Lateo.net - Flux RSS en pagaille (pour en ajouter : @ moi)

🔒
❌ À propos de FreshRSS
Il y a de nouveaux articles disponibles, cliquez pour rafraîchir la page.
Hier — 4 avril 2020Contrepoints

Les Autorités de santé et la mascarade des masques en rade

Par Johan Rivalland
masques

Par Johan Rivalland.

On nous l’avait pourtant assuré et répété de la manière la plus officielle : le port du masque ne sert à rien ou à pas grand-chose. Il est surtout utile à ceux qui sont porteurs du virus, pour diminuer les risques qu’ils le transmettent.

Mais pour tous les autres, et alors même qu’on reconnaissait qu’il existe des « porteurs sains », c’est-à-dire des porteurs qui s’ignorent car ils n’ont aucun symptôme, le masque était qualifié d’inutile.

Revirement stupéfiant, donc, aujourd’hui, lorsque les Autorités de Santé un peu partout changent officiellement de recommandation du jour au lendemain. Mais comment l’expliquer ? Intéressons-nous au cas de la France.

Une impréparation irresponsable

Il est vrai que, malgré tout ce qu’il aurait été possible d’anticiper, en France comme dans beaucoup d’autres pays, on était très mal préparés à l’arrivée d’un tel phénomène et d’une telle ampleur.

Et, contrairement à certains pays (d’Asie en particulier) où cela est inscrit dans les mœurs depuis longtemps, le port du masque n’est pas vraiment dans nos habitudes.

Cela dit, il ne nous a pas échappé non plus que des choix publics ont abouti à ce que le stock de masques dont notre pays disposait il y a une quinzaine d’années à peine a été divisé par dix depuis. Décisions malheureuses et graves de conséquences qui n’auraient pas dû avoir lieu si l’on tenait compte de ce qui était connu et pouvait donc être anticipé.

Des revues scientifiques du début des années 2000 alertaient en effet déjà sur l’arrivée très probable d’un tel type de virus et des conséquences que cela engendrerait.

Un rapport commandé à un certain Docteur Raoult, datant de 2003, mettait directement en garde nos gouvernants de l’époque contre l’impréparation dans laquelle nous nous trouvions face à l’arrivée d’un tel événement et les conséquences terribles que cela serait susceptible d’engendrer, comme en témoigne cet extrait d’article signé François d’Orcival dans le dernier numéro de Valeurs Actuelles :

On ne saurait mieux dire. Mais on ne connaît que trop la destination que prennent la plupart du temps les rapports d’experts une fois remis…

Des choix officiels guidés par la pénurie de masques

Ce qui a donc guidé surtout les décisions de nos gouvernants depuis le début de la crise, si l’on s’intéresse au cas de la France, est la gestion de cette pénurie causée par l’imprévoyance.

Il convenait, à juste titre, de donner la priorité à ceux qui se battent courageusement et très directement contre la maladie, c’est-à-dire les personnels soignants (et souvent avec les moyens du bord, hélas, en raison de l’imprévoyance, qui ne s’est pas limitée qu’aux seuls masques).

Ils ont d’ailleurs payé un lourd tribut dans cette terrifiante situation, comme le reconnaissent la plupart des Français, qui leur en sont infiniment reconnaissants.

Il y a eu aussi de multiples autres atermoiements et positions ambiguës, on le sait, sur d’autres questions, en particulier (et nous retrouvons ici, en première ligne, le professeur Raoult dont il était question plus haut) au sujet de l’hydroxychloroquine. Mais restons concentrés ici sur les masques.

Certes, disions-nous, il était primordial, face à la panique, de penser en premier lieu aux personnels médicaux et de tenter de diriger vers eux en priorité les trop rares arrivées ou déstockages de masques de protection (très obéissant et compréhensif, je n’en ai d’ailleurs toujours personnellement aucun, bien que je constate avec un peu d’étonnement à chaque fois que je sors que la plupart des gens en sont pourvus).

Et pour éviter les prises d’assaut (on n’ignore pas cependant que de nombreux vols ont été constatés dès les premières semaines de ce qui n’était pas encore officiellement une pandémie), il semble que nos « autorités compétentes » n’aient pas hésité à recourir à l’argumentation que nous évoquions en préambule au sujet de l’inutilité du port du masque.

Avec la complicité, semble-t-il là encore, de nos chers médias. En témoigne cette révélation que nous avons pu entendre ces tous derniers jours :

Pour Marina Carrère d’Encausse, on a menti sur l’utilité des masques « pour une bonne cause »

Le problème de l’indépendance des médias

À moyen terme, une fois la crise derrière nous, cela posera d’ailleurs de nouveau le problème de la confiance des Français dans leurs médias traditionnels. On sait que leur image était déjà assez dégradée et que la confiance à leur égard n’était pas vraiment au plus haut.

Fallait-il donc mentir ? Pour la bonne cause ? Cela rappelait, au passage, le fameux épisode du nuage radioactif de Tchernobyl, en 1986, dont on nous avait assuré que, comme par magie, il avait contourné la France.

Mais jamais plus on ne nous y reprendrait, non. Nous avions, bien sûr, retenu les leçons de cette époque ancienne où nous n’étions pas encore mûrs pour comprendre et admettre. La bienveillance de l’État, bien sûr…

Et pourtant, les choses n’ont pas autant changé que nous pouvions l’imaginer. Face aux cris d’alertes de certains personnels soignants, nos meilleurs experts tentaient de nous rassurer.

Et dans ce contexte, nous y revenons, inutile de songer à porter un masque – on nous le répétait –, si on n’était pas malade. C’est donc bien la vérité officielle qu’il convenait de défendre, dans un but salutaire, afin de gérer la pénurie et d’éviter de mettre le pays à feu et à sang.

Une gestion de crise improvisée face à un événement d’ampleur prévisible mais non prévu et auquel il fallait bien répondre d’une manière ou d’une autre… Mais surtout une bien mauvaise surprise et une perte de confiance qui ne tardera pas à poindre lorsque les effets immédiats de ce cataclysme s’atténueront, puis retomberont ; en attendant, la cote de popularité de notre Président est au plus haut, de nombreux Français étant en attente d’autorité, quel qu’en soit le prix immédiat – et peut-être à venir – sur leurs libertés.

Des revirements stupéfiants

Et voilà donc qu’aujourd’hui nous apprenons officiellement que le port du masque est à présent fortement recommandé (mais où en trouver ?). Dans certains pays (ici très prochainement ?), il devient même obligatoire.

En Autriche, ils sont même distribués gratuitement à l’entrée des supermarchés. Et on semble découvrir que le masque protègerait bien mieux qu’on ne le pensait.

Mais ne serait-ce pas plutôt qu’il devenait de plus en plus difficile de le cacher ? Comme en témoigne cette vidéo qui a beaucoup circulé via les réseaux sociaux et dont j’ai retrouvé un extrait plus court via internet :

https://www.lalibre.be/international/asie/plongee-dans-les-rues-de-hong-kong-voici-comment-on-arrive-a-contenir-l-epidemie-ici-sans-confinement-5e874c617b50a6162b00acb9

Il faut reconnaître que nous évoluions aussi dans une part d’inconnu et que la compréhension des mécanismes de diffusion du virus progresse chaque jour un peu plus.

Cependant, jusque-là il était bel et bien question de transmission du virus via les gouttelettes émises dans les postillons, et pas forcément visibles à l’œil nu. Ce qui justifiait déjà très largement et sans conteste le port du masque, qui ne pouvait que – en toute logique – être considéré comme absolument indispensable.

Dans ces conditions, ce qui est présenté comme une surprenante nouvelle aujourd’hui ne fait que conforter encore plus ce qui paraissait être une évidence, au-delà des vérités officielles qui nous ont été servies en désespoir de cause.

Une information extrêmement importante qui corrobore totalement l’importance primordiale que n’aurait jamais dû cesser d’avoir le port du masque. Et qui révèle à quel point l’imprévoyance passée est coupable.

La mascarade des masques restera de manière plus évidente encore, l’un des plus grands scandales que nous ayons connus et dont on parlera pendant très longtemps. Et le symbole d’une imprévoyance qui nous laissera longtemps songeurs.

Pour Macron, la gestion de crise devient le grand soir antilibéral

Par Florent Ly-Machabert
capitalisme

Par Florent Ly-Machabert.

Après le procès, à fleurets mouchetés, que le président Macron a commencé de faire à la mondialisation dans son adresse aux Français du 12 mars, c’est au tour de son ministre de l’Économie, Bruno Le Maire de revendiquer sur BFMTV ce lundi 30 mars rien moins qu’un grand soir politique et économique résolument illibéral :

Il faut un nouveau capitalisme, plus respectueux des personnes, plus soucieux de lutter contre les inégalités et plus respectueux de l’environnement.

C’est donc à présent tout l’exécutif – on pourrait en effet y ajouter le récent et surréaliste appel aux dons du ministre de l’Action et des Comptes publics1 pour qu’entreprises et particuliers fortunés contribuent au financement de la lutte contre l’épidémie – qui ne se cache même plus d’employer une rhétorique franchement anticapitaliste, aux seules fins d’allumer un contre-feu contre sa propre incurie en matière de gestion des deniers publics – et son inaction – et contre ses évidentes maladresses politiques dans la gestion de la crise sanitaire actuelle.

Bien qu’offrant une opportunité de recentrer l’État sur ses fonctions régaliennes pourtant délaissées2, le virus a violemment déchiré le voile derrière lequel ce gouvernement cachait des ressorts idéologiques profondément collectivistes, c’est-à-dire antilibéraux, alternant ou combinant socialisme et écologisme sous des oripeaux, avouons-le, qui auront parfois berné jusqu’aux libéraux eux-mêmes.

N’en prenons pour preuves, pour l’année 2019, que le taux de prélèvements obligatoires, impôts, taxes et cotisations sociales pour plus de 1000 milliards d’euros qui atteint désormais 46 % du PIB de la France, celui des dépenses publiques 56 %, ou encore le nombre de réglementations et de fonctionnaires : notre État est obèse et Emmanuel Macron n’a rien fait depuis 2017 qui aille dans le sens du régime minceur qui s’impose pourtant à lui avec une acuité rarement atteinte.

Comme Sarkozy – qu’on taxait aussi, au passage, de « néolibéral » – face à la crise des subprimes, Macron, qui a déjà actionné en décembre 2018 une petite relance budgétaire keynésienne estimée entre 10 et 14 milliards d’euros en réponse aux Gilets jaunes, en lancera une autre, plus vaste, peut-être concertée à l’échelle de l’Union européenne, contre les effets économiques du confinement qu’il a décrété le 17 mars.

Les diatribes de Bercy contre le versement de dividendes cette année3 par les entreprises cotées en Bourse, l’agitation de l’épouvantail de la nationalisation d’entreprises « stratégiques » (constructeurs automobiles, banques, compagnies aériennes ?), le contrôle par décret du prix du gel hydro-alcoolique, la réquisition manu militari4 des stocks de masques ou encore les coups de menton du Président de la République jouant son Bonaparte au Pont-d’Arcole devant une tente militaire à Mulhouse d’où il annonce « un plan massif d’investissement pour l’hôpital public » tentent mal de dissimuler combien l’État tient grâce aux efforts du secteur privé et de pays beaucoup plus soucieux que nous de l’argent public que, dans cette crise sanitaire très grave.

Il est irresponsable de la part de Bercy de plaider, dans une formule que certains marxistes, qui s’y connaissent en humanité, pourraient ne pas renier, pour un « capitalisme à visage humain » quand les solutions hydro-alcooliques et les masques FFP2 sont offerts par les groupes de luxe (LVMH, Pernod Ricard…), les respirateurs fabriqués à marche forcée par des industriels automobiles ou gaziers (Air Liquide en Europe, Ford et General Motors aux États-Unis), les masques intégraux fournis par Decathlon (groupe Auchan) et les tests de dépistage mis au point par les biotechs !

Qu’est-ce que le libéralisme sinon cette philosophie du droit prônant la liberté et la responsabilité individuelles, la propriété et la subsidiarité sans lesquelles toutes ces entreprises, qui n’ont aucun lien avec l’État5, n’auraient pu ni voir le jour, ni apporter leur précieuse contribution dans la tempête sanitaire ?

Et que dire des cliniques privées dont les lits de réanimation sont boudés au profit d’opérations hospitalo-militaires, à grand spectacle et au coût faramineux, 600 000 euros environ pour le transfert en hélicoptère d’un seul malade en réanimation, consistant à déplacer des centaines de malades inconscients d’un hôpital public à un autre ? Des laboratoires de ville à qui on a refusé le droit de pratiquer des tests faute d’autorisation ?

Comment occulter, enfin, que si l’Allemagne, qui compte pourtant, à dépenses de santé équivalentes6, une fois et demie plus de contaminés que nous mais un taux de mortalité sept fois plus faible7, peut se payer le luxe de nous fournir des respirateurs et d’accueillir plusieurs de nos malades, le tout sans confinement généralisé, c’est qu’elle a de réelles marges de manœuvre budgétaires8 et une stratégie de crise transparente, méthodique, préparée, à base de masques et de tests pour tous, bien relayée par leur gouvernance fédérale et sans vains effets de manches anticapitalistes ?

Mais l’Allemagne, il est vrai, se souvient peut-être mieux que d’autres du prix des idéologies illibérales et la Chancelière Merkel9, qui a grandi dans l’ancienne Allemagne de l’Est communiste, plus que personne.

  1. Le même Gérald Darmanin nous a assurés que c’est grâce à sa bonne gestion des finances publiques depuis 2017 que la France va pouvoir amortir cette crise.
  2. Justice, défense extérieure (armée) et diplomatie, sécurité intérieure (police), Trésor public, auxquelles on peut adjoindre santé et éducation pour lesquelles d’efficaces alternatives privées ont fait leur preuve.
  3. Conditionné par la non perception d’aides issues du plan de secours gouvernemental.
  4. Stricto sensu, puisqu’au moment où nous écrivons ces lignes, un contingent de l’armée est déployé devant la principale usine française de masques…
  5. Contrairement d’ailleurs à toutes celles que l’État ne s’interdit pas de nationaliser
  6. 11,2 % du PIB d’après l’OCDE en 2018.
  7. Selon Johns Hopkins au 30 mars 2020.
  8. 2 % du PIB d’excédent public (contre -3 % pour la France) d’après le FMI (2018).
  9. Discours du 18 mars 2020.

L’État appelle aux dons : bientôt une fiscalité consentie ?

Par Benjamin Faucher
dons

Par Benjamin Faucher.

Le mardi 31 mars, le ministre de l’Action et des Comptes publics Gérald Darmanin a annoncé la mise en place d’une plateforme qui permettrait à n’importe quel citoyen ou entreprise de  faire un don afin de soutenir les travailleurs indépendants et les petites entreprises qui vont avoir à souffrir de la crise économique causée par les mesures prises pour lutter contre la pandémie de Covid-19.

L’opposition s’est empressée de railler cette annonce, dénonçant une incohérence pour un gouvernement qui a choisi de supprimer partiellement l’ISF il y a quelques années.

Dans un pays où le taux de prélèvements obligatoires se rapproche dangereusement de la barre des 50 % du PIB ces dernières années malgré un budget sans cesse en déficit et une dette quasiment à 100 % du PIB, où les taxes de production étouffent la compétitivité des entreprises, cette annonce a de quoi faire grincer des dents. A quoi donc peut bien servir tout cet argent prélevé aux ménages et entreprises?

Paradoxalement, c’est dans cette situation qu’un budget annuel de l’État au moins équilibré sinon excédentaire aurait été utile. Rappelons que même pour Keynes, ardent défenseur de la relance budgétaire d’État, le but était d’avoir une politique contra-cyclique : dégager des excédents en temps normal pour faire face aux périodes de vaches maigres ou aux « cygnes noirs » pour reprendre le vocabulaire de Nassim Nicholas Taleb.

Toutefois, on ne peut pas nier que cette nouvelle pratique de solidarité est intéressante et pourrait initier une petite révolution dans l’art de la fiscalité. Cette pratique qui remet en effet le citoyen au centre de la décision politique, est une véritable preuve de maturité pour une démocratie et donnerait un véritable sens à la notion de consentement à l’impôt.

La proposition du ministre n’est pas très claire, mais nous pouvons espérer (naïvement ?) que la plateforme permettra aux citoyens de choisir à quelles entreprises ils souhaitent donner. Faire tomber ses dons dans une boîte noire gérée par les bureaucrates de Bercy tuerait la philosophie de cette mesure.

Les réactions de l’opposition sont déplorables mais malheureusement prévisibles. Ainsi Mélenchon a-t-il tweeté

« #Darmanin fait la manche au lieu de rétablir l’ISF. C’est un test pour mesurer la capacité d’indignation du pays ? ».

Cette contestation du don spontané témoigne d’une philosophie bornée de la solidarité qui peine à cacher sa détestation crasse des riches : celle-ci doit passer nécessairement par l’État et être punitive. Car pour cette gauche, le rôle de l’impôt est moins d’apporter des ressources à l’État que de réduire les inégalités en nivelant par le bas.

L’impôt volontaire permet également de révéler l’hypocrisie de ceux qui appellent à la solidarité sans y participer. Il est aisé de réclamer des taux d’imposition élevés quand il s’agit d’un débat lointain dont les conséquences ne sont pas supportées par ses défenseurs ou invisibles.

On retrouve ici les quatre façons de dépenser l’argent exposées par M.Friedman dans son ouvrage Free to choose. Les partisans de l’impôt forcé veulent que l’argent des autres soit dépensé par d’autres, générant gaspillage et inefficacité. Face à eux, ceux qui défendent l’impôt volontaire veulent gérer l’argent qu’ils dépensent eux-mêmes, conduisant à des conduites vertueuses d’économie et de bonne gestion.

La logique était la même lorsque la semaine dernière le groupe Pasteur Mutualité avait proposé que les salariés donnent leurs jours de RTT aux soignants qui sont en première ligne. Des réactions similaires avaient été observées : visiblement, il est plus facile de défendre la solidarité d’autrui la main sur le cœur que de la pratiquer soi-même.

Moi, simple crayon « made in world »

Par Alain Madelin
crayon

Par Alain Madelin.

Un nouveau label Made in France ou plus exactement Origine France garantie vient d’être dévoilé. Ayant pour ma part toujours roulé dans une voiture française par fierté de nos marques nationales, privilégiant volontiers aussi le Made in Breiz, par attachement à l’identité bretonne, je ne peux que trouver sympathique cette démarche patriotique.

Il serait pourtant abusif de tirer des leçons économiques de cette forme de  préférence nationale. Un achat à l’étranger n’est pas une perte d’emploi mais un déplacement d’emploi d’une entreprise française à une autre.

Depuis belle lurette, tous nos produits sont Made in world. Rien n’illustre mieux cette réalité que le petit essai de l’économiste américain Leonard Read, Moi, simple crayon.

Je suis un crayon noir, le crayon de bois ordinaire que connaissent tous ceux qui savent lire et écrire… Moi le crayon, aussi simple que je paraisse, je mérite votre émerveillement et votre respect…

Simple ? Et pourtant pas une seule personne à la surface de cette Terre ne sait comment me fabriquer.

Et d’énumérer tout ce qui entre dans la fabrication d’un crayon.

Le bois de cèdre d’Oregon. Tout le travail des bucherons – du campement qui les loge à leur ravitaillement – les scies et les haches, les camions et les trains qui assurent la coupe et le transport (jusqu’aux machines complexes de la scierie). Comment le graphite d’une mine de Ceylan est produit, transformé puis transporté jusqu’au crayon qui s’ébauche.

Et de décrire aussi le long processus qui permet de fabriquer, à partir des mines de zinc et de cuivre la virole en laiton au bout du crayon qui retient une gomme elle-même produite par l’interaction du chlorure de soufre avec de l’huile de graine de colza provenant d’Indonésie.

Et l’histoire des six couches de laque qui recouvrent le crayon, celle de la marque imprimée…

Ce sont au total des millions d’êtres humains qui participent sans le savoir à la création de ce simple crayon, qui échangent et coordonnent leur savoir et leur savoir-faire dans le cadre d’un système de prix sans qu’une autorité supérieure ne dicte leur conduite.

Ce texte date de 1958.

Depuis, la mondialisation et la mutation de nos économies vers la société de la connaissance n’ont fait bien entendu que renforcer cette interdépendance. Mais notre façon d’appréhender le réel reste encore fortement marquée par un appareil statistique conçu pour mesurer les échanges de biens physiques de la société industrielle. Or, derrière la crainte de la désindustrialisation ou les peurs des délocalisations, la réalité, c’est l’internationalisation de l’économie et l’interpénétration de l’industrie et des services. La frontière entre industrie et services s’estompe. Au lieu de vendre un bien, on vend de plus en plus un service. Les industriels se font commerçants, les commerçants se font industriels.

Une nouvelle catégorie d’entreprises apparait, les « sociétés plateformes » qui conçoivent leurs produits, maîtrisent leurs marques, vendent partout dans le monde et remplacent leur activité de production par une sous-traitance optimisée à l’échelle de la planète.

Apple en est un bon exemple. Prenez un iPhone, comptabilisé 179 dollars dans les statistiques américaines des importations en provenance de Chine. Une récente étude universitaire réalisée au Japon (Yuquig Xing et Neal Detert) a décomposé le processus de fabrication et la chaîne de valeur. Si la 3G, le Bluetooth et les composants audio sont Made in USA, la mémoire flash et l’écran sont produits au Japon, le processeur et ses composants sont coréens, le GPS, la caméra et le Wifi viennent d’Allemagne. L’assemblage final en Chine ne représente que 6,5 dollars soit 1,3 % du prix de vente aux États-Unis !

Ce que l’on voit, c’est un déficit commercial apparent de 1,9 milliard pour les États-Unis avec l’iPhone.

Ce que l’on ne voit pas, c’est la captation de l’essentiel de la valeur créée par les Américains.

Derrière le film catastrophe de la désindustrialisation que la France aime se projeter, la baisse de nos effectifs industriels a deux causes essentielles.

D’une part, l’externalisation des fonctions de service (gardiennage, nettoyage, cantine) autrefois comptabilisées dans les emplois industriels et passées aujourd’hui dans les services.

D’autre part, la hausse de la productivité dans l’industrie : moins d’emplois et moins d’argent sont nécessaires par unité produite. L’influence des délocalisations reste marginale.

D’ailleurs, tous les rapports convergent pour montrer que les délocalisations sont globalement favorables à la croissance économique et à l’emploi. Elles sont favorables à la croissance économique et donc à l’emploi tout comme le progrès technique. Il n’y a pas de différence entre une main-d’œuvre chinoise peu chère et un robot industriel ! L’Allemagne est devenue le premier exportateur de biens de haute technologie devant les États-Unis, à partir des mêmes facteurs de production que la France (même monnaie et même coût du travail).

Il ne faut pas se tromper de combat et prétendre défendre nos emplois, face aux pays à main-d’œuvre bon marché, en comprimant les salaires, en subventionnant les emplois peu qualifiés par d’artificielles baisses de charges tout en décourageant le capital et en surfiscalisant les emplois qualifiés. Le mariage réussi du Made in world et du Made in France, c’est celui de la créativité et de l’investissement.

Article initialement publié en mai 2011.

A lire aussi : Moi, le Crayon.

La Russie face au coronavirus : quelle réalité ?

Par The Conversation
russie

Par Anna Colin-Lebedev1.
Un article de The Conversation

Deux actualités se chevauchent en Russie en ce début d’avril 2020 : la réforme constitutionnelle, où bon nombre d’analystes voient un nouveau verrouillage du système politique, et l’épidémie de Covid-19 qui testera la résistance de la société russe, comme elle le fait pour d’autres pays du monde.

Si la politique extérieure de Moscou et la gestion autoritaire poutinienne sont souvent au centre de notre attention, la situation sociale du pays et la vie quotidienne de ses habitants sont relativement peu connues. La Russie est-elle prête, médicalement, socialement et politiquement, à faire face à l’épidémie ? La crise sanitaire renforcera-t-elle ou fragilisera-t-elle le pouvoir ?

Fragilité du système médical

Les failles du système médical russe sont malheureusement nombreuses à l’aube de la crise sanitaire du Covid-19.

La Russie a hérité du système soviétique de nombreux points d’accès aux soins, un système hospitalier et un réseau de suivi médical de la population développé, mais aussi un retard considérable dans les techniques médicales.

Bien que la santé publique n’ait pas été la préoccupation première du régime, le pouvoir russe a conduit des réformes qui ont drastiquement réduit le nombre de structures médicales, divisé par deux entre 2000 et 2015, ainsi que le nombre de lits.

Les soins ont été recentrés sur les hôpitaux de grande taille, sans cependant leur assurer un équipement correct, et sans donner une rémunération acceptable aux médecins qui doivent souvent cumuler plusieurs postes pour joindre les deux bouts.

Des démissions collectives d’équipes médicales ont été nombreuses et très relayées par les médias. Certaines régions russes sont devenues des déserts médicaux, comme le soulignent des rapports indépendants sur l’accès aux soins en Russie.

Mis à part quelques structures d’excellence concentrées dans les plus grandes villes, l’essentiel des hôpitaux russes se trouvent dans un état de délabrement saisissant : 14 % des bâtiments à usage médical sont en mauvais état, 30,5 % n’ont pas l’eau courante, 52,1 % n’ont pas d’eau chaude, 41,1 % pas de chauffage central, 35 % ne disposent pas du tout-à-l’égout.

Sur le papier, les capacités médicales russes peuvent faire envie aux pays européens, avec un nombre de lits et de respirateurs très satisfaisant. Cependant, la réalité risque d’être différente.

Ainsi, en 2018, les organes de contrôle publics alertaient déjà sur le manque de capacités en hospitalisation et réanimation, les moyens disponibles étant insuffisants pour faire face à l’épidémie de grippe saisonnière. Soixante régions (sur 84) manquaient de lits en réanimation, 22 régions ne disposaient pas d’appareils ECMO, 10 régions ne disposaient pas d’équipement de laboratoire permettant de diagnostiquer la grippe.

Aujourd’hui, les médecins alertent massivement sur le manque d’équipements de protection à l’heure où la Russie expédie du matériel médical en Italie. Dans de grands hôpitaux, le personnel médical est invité à coudre ses propres masques ; les équipes des ambulances ne disposent pas de tenues de protection ; les simples thermomètres sont des produits rares dans les services. Les médecins, dont les compétences en infectiologie sont généralement solides, risquent d’être débordés, plus encore qu’en Europe, par une infrastructure insuffisante.

Une faible confiance dans l’État

Au-delà de l’état du système de santé, la situation sociale jouera aussi un rôle dans la résistance du pays à l’épidémie. La protection sociale que l’État russe offre à ses citoyens est depuis des décennies défaillante. Face à une situation de chômage, d’invalidité, de maladie grave ou chronique, les Russes savent qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes et leurs proches.

Les salariés russes, notamment dans le secteur privé, sont très peu protégés vis-à-vis de leur employeur qui peut leur imposer des conditions de travail dangereuses. Beaucoup retourneront travailler, ne pouvant pas se permettre de risquer de perdre leur travail ou une partie de leur rémunération, dans un contexte où les revenus réels des Russes baissent depuis plusieurs années d’affilée.

25 % des Russes ont ainsi continué à travailler pendant la semaine de débrayage obligatoire imposé par l’État, forcés par leur employeur. Le respect des mesures de confinement à venir risque d’être très partiel, en raison de la nécessité de travailler et d’un manque de confiance – certainement justifié – dans les filets de la protection sociale.

Même si des mesures de contrôle drastiques étaient introduites, il ne fait pas de doute que les pratiques informelles et corruptives, très importantes en Russie, permettraient à beaucoup d’échapper aux règles sanitaires.

Un troisième facteur, plus politique, risque d’aggraver encore la situation : le manque de confiance dans les autorités publiques. Contrairement à ce que laisseraient penser certains chiffres de soutien à Vladimir Poutine, les Russes sont méfiants à l’égard leurs dirigeants.

En septembre dernier, près de 40 % des Russes ne faisaient pas confiance à leur président, et plus de 60 % ne faisaient pas confiance aux pouvoirs régionaux ou locaux. Les taux de défiance étaient de près de 70 % pour le gouvernement et le parlement, de plus de 60 % pour la police.

Accoutumés, depuis la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, aux mensonges des pouvoirs publics sur les catastrophes sanitaires, les Russes sont – et risquent de rester – en majorité méfiants à l’égard des informations officielles qui leur sont données sur le coronavirus.

La faible transparence des autorités russes leur donne sur ce point raison. Ainsi, le VIH, problème épidémique majeur en Russie, est occulté depuis des décennies. Beaucoup de Russes ont pris la mesure du problème récemment grâce à un jeune blogueur ayant brisé le tabou. La méfiance des Russes vis-à-vis de leurs autorités politiques risque d’encourager la circulation de rumeurs et le contournement des mesures sanitaires.

Le documentaire de Iouri Doud.

La légitimité du pouvoir mise à l’épreuve

Quel sera l’impact de la crise sanitaire sur le pouvoir politique russe ? La situation épidémique risque de renforcer la dynamique de fermeture que connaît la Russie depuis plusieurs années. Elle peut servir de prétexte à un raidissement du pouvoir et à une accentuation des logiques autoritaires justifiées par la situation de crise. Les rares protestations contre le changement constitutionnel risquent d’être balayées par l’épidémie.

La crise sera un test pour les autorités locales. Dans un État russe fédéral sur le papier, Moscou a placé ces dernières années des politiciens loyaux, parfois sans attache locale, à la tête des gouvernements régionaux. Leur capacité à imposer des mesures sanitaires, à obtenir la confiance des citoyens et à juguler les logiques corruptives sera différente d’une région à une autre.

Cependant, si la crise sanitaire prend de l’ampleur et met à nu les défaillances de l’État social russe, son impact risque de déstabiliser le pouvoir en général. Ce dernier, qui s’appuie depuis plusieurs années sur une rhétorique de puissance et de grandeur, prend le risque de montrer l’extrême faiblesse de son système social, dans une crise qui rend chaque Russe vulnérable dans ce qu’il a de plus intime.

Ayant investi dans sa puissance internationale et la protection des intérêts russes à l’extérieur de ses frontières, plutôt que dans la protection et le soutien de ses propres citoyens, la Russie risque de payer ce choix au prix fort.


Sur le web

  1. Enseignante-chercheuse en sciences politiques, spécialiste des sociétés postsoviétiques, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières.

Chine : épidémie ou pas, la propagande continue

Par Vladimir Vodarevski

Par Vladimir Vodarevski.

Le président Trump fait à nouveau parler de lui. Cette fois, parce qu’il appelle le coronavirus Covid-19, originaire de Chine, virus chinois. Ce qui entraîne des polémiques. Certains allant jusqu’à considérer qu’il cherche à détourner l’attention de sa gestion de l’épidémie aux USA.

Cette passe d’armes est un nouvel épisode des relations tumultueuses entre le président Trump et la Chine communiste, les disputes ayant commencé par le commerce. On peut néanmoins s’interroger sur un biais défavorable éventuel dès qu’il s’agit du président américain.

Par ailleurs, ne faudrait-il pas s’interroger sur les buts politiques et géopolitiques de la Chine communiste dans cette affaire ?

État des lieux

La dispute entre l’administration américaine et la Chine a commencé par le commerce. Le président Trump a affiché sa volonté de renégocier les accords commerciaux entre la Chine et les USA. Il considère que les accords actuels sont trop favorables au pays communiste.

Il considère que la Chine peut exporter plus facilement aux USA, avec des droits de douanes inférieurs, que les entreprises américaines en Chine. De même, il considère que les entreprises chinoises sont plus libres d’investir aux États-Unis que les entreprises américaines en Chine. Enfin, il veut renforcer le respect de la propriété intellectuelle par la Chine.

Sur ces entrefaites, un nouveau virus apparaît en Chine, à Wuhan dans la province du Hubei. Le président Trump s’attire d’abord les foudres de Pékin en restreignant l’entrée sur le territoire américain des personnes venant de Chine. Ensuite, en baptisant ce nouveau virus originaire de Chine le virus chinois.

La bataille s’engage, les USA ripostant aux protestations chinoises. Le secrétaire d’État, Mike Pompeo, accuse la Chine de vouloir faire croire que le virus viendrait des États-Unis. En cause, les messages twitter d’un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, le 13 mars, laissant entendre que l’armée américaine aurait introduit le virus à Wuhan.

Le secrétaire d’État considère que la Chine n’a pas tout dit sur le virus, et que les morts seraient beaucoup plus nombreux qu’annoncé. Ces mauvaises informations sur la contagiosité du virus et sa virulence ont empêché les autres pays de prendre à temps les mesures adéquates.

Trump dans les médias

Les efforts du président Trump pour renégocier les accord commerciaux entre les USA et la Chine ont été fortement critiqués dans la plupart des médias, français notamment. Il a été souligné que la bataille lancée par le président Trump allait ralentir la croissance, et coûter des emplois aux USA. Le président Trump était critiqué pour son protectionnisme.

On ne peut cependant éviter d’être frappé par un paradoxe : les médias français qui critiquent habituellement la mondialisation, et en particulier les délocalisations en Chine, se retrouvent à en faire l’éloge contre le protectionnisme. Il semblerait que, quoi qu’il puisse faire, même vouloir prendre des mesures considérées comme anti-mondialisation, le président Trump sera toujours critiqué.

Mais pourquoi tout ce tintamarre à propos de l’appellation de virus chinois ? Il est apparu en Chine, il vient de Chine, il est… chinois. Ne parle-t-on pas de grippe espagnole, de grippe asiatique, sans que cela n’ait posé aucun problème jusqu’à maintenant ? (Il paraîtrait qu’aujourd’hui les contributeurs Wikipedia s’écharpent pour savoir s’il faut changer la dénomination de la grippe espagnole).

C’est la Chine qui proteste avec véhémence. Connaissant ce pays, est-il concevable qu’elle puisse avoir une stratégie de propagande, visant à essayer de ne plus être associée à cette épidémie, et même, comme l’accuse le secrétaire d’État américain, à tenter de faire porter le chapeau de la propagation du virus aux USA ? Est-ce possible, de la part d’un régime communiste ?

Évidemment, la réponse coule de source : l’hypothèse est plausible.

La Chine, modèle du monde ?

La Chine est un pays communiste. Son but, quasiment affiché, est de montrer que son modèle est le meilleur pour tous les pays. Ce modèle, c’est un certain degré de liberté économique, et beaucoup d’autoritarisme. Ainsi, les opinions, l’information, l’expression, sont strictement surveillées et encadrées. Les comportements sont surveillés. Il existe même une application pour smartphone qui distribue les bons points ou les sanctions en fonction du comportement des individus.

La gestion du virus a suivi cette politique. Au début, ceux qui alertaient sur le virus ont été punis. Tout le monde a entendu parler de ce médecin qui a prévenu des dangers du virus, et que Pékin a fait taire. Il a depuis succombé des suites de l’épidémie. Ensuite, alors que la Chine communiquait sur le nombre de morts, celui-ci s’est brutalement réduit. Une réduction aussi brutale ne paraît pas plausible au vu de ce qui se passe ailleurs.

Tout le message de la Chine est calibré pour montrer que, face à l’épidémie, son régime autoritaire est plus efficace que les démocraties. Ce à quoi les démocraties de Corée du Sud et de Taïwan ont apporté un démenti évident.

Par ailleurs, le président Xi Jinping est le dirigeant chinois qui rassemble le plus de pouvoir peut-être depuis Deng Xiaoping. La Chine est aussi engagée, ouvertement, dans une politique étrangère expansionniste. En témoigne sa politique de route de la soie, pour contrôler une route entre l’Asie et l’Europe. En témoignent ses ambitions en Afrique, avec notamment une base à Djibouti. En témoigne la militarisation de la Mer de Chine, avec des îlots militarisés. En témoigne son action pour faire passer rapidement Hong-Kong sous le joug communiste.

Covid 19, la politique continue

Épidémie ou pas, morts ou pas, la politique continue. L’action de la Chine à propos du Covid-19 s’inscrit dans les buts politiques et géopolitiques qu’elle poursuit, de manière assez ouverte d’ailleurs. Au-delà même du président Trump, l’administration américaine a conscience de ces buts politiques et géopolitiques. Et c’est en fonction de ces buts qu’elle répond à la Chine. Nous voyons là une bataille géopolitique à l’échelle du monde.

Que penser des réactions de l’administration américaine face à la Chine, de sa politique face à la Chine ? Le but ici n’est pas de répondre à cette question. Chacun peut avoir son avis. Mais cet avis doit s’inscrire dans cette bataille géopolitique, et tenir compte de ce qu’est la Chine, de ses buts. Et ne pas se laisser guider simplement par l’appréciation que l’on peut avoir du président Trump.

What do you want to do ?

New mail

Montres vintage et d’occasion : un marché plus sûr ?

Par Théophile Gacogne
montres

Par Théophile Gacogne.

Que ce soit pour des achats en ligne ou en physique, les options qui permettent de limiter les risques d’arnaque au maximum sont de plus en plus nombreuses et accessibles. Voyons ce que l’on nous propose et ce qui semble être en phase de changement sur le marché de l’occasion pour les montres mécaniques de luxe ; oui, aujourd’hui on parle de montres mécaniques principalement et non pas de montres connectées.

Montres vintage : des grands noms dans la course

En 2018, le groupe Richemont, qui possède les marques Cartier, Beaume et Mercier, IWC, A. Lange & Söhne, Panerai, Jaeger Lecoultre et j’en passe, a fait l’acquisition de la société gérant le site Watchfinder & Co. Il s’agissait déjà à l’époque de l’un des plus gros portails en ligne de vente de montres d’occasion en tout genre. Le site a été créé en 2002 en Grande-Bretagne et employait déjà 200 personnes au moment de l’acquisition.

En plus du site, Watchfinder & Co avait également ouvert des boutiques sur le sol anglais vendant elles aussi des montres d’occasion. Richemont possède donc une plateforme qui vend ses propres montres d’occasion, mais également celles des marques concurrentes.

La même année, Audemars Piguet, la prestigieuse marque suisse à l’origine de l’iconique Royal Oak dessinée par Gérald Genta, avait annoncé se pencher sur les possibilités de vendre certaines de leurs montres d’occasion par l’intermédiaire d’une partie de leur réseau de distribution existant.

C’est également en 2018 que le groupe LVMH avait annoncé son intérêt pour la vente de modèles de montres d’occasion, incluant bien évidemment ses propres marques comme Hublot et Tag Heuer.

Bucherer, un revendeur de montres et de bijoux de luxe spécialiste du secteur depuis 1888 s’est également lancé dans la vente de montres d’occasion sur son site internet et dans une boutique, la Bucherer Gallery, située à Paris. Le groupe avait fait l’annonce de cette décision en septembre 2019 et vient de commencer cette nouvelle activité en mars 2020.

On se rend donc bien compte que certains grands noms du secteur adaptent leurs stratégies à la demande, mais cela n’a pas toujours été le cas.

Des indépendants spécialistes de la montre vintage

En effet, la quasi-totalité des maisons horlogères suisses semblait s’être mise d’accord depuis des siècles pour refuser de vendre des montres d’occasion. La logique sous-tendant ce choix était que cela aurait un effet négatif sur les ventes de montres neuves et donc affecterait le business tout entier. Cette décision unanime a fait le bonheur d’acteurs indépendants depuis toujours.

Parmi les plus récents et les plus actifs, on peut nommer Chrono24, un site internet faisant lui aussi office de portail de vente, d’achat et de recherche de montres d’occasion, vintage ou non. Ce site allemand a pris une ampleur considérable ces dernières années et a aujourd’hui une vraie renommée internationale parmi les connaisseurs et les néophytes du secteur.

Watchfinder & Co était lui aussi un acteur indépendant avant son rachat en 2018. En 2016, il totalisait plus de 75 millions d’euros de transaction. Il a également été décoré au niveau international par plusieurs prix pour sa réussite et sa croissance fulgurante.

Les acheteurs ont pris l’habitude de se renseigner sur internet, puis d’acheter sur des plateformes de vente reconnues, si possible à des vendeurs de confiance selon les autres utilisateurs. L’un des principaux freins reste la peur de problèmes d’authenticité ou de qualité, même si les plateformes font leur possible pour rassurer et authentifier les produits.

Un changement stratégique bénéfique pour tous

Le marché de la montre vintage et de la montre d’occasion étant de plus en plus important, quelques gros du secteur ont donc finalement décidé de réorienter leurs stratégies, probablement dans le but de contrôler cette partie de la distribution qui était jusqu’alors complètement indépendante de leurs activités.

De prime abord, on peut se poser des questions sur le résultat d’une telle décision. Mais en y réfléchissant, on se rend compte qu’il s’agit d’une bonne nouvelle pour les maisons horlogères, comme pour les collectionneurs et autres amateurs de l’horlogerie.

En effet, ces acteurs incontournables du secteur se doivent de respecter une certaine image. Ils proposent donc des garanties sur les montres qu’ils vendent, tant au niveau de la provenance que de l’état de la pièce en question.

Chez Bucherer par exemple, toutes les montres d’occasion sont vendues avec une garantie de deux ans. Elles sont toutes ouvertes par des experts, authentifiées et réparées s’il le faut avant d’être proposées au public. Les autres maisons vendant des pièces non-neuves se doivent de proposer un service similaire pour sortir leur épingle du jeu.

Le fait d’avoir accès à ces montres authentifiées et en parfait état dans des magasins physiques est également une grande nouvelle. Watchfinder & Co et Chrono24 collaboraient déjà avec des boutiques et des salles de vente aux enchères, mais ce que propose Bucherer et d’autres permet de voir les montres directement et d’intensifier l’expérience d’achat pour les clients.

La montre vintage a donc de beaux jours devant elle et l’industrie toute entière en prend doucement conscience. Le fait que des mastodontes de l’horlogerie se mettent à proposer des montres d’occasion va permettre un renforcement du contrôle de la qualité et de l’authenticité des pièces revendues.

Les autres acteurs indépendants vont eux aussi devoir s’aligner sur ces garanties s’ils veulent rester dans la course. Autrement dit, nous allons enfin pouvoir acheter une Rolex d’occasion l’esprit tranquille, et ça, ça n’a pas de prix.

À partir d’avant-hierContrepoints

La France en mode panique avec des marges de manœuvre millimétriques

Par h16

par h16

Les périodes de crise, en mettant tout le monde sous pression, forgent les caractères et font apparaître les points de clivage les plus importants tout en révélant certaines vérités qui étaient auparavant cachées dans le bruit de fond des habitudes. Covid-19 n’échappe pas à la règle.

Cette crise permet ainsi d’observer certaines dynamiques à l’œuvre, notamment dans la gestion étatique de la panique qui s’est progressivement emparée de la planète. Certains États se sont ainsi mis en confinement par réaction à cette panique visible en Italie et en Chine.

Le mode panique

Il faut bien comprendre que les États ont, globalement, deux modes de gestion (et guère plus) : le mode A ou « rien à foutre », qui est le mode par défaut qui permet à la lourde machine administrative de continuer son train-train quotidien, et le mode B, ou « panique totale », où tous les gouvernants courent comme des poulets sans tête et s’agitent vainement, communiquent avec de longues phrases pour prouver à quel point ils sont indispensables et aident à aplanir les difficultés qu’ils ont consciencieusement créées en premier lieu.

Dès lors, il est normal qu’on soit passé très rapidement du mode A au mode B : comme toute pandémie exponentielle, celle de covid-19 n’était vraiment pas assez grave au début pour déclencher la moindre réaction et a ensuite été traitée comme la fin du monde alors que, sauf pénurie de lits et de respirateurs, c’est en réalité une pandémie gérable : un pays comme la France n’a, en temps normaux, aucune difficulté à constituer un stock de protections diverses (elle l’a même déjà fait, jadis), tout comme il n’y a rien d’insurmontable à organiser des dépistages massifs de la population, des tests, un suivi et un confinement ciblés revenant nettement moins chers que la réanimation d’un nombre croissant d’individus qu’on brassera à coups d’avions, de trains et d’hélicoptères pour faire bonne mesure.

Au passage, notons que ces deux modes sont des positions de confort pour les politiciens, et après l’Inaction Béate Totale, la Panique de Fin du Monde a deux avantages : on peut en profiter pour imprimer de l’argent gratuit comme des grosses truies, et on va pouvoir passer sans arrêt à la télé pour communiquer et faire le beau, du matin au soir. Ce dégueulis de communication montre d’ailleurs l’écart entre les pays les plus capitalistes, qui doublent cette communication d’actions concrètes qui ont un effet palpable, et les pays les plus collectivistes pour lesquels, une fois la communication faite, le job est fini, le reste de l’administration devant alors se dépatouiller sans direction claire (ce qui génère immanquablement des catastrophes ridicules et du grotesque en bidons de 220 litres).

La suite logique de ce Mode Panique est immédiate et sans appel : les États les plus collectivisés se sont pris leur incompétence dans la figure tout en faisant flipper le reste du monde. Les exemples typiques de la France, de l’Espagne et de l’Italie illustrent bien ce point, alors qu’en parallèle, les comportements les plus modérés (notamment ceux des États asiatiques) ont été relativement ignorés par les médias occidentaux.

L’évaporation des marges de manœuvre

Cette panique montre aussi, à merveille, la marge de manœuvre ridicule des régimes européens lourdement socialisés qui se retrouvent tous, les uns après les autres, au bord du gouffre sanitaire non à cause d’un virus super-dangereux, mais à cause d’un virus seulement très virulent et qui va donc toucher une proportion bien plus grande de cas potentiellement graves. Les décisions du gouvernement (sur le moment et l’accumulation d’idioties sur les 40 dernières années) ont largement amplifié la panique générale lorsqu’il a mis ses gros doigts gourds partout, accroissant les effets de bords dans des proportions astronomiques (on commence à parler en milliers de milliards d’euros, imposant bientôt d’utiliser la notation scientifique pour les sommes qu’il va falloir mobiliser).

Cette marge de manœuvre si microscopique est véritablement ce qu’il y a de plus inquiétant actuellement parce que nous devons nous rappeler qu’il en va de même dans absolument tous les secteurs touchés par le centralisme étatique socialoïde : (au hasard) transports en commun en train et sur route, électricité, eau, police, pompiers, urgences, écoles, infrastructures routières, gestion des frontières et des douanes, aéroports, et bien sûr santé… Bref, tous les secteurs stratégiques sont confrontés à cette marge millimétrique de l’État.

Ceci est tout à fait rassurant, n’est-ce pas.

Et si, certes, ce n’est pas nouveau, il n’empêche que, pour rappel, quand, « démocratiquement » ou à la suite d’une crise majeure (celle-ci coche toutes les cases), un pays choisit le mode Full Socialiste, tout part en cacahuètes et le pays calanche d’autant plus vite que ces marges sont fines.

Avec la situation actuelle et un État toujours plus présent, des administrations en pointe dès qu’il s’agit de mettre du sable dans les rouages, des bâtons dans les roues et des cerfas dans des gosiers déjà bouchés, tout semble imploser une fois la crise venue, comme dans un déraillement de train passé au ralenti, image par image, lentement : magie de la sociale-démocratie additionnée des prouesse d’une Banque Centrale Européenne prête à toutes les souplesses financières, le crash complet et inévitable évolue doucement et peut durer un maximum de temps.

Juste avant la crise, les finances françaises étaient dans cette situation de marge de manœuvre microscopique, au point où le train-train taxatoire du gouvernement était sérieusement mis à l’épreuve comme en témoignèrent les crispations giletjaunesques, et les réponses gouvernementales délicieusement décalées, toutes en propositions stupides d’écologie (taxatoire évidemment) et de subventions (idiotes comme il se doit).

Exactement de la même façon, les grèves incessantes qui parcourent le pays sont une autre illustration du même processus où tout le système semble être à sa charge maximale (et au-delà) en permanence, au point de voir la frange des travailleurs la plus protégée devenir la plus sensible aux changements et à la pénibilité (même la plus petite), au point de débrayer pour un oui, un non, un peut-être et passer une journée à griller de la merguez place de la République (ou virtuellement, #chezsoi).

En face de ça, les travailleurs les moins protégés en chient, coincés entre pas de travail et un travail dans des mauvaises conditions sur lequel 50 autres individus sont prêts à se ruer, ce qui aboutit là encore et toujours à une situation avec une marge de manœuvre minime pour tous.

Cette crise a amplement démontré tout ce que le « mode panique » offre comme opportunités aux actuels étatistes au pouvoir, qui sont en train de se lâcher comme jamais, sentant derrière eux toute la fougue d’un peuple largement acquis à la cause collectiviste.

Cliquez sur l’image pour en découvrir tout l’onctueux collectivisme en taille lisible

Quant à l’absence totale de marges de manœuvre, elle garantit que le monde nouveau, plus câlin, plus solidaire, plus syntonisé avec Gaïa et avec encore plus d’État partout, réclamé maintenant à cor et à cri par ces armés de nigauds incultes va se terminer très vite en catastrophe industrielle d’ampleur au moins nationale.

« Mode panique » et marges minuscules, c’est la recette d’un désastre. Ce pays est foutu.
—-
Sur le web

Le virus de l’hyperinflation peut-il se propager ?

Par Simone Wapler
Macron

Par Simone Wapler.

Les hélicoptères monétaires décollent et les surenchères de plan de relance commencent.

Côté français, Emmanuel Macron a parlé de 300 milliards d’euros mis à disposition des entreprises et du recours massif au chômage partiel. Évidemment, l’Unedic n’est pas dimensionnée pour indemniser le chômage même partiel d’un tel nombre de salariés du secteur privé. Nous en sommes à 3,6 millions alors qu’il est probable que le confinement se prolonge.

Bruno Le Maire, jamais en retard d’une surenchère interventionniste, a parlé de distribuer une prime défiscalisée de 1000 euros par salarié qui « ont eu le courage de se rendre sur leur lieu de travail ». Si vous êtes chômeur vous êtes indemnisé. Si vous travaillez, vous recevez une prime. L’argent tombe du ciel.

Les dividendes sont également sur la sellette : il serait malsain d’en verser déclare la CFDT immédiatement soutenue par Bruno Le Maire (encore) qui prescrit « la plus grande modération ».

Le syndicat représentatif du capitalisme de connivence, le Medef, évoque des nationalisations : « Il faudra effectivement que l’État soit là si besoin pour venir au secours des entreprises qui seraient dans une situation financière très difficile. »

Nous étions déjà dans une économie administrée, contrôlée à plus de 56 % par des fonctionnaires mais vous allez voir le curseur se déplacer rapidement vers la zone rouge du communisme avec 100 % d’administration par l’État ; c’est l’URSS, l’ex RDA ou le Venezuela avec les succès et l’opulence qu’on connaît qui nous attendent.

300 milliards d’euros représentent en gros 15 % de dette publique en plus. Le ratio dette sur PIB de la France va donc prochainement exploser du côté des 120 %. Plus concrètement, 300 milliards représentent aussi 80 % des recettes fiscales de 2018. Nous sommes déjà champion du monde de la fiscalité mais là nous allons devenir champion de l’univers. Rappelons que l’État n’a pas d’argent, il ne peut donc payer. L’État a des recettes fiscales, notre agent, et des dettes.

Du côté de l’Europe, les autorités ne sont pas en reste. La Banque centrale européenne prévoit d’injecter 750 milliards d’euros dans le cadre d’un vaste programme de rachat d’actifs, auxquels s’ajoutent les 120 milliards déjà prévus pour l’année, et 20 milliards mensuels. On parle de Coronabonds, des obligations émises à l’occasion de la crise sanitaire. Le « pacte de stabilité » – que seule l’Allemagne respectait encore – est déchiré. Les déficits ne comptent plus, tout est désormais permis.

De l’autre côté de l’Atlantique, c’est aussi le dévergondage monétaire total. 1000 dollars ou 1500 dollars par Américain, promet Donald Trump. Impression monétaire massive. Un plan de relance de 2000 milliards de dollars.

Puisque tout le monde le fait, il ne se passera rien, vraiment ?

Dans les vieux manuels d’économie, on apprenait que l’avilissement (au temps des monnaies métalliques) ou la création monétaire (au temps des monnaies fiduciaires) n’apportait que des malheurs.  Croire que « plus de monnaie dans le système » ou plus de crédit va créer plus de richesse et ainsi permettre de rembourser les vieilles dettes est d’une naïveté confondante.

En faisant surgir du néant des milliers de milliards, les autorités (Fed, BCE et autres banques centrales gestionnaires de devises) tablent sur le fait qu’il n’y aura pas d’inflation incontrôlable et que l’illusion monétaire durera. En gros, « puisque tout le monde le fait aucune monnaie ne coulera relativement à une autre ». Il est effectivement possible que l’illusion monétaire dure encore un peu entretenue par l’inculture financière des masses.

Si l’illusion monétaire se dissipe, le virus de l’hyperinflation pourrait toutefois se répandre rapidement. Il est d’ailleurs symptomatique que, dans cette première phase de krach boursier, les dettes de la France et de l’Italie – les deux maillons faibles de l’Europe – aient été vendues et que leurs rendements aient remonté.

Évolution du rendement de l’obligation à 10 ans de l’État français

Lorsque les rendements montent, les obligations baissent

Source : tradingeconomics.com

Ce bond pourrait être un signe de début de fuite devant la monnaie puisque de nos jours les investisseurs considèrent que la monnaie de sauvegarde, l’abri ultime, est l’obligation souveraine d’un pays réputé ne jamais pouvoir faire défaut sur sa dette.

Que ce soit par l’impôt-inflation ou par l’impôt-tout-court, ne soyons pas naïfs : la facture du coronavirus nous sera bien présentée et elle sera très lourde.

Comme je l’explique dans mon livre La rage de l’impôt, l’inflation est une taxe et la dette publique est un stock d’impôt qui n’a pas été encore levé. Dans tous les cas, le contribuable paie ou paiera.

Le secteur privé, mis à l’arrêt pour soigner la crise sanitaire, saigné depuis des années par une administration boulimique et par conséquent privé de trésorerie, ne pourra pas se relever rapidement pour assumer une nouvelle montagne de dettes et de promesses intenables.

L’économie est au ralenti, les recettes fiscales calent et les dépenses publiques accélèrent.

Le défaut ou l’hyperinflation. La peste ou le choléra monétaires, c’est ce qui nous attend.

Le défaut permettrait de dégraisser l’État, d’arbitrer entre le budget du ministère de la Culture et celui de la Santé, de s’interroger sur l’opportunité de taxer ou subventionner une myriade d’activités, d’ouvrir vraiment le débat sur le bien-fondé de la dépense publique. Vous l’avez compris, le défaut serait une solution politiquement courageuse. Il est donc improbable.

 

Discours Philippe : poisson d’avril !

Par René Le Honzec

Le regard de René Le Honzec.

Ces articles pourraient vous intéresser:

Aucun article similaire.

La droite aussi antilibérale que les autres face au virus

Par Frédéric Mas
la droite

Par Frédéric Mas.

La crise du coronavirus n’a fait qu’amplifier le fossé qui s’est creusé entre le parti de la majorité présidentielle et le reste du spectre politique. Au sein de l’opposition, la droite et le centre ont du mal à se faire entendre, et quand ils le font, c’est souvent pour répéter des éléments de langage anticapitalistes que les concurrents marinistes, mélenchonistes et macronistes maîtrisent mieux.

Dans un entretien accordé à Libération, le secrétaire général des Républicains Aurélien Pradié, qui se réclame -comme tant d’autres- d’une droite « sociale » et « gaulliste » a déclaré qu’il fallait avoir le « courage d’interroger le libéralisme ».

Il explique ainsi :

« La question fondamentale est là : l’idée que l’argent serait la seule échelle de valeur, et que l’État n’a plus aucun rôle à jouer. On a tué l’idée d’État. On a dit qu’il était un problème, on l’a dépouillé et disqualifié. La crise le démontre, par exemple avec la question des masques. »

M. Pradié ajoute ensuite un vibrant hommage à l’État stratège, qui selon lui doit maintenant avoir pour objet supplémentaire la sécurité alimentaire :

« En réinventant l’État, on fixera les secteurs stratégiques de la Nation : l’alimentation, la santé, la sécurité, la défense. Ces secteurs, qu’on a réduits à l’état de squelettes, ne peuvent pas être soumis au marché, ni à une doctrine budgétaire. Dans ces domaines, on ne joue pas aux contrôleurs de gestion : ils sont hors limites et doivent faire l’objet d’une stratégie nationale. Je crois à la planification : c’est un point d’accord avec la pensée communiste, qui l’a d’ailleurs appliquée avec les gaullistes. »

Libéral, mais pour la régulation et contre le « libre-échange effréné »

M. Pradié s’est repris dans un entretien assez confus publié mardi pour Atlantico. Non, il n’est pas antilibéral, même s’il trouve que « le libre-échange effréné, sans aucune régulation, sans aucune limite, n’a pas apporté à l’Homme, depuis de nombreuses années, tous les bénéfices qu’il a pu apporter à l’origine. »

S’ensuit une longue tirade expliquant qu’il cherche à revenir à l’origine du libéralisme, sans doute celui compatible avec le planisme, l’économie administrée et le « gaullisme » publicitaire que tous les caciques de LR cherchent à recaser quand ils s’interrogent sur leur propre identité politique.

Non seulement M. Pradié ne sait pas exactement ce qu’est le libéralisme, qu’il ramène dans un premier temps au règne de l’« argent-roi » (c’est-à-dire l’épouvantail décrit par ses adversaires d’extrême droite et d’extrême gauche), mais l’interprétation qu’il donne de la crise qui se déroule devant nos yeux laisse perplexe même le lecteur le mieux disposé. Dans un pays où la place de l’État est omniprésente et l’empire de la bureaucratie tatillonne, il arrive à trouver les effets du marché excessifs.

Peu importe si la pénurie de masques et de gel hydroalcoolique a été encouragée par les réquisitions et le blocage des prix ou si les atermoiements de l’administration ralentissent aujourd’hui l’adoption des solutions les plus efficaces. Peu importe si notre système de santé nous coûte énormément, pour une efficacité bien moindre que certains de nos partenaires européens.

Un leader de la droite qui veut réguler les prix

Face aux « excès du libéralisme », comme Emmanuel Macron ou François Hollande avant lui, le leader LR réaffirme la nécessité de l’État stratège et la nécessité de sortir certains biens du marché. Nous rappelions récemment que l’État stratège n’a plus beaucoup de sens dans le monde d’aujourd’hui, et que son maintien se faisait surtout au détriment de citoyens français déjà largement sollicités sur le plan fiscal.

Contentons-nous d’observer que si l’État stratège s’occupe de sécurité alimentaire comme il s’est occupé des stocks de masques, alors le bon sens nous commande de la jouer un peu plus modeste. Ajoutons qu’il ne suffit pas de déclarer certains biens « indispensables » ou « hors marché » pour éliminer le phénomène de rareté qui est à l’origine du calcul économique et des variations entre offre et demande.

M. Pradié se souvient avec émotion du planisme économique pratiqué par le gaullisme mais aussi par l’URSS. Notons d’abord que les deux notions ne sont pas semblables. D’un côté, la planification gaulliste se fait au sein d’une économie mixte, à l’époque où la reconstruction du pays se traduit par un taux de croissance très élevé, là où l’Union soviétique organisait l’ensemble de la production à partir de la centralisation politique.

Dans les deux cas, l’efficacité économique d’un tel dispositif est au mieux improbable au pire totalement discréditée depuis au moins la fin des années 1970. Dans le premier cas, la création d’un organe de direction politique de l’économie a-t-il vraiment soutenu la croissance ? N’est-ce pas plutôt l’inverse1 ? La formidable croissance de l’après-guerre n’a-t-elle pas permis la constitution de toute une bureaucratie politique parasitaire qui aujourd’hui pèse désormais comme une chape de plomb sur l’évolution de nos institutions ? La planification en URSS a-t-elle encouragé autre chose que le triomphe de la bureaucratie d’État, le règne du marché noir et la pénurie généralisée ? Même les communistes aujourd’hui n’osent plus se réclamer des plans quinquennaux.

Prise en tenaille entre le national-populisme du RN et le centrisme autoritaire de LREM, la droite ne fait plus seulement dans la surenchère sécuritaire. Désormais, elle se veut plus socialiste que les socialistes, qu’ils soient d’origine ou nationaux. Qui défend encore la liberté dans cette galère ?

  1. Comme le suggèrent Thesmar et Landier dans leur essai Le grand méchant marché ?

L’hôpital français, victime de la bureaucratie, secouru par l’efficacité allemande !

Par Nicolas Lecaussin
l'hôpital

Par Nicolas Lecaussin.
Un article de l’Iref-Europe

Rappelez-vous ! Nombreux étaient ceux qui disaient que la réforme de l’État et la baisse des dépenses publiques en Allemagne dans les années 2000 se faisaient au détriment de la qualité des services publics et du niveau de vie. Les dramatiques événements d’aujourd’hui infirment spectaculairement leurs critiques. C’est bien le système de santé des Allemands qui vient en aide au nôtre !

L’étude de l’IREF sur les hôpitaux de Paris tirait le signal d’alarme

En septembre 2017, l’IREF publiait une Note sur les hôpitaux de Paris qui était – hélas – prémonitoire. Basée sur des chiffres et statistiques officiels, sur des comparaisons internationales ainsi que sur de nombreux témoignages de l’intérieur, notre Note tirait le signal d’alarme à propos d’un système hospitalier à bout de souffle, rongé par la bureaucratie, le manque d’efficacité et une fonctionnarisation excessive. Elle montrait que ce n’était pas l’argent qui manquait mais la bonne gestion et la recherche du travail bien fait.

C’est toujours d’actualité : le monopole de la Sécurité sociale abaisse artificiellement les prix tandis que les hôpitaux tentent par tous les moyens d’augmenter leurs recettes. Les hôpitaux devraient disposer d’une vraie autonomie en ayant la possibilité de fixer les tarifs.

Le mastodonte APHP (le plus important groupe hospitalier public d’Europe avec 100 000 employés pour plus de 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires) devrait être divisé en différents groupes indépendants et le personnel des hôpitaux devrait être recruté sous un statut de droit privé.

L’hôpital français VS l’hôpital allemand

Lors de la privatisation de certains hôpitaux, on aurait pu aller plus loin en intégrant le personnel médical et non médical aux stratégies propres des établissements, le personnel pouvant être impliqué dans la bonne marche financière de la structure.

L’IREF avait aussi donné comme exemple étranger le système allemand : suppression du statut des fonctionnaires, vente de nombreux groupes et CHU, ce qui a donné naissance à de grands groupes privés comme Asklepios, 45 000 employés, 3 milliards d’euros de CA ou Helios, 71 000 employés pour 5,6 milliards de CA. Le risque est ainsi délégué à des sociétés privées.

Aujourd’hui, on ne peut que subir l’inefficacité des hôpitaux publics français comparés aux établissements allemands qui accueillent ces jours-ci des malades français du coronavirus. Et pourtant, il y a beaucoup plus de cas en Allemagne qu’en France !

l'hôpital

La France a donc 5,3 fois plus de morts que l’Allemagne alors que celle-ci a 20 000 cas de plus. Il faut d’emblée couper court aux arguments budgétaires. La France ne manque pas d’argent : par rapport au PIB (2018), elle est le pays où les dépenses de santé dont les plus élevées en Europe : 11,5 % contre 11,1 % en Allemagne, 11 % en Suède, 10,4 % en Autriche, entre 10 et 10,5 % aux Pays-Bas et en Belgique. L’Espagne et l’Italie, qui sont terriblement touchées par le virus, sont à environ 9 % du PIB. La France est aussi championne des prélèvements obligatoires et des dépenses publiques (53,8 du PIB contre 44,3 % en Allemagne, 9 points de plus en 2019 !)

Non, l’argent ne manque pas, à l’hôpital, c’est la bureaucratie qui est excessive

Selon les chiffres de l’OCDE, 35,22 % des emplois hospitaliers en France ne sont pas médicaux ou paramédicaux, contre 24,3% en Allemagne, une différence de 9 points. La fonction publique hospitalière, c’est environ 1,2 million de personnes en France ou 21 % du total des fonctionnaires ; en Allemagne, les emplois publics consacrés au secteur de l’hôpital ne dépassent pas 5 % du total des emplois publics.

Cela n’a pas empêché l’Allemagne d’avoir davantage de lits en réanimation (29,2 pour 100 000 habitants contre 11,6 en France) ! Dans notre pays, même le nombre de lits « normaux » d’hôpital a connu une chute vertigineuse ces dernières années : de 468 000 en 2003 à moins de 400 000 aujourd’hui. En 2018, environ 180 000 patients en urgence ont passé une nuit dans un couloir faute de lit disponible et près de 5 % des lits en région parisienne sont considérés hors d’usage faute de personnel.

Au lieu de nous gargariser à longueur de journée avec notre prétendu « meilleur système de santé au monde », il faudra en tirer les leçons après cette crise et le réformer en profondeur. En prenant comme modèle les Allemands, par exemple…

Sur le web

Le confinement est-il vraiment efficace ? 

Par Rémy Poix
confinement

Par Rémy Poix.

Les mesures de confinement prises par le gouvernement aggravent en grande partie la situation. Une analyse dynamique de celle-ci montre que ce confinement est contre-productif.

Il nous faut regarder cette crise sous un autre angle : celui de l’équilibre à maintenir entre, d’une part le développement de l’épidémie, mais également d’autre part celui de nos capacités matérielles, humaines et techniques nous permettant d’y répondre.

Confinement : restez chez vous !

Certes, notre système de santé a été mal préparé et n’est pas à la hauteur dans la situation actuelle. Certes, un certain nombre de mesures qui auraient dû être prises bien avant ne l’ont pas été.

Mais ce n’est pas mon point. Mon point concerne justement le confinement lui-même, et ce à partir du moment où nous avons su que notre système de santé allait être dépassé, à partir du moment où nous avons adopté la stratégie « d’aplatir la courbe » afin d’éviter de surcharger les hôpitaux.

« Restez chez vous ! ». Oui, mais certains doivent sortir. Ne serait-ce que les médecins et urgentistes. Certains doivent continuer à aller travailler, d’autres doivent aller faire leurs courses, sortir leur chien, etc.

Alors, qui peut sortir ou non ? Et pour quoi ? Qui peut continuer à travailler ou pas ? Quel patron peut légitimement demander à ses salariés de rester au travail, et quels métiers, quels commerces doivent fermer leurs portes ?

Lorsqu’on écoute les virologues les plus alarmistes, à peu près tout et n’importe quoi nous semble extrêmement risqué, dès lors que nous dépassons le stade du confinement total à domicile, en autarcie complète. Encore un tout petit peu plus et les médecins aussi se retrouveraient assignés à domicile. Impossible, bien évidemment.

Heureusement, nous ne sommes pas en quarantaine, mais en « simple » confinement. Ce confinement est supposé plus simplement nous faire gagner du temps, afin de permettre aux hôpitaux de réguler le flux de malades. Tout cela nous a été très bien expliqué. Mais gagnons-nous réellement du temps, avec une telle stratégie ?

L’offre et la demande en temps de confinement

Ralentir l’épidémie par le confinement revient à tenter de limiter le nombre de malades arrivant au même moment à l’hôpital. Concrètement, cela revient à agir sur la demande (les besoins en soins médicaux), en tentant de la diminuer, afin d’être en capacité d’y répondre avec les moyens du bord.

Les moyens du bord, voilà bien le terme adéquat : il s’agit d’utiliser ce qui est disponible aujourd’hui, les lits en réanimation, les ventilateurs, les médecins et urgentistes, les stocks de masques, les ambulances, etc.

Seulement, nous ne sommes pas sur un bateau. Fort heureusement, d’ailleurs. Alors, plutôt que de nous contenter de considérer les choses de manière statique, en regardant uniquement nos moyens actuels et nos stocks, si nous les regardions plutôt de manière dynamique ?

Pour l’instant, le confinement se concentre sur la réduction de la demande. Soit dit en passant, il ne semble pas qu’il y parvienne vraiment, vu la croissance exponentielle du nombre de morts ces derniers jours, mais passons.

Il existe en réalité une autre stratégie que nous pouvons emprunter : accroître l’offre. Car si le stock est effectivement limité à un moment t particulier, en revanche il l’est moins en termes de disponibilité future, si on décide d’augmenter les moyens, d’accroître la production ; si on embauche, si on construit, si on réoriente les productions, etc.

Réactions en chaîne

Seulement voilà, dans notre société de marché interconnectée, où chaque acteur économique est le tout petit maillon d’une chaîne immense et complexe, rompre l’un de ces maillons fait courir un risque de déstabilisation de l’ensemble de la chaîne.

C’est ainsi par exemple qu’après avoir agi pour augmenter considérablement la production de masques, on s’aperçoit cinq jours après, une fois que les stocks sont enfin au rendez-vous, qu’on ne peut pas les livrer car l’usine de fabrication des emballages – considérée comme une activité mineure donc inutile – a été fermée. Or, sans emballages les masques seraient livrés avec le risque d’être déjà contaminés. Impossible, donc.

Et voilà qu’il nous faut alors rappeler tous les salariés de l’entreprise d’emballages qui ont été mis au chômage technique, relancer les machines, produire, pour enfin pouvoir effectuer la livraison. Comptez à nouveau cinq jours précieux de perdus, simplement pour ralentir « mathématiquement » les interactions, en mettant le plus possible de personnes au chômage et à domicile – celles qui « ne servent à rien ». Grave erreur, ou mauvais calcul : pas de masques à livrer, c’est autant de personnes qui, sans masques à disposition, vont en contaminer d’autres, ou être contaminées.

La société de marché a besoin d’une grande quantité d’acteurs interconnectés ; se priver de certains, c’est se priver tôt ou tard de tous. Même sans la fermeture par décret d’une entreprise ou d’une autre, certaines peuvent avoir fermé leurs portes par manque de commandes, car les établissements qui constituent leurs clientèles ont été fermés.

Pour prendre un autre exemple que celui des masques, le BTP n’a pas été complètement mis à l’arrêt, mais grosso modo, seules les commandes d’urgence pour les réparations essentielles ont été maintenues : fuites d’eau ou de gaz, interventions dans les magasins encore ouverts afin d’y adapter les infrastructures de manière à protéger les salariés, etc.

Or, le besoin se fait sentir de construire des hôpitaux de fortune, et le moyen le plus rapide, le plus économique et le plus facile à mettre en œuvre pour ce type d’installation, c’est le préfabriqué de type algéco, à un prix défiant toute concurrence car construit en panneaux-sandwich.

Mais les entreprises qui produisent et distribuent les panneaux-sandwich ont fermé leurs portes, faute de commandes à cause du confinement. Là aussi, il va donc falloir sans doute très prochainement rouvrir les usines produisant ces panneaux-sandwich, et lorsqu’on va s’en apercevoir, on se rendra alors compte qu’une fois de plus, un temps précieux a été perdu.

Chaînes de valeur et innovation

Il ne suffit donc pas de réduire la demande, mais également d’être en capacité de maintenir l’offre, voire de l’augmenter. Si on met tout le monde à domicile, on ne pourra jamais augmenter la capacité de nos hôpitaux.

Qui plus est, il nous faudra à terme développer une immunité de groupe. Or pour ce faire il faut que des gens tombent malades, puis soient soignés ; ou vaccinés, mais pour l’instant nous ne disposons pas de ce vaccin, et il est trop tard pour essayer de repousser l’épidémie à plus tard. Mais justement, s’il est trop tard, alors peu importe que nous tombions malades ; et si ça se trouve, nous sommes déjà tous contaminés.

L’heure est donc aux soins ! L’heure est à MULTIPLIER les soins, avec une plus grande exponentielle, encore plus que celle du nombre de patients qui vont arriver aux urgences ! Nous en avons les moyens. Et nous avons une chance incroyable, au milieu de notre malheur, c’est que cette pandémie est très peu risquée pour les enfants, les jeunes, les personnes en bonne santé. Tirons-en profit !

Les individus comme moi, encore jeunes et en bonne santé, ne demandent qu’à pouvoir se retrousser les manches et contribuer à l’effort collectif. Rester confiné chez soi, à compter les morts sans avoir le droit de mettre à profit son savoir et son savoir-faire est une véritable torture !

Si c’est une guerre, alors qu’attendons-nous pour nous battre ? Toutes les guerres ont d’ailleurs toujours été vaincues par ceux qui disposaient du système économique le plus prospère. Seule la prospérité économique peut nous permettre de fournir un tel effort. La stratégie du confinement s’apparente à une stratégie de la « terre brûlée ». Or, tous les militaires savent très bien qu’une telle stratégie a ses limites : affamer l’ennemi ne doit en aucun cas nous faire courir le risque de nous retrouver nous-même affamés.

En fermant les entreprises, non seulement nous nous rendons incapables de produire ce dont nous avons besoin aujourd’hui, mais nous nous rendons également incapables d’innover, et de développer dans un futur proche ce dont nous aurons besoin très bientôt : des médicaments adéquats, des vaccins et autres instruments de soin, des instruments et techniques d’isolement des malades et/ou de protection des personnes saines, etc.

Comment savoir de quels produits ou services ces innovations auront besoin à ce moment-là ? Comment savoir quelles entreprises nous pouvons raisonnablement fermer aujourd’hui, en étant certains qu’elles ne se révéleraient pas finalement indispensables dans un futur proche ? Qui aurait pu imaginer, par exemple, que Décathlon aurait l’idée d’utiliser ses masques de plongée en supports pour respirateurs ?

Pour vaincre cette pandémie, nous avons nécessairement besoin de l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’ensemble de la chaîne de production et d’échanges. Pour y arriver, nous ne pouvons pas nous permettre de nous passer de l’un ou de l’autre : nous avons besoin de tous.

Notre meilleure chance de passer cette crise n’est donc certainement pas de diminuer l’offre, mais au contraire de l’accroître !

Contre le coronavirus, pas un manque d’argent mais une mauvaise gestion

Par Nicolas Marques
manque

Par Nicolas Marques.

Nous vivons une crise sanitaire de grande ampleur, avec des professionnels de santé en première ligne et des situations terribles dans les maisons de retraite et établissements médicaux. La tentation est de pointer du doigt le manque de moyens financiers. Mais si les engorgements se multiplient, on ne peut pour autant pas dire que l’argent manque en France. Des pays s’en sortent mieux que nous, avec des finances publiques mieux gérées illustrant en fait une meilleure allocation des ressources.

L’excuse du manque de moyens

Pour certains la crise actuelle serait l’illustration du manque de moyens dédiés à la santé en France voire à une trop grande rigueur financière. Or, si l’on constate que les moyens font cruellement défaut à certains endroits, la situation est malheureusement bien plus complexe, comme le montre l’analyse comparée des difficultés françaises et des succès sud-coréens ou allemands.

En dépit de nos 1300 milliards d’euros de dépenses publiques par an, dont 610 milliards au titre de la Sécurité sociale, nous avons quinze fois plus de décès qu’en Corée du Sud, avec 47 morts par million d’habitants aujourd’hui. Pourtant, les Français dépensent 56 % de plus que les Coréens pour leur santé, l’Hexagone investissant dans la santé 3,1 points de PIB de plus que la Corée du Sud.

Avec moins de moyens, les Coréens ont fait trois fois plus de tests que nous, sur une plus petite population. Cela leur a permis de cibler les restrictions de mouvements sur les seuls malades et lieux contaminés. De ce fait, leur économie peut fonctionner, avec des frontières encore ouvertes. Pourtant, la Corée du Sud proche de la Chine a été touchée six jours plus tôt que la France.

Même si l’épidémie est à un stade moins avancé outre-Rhin, on constate d’ores et déjà des décalages tout aussi criants. L’Allemagne consacre comme la France 11,2 % de son PIB à la santé.

Lorsqu’on considère les dépenses de santé par habitant, elle investit 21 % de plus que nous, son économie étant plus florissante que la nôtre. Son niveau de préparation est sans rapport au nôtre. Nos voisins ont pratiqué cinq fois plus de tests, soit 410 000 depuis le 9 mars, et disposeraient de 28 000 lits en réanimation.

Résumer les difficultés que nous rencontrons dans la lutte contre la pandémie à un manque de moyens, c’est donc passer à côté d’une réalité dérangeante : l’importance des dépenses n’est pas un gage de qualité.

La rigueur n’est pas l’ennemie de la santé

Bien au contraire, elle permet de mobiliser les moyens de façon intelligente et coordonnée, là où ils font la différence. C’est vrai en temps normal, comme en période de crise. Ce n’est pas un hasard si les Coréens et les Allemands ont, par ailleurs, des excédents budgétaires, avec des dépenses et dettes publiques raisonnées. Bons gestionnaires financiers, ils sont aussi de bons gestionnaires sanitaires.

Plus que les budgets, il semble que ce soit la stratégie qui, une fois de plus, fasse la différence. Les expériences coréenne et allemande montrent l’importance de l’anticipation et la combinaison de tous les moyens disponibles. En France, tout laisse à penser que ces aspects ont fait défaut.

Il est probable qu’ont été laissées de côté ou exposé des ressources précieuses, de façon inadéquate voire irrespectueuse. Depuis plusieurs semaines, nous avons vécu un enchaînement sidérant. Il a débuté avec un rationnement du matériel de base – gels hydroalcooliques, masques et autres matériels de protection – mais aussi des tests de dépistage. Ces mesures malthusiennes ont limité l’efficacité des gestes barrière de base, surexposé les personnels de santé et les malades au risque d’infection et de dissémination du coronavirus.

Cela a réduit l’efficacité de l’effort collectif et créé des situations dramatiques dans les hôpitaux et les Ehpad. Les services médicaux publics sont engorgés, ce qui a nécessité le confinement de la population, sans que pour autant la situation soit sous contrôle.

Le secteur privé a été bridé par l’État

Parmi les raisons qui expliquent nos difficultés et les succès coréens et allemands, l’aptitude à optimiser les moyens disponibles, de façon pragmatique. Les Coréens ont pris soin d’intégrer le secteur privé dans la lutte contre la pandémie, qu’il s’agisse de déployer massivement les tests de dépistage ou de traiter les malades dans des établissements à 90 % privés. Les Allemands se sont appuyés sur leur industrie et sa capacité à développer des tests.

En France, on pâtit, au contraire, et depuis longtemps des réticences des autorités publiques à intégrer les praticiens et établissements privés, mais aussi les industriels. Les généralistes libéraux ont été exposés à la maladie, sans masques. La biologie de ville s’est pendant de longues semaines vu refuser le droit de pratiquer des tests, faute de disposer de l’accréditation nécessaire.

Même la chaîne de distribution de matériel médical a été paralysée. Les contrôles des prix et réquisitions ont réduit les incitations économiques à produire davantage ou importer les gels hydroalcooliques et les masques de protection manquants. Un gâchis humain aussi bien qu’économique.

Table: Institut économique Molinari Source: Johns Hopkins au 30 mars 2020 (https://coronavirus.jhu.edu/map.html), OCDE (dépenses de santé) & FMI (dépenses, déficit et dette publique) année 2018 Get the data Created with Datawrapper

Table: Institut économique Molinari Source: Johns Hopkins au 30 mars 2020 (https://coronavirus.jhu.edu/map.html), OCDE (dépenses de santé) & FMI (dépenses, déficit et dette publique) année 2018 Get the data Created with Datawrapper.

Le temps du bilan viendra

Nous devrons un jour avoir le courage d’accepter que les pays qui s’en sortent le mieux du point de vue sanitaire, Corée du Sud et Allemagne, sont aussi les plus efficaces d’un point de vue économique. Ces pays ont une fiscalité plus raisonnable, sont en plein emploi, ont des comptes publics excédentaires.

Cela leur permet d’agir en bon ordre, là où nous sacrifions des hommes et des femmes comme notre économie. Notre étrange défaite rappelle celle de mai 1940, la France s’écroulant en raison d’un défaut de stratégie et de coordination et non à cause d’un manque de moyens.

Il n’est pas encore temps de faire le bilan de cette pandémie, mais une chose est d’ores et déjà certaine : il conviendra de faire le travail d’introspection nécessaire et de passer en revue nos façons de dépenser et de faire. Nous avons poussé au maximum en France la démarche consistant à toujours compter sur plus de budgets publics.

Nous n’avons pas été aussi brillants lorsqu’il s’agissait d’optimiser l’allocation des budgets au sein des structures publiques et l’articulation entre l’offre publique, privée non lucrative et privée à but lucratif. L’expérience montre que cela ne nous aide pas à surmonter les crises de façon plus sereine. Cela ne nous aide pas, non plus, à préserver l’économie française, ce qui accentue nos fragilités au lieu de les réduire.

Sur le web

Petit lexique impertinent du coronavirus franchouillard

Par Claude Robert
lexique

Par Claude Robert.

Appareil respiratoires

La Santé est le parent pauvre des efforts du gouvernement, au même titre que de nombreux autres secteurs…

Mais où sont donc passés nos impôts en constante augmentation ? On ne sait pas trop. Seule certitude, avec la crise pandémique, on voit maintenant où ils ne sont pas allés.

Confinement

Unique solution efficace en dernier ressort, lorsque les bons réflexes préventifs n’ont pas été actionnés au départ, le confinement possède un énorme avantage : il flatte le penchant naturel de notre gouvernement socialiste.

Décréter un mini-couvre-feu, exiger un questionnaire auto-justificatif, mettre 100 000 policiers dans la rue pour contrôler les déplacements des Français, que du plaisir !

Élections municipales

On ne compte plus les personnels des bureaux de vote à avoir attrapé cette saleté de virus pour des élections maintenues à tout prix, leur annulation ayant même été qualifiée de coup d’État constitutionnel selon le président des Républicains.

Droite et gauche se sont donc retrouvées main dans la main pour porter haut et fort les couleurs de la démocratie, en pleine pandémie.

Faible taux de mortalité allemand

Totalement irrévérencieuse, la comparaison avec le taux de mortalité 6 fois moindre de l’Allemagne est interdite, sauf bien sûr à prendre avec la plus grande prudence les chiffres fournis par notre voisin en ce qui concerne sa politique de dépistage.

Et ce n’est pas parce que cette même politique a été pratiquée par les pays d’Asie qui ont su stopper la propagation du virus qu’il faut croire qu’elle est la meilleure.

Car le dépistage du virus souffre d’une tare insurmontable : nos énarques ne s’y étaient pas intéressés. Alors, n’en parlons surtout pas.

Hôpitaux publics sinon rien

Fidèle à ses prédispositions, le gouvernement socialiste a tellement privilégié les hôpitaux publics que dans la région de l’Est la plus touchée par le virus, il a fait évacuer de nombreux malades par avions vers des hôpitaux publics du sud de la France.

Pendant ce temps, de nombreuses cliniques privées de l’Est ne pouvaient pas utiliser leurs lits équipés de respirateurs, tout simplement par manque de masques pour leur personnel.

Immunité de groupe

Nos hauts fonctionnaires ont pensé un instant que tout allait se régler tout seul grâce à cette miraculeuse immunité de groupe, ce fameux stade à partir duquel le virus décide de laisser tomber, et qu’il suffisait d’attendre. Mais d’où sortent ces chiffres de 50 % à 70 % de la population contaminée à terme que le ministre de l’Éducation nationale a benoîtement cités le matin des élections municipales ? Avec un taux de mortalité de 3 %, cela fait tout de même 1,2 million de morts.

Sans doute le gouvernement avait-il oublié de faire le calcul car il n’a plus reparlé de cette solution. Surtout que ces chiffres sont totalement théoriques et dépendent de nombreux facteurs, parmi lesquels, au hasard, les actions de prévention et de lutte contre la pandémie.

Masques de protection

Trop difficiles à mettre selon la porte-parole du gouvernement, absolument inutiles selon le ministre de l’Intérieur, au point d’exiger que les policiers ayant pu s’en procurer les rendent, ces masques souffriraient en réalité d’un mal bien plus profond : ils seraient en rupture de stock. C’est si bête ! Mieux vaut faire diversion.

Pandémie

Absente du programme de l’ENA, jamais traitée en grand oral, la pandémie pose un vrai problème à la haute fonction publique en charge des affaires du pays. Sorte d’impensé, de cygne noir, elle se glisse parmi les neurones de nos décideurs et ne déclenche pas tous les réflexes attendus. L’expérience, bon sang, l’expérience. Mais où donc s’apprend-elle ?

 

Covid-19 : Donald Trump pourra-t-il éviter le pire ?

Par Daniel Girard
covid-19

Par Daniel Girard, depuis les États-Unis.

Le président reconnaît qu’au moins 100 000 Américains, et peut-être 200 000, risquent de mourir du Covid-19 au cours des prochaines semaines. Il n’a d’autre choix que de maximiser le confinement, équiper vite son personnel soignant et dépister massivement.

Lorsque Donald Trump s’avance au micro de la tribune de la Maison-Blanche pour répondre aux journalistes sur le coronavirus, il a toujours l’assurance d’un général prêt à essuyer le feu nourri de l’ennemi.

Depuis mardi, ce Donald Trump triomphant a disparu. Mercredi, 26 473 cas se sont ajoutés aux États-Unis, portant le total des infections à 215 003. Lors de cette seule journée, 1049 personnes ont succombé au virus pour gonfler le total des morts à 5102, un record pour une journée.

Au rythme où vont les nouvelles infections, le scénario d’un total de morts oscillant entre seulement 100 000 et 200 000 lors du pic des contaminations dans les prochaines semaines paraît très optimiste.

L’Italie comme phare ?

Lors d’une entrevue à CNN mercredi, le vice-président Mike Pence a démontré qu’il avait bien analysé la tendance des courbes d’infection quand il a comparé la situation des États-Unis à celle de l’Italie.

Le 1er avril, le vice-président Mike Pence a dit que l’Italie était le pays qui offrait la meilleure comparaison avec les USA pour le COVID-19. Cela n’a rien de rassurant considérant que le taux de létalité du virus en Italie est près de 12% (13 155 morts sur 110 574 infections) pic.twitter.com/OZhZvK4DR7

— Daniel Girard (@DanielGGirard) April 2, 2020


Mais au-delà de la létalité du coronavirus, la trajectoire de la courbe américaine comparativement à celle de l’Italie a de quoi inquiéter.

Courbe de comparaison entre les USA et l’Italie dessinée le 26 mars dernier. Le 1er avril, la courbe américaine poursuit son ascension. pic.twitter.com/j1WtXUBmvf

— Daniel Girard (@DanielGGirard) April 2, 2020


La meilleure manière d’infléchir la courbe américaine est bien sûr de maximiser le confinement, de distribuer le matériel nécessaire aux hôpitaux et de généraliser le dépistage. Sur ces trois fronts, seul celui du confinement se porte bien. 294 millions d’Américains sont en confinement dans 37 États, 74 districts d’États, le District de Columbia, 14 villes et Porto Rico. Cela représente 90 % de la population des États-Unis.

Aux États orangés, on ajoute maintenant la Floride, la Géorgie, le Mississippi et le Nevada. 90% des Américains sont maintenant en confinement. pic.twitter.com/ZEYeof9vxf

— Daniel Girard (@DanielGGirard) April 2, 2020

Équipement essentiel manquant

La distribution d’équipement médical continue d’avoir des ratés. Les professionnels de la santé n’ont toujours pas le matériel de protection pour traiter les patients en sécurité. Il en résulte des infections, parfois mortelles, des médecins et des infirmières. Il faut alors faire appel à des retraités ou des jeunes qui n’ont pas complété leur apprentissage, ce qui n’est pas optimal.

Conscient de ces pénuries et en attendant de voir davantage de matériel acheminé aux hôpitaux par l’Agence fédérale de gestion de l’urgence, Donald Trump a accepté gracieusement l’offre de Vladimir Poutine de lui envoyer une cargaison d’équipement médical.

La Russie a dépêché aux États-Unis, mercredi, un avion militaire avec une cargaison d’équipement médical pour freiner le COVID-19 à la suite d’un appel entre Donald Trump et Vladimir Poutine. pic.twitter.com/991GGDoFCv

— Daniel Girard (@DanielGGirard) April 1, 2020

Lenteur du dépistage

Aux États-Unis, le dépistage est une déception. La Corée du Sud a surmonté efficacement l’épreuve de sa contamination initiale grâce à une campagne de dépistage massif. Il est vrai que ce pays se trouve sur un territoire beaucoup moins étendu que les USA mais les États-Unis disposent de toutes les infrastructures nécessaires pour mener ce genre d’opération de manière rapide et efficace.

Le temps presse pour les États-Unis. Donald Trump le sait. Sa mine déconfite quand il répond aux journalistes révèle qu’il est conscient qu’il a beaucoup de chemin à parcourir. Il n’a jamais eu autant besoin de l’analyse des experts pour faire les bons choix. Il réalise aussi qu’il doit être une source d’inspiration, et ce même pour ses critiques et ses adversaires.

Détournement de masques : pourquoi c’est logique, juste et utile

Par Pierre Schweitzer

Par Pierre Schweitzer.

Cette terrible épidémie a au moins quelques conséquences positives : on respire mieux, les animaux sont plus tranquilles, et le monde regorge de petites observations économiques passionnantes.

Alors que je réfléchissais au bien-fondé d’acheter un respirateur pour plus de 30 000 euros à un vendeur chinois douteux, on apprend par Renaud Muselier qu’une cargaison de masques achetée par la Région Sud a été « détournée » au dernier moment car un acheteur – américain semble-t-il – aurait payé trois fois le prix initial.

La nouvelle a naturellement outré le destinataire initial (on peut le comprendre), mais à y regarder de plus près et au global c’est une magnifique leçon d’économie.

Le plus offrant l’emporte

Premièrement cette histoire est logique. Comme dans toute transaction marchande c’est le mieux disposé à payer qui l’emporte, et la logique du « premier arrivé, premier servi » ne s’applique plus si le vendeur a des chances de faire significativement augmenter le prix à l’arrivée d’autres acheteurs.

À la limite on peut concevoir qu’un client fidèle soit servi en priorité, pour peu qu’il n’offre pas non plus un prix ridicule par rapport à ce que peut espérer le vendeur, mais dans ce cas le vendeur ne manquera généralement pas de souligner qu’il fait une fleur à son acheteur en raison de sa loyauté et de son ancienneté.

La Région Sud est-elle une ancienne et fidèle cliente de masques chinois ? On peut en douter. Renaud Muselier ne rêverait-il pas, comme tous les politiques du moment, de retrouver la « souveraineté française » dans la fabrication des masques ? On peut le penser.

Pourquoi notre vendeur chinois se priverait-il donc d’un profit supérieur tout en privant son client américain de dernière minute d’une transaction considérée comme valable au triple du prix négocié par le français ?

Les Américains souffrent autant de la situation

Deuxièmement cette histoire est juste. Les Américains ne souffrent pas moins de la situation sanitaire que les Français, les médias français se plaisent d’ailleurs à rappeler avec malice que les États-Unis sont désormais « le pays le plus touché ». Bien sûr cela ne prend pas en compte le fait qu’il s’agit d’un pays de 330 millions d’habitants à comparer avec nos moins de 70 millions, mais qu’importe.

De fait, on voit mal par quel mécanisme la Région Sud aurait un droit absolu à être servie en premier. Juridiquement ? Ce n’est pas mon domaine, mais en tant qu’économiste je ne peux constater que si la vie économique est contrainte par le droit, la vie juridique se fait parfois doubler par l’impératif économique. On peut construire un barrage sur une rivière, mais rien ne garantit à 100 % que le barrage tiendra lors de toutes les crues, a fortiori des crues centennales.

Si à ce stade certains lecteurs sont déjà très choqués, je les invite à réfléchir à leur propre comportement au moment de vendre un bien immobilier si un acheteur faisait irruption devant la porte du notaire avec une valise de billets ou un énorme chèque de banque certifié en offrant le triple du prix âprement négocié avec l’acheteur. Combien d’entre vous résisteraient ?

Votre partenaire vous ferait probablement miroiter combien cet argent serait utile pour vos vieux jours, ou pour offrir plus de confort à vos enfants, pour payer des études, pour assurer la retraite de vos parents, ou pour faire un gros don à votre association de cœur. Bref, vous accepteriez.

Ce raisonnement s’applique de la même manière à la vente de votre extracteur de jus ou de votre diffuseur d’huiles essentielles sur Le Bon Coin. Remarquons que si votre morale personnelle vous commandait de résister au triplement de votre gain, il suffirait que vous soyez amené le lendemain à reproduire l’opération pour que votre prix de départ augmente très sensiblement. Après tout vous jetteriez un œil aux offres concurrentes et vous diriez « c’est le prix du jour, pourquoi ferais-je cadeau de ma marchandise ? ».

On pourra toujours objecter qu’il s’agit ici de masques pour protéger des vies et non pas d’extracteur de jus, mais n’oubliez pas que tous les acheteurs potentiels ont envie et besoin de sauver des vies, il ne s’agit pas de payer la réalisation d’un lustre en accessoires d’hygiène pour décorer le château de Versailles avec l’argent que le contribuable aurait peut-être souhaité destiner aux hôpitaux…

Le prix indique la valeur

Troisièmement ce « détournement » de masques par une offre marchande supérieure est éminemment utile. Comme nous le savons au moins depuis les travaux de Friedrich Hayek et d’autres économistes du courant autrichien, le prix objectif n’existe pas et ne doit surtout pas exister.

Car le prix exprimé en monnaie ne fait que refléter la valeur d’un bien par rapport à d’autres biens produits dans l’économie, et traduit ainsi un certain ordre de priorité dans les préférences de consommation et les capacités de production.

Cela se comprend mieux si on considère la notion de coût d’opportunité : à chaque fois qu’une entreprise quelconque décide de fabriquer des masques ou des gels hydro-alcooliques plutôt que des voitures ou des bouteilles de pastis, cela implique de renoncer à des rentrées d’argent qui permettent de payer les fournisseurs qui ont livré des marchandises, les employés qui ont travaillé, et même les actionnaires qui ont laissé leur argent à disposition de l’entreprise plutôt que d’en profiter pour eux-mêmes (notons que si des morts du Covid-19 avaient des actions, ils regretteraient sûrement avec le recul de ne pas avoir utilisé l’argent pour se payer de belles vacances ou un restaurant étoilé plutôt que des actions, mais c’était leur choix).

En clair, pour prétendre dérouter des ressources matérielles, humaines et financières d’une finalité économique vers une autre, il ne suffit pas de clamer l’importance de cette dernière. Adapter un outil industriel, payer des employés volontaires et se procurer des marchandises très recherchées mais en quantités forcément limitées en un moment donné, cela coûte de l’argent et les producteurs doivent bien le trouver quelque part.

Si les masques se paient trois fois le prix habituel c’est que leur importance relative dans l’échelle des besoins a grimpé en flèche, et ce au même moment pour le monde entier. Chacun est donc prêt à offrir ce qu’il peut en échange de la précieuse marchandise, ce que les États-Unis font avec une monnaie recherchée dans le monde entier puisque cette dernière permet de faire son marché dans toute la prospère économie américaine, et même au-delà.

C’est aussi à cela que sert de produire des biens et services recherchés dans le reste du monde : pouvoir en faire un levier au moment où on a urgemment besoin de biens et services produits ailleurs dans le monde. Si les masques sont si importants en ce moment il est bien normal que l’argent suive les discours et que chaque région, chaque nation, chaque ville, chaque hôpital sacrifie des consommations et productions alternatives pour se procurer un maximum de la précieuse et urgente marchandise.

Par un heureux accident, c’est cette « ruée vers l’or blanc » et l’inévitable explosion du prix qu’elle entraîne qui prépare les capacités de production de demain en « reprogrammant » les marchés avec une information nouvelle : il est urgent de fabriquer des masques plutôt que des t-shirts.

Mais si les t-shirts se paient toujours au même prix que les masques on ne peut pas imaginer que les producteurs subissent volontairement des coûts élevés pour ré-orienter leur production. Certains le font par pure philanthropie, et c’est tant mieux. Mais la charité se heurte vite à une limite : les producteurs chinois n’ont pas plus envie d’équiper gracieusement la France que les producteurs français ne rêvent de fournir généreusement les Chinois. Le voudraient-ils qu’ils seraient bien en peine d’expliquer à leurs salariés et à leurs fournisseurs qu’il faut travailler avec plus de risque et fournir des marchandises plus chères sans que le producteur n’accepte d’en payer le prix.

On peut toujours déplorer les réflexes égoïstes de l’être humain, mais cela ne résout pas les problèmes. Étant moi-même Marseillais, je ne peux que m’étonner du nombre de personnes qui portent des masques FFP1 et même FFP2 dans la rue alors que personne ne peut ignorer combien les soignants les plus exposés en manquent cruellement dans le même temps.

L’économie n’est qu’un miroir du comportement humain, mais elle possède heureusement de fantastiques mécanismes d’ajustement qui font d’un comportement égoïste et « court-termiste » un bienfait global : c’est grâce aux enchères sur les cargaisons de masques et aux respirateurs pas toujours homologués mais achetés à prix d’or que notre tissu économique sera prêt à affronter une prochaine épidémie et parvient en ce moment même à s’adapter à l’urgence.

L’attitude consistant à s’offusquer des prix organiques du marché et à vouloir les limiter permet de se draper dans la morale, mais revient au mieux à répartir la pénurie, tout comme le socialisme assurait une égale répartition de la misère hors de la Nomenklatura.

Coronavirus : l’état de droit en quarantaine ?

Par Frédéric Mas
état de droit

Par Frédéric Mas.

Tollé dans le monde judiciaire, qui s’insurge contre les mesures d’exception poussées par la Garde des Sceaux dans le cadre de la crise du Coronavirus. Nicole Belloubet, dans le cadre de la loi sur l’état d’urgence sanitaire, a présenté quatre ordonnances visant à « simplifier » les procédures, simplifications qui se traduisent à la fois par la libération anticipée de 5000 à 6000 détenus et par la tenue d’audiences en visioconférence, à huis clos, comme par la prolongation des délais de prescription.

Dans une tribune publiée le 31 mars par Libération, Hannelore Clayre, avocat pénaliste au barreau de Paris, ne décolère pas, en particulier face à la prolongation des délais de détention provisoire : « Comprenons bien : d’un claquement de doigts, une circulaire vient de prolonger le titre de détention de 21 000 détenus. Exit les juges, exit les avocats, exit les audiences, exit tout ! La ministre sucre le droit acquis de tout détenu de voir sa situation réexaminée lors d’un débat permettant à son avocat de le sortir éventuellement au terme de son mandat de dépôt de l’enfer que seront dans quelques jours les prisons. »

Des mesures temporaires ?

Madame la Ministre a, elle aussi, envie d’être facétieuse, un 1er avril.
Et pourquoi pas?

Nicole Belloubet : « L’Etat de droit n’est pas mis en quarantaine » https://t.co/9VZproqhyJ

— Ch. SAINT-PALAIS (@ChStPalais) April 1, 2020

La réponse de Nicole Belloubet ne s’est pas fait attendre. Dans une tribune publiée mercredi dans Le Monde, le ministre de la Justice a affirmé le caractère temporaire de ces mesures : « La loi du 23 mars 2020 crée un cadre juridique nouveau pour faire face aux catastrophes sanitaires les plus graves. Elle n’autorise en aucun cas l’édiction de règles et de décisions durables au-delà de ce que l’urgence justifie. »

Pourtant, l’inquiétude des avocats est largement justifiée à plus d’un titre.

L’état de droit en quarantaine ?

Premièrement, expliquer que les règles du droit sont respectées parce qu’elles se font dans le cadre de nouvelles lois d’exception revient à vider de son sens l’expression « état de droit ». Dans la tradition libérale, l’état de droit n’est pas seulement la soumission de l’État aux formes du droit.

Il s’agit aussi d’un principe d’autolimitation constitutionnelle1 : le respect des formes du droit vise à protéger les libertés publiques, en particulier contre les interférences du pouvoir politique lui-même. Que l’exécutif respecte les formes du droit pour en changer le contenu au nom de l’exceptionnalité de la situation doit interroger, et réveiller la vigilance des citoyens.

Deuxièmement, comme le rappelait maître Jean-Philippe Feldman lorsque nous l’interrogions sur la création de l’état d’urgence sanitaire, le risque ici est plus important à long terme qu’à court terme. On habitue les citoyens à la possibilité pour l’État de s’arroger des pouvoirs illimités. Sur le plan juridique, malgré les textes visant à préciser le bon usage de la loi, le pouvoir de l’État grossit encore.

Troisièmement, malgré les propos rassurants du garde des Sceaux sur le caractère temporaire de ces mesures de « simplification », rappelons-nous que la dernière décennie a été particulièrement riche en mesures temporaires liberticides par la suite normalisées au nom de la guerre contre le terrorisme. Il est devenu difficile de se fier à la parole publique, tant elle a varié sur le discours à tenir en matière de libertés fondamentales ces dernières années.

Petit à petit, l’état de droit recule et réapparaît discrètement le spectre de l’état de police, c’est-à-dire de la soumission de la pratique du droit aux décisions de l’administration. Soyons vigilants : la sortie de crise demandera aussi un retour à l’état de droit qui est cœur du fonctionnement de notre démocratie.

  1. Philippe Raynaud, Le juge et le philosophe, Armand Colin, 2008.

Confinement, coronavirus et libertés perdues

Par Thierry Afschrift
libertés

Par Thierry Afschrift.

Sans doute personne n’aurait pu imaginer, il y a seulement deux mois, la situation dans laquelle une bonne partie de l’Europe vit aujourd’hui.

Certaines de nos libertés les plus fondamentales ont disparu, sans débat politique, sans même une loi, sur la base d’un simple arrêté ministériel.

Fini le droit de circuler librement pour une population confinée chez elle. Fini le droit de choisir son travail et les modalités de celui-ci, spécialement pour ceux, restaurateurs et autres, qui ne peuvent pratiquement plus travailler du tout. Fini le droit de quitter son pays ou même d’occuper sa résidence secondaire. Fini le droit de se réunir et la liberté d’assister à un culte.

Et ce n’est là que le début d’une longue liste.

En temps normal, la moindre atteinte à des libertés aussi fondamentales ferait l’objet de critiques virulentes, d’intenses débats politiques, de recours judiciaires et de manifestations multiples. Aujourd’hui, pourtant, si beaucoup de gens enfreignent, souvent à la marge, leurs obligations de confinement ou les interprètent de manière très fantaisistes, personne n’ose s’exprimer clairement contre elles.

Comme au début d’une guerre, il est politiquement incorrect de s’opposer à ceux qui dirigent et qui incarnent la Nation.

Juridiquement, il existe des dérogations aux divers textes protégeant les droits de l’Homme pour des hypothèses d’urgence, notamment sanitaire. Et des textes non contraignants, énoncés, par exemple, dans les Principes de Syracuse, expriment les conditions dans lesquelles ces dérogations peuvent être activées par les gouvernements. Peu de juristes contestent que ces conditions soient bien respectées en l’espèce.

Les mesures proposées ont, en outre, le soutien massif de la plupart des experts et de la population. Peut-être en est-il ainsi, pour une part, parce qu’elles ont été annoncées, partout, pour presque trois semaines alors que chacun sait qu’elles dureront beaucoup plus longtemps.

Au fil du temps, on entend des appels à rendre les mesures de contrainte encore plus dures qu’elles l’étaient à l’origine, en réduisant les exceptions. Certains experts vont même jusqu’à vouloir interdire toute activité économique.

Plus les mesures se révèlent inefficaces, comme en Italie, plus on demande de les renforcer et de sanctionner durement ceux, de plus en plus nombreux, qui ne s’y conforment pas tout à fait, comme ces Italiens qui se permettent un jogging de temps en temps et que certaines de leurs autorités voudraient mettre en prison. Les gens paraissent admettre que l’État devienne autoritaire parce qu’il y a une bonne raison à cela : la protection de la santé de tous.

Personne ne pourra jamais vérifier si le choix des mesures était suffisamment efficace pour justifier les plus extrêmes imposées à toute la population. Et lorsque cette crise sanitaire sera terminée, les gouvernements en place pourront se présenter en sauveurs de leur peuple. Et sans doute celui-ci leur donnera raison et leur permettra d’en tirer un profit politique essentiel lors des élections suivantes.

C’est sans doute à ce moment que se jouera la partie la plus importante.

À chaque crise les États sortent plus forts, s’arrogent de nouveaux pouvoirs, établissent de nouvelles taxes et imposent à leurs habitants de nouvelles charges, non plus temporaires, mais permanentes. D’aucuns sont déjà en embuscade et attendent la disparition du virus pour tenter d’imposer leur agenda, noir, rouge ou vert, en commençant dès aujourd’hui le procès du capitalisme, jugé responsable des ravages causés par ce virus né en République populaire de Chine.

On commence déjà à accuser un système prétendument libéral d’être responsable de la pénurie de masques et de désinfectant ; un système qui s’approprie la moitié des richesses et qui réglemente tout n’est pas libéral, et les pénuries sont causées par les restrictions au libre-échange imposées par des États.

Le pire danger pour nos libertés se situera dans quelques semaines, lorsque certains voudront imposer un régime beaucoup moins respectueux des libertés en croyant qu’il sera facile de faire supporter quelques contraintes supplémentaires à un peuple qui aura accepté, l’espace de quelques semaines, de se voir dicter sa conduite dans presque chaque détail de sa vie quotidienne.

Cet article a été publié une première fois sur Trends (Belgique)

Médecins cubains : les esclaves de la dictature sont les bienvenus !

Par Michel Faure

Par Michel Faure1.

La France a autorisé par décret, le 30 mars, l’arrivée de médecins cubains sur ses territoires d’Outre-Mer pour l’aider à maîtriser la crise du Covid-19. Déjà présents en Espagne, en Italie et en Andorre, ces médecins vont sans doute aider à sauver la vie de citoyens français.Dès lors il est jugé délicat de s’offusquer de leur présence et de leur soutien.

Pourtant, on peut poser la question de savoir pourquoi un pays démocratique comme le nôtre décide de faire venir ces médecins dont la qualité professionnelle n’est pas en cause, mais dont la situation est plus que problématique. Ils sont en effet exportés depuis des années par la dictature cubaine comme des marchandises.

Ils partent à l’étranger contraints et forcés, sans leurs conjoints ni familles retenus en otages dans l’île afin de dissuader les envies de défection. Ces toubibs sont surveillés de près par des « commissaires politiques » qui leur interdisent tout contact avec la population locale, à l’exception de leurs malades.

Des produits d’exportation très demandés

Ces « produits d’exportation » que sont les médecins cubains – l’écrire ainsi peut paraître brutal, mais c’est de cela qu’il s’agit – sont très demandés, et rapportent gros – en moyenne 11 milliards de dollars par an, selon des chiffres des statistiques cubaines de 2016, les dernières connues2. À titre de comparaison, les quatre millions de touristes venus à Cuba la même année se situent loin derrière, en deuxième position, avec 2,8 milliards de dollars. Viennent ensuite, plus loin encore, le sucre et le tabac.

Les salaires des médecins sont généralement alignés sur ceux de leurs confrères du pays d’accueil (sauf en cas de troc avec un pays ami, du pétrole au Venezuela, par exemple), des sommes versées directement aux autorités cubaines. Ces dernières reversent aux médecins un salaire cubain, c’est-à-dire une misère. Exploités, ces médecins sont des « esclaves modernes » de la dictature castriste.

Cependant, le gouvernement français décide de se rendre complice de cette exploitation et les invite chez nous, à la demande d’une vingtaine des quelques 70 députés qui ont jugé bon, allez comprendre pourquoi, de s’inscrire au groupe d’amitié France Cuba. Cette démarche et l’accord du gouvernement n’ont pas suscité la moindre indignation en France, ce qui révèle l’apathie politique dans laquelle nous nous trouvons.

D’autres renforts sont possibles

D’autres renforts étaient sans doute possibles, venant de pays européens mieux préparés, ou moins touchés que la France, mais le gouvernement français a opté pour Cuba. Dès lors, il nous faut s’interroger sur cette coupable indulgence de la France à l’endroit de ce pays aujourd’hui encore une dictature féroce et calamiteuse, incapable de nourrir sa population, et qui continue à opprimer et à emprisonner quiconque émet quelque réserve sur le régime castriste.

Il convient de se souvenir que notre ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, se montre tout fier d’être le premier membre d’un gouvernement de l’UE à rencontrer à La Havane le nouveau président Miguel Diaz-Canel, triste apparatchik, marionnette aux ordres de son vrai patron, Raul Castro, secrétaire général du Parti communiste cubain auquel la constitution de l’île confère la direction suprême du pays. N’oublions pas non plus Ségolène Royal qui se précipite à Cuba pour les obsèques de Fidel Castro dont elle chante les louanges et nie l’existence de prisonniers politiques dans l’île.

Enfin, son ancien compagnon, François Hollande, une fois élu à l’Élysée, devient en mai 2005 le premier président français de l’histoire à se rendre à Cuba. Il pense en tirer gloire, probablement. Le 12 décembre 2015, le Club de Paris, présidé par la France, annule les intérêts de retard sur les 14,7 milliards de la dette cubaine dûs à la France et sur lesquels La Havane avait fait défaut en 1986. Neuf mois après la visite de Hollande à Cuba, ce dernier invite Raul Castro à Paris.

L’île doit encore 4,6 milliards d’euros à la France, mais Hollande décide de restructurer cette dette en investissements d’infrastructures à Cuba et de convertir 212 millions d’arriérés en un fonds franco-cubain finançant des projets dans l’île. Le gouvernement Hollande n’a jamais expliqué aux contribuables français pourquoi ils devaient être si généreux à l’égard d’une dictature.

 

  1. Michel Faure est l’auteur de Cuba en 100 questions, paru chez Tallandier.
  2. Il existe des chiffres de 2018, mais les chiffres concernant ces médecins n’apparaissent pas, et sont sans doute noyés dans la masse des « services à l’extérieur ». Voir http://www.onei.gob.cu/node/14211

Covid-19, ou l’Occident malade du Cygne Noir

Par Erwan Queinnec

Par Erwan Queinnec.
Un article de l’Institut économique Molinari

Pour les idéologues de la France Insoumise :

Cette crise est […] une fenêtre : réquisition, plafonnement des prix, etc. Dans de tels moments, les esprits sont comme une pâte un peu molle, où l’on peut faire passer des idées neuves. (tweet de François Ruffin, député La France Insoumise).

S’il est pour le moins candide de considérer réquisitions ou blocage des prix comme des « idées neuves », ce tweet saisit bien l’air du temps, chargé d’un virus idéologique jusqu’ici à peu près confiné : tandis que la mondialisation libérale serait responsable de la pandémie du Covid-19, la fermeture généralisée des frontières et l’entrée en vigueur d’un état d’exception sanitaire en constitueraient le traitement obligé.

Ainsi, deux colosses aux pieds d’argile de l’Union européenne, l’Italie et la France, assument d’anesthésier leur économie, de pratiquer l’open bar budgétaire voire de nationaliser certaines entreprises.

Le 12 mars, lors de sa première allocution télévisée aux Français, le président de la République entonne un hymne à l’État Providence, à la gratuité des soins, à l’économie dirigée et au souverainisme.

Le 17 mars, sa deuxième allocution, plus sibylline, fait état de « convictions balayées » et de « conséquences à tirer ». S’agit-il d’une confession annonçant la tenue d’élections présidentielles anticipées, une fois la crise aplanie ? Peut-être moins une confession qu’une conversion – à l’idéologie de son adversaire du deuxième tour de l’élection présidentielle ? – mais en tout état de cause, une question de démocratie qui se pose.

À ce propos, et en faisant en l’occurrence fi de tout intégrisme libéral, au-delà de quel seuil la gestion de crise bascule-t-elle dans un régime autoritaire ? C’est la question qu’il faut se poser plutôt que de céder au chant des sirènes collectivistes, évidemment pas moins bruyantes aujourd’hui qu’elles ne le sont de tout temps.

Nous allons donc ici tenter de porter un regard critique sur la gestion de la crise, en discutant des stratégies – de guerre, de claustration voire d’immunisation – qui sont opposées au Covid-19, avant d’esquisser les conséquences de l’état d’exception sanitaire qu’endurent, entre autres, les Français aujourd’hui.

La crise du Covid 19 : comment combattre un Cygne Noir ?

Depuis quelques jours, la France vit en état de siège et renoue avec des pratiques que l’on croyait appartenir aux reliques de l’Histoire : réquisitions, laissez-passer, contrôles policiers de la population. Si nous en sommes arrivés là, ce n’est pas parce que nous sommes en « guerre », comme le martèle le chef de l’État : c’est parce que nous l’avons perdue, faute de l’avoir menée.

D’abord à cause d’une sorte de Munich sanitaire ayant conduit l’autorité publique à sous-estimer l’adversaire. Ensuite et surtout parce que la politique nationale de santé publique ne lui a rien opposé d’autre qu’une ligne Maginot dont s’est aisément joué l’ennemi.

Le constat s’applique, il est vrai, aux autres pays européens, avec cependant des nuances d’importance. En tout état de cause, l’Europe est entrée en résistance contre l’occupation et notre liberté, comme notre prospérité, ont beaucoup à y perdre.

Une épidémie ambiguë mais mésestimée

Il est superflu de s’étendre sur le flot d’injonctions paradoxales ayant émaillé la communication de crise, l’aberration qu’a constitué le maintien du premier tour des élections municipales ou le récent repentir de l’ex-ministre de la Santé devenue candidate à la mairie de Paris. Je ne m’étendrai pas non plus sur les diverses pénuries (de masques, de gels, de tests) qui rappellent que mener une guerre suppose de pouvoir fabriquer des armes. C’est sur ce dernier point que portera l’essentiel de la critique, à l’heure du bilan.

Au-delà d’une gestion de crise dont de nombreux articles rappellent le désarroi, ces atermoiements sont le reflet d’une puissance publique qui n’est plus pensée ni conçue pour assurer prioritairement la sécurité des individus, c’est-à-dire sa fonction régalienne la plus fondamentale.

Le reproche qui doit être adressé à l’autorité publique l’est donc moins à ce gouvernement qu’à la façon dont, en parfaite insouciance et méconnaissance de cause, le rôle fondamental de l’État a été perverti, durant d’interminables décennies. Car gouverner, c’est prévoir – notamment le pire – plutôt que de gérer à la petite semaine au gré des injonctions technocratiques et des revendications corporatistes.

Certes, la pandémie Covid-19 est ambiguë et cela explique, pour une part, l’indifférence initiale des pouvoirs publics (et partant, des populations) à son endroit. L’ambiguïté vient d’abord d’une « erreur de formulation » de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui, après avoir qualifié la menace de « modérée » dans ses premiers rapports, rehausse son appréciation aux alentours du 25 janvier, soit un mois environ après le signalement de l’épidémie, lui-même manifestement retardé par les autorités chinoises.

L’ambiguïté vient ensuite du fait qu’à condition de sortir la tête du déluge médiatique, les chiffres sont moins impressionnants qu’il n’y paraît, même s’il convient ici de distinguer le flux (exponentiel) et le stock (très limité). Pour ne prendre que la France, quelques milliers de cas sont peu de choses sur une population de 67 millions d’habitants.

Et un taux de mortalité de 2-3 % des cas déclarés, concentré sur des personnes vulnérables, peut donner une impression (partiellement justifiée) de « fatalité ». En outre, puisque l’écart ne fait aucun doute entre le nombre de cas déclarés et le nombre de cas réels, les taux de gravité de l’infection respiratoire déclenchée par le virus sont nécessairement surestimés.

Cependant, c’est moins sur le taux de mortalité global qu’il faut porter l’attention que sur le rythme des hospitalisations, notamment en réanimation. En France, un tiers des cas déclarés nécessite aujourd’hui une hospitalisation et on peut estimer que le taux de cas graves oscille dans une fourchette 5-20 % selon les pays.

Le nombre des cas déclarés croissant à un rythme exponentiel, celui des malades menace donc de saturer le système de soins, ce qui aggraverait en retour la létalité de la pathologie comme l’exemplifie tragiquement le cas italien. Au-delà de la phase aiguë de l’épidémie, la forte contagiosité du virus, sa résistance, car il survit sur toutes sortes d’objets, et sa mutation ont de quoi nourrir les prévisions les plus alarmistes.

Il est donc vain, pour l’heure, de spéculer sur les chiffres, les bilans et les modèles censés évaluer la dangerosité du phénomène. Sur ce point, un débat oppose les « croissants » (catastrophistes) aux « évaluateurs de base » (tempérés) c’est-à-dire, pour simplifier, les tenants d’une approche par les flux à ceux d’une approche par les stocks. Il s’agit d’une question intéressante mais en attendant d’y répondre, le système hospitalier est sommé de s’adapter au flux et celui-ci est, au sens littéral, extra-ordinaire.

C’est un enjeu fondamental de la crise actuelle qui n’est pas toujours bien vu : la gravité de l’épidémie de Covid-19 tient moins en sa létalité qu’en sa fulgurance ; on rappellera par exemple qu’en Europe, la canicule de 2003 aurait tué environ 70 000 personnes. L’enjeu n’est donc pas de sauver l’humanité mais de permettre aux soignants de soigner ce qui, bien plus que la « fatalité » de l’épidémie, met en exergue la vulnérabilité de notre système sanitaire.

Il n’y a d’ailleurs pas lieu de s’en étonner lorsqu’on s’intéresse, entre autres, au précédent qu’a constitué l’épidémie de grippe saisonnière due au virus H1N1, survenue en France lors de l’hiver 2009-2010. À en croire certaines sources, cette épidémie aurait touché entre 13 et 24 % de la population française (on relèvera la grande imprécision de cette fourchette) mais n’aurait occasionné que 312 décès au 6 avril 2010. Surtout, H1N1 serait responsable de quelques 1300 cas graves, pour l’essentiel hospitalisés sur une durée de dix semaines fin 2009 quand Covid-19 donne déjà lieu à 2500 admissions en réanimation depuis seulement trois semaines. Or, comme l’indique le travail cité en note, l’épidémie H1N1 met déjà le système de santé sous tension.

Le suivi épidémiologique du Covid-19 obéit peu ou prou au même protocole que celui du H1N1 tandis que la dangerosité des deux virus est sans commune mesure. Il ne s’agit jamais d’empêcher l’épidémie, donc de gagner la guerre, mais de la confiner à de justes proportions, soutenables pour le système hospitalier. De là, le fameux suivi en « stades » (un, deux, trois et quatre) de la progression de l’épidémie.

Il suffit donc de mésestimer la contagiosité et/ou la dangerosité d’un virus pour que celui-ci échappe à l’illusion de contrôle inspirant notre politique de veille sanitaire. C’est d’autant plus vrai lorsqu’on a affaire à un virus d’incubation lente (de 5 à 14 jours environ) tandis que l’infection H1N1 devenait symptomatique au terme d’une durée allant de 24 heures à 7 jours.

Un tel dispositif de veille sanitaire joue donc à la roulette : il lui est possible d’estimer très imparfaitement l’importance d’une épidémie, de confiner les quelques personnes détectées et d’évaluer les cas graves. Mais la prévention de sa diffusion est au mieux dérisoire. C’est sans conséquence dramatique lorsque le virus est relativement bénin. C’est dévastateur lorsque survient un « Cygne Noir ».

Le Cygne Noir

Les Cygnes Noirs sont des événements imprévisibles et irréguliers à grande échelle et aux énormes conséquences qu’un certain observateur n’a pas prévus, et l’on appelle en général ce non prédicteur la « dinde » quand il est à la fois surpris et heurté par les événements. J’ai affirmé que l’essentiel de l’histoire est dû à des événements « Cygnes Noirs », alors que nous nous préoccupons d’affiner notre compréhension de l’ordinaire, en développant par conséquent des modèles, des théories et des représentations qui ne peuvent suivre la trace de ces chocs ou mesurer leur éventualité. (Nicholas Nassim Taleb, Antifragile, Les Belles Lettres, 2013, p. 17).

Pour être exact, les catastrophes naturelles ou sanitaires sont bien des événements « irréguliers » mais en aucun cas « imprévisibles » (l’histoire fait foi) de sorte que les États occidentaux peuvent effectivement être qualifiés de « dindes du Covid-19 ». Mais qu’aurait-il fallu faire pour éviter d’être « surpris et heurté » par pareil événement ? Dans l’ouvrage précité, Nicholas Nassim Taleb donne un principe d’action pertinent : face à un danger imminent ou une menace inconnue mais potentiellement dévastatrice, le mieux est encore d’adopter une conduite automatique consistant à taper d’abord et réfléchir ensuite. En termes plus feutrés, un virus inconnu doit être traité comme s’il était une menace vitale, avant même de savoir ce qu’il est vraiment.

En l’absence de solution prophylactique ou thérapeutique d’emblée opposable au Covid-19, cette stratégie de « frappe » ne peut guère prendre la forme que d’un dépistage massif de la population et/ou d’un confinement précoce, accompagnés d’une promotion de la « distanciation sociale » et autres « gestes barrières ».

Or, le dépistage constitue la seule solution tolérable – les recommandations de santé publique tombant sous le sens – bien que son caractère facultatif ou obligatoire, de même que celui de la quarantaine devant s’ensuivre, constituent un défi posé au respect des libertés.

On peut raisonnablement supposer qu’une population sensibilisée au danger demanderait à être massivement testée et que les personnes porteuses se mettraient d’elles-mêmes en quarantaine tout en informant leurs proches de la situation, permettant ainsi de remonter efficacement la chaîne de transmission.

Mais il est aussi permis de mettre en jeu la responsabilité individuelle des personnes porteuses ne respectant pas les consignes d’isolement. Aucun individu n’a en effet le droit d’agresser, infecter ou polluer autrui. Faut-il pour autant tracer les smartphones des personnes testées positives, comme en Corée du sud ? Cela appelle un certain nombre de précautions, à tout le moins.

Le but d’une telle stratégie est de limiter ce qu’au demeurant, presque aucun pays n’est parvenu à éviter : un gel des relations sociales au mieux (interdiction des manifestations culturelles et sportives, fermeture des établissements scolaires et universitaires, voire fermeture des bars et restaurants), l’assignation de la population à résidence et l’arrêt de la machine économique, au pire (France, Italie, Espagne et Belgique) sans même parler de la fermeture des frontières (aujourd’hui générale). En Europe, la Suède est vraisemblablement le pays qui résiste le mieux à la cryogénisation de sa vie économique et sociale mais comme ailleurs, l’épidémie qui progresse pourrait remettre ce flegme en cause.

La stratégie de dépistage étant préférable à celle du confinement, elle suppose, bien sûr, de pouvoir concevoir un test fiable (aucun n’étant infaillible), d’obtenir l’autorisation de le commercialiser, de pouvoir le produire en série et de le distribuer aussi largement que possible à l’instar de n’importe quel produit industriel. En l’espèce, le code génétique du Covid-19 a été rapidement identifié et un test a été conçu deux semaines après l’identification de la maladie ; les progrès en ce sens sont d’ailleurs considérables et devraient permettre d’améliorer la logistique du dépistage.

Certains pays ont cependant tardé à délivrer les autorisations de mise sur le marché des premiers tests – notamment les États-Unis – tandis que d’autres ont fait preuve de beaucoup de réactivité : la Corée du sud et Singapour, sur lequel on reviendra, apparaissent aujourd’hui comme des modèles de prévention de l’épidémie.

En Europe, à ma connaissance, seule l’Allemagne se compare à ces pays asiatiques en termes de capacité à dépister ; en revanche, la politique de test systématique y a été plus tardive. Ces trois pays ont jugulé l’épidémie et/ou stabilisé son taux de mortalité même si ni l’Allemagne, ni la Corée du sud n’ont pu éviter de fermer leurs écoles. D’autres pays, tels que la Chine ou Taïwan, ont aussi rapidement endigué l’épidémie mais en privilégiant des solutions plus dures que celles adoptées par Singapour et la Corée du sud (fermeture des frontières pour Taïwan ; réquisitions et confinement pour la province de Wuhan). L’Allemagne a jusqu’ici répugné au confinement mais pourrait devoir y céder rapidement, la Bavière s’y étant résolue.

Le dépistage généralisé n’est donc pas la panacée universelle mais il est la parade la plus efficace à l’expansion de l’épidémie, donc à la saturation des systèmes hospitaliers. L’OMS presse d’ailleurs les États d’aller dans cette voie d’autant plus que la prise de conscience semble aujourd’hui suffisamment large pour que nombre d’individus prennent l’initiative d’être testés et se conforment aux consignes de prévention. Il n’est donc pas (ou ne devrait pas être) trop tard : l’urgence commande, en effet, de sortir d’un confinement mortifère – on y reviendra – donc de tester à grande échelle.

Il sera évidemment nécessaire de dresser un bilan aussi exhaustif que possible des stratégies de lutte menées, de leur efficacité sanitaire et de leur coût socio-économique.

À cet égard, l’exemple de Singapour est édifiant. Au 18 mars 2020, Singapour recense 266 cas de Covid-19 et zéro décès (455 cas et deux décès au 24 mars). Une politique précoce et généralisée de tests, des conseils efficaces de distanciation sociale, une infrastructure hospitalière adaptée et une confiance générale de la population à l’endroit d’un État faiblement interventionniste permettent d’expliquer cette réussite.

Mais au-delà du cas d’espèce, le système de santé singapourien exhibe des caractéristiques remarquables. Il s’agit de l’un des systèmes les moins dispendieux du monde (les dépenses de santé y représentent environ 5 % du PIB), de l’un des moins étatisés du monde (les dépenses publiques de santé représentent un gros tiers des dépenses totales, ce qui est très en dessous de ce que l’on constate en général) et de l’un de ceux témoignant des meilleures performances sanitaires. Or, la gestion de ce que le système comporte de public obéit à un principe strict de discipline fiscale :

Ainsi

bien que Singapour dispose de milliards de dollars de réserves, le gouvernement est légalement tenu de ne pas les utiliser ou d’augmenter les dépenses publiques en procédant à des ventes d’actifs – Lim, Jeremy (2017), Sustainable Health care Financing : the Singapore experience, Global Policy Journal, 8, Supplément 2, mars, p. 105.

Les réserves constituées au fil des excédents budgétaires – le déficit public étant peu ou prou illégal, à Singapour – ne peuvent justement être mobilisées qu’en cas de crise ; elles le furent, la dernière fois, lors de la crise financière de 2008. En somme, l’État singapourien gère l’argent public comme le ferait une fondation privée.

Il est au demeurant remarquable de constater que la Corée du Sud et Singapour sont des pays présentant régulièrement des comptes publics en excédent ; c’est aussi le cas de l’Allemagne – depuis 2014 singulièrement – qui fait pour l’heure office de modèle européen en matière de lutte contre le Covid-19, même si certains analystes attribuent ce succès à un effet retard de la contagion, par rapport à ses voisins. Singapour et l’Allemagne sont parmi les dix pays les plus compétitifs du monde selon le Global Competitiveness Report, publié chaque année par le Forum économique mondial.

Singapour – encore – et la Corée du Sud sont respectivement classés au deuxième et cinquième rangs du classement mondial des pays facilitant la création et le développement de leurs entreprises ; la France est classée trente deuxième, juste devant la Turquie. Quant aux systèmes de santé, si le cas de ces trois pays diffère, ils apparaissent toujours plus libéraux que ceux de l’Italie ou de la France. Le système « bismarckien » de l’Allemagne se compare à de maints égards au nôtre (assurance sociale obligatoire).

Toutefois, l’Allemagne a instauré une concurrence réglementée entre ses caisses d’assurance maladie dès 1993 ; il en résulte une diversité d’offres, voire une individualisation des contrats de prise en charge pouvant en partie expliquer que l’Allemagne dispose de deux à trois fois plus de lits de réanimation par habitant que la France au point d’ailleurs d’en mettre à la disposition des hôpitaux de la région Grand Est, que l’on sait saturés. Ce que la loi de l’offre et de la demande, aussi valide en matière de soins qu’elle l’est pour tout autre bien ou service, permet d’expliquer : les Allemands sont un peuple particulièrement âgé, dont la demande hospitalière est donc relativement élevée. Pour autant, le poids des dépenses de santé dans le PIB allemand est équivalent à celui de la France soit environ 11 %.

La Corée du Sud et Singapour, quant à eux, ont un système de santé largement privé, qui met davantage à contribution ses assurés que ne le font les pays européens, sous forme d’assurance privée ou de « paiement de sa poche » ; au-delà des conjectures culturalistes parfois avancées pour expliquer la discipline collective des populations asiatiques, force est donc de constater que celle-ci procède d’une stricte rationalité individuelle : prévenir vaut toujours mieux que guérir, a fortiori lorsque guérir met à contribution le portefeuille.

Ces remarques permettent de mieux comprendre l’impuissance française – ne parlons pas de l’Italie – face au virus. De nombreux articles se demandent pourquoi un pays saturé de dépenses publiques est incapable de produire du petit matériel médical à même de protéger son personnel soignant et, au-delà, sa population. La réponse est simple : justement parce qu’il est saturé de dépenses publiques.

La profusion de nos bureaucraties, l’inflation réglementaire, le pan-étatisme dont témoignent 46 années consécutives de déficit primaire des comptes publics noient l’attention du décideur public dans un déluge de détails et immobilisent ses ressources dans un maelstrom de tâches et missions routinières.

L’État est un empire qui, absorbé par l’administration quotidienne de ses innombrables territoires occupés, en vient à négliger le danger qui se presse aux frontières. Il ne faut donc pas s’étonner que les pays financièrement rigoureux aient plutôt correctement géré la crise. La Suède, qui résiste pour l’heure au confinement, est aussi un pays de relative discipline budgétaire.

D’abord, naturellement, parce que les excédents budgétaires constituent une épargne publique de précaution, permettant de financer rapidement l’action sans avoir à se préoccuper de dépenser trop. Ensuite et peut-être surtout parce qu’ils signalent une aptitude à fixer et ordonner les priorités – c’est-à-dire à définir une politique plutôt qu’à faire de la politique – dont les pays chroniquement déficitaires sont par définition dépourvus (s’ils en étaient dotés, il n’y aurait justement pas de déficit…). La gestion diligente des deniers publics constitue, comme le rappelle Nicholas Nassim Taleb, l’un des piliers de l’antifragilité d’État.

La crise met corrélativement en exergue la faillite de la pensée technocratique, bien au-delà du cas français, là encore. L’État n’a, en effet, pu se départir d’un « symbolisme du choix intelligent » – l’expression est de James Gardner March, théoricien américain des organisations – qui le pare d’une illusion rassurante de rationalité. En témoigne un « conseil scientifique » qui a parfois donné l’impression de dicter ses consignes au gouvernement.

Ce que dit Taleb de ce type de synode est encore édifiant : « le fragilista (l’entité par nature fragile, vulnérable au moindre choc) est victime de l’illusion Soviet-Harvard, la surestimation (peu scientifique) de la portée du savoir scientifique » (p. 21).

C’est un peu comme si un garde-côte attendait sur la plage qu’un météorologue authentifie un tsunami. En l’espèce, l’État a voulu agir selon un principe d’efficience reposant sur une « évaluation des risques » à même, seule, de proportionner la réponse à la menace. Cette ingénierie fait d’ailleurs écho à notre droit de la légitime défense, lequel veut que chacun ne se protège qu’en proportion d’un danger supposé, ce qui revient à n’avoir la permission d’agir qu’après avoir été tué.

Or, de la même manière que nous payons des soldats à ne pas faire la guerre, un État diligent devrait pouvoir financer des dispositifs de prévention sanitaire très rapidement mobilisables à grande échelle. Car l’efficience – le fait de proportionner les fins aux moyens – est un excellent principe de gestion lorsqu’appliqué à des opérations routinières. Face à l’inconnu, c’est de redondance – donc d’un excès de ressources – dont il est besoin, justement parce que les nécessités de l’action ne peuvent a priori être estimées.

Tout cela est d’autant plus regrettable que la France dispose d’épidémiologistes de premier plan et d’associations humanitaires qui, depuis les années 1970, sont devenues des références mondiales de la gestion de crise. Ces organisations « non gouvernementales » – le terme est édifiant – disposent toujours de stocks pré-positionnés et de quelques mois de trésorerie d’avance pour intervenir en urgence sur une crise épidémique. Lorsque celle-ci survient, elles tentent évidemment d’en comprendre la teneur et la gravité, au moyen d’enquêtes épidémiologiques dites « précoces ». Mais elles agissent en même temps quitte, éventuellement, à exagérer la réponse. Médecins sans frontières (MSF) intervient d’ailleurs, aujourd’hui, en soutien de quatre hôpitaux du nord de l’Italie ainsi qu’auprès d’autres systèmes européens sous tension.

S’accommoder du Cygne Noir ?

La plupart des pays asiatiques ont, par le passé, payé pour apprendre à juguler une épidémie dès ses premiers signes de gravité. Moins éprouvés et donc moins aguerris, l’Europe et les États-Unis en sont aujourd’hui réduits à devoir gérer un taux d’incidence épidémique galopant. Saisis par une forme de sidération, les pays occidentaux sont donc conduits à des décisions politiques qui reflètent l’état de leur système de santé d’une part, une certaine idéologie de l’exercice du pouvoir, d’autre part.

Les systèmes occidentaux de santé sont des mécanos institutionnels terriblement complexes.

On peut toutefois les séparer en deux archétypes (à la louche) :

1. Un modèle de rationnement sanitaire : nationalisation de l’offre (limitation des capacités hospitalières, fonctionnarisation de médecins souvent salariés) et de la demande de soins via un accès universel. Le Royaume Uni, l’Italie ou la Suède correspondent à ce modèle, qui se traduit en général par une relative maîtrise des dépenses de santé par rapport au PIB.

2. Un modèle d’inflation sanitaire : offre libérale relativement abondante notamment de soins dits de ville et une demande financée par l’assurance, toujours obligatoire en Europe, moins contrainte aux États-Unis. L’Allemagne, la France et bien entendu les États-Unis correspondent à ce second archétype qui se traduit par des dépenses de santé relativement importantes par rapport au PIB.

Au-delà de cette présentation, les systèmes de rationnement sont soumis à des pressions « expansionnistes » qu’explique, en particulier, le vieillissement de la population tandis que les systèmes inflationnistes sont incités à une maîtrise des coûts qu’exigent leurs équilibres financiers. Même si, donc, existe une tendance à l’homogénéisation des systèmes, le modèle inflationniste dote le système de santé d’une redondance utile en temps de crise.

Aux deux extrêmes du spectre des stratégies européennes anti Covid-19, nous avons donc, d’un côté, un système allemand pourvu en capacités de dépistage ainsi qu’en lits d’hôpitaux et, de l’autre, un système italien dont l’infrastructure hospitalière est submergée et dont seules quelques localités éparses ont (efficacement) testé leur population.

À cette toile de fond sanitaire, se superpose une culture du rapport au pouvoir dont les déclarations récentes des divers chefs d’État sont emblématiques.

D’un côté, une Europe latine qui sacrifie la liberté individuelle et l’économie nationale à la sauvegarde du système hospitalier (France) voire à ce qu’il en reste (Italie), au rythme d’un discours martial promettant du sang et des larmes.

De l’autre, une Europe anglo-saxonne qui repousse – fébrilement – l’éventualité du confinement général au risque d’une explosion épidémique, sur la foi d’un utilitarisme de circonstance (Suisse, Pays Bas et jusqu’à peu, Royaume-Uni) ou d’un hommage plus vibrant aux libertés, à l’image d’une chancelière allemande qui connaît sans doute leur prix, ayant grandi en République démocratique allemande.

Ce double prisme – système de santé et culture du pouvoir – permet de saisir la logique sous-jacente aux stratégies de « résistance » au Covid-19 mises en œuvre par les divers pays européens.

Du côté de la France, de l’Italie, de l’Espagne ou maintenant de la Belgique, un va-tout joué sur la préservation du système hospitalier, dans le but de soigner « quoi qu’il en coûte ».

Du côté de pays tels que la Suisse, les Pays-Bas ou – très explicitement – le Royaume Uni, une doctrine dite « d’immunité de troupeau » qui mise sur une sorte de vaccination naturelle par propagation du virus, devant progressivement éteindre la contagion par immunisation de la population.

Il est cependant vraisemblable que ce qui sépare aujourd’hui les pays du sud de l’Europe des tenants de l’immunité collective ne réside guère qu’en le stade épidémique atteint ici et là… Car si Boris Johnson, chef du gouvernement britannique, a pu défendre « l’immunité de troupeau » sans éluder son coût en termes de vies humaines, il a rapidement dû faire machine arrière au point de finalement se rendre au confinement général, le 24 mars.

L’attitude des divers pays européens, en tout cas, éclaire d’un jour particulièrement tragique la célèbre formule selon laquelle « la santé n’a pas de prix mais elle a un coût ». Immunité de troupeau et état d’exception sanitaire trahissent, en effet, deux conceptions illibérales de l’offre et la demande de soins qu’il est intéressant d’évoquer.

Lorsque prônée dans le cadre d’un système nationalisé de santé à offre rigide et limitée, la doctrine de l’immunité de troupeau peut rapidement faire écho à une forme de darwinisme sanitaire : au fond, puisqu’il n’y a pas de lits de réanimation pour tout le monde, autant se résigner à mettre l’accent sur le long terme plutôt que le court terme, le « stock » plutôt que le « flux ».

L’état d’exception sanitaire, quant à lui, porte la marque d’une sorte de socialisme de guerre glorifiant le sacrifice d’une nation à la cause du « soin à tout prix ». D’un côté donc, une doctrine fataliste, résignée au rationnement de l’offre de soins (l’immunité collective). De l’autre, une doctrine démiurgique, convertie à l’incontinence de la demande de soins (l’état d’exception). Deux excès dont les conséquences seront d’ailleurs identiques : un système sanitaire épuisé et une économie exsangue.

Une approche libérale du système de santé ne peut évidemment se résoudre à un quelconque malthusianisme sanitaire, lequel renvoie d’ailleurs à son alter ego écologiste puisque, ne l’oublions pas, la « surpopulation tue la planète ». Les seuls discours qui trouvent quelque charme à la crise actuelle sont d’ailleurs de teneur écologiste en raison de la décroissance qu’elle induit.

Il ne s’agit pas plus de sacrifier une économie – donc une civilisation – à une impécuniosité démentielle qui pense pouvoir promettre à chacun l’immortalité, en finançant ce dessein au moyen d’une dette insoutenable.

Il faut donc rappeler qu’en économie de marché libre, la survenue d’une épidémie provoquerait un surcroît d’offre hospitalière, répondant à une demande elle-même croissante. L’effet sur les prix d’un tel mouvement dépendrait de la vitesse à laquelle le capital se déplacerait vers le secteur sanitaire ; on pourrait toujours discuter du processus d’ajustement de l’offre (en questionnant par exemple la qualité marginale offerte) ou évoquer le problème de l’accès aux soins – donc la solvabilité de la demande marginale – mais le système aurait, au moins, une forte incitation à adapter les capacités aux besoins et ce en temps réel.

Notons qu’en France, l’assurance maladie réglant le problème (et l’addition) de l’accès aux soins, les hôpitaux publics et privés (à ou sans but lucratif) ont pu quadrupler la capacité nationale en lits de réanimation, l’Armée contribuant aussi à cet effort global. Il faut bien sûr s’en féliciter car tout ce qui peut désengorger les services de réanimation milite en faveur de la fin du confinement.

Le confinement mortifère

En France comme en Italie, les libertés publiques paient un lourd tribut à l’urgence sanitaire. Bien que la légalité de l’état d’exception n’intéresse à peu près personne – ce qui en dit long sur le crédit restant à la notion de « loi » – il demeure instructif de se demander ce qui, en un claquement de doigts, autorise un État à faire main basse sur certains droits fondamentaux et ce, sans recourir à l’article de la Constitution qui le permet expressément, ce fameux article 16.

Recherche faite, il semble que l’article L 3131-1 du Code de la santé publique constitue le fondement légal du confinement entré en vigueur le 17 mars 2020. Depuis le 25 mars, la loi d’urgence sanitaire, en trois volets, permettant au gouvernement de légiférer par ordonnances et de rectifier la loi de finances, donne à ce fondement juridique une base plus claire et, hélas, plus durable.

Pour l’heure, l’opinion publique semble plébisciter le tournant autoritaire. Il s’agit d’un apparent paradoxe si l’on veut bien se rappeler les motivations initialement pédagogiques de l’état d’exception sanitaire. Ce dernier a, en effet, pu donner l’impression d’une punition infligée par le maître d’école à une classe dissipée, le gouvernement ayant solennellement tancé l’inconséquence de « sa » population juste avant l’entrée en vigueur du confinement.

Il est vrai que l’image d’insouciance voire d’incivisme qu’ont effectivement pu donner beaucoup de Français renvoie à des causes profondes.

En premier lieu, un déficit d’éducation sanitaire voire une culture communautaire prévalant dans un certain nombre de zones densément peuplées.

En second lieu et plus fondamentalement, une attitude distanciée des Français à la « règle commune » et à la parole publique, l’une et l’autre abîmées par l’hyperinflation normative et le discrédit du personnel politique.

Enfin, un comportement économiquement rationnel : la France est un pays de luxe sanitaire dans lequel il est possible de surconsommer gratuitement du soin. Il en découle naturellement un aléa moral – une incitation à l’irresponsabilité – à même d’expliquer l’indifférence de nombreux Français à l’endroit de la prévention.

En supposant néanmoins la « leçon » comprise, il est encore temps de limiter les dégâts et d’orchestrer le retour à la normale, en substituant une stratégie de dépistage massif à la mise sous cloche du pays. Il faut, en effet, veiller à ce que l’état d’urgence ne bascule pas dans une espèce de Gosplan sanitaire qui sacrifierait la société et l’économie du pays à une préoccupation de gestion des flux.

Les préconisations de confinement ad libitum en durée comme en intensité, ou la saisine du Conseil d’État par deux syndicats de médecins peuvent entre autres donner cette impression. Or, si le dévouement et la compétence de notre personnel soignant méritent la gratitude des Français, ce pays de Gaulois inconséquents est aussi le bras qui nourrit le système hospitalier. Et les bras ne sont pas faits pour se tourner trop longtemps les pouces.

Dès lors, la fin de l’état d’exception est d’autant plus impérieuse que son efficacité sanitaire est douteuse ; en effet, beaucoup de contaminations se font de manière intrafamiliale, et comme l’illustre le cas des EHPAD, les lieux en apparence les plus contrôlables ne résistent pas à l’inévitable porosité de la claustration sociale.

À la longue, de nombreux Français pourraient en concevoir, non seulement de la lassitude mais une forme de dépression collective, sans même parler de rébellion. Nos « grandes sociétés » urbanisées ne sont pas conçues pour la vie autarcique. Nos économies non plus.

Celles-ci se remettront-elles de ce que nous vivons ? La question se pose plus précisément en ces termes : comment des pays aux systèmes bancaires fragiles (Italie, Espagne), aux États surendettés (Italie, France), aux fondamentaux économiques structurellement déficients parviendront-ils à absorber la mise à l’arrêt de leurs économies pendant plusieurs semaines et ce dans un contexte de déflagration mondiale ? Certaines prévisions récentes anticipent des déficits budgétaires compris entre 7 % et 10 % du PIB pour l’année en cours (France, Italie, Espagne), assortis d’un taux de croissance de -9 % pour l’eurozone. Si cela se vérifie, ce n’est pas une « crise ». C’est un cataclysme.

On peut dès lors redouter un choc inflationniste de sortie de confinement, lié à la ruée des consommateurs sur certains secteurs sinistrés ayant besoin de temps pour relancer leurs capacités de production (le transport, par exemple). On peut corrélativement prévoir une crise de la dette en euros, imputable à la défiance d’investisseurs déjà largement échaudés par l’effondrement des marchés financiers et l’assèchement des liquidités en résultant.

La zone euro pourrait ainsi être victime d’un effet ciseau – hausse de la demande des consommateurs, baisse de l’investissement financier – se traduisant dans tous les cas par une hausse des taux d’intérêt potentiellement fatale à la monnaie commune. Pour parer au problème, la Banque centrale européenne a déjà prévenu qu’elle monétiserait la dette des pays du sud de l’Europe (ce qu’elle fait d’ailleurs depuis dix ans, selon des modalités plus ou moins subtiles).

Mais avec quelles conséquences sur le taux de change de l’euro, donc le pouvoir d’achat externe de la monnaie commune ? Par quelque bout qu’on prenne le problème, l’impasse semble au bout du chemin, d’autant que tous les pays de l’eurozone seront durement éprouvés. Au mieux, c’est-à-dire en tablant sur une remise à flot rapide des chaînes de production (d’autant que les pays asiatiques semblent sortir la tête de l’eau) de même qu’un regain progressif des marchés financiers, la crise du Covid-19 mettra au jour les trop nombreuses comorbidités dont souffrent les économies fragiles de la zone euro et qui, depuis la crise grecque de 2011, n’auront reçu d’autre traitement que celui d’un antalgique monétaire.

Le pire n’est jamais certain mais le pire lui succède toujours. Car il y a peut-être moins à redouter de la crise elle-même que des remèdes qui lui seront apportés et qui sont déjà annoncés. Toutes les crises du XXe siècle ont pour racine un excès d’interventionnisme public auquel répond un supplément d’interventionnisme public.

Or, Taleb nous prévient encore : « une intervention (étatique) entraîne des conséquences imprévues, suivies d’excuses pour l’aspect « imprévu » de ces conséquences, puis à une autre intervention destinée à corriger les effets secondaires, laquelle conduit à une série explosive de réactions « imprévues » qui se ramifient, chacune d’elle pire que la précédente » (p. 22).

Qui peut dire jusqu’où cela nous mènera ?

On peut bien entendu miser sur un scénario plus optimiste car en ces temps traumatiques, cela ne peut faire que du bien. Une prise de conscience conjointe des États européens s’engageant – pour de bon cette fois – à d’authentiques réformes libérales ? Les cygnes noirs ayant tendance à rudoyer les oies blanches, on ne fera pas semblant d’y croire mais la crise aura tout de même, forcément, des retombées positives.

Un changement de certaines habitudes professionnelles, plus économes, plus productives, promouvant le travail à distance et ce faisant peut-être un meilleur aménagement du territoire ? La remise en cause de politiques d’urbanisme propices à l’entassement des populations ? La mise au rencart d’un certain nombre de lubies climatistes, sommant les pouvoirs publics d’anticiper les catastrophes qui se produiront peut-être dans cent ans quand ils ne sont déjà pas capables de prévenir celles qui surviennent aujourd’hui ?

Ou bien, mieux encore, une réappréciation, par le peuple de France, du charme discret de la liberté, comme nous y invitent déjà certains écrivains. On peut toujours rêver.

Sur le web

Coronavirus : 8 nouvelles technologies qui nous aident à le combattre

Par Yann Merseaux

Par Yann Merseaux.

Depuis le premier signalement du Coronavirus (COVID-19) à Wuhan, en Chine, il s’est propagé à au moins 100 autres pays. Lorsque la Chine a commencé à réagir au virus, elle s’est appuyée sur sa solide expertise technologique et plus particulièrement sur l’intelligence artificielle (IA), la data science et les nouvelles technologies pour suivre et combattre la pandémie.

Pendant ce temps, les leaders technologiques, notamment Alibaba, Baidu, Huawei et d’autres, ont accéléré les initiatives de leur entreprise en matière de santé. C’est ainsi que ces jeunes entreprises technologiques collaborent étroitement avec les soignants, les universitaires et les institutions du monde entier pour utiliser au mieux la technologie, tandis que le virus continue de se propager dans de nombreux autres pays.

Voici neuf façons dont l’intelligence artificielle, la data science et la technologie sont utilisées pour gérer et combattre le coronavirus.

1. L’IA pour identifier, suivre et prévoir les foyers

Mieux nous pourrons suivre le virus, mieux nous pourrons le combattre. En analysant les bulletins d’information, les réseaux sociaux et les documents gouvernementaux, l’IA peut apprendre à détecter une épidémie.

Le suivi des risques de maladies infectieuses par l’utilisation de l’IA est exactement le service fourni par la startup canadienne BlueDot. En fait, l’IA de BlueDot a averti de la menace plusieurs jours avant que l’Organisation mondiale de la santé n’émettent un avertissement public.

2. L’IA pour aider à diagnostiquer le virus

La société d’intelligence artificielle Infervision a lancé une solution basée sur l’IA qui aide les soignants en première ligne à détecter et à surveiller efficacement la maladie. Les services d’imagerie médicale des établissements de santé sont soumis à une charge de travail lourdement accrue par le virus.

Or, cette solution améliore la rapidité du diagnostic par scanographie. Le géant chinois du commerce électronique Alibaba a également mis au point un système de diagnostic alimenté par l’IA qui, selon lui, permet de diagnostiquer le virus en quelques secondes avec une précision de 96 %.

3. Traiter les demandes de remboursement de soins de santé

Ce ne sont pas seulement les hôpitaux ou les cliniques qui sont surchargés, mais aussi les services administratifs qui doivent faire face à l’afflux de patients. Une plateforme de chaîne de traitement proposée par Ant Financial permet d’accélérer le traitement des demandes de remboursement et de réduire le nombre d’interactions en face à face entre les patients et le personnel hospitalier.

4. Les drones livrent des fournitures médicales

L’un des moyens les plus sûrs et les plus rapides d’acheminer les fournitures médicales là où elles doivent aller en cas d’épidémie est la livraison par drone. Terra Drone utilise ses véhicules aériens sans pilote pour transporter des échantillons médicaux et du matériel de quarantaine avec un risque minimal entre le centre de contrôle des maladies du comté de Xinchang et l’hôpital du peuple. En France, les drones sont utilisés pour patrouiller dans les espaces publics, pour tâcher de faire mieux respecter la quarantaine.

5. Les robots stérilisent, livrent de la nourriture et des fournitures, entre autres.

Les robots ne sont évidemment pas sensibles au virus, et sont donc déployés pour accomplir de nombreuses tâches : le nettoyage, la stérilisation, la livraison de nourriture et de médicaments afin de réduire les contacts entre humains.

Les robots UVD de Blue Ocean Robotics utilisent la lumière ultraviolette pour tuer de manière autonome les bactéries et les virus. En Chine, Pudu Technology a déployé ses robots dans plus de 40 hôpitaux du pays pour aider dans la restauration.

6. Une aide au développement des médicaments

La division DeepMind de Google a utilisé ses derniers algorithmes d’IA et sa puissance de calcul pour comprendre de quelles protéines le virus est constitué, et a publié les résultats pour aider d’autres à développer des traitements.

BenevolentAI utilise les systèmes d’IA pour construire des médicaments capables de combattre les maladies les plus graves du monde et contribue désormais à soutenir les efforts de traitement des coronavirus, se concentrant pour la première fois sur une maladie infectieuse. Dans les semaines qui ont suivi le début de l’épidémie, elle a utilisé ses capacités pour proposer des médicaments existants pouvant être efficaces.

7. L’IA pour identifier les cas de non-conformité ou les personnes infectées

C’est un usage extrêmement controversé de l’IA, mais qui mérite d’être cité : le système de surveillance global de la Chine a utilisé la technologie de reconnaissance faciale et le logiciel de détection de la température de SenseTime pour identifier les personnes qui pourraient avoir de la fièvre et qui seraient donc plus susceptibles d’avoir contracté le virus.

Une technologie similaire alimente les « casques intelligents » utilisés par les fonctionnaires de la province du Sichuan pour identifier les personnes ayant de la fièvre. Le gouvernement chinois a également développé un système de surveillance appelé « Code de santé » qui utilise la big data pour identifier et évaluer le risque de chaque individu en fonction de ses antécédents de voyage, du temps passé dans les zones à risque et de son exposition potentielle aux personnes porteuses du virus.

Les citoyens se voient attribuer un code de couleur (rouge, jaune ou vert), auquel ils peuvent accéder via les applications populaires WeChat ou Alipay pour indiquer s’ils doivent être mis en quarantaine ou s’ils sont autorisés à se montrer en public.

8. Chatbots pour partager des informations

Tencent exploite WeChat, qui permet à tous d’accéder à des services de consultation médicale en ligne gratuits. Les chatbots, déjà important dans beaucoup de secteurs, ont également été des outils de communication essentiels pour les entreprises du secteur du voyage et du tourisme afin de tenir les voyageurs informés des dernières procédures et perturbations.

9. Des super-ordinateurs travaillant sur un vaccin contre le coronavirus

Les ressources informatiques du cloud et les super-ordinateurs de plusieurs grandes entreprises technologiques telles que Tencent, DiDi et Huawei sont utilisés par les chercheurs pour accélérer le développement d’un remède ou d’un vaccin contre le virus. La vitesse à laquelle ces systèmes peuvent effectuer des calculs et modéliser des solutions est bien plus rapide que le traitement informatique standard et permet de grandement accélérer la recherche dans ce domaine.

Dans une pandémie mondiale telle que COVID-19, la technologie, l’intelligence artificielle et la data science sont devenues essentielles pour aider les sociétés à faire face efficacement à l’épidémie.

Covid-19 : la mondialisation n’est pas coupable

Par Philippe Mösching

Par Philippe Mösching.

Certains ne se privent pas d’utiliser le triste épisode du Covid-19 pour recycler leurs vieux modèles protectionnistes d’un autre âge.

Comment justifier n’importe quoi avec le Covid-19

L’épreuve du Covid-19 est une opportunité pour reconsidérer nos fondamentaux : l’organisation économique et sa résilience, la sécurité sanitaire sur le lieu de travail, la solidarité entre les pays, l’accès universel aux soins, la solidité des systèmes de santé, la collecte de données personnelles pour identifier les contacts et tracer finement la progression du virus, etc.

Mais c’est aussi l’occasion pour certains de revenir avec leurs gros sabots et nous dire : je vous l’avais bien dit, personne n’a écouté, le COVID-19 est arrivé, c’est donc que j’avais raison.

Ah bon ? Ce serait donc aussi simple ? Hé bien certains ne se privent pas pour nous resservir leur modèle vaseux.

N’avons-nous pas entendu que la diffusion du virus était due à la mondialisation qui permet aux humains de se déplacer ? Certes, si personne ne traversait jamais les frontières, le virus ne pourrait pas se propager bien loin. Mais rappelons que la grippe espagnole de 1918 a touché tous les pays du monde. Tous ceux qui voudraient jeter la mondialisation avec l’eau du bain devraient nous proposer de revenir à une date bien antérieure à 1918 pour obtenir un résultat.

Sur BFMTV Nicolas Hulot évoque avec complaisance « un rapport à la distance devenu fou » et dit que « tout ça est incroyablement fragile ».

Pourtant, notre rapport à la distance nous permet de mutualiser les risques à l’échelle de la planète.

Seul le protectionnisme freine cet élan. Par exemple, maintenant que la Chine n’est plus en crise, elle nous vient en aide en nous fournissant des respirateurs, des masques, des tests. Et plus important encore, elle partage son expérience de la crise en temps réel, donc en avance de phase pour nous. Certes, il aurait fallu écouter, mais tout plaide pour davantage de mondialisation.

On ne peut pas dire qu’on savait pas

Ce qui est fou, c’est surtout l’impréparation de nos systèmes de santé face une épidémie annoncée. Il est intéressant de voir ou revoir l’incroyable conférence TED donnée par Bill Gates 2015 où il explique étape par étape ce qui arrive aujourd’hui.

Ce qui est fragile, c’est l’écart entre notre volonté moderne de prioriser la vie par rapport au fonctionnement de notre économie sans nous en donner les moyens. Bien des dirigeants ont été tentés dans un premier temps d’inverser ces priorités en appelant leurs concitoyens à continuer de produire et de consommer, tels Macron, Johnson, ou Trump pour en citer quelques-uns. Ils ont avoué ainsi, à quelques jours d’une crise inévitable, qu’ils n’ont rien compris, donc forcément rien prévu.

Nous allons par conséquent subir la double peine : de nombreux morts et une crise économique.

Nous nous relèverons de cette mauvaise histoire, mais ce scénario pourrait se rejouer de manière bien plus dramatique avec la crise climatique qui sera plus progressive et donc frappera moins les esprits, empêchant de prendre les mesures drastiques.

Revenons à Nicolas Hulot.

Le contexte décrit ci-dessus lui offre un boulevard pour soutenir la cause écologiste. Au lieu de cela, il en profite pour nous servir son vieux discours anti-mondialisation, anti-technologie, anti-intelligence résumé en une phrase : « cette globalisation, cette mondialisation effrénée est confrontée aujourd’hui à une forme d’absurdité. On voit bien que malgré nos technologies, malgré notre intelligence la mal se propage plus vite que le bien ».

Et il nous propose « un modèle qui va favoriser la proximité plutôt que les flux tendus d’échanges commerciaux et de personnes » ; disant du modèle actuel « qu’on ne le pilotait plus ». Le coronavirus est un « ultimatum de la nature ».

Ce qui prévaut est une volonté manifeste de récupérer ce triste événement au profit d’un modèle mettant en avant la proximité, le repli géographique, le retour aux anciennes techniques, jusqu’à la décroissance, ce modèle estampillé par le camp du Bien.

Il ne nous reste que le confinement, la seule arme du pauvre, la même qui fut utilisée au Moyen-Âge à l’occasion des épisodes de peste. Notons qu’actuellement, c’est grâce à une coopération européenne et mondiale que des citoyens français sont sauvés : accueil de malades par l’Allemagne et la Suisse, envoi de matériel par la Chine, retour d’expérience de Taïwan et Singapour.

Préparons-nous au niveau mondial avec l’aide des technologies

Le pays aurait dû se préparer à affronter une telle crise épidémique : s’équiper de masques ; gérer le matériel lourd à des échelles beaucoup plus grandes ; s’assurer d’une coopération mondiale ; se préparer au traçage des contacts via les nouvelles technologies ; développer des stratégies de télétravail pour mieux assurer la continuité de l’économie ; adopter la solution de la 3D pour produire rapidement et de façon décentralisée des appareils respiratoires ; réfléchir au pouvoir insensé de nos politiciens qui ont maintenu le premier tour des élections et des matchs de foot ; préparer les esprits à réagir au plus tôt dès les premiers signes.

Tout ça est possible grâce à une entraide mondiale, une prise de conscience globale, un retour d’expérience des pays qui ont su contenir l’épidémie, et avec l’aide des nouvelles technologies. Donc en suivant l’exact opposé du modèle fantasmé de la solution de proximité proposée par Nicolas Hulot. Gageons que nous saurons être clairvoyants et faire les bons choix.

Tirons les bonnes conclusions pour l’écologie

Revenons sur la catastrophe écologique bien pire qui s’annonce. Il serait criminel de penser qu’un retour à une société du Moyen-Âge dans un monde de nations repliées sur elles-mêmes nous évitera la catastrophe.

Imaginer que l’entraide de proximité, la frugalité, les circuits courts, la défiance de l’étranger sont les remèdes universels à toutes les épreuves que nous aurons à affronter est le symptôme d’un rejet irrationnel de la modernité et de la mondialisation.

La crise du Covid-19 est un avertissement, il faudra en tirer les bonnes conclusions.

Iran : une crise sanitaire grave, cachée par le régime

Par Hamid Enayat
Iran

Par Hamid Enayat.
Un article de la revue Conflits

Les informations sur les décès, province par province et ville par ville, sont obtenues auprès des hôpitaux, des centres médicaux, des médecins, des morgues, des cimetières et des rapports internes des autorités iraniennes. Les informations en provenance de la ville de Qom montrent que 60 à 70 personnes meurent chaque jour du Coronavirus, et que les morgues peuvent les accueillir plus longtemps.

L’Iran est peut-être le seul pays où le régime s’efforce de dissimuler l’ampleur réelle de la crise et utilise les forces de sécurité, en particulier les pasdarans, pour empêcher de rendre publique l’ampleur réelle de l’épidémie. Le procureur général, Mohammad Jafar Montazeri, a averti que la diffusion de statistiques et d’informations sur le coronavirus, autres que par les canaux officiels, est « un acte criminel punissable par la loi » avec des « conséquences graves ». Des arrestations ont eu lieu dans plusieurs villes sous l’inculpation de diffusion de rumeurs sur les victimes, notamment sur les médias sociaux.

Le corps des pasdarans a donné l’ordre à toutes ses divisions et QG de province de se déployer dans les hôpitaux, les centres médicaux et de santé pour contrôler les informations sur le nombre de patients infectés ou morts du virus.

Raisons de l’extension de la crise, impact réel des sanctions, demande de prêt au FMI

Il est manifeste que les autorités en Iran étaient au courant un mois auparavant de la propagation du virus dans le pays et que plusieurs personnes en étaient mortes, mais elles ont en gardé le secret. En raison du onzième anniversaire de la révolution et de la mascarade électorale du 21 février, Khamenei a explicitement interdit aux responsables de faire cette annonce. Le ministre de l’Intérieur, Abdolreza Rahmani Fazli, a déclaré lors d’une conférence de presse le 23 février, que si certaines personnes avaient recommandé le report des législatives, en tant que responsable il avait rejeté ces appels.

Malgré des avertissements répétés, la compagnie Mahan Air, appartenant aux pasdarans, a poursuivi en mars ses vols de ligne vers la Chine. L’absence de réaction appropriée de Téhéran et le fait que la ville de Qom, l’épicentre du coronavirus, n’ait pas été mise en quarantaine ont provoqué la propagation du COVID19 dans au moins 16 autres pays.

Si le régime a fait un effort concerté pour dépeindre les sanctions comme la véritable raison de la situation catastrophique, il reste en réalité, le seul et unique responsable de la crise.

L’attitude du régime à l’égard de Médecins sans frontières (MSF) ces derniers jours est très révélatrice. MSF avait envoyé une équipe et un hôpital de campagne à Ispahan, l’une des villes les plus touchées en Iran. Bien que les autorités aient affirmé que la situation était désastreuse et que les sanctions empêchaient de répondre aux besoins immédiats de la population, elles ont empêché MSF de faire son travail. Alireza Vahabzadeh, un haut fonctionnaire du ministère de la Santé a tweeté le 24 mars : « Avec la mise en œuvre du plan national de mobilisation pour lutter contre le coronavirus et en utilisant toutes les capacités médicales des forces armées, il n’est plus nécessaire pour les étrangers de mettre en place des hôpitaux de campagne et cette présence est annulée. » En un mot, le régime demande des moyens, mais pas de présence directe pour voir comment il les utilise, constater sa mauvaise gestion et sa corruption.

Alors qu’en dehors de l’Iran, le pouvoir prétend qu’il manque des besoins de base en raison des sanctions, à l’intérieur du pays, il se vante d’avoir le contrôle total et de disposer de moyens supplémentaires.

Le 25 mars, Hassan Rohani a déclaré :

« Jusqu’à ce jour, nous n’avons pas manqué de lits, d’infirmières ou de médecins. Même dans les unités de soins intensifs (USI), dans la plupart des villes et des provinces, nous avons des réserves. Hier, j’étais particulièrement inquiet pour Machad ; cependant, il s’est avéré que 30 % des lits des USI étaient vides. Il y a une bonne planification en place ! »

Il a également annoncé hier :

« Les admissions à l’hôpital ont diminué et le nombre de décès est en baisse. »

Quels sont les faits ?

Pendant quatre décennies, la seule préoccupation du régime iranien a été de réprimer la population, de parrainer le terrorisme et la belligérance dans la région et de faire proliférer les armes de destruction massive. Cela se reflète dans les budgets consacrés à ces activités malveillantes au lieu des besoins de base et du bien-être de la population, comme les installations médicales et les hôpitaux. Cette politique a dévasté les infrastructures de la société et les Iraniens ne cessent d’en payer le prix.

La corruption est institutionnalisée. Elle est si répandue que même les dirigeants la décrivent comme un dragon à sept têtes. Chaque année, une grande partie du budget du pays est consacrée à la production et à l’importation de produits pharmaceutiques, mais en raison de la corruption généralisée, une grande partie de l’argent est volé ou détourné. Le 15 juillet 2019, le ministre de la Santé, Saïd Namaki, a déclaré :

« Un montant de 1 300 000 000 dollars pour des équipements médicaux a été distribué et personne ne sait exactement qui les a pris et à qui ils ont été remis. »

Le gouverneur de la Banque centrale a déclaré le 19 décembre 2019 :

« Nous avons fourni 22 milliards de dollars en devises étrangères pour les importations, dont 11 milliards de dollars ne sont pas revenus au pays. Qu’est-il arrivé au reste de l’argent ? »

Un quotidien officiel a écrit le 18 décembre que selon les informations de quinze banques iraniennes, les facilités financières et les fonds fournis à 456 personnes physiques et morales s’élèvent à environ 363 milliards de tomans, ce qui équivaut au budget total de l’année iranienne 1399 (qui a commencé le 20 mars).

Corruption et détournement d’argent

En raison de la thésaurisation et de la mauvaise gestion, les hôpitaux manquent de fournitures de base ainsi que des équipements et des installations nécessaires pour faire face à cette catastrophe. Les installations médicales sont exclusivement contrôlées par les pasdarans. Les patients ordinaires sont privés des produits de base, comme les masques et les gels désinfectants. Les pasdarans les vendent au marché noir dix fois plus cher.

En ce qui concerne la disponibilité des fonds, selon les hauts responsables, il existe quatre institutions qui contrôlent 60 % de la richesse nationale. Il s’agit du Siège de l’ordre de l’imam (SOI), de la garnison de Khatam al-Anbiya, du conglomérat Astan-e-Qods Razavi et des fondations des Martyrs et des Mostaz’afan.

Ils sont tous sous le contrôle total du guide du régime, Ali Khamenei. Les actifs et le capital du SOI sont estimés à plus de 100 milliards de dollars. Le Fonds national de développement est sous le contrôle total et unique de Khamenei. Selon diverses estimations, il disposerait de dizaines de milliards de réserves.

Ces institutions sous le contrôle des pasdarans ou du bureau de Khamenei possèdent des moyens et des installations considérables. Une petite partie d’entre elles suffirait à couvrir les coûts de la lutte contre le coronavirus, y compris le paiement des salaires des ouvriers et des employés.

Les médicaments n’ont jamais été sanctionnés. Les autorités américaines l’ont souligné. Le directeur de l’Organisation alimentaire et pharmaceutique du régime a annoncé samedi 21 mars qu’il faut 48 heures pour importer des vêtements spéciaux, des masques et des produits d’hygiène. Le régime était en mesure d’importer des kits de dépistage depuis janvier.

Les sanctions : l’ennemi commode

Malheureusement, il tente d’exploiter politiquement la catastrophe et de rejeter la responsabilité de la crise sur d’autres questions, notamment les sanctions américaines. Il y a peu, Khamenei a accusé les États-Unis d’avoir probablement produit le virus pour l’Iran. Le régime utilise la vie des Iraniens sans défense pour servir son opportunisme politique et tenter de saper les sanctions. Le monde ne devrait pas permettre aux mollahs d’utiliser la vie de milliers d’Iraniens comme des pions pour atteindre leurs sinistres objectifs politiques.

Alors que d’autres pays indemnisent les salariés pour qu’ils puissent rester chez eux, Rohani a déclaré sans vergogne le 21 mars :

« C’est une conspiration des contre-révolutionnaires visant à fermer les entreprises et à arrêter l’activité économique en Iran. Nous ne devons pas laisser cela se produire ; nous devons tous travailler dans le cadre de protocoles sanitaires. »

Il avait précédemment déclaré que l’Iran n’avait pas l’intention de mettre des villes en quarantaine.

La catastrophe en Iran est un problème immédiat et urgent qui n’est pas limité aux frontières iraniennes et qui a déjà touché les pays de la région.

En ce qui concerne les sanctions, comme l’a dit Maryam Radjavi, la dirigeante de l’opposition iranienne, ceux qui versent des larmes de crocodile sur la dictature religieuse en Iran à cause des sanctions devraient aussi montrer une certaine empathie pour le peuple iranien. Et s’ils sont fidèles à ce qu’ils disent, ils devraient forcer le régime à autoriser les journalistes, les observateurs, les missions et l’aide étrangère dans le pays et permettre à l’aide de parvenir à la population dans le besoin, sans intermédiaire. Ils devraient également faire pression sur le régime pour qu’il libère tous les prisonniers et qu’il cesse les arrestations, la torture et les exécutions, et surtout, le contraindre à ne pas empêcher les jeunes insurgés d’aider leurs concitoyens.

Sur le web

Le goût de la liberté

Par Auteur invité
liberté

Par Radu Vranceanu, professeur d’économie à l’ESSEC.

De nos jours, la liberté individuelle est considérée comme un acquis, et peu se soucient de la défendre. Si l’on approfondit la situation en France, les quelques penseurs libéraux sont souvent moqués comme des Don Quichotte qui combattent une guerre passée. En revanche, la guerre moderne qui préoccupe le plus grand nombre c’est la défense de l’égalité. La redistribution des richesses et la mise en scène de la dénonciation des riches sont des produits sûrs.

La liberté contre le confort

Petit à petit, nous avons troqué notre liberté pour davantage de confort individuel. En effet, entreprendre, prendre des risques, faire des choix – imposent des coûts psychologiques. Nous avons été heureux de transférer de plus en plus de décisions relevant du choix personnel à l’État, une organisation dont le seul objectif est d’étendre son pouvoir de contrôle. Pour celui-ci, l’objectif égalitaire convient, car il n’y a pas de redistribution sans une forme de confiscation ; or l’État est le mieux équipé pour cette mission.

Nous sommes satisfaits de l’enseignement public à tous les niveaux. Il est certes gratuit mais s’accompagne de la renonciation au choix de l’école, donc de sa qualité et de son orientation.

Nous sommes fiers du système de santé et de sa couverture universelle. Mais face à une crise sanitaire gravissime comme celle que nous vivons, force est de constater ses limites. Malgré une dépense pour la santé très significative, soit 11,2 % du PIB en 2018, la troisième place parmi les pays de l’OCDE à égalité avec l’Allemagne, les hôpitaux sont mal équipés, le personnel à bout, et la capacité d’adaptation à un choc de très grande ampleur quasi inexistante.

Les réseaux sociaux et médias, vecteurs de liberté ?

Il n’y a pas que les réseaux sociaux qui font la chasse aux idées dérangeantes. Longtemps les intellectuels « officiels » ont décidé entre eux de ce qu’il était convenable de dire ou non. Les médias tenus par ces élites étaient tellement fascinés par l’État contrôleur que le régime soviétique dans les années 1970 leur semblait le modèle insurpassable. L’anti-américanisme des élites intellectuelles de droite comme de gauche conduisait à moquer les présidents américains républicains comme Ronald Reagan ou George W. Bush présentés comme des abîmes de stupidité.

Sur ce point, rien n’a changé, Donald Trump serait l’actuel idiot du village moqué en outre pour son ridicule combat contre la dépendance américaine à l’égard de la Chine, un pays qui n’a jamais accepté le principe du libre-échange. Nous serions pourtant heureux aujourd’hui d’avoir davantage d’usines de textile capables de produire des masques sanitaires en Europe…

On prétend que les réseaux sociaux ont libéré la parole, en créant un lieu d’expression ouvert à tous, petits et grands, experts ou pas. Ceci est tout simplement faux. Sur Internet, ceux qui prennent de temps à autre des positions critiques contre une religion, une politique publique ou une pensée dominante font l’objet d’une déferlante d’insultes par les anonymes du web imposant une censure populaire.

Dans la presse traditionnelle, le critique prenait ses responsabilités, en signant sa contribution. Sur Internet, les censeurs populaires à l’abri de pseudonymes véhiculent tranquillement leur haine contre toute opinion divergente. Les réseaux sociaux sont éminemment les lieux où le conformisme atteint son apogée et écrase toute opinion minoritaire.

La crise et l’étatisme

Comme l’avait remarqué Friedrich Hayek en 1979, les crises de toutes sortes sont des moments où les fondements de la liberté sont érodés ; une fois la crise passée, le retour à la situation précédente est très difficile. Sans surprise, depuis le début de la crise sanitaire actuelle, nombreux sont ceux qui applaudissent le retour de l’intervention massive de l’État dans l’économie.

La perspective de prise de contrôle par l’État des grandes entreprises les réjouit, surtout si ce contrôle devait se pérenniser. Ils appellent déjà à étatiser davantage de services, méprisant l’impact négatif sur la spontanéité, la créativité et encore plus la libre entreprise. En réalité, à 56 % des dépenses publiques par rapport au PIB, le taux le plus élevé au monde, le secteur public français ne manque pas de ressources, mais plutôt d’efficacité.

Les mêmes interventionnistes ont trouvé l’occasion idéale pour que l’Union européenne abandonne les principes de responsabilité sur lesquels le pacte européen avait été bâti. Au Sud de l’Europe est remise sur la table la question des obligations européennes, les fameux corona bonds. Et sont décrits comme un manque de  solidarité l’exigence allemande et néerlandaise d’utiliser le Mécanisme Européen de Stabilité, sachant que les prêts et garanties octroyés par celui-ci sont conditionnés à la mise en œuvre de réformes structurelles.

La position des pays du Nord ne remet pas en cause la nécessité d’octroyer une aide en cette période difficile, mais tout simplement ses modalités. Quant à la BCE, elle a supprimé la plupart des restrictions sur l’achat de dettes publiques, sans lesquelles les pays du nord de l’Europe n’auraient jamais accepté l’aventure de l’euro.

Le choix européen du confinement

Depuis la mi-mars, et sous la menace de l’épidémie de coronavirus, à quelques exceptions près, telles la Suède, la Suisse et les Pays-Bas, les Européens vivent une expérience inédite. Afin de tenter d’aplatir la courbe épidémiologique, la seule solution que les gouvernements ont pu trouver dans l’urgence est le confinement national se traduisant par la suppression de la liberté de circulation. Les forces de l’ordre patrouillent dans les rues, vérifient la validité des dérogations, et imposent des sanctions. Des villes ont imposé des couvre-feu. Cette privation de liberté est largement acceptée par la population, mais n’en demeure pas moins une privation.

Une fois l’épidémie vaincue, de nombreux choix vont se poser. Les planistes demanderont davantage d’État et moins de liberté. Pour certaines religions, la pratique du jeûne permet de se rappeler la condition des affamés ; ce confinement a le mérite de nous rappeler la condition de ceux qui sont privés de liberté.

Après la crise, certaines personnes envisageront peut-être reprendre en mains leur destin.

 

Bibiographie : Friedrich Hayek, 1979, Law, Legislation, and Liberty, vol.3, University of Chicago Press.

Coronabonds ou la farce de l’appel à la « solidarité » dans l’Union européenne

Par Nathalie MP Meyer

Par Nathalie MP Meyer.

Publier le 1er avril, jour des farces et attrapes, ou repousser au lendemain eu égard au « sérieux » terriblement technocratique véhiculé par le terme Coronabonds ?

Je me décide finalement pour ce mercredi 1er avril car si la demande pour l’émission d’une dette européenne est effectivement en train d’atteindre un volume sonore non négligeable dans les débats entre les dirigeants de l’Union européenne, il est difficile de prendre totalement au sérieux cette exigence de « solidarité » exprimée surtout par les pays membres les plus enfiévrés d’interventionnisme étatique qui se révèlent pourtant être les moins armés pour encaisser la crise du coronavirus.

Que signifie « solidarité » pour nos dirigeants ?

La première remarque coule de source : si la dépense publique, l’inflation des services publics, les déficits et la dette étaient le baume indépassable de la justice sociale et de la prospérité, jamais la France, l’Espagne ou l’Italie, sans parler de la Grèce, n’auraient besoin de faire appel à la « solidarité » européenne pour se tirer d’affaire tant elles sont expertes en ce domaine, clientélisme et capitalisme de connivence inclus.

Car ne nous y trompons pas : il n’est nullement question pour ces pays de se montrer eux-mêmes « solidaires » avec les autres. Emmanuel Macron peut fanfaronner tant qu’il le veut sur les milliers de masques et de blouses que la France a envoyé à l’Italie, on se demande devant quel public de naïfs il s’imagine jouer les chefs de guerre avisés puisque tout le monde en France est à même de constater combien nous manquons cruellement nous-mêmes de tous ces équipements.

Non, dans la bouche d’un collectiviste invétéré, « solidarité » ne signifie qu’une seule chose : laissez-moi jouer au généreux, laissez-moi dépenser, laissez-moi distribuer des postes et des prébendes… bref, laissez-moi chanter à ma guise pendant plus de 45 étés (cas de la France) et ne venez surtout pas me dire « Eh bien ! Dansez maintenant. »

Au contraire, payez mes dettes avec vos surplus budgétaires, indemnisez mes chômeurs avec votre plein-emploi et ne posez pas de questions : ce serait à l’évidence la marque d’un égoïsme, ou d’une pingrerie, ou d’une sécheresse de cœur humainement inadmissibles alors qu’on compte les morts.

Les Pays-Bas et l’Allemagne, derniers de la classe « solidarité »

On voit la mauvaise foi du discours. Il est pourtant très en vogue actuellement et tend à faire des pays qui ont mené à terme des réformes de structures approfondies et qui se trouvent aujourd’hui – grâce à ces réformes, pas par hasard – au plein emploi et en possession d’excédents budgétaires appréciables, les mauvais élèves de la classe européenne, les Pays-Bas et l’Allemagne étant particulièrement visés.

Ce n’est pas nouveau. Dès son arrivée au pouvoir en mai 2017, Emmanuel Macron filait à Berlin pour tenter d’extorquer un peu de compréhension de la part de madame Merkel à propos d’un budget de la zone euro et d’une possible mutualisation de la dette. En filigrane, se profilaient déjà les surplus budgétaires allemands que les pays déficitaires comme la France n’ont aucun scrupule à vouloir mettre à contribution plutôt que de chercher à baisser leurs propres dépenses.

Un point de vue qu’il partage avec Christine Lagarde, la nouvelle Présidente de la Banque centrale européenne (BCE). Ou disons plutôt un point de vue que la serviable madame Lagarde partage opportunément avec celui qui l’a propulsée à ce poste.

Au moment d’entrer en fonction, elle s’offrait le luxe très socialiste (personnellement, je dirais plutôt la honte) de fustiger sévèrement des pays européens qui n’auraient « pas vraiment fait les efforts nécessaires » !

La France n’est pas un pays comme les autres !

Lesquels à votre avis ? La France, qui a été l’un des derniers pays à sortir de la procédure de déficit excessif ? Bien sûr que non ! Ne jamais oublier que selon les propres mots d’Emmanuel Macron sans sa Lettre aux Français :

La France n’est pas un pays comme les autres. Le sens des injustices y est plus vif qu’ailleurs. L’exigence d’entraide et de solidarité plus forte.

Non, les fautifs, les mauvais élèves de la classe européenne, ce sont bien évidemment… les Pays-Bas et l’Allemagne ! Ils ont eu le culot de se réformer avec succès et maintenant ils ne veulent même pas aider ceux qui ne se sont surtout pas réformés au nom de leur sens très particulier de la solidarité !

Dieu sait pourtant qu’avec la crise d’abord sanitaire puis économique du coronavirus, les instances dirigeantes de l’Union européenne n’ont pas tardé à mettre fin aux principales contraintes macro-économiques qu’elles exigeaient des pays membres via le Pacte de stabilité et de croissance.

Qu’elles exigeaient assez mollement, osons le dire, comme en témoigne le temps qu’il aura fallu à la France pour revenir à un déficit public inférieur à 3 % après la crise de 2008, ainsi que son endettement proche de 100 % du PIB en 2019 alors qu’il devrait se limiter à 60 %.

Eh bien, il n’est même plus question de mollesse puisque ces digues ont purement et simplement sauté. Finis les 3 % et finie la limite d’endettement à 60 % du PIB ! Sachant que si un pays était en grande difficulté, il pourrait aussi se tourner vers le Mécanisme européen de stabilité (ou MES), sorte de FMI à l’échelle de l’Union européenne. Et sachant de plus que la BCE s’est mise à nous pondre de la monnaie de singe (Helicopter Money disait Friedman) par centaines de milliards.

Tout le monde est content, tout le monde fait mine de croire que l’argent pousse dans les arbres et qu’il suffit de faire tourner la planche à billets pour retrouver instantanément la prospérité. Ou balancer du Quantitative Easing (QE), c’est savant, c’est plus classe, mais c’est exactement la même idée. Comme si les citoyens n’allaient pas être mis in fine à rude épreuve sous leur triple casquette d’actifs, de contribuables, et d’épargnants.

Tout le monde est content ?

Tout le monde est content, donc, mais aux yeux des pays cigales, tout ceci ne suffit pas. Car jusque-là, les pays membres restent directement responsables de leurs comptes publics et l’on continuera à voir lesquels ont eu une gestion avisée et lesquels ont été incapables de répondre à la crise faute de marges de manœuvre. Avec le MES, il pourrait même être question de devoir prendre des engagements de réforme.

Franchement, parler de se réformer alors qu’il y a urgence sanitaire criante, quel manque d’empathie, quel manque de solidarité !

Tandis qu’avec un endettement réalisé au niveau européen, tous les pays, les prévoyants comme les imprévoyants, sont mis dans le même sac. Plus de risque de distinguer les bons des mauvais élèves au sens du Pacte de stabilité et de croissance, mais la certitude que les mauvais toucheront prioritairement le pactole puisqu’ils sont objectivement en difficulté. Ni vu ni connu.

Cette issue qui consacre hélas l’irresponsabilité crasse de certaines orientations politiques « solidaires » pourrait bien finir par s’imposer. Tous ces morts… qui pourrait rester insensible ?

Mais elle ressemble surtout à une sorte de chantage façon « too big too fail ».

Quelques pays, au rang desquels la France d’Emmanuel Macron tient incontestablement le haut du pavé, ont décidé depuis des années d’ignorer les conseils de prudence qu’ils ont pourtant abondamment reçus.

Au moment où le gouvernement français préparait le PLF 2020, la Cour des comptes ne le mettait-elle pas en garde en ces termes :

Compte tenu de ses niveaux élevés de dette et de déficit, la France disposerait de peu de marges de manœuvre pour faire face à un ralentissement conjoncturel ou un choc financier.

Eh bien nous y sommes : le choc, peu importe sa nature inédite, est arrivé, et la France, malgré les alertes, n’a pas de marges de manœuvre. Comme prévu. Les riches paieront, aime-t-on à répéter en France, qu’on parle d’Allemagne ou de Bernard Arnault.

Dès lors, la complainte émotionnelle pour plus de « solidarité » européenne apparaît pour ce qu’elle est réellement : la triste farce de clowns politiques irresponsables.


Sur le web

Emmanuel Macron rejoue la petite musique de l’État-stratège

Par Frédéric Mas
Emmanuel Macron

Par Frédéric Mas.

Emmanuel Macron s’est exprimé devant les caméras lors de sa visite de l’usine de masques Kolmi-Hopen à Saint Barthélémy d’Anjou sur la nécessité de produire davantage français. Le président de la République a ainsi déclaré que le caractère stratégique de certains biens demandait d’imposer la souveraineté européenne.

Dans un discours aux tonalités souverainistes, Emmanuel Macron a affirmé la nécessité de produire sur le sol national pour limiter la dépendance du pays. Il s’agissait ici de répondre aux critiques survenues avec la pandémie du coronavirus, qui a révélé au grand public la grande dépendance de l’Europe vis-à-vis de la production chinoise en particulier en matière de masques médicaux.

La tonalité presque nationaliste du discours présidentiel n’a pas échappé à l’extrême droite et à l’extrême gauche, qui ont raillé le « ralliement » de dernière minute du président de la République. Face aux difficultés rencontrées par l’exécutif et à la crise de confiance dans l’action de l’État, Emmanuel Macron a décidé de rejouer la partition bien connue de l’État stratège nécessaire à la protection des intérêts économiques nationaux. Il lui fallait endosser le rôle de pompier pour éteindre le feu de la contestation de sa gestion de crise.

Un nouvel exercice de communication ?

Pressé par les événements, le gouvernement prend à nouveau le risque de communiquer plutôt que de proposer une solution raisonnable et efficace. Parler d’État-stratège et de protectionnisme peut rassurer les citoyens qui craignent aujourd’hui pour leurs emplois menacés par la concurrence et la récession qui vient, mais c’est une solution à très court terme.

Combien pourrait coûter la « relocalisation » des industries stratégiques ? Et surtout, qui va supporter le coût de ces relocalisations ? On le devine assez facilement, une nouvelle fois, si le gouvernement tient parole, l’État financera, et pour financer, il trouvera l’argent dans les poches des Français, le tout pour des résultats incertains.

On se souvient de l’intervention de l’État stratège dans l’affaire Alstom pour éviter la fermeture de son site de Belfort en 2016.  Afin d’éviter le déplacement de 400 emplois de Belfort vers l’Alsace voisine, le gouvernement avait décidé de dépenser 500 millions d’euros et d’acheter des rames TGV spécialement pour l’occasion.

Comme le rappelait Eddie Willers dans Contrepoints :

« Faites un rapide calcul vous obtenez un coût par emploi protégé du déplacement de 1,25 million d’euros. Le gouvernement rétorquera que ce sont aussi les emplois chez les sous-traitants qui ont aussi été sauvés. Sauf que rien ne dit que ces sous-traitants n’auraient pas continué à travailler avec le site alsacien du Groupe. Nous sommes donc bien face à des montants faramineux face à ce que nous appellerons abusivement des sauvetages d’emplois. »

Le mirage de l’État actionnaire

Alstom n’a pas seulement bénéficié de l’aide de l’État pour éviter la « relocalisation » de l’usine. Il était également présent en tant qu’actionnaire. Il n’a pas fait preuve vision stratégique à long terme, et Michel Albouy s’interrogeait dans les colonnes de Contrepoints à ce sujet :

« Dans le passé, l’État sous la houlette du Général de Gaulle et de ses successeurs a su jouer son rôle stratégique pour faire de l’industrie française un champion mondial. Citons notamment le nucléaire, le TGV, l’aéronautique et l’espace. C’était un autre monde. Mais aujourd’hui, dans une économie mondialisée dans laquelle ce sont les entreprises qui sont en première ligne, quels sont son bilan et ses marges de manœuvre ? »

Le meilleur moyen d’aider nos entreprises est de tout faire pour sortir de l’économie de guerre, qui est l’autre nom de l’économie administrée et de revenir à la libre entreprise pour renouer avec la prospérité.

La crise revient, les vieux sophismes économiques aussi

Par Marius-Joseph Marchetti

Par Marius-Joseph Marchetti.

La crise est à nos portes. C’est le message entendu actuellement de toutes les personnes un tant soit peu inquiètes des conséquences économiques de la pandémie du Covid-19.

Et comme à chaque crise les vieux remèdes refont surface.

À tort ou à raison, certains font l’analogie entre la Grande Dépression de 1929 et la crise que nous allons traverser. D’autres encore voient dans le coronavirus une sorte de malédiction divine qui devrait être une source de motivation pour modifier notre système économique actuel.

Tout y passe : la mondialisation responsable de sa propagation, les frontières à contrôler, le capitalisme apatride et cupide moteur de l’égoïsme humain. Je ne pense pas trop m’avancer en écrivant que l’écologisme politique, l’hygiénisme, et l’interventionnisme de manière générale trouveront une raison de plus de s’étendre. Il en a été ainsi de chaque crise : 1929, les Grandes Guerres, 2008. Et même si le duo Reagan-Thatcher aura permis un certain recul des États, cela n’aura été que de courte durée et Dieu sait que là encore la réalité a été plus que fantasmée1. Mais ce n’est pas le sujet du présent article.

Je souhaiterai revenir sur les différents propos tenus à ce jour pour résoudre la très certaine crise qui nous accablera prochainement. J’y reviendrai donc pas à pas, avec cette très modeste contribution.

Michel Castellani et l’épargne dormante

J’aimerais tout d’abord revenir sur les propos du député de la Haute-Corse Michel Castellani.

Dans une lettre ouverte adressée au ministre Bruno Le Maire, monsieur le député nous offre sa vision de l’état actuel de l’économie française. À défaut de pouvoir faire appel à un emprunt massif, similaire au plan de relance qui a suivi la crise de 2008, ou plus symboliquement, aux grands travaux du New Deal ou au plan Marshall, il propose de mettre à contribution, je cite, « l’épargne dormante ».

Si je m’inquiète d’une telle proposition, c’est que celle-ci est partagée par bon nombre d’économistes, et qu’elle renoue avec les doctrines de la sous-consommation, ou en a du moins tout l’air. L’expression épargne dormante nous renvoie à une image improductive de l’épargne, tout à la fois similaire à « l’euthanasie du rentier » de Keynes, ou au « paradoxe de l’épargne » de Foster et Catching. Les vieux fantômes refont surface et de nouveau, il est bon de les chasser.

Pour s’intéresser plus en amont à l’argument de monsieur le député, nous nous intéresserons à la théorie développée par William Trufant Foster et Waddil Catchings, qui ressemble sous bien des aspects à la vulgate des théories de la sous-consommation.

Leur argument est que l’augmentation de l’offre d’épargne va entraîner une augmentation de l’offre de biens proposée aux consommateurs, mais que cela n’augmentera nullement la demande de ces consommateurs. Les efforts des épargnants pour améliorer leur sort serait donc vain.

L’épargne, qui sert à financer une nouvelle usine par exemple, permet une amélioration du niveau de vie des consommateurs tant que l’usine est en construction, sous forme de salaires. Mais une fois l’usine achevée, cela se  termine seulement par une augmentation des véhicules produits à destination des consommateurs.

C’est ainsi que la crise s’installe.

C’est dans son article édifiant, intitulé « The Paradox of Saving », qu’en 1929 Hayek démonte les thèses de la sous-consommation de Foster et Catchings, et par la même occasion tous les adeptes des doctrines de la sous-consommation avant leur renouveau.

Les arguments présentés ci-dessous sont relativement sommaires, pour ne pas perdre le lecteur non familiarisé à la lecture de sujets économiques.

Dans son article, Hayek se sert notamment de la théorie du capital développée par l’Autrichien Böhm-Bawerk. L’épargne, qui n’est rien d’autre que de la consommation différée, sert à étendre les processus de production, pratiquer des stades de productions de plus en plus élevés, et allonger la structure de production qui prend donc de plus en plus de temps à atteindre son aboutissement.

C’est ainsi que nous en arrivons à l’intensification de certains processus de production. L’augmentation de l’épargne, qui est la conséquence d’une modification des taux de préférence temporelle (rappelons que pour Hayek, et les économistes autrichiens, le taux d’intérêt, qui rémunère l’épargne, est le prix du temps) permet une diminution des coûts des entrepreneurs, diminution plus faible que celle des prix de leurs biens, moins demandés du fait de l’épargne : les entrepreneurs font donc tout de même un profit, et compte tenu que diminue le prix des biens, le salaire réel (et non pas nominal) des consommateurs augmente.2

La proposition de monsieur le député Castellani n’étant pas limpide en elle-même,  nous faisons une supposition des mesures qu’il propose implicitement, sa lettre manquant de clarté sur ce point :

  • soit une taxation accrue des dividendes ou des plus-values,
  • soit une spoliation directe de l’épargne dite de confort.

Dans un cas comme dans l’autre, cela ne peut conduire qu’à aggraver la crise en pénalisant des processus productifs déjà soumis actuellement à une forte pression à la fois fiscale et extérieure du fait des circonstances actuelles, et à réduire l’allongement des processus productifs visant à fournir aux consommateurs des produits de meilleure qualité et au plus bas coût.

L’épargne étant de la consommation différée, cette spoliation ne sera en rien bénéfique, même dans l’objectif d’augmenter la demande globale via l’augmentation des dépenses publiques.

Quelles dépenses ? Dirigées vers qui et vers quoi ? À quel coût, encore une fois ?

Est-il animé par la même idée que les keynésiens et néo-keynésiens, à savoir que nous serions en présence d’une trappe à liquidité, c’est-à-dire que la politique monétaire serait inefficace, et dont nous ne pourrions sortir que par la relance budgétaire, comme certains économistes (notamment Paul Krugman) auraient tendance à le penser ?

C’est ce qui a l’air de ressortir effectivement de l’analyse de monsieur Castellani ; et ce qui est demandé explicitement par de nombreux autres.

 

Il est cependant bon de rappeler que toutes ces politiques des grands agrégats économiques ne prennent nullement en compte le souci de la coordination des projets des agents individuels, et que, comme l’a prouvé Ludwig von Mises en 1920, et comme l’histoire en a témoigné, aucun calcul économique en régime planifié n’est possible ; pour rappel, les membres du Politburo avaient à leur disposition des catalogues de prix provenant des pays occidentaux pour avoir des références.3

Cette critique s’applique tout autant aux économies mixtes comme la nôtre, où la relance budgétaire n’est soumise à aucun test de marché via le système des prix, des pertes et profits. Certains seront des gagnants nets, et d’autres des perdants nets, comme dans l’ancien système mercantiliste.

Mais nous ne sortirons pas de la crise, bien au contraire.

La Fed, l’open-market et les taux zéro

D’autres encore font miroiter le spectre de la planche à billets pour sauver l’économie.

On sait déjà que la Fed a décidé d’adopter une politique d’open-market sans interruption et de renouer avec les taux zéro alors qu’elle a entamé une lente remontée de ceux-ci ; et que la Banque centrale européenne est prête à débuter une politique plus active. Mais comme les économistes le savent déjà, ce n’est qu’une autre manière d’habiller Pierre en déshabillant Paul.

L’inflation n’est qu’une forme déguisée d’impôts.

L’économiste Richard Cantillon nous a appris il y a plus de deux siècles que la monnaie n’est pas neutre, qu’elle a autant un effet sur les prix que sur la répartition des richesses.

Les premiers détenteurs de la nouvelle monnaie sont ceux qui bénéficieront d’un pouvoir d’achat supplémentaire, car tant que la monnaie n’est pas dépensée, les prix n’ont pas de raison d’augmenter à cause d’une demande supplémentaire. Ils augmenteront au fur à mesure que la nouvelle monnaie sera dépensée dans l’économie jusqu’à atteindre leurs derniers détenteurs, qui ont été spoliés d’une partie de leur pouvoir d’achat, puisque leur revenu n’augmente pas lorsque les prix montent du fait de la nouvelle monnaie.

Dans le cas où la Banque centrale européenne créerait de la monnaie pour financer directement les politiques des États, ces derniers seraient les bénéficiaires directs de la nouvelle monnaie créée, et les derniers détenteurs seraient les contributeurs nets.

La création monétaire ne serait donc ici que l’équivalent d’une imposition accrue des revenus et épargnes des ménages et entreprises en vue de financer l’État.

Mais alors, que faire ?

La solution, actuellement, serait justement de laissez faire. C’est une option difficile à entendre, l’inaction n’étant pas récompensée politiquement, voire semblant inhumaine d’un point de vue éthique.

C’est bien pour cela que personne ne la propose. Elle a tendance à limiter le pouvoir de ceux qui gouvernent, et limite l’utilité des responsables politiques, qui ne peuvent se « gargariser d’avoir fait tout ce qui étant en leur pouvoir pour nous sortir de la crise ». Et elle empêche leur élection et réélection.

Généralement, les économistes considèrent le boom comme positif, un état que nous devrions maintenir ad vitam æternam à l’aide des politiques publiques (Keynes), et les dépressions sont comme des accidents de parcours dus à des erreurs commises par le marché.

Mais comme l’a très justement mentionné Mises, dans sa Théorie de la monnaie et du crédit, le bénéfice est inverse. C’est de la période du boom qu’il faut avoir peur, car c’est dans cette période qu’un cluster d’erreurs se forme, du fait d’une politique accommodante facilitant le crédit, via l’expansion monétaire et la diminution artificielle des taux d’intérêts, soutenant l’allongement de la structure de production par de l’épargne forcée.

Il y a mal-investissement -et non pas sur-investissement, comme on a pu l’entendre de la bouche des détracteurs de la théorie autrichienne du cycle économique-, c’est-à-dire que la stimulation des industries de biens d’investissements de longue durée se fait au détriment des autres, du fait de mauvais signaux envoyés aux entrepreneurs.

« Enfin, la tradition keynésienne ne peut s’accommoder d’une théorie du malinvestissement comme celle de Hayek. Une théorie dans laquelle tout tourne autour de la rareté des facteurs et de la variation des prix relatifs n’a aucun sens pour une théorie où les prix relatifs sont supposés (au moins à première vue) ne jouer aucun rôle et où, dans des versions sophistiquées, les engorgements sont en grande partie des événements fortuits, sans rapport théorique avec des facteurs aussi fondamentaux que la rareté des facteurs. Pourtant, c’est précisément à partir de choses aussi sévères que la rareté des ressources que Hayek a construit sa théorie. » 4

 

Le mieux à faire serait de laisser se liquider les erreurs entrepreneuriales causées par des politiques facilitantes, pour que l’économie reparte sur des bases saines.

Ce qui implique de faire l’inverse de ce qui a été fait en 2008 et de ce qui est en passe d’être fait.

À savoir :

  • mettre fin aux politiques accommodantes de création monétaire occasionnant des situations d’euphorie ininterrompue sur les marchés financiers,
  • laisser les taux d’intérêt remonter à leur niveau naturel, qu’ils ne fassent plus l’objet de politique telle que le ZIRP (Zero Interest Rate Policy), et que
  • l’État ne doit pas intervenir pour sauver ceux qui doivent faire faillite, par exemple les banques.

Cela implique que, dans le même temps, les Banques centrales de chaque pays ne diminuent pas leur masse monétaire, comme l’a fait la FED en 1929, car étant donné la rigidité des prix à la baisse du fait des politiques de contrôle des prix du travail, cela ne pourra entraîner qu’un ajustement par les quantités, c’est-à-dire par le chômage de masse.

Avant la Grande Dépression, les États-Unis avaient coutume de suivre une stricte politique de laissez-faire lorsqu’une crise se déclarait.

Qui a déjà entendu parler de la dépression de 1920 ? Personne, et pour cause, rappelle Rothbard5. Elle dura tout juste plus d’une année6.

La seule politique prise par l’État pour endiguer la dite crise fût de… couper ses dépenses publiques ; quelque chose d’imaginable dans un pays comme la France, qui a une fâcheuse tendance à être sur le podium mondial.

Il est de bon ton de dire que la Grande Dépression est la preuve qu’une politique de laissez-faire ne fonctionne pas, qu’en 1933 c’est le New Deal de Roosevelt a permis de sortir progressivement de la crise.

Notons deux choses :

  • Rothbard, en se servant de la la TMS (True Money Supply, qui comptabilisent les dépôts à terme et à vue, et d’autres particularités) et non les agrégats monétaires ordinaires tels que M1, M2, et M3, fait remarquer que la masse monétaire a augmenté de plus de 60 % entre 1921 et 1929 (on repassera pour la crise du laissez-faire). —
  • il y a là une omission de l’histoire telle qu’elle est enseignée au lycée car il y a eu, en fait, deux New Deal, celui de Hoover et celui de Roosevelt.

L’interventionnisme de Hoover s’est caractérisé notamment par ces quelques mesures non exhaustives :

  • la signature de la loi Smoot Hawley : elle vient s’ajouter au Fordney-McCumber Act, qui rehausse les tarifs douaniers, et que certains considèrent comme la législation la plus protectionniste de l’histoire américaine7
  • l’augmentation des dépenses de l’État : en l’espace d’une seule année, de 1930 à 1931, les dépenses publiques fédérales en proportion du PIB s’envolèrent de 16,4 % à 21,5 %8
  • le doublement de l’impôt sur le revenu : avec le Revenu Act en 1932, la tranche supérieure a plus que doublé, passant de 24 % à 63 %. Un certain nombre de niches fiscales a sauté, augmentant encore un peu plus le taux de prélèvements obligatoires.-une politique de crédit accommodante garantie par l’État
  • l’augmentation du déficit budgétaire
  • l’immigration réduite à près de 0
  • la pression mise par Hoover et les syndicats sur les milieux d’affaires afin de maintenir les salaires artificiellement élevés : à cette époque, les salaires nominaux ne diminuent que de 15%, alors que les prix diminuent de 25 % ; ce qui correspondait à une augmentation sévère des salaires réels9

Le coronavirus n’est pas la cause de cette crise

En clair, la crise qui vient sera douloureuse. Le coronavirus n’en aura été que le déclencheur, et nullement la cause (ce qui ne nous empêche nullement de critiquer la gestion calamiteuse de celui-ci, mais cela n’est pas le sujet ici).

Si les mêmes erreurs sont commises, alors l’interminable danse des cycles reprendra. Sur le long terme, seule la garantie de la valeur de notre monnaie (que ce soit par un marché libre de monnaie privée ou la restauration d’un pur étalon-or), protégée des interventions politiques et politiciennes, permettra le retour à un capitalisme sain.

Permettez-moi cependant d’en douter.

À l’heure actuelle, l’État prend toutes les dispositions pour avoir son propre « Mussolini économique » ; c’est le surnom que certains conseillers ont donné au Président Roosevelt.

Tout nous laisse penser que nous allons vers une situation de sauvetage généralisé, à l’aide des instruments budgétaires et monétaires, entre les annonces des différentes Banques centrales, et celle du G20 qui a annoncé l’injection de 5000 milliards de dollars, selon cet article du quotidien Le Monde.

  1. Sur ce sujet, lire The Myth of Reaganomics pour comprendre à quel point la réduction de l’État par le président Reagan est davantage une stratégie rhétorique qu’autre chose, ou le Mythe des Reaganomics, traduit ici en français. Pour un examen de madame Thatcher, je renvois le lecteur à cet article de Murray Rothbard, Mrs. Thatcher’s Poll Tax.
  2. Tous les arguments présentés le sont de manière sommaire. Pour une lecture approfondie de ces arguments, nous conseillons au lecteur de se diriger vers The Paradox of Saving, de Friedrich Hayek. Pour un résumé dudit article, voir Hayek on the Paradox of Saving.
  3. Georges Kaplan  : « Lorsque les archives du Gosplan sont enfin accessibles et que les anciens économistes soviétiques qui ont participé à une mise en œuvre autorisée à s’exprimer, il devint impossible de nier l’évidence : point par point, la condamnation à mort prononcée par Mises en 1920 était avérée. On découvrit, par exemple, qu’en l’absence de marché libre, les responsables du Gosplan étaient littéralement incapables d’accéder à une échelle de prix et en étaient réduits à utiliser les espions du KGB pour récupérer les catalogues de La Redoute ou de Sears. La plus grande entreprise de planification économique jamais conçue n’avait ainsi dû sa survie… qu’à l’existence d’économies de marché à ses portes et les écrits de Mises, formellement interdits par le pouvoir soviétique comme naguère par les nazis, circulaient de main en main au cœur même de l’appareil de planification (anecdote rapportée, notamment, par Yuri Maltsev, un des économistes chargés par Gorbachev de mettre en œuvre la perestroïka). »
  4. Gerald P. O’Driscoll, Economics as a Coordination Problem: The Contributions of Friedrich A. Hayek (1977) : « Finally, Keynesian tradition cannot accommodate a malinvestment theory such as Hayek’s. A theory in which everything turns on factor scarcities and changing relative prices makes no sense in a theory in which relative prices are assumed (at least as a first approximation) to play no role and where, in sophisticated versions, bottlenecks are largely fortuitous events, unrelated theoretically to such basic factors as factor scarcity. Yet it is precisely out of such stern stuff as resource scarcity that Hayek constructed his theory. »
  5. Sur ce sujet, Murray N. Rothbard,  America’s Great Depression
  6. Sur la crise de 1920 et le président Harding, président de l’époque, voir La solution Harding à la crise de 1920-1921, sur le site de l’Institut Molinari.
  7. Barry W. Poulson, Economic History of the United States, New York, Macmillan, 1981, p. 508. : « La loi augmenta les tarifs douaniers sur la panoplie complète de marchandises taxables ; par exemple, le taux moyen augmenta de 20 % à 34 % sur les produits agricoles ; de 36 % à 47 % sur les vins, spiritueux et boissons ; de 50 % à 60 % sur la laine et sur les articles laineux manufacturés. En tout, 887 tarifs furent soudainement augmentés et la loi allongeait la liste de marchandises taxables à 3218 articles. Une caractéristique importante du Smoot-Hawley Act était qu’il fixait plusieurs tarifs à un montant d’argent spécifique plutôt qu’à un pourcentage du prix. Alors que les prix baissaient de moitié ou même plus pendant la Grande Dépression, le taux effectif de ces tarifs doubla, augmentant la protection accordée en vertu de la loi. »
  8. 12. Paul Johnson, A History of the American People, New York, HarperCollins, 1997, p. 740.
  9. Pour un examen critique du New Deal, voir Murray N. Rothbard, America’s Great Depression ; ASJ. Baster, Le crépuscule du capitalisme américain ; ou encore La Grande Dépression démystifiée, de Lawrence Reed

Opération Résilience Du Contribuable !

Par h16

par h16

Si, il y a encore deux semaines, les choses étaient encore clairement placées sur le ton d’une certaine légèreté propice au glissement chuinté de petits bulletins papier dans des urnes républicaines, il n’en va plus du tout de même à présent. Fini de rire ! C’est maintenant le temps de l’Opération Résilience !

Et voilà l’armée républicaine lancée dans la lutte contre le virus. Comme l’a rappelé le chef de l’État, aucune dépense ne sera épargnée, toutes les forces vives de la nation et du service public seront jetées dans la bataille pour protéger tous nos citoyens, tous nos hôpitaux, toutes nos entreprises.

Il n’a donc pas fallu attendre longtemps : en moins d’une heure journée semaine dizaine de jours, un hôpital militaire de campagne est ainsi monté permettant de d’augmenter la capacité de lits de réanimation en France de 5000 à 5030. Dans le même temps, plusieurs milliers centaines dizaines de patients étaient habilement éparpillés par avions, hélicoptères et trains depuis l’Est français où les établissements de soins étaient débordés vers les autres établissements du territoire, et même de l’étranger.

Cette opération Résilience aura aussi été l’occasion pour notre munificent Président de tester les masques de protection qui ne servent à rien quand on n’en a pas mais sont finalement bien indispensables quand on en a un, et de parader martialement devant notre armée, ses tentes militaires et les jolies tenues camo, celles qui permettent de tromper l’ennemi et de se faufiler entre les postillons chargés de virus.

Ces magnifiques gesticulations oratoires et militaires de notre gouvernement font chaud au cœur : au moins savons-nous maintenant avec certitude que nous n’irons pas à la catastrophe économique, politique et sociale sans de volumineux mouvements de bras et de jambes, et nous pourrons ainsi nous réjouir de disposer d’un État totalement dépassé, désorganisé et ruiné.

Dépassé, il l’a été tant par des événements pourtant éminemment prévisibles (la Chine puis l’Italie nous indiquaient exactement le chemin suivi par l’épidémie) que par l’inadéquation de sa réponse au moment où il s’est finalement décidé à agir : l’épidémie s’étend ? Vite, faisons voter les citoyens ! Il l’est encore à présent alors que les services de réanimations sont pleins et débordent même.

Désorganisé, il l’a été aussi, comme souvent lorsqu’il s’agit de gérer une crise, et comme jamais lorsqu’il s’est agi de gérer celle-ci. Depuis ses réquisitions et ses contrôles de prix absolument catastrophiques qui ont fait complètement voler en morceaux les chaînes logistiques et fait disparaître le peu de souplesse des systèmes d’approvisionnement de stocks de santé dans le pays, en passant par les Agences régionales de santé (ARS) qui ont été aussi souvent inopérantes que contre-productives, jusqu’à l’improvisation visible et complète de toute l’organisation de la réponse gouvernementale (un plan existait qui n’a été ni lu, ni mis à jour, ni respecté) ou de sa pitoyable communication, avec une mention spéciale pour la porte-parlote du gouvernement qui aura fait preuve d’une ineptie devenue légendaire depuis.

Enfin, ruiné l’État l’était déjà avant cette crise sanitaire, mais cette dernière aura largement précipité la crise économique qui nous pendait au bout du nez depuis au moins une décennie pour aboutir à une situation maintenant dramatique : malgré des déficits abyssaux chaque année renouvelés, malgré plus de 2000 milliards d’euros de dettes qui permettraient pourtant à n’importe quelle nation de se doter d’infrastructures irréprochables, malgré des prélèvements sociaux obligatoires de plus de 1000 milliards d’euros tous les ans, on se retrouve avec une brochette de clowns qui se relayent devant les pupitres républicains pour nous expliquer comment nous passer de masques à 60 centimes pièce, comment oublier le gel hydroalcoolique à quelques euros le litre et pourquoi des tests massifs sont à la fois hors de portée, hors de prix et hors de propos au milieu d’une épidémie où plus de la moitié des contaminés sont impossibles à repérer.

Pour 1000 milliards d’euros par an, de nos jours, on n’a pas grand chose et certainement pas des lits de réanimation en nombre suffisant, encore moins des tenues de protection pour les soignants et de masques pour les forces de l’ordre. Quant aux stocks d’anesthésiques, ils ne seraient pas en risque de rupture si on y mettait 1500 milliards par an, je présume. Ou un peu plus. Sachons vivre.

Et comme pour 1000 milliards d’euros, on n’a plus rien de nos jours (le coût de la vie a explosé, qu’on vous dit !), nos tristes clowns ont trouvé une idée géniale : faire appel aux dons !

Oui, vous avez bien lu : Darmanin, le minustre spécialiste des obscénités budgétaires et du fisc fucking, a proposé dans un récent entretien médiatique qu’on mette en place une plateforme pour que les entreprises et les particuliers fassent des dons afin d’aider les services publics dans leur lutte contre le méchant virus.

Eh oui : non seulement vous allez devoir continuer à payer la TVA, vos impôts (à la source et ailleurs), vos taxes invraisemblables sur les carburants (à 270 %, ne chipotons pas) et tout le reste, non seulement vous allez continuer à voir vos salaires ponctionnés de plus de la moitié pour aller se perdre dans un système social que plus personne n’envie et qui fait maintenant la démonstration flagrante de son état lamentable, non seulement vous aurez l’insécurité et le chômage, mais en plus on va vous demander d’abonder à une nouvelle cagnotte, nouvelle Cathédrale de Paris d’incompétence et de gabegies qu’on fera flamber devant vous pour sauver les miches de nos énarques et de toute leurs administrations devenues folles…

Autrement dit, à Bercy, l’Opération Résilience se traduit par une sorte de cagnotte Tipeee, comme un Étathon 2020 lancé dans la plus parfaite décontraction propulsant l’indécence à des niveaux jamais vus auparavant. La seule résilience à laquelle on devra faire appel ici, ce sera celle du contribuable !

Et le pompon dans cette histoire est que le frétillant baltringue en charge de cette idée infecte n’avait rien trouvé de mieux à sortir, il y a de cela à peine 15 jours, que nous affrontions la crise d’autant plus sereinement que les finances publiques étaient saines. Apparemment, notre invraisemblable ministricule n’a pas seulement été opéré de la honte, il a aussi bénéficié d’une greffe de turbo-foutage de gueule qui a clairement métastasé.

Décidément, l’opération Résilience est lancée. Les plus naïfs croiront qu’il s’agit pour le Président et tous ses clowns de reprendre la main dans le cirque gouvernemental. Les plus réalistes comprendront qu’il s’agit avant tout d’une pure opération d’agitation cosmétique pour camoufler l’incroyable incompétence de ces personnages qui ont accumulé les décisions idiotes voire homicides et les injonctions paradoxales.

La seule résilience qu’on devra trouver, c’est celle des individus, des sociétés privées et du marché pour rattraper la myriade de consternantes boulettes qu’ils nous ont déversées dessus. Et franchement, vu le fardeau, ce n’est pas gagné.
—-
Sur le web

Ces articles pourraient vous intéresser:

Aucun article similaire.

Coronavirus : les décideurs sont-ils coupables d’impréparation ?

Par Philippe Silberzahn
épidémies

Par Philippe Silberzahn.

Il était assez certain que face à l’épidémie du coronavirus, nous allions chercher à identifier ceux qui l’avaient prédite, car le paradigme prédictif nous obsède.

Et ça n’a pas raté : certains ont ressorti un rapport de la CIA qui contient une double page évoquant le risque d’une pandémie, d’autres une vidéo de Bill Gates avertissant lui aussi sur ce risque. Nul doute qu’on nous ressortira bientôt une petite grand-mère du Lubéron qui, elle aussi, évoquait depuis un moment une pandémie à venir, et qu’elle fera la Une du 20 heures de TF1.

Conclusion des commentateurs : l’épidémie était prévue, les gouvernements ont été prévenus et n’ont rien fait ! Malheureusement l’histoire ne tient pas, à la fois parce qu’une épidémie relève de l’incertitude, elle n’est donc pas prédictible, mais aussi parce que la recherche de quelqu’un ayant prédit avec succès un événement traduit un biais rétrospectif. Mais surtout, elle ignore la difficulté de prise de décision en incertitude.

Biais rétrospectif

Nous passons notre vie à faire des prévisions. Chaque jour, un déluge de prévisions plus ou moins sérieuses est produit dans le monde sur à peu près tout et n’importe quoi.

Et puis un jour un événement se produit. On se tourne alors vers le passé et on s’étonne de trouver quelqu’un, quelque part, qui l’avait prédit ! Quel génie ! Quelle prémonition ! Qui est-il ou qui est-elle ? Quels sont ses réseaux ? Quel est son secret ?

Mais il s’agit bien sûr d’un biais rétrospectif. Nous oublions toutes les fausses prévisions faites à longueur d’année pour filtrer rétrospectivement celle qui correspond à ce qui s’est passé et nous nous convainquons qu’il s’agissait d’une prévision exacte. C’est oublier que même une horloge arrêtée indique l’heure correcte deux fois par jour.

Biais du spécialiste

Bill Gates s’investit dans la santé publique au travers de sa fondation. Il est normal qu’il annonce des épidémies car c’est le sujet sur lequel il travaille. Les épidémies n’ont rien de nouveau, elles existent depuis la nuit des temps.

Rappelons, une nouvelle fois, que la peste noire a tué au moins un tiers de la population européenne en 1348 et la grippe asiatique de 1956 environ deux millions de personnes. Il est donc normal que quelqu’un qui travaille sur les épidémies soit sensible à ce risque, comme il est normal qu’un pompier annonce des incendies et un policier des crimes.

Est-ce pour autant une prédiction ? Non. Une prédiction consisterait à décrire à l’avance ce qui va se passer et quand, ce que n’a pas fait Bill Gates, pour la simple raison que c’est impossible. Évoquer une possibilité, un risque que quelque chose de l’ordre du possible peut se produire n’est pas inutile, bien au contraire.

L’important dans le rôle d’un expert, pour reprendre les termes du chercheur Paul Saffo, c’est en effet de définir un « cône d’incertitude », c’est-à-dire de délimiter le domaine du possible, même relativement large, et de fournir sur cette base au décideur « ce qu’il a besoin de savoir pour agir de façon sensée dans le présent. »

La production de prévisions : un jeu très politique

La production de prévisions n’est pas seulement le fait d’experts inquiets pour leur domaine de spécialité. Elle sert également des intérêts très spécifiques, notamment des organes gouvernementaux et des agences publiques.

La hantise d’une agence gouvernementale est en effet qu’on puisse lui reprocher de n’avoir pas prévenu le décideur d’un risque possible. Et donc, ceinture et bretelle, on fait bien attention à ce que tout risque possible soit transmis au décideur, qui se trouve donc sous un déluge de prévisions. C’est pour cela que l’analyse des rapports d’organisations comme la CIA est toujours intéressante quand on regarde la façon dont ils essaient de se couvrir, notamment avec la technique bien décrite des notes de bas de page : on envisage un scénario dans le texte, on met une note de bas de page pour dire qu’un scénario contraire est possible, comme cela on est bien couvert quelle que soit l’évolution.

De même un exercice très prisé chez les économistes, par exemple, est de prédire « La prochaine crise ». Comme il finit toujours par y avoir une crise, d’une façon ou d’une autre, il y a un vrai avantage à se positionner de la sorte pour bénéficier de la rente octroyée à celui qui a « vu juste ». Que la crise soit rarement due à ce qu’avait annoncé ledit expert n’a guère d’importance.

Mais cela va plus loin. Le sociologue Gérald Bronner montre ainsi que des comptes Twitter sont utilisés pour produire des fake news en très grand nombre dans ce but précis.

On peut en effet aujourd’hui faire automatiquement des variations nombreuses autour d’un attentat à Paris, comme par exemple : « Fusillade à la gare Saint-Lazare, 15 morts »,  « Fusillade à la gare Saint-Lazare, 135 morts », « Bombe à la gare Saint-Lazare, 15 morts », etc. On peut, chaque heure qui passe, produire dix mille variations autour du concept (on fait varier le lieu, la nature de l’attentat, le nombre de morts, etc.) ; 99,99999 % de ces tweets seront perdus car rien de tel ne se passera bien sûr, mais leur nombre est tel qu’un jour un événement correspondra à l’un de ces millions de tweets, et on pourra alors dire « Quelqu’un l’avait prévu ! » ou pire « On nous cache quelque chose. »

On décoche des milliers de flèches en espérant que l’une atteigne sa cible.

Le dilemme du décideur

Pour autant, on pourra toujours reprocher au décideur de ne pas avoir agi malgré les avertissements des experts. C’est le classique « Warner/Warnee problem » évoqué dans les situations de surprise stratégiques, c’est-à-dire le cas où l’expert prétend avoir donné la bonne information mais a été ignoré par le décideur.

Si on se place du point de vue du décideur cependant, la situation est compliquée : son quotidien est fait d’avertissements dans tous les domaines. La vraie difficulté est donc pour lui (ou elle) de choisir parmi toutes ces catastrophes annoncées laquelle il va traiter en priorité, car il ne peut bien sûr les traiter toutes.

Il va le faire selon ce qu’il juge important, pour lui, ou pour son institution, ou pour son pays, en bref il va le faire selon son modèle mental, c’est-à-dire ses croyances et ses valeurs. Il n’a pas d’autre choix qu’exercer son jugement.

Face à 50 annonces de catastrophes possibles, voire imminentes, à tout moment, il n’existe aucun moyen objectif de choisir car nous sommes dans le domaine de l’incertitude, de l’inédit pour lequel il n’existe pas de données sur la base desquelles calculer ce qu’il faut choisir en priorité.

Imaginons un conseiller santé briefant le Président en décembre sur un virus qui tue quelques Chinois âgés dans une province peu connue de Chine. Nous sommes en pleine grève des transports, le pays est à l’arrêt, les Gilets jaunes saccagent les centres-villes depuis plus d’un an, les policiers sont épuisés, l’opposition accuse le Président de fascisme ou de laxisme (c’est selon), sans parler des menaces d’attentats.

Enfin bref, tant d’urgences, il faut bien choisir. Des masques en papier dans tout ça ??? Le Président n’est pas le seul décideur, mais ce type de situation se retrouve à tous les niveaux.

Face à l’incertitude : agir sans prédire

Un événement majeur comme l’épidémie de coronavirus a une réalité duale : il correspond à quelque chose de connu sur de nombreux plans (les épidémies sont avec nous depuis la nuit de temps, nous savons ce qu’est un virus et comment il se transmet) mais son émergence relève de l’incertitude : il n’est pas possible de prévoir quand la prochaine épidémie va se déclencher, ni quelle sera son ampleur.

La question n’est donc pas d’essayer de le prévoir, mais plutôt de mettre en œuvre des moyens pour le détecter et le traiter rapidement.

En reprenant la définition de Saffo, l’expert peut donner à l’avance au décideur suffisamment d’informations pour permettre une décision, même si la prédiction n’est pas possible. En effet, pour agir préventivement, pas besoin de savoir exactement ce qui va se passer et quand.

Si l’on craint une épidémie, on peut développer les centres de surveillance, encourager la recherche de tests et de vaccin, acheter des masques, former des médecins, etc. La prévision n’est donc pas nécessaire pour pouvoir agir préventivement. Mais il n’en demeure pas moins que le décideur doit faire des choix, et qu’il sera comptable de ses choix auprès des donneurs de leçons, des ralliés de la 25e heure qui, une fois le match joué, pourront bien à leur aise dire « Je vous l’avais bien dit ».

Sur le web

Les États déficitaires plus lents à réagir face au Covid-19

Par Gabriel Gimenez-Roche
économique

Par Gabriel A. Giménez-Roche.
Un article de l’Institut économique Molinari

La situation économique s’assombrit au fur et à mesure que la pandémie avance. Si l’imminence d’une récession économique mondiale n’est plus à démontrer, cela ne veut pas dire que les pays affectés ont un choix à faire entre l’économique et le sanitaire.

En effet, c’est en réussissant à maîtriser rapidement la crise sanitaire que l’économie pourra repartir sur des bases solides. Or, cette maîtrise implique de pouvoir orienter les forces économiques actives pour s’assurer de cette réussite rapide.

L’État en France a multiplié les mesures de soutien à l’activité économique tels les rallongements des délais fiscaux et sociaux, les reports des loyers et paiements des services publics (eau, gaz, électricité), et la garantie d’accès à des lignes de trésorerie bancaires. Ces mesures visent à permettre aux entreprises de vivre plus longtemps sur leurs réserves de trésorerie. Mais elles seront peu efficaces pour celles dont les réserves étaient déjà faibles.

Selon une étude de 2016, la durée médiane des réserves de trésorerie des petites entreprises aux États-Unis était de 27 jours. Tous les secteurs de la consommation et de la construction étaient en dessous de cette médiane, les secteurs industriels et intermédiaires ayant entre 28 et 47 jours de réserves. Si on se base sur ces données pour analyser le cas de la France, dans le cadre d’un confinement qui pourrait être de huit semaines (56 jours), il est à craindre que les mesures annoncées ne soient pas suffisantes. On constate, par ailleurs, que les demandes de chômage partiel, après 10 jours seulement de confinement, concerneraient déjà 100 000 entreprises et 1,2 million d’employés.

Par conséquent, la meilleure solution – pour limiter les effets de la récession économique à venir – serait de maitriser rapidement la crise sanitaire pour rendre possible un retour de l’activité économique en toute sécurité.

Pour ce faire, il faut que les moyens de prévenir, identifier, suivre et isoler très tôt les cas de contamination soient disponibles. Pour augmenter l’efficacité des mesures visant à limiter la contagion, la France a besoin de plus de masques, gants et désinfectants. Il faut aussi étendre le dépistage le plus largement possible au-delà des seules personnes pour lesquelles on craint un état de contamination avancée.

L’expérience coréenne montre aussi l’intérêt d’une surveillance matérielle (caméras, antennes), numérique (applications, logiciels) capable de détecter les concentrations d’infection, d’en alerter la population pour optimiser l’évitement social. Ces moyens permettent un ciblage précis des endroits à confiner, pour limiter l’impact sur le quotidien de la population.

Enfin, il faut bien sûr orienter les dépenses publiques vers les laboratoires et centres de soins, publics et privés, capables d’offrir un dépistage rapide et un traitement adéquat des malades dont l’état se dégrade.

Nécessité de dépenses considérables et immédiates

À la différence des mesures de soutien aux entreprises, ces moyens exigent des dépenses considérables et immédiates.

C’est ce qu’ont pu faire, à plus ou moins grande échelle, les pays servant de modèle de gestion de la pandémie, comme la Corée du Sud, Taïwan, Singapour, l’Allemagne et les pays scandinaves. C’est ce que peinent à faire les pays proportionnellement les plus affectés, comme l’Italie, l’Espagne et la France (Tableau 1).

Il est intéressant de remarquer que ces pays submergés par la crise sanitaire font partie de ceux ayant les finances publiques les moins bien gérées (Tableau 2).

Leurs gouvernements ont moins de marges de manœuvre pour agir de façon directe et immédiate contre la pandémie. Ils doivent peser plus longuement leurs décisions pour évaluer leur capacité de surendettement auprès des créanciers, mais aussi auprès de leurs partenaires au sein de l’Union européenne.

C’est tout le contraire des pays ayant des finances publiques saines, voire très saines. Ayant accumulé des surplus au fil des années, ces pays peuvent facilement et sans attendre décider de dépenser davantage. Ils n’ont pas à se soucier, pour le moment, d’un surendettement et d’éventuelles inquiétudes de créanciers ou partenaires.

Autrement dit, des finances publiques saines se traduisent par une marge de manœuvre plus grande en cas d’urgence. La responsabilité budgétaire a du bon.

Évidemment, la marge de manœuvre rendue possible par des finances publiques saines n’est pas le seul facteur expliquant une meilleure réactivité des pays « modèles ». Certains d’entre eux sont très endettés (Japon, Singapour).

N’oublions pas que l’effort et le succès ne sont pas uniquement publics et que l’articulation public-privé est déterminante. Les kits de dépistage, les équipements et les traitements médicaux, la technologie de surveillance et de traçage sont largement développés et fournis par le secteur privé, dont l’État n’est qu’un client.

Des finances publiques saines permettent justement aux gouvernements budgétairement responsables de mieux faire usage de ce secteur privé innovant. Il est également essentiel que ce secteur privé dispose d’une flexibilité adéquate pour continuer à innover, développer et fournir rapidement ce qui est nécessaire pour combattre la pandémie. Et c’est encore un autre aspect du succès des pays « modèles », les entreprises y subissent moins de contraintes que les pays « submergés » (Tableau 3).

Une bonne réactivité face à la pandémie actuelle n’implique pas d’être bon sur tous ces facteurs. La Corée du Sud réglemente davantage que d’autres pays, mais elle reste plutôt libre sur le plan économique et ses finances publiques sont saines. Singapour est surendetté, mais compense largement ce problème par des marchés très libres et flexibles.

Au global, on peut penser qu’un mauvais positionnement dans ce type d’indicateur explique en partie la mauvaise gestion des crises sanitaires qu’on y constate.

Monétiser le surendettement grâce à la souveraineté monétaire

D’autres pays, comme les États-Unis et le Japon, comptent sur leur souveraineté monétaire pour monétiser leur surendettement. Ces pays ne rechignent ainsi pas à prendre des mesures immédiates et parfois spectaculaires.

Ils savent que leurs banque centrales respectives peuvent tout simplement racheter leurs dettes. La situation de l’Espagne, de l’Italie et de la France est radicalement différente. Leur souveraineté monétaire est partagée avec celles d’autres pays de la zone euro et ils ne peuvent donc pas compter sur une monétisation immédiate de leur surendettement. Contrairement à la Réserve fédérale américaine ou la Banque du Japon, la Banque centrale européenne privilégie les opérations de refinancement, y compris dans le cadre de politiques d’assouplissement quantitatif et autres politiques monétaires non-conventionnelles. Elle se prête rarement à des opérations de rachat définitif de dette publique.

Pour ce faire, une concertation préalable entre les membres de la zone euro sera nécessaire. Les rumeurs sur les euro-obligations constituent un signal fort en faveur de ce scénario. Néanmoins, on peut s’attendre à ce que les pays aux finances saines ne cèdent pas sans avoir des garanties de bonne conduite des pays financièrement déficitaires.

En conclusion, un budget en règle, des marchés flexibles et une souveraineté monétaire responsable auraient pu faire la différence pour la France pendant cette pandémie. À défaut, nous en sommes réduits à confiner et prendre notre mal en patience, un remède coûteux.

Sur le web

Peut-on comparer le Coronavirus à la grippe espagnole ?

Par Auteur invité
grippe

Par Gérald Aubert1.

Les maladies provoquées par le Covid-19 actuellement et la grippe espagnole en 1918 sont dues à des virus. Les virus sont des parasites intracellulaires. Ils détournent le métabolisme de la cellule cible infectée à leur profit pour se multiplier. Les cibles cellulaires de ces virus sont celles de la sphère ORL et du système respiratoire.

Les coronavirus dont le Covid-19 et les virus influenzae de la grippe sont des virus à ARN (d’autres virus sont à ADN comme par exemple les virus herpes). Ils sont recouverts d’une membrane lipidique alors que d’autres sont nus comme celui de la poliomyélite. À cause de leur membrane ils sont sensibles aux antiseptiques (solutions hydroalcooliques, eau de javel…).

Le Covid-19 et le virus influenzae de la grippe espagnole ont provoqué des pandémies. Peut-on observer une similitude entre les deux pandémies ?

Instabilité du génome

L’ARN des coronavirus peut subir des mutations lors des réplications (multiplications virales). L’avenir dira si des mutations du génome peuvent changer les caractéristiques infectieuses de ce virus. Actuellement on ne connait pas son évolution.

Les virus de la grippe évoluent par des phénomènes de mutations de l’ARN. Les glissements antigéniques (mutations de gènes entraînant des modifications mineures) et de cassures antigéniques (réassortiments de gènes entraînant des modifications plus importantes). Les glissements antigéniques sont responsables des variations saisonnières du virus de la grippe, tandis que les cassures antigéniques peuvent parfois entraîner l’apparition d’un virus pandémique.

Il existe trois types de virus de la grippe (influenza) : A, B et C. Les virus A et B sont responsables des épidémies de grippe saisonnière. Les virus de type A sont nommés en fonction des protéines H (hémagglutinine) et N (neuraminidase) présentes sur l’enveloppe du virus.

En 1918, le virus A H1N1 a été responsable de la pandémie baptisée grippe espagnole. La population mondiale n’avait pas d’immunité face à ce nouveau virus.

Infections provoquées par les coronavirus et les virus de la grippe

Les coronavirus constituent une grande famille de virus qui provoquent des maladies infectieuses allant d’un simple rhume (certains virus saisonniers sont des coronavirus) à des pathologies plus sévères comme le SARS-CoV, responsable d’une épidémie dans 30 pays dont la Chine, entre novembre 2002 et juillet 2003, et le MERS-CoV, identifié pour la première fois en 2012 au Moyen-Orient (Arabie Saoudite, Égypte, Oman et Quatar).

Les symptômes de l’infection à Covid-19 sont ceux d’une infection respiratoire fébrile qui guérit spontanément, et qui ressemble à la grippe. Les patients fragiles peuvent présenter des complications respiratoires et nécessiter une réanimation. D’autres signes cliniques ont été trouvés surtout en début d’infection : digestifs, état de conscience, troubles ORL …

Dans la pneumopathie à Covid-19 on peut observer une évolution vers le SDRA (syndrome de détresse respiratoire aiguë) caractérisée par l’incapacité des poumons à fournir suffisamment d’oxygène aux organes vitaux du corps. C’est un phénomène réactionnel à l’infection virale qui aggrave l’état clinique (rôle des cytokines dans la réaction inflammatoire). Cette affection est soignée par la ventilation mécanique qui permet aux poumons de respirer artificiellement.

La grippe, dont la grippe espagnole, se présente sous forme d’atteinte des poumons, c’est une pneumopathie.

La grippe espagnole se présentait parfois sous forme de pneumopathie grave provoquant un décès rapide, surtout chez les jeunes de moins de 45 ans, ce qui n’est pas le cas pour le Covid-19. Les moyens thérapeutiques de réanimation n’existaient pas en 1918.

Une des complications de la pneumopathie grippale est la surinfection pulmonaire bactérienne. De nos jours l’antibiothérapie permet de la traiter.

Réservoirs de virus

Le réservoir du coronavirus du SARS-CoV était probablement la chauve-souris qui l’aurait transmis à la civette palmiste masquée, laquelle l’aurait finalement transmis à l’Homme.

Le réservoir du coronavirus du MERS-CoV était également la chauve-souris qui l’aurait transmis au dromadaire qui l’aurait transmis à l’Homme. L’hôte intermédiaire varie en fonction des lieux où se déroule l’épidémie.

Pour le Covid-19 il a été émis l’hypothèse de plusieurs hôtes intermédiaires : la chauve-souris, le serpent, le pangolin. Les études sont toujours en cours.

Les réservoirs de virus de la grippe A sont des animaux tels que les oiseaux (canards) et les mammifères (porc).

Origine géographique des souches virales responsables des pandémies

Le point de départ de la souche de coronavirus SARS-Cov de 2002 et de la souche du Covid-19 est la Chine. La promiscuité entre les humains et les animaux est mise en cause pour le passage des virus des animaux aux humains.

Les habitudes alimentaires des Chinois et le commerce d’animaux vivants sur les marchés seraient également les éléments de la contamination des humains.

Les nouvelles souches de virus grippaux proviennent le plus souvent de la Chine. Les cellules du porc sont souvent le lieu d’échanges de gènes entre les virus. La promiscuité des animaux avec les humains permet le passage à l’Homme.

Diffusion des virus

La diffusion du coronavirus se fait principalement par des gouttelettes (les postillons de salive) et par contacts rapprochés avec des malades ou des porteurs sains (les poignées de mains).

Le virus peut aussi se transmettre par des surfaces contaminées (les coronavirus survivent jusqu’à trois heures sur des surfaces inertes sèches et jusqu’à 6 jours en milieu humide). Selon les chercheurs du National Institute of Health, le Covid-19 reste actif quatre heures sur les surfaces en cuivre, 24 heures sur le carton et jusqu’à trois jours sur les plastiques et l’acier inoxydable.

La diffusion du Covid-19 par l’eau et l’alimentation est très peu probable car le virus est enveloppé et fragile. La recherche du virus dans les selles est en cours. À l’opposé du Covid-19, le virus à ARN non enveloppé de la poliomyélite circule dans l’eau et dans le tube digestif car il est plus résistant.

Les virus de la grippe se transmettent également par la voie aérienne. Le virus de la grippe survit cinq minutes sur la peau, quelques heures dans les sécrétions trachéales séchées, 12 heures sur les mouchoirs, les vêtements, les papiers et plusieurs jours sur des surfaces inertes (poignées de portes, plans de travail…).

Contagiosité du Covid-19 et du virus de la grippe

Le nombre moyen de personnes auxquelles un malade risque de transmettre la maladie (R0 : basic reproductive ratio) se situe pour le Covid-19 entre 2 et 3. Le coronavirus est très contagieux car il est nouveau et la population mondiale n’y a jamais été exposée. Les humains n’ont pas de défenses immunitaires locales et générales. Une fois qu’une masse suffisante de citoyens est contaminée, l’évolution est alors exponentielle.

Le nouveau coronavirus découvert en Chine en décembre 2019 progresse à grande vitesse dans le monde. Le 26 mars 2020, il s’est répandu sur les cinq continents et a touché près de 182 pays, plus de 474 000 personnes et causé plus de 21 300 décès. Il s’agit donc d’une pandémie.

Le taux de létalité qui est le nombre de morts rapporté au nombre de personnes infectées et diagnostiquées positives par un test de biologie est de 2 à 3,4 %. En Corée du Sud le pourcentage de létalité est de 0,7 % car le dépistage de la maladie est important et révèle les formes asymptomatiques.

La létalité est également basse en Allemagne. Le taux de létalité tient à la politique de dépistage du virus dans la population. C’est un indicateur de la gravité de la maladie.

La grippe espagnole a une origine asiatique. Une atteinte pulmonaire dite  pneumonie des Annamites a débuté en Indochine chez les Annamites en 1917. Elle aurait été introduite en France par l’arrivée de soldats indochinois.

En janvier 1918 le virus gagne les États-Unis. Il est décrit dans le comté de Haskell au Kansas. Le 5 mars 1918 la grippe est présente dans le camp Funston de Fort Riley. Elle se développe parmi les troupes en partance pour l’Europe. Il est dit que la grippe espagnole est 30 fois plus mortelle que la grippe classique. On décrit des épidémies importantes dans les villes de Boston, Philadelphie…

Elle va débarquer en France avec les troupes américaines les 26 et 27 juin 1918 : Bordeaux, Brest, Nantes, Saint-Nazaire…

L’épidémie a été très sévère en Europe d’août à novembre 1918, avec une reprise en février et mars 1919 et en juin 1920.

Le taux de mortalité était élevé pour une population mondiale de 1,8 milliard d’habitants en 1918. La létalité n’a pas pu être chiffrée. La grippe espagnole a causé entre 20 à 50 millions de morts dans le monde dont plus de 220 000 décès en France.

Pour le virus de la grippe le R0 est de l’ordre de 1 à 2, proche de celui du Covid-19 qui est de 2 à 3.

Diagnostic biologique de l’infection

Le virus responsable de l’infection à Covid-19 a été découvert en Chine le 7 janvier 2020. Un test de diagnostic du coronavirus par une technique de biologie moléculaire a été rapidement mis en place (recherche d’ARN par RT-PCR).

Des études sérologiques avec détection des anticorps sériques spécifiques du Covid-19 permettront de connaitre l’étendue de l’épidémie ainsi qu’une meilleure compréhension de sa virulence. Ces études permettront de connaitre le pourcentage de personnes infectées, inclus les formes asymptomatiques, et un chiffrage plus juste du taux de mortalité du Covid-19.

En 1918 il n’y avait pas de test de dépistage de l’infection grippale, le diagnostic était clinique. En 1918 on ne connaissait pas le virus de la grippe. C’est en 1933 que W. Smith, C. Andrews, P. Laidlaw (MRC Angleterre) le découvrent.

Gestion de la pandémie

La gestion des épidémies à Covid-19 est nationale. Les moyens financiers utilisés pour réduire la mortalité sont très importants dans les pays industrialisés.
Les mesures prises pour éviter la contamination par le Covid-19 sont le confinement, le lavage des mains et des surfaces pouvant être contaminées, et le port du masque dans certaines circonstances.

En France, la gestion de l’épidémie de la grippe espagnole en 1918 et 1919 a été municipale ou régionale. Elle n’était pas coordonnée au plan national. Le confinement était recommandé ainsi que des mesures d’hygiène : masque, lavage des mains, désinfection des lieux publics. Dans certaines villes des cinémas, théâtres, écoles ont été fermés…

La Première Guerre mondiale en 1918 captait toutes les énergies. Les usines de guerre ne pouvaient pas être mises à l’arrêt. Des erreurs ont été commises : les soldats au front infectés par le virus de la grippe étaient rapatriés dans les garnisons et les hôpitaux militaires. Le confinement des militaires infectés n’existait pas.

L’armistice du 11 novembre 1918 a mis fin à la communication sur la grippe qui faisait rage mais on fêtait la fin de la guerre. Le virus a fait le tour de la Terre en six mois.

Traitement des patients infectés

Actuellement le traitement de l’inconfort provoqué par une infection bégnine à Covid-19 est le paracétamol. Ce médicament est un antalgique et un antipyrétique. Plusieurs études in vitro et in vivo sont en cours pour évaluer les médicaments antiviraux. L’objectif est d’obtenir un médicament actif contre le coronavirus et présentant le moins d’effets secondaires chez le patient.

Plusieurs pays contribuent à ces études, des budgets très importants y sont consacrés. Le traitement antibiotique n’est utilisé qu’en cas de surinfection bactérienne.

Les traitements pendant l’épidémie de grippe espagnole étaient hétérogènes et peu efficaces : quinine, aspirine, argent, or colloïdal, arsenic, essais de sérums et de vaccins de l’IPP, ventouses, mais aussi rhum et saignées… Il n’existait pas de traitements antibiotiques pour soigner les surinfections bactériennes, ni d’assistance respiratoire mécanique dans les hôpitaux.

Actuellement deux médicaments antiviraux sont efficaces sur le virus de la grippe A (H1N1) : l’oseltamivir (Tamiflu® – laboratoire Roche) et le zanamivir (Relenza® – Laboratoire GlaxoSmithKline). Ils doivent être administrés au début de l’infection grippale.

Recherche d’un vaccin

La recherche d’un vaccin est en cours pour le Covid-19. L’objectif est d’obtenir des structures moléculaires virales capables après injection d’induire une réponse immunitaire par la production d’anticorps. Cette réponse immunitaire doit permettre de neutraliser le virus lors d’une infection. Une année minimum sera probablement nécessaire à la mise au point de ce vaccin.

Au début du XXe siècle il n’y avait pas de vaccins efficaces contre la grippe.
Depuis 30 ans il en existe un pour lutter contre les grippes de type A et de type B. Il est actualisé chaque année car il prend en compte des mutations de l’ARN. La vaccination ne présente aucun effet secondaire.

Malgré les campagnes nationales, la vaccination en France est insuffisante chez les personnes de plus de 65 ans. Elle réduit pourtant fortement la létalité de la maladie.

Synthèse

Les pandémies à Covid-19 et à virus H1N1 de la grippe espagnole présentent des similitudes. Les agents responsables sont des virus à ARN, très contagieux, à tropisme ORL et pulmonaire.

L’origine des deux virus est un animal. Les virus diffusent en quelques mois au plan mondial. Aucune immunité n’existe chez les humains avant le début de l’infection, la population est donc vulnérable.

Pour la grippe espagnole les personnes les plus vulnérables étaient les jeunes adultes.

Pour le Covid-19, les plus fragiles sont les personnes d’âge mûr et celles qui sont atteintes de co-morbidité.

  1. Ancien Microbiologiste Chef de Service au CHU de Saint-Etienne. MD, PhD.

Coronavirus : le jour d’après pour les actionnaires

Par Auteur invité
actions

Par Frédéric Peltier1.

S’il a été difficile pour beaucoup d’entre nous d’envisager que quasiment tout puisse s’arrêter du jour au lendemain pour nous protéger du Covid-19, il est encore plus complexe d’imaginer ce que sera le monde après.

Emmanuel Macron a prévenu :

Le jour d’après ne sera pas un retour au jour d’avant.

L’incertitude du jour d’après

Pour les actionnaires l’incertitude du jour d’après a provoqué une chute des cours de bourse sur plusieurs jours et l’indice VIX qui mesure la volatilité du prix des actions du Standard & Poor’s a atteint des sommets historiques.

Dans ce contexte, force est de constater que tous les débats d’hier semblent tomber en désuétude au fur et à mesure que la planète s’enferme dans le confinement. L’urgence l’emporte sur tout.

Il faut lutter pour freiner la propagation du virus en renonçant à beaucoup de ce qui faisait notre quotidien et nos préoccupations il y a seulement quelques semaines. Il faut créer des mécanismes exceptionnels pour sécuriser les acteurs économiques. C’est le politique qui reprend la main partout. L’État est redevenu le chef d’orchestre et le marché est sur pause, même si les bourses continuent.

C’est ainsi que l’activisme actionnarial qui a fait couler tant d’encre ces derniers mois, fait partie de ces sujets que nous risquons de regarder le jour d’après avec une certaine distance. S’il subsiste à la crise, l’activisme actionnarial ne pourra pas, et pendant longtemps sans doute, s’écarter d’une ligne de conduite beaucoup plus économiquement et socialement responsable qu’il ne l’a été hier.

La demande de gel des dividendes alors que les États et les banques centrales ont mis l’économie sous perfusion monétaire en est la première illustration.
La crise du Covid-19 frappe au début de la période de la publication des comptes annuels et des assemblées d’actionnaires en France où les exercices sociaux sont généralement clos au 31 décembre. Ces deux moments forts de la vie d’une société pour rendre compte de sa situation et de ses perspectives sont pour le moins impactés.

Tout d’abord s’agissant des comptes annuels, il est hasardeux de publier des états financiers assortis d’un commentaire à chaud sur les perspectives pour l’année 2020. Les commissaires aux comptes sont à rude épreuve. Quelle est aujourd’hui l’image fidèle des comptes au 31 décembre 2019 ?

Selon le Code de commerce, les comptes doivent être réguliers, sincères et donner une image fidèle du patrimoine, de la situation financière et du résultat de l’entreprise.

Que dire sur le risque Covid 19 et des conséquences de la situation toute aussi inédite qu’incertaine à laquelle toutes les entreprises sont confrontées et même celles qui semblent mieux tirer que d’autres leur épingle du jeu ?

Ensuite, comment est-il possible d’organiser une assemblée d’actionnaires lorsque le droit de réunion publique est suspendu ?

Deux solutions sont laissées à l’option des sociétés en application de la loi d’urgence sanitaire du 23 mars 2020 pour faire face à l’épidémie de Covid 19.

— La première est de suspendre l’approbation et la publication des comptes. C’est ce qu’autorise l’ordonnance n°2020-318 du 25 mars 2020. Le délai de 6 mois pour tenir l’assemblée à compter de la fin de l’exercice social est porté à 9 mois.

— La seconde solution est de tenir l’assemblée à huis-clos. L’ordonnance n°2020-321 du 25 mars 2020 fixe les règles de cette démocratie actionnariale amputée.

Pour l’Association des Actionnaire Actifsi, c’est bien entendu la première solution qui doit être privilégiée. Quelle est la valeur d’un vote en confinement ? Le premier tour des élections municipales du 15 mars dernier sera analysé par l’histoire comme un fiasco et les assemblées générales de sociétés cotées statuant à huis-clos laisseront aux actionnaires le souvenir d’une exclusion pas forcément justifiée.

Il est urgent d’attendre

L’urgence d’attendre n’est pas seulement liée à la valeur d’un vote qui devrait d’ailleurs conduire les sociétés qui souhaiterons voir approuver leurs comptes pendant le confinement à opter pour un ordre du jour le plus ordinaire possible, c’est-à-dire limité à l’essentiel ou au strict nécessaire.

L’urgence d’attendre est surtout imposée par la nécessité pour les sociétés d’avoir un dialogue le plus éclairé possible avec leurs actionnaires, quand ceux-ci seront en mesure de retrouver le plein exercice de leurs droits. L’assemblée d’actionnaires post confinement est la voie de la raison, et il faut raison garder dans cette situation exceptionnelle.

Les actionnaires sont aujourd’hui pour la plupart confrontés à la baisse brutale de la valeur de leurs actions. Pour eux, la correction n’a pas attendu, même si elle n’est sans doute pas terminée. Non seulement ils s’appauvriront, car ils ne seront pas épargnés par l’appauvrissement global provoqué par la pandémie qui est inéluctable, mais il leur sera sans doute demandé dans de nombreux cas de recapitaliser des sociétés qui auront brûlé une grande partie de leurs fonds propres pour tenir durant la crise.

Des choix stratégiques majeurs

Le jour d’après, il sera aussi demandé aux actionnaires de soutenir des choix stratégiques majeurs. Beaucoup de sociétés devront se recentrer sur leurs activités les plus rentables pour repartir. Sans doute des opérations de rapprochement seront nécessaires. Sans doute encore, l’entrée de l’État au capital de certaines sociétés sera indispensable pour assurer leur survie.

Plus encore que lors des crises précédentes qui n’étaient finalement que financières, puisqu’il s’agit de digérer les conséquences de l’éclatement d’une bulle de spéculation, les actionnaires seront sollicités après le Covid 19 sur l’utilisation des capitaux qu’ils devront injecter dans les sociétés commerciales pour prendre le relais d’une dette publique injectée dans l’urgence pour éviter l’effondrement. L’État redeviendra actionnaire comme il l’a fait régulièrement dans l’Histoire et il y a peu de temps encore chez Peugeot.

Toutes ces questions qui seront posées aux actionnaires devront trouver leur réponse bien au-delà d’une logique purement financière. Ainsi, le court-termisme n’aura plus voix au chapitre, car il faudra reconstruire et cela prendra du temps. Les actionnaires devront le jour d’après revêtir le costume de citoyens, mais sans doute encore aussi celui d’humanistes.

  1. Frédéric Peltier est avocat au cabinet Peltier Juvigny Marpeau et associés. Il est président de l’association des Actionnaires Actifs (Triple A).

La liberté est la première de nos sécurités !

Par Auteur invité
liberté

Par Alexis Grabinszky.
Une tribune du Parti libertarien de Belgique

Depuis le 14 mars, tous les citoyens belges sont confinés à leurs domiciles. Pour ralentir la propagation du virus SARS COV-2, appelé également coronavirus ou Covid-19.

Nous, les libertariens, nous dénonçons depuis des années l’hypertrophie de l’État, dont les prérogatives excessives s’exercent par la contrainte et non par la liberté et le consentement.

Aujourd’hui, les conséquences de cette hypertrophie se font cruellement ressentir. L’État, distrait de ses missions régaliennes pour s’occuper de tout et finalement de rien, n’a pu empêcher une dramatique pénurie de tout ce dont nous avions besoin pour faire face à la crise : masques, gel hydroalcoolique, tests de dépistage. Ce qu’il a d’ailleurs causé et engendré lui-même.

Une question de gestion, pas de moyens

Le pourcentage de notre PIB consacré aux soins de santé est l’un des plus élevés de la planète. Il ne s’agit donc pas d’une question de moyens mais d’une question de gestion. À ce titre, il serait plus qu’envisageable que l’État se retire de cette gestion afin de laisser aux individus, aux mutuelles, aux médecins et aux hôpitaux le droit de gérer indépendamment ce domaine, éminemment complexe.

Le gouvernement a par ailleurs interdit par un Arrêté Royal la mise sur le marché de test de dépistage, empêchant la population de prendre ses responsabilités en matière de prévention et d’auto-confinement. Pour exemple, la vente de gel hydroalcoolique est également interdite aux particuliers.

Le manque de prévoyance de cet État hypertrophié a conduit son personnel politique à prendre des mesures totalement liberticides pour détourner l’attention des citoyens sur son incompétence et il agit par réaction et non proactivement par manque de prévoyance. Or, gouverner, c’est prévoir !

L’histoire a tendance à se répéter

La principale mesure qui nous interpelle est le confinement sous peine d’amende et d’emprisonnement pour tout déplacement injustifié. Cette mesure exceptionnelle est normalement réservée aux temps de guerre et contrevient à l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948.

Cette mesure nous interpelle d’autant plus qu’elle est couplée à des appels à la délation de la part de certaines autorités locales et policières. Incitant même le citoyen à dénoncer !

Le gouvernement a tendance à mettre les technologies modernes au service du contrôle de la population, à l’instar du parti communiste chinois. Cette évolution nous inquiète.

Le respect de la liberté

Le Parti Libertarien tient à rappeler que le respect de la liberté est la première de nos sécurités et que le rôle du gouvernement est de respecter la Constitution sans quoi c’est la porte ouverte à la tyrannie. Nous demandons au gouvernement d’abroger les arrêtés royaux des 17 et 20 mars 2020 et l’arrêté ministériel du 23 mars 2020.

L’unique solution à la crise passe par un dépistage massif de la population. Ce dépistage ne pourra se faire tant qu’il sera entravé par les initiatives intempestives du gouvernement.

Il faut laisser aux médecins, aux hôpitaux, aux laboratoires, aux infirmiers et à tout le système de santé une totale liberté de se procurer le matériel nécessaire, proposer librement le dépistage aux patients (au prix coûtant) et pratiquer, avec l’accord des patients, les thérapies jugées les plus efficaces.

Nous ne vaincrons pas le coronavirus par la bureaucratie, la politique et la contrainte mais bien par la liberté, le marché et la science.

Chloroquine : simplement laisser faire le marché ?

Par Olivier Maurice
chloroquine

Par Olivier Maurice.

Pourquoi le gouvernement, en l’occurrence le ministre de la Santé, interdit-il l’usage de l’hydroxy-chloroquine proposé par le professeur Didier Raoult au grand public et s’entête-t-il à restreindre son utilisation par décret ?

Au pire, ce médicament ne sert à rien. Au pire, il va juste accompagner des patients qui seront quand même malades. Au pire, ces malades auront dépensé 4,26 euros pour rien, le prix de 10 jours de traitement. Au pire, on verra sur Internet dans quelques semaines, des multitudes de témoignages disant que ce produit ne marche pas. Au pire, on aura passé 10 ou 20 jours à soigner des malades qui se seront guéris tout seuls et qui auront eu une excellente raison de rester chez eux.

Au pire, il évitera à certains petits malins d’avaler de la poudre désinfectante d’aquarium pour la simple raison qu’il est écrit phosphate de chloroquine sur l’étiquette. D’en avaler, et d’en mourir. Au pire, cela évitera la reconversion des trafiquants de drogues et de cigarettes un peu au chômage partiel actuellement, reconvertis en vendeurs de masques et maintenant en vendeur de « c’est de la chloroquine, de la pure, je te le jure ». Au pire, cela évitera l’automédication, le marché noir d’ordonnances, les surdosages de paracétamol acheté à prix d’or auprès des mêmes trafiquants comme étant le fameux remède miracle…

Au pire, on aura donné de l’espoir à des malades, et aux bien-portants également.

Le gouvernement va-t-il demain interdire le bleu de méthylène, alors qu’une étude vient d’être lancée par le Dr Laurent Schwartz, suite à l’observation que les cancéreux du Grand-Est, soignés au bleu de méthylène (dont le principe est très proche de celui de la chloroquine) semblent être passés à travers l’épidémie alors qu’ils représentent clairement une population à risque ?

Il y a aussi ce médecin américain, qui a essayé le zinc… Va-t-on interdire le zinc ?

Une petite lumière, s’il vous plaît …

En Chine, les pharmacies et les cabinets médicaux donnaient aux malades une tasse de thé aux herbes, ils n’avaient rien d’autre. Mais au moins les patients repartaient avec quelque chose, ils ne repartaient pas sans rien.

Ils ne repartaient pas avec l’horrible impression de s’être fait envoyé balader par des personnes qui en même temps prétendent avoir la vérité et n’ont absolument aucune réponse aux questions qu’on leur pose. Aucune réponse, et aucune solution.

Ils repartaient avec un peu d’espoir, un peu d’attention, un peu d’humanité.

Cet entêtement à s’opposer à une bonne partie de la France en restant droit dans ses bottes pour un sujet qui ne peut qu’être bénéficiaire à l’exécutif est totalement incompréhensible. C’est peut-être une faute médicale, et l’avenir nous le dira, mais c’est déjà dorénavant une faute politique majeure !

Une de plus qui s’ajoute à la multitude d’erreurs de communication, au nombre incroyables de bévues, de ratés, de décisions incompréhensibles et de polémiques que l’on a vu surgir un peu partout depuis le début de cette crise.

Toujours pas de masques. Toujours pas de tests. Ils sont en train d’arriver… Mais par contre, des formulaires, des amendes et l’interdiction de l’hydroxy-chloroquine.

Donneurs de leçons

On a pendant des années remboursé des billes de sucre, une myriade de médicaments de confort, des cures thermales… On voit partout fleurir des dizaines de recettes et des milliers de sortes de poudre de perlimpinpin et de baumes magiques… On laisse des guérisseurs, des machinpathes et des trucologues exercer un peu partout leurs arts obscurs… et en pleine crise, on crée une gigantesque crise de nerf nationale pour un médicament à cinq euros utilisé depuis plus de 50 ans…

Protestations, injonctions, cris, répliques, suppliques, arguments, explications, critiques, ad hominem et hommes de paille… Avons-nous vraiment besoin d’un tel débat en ce moment ? Avons-nous vraiment besoin de traiter le professeur Raoult de déséquilibré ? Avons-nous d’ailleurs vraiment besoin d’un avis politique ou médiatique sur le sujet ?

🔴Pour @alainduhamel , le Pr @raoult_didier est «un peu déséquilibré, psychiquement».#LeGesteÀLaParole 🖐#Covid19 #Chloroquine pic.twitter.com/keKelfyWj7

🗽Sandra V. Fellous (@sandrafellous_) March 27, 2020

Avons-nous besoin que ce sujet soit à l’agenda du conseil de défense, l’exécutif n’a-t-il pas d’autre priorité que celle de s’occuper de sa communication en ce moment ?

Une France coupée en deux

Et d’ailleurs, avons-nous même besoin de la science ? De la raison ? De la vérité ? N’avons-nous pas tout simplement besoin d’un peu de réalité, de concret, de solide ?

Peut-être plus dans ce pays que dans d’autres, nous avons fait un amalgame gigantesque entre deux concepts totalement différents : entre la vérité et entre la réalité. Cet amalgame coupe la société française en deux mondes de plus en plus isolés l’un de l’autre : d’un côté, ceux qui savent, qui détiennent la vérité, qu’elle soit scientifique, mathématique, logique, historique, légale … de l’autre côté, ceux qui voient, qui touchent le réel. D’un côté l’élite, de l’autre, le peuple.

L’élite reproche au peuple de ne pas savoir les choses. Le peuple reproche à l’élite de ne pas voir les choses.

La spécialisation des connaissances est somme toute normale : on ne peut pas tout savoir, on ne peut pas être expert en tout. Ce qui l’est moins, et ce qui est en fait remis en question dans cette histoire, c’est la hiérarchie de pouvoir qui peut s’instaurer entre ceux qui déclarent savoir et les autres.

Et cela l’est encore moins lorsque l’objectif affiché est l’égalité : comment peut-il y avoir une hiérarchie de pouvoir, basée sur une hiérarchie de connaissances alors que l’on déclare que l’opinion de chacun a la même valeur, que chaque être humain est égal en droit ?

Égalité de droit et égalité de condition

Toute cette polémique marque peut-être un virage profond dans la société française qui depuis des années s’est focalisée sur l’égalité de condition, sur les revenus, le train de vie, les fameuses inégalités.

Face à l’adversité, notre société se retrouve face à une autre question bien plus grave : celle de l’égalité de droit. Par quel droit l’État peut-il interdire l’accès à l’hydroxy-chloroquine, alors que ce médicament était en vente libre il y a quelques semaines, alors que l’armée, c’est-à-dire le pouvoir, y a accès, alors que les médecins des hôpitaux publics y ont accès ?

La même polémique a d’ailleurs lieu avec les tests : comment se fait-il qu’il apparait que de nombreux hommes politiques aient été testés, alors que ces mêmes tests sont supposés être réservés aux cas graves ?

Au nom de quoi le citoyen ne peut-il y avoir accès ?

N’aurait-on pas pu faire simplement confiance au marché et libéraliser l’accès au produit, en l’encadrant comme un quelconque médicament, comme d’ailleurs libéraliser l’accès aux tests, aux masques, au gel hydro-alcoolique ? Même en Chine, au plus fort de la pandémie, il était possible de se procurer des masques et du gel sur les sites de vente en ligne

Est-ce à dire que la Chine serait plus libérale que la France ?

Nous en revenons à la question du rôle de l’État en tant que régulateur des droits, mais il semble que celui-ci soit bien démuni dans ce domaine, ayant usé et abusé à l’extrême de son pouvoir de régulation pour tenter de mettre en place une politique de redistribution lui imposant de s’occuper de tout. Il n’a désormais d’autre solution qu’une fuite en avant dans l’interventionnisme, la réglementation et la coercition.

Mais jusqu’à quand ?

États-Unis : vers une hausse du taux de chômage de 3,5 à 30 % ?

Par Karl Eychenne
chômage

Par Karl Eychenne.

En deux semaines à peine, le coronavirus a contaminé près de 150 000 Américains, et mis au chômage plus de trois millions de personnes. Un tel chiffre anticiperait une remontée possible du taux de chômage de 3,5 % à près de 30 % ! Possible ?

Elle ont fait l’effet d’une bombe : les inscriptions au chômage hebdomadaires de la semaine du 21 mars ont fait exploser tous les standards historiques : plus de trois millions alors que les semaines précédentes ces inscriptions s’établissaient à près de 280 000.

On n’avait jamais vu un tel chiffre depuis que la série existe, c’est-à-dire 1967 : il faut remonter à 1982 pour trouver le précédent plus haut à seulement 695 000. Même la crise des subprimes est loin du compte avec 650 000 début 2009.

Ce chiffre est doublement important puisque, d’une part il est le premier publié intégrant des effets tangibles du coronavirus, et d’autre part c’est le meilleur indicateur avancé du taux de chômage. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est très pessimiste puisqu’il pointe déjà vers un niveau de taux de chômage d’au moins 30 %, comme d’ailleurs le craignait déjà cet officiel américain il y a à peine quelques jours.

Les conséquences économiques du coronavirus

Certes, les conséquences économiques du coronavirus sont secondaires, mais elles ne peuvent pas être ignorées. En effet, il y a aura un « après coronavirus », et de l’ampleur du choc dépendra la capacité du pays à relever rapidement la tête et à offrir à ses citoyens des emplois durables et des perspectives encourageantes.

Or, si le taux de chômage devait monter à près de 30 %, il pourrait avoir des conséquences dramatiques sur l’économie et les marchés.

Le PIB pourrait connaitre une chute spectaculaire, bien au-delà des – 5 % (annualisés) qui sont pour l’instant anticipés par le consensus des économistes, et qui semblent aussi cohérents avec les niveaux atteints par les marchés. À titre de comparaison, la crise des subprimes avait fait chuté le PIB de – 8 %.

L’inflation pourrait-elle s’effondrer ?

Pas certain, d’une part la courbe de Phillips ne fonctionne plus depuis 30 ans ; d’autre part la baisse de l’offre (arrêt partiel de la production) conjuguée au soutien de la demande (plan massif des autorités) serait inflationniste. Mais comment imaginer une inflation qui accélère alors que le pétrole a perdu – 50 % en quelques jours ?

Les marchés d’actions et les taux d’intérêt replongeraient dans des zones plus profondes encore, les niveaux actuels anticipant un impact fort du coronavirus, mais largement inférieur à celui qui pourrait survenir.

La chute des bénéfices des entreprises entraînerait avec elle les marchés d’actions. Les marchés obligataires franchiraient le Rubicon des taux négatifs.

Croissance économique et taux de chômage : la relation

Le PIB dépend de deux moteurs : l’emploi et la productivité du travail. Pour comprendre cette décomposition on peut imaginer une production de masques : le nombre de masques produits dépendra du nombre de personnes qui les produisent (emploi), et du nombre de masques produit par chaque personne (la productivité). Depuis 10 ans, le PIB américain a crû en moyenne de 2,3 %, ce qui s’explique aux deux tiers par l’emploi et un tiers par la productivité.

Cette relation simple nous montre à quel point la santé d’une économie dépend de celle de l’emploi, et inversement selon votre école de pensée.

D’ailleurs, il existe une relation empirique qui illustre et quantifie cela : loi d’Okun. Lorsque le PIB dépasse son niveau potentiel (l’économie va trop bien), alors le taux de chômage devient inférieur à son niveau naturel (l’emploi est trop fort).

Durant la crise des subprimes, le PIB a décru jusqu’à – 8 %, passant à près de – 6 % en dessous de son niveau potentiel : on dit alors que l’Output Gap est négatif. Quant au taux de chômage, il est remonté à 10 %, soit 5 % au-delà de son niveau naturel de l’époque à 5 %.

En fait depuis les années 1990, la relation est presque de 1 pour -1 : à chaque fois que le PIB baisse « trop » de 1 %, alors le chômage monte « trop » de 1 % (et inversement). Avant les années 1990, le chômage réagissait deux fois plus que le PIB.

Que s’est-il passé ? L’explication la plus convaincante est la baisse progressive du taux de participation durant les 20 dernières années, ce qui a atténué la relation entre l’emploi et le PIB américain.

Par exemple, il se peut que le taux de chômage monte, mais que l’emploi reste inchangé, juste parce que le taux de participation baisse en même temps.

Un taux de chômage à 30 % est-il réaliste ?

Venons-en maintenant à l’impact du coronavirus sur le marché de l’emploi américain. Selon le consensus des économistes, le PIB américain pourrait décroître de près de – 5 % en rythme annualisé au cours du deuxième trimestre. Ce chiffre est d’ailleurs cohérent avec ce que semblent anticiper les marchés financiers. Ce chiffre est donné en rythme annualisé, mais pour les besoins du calcul il nous faut considérer le chiffre non annualisé, c’est-à-dire juste la variation du PIB, on obtient alors – 1,3 %.

Une baisse du PIB proche de -1,3 % le ferait passer sous son niveau potentiel, mais de seulement – 1 %, ce qui semble bien léger par rapport aux – 6 % de la crise des subprimes.

Pour un PIB inférieur de – 1 % à son niveau potentiel, on s’attendrait alors à avoir un taux de chômage supérieur de 1 % à son niveau neutre.

Le niveau neutre du taux de chômage étant de 4 %, il faudrait donc que le taux de chômage soit de 5 %, alors qu’il s’établit à 3,5 % en février.

On est bien loin des 30 % qu’anticipent les inscriptions hebdomadaires au chômage publiées la semaine passée… Pour arriver à un tel taux ce chômage, il faudrait alors que le PIB s’effondre de près de – 25 % ; ne parlons même pas du rythme annualisé.

Une inflation en chute libre ?

Intuitivement, une telle hausse du taux de chômage se traduirait par une forte baisse de la croissance des salaires, et donc de la consommation des ménages. C’est sur un tel postulat que repose la fameuse courbe de Phillips qui fonctionna si bien durant les Trente glorieuses : cette courbe dit qu’il existe une relation entre le chômage et l’inflation ; en général lorsque le chômage monte, il est observé que l’inflation baisse (les prix montent moins vite).

Et puis il y eut la stagflation liée aux chocs pétroliers, avec beaucoup d’inflation mais aussi du chômage, c’est-à-dire tout le contraire de ce que prévoyait la courbe. Depuis ? À partir des années 1990, la courbe de Phillips s’est aplatie : le taux de chômage a beau monter ou baisser, l’inflation baisse tendanciellement.

Alors pourquoi cela changerait-il ?

D’une part, parce que cette fois nous parlons d’une remontée dramatique du taux de chômage, et non plus de mouvements de 1 à 2 %. Comment imaginer que la courbe de Phillips reste plate si le taux de chômage passe de 3,5 à 30 % ?

D’autre part, il se produit aujourd’hui quelque chose de rare dans l’histoire économique. En effet, non seulement l’offre va se réduire considérablement du fait du confinement qui n’autorise que la production de certains biens et services ; mais d’un autre côté la demande devrait en théorie restée soutenue grâce aux politiques de soutien sans précédent des autorités : si vous baissez l’offre et dopez la demande, a priori cela fait monter les prix…

Oui mais quand même, on a du mal à imaginer une inflation qui accélère alors que le prix du pétrole s’est effondré de près de 50 % en moins d’un mois. À court terme, le pétrole reste le principal déterminant de l’évolution des prix.

Des marchés trop optimistes ?

La crise du coronavirus a provoqué à un mouvement généralisé d’aversion pour le risque incitant les investisseurs à délaisser les actifs réputés risqués (actions, crédit…) pour se réfugier sur les actifs refuges (emprunts d’État).

Résultat : une baisse violente et intense des actions et des taux d’intérêt, historiquement cohérente avec une contraction du PIB de l’ordre de – 5 % (rythme annualisé), et donc de – 1,3 % en variation. Nous sommes bien loin des – 25 % suggérés par un taux de chômage à 30 %.

Concernant les marchés d’actions : une telle chute de la croissance entraînerait une contraction dramatique des bénéfices des entreprises. La relation entre la croissance du PIB en valeur et les bénéfices des entreprises est de l’ordre de un pour cinq. Inutile d’aller plus loin dans les calculs, on imagine l’impact.

Concernant les marchés obligataires, il est vrai que les taux américains disposent encore d’une marge conséquente par rapport aux taux allemands : ils sont encore positifs à 0,8 % ! Toutefois, on sait aussi que des niveaux négatifs n’empêchent pas les taux de baisser davantage (voir les taux allemands). Ce serait une première pour les taux américains.

Rendez-vous donc vendredi pour la publication du taux de chômage américain.

Des États aux abois

Par Drieu Godefridi

Par Drieu Godefridi.

En Europe, l’affaissement partiel de l’activité économique — dont la crise financière n’est qu’une conséquence, dans une suite inverse mais nettement plus dévastatrice que la chronologie de 2008 — va entraîner, dès maintenant, un effondrement des recettes fiscales.

On tend à l’oublier, mais l’impôt, par lequel vivent tant de nos contemporains, suppose de la création de valeur. Si aucune valeur n’est créée, l’impôt se réduit à rien.

Par exemple, la TVA est un impôt sur la consommation ; que la consommation se réduise de 50 %, les recettes TVA se réduiront d’autant.

Autre exemple, l’impôt sur les sociétés, qui n’est pas un impôt sur l’activité, mais sur le bénéfice. Dans un futur prévisible, il n’y aura plus guère de bénéfice à imposer, seulement des pertes. Même lorsque les bénéfices poindront timidement, fiscalement les pertes reportées les effaceront, probablement pendant des années.

Trois solutions économiques

Nos États vont voir leurs recettes s’effondrer, alors que la structure de leurs dépenses n’a pas changé d’un iota (quand elle ne s’est pas aggravée). Quelle solution ? En théorie économique comme en technique juridique, il n’en existe que trois : réduire drastiquement les dépenses, emprunter, lancer des programmes de confiscation de la propriété privée. En réalité, comme nous allons le voir, la réduction drastique des dépenses adviendra tôt ou tard.

En effet, sur le continent européen, la plupart des États étaient déjà financièrement exsangues avant la crise, et faible leur « crédit » subsistant sur les marchés financiers internationaux.

Par conséquent, la fuite en avant « externe » qui consisterait à contracter de nouveaux emprunts pour compenser l’effondrement des recettes fiscales est, en Europe, une voie non seulement sans issue, mais inexistante.

En effet, des États qui, souvent depuis des décennies (Italie, Belgique, plus récemment la France), en sont à contracter des emprunts pour rembourser les seuls intérêts de leur dette — jamais le capital — peineront à convaincre les bailleurs de fonds dans le même temps que leurs recettes fiscales s’effondrent.

L’alternative est la fuite en avant « interne », consistant pour un État à se lancer dans des confiscations massives sur le territoire national, usant de différents prétextes (nécessité, crise, solidarité) habillés de catégories juridiques (nationalisation, impôt de crise)1.

La voie de la confiscation

Hors le jugement moral qui peut être posé sur ces procédés, et du cortège de violences arbitraires que leur mise en œuvre implique partout et toujours, il faut souligner que la voie de la confiscation — activement encouragée depuis des années par des économistes néo-marxistes tels que Thomas Piketty2 — n’est pas chimérique ; les exemples tirés de l’Histoire (Révolution française3) comme de l’actualité (Venezuela) en attestent.

Reste que ce procédé s’épuise par son usage : on ne confisque qu’une seule fois. Derrière, il n’y a plus rien à confisquer.

À court ou moyen terme, par nécessité et par absence d’alternative structurelle, les États européens réduiront drastiquement leurs dépenses.

  1. Une variante du même procédé consiste à emprunter davantage sur les marchés, en offrant du “collatéral” tiré d’un expropriation qui ne dit pas son nom : par exemple les projets français de détacher la propriété du terrain et du bien immeuble, qui est une expropriation pure et simple.
  2. Piketty, idéologue naïf de l’égalitarisme — À propos de Capital et idéologie
  3. F. Aftalion, L’économie de la révolution française, 2007.

Hydroxychloroquine : oui, pour l’armée, non pour les médecins du civil ?

Par Margot Arold

Par Margot Arold.

Tout le monde, médical et médiatique, semble se réjouir de la décision du gouvernement d’autoriser la prescription d’hydroxychloroquine aux patients atteints de Covid-19.

Youpi : l’hydroxychloroquine sera prescrite

Didier Raoult, dans un tweet, félicite le gouvernement d’avoir pris la mesure de cette nécessité :

Les soignants eux-mêmes semblent avoir compris que désormais la prescription allait pouvoir être faite sur ordonnance.

Des réjouissance hâtives

Curieusement, malgré ces congratulations, Olivier Véran, le ministre de la Santé, fait savoir qu’il n’y a rien de changé par rapport à la situation précédente.

« Il n’y a pas d’élargissement des cas qui sont pris en compte. Ce décret ne change rien à ce qui avait été décidé avant et ne déroge pas à la dernière prise de parole d’Olivier Véran sur le sujet. »

De quoi y perdre son latin.

Le décret, consultable facilement et cité dans tous les articles en ligne sur ce sujet, indique :

« Art. 12-2.-Par dérogation à l’article L. 5121-8 du Code de la santé publique, l’hydroxychloroquine et l’association lopinavir/ritonavir peuvent être prescrits, dispensés et administrés sous la responsabilité d’un médecin aux patients atteints par le covid-19, dans les établissements de santé qui les prennent en charge…»

Seulement, il aurait fallu lire les quelques paragraphes jusqu’au bout. La dernière phrase éclaire différemment ce qui précède :

« Pour l’application du présent article, sont considérés comme établissements de santé les hôpitaux des armées, l’Institution nationale des Invalides et les structures médicales opérationnelles relevant du ministre de la défense déployées dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire. »

Cela semble signifier que non seulement les médecins généralistes n’auront pas le droit de prescrire l’hydroxychloroquine, mais que cette prescription ne pourra être faite qu’au sein de structures militaires, non dans les hôpitaux ou cliniques, ni dans les cabinets médicaux1.

C’est d’ailleurs l’analyse qu’en fait l’un des rares journaliste ayant lu le décret jusqu’au bout, Julien Hernandez, sur Futura-Science :

Dès lors, on ne comprend pas bien si le décret concerne uniquement les hôpitaux militaires ou si cette phrase précise qu’ils sont, eux aussi, concernés par l’article en plus des établissements de santé « classiques ». Des sources gouvernementales contactées par Futura n’ont pas su répondre à nos interrogations.

La même erreur qu’en 2009 : exclure les médecins ?

Le gouvernement n’est-il pas en train de refaire la même erreur qu’avec la gestion de la grippe H1N1 ? Lors de cet épisode de crise sanitaire (qui a été moins grave que prévu), le gouvernement avait cette fois-ci commandé les masques et les vaccins en grand nombre.

Mais il avait mis sur la touche les médecins de ville : les vaccinations devaient se faire dans des Centres de vaccination dédiés (page 11 vous trouverez « pourquoi il n’est pas possible de se faire vacciner chez son médecin traitant ».) ; de la vaccination à grande échelle.

Les patients n’ont pas répondu présents, conscients que leur interlocuteur privilégié et en qui ils avaient confiance, leur médecin, était mis sur la touche et n’avait pas son mot à dire.

L’État considère une nouvelle fois que les médecins ne doivent pas être sollicités pour les prescriptions. Ils obéissent pourtant déjà à une Assurance maladie qui ordonne comment et quoi prescrire, et la rémunération qu’ils ont le droit d’en tirer. Mais entre l’administration et les médecins, la confiance ne règne pas : ils sont donc, malgré leurs années d’études, exclus du dispositif.

Même en ces temps dramatiques, ni les politiques n’apprennent de leçons du passé ; ni les médias ne font l’effort d’aller à la source de l’information pour la transmettre telle qu’elle est, se contentant la plupart du temps de retranscrire la dépêche AFP du jour, ou de se précipiter sur un tweet, tout éblouis par une personnalité médiatique.

Bref, quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt.

 

  1. Sauf dans le cadre d’une étude tardive et menée dans certains hôpitaux, consistant à administrer la chloroquine à des patients dont le pronostic vital est engagé.

Le problème du système de santé en France n’est pas le manque de moyens

Par Philippe Alezard

Par Philippe Alezard.

Le 24 mars, l’Inde a annoncé le confinement de la totalité de sa population, soit 1,3 milliard d’habitants. Un peu plus de deux milliards d’habitants de la planète sont confinés. Tous les continents sont touchés. L’Europe est le principal foyer. L’Italie cumule les tristes records du nombre de cas et de morts, le taux de létalité y atteint 8,3 %.

À l’exception du Royaume-Uni, bien que le gouvernement semble faire machine arrière, et des Pays-Bas, l’Europe a choisi la stratégie du confinement strict et généralisé. C’est le choix de la gestion de la propagation du virus afin de ralentir sa progression. En Asie du Sud-Est, le choix s’est porté sur la gestion du virus lui- même, au travers d’une gestion de dispositif épidémiologique avec un suivi et des actions individualisées et non généralisées.

 

Au-delà de la pandémie, des approches différentes

Cette crise du Covid-19 a mis en exergue les approches différentes entre les pays en matière de gestion et d’efficacité des dépenses de santé, de discipline collective ainsi que d’intégration de la technologie, de l’intelligence artificielle, du big data, dans toutes les strates de la démocratie.

Dans les pays de l’OCDE, les dépenses de santé ont atteint 8,8 % du PIB en 2018. Les dernières projections font apparaître une croissance à 10,2 % du PIB à horizon 2030. L’espérance de vie est de 81 ans. La part des personnes âgées de plus de 80 ans va plus que doubler d’ici 2050.

La moyenne des dépenses de santé est de 4000 dollars par habitant, ajusté des pouvoirs d’achat. Mais on note de fortes disparités entre les États-Unis par exemple, où elles dépassent les 10 000 dollars par habitant et le Mexique avec 1150 dollars par habitant.

L’objectif de tout système de santé est d’améliorer la santé des individus et de la population tout en respectant un cadre budgétaire soutenable. Le cadre conceptuel pour l’évaluation de la performance de celui-ci est très complexe. Il fait intervenir le contexte démographique, économique et social des pays.

La France dépense un peu plus de 11 % de son PIB dans son système de santé. C’est au même niveau que l’Allemagne, 0,5 % de plus que le Japon et 3 % de plus que la Corée du Sud. À l’exception des États-Unis, la France, l’Allemagne et la Suisse sont les pays qui ont les dépenses de santé les plus élevées des pays de l’OCDE.

Selon les pays, les dépenses de santé sont constituées par des régimes obligatoires et/ou volontaires, les assurances maladies, qui donnent un droit automatique aux soins pour les individus. Pour les pays de l’OCDE, les trois-quarts des dépenses de santé sont couverts par des régimes publics. Dans ce domaine, seule la Corée du Sud, avec 60 %, se différencie de l’Allemagne, de la France et du Japon dont les dépenses sont prises en charge à 85 % ou plus par un dispositif public obligatoire.

Les offres de soins ont évidemment une incidence sur les dépenses. L’éventail est large, hôpitaux, cabinets médicaux, pharmacies. Les activités hospitalières représentent la plus forte proportion des dépenses de santé pour l’ensemble des pays. Dans ce domaine également, on note de fortes disparités. La Grèce, par exemple, consacre 43 % de sa dépense dans les soins hospitaliers alors qu’ils représentent 28 % en Allemagne. La France y consacre la moyenne de l’OCDE, à savoir 38 %.

Un autre poids lourd des dépenses de santé est le personnel du secteur médico-social. Ce secteur est un rouage essentiel au bon fonctionnement d’une société. Il représente plus de 10 % de l’emploi des pays de l’OCDE, en progression de plus de 42 % depuis 2000. En France ce secteur représente 14 % des emplois. Cette tendance devrait se poursuivre sous l’effet du vieillissement des populations. De nombreux pays mettent en place de nouvelles structures, de nouveaux métiers, aidés par les nouvelles technologies pour accompagner ce phénomène. Des basculements technologiques sont à attendre pour gagner en productivité.

L’Allemagne compte 4,3 médecins pour 1000 habitants, la France 3,2, le Japon et la Corée 2,4. Pour le personnel infirmier, l’Allemagne en compte 13 pour 1000 habitants contre 12 au Japon, 10 en France et 7 en Corée.

En matière de rémunération, la France se classe parmi les plus mauvais élèves, particulièrement pour le personnel infirmier. Un médecin salarié de la fonction publique hospitalière est rémunéré en moyenne 2,2 fois le salaire moyen français. C’est 40 % inférieur à son collègue allemand. Le personnel infirmier est à 0,9 fois le salaire moyen, 20 % de moins qu’un Allemand et 40% de moins qu’un infirmier espagnol.

Le nombre de lits par habitant donne une bonne mesure des ressources disponibles pour fournir des services aux patients hospitalisés. On recense en moyenne 4,7 lits pour 1000 habitant dans les pays de l’OCDE. Le Japon en compte 13, dont 4,5 en réanimation ; la Corée 12, dont 4 de réanimation ; l’Allemagne 8 dont 2,9 de réanimation ; et la France 6 dont 1,2 est consacré à la réanimation.

Les dépenses d’investissement dans le domaine de la santé, les dépenses dites « en capital », sont d’une importance vitale. Les besoins en nouveaux dispositifs de santé, en équipements de diagnostics, de thérapeutiques, en systèmes d’information et de communication, en intelligence artificielle auront une incidence déterminante sur la capacité de notre système de santé à satisfaire les besoins de la population. Le manque d’équipement, IRM, scanners, a des répercussions directes sur les capacités de dépistages précoces. On a vu combien le manque de respirateurs, de salles de réanimation a influencé la gestion de la crise du coronavirus.

La France investit 0,6 % de son PIB dans ces nouvelles technologies pour l’hôpital alors que l’Allemagne et le Japon y consacrent près du double. Dans ces pays, ce sont 10 % des dépenses de santé qui sont investis pour le futur, contre 5 % en France.

Résumons ces quelques points de benchmark par rapport à l’Allemagne, le Japon et la Corée.

La France est le pays qui a la plus lourde dépense de santé, soit 11 % de son PIB. Elle compte deux fois moins d’infirmières qu’en Allemagne et 50 % de moins de médecins. De plus, les médecins et personnels soignants sont payés entre -20 % à -40 % de moins que leurs collègues allemands. Il y a deux à trois fois moins de lits par habitant en France qu’en Allemagne, au Japon ou Corée du Sud. Pour finir, la France investit deux fois moins que les autres pays dans les nouvelles technologies et intelligence artificielle pour l’hôpital.

Il est donc évident que le problème de l’hôpital en France ne provient pas du manque de moyens.

 

Un bouc émissaire tout trouvé

Et une fois de plus les mêmes antiennes reviennent. Un bouc émissaire est désigné, le capitalisme, le libéralisme, ou néo, ultra-libéralisme, ainsi que son corollaire, la globalisation. Dans une tribune, signée dans L’Humanité du 27 mars, Philippe Martinez, Cécile Duflot et 16 autres responsables syndicaux, crient « Plus jamais ça ! Préparons le jour d’après ». Ils dénoncent la mainmise des forces économiques et le néolibéralisme qui ont réduit à peau de chagrin la capacité de nos États à répondre à des crises telles que celle-ci.

Les pays du Sud-Est asiatique, Singapour, Japon, Corée du Sud, Taiwan, ont retenu les leçons malheureuses du SRAS en 2003 et du MERS en 2015. Des procédures ont été instaurées et respectées. Les stocks étaient suffisants : quatre masques FFP2 par foyer et par semaine étaient prévus à Singapour.

Des centres nationaux pour maladies infectieuses avaient été mis en place en 2018 en Corée du Sud et 2019 à Singapour avec des unités spécialisés et des chambres d’isolement. Les kits de test par écouvillons ainsi que les salles de dépistages aux différents points de contrôles d’entrée des pays, aéroports, ports, frontières ont été développés dès mi-janvier.

Surtout ces pays ont eu recours à un usage massif de la technologie pour le suivi des patients et des contaminés.

 

L’usage massif de la technologie

Le partenariat public-privé joue à fond le développement de plateformes. L’application Face Mask Map permet de localiser instantanément les pharmacies disposant de masques. Cette même application permet la gestion de la fabrication de masques en pilotant les stocks, leur distribution et leur réallocation.

D’autres exemples se sont multipliés. La géolocalisation s’est généralisée, permettant de cibler le virus, d’éviter les mises en contact mais également les anticipations de moyens à allouer aux hôpitaux.

L’investissement et la technologie sont présents à tous les échelons de la santé, l’épidémiologie, la médecine préventive, l’urgence, le diagnostic. L’innovation privée et/ou associative est intégrée, connectée aux systèmes de santé public. La société civile, Civic Technology a un rôle prépondérant dans les systèmes de soin. Les scientifiques, les universitaires, les sociétés de hautes technologies, les big data et les data scientists sont parties prenantes du système de santé.

Dans ces démocraties libérales, respectueuses des libertés individuelles, l’intérêt collectif peut prendre le pas momentanément sur l’intérêt individuel. Le doute envers les institutions n’existe quasiment pas. En France, la défiance envers celles-ci est à son paroxysme.

La France souffre de la complexité de son fonctionnement. Il aura fallu attendre le plus haut degré d’urgence pour voir la création d’un conseil scientifique pour aider à la gestion de la crise.

 

La mondialisation a bon dos

Ce n’est pas à cause de la mondialisation que le pays n’avait aucun stock de masques ou de gel hydro-alcoolique. Ce n’est toujours pas la mondialisation, mais ce serait plutôt grâce à elle, que LVMH et Pernod-Ricard doivent se substituer à l’État pour fournir aux hôpitaux ce minimum d’équipements.

C’est l’impréparation.

Cette société qui a sanctuarisé le principe de précaution a institué un système hiérarchisé dans lequel toutes les facettes de l’individu sont gérées par des procédures, des règles, des normes, des dispositifs de régulation, à un point tel que tout est prévu. Une armée de fonctionnaires écrit des textes de plus en plus abscons alors qu’une autre armée tente de les faire appliquer.

Tout est prévu sauf l’imprévisible. Et quand il se présente, tout se bloque. Tout le monde est surpris et personne n’est responsable. Le système est totalement imperméable au sens commun, à la responsabilité, à l’intelligence.

La France est le système le plus « socialisé » des pays de l’OCDE. La dépense publique engouffre 57 % de la richesse créée. Les prélèvements obligatoires ont également le record de l’OCDE. La pression fiscale est à son comble. Et cependant, le système éducatif s’enfonce chaque année un peu plus dans les limbes des classements, les tribunaux sont tous submergés par les retards accumulés, la police n’a plus les moyens de travailler, l’hôpital est sous-équipé et les investissements ont disparu depuis des années. L’efficacité et l’efficience de ces dépenses posent question.

Il n’y aura pas un avant et un après coronavirus comme il n’y a pas eu d’avant et d’après 2008. Pour la France, un jour, il y aura un avant et après prise de conscience que notre modèle social doit changer. L’efficacité, la responsabilité, le courage politique doivent être les points de triangulation qui devront guider cette évolution avant que n’éclate la bulle technocratique et administrative.

Dans L’ordre social, Jacques Rueff écrivait déjà :

« Toutes les turpitudes de notre régime, j’en ai toujours trouvé la source dans les interventions de l’État. Les systèmes malthusiens donnent à leurs auteurs toutes les apparences de l’action généreuse alors qu’ils organisent la misère et la ruine. »

Déploiement de l’armée et guerre sanitaire : une urgence au sommet de l’État

Par Sabine Lula
armée

Par Sabine Lula.

Le 25 mars 2020, Emmanuel Macron a annoncé la mise en place d’une opération militaire baptisée Résilience, dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Bien qu’il ait annoncé que l’armée serait déployée afin d’apporter un soutien à la population, les actions concrètes qui vont être entreprises demeurent floues.

Il est annoncé que le déploiement militaire ne servira en aucun cas à faire respecter le confinement, bien que certains médecins semblent le demander pour certaines zones sensibles ; quelles seront alors ses missions principales ?

Mettre un nom sur le peu qui est déjà en place ?

Depuis le début de la crise, l’armée est déjà intervenue plusieurs fois dans les zones les plus fortement touchées, par exemple en installant un hôpital militaire sur le parking de l’hôpital civil de Mulhouse.

Résilience devrait donc poursuivre de façon plus centralisée, et mettre en place ces mesures d’urgence à échelle nationale. Il est prévu également que les militaires effectuent des missions de désinfection dans les grands centres urbains.

On peut craindre cependant la centralisation et le monopole d’action de l’État dans la gestion d’une crise d’une telle ampleur alors qu’il semble bien incapable de faire respecter l’ordre sur l’intégralité du territoire, encore moins quand des vies sont en jeu.

L’appui martial ne rendra certainement pas les membres du gouvernement – qui nous ont prouvé plus d’une fois qu’ils pouvaient tout à fait sacrifier la santé des Français si cela leur offrait davantage de pouvoir – plus compétents, mais sûrement plus menaçants aux yeux d’une population déjà trop privée de libertés individuelles.

« Le poisson qui étouffe sur la berge s’agite toujours plus que celui qui est dans l’eau »

On peut alors légitimement se demander si la mobilisation « officielle » de l’armée ne serait pas une ruade vaine d’un État ruiné, mis à genoux par la crise sanitaire.

Un État en ruines

Depuis le début de la crise, la communication a été l’arme privilégiée des élites, au détriment des mesures concrètes qui pourraient sauver des vies. La France semble toujours avoir un temps de retard et agir par défaut, face aux politiques menées par les voisins.

On peut notamment citer la fermeture des frontières : si la République Tchèque fut le premier pays de l’UE à interdire l’entrée sur le territoire aux résidents des pays « à risque » dès le 13 mars 2020, puis une fermeture totale des frontières le 16 mars – alors que le patient zéro y est arrivé le 1er mars 2020 – la France a attendu que tous les pays voisins fassent de même avant d’oser fermer ses frontières.

Dans un contexte pareil, la mobilisation d’une armée qui ne sait pas dire pourquoi on l’appelle apparaît comme la dernière absurdité en date. Mais il ne faut cependant pas oublier que l’usage de la force, qu’elle soit psychologique avec le matraquage des médias ou physique avec la mise en place éventuelle de contrôles musclés, est peut-être le dernier moyen qu’ont nos élites pour assurer un contrôle sur cette cocotte-minute qu’est la France. Encore plus quand certains redoutent d’avoir à rendre des comptes sur leur gestion calamiteuse.

Il convient donc de surveiller ce soudain sursaut de nos élites, et leur bras armé martial. Seul le temps nous dira s’il s’agit là d’une énième manœuvre de communication de crise pour sauver les apparences et conserver leur pouvoir, ou bien le début de quelque chose de plus grave.

Quoi qu’il en soit, rester sur ses gardes, faire attention à soi et à ses proches, et chercher le peu de liberté qu’il nous reste dans ce pays, en d’autres termes rester indépendant, voilà le meilleur moyen de survivre à cette crise sanitaire, et à toutes les autres qui en découleront.

États-Unis : quand l’État entrave dangereusement le combat contre la pandémie

Par Aurélien Chartier

Par Aurélien Chartier.

Alors que la pandémie du coronavirus frappe de plein fouet les États-Unis avec plus de 100 000 cas depuis vendredi dernier, on peut se poser la question de savoir si la réaction du gouvernement a été suffisamment rapide pour endiguer la progression du virus. Les premiers jours sont cruciaux pour ralentir le taux d’infection en mettant en place dès que possible des mesures visant à limiter les interactions entre personnes.

Le premier cas de coronavirus dans l’État de Washington ayant été détecté dès fin janvier, il semble étrange que les premières mesures de confinement ne soient apparues qu’en mars. Les entreprises du domaine informatique, très présentes à Seattle, ferment alors leurs bureaux, enjoignant leurs employés de travailler depuis chez eux. La réponse politique suit la semaine suivante : fermeture des écoles le 12 mars, des commerces non essentiels le 15 mars, puis stay at home order le 22 mars.

Le rôle de la FDA

Un article du New York Times aide à comprendre le délai entre ces événements, éclairant le rôle de la FDA, l’organisme fédéral américain en charge de la régulation des médicaments. Helen Chu, experte en maladies infectieuses à Seattle, était en charge d’un groupe de recherche sur la grippe. Le test développé par ce groupe pouvait être adapté pour détecter le nouveau coronavirus. Seul souci : le test était développé par un laboratoire de recherche, et non pas un laboratoire clinique, empêchant le test d’être validé par la FDA.

L’équipe de chercheurs entame alors une discussion avec l’État de Washington, la FDA et le CDC, l’agence fédérale américaine en charge de la protection de la santé publique. Scott Dowell, directeur adjoint de la Bill & Melinda Gates Foundation qui finance l’étude en question, contacte directement la CDC le 10 février pour parer à ce problème bureaucratique. Peu après, le docteur Lindquist, épidémiologiste en chef de l’État de Washington, contacte également le CDC, demandant à ce que le test puisse être utilisé pour contrôler l’avancée du coronavirus.

Le CDC donne une réponse négative à ces demandes. S’ensuit une discussion par email d’une semaine où le CDC explique ne pas pouvoir valider le test si la FDA ne donne pas son accord. Cette dernière refuse de le valider tant que le laboratoire de recherche n’est pas certifié par le CMS, une autre agence fédérale. Le journaliste précise que le processus de certification en question prend plusieurs mois.

Pendant ce temps, le CDC développait son propre test qui se trouvait déployé dans le pays, mais produisait de nombreux résultats invalides. Le CDC promet de déployer un nouveau test dans les prochains jours. Le déploiement aura finalement lieu deux semaines plus tard et seulement dans cinq États. Ceux de Washington et New York n’en faisaient pas partie.

Le 24 février, alors que les cas de coronavirus se multiplient aux États-Unis, les laboratoires de recherche adressent une lettre groupée au commissaire de la FDA, le suppliant de les laisser utiliser leurs tests. La réponse de la FDA arrive deux jours plus tard : les laboratoires sont libres de proposer leurs tests à la FDA pour une autorisation d’urgence, un processus coûteux que les laboratoires de recherche n’ont pas les moyens d’exécuter.

« Arrêtez de tester »

Le 25 février, l’équipe de chercheurs de Seattle décide d’ignorer les ordres de la FDA et commence à tester plusieurs échantillons. Un des cas positifs se trouve être un adolescent qui n’avait voyagé nulle part les mois précédents. Prévenu dans la foulée, son école ferme par mesure de précaution. L’équipe de recherche et les responsables de santé publique de Seattle ont alors une nouvelle réunion avec la CDC et la FDA pour les informer de leurs résultats. Réponse de ces derniers : « arrêtez de tester. »

Le lendemain, les agences fédérales s’assouplissent légèrement et autorisent les laboratoires à tester leurs échantillons, puis reporter les résultats à la FDA, mais pas aux responsables de santé locaux.

Le 2 mars, l’équipe de recherche de Seattle décide de désobéir aux règles de la FDA et de rendre public leurs résultats. La région comptait alors déjà 22 morts, la majorité dans une maison de retraite et son hôpital adjacent dans la banlieue de Kirkland.

Immobilier : sans surprise, tout est à l’arrêt

Par Pascal Beuvelet

Par Pascal Beuvelet.

 

Confinement depuis le 17 mars et aussitôt la machine immobilière est au point mort. Tous les secteurs d’activité sont touchés, sans exception.

Les professionnels de la transaction

En dépit des formidables bonnes volontés des uns et des autres la chaîne indispensable à la signature d’une vente est bloquée.
Il y a un ralentissement brutal de l’activité de tous les intervenant privés et publics pour compléter la check-list des pièces indispensables : diagnostics, renseignements hypothécaires, documents d’urbanisme, déblocage bancaire des fonds etc.

Et quand bien même toutes ces pièces seraient réunies il est fort peu probable qu’une signature à distance avec procuration puisse avoir lieu. Aussi des recettes et de la trésorerie indispensables font cruellement défaut à tous les acteurs sans exception.

Et là j’ai brièvement une pensée pour l’État pour toutes ces extraordinaires pertes en taxes et droits durablement bloqués.

En réalité les premiers et les plus gravement touchés sont surtout les plus fragiles. Je veux parler des commerciaux de terrain dont les rémunérations sont fondées sur des recettes désormais reportées sine die. Aucun contact avec la clientèle c’est aussi l’impossibilité de faire des visites et de conclure des ventes. En clair, plus aucune création de nouvelles recettes.

C’est aussi l’interdiction d’effectuer des estimations et de conclure de nouveaux mandats et donc une rupture dans la création du stock de biens à vendre. Une période très très difficile !

Les investisseurs en résidentiel

Normalement les locataires sont tenus de payer leur loyer à bonne date.
Les mesures d’aides prises par le gouvernement sont de nature à ce que la très grande majorité des loyers soient régulièrement acquittés.

Cependant il est certain qu’il y aura de la casse et un problème de trésorerie pour tous ceux dont les revenus locatifs sont indispensables pour rembourser un crédit immobilier. Ceux-là devront puiser dans leur épargne ou faire appel à l’emprunt.

Les investisseurs en immobilier commercial et d’entreprises

Leur situation est très préoccupante car la possibilité de reporter, sous certaines conditions, le paiement des loyers est devenu une disposition de droit. Dès lors il s’agit d’analyser les situations au cas par cas.
Il ne fait aucun doute que cette perte, a priori provisoire, de trésorerie peut être fatale aux deux parties, bailleur et locataire, dès que l’un ou l’autre ne dispose pas d’une trésorerie suffisante ou d’un soutien bancaire. Les plus fragiles seront en risque extrême !
Les banques sont attentives à apporter leur concours.

Les banques et le crédit

Je constate que, malgré des difficultés d’organisation compréhensibles, les banques jouent vraiment le jeu. C’est l’observation de la majorité de nos agences du réseau In&Fi Crédits qui parviennent toujours à monter des dossiers de crédits à distance et obtenir des accords.
Par ailleurs, nous ne constatons aucun signe de hausse des taux immobiliers.

L’évolution des prix de l’immobilier

Je suis en veille permanente car très attentif au sujet.
Né dans l’immobilier avec un père promoteur et des grands-parents investisseurs compulsifs, entrepreneur depuis 1972, j’ai traversé sans encombre toutes les crises affectant directement l’immobilier : crise du pétrole en 1973, gouvernement Mitterrand en 1981 et dernièrement la crise de 2008.

Aucune crise passée n’a de point commun avec celle-ci dont le déclencheur est sanitaire et pas économique.

Cependant aujourd’hui je lis de multiples avis, dont certains de notaires et agents immobiliers qui n’hésitent pas à avancer des chiffres de baisse allant jusqu’à 15 % !
Ces suppositions restent ce qu’elles sont, des suppositions sans fondement probant.

Je ne suis pas devin mais j’ai quelques convictions

La nécessité de se loger est un besoin essentiel.
La demande de logements est durablement supérieure à l’offre.
La valeur du logement s’adapte constamment au marché. Je vends plus cher, j’achète plus cher. Je vends moins cher, j’achète moins cher.
Tant qu’il n’y aura pas d’inflation il n’y aura pas de remontée des taux.
Le placement immobilier reste un placement patrimonial sécuritaire bien que moins liquide que la bourse.

La demande de logements dans les grandes métropoles ne faiblira pas. Je ne vois donc aucun tsunami à la baisse sur les prix. Il est même raisonnable d’envisager que la contrainte du travail à domicile donne naissance à des vocations partagées entre entreprises et collaborateurs pour un retour en estime de territoires jusqu’ici délaissés.

En l’état je conserve mon optimisme de toujours et forme sérieusement le vœu que le redémarrage de l’activité soit aussi brutal qu’a été son arrêt.
C’est juste mon avis !

Pourquoi le cataclysme du Covid-19 n’a aucun rapport avec le libéralisme

Par Johan Rivalland

Par Johan Rivalland.

En lisant un article intéressant de Claude Robert, et la référence qu’il y fait à un article du philosophe Jean-Claude Monod, ma détermination n’a fait qu’un bond. Il était temps que je mette fin à ma torpeur, suspende quelques heures mon travail, et reprenne enfin mon clavier, laissé trop longtemps de côté.

La situation actuelle est absolument effrayante, amène à se poser de très nombreuses questions, et sonne l’entrée dans un autre monde. Pour autant, on ne peut continuer à se réfugier dans des analyses fausses et trompeuses. Il faut raison garder et regarder la réalité en face. Sans reprendre des schémas tout faits et surannés.

Quinzième volet de notre série « Ce que le libéralisme n’est pas ».

Les origines de la crise

Car n’oublions pas les origines de cette crise. Quoi qu’on en dise, il ne faut surtout pas oublier que c’est bien parce qu’un État totalitaire, anti-libéral donc par nature, a tenté d’étouffer ceux qui alertaient de la menace à venir, que le virus s’est propagé en toute impunité, sans contrôle.

Ensuite, certainement avions-nous tort de nous croire relativement invincibles, plus forts que la nature, à l’abri de tous les grands dangers qui font partie de notre condition, sous-estimant la fragilité de nos civilisations et de nos libertés. Alors qu’elles ne sont jamais allées de soi et que leur vulnérabilité est permanente. On ne le voit que trop à présent, de manière tristement éclatante. Et rechercher la responsabilité de l’imprévoyance que nous subissons et déplorons dans des conceptions théoriques abstraites et fantaisistes n’avance à rien. Parler de « faillite du néolibéralisme » pour mettre en question l’impréparation de l’État français face à cette crise d’ampleur est complètement décalé et déplacé.

La France, un État libéral ?

Car comment peut-on sans rire imaginer un seul instant qu’un État comme la France, endetté (avant le Covid-19) à près de 100 % du PIB, des dépenses publiques à un niveau d’environ 56 % de ce même PIB, ou encore des prélèvements obligatoires parmi les plus élevés du monde à 45 % du PIB, sans oublier ce fameux système de santé publique « que le monde entier nous envie », soit un État libéral ? Faillite du « néolibéralisme », dites-vous ? Soyons sérieux !

Arrêtons avec ces analyses bassement politiciennes, les fantasmes sur le Grand Méchant Marché et autres « souci des plus vulnérables ». Quel libéral digne de ce nom n’aurait pas le souci des plus vulnérables, contrairement à toutes les bêtises qu’on peut lire à ce sujet ? Car, rappelons-le, le libéralisme se soucie bien justement des individus, de chaque individu, par opposition aux esprits de système, dont certains sont marqués plus que d’autres par le collectivisme et la primauté absolue du groupe sur l’individu. Le libéralisme est le contraire de la sauvagerie. Lorsque je vois l’ignominie qui s’empare de plus en plus des réseaux sociaux en ces temps troublés et les propos indécents auxquels l’époque semble laisser libre-court au-delà de toute raison dans certaines réactions à des événements qui devraient laisser place à la pudeur et à la retenue, cela ne s’appelle pas le libéralisme ou la libre-expression. Cela s’appelle la bêtise humaine. Et elle est largement partagée. Nul besoin d’y accoler des étiquettes.

« La rationalité néolibérale »

Jean-Claude Monod, dans son article, oppose le « socialisme de guerre » qu’impose selon lui  la situation actuelle à « la rationalité néolibérale ». Si la remise en cause momentanée de cette dernière implique, comme il l’écrit, « fermeture des commerces, des restaurants, des lieux de culture, restriction drastique du droit de se rassembler, d’aller et venir librement », alors on se demande en quoi le « néolibéralisme » serait si condamnable. Si ce philosophe voit en le libéralisme (ou « néolibéralisme » si cela lui fait plaisir, puisque cela sonne plus monstrueux) la liberté de se rassembler, de se déplacer, de commercer, de se rendre dans des lieux de culture, alors… vive le libéralisme !

Plus sérieusement, lorsqu’il évoque « l’extension néolibérale de la logique du marché aux services de l’État » (toujours cette obsession du vocabulaire), pour mettre en cause les restrictions faites dans les hôpitaux sous les derniers gouvernements qui se sont succédé, qui auraient cédé aux impératifs de rentabilité (la méchante « rentabilité », que beaucoup seraient en peine de définir, surtout ici), s’agit-il d’une plaisanterie ? De ces gouvernements successifs, aucun n’était composé du moindre ministre un tant soit peu libéral, si je ne m’abuse. Mais bien sûr certains, que cela fera certainement sourire si d’aventure ils traînent par ici, ont une telle idée de ce qu’est être libéral que l’on nage en plein quiproquo. Je les laisse à leurs illusions et à leurs fantasmes malsains.

La méconnaissance totale de ce qu’est le libéralisme conduit même Jean-Claude Monod, sans le moindre sens de la mesure, à qualifier Emmanuel Macron d’« adepte quasi fanatique du néolibéralisme ». Et à verser dans les caricatures les plus ridicules sur les « politiques favorables aux plus favorisés » et autre lubies habituelles sur les « habitants des beaux quartiers » (dont on peut d’ailleurs imaginer qu’il fasse peut-être partie, mais je n’en sais rien). Je vous laisse apprécier… Parfois, les idées les plus farfelues ont la vie dure. Et si on lit la suite, on continue d’avoir ce déversement de récriminations à l’encontre de tout ce naufrage de l’hôpital public, qui serait bien sûr dû… à un libéralisme qui a bon dos.

Mais pour mesurer la portée philosophique de l’article en question, qui ne fait qu’être dans le ton habituel du haut niveau intellectuel qui règne habituellement en France depuis si longtemps, la suite est un charabia auquel chacun n’y verra que ce qu’il veut voir. Du type « … un rejet de la soumission de l’action gouvernementale aux volontés antirégulation et antiécologistes du big business, résolument réorienté vers la défense des moins favorisés, et qui n’hésiterait pas à taxer vigoureusement les grandes fortunes et les revenus du capital pour financer un Green New Deal ? ». À vos souhaits.

Le principe de subsidiarité

À ces visions fausses, stéréotypées, ou délirantes, au choix, je préfère la référence que Claude Robert fait au principe de subsidiarité, auquel j’adhère pleinement.

Oui, la France est plutôt malade de l’étatisme. Et lorsque j’observe ces pays autour de nous qui se sont montrés plus prévoyants, mieux organisés, plus fourmis que cigales (quitte à se faire traiter en permanence de sales égoïstes), et plus aptes à tenter de faire face à ce cataclysme, je ne puis que rester songeur… Cherchez l’erreur. Les grilles de lecture de nos chers grands « intellectuels » français ont tout de même quelque chose d’assez pathétique. C’est pourquoi je préfère (la notion floue « d’intérêt général » en moins), un retour au sens des réalités et au rétablissement des vérités :

Il existe certes beaucoup d’acceptions du terme libéral, mais jamais un libéral  classique ne s’opposera à la lutte contre un risque systémique sous couvert d’interdire à l’État de réaliser ses tâches typiquement régaliennes ! Fidèle au principe de subsidiarité prôné par le libéralisme économique, l’État est censé reprendre les commandes lorsqu’il en va de l’intérêt général et qu’il n’y a plus aucune solution spontanée au niveau des agents économiques eux-mêmes.

Car, comme le dit ici bien clairement Claude Robert, le libéralisme n’implique pas que l’on soit complètement buté et forcément rétif à toute intervention de l’État dans des situations exceptionnelles (reste cependant ensuite à déterminer de quelle manière…). Le problème est bien plutôt qu’à avoir usé et abusé des recours tentaculaires aux mamelles de l’État et servi les très nombreux profiteurs du capitalisme de connivence, l’État dispose de marges de manœuvre bien érosives. On revient une nouvelle fois à la fable de la cigale et la fourmi.

La faillite de l’État-providence

En conclusion, plutôt que de s’en prendre à l’habituel épouvantail libéral, certains feraient bien de s’interroger plutôt sur la faillite de l’État-providence. À quoi assistons-nous ? Au manque de prévoyance et d’anticipation aux plus hauts niveaux de l’État, à la désorganisation, à l’impréparation, au manque de réactivité, aux obstacles bureaucratiques, aux lourdeurs administratives, aux mauvais choix passés. Et je ne jette la pierre à personne. C’est bien un système qui est en cause. Je ne prétends pas qu’untel ou untel serait coupable. C’est davantage d’impéritie dont il est question. Et la faute est certainement collective. De là à incriminer un peu facilement le libéralisme, il ne faut pas pousser.

Gageons, hélas, que la parade sera malheureusement cherchée toujours plus avant du côté de l’État. On le perçoit d’ores et déjà assez clairement, et pas qu’en France. Mais s’agira-t-il toujours de la servitude volontaire et de l’État-nounou cher à tous ceux qui en attendent tant, ou plutôt d’États autoritaires qui nous feront bien regretter ce temps où on pouvait encore aspirer à la liberté ?

À lire aussi :

Ces technologies qui nous aident à mieux vivre le confinement

Par Justine Colinet
technologies

Par Justine Colinet.

Maintenant que le monde se trouve au milieu d’une véritable pandémie, les écrans se révèlent être une bénédiction pour l’humanité. Si les mesures de confinement et de distanciation sociale généralisées, presque partout dans le monde, peuvent être difficiles à vivre, elles mettent néanmoins en évidence les progrès de la technologie numérique et leurs apports dans ces conditions de crise.

Mieux vivre la distanciation sociale

Imaginez-vous être confiné en 1350, au moment où la peste noire faisait rage… Comment auriez-vous vécu la distanciation sociale ? L’isolement ? Comment auriez-vous continué à vous approvisionner et à vous alimenter ? Comment continuer à gagner sa croûte ?

Sans la technologie actuelle, la distanciation sociale aurait été synonyme d’isolement total. Qu’il s’agisse du travail, de l’éducation, des courses ou des activités de loisirs et de socialisation, la technologie rend cette distanciation sociale possible avec un minimum de sacrifices, par rapport à ce que les générations précédentes auraient dû endurer pour atteindre le même degré de séparation physique.

Évidemment, il faut garder à l’esprit le fait que regarder des écrans pendant des périodes prolongées peut avoir des inconvénients et que la modération, comme dans bien des domaines, est importante. Mais l’utilisation de la technologie, pour aider les gens à rester connectés et à maintenir le meilleur fonctionnement possible de la société pendant cette pandémie, bouleverse les avis selon lesquels la technologie numérique serait une menace pour les interactions humaines et le bonheur en général.

Distanciation sociale ou distanciation physique ?

Il est devenu de plus en plus clair que la distanciation sociale devrait être plus justement appelée distanciation physique : ceux qui la pratiquent peuvent toujours entretenir des liens sociaux.

Les apéros, dîners et autres rassemblements virtuels, entre amis, collègues ou en famille, se multiplient aux quatre coins de la Terre, permettant aux individus où qu’ils soient de ne pas se sentir isolés, coupés du monde.

Divertissement, shopping, travail… Ces solutions apportées par le numérique

Alors que les bars et boites de nuit ferment leurs portes pour éviter la transmission potentielle du virus, les apéros virtuels et les happy hours prennent leur envol.
Les happy hours, ces rendez-vous incontournables de la vie de nombreux jeunes professionnels, se sont transformés en événements sociaux numériques. Ainsi, les participants se lancent dans des conversations vidéo et lèvent chacun leur verre depuis leur lieu de vie respectif.

Les rassemblements en ligne, rendus possibles par des plateformes numériques comme Zoom, Google Hangouts, Facebook Live, FaceTime, Instagram, Whatsapp et d’autres, aident les personnes socialement distantes du monde entier à s’engager les unes envers les autres et à maintenir les liens sociaux ou se rencontrer malgré les difficultés.

Des activités qui impliquent en temps normal des rassemblements de personnes, des clubs de lecture, des cours de fitness en passant par des services religieux et des  méditations de groupe, sont mises en ligne afin de permettre au plus grand nombre de poursuivre leurs activités habituelles.

La culture n’est pas en reste : de nombreux musées du monde, dont le British Museum à Londres, le musée Guggenheim à New York et le Louvre à Paris, proposent des visites guidées virtuelles en ligne.

En ce qui concerne la musique, de nombreux artistes ont décidé d’organiser des concerts en ligne. Les lives Instagram se multiplient, les fans peuvent suivre en direct et interagir avec leurs stars préférées, réagir aux vidéos, en leur posant des questions.
Dans le même ordre d’idées, des services de diffusion en continu de pièces de théâtre, de ballets et de spectacles sont mis en place virtuellement.

Vous êtes plutôt un amateur de cinéma ? Les services de streaming de films peuvent faire entrer la magie du septième art chez vous. Grâce à la technologie, il est plus facile que jamais d’organiser une « soirée de visionnage » à distance de manière synchronisée, afin que les spectateurs de différents endroits puissent voir la même partie d’un film en même temps. Idéal pour ceux qui aiment discuter des films pendant qu’ils les regardent !

Qu’en est-il des courses ? Faire ses courses depuis son domicile est plus facile que jamais. En un clic, il est possible de se rendre sur le site de son supermarché habituel, de remplir un caddy, d’effectuer le paiement en ligne et d’opter pour la livraison ou pour le retrait du colis en drive-in.

Outre les supermarchés, certaines entreprises, telles que HelloFresh pour la France métropolitaine, proposent un service de livraison à domicile de box d’ingrédients et de recettes variées pour les cuisiniers en herbe.

Mêmes si les magasins non-alimentaires ne sont plus physiquement accessibles pendant ce confinement, la plupart des enseignes proposent également un système de commande en ligne afin de continuer à satisfaire les accros au shopping.

L’éducation, elle aussi, bénéficie des bienfaits de la technologie. Les plateformes d’apprentissage en ligne et autres cours virtuels permettent aux étudiants d’apprendre sans quitter leur domicile. De nombreux professeurs se rendent disponibles par mail et par vidéo conférence afin de répondre au mieux aux attentes et questions de leurs élèves.

Enfin, la continuité dans le secteur du travail est assurée grâce aux progrès technologiques que nous connaissons. De plus en plus d’organisations s’ouvrent au travail à distance dans le contexte de la pandémie. Le télétravail permet aux employés de rester productifs tout en ralentissant la propagation du virus. Même les stages peuvent être effectués à distance.

Poursuivre le développement technologique

Il est maintenant évident que la pandémie a poussé l’humanité à utiliser la technologie de manière innovante, et que le numérique a rendu beaucoup plus supportables les mesures de distanciation sociale sévères que nous devons respecter.

Malheureusement, ces technologies qui nous aident à affronter le confinement dans la vie quotidienne ne sont pas accessibles partout ni pour tous. Pensons à ces personnes qui subissent réellement ce confinement comme un isolement total, quelles qu’en soient les raisons.

Nous tirerons bien des enseignements de cette crise du Covid-19, l’un d’eux est incontestablement l’importance et l’intérêt du développement technologique dans le monde entier, et pour tous.

Il va falloir nationaliser notre santé, n’est-ce pas !

Par h16

par h16

Dans un billet du 16 mars dernier, je notais qu’il aurait été vraiment dommage de gâcher une bonne crise épidémique comme celle qui secoue le monde actuellement, en notant toutes les extraordinaires ouvertures collectivistes que le gouvernement ne manquerait pas d’exploiter avec elle.

C’est donc de façon prévisible qu’on a pu constater une subite évaporation de libertés individuelles dans le pays, évaporation largement arrosée d’un alcool de prunes particulièrement sec puisque plus de 200 000 procès verbaux ont été distribués en dix jours de temps : alors que d’autres pays ont largement compris l’ultime importance de s’assurer que la population, soignants en premier, sera correctement protégée des miasmes grippaux, la France s’est attelée, elle, à produire des décrets par douzaines, des cerfas et autres attestations auto-signées et, bien évidemment, des taxes, ponctions et autres amendes assorties.

Dans ce qui constitue une alternative étonnante à n’importe quelle solution opérationnelle pragmatique, nous n’aurons certes pas la population la plus protégée mais au moins sera-t-elle la plus prunée du continent, histoire de la punir d’avoir voté pour des andouilles de ce calibre.

Mieux encore : en mobilisant les forces de l’ordre non pas pour pacifier certains quartiers émotifs maintenant complètement hors de contrôle (et y compris sanitairement) mais pour vérifier que le Français lambda a bien son petit papier auto-signé, on garantit que les forces de l’ordre, absolument pas protégées, compteront de nombreuses victimes et serviront ainsi de vecteur efficace pour cette maladie particulièrement infectieuse. Ce serait dommage que tout le monde n’en profite pas, n’est-ce pas.

Cette première phase étant maintenant en place, la seconde phase peut être lancée : elle consistera à faire un bilan de tout ce qui ne marche pas top, et à en proposer une solution passant par l’État, ce dernier étant bien évidemment la solution adaptée à tous les problèmes, le gibolin de tous les mécanismes, la panacée de toutes les maladies sociales et politiques.

C’est dans ce cadre qu’on peut lire la tribune d’une frétillante phalange d’élus et de politiciens de gauche récemment parue dans Libération, l’épave journalistique que ce confinement ne suffira malheureusement pas à mettre en faillite.

Dans cet épuisant exercice éditorial, notre troupe de clowns gauchistes propose enfin de la bonne grosse mesure musclée : nationaliser enfin un gros bout du système de santé français pour en finir une bonne fois pour toutes avec quelques uns de ses problèmes les plus prégnants.

Pour eux, aucun doute : la multiplication des pénuries (de médicaments, de services, d’établissements, de professionnels), le prix élevé des médicaments, l’absence presque complète de production de ces médicaments et de ces matériels médicaux sur le sol national, tout ça provient à la fois d’une mondialisation effrénée, d’un capitalisme débridé et d’un turbo-libéralisme insupportable.

Dans ce cadre, la solution est à la fois évidente, simple et efficace : il suffit de créer un laboratoire public de production pharmaceutique, grâce à la nationalisation d’un laboratoire déjà existant ! Hop, problème résolu, forcément !

Et c’est vrai que les arguments en béton précontraint proposés dans la tribune laissent songeur : grâce à ce nouvel appendice public de production de pilules, fini les pénuries, fini les prix trop élevés, fini les délocalisation.

Pourquoi s’en priver ? Le secteur de la santé est, en France, si massivement libéralisé, si massivement dépourvu de toute intervention étatique qu’on ne peut qu’observer les dégâts causés par cette totale liberté sans bornes, ni contraintes, ni règlements, ni foi ni loi.

Jugez plutôt : n’importe qui ou quasiment peut ouvrir un établissement de soins privé qui sera géré comme bon lui semblera ! Aucune règle, aucun code, aucune loi, vous dis-je ! De la même façon, il n’y a aucune limite sur le nombre de diplômés du secteur de la santé en France qui sont produits tous les ans par les milliers de formations, toutes plus privées les unes que les autres dans le pays, ce qui fait qu’on croise des personnels soignants à chaque coin de rue.

A contrario des cliniques immenses baignant dans les capitaux privés lâchés sans le moindre contrôle sur tout le territoire français, les rares hôpitaux sont tous à la fois rikikis en taille, en capacité et en personnel, à tel point que les deux médecins et les trois brancardiers qui y travaillent (en moyenne) doivent aussi faire la literie, le ménage, le repassage et la cuisine eux-mêmes, c’est connu.

Il n’est qu’à voir les dotations publiques dans le secteur de la santé pour comprendre que tout ou presque, en France, a été voué aux gémonies du Grand Capital et du Tout Privé :

Pas étonnant, devant cette courbe dangereusement décroissante qui frôle tous les jours un peu plus l’axe des abscisses que les personnels, exténués, réclament des moyens qu’on leur refuse. Pas étonnant que la tribune de cette belle brochette de clowns de gauche entende remettre une bonne grosse louche d’État dans ce secteur totalement déserté, hein !

Du reste, l’idée de nationaliser des pans entiers du secteur de la santé en est une lumineuse : pourquoi douter que l’État va effectivement parvenir à un résultat absolument magique compte tenu de son historique déjà particulièrement rutilant ?

N’est-ce pas grâce à l’État que, justement, nos soignants bénéficient actuellement de la meilleure protection contre les épidémies ? N’est-ce pas grâce à la superbe nationalisation et à la parfaite centralisation étatique des stocks de gel hydroalcoolique, de masques, de matériel médical de réanimation qu’on est en mesure d’affronter la pandémie sans même hausser des épaules, qu’on est déjà sûr et certain que tout glissera comme les critiques sur le gouvernement Philippe ?

Et puis surtout, comment ne pas voir que le secteur privé est aussi gourd que pataud, empoté et à côté de ses pompes lorsqu’il s’agit de relever le moindre défi ? Comment croire une seule seconde que le Grand Capital saurait trouver les ressources pour produire des millions de masque de protection, ou le gel indispensable pour une propreté immaculée ?

Non, décidément, il faut se ranger aux arguments absolument convaincants de ces élus et de cette effervescente poignée de gauchistes : la nationalisation de pans entiers de la santé en France est absolument indispensable car forcément, cela va bien se passer et les résultats seront magnifiques.

Et les lendemains chanteront.


—-
Sur le web

Macron : communication de crise

Par René Le Honzec

Le regard de René Le Honzec.

 

Ces articles pourraient vous intéresser:

Aucun article similaire.

Supprimer les dividendes : Bruno Le Maire et la CGT, même combat

Par Michel Albouy
dividendes

Par Michel Albouy.

Par la voix de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, on a appris que le gouvernement allait demander aux entreprises dont il est actionnaire de ne pas verser de dividendes en 2020 sur les résultats de 2019.

Pour la ministre « c’est une question de solidarité » et donc cela ne se discute pas.

De son côté, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, faute de pouvoir interdire aux entreprises privées de verser des dividendes à leurs actionnaires, entend renvoyer les dirigeants des grandes entreprises à leurs responsabilités.

Il a déclaré vendredi 27 mars 2020 : « J’appelle les entreprises, et notamment les grandes entreprises à avoir le sens des responsabilités et faire preuve de justice »

Comme Bruno Le Maire, tout ministre de l’Économie qu’il est, ne peut interdire à des entreprises privées de verser des dividendes si leurs assemblées générales le votent, il agite son petit pouvoir si jamais ces entreprises manquaient de solidarité : « Cette distribution sera considérée par le gouvernement comme la preuve que ces groupes sont en bonne santé et ont donc une trésorerie suffisante pour honorer leurs obligations financières. »

Donc pas question pour elles de solliciter les aides publiques d’urgence, Bercy se réservant la possibilité de retoquer toute demande de report d’impôts, de cotisations sociales et, si elles ont été accordées, de les rembourser avec des intérêts ; idem pour sur les demandes de garanties d’État auprès des banques en cas de nouvelles lignes de crédit, elles seront refusées.

Et notre ministre qui se croit endosser les habits de Che Guevara : « C’est moi qui signe les demandes et je les refuserai ». Nous sommes prévenus. Monsieur Le Maire sera intraitable dans cette guerre contre le coronavirus et contre les entreprises qui voudraient verser des dividendes à leurs actionnaires.

Avec un tel courage, notre ministre de l’Économie se fait des alliés à peu de frais. C’est ainsi que la CGT, par la voix de son secrétaire Philippe Martinez, et la CFDT avec son numéro un Laurent Berger, approuvent cette initiative qu’ils appelaient de leurs vœux depuis le début de la semaine de l’annonce. Et puis surtout, après ses propositions de nationalisations pour sauver nos entreprises de la crise sanitaire, monsieur Le Maire conforte sa position de ministre social de l’Économie.

On n’ose même pas dire socialiste car même le programme commun de la gauche en 1981 ne prévoyait de telles mesures !

De leur côté, les banques françaises ont déclaré vouloir maintenir leurs dividendes (Le Figaro, 28 mars 2020). C’est ainsi que BNP Paribas a annoncé qu’elle ne comptait pas changer sa politique et soumettra au vote des actionnaires lors de son assemblée générale du 19 mai 2020 le paiement d’un dividende de 3,10 euros par action, au titre des résultats de 2019. Même position chez la Société Générale et le Crédit Agricole qui a déjà provisionné son dividende.

Comme l’expliquent les dirigeants des banques, soigner les actionnaires est important après la chute de 30 à 40 % des cours depuis le déclenchement de la crise.

Ceci étant, – et cela n’a rien de dogmatique –  il ne faudrait pas que cette distribution ampute la solvabilité des banques concernées et leur capacité à prêter aux ménages et aux entreprises.

La position du ministre Bruno Le Maire à l’égard des dividendes est révélatrice de la vision étatique de l’économie et du fonctionnement mal compris d’une économie libérale. Tout se passe comme si le versement des dividendes était une cerise sur le gâteau des riches actionnaires et que naturellement en cas de crise sanitaire il fallait qu’ils s’en passent.

Dans ces conditions, pourquoi ne pas exiger que les propriétaires bailleurs renoncent à leurs loyers ? Le loyer est pourtant bien la rémunération des propriétaires bailleurs comme le dividende l’est pour les actionnaires ? Pourquoi faire une différence ?

Considérer l’investissement dans les entreprises – que soi-disant le gouvernement veut encourager – différemment de l’investissement dans l’immobilier revient à instituer des statuts différents entre investisseurs. Les bons étant ceux qui investissent dans la pierre et les mauvais ceux qui achètent des actions et qui au passage spéculent. Ce n’est pas avec de telles déclarations que l’on va réconcilier les Français avec leurs grandes entreprises.

Par ailleurs, selon la déclaration du ministre de l’Économie, seules les entreprises où l’État est actionnaire seront priées de ne pas verser de dividendes. Or, dans la plupart des cas, l’État est loin d’être l’actionnaire majoritaire et on ne voit pas très bien pourquoi la souveraineté de l’assemblée générale des actionnaires ne serait pas respectée.

Maintenant, si les actionnaires privés souhaitent renoncer à leurs dividendes compte tenu de la situation financière de leur entreprise, cela ne concerne qu’eux et leurs dirigeants. On ne voit pas très bien pourquoi l’État doit y mettre son nez.

En définitive, cette crise sanitaire, que personne ne minimise dans ses conséquences sociales, économiques et sanitaires, est un puissant révélateur de la vision cachée de nos dirigeants en matière d’économie. Même s’ils ont un passé politique de droite à l’UMP, comme Bruno Le Maire, ils n’ont rien de libéral.

Pour eux, l’État reste le seul garant du bon fonctionnement de l’économie, pas les entreprises ni les investisseurs privés. Oui, il faut que tout change pour que rien ne change, comme disait Giuseppe Tomasi di Lampedusa dans Le Guépard.

Ce qu’enseigne l’histoire des maladies infectieuses

Par Francis Richard
maladies

Par Francis Richard.

L’histoire des maladies infectieuses montre comment peu à peu les Hommes ont trouvé des remèdes pour les traiter en refusant la pensée magico-religieuse qui est un leurre et n’a évidemment aucun effet sur elles.

La quarantaine

Au moment de la peste noire (1347-1351), les remèdes inspirés de croyances affaiblissent les organismes plutôt qu’autre chose, d’autant que l’origine de cette peste principalement bubonique reste inconnue.

La mortalité est très élevée. Seuls 50 à 70% des populations de l’époque survivent. Plus tard, en 1377, à Raguse, à titre préventif, les premières quarantaines seront appliquées à ceux qui viennent de zones infestées.

Le médecin des papes, Guy de Chauliac, contracte la maladie en soignant des malades. Comme il pratique la chirurgie, auparavant l’apanage des barbiers, il en réchappe en incisant lui-même ses bubons…

Ce n’est que plus de cinq siècles plus tard, en 1894, que le bacille de la maladie, qui est transmise à l’Homme par des puces de rongeurs, notamment les rats, est enfin découvert par le pasteurien Alexandre Yersin.

La peste, sous ses formes bubonique et pulmonaire, est aujourd’hui traitée par des antibiotiques, tels que la streptomycine, les tétracyclines et les fluoroquinolones, qui ne sont efficaces que si elles sont administrées à temps.

Les antibiotiques

En 1928, Alexander Fleming constate, à la suite de la contamination fortuite d’une culture, que la levure connue sous le nom de penicillium notatum empêche la croissance de certains microbes virulents.

À partir de cette découverte, il faut attendre 1940 pour que Howard Florey et Ernst Boris Chain réussissent à isoler la substance responsable, la pénicilline, mais en toute petite quantité, pas plus de 100 mg.

C’est aux États-Unis que la production industrielle de pénicilline se développe dès 1942 à partir d’une autre levure, le penicillium chrysogenum, qui en produit deux cent fois plus que celle découverte par Fleming.

Selman Waksman isole l’actinomycine en 1940 et la streptomycine en 1943, qui est le premier antibiotique efficace contre le bacille responsable de la tuberculose, découvert par Robert Koch en 1882.

La tuberculose, transmise par voie aérienne, est l’une des premières causes de mortalité dans le monde. Les tuberculoses multirésistantes sont traitées par une association de plusieurs antibiotiques.

Depuis 1945, nombre d’antibiotiques ont été découverts, produits industriellement et commercialisés, permettant ainsi de lutter contre de telles maladies infectieuses multirésistantes aux antibiotiques usuels.

Les vaccins

La variole est considérée comme éradiquée depuis 1980, grâce à la vaccination (le mot vient de vaccine). Celle-ci a pu être mise en oeuvre grâce à un médecin anglais, Edward Jenner, à la fin du XVIIIe siècle.

Jenner a constaté que les vachers ayant subi les atteintes de la vaccine, la variole des bovidés, maladie bénigne pour les humains, sont immunisés contre la variole des Hommes, maladie grave pour eux.

Il préconise une vaccination généralisée par transmission du matériel infectieux de la vaccine à l’Homme, alors que jusque-là elle était faite par variolisation, c’est-à-dire par contamination par une variole peu virulente.

La variole, apparue en Asie il y a 3000 ans, fut transmise en Europe, puis propagée par les colonisations. Jusque dans les années 1950, près de 50 millions de cas étaient enregistrés chaque année dans le monde.

La vaccination permet donc d’enrayer une maladie. Un autre exemple, celui de la poliomyélite, le prouve. Avant l’ère vaccinale, dans les années 1950, cette maladie touchait 600 000 enfants par an dans le monde.

Le lavage des mains

Au milieu du XIXe siècle, un médecin hongrois, Ignác Fülöp Semmelweis, travaille dans une clinique obstétricale de Vienne. Il constate que la fièvre puerpérale est plus fréquente dans une salle que dans une autre. 

Dans l’une, les accouchées sont examinées par les médecins et les étudiants et, dans l’autre, elles sont surveillées par une sage-femme. Il observe que les étudiants se rendent directement de la salle d’autopsie à la clinique.

Semmelweis acquiert la conviction que les étudiants communiquent ainsi du matériel pathogène. En les obligeant à se laver les mains dans une solution chlorée, il fait considérablement baisser la proportion de cas mortels.

Les idées de Semmelweis déplaisent à ses collègues qui obtiennent son congédiement. De retour à Budapest, il n’a guère plus de succès auprès du corps médical. Et il termine ses jours dans un asile d’aliénés…

Conclusion

Ces exemples montrent que les succès de la science médicale sont relativement récents et que rien n’est jamais définitif. Jean Starobinski en 1963 disait : « Si la maladie est aussi vieille que la vie, la médecine est une science jeune. » Ses propos restent d’actualité.

L’Histoire nous apprend qu’en matière de maladies infectieuses, le génie humain, personnifié souvent par des figures hors normes, se caractérise par :

  • une observation intelligente des faits,
  • une adaptation aux circonstances,
  • une mise en œuvre rapide des solutions quand elles émergent.

Bref, le principe de précaution, basé sur des risques hypothétiques non confirmés n’est pas de mise en la matière, non seulement quand il y a urgence, mais de manière générale, car il paralyse toute initiative qui pourrait être bénéfique.

Sur le web

L’état d’urgence sanitaire, qu’est-ce que c’est ?

Par Laurent Sailly
état d'urgence

Par Laurent Sailly.

Depuis la semaine dernière, le parlement a adopté deux projets de loi (ordinaire et organique) pour faire face à l’épidémie de Covid-19. Mais de quoi s’agit-il ?

État d’urgence : présentation du projet de loi organique d’urgence

Le Premier ministre a présenté un projet de loi organique d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19.

L’ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel prévoit que la procédure de question prioritaire de constitutionnalité est encadrée par des délais tant devant les juridictions des ordres administratifs et judiciaires que devant le Conseil constitutionnel.

L’absence d’examen, dans un délai de trois mois, des questions prioritaires soulevées dans le cadre d’un litige devant le Conseil d’État et la Cour de cassation entraîne le dessaisissement de ces juridictions, le Conseil constitutionnel en étant saisi d’office.

L’épidémie de Covid-19 fait obstacle à ce que ces juridictions se réunissent en formation collégiale et, par conséquent, à ce que les délais de jugement impartis puissent être respectés.

Aussi, le projet de loi organique prévoit que le délai de trois mois de transmission des questions prioritaires de constitutionnalité par le Conseil d’État et la Cour de cassation ainsi que le délai de trois mois dans lequel le Conseil constitutionnel statue sur une question transmise soient suspendus jusqu’au 30 juin 2020.

Que comprend le projet de loi ?

Le projet de loi comprend trois titres :

1. Le titre Ier est consacré au report du second tour des élections municipales.
 
D’une part, les conseillers municipaux élus le 15 mars au premier tour le demeurent. D’autre part, dans environ 5000 communes, le second tour est reporté. Le projet de loi précise les règles applicables aux communes et intercommunalités concernées pendant la période intermédiaire entre les deux tours.

Le second tour se tiendra au plus tard fin juin. Un rapport sur l’épidémie sera remis avant le 10 mai faisant le point sur la situation et sur la possibilité de respecter cette échéance.

Le même report est décidé pour l’élection des conseillers à l’Assemblée des Français de l’étranger.

2. Le titre II porte sur l’état d’urgence sanitaire.
 
Notre droit connaît actuellement deux fondements pour prendre des mesures sanitaires : le pouvoir de police générale du Premier ministre et l’article L. 3131-1 du Code de la santé publique qui permet au ministre de la Santé de prendre, en cas de « menace » d’épidémie, « toute mesure pour protéger la santé de la population ».

Pour les catastrophes sanitaires très graves, comme celle du Covid 19, il est créé un régime d’état d’urgence sanitaire qui permet de fonder toute mesure réglementaire ou individuelle limitant certaines libertés afin de lutter contre l’épidémie.

3. Le titre III porte sur les mesures d’urgence économique et d’adaptation à la lutte contre l’épidémie de Covid 19.
 
Ce titre comporte 43 habilitations à prendre des mesures par ordonnance. Ces mesures correspondent aux annonces du Président de la République et du Premier ministre.

En premier lieu, sont concernées des mesures économiques et sociales : soutien à la trésorerie des entreprises, aide directe ou indirecte aux entreprises, limitation des ruptures des contrats de travail, utilisation des congés payés, simplification du droit des procédures collectives, sursis aux factures d’eau et d’électricité pour les très petites entreprises, etc.

En second lieu, figurent dans ce titre diverses mesures de nature administrative ou juridictionnelle pour adapter les délais légaux, les règles de procédure pénale à peine de nullité, les convocations des assemblées générales des sociétés ou des syndics de copropriété…

En troisième lieu, la loi comporte des habilitations pour faciliter la garde des enfants dans le contexte de fermeture des structures d’accueil du jeune enfant. Une attention particulière est portée aux personnes les plus fragiles avec par exemple la prolongation de la trêve hivernale pour surseoir aux expulsions locatives.

De même, la loi comporte des mesures pour les personnes en situation de handicap permettant d’adapter les conditions d’organisation de l’offre médico-sociale et d’éviter les ruptures de droit.

Enfin, sont insérées des dispositions pour assurer la continuité du fonctionnement des organes des collectivités territoriales.

Ce titre proroge de manière générale de quatre mois tous les délais pour prendre des ordonnances prévues dans des lois déjà votées.

Adoption par le Sénat et l’Assemblée nationale

Le Sénat, puis l’Assemblée nationale ont définitivement adopté, dimanche 22 mars, des mesures instaurant un « état d’urgence sanitaire » pour deux mois.

Là où cet état d’urgence sanitaire est déclaré, le Premier ministre peut, par décret, restreindre ou interdire la circulation des personnes et des véhicules.

– interdire aux personnes de sortir de leur domicile, sous réserve des déplacements strictement indispensables aux besoins familiaux ou de santé

– ordonner des mesures ayant pour objet la mise en quarantaine des personnes susceptibles d’être affectées

– ordonner des mesures de placement et de maintien en isolement des personnes affectées

– ordonner la fermeture provisoire d’une ou plusieurs catégories d’établissements recevant du public ainsi que des lieux de réunion, à l’exception des établissements fournissant des biens ou des services de première nécessité

– limiter ou interdire les rassemblements sur la voie publique ainsi que les réunions de toute nature

– ordonner la réquisition de tous biens et services nécessaires à la lutte contre la catastrophe sanitaire

– prendre des mesures temporaires de contrôle des prix de certains produits rendues nécessaires pour prévenir ou corriger les tensions constatées sur le marché de certains produits

– prendre toute mesure permettant la mise à disposition des patients de médicaments appropriés pour l’éradication de la catastrophe sanitaire

– prendre par décret toute autre mesure réglementaire limitant la liberté d’entreprendre

Toute violation des interdictions ou obligations est punie d’une amende de 135 euros. En cas de récidive dans un délai de quinze jours, la contravention peut aller de 1500 à 3000 euros.

Si les violations se répètent à plus de trois reprises dans un délai de trente jours, les faits sont punis de six mois d’emprisonnement et de 3750 euros d’amende ainsi que d’une peine complémentaire de travail d’intérêt général.

Les agents de police municipale, agents de surveillance et gardes-champêtres peuvent également procéder à la constatation de ces infractions.

Les dispositions électorales et l’état d’urgence sanitaire

Pour les communes qui n’ont pas été pourvues d’un conseil municipal au premier tour des élections municipales, dimanche 15 mars, le second tour est reporté, au plus tard, en juin 2020.

Si le second tour, en raison de la situation sanitaire, ne peut être organisé au mois de juin 2020, le mandat des conseillers municipaux et communautaires, des conseillers d’arrondissement, des conseillers de Paris et des conseillers métropolitains concernés est prolongé pour une durée fixée par la loi.

Les électeurs seront alors convoqués pour les deux tours de scrutin – les résultats du premier tour qui s’est tenu le 15 mars seront annulés.

Coronavirus : quelles répercussions économiques ?

Par Marius Amiel
répercussions économiques

Par Marius Amiel.

La récession est déjà là.

Seules comptent désormais son ampleur et sa durée, qui détermineront le nombre de faillites, de licenciements et la nécessité ou non d’un soutien massif à l’économie. De nombreux secteurs sont déjà lourdement touchés : tourisme, distribution non alimentaire, hôtellerie-restauration, industrie, construction. Le nombre de défaillances sera fonction de la durée de mise à l’arrêt forcée de l’économie, et de la capacité de chaque entreprise à y faire face individuellement.

Mais la récession aurait eu lieu de toute manière. Le cycle d’expansion ouvert à l’issue de la crise des « subprimes » touchait à sa fin. La mise en quarantaine nécessitée par la propagation du coronavirus est l’élément déclencheur d’une récession inéluctable, marquant la fin d’un cycle et jetant les bases d’un nouveau.

La contraction actuelle de l’activité sera-t-elle suivie, comme en 2010, d’un rebond mécanique, ou l’ampleur et la durée de l’arrêt vont-elles provoquer une longue récession suivie d’une stagnation durable ? Si les entreprises et les particuliers parviennent à réaliser plus tard les investissements et les achats qu’ils diffèrent actuellement, ce rebond aura lieu, à l’issue duquel une nouvelle phase de croissance s’ouvrira.

Si un trop grand nombre d’agents économiques voit sa situation financière durablement fragilisée, des réactions en cascade sont à attendre et la décennie qui s’ouvre sera sombre et imprévisible.

Tout dépendra en réalité du maintien des capacités de production. Une récession de courte durée suivie d’un rebond mécanique est spectaculaire mais ne possède qu’une faible incidence sur le long terme.

En revanche, un grand nombre de faillites et une fragilisation consécutive du système financier détruiraient une partie des capacités de production et d’investissement de l’économie. La croissance potentielle serait amputée et les effets à dix ans seraient dévastateurs, même perçus de manière différée. L’impact réel de la pandémie devra donc s’apprécier sur le long terme.

Quels outils de politique économique sont mobilisés pour faire face à la crise ? La politique monétaire d’abord, qui semble plus que jamais avoir atteint ses limites, l’opium des taux négatifs et des injections massives de liquidités nécessitant des doses toujours plus importantes pour une réaction toujours plus faible des agents économiques.

Les outils de soutien à la trésorerie des entreprises (chômage partiel, ajournement des règlements fiscaux et sociaux) permettent à nombre d’entre elles de survivre provisoirement, mais ces mesures ne peuvent par définition pas s’inscrire dans la durée. De ce point de vue, une course contre la montre se joue entre la trésorerie des agents économiques et la maîtrise de la propagation du virus.

Au niveau macroéconomique, les pays développés s’orientent vers une relance budgétaire. Mais la dette publique française va dépasser le seuil des 100% du PIB, et les agents économiques pressentent qu’il ne s’agit que d’un impôt différé visant à s’accaparer aujourd’hui une partie de la croissance de demain.

Cela devrait décourager l’investissement privé, et susciter un effet d’éviction par les vases communicants entre hausse de la dépense publique et baisse de la dépense privée.

Comme à chaque crise, la France va se vanter de la puissance de ses stabilisateurs automatiques avant de s’étonner quelques années plus tard de compter deux fois plus de chômeurs que ses voisins et toujours autant de travailleurs pauvres.

Conséquence de l’entrée dans un nouveau cycle, le processus schumpéterien de « destruction créatrice » va jouer pleinement. La nature et la quantité des entreprises « zombies », maintenues artificiellement en vie par les taux bas, vont être révélées.

Les activités les moins productives vont cesser, de nouvelles vont se développer, et l’irrigation des capitaux vers des entreprises plus rentables entraînera un nouveau cycle de croissance et de créations d’emploi.

Avec un investissement médiocre en recherche-développement, un tissu de PME-ETI dont le poids économique est relativement faible, et la prédominance d’entreprises parapubliques bénéficiant de la garantie implicite de l’État, la France y est mal préparée.

Par conséquent, elle devrait, comme au cours des années 2010, profiter plus tardivement et plus faiblement du cycle de croissance. A ce titre, on ne peut que s’inquiéter des déclarations de Bruno Le Maire sur l’éventualité de nationaliser Air France, c’est-à-dire d’employer des ressources publiques rares et précieuses au refinancement d’une entreprise que ladite garantie a en partie soustraite à la pression concurrentielle.

Au niveau de l’organisation des entreprises, la mise en place à marche forcée du télétravail aura un impact extrêmement positif. Les formes les plus désuètes de management seront fragilisées par le regain d’autonomie permis par le travail à distance.

Par ailleurs, l’engagement sans faille et la prise de risque sanitaire des personnels hospitaliers, des forces de l’ordre, mais aussi des caissières et des livreurs, entre autres, agit comme révélateur de l’utilité des métiers.

Dans les entreprises classiques, il y a fort à parier que le télétravail révèlera la compétence réelle des individus et atténuera les comportements les moins productifs (surveillance, intrigues politiques, réunionite).

Cette soudaine mise à nu laisse espérer à terme une plus grande valorisation des compétences réelles et une moindre emprise des profils « politiques », ce qui ne peut que bénéficier à la productivité des entreprises et de l’économie.

Ce raisonnement s’applique également au secteur public. Les dépenses publiques, les effectifs des administrations n’ont cessé d’augmenter ces dernières décennies. Et pourtant, enseignants, infirmières, policiers, militaires, magistrats, ne cessent à juste titre de dénoncer l’attrition des moyens qui leur sont alloués.

Dans un pays fiscalisé et endetté à l’excès, il ne peut être question d’augmenter uniformément les dépenses publiques. La crise actuelle devrait donc favoriser une réallocation des deniers publics au profit du cœur de métier et des agents de terrain, et forcer à une rationalisation bienvenue des autres fonctions et de l’organisation administrative.

Enfin, au niveau international, le blocage actuel des flux commerciaux devrait accélérer un mouvement, déjà à l’œuvre ces dernières années, de relocalisation des chaines de valeur et de fragmentation régionale de l’économie globale.

La convergence salariale et les tensions protectionnistes avaient déjà fortement diminué l’incitation à éclater aux quatre coins du monde les chaînes de production. La fragilité du commerce mondial révélée par l’épidémie conduira les entreprises multinationales à renforcer ce mouvement.

Les répercussions économiques de la pandémie sont impossibles à évaluer immédiatement et dépendront largement de la durée du confinement. L’utilisation d’outils budgétaire et monétaire usés jusqu’à la corde, la préférence politique pour une vision statique de l’économie, nous préparent mal à la sortie de crise.

Celle-ci reposera donc sur une nouvelle valorisation des compétences et sur une meilleure allocation des ressources et des capitaux, dont les prémices se dessinent déjà sous le caractère soudain et exceptionnel de la situation présente.

❌