoire du traité FNI, ou plutôt l’histoire du processus qui conduisit au traité et la dimension cachée que ce traité a acquis depuis.

Le traité FNI porte sur la destruction d’une classe de missiles (nucléaires intermédiaires, ou IRBM dans l’ancienne nomenclature) qui furent tous mis en place en Europe, – SS-20 soviétiques d’abord, GLICOMet PershingII US ensuite, –  dans le cadre de la crise dite des “euromissiles”. Cette crise avait été déclenchée en 1977 par le chancelier allemand Schmidt, inquiet du déploiement des SS-20 modernes et très précis par rapport aux SS-4 et SS-5 que les SS-20 remplaçaient.

Les USA, eux, n’avaient rien à remplacer puisqu’ils avaient retiré leurs IRBM (Thor etJupiter) de UK et de Turquie en acte de réciprocité “secret” du retrait des missiles russes de Cuba en octobre 1962 (“crise des missiles” de Cuba), acte assez gratuit puisqu’ils comptaient de toutes les façons retirer ces IRBM. Ce retrait était dû à la vétusté de ces missiles (comme les SS-4 et SS-5 soviétiques), alors que les USA développaient diverses capacités de substitution qui ne furent pas prises en compte par le traité FNI, notamment des bombes nucléaires portées par avions et des missiles à têtes nucléaires à partir de plateformes aériennes, aéronavales et navales, dont la plupart pouvaient évoluer dans le ciel européen. Par exemple, les GLICOM (cruise missiles sol-sol) supprimés par le traité INF avaient/ont leurs équivalents aériens et navals avec les missiles de croisière ALCM de l’origine et Tomahawk, qui ne sont pas pris en compte par le traité mais qui pouvaient et qui peuvent évoluer dans ciel européen sans aucune restriction.

Mais pour Schmidt, l’installation de missiles US était d’abord une nécessité politique, à une époque où une nouvelle “Guerre froide” alimentée par une alarme concernant les intentions soviétique, succédait à une période de détente, parallèlement à une crise profonde aux USA qui faisait douter de la volonté de cette puissance (la défaite du Vietnam, le Watergate et la démission de Nixon, la crise de la CIA, etc.). Les SS-20, avec leur nouvelle capacité de précision, représentaient une véritable arme de théâtre, utilisable dans un conflit limité à l’Europe ; ils faisaient prendre conscience aux Européens, et d’abord aux Allemands, qu’un conflit militaire utilisant du nucléaires pouvait être engagé en Europe sans que les USA s’y impliquent complètement, et peut-être même avec la possibilité que les USA en crise se désengagent.

C’était la fameuse crainte du “découplage” selon laquelle les USA ne risqueraient pas une guerre nucléaire stratégique pour l’Europe (selon le mot qui avait caractérisé la volonté de De Gaulle de développer la force nucléaire française : “Les USA ne risqueront pas Chicago pour sauver Hambourg”). Au contraire, obtenir des USA de déployer une véritable force nucléaire intermédiaire en Europe, structurée, puissante et affichée, impliquait une riposte automatique à un engagement nucléaire soviétique en Europe, et liait donc les USA à l’Europe dans le cas d’une guerre nucléaire de théâtre en Europe. 

Le paradoxe apparaît alors, par rapport à la situation actuelle. Il se trouve en ceci qu’en 1977 l’Europe (l’Allemagne) réclamait à corps et à cri le déploiement de missiles US sur leur sol, et que les USA traînaient les pieds pour le faire, au point qu’ils exigèrent une “double-décision” solennelle de l’OTAN (décembre 1979), donc de leurs alliés européens, annonçant conjointement le déploiement des missiles US et le démarrage de négociations pour limiter sinon interdire ce type de missiles basés “physiquement” sur le territoire européen. Ces négociations, après une stagnation initiale mais des propositions déjà audacieuses (le “double-zéro” de Reagan de 1983, préfigurant le traité), connurent une accélération extrême avec l’arrivée de Gorbatchev en mars 1985, jusqu’au traité de décembre 1987.

(Ce fut un traité limité aux USA et à l’URSS parce qu’entretemps, deux acteurs importants avait pris leurs distances [un peu comme la position chinoise aujourd’hui] : surtout les Français, accessoirement les Britanniques, qui refusèrent catégoriquement que leurs forces de missiles nucléaires terrestres soient considérée comme composée de missiles IRBM que supprimait le traité. Ce refus irrémédiable ne rencontra guère de résistance, tant la logique parlait, faisant des forces nucléaires françaises un instrument stratégique hors-théâtre. On laissera de côté ce facteur qui ne joue aucun rôle dans notre analyse par rapport à la seule situation envisagée ; mais qui joue par défaut et par exclusion, “à l’insu général de leur plein gré” de tous si l’on veut, un rôle considérable comme on le verra plus loin, en laissant face-à-face les seuls USA et URSS.)

Au contraire de 1977

Complètement au contraire de 1977, aujourd’hui, nombre d’Européens, – et notamment et surtout ces mêmes Allemands qui appelèrent les USA en 1977, – s’effraient, désormais d’une façon ouverte avec l’intervention de Maas, du projet implicite et évident des USA d’installer des nouveaux missiles de type IRBM ou assimilés en Europe. Complètement au contraire de 1977, les USA piaffent d’impatience de déployer de nouveaux missiles qu’ils n’ont pas, qu’il leur reste à développer, alors qu’ils possèdent toujours autant, sinon beaucoup plus de moyens de substitution.  

On comprend l’extraordinaire aveuglement des USA, signe qu’il s’agit bien d’une machine en route, d’un Système aveugle, ivre de surpuissance, donc promis à l’autodestruction. En effet, ce retrait du traité FNI donne aux Russes l’occasion de disposer officiellement et presque avec le droit de leur côté, de cibles multiples en Europe : aussi bien les actuelles installations US que d’éventuels déploiements de nouveaux missiles et autres installations. Il leur donne toute latitude pour mettre en place des systèmes nucléaires adaptés qu’ils ont quasiment disponibles (notamment le SS-26 Iskanderen version allongée, le fameux missile sol-sol 9M729 dont les USA disent qu’il est déjà déployé, et qui peut de toutes les façons être opérationnel très rapidement). 

D’ores et déjà les Russes travaillent sur ces réponses à donner à ce retrait. Ces réponses peuvent être “directes” en Europe, elles peuvent être indirectes, ou “asymétriques”, comme on l’a envisagé ici (Tu-160 au Venezuela) ou là (nouvelles “règles d’engagement” en Syrie). Tout cela donne aux Russes, au niveau stratégique le plus haut, une occasion inespérée d’élargir très considérablement leur projection de force, avec un affaiblissement considérable des critiques et autres accusations de provocation qui pourraient être lancées contre eux. Le projet de base russe dans une île vénézuélienne de la Mer des Caraïbes, constitue un cas déjà presque concret particulièrement impressionnant ; et ainsi constate-t-on que les Russes font cela à ciel ouvert, au contraire du déploiement de missiles à Cuba en 1962. Autre temps, autres mœurs : les Russes sentent bien qu’ils ont de leur côté de solides arguments, – fournis clef en main par les USA et leur sortie du traité... 

Nous avons déjà envisagé cette circonstance le 25 octobredernier, en citant notamment un article d’Andrei Sakoulov (voir sa traduction complète sur Le Sakerfrancophone), tout cela suivant cette annonce du retrait du traité FNI et accompagnant la visite fin octobre de John Bolton à Moscou :

« Andrei Akoulov dépose un article, qui représente certainement un des ‘éléments de langage’ de la riposte russe dans la guerre de communication autour du traité et de la nouvelle “course aux armements” qui va s’ensuivre, sur Strategic-Culture.org le 22 octobre 2018. Bolton à Moscou, qu’on a vu assez secoué et paradoxalement (?) tout sourire pour les Russes lors de conférences de presse et face à Poutinea certainement dû en entendre du même genre lors de l’un ou l’autre de ses entretiens... :

« Étant donné que les États-Unis ne disposent actuellement d'aucun missile au sol à portée intermédiaire [pour menacer des cibles russes, les Russes] peuvent facilement étendre la portée de leurs systèmes de missiles Iskander afin de couvrir l'ensemble de l'Europe, les moyens militaires américains constituant leur principale cible. Moscou peut déployer des missiles de croisière Kalibr au sol. Le nombre de missiles de croisière conventionnels et nucléaires à partir de véhicules aériens ou de navires en Europe et dans les mers avoisinantes peut être facilement augmenté. La marine et les forces aériennes russes ont maintenant la capacité d'attaquer les États-Unis continentaux avec des missiles à portée intermédiaire en les lançant hors de portée des systèmes de défense aérienne. Cette capacité peut être augmentée. Les navires de guerre russes équipés de missiles de croisière pourraient stationner par rotation dans des pays comme le Venezuela ou le Nicaragua. Les bombardiers stratégiques russes pourraient également utiliser des bases aériennes dans ces pays. La Russie n'a jamais menacé les États-Unis continentaux, mais elle devra maintenant le faire. Après tout, ce n’est pas elle qui a commencé cette course. »

Surpuissance et tragédie-bouffe

Cette décision des USA de retrait du traité FNI est véritablement et simplement catastrophique du point de vue des USA. La séquence 1977-1987 (du déploiement des SS-20 au traité FNI), c’est-à-dire le traité FNI lui-même représentait, à côté de son importance considérable pour l’aventure gorbatchévienne de la liquidation de la Guerre froide, une formidable opération pour les intérêts des USA. Cette séquence avait été voulue par les Européens, – essentiellement par les Allemands. Elle marquait in fine, au-delà de ce qu’on représentait comme les nécessités stratégiques “du jour”, la volonté et la puissance paradoxales du désir de soumission complète aux USA des Européens, selon l’orientation allemande née de la rupture complète, sinon la trahison par préambule rajouté, quelques mois après sa signature, de la proposition gaulliste du traité franco-allemand (traité de l’Élyséede janvier 1963) et de l’entente de Gaulle-Adenauer.

Le traité FNI marquait ainsi, également, – c’est sa deuxième signification, – que la sécurité européenne au plus haut niveau était de la seule responsabilité de deux puissances : l’une européenne certes, l’URSS, mais en marche vers la désintégration, que personne n’attendait aussi rapide et qui installa une situation complètement nouvelle à l’avantage des USA ; l’autre, évidemment non-européenne puisqu’il s’agit des USA, mais affirmant une fois pour toutes l’empire de cette puissance sur l’Europe. Après les accords de Daytonde fin 1995 qui marquèrent la prise en mains par les USA de la crise yougoslave, l’homme-lige du Système/des USA pour cette crise, l’ambassadeur Richard Holbrooke, pouvait signer un article dans une revue prestigieuse qui est peut-être bien Foreign Affairs, sur « Les USA, puissance européenne ». Personne n’en pouvait douter et donc personne ne protesta devant cette monstruosité géographique.

Ainsi, ce que font les USA aujourd’hui en quittant ce traité, c’est de répudier ce statut officiel qui les faisait seuls garants de la sécurité européenne du point de vue du bloc-BAO, bien plus que l’OTAN qui reste soumise au désordre du grand nombre et des assemblées pléthoriques, et d’une résurrection intempestive du Général. La courte mais officielle déclaration du ministre Maas, qui n’est pourtant pas un foudre de guerre, marque officiellement cette folle manœuvre. La politique des USA est aujourd’hui totalement la politiqueSystème, sans guide, sans stratégie, sans rien du tout sinon la fascination de la surpuissance grosse de l’autodestruction, sous la couverture trouée d’un mantra unilatéraliste du type-AmericanFirster évoluant vers AmericaAlone, avec une “guerre civile froide”, un président lunatique et excentrique, un pouvoir réduit à “D.C.-la-folle” lançant sa contagion jusque Wall Street, et les débris rugissant des neocons et de leur pathologie belliciste.

Les Allemands, eux, connaissent aujourd’hui une panique dissimulée mais d’une puissance considérable, qui pourrait bien tendre à mettre à mal la soumission totale qu’il cultive avec zèle et discipline depuis des décennies. Ils se rappellent que la crise des euromissiles, à cause de la possibilité d’un conflit nucléaire, mit en 1981-1983 dans les rues des villes allemandes des centaines de milliers de citoyens réclamant le désarmement, au point qu’Helmut Kohl appela à la rescousse son ami Mitterrand pour un discours fameux au Bundestag en janvier 1983 (ironique célébration du traité de l’Élysée), selon la formule que le président français résuma un peu plus tard à Bruxelles, en octobre 1983 (« Le pacifisme est à l’Ouest et les euromissiles sont à l’Est »). L’Allemagne avait failli échapper au contrôle de sa soumission volontaire sinon empressée...

Aujourd’hui, l’étrange Amérique de Donald Trump offre à l’Allemagne la résurrection de ses spectres du début des années 1980, en tranchant un nœud solide, quasiment gordien, qui assurait la mainmise américaniste sur la sécurité européenne. L’Allemagne, déjà secouée par la “trouille migratoire” et la montée du populisme, se trouve devant la perspective de la résurrection de la “trouille nucléaire”, avec un exécutif chancelant et une Merkel à la dérive. Il est assuré que les USA, cette Amérique-là guidée par l’obsession de la quincaillerie militaire pèsera de tout son poids pour semer partout en Europe ses petits missiles. Peut-être obligera-t-elle l’Allemagne à l’impensable révolte.

Bien entendu, Poutine sera là pour tendre à l’Allemagne une main amicale et dépourvue de missilespuisqu’il est, dans cette tragédie-bouffevoulue par l’équipe Trump-Bolton-Pompeo, un des deux acteurs principaux. Il lui suffira de dire qu’il garantit la sécurité européenne, à la condition de simple politesse qu’on se retrouve strictement “entre (vrais) Européens”.

  • 27 décembre 2018 à 00:00

Votre solidarité pour notre bataille

Par info@dedefensa.org

Votre solidarité pour notre bataille

Alors que nous écrivons ce message, ce 27 décembre 2018, la barre de donation de dedefensa.org pour le mois de décembre atteint €1 315. Nous tenons à remercier très sincèrement et chaleureusement ceux de nos lecteursqui, répondant à nos premiers appels, sont intervenus dans cette donation. 

Bien sûr, cette somme est encore bien éloignée du montant qui nous est nécessaire pour continuer à fonctionner normalement. (Phrases sempiternelle, néanmoins rajeunies en fonction des nécessités...  « “… les montants de €2.000 et €3.000,[...] constituent pour nous les sommes permettant respectivement un fonctionnement minimum des fonctions essentielles du site et un fonctionnement plus aisé de ces fonctions”. Nos lecteurs savent évidemment que, depuis 2011, les conditions économiques ont évolué et que les sommes proposées doivent être définies différemment. Le seuil du “fonctionnement minimum des fonctions essentielles du site” dépasse aujourd’hui très largement les €2.000 et se trouve quasiment au niveau des €3.000 avec le reste à l’avenant... »)

Vous avez pu lire dans de nombreux messages, y compris dans ceux qui sont référencés dans le texte de présentation de la barre de comptage, les nombreux arguments que nous présentons pour justifier notre appel à votre soutien et à votre solidarité, – qui concernent aussi bien notre site que la presse antiSystème en général, avec le combat essentiel que nous menons tous. 

Ici, nous nous contentons de renouveler la demande faite à nos lecteurs d’intervenir et de faire en sorte que ce mois de décembre 2018 se place dans la dynamique et la logique des mois et années précédents où le soutien mensuel à notre site a toujours rencontré notre attente, et toujours selon ce même mouvement de mobilisation dans les derniers jours du mois.

 

Mis en ligne le 27 décembre 2018 à 21H42

  • 27 décembre 2018 à 00:00

Régis Debray et la déchéance de l’élite intello française

Par info@dedefensa.org

Régis Debray et la déchéance de l’élite intello française

 L’interview a quelque temps, mais vu ce qui se passe en France en ce moment, elle me paraît totalement d’actualité. Je reproduis ma réaction.

Intellectuel-système mollement opposant, médiocrement inspiré, voire littéraire, Régis Debray est une incarnation du monde médiatique qu’il fait mine d’étudier et de dénoncer.

Récemment interviewé par un journaliste, FETHI BELAID, plus inspiré que lui, Régis Debray a encore défendu sa France en demi-teinte de toujours, la république machiniste façon Chevènement et père Combes. Mais il a surtout fait acte d’abdication : le monde change, il faut changer alors, il faut étudier la technologie… Pourquoi pas, mais en Chine ou en Russie ! Parce que chez les américains, on a basculé dans le grand simulacre façon Tesla-Nasa…

Parfois quelques éclairs de perception :

« Je n’aime pas le mot péjoratif de « décadence », qui fait du tort au moment le plus savoureux, le plus créatif d’une civilisation : celui de son déclin, quand elle touche au « point doré de périr ». Et je ne porte pas de jugement de valeur sur le nouvel état du monde. »

Oui en effet le mot de décadence, qui évoque Pétrone, Juvénal ou Sénèque, est trop flatteur ici. La décadence française est décrite au dix-neuvième siècle par Flaubert ou Tocqueville, son écroulement par Céline.

Je parlerai moi de déchéance, de déchet-France ou de sous France. Le sujet ne vaut même plus qu’on le traite : il est dépassé à l’heure où l’on guette l’écroulement-système.

Il poursuit :

« Il m’arrive même de tenir pour un privilège d’avoir pu assister sur place à un changement de civilisation, même pays, même population, disons au passage de la France-République à la France-entreprise, d’une nation tribunitienne et méditerranéenne à une province transatlantique et semi-anglophone, des sociétés de pensée aux think tanks. »

Ici encore le raccourci est incertain. La France des classiques n’est pas méditerranéenne. La France est devenue méditerranéenne en devenant républicaine : parlottes, fonction publique, subventions. Lisez Taine, Le Bon ou Sorel. Quant au changement de population, même si c’est pour s’en féliciter, il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître, non ?

Debray souligne la rapidité des transformations  :

« Aucun citoyen de l’Antiquité n’a pu voir en direct la Rome du forum devenir celle des basiliques. »

Se rappeler que Guy Debord, que se flatte de mépriser Debray, parle de ce monde où les hommes ressemblent plus à leur temps qu’à leur père. Le combat était perdu bien avant le Smartphone et Instagram qui seront remplacés, si la réduction du QI voulue par les programmateurs ne suffit pas. De toute manière on peut voter FN en cliquant sur YouTube : 44% des jeunes technophiles contre 20% des retraités de mai 68 imbibés de propagande gouvernementale à la télé. Si seul du mal pouvait sortir du web et des réseaux je ne serai pas là pour le raconter ou pour faire publier mes livres par Tetyana.

Après Debray joue à « la sagesse désabusée qui bouffonne dans un journal » (Guy Debord toujours)…

« Je fais simplement le constat d’une inaptitude personnelle à me rendre utile dans ce nouveau bocal. Avec le sentiment, comme vous dites, d’avoir sauté en une vie de l’adolescence à l’obsolescence sans passer par la maturité, un peu comme ces villes du Brésil décrites par Lévi-Strauss qui passaient directement de l’état de chantier à l’état de vestige. »

On peut lui rappeler que pour Bernard Shaw il y a cent ans déjà l’Amérique était ce pays qui était passé directement de la barbarie à la décadence…

Debray avait écrit une bonne lettre à Védrine, depuis grassement récompensé par les mondialistes (il bosse pour LVMH), pour lui reprocher de nous avoir fait rentrer dans l’Otan. Il reprend légèrement sur ce thème alors que nous allons vers une guerre d’extermination en Europe :

« L’Europe unie comme acteur politique est morte de sa belle mort, comme Valéry l’avait pressenti en son temps, avec sa fulgurante lucidité. L’Europe comme entité stratégique n’a jamais pris naissance faute de se donner une frontière, une doctrine, une armée autonome et une chaîne de commandement qui n’aboutirait pas, comme l’OTAN, au bureau Ovale.

Les manœuvres militaires en France se font en anglais, dans les normes opérationnelles du Pentagone. Reste à sauver une singularité culturelle incomparable, ce mélange contradictoire, je reprends les termes de Valéry, de quatre vertus, l’imagination, la confiance, l’esprit critique et le scepticisme, mais cela aussi expire sous nos yeux, emporté et laminé par le mainstream d’outre-Atlantique. »

Puis il regrette l’affaire Johnny :

« Trois présidents de la République en rang pour dire adieu à Johnny Hallyday, ni un parolier ni un compositeur, mais un clone du King, et les Hells Angels sur les Champs-Élysées, escortés par la garde républicaine.

Personne pour dire adieu à Pierre Boulez qui a animé et dirigé la musique contemporaine, en France, pendant un demi-siècle. »

Personnellement j’ai toujours ignoré l’un comme l’autre. Et les trois présidents invoqués sont les trois résidents de la post-France évoquée par Philippe Grasset il y a peu (Hollande, Sarko, Macron dans le désordre).

Une évidente remarque :

« On ne peut plus rien attendre de notre classe dirigeante, l’énarchie au pouvoir, que du suivisme et de l’aliénation. »

Mais Taine en parlait déjà (les origines de la France contemporaine,  toujours !), qui soulignait le déclin de notre littérature par les lycées (on y créa une littérature de profs).

Après une comparaison assez stupide :

« Les marranes ont à peu près tenu le coup pendant à plusieurs siècles sans se faire prendre. Les républicains peuvent aborder calmement la traversée du désert qui les attend ».

Les marranes couraient quand même le risque de se faire massacrer, et les républicains n’existent plus ; il vaudrait mieux évoquer les chrétiens traditionnels qui passent des quarts d’heure de plus en plus mauvais dans un monde de plus en plus hostile…

Après, une vieille rengaine façon années 80, quand la gauche vaguement militante ou souverainiste regrettait le virage libéral du gouvernement Fabius :

« La frontière s’estompe entre le privé et le public, qui était à la base de la laïcité. La relation-client se substitue au service public, dans la poste, l’hôpital, le rail, l’enseignement supérieur, où l’État perd même le monopole de la collation des grades et des diplômes. La notion d’intérêt général devient de l’arbitrage entre lobbies. Le retour des terroirs. Le droit communautaire déconstruit les principes de notre corpus juridique. Une diplomatie de nouveau sur les brisées du mâle dominant, et de plus idiot. Le principe national, exalté partout ailleurs dans les grands pays du monde, rendu responsable de tous nos maux. »

Debray cherche à rassurer son monde : il hait la réaction identitaire et il votera Macron contre Marion…

« Le problème, me semble-t-il, ce sera alors d’échapper, sous couleur d’un patriotisme retrouvé et d’un retour au politique, à une réaction de type indigéniste identitaire. Ce serait triste. »

Encore une phrase fausse :

« Aucun citoyen de l’Antiquité n’a pu voir en direct la Rome du forum devenir celle des basiliques. Je fais simplement le constat d’une inaptitude personnelle à me rendre utile dans ce nouveau bocal. »

La décadence romaine a duré plusieurs siècles et tous les grands auteurs l’ont ressentie. Ortega Y Gasset a justement souligné la disparition de la littérature et de la pensée au IIème siècle et l’avènement du citoyen stupide : citez-moi pour rire un grand écrivain romain des trois derniers siècles. Nous y sommes. L’affaire Debray (et tous les intellectuels de gauche de sa famille) ne fait que souligner le déclin d’une intelligentsia dilettante, molle mais finalement adaptée à ces temps de déchéance : « quand la décadence de l’explication accompagne d’un pas égal la décadence de la pratique » (Debord).

 

Source 

https://www.lexpress.fr/culture/debray-gouverner-c-est-desormais-gerer-les-emotions-collectives_2004146.html

  • 28 décembre 2018 à 00:00

RIP Union européenne, 1973-2019

Par info@dedefensa.org

RIP Union européenne, 1973-2019

En 2019, l’Union européenne, dans un sens, cessera d’exister : la Grande-Bretagne, qui n’est plus si grande, n’en fera pas partie. Certes, elle comprendra encore des joyaux inestimables comme la Lettonie et la Moldavie, mais sur les trois principales nations d’Europe occidentale, il n’en restera que deux, et sur ces deux, l’une est en proie à des manifestations populaires, la sortie de l’Union européenne figurant en bonne place parmi les revendications des manifestants.

Si l’Union européenne perd des membres jusqu’à ce qu’elle se dissolve, une telle évolution devrait être considérée comme parfaitement normale. L’Europe n’est jamais restée unifiée longtemps et l’UE, que l’on peut considérer comme le Quatrième Reich, n’aura duré que 46 ans (depuis l’adhésion de la Grande-Bretagne en 1973). C’est beaucoup plus long que les 12 années de vie du Troisième Reich, mais encore assez modeste par rapport aux autres unions eurasiennes : 279 ans pour la Horde d’or ; 298 ans et plus pour l’Empire russe/Union soviétique/Fédération de Russie, multinational, multi-ethnique.

Les Européens se sont généralement unifiés sur une base temporaire, afin d’attaquer et de piller d’autres régions, comme Byzance et la Palestine pendant les Croisades – avec des résultats mitigés – ou la Russie, sous Napoléon, puis à nouveau sous Hitler – les deux fois sans succès. L’OTAN n’était et n’est toujours qu’une occupation américaine de l’Europe et elle ne compte pas. L’effort d’unification sans précédent, et actuellement en échec, pour tirer pleinement parti de l’effondrement de l’Union soviétique a été, brièvement, un peu plus fructueux.

On dit que l’Union européenne est composée de nations qui ont cédé une grande partie de leur souveraineté à des bureaucrates non élus à Bruxelles, mais le terme “nation”est devenu tellement ambigu qu’il n’a presque plus aucun sens. La Catalogne est-elle une nation ? Et l’Écosse ? La dissolution de l’UE n’est-elle qu’un premier pas vers un séparatisme à plus petite échelle, suivi d’une réintégration régionale sur des bases différentes ?

Si nous regardons plus loin, la Fédération de Russie comprend des locuteurs de 170 langues, dont 98 sont menacées d’extinction et 36 officielles et utilisées dans les administrations locales et pour les affaires. Ce sont toutes des nations, d’une certaine manière ; ce sont aussi toutes des nations russes. Beaucoup de leurs citoyens sont des Russes patriotes, y compris les Tchétchènes qui ont récemment eu des velléités séparatistes, mais sont prêts à se battre et à mourir pour la Russie. Mais ce serait absurde de les appeler “nationalistes russes”. Ils voient plutôt dans la Fédération de Russie un garant de leur souveraineté ethnique, de leur autonomie et de leur auto-préservation.

Regarder l’Europe sous un angle similaire – comme une mosaïque composée d’une multitude d’ethnies liées par des siècles de coopération et de conflits – est probablement beaucoup plus productif que de parler de nations. Contrairement aux Tatars ou aux Tchétchènes de Russie, nombre de ces groupes ethniques ne voient plus dans l’UE, avec ses structures de gouvernance antidémocratiques, largement imposées par les diktats égoïstes de Washington, un garant de leur souveraineté, de leur autonomie et de leur préservation ethnique. Au contraire, il devient de plus en plus clair pour un nombre croissant d’entre eux qu’une plus grande continuation de la même politique entraînera leur extinction culturelle et biologique et leur remplacement forcé par des non-Européens.

Si l’Europe, en tant que composite d’ethnies européennes, doit être sauvée, l’Union européenne doit être détruite. Mais ce retour à la désunion européenne est parfaitement normal et prévisible, maintenant que l’Europe a fini de se régaler du cadavre de l’URSS et que les diktats de Washington sont devenus inefficaces et incohérents. Pour en comprendre les raisons, il faut regarder l’effet de la pompe à richesse dénommée dollar qui fait enfin sentir ses effets sur les États-Unis – tout comme les galions espagnols chargés d’or aztèque et incas l’avaient fait à l’Empire espagnol : ils l’ont ruiné en le privant du besoin, et donc de la capacité, de prendre soin de lui-même. A ce stade, les États-Unis ne sont plus en mesure de jouer leur ancien rôle dans la géopolitique, et ne peuvent qu’agir en perturbateur dans le nouveau jeu de la géo-économie, en menant des guerres commerciales futiles et autodestructrices.

L’absence d’un leadership utile au niveau national risque de rendre inévitable une désintégration nationale plus poussée. La domination de Bruxelles par des bureaucrates hautains et non élus a dégradé le leadership national au point que trois des nations européennes les plus importantes – l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France – sont littéralement sans leader et sans gouvernail. Au fur et à mesure que le pouvoir des eurocrates s’estompe, le vide du pouvoir au niveau national ne permettra pas une transition en douceur. Pour reconstituer l’autorité au niveau national, il peut s’avérer nécessaire de revenir à des structures locales et régionales qui mettent l’accent sur l’autonomie puis les recombiner progressivement en de plus grandes entités politiques en cultivant des liens régionaux bilatéraux et des relations commerciales. Dans ce contexte, toute une cohorte de politiciens, qui ont été conditionnés à considérer le populisme comme un mot vulgaire, risque d’être balayée.

Au fur et à mesure que ce processus suivra son cours, le plus grand défi partout dans le monde sera de tenir l’oligarchie transnationale en laisse, de museler ou d’écraser les oligarques non coopératifs. C’est un savoir-faire assez spécifique que les Russes et les Chinois semblent posséder mais qui fait défaut aux Européens et aux Américains. Elle ne peut être générée du jour au lendemain, mais exige à la fois de la chance et des efforts, autant d’essais et d’erreurs fondés sur des personnalités et des circonstances spécifiques. (Brider un Elon Musk nécessiterait des techniques différentes de celles à appliquer à George Soros.)

Les exemples d’échec à brider une oligarchie abondent. Par exemple, les États-Unis aimeraient beaucoup diriger l’Ukraine en tant qu’État zombie contrôlé à distance, mais ils n’ont pas le savoir-faire nécessaire pour contrôler les oligarques de l’Ukraine. Par conséquent, toutes les ressources qu’ils ont déversées là-bas ont été pillées et utilisées pour mettre en valeur des nids privés situés à l’extérieur du pays. (Le petit nid ou le président Porochenko s’évade se trouverait en Espagne, mais il est aussi un collectionneur passionné de passeports étrangers et il travaille probablement sur d’autres options également).

Ainsi, à mesure que l’UE se dissout, chaque entité nouvellement souveraine devrait être considérée comme un composite d’autres entités semi-souveraines, et leurs interrelations devraient être examinées en termes de relations bilatérales et de coopération régionale. Chacun devra développer à nouveau sa pensée jusqu’à ce qu’il puisse voir clairement et agir de manière productive. Ce ne sera pas une tâche facile pour ceux qui ont été conditionnés à penser globalement, et nous devons nous attendre à ce que ceux dont les ambitions mégalomaniaques ont été contrecarrées organisent un sacré bordel.

 

(20 décembre 2018, Club Orlov, – Traduction du Sakerfrancophone)

  • 28 décembre 2018 à 00:00

S-300 : la tactique confirme la communication

Par info@dedefensa.org

S-300 : la tactique confirme la communication

Plusieurs faits intéressants marquent l’évolution de la situation au Moyen-Orient, “autour de la Syrie”. Le texte repris ci-dessous en privilégie un aspect, que nous développons plus loin, qui illustre, au-delà de la tactique du combat aérien, l’évolution de l’état des esprits vis-à-vis des diverses forces en présence, et essentiellement vis-à-vis des capacités russes, perçues directement ou indirectement, au-delà de toutes les “révélations”, les “sources”, les querelles d’experts et le marais général du FakeNewsisme.

D’abord, les faits nouveaux indiquant l’évolution de la situation générale sur le terrain et dans les relations entre les uns et les autres autour du désordre syrien.

• Il y a eu accord entre les Kurdes et le gouvernement syrien, avec entrée de l’armée syrienne dans la ville de Manbij pour renforcer décisivement le dispositif des milices kurdes contre une éventuelle offensive turques, ou des groupes soutenus par les Turcs. Ce déploiement syrien à Manbij est effectif, et pour la première fois depuis le début de la guerre le drapeau syrien flotte à Manbij. Ce développement (accord Kurdes-Assad) était prévisible dès lors que les USA se retiraient et laissaient les mains libres aux Turcs, – dont nul ne sait encore s’ils vont partir à l’offensive ou plutôt suivre le conseil des Russes et tenter de régler cette situation du Nord de la Syrie autour d’une table de négociation.

... En attendant, il reste au parti des salonards, des divers progressistes-sociétaux et interventionnistes-humanitaristes (type-Kouchner, par exemple) qui encensent les USA et veulent la tête d’Assad au bout d’une pique, à tourner leur pompe à encens de 180° pour applaudir le dit-Assad, et derrière lui les Russes, de venir au secours des Kurdes. Ils n’en feront rien, bien entendu, préférant le silence distrait et un peu méprisant pour ces vérités-de-situation qui se permettent d’introduire un peu de désordre dans leur simulacre si bien rangé en deux colonnes, entre “gentils” et “méchants”, avec la vertu de simplifier radicalement “la complication de l’Orient compliqué”. 

• Il y a également une belle avancée, dont il est accessoirement question dans le texte ci-dessous, dans la situation de la Syrie dans le monde arabe. Après sept années de mise à l’index et d’excommunication de la Syrie, le monde arabe qui écoute toujours avec attention la musique saoudienne semble prêt à accueilli à nouveau le “frère syrien”, le président Assad. Les Émirats (EAU), si proche de l’Arabie, ont rétabli leurs relations diplomatiques avec Damas, et l’Arabie serait sur le chemin de le faire, tandis que la réintégration de la Syrie dans la Ligue arabe semble effectivement être une affaire qui marche, avec l’accord de l’Arabie. (MbS qui reste au pouvoir prend désormais ses aises avec l’alliance US et fait savoir que les adversaires des USA peuvent devenir ses amis.) Le retrait US, quoi qu’il en soit par ailleurs, semble avoir déclenché une mécanique de reconnaissance de la victoire de la Syrie d’Assad, après sept années d’une affreuse et cruelle mêlée où l’Occident, notre bloc-BAO, s’est enfermé dans une poubelle nauséabonde simulant un simulacre et s’est couvert, sans vergogne ni s’en apercevoir les deux à la fois, de honte, de stupidité et d’aveuglement.

DEBKAFiles résume la situation ce 28 décembre, selon un point de vue toujours intéressant à considérer en fonction des liens que ce site entretient avec les services de sécurité israéliens : « L'une des meilleures semaines de Bachar Assad – et l'une des pires de Tayyip Erdogan - a culminé vendredi 28 décembre. La sortie américaine du Nord-Est de la Syrie annoncée par le président Donald Trump le 19 décembre a laissé un vide irrésistible, avant même que le premier soldat américain ait quitté le sol syrien. À la suite de cette annonce, les Émirats Arabes Unis ont annulé leur projet d’envoi de troupes dans le nord de la Syrie et ont rouvert leur ambassade à Damas pour la reprise de relations normales, après des années de soutien à la rébellion syrienne contre le régime d’Assad. Les sources auprès de DEBKAFiles auprrès services de renseignements ont appris que l’Arabie saoudite ferait de même... »

• Accessoirement (?), on notera que la visite-surprise de Trump avant-hier en Irak, a montré les limites très élastiques de son initiative de retrait des forces US de Syrie. Trump a annoncé devant quelques troupes sélectionnées, dont les SEAL ultra-secrets qui sont ainsi mis à découvert par la pétulance de ce président, que les troupes retirées de Syrie seraient repositionnées en Irak d’où elles pourraient effectuer des raids en Syrie si nécessaire. Façon de se concilier “D.C.-la-folle” et de noyer dans l’habituel désordre tout ce que sa décision pouvait avoir de mobilisateur pour les antiguerres ; façon, aussi, de confirmer pour le reste du monde, et notamment les pays arabes, que les USA sont véritablement et décidément un partenaire totalement imprévisible, incontrôlable, non-fiable, en plus d’être en retraite. Il faut évidemment lier ce sentiment avec ce qui se passe du côté arabe avec Assad, mais aussi avec le refus du Premier ministre irakien de rencontrer Trump lors de sa visite en Irak... Non seulement les USA ne s’en vont pas vraiment, mais en plus ils paraissent aujourd’hui encore plus faibles et isolés que s’ils étaient vraiment partis.

... Mais Trump s’en fout et ses adversaires américanistes aussi. Ce qui compte pour lui, c’est la “guerre civile froide” obsessionnelle qu’il mène pour sa réélection de 2020, la même chose pour les antitrumpistes et leur obsession pour abattre Trump. Ainsi, la position et la politique américanistes semblent évoluer, sur ce théâtre du Moyen-Orient comme pour le reste, dans un monde à part, hors de la marche des affaires en général, un simulacre de monde où la puissance américaniste continue à régner, où la psychologie américaniste exacerbée continue à triompher de façon à ce que leur “guerre civile froide” continue à se développer sans entraves. Laissez-lez vivre et agir intensément dans leur simulacre !

• Enfin, le dernier point qu’on aborde ici et qui est traité par le texte ci-dessous, est celui du comportement militaire des Israéliens, après la frappe qu’ils ont effectué avant-hier contre la Syrie. Cette frappe (ou frappe “en plusieurs vagues”) a été particulièrement controversées. On se méfiera grandement des annonces officielles israéliennes, totalement subverties, d’une part par les mensonges de l’hybris d’une force militaire autrefois puissante et qui découvre ses limites de plus en plus contraignantes, d’autre part par la rhétorique guerrière de Netanyahou lancé dans une campagne électorale décisive pour lui (et sa survie juridique autant que politique, puisque avec une affaire de corruption lancée contre lu).

Des diverses versions, on comprend que la force aérienne israélienne a eu beaucoup de difficultés à atteindre une très faible partie de ses objectifs, devant une défense anti-aérienne syrienne qui ne cesse de gagner en efficacité. Mais surtout, nous rapporte l’entretien ci-dessous, il y a le fait de la tactique employée par la force aérienne israéliennes, reprenant la même technique d’une “couverture” de leurs propres avions de coimbat par des vols non impliqués dans la bataille : cela avait été l’affaire de l’Il-20 russe détruit en septembre par erreur provoquée de la défense syrienne, ce fut cette fois deux vols civils, l’un à Beyrouth, l’autre à Damas, qui conduisirent les Syriens à cesser le feu pour ne pas risquer la destruction d’un avion civil et la mort de ses passagers, laissant ainsi les avions de combat israéliens à l’abri d’une menace de destruction. DEBKAFiles, toujours lui, signale la fureur des Russes devant cette tactique, et la possibilité d’une riposte (russe), éventuellement avec l’extension du verrouillage anti-aérien de la Syrie au Liban pour interdire la pénétration de cet espace aérien d’où les avions israéliens effectuent leurs tirs.

La récente frappe aérienne israélienne contre la Syrie montre la généralisation d’une nouvelle tactique qui constitue paradoxalement une couverture défensive active d’opérations offensives. Il s’agit d’un tribut involontaire rendu par les Israéliens à l’efficacité mortelle supposée contre les avions israéliens eux-mêmes de la défense anti-aérienne syrienne en constante amélioration par l’apport russe. Au lieu d’attaquer et de détruire les sites des nouveaux S-300 russo-syriens, comme ils l’avaient promis, les Israéliens préfèrent se protéger de leurs tirs par des subterfuges... On ne sait ce que vaut exactement le S-300 (et le S-400, etc.) mais son effet dissuasif marche à plein : s’il n’est pas absolument assuré que le système est opérationnellement aussi formidable que la communication le dit, cette communication permet finalement de se passer de l’opérationnel pour parvenir à ce résultat.

Ci-dessous, principalement sur ce sujet, ce texte de Sputnik-News le 28 décembre 2018  (titre initial : « La récente frappe aérienne israélienne contre la Syrie montre une nouvelle tactique ».)

dedefensa.org

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La nouvelle tactique aérienne d’Israël

La récente frappe aérienne israélienne contre la Syrie, qui impliquait l'utilisation de vols civils comme couverture de l'opération, montre que les Israéliens changent de tactique à l'encontre de Damas, a déclaré à Spoutnik Peter Ford, l'ancien ambassadeur du Royaume-Uni en Syrie.

La nouvelle tactique israélienne a été détaillée dans une déclarationfaite mercredi par le ministère russe de la Défense, selon laquelle six avions de combat F-16 israéliens utilisaient comme “couverture” pour se dissimuler deux avions commerciaux qui se préparaient à atterrir à Damas et à Beyrouth, respectivement.

Des photospubliées depuis par la société israélienne ImageSat cartographient une zone de 900 mètres carrés où des frappes auraient détruit un dépôt d’armes abritant des armes iraniennes. La frappe aérienne de mercredi a eu lieu après que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu eut juré de poursuivre ses opérations militaires en Syrie pour contrer la présence militaire de l'Iran.

“Cela montre un nouveau mode opératoire, à savoir que les Israéliens ne sont plus aussi audacieux dans leurs actions tactiques, parce qu’ils craignent désormais de perdre des avions”, a déclaré Ford au cours de l’émission Loud and Clear de Sputnik Radio, jeudi 27 décembre. “Cela est causé par le fait que, grâce aux Russes, l’armée syrienne a nettement amélioré ses défenses anti-aériennes. Les Israéliens utilisent de nouvelles tactiques, et il semblerait que l’une d’entre elles consiste à se dissimuler derrière d’autres avions en vol”.

Comme le note Ford, ce n’était pas la première fois qu’Israël utilisait de telles mesures pour lancer ses attaques contre la Syrie voisine. Plus tôt cette année, en septembre, le ministère russe de la Défense avait accuséIsraël d'utiliser un de ses avions (un Il-20 de reconnaissance électronique en cours d’atterrissage) comme bouclier contre les systèmes anti-aériens syriens. Cependant, contrairement à la frappe de mercredi, la frappe aérienne de septembre sur la Syrie avait entraîné des pertes, les 15 membres d’équipage de l’avion russe ayant été tués à la suite de la destruction de leur avions par erreur, par un tir destiné aux chasseurs israéliens s’étant dissimulé derrière l’avion russe.

Considérant les deux opérations, Ford a déclaré à ses deux intervieweurs hôtes Brian Becker et John Kiriakou que de nouvelles règles d'engagement entreraient en vigueur pour la Russie à la suite de ces actions israéliennes. Les Russes “ont effectivement cessé de contraindre leurs partenaires syriens et ils ont dit aux Israéliens que ‘si les Syriens le peuvent et le veulent, ils détruiront vos avions. Ne comptez plus sur nous pour les retenir’”.

Pour l'avenir, et tenant compte de l’annoncepar les Émirats arabes unis de la réouverture de son ambassade en Syrie, M. Ford a suggéré que cette initiative ouvrirait la voie à la normalisation des relations entre la Syrie et son proche allié, l’Arabie saoudite, qui a soutenu les forces anti-gouvernementales dans  guerre civile longue de sept ans en Syrie. “Ce n'est qu'une question de temps avant la reprise des relations entre les Saoudiens et avant la réadmission de la Syrie dans la Ligue arabe”, a-t-il déclaré.

Sputnik-News

  • 29 décembre 2018 à 00:00

De l’atonie à la colère

Par info@dedefensa.org

De l’atonie à la colère

29 décembre 2018 – Il y a longtemps que se développe le jugement selon lequel le développement des technologies de communication et du numérique tend à créer un monde artificiel dans lequel seraient plongées des foules laissées sans direction par la globalisation du néocapitalisme, et ainsi mises dans une atonie qui les priverait de tout sens et laisserait libre cours aux événements suscités par le Système. Par conséquent, c’est avec une certaine surprise puis avec une surprise certainement heureuse que l’on découvre, que je découvre que l’atonie de ces foules sans-direction et privée de sens s’est muée en une colère d’une puissance et d’une résilience extraordinaires.

(Bien entendu, je note cela en référence à la crise des Gilets-Jaunes, mais aussi à divers mouvements de type “populiste” et apparentés qu’on dénombre depuis les années 2015-2016.)

Où est passé l’atonie de ces foules qu’on observait comme abruties par les smartphones du Système et du néocapitalisme ? Au désordre par atonie que cherche à répandre dans les foules privées de sens le néocapitalisme entropique se dresse et s’oppose le désordre des rues par les peuples qui jugent trouver un sens dans le choix de suivre les impulsions nées de leur colère ; le désordre par atonie se désintègre sur le désordre par la colère. Désordre contre désordre, ou comment “faire aïkido” et transmuter, selon le mot de Victor Hugo qu’on reprend beaucoup ces temps-ci, les “foules” heureuses d’être sans direction ni le moindre sens en “peuples” cherchant avec colère à retrouver une direction et un sens qui soient les siens.

Puisque j’ai mentionné les GJ, parlons d'eux comme d'un symbole... C’est-à-dire qu’il faut tirer des enseignements fondamentaux de cet événement, quoiqu’il advienne de lui et quelle que soit la direction qu’il prenne, – mais je ne dirais pas, comme j’allais l’écrire, “éventuellement jusqu’à sa disparition ou sa désintégration”, puisqu’il ne peut ni disparaître ni se désintégrer mais, de façon, très différente, évoluer dans une chaîne d’événements de même nature. (La remarque de Douguinevaut aussi bien pour l’analyse du mouvement que pour sa pérennité à cause de sa propre structuration : « L’ampleur du mouvement des gilets jaunes est d’ores et déjà telle qu’il est absolument nécessaire d’analyser ce phénomène de manière détaillée. »)

Ma première idée était de décrire ce que j’aurais nommé deux “univers parallèles”, celui des foules atones et celui des peuples en colères, comme deux choses contraires cohabitant en s’ignorant, progressant côte-à-côte sans se regarder... Mais à la lumière des remarques précédentes, il apparaît qu’il ne s’agit pas de deux “univers parallèles” mais bien du même qui se transmuterait (“foules devenues peuples”) ; ou bien, dit d’une façon différente, du même univers qui serait les deux en même temps(“foules atones” et “peuples en colère”), et où, manifestement et certes pour la séquence en cours dont on voit mal ce qui pourrait la détourner en environnement satisfaisant propice à calmer la colère, le “peuple en colère” prend dans la dynamique populaire générale de plus en plus l’ascendant sur la “foule atone”. Qu’est-ce qui est le plus important chez un GJ ? Son smartphone ou son gilet jaune ?

Il m’apparaît manifeste que le smartphone est un outil, un instrument utile qui peut paraître parfois envahissant et anesthésiant mais qui n’exerce pas de véritable maîtrise sur l’esprit, un accessoire sophistiqué mais sans aucune essence symbolique, aussi aride que la surface de la Lune. Au contraire, on ne peut expliquer la puissance de communication du gilet jaune, chose rustique et sans grâce, d’une couleur grossière et sans la moindre sophistication, que par sa puissante fonction symbolique exprimant un état de l’esprit, une position et une attitude politiques qui impliquent un jugement autonome et justifient un comportement audacieux.

Ce constat, qui est de mon jugement mais dont on admettra qu’il s’appuie sur des événements remarquables, est très surprenant par rapport au jugement général de notre emprisonnement par les machines. (L’expression “emprisonnement par les machines” à prendre au pied de la lettre aussi bien que d’un point de vue symbolique, et avec une suggestion de soumission à cet emprisonnement, une sorte de “servilité volontaire” par atonie.) Au contraire, il semble que nous sommes aujourd’hui dans une situation inverse de la soumission et que la révolte gronde dans la prison où les matons et leurs kapos sont de plus en plus débordés et paniqués.

Je reviens à une référence d’un récent article du site (du 6 novembre 2018), où il était question de Gunther Anders et de son livre L’Obsolescence de l’homme. Le sujet développé était celui, par métaphore, de “l’obsolescence de la machine” en référence à ce qu’on désigne dans ces pages de dde.orgcomme “la crise du technologisme”. Je fais une citation pour nous rafraîchir la mémoire et ouvrir une autre perspective à partir de la même référence...

« Ce qui est en jeu, c’est un concept non moins fondamental qui est apparu depuis le début du XXème siècle et qui a notamment été magnifiquement développé par Gunther Anders dans son livre ‘L’obsolescence de l’homme’.

» Gunther Anders fut l’élève de Husserl et de Heidegger, et le mari d’Hanna Arendt de 1929 à 1936. Militant pacifiste connu par ses actions contre la bombe atomique après la guerre (notamment ses entretiens avec un pilote d'un des B-29 de reconnaissance des missions atomiques sur le Japon), il se signala par une critique extrême du progrès qui le classe parmi les antimodernes... [...]

» Une des thèses du livre d’Anders se nomme “la honte prométhéenne”, qu’Anders décrivait ainsi, dans son “journal de Californie”, le 11 mars 1942 : “La honte qui s’empare de l’homme devant l’humiliante qualité des choses qu’il a lui-même fabriquées”. Anders rapporte l’anecdote d’une visite d’usine où étaient exposées des machines en parfait état de fonctionnement, c’est-à-dire fonctionnant à la perfection. Il nota le comportement de son compagnon de visite, qui manifestait une sorte de honte, “comme s’il avait honte d’avoir introduit ses propres instruments balourds, grossiers et obsolètes dans une haute société composée d’appareils fonctionnant avec une telle précision et un tel raffinement”.[...]

» Anders construit donc sa thèse autour de cette idée : l’homme conscient de son imperfection, a honte de lui-même devant la perfection des machines qu’il a fabriquées, – effectivement ‘parfaite’ description d’une “honte prométhéenne”. “[D]ans sa ‘honte prométhéenne’, l’homme préfère, lui aussi, la chose fabriquée au fabricant, accordant à la chose fabriquée un degré d’être supérieur.” Il en vient alors à se placer sous l’empire des machines qu’il construit, projetant dans ses machines son propre hybris en même temps qu’une confiance d’autant plus aveugle qu’elle semblerait ne pas être compromise par une sorte de complexe de l’égotisme puisque la machine est autre que lui-même... »

Ensuite, le texte se poursuit à propos du perfectionnement des machines avec l’électronique, l’informatique et le numérique, pour en arriver à “la crise du technologisme” qui accouche paradoxalement de “l’obsolescence de la machine”. Ce que je veux mettre en évidence va dans la direction d’une autre hypothèse sans rien ôter au constat initial, disons une hypothèse complémentaire qui est l’évolution de la psychologie et du comportement des “foules” par rapport au phénomène de “l’obsolescence de la machine”, et une hypothèse appuyée sur la dynamique de “la foule atone devenue peuple en colère”, et ainsi écartant l’“obsolescence” dont elle s’était elle-même chargée.

Ce qui m’avait alerté également, dans le livre de Anders, c’était qu’il date de 1956 et que Anders cite même son journal de 1942 pour parler de « l’humiliante qualité des choses [que l’homme] a lui-même fabriquées » (« le 11 mars 1942 : “La honte qui s’empare de l’homme devant l’humiliante qualité des choses qu’il a lui-même fabriquées”. »). Si l’on remonte encore un peu et si l’on prend de la distance, il apparaît finalement que cette perception de “la qualité des choses qu’il a créées”, en parlant de la technique, existe dès le XIXème siècle ; certainement, le chemin de fer, les premiers bateaux à vapeur, ont été de ces phénomènes-là où la machine a paru d’une qualité extrême, effectivement pouvant susciter cette perception que les qualités, voire la perfection de la machine, c’est-à-dire de la technique, dépassaient l’homme.

Ainsi, pendant près de deux siècles, les deux sentiments ont cheminé ensemble, le premier le cédant peu à peu au second : d’une part le constat des merveilles de la techniques (et au-delà, de la technologie), exaltant le progrès et confirmant la ligne idéologique catastrophique de la modernité ; d’autre part le malaise sans cesse croissant de l’homme devant la supposée qualité, sinon la perfection de ces machines accouchée par la technique/la technologie, avec au-delà leurs effets sur la nature humaine et sur l’état du monde. Un des points de rupture, certainement le premier à atteindre un vertige métaphysique, fut la bombe atomique (puis nucléaire), avec les catastrophes d’Hiroshima et de Nagasaki. (L’événement fut déterminant pour précipiter Anders dans un pessimisme radical.) 

Se plaçant dans la longue lignée des séquences successives des adversaires du progrès qui remontent haut et loin dans l’Histoire , Anders fut un pionnier de cette contestation du progrès arrivé à son point de fusion, de cette séquence-là qui est à mon sens la phase ultime du courant “antimoderne” dans tous les sens de l’expression, qui prit son essor dans les années 1960-1970 avec parallèlement l’activation politique, parfois même politicienne, de la composante écologique qui met en cause les fondements du Système. 

Dans cette même séquence, c’est dans la décennie des années 1990 que la notion de “progrès” prétendant nous imposer un “avenir” totalitaire fut plus radicalement et décisivement mise en cause, cette fois du point de vue intellectuel et philosophique. Je me rappelle une série d’articles du Monde de diverses plumes brillantes, dont celle de cet historien américain pour qui j’ai beaucoup d’estime et que j’eus l’honneur et le bonheur de connaître, William Pfaff. (Son article du Monde devait être une extrapolation de son article dans Commentaire n°74 [1996/2] : « Du progrès : réflexions sur une idée morte ».)

Depuis lors, le conflit est totalement déchaîné, exacerbé par un tourbillon crisique métahistorique issu de 9/11 et une application jusqu’à la démence de la doctrine même du progrès, le néolibéralisme totalitaire qui nous entraîne vers l’entropisation. Ainsi nous trouvons-nous au cœur grondant du point de fusion de cet affrontement, interprétant en mode fortissimo cette terrible équation porteuse d’un choc quasi-nucléaire, – “surpuissance du progrès-autodestruction du monde”comme un double opérationnel du surpuissance-autodestruction du Système.

...La surprise étant bien entendu que les foules rendues atones par les magies noires et diverses du progrès, notamment dans le côté le plus pervers de sa forme informatique et numérique, se révèlent en même temps accoucheuses de “la colère des peuples” : une partie jusqu’alors cachée de l’être prend le pas sur la partie jusqu’alors la plus voyante de lui-même, qui se vautrait dans les délices de la servilité. 1984 et Le Meilleur des Mondes, qui sont les références les plus sûres pour cette situation de “foules” complètement asservies par les machines et ceux qui les manient, ont longtemps figuré comme les seules références de notre futur. Les deux livres sont écrits dans la première moitié du XXème siècle et nulle part on n’y trouve la place ni l’occasion pour une révolte comme celle des Gilets-Jaunes.

Le futur que notre-Système nous réservait a ainsi complètement manqué, par aveuglement et arrogance rassemblées, comme un vrai Macron, son investissement de l’avenir qu’il aurait voulu déformer à son image, atone et autodestructeur. De cette façon de voir, je déduirais évidemment que les GJ se sont révoltés contre le futur, au nom de l’avenir, selon cette remarque de Fabrice Hadjadj (de son livre de 2014 « Puisque tout est en voie de destruction – Réflexions sur la fin de la culture et de la modernité ») :

« En un mot, le futur est relatif à ce qui va, l’avenir à ce qui vient, et il faut que ce qui va soit ouvert à ce qui vient, sous peine d’une vie qui meurt en se fixant dans un programme. Cette subordination du futur à l’avenir marque aussi la supériorité et plus encore la surprise de l’avenir par rapport au futur. Quand le monde ne va pas, quand, sous nos yeux, il court à sa perte, cela n’empêche pas le royaume de venir : sa grâce ne dépend pas de nos mérites, elle présuppose même plutôt notre condamnation. »

Le symbole des GJ nous oblige à la révolte, il y oblige même la partie d’eux-mêmes qui s’était complaisamment asservie aux clins d’yeux aguicheurs et diaboliques du Système. En conséquence, le Système est dépouillé de son masque et se montre pour ce qu’il est, dans toute sa laideur hideuse de Gorgone. Nul ne pourra plus dire “Je ne savais pas”.

  • 29 décembre 2018 à 00:00

Aidez dde.org à tenir son rôle en 2019

Par info@dedefensa.org

Aidez dde.org à tenir son rôle en 2019

2018 fut une année difficile pour le monde-fou du Système ; 2019 sera pire encore pour eux... Plus que jamais dans ce tourbillon crisique, nous avons notre rôle à tenir, la tête haute.

Nous sommes à la fin, – un gros jour et demi, – du terme de cette campagne mensuelle de donation et la barre de comptage de dedefenda.orgaffiche €2.315. Une fois encore et une fois de plus avec une constance sans égale, nous voulons vous assurer de la chaleur de notre reconnaissance pour ceux qui ont participé au remarquable soutien apporté au site tout au long des 29 premiers jours de ce mois.

Ce 30 décembre, avec notre barre de donation affichant €2.315, nous ne sommes pas encore tout à fait dans notre zone de sécurité par rapport à nos contraintes économiques. Vous connaissez nos besoins, résumés par cette citation qui vous est familière... « … Nos lecteurs savent évidemment que, depuis 2011, les conditions économiques ont évolué et que les sommes proposées doivent être définies différemment. Le seuil du “fonctionnement minimum des fonctions essentielles du site” dépasse aujourd’hui très largement les €2.000 et se trouve quasiment au niveau des €3.000avec le reste à l’avenant... ».

Il reste ces quelques heures. Nous demandons à nos lecteurs d’intervenir jusqu’au dernier jour, jusqu’à la dernière heure du mois de décembre 2018 pour établir une situation d’équilibre, et aussi pour l’affirmation de cette solidarité si précieuse pour la poursuite de notre travail. Nous les en remercions par avance.

 

Mis en ligne le 30 décembre 2018 à10H25

  • 30 décembre 2018 à 00:00

La bourse du carbone contre l'économie réelle

Par info@dedefensa.org

La bourse du carbone contre l'économie réelle

Sir Jacob Rothschild, banquier qui règne sur la destinée de la plupart des banques centrales d'Occident, estime que « l'absence d'une réponse internationale coordonnée face aux défis mondiaux qui nous attendent tombe mal à une époque où des leaders populistes et protectionnistes de la trempe du président américain Donald Trump s'imposent. La résolution de tous ces problèmes, à une époque aussi imprévisible, risque d'être difficile », finit-il par concéder.

Un système financier qui dicte sa loi

De fait, l'oligarque de la finance souhaite instaurer un système planétaire destiné à policer les activités économiques, mais aussi les prérogatives régaliennes des nations occidentales. Qu'est-ce à dire ? La banque Rothschild et ses principaux ayants droit dirigent les principales places boursières de la planète, avec la City de Londres au premier chef, et occupent une position de contrôle au sein des banques centrales de nombreux pays. 

L'endettement systémique des nations

L'endettement des pays a pris une proportion alarmante depuis que les banques centrales ont été privatisées. Ainsi, depuis que la France a adopté la « loi de 1973 », dite « loi Pompidou-Giscard-Rothschild », la République ne peut plus faire appel à la création monétaire pour financer ses grands projets d'infrastructures et doit s'endetter auprès des banques privées. Wikipédia nous rappelle que la France avait une dette de plus de 2 000 milliards d'euros (équivalent à 3 800 milliards de dollars canadiens) en 2014 et a été contrainte de verser plus de 1 400 milliards d'euros à ses créanciers depuis que sa banque centrale a été privatisée.

L'environnement : un nouveau pactole fiscal

Mais, non contents d'avoir accaparé les places boursières et les marchés financiers, et de prêter à taux d'intérêt élevés aux gouvernements, les acteurs de la haute finance ont jeté leur dévolu sur l'environnement. Utilisant le réchauffement climatique comme prétexte à la mise sur pied de nouveaux outils de taxation, les oligarques qui se réunissent à Davos, en Suisse, mettent de la pression sur nos gouvernements afin qu'ils adoptent un nouveau système de tarification des émissions de carbone. 

Ce système de régulation des émissions polluantes fonctionne par l'entremise d'une bourse qui permet de transiger en utilisant des permis de polluer qui sont autant de nouveaux produits financiers sur lesquels spéculent les cabinets de courtage de l'industrie bancaire. Serge Rouleau, dans un blogue mis en ligne sur le Huffington Post Québec, en 2015, avançait que « la taxe carbone ne constitue pas un apport additionnel de ressources dans l'économie. Elle ne fait que redistribuer l'argent des entreprises énergivores aux entreprises oeuvrant dans le domaine des énergies vertes ».

La bourse du carbone détruit les économies

Resserrant les boulons de sa réflexion, le blogueur Rouleau nous prévient que « c'est le premier janvier 2015 que la bourse du carbone nord-américaine vit le jour. Sous un prétexte populiste, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, les gouvernements imposent aux entreprises un régime de plafonnement et d'échange de crédits de carbone qui nuira à l'économie du Canada et plus particulièrement à celle du Québec ».

Citant l'économiste Youri Chassin, autrefois de l'Institut économique de Montréal (IÉDM) aujourd'hui membre du caucus de la CAQ, M. Rouleau souligne que le prix de l'essence au Québec a subi un bond dramatique, provoqué par l'introduction de ce nouveau mécanisme fiscal. L'économiste de l'IÉDM estime que les entreprises québécoises devront acheter des droits de polluer de l'ordre de 2,4 milliards d'ici à 2020.

La grogne populaire explose

Ainsi, chaque famille québécoise devra débourser, en moyenne, un supplément de l'ordre de 1 200 $ pour se procurer des biens de consommation courante. Les compagnies de transports distribuant les denrées alimentaires, étant taxées en fonction de leurs émissions, ne soyez pas surpris de devoir bientôt débourser 5 $ pour une pomme de laitue. 

Les taxes sur le carburant et autres ponctions reliées à cette nouvelle fiscalité environnementale ont fait déborder la coupe en France. Face au soulèvement populaire des « Gilets jaunes », l'économiste en chef du groupe Edmond de Rothschild, Mathilde Lemoine, expliquait, à la fin octobre dernier, sur les ondes de BFM TV, qu'il est ardu pour le gouvernement français de faire avaler la « transition écologique » à la population, surtout si on prend en compte les ponctions qui sont prélevées sur sa consommation de carburant. Mme Lemoine admettait que « c'est un problème qui est largement connu », mais ne semblait pas souhaiter changer de cap. L'essentiel étant de « permettre une meilleure acceptabilité » de cette « transition écologique ».

 

Voici la ou les sources de cet article : Wikistrike, Wikipédia #1 et #2Huffington Post QuébecBFM TV et Contrepoints / 

  • 30 décembre 2018 à 00:00

Mélenchon, un Mirabeau très délavé

Par info@dedefensa.org

Mélenchon, un Mirabeau très délavé

1789 : Dette et fiscalité injuste

Mirabeau déclare les Droits de l’Homme et du citoyen

Il a rédigé, aidé il est vrai d’un grand nombre de collaborateurs, la plus grande part des  vingt premiers articles de la Déclaration des Droits de l’Homme, tout en s’affirmant royaliste, partisan de la monarchie des Bourbons. Gabriel Honoré Riquetti comte de Mirabeau, député d’Aix, donnait le 1erseptembre 1789 le plus élaboré et le mieux construit des discours qu’il eût à prononcer à l’Assemblée Nationale. Il y défendait l’utilité d’un veto royal qui pourrait sanctionner les décisions prises par le corps législatif. Il y soutenait que la sanction royale est un contrepoids nécessaire pour écarter des lois dangereuses ou hâtivement promulguées. Il a alors développé un argument, un bijou de rhétorique. Sans l’existence d’une possible ‘sanction royale’, le Roi deviendrait un séditieux. En disposant d’un droit de veto, il s’exposerait à la vindicte populaire s’il en abusait et donc était invité à la plus grande des vigilances pour son emploi tempéré.

Quelques semaines auparavant, lors de la séance du 9 août, il s’était élevé avec énergie contre la proposition d’un député de lever un impôt sur les créanciers de l’État. Il produisait un raisonnement juridico-constitutionnel qui lui permettait de récuser que la Nation ait la latitude de déroger à l’une de ses promesses. La souveraineté d’une nation ne lui permet de nouer et défaire ses lois que si celles-ci concernent les actes par lesquels elle agit sur elle-même. Elle ne peut rompre les contrats engagés avec une autre partie. ‘Les lois, émanation de la volonté générale cessent toutes les fois que la volonté qui leur donna l’être juge à propos de les détruire’. ‘Les autres sont de véritables contrats soumis aux mêmes règles, aux mêmes principes que les conventions entre particuliers.’ Et donc ils seraient réputés indestructibles selon le défenseur des intérêts des créanciers. Autrement dit la Dette est plus sacrée à la Nation que ses lois elles-mêmes.

Necker venait de présenter la veille un projet d’emprunt pour couvrir l’excédent des dépenses sur les recettes du Trésor, Mirabeau avait obtenu son approbation à l’unanimité. En somme, Mirabeau a plaidé pour que le revenu financier lié à la Dette souveraine soit défiscalisé. Or la France empruntait à des taux doubles de ceux du Royaume Uni (7,5% versus 3,8%) alors que cet État de 25 millions d’habitants avait de plus grosses garanties et que ramenée au PIB, la dette françaiseen représentait 56% alors qu’elle s’élevait à 182% du PIB de la Grande Bretagne. 

Dette exorbitante et fiscalité inefficace avaient précipité la Révolution française mais ces deux éléments restent toujours mal évalués par les historiens. Le système fiscal reposait sur un syndicat de fermiers privilégiés et incontrôlés qui assurait la levée de l’impôt et en ponctionnait bien plus que 10%. Les guerres très dispendieuses du 17 et 18ième siècle, en particulier la Guerre de Sept ans, ont considérablement grevé le budget de la monarchie aux comptes, non ouverts au public, devenus de plus en plus déficitaires. La perte du premier empire colonial, américain et indien, en faveur de l’ennemi britannique avaient rétréci les ressources de l’impôt. Louis XVI avait consommé quatre Contrôleurs des Financesavant de rappeler Necker en 1788 alors que la banqueroute était imminente.

Au tout début, le talent oratoire de Mirabeau fit que son influence fut prépondérante à l’Assemblée. Les mois passant, elle s’amoindrissait, le Mirabeau ardent, audacieux, fougueux fit place à quelqu’un de craintif, assagi, prudent. Des hommes irréductibles, insensibles à la magie de son verbe, sentirent le recul de Mirabeau peut-être effrayé par le torrent dont il avait aidé à ouvrir l’écluse.

Le peuple qui l’admirait lui rendra un immense hommage et l’accompagnera en masse dans le funèbre cortège qui conduisit ses restes au Panthéon. Ce fut le premier homme à y être enterré en 1791.  Quand furent découvertes les tractations qu’il menait avec Louis XVI révélant qu’il était un agent double, on l’en fit sortir en 1794 par la porte de derrière.

2018 : Dette et fiscalité aussi injustes

Pas de Mirabeau en vue

Mélenchon n’aura pas l’heur d’y être un jour honoré même si par endroit sa verve de tribun fait succomber des foules meurtries à leur gauche qui n’expriment en l’acclamant que leur désir de justice sociale 

Sa double vocation est d’emblée perceptible. Flatter cette exigence populaire et complaire à l’ordre capitaliste.

Ses déclarations d’amitié appuyées à Tsipras illustrent largement l’idée qu’il se fait de l’indépendance et de la souveraineté nationale, parlant de cruauté des institutions européennes alors qu’elles ne font qu’appliquer ce pourquoi elles ont été mises en place. Il ne les pense qu’entravées par une Union européenne construite autour de l’industrie et de la monnaie allemandes. Ses propos confus (à dessein ?) sur une sortie de l’Europe signalent une incohérence soit pathétique quand l’élu autrefois socialiste et maintenant ‘insoumis’ reste cantonné dans son rôle d’éternel opposant soit dangereuse quand il prétend vouloir assurer des fonctions exécutives.

Mélenchon a rencontré à Marseille Macron, l’échange fut atrocement déférent et même tenu nuitamment, il n’avait rien de secret. Un Mélenchon bredouillant, souriant, affable qui n’avait rien d’un flambant de l’insoumission mais tout d’un piètre courtisan pris au dépourvu dans sa courtoisie pleine de révérence envers le petit marquis, Maître du moment. 

Quémandait-il la Présidence du Conseil comme il l’avait fait avec l’homonculus qui présidait précédemment la France ?  

Mélenchon n’a jamais récusé les guerres menées par la France au sein de l’Otan qui ont déstabilisé des pays souverains. Dans son plaidoyer contre l’invasion des migrants venus faire baisser le coût salarial dans les pays d’accueil, il ne mentionne jamais les agressions militaires françaises en Libye, en Syrie, en Afghanistan et au Mali. Il ne met pas non plus en avant le pillage des pays africains réalisé de concert avec des chefs d’État placés sous protection militaire française comme au Gabon, en Côte d’Ivoire et au Tchad.

Notre époque n’est capable d’accoucher que de pâles copies de moments cruciaux qui forgeaient des héros, eussent-ils été champions de la duplicité. Mélenchon n’écrit pas les vingt premières propositions qui amplifieraient l’insurrection des Gilets Jaunes et accoucheraient d’un ordre démocratique nouveau. Il se contente d’une prétention à engranger des députés au sein de l’UE honnie des peuples, de quoi renflouer les caisses de son mouvement. En restant dans les travées balisées par la démocratie représentative de la cinquième République, il cultive l’illusion d’une révolution par les urnes. Les taxes qui ont mis le feu aux poudres répondent à l’obligation des restrictions budgétaires du Conseil de l’Europe. Elles participent à assurer le service de la Dette publique.

Pourtant, la période est à l’insurrection

Elle est prête aux bouleversements qui ne peuvent se réaliser au sein d’un système ligoté par la puissance de l’Argent qui construit à travers les médias dominants les fictions qui le perpétuent. Quelle étrange analogie pourtant avec les années qui consacrèrent la chute de l’Ancien régime, l’écrasante Dette souveraine due à des capitalistes (déjà !) et les puissances prussiennes prêtes à intervenir pour sauver des Versaillais prêts à fuir pour Metz incluses ! 

Les Gilets Jaunes, eux, martèlent avec raison et sans discontinuer une nécessaire rupture : Leur ‘Macron démission’ n’est pas à l’ordre du jour des Insoumis d’opérette.

  • 30 décembre 2018 à 00:00

Merkel, ou la “sottise du diable”

Par info@dedefensa.org

Merkel, ou la “sottise du diable”

30 décembre 2018 –J’avoue avoir complètement raté cette intervention de Merkel : « Les États-nations doivent aujourd’hui être prêts à renoncer à leur souveraineté »... Surprenante dans sa simplicité, épatante dans sa pureté cristalline, abrupte dans son impérative signification, cette intervention ; d’une certaine façon, comme si l’on découvrait que le roi est nu, bien qu’il s’agisse de rien moins que de notre Kaiserin.

Elle dit d’autres choses dans le même genre qui est de songer à bannir toute souveraineté, la transmission de cette souveraineté vers des organes adéquats (UE, Globalisation Inc., New-New World Order) devant se faire dans l’ordre et la discipline, comme au bon temps où la Stasi faisait fleurir la RDA, ou la Wehrmacht les grandes steppes de l’Est. En même temps, Merkel fait un panégyrique du traité de Marrakech, dont nous apprenons qu’il est le produit d’un travail de sape et d’un labeur-expert à l’ONU des mêmes Allemands du groupe-Merkel, depuis 2016 après l’expérience très concluante de l’ouverture des frontières de l’Allemagne de 2015. (*)

Si je reviens sur cette sortie de Merkel qui date d’un mois (*), c’est parce qu’elle s’inscrit dans une attitude nouvelle de cette chose immense et déchaînée que je nomme “Système” ; une attitude qui se renforce chaque jour trois ou quatre mois, voire quelques semaines, et qui nous dit que le Système ne prend plus de gants, ni ne songe à garder plus longtemps son masque. Il y a trois ou six mois encore, une personne du rang de Merkel, placée dans la situation où elle se trouve, n’aurait pas songé à dire une telle chose, si crûment, si abruptement, comme l’on agite un chiffon rouge devant un Gilet-Jaune.

C’est ce que je voulais signifier dans la page d’hierde ce Journal-dde.crisis, y écrivant pour conclure : « En conséquence, le Système est dépouillé de son masque et se montre pour ce qu’il est, dans toute sa laideur hideuse de Gorgone. » Comme on le comprend, cela a à voir avec les GJ, qui sont un de ces éléments qui alarment extrêmement le Système, lequel est lui-même un taureau que le premier Gilet-Jaune agité devant ses yeux rend furieux. Ainsi le Système conclut qu’on en arrive à l’empoignade finale, et qu’il faut désormais être clair. Merkel aurait bien compris la chose.

Cette drôle de citoyenne, cette Merkel... Aussi atone que bovine, avec des passions d’asticot, à la fois lourde et besogneuse, étrange produit d’une RDA finissante (ses parents, membres de la nomenklatura locale), insupportable donneuse de leçons sur nos “valeurs” débitées d’une voix monocorde comme autant de saucisses de Francfort, comme si l’Allemagne doublement sinon triplement coupable (Hitler + la Stasi + la NSA) voulait entraîner toute l’Europe dans sa repentance suicidaire. Cette incroyable mais improbable Kaiserin a séduit en un tournemain les trois volatiles qui se sont succédés au perchoir de l’Élysée, trois bulles de simulacre aux couleurs de La-République, trois simulacres de repentance (la France a toujours une poignées de repentances au feu), comme si les trois regrettaient de n’avoir pas été d’une autre génération pour faire don de leurs personnes à l’UE et s’instituer collaborateurs privilégiés de la Merkel de cette façon qu’on l’était du temps de la Kommandantur.

Je me dis, l’observant qui répond à la swing-lady Alice Weidel présidente de l’AfD, la Marion Maréchal d’outre-Rhin, que le diable a la ruse bien aiguisée. Il sait choisir ses créatures, parmi les plus ternes, les plus pesamment vertueuses, les plus dépourvues de sang frais et réduites au jus de navet, jouant à merveille à être flegmatiquement énigmatiques. On comprend, à la contempler et à l’écouter comme une sorte d’extraterrestre brouteuse, qu’elle soit elle-même adepte du “Grand Remplacement” et qu’elle favorise à ce point les migrations au point où on la voit. Ainsi sera-t-elle aisément remplacée.

L’analogie souvent faite entre elle et Bismarck, que les chroniqueurs français affectionnent parce qu’ils aiment étaler leur “kultur” comme on fait d’un reste de confiture vieillie sur une tartinenette moisie, cette analogie est terrible et horrible par son ridicule et son sens aigu de l’inversion ; et, bien entendu, c’est Merkel qu’on applaudit dans la séquence référencée du Bundestag mais il y a, je ne sais pourquoi, quelque chose d’ironique et de moqueur dans ces applaudissements dont ceux qui applaudissent n’ont nulle conscience. 

Telle que je la vois, horriblement mais secrètement vexée dans sa pesante vanité d’avoir été obligée d’annoncer son départ et de se priver elle-même du mandat à perpétuité qu’elle croyait bien mérité, telle que je la vois je crois qu’elle est en train de devenir furtivement (stealthily) folle, comme une sorte de JSF de la globalisation. Ses propos que l’on a fort peu relevés, sur cette nécessité des identités nationales de se faire hara-kiri au profit des Orques du Mordor bruxellois relèvent moins de la provocation triomphante que de la folie aveuglante.

(Soit dit en passant et pour votre édification, cher lecteur, l’image employée par dde.org lors de la crise grecque est limite : depuis cette fameuse passe d’armes de 2015, un “mouvement d’opinion” a décrété que la représentation faite en général des Orques du Grand Œuvre de Tolkien était de type indéniablement raciste à cause de la couleur noire et de divers autres caractères utilisés pour les personnaliser, associant ainsi un certain genre-typé [ou type-genré ?] à une activité notoirement infernale.)

D’où enfin ma tendance à un revenez-y classique, façon d’aiguiser un second regard, en reprenant la remarque selon laquelle “le diable a la ruse bien aiguisée” à propos de son choix de Merkel, comme pour apprécier ce choix en disant “bien joué”... Car le diable s’est-il aperçu que Merkel est folle parce qu’elle est vide, qu’elle est en train de vendre la mèche, d’en faire vraiment un peu trop sans le réaliser parce qu’elle se croit inatteignable comme si elle était une énigme flegmatique ? Je pense alors à la phrase fameuse de Guénon, celle dont je ne parviens pas à me débarrasser, comme le sparadrap du capitaine Haddock et comme les bêtises sans fin de Benalla, – et cette phrase comme une sorte de devise de notre site à tous, et de notre temps par conséquent 

« On dit même que le diable, quand il veut, est fort bon théologien ; il est vrai, pourtant, qu’il ne peut s'empêcher de laisser échapper toujours quelque sottise, qui est comme sa signature... » 

Merkel est-elle la “sottise” du diable ?

 

Note

(*) Je ne vous cache pas que la progression de cette nouvelle jusqu’à ma connaissance est tout à fait surprenante. (Je parle pour mon compte et pour ce que j’en sais, et il est très possible que tout cela doive beaucoup à mon inattention ou à une faiblesse de l’éventail de mes sources.) J’ai donc découvert ce « Les États-nations doivent aujourd’hui être prêts à renoncer à leur souveraineté » dans ZeroHedge.com le 28 décembre, redoublé par exemple dans TheDuran.com et Infowars.com le même jour. Remontant la filière, j’arrive par exemple à un excellent site de la Confédération helvétique, LesObservateurs.chqui nous donne la nouvelle en français, mais le 28 novembre, un mois plus tôt. Parmi les liens auxquels ce texte renvoie, il y a Breitbart-UK, du 23 novembre, puisqu’il s’avère finalement que Merkel a parlé dans le sens qu’on lit le 21 novembre lors d’une conférence à la Fondation Konrad Adenauer de Berlin. Autant pour moi et pour d’autres sans doute. Quant au plan Merkel-Marrakech mis à jour par le parti populiste allemand AfD, il vient également de Breitbart-UK (le 26 novembre, et ici en français) et par conséquent porte la patte d’une coordination avec Steve Bannon. Il reste le constat que tout cela n’a pas excessivement passionné notre presseSystème, et que l’on conclura que c’est par compassion, pour ne pas alarmer les “foules atones” en train de se transformer en “peuples en colère”.

  • 30 décembre 2018 à 00:00

Le Pentagone contemple Avangard

Par info@dedefensa.org

Le Pentagone contemple Avangard

31 décembre 2018 – Dix mois après la révélation de l’avance russe dans le domaine de nouveaux systèmes d’armes avancés caractérisés notamment par l’évolution en vitesse hypersonique (plus de Mach 5), le Pentagone produit un premier document de posture stratégique prenant en compte cette nouvelle réalité stratégique. (Il s’agit d’un rapport de l’US Navy : “Un concept pour maintenir la supériorité maritime, version 2.0.”)

Cela est détaillé au lendemain de l’essai réussi en Russie du système planant d’attaque nucléaire hypersonique Avangard, l’une des armes les plus impressionnantes dans cette nouvelle panoplie, évoluant à autour de 30 000 km/h, suivant des trajectoires zigzagantes dont il est impossible de calculer l’objectif, ayant une capacité stratégique longue, etc. Avangard est l’arme stratégique absolue par excellence, contre laquelle il est aujourd’hui absolument impossible de disposder d’une parade.

Ci-dessous, un texte court et factuel de RT-USA présente cette situation du point de vue officiel du document US mentionné, traduisant en termes très retenus ce qui est qualifié de “panique au Pentagone” par le journal allemand Die Welt, et reconnu comme une situation extrêmement dangereuse par un rapport du GAO du 18 décembre. L’essentiel du point de vue factuel est évidemment que le document présenté ici annonce que les USA espèrent disposer de systèmes hypersoniques en 2025 au plus tôt alors qu’Avangard, dont les essais ont semble-t-il donné toute satisfaction, devrait entrer en service opérationnel dans les six premiers mois de 2019, – là aussi en avance sur les chronomètres prospectifs US, puisqu’on l’annonçait pour 2020 il y a six mois, et pour 2025 encore six mois avant... (Un autre système hypersonique, de portée stratégique intermédiaire, autour de 2 000 et 4 000 kilomètres avec l’autonomie de l’avion-lanceur, le Kinzal, est d’ores et déjà en service à une dizaine d’exemplaires sur MiG-31.)

« Inquiets des avancées technologiques de la Russie et de la Chine, les États-Unis espèrent disposer d’une arme hypersonique d’ici 2025, a annoncé la marine américaine dans un rapport diffusé courant décembre. Quinze jours plus tard, Vladimir Poutine assistait au lancement du nouveau missile hypersonique russe.

» Le planeur hypersonique Avangard, à la pointe de la technologie, a été testé avec succès le 26 décembre. Il a effectué des manœuvres verticales et horizontales en vol et a atteint la cible prévue, selon le ministère de la Défense. La vitesse réelle du missile, qui entrera en service en 2019, est située autour de 30 000 km / h. Le lancement du test a été suivi sur place par le président russe Vladimir Poutine, qui l'a qualifié de “grand événement pour les forces armées, et probablement pour l'ensemble du pays.”

» À peine une semaine avant le test d’Avangard, le Chef des Opérations Navales (chef d’état-major de la Navy), l’amiral John Richardson, a fait diffuser un rapport intitulé “Un concept pour maintenir la supériorité maritime, version 2.0.” Il apparaît dans ce document que l’une des priorités impératives Pentagone pour les années à venir est de développer et de déployer une arme hypersonique offensive d’ici 2025”. [Dans le document, le] Pentagone accuse vigoureusement la Russie et la Chine de “chercher à renforcer leur puissance aux dépens de l’Amérique” en déployant “tous les éléments de leur puissance nationale pour réaliser leurs ambitions mondiales”.

» Reconnaissant qu'ils n’ont aucune “contre-mesure existante” contre de telles armes, les États-Unis [cherchent à développer]des programmes pour établir leurs propres capacités de frappe hypersonique et de dissuasion. En avril, l’Air Force a attribué à Lockheed Martin un contrat portant sur le développement d’un prototype d’arme hypersonique, tandis que la DARPA annonçait ce mois-ci qu’elle explore de “nouveaux programmes” en même temps que de nouveaux matériaux pour permettre à de futurs véhicules d’évoluer dans l’atmosphère à des vitesses hypersoniques sans risquer un échauffement qui les détruirait.

» Un autre projet américain, désigné “Glide Breaker”, visant à développer un intercepteur capable de neutraliser les planeurs hypersoniques offensifs ennemis, serait également dans les programmes en développement de la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency).

» Dans le trio (Russie, Chine et États-Unis) des pays considérés comme disposant des technologies permettant de développer des engins hypersoniques, la Russie semble avoir pris la tête de la compétition avec le test réussi d’Avangard. »

C’est à la lumière de l’essai de l’Avangard que le document de l’US Navy est mis en évidence dans ce texte. (De même est-ce, assez curieusement au vu de la chronologie, en fonction du retrait US du traité FNI que Die Welt s’alarme de l’avance russe démontré par le même essai : bien que l’annonce de l’existence et des essais de l’Avangard par Poutine date du 1ermars, donc bien avant l'annoince du retrait US, « le journal affirme que [cet essai] est la preuve que les grandes puissances ont commencé la course aux armements au lendemain de l'annonce en octobre, par le président américain Donald Trump, du retrait de son pays du traité FNI de 1987 ».)

Lors de la publication du document 2.0 le 17 décembre, il en avait été rendu compte dans quelques médias en termes généraux, sans trop d'insistance spécifique sur l’aspect de l’hypersonique qui est pourtant absolument vital. Néanmoins, la position générale des forces armées US, notamment dans son retard accumulé en général, et dans ce domaine par conséquent, avait été évoqué d’une façon assez sobre mais avec des termes qui témoignent largement de ce qui devrait être l’intense préoccupation du Pentagone pour la situation stratégique générale, notamment par rapport à 2007 qui est l’année de la précédente évaluation stratégique dite-1.0 (avec “mise à jour” déjà très significative en 2015). On citera ce passage du rapport qu’en fit Defense Newsle 17 décembre :

« Bien que le document soit très détaillé, le changement de ton général de la conception de l’amiral Richardson par rapport aux documents publiés il y a une décennie est frappant, selon James Holmes, professeur de stratégie au Naval War College. “Le changement de ton par rapport à le document sur la Stratégie Maritime de 2007, le premier document de cette sorte depuis les années 1980, est stupéfiant”, a déclaré Holmes dans un courrier électronique. “La document de 2007 décrivait vaguement un monde qui pourrait devenir concurrentiel ou pourrait rester coopératif. Le nom de la Chine n'apparaissait nulle part, et encore moins en tant qu'ennemi potentiel, et le document était semé d’un bon nombre de vagues généralités et platitudes.

» “Vous pouvez déjà discerner le changement de ton, entre le document de 2007 et sa version mise à jour en 2015 et publié en 2016 comme la Stratégie Maritime, Design 1.0. Cette évolution conceptuelle vous dit combien le monde a changé autour de nous et combien nous essayons de changer avec lui, – ou de rattraper notre retard dans les domaines les plus affectés.” »

Il est évidemment très succulent, comme à l’habitude lorsqu’il s’agit de la “logique” américaniste, ou disons de sa “cohérence logique”, de lire cette phrase citée dans le texte de RT … « [Le] Pentagone accuse vigoureusement la Russie et la Chine de “chercher à renforcer leur puissance aux dépens de l’Amérique” en déployant “tous les éléments de leur puissance nationale pour réaliser leurs ambitions mondiales”. » Cela est écrit par une bureaucratie qui ne cesse d’affirmer, auparavant et parallèlement (malgré cet effondrement des moyens) sa position de supériorité stratégique pour verrouiller l’hégémonie militaire des USA, et dans tous les cas d’assurer le reste du monde qu’elle en a le pouvoir, le droit, sinon l’obligation à la fois vertueuse et impérative par mission divine : ce qui est de droit divin donné aux USA, – qui en font la bouillie pour les chats dont on renifle la puanteur sanglante depuis des décennies, – ne peut être accordé à nul autre.

La meilleure référence à cet égard est le fameux “document Wolfowitz” qui affirmait en 1992 que les USA disposaient d’une formidable supériorité stratégique et militaires dans tous les domaines, et qu’ils devaient tout faire pour empêcher quiconque de tenter de réduire cette supériorité, et qu’ils le feraient avec le brio caractérisant l’exceptionnalité de cet “empire” postmoderne. On peut retrouver des traces intelligentes d’une appréciation critique de ce document absolument grotesque de prétention et de totalitarisme intellectuel, dans l’article repris sur ce site« To Finish in a Burlesque of Empire? », de William Pfaff, datant du 12 mars 1992.

Le titre même ridiculisait la démarche d’une façon visionnaire et mettait à nu sa totale hypocrisie, – et sa grotesquerie quand l’on constate aujourd’hui ce qu’il est advenu de cette ambition au regard des réalisations russes (et chinoises), après que le Pentagone ait dépensé sur la période des $trillions par dizaine, – trente ou quarante fois plus, peut-être cent fois plus que la Russie qui était quasiment désintégrée au terme de la décennie des années 1990.

L’aventure du Pentagone est exemplaire. Ce monstre a inventé le concept d’“usine à gaz cosmique” dans son déchaînement de gaspillage, de corruption, de redondances à l’infini, de comptabilité faussaire réduite à un trou noir gigantesque. Qu’il soit soudainement “pris de panique” comme l’écrit Die Welt devant les réalisations sur lesquelles la Russie de l’infâme Poutine travaille au moindre prix et avec un brio technologique exceptionnel depuis 2002 (excellence des  services de renseignement US dans la prévision de l’évolution des autres) fait du “burlesque” identifié par Pfaff un caractère également cosmique... La tragédie-bouffe poussée aux limites de l’univers, sorte de Big Bang de la sottise maléfique.

Le “Pentagon gap” de la grotesquerie cosmique

Le plus incroyable dans la séquence actuelle est de constater la lenteur avec laquelle le Pentagone réalise la gravité de la situation stratégique, l’absence de la capacité de lancer des initiatives d’urgence pour y remédier, bref tout ce qui impliquerait une vision claire, une capacité d’adaptation et un brio dans la réalisation. Il s’agit d’un véritable effondrement des capacités mobilisatrices et de la dynamique du sentiment de l’urgence. Si le Pentagone était déjà un monstre dans les années 1950 et 1960, il était au moins capable de réaliser des programmes d’urgence quand cela était nécessaire, que ce soit les sous-marins nucléaires lanceurs de missiles et les missiles terrestres ICBM (conçus, produits et déployés en un peu plus de 5 ans), que ce soit de nouveaux avions de combat du plus haut niveau sinon révolutionnaires comme le F-15 et le F-16 conçus, produits et déployés sur des laps de temps de 5 à 7 ans, etc.

Aujourd’hui, le Pentagone est devenu incapable de telles performances industrielles et technologiques, sinon à produire avec des dépassements de coûts et de délais des “monstres”culs-de-jatte marchant avec deux béquilles et trois cannes, comme le F-35 ou le porte-avions de la classe Gerald R. Ford. On attend avec intérêt de voir comment le Pentagone réussira à tenir son délai de 2025 pour disposer de systèmes hypersoniques, – si nous existons toujours, d’ici là, en tant que “civilisation”.

Nous avons déjà apprécié cette posture grotesque du Pentagone devant une menace qu’il n’a pas vue venir alors qu’il avait tous les moyens même de la voir naître et de prendre les mesures adéquats pour la contenir, sinon la détourner. (C’est à l’aune de cette situation qu’il faut comprendre après en avoir constaté les effets catastrophiques, ce que valaient les grands projets hégémoniques de Wolfowitz.) Il s’agit d’un Faits & Commentaires du 7 mai 2018, – soit deux mois après les annonces de Poutine concernant les nouvelles armes russes, – dans lequel nous nous appuyions sur un texte de l’expert appointé du CMI Daniel Gouré, constatant avec inquiétude l’avance prise par les Russes. Les remarques que nous en tirions valent aujourd’hui plus que jamais, pour saluer le document “2.0” sur la nouvelle posture stratégique du système de l’américanisme...

«...• Il est certain que Russes et Chinois possèdent une avance considérable dans le domaine de l’hypersonique, avec l’entrée en service de modèles considérés comme opérationnels, de nombreux programmes en cours dont certains en tests finaux avec l’entrée en service très proche, enfin une base industrielle de première importance pour développer l’hypersonique. Dans ce domaine, le temps est très court et cette avance de quelques années des Russes et des Chinois est décisive ; le danger n’est pas prospectif ni hypothétique, il est réel, il existe d’ores et déjà.

• La “riposte” US est lénifiante... Après avoir cité les sempiternels avions stealth dont le sublime F-35 qui saura certainement réduire à néant les répercussions de l’emploi des hypersoniques, on annonce[Gouré]qu’on commence à s’organiser. Les dates avancées pour des projets ou, au mieux, des développements qu’on espère à leur terme (sans qu’il soit question d’une date précise d’entrée en service opérationnel) sont 2020, 2022, 2025, 2030, selon les projets. Nulle part, il n’est question d’urgence, d’un programme accéléré (“crash program”), etc., comme les USA ont fait dans des cas spécifiques (bombe atomique, satellites et vol dans l’espace, etc.)

• La conclusion[de Gouré]déclare que les USA ont perdu leur avance (ont été dépassés) dans diverses technologies, mais “qu’ils ne sont pas hors-course”. L’hypersonique “doit devenir une priorité”pour l’administration en place et les administrations à venir... Gouré ne risque pas de mobiliser les esprits ni les bureaucraties avec de telles banalités qui sont répétées d’une façon récurrente pour toutes sortes de circonstances et de programmes depuis des décennies. Or, l’hypersonique est quelque chose qui sort complètement de l’ordinaire, qui représente pour les USA, vu le degré ce développement et d’opérationnalité de ces systèmes des côtés russe et chinois, une menace considérable sinon une menace existentielle si des solutions et des moyens de riposte ne sont pas très vite mis en place. Contrairement  à ce qu’on a affirmé souvent depuis quelques semaines, et comme Poutine lui-même l’a observé, les Russo-Chinois ne “rétablissent pas l’équilibre” avec les forces stratégiques US, avec l’entrée en service de leurs systèmes hypersoniques, ils font basculer en leur faveur le déséquilibre stratégique jusque-là en leur défaveur depuis la fin de la Guerre froide, et plus encore depuis 9/11 suivi presque immédiatement du retrait US du traité de limitation des ABM. (En effet, les circonstances depuis la fin de la Guerre froide, 9/11, le retrait du traité ABM, l’affirmation hégémonique US, ont complètement pulvérisé la notion d’“équilibre stratégique”qui implique un certain accord de parité entre les “partenaires“ : il s'agit désormais d'une course de facto à la supériorité.) » 

Un peu plus loin, nous énoncions des remarques que nous jugions et continuons bien sûr à juger fondamentales, concernant la perception et la psychologie américanistes en général, et en particulier pour ce cas de l’hypersonique. Nous faisions une comparaison entre le “missile gap”-bidon de 1958-1960 (simulacre complet d’une supériorité soviétique complètement inventée pour les besoins d’augmentation du budget du Pentagone) et le véritable et dramatique (pour les USA) “missile gap” d’aujourd’hui. Puis nous enchaînions sur ce que nous considérons plus que jamais comme étant la source de toutes les erreurs, fausses manœuvres, déroutes de la puissance de l’américanisme : la psychologie si particulière de cette idéologie (l’américanisme) qui serait mieux à sa place dans la catégorie des pathologies.

« A côté de ces remarques concernant la réalité faussaire de ce premier “missile gap” et des réactions des uns et des autres, il y a la vérité-de-situationincontestable de ce second véritable “missile gap”, infiniment plus dangereux pour les USA que le simulacre de 1958 et toujours avec les mêmes perceptions prévalant (la Russie “démonisée” à la place de l’URSS, les USA toujours surarmés et toujours angéliques). Dans ce contexte, ce qui nous étonne et nous paraît très caractéristique, c’est la tiédeur des réactions d’alarme comme on a pu le lire dans le texte de Gouré.

» Ce point retient particulièrement notre attention et mérite, selon nous une explication approfondie, ou plutôt l’une et l’autre hypothèses comme tentative d’explication de cette réaction si surprenante. Après tout, même un homme comme Gouré, relais bien connu de l’industrie de l’armement, ne propose aucun programme nouveau ni l’accélération des recherches en cours, plaidant simplement cette évidence déjà énoncée par plusieurs officiels du Pentagone, et que même un journaliste spécialisé dans les faits divers et pourtant bon patriote américaniste énoncerait, que “L’hypersonique est un domaine qui doit devenir une priorité de modernisation pour l'administration Trump et celles qui suivent”.

» • Nous voyons une première cause dans l’incapacité absolue des USA de se débarrasser de leur sentiment d’exceptionnalité, et de supériorité militaire globale et universelle qui l’habite comme une véritable pathologie de la psychologie depuis1990-1991 et 9/11. (Auparavant ce n’était encore qu’un grave complexe de supériorité.) Il s’agit des traits de la psychologie américaniste que nous avons rappelés encore récemment, dans un passage qui expliquait, de la même façon, comment les USA avaient laissé se développer une puissance électronique supérieure chez les Russes. Ce sentiment, expliqué dans le paragraphe cité ci-dessous, explique aussi bien la lenteur US dans le développement des engins hypersoniques que l’absence de réactions d’alarme, voire de panique au niveau public, mis à part quelques spécialistes qui affrontent directement le problème...

» “Nous avons toujours suivi avec le plus grand intérêt, sur ce site, les caractéristiques de la psychologie de l’américanisme, que nous tenons comme spécifique, “exceptionnelle” dans le sens de n’être radicalement pas comme les autres (ce qui ne signifie nullement dans notre interprétation “supérieure” aux autres types psychologiques, cel va de soi). Il existe aux USA dès les origines un tel usage intensif de la communication pour formater le sentiment du citoyen vis-à-vis de son pays, dans un pays bâti sur la communication et nullement sur la vérité historique, qu’il y a effectivement une véritable création permanente d’une psychologie américaniste typique. Au cours de nos recherches, nous avons isolé deux traits spécifiques de cette psychologie, qui constituent non pas des capacités spécifiques de perception, mais des perceptions imposées à la psychologie américaniste à la différence des autres. Outre le trait de l’inculpabilité qui est le sentiment de l’absence à terme et décisivement de culpabilité de l’américanisme quelle que soit son action, il y a également le caractère de l’indéfectibilité, complément du précédent, qui est la certitude de ne pouvoir être battu dans tout ce qui figure conflit et affrontement.”

» • Une autre cause pourrait être un certain désintérêt de l’industrie d’armement (Gouré parle d’abord pour elle) pour des programmes à haut risque de hautes technologies. L’industrie d’armement US est de plus en plus confrontée à des problèmes d’inefficacité, de complexité et de corruption des processus dans l’intégration de hautes technologies pour des tâches opérationnelles, et elle se débat dans des marasmes technologiques tels que le F-35 ou des programmes naval comme le porte-avions classe Gerald Ford et la corvette classe Zumwalt. Il n’est pas assuré que la plongée dans le développement des programmes hypersoniques porteurs d’un tel enjeu l’enthousiasme et sans doute préfère-t-elle laisser la DARPA (l’Agence officielle de recherches du Pentagone) porter le plus loin possible cette charge. Elle y participera et y participe déjà bien entendu, mais en traînant des pieds : la fabrication et la modernisation à la chaîne de missiles de croisière et autres sont beaucoup plus aisés et beaucoup plus lucratifs.

» En attendant que les USA se décident à bouger au-delà de leurs prévisions de programmes, et considérant leur difficulté considérable à ne pas trop se laisser distancer, sans parler de rattraper leur retard, Russes et Chinois vont se retrouver non seulement avec une supériorité stratégique, mais aussi et surtout avec une capacité de chantage stratégique... En un sens, les engins hypersonique donnent aux USA vis-à-vis d’eux-mêmes la place inconfortable que les Européens occupaient lorsque de Gaulle décida de construire la force nucléaire indépendante française. »

  • 31 décembre 2018 à 00:00

Trump & la cabale des généraux

Par info@dedefensa.org

Trump & la cabale des généraux

Le président Trump subit une attaque en règle de la part de généraux qui, par leurs positions, leurs passés, la coordination imposée par les événements à leur action, constituent la plus violente et la moins dissimulée des attaques contre lui ; attaques de l’establishment militaire précisément, plus encore que du complexe militaro-industriel (CMI) et du DeepState, spécifiquement parlant. La nuance n’est pas sans intérêt, car il n’est pas assuré que certaines perspectives envisageables d’une telle action de communication soient nécessairement du goût de l’une ou l’autre de ces partenaires (CMI, DeepState) ; en d’autres mots : peut-on placer Bolton et Pompeo, qui restent en place, dans le même camp que Mattis-Kelly, qui s’en vont ? Et que se passera-t-il si, comme certains l’annoncent, un Jim Webb assez anti-interventionniste était nommé secrétaire à la défense ? (Sans parler de Gabbard, qui fait partie de nos utopies courantes.)

Quoi qu’il en soit, ce sont pour l’instant les généraux qui mènent le bal, ou la charge si l’on préfère, et jamais les attaques contre Trump n’ont été aussi vives et aussi explicites, de la part d’hommes qui devraient tout de même envisager qu’il existe un “devoir de réserve” dans l’esprit de la chose, – c’est-à-dire même lorsqu’on est déchargé du service pour cause de retraite... Mais ils ne l’envisagent pas du tout, à la différence de précédents célèbres dans ce cas (comme MacArthur à l’encontre de Truman après son limogeage de 1951), ce qui mesure la détérioration de la situation interne aux USA vers des situations potentiellement insurrectionnelles (en même temps que la dynamique de constante dégradation de la posture morale des élites). La “Guerre civile froide” est en train de tiédir...

On cite ci-dessous les interventions et évènements qui marquent cette évolution, dans une communication exacerbée et un symbolisme de contestation directe du pouvoir suprême.

• Mattis a quitté hier le Pentagone, deux mois plus tôt qu’il ne l’avait proposé, et dans un état d’esprit nettement vindicatif vis-à-vis du président. En témoigne son adresse de départ au personnel du Pentagone (dont les membres des forces armées), qui constitue un appel à peine voiléà une position de défiance, voire d’insurrection larvée vis-à-vis du commandant-en-chef de toutes les forces qu’est constitutionnellement le président des États-Unis

« Dans son discours d’adieu destinés aux employés du Pentagone, Mattis a déclaré que le département de la défense est “à son meilleur niveau lorsque la situation est la plus difficile” ; il les a encouragés à “garder confiance en notre pays, à rester solidaires de nos alliés et rassemblés contre nos ennemis”. Mattis a également cité un télégramme de 1865 envoyé par le président Lincoln au commandant des forces de l’Union, le général Ulysses S. Grant, au cours des dernières semaines de la guerre civile : “Que rien de ce qui se passe ne modifie, ne gêne ni ne retarde vos mouvements et vos plans”.

» Largement interprétée comme une attaque à peine voilée contre Trump, cette adresse n'est que le dernier acte en date de ce qui serait une bataille entre le président et les chefs des forces armées. Cela a donné lieu à de nombreuses spéculations sur l’existence d’un “État profond” ou d’une faction militaire cherchant à saboter les plans et neutraliser ce que beaucoup considèrent comme un état d'esprit moins interventionniste au sein de l'administration de Trump. »

Symbolisme à-la-Mattis, général des Marines qui, lorsqu’il ne dirige pas le massacre et la désintégration d’une ville comme ce fut le cas à Faloujah en 2004, se pique de lectures constantes d’une vaste bibliothèque d’histoire et de philosophie militaires... Lorsque Mattis cite un télégramme du président Lincoln à son général commandant en chef de l’armée de l’Union, le symbole est manifeste : il est, lui Mattis, la voix d’un président Lincoln ressuscité sous la forme de l’establishment militaire (ou DeepState, ou CMI), – ressuscité mais usurpé par l’actuel président-usurpateur qui représenterait les “rebelles” du Sud (excellente narrative qui plaira aux progressistes-sociétaux et autres démocrates qui ont sanctifié Mattis) ; quant à Ulysses S. Grant, il représente la grande armée de l’Union postmodernisée mais toujours avec “God On Our Side”, sous la forme des cohortes de bureaucrates et de généraux pullulant dans les couloirs du Pentagone... Le symbolisme est bon : à Faloujah, Mattis ne fit que s’inspirer de Grant et de ses adjoints Sherman et Sheridan dans le traitement qu’ils appliquèrent aux soldats et aux populations confédérés lors de la campagne de 1864-1865, d’éradication dans l’esprit de la forme  génocidaire. 

• Symbolisme encore, – mais peut-être pas celui qu’on pense, si l’on considère qu’il a été éventuellement voulu par Trump lui-même, puisque c’est lui qui a fait correspondre le départ des deux généraux en accélérant d’une façon humiliante celui de Mattis... Le même jour où Mattis s’en va, son ami et collègue très proche, général des Marines lui aussi, John Kelly, quitte son poste de directeur de cabinet de Trump. (Démission également, mais moins spectaculaire que celle de Mattis.)

Le même jour (31 décembre 2008) paraît une très longue interview qu’il a donnée au Los Angeles Times, où il exprime les immenses difficultés de son travail et ses relations avec le président Trump ; aussi avec diverses descriptions des positions, du caractère et de la façon très peu orthodoxe de travailler de Trump ; aussi et encore avec le nombre de bévues dramatiques qui ont été évitées à cause de son intervention contre les intentions de Trump, Kelly le convainquant de n’en rien faire en telle ou telle occasion (titre du LA Times : « John F. Kelly dit que son travail en tant que directeur de cabinet doit être le mieux apprécié en se référant à ce que Trump n’a pas fait »). Le site  ZeroHedge.com  rapporte en détails cette interview et y ajoute en édition mise à jour ce venimeux commentaire du New York Times rapportant lui-même l’interview du L.A. Times :

 « Mr. Kelly est sur le point de quitter son poste après un mandat de 17 mois qu'il a décrit au journal comme un “travail très difficile et écrasant”. On sait que Mr. Kelly est connu pour avoir répété à ses adjoints qu’il exerçait “le pire métier du monde” et il a fréquemment confié à diverses personnes que Mr. Trump n'était pas à la hauteur de sa fonction de président, selon deux anciens fonctionnaires de l'administration. [NYT] »

Mais pourquoi Grand Dieu, pourquoi a-t-il supporté tout cela ? « “Military people,” said Kelly “don’t walk away.” »

• Autre intervention de poids, du général à la retraite Stanley McChrystal, qui commanda les forces US et de l’OTAN (le troupeau) en Afghanistan en 2009-2010, jusqu’à ce qu’il soit relevé de ses fonctions par Obama à la suite d’une interview un peu trop “candide”. McChrystal avait tenté une tactique décrite comme “innovante”, dont nul ne sait si elle pouvait réussir puisqu’elle ne fut ni menée à son terme par son concepteur, ni reprise par son successeur.  Cette aventure tournée court de McChrystal a été reprise au cinéma (War Machine), avec Brad Pitt dans le rôle de McChrystal, assez jubilatoire, caricaturant un général utopiste-midinette, les poches bourrées de dollars pour conquérir “les cœurs et les esprits”, un peu scout, propre sur lui, en tenue de combat ou en tenue de jogging ;etc., tout en nous montrant les ravages sanglants, la complète inculture et l’incapacité de comprendre des cultures non-américanistes des forces armées US et de leurs généraux en tête.

En attendant, McChrystal connaît bien la culture washingtonienne. Il tire à boulets rouges sur Trump, au cours d’une interview lors de l’émission This Week, de ABC, dimanche dernier. En gros, les décisions de Trump sur la Syrie et probablement sur l’Afghanistan sont catastrophiques car, voyez-vous, « si vous éliminez l'influence américaine, vous aurez probablement une plus grande instabilité et bien sûr, il sera beaucoup plus difficile pour les États-Unis d'essayer de faire avancer les événements dans n’importe quelle direction... Il y a un argument qui dit que nous devons simplement retirer nos forces, rentrer chez nous, laisser la région fonctionner elle-même. Cela n’a pas bien fonctionné au cours des 50 ou 60 dernières années » (étonnante dernière affirmation, d’ailleurs la précédente également, – ces généraux savent tirer les bonnes leçons pour répéter les catastrophes).

En gros également, Trump est un menteur et un homme “immoral”, et il vaut mieux refuser de servir sous ses ordres... Là aussi, appel à l’insoumission, mais de la part de généraux transformés en objecteurs de conscience, situation renversée par rapport aux protestations du temps du Vietnam...

« McChrystal a exhorté son successeur [en Afghanistan] à “bien réfléchir et à se demander s’il peut accepter l’approche du président Trump en matière de gouvernance, avec la façon dont il se comporte, avec ses valeurs et avec sa vision du monde, pour déterminer finalement s’il peut vraiment accepter de se trouver sous les ordres d’un tel commandant en chef”.

» Vétéran d’un service de trente années dans l’US Army, McChrystal, qui avait déjà critiqué le président, a déclaré qu'il ne travaillerait pas lui-même pour le gouvernement actuel sii on le lui demandait, affirmant qu'il “ne pense pas que Trump dise la vérité” et répondant positivement à la question qui lui était posée de savoir si Trump est un personnage  “immoral”. »

• Dernière perle de cette cabale, plus inattendue celle-là, les vœux momentanées (vidéo retirée rapidement) du U.S. Strategic Command, ou STRATCOM, qui regroupe toutes les forces nucléaires stratégiques des USA. Quels vœux-2019 du successeur du fameux SAC du général Curtiss LeMay ? Une vidéo montrant un B-2 préparé, puis décollant, puis volant comme vous et moi, puis larguant deux bombes d’une belle dimension, les ci-devant baptisée “mères de toutes les bombes”, qui s’appellent MOAB pour Massive Ordnance Air Blast Bomb (ou bien Mother Of All Bombs), qui pèsent 10,3 tonnes, qui pénètrent dans le sol avec une première explosion et explosent en un formidable geyser de feu et de terre à une profondeur confortable, ce qui permet de produire pour le même prix un effet-tremblement de terre.

... Et puis non, d’ailleurs, il s’avère que c’est plutôt une sorte de “deuxième maman de toutes les bombes”, puisqu’il est question de la Massive Ordnance Penetrator, prénom GBU-57Donc, le US Strategic Command a tweeté la vidéo du B-2 se préparant, décollant, volant et larguant ses bombes avec énormes explosions, avec comme message de Nouvel An : « La tradition pour la Nouvelle Année est de tirer un grand feu d’artifice à Times Square... Si jamais c’est nécessaire, nous sommes prêts à larguer quelque chose de beaucoup, beaucoup plus gros... »

La chose a été assez mal prise et a provoqué divers tweets contestataires ; STRATCOM a donc décidé de rétropédaler : « Le capitaine de corvette Brook Dewalt, porte-parole de STRATCOM, a déclaré à CNN que ce tweet faisait “partie de notre présentation des priorités du commandement” et était destiné à avertir les ennemis de l'Amérique que l’armée américaine était prête à tout moment, y compris au Nouvel An, à protéger la patrie et ses citoyens.

» Suite à la suppression du tweet, le compte Twitter de STRATCOM s’est excusé pour le message apparemment sinistre, comme l’indique ce nouveau tweet : “Le message était de mauvais goût et ne reflétait pas nos valeurs. Nous nous excusons. Nous sommes engagés dans la mission de la protection de la sécurité de l'Amérique et de ses alliés”. »

Même de mauvais goût, le message était passé, illustrant la puissance des forces armées et donc, pour ce qui concerne le président Trump, le poids de la contestation des généraux. Des esprits conspirationnistes déduiraient effectivement que ce tweet avait, entre les bombes, une dimension insurrectionnelle. Il reste que présenter le B-2 Spirit  pour illustrer cette puissance finit par suggérer la perception d’une certaine ambiguïté tant cet avion hyper-avancé et aujourd’hui vieux de 40 ans à partir de la commande initiale représente un exemple assez rare de “l’usine à gaz cosmique” que constitue le Pentagone. Pour cette raison, nous reprenons quelques données du programme B-2 avec l’aide de sources militaires françaises (alors encore indépendantes et souveraines) ayant participé au conflit du Kosovo où le B-2 fut utilisé, telles que nous les avions publié il y a plus de dix ans, hors des habituelles révérences (bien lire avec “v”) pour la puissance US ...

« ...Ses capacités technologiques sont d’abord celles de la technologie furtive. Le B-2 est présenté comme un avion de très basse “détectabilité” par les radars. Son développement a commencé en 1978 et l’existence du programme a été révélée en 1980. Le B-2 est toujours un avion considéré comme “secret”. L’efficacité de ses technologies (dites Low Observable Technologies, ou LOT) est conditionnée indirectement par les conditions de son emploi. Il a été employé opérationnellement pour la première fois en 1999 contre la Serbie et les militaires français ont rapporté que chaque raid de B-2 était préparé et accompagné par une telle intensité de mesures de protection très “visibles” par radar que l’événement et son parcours étaient aisément repérables par les moyens courants. D’une façon générale, la présentation de l’avion par les services de communication officiels continuent à entretenir les mythes innombrables bâtis autour du B-2, notamment celui de l’“avion futuriste” alors que le programme est vieux de plus d’un quart de siècle. (On note dans la dépêche que le B-2 est toujours désigné par un automatisme de langage de type slogan comme “the futuristic craft”.) Cet habillage sémantique contribue notablement à écarter une approche critique de l’avion et nimbe toutes les missions qu’il effectue d’une aura de capacités exceptionnelles.

» • Le coût et l’expansion du programme sont passés de 1982 à 1996 d’une programmation de 132 avions pour $70 milliards à 21 avions pour $44 milliards. D’une façon assez curieuse ou assez révélatrice c’est selon, les dépêches annonçant l’accident du B-2 précisent, – en passant, comme si cela allait de soi et rendait inutile toute spéculation à ce propos, ce qui est évidemment une démarche faussaire fort efficace : “the 1.2-billion-dollar radar-evading plane”… Le coût officiel unitaire du B-2 est passé en réalité de $590 millions à $2,2 milliards par exemplaire. Commentant les observations faites par les Français durant la guerre du Kosovo (voir plus haut), une source de haut niveau à l’état-major français affirmait que “nous avons fait nos propres calculs sur les coûts du programme B-2 et nous sommes arrivés à une évaluation d’un coût du B-2 dans une fourchette de $4-$6 milliards par exemplaire”. »

Depuis les années 1990, les B-2 ont été régulièrement “mis à niveau” pour certaines de ses technologies, pour un coût approchant le $milliard par exemplaire. Il reste actuellement moins d’une douzaine de B-2 opérationnels, sur les 21 initiaux, à cause de problèmes fonctionnels divers (avec un exemplaire détruit par accident). Cette histoire fantasmagorique du B-2 constitue un bon symbole, – un de plus, – de la façon dont il faut prendre la cabale des généraux contre Trump : à la fois sérieuse et dangereuse à cause de la puissance disponible, à la fois bouffonne et grotesque à cause de ce qui, dans cette puissance, n’est que communication, simulacre et gaspillage, – c’est-à-dire la généreuse dimension d’impuissance de cette puissance US

  • 1 janvier 2018 à 00:00

Lasch, Macron et la sécession des élites

Par info@dedefensa.org

Lasch, Macron et la sécession des élites

Un peuple contre son élite américanisée-friquée-bobo. La situation française est exemplaire, caricaturale. Le pays de la monarchie absolue est devenu celui de la dictature branchée absolue. D’où ces révoltes contre les Marie-Antoinette de la création… On se référera pour illustrer ce que je dis à l’incroyable livre de Raphaëlle Bacqué (un de mes anciennes condisciples à sciences-po) sur le Richard Descoings un temps idolâtré. Il explique la rupture entre un peuple et ses élites.

Le célèbre écrivain de SF William Gibson distingue dans son Neuromancien les élites (qui ont accès aux riches banques de données) et la masse des hommes zombis qu’il nomme la viande. Gibson voit son pays développer une dystopie. La viande on le voit sous nos yeux, c’est la race honnie et méprisable des gilets jaunes - et les élites, bobos ou autres, sont cet agglomérat de technocrates, de fils de riches, d’énarques, de féministes et de bureaucrates mondialisés qui défont la France à la vitesse du vent. Et ce sont ces élites françaises qui, comme les Clinton en Amérique se rebellent en mutant, notamment à partir de Paris et des grosses villes moyennes. Elles se croient au-dessus du lot. Dans son admirable étude sur la révolte des élites, Christopher Lasch écrivait :

« Naguère c’était la révolte des masses qui était considérée comme la menace contre l’ordre social… De nos jours, la menace semble provenir de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie. »

Et pourquoi cette révolte ? Un rappel sur les manipulateurs de symboles chargés de l’altération de la réalité depuis l’avènement de l’informatisation.

Dans le livre du premier secrétaire d’Etat au travail de Bill Clinton Robert Reich (injustement nommé en Amérique The Work of Nations, titré en français, chez Dunod, la Mondialisation), on voit apparaître une race post-bourgeoise créée par la mondialisation, la technologie, le cosmopolitisme massifié, l’exotisme réifié, le « zen emballé sous vide » (Debord), une race éthérée qui vit dans ses condominiums avec ses gadgets et ses fantasmes humanitaires, une race gnostique qui veut refaire son monde ou l’annihiler tant il l’énerve AVEC SA VIANDE ET SES ODEURS. Macron en est le porte-étendard. Il est donc logique que le pauvre Mr président (c’est le Pen qui le disait l’autre jour à Marie d’Herbais) soit devenu le bouc émissaire de toutes nos misères en remplacement du grand nazi de service. Macron a commis en outre l’erreur de prendre comme PM un émule de Juppé, barbu bobo qui aura causé les mêmes dégâts ineptes qu’en novembre 95.

Le peuple s’est levé en France quand il a compris que c’est lui qu’on visait, pas les immigrés reconvertis en migrants de foire, rappeurs tendance, danseuses du ventre, communauté brimée et promu au rang d’adjudant par les miliciens de la mondialisation forcenée et forcée.

Lasch ajoute :

« Le nationalisme se trouve attaqué par les défenseurs des particularismes ethniques et sociaux et par les soutiens de l’internationalisation de tout, depuis les poids et mesures jusqu’à l’internationalisation artistique.… »

Lasch trouve que le livre de Reich, que j’ai commenté ici, est trop favorable aux élites symboliques, aux « manipulateurs de symboles. » Mais (en français tout au moins), Reich parlait des excès de ces manipulateurs de symboles. Et il y a peu, en rappelant l’existence de ce livre essentiel (Nizan pour la première partie du siècle, dernier, Reich pour la deuxième), j’écrivais dans Dedefensa.org : 

« Il reste que je préfère maintenant la notion de néo-clergé à celle d’oligarchie. Car la domination se veut morale et spirituelle.

Cette élite virtuelle (plus ou moins bien évoquée dans le film Elysée avec Jodie Foster) n’a plus aucune attache avec son pays et ses racines. Elle a été mondialisée, comme le disait Jean-Pierre Chevènement, elle a été convaincue que l’Etat-nation est « une monstruosité » et elle se moque de son cheap ex-concitoyen voué aux gémonies et diabolisé comme populiste, bon à être jeté dans les poubelles de l’histoire. Le remplacement de population, elle s’en accommode mieux que les autres puisque les populations elle n’est pas pour les côtoyer, mais pour les exploiter. Cette classe bobo-techno est transhumaine sans le savoir… Elle marche plus vite que ses robots. »

Avec les véganiens, les bouddhistes, féministes, antiracistes et autres puristes qui nous gouvernent, nous avons intérêt à changer de trottoir. On est les koulaks des années trente de service, ceux qui furent exterminés-remplacés en temps et en heure. Lasch :

« Les masses n’ont pas perdu tout intérêt pour la révolution ; on peut arguer que leurs instincts politiques sont plus conservateurs que ceux de porte-parole désignés ou de leurs libérateurs potentiels. »

Et de même que Hitler (j’avais recensé tout cela aussi suivant mon maître libertarien Butler) avait limité la vitesse, interdit de fumer, enfermé dans les camps les harceleurs sexuels, de même que Goering avait protégé les espèces animales sauvages, de même le bobo dénoncé par Lasch ou par Philippe Muray en France (voyez mon texte) ne renonce à rien :

« Ils ont entrepris une croisade pour aseptiser la société américaine : il s’agit de créer un environnement sans fumeurs de tout censurer, depuis la pornographie jusqu’aux discours de haine… »

Cette caste bizarre ne supporte plus le naturel, écrit Lasch. De même :

« Elle a peu le sens d’une gratitude ancestrale ou d’une obligation d’être au niveau des responsabilités héritées du passé. Elle se pense comme une élite qui s’est faite toute seule et qui doit ses privilèges à ses efforts. »

Si des pays comme les USA ou la France sont de plus en plus laids et défigurés, à part trois zones friquées (Neuilly-Beaubourg-Passy ou Biarritz-Chamonix-Luberon), n’en cherchez pas la cause :

« Elles sont sorties de la vie commune, elles ne voient plus l’intérêt de payer pour des services publics qu’elles n’utilisent plus. »

Et Macron est arrivé ici comme la cerise que le gâteau, goutte d’or si j’ose dire qui a fait déborder la vase avec une arrogance, une haine trop visible et audible pour la viande que nous sommes et qui doit disparaître dare-dare. Lasch :

« Lorsqu’ils se trouvent confrontés à de l’opposition devant leurs initiatives,ils révèlent la haine venimeuse qui se cache sous le masque de la bienveillance bourgeoise. La moindre opposition fait oublier aux humanitaristes les vertus généreuses qu’ils prétendent défendre. Ils deviennent irritables, pharisiens, intolérants. Dans le feu de la controverse, ils jugent impossible de dissimuler leur mépris pour ceux qui refusent de voir la lumière…ceux qui ne sont pas dans le coup, pour parler le langage du prêt-à-penser politique »…

Grâce à l’internet-qu’il-faut-censurer les Français ont pu comparer et comprendre qu’il n’y a pas de débat, il n’y a qu’un tribunal d’insultes de Fouquier-Tinville ou de Vychinski, dont BHL reste le plus caricatural et utile (pour nous) pantin. Lasch: « Il n’est plus nécessaire de débattre avec l’adversaire sur le terrain des idées. Une fois que l’on a décrété qu’il est raciste, fasciste, homophobe, sexiste, il est déclaré suspect, inapte au débat. » Ecrit en 1994…

On se souvient des images ignominieuses de l’autre avec sa cour de phénomènes de foire. Lasch :

« Le multiculturalisme leur convient parfaitement car il évoque pour eux l’image d’un bazar universel où l’on peut jouir indéfiniment de l’exotisme…Leur vision est celle d’un touriste, ce qui a peu de chances d’encourager un amour passionné de la démocratie. »

Le reste de la population qui croit encore (même « confusément » comme mon chien préféré Ran-Tan-Plan à la famille, au salaire, à la patrie (travail famille partis !) est décrété déplorable ! Nous n’avons plus droit qu’à de la haine de ces élites interchangeables politiquement et qui restent malgré tout épatées par notre résistance et le comportement génial et imprévisible du Donald, tancé récemment par qui l’on sait.

Et comme on sait que je ne vois rien de neuf dans notre bien vieux monde moderne, j’incite mes lecteurs à relire en anglais le début d’Emma de Jane Austen, quand cette auteure totalement (mais alors totalement) incomprise dénonce les nouvelles méthodes libérales d’enseignement…

 

Sources

Christopher Lasch – La révolte des élites (Flammarion)

Raphaëlle Bacqué – Richie (Grasset)

Robert Reich – La mondialisation (Dunod)

http://www.dedefensa.org/article/davos-et-la-montee-sinistre-des-manipulateurs-de-symboles

http://www.dedefensa.org/article/ortega-y-gasset-et-la-montee-eschatologique-de-la-stupidite

http://www.bvoltaire.fr/hitler-les-origines-du-politiquement-correct/

http://www.dedefensa.org/forum/philippe-muray-face-au-desert-des-barbares

http://www.bvoltaire.fr/richard-descoings-et-nos-gaies-elites-dejantees/

Jane Austen –Emma (ebooksgratuits.com) : Mrs. Goddard was the mistress of a School — not of a seminary, or an establishment, or any thing which professed, in long sentences of refined nonsense, to combine liberal acquirements with elegant morality upon new principles and new systems — and where young ladies for enormous pay might be screwed out of health and ...

Nota : le passage n’est pas traduit en français. On n’est pas de la théorie de la conspiration, bien plutôt de celle de la constatation, et c’est comme ça !

  • 1 janvier 2019 à 00:00

Syrie, point final de l’Empire ?

Par info@dedefensa.org

Syrie, point final de l’Empire ?

Le commentateur Tom Luongo développe sur toute sa perspective la thèse selon laquelle la décision du président Trump concernant le retrait des forces US de Syrie est décisive en ceci qu’elle représente la prise en compte et la confirmation opérationnelle du coup d’arrêt effectivement décisif à l’expansion de l’“Empire”.

(On acceptera ce terme d’“Empire” pour la facilité du propos, bien qu’il soit dans ce cas tout à fait justifié d’en discuter la correspondance tant avec la situation stratégique et politique spécifique, qu’avec la situation générale des relations internationales par rapport au caractère de la puissance américaniste. L’appréciation se nuance alors à partir de l’observation que, depuis qu’ils se voient eux-mêmes comme un empire, – depuis la fin de la Guerre froide, et décisivement depuis la riposte à 9/11 – les USA ne cessent de produire du désordre et du chaos, notamment dans des régions sur lesquelles ils exerçaient pourtant auparavant un contrôle plus ou moins affirmé, alors que la fonction essentielle du fait impérial est l’établissement d’un ordre général sur toutes les possessions de l’empire à partir du centre fédérateur... D’où, d’ailleurs,la généralisation dans ce cas de l’expression “empire du chaos” qui est pour le moins un oxymore, sinon une insupportable contradiction. Gardons donc le terme d’“Empire”, avec une majuscule pour distinguer le cas, mais gardons également à l’esprit toutes ces réserves.)

Luongo reprend toute la perspective qui a conduit à la situation qu’il salue, avec bien entendu comme principal acteur la Russie, tant sur le plan diplomatique que sur le plan militaire. D’une façon plus précise et historiquement remarquable selon Luongo, il est observé que l’action militaire russe de septembre 2015 peut être décrit évidemment comme le point décisif de la crise, effectivement comme un événement qui restera historique, « un moment où l’ensemble de la perspective géopolitique a basculé. Quelqu'un a tenu tête aux États-Unis avec succès ».

Luongo estime que la décision de Trump est un point de rupture, un tournant historiqueà partir duquel l’empire commence effectivement, d’un point de vue géopolitique visible, sa retraite sinon sa déroute. En mettant à part toutes les questions et incertitudes concernant un personnage (Trump) aussi insaisissable et inhabituel, la décision de Trump de décembre 2018 répond à la décision d’intervention de Poutine de septembre 2015, – comme si les deux hommes avaient eu, sans le savoir ni l’envisager à l’origine, partie liée... D’où cette remarque assez ironique et paradoxale si l’on tient compte de l’orientation, de l’auteur, mais finalement ironiquement et paradoxalement assez juste : 

« Trump n'admettra jamais cela en public, mais d'une certaine manière, il doit son élection à Poutine. En forçant à la révélation de la vérité, Poutine a préparé le terrain pour faire se désintégrer la narrative sur la Syrie, fin 2015 / début 2016.

» Trump a utilisé cela pour se catapulter à la présidence... »

Selon cette approche qui se concentre sur le seul argument géopolitique, le développement de Luongo et son constat d’un tournant décisif pour l’Empire sont fondés. (Il faut observer, pour mesurer la fluidité de la situation de la perception, que Luongo était jusqu’à la décision sur la Syrie, plutôt critique sinon adversaire de Trump, qu’il jugeait comme étant une marionnette du War Party de Washington.)

Bien entendu, il existe à côté de la situation syrienne d’autres variables fondamentales, qui jouent et joueront évidemment un rôle très important dont on ne peut dire l’orientation. La première de ces variables, évoquée par Luongo, est le sort de Trump à “D.C.-la-folle” et la capacité d’action de ses adversaires dont le regroupement se fait désormais à ciel ouvert après le départen fanfare insurrectionnelle des généraux. Le fait le plus intéressant de ces derniers jours est le côté “ciel ouvert”, avec le quasi-appel à l’insubordination et à l’insurrection des généraux concernés ; tout cela passe comme une lettre à la poste, sans soulever de remarques particulières. C’est la marque d’une époque, qui fait par ailleurs s’interroger sur le sérieux des généraux, qui ne valent peut-être pas plus que tout le mal qu’ils disent de Trump du point de vue de l’organisation et de la détermination.

Une autre “marque de l’époque” se trouve dans l’expression qu’emploie Luongo de “pilotage automatique” (« Vous pouvez voir les vestiges de ce plan tout autour de vous aujourd'hui, avec une grande partie encore en pilotage automatique. Les appels lancés par Angela Merkel et Emmanuel Macron à la cession de la souveraineté nationale à l’UE en sont un parfait exemple »). On est très naturellement conduits à se demander si le véritable secret, à la fois de l’ascension et de la chute de l’Empire, – surpuissance et autodestruction, – ne se trouve pas dans cette notion de “pilotage automatique”, qui serait comme la marque de l’empire des évènements sur les hommes ; quant aux acteurs de la chose, plutôt de pâles figurants, on l’a compris... Vision maistrienne, caractérisée par cette remarque dans le livre de Joseph de Maistre de 1795 sur la Révolution : « Les scélérats mêmes qui paraissent conduire la révolution, n'y entrent que comme de simples instruments; et dès qu'ils ont la prétention de la dominer, ils tombent ignoblement. »

Quoi qu’il en soit, l’avenir est ouvert dans ses multiples et telluriques possibilitéspour nous dire si le point de vue qu’illustre ici Luongo est fondé, la seule certitude étant que les principaux figurants, – que ce soit les zombies de l’Empire ou Trump, – ne nous déçoivent pas pour ce qui concerne l’aspect sensationnel des événements. L’article de Luongo, ci-dessous à partir de son siteGold, Goats’n Guns, avec le titre original, raccourci pour des raisons techniques, de « La défaite US en Syrie est une crise de l’Empire ».

dedefensa.org

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Une crise de l’Empire

Les États-Unis ont perdu en Syrie. Donald Trump a finalement eu le courage d'admettre cela devant le monde entier lorsqu'il a ordonné le retrait de toutes les troupes américaines présentes.

La Syrie devait être le joyau étincelant de la couronne de l’empire du chaos. Un coup de maître de la realpolitik qui ferait progresser tous les grands objectifs américains, israéliens et saoudiens tout en déstabilisant complètement le Levant et en ouvrant la voie à la destruction de l’Iran et de la Russie.

Si le gouvernement Assad tombait, la Syrie deviendrait pire que la Libye. Cela deviendrait une source de chaos abject pour les décennies à venir. Et la formation du Kurdistan élargi placerait les moyens militaires américains et israéliens à la porte de l’Iran.

Le démembrement de la Syrie, de l’Iraq et peut-être même de la Turquie, une fois Erdogan liquidé, permettrait aux États-Unis et à Israël de contrôler les avoirs pétroliers afin de financer une insurrection dans toute l’Asie centrale.

De plus, le chaos assurerait un flux constant de réfugiés en Europe pour la déstabiliser. Ce chaos conduirait à une intégration politique plus poussée de l'Europe sous le contrôle de l'UE.

Vous pouvez voir les vestiges de ce plan tout autour de vous aujourd'hui, avec une grande partie encore en pilotage automatique. Les appels lancés par Angela Merkel et Emmanuel Macron à la cession de la souveraineté nationale à l’UE en sont un parfait exemple.

Ils sentent que le projet leur échappe. En dépit de leur pouvoir politique défaillant, ils poussent leurs assemblées législatives à ignorer les citoyens, les qualifiant de traîtres.

Orwell serait fier de Macron, avec sa déclaration : “Le patriotisme est l’exact opposé du nationalisme [parce que] le nationalisme est une trahison.”

Les généraux que Trump vient de licencier dans la logique de sa décision syrienne en sont un autre exemple. Ils croient toujours qu'ils peuvent réaliser une balkanisation de la Syrie et de l'Irak. Ils ont juste besoin de plus de moyens et de temps.

Les singeries enfantines et dégoûtantes d’Israël, qui envoient des missiles à l’aéroport de Damas en utilisant des civils comme boucliers humains, constituent la marque la plus accablante de cette situation.

Si vous regardez la disposition du jeu en ce moment, vous voyez que tous les auteurs de la guerre en Syrie sont soit chassés du pouvoir, soit en train de le perdre rapidement, – Hillary Clinton, Obama, Merkel, Macron, Netanyahu, David Cameron.

La Russie à la rescousse

C’est pourquoi l’entrée de la Russie dans le conflit syrien était si importante. C’est un moment où l’ensemble de la perspective géopolitique a basculé. Quelqu'un a tenu tête aux États-Unis avec succès.

La confiance structurelle est basée sur la perception d'invulnérabilité. Le déplacement de moyens aériens en Syrie pour aider l’armée arabe syrienne était une déclaration selon laquelle la Russie avait atteint les limites de ce qu’elle pouvait admettre, tout comme pour la Crimée, de l’ingérence américaine dans ses objectifs à long terme.

Rappelez-vous, en 2015, la narrative était que ISIS était sorti du désert comme par génération spontanée, et qu’il faudrait une invasion totale et massive pour l’éliminer.

Alors, les Russes envoyèrent une trentaine d’avions et modifièrent tout le conflit en six semaines.

Tout à coup, il apparut qu’ISIS pouvait être vaincu. Tout ce que les États-Unis pouvaient faire, c’était mettre en cause Poutine pour avoir attaqué Al-Qaïda, pas ISIS.

Mais pourquoi protégions-nous Al-Qaïda? N'ont-ils pas fait sauter les tours jumelles?

Trump n'admettra jamais cela en public, mais d'une certaine manière, il doit son élection à Poutine. En forçant à la révélation de la vérité, Poutine a préparé le terrain pour faire se désintégrer la narrative sur la Syrie, fin 2015 / début 2016.

Trump a utilisé cela pour se catapulter à la présidence. Et c’est vraiment ce qui met le Marigot de Washington D.C. en colère ; le constat que l’on n’achète plus guère ses mensonges.

Et les guerres doivent prendre fin.

A mesure que les pertes d'Al-Qaïda et de l'État islamique s'accentuaient grâce à la campagne aérienne russe, ils ne restait plus guère qu’à écrire des manuels de logistique militaire sur la Turquie, le Qatar et l'Arabie saoudite.

L’intervention russe a amené le roi d’Arabie saoudite à modifier la ligne de succession, car il devenait évident qu’il ne recevrait jamais son butin de la Syrie – un gazoduc menant à la Turquie.

La Turquie a rompu au moment où Erdogan a réalisé qu'il était sur le point d'être blâmé pour tout le gâchis. Après tout, lui et son fils vendaient le pétrole que l'État islamique passait en contrebande à travers le désert syrien jusqu'en Turquie.

Et en quelque sorte, un système militaire et de surveillance tout-puissant, capable de lire les plaques d'immatriculation depuis l'espace, ne pouvait pas trouver de convois de camionnettes Toyota acheminant des tonnes de pétrole vers la Turquie.

Retraite impériale

Une fois que quelqu'un résiste avec succès à l’Empire, le précédent inspire d’autres pour faire de même. Les interventions de Poutine en Syrie, en 2013 diplomatiquement et en 2015 militairement, ont montré au monde que la Russie ne craignait plus les capacités des États-Unis à projeter leurs forces dans le monde entier.

Et c’est ce qui a vraiment changé la narrative. C’est pourquoi nous sommes là où nous en sommes aujourd’hui avec Trump, reconnaissant à juste titre que l’Empire met en faillite non seulement les États-Unis, mais aussi le reste du monde.

Son défi sera de survivre à la réaction des puissances bien implantées à D.C. et en Europe. Ils vont faire tout leur possible pour avoir sa tête, au sens figuré et au sens propre.

En déclarant sa victoire sur ISIS et en quittant la Syrie, Trump marque la fin d’une période honteuse de l’histoire des États-Unis. Et la perte pour l'empire ne sera pas aisément surmontée.

La Syrie représentait le pire type de l’excès d’ambition impériale. A certains égards, c’était un bourbier que les États-Unis et leurs alliés n’auraient jamais pu gagner car les moyens nécessaires n’auraient jamais été disponibles.

Et ces moyens étaient politiques. L’appétit pour une guerre sans fin s’était épuisé avec l’élection d’Obama, pas moins qu’avec celle de Trump. Ainsi, en l’absence d’un casus belli qui pourrait convaincre les Américains d’intervenir en Syrie, nous n’aurions jamais donné à aucun des deux Présidents le mandat d’une intervention complète de l’OTAN.

La seule question qui se posait alors était de savoir si ceux qui risquaient de perdre le plus, – la Russie, l’Iran, le Liban, – seraient solidaires et convaincraient la Chine de les aider à sauver la Syrie et, par extension, eux-mêmes.

Avec l’intervention de la Russie, l’approbation tacite et le soutien financier de la Chine, il est devenu clair que le terme de l’aventure était tracée à condition que les Russes gardent à l’esprit le but final.

Gagner en survivant. La Syrie était une guerre d'usure dans laquelle la coalition pro-syrienne a progressivement rendu l'occupation américaine de plus en plus intenable. En fin de compte, cette bataille complétée par une manœuvre diplomatique adroite pour faire naître une solution politique a conduit à ce point.

Cette perte en engendrera d'autres. L’agression sans frein des États-Unis a été contrée avec succès par une résistance essentiellement passive. L'Afghanistan et l'Ukraine sont les étapes suivantes.

Tom Luongo

  • 2 janvier 2019 à 00:00

Homélie saisonnière : gratitude et joie !

Par info@dedefensa.org

Homélie saisonnière : gratitude et joie !

Joyeux Noël ! Mais si vous n’aimez pas l’idée de célébrer le 2019ème anniversaire d’un enfant, né d’une chaste union entre une vierge et le Saint-Esprit, qui est ensuite mort pour vos péchés afin de vous sauver d’une éternité en enfer, alors bonne année ! Soyez reconnaissant que la Terre – notre seule et unique planète – ait réussi à faire le tour du soleil une fois de plus sans se faire frapper par une roche géante ou stériliser par une explosion de rayonnement interstellaire. Votre reconnaissance peut être plus efficace si votre gratitude est dirigée vers une divinité ou des divinités de votre choix qui, selon vous, vous ont fourni de si bonnes conditions. Cela peut vous aider à ressentir une certaine joie.

Sinon, vous pouvez me remercier personnellement de vous avoir fourni des choses à lire et à écouter pour vous garder sain d’esprit au milieu d’un monde de plus en plus fou. Si oui, vous pouvez cliquer ici et m’envoyer un cadeau. Et alors je ressentirai aussi de la joie.

La gratitude est importante. C’est la voie du monde sur laquelle les reconnaissants et les satisfaits prospèrent tandis que les ingrats et les mécontents languissent et périssent. Peu importe à quel point les choses vont mal, vous pouvez toujours être reconnaissant pour quelque chose. La situation de chaque personne est différente en ce qui concerne la gratitude, mais en zoomant un peu et en regardant autour du monde en cette fin d’année, nous pouvons facilement repérer un certain nombre de choses pour lesquelles nous pouvons tous être reconnaissants.

D’abord et avant tout, nous devrions être reconnaissants d’avoir pu assister aux dernières flèches mortelles de l’impérialisme le plus méchant jamais vu : L’impérialisme occidental. Sa réincarnation finale – les États-Unis – se retire de Syrie et tente de faire la paix avec les talibans en Afghanistan. Elle se retirera probablement aussi de l’Afghanistan après avoir échoué à vaincre les talibans au cours de ces 17 dernières années. L’Irak, toujours aussi peu démocratique, mais maintenant aligné sur l’Iran, est le prochain pays. Vient ensuite l’OTAN, inutile, dont la direction schizophrène pense simultanément que la Russie est si faible qu’elle est sur le point de s’effondrer, mais si forte et “agressive” qu’elle pourrait envahir l’Europe à tout moment, et se prépare en fait de manière inefficace à attaquer la Russie dans une sorte de mission suicide ridicule

De plus, il est très important que le Pentagone démantèle toutes ses bases militaires outre-mer et rapatrie toutes ses troupes avant que l’argent ne soit épuisé, ce qu’il fera. Les troupes seront nécessaires pour défendre les frontières américaines et pour contrôler les mouvements séparatistes. À leur apogée, les Empires sont capables de contrôler d’autres pays, et les frontières d’autres pays, mais une fois qu’ils sont affaiblis par l’échec et la défaite, ils perdent la capacité de contrôler même leurs propres frontières. Actuellement, le gouvernement impérial de Washington est en cessation de paiement partielle parce qu’il est incapable d’affecter des fonds à la construction d’une grande muraille le long de sa frontière sud. (Au fait, comment la Grande Muraille s’est-elle finie pour les Chinois ? Réponse : ils ont fini par être gouvernés par les Mongols pendant 89 ans. Tu parles mongol, gringo ?). Pendant ce temps, la possession de l’Empire à l’étranger connue sous le nom d’Union européenne fait face à une rébellion interne en raison de sa propre incapacité à contrôler ses frontières. Bruxelles a peut-être aussi besoin de se refermer … avant que l’argent ne soit épuisé.

Parce que la prochaine chose dont nous pouvons nous réjouir, c’est que le ridicule plan pyramidal que l’Empire a érigé après l’effondrement financier de 2008, et qui a détruit les moyens de subsistance et les retraites de nombreuses personnes tout en enrichissant un petit groupe de psychopathes ultra-riches, est en train de se déliter sous nos yeux. La Réserve fédérale américaine, qui, si vous connaissez votre histoire financière, était une très mauvaise idée dès sa création, est maintenant acculée au pied du mur. Il lui reste trois mauvaises options : augmenter les taux d’intérêt, les baisser ou les maintenir au même niveau. Cela doit être un choix frustrant, et Donald Trump, qui se frustre facilement, pourrait congédier le président de la Réserve fédérale et commencer à fixer les taux lui-même, en utilisant Twitter. Ce serait une quatrième mauvaise option, bien pire que les trois autres, mais plus amusante à regarder. N’oubliez pas de lui être reconnaissant pour le divertissement gratuit !

Le prochain point à souligner est le pic pétrolier : il est de retour au menu et nous empêchera de brûler la planète entière jusqu’au bout. Le pic du pétrole conventionnel s’est produit en 2005, mais le pétrole non conventionnel, sous forme de schiste bitumineux américain et d’autres boues sales, a pris le dessus et a donné au monde un léger répit. Mais l’industrie du pétrole de schiste est en train de s’effondrer. Les trois quarts des sociétés d’énergie qui produisent du pétrole de schiste perdent de l’argent, certaines d’entre elles n’en ont jamais gagné du tout, et toutes sont lourdement endettées et devront s’endetter encore plus pour pouvoir continuer à forer. Et, à moins qu’elles ne continuent à forer, leur production diminuera chaque mois de plus d’un demi-million de barils par jour, par rapport à une production totale d’environ cinq millions de barils par jour. Si les turbulences financières qui s’aggravent actuellement rendent l’endettement plus problématique, il reste moins d’un an de survie pour le pétrole de schiste américain. Par la suite, les États-Unis devront soit reprendre l’importation d’une grande partie de leur pétrole, qui ne manquera pas de devenir cher, soit fermer une grande partie de leur industrie. Le plan visant à rendre l’Amérique encore plus grande en rapatriant la production industrielle de Chine et d’ailleurs devra être mis en suspens à tout jamais.

Les deux autres grands producteurs de pétrole (et, contrairement aux États-Unis, exportateurs nets de pétrole) sont la Russie et l’Arabie saoudite. Leur situation ne pourrait pas être plus différente. L’Arabie saoudite a besoin des recettes d’exportation du pétrole pour exister. Ce pays a également besoin d’un prix du pétrole élevé, supérieur à 87 $ le baril, afin d’équilibrer son budget, mais le Brent se négocie aujourd’hui à 50,49 $ le baril. L’Arabie saoudite exporte 7 millions de barils par jour, et la différence de prix entraîne un déficit budgétaire de plus de 250 millions de dollars par jour ou près de 100 milliards de dollars par an. Son budget total pour 2019 est de 266,5 milliards de dollars, et un déficit budgétaire de 40 % ne peut être maintenu longtemps. En fait, selon Nassim Nicholas Taleb, l’Arabie saoudite est déjà pratiquement en faillite. Bien sûr, s’ils parviennent à tenir le coup jusqu’à ce que la production américaine de schiste bitumineux s’effondre – ce qui pourrait se produire dès l’année prochaine – ils pourraient être en mesure de tenir le coup pendant un certain temps encore.

La situation de la Russie est encore radicalement différente. La Russie est un grand producteur et exportateur de pétrole et de gaz, mais elle préfère utiliser l’énergie elle-même pour produire et exporter des produits à valeur ajoutée plutôt que simplement de l’énergie. Ainsi, les Russes conduisent des Mercedes et des BMW, mais elles sont toutes fabriquées en Russie. La Russie exporte également beaucoup d’autres produits que le pétrole et le gaz : céréales, systèmes d’armes et produits de haute technologie comme les moteurs de fusée, les réacteurs nucléaires, le combustible nucléaire, des voitures et des camions, etc. En fait, si la Russie cessait complètement d’exporter du pétrole et du gaz, elle enregistrerait toujours un excédent commercial d’environ 20 milliards de dollars par an. Ainsi, pour la Russie, les exportations d’énergie sont un produit d’appoint : elles empêchent les partenaires commerciaux de la Russie de s’effondrer économiquement par manque d’énergie abordable, ce qui permet à la Russie de continuer à exporter d’autres produits vers ces pays tout en important des produits que les Russes aiment consommer – parfums français ou vins italiens, par exemple, culottes de dentelle, meubles IKEA… Si cette situation doit donner une influence internationale à la Russie, vous avez parfaitement raison. Et cela remplit certaines personnes à Washington DC d’un certain sentiment d’appréhension appelé “russophobie”.

La russophobie est une autre chose dont nous devrions être reconnaissants. Aujourd’hui, les gens m’écrivent souvent pour me dire à quel point ils en ont marre des accusations ridicules et injustes qui sont lancées contre la Russie, des sanctions ridicules et contre-productives, des efforts pour pousser les Ukrainiens dans une confrontation militaire suicidaire avec la Russie, de l’attitude stupide de l’OTAN qui se pavane et rode aux frontières russes, etc. Et je leur dis de ne pas s’inquiéter de la russophobie, parce que c’est essentiellement une taxe sur la stupidité. C’est une taxe sur les russophobes qui leur fait payer plus cher leur énergie : les Ukrainiens russophobes achètent maintenant leur gaz naturel russe aux Européens à des prix majorés ; les Polonais russophobes, dans une tentative d’éviter d’avoir à acheter du gaz russe, viennent de signer un contrat désastreux pour acheter aux États-Unis du gaz de schiste liquéfié coûteux et bientôt inexistant (et, incroyable, en en prenant livraison aux États-Unis et en le transportant à leurs propres frais jusqu’en Pologne). La russophobie pousse aussi les russophobes à payer plus cher pour leur défense : au lieu d’acheter des systèmes d’armes bon marché et efficaces fabriqués en Russie, ils finissent par payer beaucoup plus cher pour du matériel américain coûteux et défectueux. Mais ce n’est que justice ; appelez cela le salaire de la stupidité. Nous n’avons pas à nous inquiéter de la russophobie – la sélection darwinienne s’en occupera.

La stupidité, en général, est une autre chose dont nous devrions tous être reconnaissants. Cela fait plus de 500 ans que Desiderius Erasmus a publié son best-seller international Stultitiæ Laus(Louange à la folie). C’est un classique brillant qui mérite une place aux côtés d’Utopiade Moore (Erasmus et Moore étaient de grands amis) et Le Princede Machiavel. Dans un sens, les trois livres parlent tous les trois de stupidité, ou de folie, d’une manière ou d’une autre. Pour paraphraser Machiavel, il vaut mieux craindre qu’aimer la stupidité, mais nous devrions quand même lui en être reconnaissants. La bêtise est précieuse, car sans elle, nous ne pourrions pas séparer le bon grain de l’ivraie, pour ainsi dire, et la forme la plus précieuse de bêtise est l’inconscience, l’autocélébration. C’est facile à repérer pour les non-stupides, et ils savent quoi faire à ce sujet. Les russophobes qui pensent que la Russie est sur le point de s’effondrer et que sa conquête va suivre, n’en sont qu’un exemple. Il y en a beaucoup d’autres aussi.

Par exemple, les fondamentalistes du libre marché font preuve d’une folie précieuse en pensant que tous prospéreraient si seulement le gouvernement cessait de s’ingérer dans le libre marché. Ils ne se rendent pas compte qu’un marché libre est un marché réglementé – réglementé par un gouvernement – et que sans contrôle gouvernemental, les marchés libres dégénèrent automatiquement en monopoles locaux contrôlés par les mafias et les chefs de guerre. Les adorateurs de l’or qui pensent que “l’argent sain” devrait être soutenu par des métaux précieux sont de la même eau ; ils ratent l’idée que dans une économie industrielle l’argent tire sa valeur de sa capacité à commander les ressources futures, le travail et l’énergie particulièrement. Les négationnistes du pic pétrolier, qui nient le fait que le pic du pétrole conventionnel a eu lieu en 2005 et qui commencent à faire preuve de sarcasme chaque fois que le prix du pétrole baisse un peu, en sont un autre exemple.

Les négationnistes du changement climatique font preuve d’un autre type de folie qui les rend faciles à repérer : une sorte de diarrhée verbale. Vous pouvez toujours repérer un négationniste parce qu’il utilise un dispositif rhétorique appelé argument fallacieux qui consiste à cracher des mensonges et des demi-vérités dans un flux sans fin : “Le climat a changé avant !” ; “C’est les taches solaires, idiot !” ; “Il n’y a pas de consensus scientifique ” ; “Les modèles climatiques ne sont pas fiables !” ; “Le record de température n’est pas fiable !” ;  “La température n’a pas augmentée depuis 1998 !” ; “L’Antarctique se couvre de glace !” ; “Nous allons vers une ère glacière !” ; “Al Gore est un hypocrite gaspilleur de combustibles fossiles !” ;“Chérie, il fait froid dehors !” ; “L’élévation du niveau de la mer est exagérée !” ; “La fonte de la glace arctique fait partie d’un cycle naturel !” ; et, enfin, “Les climatologues sont dans le coup pour les sommes fantastiques qu’ils gagnent en restant dans les universités comme stagiaires post-diplôme !”. Les russophobes ont aussi souvent recours aux arguments fallacieux, mais ce sont les négationnistes du changement climatique qui sont les plus programmés pour cela.

Ce genre de stupidité sans conscience de soi et d’autocélébration a de la valeur en ce sens qu’elle nous permet de trier efficacement toute l’humanité en déterminant rapidement et facilement qui fait quoi. Voyez-vous, certaines personnes valent la peine d’un débat tandis que d’autres n’ont qu’à se faire dire l’heure qu’il est (il est temps pour elles de s’en aller). Certaines personnes peuvent tracer la route et diriger le navire tandis que d’autres peuvent nettoyer le pont, désinfecter et pomper dans la cale ou gratter les coquillages sur la coque. Une bêtise timide et en sommeil est difficile à cerner parce que pour la découvrir il faut interroger les gens et leur faire passer des tests, alors qu’une bêtise qui surgit d’un gâteau comme une femme nue, est louable parce qu’elle peut être vue immédiatement, sans qu’on lui pose des questions. Soyons-en donc reconnaissants.

Si les démonstrations de folie individuelle sont louables parce qu’elles nous épargnent du travail, alors les démonstrations de groupe le sont encore plus. Les manifestations de folie par des pays et des groupes ethniques entiers peuvent sembler excessives, mais c’est peut-être le destin de certains pays de servir d’avertissement à d’autres. Les Kurdes feraient une étude de cas intéressante sur la folie ethnique, mais le pays qui vient à l’esprit en premier lieu comme un exemple particulièrement extrême de folie est l’Ukraine. Les Ukrainiens disent qu’ils veulent rejoindre l’Europe, où le fascisme est illégal, mais ensuite ils marchent avec des torches et des insignes nazis, adoptent des lois racistes, crient des slogans nazis et portent aux nues des collaborateurs nazis qui ont perpétré des actes de génocide contre les Juifs et les Polonais d’Ukraine, renomment les rues en leur nom et leur dressent des statues. Les Ukrainiens disent qu’ils veulent adhérer à l’OTAN, mais provoquent ensuite une rébellion ouverte dans certaines de leurs régions et perdent le contrôle de celles-ci, ce qui les disqualifie eux-mêmes pour entrer dans l’OTAN. Ils disent qu’ils sont en guerre avec la Russie, mais ils signent ensuite discrètement un accord de cinq ans avec TVEL, une division de Rosatom en Russie, pour fournir du combustible à la plupart des réacteurs nucléaires ukrainiens restants, qui produisent bien plus de la moitié de l’électricité de l’Ukraine. Ils disent qu’ils veulent avoir leur propre Église orthodoxe indépendante et se préparent à en confier le contrôle au faux Patriarcat de Constantinople (Istanbul pour être précis, Constantinople a cessé d’exister depuis 565 ans). Ils ont soumis à blocus leurs propres régions productrices de charbon et ont tenté d’importer du charbon des États-Unis, mais n’ont pas pu en importer suffisamment et sont maintenant congelés. Les grands pays peuvent mettre à genoux les petits pays qui se conduisent mal en leur passant un gros savon : Ne soyez pas comme l’Ukraine ! Voyez ce qui se passera si vous le faites !

Nous devrions être particulièrement reconnaissants à l’Ukraine pour sa volonté d’intervenir et de se ridiculiser, car de nombreux petits pays mal élevés ont besoin d’avoir sous leurs yeux cet exemple négatif. Plusieurs pays démocratiques de l’Union européenne sont confrontés à un problème : la démocratie fonctionne très bien lorsqu’il y a assez de butin pour diviser les richesses volées mais, lorsque la prospérité s’épuise, de mauvaises choses ont tendance à arriver aux démocraties. Les gens ne sont plus disposés à voter pour l’un ou l’autre parti impérialiste, où chacun conserve un avantage compétitif en se distinguant quelque peu de l’autre de manière triviale. Au lieu de cela, les gens commencent à voter pour les nouveaux incendiaires, le parti “Mangeons les riches”, “Le Front de libération troglodytique” ou un autre groupe avec lequel les anciens partis impérialistes ne peuvent pas trouver une cause commune et former une coalition gouvernementale. Il en résulte une impasse, et au fur et à mesure que les conditions dégénèrent, les gens se mettent à réclamer le rétablissement de l’ordre, par des moyens autoritaires, voire fascistes si nécessaire. Et c’est là que l’Ukraine devient une leçon inestimable sur les échecs du fascisme moderne. Soyons-lui reconnaissants et espérons que son exemple négatif permettra d’éviter les flambées de fascisme au sein de l’Union européenne en voie d’effondrement et de désintégration.

Je pourrais continuer cette liste de choses auxquelles être reconnaissant pratiquement à l’infini, mais je vais la terminer ici par souci de brièveté. Soyez reconnaissants pour toutes ces choses et plus encore, et ressentez et partagez la joie ! Et si vous voulez me remercier d’avoir fait tout ce que je peux pour vous garder sain d’esprit dans un monde de fous, ne soyez pas timide et cliquez sur ce lien. Merci, et bonne année !

 

(25 décembre 2018, Club Orlov, – Traduction du Sakerfrancophone.)

  • 3 janvier 2018 à 00:00

Front Nationaliste & Chrétien versus globalisation ?

Par info@dedefensa.org

Front Nationaliste & Chrétien versus globalisation ?

L’arrivée au pouvoir du nouveau président brésilien Bolsonaro introduit dans la situation générale du Système un nouvel élément de désordre susceptible d’accélérer le processus d’effondrement de la globalisation, laquelle continue à être proclamée comme le but suprême de l’avenir dans les débris conformistes de l’ensemble européen, notamment en France et en Allemagne où sévit la contestation à ce propos. Bolsonaro ajoute donc un souffle important de désordre dans une situation de grand désordre.

Il s’agit d’un projet de formation d’un “groupe nationaliste”, ou “Pacte chrétien”avec un « noyau composé des trois plus grands pays chrétiens – le Brésil, la Russie et les États-Unis », élaboré par le nouveau ministre des Affaires étrangères Ernesto Araujo, appelé à jouer un rôle important dans la nouvelle administration. Le projet est détaillé dans un document destiné au nouveau président, “Pour une politique étrangère du peuple brésilien”. Des extraits du document ont été publiés par le journal Folha de Sao Paulo.

Les trois grands pays nommés constitueraient le noyau d'un “groupe nationaliste” composé du Brésil, des États-Unis, de l'Italie, du groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, Slovaquie et République tchèque), de la Russie, du Japon et de l’Inde. Araujo décrit ce “groupe nationaliste” comme « un BRIC antiglobaliste sans la Chine », en référence au bloc actuel des BRICS, que la nouvelle “alliance” remplacerait.

Un texte sur ce sujet intéressant est publié dans Russie Insider le 2 janvier 2019... Extrait de l’essentiel du texte :

« “Il y a des pays qui résistent à la diabolisation du sentiment national, à l'écrasement de la foi (en particulier de la foi chrétienne), qui refusent l’anéantissement de l’âme humaine et son remplacement par des dogmes anémiques qui servent uniquement les intérêts de la domination mondiale de certaines élites”, proclame [le document d’Araujo].

» La nouvelle formation contesterait ce que Araujo a décrit comme “l’axe formé par la Chine, l’Europe et la gauche globaliste des USA”. Dans la lettre, il a concentré une grande partie de son antagonisme contre la Chine, appelant à “une pression sur tous les fronts” contre son influence mondiale croissante.

» “Tout progrès dans les relations avec ces pays dépend de l'exercice de la liberté religieuse et des libertés politiques fondamentales”, a-t-il déclaré. “Il faut utiliser les institutions financières internationales pour freiner la dépendance croissante des pays en développement vis-à-vis du capital chinois, transformant ainsi le jeu de la globalisation contre la Chine.”

» Araujo critique également les régimes de gauche de l'Amérique latine, suggérant que la “liquidation du bolivarisme dans les Amériques” devrait être un objectif clé de la nouvelle administration. Le socialisme bolivarien est l'idéologie officielle du régime vénézuélien et a depuis été exporté vers d'autres pays de la région, tels que la Bolivie et le Nicaragua. “Le Brésil pourrait commander le processus de délégitimation du gouvernement de Maduro au Venezuela et appliquer une pression totale, conjointement avec les États-Unis, pour qu'il soit remplacé par un régime démocratique”.

» Araujo a également adopté un ton trumpien sur le commerce et l'immigration. Il a déclaré que s'il ne “refuserait pas le commerce”, il “ferait de la politique commerciale un instrument de l'État et non pas de l'État un instrument de la politique commerciale”.

» Il a également suggéré de se retirer du Pacte des Nations Unies sur les migrations, exprimant sa volonté de “désacralisation de l'immigration” et de “lutte contre l’idéologie de ‘l'immigrant intouchable’ [et] le droit universel à la migration” qui, selon lui, “bafouent la souveraineté nationale”. Bolsanaro a déjà promis de se retirer du pacte dès son entrée en fonction. »

Eduardo Rivero, l’auteur de l’article, juge à juste raison que « la vision d’Araujo d’un front mondial pour les États nationalistes peut sembler farfelue pour l’instant ». Les deux appréciations ont toutes deux leur raison d’être : “farfelue” et “pour l’instant”, la première étant le jugement immédiat qu’on peut porter, la seconde témoignant de l’extraordinaire rapidité des événements dans ces temps sans précédent, et par conséquent l’extraordinaire rapidité à mesure de l’évolution des jugements qu’on peut porter sur les choses, y compris celles qu’on juge “farfelue” sur l’instant. D’une façon plus générale, ce document témoigne de la possibilité très forte que l’arrivée au pouvoir du nouveau président brésilien Bolsonaro, mises à part toutes les appréciations convenues et conformistes faites sur ses orientations idéologiques théoriques, est porteuse de possibilités explosives considérables. Il s’agit bien là d’une circonstance conforme aux temps que nous vivons, avec “l’extraordinaire rapidité...”, etc.

Dans ce document théorique du ministre Araujo apparaissent plusieurs idées et perceptions qui sont pour le moins inhabituelles et originales, sinon exceptionnelles dans le sens de jamais exposées d’un point de vue officiel dans le gouvernement d’un pays de la puissance du Brésil ; idées et perceptions qui, pourtant, correspondent à une dynamique générale, et dont nous avons du mal à prendre la mesure de toutes les conséquences qui en découlent. Nous en signalons quelques-unes, qui nous paraissent les plus marquantes et les plus remarquables.

• L’idée d’une sorte de “Front nationaliste-chrétien” international est à la fois tout à fait inattendue voire sacrilège, et d’autre part tout à fait logique sinon inéluctable. L’idée même, l’énoncé même est absolument “politiquement incorrect” jusqu’à mériter l’excommunication des autorités morales de la postmodernité, avec leurs valeurs et leurs anathèmes, leur détestation du nationalisme et de l’affirmation chrétienne. Bien entendu, cette sorte de conception se marie complètement avec la poussée du populisme dans le monde entier (inclusion théorique dans le “Front” élargie de pays tels que l’Italie, la Hongrie, la Pologne...).

• L’idée de mettre ensemble dans un même front les États-Unis et la Russie (avec le Brésil), – comme de mettre ensemble dans le “front” élargi la Russie et la Pologne, – est de la même eau. Elle attire les mêmes remarques que précédemment en même temps qu’elle rencontre d’autres points de vue latents depuis plusieurs années, – par exemple, lorsque Patrick Buchanan, paléoconservateur actuellement pro-trumpiste s’interrogeait, en 2013, au nom de la défense des valeurs de la tradition et des valeurs chrétiennes : « Poutine est-il l’un des nôtres ? »

• L’idée de diviser de facto les États-Unis en deux est toujours de la même catégorie des choses excommuniables et vouées à l’enfer selon la postmodernité. Lorsque Araujo parle des “États-Unis”, il parle de Trump et du courant populiste ; en effet il met, dans les adversaires du “Front”, « la gauche globaliste des USA », impliquant par conséquent une sorte de fracture, de sécession interne de la Grande République, cette superpuissance affirmant pourtant détenir l’hégémonie sur le monde à partir de sa puissance unitaire, de l’influence de sa culture, de la stabilité de son système.

• Également remarquable est l’extrême et furieuse hostilité à cette “philosophie migratoire” qui imbibe ce que nous désignerions comme l’anti-civilisation qu’est la postmodernité, littéralement jusqu’à la nausée par sa haine de tout principe d’identité constitutif de l’ontologie de l’être. Il s’agit, dans le document brésilien, d’un refus complet de l’idéologie néolibérale, progressiste et sociétale. Sur ce point, également sacrilège et affirmé avec une force extrême (« ...volonté de “désacralisation de l'immigration” [...] de lutte contre l’idéologie de ‘l'immigrant intouchable’ [et] le droit universel à la migration »), nous sommes proches du concret puisque le nouveau président brésilien a confirmé que l’une de ses premières décisions sera le retrait du Brésil du traité de l’ONU (dit “de Marrakech”) sur les flux migratoires.

• L’extrême animosité antichinoise constitue également un bouleversement par rapport aux autres classements (la Chine, grande alliée de la Russie, se retrouvant dans le camp adverse). La Chine est jugée comme une menace extrême, essentiellement par rapport à la position qui lui est attribuée de leader de la globalisation dont elle profiterait outrageusement, – position qui fut, jusqu’il y a peu, celle qu’on jugeait être caractéristique des États-Unis, initiateurs de la globalisation avec de nombreux outils pour en profiter outrageusement. (Qui plus est, ces outils de l’américanisme subsistant, comme le dollar comme monnaie d’échange globalisée.)

Toutes ces choses “farfelues” se doublent de nombreuses situations contradictoires, dont on a déjà vu l’une et l’autre (faire de la Pologne une amie de la Russie et de la Chine une ennemie de la Russie). Comment concilier une attaque du “Front” (USA et Brésil) contre le Venezuela avec les liens d’amitié existant entre la Russie et le Venezuela ? Comment concilier le classement de “l’Europe” (l’UE) comme “ennemie” du “Front” avec l’inclusion dans le “Front” de cinq pays de l’UE ? Quelle cohérence pour ce “néo-BRIC” remplaçant le BRICS (sans la Chine, mais aussi sans l’Afrique du Sud) selon des références qui n’ont jamais été considérées pour cette association qui assura n’être jamais une “alliance” ? (La prochaine réunion des BRICS, s’il y en a une, sera intéressante...) Ainsi de suite, et même de longue suite... Mais on ne doit pas juger ce document en termes de politique traditionnelle, ou de géopolitique, ou de “valeurs” selon la doxa totalitaire qui règne dans le goulag néolibéral.

Ce document, qui a certainement et volontairement des intentions provocatrices “farfelues” et qui manie sans trop s’en soucier l’art de la contradiction interne, a ceci d’important qu’il est essentiellement de type culturel, sociétal, éventuellement civilisationnel et principiel. Il effectue un classement qui, paradoxalement, s’appuie sur le nationalisme et naturellement la souveraineté nationale, et attaque en même temps la structuration de certains pays qui devraient être justement comptables du nationalisme et de la souveraineté (les USA coupés en deux). De même, autre point très important, il effectue un classement qui disqualifie complètement les idéologies traditionnelles (libéralisme de droite, social-démocratie de gauche, progressisme dissimulé de la fausse droite dite “modérée” et progressisme affiché de la gauche claironnante et fière de l'être) notamment parce que ces idéologies se sont trouvées complètement transmutées pour justifier la prétention totalitaire du néolibéralisme progressiste et sociétal. Par conséquent, toutes les anomalies signalées n’en sont pas nécessairement ou doivent être jugées selon des approches nouvelles si l’on considère, comme il faut le faire, ce document comme complètement appuyé sur des notions complètement inhabituelles pour les conceptions politiques.

Nous n’en sommes donc, ni à considérer le document comme “réaliste” ou “farfelu”, ni à le juger selon ce qu’il propose et à prendre pour du comptant ce qu’il propose, mais bien à considérer son aspect novateur en ceci qu’il disqualifie complètement les habituelles références (politique progressiste, “valeurs” pseudo-morales, idéologies, etc.) qui nous enchaînent à la dynamique d’autodestruction du Système couinant “TINA !(“There Is No Alternative’”). Les arguments vont dans ce sens novateur, par exemple lorsqu’il est question d’“âme” dans une perspective catastrophique (refuser « l’anéantissement de l’âme humaine et son remplacement par des dogmes anémiques »).

Nous seulement nous ne le ferons pas mais, surtout, il n’y a aucun intérêt intellectuel ou politique, sinon à tomber dans un piège-Système, à juger la valeur “politique” du document, également à porter quelque jugement que ce soit sur Bolsonaro (actuellement à la porte de l’enfer selon l’appréciation-Système) et sur son ministre. Il nous suffira d’observer qu’une telle démarche, avec de telles références qui déstructurent complètement les schémas qui conviennent si bien au Système, est pour le moins un signe des temps, – et un signe que les temps sont complètement nouveaux et conduisent à des situations de débat et de choix absolument novatrices.

Mis en ligne le 3 janvier 2019 à 15H05

  • 3 janvier 2019 à 00:00

T.C.-67 : Trump en mode-T.C.

Par info@dedefensa.org

T.C.-67 : Trump en mode-T.C.

4 janvier 2019 – Il est en train de se créer autour de Trump ce que l’on pourrait effectivement qualifier de “tourbillon-crisique”, l’intitulé même de cette rubrique (T.C.) à l’intérieur du Journal-dde.crisis. C’est-à-dire, un événement dynamique essentiellement sinon de  pure communication, tournoyant par l’addition d’actes crisiques qui s’alimentent les uns les autres, créant un “climat” spécifique (et crisique naturellement), lequel active une modification de la tendance politique, puis de la situation politique elle-même. Cela concerne l’un des deux volets principaux (avec la lutte contre l’immigration illégale) des promesses électorales spécifiques de Trump, qui est la voie de l’attaque, sinon de la destruction de l’interventionnisme américaniste. Le tourbillon a pris naissance bien entendu à partir de la décision du retrait de Syrie suivi de la démission de Mattis.

Le point le plus remarquable, le plus puissamment significatif par son symbolisme, toujours au niveau de la communication, c’est le commentaire historique de Trump fait avant-hier sur un ton presque anecdotique, affirmant ou rappelant c’est selon que l’intervention de l’URSS en Afghanistan (en décembre 1979) conduisit le régime soviétique à la banqueroute. C’est reprendre la thèse que cette intervention est un des facteurs importants de l’effondrement de l’URSS, et que l’analogie vaudrait bien aussi pour les USA ; effondrement d’un “empire” par excès d’extension dans les deux cas... 

Ce jugement historique contredit la narrative “officielle” et complètement faussaire du War Party, affirmant que ce sont les dépenses de la pseudo-“course aux armements” des années 1980 qui eurent la peau de l’“empire” soviétique, face au dynamisme imaginatif et prodigue (IDS, ou “guerre des étoiles”) du Pentagone. Le signe de l’importance de cette déclaration “anecdotique” se trouve dans la réaction furieuse de la presseSystème, et jusqu’à un commentaire d’un des directeurs de l’AEI, le think tank des néo-conservateurs martelant avec une égale fureur que l’intervention soviétique en Afghanistan n’eut qu’en effet mineur sur le PIB soviétique, donc ne peut être considérée comme une des causes essentielles de l’effondrement de l’URSS.

Ainsi le War Party est-il mis sur la défensive, du jamais-vu à Washington D.C. et à “D.C.-la-folle” depuis le Vietnam.

L’affirmation n’est pas justifiée par cette seule passe d’armes. D’autres signes de communication la justifient, comme cette déclaration de Trump sur la Syrie à nouveau, où les USA ne récoltent selon lui « que du sable et de la mort » ;  ou cette autre, encore plus remarquable parce qu’elle signale son désintérêt nouveau pour une politique de confrontation avec l’Iran, où Trump observe que « les Iraniens peuvent faire ce qu’ils veulent en Syrie », – littéralement, que ce n’est pas, que ce n’est plus l’affaire des USA... Il y a même ce cas, qui fait grand bruit parce qu’il sort du seul domaine favori des antitrumpistes, des lubies deThe-Donald, pour jaillir du cœur même, sacré et religieux, de la presseSystème : la démission tonitruante, lundi, du présentateur et analyste prestigieux de la NBC William Arkin, explicitement justifiée par l’hérétique lui-même, par l’emprisonnement volontaire du réseau dans la narrative du War Party et dans la promotion des “guerres sans fin”.

Que se passe-t-il chez Trump ? Est-ce simplement un caprice, une foucade, un tour de valse de plus ? Peut-être et possible mais pas complètement assuré si l’on considère la constance et la fermeté de sa trajectoire des dernières semaines et la liquidation des “généraux” qui étaient là en principe pour tenir la bestiole, et la tenir dans la ligne... D’autre part, certaines interventions de Trump, notamment celle sur l’URSS en Afghanistan, révèlent une culture politique qui ne lui est pas naturelle. A moins que notre héros se soit mis à lire les bons auteurs ou que Bolton soit soudain devenu fou, on parierait plutôt sur une influence majeure hors du cadre connu. Cette hypothèse n’est pas gratuite.

L’on chuchote de plus en plus fort qu’il y a là l’effet de l’influence d’un homme, ami de Trump et joueur de golf comme lui et avec lui, et “en même temps” anti-interventionniste désormais bien installé et disposant d’une formation de grande qualité. Il s’agit du sénateur Rand Paul, fils de Ron et chef de file à bonne école et au Sénat des antiwar. Ce n’est pas pour rien ni pour le goût des coïncidences, bien entendu, que le directeur de cabinet adjoint de Paul Sergio Gor a diffusé le communiqué suivant, après une intervention du sénateur contre Mitt Romney qui vient de publier une critique acerbe de Trump : 

« Le sénateur Rand Paul considère le président Trump comme un ami, mais il est également ravi de sa politique conservatrice, qui comprend des réductions d'impôt historiques, des réductions massives de la réglementation, la nomination de juristes, et la mise en œuvre d'une politique étrangère ‘America First’ en mettant l'accent sur l'Amérique et pas sur tous les problèmes dans le monde. Ce président tient ses promesses, et les républicains modérés devraient travailler avec lui pour accomplir encore plus. »

Ron Paul n’aurait pas dit mieux... Certains commencent à marmonner, à “D.C.-la-folle”, que tout se passe comme si nous avions “le président Rand Paul”. Ils pourraient aussi bien dire “Président Ron Paul”, ce qui est un juste retour des choses si l’on considère la campagne électorale sabotée de Ron en 2012. Par conséquent, les chuchotements qui aiment bien vaticiner dans leur boule de cristal nous disent aussi que Trump offrirait la vice-présidence à Rand en 2020, s’il est réélu, c’est-à-dire quand il sera réélu puisqu’il ne doute de rien, de façon à lancer un Rand Paul-2024 à la Maison-Blanche.

On verra, on verra car tout cela est bien loin et tant de choses se passent si vite par ces temps qui courent à bride abattue... En attendant, la possible/probable évolution des choses pour le plus court qui nous importe, loin de conduire à une victoire et à un apaisement, conduit exactement au contraire : l’intensification de la “Guerre civile froide” aux USA, et de la folie à “D.C.-la-folle”. Voyez par exemple combien les ordres de désengagement ne sont pas aussitôt suivis d’effets, et l’on est passé de un mois à trois mois pour évacuer les soldats US de Syrie, manœuvre évidente du Pentagone.

On observera alors, plus simplement et plus sobrement, mais avec une étincelle festive au bout de la plume : de plus en plus de désordre et la validité renforcée de l’analogie collapsologique entre l’URSS et les USA.

  • 4 janvier 2019 à 00:00

L’esthétique du communicationnisme

Par info@dedefensa.org

L’esthétique du communicationnisme

5 janvier 2019 – L’on sait l’importance qu’on accorde ici, à dedefensa.org, et moi-même sans aucun doute et avec une insistance extrême, à la communication sous sa forme la plus large du “système de la communication”. (Voir le plus récemment sur cette question, le Glossaire.dde sur Notre-Méthodologie.) Un ensemble de facteurs, des événements très significatifs, une évolution structurelle depuis l’apparition notamment du concept de déterminisme-narrativisteconduisent à proposer un nouveau concept général sous forme de doctrine qui ferait le pendant du technologisme

(Technologisme bien entendu pour la technologie, l’une des deux forces principales avec la communication constitutives de la puissance aujourd’hui. Donc technologisme et communicationnisme [je préempte], côte-à-côte ou bien plutôt face à face, c’est selon.)

Je propose d’adopter le mot, déjà existant, de “communicationnisme”, sous l’éventuelle réserve d’en trouver un plus satisfaisant pour définir le seul sens que je veux lui donner ici. Cette page du Journal dde-crisis est une esquisse, un banc d’essai, pour une idée recouvrant une situation évidente, qui sera très certainement développée ; le développement du concept et de l’idée éclairera la situation et fera sans doute apparaître des dimensions cachées.

Il s’agit bien de l’évolution du déterminisme-narrativiste fortement développé, d’un processus inconscient en une sorte de doctrine assumée, totalement relativiste puisque la réalité objective n’existe plusavec une dimension esthétique qui est comme une justification vertueuse et désormais affichée de la pratique faussaire. Ce dernier point est d'une bouleversante importance, et il m’a été suggéré par un commentaire de WSWS.org du 3 janvier 2019 sur le dernier scandale en date du Spiegel, avec son journaliste-vedette qui “fabriquait” des articles sur des sujets idéologiques et politiques très sensibles (la campagne anti-Assad en Syrie, fondée sur l’affectivisme de l’humanitarisme, l’antitrumpisme globaliste, etc., tout cela très-Système comme on le comprend).

L’intérêt de cet extrait se trouve dans les contradictions qu’on découvre dans les explications des chefs de la rédaction concernant les faux complets du journaliste vedette du Spiegel et de la presse allemande, plusieurs fois primé (pas à Cannes, mais aux Awards de journalisme), – nous avons nommé Claas Relotius. D’une part, on explique le cas Relotius d’une façon bidon-brouillonne, par des arguments psychologiques, comportementaux basiques et grossiers, – la bouillie pour les chats habituelle, avec cette précision qu’on se doutait bien que les articles étaient bidouillés, c’est-à-dire faux, parce qu’il étaient un petit peu “trop beaux pour être vrais” ; d’autre part, on les justifie et on les transmue quasiment en vérité, dans un accès de franchise désarmant décrivant l’affectivisme-midinette du plaideur, parce qu’ils sont “beaux”, et c’est presque alors un label d’authenticité comme l’on dirait d’une œuvre d’art qu’elle est authentique parce qu’elle est belle... Ce n’est plus du tout “trop beau pour être vrai”, c’est au contraire “vrai parce que très beau”. (Voici l’extrait, avec les passages qui importent indiqués en gras.)

« Depuis cet aveu public des rédacteurs en chef du Spiegel, la rédaction du magazine s'est efforcée de présenter le scandale Relotius comme un cas unique dans lequel s’étaient conjugués le génie, le désir de prestige, l’énergie nihiliste et l’instabilité psychologique. Selon la presse, le Spiegel aurait assuré des soins psychologiques et un avocat au faussaire, qui a démissionné de son propre gré après avoir été démasqué.

» Relotius est peut-être une exception par l’effronterie de ses contrefaçons, mais la question beaucoup plus importante est de savoir pourquoi ses fabrications ont été publiées par le Spiegel et d'autres organes de presse et pourquoi il a reçu de nombreux prix journalistiques. À l'âge tendre de 33 ans, Relotius avait reçu près d'une douzaine de prix prestigieux, octroyés non seulement à des journalistes, mais encore à des personnalités de la vie politique et publique.

» Ses contrefaçons étaient, en fin de compte, assez transparentes. La rédaction-en-chef du Spiegel a ignoré à plusieurs reprises les anomalies comme les avertissements. Maintenant, elle admet avec une franchise désarmante que les reportages de Relotius étaient “trop beaux pour être vrais”.

» Quelle est la signification de ce scandale? Selon les commentateurs, bien que les reportages de Relotius aient été faux, ils restaient “beaux”, c’est-à-dire qu’ils correspondaient au récit que les rédacteurs en chef et les jurys des prix journalistiques désiraient divulguer. Dans son écriture, “le présent est concentré dans un format lisible, les grandes lignes de l'histoire contemporaine deviennent compréhensibles, et tout d’un coup l’ensemble devient absolument et humainement compréhensible”, a déclaré Ullrich Fichtner, rédacteur en chef du Spiegel. Tant que les faux n'étaient pas découverts, ils étaient les bienvenus. »

C’est donc la narrative élevée au rang de grand art et donc bien plus que la narrative, autre nature bientôt l'on fera de Claas Relotius ce journartiste, c’est une suggestion autant qu’une prévision les amis, un grand “acteur” de l’A.C. (Art Contemporain). L’immensément riche et mécène de l’A.C. Bernard Arnault, ci-vachement-devant propriétaire de LVMH, rachètera sans aucun doute les manuscrits encodés en Words-gothique des 55 articles de Relotius recensés comme de pure création (artistique) et leur consacrera une exposition spéciale avant de les enfermer dans sa galerie personnelle pour leur permettra d’échapper à la morsure fatale de l’âge et à la dégradation honteuse du temps ; car dans la galerie personnelle de monsieur Arnault, elles entreront dans l’immortalité de la création artistique et de son esthétique sublime.

Tout cela, qui précède, c’est se moquer assez facilement, certains penseront “vulgairement”. Il est vrai que l’œuvre esthétique de Relotius mérite un moment de respect, puis un vaste élan de réflexion, puisqu’elle est après tout la cause encore plus que l’objet d’une investigation fructueuse. Il se trouve donc que ce que je propose de nommer dans son nouveau sens “communicationnisme”, c’est notamment l’acte de rompre avec l’emprisonnement (déterminisme) du déterminisme-narrativiste pour afficher, on dirait “en toute liberté”, la démarche créatrice de produire des œuvres de communication, de pure information, crées de toutes pièces, – bien sûr en prise avec le “réel” (non, je plaisante), – d’un esthétisme éclatant et même bouleversant.

(Je dis “notamment” parce qu’on peut élargir le champ d’application et même le soumettre à la “loi de Janus” du système de la communication transférée au communicationnisme. On verra. Dans tous les cas, Stay tuned comme ils disent, pour le développement de la réflexion au travers de l’emploi, sans doute dans d’autres rubriques.)

Dis-moi, ô miroir, ô gentil miroir, est-ce que mes articles sont les plus “beaux” maintenant que Relotius a dégagé ?

  • 5 janvier 2018 à 00:00

René Guénon sur notre société festive

Par info@dedefensa.org

René Guénon sur notre société festive

Comme prévu la société festive est de plus en plus sinistre, et comme prévu elle est de plus en plus autoritaire et orwellienne, avec un arrière-fond imbibé de satanisme. Voyez Vigilantcitizen.com qui recense le bal illuminé de l’UNICEF. Ici, on passe de la fête de la musique à l’arrestation de Drouet et à l’épuration du web parce qu’on est cool, ludique État-de-droit dans ses bottes....

Philippe Muray a brillamment « tonné contre » la société festive. On l’a rappelé ici-même. Mais on va remonter plus haut et examiner le corps du délit avec notre René Guénon. Qu’était une fête dans le monde traditionnel ? Une subversion momentanée de l’ordre. Guénon, dans ses admirables Symboles de la science sacrée :

« Il n’est pas inutile de citer ici quelques exemples précis, et nous mentionnerons tout d’abord, à cet égard, certaines fêtes d’un caractère vraiment étrange qui se célébraient au moyen âge : la « fête de l’âne », où cet animal, dont le symbolisme proprement « satanique » est bien connu dans toutes les traditions, était introduit jusque dans le chœur même de l’église, où il occupait la place d’honneur et recevait les plus extraordinaires marques de vénération ; et la « fête des fous », où le bas clergé se livrait aux pires inconvenances, parodiant à la fois la hiérarchie ecclésiastique et la liturgie elle-même. Comment est-il possible d’expliquer que de pareilles choses, dont le caractère le plus évident est incontestablement un caractère de parodie et même de sacrilège, aient pu, à une époque comme celle-là, être non seulement tolérées, mais même admise en quelque sorte officiellement ? »

Guénon évoque aussi les saturnales :

« Nous mentionnerons aussi les saturnales des anciens Romains dont le carnaval moderne paraît d’ailleurs être dérivé directement, bien qu’il n’en soit plus, à vrai dire, qu’un vestige très amoindri : pendant ces fêtes, les esclaves commandaient aux maîtres et ceux-ci les servaient ; on avait alors l’image d’un véritable « monde renversé », où tout se faisait au rebours de l’ordre normal… »

La fête a donc pour but de canaliser (aujourd’hui on dirait défouler) les forces inférieures de l’homme déchu. Guénon rappelle :

« …c’est là, en effet, quelque chose qui est très propre, et plus même que quoi que ce soit d’autre, à donner satisfaction aux tendances de l’« homme déchu », en tant que ces tendances le poussent à développer surtout les possibilités les plus inférieures de son être. Or, c’est justement en cela que réside la véritable raison d’être des fêtes en question : il s’agit en somme de « canaliser » en quelque sorte ces tendances et de les rendre aussi inoffensives qu’il se peut, en leur donnant l’occasion de se manifester, mais seulement pendant des périodes très brèves et dans des circonstances bien déterminées, et en assignant ainsi à cette manifestation des limites étroites qu’il ne lui est pas permis de dépasser. S’il n’en était pas ainsi, ces mêmes tendances, faute de recevoir le minimum de satisfaction exigé par l’état actuel de l’humanité, risqueraient de faire explosion, si l’on peut dire et d’étendre leurs effets à l’existence… »

Guénon conclut : « le fait qu’il n’y a là rien d’imprévu « normalise » en quelque sorte le désordre lui-même et l’intègre dans l’ordre total. »

Guénon parle alors des masques (voyez mon livre sur Kubrick et mes analyses symboliques sur les masques dans Eyes Wide Shut calqué de l’admirable Sarabande de Dearden, avec Stewart Granger)). Le masque ne masque pas, il révèle :

« En effet, les masques de carnaval sont généralement hideux et évoquent le plus souvent des formes animales ou démoniaques, de sorte qu’ils sont comme une sorte de « matérialisation » figurative de ces tendances inférieures, voire même

« infernales », auxquelles il est alors permis de s’extérioriser. Du reste, chacun choisira tout naturellement parmi ces masques, sans même en avoir clairement conscience, celui qui lui convient le mieux, c’est-à-dire celui qui représente ce qui est le plus conforme à ses propres tendances de cet ordre, si bien qu’on pourrait dire que le masque, qui est censé cacher le véritable visage de l’individu, fait au contraire apparaître aux yeux de tous ce que celui-ci porte réellement en lui-même, mais qu’il doit habituellement dissimuler. »

Guénon ajoute sur le retournement parodique : «  Il est bon de noter, car cela en précise davantage encore le caractère, qu’il y a là comme une parodie du « retournement » qui, ainsi que nous l’avons expliqué ailleurs, se produit à un certain degré du développement initiatique ; parodie, disons-nous, et contrefaçon vraiment « satanique », car ici ce « retournement » est une extériorisation, non plus de la spiritualité, mais, tout au contraire des possibilités inférieures de l’être. »

Ce retournement parodique momentané servait certainement à détourner les attaques du Malin. 

Tout se retourne comme toujours au dix-septième qui marque le déclin ou la sanction/récupération des carnavals. Et dans le monde moderne la fête devient permanente pour pousser  la consommation-consumation des âmes et des forces : Halloween, Black Friday, Noël, Pride machin, Saint-Valentin toutes les fêtes sont là qui se succèdent et puent. Comme dit Tocqueville, en démocratie on laisse le corps pour aller droit à l’âme (on dira au croyant que la mission est de remplir les enfers).

Guénon sur cette extension du domaine du mal :

« Si les fêtes ne semblent même plus éveiller qu’à peine l’intérêt de la foule, c’est que, dans une époque comme la nôtre, elles ont véritablement perdu leur raison

d’être : comment, en effet, pourrait-il être encore question de « circonscrire » le désordre et de l’enfermer dans des limites rigoureusement définies, alors qu’il est répandu partout et se manifeste constamment dans tous les domaines où s’exerce l’activité humaine ? »

Et le coup de massue final :

« Ainsi, la disparition presque complète de ces fêtes, dont on pourrait, si l’on s’en tenait aux apparences extérieures et à un point de vue simplement « esthétique », être tenté de se féliciter en raison de l’aspect de « laideur » qu’elles revêtent inévitablement, cette disparition, disons-nous, constitue au contraire, quand on va au fond des choses, un symptôme fort peu rassurant, puisqu’elle témoigne que le désordre a fait irruption dans tout le cours de l’existence et s’est généralisé à un tel point que nous vivons en réalité, pourrait-on dire, dans un sinistre « carnaval perpétuel ».

 

Sources

René Guénon, Symboles de la science sacrée. Chapitre XXI. Sur la signification des fêtes «carnavalesques» 

http://classiques.uqac.ca/classiques/guenon_rene/Symboles_science_sacree/symboles_sc_sacree.html

Nicolas Bonnal –  Stanley Kubrick, génie du cinéma (Amazon.fr)

http://www.dedefensa.org/article/philippe-muray-face-au-desert-des-barbares

https://en.wikipedia.org/wiki/Saraband_for_Dead_Lovers

https://vigilantcitizen.com/vigilantreport/inside-unicefs-bizarre-2018-masquerade-ball/

  • 5 janvier 2019 à 00:00

Le Système et l’enjeu populiste

Par info@dedefensa.org

Le Système et l’enjeu populiste

Le ministre de l’Intérieur et vice-Premier ministre italien, Matteo Salvini, doit effectuer un voyage en Pologne le 9 janvier, pour envisager une alliance avec le parti PiS au pouvoir, de tendance populiste et eurosceptique comme l’est Salvini. (Tout de même, le PiS est plus de type traditionnaliste-conservateur que de pur populisme, mais ils se retrouvent sur une ligne approchante.) Breitbart-UK donne des indications sur cette visite, et également sur les opérations de rassemblement populiste déjà réalisées par Salvini avant les européennes.

« Le ministre populiste italien de l'Intérieur, Matteo Salvini, doit s'entretenir avec le chef du parti du droit et de la justice polonais, Jarosław Kaczynski... [...] Salvini et Kaczynski se rencontreront le 9 janvier à Varsovie pour discuter de la possibilité de l’alliance entre la Liga et le PiS en vue des élections au Parlement européen de mai, a rapporté la chaîne de télévision polonaise TVN24. La porte-parole de PiS, Beata Mazurek, a déclaré aux médias italiens : “Les sujets des discussions intéressent les deux parties, polonaises et italiennes.”

» Cette visite constitue la première visite officielle de Salvini en Pologne depuis son arrivée au pouvoir l'an dernier. Le vice-Premier ministre devrait également discuter de questions économiques pendant son séjour dans le pays.

» Au cours des derniers mois, M. Salvini a noué des liens avec plusieurs autres dirigeants conservateurs et populistes de premier plan en vue de constituer une grande alliance avant les élections au Parlement européen, notamment le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, qui a qualifié Salvini de “mon héros” et lui a promis de travailler avec lui. En octobre, Salvini a annoncé que la dirigeante populiste française Marine Le Pen rejoindrait également son alliance aux élections européennes, le couple annonçant la création d'un "front de la liberté" réunissant les autres partis pro-souverainetés opposés à la domination de l'UE. Salvini a également rencontré le dirigeant du Parti de la liberté autrichien, Heinz-Christian Strache, et aurait cherché à obtenir le soutien du leader des démocrates suédois, Jimmie Åkesson. »

Cette visite de Salvini en Pologne est très intéressante parce qu’il s’agit d’un éventuel partenaire puissant dans le rassemblement populiste que veut mettre en place Salvini, mais surtout d’un partenaire qui a des vues diamétralement opposées à celles de Salvini (et de la plupart des autres populistes) sur quelques points très importants de politique étrangère et de sécurité : les Polonais sont hyper-antirusses et hyper-atlantistes, fortement au contraire de Salvini.

La question qui se pose est de savoir si cette divergence très sérieuse et très exacerbée essentiellement de la part des Polonais sera écartée pour permettre l’alliance populiste. Selon la logique de l’essentiel et de l’accessoire, cela devrait être aisément surmontée parce que le caractère essentiel, significatif, fondamental qui est jeu ici est le populisme, tandis que les positions vis-à-vis de la Russie sont complètement, essentiellement du côté polonais, corrodées, toxiques, sinon complètement inverties par une passion déchaînée ; la position polonaise vis-à-vis de la Russie est injustifiée, déraisonnable, et fait le jeu du Système.

(Les rapports avec les USA constituent un aspect plus complexe, puisque les USA, aujourd’hui, suscitent effectivement une sujétion transatlantique des pays européens qui est difficilement acceptable surtout d’ailleurs par rapport aux ambitions du populisme ; mais les USA, c’est aussi un Trump et son trumpisme qui ont tendance à appuyer la poussée populiste et qui sont anti-UE. Ainsi Trump peut-il dire« Je me fiche de l’Europe » lorsqu’il parle des pouvoirs en place et des Européens-UE et -OTAN ; et il peut dire également, comme il l’a fait, « Je pourrais être la personne la plus populaire en Europe », si l’on considère sa position sur les questions du populisme.)

Il s’agit d’un test intéressant, qui donnera une bonne mesure de la puissance et de la diversité possible du mouvement populiste. C’est en effet la problématique qui est aujourd’hui développée, de la capacité et de la signification de la dynamique populiste si forte en Europe, considérée d’un point de vue transnational. 

Sur le site Spiked, Frank Furedi donne une analyse générale du mouvement populiste en Europe, estimant qu’il est arrivé à un degré de maturation où ce mouvement commence à distinguer les véritables enjeux de son propre développement. Il s’agit du remplacement, – une autre sorte de “Grand Remplacement”, – des traditionnelles questions socio-économiques par les questions désormais brûlantes de type sociétal-culturel dans le sens le plus large. Dans son article, Furedi estime que le courant populistes est arrivé à un point où il doit rechercher une expression politique opérationnelle efficace, – ce à quoi, nous semble-t-il, Salvini, qui a certainement la plus forte personnalité et un très fort soutien populaires, est en train de travailler :

« À moins que le populisme puisse développer une plus grande clarté politique et développer une vision inspirante de la citoyenneté démocratique, il aura du mal à progresser. Face au pouvoir considérable des institutions politiques et culturelles, il ne peut progresser que s'il développe une alternative cohérente aux valeurs de l'ordre dominant. Il y a beaucoup en jeu dans les années à venir. Nous avons besoin d’une version éclairée et démocratiquement informée de la politique populiste. »

Pour nous, il s’agit d’une évolution décisive de la question de ces “valeurs” qui dépendent des enjeux socio-économiques auxquels elles doivent donner après coup une dimension pseudo-morales qui fait le jeu des élitesSystème ; vers la question des “principes” qui doivent être dans le sens contraire les déterminants des questions sociétales-culturelles (identité, souveraineté, etc.) et présupposent une dimension structurante au-dessus de la morale déterminant le cadre de ces questions, selon un processus rejeté par les élitesSystème parce que hors de leur contrôle et de leur orientation idéologique. Les “valeurs” sont déduites des enjeux socio-économiques et dépendent donc de domaines maîtrisés par le Système ; les “principes” induisent à partir d'une logique hors-Système les enjeux sociétaux-culturels et échappent par conséquent à la maîtrise du Système.

L’irruption massive des enjeux sociétaux-culturels depuis trois à quatre décennies, avec une accélération pressante et très grande ces dernières années, s’est faite jusqu’ici sans se référer aux “principes” dont ils devraient dépendre. L’enjeu suprême est donc de réaliser effectivement cette connexion, ce qui devrait être le rôle d’une véritable “politique-populiste”. Les élitesSystème s’y opposent de toutes leurs forces en imposant une morale correspondantes à leurs propres privilèges socio-économiques. C’est à ce point que se noue l’affrontement. Les “principes” constituant des valeurs structurantes échappant au Système (hors-Système), doivent s’imposer naturellement dans l'affrontement comme antiSystème, par leur forme même, quel que soit leur contenu (mais ce contenu ne pouvant être que structurant).

C’est pour cette raison qu’à notre sens, toutes les poussées populistes, et notamment celle des GJ (Gilets-Jaunes) qui est nécessairement populiste, se définissent nécessairement en termes d’affrontement contre le Système puisque poussées par des principes structurants. Les GJ ont tant de mal à formuler leurs revendications parce que ces revendications mettant en cause le Système ne prennent corps qu’à partir d’une position permettant d'embrasser le Système dans sa globalité pour conclure à l'impossibilité absolue de sa réforme. De ce point de vue et selon les moyens disponibles et les arguments débattus, on en déduit que le mouvement des GJ, comme le populisme lui-même, ne peut être ni satisfait, ni apaisé, ni étouffé. Il s’agit d’une lutte à mort.

 

Mis en ligne le 5 janvier 2019 à 21H40

  • 5 janvier 2019 à 00:00

La disparition programmée de l’argent liquide

Par info@dedefensa.org

La disparition programmée de l’argent liquide

Jusqu’à présent, cette expérience n’a pas trop été ébruitée par les grands médias. Radio-Canada rapportait néanmoins, en février 2016, que la Banque Nationale avait proposé au gouvernement de l’époque de peser sur l’accélérateur afin que le Canada prenne exemple sur des pays tels que la Suède ou le Danemark qui envisagent d’utiliser uniquement la monnaie électronique à brève échéance.

La Banque Nationale lançait un projet en 2015 afin d’inciter le gouvernement du Québec à adopter la monnaie électronique.

Le Québec comme terre d’expérimentation

Claude Breton, vice-président aux affaires publiques de la Banque Nationale, avait confié au diffuseur de l’État qu’il considérait que le Québec était l’endroit idéal pour démarrer le bal, « […] une terre créative où l’idée du libre-échange a germé très tôt et où l’adoption des guichets automatiques s’est faite également très tôt. Il y a une réceptivité des Québécois aux idées nouvelles », soulignait-il.

Nos voisins scandinaves se sont mis de la partie alors que trois des quatre plus grandes banques de Suède n’acceptent plus les paiements en espèces à leurs comptoirs et cela depuis déjà 2013. On rapporte qu’en 2016 les transactions en espèces comptaient pour moins de 2 % du total en Suède et les financiers estimaient qu’elles allaient peser moins de 0,5 % autour de 2021.

Un mouvement de troupes généralisé

C’est autour de 2016 que les banques nationales, émettrices de la monnaie fiduciaire, et les gouvernements de plusieurs pays semblent s’être entendus pour commencer à retirer les plus importants billets de la circulation. C’est ainsi qu’en Inde, les coupures de 500 roupies (environ 10 dollars) et de 1000 roupies (environ 20 dollars) ont été prestement retirées du marché alors que le gouvernement de Narendra Modi n’avait soufflé mot de son projet auparavant ; seuls quelques initiés s’étaient entretenus de la chose dans le cadre de rencontres très spécialisées.

Comme ailleurs, le gouvernement indien invoquait la lutte contre la corruption pour procéder à ce changement drastique. En outre, cette mesure s’accompagnait de directives limitant la distribution de monnaie papier par les guichets automatiques ou les retraits aux comptoirs des institutions bancaires.

Par ailleurs, la Banque centrale européenne (BCE) a décrété, toujours en 2016, que les coupures de 500 euros ne seront plus émises à compter de la fin de 2018. Cette mesure serait destinée à lutter contre le crime organisé, si l’on se fie aux arguments de la BCE, dans un contexte où un nombre de transactions immobilières est effectué en liquide, ce qui permet d’échapper au fisc.

Vers un contrôle total de vos transactions

Donc, outre le financement d’activités liées au crime organisé ou au terrorisme, c’est surtout l’évasion fiscale qui demeure la principale motivation derrière ce soudain mouvement de troupes. La Banque du Canada annonçait dans une directive, publiée l’an dernier, que le gouvernement du Canada comptait profiter de l’adoption de son budget de 2018 pour demander au parlement de lui accorder l’autorisation de supprimer le cours légal des coupures qui ne sont plus imprimées : les billets de 1 $, 2 $, 25 $, 500 $ et 1 000 $ ne vaudront plus un clou à terme.

Au rythme où vont les choses, les consommateurs ne disposeront plus de moyens de conserver sur eux une partie de leurs économies et le gouvernement sera, conséquemment, en mesure de comptabiliser toutes vos transactions et d’estimer avec précision l’état de vos avoirs.

Judith Gagnon, présidente de l’Association québécoise des droits des personnes retraitées et préretraitées, confiait au quotidien Le Devoir, en février 2016, que « même avec l’argent papier, des personnes âgées sont dépendantes de leurs enfants ou des étrangers pour faire des transactions. Si c’est seulement électronique, certains vont s’adapter, mais ce sera très difficile ». N’ayant plus accès à de l’argent liquide, les personnes âgées seront, la plupart du temps, obligées de confier leurs cartes bancaires à des tiers pour qu’ils effectuent une partie des transactions à leur place.

Les services bancaires au comptoir disparaissent rapidement, les distributrices d’argent limitent les retraits à des sommes de plus en plus ridicules et les gouvernements forcent les contribuables à faire émettre leurs déclarations de revenus par le biais d’Internet. L’argent liquide pratiquement retiré de la circulation, il devient plus facile de contrôler les flux monétaires, quitte à fixer des taux d’intérêt négatifs aux consommateurs comme cela s’est déjà produit en Suisse, au Japon ou via la Banque centrale européenne (BCE).

 

Quelques liens instructifs

Radio-Canada, Express Business #1et #2Le TempsLes ÉchosLe DevoirBanque du Canadaet Les Affaires

  • 6 janvier 2019 à 00:00

Maillots jaunes, un polar joué en Malaisie

Par info@dedefensa.org

Maillots jaunes, un polar joué en Malaisie

Le Premier, premier voleur

Un arrêté du 25 août 2015 émanant du ministère de l’Intérieur malaisien avait interdit la vente de vêtements jaunes alléguant que cela pourrait ‘porter atteinte à l’ordre public et serait préjudiciable à l’intérêt national’. Depuis plusieurs semaines, un mouvement réclamait la démission du Premier Ministre Najib Razak. Les manifestants de Bersih4 (à la fois substantif signifiant propre et acronyme en malais pour Coalition pour des élections propres et justes) portaient en effet des vêtements jaunes pour s’identifier. La Coalition regroupe une centaine d’ONG, elle revendique depuis 2007 dans un pays dirigé depuis l’indépendance par le même parti une réforme électorale en plusieurs points, entre autres un accès libre et équitable aux médias et un délai minimal de 3 semaines pour les campagnes électorales. Le chiffre ordinal 4 indique que des manifestations publiques avaient eu eu lieu après les premières de 2007 en 2011 puis 2012.

Près de 500 000 Malaisiens étaient sortis entre le 29 et le 30 août 2015 dans les rues de Kuala Lumpur demander le départ de celui qui a détourné de l’argent du fonds souverain 1MDB créé dès son arrivée au pouvoir en 2009. La preuve qu’il avait reçu sur son compte privé une somme de près de 680 millions de dollars était avérée et éventée. Ne pouvant nier un tel transfert il l’avait justifié en alléguant qu’il provenait d’un don d’un prince saoudien. L’appel à la mise en examen de Najib Razak provenait de l’opposition mais aussi de jeunes membres de son propre parti. Razak a limogé par la suite tous les membres de son gouvernement et de l’administration publique favorables à une enquête sur la provenance des fonds.

L’un des premiers grands scandales financiers du 21èmesiècle venait d’éclater grâce à un lanceur d’alerte genevois ou un maître chanteur selon les versions, un ancien administrateur de PetroSaudi. Il avait confié après son départ mal négocié de la firme une clé USB bourrée d’informations et d’email échangés à un média alternatif britannique, Sarawak Report.

1MDB résulte du rachat d’un groupe privé par le Ministère des Finances. Il a été annoncé comme devant être un levier formidable pour investir dans le développement industriel du pays. Il s’est révélé n’être qu’une construction financière factice conçue pour générer une dette odieuse contractée par le peuple malaisien. Une véritable industrie sophistiquée de détournements de fonds et de blanchiment d’argent a présidé à sa naissance, elle a fait intervenir de nombreuses banques internationales, de multiples sociétés écran et les inévitables paradis fiscaux et cabinets d’audit.

La 14èmeélection générale le 9 mai 2018 a donné pour la première fois la victoire à l’opposition (Alliance de l’Espoir) destituant le règne de plus de 60 ans de la coalition dirigée par l’Organisation nationale de l’Unité malaise. Elle a évincé Najib Razak, clé de voûte du système de la dette et de son opacité. Dès le 15 mai, elle a satisfait la demande déposée par Mahathir Mohamed, ancien Premier Ministre passé  à l’opposition, que soit rendu public le rapport de l’audit de 1MDB réalisé en 2015 vite classé secret. Avant même que ne soit conduit un nouvel audit par la firme PwC sur commande du nouveau ministre des Finances, 1MDB a été déclaré insolvable, dans l’incapacité d’honorer ses dettes par son PDG désormais limogé.

A l’avant-scène, des Arabes pétroleurs

Toute l’histoire de 1MBD officiellement fondée en juillet 2009 est celle d’une série de transactions spéculatives, fusions-acquisitions, émissions de titres obligataires en nombre considérable avec des destinataires de fonds opaques à l’envi. La création dès septembre 2009 d’une coentreprise établie aux Îles Caïman PetroSaudi et 1MDB fut l’une des premières opérations réalisées. Elle a donné lieu à des allers-retours multiples pour échange de ses titres entre les deux entités de départ avec perte de substance à chaque passage. L’accord prévoyait que le fonds malaisien y injecte 1,3 milliards de dollars en échange de parts dans des champs pétrolifères en Argentine et au Turkménistan. Dès le lendemain, 700 millions de ces dollars sont déjà détournés et versés sur un compte bancaire auprès de la RBS Coutts de Zurich. Ce compte appartient à la Good Star Limited, société basée aux Seychelles et dont le bénéficiaire économique est Jho Low, ami de Najib Razak à la tête de 1MDB. A noter que pour simplifier la tâche, pas moins de quatre sociétés étaient alors enregistrées sous le même nom PetroSaudi. Les puits se sont avérés quasiment fictifs et n’ont jamais produit le pétrole escompté. Cette manœuvre pose la question de l’objectif du fonds souverain. En quoi emprunter de l’argent pour des opérations spéculatives douteuses est en cohérence avec le développement industriel de la Malaisie ?

L’affaire PetroSaudi venue au jour en 2015 a permis secondairement le dévoilement d’une autre tirelire. 

Le fond d’investissement  public d’Abu Dhabi, l’International Petroleum Investment Co. ou IPIC, avait garanti l’émission pour 3,5 milliards de dollars d’obligations émises pour l’achat de centrales nucléaires dans le monde. IPIC recevait en contrepartie une option pour 49% des émissions comme ‘collatéral’ pour ‘garantir sa garantie’. Les états financiers de 1MDB mentionnent le paiement d’1,4 milliards de dollars versés à une filiale d’IPIC, Aabar Investments dont nul n’a trouvé trace. A l’occasion de la découverte de ce trou, un autre énorme accroc a été mis en évidence dans la comptabilité d’Aabar. Fin 2013, le cabinet d’audit KPMG LLP a refusé de signer les comptes de 1MDB en l’absence de justificatifs pour un montant de 2,32 milliards de dollars investis aux îles Caïman. Aabar est alors intervenue pour garantir ces mystérieux 2,32 $milliards et c’est le cabinet Deloitte qui a contresigné les comptes après avoir remplacé KPMG LLP.

La déontologie des cabinets d’audit de taille internationale est donc bien plus que suspecte au cas où un quelconque doute était permis à leur propos depuis le scandale de Enron. Mais ici encore, le lien entre le développement de la Malaisie et l’acquisition de centrales nucléaires dans le monde reste à démontrer. Par ailleurs, confier des centrales nucléaires, propriétés publiques par nature, à un  fonds d’investissement, fût-il souverain, souligne la déréliction des nations venderesses délestées de toute souveraineté sur la production et la sécurité combien sensible de ce type d’énergie. 

Des magiciens patentés en escroquerie

L’une des premières banques à avoir pâti du scandale de 1MDB éclaté en 2015 fut la banque suisse BSI dont la filiale à Singapour gère une centaine de comptes liés au fonds souverain malaisien. Elle surfacturait la construction de structures sophistiquées par lesquelles transitaient les fonds détournés au profit de personnalités malaisiennes de premier plan dont Najib Razak et le gestionnaire de 1MDB Jho Low. BSI fut purement et simplement fermée par l’organisme suisse contrôleur des marchés financiers, la FINMA, en mai 2016 après enquête du gouvernement fédéral. En quelques mois,  BSI était passée par les mains de trois  acquéreurs successifs, le groupe italien Generali, le brésilien BTG Pascual impliqué lui aussi dans un autre scandale celui de Petrobras, puis EFG International propriété de la famille grecque Latis à 54,78%. 

Dès cette date, la FINMA diligentait des investigations autour d’activités de blanchiment d’argent présumées de six autres institutions bancaires. Deux autres établissements étaient également examinés, la banque Edmond de Rothschild à Genève et la Falcon Private Bank à Zurich. Les poursuites contre ces banques se sont diluées avec le temps et les sanctions ont été mineures, elles ne sont pas dimensionnées pour décourager les anomalies manifestes qu’elles couvrent et dont elles tirent de substantiels bénéfices. En frappant fort et nettement une BSI agonisante, elle protège la réputation de la place financière helvétique. On apprend par exemple que la banque Edmond de Rothschid condamnée par la Commission des affaires financières du Luxembourg écopera d’une amende de 8,9 millions d’euros fort dérisoire. Le Crédit Suisse pour sa part a été condamné par la Monetary Authority of Singapore à payer 453.000 euros pour les mêmes motifs d’absence de rigueur dans l’examen des origines de fonds. Menu fretin !

Il fait le travail de Dieu, disait-il

Parmi les affaires dans l’Affaire, celle de Goldman Sachs vaut son pesant de quelques milliards elle aussi. Encore une fois, l’éviction inattendue de Najib Razak par lesb urnes en mai 2018 en lien avec une dégradation du niveau de vie et l’approfondissement des inégalités mais aussi le scandale non résolu du fonds 1MDB a enfin permis que la victime, l’État de Malaisie, cesse d’entraver la justice et de proclamer qu’il n’y a pas eu crime. Le président de Goldman Sachs pour le Sud Est asiatique avait supervisé une levée de capitaux pour le fonds souverain  6,5 $milliards sur la totalité des 11 $milliards de la dette totale contractée en plusieurs temps. Tim Leissner avait organisé deux placements privés au lieu d’une offre publique en 2012 de 1,75 $ milliards chacun et un troisième de 3 $ milliards en 2013. La banque avait acheté pour son propre portefeuille en utilisant les fonds propres de la banque les obligations émises d’une valeur de 1 $ pour 0,90 $ afin de les revendre et d’empocher le bénéfice. Immédiatement, Najib Razak a vu atterrir sur son compte bancaire 700 $ millions.  

Le réel détonateur de l’explosion du scandale fut la réclamation faite par le fonds d’Abu Dhabi du 1,4 $ milliards versé par1MDB mais jamais encaissé. Le Wall Street Journal avait alors publié une série d’articles à la fin de l’été 2015 amenant le FBI et le Département de la Justice étasunien à entamer une enquête sur le rôle de Goldman Sachs pour corruption et blanchiment. C’est en novembre 2018 que l’inculpation de deux ex banquiers GS et de Jho Low a été prononcée par la justice étasunienne. GS n’a pas émis de commentaire mais a mis en congé un ancien codirecteur de la banque d’investissement en Asie, André Vella, compromis également dans la création de titres structurés libyens. La fraude transnationale donne lieu à des enquêtes dans au moins six pays, Malaisie, Usa, Suisse et Singapour. Le titre GSa alors évolué négativement depuis quelques mois, passant de $ 259 en avril 2018 à $ 211 en novembre avant de plonger à $ 175 en décembre janvier en raison de la plainte déposée par le fonds d’investissement de l’émirat d’Abu Dhabi. A la mi-décembre, le procureur général de Malaisie a inculpé GS, plus précisément sa filiale banque d’investissement en vertu de règles judiciaires héritées du colon britannique.  L’actuel PDG David Solomon ainsi que l’ancien, Lloyd Blankfein qui a renoncé à son poste opportunément pour ‘convenance personnelle’ en octobre 2018, seront invités à comparaître. Il sera difficile de plaider l’innocence pour une affaire qui a généré au bas mot et de façon directe 600 $millions de commissions en dehors des bénéfices réalisés par la vente sur le marché public des obligations créées. Celui qui déclarait en 2009 faire le travail de Dieu en tant que banquier risque une condamnation d’emprisonnement de dix ans. Si autrefois une condamnation pénale d’une banque valait sentence de mort aux Usa, elle est devenue d’une telle banalité qu’elle n’empêche pas sa survie pourvu qu’elle provisionne l’amende toujours bénigne dont elle est punie. Les régulateurs observent cependant de près le devenir de la mise en accusation de GS et de ses dirigeants de très haut rang car les entités et les personnes en cause engagent pour la première fois la réputation et la fiabilité de la branche investissement et non celle de la salle des marchés. 

En dehors d’une crash financier caractérisé, le cours de l’action a chuté de 31,84% sur une période d’une année sanctionnant (sans doute provisoirement) non pas les activités d’escroquerie en tant que telles mais le fait qu’elles aient été divulguées.

L’IA remplace les hommes et leurs paris spéculatifs intuitifs. L’activité de trading sera confiée de plus en plus à des robots qui font tourner des algorithmes transforme le fonctionnement des banques tel qu’institué ces dernières années. Il ne requerra qu’un nombre limité d’intervenants humains, quelques analystes et des négociateurs capables de créer des dettes, bien grasses et bien joufflues, et à partir d’elles des bénéfices. Si la forme du métier évolue, son cœur restera toujours aussi toxique pour les sociétés qui se sont délitées en perdant tout contrôle sur ces entités prédatrices.

Polars sordides

L’histoire de 1MDB, un vrai roman policier avec des truands à toutes les pages du récit, illustre le pouvoir d’un homme politique corrompu allié à une banque étrangère, celui de piller une nation de richesses qu’elle n’a pas, en réalisant une dette odieuse. L’intervention d’une personnalité charismatique et patriotique, Mahathir Mohamed, a permis une inflexion dans ce drame, le voleur a été congédié de sa fonction et inculpé pour ses escroqueries à grande échelle. On peut aussi compter ce résultat pour une suite réjouissante même oh combien imparfaite des manifestations en maillots jaunes malaisiens de 2015. Les Malaisiens en maillot jaune avaient confectionné et avaient porté lors de leurs manifestations un chèque géant libellé à l’ordre de Najib Razak de l’un des montants qu’il avait encaissés sur son compte personnel.

Qui se lèvera pour porter sur la scène publique que la vente des biens nationaux de la nation française est un crime ? Que céder la section énergie d’Alstom à General Electric est un acte de forfaiture, celle que s’apprête à faire l’équipe de Macron pour les aéroports français une piraterie de haut vol et que la privatisation rampante de la Sécurité sociale par diverses voies en particulier la mise en place d’une complémentaire obligatoire un crime contre la nation ?

Le ‘moins en moins d’Etat’, norme néolibérale, enchante les intérêts privés qui se mobilisent pour faire élire ceux qui dilapident en leur faveur les biens acquis par le travail collectif. Pour faire appliquer les réformes qui ne sont que de simples actes de brigandage et de bradage des biens publics matériels et immatériels, ce ‘moins d’Etat’ a besoin de règles et de réglementation mais surtout d’une police répressive et d’une propagande intimidante.

Les Gilets Jaunes devront faire encore un petit effort pour exiger que soient jugés ceux qui bradent leurs biens à l’encan. 

  • 7 janvier 2019 à 00:00

Socialisme “Vert” Made In USSA

Par info@dedefensa.org

Socialisme “Vert” Made In USSA

7 janvier 2019 – Sur le site LewRockwell.com, l’une des principales plateformes des vrais libertariens américains, l’on retrouve évidemment les principales plumes du courant, notamment les nombreux historiens appartenant à l’école historique des USA qui doit être considérée comme la plus libre de ses jugements tout en conservant ses engagements très marqués. D’habitude préoccupés de questions plus “académiques”, ces historiens sont aujourd’hui plongés dans le commentaire des événements courants tant le déferlement crisique que l’on connaît dégage immédiatement une signification historique (métahistorique pour nous). Les libertariens n’ont aucune peine à distinguer que l’époque actuelle est un des grands moments de l’histoire des USA, un moment où tout peut basculer d’un côté comme de l’autre tandis que la narrative conventionnelle du Système est à bout de souffle et en état de désagrégation.

Parmi ces historiens, Michael S. Rozeff est spécialisé dans l’économie et la finance et il juge effectivement que « nous vivons une époque exponentielle ». Nous avons été alerté par plusieurs articles qu’il a successivement mis en ligne sur LewRockwell.com ces derniers jours, concernant la situation actuelle et notamment l’évolution que nous qualifierions également d’“exponentielle” en cours chez les démocrates ; l’intérêt de Rozeff est explicable du fait du “climat” extrême dégagé depuis la première réunion le 3 janvier du nouveau Congrès issus des élections de novembre 2018, et particulièrement de la nouvelle Chambre des Représentants où les démocrates ont reconquis la majorité.

Successivement, Rozeff examine :

• Le 3 janvier 2019, le “plan” de la Représentante démocrate de New York Alexandria Ocasio-Cortez (dite “Sandy”), plan dit-Green New Deal (nom inspiré du programme du New Deal de Roosevelt en 1933, remis au goût du jour).

• Le 4 janvier 2019, les “traumatismes” prétendument (selon les démocrates) infligés par Trump aux USA. Cet argument des traumatismes trumpistes est favorisé par les démocrates pour faire la promotion souvent violente de leurs diverses propositions considérées comme autant de thérapies de type idéologique, notamment dans le domaine des LGTBQ.

• Le 5 janvier 2019, une analyse de la notion de “front”, selon la technique mise au point par les communistes et les socialistes au XXème siècle.

• Le 6 janvier 2019, Rozeff développe une longue analyse (« Accused of Ignorance ») du Green New Deal de “Sandy” Ocasio-Cortez, très détaillée, montrant que ce concept a des racines qui remontent à 2007 et constitue donc un projet très structuré, extrêmement élaboré, dont Ocasio-Cortez a recueilli l’héritage pour le mettre “en musique” et tenter de le vendre (c’est en très-bonne voie) au parti démocrate, ou plutôt, désormais, au parti néo-démocrate. 

• Également ce 6 janvier 2019, enfin, Rozeff donne une courte description de ce qu’il considère comme un danger majeur et pressant de voir les USA basculer dans le socialisme, le vrai-de-vrai, avec la proposition de Green New Deal. Il montre combien ce projet est en train de recevoir le soutien de plusieurs personnalités du parti, notamment certaines de celles qui ont annoncé leurs candidatures pour les primaires démocrates de 2020.

C’est ce dernier texte de Rozeff que nous publions ci-dessous. Le titre peut être restitué en français comme ceci : « Le Socialisme Vert gagne des soutiens ». Rozeff rapporte ici les derniers événements concernant le sort de ce programme, et combien il gagne en soutiens et en popularité. 

« Beto O’Rourke, un des principaux candidats à la nomination à la présidence démocrate, a approuvé le ‘Green New Deal’. Deux autres candidats, Bernie Sanders et Elizabeth Warren, y sont également favorables.

» Les Green New Dealers affirment que le pays est confronté à trois crise fondamentales, une crise climatique, une crise de l’inégalité économique et une crise d’injustice raciale / sexuelle / des minorités. Ils proposent de surmonter ces crises en instituant le socialisme comme doctrine impérative pour tous les Américains. Le Green New Deal est un socialisme vert, un socialisme démultiplié. Cela conduira à pousser l’Amérique au suicide en masse.

» Il n’y a pas de crises si graves, pas plus qu’il n’y avait de crise de cette sorte lorsque que Saddam Hussein et ses armes de destruction massive (ADM) étaient présentée comme telle, ou la Libye comme une crise de génocide imminent, ou l'Ukraine et la Crimée comme une crise d'invasion russe de l'Ukraine, ou encore comme une invasion imminente des républiques baltes.

» Nous vivons à une époque de communications ultra-rapides et sophistiquées. Cela a donné au gouvernement et aux politiciens le pouvoir de répandre de fausses narrative. Le public leur faisaitt confiance mais ils ont trahi cette confiance.

» Si le climat, les inégalités et l'injustice devaient faire l'objet de crises majeures, ces crises ne pourraient qu’être aggravées si l’on nous impose le “socialisme vert” sous la forme du Green New Deal. Elles ne pourraient exister que pour des causes autres que la liberté, le volontarisme et le capitalisme, et ces causes se trouveraient dans les incitations et les limitations mises en place par le gouvernement ; et ces crises ne pourraient être résolues efficacement qu’en limitant drastiquement les intrusions du gouvernement. Nous avons déjà beaucoup trop de socialisme en Amérique.

» Ces démocrates ne parlent pas pour tous les démocrates, pas encore, mais ils sont les principaux prétendants à la tête du parti démocrate. L'aile socialiste du parti démocrate a gagné du terrain sous Obama. Bernie Sanders a prouvé cela. Les néo-démocrates emploient désormais le mot “socialisme” sans craindre de perdre des voix.

» Le socialisme a sapé l’empire romain. Il peut et il va détruire l'Amérique également. Un Green New Deal est un couteau de plus planté dans le corps de l’Amérique, augmentant encore davantage l’hémorragie. La mort est probable, à moins que ne cessent ces attaques du socialisme, que l’hémorragie soit stoppée, enfin que le corps soit autorisé à guérir. »

La rentrée du Congrès, avec la nouvelle Chambre désormais à majorité démocrate, s’est donc passée en grande fanfare. L’agitation législative de ceux que Rozeff nomme les “néo-démocrates”  et le New York Times « un Congrès bouillonnant », a commencé le premier jour. Nancy Pelosi, vénérable-presque octogénaire, a été reconduite au siège de Speaker qu’elle occupait jusqu’en 2016. Dès ce premier jour de son élection, on a pu voir les limites de son pouvoir et combien elle risquait de devenir l’otage de son groupe plutôt que son inspiratrice. Alors qu’elle prêchait depuis plusieurs semaines une certaine retenue, avec une attitude de compromis avec Trump sur certaines questions, elle a au contraire été obligée de s’aligner sur cette agitation en s’agitant elle-même énormément pour éviter d’apparaître dépassée par ses jeunes troupes extrêmement activistes... Le contraste est saisissant entre le discours inaugural de Pelosi, préparé à l’avance et plutôt d’un ton conciliant, et les actes qu’elle a dû poser sous la pressions de “ses” troupes.

« La démocrate de Californie a commencé sa journée en suggérant qu'un président en exercice pourrait être mis en accusation. Tard dans la journée, M. Trump a fait une apparition dans la salle de réunion de la Maison Blanche avec une demande belliqueuse de financement du à la frontière avec le Mexique … La nouvelle Speaker de la Chambre a aussitôt déclaré qu'elle ne donnerait même pas un dollars pour financer ce qu’elle a qualifié d’“immoralité”.

» Entre-temps, alors que la nouvelle Assemblée bourdonnait dans les couloirs du Capitole d’une nouvelle majorité plus jeune et d’une plus grande diversité sociétale et culturelle, Mme Pelosi s'est engagée à diriger un Congrès “unificateur” qui permettrait de surmonter les divisions partisanes et de résoudre les conflits dans un pays polarisé. »

Howard Kunstler décrit dans un langage plus coloré cette atmosphère d’invective et d’insurrection institutionnalisées, acceptée en général le plus naturellement du monde par les parlementaires les plus anciens comme l’a montré le comportement de la Speaker, partant aussitôt à l’assaut après ses déclarations officielle conciliantes prônant « l’unité du Congrès » : « La nouvelle majorité démocrate du Congrès s'est réunie dans l’état d’esprit d'une secte religieuse vouée à un seul objectif apocalyptique : renverser le Golden Golem of Greatness qui règne à la Maison Blanche au nom du suprémacisme blanc. Ils sont tous prêts pour les tortures de l’Inquisition, cherchant partout pour ce faire, des vis à oreilles, des entraves pour le bétail, des électrodes, des baignoires pour le supplice de l’eau, des éclats de bambou, tout l’outillage démocratique nécessaire pour rectifier l’héritage de l’élection de 2016. »

Lorsqu’il fonctionnait bien, notamment lors des années de Guerre froide et même durant les extrêmes agitations des années 1960-1970, le Congrès accueillait régulièrement de nouveaux parlementaires extrémistes et les gobait rapidement pour les faire entrer dans le moule. L’autorité des “anciens”, les influences naturelles ou organisées des groupes de pression, une attitude bien entendu strictement pro-Système mais dans un mode très policé de la presseSystème, le respect des hiérarchies et le culte du bipartisanisme, enfin des mécanismes contraignants des règles internes des assemblées parlementaires, transmutaient discrètement mais très rapidement les rebelles en parlementaires conformes, corrompus mais portant beau et le discours consensuel à la bouche, démocrates et républicains mêlés. Les rares qui résistaient étaient isolés, sans influence, même lorsqu’ils forçaient à un respect et une popularité d’estime pour leur compétence, leur honnêteté et leurs vertus civiques (cas de Ron Paul).

Ces temps sont révolus...

Aujourd’hui, c’est tout le contraire, le bipartisanisme cédant la place avec une brutalité inouïe à la polarisation et la montée aux extrêmes, – comme c’est d’ailleurs la tendance, sous diverses formes, dans les débris des diverses autres “démocraties” du bloc-BAO. Ainsi, une Ocasio-Cortez, dont on jugeait lors de son élection (une partielle à New York) et selon des réactions surannées de l’“ancien monde” qu’elle serait vite engloutie par la classique machine niveleuse du Congrès, apparaît au contraire en pleine effervescence et rallie autour d’elle, avec d’autres compères du même tonneau, un soutien grandissant à ses conceptions, y compris de parlementaires chevronnés, dont certains du Sénat lui-même (Sanders, Warren). Non pas que “Sandy” soit un leader désigné, mais elle est certainement un symbole de ce “nouveau monde”, – le vrai, celui-là, pas l’espèce de bouillie pour les chats de Macron... Un “nouveau-monde” qui est celui de l’opérationnalisation de la Grande Crise d’Effondrement du Système et non pas l’absurde lubie du stupide monde politique français toujours en retard de trois ou quatre doctrines, d’une globalisation proclamée comme modèle triomphant alors qu’elle suit elle-même une trajectoire accélérée d’effondrement.

Tout cela n’est pas pour faire l’apologie ou au contraire pour dénoncer comme un danger catastrophique l’actuelle évolution avec Ocasio-Cordez & Cie, Green New Deal en bandouillère. Il s’agit de façon complètement différente de faire le constat que les folies diverses depuis 2015, essentiellement gauchistes, sociétales-progressistes, etc., mais aussi en contraste contraire populistes trumpistes, ne sont pas des “accidents de parcours”, des poussées de fièvre destinées à s’éteindre, mais au contraire l’établissement d’une nouvelle norme qui devient structurelle d’une Amérique politisées dans ses extrêmes et s’abîmant dans un désordre extraordinaire. La “Guerre civile froide” dont on jurait qu’elle ne durerait qu’une saison se transforme en un affrontement structurel et quasi-institutionnalisé qui s’attaque aux fondements de la Grande République. Tout cela se fait très, très-vite.

2020 : des présidentielles de Guerre civile ?

Tout indique donc qu’avec ce nouveau Congrès s’ouvre une nouvelle phase de la “guerre civile froide” qui se réchauffe de plus en plus, qui pénètre officiellement dans le cœur bouillonnant de “D.C.-la-folle” (le Congrès) en étant institutionnalisée. C’est une situation nouvelle et imprévue, car si l’on envisageait un activisme antitrumpiste avec ce nouveau Congrès, il n’était guère question d’une telle structuration politique dans le projet néo-démocrate, qui va bien au-delà de l’antitrumpisme pour proposer une refonte complète de la situation politique structurelle aux USA. Ce qui apparaît le plus extraordinaire, le plus stupéfiant, c’est la sorte d’institutionnalisation d’un projet socialiste qui émerge avec ce courant néo-démocrates,qui semble ne soulever aucune opposition sérieuse, aucun interdit de principe, qui semble même d’ores et déjà imprégner la politique centrale du parti. Le gros des soutiens populaires de ces néo-démocrates se trouvent dans les diverses minorités et les migrants devenus citoyens américains qui forment un bloc de plus en plus proche de la majorité, qui n’ont aucune des traditions américanistes et une attirance certaine pour des tendances socialistes.

Il faut avoir la mémoire singulièrement courte, – mais nous reconnaîtrons que c’est l’habitude aujourd’hui, et même une des vertus du temps, – pour ne pas saisir le formidable bouleversement conceptuel qu’implique cette considération ouverte, sinon bienveillante d’un projet aussi évidemment socialiste aux USA. C’est une révolution intellectuelle et idéologique en soi, – même si les causes doivent être cherchées dans les attitudes psychologiques, dans l’espèce de démence exacerbée qui marquent les attitudes progressistes-sociétales, particulièrement depuis 2014-2015.

Cet aspect psychologique est certes fondamentalement important sinon essentiel pour nous, mais il d'importance secondaire ici, dans l’analyse que nous faisons de la situation politique aux USA, et souhaitant nous en tenir à cela pour ce sujet. Alors, seul importe ceci, qui est que cette démence est en train de devenir une part essentielle des structures politiques US sous la forme d’idéologies dont il était impensable qu’elles fussent seulement envisagées aux USA depuis la fondation de la Grande République, du fait de son impossibilité absolue de s’accorder avec la capitalisme, fondement des États-Unis d’Amérique.

Mais l’on comprendra, bien entendu, que nous ne décrivons pas simplement une étape de plus du développement politique aux USA. Nous décrivons le basculement décisif des États-Unis dans la Grande Crise d’Effondrement du Système, rien de moins.

Face aux néo-démocrates, il y a pour l’instant la confusion. Le “trumpisme” a une signification symbolique qui l’apparente au populisme et le conduit à s’opposer au programme sociétal-progressiste, et certainement socialiste dans cette logique. Politiquement, le trumpisme n’est en rien organisé, notamment parce qu’il est lié au parti républicain qui est en complet désarroi du point de vue conceptuel et doctrinal. Mais il s’agit de la situation du moment, alors que les événements et les changements vont si vite.

Si, comme c’est désormais de plus en plus possible jusqu’à l’extrêmement probable tant la montée aux extrêmes est la seule dynamique disponible, les néo-démocrates imposent le Green New Deal, le parti républicain va être rudement secoué tandis que le trumpisme, et d’abord la politique de l’administration elle-même, devrait se radicaliser en sens inverse. Dans cette logique, on peut envisager une “montée aux extrêmes” des républicains, disons les trumpistes ralliant à eux la plupart des républicains, tous devenant des néo-républicains face aux néo-démocrates. L’orientation intérieure devrait favoriser les orientations libertariennes du type Rozeff et autres, c’est-à-dire d’abord une restriction radicale des pouvoirs du gouvernement central (fédéral) pour contrer la seule force, le centralisme, ayant la capacité d’imposer une doctrine socialiste aux USA. 

Devant des perspectives si radicales, dans une puissance (les USA) faite pour avoir une direction consensuelle d’un establishment présentant un front uni, il est bien difficile d’envisager que la marche des institutions et de la politique médiane qu’elles produisent puissent se poursuivre. En d’autres mots, l’impossibilité d’entente entre les deux partis qu’on constatait au niveau symbolique et de la contestation des diverses affaires depuis 2015-2016, devient institutionnelle, au cœur même du pouvoir, le désintégrant d’autant. Dans ce cas, la “guerre civile froide” qui s’est attiédie entretemps, devient brûlante ; dans ce cas, l’issue raisonnablement (!) envisageable devient celle que les États-Unis n’ont cessé de nous suggérer depuis leur création, dans les moments de grande crise : l’éclatement par sécession. Seuls la sécession, au mieux, et l'effondrement au pire, peuvent empêcher la marche vers les USSA (United Socialist States of America).

Depuis que nous tournons autour de cette hypothèse ... A force de tourner autour, nécessairement nous nous en rapprochons. 2020 est une bonne date pour cela.

  • 7 janvier 2018 à 00:00

L’Italie, base-arrière des GJ ?

Par info@dedefensa.org

L’Italie, base-arrière des GJ ?

Une intrusion extraordinaire dans l’UE, d’un pays de l’UE vers un autre, s’est manifestée hier, de la part du gouvernement italien vers les Gilets-Jaunes (GJ) français. Cela confirme par ailleurs les très mauvaises relations entre la direction italienne et la direction française, déjà marquée par divers incidents et critiques entre les deux, en différentes occasions, – essentiellement entre Salvini et Macron.

L’intervention de facto du gouvernement italien (puisque les deux vice-Premiers se sont exprimés dans le même sens, on peut parler du “gouvernement”) s’est faite sous la forme d’une intervention certainement coordonnée des deux vice-Premiers ministres représentant les deux partis de de la coalition, Matteo Salvini de la Liga et Luigi Di Maio de M5S (5 Etoiles). Les deux hommes apportent leurs soutiens aux GJ, Salvini d’une façon générale en critiquant Macron, Di Maio d’une façon beaucoup plus précise, en ajoutant aux critiques du gouvernement français des propositions faites aux GJ de disposer et de profiter des moyens électroniques sur internet et de l’expérience des 5 Etoiles dans ce domaine, pour s’organiser et se coordonner. 

Selon RT-français : « Le gouvernement italien soutient le mouvement des Gilets jaunes. C'est ce qu'ont annoncé ce 7 janvier les deux vice-présidents du Conseil des ministres et chefs des deux partis membres de la coalition au pouvoir, selon l'AFP.

» “Je soutiens les citoyens honnêtes qui protestent contre un président gouvernant contre son peuple”, a ainsi affirmé le ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini, patron de la Ligue (droite anti-immigration). L‘homme fort du gouvernement italien a néanmoins fait savoir qu'il condamnait avec une “totale fermeté” la violence des dernières manifestations.

» Le ministre du Développement économique, du Travail et des Politiques sociales, et chef du Mouvement 5 Etoiles (M5S), Luigi Di Maio, a de son côté lancé : “Gilets jaunes, ne faiblissez pas !”

» Bien que condamnant lui aussi les violences, Luigi Di Maio, dont le mouvement prône une forme de démocratie directe depuis ses débuts en 2009, a offert l’aide de sa plateforme Internet, baptisée ‘Rousseau’, afin d’“organiser des événements sur le territoire”, de “choisir des candidats” et de “définir le programme électoral” via son système de vote. La maire de Rome (M5S) Virgina Raggi, avait remporté l'élection municipale en 2016 après avoir été sélectionnée sur cette plate-forme interactive par les militants lors d'une finale entre une dizaine de candidats, tous inconnus du grand public.

» Luigi Di Maio explique que ce système est “pensé pour un mouvement horizontal et spontané” comme celui des Gilets jaunes. “Comme d’autres gouvernements, celui en France pense surtout à représenter les intérêts des élites, ceux qui vivent de privilèges, mais plus de ceux du peuple”, écrit également le chef de file du M5S.

» “Le gouvernement d’ [Emmanuel] Macron n'est pas à la hauteur des attentes et certaines politiques mises en œuvre sont de fait dangereuses, non seulement pour les Français, mais aussi pour l'Europe”, a ajouté Luigi Di Maio, se félicitant dans sa note de blog que l'Italie soit parvenue “à inverser cette tendance”.

» “Une nouvelle Europe est en train de naître. Celle des Gilets jaunes, celle des mouvements, celle de la démocratie directe. C'est une dure bataille que nous pouvons mener ensemble”, conclut le vice-président du Conseil des ministres italien, qui a déjà lancé la campagne du M5S pour les élections européennes prévues en mai. »

L’intervention italienne est remarquable par son originalité et son a-normalité. Comme on l’a dit, c’est bien “le gouvernement” qui parle dans les faits, mais il ne s’exprime par formellement en tant que tel et il n’y a eu aucune représentation diplomatique d’aucune sorte qui serait faite jusqu’à ce point où l’on écrit. Les deux vice-Premiers, qui dirigent les deux partis de la coalition, se sont exprimés en tant que personnes et l’on peut aussi bien y voir les deux chefs du gouvernement ou les deux chefs de partis. Il n’y a dons pas à proprement parler de caractère “officiel”, bien que les interventions, essentiellement dans le chef de Di Maio, aillent beaucoup plus loin qu’un acte de “représentation officielle”. Ce que le chef des 5 Etoiles propose, c’est que l’Italie, dans tous les cas son parti qui est très organisé pour ses “mouvements horizontaux“ de la base populaire, fournissent une aide logistique majeure aux GJ ; est-ce le gouvernement (vice-Premier Di Maio) ou le Mouvement 5 Etoiles qui propose cela ?

Comme on le voit l’intervention italienne est aussi originale que le mouvement des GJ, ce qui n’a finalement rien pour vraiment étonner, – les originaux étant définitivement faits pour se rencontrer. A tous égards, cette occasion correspond mieux au M5S qu’à la Liga , qui est un parti plus traditionnel dans la forme. C’est ce qu’exprime Di Maio lorsqu’il écrit : « Une nouvelle Europe est en train de naître. Celle des Gilets jaunes, celle des mouvements, celle de la démocratie directe. » 

(Il y a sans doute, sans guère de doute, coordination entre Salvini et Di Maio sur ce cas. Les deux partis sont concurrents chez eux mais ils ont un but européen commun d’expansion du populisme. Salvini, personnalité très populaire, est plus à l’aise pour parler à ses homologues d’autres pays. Di Maio est plus à l’aise avec les mouvements populaires postmodernes, – même si ces moyens postmodernes sont utilisés contre la postmodernité, dans une véritable prise du type “faire-aïkido”.)

La question est évidemment de savoir où peut mener l’initiative italienne ; s’il peut y avoir effectivement une aide logistique concrète au niveau de l’organisation, telle que celle que propose Di Maio ; si l’on peut imaginer des développements où des GJ français seraient amenés à se réfugier en Italie, ou bien à installer des “bases de soutien” pour leur mouvement en Italie... En fait, si la proposition italienne/Di Maio semble être à consommation électorale, par une organisation de base, elle peut aussi bien contenir les germes d’une situation d’antagonisme où l’Italie jouerait son rôle, si le mouvement des GJ prenait une autre forme.

Bref, peut-on imaginer une situation de dissidence civile, pour ne pas employer l’expression qui fait s’évanouir de frayeur les commentateurs de la presseSystème, de “guerre civile”, où deux pays voisins de l’UE auraient une position antagoniste au niveau des gouvernements ? Ce serait une belle pirouette pour l’UE.

... Pire, ou mieux, ce serait  une “révolution” au sens initial du mot pris comme image pour l’évolution événementielle (« Retour périodique d'un astre à un point de son orbite... Rotation complète d'un corps mobile autour de son axe »). L’UE créée pour écarter à jamais les guerres inter-européennes aurait accouché d’une situation, – car c’est la politique de l’UE qui est la source de tous les maux qu’affrontent les M5S et les GJ, – où existerait la possibilité à nouveau d’un conflit de cette sorte : des guerres inter-européennes aux conflit de type intra-européen.

 

Mis en ligne le 8 janvier 2019 à 11H50

  • 8 janvier 2019 à 00:00

“Américanistes” ou “Américains” ?

Par info@dedefensa.org

“Américanistes” ou “Américains” ?

8 janvier 2019 – Peut-être certains des lecteurs de dedefensa.org se sont-ils déjà posés la question, ou fait la remarque, d’un ton interrogateur un peu impatient, ou bien avec irritation, ou bien avec ironie, ou encore une bienveillance amusée (encore un de ces tics/ces lubies de PhG). La question se divise en fait en deux qui se complètent, successivement :

• “Pourquoi dedefensa.org emploie-t-il le terme ‘américaniste’ le plus souvent pour désigner des citoyens ou des entités des USA, en général les plus nocifs, les plus puants, les plus catastrophiques, passant d’un Bolton, d’un Trump, d’un McCain, d’un Obama, d’un Zuckerberg, de tel directeur de la com’ ou lobbyiste corrompu, de tel milliardaire du cinéma qui couvre d’or les progressistes-sociétaux, au Pentagone ou au ‘système de l’américanisme’, un des fils préférés du Système ?” 

• “Et là-dessus, pourquoi, alors, parfois, très peu souvent mais tout de même, emploie-t-on le terme ‘Américain’ pour désigner très rarement certaines catégorie de citoyens, le plus souvent les pauvres et très-pauvres, notamment les petits-blancs pauvres honnis, ceux qu’on voudrait physiquement éliminer par les moyens économiques et expéditifs du néolibéralisme totalitaire et génocidaire, les Afro-Américains lorsqu’ils se révoltent contre les pièges grossiers et aguicheurs des sociétaux-progressistes et autres Soros, voire les Latinos paradoxalement lorsqu’ils parlent de Reconquista ? Et également, et surtout dirais-je, les écrivains subversifs par leur nature d’artiste, qu’on voudrait corrompre par les moyens habituels de la pluie de dollars ?”

Un ami m’a récemment posé la question, ou plutôt avoué sans ambages, car son amitié précieuse ne recule devant aucune critique fondée quoique dite avec précaution et bienveillance, son agacement de mon emploi, comme on l’a vu plus haut, très majoritaire d’“américaniste”. J’ai trouvé bonne l’occasion de m’en expliquer.

Ce n’est pas gratuit, ce n’est pas un slogan, ce n’est pas une invective cachée, ce n’est pas une pose un peu prétentieuse, ce n’est pas un tic ou une lubie “à-la-PhG” enfin. Cela a un sens et cela répond à une conception qui a à voir avec la perception fondamentale que je me fais de l’Amérique, alias États-Unis d’Amérique...

(Notez bien que je n’utilise par contre pas le termes “Étatsuniens”, qui semblerait justifié et logique, et qui a à mon sens la cause affichée ou secrète, ou inconsciente, de rabaisser les USA au rang d’une nation comme une autre, et de refuser aux habitants de ce pays une dénomination qui leur donne la vertu de puissance impériale d’être désigné par un dérivé du nom d’un continent entier sinon d’un continent-double, une exceptionnalité imméritée qui leur donnerait in fine le droit de s’affirmer comme citoyen-propriétaire du monde entier. Au contraire, je leur laisse une qualité d’exceptionnalité, parce que le terme “exceptionnel” qui n’a pas de connotation de valeur peut avoir une connotation négative sinon diabolique, autant que dans l’autre sens, – et devinez vers où balance mon jugement... Après tout, nul ne songera à dénier que le IIIème Reich ou l’URSS stalinienne étaient sans aucun doute des entités caractérisée par une situation d’exceptionnalité.)

Pour moi, l’Amérique (gardons ce nom) n’est pas une nation, pas plus qu’elle n’est une République digne de l’antique malgré qu’elle ait singé l’antique à ses origines où l’on trouve également des personnalités qui n’envisageaient pas ce destin qui lui fut finalement donné et que je m’emploie à décrire, et qui s’en désolèrent. (Jefferson sur son lit de mort : « Tout, tout est perdu. ») C’est un pays, puisque le terme a une signification géographique de territoire, dont les composants se fédérèrent ou furent fédérés presque ou complètement de force autour d’un non-État, ou simulacre d’État, dont le vrai statut est d’écarter tout ce qui peut être régalien dans le sens souverain du bien public, au profit des fortunes personnelles. Sa vocation dite-“impériale” ne l’est qu’au sens négatif : chercher partout dans son extérieur la déstructuration, particulièrement des entités qui pourraient figurer comme contre-modèle et pourraient opposer des règles et des principes à ses entreprises de pénétration (commerciale, a-culturelle, niveleuse, etc.). L’Amérique est absolument une production a-historique à finalité anti-historique, née de la modernité et partie prenante du “déchaînement de la Matière”, installée comme garante d’une “Fin de l’Histoire” dont nul n’est autorisé à douter.

Il va de soi que dans mon rangement général, je place l’Amérique comme factotum principal du Système, lui-même entité opérationnelle du “déchaînement de la Matière” et moteur de la modernité. Dans la structuration et la substance que je viens de décrire, l’Amérique est à la fois le bras-armé, le notaire, le banquier, le procureur, le pirate et l’exécuteur des hautes œuvres du Système ; elle n’a pas d’ontologie propre, elle est irrémédiablement créature du Système.

L’Amérique est, au niveau fonctionnel, complètement créature de la communication ; elle sait que la réputation, l’“image”, comptent énormément, dans ce monde “de toc” qu’elle contribue à installer et à faire prospérer sans souci des déséquilibres autodestructeurs qu’elle contribue ainsi à créer, comme par automatisme. Par conséquent, elle a besoin d’une apparence de légitimité (pseudo-légitimité). C’est pour la “bonne réputation”.

Pour se légitimer (pseudo-légitimation) elle-même autant que ses entreprises de déstructuration extérieure, l’Amérique s’est “idéologisée” ; son idéologie se nomme naturellement l’“américanisme” (What else ?). C’est expressément pour cette raison que je parle d’“américanistes” en désignant les acteurs qui sont plutôt des figurants de ce simulacre, sa politique, ses entreprises, son influence, etc. L’Américaniste est nécessairement, peu ou prou, en grande partie ou en passant, un serviteur et un employé du Système, et si c’est un gros calibre il est alors zombieSystème et fait partie des élitesSystème, – ou de la presseSystème, cela va de soi.

Pourtant, à côté de cela, je parle aussi, quoique bien moins souvent à mesure que la chose se décompose, d’“Américains”. Il s’agit de ceux qui résistent, qui refusent, qui ont pour une raison ou une autre découvert le vrai visage de l’Amérique, sa face immonde, et qui la dénoncent.  Ces gens qui refusent le simulacre sont évidemment des marginaux du Système, des “dissidents” comme il y avait des “dissidents” en Union Soviétique. Aux USA, c’est historiquement dans la littérature que cette sorte de “citoyens” se trouvait en plus grand nombre.

(L’emploi du passé [“se trouvait en plus grand nombre”] est certainement de mise à cause de la confusion et du désordre qui caractérisent aujourd’hui le situation générale. La “dissidence” s’est donc étendue à d’autres domaines, selon les fluctuations du désordre et les événements politiques comme le phénomène Trump et la crise qu’il a ouverte. D’autre part, le concept de “littérature américaine” s’est largement déprécié à cause des conditions de pression du Système et de tous ses moyens de répression, du développement de la posture de censure dans tous les milieux de la communication, de l’émigration des écrivains vers les milieux alternatifs de la communication et de l’édition, etc., et enfin d’une façon générale à cause de l’abaissement décisif du niveau de la littérature du fait d’une part du déclin et de l’effondrement de notre civilisation, d’autre part de l’urgence de la situation qui pousse nombre de ces “dissidents” à préférer l’activité de la l’écrit politique à celle de la littérature pure.)

... Cela signifie que, pour moi, des gens comme Thoreau, Poe, Henry Miller, Jack Kerouac, etc., étaient de véritables Américains, de véritables “citoyens” d’une nation qui n’existait pas et qui existe moins que jamais, dont ils avaient tant cru à son existence qu’ils auraient tant aimé l’honorer de leurs écrits. Au contraire, leurs écrits ont dénoncé directement ou indirectement ce simulacre de nation, cefactotum principal du Systèmequi sait utiliser tous les moyens pour tenter de lutter contre cette “dissidence” qu’ils représentent en cherchant à la priver de l’arme ultime de l’antiSystèmeet de la raison d’être de la dissidence : l’identité, ou l’ontologie de l’être

Voyons le cas de Jack Kerouac.

Une héroïne du mouvement Beatnikfort peu célébrée, Joyce Johnson qui fut un temps la “petit amie” comme l’on disait à l’époque, “la compagne” comme l’on dit aujourd’hui, de Jack Kerouac, nous décrit le calvaire que subit le “dissident” lorsque le Système se saisit de lui, notamment au moyen de ces armes absolues que sont le succès, la renommée, la célébration dans les normes du Système, produites par la publicité, la communication, etc. Ainsi en est-il du mouvement (la Beat Generation, ou Beatniks) qui, de la fin des années 1940 au début des années 1960, accoucha de l’énorme vague de révolte et de contestation des années1960.

(Johnson écrit cela dans son magnifique livre Personnages secondaires, le bien-nommé, montrant combien les femmes tenaient une place effacée dans le mouvement Beatnik. « Au mieux, elles furent des comparses. Ce qu’écrivirent Johnson et la femme de Neill Cassady, ce qu’aurait pu écrire Joan Burroughs font regretter qu’on les ait cantonnées à l’arrière-plan. » Il est possible qu’un jour très-prochain, la Beat Generation soit passé au tamis impitoyable et au révisionnisme-vertueux des LGTBQ.)

Je cite ci-dessous un passage d’un articlede ce site, où je décris, sous l’inspiration de la plume de Johnson, le calvaire de Kerouac à l’occasion du phénoménal succès de son livre On the Road, en 1957. On voit bien que la démarche du Système est bien la complète éradication de l’identité : puisque le “dissident” rechigne à devenir un Américaniste, il sera donc un Américain réduit à la néantisation...

Extraits : Le soleil noir de la Beat Generation

« Le mouvement de la Beat Generation, dont le jeune Morphet nous dit qu’il fut aussitôt “récupéré” par Hollywood, tient dans le projet que je voudrais conduire à terme de mon récit du mystère américain, une place centrale et essentielle. Le mouvement de la Beat Generation nous est nécessaire dans sa pureté et dans son impureté. C’est dans cette complexité contradictoire, à la fois pathétique et indigne, qu’il est complètement historique, et c’est la cause de mon intérêt pour lui. Il restitue l’histoire de l’Amérique dans le récit que j’en fais et il rend compte par antithèse, presque d’une manière glacée et dans tous les cas irrévocable, de la nature même de l’américanisme. Ces jeunes gens (et ces jeunes femmes, après tout) qui enflammèrent les jeunesses du monde occidental, qui firent passer le frisson de la liberté et qui firent naître l’espoir, qui inspirèrent les révoltes en en découvrant les fondements, ces enfants égarés étaient fils et filles de la tragédie, promis au destin absurde de l’autodestruction et de l’amertume. Ils ne furent heureux à aucun moment. Ils furent très malheureux quand ils parvinrent au seuil de la réalisation de leurs ambitions artistiques et spirituelles. Il faut lire cette explication superbe dans sa vérité de Joyce Johnson, décrivant la brutale crise du caractère de Jack Kerouac lorsqu’il est investi avec tant de brutalité par la “célébrité”, en 1957. Kerouac a publié son grand livre, celui qui fera date. On the Road est aussitôt accueilli pour ce qu’il est, – une œuvre inspiré, une œuvre de rupture, aussitôt et justement comprise hors du champ littéraire, événement politique de description d’une évolution sociologique et psychologique de rupture, – une œuvre aussitôt conquise, annexée, broyée, réduite parce que finalement dangereuse, stérilisée selon la méthode générale, portée aux nues et ainsi réduite à volonté, et l’auteur avec. La “récupération” est si parfaitement accomplie que Kerouac en est abasourdi, psychologiquement hébété. “La célébrité,” écrit Joyce Johnson, “était un pays aussi inconnu que le Mexique, et j’étais son seul et unique compagnon  [de Kerouac] en cette terre étrangère. Il avait très vite compris que les frontières de ce pays étaient hermétiques. On ne pouvait le quitter quand on avait assez de lui, mais il pouvait vous chasser quand il en avait assez de vous. Il vous ligotait, vous lapidait, vous flattait et se moquait de vous, – parfois, dans la même journée. Il vous extorquait tous vos secrets, chuchotait des insinuations blessantes derrière votre dos. Ses miroirs aux alouettes corrompaient votre existence. Il envahissait vos rêves….

» Nous voici au cœur de l’acte central de la Beat Generation, de son effet, de sa force même, qui est l’apparition du livre qui en porte toute la signification révolutionnaire, et nous sommes en même temps au cœur de son désarroi, de sa tragédie et de son désespoir, de son échec complètement inéluctable comme la fatalité de la tragédie pure. Jack est transporté d’une interview à l’autre, d’un cocktail à l’autre, d’une émission à l’autre, d’une provocation à l’autre ; soumis à des journalistes trompeurs, à des présentateurs hautains, à des femmes voraces dont l’une dit à Joyce : “Tu n’as que vingt et un ans. Moi j’en ai vingt neuf. Il faut que je baise tout de suite avec lui.” Lui, écrasé, saoul, mal peigné, le regard empli de terreur par instants, répondant au présentateur John Wingate de ‘Nightbeat’ (fameux programme télé de l’époque) qui l’interroge dédaigneusement mais sans ostentation, comme cela se fait : “Dites-moi, Jack, que cherchez-vous au juste ?”, – lui, ingénu, perdu, désespéré : “J’attends que Dieu me montre Son visage.” On entend d’ici les éclats de rire et les ricanements, devant les téléviseurs et les petits fours. Plus tard, il fait faux bond à une soirée organisée pour lui par Gilbert Millstein ; il reste au lit, sans forces, “tremblant de tous ses membres”. Joyce doit téléphoner pour l’excuser. Mais John Clellon Holmes, le poète et critique qui écrivit le premier article sur la Beat Generation (le 16 novembre 1952 : “This Is the Beat Generation”), est venu spécialement du Connecticut pour le voir. Jack lui fait demander, toujours par Joyce, de venir le retrouver. Holmes arrive. Selon Joyce, Jack “dit à Holmes qu’il ne savait plus qui il était” »

  • 8 janvier 2019 à 00:00

Bolton, “voyou” en balade

Par info@dedefensa.org

Bolton, “voyou” en balade

Après la “sortie” de Trump sur la Syrie puis l’Afghanistan, la situation était bouleversée à Washington D.C. Il y eut une contre-attaque en règle et selon toutes les règles, appuyée sur les deux atouts-maîtres restant dans le War Party : le conseiller à la sécurité nationale et directeur du NSC John Bolton et le secrétaire d'Etat Mike Pompeo. On prenait à nouveau les paris et cette fois, – rien de moins qu’une fois de plus après tout, dans une longue série qui semble sans fin, – on donnait à dix ou cent contre un Trump perdant, victime du nième “coup d’État en douceur” (“Soft Coup”). Effectivement, le tandem Bolton-Pompeo entreprenait une croisade au Moyen-Orient pour remettre les pendules à l’heure.

L’objectif principal était la Turquie d’Erdogan qui devait assurer qu’elle n’attaquerait pas les Kurdes tandis que Bolton avait dans l’idée que, dans ces conditions (Erdogan acceptant de plier), les forces US devraient tout de même rester un certain temps et peut-être même très longtemps pour protéger les Kurdes contre Assad et les Russes, immédiatement supposés-agresseurs. Puisqu’on y était, on pouvait même envisager une attaque contre Assad avant même qu’il ait lancé l’attaque chimique et bidon habituelle pour justifier une riposte préventive des USA (donc, avant que l’attaque ait eu lieu), etc.

Dans tous les cas, l’exercice commençait par une capitulation en direct d’Erdogan sous la direction de John Bolton. Les Turcs devaient donc donner toutes les garanties aux USA pour la sécurité des Kurdes. Cela ne se passa pas du tout comme cela : l’humeur d’Erdogan était détestable et Bolton le sentit bien, dès arrivé à Ankara hier matin après une fructueuse journée d’embrassades avec les amis-israéliens. Accueil glacial, refus d’Erdogan de le recevoir, entretien de la délégation US avec des sous-fifres instruits d’opposer une fin de non-recevoir , etc. Bolton fut servi sur un plateau d’argentZeroHedge.com nous en instruit :

« La Turquie accentue l’attaque contre John Bolton à la suite des mésaventures du conseiller de sécurité nationale ce week-end au Moyen-Orient puis en Turquie même. Bolton s’est vu notamment refusé une rencontre avec Erdogan qu’il avait demandée. Bolton est maintenant traité de “voyou” pour avoir tenté de réduire à néant la décision de retrait de Trump sur la Syrie en établissant ses propres conditions préalables, écrit dans un éditorial le journal turc Sarbah, le plus en vue et le plus proche du gouvernement et d’Erdogan.

» Sabah [...] écrit le 8 janvier qu’un “coup d’État en douceur contre Donald Trump” était en cours mais que le ”malhonnête conseiller pour la sécurité nationale” de Trump a eu un “réveil brutal” lors de sa visite en Turquie hier... »

... Et puisque tout le monde est d’accord, ZeroHedge.com conclut lui-même : « L’excellent blog géopolitique ‘Moon of Alabama’ conclut justement : “Et de cette façon, Bolton fut complètement humilié et la question du retrait US de Syrie fut renvoyée à Trump.” »

Après cet épisode lamentable du “voyou” Bolton à Ankara, on connaissait une péripétie de plus, hier, avec une déclarationdu ministre turc des affaires étrangères turc Mevlut Cavusoglu annonçant successivement des entretiens bilatéraux avec l’Iran et un sommet avec les trois d’Astana (Iran, Russie, Turquie), tout cela lié au retrait US de Syrie... Puis ces précisions concernant ce retrait, qui pourraient après tout paraître assez ironique à certains, vis-à-vis de ces USA type-Bolton qui ne cessent de clamer qu’ils entendent faire danser la Turquie à leur rythme, bannir les horribles Russes de la région et écraser l’Iran sous les bombes : 

« Les Etats-Unis rencontrent certaines difficultés dans leur processus de retrait de leurs forces de Syrie. Avec la Russie et l’Iran auxquels nous sommes liés et structurés dans le cadre du processus d’Astana, nous voulons coordonner ce processus de retrait des forces US pour empêcher les terroristes de combler les vides ainsi créés... »

Assez curieusement, l’initiative de Bolton a eu comme effet de resserrer les rangs entre les trois partenaires d’Astana, notamment avec la Turquie que certains soupçonnaient de vouloir directement prendre la place devant être laissée vacante par les USA. Le revenez-y de Bolton (“Finalement, nous ne partons pas, ou alors à nos conditions expresses”) semble avoir fait taire ces divergences, comme si tout le monde n’avait qu’un seul objectif central avant les chamailleries entre eux : que les hordes américanistes foutent enfin le camp !

Cela dit, on remarquera que Cavusoglu évoque « certaines difficultés » des USA à évacuer leurs troupes. Pourquoi et comment ?Pas assez de camions ? Plus d’essence ? En fait, il nopus semblerait bien qu’il s’agit d’une absence de coordination, certes, mais dans les rangs des similis-putschistes qui semblent bien être gros d’initiatives bouffes plutôt que d’audaces tragiques. Diverses observations, recueillies ici et là, conduisent à plusieurs hypothèses qui, plutôt que se substituer l’une à l’autre, sembleraient plutôt devoir s’additionner.

• Y a-t-il un front uni Bolton-Pompeo ? Il semblerait bien que Pompeo ait laissé tomber Bolton en rase-campagne, préférant s’engager dans une “tournée des popotes” auprès de plusieurs pays arabes, qui ne mange pas de pain. Pompeo passe donc d’une capitale l’autre pour ranimer les énergies contre l’Iran, alors que ces capitales bruissent de rumeurs de réconciliations, essentiellement avec la Syrie, c’est-à-dire nécessairement un peu avec l’Iran. La mission de Pompeo relève donc plutôt du tourisme.

• Primitivement, on attendait que Bolton soit accompagné de Pompeo pour le gros morceau Erdogan-Turquie. La balade de Pompeo loin de ces difficultés laisse à penser qu'iol se pourrait que le secrétaire d’État a tenu à prendre ses distances d’une initiative que Trump pourrait effectivement considérer comme un “Soft Coup”, et éventuellement sanctionner à mesure.

• Y a-t-il un front uni Bolton-Pentagone ? Il n’est nullement assuré que le général Dunford, le président du comité des chefs d’état-major, qui fait partie de l’équipe Bolton en Turquie, soit tout à fait à l’aise avec l’idée d’une position qui ressemble un peu trop à de l’insubordination. Un Marine reste un Marine, et même s’il préfère bien entendu que ses forces restent en Syrie, Dunford n’est sans doute pas prêt à déroger à une règle centrale de son cadre de vie pour cela ; comme Mattis, un Marine comme lui, il préférerait démissionner.

En un mot, l’affaire était bien mal préparée et le désordre des pseudo-putschistes n’a rien à envier au désordre de celui qu’ils veulent contourner sinon renverser. Le résultat net pour l’instant, c’est un recul supplémentaire, et d’une importance notable, de l’influence des USA dans la région, sous les yeux effarés des observateurs devant ce désordre interne autant que celui que sème à l’extérieur l’action des USA. Et puisque nous y sommes, demandons à l’Iran et à la Russie un coup de main pour patauger un peu plus dans le bourbier que tous les émissaires américanistes semblent porter avec eux, comme de la boue sur des escarpins dans un champ en jachère par jour de grosse pluie.

Nous n’en avons pas fini avec ce feuilleton... En fait, dans la situation actuelle de “D.C.-la-folle”, tout, absolument tout devient un feuilleton rocambolesque et sans fin, – y compris, et même particulièrement les “Soft Coup.

 

Mis en ligne le 9 janvier 2019 à 15H04

  • 9 janvier 2019 à 00:00

Récits révolutionnaires

Par info@dedefensa.org

Récits révolutionnaires

Il y a dans l’air, flottant énigmatiquement, des humeurs emportés ou dissimulées qui n’attendent qu’un coup du sort pour se dévoiler comme terrifiantes et révolutionnaires. Les événements de samedi nous ont tout montré : que la violence est là parce qu’à l’exaspération populaire l’État réduit à son pseudo riposte par une non-politique de la répression travestie en parodie d’elle-même ; que les GJ sont toujours là, plus que jamais, en une force multiforme et déterminée par la colère et le désespoir. L’extraordinaire vacuité, l’aveuglement à mesure, des zombieSystème qui ont la responsabilité de prétendre nous diriger et la responsabilité tout court agissent comme un souffle puissant sur l’incendie que rien ne parvient à éteindre.

Une civilisation entière, pourtant réduite à ses abats, à ses restes, à ses poussières et à sa caricature d’elle-même, prétend tout de même faire encore et faire entendre un terrible fracas en précipitant son effondrement. Ainsi en est-il de la France aujourd’hui, et la France non pas comme cas particulier, voire comme “contre-modèle” comme disent les sots-irrémédiables qui ânonnent le dernier édito du Financial Times (couleur saumon, comme le veut la tradition sous les murs de Buckingham Palace), – à ceux-là, on se voit dans quelques jours à Davos ; mais certes la France comme symptôme et comme symbole, la France qui a retrouvé son rôle historique de lanceuse d’alerte catastrophique, et qui paye de sa personne en justifiant elle-même cette alerte.

La fin de toute cette affaire hurlante et mugissante ne peut pas être “un long fleuve tranquille”. Ce sera une cataracte, un déluge, comme les chutes du Niagara rebaptisées “postmodernité” ; ce l’est déjà, au reste...

Dit autrement, nous avons l’humeur sombre mais ferme, et l’épreuve nous paraît inévitable. La mesure de cela, on la trouve dans ce à quoi il faut constamment revenir, la terrible médiocrité, l’incommensurable pauvreté des esprits qui prétendent bien servir le Démon (“bien faire le job”, quoi) . A eux seuls, ils justifient la chute de la civilisation, – nous parlons toujours et encore de ces pauvres élitesSystème qui jacassent sans fin sur les chaînes-info 24/24, qui tombent quasiment en pamoison (“des sels, vite !”) à l’évocation de ce poids-lourd toutes catégories des manifs tabassant des CRS et des gendarmes, et des ministres, et des BHL, par centaines, par milliers ; en s'attachant aux détails des choses, ces piètres esprits des élitesSystème évitent d'affronter l'énorme déferlement de la chose... Nous vivons des temps hyperboliques mais néanmoins hyperboréens : l’excès du jugement (y compris le nôtre) est incontestable, pourtant et paradoxalement l’objet du jugement est encore bien au-delà de cet excès qui ne le paraît alors plus autant. La cause en est qu'il s'agit de choses qui nous dépassent, donc que le jugement, tout extrême qu'il soit, ne peut pas vraiment embrasser.

Tout cela était pour introduire plutôt que présenter deux textes sur la situation française. Ils sont de deux auteurs que nous avons déjà cités sur ce site. (Dans les deux cas, nous adaptons les titres de leurs textes pour des raisons techniques.) Le premier est Arnaud Benedetti, professeur associé en histoire de la communication à Paris IV, et il a été publié sur Figaro-Vox le 7 janvier 2019  (titre : « Les Gilets jaunes ou la blessure non cicatrisée du référendum de 2005 ») : pour lui, la France de 2018 renvoie plus au bouillonnement de 1848 qu’aux périodes si souvent citées de Mao-68 ou des années 1930. Le second est Karine Bechet-Golovko, Française et professeure invitée à l’Université d’État de Moscou, sur son site Russie Politics le 8 janvier 2019 (Titre : « Gilets Jaunes : la campagne des Cents Fleurs de Macron ouvre le nouveau Temps des troubles »).

Il faut noter ceci : dans le titre que nous avons adapté pour le texte de madame Bechet-Golovsko, nous avons repris en russe l’expression qu’elle donne en français de “temps troubles”, parce que cette expression indique une période bien précise de l’histoire russe (c’est bien entendu pour cela qu’elle l’emploie) : Smutnoye Vremya. Nous avions déjà utilisé cette expression dans un titre, en 2013 et avions donné quelques indications sur cette période, qui peuvent ainsi être citées, pour suggérer la correspondance avec la situation française telle que l’apprécie la commentatrice :

« Ce fut un temps terrible de la Russie, alors dans ses débuts dans la démarche de se constituer dans sa structure décisive de l’immense nation qu’on connaît. Ce fut le Temps des troubles, – Smutnoye Vremya (Nous avons eu beaucoup de mal à trouver l’expression russe en alphabet latin, la plupart du temps elle figure en alphabet cyrillique. Espérons que nous ne faisons pas d’erreur dans son orthographe.)... Wikipédia résume la période de quelques mots assez arides qui ne rendent guère justice à l’intensité de la crise qui mit en cause l’existence de la Russie. (“Pendant une période d'une quinzaine d'années, au début du XVIIème siècle, les intrigues et les rivalités des prétendants au trône se déchaînent, suscitant les convoitises étrangères et mettant en péril l'existence même de l'État russe.”) Dans la psychologie nationale, au contraire, le Temps des troubles tient le rôle de symbole du désordre déstructurant et dissolvant de la nation qui constitue une menace permanente pour la Russie... »

dde.org

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La « blessure non cicatrisée » de 2005

Le gilet jaune est d'abord un révélateur. Il dit la crise du macronisme, laquelle constitue la crise d'un monde plus ancien encore dont Macron et ses marcheurs ne sont que les héritiers. L'histoire est celle de poupées russes qui s'emboîtent. Le packaging annonçait le neuf, là où l'usé cherchait à se renouveler. In fine les marcheurs, sans le savoir, articulaient une vieille idée de l'Europe, celle de Maastricht, une défense opportuniste des institutions d'une Ve République fatiguée et une conception d'abord technocratique de la politique. À tous les étages, on cadenassait toujours plus les souverainetés populaires. Ce sont ces dernières qui dans le désordre et le tumulte se manifestent samedi après samedi. Le «giletisme» est d'abord ce moment. Ce moment où se joue une rupture, ou un tournant, ce quelque chose qui engendre une situation radicalement nouvelle. Si commentateurs et acteurs se cassent le nez pour saisir et comprendre cet instant, c'est d'abord parce qu'il échappe à tous nos référentiels. C'est là le propre d'une révolution.

Elle effondre, elle désarçonne, elle sidère. Le processus que nous vivons depuis quelques semaines est de cette nature-là: il est quasi révolutionnaire. Révolutionnaire pour au moins deux raisons: parce qu'il exprime un recul spectaculaire et inquiétant de l'adhésion au cadre «légal rationnel», pour reprendre la formule de Max Weber, à l'intérieur duquel nous interagissons ; parce qu'il entraîne en retour une réaction, ou plutôt une sorte de néo-réaction qui coagule dans un irrépressible mouvement d'autodéfense les forces politiques, intellectuelles, administratives, économiques les plus intéressées, accrochées à la sauvegarde et protection de leurs positions. De part et d'autre, la trajectoire est une montée aux extrêmes. Au regard des bienséances civiques, l'écart que s'autorisent les parties prenantes de cette confrontation, constitue le signal d'une évidente dégradation du socle institutionnel fondateur du régime. Certains manifestants, pas tous loin de là, n'hésitent pas à recourir à l'affrontement violent avec les forces de l'ordre ; l'exécutif de son côté active une sémantique, des postures explicitement clivantes, voire autoritaires peu susceptibles d'apaiser un climat inquiétant.

Ce à quoi nous assistons ne constitue rien d'autre qu'une lutte pour le pouvoir. Mais une lutte qui prend forme en dehors du terrain de jeu réglementé, consensuellement accepté. La rue est redevenue le théâtre éruptif des oppositions politiques. Ironie de l'histoire, le «nouveau monde» se sera transformé en inattendue «machine à remonter le temps», à réexplorer des formes prémodernes de la politique . D'aucuns voient, à tort, dans la période, des éléments dignes des années trente. Myopie mue par l'irradiation mémorielle de notre temps qui ramène tout au XXe siècle, à l'entre-deux-guerres et au second conflit mondial! C'est sans doute vers un autre siècle qu'il convient de porter notre regard, non pas celui de la question totalitaire que fut le XXe, mais bien celui de la question démocratique et de la liberté des peuples que fut le XIX. Nous sommes bien plus en 1848 qu'en 1934, voire qu'en 1968.

L'irruption, boostée initialement par l'enjeu fiscal et social, est devenue, de facto, politique. Politique parce qu'au cours de la mobilisation, ses initiateurs ont découvert que le seul moyen de déverrouiller le débat sur le social et l'économique consistait à reposer l'interrogation démocratique. Or celle-ci apparaît confisquée, Maastricht oblige, lequel a exclu l'économie, entre autres, du champ du discutable et du réversible. Macron n'est en soi que l'ultime exécuteur de cette captation maastrichtienne de l'économique sur le politique. Il est le fils prodigue qui a promis la maîtrise, le retour à une forme de puissance du politique, mais qui après dix-huit mois de mandat donne le sentiment, à l'instar de ses prédécesseurs, d'avoir répliqué une feuille de route tenue ailleurs que dans les mains de la souveraineté populaire. Parce qu'ils relèvent aussi d'une blessure démocratique, celle toujours non-cicatrisée du référendum déchiré de 2005, les gilets jaunes sont la première entreprise populaire de délégitimation de la doxa technocratique dont Maastricht demeure l'expression la plus achevée. Il aura fallu une taxe de trop, une incompréhension gouvernementale de ce qui se levait, une pincée de mépris communicant pour que s'ouvre sous nos yeux une époque dont nous percevons la genèse mais n'entrevoyons pas l'issue, nonobstant un débat national qui en laissant hors champ les questions européenne et migratoire montre que l'exécutif n'entend rien concéder de ce qui fait l'essentiel de sa vision du monde.

Arnaud Benedetti

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Des Cent-Fleurs aux Smutnoye Vremya

La révélation d'une France qui dérange, car ne s'inscrit plus dans le paysage idéologique post-moderne globaliste, cristallise les tensions entre une élite hors-sol et les aspirations d'une population de vivre normalement. Mais pas d'une normalité à la Hollande, bien au contraire, revenir vers un mode de vie humain et traditionnel, entre des êtres équilibrés, avec leurs défauts, mais se comprenant. Et en cela, les Gilets Jaunes reçoivent leur premier soutien officiel, celui de l'Italie, qui a ouvert la voie. La caricature de "Grand Débat National", campagne des Cents Fleurs de Mao, s'accompagne en toute logique d'une répression qui s'intensifie et est annoncée. Le virage anti-républicain du régime Macron est acté.

Hollande a symboliquement ouvert la rupture sociale avec la loi sur le mariage homosexuel, Macron a continué sur la même voie avec la fête de la musique à l'Elysée. Tous les deux ont fait allégeance dès le début de leur mandat, le reste n'est qu'une continuation logique.

Ce mouvement anti-famille (mariage homosexuel), anti-nation (ouverture des frontières à l'immigration de masse), anti-humain (culte de la technologie et tyrannie de la (bonne) pensée), est mis à mal par cette lame de fond qu'est le mouvement des Gilets Jaunes.

D'un côté, vous avez BHL en appelant aux forces de l'ordre et au respect des institutions, lui qui a passé sa vie à les renverser un peu partout, démontrant ainsi que son clan a pris le pouvoir en France, pendant que sa femme se défonce à Marrakech; vous avez de pseudo-intellectuels comme Y. Moix, qui nous imposent leurs séances de psychologie collective et demandent à ce que les parents ne puissent pas élever leurs enfants biologiques; vous avez des professionnels du soi-disant "humanitaire", ancien ministre de la République, Bernard Kouchner, assumant le remplacement de la population française en appelant les immigrés pour "peupler les campagnes", comme si les hommes étaient interchangeables et les cultures n'existaient pas; vous avez le président de l'Assemblée nationale, de Rugy, qui estime qu'il est normal de pouvoir vivre décemment avec 15 000 euros par an quand Chantal Jouanno  touchera 14 709 euros par mois pour maîtriser un pseudo débat national, qui ne doit surtout pas toucher les sujets sensibles, notamment l'immigration. 

De l'autre côté, vous avez un peuple qui se réveille, encore un peu groggy, d'une longue léthargie. Alors évidemment, lorsque la consultation populaire en ligne met en avant la contestation de la très symbolique loi sur le mariage homosexuel, toute la presse, d'une seule voix, estime que ce mouvement ne peut être naturel, il est le résultat d'un trucage du vote, sous l'influence des partisans de la Manif contre le mariage pour tous.

Car comment pourrait-il en être autrement? Comment les "valeurs" de la minorité ne pourraient être soutenues par la majorité, jusque-là silencieuse, donc consentante ? D'ailleurs, les Gilets Jaunes n'en ont presque pas parlé .... Et pour cause. Avec la dictature "morale" qui s'est instaurée dans la société, critiquer le mariage homosexuel ou l'immigration est un crime idéologique absolument impardonnable. Mais ce n'est pas parce que les gens se taisent qu'ils ne le partagent pas. Alors quand on leur demande leur avis, et qu'ils peuvent se protéger sous l'anonymat - ils le donnent cet avis.

Mais rassurez-vous, rien ne changera. Comme l'immigration a été enlevée du débat, la dimension politique d'État des LGBT ne sera pas remise en cause, car ce sont les piliers de cette société. D'où le RIC.

Le référendum d'initiative citoyenne qui émerge ces derniers temps et crispe le discours institutionnel est, en effet, particulièrement symbolique. Car finalement, le RIC est soit "trop", soit "trop peu". Trop pour le pouvoir qui ne peut prendre le risque de remettre en cause les fondements idéologiques de la société contemporaines sans provoquer sa propre chute. Trop peu pour le peuple qui ne peut gouverner ou remplacer les gouvernants à coups de référendum. Le RIC est surtout symbolique : les institutions ne sont plus représentatives de la volonté populaire. Mais sera-t-il possible de changer ces institutions pour que ça marche mieux ? Si c'était aussi simple, ce serait merveilleux. Le problème fondamental est le vide intellectuel qui caractérise notre époque : pour l'instant, il n'existe pas de penseurs qui puissent proposer et systématiser une autre pensée institutionnelle et il n'existe pas suffisamment de personnes aptes à remplir un nouveau cadre institutionnel.

Il y a de fortes chances pour que nous entrions ainsi dans une "période des troubles", avec un système idéologique assez fort pour ne pas tomber, mais trop faible pour convaincre; une contestation montante assez forte pour le mettre à mal, mais trop faible pour le remplacer.

Le Gouvernement annonce donc le renforcement de répression "en même temps" que l'ouverture du Grand Débat national, se plaçant tout à fait dans la logique de Mao, sans tirer les leçons de l'histoire. Plus de policiers que de "manifestants officiels", sont attendus, pour frapper et incarcérer. La République est en danger. Non pas en raison des Gilets Jaunes, mais d'une élite qui gouverne contre son peuple. Car le choix des gouvernants est simple : soit se retirer, soit officiellement instaurer la dictature. Mais comme ils ne peuvent ni l'un, ni l'autre, oui, c'est bien certainement un nouveau temps des troubles qui nous attend.

Karine Bechet-Golovko

  • 9 janvier 2019 à 00:00

L’axe crisique du monde

Par info@dedefensa.org

L’axe crisique du monde

10 janvier 2019 – Nous partons pour ce commentaire d’une analyse de l’ancien parlementaire britannique George Galloway, dissident notoire et affiché, notamment depuis l’invasion US de l’Irak de 2003. Présentateur et animateur de TV, auteur de documentaires filmés, Galloway reste très actif dans l’analyse politique écrite, et il s’agit ici d’un de ses plus récents textes de cette sorte, – publié sur RT.com le 9 janvier 2019, – qui considère l’état de ce que nous nommons le bloc-BAO, au travers de ce que nous serions conduits à identifier comme son “axe crisique”, reflétant en cela l’analyse de Galloway : l’“axe” Washington-Londres-Paris, plongé dans une crise profonde par le biais de trois crises intérieures parallèles...

« Malgré le vacarme fait autour des apparences que se donne l’OTAN en pleine activité de désinformation, le cœur vibrant de l’Empire entre dans l’année 2019 dans un état de complet chaos

» Washington, Londres et Paris – les trois capitales de l’Empire, – sont effectivement aujourd’hui hors de tout contrôle gouvernemental, dans un état complet de paralysie, chancelant au bord de l’effondrement ou complètement assiégés par leur propre population... »

Galloway passe ensuite en revue les situations internes des trois pays, les “trois piliers de l’Empire” si l’on suit son rangement, et il a fort peu de peine à nous montrer effectivement l’état complet de chaos où ils se trouvent.

• Les USA sont actuellement dans une situation de cessation complète des activités courantes du gouvernement (shutdown) pour ce qui concerne ses interventions financières habituelles auprès de la population, des travaux courants, de son fonctionnement administratif hors des fonctions internes essentielles de sécurité. Cette mesure, décidée par le président Trump, constitue un bras de levier pour peser sur le Congrès, pour obtenir du pouvoir législatif l’autorisation de financement pour la construction du fameux “mur” à la frontière mexicaine des États-Unis. L’une des possibilités pour Trump est la proclamation de l’état d’urgence lui permettant de prendre des mesures discrétionnaires sans l’aval du Congrès.

... Le  Congrès, justement, tourne pour l’instant autour de l’activisme forcené de la nouvelle Chambre des Représentants à majorité nouvellement démocrate, et pleine de projets plus révolutionnaires les uns que les autres. L’hypothèse de la procédure de destitution est plus que jamais agitée de diverses façons. L’enquête du procureur spécial Mueller (Russiagate) dont on annonce chaque jour le bouclage dans un tohu bohu de révélations extraordinaires, continue à jouer son rôle d’épouvantail.

Ainsi Trump menace-t-il chaque jour de s’effondrer, ainsi Trump résiste malgré tout au milieu du chaos que sa présence suscite : « Personne ne sait si le président Trump restera encore longtemps et la plus petite considération d’opinion sur celui qui serait son successeur en cas de départ, – le vice-président Mike Pence, – rappelle la fameuse photo du président Nixon avec son vice-président, Spiro Agnew, à ses côtés. La bulle satirique qui avait été rajoutée faisait dire à Nixon “Personne ne me tirera dessus avec ce type-là comme successeur si je meurs”. »

• Moins spectaculaire, –  quoiqu’une grande manifestation soit prévue à Londres ce week-end, – la situation britannique n’en est pas moins accablante, selon Galloway. L’extraordinaire marigot politique qu’est devenu leBrexit fait découvrir un état de faits inimaginable : l’espèce d’impossibilité organique où se trouve le Royaume-Uni, – comme tout pays de l’UE, au reste, – de sortir de cette institution monstrueuse et tentaculaire qu’est l’Union. Il n’y a là ni complot, ni même  bataille, mais une situation de fait, effectivement bien illustrée par des images telles que “marigot”, “sables mouvants”, “univers tentaculaire”, etc. L’on se trouve au point où des pans entiers de la bureaucratie britannique sont incapables de retrouver des réflexes souverains, de reprendre en mains leurs propres compétences, tant ils s’en sont remis à l’organisation monstrueuse de l’UE, – que nous baptisions justement des noms plus que jamais mérités d’Orque ou de Mordor à propos de la crise grecque.

Ces diverses remarques nous ont été faites par une source qui a trente d’expérience de travail au sein de l’UE et qui, découvre, horrifiée, cet état de fait que les fonctionnaires européens eux-mêmes ignoraient. Il s’agit là d’une entité monstrueuse, mi-Gorgone, mi-Égrégore, qui ne peut se ramener à quelques personnes, d’ailleurs d’un calibre extraordinairement médiocre (Juncker et ses canettes de bière, Merkel et la “sottise du diable”, etc.) : « On est conduit, disions-nous à cette source, à conclure que la seule solution est la destruction : l’UE doit avoir ses Gilets-Jaunes... »

En attendant, Galloway nous décrit la situation de cette manière : « À Londres, la première ministre britannique, Theresa May, est une sorte de zombie qui continue à marcher mécaniquement. La sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne reste dans un état de complète incertitude à 80 jours seulement de la date-butoir. La violence à l'extérieur du Parlement a commencé à éclater, aucune faction ne pouvant prétendre imposer une position majoritaire. Une élection ne peut être organisée car son résultat le plus probable serait l'élection du vétéran anti-impérialiste Corbyn que “l’État profond” verrait plus tôt en état d’arrestation (aux côtés de l’auteur de cet article, selon le centre Integrity Initiative [NDLR : organisme de dénonciation et de désinformation du Système]).

» Le Brexit seulement de nom, – plus connu comme “le deal de Theresa May”, – ne peut pas être adopté à la Chambre des communes la semaine prochaine, compte tenu de l'opposition du parti travailliste ainsi que d’au moins 50 députés conservateurs et des 10 membres des partenaires de la coalition, le DUP.

» Une troisième option, un nouveau référendum, risque que se reproduise le même scénario (mais presque entièrement passé sous silence ici) que celui qu’on voit dans les rues de Paris et des autres villes françaises. Défier le résultat du premier référendum, tromper 17,4 millions de personnes à propos de ce pour quoi elles ont voté, c’est prendre le risque de désintégrer la paix sociale en Angleterre. Les millions de partisans du Brexit font partie des Britanniques qui n’ont plus rien à perdre. »

• Paris, la France et ses GJ enfin. Le monde commence à s’habituer à la crise française, qui est désormais une référence de première importance et de grande vertu crisique, qui réinstalle vraiment la France dans le lot des pays qui sont des indicateurs extrêmement importants de la situation du Système. Galloway ne nous en apprend pas vraiment, sinon qu’on a tendance, hors les murs, à dramatiser la situation française, – mais est-ce si irréaliste, après tout, tant il est vrai qu’on ne prête qu’aux riches ?

« En France, l’Élysée est devenu la Bastille de Macron. Il n’est plus du tout inconcevable que ce palais soit investi au cours d’une manifestation.

» Le week-end dernier, son propre porte-parole a dû passer clandestinement par la porte de derrière après qu’un véhicule de chantier détourné par des manifestants ait défoncé la porte de son ministère. Les conditions mêmes que Macron a aidé à installer à Damas et que l’aide de la France a effectivement contribué à installer à Kiev menacent de bouleverser les bases mêmes de la République française. »

• La conclusion de Galloway, puisqu’il a lui-même établi l’idée de “l’axe crisique” est claire : “le centre ne peut plus tenir”... Ce qui se traduit de cette façon, avec l’annonce d’une extension du domaine de la lutte grâce aux possibles Gilets-Yellow de Londres : 

« Samedi, une gigantesque manifestation se déroulera à Londres, faisant écho aux mêmes exigences anti-austérité à l'égard du gouvernement britannique que celles que les Gilets jaunes font à Macron. Le centre ne pourra plus tenir très longtemps.

» Le vieil ordre est en train de mourir ; le nouveau ne peut encore naître [de quelque chose]. Si nous ne faisons pas attention, nous vivrons bientôt au temps des monstres. »

L’avant dernière phrase de Galloway (« Le vieil ordre est en train de mourir ; le nouveau ne peut encore naître [de quelque chose] ») est difficile à traduire, avec “to be born” (“naître de quelqu’un”) et non “to born” (“naître”) : « The old order is dying ; the new one cannot be born. » Mais dans l’esprit de la chose, nous semble-t-il, le constat rejoint celui de Karine Bechet-Golovko (le “temps des troubles” devenant “le temps des monstres”, ce qui se conçoit aisément et se comprend aussi vite) : « Il y a de fortes chances pour que nous entrions ainsi dans une “période des troubles”avec un système idéologique assez fort pour ne pas tomber, mais trop faible pour convaincre ; une contestation montante assez forte pour le mettre à mal, mais trop faible pour le remplacer. »

... Au reste, “troubles” ou “monstres”, par exemple avec ce dont nous accouche le féminisme, il semble bien que nous y soyons d’ores et déjà.

Le “déchaînement de la Matière”

Ce qui nous intéresse surtout dans ce commentaire de Galloway, homme d’expérience qui n’est en rien retenu par les habituelles contraintes du caractère et des mœurs politiques britanniques, c’est au fond son  rangement, exposé dès le début, avec ses “trois capitales” : « Washington, Londres et Paris – les trois capitales de l’Empire, – sont effectivement aujourd’hui hors de tout contrôle gouvernemental, dans un état complet de paralysie, chancelant au bord de l’effondrement ou complètement assiégés par leur propre population... »

Les “trois capitales de l’Empire” ? (Étant entendu que, par “Empire”, il faut entendre le bloc-BAO, alias la civilisation occidentale... Alias, le Système ?) Si le choix de Washington et de Londres se défend un peu de lui-même dans cet univers-Système anglo-saxonisé et américanisé jusqu’à la nausée, celui de Paris est plus complexe, outre l’argument de “la circonstance” (la révolte des GJ en France, à ce moment précis). Mais justement, la “circonstance” n’est-elle pas, au contraire, la justification du choix ? Il est vrai que “D.C.-la-folle” est entré dans une situation de paroxysme-du-paroxysme, – du paroxysme qu’est la présidence Trump, ou disons le “tourbillon crisique-Trump” depuis son apparition comme candidat des présidentielles-2016, en juin 2015 ; il est vrai que Londres arrive au terme du calvaire de l’opérationnalisation du Brexit, avec la possibilité/probabilité d’une impasse sans précédent pour la direction britannique, et pour la classe dirigeante dans son ensemble. On serait donc en droit d’observer que les “circonstances” (les événements, si vous voulez) ne sont que les arrangements de l’intendance événementielle pour une conjonction exceptionnelle voulue par les dieux

(Les dieux : « L’intendance suivra » ; et Ils comptent bien, les dieux, qu’elle fera en sorte que les trois planètes, – Washington, Londres, Paris, – soient alignées selon une ligne spatio-temporelle parfaite.)

Le cas français a-t-il sa place dans cette galère ? Pendant quinze ans, – disons, pour le panache, depuis le discours de Villepin à l’ONU en février 2003, – la France a disparu ; elle n’existait plus, zappée, perdue dans l’immensité du cosmos des illusions-perdues. Et puis, voilà qu’apparaît un extra-terrestre de poche, un mini-détonateur, un Jupiter vertical aux talons hauts, qui enchaîne absolument bêtise sur bêtise, comme dans une sorte de béatitude infini, jusqu’à enfin réveiller la Belle-au-Bois-Dormant. Ainsi la France existe-t-elle à nouveau, elle reprend sa place dans une sorte de crise absolument nouvelle, inédite, sans comparaison avec rien, qui rend hystériques et maniaco-dépressifs la plupart des commentateurs de la presseSystème qui ne cessent de parler des GJ pour les haïr et les honnir,  fulminer contre eux, vomir de dégoût rien qu’à la couleur, et ainsi leur donner une place inimaginable de puissance dans la communication qui est notre reine à tous.

Alors bon et oui, Paris est à sa place dans l’axe crisique, une des “trois capitales de l’Empire”... Ce qui, incontestablement, nous rappelle quelque chose. 

Washington, Londres et Paris, ce sont les trois acteurs de notre fameuse thèse du “déchaînement de la Matière”. (Est-ce bien fameux, d’ailleurs ? Silence assourdissant.) Il s’agit d’un des premiers sujets du Glossaire.dde (voir le 5 novembre 2012), largement utilisé dans nombre de nos textes, extrêmement présent dans La Grâce de l’Histoire (notamment le Tome-I). L’événement “déchaînement de la Matière” implique effectivement

• les États-Unis à leur fondation (1776), avec la “révolution de l’américanisme” ;

• l’Angleterre et son rôle central dans “la révolution du choix de la thermodynamique” (l’industrialisation de la machine à vapeur étant symboliquement fixée à 1784, et la généralisation du concept étant symboliquement défini par cette phrase de 1824 d’un obscur H. Gouhier qui remplit Stendhal d’horreur : « Les Lumières, c’est désormais l’industrie ») ;

• la France et son rôle évident avec la très-grande Révolution française de l’immortelle année-1789.

Les trois événements ou éléments à la jointure XVIIIème-XIXème siècles, figurent une accélération irrésistible de la modernité et du Progrès, du technologisme et de la communication devenant communicationnisme, de la destruction environnementale et sociale, de l’organisation en systèmes sous l’aile noire du Système... Nous décrivons rapidement leur intégration et leur agencement de la façon suivante :

« Les “trois Révolutions” pourraient, si l’on veut, représenter les acteurs du jeu si ancien, dit “Pierre-feuille-ciseaux”, mais sans aucune rivalité entre eux, au contraire dans un esprit de complète complémentarité, temporairement ou substantiellement c’est selon, pour le but ultime de la conquête (de l’époque, de la Civilisation, du Temps, du Monde). La “révolution américaniste”, par son activation des outils sophistiqués du “déchaînement de la Matière”, est représentée par la feuille qui entoure, étouffe, étrangle, trompe et convainc ; la “Révolution française” représente les ciseaux qui tranchent, et ainsi effectue-t-elle la percée du choc en installant le métal tranchant et la dynamique révolutionnaire sur le théâtre du monde ; la “révolution du choix de la thermodynamique” est représentée par la pierre, qui symbolise les matériaux fondamentaux, l’univers ainsi offert au sein duquel va se jouer le drame. Il s’agit de la ruse faussaire qui trompe son monde ; de la force du choc qui brise son monde ; de la lourdeur inaltérable chargée des flammes des entrailles du monde, qui offre son monde nouveau. »

Ainsi retrouvons-nous dans le rangement de Galloway le même alignement des “trois capitales de l’Empire”qui participèrent à l’événement sans qu’on puisse, et très loin de là, les rendre responsables en tout, ni même présenter à l’occasion de l’événement une seule face sombre ; au contraire, chacun des acteurs ayant, comme dans toute activité humaine, une face sombre et une face lumineuse, ce qui fut d’ailleurs évident dans leurs rapports respectifs. (Par exemple, dans La Grâce Tome-I et dans divers articles, il est très largement montré le rôle d’influence que joua la France dans l’histoire des États-Unis, et comment elle fut la référence constante des “Américains”-dissidents contre l’“américanisme”, – d’où l’importance essentielle de Paris pour les écrivains américains, et en général pour les artistes américains.)

La logique est respecté : si le “déchaînement de la Matière” s’est fait, volens nolens, par le truchement des trois, il est logique d’attendre que les trois produisent le désordre et les catastrophes qui vont accélérer, comme dans une sorte de spasme d’autodestruction, la Grande Crise d’Effondrement du Système, – du Système né justement du “déchaînement de la Matière”. La révolution, comme l’on dit d’un astre sur orbite et bouclant son orbite, sera donc bouclée avec la dévoration gloutonne d’elle-même par elle-même, stade suprême et sublime de la formule surpuissance-autodestruction.

  • 10 janvier 2019 à 00:00

Christophe Guilluy et le mystère bobo

Par info@dedefensa.org

Christophe Guilluy et le mystère bobo

« Le grégarisme social est un des fondamentaux de la bourgeoisie. À cet égard, les bobos ne font pas exception. »

Les livres de Guilluy sont riches et instructifs, et plutôt que d’en faire une présentation globale, je traiterai une question essentielle – celle du bobo qui semble devenir une entité eschatologique dans le monde déclinant et menaçant –mais aussi délirant - où nous vivons. Bio, parfois homo, puéril, homogénéisé, aseptisé, unisexe (même avec des gosses), xénophile, francophobe, multiculturel, solidement abruti par ses médias subventionnés, avec son cadre de vie surprotégé et par le bonisme dont parlait le grand historien US Stanley Payne, le bobo est effrayant. Et il devient méchant, car il justifiera, après la guerre en Syrie et l’opération des migrants, toutes les brutalités d’un président honni pour préserver, sinon son cadre de vie, du moins son cadre mental qu’il nous a imposé depuis trente ans de réaction bourgeoise socialiste. Rien de neuf sur le fond : lisez Taine (le bourgeois est un être de formation récente…) et comprenez que le bobo est un jeune bourgeois moliéresque relooké. Soyons précis : le bobo n’est surtout pas bohême, il a été fabriqué par la société postindustrielle et par le surdéveloppement étatique, il est puritain, orwellien, aseptisé, il veut tout censurer. Sa festivité est d’appellation contrôlée, et il pratique le tri sélectif dans tout ce qu’il fait. Le bobo obéit, alors que le peuple réagit.

Mais essayons de ne pas trop polémiquer et d’étudier cette entité qui vote Macron et socialo, recueille le migrant (regardez l’article de Télérama qui est à mourir de rire) mais hait son prochain (voyez Cochet qui nous demande de disparaître pour laisser la place au migrant).

On va citer d’abord Thomas Frank, le très brillant essayiste américain, qui a écrit sur cette épineuse question : pourquoi les riches et les privilégiés sont de gauche (et pourquoi donc le populo allait devenir populiste). Dans une interview traduite il déclare :

« Ce que désire la classe des professionnels bien diplômés, c’est une méritocratie plus parfaite : un système où ceux qui ont du talent peuvent s’élever. Quand on est parvenus à la diversité et que les gens brillants de toutes races et de tous sexes ont été dûment qualifiés, cette espèce de libéral ne peut pas vraiment concevoir d’autres griefs contre le système. Les revendications des travailleurs ordinaires ne les touchent pas : les vigiles, les serveurs de fast-foods, les aides à domicile et les gardes d’enfant – dont la plupart sont des femmes et des personnes de couleur – qui n’ont pas de diplôme universitaire. »

Un autre américain, Stanley Payne, évoque le buenismo, inspirateur du citoyen anesthésié (je préfère aseptisé) des temps postmodernes :

« À présent, aucune nouvelle idéologie ne peut agir comme levier de la société. Au contraire, en Espagne, la "bonté" a été imposée, la chose politiquement correcte. Mais cette "bonté" ne cherche pas à provoquer de grandes révoltes, mais l’inverse. Le bien est contre les révoltes. Il prétend dominer la société, mais promouvoir le conformisme, pas les révoltes. »

Venons-en à Guilluy. Dans son ouvrage sur la France périphérique, il écarte brillamment le mythe d’un accord entre bobos et musulmans (base électorale du PS) :

« Le gauchisme culturel de la gauche bobo se heurte en effet à l’attachement, d’ailleurs commun à l’ensemble des catégories populaires (d’origine française ou étrangère), des musulmans aux valeurs traditionnelles… Autrement dit, le projet sociétal de la gauche d’en haut s’oppose en tous points à celui de cet électorat de la gauche d’en bas. »

Comme savent tous ceux qui passent par Paris ou Lyon (ou ailleurs), les bobos ne se mélangent tant pas que ça. Guilluy :

« Les quartiers boboïsés des grandes métropoles fonctionnent eux aussi sur un fort capital d’autochtonie, presque communautaire. À l’heure où les classes populaires sont régulièrement sermonnées pour leur populisme, leur racisme, voire leur communautarisme, il apparaît que les couches supérieures (des riches aux bobos) pratiquent de plus en plus une forme de communautarisme qu’elles refusent aux plus modestes. »

Cela rappelle le fameux numéro de Patrick Timsit dans la Crise de Colline Serreau : ceux de Saint-Denis ont dû faire de la place. Ceux de Neuilly par contre…

Et Guilluy d’ironiser sur les limites de cette société ouverte :

« On peut toutefois remarquer que les tenants de la société ouverte ne sont pas insensibles à ce capital d’autochtonie. Les quartiers boboïsés des grandes métropoles fonctionnent eux aussi sur un fort capital d’autochtonie, presque communautaire. »

Tout cela sent hélas son Edouard Herriot : cœur à gauche et portefeuille à droite !

Le bobo n’est pas bohême, le bobo est d’abord un bourgeois un peu moins catho et réglo que les autres bourgeois (voyez mes textes sur Bloy et Bernanos) :

« Cette sociologie d’en haut permet d’ailleurs de réactiver un clivage droite-gauche à l’intérieur des grandes villes entre une bourgeoisie traditionnelle vieillissante et « boboland ». Un clivage relatif tant les points d’accord sont nombreux (à l’exception de la frange catholique de la bourgeoisie traditionnelle), ouverture au monde, sont ainsi partagés par l’essentiel de ces catégories supérieures. »

La France est sous le contrôle des deux groupes bourgeois :

« La France bourgeoise et urbaine, celle de l’Ouest parisien et celle des grandes métropoles régionales, était donc surreprésentée dans les manifestations parisiennes. En grossissant le trait, on peut dire que le débat sur le mariage homosexuel a opposé les deux bourgeoisies des métropoles : « bobos-sociétales » contre « traditionnelles et catholiques ».

Dans les Fractures, livre que j’ai trouvé encore plus instructif et incisif, Guilluy écrivait sur le goût bobo pour la promotion immobilière :

« Dans ces quartiers, les bobos sont en train de se constituer un patrimoine d'une très grande valeur en acquérant de grandes surfaces industrielles, artisanales ou en réunissant de petits appartements. Les services des impôts ont ainsi enregistré une explosion des ménages payant l'ISF3 dans tous les quartiers populaires des grandes villes et notamment à Paris. »

Puis la cerise sur le gâteau : le bobo adore la diversité car il adore exploiter à moindre prix.

« …en revanche, on ne souligne pas assez un autre aspect de cette nouvelle exploitation, qui permet d'offrir un train de vie « bourgeois » aux nouvelles couches supérieures sans en payer véritablement le prix. La nounou et la femme de ménage immigrées, et parfois sans papiers, ne ponctionnent que marginalement le budget des cadres. De la même manière, c'est bien grâce à l'exploitation en cuisine des immigrés que le bobo peut continuer à fréquenter assidûment les restaurants pour une note assez modique. »

Ami du restau bio et du four micro-ondes, attends encore, car Guilluy va te régler ton compte. 

Guilluy explique cet incomparable mépris du centre pour la France endormie des périphéries :

« Si la « boboïsation » de la sphère médiatique et culturelle est souvent critiquée, on souligne peu l'importance de la culture issue des quartiers populaires métropolitains sur une grande partie de la jeunesse. Les métropoles sont ainsi devenues des centres prescripteurs pour l'ensemble des territoires. Cette domination culturelle et politique des centres fait ressortir encore davantage l'invisibilité culturelle et politique des périphéries périurbaines et rurales. Cette France invisible concentre l'essentiel des couches populaires perdues de vue par la classe dirigeante et dont le poids démographique ne cesse de se renforcer. Car le nouveau monde, celui des métropoles inégalitaires, n'a pas encore fait disparaître l'essentiel d'une France populaire et égalitaire. »

Alain de Benoist avait écrit dans l’Idiot international, journal où j’officiais moi-même, un dense texte sur ce sujet qu’il concluait ainsi :

« On est loin alors, en effet, très loin des vieux clivages. Barrès et Jaurès réconciliés pour estoquer Bernard Tapis. Beau sujet d’allégorie pour un artiste de l’avenir. »

Guilluy va plus loin et remarque que le bobo aime bien se défausser de son racisme sur le petit peuple :

« L'acquisition d'un pavillon bas de gamme impliquerait même le « rejet de l'autre ». Bizarrement, ce déterminisme urbain, cet « effet pavillonnaire », resterait inopérant pour le bobo parisien acquéreur d'une maison individuelle dans le Lubéron… »

Le coup du vivre ensemble ? Guilluy :

« Ce choix résidentiel, souvent imposé par des opportunités foncières, témoigne a priori d'une plus grande tolérance à la diversité sociale et culturelle. Les bobos portent ainsi très haut l'argumentaire du « vivre ensemble…Dans ces quartiers, ce discours vient opportunément masquer la violence sociale engendrée par l'appropriation d'un parc de logements et de quartiers hier populaires. Il permet par ailleurs d'occulter le rapport de classes, pourtant très marqué, entre les bobos et les couches populaires. »

C’est ce qu’il appelle le vivre ensemble séparé - manière américaine, brésilienne ou sud-africaine…

Car tout ce cirque intello a ses limites :

« Dans les quartiers du Nord et de l'Est parisien, ceux qui s'embourgeoisent le plus rapidement depuis les années 1990, il n'est pas rare de trouver des copropriétés privées occupées exclusivement par des bobos, « blancs », jouxtant des immeubles où demeure une majorité de ménages précarisés d'origine maghrébine et africaine. »

Guilluy ajoute :

« Vus d'avion, ces quartiers illustrent apparemment l'idéal de la ville mixte, leur diversité sociale et culturelle étant une réalité perceptible dans l'espace public. En plan rapproché, la ville « arc-en-ciel » laisse la place à un découpage du parc de logements qui nous ramène plus à l'Afrique du Sud au temps de l'apartheid. Une situation qui risque de perdurer du fait du renchérissement du foncier. »

Le fric décide de tout, mais on l’avait compris. Et de la même manière que les concierges votaient à droite et les digicodes socialiste, Guilluy écrit :

« Le grégarisme résidentiel des bobos, avec digicode et interphone, n'a en réalité pas grand-chose à envier en matière de délimitation d'une sphère privée au petit lotissement. »

Cet apartheid subtil et intelligent, pour reprendre les expressions d’un crétin, est habile :

« Comme pour le logement, le séparatisme scolaire revêt aussi une dimension ethnoculturelle. C'est d'ailleurs ce critère qui, pour le sociologue Georges Felouzis, est le plus déterminant dans le processus de ségrégation scolaire. Le chercheur souligne ainsi que les couches supérieures mettent en avant le niveau scolaire des élèves pour éviter un collège, mais qu'ils se déterminent en réalité sur l'origine des élèves et notamment la couleur de la peau. Les collèges où se concentrent des élèves maghrébins et subsahariens seront contournés en priorité. »

Les enfants bobos n’ont pas de souci à avoir (ils ruineront leurs parents ou se feront flinguer en Amérique  lors d’un campus-killing, mais c’est un autre problème) :

« Les enfants des bobos se retrouvent dans les meilleures classes, les enfants d'immigrés se concentrent dans les classes où l'échec scolaire est le plus important et où l'orientation en BEP sera la norme. Des logiques de séparations sociales et ethnoculturelles s'observent aussi à l'intérieur des mêmes classes. Si ces stratégies résidentielles et scolaires n'interdisent pas de réelles solidarités (soutien scolaire, défense des sans-papiers et de leurs enfants), il apparaît que le séparatisme discret des couches supérieures s'impose pourtant à l'ensemble des quartiers dits « mixtes ».

J’ajouterai juste une remarque. La classe bobo des cadres et des professions libérales, des pléthoriques fonctionnaires municipaux et des commissaires de la cybernétique, avec son arrogance, sa tartuferie, sa sous-culture, est insupportable. Et elle tient le coup parce que sa presse est subventionnée par le pouvoir et donc par nos impôts. Et si on arrêtait de banquer pour cette presse qui incarne une classe et une idéologie isolées, on mettrait fin à 90% de notre problème.

 

Sources

Christophe Guilluy – Fractures françaises ; la France périphérique (Champs)

Nicolas Bonnal – Le choc Macron (Dualpha)

  • 10 janvier 2019 à 00:00

CIA, CMI : « La femme est l’avenir de l’homme »

Par info@dedefensa.org

CIA, CMI : « La femme est l’avenir de l’homme »

Dans ces temps étranges, il n’est plus étrange d’entendre une Rachel Maddow, de MSNBC, qu’on entendait en 2003 pilonner Bush et les massacreurs de l’Irak, ceux de la CIA comme ceux qui utilisaient des bombes, des avions et des chars du complexe militaro-industriel (CMI) des USA, célébrer aujourd’hui cette CIA et ce CMI. On a certes eu le temps de digérer le tournant à 180° de Maddow et des libéraux (les très-progressistes aux USA) devenus “interventionnistes-humanitaires” célébrant les tueurs, – non, pas exactement, “célébrant les tueurs” parce que ce sont en fait des “tueuses” dont nous parlons.

Déjà, le 3 janvier 2019, Ali Velshi célébrait dans son show du même réseau MSNBC le fait que quatre des cinq plus grands trusts du CMI ont comme dirigeant(e)s  des femmes :  « The CEOs of four of the five biggest defense contractors are women. Watch Ali Velshi break down who is running Northrop Grumman, Lockheed Martin, General Dynamics, Boeing’s defense wing, and weapons »

Désormais, c’est le tour de la CIA, qui a eu une femme pour la première fois à sa tête depuis le passage de Mike Pompeo de la direction de la CIA au département d’État. Certes, Gina Haspel avait derrière elle une belle notoriété de spécialiste des interrogatoires très-très-“poussés”, mais après tout, cela aussi, et comment, – c’est sacrément la gloire du féminisme ! Mais on va plus loin, beaucoup plus loin, puisque Haspel, décidément glorieuse militante féministe, a fait ce qu’il fallait pour que les principales directions échoient à des femmes ; elles sont donc désormais quatre à diriger la CIA, Haspel et ses trois directrices pour les principaux directorates : Analyse, Opérations, Science & Technologie.

Maddow et le féminisme devraient donc jubiler, donnant raison à Aragon lorsqu’il aragonisait poétiquement sous la surveillance d’Elsa, avant que Ferrat ne le chante : « La femme est l’avenir de l’homme ». Étrange époque, indeedà consommer d’assez loin sinon avec modération, en attendant le XXIIème siècle...

« Women now control all three directorates of the CIA – a historic milestone for gender equality in the clandestine regime change/assassination sector. Rachel Maddow seems to be celebrating, but why is Twitter full of party poopers?

» CIA Director Gina Haspel has appointed a fellow female comrade, Cynthia “Didi” Rapp, as deputy director for analysis, making her the highest-ranking analyst at the agency. Elizabeth Kimber was named the first female deputy director for operations in December, joining Dawn Meyerriecks, who has been the agency’s deputy director for science and technology for several years now. As a result, the main branches of the CIA – operations, analysis and science and technology – are now headed by women.

» NBC News toasted the agency’s all-female leadership with an article detailing the new“sisterhood of spies”. MSNBC’s Rachel Maddow – usually busy hallucinating about Vladimir Putin hiding under her bed – rushed to tweet the story, in an apparent endorsement of the new trifecta of unaccountable girl power. »

 

Mis en ligne le 10 janvier 2019 à 13H14

  • 10 janvier 2019 à 00:00

L’année où la planète s’est retournée

Par info@dedefensa.org

L’année où la planète s’est retournée

Le début d’une nouvelle année est un bon moment pour tirer des conclusions sur ce qui a changé, ce qui a fonctionné et ce qui a échoué. L’année écoulée a été remarquable à bien des égards en raison d’un grand nombre d’événements irréversibles et transformateurs. D’une certaine façon, en 2019, nous aurons affaire à une planète très différente. Voyons ce qui a réussi et ce qui a échoué.

Voyons d’abord ce qui a échoué et qui a perdu. On peut d’ores et déjà affirmer sans risque que le plan de Trump pour redonner sa grandeur à l’Amérique (MAGA) est un échec. Sous les statistiques optimistes de la croissance économique américaine se cache le fait hideux qu’elle est le résultat d’une exonération fiscale accordée aux sociétés transnationales pour les inciter à rapatrier leurs bénéfices. Non seulement cela ne les a pas aidées (les cours de leur action s’effondrent actuellement), mais cela s’est avéré un désastre pour le gouvernement américain ainsi que pour le système économique dans son ensemble.

Les recettes fiscales ont diminué, ce qui a entraîné un déficit de plus de 779 milliards de dollars. Pendant ce temps, les guerres commerciales que Trump a lancées ont fait augmenter le déficit commercial de 17% par rapport à l’année précédente. Les plans de rapatriement de la production industrielle des pays à bas coûts restent vaseux parce que les trois éléments clés dont la Chine disposait en s’industrialisant (énergie bon marché, main-d’œuvre bon marché et faible coût des affaires) font totalement défaut [aux États Unis].

La dette publique est déjà au-delà du raisonnable et son expansion continue de s’accélérer, avec pour le seul paiement des intérêts de la dette, une trajectoire qui devraient dépasser 500 milliards de dollars par an d’ici une décennie. Cette trajectoire n’augure rien de bon pour l’existence même des États-Unis. Personne, que ce soit aux États-Unis ou ailleurs, n’a le pouvoir de modifier sensiblement cette trajectoire. Les embardées de Trump ont peut-être fait avancer les choses plus vite qu’elles ne l’auraient fait autrement, du moins dans le sens d’aider à convaincre le monde entier que les États-Unis sont égoïstes, inoffensifs, finalement autodestructeurs et généralement peu fiables comme partenaires. En fin de compte, quel que soit président des États-Unis, cela a toujours été le cas.

Parmi ceux que le président américain a réussi à blesser le plus on compte ses alliés européens. Ses attaques contre les exportations d’énergie russe vers l’Europe, contre les constructeurs automobiles européens et contre le commerce de l’Europe avec l’Iran ont causé de nombreux dommages, tant politiques qu’économiques, sans pour autant les compenser par des avantages réels ou perçus. Pendant ce temps, alors que l’ordre mondial globaliste, qu’une grande partie de la population européenne semble prête à déclarer comme un échec, commence à s’effriter, l’Union européenne devient rapidement ingouvernable, avec des partis politiques de gouvernement incapables de former des coalitions et un nombre toujours plus grand de populistes sortant du bois.

Il est trop tôt pour dire que l’UE a déjà complètement échoué, mais il semble déjà assez certain que, d’ici une décennie, elle ne sera plus un acteur international sérieux. Bien que la qualité désastreuse et les erreurs ruineuses de la propre direction de l’Union européenne aient une grande part de responsabilité, une partie de celle-ci devrait être attribuée au comportement erratique et destructif de leur Big Brother transocéanique. L’UE s’est déjà transformée en une affaire strictement régionale, incapable de projeter son pouvoir ou d’entretenir des ambitions géopolitiques mondiales.

Il en va de même pour Washington, qui va soit partir volontairement (faute d’argent), soit être chassé d’une grande partie du monde. Le départ de Syrie est inévitable, que Trump, sous la pression incessante de ses bellicistes bipartisans, revienne ou non sur cet engagement. Maintenant que la Syrie est armée de défense anti-aérienne moderne fournie par la Russie, les États-Unis n’y maintiennent plus leur supériorité aérienne, et sans supériorité aérienne l’armée américaine ne peut rien faire.

L’Afghanistan est la prochaine étape ; là, il semble farfelu de penser que les Washingtoniens seront en mesure de parvenir à un accommodement raisonnable avec les Talibans. Leur départ signifiera la fin de Kaboul en tant que centre de corruption où les étrangers volent l’aide humanitaire et d’autres ressources. Quelque part en cours de route, les troupes américaines restantes seront également retirées d’Irak, où le parlement, irrité par la visite impromptue de Trump dans une base américaine, a récemment voté leur expulsion. Et cela va mettre à mal toute l’aventure américaine au Moyen-Orient depuis le 11 septembre : 4 704 milliards de dollars ont été gaspillés, pour être précis, soit 14 444 dollars pour chaque homme, femme et enfant aux États-Unis.

Les plus grands gagnants en sont évidemment les peuples de toute la région, car ils ne seront plus soumis au harcèlement et aux bombardements aveugles des États-Unis. Les autres gagnants sont la Russie, la Chine et l’Iran, la Russie consolidant sa position d’arbitre ultime des arrangements de sécurité internationale grâce à ses capacités militaires sans égales et son savoir-faire démontré en matière de coercition pour imposer la paix. Le sort de la Syrie sera décidé par la Russie, l’Iran et la Turquie, les États-Unis n’étant même pas invités aux négociations. L’Afghanistan relèvera de l’Organisation de coopération de Shanghai.

Les plus grands perdants seront les anciens alliés régionaux des États-Unis, en premier lieu Israël, puis l’Arabie saoudite. Depuis des décennies, les États-Unis ont pu contrôler et déstabiliser sélectivement le Moyen-Orient en agissant grâce à leurs marionnettes locales, mais maintenant toutes ces marionnettes sont en plein désarroi. Elles doivent faire face à un croissant chiite consolidé et à une Russie résurgente et affirmée. Israël ne peut pas faire grand-chose contre la présence militaire iranienne dans le sud de la Syrie, de l’autre côté de sa frontière. Le succès politique du Hezbollah au Liban et la force renouvelée du Hamas dans les territoires palestiniens ajoutent à son stress.

Entre-temps, l’incapacité d’Israël à contrer les récentes attaques à la roquette sur son territoire a démontré l’inutilité de ses systèmes de défense anti-aérienne pour protéger sa population de plus en plus appauvrie. Israël est à peine capable de tenir le coup malgré l’aide militaire américaine de 3,1 milliards de dollars et les généreuses garanties de prêts ; que fera-t-il lorsque cette aide cessera ? Ma prédiction à long terme pour Israël est toujours valable : ce pays cessera d’exister, et quand il cessera d’exister, la plupart des juifs russes, qui représentent environ un tiers de sa population, essaieront de retourner en Russie.

Les récents paris de l’Arabie saoudite se sont tous soldés par des pertes, et le pays est maintenant bloqué sur la voie de la faillite. Sa tentative de poursuivre une guerre au Yémen a été un échec. Les Américains se retirent également de ce conflit, les négociateurs de l’ONU s’en vont, et l’Iran est une fois de plus le gagnant. L’assassinat de Jamal Khashoggi à l’ambassade saoudienne à Ankara a démontré au monde entier la dégradation de l’État saoudien. Son jeune prince est maintenant un paria et ses plans de développement ont été anéantis.

Alors que la Russie et l’Iran sont manifestement gagnants de ce grand jeu et que les États-Unis, l’UE et les alliés occidentaux du Golfe en sont les grands perdants, il est encore difficile de tirer des conclusions sur la Chine. Elle a diversifié ses échanges commerciaux et stimulé sa consommation intérieure, mais une trop grande partie de ses échanges se fait encore avec les États-Unis, ce qui la rend vulnérable aux perturbations économiques. Mais la Chine est politiquement stable et solide, tandis que les États-Unis deviennent rapidement ingouvernables politiquement, obsédés par les intrigues de palais plutôt que par la politique réelle. Cette situation rend très improbable que les États-Unis puissent l’emporter sur la Chine, que ce soit sur le plan économique ou militaire.

Voilà à quoi ressemble l’état de la planète d’où je suis assis. Pour ce qui est de l’avenir, il semble tout à fait certain que nous nous dirigeons vers trois crises majeures simultanées, l’une ayant trait aux finances et au commerce, l’autre à l’énergie, la troisième à un climat déstabilisé. À l’heure actuelle, une grande partie du commerce international mondial est encore liée à deux grandes monnaies de réserve, le dollar américain et l’euro ; les pays qui ont des excédents commerciaux, comme la Chine et la Russie, échangent leurs produits contre la dette occidentale, ce qui en fait globalement des colonies occidentales de facto. Mais la situation évolue rapidement à mesure que de plus en plus de pays font du commerce avec leur propre monnaie, et cela compromet la capacité d’emprunt des pays occidentaux, rend impossible le financement de leurs déficits budgétaires et les oblige à rembourser leurs dettes publiques faramineuses. Ce sera remarquablement perturbant car on ne sait pas comment ils pourront continuer à financer leurs importations essentielles, en particulier l’énergie.

L’énergie est au cœur de l’autre crise à laquelle le monde est confronté. Le pic de pétrole conventionnel a été atteint autour de 2007 alors que celui du charbon l’a été il y a quelques années. Le pétrole non conventionnel (pétrole de schiste) aux États-Unis devrait bientôt atteindre son apogée pour des raisons qui ne sont que partiellement liées à la diminution des ressources (l’ensemble de ce business est lourdement endetté et ne pourra jamais rembourser ses dettes et sera contraint de réduire ses forages dès que sa capacité à générer de la dette sera réduite). Le seul pays disposant d’une vaste base de ressources (pétrole, charbon, gaz naturel et énergie nucléaire) est la Russie, qui restera probablement le fournisseur mondial d’énergie de dernier recours pour les décennies à venir. Elle est désormais en mesure d’exploiter les réserves pratiquement illimitées d’uranium 238 en surface qu’elle peut convertir en combustible dans ses derniers réacteurs à neutrons rapides (BN), qui peuvent également brûler le plutonium des armes nucléaires et des déchets nucléaires de haute activité.

La déstabilisation du climat coûtera cher à tout le monde, mais là aussi, il y a des gagnants et des perdants, et la Russie sera à nouveau le grand gagnant. Le climat plus chaud lui permet déjà de devenir le grenier à céréales et le plus grand exportateur de céréales du monde. Pendant ce temps, de nombreux pays plus au sud connaissent des vagues de chaleur et des sécheresses de plus en plus sévères et fréquentes, des tempêtes plus violentes, des inondations d’eau salée et d’autres calamités liées au climat, ce qui compromet leur capacité de produire des aliments et génère des millions de réfugiés climatiques.

C’est le tableau d’ensemble que je vois alors que la planète navigue sur les eaux de cette année 2019. Les perdants ultimes sont les États-Unis, suivis de l’UE et de leurs alliés du Moyen-Orient. Les gagnants ultimes sont la Russie et l’Iran, suivis par la Chine. Tous les autres sont coincés au milieu, obligés de réévaluer rapidement la situation et de réorganiser leurs alliances et leurs relations commerciales. Il semble probable qu’en regardant l’année écoulée, nous en viendrons à la considérer comme un nouveau 1990, une année où le monde s’est soudainement retourné, surprenant à peu près tout le monde. Espérons que tout se passera aussi paisiblement maintenant qu’à l’époque. Bonne année à tous !

 

(Le 3 janvier 2019, Club Orlov– Traduction du Sakerfrancophone.)

  • 11 janvier 2018 à 00:00

Salvini, les Polonais et l'euroscepticisme

Par info@dedefensa.org

Salvini, les Polonais et l'euroscepticisme

Il y a cinq ans encore, la chose aurait déclenché des haussements d’épaule de dérision, des sourires condescendants et quelques gloussements tonitruants. Aujourd’hui, “la chose” vient parfaitement à son heure ; elle est évidente et irrésistible, elle ne fait rire personne sinon de l’ironie d’elle-même et ouvre des horizons à bien d’autres. Nous voulons parler de l’affirmation du vice-Premier italien et ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, poursuivant sa croisade européenne (Orban, Le Pen, etc.) et visitant la Pologne, et déclarant à l’issue des entretiens avec les dirigeants polonais : « Il est temps de remplacer l'axe franco-allemand par un axe italo-polonais »

Salvini a été prolixe et très écouté, et entendu, et approuvé par tous ses interlocuteurs polonais, lors de ses divers entretiens et de sa conférence de presse clôturant sa journée de travail d’hier à Varsovie. Il a annoncé avoir proposé à Jaroslaw Kaczynski, chef du parti de gouvernement PiS, un “programme commun” entrant dans le projet d’un vaste rassemblement des “souverainistes” (Sovranisti) européens, avec l’objectif de former un grand parti au Parlement européen (élections en mai prochain). Salvini a estimé que les Polonais et lui étaient d’accord “à 90%” sur ce programme, et précisant également qu’un seul sujet n’avait pas été abordé, – les sanctions contre la Russie, et en général les relations avec la Russie, là où le désaccord est profond entre les deux pays... (Tactique désormais établie et éprouvée : mettre de côté les points de désaccord de politique étrangère pour se concentrer sur les questions européennes.)

« “J'ai proposé, afin de dépasser les différences entre partis, différences dues à des raisons de géographie et de tradition culturelle, un contrat pour l'Europe, un pacte pour l'Europe, qui n'existe pas encore, je ne suis pas venu avec un produit déjà fini”. Quelle forme prendrait ce pacte ? Selon Matteo Salvini, il pourrait s'agir d'un “pacte pour l'Europe” en dix points. Les populations des différents pays européens décideraient ensuite “si elles sont d’accord ou pas d’accord” avec ces propositions. “Nous y travaillerons dans les prochains jours. Avant les élections. Les pactes, il vaut mieux les présenter avant les élections qu’après”.

» Déclarant espérer qu'une alliance de “tous ceux qui veulent sauver l'Europe” occupera la deuxième ou même la première place au sein du Parlement européen, il a répété qu'il était temps “de remplacer l'axe franco-allemand par un axe italo-polonais”, et qualifié de “vrais eurosceptiques” ceux qui ont gouverné l'Europe ces dernières années. [...]

» Dès le début de sa visite de quelques heures à Varsovie, il Capitano avait affirmé que l'Italie et la Pologne seraient les “protagonistes du nouveau printemps européen” qu'il appelle de ses vœux pour réformer l'Union européenne. Il s'adressait aux médias à l'issue d'une rencontre avec le ministre polonais de l'Intérieur, Joachim Brudzinski, [qui] a souligné de son côté que l'Italie et la Pologne étaient d'accord sur presque tous les sujets abordés. Les deux pays, a-t-il insisté, “ne comptent pas quitter l’Union européenne” car ils sont “partie intégrante de l’Union”. Ils souhaiteraient au contraire la “renforcer” en “améliorant la sécurité” et la “réformer” afin qu'elle soit “plus proche des citoyens que des élites”. » 

Parlant précisément du projet de renouvellement du Traité de l’Élysée de 1963, qui doit être signé par Macron et Merkel le 22 janvier prochain, Breitbart-UK écrit à propos de la visite de Salvini en Pologne, pour préciser dans quelle circonstance a été suggérée l’idée de remplacer un axe par un autre : « Faisant allusion à un autre pacte évoqué mercredi, – celui de Macron et de Merkel prévoyant d’intégrer leurs deux pays sur des matières telles que la défense et les affaires étrangères comme un arrangement précurseur de l’“Europe souveraine”, – Mr Salvini a interrogé : “Je me demande si un axe polono-italien ne pourrait pas remplacer l’axe franco-allemand ?” »  

Le projet de renouvellement du Traité de l’Élysée représente ainsi la plus parfaite trahison de ce que devait être le premier traité, tel qu’imaginé par de Gaulle et très rapidement défiguré par l’ajout d’un “Protocole” liant l’Allemagne à l’OTAN et aux USA, par le Bundestag, quelques mois après sa signature. Macron-Merkel achèvent ainsi la complète liquidation de la souveraineté, conformément à la tradition globaliste que ces deux dirigeants totalement discrédités entendent imposer avant leur naufrage commun, ou en même temps que leur naufrage commun, – car Macron et Merkel ont au moins et sûrement quelque chose en commun, qui est leur naufrage politique : 

« La France et l'Allemagne doivent élaborer des politiques de défense, des politiques étrangère et économique communes dans le cadre d'un pacte de “jumelage” sans précédent, considéré comme un prototype pour l'avenir de l'Union européenne. Angela Merkel et le président Macron vont signer ce mois-ci un traité qui permettra à ces deux pays voisins de présenter un front diplomatique uni et d'agir conjointement dans les missions de maintien de la paix.

» Les régions situées de part et d'autre de la frontière franco-allemande seront encouragées à former des “Eurodistricts” comprenant des réseaux fusionnés d'eau, d'électricité et de transports en commun. Berlin et Paris offriront des liquidités pour encourager ces zones transfrontalières, qui pourraient impliquer des hôpitaux partagés, des projets conjoints ou des projets environnementaux communs. » (Selon le Times de Londres du 10 janvier.)

... Par conséquent, on ne rit plus à l’idée de Salvini, de remplacer l’axe franco-allemand, parce que cet axe est devenu nocif, catastrophique et mortifère à l’image de leurs deux opérateurs, Macron et Merkel. Les deux dirigeants faillis, ayant conduit l’Europe à la faillite, ayant capitulé partout où cela pouvait être fait face au monstre bureaucratique de Bruxelles ; lequel monstre, à la fois Orque etMordor, est bien loin d’être un substitut et un outil de la puissance allemande, mais bien une monstrueuse machinerie produisant d’elle-même des politiques catastrophiques pour tous les peuples.

La visite de Salvini en Pologne confirme donc bien qu’une immense bataille est désormais engagée en Europe et au sein de l'Europe, et le premier acte aura lieu en mai prochain. Cette bataille sera engagée dans des conditions nouvelles, qui sont apparues subrepticement dans les déclarations italiennes et polonaises :

• Les “eurosceptiques”, désormais, ce ne sont plus les souverainistes et les populistes, mais les globalistes du type du tandem Macron-Merkel, parce qu’ils sacrifient la sécurité de l’Europe, notamment avec leur politique d’immigration et le transfert de tous leurs pouvoirs au réseaux financiers et bancaires internationaux. Ce tournant autant dialectique que tactique est rendu possible par la montée vertigineuse du mécontentement politique dans le sens du populisme, et bien entendu l’important événement des Gilets-Jaunes en France.

• Donc, le but des souverainistes-populistes n’est plus de “quitter l’Europe” mais de “sauver l’Europe” des mains des globalistes. Il s’agit de hausser les principes du “nationalisme” au niveau européen, tout en protégeant les souverainetés des pays-membres... On en revient évidemment et toujours à “l’Europe des patries”. 

• Il y a tout aussi évidemment de la tactique électorale là-dedans : Salvini veut “ratisser très-large” en abandonnant l’aspect négatif prêté aux “eurosceptiques”, surtout à la lumière du catastrophique Brexit ; et en adoptant une tactique d’entrisme qui commencerait par le Parlement Européen. (On voit bien que l’objectif réel de Salvini, c’est bien de parvenir à faire des souverainistes-populistes le premier parti européen au PE.)

• Il nous paraît assez inutile de chercher en détails les impossibilités et les imperfections de cette tactique, – qui, justement, n’est qu’une tactique, et donc un moyen et un outil plutôt qu’un but. Là n’est pas le débat, parce que le débat c’est d’abord de tenter de mettre KO toute la nomenklatura globaliste européenne, dans les gouvernements, au PE, dans les institutions européennes, etc. Après, on verra, parce que la situation politique sera complètement nouvelle et qu’alors tout sera ouvert et possible.

• “Tout sera ouvert et possible”... Y compris, selon notre appréciation, une véritable explosion-révolution de l’intérieur de l’UE, si les souverainistes-populistes l’emportent. L’entrisme, cela sert également à aller poser une bombe dans le cœur grondant de la chose qu’on veut conquérir : quelles que soient les intentions réelles de Salvini, notre sentiment est qu’il est inexorablement poussé d’abord à détruire (d’une façon ou d’une autre et selon ce qui est possible et souhaitable, tout ce qui a rapport avec l’UE en place) ; cela, même s’il se dit meilleur européen que les globalistes, – ce qui est d’ailleurs vrai, – et pas du tout “eurosceptique”, – ce qui est disons à moitié vrai, en poussant un peu pour faire passer l’argument qui a le charme des paradoxes et le panache de l’oxymore...

• Ce que nous désignerions comme un “Moment” historique pour l’Europe, c’est bien ceci que la prépondérance franco-allemande est totalement mise en cause, et elle l’est, et elle peut et doit l’être à juste raison, à cause de la trahison des élites. Il est montré par les divers événements en cours autant que par le comportement et l’action des dirigeants de cet “axe” franco-allemand que cette prépondérance n’a plus aucune légitimité.

 

Mis en ligne le 11 janvier 2019 à 13H40

  • 11 janvier 2019 à 00:00

La victimisation comme ADM (*) de la nation

Par info@dedefensa.org

La victimisation comme ADM (*) de la nation

 Nos lecteurs ne sont pas sans savoir que le multiculturalisme est devenu une véritable doctrine d’État qui repose sur les fondations d’un droit à la différence qui fait en sorte d’empêcher toute forme de cohésion sociale. Chaque minorité qui tire sur la couverture contribue à fracturer toujours un peu plus le tissu social d’une nation qui n’est qu’une suite de vœux pieux, une sorte de construction artificielle déconnectée de la réalité quotidienne de ses habitants.

De la lutte des classes à la lutte de tous contre tous

Les premiers marxistes, s’appuyant probablement sur une approche néodarwinienne de la lutte pour la survie, ont développé une vision des rapports de subordination entre les possédants et les exécutants qu’ils ont baptisée « lutte des classes ». Cette vision du monde stipule que l’aliénation des classes laborieuses serait causée par leur incapacité à s’approprier les moyens de production, ce qui n’est pas faux comme prédicat.

Toutefois, le danger inhérent à cette doctrine provient du fait de postuler que les classes laborieuses doivent renverser les classes possédantes si elles veulent être en mesure de se libérer des chaînes de l’oppression et devenir, à leur tour, une force de transformation de la société. Personne ne peut nier qu’il existe des situations historiques qui font en sorte que le peuple ne dispose pas d’autre issue que celle qui consiste à provoquer un changement radical dans l’ordre social afin de se libérer de la tutelle d’une classe de parasites occupant les meilleures places.

Toutefois, cette vision de la libération des peuples comporte sa part d’ombre. Au lieu de favoriser la mise en place d’une méritocratie qui permettrait de faire percoler, à force de persévérance, le génie populaire en direction des plus hautes sphères de la société, l’utopie de la « lutte des classes » professe que les « faibles » doivent d’abord renverser « les forts » afin de pouvoir s’élever par la suite.

Se poser en victime afin de prendre le contrôle

Et, c’est justement ce prédicat qui contient le levain de cette victimisation délétère qui constitue une sorte d’enzyme qui gruge la cohésion de nos sociétés actuelles. S’il est indéniable qu’il existe des situations où certains de nos concitoyens deviennent les victimes d’abus réels, il n’empêche que la victimisation est devenue une sorte de processus de chantagequi permet à des minorités agissantes de profiter des failles de l’édifice social pour tirer leur épingle du jeu.

Qu’il me soit permis de relater un souvenir qui remonte à mes études universitaires en Communication. Jeune étudiant, inscrit à un cours dénommé « visual dynamics », j’avais assisté à la curieuse manœuvre d’une étudiante particulièrement manipulatrice et foncièrement malhonnête. S’appuyant sur la montée en flèche du féminisme des années 80, cette jeune opportuniste avait profité de l’arrogance du professeur responsable de ce cours pour porter plainte à la direction en arguant avoir été victime de « sexisme ».

En fait, le professeur en question avait la fâcheuse habitude de nous tancer d’une manière qui frôlait la violence verbale par moments. Profitant de sa position d’autorité pour nous insulter et nous mener la vie dure, cet abruti ne faisait pas de différence entre les garçons et les filles : « tout était bon dans le cochon » pour faire souffrir une jeunesse qui avait le malheur d’être spontanée et joyeuse. La jeune étudiante opportuniste s’étant fait « remonter les bretelles », lors de la présentation d’un projet de mi-session, s’empressa d’aller porter plainte à la direction contre l’abruti en chef et parvint à faire en sorte que ce dernier reçoive une sorte de « motion de blâme » particulièrement salée.

La « victime » venait de gagner une première manche et elle profita de cet effet de levier pour faire chanter l’abruti durant le reste de la session. Invariablement, elle obtenait des notes supérieures aux nôtres pour des travaux qui laissaient à désirer et, curieusement, c’est elle qui était devenue la plus arrogante de la classe et qui passait son temps à casser du sucre sur le dos de l’infortuné professeur qui ne savait plus où se mettre. La « victime » était devenue « bourreau » en tirant parti d’un système particulièrement pervers basé sur la délation et le chantage. Il en va de même pour un nombre croissant de minorités agissantes qui profitent de notre crise civilisationnelle pour s’arroger les meilleures places au sein d’une société qui fonctionne à l’envers.

 

(*) ADM pour “Arme de Destruction Massive”

  • 12 janvier 2019 à 00:00
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