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À partir d’avant-hierLe blog de Seb Musset

En attendant le reconfinement

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Lors du point presse gouvernemental du 22 octobre 2020 (sur la montée du virus COVID-19 dans la population, médiatiquement nommée la deuxième vague), j’ai appris plusieurs choses intéressantes : 

- Que le couvre-feu à 21 heures d'un tiers de la population, bien que respecté et n’ayant aucun effet : il serait étendu a encore plus de territoires dans le pays. 

- Que, au même titre que le lavage des mains et le port du masque, le travail était considéré comme un geste barrière. (dixit Castex) 

-  Que, si les Français n’étaient pas plus responsables, le reconfinement leur pendait au nez en novembre (même si le mot a soigneusement été évité). Toujours selon le même Castex. 

- Que, au bout de bientôt un an d’alerte pandémique, une première vague sur le sol français et, après avoir décidé la réouverture totale des frontières, des écoles, des transports en communs saturés, après ne pas avoir clairement obligé à placer en télétravail les salariés des entreprises qui le pouvaient alors que notre pays explose les records de contamination européen, le ministre de la santé avait tout juste "démarré une étude sur les lieux de contaminations des malades du COVID". 

 "C’était fascinant. Nous vivions dans une peur panique de l’invisible et nous étions dirigés par des cons, surdiplômés mais authentiquement cons " : C’est ce que je raconterai à mes petits enfants au coin du brasero dans mes montagnes reculées pour leur expliquer comment nos gouvernements occidentaux s’y sont pris pour flinguer nos pays. Je leur dirais aussi : "Oui, l’effondrement est arrivé à forces de mesures destructrices et liberticides qui n’ont en rien enrayé le virus". Un virus ça n’est pas un "ennemi". Ça n’a pas d’âme. Un virus ça se propage. C’est sa fonction unique. L’obstination de ce gouvernement à ne pas reconnaitre son impuissance dans ce domaine est la plus grosse erreur de son catalogue d'erreurs. 

Pour contrebalancer sa noyade quotidienne, la république du Baltringuistan opte pour les mesures liberticides, l'infantilisation et la culpabilisation des Français. C’est la faute des jeunes et de leurs soirées clandestines ou des mauvais citoyens qui portent mal leur masque. C’est peut-être vrai, mais de façon résiduelle, à la marge. La seule chose que je constate concrètement pour le moment c’est que nous payons et n'avons pas fini de payer collectivement les conséquences de mesures à 100% gouvernementales

- Le confinement et son blocage de l’économie au printemps avec des conséquences désastreuses à court, moyen et long terme, n’a qu’une justification : l’impossibilité des hôpitaux à faire face à cause du  manque de lits de réanimations, de personnels soignants. Cette impossibilité résulte de décisions politiques(1). Entre les deux vagues du virus des milliards ont été distribués aux grosses entreprises, rien n'a été fait pour l’hôpital. Devine quoi ? Ce sont des décisions gouvernementales. 

- Le déconfinement, géré en mode YOLO (par un certain Jean Castex, logiquement promu premier ministre), la rentrée décomplexée du slip avec des écoles et universités grandes ouvertes et bondées, des transports en commun saturés et du présentiel inutile dans des entreprises aux protocoles sanitaires souvent risibles ? Là encore : des décisions gouvernementales.

Einstein disait parait-il que "la folie c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent".

Comme d'autres gouvernants, notre Président du Baltringuistan s'est piégé lui-même en déclarant une guerre sans munition ni stratégie, en continuant comme ses prédécesseurs à tirer sur sa propre armée  (l'hôpital). Ces néolibéraux n'ont pas de vision à long terme autre que leur logiciel classique : coupes budgétaires pour faire plaisir aux copains et travail + endettement pour assommer la populace.

Voilà donc qu’après avoir "sauvé les vacances", la petite musique du "il faut sauver noël" se fait subtilement entendre dans les médias (qui non contents de faire l'après-vente du couvre-feu, teasent désormais les bandes-annonces gouvernementales). En décodé les ploucs, on va peut-être bien à nouveau vous parquer sur canapé. Faut dire, ça craque un peu dans tous les pays d’Europe quelle que soit la ligne sanitaire menée. Ici, notre prétentieuse République du Baltringuistan a choisi une gestion à base de "je montre mes muscles" et de contraventions à 135 euros, et elle est régulièrement prise en flagrant délit d'incohérence et de ridicule. Sur la base imaginaire de "morts évitées", elle alimente une défiance populaire et génère une misère croissante (1 million de Français supplémentaires ont basculé sous le seuil de pauvreté depuis le début de l’année) qui inévitablement tourneront en violence. 

"Je ne dirais pas que c'est un échec : ça n'a pas marché" a déclaré le conseiller clientèle en chef le 14 octobre au sujet de l’application mobile Stop Covid. Il pourrait l'appliquer à l'ensemble de sa gestion depuis le départ de cette histoire. 

Face à ce virus, avec ce que l'on sait et ce que l'on ne sait pas, il n’y a pas 36 attitudes à avoir. Il y en a juste 2, elles sont relativement simples et ont chacune un coût : Le renoncement total à la liberté (avec ses conséquences) ou l’acceptation éclairée de cette liberté en attendant que ça passe (avec ses conséquences). En résumé, on serre la vis ou on serre les fesses. Toutes les mesurettes entre sont vouées à l’échec répété. Les gesticulations gouvernementales depuis septembre sur le dos de nos libertés pour ménager les vieux (qui votent, à la différence des jeunes) et le MEDEF ne trompent personne : nous subissons en temps réel un ratage gouvernemental de plus. 

En attendant, je ne dis pas qu’il va y avoir reconfinement : je dis juste que je vais juste profiter des vacances des parisiens pour stocker des nouilles, des vinyles et du rhum. 

(1) Rappel : Sarkozy a fermé une centaine d'hôpitaux et environ 50000 lits d'hôpital pour "éviter de faire payer l'addition à la génération qui vient"


Et maintenant, essayons la dictature

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Voilà. La nation solidaire attendait impatiemment les décisions du plouc. Il a parlé. 

"On s'était progressivement habitués à être une société d'individus libres"

Après avoir laissé les écoles ouvertes, les transports en commun pleins à craquer,  ne pas avoir imposé le télé-travail et chié à longueur de journées depuis Paris des mesures incohérentes et contradictoires,  face à la hausse des contaminations, le conseiller clientèle en chef de la république du Baltringuistan annonce ce soir un reconfinement reloaded sous forme de "couvre-feu" de 21h à 6h pour 20 millions de personnes.  Pourquoi pas la réglementation de consommation du Banga et l’interdiction de la marelle, tant qu’on y est ?  Ça doit bien être un peu efficace aussi. 

Embarrassé par ces flagrants-délits d'incompétence répétés et le constat de son impuissance le reste du temps, la république du Baltringuistan doit montrer à son électorat âgé qu'elle agît. Disons-le clairement d'un point de vue sanitaire cette nouvelle étape du couvre-feu sera une « bataille » perdue comme les précédentes. On ne déclare pas la guerre sans munitions ni artillerie, sans stratégie ni capacité à apprendre de ses erreurs. Tout ce qui a été mené jusque-là par la technocratie du Baltringuistan a raté.

- L'absence de masques au début, 
- Le confinement (conséquence massue d’échecs préalables), 
- Le déconfinement (et son open bar décomplexé, avec frontières ouvertes illicos pour les cadres sup), 
- Les tests en pagaille (qui n’ont clairement servi à rien durant des semaines),
- L’application mobile torchée avec les pieds,
- L’obligation aveugle du masque en extérieur (au lieu de clairement plancher sur des mesures sanitaires efficaces d’aménagement ou de ventilation des locaux et de favoriser le télé-travail). 

Mais peu importe, le bougre est grisé. Le plus important c'est de nous faire glisser par touches progressives dans un régime policier et totalitaire au cas où les esprits s'échaufferaient (et avec les millions de chômeurs qui vont débouler, ça devrait fort logiquement se produire). 

Après tout, pourquoi s'en priverait-il ? Maintenant qu'il a le pied dans la porte, qu'on est tous bien conditionnés et qu'on se bâillonne bien gentiment la gueule, tout est possible. 

L’épidémie se propage de plus belle parce que personne n'y peut rien, ni Macron ni personne. On est en slip face à ce virus (en slip, mais avec un masque). S’ils daignaient descendre dans ce pays qui les terrorise, nos élites constateraient que le masque est bien porté partout, même dans les coins où il n’est pas obligatoire (vu et vérifié ce week-end à la boulangerie d’un village de l’Eure-et-Loire : 100% du port du masque). Mais un bout de tissu n’est pas la panacée. Un masque retarde, diminue, mais n'est en aucun cas une protection à 100%. Tant que tu peux respirer tu peux contaminer et être contaminé, Promiscuité + espace non ventilé = contamination inéluctable, masque ou pas. Un enfant de 5 ans peut le comprendre. Les plus grosses villes sont aujourd'hui les plus touchées par une reprise des contaminations. Les écoles et universités (35%), les entreprises (20%) sont les principaux cloaques de contamination (aka clusters (Chiffres : Santé Publique France). Et fuck l’entassement dans les transports publics. Ça n’existe pas, c’est pour les pauvres dixit le préposé gouvernemental aux transports. Evidences balayées avec condescendance d’un revers de main magique par le gouvernement des déconnectés. 

Voila donc le programme. Vivre enterré (sauf pour aller travailler) pour ne pas risquer de mourir, quel projet et pour quelle putain de réussite jusqu'à présent ! La start up nation est en fait le pays de l’enlisement technocratique au service exclusif de la rente, du MEDEF et de sa réélection. Avec le bon appui médiatique*, le conseiller clientèle en chef en chef pourra peut-être se prévaloir d'avoir « sauvé des vies », puisqu’il ne lui reste que le domaine du fantasme pour démontrer l’efficacité de son action (tout en accusant le moindre sceptique de complotisme ou de propager des fake news). Combien de vies ce gouvernement aura t-il concrètement flinguées pour en arriver à ce chiffre imaginaire ? Le bilan des morts évitées est le paroxysme de la malhonnêteté intellectuelle. On pourra y opposer dans quelques temps le chiffre réel des suicides, dépressions, autres pathologies non soignées à cause de la gestion hystérique du machin chinois ainsi que le bilan désastreux pour les petites entreprises, les secteurs « non essentiels » de l’économie (indice chez vous : tout ce qui n’a pas de gros actionnaires) et l’ensemble d’une classe d’âge à qui l’étiquette génération Covid collera sur le front durant des décennies pour justifier un taux de chômage stratosphérique et son assortiment de salaires minables (pour changer). Dangereux je ne sais pas, mais il m’a l’air quand même bien un petit peu néo libéral ce virus. 

Sacrifier les vieux tout en culpabilisant les jeunes, puis sacrifier les jeunes tout en ne faisant concrètement rien pour les vieux, et que les seconds en veulent aux premiers pour leur égoïsme et vice versa, et au final tous les accuser de ne pas être de bons citoyens : Voilà à peu près la seule ligne que l’on peut dégager de la gestion sanitaire gouvernementale.

Il reste néanmoins une lueur d’espoir. A 100% de positivité, avec une écrasante majorité de survivants, cet acharnement thérapeutique au mépris complet des libertés fondamentales en démocratie, de notre bien être, de notre santé dans les tous les autres domaines devrait cesser. On pourra peut-être enfin retrouver ce qui fait qu'une vie vaut la peine d'être vécue, et collectivement corriger les erreurs qui nous ont conduit jusque-là, au lieu de s’acharner à se fracasser à répétition contre le mur de l'évidence : on ne peut pas vivre sans respirer. 

Je n’en suis même plus si sûr. Les murs de la prison mentale que nous construisons de nos petites mains à force de renoncements masqués, de consentements quotidiens à l'absurde et à la perte d'espaces de liberté que nous peinerons à reconquérir, m’ont l’air bien épais.

*Je rappelle les bases médiatiques françaises :
Trump = Prout, Macron = Roi Soleil.

(rassemblement de trois personnes autorisé)

Collaborons avec l'ennemi

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Le chef de guerre en carton aura mis neuf mois à capituler : il faut « vivre avec le virus ». 

Après l'appel solennel à la guerre au printemps, l’automne venu l’état-major dépassé reconnait la défaite. La puissance ennemie a envahi le territoire, signons l’armistice : collaborons avec l'ennemi invisible. 

Réduisant la "quatorzaine" à sept jours et allégeant le protocole sanitaire des écoles au moment même où le nombre de cas explose (cassons le thermomètre ça fera baisser la fièvre et au passage sacrifions les enseignants), le conseiller clientèle en chef prouve sans l'avouer qu'il a fait le choix de l’immunité collective. Je ne vais pas m’en plaindre à titre personnel d’autant que je ne vois toujours pas l’ombre d’un vague rhume venir. Reste encore une montagne d’absurdités technocratiques quotidiennes qui ont plus à voir avec la superstition qu'avec la science et dont nous sommes tous et toutes les acteurs : le port du masque obligatoire mais à géométrie variable suivant que tu sois piéton ou buveur de bière en terrasse, la frénésie du test inutile, les injonctions à la consommation de masse et au maintien d’une vie professionnelle et culturelle « normale » alors même que l’on nous culpabilise en permanence sur nos regroupements familiaux ou personnels…  

Magie des chiffres. Le nombre des réanimations Covid est sensiblement le même à trois mois d’intervalle : 750 au 17 mars (hausse), au 17 juin (baisse), au 17 septembre (hausse). Le virus semble aussi saisonnier que l’incompétence des gouvernements Philippe et Castex qui, d'un semestre à l'autre, ont foiré la gestion des masques en pénurie et celle des tests en abondance. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, et avec toujours aussi peu de lits et de personnels dans les hôpitaux alors que les milliards ont été copieusement distribués au secteur privé : nous devrions repartir pour une période dure, pour peu qu’on l’ait quittée un jour. Ça tombe bien les Français désirent, parait-il, de l’autorité. Et s'il y a des morts, on pourra toujours dire que c'est la faute de ceux qui vivent dans le péché. 

Quand la guerre sera terminée (d’ici quatre ans, temps moyen constaté des guerres occidentales), qu'une puissance étrangère (la Chine qui sait, smiley cocasse) nous aura libéré avec son vaccin salvateur et qu’un ouvrage-somme sera publié sur cette débâcle, il aura suffi à son auteur de reprendre la chronologie des faits et les déclarations de chacun pour savourer le grotesque de notre hystérie nationale. Elle n'a d’égale que l’absence stratégique de nos gouvernants et l’impuissance matérielle dans laquelle ce gouvernement (et ceux d’avant) à force de coupes budgétaires ont délibérément plongé le pays. 

On pourrait s’en amuser pourtant mon petit doigt me dit que les temps compliqués ne font que commencer et que la période, aussi démesurée que simple, du confinement généralisé nous paraîtra si douce en comparaison de ce quotidien de tests obligatoires permanents, de fichage à tous les étages et de délation qui nous pend au nez. Sans parler du vaccin magique qui nous promet encore une belle tranche de rigolade républicaine. 

Comme a dit un ami il y a de cela quelques années : « tout ça finira dans des stades, et pas pour faire du sport ».


Panique à Covid Country - Saison 2, épisode 1 : La peur contre-attaque !

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
C’est la rançon du succès. La saison 1 vous a cloué à votre fauteuil, la saison 2 va vous couper le souffle. Quant un blockbuster marche de la sorte, il faut s’attendre à une suite bien opportuniste. Bienvenue donc à la « deuxième vague » du Covid 19 tant espérée par nos autorités. 

Alors stop. J’entends dire que la « guerre » contre « un ennemi invisible » serait un prétexte idéal pour soumettre les populations mondiales, à commencer par notre belle république du baltringuistan. Je m’inscris en faux. Ce n’est pas un complot. Vu le ratage du printemps dernier et l’improvisation générale au plus haut sommet, je ne vois pas l’ombre d’une préparation ou même d’une ébauche de plan de complot de la part des tocards en charge des choses et de nos destins. Nous avons simplement à faire aujourd’hui à la médiocrité de cyniques qui s’adaptent à la situation.

Le conseiller clientèle en chef est-il décidé à surfer sur la seconde vague jusqu’aux prochaines présidentielles en instaurant plus qu’un climat de terreur, en propageant la croyance ? Deux ans c’est a peu près ce qui nous est annoncé pour une éradication du virus, deux ans c’est à peu près ce qui nous sépare de la prochaine présidentielle. Au passage si cela permet de mater en gardant les mains propres toute opposition, contestation ou vague mouvement social pour des raisons « sanitaires » : ce serait quand même pas mal. 

Le Covid-19 est désormais plus qu’un virus, c’est une religion. Moins on le voit plus on y croit. Ça n'a pas de fin. Toutes les mesures contradictoires de l'été, d'une ville à l'autre, efficaces ou non, ont plus avoir avec l’irrationnel et la superstition qu’avec la science. Et de quoi une religion a besoin pour perdurer ? De fidèles. Ce petit monde orwelien se met en place « naturellement » sans même que l’on puisse le reprocher à quelqu’un tant nous sommes tous acteurs de cette farce.

Le cocktail est parfait : la peur de la mort, le code de bonne conduite (même s'il est absurde et sans cesse contredit), la culpabilité (tout est de notre faute, on ne cesse de nous le rappeler) et la confession (les déclarations de cas-contact : de la délation pure et simple). Nous avons nos évangélistes (H24 sur les chaines d’info pour qui d’ailleurs les règles de port de masque obligatoire ne s’appliquent pas) et des hérétiques (bouh les méchants anti-masques). 

On croyait être au-dessus de ça, on s’est recréé une nouvelle religion en six mois, sponsorisée par les chaines d’infos continus et validée par l’état. On en a même oublié la Chine qui nous a envoyé cette merde. On fonctionne désormais en panique autogénérée. Evidemment « anti masques » ou « pro Raoult »  sont moqués et assimilés à des complotistes avec l’aide de toutes les rédactions et des portes flingues de la pensée autorisée sur les réseaux sociaux quant bien même ils ont (parfois) raison.  On en est à un point de délire collectif que l’on nous demanderait de se foutre une plume dans le cul pour nous protéger du virus qu’on trouverait encore des moralistes rentrant leur deux mois de vacances à l’autre bout de l’Europe pour nous dire qu’on a mal lu le tuto sur gouv.fr, qu’on s’est trompé de sens, et que vraiment « le français » est bien moins responsable que le grec ou l’italien qui lui se soumet bien gentiment aux consignes sanitaires et sert des Spritz à prix cassés.  

Tandis que les files d'attente s'allongent devant les centres de test (by the way : le meilleur endroit pour être contaminé), une logique se dessine tout de même dans ce délire : ce gouvernement nous aime bien malades, apeurés, isolés, cons et dépendants de lui. Pour l’instant force est de constater : ça marche.  Nous aimons croire, nous aimons avoir peur et, pour beaucoup, nous aimons même être malades. Après nous avoir convaincu en quatre jours de nous emprisonner de nous mêmes deux mois à domicile, Jacques à dit pour la rentrée : pour faire oublier le fiasco des masques de l’hiver dernier, je t'oblige à porter un masque en extérieur à l'automne (inutile tant qu’il n’y a pas de situation de promiscuité). Pour ta santé et celle des autres, ton masque tu porteras dans la rue ou au travail sauf si tu fumes, tu bois au bar et en terrasse ou si tu es à l’antenne de BFM. Tout ceci est parfaitement logique.

En comparant les statistiques INSEE des dernières années avec les chiffres des décès identifiés COVID on s'aperçoit en fait que la moyenne de l’espérance de vie AVEC Covid est proche, voire supérieure, à celle SANS Covid (paye ton apocalypse), des pans de l’économie à commencer par ceux de la culture s’effondrent les uns après les autres et notre plus gros recruteur sera bientôt Pole Emploi…  Mais peu importe. Ce n’est pas le résultat qui compte, mais l’effort collectif et notre peine individuelle en attendant le vaccin (obligatoire et payant) de la rédemption. 

Le paradis ça se mérite. 

Sinon c’était comment les vacances ?


Port du masque obligatoire, c’est la chenille qui redémarre

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Deux mois sont passés dans le monde d'après...

En juin, on souffle un peu. Le citoyen veut des vacances, l'Etat veut du PIB. Un petit air de "plus rien à foutre du virus" plane sur le pays depuis le début du déconfinement. Les incompétents du gouvernement ont été remplacés par d'autres incompétents provisoirement moins impopulaires. On peut donc recommencer à culpabiliser le quidam, lui dire qu'on va lui baisser son salaire, qu'il coûte trop cher, qu'il se relâche trop, fait trop la fête et porte mal son masque. 

En juillet, ça reconfine un peu partout en Europe. Plusieurs signaux sanitaires sur une hausse de la propagation du covid titillent ces rédactions d'info-feuilleton qui raffolent de l'affolement. Le gouvernement Baltringuistan-du-Castex décrète en plein milieu des grandes vacances (comme il le ferait pour une hausse de taxe honteuse) que le port du masque est obligatoire dans les lieux publics clos (tous sauf l’entreprise bien sûr, ce qui permet aux experts de chaines d'info-feuilleton de faire la morale sans masque en lieu clos sur l'importance pour les autres de porter le masque en lieu clos).

J’avoue que je ne comprends pas le pataquès actuel autour du port du masque, comme s’il fallait être systématiquement pro ou anti sur chaque chose. Je croyais naïvement que le port du masque dans les lieux publics clos était, si ce n'est obligatoire, au moins très fortement recommandé vu que c’est précisément l'absence de masques l'hiver dernier qui nous a collectivement fait traverser deux mois merdiques au printemps suivant. 

Il fallait juste le temps que l'opinion oublie un peu le fiasco d'état de la pénurie de masques à l'origine du confinement pour que le nouveau gouvernement légifère plus fermement au sujet du petit bout de tissu qui, s'il avait été livré à temps et porté par tout le monde nous aurait probablement évité deux mois de prison et dix ans de crise économique.  

Le masque c'est surtout le marqueur le plus visible d'un sombre futur collectif. On veut revenir comme avant, avant le confinement, même si "comme avant" c’était loin d’être la joie. C'est ça le monde d'après, chapitre 1 : « le monde d’avant n’a pas compris qu’il était mort ». Tout est en transition. Relations humaines, réunions, façon de travailler, tourisme, lieu de vie, espace habitable… plus rien n’est déjà plus comme avant et ça va continuer.  Il y a ceux qui le comprennent et s'adaptent et ceux qui foncent sans masque et gestes barrière, avec les mêmes schémas mentaux et certitudes, dans le monde d’hier. Si ce n’est pas ce virus, ce sera son petit frère encore plus musclé. La question n’est pas si mais quand. Les années à venir, dans les domaines sanitaire, écologique et économique, ressembleront plus à Mad Max qu’à L’auberge espagnole

C'est ce que nous dit le masque et c'est ce que l'on voudrait oublier.  


Vers 2022 après la chute de LREM aux municipales

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Avec tous ces évènements contrariants, ces mensonges, les discours creux et l'impuissance du pouvoir, j'en avais oublié qu'il y avait des élections locales. Donc, j'ai fait mon devoir du citoyen qui peut encore se regarder dans la glace sans honte : je suis allé bronzer au parc. Faut dire j'habite Paris et l'offre était réellement à chier.

Même si les municipales sont à chaque scrutin un cas particulier avec des problématiques locales et des personnalités distinctes, les résultats de ce second tour après deux mois de confinement sont une bonne prise de température démocratique.

Alors quelques réflexions en vrac :

1 / Tout le monde s’en fout. Un taux d’abstention record qui confirme la défiance globale contre un système. j’ai entendu parler de « dégagisme démocratique » mais c’est à peu près ça. Quand on écoute la rhétorique satisfaite des élu-e-s sur les plateaux télés dimanche soir, ça se comprend un peu. Le pouvoir n'est pas au peuple. 

2 / LREM retourne dans la fosse à purin d'où elle vient. C’est plus qu’une claque, c’est la démonstration que LREM est avant tout une secte marketing de neuneus hors-sol formée par et pour le conseiller clientèle en chef : Macron.

3 / Les verts font l'OPA et prennent en solo des grosses villes (Lyon, Bordeaux, Poitiers…). Ils ratent de très peu Lille. Ce sera intéressant de voir qui a voté vert (Est-ce un vote jeune ? Quels sont les revenus moyens des électeurs ?). Beaucoup de ces métropoles néo-vertes sont depuis ces dernières années des terres d’exil pour familles moyennes parisiennes confrontés à un immobilier prohibitif (en cours de vidange démographique).

4 / Gazon de synthèse à Paris. Compte tenu du point 3 c’est la ville de Paris sort un peu ringardisée par la victoire d’Hidalgo. Paris aurait pu être verte, Paris sera un bout de pelouse en plastique entre un chantier abandonné, un Velib cassé et un 4X4 en double file. En se peinturlurant écolo depuis un an, et en absorbant le candidat EELV qui n’a pas brillé par sa pugnacité, Anne Hidalgo réussit toutefois l’exploit d’être réélue alors que personne ne peut l’encadrer ici. Elle peut dire un grand merci à la division de la droite, la bite à Griveaux et la nullité de Buzyn, mais il faut lui reconnaitre une très grande habileté politique qui en fait une sérieuse prétendante à la présidentielle (misère).

5 / Le RN prend Perpignan mais baisse nationalement. 

6 / Le PS a trop vite fait de se gargariser des résultats. Il est siphonné idéologiquement par l’écologie. La prochaine question est l'écologie a-t-elle vraiment besoin du PS ? 

Ça se confirme donc peu à peu., la prochaine ligne de combat pour la présidentielle ne sera pas la gauche contre la droite. Ça ne ne sera même par libéralisme contre état providence (après le fiasco sanitaire et la nationalisation de l’économie confinée, il ne reste bien qu’une poignée de macronistes fanatisés pour réclamer moins d’état). 

Ecologie et souverainisme devraient être les deux axes forts de la prochaine présidentielle. La petite subtilité c’est que ces deux axes, pas forcément contradictoires, peuvent être aussi bien repris par la droite traditionnelle que par la gauche historique. Si ces thématiques ne sont pas récupérées par les indéboulonnables tartuffes habituels, et si Macron est dézingué dès le premier tour, ça nous promet donc de beaux débats et de beaux projets, car il y a dans les deux domaines de vrais virages urgents à prendre.

La fête à la terreur est finie

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Veuillez circuler, consommer et reprendre une activité normale. Terminé le télé-travail, terminées les précautions, terminés les masques qui ne servent à rien mais qui servent quand même mais qui ne servent à rien à partir du 22 juin, terminés les enfants qui sont dangereux, les consignes de sécurité et les lois mathématiques. Le COVID est terminé. Bon,  on en est en fait « officiellement » au niveau de février, logique que notre conseiller clientèle en chef nous sorte le même discours : tout va bien.

Il se sera écoulé moins de temps entre le moment où nous avons eu le droit de nous déplacer au-delà de 1km du domicile et le moment où nous pouvons aller jusqu’au bout de l’Europe en avion (35 jours) que de temps passé où nous avons été limités dans nos déplacements dans ce rayon de 1 kilomètre (59 jours). La seule continuité cohérente dans l'action politique de notre glorieux leader en trois mois aura été de repousser le confinement pour assurer le premier tour des municipales et d’accélérer le déconfinement pour assurer le second.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, tout pourrait donc recommencer à l'identique. Aucune leçon retenue. Stratégie du doigt mouillé. Hystérie à tous les étages. On ferme tout, on ne pense pas aux conséquences. On ouvre tout, on ne pense pas aux conséquences. C’est guignol au théâtre des croyances. Le déconfinement aura été encore plus bordélique que le confinement. On a juste eu moins d’attestation à sortir, c’est toujours un progrès. Ne blâmons pas tant ce gouvernement. Qu’on ait des tocards en charge de tout c’est une certitude, mais il n’y a pas que ça. On a juste eu la démonstration par l’exemple de la nocivité de notre époque de surinformation permanente, de la domination de la com sur toute décision, on ajoute à ça les petits calculs politiques à courte vue et une gestion technocratique déconnectée de tout (le monde des patrons comme celui des salariés) et vous aurez trois mois de suicide collectif pour sauver (chiffre au choix selon vos convictions) personnes d’un COVID dont on ne sait à cette heure-ci qu'une seule chose avec certitude : on ne dit pas LE covid mais LA covid. 

La donnée stable c'est qu’on ne sait toujours pas vraiment qui est malade et qui ne l’est pas. Démerde toi avec ça, t'as l'habitude.

Maintenant que la fête à la terreur est finie, on va pouvoir rentrer dans le dur. Des faillites, du chômage king size, des plans de licenciements à gogo et une génération sacrifiée (indice chez vous, c’est toujours la même depuis 30 ans : elle est aussi blanche que noire et elle a moins de 30 ans).

Nous sommes dans une situation d’après-guerre sauf qu’il n’y a rien à reconstruire. Bref, le monde d’après c’est comme le monde d’avant mais avec du salaire en moins.

En vous souhaitant un bon deuxième semestre. 


Et Macron refait l'histoire

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Je ne sais pas à quoi il carbure mais c'est violent.

Dans un publi-reportage de BFM, notre conseiller clientèle en chef déclare que La France n’a "jamais été en rupture de masques" alors que c'est précisément une des raisons pour lesquelles notre chef de guerre sans munitions a consigné le pays à domicile durant deux mois, l'embarquant au passage dans une crise économique cataclysmique.

Cet homme fait vraiment de la politique pour l’image et les écrans que son électorat regarde : les chaines d’information.

Rappel. Les chaines d’information, ce n’est pas de l’information : c’est le spectacle de l’information. Ce spectacle s’accommode bien volontiers du « dire » politique. Le spectacle de l’information a besoin d’épisodes quotidiens. Peu importe qu’ils soient faux et outranciers, au contraire. Tout ce qui compte c’est la prise de position, le dire, la catch phrase qui fera réagir, qui offusquera même. Plus c’est gros mieux c’est.

Rappel. La post-vérité, ce sont les "circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles".

Rappel. L’homme politique sans pouvoir ne fait pas, il dit qu’il fait, qu'il va faire ou qu'il a fait.

L’homme politique de la post-vérité ne s'embrasse pas des faits, il répète son mensonge juste à temps qu’il devienne vrai. Il est peut-être même convaincu de ce qu'il dit.  Il y a toujours eu une dimension sectaire chez Macron, ce qui a d’ailleurs permis son ascension fulgurante. Un homme politique n’avouera jamais qu’il s’est trompé (ou alors c’est un mauvais politique, et par conséquent juste un homme).

Un chef de secte est à l'aise avec la post-vérité. Il n’est pas dans le vrai ou le faux. Il est l'incarnation même de la seule réalité possible. Mon projet est le meilleur parce que c'est mon projet.

A bientôt pour "nous avons toujours disposé de millions de tests" et "le confinement n'a jamais eu lieu".

Un mars et cent balles pour les héros

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Alors les héros, vous avez travaillés sans compter ces trois derniers mois ? Vous vouliez des hausses des salaires, plus de moyens, des masques et des appareils de réanimations pour les hôpitaux et, soyons fous, des créations d’emploi ? Après un semestre d’épidémie et de surtension hospitalière (cause principale du confinement des Français), le conseiller clientèle en chef et la Power Point Action Team vous ont entendu : vous aurez des médailles. Chocolat pour les garçons, Fraise pour les filles. Ça vous changera des lacrymos que la police gouvernementale vous envoyait dans la gueule quand vous aviez encore le droit de manifester.

Rassurez-vous.

Si ça ne suffit pas, Muriel Pénicaud, ministre du travail des autres, demande aux Français de vous transférer leurs congés. De toutes les façons, ils ne vont pas pouvoir s’en servir.

Dès qu’il faut instrumentaliser les soignants et l’hôpital, on peut compter sur la république populaire du Baltringuisan (rappelons l’invasion de la Pitié-Salpétrière par de zombies extra-terrestres montée de toutes pièces par le Ministre de la Castagne le 1er mai 2019). J’en ai vu des merdes humaines en politique mais du niveau de Macron et de ses ploucs on est dans le fond de cuve de tout ce qui est humainement le plus puant sur cette planète.

Les soignants sont comme les Français, ils disent merde à cette clique déconnectée qui ne représente et défend que les intérêts d'une poignée qui accapare toutes les richesses, les services publics et maintenant la santé, en sacrifiant tout le reste. Les soignants le disent sur tous les tons depuis un moment d'ailleurs. Ils n'étaient jusque-là pas écouté du pouvoir. C'est chose faite, le gouvernement vient de leur cracher à la gueule.



Le jour d'à peu près

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Le journal du confinement c'est comme le confinement, on y prend goût et on a un petit peur du changement faut bien dire.

Pas de panique, nous allons nous désintoxiquer progressivement. 

Pour ma part pas d'excès. Je consommais peu avant le confinement je consommerai encore moins après et, grâce à Hidalgo (qui l'eut cru) je me suis habitué à courir à l'aube devant les grilles fermées des parcs publics. Y a pas à dire : on croise moins de monde. 

Inconscients, perplexes ou sceptiques devant le pari de la reprise du 11 mai, chacun déconfinera à sa vitesse.  Il ne fallait pas attendre lundi matin 9 heures pour comprendre que le déconfinement du 11 est un pari d'état aves ses morceaux d'improvisation et sa culpabilisation en thème de fond (je rappelle que pour la septième compagnie en charge de la gestion du troupeau : le peuple est un enfant sale).  Ça s’entasse copieusement dans un métro qui tourne au ralenti, le ministre de la santé et de l'horoscope des régions fait l'étonné à la radio : "c'est dommage" déplore-t-il le plus sérieusement du monde. A l'école rien n'est prêt. La colère des élus, des chefs d'établissements, des enseignants trahissent les discours du ministre de la Nation Apprenante qui, toute honte bue, au sortir de huit semaines de confinement déclare qu'il est moins risqué d'aller à l'école que de rester chez soi. 

Il y a une passion française évidente pour la file d'attente. Dans la rue, les files se sont transférées des supermarchés aux échoppes des coiffeurs ou aux pharmacies où l’on prend le risque désormais de se contaminer pour bénéficier, peut-être, du masque-torchon promis par la ville (au bout de cinq mois c’est toujours ça). C’est également le grand retour de l'autre fléau urbain qui ne manquait point, le type qui déambule le nez dans son smartphone sans regarder devant lui, généralement sans masque pour un plus grand confort de va te faire bien enculer

Majorité de gens masqués par chez moi. Cet anonymat généralisé est un plaisir qui doit s'apprécier à chaque seconde au pays de la vidéo surveillance et des décrets anti burqa. Des masques certes, mais des pas surs. J'en vois fumer au masque, d'autres l'enlever pour éternuer sans se protéger (au milieu des gens) pour remettre le masque et l'enlever de nouveau trente seconde après. Indifférence générale avec ou sans protection, le masque n’est qu’un code social. On le porte pour les mêmes raisons qu'on ne le portait pas avant : pour ne pas se faire remarquer. 

Question densité urbaine, je ne vois pas de grandes différences à Paris entre ce premier lundi de liberté (relative) et le dernier dimanche de confinement. Le vrai changement, ce sont les automobilistes qui sont revenus conquérants et en masse. Et ça grille du passage piéton, et ça occupe 80% de la largeur de la rue pour une personne, et ça force toutes les autres à s’entasser sur des trottoirs faméliques. Le problème de Paris a toujours été cette superposition sur un espace réduit des différents modes de circulation, un non-choix qui ne satisfait personne et mécontente tout le monde. Dans la nouvelle donne sanitaire ce non-choix devient criminel. Une voiture qui fonce dans la rue, c’est dix piétons qui finissent par se coller les uns aux autres. Et encore, on "profite" de l'absence provisoire  des terrasses de café qui s'étalent parfois jusqu'au caniveau.  Des rues doivent être réservées aux piétons, d’autres aux vélos et d’autres au voiture. Il est crétin de mélanger tout le monde au petit bonheur parisien, d’autant que l’expérience que c’est le plus motorisé qui fait sa loi, et que le piéton parisien à intériorisé qu’il devait prendre sur lui ou se faire écraser. 

Malgré l’éclaircie de 20h, moins de monde au balcon pour applaudir les héros. J’ai quand même bien envie que l'habitude perdure. Dans ce contexte autoritaire qui s'orwelise à vue d'oeil, il est bon de rappeler à qui de droit, par la persistance de cette simple coordination du bruit, que en bas nous sommes vaguement unis. Le pouvoir est comme nous, il ne bouge que quand il a peur. Ça tombe bien nous sommes tellement plus nombreux que lui. 




#confinement jour 55 à 59 : derniers jours tranquilles à Paris

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Mercredi. Un climat lourd s’abat sur les derniers jours du confinement officiel. Officieusement nous sommes déjà dans l’après. Dehors la vie passe de plus en plus vite. Les voitures tracent comme avant, plus vite encore. Je suis à peine sorti en trois jours et j'ai été le témoin de deux accrochages voiture / scooter. Ça promet pour la rentrée. Je ne cours plus et prends de moins en moins l’air. Ça recommence à puer. A mesure que Paris redevient Paris, je me « reconfine » mentalement dans ma détestation standard de cette ville.  Je n’ai pas envie de retrouver Paris ni le monde d’avant. Travail, circulation, nourriture, démonstration a été faite que nos modes de fonctionnement urbains classiques sont absurdes.

Chacun se cale sur la rentrée du 11 mai. Les coiffeurs sont bookés de 7h à 21h sur les deux prochaines semaines et les commerces sont dans les starting-blocks avec leurs procédures sanitaires. On va consommer autrement mais on va consommer bordel de merde !  Le déconfinement, et sa part de pari, nous font basculer dans l’inconnu collectif, le salut de chacun y dépend de l'attitude de tous et inversement. De ce côté, je suis confiant. Je nous trouve bien plus responsables, constructifs et soucieux de l'autre que les criminels et/ou connards qui nous ont menti, puni et sermonné durant deux mois : Le conseiller clientèle en chef cocaïné, le premier inutile, La Castagne, frère Salomon et son Top 50 de la mort, l'incontournable Sibeth porte-parole idéale de ce congrès d'idiots du village... A défaut de masques, en deux mois ces idiots inutiles nous ont construit les fondations d'une bonne société répressive. Le flicage s’installe tranquille sur le dos de l'épidémie. L’application Stop Covid n’est qu’un gadget, un chiffon rouge agité qui cache la philosophie punitive et carcérale de la gestion médicale du déconfinement : le traçage de la population via la « brigade des anges gardiens ». Ce dézingage du secret médical où la délation du cas positif, et des cas "contact" du cas positif, sera récompensée, pue très sérieusement du cul. 

Jeudi. Point presse de la Power Point Action Team. Rien de nouveau, absurdité à tous les étages en république de Baltringuistan. Sur l’école, c’est la schizophrénie en overdrive, la communication des tocards réussit l'exploit d'effrayer élus, profs, parents et élèves. Sur les transports en commun, on est dans le domaine du délirium pensé et conçu par des gens qui considèrent sincèrement que "les gueux" prennent le métro par plaisir. Alors que l’offre de transports devrait être doublée ou triplée à Paris, elle est réduite par deux, les stations de métro sont fermées et la place disponible dans les rames divisée par quatre. Et si ça merde, on ressortira la technologie révolutionnaire de la lutte sanitaire à la française : le PV pour défaut d’attestation d’employeur.

L’angle mort du déconfinement, c’est Paris, la région parisienne et son hyper concentration de tout. Ça ne peut pas être avoué mais la règle des cent kilomètres qui s’applique à tous les Français, y compris dans des zones avec trois cas de Covid, n’a été pensée QUE pour les franciliens.

Vendredi. Ballade avec L. Douceur de nos vacances d’intérieur hors du temps. Brève escapade vers le cimetière, là où mon confinement a commencé il y a huit semaines. La rue de la Gaité est une ville fantôme de western, avec ses bars, ses restos et ses sex shops abandonnés. Le restaurant Comme chez soi va probablement devoir changer de nom, comme la publicité de cette enseigne en décoration qui nous assure que vous allez aimer rentrer chez vous.

Samedi. Le temps se brouille. Orages à venir. La parenthèse se referme.

Que retenir de ces deux mois de confinement au temps élastique ? 

D’un point de vue personnel, je n’ai pas appris grand-chose sur moi que je ne savais déjà. Oui, le chant des oiseux m'est plus profitable que le bruit des hommes. A. et R. m’ont impressionné par leur prise en main des évènements et de la pression : travail, organisation et imagination. Il aura fallu être aux portes de la mort pour enfin parler à P. Depuis, il va mieux comme on peut aller mieux avec une playlist shuffle de pathologies toutes pires les unes que les autres. Il a demandé du chocolat, l'espoir renait. Les poumons ont bien été touchés par le covid, le système nerveux aussi, mais il est passé au travers. Jamais vu un tel organisme. Il est du genre sûr de lui, même dans sa façon de d'envoyer se faire foutre la maladie. 

J'ai eu la confirmation que je n’ai pas la main verte, mon "coquelicot salade" a doublé de volume mais il reste une énigme. Ma cuisine n'est pas un pays pour le vieil escargot. Il est mort. 

Je n’en ai pas appris plus sur ce virus en deux mois et ce malgré la quantité d’information disponible et les tartines lues chez les "experts" comme chez les profanes. Les uns n'ont rien à envier aux autres. On commence tout juste à s’interroger sur la date même de l'arrivée sur le territoire français, hypothèse qui, si elle s’avérait juste, balayerait toutes nos constructions confinées. Et si la première vague n'était pas en fait déjà la deuxième ?  Mais rien ne sert de fantasmer. On ne sait rien et c 'est ça qui est bien. C'est une cure générale d'humilité. Tout n'est que science fiction, limite superstition, le meilleur comme le pire. 

En deux mois, j'en ai appris un peu plus sur la machine d’état. Je ne me faisais aucune illusion sur la fragilité du bazar mais la baraque est bien plus en ruines que je ne le pensais. La république ne tient plus qu’avec une punaise rouillée, trois bouts de scotch et le ciment fragile de notre soumission.

J'ai également la confirmation qu'un pouvoir à bout n'hésitera pas à user et abuser de la répression, et qu'il profite de la confusion des esprits pour se construire une petite société de la surveillance et de la punition, aux petits oignons. Le pouvoir ne sert plus qu'à ça : non pas à nous protéger, mais à se protéger  lui de nous. 

J’en ai appris un peu plus sur notre monde du travail. La majorité de nos boulots « modernes » ne servent strictement à rien, ils peuvent être accomplis n’importe où par n’importe à n’importe quelle vitesse. L’hallucination collective perdure pourtant. Je le savais, il fallait juste l’expérimenter IRL. C’est fait.

Je n’en ai pas appris plus sur le confinement en deux mois. Le confinement n’est qu'une punition collective décrétées par des puissants apeurés (pour eux) pour des erreurs qu'ils ont commises. Le plus effarant est qu'en deux mois nous en faisons maintenant « une normalité sanitaire » et nous sommes prêts à y retourner. Le confinement est le résultat débile et injuste d’une anomalie criminelle de gestion. Stupide processus autoritaire et infantilisant qui réussit l’exploit de nous angoisser encore plus à la perspective de le quitter. Un jour prochain on s’interrogera peut-être sur l’âge moyen des décès constatés et le fait que ce sont les pays où il y a le plus de personnes âgées et très âgées qui présentent le plus de victimes. En clair, l’acharnement à vouloir vivre très vieux, après une vie où l’on n’a globalement fait attention à rien en termes d’alimentation et de santé, est une des raisons de la paralysie des sociétés occidentales au printemps 2020. Cette gestion sanitaire est à l’image de notre vision de la médecine : soigner au dernier moment au lieu de prévenir. La médecine étant un bien de consommation comme un autre, on exige du résultat quel que soit l’état de santé du patient. Les industries pharmaceutiques poussent évidemment dans ce sens. Le médicament rapporte plus que la façon de ne pas en avoir besoin. De ce côté là, nous ressortons de la crise comme nous y sommes entrés : sans avoir évolué d’un pouce. Ah si, on téléconsulte désormais... A bien des égards, la terreur du virus ayant éloigné les français des cabinets médicaux et des centres de dépistage d’autre pathologies, causera beaucoup de dégâts. Ils seront lissés dans le temps et n'auront pas le privilège d'une édition spéciale de deux mois sur BFM.

Pour le reste, comme pour expier son insouciance hivernale, en intraveineuse d'alerte info, l'être humain, qui a peur de son ombre, s'est construit une nouvelle terreur : la peur irrationnelle de mourir de ce virus (alors que tu as à ce jour toujours plus de chances de mourrir écrasé par une ambulance). Les croyances, la peur, les pratiques à respecter : combien de temps resterons-nous accrochés à cette religion ?

Soulagé de tourner la page de ce "journal de confinement" qui n'a pas évolué comme je l'imaginais, plus politique et moins intime. Ça ce sera peut-être pour après, on ne peut pas tout dire en temps réel. Cette période m'aura permis de renouer avec le blog, avec vous et les copains blogueurs aussi et ça c'est bien. Il faut avouer aussi que cette nullité d'état, quelque part entre Black Mirror et le Gendarme à Saint-Tropez, méritait d'être consignée au chapitre prélude au fascisme dans la grande encyclopédie de la connerie.

Je m'apprête donc comme vous à revenir sans joie aucune dans le monde d'avant, en pire ou pas. Il sera ce que nous en ferons. En équilibriste. S'accrocher à la volonté de changer le monde, mordre aux mollets les méchants et parallèlement chercher son prochain lieu d'assignation pour l'été.

Pour l'instant, la priorité c'est de revoir en vrai ceux et celles que l'on aime et de leur dire qu'on les aime...

...et de quitter la ville.

A tout à l'heure.







Les jours d'avant :

#confinement jour 54 : la saison des masques

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Ça y est ils arrivent. Saveur profiteur de guerre ou foutage de gueule, les masques sont là. Il y en aura pour tous et tout le temps de la pharmacie à l'hypermarché. 

Après un rapide survol des premiers arrivages en grande surface (oui ils étaient dans le besoin), c'est, au mieux, 50 balles pour 50 masques. On peut trouver moins cher (on me parle de 30 balles chez Netto) on peut évidemment trouver bien plus couteux. Avec 50 masques tu tiens une semaine. Vous êtes 4 dans la famille ? Pas de souci : c'est 200 balles la semaine sur lequel l'Etat empochera 5,5% de TVA.

Et le tiroir caisse va fonctionner. Même si le masque n'est qu'un des dispositifs de protection qui n'exonère pas de garder ses distances et de se laver les mains régulièrement, et même si les Français sont largement défiants envers la gestion du gouvernement (60% selon le dernier sondage Elabe), ils sont 67% à être inquiets du déconfinement (On se demande bien pourquoi vu le niveau d'incohérence du plan national et son incompréhensible explication de texte ?) et 80% à encore craindre l''épidémie

Chacun achète des masques, chacun en réserve, chacun en veut. Il y a deux mois tu passais pour un terroriste quand tu te baladais en te couvrant le visage, tu passeras bientôt pour un ennemi de l'état sanitaire en marchant tête nue, dans une rue jonchée de masques souillés. 

Devant le logiciel si novateur de la start-up nation constitué de sauf-conduits, de réglementations en douze tomes et de distribution de PV, "la débrouille" (tout ce que tu as mis en place en termes de fabrications de masque durant deux mois) devrait normalement être prohibé dans l'espace public dans de brefs délais. 

Peu importe que la défaillance de l'Etat soit à l'origine d'un confinement massue de 60 jours, d'une paralysie du pays, de dizaine de milliers de morts et d'un crash économique king-size : tu es là pour payer pour le prix de leur incompétence. Ils ne te la font plus payer en te privant de liberté, mais en conditionnant ton retour à cette liberté à l'acquittement d'un forfait santé hebdomadaire (le masque) pour une durée indéterminée. 

Avantage non négligeable de cette nouvelle religion : les autorités incompétentes pourront toujours expliquer un retour au confinement par notre non-respect du port du masque ou port de masques non-homologués.  

Je ne peux parler de la qualité des masques en question, je n'en ai pas eu encore entre les mains. J'attends avec confiance que la république du Baltringuistan me fournisse gratuitement, et en abondance, ce masque qu'il veut m'obliger à porter après m'avoir fait subir 60 jours de confinement à cause de son incapacité à me le fournir en temps voulu tout en me martelant par la suite qu'il était inutile, voire contre-productif, pour ma santé et celle des autres.

Je reste donc chez moi et j'attends. 

Les masques vont arriver d'une minute à l'autre.

J'ai confiance car je vis dans un état fort et protecteur. 



Les jours d'avant :

#confinement jour 52 et 53 : dangereux mais pas dangereux

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Depuis que se profile plus concrètement la reprise (ne parlons même plus de déconfinement celui-ci ayant officieusement débuté il y a trois semaines), le climat dans mon quartier se durcit. Nervosité bien plus palpable, invectives dans la rue et resserrement des procédures d’accès aux magasins d’alimentation alors que c’était souvent un joyeux bordel autogéré plutôt intelligemment jusqu’ici. C’est comme si nous nous étions habitués à la prison et que la perspective d’une réouverture officielle de la vie d’avant dans un cadre sanitaire incohérent, voire schizophrénique, confrontait chacun, du citoyen au chef d’entreprise, à ses responsabilités. Le déconfinement va être plus contraignant que le confinement. Côté direction d’entreprise, on fait tellement sur soi à l’idée d’être « hors normes » et de se choper une action justice ou un droit de retrait à la première minute du retour dans les locaux, que les consignes sont de plus en plus strictes. 

A plus grande échelle, c’est ce qui se passe à l’école avec cette reprise du 11 mai qui craque de tous les côtés, par peur chez les parents et peur d'actions en justice chez les élus. Le protocole sanitaire « simplifié » de 54 pages tout bonnement infaisable n’a pas calmé les esprits. Devant la vague d’opposition des parents aux maires face à cette réouverture précipitée, faisant preuve d’une méconnaissance totale de ce qu’est la réalité d’une classe, le conseiller clientèle en chef était en visite avec son ministre de l’éducation apprenante, Jean-Michel Apeuprès, dans une école élémentaire de Poissy. Lors de cette initiative de communication désespérée à destination prioritaire du public âgé des chaines d’info, Emmanuel Macron a enfin officialisé qu’il parlait aux Français comme à des gamins. Passons sur le fait qu’il portait un masque déconseillé par les normes AFNOR, masque qu’il a d’ailleurs touché et enlevé à plusieurs reprises (autant de gestes interdits dans le protocole dont il est venu vanter le sérieux), cette séquence gênante est la démonstration par l’image du piège dans lequel s’est enfermé le pouvoir en nous enfermant chez nous.

Plus étonnant, après deux mois de paralysie d’un pays, la logique de « c’est dangereux mais c’est pas dangereux » qui prévalait en janvier-février, avec les conséquences que l’on connait, est la même en cours pour le déconfinement : « c’est pas dangereux mais c’est dangereux ». On aura donc rien appris.

Si le confinement avait sa part d’absurdité, le déconfinement nous confronte brutalement avec nos principes d’avant. Impossibilité structurelle du déconfinement dans les transports publics parisiens, rappelons-le historiquement conçus (et gérés ainsi depuis) pour nous entasser comme des bestiaux à destination de l'abattoir. En temps normal, on peut passer vingt minutes à l’arrêt compressé dans l'aisselle de son voisin pour cause d’ « incident voyageur ». A partir du 11 mai, c’est l’intégralité du métro parisien qui devient un « incident voyageur ». Dans les commerces parisiens, le même problème se profile. Loyers excessifs et souci de rentabilité obligent, tout y a été dessiné en se basant sur l'endurance élevée du parisien à la promiscuité. C’est incompatible avec la logique de distanciation physique. D’ailleurs, hormis quelques quartiers désertés, le 7e arrondissement et le marais depuis le 17 mars, Paris est l’antithèse totale du concept de distanciation physique.

Le grotesque de la gestion politique des dernières semaines bascule dans une autre dimension, le retour aux impératifs d’un vie normale « comme avant » après deux mois d’injonctions continues à faire attention à tout, à tout le monde et tout le temps. Bien malin celui qui pourra dessiner les mois à venir. On peut tout aussi bien retourner dans nos cellules dans deux semaines que se la couler douce sur la plage dans trois mois.

C’était finalement bien plus simple à gérer pour tout le monde quand nous étions apeurés chacun chez nous. Que va faire l'homo-occidentalus ? 

Continuer de lui-même dans cette voie ? 
Faire sécession et retourner aux valeurs essentielles loin de cette vie à la con que ce "pas de côté" lui aura permis d'identifier ? 
Rejoindre la brigade des "anges gardiens" pour pister les malades ? 
Oublier ?  
Acheter le nouvel Iphone avec l'émoji capable de reconnaitre les émotions et la température anale ?  
Voler pour se nourrir car désormais avec ce bazar il basculé dans l'extrême pauvreté  ? 
Trainer les responsables politiques du fiasco en justice ?
Dealer des tests ? 
Développer son appétence à l'autogestion sans plus s'emmerder du cadre étatique ?  
Partir en vacances dans un rayon de 100 kilomètres ? 
Ne plus voter ? 
Voter Edouard Philippe ? 

Je n'ai jamais connu une période avec un tel niveau d'incertitude dans tous les domaines. 



Les jours d'avant :

#confinement jour 50 et 51 : la stratégie de l'échec

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
C'est souvent le week-end que les bons réflexes de la Power Point Action Team reviennent au galop pour saccager la maigre stratégie de sortie de crise définie trois jours plus tôt. Alors que la distribution (euh vente) de masques s’apparente plus à une opération commerciale qu'une opération de santé publique, la castagne, ministre de l’intérieur, annonce déjà la couleur du déconfinement : le pouvoir de verbaliser sera étendu. On ne change pas une équipe qui perd. 50 jours. Pas de test, pas de masque mais toujours plus de contraventions et, sait-on jamais, dans le cadre de la milice sanitaire des « anges gardiens » qui pointe le bout de son nez dans le non-respect le plus complet du secret médical, la possibilité de nous entre-verbaliser entre citoyens grâce au statut d’auto-entrepreneur ? Au point de ridicule quotidiennement atteint et quotidiennement repoussé, plus rien ne m’étonne. 

Olivier Veran, ministre de la bonne santé et de l’horoscope des départements, désavoue également le conseiller clientèle en chef et le premier Inutile dans une interview au Parisien où il tente un énième petit chantage merdeux à la culpabilisation sur le citoyen : si vous n'êtes pas sages, il n’y aura finalement peut-être pas de déconfinement le 11 mai, indice que tout est paramètre pour un bon "c'est pas de notre faute" en cas de fiasco de déconfinement avec, par exemple, le ratage annoncé d'une reprise scolaire dont personne, avec deux doigts de bon sens, ne peut vouloir.

Peu à peu, chacun à sa vitesse va se prendre une grosse gueule de bois post-virus et in-crise en réalisant la folie de ces dernières semaines et surtout le montant de l'addition à régler sur douze générations (si l’on en reste aux modalités de remboursement du « monde d’avant »). Autant dire que le pouvoir a intérêt à faire durer la peur et laisser mariner le plus longtemps possible les Français dans la marmite de la menace invisible au virus, en s'essuyant les pieds sur le cadre légal. 

C'est peu de dire que nous n’avons pas été dans la prévention avec le Covid. Nous le sommes encore à peine en six mois d'existence, il n’y a qu’à constater le nombre de décisions gouvernementales sur les modalités du déconfinement qui vont à l’encontre des injonctions sanitaires qu'ils ont eux-mêmes définies : Pas de quarantaine annoncée pour toute personne en provenance de l'UE alors qu'il nous sera interdit d'aller de Paris à Rouen, autorisation d'avoir quinze élèves dans une classe mais interdiction de faire du jogging à moins de dix mètres l'un de l'autre, autorisation de s'entasser dans le métro mais pas de se balader seul sur une plage... Ces décisions mises côte à côte n'ont aucun putain de sens. 

Le pays en est là, dans cette torpeur matinée d'indolence. D'un côté, les terrorisés tournent en rond dans la logique binaire, "je m’enferme je vis" vs. "je sors je meurs".  De l'autre, pour diverses raisons (fatalisme, besoin de manger, appétence pour les mathématiques ou goût simple des choses cohérentes) on écoute de moins en moins la logorrhée kafkaïenne de ces tocards. Oui vraiment, nous vivons une période intéressante


Les jours d'avant :

#confinement jour 48 et 49 : La politique de la peur

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Marche sur le bitume humide vers Montparnasse au 1er mai. Il est midi je suis parfaitement seul. Il y a un ici nous étions pris au piège avec L. sous les lacrymos des policiers, sans aucune raison autre que la volonté de nous effrayer (ce qui réussissait d'ailleurs). C’était mon troisième défilé du 1er mai sous tension en 3 ans : nassé, bombardé de lacrymos et donc masqué, déjà. Alors que cette fête des travailleurs est au départ une fête populaire, elle est devenue dangereuse en République du Baltringuistan.

J’ai assez fait de manifestations sous Sarkozy (avec mes enfants) parfaitement bien encadrées et sans débordement (alors que les effectifs policiers étaient bien plus importants et le niveau de défiance largement comparable) pour pouvoir affirmer qu’il y a depuis trois ans une volonté policière de dégrader l’image des mouvement sociaux, à commencer par les plus populaires et inoffensifs comme le 1er mai, en les laissant sombrer dans la violence, voire en en y contribuant activement. La police est toujours à l’image des gouvernements, et depuis quelques années celui-ci est violent et maladroit. Le gouvernement crache sur les gens, sur la contestation, la police crache du Lbd et son mépris est toutes vannes ouvertes, logique.

Pour être parfaitement honnête, cette radicalisation côté policier n’a pas commencé sous Macron mais sous François Hollande, période Valls, dans la foulée des contestations parisiennes de Nuit Debout en mars 2016 et des semaines de mobilisation dans les rues contre la loi travail. Nuit Debout qui a été sujet de moquerie n’est rien d’autres que la version anticipée, plus éthérée, plus "bobo" si vous voulez, des Gilets Jaunes à venir. Cette autogestion énervée de la Place de la République qui a duré trois semaines a clairement marqué un changement dans la gestion des mouvements sociaux par les forces de l’ordre.

Quatre ans plus tard, après des centaines d’yeux crevés, de membres amputés, de morts injustifiables, il faut prendre le petit mot matinal de notre conseiller clientèle en chef sur les « chamailleries » du 1er mai pour ce qu’il est : une preuve de mépris de plus, son retour à la normalité.

A mesure la menace du virus diminue la présence policière, elle, augmente dans les rues de mon quartier. Au bout de deux mois alors que la perspective d'une "libération" approche, Il rejoint ainsi le niveau constaté dans des régions de France où le nombre de contrôles est inversement proportionnel à celui des personnes hospitalisées.

C'est résumer la seule stratégie (claire) gouvernementale actuelle : maintenir la peur. Et il faudra la maintenir plus que jamais face au constat du fiasco sanitaire gouvernemental et de la catastrophe économique qu'il aura généré. D'autant que la crise économique engendrera mécaniquement une montée de la colère sociale. Bientôt le virus n’aura même plus de raison d’être, seul restera le dispositif répressif. Nos esprits sont formatés par deux mois d'angoisse confinée et de menace aussi totale qu'invisible. 

Soit vous avez peur et vous êtes soumis, soit vous êtes un ennemi.





Les jours d'avant :
Jour 2 - Jour 3 - Jour 4 - Jour 5 - Jour 6 - Jour 7 - Jour 8 - Jour 9 - Jour 10 - Jour 11 - Jour 12 - Jour 13 - Jour 14 - Jour 15 et 16 - Jour 17 - Jour 18 -  Jour 19 - Jour 20  - Jour 21 Jour 22 et 23 - Jour 24 - Jour 25  Jour 26 - Jour 27 - Jour 28 - Jour 29 - Jour 30 - Jour 31 - Jour 32 Jour 33 - Jour 34 Jour 35 et 36 Jour 37 et 38 Jour 39  Jour 40 Jour 41 Jour 42 - Jour 43 et 44  Jour 45 Jour 46 Jour 47

#confinement jour 47 : Déconfinement : bientôt la fin du début

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Raymond Devos n’aurait pas écrit plus beau sketch que cette crise du Covid en république du Baltringuistan.

Bientôt 50 jours, un septième d'année, et "la guerre (sans munitions) contre l’ennemi invisible" devient une bouffonnerie dont les pompeux interprètes, empêtres dans leurs Power Point, n’ont pas conscience du ridicule. Les cloisons du labyrinthe sans issue construit par notre conseiller clientèle en chef et son équipe de bras cassés pour camoufler les conséquences de leur nullité se cassent la gueule de partout. Avec ce pataquès de l’école qui ne devait pas reprendre mais qui reprend le 11 mai pour finir par reprendre en juin et peut-être en fait pas du tout, même les maires du pays commencent à déclarer publiquement qu’ils n’écoutent plus ce gouvernement. 

Au bout de deux mois de grève générale forcée, ça commence à sentir la jacquerie.

Le pouvoir fait ce qu'il peut, c'est-à-dire pas grand-chose : du bruit et de la peur.  Caché derrière son paravent d’experts qui se contredisent d’une semaine l’autre, il pond des points presse toutes les deux minutes pour meubler la vacuité de son action. Il dessine des cartes en couleur comme s'il avait l'ombre du début d'une stratégie, il chie de la paperasse, des autorisations qui contredisent d’autres autorisations : ça occupe le populo et ça contente les chroniqueurs télés. Il tente de redoubler de solennité pour culpabiliser ce citoyen considéré depuis le début et jusqu’à la fin comme un gamin dissipé. Il créé des hits parades des morts et, quand il y en a moins, il décide des zones colorées, oh la belle verte ! Au cas où il serait, par inadvertance, trop limpide dans ses explications, il change les règles du jeu toutes les deux déclarations histoire de bien perdre le faible crédit que même le plus fidèle des fans ne lui portera bientôt plus. 

Le problème majeur c’est que nous sommes prisonniers, au propre et au figuré de ce jeu de dupes. Le pouvoir nous fait tourner comme un rat en cage. Oh pourvu que je sois en zone verte ! La récompense c'est la liberté surveillée, purée on a tellement réduit nos prétentions en deux mois qu'on s'est tous transformés en candidat de télé-réalité. Mets ton masque, ne le mets pas, bouge à un kilomètre, toi à cent, toi cours mais avant 9h et à plus de 10 mètres de ton prochain. Toi tu as une note orange, toi une rouge, peut mieux faire, c'est de ta faute aussi : tu ne portes pas ton masque, mauvais citoyen ! Nouveau Minority report de la santé, on nous sort maintenant des chiffres de vies sauvées "grâce" au confinement alors qu'on n’est même pas foutu de savoir qui est contaminé. 

Rappel : le confinement (l'enfermement des biens portants) n'a jamais été une solution. C'est une réponse temporaire face à un échec, en l'occurence en France une totale absence de politique sanitaire préventive auxquelles s'ajoutent les conséquences de coupes budgétaires dans les hôpitaux publics.  Le confinement est donc la plus belle définition du ratage politique. Nous vivons depuis sept semaines dans un ratage qui n'est pas de notre fait, mais bien celui de nos "dirigeants". 

Avec un pas de recul tout ceci est d’une drôlerie consommée. Simplement la farce tourne au tragique. 12 millions de chômeurs partiels, des dizaines de milliers de victimes indirectes à venir : entièrement de la responsabilité de ce pouvoir qui nous donne des leçons de savoir vivre et respirer. 

Sans miracle ou vaccin il n’y a pas d’issue au confinement, à moins d'accepter chacun de vivre avec la mort et plus probablement une toux temporaire. Le confinement est une construction mentale dont il ne tient qu'à nous de s'émanciper. C'est tout l'enjeu du "déconfinement" côté pouvoir : vous rendre les libertés utiles au PIB en vous gardant conditionnés à raser les murs le reste du temps. Cette partie-là ne se passera pas si simplement. Trop de contradictions et d'amateurisme au sommet peut-être. Peut-être même trop de sommet. 


Fabcaro


Les jours d'avant :
Jour 2 - Jour 3 - Jour 4 - Jour 5 - Jour 6 - Jour 7 - Jour 8 - Jour 9 - Jour 10 - Jour 11 - Jour 12 - Jour 13 - Jour 14 - Jour 15 et 16 - Jour 17 - Jour 18 -  Jour 19 - Jour 20  - Jour 21 Jour 22 et 23 - Jour 24 - Jour 25  Jour 26 - Jour 27 - Jour 28 - Jour 29 - Jour 30 - Jour 31 - Jour 32 Jour 33 - Jour 34 Jour 35 et 36 Jour 37 et 38 Jour 39  Jour 40 Jour 41 Jour 42 - Jour 43 et 44  Jour 45 Jour 46



#confinement jour 46 : Le Covid est le révélateur de nos incohérences

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
La phrase n'est pas de moi mais de Jean-Dominique Michel anthropologue suisse que j'ai découvert chez Le Yeti. Je vous conseille cette passionnante 'interview réalisée le 25 avril sur la crise sanitaire que l'occident si sûr de lui traverse en slip : impossibilité fondamentale du politique à reconnaitre ses erreurs, absence criminelle de vraie politiques de santé en occident qui préfère traiter à grands frais les conséquences plutôt que les causes, construction d'une psychose dans la population alors même que les chiffres des victimes sont bas... 

D'accord ou pas d'accord ça réveille et ça me permet à l'occasion de rattraper intelligemment un jour de retard dans mon calendrier de publication "en confinement". Que demande le peuple ? (Bah comme en mai comme en février : des masques. Gratuits). 



Les jours d'avant :
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#confinement jour 45 : Edouard Philippe : Français c'est de votre faute !

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Je ne sais même pas pourquoi je m’inflige encore ces prestations oratoires alors qu’il suffit d’attendre les louanges qui en seront chantées sur les chaines d’infos dans la foulée, ou encore les précisions ministérielles qui contrediront tout dès le lendemain.

J’ai donc subi, d’abord pour des raisons professionnelles, le discours du premier Inutile exposant devant les députés et la nation son plan de déconfinement. Il est conforme à ce que j’en espérais : absolument rien, avec quand même je le concède une surprise au niveau de sa complexité (cachant un n’importe quoi généralisé et les absurdités traditionnelles de la technocratie française). 

Avec ce Jacques-a-dit géant, Edouard Philippe aura fait la démonstration qu’il ne connait pas plus l’usage des transports en commun au quotidien (visiblement une partie de plaisir pour lui où il y a plein de places assises habituellement disponibles) que la vie en entreprise ("Hey mec, et si nous travaillions tous en décalé ? Comme ça on pourrait être ensemble sans jamais se rencontrer, génial non ?"), et que sa vie en exil tout frais payés sur sa petite planète dans la galaxie du privilège a l’air apaisée.

A l’évidence se dessine dans ce fatras de conditions digne d’un mode d’emploi pour monter sa voiture soi-même l’impression que l’échec est l’unique but recherché. C’est d’ailleurs sous-entendu dans sa conclusion à la tribune digne d’un Juppé sous cidre : si mon plan génial est un échec, ce sera uniquement la faute des Français. Quand il y a un tel doute, c'est qu'il n'y a pas l'envie. Philippe n’a tout simplement pas envie du déconfinement. Cet état de peur n’est pas pour déplaire au gouvernement (contestation éteinte, peuple concentré sur sa survie et méfiant du voisin qui devient l’ennemi) et à la ligne Philippe (qui n’est pas celle de Macron, beaucoup plus libéral dans le sens premier du terme sur certains points). Vous pensez à votre santé, à votre budget, à vos vacances… Edouard Philippe pense à 2022. Et il vient de droite, rappelons-le. Perdu pour perdu Macron fait le pari d’un retour à la normal rapide en tablant, peut-être naïvement, sur le civisme et la confiance. Philippe savonnera cette planche tant qu’il le pourra et il se méfie clairement des Français.

Concrètement, je n’ai donc rien appris sur mon quotidien avec cette prestation provisoire, il a été clairement annoncé dans une phrase que tout serait décidé au final le 7 mai, et que même cette décision pourrait être remise en cause dès le 8. Economiquement, rien non plus. Nous avons pris 10 millions de chômeurs partiels en cinquante jours (un salarié sur deux), des dizaines de milliers de boites vont faire faillite à cause de l’inconséquence sanitaire d’un gouvernement d’amateurs et le premier Inutile, traditionnellement pas le dernier pour nous faire la morale sur la nécessité d’entreprendre et de travailler après sa retraite, balaye la question économique en une seule phrase. Son paradigme désormais à Philippe, c’est le sécuritaire. Vous allez souffrir et avoir peur.

Je vois donc d’un très mauvais oeil, pour les raisons idéologiques susmentionnées, les « brigades sanitaires » annoncées par le premier Inutile. Elles visent à fliquer (sans forcément de compétences médicales) la population suspecte (potentiellement contaminée), bref à passer votre vie au peigne fin pour voir s’il faut vous enfermer ou non. Eux sonnent à la porte un jour : faites déjà le mort. Dans le bordel technocratique déroulé par le premier Inutile cette idée d’une milice autoformée de la bonne santé est passée comme une lettre à la poste. C’est bien plus inquiétant que l’application sur smartphone basée sur le volontariat. Mais ne nous énervons pas trop vite, s’il en va de cette Gestapo Autogérée des Gueux (la GAG) comme des masques, nous devrions en voir la couleur quand le virus n'existera plus. 

Bref le premier Inutile a parlé. Comme la semaine d’avant et la semaine d’après. Pour nous ça ne change pas grand-chose. Ils parlent des choses, nous les vivons. Nous ne sommes de deux mondes différents. N’oubliez pas que ces gens-là ont plus besoin de nous que nous n’avons besoin d’eux.

Gardez vos distances sociales avec ces mauvais. L’expérience prouve désormais qu’ils sont mauvais pour notre santé.



Les jours d'avant :
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#confinement jour 43 et 44 : Impatience en territoires vaguement unis de France

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
" - Encore du flan, mais tous les dimanches on fait un flan, j’en ai marre !"

L'insurrection gronde dans les rangs. Il est grand temps que tout ceci s’arrête.

Un test sur Facebook au début du confinement m’avait révélé que je craquerai le 28 avril. Si le quotidien est objectivement plus apaisé qu’au début, je ressens pour la première fois les signes extérieurs de l’impatience : extrême irritabilité, perte totale de légèreté et d’humour, accentuées par la défiance totale envers les conditions d'un déconfinement à la sauce gouvernementale qui promet d'être aussi décousu que nos masques. Nos agendas ne sont visiblement pas les mêmes et, malgré les apparences biologiques, nous ne sommes pas du même monde. Cette crise en aura été la démonstration la plus cinglante. Même l'opposition classique de l'intégralité du spectre politique aura été inaudible et décrédibilisée. Les solutions sont comme les problématiques : elles seront locales. Elles le sont déjà. S'il y a une demande forte de services publics, le centralisation et les pesanteurs de l'administratif à la Française auront été un accélérateur de déconnexion entre le pouvoir et ceux qu'ils sont censés protéger : nous.

La France devient officieusement les "Territoires vaguement unis de France". 

Ces cinquante premiers jours hors du temps pourraient ressembler à des vacances (et le patrtonat ne manquera pas de le considérer comme tel).  J’ai le sentiment de ne pas avoir eu une minute à moi. Les expéditions de ravitaillement, les lessives, les rédactions manuscrites d'attestation, les devoirs à gérer, trois repas pour jour pour trois, le sport à assurer pour tous, la réparation de l’Iphone pour l’ainée et les crises de colère de tout ce petit monde aussi énervé par l'enfermement qu'apeuré par les sorties au grand air. En aucun cas cette période n’aura été un temps de repos. J’en veux pour preuve le peu de films ou livres appréciés en cinquante jours : une poignée. Profitant d’une de mes attestations recyclables, nous sortons pour un tour de quartier à 16h05. J’ai emmené une balle pour faire quelques passes avec A. et R., nous n’en ferons presque aucune puisque chaque échange entre elles finit inexorablement en jalousies et crises de nerfs.

Appel à ma mère en fin d’après-midi. Voix fatiguée et triste, elle n’en peut plus de cette exil intérieur sans nous voir. Récit des dernières visites à l’hôpital, P. s’éteint peu à peu, amaigri, mais parfois encore conscient. Une phrase : « Je veux partir d’ici ».

Indice d’un retour prochain du déconfinement, après quarante cinq jours de soleil, le mauvais temps retombe sur Paris. Enfin une journée où je me satisfais de rester 24h de suite à la maison. Les filles en rythme de croisière s’occupent par le travail, la musique et le dessin.

Un article de 20 minutes relatant les angoisses des parisiens exilés à la campagne quant à leurs conditions de retour après leur deux mois de week end center parcs me fait presque sourire s'il ne faisait pas craindre le pire. Non, ne vous pressez pas pour rentrer. Si le confinement parisien a été moins pire que prévu, c'est essentiellement parce que nous étions un million de moins sur quelques kilomètres carrés. Un retour à la densité normale ici, c'est un carnage annoncé.

Le débat est tranché quant au retour à l'école : A. et R. n'iront pas avant septembre. Même adepte d'une sortie rapide de cette hystérie sanitaire, je ne peux me résoudre à intellectuellement accepter le concept instantané du "c'est sans danger" alors qu'on nous traite comme des criminels de masse depuis deux mois si l'on court deux minutes de trop dans la rue. Tout cela pour, au mieux, douze jours d'école.

A midi, du haut de ses onze ans, R. fait son Fillon :

"- Est-ce que De Gaulle aurait fait un confinement ?"

"-  Je ne sais pas ma chérie, en tous les cas il n'aurait pas mis cinquante jours à tourner autour du pot pour reconnaître que la sixième puissance économique du monde n'est pas capable de maitriser la technologie de production et de distribution à chaque citoyen du masque en papier". 

"- Mais y a déjà plein de gens qui travaillent aujourd'hui sans masque"

"-  Tu sais, quand il s'agit d'aller faire travailler les pauvres, il n'y a pas de polémique qui tienne. En revanche qu’il ne leur vienne pas à l’idée d’aller faire la fête, au restaurant ou d’aller à plus de 20 enterrer un de leurs proches contaminé : ce serait irresponsable.".


On critique les quelques types qui ont dansé dimanche sur Dalida dans le 18e arrondissement alors que c'est la plus saine des attitudes face à l'angoisse de ce monde absurde (sauf peut-être sur le choix musical). 

Comme le chantait Prince "We could all die anyday. But before I'll let that happen, i'm gonna dance my life away".



Les jours d'avant :
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#confinement jour 42 : un pouvoir inutile, arrogant et cynique

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Je n’aurai de cette triste et longue période de privation de liberté que le souvenir paradoxal de belles journées lumineuses qui passent trop vite. Quelques retouches sur la nouvelle version du film sur Prince (la projection de mardi a été un tel succès que nous recommençons la soirée mardi prochain), escapade cagoulée au supermarché et long apéro virtuel avec les amis du Kremlin des Blogs. A. et R. s’occupent dans une relative tranquillité à recréer des familles heureuses en Playmobil. P. est dans un état stationnaire. 

Je n’écoute absolument plus les informations des médias d’avant, aussi ringardisés que le gouvernement. Je glane ça et là quelques informations sur la situation qui chacune me donnent à  envie de sauter à la gorge des médiocres en charge.

Alors que l’on on ne peut plus sortir de nos salons et que l’on nous fait bien comprendre qu’un voyage au-delà du centre commercial le plus proche sans ausweiss est sérieusement compromis pour les deux prochaines années, l’Etat va prêter sans condition 7 Milliards d’Euros pour sauver les avions d’Air France (la compagnie n’appartient qu’a 14% à la France). Dire qu’il y a encore quelques années on se battait contre l’aéroport Notre Dame Des Landes, dans un monde covidé c’est la place de l’avion qui est remise en cause tout court. L’utilité d’un 777 est désormais proche de celle d’un président de la République Française : nulle (et couteuse).

Pour les masques en revanche, nothing as usual. Enfin presque, on apprend qu’après quatre mois de retard, et avoir verbalisé un million de français pour (estimations basse) 123 525 000 euros de recettes (ce qui représente à 8 cts le coût de fabrication : 1,2 Milliard de masques), la fameuse de livraison de masques par l’état sera en fait une vente de masques ...en provenance de Chine donc. (reste à espérer qu’ils arrivent AVANT le 11 mai et que l’on disposera d’une case à cocher sur l’attestation pour avoir le privilège de pouvoir les acheter).

Quoi qu’il arrive désormais, la gestion politique de cette période aura été un fiasco. Quarante jours de traversée du désert de l’action politique ou le dire à remplacer le faire. Le peuple attendait, et attends toujours, des réponses concrètes, humaines et des solutions de proximité, l’état lui a répondu attestation dérogatoire, PV, privation de liberté, police, interdiction aveugle de voir les proches, foutage de gueule et culpabilisation morale par-dessus le marché. Tout ça sans lui fournir l’ombre d’un début de masque.

Chaque ministre à l’image de Macron est désormais obnubilé par les élections de 2022. Votre santé ils s’en contrefoutent, c’est un bilan comptable, ça se trafique. D’autant que, objectivement, grâce à notre confinement, nous n’avons « que » 23.000 morts. Ne jamais oublier que c’est grâce à nos efforts, notre confinement n'est que la conséquence de leur inaction initiale. Chacun fait donc sa com’ d’où les contradictions et les one man shows inutiles selon ce schéma :

Mardi : déclaration du Premier Ministre (à la télé ou à l’assemblée nationale)

Mercredi : précisions contradictoires de chaque ministre.

Jeudi : précisions contredisant les précisions contradictoires de la veille.

Vendredi : polémique sur BFM : « la parole présidentielle n’est-elle pas trop contredite ? ».

Samedi : petite phrase du Président récoltée en off par un suce-boules à carte de presse : « Les Français doivent comprendre que le confinement ne s’arrêtera pas le 11 mai ».

Dimanche : article du JDD sur les nouvelles pistes du déconfinement en mode « indiscrétion »

Lundi : grandes lignes redéfinies par le PR à l’inverse de l’article du JDD.

Mardi : nouveau discours de Philippe

(Recommencer la séquence pour la semaine suivante, évacuer la question des masques une semaine sur l’autre.
Semaine A : « Les masques arrivent en masse bientôt »
Semaine B : « Les masques ne sont pas aussi utiles qu’on le dit »)

Voilà, c’est simple de gouverner en fait. Il suffit de parler. Non seulement ce pouvoir a perdu l’occasion de racheter ses erreurs passées, mais en plus il n’apprend rien et applique à la lettre les vieilles recettes avec arrogance et cynisme comme si de rien n’était. Avant ils justifiaient de leur impuissance en utilisant la carte « Europe », désormais ils se planquent derrière la parole sacrée des « experts scientifiques » (bande de nouveaux spécialistes des plateaux télés qui disent tout et son contraire au fil des semaines. Et s’il y a nouvelle vague d’épidémie, et augmentation du nombre de morts, la parade est trouvée soyez-en assurés : ce sera de notre faute.

Vous êtes aujourd'hui comme hier, du stock humain à qui il faut parler comme à des gosses.
Vous êtes dans la merde, eux ils sont déjà dans la campagne de 2022.

Pour le reste, le déconfinement est effectif, on sort tous. 
Au pied du mur,  le pouvoir des douze trains en retard en prendra acte dans un mois.




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#confinement jour 41 : contrôle d'attestation dérogatoire à Baltringuistan City

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Rien de neuf en République Populaire du Baltringuistan au 41e jour d'un confinement qui craque de partout : Toujours pas de masque et pas de test. Nourriture, approvisionnement, masques: la solidarité s'organise dans les interstices béants de la machine rouillée d'un état ringardisé. C'est presque à se demander si nous ne sommes pas entrain de vivre le rêve humide d'Ayn Rand d'une population qui reprend en main les choses. On pourrait s'en inquiéter, j'y vois un signe de bonne santé collective. Curieuse parenthèse enchantée, très provisoire puisqu'elle peut tout aussi bien tourner au cauchemar. En attendant le quartier est devenu bien plus agréable à vivre lors de la période de confinement qu'il ne l'était avant cette période. Moins de voitures, plus d'air pur, moins de stress, plus de dialogue.  

Quand j'écris rien de neuf, c'est faux. Pour la première fois, à l'approche de la 7e semaine de paralysie du pays par les "autorités compétentes" : j'ai été contrôlé ce matin par trois fonctionnaires semi-masqués qui ont vérifié si mon jogging était bien réglementaire. 

Palpable déception chez les forces de l'ordre : il l'était. 

Résumons la situation : 

a / Je suis en sueur, essoufflé, non masqué : donc à ne pas approcher (je vous rassure : je n'approche moi-même personne).

b / 3 policiers avec des masques chirurgicaux (qui ne les protègent donc pas) s'approchent de moi (alors que je les avais vu à cent mètres et que j'aurais pu me tirer discrètement, voire les semer sans souci, si je n'étais pas en règle) 

c / Ils prennent donc le risque d'attraper un virus (ils ont manipulé mes papiers à 30 cms de mon souffle durant une bonne minute) pour contrôler que je respecte les règles dont le but est d'assurer ma sécurité et celle des autres. 

d / Peut-on plus absurde ? 

Ce contrôle matinal est l'image qui me restera de l'action de l'état en 40 jours : un contrôle inutile et potentiellement dangereux.

Le demeuré de l'intérieur, CriCri la Castagne, déclare fièrement ce matin que "15,5 millions de contrôle ont été réalisés lors du confinement pour. 915 000 PV dressés". Tout cela pour un total de 17 masques distribués et probablement des milliers de policiers contaminés dans la manoeuvre. Ces technoconnards vont réussir à coller un PV à chaque français avant même de leur avoir distribué le premier masque. 

Au début du confinement j'écrivais que l'Union Européenne était morte avec ce virus, c'est le pays dans sa version institutionnelle qui est pas loin d'être explosé. Pas étonnant qu'ils aient envie que tout revienne au plus vite comme avant. Encore trois mois à ce rythme-là et chaque quartier de France fera sécession. 



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#confinement jour 40 : l'art de la contradiction

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
A moins d’un miracle (vaccin ou disparition soudaine du virus) ou que l’on accepte enfin de voir collectivement la mort en face tout en prenant nos précautions et responsabilités, il n’y a pas d’autre issue au confinement que le confinement. Le piège se referme donc sur le duo Elysée-Matignon à l’incompétence démasquée. Alors que chacun commence à s’organiser sa vie post-confinement (les boutiques réouvrent, les gens circulent) chaque jour qui passe permet aux Français, anxieux ou résignés, d’assister au pitoyable spectacle médiatique d’un pouvoir en déconfiture. Entre morgue, incompétence, culpabilisation et branlage de symbole, la Power Point Action Team En Marche s’enfonce de jour en jour dans le grotesque. 

Chaque annonce de la présidence est désormais démontée par le gouvernement. Sur la question de la reprise des cours le 11 mai, l’Elysée est contredit par le ministre dès le lendemain lui-même contredit par Matignon le jour d’après. Avec de tels clowns, l’opposition est atomisée. Macron et ses sbires plus ou moins controlés deviennent inaudibles mais jouissent encore d’une certaine légitimité pour certains. Ils donnent l’impression d’agir (action qui consiste à saturer l’espace médiatique pour dire qu’on agit). A ce rythme de confusion, parachevant le scandale d’état de la gestion des masques (status update : on en a toujours pas), ils vont inexorablement perdre aussi cette légitimité chez les plus, si ce n’est fidèles, au moins sagement respectueux des institutions. 

L’Elysée reprend finalement la main  dans la journée pour préciser que la reprise se fera sur la base du volontariat. Lequel ? Celui des professeurs sacrifiés ou des parents effrayés ? Les enfants, eux, sont laissés à leur angoisse. Ils ont très bien saisi la contradiction entre ces deux derniers mois d’un discours anxiogène où tout devient suspect et un environnement scolaire (qui a connu le premier mort du Covid rappelons-le) qu’on leur promet soudainement sans danger.

Cette injonction contradictoire puissance 1000 que représente la reprise scolaire au 11 mai enfonce le clou du manque de vision du pouvoir qui ne fait que ce qu’il croyait savoir faire : de la com’. A défaut de susciter de l’adhésion et de vendre du rêve, on pouvait au moins espérer de technocrates qu’ils sachent gérer les basiques d’une nation. On s’aperçoit que même pour ça ils sont très mauvais. Ça donne des leçons de travail à la terre entière mais ça n’est probablement pas capable d’organiser les tours de vaisselle à la cantoche de la colonie de vacances alors une entreprise, un budget familial serré ou un pays…

Je parle ici de l'éducation, c'est la même chanson sur les test ou les masques qui sont, d'un jour sur l'autre, en fonction de l'état de nos arrivages, "inutiles" ou "indispensables".

On ne l’entend pas sur les chaines d’infos (comme sur la majorité des ondes privées ou publiques) mais avec cette gestion colin-maillard du Covid on est peut-être tout simplement entrain d’assister à l’agonie en direct de la cinquième république. Moins elle a de voix, plus elle fait du bruit pour exister. A-t-on encore besoin d’elle ? Qu’on ne compte plus trop sur nous pour la réanimer.

Pour l’école, je n’ai pas encore décidé si mes enfants y retourneront ou non. Pas tant que je craigne le virus mais pourquoi suivre cette navigation ivre d’une clique en orbite qui gère le stock humain au petit bonheur la chance. Je pense que je vais continuer pour ce bout d’année scolaire à faire comme l’état nous a habitué à faire pour les masques : se démerder. 


Les jours d'avant :
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#confinement jour 39 : la reprise, plus c'est précis plus c'est flou

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
"C'est dangereux mais ce n'est pas dangereux, et réciproquement". C'est un peu le seul discours cohérent de ce gouvernement depuis des mois, et cela a commencé bien avant le confinement. C'est d'ailleurs une des raisons que nous sommes enfermés dans nos salons depuis la mi-mars. Pas parce que nous sommes irresponsables ou imprudents, mais bien parce qu'ils n'ont pas fait leur job, ont menti et/ou n'ont pas pris la mesure des enjeux (très probablement les deux).

Jean-Michel Blanquer a "précisé" les contours de l'usine à gaz de la réouverture anticipée des établissements scolaires le 11 mai, date symbolique de "déconfinement qui n'est pas un déconfinement". Curieux sentiment avec ce gouvernement : plus il donne des précisions sur la reprise, plus celle-ci paraît floue. A l’évidence, le monsieur propre de l'Education ne voulait pas de cette reprise printanière. Comme nous, le ministre a dû apprendre devant son poste qu'il avait trois semaines pour préparer une rentrée des classes en "temps de guerre sanitaire". Quelle connerie la guerre. Ses hashtags étaient déjà calés jusqu’à septembre : #nationApprenante #WeekEndApprenant #GrandesVacancesApprenantes #ChomageDeMasseApprenant et, paf, le couillon en chef a plié sous les injonctions du Medef pour sortir de son chapeau cette reprise surprise, histoire que les enfants de pauvres puissent être gardés par des enseignants à sacrifier. Le confinement est un luxe de bourgeois. Si le virus n’avait atteint que les classes populaires, il n’y aurais JAMAIS eu de confinement.  Il n’y a pas de justification autre qu'économique à cette reprise des cours aussi prématurée. D’ailleurs les universités ne reprendront pas avant des mois, et il se dessine clairement que les enfants des privilégiés qui peuvent télé-travailler (et disposent de plusieurs ordinateurs) seront dispensés d’aller physiquement en classe et pourront eux aussi étudier en télé-travail.

La reprise des cours dans des conditions sanitaires acceptables (je veux dire celle qu’on nous impose  à longueur d'ondes dans des spots débilisants) est tout simplement impossible. Dimension des locaux, proximité continue, files d’attente interminables, évidemment les millions de masques quotidiens nécessaires que l’Etat ne sera jamais en mesure de fournir ne serait-ce que pour une seule journée, idem pour les tests. Je n'évoque même pas la question de la cantine, des couloirs et des transports scolaires… On peut s’interroger sur cette désinvolture au terme de sept semaines de privation de liberté. Depuis le départ, bien avant le confinement, ce pouvoir alterne sur une base quotidienne, dès fois même à l’intérieur d’une seule journée, entre le discours sur la dangerosité extrême du virus et celui du relativisme en se basant sur une parole scientifique qui, elle-même, se contredit puisqu’elle n’a pas tellement plus de recul sur ce virus que le commun des mortels. En cas d’échec à combattre ce que le pouvoir ne sait même plus définir, la parade est trouvée : c’est de la faute des Français qui ne seront responsables et n’auront pas complètement saisi l’enjeu.

On juge un pouvoir à la façon dont il traite ses prisonniers et à la façon dont il traite sa population en temps de crise. En temps de crise, ce pouvoir n’accomplit qu’une chose : faire de nous des prisonniers de nos maisons et de ses discours schizophrènes. Demain jour 40, toujours pas de masques, pas de tests. Nous n’aurons pas d’ici le 11 mai. La seule certitude que l'on peut avoir avec cette clique de médiocres, dont les deux seuls super pouvoirs restent à ce jour de distribuer des PV et de tordre la cohérence, est que le 11 mai il n’y aura pas de 11 mai.


Les jours d'avant :

#confinement jour 37 et 38

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Désolé donc, rien à espérer du monde d’après si les joueurs ne sont pas remplacés et le logiciel renversé.

Chaque pays a été plus ou moins dans le déni avant le virus, puis prit dans un concours de bites entre pays pour savoir qui ferait le confinement le plus strict et afficherait le bodycount le plus bas. Désormais, la ligne marketing des nations c’est la reprise économique et c’est à celui qui travaillera le plus. La France ayant particulièrement surperformé dans l'impréparation, le déni et les morts, attendons nous à une violente volonté de reprise (quitte à piétiner aussi sec les principes sanitaires pour lesquels nous avons sacrifié beaucoup jusque-là)

Selon la probabilité des chaines d’informations, dont le mépris des reportages sur Trump et inversement proportionnel à la déférence des propos sur le merveilleux Macron,  après nous avoir bien culpabilisés sur le lavage des mains et le fait que l’on est un citoyen irresponsable si l’on sort de chez soi, nous devrions subir une propagande grossière sur l’épanouissement par le travail aux côtés de camarades par temps de pandémie. Pour le reste, disette. Continuons à souffrir. La ligne de reprise française sera ainsi :

ce qui est pénible sera ouvert (travail, transports, application en ligne de surveillance),
ce qui est agréable sera fermé (vacances, rencontres, concerts, soirées).

Le paradoxe est que, à la veille de cette reprise, côté maladie nous en sommes toujours au jour zéro, mais ceci est un autre débat.

Le symbole de cette reprise est le retour de l'école pour tous le 11 mai. 

Au-delà des impossibilités structurelles et humaines (il faudrait doubler le nombre d'établissements et quadrupler le personnel, on se retrouverait avec des files de 2,6 kms devant certains collèges), l’intégralité des mesures de distanciations sociales, de couverture du visage vont au strict opposé des mesures vigipirate encore en vigueur dans les établissements. Il ne sera jamais aussi facile de faire un attentat dans une école qu’à partir du 11 mai. Cela résume bien la folie de l’époque, monocentré sur ce virus : on accepte de prendre tous les autres risques pour échapper à un virus qu’on a de toutes les façons une forte probabilité d’attraper et dont, une fois atteint, on aura encore plus de probabilité de sortir indemne. Je ne sais pas si le virus restera dans les livres d’histoire, mais incontestablement on consacrera un ou deux chapitres à notre hystérie de 2020. L’année où l’humanité, au bout du rouleau, s’est tirée une balle dans la tête.

Entre temps pour certains pays, au premier rang duquel La France et son fiasco complet autour des masques et des tests, nous aurons la démonstration que certains chefs d’état ne servent strictement à rien (le « démerdez-vous » initial déjà contenu en sous-texte dans la première déclaration de Macron le 12 mars est à peu près sa seule constante en quarante jour). Le cas de la France est spécifique, il ne nous reste plus maintenant qu'un gouvernement, composé à deux tiers d'idiots du village et à un tiers d’amateurs de plus ou moins bonne volonté, qui navigue à la godille, avec quelques scientifiques autorisés sur la barque, au petit bonheur des caps décidés par l’androïde en chef qui n'a pas le pied marin.

Le succès provisoire de l’aplatissement de la courbe n’est que le nôtre. Confection de masque et salut public, ces quarante jours ont prouvé que nous avions les cartes en mains et qu'ils ne gèrent plus grand-chose.
Les jours d'avant :

#confinement jour 35 et 36

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
J’ai de nouveau perdu le fil des jours. La chaleur dans l’appartement, les filles qui se chamaillent, les dernières touches au film réalisé pour la soirée, virtuelle donc, de mardi pour l'anniversaire des 4 ans de la mort de Prince, le flan du dimanche (aux noisettes cette fois) et une extrême fatigue depuis 24 heures. Pas de fièvre ni de toux, non juste une belle grosse fatigue résultat probable de la tension des derniers jours. J’ai totalement coupé les informations depuis 72 heures. Entendre ce gouvernement pérorer sur la date de livraison des masques est d'un ridicule consommé. Ça, nous n'aurons pas été en pénurie de point presse power point ces cinq dernières semaines. Leur parole ne vaut plus rien, qu’ils gardent plutôt leur salive pour le tribunal de l’histoire, en tentant d’esquiver nos crachats d’ici là.

Je regarde mes mains qui ne sont plus celle du vieux briscard des mers des premiers jours de confinement. Etonnant. Je n’ai pas le sentiment de moins me laver qu’au début du confinement et pourtant elles sont redevenues « normales », presque douces. Mystère des mains calleuses qui ne le sont plus. Même la peau s’y fait.

Je m’interroge aussi sur ces permissions de sortie qui ne sont finalement organisées qu’autour du lien familial comme si la vie ce n’était que ça. Combien de couples en union libre dans Paris stupidement séparés par le fait du Prince Macron, tandis que le même livreur Uber eats peut continuer de les servir l’un après l’autre ? Pas très disruptif comme vision de la vie : un papa et une maman, éventuellement des grands-parents (mais en EPHAD bunkérisé) et des auto-esclaves qui les servent. Pour les autres, restez chez vous. L’amitié ne vaut rien en macronie sanitaire, pas plus que l’amour libre. Non il faut juste « lisser la courbe », avant de « faire repartir l’économie ». Rien n’a changé au fond pour eux, nous ne sommes que des chiffres, de la data, du taux de létalité, de la recette fiscale ou du point de PIB. 

Evidemment toujours pas de masques, pas de tests, mais cela on a l’habitude. On est dans cette merde en grosse partie à cause d’eux. Ne pas trop espérer qu’ils nous en sortent. Quand ils parlent il ne rassurent qu’eux.

Il n'y aura pas de "monde d'après" viable avec ces gens. Jamais. 



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#confinement jour 34 : le positif et le négatif

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Cette crise aura révélé (en cas de doute) la philosophie du pouvoir actuel. A défaut de prévenir et aider, la France aura donc opté pour le surveiller et punir. Le peuple attendait des masques de l’état, l’état a distribué des contraventions. Le peuple se pensait protégé par des stratèges, il a découvert qu’il était géré par des techno-comptables à la petite semaine, sans vision autre que la coupe budgétaire aveugle dans les dépenses publiques (et qui n’auront probablement changé de paradigme au sortir du chaos).

Au-delà des polémiques sur son efficacité ou pas à court puis long terme, et sur son hallucinant coût économique, le confinement en lui-même est par essence un aveu d’échec de l'état. Et c’est comme toujours les plus pauvres qui le payent au prix le plus élevé : qu’ils vivent dans des conditions de forte promiscuité ou qu’ils doivent continuer à travailler physiquement ou les deux. Aussi absurde soit-il, en maison secondaire ou en pouvant continuer de travailler de chez soi, le confinement est « un luxe » pour beaucoup. Il est également clairement orienté pour protéger les classes supérieures.

Il y aura néanmoins quelques effets positifs à ce confinement : L’expérience en temps réel de l’insignifiance humaine face à la nature. Encore un an à ce rythme-là à Paris et l’on aura des lions et des girafes dans les rues avec un début de jungle sur les rives de la Seine. Nous sommes des parasites sur cette terre, et en tant que tels nous faisons beaucoup de dégâts. Après cette purification inattendue du ciel et du son, le retour à la vie normale dans les villes va être particulièrement pénible. Et, sans les terrasses de restaurants, les salles de spectacles, avec juste la pollution, la puanteur et le bruit et un risque de contagion plus élevé : le principe même de la ville n’aura plus de sens pour beaucoup. L’exode urbain devrait connaitre un boum. Cette pandémie n’étant qu’un commencement, quitte à mourir prématurément autant que ce soit loin de Paris poubelle.

Au-delà du ville/campagne : nous nous resserrons sur le local. Ce ne sera pas sans lendemain sur les solidarités, l'alimentation et notre façon de penser la consommation en général (là je suis plus sceptique, y a encore de la marge). Au passage, le tourisme à l'autre bout de la planète ou de l'Europe avec un billet d'avion à dix balles c'est je l'espère terminé pour un moment. Tant mieux.

Autre effet positif du confinement, et de la peur permanente, nous faisons un bon sanitaire intime radical. En décodé : on aura appris à se laver les mains. De ce côté-là rien ne sera comme avant, on se curera plus le nez avec la même insouciance.

Effet inattendu, mais tellement évident : pour beaucoup dans le tertiaire, les services dématérialisés, la digitale économie, la création et autres choses pas très utiles que l’on peine à définir : nous travaillons tout aussi bien voire mieux de chez nous. Paradoxe du numérique, on échange plus avec les gens du travail loin d’eux que cloisonné chacun dans son bureau. On s’évite également un nombre colossal de bullshit réunions, sans compter le gain de temps sur le transport. Tout devient souvent plus efficace. On gagne à la fois en productivité, en temps pour soi, mais aussi en sécurité pour l’employeur. Après cet épisode, certains employeurs, les plus malins et ceux qui auront survécu, devraient progressivement muter vers le lieu de travail délocalisé qui permet, c’est non négligeable, d’économiser sur les frais liés aux locaux et de ne plus avoir à s’emmerder avec les conditions de sécurité (qui devraient devenir draconiennes après cette période où l’on nous aura pris bien la tête h24 sur l’hygiène).

Autre enseignement (enfin confirmation) : s’ils ne paient pas d’impôts conséquents, les riches ne servent à rien. Il faut le répéter : en temps de guerre comme en temps de paix, un éboueur est incomparablement plus utile à la collectivité qu’un milliardaire ayant « optimisé » sa fiscalité.

Effet le plus positif du confinement et de la pandémie : le retour de la mort dans la vie. Si l’on arrive à sortir individuellement de ce prisme paralysant de la peur, ce sera un grand bon avant pour nos sociétés qui se vivent invincibles, éternellement jeunes voire transhumaines et autres conneries. Vouloir empêcher les personnes âgées de sortir du confinement est la preuve que l’état, soudainement procédurier sur la santé, ne saisi rien à l’humain. Un mois de liberté et de chaleur vaut mieux qu'une poignée d'années de désespoir et de solitude.

J’ai peu de règles de vie, mais quelques phrases qui balisent ma route et il y en a une que je n’ai jamais vraiment perdu de vue, elle est même une des raisons pour lesquelles je tiens à écrire mes journées et que je rechigne à reporter à demain ce que je peux faire aujourd’hui (même si j’ai encore quelques dossiers à traiter) : il est toujours plus tard que tu le penses.

Ça résumera peut-être 2020, je l’espère pour de meilleurs lendemains : il était plus tard qu’on le pensait.


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#confinement jour 33

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Je ne suis plus certain du chemin. J’ai perdu l’habitude de la ville en voiture, encore plus dans cette dimension fantastique et sous ce soleil méditerranéen. Même si le trafic automobile a considérablement augmenté en 48h dans Paris, sur le boulevard périphérique c’est encore l’équivalent d’un début de mois d’août. Mon bâillon m’empêche de tourner la tête pour voir si une moto me double. Je mets quelques minutes avant de réaliser que je suis en troisième à 90 sur l’autoroute. J'ai quitté l'appartement sans papier ni attestation. Je crois même ne pas avoir fermé les fenêtres.

Passées les portes de la cité, l’abondance de vert. La joie de rouler la fenêtre baissée, les yeux séchés par le vent, sur ce qui ressemble à la route de l’été. Des images de vacances. Quand j’étais enfant et P. à mon âge, le catamaran sur l’étang, le soleil, des couleurs du Roussillon essentiellement, ce monde de lumière transperçant une fois l’an la routine, les engueulades beaucoup. Sur le Tornado qui trace sur la mer vent de le dos, P. me gueule dessus d'arrêter d'avoir peur parce qu'on ne risque rien. Je ne sais pas pourquoi j’y vais. On ne s'est pas parlé pendant toutes ces années. Ces derniers temps, c'était bien plus apaisé, je me préservais encore de toute conversation qui nous aurait impliqué l’un et l’autre trop intimement ou politiquement.

Pas de musique, juste le souffle enivrant de mon bolide de fortune. Une voiture qu’il m’avait prêté pour un voyage que je n’ai jamais fait, et voiture que je ne lui ai jamais rendu. Je sors et longe la forêt sur la départementale. Un monde paisible bien loin de notre remake septique de Paris brule-t-il. Un petit bourg, des pavillons aux jardins carrés, un  type tond son gazon en slip, une maman et sa fille traversent e rond point main dans la main. Si ce n’était pour les quelques camionnettes qui s'hasardent dans la rue principale, le village aux façades blanches est figé quelque part vers -30 avant CV (Corona Virus).

Je les retrouve d'abord au téléphone, on ne pourra pas tous le voir en même temps. J’en profite pour appeler L. C’est grâce à elle que je suis là : Fais ce que tu ne regretteras pas. Le docteur m’annonce que tout c’est dégradé très vite qu’il y a un cap a passer désormais et de l’inconnu. Je comprends aussi qu’il est encore conscient, mais que dans quelques heures quoiqu’il arrive il ne le sera probablement plus. C’est ce qui justifie notre visite alors que depuis des semaines elles sont interdites. On m’équipe de la tête au pied, combinaison de plastique, j’enfile enfin mon premier masque officiel et j'entre enfin dans la chambre. Interdiction de m’approcher de son visage. Je ne l’ai pas vu depuis des mois, plusieurs transferts des interdictions et surtout mon manque de courage  jusqu’à cet appel aujourd’hui. Amaigri, le souffle lent, quelques mouvements de main compensent des volontés de mots, des approbations ou bougonnements à l’identité sonore intacte. Je le devine surpris de me voir, ou plutôt de voir mes yeux dans l’interstice du sac plastique géant dans lequel je suis emballé. Moi qui ai passé ma vie à essayer de me différencier de lui, sur le lit avec le visage creusé il me ressemble plus que jamais. On me laisse. Je n’ai jamais imaginé vivre ce moment. Je ne sais pas ce que je dis et ce que j’aurais envie d’entendre si j’étais à sa place maintenant, est-ce que je me parle à moi ou à lui ? Je me lance :

(...)

Je pense au lui dans mon enfance s’il regardait cette scène en spectateur depuis son bateau et à ses moqueries évidentes. Certains personnes vivent les évènements et les regardent alors qu’ils les vivent. Ça m’amuse et je sais qu’il y pense aussi un peu parce qu’on a ça en commun. Je serre la main de celui a qui je n’ai jamais fait la bise et que je n’ai jamais appelé Papa. Il a de la force dans les bras, et ce regard assuré qu'il a toujours eu, le regard de celui qui ne doute jamais. Un souffle précis s’invite dans le silence. Il me demande :

"- Ça va ?"



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#confinement jour 32 : une question de temps

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Je n’écoute pas de musique à la campagne, le son de la campagne me suffit. C’est un peu ainsi que je pourrais définir ce dernier mois à Paris, épicentre apaisé de la maladie. Que retiendrais-je de ce début de printemps et de mon confinement de bourgeois ? Le silence, le soleil et les oiseaux. Un autre rythme, paradoxalement toujours quelque chose à faire pour tromper non pas l’ennui mais l’absence d’issue. Pas vraiment de date de délivrance, pas de méthode parce que pas de masques, pas de tests, pas de vaccin, pas de recette magique libérale. On enferme les bien portants depuis un mois tandis que les malades peuvent continuer d’aller bosser. Il n’y pas de solution autre que le sparadrap sanitaire de notre soumission et il se décolle tranquillement.

Le silence de la campagne à Paris ? Il s’estompe chaque jour un peu plus. Les voitures sont progressivement de retour et, pour la première fois depuis un mois,  j’ai dû attendre à un passage que la fin du flux de bagnoles pour traverser la rue. Le jogger reconnait l'odeur de cette pollution-là.

On a fait nos classes au service sanitaire. Il nous reste les « gestes barrières », la distance et désormais la menace de l’autre et les regards inquisiteurs si l'on devient trop intime en public.

Je pense à la quille, à ce moment où j’embrasserai L. en pleine rue, j'entends aussi les messes basses sur l'autre trottoir, les signalements sur appli et les appels planqués au 17.

Qui aurait pu l’imaginer il y encore deux mois ? Tu peux désormais te balader en burqa ou en black bloc dans la rue, c’est même conseillé. La décontraction est encore mal vue. Ne pas trop crier sur les toits que tu prends le soleil dans la rue ou que tu vas régulièrement marcher dans le quartier. Non, il faut culpabiliser d’être en vie et en bonne santé. Il est vrai que ce n'est qu'un état temporaire qui ne présage rien de bon, on l'avait oublié.

Grace à la maire de la capitale de plus grand-chose je cours désormais chaque matin à la même heure sur le même trajet et peux donc compter et comparer le nombre de voitures en circulation. Sans surprise, il ne fait que croitre depuis une semaine, passant sur mon axe de 17 à 300 en 6 jours. Idem pour les immeubles bourgeois dans les appartements sont soudain éclairés le soir après un mois de blackout. Certains ont se seront lassés du confinement campagnard ou de l’internet bas débit pour revenir ici. C’est ainsi, ce n’est ni mal ni bien, c'est humain. Qu’on arrête les procès moraux, la schizophrénie d'info et d'état : le déconfinement a déjà débuté.




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#confinement jour 31 : les limites du com-finement

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
A 20h, j'étais en pleine confection de ratatouille et je n'ai donc pas écouté la prestation de l’andouille. Les réactions sont stupéfiantes. Si la plupart des journalistes et chroniqueurs des chaines d’info exécute à l’unisson un suçage de boules de professionnels, mais indécent à une heure de grande écoute, sur ma timeline Facebook c’est le sans-faute du ratage : 90% de mécontents, 80% de sceptiques et 40% qui préparent des bombes à balancer sur l’Elysée le jour de la sortie. Oui ça fait 210% mais on est en macronie : fuck la cohérence !

Je vous laisse lire le résumé de Thierry. 48 minutes pour rien. Toujours pas de test, toujours pas de masque et une date lâchée au doigt mouillé qui sera tout aussi bien repoussée de trois semaines dans deux semaines. L’étonnant est qu’on puisse prêter un semblant de confiance à ce que raconte ce type visiblement dépassé par la situation et empêtré jusqu’au coup dans ses contradictions. Il réussit tout juste à nous confirmer qu’il ne connaît pas la honte.

En un mois Macron a gagné du temps avec son confinement (rappelons une mesure pour protéger les riches apeurés et qui consiste à faire payer aux pauvres le poids d’une impréparation d’état). Que nous propose l’androïde un mois après ? De gagner encore du temps. Question : pour qui ?

La seule surprise est l'annonce de la réouverture des écoles le 11 mai. Là j’avoue que dans le grand bordel de la parole présidentielle, c’est du label rouge. Et dire qu’on me suggère que je suis un poil approximatif (si si), le mec est ceinture noire de portenawak, option j' te crache à la gueule. C’est ça ou il conçoit sa stratégie au Boggle.

Nous prenons bien évidemment le pari que la reprise scolaire n’aura pas lieu le 11 mai. Quelles conditions de sécurité pour les enseignants ? A ce jour aucune, ils sont une fois de plus les sacrifiés de l’histoire. Pour les élèves : Il n’y a déjà pas de savon dans la moitié des bahuts. Les enfants se retiennent toute la journée d'aller aux toilettes tant elles sont degueulasses, et je ne parle pas de la distance de sécurité qui impliquerait de doubler le nombre bâtiments scolaires en un mois. Ceci dit, rien n’est impossible à celui qui reconstruit Notre-Dame à mains nues en 5 ans (enfin dépêche toi quand même il n'en reste plus que 4).

Toutefois si c’était le cas et que la rentrée avait effectivement lieu le 11 mai, alors ce serait l'entrée officielle dans la stratégie de l'immunité collective (tout ça pour ça), le confinement n’aurait instantanément plus aucune raison d’être pour tous les individus et secteurs de l'économie. Pour une fois ce serait cohérent, mais ça ne l’est pas puisque non, restaurants, cinémas, festivals, vos vacances en général restent en stand-by. Quel est le sérieux d’un confinement sanitaire ou l’on pas le droit de se balader dans la forêt alors qu’on peut se faire livrer à domicile des sushis ou une console de jeu (fabriquée en Chine) ?

C’est un confinement Macron : de pure ´com. Un com-finement.



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#confinement jour 30

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Réveil très tardif pour cette nouvelle journée de « vacances » pour A. et R. J'apprends par hasard que c'est Pâques et que c'est même férié demain. Je cours à l’aube dans le quartier avec la collective des criminels en bande organisée à savoir les runners. Les runners, ces gens abjectes et anti français dont un jury de sportifs sur canapé se permet de départager sur Facebook les "faux" des "vrais" depuis quelques temps.

Nous ne pourrons en sortir qu’en nous contaminant progressivement. Rester enfermé retarde ce processus. Nous ne restons enfermés que pour réparer les erreurs d’anticipation du pouvoir. Le pouvoir commence à craindre le retour à « la vie normale » et les procédures judiciaires qui ne manqueront pas de tomber.

Beaucoup de spéculations sur la prochaine allocation de Macron lundi soir. Réflexes panurgiques des commentateurs politiques : que va dire notre maître suprême ? Il va dire juin, mai, septembre. Oui mais quelle année ?

Ne nous emballons pas sur ce que va ou ne va pas dire l’androïde obsolète. Un indice : le 12 avril on en est toujours au 12 mars, ça devrait suffire comme info. Pas de masques, pas de tests, même pas l’ombre d’une piste précise et chiffrée. L’androïde est toujours en slip et nous toujours enfermés. Devant ce niveau d’incompétence n’importe quel stock manager aurait déjà été licencié depuis 3 semaines pour faute grave.

Déclarer une guerre sans munition, c'était une option risquée. La guerre de la crédibilité, il l’a déjà perdue. Chef de guerre ? Le mec n’est pas capable d’ouvrir une boite de petits pois sans se casser les deux bras et tout ce qu’il a su produire en un mois de paralysie de l’activité, c’est trois types d’attestation dérogatoire différentes. Napoléon serait jaloux devant tant d’audace, d'inventivité et d’ardeur au combat.

Profitons plutôt de cet indécent soleil, c’est autorisé, gratuit et ça sert concrètement à renforcer nos défenses immunitaires. La solution est en nous, surement pas en lui.

Je prépare moins de plats compliqués, j’applaudis moins au balcon, je partage moins de moments avec A. et R., je parle moins au téléphone, tristesse latente liée au manque de demain. En un mois nous avons revu toutes nos espérances, pourtant pas bien grandes, à la baisse. Nous n’avons devant nous qu’un quotidien absurde, sans perspective aucune, si ce n’est celle d’être fliqué et de rembourser "la dette". La question de l’intérêt de vivre dans un tel monde qui garderait les défauts du précédent en y ajoutant la peur et les restrictions de liberté se pose. Le pouvoir s’expose à de très dangereux lendemains si ce confinement se poursuit. Ce n’est pas tant les « anti macron » traditionnels qu’il doit craindre mais celles et ceux qui, par colère, désespoir et bientôt par faim, vont inévitablement le devenir. Cela prendra un mois, deux, peut-être six, mais quand nous aurons tous saisi l’ampleur des contraintes (le confinement n’est qu’un amuse gueule) pour sauver quelques dizaines de milliers de personnes dont les trois quarts avaient au départ une forte probabilité de mourir dans l’année, nous risquons tous de devenir de dangereux radicaux.


Les jours d'avant :
Jour 2 - Jour 3 - Jour 4 - Jour 5 - Jour 6 - Jour 7 - Jour 8 -  Jour 9 - Jour 10 - Jour 11 - Jour 12  - Jour 13 -  Jour 14 - Jour 15 et 16 -  Jour 17 - Jour 18 - Jour 19 - Jour 20  - Jour 21Jour 22 et 23 - Jour 24 - Jour 25  - 
Jour 26 - Jour 27 - Jour 28 - Jour 29

#confinement jour 29 : Pâques au balcon

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Rien ne me sera donc épargné. La file d’attente au Bouffe Market (ma toute première file en un mois), une dame qui me gueule dessus parce que je suis trop près d'elle arrivé aux caisses, la chanson de Jean-Jacques Goldman pour les infirmiers dans la sono qui a remplacé mon Marvin Gaye habituel, et le bouillon de culture saupoudré des annonces d'une voix douce qui toutes les minutes nous rappelle que :

« Chers consommateurs, gardez vos comportements habituels,  il n'y aura pas de pénurie. Cessez de vous égorger à l'Opinel dans les rayons pour ce paquet de farine. Ne cherchez pas à jouer au pâtissier comme sur M6, notre chef bien aimé l'a dit : nous sommes en guerre. Ne faites pas de gâteaux, continuez plutôt à acheter nos merdes garanties en nitrate d’aluminium et riche en glucides de synthèse, ainsi que notre sélection discount de produits toujours importés de l'autre bout de la terre en cette période de blocus des frontières. Et surtout n’allez pas courir, c’est très dangereux pour la santé. »

Mes vieux rêves de destruction de la race humaine décidément trop conne pour survivre me reviennent enfin, c’est le signe que je vais mieux.

Malgré ce petit rapprochement social matinal, c’est une belle journée avec les gamines, dessin, musique et balade en rollers dans les rues vides de la capitale. Il y a apparement une vraie différence entre certains quartiers de Paris si j’en crois les témoignages. Vers ici, et hormis quelques spots, ça se vide de jour en jour. Il y aurait un débat sur le côté moutonnier des joggers (évidemment la visionnaire Hidalgo leur a réduit tous les créneaux de sortie), mais ce n’est rien comparé à celui du type qui fait ses courses. Très étonnement, alors que nous ne manquons pas de courageux commerçants d’alimentation ouverts quinze heures par jour, tous les jours, les files d’attente sont toujours aux mêmes heures et devant les mêmes magasins. Attendre entassés, cette passion française.

Sinon, très paisiblement, au rythme des annonces contradictoires quotidienne du gouvernement, et alors que nous avons pris 3 millions de chômeurs partiels supplémentaires en un mois (pour passer à 8), le pays poursuit sa glissade entre délire collectif et schizophrénie individuelle, le tout teinté de grande dépression (dans tous les sens du terme).

En janvier : ils se foutent de la gueule des chinois.
En février : ils se foutent de toi quand tu portes un masque dans la rue.
En mars : ils stockent du PQ pour un siècle.
En avril : ils te dénoncent aux flics parce que tu discutes dans la rue.

On n'est pas spécialement pressé d’arriver à mai finalement.






Les jours d'avant :
Jour 2 - Jour 3 - Jour 4 - Jour 5 - Jour 6 - Jour 7 - Jour 8 -  Jour 9 - Jour 10 - Jour 11 - Jour 12  - Jour 13 -  Jour 14 - Jour 15 et 16 -  Jour 17 - Jour 18 - Jour 19 - Jour 20  - Jour 21Jour 22 et 23 - Jour 24 - Jour 25  - 
Jour 26 - Jour 27 - Jour 28

#confinement jour 28 : nulle part ailleurs

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Je perds pied. C’est venu doucement mais certainement, le révélateur c’est la décision d’Anne Hidalgo d’interdire le jogging entre 10 et 19h dans Paris. Cette championne toute catégorie est passée en deux semaines de la promotion dithyrambique des jeux olympiques à la criminalisation de la pratique sportive. L'énième restriction de liberté, avant la prochaine, symbolise parfaitement l’absurdité sans fin du piège dans lequel nous nous sommes tous enfermés et que nous défendons pour la plupart ...pour l’instant. L’éditorialiste eurobéat Jean Quatremer pour qui je n’ai aucune sympathie particulière en temps normal a le mérite de mettre les pieds dans le plat sur Twitter et de poser la question qui tue : pourquoi s’infligerait-on tout ça trop longtemps pour quelques dizaines de milliers de victimes (dont la plupart âgées), au risque de nous mettre tous collectivement à la fois par terre moralement et économiquement pour très longtemps, et causer bien plus de victimes ? Les réactions suscitées sur les réseaux sociaux, de part et d'autre, démontre surtout que le débat est impossible. Il n’est même plus souhaitable puisque personne ne sait au fond rien et que personne n’a de solution. Croyants ou fatalistes, nous sombrons chacun à notre vitesse, pas du virus, de nous. Les élus impuissants culpabilisent les citoyens, qui eux mêmes reposent la faute sur leurs voisins, qui eux mêmes pointent du doigt les élus. 

Tous trop impliqués pour être lucides.

Je ne me protège plus dehors, juste un foulard dans les endroits de trop forte promiscuité pour éviter de trop propager le machin chinois si je l’ai déjà attrapé. Aucune peur de l’attraper. Si ça se passe, ça se passe et j’en serai débarrassé d’une façon ou d’une autre.

Moi qui ne prenais plus le métro depuis des mois à cause des entassements, je me sens même plus à l’aise proche des gens depuis qu’ils respectent une distance de sécurité. La distance de sécurité c’est ma normalité.

Journée donc isolée à travailler, enveloppé par la certitude, pas loin, d’un ciel radieux et du chant continu des oiseau. L'appartement baigne dans un autre monde, une réalité virtuelle, ouatée, plutôt bien foutue. Je me pose dans la chaise longue dans l'axe d'un rayon du soleil, en fermant les yeux. L'illusion d'un agréable extérieur est parfaite.

Je ne tiens qu’aux horaires de récupération d'A. et R.. Le reste autour disparait peu à peu, à mesure que je m’enfonce dans ce tunnel, relativement confortable, de l’enfermement à domicile. Je n’écoute plus la radio ni ne regardé la télé, me cantonnant à quelques Unes sur les réseaux sociaux.

Grâce à notre soucis administratif d'infantiliser les pèquenauds, je cours donc à heure régulière et sur le même trajet. Nous sommes en toute logique plus nombreux à courir en même temps, mais c'est à relativiser : on quadrille plus le quartier qu'on ne se suit. En revanche, je constate une hausse du trafic automobile du simple au triple en 24 heures. Comme dirait Hidalgo : « Assez du manque de civisme irresponsable de ces conducteurs déguisés en automobilistes qui profitent de l’autorisation de sortie pour promener leur moteur. »

Lecture de deux courts livres d’Annie Ernaux dans la journée, dont l’un est la description clinique des dernières années de sa mère qui ma convainc de l’importance de maitriser sa mort. J’espère avoir le courage et la possibilité d’en finir quand il sera temps de le faire, et que je ne changerai pas d’avis d’ici-là, car non il n’y a aucune gloire ni bonheur, ni pour soi ni pour les autres, à dériver de la sorte.

P. vit cela à quelques kilomètres d'ici. Nous sommes la somme de nos choix. Sa vie, ses mots, ses actes, tout le conduit au fond à cet isolement, le virus n’est que la petite touche d’ironie supplémentaire sur le contrat de sortie. Cela le ferait surement rire s’il avait encore conscience de la situation mondiale, et de sa place dans cette situation. C’est peut-être ce qui m’effraie le plus. Perdre l'ironie, perdre jusqu'à la tristesse.


Les jours d'avant :
Jour 2 - Jour 3 - Jour 4 - Jour 5 - Jour 6 - Jour 7 - Jour 8 -  Jour 9 - Jour 10 - Jour 11 - Jour 12  - Jour 13 -  Jour 14 - Jour 15 et 16 -  Jour 17 - Jour 18 - Jour 19 - Jour 20  - Jour 21Jour 22 et 23 - Jour 24 - Jour 25  - 
Jour 26 - Jour 27

#confinement jour 27 : les jours heureux

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Notre chef de guerre et son gouvernement de pieds nickelés s’enfoncent dans le tragi-grotesque de jour en jour.  Notre confinement confine à l’absurde, mais le temps est superbe. Profitons en tant qu’on a encore le droit de regarder le ciel sans être dénoncé.

Pour les points positifs : je ne peste plus sur la vie parisienne, ses bagnoles partout et la densité démographique. Non c’est plutôt zen. Ça sent la campagne, je travaille les fenêtres grandes ouvertes avec des concerts d’oiseaux du matin au soir en guise de musique et la nuit des étoiles dans le ciel. Le niveau de stress a considérablement baissé en un mois dans le quartier, les distances sont globalement respectées. Les masques sont aléatoirement portés, à commencer par les personnes âgées dont la plupart se contrefoutent totalement de ce barnum hygiéno-hystérique et liberticide. On n’empêchera jamais mon vieux voisin d’aller acheter sa baguette de pain tous les matin, c’est vital pour lui, c’est son jogging. Et si on lui demande de choisir entre ça ou des mois de réclusion volontaire (pour finir par crever tout seul dans son appartement, pour ne pas avoir à crever tout seul à l'hôpital), il choisira la baguette du matin.

Il règne donc une relative insouciance dans le quartier. La crise sanitaire n’est que l’apéritif de ce qui nous attends : la crash social et économique de masse. Applaudirons-nous toujours au balcon du soir quand les lettres de licenciement économique vont pleuvoir ? Applaudirons-nous toujours quand on nous prélèvera directement sur nos comptes pour rembourser l’ardoise ? Applaudirons-nous encore quand la seule réponse fiscale aux conséquences du confinement sera la répétition exacte des causes qui ont conduit au confinement : à savoir les coupes drastiques dans les dépenses publiques ?

Ça me coute de l’écrire mais le confinement était la seule solution pour tenter de corriger l’impréparation du gouvernement. C’est une solution d’urgence qui se double aussi d’un piège à cons.

En nous calant au diapason de la terreur, on a perdu toute rationalité. On a commencé par les achats compulsifs de PQ, on continue par des demandes de plus d’autorité alors même que les chiffres des victimes, aussi terribles soient-ils, sont à relativiser. On va vers 20 000 décès dont la majorité le seront au moins autant à cause de leur âge avancé que du virus. En 2019 : il y avait 620 000 décès en France. Le confinement est aussi une solution de luxe. On le doit surtout au fait que le virus est aveugle aux barrières sociales qu’il touche aussi les classes supérieures (on peut même penser que, étant ceux qui voyagent le plus - et les plus sceptiques à la fermeture des frontières - ils ont été les principaux vecteurs de contamination). Si ce virus n’avait touché que des coins défavorisés, il n’y aurait aucun confinement national, on aurait "au mieux" juste bouclé ces zones.

Ça ne durera évidemment pas, il y aura plus de décès Covid-19 chez les pauvres que chez les riches à cause de leurs conditions plus précaires de confinement et le fait que pour beaucoup ils continuent à travailler physiquement dans des conditions sanitaires toujours bricolées (la belle gueule de la quatrième semaine de « guerre »).

Si le virus touche les classes supérieures, le confinement et ses conséquences économiques moins. Dans ce domaine, j’ai beau essayer d’être optimiste, ça va chahuter très très fort. Et on ne comptabilisera pas aussi scrupuleusement les victimes sur BFM.

La boss de la BCE a prévenu : on va payer pour tout ça, longtemps, si longtemps qu’au bout de la route, si on survit jusque-là, le virus ne sera plus qu’un lointain souvenir.

« - Tu te souviens. Ce printemps où nous applaudissions sur nos balcons. C’était les jours heureux. On avait un balcon. »


Les jours d'avant :
Jour 2 - Jour 3 - Jour 4 - Jour 5 - Jour 6 - Jour 7 - Jour 8 -  Jour 9 - Jour 10 - Jour 11 - Jour 12  - Jour 13 -  Jour 14 - Jour 15 et 16 -  Jour 17 - Jour 18 - Jour 19 - Jour 20  - Jour 21Jour 22 et 23 - Jour 24 - Jour 25  - 
Jour 26

#confinement jour 26

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
1968. Un an après être partie de Hongkong, la grippe fait, en deux mois, 31 226 morts en France. A l'époque, ni les médias ni les pouvoirs publics ne s'en étaient émus.  A lire dans Libération (07/12/2005)

Pas de confinement à l'époque, pas de BFM non plus, tout ça été relayé dans un entrefilet en page 5 de Libération et nos anciens profitaient du joli mois de mai.

A lire aussi : "Quand l'Europe se moquait des épidémies" sur le site du Temps.

Restons chez nous donc. Mais ne fumons pas (73000 morts/an en France). Restons chez nous et après tout ira bien. Après quand ? Où en est-on à bientôt quatre semaines de confinement ? Nous n’avons toujours pas de masque, pas de test, pas de place dans les hôpitaux, pas de remède, pas de solution, même pas de chiffres clairs. On a "gagné du temps". Lequel ? On ne sait même pas. Le tout pour un nombre de vies sauvées qu’on ne pourra par définition jamais connaître et qui ne sera jamais assez. Restez chez vous, c’est la seule réponse à toutes les questions. Combien de temps ? Bah, comme le reste : on ne sait pas. La seule issue du confinement étant, dans sa volonté de ne pas se confronter au virus, encore plus de confinement.

Cet article du Monde sur les scénarios de sortie de la crise sanitaire est plutôt bien foutu. Je n'en retiens pourtant qu'une phrase, la seule certitude : On ne peut donc compter pour l’instant que sur la protection naturelle des personnes déjà contaminées. 

Le spectre du désastre économique et les catastrophes sociales et humaines engendrées par cette paralysie de l'activité, s’invitent timidement dans le débat sur la date du pic. Entre deux recettes de cuisine et les conseils bien-être de France Inter pour faire de ses deux mois de privation de liberté, une expérience enrichissante et chaleureuse, ça commence à peine à esquisser du bout des lèvres le mot récession alors qu’on est déjà en plein dedans. Là non plus on ne peut pas chiffrer, mais ce sera bien plus que le nombre victimes total de ce maudit virus. Personne ne semble y croire au moins aussi fort que personne ne pensait en décembre qu'une épidémie de chinois pourrait nous concerner un jour.

On ne va pas être totalement pessimiste, on a quand même gagné deux trois trucs en quatre semaines : Des tutos pour faire des masques en slip, l’interdiction de péter dans la rue bientôt inscrite dans la loi d'urgence et une course d’audace des maires de France pour décrocher le pompon au concours de l’apprenti dictateur. Un salarié français a même réussi à décrocher un test (certes positif) en allant chercher des masques en Chine.

Que demande le peuple ?


Les jours d'avant :
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#confinement jour 25 : les morts-vivants qui nous gouvernent

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
J’apprends que courir va être interdit sur Paris de 10h à 19h. C’est une connerie, une de plus, de la mairie de Paris au diapason d’un pouvoir d’ectoplasmes technocrates qui prennent les citoyens pour des cons. Il y aura donc trois fois plus de gens au même moment aux mêmes endroits, mais on n’est plus à cela près.

Que ces têtes de cons s’occupent de nous fournir des masques au lieu de redessiner le nouvelle France avec la seule chose dont ils sont capables : dresser des PV (ou plutôt faire dresser des PV par des policiers non protégés).

On n’a pas attendu leur concours Lépine de mesures à la con pour faire attention à nous, aux autres et à la santé en général. Leur autoritarisme à bout de souffle va leur péter à la gueule tôt ou tard.

On s’interrogera sur la poursuite de cette logique bête et méchante (dite du « quoi qu’il en coute ») visant à éviter à tout prix le virus quand il sera clairement prouvé (c’est fortement soupçonné) qu’il se transmet aussi à l’intérieur des « habitats sanctuarisés » via les animaux domestiques. Et oui, Poupoune est aussi un porteur sain de proximité. Hidalgo aura-t-elle les couilles de pondre un arrêté pour euthanasier les chiens et les chats de ses fidèles électeurs ?

Wait and see*.

Il y a trente jours cette clique de neuneus traitaient de fascistes ceux qui osaient émettre l’idée que quand même faudrait, peut-être, un petit peu fermer les frontières si le virus était si dangereux. 28 jours plus tard, alors qu’ils se font pipi dessus (et oui, c’est pas de chance, le virus touche aussi les classes supérieures) ils en sont réduits à pondre sur une base quotidienne des attestations minables qui vont en venir à se contredire les unes avec les autres. Toi tu cours à 7h, toi tu marches à cloche pied entre 8h et 9h, les jours impairs mais juste dans ta cour et toi tu marches sur les mains de 5 à 7. Toi tu peux en revanche faire de la marche nordique, mais seulement si tu fais tes courses simultanément les jours de pluie. Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour que notre ancien monde et nos avantages survivent encore un peu.

En attendant je rajoute Anne Hidalgo à la liste des morts-vivants qu’il faudra dégager à coups de pied dans le derche à la première éclaircie : Emmanuel, Edouard, Sibeth, Christophe la gourmette et toute la start-up nation aux abois.

Leur capitale est moribonde, leur religion libérale est dans le trou, leur Europe est morte. Ils n’ont aucune solution à nous apporter : ils sont le problème.

(*"Waf waf" pour nos meilleurs amis.)


Les jours d'avant :
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#confinement jour 24 : leçon du silence

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
R. prend le soleil à la fenêtre de la chambre. A. joue de la harpe. J’épluche mes légumes. La vie confinée, organisée autour des apparitions du soleil dans les interstices des façades, a de lointains airs de vacances. Aurais-je pu imaginer il y a trois semaines apprécier ces jours intérieurs ? A l’intérieur, hormis la distance physique avec L. que nous manageons via un long appel téléphonique à l’heure de l’apéro, nous passons à travers le temps un peu plus sereinement. Dans le monde des grands, la situation gouvernementale et sanitaire n’a strictement pas évolué. Ça cafouille, ça gesticule dans le vide, ça fait peur. Le club CE1 informatique et macramé Castaner met trois semaines à développer un formulaire d'attestation en ligne. Appelez-moi Monsieur Ancien monde, mais je m'y suis fait à l'attestation papier rédigée à la main, léger exercice calligraphique plutôt bon pour les articulations, sans parler de mon total manque de confiance numérique envers ces niquedouilles.

Quand tu vois déjà qu'il y a rupture de stock sur les lingettes de Cannes à Dunkerque, tu penses bien qu'on ne verra pas la couleur d'un masque avant des plombes. La partie est finie. On va gentiment se contaminer chacun à notre rythme en évitant les grands rassemblements. Ils ne peuvent pas le dire, mais on va y aller. A vrai dire on y est.

Je croise parfois sur l’écran l’hallucinante indécence des experts politiques qui multiplient les directs sur les plateaux des d’infos pour culpabiliser les parisiens qui osent sortir parce qu’il fait beau.

« - En venant ici en taxi dans votre émission, j’en ai vu plein qui se baladaient dans Paris. C’est irresponsable. » (Sic)

Irrépressible désir de bazarder ces indéboulonnables « experts » dans une cuvette à virus et de tirer la chasse. Le discours de culpabilisation d’où qu’il vienne, mais surtout d’eux, commence à me chauffer sérieusement. En plus d’être inévitablement infectés un jour ou l'autre, on devrait avoir un quotidien de souffrance, histoire de ne faire qu'un avec les malades. On peut sortir et être prudents, non au lieu de cela on est sermonné h24 comme des gamins. Hier ils nous faisaient la leçon sur les coupes budgétaires à réaliser dans les hoptiaux, aujourd’hui ils nous pointent du doigt quand on sort et nous appellent à communier dans un claping au balcon tous les soirs en soutien au personnel hospitalier. Ils ont besoin de masques et de pognon pas d'encouragements. 

Rassurons-les. Un beau temps à Paris en avril peut être annonciateur de 70 jours de pluie en continu jusqu’à la mi-juillet. C’est donc aujourd’hui ou jamais, et l’histoire a prouvé qu’il est toujours plus tard que tu ne le penses : il fait trop beau pour passer la journée à se morfondre devant l'info feuilleton sur la fin du monde ou les prouts lexicaux de Sibeth.

Je sors pour un footing sous un ciel cristallin inédit dans la capitale grâce à trois semaines d’absence automobile. Au milieu de la chaussée sur une artère que le piéton ose à peine traverser en temps normal même lorsqu'il bénéficie du feu vert. Trois voies pour moi tout seul et un soleil de face sur des centaines de mètres. C’est au-delà du luxe. La seule voiture à l’horizon est une compacte bombardée de fientes de pigeons. Gêné par mon bâillon, je finis par l’enlever. C’est la première fois que je respire sans filtre dans la rue depuis des semaines. J’en ai assez des culpabilisations des uns et des autres, des infantilisations de nos dirigeants en carton pâte. On fait de notre mieux, à distance, et ça ira sans eux.

Après la confection du flan dominical, nous ressortons dans la journée faire un peu de corde à sauter dans le dédale tranquille du quartier aux allures du village du prisonnier dans la série avec Patrick Mac Goohan. The sound of silence de Simon et Garfunkel s’échappe de la fenêtre ouverte d’un vieil immeuble dans une ruelle ombragée. Quelques flâneurs dans les flaques de soleil déambulent sans  autre but que d’éviter les autres flâneurs. Des « bonjours » lancés d’un trottoir à l’autre. Des riverains prennent des bains de lumière au bas des immeubles un livre à la main. Des discussions dithyrambiques sur ce « formidable voisin qui nous a aidés et dont j’ai oublié de demander le nom » et la qualité du. pain chez tel artisan improvisé du coin. Le son des instruments de musique depuis les appartements et celui des conversations au balcon. Le quartier s’est métamorphosé en trois semaines. Ils veulent nous terroriser, c’est peu à peu l’inverse qui se met en place. La confiance en nous, le circuit court, la connivence dans la même galère, avec nos baillons en écharpe, nos masques cousus main qu’on ne prend même plus la peine de mettre devant notre bouche. Et tant pis pour les délateurs zélés, ou ces silhouettes masquées qui passent d’un pas pressé en grommelant une insulte : on n’est pas loin du jour parfait.

Dure de se dire qu’au fond, malgré cette existence resserrée à quelques pâtés de maisons et le hit-parade quotidiens du croque-mort Salomon sur les chaines d’info feuilletonnant l’acharnement thérapeutique d’une nation, nous vivons actuellement « les jours heureux ». Si on poursuit trop longtemps avec ce confinement absurde, d’ici septembre, après s'être fait sucrer le droit du travail et les grandes vacances, beaucoup de Français se retrouveront au chômage avec un paquet de nouilles à 15 euros. L'économie d'après-guerre sera durablement déglinguée dans des proportions que pas grand-monde ne semble encore réaliser. De la peste aux raisins de la colère sans passer par la case congés payés, tout ça à cause d'une gestion sanitaire d'état avec une enclume dans une main et des bouts de sparadrap dans l’autre. Les pouvoirs successifs n’ont eu de de cesse de flinguer les services publics depuis 30 ans, toujours en nous culpabilisant et en nous infantilisant. Exactement comme ils le font aujourd’hui.

Comment espérer un nouveau monde s’ils sont encore là après ? Cette crise du virus est la confirmation king-size du vieux dicton : les radins finissent toujours par tout payer le triple du prix. Comptent-ils encore sur le peuple pour payer au centuple la facture ?

Probablement oui, ils n’ont aucune imagination hors du carcan étroit de leurs dogmes économiques qui n'ont conduit jusque dans cette merde.




Les jours d'avant :
Jour 2 - Jour 3 - Jour 4 - Jour 5 - Jour 6 - Jour 7 - Jour 8 -  Jour 9 - Jour 10 - Jour 11 - Jour 12  - Jour 13 -  Jour 14 - Jour 15 et 16 -  Jour 17 - Jour 18 - Jour 19 - Jour 20  - Jour 21Jour 22 et 23

#confinement jour 22 et 23

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Enième flou des repères temporels. Je perds la trace du vendredi avec sa promesse de forêt.

A. à marche rapide dans la tranchée, l'autre nom des rues sans voitures.  R. râle car elle porte le sac de sa soeur et qu’il fait trop chaud. Elles ont pris leur marque. Elles manœuvrent désormais dans la privation de liberté et la précarité du temps libre comme des carpes en eau tranquille.

Achat de légumes et fruits frais. Avant même de les croquer les fruits, cette abondance de couleurs dans la corbeille me réveille.

Discussions avec des voisins en tongs lors de mon trafic d'agrumes en cagette. La météo, la santé, qui l’a ou pas. « Mon fils il l’a et ça va bien ». « Ma soeur l’a déjà eu en janvier ». « Le père de la gamine est mort il y a cinq jours, les pauvres. ». La résignation comme le virus et s’installe en nous tranquillement. 
L’absence policière constatée, et rapportée dans d’autres coins de Paris, nous questionne. Elle est à l’inverse de ce qui se passerait dans d’autres régions. Peur des contrôles du côté policier qui eux non plus n'ont pas assez de masques, et donc droits de retrait ? Volonté politique d’être un peu plus souple sur Paris pour, un peu, accélérer sans l'avouer l’immunisation collective dans un bocal délimité par le périphérique ? Sommes-nous simplement tellement bien disciplinés que notre cas est classé ? 

«  - en fait, on est bloqué chez nous parce qu’ils sont nuls. Macron nous punit parce qu’il est impuissant » me lance R. alors que nous marchons en solitaire le long de la tranchée rectiligne en bordure du cimetière en guise de vacances.

Elle a tout compris de l’insoluble équation des impuissants.

Dans cette situation, ils sont perdant à tous les coups. Il leur reste juste à négocier la qualité de l’adjectif utilisé à leur sujet dans les futurs livres d’histoire. Pour le moment, à en juger la réthorique guerrière utilisée pour masquer sa misère par le locataire de l’Elysée, il est très impuissant.

La nouvelle petite musique du gouvernement « scientifique » depuis quelques heures, c’est la soudaine importance de porter des masques. Les propos gouvernementaux tenus il y a quelques semaines sur « les masques qui ne servent à rien » deviennent des « invitations » à porter des masques même artisanaux à chaque sortie, si nous le souhaitons. 22 jours de confinement, de tortillages constipés sur tabouret pour nous chier du bout du cul une évidence qui expédient leurs propos suffisants des semaines passés à la rubrique « mensonge d’état ». Selon toute logique administrative d’ici deux semaines, à défaut de nous les fournir, l’état nous verbalisera pour sortie sans masque. Et ils voudraient de la confiance...

Ces gens ne méritent que nos postillons.

Pour l'instant, accompagnés par le chant des oiseaux, père et fille poursuivent la randonnée en circuit court au bal masqué. Certes il y a la joie continue du nouveau calme parisien, une vague odeur de campagne sur le boulevard mais il y a aussi ce début de défiance, de grondement de fond. La peur chez les uns, un début de colère chez d'autres. Dès que l’on sortira la tête du guidon et que l’on réalisera concrètement dans son porte-monnaie le drame économique et les funestes perspectives d’un pays flingué par overdose de conneries au sommet des technocrates, il est possible que l’humeur change un peu ici-bas.

R. a un peu froid. Nous faisons un peu de corde à sauter et rentrons cuisiner. 

J’apprends dans la soirée que P., hospitalisé depuis plusieurs mois pour une autre pathologie, est testé positif. Les visites étaient déjà interdites, le virus est arrivé par un infirmier.

Le covid est désormais familier.




Les jours d'avant :
Jour 2 - Jour 3 - Jour 4 - Jour 5 - Jour 6 - Jour 7 - Jour 8 -  Jour 9 - Jour 10 - Jour 11 - Jour 12  - Jour 13 -  Jour 14 - Jour 15 et 16 -  Jour 17 - Jour 18 - Jour 19 - Jour 20  - Jour 21

#confinement jour 21 : mieux que rien

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Ça se rapproche.

Course triste. Manque d’envie, probablement pas mangé assez de fruits. Les filles s’habituent à mon passage matinal devant les fenêtres de C.. A. ne vient même plus me saluer. Le stress diminue, mais l’abattement larve. Thierry Crouzet ne manque pas d’optimisme sur son blog (malgré sa saine colère contre un gouvernement de technocrate qui compense sa nullité en glissant tranquillement dans la dictature).

Pour être débarrassé de ce virus, il faut soit resté confiné, soit être vacciné, ou que les 2/3 tiers de la population soient infectés et immunisés.

1 / Le vaccin c'est pour dans un an, voire deux.

2 / Comment veux-tu être immunisé si tu restes confiné ? Tu n'es qu'un futur infecté qui aura passé six mois enfermé. Sans compter que tu perds peu à peu tes défenses immunitaires.

A un moment, il va falloir regarder les choses en face et arrêter de collectivement se suicider à petit feu. Le confinement permet de protéger le système de santé, de ralentir le carnage, de sauver des vies, mais le confinement n’est pas une solution. A son issue, on en revient au jour 0. Prolongé, on détruira  plus qu’on ne sauvera. C’est un labyrinthe construit dans l’urgence par des gens qui n’ont pas le plan de sortie. C’est l’option perdant-perdant la moins pire quand tout a raté. Quatre décès sur cinq dus à ce virus surviennent dans la zone, et au-dessus, de l’espérance de vie des Français. A-t-on à ce point oublié que vivre tue ?

Le soir le Premier Ministre, au bout du rouleau, lance une énième opération « le gouvernement contrôle » à la télé dans la lignée du démerdez-vous show de Macron du 12 mars. On y apprend rien, ou plutôt discrètement que l’on va bientôt manquer de médicaments. C’est ballot, on a les meilleurs labos mais on fait tout fabriquer en Chine. Ces gens ne contrôlent plus grand-chose. Alors ils feront ce qu’ils savent faire : des déclarations à la télé et de la paperasse. Ça vous allez en avoir de belles attestations BP77 alinéa 3121 avec exception dans le cas susmentionné dans l’article 319, et dans des délais bien plus courts que la livraison de masques.

Je croise encore des types sans masques dans la rue (en plein "pic"), la majorité. J’intercepte une bribe de conversation à l'épicerie de l'autre côte du trottoir :

- La semaine dernière, ils disaient que les masques ne servait à rien. Il parait que l’on peut s’en faire en tissus c’est mieux que rien.

Voilà où on en est. « C’est mieux que rien ». Etre ici c'est mieux que de ne pas y être. Il n’y a plus d’avant, pas d’après, il y a juste des attestations dérogatoires de sortie pour respirer.

On va s'en sortir. Sans eux. Ils sont finis.

Update : finalement la plante va bien.


Les jours d'avant :
Jour 2 - Jour 3 - Jour 4 - Jour 5 - Jour 6 - Jour 7 - Jour 8 -  Jour 9 - Jour 10 - Jour 11 - Jour 12  - Jour 13 -  Jour 14 - Jour 15 et 16 -  Jour 17 - Jour 18 - Jour 19 - Jour 20

#confinement Jour 20

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Après le déni, la peur, la suractivité, la colère, c'est au tour de l’abattement. Combien de temps cette connerie de confinement va-t-elle durer ? Neverending gueule de bois plus prononcée à mesure que chaque jour passe. Oui, se laisser émerveiller comme c'est marqué dans horoscope, ne pas se projeter mais retomber aussi sec dès que t'additionnes 2 + 2. Il n’y a pas de printemps, il n’y aura peut-être pas d’été non plus sauf peut-être, pour ceux qui n'auront pas été licenciés d'ici-là, aller travailler tête baissée le temps qu’un vaccin soit trouvé. L’idée fait petit à petit son chemin. 

1 / Le confinement c'est la solution de l'enclume pour écraser une mouche parce qu'on n'a pas jugé bon de fabriquer une tapette. 

2 / Pas de déconfinement total efficace sans tests généralisés, dixit à peu près tout le monde.

3 / à ce jour 30.000 tests / quotidien en France.

4 / en restant à ce fabuleux rythme le déconfinement total se profilerait en France vers 2027.

5 / à ce jour les morts liés au virus représentent 0,01 % de la population nationale.

6 / Nous serons plus nombreux à mourir d'autre chose que du virus d'ici là, notamment des conséquences indirectes du virus. (La baffe économique et sociale qui arrive ne correspond à rien de ce qu'on a vécu).

7 / D’autres voix soulignent que, après le déconfinement, nous pourrions être à nouveau confinés car nous nous serions trop bien confinés la première fois. ("le taux d'immunisé étant trop faible, le virus pourrait repartir" A.Flahaut épidémiologist, FranceInfo)

8 / Nous en revenons au 1 / Besoin massif de masques et de tests pour espérer sortir « normalement ». Jour 20. Je n‘en vois toujours pas la couleur d’un.

9 / En voulant la mettre au soleil, j’ai malencontreusement renversé ma pousse de salade-coquelicot. J’ai rempoté en catastrophe. Elle va peut-être crever parce que j’en ai pris soin.

10 / Le mieux est l’ennemi du bien. 


Les jours d'avant :
Jour 2 - Jour 3 - Jour 4 - Jour 5 - Jour 6 - Jour 7 - Jour 8 -  Jour 9 - Jour 10 - Jour 11 - Jour 12  - Jour 13 -  Jour 14 - Jour 15 et 16 -  Jour 17 - Jour 18 - Jour 19 

#confinement jour 19

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
En rédigeant mon attestation de déplacement dérogatoire quotidienne me vient à l’esprit que c’est de l’état que nous devrions exiger un dédommagement de 135 euros pour chacune de nos sorties SANS MASQUE pour se ravitailler en denrées de première nécessité ou pratiquer une activité sportive individuelle.

Si l’erreur d’évaluation est collective, nous ne sommes pas élus pour anticiper. Nos gouvernants si. 19 jours de confinement et pas l’ombre d’une protection pour moi et mes proches autre que le bâillon à l’écharpe. Des médecins se protègent avec des masques de plongée Décathlon. Un ministre de l'action et des comptes publics d'un gouvernement qui a supprimé l’ISF, qui s’assoit chaque année sur des dizaines de milliards d’évasion fiscale et qui a dilapidé des crédits d'impôts "compétitivité" en pure perte, appelle à "une grande solidarité nationale" (une cagnotte à vot' bon coeur) pour lutter contre le virus.  Et on me bassine avec l’Europe depuis mon enfance ? Nous sommes un putain de pays du tiers-monde en puissance.

Gardons cette colère pour plus tard. J'ai déjà des idées encore à l'état d'ébauche mais aux perspectives stimulantes.

Suggestion : l'androïde en slip Decathlon catapulté dans une piscine de virus à l'état visqueux.

- ahblouggllg...sauvez-moi...blougblup.

- T'as pas besoin de bouée Manu, les bouées c'est pour le personnel soignant !  Et puis tu ne saurais pas t'en servir.

Blourp. (bulle d'air contaminé qui éclate à la surface).

* * *

Le nombre de morts parait-il augmente en flèche, principalement sur Paris. Je m’en tiens à deux fois dix minutes d’information par jour. Au-delà c’est sérieusement compromettre son équilibre mental. C’est un des gestes barrières les plus importants.

Dix minutes ça suffit. D’un côté de l’info spectacle version macabre : les mêmes gueules d’experts autoproclamés depuis vingt ans (voire quarante) qui se batailleront encore sur les plateaux télés le décryptage de la référence biblique dans le dernier discours de Macron, trois minutes avant la fin du monde. De l’autre côté :  les nouveaux prophètes incontestés en blouse blanche. Ceux-là pourraient nous dire de sauter par la fenêtre avec l’espoir d’être immunisé, on est pour le moment dans un tel état de stupeur qu’on le ferait.

Courir à l’aube, se ravitailler aux heures creuses. Si ce n’est la terreur sur certains visages masqués et quelques silhouettes qui se détournent dès qu’elles m’aperçoivent à moins de vingt mètres, je ne perçois rien  de "la vague d’infectés". Une ambulance attend coffre ouvert un malade devant un immeuble. Rien de bien spectaculaire. Le silence toujours. C’est sur les réseaux, par les récits bouleversants et les commentaires factuels, que je sens la maladie roder et s’approcher. C’est là, de plus en plus affirmé, encore contenu à des cercles pas trop proches.

Rien à même de gâcher ma course matinale, presque honteuse lorsqu'on la superpose aux témoignages des soignants et des malades. Rester prostré c’est se laisser bouffer. Courir rend euphorique. Se confiner et avoir peur, c’est la double peine. C’est à la fois subir la privation de liberté et la terreur de ne plus être prisonnier. La peur nourrit la peur. Ces escapades pour faire du sport sont essentielles. Si ce mois devait être le dernier, le mois d’incarcération qui le précèderait serait la plus médiocre des conclusions.

Un type qui fait sa gymnastique contre un lambeau de façade ensoleillé me lance un "bonjour !" souriant comme si on se connaissait depuis des années. Des petits riens réchauffent nos journées.  Il y a deux types principaux de comportements dans les rues de confinés. Ceux qui filent têtes baissées, rationalisant même leur souffle, et ceux dont les yeux pétillent en vous regardant. On passe surement chacun de l'un à l'autre au gré des jours et de nos tourments.

Au téléphone des signes de détresses intérieures à "seulement" deux semaines pour la plupart. Ce confinement nous pousse au propre comme au figuré dans nos retranchements, au bout de nos failles, de nos contradictions mais aussi de nos forces intimes, des forces peu utilisées, insoupçonnées, dans notre monde de la démonstration.

* * *

L'après-confinement m’inquiète plus que ces semaines de retraite forcée. Nous ne reprendrons pas tous, et pas tous au même moment, une vie qui mettra de toutes les façons des mois à se caler sur une routine sanitaire composée de distance et de propreté. Autant dire que la vie à Paris va non seulement être compliquée mais définitivement absurde, la ville devenant une coquille vide purement contraignante. L’après-confinement c’est aussi un pays redéfini avec des zones fermées, et des poches de disruption locale : un retour à la terre, aux initiatives artisanales, industrielles mais aussi des « Banlieues 13 ». Autant le regarder en face : les voyages à l’étranger, en Europe, en France, la plage l’été, l’après boulot en terrasse, le boulot tout court pour certains, le nouvel Iphone tous les ans, le petit ciné avec les potes, les concerts et spectacles à plus de douze dans la salle, une croisière Costa Branletta all inclusive en mer âgée avec Christophe Barbier et toute la rédaction de Valeurs Actuelles…. Tout ça c’est fini pour un moment.

L’après confinement ne s’opérera qu’à la condition de tests généralisés. Là aussi, les prêches présidentiels cachent mal l'impuissance politique et quelques règles mathématiques : ce process va prendre des mois.

Suivre les conseils de L. et ne pas se projeter. Vivre l’instant, s'enrichir d'une expérience hors d’une époque qui nous ne satisfaisait pas. C’est à nous de reprendre la main sur ce "monde d'après" dont seules les grandes lignes sécuritaires semblent pour le moment se dessiner. Je ne sais pas de quoi ce monde sera fait, je sais en revanche qu’il ne faut pas l’aborder sous l’angle de la peur. Si nous y entrons effrayés, nous aurons tout perdu.


Les jours d'avant :
Jour 2 - Jour 3 - Jour 4 - Jour 5 - Jour 6 - Jour 7 - Jour 8 -  Jour 9 - Jour 10 - Jour 11 - Jour 12  - Jour 13 -  Jour 14 - Jour 15 et 16 -  Jour 17 - Jour 18

#confinement jour 18

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
J’ai pourtant une bonne endurance dans le domaine, adolescent j’ai passé des étés entièrement seul dans une grande bâtisse loin de tout, j’ai expérimenté les joies de la retraite isolée dans un coin paumé les deux premières années de ma trentaine, j’évite le plus souvent les rassemblements de plus de trois personnes et je ne parle pas de la majeure partie de mes journées des deux dernières décennies qui ressemblent à s’y méprendre, quelques sorties pour courir en moins, à cette période de confinement. Mais ici tout à une autre saveur : celle de l’attestation, de la dérogation, de l’autorisation, du flicage, de la peur, la peur  des autres et celle construite heure après heure jour après jour en nous par nous.

Ce rythme réduit de trois jours de garde alternée est salvateur. J’ai sous-estimé la dureté de vivre, en continu avec ses enfants. Je dis "enfants", je pourrais écrire femme, homme, ami, parent n’importe quel individu. La solitude de groupe imposé est un châtiment subtil. L’enfer c’est les autres Jean-Paul a dit. Toute relation à proximité permanente d’un être pourtant adoré atteindra inévitablement un niveau d’insupportabilité. 

Au-delà du virus, cette période aura des dégâts psychologiques sur nous tous, on n’a pas fini de payer notre aveuglement. Les effets secondaires sur l’économie et notre psychisme causeront bien plus de morts que la maladie elle-même, c’est écrit mais c’est moins vendeur. A partir de combien de morts estime-t-on envisageable de ne pas se massacrer intimement de la sorte ? D’autant qu’à l’issue de la période de confinement (lointaine issue), on évoque une possibilité de prolongement « à la carte » après les tests personnalisés (encore plus lointaine issue). Certains auront des semaines de rab’ en stade aménagé ou hôtel particulier en guise de vacances, avec option mort par asphyxie.

Le temps est néanmoins parfait pour rester confiné. Soleil pour la bonne humeur et fraicheur pour décourager d’aller à l’extérieur. Depuis la chaise longue, j’observe les allers et venus de moins en moins fréquents dans le quartier. Peu ou plus d’enfants, ou alors en bas âge. Où sont les adolescents ? Enfermés depuis des jours ? Quel carnage ! Je fixe une bonne demi heure, hypnotisé, ce toit en tôles. Je sors par bribes de ma transe en BTP grâce aux claquements métalliques et aléatoires d’une barrière en fer sous la bise. Je reste là,  inconfortablement bercé par les frottements rêches des papiers gras qui tourbillonnent sur le pavé. La capitale appartient aux canards et aux papiers gras. L’astre de feu range sa superbe derrière les barres d'immeubles. Les ombres s’allongent et s’évanouissent dans le gris. La fin du jour dissous les échos déjà lointains d’un résidu d'agitation honteuse. Il n’y a plus de légèreté. J'ai un peu froid. La dix huitième journée s’achève. Le confinement va recommencer.



#confinement jour 17 : Le pic d'inutilité

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
R. me réveille à l’aube pour que nous sortions courir. Emmitouflés et à moitié endormis, nous improvisons un jogging à basse tension dans les rues aux rideaux de fers baissés. Esquiver les fraiches rafales du nord, viser la moindre rue dans l’axe du soleil.

Passage par la rue de C. qui nous salue du balcon. Les fenêtres de vie laissent échapper les échos des nécros sur la chaine d’info. Comme à chacun de mes passages matinaux, le voisin du dessus ouvre ses volets pour nous scruter. A. a une bonne foulée, R. est à la peine, mais cette sortie après deux jours d'enfermement nous fait le plus grand bien.

Le SDF, et son histoire rangée dans une succession de cartons, occupe toujours le coin de cette rue que je prends tous les matins pour aller travailler. En ce dimanche figé, il est à lui seul l’humanité.

Nous ne croisons dans le périmètre autorisé que deux policiers sans masque à l’angle de la rue anciennement commerçante. La faible présence policière constatée ici contraste totalement les contrôles sauvages et sans respect dans certains quartiers et villes de banlieue dont je lis les rapports sur les réseaux sociaux.

A bien y regarder, il y a ici moins de présence policière qu’en temps normal. Le peuple se confine, s’auto-discipline et se police tout seul. Nous devenons chinois. Je me rappelle les deux derniers mois sur le chemin du travail (dans le quartier chinois parisien) avec une baisse continue de la densité démographique. Le quartier chinois se vidait progressivement. J’ai d’abord mis ça sur le compte d’une vague phobie des parisiens alors qu’il s’agissait plus vraisemblablement d’un auto-confinement préventif des résidents bien au fait de la réalité de la crise sanitaire par-delà la muraille de la com.

Nous avons bien fait de profiter du soleil, la grisaille d’un long dimanche plombe une capitale qui passe à l’heure d’été dans l’indifférence générale.

Nous préparons notre traditionnel flan du dimanche. C’est à la fois délicieux et nourrissant, une vraie pâtisserie de crise. Je découvre un second dessin animé de Myasaki, Ponyo sur la falaise, c’est le programme parfait pour la période. Du rêve et de la couleur sans mièvrerie, et un sous-texte écologique de chaque instant. Je m’entraine à jouer le Perfect Day de Lou Reed au piano. On se plaignait de ne jamais avoir le temps de faire ceci ou de réaliser cela. D. m’envoie un message pour me supplier de ne pas sortir de chez moi. Il y a trois semaines on prenait des pots entassés en terrasse en relativisant, dans les meilleurs des cas, les drames de nos voisins qui l'avaient bien cherché. Trois semaines après, du fond de nos cellules, on se relaye par SMS la propagande d'état. Nous continuerons à sortir. Comment faire autrement ou sinon se suicider pour ne pas avoir à mourrir ?

Au téléphone, L. est en colère "contre tout ça", l'absurdité, l'impossibilité de nous retrouver pour une simple histoire de mauvaise anticipation, d’amateurisme collectif et d’incompétence au sommet. Canaliser la colère et la retourner sur l’action, agir, écrire, dessiner, aider mais aider au plus juste sans être chaperonné ou homologué par l’état soucieux désormais de surcontrôler d’une main ceux et celles qu’il a lâchés de l’autre. Certitude ancrée que rien ne pourra faire taire cette colère après, chaque jour de confinement nous confirmant un peu plus qu’ils ne sont plus rien, que nous avons les cartes entre les mains, que nous n’avons que trop contribué en spectateur-votant à l’info-feuilleton du pouvoir.

Ce moment est la plus cinglante démonstration de leur inutilité, voire pire. Le pouvoir n’est intéressé que par le pouvoir, le peuple il s’en lave les mains. On va obéir, que faire d'autre ? On va obéir, oui, mais combien de temps encore ?

Hasard ou pas, je la lisais hier, Annie Ernaux ce matin sur France interhttps://www.franceinter.fr/emissions/lettres-d-interieur/lettres-d-interieur-30-mars-2020








#confinement jour 15 et 16

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
C’est officiel on se prend quinze jours supplémentaires de confinement, très probablement relancés de quinze le 15 avril. Comme prévu malgré les annonces on attend toujours les masques et les tests. Comme murmuré depuis un moment, il est très probable que nous soyons beaucoup à être infectés, bien plus que les chiffres validés. 

Le plus étonnant dans cette crise de panique planétaire, où drame et absurde danse le tango sur le fil de plus en plus mince de nos certitudes, c’est le peu de cas qui est accordé aux causes de tout cela. Pathétiques moulinades de nos « puissants » a vouloir régler tout cela en branlant du patriotisme, de l’esprit collectif et du soutien ému au corps médical, notions qui leur font horreur le reste du temps. 

Rien sur la contamination initiale, l'abruti qui bouffe du pangolin à l’urine, la surconsommation, le libre-échange en valeur suprême, les importations massives, le transport aérien en open bar (il y a encore quelques jours on pouvait librement voyager sans être controlé entre ces pays scrupuleusement attachés à faire respecter le confinement aujourd’hui ). Rien sur le rôle de la Chine non plus. Après nous avoir refourgué cette merde, la Chine est en passe de réussir sa bataille de la communication quant à façon "exemplaire" de traiter le problème. Le pays endossera bientôt le rôle du bon samaritain avec ses exportations massives de masques magiques que nous sommes incapables de produire ici au terme d'un demi-siècle de desindustrialisation de trucs utiles. Rien donc sur notre complicité de consommateurs et de nations aux déséquilibres planétaires qu'ils soient sociaux, écologiques ou financiers. Rien sur nos complicités d'électeurs, fonçant vote après vote vers toujours plus d'austérité et de respect des pactes de stabilité.  Non, aujourd'hui, la priorité c’est de trouver des lits en réanimation. Effort de guerre dont on se demande si le gouvernement, disrupté par un microbe, voudra sortir un jour tant le mécontentement s’amplifie dans la population. « Viendra le temps du procès ». En attendant le nuremberg des cons, on paye l’addition. Certains meurent,  les autres vivent dans leurs placards (dont le confort et la superficie ne font que reproduire les écarts de classe normalement constatés en temps de paix). 

Nouvel effet du temps. Si les journées passent lentement, en revanche leur souvenir s’efface immédiatement. J’ai perdu le fil du journal sans m’en rendre compte. J’ai sauté une journée. Cela m’arrive rarement en temps « normal ». Nous passons un joli samedi confiné, un de ces jours repos classiques après une semaine usante où l’on a la flemme de sortir. Ce jour nous ne sentons même pas coupable d’être flemmards. Nous nous remettons tous à jouer de la musique. Depuis dix jours, nous n’écoutions que peu de disques et jouions peu de nos instruments de peur peut-être de provoquer le virus. Piano, guitare, harpe, le trio tricote des morceaux maladroits mais enchantés. J’avance dans le quarto gallimard d’Annie Ernaux. A ce rythme j’aurais lu l’intégralité de son oeuvre avant la fin du confinement. 

« Ecrire la vie, non pas ma vie, ni sa vie, ni même une vie. La vie, avec ses contenus qui sont les mêmes pour tous mais que l’on éprouve de façon individuelle : le corps, l’éducation, l’appartenance et la condition sexuelles, la trajectoire sociale, l’existence des autres, la maladie et le deuil ».

C'était il y a quelques mois ou années. Je crois avoir croisé Annie Ernaux dans la rue pas très loin d’ici. C’était une longue rue, je l’ai vu arriver de loin avec une enfant qu’elle tenait par la main. Je n’étais pas sûr que ce soit elle, et même si je l’avais été je ne l’aurais pas abordée. Quoi dire : J’ai dévoré votre vie ? Nous nous sommes croisés, il faisait beau. J’étais bien ce jour là, je revenais de courir, je me souviens de son expression apaisée, pas loin du sourire. Regards accrochés une demie seconde. Nous avons continué nos chemins d’inconnus connus, devenant peut être un personnage l’un pour l’autre. 

J’ai peut-être tout simplement rêvé tout cela, mais ça me suffit pour que ce soit vrai.






#confinement jour 14

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Seule sortie de la journée : le running matinal dans le quartier fantôme entre Tchernobyl, la planète des singes et le fils de l'homme. Le film de science-fiction que nous traversons depuis deux semaines jauni peu à peu, ça commence à ressembler à un documentaire façon frères Dardenne. C'est l'histoire de Seb Musset qui cherche un pack de lait demi-écrémé en tentant d'éviter les infectés. Va-t-il y arriver ? Si oui, ces coupons réductions pré-pandémie vont-ils encore fonctionner ? Alors que je longe la succession des panneaux électoraux du funeste premier tour des municipales, une sonnerie d'école déchire le silence. Les traces papiers du monde d’avant flétrissent et laissent place aux affichages sanitaires flambants neufs : restez chez vous, lavez-vous les mains, combattez l’ennemi invisible. Les boyaux d’un rat écrasé au milieu de la rue sont dépiautés par un couple de corbeaux. Un début de file d’attente se forme devant la boulangerie, un par un c'est marqué. Je lève la main pour saluer de loin un petit vieux de mes voisins, seul et non protégé. Je vois qu’il ne me reconnait pas derrière mon masque bricolé, d’autant qu’il a le soleil dans l’oeil, mais il me répond un joyeux « Bonjour Monsieur ! » qui résonne quelques secondes sur les façades aux stores baissés que transpercent des regards inquisiteurs.  J'appuie sur l'horodateur pour savoir où j’en suis : il me reste douze minutes de sortie dans la zone autorisée. Cette crise confirme sans détour ce que l’on sait déjà : nous sommes tous à la fois fliqués et abandonnés par l’état.

Les chiffres sont tombés grâce à l’ouverture des datas d'un opérateur téléphonique : un million de franciliens ont quitté le grand Paris en quelques jours. C’est une catastrophe pour certaines régions sous dimensionnées au niveau hospitalier et une "petite" bulle d'air dans le bocal de microbes parisien. Voilà peut-être la raison de ce début d’« air de vacances » qui flotte sur une capitale creuse mais qui reste sous tension larvée. Nous devinons l’issue provisoire de tout cela dans quelques semaines, en espérant que la propagation sera efficacement ralentie grâce à nos assignations à résidence. Il restera néanmoins, dans ce meilleur des cas, l’impératif de vigilance et la distance. 

Les vacances d'été vont avoir une drôle de gueule avec nos déambulations en slip de bain et masque intégral. Il en ira de même au turbin : tous au bal masqué pendant plusieurs semaines. 

C’en est fini pour longtemps de la bise et de la poignée de mains, c'était tellement XXe siècle. 





#confinement jour 13

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Les jours tracent tête baissée et ils ne sont découvriront probablement pas d’un fil en avril. Vue de ma fenêtre, la France et l’Ile-de-France en particulier se préparent à « la vague » avec une certaine indolence printanière. Déni, résignation, incrédulité ou rienàfoutrisme, un peu de tout cela. A l’image de cette famille de canards qui s’est échappée du Parc Montsouris et se balade décontractée dans le quartier ensoleillé, nous vaquons, un peu moins angoissés, à nos circonscrites occupations : manger, dormir et plus si dérogation. Le président tente de se rassurer lui-même lors d’un direct depuis l’hôpital de campagne de Mulhouse. Nous avons une belle armée et des TGV suréquipés pour transporter les malades les plus graves. Je n’en ai jamais douté. Mais nous on veut des masques.

Comme pour les cours d’A. et R. grâce à l’investissement (dans tous les sens du terme) des enseignants, le télétravail prend son rythme de croisière. Si le confinement nous confirme  individuellement ce que nous sommes, le télétravail, pour les chanceux qui peuvent l’accomplir, les informera de la façon la plus cinglante sur les structures et les mentalités des entreprises pour lesquelles ils oeuvrent. A-t-il été anticipé depuis longtemps ? Le matériel a-t-il été fourni ? Avait-il tout simplement été envisagé ou sa philosophie se résume-t-elle encore aujourd’hui pour nombre d’entreprises de service à celle des propos d’un RH rapportés par un cousin lointain qui le tient du copain de la comptable qui l’a entendu en lisières de l’espace détente de la compagnie P. après les annonces de Macron : « - non mais sans déconner on va quand même pas les payer pour qu’ils restent chez eux à glander ! ». S’ils glandent comme vous dîtes du haut de votre salaire bien épais, c’est d’abord qu’ils sont mal dirigés et qu’à l’évidence vous êtes trop payé.

Il en va du télétravail comme du travail en général. Il y a ceux qui font le boulot et ceux qui font tout pour ne pas le faire. Le télétravail est une extension du rapport de confiance entre l’employeur et le salarié, avec des clauses et un contrat carré. 

Marrant comme le teletravail terrorise souvent les employeurs. De ce que j’ai observé, chez moi ou ailleurs, le télétravail peut facilement vous conduire à être beaucoup plus productif qu’une présence physique dans les locaux.

Déjà, il contribue a diminuer le auto-branling-collectif de nouille qui constitue une bonne moitié du temps de travail dans les secteurs « non essentiels » de notre économie. 

Deuxièmement, le salarié s’évite en moyenne une à deux heures de transport par jour, ces cinq à dix heures par semaine de temps perdu que le salarié a intégrées comme étant « normales ». Le plus souvent de très mauvaise qualité (pollution, promiscuité, risque croissant d’attraper des virus à la con) ce temps perdu ne profite ni au salarié ni à l’entreprise.

Ensuite, pour peu que vous aimiez votre travail, l’absence même de contrainte horaire conduit très logiquement au « débordement ». En décodé : une fois que vous ne pointez plus, contrairement à ce que pense le patronat du XXe siècle, vous avez plutôt tendance à vous dépasser plus qu’à esquiver. C’est à mon sens le plus gros danger du télétravail pour le salarié : la réponse aux mails hors des horaires, le surcroit d’initiatives pour montrer qu’on existe, les petites charges de travail qui l’air de rien se diluent bien au-delà des 35 heures et l’invitation quasi constante du travail à domicile, lieu censé être neutre. Autre avantage non négligeable (pour les plus grosses entreprises), il contribue à l’individualisation du salarié et au dézingage du collectif. Allez faire une manifestation devant la boite du mail du patron, c’est tout de suite moins menaçant.

Plus que le salarié (qui va s’y retrouver au mieux avec un peu plus en qualité de vie), ce sont les entreprises qui ont en fait énormément à gagner avec le développement du télétravail.

La période que l’on vit va inévitablement changer les points de vue des uns et des autres sur le télé-travail. Bien sur nombreux sont ceux qui vont enfin réaliser que leur job est en réalisable tout aussi bien, voire mieux, depuis chez eux en moitié moins de temps par semaine. D’autres, plongés sans préparation dans le bain du labeur en ligne, vont vite s’autonomiser hors des cadres classiques et des sentiers historiques balisés par la direction omnisciente.

Une chose est sûre, après un ou deux mois à ce régime, les choses ne seront plus tout à fait comme avant quand chacun retournera dans son bureau lever le doigt et répondre « présent ! ».

Et ça c’est plutôt une bonne nouvelle, elles sont rares en ce moment.

#confinement jour 12

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Silence et beau temps sur la quartier, le climat est trompeur sur Paris. Je reconnais presque mon ciel perdu de la côte charentaise. Un nouvel ami à la maison : un escargot me tient désormais compagnie sur le mur de la cuisine. Par où est-il rentré, comment a-t-il grimpé aussi haut ? J'y vois le signe d'un changement positif du climat sur Paris à l'air purifié.

L’événement people de la journée, c’est la descente au ravitaillement. Tel un héros de Prison Break, je me suis tatoué sur l'avant bras le plan du SuperBouffe Market. Mon but : accumuler des vivres, ne croiser personne, ne pas me gratter le nez, survivre quoi. Mes passages ici sont assez rares pour que je constate une légère flambée des prix 5 à 10% sur pas mal de produits en deux semaines.

Plusieurs commerçants du quartier n’acceptent plus les clients physiques, il faut commander sur internet. D’autres s’auto placent en couvre-feu. Horaires de guerre : 7h-17h. Je n’aime pas du tout l’ambiance dans laquelle on glisse très tranquillement, les mains propres, surlavées au gel hydro-alcoolique. Il parait que dans les campagnes, faute de main d'oeuvre, les légumes partent à la benne. Paradoxalement, et alors que les frontières (comme les marchés ouverts) sont fermées, je trouve encore des tomates espagnoles au supermarché. Le ministre de l’agriculture appelle les neo-chômeurs pour cause de confinement à travailler dans les champs, en totale contradiction avec les mesures annoncées au même moment par le premier Ministre. On marche collectivement cul par dessus tête (sans masque) sur une base désormais horaire.

La rumeur table sur six semaines d’enfermement. Certains parlent de deux ou trois mois, les demandent même. Je n’en reviens pas d’un tel renoncement volontaire à nos libertés fondamentales sans fondement scientifique autre que ceux "vus à la télé". Notre soumission, à laquelle je contribue bien volontiers, m'effraye encore plus que cette contagion. L’esprit est court-circuité, tétanisé. Macron n'en espérait surement pas autant. Je suis prêt à parier que cette improbable histoire de confinement ne lui plaisait pas (d'où les atermoiements du début) et qu’il ne sait plus à désormais plus à quel saint scientifique ou économique se vouer.

Le bilan de son quinquennat sera exactement l’inverse de ce que pourquoi il a été élu : il renationalisera à tour de bras, le pays va se prendre une gamelle de PIB historique, il aura défoncé tous les pactes de stabilité et aura été le premier président à payer des semaines les gens à rester chez eux. La cause est grande c’est entendu, mais il aura été le premier président à foutre l’intégralité du pays à l’arrêt. D’autant que c’est sans fin, il n’y aura pas d’issue heureuse. Il y aura des morts de ce virus, on ne sait juste pas combien ni sur combien de temps puisqu’on ne sait pas les compter. Comment conclure un tel cycle ? Comment redémarrer comme avant ?

Même si nous sommes copieusement mis à contribution et que nous sommes tous concernés (les Français sont inquiets à 87%, et 73% à considérer, malgré les mesures, que La France n’est pas prête à faire face au virus*), Macron sait que la patience aura des limites, (le barnum autour du professeur marseillais en est le premier révélateur) et que le peuple va progressivement y laisser sa peau mentale. Pour l’instant nous dansons, en intérieur, sur une bombe qui tôt ou tard lui explosera à la gueule quand on sera las d’applaudir chaque soir à 20h comme seule activité physique de la journée.

Il sait aussi que quoi qu’il arrive son quinquennat sera marqué par ce premier semestre 2020 (qui tombe au milieu de son mandat) et qu’il est cramé. Quelle meilleure solution de ne pas perdre les élections que de simplement ne plus les organiser ? Nous n’en sommes pas là. Et pourtant. Qui aurait seulement pu imaginer, il y a encore trois semaines, cette assignation nationale à bouffer des chipsters sur canapé pour combattre un ennemi invisible ? Qui aurait pu imaginer que l’on observerait, à la place des publicités sur les abris bus parisiens, des affiches à slogan unique (sur fond de couleurs douces) nous ordonnants de nous laver les mains et de rester à la maison ? Il y a l’épaisseur d’une feuille de cigarette entre notre peur légitime et la totale perte de contrôle collective, planétaire. L’évaporation de la démocratie nous attend au tournant et le pire c’est qu’on ne sait même plus voir où se situe ce tournant tant chaque jour nous plaque un peu plus la gueule par décret dans les eaux visqueuses du non-retour.

"Il est plus facile de faire sortir le dentifrice du tube que de le remettre dedans".

Il faut vite sortir de cycle sanitaire qui nous fait glisser dans un autre monde confiné. Le durcissement ou le prolongement est un faux débat. Une quarantaine c’est quarante jours. Au-delà, c’est que l’on à d’autres intentions et/ou que l’on obtiendra d’autres résultats.

*sondage Elabe/BFM du jour


#confinement jour 11

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
A. et R. sont rodées. Grâce au suivi serré de l’instituteur et de certains professeurs, j’arrive à maintenir un semblant d’école et de disciplin, même le dimanche (celui ci ne voulant plus rien dire).

Le temps confiné en décor unique permet de décrocher de la notion d’horaires. Si ce n’est pour les applaudissements de vingt heures, nous évoluons dans une longue plage floue d’occupation de l’espace s’organisant autour du soleil. Je me trimballe avec mon pot de terre et sa pousse de coquelicot, le matin d’un côté de l'appartement, l’après-midi de l’autre. Nous ne regardons plus la télé, n’écoutons que peu de musique. Le silence est apaisant, pour l'instant. Si ce n’était pas pour cette petite interdiction de sortie cela ressemblerait presque à un long week end de vacances. L. me dit au téléphone qu’elle n’a plus envie de sortir, c’est un peu pareil de mon côté. Les rats des villes s’habituent à leur cage dorée.

Le soir venu, nous faisons le bilan des occupations de la journée, A. ne sait plus si on n’a fait tel ou tel exercice de fitness ce matin ou hier. Tout se confond, tout est à la fois lent dans l’instant et fugitif dans le souvenir. L’autre bout du monde, c’est trois rues derrière. Le virus n’est plus qu’une chimère, nous ne voulons rien en percevoir. A quoi bon ? A chaque fois que je vois la tête de l’androïde et de son parterre de teubés, je me sens devenir haineux. Mieux vaut éviter. Je craignais une restriction du jogging et j’apprends que le Premier ministre vient de passer l’autorisation de 30 minutes à une heure en complément de la fermeture des marchés ouverts qui pourront quand même ouvrir s’il est décidé en local de ne pas les fermer (si si vous avez voté pour ces connards).

Un confinement total n’a pas de sens sans test généralisé. Un confinement total est impossible sans ravitaillement alimentaire. Un confinement total est illusoire sans policiers protégés. Le gouvernement est pour le moment incapable d’assurer les trois. Un confinement total est surtout une preuve d’échec, la démonstration par l’exemple de la faillite des gestions néo-libérales des nations, dont les chefs de service, fidèles à leur tradition, font désormais payer le prix de leur nullité à chaque citoyen.

L'espoir d'une "amélioration" ne tient qu’à la responsabilité des Français et à leur capacité à encaisser cette aventure intérieure. Quel sera le point de bascule ? Pour l’instant nous avons l’air responsables et motivés, en résumé : nous avons tous plus ou moins peur pour nous et nos proches. Mais qu’en sera-t-il dans deux semaines, trois, un mois ou deux ? Quel sera le point de bascule de l'équilibre fragile entre cet effondrement intime et collectif, notre psychologie d’intérieur puis l’économie dévastée d’un pays, et le nombre de vies sauvées ? D’autant que ce nombre ne sera, par définition, jamais assez et qu’il tourne dans le vide tant que l’intégralité de la population n'est pas testée.

Dire que l'on raillait avec le plus grande morgue il y a encore un mois ceux qui s’aventuraient à évoquer, à minima, une fermeture des frontières si la danger était à ce point sérieux. Vous vouliez de l’échange ? Et bien restez chez vous maintenant.

A bien y regarder, j'ai l'impression que cette pousse de coquelicot n’est qu’une vulgaire salade.


A lire : https://france.attac.org/se-mobiliser/que-faire-face-au-coronavirus/article/et-maintenant-on-culpabilise-les-citoyens

#confinement jour 10 : L'intime collectif

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
J’entends les critiques de Twitter (que sait faire Twitter à d’autre ?) sur les diaristes en herbe, ces privilégiés qui romancent l’épidémie en retrouvant la plume et leur héros préféré, eux-mêmes, "sans avoir à s’embarrasser des figurants" comme l’écrit très justement Pacôme Thielemans.

J’aime les journaux intimes, tous même les mauvais, leur lecture est quelque part rassurante, leur rédaction apaisante. Ecrire le quotidien est mon autre drogue avec la course en solitaire, si proche : rigueur quotidienne, maintien d’une pratique physique et intellectuelle, oxygénation. De ce côté la renaissance actuelle des blogs et des journaux de confinement sur les réseaux est un petit bonheur imprévu.

Ecrire, une façon de signifier pour un semblant d’éternité que tout d’une journée, l'esquisse d'un sourire, la couleur d'une fleur, la peur à l'intérieur, même et surtout l’ennui, est précieux.

Le journal a toujours ma préférence littéraire. Depuis le collège, les fictions m’emmerdent. J’aime Balzac pour ses portraits d'une époque à travers la description d'une poignée de porte et Proust pour sa faculté à tourner 3000 pages autour du pitch (le cul d'Albertine). L’histoire m’importe peu, traverser la rue vaut mille fresques en trois tomes.

Je traverse la rue et je retrouve mon seul vrai boulot : élever mes filles. Circuler avec des enfants devient de plus en plus mal vu. Comme je le présentais la semaine dernière, il faudra slalomer la semaine prochaine entre ceux qui se contrefoutent toujours du virus au supermarché et ceux qui sont prêts à te dénoncer parce qu’ils t’ont vu par la fenêtre. Courir sera probablement supprimé dans les heures qui viennent vu l’hystérie des experts médicaux à la parole divine sur les plateaux télés. Ils te veulent obèses devant la TV, manger 5 séries et JT par jour.

En attendant, on se remet au fitness, cette fois sur du Cure.

"I never thought tonight could ever be
This close to me"

C’est étrange de l’écrire mais, mettant de côté la non possibilité de sortir, nous passons un de ces dimanches de confort moderne classique : ratatouille bio, récupération des devoirs en retard, confection d’un flan, sessions de croquis et de portraits et visionnage d’un Disney en anglais.
Les échos d’un nouveau scandale médical impliquant Macron et sa garde rapprochée d’incompétents monte sur les réseaux. Ne nous énervons pas. Ils rendront des comptes en temps voulu.

Accrochons-nous à ces petites satisfactions quotidiennes, cette crise aura au moins deux effets positifs : L’UE, démontrant à grande échelle sa totale inutilité, s’autodétruit sous nous yeux et, pour l'instant, nous mangeons mieux.

#confinement jour 9

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
On parle de phase d’adaptation. Je n'y suis pas encore. Double peine des confinés en ville : cumuler l’isolement et la crainte de la promiscuité. Si on sort un jour de ce merdier, je développerai un plan B pour la prochaine pandémie. Il est hors de question que moi et mes proches crevions dans cette ville de merde avec la probabilité non négligeable d'avoir comme seule vision à l'arrivée du dernier soupir ce mur décrépi puant le pipi et fort opportunément tagué « aller niqué vos races en enfer » .

Frissons toute l’après-midi, je me crois atteint (évidemment), mais je pense que c’est juste la fatigue et le ciel gris. Aussi prévoyant que le gouvernement, je n’ai pas de thermomètre. Il s’est passé quatorze jours depuis mes vraies dernières prises de risque de contamination à savoir l'aéroport de Barcelone.

Suis-je contaminé asymptomatique, non contaminé ? Nul ne le sait, pas de test évidemment. On n’est déjà pas foutu de fabriquer des masques en tissu alors des tests pour chacun, on les aura entre Pâques et la semaine de l'inauguration de la nouvelle version de Notre-Dame. Non, pour un pouvoir usé, qui se refait une santé dans l'opinion, mieux vaut continuer à culpabiliser les individus et confiner en collectif. Ma seule évaluation : suis-je encore capable ou pas de faire du sport ? La réponse est oui donc je vais bien.

Je n’écoute que très peu les infos, me bloquant du matin au soir sur FIP avec quelques effrayants sauts de puce sur les chaines information.

Il parait que le climat législatif va se durcir. Vais-je seulement pouvoir alterner la garde de mes filles tous les trois jours comme nous l’avions envisagé alors que nous habitons tous les deux dans le même quartier ? Va-t-on devoir tous réhabiter ensemble, s’entasser plus pour supporter le confinement ? Si la logique sanitaire reste à prouver (j’espère qu’elle le sera), nous glissons peu à peu dans l’absurde. Pourquoi confiner si l’on peut continuer à travailler ? Pourquoi rester chez soi toute la journée, si inévitablement on se retrouve entassés à un moment dans les supermarchés métamorphosés en bouillon de culture ? Et comment confiner des immeubles avec cent appartements où tout le monde peut circuler ? Dans quel état désastreux va-t-on récupérer les couples qui se tapent déjà sur la gueule, les familles à 5 dans 40m2, celles et ceux seules dans une studette sans fenêtre (ah Paris…) ? Va-t-on devoir mourir d’une carie non soignée parce que la priorité c’est la pandémie ? Va-t-on devoir rester bloquer deux mois dans un ascenseur en panne, parce que « dépanneur » est devenu une activité « non essentielle » ? Va t-on devoir mettre un militaire derrière chaque civil ?

Si les sacrifices d’un confinement de quelques semaines sont nécessaires, il faut s’interroger sur les conséquences sociales, mentales, physiques et économiques d’un prolongement de la durée ou d’un durcissement. Quelle est la logique finale d’un confinement total ? Finir par tirer à vue sur les gens pour les protéger d’eux-mêmes ? Que des policiers sans masque mettent en prison pour leur santé des types à plusieurs dans la même cellule ? Quelle est la logique économique d’un suicide pour éviter l’hécatombe ? Tout cela parce qu’on n’est pas foutu de fournir des tests pour identifier des porteurs sains. Retournons tous dans nos cages regarder des publicités pour un monde dont on ne plus profiter. Nous sommes tétanisés par la peur et prêts à obéir. Nous voulons l’armée, nous voulons sacrifier nos libertés, nous encensons un pouvoir que nous détestions il y a deux semaines.

Mon quartier (les limites de notre nouveau monde) pourtant respecte plus ou moins les règles et se discipline jour après jour. Il y a toujours des exceptions ça et là, mais de moins en moins jour après jour. On se parle de loin en achetant une baguette, mais on se parle encore. Est-ce trop encore ou doit-on déjà se considérer comme criminel de guerre ? Dans ce cas-là, j’en connais d’autres sur la liste, bien plus haut placés, qui ont permis à des milliers de parisiens plus thunés dirons-nous, d’aller contaminer en SUV hybride le territoire entier.

Derrière les exemples désastreux d’apéros clandestins ou de barbecue sur les plages, j’espère (encore un peu) que le gouvernement et les maires feront un peu plus confiance au sens de la responsabilité de l’écrasante majorité des Français.


#Confinement jour 8

Par noreply@blogger.com (Seb Musset)
Attestation manuscrite au poing, je descends à l’aube courir dans les rues du quartier. Je n’ai pas couru depuis quinze jours hormis quelques séances d’appartement. Je peux me passer de la cigarette de l’alcool, plus difficilement de la course. Je ne croise pratiquement personne à cette heure-là. Ou plutôt si. Deux sans abris, îlots de vie au bas des rues désertes où l’on entend à cette heure-là que le croisement des corbeaux et le claquement des volets comme dans les ghost-towns des vieux westerns.

L’isolement de ceux auxquels on ne fait plus attention depuis longtemps crève les yeux maintenant.
Les oiseaux me narguent désormais à quelques centimètres, pianotent de petits bons sur les rambardes des balcons. Les rares fois où je passe dans l’allée, ils ne décollent plus aussi sec comme avant mais prennent le temps de me regarder de haut. Les oiseaux ne se cachent plus pour nous dire :

- On fait moins les malins maintenant, hein les humains ?

Pour l'instant les humains, eux, restent conditionnés au trottoir. Distance de sécurité ou pas, peu marchent au milieu de la chaussée. Les rues sont réservées au piéton de fait, et pourtant les piétons continuent à y laisser la priorité à des bolides imaginaires. Ceci dit, on n’est jamais à l’abri d’un livreur Uber eats, relique incongrue de la start-up nation, kamikazant pour un bol de nouilles en scooter électrique. Ce serait bien con de mourrir écraser dans une ville sans voiture.

C’est l’heure de vérité. Après une longue observation des lieux et des us par la fenêtre et une étude de marché de l'heure la plus appropriée en fonction des livraisons, j'entre pour la première fois dans la supérette en temps de "guerre sanitaire".

Des palettes d'articles jonchent les allées, les manutentionnaires et le personnel ne chôment pas pour réapprovisionner les étalages. Certains portent des gants d’autres non, un des vendeurs me reconnait malgré mon bâillon et me demande comment je vais. Je lui fais un V avec le main. Ces mecs sont inconscients ou très courageux, mais dans les deux cas pas loin d’être des demi dieux à mes yeux. A la différence de plein de jobs que nous avons le confort de pouvoir exécuter en télé-travail, leur métier est essentiel. Comme souvent dans ce monde d’avant qui marchait cul par dessus tête, plus une tâche est indispensable à la collectivité moins elle est rémunérée.

Ça marche avec presque tout :
Des urgentistes qui sauvent des vies ? Pas important, ça ne vaut rien, les gens ça doit mourrir quand ça doit mourrir.

Les enseignants en charge de l’éducation de centaines d’enfants simultanément ? Penses-tu, des feignants.

Les chercheurs ? Pas assez rentables les chercheurs, ils ne trouvent pas assez souvent.

Le type qui t’apporte ta bouffe et nettoie ta merde ? Pas de Bac +12 pour ça, à quoi bon le payer correctement ?

Voilà le monde qu’on a voulu, celui qui pour lequel on a voté, celui auquel même si l’on se trouve « pas assez con pour voter » on contribue jour après jour depuis notre naissance avec nos renoncements, nos offres promos par paquets de douze, nos commandes en ligne. De nos smart-phone à nos cure-dents en passant pas nos fruits tous importés de l’autre bout du monde, fabriqués, cultivés, assemblés au plus faible coût financier donc au plus lourd coût humain et écologique.
Mais je m’emballe, où est ma liste de courses ?

Merde, j’ai fait tomber le papier. Tant pis je vais arpenter les rayons calmement en tentant de garder mes distances. J’ai répété la scène dans l’appartement : mon gros sac sur l’épaule droite, ma main droite nue maintenant le sac mais ne devant jamais toucher à rien d’autre, je dois saisir les articles avec ma main gauche enrobée d’un gros gant de ski (c’est tout ce que j’ai trouvé dans l’appartement, étrange je n’ai pas skié depuis cinq ans).
Ce n’est pas la pénurie générale mais il n’y a plus aucun produit de lavage ou d’entretien, plus d’oeufs, et je prends les dernières bouteilles de lait. Le rayon des pâtes est devenu communiste : c’est un alignement warholien d’une même marque sur dix mètres. Une marque avec un nom italien genre " Bastafioni " probablement tout aussi bidon que la qualité gustative du machin. C’est trop bon marché pour être de qualité.
Le principe des distances de sécurité est à peu près respecté par tous, hormis quelques petits vieux, ceux au dos courbé et dont tu peux compter les vertèbres à travers le manteau rapé comme je l’ai lu dans un commentaire sur Facebook. Eux et elles ne changent rien à leur routine quotidienne : un petit cabas de secours, de quoi tenir un ou deux jours pour eux et leur animal de compagnie. Les choses se compliquent à la caisse avec la manipulation des articles dans tous les sens. On ne perd pas le rythme, toutes les consignes de sécurité sont soudainement balayées, il faut abattre du client et que ça défile. Nos articles se mélangent entre clients après le scan. Nous sommes tous à moins d’un mètre les uns des autres, la plupart sans masque.
Au tapis d’à côté, je reconnais un célèbre philosophe médiatique qui ravitaille également entre sérénité et empressement. Food for thoughts. Je ne l’aimais pas particulièrement, mais je lui reconnais au moins ça : il est là au milieu de nous alors qu’il avait surement mille endroits plus plaisants où aller vivre sa quarantaine.
J’enroule un kleenex sur mon doigt pour composer le code de la carte, le tout avec une main, celle gantée étant condamnée. Curieuse gymnastique digitale où la moindre erreur conduit à devoir ramasser le précieux sésame bancaire sur le sol très possiblement contaminé.

Je sors de ma première excursion à la supérette avec le même niveau de fatigue qu’après mes trois kilomètres de course du matin. Je vais désormais privilégier les « petits » commerçants du quartier bien plus strictes sur l’hygiène, aux articles souvent plus chers mais plus locaux et très souvent de meilleure qualité. Cet épisode va creuser toutes les inégalités alimentaires, éducatives, culturelles.

Processus de désinfection à mon retour à la cellule même si je suis loin d’être parfait, je laisserai le sac quelques heures avant de le toucher et de manipuler son contenu. Douche, j’ai désormais des mains calleuses de vieux marin à force de me les laver. Ce nouveau quotidien un peu mieux maitrisé, je suis plus efficace dans le télé-travail, moins de temps perdu qu’en temps normal finalement.

Ce gouvernement pour qui « le travail c’est la santé », mais pas les masques, s’apprête à supprimer les 35 heures et raccourcir les vacances en entubant massivement les français confinés qui devront prendre une partie cette peine de réclusion en « congés payés ». Nous vivons déjà une perte de liberté, nous pourrions bien vivre dans les mois qui viennent une régression des droits sociaux sans précédent. La stratégie du choc s’opère sous nos yeux et nous y contribuons pour notre santé et celle de nos proches, oserions même nous affirmer avec la plus belle fougue libérale des jours de grève que nous sommes "pris en otage" ou tout au moins prisonniers. Tout se paiera androïde, tout se paie toujours. Quoi qu’il en coûte.

L. au téléphone. Nous étions tous les deux persuadés d’être un jeudi, mais non c’est bien vendredi. La dilatation du temps commence à opérer. Nous sommes en week-end de pacotille. Nos voix numériquement recomposés autour d’un apéro chacun à son balcon. Se souvenir de chaque instant, chaque sensation, être là l'un pour l'autre dans les pleins et les creux, se nourrir d'hier, imaginer les après sans se laisser trop emporter par demain.

Nous vivons notre séance de cri de 20 heures par le balcon en simultané.

D'autres apéros en ligne qui réchauffent avec les amis sur Skype qu'on réapprend à faire fonctionner.
Je m'en retourne à la confection de plats pour la semaine, sans passer un instant par la case écran ou info alors que c'est mon carburant en temps normal. Ce qui m'importe pour l'instant c'est que j'ai vu un peu grand : me voilà avec une ratatouille pour vingt.

Dommage que je ne puisse pas vous inviter.




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