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Aujourd’hui — 21 juillet 2019Contrepoints

Il y a 50 ans, le premier pas sur la Lune

Par Pierre Brisson
Lune

Par Pierre Brisson.

Il y a cinquante ans ce 21 juillet des hommes posaient pour la première fois le pied sur la Lune. Je n’aime pas les célébrations lorsque leurs causes n’ont pas permis les effets qu’on pouvait en espérer et c’est bien hélas ici le cas. En effet qu’avons-nous accompli dans l’espace en matière de vols habités depuis cet exploit ? Quasiment rien relativement à cette première excursion.

Un exploit sur la Lune qui n’a pas eu de suites spectaculaires

Après avoir atteint la Lune, premier « sommet » possible, la NASA s’est endormie sur ses lauriers en se laissant porter paresseusement par le grand fleuve des dépenses publiques dans les méandres de l’indécision et du manque d’audace, au ras de l’altitude zéro, sans aucune vision autre que celle de profiter de la promenade sans encourir de risque.

La deuxième puissance spatiale, l’URSS, a enragé d’avoir perdu mais s’est tue,  encaissant sans doute le fait que son système politisé à l’excès, totalement rigide, ne lui permettait pas d’être aussi efficace qu’un pays d’esprits libres.

Troisième puissance spatiale possible, l’Europe a regardé de haut, méprisante, ces Américains qui jouaient aux personnages de science-fiction à grand renfort de dollars au lieu de faire des choses « utiles » mais de toute façon son programme Europa, successeur de Diamant et précurseur d’Ariane n’aurait pas été, et de loin, à la hauteur des capacités de la Saturn V américaine (pas plus qu’Ariane ne l’est devenue d’ailleurs !).

La Lune ou Mars ?

Après l’accomplissement spectaculaire et brillant toujours dans les esprits du programme Apollo en 1972, la NASA avait le choix. Il s’agissait de continuer à explorer puis de s’installer sur la Lune ou de construire une station spatiale pour réaliser plus tard une « île de l’espace » à la Gerard O’Neill ou encore de partir pour Mars. À la croisée des chemins, en fonction de ses motivations, on peut toujours se tromper et c’est ce qui fut fait surtout si on présume comme la NASA de la réponse sans se préparer au refus de l’Administration.

D’un côté le Président Nixon n’était pas John Kennedy et de l’autre, la NASA était portée par l’hybris générée par le succès. Il y avait divergence totale entre un Président qui n’était pas vraiment intéressé par l’espace puisque les Russes avait été battus dans la course engagée avec le vol de Gagarine le 12 avril 1961 et une institution publique devenue pléthorique en fonctionnaires et en moyens financiers, qui s’imaginait sans doute que les caisses de l’État étaient à sa disposition sans qu’il soit vraiment utile de se préoccuper du niveau des dépenses. Nixon choisit donc la Navette (« the Shuttle ») en donnant son feu vert le 5 janvier 1972, pour continuer, on ne sait trop vers quoi.

Ce qui a manqué à l’époque c’est la vision et l’audace. La Navette était un compromis qui permettait d’attendre de fixer un objectif puisqu’elle devait être utile pour l’atteindre, quel qu’il soit, et de permettre à la NASA et à ses fournisseurs, donc aux États où ils étaient installés, de continuer à tourner et donc d’alimenter le système en (bons) électeurs.

Les présidents, Nixon ou ses successeurs Gérald Ford, Jimmy Carter, Ronald Reagan, ne voyaient pas l’avantage qu’il y aurait eu à sortir du berceau pour s’installer durablement sur Mars ou à défaut sur la Lune. En fait les décideurs politiques étaient restés très « Terra-centrés ». Ils ne voyaient l’intérêt de l’espace qu’en fonction de la Terre en général et de leurs relations avec les autres grands pays du monde, en particulier.

Par ailleurs l’horizon d’une administration ou d’un président des États-Unis était (et est resté) de huit ans c’est-à-dire de deux mandats. Le programme Apollo avait montré que c’était un peu juste (discours de John Kennedy le 25 mai 1961, premier atterrissage sur la Lune le 21 juillet 1969) et il n’était pas question pour Nixon en 1969 de se lancer dans l’aventure alors que la guerre du Viêt-Nam battait son plein. En 1972, date de la dernière mission Apollo (A17), il ne lui restait qu’un mandat (qui fut d’ailleurs écourté).

La navette, un succès mitigé

La Navette dont le vol inaugural eu lieu en avril 1981 a été une voie sans issue qui a été fermée en juillet 2011 car on a voulu utiliser des technologies qui n’étaient pas adaptées à la réutilisabilité et on a persévéré dans l’erreur (comme peut le faire une administration), à grand coût (notamment pour l’inspection et la remise en état du bouclier thermique après chaque vol). Il était aussi cher d’envoyer une navette dans l’espace (1,5 milliard par vol) que d’y envoyer un lanceur lourd de type Saturn V.

Les seuls réussites furent les cinq missions de « STS » (pour Space transport System) qui entre décembre 1993 et mai 2009, permirent de corriger la vue du télescope Hubble (l’« aberration optique » de la périphérie de son miroir primaire) car dans ce cas la Navette servit d’atelier et d’hôtel aux astronautes qui effectuèrent la réparation ; notamment Claude Nicollier qui en décembre 1993 put mener à bien les opérations décisives à l’aide du bras robotique, RMS-Remote Manipulator System.

La Station spatiale internationale : pas vraiment utile

La Station Spatiale Internationale (« ISS ») lancée en 1998 fut tout autant une voie sans issue, une perte de temps et d’argent car on aurait pu expérimenter toutes les techniques de support vie sur la Lune ou sur Mars plutôt que dans l’espace et le fait qu’elle soit positionnée en orbite basse terrestre (LEO) a empêché toute tentative d’expérimenter des mises en gravité artificielle d’habitats par force centrifuge (la Station étant trop près de la Terre… et la plupart des dirigeants de la NASA ne se souciant pas vraiment de cette solution aux problèmes posés par l’apesanteur).

Quant aux manœuvres de docking on aurait pu aussi les expérimenter dans les assemblages de vaisseaux spatiaux, tout comme leurs ravitaillements en ergols en LEO avant d’aller quelque part.

Le projet d’ISS avait été lancé par Ronald Reagan en 1983 mais fut véritablement choisi par le Président George H. Bush en 1989 à l’issue de la lamentable étude de 90 jours (the 90-Day Study on Human Exploration of the Moon and Mars) dans laquelle la NASA illustra son absence totale de conscience des réalités en proposant un plan d’exploration de Mars chiffré à 450 milliards de dollars (… de l’époque ! soit à peu près 930 milliards de dollars d’aujourd’hui ). Pour le président Bush il n’y avait donc d’issue que vers l’ISS, devisée à quelques 100 milliards et un objectif « nouveau » par rapport à la Lune.

Cela devint « une excellente idée » en raison de l’implosion de l’URSS puisque ce fut le moyen politique d’associer en 1993 la nouvelle Russie à un programme correspondant à ses capacités techniques, dans la continuation de sa station Mir et par la même occasion de réaliser enfin le projet américain de station Freedom, tout en s’alliant aux Européens de l’ESA et aux Japonais de JAXA. Souvent présenté comme un modèle de coopération internationale, ce fut en réalité une excellente occasion de ronronner ensemble à grands frais (quelques 150 milliards à ce jour !).

Vers un avenir risqué, inutile et coûteux ?

Et maintenant, 50 ans après, « les joies de l’ISS » épuisées, que va-t-il se passer ? Nous sommes à nouveau à la croisée des chemins et il semble bien que nous allons encore une fois prendre le mauvais, le Lunar Orbital Platform-Gateway, c’est-à-dire une nouvelle ISS qui cette fois tournera autour de la Lune, sur une trajectoire très excentrique.

Quel intérêt ? Aucun, si ce n’est continuer à faire travailler les fournisseurs et exposer les astronautes aux radiations solaires et galactiques avec un peu plus d’intensité que sous la protection des ceintures de Van Allen.

Si l’on voulait faire plus que l’ISS, pourquoi n’a-t-on pas choisi d’aller à nouveau sur la Lune et de s’y installer ? Quel intérêt présente cette courroie de transmission si ce n’est des complications inutiles, des risques supplémentaires, encore plus d’argent et beaucoup d’inconfort pour mener à bien une mission lunaire ou martienne.

Les nouveaux pionniers

Décidément le chemin vers les astres est long et tortueux ! Heureusement les initiatives privées montent en puissance. Les Elon Musk, Jeff Bezos et autres n’ont pas la prudence de serpent de l’administration et ils ont le souci de l’efficacité de leurs dépenses. Ce sont eux qui peuvent sauver l’exploration spatiale.

Ce sont les héritiers des pionniers qui en avril 1981, en même temps qu’était lancée la première navette, refusant de se laisser cantonner aux perspectives des petits tours en orbite basse terrestre, s’organisèrent dans le premier lobby pro-Mars, le « Mars Underground », autour de l’astrogéophysicien Chris MacKay, de la biologiste Pénélope Boston, de l’astrogéophysicienne Carole Stocker, de l’ingénieur Tom Meyer, de l’informaticien Steve Welch, rejoints en avril 1990 par David Baker et Robert Zubrin après qu’ils eurent conçu et leur aient présenté leur plan « Mars Direct » (solution astronautique qui souleva leur adhésion enthousiaste). Elon Musk a de même rejoint Robert Zubrin au début des années 2000 lorsqu’il a entrepris sa propre aventure d’ingénieur et de patron d’entreprise astronautique.

L’esprit est là, chez ces hommes visionnaires, qui n’hésitent pas à s’impliquer, à s’efforcer de convaincre et à agir. Avec la nomination par George W. Bush en 2005 de Michael Griffin comme administrateur de la NASA, le lobby est presque parvenu à imposer ses vues ; et y est parvenu quand même pour quelques éléments de Mars-Direct comme l’ISRU.

C’est aujourd’hui, cinquante ans après le « petit pas pour l’Homme » de Neil Armstrong, ce qui nous permet d’espérer qu’un jour la lourde superstructure administrative suivra ou accompagnera notre envol dans l’espace profond et son infinité de possibles que nous avons aujourd’hui la capacité d’affronter et d’utiliser.

NB : cet article consacré au vols habités ne traite pas des progrès considérables effectués depuis cinquante ans dans le domaine de l’exploration robotique et ne nie pas l’intérêt de quelques études menées dans l’ISS sur les conséquences de l’apesanteur pour le corps humain ou divers processus de physiques des matériaux qui se manifestent particulièrement clairement en apesanteur, ni également, et cela me semble plus important, sur l’évolution de la science du support-vie (ECLSS) et ses progrès en matière de recyclage de l’atmosphère, des liquides et du contrôle microbien… Mais ce n’est pas suffisant !

Jour de libération fiscale : une amélioration… mais on peut mieux faire !

Par Institut Economique Molinari
libération fiscale

Par Cécile Philippe, Nicolas Marques, James Rogers.
Un article de l’Institut Molinari.

Grâce à des données calculées par EY, l’Institut économique Molinari publie pour la 10ème année consécutive son étude sur la pression fiscale et sociale réelle du salarié moyen de l’Union européenne (UE).

Ce classement présente la spécificité de chiffrer pour l’année en cours la pression fiscale et sociale réellement supportée par les salariés moyens, avec une méthodologie robuste et uniforme dans toute l’UE, permettant d’appréhender l’impact réel des impôts et charges et de leurs évolutions.1

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Principaux enseignements 2019

Le salarié moyen français récupère 8 jours de pouvoir d’achat en 2019. C’est la conséquence de la mise en œuvre des promesses de campagne d’Emmanuel Macron. Il travaille jusqu’au 19 juillet pour financer les dépenses publiques et peut bénéficier ensuite librement des fruits de son travail.

L’écart s’est réduit significativement entre la France et les deux autres champions de la fiscalité, Autriche (19 juillet) et Belgique (15 juillet).

L’écart reste très significatif avec la moyenne de l’UE (12 juin). Il est de 37 jours, contre 45 jours l’an passé.

Jour de libération fiscale et sociale 2019 du salarié moyen

libération fiscale

L’écart entre la France et l’Autriche a disparu

Comme l’an passé, les trois champions de la fiscalisation du salarié moyen sont la Belgique, l’Autriche et la France, mais l’écart s’est réduit dans un mouchoir de poche.

La Belgique est 3ème sur le podium, avec une libération fiscale et sociale le 15 juillet, deux jours plus tôt qu’en 2018. L’ex numéro 1 de ce classement (jusqu’en 2015), puis n°2 (en 2016 et 2017) est devenu n°3 en 2018 et le reste en 2019 avec 53,63 % de pression fiscale et sociale sur le salarié moyen.

L’Autriche reste 2ème avec une libération fiscale et sociale le 19 juillet, un jour plus tard que l’an passé. D’une année sur l’autre, la pression fiscale et sociale a légèrement augmenté, de 54,32 % à 54,72 %.

La France reste la championne de la fiscalité de l’UE pour la 4ème année consécutive. Mais la « libération fiscale et sociale » intervient le 19 juillet, huit jours plus tôt que l’an passé. Cette évolution correspond à la baisse de la pression fiscale et sociale, de 56,73 à 54,73 % liée à la mise en œuvre des baisses des charges patronales et salariales promises lors de la campagne présidentielle de 2017.

libération fiscale

Avant de disposer de 100 euros de pouvoir d’achat réel, le salarié moyen doit faire face à 121 euros de charges et d’impôts en France, contre 121 euros en Autriche et 116 euros en Belgique. Par comparaison, la moyenne de l’UE est de 83 euros.

Dans six pays, plus de la moitié des revenus liés au travail sont prélevés au titre des impôts et charges : France, Autriche, Belgique, Grèce, Italie et Allemagne. Le salarié moyen n’a pas de maîtrise directe sur plus de 50 % des fruits de son travail, son influence sur la prise de décision étant, au mieux, indirecte.

Le jour de libération fiscale a avancé

Pour la 2ème fois depuis le lancement de cet indicateur, le salarié moyen français récupère du pouvoir d’achat2.

Son jour de libération fiscale et sociale était passé du 29 juillet 2017 au 27 juillet 2018, soit un gain de deux jours. Il passe cette année au 19 juillet 2019, soit un gain de huit jours en un an et 10 jours en 2 ans.

Le poids des prélèvements obligatoires sur le salarié moyen diminue très significativement en France. Il s’établit à 54,73 % en 2019, contre 56,73 % en 2018 et 57,41 % en 2017.

Les cotisations patronales baissent significativement. Avec un salaire brut de 38 582 euros, le salarié entre pleinement dans le périmètre de la transformation du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en baisse de charges. En 2018, le CICE était de 6 % sur les salaires inférieurs à 2,5 SMIC. En 2019, ce crédit d’impôt a été transformé en une réduction de cotisations employeurs de 6 points au titre de la maladie (7 % au lieu de 13 %). Cette mesure équivaut à une économie de 2315 euros de cotisations patronales pour le salarié moyen français.

Les cotisations salariales baissent aussi significativement, conformément aux promesses de campagne de 2017. Le salarié moyen français économise +1215 euros en 2019 grâce aux suppressions de cotisations maladie et chômage. La suppression des cotisations maladie (0,75 %) représente une économie de 289 euros et celle des cotisations chômage (2,4 %) permet d’économiser + 926 euros en 2019.

En revanche, l’augmentation de la CSG (+1,7 %) représente une perte de 663 euros en 2019. De même, l’augmentation de l’assiette d’imposition du salarié moyen liée à la baisse des charges sociales laisse plus de matière imposable avec un surcoût d’impôt sur le revenu de -149 euros.

Le gain de pouvoir d’achat est de +403 € pour le salarié moyen. Il est significatif mais 19 % en dessous des 500 € de pouvoir d’achat supplémentaires promis lors de la campagne présidentielle.

Le salarié français reste le plus fiscalisé

Le salarié français reste le plus fiscalisé de l’Union européenne avec des charges sociales supérieures au pouvoir d’achat réel.

Le salarié moyen français est en théorie parmi les mieux payés avec 55 158 € (7ème rang de l’UE), mais il est si fiscalisé (54,73 % de charges et impôt sur son salaire complet, 1er rang de l’UE), qu’il ne lui reste que 24 970 € en pouvoir d’achat réel (11ème rang de l’UE, devant l’Espagne).

Alors que son employeur fait face à un coût du travail du même ordre que les pays du Nord de l’UE, le salarié moyen a un pouvoir d’achat intermédiaire entre celui des pays du Nord et des pays du Sud.

Pourtant payé comme le Suédois ou Danois, le salarié moyen français dispose de 16 % de pouvoir d’achat en moins que le premier et de 30 % en moins que le second.

A elles seules, les charges sociales (25 737 €, 1er rang de l’UE) représentent plus que le pouvoir d’achat réel (24 970 €, 11ème rang). Les charges sociales représentent 103 % du pouvoir d’achat réel. C’est le record de l’UE (53 %).

Plus de charges et moins d’impôts ne signifient pas plus de bien-être

L’étude montre que la pression fiscale et sociale française n’est pas synonyme de mieux vivre.3

Le croisement avec des travaux de l’OCDE (Comment va la vie ?) montre que la France, 1ère de l’UE en taux d’imposition réel du salarié moyen, n’est que 11ème sur les 21 pays de l’UE notés dans la dernière livraison de Better Life publiée par l’OCDE.

La qualité de vie semble meilleure dans plusieurs pays ayant une pression fiscale et sociale moindre : c’est le cas de pays à tradition sociale bismarckienne (Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Belgique…), des pays beveridgiens (Royaume-Uni, Irlande…) et de tous les pays du Nord (Suède, Finlande, Danemark)4.

Une pression fiscale et sociale moyenne stable dans l’UE

Le taux réel d’imposition du salarié moyen de l’UE est de 44,50 %, stable par rapport à 2018.

Sur un an, 9 pays de l’UE enregistrent une baisse des prélèvements sur le salarié moyen et 17 constatent une hausse.

L’écart entre les 19 pays de la zone euro et les 9 pays hors zone euro cesse de s’accentuer. La zone euro bénéficiait d’une fiscalité plus favorable de 2010 à 2013, mais la situation s’est inversée en 2014. La zone euro ressort à 44,72 % contre 44,01 % pour les autres pays de l’UE en 2019.

Sur le web

  1. Le Jour de libération fiscale et sociale est le jour où le salarié moyen arrête en théorie de payer des charges et des taxes et peut disposer à sa guise des fruits de son travail. Cette date, présentée parfois à tort comme le jour ou le salarié cesserait de « travailler pour la collectivité », est celle où il devient libre d’utiliser, comme il le souhaite, les fruits de son travail.

    La particularité de cet indicateur de liberté économique est de rendre concrète la situation des salariés moyens de l’UE en intégrant la fiscalité sur le travail (charges sociales et impôt sur le revenu) et la consommation (TVA) de chaque pays. Les calculs des charges sociales patronales, salariales et des impôts sur le revenu sont faits par EY pour les 28 pays de l’UE.

  2. Cécile Philippe, présidente de l’Institut économique Molinari et co-auteure : « La fiscalité sur le salarié moyen baisse significativement en France et c’est une excellente nouvelle.

    Depuis le lancement de cet indicateur de l’IEM, le jour de libération fiscale et sociale n’avait cessé de reculer, du 26 juillet 2010 au 29 juillet 2017. La France était devenue le pays fiscalisant le plus son salarié moyen, sans que les indicateurs montrent que les Français en retirent un quelconque supplément en termes de bien-être.

    La situation s’est inversée l’an passé et cette année. Les salariés moyens récupèrent 10 jours de pouvoir d’achat supplémentaire. La baisse des charges sociales mise en œuvre par le gouvernement français va dans le bon sens, même si l’écart avec la moyenne de l’UE reste très important.

    À moyen terme, l’enjeu français reste d’accentuer les baisses de charges et d’impôts. Cela passe par une remise à plat du périmètre de l’action publique et, contrairement aux idées en vogue, par une rupture avec le mouvement d’étatisation de la protection sociale. L’expérience montre que s’agissant de la protection sociale, la centralisation et l’uniformisation n’est pas la panacée, loin de là. »

  3. Nicolas Marques, chercheur associé à l’Institut économique Molinari, co-auteur : « Dans les dernières années, on a oublié trop souvent l’enjeu sociétal que constitue la baisse des charges et des impôts sur les salariés.

    Nous sommes devenus au fil du temps les champions des charges et des impôts sur les salariés moyens. Conséquence : la croissance est plus faible en France que dans le reste de l’Union européenne. Le chômage reste anormalement élevé, avec 940 000 chômeurs en trop par rapport à la moyenne de l’UE. Nos déficits publics ne se résorbent pas significativement et la dette augmente.

    2018 et 2019 marquent une rupture, avec l’amorce d’une baisse de la fiscalité en France. Espérons que ce mouvement se renforcera dans les années à venir. »

  4. James Rogers, chercheur associé à l’Institut économique Molinari, co-auteur : « En dépit des bonnes nouvelles, les salariés français et belges consacrent toujours plus de la moitié des sommes distribuées par leurs employeurs en charges et impôts.

    Cela vaut la peine de se demander pourquoi ils ne reçoivent pas en retour les meilleures écoles, les meilleurs soins de santé ou les retraites les plus généreuses et pourquoi ils ne sont pas en tête des indicateurs de développement humain ou de bien être. »

Cinéma français : pourquoi certains acteurs sont-ils si bien payés ? (vidéo)

Par Corentin de Salle
acteurs

Par Corentin de Salle.

En 2013, paraissait dans le journal Le Monde une tribune du producteur français Vincent Maraval. Il expliquait que, dans le top 10 des 220 films produits en France, un seul seulement était rentable !

Pourtant, le cachet de certains acteurs est pharaonique. C’est parfois cinq fois le cachet d’un acteur américain pour des recettes dix fois moindres ! Le scandale ici, c’est que ces acteurs – dans ce merveilleux système français d’exception culturelle – sont payés avec l’argent public et que ce salaire mirifique leur est versé au détriment de la masse des autres acteurs, figurants et intermittents de spectacles qui galèrent toute l’année.

Pourquoi certains acteurs français se font-il payer aussi cher ? Dans cet épisode provoc’ Corentin de Salle remet les pendules à l’heure avec Tyler Cowen…!

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10 idées reçues sur le libéralisme

Par Auteur invité
libéralisme

Par Antoine Cassan1.

Les Français souffriraient-ils d’une overdose de libéralisme ? On croit rêver. Et pourtant, de toutes les idées reçues, confusions, amalgames, contresens et balivernes, c’est l’une des plus coriaces. Ce n’est pas la seule. Parmi les objections que profèrent volontiers les antilibéraux, et cela depuis des lustres, nous en avons retenu dix. Quoique percutantes en apparence, ces idées reçues s’avèrent, à l’examen, sans pertinence. Dégonflage des baudruches en dix réfutations…

1. Nous vivons dans une économie libérale

Pas le moins du monde ! Cela en surprendra sans doute beaucoup, mais nous ne vivons pas au beau milieu d’une économie libérale. Dans une société libérale oui, dans une économie libérale, non. Nous pouvons affirmer sans crainte que notre société est démocratique, puisque des élections sont régulièrement organisées.

Nous pouvons même dire que nous vivons dans une société de liberté, puisque l’essentiel des libertés publiques est à peu près assuré, moins bien cependant que dans beaucoup de nations comparables. Mais dans une économie libérale, non. Il faudrait pour cela que les libertés publiques rejoignent les libertés économiques. C’est loin d’être le cas.

Dans une société où la santé et les retraites sont sous monopole public, où l’épargne ainsi que la consommation sont organisées en fonction d’objectifs fixés par un complexe administrativo-politique sans que les citoyens ne se rebellent sérieusement contre une telle situation de sujétion, on ne peut parler de libéralisme. Il y a des secteurs libres, des domaines où le libéralisme progresse, mais des sociétés libérales, non.

Il y a près de 30 ans, on nous signalait déjà que « au-delà de 40 % de prélèvements obligatoires, une société change de nature ». Nous en sommes à 48,4 %, de façon tout à fait officielle. La société a donc changé de nature. À certains égards, elle s’est libéralisée : jusqu’en 1978, aucun prix n’était libre en France. Jusqu’en 1981, on pouvait nationaliser des pans entiers de l’économie. Il y a vingt ans, 80 % du système bancaire appartenait à l’État.

Dans le même temps, un mouvement inverse a été observé : celui, précisément, de l’accroissement des dépenses publiques mesuré au travers d’une notion : les prélèvements obligatoires. Or, ce chiffre ne retient pas la totalité des dépenses publiques et, en particulier, de l’endettement des administrations.

Chaque année, le MEDEF publie un document passionnant, intitulé Cartes sur table. Il livre son propre chiffre, plus complet, qui nous situait déjà à 53 % de dépenses collectives en 1994, contre 45 % en Allemagne et moins de 35 % au Japon ou aux États-Unis. Dira-t-on que le MEDEF est un organisme partisan ?

Tous les ans, l’OCDE rend un rapport sur la situation économique de chacun de ses membres. Pour la France, elle évalue le taux des dépenses publiques à 55 % du PIB (NdlR : l’article date de 2011). Ce chiffre lui-même pourrait encore être amélioré puisque, comme le remarquait le prix Nobel Milton Friedman : « Il faut lui ajouter le coût des multiples réglementations, qui ont le même effet économique qu’une imposition. » À ce compte-là, il vaudrait mieux parler d’une sorte d’économie administrative tempérée par un secteur libre concédé. Et pas d’une économie libérale.

2. Le libéralisme, c’est le laissez-faire généralisé

Si seulement il pouvait en aller ainsi ! Mais nous en sommes loin. C’est d’ailleurs une chose étrange que la maxime laissez-faire puisse figurer en tête du réquisitoire contre le libéralisme. Appliquée à un individu, l’idée qu’il vaut mieux le laisser faire plutôt que de le contraindre remporte le plus souvent la faveur de tous : c’est le traiter en adulte. Appliquée à une nation, laisser faire les citoyens deviendrait l’horreur.

Le fait qu’il y ait là un objet de détestation en révèle plus sur ceux qui profèrent l’anathème que sur ceux qui, la première fois, ont brandi la maxime comme un cri en faveur de la liberté. Considérer que laisser faire, cela ne serait pas bien, c’est dire à l’inverse qu’on se méfie du peuple et des être humains en général, qu’on ne croit qu’au contrôle, à l’embrigadement, à la surveillance.

Remarquons d’abord qu’associer le libéralisme à la maxime laissez-faire répond, en creux, à l’objection précédente. Si le libéralisme, c’est le laissez-faire généralisé, qui oserait affirmer que nous vivons dans une société libérale ? Qui peut avoir le sentiment que nous vivons dans une société économique du laissez-faire alors que règne le harcèlement textuel ?

Sur une population active de 23 millions de personnes, il y a 2,5 millions de fonctionnaires d’État et un peu plus de 5 millions d’individus qui travaillent dans le secteur public. Quel que soit leur rôle, de l’employé d’état civil au vice-président du Conseil d’État, en passant par l’enseignant, le postier, l’infirmière d’hôpital ou le gendarme, ces cinq millions de personnes ont en commun une mission : prendre soin de nous, de notre argent, de notre éducation, de notre santé, de notre cadre de vie, de nos déplacements, en bref, qu’on le veuille ou non, contrôler nos façons d’être. Il peut y avoir du laisser aller dans la société, sûrement pas du laissez-faire.

En même temps, la situation actuelle, où tout est organisé sous l’œil vigilant de la puissance publique à tous les échelons, nous renvoie à l’époque où la maxime du laissez faire est apparue : chez les physiocrates, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

D’abord, comme nous le signalons par ailleurs, la maxime initiale n’a jamais été laissez-faire mais laissez-nous faire et, plus complètement, laissez-nous faire, laissez-nous passer. Il y a une querelle historique sur cette humble supplique de commerçants pour que l’État corporatiste d’Ancien régime desserre l’étau de ses réglementations.

L’origine s’en trouve chez Turgot, dans son Éloge de M. de Gournay. Il prête la maxime laissez-nous faire à un commerçant lyonnais du temps de Colbert, mais il semble bien que la formule soit de Gournay lui-même. « Laissez faire, laissez passer » les grains entre les provinces. À cette époque, la France était hérissée d’octrois et de droits contre la circulation libre. L’État avait le contrôle du commerce des grains. L’idée, géniale, qui se cachait derrière le laissez-nous faire, était que la liberté de circulation des grains entraînerait un enrichissement général. Qui peut dire qu’il n’en a pas été ainsi ? La société d’Ancien régime, avec 25 millions d’habitants, vivait de famine en crise de subsistances. À partir du moment où la liberté a été instaurée, la disette ne fut plus jamais qu’un souvenir.

3. Le libéralisme n’est bon que pour les riches. D’ailleurs sa devise est : « Enrichissez-vous »

Pauvre Guizot ! Il ne survit guère dans la mémoire historique nationale que pour cette phrase tronquée, qu’il n’a sans doute jamais prononcée ou, du moins, pas dans ces termes-là. La formule complète de Guizot aurait été : « Enrichissez-vous par le travail et par l’épargne, et vous deviendrez électeur ». Elle prend alors toute sa signification, dans un contexte historique où la Monarchie de juillet devait répondre à une demande politique en faveur de l’abaissement du cens pour élargir le corps électoral. En répondant aux solliciteurs qu’ils n’avaient qu’à devenir plus riches pour payer davantage d’impôts et donc devenir électeurs, Guizot retournait l’argument.

L’ennui, c’est qu’il n’a sans doute jamais prononcé cette formule. En tout cas, son dernier biographe, Gabriel de Broglie, n’a pu la retrouver exactement comme telle. Au cours de banquets électoraux, Guizot a beaucoup tourné autour de thèmes similaires, mais il n’a jamais réussi à trouver cette expression synthétique qui sera, finalement, forgée contre lui par ses adversaires politiques. Au moins correspondait-elle à son état d’esprit, et d’ailleurs la Monarchie de juillet a sombré de ne pas avoir voulu élargir le suffrage censitaire. Plutôt que d’attendre un enrichissement généralisé qui rende tout le monde électeur, la Révolution de 1848 a décrété le suffrage universel sans condition de ressources.

Au-delà du contexte historique, il faut une nouvelle fois s’interroger sur les raisons de cette diabolisation. En quoi s’enrichir par le travail et par l’épargne serait-il infamant ? Des générations et des générations de Français n’ont jamais songé à autre chose qu’à ce patient accroissement du patrimoine de la nation. « Enrichissez-vous par le travail et par l’épargne », et alors ? Le travail ou l’épargne sont-ils des notions dégradantes ? Et s’il est indigne de s’enrichir par le travail et par l’épargne, le mot d’ordre devra-t-il être : « appauvrissez-vous ? »

4. Le libéralisme, c’est une théorie de chef d’entreprise

Méprise ! La plupart des grands théoriciens du libéralisme français sont d’honorables fonctionnaires. À part Jean-Baptiste Say, industriel à Lyon, on ne compte que des serviteurs de l’État. Montesquieu était parlementaire, Tocqueville juge. Gournay et Turgot, intendants du Roy. Jacques Rueff, conseiller d’État. Hayek et Mises étaient professeurs d’université. Keynes aussi était professeur, mais il sut faire fortune par d’habiles placements. Toutefois, il employa une partie de son temps à détruire les fondements de l’économie libérale classique.

Dès le XVIIIe siècle, les combats des libéraux se font contre une partie du patronat et les protections que celui-ci essaie de faire adopter contre la concurrence. Pour la raison simple que le protectionnisme renchérit toujours le prix des denrées sur le marché intérieur, tandis que la concurrence les fait baisser. L’un des lointains échos de ce combat se fit entendre en 1983, lorsque le pouvoir socialiste s’efforça de bloquer l’importation des magnétoscopes à Poitiers. Ou encore lorsque France Telecom s’ingénia à repousser la diffusion des radiotéléphones.

S’il fallait chercher une idéologie patronale de référence, on la trouverait chez les Saint-Simoniens, propagandistes du développement économique à tout crin par la multiplication des grands travaux. Cependant, toutes les histoires des idées classent les saint-simoniens parmi les socialistes à tendance industrialiste. Dans l’entre-deux guerres, le patronat eut bien un théoricien, très subtil et trop oublié de nos jours, Auguste Detœuf. C’était un chef d’entreprise. Mais aussi un grand théoricien du protectionnisme.

5. Le libéralisme, c’est Germinal : les enfants travailleraient encore dans les mines

Peu vraisemblable. Les premières houillères du Nord ont commencé d’être exploitées au XVIIIe siècle, sous la monarchie absolue. Les enfants y travaillaient déjà. Comme ils travaillent aujourd’hui dans des sociétés féodales du tiers-monde. Le problème n’est pas une question de libéralisme mais de pauvreté : dans les sociétés pauvres, les enfants travaillent. Même dans l’école de Jules Ferry, les classes dans le monde rural étaient vides au moment de la moisson. Quand les sociétés s’enrichissent, les enfants cessent de travailler pour aller à l’école. Et pour enrichir une société entière, on n’a jamais trouvé mieux que l’économie libérale.

Mais le thème des enfants dans les mines participe d’un phénomène plus vaste, que les historiens américains nomment « la légende noire du capitalisme ». Dans Capitalism And The Historians, Friedrich Hayek signale « l’aversion sentimentale, très répandue, contre le capitalisme ». Elle est étroitement associée à la croyance que l’indéniable accroissement de richesses que l’ordre concurrentiel a produit au XIXe et au début du XXe siècle, fut acheté au prix d’une diminution du niveau de vie des éléments les plus faibles de la société.

« Le terme même de capitalisme est en grande partie une création de l’interprétation marxiste, qui l’a associé à l’apparition du prolétariat, prétendument dépouillé par des procédés tortueux de la légitime possession de ses intruments de travail. » Gare au contresens, avertit Hayek. Ce n’est pas l’embrigadement ou la spoliation qu’a apporté le capitalisme, mais l’émancipation :  « le développement du capital a, par conséquent, non pas entraîné mais permis l’existence d’un prolétariat : un beaucoup plus grand nombre de gens, à qui leurs parents n’avaient pu donner des instruments de production, purent désormais subsister par leur travail grâce à l’augmentation de la productivité. »

Au lieu d’être vus comme la première étape de l’enrichissement général, les débuts de la révolution industrielle sont assimilés à une période de régression historique. Cela tient à un double phénomène : la volonté de critique sociale, et aussi la visibilité. La misère endémique des campagnes sous l’Ancien régime était une misère cachée des observateurs. Lorsqu’elle se déplace dans les villes, elle devient une évidence. Le célèbre rapport Villermé résume ces deux phénomènes.

Le bon docteur Villermé était légitimiste, ce qui était son droit le plus strict. En 1840, il rédigea un rapport sur la misère des milieux ouvriers dans le Nord de la France. Son rapport est d’abord conçu comme une machine de guerre contre la Monarchie de juillet, au pouvoir depuis 1830. Ensuite, son témoignage montre que les gens préféraient s’entasser en masse dans les villes où ils avaient l’espoir de trouver du travail plutôt que de mourir de faim dans les campagnes. Un phénomène qui fait songer à l’Inde contemporaine. Pendant que se multipliaient les reportages sur la pauvreté des trottoirs de Calcutta, l’Inde accomplissait un immense effort invisible qui la conduisait à supprimer les grandes famines, et même à devenir une grande puissance exportatrice de blé. Quant au travail des femmes et des enfants en France, il sera réglementé dès 1841. La loi fut adoptée à l’unanimité moins une voix.

6. Le libéralisme, c’est la loi de la jungle

7. Varia n°1, plus élaborée : « Entre le fort et le faible, le riche et le pauvre, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit » (Lacordaire)

8. Varia n°2, avicole : Le libéralisme, c’est le renard libre dans le poulailler libre

Ces trois formules ont exercé un tel attrait qu’elles ont survécu aux guerres et aux révolutions, tout autant qu’à la variante chapeau haut-de-forme et gros cigare du capitalisme. À l’époque où elles étaient prononcées, au milieu du XIXe siècle, elles trahissaient déjà un contre-sens puisqu’elles opposaient la notion de loi à celle de liberté.

La loi n’est pas forcément une contrainte, elle peut ouvrir des domaines d’action. La Déclaration des droits de l’Homme, qui proclame la liberté et l’égalité des droits pour chacun, supprime l’inégalité de la naissance. Le Code civil napoléonien, en ce qu’il instaurait la protection de la propriété individuelle contre l’arbitraire, constituait une machine de liberté. En revanche, en ce qu’il plaçait la femme sous la tutelle du mari, il supprimait des libertés existant auparavant.

De grandes lois, comme celle instaurant la liberté de la presse (1881) ou le droit d’association (1901), sont aussi des outils de liberté. Dès sa naissance, au début du XXe siècle, l’ordre libéral a été conçu comme un système reposant sur la loi. Celle-ci protégeait-elle le patron au détriment de l’ouvrier ? Non, c’est la justice qui favorisait le patron, et non la loi. La justice est toujours le reflet de son temps. Les juges s’estimaient les gardiens de l’ordre social, ils utilisaient les lois à l’encontre de ceux qu’ils estimaient le mettre en cause. Les mêmes lois auraient pu être utilisées de façon exactement inverse.

La loi de la jungle et ses variantes, répétées aujourd’hui, ne constituent pas seulement un contresens mais une absurdité. Dans un monde où le stock législatif atteint près de 8000 textes, où le Journal officiel crache 300 pages de nouvelles lois chaque année, la loi ne protège plus personne, bien au contraire, elle devient un grand élément d’incertitude.

La difficulté essentielle de cette fin de siècle vient justement de ce que, aujourd’hui, seule une personne très, très riche peut se payer les avocats qu’il faut pour se débrouiller dans le maquis législatif. La formule de Lacordaire est inversée : aujourd’hui, c’est la loi qui opprime.

9. Le libéralisme est une théorie du XIXe siècle. Elle est dépassée

Cette remarque est aussi vieille que le libéralisme. Dans son Éloge de M. de Gournay (1759), Turgot consacre un chapitre au reproche qui lui était fait d’être un homme à système (on dirait aujourd’hui un idéologue). Turgot écrit : « M. de Gournay ne différait souvent des gens qui le traitaient d’homme à systèmes qu’en ce qu’il se refusait, avec la rigidité d’un esprit juste et d’un cœur droit, aux exceptions qu’ils admettaient en faveur de leur intérêt. »

Et plus encore : « Tout est plein de gens qui condamnent, par exemple, les privilèges exclusifs, mais qui croient qu’il y a certaines denrées sur lesquelles ils sont nécessaires, et cette exception est ordinairement fondée sur quelques particuliers avec lesquels on est liés. »

Ces remarques, croit-on qu’elles n’auraient pas pu être appliquées, par exemple, lors des grèves ? On pourrait très bien oublier le libéralisme, ses pompes et ses œuvres si, en face, le protectionnisme ou le dirigisme se faisaient oublier de la même façon. Mais cela n’est pas le cas. Dès que le libéralisme s’efface, on voit réapparaître la tentation des privilèges. Il faut alors en payer le prix fort, notamment en termes de chômage. Car le chômage en France n’est pas dû à une malédiction mais à l’irrésistible accumulation de rigidités fiscales, sociales et surtout mentales.

La résurgence d’une théorie comme celle du « service public à la française » constitue un exemple parmi d’autres. L’abandon de la réforme fiscale aussi. On entend dire, à droite comme à gauche, que, « pour faire une bonne réforme fiscale, il faut que la croissance soit revenue, afin qu’un surplus de rentrées fiscales permette de financer les « avantages » qui seront accordés ». C’est tout l’inverse. Aucune croissance économique ne peut revenir sans diminution des impôts et, en particulier, des impôts qui frappent les entrepreneurs.

Pour faire entrer des impôts… il faut diminuer les impôts. Le tax cut de Ronald Reagan (un allègement moyen des taux de 23 %) en fut une éclatante démonstration. Les impôts payés par les 5 % des revenus les plus élevés en 1981 rapportaient 98,6 milliards de dollars. En 1986, ils rapportaient 164,4 milliards de dollars, soit une augmentation de 66 %. La raison en est simple : la part fiscale gagnée par les particuliers les plus entreprenants a été efficacement utilisée. L’économie s’en est bien portée et les recettes fiscales ont augmenté. À cette date, en 1986, la grande réforme fiscale a été adoptée, instaurant quatre tranches, taxées respectivement à 15, 18, 23 et 28 % à la place des quatorze tranches précédentes qui s’échelonnaient de 11 à 50 %.

Oui mais, dit-on, dans le même temps le déficit budgétaire américain s’est amplifié. Raisonnement français qui ignore tout des institutions américaines. Les dépenses sociales ont continué d’augmenter parce que le Congrès, à majorité démocrate, n’avait aucune envie de faire du Reagan. Ce n’est qu’entre 1995 et 1997 que tout a changé puisque, pour la première fois depuis 1947, les Républicains ont la majorité dans les deux chambres.

10. Votre libéralisme est une utopie

Que nenni ! C’est juste une utopie dans un pays qui ne l’a jamais adopté : la France. Une utopie dont n’ont pas à se plaindre, en revanche, les peuples déjà prospères, et plus encore ceux qui récoltent aujourd’hui les fruits de leur développement. À compter le nombre de chômeurs que nous vaut le non-libéralisme, le temps est venu de transformer le mot de Churchill sur la démocratie pour affirmer que « le libéralisme est le pire des systèmes à l’exception de tous les autres ». Pourquoi faire l’impasse plus longtemps ? Dans le désert, le verre d’eau n’attend pas.

Article initialement publié en mai 2011.

  1.  Antoine Cassan est essayiste et journaliste.

Reggae : introduction au Early Reggae (4)

Par Selecta Nardus
eraly reggae

Par Selecta Nardus.

Les origines du reggae sont tout aussi mystérieuses que celles du ska et du rocksteady. Nombreux sont ceux sont qui en revendiquent la paternité (parmi d’autres : le producteur Coxsone, le chanteur Frederick « Toots » Hibbert ou encore le bassiste Leroy Sibbles).

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Dans ce flou très jamaïcain, une certitude : l’auditoire impatient des sound systems s’est lassé en 1968 du rocksteady, a réclamé du neuf et créé une nouvelle danse, qui appelait une nouvelle musique.

Dans ses jeunes années, le reggae est donc une évolution du rocksteady vers un tempo plus nerveux et un son plus jamaïcain, moins américain, plus abrupt, moins soul.

Voici la recette du early reggae :

  • accélération du rythme ;
  • voix plus en retrait, retour au premier plan des musiciens ;
  • contretemps plus marqué grâce à des techniques comme l’echo delay ou le « double chop » à la guitare ;
  • retour des cuivres et arrivée tonitruante de l’instrument phare de la période : l’orgue, joué par les meilleurs spécialistes yardie, Jackie Mittoo et Winston Wright.

L’arrivée du reggae correspond au déclin de Treasure Isle, Duke Reid restant bloqué aux années rocksteady, et à celui de Prince Buster, converti à l’Islam sectaire et « black power » de la Nation of Islam. Studio One, en revanche, fait un carton et reprend le leadership. Le reggae, c’est beaucoup de choses et beaucoup de gens, mais c’est avant tout Studio One et « Coxsone » Dodd. Pour faire court, la Motown de Jamaïque, mais avec un nombre infini de tubes, connus ou qui méritent de l’être.

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D’autres producteurs marquent la période, comme Joe Gibbs et le sino-jamaicain Leslie Kong. On doit à ce dernier plusieurs succès des Maytals et un excellent album des Wailers. Contre l’avis de Bunny Wailer (cousin de Marley), il appelle cet album « Best of The Wailers », titre curieux pour un groupe encore émergent. Mauvaise idée, Bunny le maudit et Kong meurt prématurément un an plus tard.

Si vous n’êtes pas habitués au early reggae, vous serez surpris à l’écoute de la playlist que je vous ai concoctée : 1/ Qu’est ce que c’est que ce truc ? 2/ Bon sang, c’est bon ! Cette période, comme certains de ses groupes majeurs (Comme les Pioneers ou les Kingstonians), a pourtant été totalement rayée de la carte à partir du début des seventies.

Totalement ? Non ! Un petit groupe résiste encore et toujours à la modernité tyrannique. Issu des quartiers cockney de Londres et de la classe ouvrière, il est maintenant partout, à Paris, à Osaka et même à Cherbourg. Les skinheads ! Cette inquiétante tribu, héritière des mods anglais des sixties, est l’anti-Woodstock. Contrairement aux enfants bien nés qui s’encanaillent avec des cheveux longs et des chemises à fleurs, les skinheads se rasent le crâne et soignent leur tenue. Faisant les 400 coups avec les rude boys jamaïcains émigrés (parfois au détriment des commerçants pakistanais victimes du « paki bashing »), leur musique de ralliement par excellence est le Early Reggae, arrivé à Londres grâce au mythique label Trojan.

Qu’ils soient « trojan skins »/ trad’ 69, politisés dans les années quatre-vingts (très) à gauche ou à droite, ou recyclés en supporters fidèles de foot, les skinheads révèrent tous le early reggae. Voyez donc cette foule enthousiaste à Stamford Bridge, le stade du club de Chelsea, entonner avant chaque match le « Liquidator », classique de la période.

La grande figure du early reggae s’appelle Lee « Scratch » Perry. D’abord ingénieur du son et « homme de main » de Coxsone, il prend sa liberté et exprime tous ses talents à partir de la fin des années soixante : producteur, arrangeur, bidouilleur, chanteur et musicien. Fan de western, américain ou spaghetti, il compose alors des hymnes au cinéma et à Clint Eastwood, dans le plus pur style early reggae, avec son groupe, les Upsetters (les emmerdeurs). Ces derniers seront récupérés en partie par Bob Marley, dont certains fans disent que les années les plus créatives étaient les années « Scratch » Perry.

Il sera aussi un des acteurs majeurs de l’évolution du reggae dans les années soixante-dix. Jusqu’en 1979, où, dans un accès de folie, il met le feu à son studio. Couteau suisse devenu suisse tout court aujourd’hui, Perry est tellement déjanté qu’il inspire les publicitaires (voir la série de pubs pour la bière Guiness).

Voilà 20 early reggae de premier choix pour faire trembler le dancehall (et en bonus : un chef-d’œuvre des Wailers produit en 1970 par Leslie Kong).

Dance to the original reggae beat !

Playlist Early reggae :

  • The Upsetters – Return of Django
  • Lee Scratch Perry – People funny boy
  • The Kingstonians – SuffererThe Ethiopians – Everything crash
  • The Viceroys – Promises promises
  • Harry J Allstars – Liquidator
  • The Pioneers – Long shot kick de bucket
  • The Upsetters – A live injection
  • The Gaylads – There’s a fire
  • Justin Hinds and the Dominos – Drink Milk
  • Jackie Mittoo – Hot milk
  • Toots and the Maytals – Pressure drop
  • The Bleechers – Come into my parlour
  • The Untouchables – Tighten up
  • Tony Tribe – Red red wineThe Lyrics – Who cause it
  • The Tennors – Another scorcher
  • Stranger Cole & Lester Sterling – Bangarang
  • The Clarendonians – I’m sorryHorace Andy – I’ll be goneBob Marley and the Wailers – Caution

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Aéroports de Paris : rien ne va !

Par Parti Libertarien Français
aéroports de paris ADP

Une tribune du Parti Libertarien français.

Le Parti Libertarien se réjouit de voir émerger la possibilité d’un référendum dans la vie politique française, conformément à ses positions sur les référendums d’initiative populaire. Après analyse du sujet, le parti est au regret de constater que ni le projet du gouvernement ni le contre-projet des opposants ne satisfont à l’émergence d’un marché concurrentiel entre aéroports mettant les voyageurs et les compagnies aériennes au centre du jeu.

Au contraire, projet et contre-projet laissent la porte ouverte au capitalisme de connivence, et ne permettent pas d’améliorer le bilan financier de l’État. Le Parti Libertarien constate de nouveau, et à son grand regret, la nécessité de construire une contre-offre politique résolument libérale pour peser dans le débat public.

La première tentative d’organisation d’un « référendum d’initiative partagée » a été déposée à la présidence de l’Assemblée nationale le 10 avril 2019. Cette disposition, inscrite dans notre constitution depuis le 23 juillet 2008, n’avait jusqu’à présent jamais été utilisée. Il ne s’agit en aucun d’un référendum d’initiative populaire, l’initiative étant avant tout le fait d’un cinquième des parlementaires et le soutien dans un second temps d’un dixième du corps électoral.

De plus, une fois les signatures recueillies, il n’existe aucune garantie qu’un référendum ait lieu. Il suffit que le projet de loi soit examiné une fois par chaque chambre dans un délai de six mois après la conclusion des signatures. Des conditions qui rendent improbable de permettre à la population de s’exprimer via la démocratie directe.

Conformément à notre tribune sur le référendum d’initiative populaire, le Parti Libertarien soutient l’injection d’une plus grande part de démocratie directe dans le fonctionnement des institutions françaises. L’action de l’État ne peut pas se concevoir sans le consentement de ses administrés, conformément à l’article 14 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen 1789. Il est illusoire de garantir ce consentement avec des élections nationales qui ne se déroulent qu’une fois tous les cinq ans sur une corbeille de sujets hétéroclites et dilués dans un climat polémiste.

Aussi il nous paraissait important d’analyser les tenants et les aboutissants de ce projet de loi qui prévoit la « privatisation » des aérodromes d’Île-de-France (actifs regroupés au sein de la société anonyme « Aéroports De Paris », désignée par « ADP » dans la suite du texte), ainsi que tous les tenants du contre-projet des initiants, afin de produire une recommandation à l’intention de tous nos sympathisants, et au sens large, de tous les amoureux de la liberté.

Et après analyse, nous sommes en mesure d’affirmer que rien ne va dans cette séquence politique que nous sommes en train de vivre. Le sujet est complexe. Nous avons tenté de vous le résumer en 7 points.

Il s’agit bien d’une privatisation… Quoique…

Le projet de loi PACTE, qui contient les articles relatifs au changement de situation d’ADP, dispose plusieurs choses.
Premièrement que l’ensemble des actifs incorporés dans la société ADP créée en 2005 demeure propriété d’ADP. Il s’agit donc bien d’une privatisation.
Toutefois, il convient de souligner que cette privatisation n’est pas synonyme d’un retrait complet de l’État. Ainsi, l’attention du lecteur sera attiré sur :

  • l’article 44 disposant que l’ensemble des actifs revient à l’État, sans contestation possible, dans 70 ans au plus tard ;
  • l’article 45 étendant encore le périmètre de définition du « Contrat de Régulation Économique » (CRE) qui encadre déjà depuis 2005 les activités de la société,
  • l’article 46 disposant que ADP sera dans l’obligation de soumettre à l’approbation de l’État toute cession ou acquisition d’actifs concernés par l’article 44, et que ces actifs visés ne sont pas non plus expropriables ;
  • l’article 47 disposant que les tarifs pratiqués par ADP aux aéronefs en escale sont fixés dans le CRE ;
  • l’article 49 indiquant que l’État rappelle les obligations légales pesant sur la société à tout nouvel acquéreur d’une part du capital d’ADP ;
  • l’article 50 disposant que ADP est assimilé à un délégataire de service public.

Par conséquent, cette privatisation a la couleur, l’odeur, et la saveur d’une concession, à la différence très notable que le propriétaire d’ADP n’est pas l’État mais bien l’ensemble des actionnaires d’ADP qui se voient alors refuser la liberté de pleinement disposer de leur bien, l’expropriation par l’État étant déjà légalement acquise. Il s’agit d’une forme très singulière de préemption, anticipé de plusieurs dizaines d’années.

Le gouvernement met la poussière sous le tapis, au détriment des générations futures

Au titre de cette expropriation différée dans le temps, l’État devra payer une indemnité en deux enveloppes, dont les modalités de paiement sont dès à présent définies dans la loi PACTE.

La première doit être versée à Aéroports de Paris au moment du transfert du capital détenu par l’État à de nouveaux propriétaires privés, et la seconde devra être versée au moment de la récupération des actifs d’ADP par l’État, c’est-à-dire dans au plus tard 70 ans. La deuxième enveloppe est la plus conséquente, celle-ci correspondant à la somme des valeurs comptables des actifs d’ADP au moment de l’expropriation concrète. Le gouvernement qui a proposé ce texte et le législateur qui en a accepté cette disposition laissent donc la responsabilité aux générations futures de rassembler la somme suffisante pour racheter ces actifs, sans aucune certitude sur le coût que cela constituera.

On est donc en droit de se demander pourquoi le gouvernement, s’il souhaite faire d’ADP une concession, ne rachète pas les actifs d’ADP dès à présent avant d’en déléguer l’usus et le fructus à ADP, comme cela a déjà été fait pour les autoroutes.
Autrement dit, cette opération n’est motivée que par des raisons financières : obtenir un surcroît de financement. Si le gouvernement devait racheter les actifs dès à présent avant de céder ses parts restantes dans ADP, il est très probable que serait mis en évidence le rendement négatif de l’opération, ou en tout cas une somme nettement inférieure à celle espérée. Pour rappel, l’État a déjà cédé depuis 2005 presque la moitié du capital d’ADP.

Le gouvernement crée par le droit un monopole privé, au détriment des franciliens

L’ensemble des actifs d’ADP est colossal. L’ensemble des aérodromes d’Île-de- France, incluant les aéroports de Roissy-Charles De Gaulle (CDG), d’Orly (ORY) du Bourget (LBG) ou encore de Beauvais (BVA). Il n’existe dès lors aucun espace pour l’expression d’une concurrence. Aucun espoir de concurrence entre CDG et ORY les deux aéroports en capacité de se faire concurrence sur la scène internationale. Aucune chance de concurrence entre BVA et LBG sur l’aviation d’affaire ou le low-cost. Et aucun risque de concurrence entre les différents aérodromes d’affaires ou de loisir de l’ensemble de la région Île-de-France.

La motivation de l’opération étant avant tout financière, aucune réflexion sur les incitations économiques des acteurs ne semble avoir émergée. Le gouvernement, dans son dossier de presse relatif à la loi PACTE ainsi que dans une communication du ministre Bruno Le Maire, contourne le sujet en indiquant que ADP est en réalité bien en concurrence avec d’autres aéroports internationaux européens comme Londres ou Munich qui occupent comme Paris le rôle de hub aéroportuaires. Ainsi la privatisation d’ADP serait suivie d’un plan de développement pour en faire une plateforme tournante des opérations des compagnies aériennes. Mais un voyageur souhaitant se rendre à Paris n’a aucun intérêt à aller atterrir à Munich ou Bruxelles pour rejoindre Paris…

Et au moment de publier cette tribune, nous apprenions qu’une nouvelle taxation pouvant atteindre 18 euros par billet allait être mise en place sur les avions au départ de la France. Autant dire qu’il n’y a rien de fait ici pour aider Paris à devenir un hub européen. De plus, la durée de 70 ans ne permet pas d’espérer une quelconque mise en concurrence entre gestionnaires d’infrastructures, la durée étant évidemment bien trop longue.

Deux concessions aéroportuaires ou privatisations complètes entre ORY et CDG auraient eu le mérite d’au moins initier un duopole en concurrence sur les vols internationaux sur la région d’Île-de-France. Cette absence de concurrence serait en théorie compensée par un contrôle accru de l’administration sur les redevances pratiquées par ADP, au risque de voir émerger une fois encore en France un exemple désolant de capitalisme de connivence.

Le gouvernement liquide une part de patrimoine pour jouer l’investisseur en capital-risque

Comme dit précédemment, l’opération de cession du capital restant détenu par Aéroports de Paris obéit avant tout à une motivation financière. Sous l’impulsion du Président de la République, le gouvernement souhaite voir les pouvoirs publics investir massivement dans des projets de recherche et développement vers des innovations dites « de rupture », c’est-à-dire des technologies à fortes valeurs ajoutées.

Ces investissements sous forme de subventions de recherche seraient attribués à des sociétés françaises travaillant sur des secteurs jugés d’avenir. L’exemple cité le plus souvent en interview ou dans la presse serait celui des batteries électriques pour l’industrie automobile. Il s’agit donc d’octroyer de l’argent public à des sociétés automobiles comme PSA ou Renault dont l’État détient là aussi des participations.

Les politiciens français rompus à une vision démiurgique de l’État, vendent l’opération comme une bonne action de l’État stratège. En renonçant aux revenus futurs d’ADP contre un prix (supposément très élevé) maintenant, l’État se donnerait les moyens de financer des activités de R&D permettant de répondre à des enjeux de société immédiat et assurer les emplois de demain. Le sujet principalement cité serait notamment la transition écologique. Or est-ce vraiment le rôle de l’État d’agir comme un investisseur en capital-risque ?

L’État stratège a connu quelques réussites industrielles, mais l’essentiel de ce que l’État-stratège entreprend est un échec. La liste des gabegies et autres scandales sur des pertes sèches pour le contribuable dûs à des actions « stratégiques » prises par des politiciens, mériterait à elle seule un autre article, voire un livre, voire des livres, qui existent en fait déjà. En réalité les exemples ne manquent pas.

L’État stratège est un euphémisme pour parler du capitalisme de connivence à la française. À ce petit jeu certains acteurs privés, comme les industries automobiles, s’en sortent très bien, mais rarement le contribuable.

À l’heure où l’État s’apprête à toucher la barre symbolique de 100 % d’endettement, continuant sur une trajectoire en décalage complet avec la plupart des pays européens et de l’OCDE, il est plus que temps de mettre un frein à ces pratiques d’un autre âge, et de renvoyer les politiciens aux sujets régaliens.

Les aéroports n’ont pas nécessairement à être publics

Le contre-projet de loi proposé par les députés d’opposition tient en un article :

Ce qui est à noter :

  • il n’est rien dit des aérodromes du reste de l’Île-de-France. Ce sont donc bien seulement les aéroports qu’ils qualifient « d’enjeu national » qui sont visés.
  • ils renvoient à la notion de service public tel que définis dans le préambule de la constitution d’après-guerre. Cette notion de service public est défini ainsi :

Les initiants dressent également le constat suivant :

Le Parti Libertarien s’oppose à cette conception des services publics et particulièrement des aéroports. Un aéroport est certes une infrastructure permettant à un tissu économique local de prospérer, mais il n’en est rien démontré que son administration par une autorité publique soit le gage de sa bonne gestion, de sa compétitivité, et de son dévouement aux voyageurs. Bien au contraire…

Des propriétaires privés d’un aéroport sont de facto soumis aux lois du marché et de la concurrence, et doivent valoriser leur bien de sorte à en tirer un bénéfice. Il est dès lors impératif pour eux d’entretenir l’infrastructure, de développer les services auprès des voyageurs et des compagnies aériennes, et d’en assurer la qualité, au prix le plus compétitif. Nul besoin des politiciens pour s’assurer de cela, bien au contraire.

Si l’on consulte les résultats des aéroports de Paris, préalablement au changement de statut de 2005 et à l’entrée de propriétaires privés au capital, l’établissement public générait une marge nette correcte de 6 % sans reverser de dividende à l’État, et n’était centré que sur les activités aéroportuaires en France. Grâce à la réforme de 2005, ADP est le leader mondial de l’exploitation de concessions aéroportuaires, avec 30 % de son chiffre d’affaire à l’international, une marge nette de 10 %, et un total de 2,5 milliards de dividende distribué depuis 2005. Si les Français avaient pu bénéficier d’un plan de retraite par capitalisation, cette manne leur aurait profité.

Si en plus, un grand nombre d’aéroports desservent le territoire, à des distances relativements proches, il peut alors exister une concurrence pour le voyageur. C’est le cas en France entre les aéroports de Genève et Lyon, entre les aéroports de Bordeaux et Toulouse, et il pourrait en être de même entre Paris-Orly, et Paris-CDG.

Cet attachement au service public soumis aux incentives des politiciens n’est étayé par aucun argument sérieux quant à la supériorité de ce modèle économique. En France la majorité des autoroutes est gérée par des concessions, et la quasi intégralité des routes nationales par des établissement publics. Toute personne vivant en France a pu constater par elle-même lesquelles de ces infrastructures sont les mieux entretenues.

Les conséquences juridiques du contre-projet de loi sont incertaines

En se référant au préambule de la constitution de 1946 pour définir un service public, les initiants laissent un champ très ouvert aux interprétations.
Il pourrait être interprété que l’État doit rester au capital d’ADP, mais sans avoir idée du capital minimal que l’État devrait posséder.

Il pourrait être concédé que l’ensemble du capital devrait être détenu par l’État, signifiant un retour en arrière de 15 ans, du temps où il s’agissait d’un établissement public.

Il pourrait être aussi considéré que si la propriété d’ADP est démembrée, et que l’abusus reste aux mains de l’État, alors l’État demeurera bien nu-propriétaire, et rien ne s’opposera à l’existence d’une concession aéroportuaire. Le gouvernement serait alors obligé de faire dès à présent le chèque pour racheter les actifs d’ADP, douchant ses ambitions de financer du capital-risque. Cette option pourrait plaire au plus grand nombre, et être considérée comme un moindre mal par certains libéraux.

Enfin, le droit public étant une chose difficilement prévisible, il pourrait être considéré que certes les actifs d’Aéroports de Paris sont privés, mais étant dès à présent légalement préemptés et soumis au contrôle légal de l’État, ce dernier pourrait être considéré comme propriétaire effectif, par anticipation, des installations. Ce dernier scénario signifierait un nouveau coup de griffe dans le droit de propriété, mais n’est pas à exclure.

La multiplicité de ces débouchés n’est jamais évoquée dans le débat public, et risque d’entraîner un certain malentendu avec les électeurs… Ce malentendu pourrait être une nouvelle source de tensions peu enviables au vu du contexte de ces derniers mois. La dernière hypothèse est néanmoins soumise à caution, nous ne sommes pas parvenus à trouver un juriste spécialiste de droit public, et notamment du droit des concessions, qui puisse rejeter ou au contraire étayer ce scénario. Nous concluons donc ce paragraphe e  lançant un appel à tout publiciste passant par ici, et souhaitant présenter une issue juridique plausible. Nous publierons son analyse avec toute notre reconnaissance.

Un moment de démocratie détournée de son objet pour de basses motivations politiciennes

L’intérêt du débat démocratique est de faire la lumière sur les pratiques de nos politiciens. L’intérêt du débat en vue d’un référendum est de mettre en lumière les aspirations des citoyens et leurs compréhensions des enjeux publics. Or à peine l’initiative lancée, la question du modèle économique des infrastructures ou de la place de l’État dans la vie des Français a semble-t-il vite laissé place dans la bouche de beaucoup d’opposants à un discours davantage centré sur le rejet du président de la République Emmanuel Macron. Cela a également été vrai des dernières élections européennes.

Il ne s’agit pas pour nous ici de témoigner notre soutien ou notre réprobation à l’égard du chef de l’État et de son gouvernement. Il s’agit pour nous de rappeler que le détournement des scrutins de leurs objets électoraux à des fins d’ambitions ou de règlements de comptes personnels est une attitude inacceptable et irresponsable, surtout à l’heure où nos concitoyens témoignent vouloir être davantage impliqués dans le processus des décisions touchant l’État.

Charles de Gaulle avait fait une affaire personnelle de son dernier référendum sur la décentralisation et la réforme du Sénat et du Conseil Économique et Social, alors qu’il n’en était rien. Alors que les Français semblaient au premier abord favorables au projet, ils ont voté par rejet de la personnalité de Charles de Gaulle, faisant perdre 20 ans aux réformes de décentralisation du pouvoir. La réforme fusionnant le Sénat et le CESE quant à elle, se fait toujours attendre.

Instrumentaliser chaque scrutin en un référendum pour ou contre le chef de l’État est totalement contre-productif et bloque toute possibilité de voir émerger un débat public de fond, cultivant davantage un sentiment d’exclusion des citoyens du débat politique. S’opposer à ces attitudes est un préalable nécessaire à l’établissement d’un RIC.

Conclusion

La somme de ces éléments nous amène à conclure que rien ne va !

Rien ne va dans cette réforme qui vise à liquider le peu de patrimoine stable de l’État pour le risquer autour d’une table de poker sur fond de capitalisme de connivence.
Rien ne va dans cette cession d’actif qui crée un monopole privé légal, aux prix encadrés, ne laissant aucune possibilité d’arbitrage aux compagnies aériennes et aux voyageurs. Rien ne va dans ce contre-projet qui semble vouloir ressusciter de vieilles recettes collectivistes qui ont plus que démontré leurs limites. Rien ne va car, encore une fois, il n’existe aucun contre-projet favorable aux libertés personnelles et à l’arbitrage du consommateur, donc du citoyen. Rien ne va, car encore une fois, le libéral ne saurait que choisir entre ce monopole privé d’un nouveau genre, et la volonté de produire un précédent politique, mettant encore sous la coupe du politique ce qui pourrait très bien relevé d’un marché libre et concurrentiel.

Cette histoire est une nouvelle illustration de la nécessité de construire une contre-offre politique libérale en France.

Le Top 5 des métiers en voie de disparition

Par Erwann Tison
métiers

Par Erwann Tison.
Un article de l’Institut Sapiens

La diffusion d’une innovation dans une économie provoque la disparition de certains métiers et en fait émerger de nouveaux. Même si Schumpeter n’en avait pas fait un concept économique, à travers sa théorie de la destruction créatrice bien connue, nous pourrions aujourd’hui en faire le constat tous les jours autour de nous.

L’accélération technologique de ces dernières années témoigne de la force de la révolution digitale qui bouleverse notre société. Cette lame de fond fait disparaître de nombreux emplois, sans que l’actif occupant puisse toujours l’anticiper suffisamment tôt. C’est pourtant cette compréhension qui est la clé d’une capacité de rebond, à travers un effort de formation ou la recherche d’un emploi dans un autre secteur.

Remplacement de l’homme

S’il existe une alternative technologique à un emploi humain, celle-ci sera systématiquement choisie, dans une optique de gain de productivité. Le mouvement de remplacement de l’Homme par la machine est favorisé par le mouvement cyclique suivant : l’automatisation génère de la croissance par une augmentation des gains de productivité, et la croissance génère à son tour de l’automatisation par l’augmentation des salaires qui engendre une incitation à automatiser.

La vague digitale qui engloutira de nombreux emplois risque d’être socialement néfaste si elle n’est pas anticipée. Ne pas prévoir les métiers qui vont disparaître, c’est risquer une aggravation du taux de chômage et donc un déséquilibre critique de nos comptes sociaux.

Quels sont les emplois menacés ? John Maynard Keynes prévoyait que d’ici la fin du XXe siècle, la technologie aurait détruit les emplois aliénants et pénibles. Une intuition qui se révèle exacte :  le classement DARES des métiers les plus pénibles se superpose avec celui des métiers menacés. L’anthropologue David Graeber, professeur à la London School of Economics, juge que les robots vont éradiquer ce qu’il nomme les bullshit jobs, ces emplois inutiles qui ne portent aucun sens ni pour l’employeur ni pour l’actif occupant.

Nous proposons dans cette courte note de mettre en lumière cinq métiers fortement menacés.

Les métiers retenus sont ceux qui sont à la fois directement remis en question par une technologie et qui ont vu leurs effectifs diminuer depuis 30 ans.

Au total, selon nos estimations, ce sont près de 2,1 millions d’actifs concentrés dans ces cinq métiers qui ont une forte probabilité de voir leur emploi disparaître dans les prochaines années. Les métiers sélectionnés pour illustrer cet effet sont donc ceux ayant connu la plus forte diminution de leurs effectifs depuis 19861 : manutentionnaires, secrétaires de bureautique et de direction, employés de comptabilité, employés de la banque et de l’assurance et caissiers et employés de libre-service.

Néanmoins, si de nombreux métiers vont disparaître, d’autres, en plus grande proportion vont également émerger. Parce que nous ne pouvons encore cerner avec certitude la nature de ces nouveaux emplois, nous devons alors créer un cadre propice à leur émergence, basé notamment sur une formation professionnelle agile et personnalisée.

>> Télécharger l’étude de l’Institut Sapiens <<

Article initialement publié en août 2018.

Sur le web

  1. Données issues de l’INSEE et de la DARES.
Hier — 20 juillet 2019Contrepoints

Tritium dans l’eau potable : la polémique à la noix de l’été

Par André Heitz

Par André Heitz.

Dans la torpeur estivale…

Nous sommes en pleine torpeur estivale, certes inter-caniculaire, un peu bousculée par le lynchage médiapartique de M. François de Rugy, ci-devant ministre d’État de la Transition écologique et (un peu) solidaire.

Une tribune publiée dans L’Opinion – « La science ne saurait avoir de parti-pris ». L’appel de 250 scientifiques aux journalistes – le 14 juillet 2019 fait quelques vagues dans les médias et sur Twitter, et suscite des réactions curieuses chez des journalistes qui doivent se sentir visés. C’est que le collectif souhaite que « les sujets à caractère scientifique puissent être restitués à tous et à toutes sans déformation sensationnaliste ni idéologique et que la confiance puisse être restaurée sur le long terme entre scientifiques, médias et citoyens ».

… une alerte au tritium dans l’eau potable

Et voilà que le 17 juillet, Le Parisien, le plus prompt à exploiter une dépêche de l’AFP, a déclenché une mini-tempête dans un verre d’eau : « Du tritium décelé dans l’eau potable de 6,4 millions de personnes ». Un titre immédiatement suivi d’une « explication » au conditionnel journalistique :

« Quelque 268 communes seraient concernées par cette contamination radioactive, dont de « grandes agglomérations » comme Orléans, Blois, Tours, Angers, Nantes, et 122 communes d’Ile-de-France. »

Profitant de la torpeur estivale qui réduit le nombre de sujets d’actualité susceptibles de faire le buzz, l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (ACRO) a donné l’« alerte » et fait parler d’elle.

C’est une erreur reconnue !

Les données de base ont été fournies par le ministère de la Santé (ARS – SISE Eaux) et représentent la valeur moyenne de tritium présent dans l’eau potable sur les années 2016-2017. Le ministère n’a pas communiqué sur le sujet, et pour cause…

Il suffit de lire… Selon le communiqué de l’ACRO,

« … aucune valeur ne dépasse le critère de qualité fixé à 100 Bq/L instauré par les autorités sanitaires

Et, plus loin,

« Châtellerault présente des niveaux parmi les plus importants relevés. La moyenne sur 2016 et 2017 est de 31Bq/litre (18 prélèvements). »

L’alerte est donc dénuée de tout fondement sérieux.

L’arnaque du critère de qualité

Mais il y a mieux, ou pire : le critère de qualité n’est pas une norme sanitaire, mais un seuil qui, lorsqu’il est dépassé, entraîne une investigation complémentaire pour caractériser la radioactivité de l’eau.

La norme de potabilité – elle-même fixée avec une importante marge de sécurité – est dérivée d’une « valeur guide » recommandée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), évidemment sur la base d’un avis d’experts. En France, elle est « de 10 000 Bq/L pour le tritium dans l’eau de boisson, à considérer en cas de consommation permanente de l’eau », selon l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

Les rejets sont donc bien en dessous de la norme. Plus de 300 fois dans le (pire) cas de Châtellerault.

Agitons la peur !

Tout cela ne fait pas une alerte bien sérieuse. Alors l’ACRO agite l’arme fatale, au prix de deux non sequitur : la peur fondée sur la présence supputée d’autres substances et sur l’hypothèse d’un accident nucléaire :

« … la présence régulière dans l’eau du robinet de tritium rejeté par les centrales nucléaires met en évidence un risque de contamination d’autres polluants radioactifs à des niveaux beaucoup plus élevés […] Le tritium est « un lanceur d’alerte » : en cas d’accident grave sur une des centrales nucléaires sur la Seine, la Vienne, ou la Loire, il n’y aura pas que le tritium rejeté et ce sont des millions de personnes qui risquent d’être privées d’eau potable ».

Le Parisien zappe des éléments de contexte importants

Dans « Une association alerte sur la présence de composés radioactifs dans l’eau », Le Monde , se fondant aussi sur la dépêche de l’AFP, nous apprend que, selon Le Canard enchaîné, le tritium représente 99,95 % des rejets des centrales. Pourquoi Le Parisien n’a-t-il pas apporté cette utile précision ?

Tout cela ne fait donc toujours pas une alerte bien sérieuse. Mais c’était suffisant pour que l’AFP se précipite et que les médias plongent.

L’escalade de la CRIIRAD

Le Monde rapporte aussi l’avis de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD) – c’est une association, malgré son nom ronflant, créée en mai 1986 par Mme Michèle Rivasi à la suite de l’accident de Tchernobyl :

« Les autorités acceptent, pour les polluants radioactifs, des niveaux de risque cancérigène plus de 100 fois supérieurs au maximum toléré pour les cancérigènes chimiques ! […] la limite applicable à une contamination durable par le tritium ne devrait pas dépasser 10 à 30 Bq/L ».

La première allégation peut nous laisser pantois : comment évalue-t-on un rapport de tolérances d’un risque ? Du reste, quel rapport de tolérances entre le tritium dans l’eau et, par exemple, l’alcool, le tabac, la charcuterie, les bains de soleil, les boissons chaudes, etc. ?

Quant à la deuxième, 30 bequerels/litre, n’est-ce pas la moyenne de Châtellerault ? Et 10 Bq/L la radioactivité moyenne de l’eau issue de l’usine de potabilisation de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) ?

Nous sommes aussi radioactifs !

Pour rappel, le tritium est l’un des isotopes de l’hydrogène qui, avec l’oxygène produit de l’eau (H2O ou monoxyde de dihydrogène). Il est produit par l’industrie nucléaire mais est aussi présent à l’état naturel en faible quantité (1 atome de tritium pour 1018 atomes d’hydrogène).

Il est faiblement radioactif, avec une période radioactive de 12,32 ans. L’eau douce naturelle a ainsi une activité massique de 0,1 Bq/L. Hypocondriaques, ne buvez plus, ne mangez plus… surtout pas de bananes, un des aliments les plus radioactifs car elles contiennent du potassium-40.

On a du reste inventé une « dose équivalente en banane » (DEB – 19,5 Bq pour une banane typique de 150 g).

Un litre d’eau de Choisy-le Roy, c’est donc une demi-banane. Ça craint…

En fait, nous sommes aussi radioactifs et émettons quelques 8000 becquerels.

Le pire n’est jamais certain

Le 14 juillet 2019, le collectif NoFakeScience lançait donc « un cri d’alerte sur le traitement de l’information scientifique dans les médias »… le 17 juillet, Le Parisien et d’autres médias apportèrent la preuve éclatante de la justesse et de la pertinence de son appel.

Le pire : tous les éléments permettant une contextualisation de l’indigente poussée militante de l’ACRO ont été fournis, de sorte qu’il n’y a aucune excuse pour le traitement alarmiste de l’« information ».

Le pire du pire : certains médias se mettent à gloser sur l’existence d’un danger, mais sans répondre franchement, comme pour créer ou entretenir une psychose. Ou encore avec des bévues magistrales, comme France 3 Régions Nouvelle-Aquitaine qui écrit : « … En janvier dernier, ce taux était de 310 becquerel/litre alors que selon la norme ce taux ne doit pas dépasser les 100 Bq/l. »

C’est révoltant.

De François de Rugy à Elisabeth Borne : quand la République semble improviser

Par Thierry Benne

Par Thierry Benne.
Un article de l’Iref-Europe

L’annonce à peine faite par le ministre d’État François de Rugy de sa démission rendue quasi-inéluctable par le feuilleton de Médiapart, on apprenait tard dans la soirée du mardi 16 juillet son remplacement quasiment immédiat par madame Élisabeth Borne. En conservant en sus son portefeuille des Transports, celle-ci devient dans les faits et par cumul un ministre faisant fonction de ministre d’État sans en avoir présentement le titre.

Quoi qu’il en soit, la démission du premier nommé, comme la nomination de la seconde, posent beaucoup de questions que, comme à leur habitude, les médias se sont généralement abstenus de formuler, se cantonnant à un rôle assez frustrant de relais passif de l’information, là où on attendrait un peu d’analyse et de réflexion critique.

Commençons par la démission de François de Rugy. En distillant soigneusement ses révélations dans le temps, Médiapart l’a accusé successivement :

— D’offrir à ses amis sur les frais de la Présidence de l’Assemblée nationale des repas somptueux, dont de grands vins et de superbes homards fournissaient opportunément et à dessein l’illustration photographique ;

— D’avoir fait rénover à grands frais pour un coût total de quelques 63 000 euros une partie de son appartement de fonction dans l’Hôtel de Lassay, résidence traditionnelle des présidents de l’Assemblée nationale ;

— D’avoir en sus accaparé un logement social dans sa circonscription électorale d’Orvault, près de Nantes ;

— D’avoir utilisé son indemnité représentative de frais de mission pour acquitter sa contribution à son parti et d’avoir déduit cette contribution de son revenu fiscal pour cumuler un double bénéfice fiscal tenant pour la même somme (un peu plus de 9000 euros sont en cause) au cumul d’une exonération douteuse dès l’origine avec sa mobilisation illicite en diminution du revenu fiscal de l’intéressé ;

— D’avoir utilisé son véhicule de fonction à des fins privées, avec notamment une gestion dispendieuse du personnel, obligé de se relayer à pas moins de trois chauffeurs pour un parcours de Paris-Nantes largement autoroutier n’excédant pas 400 kilomètres et se faisant ordinairement  sans difficulté particulière en quatre heures, pause comprise et en respectant scrupuleusement les limitations de vitesse.

Or le moins qu’on puisse dire – et d’ailleurs, tel est l’objet de la plainte en diffamation annoncée par François de Rugy – c’est que pour faire bon poids, Médiapart a copieusement mélangé le bon grain et l’ivraie.

L’ivraie, c’est sans doute ces travaux de réfection ou d’aménagement dans un monument historique, dont on imagine mal qu’ils aient été acceptés sans un minimum de mise en concurrence par les autorités de droit, avant d’être finalement acquittés par un comptable public généralement fort attentif aux justificatifs qu’on lui soumet avant payement.

C’est aussi l’accusation sans doute outrée d’accaparement d’un logement social, alors qu’il s’agit d’un appartement privé loué par une propriétaire dans le cadre d’un dispositif de fiscalisation l’obligeant à une certaine modération du loyer exigé. Or le monde immobilier convient sans réticence que l’écart de prix résultant n’est pas toujours évident même aux yeux d’un professionnel de la location.

Reste aussi douteuse pour l’instant, l’accusation d’invitations abusives de proches pour lesquels, sauf faux pas répétés, il semble bien difficile aujourd’hui de produire une preuve absolument convaincante.

Par contre, le grief de l’illicéité fiscale de la déduction de plusieurs versements à EELV de sommes provenant de l’indemnité représentative de frais de mission paraît nettement plus sérieux et pose de graves questions sur la qualité et la fiabilité du contrôle interne de l’Assemblée nationale, dont les préconisations n’avaient visiblement pas tiré toutes les conséquences de la législation déjà en vigueur.

Ce service n’est d’ailleurs pas seul en cause si l’on songe que ce genre d’investigation fait normalement partie de celles qu’auraient dû diligenter la Haute Autorité pour la Transparence dans la Cinquième République juste avant la nomination officielle du ministre, au surplus ministre d’État.

On retrouve là d’ailleurs le problème classique de toutes les hautes autorités ou prétendues telles : elles sont tellement hautes qu’elles négligent parfois de se pencher assez bas pour être tout à fait efficaces ! Enfin, que dire de l’inertie apparente de l’administration fiscale, qui semble, après les affaires Jérôme Cahuzac et Raymond Barre, avoir décidément beaucoup de mal à vérifier et contrôler les déclarations de ceux qui sont au pouvoir et dont certains semblent bénéficier d’une bien curieuse immunité de fait.

Quant au Parquet National Financier, à l’inverse de son empressement observé sur de nombreuses autres affaires -il est vrai plutôt favorables au pouvoir en place – il semble pour cette fois avoir choisi le parti de l’attente et de la discrétion. Donc pour une seule irrégularité, c’est le discernement de pas moins de quatre institutions parmi les plus prestigieuses de la République qui se trouve ainsi mis en cause ; et ceci confirme hélas une quasi-constante des contrôles publics : l’efficacité de ces contrôles est le plus souvent inversement proportionnelle à leur nombre.

Et encore, peut-être n’est-on pas rendu à la fin du film, les versements de François de Rugy à son parti semblent en effet en contradiction directe avec les exigences de la loi du 11 mars 1988 sur le financement politique qui prévoit en cas d’infraction trois ans de prison et 45 000 euros d’amende, sans compter une mise en cause toujours possible pour « détournement de fonds publics » passible, elle, de rien moins que dix ans d’emprisonnement et d’une amende d’un million d’euros.

Le parti bénéficiaire, quant à lui, encourt le risque d’un recel de détournement de fonds publics, ce qui collerait mal avec l’image de probité et d’intégrité dont les Verts se sont toujours réclamés. L’ensemble de ce dispositif judiciaire est parfaitement connu, puisqu’actuellement il vise peu ou prou une quinzaine de parlementaires français déjà dans le collimateur de la justice.

Quant à l’éventuel abus d’usage d’un véhicule de fonction ou de facturations indues de frais de transport, c’est un grand classique des déviances ordinaires du haut personnel politique et parfois même de la haute fonction publique, dont certains représentants éprouvent par ailleurs une véritable addiction pour les taxis, nonobstant les moyens mis à disposition par leur employeur.

Bien sûr toute faute mérite sanction, mais convenons qu’en ce domaine les exemples sont tellement nombreux que leur répression, loin d’être systématique, confine elle-même du fait de ses aléas à une sorte d’injustice, tant l’abus est répandu. Néanmoins si les fait sont avérés, Médiapart n’a pas tort de charger son addition de ce grief, qui n’en demeure pas moins largement accessoire.

Enfin, le secret des sources n’excusant pas tout, comment ne pas poser la question taboue du respect du secret professionnel dans le secteur public, qui y semble tout aussi mal loti que son grand frère le secret de l’instruction, comme si décidément nombre de fonctionnaires, et souvent parmi les plus hauts, ne savaient pas tenir leur langue ? Apparemment depuis l’organisation du lynchage fiscal du président Chaban-Delmas, cette obligation et cette exigence de moralité pourtant capitales n’intéressent pas grand-monde, alors que leur violation endémique est la mère de tant de scandales, y compris pour ceux dont les révélateurs ne valent guère mieux que les auteurs.

La nomination d’Elisabeth Borne

Venons-en maintenant au remplacement du ministre démissionnaire par madame Élisabeth Borne, précédemment son ministre rattaché et qui se trouve maintenant cumuler les lourdes fonctions de ministre de la Transition écologique et de ministre des Transports. Sa personne n’est évidemment pas en cause, mais avec la dernière étude de l’ANSES dénonçant la toxicité des particules « ultra-fines » émises par les véhicules automobiles :

  • entre les nouvelles préconisations écologiques qui tendent à une diminution drastique des véhicules à carburants fossiles (bien qu’on ne puisse pas supprimer pour les autres la pollution due au simple roulement et au freinage et qu’aucun bilan sérieux n’ait encore été dressé de la future transition électrique)
  • et l’antienne verte selon laquelle en dehors du train, il n’y a pratiquement pas de salut, alors qu’elle ignore les défaillances et les carences d’une SNCF, incapable de fournir à bon prix une prestation fret correcte et dont les prestations soulèvent régulièrement les protestations de millions de voyageurs d’Île-de-France, lassés des retards, des suppressions de trains, des grèves et de l’inconfort des voitures trop souvent non climatisées,

nul doute qu’elle va avoir fort à faire pour résoudre les contradictions qui vont immanquablement secouer son ministère.

En fait, en nommant madame Borne double ministre de l’Écologie et des Transports, on vient de créer dans ce gouvernement le poste singulier et sidérant de ministre de l’Eau et du Feu. On nous répondra que le ministère des Transports était déjà rattaché et subordonné à celui de la Transition Écologique. Qu’importe : la notion pourtant élémentaire et ici patente de conflit d’intérêts n’a jamais fait partie à la place qui lui revient ni de la culture politique et administrative, ni du simple bon sens de nos élites. Mais n’en doutons pas, tout comme son prédécesseur, Madame Borne saura sans problème ramener à la raison à la fois :

  • les écologistes qui ne veulent plus entendre parler que de transports rigoureusement propres et fonctionnant grâce à une électricité « verte » que par ignorance ils parent de toutes les vertus,
  • et les professionnels de ce secteur qui voient dans les oukases des écologistes la source la plus évidente et la plus inquiétante de la majeure partie de tous leurs tracas.

Il reste enfin que ce quinzième changement de ministre en à peine un peu plus de deux ans laisse le sentiment d’une République nettement plus brouillonne qu’exemplaire.

Sur le web

Véhicules diesel : l’État persiste dans l’obsolescence programmée

Par Michel Negynas

Par Michel Negynas.

Dans un précédent billet, j’avais montré que l’annonce de l’interdiction du diesel entraînait une perte virtuelle instantanée de 130 milliards, qui se traduirait, au fil du temps, et si les interdictions deviennent effectives, par une perte réelle. Or la prime à la conversion, décidée en catastrophe lors de la crise des Gilets jaunes, pouvait s‘appliquer sous certaines conditions à des véhicules diesel récents. Elle transférait des ménages vers les contribuables (ou vers la dette de l’État) une partie de cette perte : il y a, en effet, toujours quelqu’un qui paye quelque part, même quand c’est cadeau.

Le problème c’est que le dispositif à très bien fonctionné. Il a déjà coûté 500 millions, et, dans les conditions initiales, l’État a calculé qu’il lui coûterait 900 millions en année pleine.

Rendre le dispositif moins attractif

Donc l’État va « l’améliorer » : comprenez, le trafiquer non pas pour qu’il soit plus juste et plus efficace, mais pour qu’il soit moins attractif et moins coûteux pour lui.

Le dispositif initial était bien pensé, dans la mesure où il n’excluait pas une conversion d’un véhicule très polluant vers un véhicule d’occasion peu polluant, la limite étant 122g/km en CO2. Il ciblait surtout le « changement climatique ». Il atténuait en fait l’effet « perte de valeur » évoqué plus haut, en incluant les voitures diesel très récentes.

Quelles sont les nouvelles dispositions ?

  • les plafonds de ressource sont révisés ;
  • les véhicules de plus de 60 000 euros seront désormais exclus du dispositif.
  • révision à la baisse du plafond d’émission de CO2 : les voitures devront afficher au maximum 117 grammes de CO2 par kilomètre, contre 122 grammes jusqu’à présent. Certaines voitures des classes populaires sont désormais exclues.─
  • les véhicules classés en vignette Crit’air 2 et immatriculés avant le 1er septembre 2019 ne seront plus du tout éligibles à la prime à la conversion, excluant donc du dispositif tous les diesel immatriculés avant cette date. En plus du critère CO2 qui était le motif initial censé atténuer la contribution carbone, le paramètre Crit air introduit un critère « particule ».

Le problème est que le classement en Crit’air 2 des véhicules diesel récents est complètement injustifié car ils sont beaucoup plus propres que la majorité des véhicules en circulation.

Le risque d’acheter un véhicule diesel d’occasion, qui est à terme de se voir refuser l’accès en ville, était un peu compensé par la prime pour les véhicules récents. Mais c’était effectivement incohérent, dans l’esprit de la croisade contre le diesel.

Maintenant c’est clair. Des millions de véhicules diesel encore en état de marche, dont une partie est bien moins polluante que la moyenne du parc, sont destinés à une casse prématurée. Le programme d’obsolescence est bien bouclé.

Les femmes devraient plutôt être individualistes que féministes

Par Foundation for Economic Education

Par Mariia Chaplia.
Un article de Foundation for Economic Education

J’ai souvent été qualifiée de féministe, même si je ne me suis jamais considérée comme telle. Si le féminisme avait quelque chose à voir avec l’égalité des chances, alors à quoi bon inventer un nouveau mot ? Nous avions déjà l’individualisme pour cela. Cependant, le terme féminisme a perdu son sens originel depuis longtemps. Les succès et les échecs du mouvement se sont également étendus bien au-delà dans notre vie quotidienne.

Le premier problème du féminisme, quel que soit le sens qu’on lui donne, c’est qu’il désigne un ensemble de personnes, les femmes, devenu groupe cible du mouvement. Cependant, en se démarquant, le féminisme contribue à la segmentation de la société ; rien de répréhensible, jusqu’à ce que les féministes considèrent justifiée la revendication de privilèges et de passe-droits, du fait qu’une fraction de la société est responsable de leurs malheurs.

Égalité des chances ou de résultat ?

Le mouvement féministe a été particulièrement efficace pour promouvoir toutes sortes de mesures visant à garantir que les femmes puissent disposer d’autant de liberté que les hommes dans la poursuite de leurs objectifs, comme par exemple la parité. Toutefois, il est essentiel de faire la distinction entre l’égalité des chances, l’un des piliers de l’individualisme, et l’égalité des résultats, qui mine l’individualisme.

Les droits sociaux, tel que le droit à l’éducation consacré par de nombreuses constitutions, s’exercent par l’intermédiaire de la redistribution. J’aimerais que cette pratique soit abandonné dans le monde entier mais je crains que ces droits soient tellement enracinés qu’ils persisteront.

Ce n’est pas parce que les femmes ont toujours été sous-représentées dans certains domaines, comme la politique et les affaires, que nous devrions aujourd’hui essayer de compenser en favorisant leur emploi dans ces professions. C’est un très mauvais raisonnement. Il est impossible de réparer les injustices du passé, résultats de l’ignorance. Plus important encore, ceci porte préjudice à la promotion de la réussite au mérite.

Pourquoi rivaliser avec les hommes quand on peut être soi-même ?

Un autre écueil du féminisme, et peut-être tout aussi important, est qu’il encourage les femmes à rivaliser avec les hommes. Paradoxalement, le féminisme a diminué le modèle féminin. Il a également généré beaucoup de colère et d’attitudes défensives envers les hommes, considérés comme des ennemis.

« Connaître son ennemi mieux que soi-même », me semble être le moteur du féminisme radical qui a diabolisé les hommes. Tout féminisme présuppose la concurrence. Cependant, son essence, telle qu’elle est comprise par les féministes, est différente de celle adoptée par les individualistes.

Les femmes ont essayé de rivaliser avec les hommes avec les mêmes outils. Celles qui ont échoué sont généralement les plus bruyantes dans l’attente de privilèges – tout comme les industries non concurrentielles qui sollicitent des subventions.

Utiliser les tactiques de vos concurrents peut vous aider à conserver votre place, mais cela ne vous aidera pas à gagner la course. Pour cette raison même, le féminisme n’a pas encore gagné et ne gagnera jamais s’il persiste dans sa forme actuelle. La victoire du féminisme n’est possible que si il ne fait qu’un avec l’individualisme.

Margaret Thatcher l’a bien dit :

« La mission de la femme n’est pas de mettre en valeur l’esprit masculin, mais d’exprimer le féminin ; sa mission n’est pas de préserver un monde fait par l’homme, mais de créer un monde humain par l’apport de l’élément féminin dans toutes ses activités. »

L’individualisme est une philosophie qui traite chaque personne sur un pied d’égalité, indépendamment de son sexe, sa race, son éducation, etc. Il s’agit d’un système de croyances fondé sur le mérite et par conséquent, il s’intéresse principalement à la valeur que chaque individu peut apporter au monde. L’individualisme nous encourage à tirer parti de ce que nous avons et à exploiter nos nouvelles facettes.

Apprendre aux filles à rivaliser comme les hommes est une mauvaise et dangereuse stratégie. Il est temps que nous commencions à apprendre aux filles à rivaliser en tant qu’individus et à utiliser leur genre à leur avantage dans une compétition équitable et axée sur la création de valeur fondée sur l’égalité des chances.

Sur le web

Enjeux et défis de la mise en œuvre de la zone de la zone de libre-échange africaine

Par The Conversation
agriculture africaine

Par Pierrette Essama Mekongo.
Un article de The Conversation

Partie d’un constat sur la faiblesse des relations commerciales entre pays africains, estimées à 16 % seulement contre environ 70 % avec l’Europe et l’Asie, la création d’une zone de libre-échange continentale africaine a germé et fait sa route au sein de l’Union africaine. Elle a pour objectif d’ouvrir l’Afrique sur elle-même, un marché qui compte environ 1,2 milliard d’habitants et qui, selon les estimations, va atteindre 2,5 milliards en 2050.

Entré en vigueur depuis le 30 mai 2019, cet accord peut accélérer l’intégration sous-régionale qui est timide dans certaines sous-régions d’Afrique. Elle peut aussi pousser les pays africains à devenir plus compétitifs et leur permettre d’éviter d’être une zone d’influence à l’avantage des pays exportateurs de biens et de services en Afrique. Elle favorisera aussi la mise à niveau des compétences locales en vue de l’industrialisation et une mise à jour des textes juridiques applicables dans les États qui prendront désormais en compte les nouvelles formes de moyens d’échange.

Cette initiative de l’Union africaine qui semble porteuse d’espoir pour les économies locales présentes tout de même de nombreux défis auxquels les pays africains doivent faire face.

Faire disparaître les barrières douanières ne fera pas, d’un coup de bâton magique, décoller l’économie africaine et assurer son développement durable. Pour que la levée des obstacles douaniers puisse avoir l’effet souhaité, plusieurs questions doivent être préalablement résolues.

Les défis présentés par la mise en œuvre de la Zone de libre-échange africaine sont de plusieurs ordres et sont à même de la ralentir ou de la plomber. Ils sont, entre autres, d’ordre politique, juridique, infrastructurel, financier et sécuritaire.

Des défis liés à la volonté politique

Au vu des expériences passées, la volonté politique a beaucoup manqué aux dirigeants du continent pour mettre en œuvre des résolutions visant le développement du continent. Le Nouveau partenariat pour le développement économique de l’Afrique, le financement des activités de l’Union africaine et l’intégration inachevée des sous-régions en Afrique en sont des exemples.

La signature de cet accord sur la zone de libre-échange africaine ne garantit donc pas des actions concrètes de la part des États. Après quelques tergiversations, le Nigéria a finalement rejoint l’accord. Sans ce « poids lourd » économique du continent, le marché intérieur africain ne pourrait réaliser ses ambitions.

En dehors de la volonté politique en matière d’initiatives à l’échelle du continent, il faut parler aussi de celle qui consiste à accompagner les entreprises dans les pays. En effet, les industries locales ne sont pas développées, tant en termes de main-d’œuvre qualifiée que de types d’industries et de production. Un phénomène de désindustrialisation a même été constaté dans certains pays. Il faut pointer là du doigt le problème d’absence de planification dans les pays.

Le risque ici, c’est que l’ouverture du marché africain ne profite pas du tout à l’Afrique mais plutôt aux grands pays exportateurs de biens et de services vers le continent comme en atteste la controverse autour des Accords de partenariat économique. Ces accords complexifient davantage la possibilité de créer une zone de libre-échange véritable sur le continent.

Les préalables juridiques

Au plan juridique, l’Accord de zone de libre-échange n’a pas pris en compte la question de la gestion des droits de propriété intellectuelle. Comme pour l’accord sur les droits de propriété intellectuelle liés au commerce de l’Organisation mondiale du commerce, il ne peut y avoir d’échanges commerciaux internationaux qui ne tiennent compte des droits de propriété intellectuelle sur les biens et services échangés.

Pour favoriser la fluidité des échanges, la disparité des systèmes de gestion des droits de propriété intellectuelle doit être harmonisée avec des standards minimums. Sans ce préalable, le respect des droits de propriété intellectuelle sera un obstacle à l’objectif de fluidifier davantage les échanges commerciaux intra-Afrique.

Par ailleurs, les communautés économiques régionales n’ont pas encore, pour certaines, achevé une intégration régionale satisfaisante concernant la libre circulation des biens et des personnes. Or, ceci peut rendre inopérante la mise en œuvre de la zone de libre-échange.

Des obstacles économiques non négligeables

Sur le plan infrastructurel, l’absence de voies de communication entre les pays du continent peut être un frein considérable pour la zone de libre-échange continentale. Se déplacer d’un pays à l’autre n’est pas souvent facile. Certaines communautés économiques régionales ont déjà fait des avancées sur ce terrain en créant des routes pour relier les différentes capitales par exemple, en Afrique de l’Ouest avec l’autoroute côtière ouest-transafricaine de 4500 kilomètres, presque achevée, reliant Nouakchott (Mauritanie) à Lagos (Nigéria) et des voies ferrées telle que celle reliant Addis-Abeba (Éthiopie) à Djibouti (Djibouti) en Afrique de l’Est, mais beaucoup reste à faire en voiries, voies ferrées et correspondances aériennes. Sans ces infrastructures de communication entre les pays, échanger les biens et les services va demeurer un vœu pieux.

Même les communications électroniques et l’accès à l’Internet et au téléphone, qui sont des outils importants pour les transactions à distance, sont encore à des prix prohibitifs dans certains pays comme ceux de la zone CEMAC qui sont les plus élevés du continent. En outre, la qualité de la connexion Internet est aussi problématique tout autant que la production et la distribution d’énergie.

Pour la plupart des États africains, abaisser les barrières douanières signifie renoncer à une grande source de revenus. Les budgets de plusieurs États dépendent largement des recettes douanières et de l’exportation des matières premières. Leur cours d’exportation étant fluctuant et plus enclin à la baisse qu’à la hausse, les recettes budgétaires se verront donc réduites considérablement. Cela n’aurait pas été grave si le secteur de production locale était bien structuré. Hélas, il est encore à l’état embryonnaire dans la plupart des pays du continent.

Avec un secteur informel qui, selon les estimations, représente plus de la moitié du PIB dans certains pays, les recettes fiscales ne vont pas augmenter du jour au lendemain. Par ailleurs, les multinationales aussi, bien implantées en Afrique, échappent à une taxation normale à cause de stratagèmes de plus en plus élaborés et de lois inadaptées. Les États africains auront fort à faire pour pouvoir équilibrer des budgets déjà déficitaires car grevés par des dettes auprès des pays développés et auprès des instances financières internationales.

Face aux crises sécuritaires

L’Afrique est aussi ce continent qui connaît de graves crises sécuritaires, y compris la sécurité alimentaire, induites par les conflits dans toutes les régions. Ces défis sécuritaires sont non négligeables, et peuvent ralentir considérablement les échanges sur le continent. En effet, les conflits internes dans plusieurs pays, la criminalité organisée et autres trafics des personnes, traite humaine, exploitation sexuelle et terrorisme, instabilité politique, qui sont déjà des obstacles à l’intégration dans les sous-régions, sont à même de l’être aussi pour l’effectivité de la zone de libre-échange continentale.

La zone de libre-échange continentale est indubitablement une initiative qui peut apporter un renouveau à l’économie africaine en s’assurant que ses produits soient consommés sur le continent puisqu’elle ne réussit pas à les exporter et à entrer véritablement dans les marchés des autres continents. À l’instar de certaines initiatives (African Growth and Opportunity Act, accords de partenariat) qui ont semblé porteuses au départ, cette initiative n’aura de résultats heureux que si, dans le même temps, les défis relevés ici et bien d’autres sont pris à bras le corps.

Pierrette Essama Mekongo, Senior Lecturer in Law and Publications Officer, Université de Yaoundé II

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

Les battantes, de Simona Brunel-Ferrarelli

Par Francis Richard

Par Francis Richard.

Une route coupe en deux le village de Rocca Patrizia. Le bon côté de la vie, c’est celui de la Villa Aïda, maison des Coronesi, de noblesse romaine, l’autre, c’est celui des villageois.

Les villageois sont soudés entre eux par un pacte d’égalité, un serment de gémellité : s’il le faut, ils se marient entre cousins, sans doute pour, croient-ils, se souder davantage.

Leurs ennemis légendaires sont les vacanciers romains : Ils seront toujours mal vus, jalousés, bannis. On les tolère l’été parce qu’ils apportent un air nouveau, de l’argent, des voitures.

La Seconde Guerre mondiale va changer ça. En 1943, la nouvelle institutrice, Victoire Manfredi, va ouvrir les yeux des enfants qui lui sont confiés sur ces comportements inadmissibles.

Peut-être est-elle d’autant plus déterminée à le faire que, fille d’un dignitaire fasciste, l’homme qu’elle aimait, Emilio Mannari, un villageois parvenu, lui a préféré Rosina Coronesi.

Deux mondes différents

Les Mannari et les Coronesi, qui ne sont pas du même monde, considèrent le mariage d’Emilio et de Rosina comme une mésalliance et rejettent unanimement leur fils Diego.

Après guerre, Victoire ne peut empêcher non plus qu’Eva, juive devenue veuve, se voit rejetée parce que, belle femme, elle a donné naissance à Pablo, un bel enfant de père inconnu.

Quoi qu’il en soit, Lala, une petite Coronesi, ignorante de ces histoires déplaisantes, ne comprend pas qu’il lui soit défendu de fréquenter aussi bien la vieille Victoire que le beau Pablo :

Tu l’apercevais et c’était fini, intérieurement déjà tu lui cédais tout, tu n’y pouvais rien, ça s’écroulait de soi, à l’intérieur de soi, comme sous la poussée d’une terre soudainement remuée.

Les battantes, comme les pluies d’orgueil et de colère qui s’abattent sur Pablo, a donc pour toile de fond un microcosme où les antagonismes font des nœuds complexes entre les personnages.

Simona Brunel-Ferrarelli les dénoue un par un le long du récit. En défaisant le dernier, s’explique pourquoi, tout le monde, inconsciemment, veut contrarier les amours de Lala et Pablo.

Les battantes, Simona Brunel-Ferrarelli, 168 pages, Éditions Encre Fraîche.

Sur le web

À partir d’avant-hierContrepoints

Tour de France : se doper, c’est mal ?

Par Nick Gillespie

Par Meredith Bragg & Nick Gillespie, depuis les États-Unis.
Un article de Reason

Plusieurs mois de campagne médiatique ont fini par faire toucher le fond au plus grand coureur cycliste de tous les temps : la Lance Armstrong Foundation a abandonné le nom de son créateur pour devenir la Livestrong Foundation. Que Lance Armstrong se rassure : ce sera difficile de tomber encore plus bas.

Son histoire est sans pareille, shakespearienne par son étendue et par son ampleur. Un athlète arrogant et fort en gueule a affronté des obstacles insurmontables après qu’on lui aie diagnostiqué un cancer dévastateur, son âme sale échappant de justesse aux griffes hargneuses d’une mort certaine. Au final, après avoir rééduqué son corps meurtri, il s’est transformé en champion.

Non seulement Lance Armstrong a-t-il pu revenir à ce sport qu’il aimait, le cyclisme professionnel, mais il a fait de son histoire personnelle une arme pour battre ses opposants en remportant l’événement sportif le plus éprouvant au monde : le Tour de France. Sept fois, nom de nom !

Il a dû être aidé, pas vrai ? Je veux dire, on ne peut pas remporter le Tour tant de fois sans un peu d’aide de la part du ciel. Les vœux et prières des vieilles dames apitoyées ont-ils vraiment pu propulser cette fusée de muscles à travers les Pyrénées et les Alpes ? Si c’était possible, Patrick Swayze aurait plus de médailles que Michael Phelps et Mark Spitz réunis. Mais ce n’est pas le cas. Il est juste mort. Désolé, grand-mère.

Tandis que tout le monde voulait croire que la performance de Lance était le résultat de son entraînement sûr et de son hygiène de vie, on chuchotait depuis des années qu’il était chargé comme une mule. Le quotidien sportif français L’Équipe a publié un long article en août 2005 l’accusant d’avoir été contrôlé positif en 1999 à l’EPO, l’érythropoïétine, produit améliorant la formule sanguine couramment employé par les cyclistes pour augmenter la production de globules rouges. Les Français l’ont accusé d’être un dopé chronique ayant assez d’argent et d’influence pour s’éviter les règles censées protéger le sport des athlètes dopés qui auraient un avantage indu sur les coureurs honnêtes. Lance déclarait ne pas faire confiance au système français de contrôle anti-dopage, probablement parce qu’il avait détecté ces produits embêtants.

Quand Armstrong en août 2012 a abandonné la lutte contre l’USADA, l’agence anti-dopage américaine, l’affection populaire est devenue une indignation absolue, et la déclaration du cycliste de ne plus nier les charges qui lui sont reprochées a été vue comme un acte de trahison personnelle. Comment ce garçon cancéreux aurait-il pu mettre quoi que ce soit dans son corps si pur pour l’aider à grimper plus vite ces collines et faire tomber des records de contre-la-montre comme des mouches ?

Mais alors que le contrecoup étreignait les fans de Lance, il y avait une question plus profonde et plus importante que la seule indignation : pourquoi les gens ont-il ressenti tant de colère envers Lance Armstrong quand la logique aurait dû leur dire depuis longtemps que ce gars a fait rien moins que de s’injecter des produits dans les veines, de centrifuger son sang, ou peut-être même d’arracher des têtes de poulets afin d’arriver à des exploits si surhumains ?

Pour le dire un peu différemment : les règles imposées par l’USADA et l’UCI, l’Union Cycliste Internationale, sont tellement arbitraires et si largement bafouées que ça ne devrait pas poser problème que Lance, tout comme la plupart de ses concurrents d’ailleurs, les a enfreintes. Pas besoin d’un doctorat en pharmacologie pour savoir que Lance a trompé son monde, mais pourquoi est-ce mal ?

La réponse classique est simplement : les drogues c’est mal, m’voyez ? Mais c’est un aspect qui devrait faire tressaillir le libéral en chacun d’entre nous. Pourquoi les drogues sont-elles mauvaises ? Parce que. L’argument, circulaire, consiste en ce que mettre de mauvaises choses dans votre corps est dangereux et injuste, et que c’est donc immoral et dangereux. Mais plein de choses sont dangereuses et injustes. Comme par exemple dévaler des routes de montagnes étroites et sinueuses sur le bord desquelles des adolescents font tinter des cloches devant vous ; ce qui se produit lors d’une étape typique du Tour de France. Cela l’air assez dangereux.

Il est très improbable que Amaury Sport Organisation, l’organisateur du tour, interdise la présence de spectateurs enthousiastes. Mais si c’était le cas, seriez-vous scandalisé par le fait que quelqu’un sonne une cloche si cela est illégal ? Le vélo est une activité par nature dangereuse, surtout quand on le fait bien, parce qu’un coureur léger et puissant sera capable de se propulser à une grande vitesse, à peu près sans protection contre les collisions ou les accidents s’il chutait de son destrier d’acier. Les cyclistes professionnels sont peut-être idiots, mais ce ne sont pas vos enfants. Le vélo est plus mortel que les drogues qu’on peut consommer pour pédaler plus vite, donc dans tous les cas, vous hâtez l’heure de votre mort, ou en tout cas vous flirtez avec la Faucheuse d’aussi près qu’une fille facile et saoule à un bar.

Qu’en est-il de l’idée qu’utiliser des drogues dopantes est injuste parce que tout le monde ne les utilise pas de manière égale ? En plus de prendre des produits dopants comme l’EPO et la testostérone (et de payer pour masquer les contrôles positifs), Lance est accusé par l’USADA de dopage sanguin. Cela consiste en gros à prélever vos propres globules rouges riches en oxygène (ou à en emprunter à un donneur volontaire et compatible – merci, mec !) pour vous les réinjecter à un moment critique (comme juste avant une course) pour fournir plus d’oxygène aux muscles afin qu’ils puissent travailler plus fort et plus longtemps.

Parmi toutes les techniques et outils de l’arsenal cycliste, je trouve celle-là tout à fait inoffensive. C’est votre sang ! Si vous voulez vous rendre malade et anémique pour grelotter comme un chat mouillé quand votre smoothie sanguin coulera à nouveau dans vos veines, alors grand bien vous fasse. Pour ce qui me concerne, si boire votre propre urine vous fait aller plus vite dans un contre-la-montre, alors cul sec. C’est barbare et bizarre, mais c’est la vôtre.

Si un coureur dans une course reconnue par l’UCI voulait faire parvenir plus d’oxygène à ses membres en s’attachant une bouteille d’oxygène comme un octogénaire peut être attaché aux machines à sous au Golden Nugget, il peut le faire, selon la liste d’interdits de l’Agence mondiale antidopage. Vous pouvez donc avoir un réservoir d’oxygène sur le dos, mais pas dans votre propre sang que vous recyclez, ce qui fait que seul le moyen de transmission est problématique. Eh, attendez, ce n’est pas votre air ! Ce n’est pas vous qui l’avez respiré !

Imaginez les avantages injustes qu’une célébrité multimillionnaire comme Lance Armstrong peut avoir sur des rivaux moins riches. Il peut se payer les meilleurs chefs, nutritionnistes, masseurs, kinés, ergologues, physiologistes, acupuncteurs, équilibreurs de chakras ou hochets. Lance pourrait avoir un château dans la montagne au Tourmalet, un bungalow climatisé à San Sebastian, un chalet dans le Colorado pour l’entrainement en haute altitude, et une salle de sports en sous-pression d’oxygène pour les entraînements mixtes. Il pourrait avoir des gadgets et des accessoires pour pétrir ses mollets endoloris quand ses domestiques auront fini leur service ; il pourrait dormir dans l’ancienne chambre hyperbare de Michael Jackson (Bubbles1 se sent seul !) ; il pourrait extraire la moelle d’Héraclite et l’étaler sur des toasts. Avec toute la technologie disponible en matière de nutrition, médecine, composants, cadres de vélos, chaussures, casques de courses pointus qui ne ressemblent à rien, ou de tout ce qui peut avoir un lien avec le cyclisme, tout pourrait être considéré injuste, ou contre nature !

L’argent est un avantage, la technologie aussi est un avantage, les gènes en sont encore un autre (ou un désavantage dans de nombreux cas). Rien de tout cela n’est équitable.

Voici une proposition de réforme : pourquoi ne pas avoir deux fédérations cyclistes et attendre de voir laquelle permet aux coureurs d’avoir le plus de soutien des fans et des sponsors ? Laissons le marché décider ! L’audimat du Tour de France a doublé (aux États-Unis, NdT) quand Lance Armstrong était en piste, et même à présent, avec une diffusion plus large sur le câble et une audience potentielle plus importante, les chiffres sont plus maigres aujourd’hui que lors de la dernière victoire de Lance en 2005. On pourrait avoir, comme dans le bodybuilding, une ligue « naturelle », sans produits ajoutés. On pourrait permettre aux puristes de voir des coureurs conquérir les plus hauts cols tout en carburant à l’herbe et au lait de coco (puisque toute protéine animale serait un avantage inéquitable). Et à côté existerait une autre ligue pour les salopards dopés et manipulateurs. Laquelle selon vous attirera plus de foule ? Plus d’audience ? Plus de soutiens ?

Lance Armstrong est coupable de beaucoup de choses aux yeux de l’UCI et de l’USADA, deux groupes si profondément enlisés dans leur dédain mutuel que c’est un miracle qu’ils puissent évoquer les accusations et leurs réponses entre leurs chamailleries. L’USADA clame que Lance a payé l’UCI pour oublier au moins un test positif, et l’UCI répond en affirmant de l’USADA que sa mère est si grosse qu’elle s’attache des bus aux pieds pour aller faire du roller. L’ambiance est si moche que ça. Ce qui est plus moche encore est la manière arbitraire avec laquelle des produits et des procédés sont interdits, gaspillant des millions de dollars d’impôts par le biais de l’USADA (qui reçoit du financement du Bureau de la Politique Nationale de Contrôle de la Drogue, et d’ailleurs encore) et par le biais des enquêtes ratées du Département de la Justice à l’encontre d’Armstrong, qui n’auraient juste jamais dû être lancées. Fliquer le sport n’est pas le rôle de l’État.

N’oubliez pas votre indignation, et pourquoi vous détestez un type qui faisait la même chose que ses prédécesseurs, mais légalement quelques années auparavant, et que tous ses adversaires faisaient en même temps que lui. Économisez votre bile pour cracher sur le nom de Laurent Fignon, le gars qui a gagné le Tour en 1983 et 1984, les années juste avant que le dopage sanguin ne soit interdit. Il a admis avoir utilisé des amphétamines et du cortisol, mais personne ne demande rétrospectivement à ce qu’il rende l’argent qu’il a gagné de ses victoires – surtout parce qu’il est mort. Détestez-vous autant Laurent que Lance ? Et si oui, que pensez-vous de Greg Lemond, le premier Américain qui a gagné le Tour, et critique de Lance Armstrong depuis longtemps ? Dans le Tour de 1989, Lemond a battu Fignon de huit petites secondes, en partie parce qu’il s’est judicieusement procuré toutes sortes d’équipements aérodynamiques de pointe. Fignon, un Français qui méprisait toute innovation qui ne s’injectait pas, a même refusé de couper sa queue de cheval, augmentant sa traînée et lui faisant perdre de précieuses secondes accumulées au cours des 21 étapes de la course.

Que faire si la science jugeait le dopage sanguin et les produits injectables comme inoffensifs (et le plus souvent inutiles) comme les crèmes et suppléments alimentaires qu’on trouve en parapharmacie ? Avec la chute du nombre des téléspectateurs et la perte globale d’intérêt pour la pratique du vélo, il est plus que probable que le pouvoir en place élargira la liste des drogues et pratiques acceptées. Si le jour vient où les cyclistes pourront enfin dire la vérité et faire ce qu’ils souhaitent de leur testostérone, de leur EPO ou de leurs vélos spéciaux, rappelez-vous pourquoi vous détestez Lance Armstrong. Ce n’est pas parce qu’il a demandé à Floyd Landis, son coéquipier et gagnant défroqué du Tour, de veiller sur un mini-frigo plein de son sang pendant un long et chaud été à Austin, ni parce qu’il a fait atrophier ses gonades en s’injectant des hormones, ni parce qu’il assimilait mieux l’oxygène que vous.

Non, c’est parce qu’à la fin, Lance a refusé d’admettre ce qui était aussi évident qu’un mal de fesses après une course de 200 kilomètres : qu’il a triché pour gagner, et que personne ne le faisait mieux que lui. Personne n’est un héros pour qui connait ses secrets ; mais Lance Armstrong a été un connard jusqu’à la fin.


Article original titré « Lance Armstrong Cheated to Win. Why is that Wrong? » publié le 17.11.2012 par Reason. Traduction : Benjamin Guyot pour Contrepoints.

Parcoursup se dégonfle

Par Jean-Baptiste Noé

Par Jean-Baptiste Noé.

Plus les mois passent, plus les mesures phares d’Emmanuel Macron se dégonflent, révélant un gouvernement plus proche de celui de François Hollande que du nouveau monde. La procédure Parcoursup étant achevée, un premier bilan est possible. Globalement, la nouvelle plate-forme a bien fonctionné, mais elle est beaucoup plus lente qu’APB à cause de la suppression de la hiérarchisation des vœux.

Parcoursup = APB

Dans son fonctionnement global, Parcoursup est la même chose qu’APB. Hormis le nom, rien n’a changé. La plateforme d’inscription est la même, le site sur lequel se rendent les professeurs pour y déposer leurs avis est lui aussi le même. La grande réforme annoncée n’en est donc pas une.

Les blocages de Tolbiac ont bien servi le gouvernement : ils ont permis de faire croire à une réforme puissante et novatrice, tellement puissante que toutes les forces conservatrices étaient coalisées contre elle.

Exactement comme pour la réforme de la SNCF qui, en dépit des grèves, n’a débouché sur rien. C’est à se demander si ces manifestations de l’extrême gauche ne sont pas organisées de concert par le gouvernement et ses alliés pour faire croire que le gouvernement travaille, alors qu’il n’y a aucune réforme de fond.

Les vœux sont de retour

Le seul changement notable de Parcoursup est la fin de la hiérarchisation des vœux. Sous APB, les lycéens devaient classer leurs vœux par ordre de préférence. Cela a disparu avec Parcoursup. Du coup, quand les lycéens obtiennent une réponse positive, ils attendent d’autres réponses avant de se prononcer. Ce qui bloque les places, d’où la lenteur du système.

Avec APB, 80 % des candidats avaient reçu une réponse positive lors de l’ouverture du système, contre 50 % avec Parcoursup. À la fin de la procédure principale, il y avait 65 500 candidats sans affectation avec APB et 116 500 candidats sans proposition avec Parcoursup, plus 133 500 candidats ayant reçu une affectation, mais ne l’avaient pas validé. Cette lenteur est la principale faille du système, car elle bloque les candidats en attente ainsi que les lieux de formations alors obligés de faire des surréservations et qui ne savent pas combien d’étudiants ils auront réellement.

Résultat : plusieurs organisations syndicales (étudiantes et établissements) ont demandé que la hiérarchisation des vœux soit réintroduite. Ce à quoi le ministre de l’Enseignement supérieur a répondu qu’elle n’y était pas défavorable et que l’on pouvait y réfléchir. Réintroduire des vœux oui, car c’est une nécessité pour donner de la souplesse au système, mais il ne faut pas donner l’impression de revenir à APB étant donné que la fin des vœux était la seule différence avec le précédent système.

Du coup, on évoque aujourd’hui des « vœux podiums » ou bien des vœux qui ne seraient réalisés qu’à partir de juillet. Le gouvernement cherche donc un moyen de revenir à APB, tout en faisant croire qu’il a réformé de façon courageuse un système obsolète. Comme il est plus doué pour la communication que pour la réalisation, il devrait y arriver.

 

La politique suit l’argent – le sort de la BCE

Par IREF Europe
Christine Lagarde (Crédits International Monetary Fund, licence Creative Commons)

Par Michael von Liechtenstein.
Un article de l’Iref-Europe

De manière peu convaincante, les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne ont choisi une nouvelle équipe dirigeante au niveau de l’Union. La nomination la plus puissante n’a probablement pas été celle du nouveau président de la Commission européenne, mais celle du candidat à la tête de la Banque centrale européenne, le gardien de la monnaie unique.

Depuis que l’argent a été inventé, les gouvernements ont essayé de le contrôler. Cela signifie que l’humanité a une longue histoire de dévaluations monétaires qui se produisent chaque fois que les autorités au pouvoir voient une occasion facile de financer leurs objectifs politiques ou bureaucratiques.

La teneur en or et en argent de l’espèce était généralement un facteur stabilisateur, bien que nous ayons vu son abaissement même à l’époque romaine, par le mélange de cuivre. Cette pratique a eu un effet inflationniste. La seule grande exception fut aux XVIe et XVIIe siècles, lorsque l’Empire espagnol découvrit une telle abondance d’or et d’argent dans les Amériques que son offre excédentaire gonfla les prix. Depuis, toutefois, la production d’or est demeurée assez stable.

Dans le cas de la monnaie fiduciaire, le facteur stabilisateur est la banque centrale émettrice, qui doit trouver un équilibre entre la préservation de la valeur de la monnaie et la fourniture d’une monnaie suffisante pour assurer la liquidité économique. L’argent-fiat est une monnaie qui n’est pas garantie par des garanties sous-jacentes, comme les métaux précieux, mais par la confiance que les gens accordent à l’institution émettrice. Aujourd’hui, pour la majeure partie de l’Europe, cette institution est la BCE, dont la mission première est de préserver la valeur de l’euro.

L’accomplissement du mandat de la BCE de maintenir la stabilité du pouvoir d’achat de l’euro nécessite une gestion prudente de la part de banquiers chevronnés et une totale indépendance vis-à-vis de la politique. Une bonne référence historique est la Bundesbank allemande, qui a garanti pendant des décennies la stabilité de ce qui était alors la monnaie la plus fiable du continent : le Deutsche Mark. Aujourd’hui, ces principes sont encore suivis dans une certaine mesure par la Banque nationale suisse.

Besoin de discipline

Une politique monétaire saine, au fond, dépend de la limitation du désir constant et inhérent des gouvernements de trop dépenser, en utilisant la dette pour financer des politiques opportunes et une administration surdimensionnée.

Lorsque l’euro a été introduit pour la première fois et que la BCE a été créée à la fin des années 1990, on avait des raisons de croire que la nouvelle institution assurerait la stabilité monétaire, comme la Bundesbank allemande l’avait fait auparavant. Les critères dits de Maastricht ont défini les règles applicables aux membres participants de la zone monétaire, établissant des limites strictes en matière de déficit et de dette. Une clause de non renflouement sage interdisait aux pays membres d’assumer la dette d’autres pays.

L’assouplissement quantitatif est devenu une politique purement fiscale pour permettre des dépenses suicidaires excessives.

Ces dispositions du traité de Maastricht ont été établies pour faire respecter la discipline budgétaire, qui est essentielle pour parvenir à une croissance économique durable et à une cohésion sociale à long terme dans un espace monétaire multinational. Les règles du traité relatives à la BCE ordonnaient à sa direction d’assumer seule la responsabilité de la stabilité de la monnaie tout en interdisant à la banque de s’engager dans une politique budgétaire. Étant donné que la BCE était une institution partagée par 11 (aujourd’hui 19) pays distincts, il y avait l’espoir qu’elle pourrait se tenir à l’écart des enchevêtrements politiques.
La réalité a été différente. Les critères de Maastricht ont souvent été ignorés. Une fois que la crise financière eut frappé suivie par la crise de la dette souveraine de l’Europe en 2009-2011, le recours à des taux d’intérêt nuls ou négatifs par les responsables de la politique monétaire a gravement affecté la valeur de l’épargne et créé des bulles et une inflation des actifs.

L’assouplissement quantitatif sans fin, un programme d’achat d’obligations de la BCE axé principalement sur la dette publique des pays membres, a parfois été déguisé en un programme visant à stabiliser le secteur bancaire. En fait, la politique monétaire est devenue une politique purement fiscale dont l’effet a été de permettre et même d’encourager les pays membres de l’UE à continuer à faire des dépenses suicidaires.

La monnaie et le renard

Ce que les pays membres de la zone euro ont fait maintenant marque une nouvelle étape dans ce processus, qui finira par débaucher la monnaie. Christine Lagarde, nommée à la présidence de la BCE, est directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) et ancienne ministre française des Finances. En d’autres termes, c’est une politicienne de sang.
Avec la nouvelle direction de la BCE, il est probable que les gouvernements européens ont mis en place un facilitateur volontaire.

Dans l’exercice de ses fonctions publiques, Mme Lagarde s’est montrée extrêmement favorable à l’idée de dépenser beaucoup d’argent à bon marché pour combler le déficit, tout en exprimant peu d’inquiétude quant à la valeur de l’épargne. Cela la place carrément dans le camp de la politique à court terme. Peut-être pour se prémunir contre ce bilan, il a été décidé d’installer Philip Lane, gouverneur de la Banque centrale d’Irlande, à ses côtés en tant qu’économiste en chef de la BCE. Pourtant, le passage de M. Lane à la Banque centrale irlandaise n’est pas rassurant, puisqu’il a également exprimé l’opinion que les gouvernements devraient dépenser plus, et non moins.

Il n’y a aucune raison de remettre en cause les qualifications générales de Christine Lagarde. C’est une politicienne expérimentée et accomplie. Charger un politicien de protéger la valeur de la monnaie fera à peu près autant de bien que de faire surveiller vos poules par un renard plutôt que par un chien. À en juger par les avis passés de Philip Lane, il y a peu d’espoir qu’il veillera au respect des règles de base de la BCE, lui non plus.

Avec la nouvelle gestion de la BCE, il est probable que les gouvernements européens ont mis en place un catalyseur volontaire de dépenses excessives.
Malgré tout, des miracles peuvent se produire. C’est le meilleur espoir d’un euro stable.

Cet article a été publié en version anglaise sur le site du GIS.

Sur le web

Du « moon hoax » aux Illuminati : les raisons du succès des théories du complot

Par The Conversation

Par Laurent Cordonier.
Un article de The Conversation

Cinquante ans après la spectaculaire réussite de la mission Apollo XI, 9 % des Français pensent que les Américains ne sont en réalité jamais allés sur la Lune et que la NASA a fabriqué de fausses images de l’opération. Le gouvernement américain aurait donc fait croire à l’existence et au succès de cette mission spatiale, probablement dans le but d’impressionner son rival soviétique.

Cette théorie d’un « complot lunaire », ou moon hoax, prend forme aux États-Unis durant la première moitié des années 1970, en plein contexte de défiance grandissante de la population américaine à l’égard de son gouvernement (guerre du Vietnam, Watergate…).

Au début des années 2000, le développement d’Internet relance le moon hoax. Des internautes se mettent à analyser des milliers d’images de l’événement, dans l’espoir de détecter ce qui pourrait constituer une anomalie prouvant la supercherie. D’autres cherchent et compilent des arguments contestant la faisabilité technique de l’opération, allant jusqu’à distordre des connaissances scientifiques pour affirmer qu’il est impossible pour des humains d’atteindre la Lune.

Le moon hoax, comme toute théorie du complot, repose ainsi sur une accumulation d’arguments hétérogènes plus ou moins baroques, qui peuvent d’ailleurs fort bien se contredire entre eux sans que cela ne pose problème. Un tel « mille-feuille argumentatif », comme le nomme le sociologue Gérald Bronner, a pour seul objectif d’instiller le doute quant à la version « officielle » d’un événement donné.

Simplifier le réel à outrance

L’existence de récits conspirationnistes en tout genre ne constitue pas une nouveauté historique. Cependant, ces théories rencontrent aujourd’hui un écho public inédit. Comment expliquer que des citoyens éduqués et informés puissent adhérer dans des proportions surprenantes à des théories soutenant, par exemple, que nos dirigeants politiques complotent avec des extraterrestres au détriment du reste de l’humanité, ou qu’ils nous mentent sur le fait que nous soyons allés sur la Lune ?

Bien entendu, toutes les théories du complot ne paraissent pas, de prime abord, aussi farfelues que ces deux exemples. Il n’en demeure pas moins que les récits conspirationnistes consistent toujours en une simplification à outrance des logiques régissant le fonctionnement de nos sociétés et l’enchaînement des faits historiques.

Les promoteurs des théories du complot expliquent en effet les phénomènes sur lesquels ils se penchent de manière manichéenne et monocausale – ce qui a pour effet de susciter un sentiment de dévoilement d’une réalité inquiétante mais univoque qui nous aurait été cachée.

Pour n’en donner qu’un exemple, selon certains complotistes, tous les malheurs qui touchent l’humanité proviendraient d’une seule et unique source : les Illuminati qui, tapis dans les coulisses des sphères politique et médiatique mondiales, seraient en réalité les authentiques détenteurs du pouvoir et nuiraient aux populations dans leur seul intérêt. Des récits semblables ont pour agents machiavéliques les francs-maçons, les Juifs, ou encore, des reptiles humanoïdes extraterrestres.

« Comme par hasard ! »

Ne faut-il pas être totalement irrationnel pour tomber dans le piège de théories aussi caricaturalement manichéennes et simplistes ? En réalité, l’adhésion aux théories du complot repose, pour partie au moins, sur des raisons d’y croire. En effet, je l’ai évoqué, la plupart des théories du complot comportent un important argumentaire.

Les démonstrations des conspirationnistes ne résistent évidemment pas à une analyse sérieuse. Par contre, elles jouissent d’un certain pouvoir de persuasion, notamment du fait qu’elles exploitent un large éventail de biais cognitifs humains, tel que celui qui nous incline à voir l’effet d’une intentionnalité derrière chaque événement, ou celui qui nous conduit à inférer la présence d’un lien de causalité entre deux phénomènes concomitants – c’est le fameux « Comme par hasard ! » des complotistes.

 

Par ailleurs, des chercheurs ont souligné le fait que certaines théories du complot fonctionnent comme d’authentiques discours politiques émanant d’« entrepreneurs en complots », dont des politiciens extrémistes. En désignant un ennemi et en légitimant tous les moyens de lutter contre lui, ces théories du complot servent d’outils de mobilisation à des agents qui se perçoivent comme des « acteurs faibles du jeu politique ».

Un discours qui séduit les individus fragilisés socialement

Les discours politiques complotistes sont particulièrement susceptibles de séduire des individus qui se sentent précarisés ou menacés socialement. Ces derniers peuvent en effet y trouver une grille interprétative du monde qui confère un sens à leur situation et désigne une cause unique aux injustices dont ils pensent – à tort ou à raison – être victimes.

C’est ce qu’illustre une étude menée en 2012 au sein de quartiers précaires de Bruxelles : les jeunes immigrés ou descendants d’immigrés marocains et africains subsahariens qui y vivent adhèrent massivement à une lecture du monde nourrie de thèses complotistes selon lesquelles des « puissants » œuvreraient dans l’ombre à stigmatiser les immigrés présents dans les pays occidentaux, y compris en organisant des attentats sur leur propre territoire pour les leur attribuer.

Par cette vision complotiste du monde,

[…] ces jeunes donnent du sens au passé (les silences qui entourent l’histoire coloniale et les histoires migratoires), tout autant qu’à leur ressenti de xénophobie et aux discriminations contemporaines.

Des institutions accusées de faire partie du complot

Une manière complémentaire d’aborder le conspirationnisme est de le conceptualiser en tant que « connaissance stigmatisée ». Les théories du complot proposent en effet des discours sur le monde visant à le rendre intelligible. Cependant, ces discours ne sont pas reconnus conformes à la réalité par les « institutions validantes » que constituent notamment les médias et les communautés scientifiques et universitaires. Cela leur vaut d’être stigmatisés, voire moqués. Plutôt que de les abandonner, leurs adhérents affirment que ces institutions validantes sont, en réalité, parties prenantes du complot.

Jusqu’à peu, la plupart des théories du complot ne parvenaient guère à essaimer en dehors de certaines marges de la société. En effet, l’absence de validation institutionnelle leur interdisait l’accès aux canaux médiatiques traditionnels. Selon Michael Barkun, cependant, les choses ont radicalement changé depuis l’arrivée d’Internet dans la majorité des foyers.

Le politologue américain retient deux facteurs supplémentaires qui auraient contribué à faire des théories du complot des connaissances de moins en moins stigmatisées à partir des années quatre-vingt-dix : le développement d’un sentiment généralisé de méfiance à l’égard des élites politiques, scientifiques et médiatiques, et la présence croissante du thème conspirationniste dans la culture populaire.

De nombreux autres chercheurs soulignent également l’importance du déficit contemporain de confiance envers les élites pour expliquer le succès actuel du complotisme. Une telle défiance chronique susciterait un état d’inquiétude au sein de la population, dont une partie chercherait à se rassurer en recourant à diverses stratégies de réduction de la complexité du monde. L’une de ces stratégies serait de se tourner vers les théories du complot, dont on a vu qu’elles ont pour caractéristique de fournir des explications simples et univoques aux événements en réalité complexes sur lesquels elles portent.

Quant à l’émergence d’une culture populaire mobilisant les codes du conspirationnisme (séries télé, films, romans), elle aurait contribué « à l’érosion de ce qui était auparavant une frontière claire et solide entre le discours marginal et le discours dominant » (Barkun).

Cette hypothèse est corroborée par une étude de terrain conduite auprès de lycéens français montrant que ces derniers

font appel à des références issues des œuvres contemporaines de fiction […] pour répondre au doute créé par ce qui leur semble “incohérent”, “bizarre” ou “pas vrai” dans les informations auxquelles ils ont été confrontés après les attentats de [2015 et 2016].

Des conspirationnistes encore mal connus

Si la recherche progresse sur la question des causes possibles du succès des thèses complotistes, il n’en va pas de même pour ce qui est du profil des adeptes de ces théories. De façon surprenante, en effet, les propriétés sociales des conspirationnistes demeurent floues – si ce n’est qu’il s’agirait plutôt de jeunes, ainsi que des personnes votant pour les extrêmes.

Cela provient probablement du fait que les diverses théories du complot sont généralement étudiées comme si elles composaient un ensemble homogène de croyances auxquelles un même individu à la mentalité complotiste pourrait indifféremment adhérer. Or, cette homogénéité supposée des théories du complot semble erronée.

Avec mes collègues, nous montrons en effet dans une étude à paraître qu’il existe des groupes distincts de théories du complot qui n’intéressent manifestement pas les mêmes personnes. Il n’est donc guère surprenant de ne pas parvenir à déceler le profil sociologique typique des tenants du conspirationnisme, puisqu’il n’existerait pas un seul, mais plusieurs profils différents, chacun correspondant à un groupe spécifique de théories du complot.

Mieux comprendre les raisons du succès des théories du complot et déterminer quelles sont les populations les plus susceptibles d’y succomber sont des objectifs importants. En effet, si certains récits conspirationnistes, comme le moon hoax, paraissent bien inoffensifs, d’autres peuvent représenter une forme de danger.

Par exemple, 17 % des Français sondés fin 2018 par l’Ifop se disaient « tout à fait d’accord » (et 26 % « plutôt d’accord ») avec l’affirmation selon laquelle « le ministère de la Santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins ».

Une telle croyance n’est probablement pas sans conséquence sur la réticence vaccinale observée dans le pays et sur les problèmes de santé publique qu’elle engendre.

Laurent Cordonier, Sociologue – Docteur en sciences sociales, Université Paris Diderot

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

Le taux neutre, ça n’existe pas

Par Bill Bonner

Par Bill Bonner.

La semaine dernière, Jerome Powell a prétendu que le « taux neutre », c’est-à-dire le taux qui permet à l’économie de fonctionner sans accrocs, est inférieur aux précédentes estimations, ce qui signifie que la politique monétaire est trop restrictive. 

Ce sont des sottises.

Il n’existe pas de taux neutre en matière de politique monétaire. Une économie ne fonctionne pas sans accrocs.

Elle est constamment en mouvement, réagissant à la météo, au climat, aux innovations, aux tendances, aux changements, aux cycles et aux préférences, tandis que les mécanos essaient de faire en sorte qu’elle garde le cap.

Jerome Powell a également mentionné un taux de chômage « naturel ». C’est une imposture. Si nous vous demandions de repeindre notre clôture pour 10 dollars, le feriez-vous ? Probablement pas.

Et pour un million de dollars ? Vous sortiriez de votre retraite. Vous trouveriez quelqu’un pour s’occuper des enfants. Vous décideriez peut-être d’abandonner votre fauteuil roulant, et les allocations afférentes.

Aucun être humain, aucun groupe d’universitaires, n’est en mesure de suivre ces milliards de décisions au quotidien. À la place, les marchés les agrègent et découvrent les prix.

Ces prix sont les penons – de petits brins de laine ou de ruban attachés au gréement – qui indiquent aux marins le sens du vent. Sans des prix honnêtes et, plus important encore, le prix du crédit, les pauvres matelots sont perdus.

Avant 2009…

Avant 1913, la Réserve fédérale n’existait même pas. Pourtant l’économie américaine allait à toute vapeur, encore plus vite qu’aujourd’hui. Les États-Unis n’avaient pas de politique de plein emploi, mais ils avaient le plein emploi.

Avant le « put Greenspan » de 1987, la Fed n’apportait que des changements relativement mineurs à son taux, afin de compenser ce qu’elle considérait comme des excès cycliques. Elle n’essayait pas de doper les marchés boursiers. Pourtant, l’économie avançait près de deux fois plus rapidement qu’aujourd’hui.

Et jusqu’en 2009, la Fed fournissait principalement un filet de sécurité. Sa politique de taux zéro et son assouplissement quantitatif ont été présentés comme des mesures d’urgences… que l’on supprimerait une fois l’urgence passée.

Des urgences sans fin

Aujourd’hui, l’alerte sonne jour et nuit. Les barbares sont aux portes. Le public américain n’est plus qu’à quelques points de base de l’hystérie et de la famine. L’urgence ne termine jamais. Jay Powell et sa bande de cornichons sont sur le qui-vive 24 h/24, observant l’avenir et l’empêchant de se produire.

Mais où est l’urgence ?

Le chômage américain est à son plus bas niveau en 50 ans. L’expansion est la plus longue jamais enregistrée. Les cours atteignent des sommets. Comment se fait-il que Powell et al. pensent devoir s’occuper de l’économie comme s’il s’agissait d’une plante fragile ?

Et pourtant… Jerome Powell a un plan. Devinez lequel ?

Voyons, cher lecteur – vous connaissez l’affaire aussi bien que nous : c’est « l’inflation ou la mort ». M. Powell promet davantage d’inflation, bien entendu. Le taux neutre, dit-il, est – surprise, surprise ! – inférieur au taux actuel. Il affirme que les génies de la Fed se sont trompés en maintenant le taux trop élevé pendant trop longtemps.

Dans les faits, il est d’accord avec l’occupant de la Maison Blanche qui – par une divination connue de lui-même et des dieux uniquement – pense savoir ce que le taux idéal devrait être… et annonce que le Dow serait 5000, voire 10 000 points plus haut si la Fed l’avait écouté.

Nous avons donc des investisseurs qui ne savent rien mais sont prêts à croire n’importe quoi…

… Et une Fed qui, pour sa part, sait moins que rien parce qu’elle prétend connaître des choses qui n’existent pas et même si elles existaient, seraient impossibles à connaître par la Fed.

En ce qui nous concerne, tout ce que nous savons, c’est que le spectacle est franchement distrayant !

Pour plus d’informations, c’est ici

Petit conte estival pour ministres et industriels

Par Michel Gay

Par Michel Gay et Jean-Louis Bobin.

MINISTRE

Monsieur le Conseiller, en ces temps incertains

Le peuple endoctriné craint fort les lendemains.

La presse fait état de vendanges précoces

Quand l’hiver est plus doux, la sécheresse atroce

Et que les ouragans se succèdent à l’envi

Pour au long de leur cours, détruire ce qui vit.

Et cet été : des canicules qui s’emballent !

Comme tout un chacun je n’y comprends que dalle.

Pourtant les citoyens veulent de nous des gages.

Il faut les écouter. Que disent les sondages ?

CONSEILLER

Monsieur le Ministre, ils sont fort éloquents.

Le peuple veut du vert et sera mécontent

Si le gouvernement n’accède à son désir.

MINISTRE

Et pour son énergie que voudrait-il choisir ?

CONSEILLER

C’est le système P qui remporte la palme.

MINISTRE

L’installer maintenant garantirait le calme ?

Qu’est-ce donc que cela ?

CONSEILLER

Un  procédé nouveau

Qui combine le vent, le soleil et puis l’eau.

La presse en fait grand cas, et les écologistes,

Comme à leur habitude, en rajoutent et insistent.

MINISTRE

Si la majorité veut le système P

Nous devons sans tarder nous mettre à l’exploiter.

Qu’importe de savoir si c’est rentable ou non,

Tout ignorant qu’il soit, l’électeur a raison.

CONSEILLER

Une question me vient : avons-nous les crédits ?

MINISTRE

En aucune façon, mais l’intendance suit

Toujours. Bercy saura le tour de passe-passe

Qu’il faut élaborer pour qu’enfin il se fasse

Ce que le peuple a dit et partout s’il le faut.

Que cela coûte cher est le moindre des maux

Si les prélèvements se font dans la douceur,

Imperceptiblement via le nouveau compteur.

CONSEILLER

Il faudrait une loi.

MINISTRE

Un décret suffira

Pour lancer un projet qu’en très grand tralala

Nous inaugurerons. Je prends sur mon budget

Quelques millions d’euros sacrifiés sans regret.

Faites-vous donc inviter par tel INDUSTRIEL.

Il sait mieux que personne tout transformer en miel.

CONSEILLER (à INDUSTRIEL)

Monsieur le Ministre a des vues d’avenir.

Il veut en effet que l’on puisse fournir

À tous les habitants de notre douce France

Une électricité sans la moindre nuisance.

Or le système P a capté son regard…

INDUSTRIEL

Donc il voudrait bien en avoir un sans retard.

CONSEILLER

Vous avez tout compris. Une élection approche.

Un système en action tournant sans anicroche

Ferait sur les votants le plus puissant effet.

INDUSTRIEL

Je n’en disconviens pas et vois notre brevet

Enfin valorisé à sa juste mesure.

Nous vous garantissons l’énergie la plus sûre

Et la plus propre aussi.

CONSEILLER

Sans rejets ? Sans appel

À des métaux qu’on trouve à l’état naturel

En quantités infimes en des lieux éloignés ?

INDUSTRIEL

On en use si peu. Nos projets sont soignés :

Voyez sur ces clichés les justes proportions

Que le dessin confère à nos installations.

CONSEILLER

Vous m’avez convaincu. J’ai besoin d’un dossier

Un peu plus étoffé que vos récents papiers.

Avec un chiffrement qui ne soit à la louche,

Un avis bienveillant sortira de ma bouche.

INDUSTRIEL

Cher Monsieur, c’est plié. Arrosés par nos soins,

La presse et les médias renforçant le tintouin

Des écolos-bobos ont convaincu les foules.

Notre système P, une affaire qui roule,

CONSEILLER

Vous savez comme moi que ce projet fumeux

Fit l’objet en son temps de rapports scrupuleux.

De savantes études ont apporté la preuve

Que jamais ces objets ne passeront l’épreuve

De la profitabilité.

INDUSTRIEL

Dans l’absolu

C’est vrai. Mais le monde réel est farfelu.

Rien n’obéit aux lois d’une logique saine.

Dans un cadre idéal, l’idée en serait vaine,

Mais l’État tout-puissant a suivi nos conseils,

Aussi peu performants que soient nos appareils.

Nous allons nous servir de leur état d’esprit

Pour gagner le marché et faire de gros profits.

CONSEILLER

Pourrez-vous prospérer sans quelques tricheries ?

INDUSTRIEL

Il n’est dans cette affaire aucune rouerie.

L’État est avec nous. C’est le prix du courant

Acquis par les Français qui fera le montant

De notre bénéfice. Il reste à calculer

Ce qu’il doit être en gros, mais sans outrepasser

La limite qu’impose une sage décence.

Tout cela sera fait, et avec diligence.

Bibliothèques numériques et crowdsourcing

Par Farid Gueham
bibliothèque, livres

Par Farid Gueham.
Un article de Trop Libre

« Afin d’externaliser certaines tâches, les bibliothèques font désormais appel à des foules d’internautes, rendant plus collaborative leur relation avec les usagers. […] l’ouvrage offre un panorama des projets dans les domaines de la numérisation à la demande […]. Il présente également un état de l’art concernant les types de projets, la communication, le recrutement, les motivations des internautes, la sociologie des contributeurs, la qualité du travail, l’évolution des projets et la conduite du changement ».

Chargé de projets de numérisation et de text mining à l’Institut national de la recherche agronomique, Mathieu Andro a également conduit des projets de numérisation de la bibliothèque Sainte-Geneviève. Il observe et analyse un phénomène inédit dans le domaine de la curation des bibliothèques : le choix de confier à une foule d’internautes certaines tâches collaboratives jusqu’alors externalisées auprès de prestataires, issus de pays dont la main-d’œuvre est bon marché. Un nouveau modèle économique émerge ainsi, dans la société et dans le réseau des bibliothèques. Pour illustrer ce phénomène, les projets ne manquent pas, de la numérisation à la demande, à la correction participative, ou encore la « gamification ».

Le crowdsourcing en bibliothèque : un nouveau paradigme

« Le crowdsourcing modifie le paradigme sur lequel repose des bibliothèques largement centrées sur la constitution et la conservation de collections. Il modifie également le rapport entre les producteurs d’un service que sont les bibliothécaires et ses consommateurs que sont les usagers, ces derniers devenant également des producteurs actifs du service ». 

De nouveaux modèles économiques à la demande renouvellent la politique documentaire, jusqu’à partager cette dernière avec des usagers qui décident de ce qui sera numérisé ou imprimé. Les collections deviennent en quelque sorte les productions des usagers, fruits de l’intelligence collective. Cette transformation impacte de fait le métier de bibliothécaire, recentré sur ses compétences singulières et spécifiques.

Le périmètre du crowdsourcing en bibliothèque : des bénévoles au travail involontaire

« Si le crowdsourcing explicite classique présente l’intérêt de collaborer avec le grand public et la société et être source d’opportunités par les ruptures innovantes que le public peut parfois susciter, le marché encore disponible pour ce recours revisité au bénévolat commence toutefois à se resserrer à cause de la multiplication des projets et de l’apparition de nouvelle formes de crowdsourcing ». 

Par ailleurs, Mathieu Andro rappelle que le coût des projets et le développement des plateformes n’est pas toujours à la hauteur des investissements demandés. Ces projets demandent en effet de déployer des actions de communication, de recrutement de formation au management des communautés de bénévoles. Autre approche, le crowdsourcing implicite permet quant à lui de faire travailler les internautes, sans qu’ils en aient l’impression. La gamification permet de faire travailler les internautes tout en leur donnant le sentiment de jouer. Une méthode qui a prouvé son efficacité mais soulève des enjeux éthiques vis-à-vis de l’usager.

Panorama de quelques projets de crowdsourcing : l’oxford great war archive et Europeana 1914-1918

« La mise en ligne et curation participatives consistent à permettre à des internautes de compléter les collections numériques institutionnelles avec leurs exemplaires ou leurs propres sélections ». 

En 2008, l’Université d’Oxford au Royaume-Uni a créé un fonds rassemblant les archives privées de citoyens anglais portant sur la Grande Guerre. Des documents privés qui ont ainsi permis de compléter des collections publiques. Le succès de ce projet a encouragé Europeana à mobiliser d’autres institutions nationales, locales et dans toute l’Europe. Le projet « Adding your story to Europeana 1914-1918 », s’est directement inspiré de l’expérience de l’université d’Oxford. Dans le même esprit, en France du 9 au 16 novembre 2014, plus de 70 points de collecte mis en place par des institutions volontaires ont permis l’organisation de l’opération « La Grande Collecte », en mettant à disposition du personnel mais aussi des ateliers de numérisation. Mais en participant à la numérisation de leurs propres archives, internautes, usagers et bénévoles remettent en question la notion de « collection », mission au cœur des fonctions de bibliothécaire. Impactée par cette évolution, la curation devra s’adapter et trouver un nouveau positionnement face à ces nouveaux acteurs de la politique documentaire.

Le recours à la gamification : art collector

« Art collector est un jeu plus spécifiquement destiné au patrimoine numérisé et inspiré des expérimentations de gamification précédemment étudiées. C’est un jeu développé à titre expérimental sur Facebook autour du Swedish Open Cultural Heritage (SOCH), qui agglomère près de 100 000 images collectées sur divers sites web valorisant le patrimoine culturel suédois ». 

L’objectif de ce jeu est de devenir le plus grand collectionneur d’art en additionnant la valeur des œuvres acquises. Cette valeur est déterminée par le nombre de tags qui la décrivent. Les internautes participent, dans un dynamique ludique, à la constitution d’une collection, animés par l’esprit de compétition, la mise en réseau, et la collaboration stratégique afin de remporter le trophée du meilleur collectionneur.

Évaluation du crowdsourcing : la conduite du changement

 « Tout changement dans la manière de travailler a tendance à générer une résistance et une volonté presque naturelles de conserver l’ancien mode de travail ».

Dans l’activité des bibliothèques, le crowdsourcing est un tournant majeur, introduisant la participation d’amateurs. Dans les bibliothèques, ces résistances concernent la peur d’une charge de travail trop importante, une hostilité idéologique vis-à-vis du secteur privé, le scepticisme vis-à-vis de la mobilisation de bénévoles ou le financement privé de numérisation d’ouvrages. Mathieu Andro conlut :

« Les bibliothèques ont déjà perdu le monopole d’intermédiaire obligatoire entre l’information et le public. […] Néanmoins, cette ubérisation des bibliothèques semble inéluctable et pourrait aussi être très prometteuse »

Pour aller plus loin :

–       « Bibliothèque numérique », site de l’auteur Mathieu Andro.

–       « Numérisation et impression à la demande en bibliothèque : un panorama », mémoire d’étude de Sophie Klopp, université de Lyon 2014.

–       « Le métier de bibliothécaire remplacé par des robots d’ici 5 ans » »actualitte.com

 

Sur le web

Bénin : un Code pénal liberticide

Par Libre Afrique
Défendre la GPA aurait pu vous valoir la prison

Par Montesquieu Hounhoui.
Un article de Libre Afrique

Dans sa volonté de moderniser sa législation pénale, la République du Bénin s’est dotée, depuis le 04 juin 2018, d’un nouveau Code pénal. Soumise au contrôle de constitutionnalité, cette loi fut déclarée conforme à la Constitution par la décision DCC 18- 270 du 28 décembre 2018 et promulguée par le président de la République le même jour. À la lecture de cette loi, il se dégage une restriction abusive de la liberté de réunion et de manifestation pacifiques. Quels sont les enjeux d’une telle restriction ?

Un pouvoir discrétionnaire anti-constitutionnel

Il est un fait que la liberté de réunion et de manifestation pacifiques ne figure pas dans le noyau dur des droits fondamentaux au Bénin. Cela induit qu’elle peut être sujette à des limitations. C’est d’ailleurs pourquoi dans la même logique que l’article 21 du Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques, la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples stipulera en son article 11 que :

« Toute personne a le droit de se réunir librement avec d’autres. Ce droit s’exerce sous la seule réserve des restrictions nécessaires édictées par les lois et règlements, notamment dans l’intérêt de la sécurité nationale, de la sûreté d’autrui, de la santé, de la morale ou des droits et libertés des personnes ».

Au demeurant, à travers la Communication 140/94, 141/94 et 145/95 Constitutional Rights Project, Civil Liberties Organisation et Media Rights Agenda c/ Nigeria du 31 octobre 1998, la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples a défini les conditions de fondement des restrictions des droits et libertés. Ainsi, au point 42 de cette communication, il est précisé :

« Les raisons de limitation possibles doivent se fonder sur un intérêt public légitime et les inconvénients de la limitation doivent être strictement proportionnels et absolument nécessaires pour les avantages à obtenir. Ce qui est plus important, une limitation ne doit jamais entraîner comme conséquence le fait de rendre le droit lui-même illusoire ».

Il ressort de tout ceci que même en reconnaissant que la liberté de réunion et manifestation pacifiques peut être limitée, il a été défini d’une part, les raisons exhaustives de justification de cette limitation et d’autre part, les conditions d’autorisation ou d’encadrement de cette restriction. Ainsi, la restriction de la liberté de réunion et de manifestation pacifiques n’est pas absolue.

Or en l’espèce, l’article 237 du nouveau Code pénal dispose :

« Est interdit, sur la voie publique ou dans un lieu public : […] tout attroupement non armé interdit qui pourrait troubler la tranquillité publique […] »

Et l’article 240 alinéa 1 ajoutera :

« Toute provocation directe à un attroupement non armé soit par discours proféré publiquement, soit par écrits ou imprimés affichés ou distribués, est punie d’un emprisonnement de un an si elle a été suivie d’effet, et dans le cas contraire, d’un emprisonnement de deux mois à six mois et d’une amende de cent mille francs CFA à deux cent cinquante mille francs CFA ou de l’une de ces deux peines seulement ».

Ces deux dispositions ne définissent aucun encadrement de l’autorité devant restreindre la liberté de réunion et de manifestation pacifiques. Elles lui laissent un pouvoir discrétionnaire absolu d’appréciation. Même si la loi a passé positivement l’examen du contrôle de constitutionnalité, il faut remarquer qu’elle comporte un risque certain d’abus dans la restriction de la liberté de réunion et de manifestation pacifiques en déphasage avec les prescriptions de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples en matière de restriction des libertés fondamentales. Cela s’est d’ailleurs ressenti lors de la répression de diverses manifestions pacifiques des 04, 09 et 28 avril 2019. Toute chose qui concourt à rendre la liberté de réunion et de manifestation pacifiques illusoire.

Une instrumentalisation politicienne pour museler l’opposition

L’avènement des dispositions du nouveau Code pénal pour la restriction de la liberté de réunion et de manifestation pacifiques n’est pas anodin, ni isolé. En effet, l’entrée en vigueur du nouveau Code pénal est consécutive à celle des nouvelles lois électorales qui étaient déjà vivement critiquées pour avoir posé un terreau fertile à l’exclusion des partis politiques de l’opposition aux législatives du 28 avril 2019.

Il s’agit des lois N°2018-23 du 17 septembre 2018 portant charte des partis politiques en République du Bénin et N°2018-31 du 09 octobre 2018 portant Code électoral en République du Bénin. Pour rappel, l’entrée en vigueur du nouveau Code pénal date du 28 décembre 2018. La suite consécutive évoquée supra est bien établie ce faisant.

Avec les restrictions portées aux partis politiques de l’opposition par les nouvelles lois électorales, il était prévisible que ces partis politiques n’allaient pas rester passifs et allaient inéluctablement exprimer leur mécontentement au moyen de manifestations pacifiques se fondant sur la liberté fondamentale d’association et de manifestation pacifiques.

La loi fondamentale allemande considère, par exemple, la liberté de manifestation comme « une condition nécessaire d’un système politique d’alerte précoce ». De même, il est un fait que la liberté d’association et de manifestation pour un parti politique est l’expression d’une action collective dans un lieu public ayant pour objectif de rendre public son mécontentement, ses revendications.

Ainsi, une déduction possible à faire de l’avènement des dispositions du nouveau Code pénal restreignant les manifestations pacifiques est bien l’achèvement du musellement de l’opposition politique. Car ces dispositions viennent donner un motif légal et large aux autorités publiques pour réprimer toute manifestation pacifique venant de l’opposition pour affirmer son mécontentement considérant le climat favorable à leur exclusion des législatives posé par les nouvelles lois électorales. Un constat qui remet en cause la démocratie béninoise.

Au total, il importe de revenir aux standards en matière de restriction des droits et libertés tels que définis par la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples afin d’éviter que ces libertés soient prisonnières de calculs politiciens aussi opportunistes que pernicieux.

Sur le web

C’est l’été : attention à l’addiction au soleil !

Par Jacques Henry

Par Jacques Henry.

Femmes en bikini à la plage (Crédits : Don Johnson, licence Creative Commons)Le 21 juin est le jour calendaire qui est le début officiel de l’été et qui dit été dit plages, soleil et bronzage. Mais qui dit soleil dit aussi mélanomes et bien d’autres désagréments comme des brûlures qui peuvent durablement défigurer et mettre un terme prématuré à des vacances pourtant rêvées tout au long des mois d’hiver.

Pourtant l’exposition au soleil est bénéfique mais également insidieuse et c’est là le danger. En dehors du fait que le soleil est un bien à petites doses pour que la peau puisse produire la vitamine D indispensable à la vie, ce même soleil stimule d’autres métabolismes qui peuvent avoir des effets adverses inattendus. Pour la vitamine D, l’affaire est claire, notre organisme est incapable de convertir le 7-déhydrocholestérol en cholécalciférol, en d’autres termes la vitamine D3. Il faut des rayons ultra-violets provenant en général du Soleil, source de toute vie et de changements climatiques, pour que cette modification moléculaire puisse avoir lieu :

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Mais les rayons ultra-violets ont aussi un autre effet sur la peau, la production en quantités certes infimes mais loin d’être nulles du précurseur de l’hormone qui stimule la production de la mélanine. Normalement cette hormone est produite par l’hypothalamus, c’est-à-dire dans le cerveau, un endroit qui n’est jamais exposé directement au soleil. On vient pourtant de découvrir que la peau (voir le DOI) participe directement à la régulation de la production de mélanine en synthétisant elle-même le précurseur de l’hormone sous l’effet des ultra-violets. Cette hormone, un petit peptide, est bien connue et s’appelle la MSH, acronyme de Melanocyte Stimulating Hormone ou en français hormone stimulant les mélanocytes, ces cellules de la peau qui font qu’on produit la mélanine pour se protéger justement des effets néfastes du soleil en provoquant un brunissement de la peau, le fameux bronzage.

Il n’y a rien d’anormal à cela puisque le patrimoine génétique des cellules de la peau contient les mêmes informations que celles de l’hypothalamus. Or il se trouve que le gène qui code pour la MSH est un truc compliqué qui a la fâcheuse mission de coder simultanément pour un autre petit peptide aux fonctions complexes, la beta-endorphine, et deux autres hormones, l’ACTH (adrénocorticotrophine) qui régule la fonction des glandes surrénales et la beta-lipotropine qui intervient dans le métabolisme des lipides. Pour résumer parce que ça commence à devenir compliqué, le produit d’un seul gène, le 2p23.3 pour être précis, code pour le POMC, ou Pro-Opio-Mélano-Cortine, qui est ultérieurement coupé en divers morceaux pour finalement aboutir à une série de petits peptides qui ont tous une fonction précise.

Donc, quand on se fait bronzer, notre peau produit l’hormone qui stimule les cellules de la peau qui produisent la mélanine mais, en même temps, il y a une production de beta-endorphine, nous allons y revenir. La MSH, pour l’anecdote stimule aussi l’appétit tout court mais aussi l’appétit sexuel, on est en plein Gainsbourg : Sea, Sex and Sun !

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Mais revenons à cet autre produit du précurseur de tous ces petits petits peptides qui jouent des rôles variés, j’ai nommé la beta-endorphine. Comme son nom l’indique presque, la beta-endorphine est littéralement une morphine produite par l’organisme d’où le préfixe « endo » qui veut dire interne. La beta-endorphine est une centaine de fois plus puissante que la morphine pour calmer la douleur et faire « planer » par la même occasion, mais le mécanisme qui se situe dans le cerveau est régulé aussi précisément qu’une horloge suisse car point trop n’en faut !

Quand on se fait dorer les couennes sur une plage, sans s’en rendre compte on produit donc l’hormone qui va brunir la peau, la MSH, qui est également un excitant sexuel, mais aussi en quantités équivalentes de la beta-endorphine qui va procurer une sensation de bien-être et calmer au moins temporairement les effets douloureux d’une trop longue exposition au soleil.

Finalement la nature a bien fait les choses, mais en réalité pas tant que ça car il y a un revers, et de taille. Les rayons ultra-violets du soleil ont la fâcheuse tendance à endommager l’ADN des cellules de la peau et à favoriser l’apparition de mélanomes, la catégorie de cancer la plus mortelle qui soit, mais aussi, sous couvert de production de beta-endorphine, à créer comme pour l’usage de la morphine une sorte d’addiction au soleil. On a pris sa dose gratuite, on recommence et ainsi de suite, et c’est gratuit, c’est bien connu, le soleil fait partie des énergies renouvelables ! Pourquoi se priver de son shoot quotidien ? Il y a donc un réel effet pervers dans cette attitude à se faire bronzer coûte que coûte pendant les mois d’été. C’est dangereux et c’est comme une drogue dure et pas n’importe laquelle, la morphine.

Les travaux ont été réalisés avec des souris mais il n’y a absolument aucune raison que les choses se passent différemment pour les humains. Pour preuve, les souris dont on avait rasé le dos pour qu’elles prennent de bons « coups de soleil » avec une lampe à ultra-violet s’en remettaient très bien jusqu’à ce qu’on leur injecte un antagoniste de la morphine (et donc de la beta-endorphine) utilisé en urgence dans les cas d’overdose de morphine caractérisée, la naloxone. Les souris n’ont pas aimé du tout recevoir une autre dose d’ultra-violets parce que vraisemblablement elles n’avaient pas envie de souffrir mais aussi et surtout elles ne pouvaient plus s’administrer leur shoot de beta-endorphine auquel elles avaient fini par s’habituer ! Conclusion, sur la plage, au soleil, les dangers sont divers et cachés mais bien réels…

Référence : Gillian L. Fell, Kathleen C. Robinson, Jianren Mao, Clifford J. Woolf, David E. Fisher, « Skin β-Endorphin Mediates Addiction to UV Light », Cell, Volume 157, Issue 7, p1527–1534, 19 June 2014.

Cet article a été publié une première fois en 2014.


Sur le web.

Mediapart dégomme de Rugy : encore une affaire de trop d’État

Par Nathalie MP

Par Nathalie MP.

Mediapart, c’est le site d’Edwy Plenel, donc l’extrême gauche. Mediapart, c’est ce média qui pense qu’Emmanuel Macron mène une politique de casse du service public au nom d’un ultra-néo-libéralisme autoritaire et destructeur. Et Mediapart, c’est aussi cette entreprise de presse florissante qui avait décidé en toute illégalité de s’appliquer une TVA de 2,1 % au lieu des 19,6 % (puis 20 %) prévus pour la presse en ligne tout en pourchassant de sa vindicte tous ces « riches » qui se livrent en toute légalité à une optimisation fiscale a-bo-mi-nable.

Quant à François de Rugy, c’est le traître de la pièce. Traître à la gauche de la gauche, naturellement – vu de Mediapart, y a-t-il plus terrible outrage moral ?

D’abord écologiste, mais surtout pressé de devenir ministre, il est passé d’EELV au PS en dénonçant au passage la dérive gauchiste des Verts (2016). Puis, candidat à la primaire de gauche en janvier 2017, il piétine son engagement de soutenir le vainqueur – Benoît Hamon, un vrai homme de gauche, lui – et file chez Macron dont il a pourtant expliqué seulement un mois auparavant combien il doutait de sa fibre écologiste et combien sa politique des ralliements lui déplaisait.

Non seulement un traître, mais aussi une girouette, un opportuniste et un ambitieux, il est certes tout cela, au point que ses anciens collègues d’EELV voyaient en lui « la caricature du professionnel de la politique »...

Et on le découvre maintenant très à l’aise, c’est le moins qu’on puisse dire, dans les ors de la République, ses homards, ses vins millésimés et ses petites opacités pratiques, ainsi que l’a révélé Mediapart dès la semaine dernière, alors qu’il ne fut pas le dernier en tant que député à demander une moralisation de la vie publique :

L’arroseur arrosé

L’arroseur arrosé, en quelque sorte, exactement comme Jérôme Cahuzac vis-à-vis de la fraude fiscale contre laquelle il voulait lutter. Bref, une proie de choix pour Mediapart.

Tout comme Jérôme Cahuzac, François de Rugy n’est pas exactement ce qu’Edwy Plenel appelle un homme de gauche. Le premier avait beau être socialiste de longue date, il n’en était pas moins rocardien, chirurgien et riche. Quant à Rugy, s’il a toujours évolué à gauche, il a rejoint Macron, c’est tout dire.

Les gauchistes ont souvent montré au cours de l’histoire qu’ils n’abhorrent rien tant que les socio-démocrates, ces faux socialistes qui ont oublié Marx et Lénine quelque part en chemin pour reconnaître quelques vertus au marché – notamment celle de produire de la richesse qui pourra être impitoyablement taxée, mais c’est une autre histoire1.

Est-ce à dire que François de Rugy est l’injuste victime d’une énième tentative de l’extrême gauche d’affaiblir Emmanuel Macron et son gouvernement ?

Reconnaissons à Mediapart d’avoir méticuleusement mené son affaire. L’issue politique recherchée – la démission du ministre – n’était pas certaine, mais l’objectif entrepreneurial qui consistait à gonfler les ventes à une période estivale où l’intérêt des lecteurs s’émousse un peu, sur le modèle de l’affaire Benalla pour le journal Le Monde il y a tout juste un an, a sans aucun doute été largement atteint.

Admirons également le crescendo soigné : d’abord « la vie de château » à l’Assemblée nationale, puis la rénovation de son logement de ministre, puis les abus concernant le bénéfice d’une HLM pour sa directrice de cabinet – à laquelle François de Rugy a immédiatement demandé de démissionner, puis son propre logement « à vocation sociale » et enfin, cerise sur un gâteau déjà bien chargé qui a précipité la chute finale, les cotisations versées à EELV prises sur son IRFM (Indemnité représentative des frais de mandat des parlementaires) et surtout déduites ensuite de son impôt sur le revenu.

Piscines d’argent public

Rien de tout cela n’est clairement illégal (sauf peut-être le dernier point), mais tout indique cependant que pour un François de Rugy devenu personnage important de l’État, comme pour tous les Cahuzac, Thévenoud, Fillon, Benalla, etc. l’argent public est une vaste piscine dans laquelle on peut se servir sans retenue. Il y a aura toujours une excellente raison à avancer : je suis député de la France, moi, Monsieur ! Je suis Président de l’Assemblée nationale, je suis ministre, MI-NI-STRE !

Il est assez effarant de penser que les dîners de François de Rugy et son épouse ont eu lieu après l’affaire Fillon, comme si rien, jamais, ne pouvait entamer la bonne conscience de nos politiciens si dévoués à la cause publique et à l’intérêt général. Les entendre expliquer ensuite qu’il s’agissait de « garder le contact avec la réalité » est simplement insupportable alors que toutes les contraintes possibles – taxes sur l’électricité, le gaz et les carburants, limitations de vitesse, fin programmée des véhicules thermiques, pour parler de ce qui concerne le ministère de l’Écologie – s’empilent irréversiblement sur les citoyens.

Ainsi que je l’écrivais déjà à l’occasion des affaires précitées, la puissance de l’État concrétisée par ses dépenses publiques équivalentes à 56 % du PIB, ainsi que les postes, les honneurs et les deniers publics afférents se répandent comme « une lèpre » dans tous les recoins de la société, entraînant partout ambition maladive, jalousies pour avoir les bonnes places, corruption rampante et incompétence récurrente, ainsi qu’une adaptation des individus en général au bon vouloir de l’État.

Le terreau idéal pour voir fleurir des Fillon et des Rugy, des Benalla et des Cahuzac, ceux qu’on connaît et tous ceux qu’on ignore, mais qui sont bien là, dans l’administration, dans les ministères, dans les collectivités territoriales, au parlement européen, bref partout où il existe une autorité d’État qui vit de l’argent des autres, c’est-à-dire à peu près partout.

Un terreau idéal pour que l’État tout-puissant se retrouve régulièrement pris la main dans le sac des manquements et des prébendes de ses trop nombreux protégés, donnant ainsi facilement prise au chantage pour la plus grande satisfaction de tel ou tel opposant à tout changement, comme c’est le cas aujourd’hui avec les homards du ministre de l’Écologie.

La France et les Français se trouveront-ils mieux maintenant que François de Rugy a donné sa démission ? Ils auront certes la satisfaction de savoir qu’un indélicat de plus a été renvoyé à ses petites bassesses. Mais attendons-nous à voir arriver un ministre de l’Écologie2 qui aura pour mission de se montrer encore plus déterminé, c’est-à-dire encore plus dirigiste, pour faire baisser la pression politique de l’ultra-gauche, de Ruffin à Barrau et de Vargas à Mediapart.

Et n’imaginons surtout pas qu’une énième « loi de transparence de la vie publique » encore plus pointilleuse fera l’affaire. On pourra toujours évincer du système quelques élus véreux, histoire de montrer que l’État se veut vertueux – et bien sûr il faut le faire – mais c’est l’État lui-même, infiltré partout dans des proportions inusitées dans le monde, qu’il faut raccourcir, aussi bien à des fins de prospérité économique qu’à des fins de moralisation de la vie publique et de respect de l’État de droit.

Sur le web

  1. C’est l’histoire de la critique libérale du macronisme qui n’a bien sûr rien à voir avec sa critique stato-gauchiste, voire stato-droitiste.
  2. La ministre chargée des transports Elisabeth Borne succède à François de Rugy comme ministre de la Transition écologique. À suivre…

Vive la « surpopulation » !

Par Ferghane Azihari

Par Ferghane Azihari.
Un article de l’Iref-Europe 

Voilà des décennies que prospèrent les scénarios apocalyptiques sur une hypothétique pénurie des ressources. Cette frayeur inaugurée par Thomas Malthus n’a cessé de faire des émules parmi les héritiers du courant dérivé de son nom : le malthusianisme. En 1798, Malthus publie son célèbre ouvrage sur la population. Il craignait que la démographie ne progresse plus rapidement que la production de nourritures et promettait à son pays, le Royaume-Uni, des famines à répétition. Échec de la prévision.

Dans un vieil article publié en 1997, le magazine britannique The Economist revenait sur une série de prédictions apocalyptiques écologistes qui se sont toutes révélées fausses. En 1865, rappelle l’hebdomadaire, dans The coal question William Stanley Jevons évoque une pénurie de charbon au Royaume-Uni. Là encore, il s’est trompé. Quelques décennies plus tard, l’administration américaine s’inquiétait d’une pénurie de pétrole susceptible de survenir au début du XXe siècle. Ce comique de répétition n’a cessé d’être entretenu jusqu’à aujourd’hui. À ceci près que les mouvements écologistes se désolent désormais de la trop grande abondance et de la trop grande accessibilité des énergies fossiles.

En 1968, le biologiste Paul Ehrlich publiait son best-seller intitulé The Population Bomb qui s’inquiétait des famines que connaîtrait l’humanité dans les années soixante-dix en raison de la surpopulation qu’il identifiait ainsi que la pression sur les ressources et la nourriture qu’elle induirait. Toutes ces prévisions se sont révélées fausses. L’humanité n’a aujourd’hui jamais été aussi proche de l’objectif d’éradiquer la sous-alimentation. Celle-ci frappait un humain sur deux au sortir de la Seconde Guerre mondiale et ne concernait plus que 10,9 % de l’humanité en 2017.

Dans son célèbre rapport publié en 1972, le très scientifique Club de Rome alertait lui aussi sur les dangers de la croissance de la population et de la pression induite sur les ressources naturelles. Il publiait notamment ce tableau censé anticiper les pénuries de certains matériaux.

FIGURE 1 : première partie du tableau sur la disponibilité des ressources naturelles selon le rapport sur les limites de la croissance du club de Rome

FIGURE 2 : seconde partie du tableau sur la disponibilité des ressources naturelles selon le rapport sur les limites de la croissance du club de Rome

 

Pour comprendre ce tableau, on peut se référer au commentaire des auteurs du rapport pour le cas du chrome :

« Les réserves mondiales connues de chrome sont d’environ 775 millions de tonnes métriques, parmi lesquelles environ 1,85 million de tonnes métriques sont exploitées annuellement à l’heure actuelle. Ainsi, au taux d’utilisation actuel, les réserves connues dureraient environ 420 ans.[…] La consommation mondiale réelle de chrome augmente cependant de 2,6 % par année. Les lignes courbes […] montrent comment ce taux de croissance, s’il continue, épuisera le stock de ressources […] en seulement 95 ans. »

Notons que les auteurs se laissaient une certaine marge d’erreur en supposant qu’on puisse découvrir des réserves cinq fois supérieures à leur estimation. Fort heureusement, cette marge d’erreur nous a évité une pénurie d’aluminium 35 ans après la publication de ce rapport…

Le capitalisme, système de gestion de la rareté par excellence

Il n’y eut guère que l’économiste américain Julian Simon pour s’en prendre à ces récits apocalyptiques. Selon Simon, l’erreur des biologistes, des physiciens ou des géologues alarmistes consiste à considérer les sociétés humaines comme des systèmes figés incapables d’innover. D’autant que les inquiétudes néo-malthusiennes témoignent de leur difficulté à saisir le rôle des prix et des mécanismes de l’offre et de la demande dans la gestion de la rareté des ressources. Rappelons que la rareté des ressources est le point de départ de l’analyse économique. Sans rareté, la propriété privée, l’échange, le commerce, les prix et toutes les institutions qui sous-tendent le capitalisme n’auraient plus aucun intérêt.

Une économie de marché où les prix sont librement fixés est précisément ce qui protège l’humanité du risque de pénurie. Toutes choses égales par ailleurs, la raréfaction d’un matériau augmente son prix. Cela encourage les producteurs à trouver des techniques plus sophistiquées de production et d’extraction de la ressource ou des substituts. Sa cherté régule parallèlement sa consommation, incite à sa conservation, à son recyclage et invite les populations à se tourner vers des substituts. L’ingénierie humaine est donc l’ultime ressource pour reprendre le titre de l’ouvrage de Simon publié en 1981.

Les ressources n’ont jamais été aussi abondantes

Passées ces considérations théoriques, place à la pratique. Afin de mesurer l’accessibilité des ressources naturelles, le site Human Progress, édité par le think tank libertarien américain Cato Institute, s’est mis en tête de créer le Simon abundance index en hommage à l’économiste susmentionné. Le but de ce projet est d’évaluer l’évolution de l’accessibilité des ressources pour l’humanité.

Comment ? En calculant l’évolution du temps de travail moyen nécessaire à l’achat d’une unité de ressource particulière à l’échelle mondiale. Le prix d’une cinquantaine de produits de base référencés par la Banque mondiale ont ainsi fait l’objet d’un examen pour savoir s’ils étaient aujourd’hui en moyenne plus accessibles pour l’ensemble de l’humanité. Les résultats sont compilés dans le tableau suivant.

TABLEAU 1 : évolution du prix des ressources naturelles en temps de travail (1980 – 2018)

En moyenne, le prix des 50 ressources naturelles listées en temps de travail a baissé de 72,34 %. Cela signifie qu’un individu peut, en 2018, s’offrir 3,6 fois plus d’unités de ressources qu’en 1980 pour une même quantité de travail.

Vive la surpopulation !

La démocratisation et l’abondance des ressources naturelles sont allées de pair avec la croissance de la population. Cette évolution permet d’infirmer le discours néo-malthusien qui suggère qu’une croissance soutenue de la population humaine dilue la sécurité et le confort matériels de l’humanité. Il serait tout aussi erroné de considérer que cette démocratisation des ressources s’est faite en dépit de la population humaine. La théorie économique suggère que cette tendance a partiellement été favorisée par la croissance démographique. Celle-ci a en effet accru la taille du marché et la concurrence tout en augmentant la qualité de la division du travail internationale et de la spécialisation des industries.

Il est d’usage de considérer un être humain comme une bouche à nourrir et un consommateur de ressources. Pourtant, un être humain qui vient au monde est aussi un cerveau supplémentaire potentiellement tourné vers la créativité et l’innovation. Deux qualités qui nous permettent collectivement d’optimiser la production de richesses avec le temps.

Les auteurs du Simon Abundance Project, l’économiste Gale L. Pooley et le politologue Marian L. Tupy notent à ce propos que le prix moyen des ressources listées a décliné de 1,016 % pour chaque pourcent d’augmentation de la population humaine ces 38 dernières années.

Chaque naissance nous rend collectivement plus riche pour peu que les institutions permettent aux talents de chacun de s’exprimer librement dans la division internationale du travail.

À partir de l’évolution du prix des ressources en temps de travail ainsi que celle de la démographie, les auteurs se proposent d’établir un indice baptisé Simon Abundance Index destiné à évaluer l’abondance des ressources pour l’ensemble de l’humanité. La progression de cet indice est illustrée via l’infographie ci-dessous tirée du site Human Progress.

FIGURE 3 : évolution du simon abundance index (1980 – 2018)

Cela fait plus de deux siècles que Malthus et ses disciples se trompent. Gageons qu’ils continueront à se tromper.

Sur le web

Matrix a 20 ans : l’héritage durable d’un monument du cyberpunk

Par Auteur invité

Par Bertrand Hartemann.

Le film Matrix fête cette année ses vingt ans. Écrit et réalisé par les Wachowski, il reste un objet de fascination. Ce patchwork culturel tisse des liens entre l’art du kung-fu, les mangas japonais, la philosophie post-structuraliste ou encore la culture cyberpunk. Outre le fait d’être monument de la pop culture, c’est surtout une formidable machine herméneutique invitant à des jeux de piste théoriques. Le film façonne une réflexion, plus que jamais d’actualité, sur la numérisation de l’existence.

La matrice, concrétisation du Léviathan

L’œuvre capture parfaitement l’atmosphère de son époque. En cette fin de XXe siècle, l’Histoire a rendu son implacable verdict. La chute du mur de Berlin impose le triomphe de la mondialisation. La fin des utopies accélère le désenchantement du monde au profit des seules rationalités économique et scientifique. Le cyberespace devient un territoire virtuel à conquérir.

Le récit se situe en 2199 dans un avenir apocalyptique. L’Intelligence Artificielle s’est emparée d’une Terre dévastée. Aliénée par la technologie des machines, l’humanité est cultivée en silos. Maintenus dans le coma, les corps sont encapsulés pour être exploités comme source d’énergie (bio)électrique. Inconscients, les esprits naviguent dans une simulation neurologique.

Cette Matrice est la concrétisation du Léviathan, machine sociale et technologique totale imaginée par Hobbes en 1651. Un groupe d’humains affranchis dirigé par Morpheus et Trinity aide à libérer Néo de la Matrice croyant reconnaître en lui l’élu, le sauveur de l’humanité. La narration se structure autour de son voyage initiatique.

Matrix est une remarquable synthèse de la culture cyberpunk, dans la lignée de Blade Runner (1982), Ghost in the Shell (1995) ou Dark City (1993). Mais les Wachowski parviennent à aller plus loin en rendant populaire la métaphysique du réel. L’œuvre invite à questionner les systèmes de représentation et à passer de l’autre côté du miroir sociétal. Elle s’inscrit dans les pas de Philip K. Dick pour qui « la réalité, est ce qui subsiste quand on a cessé d’y croire ».

Hyper-réalité et faillite des sens

Le scénario reformule l’allégorie de la caverne de Platon. Celle-ci met en scène des hommes en captivité dans « une demeure souterraine » par opposition au « monde d’en haut », dont ils ne perçoivent que des ombres projetées sur les murs. Quitter cette prison de l’ignorance est chose ardue. Tout fugitif est cruellement ébloui par la lumière et la réalité enfin offertes à son regard. S’il vient à revenir auprès de ses compagnons enchaînés, ceux-ci n’ont aucun moyen de le comprendre et le pensent immanquablement fou.

En 1981 le philosophe Hilary Putnam reprend cette expérience du Dieu trompeur de René Descartes et de Platon. Elle propose une expérience de pensée consistant à placer un cerveau dans une cuve. En lieu et place des sensations corporelles, le cerveau est activé par des stimuli informatiques. Comment dès lors être parfaitement certain de ne pas être nous-même ce cerveau manipulé ?

Les simulacres de la société du spectacle

Pour reprendre la « critique de la raison pure » d’Emmanuel Kant, la perception n’est pas un fait mais un jugement. Nos sens ne capturent pas l’essence du monde, ils ne font que l’interpréter. Or comme le souligne Jean Baudrillard, nos sociétés modernes génèrent des simulacres de réalités construits sur l’extase de la communication permanente.

La société du divertissement, théorisée par Guy Debord et Neil Postman, appauvrit la réflexion. Les technologies et processus médiatiques nous poussent à accepter le monde tel qu’il est perçu et structuré par l’organisation sociopolitique. À l’heure de l’hyper-mondialisation et de l’hyper-connexion la lumière et la vitesse aveuglent. Elles ne laissent plus le temps de la réflexion. Les flux numériques et médiatiques dupliquent le réel jusqu’à s’y substituer. La mise en ligne (numérisation) de nos existences finit par mettre en abîme le réel. Pour reprendre l’allégorie de Borges, c’est aujourd’hui la carte qui triomphe sur le territoire.

Transgresser les apparences

La diégèse du film Matrix se construit autour de l’éveil et de l’insurrection des consciences. La matrice est décrite comme une structure « universelle, omniprésente, ubiquitaire. Elle est le monde qu’on superpose au regard pour empêcher d’entrevoir la réalité de notre condition d’esclave ». Suivant la théorie de Joseph Campbell la narration adopte la structure des principaux récits mythologiques. Le héros est appelé à quitter le confort du quotidien pour explorer un territoire surnaturel dont il sort finalement libéré.

Cet appel à la libération résonne aujourd’hui avec encore plus de force face à la numérisation croissante de notre quotidien. La mise en données et l’exploitation du champ de l’intime relèvent d’une « servitude volontaire ». Les plateformes numériques simplifient, enrichissent et optimisent le quotidien pour mieux le confisquer. La force de l’habitude, le confort et l’absence d’alternatives endorment les consciences. Pour paraphraser Étienne de la Boétie, le divertissement est l’appât de la soumission, la compensation de notre liberté ravie, l’instrument de la tyrannie.

Les individualités sont toujours davantage contraintes par l’accélération des flux économiques et numériques. Cette vitesse affaiblit la conscience. La diégèse de Matrix est une invitation, plus que jamais d’actualité à être ouvert aux champs des possibles.

Climat, justice et politique : on ne peut même plus dire n’importe quoi !

Par Michel Gay

Par Michel Gay et Jean-Pierre Riou.

Repris de l’interview de Jean-Pierre Riou dans Atlantico

Le 25 juin 2019, le tribunal de Montreuil (Seine-Saint-Denis) a reconnu l’inaction de l’État, visé pour « carence fautive » dans la lutte contre la pollution de l’air en Île-de- France.

Ainsi, il pourrait aussi être reproché à l’État le non-respect de ses promesses politiques inscrites dans la loi, même si elles se révèlent intenables (abandon partiel du nucléaire, de la voiture thermique sans alternative crédible…).

Un cadre contraignant

Le Cadre européen pour le climat et l’énergie à horizon 2030 impose l’objectif contraignant de réduire les émissions de CO2 de 40 % par rapport à 1990.

Or, étrangement, la France a choisi de mobiliser la plus grosse part de l’investissement public de sa Stratégie nationale bas carbone (SNBC) dans la restructuration de sa production d’électricité pourtant déjà décarbonée.

Et elle projette, en même temps, de fermer des réacteurs nucléaires pour réduire jusqu’à 50 % la part de leur production d’électricité… qui n’émet pas de CO2.

Où est la cohérence ?

En mai 2018, après six mises en demeure non suivies d’effet, Bruxelles avait renvoyé la France devant la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) pour non-respect de la Directive européenne de 2008 sur la qualité de l’air.

Dès lors, la justice ayant été saisie par une plaignante qui imputait ses problèmes respiratoires aux pics de pollution, le tribunal de Montreuil ne pouvait que constater une carence de l’État dans les efforts mis en œuvre pour respecter cette directive européenne.

Mais il est important de noter que le tribunal a considéré que le lien de causalité entre cette pollution et les troubles respiratoires de la plaignante n’était pas démontré et que le dépassement des valeurs limites de pollution ne pouvait constituer, à lui seul, une carence fautive.

Le tribunal n’a donc pas retenu la demande d’indemnisation qui était de 160 000 euros.

Le politique et la loi…

L’intervention du juge dans l’appréciation de l’action de l’État doit attirer l’attention des politiciens sur le caractère contraignant des promesses électorales, dès lors qu’elles s’inscrivent dans la loi !

Or ces promesses ignorent souvent la faisabilité de leur mise en œuvre.

C’est le cas notamment de l’interdiction des moteurs thermiques à horizon 2040, avant même qu’une alternative pérenne soit clairement identifiée.

C’est aussi le cas de l’inscription dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) du remplacement de réacteurs nucléaires par des énergies renouvelables électriques dont l’intermittence des productions fatales interdit pourtant de remplacer une seule installation programmable.

L’Allemagne en fait la ruineuse expérience en restant incapable de réduire son parc de production programmable depuis 2002, malgré le développement d’un imposant doublon intermittent éolien et solaire.

Les effets d’une politique énergétique désastreuse, mais conforme à la loi, risquent d’échapper à l’appréciation du juge.

C’est ainsi que l’État s’expose à être assigné devant la justice si des dispositions inscrites dans la loi ne sont pas respectées, sans qu’il soit nécessaire de démontrer le lien entre cette carence et le préjudice invoqué.

En cette période de réflexions avancées sur la future programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), le tribunal de Montreuil rappelle donc les risques des lois déconnectées de la réalité.

La gestion du risque

La gestion du risque ne doit pas céder à l’émotion médiatique sous peine de faire courir un danger bien plus grand encore en cédant à l’opinion pour se protéger d’un danger mineur.

La production d’énergie la moins dangereuse est l’énergie nucléaire. Elle est responsable de moins de morts par kWh produit que chacune des autres filières, éolien compris.

La menace du juge fera-t-elle réfléchir le politique en échec sur le climat pour avoir notamment confondu objectifs et moyens, ou bien au contraire, l’encouragera-t-elle dans une fuite en avant vers l’intensification du développement des énergies renouvelables ?

Car le juge ne se prononce pas sur l’efficacité des politiques, mais uniquement sur les efforts engagés par l’État pour respecter les promesses, dès lors que celles-ci sont inscrites dans la loi.

C’est ainsi que 121 milliards d’euros de soutien public sont déjà engagés dans les contrats d’énergies renouvelables électriques pour tondre un œuf, puisque le parc électrique français est déjà décarboné à plus de 90 % depuis près de 30 ans.

Mais la pertinence de la loi qui encadre ce développement n’est pas de la compétence du juge. En revanche, ses modalités d’application le sont.

Raisonnement et sensibilisation

Les tonitruantes annonces diverses de suppression du diesel, des voitures à moteurs thermiques en 2040, et partiellement du nucléaire, semblent davantage destinées à satisfaire une opinion mal informée qu’à répondre aux défis énergétiques actuels, et notamment à notre sécurité d’approvisionnement.

Le caractère de plus en plus religieux de l’écologie politique creuse chaque jour le fossé qui la sépare de la science. La médiatique Greta Thunberg y représente désormais la grande prêtresse de Gaïa qui draine dans la rue les lycéens pour sauver le climat, et appeler à la récession ; pardon, la décroissance.

La mobilisation croissante de la jeune génération par les Verts dans le « sauvetage de la planète » est inquiétante. Car cette génération est perméable aux clichés véhiculés par les médias, et loin de la réalité.

Une majorité de Français (69 %) croit que le nucléaire est néfaste pour le climat en raison de fortes émissions de CO2. Cette idée fausse est partagée par 86 % des 18-34 ans alors que le nucléaire français est particulièrement décarboné, avec 5,45 grammes de CO2/kWh, tandis que l’éolien est estimé à plus de 10 grammes et le solaire à plus de 40 grammes… Par comparaison, le kWh en Allemagne (si vantée pour ses énergies renouvelables) émet en moyenne 560 grammes de CO2, soit 100 fois plus !

Dans une logique brumeuse, quatre ONG ont demandé à la fois au gouvernement de lutter davantage pour le climat… et de fermer les centrales nucléaires, lors de « l’Affaire du siècle ».

Cette désinformation de la tranche d’âge la plus engagée pose la question du rôle de l’Éducation nationale, puisque le thème des énergies renouvelables y est traité via l’intervention d’acteurs de la filière. L’importance des sommes en jeu fait craindre leur manipulation par des intérêts financiers internationaux.

La raison semble avoir disparu du débat. Elle est remplacée par une sensibilité qui suscite une véritable dictature de l’émotion.

La géostratégie mondiale n’est pas un long fleuve tranquille. Les conséquences des utopies actuellement en vogue, et qui s’inscrivent de plus en plus dans la loi, n’ont pas fini d’être soulignées par les juges et payées par nos enfants.

Diviser par six les émissions de CO2 en France d’ici à 2050 : vers une France virtuelle

Par Michel Negynas
Coq (Crédits : Olibac, licence CC-BY 2.0)

Par Michel Negynas. 

La France (et l’Europe) veut atteindre la « neutralité carbone » en 2050. Mais encore ?

Ci-dessous, l’évolution des émissions depuis 1960 jusqu’en 2016. En 2017, elles ont augmenté, puis diminué en 2018. En fait, on stagne depuis plusieurs années autour de 350 Mt/an.

En bleu clair, l’électricité, bleu foncé l’industrie, jaune résidentiel et tertiaire, vert agriculture, rouge transport.

Sur la courbe ci-dessus, on voit que les progrès les plus nets (moins 20 %) coïncident avec l’arrivée du nucléaire. Le reste des progrès résulte de l’industrie, en partie, malheureusement, via la désindustrialisation. Presque aucun progrès n’a été fait pour le transport et le résidentiel/tertiaire depuis 1990. On n’a fait que compenser l’augmentation des besoins dus à l’augmentation de population.

En 1990, on était à 380 Mt ; l’objectif est donc de l’ordre de 65 Mt. En augmentant un peu la reforestation, cela pourrait correspondre à la « neutralité carbone »

Comment va-t-on y arriver ?

Classement des sous-secteurs* les plus émetteurs (hors Utilisation des Terres, Changement d’Affectation des Terres et Foresterie) en 2015.

 

Classement Sous-secteur Part du sous-secteur dans les émissions nationales de la France métropolitaine
1 Voitures particulières diesel 16 %
2 Résidentiel 15 %
3 Poids lourds diesel (y.c. bus et cars) 8,1 %
4 Tertiaire 7,7 %
5 Véhicules Utilitaires Légers diesel 7,0 %
6 Minéraux non-métalliques et matériaux de construction 5,7 %
7 Chimie 5,5 %
8 Production d’électricité 5,0 %
9 Métallurgie des métaux ferreux 5,0 %

 

Le secteur de la production d’électricité est quasiment déjà décarboné ; et même si on arrête le nucléaire et continue d’installer des ENR intermittentes, il risquerait plutôt d’augmenter.

Les secteurs acier, minéraux (ciment) et chimie ont des émissions liées aux réactions chimiques mises en jeu. Sauf rupture technologique inconnue à ce jour, ils les garderont. L’acier est déjà recyclé au maximum par la voie électrique, mais on aura encore besoin d’en fabriquer à partir de minerais. On pourrait imaginer de le produire par électrolyse, comme l’aluminium, mais ce ne serait pas sans inconvénients pour l’environnement et nécessiterait plusieurs EPR dédiés. Le ciment pourrait être produit dans des fours électriques, mais le principe chimique lui-même implique un dégagement de CO2. De toute façon, le gouvernement prévoit de fermer des centrales nucléaires, pas d’en ajouter… Quant à la chimie, elle est principalement à base d’hydrocarbures, et là encore, les principes chimiques des procédés impliquent des émissions de CO2 incontournables.

Ces quatre secteurs représentent 21 %, soit 76 Mt : on dépasse déjà le facteur 6, même si tout le transport et le chauffage est électrique.

On peut évidemment choisir de ne plus produire d’acier, de chimie et de ciment en France, et de tout importer. Cela ne changerait rien aux émissions, elles se feraient ailleurs. On peut aussi dire qu’on va stocker le CO2 en souterrain : c’est très cher, et personne n’en veut. Enterrer de l’acide carbonique est bien plus risqué que les procédés de fracturation du gaz de schiste.

Quels que soient les efforts à faire sur le reste, transport, chauffage, petite industrie, on voit que l’objectif est compromis par seulement quatre secteurs, sauf à compter sur des solutions qui n’existent pas à ce jour, ou à se fermer les yeux et produire ailleurs, et à ne plus rien fabriquer.

C’est d’ailleurs un peu cela qui est prévu si on lit les « solutions » présentées dans le texte de loi en cours de consultation (la « petite loi sur l’Énergie ») et les « impacts » calculés.

Les conséquences macro-économiques sont tirées d’une étude de l’ADEME sur la neutralité carbone en 2050. (Synthèse du scénario de référence de la stratégie française pour l’énergie et le climat /Version provisoire du projet de stratégie nationale bas carbone (SNBC) et du projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), mars 2019)

L’étude de l’évolution du PIB par rapport à un scénario « tendanciel » montre à 2050 une croissance de 3,5 % de la consommation, 2,5 % de l’investissement, et une baisse des exportations de 3 %

En matière d’emploi, c’est magique :

« L’évaluation macroéconomique réalisée dans le cadre de la révision de la stratégie nationale bas carbone, estime que le scénario sous-jacent à la SNBC permet de créer 469 000 emplois en 2030 et 789 000 à l’horizon 2050, par rapport à un scénario tendanciel (scénario AME). La transition énergétique permettrait de créer 208 000 emplois principalement directs, tandis que les 581 000 postes restants seraient principalement indirects, générés par le surcroît d’activité économique. Les secteurs les plus créateurs d’emplois seraient le secteur tertiaire avec 513 000 postes supplémentaires (65 % du total), principalement indirects, compte tenu de son poids dans l’économie. L’industrie quant à elle créerait 36 000 emplois (5 % du total), également principalement indirects. »

Sauf que les emplois créés sont essentiellement des emplois de service, créés «  par le surcroît d’activité économique » Or comment est créé le surcroît d’activité économique ? Pas par le secteur marchand, par les services ! Et pas par des exportations de services, puisqu’elles diminuent. Et de combien est-il, ce surcroît d’activité économique ? 3 % du PIB ! L’Ademe n’a pas inventé le mouvement perpétuel, mais a trouvé la « création d’emplois perpétuelle ». Et cela ne gêne personne de voir croître la consommation et les investissements, et en même temps le solde des exportations décroître, alors même que par hypothèse, nous n’aurions plus d’importation de pétrole et de gaz.

La réalité est que cette neutralité carbone est le fantasme d’une société ne produisant plus rien de matériel, suspendue à des services n’ayant plus rien à servir, poursuivant la chimère des élites françaises des années 80 d’entreprises sans usines, qui a conduit à notre désindustrialisation, à 100 % du PIB de déficit et 5 millions de chômeurs.

Les publicités changent, et il faut s’en réjouir

Par Bill Wirtz

Par Bill Wirtz.

Nous avons fait des progrès dans l’évolution du secteur de la publicité. Les Égyptiens utilisaient le papyrus pour des messages de vente et des affiches murales, tandis que le Moyen-Âge nous faisait passer aux crieurs publics et aux panneaux publicitaires.

Même les marques de commerce sont plus anciennes que beaucoup ne le pensent. La première marque remonte à 1300 av. J.-C., dans ce qui est l’Inde aujourd’hui.

La publicité est à la fois un reflet de la réalité et une exagération vulgaire des attentes des consommateurs : elles sont flashy, elles sont grossières, elles mettent en scène des musiciens et des acteurs. Certaines publicités sont tellement divertissantes que les téléspectateurs font en sorte de les regarder, et elles génèrent des clics massifs sur des plateformes vidéo telles que YouTube.

La télévision terrestre est un bon exemple de la manière dont certains services ne sont financés que par la publicité depuis longtemps.

Avec l’apparition de la publicité en ligne, nous avons vu des journaux entiers changer de modèle d’affaires. Le Guardian – qui n’est pas exactement le défenseur du capitalisme moderne au Royaume-Uni – recueille davantage d’argent en ligne qu’en version imprimée. Pas étonnant, car la publicité en ligne est meilleure pour les annonceurs et les consommateurs.

La publicité ciblée indique à l’entreprise qui affiche l’annonce si elle est réellement visionnée et cliquée, ce que vous ne pouvez garantir d’aucune façon à la télévision ou à la radio. Sur la plateforme vidéo YouTube, l’entreprise explique que vous ne payez votre annonce que si les gens choisissent de la regarder :

« Par exemple, lorsque quelqu’un choisit de visionner votre publicité TrueView pendant au moins 30 secondes ou s’engage avec votre publicité comme cliquer sur un call-to-action overlay, une carte ou une bannière d’accompagnement. »

Cela s’applique certainement à moi-même : en tant qu’amateur de bière artisanale, les publicités Google et Facebook m’informent constamment sur les dernières créations de bière. Pourquoi devrais-je m’énerver ? J’utilise un service en ligne gratuit, et en retour je suis informé des produits que j’aime.

Quelle manipulation ?

Il serait étrange de prétendre que c’est pire qu’autrefois, quand on me montrait des objets que je n’achète pas, comme des produits d’hygiène féminine ou des pneus de voiture.

Il existe aussi une supposition commune que la publicité est une forme de lavage de cerveau, nous bombardant constamment avec ce que nous ne voulons pas. Elle pose la vieille question : peut-on faire acheter à quelqu’un ce qu’il ne veut pas acheter ?

Le juriste américain Cass Sunstein, qui était administrateur du Bureau de l’information et des affaires réglementaires sous l’administration Obama, a publié un essai intitulé Fifty Shades of Manipulation, dans lequel il qualifie le marketing conventionnel de manipulation. Il écrit par exemple :

« Il est important de reconnaître que dans le domaine commercial, la manipulation est répandue ; elle fait partie de l’entreprise de base. »

Oui, lorsque des entreprises font de la publicité sur des bienfaits pour la santé de leurs produits, qui ne peuvent être prouvés, elles induisent intentionnellement leurs clients en erreur. Cependant, c’est loin d’annoncer un produit comme étant cool, rafraîchissant, confortable ou à la mode.

Doit-on définir le simple fait qu’un produit est décrit par le producteur comme bon, comme une manipulation ? Car selon ce même critère, je me sentais également manipulé par le fait que Sunstein qualifie de pertinent un livre qu’il a lui-même édité, (ce qu’il a fait sur Twitter).

Vous ne pourriez vendre à personne une bougie pour remplacer les ampoules électriques, mais vous pouvez faire de la publicité positive pour vos produits. Bien sûr, la publicité fonctionne, sinon cela ne servirait à rien.

Cependant, l’hypothèse selon laquelle il est mauvais d’avoir des services basés sur la publicité est une pensée rétrograde. De nombreuses carrières, y compris celles de journalistes free-lance, ont été rendues possibles grâce à la publicité moderne. De nombreux consommateurs sont heureux d’avoir des publicités ciblées spécifiques en ligne plutôt que de s’ennuyer avec leur téléviseur.

La publicité change parce que nous changeons en tant que consommateurs.

Pour plus d’informations, c’est ici.

François de Rugy démissionne

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Yves Cochet, survivaliste privilégié

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Vous connaissez sans doute la différence entre un bon chasseur et un mauvais chasseur (le bon chasseur, il voit un truc… il tire. Le mauvais chasseur, il voit un truc… il tire). Maintenant il va falloir que vous saisissiez la différence entre un bon plouc et un mauvais plouc.

Le mauvais plouc roule dans un Dodge Charger orange avec le numéro 1 peint sur les portières soudées, écoute du Hank William Jr en buvant de la gnole distillée dans la remise au fond du jardin, porte un gilet sans manche avec des ailes brodées dans le dos et accueille les visiteurs indésirables avec une rafale de AK47.

Le bon plouc s’achète une propriété de 7 hectares avec sa retraite d’ancien ministre pour y vivre en supposée autarcie grâce aux énergies renouvelables (bois, éolien, solaire…), aux circuits courts en s’approvisionnant auprès de ses voisins cultivateurs bios et responsables et y habite une maison à basse consommation.

Le mauvais plouc ne supporte pas qu’on lui fasse la morale. Le bon plouc fait la morale.

Le mauvais plouc survivra sans problème si la fin du monde arrive. Le bon plouc écrit depuis des années sur la fin du monde et sera le premier à disparaître dès qu’un atome de bon sens économique et moral sera réapparu dans ce pays qui vit dans une bulle d’irréalité depuis des lustres. D’ailleurs, d’après ce dernier, l’apocalypse ne devait pas tarder à arriver.

Pour l’ex-ministre de l’Environnement Yves Cochet, la fin du monde aura lieu en 2035. En fait d’atome, il est d’ailleurs plus probable que ce soit un tombereau plein à craquer de réalité qui ne s’abatte sur ce pays, donnant d’ailleurs raison à Yves Cochet et mettant fin à son monde, un monde de privilèges et de sophismes dont il aura néanmoins bien profité.

Plouc v. plouc

Parmi toutes les définitions du gauchisme, il y en a une qui correspond assez bien à Yves Cochet, celle d’être la maladie infantile du communisme. Dans ce livre qui date de 1920, Lénine y assimile le gauchisme à un excès de doctrinarisme, maladie politique étant apparue à l’aube du XIXe siècle en France et ayant alors frappé les libéraux français. Soit dit en passant, il semble bien que cette position qui consiste à  subordonner les principes politiques à un ensemble de doctrines rigoureuses fasse toujours des ravages et soit loin d’être guérie.

Dans l’esprit du gauchiste, les principes passent toujours avant la réalité, la doctrine détermine toujours les actes et le raisonnement intellectuel en circuit fermé est le seul à pouvoir aboutir à définir la vérité. Le gauchiste ne jure que par la raison pure et se targue de savoir ainsi s’affranchir de toutes les erreurs que commettent les humains ordinaires, prisonniers de leurs habitudes, de leurs préjugés, de leurs croyances et de leurs sentiments. Le gauchiste est un surhomme.

C’est d’ailleurs cela qui différencie le bon plouc du mauvais plouc : le bon plouc se déguise en plouc pour suivre ses principes. Il agit de manière raisonnée et déterminée. Ces explications l’habillent d’une aura de sainteté que le mauvais plouc n’aura jamais : il minimise son empreinte carbone et est écoresponsable. Il sait ce qu’il fait et pourquoi il le fait. Le plouc ordinaire, lui, n’est pas devenu plouc par savante réflexion : on l’a juste baptisé plouc pour se moquer de lui.

La raison pure

Tout le discours d’Yves Cochet se résume en une phrase : « Nous avons anticipé qu’un effondrement systémique et global du monde puisse avoir lieu, disons, vers les années 2025-2030 » qu’il explicite élément par élément comme pour l’électricité, l’alimentation, internet, etc.  « Sans pétrole : le monde actuel n’existe pas » et la pénurie approche…

Bien évidemment, le monde se retrouvera bien un jour sans pétrole, celui-ci étant en quantité finie. Une fois qu’il aura été entièrement brûlé ou transformé, il ne restera plus une goutte du précieux fossile vieux de plusieurs millions d’années.

Sauf que sa vision oublie complétement la réalité, elle est purement comptable et intellectuelle. Le monde ne fonctionne pas avec des mots. La nature ne compte pas, ne mesure pas, ne décrit pas, ne trie pas… La nature est un système, et un système ne s’effondre pas : il change d’organisation, il évolue, il s’adapte. Le monde ne fonctionne pas avec des lois édictées par les Hommes : il fonctionne de telle manière que l’Homme puisse décrire son fonctionnement en imaginant des lois, en dessinant des règles, des chiffres et des mesures.

Et il arrive tant de fois que les Hommes s’enferment eux-mêmes dans les tableaux qu’ils ont peints…

Le raisonnement d’Yves Cochet est un pur sophisme : ne pas savoir quelles solutions existeront dans le futur ne veut absolument pas dire qu’il n’y en aura aucune. Ce que nous connaissons du monde n’est qu’une image, une représentation forcément imparfaite et erronée parce qu’elle est construite uniquement avec ce que nous savons.

Un profond mépris de classe

D’ailleurs Yves Cochet lui-même en est intimement persuadé : Gaïa est un organisme vivant, non ?

Et il connait également les moyens pour minimiser le grand effondrement, ce sont ceux qu’il s’applique à lui-même : l’autonomie des individus, l’autosuffisance et la fin de la dépendance envers l’État qui de toute façon sera amené à disparaître.

En fait, Yves Cochet est libertarien. Il vit dans un monde où l’État a totalement disparu et où la société repose sur l’échange consenti, l’autoprotection et la propriété privée.

Sauf qu’Yves Cochet est libertarien pour lui-même et pas pour les autres. Pour les autres, il s’est même fait l’ennemi juré du moindre individualisme. Et la solution collectiviste qu’il préconise est à l’opposé total de ce qu’il met en œuvre pour lui-même : organiser une pénurie géante, une « politique mondiale de rationnement » avant que la vraie pénurie ne se produise, histoire sans doute d’habituer le bas peuple à survivre dans les conditions pitoyables que les politiques confiscatoires et infantilisantes auront elles-mêmes provoquées.

Fiscalité confiscatoire sur la propriété privée, régulations des libertés, politiques du logement et de l’immobilier, monopole de la sécurité et de la justice, monopoles économiques, stigmatisation des productions à grande échelle, déresponsabilisation sociale, mise hors-la-loi des pensées subversives : politiques, religieuses, familiales…

Les ploucs de base vivent dans des enclos, tous soumis au même rationnement drastique. Le plouc ministre vit dans son domaine autosuffisant.

Le jour où l’écologisme s’effondrera

Le reportage sur un docteur en mathématiques et ancien syndicaliste de l’UNEF un peu perché et somme toute assez bonhomme ne doit pas nous faire oublier que l’écologisme est le dernier avatar en date de la principale menace qui pèse sur l’humanité. Car il existe un danger, bien présent et bien plus dangereux que le réchauffement climatique, la pénurie pétrolière, la surpopulation, l’empoisonnement aux pesticides et autres OGM : la peur et la manipulation des masses sous prétexte de réchauffement climatique, de pénurie pétrolière, de surpopulation, d’empoisonnement aux pesticides et autres OGM.

Cette peur est entretenue chaque jour dans tous les médias et est même devenue récemment une cause nationale. Aucun Français n’ignore ce qu’est l’effet de serre climatique, un mécanisme physique pourtant si compliqué qu’il nécessite des modèles incroyablement compliqués, d’énormes calculateurs et des millions d’heures de modélisation pour aboutir à des résultats qui n’ont jamais été corroborés par la réalité.

Alors qu’une grande majorité des Français serait totalement incapable d’expliquer ce qu’il se passe lors de la combustion d’une bûche dans une cheminée. La panique a atteint un tel point qu’il est même devenu quasiment impossible de trouver sur Internet ou ailleurs des renseignements sur le « vrai » effet de serre, celui qui fait pousser des tomates en hiver.

Tout adepte d’un sport à risque le sait bien, il n’existe que deux façons de combattre la peur : fuir et s’enfermer dans le déni, ou l’affronter, se faire violence. La première stratégie ne fait que reculer l’échéance, ne fait que repousser à demain le jour où il faudra regarder la vérité en face et affronter sa peur, ne fait que rendre le saut plus pénible.

Ce jour (celui où la distorsion rattrapera la réalité, parce que la réalité rattrape toujours la fiction) verra alors se libérer toute la violence contenue par des années de fuite, de mensonges et d’hypocrisie. Et ce n’est pas une quelconque apocalypse climatique ou économique qui en sera la cause, mais bien « l’effondrement systémique et global » d’un mensonge planétaire et d’une manipulation à grande échelle d’une ampleur sans précédent.

Amazon va financer la formation de 100 000 employés

Par IREF Europe
capitalisme

Un article de l’Iref-Europe

La société Amazon va lancer un vaste programme de formation professionnelle et d’enseignement technique et professionnel à l’intention de ses employés, dont plus de 100 000 bénéficieront d’ici 2025 : c’est plus que le nombre d’inscrits en première année dans la majorité des universités d’État américaines ! L’entreprise va donc dépenser 700 millions de dollars pour leur permettre d’obtenir des certificats ou des diplômes dans des « métiers à forte demande », tels qu’ils sont définis par le Bureau of Labor Statistics. Ils pourront suivre des cours sur place et aucune obligation n’est faite qu’ils soient en lien avec leur emploi actuel.

L’objectif d’Amazon est d’avoir des employés bien formés, qualifiés, afin de pouvoir les garder et attirer de la main-d’œuvre sur un marché de l’emploi où il n’y a pas de chômage. Autre avantage : des économies sur l’argent public consacré à la formation professionnelle dont les budgets sont en grande partie contrôlés par les syndicats. M. Le Maire, au lieu de taxer Amazon, offrez à l’entreprise la liberté de lancer les mêmes programmes en France ! Les employés, les contribuables et l’État seraient tous gagnants !

Sur le web

Comment la liberté d’expression meurt sur Internet

Par Quillette

Par Daniel Friedman1.
Un article de Quillette

L’année dernière, j’ai expliqué pourquoi affaiblir la protection de la liberté d’expression pour restreindre les discours de l’alt-right, les néo-nazis ou autres groupes d’extrême droite était une mauvaise idée : il est plus prudent de les laisser s’exprimer dans une société qui valorise les droits individuels et est dotée de fortes protections légales, plutôt que de prendre le risque qu’ils prennent le contrôle du pouvoir institutionnel dans une société où les protections des droits individuels ont été érodées.

J’ai expliqué avec des exemples précis à quel point il serait facile pour un régime d’extrême droite d’appliquer à son tour des restrictions de propos jugés violents ou haineux contre ses ennemis. Cependant, si la liberté d’expression demeure un sujet controversé, le débat s’est détourné des restrictions par des acteurs étatiques pour se focaliser sur la manière dont des entreprises, aux plateformes qui hébergent une grande partie de nos propos, devraient modérer leurs utilisateurs.

Ces plateformes ne sont pas liées par la constitution américaine ou par d’autres régimes légaux qui protègent les échanges privés contre la coercition étatique, mais leur processus d’établissement de règles devrait être guidé par les mêmes principes qui ont conduit toutes les démocraties occidentales à mettre en œuvre de fortes protections de la liberté d’expression – y compris les propos que certains pourraient trouver offensants.

Le contrôle de la liberté d’expression sur les réseaux sociaux

Pendant la majeure partie de l’histoire moderne, les États ont été les seules institutions dotées d’un pouvoir coercitif pour restreindre la parole. La plupart des décisions politiques relatives à la liberté d’expression se sont donc concentrées sur les limites de ce pouvoir.

Aux États-Unis, la Constitution ne permet pratiquement aucune réglementation de la parole privée par le gouvernement, à quelques exceptions près en matière de diffamation, d’incitation à la violence, d’obscénité et de réglementation du discours commercial pour empêcher la publicité mensongère. D’autres États occidentaux autorisent la réglementation de certaines catégories de discours de haine, mais la plupart disposent encore de protections de la liberté d’expression assez robustes.

Cependant, au cours de la dernière décennie, la place publique a été privatisée par les réseaux de médias sociaux. Ces sociétés – principalement Google (qui possède YouTube), Facebook (qui possède Instagram), Apple (qui contrôle l’accès à de nombreux contenus via son App Store et son application Podcast), la plateforme de financement participatif Patreon et Twitter – ont proposé des plateformes à des milliards de personnes et ont créé des écosystèmes médiatiques assurant la subsistance de nombreux créateurs de contenu qui n’avaient peut-être jamais eu la possibilité d’être des professionnels des médias. Mais les moyens de subsistance des personnes qui produisent de manière professionnelle un contenu diffusé sur les réseaux sociaux, ainsi que les petites plateformes de millions d’autres utilisateurs non professionnels de ces réseaux, sont désormais soumis aux caprices de ces entreprises.

Ces réseaux ont déjà démontré le pouvoir qu’ils peuvent exercer sur la fortune des créateurs de contenu. L’influence de personnalités telles que Milo Yiannopoulos et Alex Jones s’est accrue jusqu’à atteindre les dizaines de millions de followers sur Twitter, Facebook et YouTube. Mais leur portée a considérablement diminué après que ces réseaux les aient bannis et privés de l’accès à leurs plateformes. On dit maintenant que Yiannopoulos a une dette de plusieurs millions de dollars et vend un livre auto-publié de 96 pages intitulé How to Be Poor.

C’est un peu simpliste d’imputer la chute de Milo à la perte de son compte Twitter ; bien que son influence ait peut-être commencé à s’effriter après son bannissement de la plateforme, l’indignation provoquée par ses déclarations relatives à des abus sexuels pendant son enfance a entraîné l’annulation de son livre par une maison d’édition conservatrice, et des révélations publiques sur les liens de Milo avec des nationalistes blancs ont amené le milliardaire républicain, Robert Mercer, à retirer son soutien de Milo Inc. Suite à la fermeture très médiatisée des comptes comme celui de Jones, de nombreuses vagues de démonétisation YouTube ont perturbé les revenus de nombreux créateurs moins importants, conséquence des interdictions pour apaiser les craintes des annonceurs.

En 2018, Patreon a banni le youtubeur antiféministe Carl Benjamin, «Sargon d’Akkad», qui gagnait 12 000 dollars par mois sur le site, après avoir utilisé un qualificatif racial pour décrire les nationalistes blancs, qui, selon lui, ont assumé les qualités négatives qu’ils imputaient aux groupes qu’ils détestent.

Bien que le qualificatif n’ait pas directement visé une personne noire, Patreon a décrété qu’il avait violé les règles du site. Sam Harris, Dave Rubin et Jordan Peterson, qui gagnaient tous beaucoup d’argent grâce à la plateforme, sont partis en guise de protestation. Peterson lance une nouvelle plateforme, Thinkspot, que Rubin et Benjamin vont rejoindre. Cependant, ils ont probablement perdu des centaines de milliers de dollars après avoir quitté la plateforme Patreon, plus populaire.

Récemment, Carlos Maza, animateur et producteur progressiste de Strikethrough, une émission médiatique de Vox, a réclamé une condamnation, par Youtube, du comédien de droite Steven Crowder pour harcèlement. Crowder avait mis en ligne des clips qui réfutaient les vidéos de Maza et Strikethrough, et se moquait souvent de Maza à cause de son orientation sexuelle et son origine ethnique.

Après que YouTube ait déterminé que les vidéos de Crowder n’avaient pas enfreint ses règles, Google a subi de nombreuses retombées des utilisateurs de réseaux sociaux et médias grand public. En réaction, YouTube a établi de nouvelles règles interdisant les vidéos racistes et la négation de l’existence de l’Holocauste et le massacre de Sandy Hook. Ils ont démonétisé le canal de Crowder pour s’être connecté à un magasin vendant un tee-shirt avec une épithète offensante.

Les défenseurs de Maza n’ont pas été satisfaits de la réponse de YouTube, et ont réclamé une action plus forte. Sous le feu de l’indignation, le New York Times a publié un article qui affirmait que YouTube permettait l’émergence d’un écosystème de créateurs d’extrême droite, et que ses algorithmes de recommandation dirigeaient un nombre impressionnant d’utilisateurs vers du contenu extrême. Ce qui implique que YouTube devrait changer cela.

Parallèlement, Twitter mène des recherches sur la manière dont les nationalistes blancs et autres groupes d’extrême droite utilisent la plateforme, en réaction aux appels généralisés pour interdire leur présence.

Les règles en vigueur sur les réseaux sociaux

Les plateformes de réseaux sociaux ont déjà des règles plus restrictives que la plupart des États occidentaux sur la liberté d’expression. Toutes les plateformes ont des règles interdisant le contenu qui encourage la violence ou le terrorisme. Facebook et Instagram interdisent le nationalisme blanc, le suprémacisme blanc et les groupes haineux. YouTube a une politique de lutte contre les menaces de violence, le harcèlement et la cyberintimidation qui « se transforment en attaque malveillante », mais ne supprime pas les vidéos seulement « dérangeantes ou sans intérêt ». Twitter applique des règles qui interdisent le harcèlement ciblé et les « comportements haineux ».

Milo Yiannopoulos a été définitivement banni de Twitter pour harcèlement après avoir publié des captures d’écran trafiquées de tweets laissant penser que l’actrice de Saturday Night Live et de Ghostbusters, Leslie Jones, avait tenu des propos provocants. Ces images ont incité des fans en colère à se réunir et à la bombarder d’invectives racistes.

Après qu’une vidéo de la décapitation du journaliste capturé James Foley ait été diffusée sur les réseaux sociaux en 2014, les plateformes ont commencé à réprimer l’État islamique via des politiques interdisant le terrorisme et son apologie. Twitter a interdit des centaines de milliers de comptes promouvant l’EI, et a mis au point des systèmes automatisés pour purger les comptes de terroristes. Toutefois, l’algorithme a généré de nombreux faux positifs, notamment des diffuseurs de langue arabe, des groupes de surveillance antiterroristes, et des utilisateurs réguliers signalés par le logiciel pour diverses raisons. Ce résultat a été jugé préférable à l’utilisation de la plateforme comme outil de propagande par des groupes terroristes.

Certains utilisateurs et médias, ainsi que des employés de Twitter, ont fait valoir que les nationalistes blancs devraient être considérés comme une menace terroriste similaire à l’État islamique après les violentes attaques commises par des militants d’extrême droite à Charlottesville, en Virginie, à la Synagogue Tree of Life de Pittsburgh, et contre deux mosquées à Christchurch en Nouvelle-Zélande. Par conséquent, ils estiment qu’il est pertinent que les algorithmes utilisés par Twitter contre l’EI soient également déployés contre l’extrême droite. En avril 2019, un scandale a éclaté lorsque la rédaction de Vice a annoncé que Twitter ne fera pas appel aux algorithmes pour purger les nationalistes blancs de la même façon que les terroristes de l’EI, craignant que certains faux positifs soient des politiciens républicains.

Mais alors que Twitter trouvait que nationalistes blancs et républicains étaient indissociables, son inquiétude était relative à la ligne de démarcation entre la droite extrême jugée inacceptable, et la droite traditionnelle jugée acceptable d’une manière compréhensible pour un ordinateur. Et si l’algorithme était mal défini, le même outil frapperait probablement un grand nombre de médias grand public.

Par exemple, David Neiwert, un journaliste de DailyKos qui couvre l’extrême droite, a récemment été exclu de Twitter pour la couverture de son livre représentant le drapeau américain avec des cagoules du Ku Klux Klan à la place des étoiles. De même, un professeur d’histoire, dont la chaîne contenait des images d’archives de rassemblements nazis dans les années 1940, a été banni de YouTube après la mise en place par la plateforme de nouvelles politiques contre les contenus haineux à la suite de l’affaire Maza/Crowder.

Ces interdictions ont été mises en œuvre par des modérateurs humains, généralement des contractuels faiblement rémunérés, qui doivent appliquer de manière rigide un ensemble détaillé de règles avec une faible marge de manœuvre discrétionnaire. Si ces plateformes utilisaient des algorithmes pour interdire les gens, les faux positifs augmenteraient probablement.

Et de toute façon, Twitter n’a pas besoin de déployer ses algorithmes pour trouver d’éminents nationalistes blancs et personnalités d’extrême droite comme Richard Spencer, Faith Goldy et Stefan Molyneux : la plateforme sait exactement qui ils sont, mais elle leur permet pourtant de rester. Pourquoi ? Parce qu’ils ne violent aucune règle en vigueur.

Pour s’en débarrasser, il faudra donc de nouvelles règles.

Bannir les nazis. Et après ?

Le fait est que les nazis ne sont pas tous des illettrés qui insultent les minorités et envoient des mèmes de chambres à gaz aux journalistes. Nombre des personnalités les plus célèbres de l’alt-right promeuvent leurs idéologies sans appeler à la violence, ni cibler des individus pour les harceler, et sans tweeter quoi que ce soit allant explicitement à l’encontre des politiques de Twitter et YouTube sur le contenu haineux.

Richard Spencer, le nationaliste blanc qui a inventé le terme « alt-right », a récemment réclamé des codes de bonne parole plus explicites sur Twitter et YouTube, afin de pouvoir former un nouveau « code ou jargon » pour répandre son idéologie sous ce nouveau régime plus restrictif. Il est logique que Spencer soit sceptique quant à l’idée de liberté d’expression parce qu’il méprise les principes de base du libéralisme. C’est ce qu’il a en commun avec ceux qui veulent le bannir. Spencer accepte que ceux qui dirigent restreignent ses propos parce qu’il ferait la même chose s’il était à leur place.

Spencer réclame donc des codes de bonne parole car il préfère un ensemble de règles strictes à des principes vaguement définis qui déclareront simplement interdite son idéologie, et le banniront pour faire partie des personnes indésirables sans le déclarer responsable de la violation d’une quelconque règle, mais seulement pour le fait d’être Richard Spencer.

C’est ce que Facebook a fait en 2018 en interdisant les « organisations haineuses ». L’entreprise a supprimé les pages de Spencer ainsi que celles d’autres nationalistes blancs éminents, après que des journalistes de Vice ont demandé à Facebook pourquoi un certain nombre d’organisations qualifiées de groupes haineux par le Southern Poverty Law Center (SPLC) étaient toujours sur le site. C’est la règle que beaucoup de militants aimeraient voir en place sur Twitter, et les effets d’une telle règle semblent être ce que Twitter « examine » actuellement.

Mais l’approche actuelle de Twitter est la bonne, et celle de Facebook est mauvaise. Spencer a été banni de Facebook parce que son institut national des politiques a été qualifié de groupe haineux par le SPLC. Mais le SPLC a ses propres problèmes de crédibilité. Sa liste de groupes haineux comprend des organisations chrétiennes opposées aux droits des homosexuels, telles que le Family Research Council (FRC) et l’Alliance Defending Freedom (ADF), un groupe d’avocats chrétiens conservateurs. En raison de son statut de groupe haineux par le SPLC, l’ADF n’a pas le droit de recevoir des dons de bienfaisance via le programme AmazonSmile.

En 2018, le SPLC a versé 3,4 millions de dollars pour régler une action en justice déposée par l’organisation musulmane contre-extrémiste Quilliam et son fondateur, Maajid Nawaz, après les avoir inclus à tort dans une liste de groupes haineux antimusulmans. Ce n’était pas la première fois que le SPLC était confronté à une telle controverse ; en 2015, le chirurgien Ben Carson, ancien candidat à la présidence républicaine, et actuel secrétaire américain au Logement, a été désigné comme « extrémiste ». Le SPLC a par la suite supprimé Carson de son « dossier d’extrémistes » et s’est excusé auprès de lui. Même si le SPLC a raison sur l’organisation de Spencer, souhaitons-nous vraiment laisser ce groupe prendre des décisions arbitraires pour déterminer qui peut utiliser les réseaux sociaux ?

Et une fois que les censeurs auront terminé de bannir les nationalistes blancs, quelle autre idéologie vont-ils interdire ? Les personnes qui crient le plus fort en faveur de la censure ont une liste longue d’ennemis. Une fois qu’elles auront terminé avec l’alt-right, elles s’intéresseront certainement aux critiques féministes du genre, à l’immigration, à la sécurité, à Tucker Carlson et probablement à Ben Shapiro qui a été catégorisé à tort d’alt-right par les progressistes, même si l’alt-right le déteste à cause de son identité de juif orthodoxe et de sa politique opposée au nationalisme blanc.

Le point sur lequel on se rejoint : je suis Juif, donc je ne suis pas un grand fan des nazis. Mais je suis aussi assez sceptique vis-à-vis des militants progressistes car lorsqu’ils n’ont pas de nazi à attaquer, ils se contentent souvent d’attaquer des Juifs. Voyez-vous : bien que l’extrême gauche déteste l’alt-right, elle déteste également l’État d’Israël. À cause de cela, des groupes juifs homosexuels ont été bannis des manifestations LGBT, des organisations juives ont été vivement contestées, des juifs américains ont été accusés de double allégeance par deux membres du Congrès, et le département d’analyse sociale et culturelle de l’université de New-York a voté pour le boycott du satellite de leur campus universitaire à Tel Aviv.

Je pense qu’Israël a le droit d’exister en tant qu’État juif, ce qui est un point de vue détestable selon de nombreux militants progressistes. Ils pensent qu’Israël est un régime d’apartheid, que la Palestine doit être libérée et que, par conséquent, les groupes juifs qui soutiennent Israël sont des groupes haineux. Pour que les Juifs qui soutiennent des organisations juives telles que Hillel, B’nai B’rith, Birthright Israel et la Fédération juive soient bannis de Facebook, il leur suffit de travailler pour le SPLC selon certains activistes de Students for Palestine.

Cela peut sembler invraisemblable ; ce sont des organisations traditionnelles et le soutien à Israël est une vision dominante. Mais l’opinion progressiste sur Israël a radicalement changé au cours des cinq dernières années. Il est courant que les progressistes considèrent le sionisme comme synonyme de suprématisme blanc, et les militants progressistes accusent déjà les organisations caritatives juives traditionnelles d’être des groupes haineux.

Richard Spencer me déteste. Mais pour le museler, je devrais accorder un large pouvoir de censure à ceux qui le détestent et me détestent aussi. Et ils ne s’arrêteront pas aux groupes que j’ai mentionnés. Ils s’attaqueront aux conservateurs traditionnels et aux personnes de centre droit comme les éditorialistes Bari Weiss, David Brooks et Bret Stephens du New York Times. Ils vont révoquer Joe Biden. Ils refuseront toute tribune à quiconque plus à droite que Chapo Trap House, car, comme Richard Spencer, ils ne croient pas en la liberté d’expression et ne valorisent pas les droits des personnes en désaccord avec eux. Leur cause est juste, quiconque s’oppose à eux est un méchant, et leur credo ne tolère pas la dissidence.

Cela n’en vaut pas la peine

En 1977, un groupe de nazis a décidé d’organiser une manifestation à Skokie, dans l’Illinois, une banlieue juive de Chicago qui aurait plus de survivants de l’Holocauste que n’importe quel autre endroit en dehors d’Israël. La marche prévue s’est heurtée à une vive résistance et les tribunaux de l’État ont émis des injonctions pour y faire obstacle. Mais un avocat juif de l’Union américaine des libertés civiles, David Goldberger, a défendu le droit des nazis à parler et à se réunir. Les membres du conseil d’administration de l’ACLU ont quitté la réunion avec dégoût face à la décision de l’organisation de les représenter, mais Goldberger a estimé que la liberté d’expression était la liberté d’expression, même pour les personnalités les plus révoltantes. Son point de vue a prévalu à la Cour suprême et les nazis ont été autorisés à manifester.

Lorsque l’événement a finalement eu lieu en 1978, une vingtaine de nazis seulement sont arrivés et ont été accueillis par 2000 contre-manifestants. Ils se sont dispersés environ après dix minutes. Qu’y avait-il de dangereux dans le fait de laisser ce petit groupe de clowns marcher pendant quelques minutes, et qui valait la peine de mettre en péril une liberté fondamentale ?

Et, dans le même ordre d’idées, est-il si dangereux de laisser les messages sans intérêt de Richard Spencer sur Twitter, sachant que l’en empêcher reviendrait à abandonner l’idée d’un réseau social pour le marché libre des idées ? Ses arguments ne semblent pas gagner beaucoup de terrain. Le congrès de l’Institut national des politiques de Spencer, organisé moins de deux semaines après la victoire de Donald Trump, n’a attiré qu’environ 275 personnes.

Le rassemblement Unite the Right à Charlottesville en 2017, l’un des plus grands rassemblements d’activistes d’extrême droite au cours des dernières décennies, qui dérape en de violents affrontements au cours desquels un nazi a assassiné un contre-manifestant avec sa voiture, ne comptait qu’environ 500 participants de divers groupes d’extrême droite.

Et lorsque les organisateurs du rassemblement de Charlottesville ont décidé d’organiser un second événement en 2018, seuls quelques dizaines de militants d’extrême droite se sont rassemblés. En revanche, Bronycon, la convention pour les adultes fans de l’émission télévisée My Little Pony: Friendship is Magic, a attiré 5500 spectateurs en 2018. Pour chaque nazi en Amérique, il y a onze Bronies. Les médias qui se focalisent sur les groupes d’extrême droite surestiment largement leur influence.

Étant donné que l’alt-right n’est constituée que d’une poignée de types hargneux incapables de rassembler suffisamment de personnes pour remplir une salle de bal d’un hôtel de taille moyenne, le seul argument décent sur la menace qu’ils représentent réside dans l’idée qu’ils entretiennent et radicalisent les tireurs de masse et autres terroristes. Alex Fields, le tueur d’Unite the Right, était manifestement affilié à des groupes d’extrême droite. Robert Bowers, le tireur de la synagogue Tree of Life, était obsédé par l’idée que les Juifs soutenaient l’immigration clandestine comme un moyen de fomenter un « génocide blanc ». Brenton Tarrant, le tireur de Christchurch, a laissé un manifeste de 74 pages rempli de discours racistes et de mèmes sur la « gorilla warfare », ce qui suggère qu’il avait passé beaucoup de temps sur 4chan.

Mais bien avant l’alt-right et les réseaux sociaux, de violents psychopathes isolés justifiaient leurs attaques avec toutes sortes de politiques extrêmes, et les meurtres de masse dans le passé ont été imputés à la musique rap, aux jeux vidéo et à The Catcher in the Rye. Si vous bannissez toutes les catégories d’expression qui pourraient inciter certains dingues à faire quelque chose de violent, vous n’aurez plus aucun droit individuel. Si l’une des voix d’extrême droite sur les réseaux sociaux était directement liée à un acte violent, elle serait coupable d’infraction et bannie conformément aux règles en vigueur (et probablement emprisonnée). Mais aucun d’entre eux n’appelle à la violence sur ces plateformes, et la preuve d’un lien de causalité entre les vidéos YouTube d’extrême droite et les meurtres de masse est ténue. Le discours politique est la plus importante catégorie de discours : c’est la première que les autoritaires chercheront à restreindre pour consolider leur pouvoir.

Ce que je dis : laissez les nazis parler. Il n’existe aucune preuve que les propagandistes de l’alt-right puissent transformer les téléspectateurs de Youtube en tireurs de masse. Nous avons peu à craindre d’un débat ouvert. Laissons les nazis prêcher le séparatisme et le suprématisme blanc. Laissons-les nier l’Holocauste. Laissons voir à tout le monde à quel point ils sont pathétiques. Laissez-les vendre librement un produit dont personne ne veut. Ces idées existent depuis des décennies et ne persuadent que peu de gens. Il y a de bonnes raisons de croire que Twilight Sparkle l’emportera sur l’alt-right dans le marché des idées.

 

Traduction pour Contrepoints par Elodie Messéant de « How Free Speech Dies Online ».

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  1. Daniel Friedman, nommé au prix Edgar, est l’auteur de Don’t Ever Get Old, Don’t Ever Look Back et Riot Most Uncouth. Suivez-le sur Twitter @DanFriedman81

L’écotaxe plane sur les avions pour restreindre les déplacements

Par Michel Gay

Par Michel Gay.

L’écotaxe sur les avions est un impôt supplémentaire pour les Français, inventé au nom de l’écologie.

Certains diront que ce ne sont que quelques euros que les « riches » (ceux qui prennent l’avion) peuvent payer. Mais rappelez-vous de la taxe CSPE (contribution au service public de l’électricité) de « seulement quelques euros » instituée en 2010 sur l’électricité et qui a augmenté de 600 % en quelques années, jusqu’à représenter 15 % de la facture !

L’objectif officiel de cette nouvelle « contribution » est de faire entrer quelques dizaines ou centaines de millions d’euros dans les caisses de l’État qui, par ailleurs, dépense allègrement des dizaines de milliards d’euros à fonds perdus tous les ans dans les énergies renouvelables.

Mais l’objectif inavoué est bien de restreindre les déplacements individuels et collectifs (l’avion est un moyen de transport collectif), petit à petit, par l’argent.

En effet, ce n’est pas l’avion électrique qui prendra le relais du transport aérien (ni demain, ni après-demain) malgré des annonces plus séduisantes les unes que les autres, mais mensongères.

Le souci principal du gouvernement ne semble pas être de financer les hôpitaux, ni l’accompagnement du troisième âge, ni la sécurité des Français, mais « le transport au quotidien ».

Les Gilets jaunes apprécieront les 70 % de taxes (en augmentation) sur les carburants des véhicules qui améliorent certainement leurs transports quotidiens…

Le trafic aérien intérieur représente 1,1 % des émissions totales de gaz à effet de serre de la France, et moins de 3 % des émissions de CO2 du secteur des transports.

Sans être grand mathématicien, il est facile de calculer que réduire de quelques pourcents de 1,1% ne fera quasiment rien au final pour réduire les émissions de la France qui, elle-même, ne représente que moins de 1 % des émissions du monde… qui, elles, sont en augmentation.

De l’art de se tirer des balles dans le pied dans une concurrence mondialisée.

À l’heure où la désindustrialisation en France est devenue un thème d’inquiétude pour la plupart de nos concitoyens, l’État ne trouve rien de mieux que de pénaliser une nouvelle fois les transports au nom d’une idéologie écologiste glissant de plus en plus insidieusement vers le totalitarisme paralysant.

Ce gouvernement et les suivants iront-ils jusqu’à financiariser la nature et taxer l’air que nous respirons ?

Le déclin de l’État-nation

Par Patrick Aulnas

Par Patrick Aulnas.

Le nationalisme a repris de la vigueur dans les pays occidentaux. Des dirigeants glorifiant l’État-nation accèdent au pouvoir (Trump aux États-Unis, Orban en Hongrie, Salvini en Italie) et les partis politiques ouvertement nationalistes ont le vent en poupe dans plusieurs pays (Rassemblement national en France, Alternative für Deutschland en Allemagne, Brexit Party de Nigel Farage au Royaume-Uni). L’État-nation, fragilisé par la mondialisation retrouverait-il une nouvelle jeunesse ?

Le concept d’État-nation

Le concept d’État-nation se rattache aux ordres imaginaires créés par l’Homme pour agencer le monde. Autrement dit, ce concept n’existe que dans l’esprit de ceux qui y croient. Nous appartenons sans aucun doute possible à un groupe qui s’appelle l’humanité car tous les Homo sapiens possèdent des caractéristiques biologiques communes.

Sur notre petite planète, nous pouvons aussi nous rattacher à une zone géographique restreinte, par exemple le territoire français, parce que nous avons vécu l’essentiel de notre vie sur ce territoire. Mais aller au-delà relève d’une construction intellectuelle pure, c’est-à-dire de notre imagination. Trois éléments sont intellectuellement rapprochés pour élaborer le concept d’État-nation : l’histoire, la culture, la langue.

L’histoire commune d’un groupe d’Hommes (par exemple les Français) n’est qu’une reconstitution partielle et constamment remise en cause du passé. Rien n’est plus évolutif que l’histoire. L’image de leur passé que possédaient les rares hommes cultivés du XVIIe siècle n’a rien de commun avec celle qui nous est proposée aujourd’hui.

Attribuer une identité culturelle précise à un groupe (par exemple les Français) est certes tentant. Mais chacun sait que cette identité subit des influences externes multiples et qu’elle varie considérablement selon l’histoire individuelle. Chaque Homme possède une identité, mais aucun ne possède la même. Nous sommes tous uniques et irremplaçables.

Quant à la langue que nous parlons quotidiennement, elle n’est que le produit circonstanciel d’influences multiples. Mes arrière-grands-parents parlaient breton. Pour d’autres, ce sera le basque, le flamand, le catalan, le corse, l’italien, l’arabe, etc. Le français, imposé par l’État, ne devient que tout récemment la langue véhiculaire commune. Les langues vernaculaires étaient celles du quotidien dans toutes les campagnes jusqu’au XIXe siècle.

L’État-nation est un ordre imaginaire

Ce rapide tour d’horizon permet de comprendre la fragilité du concept d’État-nation, souvent présenté comme la conjonction d’une langue, d’une culture et d’une histoire sur un territoire dirigé par une organisation politique qualifiée d’État. Dans nos démocraties, les politiciens qui prétendent nous diriger ont évidemment tout intérêt à instiller dans l’esprit de leurs électeurs des croyances diverses permettant de cimenter le groupe. Mais il ne s’agit que de constructions imaginaires utilisant une sélection d’éléments puisés dans le réel, de façon à produire un concept permettant de souder le groupe sur des valeurs communes et de pouvoir le manipuler politiquement.

Le concept d’État-nation présente donc une grande fragilité dans la mesure où il n’est qu’une croyance, une adhésion à une construction intellectuelle assez factice, au service du pouvoir. Yuval Noah Harari appelle ordre imaginaire ces constructions de l’intelligence humaine qui ne possèdent pas de réalité tangible mais reposent sur une adhésion à un ensemble de croyances collectives. Les religions sont aussi des ordres imaginaires. Les ordres imaginaires caractérisent notre espèce. Ils sont le produit de notre singularité : l’intelligence. Ils jouent un rôle fondamental dans notre histoire.

Peur de l’avenir et repli sur l’État-nation

Nous vivons le tout début d’une époque nouvelle de l’histoire de l’humanité caractérisée par la construction d’une intelligence collective à l’échelle planétaire. Notre patrimoine cognitif se globalise sous l’effet des capacités d’échange et de stockage de l’information. La numérisation de l’information, qui n’en est qu’à ses débuts, conduit à l’Intelligence Artificielle et probablement, à plus long terme, à un dépassement de l’espèce Homo sapiens.

Nous percevons surtout aujourd’hui les effets économiques et sociaux de ce phénomène, que nous qualifions de mondialisation. Par définition, cette globalisation de l’activité humaine à l’échelle planétaire remet en cause la structure politique traditionnelle fondée sur l’État-nation. La fragilisation du cadre politique ancien conduit évidemment les conservateurs à crier à la catastrophe : l’avenir est incertain et dangereux, conservons l’ancien État-nation qui a fait ses preuves.

Il en résulte une exploitation politique de la peur de l’avenir et des propositions programmatiques des partis politiques axées sur le renforcement de la cohésion du groupe humain national : protectionnisme économique, valorisation de l’identité culturelle spécifique.

La réalité historique émergente, qui repose sur l’utilisation de nouvelles connaissances scientifiques et techniques, chagrine beaucoup les nationalistes. Doit-on renoncer au confort d’un ordre imaginaire ancien, l’État-nation, apparu au cours des quatre ou cinq derniers siècles ? Nos conservateurs-nationalistes répondent fermement par la négative et défendent bec et ongles la nation en promettant sécurité et protection contre l’aventurisme mondialiste.

Les nationalistes résisteront mais perdront

Bien évidemment, cela n’aura aucun effet à long terme. On n’arrête pas durablement les développements de l’intelligence humaine en renforçant l’adhésion à un ordre imaginaire ancien. Si celui-ci s’effrite parce qu’un autre est en cours d’élaboration, tous les discours politiques et toutes les promesses démagogiques ne pourront rien pour maintenir une construction intellectuelle qui ne reçoit plus l’adhésion de tous.

Le modèle de l’État-nation va donc évoluer fortement puis être remplacé par un autre ordre imaginaire, dont nous ne savons encore rien. Nous ignorons également tout de la durée de cette transition, qui peut prendre des siècles. L’Union européenne en construction est sans doute le meilleur exemple de dépassement institutionnel de l’État-nation. Chacun peut observer que depuis le traité de Rome de 1957, il a fallu beaucoup de ténacité et de pragmatisme pour construire une entité politique sui generis. Le nationalisme ne se console pas de cette réussite : Trump veut la détruire et les brexiters britanniques veulent la quitter.

Ce ne sont là que les débuts des grands conflits qui ne manqueront pas de parsemer le déclin de l’État-nation.

La nouvelle présidente de la Commission va créer des Gilets jaunes européens

Par Bill Wirtz

Par Bill Wirtz

Quand Ursula von der Leyen s’adressait à la grande convention de l’UMP en 2011, elle nous donnait déjà un avant-goût de son discours d’investiture qu’elle a prononcé hier au parlement européen à Strasbourg. Des phrases vides, embellies ici et là d’anecdotes émotionnelles. La nouvelle présidente de la Commission adore évoquer son papa, rappeler qu’elle est née à Bruxelles, et que le français lui a été enseigné dans l’esprit de réunir les peuples d’Europe. Envoyée par Dieu donc. Pour Emmanuel Macron, le fait que madame von der Leyen sache argumenter dans la langue de Molière est un avantage, tout comme le fait qu’elle n’ait jamais critiqué le choix de maintenir Strasbourg comme deuxième siège du parlement européen. Aujourd’hui, l’Élysée insistera probablement beaucoup plus sur le fait que c’est la première femme présidente de la Commission. Très esthétique.

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission EU - conférence de presse a Bruxelles - 10 Juillet 2019
Alexandros Michailidis / Shutterstock.com

De justesse

J’étais moi-même à Strasbourg quand le nom de von der Leyen a été annoncé par le Conseil Européen. Dans les couloirs du parlement, les eurodéputés ne croyaient déjà plus au système du « Spitzenkandidaten« , par lequel le groupe politique avec le plus de sièges peut nominer un candidat prédéterminé. Durant les mois qui précédaient les élections européennes, on avait bien vendu à l’électorat la fiction de la démocratisation de la Commission : une gifle à tous ceux qui y ont cru !

En l’occurrence, la nomination d’Ursula von der Leyen n’est passée qu’à neuf voix près (383 voix pour, sur les 374 nécessaires). La première femme présidente de la Commission semble donc aussi être la plus controversée. Les écologistes avaient annoncé qu’ils voteraient Non, et plusieurs centristes et sociaux-démocrates (principalement les Allemands) se disaient sceptiques. Dans un acte de transparence bien bruxello-strasbourgeois, le vote pour le président de la Commission est secret…

Une source du parti PiS (le parti au pouvoir en Pologne) explique au journaliste Oskar Górzyński de Wirtualna Polska que c’est un appel de la chancelière Angela Merkel qui a fait basculer quelques eurodéputés polonais. Que leur a donc promis madame Merkel ? Davantage d’argent à travers les subventions agricoles ? L’abandon de la procédure de sanction d’article 7 contre la réforme de la justice en Pologne ? Seule madame Merkel le sait et elle ne vous le dira pas.

Des candidats parfaits

Ceci dit, Ursula von der Leyen était bien la candidate parfaite pour le poste. Sans opinions concrètes, elle est parfaitement flexible et ajustable aux préférences du moment des eurocrates du Berlaymont – le bâtiment de la Commission européenne gérant plus de 30 000 bureaucrates. 

De plus, comme Jean-Claude Juncker, elle arrive à Bruxelles avec un bagage exemplaire de négligences coupables commises dans son pays d’origine. Autant monsieur Juncker était arrivé en étant accusé d’avoir manqué à son devoir d’informer le parlement luxembourgeois d’écoutes illégales de ses services de renseignements, autant madame von der Leyen arrive en étant accusée de népotisme. Elle a en effet admis en octobre 2018, alors qu’elle était encore ministre de la Défense de son pays, que son ministère a commis des erreurs dans l’attribution de contrats à des consultants externes, atteignant une valeur de plusieurs centaines de millions d’euros.

Histoire de rester dans l’exemplarité, on retiendra qu’en 2012, monsieur Josep Borrell, ancien président du Parlement européen et ancien ministre de différents gouvernements socialistes espagnols, a été contraint de démissionner de son poste de président de l’Institut universitaire européen (IUE) à la suite d’allégations de conflit d’intérêts. Il percevait alors 300 000 euros en tant que membre du conseil d’administration de la société espagnole d’énergie durable Abengoa, tout en promouvant au même moment les biofuels à travers l’institut.

Qu’à cela ne tienne, avec madame von der Leyen, il sera confirmé comme nouveau chef de la diplomatie de l’Union Européenne. Encore un candidat parfait.

Cinq ans d’écologisme et de socialisme 

Ayant peur de ne pas récolter les voix nécessaires, madame von der Leyen a commencé son discours d’ouverture en évoquant le climat. Elle propose la création d’une banque d’investissement verte capable de débloquer un billion d’euros (oui, on parle bien de mille millard d’euros, soit 1 000 000 000 000 euros). De plus, elle veut réduire de 50 % les émissions de carbone dans l’Union Européenne, « ou même de 55 % » d’ici 2050, l’objectif actuel de la Commission étant de 40 %. Cette ambition de plaire aux Verts coûtera aux consommateurs encore plus de taxes sur l’aviation, encore plus de subventions écologiques et une réforme du système communautaire d’échange de quotas d’émission (SCEQE).

Gilets Jaunes - Halt au racket
Birog Vasile-Radu / Shutterstock.com

L’économie de marché doit être sociale, nous explique-t-elle. Madame von der Leyen souhaite continuer le programme de la garantie d’emplois pour les jeunes, et évoque un SMIC européen, ainsi que d’un fonds européen d’allocation de chômage. Des transferts sociaux, probablement financés à travers de nouvelles taxes sur la consommation d’énergie. Les Gilets jaunes vont s’en réjouir.

Au niveau institutionnel, la nouvelle présidente de la Commission plaît au parlement européen en exprimant son appui pour le droit d’initiative législative des eurodéputés (un droit réservé à la Commission). Puisqu’une telle réforme nécessiterait un changement de traité improbable en ce moment, madame von der Leyen a promis de réagir à toute résolution du parlement européen avec une proposition de directive. En gros, cela veut dire que les demandes écologistes des députés, qui vont toujours plus loin que celles de la commission, seront accélérées.

L’anti-libéralisme pur et dur

En septembre prochain, les pays membres de l’Union européenne proposeront leurs candidats aux postes de commissaire. Le vote pour confirmer la Commission tout entière aura probablement lieu au mois d’octobre. C’est à nouveau  ce moment la qu’Ursula von der Leyen nommera des radicaux de tous les bords sur les questions écologistes et financières. Un groupe de 27 super-bureaucrates, entièrement dédiés à une vision : être la Commission la plus antilibérale de l’Histoire.

Le concours de mauvaises idées ne fait que commencer.

François de Rugy démissionne : « Homard m’a tuer »

Par Frédéric Mas
de Rugy

Par Frédéric Mas.

#FrancoisdeRugy Homard ma tué pic.twitter.com/pKGVOGftHN

— @An-Zitouns🇫🇷🇪🇺 #GGJ (@zitouns) 13 juillet 2019

François de Rugy a démissionné de son poste de ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie suite aux polémiques provoquées par les révélations de Mediapart sur ses dépenses. Dans un communiqué, il s’est estimé victime d’un lynchage médiatique et affirme avoir porté plainte pour diffamation contre le site d’information.

François de Rugy a utilisé ses frais de mandat de député (non fiscalisés) pour 1) payer ses cotisations à EELV et 2) défiscaliser ensuite ces dons dans sa déclarations de revenus, selon la dernière enquête de Mediapart qui a précipité sa démission du gouvernement. https://t.co/lDKRatt4q6

— Fabrice Arfi (@fabricearfi) 16 juillet 2019

Des dépenses somptuaires aux frais du contribuable

Mercredi 10 juillet, Mediapart révèle que François de Rugy aurait organisé une dizaine de repas fastueux autour du cercle amical de sa femme, avec homards, champagnes et grands crus, le tout aux frais de l’État. Après la crise des Gilets jaunes et sur fond de crise économique grave, l’affaire choque les citoyens ordinaires à qui l’on demande des sacrifices et d’endurer une pression fiscale toujours plus lourde.

Ironie du sort ou hasard de calendrier, c’est aujourd’hui au nom du climat et de l’écologisme qu’on demande aux citoyens d’accepter l’une des fiscalités les plus lourdes d’Europe. Quelques jours plus tard, ce sont les dépenses engagées en tant que président de l’Assemblée nationale, en particulier un sèche-cheveux doré à l’or fin, qui viennent alimenter la rumeur publique.

Une pratique qui n’a rien d’extraordinaire au sein de notre monarchie républicaine qui réclame de ses élites l’hypocrisie

En quelques jours, la machine médiatique s’emballe et les passions s’expriment avec véhémence sur les réseaux sociaux. François de Rugy suscite l’indignation et l’ironie des internautes. On l’associe désormais à sa consommation de homards, nouveau symbole de ce luxe que beaucoup de Français ne peuvent pas se payer. Les Français découvrent le train de vie et les privilèges de leurs élus nationaux, car celui de l’ancien ministre de l’Écologie ne tranche pas beaucoup avec celui de ses collègues élus aux plus hauts postes de la machine étatique.

En d’autres termes, le toujours plus d’État qu’ils réclament en temps ordinaire se concrétise par ce genre de pratiques. La fraction supérieure de la classe bureaucratique, choyée par notre monarchie républicaine s’est reconstituée en aristocratie subventionnée. C’est d’ailleurs peut-être là que se loge l’hypocrisie française la plus pénible : on somme nos élites de mimer l’égalitarisme et la frugalité au sommet alors que la constitution gaullienne encourage et légitime les comportements d’Ancien régime.

Pour certains commentateurs, cette campagne contre François de Rugy s’apparente toutefois à un safari où l’ancien ministre tient le rôle de gibier. Mediapart chercherait-il a en faire un trophée pour asseoir sa réputation de faiseur de rois ?

Une défense qui enchaîne les erreurs de communication

François de Rugy enchaîne les erreurs politiques et médiatiques, ce qui va achever de le marginaliser : il se sépare de sa collaboratrice Nicole Klein, elle-même victime de révélations de Mediapart sur son logement à Paris. Celle-ci ne tardera pas à commenter, amère, son limogeage comme guidé par la volonté de sauver sa tête. Il enchaîne les mensonges sur son intolérance au homard, tente d’expliquer ses dîners plantureux comme un moyen de rester connecté au réel, etc.

En soutien à François De Rugy, la Poste s’associe avec le #14JuilletLeDéfilé et sort un timbre série limitée à 500€. Dépêchez-vous, il n’en reste plus beaucoup ! #14Juillet pic.twitter.com/eEgzdr0Y30

— Cat Investigation (@PosKitCat) 14 juillet 2019

Après plusieurs jours, les révélations fusent, et l’ancien ministre s’empêtre dans des explications plus fumeuses les unes que les autres. De l’indignation on passe au ridicule, voire au carrément bouffon. La goutte qui fait déborder le vase vient de notes de frais qu’il peine à justifier.

Quand @FdeRugy se met à la moto #DeRugyGate #DeRugy pic.twitter.com/WUqMOOBCq7

— Laurent FOURNIER (@lfournier94) 15 juillet 2019

François de Rugy a perdu en l’espace d’une semaine le plus important pour un homme politique, sa crédibilité auprès de l’opinion publique.

Loto du patrimoine : solution libérale ou trompe-l’œil ?

Par Auteur invité

Par Anne Hutchinson.

Voilà c’est lancé. Le loto du patrimoine, vaste opération destinée à financer la restauration de certains sites culturels importants a débuté lundi. Nous pouvons nous féliciter que pour une fois leur financement ne soit pas le fait d’un nouvel impôt, mais se présente sous la forme de jeux à gratter et de loterie. Mais n’est-ce pas là un arbre qui cache une forêt bien plus touffue du financement de tels endroits ?

Quels sites pour quels financements ?

Dix-huit. C’est le nombre de sites concernés par ce loto, tous gérés par des associations ou des entités privées, rattachées à la Fondation du patrimoine. Cette dernière est une bizarrerie dans le petit monde des fondations en France. Ses statuts ont en effet été votés par le parlement (fait unique en France), son Conseil d’administration est composé à la fois d’entités publiques et privées (le privé y est majoritaire) et sa mission principale est la sauvegarde du patrimoine non classé (églises de village et autres…).

Dans une telle configuration, on peut comprendre que l’État renâcle à attribuer des subventions et préfère céder une partie de ses bénéfices à l’un de ses monopoles (ce qu’est la Française des jeux) pendant que certains grands chantiers (qui a dit Grand palais ?…) vont ponctionner le budget du ministère de la Culture.

D’ailleurs l’État n’en sort pas perdant car une partie de l’argent de cette loterie est taxée : 1,04 % du total pour les tickets à gratter, 0,22 % pour le loto… Il n’y a pas de petits profits. Pour mieux comparer, la Fondation du patrimoine encaissera respectivement 1,52 et 0,75 % du total.

Cela valait-il tant d’efforts pour ce qui ressemble de plus en plus à une opération de communication ?

Et si le véritable sauveur du patrimoine était…

Le privé ? Aujourd’hui le mécénat culturel des entreprises, selon les chiffres d’Admical, s’élève à près de 500 millions d’euros. Le Petit Trianon à Versailles a été en très grande partie restauré grâce à des fondations privées. Les financements participatifs pour acheter des œuvres ou restaurer des monuments ont le vent en poupe : 8612 donateurs ont ainsi offert plus d’un million d’euros pour l’achat du Livre d’heures de François 1er.

On pourrait donc se demander ce qu’une politique fiscale plus propice encore aux donations pourrait apporter. J’imagine très bien de petits entrepreneurs se lancer dans le mécénat de sites locaux.

Mais peut-être est-ce là un rêve en France…

Cet article a été publié une première fois en septembre 2018

La guerre contre la culture geek

Par Dern

Par Dern.

Les geeks, ces adorables rêveurs de mondes armés de leurs sabres lasers et figurines My little pony, sont depuis peu colonisés par les politiques communautaires visant à tout transformer en une case sociologique de prêt à penser. Preuve ultime, une Geek Pride Day a même vu le jour et rencontre un certain succès chez nos confrères américains. La doxa dominante parvient-elle à créer une boite de minorité geek pour s’en servir dans la lutte intersectionnelle ? On dirait que les geeks y sont réfractaires, et à raison.

Qu’est-ce qu’un geek ?

Déjà, qu’est-ce qu’un geek ? Des petits malins diraient qu’il y a autant de définitions du geek qu’il y a de geeks, mais essayons tout de même de brosser les contours de ce personnage devenu un stéréotype

À l’origine, le mot geek vient du proto-allemand médiéval geck, signifiant le simplet du village, celui « qu’on aime bien au village même si on ne comprend pas tout ce qu’il dit ». Cette définition idéologique nous apprend deux choses : déjà que l’étymologie est une science d’une effroyable exactitude, et ensuite que les geeks sont depuis l’origine des individus décalés, très légèrement en marge du bien vivrensemble. Ils apportent un autre regard sur le monde, et rien que dans cette définition, on peut comprendre qu’ils ne risquent pas de se convertir aux propos d’une société qui les tient à distance respectable. D’une fourche et demie au moins.

Que sont-ils aujourd’hui ? Quand on demande à un geek ce qui fait de lui un geek, il risque de citer des œuvres ou des pratiques qui le définissent. Dans le désordre, Star Wars, la peinture de figurines, Le Seigneur des anneaux, le jeu de rôles, les jeux vidéo, etc. Vous avez forcément croisé, au détour d’un repas de famille ou d’un labo de chimie, un de ces drôles d’individus qui vont lâcher une blague obscure sur tel ou tel épisode de Star Trek ou écrit lui-même un livre additionnel sur son univers fétiche. Pour résumer, on peut dire que le geek explore et crée des univers de manière rationnelle, d’où le lien entre informatique et fantasy.

Si vous avez compris cette blague, vous en êtes sûrement…

Cela dit, cette définition unique aux États-Unis est arrivée scindée en deux parties en France. La première vague a été associée à une vision informatique, mathématique et technologique du personnage. Dans les années 1990, lorsque se formaient les premiers ingénieurs informaticiens, la culture américaine née dans les campus de ce qui est désormais la Silicon Valley s’est importée avec le package technique. On code en lisant Le Cycle des Robots, de Asimov.

On développe des programmes en peignant ses figurines de Warhammer. Et ainsi, avec ce package de pratiques, se glissent peu à peu les valeurs qui fondent la culture geek : l’expertise (je connais tel univers mieux que tout le monde), la rationalité (Superman a-t-il un corps fait de molécules spéciales ou a-t-il des pouvoirs psychiques pour voler ?) et la liberté (intransigeance sur la transmission de la culture).

Une seconde vague est venue depuis les années 2000, beaucoup plus basée sur l’imagination et l’aspect visuel de la culture geek : des pratiques comme le cosplay et les mangas, venues tout droit du Japon, s’ajoutent au stéréotype précédent, sans jamais toutefois se confondre. Encore aujourd’hui, on entend des phrases telles que « je suis un geek, mais pas informatique ». Il reste toujours une certaine rivalité joyeuse entre ces deux courants, le premier trouvant le second peu expert et trop léger, le second accusant le premier d’être intransigeant et trop rigide. C’est par ce second courant, plus ouvert à la société civile, que sont arrivées les politiques communautaires et que la pression pour la bienveillance, mot qui revêt chaque jour un caractère plus totalitaire, a pris de l’ampleur.

Et un point Godwin pour moi, merci

Les valeurs du geek

Pourtant, rien ne prédestine la culture geek à tomber dans l’intersectionnalité et le camp du Bien. A priori, les œuvres majeures de la culture geek véhiculent des valeurs qui vont à l’encontre des théories prônées par la Team Progrès. Star Wars promeut la discipline Jedi, le dépassement de soi, la résilience et l’intégrité. Edward Elric de Fullmetal Alchemist défend la vie à tout prix et jusqu’au bout. Ian Banks, dans son cycle de la Culture, défend les peuples contre la machine broyeuse de l’hédonisme vide.

Il est amusant, ou affligeant pour être plus exact, de constater qu’au fur et à mesure du temps, les œuvres geeks que les médias mainstream critiquaient dans les années 1980 et défendues par les geeks se retrouvent aujourd’hui vouées aux gémonies par ces mêmes geeks de deuxième génération pour comporter des valeurs qui vont à l’encontre de l’agenda de la Team Progrès.

Exemple criant avec Le Seigneur des anneaux : Bernard Werber déclare que Le Nouvel Obs lui a refusé une page pour parler de l’œuvre de Tolkien sous prétexte qu’elle relevait de l’extrême droite, faisant écho aux condamnations pour satanisme des jeux de rôles par Ségolène Royal.

De nos jours, ce sont les mêmes accusations, mais portées par l’industrie geek en elle-même, à tel point que Le Seigneur des anneaux sera adapté sacrifié au nom du vivre ensemble dans sa prochaine mouture Amazon Prime. On retrouve la même polémique sur H.P.Lovecraft, sur qui les geeks avaient réalisé un travail de fourmi pour différencier l’homme de l’œuvre, dont l’œuvre est aujourd’hui sous le feu d’accusations pour avoir été raciste dans une période qui l’était tout autant.

Traduction : « Mais de quoi s’agit-il donc, cher camarade ? »

Si ce retournement est aussi impressionnant dans la culture geek, cela provient du fait que les geeks se détachaient des problématiques du monde pour promouvoir l’escapisme : selon ce courant de pensée, une œuvre doit être appréciée en elle-même, et non parce qu’elle véhiculerait un message politique.

On doit pouvoir lire de A à Z un livre parlant de dragons et de donjons sans un seul instant imaginer sa transposabilité dans une situation politique, ni justifier de sa qualité grâce au message qu’il véhiculerait sur la société. J.K. Rowling a lancé la mode inverse, en établissant des liens directs entre Harry Potter et la politique moderne, créant un mash-up d’un mauvais goût consommé.

Et générant une opposition majeure au sein de ses fans, entre ceux qui se servent de cette œuvre pour faire avancer leur agenda politique, et ceux qui préfèrent ne pas militer pour la libération des elfes de maison (ce combat shiny). On a même excavé pour vous cette photo de la Team Progrès de l’université Rennes 2 ayant pris le nom de Armée de Dumbledore pour sa liste étudiante. Magie incluse.

dommages irréversibles de la rétine

 

En réalité, les geeks constituent au départ un public plutôt bienveillant, ouvert aux idées progressistes et tourné vers des concepts tels que le logiciel libre ou le partage culturel. Mais aujourd’hui, on assiste à une césure profonde au sein du mouvement : une base qui se tourne de plus en plus vers l’alt-right ou l’alt-light, et les figures du courant qui se retrouvent de plus en plus dans le discours dominant du Camp du Bien.

On notera par exemple que les joueurs de Sekiro, un jeu extrêmement exigeant et difficile d’accès, se moquent des journalistes de jeux vidéo qui réclament l’instauration d’un mode « facile » du jeu afin de pouvoir le finir. Le débat s’est ensuite élargi sur l’élitisme dans le jeu vidéo, un camp expliquant qu’il fallait qu’il soit ouvert à tous et que chacun y fasse son expérience, et d’autres arguant qu’un jeu n’a pas à être une annexe d’une chaîne de fast food dont le slogan bien connu spécifie « venez comme vous êtes ». Le jeu vidéo notamment a appris le goût de l’effort à toute une génération, et ça n’est pas pour faire plaisir à tout le monde.

La guerre culturelle qui débute

Au final, pourquoi assiste-t-on à cette attaque en règle de la culture geek par les politiques culturelles ?

En premier lieu, la guerre culturelle est plus larvée à travers des œuvres geeks. On peut distiller une bonne once de politique communautaire avant que quiconque ne tilte. Un film avec une idéologie sous-jacente porte plus de fruits en matière de réflexion qu’un discours argumenté.

Et pourtant…

En second lieu, la culture geek reste un univers principalement (mais pas exclusivement) mâle, blanc et hétérosexuel. Même si cette culture accueille sans aucun souci les femmes, les racisés et les personnes ayant une sexualité non hétéronormée, elle rassemble principalement -et c’est encore le cliché qui se vérifie, des jeunes hommes blancs plutôt dans une bonne situation. Et si cette attaque contre la culture geek était une attaque contre ce bastion ? On pourrait penser que c’est la raison pour laquelle les gros groupes comme Amazon Prime et Netflix transforment les œuvres telles que Le Seigneur des Anneaux et The Witcher pour les faire davantage coller à leur narration intersectionnelle et forcément gentille.

Ce rapport conflictuel entre la base qui rejette ces idées et les élites qui se servent de leurs productions pour essayer de faire passer leurs idées provient aussi d’une dichotomie interne à la culture geek : d’un coté elle est opposée au tout-marchandise, grâce à son idéalisme porté sur le logiciel libre et l’open data, et d’un autre elle est friande de goodies en tous genres représentant ses héros favoris et autres petits objets dont on remplit ses vitrines. La grande industrie, notamment les GAFA et Hollywood, tentent de faire passer, avec les figurines d’Albator et autres livres concernant la vie de Pikachu, une idéologie qui correspond davantage à celle prônée par les géants du Web ou l’industrie cinématographique. À savoir celle du camp du Bien.

Moi dans une librairie

Mais ça ne prend pas : les valeurs du geek et son côté décalé de la société en font un esprit libre qui ne se soumet pas aux idéologies dominantes. Le geek a trop lu de livres concernant des dystopies soit-disant bienveillantes pour ployer l’échine. La figure bien connue du hacker travaillant contre les grands groupes reste prévalente sur toutes les starlettes qui crient au loup contre le présumé sexisme ou racisme des geeks à chaque occasion.

Par effet rebond, la culture geek, pétrie de valeurs telles que l’expertise, la résilience, la rationalité et la liberté, vire à droite toute ; il s’agit de « troller » le système, se servant de leur étonnante capacité à mobiliser l’intelligence collective pour infliger des revers dignes d’un Federer sous cocaïne aux tenants du système, et manipulant jusqu’aux plus grands médias américains, leur faisant croire que tous les symboles le plus anodins relèvent de l’extrême droite et alimentant leur paranoïa latente.

Cet esprit de « troll » s’exporte aussi en France, notamment sur le fameux forum 18-25 de jeuxvidéo.com. Au final, plus le Camp du bien montre son agressivité envers les geeks, plus la réaction quasi organique du monde geek prend de l’ampleur, à la manière d’anticorps tentant de se débarrasser d’un corps étranger.

Les greffes de politiques communautaires, coercitives et visant à rallier les geeks à la cause des minorités via l’intersectionnalité, ne prennent pas au sein de la culture geek, basée sur la liberté, la rationalité et une certaine irrévérence face aux desiderata d’une élite acquise à la Team Progrès. Les geeks ont su garder le contrôle de leur destin, et seront peut être un jour l’antidote aux politiques communautaires.

Commission européenne : la déception Ursula von der Leyen

Par Olivier Laurent

Par Olivier Laurent.

Le discours d’investiture d’Ursula von der Leyen est une déception pour toute personne se réclamant du libéralisme. Ci-joint les principaux points :

– Banque d’investissement verte. Cette nouvelle institution financée par le contribuable devra donner encore plus d’argent à des entreprises proches du pouvoir sous couvert d’écologisme. Cette banque fera partie d’un plan plus vaste intitulé green deal.

– Une taxe au niveau européen sur les transports aériens. Il sera désormais plus coûteux de se déplacer en avion. Le prétexte choisi pour dévaliser le voyageur est évidemment le climat.

– Le fonds de cohésion sera complété par un fond de transition. La différence est difficile à percevoir mais il s’agira de milliards additionnels. Établir des taxes dans un pays pour les transférer à des administrations d’un autre pays va certainement amener à davantage de tensions.

– L’Europe n’est plus une économie de marché mais une économie sociale de marché. L’attrait du socialisme gagne du terrain auprès des élites européennes. Toujours plus de taxes, le prétexte choisi cette fois-ci sont les entreprises digitales qui devront donner plus d’argent aux diverses administrations contrôlant le territoire européen.

– Fonds européen de chômage qui servira de ré-assurance pour les dispositifs nationaux en difficulté, ce qui va ajouter encore plus de tensions au sein des populations taxées.

– Un blabla incompréhensible sur l’immigration, cherchant désespérément un point d’équilibre entre le respect des décisions de la Cour européenne des droits de l’Homme et le désir d’un ralentissement de l’immigration par une partie grandissante de la population européenne. À part augmenter le nombre de gardes- frontières inutiles, rien n’est proposé.

Suite à ce discours, il parait malheureusement évident que les mouvements populistes vont continuer leur progression. Rien n’est fait pour améliorer la situation économique européenne, aucun des sujets prioritaires de la population européenne n’est abordé.

La Terre devient plus verte : pourquoi il faut s’en réjouir

Par Matt Ridley

Par Matt Ridley.

Alors qu’on évoque une catastrophe planétaire imminente causée par les émissions de dioxyde de carbone, un autre fait est souvent ignoré : le verdissement mondial est plus rapide que le changement climatique. La quantité de végétation qui pousse sur la Terre augmente chaque année depuis au moins 30 ans. Les preuves scientifiques sont issues du taux de croissance des végétaux et de données satellitaires.

La végétalisation de la planète

Un article scientifique de 2016, publié par 32 auteurs de 24 institutions de 8 pays, ont analysé les données satellitaires et conclu qu’il y avait une augmentation d’environ 14 % de la végétation sur 30 ans. L’étude a attribué 70 % de cette augmentation au dioxyde de carbone supplémentaire dans l’atmosphère. L’auteur principal de l’étude, Zaichun Zhu, de l’Université de Pékin, affirme que cela équivaut à un nouveau continent de végétation deux fois plus grand que le territoire des États-Unis.

Le verdissement mondial a touché tous les écosystèmes – de la toundra arctique aux récifs coralliens en passant par le plancton et les forêts tropicales humides – mais c’est dans les zones arides comme la région du Sahel en Afrique, où la désertification s’est largement inversée, qu’il est le plus marqué. En effet, les plantes perdent moins d’eau dans le processus d’absorption du dioxyde de carbone si la concentration en dioxyde de carbone est plus élevée. Les exploitations agricoles et les écosystèmes seront moins soumis au stress hydrique à la fin du siècle qu’ils ne le sont aujourd’hui en période de faibles précipitations.

On ne devrait pas être surpris d’une telle nouvelle. Des milliers d’expériences menées depuis de nombreuses années ont montré que des cultures ou des écosystèmes sauvages exposés à des niveaux de CO2 élevés voient leur croissance stimulée. Les propriétaires de serres commerciales libèrent généralement du CO2 dans l’air pour accélérer la croissance des plantes. Le CO2 est un aliment végétal.

La Terre verdit : c’est une bonne nouvelle !

Ce verdissement est une bonne nouvelle. Cela signifie davantage de nourriture pour les insectes et les cervidés, pour les éléphants et les souris, pour les poissons et les baleines. Cela signifie des rendements plus élevés pour les agriculteurs ; d’ailleurs, l’effet a probablement contribué à augmenter d’environ 3000 milliards de dollars les revenus agricoles au cours des 30 dernières années. Il faut donc moins de terres pour nourrir la population humaine et on peut en préserver davantage pour la faune.

Pourtant, on n’en parle jamais. Engagés dans une voie alarmiste, les militants qui vivent de la peur du changement climatique font tout pour ignorer cette vérité qui dérange. Lorsqu’ils ne peuvent éviter le sujet, ils disent que le verdissement est un phénomène temporaire qui s’inversera dans la dernière partie de ce siècle. Les preuves à l’appui de cette thèse proviennent de quelques modèles fondés sur des hypothèses extrêmes, de sorte qu’on ne peut pas leur accorder de crédit.

CO2, végétation et glaciation

Ce phénomène biologique peut aussi aider à expliquer le va-et-vient des périodes glaciaires. Ça a toujours été un casse-tête de comprendre le refroidissement progressif des périodes glaciaires pendant des dizaines de milliers d’années, puis leur réchauffement soudain en l’espace de quelques milliers d’années, au moment où les immenses calottes glaciaires de l’Eurasie et de l’Amérique du Nord s’effondrent et que le monde entre dans une période plus chaude comme celle que nous connaissons depuis 10 000 ans.

Jusqu’à présent, les tentatives d’explication de cette tendance cyclique ont pour la plupart échoué. Les niveaux de dioxyde de carbone suivent le changement, mais ils augmentent après que le monde commence à se réchauffer et diminuent après que le monde commence à se refroidir, donc ils ne sont pas la cause. Les oscillations périodiques de l’orbite de la Terre jouent un rôle, les plaques de glace s’effondrant lorsque les étés nordiques sont particulièrement chauds, mais seuls certains de ces fameux « grands étés » entraînent une déglaciation.

De récentes carottes de glace de l’Antarctique semblent avoir enfin trouvé le coupable : tout est une question de végétation. Pendant les périodes glaciaires, le niveau de dioxyde de carbone dans l’atmosphère diminue régulièrement, car les océans plus froids absorbent davantage de gaz. Il finit par atteindre un niveau si bas (environ 0,018 % au plus fort de la dernière période glaciaire) que les plantes ont du mal à pousser, surtout dans les zones sèches ou à haute altitude.

Par conséquent, de gigantesques tempêtes de poussière recouvrent toute la planète, atteignant même l’Antarctique, où la quantité de poussière dans la glace grimpe en flèche. Ces tempêtes de poussière noircissent en particulier les calottes glaciaires du Nord, ce qui les rend très vulnérables à la fonte rapide lorsque le « grand été » suivant arrive. La période glaciaire était une période horrible pour le vivant, même sous les tropiques : froide, sèche, poussiéreuse et avec beaucoup moins de végétation qu’aujourd’hui.

Comme l’a déclaré Svante Arrhenius, le Suédois qui a le premier mesuré l’effet de serre :

Sous l’influence du pourcentage croissant d’acide carbonique dans l’atmosphère, nous pouvons espérer profiter de périodes avec des climats plus stables et plus agréables.

Profitons de la verdure luxuriante du monde actuel et apprécions que la végétation évolue plus vite que la température moyenne mondiale.


Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.

Tabac : l’État nous enfume

Par Richard Guédon

Par Richard Guédon.

Tout le monde le sait dorénavant, le tabac est un produit toxique, extrêmement addictif, dont la consommation provoque et aggrave un grand nombre de maladies, tuant 73 000 personnes par an en France, à comparer aux 3500 décès annuels par accidents de voiture ou aux 950 morts par… homicide. La cigarette tue par cancers,  par étouffement progressif, par maladies cardiaques, par accidents vasculaires cérébraux, par mort subite, etc.

L’État, incarné par les ministres de la Santé successifs, les responsables de la santé publique et les responsables de l’assurance maladie se présente comme le vertueux défenseur des citoyens contre le tabac et les industriels qui le commercialisent. Depuis 25 ans, les mesures collectives se succèdent : interdictions de fumer dans les lieux publics, augmentations massives des prix, photos gore sur les paquets pour faire peur, depuis peu paquet « neutre », diabolisation des industriels etc.

Deux fois plus de fumeurs qu’au Royaume-Uni

Or ces mesures collectives ne marchent pas : la commission européenne mène des enquêtes rigoureuses tous les 2 ans parmi ses membres, qui montrent que la France, avec 36 % de fumeurs se situe dans le peloton de tête, ou de queue, en matière de tabagisme, avec la Grèce, la Bulgarie et la Croatie ; le Royaume-Uni, sociologiquement très comparable à la France, compte par exemple 17 % de fumeurs, soit plus de deux fois moins.

Alors pourquoi cet échec patent ? Pour deux raisons :

  • l’État est en conflit d’intérêt majeur sur ce sujet puisqu’il a été, et demeure, le principal bénéficiaire de la vente légale de tabac en France.
  • le tabagisme est traité par l’État comme un problème collectif alors que c’est un phénomène individuel.

Rappelons d’abord quelques évidences pour ceux qui ont la mémoire courte : l’État a disposé du monopole de la culture du tabac en France jusqu’en 1970, de la fabrication et de la vente de tabac et d’allumettes jusqu’en 1976, par l’intermédiaire de la Société nationale d’exploitation industrielle des tabacs et allumettes (SEITA) dont il est resté actionnaire jusqu’en 1995, alors que la dangerosité du tabac était depuis longtemps parfaitement documentée.

L’État a éduqué des générations entières de jeunes Français à la consommation de tabac : jusqu’en 1975, lors de son service militaire obligatoire, chaque conscrit, à 19 ou 20 ans, se voyait fournir gratuitement une ration mensuelle de cigarettes équivalant à une dizaine de cigarettes par jour, qu’il soit ou non fumeur. Le tabac de troupe fut fabriqué en France et vendu dans les casernes à un prix préférentiel jusque dans les années 1990.

Tout cela est bien ancien dira-t-on.

Non, car ce conflit d’intérêt est toujours d’actualité, l’État ayant simplement remplacé ses actions dans la SEITA par des taxes : aujourd’hui, quand on achète un paquet de cigarettes légal en France, 80 % va dans les poches de l’État. Quand l’État décrète onctueusement qu’il augmente le prix du tabac pour réduire la consommation de ses citoyens, il en profite pour faire une bonne opération financière.

Et soit dit en passant, d’un point de vue économique, l’État a bien fait de changer ses actions pour des taxes : dans le marché concurrentiel des années 1980 et 1990 la SEITA était gérée en dépit du bon sens par son actionnaire étatique, de catastrophe commerciale en catastrophe stratégique, et elle perdait de l’argent, alors que les taxes entrent aujourd’hui rubis sur l’ongle puisque les industriels privés travaillent bien. Cet argent-là sent très fort le tabac froid mais on se bouche le nez avec élégance dans les couloirs de Bercy.

L’État enfumeur de générations

Mais il y a plus grave : l’État a enfumé tranquillement des générations de jeunes jusqu’à celles du baby boom, il a plongé dans l’addiction des familles entières pour plusieurs générations puisque, les spécialistes du tabagisme nous le disent, le principal risque de devenir fumeur soi-même, c’est de grandir dans une famille de fumeurs.

L’État a enfumé papy, qui a enfumé papa et maman, qui enfument à leur tour les petits-enfants, et il continue d’empocher les dividendes.

Non seulement l’État est totalement discrédité pour incarner la lutte contre le tabagisme, mais il s’y prend à l’envers, privilégiant les mesures de coercition collectives alors que le tabagisme, comme toute addiction, est une question individuelle.

Fumer est une liberté individuelle

Le tabac est légal ; consommer un produit légal est d’abord une liberté individuelle. Les enquêtes montrent que 40 % des fumeurs n’ont pas envie d’arrêter, qui ne sont ni des délinquants, ni des débiles. Ils doivent pouvoir fumer sans être traités comme des citoyens de seconde zone, pourvu qu’ils respectent la liberté des non-fumeurs, puisque les méfaits du tabagisme passif sont démontrés.

Il est légal de faire pousser le tabac, de produire cigares et cigarettes et de les vendre, la diabolisation de la filière économique du tabac par les organismes d’État est malhonnête, puisqu’il en vit. Elle est de plus inefficace : comme le montre a contrario l’exemple du cannabis, la diabolisation d’une filière est la meilleure manière de rendre un produit attrayant pour les jeunes, toujours à la recherche de contestation des figures autoritaires.

La politique d’augmentation massive des prix est elle aussi totalement irresponsable : outre répétons-le, qu’elle profite avant tout à l’État, elle frappe aveuglément les consommateurs les plus pauvres et installe un trafic illégal en provenance des pays moins taxés qui profite aux mêmes mafias que celles qui profitent de la non-légalisation du cannabis.

Supermarché en plein air à Saint-Denis (93)

À titre d’exemple, conseillons aux responsables de ces politiques du pire de venir incognito le soir sur la place de la gare ou sur la place du 8 mai à Saint-Denis (93) envahies par des centaines – oui des centaines – de vendeurs de tabac de contrebande, pour réaliser concrètement les conséquences de leurs politiques aveugles. On estime en effet qu’aujourd’hui plus d’un paquet sur trois fumés en France n’est pas acheté dans un bureau de tabac !

Mais 60 % des fumeurs déclarent qu’ils arrêteraient s’ils le pouvaient. Une telle contradiction montre que pour eux le plaisir de fumer est devenu souffrance, et il faut leur donner individuellement la possibilité d’arrêter. Ce devrait être le vrai travail de la santé publique et elle ne le fait pas, comme le montre la comparaison avec la santé publique britannique.

Voici les conseils donnés, études scientifiques en main, par « Public Health England » aux fumeurs britanniques qui veulent arrêter de fumer : « Il est clairement établi que le moyen le plus efficace d’arrêter de fumer consiste à faire appel aux services locaux d’aide à l’arrêt du tabac où des experts apporteront un soutien comportemental associés à des aides pour arrêter de fumer. Celles-ci incluent la prescription de varénicline et de bupropion, les substituts nicotiniques et les cigarettes électroniques ». Et les résultats, nous l’avons vu plus haut, sont là.

Stratégie perdante

Aucun des éléments de cette stratégie gagnante en Angleterre ne va de soi en France :

  • il n’y a pas de maillage serré de centres d’expertise pour aider les gens à arrêter de fumer, et les médecins généralistes français, par ailleurs en voie de disparition, ne sont pas bien formés à la consultation anti-tabac.
  • les thérapies comportementales et cognitives, qui sont les seules psychothérapies à s’être montrées efficaces pour l’arrêt du tabac, ne sont ni disponibles, par manque de praticiens, ni remboursées.
  • stupéfiant, les substituts nicotiniques, dont l’efficacité est démontrée depuis 25 ans ne sont remboursées à 65 % par la Sécurité sociale que depuis début 2019 !
  • la Varénicline (Champix®) et le Bupropion (Zyban®) ont connu des parcours de remboursement chaotiques.
  • les cigarettes électroniques, que les autorités britanniques conseillent sans réserve pour l’arrêt du tabac continuent d’être boudées par la santé publique française car « on manque de recul ». Ceci n’empêche aucunement qu’elles soient plébiscitées par les fumeurs français quand ils veulent arrêter, ce qui est sans doute à l’origine du frémissement à la baisse de la consommation observé depuis deux ans.

Conflits d’intérêts historiques, politiques publiques mal maîtrisées, évidences scientifiques méprisées, assurance maladie irresponsable, les résultats de la lutte anti-tabac sont catastrophiques pour la santé de la population.

À court terme il faut rembourser les thérapies comportementales, former des thérapeutes à leur pratique, promouvoir la cigarette électronique pour le sevrage tabagique, à moyen terme assurer un maillage correct des structures capables d’aider les fumeurs qui le souhaitent à stopper, et à long terme, dans un monde idéal, revenir au libre jeu des acteurs et à la vérité des prix, mais ceci est une autre histoire…

En vedette cet été : le homard breton

Par Loïk Le Floch-Prigent

Par Loïk Le Floch-Prigent.

Les mésaventures du ministre de l’Écologie du temps où il présidait l’Assemblée nationale, a mis en vedette à son insu un des trésors de la Bretagne, le homard ! Il faut dire que le ministre est breton et que le point positif est la mise en valeur devant le célèbre vin Château Yquem des précieux crustacés. Tout ceci est dérisoire, médiocre, les révélations comme les commentaires suivis par les éléments de défense de l’intéressé et de ses amis, on pourrait même dire que tout cela est plutôt minable.

Mais cette hypocrisie qui affiche une pureté irréprochable est un symptôme d’autre chose, la distance entre les propos engagés pour le climat et les milliards d’argent public dépensés pour faire l’inverse, la pureté est dangereuse pour les hommes et les femmes politiques, elle l’est encore plus lorsque l’on veut s’afficher plus écologiste que tous les autres… et c’est là que l’on retrouve notre homard avec ses compagnons, les tourteaux, les araignées de mer et les coquilles Saint-Jacques. Car ces grands défenseurs de la nature sont également ceux qui ne veulent pas entendre et qui éconduisent rageusement les artisans pêcheurs (de homards !) qui s’inquiètent de la multiplicité des forages en mer côtière pour installer les fameuses éoliennes en mer.

Des énergies renouvelables très chères

Le ministre était ainsi il y a quelques jours pour célébrer la fin des recours à Saint-Nazaire, pour annoncer le résultat de l’appel d’offres de Dunkerque et pour affirmer le maintien de la politique stupide qui dit remplacer les centrales nucléaires par des éoliennes, c’est-à-dire une énergie pilotable par une énergie intermittente ! On a le vertige quand on regarde les chiffres de ces engins ancrés dans le sol de nos côtes par des forages au-delà de 70 mètres, on parle de milliards d’euros et non plus d’un crustacé à 35 euros le kilo, on parle de raccordement à la charge de l’État (RTE), par champ, de 250 millions d’euros, on parle aussi de zones de pêche dévastées dès les premiers forages comme l’ont exprimé les pêcheurs de la baie de Saint-Brieuc dépendant en grande partie de la coquille Saint-Jacques et des autres crustacés quand la récolte est interdite. On limite les recours, on les regarde avec dédain, on les ignore, on refuse d’en parler, mais on espère bien que dans d’autres coins de la Bretagne les homards pourront se réfugier pour nourrir les appétits de ces messieurs.

Que l’attention des politiques et des médias se concentre sur les malheureux homards de l’Assemblée nationale alors que le problème posé par l’écologie politique et ses adeptes c’est de ne plus défendre la nature, la vie, mais de nourrir leurs fantasmes d’énergie « gratuite » issue du vent et du soleil est atterrant sur l’évolution de notre société, je ne voudrais pas dire de ses « élites » car ce mot est en train de perdre de sa signification.

Le problème de cohérence

Non, le scandale n’est pas le homard du président, c’est l’incohérence entre le mangeur de homard et celui qui prolonge à l’excès le programme absurde d’éoliennes en mer et de leurs centaines de forages sans examen des conséquences sur la faune et la flore marines. Les affreux pétroliers dont on dénigre systématiquement les pratiques au point de les clouer au pilori des futurs Jeux Olympiques par exemple, ces affreux ont inventé les forages horizontaux pour ne jamais heurter les rivages, leurs forages en mer sont calculés au cordeau et observés avec vigilance par des armées de contrôleurs, mais ici parce que l’on fait le « bien » on a tous les droits, celui de dépenser sans compter, celui de tuer faune et flore, celui ne pas entendre les contradicteurs… ce qui n’empêche pas comme on vient de le voir, de manger du homard breton, le meilleur évidemment, comme la coquille Saint-Jacques.

Il est temps de ne pas s’indigner pour des peccadilles, mais de bien comprendre que les incohérences actuelles nous amènent droit dans le mur :

— Elles conduisent au renchérissement de l’électricité

— Elles fragilisent notre environnement en particulier faune et flore marines

— Elles condamnent notre industrie qui n’est pas installée sur la fourniture des éoliennes (ni d’ailleurs des panneaux solaires, des batteries…), mais qui fournit les énergies concurrentes

Tout ceci participe à la destruction de notre environnement, à la chute de compétitivité de notre industrie, au maintien d’un chômage indécent…

Que l’on prenne la lutte contre les énergies fossiles, contre l’énergie nucléaire, contre le diesel, contre l’avion, la voiture thermique, tout va dans le sens d’un affaiblissement de notre pays au profit des autres pays qui cultivent le pragmatisme. L’industrie nucléaire sera dans le mix électrique du futur, les énergies fossiles fournissent une bonne part de l’énergie électrique mondiale et plus de 80 % de l’énergie des transports, on ne va pas avec quelques élucubrations d’illuminés modifier en dix ans, en vingt ans, en trente ans cet état de fait avec une population de plus de 7 milliards d’êtres humains. Le coût en serait faramineux et le temps, s’il en était ainsi décidé, serait long, très long. C’est donc autrement que l’Histoire va s’écrire, avec la science et la technique et des objectifs clairs.

Ce n’est pas en tuant les homards avec les forages des éoliennes en mer et en en offrant à ses invités que l’on va sauver la planète, ou plutôt les humains sur la planète, c’est en prenant conscience des incohérences de l’écologie politique et en revenant à la véritable écologie, celle de la vie, des rapports de vie, de la défense de la nature et non de la défense d’une idéologie.

Il restera de cette histoire qu’il est bon que le président de l’Assemblée nationale fasse la promotion du homard breton, mais alors il faut aussi qu’il abandonne les forages en mer pour ses éoliennes.

Sur le web

L’écologisme à la lumière de la théorie des choix publics

Par Thierry Godefridi

Par Thierry Godefridi.

Qu’en est-il advenu de la méthode scientifique ? C’est la question que se posa Kary Mullis en guise de titre de l’un des chapitres, le onzième, d’un essai publié en 1998, Dancing Naked in the Mind Field (un titre que l’on pourrait traduire par « Danser nu dans les méandres de l’esprit », puisqu’il comporte, en anglais, un double sens, avec la combinaison des mots « mind field » pour « minefield », qui signifie « champ de mines »).

À la suite du précédent article au sujet de la problématique du climat vue sous l’angle critique des limites de la connaissance, un lecteur aimable et attentif s’est étonné de ce que ni François Gervais, ni Drieu Godefridi, dans leurs récents essais à succès sur l’écologisme, ne mentionnaient le nom de Kary Mullis, l’un des premiers scientifiques à dénoncer l’écologisme comme la plus grande fumisterie de l’Histoire.

Ce biochimiste n’est pourtant pas n’importe qui. Il fut, notamment lauréat du prix Nobel de chimie (avec Michael Smith) en 1993, pour l’invention de l’amplification en chaîne par polymérase, procédé désormais courant en biologie moléculaire.

Dans son essai, Kary Mullis citait un autre prix Nobel, d’économie cette fois, James Buchanan (1919-2013), un économiste américain récompensé en 1986 pour le développement de la théorie du choix public, laquelle souligne les dysfonctionnements de l’intervention publique et explique les comportements de l’État à partir des agents qui le constituent.

Théorie des choix publics

Buchanan divisait le monde en quatre catégories, expliqua Kary Mullis : les électeurs, les politiciens, les bureaucrates et les groupes d’intérêt. Chaque membre de chacune de ces catégories attend quelque chose du Système, mais, là où les trois autres catégories sont constituées de professionnels avertis, seule celle des électeurs ne l’est pas. Ces derniers – la plupart d’entre nous ! – passent le plus clair de leur temps à accomplir leurs jobs et leurs tâches domestiques ; il ne leur en reste que très peu ou pas du tout pour tenter d’extraire quelque chose du Système.

Dans les groupes d’intérêt (ce peut être un lobby quelconque, une ONG ou autre), des gens gagnent des salaires confortables en organisant des symposiums et en concoctant des histoires à caractère scientifique dont les médias raffolent. Ce microcosme incite les politiciens à l’action. Ces derniers n’ont généralement aucune connaissance scientifique, quand bien même aimeraient-ils prétendre le contraire. Quelqu’un doit les conseiller.

Il est important de savoir qui les conseille, avertit Mullis, car ces gens qui parviennent toujours à identifier quelque désastre imminent susceptible d’être évité grâce à un projet cautionné par quelques politiciens bien intentionnés, ces « parasites », comme Mullis les nomme, qui échouèrent à se dégoter un emploi sérieux dans le monde légitime de la publicité, ce sont eux qui vous manipulent en tentant de faire croire que les problèmes qu’ils imaginent sont vos problèmes.

La science, rappelait Mullis, consiste en une méthode dans laquelle toute assertion, quel qu’en soit l’auteur, doit pouvoir être vérifiée indépendamment au moyen de l’expérimentation. Il n’est pas question de présenter comme un fait une simple opinion. « Les lois scientifiques sont démontrables. Ce ne sont pas des croyances. »

Des considérations d’ordre économique, et politique, ont remplacé la curiosité comme moteur de la science, fit encore remarquer Mullis. Comme Buchanan le relevait il y a déjà environ un demi-siècle, il n’y a, d’une manière générale, guère d’intérêt à vérifier la validité d’une assertion scientifique à caractère public. Il suffit qu’elle soit convaincante pour les électeurs mal informés. Quelques-unes des grandes vérités que ces derniers ont accepté pour argent comptant n’ont qu’une faible ou aucune base scientifique.

À titre d’exemples, Mullis signalait la croyance que les émissions de combustibles fossiles puissent contribuer au réchauffement climatique et celle que le dégagement de chlorofluorocarbures dans l’atmosphère puissent créer un trou dans la couche d’ozone.

Les gens croient à ces choses et à quelques autres du même acabit, non parce qu’ils en ont reçu la moindre preuve, mais parce qu’ils sont crédules : ils ont la foi. Or, ces questions ne relèvent pas de la foi. Elles n’ont aucun caractère transcendantal.

Il ajoutait :

Des scientifiques qui se prononcent avec vigueur sur l’imminence d’un désastre écologique et qui insinuent que l’Homme porte la responsabilité des changements qui se produisent, sont hautement suspects.

Mullis concluait :

Nous vivons sur une planète pleine de mystères, et les évolutions du climat en sont un.

Pour cet homme de science, Prix Nobel de surcroît, il n’est pas question d’arguer qu’il y ait réchauffement ou non (encore que, vu sur le long terme, il pencherait plutôt pour un refroidissement), mais il s’agit de dénoncer ces politiciens, bureaucrates et groupes d’intérêt qui, dans l’état actuel de nos connaissances, rendent l’Homme responsable d’un changement du climat, font accroire qu’il puisse y remédier et en profitent, entre temps, pour gruger l’immense majorité des électeurs et ruiner nombre d’industries qui leur procurent leur bien-être.

Sur le web

Les États-Unis au Proche-Orient : un grand jeu risqué

Par The Conversation

Par Frédéric Charillon.
Un article de The Conversation

Si le Proche-Orient regorge hélas de drames et de tensions – du Yémen à l’Irak ou à la Syrie –, deux dossiers engagent aujourd’hui plus particulièrement la stratégie américaine et les équilibres internationaux. Le premier est, bien entendu, celui de la relation avec l’Iran, qui fait l’objet de toutes les spéculations, de toutes les escalades verbales, et pourrait servir de détonateur à tous les scénarios. Le second est celui de la Palestine, dont la dangerosité vient à l’inverse de l’absence d’engagement américain, dans un discours pétri d’arrières pensées bien plus que de coups d’éclat.

Dans les deux cas, un jeu de dupes et de miroirs semble s’être engagé entre les différents acteurs du pouvoir américain eux-mêmes, entre différents protagonistes régionaux, et se répercute sur la stabilité régionale comme globale. Du traitement de ces deux dossiers, ni la politique étrangère, ni les politiques étrangères arabes, ni le jeu des autres puissances ne sortiront indemnes.

La politique étrangère américaine : faire et défaire

L’issue de la stratégie – ou de l’absence de stratégie – actuellement engagée par Washington en Iran et en Palestine déterminera, en grande partie, la crédibilité internationale des États-Unis, au-delà de la région, et au-delà de la période de l’administration Trump. D’abord parce que ce sont les États-Unis qui défont aujourd’hui ce qu’ils ont fait eux-mêmes : il sera donc important de voir si les dégâts seront réparables à l’avenir, ou pas.

C’est l’Amérique – celle de George Bush senior puis de Bill Clinton – qui a rebondi sur le processus d’Oslo au début des années 1990, pour aboutir à la poignée de main Arafat-Rabin de 1993, et qui a ensuite fait pression sur les acteurs (certes en vain) pour poursuivre les négociations, en y engageant ses diplomates les plus chevronnés. C’est l’Amérique désormais qui fait disparaître toute référence à un État palestinien, en confiant le dossier au gendre du Président, qui ignore tout de la négociation internationale.

C’est encore l’Amérique – celle d’Obama – qui a ramené l’Iran à la table des négociations pour aboutir à un accord sur le contrôle du nucléaire, en juillet 2015, et faire souffler un vent d’apaisement sur une relation ô combien conflictuelle depuis 1979. C’est l’Amérique de Trump qui a déchiré cet accord, et renoue avec une rhétorique de confrontation. Quoi que l’on pense de l’accord de 2015, quoi que l’on pense des ratés et retards d’un processus israélo-palestinien considéré comme moribond, le dialogue continuait, l’Amérique revendiquait encore un rôle d’arbitre impartial, même si peu y croyaient. Elle n’y prétend même plus aujourd’hui.

Guerre des camps au sein de l’administration américaine

En tombant le masque, l’administration Trump prend un risque multiple. Celui de renoncer à sa position surplombante, pour descendre dans l’arène et voir inévitablement émerger d’autres puissances s’opposant à sa vision : Moscou s’y est déjà engouffré.

Celui également de mettre ses propres alliés en situation difficile : progresser par le non-dit vers un rapprochement entre l’État hébreu et les monarchies du Golfe (et leurs alliés comme l’Égypte) est une chose, leur demander de cautionner publiquement l’abandon de la cause palestinienne en est une autre.

Celui enfin d’enflammer la région, si l’une de ces deux situations bascule dans le chaos : qu’une étincelle mette le feu aux poudres dans le Golfe, ou qu’éclate une nouvelle intifada, ou de nouvelles violences autour de la question palestinienne, et il sera difficile à l’Amérique de reprendre pied.

Enfin, il est désormais visible que plusieurs camps s’affrontent dans le processus décisionnel américain, qui tablent sur l’amateurisme ou l’absence de réel intérêt du Président Trump sur ces dossiers pour avancer leurs pions. Une course s’est engagée entre ceux qui souhaitent limiter les tensions, et ceux qui comptent bien les précipiter.

Si le Président semble n’avoir aucun autre agenda précis que de se mettre en scène en « deal maker », soufflant le chaud et le froid à la recherche, comme en Corée du Nord, de quelques rebondissements spectaculaires, d’autres ont une vision. Elle peut consister à promouvoir le changement de régime en Iran, quel que soit le prix régional à payer – comme pour son conseiller John Bolton. Ou encore à gagner du temps sur la question palestinienne, et faire le jeu du Premier ministre israélien actuel, comme le craignent certains analystes aux États-Unis mêmes. L’issue de cette confrontation sera cruciale pour l’avenir de la politique étrangère américaine.

L’effacement des politiques étrangères arabes

Les politiques étrangères arabes subiront, elles aussi, un test important. Elles sont en fort déclin depuis plusieurs décennies, ayant cédé le pas devant les trois puissances régionales (non arabes) qui façonnent désormais l’essentiel de l’agenda régional et de ses initiatives : l’Iran, la Turquie, Israël.

Le premier a prospéré sur les erreurs américaines, surtout depuis la guerre irakienne de 2003. Ankara rêve de reconquérir un rôle pivot, par de profondes restructurations souverainistes aussi bien internes qu’externes, qui l’amènent à se montrer incontournable aussi bien qu’inflexible, sur des dossiers aussi différents que la crise des réfugiés syriens, la question kurde, ou l’achat de missiles à Moscou. Le troisième, Israël, a obtenu un soutien quasi inconditionnel de Washington, et n’a aucune raison, dans ce contexte, de procéder à des concessions.

Sur cette toile de fond, en poussant ses alliés saoudien ou égyptien dans la voie de la confrontation avec l’Iran, en leur demandant de relayer un plan inacceptable pour les Palestiniens, en privilégiant ouvertement la carte de l’homme fort plutôt que celle des réformes internes, ou en soufflant sur les braises de la rupture saoudo-qatarie, la Maison Blanche n’aide pas les diplomaties arabes à retrouver une centralité régionale. Elle pourrait le payer cher un jour, car on imagine mal une solution aux principaux maux de la région sans acteur arabe de poids pour la soutenir.

Riyad, qui a déjà été à l’origine d’un plan de paix en 2002 et qui, en réalité, a les moyens, donc la vocation potentielle d’incarner ce possible renouveau diplomatique arabe, peut difficilement se permettre d’épouser explicitement le plan Kushner, présenté d’abord comme « le deal du siècle », puis comme le flop, voire la provocation, de la décennie.

Derrière le royaume saoudien, les Émirats arabes unis partagent l’agenda saoudo-américain actuel, au point parfois de l’inspirer. Leur influence régionale progresse, leur savoir-faire militaire aussi. Mais leur succès réside actuellement dans la discrétion de leur posture, et à ce titre ne permet pas de reprendre, pour l’instant du moins, le flambeau du leadership arabe.

Les autres ne sont pas en mesure de le faire : le Qatar, malgré une influence réelle, est affaibli par sa brouille avec l’Arabie, l’Irak et la Syrie, pour les raisons que l’ont sait, sont empêchés pour une durée indéterminée (même si l’Irak redevient une priorité diplomatique) ; l’Égypte a perdu de sa centralité, et reste désorganisée par les turbulences actuelles.

Le vide diplomatique arabe au Proche-Orient, sans doute accentué par la gestion américaine actuelle du double dossier iranien et palestinien, aura un prix élevé pour l’Amérique.

Un concert des puissances sans l’Occident

La nature ayant horreur du vide – celui laissé à la fois par l’effacement des politiques étrangères arabes et par les errances de la stratégie américaine – la question se pose de savoir si d’autres acteurs entreront en scène.

La gestion de l’affaire syrienne par le trio Moscou-Téhéran-Ankara (pourtant à bien des égards contre-nature), dit « processus d’Astana », a donné un avertissement de ce que pourrait être un Moyen-Orient géré en l’absence des puissances à la fois occidentales et arabes. D’autres schémas que ceux qui voyaient les États-Unis et leurs alliés gérer les crises dans la région, sont donc possibles.

Avant même l’entrée en scène toujours possible de la Chine, avant même le réveil d’acteurs dont les liens avec le Golfe sont déjà nombreux, comme l’Inde, mais après déjà plusieurs années de retour diplomatique et militaire russe (à la faveur de la guerre syrienne en 2015), le Proche-Orient s’avère être un test intéressant des combinaisons multipolaires à venir.

Le concert des puissances s’y fait maintenant sans l’Occident, confirmant une tendance entamée en réalité depuis longtemps : suites de la révolution iranienne de 1979, retrait franco-américain du Liban au début des années 1980 (notamment après le double attentat contre les forces des deux pays en octobre 1983), funeste guerre américaine en Irak en 2003 (alors que la guerre du Koweït en 1991 avait permis à Washington d’ancrer son influence), enlisement – un peu plus loin – en Afghanistan… La « fatigue » du Moyen-Orient a pris l’Amérique, et avec elle ses alliés européens. Ces derniers n’ont, d’ailleurs, plus l’ambition d’y jouer aucun rôle, sauf rebondissement miraculeux après les nominations récentes à Bruxelles.

Une poursuite du dialogue iranien entamé après 2015, même en durcissant le ton pour en améliorer les contours, un plan de paix sérieux et compétent pour la question israélo-palestinienne (dont tout le monde connaît, depuis longtemps, les pistes possibles), aurait permis aux États-Unis, à leurs alliés européens et à leurs partenaires arabes, de reprendre l’initiative. Il faudra vraisemblablement attendre une autre administration américaine.

Frédéric Charillon, professeur de science politique, Université Clermont Auvergne

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

Griveaux : « Paris et moi », et moi, et moi, et moi !

Par Nathalie MP
griveaux

Par Nathalie MP.

C’est donc Benjamin Griveaux, « marcheur » de la première heure, ancien porte-parole du gouvernement Philippe et député de Paris, qui portera les couleurs parisiennes de la République en Marche (LREM) lors des municipales de 2020. Ainsi en ont décidé la semaine dernière la Commission d’investiture puis le bureau exécutif du parti après l’audition des trois prétendants en lice, non sans soulever quelques rancœurs du côté du candidat malheureux Cedric Villani.

Dans un tweet amer qui laisse planer le doute sur ses intentions futures, ce dernier regrette une décision d’appareil. Mais comment s’étonner ? Ferrand, Castaner, Loiseau et maintenant Griveaux – Emmanuel Macron place ses fidèles aux postes clefs, quitte à mettre sur pied tout un simulacre de processus démocratique au sein de LREM. À noter d’ailleurs qu’en 2017, Christophe Castaner avait été préféré à Benjamin Griveaux pour diriger le parti présidentiel et avait laissé à ce dernier le porte-parolat du gouvernement comme lot de consolation.

Avec son investiture pour la course municipale à Paris, on dirait bien que pour Benjamin Griveaux, le temps de la récompense est enfin venu. Il s’en défend aujourd’hui dans une langue de bois qui fait honneur au porte-parole du gouvernement qu’il fut, mais il n’a eu de cesse de faire mousser son potentiel de candidat et chercher les ralliements politiques en assurant à qui voulait l’entendre qu’il avait le soutien du président de la République, ce dont en réalité personne n’a jamais douté.

Récompense, donc, mais aussi mission de confiance à haut risque car encore faut-il qu’il devienne effectivement maire de Paris en 2020. Or ravir Paris au PS et à Anne Hidalgo, Emmanuel Macron en rêve depuis qu’il a réalisé un score de 90 % dans la capitale au second tour de la présidentielle de 2017.

Sur le papier, c’est possible : avec presque 33 % des voix aux Européennes à Paris en mai dernier, LREM est arrivé en tête dans 16 arrondissements sur 20 tandis que la liste du PS menée par Raphaël Glucksman avec le soutien d’Anne Hidalgo n’a recueilli que 8,2 % des voix. Les européennes ont en outre confirmé que la droite était en miettes et l’extrême gauche émiettée. Quant au Rassemblement national, son poids parisien est insignifiant.

Restent les écologistes qui ont réussi à remporter 4 arrondissements sur 20 dans la capitale et qui viennent de se choisir une tête de liste pour les municipales avec l’ambition de réunir une « coalition écologiste et de gauche » et faire barrage à la mise en place d’une police municipale (sans arme à feu) annoncée récemment par Anne Hidalgo.

Et reste justement Anne Hidalgo, maire sortante en difficulté lorsqu’il est question de sa gestion municipale mais qui s’accroche dès lors qu’on la compare à ses futurs concurrents. D’autant qu’il reste encore neuf mois à courir avant le scrutin. Toutes sortes d’ennuis dont LREM semble avoir le génie estival sont encore possibles, comme le démontrent amplement les homards géants du ministre de l’Écologie.

Selon un sondage BVA publié le mois dernier, 58 % des Parisiens se disaient insatisfaits du bilan d’Anne Hidalgo, surtout en ce qui concerne la propreté, première préoccupation devant la sécurité et la pollution. En cas d’élections, la maire sortante obtiendrait seulement 21 % des voix contre 25 % pour LREM, que le parti soit représenté par Griveaux ou Villani.

Mais interrogées sur la personnalité LREM qui ferait le meilleur maire pour Paris, les sondés citaient d’abord le Premier ministre Édouard Philippe (15 %) – une hypothèse qui a l’assentiment de François Bayrou qui se verrait bien à Matignon – puis seulement Griveaux (10 %) et ensuite Villani (8 %). De son côté, Anne Hidalgo a vu sa cote de popularité telle que mesurée chaque mois par l’IFOP se hisser à 40 % en juillet, soit un bond de 4 points, tandis qu’avec 20 %, Benjamin Griveaux n’est pas encore parvenu à se faire une place dans l’opinion publique.

À ce stade, il est surtout connu pour son arrogance et son ton souvent méprisant à tel point que ses anciens camarades du PS le surnomment « le marquis de sa suffisance ». Un sobriquet qu’il a illustré avec brio le jour où, en pleine contestation des Gilets jaunes contre la hausse du prix des carburants, il a qualifié Laurent Wauquiez de candidat « des gars qui fument des clopes et qui roulent au diesel ».

Convaincu de sa haute valeur jusqu’à l’obsession, il considère par exemple que son échec à l’ENA n’a rien à voir avec lui mais tout avec un jury fâcheusement politisé de travers :

« Je suis tombé sur un jury de chevènementistes ! Quand ils ont parcouru mon CV au fil du grand oral : fils de notaire, éducation jésuite, Sciences Po et HEC, j’ai vite compris qu’ils allaient se passer de mes services ! »

Clairement ambitieux et perpétuellement insatisfait de ce qu’il obtient, seul le coup d’après semble pouvoir le satisfaire. Au PS, qu’il a rejoint très jeune, ce coup d’après qui lui ouvrirait les portes d’une grande carrière politique ne s’est pas matérialisé. La frustration s’est ajoutée à l’ambition et explique une grande part de son ralliement à Emmanuel Macron contre les lourdeurs de son parti d’origine.

Né en Saône-et-Loire en 1977, fils d’un notaire plutôt centriste et d’une avocate rocardienne, il étudie à Sciences Po Paris et à HEC. D’abord engagé auprès de Dominique Strauss-Kahn pour la présidentielle de 2007, il a aussi testé les charmes de la politique locale à Chalon-sur-Saône de 2008 à 2015. Voyant qu’il n’accéderait pas à la mairie (que Christophe Sirugue, maire PS de l’époque, se réserve), il fait campagne pour François Hollande lors de la primaire socialiste de 2011 et entre ensuite dans le cabinet de sa ministre de la Santé Marisol Touraine.

Une évolution très en deçà de ses attentes. Aussi, en 2014, il décide de rejoindre le secteur privé comme directeur de la communication d’Unibail-Rodamco, sans idée de revenir un jour à la politique. L’expérience sera cependant de courte durée car dès 2015 ses amis de l’époque strauss-kahnienne – Ismaël Emelien, Stanislas Guérini, Sibeth Ndiaye, etc. – le mettent en contact avec Emmanuel Macron. Il travaille alors à la création d’En marche ! et participe ensuite activement à la campagne présidentielle du futur président de la République.

Si vous vous rappelez cette campagne, vous vous rappelez également que le contenu du programme macronien, divulgué tardivement, n’en était qu’un simple accessoire. Il s’agissait plutôt de faire monter la mayonnaise de l’enthousiasme startupeur en se disant ni de gauche ni de droite et en promettant de renverser les lourdeurs françaises tout en conservant toutes les protections de notre système social. Bref, il fallait « penser printemps », formule qui s’est transformé au fil du quinquennat en « penser écologie ».

Deux ans plus tard, peu d’améliorations structurelles à signaler. Après avoir dit le contraire pendant des mois, Gérald Darmanin nous a même confirmé récemment que jamais l’engagement de réduire un tout petit peu les effectifs de la fonction publique ne serait tenu.

Autrement dit, on constate maintenant que sous couvert de modernité, le projet « politique » d’Emmanuel Macron se réduisait à une révolution de palais visant tout prosaïquement à virer la génération Hollande tout en continuant les politiques social-démocrates dites de « deuxième gauche » typiques des Rocard, Strauss-Kahn et Hollande en fin de mandat.

Eh bien, il me semble que la campagne LREM à Paris se présente exactement sur le même modèle. Une génération de quadras conduite par Benjamin Griveaux, 41 ans, a pour ambition de prendre la place d’Anne Hidalgo, 60 ans, pour conduire une politique qui ressemblera beaucoup à ce qui se fait à Paris depuis que le PS y a décroché la majorité municipale en 2001 avec Bertrand Delanoé.

Malgré une première enquête intitulée « Paris & moi » menée par LREM auprès des Parisiens cet hiver, consultation qui confirmait que la propreté de la ville est bien un sujet de préoccupation majeure des électeurs, aucun programme précis n’a été proposé pour l’instant.

Au micro de Jean-Jacques Bourdin peu après son investiture (vidéo), Benjamin Griveaux a surtout débité avec beaucoup d’assurance tous les lieux communs du macronisme qui n’engagent à rien.

Certes, il va falloir « apporter une offre nouvelle, alternative à la politique conduite depuis cinq ans par la maire de Paris ». Si LREM veut la battre c’est un minimum, au moins dans le discours. Donc quand Mme Hidalgo évoque la création d’une police municipale sans arme à feu, Griveaux propose de laisser les Parisiens se prononcer sur la création d’une police municipale armée.

Et puis là où Anne Hidalgo décidait seule, ne parlait qu’à la gauche et écartait Total des sponsors des JO, il est d’avis qu’il faut parler à tous les Parisiens, demander à Total de doubler son sponsoring, rassembler un grand collectif et dépasser tous les clivages. Un enfant de Paris n’est ni de droite ni de gauche ! Vidéo, 01′ 12″ :

En revanche, pas question de revenir sur la fermeture des voies sur berge ou sur les limitations de vitesse sur le périphérique. Au contraire, parmi les quelques rares mesures avancées par Benjamin Griveaux, figurent l’interdiction des bus de tourisme diesel dans la capitale d’ici 2023, l’instauration de trois examens respiratoires pour les écoliers et l’attribution d’une voie du périphérique à l’auto-partage et aux transports publics.

Surtout, confirmant une fois de plus que le score inattendu des écologistes aux élections européennes couplé à la pression intense des collapsologues de tout poil est clairement devenu la boussole de toute action politique, il propose également la mise en place d’un Conseil parisien de défense écologique constitué d’experts et d’habitants tirés au sort. On admirera au passage le magnifique copier-coller de ce que le président de la République a annoncé au niveau national lors de sa conférence de presse de sortie du Grand débat.

D’autant que de son côté Hidalgo martèle partout que l’urgence climatique a toujours été sa priorité et que la démocratie participative est constitutive de son engagement d’élue socialiste.

Ainsi, à voir Benjamin Griveaux se lancer à Paris contre Anne Hidalgo tout en marchant consciencieusement dans ses traces, on constate comme souvent qu’il suffit de dire que tout va changer pour que finalement rien ne change. Ça promet.

Sur le web

Venezuela : manger, un combat de tous les jours

Par Contrepoints
manger au venezuela

Par la rédaction de Contrepoints.

Dix huit mille bolivars. Au taux actuel, cela représente 2,25 euros. C’est le montant de la retraite mensuelle de Guadalupe Josefina Ávila, ancienne directrice d’école vivant à Maracaibo, deuxième ville du Venezuela.

Ses sandales sont usées, sa robe est trop large, et son frigo est vide. Elle témoigne pour Contrepoints : son quotidien difficile, son envie aussi de changer de régime.

Selon un expert de l’Agence onusienne pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Venezuela devrait faire son entrée en 2019 dans la liste des pays en « crise alimentaire aiguë ».

Images : Matthieu Comin.

Bac 2019 : l’irruption surprise du contrôle continu

Par The Conversation
bac

Par Charles Hadji1.
Un article de The Conversation

La grève par rétention de notes à laquelle se sont livrés des enseignants mécontents de la « réforme Blanquer » vient de reposer, de façon inattendue, la question de l’intérêt d’un contrôle continu dans le cadre d’un examen tel que le baccalauréat.

Par-delà la polémique suscitée par la « solution technique » inventée par le ministre pour résoudre le problème qu’il devait affronter, on peut saisir l’occasion de cette irruption surprise pour tenter d’examiner sereinement cette question.

Bac 2019 : habile parade du ministre

Pressé par les événements, le ministre a dû se résoudre à prendre en compte « provisoirement » le contrôle continu (moyenne des notes obtenues dans la discipline sur les trois trimestres de l’année), lorsque la note terminale faisait défaut par suite de la grève. Cela a donné au contrôle continu (CC) une occasion inattendue de faire reconnaître son utilité.

La parade du ministre est habile. Elle prend les contestataires à contre-pied. Car c’est pour protester contre une réforme du bac qui, entre autres, attribuait au contrôle continu 40 % de l’évaluation finale, que certains professeurs se sont lancés dans une grève des notes. Or, le ministre neutralise les effets de leur action en recourant à l’objet de leur courroux !

Cette « solution technique » a l’avantage de ne pas être défavorable aux élèves. In fine, seule sera retenue la meilleure des deux notes : soit celle du CC prise provisoirement en compte ; soit celle du contrôle terminal (CT) enfin parvenue au jury. Ce dispositif ne mériterait-il pas alors d’être pérennisé ?

Les risques du contrôle continu

Ceux qu’avait surpris, voire sidérés, le contrepied du ministre, ont unanimement dénoncé une rupture d’égalité, entre élèves ayant obtenu un bac lié aux épreuves finales, et élèves n’ayant qu’un bac lié au contrôle continu, et donc, dans leur esprit, de moindre valeur. Mais que peut-on reprocher, exactement, au contrôle continu ?

On peut évoquer trois grands reproches. Le premier, et le plus courant, est que le contrôle continu introduit les aléas du « localisme » dans un examen national. Le bac doit être le même partout. Mais l’unicité d’une épreuve garantit-elle l’identité recherchée ? Et les correcteurs ne sont-ils pas différents d’une ville, et d’une région, à l’autre ? L’égalité que garantirait le contrôle terminal n’est en réalité qu’une fiction.

Le deuxième reproche, plus consistant, est que le contrôle continu intervient, par définition, avant la fin de la « formation ». Il serait donc foncièrement injuste, puisqu’il contrôle les effets d’une formation avant qu’on ait donné aux candidats toutes les chances de maîtriser ce qui sera l’objet du contrôle.

Mais, pour obtenir son permis de conduire, on peut valider le code plusieurs mois avant la conduite. Le contrôle continu peut avoir valeur certificative, s’il survient au terme d’une unité d’enseignement que l’on peut légitimement autonomiser (ex : à la fin d’un chapitre ou d’une grande partie du programme). Platon disait qu’il faut découper les poulets selon leurs articulations naturelles !

Enfin, on peut reprocher au contrôle continu de court-circuiter l’examen, en rendant inutile la note terminale, ce qui équivaut à en dénier la valeur. Mais il faut noter que, dans le cadre du dispositif « Parcoursup », les écoles et universités choisissent leurs futurs étudiants avant qu’aient été passées les épreuves terminales ! Celles-ci n’ont de fait pour rôle que de confirmer et valider a posteriori des choix fondés pour l’essentiel sur des résultats de contrôle continu…

Les limites du contrôle terminal du bac

C’est pourquoi, parallèlement, la croyance en la valeur immédiate d’un examen terminal mérite d’être interrogée. On peut faire, à cet égard, deux grandes observations. La première est qu’un examen terminal, a fortiori lorsque seuls ses résultats sont pris en compte, est une épreuve « couperet ». Il n’y a plus ni droit à l’erreur, ni possibilité de rattrapage. L’équité d’une telle épreuve n’est jamais assurée.

Car, et c’est la deuxième observation, avec une seule épreuve terminale par discipline, le champ de probation offert aux lycéens est particulièrement étroit. Le jury peut-il, sur cette seule épreuve, dire avec certitude, si, oui ou non, une connaissance ou une compétence est maîtrisée, d’une façon générale, et pérenne ?

La ou les compétences dont la maîtrise est visée auraient pu se manifester de façon plus claire et indiscutable, à d’autres moments, et dans d’autres épreuves, plus variées, et plus ouvertes.

Ni sanctification, ni diabolisation

Finalement, la question à trancher est de savoir si le bac peut reposer uniquement sur des épreuves terminales. L’enjeu est de concilier l’intérêt des élèves qui sont candidats, avec celui de la société qui délivre des diplômes. Le bac est un permis d’entrer dans des formations diplômantes, voire directement sur le marché du travail.

L’intérêt des candidats à ce permis est d’être traités équitablement, en faisant leurs preuves sans être victimes de la dimension de loterie inhérente à toute épreuve ponctuelle. D’où l’utilité d’une part significative de contrôle continu, leur permettant d’avoir toutes leurs chances de montrer ce dont ils sont capables.

L’intérêt de la société est de s’assurer que le diplôme qu’elle délivre atteste vraiment d’une palette et d’un niveau de connaissances et de compétences. D’où l’utilité d’une part significative de contrôle terminal, avec choix rigoureux des situations de probation (épreuves communes d’évaluation), et cadrage rigoureux de la « lecture évaluative » que les examinateurs feront des travaux produits par les candidats.

Aucune des deux modalités d’évaluation ne mérite d’être sanctifiée, ni inversement diabolisée. Finalement, la difficulté est ici de comprendre que tout contrôle est à la fois continu et terminal. Terminal, car il vient nécessairement après une séquence d’enseignement ou de formation. Continu, car il s’insère dans le temps plus long d’une activité visant un but.

Il s’agit bien de savoir si, à la fin, le but est atteint. Contrôle continu et contrôle terminal doivent donc être mis en œuvre, non en fonction de ce qui serait un intérêt intrinsèque, mais en fonction de la façon dont ils éclairent, ou non, l’atteinte du but que l’on poursuivait. De ce point de vue, le contrôle terminal n’est que le point ultime d’un contrôle continu.

Sur le web-Article publié sous licence Creative Commons

  1. Professeur honoraire (Sciences de l’éducation), Université Grenoble Alpes.

Contrepoints Podcast : enfin une émission de radio libérale !

Par Pierre Schweitzer
Contrepoints

Par Pierre Schweitzer.

Chers lecteurs, la rédaction de Contrepoints est heureuse de vous annoncer le lancement de Contrepoints Podcast, l’émission audio de votre journal préféré.

Ce projet annoncé par notre rédacteur en chef Ludovic Delory il y a quelques mois de cela, voit enfin le jour, et j’ai le plaisir d’en assurer la production et la présentation.

Que vais-je trouver dans Contrepoints Podcast ?

Dans un premier temps nous allons vous proposer des entretiens mensuels avec des personnalités de la sphère libérale au sens large : universitaires, militants associatifs et dirigeants de think-tanks, entrepreneurs, hommes ou femmes politiques, essayistes, etc. Dans ces interviews nous parlerons de leurs travaux, de leur expérience, mais aussi de l’actualité du moment et des grands défis qui nous attendent.

Il est toutefois possible que dans le futur nous utilisions cette chaîne pour partager d’autres contenus tels que des conférences, des commentaires d’ouvrages ou d’autres formats à inventer.

Pourquoi écouter un podcast alors que je lis déjà Contrepoints ?

Le podcast est à la radio ce que le web est aux journaux. C’est un média totalement libre que vous pouvez l’écouter n’importe où, n’importe quand, et même le télécharger à l’avance pour l’écouter hors connexion, par exemple dans le métro. Vous pouvez écouter votre podcast tout en faisant du sport, du ménage, en conduisant… Mais surtout nous avons pensé cette chaîne comme un complément au site et non pas une simple déclinaison audio de nos contenus.

Je veux écouter, c’est par où ?

Contrepoints Podcast est disponible sur toutes les principales plateformes de podcast. Pensez bien à vous abonner pour voir les nouveaux épisodes apparaître dans votre flux :

Si vous n’avez pas trouvé la chaîne dans votre application préférée en tapant « Contrepoints Podcast », n’hésitez pas à nous le faire savoir, nous ferons le nécessaire pour la répertorier. Prochainement nous rendrons également les épisodes disponibles sur Youtube.

Qui est l’invité du premier épisode ?

Pour notre épisode pilote (d’où son curieux numéro zéro) nous vous proposons un entretien avec le Dr. Emmanuel Martin (https://www.contrepoints.org/author/emmanuel-martin), spécialiste de l’économie du développement, des problématiques africaines, et musicien à ses heures.

Cet épisode sera suivi dès la semaine prochaine d’un numéro spécial communisme. On ne vous en dit pas plus pour l’instant !

Comment soutenir l’émission ?

Si ce projet vous plait, le premier des soutiens est évidemment d’écouter le podcast, de penser à vous abonner et à le partager sur les réseaux sociaux. Vous pouvez aussi nous laisser une évaluation ou un commentaire positif sur Apple Podcasts (très important pour notre visibilité en dehors des cercles libéraux), ou encore nous faire part de vos réactions et remarques sur l’épisode ici-même. Enfin, comme toujours, vous pouvez soutenir vos idées en faisant un don à l’association liberaux.org qui édite Contrepoints (https://www.contrepoints.org/aider-contrepoints).

Bonne écoute, et rendez-vous dès la semaine prochaine pour un nouvel épisode.

Le « capitalisme vert » monétise l’air que nous respirons

Par Jacques Henry
l'air

Par Jacques Henry.

Dans le monde néolibéral qui a tout monétisé il restait l’air que l’on respire à classer dans la catégorie profitable de la monétisation. Pour arriver à cette extrémité idéologique il aura fallu des années de préparation psychologique pour faire admettre au public qu’il était opportun de monétiser l’air et en particulier l’un de ses composants mineurs, le gaz carbonique.

Le prétexte, soigneusement préparé par les instances onusiennes avec l’aimable collaboration d’une multitude d’organisations non-gouvernementales, collaboration consentie ou imposée, était de sauver la Terre de la fournaise programmée dans laquelle elle serait précipitée si « on ne faisait rien » pour le climat.

S’appuyant sur des bases scientifiques erronées ou inexistantes, les organismes officiels onusiens ont obtenu carte blanche de clubs sectaires comme « les hommes de Davos » ou le groupe de Bilderberg pour pratiquer inlassablement depuis plusieurs décennies un conditionnement de l’ensemble des populations afin qu’elles deviennent consentantes à l’impôt « pour » le climat, ouvrant ainsi la grande porte au profit en faisant payer ces populations afin d’avoir accès à ce qui était jusqu’alors gratuit : l’air que l’on respire.

Ce processus a suivi à la lettre le cheminement idéologique de l’Église catholique décadente de la fin du Moyen-Âge. Il faut aujourd’hui, comme ce fut le cas aux XIVe et XVe siècles, acheter le droit de respirer comme l’Église vendait des indulgences pour avoir le droit au salut de l’âme, au repos éternel et à la résurrection. Ce ne seront plus des morceaux de papier distribués par le Vatican contre de la monnaie sonnante – si possible en or – mais des « crédits carbone », des droits d’émission de carbone, des obligations vertes de toutes sortes, et naturellement des taxes appliquées à tout produit de consommation courante qui provoque un rejet de carbone dans l’atmosphère, c’est-à-dire presque tout ! Toutes les institutions financières se préparent activement à cette véritable révolution car il y a très gros, très très gros à gagner.

Dans la ligne de cette idéologie totalitaire chaque individu sera taxé car lui-même respire et contribue donc aux émissions de CO2 et le capitalisme vert, de Davos à Wall Street, c’est-à-dire des deux côtés de l’Atlantique a déjà songé à instituer ce type de taxe. De plus une campagne malthusienne honteuse prend de l’ampleur car faire des enfants est une source supplémentaire de CO2.

Dans le même ordre d’idées il faudra éliminer tout objet, tout équipement, toute consommation gros producteurs de CO2 et les remplacer par d’autres objets, d’autres équipements et d’autres consommations compatibles avec cette nouvelle religion malgré le fait que cette mutation, appelée ironiquement « croissance verte », produira infiniment plus de CO2 que ce qu’il en est aujourd’hui.

L’enjeu planétaire et mercantile de cette nouvelle idéologie qu’est en réalité le capitalisme vert se heurtera inévitablement à l’attitude de tous les pays qui ont d’autres préoccupations que de réduire leurs émissions de carbone. Tous ces pays, répartis entre l’Amérique du sud et l’Asie en passant par l’Afrique, ne réduiront pas leurs émissions de carbone, ni ne paieront une quelconque taxe, ni ne se hasarderont à Wall Street ou à Londres pour jouer au grand casino des crédits carbone.

Sans la mise en place d’une gouvernance mondiale autoritaire, cette mafia climatique, depuis Al Gore, Davos, les ONGs « philanthropiques » et les élites capitalistes, continuera à se réunir en voyageant dans des jets privés pour profiter de plages de sable fin à l’ombre des cocotiers en peaufinant, au cours de « conférences vertes », la prédation du plus grand nombre pour le profit de la plus restreinte communauté financière.

Enfin, l’autre objectif inavoué de cette idéologie verte est de sauver le capitalisme néo-libéral moribond. L’enthousiasme suscité auprès de centaines de millions de personnes, essentiellement dans les pays développés, pour sauver la planète est le résultat d’une manipulation des opinions par ces puissances financières non pas pour sauver le climat mais pour en profiter, non pas pour sauver la nature et la biodiversité mais pour financiariser ces deux derniers sujets d’intérêt dans l’unique but de réaliser des profits se comptant en centaines de milliers de milliards de dollars, de livres ou d’euros.

Pour illustrer le propos mentionné plus haut, à savoir que de nombreux pays ne se plieront jamais aux injonctions du capitalisme occidental, la Chine, par exemple, doit avant toute chose gérer plus de 1,3 milliard d’habitants et le sauvetage du climat ou de la planète n’est pas sa préoccupation première, et de très loin. Il suffit d’examiner la production d’énergie électrique de ce pays :

Comment peut-on imaginer que la Chine, l’Inde ou encore l’Indonésie mettent en place une taxe carbone ? Et à l’échelle mondiale, paradoxalement, il en est de même :

La seule solution pour « sauver le climat » ou « sauver la biodiversité » en réduisant la production de carbone est simple : provoquer une dépression globale qui réduira la consommation de tous les biens de 50 % et détruira 98 % de la fortune fantôme des élites globalisées qui tentent de monétiser l’air que nous respirons.

Le « Green New Deal » proposé par la représentante démocrate Alexandria Ocasio-Cortez mettrait en œuvre – uniquement aux USA – la pharaonique somme de 93 000 milliards de dollars pour décarboner l’économie américaine. Si cette somme ne vous parle pas elle représente 600 000 dollars par foyer fiscal américain selon l’Office du Budget du Congrès américain. Alexandria Ocasio-Cortez semble ignorer quelles seront les conséquences d’un tel programme, et pourtant non : elle les connait, et c’est l’objectif poursuivi par tous ces partisans fanatiques du réchauffement du climat d’origine humaine.

Un tel programme va provoquer des dommages irréparables dans les économies des pays occidentaux, et pas seulement aux USA. Le niveau de vie des citoyens de la majorité des pays de l’OCDE va inévitablement diminuer dans des proportions encore difficiles à imaginer. J’ai mentionné ci-dessus une chute de la croissance économique de 50 %, c’est une figure optimiste !

L’urgence – il faut que tout soit mis en place dans les 12 ans qui viennent – rendra très rapidement cette politique totalement hors de contrôle, et à la misère dans laquelle les peuples seront plongés s’ajoutera une dégradation tout aussi irréversible de l’environnement afin de produire massivement les matériaux nécessaires à cette transition énergétique. L’avenir n’est plus « vert » mais très noir…

Sur le web

Le vrai bilan carbone de l’agriculture

Par Armand Paquereau
bilan carbone

Par Armand Paquereau.

Il n’est pas un jour où des dizaines de médias nous rabâchent la menace du réchauffement climatique, soi-disant dû à la présence et à l’activité anthropiques. À croire qu’ils sont subventionnés pour l’usage des mots « réchauffement climatique » ! Pour répondre à l’angoisse des populations, les pouvoirs publics prennent des mesures censées apporter des solutions.

Ainsi, pour tenter de limiter la consommation d’énergie fossile, issue de millions d’années de stockage de carbone, il a été décidé de créer une taxe carbone, assise sur le CO2 émis par la consommation des énergies fossiles. Assez curieusement, certaines consommations (fuel lourd des cargos et kérosène des avions) en sont actuellement exonérées.

Lors de mes participations à la commission de certification environnementale, j’ai argumenté avec insistance pour faire admettre que le bilan carbone de l’agriculture ne consistait pas seulement en émissions de CO2 (carburants, fabrication et acheminement des intrants et Phytos, etc.) mais que la production d’hydrates de carbone contenus dans les récoltes était autant de CO2 soustrait à l’atmosphère pour le bien de tous. L’opposition du représentant de France Nature Environnement a été frontale et inflexible.

Cependant, certains organismes commencent à reconnaitre que le bilan carbone de l’agriculture comporte un aspect négatif et un aspect positif, et que ce dernier dépasse largement le premier.

Ainsi, selon le tableau suivant, l’agriculture est le plus petit consommateur d’énergie et absorbe près du double des gaz à effet de serre qu’elle n’en émet (ADEME Bretagne).

De même, l’infographie suivante, élaborée à partir d’un tableau de :
« Maîtrise de l’énergie et autonomie des exploitations agricoles françaises : état de perspectives d’actions pour les pouvoirs publics, SOLAGRO 31/01/2006 page 16/85 » met en évidence le bilan énergétique de différentes catégories de productions :

La photosynthèse permet à l’agriculture de produire plus d’énergie qu’elle n’en consomme

Un outil de calcul, PERFO P3 aborde le sujet sous les trois angles de la performance économique, de la performance environnementale (énergie, gaz à effet de serre et eau) et de la performance nourricière des exploitations.

EGES lui, prend en compte des intrants consommés à toutes les étapes de la rotation – carburant consommé, fertilisation, destination de la récolte… – et le volume de produits récoltés.

Cependant, les écologistes ne parlent que de carbone stocké dans le sol, notamment par les forêts ou les prairies. Ils prétendent que : « La fixation de carbone dans les productions agricoles (végétales ou animales) n’est pas un stockage de carbone. »

Le plus important pour lutter contre l’effet de serre, dont le CO2 participe pour partie, n’est pas le stockage dans le sol. Si les forêts relarguent plus lentement le CO2 (lors de l’exploitation du bois tous les 50 à 200 ans), il faut bien reconnaître que le stockage dans les productions agricoles est largement plus important et indispensable, car disponible annuellement pour nourrir les populations.

Abordons maintenant une comparaison entre un hectare de forêt et un hectare de culture, du maïs par exemple. Un hectare de forêt produit annuellement en moyenne 6,6 M3 de bois soit 5 tonnes de bois sec sous forme d’hydrates de carbone.
• Selon la formule : 500 kg d’hydrates carbone = 250kg carbone= 915kg CO2 (coef 3,66)
• 1 Ha de forêt capte annuellement 5 tonnes /2 x 3.66= 9,15 tonnes de CO2

Un hectare de maïs non irrigué produit annuellement environ 8,3 tonnes de grains à 30 % d’humidité qui, ramenés à la norme équivaut à 6,83 tonnes. De plus, il stocke dans le sol entre 6 et 10 tonnes de tiges et de racines.

Selon la formule précédente,

1 Ha de maïs capte annuellement environ 15 tonnes / 2 x 3,66 = 27,46 tonnes de CO2.

L’émission moyenne d’une exploitation agricole est d’environ 2 tonnes de CO2 par hectare.

Sur ces bases, le bilan net de captation du CO2, différentié de la captation naturelle, se répartit comme ci-dessous :

Le bilan net de la captation de CO2 réalisée grâce au travail de l’agriculteur est de :

27,46 – 9,15 – 2 = 16,31 tonnes de CO2.

Alors que la réglementation PAC se contorsionne pour répartir les primes selon des critères agro-environnementaux, il serait simple de payer aux agriculteurs le service rendu à la collectivité sur la base du CO2 capturé aux taux de la taxe carbone.

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