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Hier — 16 novembre 2019Contrepoints

Urgence climatique en France

Par René Le Honzec

Le regard de René le Honzec.

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Investissement ou rigueur budgétaire : le faux dilemme d’Emmanuel Macron

Par Ferghane Azihari
3 %

Par Ferghane Azihari.
Un article de l’Iref-Europe

Dans une interview donnée au magazine britannique The Economist, Emmanuel Macron s’en est pris à la règle budgétaire européenne qui proscrit un déficit supérieur à 3 % du PIB. Cette dénonciation n’est pas anodine. Elle acte le fait qu’Emmanuel Macron renonce à l’assainissement des finances publiques. On peut donc s’attendre à une absence de réformes structurelles au moins jusqu’à la fin du quinquennat.

La règle des 3 % a-t-elle un sens ?

Pour la classe politique, le déficit public est un moyen d’acheter les voix présentes en hypothéquant l’avenir des contribuables futurs qui n’ont par définition pas encore le droit de vote. Faute de courage pour baisser la dépense publique ou augmenter les impôts donc révéler le vrai coût de l’État, le déficit et l’endettement répercutent le coût des errements sur les générations à venir.

Ainsi s’explique l’endettement actuel des administrations publiques françaises (Figure 1). Notons que les déséquilibres budgétaires français font de plus en plus figure d’exception dans un contexte où de nombreux États adoptent des politiques plus équilibrées.

Figure 1 : équilibres budgétaires et dette des administrations publiques des États de l’Union européenne entre 2015 et 2018

Le déficit n’est pas seulement une entorse faite à la fiction du consentement à l’impôt. Il est aussi indésirable dans la mesure où il détourne l’épargne des contribuables à des fins improductives. En effet chaque euro emprunté sur le marché des capitaux pour financer les administrations publiques est un euro en moins au service de l’investissement dans les secteurs d’avenir. Il n’y a donc aucune raison d’opposer l’assainissement des finances publiques à l’investissement comme le fait Emmanuel Macron.

Bien sûr, cette réduction des déficits n’est utile que si elle s’effectue par la diminution de la dépense publique. Le problème de la règle des 3 % est qu’elle ne préjuge pas de la manière d’équilibrer les comptes publics. C’est pourquoi de nombreux gouvernements ont recours aux hausses d’impôts. De telles mesures dénaturent l’impératif de réduction des déficits publics puisque l’augmentation des impôts équivaut à accroître la part de ressources détournées par l’appareil d’État et qui auraient pu rester entre les mains du secteur privé.

La dépense publique au service de la croissance économique ?

Le renoncement à l’assainissement des finances publiques n’est pas seulement une mauvaise nouvelle économique. Elle est aussi délétère pour la crédibilité politique de la France auprès de ses partenaires de la zone euro. Quoi qu’en dise Emmanuel Macron sur le prétendu manque de mutualisation budgétaire, la crise de la zone euro a poussé les États du Nord à faire de nombreuses concessions. Le mécanisme européen de stabilité et les politiques monétaires de la Banque centrale ont de facto conduit les contribuables des États rigoureux à apporter leur caution aux errements budgétaires des États du Sud, et cela au mépris des premières règles budgétaires européennes.

En contrepartie, les États du Sud étaient invités à se montrer plus rigoureux et à mettre en œuvre des réformes structurelles. Mais comme on pouvait s’y attendre, les instruments européens de mutualisation des risques financiers ont plutôt généré un aléa moral. Profitant de la garantie des États les plus solvables et des taux d’intérêts artificiellement bas, des pays comme la France sont aujourd’hui incités par une foule de commentateurs à renoncer à la bonne gestion et aux réformes. Nul doute que ce n’est pas en trahissant la confiance des pays vertueux que la France retrouvera un rôle de leadership en Europe.

Pour excuser son laxisme, Emmanuel Macron se cache derrière l’impératif de la croissance économique qui devrait être soutenue par la dépense publique des États qui disposent des marges de manœuvre budgétaires nécessaires.

L’écueil de ce raisonnement tient au fait que les États n’ont pas le pouvoir de décréter la croissance économique. Au mieux peuvent-ils se substituer aux décisions des ménages et des entreprises en matière d’investissement. Encore faut-il que le personnel politique démontre sa capacité à réaliser des investissements plus productifs que le secteur privé. Voilà qui s’annonce compliqué. D’ailleurs, s’il suffisait aux États d’augmenter leur déficit et leur dette pour investir et gagner de la croissance, la France serait le pays où la croissance devrait être la plus forte du monde. Mais ça n’est pas le cas.

Sur le web

Quotas d’immigration : l’État est-il le mieux placé pour décider ?

Par Olivier Maurice
immigration

Par Olivier Maurice.

À peine sorti péniblement du marigot du voile, le gouvernement n’a pas trouvé mieux que d’aller s’embourber dans les sables mouvants des quotas d’immigration. Décidément, la course effrénée à l’électeur Michu (celui que la gauche place à droite car réactionnaire, que la droite place à gauche car populaire et qui lui-même se définit comme ni de droite, ni de gauche) bat son plein en préparation des prochaines échéances électorales.

Ah, cet électeur tellement recherché qui dénigre en permanence la politique (parce que les politiciens ne font que se mettre en valeur et ne parlent jamais des vrais problèmes) et qui passe son temps sur les réseaux sociaux à expliquer que lui connait la solution à tous les vrais problèmes et qu’il ne cherche absolument pas à se mettre en valeur…

Tout le monde lorgne sur cette illustre ménagère de moins de 50 ans du Paysage Électoral Français. En l’occurrence, ce serait d’ailleurs plutôt un homme, ouvrier au chômage, vivant dans une commune rurale et âgé de 40 ans qui représenterait selon les instituts de sondage « l’archétype du noyau dur de l’électorat du Rassemblement National », cette France silencieuse et oubliée dont personne à Paris ou ailleurs n’est supposé rien comprendre et qui ne sort de sa boîte que quelques mois avant chaque élection. Le Nessie de la vie politique. Tout le monde le connait, mais personne ne l’a jamais vu.

Tout le monde, enfin pas vraiment. Pour avoir oublié que ces électeurs invisibles existent vraiment, la gauche s’est retrouvée totalement ratiboisée, tout comme la droite, pour leur avoir fait la cour avec l’extrême délicatesse de Jean-Pierre dans une désormais célèbre version pré-numérique de Tinder.

Démagogie et électoralisme

Il y a un an, le gouvernement a réalisé brutalement que la cocotte-minute pouvait vite se transformer en catastrophe quand il y avait un petit défaut d’étanchéité dans le dispositif. Il a donc décidé de changer son fusil d’épaule et s’est replié de toute urgence vers la nouvelle cuisine : électeur poêlé à l’unilatéral, mayonnaise politicienne revisitée et promesses du jardin.

Les quotas sont l’Eldorado des immigratiophobes, le Graal des cocardiers persuadés que la France est le plus beau pays du monde et qu’il faut absolument ériger des murailles tout autour pour empêcher que des hordes d’horribles envahisseurs viennent nous voler notre chômage chronique, notre croissance inexistante, notre fiscalité confiscatoire, notre système éducatif et social défaillant, notre déficit budgétaire, nos lourdeurs administratives, nos politiques irresponsables et infantilisantes… des fois que cette invasion pourrait nous faire perdre notre place de leader mondial de la consommation de psychotropes et d’antidépresseurs.

Comme toujours, l’État s’est tourné vers la seule solution qu’il connaisse quand un problème réel ou imaginaire surgit : lui-même. Il est défaillant dans la mise en place d’une politique économique qui permette aux entrepreneurs et autres travailleurs de créer de la richesse et de l’emploi ? Vite, il nous faut davantage d’État pour répondre aux problèmes de manque de liberté dans le domaine économique en supprimant les libertés dans le domaine migratoire.

Dirigisme et tropisme

Il est clair que l’État connait parfaitement les besoins de l’économie française, étant donné la façon dont il la régule, la subventionne et la taxe depuis des années. C’est une véritable science de saigner la bête jusqu’à la dernière goutte sans la faire mourir !

L’État français a acquis au fil du temps une expérience précieuse dans l’art de gérer la pénurie, avec certes quelques ratés de temps en temps. Il arrive que la bête couine un peu quand on lui serre le collier un peu trop fort.

Comme lorsque les quotas de médecins aboutissent à des files d’attente de plusieurs mois et des services d’urgences ressemblant à s’y méprendre à des camps de réfugiés, ou lorsque les tentatives de rationnement de l’essence se traduisent non pas par l’explosion du marché des gazogènes électrifiés, mais par plusieurs mois de pétaudière sur les Champs-Élysées, ou encore quand certains petits malins se rendent compte que l’on peut tout à fait conduire des passagers en voiture d’un point à un autre sans s’endetter à vie pour acheter une licence de taxi.

Mais bon, globalement nous n’avons pas à nous plaindre, il y a bien plus malheureux que nous. Et ils sont si nombreux…

C’est d’ailleurs là tout le paradoxe de cette mesure qui ne servira absolument à rien. La France subit depuis des années un manque cruel d’attractivité pour les étrangers voulant émigrer, les migrants économiques, les personnes qualifiées désirant s’installer, prendre la nationalité, faire leur vie et faire fortune si possible.

Même les migrants fuyant en masse la Syrie en guerre en 2015 ne voulaient pas s’installer chez nous. Ils préféraient s’entasser par milliers dans des baraques en carton noyées sous la pluie calaisienne en attendant de traverser le tunnel sur l’essieu d’un camion au risque de se faire broyer plutôt que se retrouver dans le paradis du meilleur système social que le monde entier nous envie.

Intégration et immigration

En plus de répondre à un problème par un autre, l’État cible le mauvais problème. La France n’a jamais été un pays d’immigration. Même si il y a eu un pic d’immigration majoritairement européenne entre les deux guerres, la France n’est ni les États-Unis, ni l’Australie, pays qui certes pratiquent des quotas mais qui se sont construits par l’immigration.

Par contre, le pays a toujours été un pays d’intégration, laquelle se fait de plus en plus difficilement depuis les années 1960 et la décolonisation, car il s’agit d’intégrer majoritairement des populations en provenance d’anciennes colonies, ce qui pose encore davantage de problèmes.

Le taux de naturalisation chez les immigrés d’origine européenne, asiatique ou américaine est de moins de 20 %. Il est par contre bien plus élevé, soit plus de 60 %, pour la population originaire d’Afrique qui représente 43 % de l’immigration légale et dont les visas sont largement attribués pour des raisons autres qu’économiques : familiales, humanitaires, scolaires et universitaires…

Les problèmes mal nommés trouvent moins de solutions.

Un flou qui arrange tout le monde

Le débat sur l’immigration est devenu au fil du temps un cloaque nauséabond carce s’y cachent jalousies, ressentiments et bêtises que permet l’usage de mots couverts et où se cachent pêle-mêle complexe de supériorité, nostalgie du temps béni de l’oisiveté et du luxe permis par l’exploitation des populations et des ressources, peur de la vengeance d’un côté et miroir négatif de ces ressentiments de l’autre.

De nombreux pays ont eu à gérer cette difficile intégration post-coloniale. Il demeure de nombreuses braises dans tous ces lieux sous domination de l’Europe impériale de la fin du XIXe siècle, en particulier le Moyen Orient et l’Afrique septentrionale, mettant la France en première ligne de par son passé avec ces populations.

Mais quels sont les vrais chiffres de cette immigration ? Que connait-on de ces populations, exceptés les pays d’origine et les raisons d’attribution des visas ? Rien. Pas plus que l’État ne connait les besoins réels de l’économie, à l’inverse de ce qu’il ne cesse de prétendre, mais comme le prouvent clairement les résultats désastreux de ces incessantes interventions.

Voici maintenant bientôt un siècle que la décolonisation a commencé, un demi-siècle qu’elle s’est achevée. Un demi-siècle que le radeau s’enlise dans le bayou des ressentiments, des peurs et des instrumentalisations politiciennes en tout genre. Un demi-siècle que faute de vrais chiffres, de vrais mots, d’une vraie connaissance de la réalité, en l’absence d’un vrai débat factuel, le pays tout entier regarde le doigt parce que cela lui permet de dire tout et n’importe quoi sur la Lune et de se complaire dans un combat rhétorique entre le Camp du Bien et celui du Mal qui arrange beaucoup de monde.

À lire aussi : « Ca se discute, pas d’État providence pour les migrants »

Crise des urgences : un système socialiste (3)

Par Patrick de Casanove
urgences

Par Patrick de Casanove.

Quand on entend pénurie, on pense manque de moyens. Or cette crise des urgences ne peut être réduite à un manque de moyens. Quand on connaît le montant des dépenses sociales en France, l’argument ne tient pas :

« avec près de 32 % du PIB, soit de la richesse nationale, la France arrive en tête des 28 États de l’UE en 2017. […] Elle prend en charge 15 % des dépenses sociales mondiales, pour un pays qui compte mois de 1 % de la population mondiale et dont le PIB correspond à 4 % du PIB mondial. »

« En 2018, la consommation de soins et de biens médicaux (CSBM) est évaluée à 203,5 milliards d’euros (tableau 1), soit 3 037 euros par habitant. » soit 8,6 % du PIB.

Le souci est que ces dépenses colossales sont effectuées en dépit du bon sens.

  • parce que l’information des prix n’existe pas. Aucun prix n’est libre dans ce secteur d’activité. Les coûts des dépenses de santé ne sont que des tarifs administratifs et des marqueurs politiques.
  • parce que la concurrence, qui est le libre choix, n’existe pas non plus. La Sécu est un monopole dont les Français ne peuvent sortir pour trouver mieux ailleurs. Ils n’ont pas le libre choix de leur assurance maladie et c’est l’État qui détermine les pathologies pour lesquelles ils seront pris en charge… ou pas. L’absence de concurrence interdit de trouver la meilleure solution au meilleur prix.

Pas d’information fiable, pas de concurrence, et choix politiques entraînent ce que l’on appelle le mal-investissement typique d’un système socialiste.

Voici ce qu’est le socialisme pour Frédéric Bastiat :

« C’est ce qui est arrivé. La chimère du jour est d’enrichir toutes les classes aux dépens les unes des autres ; c’est de généraliser la spoliation sous prétexte de l’organiser. Or, la spoliation légale peut s’exercer d’une multitude infinie de manières ; de là une multitude infinie de plans d’organisation : tarifs, protection, primes, subventions, encouragements, impôt progressif, instruction gratuite, Droit au travail, Droit au profit, Droit au salaire, Droit à l’assistance, Droit aux instruments de travail, gratuité du crédit, etc. Et c’est l’ensemble de tous ces plans, en ce qu’ils ont de commun, la spoliation légale, qui prend le nom de Socialisme. » La Loi, 1850.

Le mal-investissement entraîne d’énormes gaspillages. Dans un système capitaliste réel, c’est-à-dire qui ne soit pas du capitalisme de connivence, les dépenses sont effectuées avec discernement et les moyens alloués là où ils sont les plus utiles et efficaces. Il n’y pas de gaspillage structurel et le gaspillage accidentel est vite corrigé.

À ce stade il faut évoquer les fraudes, à ne faut pas confondre avec les gaspillages. La lutte contre les fraudes qui sauvera la Sécu, est un marronnier. En réalité ces fraudes arrangent bien du monde. C’est peut-être pour cela qu’elles sont énormes et persistantes. Elles sont un bouc émissaire facile aux problèmes de Sécu. Cela évite de poser les questions de fond et de remettre en cause le système lui-même. Elles servent au politicien à acheter des voix, voire la paix sociale. Elles sont aussi révélatrices d’un système socialiste.

Ce n’est pas un problème de moyens

Agnès Buzyn n’a donc rien compris quand elle dit vouloir “mettre de l’argent dans des solutions qui vont régler le problème” comme si l’argent réglait tout. Cela dit il n’y a rien d’étonnant. Nos gouvernants sont des matérialistes, cela leur évite de remettre en cause leur idéologie délétère.

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Quel que soit le problème les gouvernements successifs, les syndicats concernés, de nombreux médias et bien d’autres ont toujours une même explication : le manque de moyens. Pour ces gens-là, n’importe quel problème ne peut avoir qu’une solution matérielle.

Cela prouve que dans un État-providence seul le matériel compte, l’humain est secondaire. À moins que les personnes ne soient considérées que comme du matériel humain.

« Il suffit d’ouvrir, à peu près au hasard, un livre de philosophie, de politique ou d’histoire pour voir combien est fortement enracinée dans notre pays cette idée, fille des études classiques et mère du socialisme, que l’humanité est une matière inerte recevant du pouvoir la vie, l’organisation, la moralité et la richesse ; ou bien, ce qui est encore pis, que d’elle-même l’humanité tend vers sa dégradation et n’est arrêtée sur cette pente que par la main mystérieuse du Législateur. […] Et que sont les hommes en tout ceci ? La machine qu’on monte et qui marche, ou plutôt la matière brute dont la machine est faite !  » Frédéric Bastiat, La Loi (1850)

Cela prouve que dans la social-démocratie qui est la nôtre, l’objectif est d’obtenir de l’État une part plus importante de la « spoliation légale » ou d’essayer d’y échapper. Frédéric Bastiat a raison quand il écrit :

« L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde. » L’État (1848).

De même qu’elle ne peut être limitée au côté matériel, la crise des urgences ne peut se limiter aux seules urgences. Cet événement n’est qu’une des parties émergées de la faillite de notre système de santé. La vérité est que cette faillite démontre l’échec de la conception de notre système de protection sociale, lui-même n’étant qu’un témoin de l’échec de la conception de notre organisation sociale qui date de 1945. Issues du programme du Conseil National de la Résistance, les ordonnances des 4 octobre et 19 octobre 1945 ont fait de la France un pays socialiste.

Sécurité sociale et buts socialistes

Voici les buts de la Sécurité sociale :

« L’assurance maladie protège durablement la santé de chacun – dans sa vie personnelle ou professionnelle – en agissant auprès de tous. C’est sa raison d’être. Concrètement, elle accompagne 60 millions d’assurés tout au long de leur vie, en prenant en charge leurs soins quels que soient leurs ressources, leur situation ou leur état de santé. Elle garantit ainsi un accès universel aux droits et elle permet l’accès aux soins. »

« Les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 créent une organisation de la Sécurité sociale qui fusionne toutes les anciennes assurances (maladie, retraite…) et garantit à chacun qu’en toutes circonstances il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes. »

Force est de constater que les missions confiées à la Sécurité sociale ne sont pas remplies.

Le principe selon lequel « chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins » n’est pas respecté non plus. Dans l’archipel de ce fiasco on trouve les pénuries de médecins, d’infirmières, d’aide-soignants, la misère des EHPAD, la pénurie de lits révélatrice de l’inadaptation du tissu hospitalier Médecine, Chirurgie, Obstétrique. (MCO) et psychiatrie.

L’État confisque l’argent des Français pour, dit-il, qu’ils puissent se faire soigner. En fait il ne les rembourse que s’ils lui déclarent officiellement un médecin traitant et suivent le parcours de soins. Cela s’ajoute à tous les déremboursements et non- remboursements qui ne sont que le reflet de l’arbitraire étatique.

La politique de santé est, avec l’écologisme, le domaine de prédilection de la manipulation de l’opinion par la peur. Les thuriféraires du système, dont les politiciens qui ont le pouvoir, affirment : « Si la Sécu n’existait pas vous ne seriez pas soignés ».

Or les politiciens ont des impératifs propres : ils veulent être élus. Pour un politicien, la politique de santé est un outil très efficace pour l’achat de voix grâce à la redistribution. Il est difficile de s’opposer à l’alibi de la solidarité. Le système de santé est la clé de voûte de la spoliation légale. Or aujourd’hui toute la politique de santé est organisée autour de la gestion de la pénurie, les diminutions de l’offre, de la responsabilité individuelle et du libre choix, la systématisation de la pseudo-gratuité.

En France la médecine libérale n’a de libéral que le nom. Le secteur de la santé est extrêmement dirigiste, rigide, détruisant ainsi, comme nous l’avons vu, les incitations à l’innovation et les incitations productives. Le corps médical, tout comme les patients, est tenu de se conformer aux directives de la Sécu, de l’Assemblée, du gouvernement. Ce conformisme tue la médecine. Tout cela entraîne l’inadaptation au XXIe siècle, la pénurie et le rationnement des soins. Les urgences n’y échappent pas.

Les dérapages malsains d’une manifestation contre l’islamophobie

Par Trop Libre

Par Marc Knobel.
Un article de Trop Libre

Lorsque les périodes sont troublées, lorsque les cris fusent, que l’incompréhension et la rancœur s’installent dans notre République, que certains de nos concitoyens, des immigrés ou des étrangers, se sentent mal aimés, malmenés, discriminés, incompris, rejetés, en raison de leur appartenance à telle ou telle religion (notamment, la religion musulmane), il importe tant bien que mal, de garder son calme, de bien réfléchir aux conséquences de ces gestes, cris, mots et maux.

La manifestation contre « l’islamophobie » dans les rues de Paris, ce dimanche 10 novembre, a suscité bien des réactions, de nombreuses interrogations et des critiques se sont exprimées ici ou là, dans la classe politique et médiatique. Si tant est que cela eût été possible, il eût fallu que les organisateurs, les manifestants fassent preuve d’une extrême retenue, il eut fallu que ceux et celles qui voulaient exprimer quelque chose mesurent la responsabilité qui devait être la leur.

Or, déjà, la controverse portait sur celles et ceux qui appelaient à manifester, dont des organisations trotskystes comme Lutte ouvrière, le Nouveau Parti Anticapitaliste, quelques partis de gauche comme la France Insoumise -alors que des réserves ont été exprimées au sein même de LFI par François Ruffin et Adrien Quatennens- ou une association qui suscite de très nombreuses interrogations et critiques souvent justifiées, comme le Collectif contre l’Islamophobie en France (CCIF). Il eut fallu éviter les dérapages. Or, les dérapages ont été nombreux. Nous en citerons ici quelques-uns.

Cri de ralliement ou cri de guerre ?

Le dérapage le plus sérieux a eu lieu lorsque, juché sur un camion, Marwan Muhammad, fondateur de l’association LES Musulmans, qui fut également directeur du CCIF, harangue la foule au cri de « Allah akbar » (Dieu est grand), repris en chœur.

« On dit ‘Allah akbar’ parce qu’on est fiers d’être musulmans et on est fiers d’être citoyens français », poursuit Marwan Muhammad, rapporte France Info. Les manifestants l’applaudissent. « On dit ‘Allah akbar’ parce qu’on en a marre que des médias fassent passer cette expression religieuse pour une déclaration de guerre », renchérit l’orateur. Les applaudissements redoublent.

Qu’ «Allah akbar » soit une expression communément exprimée dans le monde musulman et qu’elle puisse avoir une connotation spirituelle va de soi et personne ne devrait en douter.

Mais ce cri fut aussi un cri de guerre, annonçant de grandes catastrophes, des drames terribles, le sang, la mort et le fanatisme. De nombreux compatriotes, dont des Français de confession musulmane, ont été assassinés sauvagement en entendant ce cri, qui fut en l’état un cri de rage et de haine. Cette harangue était inutile, elle apparaît comme une provocation.

Un autre dérapage a été constant. Il est intervenu ici ou là, lorsque certains manifestants portaient des pancartes malheureuses.

Une comparaison indécente avec les Juifs

On pouvait lire « Les Juifs hier, les musulmans aujourd’hui », sous différentes formes. Une petite fille a été photographiée avec de nombreux adultes portant une étoile jaune sur le cœur. Les adultes portaient au cœur la même étoile.

Certes, il s’agissait d’une étoile à cinq branches et non à proprement parler de l’étoile jaune qui avait été portée par les Juifs pendant l’occupation. Mais, les couleurs, les formes, les expressions et les découpages peuvent rapprocher d’autres symboles, périodes et histoires collectives ou individuelles.

Elles vont puiser non dans un imaginaire, mais dans un vécu qui fut absolument douloureux : 76 000 Juifs dont plus de 11 000 enfants ont été déportés par les nazis avec l’aide du gouvernement de Vichy et ont été arrachés à la vie.

Que dire de plus ? Si ce n’est que personne ne devrait s’autoriser à un tel relativisme conscient ou inconscient, parce qu’il frise l’indécence. Il questionne durablement sur l’instrumentalisation que l’on peut faire ici ou là, il heurte parce que l’on se rend compte, comme l’a justement dit l’Imam Tareq Oubrou (L’Express avec AFP, 11 novembre) que « ceux qui arborent cette étoile jaune, ne connaissent pas l’histoire des juifs en France. »

Enfin, il y a un côté grotesque, qui n’en finit pas de ternir notre histoire contemporaine. Les concurrences mémorielles et victimaires ne servent à rien. Elles sont aussi inutiles que désastreuses. Chacun peut puiser en son histoire, sans forcément vouloir comparer ce qui ne doit pas l’être. Pis, ces concurrences mémorielles instrumentalisées font le jeu de polémistes furieux et antisémites, comme Dieudonné M’Bala M’Bala ou Alain Soral.

Drapeaux palestiniens hors de propos

Un autre dérapage a consisté à brandir ici ou là, une myriade de drapeaux palestiniens, des slogans hostiles à Israël, des appels au boycott d’Israël, pancartes portées par les chapelles de la gauche radicale ou certains mouvements militants hystériques. Or, le conflit israélo-palestinien n’avait strictement rien à voir avec cette manifestation et avec une problématique franco-française qui cristallise l’opinion publique et la classe politique.

C’est aussi suggérer par là même qu’Israël continuerait d’enflammer les musulmans et d’être instrumentalisé ce faisant. Lors de cette manifestation, qui a brandi des drapeaux yéménites, syriens ou libyens ? Alors que, là-bas, les guerres civiles ont provoqué la mort de centaines de milliers de personnes ? Cette instrumentalisation est insupportable.

Une islamophobie qui serait « organisée » ?

Un dernier dérapage et celui-ci est gravissime, consisterait à laisser penser que dans notre pays, on pratiquerait une « islamophobie » d’État, terme par ailleurs très contestable, qui serait organisée à son plus haut sommet.

Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, était l’invité le 10 novembre 2019 du Grand Jury RTL Le Figaro-LCI ce dimanche. Il a dû dire ceci et il faut entendre ce qu’il a dit : « la France n’est pas islamophobe. Non, elle ne l’est pas. […] Ceux qui le disent, ceux qui le mettent en avant, ce sont aussi les promoteurs de cet islam politique, qui remet en cause la façon nous avons pu établir la place des religions, par rapport à la politique. »

Xavier Bertrand ajoute : « Il y a eu toutes ces émotions après la mosquée de Bayonne et il y aurait eu un rassemblement pour dire qu’il est inimaginable, qu’il est impossible de s’en prendre à des lieux de culte, il n’y aurait pas eu le même débat. » Et, en l’état, le débat a été totalement contre-productif, mettant en exergue les interpellations inutiles, les instrumentalisations grotesques et les harangues malsaines.

Sur le web

L’électricité verte est opaque

Par Michel Gay
électricité verte

Par Michel Gay.

L’État pousse des opérateurs au développement de l’électricité verte par des mécanismes financiers sophistiqués qui les rendent opaques pour le public… et la représentation nationale. Ils impliquent pourtant des montants importants sur le long terme (plusieurs dizaines de milliards d’euros) qui feront défaut pour d’autres besoins prégnants (santé, justice, sécurité…).

Cette électricité verte fortement subventionnée par les contribuables et les consommateurs remplit-elle au moins son rôle affiché de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) pour lequel tant d’argent a été, et sera versé, selon la nouvelle Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) ?

Vache sacrée

Le soutien au développement des énergies renouvelables (EnR) électriques (et accessoirement au biogaz) s’apparente à l’alimentation d’une vache sacrée. Mais l’opinion publique ignore les mécanismes de financements et, surtout, les montants astronomiques attribués.

Il est sans doute sage, pour les parties prenantes, de les maintenir dans un brouillard de règlementations. Et cela d’autant plus que l’efficacité du dispositif en matière de réduction des émissions de GES (qui est sa finalité affichée) est faible, voire nulle.

En effet, les productions électriques des EnR se substituent le plus souvent à celles de l’hydraulique et du nucléaire qui en émettent encore moins

Alors que l’hôpital public se voit accorder avec parcimonie des suppléments budgétaires, il est au moins un secteur où l’État ouvre les vannes, celui des subventions aux EnR électriques. Aucun débat sur le bien-fondé de cette libéralité n’occupe la scène médiatique. Elles ne suscitent pas davantage de joutes verbales à l’Assemblée et au Sénat à l’occasion de la discussion du budget.

Pourtant, il s’agit ici de presque 8 milliards d’euros par an, soit plus de dix fois ce qui vient d’être accordé aux hôpitaux sur trois ans.

L’efficacité financière ne préoccupe guère les décideurs. La nouvelle PPE offre même des perspectives inédites au développement des EnR électriques et la législation évolue pour réduire les possibilités de recours contre leurs implantations.

Des mécanismes alambiqués…

Les mécanismes des financements sont publics, mais comprendre les arcanes des processus en évolution permanentes est fastidieux.

L’aide publique est destinée à payer une compensation à EDF et aux Entreprises Locales de Distributions (ELD) qui ont l’obligation d’achat de toutes les productions éoliennes et solaires photovoltaïques (PV). Ces achats s’effectuent hors marché dans des conditions avantageuses pour les producteurs EnR (contrats de long terme, prix fixes élevés ou compléments de rémunération). Elles revendent ensuite sur le marché à un prix plus faible des productions EnR achetées au prix fort en perdant de l’argent.

Au total, fin 2018, selon la Cour des comptes, 121 milliards d’euros sont déjà engagés. Ce montant atteint même 145 milliards en incluant le financement des raccordements des futurs champs éoliens offshore, pris à sa charge par le Réseau de Transport de l’Electricité (RTE).

C’est un engagement colossal, mais qui en parle ?

Certes, les gouvernements voulaient créer des conditions avantageuses pour « lancer la machine », mais le coup de pouce a été disproportionné, comme l’a indiqué le rapport de la Cour des comptes.

Les producteurs EnR arguant depuis longtemps de la maturité technique et de la compétitivité de leurs filières, quelle est la raison des subventions substantielles qui leurs sont encore accordées ?

Ou bien ces techniques sont matures et elles peuvent désormais concourir à armes égales sur les marchés, ou elles ne le seront jamais.

… et variables dans le temps

Jusqu’à fin 2015, le soutien aux EnR électriques était assuré par une part de la Contribution au Service Public de l’Electricité (CSPE), une taxe prélevée sur les factures d’électricité des consommateurs non industriels. Ces derniers étaient assujettis à une autre taxe, la Taxe Intérieure sur la Consommation Finale d’Électricité (TICFE).

À l’origine, cette CSPE permettait de couvrir des dépenses dites « de service public de l’électricité », inhérentes à l’organisation de notre système (entre autres la péréquation tarifaire pour les Zones Non Interconnectée (ZNI), notamment les îles, les tarifs sociaux, le soutien à la cogénération,…).

Mais le développement rapide des parcs appelant un soutien a pesé de plus en plus lourd.

Cette croissance non maîtrisée de la CSPE alourdissait les factures chaque année et elle avait d’autres faiblesses rédhibitoires :

  • c’était un dispositif extra-budgétaire (plus de 6 milliards chaque année…) qui échappait donc au contrôle du Parlement,
  • les productions électriques non carbonées (éoliennes, solaires PV) en remplaçaient d’autres non carbonées, l’hydraulique et le nucléaire décarbonés assurant déjà 95 % de la production.
  • enfin, cette forme de prélèvement n’était pas conforme à la législation européenne, puisque toutes les consommations étaient taxées, alors que le courant pouvait être pour partie importé et que le Marché Unique interdit de taxer les importations. De plus, le produit de cette taxe ne profitait qu’à des installations hexagonales, en contravention avec les règles européennes.

À partir de 2016, des mécanismes nouveaux ont été mis en place, mais au prix d’une complexité accrue…

Le budget de l’État finance désormais intégralement le soutien aux énergies renouvelables électriques (et marginalement, au biogaz). Le contrôle parlementaire semble donc rétabli.

Pourtant, la représentation nationale n’est qu’une chambre d’enregistrement.

En effet, les parlementaires ne contrôlent ni les subventions, ni les nouveaux investissements dans les EnR (car la PPE qui sert de feuille de route est définie ailleurs), ni les conditions commerciales auxquelles les nouveaux contrats sont établis.

Le parlement connait seulement la somme (déterminée chaque année par la Commission de Régulation de l’Energie (CRE)) qu’il devra réserver pour ces financements. Ce montant est désormais prélevée dans la part qui revient à l’État du produit de la Taxe sur la Consommation des Produits Énergétique (TICPE, l’ancienne TIPP qui signifiait Taxe Intérieure sur les Produits Pétroliers), l’autre part allant aux Collectivités territoriales.

La Contribution Énergie Climat, dite « taxe carbone »

Depuis plusieurs années, il existe une « taxe carbone » (exprimée en euro/tonne de CO2 émis) qui concerne tous les consommateurs de produits carbonés tels que essence, diesel, charbon, gaz.. à l’exception du kérosène. Elle était déjà incluse dans des taxes spécifiques sur le charbon (TICC) et le gaz (TICGN), mais jusqu’à récemment, son faible niveau les modifiait peu.

Cependant, dans une approche présentée comme pédagogique, le gouvernement a souhaité une évolution conséquente de cette taxe carbone. Passant de 30,5 euros/tonne de CO2 (2017) à 44,6 euros (2018), sa valeur avait était fixée à 55 euros en 2019, et il était prévu qu’elle atteigne 100 euros en 2030, puis qu’elle continue à grimper ensuite.

Pour mémoire, 50 euros/tonne de CO2 correspond à environ 12 cents ajoutés au prix du litre de carburant (essence ou diesel), lequel supporte plus de 60 cents de taxes (près de la moitié de son prix de vente).

La CSPE ayant atteint 22,5 euros/MWh, l’ensemble des taxes sur l’électricité représentait un tiers du montant des factures.

Mais la bascule des taxes subventionnant les EnR électriques vers les combustibles fossiles n’a pas fait disparaître la CSPE… Elle a été maintenue au même niveau sur les factures d’électricité ! Les consommateurs peu avertis sont restés passifs malgré la hausse de plus de 7 % des tarifs réglementés d’électricité qu’ils viennent de subir. Ces hausses sont définies par l’État et ont été appliquées par EDF en juin 2019 (+5,9 %) et en août (+1,23 %).

La tolérance des automobilistes aux taxes sur le carburant n’a pas été aussi grande (surtout ceux qui possèdent un véhicule diesel, car à l’augmentation de la taxe carbone s’ajoute le rattrapage de la fiscalité diesel-essence). C’est une rébellion qui s’est déclenchée, jaunissant durablement les ronds-points et obligeant le gouvernement à geler la taxe carbone à son niveau 2018 (soit 44,6 euros/tonne de CO2).

La Francotaxie compliquée

Les charges de service public de l’énergie (dont celles relatives à l’électricité) ont été basculées sur le budget de l’État en deux postes séparés :

  • l’un dévolu à la couverture des charges « traditionnelles » de service public de l’énergie (programme 345). Son montant prévu pour 2019 est de 3,2 milliards d’euros en hausse de près de 6 % sur une année.
  • l’autre, désigné Compte d’Affectation Spéciale-Transition Energétique (CAS-TE) destiné à financer l’appui aux EnR électriques (et au biogaz) qui comprend deux parties :

L’une compense les pénalités d’obligation d’achat par EDF et les ELD (programme 764 prévu à 5,44 milliards en 2019) ; l’autre rembourse progressivement la dette que l’État avait contracté envers EDF pour insuffisance de la compensation précédente (programme 765 prévu à 1,84 milliard en 2019).

Pour plus de lisibilité (?…), la TICFE a été généralisée à tous les consommateurs d’électricité et rebaptisée avec l’ancien nom : CSPE ! Son montant  a été bloqué au niveau atteint par l’ancienne CSPE au moment du basculement (22,5  euros/MWh). Elle a été transformée en taxe sur les consommations comme pour le tabac et l’alcool, et donc versée directement au budget de l’État.

Les contribuables sont perdus mais ils paient !

Ainsi, bien que la raison d’être de la CSPE ait disparu (ses finalités d’antan étant honorées par ailleurs), la taxe a été maintenue avec son ancien sigle, et elle figure toujours sur les factures d’électricité !

La CSPE sur l’électricité ne pouvant plus augmenter à cause du niveau record déjà atteint (22,5 euros/MWh), peut-être faudra-t-il gonfler les autres taxes sur le charbon (14,62 euros/MWh) et le gaz (8,45 euros/MWh) ?

Bien que publiquement affichés, les divers mécanismes de financements de l’électricité dite verte sont noyés dans les arcanes des textes règlementaires. Ils sont suffisamment opaques (volontairement ?) pour que les Français continuent à payer beaucoup, longtemps, de plus en plus, et sans rien comprendre, pour « soutenir » malgré eux le lourd fardeau des EnR électriques éoliennes et photovoltaïques.

Vox : les raisons du succès du populisme en Espagne

Par Auteur invité
vox

Par Nicolas Klein.
Un article de Conflits

Le dimanche 10 novembre 2019 au soir, au siège du parti Vox, à Madrid, les militants et dirigeants de la formation ne boudaient pas leur plaisir. Avec plus de 3,6 millions de suffrages exprimés (soit un million de plus que lors du scrutin national du 28 avril) et 52 députés (sur 350), le parti classé à l’extrême droite par la plupart des médias représentait un peu plus de 15 % des votants et réalisait le meilleur score de son histoire (voir les résultats en détail Congrès/Sénat).

Vox entrait ainsi dans l’histoire récente de notre voisin ibérique en devenant la première force politique de cette nature à compter autant dans le jeu national. Depuis la mort de Francisco Franco, le 20 novembre 1975, l’électorat espagnol penchait nettement à gauche et, en dehors de Blas Piñar lors des élections générales du 1er mars 1979, aucune personnalité de « droite radicale » n’était parvenue à se faire élire aux Cortes Generales (le Parlement espagnol). Plus encore : Vox a obtenu deux sénateurs sur les 208 dont le siège était à nouveau soumis au vote des électeurs espagnols.

Les affaires semblaient pourtant mal parties pour Vox, formation fondée le 17 décembre 2013 par des dissidents du Parti populaire (PP, démocratie chrétienne) et divers activistes de droite, dont la journaliste Cristina Seguí, l’ancien otage de l’ETA José Antonio Ortega Lara et le philosophe José Luis González Quirós. Après une première crise, le jeune dirigeant politique basque Santiago Abascal (né à Bilbao en 1976) devient président de la formation début 2014. Son idéologie, clairement marquée à droite, a peu évolué depuis lors : volonté de recentraliser l’administration espagnole ; rejet des lois sociétales et de toute loi mémorielle ; allègement substantiel de la fiscalité et diminution du poids de l’État dans l’économie ; accroissement des aides à la natalité et à la famille ; un certain euroscepticisme ; lutte contre l’immigration ; combat contre le séparatisme et le terrorisme basque.

La présence du PP et le manque de médiatisation ne permettent pas à Vox d’émerger entre 2013 et 2018. Lors du scrutin européen de 2014, la tête de liste, Alejo Vidal-Quadras, ne parvient même pas à se faire élire. Aux élections régionales de 2015, aucune des listes présentées par la formation ne dépasse 1,30 % des voix et, au scrutin général de la même année, Santiago Abascal n’obtient que 0,23 % des suffrages exprimés. En 2016, les élections générales ne lui sourient pas davantage avec 0,20 % des voix.

Le tournant de 2018

C’est avec le scrutin régional andalou du 2 décembre 2018 que tout bascule. Dès le mois d’octobre, de nombreux observateurs signalent qu’à la faveur de la crise séparatiste catalane, du mécontentement face aux partis traditionnels et de l’érosion d’un pouvoir socialiste qui gouverne la communauté autonome sans discontinuer depuis 1978, l’extrême droite a de grandes chances de faire une percée. Pourtant, en dehors de la toute dernière semaine de campagne, aucun sondage ne prédit le résultat final : 11 % des suffrages exprimés, soit 400 000 votants (contre 18 000 en 20159) et 12 sièges sur 109. Aux côtés du bon score de Citoyens (21 élus), cette poussée permet à la droite de conquérir le palais de Saint-Elme (siège de la présidence régionale andalouse) pour la première fois en quarante ans.

Les succès s’enchaînent ensuite pour la formation de Santiago Abascal. Aux élections générales du 28 avril 2019, elle fait son entrée au Congrès des députés avec 24 élus (soit 10,26 % des bulletins valides). Le même jour, Vox engrange 10,44 % des suffrages lors des élections régionales anticipées dans la Communauté de Valence, soit 10 sièges sur 99.

Lors du scrutin européen du 26 mai suivant, la liste conduite par l’avocat catalan Jorge Buxadé rafle trois sièges. Par la même occasion, la formation s’impose dans de nombreuses mairies et communautés autonomes, permettant par exemple à la droite de conserver la région de Murcie et la Communauté de Madrid ou de reconquérir la capitale.

Le choc et les questionnements

Beaucoup pensaient le pays immunisé contre l’extrême droite ou la droite « populiste ». Les longues années du régime de Franco (1939-1975) ont entraîné un profond rejet de la droite en général au sein de la population. Même la crise économique de 2008, avec son cortège de nouveaux chômeurs et de coupes budgétaires, n’a pas semblé affecter ce qui était considéré jusqu’à peu comme une « exception espagnole » dans le domaine.

Le charisme propre à Santiago Abascal, notamment à la télévision, n’est pas étranger à ce succès, tout comme les problèmes économiques que subissent encore nombre de ses concitoyens, la peur d’une « submersion migratoire », les tensions liées à l’indépendantisme catalan ou la forte présence de la formation sur les réseaux sociaux. Néanmoins, il faut prendre en compte plusieurs autres facteurs d’ordre sociologique et géographique afin d’un peu mieux comprendre le vote Vox.

La première phase : les migrants et les riches ?

Les élections régionales andalouses de décembre 2018 donnent l’occasion aux commentateurs politiques de s’intéresser une première fois à ce sujet. Deux tendances se dégagent d’emblée.

En premier lieu, Vox réalise ses meilleurs scores là où le rejet de l’immigration est le plus prononcé. C’est notamment le cas de la province d’Almería, située à l’est de la communauté autonome, célèbre pour sa « mer de serres » où sont cultivés les fruits et légumes qui se vendent dans toute l’Europe. Les communes d’El Ejido, Níjar, Roquetas de Mar, Balanegra, Adra ou Almería sont ainsi son terrain de jeu favori. Ces produits frais nécessitent souvent une main-d’œuvre bon marché et corvéable à merci, phénomène auquel s’ajoute la lassitude d’une partie croissante de la population face à cette présence étrangère. Outre celle d’Almería, les provinces de Cadix, Málaga et Grenade sont en première ligne face à l’arrivée des pateras, ces embarcations de fortune sur lesquelles s’entassent des immigrés venus du Maroc, d’Algérie, d’Afrique subsaharienne et du Proche-Orient. Sur place, le sujet est donc brûlant.

Paradoxalement, certaines zones bien plus aisées, où la population immigrée représente une part infime des travailleurs, donnent aussi leur vote à Vox en décembre 2018. C’est le cas, à Séville, de la vieille ville, de l’arrondissement de Los Remedios et de celui de Palmera-Bellavista. L’on retrouve le même phénomène à Cordoue, El Puerto de Santa María, Algésiras, Marbella, Mijas et Benalmádena, toujours dans des quartiers où le niveau de revenus est sensiblement supérieur à la moyenne andalouse.

Faut-il pourtant en déduire que Vox (parti au discours libéral très marqué) est surtout une formation de quadragénaires urbains ayant réussi leur vie et de citoyens excédés par l’immigration ? Le constat serait simpliste. Dès 2018, Santiago Abascal et les siens commencent à séduire les quartiers pauvres de Séville (Polígono Sur, Los Pajaritos-Amate).

Dans les villages de montagne de la province de Málaga (Sedella, Monda, Teba), dont le maire est d’extrême gauche, la défense du mode de vie traditionnel (tauromachie, chasse) mobilise bien plus que le rejet de l’immigration. Notons aussi que, au début de l’année 2019, les électeurs les plus jeunes se tournent vers Vox dans les sondages.

La deuxième phase : la confirmation chez les jeunes et dans les quartiers défavorisés

Le travail de terrain de Santiago Abascal en vue des élections régionales andalouses de 2018 commence au mois d’octobre. Il ne se concentre pourtant pas que dans cette communauté autonome. Dans les jours qui précèdent son congrès de Vistalegre, à Madrid, le parti commence à recruter dans les arrondissements du sud de la capitale, là où vivent les populations les plus modestes et où se trouvent de nombreux immigrés. C’est le cas d’Usera, Latina, Carabanchel, Puente de Vallecas, Villaverde et Villa de Vallecas.

Dans tout le pays, et en particulier à Madrid, des électeurs aux revenus faibles, déçus du Parti socialiste ouvrier espagnol (environ 300 000) et de Podemos (de 50 000 à 10 000) se reportent sur une liste de Vox le 10 novembre dernier. La crainte d’un afflux massif de migrants permet bien entendu à la formation de se hisser en tête dans la ville autonome de Ceuta, mais, dans la banlieue méridionale de la capitale espagnole, les raisons sont fondamentalement économiques. Tout autour de Madrid apparaît ainsi un « anneau vert » (anillo verde) – tout comme l’on parlait jadis d’une « ceinture rouge » (cinturón rojo). On le remarque dans des communes ouvrières comme Móstoles, Getafe, Parla et Fuenlabrada mais également dans des villes et villages à la limite avec la province de Tolède ou de Guadalajara (Castille-La Manche) : Humanes de Madrid, Arroyomolinos, Chinchón, Navalagamella, Cubas de la Sagra, Colmenar de Oreja, Paracuellos de Jarama, Meco, Fuente el Saz de Jarama, Algete, etc. Autant de communes où Vox arrive en tête, parfois avec plus de 30 % des suffrages exprimés, comme à Campo Real.

La crise de 2008 (qui a reporté de plusieurs décennies le décollage de certaines de ces bourgades), le rejet de la classe politique traditionnelle et la peur de l’éclatement de l’Espagne sont trois facteurs essentiels dans ce mouvement électoral. Bien entendu, toute la population des zones ouvrières traditionnelles ne se rue pas sur des bulletins de vote au nom d’Abascal. Néanmoins, les nouveaux quartiers aux revenus faibles et la petite classe moyenne menacée d’appauvrissement sont très sensibles à son discours.

Il en va de même dans le Levant (à l’instar de Catral et Dolores) et en Andalousie (comme à Coín, Lucena et Lepe), où le vote en faveur de ce parti progresse nettement entre le 28 avril et le 10 novembre. Dans les cinq communes les plus pauvres d’Espagne en termes de produit intérieur brut par habitant, Vox arrive en tête (Níjar, Alhaurín el Grande, Vícar, Isla Cristina) ou en deuxième position (Los Palacios y Villafranca).

Dans ces communes (mais aussi à Barbate, Sanlúcar de Barrameda et Arcos de la Frontera), c’est en grande partie la jeunesse qui propulse Santiago Abascal à de tels niveaux. Il faut dire que face à l’absence de perspectives professionnelles et au discrédit des formations classiques, nombre d’Andalous veulent essayer de nouvelles solutions. L’Andalousie en général a beaucoup souffert de la crise de 2008 et n’a toujours pas rattrapé le retard accumulé sur le reste de l’Espagne.

La province d’Almería, en particulier, cumule un certain nombre de failles : mauvaises connexions avec le reste de la communauté autonome, sentiment d’abandon, développement rendu difficile par l’orographie, taux de chômage élevé, etc.

Le cas particulier de la région de Murcie

Dans la partie méridionale du Levant (principalement la région de Murcie), la structure économique de base (petits patrons, autoentrepreneurs, travailleurs précaires) favorise aussi l’essor de la droite « populiste ». À San Pedro del Pinatar, Carthagène, Mazarrón, San Javier, Fuente Álamo de Murcia, Alhama de Murcia, Torre-Pacheco ou encore Totana, le cocktail entre rejet de l’immigration, pauvreté et peur du lendemain est très fécond pour Santiago Abascal.

À ces problèmes s’agrège l’inquiétude environnementale. Les inondations de septembre 2019 et l’asphyxie du Mar Menor constituent une profonde source d’angoisse que ne savent tarir ni le PSOE, ni le PP. À Murcie, la tiédeur des dirigeants conservateurs – qui n’ont pas su défendre le principe des transferts hydriques depuis des communautés autonomes mieux pourvues – détourne une partie de l’électorat conservateur traditionnel vers Vox.

La région de Murcie apparaît donc comme le grand bastion de ce parti et il s’agit d’ailleurs de la seule communauté autonome où il arrive en tête (quasiment 28 % des suffrages exprimés et trois députés) en 2019. Ce n’est pas un hasard si le président régional, Fernando López Miras (PP), a pu être reconduit dans ses fonctions le 26 juillet 2019 grâce aux voix de Citoyens et de Vox. Cette dernière formation compte d’ailleurs bien faire de la région son laboratoire en vue d’une expansion nationale encore plus poussée. Expansion qui lui reste à confirmer au cours des scrutins à venir et, si c’est le cas, viendra le temps difficile de l’exercice du pouvoir. Être dans l’opposition est beaucoup plus facile que d’être confronté aux réalités du gouvernement.

Sur le web

À partir d’avant-hierContrepoints

Encore une belle semaine pour la liberté d’expression en France

Par h16

Par h16

La liberté d’expression en France est totale, à condition de ne parler que de la pluie et du beau temps et si c’est pour constater qu’il fait de plus en plus chaud. Pour le reste, force est de constater que l’érosion de cette liberté est non seulement galopante, mais qu’elle subit un assaut bien plus pervers que tout ce qu’un législateur, un censeur ou un État ouvertement totalitaire pourrait faire.

Oh bien sûr, on compte déjà plusieurs lois iniques, depuis les mémorielles jusqu’à l’encadrement de plus en plus strict de tout ce qui tombe dans le vocable de l’incitation aux haines diverses et variées. Mais ces lois n’ont qu’un pouvoir limité comparé à l’effet complètement asphyxiant de la myriade de groupes de pression qui sont apparus ces dernières années, quasiment d’un coup, comme autant de champignons vénéneux dans notre société.

Et les derniers jours qui viennent de s’écouler illustrent à quel point sont puissants les efforts déployés pour bâillonner tout adversaire idéologique du Camp du Bien dont l’extension politique, sémantique et sociétale est telle qu’il en vient, de façon comiquement macabre, à se déchirer lui-même.

On pourrait illustrer les délires liberticides des infatigables combattants de la justice sociale en prenant exemple d’un récent débat (pathétique) entre Finkielkraut et Taddéi d’un côté, contre une Caroline de Haas et une Maboula Soumahoro remontés comme des coucous de l’autre, qui permet de bien apprécier la volonté maintenant exacerbée et tout à fait officielle de vouloir faire taire toute dissidence et toute opinion contraire, par la force s’il le faut.

Dans ce contexte, les harpies ont un véritable boulevard puisqu’elles s’appuient sur cette masse d’individus de plus en plus nombreux issus de la génération récente où la moindre contrariété, la moindre péniblerie et la moindre opinion adverse sont vécues comme un outrage, une attaque quasi-physique provoquant une douleur d’autant plus insoutenable que chacun de ses membres se déclare toujours multi-traumatisé par un peu tout et son contraire.

Cette génération, rivée derrière ses nombreux écrans et toujours en butte aux mille et une difficultés de la vie auxquelles leurs parents se sont bien gardés de les préparer (l’État devant y pourvoir, pardi !), constitue maintenant le gros des troupes frémissantes de ces armées qui réclament l’amour, l’inclusivité, le droit à la différence, la solidarité et l’entraide sociale moelleuse tout en semant haine, dissension, appels aux boycotts et autres fatwas.

Cette génération arrive maintenant à l’âge où l’on fricote dans les facs, où l’on se conscientise et où l’on militantise en refaisant le monde. Et sans surprise, c’est dans les facultés qu’on retrouve les attaques les plus virulentes contre la liberté d’expression.

Faits nouveaux : s’il est maintenant entendu et même plus qu’admis puisque considéré comme normal qu’un tenant du Camp du Mal (celui qui n’est pas inclusif, solidaire, moelleux, en un mot, de gauche) ne devra jamais plus avoir la parole, ni sur un plateau télé, ni en radio, ni dans une tribune d’un média plus ou moins officiel, et donc certainement pas sur l’estrade d’un amphithéâtre universitaire, il semble maintenant clair que cette interdiction sinon légale au moins informelle mais stricte s’étend à présent aussi aux tenants d’un Camp du Bien un peu trop pastel pour nos Justiciers Sociaux de la République du Bisounoursland.

C’est ainsi que, dans le mois écoulé, on a vu Sylviane Agacinski, pourtant tout à fait officiellement compagne d’un ancien Premier ministre pas du tout à droite, se faire interdire une conférence par les milices du progrès à l’université de Bordeaux au motif qu’elle a une opinion non conforme à la doxa, à savoir opposante à la gestation pour autrui.

De la même façon, on a vu le président de la Sorbonne annuler courageusement un colloque sur l’islamisme suite à des pressions exercées par des « associations communautaires ». Ce même président de cette même faculté avait d’ailleurs, quelques temps plus tôt, suspendu sa formation de prévention à la radicalisation, jugeant sans doute que les travaux pratiques étaient déjà fort bien entamés.

On n’est donc qu’à moitié surpris lorsqu’on apprend que François Hollande, pourtant parangon de mollesse, de compromis et de rien du tout monté en neige, pourtant lui aussi estampillé Camp du Bien, se trouve lui aussi interdit de conférence à l’université de Lille, alors que de véritables milices d’étudiants surexcités y ont détruit plusieurs cartons de sa production littéraire (dont les ventes peinent à décoller) aux cris vengeurs d’ « Assassin ». Ironie de l’histoire : Hollande entendait discuter de la crise de la démocratie ainsi illustrée avec brio par ces troupes d’illettrés dont on soulignera qu’ils n’ont pas été trop gênés par les enseignants dont certains ont même soutenu leur action.

Si l’on ajoute à ce contexte particulièrement gratiné la récente combustion spontanée (mais imparfaite) d’un étudiant à Lyon pour des motifs politiques consternants, on a bien du mal à ne pas voir l’effondrement intellectuel complet de l’université française : à l’indigence de la pensée moyenne qui y règne et favorise ainsi la tenue de discours aussi caricaturaux qu’imbéciles, il faut y ajouter le climat maintenant particulièrement délétère de sectarisme, d’intolérance et de chasse au sorcière permanente d’une minorité de ces « étudiants », devenus aussi militants que dangereux et qui font régner un véritable terrorisme intellectuel qui abolit complètement toute liberté d’expression.

On retrouve d’ailleurs cette même ambiance abominable devant les cinémas lorsqu’il s’agit pour certains d’empêcher le public d’accéder à J’accuse, la dernière production cinématographique de Polanski. Le réalisateur du film étant actuellement empêtré dans des accusations de viol, il semble indispensable de censurer sa production. Et si l’on ne peut pas (encore ?) le censurer officiellement, c’est-à-dire en utilisant la force de l’État plutôt que celle de militants hystériques, on peut en tout cas appeler à son boycott, pour faire bonne mesure : la sénatrice Laurence Rossignol (habituée de ces colonnes) estime commodément qu’il est impossible de détacher l’artiste de sa production, ce qui, si l’on devait appliquer son raisonnement boiteux partout, enverrai probablement 80 % de la production culturelle des 2000 dernières années au broyeur médiatique de nos ligues de vertu et autres milices anti-tout forcenée.

Si les années passées ont amplement prouvé que la France est sur une fort mauvaise pente en matière de liberté d’expression, ces dernières semaines montrent une accélération réellement inquiétante de la frénésie de censure castratrice d’une frange d’extrémistes de gauche de plus en plus violente.

Pénétrée de surcroît d’une idéologie islamiste maintenant patente (la dernière manifestation ne laissant aucun doute sur les compromissions électorales auxquelles ces factions sont prêtes pour s’assurer une miette de pouvoir), l’extrême gauche a complètement ruiné l’université française et à peu près entièrement muselé la liberté d’expression dans le pays.

Certaines fins ne sont pas heureuses... (Not everything can end well)
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Sur le web

Grèves des hôpitaux : davantage de moyens ? Pour qui ?

Par Phoebe Ann Moses
hôpitaux

Par Phoebe Ann Moses.

Les hôpitaux sont en grève ce 14 novembre. Ils emboîtent le pas aux urgences qui sont en grève en France, le saviez-vous, depuis 8 mois. Huit mois ! Huit mois sans que cela ne suscite l’émotion, l’indignation, ou au moins l’intérêt. N’est-ce pas la preuve que le système de soin s’écroule dans l’indifférence la plus totale ?

On ne reviendra pas sur les éternelles revendications des grévistes hospitaliers, puisqu’elles ont été énumérées au fil des mois sans soulever les interrogations.

On reviendra en revanche sur l’une d’entre elles, toujours la même : « davantage de moyens ! » Ce mot d’ordre facile à comprendre et facile à satisfaire (après évidemment les réticences d’usage). On veut croire que davantage d’argent ouvrira des lits dans des services fantomatiques, créera des postes de médecins qui n’existent pas encore, fera venir des infirmières attirées par un salaire de misère, satisfera les patients, les médecins, les aide-soignants, les infirmiers, les hôpitaux, leur sous-direction, leur direction…

Non : il n’y aura pas plus d’argent qui ruissellera sur ces vraies personnes qui travaillent, mais sur une belle administration fort bien huilée et qui est le nœud du problème actuel. À force de gestion, d’administration du système de soin, l’État a créé une hydre hospitalière faite de subventions et de réglementations en tous genres.

Résultat : les hôpitaux, publics comme privés, reçoivent de l’argent public en fonction de critères tellement nombreux et complexes qu’il leur faut une armada administrative pour traquer la subvention. C’est un vrai cercle vicieux : l’État accorde des subventions en fonction de critères, et pour les obtenir, les hôpitaux doivent embaucher des équipes toujours plus nombreuses de personnel administratif dont le rôle unique est de vérifier que les critères sont bien remplis et que l’hôpital a droit à telle ou telle somme d’argent. Car plus la fréquentation est forte, plus l’État donne de l’argent.

Le tout étant totalement déconnecté du monde réel : celui où les médecins travaillent, et qui, lui, n’obéit qu’à une seule contrainte : soigner.

Ces strates pourraient être simplifiées ainsi : tout en bas, les soignants ; au-dessus, leur administration, purement comptable ; au-dessus, les décisionnaires, politiques, qui ont parfois un titre de médecin, mais qui font de la politique depuis tant d’années que les seuls soins qu’ils donnent se dispensent désormais à coup d’argent public, prescrit par une grève trop longue ou des syndicats bien introduits.

En clair, il n’y a aucun intérêt commun entre celui qui prendra les décisions financières et celui qui gagne sa vie à l’hôpital. Pour l’un, il faut soigner à moindre coût et en répondant à des normes de soin toujours plus drastiques et toujours plus codifiées ; pour l’autre il faut répondre au besoin des patients, toujours plus nombreux.

Les médecins sont pris en tenaille : ils travaillent dans un système de plus en plus pauvre et de plus en plus coercitif ; et ils doivent obéir à la loi qui les oblige à une permanence des soins : en clair, ils n’ont pas le droit de faire défection1. On n’est pas à la RATP. Leur grève peut donc persister de longs mois sans que personne ne s’en émeuve : ils font le boulot même s’ils sont en grève.

Ainsi, demander « davantage de moyens » sera peut-être une revendication qui sera entendue et satisfaite. Mais l’argent ne coulera pas à flots sur de nouveaux lits, de nouveaux médecins, pléthore d’infirmières, et du matériel flambant neuf. Non. Il ira plus probablement gonfler la partie administrative déjà obèse dans le milieu hospitalier, en permettant d’embaucher encore plus de personnel pour récolter encore plus de subventions.

Les médecins en grève n’obtiendront rien, pas plus que les patients, en réalité, même si les hôpitaux, eux, obtiennent une enveloppe juteuse. Nous sommes dans un système où le payeur et le décisionnaire est un bureaucrate qui fait des choix pour celui qui fait un autre métier. On voit bien aujourd’hui où cela a mené.

  1. La loi française la reconnaît comme une « mission de service public » (article L.6314-1 du Code de la Santé Publique résultant de la loi HPST du 21 juillet 2009). Source Wikipedia)

Crise des urgences : la médecine générale assassinée (2)

Par Patrick de Casanove
Urgences

Par Patrick de Casanove.

La première partie de cet article est disponible ici.

Il est admis que la médecine générale est la médecine de premier recours. Les insuffisances de la permanence des soins en médecine générale désignée fréquemment par la « médecine de ville », bien que comprenant un important volet rural, sont parmi les causes retenues de l’engorgement des urgences.

Nous avons vu qu’il y a plusieurs années l’insuffisance de la permanence des soins n’existait pas.

La démédicalisation de la médecine

Si la France en est arrivée là c’est que ses gouvernements successifs ont fini, à force d’interventionnisme, par détruire ce qui existait et par stériliser toute initiative.

Il a existé, et c’est toujours le cas, une volonté délibérée de briser la médecine générale, voire la médecine elle-même, en saucissonnant les pratiques, en multipliant les normes, en lui interdisant de prendre des initiatives pour innover, pour faire jouer la concurrence en termes d’organisation des cabinets et de service rendu à la population.

Pour Mathias Mattalah, spécialiste des questions de santé,  « cette crise des urgences est d’abord une crise de la médecine de ville. Les médecins doivent déléguer davantage de tâches pour alléger leur charge de travail. »

Malheureusement, depuis des années et des années, c’est le contraire qui est fait.

Les politiciens assomment les médecins de tâches non médicales, imaginées et appliquées par des technocrates non médecins ignorants du terrain. Il est fondé de nommer cela la démédicalisation de la médecine qui consiste à utiliser les praticiens pour autre chose que le soin.

Frédéric Bastiat écrivait, en 1850, dans son pamphlet Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas :

Dans la sphère économique, un acte, une habitude, une institution, une loi n’engendrent pas seulement un effet, mais une série d’effets. De ces effets, le premier seul est immédiat ; il se manifeste simultanément avec sa cause, on le voit. Les autres ne se déroulent que successivement, on ne les voit pas ; heureux si on les prévoit.
Entre un mauvais et un bon économiste, voici toute la différence : l’un s’en tient à l’effet visible ; l’autre tient compte et de l’effet qu’on voit et de ceux qu’il faut prévoir.
Mais cette différence est énorme, car il arrive presque toujours que, lorsque la conséquence immédiate est favorable, les conséquences ultérieures sont funestes, et vice versa. — D’où il suit que le mauvais économiste poursuit un petit bien actuel qui sera suivi d’un grand mal à venir, tandis que le vrai économiste poursuit un grand bien à venir, au risque d’une petit mal actuel.

Ce qu’on voit : la crise des urgences.
Ce qu’on ne voit pas : la faillite du système

Cette crise dite des urgences ne saurait être dissociée de la faillite de notre système de soins. Elle n’en est qu’une preuve supplémentaire.

À condition d’ouvrir les yeux et de bien vouloir considérer la réalité comme factuelle et non pas la rejeter comme non conforme à un monde imaginaire planifié. Autrement dit admettre que ce n’est pas la réalité qui est fausse.

Ce qu’on voit : pour faire des économies, les gouvernements successifs ont multiplié les contraintes et alourdi la charge de travail des médecins généralistes.
Ils les ont accablé de tâches administratives, ils les ont fliqué et leur ont imposé un nombre sans cesse croissant de contraintes.

Ce qu’on ne voit pas : la disparition des incitations productives.

Ce qu’on voit : pour faire des économies les médecins ont vu leur rémunération gelée pendant des années, ne leur permettant pas d’embaucher de l’aide, d’équiper leur cabinet comme il devrait l’être au XXIe siècle.

Ce qu’on ne voit pas : encore la disparition des incitations productives.

Il existe une autre raison pour maintenir les honoraires bas : contraindre les généralistes à recevoir beaucoup de patients s’ils souhaitent des revenus décents au regard de leurs responsabilités. L’État espère compenser ainsi le manque de praticiens ; et dans le même temps, le paiement à l’acte est critiqué comme entraînant une inflation des actes, donc des coûts pour la Sécu.

Ce qu’on voit : l’encadrement rigide de la pratique médicale pour faire des économies et sauver ladite Sécu.

Ce qu’on ne voit pas : le blocage de l’évolution des cabinets médicaux de médecine générale. Ces derniers n’ont que très peu, pour ne pas dire quasiment pas de moyens matériels, ni humains pour assurer leurs missions. Aujourd’hui ils ont également peu d’équipement et pas beaucoup plus de personnel qu’en 1977, voire 1957. À titre d’exemple, en France seulement un cabinet de médecine générale sur trois fait travailler une secrétaire, qui effectue le secrétariat pour trois médecins en moyenne. Les conditions de travail des généralistes n’ont rien à voir avec celles des autres pays européens comparables.

Ce qu’on voit : économiser quelques euros, en ne remboursant plus systématiquement le déplacement du médecin.

Ce qu’on ne voit pas : la Sécurité sociale a rompu un équilibre. Les patients sont obligés de se déplacer à la consultation. Leur nombre impose des rendez-vous dont l’organisation, couplée à la salle d’attente pleine empêche le médecin de quitter son cabinet médical. Il ne facilite pas non plus l’accueil des urgences au cabinet. Sauf exception, la possibilité de déplacement en urgence du médecin est inenvisageable. Concrètement, il est bloqué à son cabinet, il a perdu réactivité et mobilité.

Ce qu’on voit : économiser quelques euros en « rationalisant » le parcours de soins en obligeant la déclaration d’un médecin référent, sous peine de mauvais remboursement.

Ce qu’on ne voit pas : les médecins choisissent la qualité de vie (la féminisation et les 35 heures n’y sont pas non plus pour rien ), et limitent le nombre de patients. Il s’ensuit une aggravation de la pénurie par la diminution de l’offre.

Diminution de l’offre toujours : pour faire des économies les gouvernements n’ont autorisé la formation que d’un nombre insuffisant de médecins via le numerus clausus. Les politiciens français ont réduit l’offre, espérant réduire ainsi la demande.

Enfin il faut mentionner la culpabilisation des médecins généralistes. Aujourd’hui on dirait plutôt stigmatisation.

Ils sont accusés d’être vendus aux laboratoires pharmaceutiques, d’être de mauvais prescripteurs : trop de médicaments, trop de kinésithérapie, trop d’arrêts de travail, trop de transports.

Ils sont accusés d’être peu disponibles, d’être responsables des déserts médicaux à cause de leur liberté d’installation, d’ailleurs régulièrement remise en cause.

Tout cela crée de très mauvaises conditions de travail, où le temps administratif dévore le temps de soin.

Mais surtout ces mauvaises conditions détruisent la motivation des médecins. Très peu de jeunes médecins choisissent la médecine générale et beaucoup de généralistes aguerris dévissent leur plaque.

Dans ses conditions, comment trouver des généralistes pour cette médecine de premier recours ?

L’hôpital public affamé

L’hôpital public est l’enfant chéri du régime collectiviste.

Malgré ou à cause de cela il rencontre de nombreuses et lourdes difficultés, en particulier financières.

C’est donc de l’intérêt de l’hôpital d’accueillir les urgences massivement.

Si les urgences sont gratuites pour ceux qui s’y rendent, elles ne le sont pas pour la collectivité qui paie le prix fort.

Tout passage, quel qu’il soit, lui rapporte de l’argent : « En 2016, le coût moyen pour l’assurance maladie, quel que soit le degré de gravité de la pathologie du patient, d’un passage aux urgences sans hospitalisation en UHCD, a été de 148 euros. Si l’on considère les coûts assurance maladie liés aux passages correspondant à des consultations simples (CCMU 1), il a été de 115 euros en journée, 150 euros la nuit et 134 euros le week-end dans les établissements publics et privés a but non lucratif. Par comparaison, une consultation en ville est revenue, pour l’assurance maladie, à 25 euros en journée, 71 euros la nuit et 54 euros le week-end, et la visite à domicile à 84 euros en journée et 104 euros la nuit (compte tenu du forfait d’astreinte). » 

Le docteur Jean-Paul Hamon, président de la FMF, dans son livre paru en 2015  La fin de notre système de santé ? avait retenu le chiffre de 250 euros par passage aux urgences. Il proposait que ces 250 euros soient versés aux médecins généralistes, pour chaque patient reçu en urgence, afin de les remotiver. 200 à 250 euros par passage est aussi la valeur retenue par le Chirurgien Bernard Kron.

A suivre.

Pourquoi les écologistes n’aiment pas la prospérité

Par Marian Tupy
écologistes

Par Marian L. Tupy.
Un article de HumanProgress

Parcourez les journaux, regardez les nouvelles du soir, et vous vous rendrez compte rapidement que les préoccupations environnementales sont plus vivement ressenties dans les pays riches où les citoyens bénéficient généralement d‘un environnement d’excellente qualité.

L’épicentre des sentiments apocalyptiques à propos de l’état de la planète se situe en Europe de l’Ouest, talonnée de près par l’Amérique du Nord. Certains chercheurs estiment que cette « anxiété écologique » est liée à une crise du sens dans les pays riches. La concomitance d’une vie relativement confortable avec le déclin du fait religieux a créé un vide que l’écologie tend à combler de plus en plus.

Naturellement, toutes les religions ont leurs prophètes. Greta Thunberg, la jeune écologiste suédoise de 16 ans qui a navigué d’Europe en Amérique pendant deux semaines sur un voilier alimenté à l’énergie solaire afin d’assister à deux conférences sur le réchauffement climatique, avait refusé de voyager en avion en raison de l’impact climatique de ce mode de transport – et comme les saints d’autrefois, elle a souffert pour ses convictions.

Étant donné la célébrité et la notoriété de Greta, il n’est sans doute pas inutile de réfléchir à certaines des raisons psychologiques qui alimentent la frénésie environnementale d’aujourd’hui et de reconnaitre que l’écologie joue un rôle important dans la vie des gens riches, indépendamment de l’état réel de la planète.

Les préoccupations des pauvres consistent à assurer leurs besoins fondamentaux, c’est-à-dire essentiellement l’accès à une alimentation adéquate, à l’eau, à la chaleur et à la sécurité. Pour le dire sans détour, ils se sentent d’abord concernés par leur survie. Toute autre considération est secondaire.

À la suite de l’effondrement de l’économie du Zimbabwe en 2008, les habitants se sont mis à tuer les espèces protégées pour nourrir leur famille. De la même façon, la sévère faillite de l’économie vénézuélienne au milieu des années 2010 poussa les Vénézuéliens les plus désespérés à tuer et à manger les animaux du zoo de Caracas. Lorsque les gens doivent choisir entre leur survie et des considérations environnementales, ils ont tendance à donner la priorité à la première.

À l’inverse, les gens riches s’intéressent avant tout à leur réalisation personnelle, aux poursuites créatives et à la recherche de sens. Ils en ont d’autant plus la possibilité que leurs besoins fondamentaux sont bien pris en charge en vertu du fait qu’ils vivent dans des pays prospères.

De plus, les gens riches disposent de plus de temps libre et ils ont accès à plus de ressources, deux ingrédients nécessaires à la satisfaction de leurs besoins d’accomplissement personnel. Cela peut paraître étrange aux yeux de l’homme moderne, mais la bonne façon de penser à la protection de l’environnement consiste à y voir un « produit de luxe ». Les individus sont prêts à payer pour obtenir une meilleure protection de l’environnement quand ils ont des ressources disponibles, mais pas quand ils n’en ont pas.

Selon un article du National Bureau of Economic Research (Bureau national de recherche économique) intitulé « Préoccupation environnementale et cycle économique : l’effet paralysant de la récession » (2010) :

« Une augmentation du taux de chômage d’un État américain diminue les recherches Google sur le terme ‘changement climatique’ et augmente les recherches sur le terme ‘chômage’ … Les enquêtes nationales montrent qu’une augmentation du taux de chômage d’un État s’accompagne d’une diminution de la probabilité que les résidents pensent que le réchauffement climatique a lieu ainsi que d’une réduction du soutien populaire en faveur des politiques fédérales visant à l’atténuer. »

En fait, les économistes suspectent depuis longtemps qu’il existe un lien entre prospérité grandissante et préoccupation accrue pour l’environnement. Selon l’hypothèse largement adoptée par les chercheurs en économie qu’on appelle communément la Courbe de Kuznets (Environmental Kuznets Curve ou EKC), l’environnement se dégrade avec la croissance économique jusqu’à ce qu’un certain revenu par personne soit atteint. À partir de là, l’argent commence à affluer en direction de la protection de l’environnement et l’écosystème est restauré.

En 2006, un article publié dans les Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America (Comptes-rendus de l’Académie nationale des Sciences des États-Unis d’Amérique) intitulé « Les forêts renaissantes analysées avec l’identité de la forêt » a mis en évidence que « parmi 50 pays dotés de forêts extensives listées dans l’évaluation des ressources forestières mondiales menée en 2005 par la FAO (Food and Agriculture Organization of the United Nations), aucun pays où le PIB annuel par personne dépassait les 4600 dollars n’avait un taux négatif d’évolution de ses stocks forestiers. »

Autrement dit, les sociétés où les revenus excèdent 6200 dollars (en dollars de 2019) soit arrêtent la déforestation, soit se lancent dans l’afforestation. Des effets EKC similaires ont été observés à propos de l’eau et de la pollution de l’air, ainsi que pour les eaux usées et les émissions de dioxyde de soufre, d’oxyde d’azote, de plomb, de chlorofluorocarbures, etc.

Les gens riches ont donc tendance à se soucier davantage de l’environnement et à jouir d’une meilleure qualité environnementale que les pauvres. Il est dès lors frappant de constater qu’une étude publiée en 2017 par la revue JAMA Psychiatry sous le titre « Comparaison transversale de l’épidémiologie du trouble anxieux généralisé dans le monde » et portant sur environ 150 000 adultes répartis dans 26 pays révéla que l’anxiété « est significativement plus répandue et plus handicapante dans les pays à hauts revenus que dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires. »

Pour le dire autrement, ceux qui bénéficient de la meilleure qualité environnementale et des niveaux de vie les plus élevés sont aussi les plus disproportionnellement susceptibles d’être pessimistes, anxieux et désabusés par le monde qui les entoure.

L’écologiste américain Michael Shellenberger, qui fut lauréat du prix « Héros de l’environnement » décerné par Time Magazine en 2008 et qui fonda le think-tank californien Environmental Progress, remarquait récemment dans un podcast du site Quillette que la vie dans les sociétés riches « est plutôt ennuyeuse. Il n’y a plus de lutte pour la survie, donc se pose une énorme question de sens, qui se trouve bien sûr aggravée par le fait que nous sommes de moins en moins nombreux à croire en un dieu traditionnel. » Selon Shellenberger :

« Nous avons tous besoin de nous penser comme des héros…  Or qu’est-ce que signifie devenir un héros dans une société où tant de nos besoins fondamentaux nous sont déjà fournis ? Les gens veulent se sentir puissants…

Pour moi, il est très révélateur de constater que beaucoup d’histoires des fondateurs d’Extinction Rebellion, tout comme l’histoire de Greta Thunberg, racontent des expériences réelles de dépression sévère… Nietzsche et d’autres ont souligné que… la dépression est en fait l’expérience de l’impuissance. Et que lorsque vous vous sentez puissant, vous vous sentez heureux, et quand vous vous sentez sans pouvoir vous devenez malheureux.

Et je pense que c’est exactement ce qu’on voit dans les histoires des écologistes radicaux. On parle de gens qui sont passablement déprimés pour toutes sortes de raisons et qui se mettent alors à raconter des histoires excitantes sur la fin du monde, tout ça va finir dans 12 ans, etc. Et cela leur apporte… de la reconnaissance sociale – les médias parlent d’eux et ils reçoivent des tonnes de témoignages de gens qui leur disent combien leur voix est précieuse. Je pense que pour eux, c’est une façon de surmonter leur dépression. »

Le psychologue Clay Routledge de l’Université d’État du Dakota du Nord est d’accord avec Shellenberger. « Le fait que presque tout s’améliore du point de vue des richesse matérielles, du confort, de la sécurité et de la santé est un facteur important pour comprendre pourquoi tant de gens se mettent à paniquer », explique-t-il. Pour lui :

« Les citoyens des pays pauvres trouvent davantage de sens à leur vie et sont moins susceptibles d’avoir des problèmes de santé mentale et de mourir par suicide. Pourquoi ? Parce qu’ils sont confrontés chaque jour aux raisons qui donnent du sens.

Autrement dit, le plus grand prédicteur empirique du sentiment d’être important consiste à croire que l’on compte et que d’autres ont besoin de nous. Ironiquement, les personnes dont l’existence est encore proche de la lutte pour la survie peuvent trouver plus facilement des raisons de vivre… Les gens ont besoin de sentir qu’ils ont de l’importance et aucun degré de sécurité matérielle ou de confort n’est capable de combler ce besoin. »

Routledge estime que la recherche du sens fonctionne sur deux niveaux interdépendants. Les individus ont besoin de sentir qu’ils ont de l’importance à la fois sur le plan du sens social immédiat (ils sont nécessaires aux autres) et sur le plan d’un sens transcendental plus vaste (ils font partie de quelque chose de plus grand et de plus significatif que leur fragile et mortelle existence).

« L’un des bénéfices majeurs du sentiment religieux traditionnel », explique Routledge, « c’est qu’il excelle à promouvoir à la fois l’importance sociale immédiate (en guidant les gens les uns vers les autres au sein de communautés morales) et la transcendance personnelle (en donnant aux gens un espace où combler leurs besoins spirituels et sentir qu’ils font partie de quelque chose de plus vaste et de plus durable).

Dès lors, quand les gens sont arrachés à leurs sources organiques traditionnelles de sécurité existentielle, nombreux sont ceux qui deviennent psychologiquement vulnérables et anxieux et qui se retrouvent attirés par des idéologies ‘séculaires’ extrêmes. »

Le déclin des religions dans les pays riches a créé un vide qui se remplit de plus en plus par la préoccupation environnementale. Comme le formule l’économiste et historienne de l’Université de l’Illinois à Chicago Deirdre McCloskey dans son livre de 2010 Bourgeois Dignity : Why Economics Can’t Explain the Modern World (La dignité bourgeoise : pourquoi l’économie ne peut pas expliquer le monde moderne) :

« En Suède, le culte de la nature commence à la maison et dans les jardins d’enfants avec les histoires du bon troll Mulle et il se poursuit tout au long de la scolarité sous la forme d’une sorte d’instruction religieuse qui occupe une part non négligeable du programme scolaire. Arrivées à l’âge adulte, les Suédoises sont des adoratrices passionnées de la nature et elles passent leurs dimanches à cueillir des baies dans les bois. Les humains ont besoin d’entretenir de tels contacts avec la transcendance (les théologiens font cependant remarquer que vénérer des objets sans Dieu pose le problème de l’idolâtrie pour des choses qui passeront).

La Suède d’aujourd’hui n’est pas plus séculaire qu’elle ne l’était au temps des dieux Norse ou au temps du luthéranisme. Les Suédois dédaignent Allah, et pourtant ils vouent un culte passionné à la transcendance de Mulle, Laxe, Fjällfina et Nova.”

Greta Thunberg est à la fois le produit d’une société riche et laïque en général et du système scolaire suédois en particulier. Si sa préoccupation pour l’état de la planète est certainement authentique, nous ne pouvons ignorer les forces psychologiques qui alimentent l’écologie moderne. C’est dans ce contexte que nous devrions évaluer la véracité des affirmations environnementales les plus farfelues.

Traduction par Nathalie MP pour Contrepoints de Why Some Environmentalists Don’t Appreciate Prosperity.

Le 12 novembre, France a dépensé toutes ses recettes de l’année

Par Nicolas Marques
la France

Par Nicolas Marques.
Un article de l’Institut économique Molinari1

Les États de l’Union européenne épuisent en moyenne leurs ressources le 16 décembre, 16 jours avant la fin de l’année. C’est quatre jours plus tard que l’année précédente, ce qui représente une amélioration notable.

Parmi les 28 administrations centrales de l’Union, 11 étaient en situation excédentaire l’an passé. Leurs recettes 2018 leur ont permis de financer toutes les dépenses de l’année et de se désendetter. Les champions étaient la Bulgarie (excédent équivalent à 23 jours de dépenses), Malte (excédent de 18 jours), l’Allemagne (excédent de 17 jours) et la Suède (excédent de 17 jours).

Les 17 autres administrations centrales dépensaient la totalité de leurs recettes avant la fin de l’année. Pour 14 d’entre elles, les ressources étaient consommées en décembre. Pour quatre d’entre elles, elles étaient consommées bien avant : France et Roumanie (12 novembre) et Chypre (26 octobre).

Les États restent le point noir des finances publiques européennes. Au niveau de l’Union européenne, les administrations centrales expliquent l’essentiel des dérapages des comptes publics (16 jours non financés). Les administrations d’États fédérés sont équilibrées depuis 2017 (quatre jours d’excédent l’an passé). Les administrations locales sont équilibrées depuis 2014 (deux jours d’excédent l’an passé).

C’est aussi le cas des administrations de Sécurité sociale depuis 2016 (six jours d’excédent l’an passé). Conséquence : toutes administrations confondues, les différents pays de l’Union avaient consommé la totalité de leurs recettes publiques six jours avant la fin de l’année. C’est deux jours de mieux que l’année d’avant.

La situation française est excessivement dégradée

La situation de l’administration centrale française reste excessivement dégradée en dépit de la conjoncture

L’administration centrale française avait dépensé l’intégralité de ses ressources le 12 novembre 2018, 49 jours avant la fin de l’année. Elle figure parmi les États ayant les plus grands déséquilibres au sein l’Union européenne. Elle épuise ses ressources le même jour que la Roumanie. Seul Chypre fait pire en les ayant épuisées le 26 octobre.

Les projections réalisées par l’IEM à partir du dossier de présentation du Projet de loi de finances pour 2020 montrent que la situation n’est pas près de se normaliser. Le nombre de jours de dépenses non financées par l’administration centrale française devrait à nouveau augmenter. Il pourrait représenter 62 jours en 2019 et 59 jours en 2020.

Ces contre-performances s’expliquent par l’incapacité française à rééquilibrer durablement les comptes suite à la dernière crise.

La France ne fait pas comme les autres

Alors que les administrations centrales de l’Union européenne ont profité des neuf dernières années pour résorber leurs déficits, ce n’est pas ce qu’on constate en France. Le mouvement de rééquilibrage des comptes post-crise (2009-2013) s’est essoufflé plus vite qu’ailleurs, il y a six ans. Les cinq dernières années, l’administration centrale française n’a résorbé son déficit que de deux jours. Dans le même temps, l’Union européenne prise dans son ensemble résorbait son déficit de 25 jours.

Depuis le creux de la crise, les dépenses publiques ont baissé quatre fois moins vite en France. Elles n’ont quasiment pas reflué entre 2009 et 2018 (-1,2 %), alors qu’elles baissaient de façon significative dans l’UE (-4,4 %). La France a écourté prématurément la traditionnelle phase post-crise de réduction du poids des dépenses publiques. Conséquence : l’ajustement s’est fait par les recettes. Elles ont augmenté deux fois plus vite en France (+3,5 % vs +1,5 %).

En France, l’ajustement post-crise repose aux trois quarts sur les hausses pérennes de fiscalité, la baisse des dépenses ne comptant que pour un quart. L’Union européenne a fait le choix diamétralement inverse, avec un ajustement reposant aux trois quarts sur la baisse des dépenses et pour un quart sur la hausse de fiscalité.

Le choix français est loin d’être gagnant. À ce stade, la France a moins bien récupéré ses marges de manœuvre financières que le reste de l’Union. La crise laisse un impact trois fois plus important sur les finances publiques. Les recettes et les dépenses publiques ont augmenté de plus de trois points de PIB, contre un point en moyenne dans l’UE entre 2007 et 2018. Le déficit public reste trois fois plus élevé en France (2,5 % du PIB) que dans l’Union (0,7 % du PIB).

Cette évolution décalée du reste de l’Union européenne et la persistance des déficits montrent l’ampleur des difficultés à surmonter. Les derniers équilibres de l’État et des organismes d’administration centrale (ODAC) remontent en France à 1980. Depuis, tous les exercices ont été déséquilibrés et « le jour où toutes les ressources sont consommées » a avancé de 1,2 jour par an en moyenne.

Depuis 1980, la France n’a jamais réussi à mettre à profit une phase d’embellie économique pour rééquilibrer ses comptes publics. Pire, chaque phase d’embellie est plus précaire que la précédente. Entre 1999 et 2001, les déficits français avoisinaient 30 jours par an en moyenne. Entre 2004 et 2007, ils étaient de l’ordre de 40 jours. Entre 2013 et 2018, ils représentaient 50 jours par an en moyenne.

Sur le web

  1. L’objectif de cette étude est de comparer les recettes et les dépenses des administrations centrales des pays membres de l’Union européenne (UE) pour déterminer le jour à partir duquel elles ont épuisé toutes leurs recettes annuelles et commencent à vivre à crédit.

    Ce travail est fait au niveau des 28 pays de l’UE, à partir des dernières données annuelles d’Eurostat, mises à jour le 21 octobre 2019. Il permet de mesurer l’évolution des déséquilibres dans le temps et de comparer la situation des différents pays. Lire l’étude en format PDF.

L’industrie pharmaceutique abandonne-t-elle la recherche ?

Par Le Minarchiste
pharmaceutique

Par le Minarchiste.

Dans un livre dont je vous parlerai davantage dans un prochain billet (The Entrepreneurial State de Mariana Mazzucato), l’auteur affirme que les entreprises pharmaceutiques investissent de moins en moins en recherche et développement (R&D) et profitent de plus en plus de recherches financées par l’État.

L’auteur pense que comme l’État ne perçoit pas de recettes reliées directement à ces recherches, ces entreprises agissent comme des « passagers clandestins » qui s’enrichissent sur le dos des contribuables.

Cette idée est souvent reprise par d’autres intervenants et par les journalistes qui recueillent leurs propos.

Quelques vérifications nécessaires

Cependant, cette affirmation va à l’encontre de ce que je pensais ; j’ai donc décidé de  vérifier par moi-même en consultant les états financiers des 10 plus grandes entreprises pharmaceutiques du monde, qui combinées, génèrent la grande majorité des revenus de cette industrie.

Sur les 20 dernières années, j’ai compilé trois types de dépenses :

  1. Dépenses en R&D
  2. Dépenses en capital (laboratoires, usines de fabrication, équipements, etc.
  3. Acquisitions d’entreprises

En additionnant ces trois types d’investissements et en divisant par les revenus, on peut dresser un portrait complet du niveau d’investissement dans l’industrie pharmaceutique. On constate d’ailleurs que ce ratio a graduellement augmenté ces 20 dernières années.

Cela est peu surprenant car les industries pharmaceutiques font face depuis plusieurs années à ce qu’elles appellent un patent cliff : de nombreux brevets sont arrivés à échéance, permettant aux fabricants de génériques de s’emparer du marché.

Pour remplacer cette perte de revenus, elles ont dû investir davantage dans le développement de nouveaux produits.

Mais comment ont-elles procédé ?

Tout d’abord, le constat le plus surprenant est que les dépenses en R&D ont significativement augmenté depuis 20 ans, tant en dollars absolus qu’en termes relatifs !

Donc l’affirmation de base, voulant qu’elles investissent de moins en moins, est carrément fausse.

Deuxième constat : les investissements en capital sont restés plus ou moins stables en pourcentage des revenus.

Comme les nouveaux médicaments viennent souvent en remplacer d’anciens moins efficaces, les laboratoires et usines peuvent être réutilisés à d’autres fins, les entreprises n’ont donc pas besoin d’investir autant relativement à leurs revenus.

Mais ces investissements ont tout de même augmenté en dollars absolus.

La troisième chose que l’on remarque est que les acquisitions d’entreprises ont augmenté. Il y a d’ailleurs eu quatre pics représentant des périodes où le marché était favorable et durant lesquelles plusieurs de ces 10 entreprises ont fait des transactions.

Cette stratégie est tout à fait logique

En achetant une petite start up qui a déjà amené une molécule en phase un ou deux, le temps avant d’atteindre le marché est moindre, tout comme le niveau de risque.

Le coût est potentiellement plus élevé, mais reste rentable compte tenu des avantages.

De leur côté, les entrepreneurs qui vendent leur petite entreprise à une plus grande paient d’abord une grosse facture d’impôt sur le gain en capital.

Puis certains d’entre eux vont démarrer une autre entreprise, alors que les firmes de capital risque qui les ont financés au départ vont recycler ce capital dans une autre opportunité, redémarrant le cycle de l’innovation.

Cette stratégie est favorable à un processus d’innovation plus efficace. En réduisant le temps entre l’investissement et la mise sur le marché, les grandes entreprises pharmaceutiques peuvent maintenir des valeurs boursières plus élevées : leur coût en capital est plus faible, elles peuvent investir davantage dans la croissance et donc favoriser l’innovation.

Est-ce vraiment de l’innovation ?

Certains leur reprochent, avec raison, de se concentrer sur le développement de médicaments dits me-too, c’est-à-dire ayant sensiblement la même formule qu’un médicament existant, mais qui permettent d’allonger la durée de leur brevet et préserver leurs revenus.

On peut dire sans se tromper qu’il ne s’agit pas vraiment d’innovation, mais bien de recherche de rentes économiques non-souhaitables pour la société.

Il est vrai que malgré la hausse des dépenses en R&D, l’industrie produit de moins en moins de nouvelles molécules et de plus en plus de nouvelles versions du même médicament.

Cependant, il s’agit là d’une conséquence indésirable du système de brevets administré par l’État, lequel aurait fortement besoin d’une réforme en profondeur.

Des chercheurs ont récemment démontré que certains changements des lois sur les brevets, comme par exemple le brevetage d’outils de recherche, ont nui à l’innovation (Mazzoleni & Nelson 1998).

Et l’État dans tout ça ?

Évidemment, ces petites start-ups qui développent de nouvelles molécules ont souvent reçu des subventions de l’État.

L’idée part souvent d’un chercheur universitaire qui reçoit des fonds gouvernementaux pour ses travaux et qui découvre une nouvelle molécule qui pourrait devenir un médicament prometteur.

Il démarre ensuite une start-up pour développer le médicament en question, laquelle est susceptible de recevoir des subventions étatiques.

En achetant ces entreprises, les grandes entreprises pharmaceutiques capturent ainsi de l’argent des contribuables. Est-ce souhaitable ?

Aux États-Unis, le National Institute of Health supporte plus de 325 000 chercheurs dans plus de 3000 universités. Entre 1938 et 2013, cette agence a dépensé 884 milliards de dollars pour soutenir la recherche médicale.

Cela équivaut à 11,6 milliards par année soit 0,3 % des revenus des 10 grandes entreprises pharmaceutiques mentionnées plus haut.

Peut-on vraiment dire que l’industrie vit au crochet de l’État ? Ce serait nettement exagéré…

Les médicaments « orphelins »

L’auteur de The Entrepreneurial State affirme que le gouvernement américain a grandement aidé l’industrie grâce à son fameux Orphan Drug Act de 1983. Sans une telle « intervention », des entreprises comme Genzyme, Biogen, Amgen et Genentech ne seraient jamais apparues.

Cette loi a permis d’amener environ 370 nouveaux médicaments sur le marché.

Cependant, cette loi ne fait qu’alléger le fardeau règlementaire relatif à l’approbation du médicament par la FDA, permettant de réduire les coûts de développement.

C’est ce qui attire les investissements dans ce type de R&D.

De plus, ces nouveaux médicaments bénéficient d’une période d’exclusivité plus longue.

Lorsque l’État se fait moins lourd sur les épaules de l’industrie, l’innovation émerge plus facilement… Il serait exagéré de prétendre que cette loi constitue un « soutien étatique » envers l’industrie.

L’exemple de Gilead

Sofosbuvir, commercialisé par Gilead sous le nom de Sovaldi, a pratiquement permis d’éradiquer l’hépatite C, une maladie auparavant incurable. Cette molécule a été découverte par Michael Sofia en 2007. Gilead a acheté son entreprise, Pharmasset, pour 11,2 milliards de dollars en 2011.

À l’époque, cette entreprise était cotée en bourse et le prix d’acquisition fut 89 % au-dessus de la valeur du marché des actions, lesquelles avaient déjà triplé quelques mois auparavant !

Sur Wall Street, le consensus était qu’il s’agissait d’une acquisition très risquée, que Gilead avait payé trop cher, ce qui n’était évidemment pas le cas.

La molécule avait atteint la phase deux, mais il restait encore plus de trois ans avant sa commercialisation.

Gilead a dû financer les essais cliniques de phase trois.

Cette entreprise avait été fondée par des chercheurs de l’Université Emory.

Le fondateur, Raymond Schinazi, avait reçu des subventions de recherche du National Institutes of Health (NIH). Un rapport de l’organisme Americans for Tax Fairness estime à 4,2 millions de dollars l’aide gouvernementale versée à M. Schinazi et Pharmasset entre 2002 et 2011 (incluant des crédits d’impôts), laquelle ne peut cependant pas être entièrement attribuée à sofosbuvir, car M. Schinazi faisait alors des recherches sur le traitement du VIH, et non sur l’hépatite C.0

Ce n’est que beaucoup plus tard que M. Sophia a redirigé les efforts vers l’hépatite C puisque le marché des médicaments contre le VIH était déjà devenu saturé.

M. Schninazi a empoché plus de 400 millions de dollars lors de la vente de son entreprise à Gilead. Pharmasset avait été financée par la firme de capital risque Burrill & Co, qui empocha aussi une somme comparable, réinvestie dans d’autres start-ups de biotechnologie.

Après la vente de Pharmasset, le Dr Sophia a démarré une autre start-up visant à s’attaquer à l’hépatite B.

Certains pensent que l’État n’aurait pas dû subventionner M. Schinazi et Pharmasset, mais une fois cela réalisé, cet argent aurait pu être échangé contre des parts du brevet plutôt que d’être simplement octroyé, ce qui aurait pu permettre aux contribuables d’obtenir une part des gains.

Néanmoins, on constate que le processus d’innovation capitaliste a assez bien fonctionné dans ce cas.

Une start-up a été achetée par une grande entreprise pharmaceutique, qui a pu alors dépenser les sommes substantielles nécessaires à procéder à des essais cliniques de phase trois et amener le médicament sur le marché (possiblement plus de 100 millions de dollars en coûts, alors que Pharmasset n’avait levé que 45 millions lors de son premier appel public à l’épargne).

Une partie de ces gains est revenue à l’État sous forme d’impôts sur les profits et gains en capital, et bien davantage que les maigres 4,2 millions versés à M. Schinazi.

Il s’agit donc d’un excellent placement pour l’État.

Ce que cet exemple démontre est que même s’il y avait eu une baisse de la R&D en pourcentage des revenus, les industries pharmaceutiques peuvent quand même financer la R&D en achetant des start-ups.
Certains pensent même que cette approche est plus efficiente.

Conclusion

Les idées reçues ont souvent la vie dure.

J’espère que celle-ci disparaîtra éventuellement. Je ne comprends pas pourquoi tant de gens continuent à dire des faussetés alors que les données sont disponibles à tous, il suffit d’en prendre connaissance.

La réalité est que les entreprises pharmaceutiques dépensent de plus en plus en R&D et que les aides à la recherche fournies par le gouvernement américain sont, somme toute, peu importantes.

Il est faux de prétendre que sans cette aide gouvernementale, il y aurait beaucoup moins d’innovation dans cette industrie.

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Retraites SNCF : le référendum ou les grèves ?

Par Entrepreneurs pour la France

Par Robert Devos et François Garçon.
Un article d’Entrepreneurs pour la France

Les Français s’apprêtent à entrer dans une zone de tempête. Le gouvernement a en effet décidé de réformer le système des retraites, et notamment celui des régimes dits spéciaux. Les concernés, les syndicats de cheminots notamment, mais pas seulement, en ont décidé autrement. Nul ne sait ce qui sortira de l’affrontement annoncé, ni même s’il y aura affrontement. Une chose est cependant certaine : les Français sont tous concernés par cette réforme car les retraites des régimes spéciaux sont financées par l’État et donc par tous les Français, et aussi par les chocs sociaux qui, on peut le craindre, l’accompagneront.

Justement, et si, parce que concernés, il était donné aux Français, à tous les Français, le pouvoir de s’exprimer ?

Un débat confisqué

Opposés à ces réformes, les syndicats de cheminots font valoir que les fameux  avantages dont bénéficient les intéressés ont été conquis par leurs ainés, suite à des luttes sociales dures et coûteuses. Et, répondant à la critique portant sur les privilèges dont ils bénéficieraient (âge de départ à la retraite notamment), les cheminots repoussent l’argument selon lequel il s’agirait là d’un traitement de faveur, et répondent que, plutôt que de le supprimer, mieux vaudrait aligner tous les Français sur leur statut.

De leur côté, les partisans de la réforme que porte le gouvernement d’Édouard Philippe, répondent que les conditions de travail qui justifiaient ces aménagements favorables ont radicalement changé, que ces avantages sont devenus des abus criants, et qu’en outre, il est économiquement insoutenable d’envisager d’aligner tous les régimes de retraite des Français sur les conditions cadres de la SNCF.

Dans notre immense majorité, nous sommes actuellement spectateurs du duel que se livrent les deux parties. Et nous souhaiterions pouvoir donner notre avis.

Solliciter l’avis de tous les Français

Partisans de la démocratie directe, nous militons pour que les Français tranchent et aient le dernier mot. Pour qu’au terme d’un débat public, au cours duquel chacune des parties développerait ses arguments, les citoyens fassent connaître leurs points de vue.

Après que partisans et adversaires de la réforme telle que proposée par le gouvernement (syndicats hostiles à la refonte du régime de retraite, exécutif qui y est favorable) aient eu le temps de formuler leurs positions par écrit, le débat pourrait s’étendre sur une période de trois mois. Une brochure explicative d’une vingtaine de pages (10 pages pour chacune des parties, rédigées par les intéressés eux-mêmes) serait expédiée au domicile de chaque électeur. Pendant trois mois, les deux camps pourraient organiser des meetings, participer à des débats, faire valoir leurs arguments. Le CSA aurait charge de veiller à un juste équilibre des prises de parole dans les grands médias. Il n’y aurait pas de débat contradictoire, ce genre d’exercice n’apportant rien à la connaissance du dossier.

Au terme de la période de trois mois et sous la responsabilité des pouvoirs publics, un référendum serait organisé où les citoyens, bien informés, exprimeraient leur choix. La volonté des Français, autrement dit leur choix impératif, trouverait dans les semaines qui suivent une formulation légale. Ainsi, le régime actuel des retraites serait-il conservé ou bien serait modifié.

Étendre le referendum

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Ce mode d’expression référendaire est appelé à être généralisé. Il ne devrait pas se limiter à trancher entre des parties inconciliables mais, au contraire, à se généraliser sur des questions de société, de pouvoir d’achat, etc. Il faut que les autorités cessent de redouter les référendums où les citoyens ont la capacité de s’exprimer directement, sans intermédiaires, dont on a trop souvent noté l’effacement ou la pusillanimité face à l’exécutif dans les assemblées élues. Le vote est un droit fondamental des citoyens en démocratie. Il est non seulement regrettable mais dommageable que notre droit de vote ne serve qu’à élire nos représentants.

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Fermeture des frontières du Nigéria : le problème des agents des douanes

Par Libre Afrique
nigéria

Par Stephen Onyeeiwu.
Un article de Libre Afrique

Il y a environ deux mois, le gouvernement nigérian a annoncé la fermeture des frontières terrestres du pays à la circulation de tous les biens. Selon le contrôleur général des douanes du pays, Hameed Ali, il s’agissait de freiner l’afflux de marchandises de contrebande dans le pays, en particulier le riz et les tomates. Alors, qu’est-ce que le Nigeria a à gagner à travers cette mesure sans précédent ?

Ali a souligné que la fermeture de la frontière avait considérablement augmenté les recettes provenant des droits d’importation. Cette augmentation des recettes est un coup de fouet pour un pays qui peine à résorber le déficit budgétaire de 2019 d’un total de 2,18 milliards de nairas. Cela représente environ 2 % du PIB nominal du pays en 2018, qui s’élevait à 127 800 milliards de nairas (environ 397 milliards de dollars).

Toutefois, en vantant les avantages de la fermeture de la frontière, ces coûts latents ne doivent pas être ignorés. Selon certaines informations, la fermeture a placé le taux d’inflation du pays sur une tendance haussière. Le taux d’inflation, en baisse depuis avril 2019, a atteint 11,24 % en septembre, principalement en raison de la forte hausse des prix des produits alimentaires, la plus élevée depuis juin.

Si la fermeture persiste et entraîne une hausse soutenue des prix des denrées alimentaires, le Nigéria pourrait voir davantage de personnes glisser vers la pauvreté. Cela entraînerait une augmentation du taux de pauvreté du pays d’environ 50 %. Le potentiel de perturbation de la survie économique de nombreux commerçants qui dépendent du commerce transfrontalier légitime est réel.

Pour ces raisons, entre autres, le Nigéria n’a pas d’autre choix que de s’attaquer aux véritables problèmes de la contrebande transfrontalière plutôt qu’à ses symptômes. Au cœur du problème se trouve un réseau de riches cartels de passeurs, aidés par des agents frontaliers corrompus.

Ce sont les pauvres qui payent le prix

Des milliers de Nigérians, en particulier des femmes, achètent et vendent des biens de consommation dans les zones frontalières. Ils achètent à bas prix dans un pays et vendent à des prix plus élevés dans un autre. Les agents de change du marché noir prospèrent aux postes frontières.

Pour un pays où les possibilités d’emploi dans le secteur formel sont limitées, les activités informelles (65 % du PIB du pays) le long des frontières sont essentielles à la survie de nombreux Nigérians pauvres. Le commerce informel le long des frontières est effectué par des marchands ambulants de biens divers tels que les textiles, les chaussures, l’alcool et les boissons non alcoolisées. Il existe également des trafics de produits alimentaires, de carburant, de services de transport et de devises étrangères.

Au Nigéria, les pauvres ne s’engagent généralement pas dans la contrebande à grande échelle. Ils n’ont pas les moyens d’acquérir, de transporter et d’entreposer de grandes quantités de marchandises passées en contrebande. Certains pauvres Nigérians au chômage peuvent se livrer à un trafic clandestin et anodin comme moyen de survie. Mais ils paient le prix de la fermeture de la frontière, tandis que les responsables des pires cas de contrebande vivent confortablement.

Outre ses implications nationales, la fermeture des frontières est également incompatible avec l’esprit d’intégration économique régionale. Le Nigéria a dirigé la création de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) il y a 44 ans, avec pour objectif principal la création d’une « zone de libre échange » entre les pays membres. La décision unilatérale du Nigéria renforce l’idée générale que le bloc régional n’a pas réussi à libérer le mouvement des biens, des services et même des personnes dans la sous-région.

Des agents de douane et d’immigration incompétents et corrompus

La fermeture de la frontière est un aveu implicite de l’incompétence des agents des douanes et de l’immigration du Nigéria. Pour contrer la contrebande, le pays devrait renforcer la capacité des agents des douanes et de l’immigration à administrer les lois et politiques commerciales du pays.

Pour lutter contre la contrebande, par exemple, la stratégie de Hong Kong consiste à profiler tous les véhicules de transport de marchandises et les voitures privées qui traversent la frontière. Des inspections détaillées ne sont effectuées que sur les véhicules à haut risque. Les scanners à rayons X permettent de détecter les compartiments cachés des véhicules. Mais toute cette technologie n’est utile qu’avec des fonctionnaires des douanes professionnels et non corrompus, ce qui fait défaut au Nigéria.

Quiconque franchirait les frontières terrestres nigérianes serait déconcerté par le manque de professionnalisme des responsables nigérians. Lorsque je me suis rendu dans un bus reliant Accra à Lagos il y a quelques années, nous avons été arrêtés à Seme, à la frontière entre le Nigéria et la République du Bénin.

Après une brève inspection du bus, les douaniers ont accusé le conducteur de transporter des marchandises de contrebande. Le même autobus avait été inspecté quelques heures plus tôt par des douaniers ghanéens, togolais et béninois en partance d’Accra, qui n’ont trouvé aucune marchandise de contrebande. Au lieu de confisquer la contrebande, les agents ont plutôt demandé au conducteur de « régler » l’affaire. Apparemment, ce règlement proposé par le chauffeur n’était pas suffisant et l’autobus n’était pas autorisé à se rendre à Lagos.

En attendant un autre moyen de transport, j’ai vu de nombreux camions chargés de marchandises franchir la frontière sans être inspectés par les agents des douanes. Un habitant de la ville-frontière m’a informé que les propriétaires de camions avaient « réglé » à l’avance les agents des douanes. En dehors de cela, les frontières terrestres du pays sont très poreuses. Il existe de nombreuses voies illégales par lesquelles les marchandises en contrebande peuvent être transportées. Aucun document de voyage n’est requis sur ces itinéraires et il n’y a pas de contrôles.

Sans s’attaquer aux problèmes des agents de douane et d’immigration corrompus, ainsi qu’à la porosité des frontières nigérianes, on ne traitera que les symptômes du mal. Les solutions pourraient inclure le recrutement de nouveaux groupes d’agents des douanes, qui seraient formés à la lutte contre la contrebande et la corruption. Sinon, lorsque les frontières seront réouvertes, elles risquent être exploitées comme avec les anciens fonctionnaires qui profitent depuis des années de la contrebande.

Sur le web

Lille : François Hollande censuré par l’extrême gauche

Par Frédéric Mas

Par Frédéric Mas.

À #Lille 2, la conférence de François Hollande perturbée par des étudiants de la fac. pic.twitter.com/QsSnZHEKoV

— Nicolas Farmine (@NFarmine) November 12, 2019

François Hollande devait s’exprimer mardi 12 novembre à l’université de Lille 2 sur la crise de la démocratie. La conférence n’a cependant pas pu commencer. En cause, l’irruption d’une cinquantaine de militants d’ultra-gauche qui a dégradé la salle et détruit les exemplaires du dernier livre que l’ancien président de la République venait présenter.

Si l’objectif des manifestants était d’illustrer le propos de l’intervenant, c’est une réussite totale. Comment la foule déchaînée en est-elle venue à considérer le placide et très social-démocrate François Hollande comme un héraut de l’ultralibéralisme du capitalisme le plus débridé1, une sorte de monstre à qui il fallait à tout prix interdire la parole ?

La liberté d’expression ciblée par les groupuscules radicaux

La liberté d’expression n’a pas seulement mauvaise presse auprès de nos dirigeants, qui depuis des décennies ne font que revenir sur cette liberté fondamentale au nom de la guerre contre le terrorisme et du tout sécuritaire. Elle est aussi la cible des groupuscules radicaux, identitaires ou gauchistes qui ne supportent pas le pluralisme démocratique et cherchent à caporaliser les universités, parfois avec la lâche complicité du personnel universitaire.

Ici, il semblerait que les censeurs soient des syndicalistes, visiblement assez peu versés dans le dialogue, qu’il soit social ou non. Parce qu’ils sont défaits dans les urnes et incapables de justifier leurs privilèges sociaux, bon nombre d’entre eux en sont réduits aux techniques fascisantes du blocage, de l’émeute et de l’intimidation.

Au nom de l’émotion suscitée par le suicide par immolation d’un étudiant à Lyon en face d’un CROUS (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires), les manifestants légitiment la violence et la pression pour interdire tout débat au sein même de l’université, lieu par excellence du savoir et des échanges.

Dictature des émotions

Cette dictature des émotions, qui prend le pas sur le règne de la raison, est un signe de l’époque. Comme le rappelait Jonathan Haidt et Greg Lukianoff dans The Coddling of American Mind, c’est même un trait propre à la dégradation du débat public contemporain. Les émotions ont toujours raison sur les émotions – ou les passions – quel que soit le contenu cognitif du message opposé. La dictature émotionnelle est au cœur de la polarisation des clivages idéologiques et de l’étiolement de la discussion rationnelle.

La démonstration bruyante des manifestants n’est pas seulement le signe du déclin de la liberté d’expression et de la raison dans notre pays : elle a aussi pénalisé très concrètement un entrepreneur méritant, la librairie universitaire Meura, bien connue des Lillois. Comme toujours dans les happenings gauchistes, ceux qui trinquent ne sont pas forcément les plus médiatisés.

En effet, dans leur rage totalitaire, les manifestants ont détruit les exemplaires du livre que François Hollande devait dédicacer. Ces exemplaires étaient vendus par une librairie indépendante qui ne méritait certainement pas l’autodafé. J’ai moi-même été étudiant en droit à Lille 2 et fréquenté la Librairie Meura, que ce soit pour acheter mes manuels ou pour le plaisir.

Un texte publié sur Facebook par la librairie Meura, qui organisait avec la librairie l’Affranchie la vente de livres lors de la rencontre avec François Hollande à #Lille2, sur la destruction de leur stock. pic.twitter.com/TYNTL5xNN5

— Julien Simon (@story_nerd) November 13, 2019

S’il y a bien une entreprise qui ne méritait pas ce genre de dégradation, c’est bien l’équipe de la librairie Meura. On espère que les syndicats impliqués dans cette opération de destruction honteuse auront la décence de rembourser ce qui s’apparente à un acte de barbarie. S’en prendre aux livres rappelle malheureusement des temps moins glorieux.

 

  1. En France, le libéralisme est nécessairement ultra, et le capitalisme nécessairement débridé.

Marche contre l’islamophobie : Mélenchon déteste les religions… sauf si elles sont de gauche !

Par Nathalie MP
victoire de Jean-Luc Mélenchon

Par Nathalie MP.

Marcher contre l’islamophobie le 10 novembre 2019 au motif que les musulmans sont de plus en plus souvent l’objet de « discriminations, de projets ou de lois liberticides, d’agressions physiques de femmes portant le foulard, d’attaques contre des mosquées ou des imams, allant même jusqu’à la tentative de meurtre » alors même que la France est à trois jours de commémorer les attentats islamistes du 13 novembre 2015 qui ont fait 130 victimes décédées et 350 blessés et qu’elle cumule depuis 2012 le douloureux score de 263 tués et plusieurs centaines de blessés dans des violences de même obédience, il fallait le faire.

Monter en épingle la récente attaque de la mosquée de Bayonne qui a fait deux blessés, qui a été unanimement condamnée par toute la classe politique française et dont l’auteur, un homme isolé de 84 ans décrit comme « instable » par son entourage, a été dûment appréhendé par la police, alors même que les profanations de cimetières et d’églises catholiques ainsi que les attaques violentes contre des juifs ou des synagogues sont devenues le lot tristement courant de nos faits divers (encore le 9 novembre dernier), il fallait le faire.

Se retrouver tout sourire dans une manifestation où l’un des meneurs, Marwan Muhammad, l’ex-dirigeant du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) dont les liens idéologiques intégristes avec les Frères musulmans ne font aucun doute même s’ils sont soigneusement absents de la présentation juridique de l’association, a fait reprendre en choeur le fameux cri « Allahu Akbar » qui a précédé et, en quelque sorte, signé tous les attentats islamistes perpétrés en France et dans le monde, il fallait le faire.

Il fallait le faire et Jean-Luc Mélenchon l’a fait

Mais qu’est donc devenu le franc-maçon initié dès 1983 au Grand Orient de France ?

Qu’est devenu le bouffeur de curés qui ne jurait à une époque que par la défense de la laïcité et la promotion d’un idéal républicain dépouillé de toute religion ?

Qu’est devenu le farouche dézingueur du régime tibétain qui n’hésitait pas à accuser le Dalaï-Lama de vouloir déstabiliser la Chine et à qualifier le Tibet d’ « État théocratique dans lequel l’équivalent de la charia bouddhiste serait appliqué » (vidéo) ?

Apparemment, l’idée de la charia, c’est-à-dire de la régulation sociale intégrale par une religion, en l’occurrence l’islam – idée clairement défendue par les organisateurs initiaux de la marche du 10 novembre – n’est plus tout à fait aussi répugnante aux yeux de Jean-Luc Mélenchon.

Il faut dire que passé le boom électoral enregistré lors de l’élection présidentielle de 2017, tout ne va plus pour le mieux pour le lider maximo de la France insoumise (FI).

Pour commencer, l’expérience de l’info selon Mélenchon portée depuis janvier 2018 par la web TV soi-disant indépendante Le Média a amplement démontré que « l’information en liberté » qu’elle prétendait délivrer était en fait très surveillée, sans compter tous les règlements de comptes internes qui ont vu se succéder trois directeurs de la publication en un an.

Ensuite, en octobre 2018, ses vitupérations et ses appels à une riposte virulente au cours d’une perquisition dans les locaux de la France insoumise, révélant un individu colérique et boursouflé d’une importance qu’il n’a pas, n’ont pas arrangé les choses.

Et cet automne, suite des règlements de comptes avec la publication d’un livre à charge signé du politologue et ex-membre de la FI Thomas Guénolé. Dans La chute de la maison Mélenchon, il décrit un parti qui fonctionne sur le mode « dictatorial » et qui s’assure de la soumission de ses membres selon les méthodes d’une « machine à broyer ».

Le résultat ne s’est pas fait attendre

De 19,6 % des suffrages exprimés pour une participation de 77,8 % lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2017, la FI est tombée à 6,3 % pour une participation de 50,1 % lors des Européennes de 2019.

Quant à M. Mélenchon personnellement, sa cote de popularité est au plus bas. Dans le baromètre Elabe pour Les Échos du mois d’octobre 2019, seuls 16 % des personnes interrogées disent avoir une bonne opinion de lui contre 70 % qui expriment au contraire une mauvaise opinion.

Cette dégringolade ne pouvait plus durer, il fallait absolument faire quelque chose !

Coup de chance, le paysage politique français ne manque pas de politiciens de tous bords avides d’avoir eux aussi leur quart d’heure de célébrité dans un jeu de ping-pong de petites phrases et d’huile jetée sur le feu où les extrêmes prennent un dangereux plaisir à se renvoyer la balle.

À ce titre, la diatribe récente de Julien Odoul, élu du Rassemblement national, contre une mère voilée venue accompagner des élèves en visite au Conseil régional de Bourgogne a servi de prétexte idéal à tous les islamo-gauchistes pour se lancer dans une grande opération « halte à la haine et au racisme, halte à la droite et l’extrême droite » comme ils les aiment.

Diatribe pas très futée, il faut bien le dire, à tel point que même au sein du RN, nombreux sont ceux qui se sont sentis un peu gênés aux entournures. Le fait est que cette dame ne demandait rien à personne et qu’elle est maintenant dûment convaincue que les Français lui en veulent et que la France l’opprime. Bingo !

C’était peut-être l’effet recherché par M. Odoul : créer les conditions qui allaient lui permettre de montrer à quel point les musulmans ne s’intègrent pas – et c’est à coup sûr un effet que la gauche adore récupérer pour dénoncer encore et encore les relents de colonialisme et de racisme qui polluent l’esprit ordinaire de la France.

Petit problème pour Mélenchon, quand même : et que devient la laïcité dans tout cela ?

Que devient la laïcité dans tout cela ?

Après tout, juste après les attentats de Paris de 2015, ne se fendait-il pas d’un tweet des plus clairs à propos de l’opinion qu’on peut avoir relativement à l’islam ?

 

tweet mélenchon islamophobie
Eh bien, je ne vous étonnerais certainement pas en vous disant que le député de Marseille a pris récemment sa plus belle plume de blog pour persister et signer dans sa volonté de participer à la marche du 10 novembre :

Nous avons appris à connaître avec la ‘théologie de la Libération’ en Amérique latine comment la religion pouvait aussi ne pas être qu’une drogue qui annule la volonté d’agir pour changer le monde mais parfois l’exact contraire.

Autrement dit, la religion n’est pas toujours l’opium du peuple.

Quand elle adopte les canons de la gauche, comme ce fut le cas de la théologie de la libération dans les années 1970 et 1980 et comme c’est le cas de l’islamo-gauchisme qui fait actuellement son chemin au Parti communiste, à la CGT et à la France insoumise, il faut y voir « le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur », nous explique Mélenchon en citant Marx.

Une laïcité à géométrie variable

Si l’on peut à juste titre s’étonner de sa « laïcité à géométrie variable », il faut bien voir que l’engagement fondamental de Mélenchon n’a pas changé : il est marxiste, il fait partie du clan des « progressistes », et c’est à l’aune de cet engagement de toujours qu’il considère tour à tour les diverses idéologies qui peuvent le servir.

Si vous êtes de droite ou si vous vous opposez à un grand pays communiste comme la Chine, votre religion est un opium à combattre. À l’inverse, si vous êtes de gauche, votre religion est une admirable libération des opprimés.

Ainsi, tout comme la gauche en général est toujours prête à donner l’absolution aux plus sanguinaires dictateurs, pourvu qu’ils soient estampillés « de gauche », Jean-Luc Mélenchon est toujours prêt à jouer les idiots utiles de n’importe quelle religion, charia incluse, pourvu qu’elle soit gaucho-compatible.

Il pense que cela lui sera utile en vue des prochaines élections et surtout, c’est exactement conforme à son idéologie.

Nous avons vraiment des hommes politiques formidables ! Ça promet…

Sur le web

Crise des urgences : avant l’engorgement (1)

Par Patrick de Casanove

Par Patrick de Casanove.

Cette crise est en pratique celle des services d’accueil des urgences médicales. Cela fait plusieurs mois que ces services, ainsi que les pompiers qui font aussi partie des services d’urgences, sont en conflit avec le gouvernement.

Le problème de base est que les urgences sont engorgées.

L’ordre pas si spontané

En médecine une urgence est un problème pour lequel doit être trouvé une solution rapide. La plus grave est l’urgence vitale qui met en jeu la vie de la personne dans les minutes ou les heures qui suivent. L’engorgement tient au fait que ce service reçoit bien d’autres cas. Il n’en fut pas toujours ainsi.

J’ai commencé mes études de médecine en 1977. Quand j’étais étudiant, puis jeune médecin, n’arrivaient aux urgences que… les urgences ! Étonnant, n’est-ce pas ?

Au CHU de Bordeaux, au service Petits blessés, aux côtés des infirmières et aide- soignants, les urgences étaient assurées par l’externe, puis l’interne, puis le chef de clinique en fonction des compétences nécessaires. Chaque service, par exemple orthopédie, neurochirurgie, envoyait ses médecins. À l’Hôpital des Enfants, les services étaient ceux de médecine pédiatrique ou chirurgie pédiatrique. Il faut reconnaître que, s’il y avait du travail, nous n’étions pas débordés et nous pouvions faire face sans difficultés autre que de manger en retard, voire de sauter le repas.

La spécialité de médecin urgentiste n’existait pas. Il y avait : la capacité d’aide médicale urgente (CAMU 1986-98), la capacité de médecine d’urgence (CMU depuis 1998), puis le DESC de médecine d’urgence (depuis 2004 et pendant encore 3-4 ans pour les générations d’internes d’avant 2017).

La médecine d’urgence est devenue officiellement une spécialité médicale à part entière le 13 novembre 2015 avec la publication de l’arrêté qui a créé le diplôme d’études spécialisées (DES) de médecine d’urgence. C’est l’année 2017 qui verra la première génération d’internes qui choisiront d’emblée la médecine d’urgence à l’examen classant national (ECN).

Auparavant, les médecins généralistes étaient fréquemment sollicités pour les urgences. Selon l’endroit, nous étions appelés pour des accidents de voiture, de tracteur, de machine, des chutes de toit, d’escabeau ou d’échelle, des accidents domestiques, des plaies et traumatismes divers, entorses graves et fractures etc.

Nous prenions aussi en charge des syndromes coronariens aigus, des œdèmes aigus du poumon, des accidents vasculaires cérébraux, des crises d’asthme sévères, des douleurs abdominales aiguës, des pertes de connaissance, des troubles graves du comportement etc.

Des urgences peu fréquentées

Les patients étaient très rarement adresssés aux urgences. Seulement ceux que nous ne pouvions prendre en charge à domicile.

Il faut avoir conscience qu’alors, la Sécurité sociale remboursait les maigres frais de déplacement qu’elle autorisait au médecin, même si l’état de santé du patient aurait pu lui permettre de se déplacer jusqu’au cabinet médical. La conséquence était qu’à l’époque, en milieu rural et semi-rural, nous faisions beaucoup de visites. Très souvent un déplacement permettait de prendre en charge plusieurs personnes ; en termes de nomenclature, donc comptable, cela signifiait une visite et x consultations, donc un seul déplacement facturé.

Chaque médecin s’organisait pour être facilement joignable. Par exemple en donnant le planning de ses visites incluant les heures prévues. Il suffisait à la personne en charge de recevoir les appels des patients de téléphoner au domicile de la personne visitée pour joindre le médecin. Pour ceux qui s’en souviennent, c’était l’époque de la CB. Certains médecins avaient opté pour un système de radio-communication privé, composé d’une base et d’un mobile par médecin ; une CB personnelle en quelque sorte pour laquelle il fallait acquérir une licence spécifique.

Le grand nombre de visites avait un avantage pour la prise en charge des urgences : nous étions très mobiles donc très réactifs. Nous pouvions interrompre à tout moment notre tournée pour nous rendre auprès d’une personne nécessitant une intervention rapide.

Les patients programmés dans cette tournée ne se plaignaient quasiment jamais du retard du médecin. Même s’ils connaissaient l’heure habituelle de son passage ils ne l’attendaient pas vraiment. Ils vaquaient à leurs occupations et savaient que le docteur pouvait être retardé par une urgence. Ils lui étaient souvent reconnaissants de passer, bien qu’il ait beaucoup de travail. Ils savaient que la prochaine fois ce serait peut-être eux qui auraient besoin d’une intervention urgente et qu’il serait là. Cela créait des liens de confiance.

Comme pour beaucoup de médecins, mes consultations étaient alors sans rendez-vous. Chacun passait dans l’ordre d’arrivée et attendait patiemment. Il était facile d’intercaler une urgence, de quitter le cabinet médical en cas de nécessité.

La nuit, les week-ends et les jours fériés, les médecins du secteur avaient créé une association pour organiser les gardes et des séances de formation médicale continue indépendantes des laboratoires pharmaceutiques. Grâce à ce système il y avait un médecin de garde pour un secteur d’environ 22 000 habitants. Le journal local publiait le nom et le numéro du médecin de garde. Ces renseignements étaient aussi sur les répondeurs, affichés sur les pharmacies, les gendarmes les connaissaient.

La population était parfaitement rodée. Les gardes étaient chargées. Une petite garde comprenait une soixantaine d’actes, une grosse garde dépassait les cent. Il s’agissait essentiellement de visites à domicile. Les pathologies comprenaient quelques urgences vitales et beaucoup de pathologies aiguës ne mettant pas en jeu le pronostic vital. Beaucoup de personnes avec des traumatismes liés aux activités sportives du week-end attendaient le lundi matin pour consulter.

Des spécialistes facilement joignables

Il était beaucoup plus facile qu’aujourd’hui de joindre par exemple un chirurgien, un cardiologue et de lui adresser directement le patient sans passer par les urgences, qui d’ailleurs n’existaient qu’à l’hôpital. Le spécialiste le prenait aussitôt en charge à son arrivée.

L’inexistence d’un médecin traitant déclaré à la Sécurité sociale rendait les médecins très accessibles. Les patients savaient parfaitement qui était leur médecin traitant, ou lequel ils choisiraient en cas de besoin. Ils savaient aussi qu’aucun médecin ne refuserait, sauf s’il ne pouvait vraiment faire autrement, de les prendre en consultation. En cas d’impossibilité il était facile de trouver un confrère ayant une petite place disponible. Il arrivait que le médecin momentanément surchargé appelle lui même son confrère.

Ces années là, bien que les problèmes de la Sécu aient surgi dès sa création,

« Remarquons en passant qu’en 1952 […] Antoine Pinay […] avait déclaré qu’étant donné les grandes difficultés de la France, il avait préparé les textes d’une réforme de la Sécurité sociale […]. Il reste que face à l’augmentation – continue depuis l’origine – des « dépenses de maladie », le ministre des Affaires sociales de l’époque, M. Gazier, doit dès 1957 préparer un projet pour soi-disant les « maîtriser ».

Il n’y avait encore que très peu de contraintes, hors l’art médical proprement dit. Mais cela commençait à changer. La tâche était lourde, les responsabilités importantes, mais le plaisir de soigner était prédominant. Les conditions de travail étaient agréables, le travail administratif réduit au minimum. La Sécu ne se mêlait quasiment jamais de notre travail. La qualité des relations humaines créées dans ce contexte de travail était extraordinaire.

Comment en sommes-nous arrivés à la situation d’aujourd’hui ?

À suivre…

Alain Laurent défend l’individualisme libéral à Genève

Par Francis Richard

Par Francis Richard.

Lundi, Alain Laurent était l’invité de l’Institut Libéral pour intervenir sur le thème : L’individualisme libéral : la belle alliance entre liberté et responsabilité.

Pierre Bessard, directeur de l’Institut, rappelle que l’intervenant est philosophe, essayiste et directeur des collections Bibliothèque classique de la liberté et Penseurs de la liberté aux Belles Lettres, auteur de l’anthologie L’autre individualisme.

Il rappelle que gauche et droite sont anti-individualistes et qu’elles l’assimilent à l’égoïsme. À gauche, on voudrait interdire aux individus de prendre l’avion, de consommer de la viande etc., et à droite on voudrait qu’ils appartiennent à un groupe, à un peuple, à une nation.

Alain Laurent se propose de parler de trois monstres : l’individualisme, le libéralisme et… l’individualisme libéral.

Le libéralisme toujours en accusation

L’individualisme est même fustigé par des capitalistes. Ainsi Harmonie mutuelle a fait passer une publicité dans Le Monde avec le slogan : Avançons collectif ! et avec l’engagement de son président pour une société plus inclusive et plus solidaire

Dans Causeur un éditorialiste s’en est pris récemment au « libéralisme débridé » et à « l’individualisme forcené. »

Le libéralisme serait bon en politique et mauvais en économie. Le libéralisme ne serait acceptable que dans le sens américain, c’est-à-dire quand il est progressiste, socialiste…

Les penseurs libéraux ne souffrent pas d’une telle hémiplégie. Qu’il s’agisse, par exemple, de John Locke ou de Benjamin Constant qui se disait libéral en tout et pour lequel chacun doit développer ses facultés comme bon lui semble sans que s’exerce sur lui de pouvoir arbitraire.

Dans À l’Est d’Eden, John Steinbeck écrit :

Notre espèce est la seule créatrice et elle ne dispose que d’une seule faculté créatrice : l’esprit individuel de l’homme. Deux hommes n’ont jamais rien créé. Il n’existe pas de collaboration efficace en musique, en poésie, en mathématiques, en philosophie. C’est seulement après qu’a eu lieu la création que le groupe peut l’exploiter. Le groupe n’invente jamais rien. Le bien le plus précieux de l’homme est le cerveau isolé de l’homme.

Autrement dit, il n’existe que des individus et il ne peut y avoir de groupes sans individus. Cette conception est à l’opposé du paternalisme ou du collectivisme, qu’il soit sociologique, moral ou économique: les communautés sont des lieux de résidence forcée.

L’individualisme bien compris

L’individualisme bien compris se caractérise par le libre gouvernement de soi, l’autodétermination et le vivre pour soi et par soi. Il diffère des individualismes aristocratique, anarchisant, existentiel, spirituel, libertaire ou libertarien. Il se trouve à l’intersection entre l’individualisme et le libéralisme.

Pour les penseurs libéraux (John Locke, Benjamin Constant, John Stuart-Mill, Yves Guyot, Albert Schatz, Alain, Karl Popper, Bruno Leoni, Friedrich Hayek, Jean-François Revel, Norberto Bobbio ou Mario Vargas Llosa), il ne peut y avoir de libéralisme sans individualisme et celui-ci est prééminent.

Le libéralisme apporte à l’individualisme sa philosophie sociale, une manière de vivre avec les autres : on ne peut pas être libéral tout seul. Il limite l’individualisme, il sanctuarise les droits individuels et il fait assumer les conséquences de ses actes avec la responsabilité individuelle.

L’individualisme apporte au libéralisme une méthodologie pour pallier l’insuffisante prise en compte de la souveraineté de l’individu, maître et propriétaire de lui-même, dont les ennemis sont non seulement l’État, mais le collectif, c’est-à-dire l’appartenance à un groupe, qui serait donc propriétaire de l’individu.

Les phénomènes collectifs sont inter-individuels : on vit en société, ce qui ne veut pas dire que la société existe.

Cette synergie entre liberté et individualisme est ce qui fonde l’Occident. Lequel a à résoudre les problèmes de la distribution équitable des chances d’émancipation, du narcissisme de groupe (nationalismes, corporatismes etc.) et de la minoration des menaces.

Alain Laurent, qui est pour un libéralisme musclé, est fâché avec l’humanisme actuel qui relève de la naïveté sur la réalité humaine et d’un excès d’optimisme béat. Il ne faut pas confondre la tolérance avec l’hyper-tolérance. La tolérance n’est pas synonyme d’acceptation des idées dominantes.

Les libéraux doivent mettre le paquet contre les ennemis de l’individu et ne pas accepter lâchement n’importe quoi : ainsi faut-il empêcher de nuire les intolérants avérés.

En résumé : La liberté, ça se défend.

Sur le web

Des marchés suspendus à un deal

Par Karl Eychenne

Par Karl Eychenne.

L’année 2019 est marquée par une faillite totale des indicateurs censés prévoir l’avenir. Tous ont anticipé une correction significative des marchés et de l’économie. Au lieu de cela, le marché d’actions américain a battu un nouveau record aujourd’hui.

Quel est le secret du marché ? Il tient en quatre lettres : deal. Les investisseurs sont convaincus que les autorités américaine et chinoise vont finir par signer un deal, évitant une hausse des tarifs douaniers américains prévue en décembre. Il faut dire que cette croyance est nourrie quasi-quotidiennement par des communications rassurantes de la part des autorités.

Lorsque la foi l’emporte sur la preuve, difficile d’avancer des contre-arguments : ainsi les indicateurs les plus populaires qui ont anticipé une correction des marchés ou une récession économique ont-ils tous failli depuis le début de l’année. Ne citons que les trois ayant fait la Une de l’actualité :

 

  • la courbe de taux d’intérêt inversée
  • les ratios de valorisation des marchés d’actions au plus haut
  • la confiance des industriels en chute libre

 

D’ailleurs, signe que les temps sont difficiles pour ceux qui lisent avec les lunettes habituelles : ni les stratégies basées sur les indicateurs techniques traditionnels, ni les hedge funds n’ont particulièrement brillé en 2019. L’intelligence artificielle ? elle ferait moins bien que les hedge funds…

 

L’inversion de la courbe des taux

Au cours de l’été, les taux d’intérêt américains à 10 ans sont passés sous les niveaux des taux d’intérêt à trois mois, et même à deux ans. On dira alors que la courbe de taux s’est inversée. Or, les inversions de courbe sont chargées de sens d’un point de vue historique : elles annoncent une récession économique et une correction des marchés pour les mois à venir. Théoriquement, une courbe de taux inversée signifie que les taux d’intérêt à 10 ans anticipent une baisse tendancielle des taux directeurs pour les années à venir. Or si les taux directeurs baissent c’est que l’économie ne doit pas se porter très bien. Ainsi, les investisseurs étaient alors censés anticiper le pire, et auraient pu (dû) fuir les marchés d’actions. Rien de tout cela ne s’est produit.

 

Toutefois, la courbe de taux inversée avait des circonstances atténuantes. Il faut rappeler que depuis l’instauration de politiques monétaires ultra-accommodantes, les achats massifs d’emprunts d’États de la part des Banques Centrales ont largement contribué à abaisser le niveau des taux d’intérêt de long terme. Ainsi, l’inversion de la courbe a été encouragée. Autrement dit, peut-être que sans politique monétaire accommodante, la courbe ne se serait pas inversée. Selon les travaux de la Banque Centrale américaine, l’excès de baisse des taux à 10 ans serait de près de 1 %. Si ce chiffre est bon, alors la courbe ne se serait effectivement pas inversée sans le quantitative easing de la Banque Centrale américaine. Et donc, il n’y aurait pas eu de signal alarmiste de la courbe.

 

Plus récemment, on a assisté à une dés-inversion de la courbe des taux. Ce mouvement s’explique par deux facteurs. D’une part, l’anticipation d’un deal entre les États-Unis et la Chine : les investisseurs ont alors délaissé les emprunts d’État de maturité longue qui avaient été plébiscités car considérés comme actifs « refuge ». D’autre part, des achats massifs et ciblés sur le partie courte de la courbe des taux de la part de la Banque Centrale américaine afin de répondre à des problèmes ponctuels de liquidité du marché.

 

La chute des indicateurs avancés

Nous parlons ici de la confiance des industriels, et en particulier dans le secteur manufacturier. Depuis que Donald Trump a déclaré la guerre commerciale avec la Chine, tous les indicateurs avancés de par le monde ont initié un mouvement de baisse, qu’ils n’ont jamais vraiment interrompu. Au cours de l’été, cette baisse a même franchi un nouveau palier, emmenant les indicateurs avancés sous des niveaux cohérents avec un fort ralentissement des croissances économiques. Historiquement, de telles baisses des indicateurs avancés auraient dû s’accompagner de baisses sévères des marchés d’actions. Ce ne fut pas le cas.

Il existe au moins trois explications à ce non-phénomène :

 

  1. Il faut tenir compte de la fin d’année 2018 catastrophique des marchés d’actions, déjà alimentée par la baisse des indicateurs avancés. Ainsi, si l’on tient compte de cette baisse des marchés fin 2018, la hausse de 2019 parait bien moins impressionnante.

 

  1. La conviction qu’un deal va être signé : puisque les indicateurs avancés ont baissé à cause du no-deal et la perspective d’un ralentissement significatif du commerce mondial, un deal serait supposé provoquer l’effet inverse.

 

  1. Les investisseurs n’ont pas été si aveugles que cela : en effet, la performance réalisée par les marchés d’actions est une chose, mais celle réalisée par les actifs « refuges » (emprunts d’État) est aussi révélatrice. Or, le fait que les investisseurs aient fortement rallié les marchés des emprunts d’État est bien le signe qu’ils ont validé la baisse des indicateurs avancés. D’ailleurs, si l’on fait la différence entre la performance des actions et celle des emprunts d’État, on obtient une prime de risque réalisée faible, et bien en ligne avec la baisse des indicateurs avancés.

Des valorisations excessives

La réputation du PER n’est plus à faire, notamment parce qu’il avait prévu la crise des valeurs technologiques en 2000. Or, il se trouve que ce PER aurait de nouveau atteint des niveaux jugés élevés en cours d’année, et pouvant anticiper une correction d’un point de vue historique. Mais de quoi parlons-nous ? Le PER fait le rapport entre le prix du marché et les bénéfices (par actions) de l’entreprise : les initiés considèrent alors soit les bénéfices réalisés au cours des 12 derniers mois, voire les 10 dernières années (Shiller), ou encore les bénéfices anticipés. Intuitivement, si ce rapport est élevé, cela peut signifier que la valeur de marché des entreprises est trop élevée par rapport à ce qu’elles valent vraiment. Nous parlons ici du PER, mais en fait d’autres indicateurs du même genre (Q de Tobin, price to book,…) disaient la même chose : le marché était trop cher.

Or, là encore, les ratios de valorisations élevés ont peut-être des circonstances atténuantes : les taux d’intérêt faibles. En effet, d’un point de vue théorique, le prix d’une action dépend des bénéfices, mais également du coût de financement. Précisément, pour un même bénéfice, le prix d’une action peut monter juste parce que le coût de financement baisse : c’est exactement ce qu’il s’est passé avec la baisse des taux d’intérêt.

D’ailleurs, la hausse des actions aurait pu être plus forte encore… C’est effectivement ce nous raconte la prime de risque requise par l’investisseur : cette prime nous dit que compte tenu des faibles niveaux de taux d’intérêt, la valorisation des actions justifierait des niveaux bien plus hauts. Autrement dit, cette prime témoignerait d’un comportement encore frileux de l’investisseur, et donc bien en phase avec les indicateurs avancés au plus bas.

Conclusion : un deal sinon rien ?

Si le deal était un indicateur, il serait probablement un mélange de PER, de confiance des industriels, et de courbe des taux. Aujourd’hui, cet indicateur nous dirait alors que le PER est faible (marché peu cher), la confiance au plus haut (accélération de la croissance), et la courbe pentue comme jamais.

Peut-être les autorités seraient-elles tentées de ne rien signer puisque finalement tout va mieux ?

« Les résolutions c’est comme les migraines, on les oublie quand la douleur part » (Robert Bloch).

Personne n’envisage aujourd’hui un tel scénario. Et pourtant, le deal n’existe que dans la tête des investisseurs, et dans la bouche des autorités américaine et chinoise. Autrement dit, cet indicateur n’existe pas. Les collapsologues de la finance n’ont donc pas encore dit leur dernier mot : et si le deal ne venait pas ?

L’obsession anticoloniale retarde le développement africain

Par Yves Montenay

Par Yves Montenay.

La plupart des gouvernements rejettent leurs échecs sur le pouvoir précédent. En Afrique on accuse la colonisation. Une soixantaine d’années est passée, et cette accusation perdure et même redouble. Elle s’appuie sur une mythification de l’histoire précoloniale, coloniale et postcoloniale.

Étant Français et blanc, donc a priori suspect dès que je n’adhère pas à cet anticolonialisme primaire, je vais passer la parole à des Africains. Et notamment à l’un d’entre eux, Kakou Ernest Tigori (KET dans ce qui suit), Ivoirien ayant reçu le prix Mandela de littérature 2017.

Nous parlerons principalement ici des anciennes colonies françaises.

Une histoire très arrangée

Faute d’écriture en Afrique, la plupart des témoignages historiques écrits viennent des Européens. Les Africains reprochent à l’histoire qui en découle de donner une image dégradante de leur continent (ce qui n’est pas toujours vrai) et réagissent en « l’arrangeant » à leur façon.

Une mythification de l’histoire précoloniale

Une approche assez fantaisiste, du moins pour l’Afrique ex française, est d’idéaliser le passé précolonial, d’exagérer les rares combats qui ont eu lieu à l’occasion de la colonisation et de les présenter comme une résistance de la population.

En fait, les enclaves côtières européennes étaient plutôt des pôles d’attraction (selon KET et les indications recueillies sur le terrain) et une interface entre les organisations politiques de l’intérieur et le reste du monde. La côte leur fournissait les produits demandés, notamment des armes, en échange de l’or produit localement, et des esclaves. Ces organisations politiques de l’intérieur n’étaient pas vraiment des États au sens occidental du terme, mais sont aujourd’hui idéalisés dans l’enseignement national.

Il y avait des organisations plus puissantes dans d’autres parties de l’Afrique, avec, par exemple les Zoulous au sud et les sultanats musulmans, notamment au nord de l’actuel Nigeria.

La diabolisation de la période coloniale

Carte : l’Afrique en 1914. En 1918 les colonies allemandes ont été attribués à la Grande-Bretagne, sauf la plus grande partie du Cameroun et une partie du futur Togo qui ont été attribués à la France

Cette période coloniale, toujours dans les ex-colonies françaises et contrairement au Congo belge, est loin de représenter l’oppression quotidienne souvent évoquée, surtout quand on la compare aux relations tribales précédentes. J’ai recueilli les témoignages de Français et d’Africains en charge dans les années 1940 et 1950, qui étaient surpris et choqués par la façon dont, 20 à 30 ans plus tard, on niait leur action de paix civile et de développement.

Les anticolonialistes « sérieux » font d’ailleurs prudemment référence à une époque coloniale plus ancienne, mais plus on remonte dans le temps et moins est pertinente l’idée que la situation actuelle de l’Afrique découle de cette période. Souvenons-nous que la Prusse vaincue et quasi démembrée par Napoléon était devenue 70 ans plus tard un empire puissant, le deuxième Reich, qui avait vaincu la France et faisait de l’ombre à l’empire britannique.

Voici deux de ces témoignages de cadres coloniaux.

Dans un district de Haute-Volta (aujourd’hui le Burkina Faso), Marcel Dolmaire était l’un des trois seuls Européens pour vingt-huit mille habitants, appuyé par dix-neuf gardes armés sans cartouches, et était complètement absorbé par l’action sanitaire, la gestion des conflits inter tribaux ou personnels et le développement. Si les populations avaient vraiment considéré que les Français étaient des ennemis ou des exploiteurs, il n’aurait pas survécu longtemps.

On pourrait multiplier les témoignages de ce genre pour les Européens isolés loin des villes, du bled du Sahel aux montagnes du Vietnam.

Allez lire également le témoignage de Maurice Guillaume, agronome voyageant seul dans les montagnes vietnamiennes pour former les paysans à l’usage des meilleures semences : Le cycle colonial à travers une famille.

Une première « infox » due à la guerre froide

Pendant la guerre froide dont j’ai été le témoin attentif à partir de la guerre de Corée, j’ai observé l’instrumentalisation des élites occidentales et africaines par l’URSS. La stratégie lancée par Lénine qui était persuadé que le capitalisme ne survivait que par l’exploitation coloniale, était de priver les capitalistes de leur Sud. Il y avait une distribution massive de bourses par les universités soviétiques et des actions opérationnelles directes, notamment militaires. L’élite africaine a ainsi été communiste, avant que certains ne se détachent du parti (Césaire, Senghor…), mais leurs œuvres de l’époque ont été et sont toujours diffusées.

KET rajoute que « Patrice Lumumba, Kwame Nkrumah ou Thomas Sankara ne doivent leur notoriété actuelle qu’au fait qu’ils étaient au service de la propagande soviétique », dont j’ai pu constater l’efficacité en voyant des personnalités communistes secondaires, comme la sud-africaine du Dulcie September, bénéficier de manifestations dans le monde entier !

Une décolonisation calme découlant de la géopolitique

La décolonisation a eu des raisons multiples, « l’esprit du temps » certes, mais qui lui-même est la conséquence de multiples circonstances dont voici quelques-unes.

La plus souvent évoquée est la résistance des populations. Mais l’examen pays par pays montre qu’il s’agit en général d’un mythe. En effet la situation était calme au sud du Sahara, avec de rares exceptions comme celle de l’ethnie Bamiléké au Cameroun.

Le cas général a été une évolution continue avec l’étape de « l’Union française » et la carrière à la fois parisienne et locale des premiers présidents, dont ceux du Sénégal et de la Côte d’Ivoire et de nombreux hommes politiques subsahariens.

Une autre raison a souvent été avancée par des intellectuels africains : « vous nous avez enseigné la démocratie et les droits de l’Homme, et nous avons tout simplement suivi vos idées ». Mais pourquoi à cette époque ? À mon avis, c’était du fait de l’affaiblissement de l’Europe par les deux guerres mondiales et de l’action de l’URSS auréolée de son succès sur l’Allemagne nazie, qui avait fait oublier les violences staliniennes et le pacte germano-soviétique.

On parle rarement d’une troisième raison : la démographie.

La colonisation a considérablement réduit la mortalité, en premier lieu grâce au retour à l’ordre public, à la fin des guerres tribales et de l’esclavagisme, notamment arabe, qui s’était traduit par des déportations massives. Des transports moins imparfaits ont réduit les famines, tandis que les progrès de la médecine commençaient à se diffuser.

Mais la fécondité est restée élevée, notamment du fait de la faible urbanisation. Elle a même augmenté suite à la moindre mortalité des femmes d’âge fécond. L’augmentation rapide de la population a rendu plus difficile l’administration coloniale et notamment la scolarisation, difficultés qui ont continué après l’indépendance et qui perdurent encore aujourd’hui (voir une argumentation détaillée dans le cas de l’Algérie).

Cette évolution démographique est probablement à rapprocher de l’idée qui s’est répandue en France à l’époque, à savoir que les colonies coûtaient bien plus qu’elles ne rapportaient, et que cela allait s’aggraver s’il fallait financer la scolarisation et les services publics pour une population galopante.

Les indépendances et la prime médiatique aux démagogues

La décolonisation a conduit à la sacralisation des « dénonciateurs » : Sekou Touré, N’Krumah, Sankara. C’est patent dans le cas de la Guinée « De Sekou Touré à Alpha Condé, la logique du pouvoir est restée inchangée : dominer et ruiner », selon Amadou Sadjo Barry dans Le Monde à la suite des manifestations du 14 octobre 2019

Ces dictateurs ont ruiné leur pays, mais ils se sont construits une image de héros en s’opposant à la France, et leurs discours fracassants ont laissé une image positive, éclipsant les biens meilleurs dirigeants qu’ont été par exemple Senghor, Houphouët-Boigny ou, au Ghana, Rawlings qui a sorti son pays du chaos et en a fait l’un des mieux tenus d’Afrique.

Rappelons qu’au moment des indépendances, l’Afrique comptait 9 % de la population mondiale pour 9 % du commerce international.

Cette part est tombée à 2 % alors qu’elle rassemble 17 % de la population mondiale.

Il vaudrait donc mieux s’interroger sur ce qui s’est passé après la colonisation que de remonter 70 ou 150 ans en arrière

Le retour aux vieilles lunes

C’est pourtant ce que fait la mode universitaire actuelle.

La mode universitaire du « post colonialisme »

Le regain actuel de l’anticolonialisme s’appuie sur un courant d’idées international, « le post colonialisme ».

En voici deux illustrations :

    • Lors d’un récent colloque francophone international en Martinique rassemblant principalement des littéraires et des linguistes, nous avions à notre disposition la traditionnelle « librairie du colloque » montée par le libraire local et rassemblant ce qui pouvait intéresser les participants. Ce n’était qu’ouvrages de témoignages et de lamentations sur l’esclavage (aboli depuis 150 ans PAR la colonisation), qu’œuvres des grands écrivains anti-coloniaux et la dénonciation comme traître du poète de la négritude puis président du Sénégal Léopold Cedar Senghor. Bref la plupart des textes traitaient de situations vieilles de 70 à 150 ans et, à mon avis, avec un éclairage très partiel.
    • En octobre 2019 à Paris, le professeur Fauvelle lançait dans sa leçon originale au collège de France : « Cette histoire de l’Afrique, l’Occident l’a longtemps délibérément évitée pour mieux la piller, l’exploiter et réduire en esclavage ses habitants ». Mon propos ici n’est pas de discuter de cette affirmation qui est pour le moins très partielle, mais d’illustrer à quel point cette focalisation sur une colonisation diabolisée est appuyée par les plus hautes autorités intellectuelles françaises.

Pourquoi ? Dans le meilleur des cas parce que « l’on considère que le Noir aurait tellement souffert qu’il faut être indulgent envers lui » (KET), dans le pire par la prévalence de l’analyse soviétique, qui est toujours en usage dans plusieurs secteurs de la politique et de l’économie.

On objectera que les universitaires ont peu d’influence, contrairement aux politiques ou aux milieux d’affaires. C’est oublier qu’ils influencent les médias, comme le montre cet exemple de série sur « Les routes de l’esclavage », où il manque deux points clés : la traite arabe qui a ravagé une partie de l’Afrique jusqu’à ce qu’elle soit abolie par l’instauration de la colonisation dans la deuxième moitié du XIXe siècle, en même temps que l’esclavage interne.

Les universitaires influencent également les programmes scolaires et sont du pain bénit pour les dictateurs en imputant leurs échecs à la colonisation.

L’intoxication par les programmes scolaires et la politique intérieure

Commençons par les « pharaons noirs », théorie de Cheikh Anta Diop pour illustrer l’importance des Noirs dans la civilisation mondiale via l’Égypte antique. C’est une vérité officielle au Sénégal, mais qui fait lever les sourcils aux historiens.

Plus grave, les programmes scolaires utilisent des textes anti coloniaux sans rapport avec des problèmes contemporains. Notamment ceux des grands auteurs antillais (Césaire, Glissant, Zobel…) décrivant la vie difficile des campagnes dans les années 1930 et 1940. Donc des textes totalement dépassés.

En effet les misérables ouvriers agricoles décrits dans leurs livres vivent aujourd’hui en ville, ou en sont à quelques minutes avec leur voiture personnelle. Ils sont devenus citoyens français avec notamment les mêmes prestations sociales, un niveau de vie considérablement augmenté, une démocratie respectée et une scolarisation totale, qui leur permet d’ailleurs de réussir massivement les concours nationaux. Ces profondes transformations du genre de vie sont illustrées par une fécondité maintenant aussi basse qu’en métropole.

Outre cette littérature dans laquelle est formée la jeunesse, d’autres acteurs ont contribué à ce regain actuel de l’anticolonialisme primaire.

La Chine, la Russie…

Il y a bien sûr d’abord l’action de ceux qui sont intéressés à la rupture des liens avec l’ancienne métropole.

Le cas le plus fréquent flagrant est celui de la Chine qui se présentait il y a encore quelques années comme un pays pauvre victime des Occidentaux. C’est un argument qui perd de sa pertinence et les sentiments africains envers la Chine commencent à être plus mitigés. Mais son discours et la distribution de bourses par les universités chinoises entretiennent ce sentiment anticolonial.

La Russie tente aujourd’hui de concurrencer la Chinafrique, avec le sommet d’octobre 2019 entre Poutine et trente chefs d’États africains. Il s’agit de retisser les relations anciennes entre l’URSS et le continent, qui a laissé un nombre important de russophones chez les cadres africains.

Pour s’assurer la bonne grâce des dirigeants, la Russie, comme la Chine, se gardent bien de faire des remarques sur leur gouvernance, contrairement aux Européens. Mais l’état de l’économie russe ne peut pas faire grand-chose de plus que de vendre des armes et envoyer quelques gros bras de sociétés de protection privées, particulièrement remarquées en République Centrafricaine. Notons que Facebook s’est attaqué le 1er novembre 2019 à des infox russes dénigrant la France en Afrique.

Or ce regain de l’anticolonialisme primaire est catastrophique pour l’Afrique.

Des résultats catastrophiques

Il est en effet difficile de conduire efficacement des pays si on se focalise sur le rétroviseur et si ce dernier est mal réglé.

Un frein au développement africain

Ces débats détournent l’attention des peuples des graves problèmes immédiats à résoudre :

  • l’état de l’agriculture, encore aggravé par le dérèglement climatique,
  • l’urbanisation très rapide, facteur favorable à long terme, mais générateur d’immenses pollutions dans l’immédiat,
  • et surtout une scolarisation restant partielle et calamiteuse.

Mais ces problèmes n’intéressent pas la plupart des gouvernants.

Un exemple de la catastrophe générée par cet anticolonialisme primaire est celui du Zimbabwe.

Ce pays était prospère à l’époque coloniale, puis après une indépendance négociée laissant une période transitoire pour les fermiers blancs, très efficaces mais ouvertement racistes. Cette période passée, le président Mugabe, auréolé par ses discours anti-impérialistes a multiplié les répressions et lancé une guerre civile (le racisme tribal et anti-blanc remplaçant le précédent). Il a déclenché l’effondrement économique en nationalisant les terres « blanches » et par la mainmise de son clan incompétent sur le pays. À la fin de ses 37 années de règne il était néanmoins toujours respecté du fait de ses discours anti occidentaux.

Les exemples de rhétorique anticoloniale masquant les problèmes d’aujourd’hui sont nombreux.

On peut citer la revendication par Madagascar au nom de la liquidation du colonialisme, des « îles éparses », îlots inhabités restés français alors que le vrai problème est la ruine du pays par les gouvernements successifs. Avec une mention particulière pour le président « socialiste » Didier Ratsiraka, qui, comme au Zimbabwe, a poussé au départ les producteurs français et les cadres malgaches, ce dont le pays ne s’est jamais remis.

De même pour les Comores et leur revendication sur Mayotte rappelée chaque année à l’ONU, alors que la gouvernance des Comores est un échec et que le retour de Riyad des boursiers wahhabites est un péril immédiat.

Beaucoup plus grave est la réticence du Burkina envers l’aide militaire française. Le gouvernement sait qu’elle est vitale, mais une réunion « des syndicats de la société civile » (Le Monde du 4 octobre 2019) a demandé le départ pur et simple des militaires français. Cela en héritage intellectuel de Thomas Sankara au pouvoir de 1983 à 1987 dont on cite toujours avec admiration les diatribes « anti-impérialistes ».

Pourtant une grande partie du pays est dans un chaos sanglant et nombreuses sont, comme au Mali, les écoles publiques fermées et les filles renvoyées à la maison et les garçons à l’école coranique. Les soldats français de Barkhane n’ont été appelés qu’exceptionnellement et en désespoir de cause pour sauver cent cinquante soldats burkinabés.

Au Mali, donc, dont la décomposition d’une partie du territoire est encore plus avancée, et l’action militaire française demandée par le gouvernement et l’ONU, on répand la rumeur selon laquelle la véritable raison de la présence française serait « de prendre notre or » (une production notable à l’échelle locale, mais tout à fait géopolitiquement négligeable). Alors que l’exploitation est faite de manière « sauvage » par des particuliers probablement rackettés et quelques entreprises internationales dont une française, une ou plusieurs chinoises et une canadienne.

Plus généralement le comportement politique et économique catastrophique de nombreuses élites africaines a été occulté par des Français se voulant bienveillants : « il ne faut pas le dire, pour ne pas donner d’arguments aux racistes » (KET confirmant de nombreuses observations personnelles).

Enfin cela évite de parler de la brutalité et de la corruption apportées par les entreprises chinoises, indiennes, russes, turques… qui, dans les conversations privées, font regretter les entreprises françaises.

Bref tout cela est catastrophique. Pour l’Afrique d’abord et accessoirement pour la France déjà largement économiquement évincée.

Que reste-t-il des liens avec la France ?

Le lien le plus important est celui de la langue. Le français progresse rapidement dans ces pays tant comme langue maternelle que comme langue seconde. Il est indispensable à l’ouverture sur le monde et à l’accès à la documentation professionnelle, donc au développement.

Du coup le français est dans le collimateur de tous ceux qu’il gêne et notamment de nos nouveaux « anticolonialistes ». On lui oppose les langues locales ou l’arabe (proclamé non colonial et identitaire, au mépris de toute l’histoire africaine) qui n’ont pas en pratique les mêmes possibilités. On lui oppose aussi l’anglais, le chinois ou le russe, ce qui supposerait de « mettre à la poubelle » la formation de trois générations, alors que le petit nombre de personnes qui en ont besoin aujourd’hui peut parfaitement les étudier en plus du français.

Du fait de cette langue commune, les liens avec la France sont entretenus par une coopération discrète, de moins en moins exclusive, mais continue. Elle concerne les domaines universitaire, municipal et militaire et une partie des ONG présentes sur le terrain. Autant d’exemples que le Français n’est pas « un colonialiste avide » mais un partenaire bienveillant. Encore faut-il que ce dernier ne se répande pas en « repentance » pour une colonisation qu’il ne connaît pas mieux que les Africains.

Il y a également la diaspora établie en France. De façon analogue, elle transmet une vue « normale » des Français, avec la même réserve quant à leur ignorance et à leurs idées reçues sur la période coloniale.

Plus importante est la réaction des Africains eux-mêmes que nous illustrons ici par l’œuvre de KET, bien résumée dans l’article « Il est temps de décoloniser les cerveaux » dans le numéro 344 de L’Éco austral, page 60 (journal de Maurice et autres territoires « francophones » de l’océan Indien dont Madagascar).

Jeune Afrique a consacré deux pages à cet écrivain ivoirien sous le titre « L’Afrique à désintoxiquer ».

« Nous devons aider les nôtres, et surtout les jeunes à être moins ignorants de l’histoire… à arrêter de perdre leur temps en se moquant de l’Occident… et être plus exigeant envers nous-mêmes en ce qui concerne notre propre gouvernance ».

Ou encore (je résume) : le couple Afrique–Europe a été miné pendant plus quatre-vingts ans par une manipulation mensongère, menée notamment par les élites africaines qui ont imposé un « politiquement correct » sans fondement historique

Mes propres souvenirs de la guerre froide et ceux transmis par la fréquentation de la génération travaillant dans « l’outre-mer » dans les 30 dernières années de l’époque coloniale, recoupent largement ceux de KET.

Sortir l’Afrique de l’obsession coloniale

L’époque coloniale, c’est l’histoire. C’est important, mais il faut la confier à de vrais historiens. Gouvernants et intellectuels africains doivent conduire leur pays en regardant devant eux et pas seulement dans un rétroviseur déformant.

S’il fallait résumer un peu abusivement ce qui précède, je dirais, comme KET, que l’époque coloniale c’est d’abord la sortie de l’esclavage et l’ouverture sur des mondes différents.

Ouverture forcée ? Certes, comme celle des Gaulois sur la civilisation romaine, qui a brutalisé la vieille civilisation celte, mais imaginerait-on de faire porter à Rome la responsabilité du Moyen-Âge ?

Sur le web

Le retour de l’écofascisme

Par The Conversation

Par Alexandra Minna Stern.
Un article de The Conversation

Un peu partout dans le monde, on voit grandir chez les suprémacistes blancs un discours qui lie les théories du grand remplacement à la défense de l’environnement.

Patrick Cruisius, l’homme accusé du massacre de 22 personnes à El Paso en août 2019, avait ainsi posté en amont sur le forum 8chan quatre pages dans lesquelles il justifiait son attaque par « l’invasion hispanique du Texas » et le remplacement culturel et ethnique imminent des Blancs en Amérique.

Mais l’extrémiste fait aussi directement référence au manifeste rédigé par Brenton Tarrant, l’homme accusé des attentats islamophobes de Christchurch, qu’il avait publié sur le même forum pour annoncer ses intentions. En mars 2019, l’attaque de deux mosquées en Nouvelle-Zélande par cet Australien d’extrême droite avait fait 52 morts.

Dans ce texte, Brenton Tarrant se désignait lui-même comme un « éco-fasciste », convaincu qu’il n’existait pas de « nationalisme sans environnementalisme ». Le tueur d’El Paso a quant à lui titré sa diatribe « Une vérité qui dérange », en référence au documentaire de 2006 de l’ex vice-président américain Al Gore, alertant sur les dangers du changement climatique. Il y fait également les louanges du Lorax, grand classique de l’écrivain américain pour enfants Theodor Seuss sur la déforestation et la cupidité des entreprises.

L’omniprésence des thèmes environnementaux dans ces manifestes n’est pas si étrange. Elle témoigne au contraire de la place croissante de l’écofascisme au cœur de l’idéologie du nationalisme blanc contemporain. Une tendance que j’ai mise au jour en menant des recherches pour un ouvrage publié récemment.

Xénophobie et environnementalisme

Le propre des écofascistes est de mêler leurs inquiétudes autour des évolutions démographiques, qu’ils qualifient d’« extinction blanche », avec des fantasmes de terres vierges exemptes de non-Blancs et de pollution.

La naissance de ce mouvement remonte au début du XXe siècle, lorsque les notions romantiques de communion avec la Terre ont pris racine en Allemagne. Ces idées ont rencontré une forme d’expression dans le concept de lebensraum, c’est-à-dire d’« espace vital », et dans les tentatives de créer une lignée exclusivement aryenne, dans lesquelles le nationalisme racial du « sang et du sol » régnait en maître. Le concept de lebensraum était au cœur des politiques expansionnistes et génocidaires du Troisième Reich.

Les liens entre xénophobie et environnementalisme de droite ne sont, on le voit, pas nouveaux. Aux États-Unis, les souches de l’écofascisme remontent aux balbutiements du mouvement environnemental, alors rejoint par des racialistes comme Madison Grant. Dans les années 1920, cet avocat américain défendait la préservation de la flore native, notamment des séquoias de Californie, tout en diabolisant les immigrants non blancs.

Après la Seconde Guerre mondiale, des organisations nativistes – courant de pensée qui s’oppose à toute nouvelle immigration – ont alimenté les peurs autour de la surpopulation et de l’immigration rampante, au nom de la protection des forêts et des rivières.

Algiz, la rune de la vie.
Wikipedia, CC BY-NC-SA

 

 

Illustration du regain de ce courant de pensée, un mème populaire en ligne chez les écofascistes et l’extrême droite interpelle ainsi : « Sauvez les arbres, pas les réfugiés ». Les mèmes écofascistes prennent souvent la forme d’émojis ressemblant à Algiz, une lettre de l’alphabet runique utilisée par le nazisme, aussi connue sous le nom de « rune de la vie ». Affectionnée d’Heinrich Himmler et des SS, elle est l’un des nombreux symboles alternatifs aux croix gammées qui circulent en ligne chez les néonazis.

L’écologie profonde pervertie

De nombreux écofascistes gravitent aujourd’hui dans les sphères de l’« écologie profonde », une philosophie développée par le Norvégien Arne Naess au début des années 1970. Il voulait distinguer sa conception de l’écologie, qu’il considérait comme une révérence pour tous les êtres vivants, de ce qu’il estimait être une « écologie superficielle », à la mode.

Rejetant la croyance de Naess en la valeur de la diversité biologique, les penseurs d’extrême droite ont perverti l’écologie profonde, imaginant le monde intrinsèquement inégal et les hiérarchies raciales et sexuelles comme partie intégrante de leur conception de la nature.

L’écologie profonde célèbre une connexion à la Terre presque spirituelle. Comme je le montre dans mon livre, dans sa version nationaliste et blanche, seuls les hommes – Blancs ou Européens – peuvent réellement communier avec la nature de façon signifiante et transcendante. Cette quête cosmique nourrit leur désir de préserver, par la force si nécessaire, des territoires vierges pour les Blancs.

Les suprémacistes blancs s’intéressent ainsi aujourd’hui à des figures comme l’écofasciste Finlandais Pentti Linkola, qui appelle à une restriction radicale de l’immigration, au retour aux modes de vie pré-industriels et à des mesures autoritaires pour maintenir la vie humaine dans des limites strictes.

Réfléchissant aux idées de Linkola, le webzine nationaliste blanc Counter-Currents incite les hommes blancs à prendre des mesures écofascistes, affirmant qu’il est de leur devoir de « sauvegarder le caractère sacré de la Terre ».

Crise climatique et extinction des Blancs

Rappeler et identifier de tels antécédents aide à expliquer pourquoi le tueur de Christchurch s’est autoqualifié d’« écofasciste » dans son « manifeste ».

Le tueur d’El Paso offre d’ailleurs des exemples plus directs et spécifiques. Outre mentionner Le Lorax, il critique dans son texte l’incapacité des Américains à recycler et leur gaspillage inutile de plastiques à usage unique.

Leur croisade pour sauver les Blancs de la disparition dans le multiculturalisme et l’immigration reflète leur croisade pour la préservation de la nature contre la destruction de l’environnement et la surpopulation.

L’opinion publique considère que l’écologisme est l’affaire des progressistes, si ce n’est de la gauche, avec ses engagements en faveur de la justice environnementale et de la neutralité carbone.

Pourtant, l’omniprésence des préoccupations environnementales chez les suprémacistes blancs montre que la distinction entre progressistes et conservateurs n’est pas nécessairement pertinente pour comprendre et appréhender les idéologies d’extrême droite aujourd’hui.

Si les tendances actuelles se maintiennent, l’avenir sera marqué par une intensification du réchauffement planétaire et des phénomènes météorologiques extrêmes. Il y aura une augmentation du nombre de réfugiés climatiques, souvent à la recherche d’un répit dans le nord du globe. Dans ce contexte, je pense que les suprémacistes blancs associeront la perspective des catastrophes climatiques à leurs craintes d’extinction des Blancs.

Les projections démographiques prévoient qu’à l’horizon 2050, les États-Unis deviendront un pays majoritairement non blanc. Pour les suprémacistes, cette horloge démographique s’accélère de jour en jour. Les tireurs de Christchurch et d’El Paso invoquent tous deux la théorie du « grand remplacement », c’est-à-dire l’idée déformée selon laquelle les immigrants et les autres groupes raciaux sont démographiquement plus nombreux que les Blancs, au point de les faire disparaître.

Compte tenu de ces tendances émergentes, le public doit tenir l’écofascisme pour une menace dangereuse qui nous guette à plus ou moins long terme.


Cet article a été traduit de l’anglais par Nolwenn Jaumouillé.

Alexandra Minna Stern, Professor of American Culture, History, and Women’s Studies, University of Michigan

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Big Data et visibilité en ligne, enjeu pluridisciplinaire de l’économie numérique

Par Farid Gueham

Par Farid Gueham.
Un article de Trop Libre

« En 2020, 35 % des données numériques seront produites par 212 milliards d’objets connectés. 44 000 milliards de Go seront générés par ces objets et les systèmes informatiques devront être capables de stocker, d’analyser et d’interpréter ces données massives Big Data. Aujourd’hui déjà, la visibilité des entreprises comme celle des internautes dépend très largement de la maîtrise et de la compréhension du Big Data, caractérisé par les 4 V (volumétrie, vélocité, variété et valeur). Sans compter que les enjeux sont multiples et impliquent des domaines divers : informatique, juridique, communication et gestion ». 

Christophe Alcantara, maître de conférences en sciences de l’information, Francine Charest, professeure agrégée au département d’information et de communication de l’Université Laval de Québec et Serge Agostinelli, professeur  d’informatique à l’université des Antilles, croisent les études empiriques, interrogeant le concept de big data et sa réalité plurielle.

Applications, stockage et exploitations des données : enjeux et défis pour la réussite étudiante

« Depuis quelques années émerge en lien avec le développement des services numériques en ligne une nouvelle problématique, celle dite des données massives ou Big Data définies comme un ensemble des données produites en temps réel et en continu, structurées ou non, et dont la croissance est exponentielle. »

Comme le rappelle Didier Paquelin, professeur à l’université de Laval, dans le monde académique au sein duquel se déploie un nombre croissant de plateformes numériques « learning management system », l’utilisation massive des données est de plus en plus pensée en lien avec le déploiement des services numériques proposés aux étudiants.

Ainsi, près de 99 % des établissements d’enseignement post-secondaires (collèges et universités) utiliseraient un « LMS ». Au cours des vingt dernières années, le développement du numérique a également bouleversé l’environnement du cours et le format dans lequel ce dernier est proposé. La diffusion des supports pédagogiques est facilitée par la dématérialisation. « Si l’intérêt des analytiques d’apprentissage est démontré lorsque les étudiants sont engagés dans un processus de formation, une autre situation d’usage peut également être envisagée à savoir l’aide au choix des cours contributoires à un programme. »

Certains paramètres permettent d’identifier les indicateurs d’engagement et de persévérance, voire d’identifier des profils fondés sur la modélisation prédictive qui reconnaît l’existence d’inégalités socio-économiques, démographiques et culturelles face à la formation et à l’apprentissage.

Les enjeux juridiques de la visibilité en ligne

« La réglementation des usages transfrontaliers du Big Data pose des problèmes de droit international, dont les conflits de lois et de juridictions en matière de vie privée et de sécurité qui mettent aux prises les dispositifs juridiques nationaux. Les gouvernements adoptent des politiques et des lois qui s’entrechoquent, pendant que les entreprises mettent en place des mécanismes internes de gouvernance pour optimiser la gestion du Big Data. »

En 2005, un groupe de travail des Nations-Unies réuni à Tunis, étudiait sous l’angle de la gouvernance d’Internet « l’élaboration et l’application par les États, le secteurs privé et la société civile, dans le cadre de leurs rôles respectifs, de principes, normes, règles, procédures de prise de décisions et programmes communs propres à modeler l’évolution et l’utilisation de l’internet. »

Nous évoluons au sein d’un environnement multi-acteurs, remettant en cause la gestion solitaire des noms de domaine par l’organisme américain ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers ), sous l’autorité exclusive du Département du commerce des États-Unis. Le Big Data est un bon outil de croissance des organisations, mais il pose un défi de taille en termes de conciliation juridique des intérêts divergents de ses acteurs.

De la visibilité des individus et des organisations : invisible et visible, la part sociale de l’individu en ligne en Chine

Pour Mylène Hardy chercheuse à Sciences po,

« la visibilité en ligne est une question beaucoup débattue dans la littérature. Les recherches mettent en avant une exposition nouvelle d’individus qui jusque-là n’avaient pas de médias pour se faire entendre, ou dont les voix étaient filtrées de manière forte par les médias traditionnels ». 

En Chine, Internet s’est développé à partir du moment où l’on a eu la possibilité d’y accéder, en 1994. Une progression rapide et sans précédent due, notamment à l’investissement massif de l’État chinois. La visibilité est en effet une question d’ordre politique.

Dans le cadre d’un état autoritaire, qui prête peu d’intérêt aux individus, internet est une vitrine, contrôlée mais existante, offerte à des citoyens qui ne sont pas perçus comme des humains, mais davantage comme des consommateurs ou des agents, « dans une perspective structurale macro ». 

Dans un contexte de censure, la visibilité des internautes chinois se replie dans le champ des discours autorisés, ou encore dans la sphère du divertissement, suivant ici une tendance de la société de la consommation qui n’est pas propre à la Chine, mais que la  censure renforce.

Des normes pour plus d’éthique sur internet

 « Nonobstant l’incertitude relative des résultats renvoyés par les moteurs de recherche, le filtrage et l’absence des éléments diffusés sur les médias sociaux, l’enquête invite à ajuster certaines hypothèses sur la structure de la médiatisation politique en ligne. En particulier la diversité des publications attendues, de leurs sources et de leurs supports, qui n’est pas réellement présente dans les résultats recensés et appelle de nouvelles recherches ». 

L’exploration du web gagne à être approfondie, affinée.

Faut-il enfin des lois, des normes, ou de la formation pour plus d’éthique sur internet ? La fiabilité des plateformes, le risque de perdre leur crédit et leur valeur, sont autant d’éléments qui laissent envisager une régulation inévitable de leur fonctionnement dans un avenir proche. Les auteurs concluent :

« La principale difficulté réside dans le périmètre mondial dans lequel les plateformes évoluent. Tout arbitrage se doit de répondre aux exigences et aux limites légales de l’ensemble des pays dans lesquels elles sont présentes », concluent les auteurs.

Pour aller plus loin :

De la motivation à l’engagement, aqpc.pc.ca

Big Data et visibilité en ligne, un enjeu pluridisciplinaire de l’économie numérique, mshs.univ-toulouse.fr

Le prodigieux développement d’internet en Chine, larevuedesmedias.ina.fr

La Chine bloque le quart des médias étrangers présents sur son territoire, lemonde.fr

Sur le web

Cette belle gauche de France

Par h16

Par h16

Ah, qu’il est doux d’être de gauche en France ! Cela offre finalement tant d’opportunité de dire des trucs et de faire leur contraire, de professer et encourager des comportements qu’on s’abstiendra bien de pratiquer soi-même, et le tout en ne supportant que de vagues et rares reproches, qu’il serait dommage de s’en priver.

Par exemple, comme pour l’actrice Anémone récemment décédée, il sera beaucoup plus simple pour vous d’avoir des comptes en Suisse si vous vous êtes toujours officiellement affiché de gauche : oh, bien sûr, un petit soupçon pourra toujours faire bruisser quelques médias, mais le rappel à la réalité de votre militantisme et de votre vie de bohème affichée suffira à calmer les rumeurs. Eussiez-vous été de droite, voire pire encore, patron (quand bien même apolitique), l’affaire n’aurait pas été si simplement réglée et ce n’est pas un entretien radio ou un communiqué de presse expliquant la situation qui auraient suffi.

Non, décidément, si vous avez un compte en Suisse, affichez-vous de gauche. Revendiquez des valeurs populaires ! Exhortez les uns et les autres à l’abnégation, au dénuement, vivez chichement s’il le faut (sans oublier toutefois d’acheter du café certes plus cher mais surtout équitable, du quinoa certes plus cher mais surtout bio et un appartement au centre de Paris certes très cher mais surtout très rentable en location), que dis-je, choisissez un soutien sans faille aux leaders charismatiques les plus à gauche possible comme (au hasard) Jean-Luc Mélenchon, et tout se passera très bien. Le capitalisme et la fortune personnelle, sont des péchés hideux mais on peut s’en absoudre par un vote efficace !

D’ailleurs, on peut en France très bien amasser une fortune considérable qui sera d’autant moins insupportable pour toute la presse, tous les politiciens de tous bords et tout le Camp du Bien en général si l’on s’affiche résolument à gauche toute. L’illustration de la catégorie « millionnaires et milliardaires de gauche » sera laissée en exercice au lecteur. Comme quoi, on peut rester riche même après une bonne distribution d’argent (surtout quand c’est celui des autres) !

millionnaires de gauche

Mais être de gauche, c’est – heureusement – bien plus qu’une simple histoire d’argent.

Et si tout n’est pas qu’une affaire de pognon, il n’en reste pas moins qu’en étant de gauche, tout peut se négocier, tout est ouvert à discussion, depuis la localisation de ses comptes jusqu’aux valeurs qu’on pourra défendre un matin et renier le soir, ou les opinions qu’on pourra arborer fièrement une année pour s’en éloigner aussi vite que possible l’année suivante.

Eh oui, comme le montre par exemple Jean-Luc Mélenchon, être de gauche nécessite une souplesse assez olympique qui, si elle ne lui permet pas de s’adapter à des fauteuils d’avions en classe éco, l’autorise cependant amplement à retourner sa veste tout en baissant son pantalon, ainsi que l’aura illustré la récente manifestation difficilement classable comme républicaine.

Dans cette dernière, le brave Jean-Luc aura voulu démontrer à quel point il était concerné par l’accumulation insupportable de tous ces abominables actes terroristes qui endeuillent presque quotidiennement la France (depuis la fusillade pathétique d’une mosquée jusqu’aux puzzles Peppa Pig déposés dans les boîtes à lettres de musulmans officiels) en défilant dans une manifestation contre l’islamophobie.

Pour un leader charismatique de cette aile et de cette envergure, le défaut de participation aurait été impardonnable et justifie largement que, tout pourfendeur de curé soit-il, il puisse défiler bras dessus, bras dessous avec des fondamentalistes qui crient « Allah Akbar« … Que voulez-vous, une partie de son électorat défilait aussi ce jour-là, et ne pas s’y montrer, c’était risquer de n’être pas assez de gauche.

Et la souplesse reste admirable pour ce quasi-septuagénaire qui avait en 2015 exprimé pourtant clairement l’impérieuse nécessité d’une certaine islamophobie, celle qui s’inscrit dans cette liberté d’expression permettant de moquer et de critiquer toutes les religions, musulmane incluse.

Je conteste le terme d'islamophobie. On a le droit de ne pas aimer l'islam comme on a le droit de ne pas aimer le catholicisme. #SLT

— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) November 21, 2015

Cette souplesse s’inscrit d’ailleurs dans le temps puisque le même Jean-Luc (un peu plus jeune il est vrai et donc d’autant plus à même de réaliser des pirouettes sémantiques somptueuses) n’hésitait pas en 2010, tout de gauche qu’il était déjà alors, à renvoyer les porteuses de voile dans leurs 22 avec ce talent de tribun qu’on lui accorde sans mal :

« En ce moment, on a le sentiment que les gens vont au devant des stigmatisations : ils se stigmatisent eux-mêmes — car qu’est-ce que porter le voile, si ce n’est s’infliger un stigmate ? — et se plaignent ensuite de la stigmatisation dont ils se sentent victimes. »

Décidément, être de gauche permet, en plus de conserver un compte en banque dodu, d’assurer une élasticité redoutable !

Mais ce n’est pas tout, car être de gauche, c’est enfin avoir des valeurs fermement chevillées au corps, ces valeurs qui font de vous un humaniste qu’il sera de bon ton de fréquenter lors des dîners en ville, un phare de lumière dans la grisaille du quotidien, une balise d’utopie dans la tempête de réalité froide.

C’est ce qui vous permettra par exemple de détourner en toute décontraction un symbole infâme qui fut porté par tant d’individus condamnés à une mort atroce, comme l’a démontré avec une belle désinvolture la sénatrice Esther Benbassa, faisant paraître sur son fil Twitter la photo d’une gamine (qui n’a pas été endoctrinée, elle, au contraire évident de ces enfants présents lors de Manifs Pour Tous) arborant une étoile jaune.

Bon, soit, cette fois-ci, être officiellement de gauche n’aura pas suffi puisque quelques protestations furent émises et relayées : vouloir comparer, par le truchement de ce symbole lourd de sens, la situation actuelle des musulmans en France avec celle des Juifs il y a 80 ans est une très grosse maladresse qu’une sénatrice républicaine aurait dû ne surtout pas cautionner.

Heureusement, être de gauche permet de disposer de toute une armée de réserve qui, comme un seul homme, se lèvera pour ferrailler au combat et dissiper bien vite le malentendu : articulets remettant les choses au clair et rappelant les petits tweets sirupeux d’âmes charitables (de gauche aussi, évidemment), explications précises et pointues dans le style maintenant inimitable des faux-checkers de Libération, soutien affiché de partis tendrement acquis à la cause, tout est fait pour atténuer et faire oublier une récupération et un symbolisme si honteux qu’il aurait directement expulsé tout autre politicien dans les geôles médiatiques s’il avait été autre chose que de gauche.

Ah, décidément, qu’il est bon d’être de gauche en France : compte en banque dodu et laissé tranquille, souplesse juvénile assurée, service après-vente au taquet, rien n’est laissé au hasard et cela explique sans mal pourquoi la droite n’en est plus une et qu’elle dérive assez résolument vers les mêmes contrées où coulent miel, lait et argent des autres…


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Sur le web

Chili : les réformes libérales ont profité aux plus pauvres

Par Daniel J. Mitchell

Par Daniel J. Mitchell.

Il y a quelques jours déjà, je dénonçais une attaque infondée du New York Times contre les réformes favorables au marché menées avec succès par le Chili. Dans son éditorial, le journal affirmait que les riches sont les seuls bénéficiaires de la politique économique, ce qui est totalement insensé et faux. En effet, ayant visité le Chili il y a environ un an, j’ai produit une série de trois articles1 montrant que les moins favorisés sont les grands gagnants.

Mais les faits et les chiffres ne semblent pas correspondre à l’idéologie du New York Times. Nous avons maintenant un nouvel article, écrit par Amanda Taub, qui affirme que l’économie de marchés libres a échoué au Chili.

Depuis trois semaines, le Chili vit de profonds bouleversements. […] Peut-être que les seuls gens à ne pas être surpris sont les Chiliens. […] La promesse des dirigeants politiques, durant des décennies, que le libre marché mènerait à la prospérité et que la prospérité réglerait les autres problèmes, a échoué. […] Les inégalités sont encore profondément enracinées. La classe moyenne chilienne est en difficulté. […] Les manifestants et les experts s’accordent généralement à reconnaître que le pays a besoin de réformes structurelles.

Ce point de vue est repris par un professeur chilien dans une chronique pour le journal britannique de gauche Guardian.

Les inégalités au Chili sont scandaleuses et la plupart des Chiliens de la classe moyenne vivent dans la précarité. […] Le pays a un problème structurel évident : l’inégalité. Le revenu par habitant du quintile inférieur des Chiliens se situe en dessous de 130 euros par mois. La moitié de la population gagne environ 500 euros. […] Au fond, cette crise adresse un message d’urgence à l’élite chilienne : des changements profonds sont nécessaires pour reconstruire le contrat social.

Les faits : succès économiques et réduction des inégalités

Mais si on considère que le Chili est un échec, les autres pays d’Amérique latine doivent être classés dans une catégorie encore moins reluisante. Regardez cette comparaison de l’évolution du revenu moyen des différents pays d’Amérique du Sud au cours des trois dernières décennies.

Evolución 1990-2019 del PIB per cápita en Sudamérica a Paridad de Poder de Compra (PPP), dólares de 2011. pic.twitter.com/lDEoWrUpry

— Aldo Lema – Chile (@AldoLema_cl) November 2, 2019

Évolution entre 1990 et 2019 du PIB par habitant en Amérique du Sud en parité de pouvoir d’achat, dollars 2011.

À titre de comparaison, observez bien le déclin de l’Argentine et l’effondrement du Venezuela. Mme Taub préfère-t-elle ces résultats à la prospérité croissante du Chili ?

Quant à la supposée persistance des inégalités de revenus au Chili, voici un autre graphique intéressant qui révèle au contraire une constante réduction :

Évolution du coefficient de Gini en Amérique du Sud depuis 1990. Le coefficient de Gini, variant de 0 à 1, mesure l’inégalité des revenus dans un pays (0 signifie une égalité parfaite).

Mobilisation de la gauche radicale

Alors pourquoi y a-t-il du mécontentement alors que le Chili a connu un tel succès ?

Dans un article du Wall Street Journal, Mary Anastasia O’Grady s’inquiète du fait que la gauche contrôle les éléments de langage au Chili.

La gauche dure a passé des années à implanter le socialisme dans la psyché chilienne par le biais des écoles secondaires, des universités, des médias et de la politique. Alors même que le pays s’est enrichi plus que n’importe lequel de ses voisins en défendant la propriété privée, la concurrence et l’État de droit, nombre de Chiliens se livrent à une propagande anticapitaliste. Les milléniaux qui ont investi les rues pour promouvoir la lutte des classes reflètent cette influence. La droite chilienne a largement abandonné son devoir de s’engager dans la bataille des idées sur la place publique. M. Piñera n’est pas un libéral au plan économique et ne cherche pas à défendre la moralité du marché. Il n’a même pas renversé la politique anti-croissance de celle qui l’a précédé à la présidence, la socialiste Michelle Bachelet. Les Chiliens n’ont qu’une version de l’histoire qui leur vienne à l’esprit. Plus le niveau de vie augmente, plus les attentes augmentent. Quand la réalité ne suit pas, le terrain est déjà fertile pour les socialistes.

Le magazine social-démocrate The Economist est également en désaccord avec l’argument selon lequel le Chili est un échec :

Au Chili, l’économie préférée des libéraux dans la région, les protestations contre la hausse des tarifs du métro de Santiago se sont transformées en émeutes, puis en manifestations de 1,2 million de personnes contre les inégalités. […] Malgré ses défauts, le Chili est pourtant un succès historique. Son revenu par personne est le deuxième plus élevé d’Amérique latine et proche de celui du Portugal et de la Grèce. Depuis la fin d’une dictature brutale en 1990, le taux de pauvreté au Chili est passé de 40 % à moins de 10 %. L’inflation est toujours faible et les finances publiques sont bien gérées. [… ] Ce n’est pas un argument de complaisance à l’égard du Chili. […] Les Chiliens considèrent ne pas être suffisamment pris en charge par l’État. Ils épargnent pour leur propre retraite, mais beaucoup n’ont pas cotisé assez longtemps pour s’assurer une pension convenable. Les temps d’attente dans les services de santé publique sont longs. Les gens paient donc un supplément pour les soins.

Malheureusement, l’article préconise ensuite un renforcement de l’État et davantage de redistribution : des politiques qui mineraient la compétitivité et la prospérité du Chili. Hélas, le Président du Chili semble disposé à souscrire à ces mauvaises politiques.

Dans une autre chronique pour le Wall Street Journal, Mme O’Grady met en garde contre les conséquences possibles.

Les difficultés pour l’économie la plus prospère d’Amérique latine ne font que commencer. […] M. Piñera s’est déclaré ouvert à une réécriture de la Constitution chilienne pour répondre aux revendications des socialistes, des communistes et des autres partis de gauche. Si on se réfère à l’histoire de l’Amérique latine, une réécriture de la Constitution pourrait conduire à une suppression de droits politiques et économiques, une concentration du pouvoir, un appauvrissement du pays et davantage d’injustice. Les grands perdants seraient les pauvres méritants, qui perdraient l’accès à une vie meilleure dans ce qui est devenu l’une des économies les plus mobiles du monde au plan social. […] M. Piñera a accepté de discuter avec les « citoyens » dont les intérêts sont vraisemblablement représentés par les incendiaires et les pillards. […] C’est une capitulation stupéfiante et il n’est guère surprenant qu’elle semble avoir aiguisé l’appétit de la gauche radicale.

Forte mobilité sociale

Elle souligne que les réformes du marché chilien ont été couronnées de succès.

Ce qui n’est pas discutable, ce sont les gains économiques générés par le modèle de marché dans tous les domaines. Moins de 9 % de la population vit maintenant sous le seuil de pauvreté. Dans un rapport de 2018 de l’OCDE intitulé « A Broken Social Elevator ? How to Promote Social Mobility » (« Un ascenseur social brisé ? Comment promouvoir la mobilité sociale »), le Chili se distingue par sa mobilité sociale. Les chiffres indiquent que 23 % des personnes dont les parents se situaient dans le quartile inférieur des salariés se classent dans le quartile supérieur. Selon cette mesure, le Chili est le pays de l’OCDE où la mobilité sociale est la plus élevée parmi les 16 pays de l’étude. […] L’inégalité au Chili est en baisse depuis 20 ans. De plus, comme l’a souligné l’économiste chilien Claudio Sapelli, les évolutions en matière d’opportunités économiques sont plus clairement visibles lorsque les résultats sont distingués par générations. Comme le Chili a plutôt bien amélioré l’accès à l’éducation pour toutes les classes socio-économiques, les jeunes générations connaissent désormais une plus grande mobilité et une inégalité de revenus inférieure à celle de leurs parents. Le pourcentage de la population chilienne dans les études supérieures est parmi les plus élevés au monde. […] C’est quelque chose à laquelle M. Piñera doit penser avant d’aider la gauche à détruire un modèle qui fonctionne.

Ce serait une tragédie si les politiciens détruisaient la plus grande réussite de l’Amérique latine.

Terminons par une analyse de Rodrigo Valdés, qui était ministre des Finances sous le gouvernement de centre-gauche précédent, publiée dans le Latin America Policy Journal de Harvard :

Quels sont les faits ? Le PIB par habitant du Chili a presque triplé entre 1990 et 2015, avec des récessions de courte durée et peu profondes en 1999 et 2009 uniquement. Plus précisément, le PIB par habitant a augmenté au total de 280 %, soit 5,3 % par an (en PPA et en dollars constants). Dans le même temps, la répartition des revenus s’est améliorée. […] Fait remarquable, tous sauf le quintile supérieur (en réalité, tous sauf le décile supérieur) ont amélioré leur part du revenu total après impôt et transferts. […] Pour les 20 % de la classe moyenne, les gains obtenus s’expliquent dix fois plus par la croissance que grâce à une meilleure répartition des revenus. Pour les 20 % les plus défavorisés, l’effort de redistribution a été plus pertinent, bien que la croissance ait été encore dominante, expliquant six fois plus que la redistribution. Deuxièmement, ce que le Chili a accompli au cours des 25 dernières années est impressionnant. Pour la classe moyenne, même une transformation radicale de la répartition des revenus telle que pratiquée dans les pays nordiques (sans modification du PIB global) produirait moins d’un dixième de ce que la combinaison de la croissance réelle et d’une meilleure répartition produit pour ce segment. Au cours de ces deux décennies et demie, les 20 % les plus défavorisés ont gagné plus de quatre fois ce qu’ils obtiendraient avec l’introduction soudaine d’une redistribution de type nordique.

Je suppose que je devrais souligner le fait qu’un haut responsable d’un gouvernement de gauche indique que les réformes du Chili ont été très fructueuses. Mais ce qui compte vraiment, c’est qu’il insiste sur le fait que la croissance est bien plus importante que la redistribution – à supposer que l’objectif soit réellement d’aider les personnes à faible revenu à mener une vie meilleure.

Chili : évolution du revenu par habitant dans les différents segments entre 1990 et 2015 (en PPA 2015)

Dans le tableau ci-dessus, la troisième colonne indique l’augmentation du revenu pour chaque segment de la population. Et vous pouvez voir (en rouge) que les 10 % les plus pauvres ont bénéficié de gains de revenu plus de deux fois plus élevés que ceux des 10 % les plus riches.

Mais portez également une attention particulière aux première et deuxième colonnes. La croissance économique est de loin le facteur le plus important pour stimuler la prospérité des moins fortunés.

Ce qui ne devrait pas être une surprise. J’ai déjà expliqué à maintes reprises qu’une croissance fondée sur des marchés libres est le meilleur moyen d’aider les personnes à faible revenu. De fait, même la Banque mondiale reconnaît que le modèle chilien est largement supérieur à l’approche vénézuélienne.


Sur le web. Traduction pour Contrepoints : Raphaël Marfaux

  1. Articles que l’on peut consulter ici, ici et ici (en anglais).

Europe centrale : une leçon d’optimisme pour le libéralisme en Europe

Par Alexandre Massaux
Statue de la liberté (Crédits : benonrtherun, licence Creative Commons)

Par Alexandre Massaux.
Un article de l’Iref-Europe

À l’occasion du trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin, le Pew Research Center a publié une étude sur l’opinion publique en Europe. Elle révèle des tendances très intéressantes qui montrent que l’Europe centrale est la région du continent la plus optimiste concernant le capitalisme, l’économie de marché et la démocratie, là où la France est à la traîne. Ces informations parfois à contre-courant des discours actuels offrent une vision positive pour l’avenir du libéralisme en Europe.

Le succès de la transition démocratique des anciens pays socialistes d’Europe centrale

En 2019, en Pologne, l’approbation dans l’opinion publique du multipartisme et de l’économie de marché s’élève à 85 % dans les deux domaines. Elle est respectivement de 82 % et 76 % en République Tchèque, de 74 % et de 71 % en Slovaquie, de 72 % et 70 % en Hongrie et de 70 % et 69 % en Lituanie. Même phénomène dans les régions de l’ex-Allemagne de l’est avec 85 % et 83% d’approbation. Mieux, ces pays dans leur ensemble voient leur opinion publique majoritairement optimiste sur la situation économique actuelle avec en tête la Pologne (74 % d’approbation) contrastant avec celle de la France (37 %).

Cet optimisme ne se limite pas à l’économie de marché : la satisfaction vis-à-vis du fonctionnement de la démocratie est aussi non négligeable dans cette région de l’Europe. Avec 66 % d’approbation, les Polonais sont au même niveau que les Allemands (65 %). Les Lituaniens, les Tchèques et les Slovaques suivent avec respectivement 59 %, 57 %, 52 %. Seule exception : les Hongrois sont seulement 45 % à être satisfaits du fonctionnement démocratique de leur pays. Ils restent néanmoins plus positifs que les Français (41 %).

Enfin, l’opinion vis-à-vis de l’Union européenne confirme le dynamisme de l’Europe centrale et contredit un certain a priori sur l’euroscepticisme de cette région. En Pologne, l’opinion publique soutient l’UE à 84 %, c’est le pays le plus pro-européen, suivi de la Lituanie (83 %), de la Slovaquie (70 %) et de la Hongrie (67 %). Cette dernière étant à peine moins pro-européenne que l’Allemagne (69 %). Seule la République tchèque est plus nuancée avec seulement 52 % d’approbation, dépassant de peu la France (51 %). Ce soutien de l’Europe centrale à l’Union est clairement économique : les pays de cette région considèrent que l’UE a permis le développement de leur économie. Alors qu’en France, une majorité (54 %) de l’opinion publique estime que l’UE n’a pas profité à l’économie nationale. Ces résultats viennent ainsi contrecarrer la vision d’une Europe centrale eurosceptique et une France pro-européenne.

Des leçons dont la France devrait s’inspirer

Le fort soutien envers l’économie de marché, le multipartisme et la satisfaction envers la démocratie s’expliquent aisément en Europe centrale par le fait qu’elle a été soumise au communisme. Ces pays apprécient, beaucoup plus que l’Europe de l’Ouest, la chance de vivre dans un système libre et ce d’autant plus que les systèmes socialiste et communiste leur ont été imposés par la Russie, alors URSS. Cette dernière est d’ailleurs le seul pays d’Europe de l’Est vraiment pessimiste et hostile au libéralisme.

Mais l’élément majeur qui rend l’Europe centrale plus optimiste, est que tous ces pays ont accompli de grandes réformes libérales aux cours des décennies qui ont suivi la fin du bloc soviétique. En 2019, ils ont davantage de liberté économique que la France. Même les partis dits « populistes » au pouvoir en Pologne, en Hongrie et en République Tchèque n’ont pas réussi à faire disparaître l’esprit de liberté revivifié depuis la chute du mur et le plus grand nombre y reste conscient de la nécessité d’une économie libre pour assurer leur prospérité.

De plus, il est intéressant de constater que malgré tous les efforts de la classe politique pour créer un sentiment européen, l’opinion publique française reste méfiante envers l’UE. Cela s’explique : les dirigeants français appréhendent l’UE comme une puissance étatique en devenir alors que les pays d’Europe centrale la voient comme un espace de coopération et d’échanges. Le résultat est qu’Angela Merkel, plus diplomate, est perçue par la majorité des populations de l’UE comme plus apte à gérer les affaires mondiales qu’Emmanuel Macron. Et ce y compris en France, où la chancelière allemande aurait la confiance de 74 % de l’opinion publique alors que le président français est à 48 %.

Sur le web

Fake News : la course à l’échalote du contrôle des récits

Par Frédéric Prost

Par Frédéric Prost.

L’écume des jours

Voilà maintenant trois ans que D. Trump est président des États-Unis. Ce qui quelques années auparavant passait pour de l’humour est devenu notre nouvelle normalité. Durant sa campagne, et sa présidence, le quarante-cinquième président américain n’a eu de cesse de revenir à la charge à propos des fake news, synonymes pour lui de médias corrompus. Fake news est devenue l’épithète préférée que se jettent à la figure démocrates et républicains, et dans leur sillage, à peu près n’importe quelle guerre tribale sur les réseaux. Comment en sommes-nous arrivés là ? Mon hypothèse est que ce phénomène n’est que la surface d’un questionnement philosophique profond à propos des relations entre les mondes virtuels et réels. Une de ses implications est que les diverses solutions techniques proposées pour venir à bout des fake news n’ont aucune chance d’agir sur ce problème de manière significative.

Tekhné et Epistémé sont dans un bateau

L’explication habituelle consiste à remarquer les effets délétères des réseaux sociaux. D’une part via le piratage des émotions, comme les techniques d’addiction basées sur le piratage de notre système nerveux ; et d’autre part via la promotion d’un discours de plus en plus simple : nous sommes passés en moins d’une génération des essais aux articles de journaux, puis aux blogs pour en arriver aux 280 caractères des tweets, voire aux mèmes limités à une image et quelque chose comme cinq ou six mots.

Est évoquée la virtualisation de la société, ce mouvement qui semble recouvrir tous les champs de la communication : de l’amitié aux relations amoureuses en passant par les échanges commerciaux. Mais il fait oublier que le mouvement inverse existe également, celui de l’objectification de la vie intellectuelle.
Les nouvelles technologies de la communication et de l’information ont brouillé les repères entre le monde des idées et le monde réel, entre les forces de l’esprit et celles de la matière, entre le faire et le savoir. En effet le progrès technologique a assez paradoxalement quasiment donné un caractère idéal (au sens d’idée platonicienne) aux informations. Ce qui avant demandait un effort et de la matière (des tables de la Loi en pierre aux papiers et encres pour les livres en passant par les moines copistes) est aujourd’hui essentiellement gratuit et éternel. Platon en a rêvé, le cloud de Google drive l’a réalisé.

La guerre des mondes

Les relations entre le monde des idées et le monde des objets sont complexes et soulèvent des problèmes philosophiques discutés depuis la nuit des temps. Le problème de fond est que ces deux mondes sont visiblement différents. Une idée ne peut pas être détruite ou récupérée (un secret ne peut pas être récupéré une fois qu’il a été rendu public), le temps n’a pas de prise sur une idée, il n’existe pas de notion de copie ou d’original d’une idée, etc.

Pourtant ces deux mondes sont en interaction constante. La manière la plus simple de le constater est de considérer la notion de choix ou de libre arbitre qui est un outil transformant une idée (ce que je décide de faire) en une action concrète. L’inverse, l’implication des objets dans le monde des idées est bien plus naturel : nos pensées sont influencées par l’expérience vécue (qui est une forme du débat nature/culture).

On peut présenter le concept chrétien de Trinité comme une version théologique de ce questionnement ; en effet il s’agit des relations entre Dieu (le monde des idées) et Jésus (son incarnation dans le monde des objets) par l’intermédiaire de l’Esprit saint. Ces questions qui peuvent sembler ésotériques et sans intérêt pratiques ont en fait des implications bien concrètes, formant au passage une jolie mise en abyme de ce questionnement.

Un exemple direct est la carte géopolitique du monde qui suit pour une part le schisme des églises d’Orient et d’Occident issu de la querelle du Filioque. Notre société post-vérité en est l’avatar du XXIe siècle. Une version plus technique et moderne peut être apportée par le hard problem of consciouness et toutes les interrogations autour des intelligences artificielles et de la pensée comme émanant, ou non, de la matière.

Objectification de la noosphère

Les interactions entre le monde des idées sont de plus en plus nombreuses et brouillent les pistes. Elles vont dans les deux sens : des objets prennent le caractère d’idées, c’est la virtualisation, et inversement, et c’est le phénomène qui nous intéresse à propos des fake news, des idées se comportent comme des objets, c’est l’objectification. Considérons deux exemples de virtualisation du monde réel et d’objectification du monde des idées pour illustrer ces concepts :

 

  • les billets de train ou d’avion sont en fait des droits, et donc in fine des idées, s’incarnant dans des objets. On remarquera qu’auparavant, pour assurer l’authenticité de l’information portée par l’objet il fallait user de technologies spécifiques : le sceau du roi, les filigranes etc. Aujourd’hui une simple imprimante ou tout bêtement l’écran du smartphone suffisent pour, essentiellement, afficher un chiffre. L’authenticité du billet passe par l’interrogation d’une base de données, assimilable à une idée pure. On peut exhiber de nombreux exemples de cette virtualisation du réel où les objets acquièrent des caractéristiques d’idées : je peux imprimer 24 versions du billet, mais je ne peux pas le détruire tant que je n’ai pas accès à la base de données. Détruire une version imprimée du billet n’a aucun impact.
  • les photographies, et de plus en plus les vidéos, supposées être des souvenirs d’événements réels, peuvent êtres modifiées, retouchées voire totalement construites à la manière d’objets malléables. Ce qui passait pour le summum de l’objectivité (on parle bien de l’objectif de l’appareil photo) ne l’est plus du tout. Il y a seulement une vingtaine d’années, il était quasiment impossible de contrefaire des photos d’une manière indétectable. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.
De ce point de vue, le phénomène des fake news prend une toute autre dimension. La multiplication des vérités peut alors se voir comme provenant de la distinction  pouvant être opérée entre un objet original et des copies, modifiées ou non, à l’image de la Joconde et de l’une de ses reproductions. La fragmentation des lieux de discussions qu’on observe sur internet depuis peu pourrait sembler étonnante. En effet, au début de l’utilisation massive d’internet on parlait de « village global ». Et il est vrai que d’un point de vue philosophique une idée n’a pas d’expression géographique. Elle flotte dans un espace immanent et permanent. Or que voit-on aujourd’hui ? Une désaffection relative des médias globaux, Twitter inclus, au profit de média plus locaux comme Whatsapp ou de groupes de conversations sur Facebook correspondant à l’introduction de cette notion de localisation typiquement réelle dans la noosphère. Sur les réseaux on assiste bien plus à une balkanisation généralisée qu’à une communeauté internationale à l’unisson.

Don’t confuse me with facts

En suivant cette analyse, on s’aperçoit alors que les différentes solutions proposées pour s’attaquer au problème des fake news sont vouées à l’échec. L’idée selon laquelle il y aurait une vérité officielle et unique, que tout autre discours devrait être interdit est actuellement un des principaux arguments contre la liberté d’expression. Les tentatives des vérificateurs d’information (DécodexChecknews, etc.) qui se posent comme arbitres de la vérité en est une autre qui au moins présente, ironiquement, le mérite de la concurrence et ne repose pas uniquement sur l’interdiction.

Il faut cependant se rendre à l’évidence, les fake news ne disparaîtront pas car les interactions entre les mondes réels et virtuels vont aller en s’accroissant. Le monde ancien où une narration s’imposait à tous n’est plus. Aujourd’hui plus que jamais il faut promouvoir non seulement la liberté d’expression, car le marché des idées est le mécanisme le plus sain pour arbitrer la validité des discours, mais également une éthique de la discussion civile pour éviter que chaque désaccord ne se transforme en guerre de tranchées.
Ce problème n’est pas récent comme le montre cet excellent podcast Don’t confuse me with facts et retrouve des échos même dans les parties les plus anciennes de l’Ancien Testament : confondre une polémique et une thèse n’est pas recommandable.

ARAMCo ou l’introduction en bourse de la plus grande société du monde

Par Charles Boyer

Par Charles Boyer.

Oubliez les GAFA, il existe une société qui, suite à sa mise en bourse, fera passer leurs dimensions pour raisonnables.

Qui est ARAMCo et quelles questions soulève sa mise en bourse, désormais prévue pour le 17 novembre ?

C’est la société nationale de pétrole de l’Arabie Saoudite, originellement Arabian American Company. Elle fut fondée par des entreprises américaines et entièrement nationalisée par tranches à l’époque de la crise de 1973 consécutive à la guerre du Kippour.

Pourquoi cette introduction en bourse ?

Le monde change et, dans cette partie du monde, cela reste plus vrai que jamais depuis le printemps arabe. À ce moment là, et pour éviter les désordres vus en Libye, Égypte ou Syrie, les monarchies du Golfe ont acheté la paix sociale en redistribuant à leur population des sommes énormes issues de la manne pétro-gazière. C’est dans ces pays un enjeu majeur, puisque les familles régnantes capturent de facto une grosse part des profits des hydrocarbures. Ainsi, elles ont eu ce levier d’action quand la crise a menacé, et l’ont utilisé pour éviter des violences (sauf au Bahreïn où la majorité chiite s’est bel et bien soulevée, écrasée ensuite par une intervention militaire saoudienne).

Entretemps, les cours du pétrole et du gaz ont énormément chuté. L’Arabie Saoudite et ses voisins doivent donc trouver d’autres sources de fonds complémentaires pour maintenir la paix sociale. Une première approche a consisté à lever taxes et impôts, pratique très peu répandue dans cette partie du monde, à double tranchant mais envisageable s’agissant de pays à forte population immigrée pouvant être taxée en faveur des nationaux. C’est ce que pratique désormais l’Arabie Saoudite. Mais cela ne suffit pas et dégrader le principal attrait de la région pour les expatriés n’a pas que des avantages.

Un autre angle d’attaque consiste à diversifier l’économie afin de créer de l’emploi. En effet, le marché du pétrole et du gaz génère des chiffres d’affaires et des profits gigantesques avec finalement relativement peu d’employés. C’est le thème de la « Vision 2030 » saoudienne, et de ses équivalents dans les pays voisins.

Bien entendu, l’Arabie Saoudite a un objectif facile à atteindre en matière de croissance de l’emploi, la moitié féminine de sa population étant maintenue en dehors du monde du travail à cause de lois absurdes. C’est le sens des réformes en cours visant à rendre davantage de liberté aux femmes et dont on peut estimer qu’elles avancent aussi vite que possible dans une société dont les salafistes s’étaient trop largement emparés.

Pour ne rien gâter, le royaume saoudien s’est lancé dans une guerre au Yemen, tragique et impossible à gagner, contribuant largement à épuiser ses richesses.

Vision 2030, transformation de l’économie

L’Arabie Saoudite a donc un plan de transformation plus qu’ambitieux, visant à devenir entre autres un grand pays touristique grâce à de nouvelles villes où les règles de vie seront moins conservatrices, comme Neom, ou des zones de parcs d’attractions et de divertissements comme Qiddiya. Ajoutons, pour être juste, qu’il s’agit d’un très grand et fort beau pays, avec la mer Rouge pour la plongée, la montagne, les sites nabatéens à Al-‘Ula, le désert… Y attirer des touristes non islamiques semble un défi fort difficile mais qui pourrait payer, quoique pas forcément à court terme.

– Où trouver les centaines de milliards nécessaires pour de tels projets ?

D’emblée, le Prince Mohammed Ben Salman a annoncé à cette fin le lancement en bourse d’ARAMCo pour lever des fonds si nécessaire. Le régime laisse entendre que l’entreprise vaut 2000 milliards de dollars, et qu’en mettant 5 % sur les marchés, cela rapporterait 100 milliards. Année après année, ce projet a joué les serpents de mer, disparaissant puis réapparaissant.

– Combien vaut ARAMCo ?

Les estimations les plus récentes tournent autour de 1500 milliards de dollars, voire moins.

– Quelle transparence ?

Ceci est un problème majeur. Il a toujours existé un soupçon de porosité entre les comptes d’ARAMCo et ceux du régime, c’est-à-dire de la famille Saoud. Pour que des investisseurs misent sur cette entreprise, il conviendra de lever tout doute à ce sujet. Par exemple, les réserves pétrolières du royaume étaient classées « secret défense ». Comment estimer la valeur d’une entreprise donc l’actif principal est inconnu ? Depuis, ARAMCo a fait appel à des auditeurs crédibles dans le cadre de son bilan. Les conclusions furent à la hauteur des attentes, les profits annuels annoncés s’élèvent à 111 milliards de dollars. Pour les investisseurs potentiels, le dividende s’évalue à 75 milliards de dollars annuels.

– Où introduire ?

Vu les règles plus ou moins lâches des diverses bourses, ARAMCo a initialement souhaité être introduite à Wall Street à New York, puis y a finalement renoncé à l’annonce des exigences de transparence et de son autorité de tutelle, la SEC.

Pour le moment, 2 % seront initialement lancés sur la bourse saoudienne Tadawul, puis ultérieurement 3 % sur la bourse d’un autre pays.

0,5 % des actions seront réservées à des actionnaires individuels.

– Qui va acheter ?

L’approche la plus récente des Saoudiens semble être de vendre des parts à d’autres sociétés nationales de pétrole, telle par exemple la société Petronas de Malaisie. De tels actionnaires présentent le double avantage de détenir des liquidités et de n’être pas forcément, par nature, les plus à cheval sur la transparence.

Plus récemment encore, il apparaît que le pays veut également forcer ses ressortissants les plus riches à acheter du ARAMCo.

Les points forts, ou pas, d’ARAMCo

Ce qui caractérise plus que tout le pétrole saoudien est une combinaison parfaite dont bénéficient ses champs de pétroles géants, les plus grands connus au monde : un pétrole de bonne qualité et les coûts de production les plus bas. L’entreprise a gagné la loterie géologique.

On essaie pourtant encore de la rendre plus attractive, par exemple en y intégrant de force SABIC, Saudi Arabia Basic Inductries, une des toutes premières entreprises chimiques du monde, avec des investissements majeurs allant des USA à l’Europe et à la Chine.

ARAMCo, un État dans l’État

Une fois franchi le périmètre de sécurité des principaux sites ARAMCo, le visiteur ne peut qu’être étonné de constater que les lois si restrictives du royaume n’y ont pas cours : les femmes y conduisent depuis longtemps, certaines habillées en tailleur à l’occidentale, en côtoyant d’autres en niqab. On y réside dans des banlieues à l’américaine autour du barbecue et de la piscine.

Quels risques stratégiques et militaires ?

Les principaux sites de l’entreprise, dont celui d’Abqaiq, ont subi il y a quelques semaines une attaque par drones d’assez grande ampleur menée par les rebelles houthis yéménites. Elle a eu pour effet de couper de moitié, en un instant, la capacité d’exportation d’ARAMCo. Ainsi, les comptes futurs de l’entreprise sont fort menacés par de possibles actions militaires, si une conclusion n’est pas trouvée à la guerre du Yémen. Il se murmure d’ailleurs qu’entamer des discussions avec l’Iran, soutien des rebelles houthis, ne serait plus totalement exclu.

Et après ?

Compte tenu de tous les paramètres en jeu, il est probable que la mise en bourse initiale d’ARAMCo représente un pas relativement factice dans le gigantesque projet de transformation saoudien, principalement un transfert provenant de sociétés d’État d’autres pays pas trop regardantes, et donc de nature plus diplomatique que réellement capitalistique ; dans le style si cher au Prince Mohammed qui surfe sur la vague de sa popularité auprès des jeunes, une nouvelle occasion de faire cracher des riches, comme il le fit lors de son arrivée au pouvoir en les enfermant dans la prison dorée du Ritz de Riyad.

D’autres investisseurs de pays voisins se laisseront peut-être aussi tenter.

Faut-il pour autant minimiser la portée de cette OPA ? Si malgré tout, elle est génératrice de progrès vers la transparence, alors cela pourrait être un précédent qui secouera l’énorme secteur des sociétés nationales de pétrole, du Golfe (NIOC d’Iran n’étant pas la moindre), à l’Amérique Latine, le Venezuela en particulier, à l’Asie, la Chine, la Russie.

Dans cette situation fort complexe, et avec les éléments dont nous disposons pour le moment, il nous semble encore trop tôt pour retenir notre souffle.

Et maintenant, faisons tomber les murs de Berlin qui sont en nous !

Par Nathalie MP
mur de Berlin

Par Nathalie MP.

Il y a 30 ans, le 9 novembre 1989, le mur de Berlin s’effondrait sous le poids de sa propre pourriture, signant ainsi sans équivoque le retentissant échec politique, économique et humain du communisme réel – pas loin de 100 millions1 de morts dans le monde, n’oublions pas.

Mais dans les faits, l’échec était consommé et avait en quelque sorte été officialisé à la face du monde dès le moment où le mur fut construit.

Retour sur l’histoire du mur de Berlin

Érigé en 1961 par le gouvernement communiste est-allemand sous le nom de « mur de protection antifasciste » (une rhétorique qui perdure…) au prétexte de protéger la RDA des agressions de l’Occident, il visait en réalité à mettre un terme à la fuite massive de ses citoyens vers l’Allemagne de Ouest.

On estime à 3 millions le nombre de départs intervenus via Berlin entre 1949 et 1961 pour un pays qui comptait environ 17 millions d’habitants à l’époque.

Comme tous les pays d’obédience soviétique, la RDA bien surveillée par Moscou avait appliqué à la lettre le programme déterminé par Marx et Engels dans Le manifeste du parti communiste (1848).

Et comme dans tous les pays qui procédèrent ainsi, la planification de l’économie et la collectivisation des terres entraînèrent rapidement et inéluctablement un effondrement des productions industrielle et agricole ainsi que des pénuries alimentaires.

Les Allemands de l’Est se mirent alors à « voter avec leurs pieds » de façon un peu trop voyante et il ne resta plus aux autorités de RDA que de les enfermer hermétiquement dans un pays devenu prison pour faire vivre le mythe des grands accomplissements du socialisme.

Loin de se décourager, nombre de citoyens tentèrent alors de passer le mur, au risque d’y perdre la vie ou d’être arrêtés et jetés en prison. C’est dire combien leur adhésion au régime était faible.

Car le mur n’était pas un simple mur.

C’était un véritable ouvrage de guerre comprenant plusieurs murs, un no man’s land, des barbelés et des miradors.
Il était surveillé en permanence par des milliers de soldats armés ayant reçu l’ordre de tirer.
Blindés et chiens policiers complétaient le macabre dispositif.

Mur de Berlin et libertés

Dans leur malheur, les Allemands de l’Est ainsi que l’ensemble des populations qui ont vécu dans l’orbite soviétique ont cependant eu ce qu’on pourrait appeler une « chance » appréciable : la décadence économique et la répression politique furent telles qu’ils n’ont eu aucun mal à identifier le fait qu’il leur manquait un élément aussi essentiel que l’oxygène pour vivre, et cet élément, c’était la liberté – la liberté de circulation, la liberté d’expression, la liberté de réunion et d’association, la liberté d’entreprendre, bref, la liberté de se livrer à sa propre recherche du bonheur et de vivre sa vie sans que tout soit paramétré par avance par un pouvoir politique arbitraire, autoritaire et criminel.

Non pas que je recommande d’en passer par la terrifiante expérience socialiste pour mieux apprécier la liberté.

Mais comme il serait bon que cette expérience réelle qui a vu tant de gens mourir et tant d’autres fuir l’invivable puisse nous rappeler à chaque instant que nous naissons libres et que rien ni personne n’a de légitimité à nous dicter nos comportements, nos choix et nos pensées ! – dès lors, naturellement, que nous respectons aussi la liberté des autres. Et comme il serait bon qu’elle nous pousse à placer la liberté au premier rang de nos exigences politiques !

Malheureusement, l’exercice de la liberté n’a rien de simple. Il suppose une prise de risque, un effort particulier de responsabilité et d’initiative personnelle que peu d’individus sont prêts à mettre dans la balance du confort et de la sécurité assurés, même à des niveaux médiocres.

Nous naissons libres, pourquoi ne pas le rester ?

On constate d’abord que l’habitude de la soumission prise au cœur de la terreur politique tend à persister quand cette terreur a disparu.

Dans un entretien accordé en 2015 au journal Le Monde à l’occasion de son prix Nobel de littérature, l’auteur de La fin de l’homme rouge, Svetlana Alexievitch, explique qu’après 1990, elle s’attendait à voir apparaître des gens différents, des gens libres.

Elle observe pourtant que même les jeunes générations gardent des mentalités d’esclaves.

Leurs parents, nostalgiques d’une époque où ils n’exerçaient aucune responsabilité mais se contentaient de recevoir ce que le régime voulait bien leur accorder, leur ont raconté un monde soviétique fantasmé, la santé gratuite, l’éducation, les crèches, l’absence de chômage, etc.

Une illusion, en réalité, puisque tout s’est effondré.

Ensuite, à partir du moment où les menaces politiques les plus directes et les plus graves disparaissent ou sont absentes – justice arbitraire, prison, camp de travail, assignation à résidence, etc. – la demande de liberté tend à s’essouffler au profit d’une demande de protection qui fait arriver sur le devant de la scène des individus fondamentalement autoritaires qui pensent savoir mieux que tout le monde ce qui est bon pour nous.

Dans Qu’est-ce que les Lumières ? (1784), Kant fait remarquer qu’il « est si aisé d’être mineur ! » – mineur devant être entendu au sens d’un individu qui, comme un enfant, n’est pas sorti de l’état de tutelle :

« Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. »

Mais, ajoute-t-il, il existe toutefois des Hommes, peu nombreux mais décidés, qui sont sortis de leur minorité et qui ne sont que trop heureux de servir de tuteur aux autres -c’est la configuration typique des gouvernements socio-démocrates.

Nous voici donc face à une seconde difficulté pour penser et agir par nous-mêmes : non seulement on trouve cela pénible, mais en plus on ne nous a jamais vraiment laissé faire l’essai de notre autonomie.

Une autonomie oubliée

C’est précisément ce qui se passe dans nos sociétés occidentales.

Si elles n’ont rien à voir avec la dictature communiste, elles restent souvent trop formatées et contrôlées par la puissance tutélaire de l’État – notamment en France à travers une puissance publique envahissante qui détermine de trop nombreux paramètres de nos vies en maniant savamment brimades, incitations, autorisations et interdictions jusque dans ce qu’on a le droit de dire et ne pas dire (lois mémorielles, chasse aux fake news) sans égard pour notre droit à la liberté et à la recherche personnelle du bonheur.

Il en résulte une adaptation pratique et stratégique des citoyens qui en viennent à trouver tout naturel de demander à l’État de réguler les rapports sociaux de A à Z et de pourvoir à tout via les impôts prélevés sur les individus les plus productifs.

C’est ainsi qu’on a pu entendre récemment une mère de famille se plaindre en ces termes auprès d’Emmanuel Macron :

« Je trouve que les aides ne sont pas terribles quand on est toute seule avec deux enfants, en fait. Seule avec deux enfants au SMIC, je ne vois pas trop comment on peut s’en sortir. »

En France, l’esprit de responsabilité a été à ce point émoussé par 40 ans d’État- providence, stratège et nounou et par la croyance réitérée par Emmanuel Macron que la plus haute mission de l’État consiste à « protéger » les citoyens, que les individus en deviennent incapables de se penser comme des êtres actifs et autonomes.

Beaucoup se considèrent avant tout comme des êtres en difficulté qu’il convient d’aider.

Voilà le modèle français : les citoyens sont d’éternels mineurs et l’État est leur indéboulonnable tuteur !

Ces « aides » qui ne nous aident pas

En réalité, il serait possible à cette mère de famille de « s’en sortir » si les sommes colossales qui sont englouties sans efficacité – disons même avec un gaspillage aussi certain que récurrent – dans la dépense publique, donc dans les « aides », étaient laissées à la disposition des citoyens pour qu’ils les recyclent eux-mêmes dans l’économie sous forme de consommation, de dons ou d’investissements.

On verrait alors la création de richesse augmenter, le chômage reculer et le pouvoir d’achat repartir à la hausse.

Mais non.

Exigeant aides et protection dans une sorte de marchandage qui arrange bien les affaires électorales du pouvoir en place, les Français créent en fait les conditions du prolongement de leurs médiocres conditions de vie.

Au passage, la liberté avec tout ce qu’elle comporte d’éblouissant sur le plan de l’accomplissement de soi par soi-même a été complètement oubliée.

À 30 ans de distance, les commémorations autour de la chute du mur de Berlin viennent justement à point pour réveiller nos consciences engourdies.

Elles nous rappellent que la liberté, c’est un peu comme l’amour : on la reconnaît – un peu tard – au bruit qu’elle fait quand elle disparaît complètement.

Alors n’attendons plus. Il est plus que temps de faire tomber enfin les murs de Berlin qui sont en nous car ils nous enferment et nous font mourir à petit feu.

Sur le web

  1. Chiffre du Livre noir du communisme, ouvrage collectif sous la direction de Stéphane Courtois, Éditions Robert Laffont, Collection Bouquins, 2000.

Ces éditeurs qui veulent empêcher les Français d’accéder au droit

Par Éric Verhaeghe
parquet

Par Éric Verhaeghe.

Accéder au droit devrait être une liberté fondamentale dans une démocratie libérale de haut niveau. Mais pour des raisons historiques, la France est l’une des lanternes rouges européennes sur ce sujet. On considère que 1 % seulement des décisions de justice sont publiées. À la suite de Clio au Canada ou de Ravel Law aux États-Unis, des start-up françaises ont décidé d’ouvrir les fenêtres de cet antre. Au grand dam de concurrents qui se liguent pour conserver leur juteux pré carré.

Éditeurs rentiers

Accéder au droit ne fait pas partie des principes en vigueur dans le petit monde juridique français. Ce culte du secret, qui constitue un véritable obstacle à la démocratie, est un trait caractéristique de la culture politique française.

Composé d’une poignée de start-up, un mouvement de libéralisation de l’accès au droit tire profit de ce secret fort peu démocratique entretenu par les insiders du marché, en mettant à disposition des utilisateurs le plus grand nombre possible de décisions de justice et en facilitant l’analyse de leur contenu. Doctrine, par exemple, revendique aujourd’hui près de dix millions d’arrêts, ce qui constitue un avantage comparatif majeur.

Cette ouverture est vécue comme une offense par les éditeurs historiques que sont LexisNexis, Dalloz (racheté par Lefebvre Sarrut en 2005) Wolters Kluwer ou encore Lextenso. Et, surtout, comme l’annonce d’une ubérisation du droit qui menace directement leurs plates-bandes.

Le cartel des éditeurs (qui visiblement se parlent beaucoup) accuse les nouveaux venus de les avoir illégalement « pillés » pour donner librement accès aux décisions que ces « rentiers » du système considèrent comme leur appartenant. D’où une série de procédures, dont une nouvelle plainte pour parasitisme et concurrence déloyale récemment déposée à Paris.

Tout l’enjeu caché derrière cette guerre sans merci menée par les dinosaures du secteur est évidemment de savoir si une décision rendue par un tribunal de la République peut être privatisée et couverte par les droits d’auteur, ou si elle relève de l’open data.

L’open data judiciaire reste à inventer en France

Sur le fond, il peut paraître extravagant aujourd’hui que les justiciables ne puissent pas avoir librement accès aux jurisprudences qui inspireront les magistrats dans leur procédure. Les défenseurs du service public feraient bien de s’intéresser à cette originalité française qui consiste à rendre payant l’accès au droit, y compris celui « fabriqué » par des magistrats officiels, agents parmi d’autres de la puissance publique.

Sur ce chapitre, le tribunal d’instance de Paris refuse obstinément de donner accès à ses décisions. De quoi motiver, de la part du camp des « modernes », un pourvoi devant la Cour de cassation pour obtenir la mise en place d’un véritable open data juridique. Cette résistance illustre bien les difficultés auxquelles se heurtent les start-up qui tentent de modifier la donne de la concurrence.

Une difficulté généralisée pour les start-up

Emblématique dans le secteur des LegalTech, le cas de Doctrine n’est cependant pas isolé à considérer l’ensemble des start-up se proposant, chacune dans son domaine, d’innover. Toutes se heurtent tôt ou tard à ces difficultés où les acteurs en place tentent de défendre, au besoin par un recours aux procédures contentieuses, une situation établie.

Cet usage abusif des voies de droit peut faire penser à un abus de position dominante collective. On se souvient ici du célèbre précédent de Uber qui a essuyé les foudres des syndicats de taxis, ou d’Airbnb dont l’arrivée sur le marché a suscité une levée de boucliers de la part des hôteliers. À l’usage, on sait désormais que ces combats sont vains, et servent au mieux à retarder la disruption sur un marché.

Burkina : les raisons de la nostalgie Compaoré

Par Libre Afrique

Par François Xavier Noah-Edzimbi.
Un article de Libre Afrique

L’unité nationale burkinabé s’effrite progressivement en raison des soubresauts politiques qu’a connus le pays à la suite de l’insurrection populaire de 2014. Depuis 2016, le pays est menacé d’une crise sécuritaire par des groupes djihadistes venus du Mali et qui ont trouvé dans la région du Sahel burkinabé un terreau propice pour se développer. Cinq ans après la chute de Blaise Compaoré, une majorité de Burkinabés se dit favorable à son retour. Comment expliquer la montée d’une telle nostalgie ? Et pourquoi son retour n’est pas une bonne idée ?

Le bilan en demi-teinte du gouvernement Roch

D’abord, sur le plan sécuritaire, la première préoccupation des Burkinabè est désormais le retour de la paix et de la sécurité, surtout après que les terroristes ont à nouveau frappé dans la région nord. La prolifération des attentats terroristes et l’inertie du gouvernement Kaboré pour endiguer le phénomène expliquent la nostalgie envers Compaoré. Ce dernier ayant la réputation de médiateur et « d’ami des rebelles1 qui, aux yeux des burkinabè, aurait été précieuse pour négocier et limiter les attaques terroristes. Les populations rurales fustigent l’absence du gouvernement dans l’arrière-pays et l’inadaptation de ses stratégies en réponse à l’implantation des groupes terroristes, alors que l’État a perdu aujourd’hui le contrôle de près d’un tiers du territoire national.

Ensuite sur le plan politique, le Président Roch est perçu comme n’ayant pas fait avancer le processus de démocratisation du pays ni celui de la réconciliation nationale. En témoignent les conflits intercommunautaires autour de l’appropriation et exploitation des terres. De même, le dialogue politique promis, certes ayant permis à ce que la majorité au pouvoir et l’opposition s’entendent sur une révision a minima du code électoral, néanmoins des désaccords existent sur le maintien de la carte électorale traditionnelle, le vote de la diaspora, le rejet de la nouvelle formule d’enrôlement proposée par le gouvernement et le sort de la nouvelle Constitution2.

Sur le plan moral, on note aussi une dégradation de la moralisation dans la gestion des affaires publiques. La corruption prend de plus en plus d’ampleur, remettant ainsi en cause la crédibilité du corps politique, mais surtout contribuant à la porosité des frontières alimentant ainsi l’insécurité et les attaques terroristes avec la complicité de cadres corrompus. Malgré l’existence de l’autorité supérieure de contrôle d’État et de lutte contre la corruption (ASCE-LC) et le renforcement de l’arsenal juridique avec la loi de mars 2015 sur sa prévention et sa répression, les Burkinabé fustigent la mauvaise gouvernance (au niveau du trésor, des impôts et du ministère en charge des finances), raison pour laquelle ils avaient d’ailleurs chassé Compaoré.

Enfin sur le plan socio-économique, en comparant les indicateurs de croissance avant et pendant l’ère Kaboré, l’on ne peut pas dire que le gouvernement Roch ait répondu aux attentes des citoyens. Ainsi, la croissance économique a ralenti passant de 8,4 % en 2010 à 5,9 % en 2018, alors qu’en même temps le chômage progresse, puisque son taux est passé de 2,2 % à 6,1 % durant la même période (qui frappe la tranche d’âge des 15-34 ans, représentant environ 35 % de la population et 63,76 % des chômeurs). Et même si la pauvreté est en recul relatif, les inégalités ne cessent de se creuser dans le pays, nourrissant les frustrations populaires. Il n’est pas étonnant alors que les citoyens ressentent de la nostalgie pour Compaoré avec lequel les indicateurs socio-économiques étaient moins alarmants.

Pourquoi son retour n’est-il pas une bonne idée ?

Sur le plan sécuritaire, il existe un fantasme populaire sur la capacité de l’ancien président à rétablir l’ordre et la sécurité, car les acteurs djihadistes ont changé sur le terrain d’une part, et, d’autre part, le terrorisme est un phénomène complexe qui imbrique des raisons idéologiques, politiques et économiques dépassant la seule logique sécuritaire telle que perçue par la population. Le djihadisme est devenu endogène, incarné par certaines figures burkinabés comme l’imam Malam Dicko. Si ces groupes djihadistes utilisent le Mali comme base arrière, ils s’appuient en grande majorité sur des citoyens Burkinabés. Certains opèrent au Mali depuis 2012 dans les rangs d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), Ansar Dine à Tombouctou, le Mouvement pour l’unification et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), dans le Gourma, le cercle d’Ansongo et sont recrutés sur la base de facteurs proprement locaux, qu’ils soient sociaux, religieux, économiques ou politiques.

Sur le plan politico-judiciaire, sachant que son retour est conditionné par un passage à la case judiciaire, ne voulant revenir au pays qu’en négociant une amnistie, Blaise Compaoré risque de créer de nouvelles tensions. En effet, ayant fortement participé à l’ancrage d’une démocrature3, aucune garantie n’existe prouvant le changement du mode de gouvernance fondé sur l’extension de la rente et l’instrumentalisation des ressources naturelles de l’ancien chef d’État, générant des niveaux élevés de corruption et pouvant conduire à des tensions/conflits civils ou à l’apparition/prolifération de groupes extrémistes4.

Sur le plan international, il existe un risque potentiel de tensions diplomatiques entre le Burkina Faso et les chancelleries et institutions/organisations internationales. Elles seraient liées aux poursuites judiciaires et au mandat d’arrêt international émis par la Cour pénale internationale (CPI) contre l’ancien président, son extradition de Côte d’Ivoire, de même que celui de son petit frère de France, pour répondre devant la justice burkinabé sur les affaires d’assassinats de Thomas Sankara, du journaliste Norbert Zongo et des exécutions durant l’insurrection populaire de 2014.

Au final, la question sécuritaire dépasse l’idée d’un retour de Blaise Compaoré. Il y a des stratégies géopolitiques qui concernent plusieurs acteurs dans la zone sahélo-saharienne, à l’instar de l’Algérie, la France, les États-Unis, entre autres, dont l’aide reste déterminante. Il est donc illusoire de penser que son retour serait une panacée.

Sur le web

  1. S. Douce, « Au Burkina Faso, les nostalgiques de Blaise »
  2. A. K., Saïdou, « Dialogue politique au Burkina Faso : le président Kaboré reproduit la stratégie de l’ancien régime »
  3. Une démocrature est un régime politique qui combine constitution démocratique et comportements autoritaires. V., Magnani et T., Vircoulon, « Vers un retour de l’autoritarisme en Afrique ? », Politique étrangère, 2019/2, p. 14
  4. Ibid.

Macron a ranimé la flamme de la réforme inconnue

Par René Le Honzec

Le regard de René Le Honzec.

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Macron et la laïcité : le règne du « en même temps »

Par Vincent Feré
laïcité

Par Vincent Féré.
Un article de Trop Libre

La France décidément n’en a pas fini avec le voile. Trente ans après l’affaire de Creil dont Ismaïl Ferhat a récemment analysé les conséquences politiques : pour faire simple un glissement de la laïcité radicale à droite et de la laïcité libérale à gauche, les déclarations du président de la République suite à l’attentat de la préfecture de police sur la nécessité de « vaincre l’hydre islamiste » et son appel à « une société de vigilance », n’ont pas manqué de jeter le trouble dans la majorité d’autant qu’au même moment le ministre de l’Éducation nationale faisait part de ses « réticences » s’agissant du port du voile pour les mères musulmanes accompagnant les sorties scolaires.

Sans doute le président de la République voulait-il couper l’herbe sous le pied à une opposition prompte à s’emparer du sujet. Mais sa récente interview à Valeurs Actuelles sur l’islam pourrait laisser penser qu’il s’agit de sa part d’un virage politique et stratégique, une manœuvre qui ne serait toutefois pas sans risque comme le suggère a contrario la réussite des républicains opportunistes à la fin du XIXe siècle : en 2019 en effet, contrairement aux années 1870, nulle majorité de rechange à attendre à partir de cette question.

Un changement de paradigme ?

Le macronisme ne s’est pas défini principalement à partir de la question laïque, au contraire. Il s’agit d’abord en effet d’un projet d’adaptation du modèle français à la mondialisation devant permettre au pays de retrouver son rang et de s’affirmer à nouveau comme le moteur d’une Europe en quête de souveraineté.

En réalité, droite et gauche de gouvernement s’entendaient depuis trente ans sur ce programme sans l’avouer, bipartition de la vie politique oblige, et elles ont payé cher leur opposition stérile : Emmanuel Macron a été élu sur un « en même temps » qui a provoqué leur disparition.

Du coup, la bipolarité a changé de fondement et le président de la République n’a plus comme adversaire que le Rassemblement national qui prône le repli hexagonal et l’immobilisme économique et social. Les dernières élections européennes, les récentes projections pour 2022 le confirment, il ne reste que deux forces politiques en France susceptibles de l’emporter dans un scrutin national : LREM et le RN.

Certes le pouvoir présidentiel a été fortement déstabilisé par les Gilets jaunes qui sont venus reposer la question sociale mais, faute de traduction politique, la contestation est retombée même si la « France périphérique » continue de tourner le dos au président de la République qui ne semble pas avoir pris la mesure de ses souffrances. Les sondages le montrent bien, le RN et la France insoumise ont là un précieux réservoir d’électeurs qui se disent d’ailleurs prêts pour nombre d’entre eux à unir leurs forces pour empêcher la réélection d’Emmanuel Macron en 2022, une lourde menace à l’horizon.

Quant à la question religieuse, elle a elle aussi resurgi dans le débat contre la volonté du maître des horloges, et pour cause. Seulement, alors qu’il avait toujours tenu des propos libéraux sur le sujet, allant jusqu’à provoquer l’ire des laïcs radicaux en déclarant dans son discours aux Bernardins souhaiter « réparer » le lien qui s’était « abîmé » entre l’Église et l’État, s’agissant de l’islam, le président de la République a semblé récemment vouloir se droitiser sinon venir sur le terrain de son adversaire désigné en donnant symboliquement une interview à Valeurs Actuelles. Si tel était le cas, il y aurait là un changement de paradigme du macronisme et peut-être aussi une instrumentalisation dangereuse et une erreur stratégique. C’est ce que donnent à penser les leçons de l’Histoire.

Les leçons de l’Histoire

La Troisième République naissante a instrumentalisé la question religieuse pour son plus grand profit. Quand elle est proclamée en 1870, l’idée républicaine est minoritaire dans le pays. Elle signifie en effet pour les Français la poursuite de la guerre, le socialisme et les barricade de 1848, voire la menace d’une nouvelle Terreur. La droite monarchiste majoritaire a donc toutes les chances d’atteindre son objectif : la Restauration.

Seulement divisée sur la question des libertés, celles du Parlement mais également la liberté religieuse – les légitimistes ultramontains se reconnaissent volontiers dans le programme d’« ordre moral » de Mac-Mahon et Chambord ne veut pas entendre parler d’une monarchie parlementaire -, elle a offert au stratège Gambetta revenu de son bellicisme de 1871 le moyen de la diviser, transformant du même coup le paradigme républicain avec l’aide d’Adolphe Thiers et d’une partie des orléanistes !

La crise du 16 mai 1877 est ainsi le moment où tous les adversaires de Mac-Mahon, de l’extrême gauche au centre droit, des socialistes à Thiers, s’entendent sur un programme qui va devenir du même coup le dénominateur commun de tous les républicains : le parlementarisme et la laïcité.

Oubliée dès lors la révolution sociale – « la République sera conservatrice ou ne sera pas » (Adolphe Thiers), oubliée aussi la guerre contre l’Allemagne – « la revanche, pensons-y toujours, n’en parlons jamais » (Léon Gambetta). Les adversaires de l’absolutisme monarchique et du bonapartisme peuvent alors désormais se dire républicains, c’est-à-dire partisans d’un régime parlementaire et laïc. La République, la gauche ont conquis l’opinion, la droite est durablement marginalisée. C’est là l’origine du « sinistrisme » de la vie politique française dont parlait Thibaudet.

Le macronisme au risque de la question laïque

Si l’instrumentalisation de la question religieuse a donc été une incontestable réussite pour les républicains opportunistes à la fin du XIXe siècle, il n’est pas certain que ce soit le cas pour le macronisme du début du XXIe.

En effet, alors qu’elle était dans les années 1870 le ciment d’une large majorité dans une France déjà sécularisée et peu sensible au Syllabus de 1864 condamnant les grandes libertés comme « les principales erreurs de notre temps », la question religieuse, à propos de l’islam, divise aujourd’hui profondément l’opinion publique d’une part et d’autre part sa version radicale est l’apanage du Rassemblement national dont l’opposition avec LREM structure dorénavant le paysage politique.

On ne voit donc pas l’intérêt stratégique que le président de la République pourrait avoir à venir sur ce terrain, au risque de surcroît de susciter l’incompréhension de la base libérale de son électorat.

Et ce d’autant plus que la question laïque ne lui permettra pas de diviser ses principaux adversaires, la France insoumise et le Rassemblement national : elle aura en effet du mal à dissimuler la question sociale qui constitue pour les Français une préoccupation essentielle, notamment avec la réforme des retraites à venir. Ni les électeurs de Marine Le Pen, ni a fortiori ceux de Jean-Luc Mélenchon ne risquent d’oublier l’une au profit de l’autre, la coalition inédite qui s’esquisse entre les deux électorats le montre bien. Il n’y a donc pas de majorité de rechange à l’horizon pour le macronisme tandis que les populismes se renforcent.

Sur la question sociale, sur la question religieuse, le président de la République hésite : il a différé son intervention sur la laïcité, il envoie des signaux contradictoires sur la réforme des retraites. On le comprend car dans le climat actuel de tensions et d’incertitudes, une seule chose semble certaine : les semaines qui viennent seront décisives pour l’issue du quinquennat !

Sur le web

Téléphones portables et cancer : quand la science contredit l’OMS

Par The Conversation
téléphones portables

Par Alberto Nájera López1.
Un article de The Conversation

En mai 2011, le Centre international pour la recherche sur le cancer (CIRC, ou IARC en anglais), agence dépendant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), annonçait que les champs électromagnétiques de radiofréquence, autrement dit ceux émis par les téléphones portables, seraient désormais considérés comme des agents cancérogènes appartenant au groupe 2B. Autrement dit, le CIRC considère ces émissions comme « possiblement cancérogènes pour les êtres humains ».

Près d’une décennie plus tard, où en sommes-nous ?

À quoi correspondent les divers groupes d’agents cancérigènes ?

Le CIRC classifie les agents cancérogènes en quatre groupes, en fonction du degré de preuves disponibles les concernant :

(pour lire ce tableau sur votre téléphone dans les meilleures conditions, orientez ce dernier en format « paysage »)

Les termes en italique déterminent le niveau de preuves existantes : limitées, suffisantes ou solides. Ce sont eux qui permettront la classification d’un agent dans un groupe ou dans un autre.

Des indications de cancérogénicité suffisantes signifient que les données évaluées permettent d’établir une relation de cause à effet entre l’exposition à l’agent et la survenue de cancers chez l’être humain.

Une indication limitée de cancérogénicité indique qu’il existe une association positive entre l’exposition à un agent et la survenue de cancers chez l’être humain, mais que l’incertitude (liée au hasard, à d’éventuels biais…) n’a pu être exclue. Les données provenant des animaux peuvent être quantitativement ou qualitativement limitées.

Enfin, une indication insuffisante de cancérogénicité signifie que les données chez l’être humain ou l’animal sont absentes ou ne peuvent être interprétées.

Les téléphones portables dans le groupe 2B

Étant donnée la définition des groupes du CIRC, en particulier celle du groupe 2B, affirmer que « l’OMS a classifié la radiation des téléphones portables comme étant cancérigène » est absolument faux.

Lors de son annonce, le CIRC lui-même indiquait que le degré de preuve était limité pour les utilisateurs de téléphones sans fil atteints de gliome (un type de cancer du cerveau) ou de neurinome de l’acoustique (tumeur sur le nerf acoustique). En outre, le CIRC jugeait « inadéquat » le degré de preuve pour les expositions environnementales ou professionnelles (radiation des antennes, en particulier pour les travailleurs).

Pourquoi alors avoir classé ces émissions dans le groupe 2B ? Ce choix résulte de la publication des résultats d’une étude de 2011 dans la revue Occupational & Environmental Medicine. Celle-ci révélait une augmentation du risque de gliome chez les utilisateurs de téléphones portables qui déclaraient une utilisation de plus de 30 minutes par jour sur les 10 années précédentes.

Cette décision a été très critiquée dans la communauté des chercheurs en bioélectromagnétisme (qui étudie les interactions entre les champs électromagnétiques et le vivant), car elle ne respectait aucun des critères requis. Les auteurs de l’étude eux-mêmes affirmaient dans leur conclusion :

« L’incertitude liée à ces résultats exige qu’ils soient reproduits avant de pouvoir en tirer une interprétation causale. »

Et depuis, quoi de neuf ?

En juin dernier, je me suis rendu au congrès BIOEM2019, qui se tenait à Montpellier. Organisé par les deux sociétés scientifiques les plus importantes du secteur (The Bioelectromagnetics Society et l’European Bioelectromagnetism Association), il s’agit de la plus grande manifestation internationale sur le bioélectromagnétisme.

Maria Feychting, chercheuse, professeure et directrice de l’unité d’Épidémiologie de l’Institut Karolinska y a donné une session plénière intitulée « Les preuves de cancérogénicité des champs électromagnétiques de radiofréquence ont-elles changé depuis l’évaluation du CIRC ? »

¿Cáncer y Campos electromagnéticos de Radiofrecuencia? Comienza esta plenaria para revisar la evidencia disponible y si el anuncio de la IARC de 2011 debe modificarse… pic.twitter.com/UuaYNUoNW7

— Alberto Nájera 👨‍💻 (@najera2000) June 25, 2019

Les principales preuves du lien possible entre le cancer et les téléphones portables émanent du chercheur Lennart Hardell. Très acclamé par les mouvements anti-antennes, il est connu dans le domaine du bioélectromagnétisme pour son point de vue et ses publications très controversées. Les études censées soutenir sa thèse, apportées dans le cadre de procès ou dans d’autres contextes, ont été critiquées par la communauté scientifique car comportant de nombreux défauts conceptuels et d’analyse.

Au cours de sa présentation, Maria Feychting a mis en évidence le fait que Lennart Hardell est non seulement le seul à mettre en évidence des liens positifs entre champs électromagnétiques de radiofréquence (CEM-RF) et cancérogénicité mais que, de plus, ces derniers sont faibles. Par ailleurs, aucune des études postérieures menées par différentes équipes à travers le monde ne les corrobore.

C’est par exemple le cas d’une étude de cohortes danoises de long terme qui a inclus plus de 350 000 personnes, ou d’autres travaux menés par le Cancer Research UK et le National Health Service au Royaume-Uni, basés sur une cohorte d’un million de femmes. Dans ces deux cas, aucun risque majeur de cancer lié à l’utilisation de téléphones portables n’a pu être démontré. Conclusion :

« Il n’y a pas eu d’augmentation du risque de tumeurs du système nerveux central, ce qui ne prouve guère l’existence d’une association causale… »

Fleychting a attiré l’attention sur une autre étude de Hardell dans laquelle ce dernier évaluait, de 2007 à 2009, les gliomes de patients ayant été exposés à des CEM-RF pendant « plus de 25 ans ». Curieusement, à l’époque de l’étude et dans l’intervalle d’années analysé, la téléphonie mobile n’était présente en Suède que depuis 23 ans, et en aucun cas majoritairement répandue…

D’autres études parues en 2012 ont comparé l’augmentation des incidences de cancers prédites des années plus tôt par Hardell aux observations réelles. Elles démontrent que l’augmentation annoncée n’a pas eu lieu et qu’au contraire, la tendance suivie est similaire à la tendance précédant l’apparition des téléphones portables. Dans le cas des États-Unis, la tendance est même – étonnamment – plutôt à la baisse. Une incidence plus élevée a été constatée seulement chez les adultes de plus de 75 ans, et non chez les jeunes, qui sont en principe ceux qui utilisent le plus les téléphones portables. Cette tendance a été attribuée à l’amélioration du diagnostic ainsi qu’à l’allongement de la durée de vie.

Toutes ces données contredisent les découvertes et les prédictions d’Hardell, qui recommande d’éviter l’utilisation du portable chez les jeunes de moins de 20 ans.

On peut donc affirmer que les résultats qui ont poussé le CIRC à prendre cette décision de classement des CEM-RF dans le groupe des agents « possiblement cancérogènes pour l’être humain » n’ont pas été confirmés par l’épidémiologie. En outre, les preuves les plus récentes contredisent les découvertes d’Hardell et de ses collaborateurs, dont les études doivent être remises en question.

Qu’en est-il de l’étude récente sur des rats ?

Après Mary Fleychting, qui s’est focalisée sur les études épidémiologiques, la scientifique Florence Poulletier De Gannes est intervenue pour faire le point sur les résultats concernant les animaux de laboratoire.

Elle est revenue sur deux études très solides, réalisées sur des rats. Publiées en 2018, elles révélaient un lien entre l’exposition aux CEM-RF et un type de cancer du cœur (extrêmement rare chez les humains). Ce résultat ne concernait que les rats mâles. L’une de ces études était issue du Programme national de toxicologie (NTP) des États-Unis, l’autre émanait de l’Institut Ramazzini en Italie.

Problème : ces deux études comportent des incohérences et des limitations qui freinent grandement l’applicabilité de leurs résultats lorsqu’il s’agit d’établir des modèles ou des limites d’exposition, et restreignent leur utilité. Surtout, lesdites limitations font obstacle à leur extrapolation sur l’être humain.

En définitive, il n’existe donc à l’heure actuelle toujours aucune preuve solide avalisant un lien entre l’utilisation des téléphones portables et le développement de cancer. Non seulement l’épidémiologie ne confirme pas cette hypothèse, mais de plus les résultats obtenus chez l’animal restent fragiles et contestables.

Sur le web

  1. Profesor Contratado Doctor de Radiología y Medicina Física, Universidad de Castilla-La Mancha.

L’évolution des relations presse : vieilles techniques VS technique 2.0

Par Théophile Gacogne
relations presse

Par Théophile Gacogne.

Les relations presse regroupent toutes les actions mises en place par une entreprise pour communiquer avec les journalistes et autres acteurs du monde de la presse en général, dans le but d’obtenir de la visibilité sur les différents médias existants.

Elles transmettent le plus souvent une information à propos d’un nouveauté relative à l’entreprise, qu’il s’agisse d’un changement interne majeur, du développement d’une expertise nouvelle, du lancement d’un produit plus ou moins révolutionnaire ou de toute autre information importante à diffuser.

Pourquoi les relations presse sont-elles si importantes ?

Un boost de notoriété à moindre coût

Le public consomme de l’information en provenance de tous les différents médias en permanence. Le fait d’être cité par un site, un journal, une chaine de télévision ou tout autre média reconnu va grandement améliorer la notoriété d’une entreprise, puisque certains médias atteignent des centaines de milliers voire des millions de personnes.

De bonnes relations presse peuvent donc permettre d’atteindre des foules gigantesques et d’augmenter considérablement la visibilité de l’entreprise, et de profiter d’un type de publicité à moindre coûts.

Une visibilité par tous

En plus de la visibilité au niveau du public cible, une couverture médiatique peut vous ouvrir des portes qui semblent impossibles à atteindre par d’autres moyens. Un article sur un site régional peut intéresser un journaliste dans un journal national qui peut vous contacter pour un dossier plus important, qui lui-même pourra éventuellement être repris par un média international, etc. C’est également une manière parfaite de se faire connaître d’éventuels investisseurs, partenaires potentiels, et autres.

Le développement de l’image d’expert

Non seulement le fait d’apparaitre ou d’être cité dans les médias améliore la visibilité à tous les niveaux, mais confère également à l’entreprise un statut d’autorité. Cela fait directement référence à la mention « Vu à la Télé ! » qui était très utilisée dans la vente de certains produits pendant les années 1990.

Aujourd’hui la mention est moins utilisée, mais le concept est bel et bien présent, et s’est étendu aux autres médias. Une apparition ou une interview dans une émission ou un article d’un média reconnu comme sérieux offre une position d’autorité, et une sorte de statut d’expert dans le secteur concerné.

Une communication contrôlée

Avoir l’opportunité de s’exprimer sur un média important va permettre à une entreprise de faire passer au public les messages qu’elle pense importants. C’est l’occasion par exemple d’appuyer sur des points de différenciation avec la concurrence si le secteur est particulièrement concurrentiel, ou de travailler sur une sorte de vulgarisation accessible à tous si le secteur est complexe et mérite des explications.

Attention cependant à être précis lors de la communication avec les journalistes, afin de limiter au maximum les possibilités d’interprétations biaisées de vos informations.

Relations presse : quelques points importants

L’intégration

Les relations presse s’inscrivent dans une stratégie de communication globale, incluant la publicité et autres moyens de communiquer. Pour une efficacité accrue, les relations presse doivent respecter une certaine cohérence avec les autres moyens de communication utilisés par l’entreprise, au niveau du message véhiculé, du ton utilisé, etc.

Tout en respectant cette cohérence, il est également important d’adapter les informations transmises aux médias auxquels on s’adresse, encore une fois au niveau du fond comme de la forme.

Des relations à long terme

Les relations presse doivent être appréhendées comme une relation à long terme entre l’entreprise et les différents médias. Des actions isolées seront bien moins efficaces que des actions régulières, lesquelles maintiennent une sorte de climat de confiance positif entre une entreprise et les journalistes. Se créer un large réseau de journalistes qui couvre le plus de médias et de lignes éditoriales possible vous permettra d’adapter vos messages et vos communiqués précisément en fonction de vos besoins, de votre cible, et d’autres critères qui vous sont propres.

Évidemment, pour s’assurer une relation saine et durable, il convient de ne pas faire de publicité mensongère, ni transmettre des informations erronées ou incomplètes qui pourraient devenir des fake news une fois relayées par les médias.

La différence entre relations presse et publicité

Il faut bien différencier la publicité des relations presse. On ne communique pas avec des journalistes avec les mêmes codes que ceux utilisés lors de la communication directe avec les prospects et clients potentiels. Il s’agit également de différencier la communication de l’information. Pour simplifier les choses : l’entreprise va informer les médias d’une nouvelle. Les médias à leur tour vont communiquer à propos de cette nouvelle à destination du public final. La communication est donc en quelque sorte l’information passée par le prisme des médias et avec le point de vue du média (pas toujours positif) parfois.

Une information qui sera transmise aux médias offre du contenu au journaliste et doit avoir une véritable valeur ajoutée pour celui-ci. L’entreprise prend alors le rôle de créateur de contenu, et doit donner une raison valable au journaliste de s’intéresser à son information, et éventuellement d’en parler sur son média. Pour augmenter les chances d’être cité dans les médias, il faut trouver un angle d’attaque de traitement de votre information qui la rendra importante pour le public, et donc pour le journaliste qui s’adresse à lui.

Les techniques relatives aux relations presse

Les techniques classiques

Historiquement, les techniques de relation presse les plus utilisées étaient les suivantes :

  • les appels téléphoniques classiques aux journalistes pour leur transmettre des informations.
  • le communiqué de presse, qui est un document explicatif, relativement court et concis, qui informe rapidement les journalistes et qui va droit au but.
  • le dossier de presse, un document qui peut être relativement important, qui regroupe des informations, des preuves, des anecdotes, des photos, éventuellement des vidéos et autres sur le sujet traité.
  • la conférence de presse, qui permet de marquer le coup pour un lancement produit, ou une nouvelle importante. Les invitations aux médias sélectionnés se font le plus souvent par téléphone.
  • le voyage de presse, qui consiste à emmener des journalistes, le plus souvent de plusieurs médias différents, vers une destination en rapport avec l’information que vous voulez transmettre et dont vous voulez que les journalistes parlent dans leurs médias respectifs.
  • l’interview, qui doit être préparée par l’interviewer comme par l’interviewé, permet de faire passer vos informations et vos messages à travers les réponses aux questions du journaliste ou autre.
  • le publi-reportage, le plus souvent dans la presse écrite, consiste à acheter des espaces publicitaires, et les utiliser pour y placer des articles écrits par vos soins ou sous votre contrôle pour communiquer directement avec le public cible.

Les techniques digitales

Avec l’évolution des mœurs et les changements dans les modes de consommation de l’information par le public, qui se tourne de plus en plus vers des sources diverses et variées notamment sur internet, les relations presse ont pris une tout autre tournure. Ces techniques sont encore massivement utilisées, mais avec le temps et l’évolution du digital, de nouvelles formes de relations presse ont vu le jour :

  • la création de « Press Rooms », des espaces dédiés aux médias en ligne sur les sites internet, offrant aux journalistes des informations mais également du contenu prêt à être utilisé dans leurs médias, que ce soit des photos, des vidéos ou autres aux différents formats utilisés par les différentes plateformes.
  • la création de newsletters dédiées spécialement aux journalistes.
  • et un peu plus éloigné on pourrait évoquer les relations avec les influenceurs : bloggeurs, Youtubeur, etc, qui peuvent être centrales dans les stratégies de relations presse de certaines entreprises.

Beaucoup de jeunes entreprises, et notamment les « web entrepreneurs », se concentrent sur les techniques utilisant internet pour leurs relations presse. Une stratégie efficace serait pourtant de jouer avec des techniques classiques et des techniques plus récentes, et ainsi faire croître exponentiellement les résultats et les retours sur investissement…

Une activité à plein temps ?

Beaucoup d’entreprises sous-estiment encore la puissance des relations presse, alors que celles qui l’ont compris tentent d’en profiter au maximum. Mais une stratégie de relation presse efficace et durable est un travail à temps plein, et peut vite devenir chronophage. L’utilisation de tout ou partie des techniques évoquées plus haut, en assurant une cohérence avec le reste de la stratégie de communication, en adaptant le message aux médias choisis et aux cibles visées, en respectant un rythme adéquat… tout cela ne s’improvise pas.

Lorsque leurs moyens le leur permettent, les entreprises font parfois appel à des agences spécialisées dans la gestion des relations presse. Cependant, il existe de plus en plus d’outils permettant de gérer seul ses relations presse, en fonction de son budget et de ses besoins.

Des outils simples et efficaces pour toutes les bourses

Les sites de routage

Ils permettent à une entreprise d’uploader un communiqué de presse sur une plateforme qui s’occupera de le faire parvenir à des centaines voire des milliers de journalistes sur tous les types de médias existants. Ce type d’action coûte habituellement à l’entreprise quelques centaines d’euros par communiqué de presse uploadé. Cela permet de toucher donc des milliers de journalistes d’un coup pour un tarif raisonnable ; mais attention, il est souvent impossible d’adapter le message aux différents médias. En revanche, certains sites permettent de cibler les journalistes qui vous intéressent, comme c’est le cas par exemple de Algolinked.

Les sites de mise en relation des journalistes avec des sources expertes

Ils permettent de cibler bien plus précisément, et à moindre coût. Les journalistes envoient des demandes de sources pour les aider sur un sujet. De l’autre côté, les entreprises ou particuliers s’inscrivent en tant que sources, et reçoivent les demandes correspondant à leur secteur d’expertise par mail. Il leur suffit alors de répondre aux questions posées par les journalistes dans les requêtes et d’être cités dans l’article en question et donc developper leur visibilité, et leur réseau média.

L’outil est souvent très accessible pour les sociétés et gratuit pour les journalistes comme c’est le cas sur la plateforme française Authority-Sources.com. Le taux de retour est souvent très élevé ; en revanche la communication est plus souvent axée corporate en citant la marque, et souvent moins adaptée pour un message précis comme un lancement produit.

Les outils d’Emailing

Si vous avez déjà vos listes de journalistes et un réseau média développé, vous pouvez également opter pour des outil d’Emailing personnalisés, comme Mailjet, qui vous aidera également à créer de jolis templates et analyser les retombées des différents envois comme vous pouvez le voir ici. Ainsi la communication RP est simplifiée et vous permet de mieux gérer vos relances et vos relations avec les journalistes.

Pour finir

L’importance et les retombées des relations presse ne doivent pas être sous-estimées, et les mœurs et techniques qui y sont relatives sont en constante évolution. Les outils les plus récents vous permettront de rester à la page et de développer votre visibilité et votre image d’expert à moindre coût, à condition de les utiliser en parallèle de certaines techniques plus classiques.

Pass-Culture : un flop, mais pas pour tout le monde

Par h16
ministères

Par h16

Août 2017 : la France vient tout juste d’élire un sémillant quadragénaire à la présidence de la République, et déjà souffle le vent des réformes, des initiatives courageuses et des projets d’avenir qui vont redresser le pays. C’est dans cette immense vague d’espoir qu’enfin, après des années d’âpres luttes et de demandes incessantes de toute une population assoiffée de culture, naît le Pass Culture.

Il était temps : les banlieues, les petites villes de province, les quartiers défavorisés et les familles modestes n’en pouvaient plus d’attendre enfin que se libère l’accès à la culture, que nos jeunes puissent enfin mettre la main sur une connexion internet (éventuellement partagée dans un centre culturel ou une de ces médiathèques de quartier qui font la fierté de notre pays) voire – pour les plus chanceux – des livres ou, carrément – soyons fous – un abonnement Astrapi Alternatives Économiques.

Dans le grand bond en avant la mise En Marche joyeuse de tout le pays, il avait été décidé la mise en place d’un Pass Culture, réclamé par tous et voué à une réussite flamboyante : permettant à chaque jeune éligible de dépenser 500 euros en biens culturels (livres, entrées aux musées ou, plus exactement, places de cinéma, jeux vidéo et autres abonnements streaming), le gouvernement envisageait d’abonder un fonds dédié à cette opération pour les jeunes qui, comme toute légumineuse, doivent être régulièrement arrosés.

À l’époque, on évoquait 180 puis 400 millions d’euros dévolus à cet épandage d’argent des autres dans les poches de certains. Les discussions allèrent bon train et ce Pass, qui fut un temps présenté comme le « GPS de la Culture », fut donc ouvert à expérimentation courant 2018 et sur différentes plateformes dont Netflix et Spotify qui se retrouvaient alors en pôle position pour récupérer la manne publique par le truchement de ce Pass instamment réclamé par toutezétous.

L’année passa, et nous nous retrouvons à présent, en novembre 2019, à l’heure où, gaillard, on dresse des bilans. Et force est de constater qu’encore une fois, avec cette régularité d’horloge dans l’échec que seul l’étatisme permet de garantir, tout se déroule exactement comme prévu c’est-à-dire mal.

On apprend ainsi que ce Pass Culture n’aurait été utilisé que par 25 000 jeunes de 18 ans, qu’ils n’en auraient utilisé que 100 euros en moyenne sur les 500 alloués au départ, et qu’au final, un million d’euros avaient ainsi été dépensés par le truchement de ce dispositif macronesque, ce qui frise le consternant aux petits fers, face aux 34 millions d’euros budgétés au départ pour 2019.

Cet échec serait presque une bonne nouvelle puisqu’au final, 33 millions d’euros du contribuable sont restés dans les caisses : dans un pays normal, l’échec serait constaté, un trait tiré, les fonds réattribués et la parenthèse Pass-Culture refermée pudiquement. Nous sommes en France, il n’en sera rien et l’échec de cette distribution gratuite d’argent des autres se double, bien évidemment, d’une gabegie scandaleuse qui ajoute à l’ensemble du dispositif dispendieux un parfum de foutage de gueule auquel nous ont malheureusement habitué toute la clique au pouvoir.

Il apparaît en effet que ce dispositif est piloté par une SAS (société par actions simplifiée), détenue à 70 % par l’État et à 30 % par la Caisse des dépôts et consignations (c’est-à-dire l’État aussi, si vous suivez l’argent), SAS dont les dirigeants n’ont bien évidemment pas oublié de se rémunérer. Grassement.

C’est ainsi que Damien Cuier, son président – dont le nom est malencontreusement cité dans l’affaire BygmillionsBygmalion – sans avoir été poursuivi – percevrait 170 000 euros par an pour son poste, pendant que Eric Garandeau, son conseiller à tiers-temps dans la SAS et lui-même à la tête d’une société de consulting – Garandeau Consulting, toucherait 6000 euros mensuels, alors que cette dernière société aurait perçu 651 600 euros entre septembre 2018 et mai 2019 en provenance direct des fonds de la SAS pour laquelle elle aurait travaillé.

Ce Pass Culture pour quelques peu nombreux s’apparente à un véritable Pass-Droits pour d’autres happy very few… Le tout, cependant, dans une forme de légalité suffisante qui fait à l’évidence du trampoline sur la morale et l’argent public, et ce d’autant plus que l’outrage semble passer assez calmement dans l’opinion publique, fort occupée par les cabales organisées contre des évidences choquantes.

Devant cette gabegie honteuse, c’est d’ailleurs la même indifférence médiatique que celle qu’on peut observer lorsqu’on apprend que les embauches continuent bon train pour les cabinétards du gouvernement : grâce à cette belle vigueur de l’emploi public (payé par les emplois privés, dois-je le rappeler ?), le montant cumulé des salaires de conseillers ministériels – hors Matignon !! – a atteint 27,92 millions d’euros en 2019, et 31,65 millions d’euros environ si l’on cumule le tout.

Eh oui : 30 millions par ci, 30 millions par là, et on commence à parler pognon…

… Pognon que certains ne verront jamais, comme par exemple le GIGN dont les entraînements sont sérieusement compromis suite à des impayés à hauteur de 500 000 euros.

À mesure que les tensions s’accumulent dans le pays, je ne suis pas certain que les dépenses des fonds publics soient correctement ventilées, à moins bien sûr de considérer que les conseillers et cabinétards divers ont tous des capacités en close combat et protection de tiers qui permettent de cumuler efficacement fonctions ministérielles et sécurité de l’État…

Et au-delà de ces évidentes absurdités, il faut bien comprendre que le dévoiement complet d’un projet politique comme celui du Pass Culture n’est en rien une péripétie. Il ne s’agit pas d’un accident de parcours malencontreux dans lequel, de façon aussi inopinée qu’un arrêt de travail de la SNCF, des dirigeants se sucreraient sur la Bête dans les grandes largeurs.

Non, c’est un effet attendu et assez probablement planifié dès le début : dès qu’une taxe apparaît, dès qu’un gros marché public est passé, dès qu’une distribution d’avantages et de prébendes se met en place, dès qu’une commission se crée ou qu’un institut apparaît qui sont financés par l’État, il faut bien comprendre qu’un copain ou un coquin en profitera parce que c’est précisément pour celui-ci que ce dispositif est créé.

Le Pass Culture n’a jamais été créé pour distribuer de la culture aux jeunes (si tant est que la puissance publique puisse distribuer autre chose que de l’argent ou des coups de LBD), mais bien pour assurer un petit cocon confortable aux dirigeants de la SAS en charge de cette distribution.

Et ce genre de manœuvres qui consiste soit à embaucher directement les copains comme dans les cabinets, soit à créer une structure comme celle du Pass Culture pour y placer les coquins, est maintenant institutionnalisée dans la plus parfaite indifférence d’une presse qui s’outrage plutôt d’évidences. Cette presse, ces médias dont l’une des missions consiste précisément à servir de garde-fous à ces dérives, ne font absolument plus ce travail.

Laissée à elle-même, l’administration française n’a plus aucun compte à rendre à personne : le service après-vente, dont la qualité aurait dû être vérifiée par ces médias, n’existe plus. Il n’y a plus aucune garantie de résultats et la seule garantie de moyens qu’on a maintenant, c’est qu’ils seront partout aux commandes, avec les médiocres et les nuls.


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Sur le web

Retraites par répartition : Bruno Le Maire brouille les pistes

Par Pascal Dray
Le Maire choix

Par Pascal Dray. 

Bruno Le Maire a récemment déclaré que les Français étaient « tous attachés » au système de retraite par répartition mis en place après la Seconde Guerre mondiale.

Ils y sont effectivement « attachés » mais par le monopole public et non pas par le cœur. Par cette assertion sans preuve, Bruno Le Maire illustre parfaitement la théorie de l’illusion fiscale.

En réalité, les Français n’ont pas le choix. L’assurance vieillesse mise en place en 1945 dans un pays ruiné par la guerre et l’occupation, est un monopole d’État. Depuis soixante-quinze ans, personne n’a jamais demandé aux Français s’ils préféreraient un système de retraite par répartition, par capitalisation ou un régime mixte.

La théorie de l’illusion fiscale part du fait qu’en séparant la perception des coûts et avantages, l’intervention de l’État fausse systématiquement l’intérêt que les gens ont à s’informer sur les services publics, dont la retraite fait partie comme l’ensemble des assurances sociales.

La confiscation de la liberté de choix crée l’attachement forcé de l’usager

Pour se représenter la confiscation de notre liberté du choix, il faut nous imaginer – à l’inverse du politiquement correct – comme un consommateur arpentant un supermarché qui déciderait brusquement d’imposer à ses clients les règles de décision du système politique démocratique.

Ainsi, au lieu de pouvoir choisir des boîtes de haricots et des écrous, des lasagnes, des trottinettes, des jeux vidéo, des livres, des ordinateurs et des bandes dessinées dans les rayons, quand il le veut et aussi souvent qu’il le souhaite, l’usager-client n’aurait que le choix de voter tous les deux ou trois ans.

Son vote se retrouve noyé entre des milliers, voire des millions d’autres votes, lui demandant de se déterminer entre deux types de caddies contenant un assortiment qu’il n’aurait absolument pas choisi. Le contenu, choisi par d’autres, serait en fait presque identique pour des raisons de concurrence électorale. Car dans cette situation, les camps politiques cherchent à attirer l’électeur du milieu, le plus susceptible de changer d’avis et de faire la décision.

Au lieu de pouvoir décider combien il dépense, quoi acheter, et de ne rien payer s’il n’a rien trouvé qui lui plaise, l’usager-client serait contraint de livrer la moitié de son revenu en échange de fournitures plus ou moins régulières de cet assortiment décidé par d’autres. Les rayons contiendraient non seulement toutes sortes de choses qu’il n’a pas demandées et qu’il n’aurait jamais accepté de payer s’il en avait eu le choix mais aussi des produits qui lui répugnent, voire dont il combattrait la production si on lui en laissait les moyens.

En outre, disposant ainsi contre leur gré de la moitié du revenu des clients-usagers, les dirigeants du supermarché entreprendraient de distribuer aux uns aux dépens des autres, prenant davantage à des groupes politiquement faibles et distribuant à leurs dépens des cadeaux à toutes sortes de groupes politiquement puissants. Ce processus d’exploitation se parerait de grands mots tels que « solidarité » et « justice sociale ».

Bien entendu, pour éviter que ces clients-usagers les plus opprimés ne cherchent à se soustraire à l’arbitraire d’un tel processus, la direction du supermarché ferait en sorte que tous les autres supermarchés soient soumis à la même règle, pour éviter une « concurrence destructrice », censée porter atteinte à ses « valeurs », tellement préférables aux méprisables « valeurs marchandes ».

Elle priverait dans la pratique ses « clients-usagers » des moyens de choisir l’école de leurs enfants, les forçant dans les faits à les enrôler dans des écoles sous son contrôle ; de même, elle flatterait et subventionnerait les journalistes pour qu’ils exaltent la « citoyenneté ».

C’est ainsi que le système démocratique en use vis-à-vis de ses « citoyens » et que nous avons perdu l’habitude de comparer le peu d’options qui nous restent à la liberté naturelle qui devrait demeurer notre référence.

Un pouvoir de décision factice contribue à l’illusion

N’est-ce pas ce système qui fait constamment mine de nous demander notre avis et ne voit-on pas sans arrêt des gens donner leur opinion sur tout ? Qu’est-ce donc qui rend ce simulacre si convaincant, quelle est la technique qui entretient chez nous l’illusion du choix, alors qu’en fait on nous l’a confisqué et qu’on nous le confisque de plus en plus ?

Un aspect essentiel de cette forme d’illusion est qu’on passe son temps à nous demander de choisir dans des conditions où nous n’avons en réalité aucun pouvoir réel de choisir.

Lorsqu’on demande à un cadre moyen de moins de cinquante ans s’il préfère une automobile de la marque Renault dans le segment haut de gamme à une BMW, c’est une question qui a un sens parce qu’il peut mettre l’une et l’autre à l’épreuve, qu’il l’a éventuellement déjà fait, et surtout qu’il a toujours pu effectivement choisir entre une Renault et une BMW.

En revanche, lorsqu’on interroge un quidam pour savoir s’il est satisfait d’un prétendu « service public », quoi qu’il puisse répondre, ça ne changera rien au fait qu’il est obligé de passer par ce service.

On ne lui demande jamais

  • qui pourrait lui offrir d’autres services,
  • quels seraient ces services et s’ils lui conviendraient davantage,
  • ce qu’il pourrait faire de son argent si le prétendu service public ne le lui avait pas été imposé.

Lorsque des prétendus services publics se sont ouverts à la concurrence, ces usagers-clients prétendument satisfaits du monopole, ont exercé leur nouvelle liberté de choisir de nouveaux fournisseurs et acheter les nouveaux services non fournis auparavant. Il suffit de constater l’explosion du marché de la téléphonie fixe et mobile en France le jour où le monopole de France Telecom est tombé.

Le droit de vote ne donne au citoyen aucun pouvoir de décision réelle et par conséquent n’exprime aucun choix informé sur la réalité des alternatives.

Ce n’est pas en tant que citoyen que le cadre moyen de moins de cinquante ans fait réellement des choix mais parce qu’il est libre d’acheter directement Renault ou BMW. C’est une imposture que d’interroger les gens sur des choix qu’ils ne peuvent pas réellement faire, de même que c’est une usurpation que de les priver de la possibilité de choix qui seraient à leur portée.

Le professeur canadien Jean-Luc Migué, économiste des choix publics, résume ainsi les raisons d’être de ce qu’il appelle l’ignorance rationnelle des décideurs, et particulièrement de l’électeur, dans un cadre de collectivisation :

« Lorsqu’une personne achète une voiture, les deux conditions nécessaires pour qu’elle exprime un choix rationnel sont remplies : le choix individuel est décisif, et l’enjeu personnel est grand. L’intérêt personnel de l’acheteur est de choisir la voiture qui lui conviendra le mieux. Prudence et circonspection s’imposent naturellement à lui. Il recherchera rationnellement toute l’information dont il a besoin.

[…]

Supposons maintenant que la décision d’achat […] soit déterminée non plus par sa préférence personnelle, mais par le résultat d’un vote acquis à la majorité d’un groupe dont il fait partie. L’enjeu – l’acquisition du véhicule, sa conduite – restera le même. Mais son pouvoir sur l’issue du scrutin deviendra quasi insignifiant. […] L’acheteur n’est plus guère motivé à acquérir l’information qui permettrait de déterminer le meilleur choix. Il ne saura pas ce qu’il gagne, ou perd, à acquérir tel véhicule plutôt que tel autre.

[…]

C’est ainsi que, dans nos démocraties contemporaines, une large part de la population ne connaîtra jamais la nature des dommages réels qui résultent pour elle de ce que le mode de fonctionnement majoritaire de nos marchés politiques lui impose le choix de certaines institutions (étatiques) plutôt que d’autres (comme le marché).

[…]

De leur côté, les hommes politiques supportent rarement les conséquences directes de leurs décisions. À la limite, ils ne sont personnellement concernés ni par la décision, ni par les conséquences de leurs choix. Les deux éléments exigés par les économistes comme condition d’un choix rationnel sont alors absents. »

La théorie de l’illusion fiscale établit que seuls les choix correctement informés sont les choix responsables, faits par des individus qui en maîtrisent l’enjeu concret et en subissent les conséquences. Chacun a le droit de décider de ses propres affaires. L’étatisme est toujours antidémocratique, puisque les hommes politiques y décident à la place du peuple, alors que la démocratie consiste en ce que le peuple choisisse.

Pour reprendre en main une partie de notre liberté de choix, réclamons notre salaire complet, la véritable valeur de notre travail et choisissons nous-mêmes nos systèmes d’assurances sociales. Ainsi, nous verrons bien si – comme le prétend Bruno Le Maire –nous sommes vraiment attachés de cœur aux assureurs publics en situation de monopole.

Suppression du PTZ : une bonne idée ?

Par Matthieu Loonis
PTZ

Par Matthieu Loonis.

Le prêt à taux zéro (PTZ) est un prêt dont le montant est plafonné et sous conditions de ressources, destiné à l’acquisition d’un premier bien immobilier dans le neuf ou l’ancien. Ce prêt, comme son nom l’indique, ne donne pas lieu au paiement d’intérêts sur le capital emprunté.

Son montant est également modulé en fonction des zones géographiques (A, B, C) afin de favoriser celles dites « en tension ». Déjà depuis 2017 le dispositif est régulièrement réduit pour se concentrer sur ces zones, et plus discrètement, pour alléger son coût pour les finances publiques.

 

Le PTZ, un dispositif coûteux et aux effets discutables

Car le dispositif est coûteux, de l’ordre de 750 millions d’euros à 1,3 milliard d’euros selon les années. De plus son mécanisme est discutable, puisque concrètement, c’est l’État qui règle directement aux banques les intérêts des prêts à taux zéro ; dont ils n’ont en réalité que le nom.

Autre problème, être éligible au PTZ augmente certes la solvabilité des emprunteurs du montant des intérêts qu’ils n’auront plus à payer ; il faut toutefois relativiser ce gain, qui dans un contexte de taux bas, représente tout au plus une dizaine d’euros mensuels1, mais n’augmente pas l’acte d’achat2 ; or c’est tout de même le but premier du dispositif. Ainsi, le PTZ représente-t-il plutôt un effet d’aubaine appréciable pour ses bénéficiaires, mais douteux sur son intérêt véritable.

PTZ : un problème dès sa création

L’orthodoxie économique commanderait plutôt de s’interroger sur ce qui a pu pousser le gouvernement en 1995 à instaurer un tel mécanisme. Il s’agissait d’augmenter le pouvoir d’achat des ménages pour leur permettre de faire face à des prix immobiliers devenus élevés.

Or, lorsque l’on augmente artificiellement le pouvoir d’achat des acteurs économiques, le marché s’adapte nécessairement à l’arrivée de cette demande dopée par les ressources étatiques, et donc les prix augmentent encore, ce qui nécessite une augmentation toujours plus grande du soutien financier étatique pour pérenniser cette politique d’aide à l’accession à la propriété. Ce cercle vicieux est le même que celui des APL qui augmentent artificiellement le prix des loyers, comme déjà maintes fois dénoncé dans ces colonnes.

De manière générale, les subventions publiques instaurent un état de dépendance économique de leurs bénéficiaires directs et indirects. Nous connaissons leurs effets pervers, mais il ne semble plus possible de faire marche arrière. Il en va ainsi, de la politique agricole commune, des aides au logement, des niches fiscales, des subventions aux entreprises, etc. la liste est interminable. C’est pourquoi l’annonce de la suppression potentielle du PTZ suscite déjà l’inquiétude (compréhensible) des professionnels de l’immobilier.

L’autre critique générale des politiques de subventions publiques concerne la perte de choix dans l’allocation des ressources détournées. En effet, ces subventions sont forcément financées par des prélèvements ou de l’endettement, qui représentent autant de flux financiers détournés des mains de leurs propriétaires.

Le problème est que ces propriétaires ne peuvent plus choisir d’allouer naturellement ces ressources comme ils l’entendaient. Dès lors, l’ordre spontané est bouleversé. Il en résulte un décalage de rationalité économique entre ce qui est, et ce qui serait en réalité. Et dès qu’un décalage se forme, forcément une anomalie de marché se crée et exige lentement mais irrésistiblement sa correction un jour ou l’autre.

Quelles solutions alternatives ?

Enfin, puisqu’il faut avoir à cœur de répondre à ce problème bien réel du prix de l’acquisition immobilière en France, il convient de rechercher des solutions alternatives. Une piste intéressante serait à mon sens de réduire ou de supprimer les frais de notaire, qui sont aujourd’hui de 8 % en France, soit le second plus haut taux d’Europe après la Belgique (avec des différences de fonctionnement cependant), là où les Autrichiens, les Anglais et les Hollandais payent eux 2 %.

Il résulte de cette politique fiscale un surcoût de l’immobilier, de plus généralement non financé par les banques qui en réclament au moins le paiement en guise d’apport personnel, ce qui exige un effort d’épargne considérable puisque issu de revenus ayant subi la fiscalité française en amont.

En moyenne, il faut entre 6 et 7 ans pour neutraliser ce surcoût lors d’un achat immobilier ; ce qui a également pour effet de décourager non seulement l’accession à la propriété, mais aussi à la mobilité des Français vers leurs besoins professionnels.

  1. Selon le rapport présenté par Stéphanie Do et cité par Les Échos « En moyenne, l’aide permet de baisser la mensualité de 1,4 % du revenu, soit par exemple 52 euros pour un revenu mensuel de 2500 euros ».
  2. Toujours selon ce rapport : « Dans neuf cas sur dix, l’obtention du prêt à taux zéro n’a pas été décisive dans l’acquisition du logement ».

11 novembre 2018 : le centenaire d’un conflit de portée immense [Replay]

Par Gérard-Michel Thermeau

Par Gérard-Michel Thermeau.

C’était il y a cent ans. Nous commémorons, ce 11 novembre, le centenaire d’un conflit qui a joué un rôle considérable dans l’histoire de la France et du monde.

Bien que les participants en aient tous disparu, cette date du 11 novembre conserve toute sa signification à la différence du 8 mai, date qui ne renvoie pas à grand-chose.

Le 8 mai ne marque ni la libération de la France, ni la capitulation allemande, ni la fin de la seconde guerre mondiale. Et puis les Français, pour des raisons diverses, ne peuvent guère célébrer un conflit qui a vu le pays s’effondrer et la population se diviser. Non, le 8 mai est un de ces nombreux jours qui décorent le calendrier des jours fériés. Et c’est bien le seul intérêt qu’il conserve.

Le 11 novembre, célébration de l’armistice de 1918, c’est autre chose. Cette date renvoie à l’arrêt des combats, la fin d’une longue boucherie inaugurée le 28 juin 1914 par un attentat qui faisait trois orphelins dans une obscure ville des Balkans.

Une guerre absurde aux conséquences tragiques

Ce centième anniversaire est l’occasion de se souvenir d’une guerre, absurde par bien de ses aspects, et dont les conséquences furent tragiques. Mais aussi d’une guerre qui a engendré la plupart des guerres qui ont suivi.

Pour la dernière fois, la France l’emportait dans un conflit majeur. Ce fut le chant du cygne de notre pays comme puissance mondiale. En 1944-1945, la magie du verbe gaullien devait masquer, par son éclat, le rôle mineur de la participation française à la victoire alliée, conséquence de la débâcle de 1940. L’hécatombe de cette première guerre mondiale, 1,4 million de morts, avait pesé lourdement dans l’enchaînement des événements qui devait déboucher sur « l’affreuse aventure », pour reprendre le mot de Pétain.

Que l’on y songe, sans la Grande Guerre, ni communisme, ni fascisme, ni nazisme. Les valeurs libérales étaient ainsi durablement remises en question. La Grande guerre a également semé au Moyen-Orient les graines de tous les problèmes qui l’agitent encore.

En somme, si le prétexte en fut insignifiant — un banal assassinat politique —, les conséquences en furent immenses.

La naissance du communisme moderne

Le socialisme, qui avait tant effrayé durant les dernières décennies du XIXe siècle, était en voie de parlementarisation dans les pays avancés, au Royaume-Uni, en France, en Allemagne.

Le poids du vote ouvrier poussait les gouvernements à faire voter des lois sociales qui donnaient satisfaction à d’anciennes revendications. Les ouvriers ne voulaient pas la révolution. Ils voulaient travailler moins, gagner plus, être mieux considérés. Bref, leur horizon était empreint de cette « médiocrité bourgeoise » que dénonçaient les zélateurs de la Révolution. On ne pouvait décidément pas compter sur le « prolétariat » pour renverser l’ordre social.

Lénine, cet obscur agitateur d’avant 1914, rêvait de la guerre salvatrice. N’avait-il pas écrit en 1906 :

Cacher aux masses la nécessité d’une guerre exterminatrice, sanglante, désespérée comme objectif immédiat de l’action future, c’est se tromper soi-même et tromper le peuple.

Les dirigeants européens devaient exaucer ses vœux.

Sans la guerre, la Russie tsariste aurait peut-être connu une lente évolution réformatrice. En tout cas, sans la guerre, jamais les Bolcheviks n’auraient pu s’emparer du pouvoir. Le communisme, sous sa forme moderne, prenait un visage : le marxisme-léninisme.

La peur du « péril rouge » devait, par ailleurs, favoriser l’arrivée au pouvoir de leurs concurrents aux chemises noires et brunes.

Fascisme et nazisme, enfants de la Grande Guerre

Sans la guerre, Hitler serait resté un de ces innombrables artistes ratés qui ruminent leur médiocrité leur vie durant. La guerre le révéla à lui-même et lui permit de développer le génie maléfique qui ne pouvait s’extérioriser que dans des circonstances exceptionnelles.

Le génocide arménien, dont l’Allemagne impériale devait se faire le complice, devait par ailleurs lui servir de source d’inspiration. « Qui s’en souvient encore ? », devait-il faire remarquer à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

La guerre servit tout autant de révélateur à Benito Mussolini, ce socialiste révolutionnaire qui rêvait avant guerre, comme Lénine, à la prise du pouvoir par une élite résolue. Combattant exemplaire de l’armée italienne, il puisa dans son expérience du front les fondements de ce qui deviendra le fascisme.

Le fascisme et le nazisme, au-delà de leurs divergences idéologiques, partageaient quelques points communs et notamment le rejet du libéralisme sous toutes ses formes.

Le marché remis en question par l’État

La Grande Guerre a, en effet, contribué au déclin du libéralisme. La guerre totale exigeait des moyens sans commune mesure avec les guerres traditionnelles. Pour la première fois, l’État va intervenir de façon importante dans l’économie.

Comme le déclare, en Allemagne, l’industriel Rathenau :

L’activité économique n’est plus une responsabilité privée mais une responsabilité sociale.

En Allemagne, l’État fixe les prix maximum et contrôle les bénéfices. En France, le socialiste Albert Thomas devient ministre de l’Armement et réunit régulièrement les principaux industriels. Même au Royaume-Uni où l’opinion est hostile à toute « mobilisation économique », l’État ne va cesser d’étendre son contrôle sur la main d’œuvre. Partout, l’État se mêle désormais de la fixation des salaires.

Le marché va cesser de fonctionner au profit d’une économie administrée provoquant pénurie et rationnement. Les entreprises privées doivent reconvertir leurs activités pour participer à l’effort de guerre.

Cette situation présentait d’ailleurs des avantages pour les entreprises : moins de concurrence, des débouchés assurés, des profits faciles. Mais les productions n’étaient plus orientées par la satisfaction de besoins réels. Il s’agissait de produire pour détruire. La rancœur à l’égard des « profiteurs de guerre », dans un temps où beaucoup de gens souffraient, devait rendre la population plus perméable au discours anticapitaliste.

Rapidement abandonné une fois la guerre terminée, l’expérience du dirigisme de guerre ne devait pas être oubliée. Et la grande crise des années 30 devait amener les États à recourir aux recettes expérimentées pendant le conflit.

Les libertés individuelles suspendues

Le libéralisme économique s’effaçait dans le même temps où le libéralisme politique prenait de rudes coups. Les libertés individuelles se trouvaient remises en question au nom des nécessités de la guerre. La liberté de la presse disparaissait, les journaux étant soumis à une censure tatillonne.

L’autoritarisme du pouvoir exécutif ne cessa de se renforcer et connut son apogée, en France, sous le gouvernement de Georges Clemenceau (1917-1919). Le « Tigre », farouche défenseur des libertés dans l’opposition, était un dictateur en puissance, une fois au pouvoir.

Clemenceau porte sa responsabilité, parmi d’autres, dans l’échec de la paix manifesté par les divers traités signés suite à la Conférence de paix de Paris. Si l’éclatement de l’Autriche-Hongrie se révéla catastrophique en Europe centrale, la chute d’un autre empire affectait le Moyen-Orient.

La poudrière du Moyen-Orient

Les circonstances de l’effondrement final de l’Empire Ottoman, déjà fort affaibli, vont faire du Moyen-Orient une nouvelle poudrière.

Pendant la guerre, politiciens britanniques et français s’étaient cru fort habiles dans leurs manœuvres au Moyen-Orient. Ils avaient incité les Arabes à se soulever contre les Turcs en agitant, aux yeux des Hachémites, le rêve du grand royaume arabe. Dans le même temps, ils se partageaient les dépouilles de l’empire ottoman en établissant leur zone d’influence. Les anciennes provinces turques devaient se métamorphoser en mandats de la SDN après guerre.

Loin d’obtenir leur indépendance, les Arabes se voyaient ainsi tomber sous la coupe des deux anciens rivaux impérialistes. Aux Français la Syrie et le Liban, aux Britanniques l’Irak, la Jordanie et la Palestine. De surcroît, Lord Balfour, par une déclaration fameuse, avait promis la création d’un foyer national juif, source de complications futures.

Discrédités par la trahison des Alliés, les Hachémites devaient être chassés de la Mecque par Ibn Séoud. Aux descendants du prophète succédaient des fanatiques, promoteurs du wahhabisme, incarnation d’un Islam sectaire.

Les empires coloniaux fragilisés

Pendant le conflit, les Alliés puisèrent dans leurs empires ressources, main d’œuvre et troupes. Des Indiens, des Africains, des Maghrébins se trouvèrent à se battre, bien loin de chez eux, dans des tranchées boueuses.

De fait, les colonisateurs se trouvaient pris aux pièges de leurs propres conceptions. Inférieurs en droit, les colonisés ne pouvaient donc être mobilisés comme les citoyens des métropoles. Aussi, les effectifs coloniaux ne furent-ils qu’une force d’appoint.

Sept millions et demi de Français furent mobilisés mais seulement 520 000 soldats dans tout l’Empire, pour une population légèrement supérieure. Ainsi, le nombre de Corses tués fut-il supérieur à celui des pertes des troupes de l’Afrique occidentale française.

Mais en engageant les troupes coloniales en métropole, les colonisateurs sciaient la branche sur laquelle reposait leur domination. L’artillerie ennemie tuait, par exemple, sans distinction « dominants » et « dominés ». Le discours inégalitaire allait devenir de plus en plus difficile à tenir.

À la conférence de paix, en dépit des 14 points de Wilson, les vainqueurs restèrent aveugles et sourds aux timides demandes de réformes dans les colonies. Mais les principes wilsoniens, avec l’idée du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, n’étaient pas restés lettre morte aux yeux d’intellectuels en Tunisie comme en Indochine. Le temps, là aussi, ferait son œuvre.

Les leçons de l’histoire ?

C’était il y a cent ans. Et c’était hier.

Le 11 novembre 1918 à 11 heures, sur la ligne de front les clairons sonnaient le « cessez le feu ».

Ce n’était pas la paix, certes, c’était l’arrêt des combats. Et c’était déjà beaucoup.

Cette guerre atroce et absurde était enfin terminée. Ce devait être la « der des der », seule justification de tant de souffrances et de tant de vies sacrifiées jusqu’à la dernière heure.

Mais ce n’était pas la paix, oh non ! C’était un armistice de vingt ans. La « der des der » était la préfiguration des tragédies à venir.

Article initialement publié en novembre 2018.

Jean-François Revel, révélateur inlassable de la « parade » socialiste

Par Nathalie MP
revel

Par Nathalie MP.

Anniversaire du 9 novembre 2019 : il y a 30 ans, le mur de Berlin s’effondrait sous le poids de sa propre pourriture, signant sans équivoque l’échec politique et économique absolu du communisme – pas loin de 100 millions de morts dans le monde, n’oublions pas. Or il reste des voix nombreuses pour nous expliquer encore aujourd’hui que le socialisme n’en conserve pas moins sa glorieuse supériorité solidaire et humaniste. Une bonne occasion de relire Revel, pourfendeur inlassable de la « grande parade » socialiste :

L’Union soviétique, laboratoire grandeur nature du communisme de 1917 à 1989, s’est effondrée sur elle-même il y a plus de 25 ans sous l’effet de ses propres incapacités génétiques à assurer la liberté politique et la prospérité économique. Les pays qui persistent à se réclamer du progressisme socialiste le plus idéologique sont tous en faillite, noyés en bonne et due forme dans la répression et la pénurie, les exemples les plus représentatifs et les plus accablants étant Cuba et le Vénézuela. Il n’empêche. Nous sommes en France. 

Nous sommes en France, en 2017 ou presque, à la veille d’une élection présidentielle cruciale pour notre pays, lequel vit depuis trop longtemps dans l’illusion confortable que semble procurer l’État-providence. Ce qu’on voit, ou plutôt ce que l’on veut voir absolument, c’est que nous sommes protégés par « un modèle social que tout le monde nous envie. » Ce qu’on ne voit pas, ou plutôt ce qu’on ne veut voir sous aucun prétexte, c’est qu’il coûte tellement cher qu’il ne survit qu’en pompant sans fin les forces productives par l’impôt et les cotisations sociales, jusqu’à les rendre de moins en moins productives, donc de moins en moins capables de l’entretenir. La faillite est au bout, et elle n’est pas si loin.

L’avenir de la France dépend donc beaucoup et plus que jamais de la tournure des débats publics qui sont en train de se développer autour de cette élection présidentielle. Or il reste des voix nombreuses, haut placées et acharnées pour nous expliquer que le régime cubain fut et demeure un havre d’humanisme. Or il existe des voix nombreuses et acharnées pour nous expliquer que s’il est un régime monstrueux en ce monde, c’est uniquement l’épouvantable ultra-libéralisme de M. Reagan et Mme Thatcher qu’un candidat de droite particulièrement dépourvu de sentiments humains compte mettre en œuvre en France s’il est élu.

Dans cet article, je ne me prononce pas sur le libéralisme, ultra ou pas, de François Fillon. On verra bien, à mesure que la campagne avance, puis éventuellement à mesure que sa présidence avance, à supposer que les sondages d’aujourd’hui se répercutent dans les urnes. Mais j’en viens forcément à repenser à l’excellent livre de Jean-François Revel La grande parade. Publié en 2000, soit une dizaine d’années après la chute sans gloire de l’URSS, il cherche à élucider le pourquoi et le comment de « la survie de l’utopie socialiste. » 

Alors qu’on aurait pu croire qu’un tel échec allait déclencher un examen de conscience radical chez nos intellectuels et autres compagnons de route plus ou moins rapprochés du communisme, Revel constate dix ans plus tard qu’il n’en est rien :

« Après un instant d’étourdissement, la gauche, même et surtout non communiste, affréta une impressionnante flottille de justifications rétrospectives. Il en ressort cette conclusion comique : ce que réfute l’histoire du XXème siècle, ce serait non le totalitarisme communiste, mais… le libéralisme ! »

Jean-François Revel aurait entendu Ségolène Royal faire ses déclarations ineptes sur Fidel Castro, il aurait entendu toutes nos belles âmes entonner d’une seule voix (allant du FN à l’extrême gauche en passant par Emmanuel Macron, pas d’exceptions, ou si peu) leur rengaine hystérique sur la cruauté du libéralisme ultra-thatcherisé, il n’aurait pas été dépaysé. Depuis son constat de 2000, rien n’a changé. Le socialisme et ses avatars chiraco-socio-démocrates continuent à nous enfumer de leurs belles intentions tout en nous asphyxiant sous une dette galopante, un chômage trop élevé, une Éducation nationale dont le niveau atteint le déplorable et un environnement de moins en moins favorable aux libertés individuelles, j’ai déjà évoqué tous ces points.

Si le constat n’est donc guère réjouissant, j’ai cependant grand plaisir à vous présenter Jean-François Revel. Je l’ai découvert il y a plus de trente ans en lisant par hasard une de ses chroniques politiques dans Le Point. Depuis, je n’ai plus cessé de le lire, dévorant avec passion tous ses livres et tous ses articles. Polémiste hors-pair, doué d’un humour pince-sans-rire particulièrement réjouissant, il a d’autant plus compté dans ma formation libérale qu’à tous ces atouts qui font qu’on le lit avec une véritable délectation, il ajoute précision des faits relatés, qualité des sources, immense culture et sûreté du raisonnement. Pour moi, un homme de confiance intellectuelle.

revelJean-François Revel est né en 1924 à Marseille. Son vrai nom est Ricard1, il appartient en effet de loin à la famille qui a mis au point et développé le fameux apéritif anisé. En 1943, il intègre Normale sup Ulm et obtient par la suite l’agrégation de philosophie. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s’engage dans la résistance à Paris. Il commence sa carrière professionnelle comme enseignant, puis il se consacre ensuite à l’écriture et au journalisme. Il est l’auteur d’une Histoire réputée de la philosophie occidentale (1968). Il est élu à l’Académie française en 1997 et décède en 2006.

D’abord socialiste, il s’écarte de ce courant en 1970 pour défendre avec passion, parfois véhémence, ce qui lui tient le plus à cœur : la culture de la liberté. Dans ses écrits politiques, il se spécialise dans la description et l’analyse de La tentation totalitaire (1976) qui s’est emparée de la gauche et qui tend à influencer l’ensemble de l’esprit occidental.

Puisque les fêtes de Noël et leurs quelques jours de congés approchent, j’aimerais évoquer deux de ses ouvrages moins strictement politiques que les autres, mais tout aussi passionnants. Tout d’abord, ses mémoires intitulés Le voleur dans la maison vide (1997) dans lesquels sa plume alternativement douce ou aiguisée nous fait parcourir une large part du XXème siècle depuis l’époque où il était écolier turbulent à Marseille jusqu’à son élection à l’Académie française en 1997, en passant par les voyages, les rencontres et l’aventure journalistique à L’Express.

Dès les premières pages, il a captivé mon attention. La plupart des hommes déclarent volontiers que si leur vie était à recommencer, ils ne la choisiraient pas différente, mais, explique-t-il, « tel n’est pas mon avis sur la mienne » :

« […] il subsiste dans mon souvenir un foisonnement de circonstances […] dans lesquelles je vois bien que c’était moi qui avais le choix et que je me suis trompé. »

On aimerait tant pouvoir revenir sur ces moments où l’on s’est montré bête ou méchant ! Quelques lignes plus bas, il décrit son idée d’une journée réussie. Je vous la livre aussi, tant cela correspond bien à ce que j’en pense moi-même (si ce n’est que j’aurais peut-être inversé l’ordre) :

« S’il n’est pas pour moi de journée heureuse qui ne comporte une portion de solitude, il n’en est pas non plus sans qu’y figurent quelques heures du plus vif de tous les plaisirs de l’esprit, la conversation. »

Le second ouvrage auquel je pense est une sorte de journal de l’année 2000 titré Les plats de saisonJean-François Revel y scrute l’actualité de l’époque (cohabitation Jospin Chirac, tempête du « millénium »... ) avec son humour décapant habituel qui lui faisait dire, et lui ferait certainement dire encore aujourd’hui, car oui, rien n’a vraiment changé depuis 2000 en la matière :

« Dimanche 16 avril 2000. J’écoute la revue de presse de France Inter à 8 h 30. Elle se limite à trois nouvelles, mais trois nouvelles de poids, qui dominent sans conteste la scène internationale :
1. L’équipe de football de Monaco est désormais assurée de remporter le titre de champion de France 2000.
2. Une photo de Diego Maradona le montre boursouflé par l’abus des drogues. […] mais le malheureux se rachète cependant : il a choisi de vivre à Cuba, où Fidel l’honore de son amitié […]
3. Troisième nouvelle capitale : Bernard Tapie s’apprête à publier un roman […] Avec un tel titan de la pensée, la France n’a plus rien à redouter de cet « impérialisme » culturel américain qui l’effrayait tant.
Dernière remarque : […] sans le niveau de conscience professionnelle de notre cher service public, on imagine la trivialité de l’information dont nous gratifierait un audio-visuel purement commercial… »

J’espère que ces quelques mots vous auront donné envie de vous plonger dans les livres de Jean-François Revel, et j’aimerais revenir maintenant à mon thème de départ, La grande parade. Pour Revel, la grande et unique leçon à tirer de la chute de l’URSS, c’est que :

« Le communisme avait été poussé à n’engendrer que misère, injustice et massacres, non par de contingentes trahisons ou malchances, mais par la logique même de sa vérité profonde. »

Bien sûr, cette leçon n’est pas satisfaisante quand on considère que quoi qu’il advienne, le communisme et lui seul est apte à faire advenir le bien sur la Terre. En conséquence, si le communisme a disparu, tout espoir d’une société juste a disparu avec lui.

Les justifications directes des régimes en question étant devenues cependant délicates (sauf pour Ségolène Royal), la réhabilitation du communisme va passer par la mise en accusation du libéralisme et de la mondialisation, faisant dire à une ministre de Lionel Jospin que « le XXème siècle aura vu la faillite du libéralisme. » Et Revel d’ironiser :

« Ce que la décomposition du communisme a prouvé, c’est que le libéralisme n’est pas viable ! »

S’ensuit ce que Revel appelle un débat « truqué » entre le communisme et le libéralisme, ce dernier étant taxé d’idéologie comme le premier alors qu’il est beaucoup plus le résultat de l’observation et de l’expérience des Hommes qui trient entre ce qui marche, ce qui apporte la prospérité et garantit la liberté, et ce qui ne marche pas.

En plus d’aider à justifier un passé injustifiable, l’anti-libéralisme a également comme fonction de conjurer deux peurs, celle de la concurrence et celle de la responsabilité. On retrouve ceci à la virgule près et à l’état pur dans les démêlés arbitrés par la puissance publique entre Uber ou Heetch d’un côté et les taxis ou les VTC de l’autre.

Une autre technique pour repousser tout inventaire du communisme consiste à refuser la moindre comparaison avec le système totalitaire nazi malgré les parentés évidentes de leurs origines idéologiques, de leurs méthodes et de leurs résultats aussi catastrophiques que criminels. Seul le nazisme doit servir de repoussoir et incarner le mal absolu afin de mettre le communisme à l’abri d’un examen trop attentif. À cet égard, Le livre noir du communisme (1997) a été reçu avec des cris d’indignation et il a déclenché une énorme polémique car dans sa préface, l’un des auteurs, Stéphane Courtois, a eu l’outrecuidance d’oser ce parallèle.

Dernière astuce de réhabilitation du communisme que j’aimerais rapporter ici, celle que Revel nomme judicieusement « la clause du totalitarisme le plus favorisé » et qui convient si bien à Ségolène Royal et à tous ceux qui l’ont défendue lorsqu’un Raphaël Enthoven ou un autre ont brocardé son sens de l’histoire à sens unique. Dans le prolongement de la cécité sur le communisme par rapport au nazisme, la gauche occidentale, et la gauche française en tout premier lieu, ont toujours fait preuve d’une immense bienveillance envers les totalitarismes sanglants pourvu qu’ils soient de gauche.

Lorsque, en 1999, un procureur espagnol demande l’annulation pour vice de forme d’un mandat d’arrêt international contre Pinochet, c’est une véritable fureur indignée qui saisit toute la gauche européenne et tous ceux qui veulent lui plaire. Et c’est une indignation que Revel aurait volontiers fait sienne avec plus d’enthousiasme s’il avait pu oublier parallèlement que cette même gauche s’est montrée plus que silencieuse à l’égard de dictateurs comme Mengistu en Ethiopie (de 1977 à 1991) ou Pol Pot au Cambodge (de 1975 à 1979), dont les accomplissements dans le crime, rapidement connus mais promptement « oubliés », allèrent bien au-delà de tout ce que Pinochet avait jamais pu faire.

Comme Fidel Castro, si pieusement réhabilité par Ségolène Royal selon un mode absolument pas isolé, mais typique de « la grande parade » de la gauche française, Mengistu et Pol Pot ont eu le bénéfice de « l’immunité révolutionnaire. »

Finalement, pour Revel, les valeurs ultimes qui président à ce « deux poids deux mesures » toujours agencé en faveur de la gauche sont à chercher du côté de Jean-Jacques Rousseau. Homme de l’époque des Lumières, il n’est pas un philosophe des Lumières, il n’est pas un adepte de l’émancipation par le savoir ou le développement des sciences. Au contraire, il prône en permanence un « retour aux sources » (qui lie du reste la gauche totalitaire à la droite passéiste) qui fait que nos progressistes se caractérisent essentiellement par une haine du progrès qui transparait encore aujourd’hui dans les interdictions sur les OGM ou l’exploitation des gaz de schiste, ainsi que par la volonté d’abandonner l’énergie nucléaire, par exemple.

Alors que l’utopie socialiste a prouvé ses qualités dystopiques, la grande parade installée par la gauche avec un raffinement sectaire qu’elle maîtrise à merveille, n’est pas encore complètement éradiquée des modes de pensée occidentaux. Il en découle que le libéralisme, qui risque d’enrichir des hommes, puis d’autres hommes etc. suite à leur soif de connaissance, à leur propre initiative et à leurs idées innovantes, est pour elle un progrès haïssable à empêcher à tout prix.

Sur le web

  1. Son fils Matthieu Ricard, docteur en génétique cellulaire et moine bouddhiste tibétain, est l’interprète du Dalaï-Lama pour le français.

Une banque publique peut-elle aider les plus pauvres ?

Par Libre Afrique
pauvres

Par Mpiyakhe Dhlamini 1.
Un article de The Free Market Foundation

Nulle part dans l’économie, les inégalités entre les nantis et les démunis ne sont aussi frappantes que dans les secteurs où le gouvernement applique les réglementations les plus strictes. Clairement, l’excès de réglementations provoque ce que les gouvernements prétendent combattre. Cela est particulièrement vrai dans le secteur financier.

Au cours des dernières années, les socialistes sud-africains ont appelé les Sud-Africains à la création d’une banque publique au service des Noirs pauvres, alors même que nous disposons déjà d’institutions financières sous la forme de mashonisas (petits prêts informels). Le problème ? Les élites sud-africaines confondent leurs propres désirs et besoins avec ceux de tous les autres, en particulier les pauvres.

Les mashonisas répondent à un besoin des plus pauvres

Cela signifie que les mashonisas ne sont pas reconnus pour le rôle vital qu’ils jouent dans la vie de nombreux pauvres, car les besoins financiers de ces derniers ne sont pas les mêmes que ceux des décideurs.

Je me souviens encore de mon premier emploi en 2012. Je devais suivre une formation sans salaire le premier mois. Le Mashonisa m’a financé au moins les trois premiers mois où j’ai utilisé les prêts pour payer les coûts de transport et autres.

Aujourd’hui, les mashonisas fournissent un financement gagé sur le salaire aux personnes ne pouvant prétendre à un prêt nulle part ailleurs en raison de leur profil de risque. Ces entreprises sont présentes dans pratiquement tous les lieux de travail d’Afrique du Sud.

Dans chaque lieu de travail où j’ai été, il y avait toujours un mashonisa, même si la plupart d’entre eux étaient informels. Cela prouve simplement que le gouvernement ne peut pas éliminer des structures qui répondent à une demande et un besoin réels.

Les entraves à la création d’une structure financière

Que faudrait-il pour qu’un mashonisa ou un stokvel devienne une banque commerciale ou une mutuelle légale ? Il s’avère que les conditions requises pour une licence bancaire en Afrique du Sud sont explicitement anti-pauvres et anti-petites entreprises. Pour une banque mutuelle (une banque dans laquelle les déposants sont propriétaires (comparable à une stokvel), les entrepreneurs potentiels doivent au moins avancer 10 millions de rands de capital.

Cela s’ajoute à la réglementation sur les intérêts qui stipule que si vos clients ont un profil intrinsèquement risqué, vous ne pouvez pas ajuster les taux d’intérêt pour en tenir compte. La Banque de réserve, en tant qu’autorité prudentielle, peut également ajouter d’autres exigences en fonction de son jugement sur ce qui est dans l’intérêt public. En réalité, l’intérêt du public est dans l’œil de l’usager.

Je dirais que si une banque peut attirer des déposants et des emprunteurs, il est clair que ses opérations sont dans l’intérêt du public. Si vous envisagez d’enregistrer votre propre banque, vous aurez besoin d’un capital de 250 millions de rands. Il est également interdit à toute personne physique ou morale de détenir plus de 15 % de la banque, ce qui limite la mobilisation de capital-risque.

Il est clair que la création d’une banque est hors de portée de tout jeune entrepreneur qui pourrait commencer à percevoir de petits dépôts (de l’ordre de 100 rands) et à octroyer de petits prêts. Ceci en dépit du fait que les mashonisas dans les townships et la plupart des lieux de travail en Afrique du Sud sont déjà engagés dans des prêts à petite échelle, illégalement selon la réglementation en vigueur.

Étant donné que les activités bancaires en Europe ont commencé avec des petits changeurs de fonds et des prêteurs qui ont fini par devenir des entreprises géantes, le régime réglementaire actuel n’est tout simplement pas approprié pour un pays pauvre comme l’Afrique du Sud.

Des politiques au détriment des plus pauvres

Par le biais de la réglementation, les politiciens ont créé exactement le problème qu’ils proposent maintenant de résoudre grâce à une réglementation plus poussée et à la création d’une banque étatique.

L’Afrique du Sud ne manque pas de Noirs pauvres capables de créer de petites entreprises dans le secteur bancaire. Ce sont les coûts de démarrage élevés imposés par le gouvernement qui rendent cela pratiquement impossible. Nul ne peut nier que la déréglementation de ce secteur entraînerait une augmentation du nombre de banques en faillite. Ce serait bien, à condition que les clients aient le choix et l’accès à des banques offrant plus ou moins de sécurité.

Le marché permet à chaque individu de définir sa propre propension au risque. La réglementation gouvernementale ne supprime pas le risque, elle en fait simplement un privilège pour les riches. L’hypothèse qui sous-tend toute réglementation est qu’il est impossible de faire confiance aux pauvres contrairement aux riches (souvenez-vous que plus le risque est élevé, plus les taux d’intérêts sont lourds).

Le coût de la conformité réglementaire pour les pauvres est plus élevé qu’il s’agisse de payer des consultants, de payer quelqu’un pour qu’il passe du temps à remplir des formulaires, des exigences de fonds propres, des droits de licence, etc.

La liberté d’entreprendre s’impose plus que tout !

Le gouvernement sud-africain ne peut tout simplement pas prétendre être pro-pauvres, alors qu’il leur impose une telle réglementation lorsqu’ils osent créer leur propre entreprise, ou quand ils exploitent déjà des entreprises informelles. Un gouvernement favorable aux pauvres devrait plutôt s’engager dans une vaste campagne de déréglementation de tous les secteurs de l’économie.

Il faudrait bien entendu ignorer les défaitistes, qui, de leurs tours d’ivoire, ne savent pas ce qu’est de se coucher l’estomac vide. Quiconque comprend ce que signifie être pauvre comprend pourquoi la déréglementation de l’économie est un impératif moral de premier ordre.

La pauvreté ne diminuera pas tant que les pauvres ne seront pas autorisés à faire leurs propres choix. C’est vrai qu’il s’agisse de terrains communaux, de contrats de travail ou de réglementations sur les banques et d’autres secteurs. Avoir des choix signifie aussi la possibilité d’un échec. Si nous ne pouvons pas accepter que les adultes pauvres soient capables d’être responsables, la pauvreté persistera encore pendant un certain temps.

Sur le web

  1. Mpiyakhe Dhlamini est analyste pour The Free Market Foundation. Article initialement publié en anglais par la Free Market Foundation.

C’est prouvé, les chats nous aiment !

Par The Conversation
chats

Par Colline Brassard1.
Un article de The Conversation

Si les amateurs de chats en étaient déjà convaincus, la science devait encore le prouver : oui, les chats peuvent nous aimer ! Une étude publiée dans la revue scientifique Current Biology vient de démontrer, une nouvelle fois, que les capacités sociocognitives des chats étaient largement sous-estimées.

Avec près de 700 000 chats identifiés en France en 2018, le chat est l’un des animaux de compagnie les plus représentés sur le territoire. L’affrontement entre amoureux des chats et des chiens ne faiblit pas, ces derniers reprochant au chat d’être « trop indépendant » et d’être notre maître plus que nous ne sommes le sien.

Des chats attachants mais aussi attachés

Lorsqu’ils sont errants, les chats, tout comme les chiens, sont des espèces sociales facultatives. Ils vivent soit seuls, soit en groupe, en fonction des pressions environnementales et de la disponibilité des ressources. Le chien est reconnu depuis longtemps comme étant un spécialiste des relations inter-espèces, puisqu’il s’épanouit très bien dans les groupes humains. Des chercheurs de l’université d’Oregon ont démontré que cette flexibilité sociale s’applique aussi aux chats. Dans Demain les Chats, de Bernard Werber, Bastet pense :

« Je m’approche et me frotte à elle en ronronnant, espérant qu’elle consente à me caresser pour me remercier de cette facétie qui montre notre haut niveau de complicité. »

Le personnage pensé par Werber est l’illustration parfaite de ce que la chercheuse Vitale et ses collègues ont démontré : les chats présentent les mêmes traits sociaux que ceux qui n’étaient autrefois attribués qu’aux chiens et aux humains, ce qui suggère l’existence de capacités sociocognitives et d’un attachement interspécifique comparables chez ces trois espèces.

Les chats nous voient-ils seulement comme des fournisseurs de croquettes ?

Dans leur expérience, 70 chatons de 3 à 8 mois sont soumis au protocole suivant : après avoir été placés deux minutes dans une nouvelle pièce avec l’humain qui a l’habitude de les soigner, ils sont laissés deux minutes tous seuls, avant de retrouver leurs soigneurs pendant deux nouvelles minutes. L’attachement des chats a ensuite été classé en attachement « sécure » ou « insécure », selon les critères habituellement utilisés pour les chiens et les enfants.

Les résultats montrent qu’au retour du soigneur, 65 % des chats sont moins stressés, cherchent le contact, puis sont capables de reprendre un comportement exploratoire (attachement sécure), mais 35 % sont stressés (attachement insécure) et recherchent soit la proximité de manière excessive (84 %), soit adoptent un comportement de fuite (12 %) ou alors un mélange entre les deux (4 %).

Les chercheurs ont aussi montré qu’une fois cet attachement sécure établi, il persiste dans le temps, sans influence ni de l’existence, ni de la durée d’un entraînement de sociabilisation avec l’homme. Selon eux, ceci suggère l’existence de facteurs héréditaires conditionnant le tempérament, le type et la stabilité de l’attachement.

Les chats se sont auto-domestiqués

Nos chats de canapés se seraient domestiqués tout seuls à partir de l’espèce sauvage Felis silvestris lybica, le chat ganté.

Si selon la mythologie égyptienne c’est la déesse Bastet, qui, pour la première, domestiqua les chats, les mécanismes réels sont encore sujets à de nombreuses discussions.

Voici le scénario le plus probable : les ancêtres sauvages de nos chats modernes auraient suivi les souris, elles même attirées par les stocks de céréales entreposés dans les greniers des premiers agriculteurs. La pression de sélection s’exerçant sur les individus s’accommodant le mieux du contact avec l’homme expliquerait alors la divergence progressive des premiers chats domestiques. L’homme, tirant de cette lutte contre les nuisibles un avantage (pour la préservation contre les maladies ou la conservation des stocks de nourriture), a retenu le félin en disposant à son attention de la nourriture.

Les chats sont cependant aujourd’hui considérés comme appartenant à une espèce « semi-domestiquée ». D’ailleurs, peu de caractères permettent de les distinguer de leur ancêtre sauvage, si ce n’est leur gracilité, leur docilité, et la pigmentation de leur pelage.

En comparaison du chien, le nombre de régions génomiques impliquées dans la domestication du chat est modeste, d’une part parce que c’est un phénomène plus récent, impliquant des sélections sur des caractères physiques, un contrôle de l’alimentation et de la reproduction moindres, et d’autre part parce que les populations sauvages ne sont pas toujours nettement isolées. Ceci rend l’interprétation des vestiges osseux archéologiques très difficile.

Un attachement qui ne date pas d’aujourd’hui

Les nombreuses représentations du chat en Égypte ancienne témoignent d’un lien entre nos deux espèces très ancien. Le félin, déjà, était présent dans la maison, sous le siège de ses maîtres, dans les champs pour aider à la chasse aux oiseaux, dans les récits satyriques, et même dans la tombe de leurs propriétaires.

Nébamoun chassant les oiseaux dans les marais environ 1450 ans avant notre ère, tombe de Nebamon, Dra Aboul Naga, dynastie XVIII. British Museum, CC BY

 

On a longtemps cru que l’Égypte était le berceau de la domestication du chat, environ 3600–3800 ans avant notre ère. Cependant, des découvertes archéologiques suggèrent qu’elle pourrait avoir été bien antérieure, dans le Levant comme le raconte Jean‑Denis Vigne.

Une phalange de Felis silvestris lybica, retrouvée à Klimonas, suggère que le chat a été introduit volontairement et par bateau, sur l’île de Chypre il y a 11 000 ans. De plus, sur le site de Shillourokambos, un chat Felis sylvestris, datant de 7300–7000 avant notre ère, a été retrouvé faisant face à un jeune homme dans sa tombe. Un lien de familiarité semblait donc déjà exister, et une domestication s’est certainement entamée dans le Levant des milliers d’années avant le début de la domestication égyptienne !

Nos chats sont issus des foyers de domestication proche-orientaux et égyptiens, d’où ils ont diffusé pour arriver sur le sol français au début de l’âge du fer, vers 1000-1800 avant notre ère.

En Chine aussi, de nombreux sites néolithiques ont livré des restes osseux de félins. Bien que parfois consommés, les chats pouvaient aussi bénéficier d’un traitement particulier. Un individu, datant de 3600–3300 avant notre ère, a ainsi été retrouvé en contexte funéraire à Wu Zhuang Guo Liang. Une étude a montré que les chats en question étaient issus d’une lignée locale de chats du Bengale, ce qui suggère l’existence d’un troisième foyer de domestication. Cependant, les chats asiatiques modernes montrent des morphotypes occidentaux, ce qui semble indiquer que cette domestication n’a pas perduré.

Une co-évolution qui a rendu les chats plus intelligents ?

Montague et ses collègues, en explorant les différences génomiques entre chats domestiques et chats sauvages, ont montré que la domestication a affecté la mémoire, le conditionnement à la peur, et l’apprentissage par stimulation et récompense. Parmi les modifications, les chercheurs ont montré que les chats domestiques avaient un système voméro-nasal plus développé, se traduisant par une plus grande aptitude à détecter les phéromones, aux dépens de la détection des odeurs.

Les chats développeraient les mêmes traits comportementaux que leurs propriétaires. Dernière cette affirmation alléchante se cache une réalité plus nuancée, si l’on en croit une étude menée sur plus de 3000 propriétaires de chats. Un maître névrosé serait plus susceptible d’avoir un chat présentant des problèmes du comportement (anxiété ou agressivité), avec un accès à l’extérieur restreint, et une surcharge pondérale. Au contraire, les chats des propriétaires extravertis et plus prévenants ont un poids normal, un accès facilité à l’extérieur et un comportement plus serein et grégaire.

Et si les cat-lovers étaient manipulés ?

Vous avez sûrement déjà entendu parler de la toxoplasmose. Redoutée par les femmes enceintes, elle est due à un protozoaire intracellulaire, Toxoplasma gondii, capable de s’enkyster dans nos muscles et notre cerveau. Si le chat est souvent incriminé, ses fèces sont loin d’être le facteur de contamination le plus important (d’autant plus qu’il ne concerne que les chats en mesure d’accéder à l’extérieur et de chasser). La consommation de viande crue ou mal cuite est la principale responsable.

On estime qu’au moins la moitié de la population est porteuse de ce parasite. Mais pas de panique ! Celui-ci est inoffensif, excepté chez les personnes immunodéprimées ou les femmes enceintes qui risquent de le transmettre à leur fœtus.

Le chercheur Jaroslav Flegr affirme cependant que les infections à toxoplasmes peuvent modifier le comportement des Hommes et entraîner une diminution de la performance psychomotrice. Infectés, les hommes seraient plus enclins à ignorer les règles, et se montreraient plus expéditifs, méfiants, jaloux et dogmatiques. Au contraire, les femmes seraient plus chaleureuses, sociables, consciencieuses, persistantes et moralistes. Tous deux seraient plus angoissés, et plus sujets aux accidents de voiture puisqu’ils y sont 2,65 fois plus exposés.

Les chats contrôlent-ils nos esprits à cause d’un parasite ?

 

Il convient d’être extrêmement prudents avec ces résultats, car ils peuvent être fortement biaisés par l’échantillon lui-même. Il est possible, par exemple, que des personnes ayant certaines caractéristiques de personnalité se comportent d’une manière qui augmente les risques d’infection, ou que des personnes infectées et non infectées présentent des taux de testostérone différents, entraînant alors des comportements différents.

Ainsi, si l’Homme a créé le chat, le chat nous a peut-être changés à son tour. Finalement, la science ne cesse de nous démontrer que nos deux espèces ont co-évolué, au même titre que le chien ? C’est peut-être ce qui explique notre extraordinaire complicité.

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  1. Docteur vétérinaire, doctorante en anatomie fonctionnelle et en archéozoologie, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN).

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Un article de The Conversation

Comme l’écrit Georges Bataille, « l’érotisme est l’un des aspects de la vie intérieure de l’homme » (L’Erotisme, éditions de Minuit, Paris, 1957). C’est un phénomène proprement humain, dans le sens où il revêt toujours une dimension psychique et fantasmée.

À l’inverse, la sexualité est pratiquée autant par les êtres humains que par les animaux. Nous seuls, hommes et femmes, avons donc le privilège d’être des animaux érotiques, c’est-à-dire capables d’élaborer des scénarios sexuels imaginaires, voire de produire des récits ou des œuvres exprimant la toute-puissance du désir, appelé eros en grec.

Dans l’art et la littérature de l’Antiquité, comme de nos jours, le corps érotisé est affiché dans une nudité plus ou moins complète. Il est associé à des vêtements qui le mettent en valeur, à des objets qui le parent (bijoux, chaussures…) ou accroissent son potentiel érotique (chaînes, armes…). Ces divers ingrédients alimentent des scénarios érotiques, plus ou moins explicites.

Voici quelques exemples de cet érotisme gréco-romain.

L’effet de striptease

La Vénus de Milo, détail. IIᵉ siècle av J.-C. Paris, Musée du Louvre. Christian-Georges Schwentzel, Author provided

La célèbre statue de la Vénus de Milo a été conçue comme l’incarnation même de la beauté féminine grecque. Par un remarquable contraste, le corps lisse de la déesse de l’Amour surgit d’un drapé aux nombreux plis qui s’écoulent vers ses pieds. Ce mouvement produit un effet de dénudement. Le dévoilement de la hanche droite est déjà bien entamé. L’artiste a figé le moment précis où le triangle pubien commence à se découvrir. Si vous vous placez à l’arrière de la statue, vous verrez le haut de ses fesses, en partie dévoilées.

Le corps masculin peut être mis en valeur de la même façon, comme le montre une fresque récemment découverte à Pompéi : Narcisse, un beau jeune homme de la mythologie, offre au spectateur son torse qui paraît fraîchement dénudé par le glissement de son drapé rouge. C’est l’effet de déshabillage, plus encore que le nu en lui-même, qui provoque ici le désir.

Narcisse au repos. Fresque de Pompéi, Iᵉʳ siècle apr. J.-C.

Parures et chaussures excitantes

Aphrodite assise. Terre cuite provenant de Myrina. Iᵉʳ siècle av. J.-C. – Iᵉʳ siècle apr. J.-C. Paris, Musée du Louvre. RMNGP

Le corps féminin peut être érotisé au moyen de parures : bijoux, chaînes métalliques croisées sur la poitrine ou encore chaussures. Des statuettes d’Aphrodite montrent la déesse chaussée de sandales pourvues de très hautes semelles, véritables platform boots de l’Antiquité. L’écrivain antique Athénée de Naucratis (Deipnosophistes XIII, 23) nous rapporte que les semelles de ces étonnantes chaussures étaient faites de liège.

Elles devaient servir de piédestal à des courtisanes, vues comme de véritables œuvres érotiques vivantes.

Chaînes et bondage

Le poète Ovide (Métamorphoses IV, 663-773) raconte le mythe d’Andromède, une belle princesse condamnée à une mort atroce. Attachée à un rocher, elle est offerte en pâture à un monstre marin qui doit venir la dévorer.

C’est alors qu’elle est sauvée, in extremis, par le héros Persée qui justement passait par là. Ovide se plaît à décrire la scène : Persée contemple la jeune fille qui ne peut se mouvoir ; seule une brise légère lui soulève les cheveux, laissant apercevoir ses yeux remplis de larmes. Si seulement elle n’était pas enchaînée, écrit le poète, elle se couvrirait aussitôt le visage de ses mains ! Mais, prisonnière de ses liens, elle est bien obligée de se livrer au regard du héros. Ses pleurs redoublent, tandis que Persée, lui, est très excité.

Le mythe d’Andromède traduit un rêve de bondage, c’est-à-dire de possession d’un corps entravé. De la même manière, l’historien grec Hérodote (Histoires I, 199) avait imaginé, au Ve siècle av. J.-C., des prostituées babyloniennes attachées par la tête et exposées dans la cour d’un temple qui leur servait de bordel.

Léda et le cygne. Statue en marbre. IIᵉ siècle apr. J.-C., d’après un original hellénistique. Venise, Musée archéologique

Viol et domination phallique

Léda venait tout juste de sortir de l’enfance et de se marier, à l’âge de treize ou quatorze ans comme la plupart des filles en Grèce antique. En épousant Tyndare, roi de Sparte, elle était devenue reine de la célèbre cité du Péloponnèse.

C’est alors que Zeus, maître des dieux, avait repéré cette jeune beauté du haut de son Olympe. Tandis qu’elle se promène le long du fleuve Eurotas, il se jette sur elle, après s’être métamorphosé en cygne. Une statue du Musée archéologique de Venise nous montre Léda au moment où elle s’apprête à recevoir, sur ses lèvres, le bec phallique de l’oiseau. La reine est figée à l’instant où elle prend conscience qu’elle est en train de se faire violer.

érotisme

Léda et le cygne. Statue en marbre. IIᵉ siècle apr. J.-C., d’après un original hellénistique.Venise, Musée archéologique

Les images de Léda, possédée par Zeus, connurent un très grand succès, comme en témoigne encore une fresque découverte à Pompéi en 2018.

Ces œuvres satisfaisaient un fantasme de domination virile. Le cygne incarne le phallus de Zeus en érection, une toute-puissance masculine mêlant ruse et violence, tromperie et viol.

Sexe et combat

érotisme
Médaillon romain en terre cuite, découvert près d’Arles, montrant une femme armée chevauchant un homme. Iᵉʳ siècle apr. J.-C. Dessin de C.G. Schwentzel, Author provided

Un autre « classique » de l’imagerie érotique est l’association du corps féminin à des armes et tenues de combat. Les Grecs ont imaginé les Amazones, peuple de guerrières, excellentes cavalières, pourvues d’arcs et de haches à double tranchant, vêtues de tuniques courtes et de peaux de bêtes. Des filles farouches et fortement érotisées, selon un fantasme que l’on retrouve ensuite à Rome. Ainsi, l’empereur Néron faisait vêtir certaines de ses concubines en Amazones, nous raconte l’historien latin Suétone (Néron 44), sans doute en prélude à leurs ébats.

Un médaillon romain en terre cuite nous offre une vivante image de ce désir érotique : on y voit une femme nue, armée d’un glaive et d’un bouclier, chevauchant un homme qui a l’air ravi. Le texte qui accompagne la scène peut se traduire par : « Super, c’est le bouclier ! ». Certainement le cri de l’homme au comble de l’excitation.

On retrouve aujourd’hui encore ce fantasme à travers diverses figures de guerrières sexy, de Lara Croft à Wonder Woman, pour un succès toujours assuré.

L’érotisme : de grands fantasmes millénaires

Les techniques permettant d’érotiser les corps n’ont guère changé depuis l’Antiquité. Ce qui a excité nos ancêtres, il y a 2000 ans, suscite toujours le désir aujourd’hui, comme le montrent tant d’exemples au cinéma, dans les clips, la publicité ou les défilés de mode.

On note seulement quelques variations formelles. Ainsi, la Vénus de Milo peut paraître un peu potelée au regard des injonctions de notre XXIe siècle. Victoria’s Secret lui demanderait sans doute de perdre plusieurs kilos avant de la recruter pour faire la promotion de sa lingerie. La publicité vante aujourd’hui les « ventres plats », alors qu’Aphrodite possède un petit mont qui surplombe son pubis.

Les mensurations de l’amante rêvée varient d’une époque à l’autre. Les accessoires érotiques aussi subissent quelques évolutions dues aux progrès techniques. Ainsi, l’Amazone d’aujourd’hui, telle Lara Croft, peut chevaucher une moto ou brandir des pistolets. Mais il ne s’agit là que de variations superficielles. L’art érotique gréco-romain nous montre que, pour l’essentiel, les grands fantasmes sexuels humains n’ont guère changé depuis deux millénaires.

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  1. Professeur d’histoire ancienne, Université de Lorraine.

Anne Hidalgo transforme Paris en coopérative agricole !

Par Olivier Maurice
agricole

Par Olivier Maurice.

La reine Marie-Antoinette s’était fait construire une ferme dans le parc du château de Versailles. Ce n’était pas la place libre qui manquait. Le nom de « caprice » est resté pendant tout le XIX° siècle pour désigner ces petits édifices bucoliques que l’on découvrait au détour d’une allée dans les parcs qui ont envahi la ville de Paris lors de la transformation opérée par le baron Haussmann pour aérer la capitale de l’Empire de Napoléon III.

Il faut dire que le Paris du milieu du XIX° siècle ne donnait pas envie et avait bien besoin de retrouver un peu d’espace et de verdure. Les rats envahissaient les rues étroites et embouteillées du soir au matin, la population s’entassait dans des logements étroits aux loyers hors de prix, le chômage et les errants attirés par les lumières de la ville faisaient régner partout insécurité et promiscuité.

Jules Ferry s’était levé en ardent opposant du baron Haussmann, critiquant la destruction du vieux Paris artiste et philosophe, du Paris historique et penseur et dénonçant au passage l’enrichissement des investisseurs et le grand remplacement : celui du peuple par la bourgeoisie, celui de l’esprit Français par l’argent.

En fière héritière de cette pensée moralisatrice, populiste et indignée, Anne Hidalgo veut aujourd’hui redonner à la ville Lumière son charme d’antan, la débarrasser de ces bourgeois industrieux et de tous ces maux qu’ils ont apporté avec eux : l’automobile et la pollution, l’éclairage public et le réchauffement climatique, les produits phytosanitaires et la disparition de la biodiversité.

Pour se représenter l’incroyable capharnaüm qui agitait il y a deux siècles le passage du Chatelet, pour comprendre la crasse indigne des ruelles regorgeant de rongeurs affamés, la noirceur des façades et la mine renfrognée des parisiens pestant contre la saleté et l’insécurité, il n’y a pas vraiment besoin d’une machine à remonter le temps : un simple billet de métro suffit amplement.

Et donc, pour couronner cette œuvre de déconstruction menée au cri de la recherche absolue d’authenticité, pour sublimer cette fascination pour un passé romanesque et pittoresque, le maire de Paris a donc décidé d’y ajouter son caprice à elle : transformer dès aujourd’hui Paris en coopérative agricole.

Autosuffisance alimentaire

Bien sûr, cette production locale sera propre, bio, raisonnée, respectueuse de l’environnement et de la biodiversité … Produisons local : c’est bon pour la planète ! L’autosuffisance alimentaire est la solution : plus de transport, plus de pollution ! Et c’est si facile !

Bon, passons sur le couplet apocalyptique qui veut tenter de légitimer tout cet emballement rhétorique… Pour nourrir une famille de quatre personnes, en proscrivant tout fertilisant industriel, tout OGM et tout pesticide, il faut environ 500 m2 de terrain pour produire les fruits et légumes et faire des conserves pour l’hiver (et environ 300 heures de jardinage par an, sans compter le temps passé en cuisine à fabriquer les conserves).

Sauf que … il reste le reste : la farine, le sucre, les huiles (sans parler de la viande, des œufs, du beurre, des produits laitiers, du café, du thé, du chocolat, des épices, du sel … ) et là, ça se complique sérieusement, surtout que pour exploiter correctement une culture céréalière, sucrière ou oléagineuse sans aide phytosanitaire, il faut sacrément respecter l’assolement et que si on veut oublier le matériel agricole, il faut un animal de trait, qu’il faut lui aussi nourrir, sans compter les haies, les bois, les cours d’eau naturels, indispensables pour la biodiversité… C’est également sans compter sur les aléas climatiques ni sur les nuisibles et diverses maladies qui viennent régulièrement réduire la production…

En cherchant intensément sur Internet et en tentant de faire le tri parmi les innombrables vidéos et sites de propagande divers et variés (comme tout sujet à la mode, un nombre incroyable de personnes se sont engouffrées dans ce créneau porteur et semble-t-il bien lucratif), on en arrive à un chiffre variant entre 1 et 4 hectare pour une famille de 4 personnes : le chiffre actuel donné par l’INRA est de 0,18 hectares de culture et de 0,12 hectares de prairie par Français, soit 1,2 hectares de terres agricoles pour une famille de 4 personnes avec les moyens tant décriés qu’il faut soit disant supprimer.

Ce qui signifie qu’au mieux, en cultivant toute la surface de la ville de Paris, c’est-à-dire en transformant Paris en super ferme bio à super rendement (et en supprimant toutes les habitations, toutes les routes, tous les parcs, tous les monuments, tous les bureaux) on pourrait fournir entre 0,5 % et 2 % des besoins alimentaires de la population actuelle de la ville.

Autant dire qu’en exploitant l’espace cultivable que l’on pourrait trouver ici et là, on arriverait à produire… absolument rien : quelques salades et quelques radis qui auront beau être étalés dans tous les journaux et tourner en boucle à la télévision avec une habile mise en scène ne nourriront personne.

N’importe quoi et clichés en tout genre

Si l’idée est impressionnante de vacuité, cet épisode navrant est quant à lui bien riche en enseignements.

Il démontre tout d’abord la totale incompréhension de la réalité agricole qui caractérise une énorme partie de la population qui se laisse à écouter de telles sornettes. Et pour aller même un peu plus loin, la totale incompréhension des données et des dimensions économiques en général.

A force de simplifier et de ramener à des concepts familiers et simplistes (cultiver son jardin, trier ses déchets, fermer les robinets, manger 5 fruits et légumes par jour…), à force de faire croire aux gens que tout est à leur portée, qu’ils sont capables et légitimes d’avoir leur avis sur tout et que celui-ci sera tout autant respectable qu’un autre, on a poussé à la fabrication d’une population entière d’ignorants arrogants qui sont persuadés avoir plus raison que tout le monde sur des sujets auxquels ils n’y connaissent absolument rien.

Ce n’est pas parce que l’on passe un après-midi au salon de l’agriculture, que l’on regarde tous les matins Mathurin le jardinier, que l’on tient un blog où l’on vante la beauté de l’autosuffisance ou que l’on fait pousser des tomates sur son balcon que l’on peut se dire y connaitre quoi que ce soit à l’agriculture et au domaine alimentaire.

Cette affirmation relève avant tout de l’arrogance de classe du citadin lettré imbu de son savoir et toisant le paysan inculte et crotté.

Le commerce de la peur

Le monde actuel où tout nous si simple et si facile, où il suffit pour plein de chose d’appuyer simplement sur un bouton, n’existe que parce qu’il est le fruit d’une évolution longue et complexe.

Ne pas faire le lien entre le résultat et le moyen est normal : personne n’a besoin de connaitre la physique nucléaire pour allumer une lampe électrique. Mais prétendre que parce qu’on est familier avec le résultat d’une chaine complexe, on peut devenir un expert dans la maitrise et la remise en question de tout ce processus de fabrication est d’une bêtise sans nom qui fascine par son arrogance et son manque de discernement.

Cet épisode démontre surtout comment l’incompréhension des mécanismes qui font tourner notre monde est devenue un réel eldorado pour des politiciens dont on hésite à dire s’ils sont sincères et arrogants, ou cyniques et manipulateurs. Il semble en tout cas qu’il soit bien plus facile (et plus rentable) de cultiver la dépression nerveuse chronique des électeurs en entretenant leurs peurs et leurs fantasmes que d’agir et de prendre des décisions.

Pister son enfant avec une appli, une fausse bonne idée

Par The Conversation
pister

Par Joel Michael Reynolds1.
Un article de The Conversation

L’utilisation de technologies de surveillance et de suivi personnel a considérablement progressé au cours de la dernière décennie. Aujourd’hui, on trouve sur le marché des applications pour évaluer son activité physique, son état de santé, des séances de méditation de pleine conscience, son sommeil, ses habitudes alimentaires et même sa vie sexuelle.

Les problèmes les plus délicats qui peuvent se poser viennent des applications conçues pour pister d’autres personnes, par exemple celles qui permettent à des parents de suivre leurs enfants. Il existe aujourd’hui des applis spécifiques pour les parents qui veulent surveiller la position GPS de leurs enfants, savoir qui ils appellent, à qui ils envoient des textos, quelles applications ils utilisent, ce qu’ils regardent en ligne et quels sont les numéros enregistrés dans leurs contacts.

En tant que bioéthicien, spécialiste des nouvelles technologies, je crains qu’avec de telles applications, la prudence inhérente au rôle de parent ne vire à la surveillance. Voici pourquoi.

Les enjeux commerciaux des applis

La première raison tient aux inquiétudes qu’on peut ressentir par rapport aux technologies elles-mêmes.

Les applis de suivi ne sont pas conçues initialement pour assurer la sécurité des enfants ni pour aider les parents dans leur rôle. Leur but essentiel est de générer des profits en collectant une foule d’informations qui seront monnayées à d’autres entreprises.

Selon un rapport publié en 2017 par une firme de recherche en marketing, les technologies d’autosurveillance dédiées à la santé devraient à elles seules atteindre des recettes de 71,9 billions de dollars en 2022. En ce qui concerne l’argent récolté, la part du lion ne tient pas au téléphone même mais aux données produites par son utilisateur. Pour obtenir le plus de données possible, ces applications investissent beaucoup, à l’aide de notifications et d’autres techniques, pour inciter les utilisateurs à rester connectés en permanence.

Ces données sont ensuite vendues à d’autres compagnies – y compris à des agences de publicité ou à des instituts de communication politique. Le but premier de ces appareils n’est pas de veiller au bien-être des gens mais de tirer de l’argent de leurs données personnelles.

En surveillant leurs enfants ainsi, les parents aident les entreprises à maximiser leurs profits. Et s’il arrivait que des informations sortent de l’anonymat et tombent entre de mauvaises mains, cela pourrait mettre l’enfant concerné en danger.

Des risques de fuite de données privées

Il existe aussi des risques significatifs en matière de protection de la vie privée.

Selon une étude publiée en 2014 par la société de sécurité Symantec, même les équipements qui ne sont apparemment pas repérables en ligne peuvent en fait être tracés hors connexion, vu l’insuffisance des fonctions de confidentialité.

La même année, une étude menée par des informaticiens de l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign a montré que nombreuses applications Android pour la santé envoient par exemple des informations non cryptées sur Internet. Presque toutes ces applications vous géolocalisent. Des chercheurs du MIT et de l’Université catholique de Louvain ont révélé qu’il suffisait de quatre positions pour identifier 95 % des individus, rendant vaine toute promesse d’anonymat.

Les informations relatives à la situation des individus peuvent en dire beaucoup sur leur vie. Dans le cas d’enfants, ces données de suivi pourraient être aisément utilisées par d’autres personnes que leurs parents.

Briser la confiance

Un autre motif de préoccupation tient au risque de briser la confiance établie.

Les chercheurs en sciences sociales ont pointé l’importance de la confiance dans les liens entre proches, y compris pour de saines relations entre parents et enfants. Celle-ci est nécessaire au développement de l’engagement et au sentiment de sécurité. La sensation qu’on respecte sa vie privée est une composante essentielle de cette confiance pour l’enfant.

Une étude sortie en 2019 a montré que la surveillance d’un enfant peut miner sa confiance et son attachement. Dans les faits, cela peut devenir contre-productif au point de le pousser sur la voie de la rébellion.

À mon avis, ce risque est bien plus sérieux que les dangers potentiels ayant incité les parents à initier une telle surveillance.

Quelques exceptions

Même si je pense qu’il est en général contraire à l’éthique de suivre son enfant de cette manière, cela peut se justifier dans certains cas.

Si un parent a de bonnes raisons de suspecter que son enfant est suicidaire, investi dans un extrémisme violent ou engagé dans d’autres activités qui menacent sa vie ou celle des autres, le meilleur mode d’action peut impliquer une rupture de la confiance, un empiétement sur sa vie privée et une surveillance.

Mais il s’agit d’exceptions, pas de la règle. Réfléchissez à deux fois avant de suivre vos enfants à la trace.

Sur le web-Article publié sous licence Creative Commons

  1. Assistant Professor of Philosophy, University of Massachusetts Lowell.

Histoire des idées économiques : Proudhon

Par Serge Schweitzer

Par Serge Schweitzer.

Serge Schweitzer traite dans cette session d’histoire des idées économiques, du parcours atypique de Pierre-Joseph Proudhon. La propriété c’est le vol ?

Reconstruire la fiscalité française

Par Jean-François Bauer
fiscalité

Par Jean-François Bauer.
Un article d’Entrepreneurs pour la France

La fiscalité et les charges sociales actuelles appauvrissent la France et freinent son développement par leur complexité, leur instabilité, un poids total trop élevé et une construction idéologique. Quels seraient les principes d’une bonne réforme ?

Au fil des années, dans la fiscalité française :

  • la volonté de justice sociale a supplanté la recherche d’efficacité de l’impôt, conduisant à en réduire l’assiette et à en augmenter les taux, donc à les concentrer sur les créateurs de richesse ;
  • le dirigisme étatique a multiplié les exemptions, ou niches, et les taxes comportementales ;
  • l’interventionnisme de l’administration a multiplié les taxes affectées ;
  • il existe 360 impôts et taxes différents, et les règles changent quasiment chaque année !

Les impôts directs encore augmentés sous le précédent quinquennat avaient atteint un taux marginal de 75 %, décourageant l’activité. En 2013, après les hausses votées en 2012, à activité économique constante, les rentrées fiscales des impôts directs ont stagné ou diminué. Le coût de perception de l’impôt en proportion des recettes est en France près du double de celui des autres pays développés. De plus le consentement à l’impôt s’est érodé dangereusement.

En 2018, la suppression de l’ISF, sauf sur l’immobilier, et l’instauration du prélèvement forfaitaire unique (PFU à 30 %) sur les revenus de capitaux mobiliers, ont réduit la différence avec les principaux pays d’Europe mais les investisseurs et les entreprises restent surtaxés en France.

Pour réformer le système fiscal français, il faut donc revenir aux principes de base :

  • l’impôt sert à financer les services communs en nuisant le moins possible à l’activité économique ; chacun doit contribuer en raison de ses moyens. Pour ne pas créer de distorsions entre les activités et ne pas décourager la création de richesses, un bon impôt doit avoir une assiette large et un taux bas ;
  • un bon système fiscal comprend peu de taxes différentes ayant chacune un rendement important et leur produit est affecté à un budget unique, pour permettre la meilleure affectation des recettes aux besoins et limiter les frais de gestion.

La réforme nécessitera de :

  • réduire le total de la dépense publique en dessous de la moitié du PIB pour que le total des prélèvements obligatoires ne soit plus décourageant pour ceux dont l’activité contribue à la création de richesse ;
  • séparer la morale de l’impôt en prenant en compte, pour fixer les taux, la concurrence internationale, les risques pris et les effets de l’impôt sur l’activité, et non pas une appréciation morale de l’activité ;
  • asseoir les impositions directes récurrentes sur la création de richesse, donc le résultat ou le revenu et non pas sur le patrimoine ;
  • supprimer les impôts idéologiques (IFI, taux marginaux supérieurs à 50 %) ou  punitifs (locaux vacants, etc.) ;
  • supprimer ou regrouper les petites taxes et supprimer les taxes affectées ;
  • unifier et regrouper les impôts indirects.

Ces principes sont la condition d’une fiscalité au service de l’emploi.

Nos propositions fiscales : impôts directs d’État sur les particuliers

— Évolution de l’existant :

  • limiter le taux marginal total de l’IRPP et des prélèvements sociaux à 50 %
  • CSG et prélèvement sociaux : deux taux seulement
  • salaires, retraites et plus-values à 7 %, autres à 12 %
  • IRPP : inclure dans la base taxable au barème progressif les aides sociales et les avantages logement, réduire les taux des tranches pour échelonner le barème de 0 à 38 %, rétablir la taxation forfaitaire des revenus du capital à 25 % et des plus-values à 15 %, avec inflation déduite pour l’immobilier ou abattement total à 15 ans, remonter les plafonds du quotient familial au niveau du coût moyen de l’enfant.
  • supprimer la quasi-totalité des crédits et réductions d’impôt, sauf pour les aides à l’emploi marchand et la philanthropie
  • terminer la suppression de l’ISF en supprimant l’IFI

— Révolution : suppression de l’IR et CSG à taux unique avec abattement à la base :

  • remplacement de la CSG et de l’IR par une flat tax individualisée au taux unique de 15 % avec abattement à la base (800 euros par mois) et suppression des niches. La réduction faciale du taux marginal des gros contribuables sera en grande partie compensée par la suppression des niches.
  • suppression de l’IFI comme ci-dessus.
  • instauration d’un encouragement à l’investissement en capital dans les nouvelles entreprises, du type Subchapter S américain.

Droits de succession et de donation

Rétablir un régime favorable aux donations (rappel fiscal ramené à 10 ans et abattements de taux). Le système actuel fait fuir la matière fiscale et bloque le patrimoine dans les mains de la génération la plus âgée, moins prête à investir ou à prendre des risques.
Le taux maximum des droits de succession et de donation français en ligne directe est de 45 % plus éventuellement le droit de partage de 2,5 % et jusqu’à 60 % dans les autres cas ; c’est plus que le taux maximum de 40 % en Grande Bretagne et aux États-Unis, pays libéraux pratiquant des taux élevés.

Impôts indirects

— TVA : les propositions pour les impôts directs entraîneront une baisse de recettes qui pourrait être en partie compensée par une hausse des taux de TVA, seul domaine où les taux français ne sont pas au-dessus de la moyenne européenne ; un point de TVA représente environ 8 milliards de recette supplémentaire. Nous proposons de revenir à trois taux seulement, 21 %, 11 % et 5,5 % ou, au maximum 22 %, 12 % et 6 %.

— Taxes sur l’énergie : unifier progressivement les taxes sur tous les carburants importés y compris le fuel domestique et le gaz, pour parvenir à un taux moyen unique du KWH correspondant à la recette totale actuelle.

— Taxes spécifiques et des taxes parafiscales : une taxe affectée pousse au gaspillage lorsque la recette croît. Il convient de les supprimer, sauf celles sur l’alcool et le tabac affectées à 100 % à la santé.

Impôts sur les entreprises

— Impôt sur les sociétés :

  • première tranche 15 % jusque 150 000 euros, deuxième tranche 25 %,
  • supprimer les non-déductibilités et les régimes dérogatoires sauf le Crédit d’impôt recherche qui a montré son efficacité pour attirer les centres de recherche en France.
  • réduction des taxes sur la production et suppression des diverses petites taxes spécifiques et parafiscales.
  • étudier le remplacement de la taxe sur les salaires et des taxes sur les contrats d’assurances par un assujettissement partiel à la TVA.
  • impôts locaux assis sur le résultat au lieu de la valeur ajoutée, ce qui revient à taxer l’emploi.

Les charges sociales

Le système fondé en 1945 a subi les mêmes dérives que la fiscalité : la recherche de la justice sociale l’a emporté sur l’optimisation économique avec pour effet de concentrer les charges sociales sur les emplois les plus qualifiés alors que ce sont justement ces emplois qualifiés qu’il faut privilégier dans un pays développé.

Les charges sociales représentent la part majoritaire des dépenses publiques, mais la réforme sera plus complexe :

  • pour les retraites il y a un long délai entre la mise en œuvre de la réforme et l’obtention des économies ;
  • pour la santé, les exemples étrangers montrent qu’il faut au préalable séparer l’assurance de la solidarité et introduire la concurrence dans ce qui relève de l’assurance.

Cependant des réformes favorables à l’emploi dans les entreprises peuvent être faites sans attendre la réforme complète :

  • limiter les charges sociales sur les salaires au financement des assurances des salariés et de leur famille (maladie, accidents du travail, chômage, décès.)
  • supprimer les charges, famille, logement, transports et apprentissage… qui doivent relever de la solidarité financée par l’impôt.

Pour les recettes fiscales levées par l’État (impôts et CSG/CRDS), le schéma ci-dessus entraînerait une perte de recettes primaires de l’ordre de 40/50 milliards d’euros sur 500, soit deux points de PIB. C’est un minimum pour qu’une réforme fiscale soit acceptable par la population, car les perdants se plaignent fort alors que les gagnants ne disent rien. Une telle réforme doit être accompagnée d’un plan drastique de blocage de la dépense publique comprenant l’arrêt quasi-total des recrutements pendant quelques années, l’abandon des emplois aidés et la décroissance programmée des subventions.

Pour les charges sociales, le système de la protection sociale est tellement complexe que la réforme n’est réalisable qu’en plusieurs années et que même son chiffrage sera long. Elle doit s’accompagner d’une mise en concurrence des assureurs et des prestataires pour en diminuer le coût, comme cela a été fait aux Pays-Bas.

Sur le web

Mémoire du communisme : une polémique européenne

Par The Conversation
communisme

Par Cécile Vaissié1.

En 2011 paraissait en Allemagne un livre, Liberté, ah Liberté, doté d’un sous-titre clair : « Europe unie, mémoire divisée ». L’ouvrage regroupait des articles d’historiens, de politistes, d’activistes des droits civiques et de personnalités politiques d’Europe orientale, centrale et occidentale sur le thème de la « double mémoire » européenne.

De fait, les Européens n’ont pas vécu le même XXe siècle, et la mémoire qu’ils conservent de celui-ci n’est pas la même à l’Est et à l’Ouest de l’Europe. L’historien allemand Martin Sabrow parle ainsi d’une « concurrence entre une conscience historique axée sur l’Holocauste et une autre centrée sur le Goulag » et, plus largement, sur les crimes et violences commis par les régimes communistes ; son collègue Joachim Scholtyseck évoque des « récits concurrents » et une « histoire atomisée ».

Aujourd’hui, trente ans après la chute du Mur de Berlin, le rapprochement des mémoires peine toujours à se faire, malgré de nombreuses publications sur ce sujet et la concrétisation de plusieurs projets évoqués dans ce livre de 2011, dont la Maison de l’histoire européenne à Bruxelles et, à Gdansk, le Centre européen Solidarnosc et le Musée de la Seconde Guerre mondiale.

À l’Est, des efforts notables ont, certes, été faits pour intégrer la mémoire occidentale : les assassinats de Juifs y sont de plus en plus commémorés, alors qu’ils ne l’étaient pas à l’époque soviétique.

Les efforts ont sans doute été moindres à l’Ouest. L’un des signes en est la vague de critiques qui, dans bon nombre de pays d’Europe occidentale et, notamment, en France, a suivi l’adoption par le Parlement européen, le 19 septembre 2019, de la résolution sur l’« importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe » – un texte dont les auteurs sont très majoritairement des parlementaires issus des pays de l’ancien « bloc de l’Est ».

Cette résolution, que certains ont néanmoins défendue, ne prétend pas « écrire l’histoire », mais incite à ne pas négliger les crimes qui, perpétrés par des pouvoirs se disant communistes, n’ont frappé qu’une partie de l’Europe : ces « terres de sang », pour reprendre l’expression de l’historien Timothy Snyder, qui ont subi à la fois le nazisme et le communisme. Elle appelle avant tout à « un travail de mémoire pour réconcilier les deux parties de l’Europe ».

Une question essentielle : le pacte Molotov-Ribbentrop

En France, les critiques ont porté, pour l’essentiel, sur deux points : d’une part, sur le rôle qu’aurait eu le pacte Molotov-Ribbentrop, signé le 23 août 1939, dans le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et, d’autre part, sur l’association, dans une même condamnation, du nazisme et du « communisme totalitaire ».

Le premier point permet bien de prendre la mesure de la différence des mémoires. En effet, ce pacte, connu et étudié depuis longtemps en Europe occidentale, a été tu et caché pendant des décennies à l’Est : comment admettre que la glorieuse Union soviétique, se prétendant à la tête du combat « antifasciste », avait non seulement conclu un pacte de non-agression avec Hitler en août 1939, mais, surtout, s’était partagé avec lui, dans les protocoles secrets de ce pacte, une partie de l’Europe centrale et orientale sans en informer les pays concernés ?

communisme
Soviet Foreign Commissar Vyacheslav Molotov signs the German-Soviet nonaggression pact; Joachim von Ribbentrop and Josef Stalin stand behind him. Moscow, August 23. 1939 by Marion Doss — Marion Doss, CC-BY
Le ministre soviétique des Affaires étrangères Viatcheslav Molotov signe le Traité germano-soviétique d’amitié, de coopération et de démarcation, le 28 septembre 1939 à Moscou, sous le regard de son homologue allemand Joachim von Ribbentrop (gauche) et de Joseph Staline (centre). Ce traité, signé par l’Allemagne nazie et l’Union soviétique après leur invasion conjointe de la Pologne, prolonge le pacte Molotov-Ribbentrop, que les deux pays avaient signé le 23 août.

 

Si les causes de la Seconde Guerre mondiale ne se limitent bien évidemment pas à ce pacte, c’est bien lui qui a fait basculer le destin de la Pologne, de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie : il a entraîné l’invasion de la Pologne par les nazis et l’URSS en septembre 1939, la double occupation de ce pays, le rattachement d’une partie de la Pologne à l’URSS – cette partie se trouve toujours dans l’Ukraine post-soviétique – et l’annexion forcée des pays baltes par l’URSS en 1940 avec déportations à la clé.

Mais à part les spécialistes, qui, en Occident, connaît réellement ces événements, malgré le très beau film d’Andrzej Wajda sur le massacre de Katyn et certains romans de Sofi Oksanen ? Car oui, la culture a aussi un rôle à jouer pour éclairer le public sur ces épisodes.

Nazisme et stalinisme

C’est surtout le deuxième point qui a suscité des indignations très bruyantes. Peut-on parler, comme le fait ce texte, des « crimes commis par les dictatures stalinienne, nazie et autres » ou des « crimes et actes d’agression commis par les régimes communistes totalitaires et le régime nazi » ? Certains veulent y voir une négation de la spécificité de l’extermination des Juifs, alors que la résolution parle bien du « crime abject qu’est l’Holocauste » et qu’elle « condamne le révisionnisme historique et la glorification des collaborateurs nazis ».

Surtout, deux dimensions se mêlent : une historique – y a-t-il eu crimes ? – et une idéologique. Qu’il y ait eu crimes ne fait aucun doute, mais eux aussi demeurent très mal connus en Occident.

Ainsi, de nombreux étudiants arrivent à l’université sans avoir entendu parler de la Grande famine sciemment provoquée en Ukraine en 1932-1933 et de ses millions de morts, des 20 000 officiers polonais massacrés en 1940 sur l’ordre du NKVD à Katyn et ailleurs, des déportations des Tatars de Crimée, des Tchétchènes et d’autres peuples soviétiques pendant la guerre, des déportations en 1941 et 1949 de milliers de Baltes vers la Sibérie, de celles suivant l’instauration en Europe centrale et orientale de régimes se disant communistes, des procès staliniens, des émeutes réprimées à Berlin-Est en 1953 et en Hongrie en 1956.

La fracture est nette avec une Europe centrale et orientale qui crée des musées et des monuments dédiés à ces événements. À peine ces étudiants connaissent-ils les crimes commis en Russie, puisque, comme le rappelle à juste titre cette résolution de septembre 2019, « la Russie est la plus grande victime du totalitarisme communiste ».

Des enjeux idéologiques

La question idéologique n’a pas été réglée en France depuis qu’en 1997, le Livre noir du communisme a fait scandale : beaucoup refusent encore d’adapter leur vision d’un communisme « espoir de l’humanité » à la réalité des crimes commis de l’autre côté du Rideau de fer.

Pourtant, parce que d’anciens « pays de l’Est » ont rejoint l’Union européenne en 2004 et ont voulu partager leur histoire et leurs mémoires, des institutions internationales ont incité à plusieurs reprises les citoyens du continent à mieux connaître les violences étatiques commises à l’Est.

Il y a eu la résolution du parlement européen sur « le soixantième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale » ; celle de l’APCE (25 janvier 2006) sur la « nécessité d’une condamnation internationale des crimes des régimes communistes totalitaires » ; la création, le 23 septembre 2008, d’une « Journée européenne de commémoration des victimes du stalinisme et du nazisme » ; la résolution du 2 avril 2009 sur « la conscience européenne et le totalitarisme », un texte qui condamne « fermement et sans réserve tous les crimes contre l’humanité et les innombrables violations des droits de l’homme commis par tous les régimes totalitaires et autoritaires » ; la résolution sur « la réunification de l’Europe divisée » adoptée le 3 juillet 2009 par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui « reconnaît le caractère unique de l’Holocauste » mais rappelle qu’au XXe siècle, « les pays européens ont fait l’expérience de deux régimes totalitaires majeurs, les régimes nazi et stalinien, qui ont entraîné un génocide, des violations des droits et libertés humaines, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ».

Ces textes, à l’instar de la récente résolution du Parlement européen, ont suscité l’hostilité de partis communistes ou assimilés, ainsi que des autorités russes qui, sous Poutine, réhabilitent Staline et tentent, note la résolution de septembre 2019, de « blanchir les crimes commis par le régime totalitaire soviétique ». La question du rapport au communisme de type soviétique demeure donc le vrai problème.

Une forme de mépris ?

Ceux qui, à l’Ouest, contestent cette résolution de septembre 2019 et les textes l’ayant précédée n’ont pas compris qu’il s’agissait là non pas d’un débat d’historiens mais d’un cri du cœur lancé par des sociétés blessées. Ils s’inscrivent dès lors, aux yeux de nombreux Européens de l’Est et du centre, dans la continuité du président Chirac pour qui, en 2003, ces pays alors candidats à l’UE avaient, en s’alignant sur la position américaine sur l’Irak, « manqué une occasion de se taire » : ses propos les renvoyaient au ban d’une table commune à laquelle ils auraient été admis par charité, mais où ils devraient garder le silence. Doivent-ils aussi taire les souffrances subies, les déportations, les emprisonnements, les meurtres, les privations de libertés ?

La députée européenne lettone Sandra Kalniete, dont les parents lettons ont été déportés en Sibérie, le soulignait il y a quelques années : les pays baltes et ceux d’Europe orientale « ont été amèrement déçus que leur demande de justice historique et de dénonciation du communisme totalitaire rencontre de la résistance en Occident, dans les couloirs du pouvoir, les cercles universitaires et la société dans son ensemble ».

Qu’un jeune Occidental puisse aborder un T-shirt avec la faucille et le marteau choque dans les pays baltes où les symboliques nazies et communistes sont interdites. Que des Occidentaux s’indignent de résolutions dénonçant les crimes communistes donne aux descendants des victimes de ces violences l’impression que celles-ci ne sont pas prises au sérieux.

Plus les Européens de l’Ouest refuseront de prendre acte des douloureuses histoires personnelles et familiales des Européens du centre et de l’Est, plus ceux-ci s’arc-bouteront sur des positions nationales, voire nationalistes, qui ont été pendant longtemps des moyens de résistance. Et plus des replis identitaires seront revendiqués, comme autant de réponses à ce qui est perçu comme un refus des Occidentaux de comprendre et de compatir, voire simplement de savoir. Ce réflexe de repli n’est d’ailleurs pas pour rien dans la montée en puissance, dans bon nombre de ces pays, de mouvements politiques affichant un patriotisme ombrageux, tels le PiS en Pologne ou le Fidesz en Hongrie.

En 1963, dans son roman Tout passe, Vassili Grossman, écrivain soviétique, juif, né en Ukraine et de langue russe, dressait, comme dans son célèbre chef d’œuvre Vie et destin, un parallèle entre les nazis qui avaient mis à mort des enfants juifs dans les chambres à gaz et les Soviétiques qui avaient exterminé les koulaks. Il relevait qu’après la mort de Staline, chacun en URSS avait dû affronter cette interrogation : « Était-ce cela le socialisme : Kolyma, le cannibalisme du temps de la collectivisation, la mort de millions d’hommes ? » Cela a été, en tout cas, le vécu de millions d’Européens, ce que rappelle la résolution du 19 septembre 2019.

Sur le web-Article publié sous licence Creative Commons

  1. Professeur des universités en études russes et soviétiques, Université de Rennes 2, chercheuse au CERCLE, Université de Lorraine.

La pause-café défie les nouvelles technologies

Par Karl Eychenne
pause-café

Par Karl Eychenne.

Levons les tabous. La pause-café serait aujourd’hui une des seules sources de productivité du travail, alors que les nouvelles technologies peineraient à démontrer leur valeur ajoutée. Aux dernières nouvelles, la sieste ne serait pas mal non plus.

La pause-café serait une ode à l’indolence, ou une insulte faite à la nature économique, c’est selon. Sujet clivant, fascinant, et ô combien mystérieux, qu’en est-il vraiment ?

« La pause-café c’est comme l’ensemble vide de la théorie des ensembles en mathématiques. A priori inutile, il se révèle pourtant indispensable pour faire tenir l’édifice » ; citation imaginaire du grand Von Neumann parlant de ses axiomes en prenant un café.

Mais parlons gros sous.

La pause-café serait le meilleur ennemi de la productivité, dit-on. Logiquement, on lui oppose alors les nouvelles technologies, censées elles doper la productivité. Qu’en est-il vraiment ?

Pause-café et productivité

À l’évidence, la pause-café est un centre de coût pour l’entreprise ; d’ailleurs, tout cela est très bien chiffré : 490 euros par employé chaque année. Pire, Danièle Linhart, sociologue et directrice de recherches au CNRS, rappelle que « la notion de temps libre au travail apparaît en totale contradiction avec la notion de productivité. »

Et pourtant, aux dernières nouvelles il semblerait bien que la pause-café agisse en fait comme un levier d’interaction sociale et de bien-être… dopant la productivité. D’un autre côté, les nouvelles technologies n’auraient pas (ou pas encore) les vertus qu’on leur prête sur la productivité : il n’y a toujours pas de trace de hausse de la productivité dans les statistiques.

La pause-café sans café

La pause-café ne vous oblige pas à prendre un café. Elle définit simplement un point de rencontre entre les participants. Autre caractéristique importante, elle ne nécessite aucune compétence particulière, ce qui n’est pas forcément le cas dans le monde du travail où les lieux occupés sont souvent connotés : position hiérarchique, nature du poste…

Enfin, la pause-café n’interdit aucun sujet de discussion et n’exclut personne, ce qui peut paraitre à contre-courant d’une époque où trigger warnings et safe places sévissent dans les campus américains.

Liberté d’opinion et devoir d’opiner

« Vous êtes libres d’avoir votre opinion, à condition que vous soyez du même avis que moi », répondit l’employeur à l’employé. Cette caricature du rapport employeur – employé est excessive, mais elle a un mérite : elle rappelle que la subordination est consubstantielle au monde de l’entreprise. En forçant le trait, on pourra presque dire que l’employé a le devoir d’opiner du chef… mais pas partout dans l’entreprise.

Ainsi la pause-café pourrait définir ce point de rencontre où l’on peut dire et en entendre toute sorte de choses : une forme de liberté d’opinion assumée et exercée sur une plateforme qui n’aurait rien à envier aux réseaux sociaux.

Negotium ou Otium

Le Neg-otium serait défini comme l’inverse d’Otium. Et puisque Otium définirait l’oisiveté, alors Negotium définirait la non-oisiveté, c’est-à-dire une forme d’inconfort physique ou intellectuel, ou les deux ; bref une forme de travail dont on se serait bien passé.

D’emblée, on est tenté de ranger la pause-café dans la case Otium plutôt que Negotium ; du temps libre plutôt que le temps des affaires. Et pourtant, les deux ne sont pas incompatibles : il n’est pas interdit de parler travail pendant le temps du non-travail.

D’ailleurs, la pause-café permettrait de voir les choses autrement, un véritable changement de perspectives, la fameuse sortie du cadre tant vantée pour trouver des solutions.

Tantôt je vis, tantôt je pense

Faire les deux en même temps nous serait interdit : il y aurait le temps de l’action et le temps de la réflexion, tantôt je vis, tantôt je pense  (Paul Valery). En fait, il existerait des situations très particulières où penser et vivre seraient permis en même temps, par exemple durant la pause-café.

En effet, la pause-café conjugue les phénomènes, on est alors capable de faire en pensant, de se représenter tellement l’action que l’on décrit qu’elle est déjà là : le peintre ressentirait exactement la même chose lorsqu’il imagine déjà l’œuvre qu’il va produire. Après le « je pense donc je suis » de Descartes, serait venu le temps du « je pense donc je fais » de Descartes 2.0 durant la pause-café.

Le gradient sauvage

La pause-café ne définit aucun objectif à réaliser, aucun moyen à mettre en œuvre : tout est permis (ou presque). Cela contraste avec les nouvelles technologies qui supposent une démarche rigide bien définie, l’imprévu étant l’ennemi absolu.

Un outil mathématique bien particulier permet de saisir la nuance entre la pause-café et les nouvelles technologies : le gradient. Ouvrez le capot du Machine Learning, et vous trouverez le plus souvent le vieil algorithme du gradient descendant (Cauchy, 1847).

Ce gradient répond à la question suivante : comment trouver le point le plus bas à partir du point où l’on est ; si vous faites un pas à droite et que vous vous retrouvez plus haut, alors faites un pas à gauche. Mais le gradient de la pause-café est lui plus sauvage : on va où l’on veut !

Comment la pause-café évite les bugs

La pause-café a une technique infaillible pour éviter les bugs : le sens commun. Un exemple : vous avez commandé un café, le gobelet se met en place, mais vous vous rendez compte qu’il est troué. Cela ne fait pas partie des risques probables retenus par la machine, et donc elle fera couler le café comme si de rien n’était.

Mais vous, votre bon sens anticipera qu’un gobelet troué ne retiendra pas le café qui coule, vous aurez alors le réflexe de remplacer le gobelet. Certes, la machine fera toujours mieux que l’homme, si on lui explique exactement ce qu’elle doit faire et comment le faire. Mais comment lui faire la liste de tous les cas improbables ? Et comment se fait-il que les acteurs de la pause-café eux aient cette liste ? En langage scientifique, on appelle cela le scandale de l’induction.

À la recherche du MinMax

Ni trop, ni trop peu, les entreprises seraient désormais à la recherche de la pause optimale : la juste pause. Mais chassez le naturel, il revient au galop : dans optimale, on reconnait optimiser… Il s’agirait donc pour l’entreprise de déterminer le meilleur moment pour faire la pause, la meilleure durée de la pause, le meilleur nombre de pauses dans la journée. Comment faire ?

La théorie des jeux raffole d’un algorithme redoutable : le MinMax ; on cherche la durée (ou nombre) de pauses minimale qui permet une productivité maximale. Mais une pause optimale est-elle encore une pause ?

En fait, le traquenard n’est pas loin : en effet, cet algorithme est utilisé pour les jeux à somme nulle et non pas pour les jeux gagnant-gagnant ; autrement dit, le MinMax obtenu fera forcément des mécontents.

Le vrai rival : la (micro) sieste

« Reculer pour mieux sauter » : les bienfaits de la sieste reposeraient sur cet adage vieux comme le monde. Dormir ne fait pas avancer, c’est une évidence, il vous fait donc perdre du temps sur l’action que vous auriez pu mener. Mais au réveil, les forces physiques et cérébrales seraient décuplées, insufflant à l’organisme un élan vital décisif permettant de rattraper le temps perdu et de le dépasser. On imagine alors le double effet que pourrait avoir une sieste suivie d’une pause-café (attention pas l’inverse, sieste et pause – café ne sont pas commutatifs)…

Un voyage à Rome ? 3 guides à découvrir

Par Jean-Baptiste Noé

Par Jean-Baptiste Noé.

Rome superpose les couches d’histoire de l’antiquité jusqu’à aujourd’hui. Plusieurs guides permettent de se repérer dans cette ville de ruelles et de dédales, pour mieux l’apprécier et la comprendre.

Nicolas Senèze, Guide étonné du Vatican, Salvator

Fin connaisseur de Rome et du Vatican, où il travaille comme journaliste depuis plusieurs années, Nicolas Senèze livre un guide touristique intelligent et pratique pour arpenter la ville sous toutes ses facettes.

Guide touristique, car on y trouve l’indication des horaires d’ouverture, des tarifs, des bonnes adresses pour prendre un verre ou un repas. L’auteur livre ici les adresses qu’il connaît et qu’il peut fréquenter, ce qui est un gage de qualité. Guide intelligent, car les principaux monuments de Rome sont présentés, avec leur histoire, leur fonction, leurs évolutions.

Classés par quartiers, ces monuments peuvent ainsi être compris par rapport aux autres du même endroit. Y sont ainsi présentés les catacombes, le Vatican et ses environs, le Janicule et le Trastevere, la place d’Espagne et ses dépendances… tous ces lieux forgés par la papauté au cours des vingt siècles qu’elle partage avec Rome et qu’elle a contribué à façonner.

Rempli d’éléments historiques et d’anecdotes sur les quartiers et les événements, ce guide permet de s’immerger dans la Rome chrétienne, qui n’est jamais éloignée de la Rome antique et païenne.

Bien écrit, bien mis en page, avec des cartes et des photos en couleur et des rabats qui peuvent être utilisés comme signet, ce guide est à lire avant de partir et à glisser dans son sac pour servir au cours de ses pérégrinations romaines.

Guide romain antique, Hachette

C’est un classique indépassé et heureusement réédité. D’aspect sobre, voire ascétique, ce guide ne traite que de la période antique. Il explique les principales phases de l’histoire romaine grâce à des frises, des croquis, des tableaux. Il aborde tous les éléments de la période : les institutions romaines, la vie à Rome, l’art, la littérature, les choses militaires. C’est un condensé d’histoire romaine, un peu aride à lire certes, qui n’a pas la présentation plaisante des guides et des manuels d’aujourd’hui, mais qui est indépassé. On peut regretter que l’éditeur ne le propose pas dans une version modernisée, notamment pour la typographie parfois difficile à lire. Nonobstant cela, il faut absolument le glisser dans sa valise pour une visite romaine et mieux appréhender la ville.

Adriano Morabito, Rome insolite et secrète, Jonglez

Pour ceux qui connaissent déjà Rome, mais qui souhaitent aller plus loin, sortir des sentiers battus, connaître des détails qui passent inaperçus. Ce guide, élément particulier d’une collection générale, fourmille d’anecdotes et de précisions sur la ville. Une statue insolite dans une rue, un patio dérobé derrière la porte d’un palais, un musée caché dans une ruelle anodine… ce guide dévoile quelques secrets romains et met à jour des compléments d’informations sur cette ville qui n’en finit pas de se découvrir.

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