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Hier — 1 juillet 2020Contrepoints

Hong Kong : la loi sur la sécurité nationale fait ses premières victimes

Par Frédéric Mas
Hong Kong

Par Frédéric Mas.

Un homme qui portait un drapeau pro-indépendantiste a été arrêté aujourd’hui en vertu de la nouvelle loi sur la sécurité nationale adoptée par le gouvernement pro-chinois de Hong Kong. Depuis hier, les slogans, les protestations et les demandes d’autonomie des militants démocrates et libéraux tombent sous le coup de la loi et « menacent », aux yeux des autorités, la « sécurité de l’État ».

#BREAKING: A man was arrested for holding a #HKIndependence flag in #CausewayBay, Hong Kong, violating the #NationalSecurityLaw. This is the first arrest made since the law has come into force. pic.twitter.com/C0ezm3SGDm

— Hong Kong Police Force (@hkpoliceforce) July 1, 2020

#LIVE: It is Hong Kong’s historic moment. As police raise this flag indicating protesters could be arrested for secession/subversion under the new national security law, the city is experiencing a new era where speech can be criminalised/even sentenced for life. #HongKongProtests pic.twitter.com/kFjt6mi2lx

— Ezra Cheung (@ezracheungtoto) July 1, 2020

Le parlement chinois a voté hier la loi sur la sécurité nationale, loi qui devrait être incorporée à la Loi fondamentale de Hong Kong après promulgation par le président Xi Jinping.

Normalisation de Hong Kong

La loi de sécurité nationale, au nom de la « lutte contre le terrorisme » et le « séparatisme », est un instrument de répression impitoyable dans les mains du gouvernement de Pékin pour « normaliser » Hong Kong et l’expurger de ses libertés en réduisant au silence le mouvement démocratique. Elle met fin au système né en 1997 après la rétrocession de Hong Kong à la Chine par le Royaume-Uni qui visait à maintenir « deux systèmes pour un seul pays », c’est-à-dire respectant le statut démocratique et libéral de l’ex-colonie britannique.

Malgré la loi de sécurité nationale, malgré l’interdiction de la traditionnelle manif du 1er juillet pour les libertés a été annulée, mais des dizaines de citoyens manifestent malgré tout à #HongKong pic.twitter.com/vc56PKWwZT

— Rosa Brostra (@RBrostra) July 1, 2020

Seulement, deux choses ont été sous-estimées au moment de la rétrocession.

  • Premièrement, l’ouverture de la Chine à l’international en 2001 n’a pas changé la nature profondément autoritaire, voire totalitaire de son gouvernement. George Bush puis Bill Clinton ont ferraillé pour faire adhérer la Chine à l’Organisation mondiale du commerce, ce qu’elle fera en 2001 pour ouvrir le pays au libre-échange international et rééquilibrer sa balance commerciale avec le géant asiatique.
    Sans doute certains à Washington imaginaient que la libéralisation, même marginale, du régime, allait le pousser à se démocratiser. C’est le contraire qui est arrivé, et la désignation de Xi Jinping incarne à merveille cette glaciation. L’innovation technologique est désormais au service de la surveillance, et l’enrichissement relatif de l’économie est mis au service de l’impérialisme de Pékin sur toute la surface du globe.
  • Deuxièmement, les Occidentaux ont sous-estimé le traumatisme de la chute de l’URSS et des révoltes de la place Tienanmen. L’oligarchie communiste qui dirige le pays craint par-dessus tout de finir comme les gérontes du régime soviétique, et font tout depuis pour en éviter le destin. Tout ce qui peut sembler aller dans le sens d’une réforme démocratique est donc combattu et condamné comme séditieux.
    La crainte de Pékin est tout à fait justifiée : la réussite de Hong Kong -comme de Taïwan- témoigne de manière éclatante de la supériorité du modèle libéral sur celui communiste, et pourrait de ce fait susciter des élans de liberté sur le sol chinois. Ce n’est pas pour rien si le pouvoir de Pékin filtre toutes les informations provenant de Hong Kong comme de Taïwan.

L’Europe timorée

Face à la répression chinoise, l’Europe n’a pas réagi, et a tenté d’éviter la confrontation, là où les États-Unis ont protesté énergiquement. La semaine dernière, Washington avait annoncé restreindre l’accès aux visas de certains ressortissants chinois accusés d’avoir encouragé la fin de l’autonomie de Hong Kong. Pékin avait répliqué en faisant de même à l’endroit des ressortissants américains accusés d’ingérence dans des affaires intérieures.

2020 : une année radicalisée

Par h16

Par h16.

Lorsqu’on parcourt les fils d’actualités, les réseaux sociaux et les médias traditionnels, une conclusion s’impose d’elle-même : l’été 2020 sera chaud… Et ce ne sera que très partiellement dû à la météo, au climat et tous ces prouts de vache qui le réchauffent forcément.

Difficile ainsi de passer à côté du mouvement antiraciste que la presse relaie, partout, avec gourmandise. Bien qu’aussi artificiel que piloté au départ par les Démocrates américains afin de copieusement savonner la planche du président républicain sortant avant les prochaines élections de novembre, le mouvement est en train de tourner à la tragi-comédie oscillant, selon le moment et le lieu qu’on observe, entre le ridicule et l’incohérent.

La version américaine, excitant sans le moindre complexe les pires passions tristes des populations, nous offre le spectacle d’une société en déliquescence morale et intellectuelle où les polarisations politiques sont devenues si fortes que leurs caricatures deviennent pastelles. L’abandon des élites intellectuelles aux revendications les plus collectivistes de la frange la plus bruyante de la population laisse réellement perplexe sur la capacité de l’Amérique à conserver son leadership, au moins à court terme.

Quant à la version française, à la faveur d’une République devenue complètement molle et stupide, elle hésite entre le burlesque et le grotesque en essayant d’importer des concepts américains à un pays dont l’histoire et le passé diffèrent tellement que le placage de cette idéologie étrangère sur les réalités françaises étouffent complètement toute crédibilité aux revendications indigénistes des protestataires.

Du reste, de revendications virulentes en couinements agressifs, on en arrive à la situation ubuesque où se met en place une nouvelle ségrégation qui aurait déclenché des hurlements outrés chez les mêmes militants il y a quelques années seulement.

Ces mouvements ne sont pas étrangers aux confinements qui en furent peut-être sinon un déclencheur, au moins un catalyseur, en ce qu’ils auront mis à jour les graves problèmes économiques que le monde, baigné de dettes étatiques astronomiques, traverse actuellement.

Or, si ces confinements ont bien prouvé une chose, c’est que réduire notablement l’activité économique se traduit très clairement par une augmentation du chômage et des tensions sociales galopantes, avec un accroissement marqué de la misère et de la pauvreté pour toute une partie de la population.

Autrement dit, ce que prônent avec véhémence tous les écologistes (même les moins hystériques) vient d’être tenté en grandeur réelle, et le résultat, s’il ne surprend que les plus naïfs, ne peut que consterner : c’est la débâcle. Bien évidemment et comme d’habitude lorsqu’un collectivisme est sauvagement rattrapé par l’horrible réalité, si l’effondrement économique suit l’application forcenée des propositions écologistes, c’est non parce qu’il en est la conséquence logique, mais plutôt parce qu’on n’en a pas fait assez : les écolos ont donc mis le mode turbo, notamment en France où leurs délires avaient largement obtenu gains de cause.

C’est donc l’avalanche de convention citoyenne et d’interdictions tous azimuts, lois consternantes et de décisions politiques liberticides voire économiquement et écologiquement stupides

Arrêté suite à la foudre ce matin, le réacteur n°2 de la centrale de #Fessenheim va être remis en service à 3 jours de son arrêt définitif, à la demande de @rte_france, pour ne pas mettre sous tension notre réseau #électrique ce week-end. C'est bien le témoignage de son utilité !

— Raphaël Schellenberger (@RSCactu) June 26, 2020

Le constat est sans appel : l’année 2020 marque le moment où l’Occident a choisi de se radicaliser un bon coup, en commençant par ceux qui se revendiquent ouvertement du progressisme.

Ainsi, on ne se contente plus de demander l’égalité en droits, mais on exige à présent l’égalité en résultats, nonobstant les parcours individuels qui seront consciencieusement niés. Ainsi, on ne se contente plus d’appeler à la lutte contre la pollution et le respect de l’environnement, on exige que tout le monde vive suivant un standard de plus en plus strict que seule une poignée d’individus édicte sans que la discussion ne soit plus possible.

Dans tous les cas, ce sont les mêmes mécanismes qui se mettent en place, incluant notamment une désignation et une caractérisation spécifique des ennemis : côté climat, ce seront les climato-sceptiques, les pollueurs, ou les suppôts du Grand Capital stipendiés par les industriels pourvoyeurs de pesticides, de pétrole ou de nucléaire (panachage possible, même si ça n’a pas de sens). Côté mouvements indigénistes et ségrégationnistes, leurs opposants sont irrémédiablement classés parmi les fachos, placés dans la cage aux phobes, celle qui contient tous ceux incapables d’ouverture d’esprit et de tolérance.

Tous, climato-réalistes ou simples résistants à l’autoflagellation démonstrative, sont condamnables et donc condamnés bruyamment et doivent surtout être bâillonnés, moqués et si possible ostracisés de toutes les façons possibles, en toute ouverture d’esprit et en toute tolérance bien sûr. Bisous.

Pendant que les prochains conflits se mettent discrètement en place – il n’est qu’à voir les dernières manœuvres concernant la Russie, la Syrie, la Turquie, l’Inde, la Chine et le Pakistan pour s’en convaincre, l’Occident semble arqué sur son propre nombril et n’est plus préoccupé que par les nuages, les températures, les mots autorisés ou non, son passé réel ou fantasmé et ses petits problèmes de sexe.

Si vous avez l’impression que ce phénomène s’accélère, vous avez raison : quand les choses changent, elles changent toujours beaucoup plus vite que ce qu’on pouvait imaginer. Or, une partie des élites a bien compris tout l’intérêt qu’elle avait à laisser ainsi s’installer cette atmosphère toxique, tant il est plus facile de raboter les libertés quand la sécurité disparaît…

La légende veut que Constantinople tomba alors que le concile qui s’y tenait discutait du sexe des anges. Espérons que l’Occident actuel n’est pas dans la même situation. Le précédent fut tragique, avec des milliers de morts et la fin d’une civilisation…


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Sur le web

Déconfinement : avons-nous raison de crier « victoire » ?

Par Gérard Maudrux
déconfinement

Par Gérard Maudrux.

Dans le monde le confinement fait débat, et chez nous, nos « élites » crient victoire grâce à leur « stratégie » ayant conduit à un confinement « réussi ». Qui a tort, qui a raison ? On assiste à des batailles de chiffres, de statistiques, et de résultats le plus souvent difficiles à comparer.

Il y a des confinements plus ou moins précoces ou tardifs, plus ou moins stricts, plus ou moins respectés, d’autres mesures d’accompagnement, et surtout d’autres facteurs qui nous échappent, comme le facteur ethnique que j’avais évoqué au début sans certitude, et qui avec le recul semble de plus en plus à prendre en compte.

Il est aussi toujours plus facile après coup de dire qu’il ne fallait pas le faire que de prendre une décision difficile le jour où il fallait en prendre une. Quelle décision auriez-vous pris, vous, en fonction de l’époque et des éléments dont vous disposiez ? Avions-nous d’autres choix, compte tenu de la pénurie de lits de réanimation, de masques, de tests, de tout ?

Premier point : la courbe de l’épidémie

Avec le recul, avec son ascension rapide, son plateau, sa descente à deux pentes, une moyenne, puis une lente, sa durée, on constate que la courbe de l’épidémie a la même allure dans tous les pays, confinés ou non. Cela permet de penser que les pays confinés n’ont pas de meilleurs résultats que les autres, les autres facteurs étant plus importants que le confinement.

Plusieurs articles tentent de démontrer cet échec, chiffres à l’appui.

Ceux qui ne sont pas d’accord rétorquent par exemple avec la Suède non confinée, avec 448 décès par million d’habitants, et comparent avec la Norvège, qui en a 10 fois moins ou la Finlande, 7 fois moins. Oui mais alors la France, qui a aussi confiné comme ces deux derniers pays, en a à ce jour autant que la Suède qui n’a pas confiné, soit 442 décès par million d’habitants, et 10 fois plus que la Norvège.

Ces calculs et comparaisons ont tous des défauts. Tous les pays ne décomptent pas les morts de la même manière, ne testant pas toujours tous les décès ce qui en diminue le nombre, d’autres comptabilisent à domicile ou pas, en Ehpad ou pas, etc.

Le moyen le plus fiable pour savoir si le confinement est efficace ou non est de suivre, à conditions égales, dans un même pays, la situation avant et après confinement, avant et après déconfinement, ce qui n’est possible qu’posteriori.

Second point : quel résultat objectif chez nous ?

Toujours avec le recul, voyons la courbe des nouveaux cas journaliers, avant et après confinement (17 mars), avant et après déconfinement (11 mai) :

Nouveaux cas journaliers (courbe agrandie sur Wiki)

Si le confinement est efficace pour une maladie contaminante les 15 premiers jours, on devrait obtenir le résultat suivant : de nouveaux malades les 15 premiers jours, car contaminés avant confinement, puis plus rien après 15 jours, la population isolée ne pouvant se contaminer. Cette situation idéale correspond à un confinement théorique de 100 %, impossible en pratique.

Qu’est-ce que cela donne ici, avec un confinement maximum possible, comme en France ?

La semaine avant confinement, 5221 cas. Dans les 15 jours qui suivent, 37 927 cas, soit 19 000 par semaine en moyenne, correspondant aux contaminations d’avant confinement qui se déclarent.

Donnons-nous un peu de marge, le confinement n’étant pas de 100 %, et voyons le résultat la quatrième semaine : 25 185 cas ! cinq fois plus qu’avant confinement, aucune cassure de la courbe. Cinquième semaine : 18 033 cas, comme pendant la première période, quatre fois plus qu’avant confinement.

Alors efficace ? Cela ne se voit pas dans la période où cela devrait se voir. Ensuite, il y a baisse, mais la courbe générale est aussi celle des pays qui ne confinent pas, et qui est sans doute celle de l’évolution naturelle de la maladie.

Signalons au passage que nous sommes dans des conditions de publication de chiffres stables avec peu de tests durant toute la période. Ce n’est que récemment que l’on a davantage testé, pouvant modifier ces chiffres journaliers à la hausse.

Troisième point : le déconfinement

Début mai, on estimait que 6-7 % de la population étaient immunisés. La semaine avant déconfinement, il y a eu 7875 cas, soit davantage que la semaine avant confinement. On déconfine, et rien ne se passe.

Quand on ouvre les portes, avec 62 millions de candidats potentiels pouvant être contaminés par 7800 personnes contaminées, ne sommes-nous pas dans des conditions plus défavorables qu’au moment du confinement, avec 5221 contaminés pouvant en contaminer 67 millions ?

Ouvrir ces portes n’a eu aucun effet, montrant que confiner ou déconfiner n’a pas ou peu d’effet sur l’évolution naturelle de l’épidémie. Depuis le déconfinement, aucun rebond même minime. C’est même l’inverse, nous avons une décroissance lente alors que nous devrions avoir une remontée due à la montée en puissance des tests.

Les pays qui n’ont pas confiné, et les résultats de notre pays qui l’a pratiqué, semblent montrer que cette mesure n’a que peu d’effet sur le développement de l’épidémie. Même notre ministre de la Santé l’avait pourtant dit il y a trois mois avant de faire le contraire : « c’est le confinement qui provoque la circulation du virus ».

Confiner est une mesure moyenâgeuse qui ne repose sur aucune étude scientifique. Alors que sont exigées des études scientifiques critiquables pour la chloroquine, on fait le contraire à côté. Quand je dis moyenâgeuse, ou presque, vous trouverez ci-dessous une autorisation de sortie en période d’épidémie, la même que celle que nous avons connue il y a deux mois. Elle a 300 ans. La méthode est bien très ancienne, rien n’aurait changé depuis ?

Autorisation de circulation en période d’épidémie

Le confinement a été un échec sur le plan médical, et une catastrophe sur le plan économique. Maintenant je le répète, je ne fais qu’un constat, négatif, mais sans juger de la décision prise, critique trop facile posteriori. Par contre, je critiquerai vertement le fait de faire croire aux Français que cela a été une grande victoire qui a triomphé du virus, en occultant la très grande carence des mesures d’accompagnement gérées en dépit du bon sens et qui n’ont fait qu’aggraver les choses. Cette erreur s’est ajoutée à beaucoup trop d’autres. Résultat : un confinement « réussi », nous mettant dans le peloton de queue du classement mondial des résultats face au Covid.

Mais dans le gigantesque cafouillage politico-médical, au milieu des multiples mensonges d’État indignes de notre Nation et de ses valeurs, il semble qu’il y ait quand même un bon résultat, bien caché. Ces dernières semaines la maladie est quatre fois moins grave que les premières semaines. Explications au prochain numéro, avec les mêmes courbes.

Sur le web

Avec ou sans chômage partiel : les cas européen et américain

Par Karl Eychenne
chômage partiel

Par Karl Eychenne.

Les PIB américain et euro devraient connaitre une trajectoire assez similaire en ce début d’année : une chute terrible de près de – 15 % (non annualisé), dont près de – 10 % pour le seul second trimestre. Or pour produire moins, il faut travailler moins. Et pour travailler moins, il y a deux façons de faire selon votre école de pensée :

  • soit vous réduisez le nombre de personnes employées : solution américaine ;
  • soit vous gardez tout le monde, mais réduisez le nombre d’heures travaillées : solution euro.

Le cas américain : réduire le nombre d’employés

On s’attend à ce que la forte contraction de l’activité se traduise par une hausse significative du taux de chômage, ce qui semble être le cas : on est passé de 3,5 % à près de 13,3 % pour mai (14,7 % en avril), et un pic à 16 % anticipé prochainement.

Or, souvenons-nous de la publication du tout premier indicateur avancé de l’emploi qui témoignait alors des premiers effets de la crise : cet indicateur avait laissé bouche bée bon nombre d’économistes ; il s’agissait des inscriptions hebdomadaires au chômage qui firent exploser tous les standards, anticipant une remontée possible du taux de chômage à 30 % !

On en est bien loin, même si beaucoup de réserves sont adressées concernant la représentativité des chiffres publiés. Autre fait polluant la lecture : la baisse significative du taux de participation de 72 % à 69 %, une baisse qui a mécaniquement freiné la hausse du taux de chômage. Des personnes ont estimé qu’il n’était même pas la peine de s’inscrire sur le marché de l’emploi durant cette période.

Alors qu’en est-il vraiment ? La hausse du taux de chômage observée est-elle moins forte que celle qui était attendue ? Ou bien doit-elle être considérée comme une mauvaise surprise ?

Il existe une loi très simple et très efficace bien connue des économistes, c’est la loi d’Okun. Cette loi est facile à interpréter puisqu’elle propose que « lorsque l’économie va mal, alors l’emploi va mal ». Remarquons que cela fonctionne aussi dans l’autre sens : « lorsque l’emploi va mal, l’économie va mal ».

Il y a d’abord la version pratique de la loi d’Okun qui permet de répondre à la principale question que l’on se pose : si le PIB chute de près de – 15 % comme attendu, de combien est supposé monter le taux de chômage ? Réponse : + 5 %. Or, ce chiffre se situe bien en dessous de la hausse du taux de chômage qui semble se réaliser : + 12,5 %. Cela signifie-t-il que le pire est à venir ? Les économistes qui ont mis les mains dans le cambouis nous préviennent alors que la relation entre l’emploi et la croissance n’est pas stable dans le temps.

Considérons alors la période plus récente des 15 dernières années marquée par un cycle d’expansion d’une durée sans précédent, qu’obtient-on alors ? Les résultats sont plus troublants encore : le taux de chômage ne serait même pas supposé bouger si le PIB chutait de – 15 % ! On en vient à se demander alors si ce n’est pas la chute du PIB qui est trop faible : en raisonnant à l’envers on obtient que le PIB devrait chuter de – 50 % pour être compatible avec un taux de chômage à 16 %…

Il y a ensuite une version puriste de loi d’Okun qui propose que lorsque le PIB chute sous un niveau potentiel, alors le taux de chômage doit monter au-delà d’un niveau naturel (NAIRU). Problème : ni le PIB potentiel, ni le chômage naturel ne sont observables. C’est quand même bien dommage puisque sans eux on ne peut pas dire grand-chose. Mais ce n’est pas la première fois que les économistes travaillent avec des variables qui n’existent pas. D’ailleurs, la science en général recourt parfois à ce type de pirouette afin que leurs modèles puissent « sauver les phénomènes ».

Admettons donc que les valeurs de PIB potentiel et de chômage naturel que nous communiquent la recherche académique et les grandes institutions soient proches de la vérité. On obtient alors que la chute du PIB américain sous son niveau potentiel justifierait un taux de chômage de près de 16,5 %, ce qui est effectivement très proche du pic attendu à 16 % ! L’écart du PIB par rapport au PIB potentiel serait en fait de – 12 %, justifiant un excès de chômage de + 12 % par rapport à un chômage naturel de 4,5 %.

Cette deuxième lecture de la loi d’Okun, plus théorique, est donc plus cohérente avec les faits observés : la chute du PIB de près de – 15 % serait alors cohérente avec un pic du chômage à 16 %.

Le cas euro : réduire le nombre d’heures travaillées par employé

En zone euro, on s’attend à ce qu’une contraction de l’activité de près de – 15 % sur le premier semestre se traduise par une hausse limitée du taux de chômage. En effet, au sein des pays membres représentant le volume d’emploi le plus important (Allemagne, France, Italie, Espagne), les entreprises ont été invitées à recourir au chômage partiel : garder leurs employés sous contrat, et plutôt réduire le nombre d’heures travaillées par employé.

En échange, les gouvernements proposent de financer une grande partie du manque à gagner pour les entreprises. Pour l’instant, on observe effectivement une hausse limitée du taux de chômage de 7,1 % en mars à 7,3 % en avril, pour un pic à 10 % anticipé, soit une hausse de seulement + 2,9 %. Ces chiffres contrastent avec ceux vus juste au-dessus pour les États-Unis, où pour une contraction de l’activité presque identique, le taux de chômage est attendu en hausse de + 12,5 %.

Mieux encore, on n’observe pas de baisse du taux de participation (sauf en Italie) contrairement aux États-Unis, ce qui n’a donc pas pu limiter la hausse du taux de chômage euro. Certes, on ne dispose que des chiffres d’avril, alors qu’aux États-Unis les chiffres de mai sont connus.

Mais alors, quel est le taux de chômage que la zone euro aurait dû connaitre si les entreprises n’avaient pas pu opter pour le chômage partiel ? Pour répondre à cette question, là encore la loi d’Okun utilisée pour les États-Unis nous est très utile.

Si l’on considère la loi d’Okun version pratique qui estime l’impact d’une contraction du PIB sur l’évolution du taux de chômage, on obtient que – 15 % de PIB justifierait une hausse du taux de chômage de près de + 3 %, ce qui est assez proche de ce qui a été observé. On se dit alors que finalement le recours au chômage partiel n’a pas servi à grand-chose puisque le taux de chômage a monté comme il l’aurait fait par le passé sans recours au chômage partiel.

De là, certains avancent alors que probablement l’explication vient davantage de la rigidité du marché de l’emploi euro. Toutefois, comme vu pour les États-Unis, ce type de sensibilité de l’emploi à la croissance n’est pas très stable dans le temps. Ainsi, si l’on s’attarde sur une période couvrant les deux crises récentes les plus fortes (subprimes, dette souveraine), alors on obtient un doublement de la sensibilité du taux de chômage ! Autrement dit, pour une baisse de – 15 % du PIB, le taux de chômage ne monterait pas de + 3 % mais de + 6 %.

Ce dernier résultat met mieux en évidence l’effet favorable du recours au chômage partiel.

Enfin, si l’on considère la loi d’Okun version puriste, qui estime la relation entre les écarts du PIB et du taux de chômage à leur niveau potentiel et naturel, on obtient que la chute du PIB sous son niveau potentiel aurait justifié une hausse du taux de chômage à près de 23 % ! En effet, l’écart du PIB par rapport à son niveau potentiel serait alors de – 15 %, justifiant un excès de chômage de + 15 % par rapport à un chômage naturel de près de 7,9 %. Cette deuxième lecture de la loi d’Okun met donc beaucoup mieux en évidence les vertus bénéfiques du recours au chômage partiel, puisque ce dernier propose une hausse de seulement + 3 % du taux de chômage contre + 15 % sans chômage partiel.

Conclusion

En zone euro, le recours au chômage partiel devrait donc permettre de limiter considérablement la hausse du taux de chômage : de 7,1 % à 10 % anticipé, contre 22 % sans chômage partiel. Aux États-Unis, et pour une chute quasi identique du PIB de – 15 %, le taux de chômage serait attendu en hausse de 3,5 % à 16 %.

Bien évidemment, ces seuls chiffres ne suffisent pas à trancher un débat qui date depuis bien des crises entre les deux principales écoles de pensées : l’école dite libérale qui propose de laisser faire, et l’école dite interventionniste qui propose de faire. Tout au plus, ces chiffres permettent-ils de quantifier l’abîme séparant le choix d’une école plutôt qu’une autre en cas de crise.

La vertu à 2 milliards des entreprises

Par Armand Paquereau
Vertu des entreprises

Par Armand Paquereau.

Le géant Amazon a annoncé mardi 23 juin un nouvel investissement de deux milliards de dollars (1,77 milliard d’euros) devant soutenir les « technologies durables et décarbonées ». Ce fonds, concrétisation du Climate Pledge annoncé en septembre dernier, concerne des industries telles que la logistique, la production d’énergie ou l’agriculture.

Avec l’argent qu’il nous a fait dépenser en nous convaincant que nous ne pouvions pas vivre sans le dernier né des smartphones, ou en mettant à notre disposition toute commande à J+2 pour combler notre « besoin » de tout, tout de suite, il ne pouvait pas ne pas se refaire une virginité écologique. À moins que ce ne soit qu’une vision réaliste visant à économiser une énergie qui s’épuise pour assurer sa pérennité à plus long terme.

Se faire une virginité écologique

Avec le Climate Pledge, Amazon affiche différents objectifs, le principal étant d’atteindre la neutralité carbone avant 2040.

Il s’agit de définir ce qui s’entend par neutralité carbone : écologiquement parlant, c’est l’équilibre entre le carbone consommé (rejeté sous forme de CO2) et la quantité de CO2 capté dans l’air et transformé en oxygène et en hydrates de carbone par la photosynthèse des végétaux dans une période de temps donné, par principe une année. Amazon va-t-il aller jusqu’à intégrer dans son bilan le CO2 issu de la respiration de ses employés ?

L’investissement du géant mondial dans les énergies renouvelables est-il zéro carboné ? L’extraction des matériaux pour la fabrication des panneaux solaires ou des éoliennes, leur installation seront-elles effectuées sans le recours à de l’énergie issue du pétrole (engins de terrassement, transport et mise en place) ? Ces systèmes de production très contestés par des associations environnementales seront-ils assez performants pour assurer une production suffisante en raison de leur caractère aléatoire et non permanent ?

Le géant de l’e-commerce a déjà engagé divers projets comme la préservation des forêts. L’argent versé à The Nature Conservancy, pour assurer la protection des forêts, des zones humides et des tourbières du monde entier peut-il compenser une trop grande consommation de carbone ? L’idée de faire bénéficier les propriétaires forestiers de la compensation carbone semble positive : les forêts existantes captent plus de CO2 qu’elles n’en émettent, de même que l’agriculture qui présente un bilan carbone positif.

Mais le marché de compensation carbone peut avoir des effets délétères graves : acheter un crédit carbone en finançant des plantations de forêts dans des pays du tiers monde prive les populations locales de surfaces vivrières. De même, lors de la création d’infrastructures routières ou ferroviaires, le remplacement de surfaces boisées situées sur des terres de mauvaise qualité par l’implantation d’arbres de compensation sur des terres arables de bonne qualité agronomique est un handicap pour une production alimentaire raisonnable.

L’entreprise a également entamé l’électrification de sa flotte de véhicules.

L’électrification des véhicules de livraison d’Amazon est dans le droit fil de la substitution du transport inféodé au pétrole par des véhicules électriques. Il est important de régler ce problème de livraison : la commande par Internet, avec livraison dans des délais réduits, induit des livraisons individuelles dans des véhicules en sous-chargement générant une aggravation du bilan carbone.

Amazon pourra-t-il assumer lui-même l’ensemble des livraisons transitant par ses centres de commandes ou les sous-traitants transporteurs seront-ils contraints à investir comme lui dans des véhicules électriques ?

La généralisation des véhicules électriques est-elle possible dans un contexte d’idéologie écologique voulant supprimer les centrales nucléaires qui peuvent assurer une production régulière et adaptable aux besoins, et les remplacer par de l’éolien ou du photovoltaïque à production intermittente et aléatoire ?

La pérennité des ressources en énergies fossiles est estimée à :

  • pétrole : environ 53 ans de réserves prouvées ;
  • gaz : environ 56 ans ;
  • charbon : environ 109 ans.

Pour l’uranium, le graphique suivant est optimiste à court terme :

Les ressources sont estimées à environ un siècle dans les conditions de production et d’utilisation actuelles.

Mais les RNR (Réacteurs à Neutrons Rapides) de quatrième génération pourraient utiliser comme combustible, pendant des millénaires, les milliers de tonnes d’uranium appauvri en uranium 235 provenant des réacteurs de première à troisième génération, actuellement considérés et stockés comme des déchets.

Les géants du net s’y mettent

D’autres géants du Net ont aussi affirmé leur volonté de limiter leur empreinte carbone.

Google n’utilise que de l’énergie renouvelable depuis plusieurs années, tandis que Microsoft s’est engagé à afficher un bilan carbone négatif d’ici 2030.

Comment soutenir d’aussi prétentieuses affirmations, quand on sait le nombre de produits de la vie courante issus ou dépendants directement ou indirectement des énergies fossiles ?

Seule l’agriculture peut afficher un bilan carbone positif, la production d’hydrates de carbone synthétisés par la chlorophylle des cultures avec l’énergie gratuite et éternellement renouvelable de la lumière solaire étant largement supérieure à l’utilisation de carbone fossile de intrants.

Mais pas seulement

D’autres entreprises, comme Engie ont décidé d’adhérer aux principes de fiscalité responsable de The B Team.

Engie précise :

« Nous avons pour politique de ne pas mettre en œuvre de stratégie d’optimisation fiscale agressive, comme en témoignent les 2,2 milliards d’euros d’impôts dont nous nous sommes acquittés en 2019. »

Cela veut-il dire que les entreprises adhérentes à The B Team vont négocier leur optimisation fiscale contre un engagement de bienséance climatique et se substituer aux gouvernements dans les aides ou incitations à une politique énergétique économe et durable ?

 

Quand la science devient la servante de la politique

Par Olivier Maurice
science

Par Olivier Maurice.

« Comment peut-on imaginer un système constamment en croissance dans un monde où les ressources sont loin d’être infinies ? »
« Comment peut-on douter du réchauffement climatique quand on voit les relevés de températures ?  »
« Comment peut-on dire que plus l’échantillon d’un essai clinique est faible, plus c’est significatif ? »

Ce ne sont que quelques questions rhétoriques rencontrées ces derniers jours dans la presse et les réseaux sociaux, mais en dehors de la similarité de forme, ces infirmations implicites ont toutes le même point commun : l’instrumentalisation de la science dans un discours politique.

Ces slogans, ces lapidaires et apparemment implacables démonstrations par l‘absurde, sèment le doute et sont effectivement difficiles à contredire. La science n’est-elle pas censée être le garant de la raison face aux passions et à la bêtise ? La logique n’est-elle pas synonyme de vérité ? La preuve par les faits n’est-elle pas le socle sur lequel repose tout l’édifice scientifique qui nous maintient hors du chaos, de la barbarie et de l’ignorance ?

Confusion et simplification

Pour comprendre leur vacuité, il suffit cependant de différencier deux choses qui dans notre monde moderne, par banalité ou par ignorance, forment pour un très grand nombre de personnes une seule et même entité : science et technologie.

La science tente d’expliquer le monde, la technologie tente de changer le monde. La science manipule des théories, la technologie manipule des techniques. La science s’applique au monde, la technologie s’applique à elle-même. Certes la science permet d’améliorer les technologies, d’où sans doute la conclusion erronée de voir en elle la caution pour changer le monde.

Mais il s’agit bien de deux domaines totalement disjoints : celui qui cherche à mieux comprendre et celui qui cherche à mieux faire. Il est clair que l’application des théories scientifiques augmente considérablement l’efficacité des techniques, mais il n’existe qu’une faible causalité entre l’un et l’autre car les sciences ne s’appliquent qu’à ce qui existe.

Or l’objet même des technologies est de créer ce qui n’existe pas encore. Ne pas différencier les deux, ou généraliser cette relation pour déduire d’éléments scientifiques des certitudes technologiques (ou pire, pour justifier des choix politiques) est une erreur qui navigue entre l’ignorance, l’idiotie et l’escroquerie.

La connaissance scientifique, même la plus aboutie et la plus exacte possible, ne permet pas d’établir avec certitude le chemin à suivre pour changer les choses. Non seulement le monde n’est pas aussi simple que cela, mais la science n’a par nature pas réponse à tout : personne ne naît avec la science infuse.

Le sophisme des voitures rouges

« Les voitures rouges ont davantage d’accidents que les autres » : est une simple constatation statistique (une réalité). À ce stade, elle n’a encore aucune explication.
« Ceux qui aiment le risque préfèrent les voitures rouges, ceci peut expliquer que les voitures rouges ont davantage d’accidents que les autres » : est une théorie scientifique (une vérité), qui vaut sans aucun doute ce qu’elle vaut, mais qui pourra facilement être prouvée comme étant valable en interrogeant les conducteurs.

Cet exemple fictif (n’ayant aucune idée si dans la réalité du moment, ces constatations sont vraies ou fausses) a pour but de montrer la différence entre la science, qui permet d’établir des théories et de les vérifier par l’expérience, en l’occurrence d’expliquer la dangerosité des voitures rouges, et la technologie, qui est l’application de la science pour en imaginer des techniques, en l’occurrence la réduction des accidents de la route.

Si nous transposons les trois phrases données en introduction dans le contexte des voitures rouges, nous obtenons les formulations suivantes qui relèvent plus clairement que les précédentes le sophisme consistant à utiliser la méthode scientifique pour qualifier la mise en œuvre de techniques :

« Comment peut-on imaginer un système constamment en croissance dans un monde où les ressources sont loin d’être infinies ? »
« Comment peut-on imaginer réduire un jour le nombre d’accidents de la route, si le nombre de voitures rouges ne fait qu’augmenter ? »

Pas plus que la causalité entre accidents et voitures rouges ne permet de conclure à l’impossibilité de trouver un jour une solution technologique au problème de sécurité routière, la causalité entre ressources et croissance ne permet de conclure que l’une serait naturellement limitée par l’autre. Il existe de toute évidence de nombreuses techniques indépendantes de la couleur des voitures pour diminuer les accidents de la route.

« Comment peut-on douter du réchauffement climatique quand on voit les relevés de températures ? »
« Comment peut-on encore douter du danger que représentent les voitures rouges, quand on voit le nombre d’accident les mettant en cause ? »

Bien sûr que nous ne pouvons en douter, mais on voit bien que tout pourrait facilement changer du jour au lendemain, si un certain nombre de chauffards achetait tout d’un coup des voitures jaunes.

De la même manière, la constatation des températures ne permet pas de conclure que l’effet de serre des gaz incriminés soit le seul et unique facteur influant les températures de la planète et qu’il n’existe aucun autre facteur qui ne vienne un jour contrebalancer, voire même totalement renverser l’évolution des températures, sous preuve d’ailleurs que celui-ci en soit effectivement la cause principale.

« Comment peut-on dire que plus l’échantillon d’un essai clinique est faible, plus c’est significatif ? »
« Comment peut-on dire qu’interroger 10 chauffards et non plusieurs milliers, rend l’étude plus significative ? »

Eh oui : prendre au hasard 10 chauffards confirmés et leur demander leur couleur préférée permet de valider la théorie s’ils répondent majoritairement rouge, et ce de façon bien plus significative que s’il avait fallu en interroger plusieurs milliers pour voir enfin se dessiner une tendance.

Une théorie scientifique n’est pas une technique dont il faudrait mesurer l’efficacité et les inconvénients, mais une simple relation entre une cause et un effet qui doit être corroborée par une expérience reproductible : il est totalement inutile de brûler toutes les forêts de la Terre pour établir que le bois est un combustible.

Théorie et réalité

L’utilisation d’une théorie scientifique pour améliorer les techniques n’est pas une démarche simple et logique comme on voudrait nous le faire croire, à force de raccourcis et d’artifices rhétoriques.

La confusion des deux procède au mieux de l’ignorance, au pire de la malhonnêteté.
Non seulement la mise en œuvre technologique n’est jamais magique, mais il y a même très fort à craindre que ceux qui prétendent utiliser la science pour définir le futur nous emmènent de façon quasi-certaine sur une fausse route, puisqu’utiliser une théorie scientifique pour établir des certitudes technologiques n’a absolument aucun sens.

Seule l’application permet de mesurer l’efficacité d’une technologie, d’où l’avantage indépassable de la liberté pour améliorer les choses le plus rapidement et le plus efficacement possible.

Quant à la science, il a été démontré (c’est le sens du premier théorème d’incomplétude de Gödel) qu’il est impossible qu’une théorie logique se suffise à elle-même, c’est-à-dire qu’elle soit une vérité absolue. Tout comme il a été rétabli (c’est le sens du premier dogme de l’empirisme de Quine) que croire en l’existence de vérités qui n’existeraient que par elles-mêmes est juste une autre forme de religion.

Comprendre le Lightning Network (1)

Par Yorick de Mombynes
Lightning Network

Par Yorick de Mombynes1.

Comme l’avaient pressenti ses premiers utilisateurs, les caractéristiques techniques du système Bitcoin font qu’il peut difficilement servir de réseau de paiement universel. Il est davantage un protocole d’enregistrement décentralisé de transactions qu’un moyen de paiement.

Le Lightning Network est un protocole qui complète celui de Bitcoin pour lui permettre de dépasser ses limitations. C’est un dispositif qui rend possibles des transactions instantanées, anonymes, de montants éventuellement très réduits, pour des frais négligeables, et sans consommation additionnelle d’énergie.

Il fonctionne normalement depuis 2018. Son développement informatique comme sa facilité d’utilisation ont connu une nette accélération depuis mi-2019. Il a le potentiel de transformer radicalement l’industrie du paiement et même une partie du secteur financier, tout en contribuant à la diffusion et à la massification du système Bitcoin.

Concept de Lightning Network

Lightning est un protocole open source qui assure le passage à l’échelle (« scalabilité ») de Bitcoin. Il permet d’augmenter le nombre de transactions possibles par seconde, pour des montants transférés éventuellement très faibles, pour un coût réduit pour les utilisateurs, de manière plus confidentielle et sans dégrader excessivement le niveau de sécurité du système. Cette technologie est aussi utilisable pour certaines autres cryptomonnaies mais c’est seulement Bitcoin qui est ici évoqué.

Le réseau Lightning permet de réaliser des transactions en bitcoins mais en dehors de la blockchain (off-chain). Après une mise sous séquestre initiale de fonds sur la blockchain (on-chain), n’est enregistré ponctuellement sur cette dernière que le solde des transactions ajoutées les unes aux autres. Ce réseau fonctionne comme une accumulation de chambres de compensation, en agrégeant différentes positions d’achat et de vente de bitcoins.

Le fait d’effectuer ces transactions hors de la blockchain permet d’éviter les lourdeurs que cette dernière implique (vérification par tous les nœuds, temps de confirmation, frais de transaction, dépense énergétique du minage). Et le fait d’enregistrer sur Bitcoin le solde des transactions entre elles permet de bénéficier de l’inviolabilité de la blockchain. Ce sont ces deux avantages qui sont recherchés dans le même dispositif.

Lightning est donc un réseau de paiement qui se superpose à Bitcoin tout en lui étant relié. On le décrit comme une « surcouche », une « couche secondaire », un layer 2 (Bitcoin étant le layer 1).

Cette surcouche ne fait pas peser de risque technique supplémentaire à Bitcoin et à ses utilisateurs. Si le réseau Lightning rencontrait un problème systémique insurmontable, ses utilisateurs pourraient récupérer tous leurs fonds immédiatement et facilement en publiant sur la blockchain Bitcoin la dernière mise à jour de leurs transactions Lightning.

Enfin, Lightning permet un passage à l’échelle de Bitcoin sans augmenter sa consommation énergétique. En effet, les transactions qu’il permet ne nécessitent pas de minage par la preuve de travail, qui est la composante du système Bitcoin nécessitant des calculs informatiques massifs et une forte consommation d’électricité.

Tout l’objet du protocole Lightning est de de faire fonctionner ce système de paiement novateur de manière satisfaisante, notamment en préservant la confidentialité de ses utilisateurs et en limitant tout risque de vol.

Historique du Lightning Network

Hal Finney, l’un des premiers interlocuteurs de Satoshi Nakamoto, évoquait dès 2010 la nécessité d’un layer 2 pour assurer la scalabilité de Bitcoin. Et Nakamoto avait théorisé la brique de base qui a ensuite conduit au Lightning. Diverses idées de réseau de paiement hors-chaîne ont circulé à partir de 2011.

En 2015, deux jeunes chercheurs, Joseph Poon et Thaddeus Dryja, ont présenté le concept théorique du Lightning Network avant d’en publier une version plus aboutie en 2016, pendant qu’un développeur, Rusty Russel proposait des modalités de mise en œuvre concrète.

Dans les années qui ont suivi, trois startups se sont attelées au développement du protocole : Acinq (société française dont l’un des actionnaires est BPI France), Lightning Labs et Blockstream.

En janvier 2018, après une phase de tests, le réseau a été ouvert au public et la première transaction en bitcoins a eu lieu sur Lightning. Une frise chronologique détaille les étapes de ce protocole à la fois récent et déjà relativement ancien.

Gouvernance

Si Bitcoin et Lightning sont tous deux des protocoles open source, le premier a été développé exclusivement par des individus bénévoles, alors que le second l’a été à la fois par quelques particuliers et par des entreprises commerciales. Pour éviter une dispersion du projet entre plusieurs réseaux incompatibles, ces dernières se sont mises d’accord dès 2016 sur une dizaine de spécifications techniques. Encore aujourd’hui, elles se coordonnent régulièrement et publient leurs interactions.

Écrites dans des langages informatiques différents et ne proposant pas exactement les mêmes fonctionnalités, ces différentes implémentations restent interopérables et donnent accès au même réseau, tout comme des navigateurs différents donnent accès au même Internet.

Ces entreprises se sont engagées dans ce projet parce qu’elles espèrent jouer un rôle dans la nouvelle économie qui pourrait naître de cette technologie, même si leur futur modèle d’affaires n’est pas toujours totalement identifié à l’heure actuelle. Le fait que le protocole soit open source garantit en tout cas qu’aucune d’entre elles ne pourra en prendre le contrôle. Et le fait que plusieurs implémentations aient été lancées diminue le risque de faille technique majeure sur l’ensemble du réseau et réduit fortement tout risque de monopole.

Le réseau fonctionne sans anicroche depuis 2018. Son développement est toutefois loin d’être terminé et de nombreuses étapes restent à franchir pour améliorer ses performances et surmonter certains défis techniques redoutables. Les entreprises qui y contribuent ont récemment vu leurs moyens renforcés à travers de nouvelles levées de fonds : 7 millions d’euros en octobre 2019 pour Acinq et 10 millions en février 2020 pour Lightning Labs.

État du réseau et écosystème

Depuis son ouverture au public au début de l’année 2018, le réseau s’est développé à très grande vitesse. Trois indicateurs permettent d’en mesurer l’étendue actuelle : le nombre de nœuds, le nombre de « canaux de paiements » (notion présentée dans la partie II) et la somme des bitcoins circulant sur le réseau.

Le réseau Lightning est composé de 12 799 nœuds, reliés par 36 633 canaux de paiements abritant une somme total d’environ 948 bitcoins (14 juin 2020). Ces chiffres sont actualisés en temps réel ; des séries temporelles sont aussi disponibles.

Il convient toutefois de souligner que le nombre de nœuds, de canaux de paiement et de bitcoins engagés réellement sur le réseau est plus élevé que ces chiffres car un certain nombre d’acteurs n’ont techniquement pas besoin de révéler leur existence au réseau. S’agissant des canaux publics, il n’existe pas de données précises mais ils pourraient représenter environ 72 % de l’ensemble des canaux, selon une estimation en janvier 2020. En tout cas l’étendue du réseau est nécessairement plus grande que celle qui est visible et mesurée. Cela permet de relativiser certains interprétations parfois alarmistes des évolutions de court terme de ces paramètres.

Enfin, tout un écosystème d’entreprises, d’analystes et de chercheurs est en train de se mettre en place autour de Lightning. Le développement de cet écosystème est décrit notamment ici et ici. Par exemple, de plus en plus d’applications conçues spécifiquement pour fonctionner sur Lightning sont lancées.

L’une d’entre elles, Tipping.me, permet au lecteur magnanime d’envoyer un pourboire à l’auteur de cet article en utilisant le réseau Lightning.

  1. Cet article est le deuxième chapitre de la note publiée le 23 juin 2020 par l’Institut Sapiens.

Il y a 500 ans, le rêve perdu de Cortés

Par Gérard-Michel Thermeau
Cortés

Par Gérard-Michel Thermeau.

Sous un arbre gigantesque, un homme pleure la tête cachée dans ses mains. Au petit matin du 1er juillet 1520, Fernand Cortés pleure ainsi son rêve perdu. Le conquérant de l’Empire aztèque a vu périr en une nuit la plus grande partie de ses hommes. Durant cette « triste nuit », la Noche Triste, les Espagnols ont fui de façon désastreuse Tenochtitlan, la capitale des Aztèques.

C’était il y a 500 ans, le 30 juin 1520. Cortés, le fondateur oublié du Mexique, le nationalisme mexicain ayant privilégié le mythe aztèque, demeure une plus des étonnantes figures de l’Histoire.

Un plus d’un an auparavant, le 22 avril 1519, un vendredi saint, Cortés avait débarqué sur les côtes du Mexique et en avait pris possession au nom du roi d’Espagne. Il était alors bien résolu à faire la conquête de l’empire aztèque. Cet événement de grande portée inaugurait la colonisation du continent américain. Jusqu’alors, les Espagnols, ayant échoué à débarquer sur le continent, s’étaient contentés de peupler les îles des Caraïbes.

Mais qui était donc ce personnage extraordinaire, bien loin de l’image traditionnelle (et non usurpée) des conquistadors cupides et brutaux ?

Le rêve américain

Sans doute né en 1485 à Medellín, en Estrémadure, Cortés est souvent présenté comme le rejeton d’une famille de petits hidalgos sans le sou. Son prénom, Fernand, se décline de trois façon en espagnol : Fernando, Hernando et Hernán, la forme abrégée l’ayant emporté pour la postérité. Mais pour ses hommes et ses amis, il a toujours été simplement Cortés.

Loin d’être d’origine obscure, il se rattache côté paternel comme côté maternel à des lignages influents. Son grand-père maternel avait été alcade de Medellín et son grand-père paternel a occupé diverses charges officielles nécessairement coûteuses. Cortés était un Monroy, famille de « vieux chrétiens » qui avait pris une part active dans la lutte contre les musulmans en Estrémadure. Il descendait donc de gens d’armes et de lettrés et il devait montrer son habileté à manier les unes et les autres.

Il a sept ans quand Christophe Colomb « découvre » l’Amérique par un hasard sans doute bien organisé. À quatorze ans, nous le retrouvons à l’université de Salamanque pour y faire ses humanités. Il ne reste que deux ans dans ce grand centre intellectuel au désespoir de ses parents rêvant d’une carrière à la cour. S’il est « bachelier en droit », il préfère le grand air à l’atmosphère raréfiée des bibliothèques.

En cette année 1501, Ovando, le nouveau gouverneur général des « Indes » se prépare à traverser l’Atlantique et Cortés rêve de se joindre à son expédition. Mais finalement, pour des raisons qui restent obscures, il ne s’embarque pas. Ce n’est que partie remise.

Cortés à Santo Domingo

Le 5 avril 1504, le voici à Santo Domingo (Saint-Domingue), dans cette île de La Española, aujourd’hui partagée entre Haïti et la République dominicaine. Loin du paradis imaginé, il découvre une colonie décimée par le paludisme, les dysenteries, les fièvres et la malnutrition. Le gouverneur Ovando le charge de conduire des opérations de « pacification ». Très vite, il impose son style, loin des méthodes aussi brutales qu’inopérantes alors en vigueur. Sa pacification sera aussi efficace qu’économe en vies humaines.

Il obtient du gouverneur la direction d’un des dix-sept municipes (ayuntamientos), celui d’Azua. Il est en terre familière : la moitié des Espagnols de l’île est originaire d’Estrémadure et bon nombre sont de sa parentèle ou de ses amis.

En 1509, le rappel d’Ovando au profit de Diego Colomb, fils du découvreur, entraîne un changement de politique. Le nouveau gouverneur des Indes occidentales souhaite sortir de la grande île et multiplier les expéditions au large. Diego Velázquez, chargé d’organiser la conquête de Cuba, choisit pour second Cortés qui obtient d’être le trésorier de l’expédition (1511). Très vite, les relations vont se tendre entre les deux hommes.

Rescate ou conquête ?

Mais Cortés est trop influent pour être écarté. La réconciliation se fait par le biais du mariage du jeune homme avec Catalina Xuárez. Cela n’empêche pas Cortés de vivre en concubinage avec une jeune indigène Taïno, Leonor, qui lui donne une fille, Catalina. Il devient alcade de la nouvelle capitale cubaine, Santiago.

La rapide disparition de la population indigène de l’île de Cuba ne manque pas de le marquer profondément. Il aime les Indiens et ne souhaite pas voir le phénomène se répéter ailleurs. Il rêve de faire la conquête mais à sa manière. Les circonstances vont lui être favorables.

En 1517, Velázquez obtient l’autorisation d’armer des bateaux pour faire du rescate, c’est-à-dire du commerce, avec les îles voisines. Mais il s’agit, en réalité, de se lancer à la conquête du Mexique. Un voyage de reconnaissance tourne au désastre mais aiguise la cupidité du gouverneur pour un territoire qui paraît regorger de richesses. Il demande à être nommé adelantado de cette terre nouvelle à l’est nommée Yutacan. Il songe à son neveu, Grijalva, pour conduire une nouvelle expédition.

Cortés saisit sa chance

Sans nouvelles de cette seconde expédition, Velázquez désigne Cortés pour retrouver les navires égarés. Ce dernier est en mesure de prendre à sa charge sept des dix caravelles. Il n’hésite pas à s’endetter lourdement, sûr de sa bonne fortune. Finalement Grijalva est de retour. Il touche Cuba mais à l’ouest de l’île. Aussitôt, soucieux d’empêcher Velázquez de changer d’avis, Cortés lève l’ancre, résolu à l’aventure. Après une escale à Trinidad pour compléter ses équipements et convaincre les membres de l’expédition Grijalva de repartir avec lui, il fait voile vers le Mexique le 10 février 1519.

Loin des clichés sur des conquistadors supérieurement armés et équipés, l’expédition est pauvre en chevaux et en armement moderne. Cortés doit se contenter de seize chevaux et treize escopettes pour 500 hommes. L’artillerie se limite à dix canons et quatre petites pièces dit fauconneaux.

Et puis tout commence mal. Les vents dispersent la flottille. Alvarado, le premier débarqué au Yutacan, s’est livré au pillage. Cortés est furieux. Ce n’est pas ainsi qu’il entend faire sa conquête. Il obtient néanmoins d’entrer en contact avec un Espagnol oublié par une précédente expédition. Gerónimo de Aguilar, qui vit avec les Mayas, accepte de jouer les interprètes.

Cortès et Malinche

Cortés rembarque, ce n’est pas le monde maya qui est son objectif mais l’empire de Motecuzoma ou Moctezuma. C’est à Centla, aux frontières de l’empire, qu’il a choisi de débarquer en mars 1519. Mais décidément, il est difficile de négocier avec les natifs. Les Indiens attaquent en nombre la petite expédition. Les chevaux, peu nombreux, sèment néanmoins la terreur et la confusion parmi les Mayas.

Cortés réussit ensuite à renouer le dialogue. Les Indiens lui offrent vingt jeunes indiennes pour faire la cuisine. Mais Cortés y voit l’occasion de concrétiser un de ses rêves : le métissage des cultures. Il les confie aussitôt comme concubines à ses lieutenants.

Parmi ses jeunes femmes, une jeune Nahua, esclave du cacique de Tabsco, nommée Malinche. Sa langue maternelle étant le nahuatl, elle peut servir d’interprète avec les Aztèques. Elle est aussitôt baptisée Marina. Le mythe nationaliste mexicain devait l’ériger en figure répulsive de la « collabo ». Le terme péjoratif malinchismo reste prégnant dans la culture populaire mexicaine.

Le débarquement de Cortés à San Juan de Ulua coïncide avec Pâques. Cortés utilise habilement les circonstances pour frapper les esprits de la délégation indigène. Il fait chanter une messe solennelle en plein air puis lance sa cavalerie sur la plage le tout accompagné de tirs d’escopettes et de bombardes. Abasourdis, les Indiens se jettent au sol. Lors des pourparlers, des cadeaux sont échangés. Les Indiens, perplexes, ne savent comment agir devant ces Espagnols qu’ils sont pourtant bien loin de prendre pour des dieux.

Cortés brûle ses vaisseaux

L’émissaire de Moctezuma offre des cadeaux somptueux dans l’espoir de les voir repartir. Mais Cortés n’est pas venu faire du rescate. Son objectif est Mexico. Il se heurte à un refus hautain des Aztèques. Pour les membres de son expédition, le but est atteint, les voilà riches. Ils peuvent rentrer à Cuba. Cortés ne l’entend pas de cette oreille et le destin frappe déjà à sa porte. Les Totonaques, qui souffrent de la domination des Nahua de Mexico, viennent offrir leur alliance.

Les peuples soumis à la tutelle de Tenochtitlan-Mexico commencent à comprendre tout l’intérêt de disposer d’un puissant allié. L’empire aztèque, récent et fragile, reposait sur la subordination mal acceptée d’États-clients.

Cortés pour marquer sa volonté de rester, fonde une ville la « Ville de la Vraie Croix » : Veracruz. Ses hommes le désignent comme capitaine général et officier de justice de la nouvelle cité.

Au nom des nouvelles autorités constituées, il rédige pour le roi une Première relation de la conquête du Mexique. Et pour convaincre le jeune Charles Quint de ratifier sa nomination, il joint à sa missive l’ensemble des richesses qu’il a recueillies depuis son arrivée au Yutacan. Une fois la caravelle partie, il fait saborder toute sa flotte. La légende retiendra l’image d’un Cortés « brûlant ses vaisseaux ».

À la conquête de l’Empire aztèque

Le 16 août 1519, Cortés s’enfonce dans l’empire aztèque. Il marche sur Tlaxcala, rivale de Mexico, espérant nouer une alliance avec les Tlaxcaltèques. Mais loin d’être accueilli à bras ouverts, les Espagnols doivent se battre trois jours durant contre les guerriers de Tlaxcala où le parti de l’affrontement l’a emporté. Ne pouvant l’emporter face à des Espagnols affaiblis mais déterminés, les Tlaxcaltèques s’inclinent.

Le 18 septembre, Cortès fait son entrée dans la ville. Aussitôt des mariages sont organisés entre des filles des seigneurs indigènes et les conquérants. Cortés est admiratif de la vie urbaine qu’il découvre : « Il y a chez ces gens un grand sens de l’ordre et de la vie policée. C’est un peuple doué de raison et de sagesse. » Il dispose désormais d’une immense armée.

Mais à Cholula, un complot est ourdi, à l’instigation de Mexico, contre les Espagnols. Cortés prend ses ennemis de vitesse, fait massacrer les dignitaires cholultèques et brûler les édifices publics (18 octobre). Il n’y prend aucun plaisir et s’efforce aussitôt de réconcilier Tlaxcala et Cholula.

Cortés rencontre Moctezuma

Enfin, le 2 novembre 1519, Cortès découvre émerveillé la vallée de Mexico. « Nous nous disions que tout cela ressemblait aux enchantements que conte le livre d’Amadis, avec ces grandes tours et ces temples de pierre qui s’élevaient au milieu de l’eau. » La ville lui parait plus grande que Séville et Cordoue réunies. Elle compte sans doute 200 000 habitants.

Moctezuma attend Cortès à l’abri d’un dais rutilant de plumes, d’or, d’argent, de perles et de pierreries. Il porte des sandales aux semelles d’or, couvertes de pierres précieuses. Devant lui, les nobles balaient le sol et étalent des tissus de coton pour qu’il ne foule jamais la terre. Cortès, descendu de cheval, lui passe autour du cou un collier de verroteries conservées dans du musc.

Quelques jours plus tard, l’empereur Moctezuma emmène les Espagnols dans le palais de l’ancien empereur Axayacatl à proximité du grand temple. Apprenant l’assassinat du chef de la garnison de Veracruz, Cortès décide de prendre l’empereur comme otage.

Une expérience unique de cohabitation

Pourtant, pendant sept mois, Espagnols et Mexicains vont vivre en bonne harmonie, « expérience unique de cohabitation culturelle et d’observation réciproque ». Cortès apprend ainsi à connaître les Mexicains. Ceux-ci se demandent comment traiter les Européens et surtout comment les détacher des Tlaxcaltèques.

L’habile et manipulateur conquérant nourrit le rêve d’un scénario pacifique où le tlatoani mexica reconnaitrait la suzeraineté de Charles Quint. Les Espagnols imposeraient le christianisme et profiteraient des richesses tout en conservant les structures sociales traditionnelles indiennes.

Pendant ce temps, Velázquez à Cuba, médite de dépouiller Cortés de sa conquête. Il monte une expédition gigantesque, avec 900 hommes, 80 chevaux, 70 escopettes et une vingtaine de pièces d’artillerie, confiée à Pánfilo de Narváez. Arrivé à Veracruz, le représentant du roi constate que le pays est en paix et presse l’expédition de rembarquer. Narváez n’hésite pas à faire emprisonner l’auditeur royal.

Mais Cortès, qui connaît nombre de membres de l’armada, va semer la zizanie dans les rangs de ses ennemis. Résolu à reprendre les choses en mains, il quitte Mexico, laissé aux soins d’une petite troupe commandés par Pedro de Alvarado. Le 28 mai 1520, il a rétabli la situation et emprisonné l’homme de Velázquez. De surcroit sa troupe s’est considérablement étoffée avec ce nouveau contingent.

La Noche triste

Et soudain, tout s’effondre. En l’absence de Cortés, Alvarado a perdu la tête. À l’occasion de la fête de Toxcatl, les Espagnols ont fait irruption dans le grand temple et massacrés les officiants. Aussitôt la ville se soulève, contraignant les conquistadores à se barricader dans le palais d’Axayacatl. De retour à Mexico, Cortés peut contempler l’étendue du désastre. Moctezuma n’a plus aucune valeur, sa politique de temporisation ayant échoué. Lapidé par les siens, le tlatoani se laisse mourir de désespoir le 28 juin. Les conquistadors sont prisonniers de leur conquête.

La fuite des Espagnols est ainsi restée dans l’histoire sous le nom de Nuit Triste (Noche Triste). Tenochtitlan est une île et les Aztèques ont détruit les ponts. Cortès a fait le choix d’une sortie nocturne car traditionnellement les Aztèques ne combattaient jamais la nuit.

Pourtant, cette nuit pluvieuse du 30 juin 1520 tourne au carnage. La moitié du détachement espagnol périt. L’artillerie, les chevaux et le trésor amassé ont sombré dans les sables mouvants. Trop cupides, de nombreux conquérants, lourdement chargés d’or, sont aspirés par les eaux de la lagune. Cortès n’a plus que ses yeux pour pleurer.

 

Cependant, la déroute des Conquistadors devait être provisoire. L’alliance avec les autres peuples mésoaméricains, dont la haine des Mexica restait intense, permit le siège de Mexico. Un peu plus d’un an plus tard, Mexico-Tenochtitlan tombait définitivement aux mains des conquérants. Mais du rêve de Cortés d’une conquête pacifique et d’un métissage entre Espagnols et Indiens il ne devait pas rester grand-chose.

 

A lire :

  • Christian Duverger, Cortés, Fayard 2001, 493 p.
  • Carmen Bernard, Serge Gruzinski, Histoire du Nouveau Monde, t. 1, Fayard 1991, 768 p.

Le Parquet National Financier, une officine à deux visages ?

Par Claude Robert
PNF

Par Claude Robert.

Le rebondissement de plusieurs affaires multiplie les soupçons à l’encontre du Parquet National Financier. Le PNF serait-il une officine au service du pouvoir, aux antipodes même des exigences d’un État de droit ? Analyse.

Pourquoi un PNF ?

Selon le site web du PNF on apprend :

« Le procureur de la République financier (PRF) a été créé par la loi du 6 décembre 2013 relative à la lutte contre la fraude fiscale et la grande délinquance économique et financière […] Sa compétence est nationale et limitée à trois catégories d’infractions : les atteintes à la probité (corruption, trafic d’influence, favoritisme, etc.), les atteintes aux finances publiques (fraude fiscale aggravée, escroquerie à la TVA, etc.) et les atteintes au bon fonctionnement des marchés financiers (délit d’initié, manipulation de cours, etc.) ».

Le PNF voit le jour pendant le mandat de François Hollande, très vraisemblablement en réaction à l’affaire Cahuzac. Sur les recommandations de la garde des Sceaux d’alors, Christiane Taubira, et avec la bénédiction du président, sa direction est confiée à Éliane Houlette, direction que cette dernière assurera jusqu’en avril 2019.

Une réputation de plus en plus embarrassante

Le PNF a suscité la polémique dès le début de l’affaire Fillon. Mais bien d’autres dossiers ont alimenté la critique depuis. Au-delà des soupçons à l’encontre de la présidente du PNF elle-même1, trois affaires particulièrement encombrantes viennent de refaire surface et jettent le doute sur l’indépendance de cette institution :

  • l’enquête sur la taupe ayant informé Nicolas Sarkozy qu’il était sur écoutes ;
  • la suspicion de classement sans suite du cas Alexis Kohler sur demande de l’Élysée ;
  • l’aveu récent par Éliane Houlette de l’existence d’intenses pressions sur le procès de François Fillon.

Une troublante enquête dans l’affaire des écoutes de Sarkozy

Selon Le Point, le PNF aurait surveillé plusieurs avocats pour tenter de savoir qui avait informé l’ancien président de sa mise sur écoutes (Huffpost 26 juin 2020). On découvre que maître Olivier Cousi, bâtonnier de Paris, engage une action en justice contre l’État qu’il accuse « d’avoir porté atteinte au secret professionnel des avocats, à leur intimité, à leur vie privée ».

Il estime que cette enquête du PNF « est hors-norme et inquiétante. Elle ne peut se justifier que si des indices graves et concordants permettent de penser qu’il y avait une raison de le faire. » Parmi les nombreux avocats surveillés, Éric Dupond-Moretti a également annoncé porter plainte.

On peut se demander en effet dans quelle mesure l’identification de la « taupe » justifiait l’utilisation de tels moyens d’investigation. Si ces techniques généralement actionnées en dernier recours le sont pour si peu, la question se pose en effet de savoir si nous ne serions pas à présent devant un État policier, dont les officines en charge du sale travail ne lésinent pas sur les moyens.

Le cas Kohler classé sans suite après une lettre de l’Élysée

Alors que pour les écoutes dans l’affaire Sarkozy, on devine les contours plus ou moins obscurs d’un excès de zèle voire d’un véritable acharnement, l’affaire concernant Kohler suggère l’inverse, à savoir la protection d’un proche du président actuel.

Au départ, il s’agissait d’accusations de conflit d’intérêts mêlant Alexis Kohler lorsqu’il était en 2010 et 2011 représentant de l’Agence des participations de l’État (APE), l’armateur MSC fondé et dirigé par des membres de sa famille, ainsi que le port du Havre, dont il était membre du conseil de surveillance.

En 2010, Mediapart avait également accusé Alexis Kohler d’un autre conflit d’intérêts, du fait de son appartenance au conseil d’administration de STX France (chantiers navals de Saint-Nazaire) alors que MSC en était le plus gros client (Le Parisien, 7 août 2018).

La très récente révélation par Médiapart de l’intervention personnelle d’Emmanuel Macron afin de classer l’affaire remet un coup de projecteur sur les possibles faiblesses du PNF.

S’appuyant sur la lettre du président, le site affirme :

« Passant outre la séparation des pouvoirs, Emmanuel Macron a écrit au PNF à l’été 2019 pour disculper Alexis Kohler, au lendemain d’un rapport de police l’accablant. À la suite de cette lettre, un second rapport d’enquête a été écrit, aboutissant à des conclusions inverses. Un mois plus tard, l’enquête sera classée sans suite » Médiapart, 23 juin 2020

Prouver l’existence d’un lien de causalité direct entre cette lettre et l’enterrement de l’affaire sera sans doute difficile. Mais il s’agit par contre d’une énorme méprise de la part du président. Une méprise qui suffit amplement à alimenter les doutes quant à la véritable indépendance du PNF.

Le PNF sous constante pression pendant l’enquête sur Fillon

Pourtant assimilé à gauche et non concerné par l’affaire Fillon, maître Éric Dupond-Moretti avait très tôt remis en cause la légitimité du PNF qu’il accusait de dépendre de l’Élysée et par conséquent, d’être à la fois juge et partie2. Il a déclaré :

« Selon le droit parlementaire, c’est au bureau de l’Assemblée nationale de se saisir de cette affaire et d’enquêter » – La Croix, 7 février 2017

Aux journalistes du quotidien Le Monde régulièrement alimentés des PV de l’enquête, ce qui est parfaitement illégal, il s’était adressé ainsi :

« Il n’y a pas d’avocats qui ont les pièces à ce stade, il n’y a pas de mise en examen, c’est donc la police ou le PNF qui vous communique les pièces »Le Point, 18 février 2017

Pourtant, à cette époque, ni l’Appel des treize juristes3 ni les remarques d’avocats comme Éric Dupond-Moretti n’avaient réussi à infléchir le cours d’une action judiciaire qui soulevait déjà tant d’interrogations.

La récente déclaration de l’ancienne présidente du PNF remet tout d’un coup le sujet sur la table. Lors de son passage devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale consacrée aux obstacles à l’indépendance du pouvoir judiciaire, donc trois ans après les faits, Éliane Houlette avoue avoir subi d’incessantes pressions de la part du parquet général. Des pressions au sujet desquelles elle va jusqu’à déclarer :

« On ne peut que se poser des questions, c’est un contrôle très étroit et c’est une pression très lourde » LCI, 19 juin 2020

Ces aveux n’auraient probablement pas fait beaucoup de bruit si, à la suite de l’article du journal Le Point qui les a révélés, plusieurs personnalités politiques ne s’en étaient publiquement offusquées.

Le PNF, une officine à deux visages ?

On pourrait gloser sur l’autre affaire, celle dont le PNF n’a pas voulu se saisir au moment des élections présidentielles de 2017. On pourrait également sourire sur la façon dont le PNF s’est montré d’une patience, d’une discrétion et d’une correction exemplaires dans l’enquête sur les emplois présumés fictifs du Modem.

Quoi qu’il en soit, ces trois récents rebondissements portent un sérieux préjudice à l’application de la fameuse théorie des apparences qui nous vient du droit anglo-saxon.

Cette théorie mise en avant par la Cour européenne des droits de l’Homme, et officiellement transposée au droit français, stipule qu’il est d’une « importance fondamentale que la justice ne soit pas seulement rendue formellement mais qu’elle le soit impérativement de façon à écarter l’existence de tout doute4. »

Loin de nous laisser abuser par un excès d’apparences rassurantes, nous voici au contraire bombardés d’indices de nature à détruire notre confiance en la justice française. À travers le PNF, son indépendance présumée, condition sine qua non à l’existence d’un État de droit, nous paraît de plus en plus menacée.

Cette situation est délétère. Elle doit être combattue sans délai.

  1. Cf. page Wikipédia consacrée à l’ex-présidente du PNF
  2. Cf. son interview à ce sujet sur BFM TV
  3. Sous la houlette de Patrice Fontana, ce groupe (auquel il faut aussi rajouter quelques universitaires spécialistes du droit) avaient lancé une alerte circonstanciée sur les irrégularités de cette affaire, tant sur son déclenchement anticonstitutionnel que sur le déroulement illégal de l’enquête. Mais en vain…
  4. Cf. « Théorie des apparences » Wikipidia
À partir d’avant-hierContrepoints

Écologie réactionnaire ou écologie libérale ? Macron a fait son choix

Par Frédéric Mas
Macron

Par Frédéric Mas.

Le temps est venu de faire, d’agir.
Je m’y étais engagé, je tiens parole : 146 propositions sur les 149 que vous avez formulées seront transmises soit au Gouvernement, soit au Parlement, soit au peuple français. pic.twitter.com/HTdKL5tarm

— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) June 29, 2020

À voir le sourire satisfait d’Emmanuel Macron, la République en marche semble avoir presque gagné les élections municipales. Le président de la République a pris le temps, le lendemain des résultats du second tour, de présenter sa réponse aux 150 propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat dans le jardin de l’Élysée.

Presque toutes sont adoptées, sauf celles qui se voient trop : pas de réduction de vitesse sur les autoroutes, et les libertés publiques resteront au sommet de la constitution, du moins avant le culte écolo de la planète.

Malaise démocratique

Il y a quelque chose de profondément malaisant dans l’annonce présidentielle : alors qu’Emmanuel Macron est totalement désavoué dans les urnes, le voilà qu’il l’impose via un Comité de « citoyens » à la légitimité douteuse. Peu importe les moyens, démocratiques ou non, l’exécutif exige l’agenda écologique, avec le souci constant d’en appliquer les mesures les plus radicales et les plus irrationnelles.

On pense au Plan vélo que l’État finance alors que les pouvoirs régaliens manquent de tout, ou à la fermeture catastrophique de Fessenheim qui pénalise une énergie propre et va renforcer notre dépendance énergétique vis-à-vis de nos voisins.

Selon l’Élysée, l’empressement du président à endosser le costume du parfait petit écologiste est un « hasard de calendrier », et n’a rien à voir avec la victoire écologiste dans plusieurs grandes villes de France. Il est permis d’en douter, même si la dimension écologique du macronisme ne date pas d’hier, et de nous interroger sur cette génuflexion de circonstance pour l’idéologie verte qui séduit les centres-villes des grandes métropoles de l’Hexagone.

La minorité écologiste

Bleue. La vague des municipales est bleue: la même qu’en 2014. Les 2 seuls faits marquants: 1/ les verts dament le pion au PS 2/ le communisme municipal finit de mourir. Si le média que vous avez suivi hier soir ne vous l’a pas dit, regardez le différemment désormais. pic.twitter.com/NTmVmORy2i

— FabValserra (@FabriceValserra) June 29, 2020

Les Verts n’ont pas bénéficié d’un « raz-de-marée » comme on le lit trop souvent sous la plume des commentateurs de cette élection. EELV améliore son score et prend quelques grandes villes, mais reste minoritaire. Il s’est révélé comme un faiseur de rois à Paris ou à Lille, mais en aucun cas l’ambition écologique mariant socialisme et décroissance ne domine l’ensemble du spectre politique.

Et pourtant c’est cette position minoritaire, assise sur une procédure opaque, que l’exécutif a choisi de mettre en avant et de financer à fonds perdus au pire moment, juste après une crise sanitaire et un confinement qui a mis le pays à genoux.

Emmanuel Macron a donc fait le choix politique d’accorder la priorité aux préférences de certaines franges de la population des métropoles et d’ignorer toutes les autres pour justifier les 15 milliards d’argent supplémentaires dépensés au nom de la « transition écologique ».

L’écologie libérale plutôt que l’écologie réactionnaire

Ce n’est pourtant pas en cédant aux pressions anti-technologiques de la gauche écolo réactionnaire que le sort de l’environnement s’en trouvera amélioré. Utiliser au mieux le moins de ressources possibles pour les exploiter au mieux, c’est là le cœur de la dynamique innovatrice des marchés.

Ce sont les révolutions technologiques successives liées au développement du capitalisme qui ont permis d’utiliser plus intelligemment nos ressources au lieu de les gaspiller.

Comme le rappelait Matt Ridley il y a quelques années, on utilise de moins en moins de terres pour produire de plus en plus de nourriture grâce aux engrais et aux techniques d’irrigation :

« nous réduisons la quantité de ressources dont nous avons besoin pour faire fonctionner la société en même temps que nous les faisons croître, parce que nous sommes plus nombreux et que nous devenons plus prospères. Je pense en fait que plus nous serons riches au cours de ce siècle, plus la situation des ressources sera confortable, car nous serons meilleurs pour recycler, pour trouver des ressources et pour les utiliser avec parcimonie. »

Plutôt que de brider les initiatives et de remettre l’intégralité de notre programme écologique dans les mains de quelques décideurs politiques, il serait temps de laisser faire les individus et les entrepreneurs pour apporter une solution durable.

La fermeture de Fessenheim n’est ni économique, ni écologique, mais politique

Par Sébastien Richet
fessenheim

Par Sébastien Richet.

Les manipulations électorales et les accords « entre » l’Allemagne et la France sur Fessenheim, conduisent l’un comme l’autre à une décision purement politique de fermeture de cette installation qui fonctionne pourtant parfaitement, c’est-à-dire 24 heures sur 24 et sept jours sur sept comme sa sœur ainée de 8 ans, Beznau, en Suisse.

L’argent du contribuable s’envolera avec Fessenheim

Combien cela coûtera-t-il aux Français de se séparer d’une usine qui tourne très bien… On entend parler de 400 millions d’euros de dédommagement pour EDF, est-ce réellement cela ?

Regardons du côté d’EDF dont certaines « élites » voudraient le démantèlement tant elle est efficace pour les Français qui ont contribué par leurs factures à cette entreprise hors du commun… et tant elle fait saliver par ses rendements potentiels si une privatisation accompagnée d’une hausse de l’électricité venait à poindre.

Le courant est actuellement estimé à 42 euros par MWh (Mégawattheure, un Mégawattheure est mille fois un kilowattheure, unité qui apparait sur votre facture).

La production annuelle de Fessenheim est de 12 300 000 MWh, soit 516 millions d’euros annuels ; en considérant que la centrale est disponible 85 % du temps, ce qui est minorant.

Autrement dit, payer à EDF une somme de 400 millions ne représente même pas un an de fonctionnement… et EDF, donc les Français vont perdre plusieurs décennies de fonctionnement !

Allons plus loin encore…

Outre la perte de 2000 emplois de haut niveau directement générés par la centrale, ce qui constitue une perte sèche importante pour les villes et villages alentours, il faudra compenser cette perte d’électricité au niveau national ; alors que notre pays en a besoin.

Pour cela, on va devoir importer annuellement l’équivalent de 2 100 000 de tonnes de fioul (ou sa valeur en gaz), un chiffre qui donne le tournis quand on estime à 1000 euros par tonne la valeur moyenne sur la période pendant laquelle la centrale ne fonctionnera pas, c’est-à-dire encore 20 ou 40 ans (40 ans comme aux États-Unis pour ce type de réacteurs).

Ceci se traduira par un déficit commercial de l’ordre de deux milliards annuellement et au total de 40 à 80 milliards… de quoi donner le vertige !

On lit partout que la France ne doit pas gaspiller ses ressources alors pourquoi sacrifier une centrale qui fonctionne très bien, évite un déficit commercial important au pays, et qui plus est permet de rester dans le cadre des accords de Paris au sujet des gaz à effets de serre ?

 

En conclusion, de quel droit un gouvernement censé protéger les intérêts de ses concitoyens et du pays tout entier peut se permettre de réduire à néant un outil de travail hors du commun au détriment du pays, de ses entreprises et de ses habitants et même du climat ?

 

Article initialement publié le 16 octobre 2019.

Santé : une belle charrue à six milliards, pas un carrosse

Par Gérard Maudrux

Par Gérard Maudrux.

Notre ministre vient de mettre sur la table six milliards pour le personnel non médical dans les hôpitaux. Ne sommes-nous pas une fois de plus en train de mettre la charrue avant les bœufs ?

La crise du Covid a mis en évidence les carences monstrueuses de notre système de santé, masquées par la méthode Coué, répétant sans cesse chaque fois qu’un problème se pose, que nous avons le meilleur système de santé au monde, avec des carences essentiellement dans son organisation. Nous l’avons constaté, et les seuls surpris semblent nos dirigeants.

L’argent comme seule solution

Alors pour régler ces problèmes latents, une fois de plus, la solution : l’argent. Certains croient qu’on peut tout acheter et que l’argent va masquer tous nos défauts.

Chez nous cette crise a été traitée dans une grande panique, dans une désorganisation et une inefficacité totales, avec ordres et contre-ordres. L’Allemagne l’a abordé plus tranquillement, et le résultat est sans appel. Pourtant l’Allemagne ne disposait pas de plus d’argent. Les dépenses de santé en Allemagne et en France sont strictement équivalentes : 11,3 et 11,25 % du PIB.

Rappelez-vous la grève des urgences il y a juste un an. Elle est partie du service des urgences de Saint Antoine, le service le mieux doté de France en personnel médical, non médical, locaux et moyens. L’argent ne faisait pas partie des revendications initiales, même s’il est venu ensuite sur le devant avec l’extension du mouvement dans toute la France.

« La politique de fermeture de lits que mène l’AP-HP surcharge les urgences de patients » avons-nous entendu de la bouche de la représentante CGT dès les premières déclarations. Ce sont d’abord les conditions de travail qui ont déclenché le mouvement, avec la sécurité en premier lieu, j’y reviendrai.

Quand j’ai commencé à opérer, au bloc toutes les infirmières étaient dédiées aux soins. Lorsque je suis parti, depuis 10 ans, dans chaque bloc, un poste d’infirmière était consacré à plein temps à la paperasse, coller, décoller des étiquettes, noter, compter, vérifier…

En 40 ans, dans les hôpitaux, le personnel par nombre de lits a doublé, mais le nombre d’infirmières, toujours par lit est toujours le même. L’augmentation s’est faite uniquement sur le personnel administratif. Quand j’ai commencé médecine, le CHU avait un seul directeur général, quand j’ai terminé, il y avait 17 directeurs de différentes branches administratives.

Certes les personnel médical et non médical sont parmi les plus mal payés des pays équivalents à la France et il faudra une rallonge. Mais ce n’est pas le premier problème à mettre sur la table. Aujourd’hui, chaque fois qu’un problème se pose, nos dirigeants sortent le carnet de chèques pour calmer la situation, mais plus rien ne se passe ensuite.

Améliorer les conditions de travail

Et si on proposait d’abord d’améliorer les conditions de travail, ce qui passe par une refonte de l’organisation, du fonctionnement. Quand on est mal dans sa peau, que l’on travaille dans de mauvaises conditions, quand on est soignant et qu’on ne peut plus soigner, étouffé par les tâches administratives, gagner davantage ne change en rien la situation et le mal-être.

Quand on est harcelé par les patients, leurs familles, par ces Français mal élevés à qui tout est dû, qui n’ont que des droits et aucun devoir, l’argent ne change rien. Désolé d’évoquer ce problème de cette manière, mais c’est ce point précis qui a déclenché le mouvement de l’an dernier, cela fait partie d’un tout, tout est à revoir, et tout ne s’achète pas.

L’organisation de la santé en France repose maintenant sur les ARS, Agences Régionales de Santé, créées par la loi HPST de 2010, remplaçant entre autres les ARH, Agences Régionales d’Hospitalisation. Quand vous aurez vu l’organigramme de l’ARS de l’est ci-jointe, et que vous apprenez que sur Paris-Ile-de-France ils sont 4000, vous comprendrez mieux le vrai malaise des soignants. Il en est ainsi dans les ARS, les hôpitaux, les ministères.

Tout comme la Covid étouffe les patients, l’administration étouffe les soignants. Comme la France, ils souffrent de la sur-administration, mal bien français qui ne fait que s’aggraver à chaque problème qu’il engendre. Si vous supprimez cette sur-administration, vous dégagez des fonds pour les soignants, mais surtout vous améliorez leurs conditions de travail, leur bien-être, leur motivation, leur passion. Non tout ceci ne s’achète pas, cela se donne.

Allocations familiales : davantage d’argent public pour quel résultat ?

Par Pierre-Guy Veer

Par Pierre-Guy Veer, depuis le Canada.

La France, pays qui taxe largement au-dessus de la moyenne de la zone euro, vient de trouver une autre idée pour dépenser l’argent des autres. La députée Nathalie Elimas remettra sous peu un rapport contenant une quarantaine de propositions pour moderniser la politique familiale actuelle. Selon son propre aveu, ces politiques plus généreuses (congé de paternité étendu, allocations familiales dès le premier enfant) visent principalement à augmenter le pouvoir d’achat des familles.

Mais si telle est l’intention, pourquoi vouloir saupoudrer encore plus l’argent des contribuables dans un nouveau programme ? Car il ne faut pas se leurrer : cet argent viendra directement des taxes et impôts perçus, fussent-ils insuffisants pour financer le déficit de 3 % actuel.

L’exemple (à ne pas suivre) du Québec

À ce sujet, le Québec, fils spirituel de la France, tend à suivre la « mère-patrie » quand vient le temps de dépenser l’argent des autres sans compter. Au tournant du siècle, la Belle province a achevé ses négociations avec le gouvernement fédéral pour mettre en place sa généreuse politique familiale, comprenant des garderies subventionnées (CPE, pour enfants de moins de cinq ans) et des congés parentaux pouvant durer jusqu’à un an.

Certes, le taux d’activité des femmes de 25 à 54 ans au Québec a augmenté depuis 1997 (mise en place de la politique des garderies), passant de 74,2 % à 86,9 % en 2019, soit au-dessus de la moyenne canadienne. Toutefois, l’on peut se demander si cela en a valu le coup.

En ce qui concerne les CPE, en date de 2015, le coût du programme a été multiplié par sept alors que le nombre de places n’a que triplé. C’est dû au fait que l’argent a été remis au système plutôt qu’aux parents, selon le journaliste économique David Descoteaux. Comme les éducatrices (surtout des femmes) sont du secteur public, elles sont évidemment syndiquées et ont profité d’augmentations allant jusqu’à 61 % depuis 1997. Et comme les garderies privées ne peuvent pas concurrencer ces places à prix modique (35-45 dollars contre moins de 20 dollars), plusieurs ont dû fermer leurs portes face à cette concurrence déloyale.

Quant aux congés parentaux, ils ne semblent pas avoir eu un effet significatif sur la fécondité des Québécoises. En effet, elles ne sont passées que de 9,8 naissances pour 1000 femmes à 10 naissances entre 2000 et 2018. C’est inférieur à la moyenne canadienne (10,1), largement inférieur aux provinces des Prairies et aux Territoires, et à peine supérieur à l’Ontario (9,7).

Tout cela pour un régime qui commence à percevoir près de 0,5 % du salaire d’un employé à partir de 2000 dollars et qui fut déficitaire jusqu’en 2018.

L’échec européen

Si vous croyiez que l’exemple du Québec est peu représentatif de l’Europe, sachez que des pays du Vieux continent ont aussi tenté de promouvoir des politiques natalistes qui furent un échec onéreux.

En Hongrie, où l’on offre jusqu’à 60000 dollars aux familles selon le nombre d’enfants, le taux de fécondité est encore largement inférieur (moins de 1,5 enfant par femme) au taux de renouvellement des générations (2,1 enfants). Donc, à moins d’un véritable baby-boom, la population du pays ne peut que diminuer, considérant l’hostilité extrême de son Premier ministre envers l’immigration.

Quant à ces pays analysés par la BBC, aucun n’a réussi à dépasser le seuil de renouvellement des générations.

Alors que faire ?

Si les gouvernements veulent vraiment encourager une augmentation de la fertilité (si tant cela est nécessaire et/ou souhaitable), il existe une solution toute simple prônée par les libéraux depuis des lunes : laisser-faire et laisser passer. Un gouvernement qui ne cherche pas à tout contrôler de l’économie n’a pas besoin de percevoir autant d’impôts.

Pour vous donner un ordre d’idées : si le niveau réglementaire aux États-Unis n’avait pas bougé depuis 1947, l’économie (en date de 2013) aurait été quatre fois plus grosse. Imaginez toutes les innovations et le développement qui se seraient produits durant cette période. Et comme la réglementation touchant les familles (blanches, du moins…) n’était pas si étouffante, le baby-boom se serait peut-être poursuivi.

Bref, si madame Elimas veut vraiment augmenter le pouvoir d’achat des familles et le taux de fécondité, ce n’est pas en redistribuant encore plus les taxes et impôts qu’elle réussira. Peu (aucun ?) de pays ont réussi à adopter une politique familiale centralisée qui a pu augmenter la natalité de façon significative. C’est plutôt en permettant aux familles de respirer – de garder davantage de leur argent dans leurs poches – qu’elles pourraient vouloir avoir plus d’enfants.

Le principe majoritaire n’est pas le seul garant de la démocratie

Par Pierre Rokfussano

Par Pierre Rokfussano.

L’opinion et la presse ont vu dans la censure de la loi Avia par le Conseil constitutionnel une victoire pour la liberté d’expression, à la quasi-unanimité. Il est également important de souligner que c’est une véritable victoire pour le principe constitutionnel, en tant qu’il agit en démocratie comme un contre-poids légitime au pouvoir législatif, et à la volonté majoritaire que ce dernier incarne.

Les contre-pouvoirs qui caractérisent nos démocraties libérales depuis Montesquieu ne sont en effet pas qu’un artefact juridique, contingents à un ordre social particulier. Des institutions libres doivent reposer sur des droits inscrits hors de la portée du processus démocratique, ou du moins davantage hors de portée que les lois ordinaires.

L’idéal démocratique lui-même ne peut pas reposer uniquement sur le principe majoritaire. L’essayiste Yascha Mounk avertissait ainsi dans son ouvrage Le peuple contre la démocratie, en 2018, du détachement des deux composantes de la démocratie libérale qui menace aujourd’hui.

Le seul principe majoritaire ne suffit pas

Si la majorité était le seul principe de gouvernement (toute décision politique définitive étant par exemple prise par référendum), 51 % de la population d’une nation pourrait priver de ses droits les 49 % restants, voire les réduire en esclavage. Plus concrètement, et comme l’a illustré Robert Nozick dans son expérience de pensée de l’esclave (Anarchie, État et Utopie), pour n’importe quel individu pris au hasard, les deux options de vivre dans un régime majoritaire ou sous la tyrannie d’un maître (le groupe constitué de tous les autres membres du corps électoral) sont indiscernables.

En pratique, cela se reflète par l’observation en science politique selon laquelle la classe moyenne, groupe charnière entre deux autres blocs sociaux plus ou moins égaux en nombre d’électeurs, dispose d’une influence démesurée car elle s’attire des faveurs politiques, son adhésion étant essentielle pour former une coalition qui puisse prendre le pouvoir.

Politiquement, un état de liberté nécessite donc deux solides cadres institutionnels. Le premier est un ensemble de droits inviolables protégées par des institutions peu démocratiques, ou du moins peu soumises aux aléas de l’opinion. Le deuxième est un ensemble d’institutions démocratiques, qui déterminent les arbitrages qui doivent être effectués à l’intérieur du premier cadre, comme le prévoit l’article 4 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 :

« L’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. »

Défendre les droits fondamentaux

Les institutions servant la défense du premier cadre de droits fondamentaux sont sujettes à discussion car les possibilités sont nombreuses : tribunaux comme aux États-Unis (principe du judicial review), cour semi-politique comme le Conseil constitutionnel français, bloc de constitutionnalité avec des obstacles à la modification plus importants que pour une simple loi, articles constitutionnels non-amendables à l’allemande, démocratie représentative procédure parlementaire stricte… Il en va de même pour les institutions démocratiques au sens strict, qui peuvent être désignées selon une variété de modes électoraux.

Or, pour revenir à la censure de la loi Avia, les commentateurs de l’actualité et responsables politiques de tout bord, bien que souvent loin des idéaux libéraux, ont salué la justesse et surtout la nécessité d’une telle décision de la part d’une instance non-élue ; décision qui est donc par essence antidémocratique, puisqu’elle va à l’encontre de la décision d’un parlement élu.

Étonnant lorsque l’on sait que la démocratie directe est érigée par notre époque en quasi unique critère de légitimité politique – et il est en outre indéniable qu’à l’aune d’un tel critère, l’Assemblée nationale est plus directivement légitime que le Conseil constitutionnel. Comment une telle unanimité est-elle alors possible ?

Il apparaît que c’est l’évident caractère liberticide de la loi qui a motivé le soutien au Conseil constitutionnel, plutôt qu’une réelle adhésion au principe d’action de cette instance. Remarquons par exemple l’incohérence des mêmes commentateurs par rapport à leurs réactions aux censures passées.

La loi anti-casseurs, peu respectueuse des libertés politiques et procédurales, avait été censurée en avril 2019, suscitant peu ou prou l’indignation des opposants aux Gilets jaunes et l’approbation de leurs soutiens.

Pire, en décembre 2012, la censure de l’impôt confiscatoire à 75 % sur les revenus les plus élevés avait été dénoncée par une bonne partie de la gauche, qui y voyait une entrave à une volonté populaire de redistribution, alors même que certaines dispositions d’application de la loi étaient clairement discriminatoires.

Les mêmes applaudissaient pourtant souvent des décisions aux justifications légales fort discutables, comme cette décision du 6 juillet 2018 au sujet du prétendu délit de solidarité, qui attribuait une « valeur constitutionnelle » à la devise républicaine. Les réactions aux décisions du Conseil constitutionnel semblent donc être plus politiquement motivées qu’informées par un réelle réflexion sur le rôle des contre-pouvoirs constitutionnels.

Droits civils et droits économiques

Une confusion additionnelle provient de la distinction fausse et arbitraire entre droits politiques ou civils (parfois associés aux droits de l’Homme) et ceux dits économiques. La gauche, qui en est souvent victime, rejette par là-même toute exclusion du champ démocratique de valeurs comme la propriété, alors qu’elle n’y objecte pas en ce qui concerne les libertés politiques.

Pourtant, lorsqu’on revient à l’origine des principes de liberté, de propriété et ainsi de suite, il devient vite incompréhensible de dissocier de cette manière plusieurs types de droits. Notamment, le fait de pouvoir librement disposer des fruits d’échanges librement consentis provient de la propriété de chacun sur les fruits de son travail, qui elle-même découle naturellement du droit d’être maître de sa propre personne.

Ainsi, ce droit n’est pas plus économique (terme qui introduit automatiquement une distance injustifiée) que celui de diffuser ses opinions ou de s’associer en groupes à visée religieuse, politique ou culturelle. Nous ne pouvons en outre que regretter que ce type de droits, naturels plutôt que positifs, ne soient plus fortement protégés par notre constitution.

Face à la tempête antiraciste, Princeton débaptise l’une de ses écoles

Par Nathalie MP Meyer

Par Nathalie MP Meyer.

Je lisais dans Le Monde que l’université américaine de Princeton avait décidé de retirer le nom de Woodrow Wilson de la dénomination1 de son École des affaires publiques et internationales.

Dans le contexte de l’indignation2 soulevée par la mort de George Floyd, citoyen américain noir décédé lors de son interpellation violente par un policier blanc de Minneapolis le 25 mai 2020, l’université a considéré que les opinions et politiques racistes de celui qui fut Président des États-Unis de 1913 à 1921 ne permettaient plus d’en faire un modèle pour les futurs acteurs de la vie publique américaine.

Wilson et Colbert

Les « déboires » de Woodrow Wilson ne sont pas sans rappeler ce qui est en train d’arriver à Colbert chez nous. Mardi dernier, la statue érigée à la mémoire du contrôleur général des finances de Louis XIV devant l’Assemblée nationale a été aspergée de peinture rouge et taguée de la formule « négrophobie d’État ». Les militants antiracistes reprochent en effet à Colbert d’avoir été l’instigateur du « Code noir » de 1685 qui régissait l’esclavage dans les colonies françaises.

Mais lorsque la statue fut installée au XIXe siècle, il s’agissait surtout d’honorer un grand serviteur de l’État, une sorte d’énarque avant l’heure, qui mit en œuvre une politique industrielle particulièrement interventionniste et dirigiste pour assurer le rayonnement de la France.

Quant à Woodrow Wilson, on retient d’abord l’homme qui, au sortir de la Première Guerre mondiale, proposa un plan de paix connu sous le nom des Quatorze points de Wilson. Moins vindicatif à l’égard des vaincus que ne le sera le Traité de Versailles, il annonçait la future Société des Nations et proposait même en son point cinq un nouveau regard sur les territoires coloniaux.

Il n’est pas anormal qu’à chaque époque les citoyens s’interrogent sur les valeurs qu’ils souhaitent mettre en avant à travers la commémoration de personnes qui accèdent ainsi au panthéon distingué des « hommes illustres ». En ce sens, l’entreprise de Princeton apparaît comme parfaitement légitime, d’autant qu’il ne s’agit pas d’un déboulonnement ou d’une dégradation sauvage mais d’une décision débattue par les instances qui ont effectivement autorité en cette affaire.

Mais l’on voit bien aussi combien l’Histoire des Hommes, une Histoire forcément complexe, évolutive dans ses valeurs et pleine de nuances et contradictions comme les Hommes eux-mêmes, est devenue un enjeu de pouvoir pour des mouvements politiques plus idéologues que soucieux d’approfondir nos connaissances historiques.

Le risque d’anachronisme

Pour le militant antiraciste d’aujourd’hui, foin de la contextualisation des événements, foin du risque d’anachronisme. Tout, absolument tout, à toutes les époques, doit être analysé à l’aune de l’unique critère du racisme, du colonialisme et de la pratique de l’esclavage.

Intellectuellement parlant, universitairement parlant, c’est absurde et dangereux car il s’agit finalement de se livrer à l’étude historique selon un seul et unique axe d’analyse, ce qui ne peut qu’aboutir à un appauvrissement voire à une réécriture politisée de l’Histoire.

En France, cette dernière est du reste déjà largement instrumentalisée à travers des lois de censure de l’opinion et des lois mémorielles qui figent dans la loi ce que les citoyens sont autorisés à penser de tel ou tel événement historique, ce qui constitue de fait une limitation de la liberté d’expression et du champ possible de la recherche historique sur ces sujets.

Derrière le mouvement de déboulonnage des statues, on retrouve également – et inéluctablement – cette idée terriblement autoritaire de pureté qui revient à condamner tout individu qui ne serait pas intégralement conforme à l’idée du bien véhiculée à un certain moment dans la société, comme indigne d’en faire partie. Voir Robespierre et la Terreur, voir Lénine et son successeur Staline, voir Pol Pot, voir Che Guevara et tant d’autres. Les individus dans leur diversité, dans leurs grandeurs et leurs faiblesses, doivent s’effacer devant l’emprise totalitaire des idéologies pures et parfaites.

Aucune exagération dans mes propos. Il suffit de se rappeler que le Conseil représentatif des associations noires (ou Cran) qui appelle depuis longtemps au déboulonnage de la statue de Colbert était aussi à la manœuvre quand il s’est agi l’an dernier d’empêcher par la force la tenue de la pièce de théâtre Les Suppliantes d’Eschyle à la Sorbonne au motif que les maquillages sombres des acteurs étaient de la « propagande afrophobe, colonialiste et raciste » en bonne et due forme !

Sur le plan pratique, si l’on décide de n’évaluer les mérites des Hommes de tous les temps qu’à travers leur parfaite conformité aux idéaux de l’antiracisme actuel, quoi qu’ils aient pu faire de bien ou de mal par ailleurs, on n’a pas fini de caviarder nos livres et déboulonner nos statues. Rappelons par exemple que dans un grand discours sur la politique coloniale à la chambre des députés en 1885, Jules Ferry, très bien imité ultérieurement par Jaurès ou Zola, tenait les propos suivants :

« Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. »

Pour leur part, les libéraux du XIXe siècle étaient opposés à la colonisation, à la notable exception d’Alexis de Tocqueville (1805-1859) qui était favorable à une guerre agressive contre les Algériens qui résistaient aux avancées françaises. Il lui semblait parfaitement normal qu’on « brûlât les moissons, qu’on vidât les silos et enfin qu’on s’emparât des hommes sans armes, des femmes et des enfants. » Des nécessités « fâcheuses », selon lui, mais indispensables à quiconque veut faire la guerre…

L’Histoire n’est pas un long fleuve tranquille

Je crois qu’il n’existe pas cinquante façons de l’affronter, même si certains épisodes ne nous plaisent guère. Plutôt que de les effacer, plutôt que de les édulcorer ou les instrumentaliser à d’autres fins tout aussi méprisables, il est essentiel de pouvoir les étudier dans toutes leurs dimensions sans censure aucune afin de savoir à qui on a effectivement affaire lorsqu’on passe devant une statue de Colbert ou de Woodrow Wilson. Le bon comme le mauvais, selon les standards de notre époque.

Pour ma part, plutôt que déboulonner Colbert dont je n’admire nullement la politique mercantiliste foncièrement agressive et illibérale, je préfère de beaucoup parler des idées économiques de Vauban.

Sur le web

  1. Anciennement baptisée Woodrow Wilson School of Public and International Affairs, elle devient donc pour l’instant la Princeton School of Public and International Affairs.
  2. L’indignation s’est développée en deux branches qui en viennent parfois à se recouper : les violences policières d’une part et la question du racisme d’autre part.

Reconnaissance faciale et bavure faciale

Par Yannick Chatelain
reconnaissance faciale

Par Yannick Chatelain.

Toutes les études et recherches faites sur le sujet en France à l’instar, par exemple, de « L’évaluation des politiques publiques de sécurité : résultats et enseignements de l’étude d’un programme de vidéosurveillance de la ville de Montpellier1 », comme à l’étranger (Études ayant été synthétisées dans une méta-évaluation) tendent à démontrer les faiblesses de la vidéosurveillance à des fins préventives.

Dans ses travaux, Guillaume Gormand note que les critiques formulées contre le modèle britannique de déploiement de la vidéosurveillance de masse par Martin GILL2, peuvent s’appliquer au processus français engagé depuis les années 2007 aboutissant à un toujours plus de la même chose « perverse » qui défie la raison :

« Pendant les années 1990, le gouvernement britannique a présenté la situation ainsi aux collectivités locales : “si vous avez des problèmes d’insécurité, la vidéosurveillance peut vous aider. Vous obtiendrez des fonds pour en installer dans votre ville. Vous êtes libres de choisir un autre dispositif, mais dans ce cas vous n’obtiendrez pas d’aide financière” ».

Une doctrine orwellienne mise à mal

Par-delà la méta-évaluation évoquée, des faits traumatisants comme les attentats du Bataclan feront l’objet d’une déclaration péremptoire de monsieur Estrosi, qui pointera alors une politique de la ville déficiente en matière de caméra de vidéo surveillance, qui aurait pu, selon ses propos d’alors, éviter cette horreur.

« Avec 999 caméras, et une caméra pour 343 habitants [alors qu’] à Paris, il y en a une pour 1532, je suis à peu près convaincu que si Paris avait été équipée du même réseau que le nôtre, les frères Kouachi n’auraient passé trois carrefours sans être neutralisés et interpellés. »

Cette déclaration, certes caricaturale, reflétait une « doctrine » 3 d’alors (mot très à la mode actuellement, devenu un #buzzword) loin d’être anodine puisque marginalisant totalement la science en se fondant exclusivement sur des intuitions et des croyances.

La ville de Nice poursuivra d’ailleurs cette fuite en avant, devenant la ville la plus vidéosurveillée de France. Cette fuite en avant, n’empêchera malheureusement pas l’horreur du 14 juillet.

Une logique perverse de déploiement, des mises en échec récurrentes de ces solutions attentatoires aux libertés publiques pour prévenir les délits et les crimes, voilà qui ne décourage pas pour autant les promoteurs de l’édification d’une société orwelienne, intégrant une télésurveillance massive.

La doctrine originelle mise à mal n’a alors fait qu’évoluer. Ceux que je qualifierais d’ Orwelliens se sont appuyés sur un nouvel argument, explicitant une efficience qui n’est pas au rendez-vous : l’absence de couplage des caméras de vidéosurveillance avec la reconnaissance faciale.

Les motivations d’un tel discours à même de trouver une écoute favorable peuvent être diverses. Trois m’apparaissent prégnantes :

  • Faute de savoir, une sincérité dans la croyance en une efficacité préventive de ce type de solution.
  • Une réponse et une exploitation politique de cette croyance pour rassurer une population en attente d’une société plus sécurisée dans une période où elle est perçue comme plus violente, un sentiment de violence paradoxalement plus élevé que les statistiques.
  • Une motivation mercantile amenant certains acteurs à vanter les mérites sécuritaires de ce marché prometteur (le marché de la reconnaissance faciale au service de la surveillance de masse était estimé à 4,55 milliards d’euros dans le monde en 2019, par le cabinet d’analyse Mordor Intelligence, et devraient dépasser les 9 milliards d’euros en 2025).

Coupler une approche préventive non fonctionnelle prouvée scientifiquement à une approche dysfonctionnelle avérée est intellectuellement discutable.

N’est-il pas alors légitime de s’interroger devant cette manne financière annoncée sur la responsabilité sociale des entreprises à défendre une liberté démocratique fondamentale : la liberté de circuler de façon anonyme ?

Pour rappel

Les retours d’expérience de reconnaissances faciales sont un véritable fiasco (cf. « Facial Rekognition » d’Amazon peu concluante), s’il ne faut en citer qu’une, parmi tant d’autres, l’expérience menée sur le pont Robert F. Kennedy confirme les inquiétudes à avoir sur ces solutions sécuritaires vendues comme miraculeuses, mais déficientes parce que soumises à des biais algorithmiques non contournables !

C’est dans un contexte de tensions raciales extrêmes aux États-Unis, sur fond de violence de certains policiers, qu’IBM annonçait se retirer du marché de la reconnaissance faciale, tandis qu’Amazon annonçait que son logiciel de reconnaissance faciale, Rekognition, ne serait plus utilisé par la police américaine pendant une durée d’un an.

Notons que dans la même période, pour combattre le même fléau et protéger les forces de l’ordre d’accusations infondées et les citoyens de la violence – potentiellement discriminante – de quelques individus, la gouvernance française s’engageait elle sur le terrain de l’usage des caméras piétons pour nos forces de l’ordre, des caméras piétons qui seraient pourtant déjà sujettes à caution

On a coutume de dire de façon populaire que la France fait, et ce dans bien des domaines, les mêmes erreurs que les États-Unis avec… dix années de retard.

Cela doit-il invariablement se répéter ? Tandis que des entreprises américaines de renom font un pas en arrière, était-ce le moment en France de faire un pas en avant vers, à terme, les visiophones (caméras) ring ; et se diriger si promptement vers des risques de suraccidents ?

La première bavure faciale

Pour ceux qui verraient dans mon propos un alarmisme fantasmé, la première bavure faciale à déjà eu lieu début janvier, loin du barnum médiatique : « dans la banlieue de Detroit un Afro-Américain a – après avoir été arrêté à tort devant ses enfants – passé 30 heures en détention parce qu’un logiciel de reconnaissance faciale utilisé par la police avait estimé à tort que le visage d’un voleur, capturé par une caméra de surveillance alors qu’il dérobait une bijouterie, était identique à la photo de son permis de conduire. »

Cette  bavure a pu contribuer à faire reculer les géants du Net, momentanément pour certains, définitivement pour d’autres, dans une période de très haute tension raciale aux États-Unis.

En France, nos forces de l’ordre, de conflit en conflit, apparaissent de plus en plus épuisées, démunies, et désemparées ; et certains citoyens de plus en plus désespérés, se mettent à craindre et redouter les forces de l’ordre !

Une situation de défiance mutuelle qui n’a pas lieu d’être en démocratie. Une situation bien éloignée de la communion post attentats, une situation qui n’intègre pas dans la réflexion les seuls responsables : les donneurs d’ordres.

La solution d’apaisement ne sera pas certainement pas technologique : à quoi servira un pansement gadget déficient, si ce n’est à attiser la défiance ? Les mots qui reviennent de façon récurrente sont :

  • des moyens réels ;
  • de la formation à la hauteur de ce qui est prévu pour les forces de l’ordre ;
  • des donneurs d’ordres aguerris aux réalités du terrain.

Voilà qui permettra à la police de  respecter sa devise « Pro patria vigilant » (« Ils veillent pour la Patrie »), et à la gendarmerie de respecter la sienne, « Pour la patrie, l’honneur et le droit. »

Aux citoyens de respecter inconditionnellement ces deux piliers indispensables à notre démocratie, sans jamais avoir, hors en se mettant hors la loi, ni à les redouter, ni à les craindre.

« Chacun de nous est responsable de tout devant tous. » Fiodor Dostoïevski

  1. Guillaume Gormand, L’évaluation des politiques publiques de sécurité : résultats et enseignements de l’étude d’un programme de vidéosurveillance de la Ville de Montpellier. Droit. Université Grenoble Alpes, 2017. Français. NNT : 2017 GREAD014. tel-02439529
  2. Gill, Martin, « Using technologies for prevention », communication orale tenue le 13 décembre 2012 à Saint Denis, pendant la Conférence 2012 du Forum Européen pour la Sécurité Urbaine « Security, Democracy and Cities : the futur of prevention » des 12-14 décembre 2012. Nous traduisons depuis l’anglais : « During the 90’s, the UK government said to local community ‘if you have crime problems, CCTV can help you. You’ll get some money to install it in your town. You’re free to chose an other tool, but if you do, you won’t get any money’ »
  3. Ensemble de notions qu’on affirme être vraies et par lesquelles on prétend fournir une interprétation des faits, orienter ou diriger l’action.

J.K Rowling et le courroux des « tolérants » : les dessous de la cancel culture

Par Sabine Lula
J. K Rowling

Par Sabine Lula.

Le 6 juin 2020, J.K Rowling, auteur de la fameuse saga Harry Potter, a secoué les utilisateurs de Twitter. Une partie de ses fans s’est détournée d’elle, d’autres l’insultent, d’autres encore demandent à ce qu’elle perde son statut « d’auteur de l’œuvre », et même Daniel Radcliffe se désolidarise de celle qui a lancé sa carrière au cinéma. Même si un épisode similaire lui était arrivé en décembre dernier, la violence des adeptes de Twitter s’est fortement accrue.

Mais qu’a donc pu bien dire J.K Rowling pour que celle qui a écrit l’un des plus grands succès littéraires du monde ne se prenne une telle déferlante de haine ?

Scandale : seules les femmes ont des menstruations

C’est très simple : oser dire que seules les femmes avaient des menstruations, en réponse à une tribune du journal Devex.com appelant à « créer un monde post-Covid plus égalitaire pour les personnes ayant leurs règles. »

Aussitôt posté le message sur Twitter, la communauté LGBT, très active sur les réseaux sociaux, et particulièrement fan de la saga Harry Potter, a harcelé Rowling pour ses positions transphobes. Pour les militants, il est en effet transphobe de rappeler la base de la biologie humaine et le dimorphisme sexuel.

Cela fait déjà quelques temps que se déchirent les militants de gauche extrême aussi baptisés SJW, à force de jouer à qui sera le plus progressiste. On dénonce sans cesse les « fachos », les « oppressions systémiques du patriarcat blanc et du grand capital », et tous ceux qui restent sceptiques face à leurs idées sont des membres actifs de l’ultradroite.

Les Don Quichotte de la lutte sociétale : faut-il en rire ou en pleurer ?

La France importe toujours les idées des campus américains, avec environ cinq à dix ans de retard.

Cela se voit notamment avec le contexte actuel de « luttes contre l’État raciste » menées par le collectif Adama, ou encore la montée en puissance des syndicats étudiants faisant régner la terreur dans les facultés.

Il n’est donc pas étonnant de voir la propagation des idéologies dérivées de la théorie du genre : tout n’est que construction sociale, la biologie n’existe plus, et les deux sexes homme/femme sont des « constructions du patriarcat » pour « opprimer les non-mâles blancs cis ». Ainsi, il est tout à fait légitime de parler de « pénis de femme », de « règles d’homme », et de militer pour que tout le monde considère cela comme vrai.

Rejeter ces idéologies équivaut à être transphobe, car c’est « nier l’existence des trans ». Rappeler la biologie basique équivaut donc, selon eux, à appeler au massacre des individus se considérant comme trans. La demi-mesure n’est pas vraiment une qualité chez nos militants du Camp du Bien.

Ce chantage à la transphobie peut souvent se révéler dangereux pour l’intégrité de certaines personnes. On se souvient de l’affaire Jessica Yaniv, qui sous couvert de  transphobie, a contraint des instituts de beauté féminins à fermer car on lui a refusé une épilation du maillot (sachant que Yaniv n’a pas été opéré et donc conserve ses attributs masculins). Yaniv s’est aussi imposé dans les vestiaires de jeunes filles, et fantasme sur le fait d’insérer des tampons périodiques dans les parties génitales de ces adolescentes.

Messieurs, retenez donc bien ceci : si vous voulez forcer une femme à toucher votre pénis, attaquez-la en justice pour transphobie.

C’est précisément ce phénomène qui divise actuellement les militants LGBT : certaines des lesbiennes du mouvement cherchent à « se débarrasser du T », car elles considèrent que les femmes trans invisibilisent les vraies femmes lesbiennes, voire parfois les forcent à coucher avec leur « pénis de femme », car ne pas le faire est transphobe. Ce qui leur a valu le joli surnom de « TERF » (Trans-Exclusive Radical Feminist), et qui équivaut à se faire bannir du Camp du Bien.

Dérives et harcèlement : les dessous de la cancel culture

Une fois qu’un individu a été catégorisé comme « néo-nazi de turbodroite » par les SJW, il convient de lui retirer tout « pouvoir de nuisance ». Autrement dit, de le boycotter, l’insulter, le rabaisser, et de faire en sorte que tout ce qu’il a accompli de bon dans sa vie disparaisse à cause d’une simple parole.

Cette pratique de plus en plus courante concerne surtout ceux qui cherchent à jouer dans la même catégorie que ces SJW et à se placer publiquement comme allié de ces luttes.

Pour rester sur l’exemple de J.K Rowling, elle avait régulièrement mis à jour son œuvre, bien après la publication du septième tome en 2007, pour confirmer qu’Albus Dumbledore était gay et Hermione Granger était noire. D’où le fait que ceux qui la voyaient comme un modèle de vertu vivent mal ses propos de « TERF ».

Le danger pour les aspirants progressistes est donc de tomber sur plus progressiste que soi, et finir relégué au même niveau que les méchants. J.K Rowling est donc victime de ce pugilat, de la part de ceux qui l’ont érigée en véritable déesse s’élevant contre le mal, et pilier de leur vie.

De quoi inquiéter pour la liberté d’expression, compte tenu du pouvoir de nuisance de cette minorité (beaucoup trop) bruyante, ayant un véritable pouvoir de vie ou de mort sur les œuvres qui sortent, et qui n’hésite pas à censurer celles qui lui déplaisent.

La cancel culture, preuve de l’infantilisation de la société

On observe notamment que certains LGBT rejettent tellement J.K Rowling qu’ils veulent délégitimiser tout son travail, et le livre qu’ils aiment. Certains vont jusqu’à vouloir faire couvrir leurs tatouages liés à l’univers de Harry Potter, et d’autres font même du chantage au suicide.

Outre la menace qu’il représente envers la notion de liberté d’expression, ce phénomène de cancel culture illustre également à quel point les individus sont aujourd’hui infantilisés, donnant à la société un aspect de gigantesque cour de récréation.

Les polémiques de transphobie envers J.K Rowling tiennent en effet du caprice d’enfant gâté : l’auteur d’une œuvre que l’on aime refuse de nier la biologie basique du corps humain, privons-le du droit de s’exprimer, car il fait mal à nos petits sentiments personnels. Le niveau maternelle du « t’es même plus mon copain d’abord » n’est pas loin.

Or, le fait que ce phénomène soit de plus en plus prenant, d’autant plus avec l’effet de domino découlant de cette vague de harcèlement, à savoir les répercussions sur le travail de la personne, et même parfois sa propre famille, est inquiétant.

Personne, pas même les plus zélés défenseurs de cette nouvelle morale, n’est à l’abri des dérives de ces individus, qui ont pour la plupart une capacité d’accepter la contradiction équivalente à celle d’un enfant en bas-âge.

Cela ne serait pas grave s’ils n’avaient pas un tel pouvoir de nuisance. Or on observe une montée en puissance de ces idées au sein des élites : lois anti-haine, criminalisation des pensées divergentes (considérées comme « déviantes » par ce nouveau clergé), condamnation morale et excommunication des fachos, il faut considérer ces adeptes du Camp du Bien avec la même méfiance que l’on considère les institutions étatiques, en ce qu’ils sont aussi liberticides les uns que les autres : ils sont les idiots utiles d’un système qui ne demande qu’à se renforcer, pour mieux nous écraser.

Le Parti de l’abstention vainqueur, vraiment ?

Par Johan Rivalland

Par Johan Rivalland.

Je comprends parfaitement le point de vue de Gérard-Michel Thermeau sur l’abstention, dont je n’ignore pas qu’il est depuis longtemps largement partagé par de nombreux lecteurs de Contrepoints. Et j’en partage aussi, naturellement, une grande partie des idées essentielles.

Je souhaiterais néanmoins émettre quelques doutes, qui méritent eux aussi d’être entendus et débattus.

Le Parti des abstentionnistes

On peut penser, en effet, qu’il s’agit du « premier Parti de France ». Mais est-ce vraiment un Parti ? Certes, les électeurs des autres partis sont très loin de voter pour le parti en question pour les mêmes raisons et avec les mêmes motivations.

Les uns le font par véritable conviction, d’autres parce qu’ils jugent que c’est le moins mauvais choix, certains parce que telle ou telle promesse du candidat semble aller dans le sens de leur intérêt personnel, d’autres encore pour un tas d’autres raisons dont je n’ai pas l’intention de dresser ici une liste exhaustive.

Pour autant, on ne peut parler à mon sens de Parti des abstentionnistes, premièrement parce qu’il ne s’agit pas d’un Parti, avec un corps d’idées constituées, et deuxièmement parce que cela serait supposer – en l’absence de représentation des « bulletins blancs », au sujet desquels je n’ai rien vu ni entendu lors de la proclamation des résultats et qui ne semblent toujours pas en voie d’être intégrés dans les pratiques actuelles – que la plupart des abstentionnistes le sont globalement pour les mêmes raisons. Or, je doute que ceux qui s’abstiennent le fassent en majorité pour exprimer un mécontentement au regard de l’offre politique ou par défiance.

Beaucoup s’abstiennent soit parce qu’ils ne se sentent pas concernés, soit parce qu’ils sont un peu perdus et ne sauraient pas très bien pour qui voter (pas uniquement parce que toutes les offres se ressemblent, j’y reviendrai, mais parce que « la politique » ne les intéresse pas vraiment), soit parce qu’ils ne se sentent pas « compétents », n’ayant pas le temps de suivre les idées des politiques au quotidien et ayant le sentiment qu’il serait malhonnête ou inconséquent de voter pour une personnalité ou un parti dont ils n’ont pas vraiment suivi les propositions (et j’en connais), ou encore parce que la politique, ils n’en ont rien à faire (quelles que soient les raisons, quelle que soit l’époque, quels que soient les candidats).

L’abstention n’est donc pas uniquement l’expression d’un sentiment protestataire. Même si, bien sûr, sa montée en puissance peut avoir des significations et peut à juste titre être interprétée et analysée comme étant le signe d’un malaise.

Un assemblage de profils très hétéroclites

Deuxième idée : se référer à un Parti des abstentionnistes est associer des personnes qui s’abstiennent pour des raisons fort différentes, parfois diamétralement opposées.

L’une de ces raisons peut être le sentiment de vivre dans un pays relativement libre et de ne pas du tout percevoir la fragilité de notre toute jeune démocratie. Une grande partie de la population est née sous le régime du suffrage universel et cela lui semble tout à fait normal. Elle n’imagine pas vraiment qu’il pourrait en être autrement ou que ce système pourrait être remis en question. D’où le nombre à mon avis élevé des personnes qui s’en remettent aux autres en étant dans un état de relative insouciance.

Il faut y ajouter, à l’inverse, ceux qui ne croient pas en la démocratie, ceux qui souhaitent son renversement. Mais aussi les anarchistes, les royalistes, les révolutionnaires de toutes sortes, qui rêvent d’un soulèvement et ne peuvent attendre qu’un pâle et très hypothétique gouvernement des Insoumis s’empare du pouvoir par les élections.

Et puis, bien sûr, il y a ceux – nombreux – qui sont déçus par la politique, n’ont plus aucune confiance en la représentation avec notamment tous ces programmes qui se ressemblent ; actuellement, c’est à qui sera plus vert que le voisin, mais ce n’est que la comédie du moment dans cette gigantesque farce où nombreux sont ceux qui ont la capacité à retourner leur veste du moment qu’ils peuvent espérer rester au pouvoir. Mais est-ce un type de comportement attaché uniquement à la démocratie ?

Et c’est, bien sûr, à ceux-là que se réfère à juste titre Gérard-Michel Thermeau, qui ne peuvent que déplorer (et moi comme eux) cette « horreur politique », pour paraphraser le titre de l’excellent ouvrage d’Olivier Babeau. Le problème est que ces abstentionnistes sont des individus qui généralement sont loin d’être indifférents à la politique (au sens noble) et s’intéressent éminemment au devenir de leur pays et même du monde. Qu’ont-ils à voir avec les autres catégories d’abstentionnistes pas moins nombreuses ?

Les vainqueurs

Et j’en viens au point principal : mon point de vue – ou mon questionnement – ne sera pas relatif au conventionnel « il faut voter parce que sinon la démocratie est en danger ». Qui peut être en soi un argument de type politique pour inciter les gens à aller et voter, avec une argumentation qui n’est pas toujours dénuée d’arrière-pensées. Mais il porte plutôt sur le résultat.

J’utiliserai une analogie : celle du football. Que se passe-t-il en football (ou dans n’importe quel autre sport, je n’ai pris que le plus populaire) ? Sur le moment, on va analyser les raisons qui ont mené une équipe à la défaite. Il se peut, d’ailleurs, que l’équipe en question ait très bien joué mais ait tout de même perdu.

La faute à pas de chance ? Des erreurs d’arbitrage ? Un carton rouge au mauvais moment, justifié ou pas ? Un ou plusieurs joueurs blessés ? Peu importe. La plupart du temps que se passe-t-il ? Pour conjurer le sort ou sanctionner la réelle insuffisance de compétence, on renvoie l’entraîneur (ce qui me semble, personnellement, souvent contestable). Et en définitive, seul le résultat compte.

Croyez-vous que l’on se souvienne durablement des conditions dans lesquelles les choses se sont passées ? À part quelques experts ou passionnés, il me semble que non, pour l’essentiel. Et on ne retient que le résultat. L’équipe d’Aimé Jacquet (adulé après avoir été lamentablement méprisé) a remporté la Coupe du monde en 1998 ?Oubliés le déchaînement d’injures, le lynchage médiatique, les incertitudes, le facteur chance qui nous a fait connaître des retournements de situation inouïs. Une seule chose reste : les Bleus de 1998 (et Aymé Jacquet) sont des « héros » (ils auraient pu être tout l’inverse…), ils ont gagné, cocorico.

J’aurais pu retenir d’autres analogies, car il en va de même dans d’autres domaines, y compris dans le monde de l’entreprise, où certains chefs d’entreprise vont rester attachés à l’heure de gloire de leur mandat (quelle que soit la qualité réelle de leur management) et inversement d’autres vont être vilipendés pour les mauvais résultats, alors même qu’ils ont peut-être été d’excellents dirigeants et ont parfois sauvé l’entreprise qu’ils avaient la responsabilité de diriger.

Et même chose en politique, où le dirigeant dépensier qui aura considérablement endetté sa ville, sa région, son pays, en cédant parfois à la facilité, pourra durablement laisser un souvenir exalté, tandis que son ou ses successeurs pourront être rendus responsables de la mauvaise santé économique et sociale. Alors même qu’il sera peut-être courageusement en train de tenter de réparer les pots cassés de la politique de son prédécesseur. Dans tous les cas, la mémoire est courte, et on ne retient – pour l’immense majorité des gens – que le vainqueur.

Les conséquences

Il s’ensuit que – quoi que je pense du côté hautement pitoyable de la politique et du peu d’illusion que je me fais à son sujet – je doute que l’abstention soit la bonne solution. Et je crains surtout le résultat.

Nous pouvons deviser longtemps sur les leçons à tirer de l’abstention, le message supposé qu’ont voulu envoyer « les électeurs ». Mais l’assemblage des abstentionnistes est trop hétéroclite et surtout la mémoire collective si courte que l’on puisse en tirer quelque espoir de changement.

Si ce n’est se ranger du côté des « révolutionnaires », qui n’ont pas vraiment les mêmes motivations que la majorité d’entre-nous (et il faut se souvenir que de nombreuses révolutions passées ont été l’œuvre d’une toute petite minorité active qui est parvenue violemment à changer le cours de l’histoire et de la vie de l’immense majorité silencieuse).

Plus concrètement et immédiatement, lorsque des abstentions massives ont lieu sous certains régimes tyranniques, que se passe-t-il ? Une partie non négligeable de la population entend manifester son mécontentement, sa désapprobation et envoyer un message fort au régime en place en appelant à l’abstention.

Que se passe-t-il ensuite ? Le régime en place, loin d’en être perturbé, renforce son assise. Les représentants modérés disparaissent ou sont encore moins nombreux. Et l’immense majorité du peuple oublie rapidement ce qui s’est passé.

La vie reprend son cours, la plupart des gens se préoccupent de mener au mieux leur vie au quotidien, sans illusion. On ne croit certes pas en le régime en place, dont on subit le mode de gouvernance, mais on ne croit plus trop non plus en des opposants, qui ont pour l’essentiel disparu.

Si l’on en revient à l’immédiat et aux présentes élections municipales, de même que se passe-t-il ? On s’abstient, mais seuls les résultats comptent (quoi qu’on en pense). Et les vainqueurs, c’est un fait, ont la légitimité officielle. La vie va reprendre son cours normal, jusqu’à la prochaine fois, et ainsi de suite.

Et en attendant, seuls les élus ont la légitimité pour mener les affaires (sauf à remettre en cause la démocratie ou espérer une révolution sanglante dont le résultat me semble plus qu’aléatoire), puisqu’il existe des règles du jeu, et elles ont été respectées, quoi qu’on puisse en penser.

Des écologistes vont diriger plusieurs de nos grandes villes ? Soit. Ils vont ruiner encore davantage nos finances, mener des politiques qui ne vous plaisent pas ? Soit. Mais, quoi qu’il advienne, tout le monde ne partagera pas votre point de vue et vos analyses.

Grenoble vit de plus en plus dans l’insécurité ? Les finances vont de plus en plus mal ? Les promesses tenues en matière d’écologie (et surtout les piètres résultats en la matière) vous semblent ne pas avoir été respectées ? Même chose à Paris ? Eh bien on ne peut constater que ce point de vue n’est officiellement pas partagé, puisque ces équipes ont été brillamment reconduites.

Qu’attendre de l’abstention ?

Alors, l’abstention est-elle la solution ? Faut-il attendre, comme certains l’espèrent, un écroulement du système ou de notre économie, en espérant enfin une prise de conscience et des lendemains meilleurs ? L’abstention peut-elle être envisagée comme une forme de vote protestataire (contre quoi ?) ? Permettez-moi d’en douter.

Au mieux, les vainqueurs continueront tranquillement d’en tirer parti. Le non-choix les sert et ils ne s’en plaindront pas. Au pire, nous évoluerons vers une situation de déliquescence encore plus préoccupante et vers des formes de révolution dont il n’y a rien à mon sens à espérer de bon.

Remettre en cause la démocratie ? Pour la remplacer par quoi, raisonnablement ? Méfiance.

Enfin, une remarque : plus la représentation des votes semble aller dans un sens, plus le message est interprété comme une invitation à aller encore plus dans le sens de la marée : les suffrages exprimés semblent réclamer toujours plus de « vert »  ? Très bien, verdissons encore plus nos actions (pensent les dirigeants). Fi du message que pensent avoir adressé des abstentionnistes aux profils très divergents. Ils sont – il me semble – relativement inaudibles.

Le tsunami vert des municipales peut-il muer en victoire présidentielle ?

Par Philippe Charlez

Par Philippe Charlez.

Marseille, Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Grenoble, Poitiers, Besançon, Annecy et Paris : la liste remportée par les EELV ou apparentés (Anne Hidalgo a laminé Paris grâce à son alliance avec les Verts) la liste est stupéfiante. Après leur percée remarquée aux élections européennes, Les Verts ont magistralement confirmé qu’ils étaient devenus la force majoritaire de gauche. Une belle revanche face à des socialistes relégués avec LFI à des forces d’appoint.

Le parti présidentiel a été ridiculisé, Agnès Buzyn ne parvenant même pas à être élue comme conseillère municipale dans l’arrondissement où elle se présentait. Les quelques futurs maires LREM (E. Philippe, G. Darmanin, F. Riester) sont des ex-personnalités de la droite républicaine et ne doivent leur réélection qu’à leur implantation locale.

Quant à la droite républicaine, elle perd ses deux dernières grandes villes, Marseille et Bordeaux. Qu’elle paraît bien loin l’époque où cette même droite républicaine détenait les 20 arrondissements de Paris (J. Chirac), Marseille (J-C Gaudin), Lyon (R. Barre) et Bordeaux (J. Chaban-Delmas).

L’idéologie écolo au secours de la gauche

Nous avions dans un précédent article alerté d’une part sur cette montée inéluctable de l’écologie comme marqueur politique dominant à gauche, d’autre part sur la façon immature avec laquelle le parti présidentiel répondait dans une forme d’opportunité écologique aux sirènes vertes : programme « En Marche pour l’Europe » et composition de la liste Renaissance aux élections européennes, discours de politique générale du Premier ministre le 12 juin 2019 décidé à verdir l’acte II du mandat présidentiel, comité d’organisation de la Convention citoyenne sur le climat essentiellement composé de personnalités de gauche au passé écologiste et syndicaliste et dont les propositions finales publiées la semaine dernière tiennent clairement de l’écologie punitive.

Comme nous l’avons écrit de nombreuses fois, cette position de circonstance est électoralement suicidaire. Considéré comme « un mondialiste perverti par la société de croissance » le Président n’attirera jamais par le jeunisme vert. Par contre il est en train de perdre son électorat de centre droit acquis à son positionnement économique. Les résultats des municipales ont clairement confirmé l’ineptie de cette stratégie.

Antilibéralisme écologiste

Tous les rassemblements écologistes de ces municipales se sont faits à gauche avec les socialistes et les insoumis, jamais avec LREM ou les LR. Même si la phrase « l’écologie n’appartient à aucune formation politique » s’entend, l’imaginaire collectif a toujours placé l’écologie à gauche et l’associe à un discours égalitariste, anti-mondialiste et anti-libéral.

Ces élections municipales aux résultats historiques montrent de façon très claire que la droite n’a jamais été capable de s’approprier un programme alternatif à l’écologie punitive et idéologique. Ce n’est pas en courant dans le couloir écologique qu’elle pourra gagner sur la ligne d’arrivée.

Face à un président sortant en complète perdition, une alliance électorale de gauche (EELV + PS + LFI) derrière un candidat écologiste à la présidentielle devient une alternative crédible dessinant un second tour cataclysmique face au candidat du RN.

Si elle veut revenir dans l’arène, la droite républicaine doit rapidement proposer et s’approprier un projet pragmatique pour que la France atteigne la neutralité carbone en 2050.

Une écologie concrète purgée de toute considération idéologique comme le prône l’association « Équilibre des Énergies » présidée par Brice Lalonde.

Elle fédère des entreprises de l’énergie, du bâtiment et de la mobilité désireuses de promouvoir des mesures réalistes allant dans le sens d’une transition énergétique durable et profitable reposant sur une croissance économique raisonnable. Responsabilité et liberté doivent être les pierres angulaires de ce projet. Coercition, normes et taxes doivent en être exclues autant que possible.

Les leviers pour y parvenir sont connus et coûteux. Les transports peuvent être décarbonés grâce à l’électricité sur les petites distances et à l’hydrogène vert produit par électrolyse de l’eau sur les plus longues distances (voitures, camions mais aussi bateaux et avions).

Le recours au nucléaire

La consommation peut être largement réduite dans l’habitat grâce à un grand projet de rénovation des passoires thermiques qui n’a toujours pas vu le jour, les chaudières au fuel et au gaz peuvent être massivement remplacées par des pompes à chaleur. Quant aux émissions résiduelles dans l’industrie lourde (sidérurgie, verre, ciment) elles ne pourront être complètement décarbonées. Aussi, pour atteindre la neutralité carbone, faudra-t-il mettre en œuvre des projets de capture et de séquestration du CO2.

La société de demain demandera d’accroître significativement la production d’électricité décarbonée. Les énergies renouvelables y participeront sans aucun doute mais, compte tenu de leur non pilotabilité, l’éolien et de solaire ne pourront excéder 30 % du mix électrique. Les objectifs d’électricité verte ne seront atteints qu’en prolongeant le nucléaire existant mais aussi via la construction de nouvelles centrales EPR. Cette position pro nucléaire est aussi l’occasion pour la France de reprendre le leadership mondial dans un domaine où elle a perdu la main au profit de la Chine.

Une façon d’éviter de délocaliser des compétences qui, faute de nouveaux projets, seraient définitivement perdues.

Municipales : abstention record, effondrement de LREM, vague écolo

Par Frédéric Mas
Municipales

Par Frédéric Mas.

Le second tour des élections municipales s’achève sur fond d’abstention record, de disparition de LREM et de vague écolo sans précédents. Après une coupure de plusieurs mois due à la crise sanitaire et au confinement, l’électeur a repris le chemin des urnes sans enthousiasme ni conviction.

Avec près de 60 % d’abstention, c’est à la fois la légitimité des nouveaux élus qui interroge et la prime à la polarisation politique qu’elle encourage. S’il fallait illustrer l’adage comme quoi nos démocraties sont aujourd’hui pilotées par des minorités d’élus, eux-mêmes désignés par des minorités d’électeurs, cette campagne serait assez symptomatique.

Entre 59,5 et 60 %, c’est l’abstention la plus forte de l’histoire de la Veme République (hors référendum).
Entre une crise sanitaire gérée dans des conditions désastreuses et un profond désaveu démocratique qui ne cesse de s’amplifier c’est la Veme République qui est à l’agonie ! pic.twitter.com/pA4AnqfofL

— Manon Aubry (@ManonAubryFr) June 28, 2020

Comme le rappelle Gérard-Michel Thermeau, jusqu’à présent les municipales suscitaient encore l’intérêt des citoyens. Aujourd’hui, même la démocratie locale est en crise.

Peu d’offre politique

Sans doute, la crise du Covid-19 et la peur de la seconde vague y sont pour quelque chose, mais ce n’est pas tout. L’offre politique se restreint d’année en année, et avec elle la possibilité de réformer le pays.

Comment ne pas comprendre le peu d’investissement des citoyens ? Ceux qui se sont déplacés étaient sans doute les plus motivés, ce qui peut aussi expliquer la forte présence des plateformes politiques très marquées à gauche comme celles proposées par les formations écologistes.

56% d’abstention
56% d’abstention
56% d’abstention
56% d’abstention
56% d’abstention

Soit :
– Hidalgo élue avec 17,5% des inscrit.e.s
– Doucet (Lyon) : 19,1 %
– Aubry (Lille) : 12,4 %
– Hurmic (Bordeaux) : 17,5 %
– Moudenc (Toulouse) : 22,8 %
– Estrosi (Nice) : 15,8%
– etc pic.twitter.com/XhQEkzMEJD

— Maxime Combes (@MaximCombes) June 29, 2020

Le parti d’Emmanuel Macron, LREM, s’effondre un peu partout à l’exception notable du Havre, ce qui n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour le président de la République. Toute l’attention médiatique était dirigée sur Paris, où Agnès Buzyn, parachutée à la dernière minute dans la campagne par l’Élysée, s’est prise une raclée monumentale, arrivant loin derrière le maire sortant Anne Hidalgo et la candidate LR Rachida Dati.

Disparition de LREM

Au Havre, Édouard Philippe est réélu très honorablement, consolidant indirectement ainsi sa place au sein de l’exécutif. Il est l’un des seuls à s’en tirer auprès de l’opinion publique après la crise du coronavirus, et cette élection confirme l’image de sérieux qu’il a pu incarner face à un Macron fuyant, pour ne pas dire absent.

Le Premier ministre est en passe de devenir un rival sérieux de l’actuel locataire de l’Élysée.

🇫🇷#Municipales2020 – Sur les 42 villes de plus de 100 000 habitants:
– 25 à gauche, dont #Lyon, #Bordeaux, #Marseille ou encore #Strasbourg aux mains des Verts #EELV
– 13 à droite, dont #Toulouse et #Nice
– 3 #LREM (Le Havre, Amiens et Angers)
– 1 #RN (Perpignan)#Municipales

— Conflits (@Conflits_FR) June 28, 2020

LREM aura donc deux fois moins de sièges au conseil de Paris que le PCF 😍https://t.co/jWNFj3h2uc

— Pierrick (@pierrick_lvn) June 29, 2020

Plus généralement, le parti de l’exécutif est inexistant, et n’a pas renversé la table comme il l’avait fait à la présentielle et aux législatives. Malgré toute l’énergie dépensée à tenter de polir son image de « centrisme autoritaire », en jouant en particulier sur la fibre écolo et socialisante, LREM a fini par faire la campagne de ses adversaires. Les électeurs ont préféré l’original à la copie et voté pour les Verts qui s’imposent dans sept des plus grandes villes de France.

Le triomphe écolo

Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Poitiers, Annecy… et presque Lille. La victoire des écologistes dans plusieurs métropoles témoigne du divorce idéologique grandissant entre la France des centres-villes et celle de la périphérie.

La première se fait plus sensible aux discours apocalyptiques des prophètes verts, la seconde fut le foyer de départ des manifestations de Gilets jaunes.

On lui demande pourquoi elle refuse de déployer la 5G à Besançon : elle explique que le progrès c’est mal et dangereux et que la crise du Covid est due à des dérives en matière d’écologie et, in fine, au libéralisme…

Une candidate totalement déconnectée. Besançon mérite mieux! pic.twitter.com/7VRc4HaSrI

— Lucas Petit (@Lucas__Petit) June 25, 2020

Je suis perso très favorable à + d’écologie mais sûrement pas avec un parti rempli de complotistes, d’antivaxx, anti nucléaire ou de militants d’extinction rébellion!

Il y a de beaux modèles d’écologie positive, non punitive en Europe du Nord! mais avec quelle population?

— Dan 🇫🇷🇪🇺 (@Bae06Doc) June 28, 2020

La première réclame davantage de fiscalité verte et éventuellement une restriction des libertés publiques au nom de l’urgence climatique, l’autre n’est pas prête à payer pour le mode de vie privilégié des premiers et se révolte contre leur invisibilisation politique.

Réconcilier ces deux France est sans doute l’un des principaux casse-têtes des années à venir. Les convaincre de ne pas détruire la liberté individuelle au passage en est un autre.

Réinvestir l’échelon local

La désaffection de l’électeur n’a pas pour seule cause les effets de la crise sanitaire. La recentralisation politique discrète qui s’est opérée en France depuis le début des années 2000 a largement limité l’autonomie des villes, en particulier en matière fiscale.

Le déplacement des pouvoirs locaux vers l’État central a donc aussi dépossédé le citoyen de la possibilité de mieux contrôler ses édiles et accélérer la dépolitisation. L’élection d’Emmanuel Macron n’a fait qu’accélérer le mouvement en portant au pouvoir l’élite bureaucratique du pays et ses clientèles privilégiées.

La crise de confiance qui ronge les institutions ne pourra donc être résolue que par une vraie décentralisation qui place l’autonomie des communes au cœur de son projet.

Écologie partout, taxes partout, richesse nulle part

Par h16
Mairie France

Par h16

Et voilà : la farce municipale vient de s’achever et elle confirme que le but des médias français et de l’Éducation nationale est atteint : les repères politiques classiques ont enfin complètement disparu.

La gauche est devenue l’hémicycle des Bonnes Intentions. La droite, comme prévu, est devenue l’Antre des Racistes Identitaires Puants et Corrompus. Plus personne ne votant à droite, l’extrême droite n’étant plus qu’une extrême gauche vernissée d’un nationalisme surtout pas trop patriote, et la gauche, nouvelle essence même du conformisme bien-pensant, étant éclatée en mille morceaux, le temps était venu de passer à autre chose : comme ces municipales, le combat des prochaines élections sera donc celui des politiques classiques, surannées, opposées aux nouvelles idées victorieusement acceptées par presque tous sauf les salauds (puisqu’elles sont bonnes) !

Tout comme les grandes corporations qui ont récemment et bruyamment déclaré être contre les mauvaises choses et hystériquement en faveur des bonnes, les Français sont maintenant contre ce qui est vilain et pour ce qui est gentil : ils aiment donc sauver la planète et aider les pauvres. Et c’est tout.

Heureusement, pour ça, ils ont l’État.

Le volet politique du communisme n’est pas attractif, et il est surtout inconnu de la plupart. En revanche, les Français ont parfaitement intégré les paramètres du socialisme d’État : tout dedans, rien en dehors, des aides monétaires issues de bonnes intentions, et des bonnes intentions qui concernent tous les sujets. L’objectif strictement régalien de l’État n’est plus envisagé. Pour les Français, l’État doit tout, car l’État peut tout.

Hélas, en ce moment, l’État n’est pas bisou, il est même devenu drôlement méchant, va jusqu’à empêcher les jeunes de faire « la fête » dans la rue, et permettre aux méchantes corporations de se gaver d’argent non taxé, de vendre des masques au lieu de les donner, tout cela pendant que Gaïa se meurt.

Il faut donc agir, et agir c’est voter, et voter gentil c’est voter vert. Forcément.

Certes, 2000 ans d’Histoire et de politique réduits à cette simple expression, cela a demandé un travail de sape intellectuelle vigoureux, mais reconnaissons que le résultat est là.

Malheureusement, telle l’asperge, le vote vert donne une forte odeur à l’urne : les écologistes ont exactement deux idées, pas trois, pas quatre, deux : la première est de sauver Gaïa. La seconde est de forcer tous les Français à le faire. Et pour cela, les écologistes disposent d’une large panoplie de concepts et d’outils qui vont leur permettre de remodeler efficacement le paysage industriel français : subventionner (taxer), proposer (interdire), guider (forcer), conseiller (forcer), instruire (interdire et forcer), financer (taxer), encadrer techniquement (forcer), encadrer législativement (taxer), et promouvoir (forcer). Avec une telle capacité, impossible de ne pas aller vers une réussite totale !

Devant ce constat, on ne peut que noter l’état pathétique de la psyché française, résultat de ces décennies d’inculturation et de nivellement par le bas évoqués en introduction : l’État français n’est plus l’administrateur du territoire mais il est devenu celui qui dorlote, qui borde, qui écoute et réalise les attentes des Français. Il est le Dieu qui donne, une fois la prière entendue.

Pourquoi voter pour préserver les libertés individuelles et les fondements de la société de droit ? Ce sont des sujets ennuyeux, techniques et philosophiques qui n’intéressent pas ceux qui votent, au moment où Gaïa est menacée d’extinction, pardi ! Il est par exemple beaucoup plus intéressant de demander niaisement, tout ignorance bue, qu’on éteigne l’éclairage public la nuit pour réduire la consommation (et pour les distraits, ce qui aura pour effet de faire exploser la criminalité).

Au début du XXe siècle, les communistes savaient très bien où ils allaient : chez le koulak pour tout lui prendre. L’écologiste français du XXIe est, lui, presque totalement perdu. Il ne sait pas où il va, mais il connait heureusement la route pour y aller et elle passe par la confiscation complète de tout ce qu’il possède par l’État : la décroissance organisera les bien-intentionnés en armées de Gaïa qui sauront faire cracher son opulence au koulak et oups ! pardon je m’emporte la décroissance saura ramener les inconscients pollueurs dans le cadre d’une opulence ADAPTÉE à Gaïa 🙂.

J’exagère ? Vous pensez que je vois trop derrière ces élections à la représentativité minable ? Pourtant, une analyse des deux dernières années ne laisse guère de doute.

Revoyons l’action au ralenti : le prix délirant de l’essence à la pompe, résultat de taxes d’État et de surtaxes écologiques, déclenche une contestation d’ampleur nationale, des bagarres, des blessés, une prise de conscience gouvernementale, une consultation, un comité, des débats, et un résultat splendide : davantage de taxes, et d’écologie. Et le tout, apparemment défendu d’un coté par les élites, et de l’autre par le peuple. On ne peut, malgré l’effet euphorisant de toutes les asperges ingérées précédemment, se départir de la sensation qu’une bonne part de l’information importante a été perdue en route.

Heureusement, la technologie moderne entièrement à base d’asperges bio nous permet de synthétiser l’action dans son intégralité :

Comme on peut le voir, l’expression de l’écologie en politique est vraiment un gage majeur d’efficacité : enfin, la parole du peuple est entendue !

Les signaux clairs sont clairement écoutés et compris, puis une réponse claire leur est apportée. Enfin, tel l’agriculteur bienveillant se penchant avec amour sur son jardin d’asperges, l’État français sait acheminer entre les sans-dents le peuple et lui l’essence fondamentale des mesures nécessaires à la sauvegarde d’une France propre, pure, éco-consciente, diverse, multiculturelle, féministe, et européenne, pour un règne franchement digne de durer au moins mille ans !

Franchement, l’avenir qui se dessine dans ce pays est vraiment réjouissant. Faites comme moi, reprenez des asperges !


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Sur le web

Municipales : le raz-de-marée de l’abstention

Par Gérard-Michel Thermeau

Par Gérard-Michel Thermeau.

Six électeurs sur 10 ne se sont pas déplacés dimanche pour voter. C’est un triomphe, un « séisme », un « raz-de-marée ». Mais non pas au profit de celle qui fait les gros titres de la presse. Ce n’est pas l’heure de gloire de l’écologie triomphante que l’on peut lire dans ces élections. C’est la victoire absolue de ceux qui ne votent plus.

Étant l’un des nombreux membres du plus important parti de France, le parti des abstentionnistes, je suis aussi qualifié qu’un autre pour écrire sur le sujet. L’abstention remporte toutes les villes. Cela ne s’était jamais vu sous la République.

Faut-il y voir l’influence de la fameuse Covid (puisque l’Académie réclame le féminin) ?

S’agit-il d’une confirmation d’une tendance déjà ancienne ?

Montée de l’abstention

Les élections municipales sont traditionnellement des élections de proximité où les électeurs choisissent leur maire et leur équipe municipale sur des questions locales. À la différence des élections européennes qui n’intéressent guère, sauf pour manifester un vote sanction, et qui connaissent traditionnellement une forte abstention, les élections municipales ont longtemps suscité une forte adhésion.

Certes la montée de l’abstention est une constante sous la Ve république. Mais jusqu’à la fin des années 1980, les trois-quarts des électeurs votaient aux élections municipales. Un gros tiers (36,87 %) n’avait pas voté lors des précédentes municipales, en 2014. Le chiffre paraissait énorme à l’époque. En ce 28 juin 2020 nous atteignons un record historique.

Plus de la moitié du corps électoral ne s’est reconnu dans aucun des candidats. Il est vrai que ceux-ci, particulièrement dans les villes, proposaient tous la même chose : des arbres partout, des vélos partout et des petits oiseaux qui chantent partout.

Les élections de 2020 confirment-elles les élections législatives de 2017 qui avaient déjà vu le triomphe des abstentionnistes ? Décidément, les records historiques se succèdent en Macronie : l’abstention n’aura jamais été aussi forte.

À la recherche de l’homme providentiel

Les élections présidentielles restent les seules à ce jour à échapper à la malédiction de l’abstention, signe d’une évolution vers un régime toujours plus plébiscitaire. Les Français, qui sont visiblement de plus en plus nombreux à ne pas trouver de satisfaction dans une offre politique toujours plus restreinte, cherchent encore et toujours un homme providentiel.

Nous sommes au pays, non des droits de l’Homme, comme on nous le chante sur tous les tons, mais au pays de Napoléon le Grand, de Napoléon le Petit, de Boulanger, du Maréchal et du Grand Charles. Mais les Grands hommes sont déboulonnés et les uniformes un peu dépassés. Alors où trouver le Guide suprême qui fera fureur ? Vers qui un peuple totalement déboussolé peut-il se tourner ?

Nous n’avons même plus les « vieux sages » qui pouvaient toujours faire usage, les Adolphe Thiers ou les Gaston Doumergue. Et de toute façon, la raison et la sagesse ont déserté depuis un certain temps les rives de la Seine, de la Loire ou du Rhône.

Le règne d’une caste ?

Le suffrage universel est-il désormais mort ? Retournons-nous au suffrage censitaire, celui d’une caste totalement détachée des préoccupations de la population ?

Et quelle peut être la légitimité démocratique des nouveaux élus ?

Faut-il rappeler à ces nouveaux élus qui se pavanent et vont prendre en toute bonne conscience des mesures « d’intérêt général » ce qu’ils représentent ? Ou plutôt ce qu’ils ne représentent pas ? Ils ne représentent pas les trois-quarts ou plutôt les quatre-cinquièmes de la population qu’ils vont administrer.

À Lyon, le « triomphe » écologiste c’est presque 53 % de 38 % des électeurs ! Le maire de Lyon a été choisi par 20 % des Lyonnais. 80 % des Lyonnais n’ont pas voté pour lui.

À Bordeaux le « séisme » vert c’est moins de la moitié (47 %) de 39 % des électeurs, soit moins de 20 % des électeurs bordelais.

Et ainsi de suite. Partout les maires vont être des maires 20 % représentant un électeur sur cinq. Sans doute, la crainte d’une partie de l’électorat âgé a-t-il renforcé la radicalisation « verte » des résultats. Mais quoi qu’il en soit, la démocratie représentative prend l’eau de toutes parts. Seule l’abstention est majoritaire.

Jamais ne s’est autant vérifié la formule du grand libéral italien Francesco Ferrara : « En fin de compte, tout gouvernement est une minorité. »

Vague Verte : LREM surfe sur la vague écolo

Par René Le Honzec

Le regard de René Le Honzec.

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Dette, dépenses : la faillite sereine de la France

Par Philippe Lacoude

Par Philippe Lacoude.

Surprise ! Selon le FMI, la France sera parmi les champions du monde de la récession économique en 2020 – médaille de bronze derrière l’Italie et l’Espagne – sur fond d’explosion de sa dette publique. Les recettes keynésiennes d’injection d’argent des contribuables n’auraient-elles pas les effets escomptés par les « experts » de Bercy ? Apparemment, pas.

Une hausse inexorable de la dette publique

Au premier trimestre 2020, la dette publique a grimpé à 101,2 % du PIB. Le plafond des 100 % du PIB est donc franchi pour la quatrième fois, après les 100,3 % du troisième trimestre 2019.

Pourtant, cette fois, il ne suffira pas d’effets de calendrier – comme la forte saisonnalité des comptes publics – ou d’artifices comptables – comme les primes d’émission – pour la faire repasser en dessous de 100 %.

Il s’agit de la plus forte évolution trimestrielle depuis la crise de 2009. En valeur, elle s’élève désormais à 2438,5 milliards d’euros, en hausse de 58,4 milliards par rapport au trimestre précédent.

L’État est le principal contributeur à cette hausse vertigineuse. La dette négociable à long terme augmente de 52,8 milliards d’euros.

La contribution des administrations publiques locales à la dette augmente dans une moindre mesure (+3,3 milliards d’euros), notamment du fait de la Société du Grand Paris (+2,5 milliards).

De leur côté, les régions, les départements et les communes sont plus frugaux et n’accroissent leur endettement que de 0,9 milliard d’euros.

Et avec le Covid-19 ?

Toutes ces dépenses extravagantes ont essentiellement eu lieu avant la crise du Covid-19.

Comme la publication en France de l’état des finances publiques a un retard considérable dans le temps, il convient donc d’ajouter les éléments supplémentaires d’avril, mai et juin pour esquisser la situation actuelle réelle.

Les 58 milliards d’euros de dette publique additionnelle ne comprennent qu’une toute petite fraction du plan d’urgence de plus de 110 milliards déjà « débloqué » depuis le début de la crise. En effet, ce plan date de la mi-avril.

À ceci, s’ajoutent les plus de 300 milliards d’euros de garanties de prêts pour les entreprises qui seront remboursés ultérieurement. Peut-être.

Il convient aussi d’inclure le nouvel effort de 40 milliards d’euros du gouvernement qui a décrété soutenir plusieurs secteurs particulièrement touchés par le confinement (automobile, tourisme, aéronautique…).

Ces 40 milliards tombés de l’arbre à pognon gratuit de Bercy s’ajoutent aux 18 milliards d’euros pour le tourisme, 8 milliards d’euros pour l’aéronautique et 8 milliards d’euros pour l’automobile (« débloqués » à la mi-mai).

Comme Air France était en grande santé, on lui a donné 7 milliards pour échapper à une faillite qui aurait probablement eu lieu tôt ou tard, même sans le Covid-19… Heureusement, les écologistes veillaient au grain et ont tout fait pour que cette manne soit la moins utile possible en y ajoutant des stipulations aussi prévisibles que parfaitement sottes comme les conditions environnementales (ici et ) et l’interdiction de certains vols intérieurs ().

En plus, le projet de la troisième (!) loi de finances rectificative (PLFR3) pour 2020 – et nous ne sommes qu’en juin ! – va vraisemblablement ajouter 13 milliards d’euros de crédits budgétaires et 12 milliards d’euros de garanties publiques supplémentaires (même si cette enveloppe compte probablement des dépenses déjà annoncées). Par exemple, le dispositif de chômage partiel, qui va être progressivement réduit, sera toutefois doté de 5 milliards supplémentaires par rapport au plus de 25 milliards déjà prévus.

Tout ceci est évidemment l’occasion d’amendements plus ou moins farfelus destinés à arroser les amis des députés. Une recherche des 1486 amendements par mots-clefs, disons « culture », « sport » ou « solidarité », est cocasse.

Fait amusant, le mot « vaccin » n’apparaît qu’une fois dans les 1486 amendements dans la phrase « deux ans après le début de l’épidémie en France, un vaccin pourrait être trouvé et que le port du masque serait moins indispensable. »

Recettes en chute libre

Inévitablement, après la chute de 5,3 % du PIB au premier trimestre selon l’INSEE, et le plongeon attendu de 20,0 % au deuxième, les recettes issues des prélèvements obligatoires – TVA, impôt sur les sociétés, cotisations… – sont en berne. Des mesures ridicules comme l’interdiction de verser des dividendes n’aideront pas les finances publiques.

Selon la PLFR3, ces recettes vont encore fondre de 27 milliards d’euros par rapport à la prévision du précédent budget rectifié.

Déficit et dette en hausse

Manque de recettes, explosion des dépenses. En conséquence, le déficit public pourrait se creuser à 11,4 % du PIB (contre les 9,1 % prévus à la mi-avril) et la dette publique s’envoler à 120,9 % du PIB d’ici à la fin de l’année.

Un tel niveau de dette augure mal du futur. Comme nous l’avions vu dans un précédent billet, dans leur papier controversé puis corrigé de 2010, les économistes Carmen Reinhart et Ken Rogoff de l’université de Harvard ont montré que les pays dont le ratio de dettes publiques rapportées au PIB était compris

  • entre 0% et 30% croissaient à 4,1% en moyenne,
  • entre 30% et 60% croissaient à 2,8 % en moyenne,
  • entre 60% et 90% croissaient à 2,8% en moyenne,
  • et au-delà de 90 % croissaient à peine à 2,2% en moyenne,

en tenant compte des corrections de Thomas Herndon, Michael Ash et Robert Pollin.

Les autres études similaires mènent aux mêmes conclusions : plus la dette publique d’un pays est élevée, moins l’économie croît. La dette est un boulet.

La France risque donc de connaitre des années de croissance encore plus atone. La réponse économique inadaptée du gouvernement à la crise va pousser à d’innombrables faillites. Les nouveaux impôts vont rendre la France toujours moins attractive, freiner l’investissement, accélérer l’émigration des plus entreprenants et conduire à des conflits sociaux très durs.

Dette au-dessus de 100 % et pire croissance du G7

Contrairement à la pensée magique keynésienne, une forte relance de la dépense étatique ne conduit jamais à une hausse de la croissance : selon des recherches de la Banque centrale européenne lors de la dernière crise, lorsque le niveau de la dette d’un pays se situe entre 44 et 90 % du PIB, le multiplicateur fiscal sur l’activité économique est positif, mais probablement inférieur à un. Lorsque la dette dépasse 90 % du PIB, les multiplicateurs budgétaires tendent vers zéro : aucune activité économique n’émerge de la dépense.

Dans ces situations, une augmentation des déficits aujourd’hui réduit les dépenses privées demain, d’au moins le même montant.

De fait, les trois États les plus dépensiers – la France, l’Italie, et l’Espagne, tous largement au-dessus de 100 % de dette en pourcentage du PIB – vont connaître les trois pires récessions au monde en 2020, selon le FMI.

Notablement, la France est le pays où la croissance estimée par le FMI pour 2020 a connu la plus forte révision négative entre avril et juin.

Comme l’explique fort bien Politico, « l’une des principales victimes de la pandémie de coronavirus en Europe a été son adhésion à l’économie de marché. La pandémie a ébréché les pierres angulaires de l’architecture économique du bloc, telles que les limites de la dette publique et des règles strictes en matière d’aides d’État, alors que les pays […] ont injecté des milliards dans leurs économies pour les maintenir à flot. »

Comme en 2009, la France sera l’un des pires élèves pendant la récession et pour les mêmes raisons…

Il est impossible de se remettre d’une chute de 12,5 % du PIB rapidement. Même si le scénario favorable du FMI se produisait en 2021, la France ne retrouverait pas son niveau de vie de 2019 avant l’année 2025. Avec ses déficits primaires considérables, sa dette en pourcentage de ce PIB amoindri exploserait : ceci conduira inévitablement à des arbitrages budgétaires qui ressembleront à de la boucherie.

Un des pires confinements au monde

Selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) le confinement de près de deux mois en France devrait coûter au pays quelque 120 milliards d’euros de pertes de revenus.

« Pendant le confinement, le produit intérieur brut (PIB) a été réduit de 32 %, ce qui correspond à cinq points de PIB pour l’ensemble de 2020. » L’observatoire a ajouté que « près de 60 % de la baisse du revenu national a été absorbée par les administrations publiques » et 35 % par les entreprises.

En clair, le secteur privé a tenté de bosser tant bien que mal pendant que le gouvernement lançait la police à ses trousses pour le verbaliser, réalisant un record mondial d’amendes.

Pendant que le gouverneur de Virginie de l’ouest conseillait à ses administrés d’aller à la pêche même sans permis, pendant que le gouverneur de l’Ohio autorisait la chasse à la dinde et que les Suisses partaient en randonnée, les Français étaient assignés à résidence avec des contraintes plus strictes que celles que l’État applique habituellement aux petits criminels qui pourrissent la vie des banlieues « festives ».

Selon les données de téléphonie cellulaire d’Apple (iPhone) et de Google (Android) agrégées par l’IHME, seuls deux pays dans le monde ont plus confiné leurs citoyens : Maurice et l’Équateur.

La France et ces deux pays sont les seuls au monde où la mobilité des citoyens a baissé de 85 % ou plus à un moment durant la période de janvier à aujourd’hui !

Et tout cela a très bien fonctionné. Ou, disons, a fonctionné comme le prévoit la science économique : l’État a prouvé qu’on ne peut pas à la fois créer de la valeur ajoutée et rester devant la télévision.

Pour des raisons de centralisme parisien – tout se décide à Paris – l’État a choisi le confinement total : son inefficacité (ici et ) a été aggravé par son caractère universel. Comme le montre l’INSEE, la mortalité n’a non seulement pas augmenté dans certains départements mais elle a même baissé comme dans l’Ariège, le Cantal, le Finistère, ou le Tarn-et-Garonne.

La carte des décès prouve clairement que les décisions politiques n’étaient pas appropriées à la situation du terrain à part dans certains départements d’Île-de-France et du Grand Est.

Avec son confinement indifférencié ubuesque, l’État a détruit l’économie.

Il ne peut même pas s’enorgueillir d’avoir sauvé des vies : à l’heure où j’écris ces lignes, la France est au triste sixième rang mondial en nombre de morts dus au Covid-19 avec 456 décès par million d’habitants contre seulement 386 pour les États-Unis, 226 pour la Suisse et le Canada, 108 pour l’Allemagne et 8 pour le Japon…

D’où vient le problème ?

En temps de crise, la France ou, pour être plus précis, les hommes de l’État français ont toujours les résultats les plus déplorables.

Pourquoi ? Je pourrais en discourir longtemps mais je préfère conclure en forme de question.

Parmi ceux-ci, quel ministre des Finances ou du Budget, de gauche ou de droite,

  1. François Baroin
  2. Gérald Darmanin
  3. Bruno Le Maire
  4. Emmanuel Macron
  5. Arnaud Montebourg
  6. Pierre Moscovici
  7. Michel Sapin

a prononcé chacune de ces citations grotesques :

  1. « Il y a une phase où nous investissons beaucoup d’investissement public (sic) […] et nous excluons toute augmentation d’impôt pour financer cette dette. »
  2. « Une dette [publique] à 120% du PIB n’est pas en soi une catastrophe. »
  3. « La question des comptes publics est accessoire. »
  4. « La croissance zéro, ce n’est pas grave. »
  5. « Ces rumeurs sont totalement infondées et les trois agences, Standard & Poor’s, Fitch et Moody’s ont confirmé qu’il n’y avait pas de risque de dégradation » de la note AAA de la dette française.
  6. Il faut « une Europe davantage intégrée » avec « une relance keynésienne au niveau européen, via un budget investissement élaboré au niveau de la zone euro. »
  7. « C’est parce que nos finances publiques étaient saines, […], c’est parce que nous avions fait des efforts économiques, […] que nous pouvons dépenser […] sans compter. »

C’est impossible à dire : ces moulins à parole sont aussi ineptes qu’interchangeables.

Tout le problème est là.

 

Convention citoyenne : éclairée et indépendante, vraiment ?

Par Michel Albouy
convention

Par Michel Albouy, professeur émérite des universités.

Les citoyens tirés au sort (avec quelques ajustements statistiques néanmoins) ont adopté plus de 150 propositions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre le 21 juin 2020.

Une Convention aux membres non élus et ignorants ?

On ignore si cette date restera dans les livres d’histoire, mais il semble bien que nos « conventionnels aléatoires » ont le sentiment d’être entrés dans l’histoire de notre République, qui repose – osons le rappeler – sur des citoyens démocratiquement élus.

Oui, être élu sur un programme, que ce soit dans une commune ou au Parlement, c’est autre chose que de discourir sur l’avenir du climat et cela sans responsabilité.

Néanmoins Le Monde dans son édition du 23 juin 2020 titre : « Climat : le consensus ambitieux des 150 ». Et cela bien qu’à la lecture de l’article on s’aperçoive que le consensus était loin d’être présent au sein de cette Convention citoyenne aléatoire et que certaines propositions n’ont pas recueilli plus de 60 % comme la limitation de vitesse à 110 km/h sur les autoroutes.

À ce sujet, Le Monde rapporte l’intervention d’un participant énervé (Guillaume) qui aurait déclaré que « en passant à 110 km/h, on perd trois minutes sur 200 kilomètres. Arrêtez de dire qu’on limite nos libertés ».

Un petit calcul digne du Certificat d’études primaires que passait nos aïeux (et que ne réussiraient pas certains bacheliers de nos jours) nous montre qu’à 130 km/h il faut 92,3 minutes et qu’à 110 km/h il faut 109,1 minutes pour parcourir 200 km, soit un écart de 16,8 minutes. Nous sommes loin des 3 minutes. Mais il est vrai que lorsqu’on est un citoyen de la Convention pour le climat on a forcément raison…

D’autres articles de presse nous alertent également sur ce consensus relatif au sein des membres de cette commission comme la question de l’utilisation du référendum. C’est dire si nos « conventionnels » étaient en fait partagés, sauf quand il s’agit de demander encore plus d’impôts et d’aides de l’État.

Bien sûr, la limitation de la vitesse des automobiles sur autoroutes peut se justifier – éventuellement, par une volonté de réduire les émissions de gaz à effet de serre – bien que cela soit contestable si le trafic est ralenti et que les moteurs tournent plus longtemps, comme dans les villes où on a cherché à rejeter l’automobile (Grenoble en est un bon exemple).

La question du transport aérien est aussi sur la sellette quant à sa contribution aux émissions de gaz à effet de serre. Mais bon, ne chipotons pas sur ces questions techniques environnementales. Allons à l’essentiel, c’est-à-dire l’accompagnement financier de ces propositions.

Un programme de financement des mesures qui repose sur l’impôt (pour ne pas changer)

Comme il fallait concilier l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre avec, bien entendu, la « justice sociale », les membres de la convention ad-hoc ont cherché des moyens financiers de pallier les effets pénalisants de leurs mesures en proposant des solutions qui naturellement vont peser encore sur les classes moyennes et plus.

C’est ainsi que pour orienter les achats alimentaires vers le bio et « promouvoir une alimentation saine et durable accessible au plus grand nombre », des chèques alimentaires seront distribués dans les AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne).

De même, l’obligation de rénovation énergétique des bâtiments sera compensée pour les ménages les plus modestes par une aide de l’État, etc. Naturellement ces aides devront être financées par l’impôt. Quand on sait déjà la montagne de dettes que l’État a accumulé avec sa gestion de la crise sanitaire liée au Covid-19, on en frémit à l’avance.

Deux principales pistes d’imposition – qui sont loin d’être nouvelles – ont été émises par les membres de la convention. Bien sûr, la réhabilitation de l’ISF (Impôt de solidarité sur la fortune) est au menu à travers un impôt qualifié d’écologique sur la fortune (IEF ?) qui reprendrait la trame de l’ISF. Exit l’IFI (Impôt sur la fortune immobilière) ?

Décidément, cet ISF est comme le sparadrap du capitaine Haddock pour les présidents de la République qui ont voulu le supprimer. Le Président Macron, qui a voulu cette convention, ne s’attendait peut-être pas à ce que la réduction des émissions de gaz à effet de serre conduise à la réhabilitation de l’ISF !

De même pour une autre mesure fiscale emblématique de la gauche et pas franchement innovante sur le renforcement de la taxe sur les transactions financières. Un vieux cheval de Troie qui fait toujours l’unanimité des non experts (ou des ennemis) de la finance.

Oui, nos marins d’eau douce, pour reprendre une expression chère au capitaine Haddock, n’ont pas franchement innové pour financer leurs propositions. À aucun moment il n’est dit que ce sont les consommateurs qui doivent supporter leurs choix de consommation.

Il est vrai qu’avec de telles mesures non choisies ou voulues par les Français il faut penser à l’accompagnement… Oui, il faut que « les ménages aient les moyens de changer leurs habitudes », comme le dit le rapport.

La Convention stigmatise les bénéfices et les dividendes des entreprises (pour ne pas changer)

La mesure la plus révélatrice des biais, pour ne pas dire de l’ignorance financière, de nos « conventionnels aléatoires » est celle qui vise les dividendes des entreprises versés à leurs actionnaires.

Il est ainsi proposé que les entreprises privées qui distribuent plus de 10 millions d’euros de dividendes annuels à leurs actionnaires soient taxées à hauteur de 4 %. Pourquoi 10 millions d’euros ? Pourquoi pas 5 ou 20 millions ? On ne sait pas.

Par contre, on sait que les entreprises du CAC 40 versent (quand elles peuvent le faire hors Covid-19) de l’ordre de 45 à 50 milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires on voit bien le prélèvement fiscal auquel cette mesure pourrait conduire.

Quand on sait que l’impôt (IS) sur les grandes sociétés est de 33 % sur les bénéfices (un taux supérieur à la moyenne européenne) et que les dividendes versés sont imposés au taux de 30 % (Flat tax), on mesure bien la ponction supplémentaire qui en résulterait pour les actionnaires des entreprises françaises.

Bien sûr, tout le monde sait que plus on verse de dividendes et plus les gaz à effet de serre prospèrent… Mais là n’est pas la question ! Il faut prendre l’argent où il est, c’est-à-dire dans les poches des riches actionnaires.

Avec de telles propositions on peut souhaiter bonne chance au gouvernement pour relancer l’actionnariat des ménages dans les entreprises, pourtant recommandable si on ne veut pas que nos fleurons industriels passent sous la coupe d’investisseurs étrangers.

Par ailleurs, il est curieux que les loyers encaissés par les propriétaires bailleurs ne fassent pas l’objet d’une telle mesure. Peut-être que certains membres de la convention louent des logements ? Il faut dire que ces propriétaires auront la charge de la rénovation énergétique de leurs logements…

Tout se passe comme si les entreprises privées n’étaient pas suffisamment ponctionnées et qu’il faille encore et toujours les mettre à contribution. Avec une telle mentalité, on peut vraiment se faire du souci pour l’avenir de nos grandes entreprises qui portent pourtant bien haut les couleurs de la France, notamment à l’étranger où elles font souvent l’essentiel de leurs bénéfices. Cette proposition de taxation supplémentaire des dividendes est vraiment pathétique pour ne pas dire plus.

Épilogue

Le 29 juin 2020, les membres de la Convention seront reçus par le chef de l’État. Mais ce ne sera pas la fin de leur vigilance. On peut compter sur eux ! Avec la création de l’association « Les 150 », ils montrent clairement leur intention de continuer leur travail. On espère seulement que cette nouvelle association ne recevra pas de subventions de la part de l’État !

 

Taxer et réguler le numérique : l’idée lumineuse du Sénat

Par Michel Negynas
sénat

Par Michel Negynas.

Le Sénat vient de rendre publiques ses 25 recommandations pour réduire « l’empreinte carbone » du numérique. C’est un ensemble de mesures incompréhensibles lorsqu’on lit leur introduction :

« Formidable outil de résilience de notre société et de notre économie durant la crise sanitaire, le numérique sera demain au cœur de la relance économique, avec la perspective d’accélérer la transition numérique et, à plus long terme, d’exploiter les perspectives ouvertes par le développement de l’intelligence artificielle »

Dans la suite, la plupart des propositions sont un frein à son développement. Pire, les sénateurs raisonnent comme d’habitude en franco-français, alors que le phénomène est mondial et se fiche pas mal de ce qui se passe dans l’Hexagone.

Devenons-nous un pays du tiers-monde ?

Ce sont des objectifs fatalistes en matière de ré-industrialisation, dignes d’un pays du tiers-monde.

En plein débat sur la souveraineté et un renouveau de l’industrie, que trouvons-nous dans ces propositions ? Eh bien on acte que tout est fabriqué ailleurs :

La fabrication et la distribution (la « phase amont ») de ces terminaux utilisés en France engendrent 86 % de leurs émissions totales et sont donc responsables de 70 % de l’empreinte carbone totale du numérique en France. Cette proportion – bien supérieure aux 40 % que l’on observe au niveau mondial – s’explique principalement par les opérations consommatrices d’énergie fossile comme l’extraction de matériaux nécessitée par leur fabrication et par le fait que ces terminaux sont largement importés de pays d’Asie du Sud-Est, où l’intensité carbone de l’électricité est bien plus importante qu’en France.

Après cela, on s’attendrait à des mesures visant à créer des fabricants français, ou au moins à participer en France à la fabrication d’équipements européens…

Perdu ! On va limiter le renouvellement et promouvoir la réparation. Autrefois, on expédiait nos vieilles Peugeot en Afrique, où elles duraient le plus longtemps possible à l’aide de bricolages invraisemblables. Maintenant, les rôles sont inversés, nous serons les champions du smartphone seconde main, fabriqué et conçu en Chine cinq ans auparavant :

« Axe 2 : Limiter le renouvellement des terminaux, dont la fabrication et la distribution représentent 70 % de l’empreinte carbone du numérique en France »

    • Renforcer l’ambition en matière de réparation et de réemploi par un taux de TVA réduit sur la réparation de terminaux et l’acquisition d’objets électroniques reconditionnés et l’inscription d’objectifs ambitieux dans le cahier des charges des éco-organismes ;
    • Activer le levier de la commande publique pour contribuer à renforcer les marchés de réemploi et de réparation (par exemple en ajoutant une clause de réemploi ou un lot réemploi dans les appels d’offres d’achats d’équipements). »

Des limitations d’usage complètement contre-productives

Et là, on est dans le délire complet.

« 15. Interdire les forfaits mobiles avec un accès aux données illimitées et rendre obligatoire une tarification proportionnelle au volume de données du forfait.

 Encadrer le streaming vidéo, qui représente 60 % du trafic Internet mondial (par une obligation d’adapter la qualité de la vidéo téléchargée à la résolution maximale du terminal ou encore par l’introduction d’une taxe prélevée sur les plus gros émetteurs de données, afin d’inciter à une injection plus raisonnable de données sur le réseau) »

Les sénateurs n’ont-ils pas d’enfants et petits-enfants ? Vouloir réguler un accès aux données est comme vouloir empêcher d’utiliser sa voiture en province : ça va créer des émeutes de Gilets jaunes juniors. En outre, la constitutionnalité de certaines de ces mesures est pour le moins à étudier !

Mais surtout, on voit bien que les vrais enjeux ne sont pas perçus. On en reste à une vision de comptoir : le streaming, les conversations d’ados… En fait, avec la 5G, l’enjeu du numérique est bien plus que cela. C’est toute l’organisation sociétale qui est en devenir. C’est peut-être le plus inquiétant dans ce texte. Il reprend par ailleurs les tartes à la crème habituelles :

  • économie circulaire (dans la réutilisation, il n’y a rien de circulaire) ;
  • obsolescence programmée (si on avait voulu freiner l’évolution du numérique pour ralentir le renouvellement, on aurait arrêté où : au fax, à la calculatrice, au minitel ?) ;
  • calculs d’empreintes en fait incalculables et invérifiables…

Le Sénat coupé du reste de la planète ?

Évidemment, une partie des propositions relève du wishfull thinking puisqu’elles impliquent des activités par nature mondialisées et même sans localisations précises, sur lesquelles la législation française n’a en réalité aucune prise.

Le texte est vraiment un exemple lamentable de ce qui risque de nous pousser dans le tiers monde : aucune ambition industrielle et novatrice, repli sur un monde de non croissance, raisonnement purement franco français, des problèmes mal compris  et résolus avec force interdictions et taxes.

Il ne s’agit pas de nier les sujets de préoccupations liés au développement étourdissant du numérique, il s’agit de les aborder comme des opportunités et pas comme des contraintes fatales.

Pour couronner le tout, alors que des discussions mondiales font rage au sujet de Huawei et la 5G et de la prise de leadership sur la 5G elle-même et ses applications, madame Borne et monsieur Veran ont envoyé une lettre au Premier ministre demandant d’attendre une évaluation des effets sanitaires et environnementaux de la 5G avant de déployer ce nouveau réseau. Les fantasmes écolo-sanitaires s’ajoutent à l’incompréhension. La 5G attendra. En France, mais ailleurs…

 

Fin des vols intérieurs : une mesure idéologique, antisociale et anti-climat

Par Jonathan Frickert
vols intérieurs

Par Jonathan Frickert.

La crise du Covid semblant se terminer, les vieilles marottes de la gauche reprennent vie. Après un mois de juin marqué par la question raciale, voilà que l’écologie revient, avec les travaux de la fameuse Convention citoyenne pour le climat.

Destinée à répondre aux Gilets jaunes, elle ne porte bien que la première partie de son nom et sonne comme la deuxième mort des Gilets jaunes, noyautés par l’extrême gauche dans la rue d’abord, au sein de cette fameuse Convention coprésidée par le directeur général de Terra Nova et une haut-fonctionnaire ayant fait ses classes à la LCR ensuite.

Si la convention s’est portée sur des thèmes de gauche – le logement plutôt que la démographie – en proposant par exemple la semaine de 28 heures, ce sont bien les 110 km/h sur autoroute et l’interdiction des liaisons aériennes domestiques qui cristallisent le plus de mécontentements.

Privilégiant l’interdiction à l’innovation, la Convention, bientôt suivie par l’exécutif, s’apprête pourtant à donner un sérieux coup de pouce à une CGT en pleine remise en question de sa ligne productiviste.

La fin de la start-up nation

La France est championne de la subvention aux astres morts au nom de la promesse d’un voyage vers les étoiles. Le cas Air France en est le dernier avatar, car la proposition succède à un prêt de 7 milliards d’euros concédé à Air France en échange d’une réduction de son empreinte carbone. Mais qu’Air France se rassure, il n’y a pas de favoritisme à la Convention, puisque toutes les compagnies du secteur seront concernées.

La mesure devrait coûter « un pognon de dingue » et plusieurs milliers d’emplois et surtout dépouiller les aéroports régionaux du peu de poids qu’ils ont pu glaner au fil des années.

Emmanuel Macron s’apprête donc à faire fuir les investisseurs, lui qui est encore dépeint par l’extrême gauche comme étant le président de la start-up nation.

Comme l’évoque Nicolas Beytout dans L’Opinion, « on va vite comprendre que ce sera plus simple de passer par Londres ou Amsterdam. » Et dire que certains pensaient que le président de la République souhaitait faire de la France un terreau intéressant pour les entreprises internationales…

L’interdiction plutôt que l’innovation

La disparition du transport à cheval puis de la charrette ont-ils été le fait d’une loi ? Non. Ils ont disparu du fait de l’émergence du moteur à combustion, jugé plus efficace et moins coûteux. La machine à vapeur et la voiture ont rendu désuets les transports utilisant la force physique.

De la même manière, la voiture connaît sans doute aujourd’hui ces dernières décennies. C’est du moins l’avis du futurologue Jamais Cascio, estimant que dans un quart de siècle, la voiture sera l’équivalent du cheval pour nous : une niche destiné à des passionnés.

Le transport aérien pourrait bien connaître le même sort, car bien que le secteur connaisse une certaine croissance depuis plusieurs années, l’arrivée des LGV a freiné la croissance des vols domestiques que la crise sanitaire a manqué d’achever.

La réforme de la SNCF est en effet le meilleur outil permettant de limiter factuellement l’usage des vols métropolitains, si elle n’était pas sclérosée comme elle l’est depuis plusieurs décennies.

Car si les grèves qui ont terminé l’année 2019 ont paradoxalement été le meilleur fossoyeur de ce vieil homme malade qu’est la SNCF en permettant la croissance des modes de transports alternatifs, la Cour des comptes rappelle régulièrement qu’elle est de plus en plus délaissée, avec des TER ultra-subventionnés dont le taux de remplissage avoisine les 25 %.

Il y a donc un effort considérable à mener sur le secteur ferroviaire. Une arlésienne malheureusement toujours aussi présente dans le débat public français et que les écologistes sincères auraient tout intérêt à prendre à bras le corps.

Les écologistes alliés de la CGT ?

Par une décision d’une convention manipulée de A à Z par quelques idéologues et sans réforme radicale de notre système ferroviaire, ce remodelage n’entraînera rien d’autre qu’une augmentation du pouvoir de nuisance des syndicats sur les transports longue distance dans ce pays.

Nous connaissions déjà les blocages induits par les syndicats de pilotes à Air France. Au nom d’une justification écologiste, l’augmentation artificielle du poids du secteur ferroviaire risque de permettre à une CGT en pleine remise en cause de sa ligne productiviste de disposer d’un pouvoir de nuisance considérable.

 

Abandonner le nucléaire pour l’hydrogène, un leurre ?

Par Gérard Petit
hydrogène

Par Gérard Petit. 

On ferme Fessenheim, en catimini, tant l’épisode est peu glorieux et tellement contradictoire avec d’autres urgences proclamées. La France qui s’affiche leader dans la protection du climat et qui a un besoin impérieux de ré-industrialisation, prend là une décision lourde de conséquences, en supprimant 1800 MWe d’électricité décarbonée et pilotable et 2000 emplois dans une région déjà bien à la peine.

Mais ce n’est pas juste une complaisance politicienne de circonstance, fruit d’arrangements délétères du passé, puisque la nouvelle PPE1, conserve intacts ses objectifs de réduction drastique de la contribution nucléaire dans la production d’électricité.

C’est donc bien une continuité idéologique. Et pour que l’opinion ne s’étonne pas trop – mais le risque est faible, tant, en la matière, son conditionnement a atteint des sommets – on lui présente des alternatives.

Solaire et éolien, bien sûr, qu’on propose de développer massivement, surtout la variante offshore, tout en sachant bien que leur contribution aléatoire, intermittente, variable, voire parfois intempestive, ne répond pas au cahier des charges de la continuité électrique, surtout sans perspective d’appui sur des stockages-déstockages massifs et dynamiques.

Mais pour justifier l’abandon progressif du nucléaire, car c’est bien de cela qu’il s’agit, l’exécutif présente des schémas industriels de substitution où l’hydrogène, la « nouvelle frontière », jouerait un rôle majeur.

À cet effet, on incite financièrement parlant les grands organismes de recherche et les industriels à développer la filière afin de faire de la France « le numéro un mondial des usages de l’hydrogène ». Décidément, une manie, Nicolas Hulot avant de quitter le navire, avait déjà lancé un « plan hydrogène », encore modestement doté, mais forcément plein d’avenir…

Hydrogène : la solution, vraiment ?

Dans l’effervescence créatrice que suscite ce que l’on se figure déjà d’une après-crise ripolinée en vert, on va d’un extrême à l’autre, mais surtout crescendo dans la complexité : du simplisme, jusqu’au dédaléen !!

Les adages populaires connexes, tel le savoureux : « pourquoi faire compliqué, quand on peut faire inextricable ? » s’appliquent à certaines des solutions mises en avant, résultat de contorsions permettant l’affichage du label « renouvelable », un discriminant jugé désormais « qualificatif » aux yeux de l’opinion et « disqualifiant » pour ce qui ne peut s’en prévaloir.

Sans surprise, l’énergie offre un champ quasi illimité à ces accès de brain storming mais avec des émergences qui, au final, surprennent peu : l’électricité renouvelable et l’hydrogène sont en première ligne pour, nous dit-on, aider à bouter le carbone (et l’atome pour faire bonne mesure), hors du champ, le dernier arpent de terre promise devant être libéré en 2050 ; nos gouvernants actuels ne sont-ils pas les prophètes modernes ?

Plus singuliers sont les enchaînements imaginés pour mettre en lice ces deux leviers, meilleurs sont-ils ! Ainsi, par exemple, faut-il vraiment méthaniser le CO2 grâce à l’hydrogène produit à partir de courant décarboné, pour obtenir du gaz renouvelable ?

L’approche décrite est dite power to gas et son inverse, gas to power, existe aussi, entre autres, sous la forme de l’emblématique pile à combustible (célèbre depuis l’accident de la mission Apollo 13 en 1970)2

Visant également 2050 et s’agissant de l’électricité (et du gaz d’ailleurs), l’ADEME3, a concocté des scénarii où une consommation électrique du pays, notablement réduite par des miracles d’ascèse, d’optimisation et de civisme, serait à 100 % d’origine renouvelable, rejointe par une récente coalition de pays européens ayant demandé que la Commission engage pareilles études à l’échelle du continent tout entier ; lesquelles existent d’ailleurs aux USA, depuis 2012.

Contournement

À tous les sens du terme, ces techniques sont des « usines à gaz » par leur complexité et la lourdeur de leur mise en œuvre industrielle et on peut légitimement s’interroger sur leur nécessité, comparaison faite avec des schémas moins alambiqués.

Mais lesdits schémas ont la déveine de comporter une part importante de nucléaire, et c’est le besoin idéologique de les contourner, qui conduit à imaginer et à soutenir ces pseudo-alternatives au prix de complications invraisemblables et sans être pour autant capables de boucler la boucle.

En France, la réduction du nucléaire, sera compensée in fine par le gaz, source assurément pilotable, qui assurera le nécessaire bouclage énergétique induit par l’intermittence des renouvelables et l’échec du plein avènement industriel des montages compliqués évoqués plus haut.

Que ce gaz soit intégralement importé (le gaz vert restera forcément marginal) et que sa combustion émette massivement du CO2 ne sera en rien disqualifiant : on parlera de moindre mal et l’opinion sera satisfaite, si même elle se pose la question ?

Électrodynamique

Il est pourtant clair que la pénétration vigoureuse d’une électricité décarbonée sur un large champ d’applications, domestiques et industrielles, souvent en remplacement de sources carbonées, en amplifiant les usages existants (dont le chauffage, trop facilement décrié, surtout à l’ère de la pompe à chaleur et la climatisation) et en en développant de nouveaux (dans les process industriels, surtout), constituerait un levier de premier ordre. Mais seules l’hydroélectricité et l’énergie nucléaire sont à même de fournir cette électricité de manière abondante et surtout pilotable.

L’électricité renouvelable (éolienne et solaire) souffrira toujours de son manque d’efficacité, obligeant à outrer la taille des installations et à les multiplier, jusqu’à défigurer des paysages entiers, et surtout de l’absence pérenne de moyens de stockage-déstockage des surplus de production, qui oblige à un back-up de même capacité que la puissance intermittente installée.

Finalement, seule la France est « vert-vertueuse », qui réalise luxueusement ce back-up, essentiellement avec l’hydraulique et le nucléaire, deux sources décarbonées. Les Espagnols le font avec du gaz importé, les Allemands avec la lignite, locale et économique4.

Nucléophobie

Dans notre pays et partout en Europe les sites hydrauliques sont presque tous équipés, reste donc le nucléaire qu’on s’ingénie à discréditer et dont la loi même (LTECV), réifiée en planification administrative (PPE), engage une réduction effective de sa contribution.

Mais dans le contexte actuel, économique et climatique, qu’on ne souhaite pas développer significativement le nucléaire comme le font d’autres pays : Chine, Inde, Russie, mais aussi Royaume Uni et Finlande, est déjà très irrationnel et en fait largement idéologique, mais qu’en sus, dans une Europe à la pensée germanisée, on détruise des outils existants, parfaitement adaptés aux canons actuels, est hautement questionnable.

Ainsi, le « lobby vert » parvient-il à faire fermer, l’une après l’autre, des centrales en capacité de produire en toute sûreté, comme cette emblématique dénucléarisation méthodique du Rhin (Mühleberg, Phillipsburg, Fessenheim…), incontestablement à mettre à leur discrédit.

Mais l’avenir jugera, surtout quand les renouvelables, même développés inconsidérément, montreront leurs limites.

L’Allemagne sortira du nucléaire en 2022, mais à quel coût financier et écologique, les énormes investissements réalisés dans l’éolien et le solaire, n’ayant fait baisser qu’à la marge les émissions de CO2 du plus mauvais élève climatique de l’Europe, mais qui reste néanmoins notre modèle et apparemment celui de la Commission européenne. De grâce, ouvrons les yeux et regardons ce qui se passe outre-Rhin, les chiffres fournis par les Allemands parlent d’eux-mêmes, faut-il vraiment les dupliquer ?

Hydrogène, gaz à tout faire ?

Dans le monde, l’hydrogène est actuellement produit pour l’essentiel par reformage de molécules d’hydrocarbures avec dépense d’énergie importante et fabrication de CO2 en quantité, et par électrolyse de l’eau par un courant électrique, qui est rarement décarboné.

Passer à une solution « tout électrolyse » avec courant décarboné, par exemple en utilisant les excédents de productions fatals du solaire PV et de l’éolien, est effectivement séduisant, même si il faut considérer l’ampleur de la tâche (donc les énormes volumes à produire et à stocker, pour qu’un rôle significatif puisse être joué), et le faible rendement global de la chaîne.

Pour l’hydrogène formé par électrolyse, se posera toujours la question d’une possible utilisation directe de l’électricité. Mais quant à réutiliser ensuite l’hydrogène ainsi fabriqué pour produire du courant (via la pile a combustible), même si ce schéma crée effectivement une possibilité de stockage (sa vraie valeur ajoutée), on ne peut ignorer la faiblesse insigne du bilan énergétique d’une telle cascade, qui nécessiterait le surdimensionnement corrélatif du maillon amont, c’est-à-dire la multiplication des éoliennes et des panneaux PV, déjà en mal d’acceptation, dans notre pays et ailleurs.

Cependant, au-delà de ses niches spécifiques, le fait de vouloir mettre l’hydrogène à « toutes les sauces » n’est-il pas le signe qu’on cherche à forcer le trait. Ainsi, faire accroire que demain, ou après-demain, des avions, même entièrement reconfigurés, voleront grâce à l’hydrogène (où à l’électricité, d’ailleurs…) est un leurre absolu, ce n’est pas la bonne quête.

En effet, chercher à réduire les consommations de combustibles carbonés, ce qui reste bien l’objectif principal, ne veut pas dire que sur certains créneaux indispensables à la vie économique mais où ils n’ont pas de substituts crédibles, il ne faille pas les conserver, le transport aérien est concerné au premier chef, il convient alors d’optimiser au mieux cet usage.

Viser la neutralité carbone ne signifie pas qu’on ne continuera pas à utiliser des combustibles carbonés, mais bien qu’on doive le faire de manière plus rationnelle (choix des usages) et plus efficace (amélioration des procédés).

D’un gaz, l’autre

Que ne ferait-on pas, même apparemment les pieds au mur, pour essayer de se passer du nucléaire et engranger des voix vertes, mais cette shadow construction énergétique est extrêmement complexe à mettre en œuvre ; passer d’une faisabilité prouvée à une dimension industrielle de poids déterminant est une autre paire de manches.

Cette gageure, le nucléaire national l’avait réussie, au prix d’un effort gigantesque et d’un soutien politique « transpartisan » au long cours. Le résultat est encore là, tangible, précieux, on devrait le pérenniser, mais on n’a de cesse que de le détruire.

De cet imbroglio ne sortira rien d’autre qu’un appel obligé au gaz naturel, lequel, déjà bien en lice et déjà bien en cour, a juste à attendre son heure pleine, dans une Europe occidentale qui n’en possède presque plus, et sûrement pas à l’échelle de besoins qui grandiront mécaniquement.

La production d’électricité deviendra donc largement dépendante de sources carbonées extérieures au continent, un levier politique mis dans la main de nos fournisseurs, une triste perspective.

 

  1. PPE : Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (période 2019-2028).
  2. Incident majeur du à l’explosion du réservoir d’oxygène d’une pile à combustible.
  3. Études ADEME : france-independante-mix-gaz-renouvelable-010503-synthese.pdf, mix100-enre-synthese-technique-macro-economique-8892.pdf.
  4. Étude de François Poizat pour « Sauvons le Climat » 25 mars 2020

L’Oréal supprime le mot « blanc » : le délire total !

Par Johan Rivalland
L'Oréal

Par Johan Rivalland.

L’information vient de tomber… « L’Oréal supprime les mots « blanc », « blanchissant » et « clair » de ses produits ». Vous croyez à un canular ? Mais non, ce n’est malheureusement pas une blague, c’est bien authentique, c’est la triste réalité. Et on a peine à y croire.

On croit surtout rêver. On se sent revenus à une époque ancienne où était pratiquée « la chasse aux sorcières ». Ou à je ne sais quelle époque de régression stupéfiante que je n’aurais pas imaginé vivre de mon vivant, et vous non plus j’imagine.

L’Oréal : surenchère dans la bêtise

Chaque jour apporte son lot de surprises. On en reste sans voix. Même si l’on apprend au passage qu’une décision de nature similaire avait été prise antérieurement par la filiale indienne d’Unilever (ce qui n’excuse rien), on se demande où va s’arrêter cette surenchère dans le domaine de la bêtise.

On pourra écrire, plus tard, en Histoire, que notre époque correspond à une époque étonnante de particulière régression. Dont on trouvera certainement des explications qui feront autorité.

Après le déboulonnage des statues, qui pouvait encore s’appuyer sur des ressentiments, mais surtout sur la bêtise et l’ignorance, après la pure démagogie mue par la haine ou le besoin d’exister, et après les diverses attaques à l’encontre de l’Histoire, confinant au nihilisme, voilà que nous tombons maintenant dans la peur, l’absurde, le délire et la panique, qui conduisent à faire n’importe quoi.

Prophétie auto-réalisatrice

Mais surtout, et c’est là que c’est bien triste, à entrer dans de tels délires, jusqu’à imaginer des perversions que même ceux qui dénoncent le racisme n’auraient eux-mêmes sans doute pas imaginé, nous entrons droit dans ce que l’on appelle la prophétie auto-réalisatrice

Je veux bien croire que le racisme existe. Je veux bien croire – et je le déplore profondément – que certains en sont les victimes ou en souffrent d’une manière ou d’une autre. Je veux bien croire que certains se sentent un peu trop stigmatisés. En revanche, rien ne permet d’affirmer que nous vivons dans un pays raciste. Ou que le racisme serait un phénomène en progression. Alain Laurent a raison de souligner que « la dérive de l’antiracisme est une imposture de la pire espèce ».

Et qu’un groupe comme L’Oréal, pourtant réputé être une entreprise à la pointe, où il fait bon travailler, et qui attire des esprits parmi les plus brillants, puisse tomber aussi bas, c’en est confondant !

Tout au plus cette décision folle est-elle susceptible de mettre de l’huile sur le feu et d’attiser en certains endroits des sentiments qui jusque-là n’existaient tout simplement pas. Voilà une décision parfaitement inconséquente et d’une débilité profonde qui, déjà, semble susciter un déchaînement de colère et d’appels au boycott de la marque.

Parfaitement regrettable. Et incroyablement pitoyable. Sortons de ce délire collectif. Revenons au bon sens, à la raison, à la quiétude qui devraient caractériser notre société plutôt qu’à la paranoïa et au royaume d’Ubu.

Convention citoyenne : vers le totalitarisme écologiste ?

Par Patrick Aulnas
totalitarisme écologiste

Par Patrick Aulnas.

Les propositions de la Convention citoyenne pour le climat reflètent, sans surprise, l’idéologie écologiste. Les propositions concernant notre manière de travailler, de nous loger, de nous nourrir ou de nous déplacer ne surprendront personne. Elles sont dans la droite ligne de la doxa.

Mais deux éléments doivent être mis en évidence : une proposition de révision de la Constitution, visant à restreindre les libertés publiques et une omission volontaire mais particulièrement significative, à savoir l’énergie nucléaire.

Les bases juridiques du totalitarisme écologiste

La Convention propose d’ajouter un alinéa au préambule de la Constitution :

« La conciliation des droits, libertés et principes qui en résultent ne saurait compromettre la préservation de l’environnement, patrimoine commun de l’humanité. »

Le préambule de la Constitution définit des principes généraux pouvant servir de base aux décisions du Conseil constitutionnel pour annuler une loi.

Le texte proposé permettra donc au législateur de restreindre les libertés en vue de préserver l’environnement, sans aucune censure possible du Conseil constitutionnel.

Le caractère général et impersonnel du texte permet d’imaginer toutes les évolutions ultérieures. L’idéologie écologiste disposerait d’un principe constitutionnel autorisant l’adoption de lois liberticides. Interdiction de production ou de déplacement, règlementation restrictive de la recherche, infractions pénales nouvelles (l’écocide est proposé) trouveraient une justification dans le préambule de la Constitution.

La Convention propose également d’ajouter un alinéa à l’article 1er de la Constitution :

« La République garantit la préservation de la biodiversité, de l’environnement et lutte contre le dérèglement climatique. »

Il s’agit là encore de faire entrer l’idéologie écologiste dans les principes juridiques de base de la République. L’article 1er énumère en effet les caractéristiques fondamentales de notre démocratie : liberté de pensée, égalité des citoyens, égalité homme-femme.

On perçoit toute la naïveté propre aux idéologies lorsqu’il est question d’ériger en principe juridique fondamental « la lutte contre le dérèglement climatique ». Le GIEC lui-même débat pour donner un contenu à ce concept. Et plus généralement, le climat étant naturellement évolutif, on imagine aisément le byzantinisme des discussions juridiques sur le caractère anthropique ou non de tel ou tel « dérèglement ».

Aux yeux des adeptes de l’écologisme, tout cela importe peu. Fonder en droit le totalitarisme, faire reculer enfin cette détestable liberté que se sont octroyée les Hommes, voilà ce qui compte vraiment.

Quelques phrases érigées en principes juridiques suffisent toujours pour faire illusion lorsqu’il est question d’imposer à tous le monde idéal du futur. Staline n’emmenait-il pas les Russes vers l’Eden de la société sans classes ?

Surtout, ne rien dire de l’énergie nucléaire

Pourquoi ? D’abord parce que le sujet est clivant et que l’énergie nucléaire conserve en France de nombreux partisans. Mais surtout parce que l’idéologie écologiste est fondamentalement anti-technicienne. Recourir au vent et au soleil, fort bien. Mais aller chercher l’énergie présente dans le noyau de l’atome, certainement pas !

Dans l’histoire de l’humanité, il s’agit pourtant de la dernière découverte dans le domaine énergétique. Le nucléaire civil a causé beaucoup moins de morts que l’exploitation du charbon ou du pétrole. Avec la fusion nucléaire, il recèle, au terme de plusieurs décennies, des potentialités énergétiques considérables.

Mais précisément, il s’agit d’une nouvelle technologie et toute technologie nouvelle est suspecte pour les idéologues de l’écologie. Pour eux, l’aventure humaine ne doit pas être une aventure technologique, mais une construction politique. Il faut donc que les politiciens puissent manipuler simplement notre devenir énergétique, au-dessus des scientifiques et des techniciens. Le nucléaire leur échappe car sa complexité ne permet pas aux militants devenus politiciens de dominer le sujet.

Il ne faut jamais perdre de vue que l’un des fondements conceptuels de l’écologisme est l’idée d’autonomisation croissante des sciences et techniques à partir de la révolution industrielle. Ce n’est plus l’Homme qui domine la technique pour la mettre à son service, mais la technique qui configure le devenir de l’humanité par son impitoyable rationalité. Pour les écologistes, il convient de remettre le monde à l’endroit et de redonner le pouvoir de dessiner notre destin à ceux dont c’est la vocation : les politiciens.

Les progrès scientifiques dans le domaine nucléaire (la fusion), faisant l’objet de recherches aux quatre coins du monde, sont à bannir impérativement. Ils font progresser la physique et risquent d’aboutir à une nouvelle technologie. L’enchaînement pernicieux de la domination technologique se poursuivrait donc. Aucun risque avec les éoliennes et les panneaux solaires, qui resteront toujours à la médiocre hauteur des politiciens.

Totalitarisme subtil et féroce

Ainsi se met en place, pas à pas, le totalitarisme le plus subtil et le plus féroce que l’humanité ait connu. En restreignant constitutionnellement les libertés publiques et en marginalisant le progrès scientifique, les hérauts de l’écologisme remettent fondamentalement en cause l’autonomie de l’individu, principe fondamental de nos sociétés libres depuis le XVIIIe siècle.

Qui ne voit en effet que peu à peu réapparaît une nouvelle hétéronomie. Nous devenons dépendants, comme jamais, de petits politiciens avides de pouvoir et d’une énorme administration publique contrôlant chacun de nos gestes.

 

Convention citoyenne pour le climat : une apparence de démocratie

Par Claude Robert
convention citoyenne

Par Claude Robert.

À l’instar des démocraties qui éprouvent le besoin d’ajouter le qualificatif de populaire, la création de pseudo-consultations du même nom n’est jamais bon signe. Il est clair que la Convention citoyenne pour le climat constitue un artifice destiné à faire croire au peuple qu’il est souverain.

Cette Convention, qui à l’époque avait été présentée comme l’une des conditions de la réussite du Grand débat national, souffre exactement des mêmes vices de conception que ce dernier. Elle n’a en réalité que l’apparence de la démocratie, et embarque au contraire tout ce qu’il faut pour la desservir. Voici pourquoi :

Les dures exigences de la représentativité statistique

Alors que les sondages par quotas représentatifs de la société française se basent sur des échantillons d’au minimum 1000 personnes, la Convention citoyenne pour le climat ne fonctionne qu’avec un groupe de 150 à 160 membres !

Les sondages par quotas partent du principe que pour avoir une représentativité statistique solide d’une société, il est nécessaire d’en reproduire les principales dimensions, celles qui sont considérées comme étant les plus déterminantes des opinions et comportements. Les instituts s’appuient généralement sur une représentativité par âge, sexe, catégorie socio-professionnelle et zone géographique.

La loi normale nous indique qu’un échantillon aléatoire commence à avoir une valeur statistique (sur une seule dimension bien évidemment) à partir de 30 individus1. Or les quatre dimensions citées ci-dessus génèrent 24 combinaisons possibles, soit, au bas mot, un échantillon d’au minimum 720 individus2. Pour exprimer toutes les nuances d’une société de 67 millions d’habitants, une représentativité limitée à 150 individus est bien évidemment d’une totale malhonnêteté intellectuelle.

Encore faut-il d’ailleurs que les quatre dimensions soient pertinentes sur les sujets à traiter par la Convention. Concernant la limitation de la vitesse à 110 km/h sur autoroute qu’elle a récemment recommandée, l’évaluation d’une telle mesure aurait nécessité que dans l’échantillon interrogé se trouve une proportion exacte de citoyens qui utilisent les différents moyens de transports, et ceci dans une proportion également exacte d’habitants des grands centres urbains, des villes moyennes et des zones rurales, ceci toutes régions confondues.

Or il n’y a que deux façons de s’assurer d’une telle conformité de l’échantillon, sur ce problème bien spécifique : soit en augmentant le nombre des quotas3 de représentativité, soit en augmentant le nombre des individus les constituant4.

Aucun institut de sondage ne se risquerait sur des sujets sociétaux à partir de seulement 150 interviews. Une étude réalisée par Paris School of Economics en avril/mai 2020 auprès de 1003 Français a non seulement constaté des différences de niveau d’adhésion de son échantillon vis-à-vis des mesures recommandées par la Convention, mais a mis en exergue un vrai désaccord sur la proposition de limitation à 110 km/h sur autoroute, proposition sur laquelle cette Convention se trouve donc totalement en porte-à-faux par rapport à la population qu’elle est censée représenter! Ce problème se posera bien évidemment chaque fois qu’il sera question de décisions aux répercussions importantes.

Convention et pseudo-consultation sur des sujets soigneusement choisis

Il est tout de même révélateur que le Grand débat ait accouché d’une Convention citoyenne sur le climat, alors que les principales revendications des mouvements sociaux qui ont poussé le président à lancer ce pseudo débat, en particulier les Gilets jaunes, prenaient leur source dans la limitation à 90km/h et la hausse des taxes sur l’essence !

Que la Convention pourtant héritière d’un tel contexte ait été créée pour le seul domaine climatique et en arrive à persévérer dans le délire à l’origine même des émeutes prouve combien le gouvernement est sourd aux récriminations populaires et n’entreprend que ce qui l’intéresse.

Il est tout simplement stupéfiant de constater qu’aucune Convention n’ait été mise en place pour s’attaquer aux problèmes prioritaires de l’Hexagone : son déclin économique, son chômage de masse, son appauvrissement relatif et ses éternels conflits sociaux !

Lorsque l’on sait que la grande majorité des difficultés du pays provient de l’excès d’État, de taxes et de réglementations, l’absence de Convention sur ces sujets déterminants montre à quel point le président et son gouvernement poursuivent des objectifs qui ne servent en aucune façon l’intérêt des Français.

Le comble consiste d’ailleurs à ne pas considérer les problèmes typiquement domestiques et immédiats afin de privilégier le climat, domaine à très long terme et supra-national, meilleur moyen pour ajouter un boulet supplémentaire à notre économie chancelante par rapport à celle de nos concurrents !

Convention citoyenne : une fausse consultation populaire pour éviter la vraie

Tout comme le Grand débat, qui a été inventé, géré, animé et dont les résultats ont été dépouillés par Emmanuel Macron intuitu personæ ou presque, la Convention citoyenne pour le climat semble à la merci de ce dernier quant à l’exploitation qui pourra être faite de ses conclusions.

« Je m’engage, sur ce qui peut l’être, à faire un référendum » a déclaré le président (Franceinfo 10/01/20). Or, loin de nous rassurer, un tel engagement nous prouve au contraire combien cette Convention n’est qu’un instrument taillé sur mesure dont il décidera personnellement si oui ou non elle sera suivie d’une vraie consultation publique.

L’usage du référendum est certes limité par la Constitution, mais il serait facile d’en élargir l’usage, comme cela est le cas notamment en Suisse, en Italie et dans l’État de Californie, pays dans lesquels l’initiative de le déclencher n’appartient pas au seul gouvernement.

Administré au niveau national, via un vote, ses résultats traduisent non pas l’opinion d’un échantillon de la société mais celle de l’ensemble des citoyens en âge de voter. Les abstentions ne sont pas un problème dans la mesure où elles sont volontaires.

Par ailleurs, il y a une vraie transparence dans la collecte et le dépouillement des résultats. Une consultation par référendum s’avère indiscutable en matière de représentativité.

Le seul véritable problème réside dans la question posée, qui doit être à la fois compréhensible par le plus grand nombre, explicite, et ne pas masquer des problématiques plus complexes qui risquent d’en biaiser les réponses5. Rien d’ailleurs n’empêche de décomposer les questions, en pariant sur l’intelligence des citoyens.

Bientôt la République Démocratique de France ?

À l’instar des démocraties qui éprouvent le besoin de rajouter le qualificatif de populaires, la création de pseudo-consultations du même nom n’est jamais bon signe. Il est clair que la Convention citoyenne pour le climat constitue un artifice de plus, une sorte de mystification destinée à faire croire au peuple qu’il est souverain.

Tout comme dans le Grand débat, parfaitement préempté par le président, les plans d’action qui en résultent sont les uns après les autres détournés, cela au bénéfice de l’État et des intérêts les plus spécieux du président.

Sur le web

  1. Avec un risque d’erreur et intervalle de confiance encore élevé.
  2. 24 x 30 = 720 car chaque quota doit être numériquement suffisant au regard de la loi statistique.
  3. Il n’est pas évident de trouver les quotas les plus déterminants. Et c’est toujours faire l’impasse sur ceux qui ne sont pas pris en compte. Le hasard total fait bien les choses, comme on dit en statistiques, mais nécessiterait par contre des échantillonnages énormes, et le contrôle de l’aspect totalement aléatoire du recrutement des interviewés, ce qui est très coûteux.
  4. À condition bien sûr que ces répondants soient recrutés de façon équiprobable dans toute la France.
  5. Si l’on se réfère au référendum du Brexit, et au vu des résultats, on entrevoit la limite d’une telle consultation : quitter l’Europe est un geste qui semble simple mais dont tous les répondants ne connaissaient pas le coût en matière de frais de douane par exemple. À l’inverse, beaucoup étaient en réalité influencés par la problématique des migrants. L’éthique aurait voulu que les avantages et les inconvénients de chaque option (rester ou quitter) soient mentionnés afin que chaque électeur puisse se prononcer en toute connaissance de cause. On voit qu’il est difficile, dans certains cas, de rendre une question complexe totalement explicite. Quoi qu’il en soit, en France, jamais dans un référendum serait apparu la suggestion de limiter les autoroutes à 110km/h !

Un Nutriscore climatique, le prochain délire écologiste ?

Par Brice Gloux
nutriscore

Par Brice Gloux.

« Y a des instants comme ça, où c’est comme si on avait une pâte molle dans les esprits, c’est le moment d’y mettre son empreinte, pour que demain soit fait de nos idées. » (François Ruffin, 2020)

Si certains n’avaient pas même attendu le début du confinement pour nous faire goûter aux résidus de leurs cerveaux pressés – tel Ruffin qui dès la mi-mars se la jouait « temps de cerveau disponible » c’est dorénavant une constante pour tout constructiviste qui se respecte de nous dessiner sa vision du prétendu monde de demain.

Nous avons par exemple eu le droit aux sermons de l’ex-homme sandwich du ministère de l’escrologie, pour qui le coronavirus était une sorte d’ultimatum, ou bien encore du prophète Aymeric Caron qui voit cela comme une revanche de la Nature. Les deux hommes n’hésitant pas à nous ouvrir les Chakras casser les noix avec leurs principes et leçons de vie – moyennant un livre de 17 euros pour le second, parce qu’il faut bien vivre pour sauver le monde ma p’tite dame.

150 propositions autoritaires sur le climat

Chez nos têtes pensantes, la crise est bien évidemment aussi l’occasion pour persévérer dans leurs folies étatiques, mais de manière conscientisée. Pour n’en citer que deux : Elizabeth Borne, bien sûr, qui entre deux fermetures de centrale (pour diminuer le Co2 ?), se décide à subventionner les bicyclettes, ou encore Nono le rigolo, qui poursuit son auto-promo bien dosée à coups de racket fiscal et sabotage industriel.

La dernière éco-nnerie en date est bien évidemment la parution des 150 propositions de la Convention citoyenne, bien imprégnées du caractère autoritaire que représente l’Écologie radicale.

Si certains critiquent (à juste titre) le résultat du travail des 150 membres, il faut néanmoins observer que la manière dont cette convention a été construite puis  encadrée assurait plus ou moins les conclusions de cette mascarade.

Outre un tirage au sort basé sur le volontariat menant à une représentativité de façade, des ressources documentaires ont été offertes aux 150 membres par, entre autres : le Haut Conseil pour le Climat, le mesuré Jean Jouzel, le réseau Action Climat… s’assurant que chacune des petites têtes citoyennes ait bien conscience de l’urgence du moment.

Aussi, les différents intervenants qui se sont succédé ont permis d’assurer la direction des échanges. Parmi eux : Nicolas Hulot, mais aussi des associations (telles que Greenpeace ou la WWF), des syndicats (CGT, MEDEF, FNSEA…), des membres d’Alternative Économique (l’éditorialiste Guillaume Duval, ainsi que l’économiste Christian Chavagneux), sans oublier évidemment le passage de la Sinistre de l’Écologie et du poète dramaturge Emmanuel-Nous-sommes-en-guerre-Macron.

Cela commence à faire beaucoup, mais heureusement, ce petit monde était encadré par un « comité de garants », dont le rôle était de « veiller au respect des règles d’indépendance et de déontologie du processus ». Comité dont Cyril Dion, décroissant et activiste climatique, faisait partie.

Qu’il y ait un cadre, certes. Mais qu’il soit autant piloté ? Hum…

Deux propositions intéressantes

Parmi la pléthore de propositions, il y en a deux intéressantes à mettre en avant.

Présente dans la thématique « Se nourrir », elles concernent directement l’un des plans les plus foireux de ces dernières décennies : le Plan National Nutrition Santé (P.N.N.S).

La première mesure réclame de « mieux informer le consommateur en renforçant la communication autour du P.N.N.S et de réformer ce plan en un plan national relatif à la nutrition, à la santé et au climat ».

Tandis que la seconde exige « l’interdiction de la publicité sur les produits proscrits par le P.N.N.S et d’inscrire des message percutants (sic) sur leurs étiquettes ».

À vrai dire, ces actions ne sortent pas de nulle part, puisque déjà l’an dernier le Réseau Action Climat (qui regroupe diverses organisations telles que Agir pour l’environnement, WWF ou encore Oxfam) rédigeait ces attentes vis-à-vis du P.N.N.S.

Aussi, certains députés avaient déjà repris ces idées, comme en mai dernier par exemple où à base de sobriété et de légumineuses (NDA : ça ne vient pas de moi), deux élus nous esquissaient 20 propositions pour une nouvelle transition alimentaire, en expliquant qu’il faut par exemple :

« Assainir l’offre alimentaire en incitant ou en obligeant à la reformulation des recettes des plats industriels (limitation de sel, de sucre ou de graisses saturées), en régulant l’offre de snacking des distributeurs automatiques, en généralisant l’étiquetage nutritionnel et environnemental, en interdisant les produits affichant un Nutriscore D ou E dans les couloirs promotionnels des grandes surfaces ou encore en régulant la publicité alimentaire télévisuelle ou au cinéma en direction des enfants.

Compléter les recommandations nutritionnelles par des recommandations de bonnes pratiques alimentaires du point de vue écologique.

Instaurer des dispositifs d’aide financière directe ou indirecte pour réduire le prix des produits alimentaires durables en taxant par exemple certains aliments en raison de leur mauvaise qualité nutritionnelle sur le modèle de la taxe Soda. »

Rien que ça !

Ainsi, qu’il s’agisse des députés ou des 150 citoyens, on observe qu’il faut :

  • renforcer la communication autour du P.N.N.S ( dans d’autres circonstances, certains parleraient de marketing agressif) ;
  • réguler la publicité alimentaire (que j’avais déjà évoqué ici) ;
  • voire de l’interdire pour les produits proscrits (le Nesquick Bio plein de sucre, ça passe, mais les sardines grillées ou le roquefort, non).

Complaisance autour de Nutriscore

Il est quand même hallucinant de voir toute la complaisance autour de ce Nutriscore1, et plus globalement de ces recommandations nutritionnelles. Car outre leur incapacité chronique à lutter contre l’obésité depuis plusieurs décennies, il faudrait désormais qu’elles intègrent un volet afin d’aider à la lutte contre le changement climatique.

Cela rappelle étrangement les critiques qui avaient émané de certains chercheurs lorsqu’en octobre dernier une étude remettait en cause le lien entre la consommation de viande et le risque sur la santé. En effet, certains « déploraient que l’étude n’ait pas intégré l’impact écologique dans ses recommandations », alors que l’objectif était évidemment tout autre.

Aussi, en dehors des considérations climatiques, la fiabilité de ce Nutriscore est très discutable, et l’une des principales critiques – totalement évacuée par ses défenseurs – est le malus donné aux produits contenant des acides gras saturés. Plusieurs chercheurs remettent en cause ce parti pris, et pourtant tout se passe comme si le dogme « graisses saturées = danger », pilier de l’algorithme, était inattaquable et qu’il fallait maintenir cette croyance, quoi qu’il en coûte.

Hasard du calendrier, au même moment où la Convention soviétique citoyenne sortait ses propositions, le Journal of the American College of Cardiology publiait un article précisément sur les acides gras saturés. Dans celui-ci, les chercheurs déclarent que :

« La plupart des méta-analyses récentes d’essais randomisés et d’études d’observation n’ont révélé aucun effet bénéfique d’une réduction de l’apport en acides gras saturés (AGS) sur les maladies cardiovasculaires et la mortalité totale, et ont plutôt mis en évidence des effets protecteurs contre les accidents vasculaires cérébraux. »

Plus loin :

« Les produits laitiers entiers, la viande non transformée, les œufs et le chocolat noir sont des aliments riches en acides gras saturés dont la matrice est complexe et qui ne sont pas associés à un risque accru de maladies cardio-vasculaires. L’ensemble des preuves disponibles ne justifie pas de limiter davantage la consommation de ces aliments. »

Le fond de l’article établit les différentes sources et preuves du bienfait des graisses saturées, puis les chercheurs le concluent par différentes mesures qui permettraient de remettre en cause ce dogme sur le gras. Notamment en :

« Sensibilisant le public sur le fait que les régimes pauvres en glucides et riches en graisses saturées, populaires pour la gestion de la masse corporelle, pourraient également améliorer les conditions chez certains individus atteints de troubles métaboliques, tout en soulignant que les effets sur la santé de la consommation de glucides – tout comme celles des graisses saturées – dépendent de la quantité, du type et de la qualité des aliments, de la source, du degré de transformation, etc. »

Les conclusions sont sans appel, et pourtant ce Nutriscore, mis en place en 2016 dans la Loi de Modernisation du système de Santé (sic) risque de devenir obligatoire et prépondérant dans la lutte contre l’obésité, et à terme donc contre le réchauffement climatique.

À l’origine, celui-ci devait être « assuré par les partenaires de l’agro-alimentaire sur la base du volontariat ». Et forcément, comme ça ne marche pas, que les résultats ne suivent pas, certains estiment qu’il est temps de passer à l’étape supérieure. Au revoir le volontariat, bienvenue à l’obligation.

Méchantes entreprises agro-alimentaires

Ce désir n’est pas récent, et depuis le départ un bouc-émissaire est tout trouvé : les entreprises de l’agro-alimentaire. De par une pratique intensive du Name&Shame sur les réseaux sociaux ou en les pointant du doigt comme lobbyistes, les Pro-Nutriscore coupent court à la conversation. Les lobbyistes, ce sont toujours les autres, remarquez (ou alors il existe un lobbying vertueux, comme celui qui paradait lors de la Convention citoyenne, allez savoir).

Aussi, ces pro-Nutriscore se considèrent comme les garants de la défense des consommateurs. Par conséquent, on a le droit parfois à un bel élan sophistique de leur part, où ceux qui sont contre le Nutriscore, sont contre les consommateurs.

Pourtant, au même titre que de s’interroger sur ce que l’on mange, c’est une démarche saine de s’interroger sur un système de notation. Ce n’est certainement pas être contre le consommateur, mais plutôt dans son intérêt. Et ce n’est pas non plus être contre un éventuel affichage nutritionnel.

Par exemple, quand Nicolas Lecaussin déclare que l’abus d’étatisme est dangereux pour la liberté, il ne fait que rendre compte des dangers de forcer la position monopolistique d’un système de notation. Ce que les défenseurs du Nutriscore ne semblent pas voir, ou préfèrent occulter, puisqu’à cela ils répondent que « le Nutriscore n’interdit la consommation d’aucun aliment».  Alors que ce n’est juste pas le propos.

Les chiffres le montrent, nombre de Français souhaitent savoir ce qu’ils mangent, il y a une réelle utilité à cela. Laisser le libre choix aux industriels de mettre ou non un repère nutritionnel, c’est donc leur laisser prendre le risque de voir les consommateurs aller vers ceux qui en affichent un. Ne pas rendre obligatoire Nutriscore, c’est la possibilité de voir un autre système, peut-être plus efficace, prendre les devants. C’est peut-être ça aussi qui dérange.

En fait, le réel souci que pose l’obligation du Nutriscore est symptomatique de la volonté de maintenir un statu-quo institutionnalisé et de considérer que la Science sur laquelle reposent les investissements de l’État en matière de santé publique depuis plus de 20 ans est juste et surtout optimale pour tous.

C’est considérer que les bases théoriques sur lesquelles repose le système d’étiquetage sont fiables, alors que comme on l’a vu, celui-ci pose un malus sur un produit comportant des acides gras saturés malgré toute une littérature scientifique qui ne va pas dans ce sens.

L’épidémiologie nutritionnelle guidant les recommandations sur lesquelles le Nutriscore repose a très certainement un rôle à jouer en santé publique, mais ce n’est pas en faisant la propagande d’un système caduque, et encore moins en réclamant l’obligation de ce dernier qu’elle rendra service à chacun. Quant à vouloir contrôler la vie des citoyens afin de lutter contre le changement climatique, cela se passe de commentaire.

  1. Le Nutriscore pour faire simple, repose sur une méthode de calcul basé sur la composition nutritionnelle du produit. Plus ce dernier contient certains facteurs à limiter (tels qu’un fort apport calorique, une teneur élevée en sucre, en sel ou en graisses saturées), plus son score global sera défavorable. Ce score sera ensuite associé à une lettre (allant de A à E) pour un affichage plus lisible sur le produit.

Quand conduire était un plaisir… mais ça, c’était « avant »…

Par Auteur invité
conduire

Par Alain Astouric.

Croyez-moi ou pas mais j’ai connu une époque où conduire était un plaisir.

Depuis que les autorités ont trouvé plus intelligent et surtout plus facile de multiplier les radars plutôt que verbaliser les fainéants qui se croient seuls et « oublient » le clignotant ;

depuis que je dois dépenser presque autant d’énergie à deviner la vitesse à laquelle j’ai le droit de rouler qu’il n’en faut pour surveiller la route ;

depuis qu’il existe des limitations impossibles à respecter, surtout quand un poids lourd vous colle ;

depuis que quarante mille ronds-points ont envahi le territoire, inversant dangereusement les priorités ;

depuis que la voiture est très mal vue en ville et que je conduis dans l’angoisse de croiser un vélo à contre-sens ;

depuis qu’une fois garé j’ai toutes mes chances de cogner la portière sur un plot de béton ou sur l’un des potelets qui foisonnent sur nos trottoirs… conduire m’est devenu nettement moins agréable.

Fin 1972 le chiffre tombe : 18 000 automobilistes ont perdu la vie. L’année suivante, une limitation à 130 kilomètres heure est instaurée sur les autoroutes pour briser la spirale mortifère de la vitesse.

En quelques dizaines d’années nous voilà passés du laisser-faire débridé, sans ceinture, sans appuie-tête, sans airbag, sans ABS et surtout sans contrôle technique ni véritable limitation de vitesse à la culpabilisation systématisée et à la sanction automatisée de l’automobiliste.

Culpabilisation à un point tel que ceux des journalistes qui ont le mieux senti l’air du temps, ont pris pour habitude de qualifier de « chauffard » tout automobiliste impliqué dans un accident de la circulation, quelquefois alors même qu’ils en ignorent encore les circonstances exactes.

Le plus étonnant dans tout cela, le plus regrettable c’est que conduire est devenu un souci au moment où nos voitures devenaient les plus sûres et les plus agréables à mener. Largement pourvues de système de sécurité active, comme passive, nos autos savent maintenant se déformer pour absorber en partie les chocs. Elles savent aussi freiner intelligemment et certaines vont même jusqu’à anticiper le danger.

Les voitures « poubelles » ont presque toutes disparu et les routes françaises sont généralement en bon état. Quant au réseau autoroutier, s’il est vrai qu’il nous coûte cher et même anormalement cher, il n’en est pas moins l’un des meilleurs au monde.

Dans le même temps, les moyens de prévention comme ceux de secours se sont considérablement améliorés et la médecine d’urgence a fait d’immenses progrès.

En d’autres termes, les conditions sont maintenant réunies pour que les choses se passent au mieux.

D’ailleurs le nombre de victimes de la route a considérablement diminué. Et alors que malgré les difficultés économiques le flot de circulation se maintient ou ne décroît que légèrement, et seulement dans les centres-villes d’où l’automobile est systématiquement écartée, cette baisse des victimes se confirme chaque année un peu plus. Ce qui constitue en soi la meilleure des nouvelles que l’on pouvait espérer.

Alors pourquoi ? Pourquoi, puisque comme nous venons de le dire les conditions sont maintenant réunies pour que les choses se passent plutôt bien sur la route, faudrait-il poursuivre et même amplifier la politique du radar piège ?

Comprendre la politique grâce à l’École des choix publics

Par Diego Taboada
choix publics

Par Diego Taboada.
Un article de Liber-Thé

L’École des choix publics est une approche en sciences politiques qui a mis en avant les mécanismes propres au fonctionnement de l’État et de la politique. Fondée dans les années 50 aux États-Unis, cette tradition développe une approche inédite qui a permis de remettre en question certaines idées reçues, comme la vertu naturelle de l’action publique – en opposition à l’initiative privée. Jusqu’alors, l’idée de serviteurs de l’État éclairés agissant pour le bien-être de la communauté était largement répandue.

Dans leur ouvrage de 1962, The Calculus of Consent, Buchanan et Tullock ont posé les bases de cette tradition. L’École des choix publics a mis en avant comment les différents acteurs politiques, élus, groupes d’intérêts, électeurs interagissent, et a permis d’identifier certaines dérives presque automatiques de l’action publique.

Le mythe de l’intérêt général

On entend souvent les politiciens et élus justifier leurs actions au nom d’un prétendu « intérêt général » ou du « bien commun ». Une des premières contributions des chercheurs dont dérivera finalement la tradition des choix publics dans les années 50 est d’avoir déconstruit l’idée d’un intérêt général qui motiverait l’action publique.

En effet, Kenneth Arrow, prix Nobel d’économie, a démontré avec son théorème d’impossibilité qu’il était impossible d’agréger les différentes préférences individuelles en une seule et unique préférence collective.

En réalité, nous vivons dans un monde pluraliste avec des valeurs et intérêts différents, voire parfois antagonistes. Plus fondamentalement, un groupe ou une communauté ne peut pas avoir de valeurs communes ; ce sont les individus qui la composent qui portent leurs propres valeurs, leurs intérêts et leur motivation. C’est pourquoi les institutions, notamment de l’État, permettent d’agréger les préférences individuelles, mais en excluent certaines par la même occasion.

Ce constat est un point de départ important qui permet à Buchanan et Tullock d’affirmer que l’État n’est pas un « organisme » indépendant en soi, qui se développe selon ses propres objectifs et agenda. Ils le considèrent plutôt comme un moyen que les divers acteurs souhaitent détourner pour leurs intérêts propres, à travers la force de l’action collective.

Élus, bureaucrates et électeurs : à la recherche de leur intérêt personnel

Comment expliquer les comportements des acteurs de la politique ? Si les « serviteurs de l’État » ne sont pas motivés par la recherche constante de l’intérêt général, quel est leur objectif ? Ce sont avant tout des individus, et en tant que tel, ils tentent de maximiser leur intérêt personnel. Ils ne sont pas plus, ou moins, vertueux que le commun des mortels.

Les politiciens vont essayer de maximiser leur chance d’être (ré)élu en attirant des électeurs afin de bénéficier des avantages sociaux (reconnaissance, réseau), voire financiers inhérents à la fonction. Ils voudront favoriser les électeurs de leur circonscription à l’aide de faveurs, ou de dépenses ciblées, même si elles sont d’une utilité douteuse à l’échelle de la société.

Du clientélisme, en somme. Les fonctionnaires, loin d’être les simples exécutants des décisions des politiciens, ont pour objectif de maximiser leur budget (leur marge de manœuvre), incitant à une croissance des dépenses publiques pour justifier et renforcer leur position. Les électeurs peuvent se mobiliser en groupe d’intérêts afin de faire pression et d’orienter les dépenses publiques dans leur direction.

Dans ce marché politique, chaque acteur tentera de recevoir des privilèges. Un petit groupe bien organisé pourra ainsi obtenir un traitement spécial des pouvoirs publics – pensez au protectionnisme, qui protège une industrie aux dépens du reste de la population, qui profiterait du libre-échange.

Selon Stéphane Wolton, ces groupes sont donc considérés comme l’une des grandes causes de distorsions des démocraties. En plus des risques de tyrannie de la minorité, la logique même de la politique telle qu’analysée par l’École des choix publics est difficilement compatible avec un idéal d’État svelte, centré sur ses fonctions régaliennes principales. La croissance des dépenses publiques semble inévitable.

L’École des choix publics démystifie la politique

L’un des grands apports de l’École des choix publics a été de souligner que l’intervention de l’État pour « corriger » les défaillances de marché peut au contraire empirer la situation en créant des distorsions bien pires que celles du marché.

L’enjeu est donc de développer des institutions qui permettront d’une part d’aligner l’action publique avec les préférences des citoyens, et d’autre part, de limiter son ampleur.

Les règles électorales, les contre-pouvoirs, la constitution, sont toutes des institutions qui vont influencer le jeu politique. Il s’agit donc, comme le dit Milton Friedman, de mettre en place un cadre institutionnel qui empêcherait même le pire des politiciens de prendre des mesures néfastes pour les citoyens.

En montrant que le planificateur social bienveillant n’existe pas, l’École des choix publics a contribué à démystifier la politique et identifier ses problèmes.

Sur ce sujet vous pouvez :

Willis Haviland Carrier invente la climatisation – Les Héros du progrès (23)

Par Alexander Hammond
Willis Haviland Carrier

Par Alexander Hammond.
Un article de Human Progress

Voici le vingt-troisième épisode d’une série d’articles intitulée « Les Héros du progrès ». Cette rubrique présente une courte description des héros qui ont apporté une contribution extraordinaire au bien-être de l’humanité.

Cette semaine, notre héros est Willis Haviland Carrier, l’ingénieur américain qui a créé la première installation de climatisation moderne. Cette invention nous offre un répit contre la chaleur estivale, permet à notre espèce d’habiter des lieux auparavant inhospitaliers, augmente la productivité du travail lorsqu’elle est installée dans les usines et les bureaux du monde entier, et sauve des millions de personnes de la mort suite à un excès de chaleur.

Willis Haviland Carrier est né dans la ferme familiale à Angola, New York, le 26 novembre 1876. Il fréquente le lycée de Buffalo, à New York et, en 1897, il obtient une bourse d’État de quatre ans pour étudier à l’université Cornell.

En 1901, Carrier obtient un BSE (Bachelor of Science in Engineering) en génie électrique. La même année, il commence à travailler comme ingénieur de recherche pour la Buffalo Forge Company, une entreprise basée à New York qui conçoit et fabrique des machines à vapeur et des pompes.

Les premiers mois il travaille sur un système de chauffage pour sécher le bois de charpente et le café. En 1902, la Sackett-Wilhelms Lithographing & Publishing Company demande à Buffalo Forge de concevoir un système pour contrôler l’humidité dans son usine.

Les températures élevées et le niveau d’humidité dans l’usine d’impression de Sackett-Wilhelms étaient tels que le papier d’impression absorbait souvent l’humidité de l’air, provoquant une dilatation du papier. Cela posait un problème, car les couleurs utilisées dans le processus d’impression se désalignaient lorsque le papier changeait de taille, ce qui gâchait le processus de production.

Carrier décide de s’attaquer à ce problème. Il crée la première installation de climatisation au monde en 1902. L’invention de Carrier permettait de contrôler la température, l’humidité et la circulation de l’air de l’imprimerie Sackett-Wilhelms, et ce tout en l’assainissant. Elle fonctionnait en aspirant l’air à travers un filtre, en le faisant passer sur des serpentins remplis de liquide de refroidissement, puis en évacuant l’air nouvellement refroidi et déshumidifié.

Cette année-là, la Bourse de New York est le premier bâtiment à être climatisé. Le 2 janvier 1906, Willis Haviland Carrier obtient un brevet pour un « appareil de traitement de l’air ».

En 1915, après que la Buffalo Forge Company eut décidé de se concentrer uniquement sur la fabrication plutôt que sur la conception de nouveaux produits, Carrier et six autres ingénieurs mettent en commun leurs économies de 32 600 dollars (ou 826 800 dollars en monnaie actuelle) pour créer la Carrier Engineering Corporation.

Avec sa nouvelle société, Carrier commence à étendre l’utilisation des climatiseurs en fournissant des hôtels, des grands magasins, des cinémas et des logement privés. Ses climatiseurs sont même installés à la Maison Blanche, au Congrès américain et au Madison Square Garden.

Après avoir connu des problèmes financiers à la suite de la Grande Dépression, la société Carrier fusionne avec la Brunswick-Kroeschell Company et la York Heating & Ventilating Corporation pour former la Carrier Corporation, dont Carrier est le président du conseil d’administration.

Carrier passera le reste de sa vie à améliorer la conception et la fonctionnalité de ses unités de climatisation. Il décèdera le 7 octobre 1950 à New York.

Il meurt avant d’avoir pu assister à l’immense essor de la popularité de la climatisation pendant le boom économique d’après-guerre des années 1950, qui a vu la climatisation se répandre rapidement aux États-Unis et dans d’autres parties du monde. Grâce à son invention, l’humanité a pu, pour la première fois de son histoire, contrôler de manière constante et précise le temps qu’il fait à l’intérieur des bâtiments.

Comme l’a écrit l’économiste Walter Oi de l’université de Rochester, dans les ateliers d’usinage, la productivité du travail est à son maximum à 65 degrés Fahrenheit avec un taux d’humidité entre 65 et 75 %. La productivité est de 15 % inférieure à 75 degrés Fahrenheit et de 28 % inférieure à 86 degrés Fahrenheit.

De plus, le taux d’accidents du travail est de 30 % plus élevé à 77 degrés Fahrenheit qu’à 67 degrés Fahrenheit. Selon lui, c’est l’introduction de la climatisation qui a fait passer la valeur ajoutée par employé dans le secteur manufacturier du Sud américain de 88,9 % de la moyenne nationale en 1954 à 96,3 % de la moyenne nationale en 1987.

Encore plus fort, selon Walter Oi, la climatisation a eu un impact sur le taux de mortalité aux États-Unis. Ces taux étaient auparavant plus élevés en été et en hiver qu’au printemps et en automne, et beaucoup plus élevés dans le sud des États-Unis que dans le nord. En 1951, le taux de mortalité infantile était 45 % plus élevé dans le sud qu’en Nouvelle-Angleterre. En 1990, il n’était plus que de 13 %.

En 1942, Willis Haviland Carrier reçoit un doctorat honorifique en lettres de l’Université d’Alfred. La même année, il reçoit la médaille Frank P. Brown – un prix d’excellence en ingénierie et en sciences.

En 1985, M. Carrier a été intronisé à titre posthume dans le National Inventors Hall of Fame.

Depuis sa création, la climatisation a permis de sauver et d’améliorer des millions de vies. C’est pour ces raisons que Willis Haviland Carrier est notre vingt-troisième héros du progrès.

 

Les Héros du progrès, c’est aussi :

Sur le web

Mais où est donc passé le fameux « cap » du Premier ministre ?

Par Nathalie MP Meyer
Premier ministre

Par Nathalie MP Meyer.

Est-ce l’effet d’un atavisme typiquement politicien ou faut-il y voir l’influence des origines normandes du Premier ministre, origines dont le récit populaire français prétend qu’elles confèrent une étonnante propension à l’indécision et à la rétractation ?

Toujours est-il que malgré le fameux « cap » qu’Édouard Philippe se targue de garder contre vents et marées depuis qu’il est à la tête du gouvernement (ici, ici, ici), on se perd dans les zigzags de ses décisions et convictions.

Un Premier ministre peu avare de  compromis

Il est vrai que lorsqu’un gouvernement fonde son action sur le très macronien et surtout très élastique concept du « en même temps ni de droite ni de gauche », il se retrouve dans l’agréable situation de pouvoir dire que si telle mesure était parfaitement conforme au cap, son exact contraire l’est aussi.

Aucun revirement là-dedans, mais du compromis, de l’adaptation, bref, la mise en œuvre du célèbre « dépassement des clivages » qui a porté Emmanuel Macron au pouvoir.

Et n’allez pas croire qu’en cette affaire, Édouard Philippe se contente de se conformer à la volonté présidentielle tout en n’en pensant pas moins. Déjà comme maire du Havre, il jouait à fond sur le compromis gauche-droite.

C’est ainsi qu’on a pu le voir ironiser dans Libération sur Macron qui « n’assume rien mais promet tout » puis devenir son Premier ministre six mois plus tard ; c’est ainsi qu’il a décidé d’augmenter les taxes sur les carburants puis a fini par annuler la hausse prévue devant la fronde des Gilets jaunes ; c’est ainsi qu’il a introduit un âge pivot de 64 ans dans la réforme des retraites puis l’a retiré pour conserver l’appui de la CFDT ; c’est ainsi qu’en vue des élections municipales de 2020, il a demandé aux ministres de choisir entre leur ministère et leur mairie puis a fermé les yeux sur la volonté de Gérald Darmanin de conserver les deux ; etc.

Mais soyez certains, chers compatriotes, que le Premier ministre garde le cap !

Ce ne sont que quelques exemples et la liste n’est manifestement pas près d’être clôturée. Aux dernières nouvelles rapportées par le Canard enchaîné dans son édition du mercredi 24 juin 2020, Édouard Philippe a descendu en flèche plusieurs propositions de la Convention citoyenne pour le climat (CCC) lors du petit déjeuner hebdomadaire de la majorité à Matignon mardi 23 juin dernier :

Outre que la mesure de limitation de la vitesse sur autoroute à 110 km/h est loin d’enchanter les candidats LREM à une semaine du second tour des élections municipales, les récriminations du Premier ministre portent d’abord sur le principe du référendum1 pour acter les changements proposés par la Convention. Il fustige le manque total de connaissances en droit constitutionnel des conventionnels et des élus EELV qui les appuient et déplore le contournement du Parlement qui résulterait de l’adoption de tout le package par référendum.

Mais plus fondamentalement, on le voit s’inquiéter des implications de certaines mesures pour notre vie démocratique, notamment la modification du préambule de la Constitution qui reviendrait à soumettre nos droits, principes et libertés à l’impératif environnemental :

« Il y a [une proposition] qui limite les libertés individuelles à la responsabilité environnementale. Ce qui signifie que dans ce cas-là, on vivrait dans un pays restrictif des libertés sur la base d’une notion assez floue. Parce que jusqu’où va la responsabilité environnementale ? Est-ce une restriction dans la façon de se nourrir, de se déplacer, de se loger ? Moi je ne souhaiterais pas vivre dans un monde comme celui-là. » (Édouard Philippe, 23 juin 2020, selon le Canard enchaîné)

Moi non plus.

De la même façon, il redoute que le crime d’écocide ne soit finalement que le prétexte facile de n’importe qui – association, ONG, lobby ou citoyen – de saisir un juge pour faire arrêter « une activité humaine, une entreprise, une association et même son voisin. »

En effet.

Édouard Philippe brouille son message

Mais tout ceci serait beaucoup plus convaincant si « dans le même temps », le Premier ministre ne s’était pas employé à brouiller consciencieusement son message, et ceci de deux façons :

Il peut critiquer tant qu’il veut les travaux de la CCC mais n’a-t-il pas lui-même fortement orienté les politiques publiques dans la direction punitive empruntée par les conventionnels et acclamée par l’écologisme radical ?

On accorderait plus de sérieux à ses remarques s’il n’avait pas eu le projet d’augmenter les taxes sur les carburants dans un pays qui croule déjà sous les prélèvements obligatoires, ou s’il n’avait pas décidé autoritairement (et inutilement) d’abaisser la vitesse maximale autorisée sur route de 90 à 80 km/h, ou s’il ne portait pas un projet de réduction de la part du nucléaire dans notre électricité de 75 à 50 % d’ici 2035, ou s’il n’avait pas déjà organisé la fin des chaudières au fioul pour 2028 afin de « libérer » les Français du pétrole.

Quant à l’aspect constitutionnel, le gouvernement n’a-t-il pas lui-même ouvert la porte à un renforcement de la place de l’environnement dans notre Constitution en proposant d’inscrire l’impératif climatique et écologique dès l’article 1er ?

Dans ces conditions, il est curieux de venir se plaindre ensuite que des « citoyens » spécialement mandatés par l’exécutif pour proposer des mesures de baisse drastique des émissions de CO2 aillent piocher dans l’arsenal des taxes et contraintes vaillamment mis en œuvre par le gouvernement et le poussent encore plus loin.

Vous remarquerez ensuite qu’Édouard Philippe prend toujours bien soin de dire que la CCC est une initiative « demandée par l’opinion publique et consacrée par le Président », comme s’il n’était nullement concerné par cette affaire.

Mais à ma connaissance, il n’a pas encore démissionné pour désaccord insurmontable avec le Président et c’était bien lui qui affirmait quelques heures seulement après le petit déjeuner évoqué plus haut combien son gouvernement accueillait les débats sur les propositions de la CCC « avec sérénité et une forme d’enthousiasme ».

Il répondait ainsi au député communiste André Chassaigne qui lui avait demandé (en substance) si le gouvernement était déterminé « à prolonger l’élan démocratique impulsé par la Convention citoyenne » et s’il était prêt à le traduire « en actions concrètes et fortes » (vidéo, 04′ 25″) :

Je me félicite de l'enthousiasme à l'égard de la Convention citoyenne pour le climat, une initiative voulue par le président de la République et une expérience originale jamais tentée au niveau national. Le Gouvernement accueille ce débat avec sérénité et enthousiasme. pic.twitter.com/uz8wkVAA2V

— Edouard Philippe (@EPhilippePM) June 23, 2020

On se doute bien que le Premier ministre n’allait pas se livrer devant la représentation nationale à une critique appuyée des travaux de la Convention citoyenne organisée par l’exécutif pour se donner du répit dans la crise des Gilets jaunes tout en essayant d’endiguer les procès pour inaction climatique qui lui sont régulièrement intentés.

À vrai dire, Édouard Philippe réitère ses réserves du matin concernant la place du débat citoyen par rapport au débat parlementaire et il demande à ce que les règles constitutionnelles soient respectées – ce qui incite à penser que les propos relatés dans le Canard enchaîné sont dignes de foi.

Mais pour le reste, il se réjouit de voir que l’initiative de la majorité rencontre l’assentiment de M. Chassaigne et ses amis du Parti communiste, il en profite pour tacler ceux – clin d’œil et geste à l’appui en direction des rangs de la droite – qui « ne veulent pas comprendre » l’intérêt de cet exercice de démocratie participative inédite et il attend la suite avec sérénité et enthousiasme, dès lors que le Président aura donné ses orientations. Un parfait exécutant, ce M. Philippe :

« Je suis prêt à discuter de l’ensemble de ces propositions ici, à l’Assemblée nationale, après que, dans le courant de la semaine prochaine, le Président de la République aura indiqué ce qu’il retient de cette expérience et la façon dont nous pouvons continuer à avancer. »

Voyons comment Emmanuel Macron va faire usage de ces propositions qu’il s’était engagé à « reprendre sans filtre » et qui ont tourné au classique brouet autoritaire de l’écologisme radical décroissant.

Mais quoi qu’il décide, retenons de cette expérience et des contorsions compliquées du Premier ministre pour retomber sur ses pieds, que nous avons définitivement affaire à un exécutif d’apprentis sorciers.

Aucun cap digne de ce nom à mettre à son crédit, si ce n’est celui d’endormir chaque nouvelle crise sociale sous une débauche de dépenses publiques et un grand cinéma « citoyen » mal goupillé.

En attendant la prochaine crise. Ça promet.

Sur le web

  1. Les positions respectives du référendum et du vote parlementaire dépendent beaucoup du poids du Parlement. Or dans notre régime présidentiel, ce dernier a été considérablement réduit jusqu’à n’être plus qu’une confirmation du résultat de l’élection présidentielle. Mais c’est un autre sujet…

Alimentation : prêts à payer plus cher vos repas ?

Par Quentin Molinié
alimentation

Par Quentin Molinié.

Les fruits et les légumes ont connu des hausses de prix fulgurantes lors du confinement, sur fond de fermeture des frontières. Aujourd’hui il est question de relocaliser une part importante de la production alimentaire, ce que désireraient les Français selon plusieurs sondages. Mais est-ce vraiment réaliste et souhaitable ?

Alimentation : les prix des fruits et légumes s’envolent

Pas besoin d’être analyste économique pour s’en étonner : les prix des produits de première nécessité ont augmenté dès le début du confinement.

Dès les premiers jours, dans la foulée de la ruée vers les denrées périssables, les pâtes ont vu leur prix grimper de 5 % le premier mois, selon une enquête UFC-Que choisir. La farine, disparue des rayons, s’est envolée de 14 %. Si de manière générale les produits d’épicerie ont moins subi les effets du confinement, les fruits et légumes ont en revanche été touchés de plein fouet.

La hausse des prix n’est « que » de 6 % pour les produits conventionnels, elle atteint 12 % pour les fruits et légumes bio. Les bananes bio ont ainsi grimpé de 1,98 euro à 2,22 euros le kilo (+ 12 %), et les tomates grappes bio ont explosé de 4,25 euros à 5,32 euros le kilo (+ 25 %).

Les raisons de cette augmentation sont logiques. Les frontières fermées ont coupé les principales lignes d’approvisionnements en fruits et légumes (Espagne, Maroc, Italie, Pologne…). Les coûts de production ont largement augmenté, avec notamment la main-d’œuvre, à défaut de travailleurs saisonniers, et le prix des emballages pour sécuriser les produits.

En parallèle, faute de restaurants ouverts, la demande n’a cessé d’augmenter. Enfin, les produits les plus abordables ayant été rapidement dévalisés, un effet de montée en gamme s’est vite développé, contraignant les Français à acheter des produits de plus en plus chers, issus d’une production française plus coûteuse.

Payer le prix pour tout relocaliser après la crise ?

Les Français veulent consommer de plus en plus local, c’est un fait. Mais sont-ils prêts à en payer le prix ? La tendance de ces cinquante dernières années ne semble a priori guère plaider en ce sens.

Selon l’Insee, la part du budget alimentaire dans la consommation des ménages n’a cessé de baisser depuis les années 1960, passant de 35 % à 20 %  au début des années 2010. Une légère tendance à la hausse semble toutefois s’opérer ces dernières années, en particulier en faveur des produits bio et d’origine locale. Le confinement a brutalement amplifié ce constat – en bonne partie par défaut, faute d’importations concurrentielles pour les produits français.

Selon un sondage réalisé pour Les Échos, neuf Français sur dix souhaiteraient voir les relocalisations apparaître parmi les priorités de l’après-pandémie, et 35 % souhaitent manger plus local selon un sondage IFOP sur l’alimentation des Français. Pour l’alimentation et en particulier les fruits et les légumes, cette ambition ne poserait en théorie guère de problèmes.

À condition d’y mettre le prix. « Le concombre français est deux à trois fois plus cher que le concombre hollandais », déclarait le ministre de l’Économie Bruno Le Maire. « Idem pour la tomate. C’est le prix de la qualité française. » Pour d’autres secteurs en revanche, tel le textile, l’affaire sera ardue, sinon impossible : les compétences sont depuis longtemps exilées en Asie.

Une question plus riche et plus complexe que le made in France

Avec le retour progressif à la normale, les Français voudront-ils continuer à faire abstraction de la concurrence étrangère ?

Selon un sondage BVA datant de 2018, les trois-quarts des Français envisageaient de payer plus cher des produits alimentaires uniquement d’origine française. Les deux-tiers des agriculteurs et des distributeurs étaient de même prêts à suivre cette logique. L’argument d’un « produit français » semblait déjà décisif dans le choix des Français. 82 % des consommateurs et 90 % des distributeurs percevaient une tendance de fond susceptible de fortement s’amplifier au fil des années.

Comme les sondages ne font part que d’une intention, seul l’avenir proche nous dira si les Français peuvent se permettre d’augmenter dans ces proportions leur budget consacré à l’alimentation. Il ne faut pas oublier que le poids de ce budget a baissé depuis 50 ans au profit d’autres dépenses : les vacances par exemple, ou le divertissement en général.

Les questions des sondeurs devraient donc ressembler plutôt à « Souhaitez-vous consacrer plus d’argent à votre alimentation, et moins partir en vacances ? ». Quelque chose me dit que les instituts n’auraient pas obtenu les mêmes résultats. Payer ses fruits et légumes deux ou trois fois plus cher est indolore pour un cadre, mais est déterminant pour le confort de vie d’un ouvrier – et ce dernier décidera mécaniquement d’en consommer moins, en agrandissant d’autant plus l’écart d’espérance de vie entre CSP+ et CSP-.

Comme dans de nombreux domaines, l’alimentation du futur doit être européenne, et la vision plus large. Ici il est surtout question des moyens de transport utilisés, du cahier des charges des différents labels de qualité tels que le bio et des innovations dans le domaine de la distribution qui permettent de limiter le nombre d’intermédiaires (voir la Ruche Qui Dit Oui par exemple, et les magasins bio en ligne nouvelle génération qui vendent à prix coûtant).

Ainsi si la question de la qualité de notre alimentation est bien évidemment centrale, il s’agit de ne pas tout mélanger en ayant un raisonnement binaire « Français et bon » / « importé et mauvais ». Manger des avocats non-bio du Mexique n’a pas la même empreinte carbone que manger des tomates bio de saison importées par train d’Espagne, notre proche voisin. Et ces tomates seront moins énergivores que des tomates cultivées sous serre en hiver à Paris, et acheminées par camion à Marseille…

Enfin n’oublions pas que l’Union européenne s’est d’abord construite sur les échanges de denrées alimentaires ; la PAC est d’ailleurs l’un de ses plus gros budgets. La collaboration en matière d’alimentation est centrale pour solidariser des cultures et renforcer les liens, et doit continuer de participer à la construction européenne. C’est tout le sens de la standardisation des critères de qualité et des labels dans le secteur de l’alimentation, et c’est à ce niveau-là qu’il semble préférable d’agir.

Climat et virus : la pseudoscience institutionnelle

Par Michel Negynas
science

Par Michel Negynas.

Certains activistes de la décroissance n’ont pas manqué de saisir l’opportunité de la pandémie pour défendre leurs agendas. C’est l’antienne à la mode du « monde d’après », du « plus rien ne sera comme avant », de « la pandémie nous a montré ce qu’il faut faire ».

Ce sont aussi des études qui commencent à poindre : comment le réchauffement climatique sera la cause de pandémies qui seront de plus en plus nombreuses. Il faut bien faire feu de tout bois.

Science et politique, science et finance

Mais en réalité, il y a une vraie convergence qui saute aux yeux dans ces deux histoires : ce sont les relations entre sciences et politique, et sciences et finance (ce qui revient souvent à la même chose, tant les institutions politiques sont ficelées par les entités financières).

Ces relations sont au cœur de presque tous les sujets fondamentaux auxquels nos sociétés sont confrontées. Un homme avait perçu cette importance bien avant tout le monde : Dwight Eisenhower. Il faisait ici allusion au complexe militaro-industriel, mais on peut l’étendre de nos jours à l’ensemble des institutions, y compris financières.

« Aujourd’hui, l’inventeur solitaire, bricolant au fond de sa boutique, a été dépassé par des troupes de choc formées de scientifiques dans les laboratoires et des centres d’essai. De la même manière, l’université libre, historiquement source d’idées et de découvertes scientifiques nées dans la liberté, a vécu une révolution dans la conduite de la recherche. En bonne partie à cause des coûts énormes impliqués, obtenir un contrat avec le gouvernement devient quasiment un substitut à la curiosité intellectuelle. Pour chaque vieux tableau noir il y a maintenant des centaines d’ordinateurs. La perspective d’une domination des spécialistes de notre nation par les emplois fédéraux, les budgets attribués aux projets et le pouvoir de l’argent, [cette perspective] est bien présente et doit être considérée avec gravité.

Cependant, tout en apportant à la recherche et au scientifique le respect que nous leur devons, nous devons également être attentifs à un danger à la fois aussi grave et opposé, à savoir que l’ordre public puisse devenir captif d’une élite scientifique et technologique. C’est la tâche de l’homme d’État que de mouler, équilibrer, intégrer toutes ces forces, anciennes et nouvelles, aux principes de notre système démocratique – en visant toujours à atteindre les buts suprêmes de notre société libre. »

Une science coupée en deux : science et pseudoscience

Il y a d’abord la fracture entre les scientifiques de terrain, ceux qui appliquent à la fois l’intuition, le pragmatisme et la méthode héritée du siècle des Lumières (observations, hypothèses et vérification), et les « nouveaux » scientifiques, ceux qui, dans leurs bureaux, triturent des données existantes et modélisent à tour de bras.

Les premiers sont en général discrets et passent mal la rampe car ce qu’ils ont à dire est complexe, donc peu sexy à la télé ou sur youtube. Ils sont également modestes, et sujet au doute, en bons scientifiques.

Les autres ont le temps de passer sur les plateaux, d’investir les administrations et les ministères pour vendre leur daube et récolter des crédits. Ils finissent par représenter un consensus, ou du moins le faire croire. Ils sont sûrs de leur fait, et expliquent au public en quoi leur problème peut se résumer à un langage clair et compréhensible par tous.

Ils finissent par développer une pseudoscience, c’est-à-dire une science qui a la terminologie et l’apparence d’une démarche rigoureuse, mais qui s’éloigne de plus en plus du monde réel.

Ainsi, les épisodes récents de la pandémie rappellent souvent, aux observateurs de la question climatique, des évènements marquants de la saga du réchauffement.

Le choix des indicateurs

Comme l’a rappelé le Dr John Ioannidis sur ses vidéos, pour agir il faut des données représentatives et utiles. John Ioannidis est un des scientifiques qui a le plus alerté sur les dérives de la science et des publications scientifiques.

Dans le cas du climat, l’indicateur « grand public » qui a été choisi est la moyenne mondiale des écarts de température par rapport à une période de référence. Il n’a aucune signification physique (car des températures ne se moyennent pas, cela devrait être un indicateur de chaleur qu’on moyenne) et aucune utilité pratique : c’est à l’échelon local qu’il faut s’adapter.

Dans le cas du virus, on suit les infections avérées par tests, qui dépendent en fait du nombre de tests, ou les hospitalisations, qui dépendent surtout des stratégies hospitalières locales, ou le nombre de décès, qui dépendent de l’efficacité administrative locale et des règles d’imputation, puisque dans la plupart des cas il y a des comorbidités.

Ces hétérogénéités rendent ces indicateurs non pertinents et inaptes à l’aide à la prise de décision et à la comparaison de l’efficacité des stratégies possibles. Le seul indicateur vraiment parlant est le taux de séropositivité d’une population donnée, et son évolution.

On pouvait le mesurer très tôt, à l’aide d’échantillons représentatifs de population. On ne l’a pas fait, ou trop tardivement. C’était trop simple, mieux valait « modéliser »…

Les modélisations guident les décideurs

La modélisation en sciences est, au départ, un outil de recherche qui sert à tester des hypothèses et ainsi à éviter de coûteuses expérimentations dans le monde réel. Elle est devenue une sorte de boule de cristal prédisant l’avenir. Or, le résultat d’un modèle est toujours valable « toutes choses égales par ailleurs ». Mais rien n’est jamais égal par ailleurs dans le monde réel !

Les modèles climatiques prédisent un monde toujours plus chaud, alors qu’en réalité, le réchauffement est modéré. Les prédictions d’il y a 20 ans se sont toutes révélées exagérées. Mais cela ne semble gêner personne dans les institutions.

De même, les modèles épidémiologiques, comme ceux de l’Imperial College de Londres, ont toujours été tout faux, de la vache folle aux coronavirus. Mais on continue à les utiliser… surtout, d’ailleurs, pour expliquer, après coup, pourquoi on a eu tout faux !

Indépendamment de l’impossibilité de mettre en équation la complexité du  monde réel, tout cela n’est pas étonnant, puisque les données de base qu’on entre dans les modèles sont soit fausses, soit trop imprécises, soit inexistantes et qu’on ne connaît pas tout des phénomènes en cause.

Une utilisation impropre des lois statistiques et de la théorie des probabilités

La science moderne a fait de la théorie des probabilités un outil essentiel. Malheureusement, celui-ci  est d’un maniement complexe, et même souvent contre- intuitif. Beaucoup d’études ne suivent pas les règles élémentaires nécessaires à son application. C’est ce qu’explique, entre autres, John Ioannidis dans son papier cité plus haut.

Nous sommes en effet abreuvés d’études de corrélations qui présentent leurs résultats comme avérés. Or une corrélation n’est au mieux qu’une première étape pour aller fouiller dans une éventuelle relation de cause à effet. Si on ne dispose pas d’un mécanisme pour expliquer cette relation, la corrélation citée a une valeur scientifique égale à zéro.

La plupart des études sur le climat sont basées sur la mise en évidence de corrélations, la première étant celle de la température et du CO2. Mais à y regarder de plus près, c’est loin d’être évident : il y a des « pauses » inexpliquées dans le réchauffement, pas dans la croissance des émissions de CO2.

Et la recherche d’un médicament pour le coronavirus n’est en fait que la recherche d’une corrélation entre un indicateur médical et une dose de médicament. Les caractéristiques de la maladie du Covid-19 rendent particulièrement difficiles les preuves de succès si on veut rester statistiquement honnête. La charge virale diminue très vite, la létalité est très faible (bien entendu objectivement parlant, car elle cause de nombreuses souffrances qu’on ne saurait nier) et très hétérogène selon la population.

Plus généralement, la médecine et l’environnement sont des secteurs particulièrement touchés par cette « corrélation mania », souvent via des études utilisant les probabilités en dépit du bon sens.

Des organes de publication de plus en plus laxistes

La science est de plus en plus morcelée en spécialités de plus en plus pointues. Ce qui pollue bien évidemment le système de « relecture par les pairs ». Comment voulez- vous que des personnes en tout petit comité, qui se connaissent toutes, se sabrent mutuellement leurs articles ? Que ce soit sur le climat ou sur le virus, on assiste à un véritable festival d’études foireuses, même pour des non spécialistes.

Et pour des raisons souvent financières (nous y reviendrons) les labos doivent impérativement publier le plus possible. La qualité s’en ressent.

La science est entrée dans le champ réglementaire et politique

Une des causes en est le principe de précaution. Devant l’inconnu, les politiques ressentent le besoin de se sécuriser vis-à-vis du principe : ils se tournent donc vers la science. La science est ainsi institutionnalisée.

En France, c’est la naissance des « Hauts conseils » (Climat, Santé…) et des « Conseils scientifiques » de toute nature. Mais la politique, comme la justice, ignore le doute, l’incertitude, les probabilités et les écarts types… Les « Conseils » sont poussés dans leurs retranchements, et eux aussi finissent par affirmer péremptoirement ce qu’en bons scientifiques ils devraient nuancer.

Et pour leur propre sécurité juridique, eux aussi, ils choisissent de prédire le pire. D’ailleurs, c’est le plus sûr moyen d’obtenir des crédits pour leurs labos.

On assiste ainsi à la création d’une « élite scientifique institutionnelle », qui vit de moins en moins dans la science, et de plus en plus dans la communication et l’action politique.

Pour le climat, les archétypes sont les Jouzel, Masson-Delmotte. Pour la santé le professeur Delfraissy, quelles que soient ses qualités, est depuis quinze ans davantage un gestionnaire et un coordonnateur qu’un médecin et c’est le cas de beaucoup de membres des hauts conseils en tout genre. Ces liaisons toxiques ont été relevées justement par le professeur Raoult lors de son audition au Sénat.

Cette élite, nommée par les institutions, ne peut évidemment pas aller contre les objectifs de celles ci, par nature politiques.

Un emballement provoqué par un nouvel environnement médiatique

Les réseaux sociaux, les chaînes en continu n’ont pas le recul nécessaire à un tri de l’information. Ils transforment l’information en événements émotionnels qui se succèdent les uns aux autres.

Les media traditionnels, se sentant menacés, sont obligés de suivre. Avides de sensations fortes, ils radicalisent les débats. La violence envers les « dissidents » (ceux qui montent au créneau pour essayer de mettre un peu de rationnel) est inouïe : contre Claude Allègre, contre Didier Raoult.

Le summum de convergence est atteint lorsque l’argument d’attaque contre Didier Raoult est son climato-scepticisme…

Cette radicalisation des débats a des effets pervers : la « dissidence » est souvent reprise par des médias recherchant le sensationnel, et voulant se démarquer de la presse « institutionnelle ».

De ce fait, elle est vue par le « consensus », politiquement correct, comme complotiste, démagogique, populiste… ce qui la décrédibilise encore plus auprès du plus grand nombre en dépit parfois de la pertinence des analyses.

Être de gauche et pro Raoult ou climatosceptique semble être incompatible. A contrario, si on est climatosceptique, on est trumpisé, raoultisé, ou frontnationalisé automatiquement.

Le scandale n’a plus d’effets

Chacune des deux histoires se distingue par un ou des scandales scientifiques, avec la particularité suivante : cela ne change rien aux thèses officielles.

Pour le climat, c’est la courbe en « crosse de hockey » de Michael Mann. Ce scientifique a présenté une évolution terrifiante des températures sur 1000 ans : la stabilité jusqu’en 1960, un pic vertigineux après. C’est ce qui a vraiment déclenché la peur du changement climatique, en particulier chez les politiques.

Le fait que cette courbe ait été complètement invalidée par la suite n’a rien changé sur  le battage médiatique et le consensus des élites institutionnelles sur le sujet.

Pour le coronavirus, l’étude du Lancet est sur la même trajectoire : refus de communiquer les données, mystère sur leur provenance, traitement statistique opaque… Elle a été très vite invalidée, comme la courbe de Mann. Est-ce que cela change quelque chose aux positions des uns et des autres ? Lorsque c’est diffusé ad nauseam par les médias, même ensuite complètement discrédité, il en reste toujours quelque chose.

On notera d’ailleurs que autant parmi les climatosceptiques que chez les anti-pharmas, les quelques leaders médiatiques qui émergent ne sont pas forcément ceux qui utilisent les bons arguments. Ils ont tendance à se placer au même niveau que leurs contradicteurs.

Contre toute évidence, beaucoup de climatosceptiques médiatisés racontent encore que nos émissions de CO2 ne sont pas responsables de l’accroissement de la concentration dans l’atmosphère, car c’est un message simple, mais faux. Claude Allègre, de son coté, avait bâclé son livre sur le climat, il est passé pour un ignare, bien que bardé des plus hautes distinctions scientifiques mondiales.

Didier Raoult fait du mal à sa cause avec sa mégalomanie, et il a raconté de grosses bêtises au milieu d’un discours souvent convaincant. Cela rend les attaques contre les « dissidents » plus faciles pour les institutionnels.

Notons également au passage, que dans les deux cas, le consensus n’est que chez les élites institutionnelles. Les vrais sondages indiquent que les citoyens sont très partagés sur la question climatique, aussi bien que sur l’appréciation du protocole Raoult.

Le carré magique

Sur tous ces sujets où la science est le point de départ, la dérive provient d’une conjonction d’intérêt entre certains scientifiques, des groupes de pression relayés par les media, les institutions politiques et des intérêts économiques.

Ce carré magique est particulièrement apparent par exemple sur les énergies renouvelables. Cela explique qu’en France, contre toute logique, on veut décarboner une électricité qui l’est déjà. Il n’est pas moins flagrant sur la question des produits pharmaceutiques.

Et en sciences, la dérive est aggravée par les enjeux financiers attachés aux grands labos et grandes universités, qui doivent constamment trouver des nouveaux fonds, publics et privés. Le publish or perish renvoie de fait aux grandes revues scientifiques, qui deviennent elles aussi des entités où la finance domine les comportements. La boucle est ainsi bouclée.

Le carré devient magique lorsque, à la suite de manipulations de l’opinion et d’entrisme dans les médias et le monde politique, (Al Gore pour le climat, Sapan Desai pour le coronavirus…) le milieu des affaires voit dans l’histoire une source de profit.

Cette alliance de fait (parfois contre nature, si l’on peut dire) devient si solide qu’aucun événement, ni aucun contre argument même convaincant, ne peut l’atteindre. Il y a inter instrumentalisation des acteurs.

La similitude des deux affaires est évidente, et illustre l’énorme problème de société qui nous attend. Dans chacune des deux histoires, on peut trouver des pendants : modèles climatiques versus modèles épidémiologiques, Allègre (ou Lindzen à l’international) versus Raoult, GIEC versus OMS, Hauts Conseils divers, consensus des élites mais foules partagées sur le sujet, géophysiciens de terrain versus médecins, électriciens verts versus firmes pharmaceutiques…

Raoult dit que dans son domaine il voit l’émergence d’un monde virtuel en parallèle du monde réel. Sur les problématiques environnementales et sanitaires, c’est général : on observe la construction d’un monde éco-fantasmé.

Ségur de la Santé : la réforme passe par la dé-bureaucratisation

Par Pierre Allemand
Ségur de la santé

Par Pierre Allemand.

Le problème de la santé est avant tout un problème d’organisation. Mais compte tenu de la méthode imposée et des acteurs de la réforme, la véritable solution qui consisterait à réorganiser le système en transférant l’emploi des ressources de l’administratif vers le médical, ne sera probablement même pas envisagée.

Le Ségur de la santé est parti sur le principe qu’il fallait impérativement augmenter les dépenses de santé afin de donner satisfaction aux revendications des soignants qui se battent effectivement depuis plus d’un an pour qu’on améliore leur système.

Le président Macron leur a d’ailleurs promis qu’un gros effort allait être fait dans ce sens. La résolution des problèmes en injectant l’argent des contribuables est tellement classique que certains croient que c’est la seule solution.

En réalité, l’argent en question et celui du budget du ministère de la Santé pourrait aussi être dépensés autrement. Mais il faudrait pour cela repenser complètement le modèle jacobin actuel ce qui ne sera malheureusement mais sûrement pas le cas.

Une comparaison intra-européenne

Selon les statistiques de l’OCDE sur la santé, la France et l’Allemagne ont consacré chacune 11,2 % de leur PIB aux dépenses de santé. Une conclusion rapide pourrait donc être que les moyens consacrés à la santé sont équivalents dans les deux pays. Pourtant, les évènement récents liés au coronavirus ont montré que l’Allemagne s’était sortie nettement mieux et plus rapidement de la pandémie que ne l’a fait la France.

Cette simple constatation montre, si on admet que les soignants français ne sont pas plus stupides que leurs collègues allemands, que les bons résultats ne sont pas seulement une question de budget.

Il faut donc chercher ailleurs les raisons de la meilleure efficacité germanique. Ce n’est pas évident, parce que les explications données dans les diverses publications trouvées sur le Net démontrent tout et son contraire, en fonction de la couleur politique de l’auteur d’icelles.

Une des explications est toute simple et devrait emporter l’unanimité : si on rapporte les dépenses de santé des deux pays non pas au PIB, mais au nombre d’habitants, on constate qu’en fait, l’Allemagne consacre, par habitant, davantage de moyens à la santé que la France (environ 15 % de plus).

En raison de son lent déclin relatif, la France se trouve aujourd’hui avec un PIB nettement inférieur à celui de l’Allemagne qui a pourtant eu à supporter les énormes frais du rattachement de sa partie Est, alors que le PIB des deux pays était pratiquement le même en 2000.

Si maintenant on regarde l’évolution des PIB de quelques pays européens comparables à la France depuis l’an 2000 :

Le constat est simple, la pente de la courbe du PIB français est nettement inférieure à celle des quatre champions (Danemark, Suède, Pays-Bas et Allemagne) et rejoint celle des lanternes rouges (Italie et Espagne) de notre sélection.

Croissance des PIB (pente des courbes ci-dessus)

ségur de la santé

Dans le domaine de la santé, la conséquence est incontestable : mis en face d’une croissance faible qui détermine une ressource fiscale basse, les décideurs français compriment tous les budgets, dont celui de la santé. Au bout de 19 ans, le résultat est désastreux mais logique. L’ENA a encore frappé.

Pour en revenir à la comparaison France-Allemagne pour 1000 habitants : la France dispose de 6 lits d’hôpital pour 1000 habitants, l’Allemagne 8. Pour les soins intensifs, France : 3,09 lits pour 1000 habitants, Allemagne : 6,02.

Cette dernière différence explique la stratégie suivie par chacun des deux pays au moment du pic de la pandémie de Covid-19. Le confinement prolongé semble être finalement l’arme ultime contre le coronavirus des pays qui sont restés relativement pauvres (Espagne, Italie) ou qui sont sur le chemin de le devenir comme la France, alors que celui-ci a été beaucoup plus léger dans les pays plus riches (Danemark, Pays-Bas, Suède, Allemagne).

L’hôpital est devenu un organisme administratif et les tâches médicales des tâches administratives

Ségur de la santéSelon l’IREF, « dans les hôpitaux français, 405 600 personnes (ETP) œuvrent à des tâches autres que médicales, soit 54 % de plus qu’en Allemagne, dont la population est pourtant près de 25 % supérieure à celle de la France ».

Cette différence pèse lourd dans la balance de la comparaison entre États.

De plus, selon The Conversation, « environ 20 % des personnels administratifs des hôpitaux français sont en fait des personnels soignants détachés à plein temps à des travaux administratifs, selon les recherches de l’auteur basées sur un échantillon d’une trentaine d’établissements hospitaliers – chose inconnue en Allemagne – les coûts généraux et administratifs de l’hôpital français représenteraient un peu plus de la moitié des services rendus ».

Ajoutons que les médecins hospitaliers se plaignent, à juste titre, qu’une partie de plus en plus grande de leur temps est occupée à des tâches administratives. Or, s’il est tout à fait justifié que le chirurgien soit obligé de passer un certain temps à rédiger son compte-rendu opératoire, il apparaît tout aussi justifié que la tâche consistant à informer les administrations diverses de son travail soit confiée à une personne efficacement formée qui le fera probablement mieux et plus rapidement que lui, tout en lui rendant le temps qu’il y aurait passé.

Cette mauvaise affectation du temps médical est probablement une des causes du coût excessif de la santé en France par rapport à l’Allemagne.

Les tâches purement administratives confiées au personnel non soignant pourraient probablement être simplifiées et rendues plus rapides en étant beaucoup plus largement informatisées.

Cependant, cette simplification rendrait à coup sûr inutile une partie importante du personnel administratif, ce qui forcerait celui-ci à changer d’établissement et peut-être même de ville de résidence. Cette constatation explique le réticence (publique ou cachée) du personnel impliqué, et devient une cause supplémentaire de dysfonctionnement.

Le revenu des acteurs de la santé

Si l’on en croit ce blog, le prix d’une consultation médicale était de 1,28 euros (8,41 francs) en 1960. Il est aujourd’hui de 25 euros, soit dans le rapport de 19,5 avec celui de 1960. Par ailleurs, l’inflation a évolué dans le rapport de 11,3 entre 1960 et 2020. On peut donc dire que le revenu du médecin a été divisé par

19,5 / 11, 3 = 1,72

Dit autrement, la consultation médicale devrait aujourd’hui être à :

25 x 1,72 = 43 euros.

Ce montant actuel, obtenu par le lent travail de sape des politiques de droite comme de gauche au pouvoir depuis 1960 explique une autre partie de l’état de délabrement de la santé en France à l’heure actuelle. La paupérisation relative des médecins a amené, par exemple, l’apparition de nombreux déserts médicaux, et explique pourquoi les nouveaux médecins sortant de l’Université ne veulent plus s’installer qu’en ville et dans des cabinets où ils peuvent partager leurs frais fixes avec d’autres acteurs médicaux.

Les acteurs médicaux comme par exemple les infirmiers, les kinésithérapeutes, les sages-femmes mais aussi les pharmaciens, car les politiques ont aussi forcé vers le bas autant que faire se peut le prix des médicaments en même temps que tous les tarifs dits conventionnés se sont étiolés sous l’influence des efforts de compression budgétaire des gouvernements successifs.

On a réussi ainsi à contrôler (à quelques milliards près), les dépenses, mais on a détruit petit à petit l’édifice de la santé, par manque de vision à long terme.

Remarquons au passage que malgré cette évidence, les constructivistes dont on trouve de nombreux représentants à gauche et pas seulement chez les politiques, voudraient encore forcer les jeunes médecins à s’installer dans les déserts médicaux, avec les résultats évidement catastrophiques que l’on pressent.

La politisation de la gestion des hôpitaux force le maintien de petits établissements

En 2015, l’Allemagne disposait de 2084 établissements de santé, tandis que la France en comptait 2751 soit 30 % de plus ; et la situation n’a probablement pas évolué beaucoup depuis.

La différence est encore plus flagrante si on rapporte ce nombre à la population : 42 établissements par million d’habitants en France contre 25 en Allemagne, soit près du double pour la France ! Cette différence provient essentiellement du nombre excessif de petits établissements chez nous.

Or, cela présente de nombreux inconvénients, allant de coûts supplémentaires constitués par des frais fixes non compressibles comme l’amortissement des gros appareils très coûteux et mal utilisés, aux problèmes de sécurité liés au faible nombre d’actes chirurgicaux à haute valeur technique.

Mais la fermeture de ces établissements amène souvent des problèmes dits sociaux (quelquefois justifiés d’ailleurs) dont la France a le secret, problèmes surtout liés au caractère indocile du Français.

Les établissements hospitaliers sont souvent gérés par un conseil d’administration présidé par le maire de la ville ou par l’un de ses adjoints, ce qui rend difficile, voire très difficile à impossible la fermeture des petits établissements. Le court-termisme est de règle dans ce cas.

Le politique renvoie sur les générations futures le poids des décisions non prises au nom de la préservation d’emplois inutiles, voire dangereux et la destruction créatrice des emplois n’est pas à l’ordre du jour…

Trop d’agences étatiques

Le ministère de la Santé français gère un nombre faramineux d’agences de toutes sortes : 1440 agences, 450 000 personnes, 50 milliards d’euros ! Ces agences se doublonnent, se contredisent, bloquent le fonctionnement du système, et coûtent fort cher.

Elles ont en général été créées à l’occasion d’un besoin qui apparaissait comme vital à une époque, parce que grossi par les médias, ou parce que le politique qui les créait voulait laisser son nom dans l’Histoire.

Le temps passant, ce besoin a souvent disparu, mais l’agence reste, avec son bataillon inévitable de fonctionnaires. Et le démantèlement d’un tel organisme fait forcément des victimes (non pas laissées pour compte car en France le métier de fonctionnaire se pratique à vie) qu’il faut recaser quelque part.

Laissez-moi exprimer un rêve : si le démontage d’une agence superflue avait pour conséquence, comme cela se pratique dans la plupart des pays du monde développé, le licenciement des fonctionnaires, gageons que ceux-ci auraient avant tout pour objectif de justifier l’existence de l’agence en lui faisant faire des choses intelligentes et rentables.

Et, cerise sur le gâteau, si l’agence était malgré tout condamnée à être fermée, on saurait bien récupérer les fonctionnaires qui se seraient distingués dans les actions de l’agence. Mais tout cela n’est qu’un rêve pieux…

En attendant, ces innombrables organismes finissent par coûter un pognon de dingue et les moyens inutilement utilisés pour leur fonctionnement seraient bien mieux utilisés en infirmières ou en aides-soignantes.

Mais alors, que faire ?

Il est fondamental de revaloriser rapidement les revenus de la profession médicale et de toutes les professions qui s’y rattachent. Cela est à la fois important et urgent. En ce qui concerne le financement de cette revalorisation, les Français devraient comprendre que la santé a un prix, et que celui-ci a augmenté et augmente plus rapidement que les salaires.

Il serait donc normal que les prélèvements sociaux correspondants soient eux aussi revalorisés fortement et qu’ils suivent automatiquement le coût de la santé. Afin de conserver un fragile équilibre dans la feuille de paye, il faudrait compenser cette augmentation de charges par la diminution d’autres charges (mais ceci est un autre problème).

Malheureusement, c’est une décision courageuse qui ne sera pas prise car les forces syndicales peu représentatives mais douées d’un pouvoir de nuisance important s’y opposeront, la CFDT en tête, d’ailleurs pour des raisons sans rapport avec le sujet.

Cependant, cette revalorisation ne réglera pas le problème aigu de la mauvaise organisation du système de santé. L’idéal serait de supprimer purement et simplement le lien de vassalité qui lie le ministère et les établissements de santé, en rendant leur autonomie à ces derniers.

Mais ce serait une révolution incompatible avec le modèle social que les Français ont dans la tête, qui présuppose que l’État étant omniscient doit donc être présent partout et surtout pratiquer une égalité à toute épreuve jusqu’au nombre d’écouvillons par établissement.

Il faudrait aussi se débarrasser une bonne fois pour toutes du carcan politico-administratif qu’on appelle « les 35 heures » en revenant à une durée hebdomadaire identique à celles des autres pays européens dont le PIB est comparable à celui de la France.

Bien que non énoncé à ma connaissance, il existe en effet une relation quasi inverse entre le PIB et la durée réelle du travail hebdomadaire. En dessous d’une certaine durée qu’on peut situer autour de 38 heures, le pays décroche économiquement par rapport à ses concurrents mondiaux, ce qui se traduit par une baisse relative du PIB. C’est ce qu’on observe actuellement pour la France, et c’est la conséquence du fait que contrairement aux espérances des promoteurs de cette loi, les autres pays n’ont pas imité la France au moment de l’établissement des 35 heures.

Le pragmatisme aurait dû jouer à ce constat, et les 35 heures auraient dûes être retirées comme une belle idée mais qui ne correspondait pas à une amélioration du rendement du travail des salariés. Hélas, par peur des réaction syndicales, les politiques n’ont jamais eu le courage de le faire. Et la France en paye aujourd’hui les lourdes conséquences. 

Fixer cette durée par la loi est d’ailleurs d’un dirigisme excessif et il serait bien préférable de ne pas fixer autre chose qu’une durée hebdomadaire maximale du travail qui pourrait se situer autour de 60 heures, comme dans un certain nombre de pays « raisonnables ». J’entends déjà la CGT hurler comme si on imposait cette durée à tous les salariés…

La domination de l’administration sur l’ensemble du travail médical aussi bien dans le domaine public (hôpitaux) que chez les praticiens libéraux, devrait être desserrée et le travail administratif simplifié. La numérisation peut sans doute être le facteur fondamental pour réussir cette révolution.

Cependant, il serait absurde de lancer une nouvelle « étude » informatique qui aboutirait très certainement à un nouveau « monstre » du genre Louvois, Qwant, etc. Il faut savoir qu’il existe d’excellents systèmes qui ont fait leur preuve à travers le monde. Savoir acheter un système au lieu de vouloir à tout prix réinventer l’eau chaude serait une preuve de pragmatisme qui semble ne pas exister dans nos têtes pensantes.

Oui, je sais, la France est (était ?) une grande puissance et doit pouvoir être capable de mettre au point tous les systèmes informatiques dont son administration pourrait avoir besoin. Mais pour ma part, je pense que pour une fois faire montre d’une certaine modestie pourrait, sait-on jamais, faire faire un certain nombre d’économies au contribuable français qui en a bien besoin.

Toutes ces décisions devraient être prises en oubliant peut-être, (du moins temporairement), le temps de mettre en place une organisation qui fonctionne enfin, le principe d’égalité, qui fait partie des ingrédients obligatoires de la soupe politique actuelle, en le remplaçant par le principe de pragmatisme, au goût moins à la mode, mais dont l’efficacité à faire passer le bouillon a été largement prouvée.

Ce serait dur, très dur, mais on pourrait toujours essayer.

Les riches ne le sont jamais assez pour financer l’État-providence

Par Louis Rouanet
victoire de Jean-Luc Mélenchon

Par Louis Rouanet.

Une augmentation de la dépense publique n’est pas toujours chose facile quand il n’y a pas assez d’argent pour la satisfaire.

Certains sophistes et chasseurs de bulletins de vote, jouant une douce musique aux oreilles des électeurs, voudraient faire croire que seuls les riches paieront les cadeaux électoraux inscrits dans leurs programmes.

Il semble évident qu’un État qui prend d’une main ce qu’il redonne de l’autre ne peut améliorer la situation économique globale. Les étatistes pensent avoir trouvé la solution : il faut prendre l’argent là où il est ! Pour eux, cela signifie taxer sévèrement les plus riches.

Le mythe sur lequel repose l’intégralité de leur programme est l’existence d’un réservoir caché de richesse, concentré honteusement entre quelques mains, et pouvant financer durablement l’augmentation des dépenses publiques qu’ils préconisent. La réalité est tout autre.

Pour Jean-Luc Mélenchon, l’État doit être le maître suprême, le planificateur. Dans son programme pour la campagne présidentielle de 2017, le candidat de la gauche radicale voulait non seulement vider le droit de propriété de sa substance mais proposait aussi une augmentation des dépenses publiques de 208 milliards d’euros sur une base annuelle d’ici à 2022. Une telle prodigalité ne peut simplement pas être financée exclusivement par des impôts reposant sur les plus aisés.

Les riches en France ne sont tout simplement pas assez riches pour payer ces dépenses mélenchoniennes.

Toute dépense publique devrait être immédiatement financée par quelqu’un. Il est inutile de compter sur les entreprises ou sur les générations futures pour assurer les dépenses effectuées aujourd’hui. Les entreprises ne sont que des ensembles de contrats.

Les taxer revient à taxer les propriétaires, salariés, fournisseurs et clients de l’entreprise en question. La dépense publique financée par la dette implique toujours un prélèvement de ressources productives qui ne peuvent alors plus être utilisées ailleurs, ne serait-ce que pour acquitter les intérêts.

Qui, parmi les Français, paiera pour l’inflation des dépenses de l’État ?

En 2013, les 1 % et les 10 % des Français les plus riches concentraient respectivement 7,9 % et 29,9 % du revenu national avant impôts. Les 1 % les plus riches ont gagné environ 138,1 milliards d’euros avant impôts et les 10 % les plus riches environ 518,3 milliards avant impôts. En d’autres termes, même si le revenu des 1 % les plus riches était confisqué à 100 %, ceci ne financerait toujours pas le programme de J.L. Mélenchon.

Pour qu’une augmentation de l’impôt sur le revenu n’affecte que les 1 % les plus riches, le taux marginal d’imposition ne devrait augmenter que pour les revenus supérieurs à 147 727 euros par an en 20131. L’ensemble des revenus gagnés au-dessus de cette somme est égal à environ 62,9 milliards d’euros.

Ces revenus étaient déjà lourdement taxés en 2013, au taux marginal de 45 %. On peut estimer que le supplément de collecte d’impôt en taxant seulement les 1 % les plus riches avec un taux marginal d’imposition de 100 % serait d’environ 40,4 milliards. C’est seulement 20 % du montant nécessaire pour financer le projet de Mélenchon.

En taxant seulement les 10 % les plus riches, il faudrait que le taux marginal d’imposition ne soit augmenté qu’au-dessus de 60 769 euros par an (soit 5064 euros par mois). L’ensemble des revenus gagnés au-dessus de cette somme est égal à environ 208,8 milliards sur lesquels approximativement 66,8 milliards sont déjà prélevés par l’État.

Ainsi, même les 10 % des Français les plus riches ne sont pas assez riches pour payer le programme de la France insoumise.

Ces chiffres sont certes imparfaits. Mais même s’ils datent de 2013, ils n’ont pas sensiblement changé dans un contexte de très faible croissance et de faible inflation.

Ces calculs permettent d’illustrer qu’il n’est pas possible pour l’extrême gauche d’appliquer son programme sans piller non seulement le revenu des riches mais également les revenus des classes moyennes et populaires.

Même avec les prévisions de croissance surestimées du programme de La France insoumise, il sera impossible d’augmenter les dépenses publiques de 208 milliards d’euros sans saigner à blanc les classes moyennes.

L’efficacité de la redistribution dans la réduction de la pauvreté est largement surestimée. Confisquer et redistribuer tout euro gagné au-dessus de 1850 euros de revenu en 2013 n’aurait pas été assez pour assurer 1850 euros minimum de revenu pour chacun.

Taxer à 100 % tous les revenus excédant 2700 euros par mois en 2013 n’aurait pas été suffisant pour assurer l’équivalent d’un SMIC brut (1430,22 euros par mois en 2013) pour chaque Français. Taxer à 66 % les revenus excédant 3000 euros par mois n’aurait pas été suffisant pour assurer un revenu de 1100 euros par mois pour chaque Français.

Faire payer les riches n’est qu’une vaine espérance

Ces calculs, bien sûr, se fondent sur l’hypothèse (fausse) que les acteurs économiques ne sont pas découragés par de tels niveaux d’imposition et ne changeront pas leur comportement.

Mais si par malheur Jean-Luc Mélenchon avait un jour l’opportunité de taxer à 90 % les revenus au-dessus de 400 000 euros, il est évident que ceux voulant gagner plus de 400 000 euros iraient ailleurs.

Avec le développement d’une économie mondiale interconnectée, la concurrence fiscale entre pays s’est fortement accrue et des taux d’imposition de 90 % entraîneraient par conséquent l’exil instantané des entrepreneurs, managers et sportifs les plus talentueux.

À partir du moment où les plus aisés s’appauvriront et ne pourront plus payer pour les largesses supplémentaires d’un État-providence en ruines, la redistribution au profit des plus modestes ne serait qu’illusoire.

En réalité, le développement de l’État-providence après la Seconde Guerre mondiale s’est accompagné d’une pression fiscale accrue pour les classes moyennes et pour les plus modestes.

Comme l’écrivait Frédéric Bastiat dans son pamphlet Paix et Liberté il y a 170 ans :

Imposer à l’État des attributions exorbitantes, et persuader qu’il pourra y faire face avec l’argent prélevé sur le superflu des riches, c’est donner au public une vaine espérance.

Profits et redistribution : où est la limite

Que reproche-t-on à la liberté du commerce ? Qu’elle fasse passer le profit avant toutes autres considérations sociales. Mais contrairement à cette opinion, les profits sont un phénomène social. Sur le marché libre, le consommateur est souverain. C’est lui qui décide qui fera des profits et qui fera des pertes, c’est lui qui décide qui pourra augmenter ses investissements et qui fera faillite.

En d’autres termes, le marché libre est un processus dans lequel sont évincés les investisseurs qui répondent le moins aux besoins les plus urgents des consommateurs.

Certains étatistes considèrent le profit comme moralement condamnable et la richesse comme parasitique. Si le but est d’améliorer les conditions de vie des Français, ce ne sont pas les profits mais plutôt les pertes qui doivent répugner.

Un entrepreneur qui affiche des pertes a utilisé des ressources utiles qui auraient pu être employées pour produire des choses plus valorisées par les consommateurs. Son manque de jugement a engendré un gaspillage.

Ce que veut Jean-Luc Mélenchon n’est pas seulement la condamnation du profit mais aussi la protection des pertes par l’intermédiaire du protectionnisme et de l’omnipotence économique de l’État.

Dans quelle limite peut-on garder les fruits de son travail et de ses échanges ? Comme l’écrivait Bertrand de Jouvenel dans The Ethics of Redistribution (1951) :

Plus on se penche sur la question, et plus il apparaît que la redistribution, plutôt qu’un transfert de revenu disponible des riches vers les pauvres, comme on le pensait, est en réalité une redistribution de pouvoir de l’individu à l’État.

L’éthique de la redistribution fait de l’État le propriétaire légitime de tous les revenus qu’il prend soin d’allouer entre ses sujets. L’éthique du marché, inversement, se base sur l’idée que chaque Homme a le droit et la dignité de garder son argent, de le consommer, de l’investir, de le donner, d’en faire profiter sa famille et sa communauté du moment où cet argent a été acquis volontairement par l’échange.

Chaque impôt est une taxe sur l’échange. Augmenter les taux d’imposition n’est pas seulement violer le droit de propriété, c’est aussi rendre stériles des opportunités commerciales auparavant profitables. C’est réduire la division du travail, freiner l’innovation, empêcher l’enrichissement de la société.

Pire encore, la redistribution rend les activités économiques plus asociales. Les services bénévoles, la charité, le mécénat, l’hospitalité ne sont plus des phénomènes spontanés, la mise en action de nos bonnes intentions. Le dynamisme de la société libre est remplacé par les actions discrétionnaires d’un État tutélaire.

Il ne peut y avoir de privilèges universels accordés par l’État. Si quelqu’un reçoit un privilège, quelqu’un d’autre devra en supporter le coût. Il faut confisquer aux uns pour pouvoir financer les promesses faites aux autres. Le commun des mortels n’a jamais vu son sort amélioré par la tromperie ou l’utopie.

Article initialement publié en juin 2017.


Pour plus d’informations de ce genre, c’est ici.

 

  1. Toutes les données viennent de la World Wealth and Income Database. 2013 est l’année la plus récente où les données sont disponibles. Les plus-values ne sont certes pas inclues dans ces chiffres. La gauche radicale déclarant vouloir définanciariser l’économie, cette exclusion ne devrait pas faire l’objet de critiques.

Les technologies permettront-elles de surmonter les crises à venir ?

Par Thierry Berthier
technologies

Par Thierry Berthier.
Un article de The Conversation

Les crises économiques, sanitaires, sociales, les conflits armés, les pandémies, les catastrophes naturelles mettent souvent en lumière le manque de préparation et d’anticipation des communautés humaines qui doivent faire face à des chocs aussi violents qu’imprévus. La recherche de plus de résilience (davantage de capacités à absorber des perturbations) pour les systèmes et les sociétés impactées devient prioritaire une fois passé le pic de la crise.

Si la technologie dans son ensemble peut apporter des réponses sectorisées et contribuer au développement de la résilience, la robotique et l’intelligence artificielle (IA) fournissent des solutions clé en main qui éloignent l’Homme du risque par la détection précoce des menaces. Leur déploiement permet de sauver des vies.

Des exemples pour lesquels la robotique et l’IA auraient sauvé des vies

En se replaçant au début des années 2000, l’analyse rétrospective nous fournit de nombreux exemples de catastrophes pour lesquelles l’usage de la robotique de 2020 (mini drones terrestres et aériens) et les techniques d’apprentissage automatique actuelles, auraient permis de sauver de nombreuses vies.

Le premier exemple rétrospectif est celui des attentats du 11 septembre 2001 qui ont fait 2977 morts sur le sol américain avec le détournement de quatre avions de ligne par des terroristes armés de couteaux. On sait aujourd’hui qu’un système embarqué de reprise de contrôle de trajectoire après alerte sur l’altitude et sur les modifications anormales du plan de vol, aurait été potentiellement très utile.

Ce système construit autour d’un superviseur embarquant des composantes d’apprentissage automatique détectant une situation critique de niveau maximal aurait permis le blocage de toutes les fonctionnalités de pilotage à partir de la cabine et la reprise de contrôle totale de l’avion depuis un poste de commandement extérieur.

Autre option envisageable aujourd’hui : un système embarqué aurait engagé, de manière autonome, un atterrissage forcé sur l’aéroport le plus proche en désactivant les commandes de vol du poste de pilotage.

Le second exemple rétrospectif concerne l’engagement des forces françaises les 18 et 19 août 2008, lors de l’embuscade d’Uzbin (Afghanistan) qui a coûté la vie à 10 soldats français et fait plus de 20 blessés. Un groupe composé de 140 insurgés talibans lourdement armés avait pris position sur les crêtes escarpées surplombant un col que la patrouille française devait traverser. À son passage, les insurgés ont ouvert le feu sur les soldats français avec des lance-roquettes RPG-7 et des fusils de sniper.

Particulièrement violents, les combats rapprochés ont duré plusieurs heures et ont surpris les forces de la coalition. Douze ans plus tard, le bilan humain de cette embuscade reste gravé dans la mémoire de l’armée française comme un évènement particulièrement douloureux.

Aurait-il pu être évité à l’époque en déployant un drone de surveillance couvrant préalablement le parcours de la patrouille ? Cette question doit être replacée dans le contexte des opérations en 2008 et des technologies disponibles à cette époque. Aujourd’hui, on imagine qu’une patrouille identique aurait lancé quatre mini drones de type quadcopter dotés de caméras thermiques avant le passage du col et aurait rapidement détecté la présence des 140 insurgés postés en position de combat sur les crêtes.

Ces mini drones « grand public » de marques américaines ou chinoises sont équipés de caméras large spectre à très haute performance. Ils coûtent aujourd’hui moins de 3000 dollars et sont capables d’effectuer des vols longue durée stabilisés à plus de 2000 mètres d’altitude avec des fonctions avancées de tracking autonome d’objets en mouvement ou de retour automatique au lieu de lancement.

Durant les vingt dernières années, il est facile de trouver de nombreux cas de catastrophes industrielles, d’accidents, d’effondrements de ponts, d’incendies de bâtiments qui auraient pu être précocement détectés par des systèmes « intelligents » disponibles en 2020, capables d’envoyer des alertes après une analyse data-centrée des évènements avant-coureurs du sinistre.

Cette constatation s’applique de la même façon en 2020 pour les évènements qui surviendront dans les vingt prochaines années. Projetons-nous en 2040 et observerons ce que les technologies « 2040 » auraient apporté en matière de détection précoce des catastrophes survenues entre 2020 et 2030.

L’IA pour créer de la résilience et réduire les risques

La recherche de résilience passe, entre autres, par la réduction des délais de déploiement des technologies émergentes qui éloignent l’Homme du risque. La robotique et l’apprentissage automatique peuvent relever le défi complexe d’apport de résilience en fournissant des systèmes autonomes de surveillance, d’analyse et de détection des évènements porteurs de risque.

Ainsi, dans le domaine de la cybersécurité, les solutions de supervision SIEM (Security Information and Event Management) UEBA (User and Entity Behavior Analytics) ont montré leur efficacité dans la détection de menaces avancées que les antivirus classiques sont incapables de détecter.

Ces solutions collectent l’ensemble des données et micro-évènements circulant sur le système d’information. Une phase initiale d’apprentissage automatique du fonctionnement statistiquement « normal » du système s’effectue grâce aux données d’apprentissage. Une fois le modèle de normalité appris (entrainé), la solution de SIEM UEBA est en mesure de croiser des dizaines de millions d’évènements, d’extraire des séquences caractéristiques de menaces probables et de produire des alertes de sécurité. Cette approche permet de détecter des attaques inédites souvent furtives et de gagner un temps précieux dans la réponse à apporter. L’UEBA est un vecteur de résilience en cybersécurité.

En généralisant l’approche UEBA à l’ensemble des infrastructures (transports, énergie, industries, télécommunication, défense) et à l’ensemble des secteurs d’activités civils et militaires, on met en place un quadrillage analytique qui apporte de l’information en contexte d’information incomplète.

La généralisation UEBA est rendue possible aujourd’hui par l’afflux d’objets connectés, de capteurs performants produisant des données en temps réel, de capacités de calculs décentralisés et de capacités de transmissions radiofréquences. Les alertes produites apportent de l’information sur l’intégrité de l’infrastructure et réduisent la part l’aléatoire en créant de la résilience.

La pandémie de Covid-19 révèle avant tout notre manque de résilience

En pleine crise pandémique Covid-19, on ne compte plus les articles évoquant le « monde d’après », ce qu’il sera et ce qu’il ne sera pas. Ces articles mentionnent rarement le rôle de la technologie dans la résolution d’une crise.

Durement touchée, l’Europe fait face à un choc violent qu’elle n’a pas su anticiper. Si certains pays s’en sortent mieux que d’autres au sein de l’Union européenne, leurs gestions de crise respectives devront être questionnées à l’heure du retour d’expérience, et comparées en attendant les futurs chocs sanitaires, environnementaux ou géopolitiques.

Déploiement de technologies en Asie

Les pays de la zone Asie, la Chine en tête, ont déployé très vite beaucoup de technologies et de mesures coercitives pour lutter contre le coronavirus. Des décisions rapides et radicales ont permis de freiner puis de casser les mécanismes de propagation. La Chine a mis seulement 14 jours pour dresser la carte génétique complète du virus en utilisant des techniques de data sciences et de Machine Learning.

En Corée du Sud et en Chine, des robots (drones aériens et terrestres) ont été déployés dans les zones urbaines pour contrôler le respect du confinement, pour l’approvisionnement des habitants, la distribution des traitements, la détection de la fièvre, du port du masque et de la distanciation sociale. Les adaptations de robots mules aux fonctionnalités de crise ont été réalisées en cycles d’innovation très courts. Les réglementations locales n’ont jamais freiné les technologies à déployer. Les chaînes de commandement ont fonctionné en mode haute fréquence.

Les pénuries observées en France sur les masques prouvent notre trop forte dépendance d’approvisionnement à la Chine. Là encore, l’IA et la robotique peuvent apporter de la résilience en déployant des unités de production mobiles robotisées activables en moins de 24 heures en cas de crise. Cette agilité industrielle est un marqueur fort de l’industrie 4.0 (Smart Manufacturing) qui devrait modifier profondément la façon de produire vite et bien. Des machines mobiles automatiques à très haut rendement de production de masques existent en Russie et en Chine.

Stocker préventivement (et avant traitement) les rouleaux de matière première à proximité des machines permet de réduire les délais d’activation de la ligne de production de masques et d’adapter les flux d’approvisionnement au plus près de la demande. Des solutions d’IA s’appuyant sur l’apprentissage par renforcement commencent à être utilisées en Chine pour optimiser la phase de déploiement de petites unités de production distribuées en fonction des besoins et de l’urgence.

Au-delà de la résilience, Nassim Nicolas Taleb a défini le concept plus puissant d’antifragilité d’un système qui se renforce sous l’effet de petits chocs.

Dans les 20 prochaines années, la robotique et l’IA seront les premiers vecteurs d’antifragilité pour nos sociétés impactées par des évènements aléatoires et violents.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Les sénateurs s’occupent des forfaits internets illimités. Consternation totale.

Par h16

Par h16.

L’avenir du pays n’est décidément pas très bon. Les signaux s’accumulent, et les prochains mois semblent bien sombres pour le pays. L’économie continue de faiblir et les chiffres évoqués par le FMI ne font pas plaisir à voir. MAIS CE N’EST PAS UNE RAISON POUR SE LAISSER ABATTRE !

Vite, continuons l’hystérie écologiste !

Peu importe que le peuple français croule sous les interdictions, sous les obligations, sous les taxes et les grosses vexations, le tout au sortir d’une crise mémorable : s’il y a bien des individus qui sont réellement imperméables à ces réalités de terrain, ce sont bien nos chers (très chers !) sénateurs pour lesquels tout indique que c’est même le moment d’en ajouter une petite lichette !

En plus, ça tombe bien, ce sont de grands connaisseurs et utilisateurs du monde numérique, ce qui les autorise donc à proposer des solutions à la fois innovantes et totalement appropriées pour réduire la production de CO2 français dans l’atmosphère : et si on interdisait les « forfaits Data Illimité » de téléphonie mobile pour protéger l’environnement ?

Le raisonnement est aussi simpliste qu’idiot et donc tout juste à la portée des politiciens de la Chambre Haute : comme internet consomme de l’énergie, comme cette consommation produit du CO2, comme le CO2 est méchant, rien de tel que ralentir l’usage d’internet pour améliorer la situation, par exemple en multipliant les petits coups de poings dans la figure de l’utilisateur ou, alternativement, en lui interdisant les forfaits de données mobiles illimités, pardi.

Redoutable de logique et d’efficacité, n’est-ce pas ?

Attendez, ce n’est pas tout : et si, pour changer, on taxait un bon coup les plus gros émetteurs de données, comme les plates-formes de streaming ? Ce serait à la fois innovant (une taxe, quelle idée originale !) et puis tellement efficace, tant il est vrai que depuis que l’essence est monstrueusement taxée, plus personne n’en achète !

Du reste, ce sera là l’occasion de taxer Netflix, Amazon et autre Google/Youtube, ce qui est encore une fois une idée aussi nouvelle que pratique et bien trouvée !

Rassurez-vous : ce plan machiavélique et si génialement pensé ne s’arrête pas là ! Puisque l’aspect tabassage du consommateur est maintenant couvert avec le combo mortel Taxe + Interdiction, il faut en outre ajouter l’aspect distribution d’argent gratuit des autres, incitations et autres bricolages publics plus ou moins subtils pour parfaire le tableau. Par exemple, en appelant les centres de données à s’installer en France, en toute décontraction.

Eh oui : selon la fine analyse de nos sénateurs décidément affûtés comme du beurre chaud, les hébergeurs pourraient en effet bénéficier d’une empreinte carbone plus faible grâce à un bouquet énergétique fortement dépendant du nucléaire, moins émetteur de CO2 que les centrales thermiques.

La puissance de l’analyse laisse pantois.

Il faut avouer que le positionnement des sénateurs est proprement ahurissant dans un pays où on fait tout pour se débarrasser de notre parc nucléaire, où l’on est en train d’inventer de la taxe verte à tour de bras et de cuisantes vexations pour tous les consommateurs qui osent niaisement essayer de vivre heureux au lieu de se terrer dans des grottes classe thermique A climatisées à 13°C…

Et pour rappel, ces flagellations sénatoriales forcenées sur les Français sont mises en place pour tenter de réduire les émissions de CO2 liées au numérique en France, soit 2 % de toutes les émissions françaises alors même que celles-ci ne représentent péniblement que 0,9% du total des émissions humaines dans le monde…

Très concrètement, les sénateurs veulent donc taxer les Français et contraindre encore une fois leurs habitudes de consommation pour tenter de réduire un peu ces 0,0018 % d’émissions de CO2 que le numérique français représente dans le monde… Oui, vous avez bien lu, il s’agit de moins de 2 millièmes de pourcent des émissions humaines de CO2.

Au moment même où le pays explose les 120 % de dette par rapport à son PIB, où on compte très officiellement plus de 6 millions de chômeurs, où la vague de faillites n’en est qu’aux premiers frémissements, au moment où la misère se répand sur tout le territoire, le Sénat, complètement fou, tente coûte que coûte de jouer sur deux millièmes de pourcent des émissions de CO2.

C’était indispensable, évidemment.

Et puis au-delà de l’aspect complètement crétin de ces distributions compulsives de taxes, d’interdictions et de bisous ambigus, on doit absolument se demander pourquoi la France, par son Sénat, choisit ainsi de vouloir « ralentir la croissance des usages sur internet » alors que tout le reste de l’humanité s’emploie à faire exactement le contraire…

Encore une fois, on assiste, hébété devant tant d’idiotie, à ce positionnement grotesque qui feint de croire que les Français ont raison contre tout le reste du monde et pour des motivations d’une futilité consternante (deux millièmes de pourcent, les enfants, de la dentelle microscopique !).

Apparemment, il semble indispensable pour la politicaillerie française de – littéralement – rendre les échanges d’informations plus pénibles, plus mous, plus lents et plus chers dans le pays : des milliers d’années d’Histoire et des décennies de théories de l’information jetées aux orties pour feindre de sauver les ours polaires (même pas en danger).

Mais que voulez-vous, aussi ? Disposer d’un pays qui tente de conserver son rang dans le concert des nations, qui donne à son peuple de quoi se battre dans les guerres commerciales et informationnelles qui se pointent, qui crée de la valeur, de la richesse, des emplois, ou vous préférez un État obèse, surtaxant tout ce qui bouge et qui entraîne tout son peuple dans l’abîme du chômage, de la misère et du collectivisme ?

Pour le Sénat, je crois la question elle est vite répondute…


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Sur le web

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Coronavirus : faire face à la deuxième vague

Par Patrick de Casanove
deuxième vague

Par Patrick de Casanove.

Beaucoup de médias, de politiciens, alertent les Français sur la survenue d’un  deuxième vague de l’épidémie de SARS-coV2 ou sur une accélération de l’épidémie.

« Il a fallu trois mois pour recenser le premier million de cas », indique Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), « et le dernier million en date vient de l’être en seulement huit jours. Nous savons que la pandémie est bien plus qu’une crise sanitaire, c’est une crise économique, sociale et, dans de nombreux pays, politique. Ses effets se feront sentir sur des décennies »

Le confinement total est une décision politique

Avant tout, il faut rappeler et rappeler sans cesse que ce n’est pas la pandémie qui « est bien plus qu’une crise sanitaire ». L’épidémie est un problème médical, gérable médicalement. Bien des pays ont réussi à la contenir.

Malheureusement, en France en particulier, l’épidémie n’a pas été gérée médicalement. S’il y a crise économique et sociale, c’est parce que les politiciens de nombreux pays, dans une politique dont le modèle est celui des moutons de Panurge, ont délibérément provoqué cette crise économique et sociale.

Avant d’aller plus loin, pour un même germe, des définitions simples suivantes :

  • Rebond épidémique : petit soubresaut sur une pente qui reste décroissante.
  • Deuxième vague : nouveau pic épidémique interrompant la décroissance pour de la croissance.
  • Nouvelle épidémie : pics séparés par un espace temps significatif sans cas, comme pour les pathologies saisonnières comme la grippe.

Covid : une deuxième vague ?

Le SARS-coV1 a disparu, le MERS donne des résurgences épidémiques limitées.

Le propre d’une pandémie est de toucher l’ensemble des pays. Que la Covid-19 ne soit pas terminée et qu’elle n’en soit pas au même stade à l’échelle planétaire est une évidence.

Quelle que soit son ampleur, une épidémie a son cycle, sa vie. Elle a sa dynamique favorable en phase ascendante et sa dynamique défavorable en phase descendante. Son cycle, sa vie, sa dynamique, sont liés a un ensemble d’éléments, dont beaucoup restent inconnus, qui constituent son écosystème. Celui-ci peut lui être favorable sur une partie du globe et simultanément défavorable sur une autre partie. Par exemple l’épidémie Ebola est resté localisée.

Autre exemple : les hémisphères nord et sud où les saisons sont inversées. Si l’on veut avoir une idée de son devenir il faut observer l’évolution de la Covid-19 dans l’hémisphère sud qui est entré en saison d’hiver. Beaucoup de scientifiques attirent l’attention là-dessus.

Ainsi Bruno Lina devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, ou Didier Raoult sur sa chaîne :

Des sites grand public en font de même, tel Yahoo actualités.

Face à une épidémie, quel qu’en soit le stade, il faut savoir raison garder

Il faut arrêter de gérer la Covid-19 par la peur. Il faut que cesse l’irrationnel qui a prévalu depuis le début de cette épidémie, dans une gestion purement politique.

Il faut appliquer les mesures médicales judicieuses qui sont valables pour n’importe quelle épidémie, à n’importe quel stade (rebond, nouvelle vague, nouvelle épidémie). Elles consistent en une prise en charge médicale, dont la base est de rompre la chaîne de contamination.

Il faut mobiliser tous les talents. Ainsi les acteurs de terrain, les professionnels de santé libéraux, dont les médecins généralistes en particulier, ne doivent pas être laissés sur la touche.

Il faut chercher-dépister-tester massivement, traiter avec tous les moyens immédiatement disponibles, isoler spécifiquement.

Il faut éviter la propagation du virus par aéroportage (disposer de masques) ou par manuportage (hygiène des mains grâce à du soluté hydroalcoolique, à défaut savon ou alcool 70°)

Il ne faut pas que les politiciens se mêlent des prescriptions médicales, ni de la prise en charge d’une maladie. Ce n’est pas leur rôle.

Dans le cadre des fonctions régaliennes de sécurité on pourrait comprendre que l’État veille à ce que le pays dispose de stocks stratégiques suffisants. Comme il veille à avoir des stocks stratégiques de pétrole ou de munitions. Dans le cas qui nous occupe il s’assure que les masques, les tenues de protection, les gants, le soluté hydroalcoolique, les tests, les caméras thermiques et autres, les traitements (médicaments ou respirateurs) soient disponibles en abondance.

Il faut savoir que les politiciens ont leur intérêt propre. Il est donc incongru de leur confier la santé de leurs compatriotes ; ce qui signifie prise en charge médicale et surtout pas politique.

La Convention climat pénalisera les plus pauvres

Par Armand Paquereau
Convention climat

Par Armand Paquereau.

Les critères de sélection des 150 membres de la Convention Citoyenne par tirage au sort, parité hommes-femmes, origines sociales, catégories socio-professionnelles ne semblent pas avoir pris en compte la formation ou la capacité de chacun en matière de gestion économique ou écologique.

Il n’est donc pas étonnant que les propositions qui en ressortent, formatées par des encadrants ou des intervenants dont la neutralité n’a pas été garantie, présentent des incohérences, voire des impossibilités matérielles ou de financement.

Se tromper de problème

Cependant, il faut bien constater que le véritable problème de notre société n’est pas l’émission de CO2, puisque ce gaz est indispensable à la vie car à la source même de notre alimentation. C’est une source d’énergie renouvelable inépuisable tant qu’il y aura des plantes à chlorophylle dont la photosynthèse le transformera en hydrates de carbone grâce à l’eau, les minéraux du sol et l’énergie gratuite du Soleil.

Le vrai problème est l’utilisation des énergies fossiles qui ont mis des millénaires à se constituer et que l’on est en train d’épuiser en deux siècles. En cela, la Convention citoyenne a raison de se pencher sur tout ce qui tend à économiser cette précieuse énergie. Le problème est que chaque aspect de notre vie est inféodé à ces énergies fossiles : les transports, la chimie, l’agriculture, l’industrie, etc. ont appréhendé tout ce qui pouvait être inventé pour améliorer notre confort de vie sans jamais s’inquiéter de la pérennité de ces énergies.

Comme le secteur du bâtiment représente 44 % de l’énergie consommée en France, les 150 « sages » de la Convention ont bien entendu focalisé leur objectif sur la rénovation et l’isolation des logements : « Notre ambition est de passer d’une rénovation par petits gestes et à petits pas, à une rénovation globale, en multipliant par trois le rythme des rénovations. »

Ces bonnes intentions se heurtent bien évidemment à la capacité financière des citoyens à réaliser les travaux de modernisation et d’isolation. Le décret du mardi 31 mai 2016 assurait un garde-fou : pas d’obligation de travaux d’isolation si « le temps de retour sur investissement du surcoût induit par l’ajout d’une isolation, déduction faite des aides financières publiques, est supérieur à dix ans ».

Or il est évident que le retour sur investissement peut être beaucoup plus long : la loi permet à un bailleur d’augmenter le loyer de la moitié de l’économie de la facture d’énergie procurée par l’isolation du logement d’un locataire. Le calcul suivant donne une idée du retour sur investissement :

Les propositions de la Convention citoyenne semblent ne pas tenir compte du décret précité, puisque la mise en conformité doit intervenir avant 2030 pour les logements les plus énergivores.

Mais cette isolation pose d’autres problèmes : dans la majorité des cas elle n’est possible que de l’intérieur, par doublage des murs. Ce qui induit l’obligation de refaire toute l’installation électrique, voire également le chauffage par effacement et recouvrement des interrupteurs, des prises électriques et des tuyauteries. Dans ce cas, il devient plus opportun de démolir et de reconstruire… Quel propriétaire peut envisager cela ?

L’art de déclasser un logement

En affichant la consommation en énergie primaire en lieu et place de l’énergie finale consommée, on multiplie la consommation réelle par 2,58 (coefficient de l’énergie électrique).

Ainsi, un logement isolé selon les normes RT 2012, qui serait classé C selon la consommation en énergie consommée devient un logement énergivore classé F selon la consommation en énergie primaire, et pourra être considéré comme indécent suite à la loi du 17 août 2015 qui a ajouté la performance énergétique au décret du 31 janvier 2002 :

« Les logements privés dont les étiquettes appartiennent aux classes F ou G devront avoir fait l’objet d’une rénovation énergétique avant 2025. Cette obligation vise indifféremment les logements loués et ceux occupés à titre de résidence principale ou secondaire par leurs propriétaires » 

Cependant, le décret no 2006-1147 du 14 septembre 2006 prévoit  dans son Article R. 134-2 :

« Le diagnostic de performance énergétique comprend :

L’indication, pour chaque catégorie d’équipements, de la quantité annuelle d’énergie consommée ou estimée selon une méthode de calcul conventionnel ainsi qu’une évaluation des dépenses annuelles résultant de ces consommations […] »

Il n’est pas ici question d’énergie primaire !

On voit ici qu’un simple mot change totalement et injustement le classement d’un appartement. Ainsi tout logement chauffé à l’électricité, (mais l’application d’un coefficient pour les autres énergies peut être décidé dans la même discrétion) peut aujourd’hui être considéré énergivore, même si son isolation est au summum de la technique connue.

Cette spécificité doit faire réfléchir tous les propriétaires, qu’ils soient bailleurs ou propriétaires occupants : les propositions de la convention citoyenne pour le climat d’instaurer un bonus-malus sur la taxe foncière sont de nature à effrayer, de même que l’interdiction proposée de louer des logements classés F ou G à partir de 2028. D’ici là, la Convention citoyenne propose de bloquer les loyers pour cette classe de logements.

Dans un contexte où la vacance locative des logements approche des 10 %, il est bien évident que ces mesures coercitives seront de nature à l’aggraver. Cela s’ajoute aux problèmes que j’ai déjà évoqués relatifs aux difficultés rencontrées avec des locataires indélicats surprotégés par une réglementation sociale à courte vue et contribuera à une crise du logement exacerbée.

Par ces mesures, le gouvernement espère sans doute faire baisser le prix du foncier, mais cette baisse risque d’engendrer une diminution de l’impôt foncier supérieure au malus énergétique ainsi qu’une baisse des droits de cession et de succession. Pour les propriétaires soumis à l’IFI, leur nombre sera réduit, et leurs charges risquent fort de dépasser leurs revenus.

La Convention citoyenne n’a pas mis l’accent sur l’étalement de l’habitat : pour un nombre d’occupants identique, la consommation d’énergie est largement supérieure pour des logements séparés par rapport aux logements collectifs qui présentent une surface extérieure moindre. Le transport énergivore pour accéder à ces logements étalés est à prendre en compte dans le calcul des consommations énergétiques.

Le grand problème en France est que pour résoudre un problème, on envisage des mesures sans faire de prospective sur les conséquences diverses qui vont en découler.

Le bien faire se situe entre le vouloir faire et le pouvoir faire !

 

Qwant & StopCovid : même combat !

Par Yann-Mael Larher
qwant

Par Yann-Maël Larher.

Coûteux et inutile ? « Il n’y a aucune chance pour que cette application soit d’une quelconque efficacité ». Cette citation d’Eric Léandri, cofondateur et ancien président de Qwant à propos de l’application StopCovid pourrait s’appliquer au modèle d’innovation à la française et en particulier à son moteur de recherche qui peine toujours à convaincre malgré les sommes investies.

Dix millions d’euros de plus moyennant une refonte complète

Mis en ligne en 2013, Qwant annonce depuis son lancement ne pas tracer ses utilisateurs, ni vendre leurs données personnelles afin de garantir leur vie privée, et se veut neutre dans l’affichage des résultats. L’entreprise est pourtant au cœur de nombreux paradoxes.

En début d’année, la Caisse des Dépôts et Axel Springer, les deux actionnaires principaux de la société ont en effet accepté de re-injecter 10 millions d’euros moyennant une refonte complète de l’entreprise.

Le moteur de recherche français Qwant va ainsi licencier un quart de son effectif pour réduire ses coûts et se concentrer sur son principal service : son moteur de recherche. Pourtant en 2017, il annonçait l’embauche de 1000 personnes d’ici 2021. Aujourd’hui il en compte pourtant moins d’une centaine.

La « vie privée » : un argument fourre-tout

Surfant sur la vague des scandales relatifs aux atteintes à la vie privée, Qwant n’a pas réussi son pari et s’appuie majoritairement sur les services de tiers à l’instar de 100 % des images indexées qui proviennent de Bing Microsoft.

En réalité, l’argument de la vie privée ne fonctionne pas seul ! On confond trop souvent la protection des données personnelles et la vie privée. Ce n’est pas parce que nos données de navigation sont exploitées par un moteur de recherche ou un site internet que notre vie privée est menacée.

Inversement, un moteur de recherche peut protéger les données de navigation de ses utilisateurs et exposer la vie privée d’autres personnes dans les résultats de recherche.

Le respect des données oui, mais quid des usages ?

Si Google est si efficace, c’est grâce à l’analyse des données de navigation. L’utilisation des données de navigation rend les résultats plus efficaces pour tout le monde.

Si nos données de navigation sont sauvegardées par les moteurs de recherche ce n’est pas uniquement parce que nous sommes une partie du produit commercial mais bien aussi pour rendre le service intuitif. Les données rendent la navigation plus fluide et centrée sur nos préférences de recherche.

L’innovation technique n’est pas magique !

L’exemple de Qwant montre les lacunes du système d’innovation en Europe et particulièrement en France. Ce système n’est pas adapté au marché : il est trop consommateur de ressources, pas assez souple, trop centralisé et surtout obnubilé par la technique.

Si nos entreprises sont très compétentes sur les technologies déployées grâce à des ingénieurs nombreux, elles souffrent presque systématiquement d’une faible compréhension des marchés. Les institutions publiques qui soutiennent l’innovation ont également souvent tendance à sur-estimer le rôle de l’innovation technologique au détriment d’autres aspects.

Le manque d’ouverture aux sciences humaines empêche par exemple les organisations de comprendre toutes les dimensions économique, juridique, sociale, environnementale, sociétale… que recouvre chaque innovation. Cette situation nous empêche de développer tout le potentiel commercial de nos innovations.

Créer un environnement propice en Europe

En définitive, l’innovation est un concept large qui dépasse les aspects techniques. Au lieu de subventionner des services qui ne fonctionnent pas auprès du public (en 2017, Qwant affichait un résultat négatif de 8 583 200 euros), l’État pourrait créer un environnement réglementaire plus souple afin de permettre aux champions européens de prendre leur envol. Le vrai problème est que nous n’avons pas su poser les conditions favorables à l’éclosion de géants numériques européens.

Si l’on veut avoir une place dans l’économie numérique il faudra en tirer des leçons pour l’avenir, à l’instar de StopCovid que la France a voulu développer dans son coin. Si l’Europe n’aligne pas ses écosystèmes pour les traductions, la sécurité, la e-Santé, la Smart-City, l’intelligence artificielle et les contenus, tout cela se fera depuis la Californie, ou la Chine avec moins d’emplois en France et une dépendance numérique accrue.

Le coût de la pandémie : qui paiera ?

Par Thierry Benne
coût de la pandémie

Par Thierry Benne.
Un article de l’Iref-Europe

Les chiffres ne cessent de tomber, pas toujours cohérents mais tous plus angoissants les uns que les autres : 52 milliards d’euros de déficit pour la Sécurité sociale (commission des comptes de la Sécurité sociale : rapport du 16 juin), encore que ce chiffre paraisse bien insuffisant au regard des quelque 30 milliards que prévoit le Conseil d’orientation des retraites pour la seule branche vieillesse (Les Échos du 12 juin), auxquels il faut ajouter environ 27 autres milliards d’euros pour l’assurance-chômage selon la dernière prévision de l’Unédic (Les Échos du 18 juin).

Après avoir ravagé les corps, la pandémie dynamite nos comptes sociaux en asséchant leurs recettes à la suite notamment d’un confinement général imposé sur le territoire national tout entier, alors qu’une bonne moitié du pays n’a jamais connu les affres de l’Est et de l’Île-de-France.

L’impréparation de l’État, ses pénuries en masques, en blouses, en médicaments, en tests, en respirateurs, en lits, ses tergiversations électorales et ses nombreuses contradictions n’ont fait bien entendu qu’aggraver la situation. Le résultat s’est chiffré à plusieurs dizaines de milliers de morts, pratiquement tous des seniors.

Ce lourd bilan n’empêche pourtant pas un certain nombre de journalistes et de politiques de trouver que finalement les retraités s’en sont très bien tirés et qu’il convient dès maintenant de voir comment les mettre à contribution, entre autres : gel des pensions, nouvelle hausse de CSG, prolongation de la CRDS,  face aux déficits abyssaux annoncés.

Curieusement pourtant, pour l’assurance-chômage qui souffre peu ou prou des mêmes maux, à savoir une chute des cotisations, personne n’a encore proposé de rehausser les cotisations des salariés ou des employeurs, ce qui montre une fois de plus que les partenaires sociaux ne se mangent pas entre eux.

Retrouver le chemin de la raison

Quoi qu’il en soit, il faut rapidement mettre un terme à ce délire collectif qui sidère tout également la classe médiatique et la classe politique, dont les neurones sont en berne, incapables l’une comme l’autre de prendre le moindre recul, ni d’engager la moindre réflexion personnelle.

D’urgence, il faut quitter le domaine de l’émotion pour essayer de retrouver le chemin de la raison, en se hâtant de remettre (avant qu’elle ne disparaisse…) l’église au centre du village.

La pandémie est une maladie virale. Elle relève donc exclusivement du risque maladie et les autres branches de la Sécurité sociale n’ont absolument pas à assumer même accessoirement les embardées d’un risque qui leur est complètement étranger et sur lequel elles n’ont rigoureusement aucune prise.

C’est en effet au risque maladie d’assurer la veille et la protection sanitaires du pays et de lui donner les moyens de régir efficacement à toute agression virale, dont la récurrence se trouve déjà établie depuis quelques années.

Logiquement et sur le plan comptable, le coût de la pandémie ne peut donc être imputé même en partie aux deux branches de la vieillesse et du chômage, alors qu’il est largement dû aux carences de l’État dans sa politique sanitaire avant la crise et ensuite dans sa gestion même de la crise.

C’est ce que confirment pertinemment tant les écarts de mortalité relevés entre la France et l’Allemagne, que le fait que nous ayons dû transférer d’urgence des patients chez nos voisins faute de places suffisantes dans nos propres hôpitaux.

Si l’on estime toutefois que le fardeau est trop lourd pour le laisser à la charge de la seule assurance maladie, alors il faut le faire remonter à l’État défaillant et à lui seul et le faire financer par le contribuable, c’est-à-dire à parité par l’ensemble des contribuables, puisque par nature nos politiques et nos hauts fonctionnaires sont financièrement irresponsables ou presque de leurs actes comme de leurs carences.

Le coût de la pandémie relève du domaine de la santé

Notamment, il faut absolument éviter que les conséquences financières de l’incurie étatique observée puissent éclabousser au passage l’assurance-vieillesse et l’assurance-chômage, voire remettre en cause leur fragile viabilité économique.

Fiscalement déjà lourdement pénalisés par la majoration de la CSG (= pratiquement dès 2018 une semaine de pension en moins sur l’année), les 17,4 millions de retraités présentent – c’est vrai – le lourd handicap de n’avoir à l’inverse des salariés et des employeurs aucune représentation officielle.

Ce n’est pas pour autant qu’il faut leur coller sur le dos le manque de clairvoyance de notre monde politique et de notre coûteuse hiérarchie administrative. Rappelons sans prétendre à l’exhaustivité que, sur plusieurs décennies, tout ce petit monde a poursuivi avec autant de succès que d’aveuglement et d’acharnement :

1- La fermeture systématique des plus petites unités au grand dam des populations périphériques concernées, considérées au mieux comme des patients de seconde zone.

2- La suppression des lits dans les plus grandes (l’hôpital sans lit est l’un des grands fantasmes de nos élites financières publiques prodigues sur des tas de choses, mais incroyablement radines sur l’essentiel).

3- La pénurie des moyens matériels (masques, blouses, tests, médicaments, respirateurs etc.) obligeant nos soignants à organiser la récupération de sacs-poubelle pour compléter leurs protections individuelles.

4 – L’externalisation de nos molécules à l’étranger à cause d’une politique tarifaire indigente.

5 – Un numerus clausus imbécile, qui a efficacement tari le recrutement des médecins ; autre grand fantasme des élites précitées : la santé sans praticien prescripteur coûte en effet bien moins cher qu’un maillage médical correct du territoire, l’engorgement résultant des urgences étant passé par pertes et profits.

6 – La relégation en seconde division de la médecine de ville traitée avec une insupportable condescendance comme un parent pauvre de la politique sanitaire, alors qu’elle en est un maillon essentiel.

7 – Le mépris inadmissible envers les infirmiers, tant libéraux qu’hospitaliers, condamnés à des rémunérations indignes et à des horaires inacceptables, puisqu’ils n’appartiennent pas aux bruyantes phalanges de ceux qui ont le pouvoir de nuire et que leur haute conscience déontologique les empêche de faire grève.

8 – La prise de pouvoir, au sein de la santé et des hôpitaux, d’unités administratives pléthoriques et dépourvues de réactivité, qui ont largement démontré leur incapacité à gérer par temps de crise.

La défaillance du système de santé français

Même avec le peu de recul dont nous disposons aujourd’hui , tout citoyen peut déjà se demander comment il a été possible de mener depuis si longtemps une politique sanitaire aussi stupide, aussi pingre et aussi éloignée des priorités médicales que celle que nous ont opiniâtrement servie depuis des décennies une kyrielle de présidents de la République, de gouvernements, de majorités parlementaires et de hauts fonctionnaires, comme s’ils faisaient sur l’hôpital et la santé un abcès de fixation pour masquer leur incapacité congénitale et collective à réduire intelligemment la dépense publique.

Pour éviter qu’à la souffrance des corps et au deuil, s’ajoutent le dérèglement des esprits et le désordre des comptes, il est impératif que toutes les autorités et autres entités qui participent à la gouvernance des assurances chômage et vieillesse fassent dès maintenant clairement savoir à l’État qu’elles n’entendent pas endosser sur leurs finances une responsabilité qui n’est pas la leur.

En effet, on l’a vu, cette dernière relève uniquement de la défaillance de l’assurance-maladie. Si l’on veut ménager l’avenir, il faut absolument éviter :

  • De plomber ce risque de déficits qu’il serait indéfiniment incapable de financer.
  • Que ces déficits ne viennent comme des métastases contaminer et polluer tous les autres comptes sociaux.
  • Que le suivi et la résorption de ces déficits vertigineux ne deviennent rapidement intraçables en mobilisant les possibilités infinies d’une comptabilité publique malléable à merci entre les mains de Bercy.
  • De fausser indéfiniment toutes les comparaisons avec les années à venir.

Une seule solution claire et pertinente : centraliser dès cette année 2020 tous les coûts directs et indirects liés à la pandémie et le suivi de leur apurement progressif dans un titre particulier et exceptionnel créé à cet effet dans budget de l’État, lieu géométrique des toutes les incohérences, mensonges et imprévoyances publics.

Et bien entendu indemniser en conséquence toutes les victimes collatérales – assurance vieillesse, assurance-chômage en tête mais pas seulement – de tous les surcoûts et de tous les manques à gagner générés par la pandémie.

Ce n’est qu’à ce prix qu’on pourra rétablir progressivement et méthodiquement les équilibres fondamentaux, en segmentant clairement l’ordinaire et l’exceptionnel et en évitant ainsi de noyer dans le doute et l’approximation tous ceux qui attachent encore quelque importance à la lisibilité et à la véracité des comptes sociaux.

Sur le web

Liberté d’expression : une liberté pas comme les autres ?

Par Sabine Lula
liberté d'expression

Par Sabine Lula.

Même si la loi Avia vient d’être rejetée par le Conseil constitutionnel, le débat concernant la liberté d’expression est toujours au cœur de la société française. Aussi faut-il l’étudier sérieusement, et éviter de se laisser emporter par l’émotion.

Ces derniers temps, aussi bien dans la presse que dans les sphères intellectuelles, la liberté d’expression a fait couler beaucoup d’encre. Si en janvier 2015 tout le monde se plaçait en défenseur ardu et inébranlable de la liberté d’expression à grands renforts de Je Suis Charlie, force est de constater que cinq ans plus tard, la situation s’est dégradée.

Pétitions cherchant à interdire certaines conférences invitant des personnes « controversées », événements annulés car considérés comme offensants, voire menaces et violences à l’encontre des « malpensants », on constate une véritable crispation générale autour de cette thématique.

Condamner les gens pour ce qu’ils pensent ou disent : une absurdité

Beaucoup connaissent cette citation – bien qu’apocryphe – de Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrais jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » Ces valeurs exprimées ici, pourtant érigées longtemps comme un modèle à suivre, sont aujourd’hui remises régulièrement en question.

Cependant, ce n’est pas seulement du fait des autoproclamés « guerriers de la Justice sociale » (plus connus sous le sobriquet SJW), malgré le fait qu’ils prennent de plus en plus d’importance dans les sphères médiatique et universitaire, à un niveau d’absurde encore inégalé.

On peut également souligner le fait que, quel que soit le médium ou l’orateur, la remise en question des propos de l’adversaire passe de plus en plus par des attaques ad hominem, voire ad personam. Et ce, avant d’attaquer le fond du discours auquel on fait face.

S’il est toujours pertinent de dénoncer la vertu ostentatoire de certains, il convient de le faire correctement et de ne pas se résoudre aux mêmes bassesses que l’adversaire : le cas Camélia Jordana nous montre en quoi les attaques contre la jeune femme furent des erreurs de stratégie.

S’il était tout à fait idiot de sa part de dire que « tous les jours, des jeunes immigrés travaillant en banlieue se font massacrer par la police juste à cause de leur couleur de peau » (ce qui d’ailleurs, ne risque pas d’être confirmé de sitôt, vu l’interdiction des statistiques ethniques en France), il n’était pas pertinent de chercher à la museler en l’attaquant sur son enfance, ou sur sa situation de « bourgeoise déconnectée. »

C’est en effet reprendre la stratégie principale – mais non moins stupide – des SJW, interdisant la prise de parole à tous les « non-concernés » dans leurs luttes. À tel point qu’aujourd’hui, des événements interdits aux « hommes cis blancs », aux « non-racisés » fleurissent dans toute la France. En d’autres termes, une discrimination légitimée par la condition de soi-disant « victime de l’oppression ».

Bien qu’il soit difficile aujourd’hui de réfléchir (surtout dans les médias), attaquer les individus est contre-productif, et les censurer encore plus : cela les dresse, eux et leurs idées, au rang de martyr. On ne prend plus la peine d’écouter les arguments, on se concentre seulement sur la réception par le public de ceux-ci.

Pourtant, il est bon de rappeler que ce sont les idées qui forgent l’Histoire : démontrer par la logique qu’une idée est fausse, voilà le meilleur moyen de la décrédibiliser. Ce n’est pas en interdisant sa propagation qu’elle disparaîtra. Cela aurait sans doute l’effet inverse : dans un bel effet Streisand, elle prendrait de plus en plus d’ampleur, surtout à l’heure d’Internet.

Être rationnel et ne pas céder à l’émotivité, voilà sans doute le meilleur moyen de lutter contre la propagation d’idéologies mortifères fondées sur le ressenti et le ressentiment : combattre les idées par la logique, pas les personnes qui les professent par la passion.

Pas de liberté d’expression sans propriété

Cependant, il est difficile de se dire qu’on aurait véritablement le droit de tout dire, en tout lieu, et en toute circonstance. S’il est bien sûr inadmissible qu’on se prenne un coup de couteau, ou qu’on voie sa vie et ses réalisations ruinées pour une parole jugée « incorrecte », il semble que des limites se doivent tout de même d’être fixées.

Les limites que tentent d’imposer les législations liées au droit positif sont vouées à l’échec, car elles n’entrent dans aucun cadre parfaitement clair et objectif. La Loi Avia contre la « cyber-haine » en est un bel exemple : tout juste rejetée par le Conseil constitutionnel, la loi est considérée comme « une atteinte inadaptée au but poursuivi » contre la liberté d’expression.

Cette réaction était à prévoir : la loi voulant imposer aux différents sites disponibles en France le retrait de tout propos jugé comme « haineux » sous peine de lourdes amendes, on se serait vite retrouvé avec de la censure bien trop abusive et contre-productive. Qu’est-ce que la haine, exactement ? À coup sûr, une notion très subjective. Difficile alors de fonder tout un socle de loi autour d’un concept aussi flou.

D’autant plus que cette loi entrait en contradiction totale avec le principe d’un site Internet : le site a été fondé par quelqu’un, le site est donc la propriété de quelqu’un, bien que non matérielle. C’est donc à lui de décider de ce qu’il veut ou ne veut pas sur son site.

Pour donner un exemple plus concret, c’est équivalent à une synagogue qui interdirait tout propos glorifiant l’Holocauste au sein de sa bâtisse. Ou du propriétaire de sa maison qui refuserait que l’on colle des affiches sur sa façade, où qu’on l’insulte lui et sa famille tout en étant sur son terrain.

Ce n’est pas parce que la liberté d’expression est importante qu’elle peut justifier toutes les dérives : c’est au propriétaire de définir les comportements et les propos tolérables chez lui. Ce qu’aucune loi, ni aucune pression de la part des médias, ne devrait faire.

La liberté d’expression est donc certes toujours une liberté importante, voire même fondatrice des sociétés occidentales, mais il convient de la faire coïncider avec les Droits Naturels que sont les droits de propriété et de liberté. Dans le cas contraire, on ne pourrait qu’observer une récupération par le droit positif, une inflation législative, et in fine, une réduction progressive des libertés individuelles.

Histoire, économie, quotidien : l’ignorance tue

Par Johan Rivalland
ignorance

Par Johan Rivalland.

Il s’agit, de mon point de vue, d’un sujet intarissable, pour lequel nous aurions pu concevoir une série entière, voire écrire un ouvrage. Un sujet qui met en jeu la vie, les libertés, l’avenir, la fragilité de nos civilisations. Car dans tous les domaines l’ignorance sévit et emporte avec elle la raison, conduisant à des haines, guerres, destructions, polémiques inutiles et pertes de vies.

Plutôt que d’établir une longue recension, je me contenterai ici de n’évoquer que quelques exemples qui me viennent immédiatement en tête, dont certains pourraient bien avoir à voir avec l’actualité.

L’ignorance en Histoire

On peut penser à ceux qui déboulonnent des statues, qui pour beaucoup ignorent le passé, n’ont aucune connaissance véritable de l’Histoire ou l’examinent avec les yeux de l’idéologie (notons au passage qu’il n’est pas beaucoup proposé de débaptiser des rues Lénine ou Staline, par exemple) ou de la pure démagogie.

Et qui, par extension, pourraient aboutir à ce qu’on remette en cause tant de personnages et de faits historiques que l’Histoire elle-même serait emportée et viendrait à disparaître, et la culture avec elle.

En sous-estimant toutes les conséquences dramatiques que la perte de mémoire peut impliquer, en termes de connaissance, de valeurs, de capacité à tirer les leçons du passé pour ne pas reproduire les mêmes erreurs, et à s’appuyer sur les connaissances passées pour aider à bâtir l’avenir, au lieu de risquer de sombrer dans le nihilisme.

C’est bien connu, les nombreux jeunes Russes qui n’ont pas vécu le temps de l’URSS et louent des personnages comme Lénine ou Staline, semblent hélas bien ignorants de ce qu’ont pu vivre leurs aïeux.

Que dire, dans ces conditions, de ce qu’il en est en France ou ailleurs ? Et il ne s’agit pas là des seuls personnages inquiétants de notre histoire récente dont le retour en grâce semble fasciner les uns ou les autres ici ou là…

Il y a ensuite tous ceux, y compris politiques de premier plan, qui confondent l’Histoire et la rumeur, conduisant à des décisions aux lourdes conséquences. Les leçons de l’Histoire ne peuvent être tirées lorsque celle-ci est, en effet mal connue ou mal interprétée, fondée sur des statistiques ou des analyses défaillantes.

L’ignorance des faits

C’est bien l’ignorance des faits, des rapports pourtant publiquement commandés et disponibles, des prévisions et anticipations, qui ont conduit à la mascarade que nous avons connue lors de l’arrivée de la Covid-19. Catastrophe liée à l’impréparation, l’oubli, la bêtise, l’inconséquence. Confondante à ce niveau-là. Et qui se paye en tant de vies qui auraient pu être épargnées.

Et c’est toujours cette incroyable ignorance, au bout pourtant de plusieurs mois de tergiversations, qui conduit une grande partie de la population à douter de l’intérêt de porter le masque (regarder à partir de 1’58, le lien du premier sujet ne fonctionnant pas).

Les uns considèrent presque fièrement que ce n’est pas dans leur culture, les autres (allant un peu vite en besogne) que « l’épidémie est passée », d’autres encore agissent par goût du défi de l’autorité.

Il faut dire qu’à force de tergiversations, de contradictions incessantes, de privations de libertés peu de temps auparavant inimaginables, de surabondance d’informations (contradictoires) et de l’effet de lassitude qui va avec, les messages importants (qui auraient dû seuls être vraiment véhiculés) sont devenus totalement inaudibles.

Et pourtant, il n’y a pas plus évocateur que cette illustration que l’on m’avait envoyée durant le confinement qui, mieux que tout grand discours permet de comprendre l’intérêt de porter le plus souvent possible un masque, dans certaines situations, si on veut espérer endiguer la progression de cette pandémie :

Les Sud-Coréens, eux, peuple probablement plus mature, ne s’y trompent d’ailleurs pas (avec les résultats que l’on sait), et continuent de nous regarder avec des yeux stupéfaits.

L’ignorance est hélas la même lorsqu’il est question de vaccins, de poids des coutumes, de croyances ancestrales ou de traditions meurtrières (excisions, vente d’écailles de pangolin, dont les vertus présumées sur la santé continuent de circuler, et qui pourraient bien avoir eu un lien avec l’arrivée de la pandémie du Covid-19 si ce n’est d’autres maladies, etc.).

« Combattre l’ignorance ». Tel est l’objectif très louable que s’est donné Hans Rosling tout au long de sa carrière et, en forme d’accomplissement avant de disparaître, à travers le remarquable et très précieux Factfulness, dont je viens de débuter la lecture et que je vous présenterai à mon tour très prochainement. Il s’agit à mes yeux d’un livre fondamental, mettant en avant un état d’esprit à même de combattre efficacement les idées reçues.

L’ignorance au quotidien

Nos comportements au quotidien peuvent se révéler dangereux, voire mortels. Les effets des excès de la consommation de tabac n’ont pas toujours été connus, et la tendance naturelle de beaucoup est, même aujourd’hui, de sous-estimer ses effets, dans l’idée que cela arrive plutôt aux autres ou qu’on a le temps… Même chose certainement en matière d’alimentation.

L’alcool au volant, les jeux parfois dangereux des adolescents dans les cours de récréation ou ailleurs, sont d’autres tendances révélatrices de l’inconscience dont on peut parfois faire preuve, par simple négligence ou pour d’autres raisons, mais avant tout avec une part d’ignorance. Mais, loin de moi de justifier ici les arsenaux répressifs qui sont déployés en la matière, ce n’est pas le sujet. Simple constat.

L’ignorance conceptuelle

L’incapacité à comprendre l’autre est une source de bien des conflits et de bien des malentendus, qui conduisent, par excès de naïveté et surtout de prétention, à susciter le rejet de ce même pour quoi on se battait. Là encore, c’est l’ignorance qui est à l’œuvre.

En 2014, j’avais lancé une série intitulée « L’Enfer est pavé de bonnes intentions », qui comportait une vingtaine de volets et dont l’idée était de montrer comment l’ignorance des données fondamentales d’un problème conduit, en de nombreux domaines, à proposer de mauvaises solutions, toujours belles sur le papier mais en réalité perverses lorsqu’elles se trouvent mises en œuvre.

L’ignorance en économie

Nous savons que les Français haïssent l’économie. Ce qui n’aide pas, là encore, à avancer et paralyse moult initiatives, nous privant de nombreuses perspectives qui pourraient pourtant nous être bénéfiques. Mais nous savons aussi que la cause en est toute simple : les Français sont fâchés avec l’économie.

Et lorsqu’on est fâché avec le réel, alors, on est souvent tenté de se réfugier dans la magie. C’est tellement plus attrayant. Mais gare au retour des réalités… Malheureusement, là comme ailleurs, il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. Et généralement, on ne voit pas le lien entre les mauvais choix et leurs conséquences. Suscitant très généralement d’autres nouveaux choix allant dans le même sens et ne faisant qu’accroître le mal).

Pire encore, la méconnaissance jointe à la manipulation de certains est susceptible de conduire à la régression, si l’on n’y prend garde. Et nous pourrions bien tous nous en mordre les doigts durablement. Mais quand les stars s’en mêlent, sur ce sujet comme sur d’autres, alors que dire ?…

La dictature de l’émotion

On en voit tous les jours des exemples. L’écologie, ou plutôt l’écologisme en est le meilleur symbole de notre époque actuelle, suscitant des débats ou absence de débats trop passionnés pour que l’on puisse étudier les choses sereinement. Le pathétique prend alors la place de la raison et du sens des réalités. Là encore, des stars s’en mêlent et s’emmêlent, omettant au passage que ce n’est pas de la décroissance dont ils se font les hérauts que viendra leur propre avenir.

La connaissance est remplacée bien trop souvent par la dictature de l’émotion, bien plus pratique électoralement que la véritable réflexion de fond et de long terme sur les grands sujets qui engagent réellement l’avenir.

Lorsque ce ne sont pas les journalistes et les médias traditionnels qui donnent dans l’excès et la recherche du sensationnel, ce sont aussi ce que l’on surnomme les fake news diffusées via les réseaux sociaux qui jouent également leur rôle pervers dans cette dictature de l’émotion et la crédulité qu’elle suscite au détriment de la recherche de la vérité ou des faits établis.

Et la liste mériterait largement d’être complétée… Oui, l’ignorance tue. Si la connaissance est souvent imparfaite et qu’en la matière on cherche en permanence à progresser (n’étaient les perturbations de nature politique ou idéologique qu’elle subit hélas en permanence), le combat est loin d’être à armes égales.

La tentation est toujours vive de céder à la facilité, au sensationnel, à l’émotion, aux bons sentiments. Mais c’est loin d’être la meilleure voie à emprunter pour éviter la misère et la destruction.

La mondialisation : le meilleur remède contre la crise sanitaire

Par Justine Colinet
la mondialisation

Par Justine Colinet.

La mondialisation a souvent été accusée d’être la cause de la crise sanitaire, économique et sociale que l’humanité connaît aujourd’hui, plus particulièrement lorsque l’on parle de la rapidité de l’extension du virus, de la dépendance du monde envers la Chine, ou de l’incapacité du capitalisme à produire les équipements médicaux.

Les altermondialistes et autres écologistes ont pu également se réjouir de constater la baisse des émissions de dioxyde de carbone que les confinements et restrictions à travers le monde ont engendré. Implicitement, ce qui était en cause, c’est l’immense activité et le dense réseau d’échanges qui font circuler les hommes… et les maladies. La mondialisation est-elle pour autant une des causes de l’étendue qu’a pris la crise du coronavirus ?

Non, la mondialisation n’est pas une cause de la crise

D’autres épidémies se sont répandues très rapidement avant la mondialisation que nous connaissons actuellement, avant que les marchés et le tourisme ne s’étendent à toute la planète. Cela a été le cas pour la peste bubonique au XIVe siècle par exemple. Les virus n’ont jamais attendu le capitalisme ou l’industrie pour ravager les populations humaines aux quatre coins du monde.

Quant à la dépendance du monde envers la Chine, même s’il est vrai que la Chine exporte des milliers de marchandises partout dans le monde et représente une puissance économique incontestable, elle est tout aussi dépendante des autres pays du monde. La mondialisation permet de mettre chaque secteur en concurrence pour offrir des services variés et abordables pour tous.

En ce qui concerne les lacunes en termes d’équipements médicaux, c’est précisément la mondialisation qui permettra la coopération de milliers de scientifiques et d’industries pharmaceutiques pour contrer l’épidémie. C’est grâce à la mondialisation et à la concurrence qu’elle organise que des vaccins ou traitements antiviraux pourront être trouvés et circuler dans le monde et que la recherche avance.

L’ouverture des économies nationales sur un marché mondial, qui entraîne une interdépendance croissante des pays tout autour du globe, doit être perçue comme une solution pour lutter contre la crise du coronavirus, et non comme une cause de l’ampleur qu’a pris celle-ci. C’est bien en mobilisant les ressources de la planète que nous pourrons lutter de manière sérieuse contre la crise.

Les initiatives se sont développées partout sur la planète grâce à la mondialisation pour lutter contre le virus, pour organiser l’entraide, et pour gérer au mieux les répercussions directes.

La théorie qui s’y oppose est celle de la priorité de la souveraineté nationale. Mais les États en général n’ont pas anticipé le choc de la crise. Les pénuries que nous avons connues, comme les pénuries de masques ou de gels hydroalcooliques, résultent notamment de la défiance envers un marché que nos édiles sont incapables de contrôler.

Les innovations et la décentralisation des processus de recherche grâce à la mondialisation

Nous l’avons souvent entendu dernièrement : les pandémies ont touché le monde de tout temps. Si on nous laissait le choix de l’époque à laquelle nous aurions du subir une épidémie, nombreux d’entre nous choisiraient l’année 2020. Pourquoi ? Grâce aux innovations que la mondialisation a permis.

Certes, nous avons eu besoin de plus de respirateurs pour prendre en charge les malades et cela a eu des conséquences malheureuses, mais en 1950, le monde ne comptait qu’un seul respirateur en tout et pour tout. Nous pouvons lire le génome du virus en une semaine, ce qui n’avait jamais été fait avant 1995.

Les équipes de recherche, les entreprises pharmaceutiques et les autorités sanitaires, où qu’elles se trouvent dans le monde, ont pu entrer en contact, se concurrencer mais également collaborer et confronter leurs idées pour mettre au point notamment un test de dépistage en seulement six jours.

Il a fallu 3000 ans à l’humanité pour mettre au point des vaccins contre la variole et la poliomyélite, mais trois mois seulement après la découverte du Covid-19, la Bibliothèque nationale de médecine américaine a dressé une liste de 282 médicaments et vaccins potentiels.

Les avantages d’un monde ouvert sont nombreux, qu’il s’agisse de la recherche scientifique, de l’exportation de matériel ou de la communication entre les pays. Un autre exemple flagrant de ces bienfaits des économies ouvertes est la dépression économique causée par les fermetures de frontières, par le fait que nous ne nous rencontrons pas, que nous n’allons pas au travail, que nous ne commerçons plus ou moins, et que nous ne voyageons pas.

L’importance des sociétés ouvertes et des marchés libres

La mondialisation est le fruit du progrès humain. C’est ce progrès qu’il faut continuer d’encourager et de soutenir.

Nous devons impérativement être libres d’explorer de nouvelles connaissances, de nouvelles sciences et de nouvelles technologies pour en échanger les résultats entre eux, par-delà les sociétés et les frontières. C’est ce qui permet à chaque secteur d’innover et d’être efficace tant en termes de production que de partage.

Même si depuis toujours les crises déclenchent des mécanismes de peur ou de fuite qui poussent les autorités à fermer des frontières et à chercher des boucs émissaires,  nous devons nous battre pour des sociétés ouvertes et des marchés libres, avec des gouvernements limités qui protègent l’État de droit.

La dérive de l’antiracisme est une imposture de la pire espèce

Par Alain Laurent

Par Alain Laurent.

C’est entendu : colonialisme et racisme, esclavagisme sont de pures abominations. Et l’on peine à imaginer que jusque dans un passé proche, ils aient pu non seulement être pratiqués mais que la prétention à prendre possession d’une contrée et de ses habitants historiques ou à juger que ceux-ci étaient des êtres inférieurs transportables et exploitables à merci ait pu être légitimé.

Mais prétendre qu’en France, nous en serions encore hypocritement là et que cela se ferait au moyen de la violence policière et de discriminations institutionnelles est une imposture de la pire espèce.

Cette imputation actuellement si déclamée et bénéficiant de la complaisance des médias du politiquement correct relève d’une manipulation intellectuelle de grande ampleur : c’est bien plutôt d’une violence infligée à la vérité et la liberté au nom d’un prétendu antiracisme hystérisé qu’il s’agit.

La grande manipulation : et les violences anti-policières ?

Sur le plan des faits, l’actuelle incrimination de la police s’inscrit dans un contexte ancien de dégradation générale des mœurs marquée par la croissance exponentielle de faits impensables il y a une trentaine d’années : toujours plus d’incivilités, d’impunité et d’agressions délibérées envers les forces de l’ordre.

Dans certaines banlieues requalifiées de quartiers populaires ou sensibles, en réalité des enclaves de non-droit parfois en sécession, les policiers ne peuvent intervenir pour réprimer la violation des « règles de juste conduite » (Hayek) sans être violemment attaqués.

En particulier depuis 2016, pas une manifestation (grèves, Gilets jaunes) ne se passe sans que la simple présence de policiers et gendarmes ne déclenche insultes (« suicidez-vous ! »), jets de pavés et cocktails Molotov, barricades incendiées, pillages et parfois lynchages de personnels à terre : comment alors s’étonner que les agressés se dégagent, au besoin assez rudement (dernier exemple édifiant en date : la fin de manifestation des soignants aux Invalides le 16 juin).

Puis est venue l’accusation de racisme systémique à l’initiative d’un « comité Traoré » défendant un délinquant au passé judiciaire chargé et qui se rebellait, décédé dans des circonstances troubles – une mort attribuée au seul fait qu’il aurait été Noir !

Désormais, la coupe est pleine, tout rapprochement avec la situation américaine est aussi grotesque qu’abject et il faut rétablir la vérité : les bavures policières (rarissimes mais soigneusement montées en épingle) commises par des brebis galeuses touchent autant des personnes non-issues de minorités visibles que celles qui ne disposent d’aucun droit à ne pas être interpellées.

La plupart du temps, les policiers ne font que riposter à des violences dont manifestants et délinquants prennent l’initiative, ce qui ne peut se faire sans recourir à l’usage de la force.

Il faut enfin tordre le cou à la fake news voulant que la confiance ne régnerait plus entre la police et les citoyens, qui adhéreraient massivement au mot d’ordre des black blocs, « tout le monde déteste la police » : selon un récent sondage Odoxa, 76 % d’entre eux ont « une bonne opinion » de la police. En vérité, policiers et gendarmes sont eux aussi des « héros du quotidien », et quand ils ne sont pas là, place à la guérilla armée inter-tribale comme à Dijon entre le 13 et le 15 juin.

Qui sont et que veulent les prétendus  antiracistes ?

Comme est instructive la composition de la nébuleuse des contempteurs du racisme et de la violence policière : y voisinent indigénistes identitaires, islamistes de l’anti-islamophobie, offensés perpétuels, antifas (en fait des fascistes rouges), idolâtres de l’Autre, antilibéraux du NPA, des Verts et de la France Insoumise, flagellants de la repentance ne demandant qu’à s’agenouiller et intelligentsia du gauchisme multiculturel renforcés des habituels idiots utiles du showbiz.

Autant de courants idéologiques communiant dans le collectivisme, communautariste ou politico-économique, avides d’imposer anti-démocratiquement leur loi et d’en finir avec le capitalisme dont la police serait la servante zélée : leur commun anticapitalisme viscéral est à noter.

Leurs armes ? L’injection d’une « culpabilité raciale collective » (Rand) dans une société dévorée par la haine de soi, la généralisation abusive à outrance : une poignée de policiers sont en effet violents et racistes, donc toute la police est par essence raciste et violente.

Mais aussi la chasse aux sorcières, en censurant ce monument de la littérature qu’est Autant en emporte le vent, stigmatisant les grandes figures du passé européen décrétées esclavagistes et colonialistes, déboulonnant leurs statues (Colbert, Churchill, de Gaulle) et exigeant d’éradiquer leurs noms de l’Histoire, en occultant soigneusement l’existence d’un colonialisme esclavagiste arabo-musulman.

Et alors que l’on croyait bannis le mot et l’idée de race, cette engeance ressuscite les termes de Noir et Blanc dans un racialisme vindicatif vitupérant rageusement de supposés « privilège blanc » ou « suprémacisme blanc ».

De ce pseudo anti-racisme, adepte d’une terrifiante police de la pensée et pourfendeur de la liberté d’expression, le grand libéral Jean-François Revel avait dès 1999 dans La fin du siècle des ombres révélé la vraie nature :

« On se demande souvent quelle idéologie va remplacer le socialisme. Mais elle est déjà là, sous nos yeux : c’est l’antiracisme […] Comme toutes les idéologies, celle de l’antiracisme se propose non de servir ceux qu’elle prétend délivrer, mais d’asservir ceux qu’elle vise à enrôler […] Agissant par la terreur et non par la raison, cet antiracisme fabrique plus de racistes qu’il n’en guérit […] L’antiracisme idéologique, qu’il faut soigneusement distinguer de l’antiracisme effectif et sincère, attise les divisions entre les humains au nom de leur fraternité proclamée. »

Et c’est à Ayn Rand qu’il est revenu de voir dans le vrai racisme, celui qui sévit encore actuellement aux USA : « la forme la plus abjecte et la plus brutalement primitive du collectivisme. C’est le fait d’accorder une importance morale, sociale ou politique à une lignée génétique à laquelle un homme appartient, et de croire que ses traits intellectuels ou caractérologiques sont héréditaires […] Le racisme est la doctrine des brutes, conçue par et pour elles. C’est une version du collectivisme pour éleveur de bétail capable de différencier diverses races d’animaux, mais pas les animaux des hommes. »

Et de conclure :

« Il n’y a qu’un seul antidote au racisme : la philosophie individualiste, et son corollaire politico-économique, le capitalisme de laissez-faire. » Car « la plus petite minorité sur terre est l’individu » (« Le racisme », septembre 1963).

Soit tout l’opposé de l’antiracisme collectiviste qui tient présentement le haut du pavé !

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