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Aujourd’hui — 8 mars 2021Contrepoints

Libération des femmes : la doit-on vraiment aux féministes ?

Par Sabine Lula
femmes

Par Sabine Lula.

Chaque 8 mars, depuis sa reconnaissance officielle en 1977 par l’ONU, on fête la Journée de la Femme. Plus exactement, la « Journée Internationale des Droits des Femmes », comme se plaisent à le rappeler nos amies féministes militantes.

Car oui : la situation des femmes est toujours aussi désespérée qu’au temps des suffragettes et de George Sand, car « la » femme est encore et toujours « l’inégale » de l’homme. Il est donc plus important que jamais pour toute femme digne de ce nom de lutter ardemment pour ses droits, surtout dans la société occidentale, considérée comme « bastion du patriarcat » par les féministes au détriment du bon sens.

Mais après plus d’un siècle de féminisme porté par trois vagues successives, quel bilan peut-on dresser de ce mouvement et de ses accomplissements ?

Le féminisme, ami des femmes ? Vraiment ?

On entend souvent dire que sans les féministes, les femmes n’auraient ni le droit de vote, ni le droit de travailler, pas d’accès à la contraception, et même pas le droit de sortir de sa « Kouizine » – si l’on en croit les dires d’un sage pasteur africain.

Les femmes du XXIe siècle doivent donc absolument tout à leurs anciennes « sœurs », et se doivent de continuer la lutte jusqu’à atteindre une égalité parfaite avec les hommes. Seulement, quand l’égalité légale, l’égalité de droits est atteinte, cela ne signe-t-il pas la mort du féminisme ?

Grand Dieu, non ! Il y a toujours des choses à redire quant à la situation des femmes, surtout en Occident : mesdames, vous mesurez en moyenne quinze centimètres de moins qu’un homme ? Eh bien c’est à cause du patriarcat du steak ! Si, si : car pendant l’âge de pierre, ces vilains machos tout en muscles vous ont privées de viande (viande qu’ils ramenaient eux-mêmes) parce que ce sont de sales connards égoïstes et violents, voilà tout. D’où votre taille moindre.

En parlant de muscles, vous en avez moins que les hommes alors que vous pratiquez la même activité physique qu’eux ? C’est parce qu’ils ont bridé vos ardeurs et votre combativité et vous ont transformées en loques faibles et fragiles qu’il leur faut sauver, car ils avaient peur de votre Girl Power. Ça n’a absolument rien à voir avec le dimorphisme sexuel et la présence naturellement plus élevée de testostérone chez l’homme. Ni au fait que pour porter un enfant, votre corps a davantage besoin de gras que de muscles. Cessez donc de vous insulter en prétendant que les différences biologiques ont une origine biologique !

Et si vous avez le malheur de considérer cela comme exagéré, de ne pas vous considérer comme une victime des méchants hommes, et surtout, horreur, de ne pas vous reconnaître dans les discours de vos gentilles sœurs féministes et de le dire, vous basculez du côté obscur de la guerre des sexes : vous venez de vendre votre âme au diable, et de devenir… une pick me !

Une pick me, aussi gentiment surnommée « collabite », « pute du patriarcat », « gourdasse sans cervelle » ou « grosse connasse égoïste qui crache à la gueule des autres femmes », c’est simplement une femme qui refuse d’être associée au féminisme de troisième vague, et qui n’a pas peur de le dire à voix haute. Car oui, sachez-le : contredire une féministe (ou plus simplement, refuser de lui baiser les pieds pour la remercier du « combat » qu’elle mène pour « nous »), c’est être antiféministe. Et être antiféministe, c’est être un aspirant nazi qui aurait fait pâlir les plus zélés des gros bonnets du Troisième Reich.

femmes

Manichéen ? Vous avez dit manichéen ?

La femme non-féministe est en effet une véritable épine dans le pied des militantes : elle est la preuve vivante que leur combat est parfaitement inutile. Une femme forte et indépendante n’a en effet aucun besoin du féminisme, car elle s’assume déjà en tant qu’individu, et n’a pas besoin de quotas ou de hurler seins nus dans la rue pour obtenir ce qu’elle veut.

La raison de cet échec perpétuel du féminisme à fédérer est dû à son essence même : le féminisme considère « les » femmes comme une entité une et indivisible, une classe d’opprimées vivant sous le joug de la classe ennemie, celle des hommes. Il se bat donc pour LA Femme, et pas LES femmes. La Femme comme entité unicellulaire, unipensante, et incapable d’individualité.

Or, comment peut-on espérer que quelqu’un puisse se libérer, alors qu’est niée son individualité et qu’on le rattache de force à un groupe subjectif ? Il devient alors évident que ce mouvement, comme tout autre mouvement niant l’individu et son unicité, n’a aucunement le pouvoir d’offrir la liberté à ceux qu’il prétend défendre.

Libre-échange et liberté féminine

Mais si le féminisme est une chimère, et qu’il n’aide en rien les femmes, comment se fait-il que l’on ait vu la situation de la gent féminine changer ainsi lors des derniers siècles ?

La réponse est en réalité toute simple : la société occidentale a connu une révolution industrielle, qui fut accompagnée par une véritable révolution culturelle. Preuve en est, le XIXe siècle voit la question de l’amour traitée de toutes les façons imaginables par les artistes romantiques, renouveau artistique à la fois inspiré et inspirant les relations entre les différents individus, et bien sûr les relations entre les hommes et les femmes. Il n’est pas étonnant donc de voir ces rapports évoluer dans une période de chambardement culturel, et de nouveau regard sur des sentiments comme l’amour.

Là où le mariage impliquait autrefois que la femme devenait annexe à l’homme, et soumise à son bon plaisir, l’intégration d’une dimension contractuelle dans ce sacrement a permis à la femme de devenir l’égale légal de son époux, et au couple  moderne de voir le jour. Un phénomène que souligne Ludwig Von Mises dans le chapitre 4 de la Partie I de son œuvre Socialisme  :

Quand l’idée de contrat s’immisce dans le droit du mariage, elle brise le règne de l’homme, et fait de l’épouse un partenaire aux mêmes droits. D’une relation à sens unique reposant sur la force, le mariage devient alors un accord mutuel : la servante devient l’épouse en droit d’exiger de l’homme tout ce qu’il est en droit d’exiger d’elle. Petit à petit, elle gagne la position qui est aujourd’hui la sienne dans les foyers. De nos jours, la position de la femme ne diffère de celle de l’homme uniquement dans la mesure où leurs manières propres de gagner leur vie se diffèrent. Les reliefs des privilèges de l’homme n’ont que peu d’importance. Ce sont des privilèges honorifiques. L’épouse, en l’espèce, porte encore le nom de son mari.

C’est donc l’entrée de la notion de contrat et de libre-échange (la femme et l’homme acceptent d’un commun accord de partager leurs existences, selon des critères qu’ils auront préalablement fixés) dans le mariage qui a libéré la femme en premier lieu. C’est le concept de libre-échange qui, en s’implantant dans le mariage et la famille– et donc, le fondement de la société – a permis un basculement culturel, et donc un changement des mentalités.

Mais le libre-échange n’a pas changé que le statut du mariage : il a permis de faire de la femme un agent économique comme les autres, et donc d’obtenir une indépendance financière, la libérant sur le plan individuel, et la plaçant comme membre actif de la société et des systèmes d’échanges. Là encore, citons Socialisme de Ludwig Von Mises :

La lutte de la femme pour préserver sa personnalité au sein du mariage fait partie de cette lutte pour l’intégrité personnelle, caractérisant la société rationaliste de l’ordre économique basé sur la propriété privée des moyens de production. Ce n’est pas qu’en son seul intérêt exclusif que la femme se doit de réussir dans cette lutte ; opposer les intérêts des hommes et des femmes, comme essaient de le faire les féministes extrêmes, est très sot. Toute l’humanité souffrirait si la femme devait échouer à développer son individualité et être incapable de s’unir à un homme en tant que compagnons et camarades libres et égaux.

À côté de cela, qu’a fait réellement le féminisme ? Participer à l’inflation législative, au grossissement de l’État, et à un prélèvement toujours plus élevé de la propriété des citoyens. Car le féminisme, ce n’est rien de plus que l’un des innombrables chevaux de Troie qui permettent à l’État de prendre une place toujours plus importante dans vos vies, et à grignoter encore et encore vos libertés.

Et l’année 2021 ne semble pas freiner cette tendance : rendre les serviettes et tampons « gratuits » pour les étudiantes et « lutter contre la précarité menstruelle », investir massivement pour produire et imposer des programmes de « déconstruction antisexiste » et ce bien que personne ou presque ne les apprécie (tout en pleurant sur Twitter et mendiant un immeuble à squatter à des hommes riches), ou encore une « semaine militante » où tout ce que l’on fait ce sont des pancartes et pleurer pour que Papa-État nous vienne en aide et finance notre vie à notre place, voilà ce que proposent les féministes pour améliorer votre vie.

Programme officiel de la « Semaine des femmes et minorités de genre » de Sciences Po Rennes, ou l’art de l’absurde dans sa plus sublime expression.

 

Amoureux de la liberté, vous qui êtes des êtres doués de raison, privilégiez ce qui s’est déjà montré efficace : laissez donc sur le trottoir ce mouvement liberticide et cette idéologie mortifère qui ne vous apportera rien, à part des taxes et des problèmes.

Un gouvernement par sondages

Par h16
Sondage quizz enquete etude

par h16

Adolphe Thiers expliquait que, par essence, « gouverner c’est prévoir ». Hollande nous aura depuis amplement montré que « gouverner, c’est pleuvoir » (notamment des taxes sur les Français). Quant à l’avènement de son dauphin Macron, il nous prouve chaque jour qu’en France, « gouverner c’est illusoire ».

hollande humide et triste

Soit, j’en conviens : l’année qui vient de s’écouler a été rude pour tous, partout dans le monde et les gouvernements ont dû faire assaut de réactivité pour gérer les crises qui leur sont tombées dessus. Néanmoins, le gouvernement français a notoirement marqué l’opinion publique française, européenne et mondiale par sa médiocrité consternante et le manque maintenant flagrant de toute direction claire.

Les semaines qui ont suivi la découverte des premiers cas de covid en France ont ainsi été marquées par une série de prises de décisions rapides et désordonnées à base de « quoi qu’il en coûte« . Derrière les accents martiaux se cachait une improvisation totale qui a assez rapidement donné un côté grotesque aux pompes républicaines du président et de sa cour.

Le contraste avec d’autres pays a été assez violent : les responsables politiques étrangers ont été souvent aussi brouillons mais toujours moins dramatiques et théâtraux dans leurs allocutions que Macron et son équipe.

Les ministres qui se sont succédé ont frappé par le côté invraisemblablement hors-sol de leurs interventions publiques, le décalage avec la souffrance du peuple qu’ils martyrisent depuis un an étant encore plus frappant lorsque les décisions contradictoires s’accumulent sur un rythme de mitraillette à décrets idiots.

Cette tendance était déjà perceptible pour la vie politique habituelle où chaque loi n’était plus que la réponse hâtive et médiatique à des problèmes de fond jamais abordés.

Avec la pandémie, l’hystérisation de la société et la mise en place d’une autocratie sanitaire sont devenues beaucoup plus visibles : nos piètres dirigeants, bureaucrates engoncés dans un moule énarchique étroit et paralysant, sont infoutus de développer une vision quelconque pour le pays qui ne soit pas intellectuellement engluée quelque part dans les années soixante, à base de plans quinquennaux, de puissance publique et de lourdes administrations redondantes qui ont tous un aspect de plus en plus décalé et ridicule à mesure que la France perd son rang dans le concert des nations.

Et lorsque poussés dans leurs retranchements par l’actualité, ils doivent prendre des décisions fermes, elles sont au mieux dépassées au moment du discours, au pire dénoncées ou annulées un peu plus tard par une nouvelle actualité.

La juxtaposition de ces décisions arbitraires, parfois à quelques jours de distance, fait très mal à leur crédibilité générale et impose plusieurs questions de même teneur : mais qui dirige réellement ? Parmi cette brochette d’incapables imbus d’eux-mêmes, qui décide d’avoir une vision au-delà du périphérique parisien, au-delà des deux prochaines semaines, au-delà de l’une ou l’autre échéance électorale mesquine ?

Tout se passe comme si ces responsables politiques, véritables poulets sans tête d’une République aux abois politiquement et financièrement, décidaient de l’action du jour à l’aune de données sociologiques très évolutives voire volatiles : un coup c’est oui, un coup c’est non, un coup c’est sûr, un coup ça ne l’est pas et demain, tout sera différent.

Ce qui est devenu visible, criant et évident avec cette crise qui n’en finit pas de durer inutilement, c’est que notre classe politique ne dirige plus et ne gouverne plus : elle sonde.

Il n’y a plus guère que ça : ça tâte le pouls, ça évalue l’opinion, ça cherche à savoir ce qui se passe dans la tête des individus lambda (et ça pousse le vice jusqu’à vouloir l’espionner de toutes les façons possibles précisément pour cela), ça fait du prospect marketing, ça vend du narratif, du buzz et des concepts fumeux (depuis le care jusqu’au vivrensemble en passant par de la transition écologique, du monde d’après, de la laïcité, de l’inclusivité et du bourrage de mou flou et con), mais pour ce qui est de construire un avenir, préparer le terrain pour la prochaine génération, donner des chances au pays et à ses habitants, plus personne.

Tout ce qui compte, c’est faire durer et pour cela, il faut sonder, sonder et sonder encore. Évidemment, lorsque les sondages sont contradictoires, ça donne ce qu’on observe : confusion et n’importe quoi à tous les étages.

Ainsi, comment concilier d’un côté le sondage de La Voix de Son Maître qui annonce que les deux-tiers (66 % donc) des Français seraient favorables aux confinements locaux le week-end, alors que, le même jour, un autre sondage de la Chaîne de Connivence annonce pour sa part que 65 % des Français seraient opposés à un couvre-feu à 18 heures et un confinement le week-end ?

De telles informations s’égarant dans les hangars vides que sont les têtes de Véran ou Castex, rebondissant sur leurs parois caoutchouteuses en faisant des petits pings rigolos, ne peuvent aboutir qu’à de nouvelles décisions ridicules, contradictoires et expliquées dans un sabir technocratique confus avec l’assurance et la fermeté de ton qui caractérisent les cuistres et les imbéciles les plus compacts.

De la même façon, Macron et sa clique multiplient les appels à des comités de citoyens prétendument tirés au sort qui auront pour mission de pondre un salmigondis de propositions loufoques dont le pouvoir ne saura rien faire tant elles iront en pure contradiction avec d’autres prises auparavant.

Toujours dans le même ordre d’idées, les écouillés du pouvoir ont exorcisé leur peur de prendre le moindre risque en utilisant la procuration d’un « conseil scientifique » en carton qui, lui aussi, se fera fort de prendre des décisions confuses faciles à outrepasser le cas échéant, et dont les membres pourront préconiser d’un côté le contraire de ce qu’ils voudraient imposer de l’autre sans craindre de péter un klaxibule, la journalisticaillerie faisant ensuite le nécessaire pour camoufler tout ça avec un vernis de réflexion et d’analyse.

Enfin, ce qui est vrai pour le sommet de l’État l’est aussi pour les échelons inférieurs : ajoutant ses petites touches de confusion sur le tableau général de n’importe quoi chimiquement pur qui dégouline de tous les côtés, les différentes strates politiques y vont de leur interprétation. Subsidiarité oblige, finalement, chacun fait comme il veut et personne ne dirige ni ne gouverne.

On improvise, on sonde, on dicte, on bidouille.

En fait, cette engeance politique ne dirige pas. Elle ne veut prendre aucun risque. Elle aime le pouvoir sans savoir quoi en faire si ce n’est tout mettre en œuvre pour le conserver et en profiter pour se servir. À la fin, les belles intentions des programmes politiques s’effacent rapidement devant les intérêts particuliers de l’occupant intérieur et du pillage qu’il mène.

Les poulets sans tête ont pris la direction du poulailler et le fermier qui, pourtant, nourrit ces volatiles clairement improductifs, est prié de se taire.


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Sur le web

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Pass sanitaire : sorti par la petite porte nationale, le passeport vert revient par la fenêtre européenne

Par Jonathan Frickert
pass sanitaire

Par Jonathan Frickert.

Un an après le premier confinement, la crise sanitaire n’en finit pas de faire parler d’elle. Outre les 50 000 contaminations quotidiennes prévues pour les prochains jours, le virus continue de questionner les spécialistes sur sa transmissibilité par les personnes vaccinées ou sur sa forme longue. Autant de nouvelles rendant dubitatif sur la pertinence des mesures sanitaires gouvernementales.

Ce contexte n’empêche pourtant pas l’exécutif de remettre sur la table sa proposition de passeport vert, sorti par la petite porte fin décembre, mais qui tente son retour par la fenêtre de la politique européenne.

Une initiative qui devrait nous inciter à la plus grande méfiance, en particulier lorsqu’on se souvient de la créativité gouvernementale de cette année.

Après le scandale des masques, le fiasco des applications de suivi successives et la lenteur de la campagne vaccinale, le pass sanitaire est le dernier avatar d’une série de mesures à l’efficacité plus que relative.

Un permis de revivre

Si les réflexions sont toujours en cours, l’idée d’un pass sanitaire semble être actée dans l’esprit du gouvernement.

En témoignent les propos du secrétaire d’État aux affaires européennes. Invité de France Inter, France Télévision et Le Monde le 28 février dernier, Clément Beaune a longuement évoqué le fameux pass sanitaire.

La proposition consisterait à conditionner l’accès aux lieux culturels et aux restaurants, sur le modèle du défunt passeport vert avancé l’année dernière, s’apparentant pour beaucoup à un permis de revivre.

Le retour du passeport vert

En effet, le pass sanitaire est la résurrection du passeport vaccinal — ou passeport vert — proposé à l’automne dernier par la députée UDI du Nord Valérie Six. L’objectif était de permettre aux personnes titulaires du document de se déplacer librement.

Initialement destiné à être introduit dans le projet de loi pérenisant les acquis de l’état d’urgence sanitaire, le passeport vert a suivi le texte sur la pile des mesures reportées sine die après une levée de boucliers sur les réseaux sociaux ainsi que sur les bancs du Sénat.

Face au tollé provoqué, le gouvernement a donc opté pour une autre méthode. Le pass ne sera plus uniquement vaccinal, mais incluera les différents tests négatifs passés, sur le modèle des cartes de donneur de sang, et surtout sera négocié au niveau européen et non plus imposé par Paris.

Une négociation européenne

L’idée est un calque de ce qui se fait déjà dans le transport aérien et aux frontières de différents pays, et notamment de l’Allemagne, qui impose depuis le 2 mars la présentation d’un test PCR négatif de moins de 48 heures à toute personne souhaitant accéder à son territoire.

La mesure, qui touche également les travailleurs frontaliers, pose la question d’une réponse européenne à la proposition de passeport sanitaire faite par plusieurs pays, en particulier touristiques tels que Chypre et la Grèce, à l’initiative de la proposition en janvier dernier.

Les deux États souhaitent une adoption accélérée de ce dispositif et ont d’ores et déjà conclut des accords avec Israël, par ailleurs principale inspiration du procédé en vigueur dans l’État hébreu depuis le 21 février dernier.

Placé à l’échelle européenne, le débat n’est évidemment pas fait pour se fluidifier. Souvenons-nous que la commande de vaccins a elle-même été opérée à cet échelon avec les résultats que l’on connaît.

Dans cette optique, le fameux groupe de Visegrád, à l’exception de la Pologne, a décidé de faire chambre à part en se tournant vers le vaccin russe Spoutnik V, snobant par la même occasion les procédures européennes d’autorisations. La procédure de validation du vaccin produit par l’institut Gamaleya n’a en effet débuté que ce jeudi.

Cette situation n’empêche pas la France d’appeler à une solidarité entre pays membres et motivant un système commun harmonisé au niveau européen.

Impôt pour tous, liberté pour quelques-uns

Le pass sanitaire promu aujourd’hui par Clément Beaune et l’application TousAntiCovid ont un point commun essentiel : replacer sur le devant de la scène la question du respect de la vie privée sur laquelle la CNIL aura tout intérêt à se pencher dans les prochaines semaines.

Le pass sanitaire pose également le premier jalon d’une liberté à la carte.

Ainsi, comment ne pas penser au fameux crédit social en vigueur en Chine ? Si la comparaison paraîtra grossière à certains, n’oublions pas que la peur induite par la pandémie a d’ores et déjà produit des effets légaux que beaucoup considéraient légitimement relégués dans les poubelles de l’Histoire.

L’idée se rapproche ainsi bel et bien d’un système de capital de points modulé en fonction de certains paramètres comportementaux. Le fameux crédit social chinois inclut ainsi depuis le printemps dernier le respect des mesures spécifiques à la situation pandémique tels que les fermetures d’entreprises et les mesures d’isolement.

Le pass sanitaire pourrait ainsi créer deux catégories de citoyens, avec des droits différents, mais des obligations similaires, telles que celle de payer par l’intermédiaire des impôts des services dont seraient exclus les non-vaccinés ou ceux ne disposant pas de tests négatifs valides.

Renforcer l’inégalité vaccinale

En soi, l’idée d’un conditionnement sanitaire de l’accès à certains services publics n’est pas une nouveauté. Depuis 1938, tout enfant scolarisé doit avoir été vacciné contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite. En 1950, la liste s’est allongée avec l’obligation de vaccination contre la tuberculose jusqu’en 2007. La liste évolue ainsi régulièrement.

Seulement, le cas de la Covid n’est pas une simple affaire de politique de santé publique. Elle relève de la bévue bureaucratique créant une inégalité face au vaccin. Là où l’expérience israélienne fait suite à la campagne vaccinale la plus rapide du monde, la France souffre, comme de nombreux pays d’Europe, d’une lenteur largement dénoncée depuis deux mois.

Ajouté à la priorité donnée aux seniors, le tout renforce d’avance le fossé générationnel induit par le pass sanitaire. Moins de 5 % des Européens ont ainsi reçu leur première injection à l’heure où nous écrivons ces lignes et la population se trouve frappée par l’inégalité dans l’accès aux vaccins, et ce d’autant plus s’agissant des plus jeunes. La catégorie d’âge la plus voyageuse sera donc celle qui devra attendre le plus longtemps pour reprendre une vie normale.

En conséquence, l’inégalité face au vaccin renforce le malaise générationnel déjà présent dans l’Hexagone. De plus, il n’est pas certain que l’inclusion de tests négatifs améliore la situation. La proposition ajoute une nouvelle strate de contrainte doublée d’une d’incertitude liée à la relative fiabilité de certains tests.

Dans son architecture actuelle, le pass sanitaire ne devrait ainsi avoir pour conséquence que de cristalliser cette situation en y apportant un vernis légal.

 

Les réseaux sociaux, le nouvel œil de l’administration fiscale

Par Pierre Farge

Par Pierre Farge.

Depuis plusieurs années, dans la pratique, l’administration fiscale utilisait nos données personnelles pour vérifier la véracité de nos déclarations fiscales.

À partir de 2013, l’administration fiscale a développé un traitement automatisé de données dénommé Ciblage de la fraude et valorisation des requêtes (CFVR). En octobre 2014, sous l’égide de l’OCDE, 61 juridictions signaient un accord multilatéral sur l’échange automatique des renseignements en matière fiscale.

En février 2017, le ministère de l’Économie et des Finances informait le contribuable de l’obligation de déclaration des revenus qu’il pouvait générer sur les plateformes en ligne.

Aujourd’hui, on ne parle plus d’échange de bons procédés interétatiques, ni même de déclaration fiscale de bonne foi, mais de collecte de données publiques par une intelligence artificielle à l’origine d’un quart des contrôles fiscaux.

Le 30 octobre 2019, le PLF 2020 prévoyait à titre expérimental et pour une durée de trois ans la collecte en masse et l’exploitation au moyen de traitements informatisés et automatisés des contenus librement accessibles publiés sur les réseaux sociaux.

Maintenant que cela a été entériné, depuis le 13 février 2021 l’administration peut collecter, analyser et exploiter officiellement sans limite les données publiques postées volontairement par les contribuables sur leurs réseaux sociaux.

Durant les trois prochaines années au moins, les publications postées sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram, entre autres) et ce que l’on appelle les plateformes de partage en ligne (Leboncoin, Ebay, entre autres) seront tracées. Et certainement de façon beaucoup plus pérenne, comme tous les dispositifs « expérimentaux » de l’administration fiscale qui se révèlent dans les faits provisoirement durables.

Cette nouvelle utilisation de nos données personnelles pose la question de sa dangerosité pour nos libertés. Dans quelle mesure, par exemple, les droits des contribuables peuvent-ils être respectés par un algorithme dont le fonctionnement reste tenu secret, au mépris du respect du contradictoire, ou de l’égalité des armes entre l’administration et le contribuable ?

La CNIL et le Conseil constitutionnels se sont déjà prononcés.

Saisie pour avis le 28 août 2019, la CNIL formulait de nombreuses réserves au sujet de cet algorithme, en indiquant qu’il était « indispensable de préciser les contours du dispositif envisagé (tel que le caractère librement accessible des contenus visés, la nature des traitements envisagés ou celle des données pouvant être collectées) et de renforcer les garanties existantes ».

Ou encore, qu’il était nécessaire « d’évaluer de manière approfondie le respect, par les administrations concernées, du principe de proportionnalité : seules les données réellement nécessaires à la détection de la fraude doivent être exploitées ».

La CNIL accorde donc une importance particulière au respect d’un « strict équilibre entre l’objectif de lutte contre la fraude fiscale et le respect des droits et libertés des personnes concernées ».

Le caractère inédit des possibilités d’action offerte par cet algorithme a également imposé au Conseil constitutionnel de se positionner. Saisi par 60 députés et 60 sénateurs, il a rendu un avis du 27 décembre 2019 considérant le procédé conforme à la Constitution ; les sages ont d’abord rappelé que le dispositif se rattachait à l’objectif de valeur constitutionnelle de lutte contre la fraude fiscale, avant d’ajouter, pour autant, qu’il était nécessaire de mettre en place des mécanismes d’effacement des données récoltées et de garantir l’accès à leurs traitements, comme l’impose le RGPD.

Force est de constater que l’avis de ces deux institutions n’offre pas davantage de garanties pour nos libertés et la protection de nos données personnelles au regard de la nature des données que l’algorithme va collecter.

Comme je l’ai déjà raconté ici-même, j’ai tenté d’avoir accès aux données me concernant auprès de la CNIL. En vain, puisque j’ai été confronté à un renvoi sans fin entre ses services et ceux du ministère de l’Intérieur. Comment l’administration peut-elle, un an et demi plus tard, toujours avancer que tous les contribuables auraient accès à leurs données fiscales, alors qu’elle était déjà dans l’incapacité de faire droit à ma simple demande d’accès aux données à caractère personnel ?

Dans le même esprit, j’observe que le principe du contradictoire est totalement occulté par le décret d’application institutionnalisant l’exploitation de nos données sur les réseaux sociaux.

Rappelez-vous qu’auparavant, les circulaires ministérielles, par définition publiques, ont toujours permis aux contribuables de connaître les critères sur lesquels l’administration fondait ses contrôles, et donc, dans le respect du principe d’égalité des armes entre le contribuable et l’administration, de se prémunir d’un éventuel contrôle fiscal. Aujourd’hui, les circulaires ont été remplacées par un algorithme dont on ne sait rien.

C’est si vrai qu’il est seulement question de « collecte des contenus librement accessibles » et « d’exploitation » de ces derniers.

 

De quels contenus est-il question ? De photos de vacances, d’amis, de paysages ? Et quelle fiabilité accorder à ces données publiées sur les réseaux sociaux ?

Doit-on rappeler que les données publiées ne sont souvent que le reflet d’un désir aussi humain que contemporain de paraître ? Par définition, les photos prises traduisent donc un story telling dans lequel les objets mis en avant ne sont pas nécessairement la propriété de l’intéressé.

Traquer ainsi tout signe extérieur de richesse comme le prévoit ce décret peut donc être dangereux voire complètement contre-productif. C’est le cas par exemple de cette personne au volant d’une voiture de sport rouge témoignant, en apparence, d’un train de vie faramineux, alors qu’en réalité elle conduisait le véhicule à la demi-heure en contrepartie de quelques dizaines d’euros payées à une société de location sur un grand axe parisien.

Doit-on encore rappeler que le recours aux données publiques des réseaux sociaux signifie de façon plus insidieuse une réquisition à l’hébergeur des données dites « derrière la photo », c’est-à-dire celles contenant notamment nos informations confidentielles comme la géolocalisation. L’administration se servirait ainsi d’un paravent d’informations publiques pour se saisir d’informations relevant de notre vie privée.

Cinquième frein à l’entreprise : les syndicats

Par Claude Goudron
réforme syndicats

Par Claude Goudron.

En pleine crise sanitaire et économique, après une année 2020 terrible dont les conséquences sur l’emploi se profilent dans les prochains mois, une mobilisation de tous les Français est indispensable… Pendant ce temps-là, la CGT lance plusieurs préavis de grève.

Un syndicalisme politisé

Il y a longtemps que le syndicalisme français n’a plus comme priorité la défense des intérêts des salariés mais celle de sa propre organisation.

Si ce n’est pas encore devenu un parti politique le Syndicat français, dans sa grande majorité, s’est affilié à un parti politique et n’hésite plus à donner des consignes de vote à ses adhérents.

C’est donc normal que, comme les partis politiques, les syndicats attirent de moins en moins d’adhésions, déjà les plus faibles parmi les pays européens : 80 % en Suède, 25 % en Allemagne et 8 % chez nous dont une majorité dans les services publics.

Une représentativité obsolète

En effet, la représentativité de nos syndicats date de l’après-guerre avec la circulaire du 28 mai 1945 qui, entre autres, intégrait « l’attitude patriotique pendant l’occupation » même si, sur ce point on peut relever que la CGT bras armé du parti communiste manquait de patriotisme pendant le pacte germano-soviétique.

Aujourd’hui ce critère n’existe plus mais a laissé, pendant de nombreuses années, se développer les syndicats qui dominent toujours le syndicalisme français : la CGT, FO, CFTC (qui deviendra la CFDT en 1964) et CFE CGC.

Toute nouvelle entité syndicale ne provenant pas d’une évolution ou d’un éclatement d’un de ces quatre dinosaures aura du mal à émerger.

Un financement complexe et opaque

Il est vrai qu’avec un taux de syndicalisation aussi bas, les cotisations des adhérents, soit 190 millions d’euros, ne suffisent pas et représentent, selon le rapport Perruchot, en moyenne 5 % des 4 milliards d’euros que les syndicats coûtent à la collectivité.

Dans ces 4 milliards d’euros, dont 1,34 milliards dans la fonction publique, sont intégrés les équivalent temps plein mis à disposition de nos syndicats, estimés à 50 000 dont 14 000 pour la fonction publique.

Dans un système aussi opaque il est très difficile de quantifier exactement ces financements. Faut-il y ajouter celui des comités d’établissement tenu à plus de 75 % par les syndicats, lorsque l’on sait que le seul budget du Comité d’entreprise d’EDF atteint le demi-milliard d’euros (7 % de la masse salariale) avec un effectif dépassant les 5000 employés ?

Un record européen des jours de grève

Avec le taux de syndicalisation le plus bas la France est le pays qui compte, et de loin, le plus grand nombre de jours de grève pour 1000 salariés :

Suisse 1
Allemagne 16
Royaume-Uni 21
France 118

C’est dire que l’entreprise, directement et indirectement,  finance ce qui est devenu son plus grand ennemi !

Syndicats et droits acquis

Une des particularités du combat syndical en France est ce fameux « droit acquis ».

Je ne remets pas en cause le droit des syndicats à revendiquer des avancées sociales et pécuniaires mais contrairement aux syndicats allemands autrement plus constructifs, une baisse même temporaire de ces conquêtes en temps de crise est pratiquement inenvisageable, un jusqu’au-boutisme qui a souvent conduit à la liquidation de l’entreprise qu’il représente.

On peut mettre au même titre les contreparties exigées systématiquement lorsque, dans de rares cas, l’administration fait un geste envers les entreprises, geste qui souvent n’est qu’un juste retour sur une des spécialités du pays consistant à entraver sa compétitivité.

Syndicalisme et libéralisme

Dans un précédent article j’ai évoqué l’inversion du sens des mots et la dénonciation par nos syndicats du « libéralisme à la française » qui serait à l’origine de tous nos maux. C’est une contre-vérité qu’il nous faut absolument dénoncer.

La France est un pays étatiste qui applique, avec ses prélèvements obligatoires confiscatoires, l’inverse du système économique libéral. Et si vous, syndicats salariés, n’êtes pas satisfaits de cette situation c’est le libéralisme que vous devriez défendre.

Syndicalisme patronal

On peut lui reprocher deux choses.

En premier lieu d’accepter un financement public même partiel qui ne peut le rendre que tributaire du bon vouloir de nos gouvernements (à noter que son nouveau président Geoffroy Roux de Bézieux milite pour en sortir).

En second, et c’est pour moi très important, le manque de combativité pour exiger de nos gouvernants une diminution drastique des contraintes, taxes et impôts dont la France est devenue championne toutes catégories confondues, ceci afin de retrouver une compétitivité perdue !

En conclusion

Encore une fois un alignement de nos syndicats sur le modèle allemand devient urgent et impératif si nous voulons sortir de cet engrenage mortifère !

 

Comment le social pourrait avoir ruiné le travail, l’éducation et la formation en France

Par Didier Cozin
social

Par Didier Cozin.

S’il est un domaine où la France est leader incontesté en Europe et même dans le monde c’est bien celui du social, des dépenses publiques, des aides et subventions accordées aussi bien aux entreprises (Air France ou la SNCF) qu’aux associations comme aux ménages.

La dette est à la fois la cause et la conséquence d’un social hors de contrôle

Autrefois, via la redistribution, qui rimerait avec la « lutte contre les inégalités », notre pays avait pris l’habitude de prendre aux « riches », aux actifs et aux entreprises (la CSG est passé de 1,3 % en 1991 à plus de 9 % en 2021) ; mais pour ce faire il faut désormais emprunter des milliards d’euros chaque année pour payer nos retraites, nos dépenses maladies, nos allocations chômage…

Le social qui était une annexe de l’économie en devient la principale composante.

Jadis le social dépendait de la quantité de travail et des créations de richesses

Un pays pouvait s’offrir davantage de social à condition que ses moyens économiques le lui permettent. Le social était donc lié à l’activité réelle, et on avait coutume de dire que l’économie précédait le social qui dépendait dès lors des richesses créées : on ne peut pas répartir plus qu’on ne produit.

La taxation de la richesse ayant des limites encadrées par la Constitution et les lois économiques, c’est désormais par l’endettement que le social prospère en France. La création de richesses devenant insuffisante pour financer un social infini, celui-ci s’achète à crédit, chaque mois sur les marchés financiers.

Le social n’est plus simplement le produit de notre travail mais il constitue une production industrielle dominante, déconnectée de la richesse produite par le pays et ses habitants.

La formation et l’éducation sont des projections dans le futur, des anticipations du travail

On a coutume de dire que la formation et l’éducation sont des investissements, qu’elles reflètent les capacités de projection à la fois des individus, des entreprises comme des administrations et du pays tout entier.

Dans un pays qui a massivement choisi et voté pour l’extinction du travail depuis la fin des années soixante, mai 68 et son cortège de slogans anti-pouvoir et anti-travail, il faut chaque année repousser nos échéances (la dette éternelle), compenser par le social une fuite organisée mais non assumée du travail.

Le chômage de masse en France, un choix sociétal

En dotant les travailleurs de droits infinis et quasi illimités, en considérant chaque salarié comme un être faible et sans défenses (le fameux « lien de subordination ») notre pays a engagé le travail, particulièrement sous sa forme salariée, sur une pente qui pourrait lui être fatale sous les coups répétés des crises qui se succèdent depuis vingt années : crise technologique des années 2000, financière de 2008, sanitaire et sociale de 2020.

Marx avait prédit l’extinction du salariat et de l’État. Nous pourrions rapidement y parvenir dans les entreprises tant l’emploi est devenu conflictuel, complexe, coûteux et fragile.

Le social en France, pour éviter de changer, de s’adapter, d’apprendre et de comprendre

Apprendre, notamment pour un adulte, c’est à la fois se mettre dans la position régressive de l’enfant en devenant un élève qui ne sait pas tout, qui aurait l’humilité de reconnaître qu’il est un adulte mais que d’autres savent des choses qu’il ne sait pas. Mais c’est aussi s’ouvrir au changement, se mettre dans la position de s’adapter et d’innover dans un monde nouveau, loin des canons d’une société industrielle qui était celle des grandes masses sociales et des rapports de forces, le patronat contre les forces ouvrières.

Ces efforts à travers la formation continue et d’intenses apprentissages sont d’autant plus indispensables que les travailleurs sont peu qualifiés ou n’auront pas bénéficié d’une éducation initiale conséquente.

Aujourd’hui en France les forces sociales, arcboutées sur les avantages acquis, ne sont pas prêtes à abandonner les deux présents que leur ont légué le XXe siècle : la consommation et les loisirs.

Très peu de travailleurs ou d’organisations sont prêts à monter en compétences durablement et qualitativement ; les velléités d’apprendre sont nombreuses mais les tergiversations et reports bien plus fréquents.

Le social à haute intensité entraîne une déresponsabilisation collective

Aux États-Unis en 2019, ce pays ultra-libéral que certains considèrent encore comme un Far West, les entreprises américaines ont dépensé en moyenne 1300 dollars (1100 euros) pour former chacun de leurs salariés, contre 300 euros pour les entreprises françaises malgré quatre lois formations depuis 2004 et des obligations sociales et éducatives innombrables.

Aux États-Unis, ces montants privés considérables sont le plus souvent complétés directement par les travailleurs eux-mêmes qui investissent leur argent, ou empruntent, pour leur éducation comme pour celle de leurs enfants.

Aux États-Unis, les entreprises dépensent plus de 1000 euros par an et par salarié. En France, les dépenses sont trois fois moins importantes car notre pays a décidé il y a plus de 100 ans avec Jules Ferry, de mettre tous ses œufs dans le même panier éducatif via une école publique censée tout faire depuis la maternelle jusqu’à la faculté et même pour des trentenaires ne parvenant pas toujours à se lancer dans la vie.

Un rapport parlementaire datant de 2016 a bien expliqué que nous dépensions bien peu pour l’éducation des actifs qui sont 30 millions contre 15 millions pour les élèves :

« La somme de 32 milliards d’euros que l’on présente souvent comme celle investie dans la formation professionnelle est une addition de choux et de carottes. Elle inclut par exemple la formation dispensée dans les lycées professionnels, les salaires d’un certain nombre d’enseignants, etc. Le montant des sommes investies par les entreprises dans la pure formation professionnelle représente environ 6 milliards d’euros. C’est sur cette somme qu’il faut travailler. Il reste des choses à faire mais la formation professionnelle n’est pas un immense gâchis. »

Les dépenses sociales françaises sont-elles des dépenses d’avenir ?

Tous les régimes sociaux sont déficitaires et empruntent pour financer la maladie, la vieillesse et le chômage. Le seul régime social qui prépare l’avenir n’a pas le droit d’investir ni d’emprunter.

Les entreprises peuvent amortir ou sur-amortir des machines ou des matériels souvent made in China mais en matière de formation, au niveau comptable, la formation n’est qu’une dépense courante, comme la propreté ou la sécurité, pas un investissement qu’il serait possible d’amortir fiscalement sur plusieurs années.

Il manque des travailleurs

Aujourd’hui les travailleurs de France se forment en moyenne 12 heures par an, il en faudrait 10 fois plus, soit 10 % du temps travaillé.

Le Commissariat au plan l’avait signifié dans un rapport datant de 1995 :

« Dans 20 ans [en 2015] les travailleurs devront passer 10 % de leur temps travaillé à se former » – Jean Fourastié.

Aujourd’hui, moins de 1 % du temps travaillé est consacré à apprendre alors que le monde du travail est soumis à d’immenses tensions dues à trois bouleversements qui traverseront le siècle :

  • climatique et environnemental.
  • technologique avec la numérisation et la mise en réseau de toutes les activités humaines.
  • sanitaire et social avec une pandémie dont les conséquences seront durables et les répliques peut-être nombreuses.

Selon l’OCDE en 2019 la France a dépensé 32 % de son PIB pour son social, soit près de 776 milliards d’euros. En 2020, sous le poids de la crise Covid-19, cette part des dépenses sociales pourrait avoir grimpé à 35 % : baisse du PIB de 8 % et en parallèle augmentation très forte des dépenses de chômage et d’assurance maladie.

1 % de notre richesse pour apprendre contre 32 ou 35 % pour réparer et soigner.

La formation des salariés et donc l’éducation des adultes représente 0,7 % de nos dépenses sociales (officiellement 1,5 % du PIB en incluant des dépenses annexes). Jacques Delors initiateur en 1971 de la première loi sur la formation a tenté de parvenir à 2 % des dépenses en formation. Nous en sommes loin, le 1 % prôné en 1971 est maintenu avec peine.

En Allemagne comme en Angleterre les dépenses de formation et apprentissage financées pour la plupart directement par les employeurs s’élèvent entre 2 et 2,5 % du PIB. En France elles sont près de deux fois inférieures.

L’employabilité au cœur des sociétés libérales et du XXIe siècle

Aux États-Unis les employeurs conseillent souvent à leurs salariés de maintenir au mieux leurs compétences car ils n’ont aucune garantie d’emploi dans l’organisation. Un entretien annuel d’évaluation porte non seulement sur les résultats mais sur la capacité ou non de l’entreprise à continuer d’employer chacun de ses salariés.

En France, les discussions avec les partenaires sociaux ne portent pas ou si peu sur l’amélioration du travail, mais sur de nouveaux droits sociaux.

Au Danemark, le Code du travail compte moins de 200 pages. Il est régulièrement remis à zéro ; le pays pratique avec succès une flexisécurité que notre pays est bien incapable de seulement initier. En cas de difficulté économique, de crise, de mauvais résultats, une entreprise danoise peut licencier sans délais, le soir même, son ou ses salariés surnuméraires. Elle le fera sans être mise en cause par les syndicats qui collaborent avec les patrons pour préserver au mieux les intérêts de l’entreprise et donc du groupe face aux individus salariés, ni être pénalisée pour cause de chômage.

Au Danemark la phraséologie marxiste n’a pas cours, on se fiche des profits boursiers existants ou fantasmés, on œuvre de concert pour développer et adapter en permanence le pays, les entreprises et le travail, loin des idéologies mortifères des XIX et XXe siècles.

Le désengagement continuel du travail par toute la société coïncide avec la hausse continuelle des dépenses sociales

Une récente enquête d’un sociologue l’a démontré : l’emploi et peut-être la moitié de l’activité dépend des TPE en France. Ces entreprises de moins de 10 salariés sont dirigées par des petits patrons qui ne comptent ni leurs heures, ni leur peine ni les risques encourus (risques financiers, juridiques, fiscaux, sociaux et psychosociaux).  Ces petites entreprises pourraient disparaître ou fortement régresser dans les prochaines années car nombre de leurs dirigeants sont tentés de jeter l’éponge, auront dépassé  l’âge de 65 ans ou ne trouveront aucun  (jeune) repreneur.

Le social étouffe la France et les Français, c’est un piège dont nous aurons le plus grand mal à sortir

En 1959 la France dépensait 14,3 % de son PIB dans le social, 24,5 % en 1981 et plus de 30 % depuis 2010, avec la conjonction des 35 heures et de la crise financière de 2008.

Il est à craindre la baisse du PIB de 8 % en 2020. Les dépenses sociales s’étant envolées, nous pourrions avoir dépensé 35 % de notre PIB dans le social, ceci ne compensant nullement une chute de l’emploi, de la richesse réelle produite et une augmentation de la pauvreté.

Les effets ciseaux de la crise vont s’accentuer jusqu’à un point de rupture

La France est championne du monde des dépenses sociales. Pour moins de 1 % de la population mondiale elle représente 15 % des dépenses dans le monde. Cette industrie du social est à la fois dangereuse et la ruine de nos économies et de nos compétences. Car comment imaginer une population résiliente et courageuse si celle-ci est maintenue dans un cocon sanitaire, règlementaire et social ? Plus que jamais le social doit être réinterrogé en France.

 

La déflation : un danger ?

Par Mises Institute
déflation

Par Chris Casey.
Un article du Mises Institute1

La déflation, un danger ? C’est ce que prétendent les banques centrales, qui fixent un objectif d’inflation. Pourtant, l’histoire économique montre que les périodes de déflation ont été des périodes de croissance, sauf une exception.

Déflater le mythe de la déflation

La peur de la déflation sert de justification théorique à chaque mesure inflationniste prise par la Réserve Fédérale et les banques centrales à travers le monde. C’est pourquoi la Réserve Fédérale vise l’objectif d’un taux d’inflation de 2 %, et non de 0 %.

C’est en grande partie pourquoi elle a plus que quadruplé l’offre de monnaie depuis août 2008. Et c’est, de façon remarquable, un grand mythe, car il n’y a rien qui soit de façon inhérente dangereux ni dommageable concernant la déflation.

La déflation est crainte non seulement par les partisans de Milton Friedman (ceux de la prétendue École monétariste ou École de Chicago), mais aussi par les économistes keynésiens.

En 2010, dans un article du New York Times, intitulé « Pourquoi la déflation est mauvaise » le keynésien Paul Krugman a cité la déflation comme étant la cause de la chute de la demande globale puisque « quand les gens s’attendent à des prix en baisse, ils deviennent moins désireux de dépenser, et en particulier moins désireux d’emprunter. »2

Sans doute pense-t-il que le report des dépenses dure indéfiniment. Mais nous savons d’expérience que, même face à des prix en chute, les individus et les entreprises continuent d’acheter les biens et services en question. La consommation ne peut pas être éternellement repoussée. Nous voyons cela chaque jour dans l’industrie de l’informatique et de l’électronique : la valeur d’usage d’un iPhone durant les six prochains mois vaut davantage que l’épargne rendue possible en retardant cet achat.

Un autre argument du dénigrement de la déflation concerne les profits.

Comment les entreprises pourront-elles faire des profits si les marges sont réduites ? Mais par définition la marge bénéficiaire résulte à la fois des prix de vente et des coûts. Si les coûts – qui après tout sont également des prix– chutent dans les mêmes proportions (et il n’y a aucune raison qu’ils ne le fassent pas), les profits ne sont pas affectés.

Si la déflation n’impacte ni la demande globale ni les profits, comment peut-elle causer des récessions ? Elle ne le fait pas. Examiner chaque période de récession depuis la Grande Dépression mènerait à cette conclusion.

De plus, l’expérience économique des USA au XIXe siècle est encore plus parlante.

Deux fois, tandis qu’elle connaissait une croissance économique soutenue et significative, l’économie américaine a enduré des périodes de déflation de 50 %3. Mais qu’en est-il de la preuve statistique apportée dans l’ouvrage de Friedman (NdT : et Anna Schwartz) A Monetary History of the United States ?

Une étude plus robuste a été complétée par plusieurs économistes de la Réserve Fédérale :

« Le seul épisode pour lequel nous trouvons des preuves d’un lien entre déflation et dépression est la Grande Dépression (1929-34). Nous ne trouvons en fait aucun lien durant aucune autre période… Ce qui est frappant c’est que presque 90 % des épisodes de déflation n’ont pas connu de dépression. Dans un large contexte historique, au delà de la Grande Dépression, la notion que déflation et dépression sont liées disparaît en fait »4.

Si la déflation ne cause pas de récession (ou de dépressions comme elles étaient connues avant la Seconde Guerre mondiale), qu’est-ce qui la provoque ? Et pourquoi était-elle si marquée durant la Grande Récession ? Selon les économistes de l’École autrichienne, les récessions partagent les mêmes sources : une inflation artificielle de l’offre de monnaie. Le malinvetissement qui s’ensuit, causé par des taux d’intérêt baissés artificiellement est révélé quand les taux d’intérêt repartent vers leur taux naturel déterminé par l’offre et la demande d’épargne.

Dans la récession qui en résulte, si les prêts basés sur la monnaie en réserves fractionnaires font défaut ou sont remboursés, si une banque centrale contracte l’offre de monnaie, et/ou si la demande de monnaie augmente significativement, une déflation peut se produire. Plus fréquemment, cependant, comme les banques centrales augmentent frénétiquement l’offre de monnaie dès l’approche d’une récession, une période d’inflation, ou du moins de non déflation, sera subie. Ainsi la déflation, parfois un symptôme, est injustement décriée comme étant une source de récession.

Mais les banquiers centraux d’aujourd’hui ne partagent pas cet avis.

En 2002, Ben Bernanke estimait qu’« une déflation soutenue peut être hautement destructive pour une économie moderne et devrait être fortement combattue »5.

La présidente de la Réserve Fédérale, Janet Yellen, partage ses craintes :

« Il est concevable que cette très basse inflation puisse se transformer en une franche déflation. Pire encore, si la déflation s’intensifie, nous pourrions nous retrouver dans une spirale dévastatrice dans laquelle les prix chutent à un rythme de plus en plus rapide et l’activité économique coule de plus en plus »6.

Aujourd’hui, n’étant amarrés à aucune contrainte d’étalon-or et plombés par une dette gouvernementale massive, dans tous les scenarii possibles opposant le spectre de la déflation aux ravages de l’inflation, les préjugés et les phobies des banquiers centraux choisiront cette dernière. Ce choix est aussi inévitable qu’il sera dévastateur.

Sur le web

  1. Traduction précédemment parue sur le blog Analyse Libérale, reprise par le Blog L’École autrichienne d’économie).
  2. Krugman, Paul. Why is Deflation Bad ? The Conscience of a Liberal. The New York Times.
  3. McCusker, John J. « How Much Is That in Real Money ? : A Historical Price Index for Use as a Deflator of Money Values in the Economy of the United States. » Proceedings of the American Antiquarian Society, Volume 101, Part 2, October 1991, pp. 297-373.
  4. Atkeson, Andrew and Kehoe, Patrick. Federal Reserve Bank of Minneapolis. Deflation and Depression: Is There an Empirical Link? January 2004.
  5. Bernanke, Ben. « Deflation: Making Sure ‘It’ Doesn’t Happen Here » Remarks by Governor Ben S. Bernanke Before the National Economists Club, Washington,D.C.21november2002.
  6. Yellen, Janet. A View of the Economic Crisis and the Federal Reserve’s Response Presentation to the Commonwealth Club of California. San Francisco, CA 30 June 2009. http://www.frbsf.org/our-district/press/presidents-speeches/yellen-speeches/2009/june/yellen-economic-crisis-federal-reserve-response/.
Hier — 7 mars 2021Contrepoints

Obliger les soignants à se faire vacciner ? Chantage et manipulation !

Par Patrick de Casanove
vacciner

Par Patrick de Casanove.

La peur fait délirer. Le gouvernement a réussi à créer une telle panique avec la Covid que l’affolement et l’émotionnel priment dans toute décision.

La dernière trouvaille serait l’obligation vaccinale pour les soignants, accusés de transmettre la Covid en tant qu’infection nosocomiale.

Revue de presse

Dans Les Échos : « Dans les services Covid, on a 80 % de vaccinés mais ailleurs beaucoup moins. Ce n’est pas possible. C’est inacceptable. Le Covid-19 est devenu la première maladie nosocomiale à l’hôpital. Ceux qui ne veulent pas le faire maintenant, c’est par principe », relève un participant au Conseil de défense, qui souligne qu’il y a déjà plusieurs vaccins obligatoires pour les soignants (contre l’hépatite B par exemple).

« On ne peut plus accepter que des personnels refusent la vaccination », a lancé le Pr François Chast mardi 2 mars sur France Inter. Pour cet ancien chef de la pharmacie de l’hôpital Necker à Paris, la piqûre « fait partie des bonnes pratiques », au même titre que « le port de la charlotte, du masque ou de la blouse pendant les soins ».

Sachant que l’injection est potentiellement efficace pour limiter les contaminations, « si cette prévention n’est pas faite, elle devient une faute professionnelle », a-t-il asséné…

Dans Ouest-France : « Jeudi soir, le Premier ministre Jean Castex les a appelés « solennellement » à se faire vacciner « très rapidement » , pour permettre le retour d’une « vie sociale apaisée » dans ces établissements et un assouplissement « du droit de visite pour les familles ». »

Et aussi : « Plus largement, avec environ 30 % de soignants vaccinés, « clairement, ça ne suffit pas », a insisté Olivier Véran, qui enverra vendredi une lettre à l’ensemble des professionnels de santé pour les inciter très fortement à se faire vacciner. »

Et le Huffingtonpost ajoute : « Je vous le demande pour vous-même, votre entourage, les Français. » Dans une missive publiée ce vendredi 5 mars dans l’après-midi sur son compte Twitter, le ministre de la Santé Olivier Véran incite l’ensemble des soignants à aller se faire vacciner contre le covid-19. »

Émotionnel, chantage, culpabilisation, manipulation

L’émotionnel, c’est la peur du soignant contaminant. Ce qui est d’autant plus paniquant que le soignant est une personne qui rassure, prend soin, et qui guérit autant que faire se peut. Cela peut passer pour une trahison et un manque d’éthique professionnelle.

Il y a aussi du chantage à la reprise de la vie normale pour les personnes en établissement, et à la sanction professionnelle pour le soignant.

Également de la culpabilisation : le soignant se voit chargé du fardeau de la responsabilité d’infections nosocomiales, donc de décès, et de la prolongation des mesures coercitives.

En vérité le gouvernement fuit ses responsabilités et fait porter par d’autres le poids de ses manques. Si l’épidémie continue ce n’est pas de la faute du gouvernement qui fait le job. C’est celle des personnes qui ne respectent pas les gestes barrière et des soignants qui ne sont pas vaccinés. Ce sont des boucs émissaires.

Il s’agit d’une manipulation. Elle consiste à faire passer un doute pour une certitude. Le vaccin est décrit comme « potentiellement efficace pour limiter les contaminations ». « Potentiellement » signifie « d’une façon qui est plausible ou possible ». C’est reconnaître que l’effet troupeau, s’il est espéré, n’est pas avéré.

La HAS reconnaît que cette protection collective n’est pas certaine. Elle ne fait pas partie des objectifs vaccinaux.

« Les premiers objectifs du programme de vaccination contre le Sars-Cov-2 seront de réduire la morbi-mortalité attribuable à la maladie (hospitalisations, admissions en soins intensifs et décès) et de maintenir les activités essentielles du pays, particulièrement celles du système de santé pendant l’épidémie. Pour que la stratégie vaccinale vise le contrôle de l’épidémie, il est nécessaire d’attendre que les études établissent la preuve que les vaccins ont une efficacité possible sur la transmission du virus.. ».

Le Conseil d’État en prend d’ailleurs acte : « L’administration fait néanmoins valoir, d’une part, l’existence d’études récentes invitant à la prudence quant à l’absence de contagiosité des personnes vaccinées, d’autre part, l’incertitude scientifique sur l’immunité conférée par la vaccination en cours à l’égard des variants du virus ».   

Se faire vacciner ou non : retour au sang froid, au bon sens et aux faits

Petit rappel sur les infections nosocomiales

Le pionnier dans la découverte et le traitement des maladies nosocomiales, Ignace Philippe Semmelweis, a établi en 1847 le socle de leur prévention. C’est la désinfection et le lavage des mains.

Toutes ne peuvent être évitées mais il est possible de les réduire fortement. La prévention concerne à la fois les soignants, les patients et les visiteurs. Ce sont les soignants qui sont au cœur de la polémique aujourd’hui. Regardons les recommandations qui les concernent, ainsi que l’explique le Docteur Sandra Fournier, de l’Équipe Opérationnelle d’Hygiène Direction de l’organisation Médicale et des relations avec les Universités, AP-HP :

« Les infections nosocomiales ne sont pas toutes évitables mais le respect par tous de règles simples d’hygiène permet de diminuer le risque.

Les membres du personnel

  • se désinfectent les mains à l’aide de solutions hydroalcooliques avant et après chaque soin,
  • portent des gants en cas de contact avec du sang ou tout autre produit d’origine humaine
  • nettoient et désinfectent le matériel et les surfaces entre chaque patient. »

Quand elle existe, la vaccination ne figure pas parmi les préconisations systématiques de prévention des maladies nosocomiales. La vaccination contre l’hépatite B est obligatoire pour les professionnels de santé, mais c’est pour protéger… le soignant, d’une maladie autrement plus grave que la Covid.

La protection des personnes à risque est essentielle. Si un soignant est vacciné mais ne respecte pas les gestes barrière il peut transmettre la maladie. S’il n’est pas vacciné et les respecte, il ne la transmettra pas.

Si la personne fragile est vaccinée et que le soignant ne l’est pas, elle sera certainement protégée. Si elle n’est pas vaccinée et que le soignant l’est, sa protection est bien plus incertaine.

En tout état de cause, être vacciné ne dispense pas le professionnel d’appliquer les protocoles de prévention sus-cités. C’est plutôt sur ce terrain là qu’il faut creuser, si la volonté est réellement de diminuer les maladies nosocomiales et pas de culpabiliser les soignants.

« Toute insuffisance dans l’organisation des soins crée de nouvelles portes d’entrée potentielles d’infection.
Cinq types d’erreur sont particulièrement lourdes de conséquences :

  • hygiène des mains défectueuse
  • désinfection insuffisante
  • asepsie insuffisante
  • stérilisation inefficace
  • antibiothérapie aveugle. »

D’abord ne pas nuire

Le bon sens consiste à faire de la médecine, donc à regarder les indications vaccinales. Cela permet d’apprécier la balance bénéfice/risque. « Le port de la charlotte, du masque ou de la blouse pendant les soins », le lavage des mains n’ont jamais porté tort à personne. Mais aucun vaccin n’est anodin. Leurs effets secondaires existent.

La maladie est très peu mortelle et il existe des traitement précoces, non validés, mais efficaces. Beaucoup de personnes n’ont aucun risque de décéder de la maladie. Pour elles le risque vaccinal est plus important que son bénéfice.

La profession de soignant comprend implicitement l’acceptation de risques pour sa vie. Il n’est cependant pas éthique d’imposer un risque vaccinal certain, même faible, à des personnes pour qui le risque vital lié à la maladie est nul. Surtout si c’est pour, peut-être, éviter un risque « potentiel » à des personnes fragiles.

Cette prise de risque ne peut être que librement consentie. Ces personnes fragiles peuvent être protégées bien plus efficacement par d’autres moyens qui ne portent tort à personne : respecter les préconisations pour éviter les infections nosocomiales, les gestes barrière, vacciner celles qui le souhaitent, traiter précocement en cas d’infection.

Se faire vacciner ou la liberté de disposer de sa personne

Cela comprend son corps, son esprit, son libre arbitre. Le libre arbitre permet de dire Non. Ce Non doit être respecté. Nul, pas même l’État, ne peut imposer à autrui une action qui pourrait altérer son intégrité physique ou psychique. Nul, pas même l’État, ne peut détruire le libre arbitre de quelqu’un.

« Personnalité, Liberté, Propriété, — voilà l’homme. » Frédéric Bastiat, La Loi (1848).

Toute atteinte à la personne lui nie son humanité, la chosifie.

L’atteinte à la liberté de quelques-uns détruit celle de tous.

« Quand ils ont détruit le libre arbitre des restaurateurs, je n’ai pas protesté, je ne suis pas restaurateur,
Quand ils ont détruit le libre arbitre des sportifs, je n’ai pas protesté, je ne suis pas sportif,
Quand ils ont détruit le libre arbitre des soignants, je n’ai pas protesté, je ne suis pas soignant,
Quand ils ont détruit mon libre arbitre, il n’y avait plus personne pour protester. » (inspiré par le poème de Martin Niemöller à Dachau).

L’État totalitaire

La société que les politiciens ont créée depuis des années est une société infantilisante. Avec la gestion de la Covid l’infantilisation atteint des sommets. Les individus sont considérés comme des enfants irresponsables, incapables de prendre une bonne décision. Il sont de plus présentés comme caractériels et capricieux, opposants par principe, des « Gaulois réfractaires ».

De même que les enfants sont sous la responsabilité de leurs parents, les Français, ces grands gamins, doivent être sous la tutelle de l’État. Au prétexte de la Covid, l’État dispose de leur personne, aliène leur propriété, détruit leur liberté.

C’est du totalitarisme.

Le propre du totalitarisme est de régner par la peur. Gouverner la France par la peur c’est la trahir. Honte à ceux qui gouvernent par la peur.

 

Polémique Amanda Gorman : faut-il être noir pour traduire un Noir ?

Par Sophie Bastide-Foltz
Noir

Par la rédaction de Contrepoints.

Une polémique enfle concernant le choix d’une traductrice blanche pour la traduction en néerlandais1 des poèmes d’Amanda Gorman, noire, qui a été choisie par Joe Biden pour son investiture.

Contrepoints s’est entretenu avec la traductrice littéraire Sophie Bastide-Foltz pour recueillir son point de vue sur les dangers d’un choix qui consisterait à ne faire traduire des œuvres que par des traducteurs de la même origine que l’auteur.

Contrepoints : La réaction du traducteur René de Ceccatty, dans Le Point, à cette polémique a été : « L’idée qu’il faille être noir pour traduire un Noir est terrifiante. » Partagez-vous ce point de vue ?

Sophie Bastide-Foltz : Ce qui est terrifiant, c’est l’idée que la race devienne le critère premier, celui sur lequel on va fonder un travail. N’importe lequel, du reste, pas seulement la traduction d’une œuvre littéraire. C’est la théorie nazie par excellence. Aryen, vous aviez tous les droits. Non Aryens, vous ne pouviez plus exercer quantité de métiers, bref, on vous coupait les vivres, le vivre !

Exiger que le texte d’Amanda Gorman soit traduit par un noir (une noire ?) c’est du pur racisme… à l’envers, dit-on aujourd’hui pour parler de racisme anti-blanc. Moi je dis de racisme tout court.

La race, mais aussi l’idéologie comme critère, oui, c’est terrifiant. Et pourquoi pas, alors ne faire traduire des auteurs juifs que par des traducteurs juifs. Des auteures que par des traductrices. Je vois ça d’ici : sous les coordonnées habituelles, on remplirait quelques cases qui nous autoriseraient à traduire n’importe quel auteur ! Ce n’est plus de la bien-pensance, c’est de la terreur, de la dictature.

Contrepoints : La connaissance du contexte culturel, l’expérience personnelle ne donnent-elles pas à un traducteur de la même origine que l’auteur plus d’atouts pour que la traduction soit la plus fidèle possible au texte original ?

Sophie Bastide-Foltz : Les atouts, pour bien traduire, c’est avant tout la compétence linguistique et la connaissance du milieu, du cadre du récit qu’on doit traduire. Encore que cette connaissance peut s’acquérir en traduisant.

Je traduis en ce moment un livre dont le personnage principal est une archéologue. Je n’y connais rien en archéologie. Donc je passe un certain temps à me documenter. Cela fait d’ailleurs partie de ce qu’il y a de passionnant dans ce métier. On élargit sans cesse le champ de ses connaissances.

Il m’est aussi arrivé de refuser une traduction parce que n’avais pas les codes : une langue parlée dans certains quartiers de Baltimore, par exemple, essentiellement par des Afro-américains m’est si étrangère que pour comprendre la série Sur écoute, il m’a fallu mettre les sous-titres (série fort bien traduite d’ailleurs).

Mais si moi, une Blanche, j’avais vécu là-bas quelques temps, j’aurais été parfaitement capable de la traduire. Un traducteur doit évidemment se plonger dans l’univers des livres qu’il traduit, quand bien même il lui est parfois étranger.

S’il n’a pas le temps ou la volonté de s’y plonger, alors oui, il doit s’effacer. Mais pas pour une raison de couleur de peau ou d’idéologie.

J’ai traduit Ayn Rand, mais aussi Susan Sontag qui sont pourtant toutes deux à l’opposé sur le plan idéologique. Et je traduirais un écrivain qui serait à l’opposé de mes idées politiques si je pensais que son œuvre en vaut la peine.

En revanche, je crois qu’il faut être poète pour traduire de la poésie qu’elle soit l’œuvre d’un blanc, d’un jaune, d’un noir ou d’un café au lait.

Contrepoints : Selon vous, est-ce de la démagogie de la part de Biden d’avoir choisi Amanda Gorman ? Une forme de bien-pensance politique ?

Si avoir choisi Amanda Gorman est de la démagogie ? Bien sûr que c’en est. Elle a tous les atouts pour plaire à l’Amérique de Biden. Elle est femme, noire et de gauche. La totale !

Cela étant, j’ai quant à moi de sérieux doutes sur la qualité poétique de ses écrits. Ce n’est pas parce qu’on fait des vers qu’on est poète. Le texte qu’elle a lu, en tout cas, est un plaidoyer politique en vers, pas de la poésie.

 

  • Dernier ouvrage traduit : Lazare, de Richard Zimler, Cherche-midi, janvier 2021.
  • Et aussi : La Grève, Ayn Rand, Les Belles Lettres.
  1. Marieke Lucas Rijneveld, qui depuis, a renoncé à cette traduction.

L’image des enseignants : je t’aime, moi non plus

Par Patrick Aulnas
enseignants

Par Patrick Aulnas.

Il y a 870 000 enseignants du primaire et du secondaire en France et 90 000 enseignants du supérieur. Leur nombre a explosé depuis la Seconde Guerre mondiale parce que la société elle-même a profondément évolué. Cette évolution rapide a modifié l’image des enseignants dans la population, mais aussi l’image que les enseignants se font d’eux-mêmes.

Petit aperçu de la situation  actuelle.

Un enseignant est-il proche d’un bibliothécaire ?

L’image des enseignants est contrastée et parfois fondée sur des préjugés. Une étude de la Varkey Fondation de 2018 analyse la perception du monde enseignant par les opinions publiques de 21 pays. Les réponses sont assez consternantes pour qui connaît bien le système éducatif, ses forces et ses faiblesses.

L’une des questions concernait la profession à laquelle celle d’enseignant était la plus comparable. Pour la France, la profession de bibliothécaire est placée en première position (28 % des réponses). Une telle perception montre clairement la méconnaissance du métier d’enseignant dans le public.

La noble activité de bibliothécaire n’exige pas la performance quotidienne, à la fois physique, psychologique et intellectuelle du métier d’enseignant. Autrement dit, transmettre des connaissances à un groupe de jeunes élèves ou étudiants est une activité à forte intensité. Un enseignant qui devient bureaucrate a l’impression de se reposer et il s’ennuie vite.

Pour la Chine, le résultat à la question précédente est le suivant : 38 % des personnes interrogées comparent la profession d’enseignant à celle de médecin. Comparaison France-Chine éloquente !

Une bonne image des enseignants dans l’opinion publique

Pourtant, au pays de Molière, sondage après sondage, l’image des enseignants dans l’opinion publique n’apparait pas dévalorisée. Les enseignants sont plus sévères sur eux-mêmes que les Français dans leur ensemble. Nombreux sont ceux qui souffrent du décalage entre niveau culturel et statut social.

Selon un sondage Odoxa de 2018, 57 % des Français ont une bonne opinion de l’Éducation nationale en tant que structure et 42 % une mauvaise. Mais l’opinion sur les personnes travaillant dans l’Éducation nationale est meilleure : 69 % de bonnes opinions contre 30 % de mauvaises.

En ce qui concerne les qualificatifs s’appliquant aux enseignants, 73 % des Français les jugent compétents, 62 % soucieux de leurs élèves, mais seulement 50 % les jugent efficaces.

Un métier moins prestigieux que beaucoup d’autres

Mais les enquêtes sur le ressenti des enseignants eux-mêmes font apparaître une focalisation sur la perte de prestige de leur profession. En 2016, une étude du Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) avait interrogé un panel d’étudiants de troisième année de licence.

La moitié d’entre eux, tout en envisageant de devenir professeur, classait la profession d’enseignant parmi les moins prestigieuses d’une liste de quinze métiers. Les métiers jugés prestigieux étaient magistrat, ingénieur ou avocat.

Un sondage Ipsos de 2020 fournit des précisions sur l’état d’esprit des enseignants. 69 % d’entre eux se disent satisfaits de leur métier, mais 59 % pensent que le système éducatif français fonctionne plutôt mal. Surtout, 82 % des enseignants estiment que leur rémunération et leur carrière ne témoignent pas d’une juste reconnaissance de leur travail.

Enseignants : de l’intellectuel au travailleur social

Pour comprendre le monde enseignant, une perspective historique n’est pas inutile. Les instituteurs de la IIIe République (1870-1940), les fameux « hussard noirs » chargés d’alphabétiser la population, bénéficiaient d’un prestige important dans les milieux populaires. Ils en étaient souvent issus et leur profession représentait une promotion à la fois sociale et culturelle. Quant aux enseignants du secondaire, ils avaient pour élèves les enfants de la bourgeoisie.

Seulement 1 % d’une classe d’âge obtenait le baccalauréat en 1881 et 2,7 % en 1936. Aujourd’hui plus des trois-quarts d’une génération atteint le niveau du bac. Les élèves n’appartenant plus à l’élite, le professeur ne se considère plus comme lui appartenant.

Il existait jusqu’aux années 1950 un fossé entre le monde enseignant et les milieux populaires, tant du point du vue culturel qu’économique. Aujourd’hui, un artisan plombier gagne davantage qu’un professeur des écoles, un directeur financier beaucoup plus qu’un professeur d’université.

Il y avait 7000 professeurs de l’enseignement secondaire en France en 1890 et 365 000 dans le seul second degré public en 2019. Profession rare auparavant, rattachée au monde de l’intelligentsia, le professeur apparaît aujourd’hui comme un travailleur social ordinaire.

Le plus beau métier du monde

Cette cruelle réalité socio-économique ne doit pas cacher l’essentiel. Transmettre le patrimoine cognitif accumulé par l’humanité aux générations futures, n’est-ce pas l’un des plus beaux métiers du monde ? Sans aucun doute.

Mais voilà ! Les enseignants ne sont plus les seuls. Il existe aujourd’hui mille façons d’apprendre. La formation se poursuit tout au long de la vie car les technologies et les qualifications évoluent plus rapidement que jamais. L’accès au savoir devient immédiat par le miracle de la numérisation de l’information et l’existence d’un réseau mondial en libre accès, internet.

Nous assistons à une remise en cause fondamentale des modalités de la transmission. Nous sommes au tout début d’une évolution qui bouleversera l’enseignement.

 

Les écolos nous mentent, de Jean de Kervasdoué

Par Francis Richard
écolos

Par Francis Richard.

« Plusieurs éditeurs ont refusé d’envisager la publication de cet ouvrage, considérant que critiquer la bien-pensance écologique dominante, fût-elle infondée, était inenvisageable. »

La censure s’étend effectivement. Ce n’est hélas pas l’apanage du secteur public comme d’aucuns le pensent ou le disent, car le secteur privé condamne aussi très bien les opinions qui lui déplaisent.

Le secteur public pratique surtout la censure pour empêcher la contestation de son pouvoir. Le secteur privé le fait quand il est au service d’une idéologie plutôt que de ses clients, ce qu’il paie tôt ou tard.

Les écolos

Par « écolos », Jean de Kervasdoué entend les écologistes politiques et non pas l’écologie, qui est une science. S’ils mentent, c’est parce que leurs arguments ne sont pas scientifiques mais idéologiques.

L’auteur donne de nombreux exemples de ces mensonges, qui, à force d’être répétés par des activistes, ou par des médias peu curieux, finissent par être tenus pour vrais par ceux qui ignorent les faits.

Muni de l’arme de la raison, Jean de Kervasdoué démonte ces mensonges. Il le fait non pas par plaisir de confondre les menteurs, mais parce que l’obscurantisme a toujours de terribles conséquences.

Les menaces imaginaires des écolos

Par exemple, ce sont des menaces imaginaires que de dire :

    • On va manquer d’eau. « On ne peut pas consommer l’eau » :

« La molécule (H2O) est stable, indestructible, indéfiniment recyclable et recyclée. En revanche, elle voyage, elle tombe et change d’état pour devenir glace ou vapeur qui, après une dizaine de jours, retombera sous forme de pluie ou de neige, et le cycle recommencera ici ou ailleurs. »

  • Les incendies de forêt menacent la planète. Le taux d’oxygène de l’air est de 21 %, « taux stable depuis des millions d’années » :

« L’oxygène vient de l’atmosphère, et le gaz carbonique provient de la biomasse, quelle qu’elle soit. Cette biomasse rend kilo pour kilo, mètre cube pour mètre cube, les mêmes quantités de dioxyde de carbone que celles qui ont été précédemment absorbées. Les incendies libèrent cette même quantité de carbone, simplement ils le font plus rapidement. »

  • La biodiversité est menacée. « Sur de longues périodes, les espèces qui ont habités la Terre sont venues et s’en sont allées » :

« La biodiversité est dynamique, même sans incursion humaine, et l’équilibre entre espèces a toujours été et sera toujours instable. »

  • La production de miel va s’effondrer à cause des pesticides et des insecticides. Or, aucune relation de cause à effet n’a pu être établie avec la mortalité des abeilles :

« Il y a de bons et de mauvais apiculteurs et c’est ce facteur qui explique la différence de production des ruches, selon une étude de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments. »

  • Les poissons vont disparaître. Si la surpêche est avérée, « depuis les années 1970, l’aquaculture s’est développée de manière considérable dans le monde » :

« Aujourd’hui, en 2020, la production aquacole de poissons, de coquillages et de crustacés dépasse le tonnage exploité par la pêche traditionnelle ».

  • L’exploitation des forêts nuit à la biodiversité : globalement ce n’est pas le cas et « en Europe la forêt naturelle ne représente que 1 % des surfaces boisées », d’ailleurs :

« Moins une forêt est exploitée, plus elle se couvre, ce qui réduit la luminosité ; la biodiversité diminue alors, à moins de faire artificiellement des puits de lumière. »

La culpabilisation

L’humanité est coupable.

  • La population de la Terre s’accroît et ce sera une catastrophe :

« La régression de la famine mondiale n’est pas due à la destruction des forêts mais à l’amélioration de l’agriculture. »

  • Les hommes qui consomment de la viande consomment beaucoup d’eau. « Encore une fois, un être humain pas plus qu’un animal ne consomme de l’eau » :

« C’est la pauvreté et le sous-développement qui créent le manque d’eau potable, y compris dans des pays très humides. »

  • L’agriculture conventionnelle n’est pas protectrice de l’environnement :

« L’agriculture biologique nécessite plus de surfaces pour une production donnée et donc plus de terrains défrichés ; or les impacts environnementaux sont proportionnels aux surfaces concernées. »

  • Les produits de l’agriculture moderne avec ses pesticides sont moins bons pour la santé que les produits bio. Or « il n’y a pas d’agronomie sans pesticide, pas plus qu’il n’y a de médecine sans médicament ».

Selon une étude de 2014 de European Food Security Agency, « 98,8 % des produits bio étaient exempts de résidus dépassant les limites autorisées. Donc guère mieux que les produits non bio, issus de l’agriculture conventionnelle (taux de 97 %, soit un différentiel de 1,8 %). »

  • La viande rouge est dangereuse. Denis Corpet a calculé que la surconsommation de viande était la cause de 4000 décès par an parmi les personnes décédées d’un cancer colorectal, dont le nombre total était de 17 117 en 2018 selon Santé publique France :

« En reprenant les calculs avec un risque relatif de 1,18 on peut estimer le nombre de décès dus à la consommation excessive de viande à 595, soit environ à un millième de décès en France en 2019, à supposer que le risque des « très carnivores » ne soit pas associé à d’autres facteurs… »

  • Les OGM sont mauvais :

« La sélection génétique a été une des raisons majeures de la croissance considérable des rendements agricoles depuis un demi-siècle. Historiquement cette sélection s’est faite de manière empirique en reproduisant les bons sujets ou en faisant muter des graines, notamment par irradiation, pour trouver de nouvelles variétés. N’est-il pas préférable de maîtriser ce processus ? »

Les écolos se contredisent

Ils luttent contre les émissions de CO21 et rejettent l’énergie nucléaire qui représente en France 70,9 % de l’énergie électrique, qui est une énergie décarbonée et qui est « la technologie la moins coûteuse en vies humaines ».

Ils tentent de parer leur idéologie des habits de la science et de « faire croire contre toute évidence que les OGM, les ondes téléphoniques, le glyphosate à dose d’usage courant, le compteur EDF Linky, etc. sont dangereux pour la santé. »

Soi-disant scientifiques, ils font pourtant des généralisations hâtives, confondant concomitance et causalité et oubliant qu’une démonstration n’est convaincante que si le lien est avéré toutes choses étant égales par ailleurs ; ils ont même recours à la pensée magique quand ils se font les chantres de la biodynamie

Conclusion

Les écolos sont des manipulateurs.

Pour véhiculer la peur, ils s’appuient sur des images de catastrophes : inondations, sécheresse, famines etc.

Ils abusent de la confusion entre risque et danger, entre expériences et modèles, entre météorologie et climat, entre le local et l’universel.

Ils exigent de leurs contradicteurs qu’ils démontrent que leurs cibles – énergie nucléaire, pesticides agricoles, additifs alimentaires – ne seront jamais dangereuses pour la santé.

« En l’absence d’arguments, ils sortent leur arme universelle, leur couteau suisse : le principe de précaution. »

Ils excommunient les mal-pensants.

Leur incontestable victoire ? La Convention citoyenne pour le climat :

« Combien coûtera-t-elle à la France et aux Français ? On en aura assez vite une idée. »

Sur le web

  1. Le rôle de l’énergie électrique devrait croître avec les appareils électroniques, la 5G et les véhicules électriques ; les énergies dites renouvelables ne pourront jamais être que des énergies d’appoint en raison de leur intermittence.

Les éléments du progrès : les produits pharmaceutiques (10)

Par Tony Morley
pharmaceutiques

Par Tony Morley.
Un article de HumanProgress

En 1853, Charles Frédéric Gerhardt, un chimiste français, a fait une découverte remarquable. Il a maîtrisé la connaissance de la salicine, un composé chimique naturel dérivé de l’écorce des saules – et a réussi à synthétiser chimiquement l’acide salicylique, une forme synthétique de salicine naturelle et le premier analgésique synthétique de la civilisation. Ce faisant, il a contribué à lancer la révolution pharmaceutique.

Pour traiter la douleur, les hommes utilisaient sans le savoir la salicine présente dans de nombreuses plantes, mais surtout dans l’écorce de saule, depuis au moins 1500 avant Jésus-Christ, depuis la Mésopotamie et l’Égypte. Mais savoir qu’une plante contient un principe actif et comprendre comment le synthétiser artificiellement à partir de rien sont deux choses très différentes.

Il a fallu plus de trois mille ans pour maîtriser ce saut technologique dans la chimie pharmaceutique. Outre le soulagement de la douleur, la salicine présentait un autre grand avantage : elle pouvait réduire l’inflammation et faire tomber la fièvre, en particulier chez les enfants.

Entre 1897 et 1899, un chimiste allemand, Felix Hoffmann, a affiné le processus de synthèse de l’acide acétylsalicylique, une forme raffinée et améliorée de l’acide salicylique synthétique, alors qu’il travaillait pour la société pharmaceutique Bayer basée en Allemagne. Le nom que Bayer a donné au premier médicament produit en masse est aussi connu aujourd’hui qu’au début du siècle. C’est l’aspirine.

En 1950, l’aspirine était devenue l’analgésique le plus consommé au monde. Aujourd’hui, nous consommons plus de cent milliards de comprimés d’aspirine par an. La mise au point de la chimie et de la technologie nécessaires à la production d’acide acétylsalicylique a été la première d’une série de dizaines de milliers de composés pharmaceutiques naturels et synthétiques produits entre le sommet de la révolution industrielle et aujourd’hui.

Il est si facile d’oublier à quel point les produits pharmaceutiques modernes ont transformé nos vies. De l’insuline aux contraceptifs modernes, de l’acétaminophène au paracétamol, ces composés non seulement améliorent la vie mais sauvent des vies.

La Food and Drug Administration (FDA) américaine réglemente à elle seule environ 20 000 médicaments sur ordonnance et composés chimiques utilisés pour traiter des milliers d’affections. Les composés pharmaceutiques dont nous disposons ont contribué à réduire considérablement la morbidité dans les pays développés et en développement.

Le progrès scientifique stimulé par un réseau commercial en expansion et largement libéralisé, a contribué à faire progresser à la fois le développement et l’utilisation des principales découvertes pharmaceutiques. Il n’est pas exagéré de dire que certains des médicaments les plus importants ont eu un impact significatif sur les moyennes d’espérance de vie, ainsi que sur notre bien-être général.

Dès l’aube de la révolution industrielle, la société a commencé à produire une série de médicaments révolutionnaires, d’antibiotiques, de vaccins et bien d’autres choses encore. Parmi ces médicaments clés, on trouve l’éther et la morphine, de puissants antalgiques, inventés respectivement en 1842 et 1827.

L’insuline, un traitement efficace contre le diabète, a été mise au point en 1922 ; la pénicilline, un antibiotique puissant, en 1942 ; les traitements médicamenteux contre la tuberculose en 1951 ; les contraceptifs oraux dans les années 1960 ; le salbutamol pour traiter l’asthme en 1966 ; et une série de médicaments de chimiothérapie et d’inhibiteurs du VIH efficaces dans les années 1990.

L’humanité a accompli tout cela et bien plus encore. De puissants anesthésiques, antibiotiques, antipaludéens ou vaccins modernes qui ont également sauvé des centaines de millions de vies – en particulier celles des enfants.

Aujourd’hui, le marché des produits pharmaceutiques représente plus de 1100 milliards de dollars américains, avec une croissance de plus de 5 % par rapport à la seule année précédente. Les mêmes forces du marché, qui ont contribué à fournir une énergie abondante et peu coûteuse, ainsi que des communications et des voyages rapides et fiables, ont également contribué à faire progresser une industrie qui a amélioré la santé et le bien-être de milliards de personnes.

Aujourd’hui, la plupart des habitants des pays développés ont un accès relativement peu coûteux à une vaste gamme de médicaments en vente libre et sur ordonnance, dont même les chimistes les plus optimistes de la fin du XIXe siècle ne pouvaient rêver.

Pour moins cher que le prix d’un café, vous pouvez vous débarrasser d’un mal de tête, prendre une dose d’antibiotique pour traiter une infection, faire baisser la fièvre d’un enfant, fournir une dose de réhydratation orale ou d’anti-histaminique pour les allergies. La bonne nouvelle, c’est que l’innovation et le progrès au sein de l’industrie pharmaceutique continuent à être les moteurs du progrès humain.

Cela est d’autant plus important que les scientifiques du monde entier s’efforcent de mettre au point des traitements et des vaccins peu coûteux, efficaces et rapidement utilisables pour lutter contre la pandémie de coronavirus SRAS-COV-2.

https://www.humanprogress.org/stuff-of-progress-pt-10-synthetic-pharmaceuticals/Sur le web

 

À partir d’avant-hierContrepoints

Trafic de drogue : le nouveau gadget de l’inspecteur Darmanin

Par Laurent Sailly
couvre-feu trafic de drogue

Par Laurent Sailly.

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé, mercredi 4 mars, l’ouverture d’une plateforme ouverte à tous, permettant de signaler aux forces de l’ordre des points de deal à proximité de chez soi. Si on ne peut douter de la volonté du ministre de lutter contre le trafic de drogue, la méthode appelle des remarques sur son efficacité.

L’organisation institutionnelle de la lutte contre le trafic de drogue

Créée en 1982, la mission permanente de lutte contre la toxicomanie, devenue la Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues Et les Conduites Addictives (MILDECA), répond à la nécessité de coordonner une politique publique par nature interministérielle.

Placée auprès du Premier ministre, la MILDECA anime et coordonne l’action du gouvernement en matière de lutte contre les drogues et les conduites addictives. Elle élabore à ce titre le plan gouvernemental et veille à sa mise en œuvre. Le Plan national de mobilisation contre les addictions 2018-2022 a été validé par le cabinet du Premier ministre le 19 décembre 2018.

Dans chaque préfecture, la MILDECA peut s’appuyer sur un chef de projet chargé de relayer son action. Le chef de projet élabore un programme pluriannuel et interministériel fixant les axes prioritaires à mettre en œuvre au regard des orientations du plan gouvernemental et du contexte local.

Sur le plan international, la MILDECA contribue, en lien étroit avec le Secrétariat général des affaires européennes et le ministère des Affaires étrangères, à l’élaboration des positions françaises en matière de lutte contre les drogues et les conduites addictives. Elle fait valoir à l’étranger l’approche globale et intégrée de la France.

La MILDECA finance un groupement d’intérêt public : l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT), qui assure l’observation des produits consommés comme des habitudes de consommation desdits produits.

En matière de lutte contre les réseaux de trafic de stupéfiants, c’est évidemment auprès du ministère de l’Intérieur qu’il faut se tourner. En son sein, l’Office Central pour la Répression du Trafic Illicite des Stupéfiants dirige les différentes administrations (police, gendarmerie et douane). La brigade des stupéfiants, mais aussi les services des douanes sont les principaux bras armés de l’OCTRIS.

Une plateforme de signalement numérique du trafic de drogue

Gérald Darmanin, qui donne chaque mois les chiffres des saisies de cannabis, cocaïne et héroïne, a fait de la lutte contre les trafics de stupéfiants sa priorité depuis son arrivée place Beauvau. Au 1er décembre dernier, un total de 3952 lieux de ventes de stupéfiants a été recensé en France métropolitaine et en Outremer par le ministère de l’Intérieur.

Il a déclaré, en décembre dernier, lors d’un entretien accordé au quotidien Le Parisien :

Je souhaite que la police et la gendarmerie s’attaquent à chacun d’entre eux. Je communiquerai tous les mois le nombre de points de deal démantelés sur le territoire.

À compter de ce mercredi, n’importe qui peut prendre part à la lutte contre le trafic de drogue. Gérald Darmanin a annoncé l’ouverture d’une plateforme permettant à chacun de signaler à la police et à la gendarmerie les points de deal à proximité de chez lui.

Le dispositif est déjà en place, permettant à chaque citoyen d’effectuer un signalement. La démarche est accessible sur le site « moncommissariat.fr » et, pour la zone gendarmerie, sur « ma brigade numérique », précise le ministère de l’Intérieur.

Un gadget tehnocratique

D’abord, chacun sait où sont ces fameux points de deal. J’en veux pour preuve que le ministère est dans la capacité de dénombrer exactement le nombre de points de deal au niveau national (cf. supra). Un classement départemental existe comme l’a révélé Le Parisien en décembre dernier avec la Seine-Saint-Denis et les Bouches-du-Rhône en tête (cf. infographie). Ils sont connus des policiers comme des consommateurs.

Pourquoi ne pas s’attaquer en priorité à eux ?

Ensuite, comme le rappelle l’adjointe au maire (PS) de Saint-Denis en charge de la sécurité et de la tranquillité publique dans la matinale de Sud Radio :

Les policiers arrêtent quotidiennement des dealers et quotidiennement, certainement par manque de moyens de la justice, ils ressortent ou sont condamnés à des peines un peu légères. Il n’est pas rare de voir un dealer venir revendre avec un bracelet électronique […] Soit on se dit qu’on prend les choses à bras le corps, on est dans le mode répressif, on s’en donne les moyens aux niveaux judiciaire et policier, soit on n’y arrive pas. Je ne dirai pas que je ne serais pas ravie d’avoir plus d’effectifs. Le deal de drogue est un fait important sur notre territoire. Mais quand vous arrivez à un certain grammage de produits, il n’y a pas de suite, pas même un rappel à la loi.

Enfin, on est en droit de se demander pourquoi cette plateforme de renseignement recevrait davantage d’échos qu’un simple coup de téléphone au commissariat de proximité… Sans moyen matériel, en personnel, comment multiplier les interventions ?

Dans les quartiers gangrénés par ces trafics il faut mener des opérations d’envergure avec des sanctions lourdes contre les dealers, les guetteurs, les mules, les consommateurs… La lutte contre le trafic de stupéfiant passe par la constitution de task-force rassemblant sous l’autorité du procureur des policiers, des magistrats, des personnels des douanes.

Un gadget déjà dépassé par le phénomène Ubershit

Avec le confinement, les livraisons de drogue à domicile se développent. Il n’est plus besoin ici d’un lieu où se rencontrent dealers et clients.

La livraison à domicile est en plein essor depuis le début de la crise sanitaire. On a maintenant l’habitude de se faire livrer ses courses ou son repas… Mais saviez-vous que le phénomène se développe aussi chez les trafiquants de drogue ? Notamment depuis la mise en place du couvre-feu à 18 heures. Ce phénomène baptisé Ubershit par les forces de l’ordre, est une nouvelle forme de délinquance prise très au sérieux notamment par le parquet de Grenoble.

Pour lutter contre le trafic, les enquêteurs se font passer pour des acheteurs.

L’article 230-46 du Code de procédure pénale permet aux cyberpatrouilleurs de la police judiciaire et de la section de recherche de la gendarmerie, sous contrôle du procureur de la République, de contacter les trafiquants et de leur commander des stupéfiants. Mais il s’agit d’une action très délicate qui ouvre sur de multiples recours en défaut de procédure.

La simplification du Code de procédure pénale est nécessaire pour faciliter, dans le respect du droit de chacun, les opérations de police. Malheureusement, le projet de réforme de la justice présenté cette semaine aux médias par la garde des Sceaux, n’en prend pas le chemin.

Union européenne : du marché commun à la farce tragique

Par Drieu Godefridi
union européenne

Par Drieu Godefridi.

Sur l’Union européenne (UE), les avis sont tranchés, entre ceux qui la taxent d’inutile et coûteuse, et ceux qui l’instituent en avenir de l’Europe et modèle pour le genre humain.

Qu’en est-il ?

Avant de devenir la sentencieuse « Union européenne », la construction européenne fut d’abord une formidable réussite. Beaucoup de libéraux ont la mémoire courte, mais l’UE n’a pas toujours été le monstre bureaucratique liberticide qu’elle est devenue.

À l’époque des plus modestement nommées « Communautés européennes » — de l’économie, du charbon et de l’acier, de l’atome — l’Europe a réalisé quatre libertés de circulation : des personnes, des capitaux, des services et des biens.

En dépit de ses défauts, de ses carences, de ses innombrables imperfections — rien de ce qui est humain n’est parfait — ce « marché commun » a contribué de façon massive et substantielle à la liberté et la prospérité des Européens.

Union européenne, paix et prospérité

Impossible de ne pas considérer comme un progrès de civilisation le fait, pour un Français, de se déplacer librement en Italie ; ou le droit, pour un entrepreneur espagnol, de proposer librement ses services aux citoyens des Pays-Bas. Cette Europe du « marché commun » était en tout point conforme à l’intuition géniale de Jean Monnet, qui souhaitait « la paix par la prospérité ».

L’ennui est que les étatistes de toutes les églises idéologiques ne pouvaient évidemment se satisfaire de cette Europe-outil, un outil qui plus est de nature essentiellement économique. Non, il fallait ajouter une Europe politique, une Europe sociale, une Europe de la défense, une Politique étrangère européenne, une Europe écologique et même « géopolitique » (© Ursula von der Leyen) !

Cette évolution a d’abord consisté à subvertir les institutions européennes pour leur faire accomplir, en plus de leur visée économique, des missions qui leur étaient étrangères.

Ensuite, ce sont les institutions et procédures qui furent, et sont constamment, adaptées, « rénovées », révolutionnées, pour servir les finalités extra-économiques, fût-ce aux dépens de la visée économique.

L’Europe économique marginalisée

Aujourd’hui, la finalité économique de la construction européenne est officiellement — par les traités — ravalée à la portion congrue, le cédant en titre comme en fait aux exigences de l’Europe politique, sociale, environnementaliste.

Ainsi l’UE qui offrait autrefois un contre-pouvoir aux foucades idéologiques des États-membres, en est-elle désormais la caisse de résonance, la permanente amplification. Aucune résolution adoptée par le Parlement allemand ou français dans le domaine du gender ou de l’écologie ne peut rivaliser avec les proclamations de plus en plus extrêmes adoptées, sur ces sujets comme d’autres, par les institutions européennes.

Ce qui permet à ces institutions européennes de s’engager toujours plus avant dans la voie de l’extrémisme idéologique, est qu’elles échappent à la sanction démocratique. Certes, on les habille de mots et de verbe ; d’un logos légitimiste visant à faire accroire que les institutions européennes, certes imparfaites, sont de plus en plus démocratiques, en attente de le devenir complètement.

L’Union européenne n’est pas une démocratie

Rien n’est moins vrai ; l’UE n’est pas une démocratie, ne l’a jamais été et ne le sera jamais.

Quel est le pourcentage de citoyens européens qui est capable de nommer ne serait-ce qu’un seul de « ses » parlementaires européens, ne serait-ce qu’un seul de « ses » commissaires européens, ne serait-ce qu’un seul juge de la Cour de justice de l’UE ?

Les Américains se « sentent » et disent Américains avant d’être du Wyoming ou de l’Arkansas ; les Italiens, Espagnols, les Suédois, les Polonais, les Slovènes s’identifient à leur pays avant d’être Européens — au sens générique, non celui de l’UE.

Par des motifs historiques, les Allemands jouent le jeu de l’UE. Tandis qu’ils ont relativement bien géré la première partie de la récente pandémie, ils ont résolu de s’en remettre à l’UE pour la gestion des vaccins.

Il y a une logique dans cette démarche : pour négocier avec « Big Pharma », on est plus fort ensemble et puis, n’est-ce pas l’occasion de prouver à la face des Européens que cette UE qu’ils n’aiment pas est utile ?

Las ! Non contente d’être inutile et coûteuse, dans cette affaire l’UE s’est montrée horriblement, comiquement, tragiquement, inefficace.

Le triomphe vaccinal des Américains

Dans 500 ans, quand les historiens contempleront la période Covid, ils diront que l’opération « Warp Speed » montée par les Américains fut un triomphe de science et de logistique. Alors qu’il a fallu 5 ans pour concevoir un vaccin contre Ebola — précédent record mondial ! — il n’aura pas fallu un an pour que des vaccins contre le Covid soient mis au point, en Occident essentiellement sous la pression et le financement des contribuables américains.

Rapidement, le gouvernement américain a compris que le défi était également logistique : c’est beau de concevoir des vaccins, encore faut-il les produire en vastes quantités, puis les distribuer.

Ce sont des usines entières qui furent bâties en l’espace de quelques semaines aux fins de la production des vaccins (pas encore conçus à l’époque !), dans un effort dont le souffle et l’ampleur ne sont pas sans évoquer l’effort industriel américain de 1941.

Quand il s’est agi de distribuer les vaccins, le gouvernement américain fit appel au meilleur outil à sa disposition : l’armée des États-Unis. Au final, le programme américain de vaccination massive fut réalisé dans des délais inouïs, qui viennent encore d’être réduits de deux mois.

Par comparaison avec les États-Unis et l’Asie, l’échec de l’UE est total. Alors qu’en Europe, le challenge n’était plus que produire et distribuer les vaccins, l’UE échoua lamentablement sur ces deux chapitres, à telle enseigne que le programme européen de vaccination est dix fois en retard sur Israël, trois fois sur les États-Unis.

Il n’est pas jusqu’au Royaume-Uni qui, dans le premier test grandeur nature depuis le Brexit, ne fait quatre fois mieux que l’Union européenne en termes de vaccination.

Selon les données actuelles, le retour à la normale, en Europe, se fera avec un an de retard sur l’Amérique et le Royaume-Uni. Cette petite année représente une multitude cruelle de déficits, de faillites et de désastres personnels. C’est, en termes relatifs, une régression économique massive qui attend l’UE, par comparaison avec le reste du monde.

La gestion des vaccins par l’UE est une métonymie de l’UE : une farce tragique aux mains d’idéologues aussi obtus qu’inefficaces. Les « élites » de l’UE sont faibles, lâches et pusillanimes, car elles savent ne représenter personne, et n’être en dernière analyse que le jouet de gouvernements jamais d’accord entre eux — mais qui jouissent de la légitimité démocratique.

La sagesse commanderait de réduire l’UE au marché commun. L’hybris idéologique qui anime les institutions européennes et leurs commanditaires idéologiques les précipitera dans la direction opposée, celle d’une radicalisation toujours plus grande, aux dépens des intérêts vitaux des Européens.

Jusqu’à la chute finale (Polybe).

Fête de la Liberté : contre l’état d’exception permanent

Par Élodie Keyah
fete de la liberté

Par Elodie Keyah.

Le samedi 20 mars, l’association libéraux.org organise une Fête de la Liberté, événement indépendant et non-partisan destiné à rassembler les amis de la liberté. Dans la continuité de l’initiative de Liberté Chérie l’ayant créée pour la première fois le 25 juin 2006, la Fête de la Liberté aura pour thème cette année : « Pour un printemps des libertés !  »

La Fête de la Liberté revêt deux dimensions principales : la réflexion sur l’état général de nos libertés par le biais de conférences-débats, et l’action par la diffusion d’une pétition contre l’état d’exception permanent et la création d’un nouveau signe distinctif contre les lois liberticides. Cet article est le premier d’une série sur l’événement.

Contre l’état d’exception permanent, l’association libéraux.org souhaite interpeller le gouvernement sur l’érosion progressive de nos libertés par la diffusion massive d’une pétition.

Intitulée “Contre l’état d’exception permanent”, cette pétition fait le point sur l’état d’urgence sanitaire, désormais prolongé deux fois depuis son entrée en vigueur en 2020, et sur la rupture extrême avec le fonctionnement de l’État de droit régulier qu’il représente. L’objectif est d’alerter le gouvernement sur l’État policier en marche depuis près d’un an, d’obtenir le déconfinement total de nos libertés, et de préserver l’esprit libéral de nos institutions malmenées.

Elle sera remise au gouvernement le 23 mars 2021, marquant les 365 jours de l’instauration de l’état d’urgence en 2020.

Vous aussi, rejoignez le mouvement et signez la pétition : http://chng.it/xT7NBqSX

À partager massivement auprès de vos collègues, vos amis et votre famille !

Pour plus d’information sur la Fête de la Liberté, rendez-vous sur le site dédié : https://fetedelaliberte.fr/

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Médecine générale : et si l’on faisait confiance au marché ?

Par Nathalie MP Meyer
médecine générale

Par Nathalie MP Meyer1.

La pandémie de Covid-19 est là pour nous le rappeler : nous avons besoin de services de santé disponibles, efficaces et financièrement abordables. En France, on aime à répéter que de ce côté-là, tout est accessible, tout est efficace, tout est gratuit. Ce serait même notre grande fierté que de pouvoir soigner le plus riche comme le plus démuni sans avoir à réclamer un sou ni à l’un ni à l’autre grâce à notre grande sécu nationale.

Enfin ça, c’est la partie idéologico-corico de l’iceberg.

Dans la réalité, il y a bien quelques sous assez nombreux qui circulent sous la forme des cotisations sociales prélevées sur les salaires versés par les entreprises.

Cotisations qui, additionnées les unes aux autres, finissent par nous placer parmi les pays de tête de l’OCDE pour les dépenses de santé rapportées au PIB. Avec 11,2 % en 2018, la France est à égalité avec l’Allemagne et n’est devancée que par la Suisse et les États-Unis :

médecine générale

Mais en avons-nous pour notre argent ? La question se pose car notre système de santé semble perpétuellement en crise, et pas seulement à cause du Coronavirus.

Début janvier 2020, alors que la pandémie n’était pas encore entrée dans nos vies, plus de 1000 médecins hospitaliers étouffés par les contraintes administratives qui pèsent sur eux ont menacé de démissionner.

Juste avant, c’était la crise des urgences. Juste avant, c’était les déserts médicaux. Juste avant, c’était les grèves du personnel infirmier. Juste avant, c’était les pénuries de médicaments. Etc.

Puis le Covid-19 est arrivé et il a fallu transférer des patients en Allemagne faute des équipements nécessaires et/ou faute de l’organisation adéquate en France. D’où l’émergence d’un débat sur la qualité réelle de notre système de soins et d’où le Ségur de la Santé censé tout remettre à plat.

Ce dernier a finalement abouti à des hausses de salaires pour les soignants conformément au fameux « plus de moyens » qui semble être l’alpha et l’oméga de toute réforme dans ce pays, mais n’a engendré aucune remise en question des rigidités bureaucratiques induites par un système entièrement collectivisé et centralisé qui considère tous les médecins comme des fonctionnaires parfaitement obéissants et interchangeables – donc peu incités à faire évoluer leurs pratiques en dehors des demandes et autorisations de la Sécu.

Il y aurait pourtant moyen de faire autrement, à la satisfaction médicale, financière, relationnelle et professionnelle de toutes les parties prenantes, ainsi qu’en témoigne le système Direct Primary Care qui se développe aux États-Unis et dont j’aimerais vous parler aujourd’hui (voir vidéo en fin d’article, 07′ 13″).

L’expression Primary Care recouvre peu ou prou notre médecine générale, celle qui assure le premier accueil des malades, mais elle inclut aussi un certain nombre de tests et de petites interventions chirurgicales plus spécialisées ainsi que des soins d’urgence sans complication (réduction de fracture simple, sutures, ablation d’un kyste, etc.) Il s’agit de resituer le généraliste dans toute son ampleur de soignant.

Le terme direct, le plus important dans l’affaire, fait référence au fait qu’il n’y a plus de tiers entre le médecin et son patient. Ni la sécu (Medicare aux États-Unis), ni aucune mutuelle complémentaire, ni aucune assurance santé. Donc plus de nomenclature compliquée qui décide de façon autoritaire et opaque ce qui est pris en charge et à quel prix, et ce qui ne l’est pas. Et plus aucun des coûts de ces structures intermédiaires qui se surajoutent aux coûts de la pratique médicale elle-même.

Tous les soins ci-dessus, délivrés en cabinet médical, en visite à domicile ou via la télémédecine, ainsi que le suivi du patient en cas de redirection vers un spécialiste, un laboratoire d’analyses ou une hospitalisation sont intégralement pris en charge en échange d’un abonnement se situant généralement entre 50 et 100 dollars par mois et par personne. C’est tout simplement le système Netflix appliqué à la médecine.

Si des analyses ou de l’imagerie médicale complémentaires sont nécessaires, les patients bénéficient en outre des tarifs avantageux négociés par leur médecin avec des radiologues ou des laboratoires de leur quartier, éventuellement même avec le pharmacien.

La disparition du tiers assureur permet ainsi de faire baisser les dépenses médicales de routine dans des proportions significatives et il permet également aux médecins de se montrer plus flexibles et plus adaptables.

Dans le nouveau contexte de la pandémie de Covid, par exemple, pas besoin d’attendre des semaines pour avoir le feu vert de Medicare ou des compagnies d’assurances sur le niveau de prise en charge des consultations par internet. L’abonnement prenant par définition en charge tout ce que le médecin juge nécessaire pour assurer le meilleur service possible, toute nouveauté, toute adaptation est automatiquement adoptée pour peu que le médecin le décide.

Au cabinet Epiphany Health des docteurs William Crouch et Lee Gross présentés dans la vidéo, les tarifs sont de 75 dollars par mois pour un adulte, 30 dollars par mois pour un enfant et 15 dollars par mois pour les autres enfants de la famille, l’idée étant de se situer dans un ordre de prix comparable à l’utilisation d’un téléphone portable. Pour éviter les abus toujours possibles, toute consultation au-delà de 25 par an et par personne est facturée 25 dollars :

Il faut croire que leurs patients sont contents de leurs services car ils sont passés à ce système en 2010 après avoir connu comme tous leurs collègues les lourdes exigences administratives des prises en charge médicales dictées par Medicare ou les compagnies d’assurance et ils s’en félicitent encore en 2021. Aujourd’hui, plus de 1400 cabinets médicaux répartis dans 49 États américains fonctionnent de cette manière.

Mais que se passera-t-il pour eux si un cabinet s’installe à proximité du leur et propose aux patients des tarifs de 40 dollars par personne et par mois au lieu de 75 dollars ? Eh bien, c’est exactement ce qu’on appelle le jeu de la concurrence dans un marché libre – une situation que de nombreuses autres professions comme la boulangerie-pâtisserie ou le prêt-à-porter connaissent bien.

Réponse du docteur Gross, qui pourrait très bien s’appliquer à la boulangerie :

Ce nouveau cabinet et nous, nous allons nous faire concurrence sur le prix et la qualité. Nous allons devoir justifier pourquoi notre prix est presque deux fois plus élevé. Peut-être est-ce parce que nous offrons un meilleur service, ou parce que notre formation est meilleure, ou parce que nous avons plus d’expérience. Ou alors nous allons devoir baisser nos prix pour ne pas perdre de patients.

On constate encore une fois qu’une situation de concurrence non faussée est un formidable levier pour procurer aux consommateurs de services médicaux (ou de babas au rhum) le meilleur produit ou le meilleur service au meilleur prix.

Si le Direct Primary Care reste encore assez confidentiel aux États-Unis, au moins n’est-il pas empêché d’exister et de faire ses preuves. En France, malheureusement, la Sécu est un monopole qui ne tolère aucune concurrence au sens fondamental de ce mot. Il existe certes des cliniques privées, il existe certes une médecine dite libérale, mais la réalité de notre système de santé est exactement celle que l’on retrouve inéluctablement (et malheureusement) dans tous les systèmes socialistes.

Le libre choix des médecins et des patients, la loi de l’offre et de la demande et la clarification de l’information par le système des prix libres ont été évincés du système au profit d’une planification bureaucratique qui prétend savoir mieux que les médecins où, quand et comment ils doivent soigner, et mieux que les patients s’ils sont malades et où et quand ils doivent se faire soigner.

Alors évidemment, on voit mal comment on pourrait seulement tenter une expérimentation du type Direct Primary Care en France. Mais il n’est pas interdit d’en parler autour de soi et de susciter le débat…

 

Vidéo « These Doctors Exemplify the Virtues of Free Market Medicine » (ces médecins sont un exemple des bienfaits du marché libre pour la médecine) publiée par le site libéral Reason le 3 mars 2021 (07′ 13″) :

Sur le web

  1. Article de la série Les Lib’Héros du Quotidien inspiré par une récente vidéo du site libéral américain Reason (voir en fin d’article) à propos du système de soins Direct Primary Care (ou médecine générale en direct) qui se développe aux États-Unis.

Le procès Sarkozy montre aussi comment l’État se préserve des affaires néfastes à son économie

Par The Conversation
sarkozy

Par Fabien Bottini1.
Un article de The Conversation

Le 1er mars dernier, le Tribunal correctionnel de Paris a condamné Nicolas Sarkozy à trois ans de détention, dont un ferme, pour corruption et trafic d’influence. À l’appui de cette sanction, les juges ont souligné que ces infractions avaient porté « gravement atteinte à la confiance publique en instillant dans l’opinion publique l’idée selon laquelle » la justice pouvait « faire l’objet d’arrangements occultes destinés à satisfaire des intérêts privés ».

La sévérité de cette sanction est à mettre en rapport avec le caractère inédit du dossier. Ce serait la première fois dans l’histoire de la Cinquième République qu’un jugement fondé sur des écoutes téléphoniques établirait qu’un ancien chef de l’État a promis à un magistrat de la Cour de cassation de jouer de son influence pour lui permettre d’être nommé à un poste prestigieux en échange de son aide pour mettre un terme à des procédures judiciaires le visant, et ce afin d’obtenir une décision plus favorable.

Nicolas Sarkozy ayant fait appel de son jugement qui pose à ses yeux « la question de la partialité de certains magistrats », sa condamnation n’est toutefois pas définitive et aucun rebondissement n’est à exclure puisqu’il a déjà bénéficié de deux non-lieux dans des procédures dirigées contre lui.

Son procès a toutefois le mérite de mettre en lumière une conséquence de la mondialisation qui n’est pas toujours bien perçue par le grand public et les responsables politiques eux-mêmes.

Le jugement s’inscrit dans une évolution d’ensemble dont la finalité est d’assurer la neutralité de l’action publique dans le champ économique de façon à ne pas perturber le bon fonctionnement du marché dont dépend désormais la prospérité du pays et, à travers elle, le progrès social.

Le rapport qu’entretient le personnel politique avec la justice n’a en effet évolué ces dernières années que parce qu’une certaine rationalité économique a rejoint les critiques de l’opinion publique contre l’immunité-impunité supposée de ceux qu’il est convenu d’appeler les décideurs publics par comparaison avec les décideurs du secteur privé : les chefs d’entreprise.

Les Français et la passion de l’égalité

Parce qu’ils ont « la passion de l’égalité » comme l’écrivait Tocqueville, les Français ont régulièrement exprimé à travers l’histoire leur aspiration à une responsabilité effective des gouvernants. Déjà au IXe siècle la théorie du gouvernement « spéculaire » – entendu comme un gouvernement miroir de la société – soutenait que le chef de l’État se devait d’être exemplaire et vertueux pour mériter son titre et être obéi de tous.

Sous la Révolution, les cahiers de doléances de la noblesse d’Amiens ont assigné aux États généraux le soin de demander que :

« les ministres et tous les administrateurs soient responsables envers la nation de leur gestion et jugés suivant la rigueur des lois ».

Encore en 1870, le décret supprimant la garantie des fonctionnaires – qui interdisait de poursuivre les agents publics sans l’autorisation préalable du Conseil d’État – a été « l’un des mieux accueillis » par « l’opinion publique ». Ces attentes sont à l’origine directe de l’article 15 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen selon lequel « la Société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration ».

L’idée a toutefois longtemps prévalu que cette responsabilité devait être davantage politique que pénale : en l’absence d’infractions volontaires ou d’enrichissement personnel, la sanction des contrevenants devait être la perte (ou la non-conquête) du pouvoir, pas la prison.

Derrière cette solution se trouvait le souvenir des abus des cours de justice de l’Ancien droit. Entre les mains de la noblesse de robe, ces tribunaux étaient hostiles à la Révolution. C’est pourquoi les révolutionnaires de 1789 s’en étaient davantage remis à la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif et à l’éthique des élus de la nation pour prévenir ou sanctionner l’arbitraire du personnel politique.

La Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen énonce pour cette raison ce que la loi peut faire afin que les gouvernants sachent à tout instant ce qu’ils ne peuvent pas faire :

art. 5 : « La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société » ;

art. 8 : « La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires » ;

art. 12 : la force publique est « instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée »…

Le retour de la déontologie

Ces garanties demeurent, la déontologie ayant même fait son grand retour avec le vote des lois organique et ordinaire du 11 octobre 2013 sur la transparence de la vie publique qui renforcent la prévention des conflits d’intérêts dont les élus pourraient se rendre coupables dans l’exercice de leurs fonctions.

Mais elles ont également montré leurs limites, les élus étant souvent réticents à condamner leurs pairs, par peur de représailles. Au moment où le député Montebourg proposait de renvoyer le président Chirac devant la Haute cour de justice, le Premier ministre Lionel Jospin disait : « Je ne souhaite pas que les affaires soient utilisées dans le débat public ».

Les difficultés qu’ont longtemps eu les victimes à déclencher elles-mêmes les poursuites devant le juge pénal combinées avec le pouvoir du garde des Sceaux de donner des instructions individuelles aux parquets dans les dossiers « sensibles » faisaient qu’en pratique les condamnations restaient rares.

D’où le sentiment d’injustice chez certains citoyens qui a fini par nourrir des réformes d’ampleur dans les années 1990 à la suite de différents scandales politico-financiers visant le Parti socialiste (PS) (affaires Urba ou carrefour du développement) ou la droite (affaire de Karachi par exemple).

Mais ces réformes n’ont toutefois pu aboutir que parce que les attentes de l’opinion publique ont conjugué leurs effets avec une certaine rationalité économique avec laquelle on ne fait pas toujours bien le lien.

Cette rationalité, c’est celle qui préconise de faire de l’interdépendance économique des Nations – dont les dirigeants politiques doivent être les artisans autant que les garants – le facteur de la paix dans le monde. Tout comportement déviant doit pour cette raison être prévenu par la déontologie et à défaut sanctionné par le droit pénal pour ne pas compromettre le bon fonctionnement du marché global.

Assurer le bon fonctionnement du marché quoiqu’il en coûte

Fondé sur le souvenir de la pax romana qui a duré plus de 1000 ans sous l’Antiquité, le projet d’une paix par le commerce entre États a régulièrement été défendu par d’éminents auteurs depuis les Temps modernes.

En 1623, le moine Emeric de La Croix insistait dans Le Nouveau Cynée sur l’importance d’assurer la « liberté du commerce par tout le monde » avant qu’Emmanuel Kant ne fasse, en 1795, du respect du droit des gens au niveau international un instrument de son Projet de paix perpétuelle et que Victor Hugo ne prédise, dans son célèbre discours du 21 août 1849 au Congrès de la paix, qu’« un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce ».

C’est cette finalité qui sous-tend le projet de la Charte de l’Atlantique du 14 août 1941, co-écrite par Roosevelt et Churchill, de faire de « l’accès et la participation », de « tous les États », « au commerce et aux matières premières indispensables à leur prospérité » et de « la plus entière collaboration entre toutes les nations » le moyen de prévenir un nouveau conflit mondial à l’avenir. C’est de ce fait lui qui inspire les accords du GATT en 1947, le lancement de la construction européenne en 1951 et 1957 ou encore la création de l’OMC en 1995.

Or, sa mise en œuvre a franchi une nouvelle étape au tournant des années 1990 lorsque la multiplication des scandales politico-financiers précités a montré combien les personnalités politiques pouvaient, par leur comportement, fausser le bon fonctionnement du marché, en avantageant de façon occulte certains opérateurs économiques.

Un renforcement de la juridiction pénale

Il est pour cette raison devenu important à cette date de lutter contre la corruption au moment qui plus est où l’effondrement de l’URSS permettait une libéralisation accrue des échanges entre États. Six conventions pénales internationales adoptées entre 1996 et 2003 sous l’égide de l’OCDE, de l’UE ou encore du Conseil de l’Europe ont ainsi contribué à renforcer en France le rôle de la juridiction pénale contre la corruption et ce faisant à alimenter le phénomène de judiciarisation de la vie politique.

Alors que le juge était relégué depuis la Révolution au rang de simple autorité, depuis le tournant des années 1990 il s’est imposé comme un véritable contre-pouvoir.

La création en 2013 d’un Parquet national financier (PNF) participe de cette même évolution, puisqu’il vise à protéger les intérêts économiques fondamentaux de la Nation.

Ce n’est ainsi pas par hasard si Jacques Chirac a dans ce contexte été le premier ancien président de la République à avoir fait l’objet de poursuites à raison de faits d’abus de confiance et de détournement de fonds commis lorsqu’il était maire de Paris et président du RPR.

On comprend de même mieux pourquoi les faits contre Nicolas Sarkozy ont été instruits par le PNF et pourquoi le tribunal a considéré que les infractions qui lui étaient reprochées justifiaient à ses yeux de la prison ferme, dès lors qu’elles fragilisaient la confiance de tout un chacun – simple particulier ou opérateur économique – envers le bon fonctionnement de l’institution judiciaire – si importante pour le règlement des litiges commerciaux.

Les garanties de l’État de droit

Reste à savoir si le jugement du tribunal est ou non juridiquement fondé. Régulièrement la droite s’estime victime de juges rouges réputés proches de la gauche lorsque ses leaders se trouvent condamnés et les magistrats à l’origine du jugement n’échappent pas à ces critiques. Ce reproche n’est toutefois pas propre à la droite puisque certaines personnalités de gauche dénoncent en retour, à l’image de Jean‑Luc Mélenchon, tout aussi régulièrement une justice aux ordres de la majorité du moment.

À chaque fois, il s’agit ainsi de prendre l’opinion publique à témoin pour lui faire constater le caractère injuste de la décision rendue.

Au nom des principes de l’État de droit, la judiciarisation de la vie politique s’accompagne toutefois d’un renforcement des garanties offertes à la personne poursuivie, pour s’assurer que chacun ait droit à ce que son affaire soit tranchée par un tribunal indépendant et impartial (art. 6 paragraphe 1 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme de 1950).

Non seulement le juge est tenu de respecter le droit en vertu de la présomption d’innocence des personnes mises en cause, mais il se doit d’instruire à charge ET à décharge les faits qui lui sont soumis. Sans compter que les justiciables bénéficient de plusieurs voies de recours.

Outre que le double degré de juridiction leur permet de faire appel de leur condamnation avant éventuellement de se pourvoir en cassation, il leur est également loisible de saisir la Cour européenne des droits de l’Homme comme Nicolas Sarkozy en a l’intention. Ce sont ces garanties qui lui ont par le passé permis de bénéficier de deux non-lieux.

S’il convient donc de laisser la justice suivre son cours, le jugement rendu n’est qu’une pièce d’un puzzle plus grand dont le but ultime est de rendre confiance aux opérateurs du marché dans le bon fonctionnement des institutions. De ce point de vue les critiques qui l’ont accompagné comme l’appel qui a été interjeté doivent être perçus comme le signe de leur vitalité et non comme celui de la déliquescence de notre démocratie.

Sur le webThe Conversation

  1. Qualifié aux fonctions de Professeur des Universités en droit public, Université Le Havre Normandie.

Reconfinement : Pas-de-Calais puni, Seine-Saint-Denis épargnée

Par Frédéric Mas
reconfinement déconfinement

Par Frédéric Mas.

Le Pas-de-Calais devrait endurer de nouveaux confinements le week-end et la fermeture de ses grandes surfaces de plus de 5000 m2 alors que le taux d’incidence du covid-19 du département est comparable à celui de Seine-Saint-Denis, qui elle est épargnée par les restrictions.

L’annonce a suscité la protestation d’élus du Pas-de-Calais qui ont dénoncé le deux poids deux mesures du gouvernement et le caractère punitif des nouvelles restrictions.

Vaccination en retard, confinement le week-end chez nous et pas ailleurs avec les mêmes chiffres : mais qu’est-ce que le Pas-de-Calais a pu bien faire pour être traité de la sorte ?

— Daniel Fasquelle (@DFasquelle) March 4, 2021

Vaccination: pour le maire de Boulogne-sur-Mer, « à situation sanitaire égale, tous les départements ne sont pas traités de la même façon » pic.twitter.com/J957RujcTM

— BFMTV (@BFMTV) March 4, 2021

C’est que l’action du gouvernement ne prend pas appui sur des raisons uniquement sanitaires, mais aussi, comme l’indique FranceInfo, sur un « argument social ». Citant le journaliste de France 2 Jean-Baptiste Marteau, France Info rapporte :

« Le taux d’incidence n’est pas le seul critère pris en compte, […] la concertation avec les élus locaux a joué dans la balance, et il semble que ceux du Pas-de-Calais étaient beaucoup plus favorables à l’idée d’un confinement, ce qui n’était pas du tout le cas en Île-de-France. Deuxième argument : être confiné dans le Pas-de-Calais ou dans une cité de Seine-Saint-Denis, ce n’est pas la même chose »

Reconfinement : pas d’unanimité chez les élus locaux

Les vives protestations des maires de Boulogne-sur-Mer, Hesdin ou du Touquet indiquent que la décision de reconfiner était loin de faire l’unanimité des élus locaux.

Triple peine pour le Pas-de-Calais (et que pour le 62!!!) :
– couvre feu
– confinement le week-end
– on attend toujours les vaccins annoncés à grand coup médiatique il y a un mois et demi (3 % de vaccinés dans le PDC, un échec du gouvernement) rappel en Israël : 60 % vaccinés https://t.co/0i1m89J6Wo

— Steeve Briois (@SteeveBriois) March 4, 2021

Le préfet du Pas-de-Calais Louis Le Franc avait préconisé le reconfinement le week-end dès mardi, appuyant la demande de certains élus comme celle du maire de Calais Natacha Bouchart (LR). Arguant d’un taux élevé d’occupation des lits (97 %) en réanimation et d’un taux d’incidence deux fois supérieur à la moyenne nationale, madame Bouchart estimait qu’il n’y avait pas le choix.

Fallait-il reconfiner autoritairement toute la région alors que la situation montrait une certaine hétérogénéité, comme l’indiquent les différentes voix qui se sont élevées ? Que penser de mesures restrictives de liberté prises sur critères politiques, et non scientifiques ?

Le constat de l’urgence sanitaire jugé au doigt mouillé

Les restrictions aux libertés seraient plus mal vécues en Seine-Saint-Denis que dans le Pas-de-Calais. Le virus serait-il sensible aux exigences de justice sociale, épargnant les plus pauvres et punissant les plus riches ? On savait depuis une déclaration de M. Delfraissy, que le virus était « diabolique » et « intelligent », nous ne savions pas qu’il était en plus socialiste.

Jean-François Delfraissy: « On a affaire à un virus diabolique et beaucoup plus intelligent qu’on ne le pense » pic.twitter.com/ktLd94kZJV

— BFMTV (@BFMTV) January 24, 2021

Mais vivre en Seine-Saint-Denis est-il plus infernal que de vivre dans le Pas-de-Calais, en se fondant sur un critère social ? Si nous acceptons de prendre ce propos au sérieux, observons que selon l’Insee le Pas-de-Calais et la Seine-Saint-Denis se situaient respectivement à la 94e place et à la 99e place du classement des départements les plus pauvres de France sur 104 en 2017.

L’État ne serait-il pas tout simplement en train de rationaliser sa faiblesse quand il s’agit d’assurer ses missions essentielles ? L’état du régalien en Seine-Saint-Denis n’est pas vraiment comparable à celui du Pas-de Calais. Un rapport sénatorial de 2018 observait déjà que la Seine-Saint-Denis était « championne des agressions, des violences physiques et du trafic de stupéfiants ».

Face à l’explosion de la violence, les rapporteurs observaient que l’administration préconisait même de fermer les postes de police la nuit alors que les besoins allaient grandissants. « Il paraît effarant, lorsque la délinquance et la criminalité augmentent, que les services de police diminuent. » notent les rapporteurs.

Sauf si on a abandonné tout espoir d’y faire régner le droit. Est-ce que parce que l’État a démissionné en Seine-Saint-Denis, et qu’il y est désormais incapable d’y faire appliquer ses consignes les plus basiques, qu’il a évité le reconfinement ?

L’ultra-violence : « En Seine-Saint-Denis, il y a quatre fois moins de policiers qu’à Paris », regrette @jclagarde. @SoMabrouk @MA2TBE2L #Europe1 pic.twitter.com/I8XrmEQMVU

— Europe 1 🎧🌍📻 (@Europe1) October 15, 2018

Il semblerait donc que ce soit sur des critères politico-sociaux plus que scientifiques que le gouvernement reconfine le Pas-de-Calais et épargne la région parisienne. Cela porte un nom : arbitraire. Céder aux multiples féodalités politiques et administratives n’efface pas la responsabilité du gouvernement dans cette nouvelle attaque adressée à l’État de droit et à l’isonomie libérale.

L’épargne des Français ne sera pas taxée, promis juré

Par h16
chômage épargne

par h16

L’erreur est humaine mais pour en faire une grosse catastrophe, il faut faire intervenir l’État : grâce à ses nombreux efforts ainsi qu’à ceux des politiciens déchaînés, la pandémie s’est rapidement transformée en crise, un peu sanitaire au début puis largement économique ensuite avec son cortège de conséquences pas trop inattendues depuis l’augmentation du chômage, des suicides et des problèmes psychologiques et médicaux jusqu’aux effets plus inattendus comme l’augmentation dodue de l’épargne des Français.

Ici, il ne s’agit pas d’une petite augmentation discrète, mais bien d’un mouvement majeur qui totalise entre 100 et 120 milliards d’euros à l’échelle de la France et qui pourrait atteindre les 200 milliards d’ici la fin 2021 selon les estimations du gouvernement (qu’on prendra donc avec les pincettes et le gel hydroalcoolique de rigueur, vu le passif). Quand bien même : en 2020, l’encours des dépôts à vue des ménages a ainsi progressé de 62,75 milliards d’euros le faisant passer d’une année à l’autre 228 à 462 milliards d’euros…

Bien évidemment, cette énorme masse d’argent qui grossit attire l’œil des malfrats. Il n’a donc pas fallu bien longtemps pour que les appétits des politiciens et des chroniqueurs collectivistes s’aiguisent. On en parle. Cela fait débat.

Pensez donc : ces sommes rondelettes conviendraient bien pour l’un ou l’autre plan de relance (ou un plan climat, un plan pauvreté, un plans pour des vélos, des chaudières, des petits-déjeuners, des cabines de douche ou des permis de conduire…) et ce d’autant plus que nos inévitables et frétillants économistes de salon comme Piketout pardon Piketty sont évidemment dans le coup.

Un gros gâteau, des administrations aux ventres bureaucratiques (toujours) affamés, des scribouillards et autres politiciens la lippe déjà humide et l’œil pétillant d’envie à l’idée de tout ce qu’ils vont bien pouvoir faire avec cette énorme pâtisserie financière, il n’en faut pas plus pour qu’un « débat » soit lancé.

Ici, débat est entre guillemets tant l’aspect artificiel de ce dernier saute aux yeux du Français rôdé à ce genre de mascarade : la « découverte » de la somme ne date pas d’hier et les montants mis de côté par les Français précautionneux sont connus depuis un moment ; Bercy sait, Bercy traque et Bercy renifle l’argent de très très loin ; et lorsqu’on claquemure les populations, il y a forcément moins de dépenses dans les activités sociales, sportives et culturelles, ce qui conduit inévitablement à des économies substantielles…

En somme, avec cette cohérence typique des gens de l’État, le gouvernement se pose la question de savoir comment faire consommer davantage les Français après les avoir tympanisé sur le thème de la transition écologique, de la frugalité et de la décroissance.

épargne

De la part de ceux qui tètent toujours aux robinets publics, les questions s’amoncellent donc : comment faire pour « relancer » l’activité, pour que ces grosses sommes joufflues redescendent dans l’économie et viennent remplir tous ces petites ventres vides, si ce n’est par l’impulsion forcément idoine de la puissance publique forcément bienveillante et forcément juste ?

.@Th_Cozic (PS) : "200 milliards c'est le montant du surcroît d'épargne qui sera accumulé à la fin de l'année dans notre pays. Cette épargne inhabituelle réinjectée dans l'économie pourrait permettre de compenser les effets de la pandémie"#QAG pic.twitter.com/ZmIOq80zFD

— Public Sénat (@publicsenat) March 3, 2021

Ah, qu’il est doux le son des pièces sonnantes qui trébuchent dans le trésor public grâce à la fine impulsion sénatoriale socialiste ! Rassurez-vous cependant, pour le Bruno de Bercy (qui est au transit fiscal ce que le Bruno d’Agen est au transit intestinal), non et non, il n’y aura pas de nouvel impôt. Ce n’est ni le moment ni la façon de procéder et d’ailleurs, lui et ses collaborateurs cherchent d’autres moyens de leur piquer leurs thunes les faire consommer :

« Nous travaillons à des incitations qui permettraient aux Français de dépenser leur épargne dans l’économie et donc de participer à la relance économique. »

Les artisans de l’actuelle débâcle économique, ceux qui ont directement poussé les Français à cet élan de précaution vu les décisions consternantes enfilées depuis un an à un rythme soutenu comme des saucisses industrielles, se déclarent donc avec aplomb à même de proposer des incitations pour améliorer la situation, ce qui devrait logiquement achever de terroriser tout le monde.

épargne

Du reste, on frétille déjà de plaisir rien qu’en imaginant les idées lumineuses que ces solides clowns à roulettes vont nous pondre à leur prochain prout sonore :

  • en jouant sur les mots, nous proposeront-ils une taxe plutôt qu’un impôt (la différence sera laissée à l’appréciation du lecteur) ?
  • avec des incitations par trouzaines offrant chacune l’occasion d’une niche fiscale aussi tarabiscotée que risquée sur le moyen et le long terme, à la merci du moindre changement législatif ?
  • par une ponction pure et simple, emballée dans une appellation d’emprunt national de relance (avec des majuscules où il faut et un roulement du R indispensable à la solennité de cette nouvelle briganderie républicaine) avec promesse de remboursement dans les 3 ou 5 ans, si tout va bien, si les Français sont sages et surtout s’ils votent comme il faut ?

Compte tenu de l’historique du présent gouvernement, on peut déjà trembler ; mais force est de constater que, pour toute la cour politicienne et la basse-cour d’économistes en odeur de sainteté et autres chroniqueurs médiatiques, il semble absolument impensable de laisser les Français décider par eux-mêmes ce qu’ils pourraient bien faire de ces sommes.

De ce point de vue, la prévoyance et la gestion prudente des citoyens contraste violemment avec l’envie dépensière et la décontraction que nos politiciens affichent avec les finances publiques et l’argent des autres. Si les Français n’étaient pas si pétris de cette envie de se mêler des affaires des autres, on en viendrait presque à se demander comment ces citoyens ont pu pousser ces politiciens à ces postes-là.

Soyons réalistes : la somme est trop grosse, le gâteau trop tentant et les ventres administratifs trop vides pour qu’il ne soit rien fait. Il y a tant de projets, de transition écologique à financer, de réacteurs nucléaires à fermer, de voitures électriques polluantes à subventionner, de télévisions et de radios d’État à stipendier que cette somme ne peut pas, ne doit pas rester bêtement sur les comptes des Français qui ne savent pas ce qui est bon pour eux (d’ailleurs, regardez comment ils votent !)…

Il y aura donc ponction, d’une façon ou d’une autre.

Peut-être par l’inflation, insidieuse au départ, qui s’installera progressivement partout et grignotera tout ce qu’elle pourra, à commencer par cette dette colossale, ce pognon de dingue dépensé « quoi qu’il en coûte » pour justifier les accents martiaux d’un coquelet dépassé par ce qui aurait pu, ce qui aurait dû être géré par des médecins et non des administrations et toute une brochette d’insupportables énarques ivres de leur puissance…

Vraisemblablement, les semaines et les mois qui viennent vont être dangereux pour votre épargne ; protéger ce que vous avez mis de côté va être de plus en plus difficile tant l’Occupant Intérieur a faim.

Français, tenez vous prêts !


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Sur le web

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Covid, confinement : il était une fois la Suède

Par Gabriel Lacoste
Suède

Par Gabriel Lacoste.

Cette pandémie est l’occasion rêvée d’histoires faciles à raconter à la cafétéria. Certains se démarquent en étant plus informés que d’autres des arguments à la mode. Et pourtant, ils se trompent…

La Suède est un bon exemple de conversation typique.

Un sceptique avance que toutes les mesures ne servent à rien. Un petit futé qui consulte des reportages accrédités lui répondra, au choix, qu’il y a dix fois plus de morts par habitant qu’en Norvège, au Danemark ou en Finlande ; que la Suède vient juste d’admettre son échec en adoptant des mesures plus sévères ; que les Suédois sont naturellement distants et plus disciplinés.

Le plus informé de tous, celui qui consulte des revues comme Nature, The LancetThe British Medical Journal, JAMA network  ou Science peut même aller jusqu’à dire, citation à l’appui qu’une étude a prouvé que les mesures sévères fonctionnent.

La discussion s’arrêtera là et le sceptique sera rabroué. Et pourtant…

Un peu d’épistémologie

En épistémologie, le concept de faillibilisme proposé par Karl Popper apporte un autre éclairage. Selon lui, la meilleure méthode n’est pas celle qui compile le plus grand nombre de faits en faveur d’une hypothèse, mais celle qui cherche des moyens efficaces de la contredire et qui échoue à le faire.

La pratique scientifique réelle, publiée dans les revues prestigieuses, ignore souvent ce conseil. C’est ainsi que les « études » disponibles vont s’appuyer la plupart du temps sur des observations corrélationnelles de pays qui adoptent tous la même approche, en lui ajoutant des calculs mathématiques opaques au public. Or, ce que la logique de Karl Popper exige, c’est plutôt de s’attarder aux quelques pays marginaux qui ne le font pas, pour vérifier si le résultat est différent.

À cet effet, John Ioannidis est, parmi d’autres, un opposant et épidémiologue crédible face à la folie sanitaire. Dès 2005, il avait publié « une étude » expliquant pourquoi la plupart d’entre elles sont fausses. Ce n’est pas un hasard si c’est lui, le sceptique.

Voilà pourquoi comparer la Suède aux autres pays européens est scientifiquement beaucoup plus pertinent que ce que le plus érudit de tous réussit à trouver dans The Lancet.

La performance de la Suède

Une partie du public pense que la situation épidémiologique de la Suède est catastrophique comparée aux autres pays. Par exemple, l’Allemagne est très bien perçue. Lors d’une joute intellectuelle sur Facebook, quelqu’un m’avait répondu que la Suède déplorait cent fois plus de décès que les autres pays.

Pourtant, la réalité est la suivante :

La performance de la Suède est donc comparable à celle d’autres pays européens importants. Voilà un fait qui mérite l’étonnement, sentiment à l’origine de la meilleure science.

La Suède a durci ses mesures

À ce stade de la discussion, les journalistes et militants favorables à la sévérité sanitaire ont des réponses toutes prêtes, comme celle consistant à évoquer une Une sensationnelle du style « ils viennent de comprendre leur erreur et changent d’approche. »

Pourtant, celui qui lit attentivement cet article constatera que la Suède n’a pas imposé de confinement, les restaurants sont encore ouverts et les masques sont obligatoires seulement dans les transports en commun. Lorsque les autorités durcissent les mesures, il s’agit de contraindre les restaurants et les bars à une fermeture à 21 h 30 et d’élargir la durée du port du masque dans les transports en commun. Bref, l’approche suédoise est toujours légère.

L’argument est pertinent seulement dans une logique binaire. La Suède ne peut pas être citée pour prouver l’inutilité de toutes les mesures, puisqu’elle en utilise certaines. Cependant, sur le spectre de la sévérité, le pays est davantage attaché à la liberté.

La Suède fait pire que ses voisins

La comparaison avec la Norvège, la Finlande et le Danemark relève d’un contre- argument simpliste.

Il se résume sur la carte et le graphique suivant :

Les autres pays scandinaves ne sont pas plus sévères que la Suède sur le plan sanitaire. Aucun d’entre eux n’a imposé un confinement.

Ensuite, en suivant l’évolution d’un index de sévérité des mesures, il apparaît que la Suède a été le pays le plus sévère des quatre (et non, les autres n’ont pas un meilleur contrôle aux frontières, car c’est un exemple de mesure mieux ciblée et donc plus légère) !

La culture suédoise est différente

Les Suédois seraient naturellement distants et disciplinés.

Le niveau de la discussion n’est pas scientifique, mais anecdotique. Nous sommes plutôt sur un argument du style « je connais un gars qui est allé en Suède et il a trouvé que… »

Un moyen simple de contredire cette hypothèse est de citer l’exemple de régions ou États ayant adopté des mesures plus souples.

Il y a la ville de Madrid vs le reste de l’Espagne :

Il y a la Floride vs la Californie et New-York :

S’il n’y avait que la Suède à citer en exemple, nous pourrions toujours accorder une crédibilité à l’hypothèse culturelle. Cependant, les habitants de Madrid ne diffèrent pas des Espagnols, pas plus que les Floridiens des Californiens.

La morale de l’histoire

Qu’est que tout cela signifie ? Au royaume de la bien-pensance, c’est la paresse qui règne. Celui qui veut être un champion de karaté étudiera les mouvements d’une ceinture noire et non ceux d’une ceinture blanche. Celui qui passe son temps à chercher à combattre avec plus faible que lui ne progressera jamais.

Dans une joute intellectuelle, c’est la même chose. Celui qui se tient informé des arguments à la mode diffusés par les médias réputés, puis passe son temps à les répéter, se la joue facile. Il ne s’efforce jamais d’aller à la découverte de ceux qui s’informent à davantage de sources que lui, puis réfléchissent de façon critique.

Voilà la paresse intellectuelle. Elle nous domine.

Le comble a été atteint, cette semaine, au Québec. Devant des journalistes, le Premier ministre s’est vanté naïvement de faire fi des avis de son conseiller scientifique et de se baser sur ce qu’il apprend en consultant CNN. Il n’a pas saisi le ridicule de cette confidence. Et personne pour le lui faire remarquer…

Le virus a tué l’ordre libéral

Par Daniel Hannan
l'ordre libéral

Par Daniel Hannan.
Un article du John Locke Institute

Les choses ne reviendront pas à la normale. L’impact politique et psychologique de la Covid-19 durera des décennies. Le monde vers lequel nous nous dirigeons en ressortira plus pauvre, plus mesquin, plus crispé, plus autoritaire.

Une épidémie se déclenche désormais dans nos cerveaux. Nous devenons plus prudents et moins tolérants à l’égard de la dissidence. Nous exigeons la fermeté de l’État. Et cette façon de penser ne changera pas quand le virus disparaîtra.

Les changements suite à la Seconde Guerre mondiale

Pensez aux changements politiques qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, ce fut  la dernière fois que les gens se sont sentis collectivement menacés à cette échelle. Les restrictions qui étaient censées être introduites dans l’urgence sont restées en place longtemps après la fin de l’urgence : rationnement alimentaire, cartes d’identité, conscription, économie contrôlée.

Pourquoi ? Parce que les guerres et les épidémies nous renvoient à nos instincts de chasseurs-cueilleurs les plus primaires. Nous devenons plus repliés sur nous-mêmes, plus tribaux, plus collectivistes, plus hiérarchiques.

En d’autres termes, les grandes perturbations de ce type nous rappellent à quel point l’ordre libéral est contre nature et combien l’individualisme et la prospérité des deux derniers siècles ont été fragiles et contingents.

La mondialisation réduit la pauvreté, mais nous refusons de l’accepter

« Le libre-échange, la plus grande bénédiction qu’un État puisse accorder à un peuple, est impopulaire dans presque tous les pays », écrivait Lord Macaulay en 1824. Depuis lors, les revenus mondiaux moyens ont augmenté, selon une estimation prudente, de 3000 %, alors qu’ils n’avaient guère augmenté auparavant.

La mondialisation et l’ouverture des marchés ont permis de réduire miraculeusement la pauvreté. Prenez les mesures que vous voulez : alphabétisation, longévité, mortalité infantile, éducation des femmes, apport calorique, taille.

Pourtant, sous l’emprise de nos instincts préhistoriques, nous refusons toujours de l’accepter. Nous nions l’évidence d’une prospérité croissante ; ou bien nous nous disons que l’augmentation du niveau de vie a un coût terrible, que la société est devenue sans âme et matérialiste, qu’il manque quelque chose.

Chaque mouvement de protestation contre l’ordre libéral moderne – romantisme, existentialisme, fascisme, communisme, fondamentalisme religieux – est un cri torturé de notre homme des cavernes intérieur, qui aspire au collectivisme et à l’autorité du groupe social.

En sortant de la chrysalide du confinement, nous nous trouvons subtilement transformés. La demande de gouvernements autoritaires de gauche et de droite est plus forte. Il y a davantage de protectionnisme, et donc plus de pauvreté. Il y a moins de tolérance à l’égard de la dissidence. Il y a davantage de politique identitaire, la forme ultime de collectivisme car elle définit les gens, non pas en tant qu’individus, mais en tant que groupe.

« Ce n’est qu’au début du crépuscule que la chouette de Minerve prend son envol », écrivait Hegel. Il se peut que les idées que nous tenions pour acquises à l’époque moderne – que l’individu est plus qu’une simple partie d’un collectif, que les dirigeants ne devraient pas pouvoir établir les règles au fur et à mesure, que ceux que nous n’aimons pas pourraient encore avoir des choses utiles à dire, que nos relations les uns avec les autres ne devraient pas être définies par la naissance ou la caste – aient été une erreur, une exception.

Nous arrivons peut-être, pour ainsi dire, à la fin d’un bref âge interglaciaire entre deux longues périodes glaciaires.

Il est temps de célébrer l’ordre libéral

Alors que les glaciers se retirent, marquons ce que nous laissons derrière nous. Célébrons le miracle extraordinaire qui a libéré la race humaine de dix mille ans de servitude et qui nous a élevés à un sommet de richesse et de bonheur qui était inimaginable jusque très récemment.

Reconnaissons les résultats d’un système de marché qui a mis fin à l’esclavage, brisé les tyrannies, élevé le niveau de vie des gens ordinaires, des femmes libérées ainsi que des minorités, un système qui a défendu la dignité de l’individu.

Célébrons le premier modèle économique qui a permis aux gens de progresser, non pas en aspirant le pouvoir en place, mais en offrant des services à ceux qui les entourent. Faisons le deuil, en passant, de l’ordre libéral qui, avant la pandémie, a épongé les dernières flaques de pauvreté sur cette planète.

Reconnaissons ce moment capitaliste, où la raison a vaincu le dogme et où les personnes ordinaires ont pu profiter de modes de vie dont les rois médiévaux n’auraient pas pu rêver. C’est une prouesse d’autant plus remarquable qu’elle n’a pas été comprise ou appréciée. Ses bénéficiaires sont restés méfiants et hostiles jusqu’au bout.

Ce n’est que maintenant, peut-être, alors que nous retournons à notre condition naturelle, que nous apprécions ce que nous perdons.

Traduction par Justine Colinet pour Contrepoints de The Virus Has Killed the Liberal Order de John Locke Institute

Le télétravail, casseur d’emplois

Par Alain Goetzmann
télétravail

Par Alain Goetzmann

Après avoir modérément encouragé le télétravail comme moyen de lutter contre la circulation de la Covid-19, madame la ministre du Travail, son cabinet, les hauts dirigeants de son administration, accentuent maintenant leur pression sur les entreprises pour qu’elles y recourent de façon plus massive, commençant même à menacer les récalcitrants de sanctions.

Une fois de plus, l’administration, qui ne connaît rien à l’entreprise et à son fonctionnement, met en œuvre des mesures bureaucratiques à court terme, sans se donner la peine d’en mesurer préalablement les effets sur le long terme.

Il est vrai que le parcours brillant de la ministre : X-ponts, collège des ingénieurs, préfète, SNCF, cabinets ministériels et, dernière étape avant un ministère, présidente de la RATP, ne la porte pas, instinctivement, à s’intéresser aux enjeux des PME de Guéret, Plougastel ou Argenteuil et de leurs salariés, pas plus que son entourage, d’ailleurs constitué, cela va sans dire, d’énarques bon teint.

Il ne s’agit pas, ici, de s’opposer au télétravail. Bien au contraire, il constitue un progrès indéniable dans l’organisation du travail, mais lorsqu’il devient utile de l’envisager, il faut que ce soit avec prudence, à l’issue d’une réflexion approfondie sur ses enjeux et ses objectifs, entreprise par entreprise.

D’abord, sur le plan humain, c’est une véritable rupture avec l’usage, tant pour les salariés que pour les employeurs. Les liens sociaux qui se nouent par le travail en commun, au service d’un projet, constituent un volet non négligeable de la bonne santé mentale des salariés et du succès des entreprises.

Qu’on le veuille ou non, les mini-réunions improvisées autour d’un problème simple, mais urgent à résoudre, les échanges devant la machine à café, souvent d’ordre professionnels, les pots, célébrant les quick-wins, constituent des marqueurs indélébiles du travail en équipe. D’ailleurs, un nombre croissant de salariés en télétravail imposé n’aspire qu’à revenir au bureau, las de l’inconfort fréquent du travail à domicile et désireux de renouer le fil de relations conviviales.

L’esprit collectif, la culture partagée, les échanges impromptus sont générateurs d’enthousiasme. Et s’il est une ligne qui n’apparaît dans aucun bilan comptable mais qui fait les résultats flatteurs des entreprises, c’est bien l’enthousiasme.

Ensuite, le télétravail constitue, au sein des organisations, une source d’inégalité qui ravive la vieille querelle entre cols bleus et cols blancs. Les premiers, à l’action, sur place ; les seconds chez eux, devant leur écran. La question se pose alors : à quel niveau s’arrête la présence effective des cols blancs auprès des cols bleus ? Il y aurait donc, dans les entreprises, une séparation nette entre ceux qui font et ceux qui les accompagnent ?

C’est éminemment contradictoire avec la volonté de réindustrialiser notre pays par la relocalisation d’activités autrefois externalisées.

Enfin, justement, se pose dès lors un vrai problème. Le télétravail ne fait-il pas peser une menace grave sur l’emploi ainsi externalisé ? D’abord, la relation employeur/employé fait progressivement place à une relation client/fournisseur.

Avec les moyens de suivi qu’autorisent les outils numériques, le travail à la tâche revient insidieusement et l’évaluation de la qualité de l’action individuelle en est facilitée.

Mais surtout, une fois le lien social estompé, le télétravailleur isolé va progressivement être mis en concurrence avec des freelances, locaux d’abord mais pourquoi pas ensuite avec des freelances plus lointains, du Maghreb ou d’Afrique francophone, à l’efficacité identique mais dix fois moins cher et exonérés des lois sociales complexes et rigides de notre pays.

Tim Ferris, auteur américain célèbre pour avoir écrit The 4-Hour Workweek y détaille, dès 2007, le processus qu’il a engagé pour travailler moins en utilisant des freelances du monde entier. Alors, attention ! La bonne mesure est sans doute un mélange entre présentiel et distanciel, que seules les entreprises et leurs salariés peuvent concevoir à l’aune des particularités de leur métier.

Laissons donc la liberté aux entreprises de s’organiser comme elles le jugent utile, dans un esprit d’efficacité et de compétitivité. Les oukases venus du pouvoir provoquent la plupart du temps plus de dégâts qu’ils ne règlent de problèmes.

Sur le web

Le Cambodge sous l’emprise de Pékin

Par The Conversation
cambodge

Par Emmanuel Véron1et Emmanuel Lincot2.
Un article de The Conversation

Le Cambodge (16 millions d’habitants en majorité bouddhistes) entretient une relation pluriséculaire avec la Chine. Une relation qui se déploie aujourd’hui de façon très active dans le domaine économique. Confection, exploitation forestière, caoutchouc, minerais, pierres précieuses, agriculture, tourisme : les secteurs d’activités ne manquent pas dans cette coopération bilatérale.

En dépit du fait que 30 % de la population vivent dans une extrême pauvreté, le pays a connu à partir de la fin des années 1990 une forte croissance. Il semble avoir ainsi tourné le dos à une période noire de son histoire, celle du totalitarisme des Khmers rouges, au pouvoir entre 1975 et 1979 et responsables de plusieurs millions de morts, dont les traumas profonds marqueront durablement la société.

Alors que la présence coloniale française n’est plus qu’un lointain souvenir, le Cambodge a renoué avec une stratégie lui permettant de maintenir son indépendance face aux appétits de ses deux puissants voisins que sont le Vietnam et la Thaïlande.

Cette stratégie vise à renforcer ses liens avec la Chine pour tenir en respect toute revendication irrédentiste venant de Hanoï ou de Bangkok. Le point de friction le plus emblématique demeure le temple de Preah Vihear à la frontière du Battambang, disputé par les Khmers et les Thaïs.

Cambodian soldier guards the grounds of the 11th-century Preah Vihear temple amidst THA-KHM border conflict pic.twitter.com/BtXjqFXJZ8

🌟ⰽⰻⰱⰵⱃⱀⰵⱅⰻⰽ🌟 (@basarabesc) April 15, 2016

Les faits sont par ailleurs têtus : ils rappellent qu’au Moyen-Âge le Cambodge s’était taillé un empire qui s’étendait alors sur toute une partie du sud-est asiatique, jusqu’aux frontières du Yunnan, en Chine. De cette période, les Cambodgiens conservent à ce jour une très grande fierté. Elle continue à nourrir un puissant nationalisme khmer, conscient de son histoire et de ses atouts, au premier rang desquels un accès à la mer qui confère au Cambodge une situation centrale.

Cette dernière n’a pas échappé à Pékin qui voit dans son partenariat avec Phnom Penh un moyen d’y déployer son projet consacré aux Nouvelles routes de la soie. Si bien que le Cambodge apparaît aujourd’hui comme l’archétype des États inféodés à la diplomatie chinoise, laquelle l’a notamment beaucoup aidé, en 2020, à lutter contre la Covid-19 et, plus récemment, lui a fourni des lots de vaccins. En dépit de ces efforts, la situation n’est toujours pas maîtrisée malgré la coopération entre les deux pays.

Une histoire tragique

Que ce soit dans les chroniques chinoises du haut Moyen-Âge (VIe siècle) où l’on évoque le nom du royaume de Funan (littéralement : « le sud riche »), les bas-reliefs d’Angkor Thom (XIIe siècle) montrant des mercenaires chinois combattant dans les rangs de l’armée du grand roi Jayavarman VII ou à travers le témoignage de l’ambassadeur Zhou Daguan (XIIIe siècle) nous livrant de précieuses informations sur la vie et les mœurs de la cour khmère, l’histoire du Cambodge nous renvoie aussi à celle de la Chine, et à une période prestigieuse dans l’histoire de l’Asie, qui fut marquée par la propagation et le rayonnement du bouddhisme, et une interaction commerciale entre le Champa, plus à l’est, à l’embouchure du Mékong, et Srivijaya, dans l’actuelle Indonésie.

Ces routes des épices sont également empruntées par de grands missionnaires tel Atisa qui, au XIe siècle, se rend depuis l’Inde vers cette Méditerranée asiatique avant de mourir au Tibet ; Méditerranée à laquelle les marchands chinois – dont les jonques transportent de nombreuses céramiques – ne sont pas non plus étrangers.

Au XXe siècle, cette histoire interconnectée et globale se poursuit. Dans le contexte de la guerre froide, les bombardements américains voulus par Henry Kissinger, alors secrétaire d’État aux Affaires étrangères frappent la piste Hô Chi Minh et la province khmère du Ratanakiri.

Chaque année, la jeunesse cambodgienne se radicalise un peu plus, tandis que le prince Sihanouk, alors chef de l’État, tente de temporiser et clame son attachement à l’esprit des pays non-alignés tels qu’ils se sont exprimés aux côtés de la Chine et de son ministre Zhou Enlai lors de la conférence de Bandung (1955).

Mais des intellectuels (en partie formés en France) ne jurent que par le modèle communiste des ultras et s’inspirent in fine de la Révolution culturelle amorcée en Chine. Ils ont pour noms Pol Pot, Ieng Sary et Khieu Sampan, pour ne citer que les plus célèbres.

En Chine comme au Cambodge, cette expérience laissera dans les deux pays des séquelles durables. Les rares images que l’on a sur le Cambodge de ces années noires sont soit celles diffusées par la propagande des conseillers techniques chinois ou encore celles des suppliciés du camp d’extermination du S-21, minutieusement photographiés peu avant leur exécution.

Après une longue période d’occupation vietnamienne soutenue par l’Union soviétique, le Cambodge est alors placé sous la tutelle des Nations unies et se reconstruit patiemment pour sortir enfin d’un siècle qui s’est avéré tragique.

La Chine de Deng Xiaoping, au-delà de la signature des accords de Paris en 1991, continuera d’apporter un soutien indéfectible aux derniers maquis khmers rouges dans la région de Pailin, riche notamment en pierres précieuses et bois exotiques, avec la complicité des mafias sino-thaïes. La déforestation au profit de compagnies forestières chinoises (et vietnamiennes) se poursuit à ce jour, mais cette fois dans les régions du nord-est.

La Chine est alors aux avant-postes dans cette logique de croissance qui s’annonce dès les années 1990 tandis que le Cambodge normalise ses relations avec ses voisins, intègre l’Asean (1999) et participe au sommet de l’ASEM (Asia-Europe Meeting). Pékin est privilégié par Phnom Penh et son Premier ministre Hun Sen.

Dès 1997, ce dernier signe avec son homologue chinois Li Peng un accord de coopération entre les deux pays portant notamment sur l’entraînement des forces de police cambodgiennes, tandis qu’à la fin de la même année, la Chine livre 116 camions militaires et 70 jeeps d’une valeur de 2,8 millions de dollars. Un matériel servant essentiellement à l’équipement de la garde prétorienne de Hun Sen.

Le partenariat sécuritaire et militaire est très structurant. Pékin exporte de l’armement, et trouve en Phnom Penh un partenaire dans des exercices militaires (Golden dragons) ou antiterroristes. Ce rapprochement est suivi deux ans plus tard de l’obtention auprès des autorités chinoises de 18,3 millions de dollars d’aide et d’un prêt, sans intérêts, de 200 millions de dollars pour financer des projets d’infrastructures, ce qui place d’emblée le Cambodge en tête de la liste des pays aidés par la Chine populaire.

L’amitié que se portent Li Peng et Hun Sen ne faiblira pas, au point que l’ancien Premier ministre chinois se rend encore en 2001 au Cambodge pour lui rendre visite. Les écoles chinoises connaissent alors une expansion significative – leur nombre passe de treize en décembre 1995 à soixante-dix en décembre 1999 – grâce à l’aide de l’ambassade qui fournit les manuels scolaires, organise des visites d’inspection académique, finance des stages de formation pour le corps professoral.

Le mandarin est d’ailleurs devenu la lingua franca d’un très grand nombre de Sino-Khmers d’une part mais aussi d’« immigrés chinois » (xin yimin) qui depuis ce dernier quart de siècle seraient plus d’un million à s’être installés au Cambodge.

Autant de relais dans un pays où l’aide chinoise n’a jamais cessé d’augmenter. Au reste, la Chine est aujourd’hui le premier pourvoyeur d’aides, d’investissements et de prêts. En 2018, elle représentait 41,3 % des investissements étrangers directs mais aussi 49 % de la dette extérieure brute du pays.

Cependant, cette dette est considérée comme supportable par Phnom Penh parce qu’elle ne représente que 21,4 % du PIB, soit bien moins que le seuil de 40 % retenu par les institutions internationales.

L’aide chinoise se manifeste tout particulièrement dans le domaine des infrastructures. La route nationale 7, allant de Kratie à la frontière laotienne ou la 8, reliant quant à elle le Cambodge au Vietnam, comptent parmi les principaux axes restaurés. L’aménagement de centrales hydroélectriques, telle que Kirirom, confiée à la société China Electric Power Technology Corporation ou Kamchay, confiée à l’entreprise d’État Sino Hydro Corporation, constituent de grandes réalisations au Cambodge où, longtemps, l’électricité produite presque exclusivement par des centrales thermiques très sensibles aux variations du prix du pétrole a été l’une des plus chères au monde.

Mais cet état de dépendance critique vis-à-vis de la Chine est également de nature politique. Pékin n’a jamais formulé d’excuses pour sa collaboration avec le régime des Khmers rouges. La Chine fournit en revanche un soutien sans faille au premier ministre Hun Sen depuis plus de trente ans dans sa politique de répression des prodémocrates.

En cela, Pékin et Phnom Penh sont sur la même longueur d’onde. Au point où les autorités cambodgiennes n’ont pas hésité à arrêter des Ouïgours réfugiés sur leur territoire pour les remettre à la police chinoise.

Des intérêts stratégiques majeurs : l’Empire et le vassal

Même si la société singapourienne Kris Energy exploite le pétrole offshore découvert au large de Sihanoukville, la China National Offshore Oil Corporation reste sur les rangs. Surtout, Pékin entend privilégier le développement des infrastructures portuaires du pays et mise sur une stratégie globale permettant de connecter la région du Grand Mékong au littoral khmer afin de s’assurer l’importation d’hydrocarbures du Moyen-Orient sans les faire transiter par le détroit de Malacca.

L’évocation de l’établissement d’une base militaire chinoise dans la région revient souvent dans les conversations locales et semble inquiéter Washington qui soupçonne fort Pékin de vouloir ainsi se doter d’un balcon sur le golfe de Thaïlande. Pour l’heure, c’est l’aménagement d’un vaste complexe d’infrastructures touristiques financé par la Chine qui prévaut dans la région.

#Chine#Cambodge : une alliance en eaux troubles https://t.co/HCG5ANnLHB via @libe #Cambodia

— Arnaud Vaulerin (@ArnaudVaulerin) January 29, 2019

Dara Sakor en est l’emblème le plus spectaculaire. S’étendant dans la province de Koh Kong sur 90 kilomètres, soit un cinquième de la côte cambodgienne, ce projet de 3,8 milliards de dollars comprend non seulement des hôtels, des parcours de golf et une marina, mais aussi un aéroport international ; l’ensemble ayant été aménagé grâce à des investissements chinois. Même si le nombre de touristes étrangers a chuté de 78 % en 2020 pour cause de pandémie, les touristes chinois ont été 1,7 million à visiter le Cambodge en 2019, soit une hausse de 33 % par rapport à l’année précédente.

D’autres aménagements touristiques grandioses et respectueux de l’environnement sont en cours. L’un d’eux revient à la société chinoise Naga Corp et a pour projet de construire près du site archéologique d’Angkor, à Siam Reap, un gigantesque parc d’attractions touristique et aquatique en investissant 350 millions de dollars dans la phase initiale du projet.

Il n’est pas sans susciter des polémiques sachant que la question de l’eau dans cette partie du pays reste d’actualité, se raréfie, et que la région est protégée pour la beauté et l’ancienneté de ses temples par l’Unesco.

Réalisé ou pas, ce projet ne saurait remettre en cause la relation bilatérale Chine-Cambodge. De fait, depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, fin 2012, les liens se sont encore renforcés et synthétisent la grande asymétrie des relations entre les deux États. Alors que depuis l’après-crise des subprimes, les délocalisations chinoises vers le Cambodge ont été nombreuses, aujourd’hui la somme des enjeux économiques et sociétaux de Phnom Penh en lien avec le grand voisin chinois (46 % des 3,6 milliards de dollars d’investissements en 2019) interrogent la durabilité de la polarisation de l’Asie sur la Chine.

Sur le web
The Conversation

  1. Enseignant-chercheur – Ecole navale, Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).
  2. Spécialiste de l’histoire politique et culturelle de la Chine contemporaine, Institut Catholique de Paris.

Face à un monde incertain : et si la clé, c’était la capacité à donner un sens ?

Par Philippe Silberzahn
Donner un sens

Par Philippe Silberzahn.

Aujourd’hui professeur dans une école de commerce, il m’arrive régulièrement d’être sollicité par des amis, ou des amis d’amis, sur les études que leurs enfants devraient faire. Impossible bien sûr de répondre directement par tel ou tel diplôme, mais la vraie question qui se pose est celle de savoir pourquoi on fait des études.

Et elle n’est pas aussi simple qu’elle en a l’air. Elle a pris une importance particulière dans le monde incertain, caractérisé par l’obsolescence rapide des connaissances, des industries et des métiers.

Pourquoi étudier ? La question semble incongrue lorsqu’elle est posée par Andrew Abbott, professeur de sociologie, dans son adresse de bienvenue aux étudiants de l’Université de Chicago en 2002.

D’entrée, Abbott dissipe toute illusion. Ce qui détermine la réussite s’est joué beaucoup plus dans le fait d’arriver à entrer à l’Université que par ce qu’on va y faire ou y apprendre.

Très peu de ce qu’on y apprend est réellement utile pour un futur métier, et les compétences non académiques, comme la capacité à rédiger ou à penser clairement, sont rarement celles qui déterminent le succès professionnel.

Quant aux connaissances propres d’un métier, hormis ceux très techniques, elles sont le plus souvent acquises sur le terrain. Il a fallu que je commence à gérer une entreprise pour m’apercevoir que très peu de ce que j’avais appris durant mon MBA était utile.

La seule chose qui soit certaine, c’est qu’un métier donné évoluera considérablement durant une vie professionnelle, même si on garde toujours le même, ce qui est devenu très improbable. Pour pouvoir transformer, changer et renouveler les idées avec lesquelles nous travaillerons, il faudra maîtriser ce qui nous permet de les voir de l’extérieur, de faire un pas de côté.

Ce quelque chose, c’est l’éducation. Autrement dit, l’éducation n’est pas une chose dont on peut prévoir les objectifs. Elle n’a pas d’autre but qu’elle-même. Elle n’est pas une question de contenu. Elle n’est même pas une question de compétences. C’est une habitude ou une disposition d’esprit. Ce n’est pas ce que vous avez. C’est ce que vous êtes.

Par éducation, Abbott entend spécifiquement la capacité à rendre de plus en plus complexes, de plus en plus profondes et étendues les significations que nous attachons aux événements que nous vivons et aux phénomènes que nous observons.

L’éducation c’est ce qui nous fait comprendre que le Soleil ne tourne pas autour de la Terre, malgré ce que le bon sens nous enseigne et malgré cinquante mille ans d’observation du contraire. Dans tous les domaines, être éduqué, c’est être capable de donner un sens à ce qui semble ne pas en avoir, ou de donner un sens nouveau à ce qui en avait déjà un.

L’éducation n’est donc pas une collection de paradigmes, de méthodes et de disciplines ; c’est en cela qu’elle se distingue de la formation qui a pour but de transmettre des compétences. On peut enseigner les paradigmes et les méthodes, mais on ne peut pas enseigner la volonté de jouer avec eux. C’est ce que nous devons trouver en nous-même.

Pour paraphraser Spinoza, on ne peut pas étudier vraiment sans désir. L’art de l’enseignant, ou du parent, c’est d’éveiller ce désir ; mais parfois c’est la vie qui s’en charge après une surprise douloureuse.

Concrètement, la signification que nous donnons aux choses repose sur des modèles mentaux, c’est-à-dire sur des croyances profondes. Ces modèles existent au niveau individuel (ce que je me dis sur le monde), au niveau collectif (ce que nous nous disons sur le monde au sein de mon entreprise ou de mon club de foot) et au niveau sociétal (ce que la société se dit sur le monde).

La matière première de l’éducation, qui va permettre de jouer avec la signification des choses, ce sont donc ces modèles. Il faut apprendre à les exposer pour les rendre visibles, puis les tester et les ajuster, et recommencer. C’est ce que font les grands créateurs de sens que sont les artistes, les scientifiques et les entrepreneurs.

Mais il n’est pas nécessaire d’être artiste, scientifique ou entrepreneur pour le faire. Il faut simplement s’inspirer de leur posture qui consiste à regarder le monde en faisant un pas de côté et s’étonner de ce qui n’étonne pas les autres.

Donner un sens nouveau, c’est augmenter son expérience, c’est-à-dire vivre plus

Mais pourquoi le fait d’attacher aux choses de nouvelles significations est-il une bonne chose ?

La réponse est la suivante : en faisant cela, en faisant entrer davantage d’expérience dans notre gamme actuelle de sens et en élargissant celle-ci pour englober davantage de choses de manière plus complexe, plus abstraite et plus ambiguë, nous nous donnons en fait la possibilité de faire davantage l’expérience de la vie.

Une personne éduquée a une expérience plus riche qu’une personne non éduquée. Mue par ce désir de sens nouveau, elle persévère et se développe dans son être. Cet effort, que Spinoza nomme conatus, est une force qui s’affirme et poursuit son développement parce que celui-ci est vécu comme une joie.

Le moyen par lequel s’effectue cette recherche de signification, c’est de poser des questions. Il n’y a rien de nouveau à cela, c’est ce que Socrate enseignait il y a plus de 2000 ans, mais ça ne lui a pas réussi. Il ne fait pas bon corrompre la jeunesse, lui apprendre à ne pas prendre pour argent comptant les vérités qu’on lui assène et qu’on lui impose.

Car en effet, prendre l’habitude de donner un sens nouveau à ce que nous vivons et ce que nous voyons permet de ne pas rester prisonnier de ses propres modèles mentaux, en étant figé dans une représentation du monde devenue obsolète ou, pire, en adoptant des modèles imposés par d’autres.

C’est donc une condition de notre liberté. Chacun connaît la fameuse expression « Il faut sortir du cadre ». Mais ceux qui l’emploient oublient que le problème n’est pas de sortir du cadre, mais de l’identifier. Ce cadre, ce sont nos modèles mentaux invisibles.

L’éducation : le meilleur plan pour l’incertitude

L’éducation, définie comme une recherche incessante de nouvelles significations aux situations, aux faits et aux idées, est une ressource cruciale pour l’avenir. Si nous avons appris une chose des douze derniers mois de crise, c’est que celui-ci ne ressemble jamais à ce que nous avions imaginé.

Les événements à venir sont impossibles à prévoir et à planifier, mais on peut se préparer à les comprendre en devenant capable de leur donner un sens, c’est-à-dire quelqu’un d’éduqué. Quelqu’un d’éduqué sera en mesure de vivre pleinement ces événements pour lui-même et pour les autres. Il ne fera pas seulement l’expérience de l’avenir, mais il le vivra aussi et sera capable de le créer. En ce sens, être éduqué est le meilleur plan pour un avenir incertain, c’est-à-dire non planifiable.

Et donc pour répondre, au moins partiellement, à la question de mes amis, je crois pouvoir répondre que n’importe quelle filière peut convenir dès lors que l’étudiant l’aborde avec la bonne posture.

On peut faire des études comptables bêtement, en ne voyant la comptabilité que comme une technique, ou on peut la considérer comme un modèle mental qui permet de représenter une organisation de façon particulière.

Il en va ainsi de pratiquement toute matière. Mais au-delà, il faut militer pour que l’exposition, le test et l’ajustement des modèles mentaux s’inscrivent au cœur de l’enseignement afin que la jeunesse puisse être corrompue, qu’elle devienne une génération de citoyens plutôt que de militants.

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Couvre-feu et confinement ne sont qu’un appoint, vaccinons pour en finir

Par Jean-Paul Laplace
confinement

Par Jean-Paul Laplace.

Le lundi 1er mars, la presse a fait écho aux propos du président de la République, incitant des jeunes gens à « tenir encore 4 à 6 semaines », et à supporter encore le couvre-feu dès 18 heures.

On ne peut que saluer ce propos qui, en proposant un horizon, vient soutenir l’espoir du retour à une vie libre de sa spontanéité sociale et affective.

Mais on s’interroge aussitôt. S’agit-il d’un propos rassurant, d’une simple espérance, ou d’un raisonnement fondé ? Voilà qui incite à évaluer les solutions disponibles face à la situation actuelle sur le territoire national.

Une situation à haut risque

De fait l’épidémie ne faiblit pas vraiment en France où l’on enregistre en moyenne quelques 21 000 cas positifs et 300 décès quotidiens. Après l’embellie de l’espoir porté par les vaccins, l’irrésistible expansion des divers variants fait redouter une mise en défaut de la protection vaccinale.

Les hôpitaux avaient retrouvé une configuration presque normale et repris le cours des hospitalisations ordinaires ou programmées. Les voici à nouveau confrontés à un afflux important de patients, au bord de la saturation, avec des personnels déjà usés par les mois écoulés, et contraints à déprogrammer les interventions non urgentes.

N’imaginons pas que le Ségur de la Santé ait résolu les problèmes graves de l’institution hospitalière. Quelques pansements sur les plaies, mais aucune réforme de fond qui au demeurant ne pourrait porter ses fruits qu’à moyen terme.

Le virus est partout à un niveau qu’il convient de contenir.

La situation peut à tout moment déraper, les exemples récents de Nice ou de Dunkerque, ou encore celui de la Moselle, sont là pour le rappeler. La France a connu il y a peu (le 24 février 2021) un pic journalier à 31 519 cas confirmés de contamination, chiffre que nous n’avions pas connu depuis mi novembre 2020.

Ce sont aujourd’hui vingt départements qui sont en alerte renforcée. L’Île-de-France qui représente une population considérable est dans une situation alarmante. L’accroissement de l’incidence y est le double de la moyenne nationale, soit + 16,6 % le 26 février et les entrées en réanimation sont en augmentation continue.

Légèreté et maladresses

Jouant comme à son habitude les Père Fouettard, le Premier ministre répète le 2 mars, évoquant les départements dits sous tension, que « les semaines qui arrivent vont être difficiles ». Mais, à son tour, il assure quand même que « l’horizon va s’éclaircir ».

Bien sûr on s’efforce de casser les chaînes épidémiques, de disperser les rassemblements festifs clandestins et de calmer sa majesté Carnaval. On incite avec insistance au télétravail. On interdit la vente d’alcool qui favorise les regroupements conviviaux autour des points de vente et incite au relâchement de l’attention.

Malencontreusement décrié par des acteurs publics voici un an, on redécouvre les vertus du port du masque. Ainsi le Préfet des Yvelines décide-t-il par arrêté (2 mars 2021) de l’obligation du port du masque dans l’ensemble du département. Enfin ! serions-nous tentés de dire, s’agissant d’une mesure simple et d’une efficacité certaine.

Il y a bien longtemps en effet que le port systématique du masque en tout temps et en tout lieu a été rendu obligatoire, par exemple sur l’ensemble du territoire de la Communauté urbaine de Lyon. Et l’on découvre avec incrédulité que dans des villes comme Dunkerque et Nice où l’épidémie a flambé récemment, le port du masque n’était pas obligatoire !

Qui, du maire ou du préfet, a tant tardé à l’imposer ? Peu importe ; mais cette carence fautive n’a pas empêché plusieurs maires de pleurnicher devant les caméras compatissantes pour réclamer davantage de vaccins pour leur ville. Comme si le fait d’avoir manqué de rigueur autorisait des manquements aux règles d’une répartition équitable.

La fausse bonne idée

Quoi qu’il en soit, il était un peu tard pour intervenir, à Dunkerque ou à Nice, et ne restait pour soulager les hôpitaux que la mesure primitive de la restriction de liberté pour limiter les contacts. Le couvre-feu a donc été privilégié. Mais au-delà du classique 18 heures à 6 heures, déjà contesté avec l’allongement de la période diurne, on a innové en inventant le couvre-feu du week-end.

Un coup de génie ! On essaie d’enfermer les gens justement les deux jours où, en principe libérés des contraintes de la semaine, ils espèrent s’aérer, voir autre chose que quatre murs, forts de cette certitude (établie) selon laquelle les contaminations surviennent très majoritairement en intérieur mais très peu en plein air.  L’incompréhension, déjà grande, gagne encore dans l’esprit des Français.

Néanmoins, rusés comme à leur habitude, en région PACA, les Français ont massivement quitté les communes littorales soumises à ce couvre-feu d’un nouveau genre, pour filer vers l’arrière pays et ses stations de ski. Ainsi avons-nous assisté à de gigantesques embouteillages de véhicules offrant aux caméras de télévision l’image de la promiscuité de leurs occupants… Le contraire du but recherché !

Nous saurons bientôt si un semblable dispositif sera étendu dès le 6 mars à d’autres départements, incitant à d’autres évasions ! On n’ose imaginer quel pourrait en être le résultat en Île-de-France, alors qu’on redoute déjà une vague différée consécutive au retour massif des vacances d’hiver de la zone C le 28 février.

L’espoir en deux solutions

En réalité tout doit être fait pour éviter le confinement autoritaire sous quelque forme que ce soit, et nous disposons de deux solutions complémentaires.

La première procède de nos comportements individuels, de notre vigilance à respecter les gestes barrière simples, peu onéreux, et efficaces, même face aux variants : distanciation, port du masque, hygiène et gestes adaptés.

Ces comportements individuels sont une arme essentielle au bénéfice de la collectivité. Et je suis heureux de constater que le ministre en charge de la Santé le dise enfin : « Le comportement de chacun au quotidien est important ».

La seconde solution qui nous est offerte est celle de la vaccination. La chance qu’elle représente est encore sous-estimée, eu égard à sa grande efficacité potentielle. Son déploiement est hélas beaucoup trop lent. Elle montrera toute sa puissance à la condition d’être rapide et massive, et de surmonter quelques écueils.

Le bénéfice attendu ne doit pas être anéanti dans les marécages d’une administration défaillante ou frileuse, empêtrée dans ses procédures et ses instructions interminables. Là réside le plus grand risque d’échec.

Les réticences exprimées devant tel ou tel vaccin, motivées par des peurs ou des incompréhensions, sont navrantes. Alors que la vaccination a été étendue depuis le 6 février 2021 à l’ensemble des professionnels de santé, seulement 25 % des 600 000 doses d’AstraZeneca destinées aux soignants auraient été utilisées en un mois. Beaucoup de Français auraient aimé pouvoir profiter de ce stock dormant.

Enfin il est choquant qu’aussi peu de soignants soient à ce jour vaccinés. En Île-de- France, au 26 février 2021, seulement 34 % du personnel médical de l’APHP aurait reçu une première injection et entre 16 et 17 % des autres personnels.

Dans le même temps, Santé publique France dénombrait 44 401 cas de Covid nosocomiale dont plus de la moitié concerne des patients (26 839) et 186 décès au 14 février 2021. Cela est grave.

Le vaccin mieux que le couvre-feu

En définitive, le confinement complet généralisé nous est interdit de fait, et en brandir la menace serait très maladroit. Les confinements limités sous forme de couvre-feu peuvent au mieux permettre de limiter la surcharge des hôpitaux, ce qui est probablement le but recherché. Mais en aucun cas le couvre-feu, de plus en plus mal toléré, ne constituera la solution susceptible de nous conduire au bout du tunnel.

Seule la vaccination nous montre la sortie de crise, mais elle va devoir changer de rythme, et vite. L’espoir d’une issue perceptible dans quatre à six semaines, indiqué par le chef de l’État et repris depuis par la communication du gouvernement, repose à l’évidence sur un calcul raisonné, fondé sur la mise en œuvre rapide et massive des vaccins dont la livraison est acquise ou programmée. Il faut pour cela que l’intendance suive…

Nous avons tous envie d’y croire.

Restrictions sanitaires : la France s’enlise, le Texas se libère

Par Frédéric Mas
Texas

Par Frédéric Mas.

Pendant que toute la France attend de l’intervention de Jean Castex prévue ce soir de nouvelles restrictions sanitaires liées à la crise covid, le Texas a décidé de les lever et de mettre fin au port du masque obligatoire.

Le gouverneur de l’État américain Greg Abbott a en effet annoncé mardi que le Texas était de nouveau 100 % ouvert, et que « les gens et les entreprises n’ont plus besoin que l’État leur dise comment fonctionner ». Dès la semaine prochaine, les mesures seront effectives, et tous les commerces seront libres de rouvrir complètement.

I just announced Texas is OPEN 100%.

EVERYTHING.

I also ended the statewide mask mandate.

— Greg Abbott (@GregAbbott_TX) March 2, 2021

Dans les comtés1 où le taux d’hospitalisation reste élevé, c’est-à-dire où le nombre de patients atteints du covid atteint 15 % de la capacité d’hospitalisation, les autorités locales auront le droit de limiter l’activité commerciale, à condition que le plafond ne soit pas inférieur à 50 %.

Si le masque n’est plus obligatoire, cela ne signifie pas que M. Abbott l’estime inutile, bien au contraire. « Les individus sont fortement encouragés à se couvrir le visage lorsqu’il n’est pas possible de maintenir les distances sociales entre personnes ne faisant pas partie du même ménage » a-t-il déclaré. Les Texans n’encourent plus de poursuites en cas de non-port du masque. Désormais, c’est aux individus de prendre leurs propres dispositions pour se protéger de l’épidémie.

-More than 7 million vaccinations will be given by next week.
-We do about 1 million a week.
-We gave 216,000 shots today alone.
-More than 50% of the seniors will be vaccinated.
-Hospitalizations & the positivity rate are lowest in 4 months.
-All Texans know the safe practices. https://t.co/meJXrhcxnC

— Greg Abbott (@GregAbbott_TX) March 3, 2021

L’opposition démocrate, Joe Biden en tête, a vertement critiqué l’initiative du républicain Abbott, et appelle à ignorer ses déclarations. « Les masques font la différence… La dernière chose dont nous avons besoin est une pensée de Néandertal » a même déclaré le président des États-Unis, transformant au passage les propos du gouverneur. Il faut croire que l’homme de Néandertal est plus respectueux des libertés individuelles et moins accoutumé au paternalisme étatique qu’Homo Sapiens Democratus.

En Europe, on déconfine ou on se prépare à déconfiner. Angela Merkel a annoncé mercredi que l’Allemagne allait s’engager à assouplir les restrictions sanitaires par étapes. Le plan de déconfinement progressif se mettra en place d’ici le 8 mars prochain. Autour de nous, l’Espagne, l’Italie ou la Suisse rouvrent leurs secteurs fermés et revoient leurs mesures sanitaires.

Alors que la campagne vaccinale française était censée nous laisser entrevoir le bout du tunnel, il y a quelques mois, le gouvernement, prisonnier de l’immobilisme du « en même temps » hésite entre reconfinement et statu quo.

Ce mercredi, le porte-parole du gouvernement français Gabriel Attal a déclaré à la sortie d’un conseil des ministres un hypothétique retour à la vie normale « mi-avril », même si entretemps auront lieu « des semaines de gros temps ». Le couvre-feu dure depuis des mois, on reconfine le Pas-de-Calais, après Nice et Dunkerque, tout en épargnant Paris et sa proche banlieue, et cela malgré les messages de la mairie de Paris (qui a rétropédalé depuis et s’est lancée dans une campagne de communication tous azimuts pour dire tout et son contraire sur le sujet).

La vaccination n’avance pas, les restrictions sanitaires sont toujours là, et l’épidémie demeure. Mais la France sera prête en avril, sans doute par l’opération du Saint Esprit.

Arrête de mentir, Gabriel. https://t.co/qPOADVZ0Um

— Célia (Alouicerlia RIP) (@OuiCerCelia) March 3, 2021

Depuis quelques semaines, le conseil scientifique de Macron s’est effacé. Quelques esprits de bon sens commencent à relativiser la pertinence du système de mesures prises pour justifier l’autoritarisme sanitaire triomphant qui est toujours en train de sacrifier nos libertés et notre jeunesse.

Consensus politicien sûrement; médical pas du tout surtout quand on voit l’activité réelle à Paris !!! Exemple dans un hôpital parisien, dernières 24H: -40% d’activités aux urgences et nb patients COVID + ? ZERO ! https://t.co/sNNpFC1PsD

— Dr Gérald KIERZEK⚡👨‍⚕️ (@gkierzek) February 26, 2021

La classe politique française semble avoir repris la main mais navigue à vue, ballottée entre les demandes de reconfinement comme de déconfinement. La campagne vaccinale continue de s’enliser dans les méandres bureaucratiques de notre modèle social franco-français, et le gouvernement n’a à ce jour aucun plan et aucun courage pour sortir le pays de la situation liberticide dans laquelle il est enlisé.

Quelle différence avec le Texas, qui apparaît comme le contre-modèle français ! Le modèle texan repose sur la liberté individuelle et accepte la prise de risque, le modèle français vénère le collectivisme politique et a fait du principe de précaution sa religion séculière.

  1. L’État du Texas, qui compte 28 millions d’habitants, se subdivise en 254 comtés, équivalents de nos municipalités locales.

Covid-19 : l’OMS trace des perspectives, la France est sur la touche

Par Pierre Robert
oms

Par Pierre Robert.

« Il serait très prématuré et je pense irréaliste de penser que nous allons en finir avec ce virus d’ici la fin de l’année ». C’est ce que vient de déclarer Michael Ryan, le directeur des opérations d’urgence de l’Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S.).

Contre la Covid pas de victoire rapide en vue selon l’OMS

Le monde est donc loin d’avoir tourné la page d’une pandémie qui a déjà fait plus de 2,5 millions de victimes à l’échelle de la planète. Au passage, les chiffres disponibles montrent qu’à ce stade, la Covid a causé davantage de morts par habitant en France qu’au Brésil, pays dont on a tendance ici à moquer les médiocres performances sanitaires (un décès pour 816 habitants contre un pour 779 dans l’Hexagone).

Les objectifs raisonnables que l’OMS fixe aujourd’hui à ses membres sont de maintenir la transmission du virus à un niveau bas, d’aider à prévenir l’apparition de variants et de réduire le nombre de personnes contaminées. Selon Michaël Ryan, c’est la vaccination du personnel de santé et des plus vulnérables qui permettra de « retirer la peur et la tragédie de la pandémie ». Si ce responsable est convaincu que 2021 ne sera pas l’année où le monde vaincra la Covid-19, il estime en revanche que « ce avec quoi nous pouvons en finir, si nous sommes intelligents, ce sont les hospitalisations, les morts et la tragédie associées à cette pandémie. »

Encore faut-il « être intelligents » et réactifs. Les recommandations de l’OMS sont de se focaliser sur les deux grands axes de lutte contre le virus que sont les gestes barrières et les campagnes de vaccination. Pour que cela fonctionne il faut aussi pouvoir s’appuyer dans chaque pays sur la capacité du système hospitalier à recevoir ceux qui tombent malades.

Atteindre de tels objectifs peut être difficile pour un pays pauvre mais devrait être à la portée d’un pays riche et développé. Ce n’est pourtant pas le cas de la France confrontée à la saturation de ses hôpitaux et à des demandes répétées de mise sous cloche qui étoufferaient encore un peu plus son économie et les libertés de sa population.

Or, celle-ci est déjà soumise depuis de longs mois à la pression plus ou moins appuyée d’une sorte de garrot qui l’étrangle sans pour autant laisser entrevoir la fin du supplice.

Reste à comprendre pourquoi.

Une défaite bizarre mais pas vraiment étrange

Depuis le départ la « stratégie » française est dictée par un seul objectif : garantir que ceux qui tombent malades puissent être accueillis à l’hôpital. Or, la capacité de réaction de notre système de santé a été sérieusement affaiblie par les 35 heures et par la prolifération de l’armée de bureaucrates qui le contrôle ; elle représente désormais 30 % de ses effectifs au détriment du personnel soignant.

En découle inéluctablement une séquence inefficace de stop and go :

Lorsque le nombre de cas devient élevé, des mesures restrictives (couvre-feu, puis confinement) sont imposées ; lorsque le nombre de cas est redevenu faible, ces mesures sont levées, en conséquence de quoi, après un certain temps, le nombre de cas remonte et les mesures restrictives sont de nouveau imposées – Philippe Aghion, Patrick Artus – Le Monde, tribune du 24 février 2021

Cet échec global se décline en un grand nombre d’échecs spécifiques :

  • incapacité du pays de Pasteur à mettre au point un vaccin,
  • lenteur de la campagne de vaccination alors que nous sommes supposés être en guerre contre le virus,
  • défaillances de notre système de santé hospitalo-centré qui veut tout régir et tout contrôler,
  • carences de la logistique que ne maitrise pas une administration dont la principale compétence est de produire de la norme.

De ce fait, le retard de la campagne de vaccination est de plus en plus criant. Soixante jours après son lancement, à peine trois millions de personnes sur 67 millions d’habitants sont partiellement protégées par une première injection et parmi elles, un peu plus de la moitié seulement, soit 1,6 million, a eu les deux doses.

À titre de comparaison, le 1er mars plus de 5 millions d’Israéliens avaient reçu une première injection et 3,7 millions les deux dans un pays sept fois moins peuplé que le nôtre.

Plus proche de nous, le Royaume-Uni a un taux sept fois supérieur pour une population comparable.

Aux États-Unis, alors que 78 millions de doses ont déjà été administrées, le Président a annoncé le 2 mars qu’à la fin du mois de mai il y aurait suffisamment de vaccins pour protéger tous les adultes. Son administration vient d’approuver le produit mis au point par Johnson & Johnson et Merck, son rival dont les recherches n’ont pas abouti, lui apporte sans restriction son concours pour le fabriquer, « le type de collaboration qu’on a vu pendant la seconde guerre mondiale » selon Joe Biden.

Au sein de l’Union européenne dont la stratégie d’acquisition de vaccins a été co-construite par la France, elle est également à la traîne. Grèce et Pologne soumises aux mêmes règles ont un taux de vaccination supérieur au nôtre de 1,5 point. Si la France était au même niveau, un million de personnes supplémentaires auraient pu être vaccinées, par exemple tous les agents de l’Éducation nationale. Allemagne et Espagne nous dépassent aussi largement

Tous ces échecs étalent au grand jour les faiblesses structurelles du pays suradministré et sous gouverné.

Des faiblesses structurelles mises à nu par la crise sanitaire

Elles expliquent en premier lieu notre incapacité à trouver rapidement un vaccin efficace, ce qu’a clairement mis en évidence une note récente du Comité d’Analyse Économique (CAE) au titre révélateur : « Innovation pharmaceutique : comment combler le retard français ? »

On y retrouve toutes les faiblesses du contre-modèle français.

Entre 2010 et 2019, la recherche française en santé a régressé en passant à côté de l’essor des biotechnologies. Cette décennie a été perdue pour l’innovation en l’absence de coopération efficace entre les universités et l’industrie, deux univers que séparent une profonde méfiance réciproque. Ce critère fait l’objet d’un classement de la banque mondiale : la France y figure en 35ème position alors qu’en tête du classement se trouvent les États-Unis avec le tandem Harvard/Moderna, le Royaume-Uni où Oxford a su tisser des liens étroits avec Astra Zeneca et l’Allemagne où Mayence a su unir ses efforts à ceux de Bion Tech/Pfizer.

Autre élément décisif, alors que les dépenses de transfert n’ont cessé de progresser, les crédits de la recherche en santé ont été diminué. Entre 2011 et 2018 ils ont baissé de 28 % alors qu’ils progressaient de 8 % aux États-Unis, de 11 % en Allemagne et de 16 % au Royaume-Uni.  Aujourd’hui, deux fois moins de moyens y sont consacrés qu’en Allemagne. On prévoit d’y affecter 25 milliards d’ici à 2030 pour rattraper notre retard, là où l’Allemagne en a annoncé 60 milliards.

Par ailleurs, le retard de la campagne de vaccination devient dramatique, il est à relier à un système administratif à la fois centralisé et fractionné dont les multiples niveaux se paralysent réciproquement quand ils ne se contredisent pas, mais aussi au corporatisme des professions médicales qui chacune défendent leur pré carré. Les généralistes viennent seulement d’être intégrés au dispositif vaccinal, les pharmaciens ne le sont pas encore.

Corporatisme, méfiance, suradministration, dilution des responsabilités, 35 heures, niveau trop élevé des dépenses sociales : ce sont autant de points faibles que dénoncent depuis longtemps les libéraux mais que la crise sanitaire a mis au premier plan et auxquels il va bien falloir s’attaquer pour la surmonter

Les voies du sursaut

Dans l’immédiat et pour revenir aussi vite que possible à une vie économique et sociale normale, il est indispensable d’accélérer fortement le calendrier des vaccinations et à cette fin de se procurer des vaccins en ne négligeant aucune source. Cela suppose de créer une task force de vaccination capable de contourner les verrous bureaucratiques qui freinent le processus.

Pour s’approvisionner rapidement en vaccins dans les quantités appropriées, il devient aussi urgent de changer de cap en s’inspirant des pays de l’Union européenne qui ont décidé de ne plus dépendre exclusivement d’elle pour les obtenir.

D’ores et déjà la Hongrie, la Slovaquie et la Pologne font appel à la Russie et à la Chine.

Quant à l’Autriche, son chancelier a dénoncé le 1er mars les dysfonctionnements de l’Agence Européenne du Médicament, « trop lente pour approuver les vaccins », ce qui conduit « à des goulots d’étranglement » dans la chaine de production. Il a annoncé que son pays travaillerait désormais avec Israël pour produire des doses de vaccin de deuxième génération. Le Danemark a décidé de lui emboiter le pas.

Plus discrets plusieurs autres dirigeants des pays de l’UE accusent en coulisses la Commission de ne pas avoir anticipé les besoins en matières premières nécessaires à une production de masse. La Commission répond en attribuant la responsabilité des retards dans la campagne de vaccination à la diversité des structures administratives des États membres qui freinent les opérations.

La France, championne toute catégorie de la surinterprétation des normes et du principe de précaution, est ici particulièrement visée. Il est pour elle devenu crucial de retrouver un minimum d’agilité pour faire face à la crise sanitaire en cours et à celles qui pourraient survenir demain.

Si notre pays ne parvient pas à obtenir rapidement une couverture vaccinale satisfaisante, sa population en souffrira en effet doublement. Au plan interne elle sera lentement asphyxiée par les mesures de stop and go dont on ne parviendra pas à s’affranchir, ce qui pourrait conduire à une explosion sociale. Vis-à-vis de l’extérieur, ses ressortissants ont toutes les chances d’être mis au ban des nations et empêché de se déplacer lorsque, grâce à la vaccination, les autres pays auront considérablement réduit la circulation du virus et s’approcheront de l’immunité collective.

Ne restera plus alors qu’à subir l’humiliation des blâmes que l’OMS ne manquera pas de décerner au pays.

Splendeurs et misères du bitcoin

Par Jean-Jacques Handali
bitcoin

Par Jean-Jacques Handali.

Né dans l’esprit d’un certain Satoshi Nakamoto en 2008, dont on ne sait si c’est le vrai nom ou le pseudonyme d’un groupe de personnes, le bitcoin fut commercé pour la première fois le 12 octobre 2009. 5050 bitcoins furent échangés pour 5,02 dollars par virement Paypal, soit environ 0,001 dollar l’unité.

Le 9 février 2011, le bitcoin atteignait la parité avec le dollar et un peu moins de trois ans plus tard, il dépassait la valeur de l’once d’or qui était alors de 1250 dollars. Son enchère continua de grimper régulièrement avant de s’emballer à partir de 2017 où, en douze mois, la valeur de la crypto-monnaie a été multipliée par quinze, passant de 1300 dollars à 19 000 dollars.

Depuis, le bitcoin avance en zigzag, mais à grandes enjambées, dépassant les 58 000 dollars pour la première fois, en février 2021.

Le bitcoin, une monnaie de réserve ?

Pour commencer, prenons conscience d’avoir affaire à une monnaie qui n’est liée à aucune substance économique. Elle ne colporte ni valeur intrinsèque ni actif sous-jacent. Elle ne produit ni intérêt, ni dividende, ni rente, ni revenu et son application ne connaît aucun débouché industriel. Aucune autorité centrale ou garantie étatique n’en soutient l’évolution.

Le bitcoin dépend donc uniquement du bon vouloir des marchés et du flux des transactions. Que les acheteurs soient en appétence et la crypto-monnaie prendra de la valeur. Que les vendeurs soient majoritaires et son cours ne sera plus soutenu. Ce n’est donc pas un système monétaire qui est mis en place, mais une sorte de structure pyramidale, fluctuante et étroite, soumise à l’engouement du moment.

De même, bien que ses transactions soient en constante augmentation, le bitcoin n’est pas déterminé par un usage économique ou une fonction sociale. D’abord, parce que sa masse est ténue : 18 millions d’unités émises (21 millions attendues d’ici l’an 2140 en tout et pour tout). Partant, l’agrégat monétaire ne s’adaptera pas à la création de richesse, et les mots de passe oubliés et adresses égarées ne seront pas remplacés.

Ensuite, parce que sa volatilité est extrêmement élevée : une devise dont le prix oscille de 30 à 40 % en l’espace de quelques jours n’est pas crédible. Sa convertibilité dans un contexte international ne serait pas soutenable, son utilisation sur un mode intérieur gripperait les échanges.

À ce titre, l’évoquer en tant que monnaie dans cet article est davantage une convenance de langage qu’une juste définition.

Le bitcoin, une valeur refuge ?

Sa volatilité élevée empêche le bitcoin d’être considéré comme une valeur refuge. Par définition, une valeur refuge est un bien dont l’estimation a tendance à se stabiliser ou à s’apprécier pendant les périodes de crise des marchés financiers. Un tel actif permet en quelque sorte de sécuriser le patrimoine de son détenteur. Difficile de prétendre à une telle stabilité avec les fluctuations mentionnées ci-dessus.

Au-delà, il faut être conscient que 2100 adresses détiennent approximativement 40 % du total émis à ce jour. Il suffirait que certaines de ces adresses parviennent à une sorte d’entente ou de déclaration d’intention pour orienter ce marché dans un sens ou dans l’autre.

Précisons également que 80 % des utilisateurs ne participent pas au marché. Ils gardent leurs avoirs sous le matelas et n’y touchent pas. C’est donc une minorité d’actionnaires qui font le marché et en rythment la cadence.

Ce ne sont pas là les principes d’une valeur refuge.

Le bitcoin, un réseau confidentiel ?

À quel point le bitcoin est-il confidentiel et quelle est l’influence d’une autorité de référence sur ce système ?

Les transactions d’achats et ventes du Bitcoin ne se font pas dans l’anonymat. Un registre public indique le montant de bitcoins affilié à chaque adresse, ainsi que les opérations enregistrées sur la chaîne de blocs. Si elle n’est pas ouvertement accessible, l’identité des utilisateurs peut ainsi être déterminée grâce aux plateformes d’échanges, qui consignent l’identité des propriétaires. Seules certaines opérations de gré à gré échappent au contrôle.

Combien de temps avant qu’un État ou un groupe d’États n’en signifie l’arrêt ?

Une grande sécurité d’utilisation ?

Les portefeuilles sont protégés par un mot de passe. Le Vatican, le Pentagone, JP Morgan, Citigroup, Sony et d’autres institutions réputées inviolables ont été attaquées par des hackers, avec des dégâts plus ou moins avérés, plus ou moins avoués. Viendra un jour où un hacker parviendra à secouer le temple du bitcoin.

Quel sera la réaction des investisseurs à ce moment-là ? De même, que se passera-t-il le jour où une monnaie électronique améliorée (sécurité accrue, meilleure consommation électrique du minage…) sera introduite sur le marché ? Qui voudra alors d’une crypto-monnaie dépassée ?

Rappelons que les transactions sont traitées par internet. Leur fluidité est donc dépendante de la neutralité de ce réseau. Nous savons déjà comment certains pays autorisent le déploiement de cette toile et comment d’autres en restreignent l’utilisation.

Tant que ce réseau est disponible, votre coffre électronique est accessible. Sinon, il faudra patienter jusqu’à la réouverture des guichets !

Le minage du bitcoin entraîne une consommation électrique vorace. À l’heure où la planète prend conscience de la dilapidation de ses ressources, l’empreinte écologique de la crypto-monnaie pose question sur son progrès.

Enfin, la dimension internationale du bitcoin octroie à ses contrevenants un caractère d’impunité, car les cadres juridiques s’arrêtent souvent à la frontière des États. Que risque un hacker biélorusse ou nord-coréen qui détourne les codes d’un épargnant anglais ou allemand ? Pas grand-chose !

Mettre fin au monopole des banques centrales ?

À l’heure où les principales économies croulent sous l’avalanche de cash et d’injections monétaires, la technologie intéresse de plus en plus les institutions financières et les autorités officielles. Pour l’instant, elles se contentent de suivre le cours des crypto-monnaies en invitant les investisseurs à la plus grande prudence…

Lorsque la bulle éclatera (SIC), les gouvernements pourront alors se targuer de leur mise en garde : « On vous l’avait bien dit » ! La monnaie ayant cours officiel (dollar, euro ou autre…) brillera en comparaison, ne serait-ce que par défaut.

À l’inverse, si le bitcoin poursuit son petit bonhomme de chemin, les gouvernements verront d’un très mauvais œil la perte de leur hégémonie. Les autorités veulent être les seules à contrôler la monnaie et le crédit qui en découle.

Elles n’hésiteront pas à mettre le bitcoin hors la loi (c’est déjà le cas dans de nombreux pays : Chine, Inde, Thaïlande, Maroc, Algérie…) et proposeront une alternative officielle afin de récupérer la manne déversée dans ces portefeuilles électroniques.

Conclusion ?

Résumons : voici une pseudo-monnaie qui n’en est pas une, qui ne représente aucun actif sous-jacent, qui ne jouit d’aucune garantie gouvernementale, et qui ne peut être considérée comme une valeur refuge.

Sa confidentialité est tantôt décriée comme insuffisante, tantôt dénigrée comme servant aux malversations. L’utilisation du bitcoin est tributaire de la régularité d’internet, de l’impéritie des hackers et du retard de la concurrence. La consommation d’énergie de son minage frôle l’indécence. Il est d’ailleurs curieux que le patron de Tesla ait encouragé son achat, et que les organisations de défense de la planète n’aient pas réagi…

L’échec de la crypto-monnaie renforcera la position des banques centrales qu’elle prétend contourner. Alternativement, son succès suscitera l’intervention de ces mêmes banques à l’encontre de son développement.

Alors pourquoi cet enthousiasme délirant pour ce qui n’est rien d’autre qu’un modèle mathématique ? Certains investisseurs, à tort ou à raison, parient sur la valorisation d’une société comme Tesla, pensant que sa valorisation actuelle représente un calcul équitable de ses revenus futurs. Dans le cas du bitcoin, il n’y aura guère de revenu futur !

Le bitcoin est une bulle spéculative fondée sur les incontournables faiblesses de la nature humaine : ignorance, comportement moutonnier et avidité du gain.

 

Que nos dirigeants ne se croient pas au milieu d’un long fleuve tranquille, pour autant. Outre l’engouement de certains investisseurs pour une étoile filante, le déversement de liquidités par les autorités est symptomatique d’un manque de confiance dans les repères monétaires de nos démocraties.

Un jour ou l’autre, elles devront y faire face par la levée d’impôts et/ou l’entraînement de l’inflation. Une autre solution serait de refondre le système monétaire mondial, un nouveau Bretton Woods, qui ré-instituerait l’or physique comme pilier de ce nouveau système. Mais cela demande un peu de courage. C’est toujours préférable que d’initier une guerre…

Relocalisations en Europe : les pays de l’Est grands gagnants ?

Par The Conversation
relocalisations

Par Nassima Ouhab-Alathamneh1.
Un article de The Conversation

Mis à l’épreuve de la pénurie de certaines productions à la suite de la crise sanitaire ayant frappé le monde depuis janvier 2020, un grand nombre de pays européens songent à relocaliser leurs entreprises stratégiques.

Cette stratégie économique viserait à relancer la production de certaines industries, notamment médicales, afin d’anéantir les effets de dépendance vis-à-vis des entreprises opérant en dehors de l’Union européenne.

En France, malgré les contraintes financières et logistiques de la relocalisation, l’État tente tant bien que mal de convaincre les dirigeants des sociétés à haute valeur industrielle de réimplanter leurs activités dans l’Hexagone.

Pour cela, le gouvernement a multiplié les communications autour des nouvelles politiques économiques plus avantageuses et à propos du plan de relance de 100 milliards d’euros, dont un milliard seront utilisés pour inciter les entreprises à relocaliser à travers les « appels à projets de (re)localisation ».

Ceci dit, la réorientation des activités vers l’Europe ne signifie pas nécessairement un retour au pays d’origine. En effet, les impôts et taxes afférentes pourraient aigrir la santé financière, particulièrement celle des moyennes entreprises. Il s’agit donc, pour les firmes, d’évaluer les risques financiers d’une éventuelle relocalisation dans le pays d’origine en fonction du coût du travail et de la pression fiscale.

L’attractivité des PECO

Plusieurs entreprises ont ainsi délocalisé leurs activités dans les pays d’Europe centrale et orientale (PECO) en raison de leur proximité géographique et leurs coûts salariaux moins conséquents qu’en Europe occidentale.

Selon la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail, entre 2014 et 2018, il y a eu 253 cas de relocalisations dans les pays européens (à voir également le projet « The future of manufacturing in Europe » d’Eurofound de 2019).

Le mouvement de relocalisation dans les PECO a débuté avant la crise de la Covid-19 et tend à s’activer après celle-ci. Le rapport de la Fondation pour l’innovation politique intitulé « Relocaliser en France avec l’Europe », paru en septembre 2020, nous donne l’exemple des entreprises le Coq Sportif, Lunii et Harry’s.

Désormais, selon un rapport de mai 2020 de l’Institut polonais de l’économie, les PECO pourraient dégager un bénéfice de 22 milliards de dollars par an à la suite de la relocalisation de productions en provenance de la Chine. Ces entreprises tireraient d’importants profits en termes d’avantages comparatifs, de coûts de transports (chaînes d’approvisionnement et de distribution) et de salaires eu égard à la proximité des différents pays de la zone et aux disparités salariales.

En comparant le coût horaire du travail entre l’Europe occidentale et les PECO, on constate d’importantes disparités allant de 5,30 euros en Roumanie à 44,70 euros au Danemark (cf. Figure 1).

relocalisations
Figure 1 : Coût horaire moyen du travail dans l’Union européenne en 2018.Statista, CC BY-SA

 

Il en est de même pour la pression fiscale. Selon les statistiques de 2020 de l’Institut économique Molinari, les charges et les impôts supportés par l’employeur représentent plus de la moitié du salaire en France (54,68 %) contre 10 % pour la Bulgarie par exemple.

Les coûts d’investissement quant à eux pourraient être amortis en améliorant la qualité et l’authenticité des produits, d’autant plus que la base industrielle rapportée au PIB est plus grande dans ces pays.

En effet, d’après le dernier rapport de 2020 de la Fondation pour l’innovation politique, la part de l’industrie dans la valeur ajoutée au sein des PECO est plus importante que dans les autres pays de l’Europe occidentale, hormis l’Allemagne (25,4 %) et l’Autriche (22,1 %). Elle s’élève à 29,7 % en République tchèque et 25 % en Pologne, contre seulement 13,6 % en France et entre 15 % et 19 % en Espagne, aux Pays-Bas et en Italie.

Accélération de la relocalisation depuis la crise

Plusieurs entreprises européennes, comme le fabricant allemand d’électroménager Bosch, sont aujourd’hui implantées en Pologne en raison des avantages concurrentiels et financiers que ce pays offre aux investisseurs. Une relocalisation qui remonte à avant la crise sanitaire, mais qui s’accélère depuis le début de celle-ci, notamment la partie logistique (centres d’appel, « click and collect », etc).

En 2019, les investissements directs étrangers (IDE) représentaient 40 % du PIB polonais. Ces derniers provenaient majoritairement de l’Allemagne (19 %), de la France et des États-Unis (près de 11 % chacun).

De même pour la Roumanie où maintes entreprises européennes se partagent le marché. Parmi elles figure le fabricant italien d’appareils électroménagers De’Longhi qui a rapatrié en 2020 sa production de Chine en créant une deuxième usine, après avoir racheté l’usine Nokia de la ville de Jucu en 2012. De’Longhi a ainsi créé plus de 1000 emplois locaux et a investi 30 millions d’euros.

La Pologne suscite également l’intérêt d’entreprises américaines souhaitant s’implanter en Europe. C’est notamment le cas des géants de l’informatique Google et Microsoft. En juin dernier, Google a annoncé qu’il investirait jusqu’à deux milliards de dollars dans un centre de données dans le pays afin de traiter les services dans le cloud, suivant ainsi Microsoft qui a communiqué un mois plus tôt sa volonté d’investir un milliard de dollars pour un centre de données à très grande échelle, dans le but de développer et de transformer les compétences numériques en Europe.

Le frein des enjeux technologiques

Toutefois, des enjeux technologiques pourraient freiner ce mouvement de relocalisation vers les PECO. En effet, le savoir-faire et la flexibilité de la main-d’œuvre étrangère sont plus prégnants en Asie qu’en Europe de l’Est.

Beaucoup de technologies de pointe, en électronique notamment, restent peu maîtrisées en Europe, à l’instar du hardware (matériel) informatique. L’essentiel du matériel disponible sur le Vieux Continent est aujourd’hui soit importé, soit fabriqué à l’étranger par une entreprise européenne.

De ce fait, certains secteurs d’activité sont difficilement relocalisables, à cause du manque de main-d’œuvre qualifiée – malgré la présence d’un capital humain non négligeable – et l’automatisation des processus et de la production par les entreprises relocalisées qui demeurent insuffisants.

Cet écart montre que, dans les PECO, les autorités publiques doivent encore repenser leur modèle économique en améliorant notamment les formations qualifiantes de la main-d’œuvre locale et en investissant davantage dans la recherche et le développement (R&D).

À ce propos, selon le rapport du World Economic Forum (WEF) sur la compétitivité mondiale de 2018, les dépenses en R&D sont relativement faibles dans les PECO (1 %) par rapport aux pays de l’Europe occidentale (2,3 % en moyenne), comme la France (2,9 %), l’Allemagne ou l’Autriche (3,1 % chacun).

Le basculement du travail en distanciel dans de nombreux domaines comme la finance, la vente et l’informatique pourrait recentrer les avantages comparatifs au profit de l’Europe occidentale. C’est à ce prix d’ailleurs que cette zone pourrait tirer profit de l’accélération du mouvement de relocalisation.

Sur le webThe Conversation

  1. Enseignante en économie, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières.

Covid-19 : le quoi qu’il en coûte est tout sauf un choix humaniste

Par Elie Blanc

Par Elie Blanc.

Que tout cela nous semble loin. Il y a bientôt un an, le 17 mars 2020, le président annonçait que le pays se confinerait pour faire face à l’épidémie. Personne n’ose alors remettre en question publiquement cette décision. La mesure paraissait radicale, mais le principe de précaution rassurait une population inquiète par une situation inédite et convaincue que si l’État prenait des décisions si fermes, c’était forcément pour son bien.

Bien naïvement, la plupart d’entre nous imaginions probablement que c’était juste l’affaire de quelques semaines et que le gouvernement nous rendrait nos libertés aussi rapidement qu’il les avait confisquées.

Et puis après tout, après 70 ans de néo-libéralisme, il était plutôt bienvenu que l’État reprenne enfin les choses en main.

« Ils oublient que l’histoire est tragique » aurait soupiré Raymond Aron.

Une jeunesse sacrifiée qui devrait se mettre en colère…

Nous voilà pourtant un an plus tard.

Le temps où nous étions libres nous semble lointain dans un monde gouverné par des contraintes sanitaires arbitraires et changeantes, avec à sa tête un ministre débordé par la rédaction d’un livre qui ne rendra probablement que plus flagrante l’étendue de son ignorance, et un chef de guerre occupé à faire le pitre sur Youtube pour redorer son image auprès des jeunes.

Peut-être seriez-vous alors tentés de suggérer que ne pas les enfermer dans leur 15m² et leur imposer des mesures toujours plus absurdes, tout ça pour les protéger d’un risque statistiquement inexistant pour eux, aurait été une stratégie plus efficace.

Mais gardez donc cette remarque absurde pour vous, il FALLAIT protéger les plus âgés, et ce quoi qu’il en coûte. Et si vous doutez toujours, c’est que vous êtes un complotiste, probablement supporter de Trump et certainement très méchant.

Malgré tout, et alors qu’elle semblait pourtant complètement résignée et engagée dans la lutte contre la Covid, la jeunesse a récemment fait preuve d’un timide mécontentement, dont certains médias se sont fait l’écho. Certains ont même eu l’audace de parler de génération sacrifiée.

Rendez-vous compte, des jeunes qui osent se plaindre de ne plus pouvoir étudier et travailler, quel toupet ! Nos chers boomers s’étranglaient devant l’inconscience de ces petits cons qui s’étaient déjà suffisamment fait remarquer en participant à de honteuses rave-party.

On concèdera que pour une génération soixante-huitarde davantage habituée à faire la révolution et à vivre sur le dos des générations suivantes par la magie de la dette, il doit être difficile de concevoir que la jeunesse puisse vouloir travailler au lieu de bloquer les facs ou imposer par le sang un énième échec communiste afin de trouver une alternative au capitalisme. Alors on fait preuve de patience et de compréhension.

Mais lorsque le nombre de suicides chez les 18-25 dépassera le nombre d’octogénaires morts du Coronavirus, peut-être que le gouvernement changera de cap, ou peut-être que notre génération se réveillera. Ou peut-être que nous nous laisserons juste gentiment mourir de faim.

Le risque qu’un sentiment de rancœur grandisse parmi la jeunesse et les jeunes adultes n’est ainsi pas négligeable. Ils sont pour l’instant trop occupés à défendre l’écriture inclusive ou le sort des punaises de lit, mais cela pourrait changer.

… pour défendre sa liberté

Dans ce contexte suffisamment toxique, tâchons de mettre de côté notre cynisme et trouvons comment donner un sens positif à notre colère.

Malgré ce sentiment d’injustice, la jeunesse ne doit pas se tromper de combat et se laisser emporter par une possible rancœur envers ses parents et grands-parents. La réalité de ce virus n’est en fait pas une question d’âge, puisque nous sommes tous confrontés au même dilemme : avoir des relations sociales et prendre le risque d’être contaminé, ou minimiser ce risque en limitant nos interactions sociales. Le risque en cas de contamination augmente avec l’âge, mais le problème reste le même.

Face à ce dilemme, il n’existe que deux voies possibles : imposer une décision collective ou laisser les individus agir librement. La France s’est évidemment précipitée sur la première option, dans un réflexe quasi-instinctif, et s’y est écrasée lamentablement, à la manière d’un insecte attiré par une lampe lors d’une nuit d’été.

Quel que soit votre âge vous êtes pourtant capable de choisir le meilleur pour vous, et éventuellement de faire évoluer votre choix en fonction de l’évolution de l’épidémie et du risque estimé. Mais soyez rassuré, jeune ou vieux, vous ne serez jamais assez grand aux yeux de l’État pour décider par vous-même. Il prendra forcément les meilleures décisions pour vous.

Certains pourraient objecter qu’il serait utopique de laisser s’exprimer la liberté individuelle, car si nous étions tous libres de sortir, le nombre de contaminés augmenterait drastiquement, provoquant une saturation des hôpitaux et faisant finalement exploser le nombre de décès.

Mais cette objection n’est pas pertinente. Dans la mesure où les individus sont dotés de raison, ils ajusteraient par conséquent leur comportement à mesure de l’évolution du risque. S’il augmente sensiblement, il y a fort à parier qu’un plus grand nombre de personnes choisiraient de limiter les possibilités de contaminations.

Mais paradoxalement, même si le nombre de morts restait durablement élevé, il s’agirait tout de même de la situation la plus souhaitable collectivement : cela signifierait simplement qu’un grand nombre d’individus accordent davantage d’importance à leur liberté qu’à leur vie.

Plus encore, en imposant des mesures drastiques comme le confinement, on se prive de ressources qui auraient pu être investies dans la recherche contre le cancer ou le sida, on fait exploser le nombre de suicides etc.

On crée donc des victimes collatérales de manière indirecte et à plus long terme, ce qui rend le bilan humain quasiment impossible à établir. Le « quoi qu’il en coûte » est donc tout sauf un choix humaniste : l’État s’est simplement octroyé le droit de décider qui vivra et qui mourra.

Arrêtons donc d’opposer les générations pour revenir à l’essentiel : redonner à chacun la possibilité de choisir ce qu’il juge le meilleur pour lui.

« L’homme rétréci des Lumières » de Xavier Martin

Par Johan Rivalland

Par Johan Rivalland.

Et si les philosophes des Lumières n’étaient pas tout à fait ce qu’on en dit habituellement ?

À travers cet ouvrage, Xavier Martin entend dénoncer le contresens établi, selon lui, par la plupart des historiens au sujet du prétendu humanisme des philosophes des Lumières. Loin d’évoquer l’unité du genre humain, ces grands philosophes en sont plutôt arrivés à sous humaniser de nombreux « appelés homme ». Jusqu’à poser la question de qui est digne ou non d’appartenir à l’espèce humaine.

De nombreuses citations très parlantes et sans équivoque

Analysant, à travers une série de sept chapitres, les expressions utilisées par ces philosophes, Xavier Martin entend montrer les dérives potentielles susceptibles de découler des idées et du vocabulaire ainsi utilisés. Selon ces auteurs, en effet, l’espèce humaine serait composée d’êtres aussi différents les uns des autres, au point que pas grand-chose ne distinguerait beaucoup d’entre-eux de l’animal. L’homme ne serait pas réellement maître de sa liberté et serait intégralement manipulable. À tel point que les Lumières françaises rêveraient de façonner l’humanité. Telle est l’accusation grave, mais fondée sur de nombreux éléments attestés, de l’universitaire à l’égard de ces philosophes.

L’animal lui-même serait plus ou moins homme. De même qu’un certain nombre d’individus seraient plus ou moins « non-homme ». Autrement dit, seul un très petit nombre d’individus jouirait réellement de la raison.

Xavier Martin s’en prend ainsi entre autres à Diderot, dont les facéties, les outrances verbales et le ton ironique ne seraient que des artifices et une apparence d’irréflexion, là où ses propos sont tout à fait réfléchis. Nulle improvisation, mais au contraire de la préméditation. Sous le dehors des extravagances, une doctrine bien réelle, selon l’auteur.

Diderot, rejoint par Voltaire, ou encore d’Holbach, prônerait ainsi une forme d’élitisme raffiné dangereuse à laquelle appartiennent, bien sûr, les philosophes eux-mêmes (ce qui rappelle, dans une certaine mesure, Platon). Une forme de défense du despotisme « éclairé » de l’État monarchique ? Anti-humanisme, contrairement à ce qu’on dit des philosophes des Lumières ? D’Holbach, par exemple, écrit ceci :

L’homme […] sans raison n’est-il pas plus méprisable et plus digne de haine que les insectes les plus vils ?

Voltaire, parangon de cette vision

Et d’enchaîner sur la haine voltairienne, au sujet de laquelle il a écrit un ouvrage et le mépris avec lequel Voltaire considérait une grande part de l’humanité. Sans épargner Buffon, Helvétius, Rousseau, ou d’autres encore. De la chosification des femmes à la banalisation du viol ou du mépris des Noirs ou des Arabes à la haine des religions, sans oublier la haine à l’égard des Juifs ou le mépris des gens du peuple, la charge est particulièrement lourde. Xavier Martin en multiplie les références, les citations, les éléments de preuve, à travers de multiples notes de bas de passage très précises, soucieux d’en prouver le caractère incontestable.

On ressort de la lecture de ce recueil un peu abasourdi, quelque peu assommé par toutes ces démonstrations si peu conformes à l’image que l’on peut avoir des Lumières.

Idéalisation, auto-aveuglement, légende dorée, telles seraient les explications de notre vision tronquée des philosophes des Lumières, dont on ne retient finalement que ce qui a pu séduire beaucoup d’entre nous.

Une vraie matière à réflexion

De Xavier Martin, j’avais lu et apprécié son ouvrage La France abîmée, portant sur la période de la Révolution française. Le présent recueil est une forme de synthèse résultant de plus d’une dizaine d’ouvrages de l’auteur sur le sujet. Je l’ai abordé avec une certaine circonspection, avant de convenir, devant l’accumulation des « preuves », qu’il y a vraiment matière à réflexion. J’ai commencé par être surpris par l’apparente rudesse de la charge et par la hargne qui semblait guider l’auteur, avant de comprendre qu’il y a de quoi éprouver un vrai sentiment de révolte et de désir de remettre en cause les idées reçues.

Et pour ceux qui se montreraient dubitatifs – car nous ne renierons pas ici pour autant un certain nombre des apports attachés à la pensée de certains des philosophes des Lumières, à commencer par Voltaire lui-même, même si sous certains aspects il apparaît plus contestable – il n’est nullement question ici d’anachronismes (l’une des choses que je crains toujours le plus), encore moins de Cancel culture, mais bien d’arguments fondés et basés sur des recherches sérieuses et très nombreuses, dont ce recueil n’est qu’une petite partie.

De quoi donner à réfléchir et inviter à toujours examiner les choses sous différents angles avant de verser dans l’idéalisation aveugle.

Pour ma part, je constate comme sur la plupart des sujets qu’il me reste toujours énormément à apprendre. Ce qui n’est pas une surprise, mais renforce l’idée d’humilité à avoir eu égard à l’infinité du champ de la connaissance et au recul sans cesse nécessaire qu’il convient d’avoir par rapport à la connaissance, par nature incertaine.

 

Xavier Martin, L’homme rétréci par les Lumières – Anatomie d’une illusion républicaine, éd. Dominique Martin Morin, septembre 2020, 120 pages.

Il faut sauver la démocratie américaine

Par Charles Castet
démocratie

Par Charles Castet.

Maintenant que le cycle électoral américain est terminé et que les esprits commencent à se refroidir, deux articles, l’un de Time Magazine, l’autre du New York Times font un récit captivant de certains aspects de cette campagne.

« There was a conspiracy unfolding behind the scenes, one that both curtailed the protests and coordinated the resistance from CEOs ».

Planifier le sauvetage

Généralement dans la presse, combien de conspirations d’extrême droite sont dévoilées, et combien de conspirations d’extrême gauche ?

Il y a deux explications possibles pour ce phénomène.

La première est que la gauche est du bon côté de l’histoire, elle n’a donc pas besoin de conspirer.

L’autre hypothèse est que la gauche, étant au pouvoir, a le droit de conspirer et la droite, étant hors du pouvoir, a le devoir de ne pas conspirer.

Donc ce n’est en aucun cas une nouvelle quand la gauche conspire, et si l’on part du principe que le rapport de force est le droit, beaucoup d’éléments retranscrits dans l’article deviennent intelligibles.

Time Magazine et le New York Times donnent d’excellents exemples de ces deux règles à l’œuvre et en même temps.

« Both surprises were the result of an informal alliance between left-wing activists and business titans. The pact was formalized in a terse, little-noticed joint statement of the U.S. Chamber of Commerce and AFL-CIO published on Election Day. Both sides would come to see it as a sort of implicit bargain–inspired by the summer’s massive, sometimes destructive racial-justice protests–in which the forces of labor came together with the forces of capital to keep the peace and oppose Trump’s assault on democracy. »

« They executed national public-awareness campaigns that helped Americans understand how the vote count would unfold over days or weeks, preventing Trump’s conspiracy theories and false claims of victory from getting more traction. After Election Day, they monitored every pressure point to ensure that Trump could not overturn the result. »

Ces deux passages sont remplis de conjugaisons de Russel. « Je planifie, tu complotes, il conspire. »

Regardons ces histoires de plus près, non pas pour en dénoncer l’hypocrisie, (les élections américaines sont terminées, Biden est président), mais pour observer comment elles fonctionnent dans notre société, Trump ne servant ici que de révélateur.

Il ne sera pas question d’inverser la conjugaison en disant « la gauche conspire », ce qui serait puéril, mais d’observer comment l’hypocrisie fonctionne et peut nous enseigner où réside véritablement le pouvoir politique et comment celui-ci, pour citer un ancien professeur de sciences politiques, « s’exerce dans la manipulation de résultats procéduraux ». La fonction de ces processus est de détruire la transparence.

« Suddenly, the potential for a November meltdown was obvious. In his apartment in the D.C. suburbs, Podhorzer began working from his laptop at his kitchen table, holding back-to-back Zoom meetings for hours a day with his network of contacts across the progressive universe: the labor movement; the institutional left, like Planned Parenthood and Greenpeace; resistance groups like Indivisible and MoveOn; progressive data geeks and strategists, representatives of donors and foundations, state-level grassroots organizers, racial-justice activists and others.’ »

Le nom des organisations mentionnées est un premier révélateur intéressant de l’idéologie partagée. Serait-il tout aussi intéressant de savoir si cette coalition avait un nom, et une organisation permanente ?

Non. Cela voudrait dire un seul Parti et une seule tête et si il y a une leçon que la gauche occidentale a retenue c’est le pouvoir de la décentralisation. Il n’y aura plus de convention Bridgman. Il faut reconnaître à la gauche occidentale sa capacité à inventer des noms et à passer par des associations-écrans.

En France on nomme cela habituellement « tissu associatif » ce qui traduit en langage simple, au détriment d’une certaine nuance sémantico-politique, par : « gens de gauche n’appartenant pas directement à un parti politique ».

Revenons aux séances de Zooms. Qui a pressé le bouton ? Qui a annoncé le set-up call ? Qui a été l’organisateur ? Pouvait-on rejoindre ce lien librement ou sur invitation ? Si c’est une invitation, qui a sélectionné les 900 personnes ? Sur la base de quelle liste ? Le call a été organisé on short notice mais 900 personnes l’ont rejoint.

« They convened to craft a plan for answering the onslaught on American democracy, and they soon reached a few key decisions. They would stay off the streets for the moment and hold back from mass demonstrations that could be exposed to an armed mob goaded on by President Donald J. Trump. »

Personne ne se souvient de l’été 2020 ? Les émeutes de BLM et des antifas ont coûté près de un milliard de dollars en dommages et assurances. Visiblement des key decisions peuvent déterminer si oui ou non ils descendent dans la rue. Dès le moment où un tel lien de causalité existe, on ne peut plus parler de manifestations spontanées. Encore une fois c’est dans le New York Times, donc c’est certainement vrai et les manifestants en rouge et noir se sont-ils montrés le 6 janvier pendant la prise du Capitole ?

Des récits comme ceux-ci, s’ils sont fascinants à lire, sont néanmoins des passifs, ils ne devraient pas être publiés. Ils ne le sont que pour une seule raison : le besoin de se vanter d’avoir gagné, notamment ceux avec une conscience coupable. À défaut d’être neutralisée, cette conscience coupable doit donc être transformée en vertu. Ce n’est pas un crime, c’est une action nécessaire pour une cause juste.

« By the time rioters ransacked the Capitol, the machinery of the left was ready: prepared by months spent sketching out doomsday scenarios and mapping out responses, by countless hours of training exercises and reams of opinion research. »

Un travail de bénévole bien sûr, et pro bono par des personnes ayant le temps et l’énergie de faire du monde un endroit meilleur.

« The meeting was no lucky feat of emergency organizing, nor was the highly disciplined and united front that emerged from it. »

Rien à ajouter, rien à enlever.

« At each juncture, the activist wing of the Democratic coalition deployed its resources deliberately, channeling its energy toward countering Mr. Trump’s attempts at sabotage. Joseph R. Biden Jr., an avowed centrist who has often boasted of beating his more liberal primary opponents, was a beneficiary of their work. »

Le journaliste du New York Times est à deux doigts d’écrire que les militants de l’intégrité électorale de la démocratie américaine avaient tous en commun une préférence pour l’un des deux candidats.

C’est exactement le genre de prose de guerre qui a si profondément affecté Orwell. Vous pouvez lire des exemples de cette langue chargée dans n’importe quel rapport sur la Seconde Guerre mondiale. C’est un martèlement incessant d’aspersions, d’insinuations et de connotations.

Un langage chargé émotionnellement a un fort effet polarisant. Tant que vous n’avez pas maîtrisé l’art du détachement politique, ou que le temps et l’espace ne vous ont pas donné une distance involontaire par rapport au texte, vous ne pouvez pas l’approcher. Lorsque vous lisez ce texte, notamment quand les faits cités sont encore si proches, vous êtes avec ou contre lui.

Le pouvoir du journaliste est tel que sabotage et conspiration peuvent avoir en même temps un sous-texte positif ou négatif selon à qui il est appliqué. Voici de la propagande à un très haut niveau. Bien que ce soit une mauvaise chose, c’est fait avec brio.

« Since the violence of Jan. 6, progressive leaders have not deployed large-scale public protests at all. »

Par contre l’article du New York Times ment lorsqu’il cite « conflicting ideological priorities. » Les communistes et les fascistes ont certainement des conflits idéologiques. Ou bien les libéraux/libertariens avec les premiers et les seconds.

Mais il n’y a aucune différence catégorique de principe ou de nature entre les membres des sessions Zooms de Podhorzer.

Il est néanmoins vrai que la gauche radicale ou sociale-démocrate a une longue histoire de scission. Elle déteste avoir une seule tête et l’a appris par la manière forte. Cela est dû aussi à la nature profondément chaotique de l’idéologie socialiste et de l’histoire des révolutions.

Ces actions font partie d’une expérience naturelle à son meilleur, car elle génère des informations qui ne peuvent jamais être détruites, un bruit qui ne peut pas être réduit au silence.

Ce qu’elle nous a montré, parce que les personnes mentionnées dans les deux articles n’ont pu réprimer un désir de se la raconter, c’est que les rouages derrière des phénomènes politiques actuels qui passent pour naturels et spontanés sont complexes et nombreux.

Ils ne se réduisent pas à une seule personne ou même à un seul groupe. Yann Le Cun, qui dirige la branche IA de Facebook, écrivait dans un post sur son profil que l’État profond renvoyait à « un schéma d’activités cachées en plein milieu d’une hiérarchie multicouches. »

Formulé autrement, le pouvoir est distribué, mais jamais également. C’est cette nature vague qui ne s’incarne ni dans un individu ni dans un seul groupe déterminé que l’on nomme le système ou bien l’État profond.

Qui détient le pouvoir ?

Pendant 2020, la gauche et la droite ont agi. Ces actions (des émeutes de l’été à la prise du Capitole) sont des actions réelles. Mais dans leur planification et leur conception, elles furent élaborées comme si le rêve était réel. Trump a tenté d’être le patron de l’exécutif, au pire moment possible, de la plus mauvaise manière possible et pour la pire des raisons possibles.

Les manifestants du 6 janvier ont donc tenté de donner au régime américain une dose du « pouvoir du peuple » sauf que ce dernier n’est jamais que le prétexte pour déstabiliser dans le monde des régimes que les États-Unis n’affectionnent pas. Donc fin de la récréation. Le 46e président a été intronisé le 20 janvier.

La vérité n’est pas seulement que la politique américaine est un rêve, mais qu’elle a toujours été un rêve. Pas seulement depuis la fondation des États-Unis, mais bien avant, la réalité du gouvernement et le discours public de la démocratie ont toujours été profondément divergents. Les électeurs n’ont jamais été en contact avec la réalité du pouvoir.

Ce qui se passe, tant à droite qu’à gauche, ce n’est pas que le rêve américain s’écarte de la réalité américaine. C’est juste le contraire. Le rêve converge avec la réalité. Pourtant à bien y regarder, c’est la gauche qui a la plus forte gueule de bois.

Les quatre prochaines années seront une sorte de crise de la quarantaine pour la gauche américaine, à l’occasion de laquelle elle se rendra compte qu’elle n’est plus jeune. Il n’y aura plus jamais de gauche rebelle. La gauche est mariée au pouvoir – la gauche a une femme, une maison, une hypothèque, deux voitures, un enfant et un chien. La gauche est riche. La gauche est ancienne. Et la gauche est ennuyeuse.

Et pourtant, dans son esprit la gauche est toujours Luke Skywalker et ses amis ; un groupe hétéroclite de héros fous affrontant un empire vaste et sans visage. Et pourtant, nous venons de voir de quel côté est le groupe hétéroclite, et qui a des appels de Zoom aussi gros que la chambre des députés italienne.

L’état d’esprit d’être consciemment au pouvoir, d’accepter de donner la loi, d’encourager vos cosaques quand ils chargent une foule de moujiks mêlés de hooligans au grand galop, puis de battre sans pitié ces péquenauds avec le lourd knout de cuir – c’est une nouvelle situation inconnue de la gauche américaine. Pas dans la pratique, mais dans la théorie.

Non pas que la gauche fut absente du pouvoir ces dernières années. Bien au contraire. Mais pendant tout ce temps et jusqu’à présent, elle a brillamment réussi à se faire passer pour rebelle. Grâce à Trump et à sa réponse à Trump cette mascarade n’est plus viable.

Désormais, la gauche devra adopter l’état d’esprit d’un parti du pouvoir. Le système est toujours fort, en l’absence d’alternative, mais seulement matériellement.

Sarkozy contre-attaque : la justice française accusée de politisation

Par Frédéric Mas
Sarkozy

Par Frédéric Mas.

Après sa condamnation devant le tribunal correctionnel de Paris pour « corruption et trafic d’influence », Nicolas Sarkozy contre-attaque en s’adressant directement aux médias. Condamné ce lundi à trois ans de prison dont un ferme, l’ancien président de la République s’est fendu ce mardi d’un entretien dans Le Figaro en forme de plaidoyer pro domo.

Il y dénonce « une injustice profonde » et affirme ne pas accepter d’être condamné pour une chose qu’il n’a pas faite. Nicolas Sarkozy affirme également que le jugement rendu par le tribunal correctionnel est « truffé d’incohérences » et « ne fait pas état de preuves, mais d’un faisceau d’indices. »

À droite, c’est l’indignation et les attaques se multiplient contre une justice régulièrement accusée de partialité, de l’affaire du « mur des cons » à la peur récurrente du « gouvernement des juges ». Plus récemment, c’est Anticor qui a été victime du soupçon de biais gauchiste par la macronie (affaire à suivre…).

Le précédent du parquet national financier

Beaucoup de ténors du groupe LR ont fait part de leur soutien à M. Sarkozy. Avant sa condamnation par le tribunal correctionnel, c’est le parquet national financier qui était sous le feu de leur critique.

Né de l’affaire Cahuzac en 2013, le parquet national financier a régulièrement attiré les soupçons de politisation : est-il une machine de guerre pour torpiller la droite comme le prétendent les soutiens de MM Sarkozy et Fillon, ou un organisme un peu trop proche du pouvoir politique pour être totalement impartial, comme on le soupçonne à gauche ?

La gauche s’est, elle aussi, interrogée sur l’indépendance de l’institution, mais d’une autre manière. Les juges financiers ne sont-ils pas sous pression du politique pour qu’on le laisse tranquille ? Les déclarations d’Éliane Houlette, à la tête du PNF de 2014 à 2019, sur les « pressions » subies dans l’affaire Fillon, n’ont fait qu’intensifier les critiques.

Ce mardi, le procureur du parquet national financier, Jean-François Bohnert, a tenté de remettre les pendules à l’heure au micro de RTL. Il a estimé que Nicolas Sarkozy avait été jugé comme n’importe quel citoyen français ayant commis une infraction, et s’est attaché à réfuter toutes les accusations formulées par l’ancien président de la République contre le jugement du tribunal correctionnel :

« Le PNF ne fait pas de politique. Le PNF ne connaît pas non plus d’infractions politiques. Le PNF connaît des infractions économiques et financières qui ont parfois l’apparence politique par la qualité politique des personnalités que ces procédures peuvent mettre en scène. Pour le reste, nous ne faisons pas de politique et ne cherchons pas à rentrer dans un débat quelconque. »

#Sarkozy : « Le PNF ne fait pas de politique », estime Jean François Bohnert, Procureur National financier, invité d’Yves Calvi dans #RTLMatin pic.twitter.com/57DjoYKCmT

— RTL France (@RTLFrance) March 2, 2021

Suffira-t-il pour les magistrats de plaider la bonne foi et l’indépendance de la justice pour que les citoyens en soient convaincus ? Indéniablement, au sein du système constitutionnel français, tous les pouvoirs ne sont pas égaux entre eux.

Faiblesse de la justice en France

La Cinquième République met sur un piédestal l’exécutif, au détriment d’un organe législatif réduit à une chambre d’enregistrement depuis l’adoption du quinquennat et à une « autorité judiciaire » perçue comme la cinquième roue du carrosse depuis l’origine.

La pression du politique sur le judiciaire est constante, et le rôle des gardes des Sceaux successifs n’a pas aidé à clarifier la situation. Qu’on se souvienne des déclarations lénifiantes de Nicole Belloubet au moment de l’affaire Benalla, ou de la nomination d’un Éric Dupond-Moretti, dont l’hostilité à la magistrature est légendaire.

Les politiques ont les médias pour s’épancher, là où les juges ont un devoir de réserve. On entend plus souvent les accusés se plaindre aux micros des journalistes que les juges prendre la parole pour défendre leur intégrité.

L’autorité judiciaire est non seulement le pouvoir le plus faible, mais le lien organique qui soumet une partie de son personnel au gouvernement est tout aussi réel. Le parquet, qui forme l’ensemble des avocats généraux et des procureurs est directement placé sous l’autorité du ministre de la Justice.

La subordination du parquet à l’exécutif

L’USM, syndicat majoritaire chez les magistrats, avait soulevé en 2017 une question prioritaire de constitutionnalité, arguant du fait que le statut spécial du parquet violait le principe de la séparation des pouvoirs garanti par l’article 16 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen.

Sans surprise, le Conseil constitutionnel a jugé alors que cette subordination du parquet à l’exécutif ne violait pas la Constitution. Quelques années avant, en 2010, c’est la Cour européenne des droits de l’Homme qui refusait d’accorder au parquet le statut de l’autorité judiciaire au sens de l’article 5 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme.

L’État de droit défendu par le libéralisme politique demande la claire séparation des pouvoirs et la garantie de l’indépendance de la justice sous toutes ses formes. C’est seulement grâce à ce type de réforme que l’institution judiciaire pourra résoudre la crise de confiance qu’elle subit de la part des citoyens.

Le citoyen Nicolas Sarkozy n’échappe pas à cette défiance envers les juges français. L’ex-chef de l’État envisage d’aller « devant la cour européenne des droits de l’Homme » pour faire condamner la France s’il le faut.

Et tout le monde se fout aussi du couvre-feu à géométrie variable.

Par h16

par h16

En France, le retournement des valeurs est déjà fort avancé ces dernières années où le beau, le sain et la recherche de l’amélioration ont été remplacés par le choquant qui doit souvent être laid et la recherche de l’égalitarisme qui ne s’obtient réellement que par le rabaissement des autres.

On en arrive ainsi au point où le citoyen lambda, qui paye ses impôts, essaye vaguement de retrouver un peu de calme dans cette période de couvre-feu voire de confinements (on s’y perd dans les changements arbitraires et débiles de nomenclature hystéro-sanitaire) et en vient même à réclamer, le cas échéant, que ces mesures liberticides soient correctement imposées à tous et non pas seulement à lui, petit être chétif, solvable et qui a délégué sa force à une police maintenant totalement aux ordres d’un pouvoir en roue libre, sans freins ni garde-fous : on découvre dans un récent article du Figaro (qu’on pourra lire intégralement ici) que certains quartiers échappent bizarrement à l’interdiction pourtant claire de circuler après 18 heures dans le pays, le virus se contentant d’attaquer le jour.

Corroboré par des douzaines de témoignages faciles à trouver sur internet, l’article relate l’effervescence nocturne de certains quartiers parisiens même lorsque tout le monde devrait avoir regagné ses pénates. Stalingrad (Stalincrack ?), place de la Chapelle, autant d’endroits où, entre deux toxicomanes, trois migrants, quatre SDF et une police qui regarde ailleurs, il ne fait plus vraiment bon vivre malgré des loyers délirants et une mairie au taquet pour disposer des palettes éco-participatives et autres sémillants uritrottoirs.

Concrètement, les habitants en viennent à user du prétexte du couvre-feu pour réclamer enfin que la police fasse son travail dans ces zones devenues des zoos tropicaux aux cris nocturnes incessants, voire des « zones de non droit » comme le dit une des habitantes. Notez qu’on ne parle pas ici d’un pays lointain, d’une ex-république soviétique défaillante ou de l’un de ces quartiers perdus de la République, loin au-delà du périphérique.

Non : ici, on parle de la capitale française, ville de plusieurs millions d’habitants dans laquelle s’est inséré un terrible bug de la matrice républicaine : on ne peut pas verbaliser les personnes sans domicile, zut et flûte, elles peuvent donc continuer leurs nuisances impunément…

Situation parfaitement éclairante du naufrage complet des valeurs françaises puisqu’ici, le curseur de l’égalitarisme est maintenant coincé à son maximum pour garantir qu’absolument tout le monde souffre autant que possible : vite, il faut pruner ces imprunables ! Cependant que le curseur de la liberté se rapproche chaque jour du zéro, chaque déplacement dans la médiocrité est applaudi par la frange de population qui peut se réjouir de voir l’autre frange souffrir de ces nouvelles restrictions. Dans ce nouveau paradigme, la fraternité n’est plus qu’un cynisme où ceux qui fraudent, détournent et pillent se refilent les bonnes astuces entre eux pour continuer sans se faire pincer.

Avec une ironie à laquelle le sort nous habitue en France, les confinements et autres restrictions sanitaires alimentent l’appauvrissement de la population, qui nourrit à son tour la horde de cas sociaux venant s’épandre sous les fenêtres de ces Parisiens dont une bonne partie semble pourtant soutenir bruyamment mais sans le comprendre la cause de leur cauchemar nocturne quotidien.

Pourtant, et comme je le mentionnais déjà vendredi, ces débordements et la colonisation de quartiers entiers par des toxicomanes, cet empilement de faits divers montrant la hausse des violences entre individus et l’augmentation des tensions en France, tout ceci ne semble pas déclencher un intérêt quelconque pour nos dirigeants et nos médias.

Ainsi, les rixes entre les bandes de jeunes, même lorsqu’elles provoquent des morts, même par arme à feu, ne déclenchent qu’une salve prévisible de protestations et d’atermoiements convenus mais aucune prise de conscience ne semble effleurer les politiciens. Que tout se mette en place pour un futur à base de guerre civile ou de règlements de comptes sanglants ne semble effaroucher aucun des tristes abrutis aux commandes du gouvernement actuel…

En revanche, la presse est entièrement mobilisée sur des questions annexes, au milieu d’une tempête de concepts flous et d’un langage de plus en plus utilisé pour camoufler les problèmes plutôt que les résoudre, depuis la « précarité menstruelle » jusqu’aux « personnes en situation de sans-abrisme » en passant par toute la myriade de foutaises politiquement correctes du moment. La police, elle, est mobilisée à persécuter ceux qui n’opposent pas de résistance, c’est-à-dire essentiellement ceux qui sont solvables et normalement dociles et productifs dans la société.

De façon intéressante, pour que les vrais problèmes s’évaporent magiquement de la tête des décideurs, des chroniqueurs, pour que cette violence finisse par ne plus exister autrement que dans les pages « faits divers » d’une presse locale discrète, les influenceurs (politiques et médiatiques) ont usé d’une méthode simple consistant à pousser les discussions s’y rapportant dans le champ du tabou.

Comme en France, tout le spectre politique s’est rapidement décalé vers la gauche puis la gauche de la gauche, il a suffi de déclarer ces sujets d’extrême droite, favorable à sa montée, bénéfiques aux thèses des partisans ♩ des heures les plus sombres ♪ tagada de notre ♫ histoire tsointsoin ♬, propres à n’être traités que par la fachosphère pour qu’immédiatement ce soit le silence chez les chroniqueurs « sérieux », les analystes en vue, les éditorialistes autorisés et autres journalistes officiels.

La colline du crack disparaît, les rixes entre jeunes s’effacent et la police peut alors se concentrer sur les badauds de 18 heures 05 et les conducteurs de Doblo fous à 84 km/h sur route départementale.

Les politiciens, dont le courage est inversement proportionnel à leur probabilité de récupérer un mandat important, ont rapidement abandonné toute idée d’une greffe de testicules et n’ont donc plus traité ces sujets que par le mépris ou des bricolages incantatoires sans intérêts, qui s’empilent depuis 30 ou 40 ans, avec un résultat maintenant strictement négatif.

Le confinement sera donc à géométrie variable. Les dérives urbaines (parisiennes et d’ailleurs) continueront sans relâche. La lente décomposition du pays se poursuivra.


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Sur le web

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Violences entre jeunes : non à l’angélisme bureaucratique

Par Laurent Sailly
violences

Par Laurent Sailly.

Parce que l’État assure notre sécurité, première des libertés, le citoyen accepte de payer des impôts. Nos dirigeants ont oublié que le régalien est la seule raison d’être de l’État !

Violences : quelques chiffres et exemples

Batailles rangées au couteau et à la batte de base-ball, guet-apens sauvages aux pieds des tours d’immeubles, vidéos de lynchages d’adolescents postés par bravade et pour attiser la haine… Le jeune Yuriy, tabassé mi-janvier par une horde furieuse et laissé pour mort sur la dalle Beaugrenelle à Paris, n’aura hélas été qu’un épisode de violences parmi de nombreux autres dans la guerre des bandes qui flambe à nouveau dans le pays.

Depuis, une jeune fille a été rouée de coups par trois adolescentes à Béziers et un lycée a été attaqué par un groupe d’individus encagoulés et armés à Nancy. Deux adolescents sont morts à 24 heures d’intervalle en Essonne ; un autre a été tué à Bondy.

Petit à petit, la lutte entre bandes est passée de La guerre des boutons à Orange mécanique, laissant les parents à leur désarroi, les citoyens à leur colère et nos dirigeants à leur inefficacité.

On peut regarder la situation d’aujourd’hui de manière naïve et dire que les violences entre jeunes ont toujours existé et qu’il faut que jeunesse se passe. Depuis les apaches, ces groupes de voyous des faubourgs qui faisaient trembler les bourgeois à Paris à l’aube du XXe siècle, les bandes n’ont cessé de se métamorphoser.

Selon le ministère de l’Intérieur, 357 affrontements entre bandes ont été recensés en 2020 en France contre 288 en 2019. Soit un bond de près de 25 % des faits constatés en un an. Ces affrontements entre bandes se sont soldés par un bilan de trois morts et 218 blessés.

Si aucune région n’est épargnée, l’Île-de-France concentre à elle seule 80 % des faits, avec des départements particulièrement touchés comme l’Essonne ou le Val-d’Oise, et 186 affrontements ont été recensés dans la grande couronne francilienne en 2020. Au total, 74 bandes, composées de 10 à 60 membres selon une estimation des services de renseignement, écument donc le pays (quatre en province).

Les bandes de jeunes, définition, analyse et diagnostic

Pendant des années, la notion de bande était floue. Il a fallu attendre un plan de lutte ad hoc, lancé en 2010 quand la cote d’alerte a été dépassée, avec un pic de 391 affrontements, de 196 blessés et 1096 suspects interpellés, pour obtenir une définition :

[Une bande est formée d’]un noyau stable de membres qui se regroupent pour des raisons qui peuvent être sociales, culturelles ou délictuelles et revendiquent un territoire, commettent des incivilités ou/et des actes délictueux et créent une atmosphère de crainte, d’insécurité et d’intimidation.

Le délitement de l’école, de la cellule familiale, de l’autorité publique explique en partie cette explosion. Le développement des réseaux sociaux, sur lesquels on se défie à distance, des regroupements à caractère territorial ou communautaire, installe aussi un climat malsain et agressif. Enfin, au cœur de cette dérive mille fois décrite, le trafic de drogue continue ses ravages dans le contrôle des zones de chalandise.

En amont à une réunion au sommet qui doit se tenir en ce moment [lundi 1er mars 2020 – NDLR], le ministre de l’Intérieur a envoyé jeudi une note à l’ensemble des préfets de France pour leur demander la « réactivation du plan de lutte contre les bandes ». Dans cette note, il leur demande de réaliser avant le 10 mars un « diagnostic départemental », avec un « historique » et une « cartographie » des affrontements, l’âge des jeunes impliqués ou encore leur utilisation ou non d’armes et des réseaux sociaux.

À partir de ce diagnostic et « en fonction de l’importance du phénomène » le ministre demande aux préfets de mettre en œuvre un « plan départemental de repérage, d’accompagnement, d’information préventive et sensibilisation des publics fragiles » ainsi que des moyens « d’investigation et de lutte » contre les bandes.

Le ministre recommande aussi de recourir « selon le contexte » à des groupes locaux de traitement de la délinquance sur le sujet des bandes, sur le modèle de celui mis en place à Paris, associant police, mairie et services éducatifs sous l’égide du parquet. Selon l’entourage d’Éric Dupond-Moretti, le ministère de la Justice compte, lui, sur le recours aux « interdictions de paraître » comme alternative aux poursuites, actuellement en expérimentation à Bobigny, Montpellier et Senlis. Elles « fonctionnent bien et permettent d’éloigner un jeune d’une bande », assure l’entourage.

Des solutions existent contre ces violences mais le courage politique fait défaut

Il faut aller bien au-delà de déclarations d’intention, des « plus jamais ça », des marches blanches. Maintenant que les politiciens ont laissé dégénérer la situation, il faut changer de modèle.

Il faut se recentrer sur la vraie victime. Aujourd’hui encore, l’auteur des faits est considéré comme la victime de la méchante société fasciste dans laquelle il évolue !

Des peines doivent être prévisibles et connues, par exemple en les enseignant pendant les cours d’instruction civique.

Elles doivent être lourdes et effectives, donc dissuasives et doivent inclure la famille lorsqu’il s’agit d’un mineur.

La valeur prison doit être repensée. Le sursis apparait trop souvent comme une exonération de la responsabilité pénale. Il est, à ce titre, regrettable que l’actuelle réforme de l’ordonnance de 1945 sur la justice des mineurs ne s’attache qu’à l’accélération des procédures. C’est une modification en profondeur du Code pénal qu’il faut entreprendre en augmentant les capacités d’incarcération, notamment des séjours courts (15 jours) avec cellule individuelle.

L’indemnisation d’une victime de violences par l’assurance scolaire du mineur apparait, pour l’agresseur et sa famille, comme une minoration de la gravité de l’acte. Un montant légal à la charge de la famille du mineur condamné devrait être défini.

Au-delà de ces mesures répressives, il faut ouvrir aux enfants décrocheurs potentiellement violents une autre voie que le collège unique qui est une aberration. La reconquête des jeunes esprits passe aussi par l’éducation.

Enfin, il faut offrir aux forces de l’ordre les moyens d’accomplir leur mission de prévention et leur rôle de dissuasion d’une part par une augmentation des effectifs et du matériel disponible et d’autre part, par une simplification de la procédure pénale.

Convention climat : ça devait mal finir, et ça finit mal

Par Michel Negynas
climat

Par Michel Negynas.

Le 18 novembre 2019, j’avais titré : « Les citoyens de la convention envoyés au casse- pipe. »

Convention climat : une grosse déception…

Les faits sont têtus. La Convention climat a remis ses notes : le gouvernement n’est pas un bon élève. Seul le changement de l’article 1er de la Constitution pour y introduire la lutte contre le changement climatique a recueilli la note de 6,1. Manque de pot, ça a peu de chances de se concrétiser… Les autres articles du projet de loi sont plutôt notés entre 3 ou 4 sur 10.

« Limiter les effets néfastes du transport aérien » a obtenu 2,8 de moyenne ; et 2,7 pour l’introduction dans le droit d’un délit d’écocide, amoindri par rapport à la proposition de la Convention. Ces notes très sévères n’ont pas été choisies au hasard, ces deux thèmes étant emblématiques du discours des activistes en charge de l’organisation. Peu importe que dans certains cas, comme le crime d’écocide, ce n’était même pas juridiquement possible.

Atteindre les objectifs de 2030 pour le climat est impossible, on s’en doutait

Atteindre les objectifs de 2030 pour le climat est impossible, toutes les personnes intellectuellement honnêtes s’en rendent compte. De 1990 à 2015, nous avons réduit de 3,4 Mt d’équivalent CO2 par an. On peut supposer, je l’espère, qu’on s’est attaqué au plus facile en premier. En outre, la France a été désindustrialisée et a subi une grave crise financière en 2008 qui a durablement ralenti la croissance.

Pour atteindre 40 % de réduction en 2030, il faut atteindre 10 Mt/an en attaquant des sujets plus difficiles, en particulier sur le plan social. Or c’est dans neuf ans. Aucun investissement lourd, aucune technologie de rupture n’a jamais été mené à bien dans un délai si court. Et même si c’était possible, cela ne démarrerait qu’en 2030… En outre, la France étant déjà un des pays de l’OCDE qui émet le moins de CO2 par habitant, il lui est plus difficile d’atteindre les mêmes pourcentages de gain que les mauvais élèves : la plupart des États souhaitant réduire passeront du charbon au gaz ; or, nous avons même une partie de notre chauffage complètement décarboné !

Le BCG en renfort

Mais le gouvernement a sorti le type de joker habituellement utilisé : le Boston Consulting Group. Celui-ci a été mandaté pour faire une revue des mesures prises ou à prendre pour atteindre l’objectif.

Évidemment, le BCG connaissait la réponse avant de faire l’étude : il tient à ses parts de marché, et vu que le gouvernement est sous une attaque judiciaire sur ce sujet précisément, le BCG ne pouvait se faire l’auxiliaire d’une justice passée par Science Po, donc acquise aux thèses les plus radicales.

Alors ouiiii… c’est possible ! Ouf, nous sommes rassurés… Les medias titrent : le BCG valide la trajectoire climat du gouvernement.

Sauf que voici les conclusions :

« Seule une faible partie du potentiel, représentant ~21Mt de réduction de CO2e, paraît probablement atteinte. Il s’agit essentiellement des tendances déjà enclenchées comme l’interdiction d’installation de chaudières au fioul qui sur le résidentiel suppose de maintenir le rythme de 150 à 200 000 chaudières remplacées par an. L’atteinte de ce potentiel suppose néanmoins de ne pas modifier les mesures en place ni de créer de dérogations qui en limitent le périmètre adressable.

  • La majorité du potentiel, ~57 Mt de réduction de CO2e, suppose un accompagnement volontariste à la mise en œuvre et est possiblement atteint, ce qui n’est pas surprenant au regard des disruptions significatives que les mesures concernées sont censées induire. 
  • Un potentiel de l’ordre de ~29 Mt de réduction de CO2e semble difficilement atteignable compte tenu des mesures actuelles. Il couvre essentiellement les questions de décarbonation des poids lourds (pour lesquels rien n’indique que les objectifs significatifs de déploiement de motorisations alternatives puissent être atteints d’ici 2030 compte tenu des calendriers des industriels), d’industrie (où les leviers envisagés ne semblent pas permettre de combler l’écart avec l’ambition, à production égale et hors réforme en profondeur de l’EU-ETS y compris pour les domaines à risque de fuite de carbone), de rénovation (où les moyens – financements et pénalités – ne paraissent pas suffisamment incitatifs en particulier dans le tertiaire), et les incitations à la réduction du trafic aérien qui semblent insuffisantes pour infléchir la tendance. Dans un scénario volontariste et tenant compte des mesures existantes, on estime que seuls ~13Mt de réduction de CO2e issus de ces mesures sont vraiment atteignables soit la moitié du potentiel affiché. »
    convention climatLe tableau ci-dessus est une très bonne synthèse des mesures ; il vaut son pesant de cacahuètes. Les lecteurs connaissant les divers sujets nommés pourront se régaler. J’aime particulièrement : montée en gamme de l’élevage, gain de 6,8 Mt… Les Charolaises et les Aubrac apprécieront. Et quant à l’interdiction à la fois des décharges et des incinérateurs, considérée comme potentiel probablement atteint… en moins de neuf ans, on va trouver comment tout recycler ? Même les pales d’éoliennes ?

Un chef-d’œuvre de langue de bois ! Mais le pauvre BCG ne se doutait pas où il avait mis les pieds ; nous ne sommes pas ici au CAC 40 !

Non seulement la bonne interprétation des conclusions ne laisse aucun doute sur l’irréalisme de l’objectif, ce qui ne doit guère réjouir le gouvernement, (seule Mme Pompili semble imperméable au deuxième degré des consultants) mais en plus il est la cible des écologistes, qui, à juste titre, estiment l’étude biaisée et ses conclusions trop ambiguës.

Delphine Batho souligne que « les données présentées dans l’étude d’impact… sont biaisées ». La députée ajoute que le BCG est « en situation de conflit d’intérêts au regard de nombreux acteurs économiques parmi ses clients ayant intérêt à ce que le projet de loi manque d’ambition… »

C’est sûr qu’un audit de Cyril Dion aurait eu une autre allure. Sans conflit d’intérêt bien sûr, Cyril Dion ne gagne pas son pain avec ce genre de sujet…

Bref, au lieu de calmer le jeu, le BCG déchaîne la tempête.

Et le Haut conseil pour le climat pas content du tout non plus

Cela vaut le coup d’examiner la composition du Haut Conseil.

On y trouve, entre autres :

  • Messieurs Grandjean et Jancovici, fondateurs et propriétaires d’un organisme de calcul d’empreinte carbone. Or, le Haut conseil souhaite l’affichage carbone de tous les produits, pure coïncidence sans doute.
  • Monsieur Colombier, directeur scientifique de l’IDDRI de Sciences po, dont l’orientation activiste n’est pas d’hier.
  • Madame Masson Delmotte, climatologue plus qu’engagée.
  • Monsieur Leguet, directeur d’un think tank financé par la caisse des dépôts qui « accompagne depuis 2002 les décideurs publics et privés sur la transition vers une économie décarbonée et résiliente au changement climatique. »
  • Et bien entendu l’incontournable madame Tubiana, celle-là même qui a fait monter le radicalisme écologique à l’IDDRI.

Tous sont des universitaires ou des « conseillers », pas un seul n’a de carrière en véritable entreprise : pas de vrai industriel, pas de vrai agriculteur, pas de syndicaliste…

Et sa mission, c’est :

« Le Haut conseil pour le climat est un organisme indépendant chargé de donner des avis et d’émettre des recommandations sur la mise en œuvre des politiques et mesures publiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de la France. Il a vocation à apporter un éclairage indépendant sur la politique du gouvernement en matière de climat. »

Organisme indépendant… de quoi ?

Ses préconisations, on s’en doute, sont décoiffantes… euh non, en fait elles reprennent les propositions initiales de la Convention, en regrettant que le gouvernement les ait édulcorées. Pas étonnant… Madame Tubiana était co-présidente du comité de gouvernance de la dite convention…

Le jugement est sévère : « Toutefois, une proportion élevée de ces mesures voit sa portée réduite par un périmètre d’application limité, voire ponctuel, des délais de mise en œuvre allongés ou encore de nombreuses conditions associées à leur application »

Effectivement ça urge, alors qu’à Bruxelles, on parle de porter à -55 %  les -40 % d’émission à 2030. Comme disaient les shadocks, « en essayant continuellement on finit par réussir, donc plus ça rate plus on a des chances que ça marche. »

Madame Pompili découvre l’écologisme politique

Soudain, madame Pompili sort de son rêve. Le vote des citoyens est politique :

« Sur les systèmes de notation je fais attention parce que c’est un système qui avait pas mal de biais. On a des citoyens qui ont décidé de mettre zéro à tout. À partir du moment où vous avez des gens qui mettent zéro à tout forcément ça biaise un peu […] Quand on est au gouvernement, on n’est pas à la même place, on doit proposer des mesures qui puissent être acceptées, qui doivent emmener tout le monde. »

Mince alors, le monde réel existe…

Nous sommes cernés

L’entrisme du radical-écologisme commence à porter ses fruits ; dans la haute administration, l’enseignement supérieur, la recherche, nous sommes cernés, et le président Macron aussi. Il est peut-être déjà trop tard pour sauver les meubles.

École publique : même dans les cités, on veut la quitter

Par Nathalie MP Meyer
école

Par Nathalie MP Meyer.

Je vous recommande la lecture d’une enquête des plus intéressantes publiée la semaine dernière par Mediapart sous le titre « Des élèves se réfugient chez les cathos pour échapper au ghetto ». Quel ghetto ? Celui des cités, celui des quartiers dits sensibles qui font plus souvent la Une de la presse régionale pour trafics en tout genre, violence de moins en moins sporadique et délinquance au quotidien que pour les prix de grammaire de leurs élèves.

Article surprenant, venant de l’écurie Plenel. Mais qui s’explique en fait très bien si l’on garde à l’esprit que Mediapart, vent debout contre le projet de loi sur le « séparatisme islamiste » du gouvernement, accuse ce dernier de prendre le problème par le petit bout islamophobe et sécuritaire de la lorgnette alors que le vrai problème serait à chercher du côté de la « ségrégation sociale ».

École publique : dérives communautaires, violences, et niveau en baisse

Procès plus militant que réaliste car de multiples rapports ont montré que l’école dite républicaine est le siège de dérives communautaires incessantes en provenance de l’islam : tel élève refuse le rouge dans les classes car cette couleur n’est pas autorisée par le Coran, tel autre ne veut pas aller à la piscine car s’il boit la tasse, cela va casser son jeûne du ramadan, etc.

Elle est aussi le lieu d’une violence de moins en moins discrète entre élèves ou vis-à-vis des enseignants dont ces derniers ont fini par parler en masse avec le hashtag #pasdevague suite au braquage d’une de leurs collègues par un élève qui pointait sur elle une arme factice mais très convaincante. Nul besoin de tomber dans l’excès sécuritaire quand il s’agirait d’abord pour le gouvernement de remplir ses missions régaliennes avec sérieux – ce qui n’est malheureusement pas du tout le cas.

Sans compter la dramatique baisse du niveau académique qui affecte tous les élèves depuis plus de 30 ans, indépendamment de leur catégorie sociale d’origine.

Mais finalement, en ce qui concerne l’article susmentionné, peu importe, car il est en lui-même d’une grande richesse de témoignages qui montrent à quel point notre pachydermique secteur public de l’Éducation fait de plus en plus figure de repoussoir pour qui veut accéder à un service éducatif digne de ce nom.

Passer de l’école publique à l’école privée

On sait depuis longtemps que nombre de familles aisées – parmi lesquelles beaucoup voteront toujours à gauche et vous diront toujours à quel point la France s’honore d’avoir un enseignement public de l’envergure de notre mammouth – optent pour le privé ou font du moins tout pour échapper à la fatalité de la carte scolaire via le jeu des matières optionnelles et des adresses de complaisance.

Mais de nombreux parents des quartiers défavorisés font eux aussi de plus en plus souvent le choix de l’école privée catholique située à proximité de chez eux pour éviter à leurs enfants l’enfermement communautaire et la dérive de violence qu’ils ont eux-mêmes connus il y a 20 ou 30 ans – et, comme le précisent certains, à l’époque ce n’était rien par rapport à aujourd’hui.

Pour Khaled Baki, père de famille du quartier de La Paillade à Montpellier, il est un signe qui ne trompe pas :

Quand j’étais à l’école primaire, le directeur habitait le quartier et sa fille Valérie était dans ma classe. Aujourd’hui, c’est fini tout ça. Les enseignants n’habitent plus le quartier et n’y inscrivent plus leurs enfants… C’est ce qui me choque le plus.

Donc pour ses filles, la décision fut simple : le collège Saint Roch situé à quelques minutes du domicile familial pour fuir ce ghetto où il ne fait pas bon mettre en avant son goût pour l’école et ses bonnes notes.

Laura, l’une des mamans interrogées, raconte avoir connu « tous les quartiers chauds de Toulouse » dans son enfance. Elle a même été en classe avec Abdelkader Merah, qui a été condamné à 30 ans de réclusion pour complicité des sept assassinats de son frère le terroriste islamiste Mohammed Merah :

Il tenait déjà des propos limites… Je pense que c’est une histoire d’éducation et d’enfermement, et je veux autre chose pour mes enfants.

Tant il est vrai que le séparatisme islamiste et la pression communautaire incessante ne sont pas une vue de l’esprit. Dans le quartier de Laura, les enfants qui fréquentent l’école privée Sainte-Germaine comme son fils sont attirés par les autres avec des formules du type « Vous êtes de la famille, venez avec nous ». Les mères redoutent par-dessus tout que ces avances qui jouent sur la corde affective n’entraînent leurs enfants dans les trafics de drogue ou la délinquance.

De son côté, loin de se cantonner au recrutement d’enfants de familles aisées dotés d’un bulletin scolaire impeccable, l’enseignement catholique considère qu’il est dans son rôle en accueillant des élèves d’origines diverses dont les familles sont en recherche d’encadrement, de sérieux et, pourquoi pas, d’une vraie possibilité d’intégration avec à la clef toutes les promesses de l’égalité des chances ainsi que celles d’un ascenseur social qui se remettrait à fonctionner.

Ainsi que l’explique Philippe Delorme, le secrétaire général de l’enseignement catholique :

Nos instances ont défini des politiques nationales destinées à privilégier la mixité sociale et le développement des formations professionnelles, pour que l’accueil de tous soit une réalité.

Mais il n’est pas rare que ces écoles ne deviennent elles aussi les cibles des incivilités et des violences qui gangrènent les quartiers dans ou à proximité desquels elles sont situées. Les parents et enseignants interrogés par Mediapart le disent et les élèves ainsi que le personnel de l’école primaire Monseigneur Cuminal située en bas d’une tour du quartier d’Étouvie à Amiens viennent d’en faire la triste expérience :

L’école subit quotidiennement les jets d’objets et de déchets en tout genre lancés depuis les étages au pied des classes. Des agressions du voisinage, différents trafics à proximité, des intrusions et occupations sauvages de la cour, des rodéos près de l’école participent à l’insécurité et empêchent l’école de fonctionner normalement.

Résultat, cette annexe de quatre classes ouvertes spécialement pour apporter une solution éducative à des familles abandonnées par les pouvoirs publics se trouve en quelque sorte abandonnée elle-aussi par défaut de présence et d’action régalienne dans son quartier et sera fermée à la fin de l’année scolaire. Les élèves seront éventuellement redéployés dans d’autres locaux.

Il eut cependant été étonnant que Mediapart ne donnât pas la parole au sociologue de service pour qu’il vienne rappeler quand même les vertus égalitaristes indiscutables du monopole étatique de l’éducation :

Il faut déconstruire l’idée de familles libres de leurs choix. Quand on entre dans les détails, le système éducatif est d’autant plus inégalitaire là où il est le moins régulé par la force publique.

Dans son idée, les gens des ghettos n’ont pas vraiment le choix. Ils pensent peut-être permettre à leurs enfants de s’en sortir en quittant l’école publique, mais ils sont voués à déchanter rapidement au regard des critères élitistes et financiers du privé qui, de plus, ne les considérera jamais comme faisant partie du même monde que les autres élèves. La vision marxiste, la lutte de classes.

Laisser le choix aux parents dans l’éducation de leurs enfants, quelle horreur !

De toute façon, il est établi depuis longtemps par les dévoués syndicalistes qui foisonnent dans l’Éducation nationale que l’idée de choix est totalement pernicieuse et contraire au principe de l’égalité. Petit exemple : l’enseignement privé organise des portes ouvertes. À les croire, c’est carrément l’horreur consumériste !

Dans notre fonctionnement, on est obligé de s’aligner sur le privé qui fait des portes ouvertes, donc voilà, on fait des portes ouvertes sinon les parents ne peuvent pas ‘choisir’ l’école. Et donc voilà, on est dans une consommation de l’école. (vidéo, à partir de 18′ 20″)

C’est vrai, quoi ! Laisser le choix aux parents dans l’éducation de leurs enfants, quelle horreur ! Mais qu’on nous rende notre monopole, s’exclament en substance nos syndicalistes, cette concurrence du privé est déloyale !

On ne s’étonnera donc pas de lire en commentaire de l’article de Mediapart l’éternelle diatribe gauchiste contre les financements publics reçu par le privé (comme si les parents du privé ne payaient pas aussi des impôts) ainsi que cette belle envolée d’idéologie complètement butée (photo ci-dessous) :

L’école publique, l’école de la République, la seule école libre, doit être fière d’accueillir tous les élèves sans distinction.

Les témoignages des familles, les récits de leur quotidien, leurs espoirs de réussite ? Rien de tout cela ne fait le poids face au dogme.

La dégringolade éducative de l’Éducation nationale, la violence, le communautarisme ? Un faux problème. L’important c’est l’égalité et l’égalité, cela veut dire : tout le monde sans exception dans la même galère.

Il n’en est que plus drôle de lire à la fin de l’article de Mediapart que l’une des élèves concernées, très à l’aise en classe de CM2 à l’école de la Sainte-Famille à Montpellier, a déjà décidé que plus tard, elle serait… notaire ! Hou la la ! À ne surtout pas dire au sociologue de service !

Sur le web

Monsieur le Président, le nucléaire, c’est oui ou c’est non ?

Par Michel Gay
nucléaire

Par Michel Gay.

La classe politique française stupéfaite semble redécouvrir les vertus de la « souveraineté industrielle » après la scène tragi-comique de l’importation des masques de protection anti-Covid de Chine, alors que, « en même temps », le gouvernement s’engage à réduire de 30 % la production nucléaire en France en la diminuant de 75% à 50 %.

Il a aussi « en même temps » sacrifié la centrale nucléaire de Fessenheim par cuisine politique puante ; en réalité pour un plat de lentilles vertes

Les partis politiques écologistes considèrent même que c’est la première étape vers la destruction complète du nucléaire…

Mondialisation et nucléaire

La mondialisation des échanges et la spécialisation des industries ont structuré l’économie et interdisent un illusoire retour en arrière qui permettrait un made in France pour l’ensemble de notre consommation.

Cependant, au lieu de clamer « réindustrialisation ! » dans les médias en déversant des milliards d’euros de subventions publiques qui iront enrichir des aigrefins habiles à naviguer dans les arcanes financiers des ministères et de la Commission européenne largement influencée par l’Allemagne, il serait plus utile de préserver et d’améliorer nos précieux savoir-faire nationaux.

Nos élites politiques le plus souvent sorties tout droit du cocon des grandes écoles sans passer par les méandres de l’industrie ont pris l’habitude de se mentir, et de mentir aux Français, en se voilant la face devant le déclin industriel en France.

Cette politique irresponsable de l’autruche réjouit les décroissantistes et les profiteurs de subventions qui prospèrent à l’ombre des éoliennes et des panneaux photovoltaïques importés, des « certificats verts » ainsi que du développement de l’hydrogène, tous dotés de milliards d’euros.

Devant le triple effondrement économique, social, et politique qui se profile à l’horizon, la classe politique actuelle aura-t-elle la volonté de redresser la barre et de travailler pour l’intérêt général du pays ?

Il s’agit de soutenir fermement les secteurs compétitifs comme la production d’énergie nucléaire (électricité et chaleur), la construction automobile, l’aviation, l’agro-alimentaire, la métallurgie, l’industrie pharmaceutique, l’électronique et les outils indispensables permettant ces productions dont certaines peuvent parfois ne pas être compétitives au niveau international.

En revanche, il faut abandonner d’urgence les subventions stériles aux « nouvelles énergies » déjà plus que centenaires, comme l’éolien, le solaire et à présent l’hydrogène.

Arabelle, l’excellente turbine nucléaire

L’excellente turbine Arabelle qui équipe quelques fleurons de nos centrales nucléaires récentes, figure parmi les plus puissantes au monde. Elle fonctionne parfaitement depuis plus de 20 ans.

Mais la vente de son fabricant français (Alstom) à l’américain General Electric (GE) en 2014 dans des conditions étranges a remis entre les mains d’une puissance étrangère l’entretien et la réparation des 58 réacteurs nucléaires produisant 75 % de l’électricité en France !

Est-ce une stratégie industrielle délibérée, ou une erreur monumentale, voire une trahison de l’ancien PDG d’Alstom (Patrick Kron) selon Arnaud Montebourg ?

Le ministre de l’Économie, qui a donné son accord sous la présidence de François Hollande, s’appelait Emmanuel Macron…

S’agirait-il d’un retour d’ascenseur, ou d’un clientélisme au détriment de l’intérêt général et des finances publiques ?

La faute semble aujourd’hui d’autant plus criante que la France cherche maintenant à racheter Alstom, fabricant de la turbine Arabelle…

Nucléaire, patrimoine industriel et cécité stratégique

Derrière les beaux discours de façade, les gouvernements français successifs continuent aujourd’hui de détruire le patrimoine industriel de la France. Inconscience ? Naïveté ? Bêtise ? Incompétence ? Aveuglement idéologique ?

La cécité stratégique de notre classe politique semble résulter de sa cupidité à court terme, de son cynisme démagogique, et de sa propension à briller par des coups d’éclats médiatiques soutenant sa communication pour les prochaines élections.

Cette attitude est souvent plus proche de Grand-Guignol que de celle d’hommes d’État ayant une vision industrielle pour son pays.

Il résulte de ce théâtre d’ombres et de discussions en coulisses une pseudo-politique industrielle faite d’annonces où l’art suprême de la politique consiste à faire semblant et à surfer sur le dernier sujet à la mode comme, par exemple, les énergies dites vertes et l’hydrogène.

C’est à qui trouvera le soin palliatif le plus médiatique pour perfuser une économie française de plus en plus malade où la classe politique a oublié que le consommateur doit d’abord produire et gagner sa vie pour ensuite consommer.

Et pour faire vivre et prospérer une industrie dans un monde concurrentiel, il faut commencer par produire le sang d’une économie vigoureuse : une énergie abondante, fiable et bon marché, ce que permet actuellement le nucléaire, et pour longtemps.

Pourtant, un haut représentant de l’État, le Préfet de la Région Normandie, se félicite dans un communiqué de presse du 24 février 2021 « du lancement de la construction du parc éolien en mer de Courseulles-sur-Mer » qui traduirait ainsi « l’accélération de la transition énergétique vers une énergie décarbonée, conformément aux engagements pris par l’État ».

Or, cet État a ordonné la fermeture politique des deux réacteurs de Fessenheim qui produisaient 11 térawattheures (TWh) par an en continu avec 6 grammes de CO2 par kWh selon l’agence gouvernementale ADEME, alors que les éoliennes en mer de Courseulles-sur-Mer ne produiront que 1,2 TWh en émettant plus de 15 g CO2 / kWh.

Les Français s’interrogent aussi sur la confusion stupéfiante qui règne dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) entre les objectifs à atteindre et les moyens imposés, notamment l’implantation à tout prix d’éoliennes.

Un homme aux portes de la cité ?

Pourvu qu’en 2022 vienne « aux portes de la cité » un homme pour sortir enfin la France de cette ornière industrielle et énergétique dans laquelle l’ont conduit l’incurie de nos dirigeants politiques !

Monsieur le président de la République, si vous deviez prétendre être cet homme, alors il faudra vous démarquer totalement de l’écologie anti-technologie et abandonner votre logique du « en même temps » pour dire clairement si, pour l’industrie et pour le nucléaire, c’est oui ou c’est non.

Le secteur privé sauve les petites entreprises : un exemple à suivre

Par Douglas Blair
le secteur privé

Par Douglas Blair.

Victor Child Care Center à New York, était au bord du gouffre.

Les conséquences économiques de la Covid ont ravagé l’entreprise de Laurie Lavery, et elle a dû être économe.

Après de longues journées de travail de 12 heures, cette dame de 64 ans n’avait pas d’autre choix que de passer ses week-ends à genoux pour nettoyer les toilettes et le sol, afin que sa crèche soit propre pour la semaine suivante.

Mais malgré ces efforts importants, les factures se sont amassées.

Désespéré à l’idée que l’entreprise coule, son fils Kevin a réalisé une vidéo sollicitant de l’aide et l’a envoyée à une grande association nationale avec l’espoir d’obtenir un secours.

Le 21 janvier, madame Lavery a reçu un appel qui a changé sa vie. Elle allait obtenir l’argent nécessaire pour continuer.

Victor Child Care Center gets the call. #BarstoolFund pic.twitter.com/6m74StRMN2

— The Barstool Fund (@BarstoolFund) January 21, 2021

 

Victor Child Care Center n’est pas le seul business mis à terre par le virus.

Une étude de septembre 2020 de Yelp a estimé que près de 60 % de petites entreprises ont dû fermer définitivement leurs portes à cause de la Covid-19. Ce nombre augmente chaque jour.

Les difficultés cauchemardesques que rencontrent David Portnoy et son entreprise Barstool Sports le démontrent.

Barstool Sports a été fondée à New York par David Portnoy en 2003. Elle est connue par beaucoup comme la pop-culture des sports sur Twitter et les autres réseaux sociaux. Portnoy lui-même est un élément essentiel de la marque, il attire l’attention sur lui et son business en clashant d’autres personnalités d’Internet sur les réseaux sociaux.

Le 17 décembre, Portnoy a annoncé la création du Barstool Fund.

Initialement financée par Portnoy à hauteur de 500 000 dollars et exclusivement dirigée vers les entreprises de New York City, l’association est depuis devenue une entreprise énorme. Au moment d’écrire ces lignes, le fonds a recueilli presque 36 000 000 dollars de la part de petits et grands donateurs et a soutenu financièrement 266 petits business à travers les États-Unis.

Les entreprises peuvent faire une demande sur le site web du Barstool Fund en envoyant une vidéo de présentation exposant leur projet avec l’argent. Si elles sont sélectionnées, les fonds parviennent rapidement à leur propriétaire, normalement dans un délai de deux à trois jours.

Puis Portnoy publie les vidéos adressées par les créateurs, accompagnées des siennes afin de solliciter les entreprises sur les réseaux sociaux du Barstool Fund.

Les fonds sont disponibles pour n’importe quelle petite entreprise à condition qu’elle accepte de ne pas licencier son personnel jusqu’à la fin de la pandémie. Le Barstool Fund effectue un contrôle mensuel afin de s’assurer qu’elle bénéficie du soutien nécessaire.

Le secteur privé prend le relais pour aider les entreprises

Tandis que le gouvernement américain n’aide pas les entreprises à survivre, le secteur privé a pris le relais.

Le Barstool Fund est une évidence fondamentale : la charité privée est plus efficace que le gouvernement pour fournir de l’aide aux nécessiteux ; les initiatives communautaires fonctionnent mieux que l’aide fédérale.

Il semble que le Paycheck Protection Program, le programme gouvernemental créé autour du début de la pandémie pour aider les petites entreprises à conserver leurs employés, reviendra pour une seconde initiative. Mais la confiance n’est pas au rendez-vous, étant donnée la vitesse à laquelle le premier cycle de financement s’est épuisé.

Le National Coronavirus Recovery Commission, un projet de la Heritage Foundation, un think-tank américain, qui a réuni les meilleurs experts et penseurs  américains dans la recherche de solutions politiques pour préserver les conditions vie, a fortement plaidé en faveur de bouées de sauvetage à distribuer aux petites entreprises qui incluent des sources privées à financement participatif, comme le Barstool Fund.

Grâce au déploiement des vaccins, le pays entre dans une nouvelle phase de la bataille contre la Covid, mais on ne peut pas s’en satisfaire. Si nous n’agissons pas, nos petites entreprises locales préférées disparaîtront.

Barstool Sports a fait sa part. C’est maintenant à nous.

Cet article est adapté à une article originalement en anglais du Daily Signal

Québec : le flair de François Legault pour gérer la crise

Par Gabriel Lacoste
François Legault

Par Gabriel Lacoste, depuis le Canada.

Récemment, il s’est passé quelque chose d’étonnant dans la province de Québec.

Au tout début, notre chef disait en conférence de presse : « Mes décisions viennent de la santé publique ». La meute de perroquets sur les réseaux sociaux y répétait en chœur « écoutez la science », « les experts disent que », « je suis qui, moi, pour décider ? Ils s’y connaissent mieux.»

L’affaire a commencé à prendre une autre tournure au début du mois d’octobre.

Un obscur député de la campagne gaspésienne a demandé des avis écrits à notre leader. Il voulait vérifier si ses experts lui recommandaient de fermer les restaurants. Notre bien-aimé Premier ministre, François Legault, lui a d’abord répondu qu’il n’avait pas le temps de s’encombrer de telles tracasseries administratives. Il décidait en faisant un caucus, sans procès-verbaux, ni rapports. Ils sont des hommes d’action, voyez-vous…

Notre valeureux député insista, tel un caillou énervant dans son soulier. Finalement, un premier avis a été rendu public au début du mois de décembre. Il a fait l’effet d’une bombe. Horatio Arruda, notre Anthony Fauci national, n’a jamais fait cette recommandation ! Comment le public et les médias vont-ils réagir ? Est-ce que le culte de notre Premier ministre tire à sa fin ? Est-ce que sa réputation pâtira d’un scandale ?

Non. La semaine suivante, des journalistes rendent publiques des informations montrant la nonchalance de son conseiller en chef. Richard Martineau, la vedette des éditorialistes, y alla de cette conclusion : François Legault, le Premier ministre, a été un vrai homme d’État responsable. Horatio Arruda a été le mauvais guide lunatique. Le public a avalé cette opinion, puis l’affaire s’est calmée.

Elle est remontée à la surface la semaine dernière. Profitant d’une bonne nouvelle entourant l’accélération de la campagne de vaccination, monsieur François Legault a jugé opportun de divulguer d’autres rapports au même moment. De façon étonnante, la direction de la santé publique du Québec proposait de suivre une approche comparable à celle de la Suède.

Donc, la sévérité des mesures sanitaires au Québec n’avait pas pour origine les experts entourant notre Premier ministre mais sa propre sagesse. En conférence de presse, il s’en félicite. Il a été plus prudent. Et dans le public, ça passe. Aucun scandale.

Philosophons là-dessus…

Cette affaire illustre le pauvre état de notre démocratie. Je soupçonne également que la leçon a une portée qui dépasse nos frontières.

Notre gouvernement construit notre consentement en mentant, littéralement. Il prétend agir en possession de la meilleure information disponible. Il le fait, car, sinon il n’aurait pas réussi à embarquer le peuple dans son aventure. Il dévie le sujet lorsqu’un député lui demande des preuves. Devant son insistance, il finit par avouer son délit, mais change son argumentaire.

Désormais, il nous dit que c’est son flair qui le guide. Les journalistes l’appuient. Ils acceptent qu’en démocratie un représentant puisse mentir pour obtenir le consentement. Une fois que le public est déjà investi largement dans l’aventure, il devient docile. C’est devenu normal. Le supposé contre-pouvoir que représente la presse accepte. Voilà qui est inquiétant.

La majorité pense que la science guide la stratégie sanitaire. Cette croyance est utilisée par les géants du net pour censurer des opinions. Les opposants sont accusés d’être anti-science, associés à l’homéopathie et au conspirationnisme.

Il n’est pas banal qu’un scientifique réputé, ayant réussi à occuper une position-clé dans le domaine du conseil d’État, ne percevait pas les restrictions actuelles comme étant nécessaires, en tenant compte des coûts et en doutant de leur efficacité. Il indique que ce que le public comprend de la « science » est en réalité une construction politique.

Le pouvoir des lecteurs de journaux à sensation

Qu’est-ce qui motive François Legault à aller plus loin que son expert en chef ? Mon hypothèse ? Son image publique.

Il est utile de se souvenir qu’au mois d’avril, il s’est risqué à défendre publiquement l’immunité collective, dans la lignée des signataires de la Great Barrington Declaration. Il s’est aventuré à opiner dans le sens inverse de sa position actuelle. Les journaux l’ont ensuite critiqué. Il a changé d’idée.

Au mois de septembre, les médias québécois martelaient des faits divers sur des clusters dans les bars et les restaurants. Que fait notre Premier ministre au début du mois d’octobre ? Il interdit la fréquentation des bars et des restaurants.

Au mois de décembre, c’est le tour des voyageurs d’être la cible des journalistes. Que fait-il ? Solennellement, en conférence de presse, il demande au Premier ministre du Canada de contrôler les aéroports et d’interdire les voyages.

Pour le temps des fêtes, notre Premier ministre avance l’idée d’assouplir les règles pour permettre les réunions de famille. Les médias se fâchent. Le fil de nouvelles se résume à « les experts prédisent des morts partout à cause du relâchement du temps des fêtes. » Que fait notre Premier ministre ? Il change d’idée, puis annonce ensuite un couvre-feu et une fermeture généralisée des commerces.

Comment est-ce possible ? Comment la même personne peut passer de « j’obéis à la science » à « allons vers l’immunité collective » à « donnons un peu de répit » à « je suis un grand chef plus prudent que mes experts » ?

Il n’a probablement aucune stratégie. Il ne planifie rien. Il rebondit sur les tendances des journaux à sensation, puis improvise au fur et à mesure des réponses lui assurant une bonne couverture. Il lance des ballons d’essais pour rouvrir la société et il recule si les journaux le désapprouvent. S’il sent de la pression pour faire quelque chose, il répond en ajoutant une restriction.

Les journalistes, eux, vendent de meilleures histoires en l’encourageant à le faire. Le lecteur en demande. Voilà en quoi consiste son administration. C’est une affaire de communication. L’industrie médiatique a pris le contrôle de la démocratie.

Dans cette situation, François Legault n’est pas un berger. Il n’est qu’un mouton qui observe où va le troupeau, puis décide de forcer tous les autres à le suivre.

Est-ce que c’est une falaise ? Il n’en a aucune idée. Il a seulement un flair.

2022 : la saison est ouverte

Par René Le Honzec

Le regard de René Le Honzec.

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Crise sanitaire : l’appel désespéré de la jeunesse

Par Élodie Keyah
Crise sanitaire

Par Élodie Keyah pour Students for Liberty France.

La jeunesse aura définitivement été la grande sacrifiée de la crise sanitaire. Pointée du doigt en permanence depuis le début de la pandémie ; objet d’une campagne de culpabilisation délétère et accusée – à tort – d’insouciance face à la propagation du virus, la « génération confinée » demeure la première victime des restrictions depuis mars.

Confinements successifs, couvre-feu, fermeture des universités et hausse du chômage auront engendré des effets terribles sur la santé des jeunes. Un rapport alarmant de la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale révèle les effets délétères de la crise Covid et du confinement sur un grand nombre d’entre eux : solitude, haut niveau d’anxiété, stress intense, dépression sévère…

En témoigne Alexandre, 21 ans, aujourd’hui très inquiet pour son avenir professionnel :

Si je n’ai pas de pensées suicidaires, ma santé mentale s’est beaucoup dégradée. Je suis de nature optimiste mais l’absence d’horizon sur lequel bâtir des projets m’a mis un sacré coup. Je ne sais pas de quoi demain sera fait, je n’ai plus de motivation, je me demande si j’aurai un travail, un avenir tout court.

Près d’un étudiant sur trois a présenté les signes d’une détresse psychologique, et la moitié d’entre eux a souffert de solitude ou d’isolement pendant le confinement, selon l’Observatoire de la vie étudiante (OVE).

Pour beaucoup d’étudiants comme Damien, 18 ans, braver les interdictions est devenu la condition sine qua non pour survivre :

Mon salut dans cette histoire vient du fait que je ne respecte pas les mesures sanitaires, et je l’assume. Si je le faisais, je ne serais sûrement plus là pour faire ce témoignage. Sortir, maintenir du lien social, continuer à voir des gens… c’est essentiel, et ça vaut de loin toutes les amendes que je pourrais me prendre.

Ce constat inquiétant a le mérite de mettre en lumière l’opposition fallacieuse entre santé et économie, comme si l’économie était une abstraction distincte de l’intégralité de la vie sociale ; comme si l’état de santé d’une population n’était pas corrélé à son niveau de développement économique…

Si l’économie est sacrifiée au nom de la crise, la santé l’est aussi, en témoigne Gauvain, 28 ans, qui admet ne pas avoir pu s’en sortir sans l’aide de sa famille :

Le premier confinement a été pour moi la suite d’une lente descente en enfer où j’ai failli finir par me retrouver à la rue sans rien. Pour bien comprendre la détresse des jeunes, je pense qu’il faut aussi réaliser le contexte dans lequel la crise des confinements s’inscrit. Il faut réaliser que les jeunes, de nos jours, ne vivent pas une situation facile.

Finalement, le confinement généralisé réduit notre capacité à aider les personnes en difficulté, et les plus âgés en particulier. Il est illusoire de croire que les effets négatifs des mesures sanitaires se concentreraient sur les cinq prochaines années. La fermeture des universités a des conséquences majeures sur la formation et les compétences futures de toute une génération. Pour les décennies à venir, toute l’activité économique en pâtira, avec au premier plan la recherche scientifique, l’innovation et la lutte contre le changement climatique.

Si les restrictions étaient relativement acceptables au début de l’épidémie, elles deviennent donc intenables et injustifiées sur plusieurs mois, voire destructrices pour une part non négligeable de la population. Il est donc plus que jamais nécessaire de remettre en cause le sacrifice des nouvelles générations, de leur éducation et de leur avenir, alors même que les moins de 45 ans représentent seulement 1 % des morts de la Covid depuis mars 2020.

Nous appelons donc à la réouverture totale des universités dans le respect des règles sanitaires et à l’intégration du corps enseignant parmi le public prioritaire pour la vaccination ; à la levée des restrictions qui pèsent sur l’activité économique et culturelle, ainsi qu’à l’isolement volontaire et responsable des plus âgés non vaccinés pour une réelle solidarité intergénérationnelle.

 

Signataires :

Arnaud Le Vaillant de Charny, responsable d’équipe
Arthur Nardy, ingénieur, secrétaire du Parti Libéral
Victor Pérot-Guillaume, économiste
Élodie Keyah, coordinatrice nationale SFL France
Guillaume Bullier, ingénieur
Laurent Pahpy, analyste IREF
Guillaume Périgois, consultant
Alexandre Massaux, analyste politique
Yama Darriet, jeune actif
Charles Mazé, jeune actif
Clément Bonnet, jeune diplômé
Vincent Delorme, étudiant
Martin Devaulx de Chambord, volontaire en service civique
Alexandre Boulard, responsable ressources humaines
Gauvain Claus, programmeur
Raphaël Candé, ingénieur
Damien Conzelmann, étudiant
Céline Fusier, étudiante
Alexandre Gouye, étudiant
Alexandre Guay, étudiant
Léo Lictevout, étudiant
Alexis Grand, étudiant
Pierre Faure, étudiant
Astrid Nouvellet, étudiante
François Tourne, étudiant
Enzo Serenari, étudiant
Jeremie Amsallem, étudiant
Vincent Andrès, développeur
Lolita Lavigne, étudiante
Valentin Guillaume, jeune actif

Clubhouse, la nouvelle application qui séduit les amis de la liberté

Par Ali Benchekroun
ClubHouse

Par Ali Benchekroun.

L’application vocale Clubhouse a été lancée en Californie en mars 2020. Jusqu’à aujourd’hui uniquement proposée sur IOS, elle permet à ses utilisateurs de rejoindre des rooms (des salles de discussion), au sein desquelles sont débattus, en temps réel, des sujets allant du développement personnel à l’entrepreneuriat digital en passant par des sujets de société.

Pas de discussion en texte sur Clubhouse, uniquement de la voix. Chaque utilisateur a droit à une seule photo de profil et à une brève description.

Clubhouse

L’intérieur des rooms ressemble à une table ronde à la sauce podcast, avec comme modérateur le créateur de la room, qui peut nommer d’autres membres modérateurs.

Clubhouse

Clubhouse

L’application, pour l’instant en bêta, est passée de deux millions d’utilisateurs en janvier 2021 à plus de 10 millions fin février 2021, selon une réunion publique organisée par le PDG Paul Davidson.

En France, ils sont toutefois à peine 50 000 à avoir téléchargé l’application dépourvue de modèle économique, elle n’a encore aucune entrée d’argent.

Le bref succès du Clubhouse en Chine

Bien que de nombreux réseaux sociaux occidentaux se font bloquer en Chine dès leur apparition, Clubhouse a fonctionné durant plusieurs mois, tenant des débats libres sur des questions interdites par la censure de Pékin, comme la situation des Ouïghours ou la démocratie.

Il est rapidement devenu très populaire, offrant pour la première fois la possibilité d’une communication directe entre les utilisateurs de la Chine continentale et les citoyens de Hong Kong ou de Taïwan.

L’application a été supprimée de l’App Store en Chine le 8 décembre 2020.

À ce jour, les utilisateurs chinois n’ont plus accès à Clubhouse. Cette brève histoire a été relayée par de grands journaux mainstream, ici le New York Times.

Comment fonctionne l’application ?

Malgré le fait qu’elle soit disponible sur iOS, l’application a tout de même choisi de se développer via un système de parrainage. Chaque nouvel utilisateur reçoit deux invitations qu’il peut distribuer à sa guise. Ces dernières sont tellement rares qu’il y eu un jaillissement des mises aux enchères au marché noir valorisant une invitation sur Clubhouse jusqu’à 150 dollars.

Amis de la liberté, soyez prêts et marquez votre territoire, les politiciens ne vont pas tarder à venir vous embêter !

La liberté ne se donne pas, elle se prend. Les premiers arrivants sur ce réseau social auront un privilège historique. De plus, l’application met en valeur le discours et le débat plus que tout autre réseau social, c’est une occasion à ne pas rater pour faire connaître les principes de liberté et en parler à voix haute à toute la sphère francophone ! Si vous avez un iPhone, connectez-vous et vous verrez qui de vos amis y est déjà présent et demandez-leur des invitations.

Turgot : « Réflexions sur la formation et la distribution des richesses »

Par Johan Rivalland
Turgot

Par Johan Rivalland.

Pour qui connaît un peu l’Histoire de la Pensée économique, l’œuvre de Turgot intervient, tout en s’en distinguant sur certains points fondamentaux, dans la lignée des idées des physiocrates, avec lesquels il correspondait et avait des débats intellectuels (de même qu’avec Adam Smith). Mouvement qui s’inscrit lui-même dans la suite logique des idées de Boisguilbert, puis de Cantillon, en réaction aux idées des économistes mercantilistes, qui ont régné durant plus de deux siècles, mais aussi du système de Law.

La formation de la richesse selon Turgot

Les Réflexions sur la formation et la distribution des richesses (1766) s’inscrivent dans la continuité des idées des physiocrates et constituent le socle de l’œuvre économique de Turgot, dont elles fondent, d’une certaine manière, les premiers postulats. À la suite de son vibrant Éloge de Vincent de Gournay, véritable instigateur du « laissez-faire, laissez-passer », sept ans auparavant.

À travers une construction logique, fondée sur cent propositions qui s’enchaînent en une démonstration progressive et harmonieuse, Turgot établit de quelle manière la Terre est la source de toute richesse (si on se replonge dans l’Histoire longue, les progrès économiques ont en effet toujours résulté des progrès et des révolutions agricoles, avant de se diffuser dans les autres domaines de l’économie, une fois les moyens de subsistance assurés, ce qui n’est jamais allé de soi avant au mieux les deux derniers siècles).

C’est elle qui permet, ensuite, d’envisager l’échange et le commerce, en réponse à la multiplicité des besoins et grâce la diversité des aptitudes qui permettent les spécialisations de chacun.

De fait, Turgot remonte aux origines de la propriété, pour montrer comment se sont développés l’exploitation des terres, la spécialisation, la création du surplus, puis l’échange, ou encore le salariat. Il montre aussi les sources naturelles des inégalités dans le partage des propriétés, dont le caractère est inévitable.

Mais il retrace également les origines de la violence et des massacres des premiers temps, fondées sur la faiblesse et les craintes liées aux privations. Jusqu’à ce que la culture adoucisse les mœurs, sans toutefois les corriger entièrement, puisque tant que demeurait la pénurie d’hommes pour exploiter les terres, toutes celles qui existent n’ayant pas encore été occupées, au lieu de tuer les plus faibles, l’intérêt fut de se les approprier pour leur faire travailler les terres. D’où la naissance de l’esclavage.

Dont il montre l’inefficacité, au-delà du caractère destructeur (idée qui ne semble pas même admise de tous aujourd’hui encore). Et avant que les progrès de la civilisation ne le fassent disparaître peu à peu (certes, pas encore totalement et partout) par des conventions.

Dès que cette abominable coutume a été établie, les guerres sont devenues encore plus fréquentes. Avant cette époque, elles n’arrivaient que par accident ; depuis, on les a entreprises précisément dans la vue de faire des esclaves, que les vainqueurs forçaient de travailler pour leur compte ou qu’ils vendaient à d’autres. Tel a été le principal objet des guerres que les anciens peuples se faisaient, et ce brigandage et ce commerce règnent encore dans toute leur horreur sur les côtes de Guinée, où les Européens le fomentent en allant acheter des noirs pour la culture des colonies d’Amérique.

Là où Turgot ne se distingue pas encore des physiocrates est lorsqu’il établit sa qualification des classes de la société de telle sorte que celle des cultivateurs seule est appelée « productrice », alors que les autres (artisans et propriétaires fonciers) sont qualifiés de classe « stérile » ou de « stipendiés ».

Une initiation aux principes de base de l’économie

Pour le reste, au-delà des aspects historiques passionnants sur la valorisation et de l’exploitation des terres, ses idées concernant l’intérêt, la valeur d’échange (qui ne va pas de soi lorsqu’on connaît l’importance des débats sur la valeur dans l’histoire des idées), ou encore le commerce, préfigurent les futures analyses libérales. Le tout étant présenté de manière concise et avec une grande clarté.

De même que les mécanismes de la fixation des prix, résultant du jeu de l’offre et de la demande et des vertus de la concurrence. Puis, l’émergence de la monnaie, le rôle de l’épargne dans l’économie, l’investissement (les avances), les salaires, la formation (autre forme d’avances), le profit.

Mais aussi l’entrepreneur, la création, l’innovation, l’importance des intermédiaires (les marchands, c’est-à-dire avec le vocabulaire d’aujourd’hui les commerçants, négociants, grossistes ou distributeurs, entre autres : tous ceux qui achètent pour revendre), la circulation de la monnaie, le rôle des capitaux et du prêt à intérêt, la notion de risque, l’incidence de la quantité de monnaie émise sur sa valeur.

L’ensemble se lit très vite et très facilement. Et est une excellente initiation à l’économie. Si vous avez des enfants qui sont amenés à, ou qui veulent, s’initier à l’économie en en comprenant les mécanismes de base et les fondements historiques de leur apparition, je vous conseille d’ailleurs vivement de leur faire découvrir cette lecture (même s’il en existe bien sûr d’autres également de très bien). Car il s’agit d’une bien belle leçon d’économie.

 

Anne-Robert-Jacques Turgot, Réflexions sur la formation et la distribution des richesses, CreateSpace Independent Publishing Platform, Editions Dupleix, août 2017, 172 pages.

USA : Joe Biden récompense ses alliés par un plan de relance sur mesure

Par Pierre-Guy Veer
Joe Biden

Par Pierre-Guy Veer.

Maintenant que les démocrates disposent de la trinité politique à Washington – Chambre des représentants, Sénat et présidence – il est relativement facile pour eux de passer n’importe quelle législation.

Comme ils ont terminé (pour l’instant) leur cirque contre Donald Trump, ils dirigent désormais leurs énergies vers des projets de lois qui auront toutes sortes de conséquences « inattendues » et de récompenses pour leurs alliés. C’est notamment le cas du titanesque projet de relance de l’économie de 1,9 billion de dollars – avec 12 zéros – qui se dirige maintenant vers le Sénat.

Supposément rédigé pour remettre l’économie sur pied après presque un an de restrictions sévères, il ne sert qu’à récompenser les alliés de Joe Biden au détriment de la population.

Quelques exemples de distribution de fonds.

  • en faveur de la « justice raciale agricole » et de la « justice environnementale »
  • pour les projets de transport en commun dans la région de San Francisco dont on ne compte plus les dépassements de coûts
  • pour les autochtones : plusieurs millions pour la « préservation de leurs langues » et des aides au logement
  • pour les bureaucrates fédéraux : déjà très bien payés, une enveloppe de plus de 570 millions de dollars de primes pour ceux ne pouvant travailler afin de s’occuper de leurs enfants à cause de la pandémie
  • en direction des écoles : une récompense à peine voilée pour les alliés syndicaux des démocrates de l’enseignement. En effet, lesdits fonds seront alloués jusqu’en 2028, longtemps après – espère-t-on – la réouverture des écoles

Destruction en règle de l’économie

Seulement 5 % de ce plan de relance seront destinés aux problèmes liés au covid, comme la vaccination. Mais au-delà de ce gaspillage d’argent, il est presque assuré que ce plan – comme tous les autres – n’atteindra non seulement pas son but de relance, mais il empirera la situation.

Pourquoi ? Parce qu’au-delà de ce qu’on voit, l’argent perçu par quelques-uns, il y a de multiples conséquences qu’on ne voit pas.

Tout d’abord, on ignore que la responsabilité des politiques économiques étatiques revient majoritairement aux États. New York et la Californie ont subi les restrictions les plus draconiennes ; tout l’argent du monde ne saurait remettre l’économie à son niveau de l’an dernier. De plus, certains articles du plan de relance offriraient des bénéfices d’assurance-emploi pouvant décourager les travailleurs dans leur retour au travail. Un économiste estime même que jusqu’à quatre millions d’emplois pourraient disparaitre avec de telles politiques.

Enfin, on ne pourra pas ignorer les éléphants dans la pièce bien longtemps : le déficit et la dette. Le premier avait explosé sous Donald Trump, et sa tendance ne diminuera certainement pas sous Joe Biden, oscillant toujours autour du billion de dollars. Quant à la dette, on estime qu’elle doublera d’ici 30 ans, et selon un scénario utopique : aucune nouvelle dépense, levée d’impôts ou hausse des taux d’intérêts.

Ce dernier point est presque impensable, considérant que personne ne veut répéter Weimar, le Zimbabwe ou ces autres pays affectés d’hyperinflation. Avec une hausse constante des réserves de la Fed – elles ont presque doublé depuis l’an dernier – une hausse des taux d’intérêts n’est qu’une question de temps. Et avec elle viendra finalement l’effondrement de la reprise d’Obama, financée en surchauffant la planche à billets.

Bref, comme ce fut le cas il y a presque 13 ans, le plan de relance vise davantage à récompenser les alliés politiques de Joe Biden qu’à vraiment aider la population. Car si tel était le cas, le gouvernement ne ferait rien, comme Warren Harding en 1920. Il s’assurerait aussi que l’économie ne serait pas fermée et ne prendrait pas de mesures pour punir les petites entreprises avec un doublement du salaire minimum.

La mesure a temporairement été rejetée, mais ne la considérez pas morte. Comme un zombie, elle reviendra sans aucun doute.

Réseaux sociaux : Big Bercy is watching you !

Par Yannick Chatelain
réseaux sociaux

Par Yannick Chatelain.

Dans sa volonté de lutte contre la fraude fiscale, le gouvernement, sous l’égide de Gérald Darmanin alors ministre de l’Action et des Comptes publics avait initié le data mining pour « chasser les fraudeurs ».

Big Bercy is watching you

Il avait par ailleurs souhaité par la suite renforcer son champ d’investigation de tracking des potentiels fraudeurs en mettant en place une surveillance des réseaux sociaux, précisant que les outils informatiques dédiés, seraient « limités à traquer trois cas de fraude : le trafic de marchandises (cigarettes), l’activité professionnelle non déclarée et la domiciliation fiscale frauduleuse. »

Dans sa décision rendue le 27 décembre 2019, le Conseil constitutionnel avait estimé que « le législateur a assorti le dispositif critiqué de garanties propres à assurer, entre le droit au respect de la vie privée et l’objectif de valeur constitutionnelle de lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, une conciliation qui n’est pas déséquilibrée. »

Le mercredi 13 novembre 2020, nonobstant un avis très sévère de la CNIL, les députés avaient adopté l’article 57 du projet de loi de finance pour 2020 octroyant le droit, « à titre expérimental et pour une durée de trois ans » aux services fiscaux et douaniers de collecter en masse les données des Français sur les réseaux sociaux et les plateformes de commerce en ligne.

Avec le Décret d’application n° 2021-148 du 11 février 2021, publié le 13 février 2021 soyez-en informés :  « Big Bercy is Watching you », et est désormais autorisé  à mettre en place un algorithme visant à détecter des publications sur internet prouvant qu’un contribuable est coupable de fraude.

Ciblant originellement les entreprises, le CFVR (pour ciblage de la fraude et valorisation des requêtes) s’appuie sur l’intelligence artificielle et a pour vocation l’analyse des données des contribuables et l’identification automatique des cas suspects de fraude.

Notons que l’apport du data mining (pré article 57), a d’ores et déjà permis de générer 335 millions d’euros de redressement fiscal en 2018 et près du double en 2019, soit 640 millions d’euros avec un taux de de 67,5 % contre un peu plus de 64 % en 2018. L’add-on controversé qui permet désormais une incursion dans la vie privée en scrutant les réseaux sociaux portera-t-il les fruits escomptés par Bercy… Patientons.

Notons qu’un rapport devra être remis au Parlement ainsi qu’à la CNIL à l’été 2022 afin d’évaluer « la pertinence et l’efficacité du dispositif et si l’amélioration de la lutte contre la fraude fiscale – qui constitue un objectif à valeur constitutionnelle – est proportionnée à l’atteinte portée au respect de la vie privée. »

Réseaux sociaux et rixes : où est Big Beauveau ?

Si je pointe en avant-propos les moyens développés par le ministre de l’Action et des Comptes publics, ce n’est pas pour revenir sur une approche qui demeure très discutable, mais pour mieux mettre en perspective l’absence de ce type de moyens pour prévenir des drames !

Lorsque Gérald Darmanin, désormais ministre de l’Intérieur, annonce des renforts et accuse les réseaux sociaux d’encourager des rixes mortelles, lorsque madame la préfet parle de problème systémique et indique dans son communiqué que la rivalité entre des mineurs de Saint-Chéron et de Dourdan, remonte à cet été « sur fond de messages, d’insultes et de provocations sur les réseaux sociaux » et que des joutes verbales sur les réseaux sociaux se traduiraient par des drames et la mort de très jeunes adolescents, des questionnements légitimes se posent.

Oubliés les apports précieux et glorifiés des réseaux sociaux lors du Printemps arabe permettant aux populations de s’organiser pour combattre l’oppression. Il n’est maintenant pas un jour où les réseaux ne sont pas pointés du doigt pour des usages dévoyés, harcèlement moral, doxxing, etc.

Aussi dès lors qu’un ministre d’État désigne des responsabilités et pointe celle des réseaux sociaux, il est toujours à redouter qu’une nouvelle loi aux contours flous ne vienne s’abattre sur la liberté d’expression, pour un peu plus de contrôle et toujours davantage de censure, sans efficacité probante sur les phénomènes ciblés, mais porteuse potentielle de nombreuses dérives se situant au-delà de la problématique supposée être solutionnée.

Gérald Darmanin à propos des rixes: « Les réseaux sociaux et leur mimétisme contribuent souvent à ces confrontations » pic.twitter.com/IU05t0QkP3

— BFMTV (@BFMTV) February 23, 2021

Au demeurant le ministre a également pointé la responsabilité des parents, le rôle de l’Éducation nationale et a promptement annoncé l’arrivée de gendarmes. Si on ne peut que saluer la mobilisation d’un certain nombre de moyens, le phénomène des rixes n’est pas nouveau, tant s’en faut.

Il apparait utile de rappeler que depuis 2016, 230 rixes ont été comptabilisées à Paris. En juin 2019 huit jeunes y avaient laissé la vie, parmi lesquels des mineurs.

« États généraux de prévention des rixes » et réseaux sociaux

Huit mois après le lancement des états généraux de prévention des rixes lancés par la ville de Paris en octobre 2018, Anne Hidalgo avait présenté en juin 2019 la stratégie parisienne de prévention des rixes.

Outre le recrutement de médiateurs c’est dans ce cadre qu’avec le soutien de la Ville de Paris, l’APSV a mis en place une formation pour informer et outiller les acteurs de terrain sur leurs approches éducatives dans le cadre de l’évolution du numérique, le contenu de la formation apportant aux professionnels « une meilleure connaissance du fonctionnement des réseaux sociaux par la pratique concrète des usages de Snapchat, Instagram ou WhatsApp ; ces réseaux étant utilisés par les jeunes dans les rixes pour organiser les rassemblements, se lancer des défis ou des provocations, ainsi que pour diffuser des vidéos des affrontements. »

Au demeurant, par-delà la connaissance du terrain, ce type de formation ne permet pas de faire remonter de l’information en scrutant les signaux faibles, tout comme se targue de pouvoir désormais le faire Bercy avec l’appui de l’IA pour les fraudeurs.

Comme l’explique le commissaire Julien Herbaut, « les signaux faibles, annonciateurs d’une telle explosion de violence » entre bandes, étant à ce jour très difficiles à identifier.

Ce que Bercy a prétention à mettre en place pour de l’argent, Beauveau peut-il le faire pour sauver des vies ?

La vie de nos jeunes ne devrait-elle pas bénéficier de ce même type de développement, d’une part naturellement pour sanctionner ce qui peut l’être, fût-ce a posteriori bien sûr, notamment lorsque les auteurs d’agressions se mettent en scène pour valoriser leurs sinistres exploits, mais d’autre part, pour se doter d’outils technologiques permettant d’anticiper, afin que les médiateurs et les forces de l’ordre puissent agir au plus tôt, avant même que ce type de vidéos ne puissent être tournées, la rixe en préparation ayant été ipso facto désamorcée.

 

Les réseaux sociaux et la digitalisation des conflits

Pour ce qui est des réseaux sociaux, le sociologue Marwan Mohammed, spécialiste des jeunesses urbaines explique cette digitalisation des conflits avec trois effets principaux :

  • Leur naissance se joue désormais également dans la sphère numérique et peut déborder sur l’espace public.
  • L’affrontement est désormais suivi en temps réel par des centaines de personnes.
  • Ils créent un espace numérique des réputations. Auparavant, elles se construisaient dans l’espace physique, entre le collège, le lycée, le bus scolaire… Tout cela existe toujours, mais aujourd’hui les faits et le prestige sont aussi commentés.

Quand le coup de tonnerre éclate, il est trop tard pour se boucher les oreilles – Sun Tzu

C’est donc bien au niveau de la naissance d’un conflit que les moyens en IA manquent cruellement aux acteurs concernés qui ne peuvent se contenter de leur connaissance du terrain pour scruter quasi manuellement les réseaux et un nombre nécessairement réduit de comptes, ceux de quelques meneurs connus… Comment dès lors identifier un départ d’incendie qui pourra être mortel ?

Au regard des moyens mis en œuvre pour profiler des fraudeurs au fisc, nous parlons ici de vies perdues, qui elles n’ont pas de prix. Aussi et pour conclure, que n’a-t-on développé place Beauvau les moyens dont s’est cru bon de se doter Bercy, non pas pour censurer, pour produire une nouvelle loi – une énième loi devrais-je dire – pour donner l’impression d’agir, mais au-delà d’un toujours plus de pédagogie et de dialogue indispensables, pour développer et doter les acteurs concernés des outils IA adéquats en mesure de détecter les signaux faibles annonciateurs d’une probable dérive, permettant alors aux médiateurs et aux forces de l’ordre d’aller au contact de la jeunesse avant que le pire ne se produise.

Le plan de l’UE sur le salaire minimum est contre-productif

Par IREF Europe
salaire minimum

Par Mohamed Mouti.
Un article de l’Iref-Europe

Des interactions sociales ressenties comme injustes suscitent généralement une demande de rectification par la loi. Mais ce type d’intervention n’est pas sans coût et a des conséquences imprévisibles.

Le 28 octobre, la Commission européenne a lancé une procédure législative visant à garantir un « salaire minimum adéquat » dans les États membres de l’UE en réponse à la pandémie de coronavirus, afin d’aider les travailleurs touchés par la crise. Il serait exigé que les pays de l’UE fixent leur salaire minimum en tenant compte d’un certain nombre de paramètres nationaux, tels que le coût de la vie, le prix des logements et le PIB par habitant.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a toujours plaidé en faveur d’un outil juridique qui garantirait un salaire minimum équitable. Elle saisit donc l’occasion qui se présente avec la crise. L’opinion publique semble prête à accepter des mesures qui pourraient compenser les inégalités créées par les pandémies.

La proposition est fondée sur l’article 153, paragraphe 1, point b), du traité sur le fonctionnement de l’UE (TFUE) relatif aux conditions de travail, et prévoit une consultation des partenaires sociaux en deux étapes, conformément à l’article 154 (TFUE). La proposition de la Commission sera soumise au Parlement européen et au Conseil pour approbation. Ensuite, les États membres auront deux ans pour transposer la directive en droit national.

Actuellement, 21 États membres de l’UE ont un salaire minimum déterminé par la loi, mais dans six autres (Autriche, Chypre, Danemark, Finlande, Italie et Suède), le taux du salaire minimum est fixé uniquement par le biais de négociations collectives. Ces mêmes pays préféreront probablement leurs dispositions actuelles, qui ont plutôt bien fonctionné jusqu’à présent.

Opposition et soutien au projet de la Commission européenne

Depuis que la Commission a annoncé son projet d’introduire une initiative législative visant à garantir des salaires minimums dans toute l’UE, les partisans, les opposants et les sceptiques remettent en question le droit de l’UE à agir dans ce domaine.

D’un côté, les organisations représentant les travailleurs européens ont largement salué les propositions. De l’autre, les représentants des employeurs, le Conseil des communes et régions d’Europe (CCRE) et les pays disposant d’une législation non contraignante sur le salaire minimum partagent les mêmes préoccupations, à savoir que les salaires sont mieux fixés par des conventions collectives entre des partenaires sociaux forts et autonomes au niveau national.

De plus, les associations d’employeurs affirment que ce plan pourrait mettre en danger des entreprises européennes, déjà fortement touchées par la crise pandémique. En particulier, l’organisation européenne des employeurs de l’industrie et de la technologie a clairement indiqué que l’UE ne dispose d’aucune base juridique pour introduire une législation de ce type, puisque l’article 153, paragraphe 5, exclut la fixation des salaires des compétences de l’UE.

La loi sur le salaire minimum fragilise l’emploi et nuit aux plus vulnérables

La fixation d’un salaire minimum conduit généralement à exclure du marché du travail les travailleurs peu qualifiés, les employeurs écartent les salariés dont le salaire devient plus élevé que leur apport.

Les économistes Jeffrey Clemens et Michael Wither ont analysé la hausse de 30 % du taux effectif moyen du salaire minimum aux États-Unis, d’août 2008 à juillet 2009, et ont constaté que cette hausse a réduit l’emploi des adultes en âge de travailler de 0,7 point de pourcentage : 1,4 million de travailleurs, dont 45 % étaient âgés de 15 à 24 ans.

David Neumark, Mark Schweitzer et William Wascher ont présenté des résultats similaires : l’augmentation du salaire minimum rend plus difficile la sortie de la pauvreté pour les ménages à faibles revenus.

En 2016, le gouverneur de Californie a signé un projet de loi visant à augmenter progressivement le salaire minimum, jusqu’à 15 dollars de l’heure d’ici 2022. La conséquence a été que de nombreuses entreprises ont fermé, que d’autres ont déménagé et que des milliers de personnes se sont retrouvées sans emploi. Selon David Macpherson et William Even, d’ici 2022, la Californie perdra près de 400 000 emplois, dont environ la moitié dans le commerce de détail et l’industrie alimentaire.

Une autre expérience qui s’est mal terminée a été menée en Grèce, où le salaire minimum est passé de moins de 600 euros (en 2000) à près de 900 euros (2011). Résultat : plusieurs entreprises grecques ont réduit leurs activités ou ont tout simplement fermé.

Certaines se sont installées dans les pays voisins, où les salaires étaient plus bas, tandis que d’autres ont augmenté les prix, faisant peser la charge des coûts sur les consommateurs, ou ont demandé des subventions gouvernementales.

Il n’est pas surprenant que les entreprises et les investisseurs étrangers aient quitté la Grèce. Les politiciens ont compris le message, et en 2014, ils ont réduit le salaire minimum à 684 euros. Pourtant, ces trois années d’économie erratique – la productivité et la compétitivité ne peuvent être déterminées par la loi – ont provoqué des dommages durables et ont été payées cher, surtout par ceux que cette même législation était censée aider.

Si le président élu Joe Biden donne suite à sa proposition d’introduire un salaire minimum de 15 dollars de l’heure, des emplois seront perdus et les prix augmenteront, les entreprises américaines seront tentées de répercuter le coût sur les consommateurs. Le bureau du budget du Congrès, non partisan, prévoit que la fixation d’un salaire minimum de 15 dollars à l’échelle nationale détruirait de 1,3 à 3,7 millions d’emplois.

Dans le même ordre d’idées, l’Institut des politiques de l’emploi conclut qu’un salaire minimum fédéral de 15 dollars supprimerait 2 millions d’emplois. Si la conception de Joe Biden du salaire minimum devient une loi, les travailleurs en paieront le prix fort.

Il faut espérer que ces résultats seront pris en compte dans l’élaboration des politiques futures, et notamment que l’Union européenne en tirera la leçon pour revenir sur sa proposition d’un salaire garanti européen…

Sur le web

Nicolas Sarkozy trumpisé ?

Par Frédéric Mas
Nicolas Sarkozy

Par Frédéric Mas.

La condamnation de Nicolas Sarkozy le met politiquement sur la touche à moins d’un an de la future élection présidentielle. Ce lundi, l’ancien président de la République a été condamné à trois ans de prison dont un ferme dans l’affaire dite des « écoutes » par le tribunal correctionnel de Paris.

Aux yeux de la justice, Nicolas Sarkozy, son avocat Thierry Herzog et le magistrat Gilbert Azibert se sont rendus coupables de trafic d’influence et de corruption. « Nicolas Sarkozy était le garant de l’indépendance de la justice mais il s’est servi de son statut de président de la République pour gratifier un magistrat ayant servi son intérêt personnel », a déclaré la présidente du tribunal.

Les trois condamnés disposent maintenant de dix jours pour interjeter appel.

#Sarkozy: Non ce n’est pas une ‘affaire des écoutes’ !
Il s’agit d’un ex-président jugé pour corruption et trafic d’influence. Nuance.
Et si il n’y avait que cette casserole… pic.twitter.com/X0RMj0CZR0

— CoyLoup (@CoyLoup) March 1, 2021

Plusieurs voix se sont élevées à droite et à l’extrême droite pour protester contre la sévérité du jugement, la partialité du PNF, tout comme la pauvreté des éléments du dossier contre l’ancien chef de l’État. À gauche et à l’extrême gauche, c’est au contraire la joie et une peine saluée comme exemplaire.

Soutien indéfectible à @NicolasSarkozy. La sévérité de la peine retenue est absolument disproportionnée et révélatrice de l’acharnement judiciaire d’une institution déjà très contestée. Toute la lumière devra être faite sur les méthodes et l’indépendance du #PNF.

— Christian JACOB (@ChJacob77) March 1, 2021

Je ne vois pas comment, juridiquement, la condamnation a pu être fondée. Dans le pire des cas, dans cette affaire, on est en présence d’un « pacte de corruption » illusoire, irréalisé, fantasmatique… #Sarkozy #AffaireDesEcoutes pic.twitter.com/EVCCUvDeQx

— Gilbert Collard (@GilbertCollard) March 1, 2021

Nicolas #Sarkozy vient d’être condamné à 3 ans de prison dont deux avec sursis pour corruption et de trafic d’influence.

Du coup j’espère qu’il restera cohérent avec lui même et qu’il ne demandera pas d’aménagement de peine. pic.twitter.com/XYzEXngdo5

— Jean Hugon (@JeanHugon3) March 1, 2021

« Il faut que les peines soient exécutées. La non-exécution des peines, c’est l’impunité. » #Sarkozy https://t.co/ggDlefTjUo

— Éric Piolle (@EricPiolle) March 1, 2021

Politiquement, c’est un soulagement pour ses adversaires qu’ils soient de droite ou de gauche. Son retour en politique aurait pu être l’occasion de ressusciter un clivage droite/gauche que populistes et macronistes préfèrent voir mort et enterré.

En effet, 52 % des Français avaient une bonne opinion de l’ancien président de la République au mois d’octobre 2020.

Statistique: Que pensez-vous de Nicolas Sarkozy ?* | Statista
Statistiques Statista.

Nicolas Sarkozy était particulièrement populaire chez les militants de droite car pour beaucoup, il semblait le seul à pouvoir rassembler un parti républicain (LR) éparpillé façon puzzle.

La droite modérée se cherche en effet toujours un leader pour la présidentielle. Selon les sondages, et malgré la popularité relative de Xavier Bertrand, LR n’a pour l’instant pas la force électorale pour changer l’issue du second tour, bloqué sur le face à face Le Pen/Macron.

🗳🇫🇷#présidentielle2022

🔥 Marine #LePen 26%
🟠 Emmanuel #Macron 25%
🔵 Xavier #Bertrand 18%
🔴 Anne #Hidalgo (UG) 13%
🟣 Nicolas #DupontAignan 7%

Sondage IFOP pour le JDD pic.twitter.com/yPZD4tFjrk

— Théo (@Dumontherium) October 3, 2020

À gauche, l’image autoritaire et droitière de l’ancien président de la République aurait pu également remobiliser, mais contre lui. La haine que la gauche voue à Nicolas Sarkozy aurait pu ainsi servir de ciment pour la fameuse « union de la gauche » aujourd’hui totalement impossible. Le PS est réduit à l’état de groupuscule, EELV n’est pas populaire en dehors des métropoles et LFI ne décolle pas. Sarkozy aurait pu jouer l’épouvantail « fasciste » comme il l’a fait pour l’élection de François Hollande.

Nicolas Sarkozy trumpisé ?

Alors qu’aux États-Unis l’ancien président Donald Trump échappe au jugement pour impeachment, l’ex-chef de l’État français est condamné. Les ennemis de Trump enragent, ceux de Sarkozy exultent. Les démocrates américains et la gauche française espéraient de la justice une condamnation exemplaire pour barrer la route à toute réélection. Dans les deux cas, l’aventure continue, malgré les affaires.

Passeport sanitaire : vous allez adorer la Dystopie Du Monde d’Après

Par h16
passeport

par h16

Au courant de l’année 2020, certains hardis chroniqueurs s’étaient piqués au jeu des prédictions, avec (niveau facile) des propositions sur la façon dont l’épidémie serait gérée, sur le niveau général de dégâts que les mesures provoqueraient sur l’économie et le tissu social (niveau moyen) et sur les démarches que le gouvernement allait entreprendre pour nous plonger dans une dystopie orwellienne (niveau difficile).

Rapidement classés comme affreusement complotistes voire (horreur) directement issus de la fachosphère, les éléments qu’ils proposaient furent heureusement bien vite démentis par les autorités, réfutés par les journalistes, démontés par les chroniqueurs et analystes chevronnés de toute l’intelligentsia parisienne et aussi vite oubliés par tout un peuple-pâte-à-modeler propagandisé jusqu’au trognon.

Pourtant, une petite relecture du billet du 16 décembre dernier impose une petite réflexion au vu de ce qui se passe actuellement dans le monde, en Europe et en France.

On y évoquait un traçage de plus en plus fin des individus, la disparition du cash, la mise en place d’un revenu universel et celle d’un passeport vaccinal. Quelques mois plus tard, bien sûr, le cash n’a pas disparu et le revenu universel n’est pas apparu. Pas encore.

Le traçage des individus, lui, continue gentiment de se mettre en place, pour le meilleur et, c’est garanti par construction, aussi pour le pire qu’on évacuera très vite en montrant avec gourmandise à quel point se faire pister par les autorités est souhaitable et bénéfique.

Pour le passeport vaccinal, c’est la même chose : au milieu de l’année dernière, il n’était pas question de le mettre en place et la vaccination resterait, quoi qu’il arrive, sur une base volontaire, ce qui veut bien évidemment dire que la vaccination va devenir obligatoire et le passeport assez vite imposé.

Cette vaccination obligatoire sera probablement un peu délicate à imposer dans les esprits des moutons patients et du personnel soignant, mais le travail de propagande sanitaire se met, lentement, doucement, sûrement en place. Petit à petit, on explique à la fois que le vaccin permet de se protéger et de protéger les autres, mais qu’il faudra malgré tout l’imposer pour garantir que tout le monde l’a eu, comme si ceux qui n’étaient pas vaccinés pouvaient malgré tout représenter un danger pour les autres, vaccinés donc protégés-mais-pas-assez…

Malgré la bancalité évidente de ce non-raisonnement boiteux, on pousse donc une stratégie « zéro-covid » pour ancrer dans les esprits l’absolue nécessité de picouser tout le monde de façon indiscriminée alors même qu’il est connu que tenter d’éradiquer un virus moyennement immunisant, multipliant les foyers endémiques chez différents animaux comme les visons, les pangolins, les chauve-souris, les chiens, les chats, les veaux, les hamsters, les singes, les furets, est une stratégie vouée à l’échec de façon certaine.

La multiplication des variants permet d’ailleurs d’acheminer des wagonnets de petits boulets de peur concentrée dans la grande fournaise de l’actualité brûlante de nos médias enfiévrés : les pays en proie à une véritable épidémie de tests tous azimuts constatent forcément l’abondance de cas et de types de virus.

Que ceci ne se traduise plus par une avalanche de malades n’intéresse personne puisqu’il ne s’agit plus de lutter contre une maladie mais de favoriser de nouveaux réflexes mentaux.

L’objectif est clair : il faut bien faire comprendre la nécessité impérieuse de tracer tout le monde, le respect scrupuleux, total et réitéré de toutes les vaccinations à venir constituant une étape indispensable de la soumission de tous au gouvernement et aux administrations.

On voudrait croire que c’est une exagération, voire un bon gros complot, mais les nouvelles du monde viennent malheureusement confirmer la tendance : la vaccination qui n’est normalement pas obligatoire en Espagne prend un tour pas trop cocasse en Galice où ceux qui refuseront de se faire piquer pourront se voir infliger une amende de 1000 à 60 000 euros. Les autorités locales ont beau tortiller le sens des mots pour tenter de faire croire que ceci ne revient pas de fait à une obligation, le citoyen galicien devra se faire une raison (ou plier bagages) s’il ne désire pas (le sot qu’il est) bénéficier des merveilleuses avancées technologiques qu’on lui propose ainsi si généreusement.

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Et pour la France, il n’en va finalement pas de façon fort différente : l’obligation vaccinale n’est, on le rappelle, toujours pas au menu… Mais l’idée du passeport continue à faire son chemin.

Dans une magnifique application d’apartheid qui ne veut pas dire son nom, le gouvernement envisage donc assez posément d’imposer une discrimination d’accès à certains individus en fonction de leur état de santé et de leur état vaccinal ou de leur bilan sanguin, dépossédant un peu plus les individus de leur responsabilité et de leur autonomie à s’occuper de leur propre santé, à se protéger, à prendre eux-mêmes les mesures qu’ils estiment nécessaires, à évaluer par eux-mêmes leurs risques.

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On attend avec intérêt les détournements évidents de cette technologie.

Le premier pas consistera à rester dans le domaine de la santé en interdisant certaines activités à des personnes dont le sympathique petit « pass-santé » montrera qu’ils sont à risques : trop de cholestérol, des marqueurs cancéreux, la présence de certaines substances, autant d’éléments qui pourront justifier que tel individu n’aura plus accès à telle ou telle facilité, telle ou telle activité, telle ou telle assurance, etc.

Le second pas consistera à coupler cette magnifique invention avec les nouvelles technologies : qui ne rêverait pas d’être chaque jour évalué pour ses activités, et se faire (gentiment, bien sûr) rappeler par nos autorités de tutelle que telle nourriture n’est pas bonne pour notre santé, que telle activité est risquée ou – pire – pollue notre mère-planète…

La santé physique n’étant qu’un pan du vrai bonheur sanitaire, l’autre étant la santé mentale, l’étape suivante consistera sans doute à garantir que nos lectures, nos fréquentations et nos discours ne provoquent pas la détresse, la peur ou l’angoisse chez les autres (il faut en finir avec toutes les micro-agressions que nous faisons tous quotidiennement sans le savoir, voyons !). Dès lors, ce passeport évoluera pour garantir que nous avons fait l’effort de policer nos discours, nos lectures, nos fréquentations, et tout ira encore mieux dans notre monde et notre tête. Mais si, vous verrez.

Ah, non, vraiment, je ne vois pas ce qui pousserait les complotistes à comploter. Les mois qui viennent de passer ont largement prouvé que leurs fantasmes ne tenaient pas du tout la route.

Circulez, il n’y a rien à voir et tout va bien se passer.


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