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Aujourd’hui — 28 octobre 2020Contrepoints

Pendant ce temps, l’absurde guerre contre la voiture continue

Par h16
diesel

par h16

Ce n’est pas parce que la France se reconfine partiellement, localement ici et là, s’emmitoufle gentiment en attendant la faillite généralisée de ses forces vives dans le chuintement subtil de ses prouts républicains, qu’il faudrait se laisser aller : l’important, au pays du vin et des fromages est que les taxes continuent à pleuvoir.

Et comme de juste, elles pleuvent donc.

Que voulez-vous mes braves, c’est qu’un État dodu comme l’État français, ça ne vit pas d’amour et d’eau fraîche ! Un gros État ventripotent, omniprésent, omnigaffeur et turbo-endetté, c’est que ça boulotte, ça engloutit, ça consomme comme rien d’autre, ma brave dame !

Et pour pouvoir gober autant de richesses avec un tel appétit, pour pouvoir aspirer plus de 1100 milliards d’euros tous les ans pour des hôpitaux délabrés et débordés aux personnels épuisés, des forces de l’ordres délabrées et débordées aux personnels épuisés, une Éducation nationale délabrée et débordée aux personnels épuisés, des prisons vétustes et délabrées aux personnels épuisés, une justice injuste, grotesque, faible avec les forts et forte avec les faibles, bref, pour tout ça, il faut de la bonne grosse taxe qui tache !

Or, ça tombe bien : s’il y a bien une chose donc on ne manque pas au gouvernement, c’est d’imagination lorsqu’il s’agit de créer une nouvelle taxe ou d’accroître les taxes existantes.

Comme, de surcroît, les autorités publiques ont depuis plusieurs années déclaré une guerre ouverte à la voiture, leurs conducteurs et tous ceux qui fricotent de près ou de loin avec cette invention diabolique, ce n’était qu’une question de temps pour qu’enfin soit correctement sanctionnée la détention de ce genre de véhicule sur le territoire national.

Du reste, comme on va progressivement interdire pour raisons sanitaires tout déplacement sans une demi-douzaines de cerfas et de solides raisons dûment circonstanciées, pourquoi diable encore utiliser une voiture ? Dès lors, il n’est que logique qu’on tabasse fiscalement l’automobiliste, une fois encore, ça lui fera les pieds.

Dans un premier temps, l’idée avait été lancée par des députés de coller un gros malus joufflu sur les voitures en fonction de leurs poids. Cette idée avait été abandonnée dans le cadre du Projet de Loi des Finances de 2021, afin de laisser un peu de temps aux possesseurs d’engins diaboliques de s’organiser.

Fort heureusement et grâce au travail acharné de Barbara Pompili, l’actuelle minustre en charge de l’Écologie Punitive et de la Transition vers l’Absence d’Énergie, il a rapidement été question d’introduire à nouveau ce malus dès 2021 : non seulement, l’Écologie et surtout ses punitions n’attendent pas, mais surtout, l’État a grand besoin d’argent actuellement. La taxe sur le poids des véhicules sera donc bien d’application dès 2021 et dès 1800 kg d’autonomie Gaïa-oppressive. Notons que la version précédente, taxant dès 1300 kg, revenait à saboter un peu plus le travail des constructeurs français dans une cohérence d’ensemble à laquelle nous sommes maintenant habitués.

Comme de bien entendu, ce malus s’accompagne d’une série de règles confuses et mal écrites pour définir qui va se le prendre en plein groin, et qui y échappera : vous avez une voiture électrique, vous y échappez et si vous avez une hybride, des aménagements sont prévus tout comme si vous avez une famille de plus de deux enfants. Si vous êtes artisan, si vous avez besoin de faire de la route, si votre véhicule constitue pour vous une condition sine qua none pour avoir des revenus, vous casquerez : vous ne faites pas partie de la caste privilégiée des pédaleurs et des citadins et, comme toute plèbe, devez pourvoir à leur train de vie.

C’est ainsi et arrêtez de vous plaindre.

D’ailleurs, c’est bien simple, ne venez plus en ville ; vous êtes vulgaire, vous sentez mauvais et votre grosse voiture incommode les bourgeois qui essaient de grignoter paisiblement du quinoa sur les terrasses.

Au surplus, c’est à cause de votre insupportable présence que l’Anne de Paris a entamé la courageuse suppression de la moitié des places de stationnement dans la ville : tout comme la fine réorganisation des voies sur berges qui ont durablement embouteillé la capitale, gageons que cette remarquable Annerie accroîtra le phénomène lorsque les voitures devront tourner encore davantage afin de se garer. Les bouchons ne seront plus jamais lyonnais et deviendront parisiens, indubitablement.

Et lorsque vous serez garés, que vous aurez payé (chèrement) votre emplacement, ne croyez pas vous en sortir à bon compte : votre présence étant de toute façon insupportable pour la faune locale qui tient absolument à faire des villes de parfaits petits musées de l’immobile que l’automobile contrarie jusque dans les termes, les Gentilles Factions de Chemises Vertes d’Extinction Rébellion viendront vous dégonfler et saboter vos pneus, pour faire bonne mesure.

Il faut se résoudre à l’évidence : en République du Bisounoursland, un bon automobiliste est un automobiliste qui continue d’acheter des voitures françaises, mais, surtout, ne s’en sert pas.

En réalité, tout montre qu’on a transformé les déplacements en calvaire de façon complètement artificielle, pour des raisons purement idéologiques, afin de lutter contre l’insupportable liberté que permet la voiture, en la parant de tous les vices, depuis la pollution jusqu’à l’occupation de place dans les villes qu’on a donc artificiellement rendues impraticables.

Paradoxalement, la force publique s’est attachée à ne surtout pas offrir de concurrence valable : les transports en commun sont peu ou pas entretenus, sales, systématiquement insuffisants et rarement bien conçus, trop souvent en grève ou en panne. Les emprunter représente plusieurs risques, depuis les accidents (encore rares mais pas en diminution) jusqu’aux agressions, les stations de métro, les gares, les trains et les bus étant souvent le lieu de crimes et délits de plus en plus violents.

Les pistes de vélo sont rapidement apparues, sans pourtant correspondre à la population et aux conditions réelles, tant on constate un trop-plein aux beaux jours et une véritable désertion dès qu’il pleut et qu’il fait froid. Notons aussi que le cycliste, soi-disant conscient de son environnement, est pourtant souvent surpris par ce dernier et termine parfois sous les roues d’un bus (lui aussi éco-conscient mais trente tonnes plus lourd). Enfin, rappelons que le vélo n’est pas une solution crédible pour nombre d’artisans, livreurs, commerçants ou mêmes les familles nombreuses ou les handicapés…

Autrement dit, on fait une chasse consciencieuse à la voiture, sans proposer d’alternative crédible, en déplorant, les yeux pleins de larmes, la disparition des constructeurs automobiles et tous les emplois qui gravitent autour de ce véhicule pourtant si pratique.

De taxe en taxe, de vexation en vexation, le Français se fait tondre.

Pour des raisons soi-disant sanitaires, soi-disant écologiques, le Français se fait confiner, couvrefeuter, bref encamisoler, et au prétexte de se soucier de sa santé (la pollution menaçant son air pur), il est contraint de prendre des transports en communs sales et bondés alors qu’ils constituent une source évidente de contamination (virus).

Combien de temps ce Français devra-t-il encore supporter cette politique de Gribouille, ce voyage en Absurdie avec un vélo à roues carrées ?

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Sur le web

Jusqu’où sacrifier l’économie à des impératifs de santé publique ?

Par Pierre Robert

Par Pierre Robert.

Les indicateurs qui servent de base aux décisions du gouvernement semblent tous annoncer une deuxième vague covid de grande ampleur : le nombre de cas positifs détectés chaque jour, ainsi que le taux de positivité des tests augmentent depuis le mois de juillet alors que le nombre de personnes hospitalisées ou, plus grave, admises en réanimation croît depuis la mi-août.

On observe toutefois que le nombre quotidien de décès est sans commune mesure avec ce que l’on enregistrait au mois d’avril avec 116 décès Covid le 25 octobre, majoritairement en EPHAD ou à domicile, contre 1438 le 15 avril. Quant aux données sur la surmortalité due à l’épidémie, on dispose des chiffres détaillés publiés par l’INSEE tous les 15 jours.

Selon le document publié le 16 octobre il apparaît que depuis le 1ᵉʳ mai, il y a eu 1 % de décès en plus que pendant la même période en 2019. L’INSEE constate aussi que la hausse concerne les plus de 65 ans tandis que le nombre de décès continue de diminuer en dessous de 50 ans. Compte tenu de la tendance de fond au vieillissement de notre population cette évolution n’a rien de spectaculaire.

Cet ensemble d’indications a toutefois poussé les responsables politiques, qui ont déjà confiné toute la population pendant 55 jours, à la mettre sous couvre-feu dans 54 départements. La crise économique qui sévit déjà avec une exceptionnelle sévérité ne peut qu’en être aggravée.

À un demi-siècle d’écart deux chocs sanitaires d’intensité comparable

Les données sur la crise sanitaire que nous subissons sont comparables avec celles de la grippe dite de Hong Kong, première pandémie à avoir été surveillée par un réseau international.

Après un premier épisode qui semble avoir été peu meurtrier en 1968,  survient entre décembre 1969 et janvier 1970 une seconde vague qui l’a été bien davantage. Selon les recherches menées en 2003 par Antoine Flahaut, épidémiologiste à l’Inserm, elle aurait fait en 2 mois plus de 31 000 morts en France.

On estime au total à 40 000 décès l’excédent de mortalité qu’elle a provoqué dans notre pays alors peuplé de 50 millions d’habitants contre plus de 67 aujourd’hui (soit une augmentation de plus du tiers).

Les dégâts ont été du même ordre en Allemagne de l’Ouest et on considère qu’il y a eu au total environ un million de victimes dans un  monde deux fois moins peuplé qu’aujourd’hui.

On est donc fondé à comparer l’incidence socio-démographique de ces deux pandémies.

Ce qui les différencie est que le virus actuel semble être plus meurtrier, en particulier pour les plus de 65 ans dont le nombre et la proportion sont beaucoup plus élevés dans un pays vieillissant qu’ils ne l’étaient en 1968 à une époque où le décès de ceux ayant dépassé cet âge était socialement accepté comme « naturel », ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui.

Cette caractéristique et les incertitudes sur les séquelles que la maladie pourrait laisser aux survivants ont poussé le gouvernement, sous la pression des média et de l’opinion publique, à faire le choix légitime mais extrêmement coûteux de protéger à tout prix les plus vulnérables.

Leur stratégie a aussi été guidée par l’impératif d’éviter quoi qu’il en coûte l’engorgement des hôpitaux publics et la multiplication des procès qui pourraient leur être intentés pour manquement à l’obligation de soins appropriés. L’incidence sur les activités économiques n’est évidemment pas du tout la même que si, comme à la fin des années 1960, il avait été décidé de ne rien faire.

Un retentissement social et économique sans commune mesure

L’épidémie de la grippe de Hong Kong a certes eu un impact sur l’économie de la France : beaucoup d’écoles et de commerces ont été contraints de fermer, 15 % des cheminots ont été infectés et la capacité industrielle a provisoirement fléchi avec 20 % de personnels en moins dans les usines.

Mais ce douloureux épisode n’a pas laissé de traces sensibles sur le sismographe de la croissance et n’a pas réellement marqué les esprits contemporains qui très vite vont l’oublier.

En revanche les mesures drastiques prises en 2020 pour lutter contre la pandémie ont entraîné un effondrement de l’activité, avec une chute de près de 20 % au premier semestre et de 10 % sur l’année selon les prévisions du gouvernement qui les maintient alors que le PIB devrait lourdement rechuter au quatrième trimestre.

Pour l’économie française le coût qui en résulte a jusqu’à maintenant été différé par les dispositifs provisoires de soutien mis en place par l’État (fonds de solidarité, exonérations de cotisations et chômage partiel). Mais ce n’est que partie remise. La facture devrait bientôt se révéler écrasante.

Un coût astronomique pour l’ économie française

L’impact sur l’emploi est d’ores et déjà énorme avec une note particulièrement salée dans le cas de la France en raison de la nature des spécialisations de son économie : tourisme, aviation, automobile.

Comme le note l’institut Rexecode : « L’emploi réagit en général avec retard à l’évolution de l’activité et les entreprises vont ajuster leurs coûts pour rester solvables ». Pour l’année prochaine ses experts anticipent globalement la disparition de 57 000 emplois là où le gouvernement table toujours sur 435 000 créations. Ce sont donc 500 000 emplois qui risquent de passer à la trappe par rapport à ce qui était attendu.

Pour ce qui est de l’emploi des cadres l’APEC estime que sur l’ensemble de l’année 2020 leurs recrutements devraient chuter de près de 40 %.

Il apparaît aussi que la rentabilité des entreprises s’est considérablement dégradée ce qui est de très mauvais augure pour les investissements de demain et l’emploi d’après-demain. La dernière édition  du « Profil financier du CAC 40 » publiée par EY montre que la crise du coronavirus a porté un coup brutal aux grandes entreprises cotées dont les profits se sont effondrés. Dans le même temps leur endettement grimpe en flèche.

Des finances publiques en crise

Le coût de la première vague est déjà fabuleux pour les finances publiques avec 470 milliards d’euros de manque à gagner et de dépenses supplémentaires dans une situation budgétaire depuis longtemps dégradée. C’est une différence majeure avec l’Allemagne qui dispose de marges de manœuvre beaucoup plus importantes que les nôtres, ce qui souligne l’intérêt de mener sur la durée une politique budgétaire équilibrée.

Aux dépenses déjà engagées s’ajoutent celles du plan de relance de 100 millards d’euros et des mesures prises pour atténuer la seconde vague. Financée par des expédients (création de monnaie à jet continu et emprunts publics tous azimuts) la facture ne cesse de s’alourdir sans que l’on puisse encore en deviner le montant final.

« The 90 % economy »

À ces effets de court terme s’ajoutent ceux que l’on peut prévoir à moyen et long terme si s’installe ce que The Economist a qualifié de « 90 % economy ». En tout état de cause, avec la remise en cause de la mondialisation, les dysfonctionnements monétaires probables (qu’il s’agisse d’un approfondissement de la déflation ou d’une reprise de l’inflation), l’appauvrissement des ménages du fait du chômage et l’éventualité d’une crise financière de grande ampleur, la croissance potentielle devrait partout diminuer.

Mais elle risque de le faire bien plus encore et plus longtemps en France dont l’économie souffre de toutes sortes de rigidités persistantes en dépit des efforts récemment entrepris pour les atténuer.

Outre ce qui se voit, il faut aussi tenir compte de ce qui ne se voit pas et qui pourrait plomber notre croissance future dans la mesure où la pandémie devrait accentuer toutes les fractures caractéristiques de notre société où le sort des jeunes générations est désormais rien moins qu’enviable.

Le seul côté positif de la crise sanitaire est d’avoir donné un coup d’accélérateur décisif à des processus porteurs de considérables gains de productivité comme le télétravail, le téléenseignement et plus généralement la numérisation des activités

L’ impossible arbitrage

Comme l’a déclaré Edouard Philippe devant la commission l’enquête de l’Assemblée Nationale :

« Confiner trop longtemps, c’est l’effondrement du pays et déconfiner trop vite, c’est le redémarrage de l’épidémie ».

Cette réflexion garde sa pertinence face à la deuxième vague. Elle rappelle que le traitement de questions aussi difficiles que celles que pose la pandémie requiert une série d’arbitrages  très délicats. Or la France est particulièrement mal équipée pour les mettre en œuvre de manière efficace.

Notre administration obèse est ankylosée par la multiplication irrationnelle d’échelons hiérarchiques et l’absence d’un management digne de ce nom. La gestion de l’épidémie a révélé ses défaillances, sur les masques d’abord, les tests ensuite, sans oublier le fiasco de l’application Stop-Covid.

Victime du syndrome « un problème, une loi » notre pays est aussi étouffé par la prolifération de normes à l’application incertaine. Confronté aux défaillances de ses instances de socialisation, il subit une crise de l’autorité de l’État en particulier et de ses institutions en général.

Dans ces conditions la défiance est partout et la décentralisation, qui permet à l’Allemagne de mieux s’en sortir, reste un leurre.

Pour mieux affronter les crises de l’avenir qui ne manqueront pas de survenir, on voit ce que sont les réformes à entreprendre… Elles vont toutes dans le même sens : recentrer l’État sur ses missions vitales alors qu’il disperse ses forces et nos moyens dans des interventions économiques qui paralysent les initiatives.

« Quoi qu’on fasse … »

Face à une pandémie comme celle qui sévit actuellement toute stratégie a ses coûts et ses avantages. Tout dépend en définitive de ce qu’une communauté est prête à payer pour éviter une mort supplémentaire au sein du groupe de ceux qui pour leur malheur se retrouvent à l’hôpital.

Manifestement quelques-uns ont décidé pour nous que ce prix n’avait pas d’importance, aussi élevé soit-il. Entre le « quoi qu’il en coûte » d’Emmanuel Macron et « le bilan va s’alourdir quoi qu’on fasse » d’Olivier Veran on mesure l’ampleur des difficultés auxquelles notre économie est aujourd’hui dramatiquement confrontée et le sera demain davantage encore.

Brexit : à quoi joue Boris Johnson ?

Par IREF Europe
boris johnson

Par Jules Devie.
Un article de l’Iref-Europe

Alors que la période de transition avant la sortie définitive de l’Union européenne va bientôt toucher à sa fin, le récent clash entre Bruxelles et Londres complique davantage la situation. Boris Johnson ne proposant pas de projet politique et économique clair aux Britanniques, l’avenir du pays est aujourd’hui incertain.

Le 16 octobre, à la surprise générale des observateurs, le cabinet du Premier ministre britannique a annoncé la cessation des négociations avec l’UE. Cette déclaration intervient après la publication d’un communiqué du Conseil européen demandant à ce que toutes les prochaines concessions dans ces négociations viennent des Britanniques.

Une relation à l’australienne ?

Si les discussions ont très vite repris officieusement la semaine suivante, Boris Johnson a affirmé dans le même temps que son pays devait se préparer à la possibilité d’une relation commerciale « à l’australienne » avec l’UE, c’est-à-dire sur le modèle de l’Australie, qui n’a jamais établi d’accord commercial avec les 27.

Une relation « à l’australienne » implique donc l’imposition importante de droits de douane entre les deux parties d’une part ainsi qu’une limitation du transfert de services d’autre part.

L’annonce du 10 Downing Street a fait vivement réagir les représentants des entreprises britanniques. Le CBI (équivalent du Medef), ainsi que 70 autres organisations patronales, ont publié un communiqué affirmant qu’un accord commercial avec l’UE était crucial pour la survie de très nombreuses firmes, tous secteurs confondus, déjà lourdement affectées par la crise liée au coronavirus.

On peut évidemment déceler une grande part de communication dans ce bras de fer, les deux parties se devant de montrer qu’elles ne reculent devant rien pour défendre les intérêts de leurs citoyens.

La preuve est que les diplomates ont repris contact moins d’une semaine après la crise. Cependant le doute subsiste quant à l’issue souhaitée par Boris Johnson pour son pays.

Des négociations sur la bonne voie


Car malgré la crise, les négociations qui ont duré toute l’année étaient en réalité sur la bonne voie. Les deux parties sont tombées d’accord sur quasiment tout. Seuls 3 points de divergence subsistent : la délimitation des zones de pêche entre la France et l’Angleterre, le régime d’aide d’État à adopter, et les règles à mettre en place pour résoudre les litiges commerciaux.

Le premier point n’est que symbolique (la pêche ne représente que 0, 1 % du PIB britannique) et Emmanuel Macron a déjà déclaré que la France allait accepter un compromis. C’est la question des règles commerciales qui est au cœur de la dispute.

Elle est liée à la vision de Boris Johnson pour son pays. Durant sa carrière politique il s’est toujours battu pour le libéralisme économique, ce qui l’amenait d’ailleurs à souvent vilipender les trop importantes régulations européennes.

Il a présenté le Brexit comme une opportunité d’ouvrir la Grande-Bretagne au libre-échange en négociant ses propres traités avec le reste du monde et en dérégulant l’économie, sur le modèle de Singapour.

Ce projet fut totalement abandonné lorsqu’il a repris le pouvoir en 2019. Au cours de sa campagne électorale il a développé, avec une frange du parti conservateur, un discours beaucoup plus étatiste contredisant son engagement pour le marché libre.

Des mesures anti-libérales

Parmi les propositions du manifeste conservateur, on retrouve notamment une hausse du salaire minimum de 20 % ! Boris Johnson reprend aussi des mesures anti-libérales comme l’augmentation des aides d’États pour l’industrie, le financement à hauteur de 800 millions de pounds d’une nouvelle agence étatique pour les investissements industriels, la mise en place d’une « Buy British rule » qui impliquerait davantage de mesures protectionnistes.

Alors que le système de santé NHS subit de graves dysfonctionnements, les Tories ont préféré augmenter son financement de un milliard plutôt que d’effectuer des réformes structurelles. Cette stratégie électorale a été motivée par la montée du parti travailliste, qu’il a fallu contrer.

On comprend pourquoi la question des aides d’État suscite autant de controverses. D’un côté le patronat souhaite un accord commercial afin de rester intégré au marché européen avec un minimum de droits de douane, de l’autre Boris Johnson s’est engagé à prendre un virage étatiste (et donc user des aides d’État, ce que Bruxelles ne peut accepter) auprès d’une fraction de son électorat, ce qui annoncerait une relation « à l’australienne ».

La crise du coronavirus, qui a touché très sévèrement le Royaume-Uni, accentue l’incertitude et pourrait bien accélérer l’augmentation du rôle de l’État dans l’économie. Le gouvernement devait présenter son programme économique post-Brexit pour les trois prochaines années, mais a renoncé au vu de l’instabilité actuelle.

Il ne reste plus que deux mois à Boris Johnson pour faire un choix…

Sources :


https://iea.org.uk/boris-johnson-go …
https://iea.org.uk/media/iea-respon …
https://www.ft.com/content/e46f977e …
https://www.europe1.fr/emissions/L- …
https://www.ft.com/content/f0a48721 …
https://www.ft.com/content/865a86a1 …
https://www.ft.com/content/97b4763f …
https://www.ft.com/content/9bae0a3a …
https://www.conservatives.com/our-p …
https://www.wsj.com/articles/with-c …

Sur le web

Les compensations de l’Etat ne remplacent pas les idées des entrepreneurs

Par Loïk Le Floch-Prigent

Par Loik Le Floch-Prigent.

Dès qu’il s’agit d’aider l’industrie apparaît immédiatement dans la bouche des politiques le mot « compensation ». Pourtant, en français on compense un dommage ou un travail par de l’argent, c’est un équivalent d’honoraires.

Il y a donc eu une évolution du langage devenu aussi celui de la presse et des organisations syndicales puisque l’on paie l’industrie et qu’elle doit « compenser » par une bonne conduite en termes de … quantités de critères. On a donc inversé le concept. Inutile d’ergoter, ce n’est ni la première ni la dernière fois qu’on abuse de la langue française.

Deux cas à examiner

Cependant ce propos liminaire est plus sérieux qu’on l’imagine car de deux choses l’une : ou l’industrie mérite une aide car l’Etat la juge indispensable au développement du pays, ou cette aide est indue et il faut qu’elle en paie le prix avec des prestations qui ne vont pas de soi.

Dans le premier cas, on constate que l’industrie française est mal en point, qu’elle périclite et qu’elle entraîne avec elle une fragilisation de la société nationale, perte de souveraineté, chômage structurel… et on lui demande de résister, de rester localisée dans le pays et d’investir pour l’avenir.

Dans le deuxième cas on pense que l’on commet une erreur coupable nécessitant de l’obliger à réaliser des opérations qu’elle ne ferait pas spontanément.

La première attitude est une manifestation de confiance, la seconde est plus que soupçonneuse, elle induit une méfiance, des règles à suivre et des contrôles à subir.

C’est bien la seconde voie qui est choisie, et pourtant elle mène à l’échec, c’est toute l’ambiguïté du fameux « plan de relance » et des « compensations » laissées à la sagacité des parlementaires qui vont s’en donner à cœur joie, espérant par là même se transformer en industriels le temps d’un discours ou d’un vote sans avoir jamais cherché à comprendre comment fonctionnait ce monde des ateliers, des usines et des laboratoires regroupant des hommes, des femmes et des machines.

On choisit la production parce qu’on aime ça

Tout d’abord, oublions le monde de Zola, ce n’est pas l’industrie d’aujourd’hui, ni de demain, on entre dans le secteur de production parce que l’on aime ça, on choisit son secteur et son métier.

Si on n’aime pas le produit, la machine, l’ambiance, le travail, le lieu, on s’échappe, plus ou moins tôt, et les chefs d’établissements repèrent rapidement ceux qui ont l’intérêt, le goût, l’enthousiasme nécessaires à l’accomplissement des missions qui leur sont confiées : on ne vient pas en marche arrière, on est fiers du travail accompli et il n’y a qu’à voir la colère du personnel lorsque l’on ferme des sites, ils aimaient leur travail, leur produit, et ils veulent poursuivre.

Il y a, certes, l’angoisse de perdre un travail et la paie, mais c’est loin d’être la totalité des problèmes à traiter, on l’a vu récemment avec la fermeture de la Centrale nucléaire de Fessenheim où la résistance a existé jusqu’au bout alors qu’il n’y avait aucune autre plaie que celle de fermer un outil « moderne qui fonctionnait bien et qui apportait au pays l’énergie dont il a besoin ».

Si le patron respecte les salariés et l’outil de travail, s’il investit dans des techniques modernes, il est l’objet de revendications, mais pas d’opprobre. Le respect du personnel est essentiel car il faut écouter tous et toutes pour conserver les performances, c’est l’entreprise moderne, celle que les uns et les autres nous vivons tous les jours, celle que les parlementaires ignorent.

Obsédés par les techniques nouvelles, les « soupçonneux » imaginent que l’industrie française a « pris du retard » car elle n’a pas pris le virage du numérique ! Dans quel atelier et dans quelle usine ont-ils réussi à se forger cette idée ?

Il est clair que tous les concepteurs, tous les machinistes sont friands des solutions nouvelles, se documentent, vont chez leurs fournisseurs ou leurs clients et bavent devant les logiciels, les robots, les tablettes, les plateformes de collaboration … et attendent de leurs directions des investissements dont ils espèrent tirer le meilleur profit pour améliorer les performances et surtout la qualité.

Qu’est-ce qui plombe l’industrie française ?

Ce n’est pas la volonté qui manque, les idées non plus, l’imagination encore moins, le pays regorge au contraire d’innovateurs en herbe prêts à se précipiter sur le dernier cri de la technologie, mais il faut de l’argent pour investir et c’est là que la bât blesse ! Les résultats des entreprises françaises à majorité implantées dans notre pays souffrent de plusieurs maux qu’il nous faut nommer et combattre.

Il faut arrêter le délire actuel de ceux qui pensent que grâce à l’intelligence de bureaucrates et à leur contrôle tatillon l’industrie va mieux se porter. Si les « compensations » c’est de mettre des technocrates incompétents comme initiateurs d’idées, stratèges et juges, on se trompe et gravement. L’industrie a besoin de compétitivité lui permettant d’obtenir des résultats lui permettant d’investir : elle n’a jamais demandé les béquilles de la technocratie.

Tout d’abord elle doit pouvoir se comparer à ses concurrents, surtout les européens, elle est surimposée, on le sait, mais à chaque fois que l’on réduit un temps soit peu l’addition on parle de « cadeaux » et … de compensation !

Que n’a-t-on entendu au moment du CICE qui ne venait que rétablir pour certains un préjudice fiscal terrible et mortifère. Il est temps soit de confier à l’Europe une harmonisation fiscale, soit de la réaliser nous-mêmes, mais on ne peut pas lutter avec deux boulets aux pieds, celui de la pression fiscale et celui du mépris et de l’arrogance de l’administration.

Le marécage réglementaire

Plutôt que de parler de « relocalisations « et d’en obtenir deux ou trois évidentes, il faut s’interroger sur les causes structurelles de ces évasions émanant de chefs d’entreprises français et patriotes engagés dans des filets aux mailles de plus en plus serrées : nous devons regarder ensemble nos normes et règlements, les réformer et surtout demander aux acteurs de l’administration leur application intelligente, c’est-à-dire apte à assurer le maintien des implantations sur notre territoire.

L’administration française est également patriote, elle veut une industrie française, il est temps que le Gouvernement et le Parlement le lui disent et lui demandent de permettre aux usines, ateliers et laboratoires de rester sur notre sol.

Enfin, on ne le dira jamais assez, il faut de l’argent pour investir, non pas seulement dans tous les pays du monde mais chez nous avec notre personnel nos idées, nos compétences, et si cet argent doit venir de l’Etat comme il semble que nous y soyons résignés, nous faisons fausse route, il doit venir de notre épargne et c’est à l’Etat de favoriser l’engouement des investisseurs vers les secteurs industriels … mais cela n’est possible qu’après le rétablissement objectif de la confiance.

Hydrogène : j’y ai cru !

Par Michel Gay
hydrogène

Par Michel Gay.

« L’hydrogène, j’y ai cru ! » s’exclame dans son dernier livre « L’utopie hydrogène » le professeur Samuel Furfari, ingénieur-chimiste, qui a travaillé 36 ans dans le domaine de l’énergie et de l’environnement à la Commission européenne.

L’hydrogène est, et restera, fondamental dans la chimie industrielle. Mais il y a longtemps qu’il a compris que la « civilisation hydrogène » soutenue par le gourou du gotha Jérémy Rifkin ne menait nulle part et, pire, que c’était un piège dangereux pour l’Europe toute entière.

Une illusoire stratégie hydrogène

En juin 2020, l’Allemagne a annoncé une « stratégie hydrogène » ridicule. Etrangement, le mois suivant la Commission européenne lui emboite le pas en copiant l’Allemagne qui mène la danse de la folle transition énergétique européenne avec son « EnergieWende ».

Cette incroyable stratégie hydrogène n’aurait-elle d’autre but que de sauver l’EnergieWende ?

Un plan de relance européen avec des centaines de milliards d’euros à la clé est annoncé. Tous les chasseurs de subventions se frottent les mains devant ce pactole et rivalisent d’ingéniosité pour accaparer à leur profit cet argent « gratuit » qui coutera cher aux prochaines générations.

Samuel Furfari se désole de constater que la Commission européenne néglige l’expérience de ses propres fonctionnaires, ainsi que 50 ans de recherche européenne antérieure, pour se lancer dans une voie déjà connue pour être sans issue.

Les médias, toujours friands de science-fiction écologique, ont donné un écho favorable, et même parfois enthousiaste, à la résolution du Parlement européen relançant une stupide « stratégie hydrogène » le 20 janvier 2020, tandis que certains experts de la Commission européenne faisaient part de leur dépit en privé.

Le mot « juste » y figure 15 fois pour mieux masquer son injustice sociale et le mot « financement » y figure 47 fois pour mieux signifier son coût… en filigrane.

L’ignorance de la chimie

Samuel Furfari explique pourquoi cette stratégie hydrogène relève du « n’importe quoi » par ignorance de la chimie. Et il le sait d’autant mieux qu’il a cru aussi un moment à l’illusion hydrogène « énergie » avant de comprendre que c’était une impasse.

Il explique en 160 pages dans « L’utopie hydrogène » (également disponible en anglais) pourquoi tous les rêves sur l’hydrogène (et sur les biocarburants) sont voués à l’échec parce que fondés sur une idéologie politique ignorant la science. Pourtant, certains politiciens de haut rang comme l’Allemande Angela Merkel (physicienne) ont été des scientifiques.

Mais la puissance de la politique (qui pour certains consistent à faire rêver et à enchanter par le mensonge) prévaut sur la science…

L’auteur montre, page après page, en se fondant sur les échecs des expériences passées depuis au moins 40 ans, que l’utilisation de l’hydrogène pour stocker de l’électricité, ou en produire, ou comme carburant dans les transports est une totale ineptie.

Il s’étonne aussi que les décideurs d’aussi ridicules « stratégies » ne soient pas alertés par leurs administrations respectives.

Une erreur assumée ?

Samuel Furfari se demande si cette illusion collective n’est pas une erreur assumée par certains politiciens cyniques  pour couvrir une autre erreur antérieure : celle du développement à marche forcée des énergies renouvelables intermittentes, poussée par l’Allemagne,… pour favoriser le gaz !

Et cette erreur stratégique ruineuse pour les populations européennes actuelles et futures est d’autant plus facile à commettre et à « assumer » que les responsables de cette gabegie ne seront plus aux commandes quand elle deviendra manifeste pour tous !

 

C’est pourquoi le premier chapitre de son livre destiné à démonter l’illusion hydrogène s’intitule « J’y ai cru ! » et que le dernier se conclut par « La course vers nulle part ».

Big Business, de Tyler Cowen

Par Jonathan Lebenson

Par Jonathan Lebenson.

Big Business, le dernier livre de Tyler Cowen, économiste libertarien et libéral, auteur du blog Marginal Revolution dont je recommande la lecture, est une défense du rôle positif des multinationales et du capitalisme américain.

En cette période de ralentissement économique, il prend le contrepied des condamnations répétées formulées contre la Big Tech, les salaires prétendus mirobolants des dirigeants, et nous rappelle que les grandes entreprises sont souvent les mieux gérées et les plus prudentes, du fait du risque de réputation qu’elles encourent et de leurs structures de gouvernance.

Les entreprises plus malhonnêtes que les individus ?

Un point clé de sa démonstration est que nous avons une vision trop « anthropomorphe » des entreprises. Nous les personnifions et leur assignons une visée morale, et un raisonnement comparable à celui d’un individu. En effet, les exemples de sociétés frauduleuses, de Volkswagen à Theranos en passant par Enron sont légion, et surtout ils sont mis en exergue par les médias pour véhiculer une image négative des entreprises.

Pour autant, les entreprises sont composées d’employés, et ces employés ne sont ni plus ni moins malhonnêtes que l’individu moyen. Une étude a prouvé que chaque personne ment environ deux fois par jour en moyenne. Selon des cabinets de recrutement, 40 % des CV contiennent des mensonges avérés.

Une étude du type de livres le plus fréquemment volés dans les bibliothèques montre que les voleurs se passionnent pour… l’éthique et la philosophie plutôt que pour les manuels parlant placements boursiers. Le manque à gagner du fisc américain en 2008-2010 était de 264 milliards de dollars pour les impôts concernant les particuliers contre 41 milliards pour les entreprises. Les entreprises sont composées d’individus et elles sont donc aussi moralement condamnables ou louables qu’eux.

Cowen se penche ensuite sur le postulat que la recherche du profit rend malhonnête, et il cite de nombreux exemples où des organisations charitables ou publiques se révèlent plus frauduleuses que des entreprises privées, encore une fois parce qu’elles n’ont pas cet objectif d’être profitables comme compas pour leur indiquer la direction à suivre.

Elles peuvent continuer à exister sans souci d’efficacité, puisqu’elles sont financées sans conditions, ce qui n’est pas le cas des entreprises. Pour lui, les études prouvent que la principale raison à la stagnation des salaires aux États-Unis est liée aux faibles gains de productivité et non à des marges de profit exagérées prélevées par les employeurs.

La joie au travail

Un autre chapitre de sa démonstration s’interroge sur la joie/l’aliénation au travail. Dans le monde post-covid ou chacun est amené à travailler de chez soi, il insiste sur le rôle important du lieu de travail comme un « safe haven », dont l’effet est encore plus marqué chez les personnes à bas revenu qui doivent souvent fuir un contexte social et familial difficile et se réfugient dans un environnement qui paradoxalement les protège plus qu’à la maison.

De nombreuses études ont prouvé que les personnes ressentent plus de stress dans leur foyer qu’au bureau, notamment les femmes qui souvent supportent une plus grande partie des tâches concernant les enfants. Le lieu de travail serait un « grand égalisateur », où l’on est le plus susceptible de ressentir cet état positif de « flow », où l’on est en contrôle d’une tâche dynamique, d’un processus que l’on mène à bien, que ce soit pour un travail manuel ou intellectuel.

Cowen insiste aussi sur la douceur des relations superficielles développées au travail, et qui s’opposent  à celles plus profondes de la famille, où le stress est beaucoup plus présent.

La concentration et les monopoles sont-ils mauvais ?

Contrairement au discours mainstream dans la presse, l’augmentation de la concentration des entreprises aux États-Unis a généralement bénéficié au consommateur final. Un bon exemple est le secteur aérien : entre 2005 et 2017, le nombre de compagnies aériennes américaines est passé de 9 à 4, et la conséquence principale en a été une augmentation de l’offre proposée par ces compagnies, couplée à une importante baisse des prix.

Devinez qui est le responsable d’une plus grande concentration de l’économie. Le marché ? Les patrons avides de profits ? Eh non c’est l’État. Plus l’État régule, plus les coûts d’établissement et de fonctionnement deviennent prohibitifs pour les petites entreprises.

La barre est fixée plus haut pour être profitable, et seules les grosses entreprises peuvent s’offrir des départements « légalité et conformité » pléthoriques, ce qui décourage beaucoup d’entrepreneurs. Ajoutons à cela l’impact de l’État actionnaire comme en France et on a le maximum pour décourager l’initiative individuelle.

L’entreprise est-elle une personne ?

Finalement Cowen revient à son postulat de départ pour définir le paradigme actuel des entreprises. Trop de personnification peut se retourner contre elles car nous avons tendance à les juger selon des critères moraux humains.

Il prend l’exemple de MetLife, la compagnie d’assurance américaine qui a utilisé Snoopy comme emblème pour se rapprocher de ses clients durant des décennies, et qui l’a finalement récemment abandonné : aujourd’hui les entreprises sont perçues comme plus abordables, elles répondent directement aux clients sur Twitter ou Facebook, et utilisent des valeurs telles que la fidélité, la loyauté comme arguments marketing.

Pourtant, les programmes de fidélité chers aux consommateurs ne sont ni plus ni moins que des distorsions de la concurrence et un moyen pour les entreprises de créer une clientèle captive qui acceptera de payer plus cher pour leurs services.

Quiconque est membre d’un programme de fidélité d’une compagnie aérienne comprendra de quoi je parle. Il est impossible de réserver un vol aux dates qui vous conviennent, et si vous insistez pour utiliser vos miles avant qu’elles expirent, vous finissez par payer plus cher que chez une autre compagnie…

Les marques jouent de cette personnification en créant des produits générant un attachement chez le client. Quand les utilisateurs d’Alexa ou d’autres produits similaires développeront-ils une relation personnelle avec leur assistant robotique, comme l’on encourage les personnes âgées à parler à leur robot assistant pour éviter la solitude…

On en revient probablement toujours à Milton Friedman : « la responsabilité première d’une entreprise est d’augmenter ses profits ». De cette manière, nous pouvons mesurer la réussite d’une entreprise en termes objectifs, et nous échappons aux pièges de la personnification, un piège qui encourage actuellement les entreprises à adhérer à tous les codes politiques, moraux et environnementaux pour être aimées par l’opinion, et en oublier parfois leur mission première…

Tyler Cowen, Big business. A love letter to an american anti-hero, Picador USA, 2020, 272 pages.

 

Covid : pourquoi la politique du tout répressif sanitaire est inutile

Par Olivier Maurice
Covid

Par Olivier Maurice.

L’OMS vient de publier une synthèse des très nombreuses publications sur les valeurs épidémiologiques du Covid-19.

Cette étude, réalisée par John Ioannidis, médecin et chercheur à Stanford est passée quasiment inaperçue dans l’actualité assez bouleversée de ces dernières semaines. Elle mérite cependant qu’on s’y arrête, tant les chiffres qu’elle donne éclairent d’un jour nouveau la crise sanitaire que traverse une bonne partie de la planète et que résume parfaitement la dernière phrase de sa conclusion :

« The inferred infection fatality rates tended to be much lower than estimates made earlier in the pandemic. » : la mortalité induite par le virus se révèle bien plus basse que les estimations réalisées auparavant.

Et par « bien plus basse », il faut comprendre une sacrée différence : il y a en effet un facteur 14 entre les premiers chiffres donnés par les autorités sanitaires chinoises et la valeur constatée par le Dr Ioannidis.

Dix mois après le début de l’épidémie, on peut estimer qu’au pire, le Covid tue 14 fois moins que ce qui avait été estimé au début de l’épidémie.

Dix mois après le début de l’épidémie, l’OMS publie un rapport qui indique clairement que les autorités sanitaires ont clairement surréagi et grandement surestimé la dangerosité du virus.

Ces erreurs passées seraient dues à deux facteurs :

  • La méconnaissance des modes de transmission du virus et en particulier le chiffre extrêmement élevé de cas asymptomatiques.
  • La capacité à prendre en charge les patients qui avait été niée au début de l’épidémie.

Changement de cap

On se doutait bien que le vent commençait à tourner dans les instances sanitaires internationales qui avaient commencé au début du mois à dénoncer le rapport coût bénéfice des confinements et qui ont depuis émis des recommandations bien plus nuancées qu’auparavant sur la politique de prévention.

C’est clairement un changement de cap à 180° dont il s’agit.

Là où l’OMS encourageait auparavant de mettre tout en œuvre pour protéger les populations et ralentir la progression de l’épidémie, elle se contente maintenant de mettre en garde les autorités locales contre les risques de la stratégie inverse : celle de l’immunité collective, en argumentant que pour l’instant, les connaissances scientifiques n’étaient pas suffisantes pour garantir le caractère éthique d’une telle stratégie.

Mais surtout, en ce qui concerne les mesures radicales de confinement, couvre-feu, restrictions de mouvement, etc. l’OMS les conseille en dernier recours maintenant du plus fort que le permet ce changement de cap radical, expliquant qu’elles n’ont de sens que pour permettre aux pays de gagner le temps nécessaire pour mettre en place la nouvelle stratégie sanitaire recommandée : tester, isoler et soigner.

Les chiffres

L’étude publiée par l’OMS indique un IFR (Infection Fatality Rate ou taux de mortalité des patients affectés) de 0,23 % et de 0,05 % pour les moins de 70 ans.

Les premiers rapports provenant des autorités chinoises indiquaient un taux de mortalité de 3,4 %, chiffre supérieur à celui de l’épidémie de grippe espagnole de 1918.

Les différentes projections qui ont suivi, incluant les divers scénarios de confinement et de retardement de l’épidémie, tablaient sur la possibilité de réduire le taux de mortalité suite à la mise en place des mesures hygiénistes, aux alentours de 1 %, ce qui situait la Covid à un facteur 10 des grosses épidémies de grippe.

Le chiffre actuel indique que la Covid serait deux fois plus mortelle qu’une grosse grippe.

Et c’est sans compter les progrès thérapeutiques qui peuvent être mis en place afin de réduire encore ce chiffre.

Cette simple mathématique invalide totalement la stratégie de confinement qui ne peut avoir, on le comprend rapidement, quasiment aucun impact sur un chiffre épidémiologique aussi bas : le cas sévère, voire critique étant clairement l’exception et non la règle.

Par ailleurs, ces chiffres indiquent également une extrêmement forte présence de cas asymptomatiques, le taux de mortalité constaté chez les patients présentant des symptômes étant quant à lui 10 fois plus élevé.

Rapprochement avec la situation en France

Ramenés à la population Française, ces chiffres signifient que 14 millions de Français auraient été contaminés à ce jour et que le nombre de contaminations quotidiennes au plus fort du pic épidémique de mars-avril a dû frôler un million par jour.

Ils expliquent aussi pourquoi les 40 000 (ou 20 000 il y a 10 jours) cas positifs relevés actuellement conduisent à un peu plus d’une centaine de décès quotidiens. On retrouve effectivement un ratio de l’ordre de grandeur de celui donné par l’OMS, sachant que le nombre de cas testés positifs est forcement inférieur à celui de cas positifs réels.

Ils signifient également que le scénario de l’immunité collective à 60 % se solderait par environ 100 000 décès (sachant qu’il y en a eu environ 35 000 au printemps), et un peu moins du double pour un scénario d’immunité totale.

Environ 20 % de la population française ont semble-t-il été infectés à ce jour, sans doute deux à trois fois plus dans les grands foyers d’infection du printemps, sans doute également davantage parmi les plus jeunes, pour qui les tests relèvent les plus forts nombres de cas positifs.

Ces chiffres semblent donc bien réalistes et permettent enfin de faire un lien entre les diverses observations et de répondre aux questions incessantes depuis le début de l’épidémie. La situation est sérieuse, mais elle l’est largement moins que le niveau d’alarmisme et de catastrophisme qui domine actuellement.

Le rebond actuel est sérieux, mais pour l’instant dix fois moins que la vague du printemps.

Dynamique épidémique

En plus des données épidémiologiques sur la mortalité, l’OMS a également mis à jour d’autres informations sur les modalités de transmission de la maladie.

La maladie semble se transmettre selon deux modes principaux : une transmission silencieuse par porteurs asymptomatiques (environ 9 personnes sur 10) qui ont 25 % de risques de contaminer une autre personne et une transmission explosive par des « super-contaminateurs » très peu nombreux mais capables de contaminer un nombre très important (de la dizaine à plusieurs milliers) de personnes.

Ce modèle de contamination expliquerait pourquoi la maladie se comporte de façon endémique dans les zones à faible densité de population et provoque des vagues ou pics épidémiques dans les zones fortement peuplées.

Elle explique surtout pourquoi les mesures sanitaires prises n’ont aucun effet sur l’épidémie et qu’il est indispensable que la France change le plus rapidement possible de cap et prenne en compte les recommandations de l’OMS.

En plus d’être extrêmement néfaste pour l’économie et d’avoir un prix social et même sanitaire incroyable, la politique actuelle est inutile et totalement contre-productive car elle n’isole pas les super contaminateurs, ne protège pas les personnes à risque et surtout parce qu’elle ne fait que ralentir la propagation silencieuse et ainsi augmenter le risque futur d’explosion.

Changer de politique sanitaire

Comme l’indique l’OMS, la stratégie à suivre consiste à détecter, et surtout à isoler et à soigner les personnes infectées, à les soigner, non pas du virus, mais en tant que patients en mauvaise santé.

On sait en effet que les personnes présentant d’autres problèmes médicaux sont les plus en danger. Il est donc indispensable de les prendre le plus tôt possible, afin de les surveiller et d’améliorer leur état de santé global afin de leur donner le maximum de chance de passer cette épreuve qui, même pour les cas symptomatiques, reste « gérable » dans 95 % des cas.

Il convient aussi de les isoler, parce que les super-contaminateurs se situent chez les personnes symptomatiques, les chiffres montrant que la contamination silencieuse est quasiment impossible à éviter.

En faisant le choix de confiner la population plutôt que de déclencher un plan de réorganisation de l’hôpital et des services de santé afin d’accueillir et de soigner les malades, en suivant une politique hygiéniste centrée sur les actions prophylactiques, en limitant les soins au paracétamol et aux soins palliatifs, les autorités sanitaires Françaises ont fait totalement fausse route.

Mais surtout, en laissant une partie du corps médical propager l’idée que la responsabilité du développement de l’épidémie était due au mauvais comportement des Français, en ne faisant pas l’analyse profonde de la réelle dimension de l’épidémie et en privilégiant les scénarios catastrophistes, elles ont grandement failli et fait preuve d’un amateurisme et d’un manque de discernement inexcusable.

À un niveau supérieur, en engageant la France dans une guerre contre le virus qui n’avait aucune raison d’être, mais surtout en la maintenant et en se laissant berner par le chant des vendeurs de panique, le gouvernement français a une responsabilité immense dans le désastre économique, social, politique et également sanitaire qu’il a créé.

La question maintenant est de savoir qui arrêtera la machine folle qui semble lancée à toute allure dans la mauvaise direction, à l’heure des rumeurs d’un nouveau confinement, d’annonce de nouvelles mesures hygiénistes et alors que d’un autre côté, des voix se lèvent de plus en plus pour contester ces mesures autoritaires aveugles.

Hier — 27 octobre 2020Contrepoints

Covid : Macron annoncera aujourd’hui de nouvelles restrictions

Par Frédéric Mas
Macron

Par Frédéric Mas.

Face à une seconde vague qui s’annonce « brutale », et même, peut-être, « pire que la première », selon les mots du président du conseil scientifique Jean-François Delfraissy, la France se prépare à un quasi-reconfinement. Emmanuel Macron devrait prendre la parole ce soir pour informer la population française des mesures d’exception visant à ralentir la circulation d’un virus qui fait paniquer gouvernements et populations dans le monde depuis des mois.

Si officiellement, le reconfinement demeure exclu, la multiplication des restrictions à la liberté de circuler ou de commercer, qui risque fort de s’étendre à partir de cette semaine, agit comme un quasi-confinement, et conduit le pays à une récession que les largesses de l’État -largesses payées par l’impôt et surtout l’endettement- ne suffiront pas à résorber.

Un quasi reconfinement inefficace ?

Or rien ne garantit que le quasi-reconfinement puisse avoir un effet sur l’amélioration générale de la santé publique de nos concitoyens.

Le cas de l’Argentine devrait nous faire réfléchir sur le maximalisme sanitaire qui a le vent en poupe en France. Les Argentins sont confinés depuis maintenant le 20 mars, et les cas Covid n’ont pas cessé de progresser depuis. Pire encore, la population, lassée des mesures autoritaires de l’État, s’est relâchée, et néglige totalement les gestes barrières et autres précautions recommandées pour stopper la progression de la Covid.

A cela s’ajoute une crise économique sans précédent qui ralentit le rétablissement de la situation normale. Toutes les stratégies mises en place par le gouvernement argentin ont échoué, et le fait d’avoir commencé par des mesures sanitaires maximalistes a à la fois lassé la population et permis aux gouvernants d’éroder le socle de libertés publiques constituant l’assise des démocraties représentatives.

C’est que l’OMS elle-même ne recommande le confinement qu’en dernier recours, comme mesure exceptionnelle, pour faire face à une situation où l’État et ses experts se trouvent dépassés par la pandémie.

Le confinement ne fait pas disparaître le virus, il fait gagner du temps aux décideurs politiques et au personnel soignant. C’est ce qu’avait rappelé le Dr David Nabarro dans une déclaration publique, il y a de cela quelques semaines :

« Le seul moment où nous pensons qu’un confinement est justifié est pour vous permettre de gagner du temps pour vous réorganiser, vous regrouper, rééquilibrer vos ressources, protéger vos travailleurs de la santé qui sont épuisés, mais dans l’ensemble, nous préférons ne pas le faire. »

Sacrifier les plus faibles économiquement pour que les autres survivre ?

Comme l’observe Ryan McMaken du Mises Institute, cette prudence observée par les experts de l’OMS vise essentiellement à protéger les populations précaires dans les pays économiquement les plus fragiles. Maintenir les échanges dans les pays en voie de développement est vital pour une population qui joue sa peau.

En Occident, le confinement est plus supportable parce que la population est riche, mais pour combien de temps ? Et cela justifie-t-il le sacrifice des entreprises et des emplois les plus précaires pour sauver le statut quo sanitaire ? Le calcul moral des experts n’est pas si moral que ça.

Par la peur et l’infantilisation de la population qui prévalent, le gouvernement en France risque fort d’installer durablement un chaos comparable. Ajoutons qu’additionner à la crise sanitaire une crise économique, comme en Argentine, garantit la prolongation simultanée des deux situations.

Non seulement le quasi-reconfinement ne garantit en rien le ralentissement du virus, mais il interviendrait comme un constat d’échec pour le gouvernement. Il s’agit, encore et toujours, de gagner du temps face à un virus méconnu, sans poser clairement le problème de la réforme impossible des hôpitaux publics « en tension », selon la formule consacrée. Et tout cela, des mois après la première vague.

Comme le rappelait Michel Negynas dans les colonnes de Contrepoints :

« Au lieu d’adapter les hôpitaux aux besoins, on veut modifier les besoins en fonction de l’état des hôpitaux… C’est une nouvelle manière d’administrer qui devient générale : pour l’électricité aussi, on va cet hiver demander aux Français de faire des efforts pour diminuer leur consommation, parce qu’on a arrêté des centrales. »

Remarquons également que le confinement français n’est qu’un quasi-confinement : dans le souci macronien permanent de trouver un moyen terme entre plusieurs solutions incompatibles, ici entre confinement et liberté de circulation, le compromis risque fort d’attenter aux deux solutions sans en conforter aucune.

Un quasi-confinement n’endigue pas complètement la circulation des personnes et donc du virus, et une restriction de la liberté de circulation comprime tout autant la reprise économique tout en érodant l’État de droit.

La mise sous tutelle indiscutée du pays par des bureaucrates et des experts

Aujourd’hui encore, toute marque de scepticisme face à des mesures à la fois autoritaires, trop générales et trop absolues, suscite non plus le débat mais les insultes et la reductio ad raoultum. Faire dépendre l’intégralité du bon fonctionnement du pays des décisions de l’exécutif informé et légitimé par un conseil scientifique qu’il a lui-même composé ne suscite pas beaucoup d’interrogations.

Entendre des scientifiques et des experts appointés sur les plateaux de télévision donner des leçons d’économie aux commerçants, aux indépendants et aux travailleurs précaires qui vont tout perdre dans cette histoire devrait provoquer le fou rire si la situation n’était pas aussi tragique. Les opinions de bistrot, professées doctement, deviennent maintenant paroles d’Évangile pour les médias et les décideurs.

L’État d’urgence permanent

Plus fondamentalement, la réponse des pouvoirs publics face à la crise qui se poursuit depuis maintenant des mois, c’est la mise entre parenthèse de l’État de droit et un état d’urgence sanitaire permanent qui prend des proportions qui étaient encore inimaginables il y a une décennie. Le sacrifice des libertés publiques s’est-il révélé efficace ? L’exécutif a-t-il en tête une stratégie de sortie politique de la crise covid ?

L’atomisation de la société, l’accélération de la défiance généralisée, la quasi-interdiction de la vie privée, le règne sans partage d’une bureaucratie incompétente, autant de maux que les éditorialistes et les faiseurs d’opinion prêtaient au « néolibéralisme » ou au « capitalisme débridé » ont été réalisé concrètement par les hommes de l’État, ses auxiliaires bureaucratiques et ses clientèles politiques apeurées.

Emmanuel Macron a sacrifié beaucoup de libertés au nom du bien commun sanitaire, il est désormais condamné à réussir pour convaincre les Français de la non vacuité de l’exercice.

What do you want to do ?

« Crise de l’euro : valeur de l’argent et dépenses publiques » : IREF-GIS Webinar

Par IREF Europe
crise de l'euro

Par l’Iref-Europe.

Geopolitical Intelligence Service (GIS) et l’Institut de Recherches Économiques et Fiscales (IREF) proposent un webinar en français ce mercredi 28 octobre à 16 heures avec comme orateurs le Prince Michael de Lichtenstein et le professeur Enrico Colombatto (responsable de l’IREF).

Le panel s’exprimera pendant une quarantaine de minutes et les questions et commentaires des participants suivront.

Après la crise financière et la crise de l’euro, la crise sanitaire est venue aggraver la dépendance de nombre d’États européens à la dépense et à l’endettement. La « crise de l’euro » perdure en réalité. Si l’urgence justifie l’intervention, qu’en sera-t-il une fois la crise passée, ou apaisée ? Quelles conséquences pour les citoyens ?

Ces évolutions auront un impact majeur sur le marché de l’emploi, sur l’épargne des citoyens et leurs impôts, ainsi que sur la liberté financière et le commerce international.

Les États comme la technologie auront un rôle à jouer sur le plan financier et monétaire. Dans quel sens ? Nous dirigeons-nous vers un monde de planche à billets, y aura-t-il de l’inflation ? Avec les innovations numériques en matière monétaire et financière, la balance penchera-t-elle vers la liberté et la vie privée ou vers davantage de contrôle ?

Que peuvent faire les citoyens ? Garder leur calme tout en se couvrant ? Se résigner ? Faut-il se diriger davantage vers les solutions d’épargne telles que l’or, les cryptomonniaes, les actions ou l’immobilier ? Ne faut-il pas au contraire dépenser et s’endetter ?

Quelles actions la Banque centrale européenne, la Commission européenne et les États doivent-ils mener afin d’échapper au piège de la dépense et de l’endettement ?

Toutes ces questions fondamentales, trop souvent éludées du fait de l’urgence de la crise, intéresseront les participants à ce webinar et permettront de se projeter dans le moyen terme.

 

Vous pourrez participer par le biais de ce lien zoom. 

Vers une société de surveillance : tous coupables et tous responsables ? 

Par Yannick Chatelain
société de surveillance

Par Yannick Chatelain.

La surveillance de masse vendue pour le bien de la population, défendue tant par les marchands de solutions miracles que par les politiques adeptes d’un technosolutionnisme1 salvateur, a du mal à dire son nom, tout en poursuivant pas à pas son chemin. Sous couvert d’une sécurité augmentée, répondant à des attentes et préoccupations prioritaires des citoyens en la matière, de façon insidieuse, elle trouve dans nos démocraties une forme d’acceptation sociale passive d’une population percevant notre société comme de plus en plus violente.

Elle progresse, et ce dans un contexte de restrictions de libertés publiques inédit, lié à la crise Covid, ou jamais le biopouvoir, ce pouvoir qui s’exerce sur la vie des corps et celle de la population, n’a été aussi palpable dans notre quotidien.

Cette perception sociale génère ipso facto des réponses des pouvoirs publics, qui se traduisent par une multiplication de solutions gadgets liberticides, attentatoires à la libre circulation anonyme sur la voie publique et malheureusement sans efficience probante hormis un effet placebo psychologique.

Comme l’explicitait Jean-François Dorier, sociologue, fondateur et directeur de la publication du magazine Sciences humaines :

Le sentiment de violence est plus élevé que les statistiques et s’avère être du pain bénit pour le politique qui n’a de cesse que de l’entretenir.

Il n’est pas rare dans le cadre de cette acceptation de réduction des libertés publiques et de surveillance outrancière d’entendre chez nos concitoyens des poncifs comme :   « peu m’importe d’être surveillé, puisque je n’ai rien à cacher » !

Une phrase qui, si elle semble relever d’une forme de bon sens, n’en est pas moins perturbante. Une telle phrase, a priori anodine, est la négation même d’un mode de fonctionnement démocratique.

Dans une démocratie, si le pouvoir élu légitimement a un devoir de transparence, le citoyen a un droit inaliénable à l’opacité, à une vie privée, dès lors bien sûr qu’il n’enfreint pas les règles et la loi. Nul citoyen ne peut être considéré comme un suspect a priori ! Lorsque cette logique s’inverse, que le citoyen accepte du pouvoir une connaissance absolue de tous ses faits et gestes, de ses croyances, et ce jusque dans son intimité, à savoir les personnes qu’il fréquente, ses déplacements, ses opinions politiques etc. sans aucune justification d’ordre judiciaire alors le mot dictature est en approche.

Une accélération globale de la surveillance… acceptée socialement ?

Dans la situation sociale actuelle, les feux sont au vert pour toujours plus de surveillance des populations et ce de façon toujours plus intrusive : déploiement des caméras de surveillance, engouement pour la reconnaissance faciale, observation des usages des réseaux sociaux par le fisc, fichier TES, etc.

Pire que 1984 ? Oui !

Le monde qui se bâtit sous nos yeux n’est à ce jour en rien comparable à 1984 même si l’analogie est ici et là régulièrement évoquée. En effet, en termes de dystopie, celle qui semble vouloir prendre pied dans notre quotidien est à ce jour dysfonctionnelle, et peut se révéler arbitraire tant les outils mis en place sont sujets à caution et régulièrement remis en cause par les chercheurs ! Laissant place à l’erreur, à l’arbitraire, voire pire au dévoiement…

Un exemple de dévoiement des usages :

En 2018 en Inde, par exemple, pour remédier au drame national de la disparition d’enfants, (+ de 200 000 enfants disparus entre 2012 et 2017) l’association de protection de l’enfance Bachpan Bachao Andolan fondée en 1980 par Kailash Satyarthi, prix Nobel de la paix 2014, a mis au point un logiciel de reconnaissance faciale automatique qui a rapidement montré son efficacité dans la lutte contre ce terrible fléau national.

Le 5 avril 2018, la Haute Cour de New Delhi avait alors donné son feu vert à la police de la capitale indienne afin que cette dernière utilise ce logiciel, mis à disposition gratuitement par l’ONG, « sous réserve qu’il serve exclusivement à la recherche d’enfants disparus et non à la traque de personnes suspectées de crimes. »

Il n’aura pas fallu attendre deux ans pour qu’en 2020 cette technologie, soit totalement dévoyée et soit désormais utilisée pour  identifier des manifestants !2

Des failles majeures récurrentes : vers une prise de conscience ?

Selon une étude menée par les chercheurs du Human Rights, Big Data & Technology Project (HRBDT) basé au Centre des droits de l’Homme de l’université d’Essex, le système de reconnaissance faciale londonien (Live Facial Recognition) testé depuis 2016 et visant à identifier des individus recherchés par les services du renseignement présente un taux d’erreur de 81 %3 !

Les chercheurs aboutissent au même constat qu’avait fait la ville de San Francisco, première ville aux États-Unis à renoncer à l’usage des outils de reconnaissance faciale utilisés par le gouvernement américain à cause d’un taux d’erreur exorbitant accentuant qui plus est les inégalités liées à l’appartenance ethnique et au sexe ! Avec les conséquences psychologiques que l’on peut imaginer sur les personnes injustement ciblées : une interpellation, une garde à vue, un emprisonnement fut-il temporaire n’étant pas un événement anodin, qui se guérit d’une simple excuse pour erreur sur la personne.

Il pourra m’être opposé qu’il ne s’agit ici que de quelques exemples caricaturaux. J’avancerai que je ne peux faire un listing exhaustif, ni un mémoire, pointant toutes les dérives constatées dans le déploiement d’outils de surveillance n’aboutissant à aucune amélioration substantielle de la sécurité augmentée tant attendue par les citoyens.

J’attire donc simplement l’attention du grand public sur le fait que qualifier de monde libre un monde qui hier encore vilipendait un monde non libre pour ses méthodes de surveillance des individus et ses atteintes aux libertés publiques, se met à recourir aux mêmes méthodes : à quand l’affichage sur grand écran du mauvais citoyen ? On pense à la Chine et son approche de récompense ou sanctions selon que vous soyez selon les critères du pouvoir de bons ou des mauvais citoyens.

Crise sanitaire : le retour en force du biopouvoir

La crise mondiale de la Covid est venue accélérer cette dynamique engagée de surveillance et de contrôle des populations.

Ce contrôle a dérivé en France, comme dans d’autres démocraties, et s’est concrétisé par un retour en force du biopouvoir, à savoir contrôle des corps, des interactions sociales à l’extérieur, ainsi que des recommandations de comportements à adopter chez soi.

Cette violence jugée comme nécessaire et au service de l’intérêt général pour endiguer la pandémie est naturellement à l’opposé de nos modes de vie et a pris tout le monde de court. Les injonctions paradoxales liées à l’incertitude et à la méconnaissance du virus par les autorités se sont succédé et ont mis les cerveaux à rude épreuve.

Il n’est pas ici question de juger, l’Histoire apportera en son temps un éclairage apaisé sur ce drame collectif, elle démêlera le vrai du faux, validera ou invalidera la réalité ou non d’un utilitarisme éventuel qui aurait pu être fait par les gouvernements pour contenir les colères sociales. Le temps n’est pas aux procès des uns ou des autres, mais d’œuvrer collectivement à un retour le plus rapide possible à une normalité sociale.

Plus la crise  perdure, plus le citoyen est entretenu dans la peur de ce qui pourrait lui tomber dessus, plus grandit sa perception de décisions étatiques qu’il juge arbitraires et disproportionnées, voire parfois incompréhensibles.

L’instauration d’un couvre-feu par le président de la République a fait réagir fortement : Pierre-Yves Gautier, juriste, et Christophe Perchet, avocat, estiment, dans une tribune au quotidien Le Monde, que le couvre-feu décrété par Emmanuel Macron est une mesure attentatoire à la dignité et la responsabilité des citoyens.

La défiance des citoyens envers un État qui continuerait à surenchérir dans la contrainte, la punition et/ou la récompense, représente un risque majeur, pouvant basculer dans la violence, la révolte, la désobéissance civile, ce qui serait le pire des scénarios dans ces moments douloureux. Le moment est donc à faire confiance à nos institutions qui demeurent un phare en cette période de turbulence.

Aussi, si comme je l’ai évoqué, la crise traversée contraint de façon inédite les citoyens, force est de constater qu’elle appuie mécaniquement la marche en avant d’une société du contrôle et de la surveillance accrue. Viendra le temps d’en tirer les leçons, d’engager alors des réajustements là où les choses seront allées trop loin en matière de restrictions des libertés publiques.

Nous sommes les co-bâtisseurs d’une société de surveillance

Dans cette période de délitement contraint du lien social où le curseur de la surveillance des citoyens s’est encore déplacé vers le haut, nous pouvons nourrir l’espoir dans un futur proche de réajustements voire de marches arrière drastiques, et ce, au-delà des restrictions liées à la pandémie, dans différents domaines, où la raison finira peut-être par l’emporter sur le fantasme.

Cela a été le cas à San Francisco où a été admis que la volonté du bien (reconnaissance faciale) se révélait pire que le mal qu’elle était supposée combattre. « Les faits étant la chose la plus obstinée du monde » l’espoir d’un infléchissement d’une doctrine sécuritaire technosolutionniste de surveillance au profit de moyens humains est donc encore permis au pays des Lumières.

Pour autant, un autre fléau menace nos sociétés dites du monde libre si chacune et chacun de nous n’y prend garde, un fléau qui peut altérer durablement nos rapports sociaux si nous nous y accoutumons sans prendre pleinement conscience, ici et maintenant, de sa dangerosité : la surveillance des citoyens par les citoyens.

Les chiffres relatifs à la délation durant le confinement communiqués par le syndicat Alternative Police ont à ce titre de quoi faire frémir et réfléchir. Notre démocratie dans la tourmente mais debout a plus que jamais besoin de perspectives radieuses et de confiance, confiance de l’État envers ses citoyens, confiance des citoyens entre eux, confiance dans notre intelligence collective pour surmonter cette épreuve douloureuse, sans basculer dans un flicage tous azimuts.

Une démocratie qui doit à tout prix se tenir éloignée de la définition cynique qu’en donnait Oscar Wilde :

Démocratie : l’oppression du peuple par le peuple pour le peuple.

Enfin et pour finir, si la gouvernance par la peur pose aujourd’hui questionnement tant elle est attentatoire aux libertés publiques et où la légitimité est mise en difficulté par la crédibilité, la gouvernance par le fait divers – aussi atroce soit-il – est tout aussi préoccupante et ne date pas du pouvoir actuel.

Elle s’est faite un mouvement réflexe de nos gouvernements, sans le moindre recul, avec à l’appui toujours plus de technosolutionnisme. J’en veux pour preuve le retour du débat sur l’anonymat et un renforcement souhaité de la loi Avia, qui est un non-sens liberticide, gravement attentatoire à la liberté d’expression, comme j’ai pu le développer, d’un simplisme qui déconcerte tous les experts, tant l’anonymat sur internet est tout à fait relatif dès lors qu’une procédure dans le cadre d’un État de droit digne de ce nom est engagé, l’État disposant des moyens pour le quidam, mais d’un nombre indéniablement insuffisant d’hommes et de femmes pour tracer et mettre devant son irresponsabilité quiconque enfreint la loi, à moins d’être doté d’un savoir-faire extrêmement pointu rendant la tâche complexe.

Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez, on dit : C’est lui ? Vous croyez ? Il ne faut rien exagérer ! Et puis un jour on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l’expulser. Françoise Giroud

  1. Technosolutionnisme : croyance réelle ou avancée par ses  adeptes que toute problématique humaine pourra être résolue par la technique et la technologie.
  2. Bloomberg, Anurag Kotoky, 28-12-2019
  3. Source : New report raises concerns over Met Police trials of live facial recognition technology 7 mars 2019

Face à face Trump-Biden : qu’est-ce qui pourrait vraiment changer ?

Par Pierre-Guy Veer

Par Pierre-Guy Veer.

La dernière ligne droite avant la présidentielle américaine a commencé. Dans un peu plus d’une semaine nous saurons lequel de ces deux hommes dirigera le pays le plus puissant de la planète. À la lueur du dernier débat, il n’y a vraiment pas de quoi s’en réjouir.

Un gouvernement démocrate dirigiste

Du côté démocrate, Joe Biden essaie tellement de dorer la pilule qu’on croirait voir le roi Midas. Il veut mettre fin à l’utilisation des énergies fossiles pour la production d’électricité d’ici 2035 et devenir « carboneutre » d’ici 2050. Donc oui, il veut détruire l’économie du Texas, de la Pennsylvanie et de tous ces États que la géologie a choyés.

Cesser les subventions aux industries pétrolières est certes une très bonne idée, mais le désastreux Green New Deal, duquel Biden ne s’est pas du tout distancé, vise à subventionner à fond le solaire et l’éolien. Ce n’est qu’un déplacement du gaspillage.

Biden propose aussi d’augmenter le salaire minimum à 15 dollars horaire, plus du double de son niveau actuel. Il a affirmé sans broncher qu’une telle augmentation n’aurait aucun effet négatif net. Pour quiconque dispose d’un minimum de connaissances en micro-économie, il n’en est évidemment rien.

Si une personne n’est pas assez productive pour justifier son travail au nouveau salaire, alors elle ne sera pas embauchée. D’ailleurs, une étude du CBO qui analyse l’impact économique des politiques du Congrès prédit la perte de quelque 500 000 emplois en cas d’augmentation du salaire minimum.

Et si l’on tient compte de toutes les propositions politiques de Biden – y compris une forte hausse des impôts – alors les pertes d’emplois pourraient se chiffrer à cinq millions.

Un gouvernement républicain négligent

Du côté républicain, Trump aurait facilement pu insister sur ces points et l’emporter haut la main si son bilan avait été plus reluisant.

Il suffit de s’intéresser à sa gestion (ou son manque de gestion) du coronavirus pour s’en convaincre. Bien qu’il ait fermé la frontière avec la Chine quand Joe Biden considérait ce geste raciste, il n’a cessé de minimiser l’impact du virus.

Ses rassemblements partisans et politiques montraient des personnes au coude-à-coude et presque toujours sans masque. Toujours, il affirme que le virus va « diminuer par lui-même » ou qu’une cure miracle sera développée sous peu.

Même lorsque l’inévitable s’est produit, Trump a minimisé l’impact du virus sur lui et son entourage. « Ne pas laisser le virus contrôler sa vie » a du sens ; on ne peut pas demeurer dans une chambre stérile toute sa vie en espérant ne contracter aucune maladie.

Mais sa négligence aurait pu lui coûter la vie compte tenu de son âge et de son IMC le rendant très vulnérable, ou celle de personnes de son entourage. Sans compter que monsieur et madame Tout-le-monde n’ont pas comme lui accès aux nombreux traitements et médicaments.

Un électeur laissé à lui-même

Cependant, ces points de discorde sont somme toute mineurs comparés aux points sur lesquels les deux candidats s’accordent, ou à tout le moins ne montrent pas de désaccord majeur.

  • Aucun ne propose de réforme carcérale majeure, particulièrement à propos de la guerre contre la drogue.
  • Aucun ne propose de réformes majeures des arnaques pyramidales que sont les programmes sociaux. Leurs obligations non capitalisées dépassent les 100 billions de dollars (cent mille milliards).
  • Aucun ne propose de coupes budgétaires, particulièrement les démocrates. Rappelons toutefois que l’administration Trump a créé les plus gros déficits (nominaux) en 55 ans. En pourcentage du PIB, ils se comparent au début de la dernière crise économique.
  • Aucun ne propose de véritable réforme sur l’immigration. Trump n’a fait que continuer les politiques lamentables de son prédécesseur – Biden était le vice-président. Aucun n’a évoqué les politiques à l’origine de ladite crise migratoire, qu’il s’agisse des subventions agricoles détruisant l’agriculture mexicaine ou de la déstabilisation de gouvernements étrangers générant les crises de réfugiés.

Peu importe qui sera élu président, le gouvernement demeurera au pouvoir. L’empire américain continuera de déstabiliser d’autres pays, par la guerre armée ou commerciale, il laissera entrer au compte-gouttes les immigrants et continuera de séparer les familles, de faire tourner la planche à billets pour continuer de financer ses folies dépensières.

Dans leurs tours d’ivoire, Biden et Trump sont isolés de leurs méfaits puisque leur job est protégé. Mais les travailleurs ordinaires doivent faire les frais des politiques radicales de leurs localités. Et comme les politiciens de Washington veulent plutôt plaire à leurs districts qu’à la population, ils devront se fier à eux-mêmes pour se tirer d’affaire. Ce qui ne sera pas une mince tâche…

Les conséquences involontaires du couvre-feu

Par Marius-Joseph Marchetti

Par Marius-Joseph Marchetti.

J’écris aujourd’hui ce billet, non point pour me plaindre ou défendre le couvre-feu, étendu depuis vendredi soir minuit à de nouveaux départements, dont celui où je vis.

Je souhaiterais simplement rappeler un fait très simple, d’un point de vue neutre en valeur, que toute action et surtout toute politique, a des conséquences inattendues (unintended consequences), qui pourraient aussi bien et mieux être traduit par conséquences involontaires.

Toute personne ayant un peu étudié l’économie en sait quelque chose. Que le couvre-feu soit mis en place avec les meilleures intentions du monde, ou pas, n’y change guère grand-chose.

Tout d’abord, est-ce que cela est étonnant ? Les règles édictées le sont car il existe une certaine croyance1 sur les résultats que celles-ci peuvent engendrer2. De la même manière que chaque individu prend des décisions sous un voile d’ignorance, les hommes politiques et les bureaucrates souffrent des mêmes défauts, tant sur les règles à adopter que sur les schémas de résultats qui en découlent.

Les bars ne sont peut-être pas les plus gros clusters, mais à cause de l’alcool, l’attention se relâche

C’est très probablement l’un des arguments le plus souvent entendu pour justifier la fermeture des bars. A priori, il pourrait presque logiquement se tenir. Pour atteindre un objectif A (limiter la contagion), je mets en place une action (une politique visant à fermer les bars pour 6 semaines). Tout logiquement, on pourrait s’attendre à ce que celle-ci ait des effets positifs et que, ceteris paribus, rien ne change sur le reste des activités. Est-ce le cas ?

D’un point de vue économique, la prohibition d’une activité entraîne toujours son lot de conséquences indésirables. Si l’activité prohibée ne l’est pas entièrement (ici seuls les bars connaissent une fermeture totale), mais seulement sectoriellement, la demande des consommateurs va s’orienter vers les autres secteurs où ladite demande peut être satisfaite.

Nous devrions alors évaluer le fonctionnement d’une règle, de n’importe quelle règle, non pas en fonction de ses résultats dans une situation de choix particulière, mais plutôt en fonction de ses résultats sur toute une séquence de pièces distinctes, séparées à la fois de manière inter-catégorielle et intertemporelle. James M. Buchanan, The Economics and The Ethics of A Constitutional Order – page 46

Si le petit bar de quartier est fermé, il y a de grandes chances que vous trouviez ses habitués traînant dans tous les autres lieux disponibles, comme les terrasses de boulangerie ou celles des restaurants, ou d’autres lieux encore, en faisant appel à leur ingéniosité.

Et cette demande trouvera une réponse, car les entrepreneurs discerneront des poches de profits à exploiter artificiellement créées par la réglementation. Il devient d’un coup plus rentable pour eux d’élargir s’ils le peuvent leurs activités pour accueillir davantage de monde, puisque tout un ensemble d’activités se retrouve en sommeil.

La demande des consommateurs, la somme des besoins individuels répartis sur des échelles de préférence, ne disparaît pas par décret. La nature a horreur du vide.

Il est donc possible que l’une des premières conséquences inattendues du couvre-feu soit qu’un nombre quasi-similaire d’individus, sur une quantité restreinte de lieux et une plage horaire moins étalée, se retrouvent là où la demande s’est déversée du fait d’une prohibition partielle.

Certes, je ne suis pas épidémiologiste, mais cela ne risque-t-il donc pas d’avoir l’effet inverse de celui souhaité, et d’engendrer un effet cobra ?

Laissez-moi vous décrire rapidement l’origine de cette expression :

L’Inde coloniale était infestée par les cobras, et les autorités locales décidèrent d’attribuer une prime pour chaque reptile tué. Au début, le nombre de serpents diminua effectivement.

Cependant, au fur à mesure qu’il allait en diminuant, on s’aperçut que certains élevaient des cobras pour obtenir ladite prime. Les autorités payaient donc le même niveau de primes malgré l’absence de reptiles. La prime a donc été annulée. Autre conséquence inattendue : les éleveurs de cobras devenus inutiles les relâchèrent dans les rues, et Delhi en compta davantage qu’avant l’instauration de la prime.

Le couvre-feu comme redistribution des droits

Il est un effet qui a été brièvement mentionné au-dessus : c’est celui de la perception et captation des profits par les entrepreneurs, hors bars. Dans le cas du couvre-feu, celle-ci pourrait s’apparenter à une forme de privilège de monopole, résultant de l’intervention triangulaire de l’État :

Au lieu de rendre l’interdiction des produits absolue, le gouvernement peut interdire la production et la vente sauf par une ou plusieurs entreprises déterminées. Ces entreprises sont alors spécialement privilégiées par le gouvernement pour s’engager dans une ligne de production, et ce type d’interdiction est donc un octroi de privilège spécial. Si la subvention est accordée à une seule personne ou entreprise, il s’agit d’une subvention de monopole ; si elle est accordée à plusieurs personnes ou entreprises, il s’agit d’une subvention de quasi-monopole ou d’oligopole. Ces deux types de subventions peuvent être qualifiés de monopolistiques. Il est évident que la subvention bénéficie au monopoleur ou au quasi-monopoleur parce que la violence empêche ses concurrents d’entrer sur le terrain ; il est également évident que les concurrents potentiels sont blessés et sont obligés d’accepter une rémunération inférieure dans des domaines moins efficaces et moins productifs. Les consommateurs sont également lésés, car ils sont empêchés d’acheter leurs produits à des concurrents qu’ils préféreraient librement. Et ce préjudice se produit indépendamment de tout effet de la subvention sur les prix. – Murray N. Rothbard, Power and Market – page 43

Effectivement, dans le cas de l’édification du couvre-feu, il est difficile de discerner où l’intérêt de groupe aurait pu se manifester pour engendrer une telle réglementation, quoique l’histoire nous fournisse quelques exemples cocasses.

Cependant, dans les faits, les conséquences économiques restent similaires. La structure de production est modifiée temporairement peut-être, voire intemporellement, en faveur de toutes les entreprises pouvant absorber la demande déviée.

La deuxième conséquence inattendue du couvre-feu, quoique moins inattendue tout de même, est une redistribution des droits des individus.

En plus d’une redistribution de ces droits, le couvre-feu lèse la préférence démontrée des consommateurs, qui se retrouvent servis par des entrepreneurs qui ne sont pas leur premier choix. Sans parler de celle des autres entrepreneurs, dépossédés purement et simplement de leur droit.

Conclusion

Je pourrais encore citer un certain nombre de conséquences inattendues, mais ce ne serait pas un exercice amusant. Ce que je souhaitais rappeler avant tout aux lecteurs et potentiels néophytes, c’est que toute action a des conséquences, attendues et inattendues, qui peuvent nous emmener sur un chemin inverse de celui souhaité.

Vous pouvez critiquer les hommes de ne pas se comporter comme ils le devraient, d’être des égoïstes. Du point de vue de la praxéologie, qu’ils soient égoïstes ou altruistes ne changent pas grand-chose : pour toute fin que possède un Homme, il se servira des moyens laissés à sa disposition pour l’atteindre. Et pour toute mauvaise incitation que vous lui fournissez, il sera contraint d’y répondre.

Malheureusement, ces conséquences inattendues engendrent elles-mêmes des conséquences inattendues. Il ne faut pas douter du fait que face à celles-ci le processus interventionniste aura tendance à se renforcer pour régler ces nouveaux problèmes.

Par exemple, dans le cas du contrôle des loyers, et la pénurie de logements engendrée les multiples fois où il a été implémenté, les pouvoirs avaient tendance à accroître la réglementation et les impôts sur les logements vacants, engendrant ainsi d’autres problèmes. Dans le cas du couvre-feu et ces potentielles conséquences inattendues, devons-nous nous attendre à un confinement général ou plus localisé ? Seul l’avenir nous le dira.

  1. James M. Buchanan, The Economics and The Ethics of A Constitutional Order, page 46 Page 52-53 : « How a person chooses among potential alternatives in not only a matter of what he wants but also of what he believes, and for some kinds of choices an actor beliefs or theories may play a most crucial role. » Comment une personne choisit parmi les alternatives potentielles ne dépend pas seulement de ce qu’elle veut mais aussi de ce qu’elle croit, et pour certains types de choix, les croyances ou théories d’un acteur peuvent jouer un rôle très important.
  2. Ibid, page 54 : « Rules are typically not objects valued in themselves. Rules are valued because of the pattern of outcomes that they are expected to produce. » Les règles ne sont généralement pas des objets ayant une valeur en soi. Les règles sont valorisées en raison du modèle de résultats qu’elles sont censées produire.

« La liberté d’inexpression » d’Anne-Sophie Chazaud

Par Johan Rivalland

Par Johan Rivalland.

La liberté d’expression est régulièrement attaquée. Si l’actualité récente l’a montré une fois de plus dans toute son horreur et son caractère extrême, ce n’est hélas pas un sujet nouveau. Et la censure est bel et bien plus que jamais manifeste ici et là, pas seulement sous la forme la plus évidente, mais également la plus insidieuse, même mue par les bonnes intentions.

C’est pourquoi le titre de l’ouvrage de la philosophe Anne-Sophie Chazaud est très bien vu. Car en définitive, il est tout à fait évocateur de parler de liberté « d’inexpression » lorsque, de fait, tant d’esprits que l’on pourrait qualifier de totalitaires – et sans qu’ils le ressentent généralement comme tel – entendent faire taire ceux qui ne pensent pas comme eux ou ainsi qu’ils voudraient qu’on pense.

Réduisant la liberté d’expression à une apparence, et conduisant de fait à rester le plus inexpressif possible dans l’énonciation de ses idées.

Les censures militantes

Il ne nous a pas échappé que nous vivons dans une période de régression préoccupante, dans laquelle la censure prend de nombreuses formes. Parmi celles-ci, on trouve depuis quelques années les censures militantes. Pas seulement l’œuvre de fanatiques qui, de Charlie Hebdo à Samuel Paty, s’octroient le droit d’ôter la vie à ceux dont le mode d’expression ne leur convient pas.

Mais aussi tous ceux – de plus en plus nombreux – qui en appellent à des suppressions de conférences universitaires, d’expositions, de spectacles, de sorties d’ouvrages, de films, et d’autres modes d’expression dont on n’aurait pas imaginé qu’on en viendrait à les réprimer de manière aussi incroyable et régressive. Sans oublier les déboulonnages de statues.

Anne-Sophie Chazaud revient ainsi, entre autres, sur le cas de cette pièce de théâtre antique, Les Suppliantes d’Eschyle, dont la représentation à la Sorbonne en mars 2019 fut entravée par des activistes hargneux et violents de manière complètement ahurissante et inapropriée. Prétendant défendre de manière parfaitement absurde une position anti-raciste et anti-esclavagiste là où cela n’avait nullement lieu d’être.

Tout se passe désormais comme si la culture n’avait plus pour but que de ramener l’individu libre dans le bercail de ses appartenances identitaires fantasmées, nombrilistes, dans le néant de ses revendications sectorielles et atomisées. Le virage droit-de-l’hommiste, terra-novien, qui substitue au peuple une foultitude de minorités […] correspond, culturellement, au moment où, politiquement, la gauche a abandonné le peuple, lui préférant une clientèle […] Quant à toute une immense partie de la droite, elle a depuis longtemps sombré et abdiqué le domaine culturel, hantée à l’idée d’être en permanence accusée de fascisme et autres relents nauséabonds.

Dénonciations, délations, intellectuels jetés en pâture sans autre forme de procès à la vindicte populaire, et autres formes de terreur dignes des procès staliniens ou des auto-critiques maoïstes, sont devenus le lot commun de tous ces militants extrémistes qui aspirent à une certaine pureté morale, mais dont les fantasmes et anachronismes ne font que transformer en totalitarisme.

Les divers exemples que développe Anne-Sophie Chazaud dans son essai démontrent à quel point on n’aboutit qu’à des formes irrépressibles de néant et de régression. Voire d’autocensure, la pression de ces gardiens de la vertu conduisant à des formes « d’aberrations moralisantes et de grotesques tripatouillages » d’œuvres, comme dans le cas de l’opéra Carmen revisité par le metteur en scène Leo Muscato, mais pas seulement, puisque c’est l’ensemble de la presse et de l’édition qui, aujourd’hui, vit sous le règne (et la terreur) de l’autocensure.

Autant de situations qui ne font qu’aboutir à l’état d’une culture (et de la liberté) en péril. Car il faut lire le livre pour mieux se rendre compte, à travers la multitude d’exemples édifiants de ces méthodes dignes de l’Inquisition qui sont présentés, de la gravité de la situation.

J’ignorais par exemple moi-même l’existence et l’importance de ces « comités de contrôle » qu’évoque l’auteur, véritables censeurs (souvent engagés et idéologisés) du processus éditorial, y compris dans les éditions pour la jeunesse. Des procédés dignes de la Révolution culturelle chinoise, comme le titrait un article de Charlie Hebdo à propos des États-Unis, le cœur de ces pratiques provenant de là-bas, à l’instar de la Cancel culture ou des Sleeping Giants.

Quand ce n’est pas purement et simplement le langage qui est touché, comme dans le cas de L’Oréal qui avait enlevé le mot « blanc » de ses packagings.

Il s’agit ici de la censure par le contrôle de la langue qui subit tous les affronts et charcutages militants : effacement de certains mots, euphémisation, novlangue, écriture inclusive, réécriture sont autant d’armes contrôlant l’expression afin de contraindre l’expression et lui imposer un moule. Dans la même veine délirante visant à tordre le réel en tordant la langue, la décision du New York Times d’écrire désormais « Noir » avec une majuscule et « blanc » avec une minuscule, afin de complaire aux activistes militants, traduit cette soumission délirante aux pressions idéologiques, jusqu’au burlesque.

Pas de liberté pour les ennemis de la liberté

Cette célèbre formule de Saint-Just sert de point d’appui à la deuxième partie de l’ouvrage, consacrée à une généalogie de la morale contemporaine. C’est-à-dire la réponse à la question : qu’est-ce qui nous a mené là ?

Raisons historiques et idéologiques, tyrannie des minorités et privatisation de la censure, instrumentalisation de la justice, sont les trois grands points relevés et étudiés par Anne-Sophie Chazaud.

Dérives de la Révolution française, perversions issues des lois mémorielles, victimisation des minorités, harcèlement judiciaire, nombreux sont les exemples qui permettent à l’auteur d’aborder ces questions. Sur ce dernier point, elle revient au passage sur la question du blasphème et des caricatures, mais aussi des effets parfois pervers des réseaux sociaux.

… Tout discours critique ou hostile à l’islam en tant que religion étant dès lors considéré comme une atteinte aux musulmans eux-mêmes, la réhabilitation du délit de blasphème devient possible et le terme « islamophobie » en est l’outil à peine dissimulé […] L’effet de ces actions militantes répétées aux allures de guerre d’usure n’est pas nécessairement de gagner les procès, mais de produire une sorte de censure par intimidation et étouffement, voire par autocensure préventive, d’autant qu’une frange non négligeable d’une certaine gauche sert assez volontiers d’idiote utile quand elle ne devance pas tout simplement l’appel avec zèle.

Ce qui n’est pas non plus une raison pour généraliser et systématiser des pratiques pour lesquelles existent déjà des garde-fous.

C’est donc par le biais de ces excès que les pouvoirs constitués se sont attaqués à l’espace inédit de liberté que constituent les réseaux sociaux au plan démocratique, les résumant bien souvent pour ce faire à l’image stéréotypée d’un vaste espace d’extension du domaine de la haine et de l’ignorance, le plus sûr moyen de tuer son chien étant toujours de l’accuser d’avoir la rage.

La censure politique

La troisième et dernière partie de l’ouvrage est consacrée à la censure politique, sous ses différentes formes. Des lâchetés électoralistes, comme dans l’affaire Mila, à la loi Avia, particulièrement liberticide et inquisitrice dans son esprit, en passant par les censures algorithmiques ou arbitraires qui ont déjà lieu et dont elle présente plusieurs exemples, Anne-Sophie Chazaud montre en quoi la liberté d’expression, y compris sur les réseaux sociaux, fait partie des principes démocratiques et n’est pas toujours moins vertueuse que ne l’est la parole politique dans ses versions officielles.

Par ailleurs, la notion de médias engagés, de blogs informatifs, proposant une information indépendante des circuits traditionnels ou venant d’autres horizons, fera elle aussi l’objet d’une critique et d’une tentative de décrédibilisation par d’autres moyens : que l’on partage ou non les points de vue initiaux (l’information n’a pas à être neutre : elle se doit d’être scrupuleuse dans sa démonstration des faits, ce qui est très différent), tous les canaux d’information qui permettent de renouveler le rapport des citoyens à l’analyse des faits et à la réflexion, au débat, devraient être par principe encouragés, et c’est précisément la multiplicité de ces points de vue, parfois engagés, qui permet de dégager une représentation éclairée s’approchant de la vérité.

Plus incroyable encore, le décret du 3 août 2017 relatif aux « provocations, diffamations et injures non publiques présentant un caractère raciste ou discriminatoire » investit carrément l’espace privé, intime des individus, traquant l’expression déviante, qu’elle soit sincère, ironique ou de second degré.

Charmante société qui contraindra chacun à se méfier de tous y compris de ses proches, ce qui n’est pas sans évoquer les systèmes totalitaires dans lesquels on incite systématiquement les enfants à dénoncer leurs parents ou inversement, sans parler des voisins, ce qui, pour le coup, permettrait de renouer avec une solide et experte tradition nationale de la délation…

 

Anne-Sophie Chazaud, La liberté d’inexpression – Nouvelles formes de la censure contemporaine, L’artilleur, septembre 2020, 208 pages.

Est-ce d’une stratégie dont votre organisation a besoin ?

Par Philippe Silberzahn

Par Philippe Silberzahn.

Le choc de la Covid au printemps avait fait voler en éclats les plans stratégiques, et les entreprises sont lancées aujourd’hui dans une mise à jour de ceux-ci à marche forcée pour pouvoir redémarrer.

La nécessité d’avoir une stratégie claire en ces temps incertains fait en effet partie des modèles mentaux dominants du monde du management. Après tout, face à l’incertitude, il faut un cap clair pour les équipes, non ? Il faut une vision ! Il faut une stratégie ! Eh bien non, pas vraiment ; en tout cas cela dépend de ce qu’on nomme « stratégie ».

En 1996, Apple est exsangue. L’entreprise n’est plus que l’ombre d’elle-même. Incapable de sortir des produits innovants, et avec une part de marché réduite à peau de chagrin, elle tente un dernier coup de poker en rachetant Next, une entreprise créée par Steve Jobs, co-fondateur… d’Apple vingt ans plus tôt et viré sans ménagement en 1986.

C’est donc le retour du fils prodigue. Le jeu favori de la Silicon Valley à l’époque, c’est jouer au stratège et deviner quelle sera la stratégie de Jobs pour relancer Apple. Les articles de presse se multiplient (nous sommes avant Twitter et les réseaux sociaux) avec de doctes experts qui y vont de leur avis sur tel ou tel marché qu’Apple devrait « disrupter » ou sur la stratégie d’innovation que l’entreprise devrait développer. Jobs déjoue tous leurs pronostics.

La stratégie est souvent définie en termes de marchés : la première définition que l’on m’a apprise lorsque je suis devenu brièvement consultant en stratégie, c’est « choisir où l’on se positionne et comment on se positionne. » Le problème avec cette définition c’est qu’elle ignore l’organisation pour ne parler que de marché et de positionnement.

Le chercheur en stratégie Richard Rumelt en propose une autre, que je trouve beaucoup plus intéressante :

La stratégie consiste à identifier votre défi fondamental et à définir un ensemble de politique et d’actions pour le résoudre.

Fin 1996, le défi fondamental d’Apple est financier : il lui reste trois mois de trésorerie, il faut donc trouver du cash. C’est ce que Jobs fait en signant un accord avec Microsoft, son concurrent. Tout le monde est scandalisé, les stratèges ricanent, mais désormais Apple a de l’argent et regagne de la crédibilité. Le défi fondamental d’Apple est désormais de relancer ses ventes.

La stratégie de Jobs se ramène à faire avec ce qu’il a, c’est à dire pas grand-chose car sa R&D est exsangue. Il bricole comme il peut un Mac vert fluo dans un format sympa. Les stratèges ricanent, mais le succès commercial est là. Les ventes repartent, au moins chez les fans de la marque ; personne ne donne cher de sa peau, mais sa base solidifiée, Jobs peut passer au défi fondamental suivant.

99 % des problèmes d’une organisation sont opérationnels et humains

Rumelt interroge Jobs à cette époque. Apple semble tiré d’affaire et il presse ce dernier :

« Quelle est votre stratégie ?
— Je vais attendre la prochaine vague (the next big thing). »

Attendre ? Comme stratégie ? Alors qu’on nous a toujours expliqué que la stratégie c’est le triomphe de la volonté du dirigeant visionnaire, maître et possesseur de la nature ? Incompréhensible. Mais ça marche !

En partie par hasard, Apple se lance dans la musique et développe l’iPod, un lecteur MP3 qui, malgré le scepticisme des experts et des stratèges, connaîtra un grand succès et marquera la véritable renaissance de la marque. Rien de tout cela n’était prévisible, ni prévu, en 1997.

Non seulement la stratégie, définie en termes de vision claire sur ce que nous devons faire et où nous devons aller, n’est pas toujours nécessaire, mais elle peut être contre-productive.

Bien souvent, elle correspond à un verbiage politiquement correct et suffisamment général pour que tout le monde y trouve son compte, et elle constitue une distraction de l’équipe dirigeante qui passe plus de temps à mettre au point ce verbiage en faisant perdre du temps à ses équipes (« Il nous faut les 250 slides pour lundi ! ») qu’à faire son travail.

Ainsi, ce grand distributeur se répand dans la presse pour parler de « transition alimentaire » et de « stratégie du mieux manger » alors que plusieurs de mes produits favoris y sont régulièrement en rupture de stock et que son drive est toujours dysfonctionnel sept mois après le début du confinement. La stratégie c’est d’abord de bien faire son travail.

99 % des problèmes d’une organisation sont opérationnels et humains. Faites d’abord votre travail, et s’il reste du temps et un peu de cognac, vous pourrez faire de la stratégie, ou ce que l’on nomme couramment stratégie chez les cartésiens en costume. Chez eux, la stratégie, c’est regarder le sommet. En réalité, la stratégie, c’est regarder le tout.

Éloignement de la réalité

Comme toujours, un comportement récurrent apparemment incompréhensible est le produit d’un modèle mental. Ici, c’est celui qui sépare le domaine noble de la pensée de celui, subalterne, de l’action.

Dans ce modèle, l’organisation est vue comme une machine qui exécute les ordres donnés par un conducteur et tout repose sur la capacité de ce dernier à donner les bons ordres, c’est-à-dire à avoir les bonnes idées, la bonne stratégie. Pour A, appuyer sur le bouton numéro 1, pour B sur le bouton numéro 2, etc. Ce modèle induit un mépris pour la réalité sensible, c’est-à-dire pour la vie de l’organisation qui est vue sous le seul angle opérationnel.

Ainsi, ce nouveau dirigeant d’une grosse PME en difficulté me disait récemment : « Pendant longtemps, le Codir considérait les problèmes opérationnels comme subalternes et refusait de s’y intéresser. » Les responsables opérationnels des fonctions problématiques se succédaient, chaque nouvel arrivant était présenté comme le sauveur tandis que son prédécesseur était voué aux gémonies, et les problèmes « purement opérationnels » (donc pas importants) persistaient pendant que le Codir continuait à faire de la stratégie, c’est-à-dire à déplacer des pions sur des cases.

Ce qui était considéré comme purement opérationnel, et donc subalterne, c’était ce qui concernait les points d’interface avec les clients… Le méchant petit secret de la stratégie ainsi conçue, c’est qu’elle amène les dirigeants à vivre dans un idéal et à s’éloigner de la réalité de leurs clients et de ceux de leurs collaborateurs qui sont en face des clients, bien qu’ils n’aient que le mot « orientation client » à la bouche.

Là encore, l’approche de Steve Jobs est très différente. Dans un discours fameux, il évoque la situation d’Apple. Nous sommes au printemps 1997, après que ses premières décisions ont sauvé l’entreprise, du moins pour l’instant.

Voici ce qu’il déclare :

Nous avons maintenant les bonnes personnes en place pour exécuter notre stratégie fondamentale, qui est de faire de très bons produits.

C’est à peu près tout ce qu’il dira de la stratégie, ajoutant qu’il existe des « trous géants » sur le marché qu’Apple peut combler avec succès.

Ainsi donc sa stratégie, c’est de mettre les bonnes personnes aux positions-clés. Sa stratégie, ce sont les hommes et les opérations. Quels sont ces trous géants qu’il identifie, lui demande-t-on plus tard ? Il se lance sans grande conviction dans un long exposé sur le stockage à distance qui ne convainc guère. Vision ? Bof, bof. Mais ce n’est pas grave, il n’y croit pas vraiment lui-même et ce n’est pas comme ça qu’il fonctionne. Rappelons-nous : attendre la bonne vague et faire avec. Le « trou géant » qui émergera, ce sera en fait la musique, totalement inattendu.

Quand il arrive chez Apple et change tous les responsables opérationnels, il ne le fait pas pour ensuite aller penser seul ; il le fait en étant étroitement impliqué dans leurs actions. Il y a donc imbrication très étroite entre la pensée et l’action.

On a beaucoup dit qu’il avait une obsession pour le détail de ses produits, mais ce n’est pas exact. Il avait une obsession pour le détail de tout, et en particulier pour le fonctionnement de l’organisation, qui était sa matière première.

Il avait compris depuis longtemps qu’on ne fait pas de grand produit sans une grande organisation ; ce qu’il crée, ce ne sont pas de nouveaux produits géniaux, c’est un système qui va générer de la nouveauté de façon efficace. La pensée et l’action, la stratégie et la mise en œuvre, l’interne et l’externe, le produit et la chaîne de fabrication, il nie toutes ces dualités mortifères qui enferment tant d’entreprises dont les managers se croyant rationnels.

Comme Béatrice Rousset et moi le soulignons dans notre ouvrage Stratégie modèle mental, dans une situation de très forte incertitude et de changement profond et brusque, ce qui est stratégique, c’est-à-dire important, c’est la connexion avec la réalité changeante ; cela n’est possible qu’en remettant en cause le modèle mental cartésien.

Cela signifie, bien sûr, une réflexion sur les changements profonds de l’environnement mais aussi et peut-être surtout, une attention profonde et sincère pour ce que, par défaut, nous nommons opérationnel, mais qui au fond correspond à la vie de l’organisation.

La vie de l’organisation, son fonctionnement, ses collaborateurs, ses clients, le contexte qui est créé et maintenu dans lequel cette vie prend place, c’est-à-dire la capacité de l’organisation à persévérer et se développer dans son être, le fameux Conatus de Spinoza, devrait être le premier objet de la stratégie.

Sur le web

Covid-19 : les entreprises ne sont pas prêtes pour une nouvelle période de télétravail obligatoire

Par The Conversation

Par Sonia Levillain-Desmarchelier.
Un article de The Conversation

Le 14 octobre 2020, le président de la République Emmanuel Macron annonçait entre autres mesures la mise en place d’un couvre-feu dans les métropoles les plus touchées par l’épidémie de Covid-19, une limitation des rassemblements privés, mais aussi la volonté d’une poursuite normale de l’activité économique, pouvant laisser sous-entendre que le lieu de travail n’est pas une zone à risque majeur de contamination.

Actuellement, le télétravail est encouragé par l’État, 2 à 3 jours par semaine. Certes, les mesures barrières très implémentées dans les entreprises font du lieu de travail un espace relativement sûr.

Comme l’a déclaré le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, avant les annonces présidentielles, « les entreprises ne sont pas des clusters ». En revanche, il n’en est pas nécessairement de même pour les transports en commun. Puisque l’État cherche à limiter fortement les interactions personnelles, on peut se questionner sur l’intérêt de la présence au travail sur site.

Geoffroy Roux de Bézieux : « Les entreprises ne sont pas des clusters » (France Inter, 10 octobre 2020). 

Pourquoi ne pas inciter au télétravail systématique pendant les semaines à venir pour toutes les organisations ayant la possibilité de le mettre en œuvre, puisque c’est une mesure de distanciation sociale qui a fait ses preuves pendant la période de confinement ?

De bonnes raisons de rester prudent…

Un premier élément du choix de ne pas ouvrir une nouvelle période de télétravail obligatoire tient sans doute au bilan que l’on peut tirer de la période de confinement du printemps, qui n’a pas abouti à une généralisation du télétravail puisqu’il a nettement reculé à partir de l’été.

Côté collaborateur, beaucoup ont été heureux de retrouver de la présence sociale sur site et des interactions réelles. La reprise d’une activité présentielle a aussi permis d’alléger les difficultés de déconnexion et les risques émotionnels de cette période.

La question de la performance peut aussi constituer un argument en faveur du statu quo en matière de restrictions sanitaires. Certes, la période de télétravail subie pendant le confinement s’est caractérisée par un maintien du temps de travail et de la productivité. Mais la mise en place de son usage à long terme requiert d’adopter une certaine prudence.

La mise à distance génère un certain nombre de challenges qui, s’ils ne sont pas relevés, peuvent se retourner contre l’entreprise : mobiliser les équipes dans une dynamique collective autour d’un sentiment d’appartenance, déceler les signaux faibles de lassitude ou de surchauffe des collaborateurs (dans un contexte pressurisant économiquement et remuant sur le plan personnel), communiquer, interagir, résoudre les problématiques, créer collectivement, piloter la performance, etc.

L’absence d’interactions sociales peut engendrer une perte de performance chez le collaborateur s’il se sent trop isolé.
Pxfuel, FAL

Le risque à long terme est de générer un détachement, une perte de sens, voire un désengagement du collaborateur, déjà difficile à fidéliser et à animer sur le long terme dans un contexte normal, et en parallèle d’observer un effondrement des performances.

Pour maintenir dans le contexte actuel une synergie collective, un bon transfert d’informations, ou un suivi efficace de l’activité et de la performance, il est nécessaire de mettre en place des pratiques managériales pédagogiques et volontaristes : un bon système de feedback, une grande disponibilité des managers, le développement des compétences des équipes et de la compétence managériale, et un bon mix présentiel/distanciel où le télétravail est pratiqué de manière cohérente avec la nature des missions de l’organisation.

Organiser et mettre en place tout ceci dans une nouvelle période de travail à distance total imposé semble bien difficile.

Amélioration continue

Il ne faut pas occulter non plus, parmi les freins à une extension du télétravail pour des raisons sanitaires, la traditionnelle méfiance de l’employeur envers le collaborateur dans les organisations dont la culture managériale n’a pas encore migré vers plus d’ouverture. Si des cas de laisser-aller sont évidemment à déplorer, faut-il pour autant généraliser ? Un collaborateur qui ne travaille pas ou pas assez est aujourd’hui assez vite démasqué.

Quoi qu’il en soit, le télétravail est devenu un véritable sujet sur lequel il est aujourd’hui important de se positionner, sous peine de perdre (au sens propre comme au figuré) une partie des effectifs, déjà éprouvés par la période que nous vivons.

Les attentes des collaborateurs, en termes d’autonomie ou de gains de temps, sont justifiées. La méfiance des employeurs, en ce qui concerne le maintien de la performance, l’est tout autant. Élaborer et mettre en place un bon accord de télétravail nécessite pour chacune des parties prenantes (employeurs, organisations syndicales, collaborateurs) une vraie ouverture d’esprit dans un dialogue constructif, ce qui demande du temps et ne peut être mis en place dans l’urgence que représenterait une nouvelle période de télétravail obligatoire.

Le meilleur équilibre possible pour tous est atteignable au prix d’ajustements récurrents, à réitérer jusqu’à trouver un mode de fonctionnement optimum. Finalement rien de bien innovant : de la communication, de l’action, de l’analyse, de la remise en question, des ajustements. Un bon système d’amélioration continue en somme, aux antipodes de décisions d’urgence.

Sonia Levillain-Desmarchelier, Professeur de Management, IÉSEG School of Management

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

Covid : partout en Europe, des mesures sanitaires strictes contestées

Par Frédéric Mas
mesures sanitaires

Par Frédéric Mas.

Couvre-feux, reconfinements, contrôles, arrestations et verbalisations : partout en Europe, les nouvelles mesures sanitaires suscitent des oppositions émaillées de violences contre les mesures politiques exceptionnelles prises par les gouvernements pour juguler la « seconde vague » épidémique de covid-19.

Vendredi 23 octobre, des centaines de manifestants s’en sont pris aux forces de l’ordre à Naples en Italie. Des jeunes ont allumé des fumigènes, incendié des poubelles et lancé des projectiles sur la police en guise de protestation contre le couvre-feu.

« All of Naples in revolt! The population in mass protest against the lockdown. »pic.twitter.com/0L1m5oTajy

— Observista (@Observista_uk) October 23, 2020

À Rome, dans la nuit de samedi à dimanche, ce sont des centaines de militants d’extrême droite qui s’en prennent à la police pour dénoncer la rigueur d’un confinement sans fin.

Ostia (Roma), cittadini in protesta contro il lockdown: « Libertà! » #RadioSavana pic.twitter.com/9gcF1FOHFh

— RadioSavana (@RadioSavana) October 25, 2020

Dimanche après-midi, Bruxelles devient le théâtre de la colère des anti-confinement. Là encore, quelques centaines de personnes étaient venues tenir tête aux forces de l’ordre. La manifestation n’ayant pas été autorisée, la police a procédé à des interpellations et à la dispersion du rassemblement.

Même ambiance électrique en Allemagne, où les manifestants se sont massés à Berlin devant l’Institut Robert Koch. La police a procédé à l’arrestation brutale de l’un des leaders de la manifestation, avocat de son état, au nom du bien commun sanitaire.

Anti-lockdown protests in Berlin turn violent as German police use force pic.twitter.com/s6KQPJbI0A

— TRT World (@trtworld) October 25, 2020

📹 | #German police beats up and arrests lawyer and girlfriend.

▪Lawyer Markus Haintz and his girlfriend were violently arrested by the police during anti-lockdown protests in #Berlin.pic.twitter.com/eerol12d05

— EHA News (@eha_news) October 26, 2020

À Prague, des milliers de citoyens en colère sont descendus dans la rue le 18 octobre dernier, comme à Varsovie ce samedi.

anti-face mask protest in prague, czech republic. i’m disgusted pic.twitter.com/OKmZZKRgHL

— adri! (@ejsuntan) October 18, 2020

Police on saturday deployed tear gas and used force against anti-#lockdown protesters in #Warsaw, at a march held on the day that new #coronavirus restrictions went into force across #Poland. https://t.co/5TQ6jQAQRg pic.twitter.com/ioXFe4jQ8b

— Atlantide (@Atlantide4world) October 25, 2020

Des initiatives plus ou moins heureuses, pas toujours très subtiles ou dont les buts ne sont pas toujours clairs, mais qui témoignent du malaise grandissant d’une partie de la population européenne face à la spirale répressive de l’État sanitaire. En France, le peuple, plus légaliste, préfère les manifestations pacifiques et les actions symboliques.

Ces gestes barrières qui émergent partout en Europe face aux politiques gouvernementales sont pour l’instant minoritaires et marginaux. Mais si les mesures des différents États se font de plus en plus strictes et paternalistes pour un résultat toujours aussi incertain sur le plan sanitaire, ces foyers de contestations pourraient se transformer en feux de prairies.

Face au choc de précarisation et de pauvreté entraîné par les restrictions en termes  de libertés publiques, la patience des peuples européens pourrait se dissiper un peu trop brutalement.

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Donald Trump : une incertaine réélection

Par h16
libre échange iran donald trump

Par h16.

Tandis que la presse française, coincée entre des affaires louches pas trop favorables à Biden et les récents succès de Trump sur la scène internationale, commence à montrer quelques signes de fébrilité alors que les élections américaines approchent, il semble nécessaire d’analyser la situation électorale américaine tant son résultat aura d’impact sur les prochaines années dans le monde, France comprise.

En préambule et comme je le faisais remarquer dans un précédent billet, il est important de noter le décalage entre ce que la presse rapporte de l’actuelle campagne électorale et la réalité de terrain : cette presse, largement acquise à la cause démocrate, a largement perdu sa crédibilité et a même démontré, ces dernières semaines, une volonté farouche de grandement favoriser son candidat de choix comme en témoigne le silence assourdissant qui accompagne les révélations pourtant fracassantes entourant la famille de l’ancien vice-président.

trump

Dès lors, les informations en provenance de cette presse, qui présentent systématiquement Biden comme grand gagnant de l’actuelle course à la Maison-Blanche, doivent absolument être prises avec le recul nécessaire et tenir compte du biais énorme de confirmation que les médias développent sans la moindre vergogne. Partant de là, on se rend compte en collectant différents éléments que l’actuel président américain est bien mieux placé dans la course que ce que laissent croire les journaux des deux côtés de l’Atlantique.

Parmi ces éléments, on pourra par exemple noter qu’au contraire d’autres élections et pour d’autres présidents, plusieurs États enregistrent actuellement un regain d’intérêt des citoyens pour s’inscrire sur les listes électorales et dans les partis (démocrates ou républicains). C’est notamment le cas en Floride et en Pennsylvanie, deux États clés pour obtenir une majorité de Grands électeurs, où le nombre d’électeurs officiellement enregistrés chez les Républicains a bondi, alors qu’il s’est effondré chez les Démocrates.

De la même façon, les sondages portant sur les groupes d’électeurs Latinos montrent une augmentation du soutien à Donald Trump de façon persistante, à tel point que ce groupe lui donne une majorité (50 %) contre Biden (46 %). Chez les Afro-américains, on note là encore une augmentation notable des soutiens à Trump (45 %), alors qu’il n’avait que 8 % des votes de cette communauté en 2016. Rien que cette différence laisse songeur.

En outre, Trump apparaît clairement, et notamment après le dernier débat qu’il a tenu avec Biden il y a quelques jours, comme un président voulant diminuer les impôts, là où Biden ne cache pas vouloir les augmenter (à tel point que le rappeur 50 Cent a officiellement apporté son soutien à l’actuel président). Or, de façon historique, le président qui promet des augmentations d’impôts (mêmes ciblées, mêmes partielles) tend à perdre : ce fut le cas pour Carter ou Mondale contre Reagan, pour Dukakis contre Bush père (qui perdit lui-même après avoir augmenté les impôts), Bush fils contre Gore et John Kerry, Obama contre McCain, et enfin Trump contre Clinton…

Enfin, signalons trois éléments, plus subjectifs mais qui confirment la tendance :

1/ Gallup a récemment établi le niveau de satisfaction des Américains après les quatre années de présidence Trump pour aboutir au résultat qu’une franche majorité d’entre eux s’estimaient mieux lotis à présent qu’avant l’arrivée de l’actuel président.

2/ À ceci s’ajoute l’enquête de satisfaction de Rasmussen qui montre un taux d’approbation de 52 % en faveur de Donald Trump ; il est généralement admis qu’un président se doit d’obtenir une telle majorité pour espérer l’emporter.

3/ À la différence de 2016 où Trump, véritable OVNI politique, devait convaincre que voter pour lui n’était pas un gaspillage d’énergie et qu’il avait bel et bien une chance réelle d’accéder à la présidence, l’actuel président a montré qu’il pouvait parvenir à ce poste ; psychologiquement, la barrière qu’un électeur indécis pourrait avoir est maintenant passée.

À ces différents éléments et au contraire de 2016, on doit maintenant aussi tenir compte de son bilan contrasté : s’il a créé de l’emploi, c’est au prix d’un endettement record du pays et de facilités monétaires qu’il faudra bien payer un jour, douloureusement. Il a plutôt fait œuvre de protectionnisme tout au long de son mandat, tout en parvenant à conserver une certaine indépendance énergétique américaine.

trump

Enfin, signalons que c’est au plan international, où il était le moins attendu, que son bilan est largement le plus flatteur : n’ayant déployé de troupes sur aucun nouveau terrain, au contraire de ses nombreux prédécesseurs, il est même parvenu à certaines victoires diplomatiques avec la normalisation des relations diplomatiques de plusieurs pays avec Israël (dont, très récemment, le Soudan), il a calmé la Corée du Nord, a tenu tête aux Chinois et a fait en sorte que les industries américaines relocalisent ailleurs qu’en Chine et préférablement aux État-Unis.

Ce bilan et l’atmosphère américaine générale, volatile, rendent bien évidemment les pronostics difficiles mais, comme il y a quatre ans, je pense qu’il sera réélu.

Ceci posé, cette élection ne ressemblera probablement pas aux précédentes : pour qu’elle se passe dans un calme relatif, il faudra rien de moins qu’une victoire écrasante et sans le moindre doute. Toute autre configuration dans laquelle Joe Biden et Donald Trump se retrouvent au coude-à-coude pourrait bien transformer la nation américaine en véritable poudrière, prête à exploser à la moindre étincelle : entre les dépouillements tardifs des votes par correspondance, les possibilités très réelles de fraudes, les médias partisans et la volonté farouche de certains de ne surtout pas admettre la victoire de l’autre camp, tous les ingrédients sont réunis pour que la soirée électorale se transforme en semaine de rebondissements douloureux voire pire si la situation s’envenime vraiment.

Parallèlement, les marchés qui abhorrent de telles incertitudes pourraient bien dévisser, rendant la présidence suivante (qu’elle soit pour Joe Biden ou pour Donald Trump) particulièrement épineuse.

Indépendamment, si Trump gagne (comme je le pense), on peut s’attendre à plusieurs choses, à commencer par beaucoup d’atermoiements et de larmes des bien-pensants qui rempliront plusieurs piscines olympiques à n’en pas douter, avec la promesse de quatre nouvelles années d’une mémétique aussi hilarante qu’humide.

Pour le reste, on sait de quel bois l’homme est fait et on ne peut donc pas s’attendre à une politique économique qui redresse les comptes catastrophiques de l’Amérique. Le risque est même grand de voir le dollar partir en sucette comme jamais. Donald Trump s’ingéniera donc peut-être à continuer de faire une grande Amérique (Keep America Great) mais à quel coût ? La facture finale promet d’être très salée et probablement pas circonscrite aux seuls États-Unis.

Mais enfin, cela veut aussi dire que le gouvernement chinois se trouvera en face d’un dirigeant américain qui, au contraire d’un Biden totalement vendu aux intérêts de Pékin (au sens littéral), n’entend pas se laisser faire.

Ce n’est peut-être pas une mauvaise chose : l’absence de fermeté finit par coûter bien plus cher que ce que peut entraîner une position claire et ferme, comme l’a amplement démontré la République française vis-à-vis des islamistes…

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Sur le web

Face à l’islamisme, retrouvons un État régalien au service des libertés

Par Jonathan Frickert
état régalien

Par Jonathan Frickert.

Quelle est cette étrange inversion des valeurs qui frappe la France ? En seulement 10 jours, le pays a connu un retournement particulier dans la lutte contre le terrorisme.

D’une part, le 12 octobre dernier, sur une plaque commémorative de la ville de Paris, Arnaud Beltrame, gendarme tué par un terroriste après avoir pris la place de ses otages a été qualifié de « victime de son héroisme ».

D’autre part, ce mercredi, un professeur a été décapité après avoir subi deux semaines de persécutions et menaces pour avoir tenté d’enseigner la liberté d’expression est devenu « un héros ».

Cette inversion en dit long sur l’état moral d’un pays chapeauté par un État incapable de défendre les valeurs de sa civilisation et la sécurité de ses administrés.

En pleine crise sanitaire et sociale, la mort de Samuel Paty nous ramène la double défaite, à la fois morale et politique de l’État français.

Communication et calinothérapie ont remplacé le combat idéologique et la question sécuritaire délaissés depuis longtemps par nos dirigeants.

Combattre efficacement l’islamisme suppose d’être ferme sur nos principes civilisationnels et un État capable d’assurer la sécurité de ses concitoyens tout en respectant l’État de droit. Force est de constater que nous sommes bien loin d’y parvenir.

Un combat idéologique

Lorsqu’on s’intéresse à l’histoire de la droite politique, on se rend compte que son rôle historique se trouve dans la défense des acquis occidentaux. Pourtant, ceux-ci sont largement malmenés aujourd’hui, qu’il s’agisse de la gauche ou de l’adversaire islamiste, souvent alliés objectifs. Mais ces valeurs peuvent également être menacées par la peur.

Ainsi, nombreux sont les Français qui ont sans doute pensé, vendredi, qu’il faudrait peut-être ressortir la guillotine pour en finir avec ces terroristes qui décapitent nos compatriotes en pleine rue. L’idée est en soi parfaitement absurde, mais soulève un problème réel : il est très facile d’abandonner ses principes lorsque l’on est menacé.

Or, ce sont bel et bien ces principes qu’il faut à tout prix conserver si nous souhaitons gagner cette guerre. Notre ennemi l’est justement parce qu’il souhaite détruire les valeurs que notre civilisation façonne depuis des siècles.

L’histoire de l’Occident est parsemée d’acquis issus de ses racines chrétiennes, romaines et grecques et qui constituent chacune des digues à l’islamisme : la liberté individuelle, l’égalité, la démocratie, l’État de droit… Des valeurs en manque cruel d’incarnation, expliquant d’autant mieux le scandale qu’a constitué la victimisation d’Arnaud Beltrame. Par sa bravoure, le gendarme avait ainsi donné un visage à ces valeurs alors que l’opinion publique ne connaissait que celles de ses bourreaux.

La séparation du politique et du religieux pour vaincre l’islamisme

Une autre valeur occidentale résonne particulièrement en ces temps d’attaques islamistes : la séparation du religieux et du politique.

S’il est évident que l’islamisme a quelque chose à voir avec l’islam, la tentation de certains de les amalgamer serait un cadeau fait à l’ennemi. Issus d’une lutte de pouvoir entre les monarques européens et le pape, la séparation du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel, du politique et du religieux, de ce qui relève des hommes et de ce qui relève des âmes, dont les démembrements iront jusqu’à la loi de 1905, est un des acquis de notre histoire.

Cette séparation, nous pouvons la comparer aujourd’hui à celle qui oppose artificiellement ou non selon les spécialistes de la question, l’islam religieux de l’islam politique. Artificielle ou non, il est de notre devoir de l’imposer, car telle est notre conception de ce qui relève du domaine cultuel.

Or, c’est bel et bien en renforçant cette distinction que l’Occident pourra vaincre intellectuellement les islamistes.

Il s’agit donc de traiter intellectuellement nos adversaires comme nous traitions hier des idéologies du même acabit, qu’il s’agisse du nazisme ou du communisme, qui ont également inspiré le terrorisme des années de plomb.

Panser les plaies

Défendre les valeurs que l’ennemi souhaite voir disparaître exige un État régalien fort. Or, ce dernier a largement périclité. La Légion d’honneur, symbole des égards les plus prestigieux, en est un premier exemple.

Elle a été décernée à Samuel Paty à titre posthume. La décoration, initialement destinée à récompenser les mérites « éminents acquis au service de la nation », a largement perdu de son prestige.

Hier honneur de la nation à ses serviteurs les plus remarquables, aujourd’hui décernée aux présentateurs de télévision, chanteurs, patrons de presse et désormais aux victimes de la barbarie, la Légion d’honneur sert dorénavant à panser des plaies qu’on est incapable de prévenir.

Masquer l’impuissance

Le deuxième exemple de cette déliquescence est sans doute l’incapacité de nos élus à proposer de véritables solutions.

Paradoxalement, en matière de problème religieux, chacun semble retrouver sa paroisse. À la gauche laïcarde, profitant du silence assourdissant des indigénistes depuis une semaine, on retrouve ses vieux réflexes de « bouffeurs de curé », à défaut d’avoir le courage de « bouffer » du salafiste.

On en profite donc pour mettre les chrétiens dans le même sac que les salafistes, à la manière de ce tweet surréaliste de France Culture, depuis supprimé, qui nous interroge une fois de plus sur l’intérêt de financer cette radio par nos impôts.

De son côté, la droite ne fait guère mieux. Du côté du gouvernement, Gérald Darmanin n’hésite pas à attirer l’attention sur les rayons hallal dans les supermarchés.

Du côté de la droite d’opposition, celui qui sera sans doute le challenger de 2022, Xavier Bertrand, n’a pas hésité à évoquer la constitutionnalisation du principe de laïcité, ce qui est déjà le cas depuis 1958, ce dernier étant évoqué dès l’article 1er de notre loi fondamentale…

Erreur de communication ou crasse incompétence, ces propositions, comme la posture de la gauche, sont deux faces d’une même pièce : l’incapacité à agir concrètement sur les problèmes, et pour cause, puisque l’État est incapable de remplir sa mission la plus élémentaire, à savoir assurer la sécurité des Français.

À la décharge des gouvernements successifs, en explorant les chiffres disponibles sur le site du ministère des Finances on constate entre 2009 et 2019 une relative stabilité du budget des trois principales missions régaliennes de l’État (défense, justice et sécurité), autour de 16 %. Et on retrouve à peu près la même stabilité s’agissant des effectifs de ces trois fonctions, soit autour d’un tiers du total.

À titre comparatif, le budget Défense, Justice et Sécurité de l’État d’Israël, considéré comme en pointe dans la lutte contre le terrorisme pour des raisons historiques évidentes, dépasse les 22 % du budget total au regard de la proposition de budget pour l’année 2018.

Le problème se situe davantage dans un aspect non pas comptable, mais humain.

D’une part, malgré cette stabilité et indépendamment de la question terroriste, le pays connaît une hausse de la violence, et donc une augmentation du travail des forces de l’ordre.

L’agence de conseil en sécurité Lead Advisor a ainsi révélé des chiffres repris par le service statistique de Beauvau ces dernières semaines.

Outre une baisse significative des atteintes aux biens, et hors terrorisme, les homicides ont augmenté de 175 % en 10 ans, +249 % de coups et blessures depuis 1996 et +136 % des violences sexuelles.

À cette hausse du travail des forces de police s’ajoute une part considérable de travail administratif. Un rapport sénatorial pointe ainsi des comptes-rendus dont la rédaction est souvent trois à quatre fois plus longue que l’intervention elle-même. Les forces de l’ordre sont frappées par la même hausse de la réglementation que les Français du quotidien, alors même qu’ils sont les mêmes personnes.

D’autre part, si les budgets restent stables, l’État régalien a cédé la place à un État de compassion, largement illustré par une phrase terrible de l’ancien ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, pour qui « l’émotion dépasse les règles juridiques ».

Fin de la technique de la clef d’étranglement, manque de matériels (locaux décrépis, véhicules antédiluviens…), heures supplémentaires non payées et nouvelles contraintes régulières au nom du « pas de bavure ».

Résultat : un taux de suicide supérieur de 36 % à la moyenne nationale.

Toujours plus de répression

À cette déliquescence du régalien s’ajoute un flicage de plus en plus fort de la vie quotidienne.

Laissez-moi vous proposer un petit exercice de pensée. Un jour, lorsque j’étais étudiant, un professeur de sociologie avait commencé son cours par cette question : y a t-il, dans votre propre vie, un seul domaine dans lequel l’État n’a pas imprimé sa marque ?

Chacun a pu constater qu’il ne se passe pas une semaine sans que Jean Castex ou un préfet ne mette en place de nouvelles restrictions.

L’État a troqué ses missions de sécurité pour des missions de répression. Une aubaine pour les islamistes.

En matière de santé, on privilégie la répression. En matière de sécurité, on favorise les rapports, notes et circulaires. Des choix qui relèguent au second rang les actions concrètes sur le terrain.

La garantie de la sécurité a été remplacée par la négation des libertés. À l’État sécuritaire s’est substitué un État répressif.

Retrouver notre État de droit

Cette association de la guerre idéologique et de la guerre armée passe par un équilibre fondamental : l’État de droit.

Il y a quelques jours, sur Sud Radio, le politologue et ancien collaborateur de Charles Pasqua et Jean-Pierre Chevènement, Guillaume Bigot expliquait que l’un des problèmes actuels dans la lutte contre le terrorisme était le « droitdelhommisme », accusation récurrente des milieux souverainistes. Une position qui omet une donnée fondamentale : la géométrie variable de notre État de droit.

Si aujourd’hui, la gauche accuse les populistes de faire de la récupération pour masquer sa propre tentative, n’oublions pas que ceux qui manifestent aujourd’hui pour la libre publication des caricatures de Mahomet sont les mêmes qui, hier, appelaient à la condamnation d’Éric Zemmour ou du magazine Valeurs actuelles pour une caricature de la députée Danielle Obono.

Loin d’être un carcan, l’État de droit constitue la manifestation juridique des principes de liberté, posant un cadre à l’épanouissement de la société et son rempart face à l’arbitraire.

Une des principales clefs de ce rempart se trouve dans l’isonomie, c’est-à-dire l’égalité devant la loi. Une liberté qui n’est pas exerçable par tous, mais par un petit nombre n’est donc pas une liberté, mais une loi privée, c’est-à-dire un privilège, avec lequel la gauche passe pourtant son temps à importuner la Terre entière.

Garantir la liberté d’expression

Ainsi, dans un État de droit efficient, la liberté d’expression doit être égale pour tous.

Étrange donc de voir la gauche tenter de récupérer une liberté qu’elle a tant contribué à réduire depuis trente ans. À croire que pour les champions de l’égalitarisme, certains sont plus égaux que d’autres.

La gauche a assurément une responsabilité dans ce qui arrive à notre pays, qu’il s’agisse de son laxisme ou de ses calculs électoraux. Son aversion pour les valeurs occidentales, l’État régalien et l’État de droit a sans doute également contribué à l’horreur qui nous a frappés. Par ses coups de canifs à nos libertés, elle a ouvert la porte aux islamistes.

Hommage à Samuel Paty à l’école : mêmes erreurs, mêmes effets

Par Margot Arold
l'école

Par Margot Arold.

Suite à l’assassinat par décapitation de Samuel Paty, les enseignants « auront un cadrage clair », à la rentrée des vacances de la Toussaint, affirme Jean-Michel Blanquer.

« Une première phase permettra aux enseignants de se préparer, ce qui décalera un peu l’horaire de rentrée des élèves ; un deuxième temps, avec les élèves, sera dédié à la réaffirmation des « principes de l’école et de la République ; et une troisième étape réunira, dans la cour, élèves, professeurs et partenaires de l’école pour une minute de silence et la lecture de la « Lettre aux instituteurs et institutrices » de Jean Jaurès. »

S’il est sans doute attendu par le corps enseignant, ce soutien et ce « cadrage » posent néanmoins quelques questions.

Encore des heures de cours en moins

Car ces « moments » consacrés aux réexplications des « valeurs de la République » seront pris sur du temps d’enseignement. Est-il vraiment à propos, dans cette chaotique année 2020, de sabrer encore des heures de cours pour faire de la pédagogie sur les principes de l’école ?

Quand on en arrive à consacrer « un moment » pour justifier les raisons pour lesquelles « il existe des principes à l’école », on peut dire que l’institution et son rayonnement sont sérieusement ébranlés.

L’école primaire et la maternelle auront droit aussi à un laïus

Jean-Michel Blanquer souhaite que tous les niveaux reçoivent la bonne parole :

« À l’école élémentaire il y aura une minute de silence. À la maternelle il n’y aura pas la minute de silence mais un temps calme ».

Sous prétexte d’affirmer et réaffirmer à tout crin les règles de l’école et les principes de la République, on va donc y mêler des gamins de 3 à 10 ans. Quelle compréhension des événements est-il attendu d’eux et est-il pédagogiquement et éthiquement souhaitable d’imposer ce genre de recueillement à de si jeunes enfants ?

Mêmes causes, mêmes effets !

Car si au collège, certains adolescents n’ont pas eu le niveau intellectuel et culturel suffisant pour comprendre les caricatures de Charlie Hebdo proposées par leur professeur, qu’en sera-t-il pour de très jeunes enfants ? Comment leur seront présentés ces hommages ? Et à leurs parents ?

En suivant les instructions ministérielles, l’école n’est-elle pas en train de répéter exactement la même erreur : toujours faire en sorte que l’actualité fasse irruption dans le quotidien scolaire.

En convoquant sans cesse l’actualité en cours, on se prive d’un avantage énorme en pédagogie : le recul, qui permet d’aborder presque n’importe quel sujet avec sérénité puisqu’il ne nous touche pas directement. Évoquer des faits non contemporains permet de faire des passerelles subtiles avec l’actualité, sans pour autant la mettre au centre de l’enseignement.

Le temps qui passe fait le tri, atténue les tensions. Permettre aujourd’hui de manière presque compulsive de placer « l’actualité » à toutes les sauces dans l’enseignement scolaire (réchauffement climatique, attentats…) ne donne plus la possibilité de prendre du recul, ni d’être détaché de toute réaction émotionnelle.

Qu’attendre de ce « moment » du 2 novembre à l’école ?

Quand la culture générale est d’un niveau médiocre (pour utiliser un doux euphémisme) dans la population adolescente, qu’espère-t-on en lui assénant des principes ? Convaincre ceux qui le sont déjà ? Et quid des autres ? Seront-ils contraints d’écarquiller les yeux, façon Orange Mécanique, afin d’adhérer à des valeurs qu’ils ne comprennent pas ?

Placarder du Charlie Hebdo sur les façades d’immeubles pour porter en étendard nos valeurs ? En sommes-nous donc réduits à cela ? La liberté d’expression se réduirait à des caricatures religieuses alors qu’elle est loin de n’être que cela, et nos valeurs se résumeraient au droit de choquer publiquement, érigé tout à coup en obligation d’ingurgiter des dessins jusqu’à la nausée ? C’est la technique du camp de rééducation…

Il est à craindre que la piste choisie par ce gouvernement soit vaine. Le problème se situe au-delà des quatre murs d’une salle de classe, dans une société où la culture de l’excuse et l’égalitarisme ont conduit à cette situation : l’école n’est plus l’institution qui permet d’entrer dans la société et d’y réussir, c’est la société qui entre dans l’école et la vide de sa raison d’être.

Pour Jean-Michel Blanquer : « Le problème vient aussi parfois des familles. Il faut donc retrouver cette règle d’airain : les parents ne se mêlent pas de pédagogie. »

Ce serait peut-être souhaitable si l’école se contentait d’enseigner ce qui relève du  raisonnable : lire, écrire, compter, et de la culture générale -pour dire les choses de manière très résumée-. Dès l’instant où elle sort de ce cadre-là, elle s’expose -et expose ses enseignants- à une confrontation avec le milieu familial.

La phrase du ministre rappelle la lubie d’un autre ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon, qui en 2013 voulait « arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel… ». On dirait bien que les méthodes socialistes pour fabriquer une société plus inclusive n’ont pas donné le résultat escompté.

Que l’école se contente d’être un lieu d’instruction et laisse donc les parents s’occuper du reste.

Mélenchon, les Tchétchènes et le coup classique de la victimisation

Par Nathalie MP Meyer
Mélenchon

Par Nathalie MP Meyer.

Je pense que tout le monde sera d’accord là-dessus : la victime du drame de Conflans-Sainte-Honorine, c’est Samuel Paty, cet enseignant décapité la semaine dernière par un jeune Tchétchène parce qu’il avait eu l’audace blasphématoire inexpiable de montrer à ses élèves les caricatures de Charlie Hebdo relatives au prophète Mahomet dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression.

Oh, bien sûr, on trouvera toujours des gens pour dire que les victimes sont en fait les musulmans attaqués dans leur foi. Et à voir nos gouvernants s’agiter pour manifester leur fermeté inébranlable face aux intimidations terroristes, on devine déjà que la liberté d’expression risque aussi de faire partie des victimes collatérales du drame.

Mais il y a bien pire !

Il ne faudrait quand même pas oublier que la première victime politique de cette affaire, c’est Jean-Luc Mélenchon ! Le malheureux Insoumis s’est retrouvé cloué au pilori par toute la classe politico-médiatique pour une innocente formule à l’encontre des Tchétchènes dans laquelle des esprits chagrins et malveillants ont cru voir pointer l’amalgame qu’il est toujours prompt à dénoncer chez les autres  :

« Je pense qu’il y a un problème avec la communauté tchétchène en France. »

➡ Sur l’attentat dans les #Yvelines

🗣@JLMelenchon de la @FranceInsoumise :

« Je pense qu’il y a un problème avec la communauté tchétchène en France »

📺#EnTouteFranchise @agindre pic.twitter.com/EFZdKltfPC

— LCI (@LCI) October 18, 2020

Ses proches en politique ont fait de leur mieux pour minimiser la portée de l’incident. La sénatrice Marie-Noël Lienemann concède volontiers que Mélenchon aurait pu être « un peu plus diplomate », mais sur le fond, elle ne trouve rien à redire. Quant au député de la France insoumise Éric Coquerel, il reconnaît que « le mot communauté est sorti un peu vite ».

Mais pour le lider maximo de la France insoumise, malgré tous ces efforts, « une semaine noire » commençait néanmoins.

Car figurez-vous qu’il y a dans notre République des gens d’une bassesse inouïe qui ont profité de cette petite phrase sans conséquence, ce non-événement, ce micro-rien qui ne représente en aucune manière la façon de voir de Jean-Luc Mélenchon, pour faire croire qu’il « attribuerait à tous les Tchétchènes l’horreur du comportement individuel de quelques-uns. »

On croit rêver ! Se laisser aller à de telles accusations contre un homme politique qui a toujours placé « l’Humanisme et le courant des Lumières » au sommet de ses convictions les plus exigeantes ! Contre un homme qui a toujours fait campagne au nom de « l’humain d’abord » comme en témoigne abondamment son admiration indéfectible pour le Venezuela d’Hugo Chávez, le Cuba de Fidel Castro, la Chine qui opprime le Tibet et la Russie de Vladimir Poutine ! Mais où va-t-on ?

Et comme si cela ne suffisait pas dans la désinformation la plus ignoble, voilà que les mêmes ne se sont pas gênés pour enchaîner ensuite sur le prétendu islamo-gauchisme que la France insoumise câlinerait sans honte et sans réserve, et sur l’odieuse récupération politique que constituerait sa participation au rassemblement d’hommage à Samuel Paty qui a eu lieu dimanche dernier.

Autrement dit, si les accusations mensongères du parent d’élève Brahim Chnina à l’encontre de Samuel Paty ont agi comme une cible bien visible accrochée au front du professeur, « les abus de langage infamants » auxquels les politiciens et commentateurs se sont livrés ces derniers jours contre les Insoumis avec une joie sordide reviennent aussi à leur placer « une cible dans le dos en les accusant sans pause ni trêve des pires absurdités. »

Bref, Jean-Luc Mélenchon nous refait le coup de « la République, c’est moi » et tous les autres ont tort et me persécutent. Tous les autres, c’est-à-dire les journalistes, les juges, les opposants internes, l’extrême droite, Macron, le PS et tout le reste du monde.

Mais les accusations dont il se plaint sont-elles aussi absurdes qu’il le prétend ?

En réalité, sa sortie sur les Tchétchènes n’a pas été l’erreur d’un bref instant d’un homme par ailleurs irréprochable, mais une formule répétée à plusieurs reprises – au micro de BFM TV puis sur le plateau de LCI – comme pour mieux fixer l’attention et la faute sur cette communauté (qui a en plus l’inexcusable tort de causer quelques soucis à son ami Poutine) et nous empêcher de regarder du côté des accointances louches de la France insoumise avec l’islamisme via ses relations avec le Collectif contre l’islamophobie en France ou CCIF.

Il s’agit là d’une des associations que Gérald Darmanin a annoncé vouloir dissoudre en raison de ses proximités avec les Frères musulmans et l’islamisme radical :

Je vais proposer la dissolution du CCIF et de BarakaCity, des associations ennemies de la République.
Il faut arrêter d’être naïfs et voir la vérité en face : il n’y a aucun accommodement possible avec l’islamisme radical. Tout compromis est une compromission. #Europe1

— Gérald DARMANIN (@GDarmanin) October 19, 2020

Or il se trouve que lors de la « Marche contre l’islamophobie » du 10 novembre 2019 à laquelle la France insoumise a participé à grand renfort de publicité et de trémolos vertueux, l’un des meneurs était justement Marwan Muhammad, un ancien dirigeant du CCIF. Et il se trouve également que ce dernier a eu l’idée vraiment lumineuse de faire scander par les participants le fameux cri « Allahu Akbar » qui a accompagné et pour ainsi dire signé tous les attentats islamistes perpétrés en France et dans le monde ces dernières années.

On était à trois jours de la date anniversaire du massacre du Bataclan. Il fallait le faire. La voilà, l’expression claire et nette de l’islamo-gauchisme même pas larvé de la France insoumise.

Naturellement, Mélenchon se défend maintenant de toute compromission en rappelant qu’en 2015, il condamnait haut et fort la reconnaissance de quelque blasphème que ce soit, et que jamais au grand jamais il n’était tombé dans le piège tendu par le concept d’islamophobie :

Je conteste le terme d’islamophobie. On a le droit de ne pas aimer l’islam comme on a le droit de ne pas aimer le catholicisme. #SLT

— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) November 21, 2015

Mais il y a un an, il prenait néanmoins sa plus belle plume de blog pour persister et signer dans sa volonté inébranlable et sublime de participer à la marche du 10 novembre :

« Nous avons appris à connaître avec la ‘théologie de la Libération’ en Amérique latine comment la religion pouvait aussi ne pas être qu’une drogue qui annule la volonté d’agir pour changer le monde mais parfois l’exact contraire. »

Traduction : la religion n’est pas toujours l’opium du peuple.

Quand il s’agit des Tibétains qui s’opposent à la Chine ou des Tchétchènes qui s’opposent à la Russie ou de la France catho de droite qui s’oppose à l’insoumission de Mélenchon, alors oui.

Mais quand la religion adopte les canons de la gauche, comme ce fut le cas de la théologie de la libération dans les années 1970 et 1980 et comme c’est le cas de l’islamo-gauchisme qui fait actuellement son chemin au Parti communiste, à la CGT et à la France insoumise, il faut y voir « le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur », nous explique Mélenchon en citant Marx.

Pas d’erreur involontaire chez le patron des Insoumis, pas de malheureux lapsus évidemment excusable, mais un immense talent de cabotin colérique destiné à masquer ses basses œuvres idéologiques.

Le coup des Tchétchènes et la victimisation subséquente devant l’indignation soulevée avaient un objectif précis parfaitement calculé : faire oublier combien Jean-Luc Mélenchon, déjà amplement connu pour donner l’absolution aux plus sanguinaires dictateurs pourvu qu’ils soient estampillés « de gauche », est également toujours prêt à jouer les idiots utiles de n’importe quelle religion, charia incluse, pourvu qu’elle soit gaucho-compatible.

Sur le web

Hôpitaux saturés et Covid : rien de nouveau

Par Michel Negynas
hôpitaux saturés

Par Michel Negynas.

Une situation préoccupante

Dans un article particulièrement préoccupant, le président de l’AMUF (Association des médecins urgentistes), Patrick Pelloux, reproche aux autorités de ne pas avoir anticipé l’épidémie et pointe les failles du système de santé français.

« Comment se fait-il qu’une maladie parvienne à saturer les urgences des hôpitaux ?

Ce n’est pas lié à l’épidémie elle-même, qui n’est pas franchement plus virulente que les années précédentes.

La situation actuelle tient en réalité à un cumul de trois facteurs qui mettent en avant les difficultés du système hospitalier français […].

Mais surtout, c’est la troisième année consécutive… que les hôpitaux sont étranglés par des mesures budgétaires très contraignantes. Des lits sont fermés et les médecins doivent travailler en flux tendu, sans aucune marge de manœuvre.

Que pensez-vous de la solution consistant à différer certaines interventions chirurgicales programmées pour désengorger les urgences ?

Cela ne sert à rien de déstabiliser tout le système chirurgical avec un report des lits, d’autant plus que cet arrangement présente des risques en termes de contamination des patients non hospitalisés pour cette raison. La solution n’est pas là, le problème est plus profond…

Comment expliquer que cette situation n’ait pas été anticipée ?

Nous payons le prix d’années d’inertie. La direction générale de la santé et les groupes régionaux d’observation ont bien lancé une alerte la semaine dernière, prévoyant le pic d’intensité de l’épidémie.

Mais ce ne sont que des courbes regardées par des technocrates. Les décideurs sont dans une politique de contemplation, pas d’action. Jamais autant de gens n’ont regardé les médecins travailler sans rien faire ! »

C’est brûlant d’actualité… sauf que l’article est de 2012, et qu’il s’agit de la grippe. Internet possède une redoutable propriété : tout est mémorisé. Et c’est parfois d’une implacable cruauté.

Hôpitaux saturés en hiver, depuis longtemps

On est donc depuis longtemps avec des hôpitaux saturés en hiver, en particulier les réanimations pour personnes âgées (qui, comme le mentionne l’article, sont les problèmes liés à la grippe.)

Dans ces conditions, on ne voit pas comment on pourrait absorber une épidémie de plus que celle de la grippe, de la bronchiolite, des rhinovirus…

Et il semble bien que cette épidémie de coronavirus soit saisonnière. Elle a probablement débuté à bas bruit à l’automne dernier, comme beaucoup de médecins le réalisent en reprenant leurs dossiers d’infections respiratoires de cette période. Mais au lieu d’adapter les hôpitaux aux besoins, on veut modifier les besoins en fonction de l’état des hôpitaux…

C’est une nouvelle manière d’administrer qui devient générale : pour l’électricité aussi, on va cet hiver demander aux français de faire des efforts pour diminuer leur consommation, parce qu’on a arrêté des centrales.

Nos institutions désemparées

On ne peut pas contrôler un phénomène sans indicateurs pertinents. Or, quasiment aucun des chiffres et aucune des courbes qu’on nous présente ne sont réellement significatifs.

  • Le taux d’incidence et le taux de positivité sont entachés de la non connaissance de la composition des cohortes testées.
  • En outre, nous n’avons toujours pas eu d’éclaircissements sur les normes d’application du test PCR, laissant libre cours aux rumeurs : si une partie de nos tests ont 20 à 30 % de faux positifs, comme constaté par l’IHU de Marseille, que valent ces chiffres ?
  • Le calcul du chiffre R est lui aussi opaque. Du moins, s’il est public, il se cache bien. Ses variations semblent erratiques, entre 1 et 1,4. (Rappelons que le R0, c’est-à-dire sans immunité et sans gestes barrières est estimé à 3). Il ne reflète pas le degré de catastrophisme qu’on nous assène. Alors qui croire ?
  • L’évolution des patients en réanimation pourrait être un indicateur plus fiable ; mais elle a quinze jours de retard sur le phénomène. Alors on modélise à tour de bras. Mais là encore, avec une opacité totale. Comment modéliser sans indicateurs corrects ?
  • Enfin, le nombre de décès, encore plus décalé dans le temps, souffre de deux biais : la difficulté d’appréhender les décès hors EHPAD et hors hôpitaux, et la question de l’imputation en cas de co-morbidité.

Il est proprement ahurissant d’entendre le ministre en charge des opérations, lors de sa dernière conférence de presse, avouer qu’il ne comprend rien à la subite augmentation des cas de fin septembre, et qu’il ne sait pas où on se contamine vraiment, après 8 mois de crise ! Tout cela en condamnant quasiment des restaurants à la faillite !

Alors qu’il semble qu’on vient seulement de commencer l’étude qui devrait être conduite en permanence : le suivi PCR et sérologique permanent d’une cohorte représentative aux échelons régionaux pertinents.

Bénéfice et risque

Le critère d’adoption de telle ou telle stratégie, outre qu’il nécessite les bons indicateurs, doit être basé non pas sur l’émotion, mais sur une analyse bénéfice/risque. Dans cette période, il n’existe malheureusement pas de bon choix possible.

Ne pas confiner sature les hôpitaux, confiner provoque des dégâts sanitaires, économiques et sociaux collatéraux  considérables, que l’on doit traduire non pas en vies perdues, mais  aussi en nombre de jours de vie perdus, compte tenu des différences d’âge des populations touchées.

Où sont les calculs ?

Formation et travail en 2021 : un grand bricolage

Par Didier Cozin
formation

Par Didier Cozin.

Jamais depuis 1870 (défaite de Sedan) ou 1940 notre pays ne s’était trouvé devant de tels défis économiques, sociaux et éducatifs à relever : reconstruire un pays dont toutes les infrastructures sont intactes à la différence des guerres classiques, restaurer une éducation ravagée par l’immobilisme et les idéologies, reformuler un modèle social usé dans un pays surendetté, divisé et désormais en partie disqualifié par la mondialisation et la technologie, la numérisation, la globalisation, l’automation et intelligence artificielle.

La formation du XXIe siècle : entre Mr Bricolage et la Foirfouille

En matière de formation depuis le début des années 2000 (La Stratégie de Lisbonne) l’État, les partenaires sociaux et le législateur bricolent des lois, des règlementations, des dispositifs qui ne sont jamais à la hauteur des enjeux de l’économie de la connaissance.

Incapables de restaurer une éducation aujourd’hui largement défaillante nous nous berçons d’illusion de reprise sans travail de fond.

« L’éducation un trésor est caché dedans » : c’est le thème d’une célèbre fable de La Fontaine (Le laboureur et ses enfants) et l’intitulé d’un livre blanc de la commission européenne paru en 1997 (L’éducation un trésor est caché dedans). Malheureusement ce trésor pourrait ne plus nous servir tant les Français ont oublié les vertus de la prévoyance, de la persévérance et de la préparation.

La formation tout au long de la vie, un rendez-vous manqué depuis 20 ans

Si jadis, aux XIX et XXe siècle, le progrès technique et technologique désormais, mettait des années voire parfois des décennies à atteindre les territoires, toutes les couches de la société, tous les continents, aujourd’hui il n’en est plus rien. La globalisation est partout, et souvent pour le meilleur : le savoir, la connaissance, le travail collaboratif mais aussi parfois pour le pire : la désinformation, les épidémies ou le terrorisme.

La planète Terre est devenue un village (Cf Marshal Mac Luhan) où le savoir, les technologies, les pratiques sociales ou professionnelles se diffusent et sont adoptés à la vitesse des électrons.

Le temps qui nous était autrefois collectivement et individuellement laissé pour nous adapter,  changer nos lois, nous conformer, ce temps nous échappe désormais, il s’accélère en mettant les mauvais élèves en difficulté, en position même de ne plus ni rattraper la tête de classe principalement asiatique ni même le peloton européen des pays développés.

Face à l’incurie éducative de l’État des initiatives sont lancées par le secteur privé. Le CDI apprenant d’Adecco en est une mais elle permettra, au mieux, de traiter 1 % de nos lacunes éducatives et professionnelles.

Devant l’incapacité de l’Éducation nationale à relever les défis du monde du travail malgré ses 800 lycées professionnels, ses 48 000 enseignants, un coût annuel de 12 400 euros par lycée pour un taux d’insertion de 15 % dans certaines filières tertiaires, les entreprises privées sont désormais encouragées à créer leurs Centres de Formation des Apprentis ou des écoles professionnelles.

Adecco se propose donc de former, en 2021, environ 15 000 professionnels en « CDI apprenant ».

Former à certains métiers dévalorisés ou délaissés (aide-soignant, conducteur poids-lourds, conseiller/chargé de clientèle banque et assurance, électricien BTP, maçon, mécanicien poids lourds, plombier chauffagiste, technicien, tuyauteur/soudeur…) est une nécessité ; dans de nombreux secteurs la relève n’a ni été formée ni même prévue. En Ile-de-France la moyenne d’âge des médecins généralistes comme des maraîchers est de 60 ans !

Mais cela restera largement en deçà des besoins professionnels. La génération courageuse des baby boomers prend sa retraite et partout les professionnels vont manquer.

La revalorisation du travail manuel, une antienne inaudible en France

La revalorisation du travail manuel dans notre société n’est pas pour demain tant l’endogamie du corps enseignant est forte, tant la propension à conserver les élèves dans les rêts de l’Éducation nationale, même si l’insertion durable y devient rarissime, empêche cette institution centenaire de changer, de faire amende honorable : de la maternelle à l’université, en passant par les lycées professionnels, l’Éducation nationale tient à conserver ses obligés et sa position monopolistique.

Au lieu de concentrer les efforts sur les apprentissages de base au primaire, de se fixer comme objectifs le simple et indispensable lire, écrire, compter, ce que l’école de Jules ferry parvenait à réaliser avec 10 fois moins de moyens et en moins de 10 années d’enseignement, l’école se disperse et prétend tout faire.

Ne faisant confiance à personne, ni aux familles ni aux entreprises, l’Éducation nationale veut s’occuper de tout. En plus des enseignements de base, elle mène de front des combats qui la dépassent : l’éducation morale, l’éducation économique, et sociale pour faire plaisir à la gauche, l’éducation sexuelle, l’éducation physique, un jour prochain pourquoi pas l’éducation religieuse ou militaire.

Aujourd’hui en France en matière d’éducation deux mondes coexistent sans guère se rencontrer

L’univers public de la formation et de l’éducation, avec en tête de gondole l’Éducation nationale et une kyrielle d’institutions, d’associations, de missions satellites subventionnées et chargées de colmater les brèches d’une institution dépassée.

À force de tout faire, l’école publique s’est dispersée, a oublié ses missions premières en abandonnant chaque année des centaines de milliers de jeunes (bien plus que les 100 000 décrocheurs officiels) sur le bord de la route.

Ces jeunes forment désormais un bloc de près de deux millions de personnes, baptisées NEET : sans emploi, sans éducation et sans guère d’avenir professionnel.

En août 2020 une nouvelle loi a installé un droit obligatoire à la formation pour tous les jeunes NEET (sans emploi, ni formation, ni éducation) entre 16 et 18 ans.

Même si l’institution scolaire, fatiguée et largement démoralisée, ne s’est pas vue confier la formation de ces jeunes en perdition, la solution des missions locales ne pourra résoudre à elle seule le problème de ces millions de jeunes égarés par l’école, sans réseau ni réelles compétences professionnelles.

Le leurre des études supérieures pour tous a vécu

Dans la lignée de mai 68 (« à bas la sélection ») notre pays a cru bon produire des « travailleurs intellectuels » en décalage avec les besoins de l’économie, des programmes « savants » sans usage occupant nos 80 % et bientôt 90 % de bacheliers.

Se former à la communication, à l’ethnologie, la sociologie, la science économique ou aux ressources humaines sans prendre conscience que notre économie manque de plombiers, de médecins généralistes, d’infirmiers, d’aides-soignants, de coiffeurs, de maraîchers, de bouchers ou d’infirmiers c’est la promesse de générations frustrées, de candidats au départ de France, d’une immigration massive pour combler nos lacunes de compétences.

La crise Covid-19 est en train de chavirer nos systèmes sociaux, éducatifs et professionnels. Sans un rééquilibrage et une réaffectation rapide des moyens, des dispositifs et des personnes, la relance ne sera pas au rendez-vous de 2021. Il ne faut pas seulement s’inspirer de la fable du laboureur et ses enfants mais aussi intégrer que nous ne pouvons plus mettre tous nos œufs dans le même panier.

 

Euro digital : la BCE à l’offensive ?

Par IREF Europe
BCE

Par Jules Devie.
Un article de l’Iref-Europe

Le 2 octobre dernier, la Banque centrale européenne (BCE) a publié un rapport évaluant la possibilité qu’une monnaie digitale soit créée, les formes qu’elle pourrait prendre, ses enjeux et les problèmes potentiels que cela pourrait poser.

En parallèle, le 12 octobre ont commencé une grande consultation des citoyens et responsables économiques sur la monnaie digitale, ainsi que des expérimentations sur 6 mois dans la zone euro. Selon les enseignements qui en seront tirés, la BCE décidera ou non de poursuivre ce projet.

Le rapport sur l’euro digital se contente de présenter les différentes options envisageables sans en préconiser aucune. À première vue, il s’agit d’un sujet purement technique encore sans grande importance. De la part de la BCE, il témoigne cependant d’une volonté de renforcer son influence sur l’économie européenne. On ne sait encore qu’elle forme prendrait l’euro digital mais il pourrait, en tout état de cause, constituer une véritable révolution aux implications politiques et économiques importantes pour les Européens. Avec quelques inquietudes corollaires.

Qu’est-ce qu’un euro digital ?

Le terme euro digital est un peu trompeur car chacun possède déjà des euros sur son compte bancaire en ligne.

La différence, c’est qu’un euro digital est directement émis sur un compte par la Banque centrale européenne, sans passer par l’intermédiaire des banques commerciales (BNP Paribas, Société Générale, etc.).

Dans le système actuel, ce sont ces dernières qui créent 90 % de la monnaie, par simple opération comptable : en accordant un crédit, une banque en inscrit le montant à son actif (en tant que reconnaissance de dette) ainsi qu’à son passif (puisqu’elle vient de créditer un compte).

Lorsque le crédit est remboursé, l’argent créé est donc détruit. Ce type de création monétaire est appelé « argent-dette » car c’est la dette qui crée l’argent.

La BCE a tout de même un rôle important dans la création monétaire. En effet, les banques privées doivent s’assurer d’avoir des réserves d’argent et de cash suffisantes pour satisfaire aux demandes éventuelles de remboursement de leurs déposants, en cas de hausse importante et inattendue de ces demandes.

La BCE joue un rôle déterminant dans l’établissement des règles imposées aux banques, relatives notamment au taux de réserves qu’elles doivent respecter ; et elle peut faciliter la constitution de leurs réserves en leur reprenant des lignes de placement, en particulier obligataire, contre une ligne de crédit sur la BCE imputable en réserve obligatoire.

Alors où est l’intérêt de créer un euro digital ? Le rapport de la BCE avance plusieurs raisons.

Tout d’abord, en cas de catastrophes naturelles, pandémies, cyber attaques géantes ou tout autre événement qui paralyserait les réseaux des banques privées, l’euro digital servirait de moyen de paiement de secours le temps de rétablir leur fonctionnement. Cependant, rien ne garantit que la BCE, elle, serait à l’abri…

Mais la BCE identifie aussi des facteurs structurels de l’économie européenne qui poussent à la digitalisation de l’euro. C’est le cas du déclin des paiements en cash dans les habitudes des Européens (notamment les jeunes) qui pourrait s’amplifier avec la crise sanitaire actuelle. Ce déclin est encore minime (figure 1) mais il devrait s’accélérer avec le temps.

La BCE insiste sur le fait que l’euro digital n’a pas vocation à remplacer le cash mais à accompagner les transformations : elle souhaiterait, en quelque sorte, moderniser les moyens de paiement.

N’oublions pourtant pas, c’est important, que seul le cash garantit un total anonymat. De plus, des moyens de paiement digitaux totalement sécurisés mis en place par des entreprises privées existent déjà.

Alors nous revenons à notre question : pourquoi vouloir créer son propre outil ?

Des intérêts éminemment stratégiques pour la BCE

Les banques centrales voient dans le fait de posséder leur monnaie propre un potentiel intérêt géopolitique au niveau mondial. Selon la Banque des règlements internationaux, 80 % d’entre elles étudient la possibilité de la mettre en place, et un certain nombre, représentant un cinquième de la population, devrait le faire dans les prochaines années.

La Banque Populaire de Chine est actuellement en train de l’expérimenter dans quatre villes chinoises, elle est en passe de devenir une pionnière dans sa généralisation.

Tout dépend des modalités (restriction ou non à une zone géographique, confiance dans la banque centrale émettrice, possibilité de transfert illimitée ou non, etc.), mais il n’est pas impossible, si elle réussit à offrir des conditions intéressantes aux investisseurs, aux entreprises, voire aux particuliers, que cette monnaie chinoise s’impose comme monnaie dominante dans le système international.

Or, le fait qu’une monnaie soit répandue dans le monde peut donner des avantages économiques et politiques considérables au pays émetteur, comme c’est actuellement le cas avec le dollar américain.

L’objectif de la BCE est donc de s’assurer qu’une monnaie étrangère ne se développe pas en Europe. Et peut-être, même, d’imposer l’euro digital comme une monnaie importante à l’étranger.

La BCE s’attaque aussi aux acteurs privés. Depuis une quinzaine d’années, des monnaies privées, des cryptomonnaies, se sont développées dans le monde (la plus célèbre étant le bitcoin). Ce qui inquiète beaucoup les banques centrales et les régulateurs publics, pour différentes raisons.

D’un côté, il y a l’anonymat garanti par presque toutes aux utilisateurs, grâce au système de blockchain (aucune intervention d’un organisme tiers dans les échanges financiers), ce qui complique la lutte contre la criminalité internationale.

D’un autre coté, c’est surtout le risque de perdre leur souveraineté monétaire qui inquiète les agents étatiques. Aucune monnaie privée ne s’est encore imposée comme acteur économique important dans le monde, mais il y en a une qui prend de l’avance : celle que Facebook souhaite développer, le Libra.

Au vu du nombre d’utilisateurs du réseau (plus de 3 milliards de personnes) on peut facilement penser que si sa monnaie obtient leur confiance, alors elle pourra s’imposer comme un réel acteur monétaire mondial. C’est d’ailleurs pour ces raisons que les régulateurs publics se sont efforcés de lui mettre des bâtons dans les roues.

En ce sens l’euro digital permettrait d’éliminer la concurrence et de sauvegarder la souveraineté monétaire de la BCE.

Si l’euro digital s’implantait bien en Europe, le cash devenant marginal, il pourrait asseoir l’influence des politiques monétaires centrales jusqu’à leur donner un très grand pouvoir.

Depuis la crise financière de 2007-2008, le bilan de la BCE a augmenté spectaculairement (figure 2). Elle a mis en place des politiques non conventionnelles d’assouplissement quantitatif qu’elle se doit de toujours faire croître en taille, tout ça pour des résultats dérisoires.

En court-circuitant les banques privées, la BCE pourrait renforcer son contrôle sur la création monétaire et sur les taux d’intérêt de l’argent. Le risque dans ce cas est que son pouvoir devienne excessif et porte préjudice aux épargnants.

Par exemple si elle décidait, en cas de crise, d’imposer unilatéralement des taux négatifs sur cet argent, cela rendrait l’épargne impossible.

On comprend que la BCE voie en l’euro digital un formidable instrument de puissance, c’est peut-être pourquoi elle s’y intéresse tant. Et pourquoi c’est un sujet sur lequel nous aussi, nous devons rester très attentifs.

Sources :
https://www.ft.com/content/23a33fcb …
https://www.lemonde.fr/economie/art …
https://www.bostonfed.org/news-and- …
https://www.ecb.europa.eu/euro/html …
https://www.challenges.fr/finance-e …
https://www.atlantico.fr/decryptage …
https://libra.org/fr-FR/white-paper …
https://www.ecb.europa.eu/pub/annua …

Sur le web

À partir d’avant-hierContrepoints

Alerte à la baisse des retraites

Par Jean-Philippe Delsol
retraites

Par Jean-Philippe Delsol.
Un article de l’Iref-Europe

Les adversaires des systèmes de retraite par capitalisation ont pour argument principal que la capitalisation est dangereuse car en cas de crise la valeur des actifs peut baisser de manière drastique. Et ils soutiennent, – ou ils soutenaient ! – aussi ardemment que la retraite par répartition est plus sûre et plus pérenne.

Pas de chance, la crise sanitaire est en train de leur démontrer qu’ils se trompent largement. Car l’arrêt de l’activité décrété par le gouvernement assèche les ressources des caisses de retraite sans que leurs dépenses soient réduites sensiblement car les décès de la Covid frappent très majoritairement des personnes très âgées proches de l’âge moyen de mortalité.

En juin dernier, le Conseil d’orientation des retraites – COR – estimait que le déficit des caisses de retraite serait de près de 30 milliards en 2020.

Dans une nouvelle évaluation publiée ce 14 octobre, il estime que le trou pourrait être un peu moindre, de 25,4 milliards. Mais les nouvelles mesures de semi-confinement pourraient l’aggraver sérieusement. Et d’ores et déjà, le COR admet que le déficit se poursuivra durablement pour passer à un solde négatif de − 10,2 milliards d’euros en 2021 et à − 13,3 milliards d’euros en 2024 !

Une telle catastrophe n’existerait pas avec un système de capitalisation car les baisses parfois brutales de la bourse et de l’immobilier sont davantage des chutes toujours provisoires de capitalisation que des revenus ; et par définition les caisses de capitalisation ont des réserves que n’ont pas les caisses de répartition qui vivent au jour le jour ou presque.

Il n’y aura donc que deux solutions de court terme pour le gouvernement : repousser l’âge de départ à la retraite ou réduire encore les pensions. Et comme on sait déjà que les syndicats protesteront contre toute mesure liée à l’âge, on peut deviner que les retraités trinqueront une fois de plus.

Pour immoler une fois encore les retraités telles des victimes impuissantes sur l’autel de l’incurie du système de retraite par répartition, le concert de la rengaine égalitariste s’agitera à coup sûr et clamera, comme à l’habitude, que de toutes les façons, c’est justice de faire payer les vieux disposant d’un niveau de vie supérieur à la moyenne des Français. Ce qui est une argumentation spécieuse qu’il faut démonter.

Certes, le COR a établi que le niveau de vie moyen de l’ensemble des retraités représentait 105 % du revenu de l’ensemble de la population française, c’est-à-dire de 5 points supérieurs. Autrement dit, quand le revenu moyen est de 100 par Français, un retraité, lui, percevra un revenu de 105.

Le niveau de vie médian des retraités vivant en France métropolitaine s’élève à 21 150 euros annuels, soit environ 1760 euros par mois. Il est légèrement plus faible dans l’ensemble de la population : 20 300 euros annuels, soit environ 1690 euros par mois.

Mais les retraités ne sont pas gagnants du fait de leur retraite. Ils ont des revenus et un capital plus élevés en moyenne que les jeunes générations parce que c’est le mouvement naturel de la vie.

L’Insee (Les Séniors, 2018) observe à juste titre que

« Le montant de patrimoine détenu par un ménage est fortement lié à sa position dans le cycle de vie. Presque nul avant 30 ans, le niveau de patrimoine moyen augmente ensuite avec l’âge jusqu’à 60 ans, voire 70 ans selon les générations 1, grâce à l’épargne et aux héritages.

En fin de cycle de vie, les ménages ont tendance à désépargner, avec comme objectif de lisser leur niveau de consommation au cours de leur existence ou de transmettre de façon anticipée une partie de leur patrimoine via des donations.

Ce processus de désaccumulation arrivant tard dans le cycle de vie, les seniors détiennent en moyenne davantage de patrimoine que les personnes d’âge actif et sont en particulier plus souvent propriétaires de leur résidence principale. »

Au contraire, le départ en retraite réduit le niveau de vie par rapport aux dernières années professionnelles. La pension nette moyenne en 2018 représente 64,2 % du revenu d’activité net moyen des personnes en emploi au cours de l’année.

Dans une étude publiée en février 2020 sur les évolutions du niveau de vie contrastées au moment du départ à la retraite, l’INSEE montre que le départ en retraite réduit le niveau de vie de 7,9 % ; la baisse étant plus forte pour les hommes (9,1 %) que pour les femmes (6,9 %).

En moyenne, seul le niveau de vie des 20 % de personnes les plus modestes augmente après leur départ à la retraite, et le nombre de retraités en dessous du seuil de pauvreté est moindre que chez les actifs, notamment parce que les revenus de la retraite sont stables et que ces personnes ne connaissent plus alors de baisses de revenus parfois chroniques dues au chômage total ou partiel.

Mais c’est l’inverse pour 80 % des retraités et en particulier pour les plus aisés. La retraite égalise donc les conditions. Selon l’Insee :

« Le niveau de vie moyen des 10 % des personnes les plus aisées, qui était 8,9 fois plus élevé que celui des 10 % des personnes les plus modestes trois ans avant le départ à la retraite, ne l’est plus que de 3,8 fois trois ans après le départ à la retraite ».

De même, le niveau de vie moyen diminue de 11 % pour les plus diplômés.

Si certains retraités maintiennent leur niveau de vie, c’est en continuant à travailler : un an après le départ à la retraite, 30 % des nouveaux retraités perçoivent des revenus du travail, mais seulement 15 % trois ans après leur départ. Ces revenus sont souvent faibles.

Et si en moyenne, les ménages de retraités ont un niveau de vie plus élevé que la population alors qu’ils ont des revenus en baisse, c’est parce qu’ils n’ont plus d’enfants à charge, le niveau de vie étant calculé en fonction de la composition du foyer.

La réalité est que leur niveau de vie diminue. Selon l’enquête de la Drees menée en 2020 sur les retraités et les retraites, la pension moyenne de droit direct tous régimes confondus des retraités résidant en France a baissé en 2018 de 1,1 % en euros constants par rapport à l’année précédente, du fait notamment d’une faible revalorisation des pensions, inférieure à l’inflation.

La pension nette moyenne a diminué, quant à elle, de 2,6 % en euros constants en raison notamment de la hausse de la CSG. Comme les prix ont globalement augmenté de 1,6 % entre décembre 2017 et décembre 2018, le pouvoir d’achat des pensions brutes déjà liquidées a diminué en 2018.

En outre, l’augmentation du taux de la CSG de 1,7 point (de 6,6 % à 8,3 %) a pesé sur le pouvoir d’achat des retraités concernés. Finalement, la pension nette moyenne a diminué de 3,0 % en euros constants, en 2018. La baisse s’est poursuivie depuis.

La solution de courte terme n’est donc que dans le relèvement de l’âge de la retraite, pas dans l’abaissement des retraites et le courage du gouvernement serait de passer outre les cris d’orfraie des syndicats à cet égard. À long terme, et plutôt que l’impossible et inutile réforme envisagée, il faudrait passer progressivement à la capitalisation.

Sur le web

 

  1. Ferrante et al., 2016 ; Ferrante et Solotareff, 2018.

« Fichés S » et autres fichiers de police : de quoi parle-t-on vraiment ?

Par The Conversation
fichés

Par Yoann Nabat1.
Un article de The Conversation

La question revient inlassablement après chaque attentat : l’auteur était-il « fiché S » ? Si ce n’est pas le cas pour l’assaillant de Samuel Paty, la question se pose néanmoins pour ses éventuels complices.

Pour nombre d’entre nous, le « fiché S » serait celui qu’on soupçonne de terrorisme, qu’on surveille. Il serait l’individu dangereux que d’aucuns souhaiteraient voir enfermer, ou au moins expulser. Il serait celui qui n’a pas encore commis d’attentat, mais qui va en commettre.

Pourtant, et cela peut surprendre au regard de la lumière médiatique qui y est portée, il n’existe pas, en France, de « fichier S ».

Ce qui est appelé ainsi, par abus de langage, n’est autre qu’un type de signalement inscrit au Fichier des Personnes Recherchées (FPR).

Le FPR est l’un des plus importants fichiers policiers français (à la fois quant au nombre d’individus fichés, et quant à l’utilisation quotidienne qui en est faite). Il recense les personnes qui font l’objet d’une « fiche », c’est-à-dire d’un signalement par une décision judiciaire, administrative ou policière. Il est un fichier d’identification, alors que d’autres sont davantage dédiés à l’assistance à l’enquête en elle-même (comme le logiciel Anacrim, tout aussi médiatique) ou que d’autres encore contiennent nos empreintes digitales ou ADN.

620 000 fiches actives

Il existe un très grand nombre de cas dans lesquels vous pouvez être « fiché » au FPR. On y trouve ainsi, pêle-mêle, les individus ayant fait l’objet d’une interdiction judiciaire quelconque (par exemple, une interdiction de stade), ceux qui ont une dette auprès du fisc, ou encore les déserteurs de l’armée. Les derniers chiffres font état d’environ 620 000 fiches actives.

Le FPR fait l’objet d’une alimentation à la fois par les organes judiciaires et administratifs. L’accès y est très régulier, notamment par les forces de l’ordre lors des contrôles sur le bord de la route (via leur mobile ou une tablette).

À chaque catégorie de signalement correspond un type de fichier particulier et une lettre. Les étrangers en situation irrégulière se trouveront ainsi fichés « E », les débiteurs du Trésor Public fichés « T » ou encore les enfants fugueurs « M ».

Chaque fiche est complétée par le service qui l’a créée : greffes des tribunaux, services de renseignement, direction des finances publiques, police aux frontières, etc. Elle mentionne systématiquement l’identité de la personne, sa photographie, le motif de la recherche ainsi que la « conduite à tenir » (« CAT » en langage policier). Cette dernière peut être variable, de l’arrestation de la personne à l’absence d’action, en passant par le simple signalement à l’autorité émettrice.

Fichés S, S pour « Sûreté de l’État »

Mais quelles sont les fameuses « fiches S » ? Le S tient pour « Sûreté de l’État ».

Elles concernent « les personnes qui peuvent, en raison de leur activité individuelle ou collective, porter atteinte à la sûreté de l’État et à la sécurité publique par le recours ou le soutien actif apporté à la violence, ainsi que celles entretenant ou ayant des relations directes et non fortuites avec ces personnes », selon le dernier rapport parlementaire sur la question.

Comprendre : les individus considérés comme potentiellement dangereux (sans distinction entre différents degrés de dangerosité), par leurs actes ou leur soutien à des actes, mais aussi les personnes gravitant autour de ces individus.

Aucune mention donc de l’islamisme radical, ni même du terrorisme. La fiche S peut aussi bien concerner le militant d’ultragauche que l’islamiste radicalisé proche de passer à l’action. Il peut concerner tout individu qui est jugé dangereux pour la sûreté de l’État par un service de renseignement national tel que la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) qui traite des menaces les plus importantes au niveau national, la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP) pour la capitale ou encore le Service central du renseignement territorial (SCRT), dont la mission est de rassembler les informations remontées localement.

Si le nombre précis de fichés S est inconnu, il est en tout cas assez important. Il n’y a, parmi ce nombre, pas de distinction entre différents types de fiches S selon la cause de signalisation. Les fiches sont seulement distinctes par la conduite à tenir qui y est inscrite, celle-ci étant standardisée et identifiée par un numéro de 1 à 11 (fiches S1, S2, S3, etc.).

Un simple outil policier

Quel est alors le but d’une fiche S ? Il ne s’agit pas d’une condamnation, ni même d’une décision judiciaire. La fiche S émane d’un service de renseignement qui souhaite, le plus souvent, simplement être informé en cas de contrôle de l’individu quelque part sur le territoire national (ou aux frontières).

L’individu fiché S ne fait donc pas nécessairement l’objet d’une surveillance active. Pas plus qu’il n’est bien sûr informé de cette fiche (le plus souvent, les CAT prévoient d’ailleurs de ne pas alerter l’individu lors du contrôle).

La fiche permettra simplement à l’agent de police ou de gendarmerie qui, lors d’un contrôle routier, est amené à croiser la route d’un individu fiché S, de faire remonter l’information auprès des services de renseignement, qui, la plupart du temps, en prendront simplement note.

La fiche S n’est donc ni une condamnation pénale, ni même l’indice d’une surveillance active. Elle ne témoigne ni d’une dangerosité accrue ni d’un passage à l’acte immédiat. Elle pourra néanmoins impacter la vie de l’individu : le FPR est consulté lors des enquêtes administratives, et peut donc amener à un avis négatif pour l’obtention d’un emploi dans la fonction publique ou dans les secteurs privés de la sécurité.

Elle peut aussi être problématique pour l’obtention d’un passeport ou d’un permis particulier (port d’armes par exemple).

La fiche S ne permet pas, à elle seule, de fonder une décision d’expulsion (malgré une récente annonce ministérielle) pas plus qu’elle ne permet par exemple de retirer le statut de réfugié à un individu. Le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative, est à ce propos extrêmement clair. La fiche S doit rester ce qu’elle est : un outil policier.

D’autres fichiers plus discrets

L’individu fiché S n’est pas nécessairement un dangereux radicalisé prêt à passer à l’acte, et tous ceux qui passent à l’acte ou qui sont soupçonnés de le faire ne sont pas fichés S. Le drame de vendredi dernier en est malheureusement la triste démonstration.

Les services de renseignement eux-mêmes d’ailleurs n’apprécient pas particulièrement la fiche S, dont la publicité (elle est visible par tous les policiers et gendarmes qui consultent le FPR) peut-être néfaste à la nécessaire discrétion en la matière. Les sénateurs pointent ainsi dans un rapport de fin 2018 le risque d’éveiller les soupçons chez la personne fichée lors d’un contrôle, si l’attitude du policier ou du gendarme est, même involontairement, modifiée à la lecture de cette information sur sa tablette.

D’autres fichiers, cette fois parfaitement confidentiels, répondent davantage à leurs besoins : CRISTINA (principal fichier généraliste propre au renseignement), et le FSPRT, spécifique à la problématique de la radicalisation. Ces deux outils font partie d’une liste de dix-sept fichiers « intéressant la sûreté de l’État » et dont le fonctionnement et l’usage sont complètement secrets.

Plus généralement, la problématique est ici la même pour tous les fichiers de police : ils sont uniquement des outils, au service de l’enquête ou de la prévention ciblée des infractions. Pourtant, leur usage et leur champ d’application tendent à se développer et ne sont pas sans conséquences sur chacun d’entre nous.

« Défavorablement connu des services de police »

Qui ne s’est jamais interrogé sur l’expression « défavorablement connu des services de police » ? Là encore, derrière cette formule, se cache un autre grand fichier : le Traitement des Antécédents Judiciaires, ou TAJ.

Or, comme le FPR, le TAJ comprend les données d’individus seulement soupçonnés, non condamnés (contrairement au Casier Judiciaire National, plus encadré, mais auxquels les forces de l’ordre n’ont pas un accès immédiat). Pourtant, là encore, les conséquences pour les individus peuvent être très concrètes, et là encore, par le biais des enquêtes administratives.

Vous avez fait l’objet d’une arrestation après un acte de désobéissance civile, pour lequel vous n’avez pas été poursuivi devant la justice ? Il est fort probable que vous soyez fiché au TAJ, et que ce fichage déclenche un avis négatif lors d’une « enquête de moralité » préalable à l’embauche dans la fonction publique ou pour certains emplois privés dans des domaines réglementés (sécurité, mais aussi jeux et paris par exemple, ou lorsqu’il y a manipulation de substances dangereuses).

Les fichiers de police sont donc beaucoup plus complexes qu’il n’y paraît de prime abord. Ils sont bien distincts des fichiers judiciaires, comme le Casier Judiciaire, connu de tous et obéissant à des règles bien précises. Ils répondent à une logique différente : celle de l’enquête.

Un développement exponentiel des fichiers

La numérisation des enquêtes, l’usage de l’intelligence artificielle, la généralisation des dispositifs mobiles à la disposition des forces de l’ordre, le recours à la biométrie sont autant de facteurs qui font se développer exponentiellement les fichiers de police.

Le dernier rapport parlementaire en la matière en identifie ainsi une centaine à la disposition des forces de l’ordre.

Si leur caractère utile dans les investigations, et même indispensable en matière de renseignement, ne saurait être nié, il convient de garder à l’esprit leurs limites, et cela dans toutes les circonstances, même les plus atroces.

Un fichier de police, même le FPR, ne saurait justifier une mesure restrictive ou privative de liberté, même au nom de la prévention. Il ne doit pas non plus être perçu comme la marque au fer rouge du XXIe siècle.

Des mesures fortes existent

Sommes-nous pour autant démunis en matière de prévention des infractions, notamment terroristes ? La réponse négative apparaît évidente à qui s’intéresse à la matière préventive, en très large développement depuis une vingtaine d’années.

Les mesures administratives individuelles très largement admises après la fin de l’état d’urgence en 2017 et la création d’infractions pénales incriminant des actes préparatoires de plus en plus minces devraient suffire à convaincre de notre arsenal préventif.

Enfermer, punir ou expulser l’individu radicalisé avant qu’il passe à l’acte est, en droit français, largement possible et pratiqué selon un récent rapport parlementaire dressant un premier bilan de la loi de 2017.

Ainsi, le fait qu’un auteur d’attentat soit « fiché S » ou « défavorablement connu des services de police » ne peut être considéré en lui-même comme un symptôme de l’échec des services de renseignement.

Les fichiers de police ne sont, et ne doivent pas être, des outils de décision. Ils sont plutôt des outils d’aide à la décision, parmi d’autres. La décision d’interpeller ou d’enfermer un individu ne peut se prendre que sur la base d’un comportement effectif et constaté, soit par le biais des condamnations pénales, soit par le biais des mesures administratives.

Ces procédures sont mises en œuvre selon des règles précises, sont susceptibles de recours administratifs et judiciaires et sont précisément limitées. La généralisation de mesures liberticides à un ensemble d’individus d’une catégorie hétérogène et strictement policière, n’est ni possible juridiquement, ni souhaitable dans un État de droit démocratique.

Sur le web

  1. Doctorant en droit privé et sciences criminelles, Université de Bordeaux.

Les croyances religieuses et le retour de l’obscurantisme

Par Patrick Aulnas
croyances

Par Patrick Aulnas.

Le meurtre et la décapitation d’un professeur, dans la rue, par un fanatique musulman, symbolise l’affrontement entre deux époques de l’Histoire. Voici cinquante ans, il nous semblait acquis que la raison triomphait peu à peu sur l’obscurantisme. La défaite des nazis et des fascistes avait consolidé l’esprit des Lumières, tout au moins en Occident.

Et tout à coup, à la fin du XXe siècle, nous avons vu revenir au premier plan les croyances archaïques. Elles n’avaient pas disparu, il s’en faut de beaucoup, mais elles régressaient peu à peu avec la généralisation de l’éducation.

Les vieux monothéismes ont encore des adeptes, ce qui ne pose pas problème, Mais l’un d’entre eux, l’Islam, fait naître des organisations politiques radicales utilisant la violence comme le faisaient les nazis dans l’Allemagne des années 1920 et 1930.

Exploiter la spiritualité d’Homo Sapiens

Partons du tout début. Homo Sapiens comporte indubitablement une dimension spirituelle. Il n’est probablement pas le premier. Les Néandertaliens possédaient aussi une spiritualité et d’autres avant eux. L’Homme cherche donc à dépasser la matérialité, la terre, l’eau, la chair dont il est fait, les objets qu’il fabrique. Il imagine spontanément qu’il existe autre chose. Ce furent d’abord les esprits invoqués par les sorciers des tribus néolithiques. Puis naquirent les dieux et les religions.

Parmi les Hommes, des petits malins ont compris très tôt qu’ils pouvaient exploiter la spiritualité présente en eux pour avoir une influence sur autrui. De l’influence au pouvoir, il n’y a qu’un pas. Il fut franchi à la naissance des religions.

L’institutionnalisation de la dimension spirituelle d’Homo sapiens a permis de soumettre les Hommes à une éthique rigoureuse, en général cautionnée par le pouvoir politique. Le bien et le mal résultaient de la parole divine. Personne ne pouvait évidemment contester ce qui émanait d’un dieu. Ce système de domination était si génial que les Hommes ont créé des milliers de dieux au fil de leur Histoire. Chaque civilisation a eu ses dieux ou son dieu. Chaque civilisation a eu ses prêtres, serviteurs des dieux et en général alliés du pouvoir politique.

Le péché originel : chercher à savoir

Les religions ont ainsi joué un rôle historique essentiel. Il suffit d’observer l’architecture (temples, églises, abbayes, mosquées, etc.), la sculpture, la peinture, la littérature du passé pour se convaincre de l’omniprésence du religieux dans toutes les civilisations.

Aussi, lorsque des philosophes ont remis en cause, à partir du XVIIIe siècle en Europe, le bien-fondé des croyances religieuses, ils ont fait figure de révolutionnaires. Il ne fallait plus simplement croire, mais aussi chercher, savoir, raisonner, bref penser. Le choc fut colossal et ses répliques se sont déployées sur plusieurs siècles. L’actualité nous indique qu’elles sévissent encore.

La raison supplantant les croyances, la domination des religions s’effondre peu à peu. Le pouvoir politique, qui émanait des dieux, doit trouver une autre source : ce sera le peuple. Sciences, techniques, croissance économique, souveraineté populaire proviennent d’une idée simple : ne plus croire mais chercher à comprendre, à connaître, à innover.

Dans la Genèse, premier chapitre de l’Ancien Testament, Dieu interdit à Adam et Ève de manger les fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Ils désobéissent et sont déchus. Les premiers humains, au lieu de croire et obéir, ont cherché la connaissance. Pour les trois monothéismes, il s’agit là du péché originel.

Des croyances intangibles au règne de la raison

Revenons à notre époque. Le monde ancien, celui des croyances intangibles, affronte encore aujourd’hui le monde nouveau, celui de la raison. Le judaïsme et le christianisme ont adopté un modus vivendi avec l’esprit les Lumières, mais il a fallu longtemps pour stabiliser la situation.

La résistance de l’Église catholique a duré plus d’un siècle en France, jusqu’à ce que la loi de 1905 pose le principe de la séparation des Églises et de l’État. Aux États-Unis, il existe un nombre important de personnes adhérant au créationnisme et rejetant le darwinisme en se basant sur une simple croyance et non sur une démonstration.

Le judaïsme n’est pas non plus à l’abri des errements, les juifs orthodoxes adhérant à une interprétation littérale de légendes, au demeurant fort belles, figurant dans des textes anciens.

Blasphème pour certains seulement

Entre les religions et la raison, il existera toujours un contentieux, puisqu’elles proposent l’adhésion à une simple croyance. Mais c’est avec l’Islam que la cohabitation est devenue difficile à partir de la fin du XXe siècle. Tout simplement parce que deux époques de l’Histoire se sont trouvées brutalement face à face par suite d’une immigration massive vers les pays occidentaux de populations éduquées dans le strict respect d’une religion.

Les caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo apparaissent comme telles à tout individu adhérant aux valeurs de liberté : des dessins tournant en dérision la sacralisation d’un individu qualifié de prophète par des croyants.

Mais pour tous ceux qui ont été éduqués dans le strict respect de la croyance musulmane, ce simple dessin apparaît comme un blasphème. Ce terme utilisé par les religions pour qualifier une parole ou une quelconque représentation heurtant profondément la croyance n’a strictement aucune valeur pour un non croyant. Il s’agit d’un concept religieux destiné à aggraver verbalement ce qui peut apparaître simplement amusant à un athée ou à un agnostique.

La candide incompréhension d’un père

Le père de l’une des élèves de Samuel Paty avait ainsi demandé dans une vidéo d’exclure ce professeur, qualifié par lui de voyou, de l’Éducation nationale. L’attitude naïve de cet homme représente toute la distance qui sépare notre liberté et notre rationalité des croyances anciennes.

Ce père de famille, imprégné d’une croyance venant du fond des âges, demande aux institutions de la République de se plier à sa foi religieuse. Sincère, il n’imagine même pas toute la distance qu’il devrait parcourir pour devenir un homme libre.

Il est sans aucun doute manipulé par des leaders radicalisés, mais sa candeur face à notre modernité nous étonne. Par ignorance, il nous demande de revenir au statu quo ante qui régissait le destin des Hommes avant le siècle des Lumières.

Si cet homme pense sincèrement que son dieu est le seul et l’unique, c’est évidemment qu’il ignore tout de l’Histoire de l’humanité, des milliers de dieux qui se sont succédé. Pourquoi l’un d’entre eux aurait-il la prééminence sur les autres ?

Avenir incertain

Depuis des décennies, l’immigration massive et incontrôlée met en présence deux mondes vivant à des époques différentes de l’Histoire. D’assimilation en intégration et d’intégration en renoncement, nous avons sans cesse reculé depuis cinquante ans. Nous n’avons pas fini de payer l’aveuglement de nos politiciens.

Face à nous, de petits fanatiques incultes ignorent qu’ils sont au service de leaders politiques et religieux ne recherchant que le maintien de leur domination. Nous ne pouvons pas céder. Ils ne comprennent rien à ce que nous sommes. L’avenir est sombre.

 

Jeremy Bentham fondateur de l’utilitarisme – Les Héros du progrès (40)

Par Alexander Hammond
jeremy Bentham

Par Alexander Hammond.
Un article de HumanProgress

Voici le quarantième épisode d’une série d’articles intitulée « Les Héros du progrès ». Cette rubrique est une courte présentation des héros qui ont apporté une contribution extraordinaire au bien-être de l’humanité.

Notre héros de la semaine est Jeremy Bentham, un philosophe, penseur des Lumières et réformateur social anglais du XVIIIe siècle. Il est considéré comme le fondateur de l’utilitarisme — un courant philosophique qui pose que le choix le plus éthique dans une situation donnée est celui qui produira le plus de bien pour le plus grand nombre de gens.

Tout au long de sa vie, il milite pour de nombreuses causes, notamment la séparation de l’Église et de l’État, les libertés individuelles et économiques, le vote des femmes, le droit au divorce, la décriminalisation de l’homosexualité et la liberté d’expression. Il est aussi largement crédité d’être un des premiers défenseurs de la cause animale.

Bien que ses travaux aient eu un impact assez limité de son vivant, il a inspiré d’innombrables autres penseurs et hommes politiques qui ont réussi à mettre en place un grand nombre de réformes sociales.

Jeremy Bentham est né le 15 février 1748 à Londres dans une famille aisée. On a dit de lui qu’il était un surdoué. À 3 ans, il commence à étudier le latin. Vers 7 ans, c’est un violoniste accompli, et il interprète couramment des sonates de Haendel lors de dîners. Il fréquente l’école d’élite de Westminster. À 12 ans, il part étudier le droit à l’université d’Oxford.

Il obtient son baccalauréat universitaire en 1763, à 15 ans, et sa maîtrise trois ans plus tard. Bien qu’admis au barreau en 1769, il n’a jamais pratiqué le droit. Pendant son séjour à Oxford, il se rend compte qu’il a assez peu de respect pour la complexité des lois anglaises. Il décide alors de passer son temps à essayer de les réformer. La fortune familiale lui permet de se consacrer à plein temps à des activités intellectuelles.

Son premier livre, A Fragment on Government, est publié en 1776. Il est principalement axé sur le rejet de l’ouvrage de Sir William Blackstone Commentaries on the Laws of England dont le but était d’établir les fondements juridiques de la constitution britannique.

Il s’est opposé aux traités du célèbre juriste arguant que l’Angleterre devrait « se libérer des entraves de l’autorité et de la sagesse ancestrale dans le domaine du droit » et que celui-ci devrait être basé sur le principe de l’utilité.

Jeremy  Bentham a un jour admis que l’inégalité entre hommes et femmes du fait de la loi lui avait fait embrasser très tôt une carrière de réformiste. De ce fait, ses œuvres prônent souvent une égalité totale entre les sexes. En 1785, il plaide pour une abolition des lois contre l’homosexualité. Bien que l’essai soit resté inédit de son vivant, probablement par crainte d’offenser la morale publique, il demeure l’une des premières argumentations en faveur de la légalisation des relations privées entre personnes du même sexe.

C’est lors d’un séjour en Russie en 1785 qu’il écrit son premier essai sur l’économie, Défense de l’Usure. L’ouvrage montre qu’il a des convictions semblables à celles de l’économiste écossais Adam Smith, qu’on nomme couramment « le père de l’économie classique ».

Il s’y oppose à une économie planifiée et y affirme que chaque individu est le plus à même de juger de ce qui est bon pour lui. Néanmoins, contrairement à Smith, il pense qu’il conviendrait de laisser évoluer librement les taux d’intérêt plutôt que les fixer par une instance dirigeante. Ses travaux ultérieurs sur la philosophie politique ont assez largement suivi une approche de laissez-faire.

En 1789, il publie un de ses plus gros succès, Introduction aux principes de la morale et de la législation, souvent considéré comme son œuvre théorique la plus importante. Il y développe sa théorie de l’utilitarisme en suggérant que l’humanité est régie par deux moteurs élémentaires : la douleur et le plaisir.

Le but de toute législation devrait donc être d’assurer « le plus grand bonheur au plus grand nombre ». Inspiré par Cesare Beccaria, notre trente-huitième héros du progrès, il pensait que les punitions ne devraient être utilisées que « pour autant qu’elles promettent d’éviter un plus grand mal ».

Élevé dans un foyer conservateur, sa position sur la gouvernance représentative diverge néanmoins de celle du conservatisme traditionnel. En 1809, il écrit A Catechism of Parliamentary Reform où il plaide pour des élections annuelles, le vote à bulletin secret et un électorat élargi incluant les femmes, de même que la possibilité pour ces dernières de participer au gouvernement.

En 1823, il fonde avec son étudiant James Mill (le père de l’important philosophe classique libéral John Stuart Mill) The Westminster Review, qualifié de journal pour les « radicaux philosophes ». Ce groupe de disciples de Bentham continuera d’influer nettement sur la vie publique britannique.

Dans un écrit publié sous la forme d’une lettre au rédacteur en chef du Morning Chronicle, en 1825, il embrasse la cause animale. Il affirme que s’agissant de torture aveugle ou d’infliger de la souffrance, la « limite infranchissable » ne devrait pas être le fait de pouvoir raisonner mais de pouvoir souffrir.

Pour lui, si la capacité à raisonner était le seul critère par lequel des droits sont concédés, alors des bébés humains, ou des personnes présentant certains handicaps, pourraient en être exclus. Néanmoins, il assure qu’on peut bien tuer des animaux pour se nourrir ou s’en défendre pourvu qu’il n’y ait pas de souffrances inutiles.

Le 6 juin 1832, Jeremy Bentham décède dans sa résidence de Westminster, à Londres, à l’âge de 84 ans. Un mois plus tôt, il écrivait toujours. Il laisse des instructions détaillées pour que son corps soit disséqué puis soigneusement embaumé et exposé. Sa volonté a été respectée. Actuellement, il est toujours visible au centre étudiant du University College de Londres.

Il fut l’une des plus importantes figures des Lumières britanniques. Bien que ses travaux n’aient mené à aucune réforme législative de son vivant, beaucoup de ses idées ont eu un énorme impact sur le développement des lois basées sur l’utilité, le rationnel dans de nombreux pays.

Son œuvre a permis de façonner un monde plus humain. C’est pour cette raison que Jeremy Bentham est notre quarantième héros du progrès.

Les Héros du progrès, c’est aussi :

Sur le web

Laissez-faire français : le Marquis d’Argenson (6)

Par Benoit Malbranque

Par Benoît Malbranque.

Avantages de la division du travail, ordre spontané naissant de la recherche de l’intérêt personnel, main invisible, critique des règlements, critique du dirigisme, avocat de la liberté du commerce… Vous pensez à Adam Smith ? Eh bien non, c’est le Marquis d’Argenson, une génération avant l’économiste écossais…

Le citoyen solidaire va-t-il enterrer l’individu libre ?

Par Alain Laurent
individu libre

Par Alain Laurent.

À la différence des annonces concrètes directement relatives à l’instauration du couvre-feu et aux nouvelles sollicitations de la « pompe à phynances » chère à Ubu, certains éléments de langage employés par Macron dans son intervention du 14 octobre dernier ont trop peu retenu l’attention des commentateurs alors qu’ils le méritaient amplement. Ils se révèlent en effet idéologiquement imprégnés et porteurs d’une conception pour le moins problématique de la liberté individuelle qui a de quoi inquiéter tous ceux qui y sont véritablement attachés.

Mais avant d’y venir, il faut faire un sort à une expression non moins troublante qui a fleuri dans les médias pour une nouvelle fois qualifier la posture en l’occurrence adoptée par le Président de la République : celle de « père de la Nation ».

Père de la Nation, infantilisation et punition collective

Si le chef de l’État surjoue la figure éculée et paternaliste de père de la Nation, il s’ensuit fatalement que les citoyens sont réduits à l’état infantilisant de mineurs irresponsables dont le sort dépend avant tout des protectrices décisions du chef suprême.

Et c’est bel et bien ainsi que Macron s’est comporté en nous enjoignant d’« ouvrir les fenêtres plusieurs fois par jour », de sans cesse « se laver les mains », et d’être moins de six au sein de leur « bulle sociale » (superbe expression !) privée : ils n’auraient pas songé à le faire d’eux-mêmes !

Mais il y a pire. Le père de la Nation s’est mué en « père sévère » (Lacan) et père fouettard en décrétant un couvre-feu draconien et indifférencié, aux allures de punition collective, ce degré zéro de la responsabilité politique, infligée aux grands enfants inconscients que nous serions tous.

Il fait ainsi payer cher à tout le monde sa propre impéritie et imprévoyance estivale. Car qui a alors toléré sans sévir ces méga-clusters que furent rave party sauvages et rassemblements tribaux sur les plages ? Qui a sans cesse seriné que pratiquement seuls, les plus âgés pouvaient mourir du virus – donnant l’illusion aux plus jeunes qu’ils étaient dotés de super-pouvoirs les rendant invulnérables et inoffensifs ?

Pour tardivement réparer les dégâts qu’il a provoqués, le pouvoir politique a du coup préféré priver tout le monde, et d’abord les personnes responsables, de libertés individuelles élémentaires (moins celles de « faire la fête » que, dans le spectacle et l’hôtellerie-restauration, de pouvoir travailler). Alors qu’il eût mieux valu sévir seulement mais durement contre les irresponsables ne respectant pas rigoureusement les gestes barrières.

Le libre individu enterré par le citoyen solidaire

Venons-en à ce chef-d’œuvre de rhétorique néo-solidariste et citoyenne qu’est le passage censé donner tout leur sens aux mesures punitives et infantilisantes :

« On s’était habitués à être une société de libres individus. Mais nous sommes une nation de citoyens solidaires », suivi de « Une nouvelle communauté est en train de se constituer en France ».

Tout en opposant Nation à société, mais surtout « libre individu » et « citoyen solidaire », la présence du Mais au milieu de l’énoncé principal annonce clairement que le second serait en antinomie avec le premier, et doit désormais s’y substituer. On pourrait dauber sur le fait que sous le régime de l’hyper-réglementation bureaucratique et de l’oppression fiscale, se sentir libre individu relevait en partie du rêve, tandis que grâce aux effets anesthésiants de l’État-providence tutélaire, nombre d’individus ont régressé au stade… infantile de la servitude volontaire et de la mise perpétuelle sous assistance.

Sur le fond, comment imaginer que des citoyens ne soient pas d’abord – ontologiquement, anthropologiquement et moralement – des individus ? Et si possible d’authentiques libres individus, à savoir des individus rationnels chacun responsable de lui-même et non pas des zombies écervelés soumis à leurs caprices passagers et incapables de s’astreindre à quelque autodiscipline ?

La citoyenneté, quant à elle, ne vient qu’ensuite. Ce n’est pas d’elle que provient la liberté première de l’individu, mais c’est elle qui l’habille socialement et en principe la garantit en la déclinant en d’indispensables droits et obligations, qui donc règlent la relation aux autres citoyens et la participation aux affaires publiques : telle est la grande et indépassable leçon de John Locke.

Pour que la liberté individuelle s’en trouve renforcée et non pas amoindrie, encore faut-il que le citoyen ne se définisse pas par une appartenance soumise et excessivement inclusive à la cité ou la Nation.

Si celles-ci sont conçues comme des totalités auxquelles le citoyen appartient au sens où elles en seraient les propriétaires pouvant en disposer à leur guise (on peut craindre que ce soit le cas dans la perspective de Macron !), si donc l’individu qui est le support du citoyen ne s’appartient plus, n’est plus propriétaire de soi, de quoi ce type de citoyenneté est-il donc le nom sinon de l’asservissement ? Car il n’est alors plus qu’une particule élémentaire dont les libertés (en ce moment, celles d’aller et venir sans agresser quiconque) dépendent du bon plaisir du Prince.

Les ambivalences du solidaire

Le citoyen de Macron ne s’oppose pas seulement au libre individu mais est en outre décrété solidaire.

Voici donc à nouveau mobilisée l’idée de solidarité, usée jusqu’à la corde tant la doxa contemporaine en a abusé pour l’appliquer aussi aux causes les plus douteuses, par exemple la redistribution forcée.

Au demeurant, elle n’a rien de spécifiquement moral : nazis, mafieux et djihadistes étant solidaires entre eux. Et pourquoi devrait-on être forcément solidaire à sens unique de concitoyens insolidaires, irresponsables, ou qui veulent notre peau ou bien ne songent politiquement qu’à nous dépouiller ?

Cela dit, dans l’actuel contexte de catastrophe sanitaire, c’est la moindre des choses que l’être activement envers les victimes du virus et les personnes les plus vulnérables.

Mais cela doit relever d’une solidarité volontaire, conditionnelle – en s’abstenant déjà de nuire aux autres en leur faisant courir des risques. Dans cette perspective, un libre individu peut parfaitement être aussi un citoyen solidaire et peut-être est-il seul à pouvoir l’être. Mais n’aurait-il pas été plus judicieux d’en appeler à une responsabilité de soi, qui s’ouvre logiquement sur le souci des autres ?

Où donc était passé le chantre de l’émancipation individuelle, donc d’un libre individu « en même temps » citoyen et solidaire ? Que Macron vienne le 21 octobre d’invoquer une « communauté de citoyens libres » est de meilleur aloi, sous condition que ladite communauté ne recouvre pas insidieusement une société de contrôle social intrusif et de mise sous tutelle des libres individus.

L’État obèse est un roi-nu

Par Eddie Willers
L’État obèse

Par Eddie Willers.

« On s’était progressivement habitués à être une société d’individus libres. Nous sommes une nation de citoyens solidaires ». S’il fallait ne retenir qu’une citation de la dernière déclaration de notre président, je choisirais celle-ci.

Elle présente de façon assez claire le fond de pensée relativement illibéral de notre président. Alors que la crise sanitaire que nous traversons peut justifier certaines atteintes à nos libertés, le caractère solennel de cette déclaration nous donne une douloureuse impression d’irréversibilité.

L’incurie de l’État obèse

Dans un pays qui a depuis longtemps oublié le premier mot de sa devise, la crise du Covid-19 donne l’opportunité à l’État de continuer sa prédation.

Que les choses soient claires, j’étais largement en faveur du confinement en mars et la situation épidémique actuelle est hors de contrôle, il convenait donc d’agir pour réduire la diffusion du virus. Néanmoins, c’est à chaque fois l’incurie de l’État, censé nous protéger, qui nous a poussé au bord du précipice et nous a donc placés dans cette situation où nous n’avons d’autre choix que de restreindre fortement nos libertés.

La gestion de la deuxième vague est impardonnable. Le mouvement de montée inexorable des cas se voyait depuis la mi-août mais croissait de façon lente. Le gouvernement avait donc largement le temps de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour détecter et isoler les cas positifs.

Cependant, à nouveau, les ARS et l’assurance maladie ont été incapables de suivre les cas positifs ainsi que les cas contacts et de les isoler, les temps de réponse des tests ont été beaucoup trop longs. Le travail lamentable de nos administrations souffre grandement des comparaisons internationales : en Corée du Sud, au Japon, à Singapour, en Nouvelle-Zélande, à Hong-Kong… Tous ces pays ont réussi à contenir les rebonds de l’épidémie.

Certains se plaignent du manque de moyens et de l’insuffisance de lits de réanimation. Nul besoin de faire de la démagogie : l’objectif n’est pas d’accueillir des patients en réanimation mais de faire en sorte qu’ils ne s’y retrouvent pas, et ce d’autant plus que nous n’aurions pas forcément le personnel qualififié. Quand une épidémie se diffuse de façon exponentielle, de toute façon combien en faudrait-il ? 10 000 ? 100 000 ? un million ?

Nouvelle cible des restrictions : les jeunes

Il faut l’endiguer et casser les diffusions, ce que nous avons été incapables de faire. Et lorsqu’un État qui a failli à sa gestion de la croissance des cas positifs décide de mesures aussi liberticides que le couvre-feu, la potion est amère.

Elle l’est d’autant plus qu’elle vise à nouveau un public qui porte le coût de cette crise : les jeunes. Aucune mesure de fermeture des clubs de troisième âge, des clubs de bridge, aucune limitation des rencontres entre personnes de plus de 65 ans… Les retraités, public à risque s’il en est, pourront se retrouver et profiter des loisirs ouverts dans la journée pendant que les actifs continueront de trimer pour payer leurs retraites et rentreront docilement chez eux le soir.

Demandez des efforts aux actifs qui ne sont pas les premières victimes de cette maladie et n’en demander quasiment aucun aux retraités plus fragiles, j’avoue que la pilule est difficile à avaler. Alors quand des retraités sont venus se plaindre de l’absence de revalorisation de leur complémentaire AGIRC-ARCCO, dans un contexte où le PIB va s’effondrer de 10 % sur l’année, je dois avouer que la coupe était pleine.

Je me confine six semaines en mars-avril, j’accepte de nouveau de perdre ma vie sociale avec un couvre-feu de six semaines, je verse chaque mois des pensions démesurées à des retraités qui ont insuffisamment cotisé, je vais devoir supporter le poids gigantesque de la dette accumulée lors de cette crise, je subis la gestion cataclysmique d’un État défaillant, je ne supporterai pas les jérémiades d’une génération de privilégiés.

Le rebond du Covid-19 nous montre à quel point notre État obèse est un roi-nu. Plombé par le poids démesuré des engagements de retraite, il ne dispose pas des moyens nécessaires pour assurer ses fonctions essentielles, celles de protéger ses citoyens. Espérons que le couvre-feu et les vacances permettront de faire reculer l’épidémie car chaque rebond est une occasion pour l’État de montrer son incompétence et de s’en prendre à nos libertés. Espérer, il ne nous reste plus que cela.

Sur le web

Convention climat : communication politique ou piège qui se referme ?

Par Alain Bonnafous
Convention climat

Par Alain Bonnafous.

Le président de la République a reçu une lettre ouverte des membres de la Convention climat, ou plus précisément de membres de l’association « Les 150 » qui regroupe les participants à la convention climat. Plus précisément encore, la lettre provient de « l’ensemble des citoyens actifs au sein de l’association ».

Ce courrier déplore que des acteurs économiques, ou même des ministres, aient l’outrecuidance de ne pas respecter à la lettre les prescriptions issues de cet exercice. Contrepoints a décortiqué les faiblesses de ces prescriptions. Cette lettre adressée à Élysée constitue cependant un élément nouveau riche en enseignements.

Si l’on met en effet dans un même panier un certain nombre des informations qui ressortent de ce courrier, on voit se dessiner un dispositif qui est pour le moins une triple atteinte aux principes républicains les plus élémentaires.

Il n’y a plus à débattre !

La première atteinte à ces principes est le ton insupportable avec lequel sont évoquées les objections éventuelles aux propositions de la Convention. On peut en effet y lire :

« Dans une période où des communications ouvertement hostiles à nos propositions sont formulées par certains acteurs professionnels, des déclarations ministérielles discordantes sur les sujets de l’aérien, de la publicité, du déploiement de la 5G, de la baisse de la TVA relative au transport ferroviaire, ou d’autres, viennent renforcer le trouble et obscurcir la parole présidentielle ». (Le gras est dans la lettre).

Certes il est précisé que « L’essence même de la Convention est de privilégier le débat » mais cette précaution marque ses limites dans les dernières lignes du même paragraphe : « est-il seulement envisageable de sacrifier des dispositions nécessaires au changement que nous devons engager ? »

Si ce n’est pas envisageable c’est que c’est exclu du débat !

L’article 11 de la Déclaration des droits de l’Homme est quotidiennement violé dans notre société par des manifestations diverses d’intolérance.

Il prescrit en effet :

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler écrire imprimer librement.

L’opinion d’un citoyen considérant qu’il y a mieux à faire que ce qui a été suggéré par la Convention climat, fut-il ministre, est ainsi constitutionnellement recevable et par conséquent « envisageable » !

Qui détient la légitimité des choix politiques ?

Il y a là un dévoiement de ce qu’a été la conception des Conventions citoyennes lorsque ce dispositif venu des pays scandinaves a été introduit pour enrichir nos méthodes d’évaluation et de concertation.

Je crois avoir une idée assez précise de cette conception initiale pour avoir incité et participé à la première expérience française en la matière, à la faveur du « Débat public sur la politique des transports dans la vallée du Rhône et l’arc languedocien » qui s’est tenu en 2006.

Ce que nous dénommions alors un « atelier citoyen » a en effet été introduit dans ce débat avec la mission clairement établie par la CNDP (Commission Nationale du Débat Public) de susciter la formulation des problèmes et de l’éventail de leurs solutions par de « simples citoyens ».

Naturellement, le ministre des Transports à l’initiative de ce débat n’était pas lié par cette formulation, pas plus qu’il ne l’était par les conclusions finales du débat public. Pas plus d’ailleurs qu’aucun ministre n’est lié par les préconisations ou les évaluations dont il peut disposer, fussent-elles produites par ses propres services.

C’est là le respect du principe fondamental de notre République qui est celui du peuple souverain, une souveraineté qu’il peut exercer par referendum ou qu’il peut déléguer aux élus de la Nation ou d’une collectivité territoriale. La légitimité du choix politique ne saurait avoir d’autre source et surtout pas celle d’un tirage au sort.

Ces « citoyens actifs au sein de l’association des 150 », ou ceux qui les inspirent, ont entrevu cet obstacle institutionnel et le contournent en se réclamant du président de la République et, plus précisément, de son engagement pour un processus « sans filtre ». Il lui est rappelé dans la lettre qu’il a exprimé cet engagement le 10 janvier, au commencement du processus, et le 29 juin pour la remise officielle de la copie et des 149 propositions.

Il lui est rappelé aussi que, dans cette dernière cérémonie, il prolongeait le mandat des citoyens en leur demandant de suivre la mise en œuvre de nos mesures, notamment dans la perspective d’un projet de loi dédié. (En gras dans la lettre). Cela veut dire, en somme : laissez-nous donc exercer cette bribe de souveraineté que vous nous avez déléguée.

Les « places et emplois publics » ne se gagnent pas à la tombola

Une exigence bien outrecuidante venant de citoyens qui ont le mérite fondamental d’avoir été tirés au sort mais qui n’en revendiquent pas moins, dans cette lettre au Président, la « création d’un statut spécifique du citoyen pour combiner vie personnelle et engagement fort ». Ma longue expérience professionnelle du service public me laisse penser que nous ne sommes pas loin d’une revendication de titularisation, mais je peux me tromper.

Si l’on s’en tient à la revendication de compétence, au sens institutionnel du mot, cela constitue une autre atteinte à un autre principe fondamental, conquête essentielle de la Révolution, qui est exprimé par l’article VI de la Déclaration des droits de l’Homme :

Tous les citoyens […] sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talens.

Il s’agissait évidemment d’évincer les nominations héréditaires mais pas pour autant de les fonder sur un tirage au sort.

Replacées dans leur contexte général, ces péripéties restent dérisoires. Il s’agit de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, ce qui n’est pas déraisonnable, même si les émissions de ce pays représentent moins de 1 % des émissions mondiales ; même si au sein de l’Union européenne nous faisons mieux, ou plutôt moins mal, que tous nos voisins avec moins de 5 tonnes de CO2 par an et par habitant ; même si nous avons réduit de 45 % cette émission par habitant depuis 1981 ; même si chaque Allemand en émet 91 % de CO2 de plus que chaque Français (grâce à la pression politique des écologistes d’Outre-Rhin contre l’électronucléaire). Tout cela situe le bénéfice que tirera la planète d’une baisse de 10 à 5 % de la TVA sur les billets de chemin de fer.

Il ne serait pas dérisoire cependant si, pour des bilans carbone bien incertains, étaient retenues les suggestions de la Convention climat susceptibles de détruire des emplois du tourisme, de l’agriculture, de l’aéronautique, de la motorisation diesel ou du transport aérien.

Les citoyens, je veux dire une bonne partie de tous les autres (hors les 150), sauraient gré au gouvernement de ne pas plomber les quelques secteurs dans lesquels ce pays existe encore et se situe parmi les leaders mondiaux.

La majorité des Français opposée au changement d’heure

Par Contrepoints
changement d’heure

Par la rédaction de Contrepoints.

Le changement d’heure a eu lieu ce week-end. Les Français dorment une heure de plus durant la nuit. Ils passent à l’heure d’hiver en retardant les aiguilles de leur montre d’une heure : à 3 heures du matin, il sera alors officiellement 2 heures. Les jours leur paraîtront plus courts puisque le Soleil se couchera plus tôt le soir.

Selon un sondage BVA pour Orange et iTélé réalisé en mars 2015, encore 13 % des Français ne savaient pas la veille que le passage à l’heure d’été avait lieu le week-end, soit tout de même plus de 6 millions de personnes.

Le changement d’heure ne rencontre pas l’adhésion des Français

Presque 40 ans après avoir été mis en place pour la deuxième fois, sous le mandat de Valéry Giscard d’Estaing, une large majorité de 58 % de Français reste opposée au changement d’heure (contre 40 % y étant favorables), selon ce même sondage.

S’ils y sont opposés, c’est d’abord parce qu’ils sont 62 % à être perturbés par ce décalage horaire brutal, que les chronobiologistes qualifient de chrono-ruptures (qualité du sommeil, appétit). Ils sont même 19 % à l’être « beaucoup ». Sans surprise, l’opposition au changement d’heure est plus forte dans « la France qui se lève tôt » : les CSP- y sont nettement plus opposées que les CSP+ (61 %, contre 51 %). Par ailleurs, presque les trois-quarts des parents (73 %) considèrent que leurs enfants sont perturbés par ce changement d’heure. C’est même l’avis de 88 % des parents d’enfants de 5 à 10 ans.

66 % ne croient pas aux économies d’énergie

Selon ses promoteurs, l’intérêt de l’heure d’été réside dans les économies d’énergie qu’elle est censée permettre afin de profiter plus tard de la lumière solaire pendant la période estivale. Que ce soit en 1917, quand ce système a été pour la première fois instauré en France, ou en 1976 quand il l’a été une deuxième fois, à chaque fois, la mise en place de ce système de changement d’heure a été justifiée par les économies d’énergie qu’il permettrait de réaliser.

Mais 66 % des Français ne croient pas en cet argument, et peut-être moins encore en cette période de baisse du prix du pétrole. Seuls les sympathisants d’Europe-Écologie-Les Verts, plus sensibles à ces questions d’économies d’énergie, sont au contraire une majorité à penser que le changement d’heure permet de réaliser ce type d’économie (55 % contre 32 % de l’ensemble des Français).

Au final, les Français continuent donc d’être largement opposés au changement d’heure, à la fois parce qu’il les perturbe souvent, eux et leurs enfants, mais aussi parce qu’il ne leur parait guère efficace pour réaliser des économies d’énergie. Cela ne devrait cependant pas perdurer puisque le dernier changement d’heure est programmé pour 2021.

Article initialement publié en octobre 2018.

Le marché publicitaire se relèvera-t-il de la crise ?

Par The Conversation
marché publicitaire

Par Maria Mercanti-Guérin.
Un article de The Conversation

L’impact de la crise liée à la pandémie de Covid-19 sur le marché publicitaire a été considérable. Quelques chiffres permettent de prendre conscience du cataclysme pour le secteur. Sur le premier semestre 2020, en France, selon le baromètre unifié du marché publicitaire (Bump), le marché a baissé de 28 %.

Dans le détail, les recettes de la publicité digitale ont enregistré une baisse relativement faible (-7,7 %) si on la compare aux résultats des autres médias : -26 % pour la TV, -58 % pour le cinéma, -21 % pour la radio, -30 % pour la presse, -43 % pour l’affichage.

Avant l’arrivée de la Covid-19, les prévisionnistes tablaient déjà sur un marché très segmenté : d’un côté le numérique en pleine croissance, de l’autre des médias traditionnels de plus en plus à la peine. Malgré les lourdes pertes enregistrées dans le secteur, la Covid n’aurait donc qu’accéléré des tendances déjà présentes.

Les annonceurs changent

La crise de la Covid a également eu comme conséquence de chambouler le paysage des annonceurs en faisant disparaître certains gros annonceurs, véritable locomotive du marché publicitaire français.

Paradoxalement, elle a placé sur le devant de la scène des secteurs en recul avant la crise. Bump estime qu’un annonceur sur dix a disparu. Sur le premier semestre 2020, les publicités concernant les biens de consommation enregistrent une baisse de 30 %, le tourisme, la restauration, la beauté 39 %, la culture et les loisirs 46 %.

Dans le même temps, la présence de certains secteurs s’est renforcée, notamment ceux qui correspondent à des invariants de consommation. La distribution représente ainsi 15,1 % des investissements publicitaires contre 14,7 % avant crise. L’automobile résiste (10,8 % des investissements contre 10,5 % en 2019).

La part des télécoms augmente (5,3 % contre 4,8 %) comme celle des services (6,2 contre 7,4 %). Se nourrir, se déplacer en sécurité, communiquer et se faire livrer semblent être des préoccupations plus importantes.

La dernière étude des sociétés DigiMind et SocialBakers sur les consommations « Stay at home » en Amérique du Nord souligne aussi que le secteur du numérique pèse de plus en plus dans le marché : elle relève une forte progression de l’e-commerce, du streaming, du gaming mais également du marché du dating (marché de la rencontre sur Internet). Les entreprises de fitness en ligne s’imposent comme des annonceurs importants en Social Media.

Une reprise très incertaine

Cette apparition de nouveaux annonceurs ne protège pas le marché d’une reprise poussive. La reprise de l’épidémie plonge le marché dans la plus totale incertitude. Alors que l’été s’annonçait sous de meilleurs auspices, la reprise des cas, l’annonce du couvre-feu et le spectre du confinement pourraient définitivement étouffer dans l’œuf toute reprise. Le bilan 2020 devrait être largement négatif (-20 % par rapport à 2019) avec le même niveau d’investissements que 1999, soit un bond en arrière de 20 ans.

Étude Bump (septembre 2020)

 

Surtout, la pandémie n’a pas enrayé la baisse des prix que subissent les acteurs depuis plusieurs années… L’achat d’espace se pratique de plus en plus via des enchères en ligne en temps réel (real time bidding).

Ce mode d’achat appelé programmatique repose sur des algorithmes (les Ad-ex) et concerne une part grandissante du marché publicitaire (50 % des recettes display des sites médias). Initialement conçu pour vendre les espaces invendus, le programmatique centré sur la recherche de l’impression à meilleur prix impacte l’ensemble des acteurs du marché.

Même si d’autres modes d’enchères visant à préserver les éditeurs se développent (transaction garantie à prix fixe, enchères privées), cette tendance baissière est accentuée par la crise. Le CPM (coût pour mille impressions) chute pour l’ensemble des médias même digitaux : entre 15 à 20 % pour Facebook par rapport à l’année dernière, moins 40 % pour Twitter, moins 32 % pour les transactions en programmatique.

Cette baisse des prix média s’accompagne d’une fragilisation des agences qui tirent une grande part de leurs revenus sur la commission d’achat d’espace. L’agence Havas a ainsi vu son chiffre d’affaires baisser de 10,6 % sur les 10 premiers mois de 2020. La disparition de CLM BBDO au mois d’octobre, une des agences phare du marché a été en outre vécue comme un traumatisme.

La concentration du marché s’accélère

Comment le marché peut-il aujourd’hui rebondir ? Les acteurs travaillent aujourd’hui sur des axes de développement bien spécifiques au support des espaces publicitaires qu’ils proposent aux annonceurs. Objectif : créer de la valeur.

En télévision s’organise le chantier de la télévision segmentée qui permet de personnaliser les messages publicitaires en fonction de différents segments d’audience. Cette publicité segmentée est autorisée en France depuis un décret du 7 août 2020. Elle permet l’adressage géolocalisé et le ciblage personnalisé en fonction des centres d’intérêt des téléspectateurs.

À terme, la télévision va pouvoir renforcer ses positions sur les annonceurs locaux mais, de ce fait, gêner la presse quotidienne dont c’est le pré carré. Par ailleurs, elle fait entrer dans sa chaîne de valeur publicitaire des acteurs comme Orange ou Bouygues Télécom.

La télévision segmentée, autorisée depuis août dernier, apparaît comme un levier de création de valeur pour les chaînes.
Pxfuel, CC BY-NC

 

Quant à l’affichage (out of home advertising ou OOH), il a beaucoup souffert de la désaffection des villes, des aéroports et des gares. Les acteurs misent sur un retour à la normale de la mobilité. Ils tentent aujourd’hui de gagner leurs galons en matière de publicité responsable. Le secteur mise ainsi sur 400 nouveaux clients grâce à ce positionnement.

Enfin, la presse cherche à accélérer sa transformation digitale. Le marché du digital reste secoué par des problématiques comme la gestion des cookies (fin des cookies tiers) et la progression continue des achats en programmatique. Connaître ses lecteurs implique de plus en plus qu’ils se loguent et ouvrent un compte pour accéder aux articles. Les grands du numérique comme Amazon, Facebook ou Google ciblent déjà les internautes grâce à des identifiants utilisateurs.

Dénommés les walled garden (pour jardins clos), ces acteurs ont de plus en plus la main sur les données des consommateurs. Pris dans la dynamique de l’e-commerce et de l’augmentation du temps passé sur Internet, ils pourraient être les grands gagnants de la crise de la Covid. Leur emprise croissante semble ainsi constituer, là encore, une tendance qui s’est accélérée pendant la crise.

En conclusion, la crise de la Covid accélère la concentration du marché aux mains des GAFA. Elle menace les grands acteurs français, même digitaux, comme la licorne Criteo qui doit gérer à la fois la Covid et un durcissement de la législation concernant la vie privée. De nouveaux acteurs émergent portés par l’engouement du e-commerce.

Le retail media (offres des enseignes de distribution comme Fnac-Darty) commence à imposer une publicité plus centrée sur la donnée et proche du parcours d’achat. Les acteurs du marché se regroupent pour demander des conditions générales de vente moins contraignantes et surtout un allègement des mesures écologiques prises contre la publicité. Après la crise sanitaire, la gestion de la transition écologique pourrait se révéler tout aussi délicate.

Maria Mercanti-Guérin, Maître de conférences en marketing digital, IAE Paris – Sorbonne Business School

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Et maintenant, le couvre-foutoir

Par h16

Par h16.

Or donc, le gouvernement français a choisi de repartir à nouveau à l’assaut du vilain virus. Puisque – rappelez-vous ! – c’est une guerre, le président a trouvé un nouveau moyen de contrer l’ennemi microscopique : le couvre-feu a été décidé, pour (quasiment) tout le monde. Et tout ira mieux, vous allez voir.

Comme souvent, le cerfa se cache dans les détails : d’une part, il a été décidé de limiter ce couvre-feu à certaines villes. Ensuite, il ne s’étend que de 21 heures à 6 heures. Enfin, il y a quelques autres interdictions, inévitables, qui s’étendent à tout le monde comme les rassemblements privés qui doivent se contenter d’un maximum de six personnes.

En quelques semaines, on est donc passé du Monde de l’À-Peu-Près à un Monde d’Après qui ressemble de plus en plus au Monde d’Avant … la libération, avec petits papiers d’autorisation de la Kommandantur et patrouilles de « sécurité » dans les grandes villes françaises.

Bien sûr, cette nouvelle phase d’hystérie sanitaire s’accompagne de la confusion maintenant habituelle au sein du gouvernement entre ceux qui en voudraient un peu moins et ceux qui en voudraient un peu plus, démontrant s’il était encore besoin que la communication n’est vraiment pas le point fort de nos gouvernants dont on nous avait pourtant dit qu’ils étaient des communicants.

Mini-confinement c’est donc, dans cette zone grise bizarre où on se demande le sens concret à donner à tout ça.

Ainsi, si on comprend l’idée qui consiste à limiter les réunions à six personnes dans le cadre privé pour limiter la propagation du virus, on se demande comment cette interdiction pourtant présentée comme formelle peut être contrôlée, même vaguement : juridiquement en effet, aucun policier ne peut débarquer chez vous pour vérifier que vous la respectez sans une solide paperasserie des juridictions compétentes.

Eh oui, même si c’est probablement pour une durée très limitée et dans le cadre d’une quinzaine commerciale, la France prétend encore être un État de droit et tout ne peut s’y faire à la va-comme-je-te-pousse, en dépit de ce que l’action gouvernementale nous montre avec insistance depuis 10 mois.

Ainsi, on devra s’interroger sur la pertinence qui consiste à limiter les réunions familiales à six personnes, tout en laissant les individus s’empaqueter lors de manifestations politiques ou dans les transports en commun. Devra-t-on fêter son anniversaire dans un bus pour éviter la prune ?

Ainsi, on est en droit de se demander ce qui justifie les horaires choisis : pourquoi 21 heures et pas 22 ou 23 heures ? On comprend qu’on veuille ici limiter les rassemblements des gens hors de chez eux, mais pourquoi l’Allemagne ou la Belgique, frontalières, ont choisi d’autres horaires ? Le virus allemand est-il plus ponctuel ?

D’autant qu’en Allemagne, même cette idée de couvre-feu n’est pas en place et qu’en définitive, des restrictions demandées par la ville de Berlin y ont été annulées. Bref, ces différences européennes illustrent assez bien qu’en la matière, rien n’est clair, rien n’est scientifique, tout est à la discrétion des autorités, au pif.

Ainsi, on devra aussi se demander pourquoi interrompre ainsi ces activités nocturnes alors que les foyers épidémiques sont connus ; nonobstant le fait qu’avec plus de 35 cycles PCR, la pertinence des tests est de plus en plus sujette à débat, on sait que ce ne sont pas les restaurants, les salles de sport, les bars ou les théâtres mais bien l’école et l’entreprise qui constituent l’essentiel des foyers épidémiques.

Autrement dit, tout ceci manque furieusement de cohérence scientifique, de logique générale et montre surtout une nouvelle phase d’improvisation qui augmente encore le stress global de toute la population et les missions d’une police déjà largement débordée dans ses tâches de base (sans même évoquer celles qui s’empilent au fil de l’eau)…

Car oui, pendant que nos élites démontrent leur appétit de pouvoir et leur gourmandise à édicter des interdits, les autres problèmes ne cessent pas d’exister comme l’a amplement rappelé le récent « accident de vivrensemble » abominable à Conflans.

En pratique, ce couvre-feu ressemble fort à une nouvelle gesticulation (avant son inévitable extension, éventuellement jusqu’au reconfinement) pour cacher l’absence de toute police dans certains quartiers dont beaucoup d’habitants rêveraient, pour enfin dormir en paix, que ce couvre-feu soit effectivement appliqué. Qui croit réellement que le couvre-feu de la région parisienne s’appliquera également à Champigny Les Mortiers ?

Ce couvre-feu n’est qu’une énième étape dans l’usage calculé de la force sur des individus de plus en plus faibles tandis qu’elle ne l’est plus du tout sur ceux qui s’éloignent à grande vitesse des valeurs du pays. C’est logique du reste : les forces de l’ordre, consciencieusement écouillées par des années d’empilements législatifs et procéduraux, une courageuse campagne de presse de tous les instants dénonçant la moindre démonstration de force, des montagnes de cerfas et une dilution phénoménale des responsabilités à tous les niveaux hiérarchiques, ne sont plus capables de faire preuve de la moindre violence, même légitime, même symbolique.

Et lorsque la force officielle est devenue complètement anémique, elle ne peut agir que sur plus faible qu’elle, c’est-à-dire essentiellement les paisibles, les gentils, les inoffensifs, dont le crime est d’avoir voulu sortir Touki à 21 heures 05.

Le problème de ces règles arbitraires, de ces décalages de plus en plus flagrants entre ce qu’on attend du régalien et ce nouvel hygiénisme débridé, véritable fuite en avant pour éviter que la facture des agissements gouvernementaux débiles soit établie, c’est qu’on accumule à la fois une frustration énorme de la part du peuple et qu’on augmente singulièrement la masse de ceux qui n’en peuvent plus de ce tout-à-l’État dégoûtant : mécaniquement, les rangs des chômeurs, des petits patrons en faillite et de leurs salariés au chômage vont encore grossir et venir alimenter la liste maintenant très longue de ceux qui n’ont plus rien à perdre et qui n’entendront pas s’éteindre sans cri.

Forcément, ça va bien se passer.


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Sur le web

Droit de réponse de l’Agirc-Arrco

Par Auteur invité

Un droit de réponse de l’Agirc-Arrco

Le site Contrepoints a publié un article de Nicolas Lecaussin retitré par la rédaction « les retraites complémentaires sont menacées par ceux qui ne sont pas concernés », mettant en cause le président de l’Agirc-Arrco et le directeur de cabinet de la fédération au motif qu’ils seraient des fonctionnaires…

M. Lecaussin semble ignorer que la présidence de l’Agirc-Arrco est paritaire – à deux – et que le président (qui n’est pas fonctionnaire) partage cette fonction avec le représentant du MEDEF, qui est accessoirement directeur général délégué d’une grande entreprise.

Ce sont en effet les organisations syndicales et patronales qui pilotent l’Agirc-Arrco, régime de retraite complémentaire de tous les salariés du privé, et elles sont d’autant plus concernées par ce régime qu’elles l’ont créé et géré depuis plus de 70 ans…

Ce régime est piloté sur un équilibre de long terme, il verse 81 milliards d’euros de retraite par an à 13 millions de retraités, sur la base des cotisations de 23 millions de salariés et des 1,6 million d’entreprises du secteur privé. L’Agirc-Arrco n’a pas un euro d’endettement et dispose de réserves qui se montaient à 65 milliards fin 2019.

Fondé sur la répartition et la solidarité entre tous les salariés du privé, le régime Agirc-Arrco est un exemple de gestion paritaire et un élément essentiel de la protection sociale en France qui permet aux salariés de ne pas être pénalisés lorsqu’ils sont notamment au chômage, ou encore au chômage partiel.

C’est grâce à cette gestion rigoureuse et prévoyante, que le régime Agirc-Arrco peut maintenir le niveau des pensions versées à ses retraités sans s’endetter, tandis que les fonds de pension, vantés par l’auteur comme « la seule solution », doivent actuellement faire face à d’importantes difficultés financières. C’est notamment le cas aux Pays-Bas, où la crise financière remet en cause le niveau des rentes versées par ces fonds…

Liberté d’expression : précieuse et menacée de toutes parts

Par Nathalie MP Meyer

Par Nathalie MP Meyer.

Apparemment immunisée contre toute forme d’apprentissage, la France, ou du moins ses gouvernants et ses politiciens, sont en train de nous rejouer en 2020 le même scénario qu’en 2015. C’est d’une tristesse infinie, car il apparaît que même après le choc de la tuerie de Charlie Hebdo, même après le choc de la décapitation d’un professeur qui voulait éveiller ses élèves à la liberté d’expression, cette dernière sera finalement la victime des mesures prises pour sa défense.

En 2015, nous sommes passés de l’attentat contre les dessinateurs de Charlie Hebdo qui avaient caricaturé le prophète Mahomet à une grande marche nationale censée clamer haut et fort le choix inconditionnel de la France et des Français pour la liberté d’expression, suivie immédiatement de la promesse gouvernementale de durcir sa lutte contre le terrorisme dans une forme qui sera finalement celle de la Loi Renseignement qui, par la surveillance universelle qu’elle autorise, est de fait une atteinte aux libertés individuelles, et enfin aux interdictions administratives et judiciaires faites à Dieudonné de produire ses spectacles et de s’exprimer sur le terrorisme.

Aujourd’hui en 2020, nous sommes passés de l’assassinat d’un enseignant qui a montré à ses élèves les caricatures de Mahomet publiées dans Charlie Hebdo (tout en les laissant libres de regarder ou non) à un grand rassemblement d’hommage censé clamer haut et fort le choix inconditionnel de la France et des Français pour la liberté d’expression et toutes les libertés individuelles qui caractérisent une société ouverte, puis à une débauche de propositions gouvernementales ou autres qui reviennent toutes à écraser les libertés pour mieux les défendre.

Xavier Bertrand a immédiatement proposé d’interdire les pseudos sur internet, alors même que rien dans l’affaire de Conflans ne s’est fait anonymement. Gros succès, multiples reprises. Laetitia Avia n’a pas tardé non plus à monter au créneau pour relancer sa loi contre la haine en ligne qui a pourtant été censurée très sévèrement par le Conseil constitutionnel comme constituant de fait une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression. Gros succès là aussi, et s’il faut changer la Constitution pour cela, n’hésitons surtout pas !

Et encore ceci n’est-il qu’un pâle résumé de ce concours Lépine des idées les plus liberticides et les plus décalées du moment. Pour mieux en mesurer toute l’absurde et hypocrite dimension, je vous suggère de lire les analyses de h16 et de Frédéric Mas sur Contrepoints.

Pour ma part, j’aimerais insister sur le fait qu’il n’est pas nécessaire d’être un islamiste endurci pour avoir de graves problèmes avec la liberté d’expression. Il suffit de penser qu’on détient la vérité et de considérer en conséquence que les idées qui ne sont pas les nôtres sont par construction de mauvaises idées dont il faut éliminer l’expression dans le débat public. Ce qui revient à vouloir éliminer le débat pour ne laisser exister que le dogme.

Or la liberté d’expression n’est pas d’abord la possibilité qui m’est offerte de m’exprimer, elle est avant tout ma reconnaissance des possibilités d’expression des autres. C’est en effet dans l’acceptation de la confrontation des idées et des opinions que la liberté d’expression devient véritablement féconde.

Dans nos démocraties occidentales issues des Lumières, la liberté de pensée associée à l’échange des idées, par tout ce que cela implique pour le développement des connaissances, des sciences et des techniques, a accompagné les formidables progrès que nous connaissons depuis 250 ans et qui se sont traduits par une nette augmentation de l’espérance de vie, du niveau de vie et du niveau d’éducation, ainsi que par une profonde évolution des structures de la société, sur la question des relations hommes femmes ou sur la séparation entre les Églises et l’État, par exemple.

Il est donc extrêmement préoccupant de sentir une régression s’installer, et pas seulement dans les strates les moins éduquées du pays. On dit beaucoup que l’ignorance est un vecteur d’intolérance et que l’instruction a notamment pour mission de la faire reculer. C’est précisément ce que M. Paty et tous ses collègues professeurs s’évertuent à faire dans leurs classes et nul doute que beaucoup de jeunes consciences ont pu découvrir ainsi les beautés de l’échange d’idées.

Mais quand des personnes instruites se mettent à genoux devant des idéologies, quand elles se croient plus en mesure que quiconque, intellectuellement et philosophiquement, de savoir distinguer le bon du mauvais et le vrai du faux, quand elles en viennent à croire que ces qualités « universitaires » supérieures leur donnent un évident pouvoir de censeur, les dégâts ne sont pas moindres que ceux de l’ignorance.

Il se trouve que nous avons eu droit récemment à deux exemples particulièrement affligeants de cet affaissement des valeurs des Lumières.

Ce fut d’abord Geoffroy de Lagasnerie, sociologue proche de la France insoumise, qui déclara sans l’ombre d’une hésitation sur France Inter (vidéo du tweet, 01′ 16″) :

« Je pense que nous perdons notre temps lorsque nous allons dans les chaînes d’info débattre avec des gens inconvaincables. Nous ratifions la possibilité qu’ils fassent partie de l’espace du débat. J’assume qu’il faut reproduire un certain nombre de censures dans l’espace public, pour reproduire un espace où les opinions justes prennent le pouvoir sur les opinions injustes. »

 

Geoffroy de Lagasnerie, sociologue : « Le but de la #gauche, c’est de produire des fractures, je suis contre le paradigme du #débat et je l’assume » #le79Inter pic.twitter.com/tblwyg2v7c

— France Inter (@franceinter) September 30, 2020

Impossible de faire plus clair : l’espace du débat doit se limiter aux « opinions justes » c’est-à-dire uniquement les siennes et celles de ses amis de l’ultra-gauche. Très Frédéric Lordon, cette attitude. Ce dernier n’admet de débat qu’avec lui-même !

Lagasnerie se rattrape ensuite plus ou moins aux branches en confessant qu’il n’a pas trop de sympathie pour l’appareil d’État et qu’il est plutôt favorable à une censure qui prendrait la forme du mépris et de l’indifférence. Et de fait, ignorer des opinions qui nous déplaisent est une option parfaitement légitime.

Personne n’est obligé d’acheter Charlie Hebdo, personne n’est obligé d’assister aux spectacles de Dieudonné, personne n’est obligé d’écouter Éric Zemmour, personne n’est obligé de s’intéresser aux thèses négationnistes de Robert Faurisson.

Sauf que ce n’est pas du tout la méthode Lagasnerie : quand, en 2014, Marcel Gauchet fut invité à prononcer la conférence inaugurale des « Rendez-vous de l’Histoire » de Blois sur le thème des Rebelles, c’est non seulement avec stupéfaction mais également avec « un certain dégoût » que le sociologue s’empressa d’appeler au boycott de la manifestation et à la démission de sa présidente, c’est-à-dire à l’élimination concrète des idées qui lui déplaisent de l’espace du débat public. Cancel culture typique.

Un style de censure que la philosophe Sylviane Agacinski connaît bien. En 2019, elle devait donner une conférence intitulée « L’être humain à l’époque de sa reproductibilité technique » à l’Université de Bordeaux, mais ses positions anti-PMA lui ont immédiatement valu d’être cataloguée comme « homophobe notoire » par des syndicats étudiants et des associations LGBT qui n’ont reculé devant aucune menace pour obtenir (avec succès) la déprogrammation de sa conférence.

Eh bien, figurez-vous que pour Alice Coffin, la nouvelle égérie écologiste de la mairie de Paris qui milite aussi beaucoup pour les « droits » des lesbiennes et l’effacement des hommes dans la société, la censure est bien évidemment l’odieux procédé auquel l’Institut catholique de Paris s’est abaissé en la déchargeant de ses fonctions de professeur pour incompatibilité de valeurs.

En revanche, rien de tel pour Sylviane Agacinski qui n’aurait récolté selon elle que la juste rétribution de ses opinions réactionnaires (vidéo du tweet, 02′ 08″) :

« Il faut s’insurger devant toute forme de censure, mais attention, moi mon discours n’est pas un discours de l’ordre du racisme, de l’ordre de la lesbophobie, du sexisme […] Je n’adore pas critiquer les femmes en public, mais je ne suis pas sûre que Sylviane Agacinski soit très au clair avec les lesbiennes… »

 

Best #headshot of the week👏🏻pic.twitter.com/R9w7xJ0sUw

— Aurélien Véron (@aurelien_veron) October 12, 2020

Que voilà un joli deux poids deux mesures ! Acculée dans ses incohérences et son sectarisme par la journaliste, Alice Coffin tente avec difficulté de masquer son autoritarisme fondamental, mais l’idée est exactement la même que chez Lagasnerie : il y a des opinions justes, les siennes, et des opinions dévoyées, celles de Sylviane Agacinski par exemple, par le simple fait que ceux qui les portent ne sont pas d’accord avec elle.

Il devient dès lors parfaitement légitime, voire même absolument nécessaire de faire sortir du débat public les mauvaises idées selon Coffin, Lagasnerie, les islamistes et tous les totalitaires, et ceci par toutes les censures et toutes les intimidations possibles.

La liberté d’expression est précieuse mais menacée de toutes parts. Défendons-la de toutes nos forces.

Sur le web

Des bougies, des burritos et des ministres contre le terrorisme islamiste

Par Marc André

Par Marc André.

Suivant, en bon hussard de la République, les consignes de son ministère, un professeur vient d’être décapité pour avoir enseigné la liberté d’expression à ses élèves. Ce meurtre abject n’est pas l’œuvre d’un illuminé, mais la résultante d’une cabale, savamment orchestrée par l’islamisme politique et tous les petits nervis qui gravitent autour.

Le meurtrier est un réfugié politique tchétchène de 18 ans. Un garçon accueilli, protégé et éduqué par notre pays et nos impôts. Une bête sauvage que la justice a maintenue sur notre sol, alors que l’administration pour une fois clairvoyante voulait le renvoyer en Russie, compte tenu de ses antécédents, lesquels, malgré son jeune âge, représentaient tout sauf une chance pour la France.

On ne peut plus fermer les yeux

Parce que cet acte de terreur touche un enseignant, les bisounours qui nous gouvernent ne peuvent plus fermer les yeux sur l’ampleur de la menace. Le parti du déni est touché au cœur de son ADN. Décidément, les islamistes ne respectent rien, pas même les pieux (si j’ose dire) mensonges de nos dirigeants sur le péril fasciste. Impossible, cette fois, de mettre la poussière sous le tapis au prétexte commode qu’il ne faut pas donner du grain à moudre à l’extrême droite.

Le problème c’est que Samuel Paty n’est pas la première victime du fanatisme islamique qui tente de prendre le pouvoir en France en semant la terreur. Avant lui des enfants juifs ont été abattus en tant que tel, à Magnanville deux policiers ont été égorgés devant leur fils, un chef d’entreprise décapité ; et le père Hamel tout aussi sauvagement assassiné dans une église au pied de son autel pour ne citer que des actions individualisées, sans oublier Charlie Hebdo, l’Hyper cacher, le Bataclan et Nice.

Au total, depuis 2012 : 266 victimes… 267 maintenant. À chaque fois, des bougies, de belles paroles, « plus jamais ça », « nous sommes tous trucmuche » et… les affaires reprennent comme si de rien n’était. Simplement maintenant, ça ne prend plus et l’émotion est considérable.

Rodomontades médiatiques

Comme à chaque fois que l’exécutif est pris en flagrant délit d’impéritie, nous assistons aux désormais bien rodés brassages d’air et autres rodomontades médiatiques de nos autorités qui veulent se donner l’air de prendre à bras-le-corps un sujet dont elles ont toujours soigneusement évité de s’emparer jusqu’ici.

Darmanin s’en prend aux rayons ethniques dans les supermarchés, déclenchant au passage la panique des amateurs de fajitas et autres burritos qui craignent pour la sécurité de leurs approvisionnements en gastronomie mexicaine.

Ce faisant, il passe gentiment sous silence le fait bien plus préoccupant que certaines supérettes de quartier ne vendent plus ni alcools ni charcuteries. Nathalie Loiseau — sans doute en manque de notoriété — propose que chacun mette une bougie à sa fenêtre en attendant sans doute de faire applaudir chaque soir nos enseignants, comme hier nos soignants…

L’ineffable Blanquer souhaite que les parlementaires se déplacent à la rentrée dans les établissements scolaires pour témoigner du soutien de la nation à son corps enseignant. Outre le ridicule de l’opération, je souhaite bien du plaisir aux chefs d’établissement qui recevront la visite des LFI, Verts et autres indigénistes, les idiots utiles de l’islamofascisme qui ont été copieusement traités de collabos lors des manifestations d’hommage à Samuel Paty le week-end dernier.

Dans cette agitation frénétique, les mots ont leur importance à défaut d’avoir un sens et quand on s’adresse à des enseignants, il serait utile de les peser. Notre rocailleux Premier ministre vient d’en faire l’expérience après avoir déclaré que les enseignants sont « choyés » par le gouvernement.

Il faut dire que ce meurtre tombe affreusement mal pour notre exécutif à paillettes. Le président venait à peine de se rendre compte du péril islamiste « séparatiste » et s’apprêtait, à grands renforts de tambours et de trompettes, à donner l’illusion qu’il allait faire quelque chose que boum, patatras et ironie de l’Histoire, la tête d’un professeur de cette même matière roule dans un caniveau 227 ans, jour pour jour après que celle de Marie-Antoinette soit tombée dans la sciure de la République naissante…

Lors du vibrant et nécessaire hommage rendu à ce serviteur de l’État, notre sémillant président a enfin nommé l’ennemi. L’islamisme (toujours serti d’un adjectif) est enfin entré dans le viseur d’un homme pourtant si prompt à déclarer la guerre à un virus. Ce faisant il nous assure, sous les bravos de ses thuriféraires, que la France ne « renoncera pas aux caricatures, aux dessins. »

Les dessins de presse sauvés

Nous voilà rassurés ! La patrie des droits de l’Homme a pour ambition de demeurer celle de ceux des dessinateurs de presse. Non que leur rôle soit négligeable, mais bon… quelle ambition pour la France.

Comme l’a superbement écrit Pierre Jourde dans une récente chronique du Nouvel Obs, notre pays a été un phare dans le combat des Lumières face aux interdits et aux dogmes religieux. C’est parce que nos ancêtres ont bravé les interdits de l’Église et qu’ils ont, ce faisant, blasphémé que nous sommes libres et aussi considérablement avancés scientifiquement que matériellement. C’est parce que la chrétienté a accepté la remise en cause de ses présupposés que l’Occident est ce qu’il est.

Les barbus sont terrorisés à l’idée que des musulmans puissent préférer les lumières de la pensée et de la réflexion aux ténèbres du dogmatisme le plus stérile. C’est pour cela qu’ils s’en prennent avec acharnement à nos valeurs qui n’ont, du reste, rien de si spécifiquement républicaines.

Ils craignent la contamination et c’est pour cela qu’ils s’acharnent sur nous. Soyons un peu plus fiers et relevons nos ambitions. Osons nous affirmer comme la terre des Lumières, de la science et du progrès et considérons nos ennemis pour ce qu’ils sont. Cessons de leur trouver des excuses, cessons de nous compromettre avec ces fanatiques et combattons les sans répit.

Nous le devons à nos enfants, nous le devons à nos compatriotes musulmans. Nous le devons à la France éternelle, celle de Jeanne d’Arc, de Napoléon et de De Gaulle. Ces grandes figures de la Nation ne le sont pas devenues en allumant des bougies et en répétant « vous n’aurez pas ma haine ».

3 mythes sur la bureaucratie dévoilés avec l’audition d’Édouard Philippe

Par Frédéric Mas
gouvernement

Par Frédéric Mas.

Ce mercredi, l’ancien Premier ministre Édouard Philippe défendait son bilan dans la gestion de la crise sanitaire devant une commission d’enquête de l’Assemblée nationale. S’il a reconnu des erreurs de communication, il a toutefois estimé que globalement, sa politique avait permis de « sauver des vies ».

Cherchant à faire comprendre la difficulté de sa tâche, Édouard Philippe est revenu sur un nombre d’idées reçues en vogue dans le débat public sur le procès de décision publique. « Comment est-ce qu’on gère une crise sanitaire avec des échelons de décision très dispersés […] quand vous avez immédiatement le risque pénal sur le dos ? » a-t-il ainsi lancé aux membres de la commission.

Univers kafkaïen de notre bureaucratie décrit par Édouard Philippe. Depuis le temps qu’on en parle, pourquoi ne pas avoir attaqué le mal à la racine ? pic.twitter.com/x0nJ7uD3Ge

— Aurélien Véron (@aurelien_veron) October 21, 2020

En une phrase, Édouard Philippe met à bas trois mythes bureaucratiques.

Une bureaucratie rationnelle

La bureaucratie est un processus rationnel. Selon l’analyse de Max Weber, qui a toujours beaucoup de succès auprès des bureaucrates eux-mêmes, la bureaucratie est l’expression de la rationalité et substitue au pouvoir charismatique des sociétés traditionnelles un cadre légal-rationnel qui s’appuie sur le statut et la compétence de ses représentants.

Édouard Philippe décrit plutôt une juxtaposition d’administrations et d’officines aux compétences mal définies et très peu coordonnées, un maquis légal qu’il est difficile de comprendre pour espérer faire bouger. L’hôpital public n’est pas le seul grand corps malade de sa direction.

Guillaume Nicoulaud avait diagnostiqué les mêmes maux dans le domaine de la lutte anti-terroriste. On imagine qu’existe le même brouillard au sommet pour toutes les grandes administrations publiques françaises.

Une bureaucratie au service du politique

La bureaucratie est un outil au service du politique. Il existe un débat dans la littérature économique et sociologique sur la nature de l’articulation entre administration et politique. Pour un certain nombre d’auteurs, comme par exemple Ludwig von Mises ou Michel Crozier, la bureaucratie n’est que l’instrument de la classe politique et finalement n’a qu’une existence subordonnée aux plans décidés par les élus.

Pour d’autres, comme Karl Marx ou Claude Lefort, la bureaucratie est autonome et prend ses propres décisions en laissant au politique une marge de manœuvre finalement assez étroite.

À l’écoute d’Édouard Philippe, la France est davantage dans la seconde situation que la première : les politiques de droite et de gauche se ressemblent toutes depuis des décennies parce qu’elles doivent se couler dans le moule bureaucratique pour être comprises et effectuées.

Cela signifierait-t-il que la première théorie est fausse et la seconde est vraie ? Pas nécessairement, il peut tout simplement décrire deux moments du développement bureaucratique.

Son autonomisation s’accroît en même temps que sa masse qui lui permet à un certain stade d’inverser les rapports hiérarchiques entre politique et administration. Plus il existe de bureaux et d’officines, plus il devient facile de doubler le pouvoir élu, et sur le versant électoral, plus il y a de fonctionnaires parmi les électeurs, plus les élus ont intérêt à ne pas les contrarier pour les amadouer.

Liberté du politique, soumission du fonctionnaire

Il existerait une véritable opposition entre la liberté du décideur politique national et l’inertie bureaucratique. Les membres du gouvernement dessineraient les grandes orientations des administrations, planifieraient du sommet de l’administration comme les Dieux sur le mont Olympe l’ensemble de l’ordre administratif qui ensuite se mettrait en branle pour appliquer les directives politiques.

Sauf que, comme le suggère très fortement Édouard Philippe, la menace pénale qui plane sur la tête des dirigeants paralyse autant que la dilution de responsabilités des fonctionnaires dans la structure bureaucratique.

Si toute initiative, en particulier en situation de crise, est menacée de sanction pénale, alors il devient rationnel autant pour le fonctionnaire que pour le politique de « protéger ses arrières » et de prioriser d’abord les moyens de se protéger de l’institution judiciaire.

La surenchère de mesures sécuritaires face à la « seconde vague » pourrait d’ailleurs être interprétée comme ça : les dirigeants sont d’abord préoccupés par leur propre protection juridique avant de trouver des solutions efficaces à la crise, quitte à faire peser sur les administrées des décisions lourdes et liberticides, mais qui leur garantissent de ne pas finir derrière les barreaux.

Il ne s’agit pas d’abolir la responsabilité pénale des gouvernants, bien entendu, mais de bien comprendre que la simplification administrative leur permettrait de dissiper le brouillard bureaucratique au sommet. En simplifiant la bureaucratie, les politiques verraient mieux ce qu’impliquent leurs décisions, et donc ce qui engage leur responsabilité ou pas.

Covid : l’ivermectine souligne les méfaits de la politique du médicament

Par Gérard Maudrux
politique

Par Gérard Maudrux.

L’industrie pharmaceutique française, à la pointe au niveau mondial il y a quelques décennies existe-t-elle encore quand on voit l’Institut Pasteur faire appel au mécénat ou aux dons pour tester un vieux médicament courant. Pourquoi et comment ?

L’ivermectine est un autre exemple d’un système destructeur. Il s’agit d’un traitement avancé par certains en phase précoce de la maladie. Les publications sont nombreuses et certains pays l’ont même adopté comme traitement conseillé pour la Covid.

Pour ceux qui veulent creuser, voici la liste d’une soixantaine d’études consacrées à l’ivermectine, qui, à l’inverse de la chloroquine, ne subit pas une avalanche d’études à charge menées en général par des personnes ayant ou ayant eu des rapports financiers avec de gros laboratoires qui verraient d’un très mauvais œil l’émergence d’un traitement bon marché de la Covid.

Ce médicament est reconnu par la FDA comme « antiparasitaire dont l’activité antivirale à large spectre a été démontrée in vitro, capable d’effectuer une réduction d’environ 5000 fois l’ARN viral à 48 h après l’infection Vero- Cellules hSLAM 2 h par le SRAS-CoV-2 « .

MedinCell, biotech montpelliéraine, s’y intéresse de près et lance une étude, avec comme objectif l’obtention d’une AMM en 2021. Pour envisager une AMM, nous sommes dans du sérieux, pas dans l’élucubration d’internautes comme le pensent certains. Rappelons que c’est à l’origine un traitement antiparasitaire, commercialisé dans 90 pays, essentiellement pour la gale mais aussi efficace contre 183 espèces de nématodes, 129 espèces d’insectes et d’acariens et plusieurs virus. Très utilisé chez les vétérinaires.

Fin mars je proposais ici que face à l’urgence les autorités reprennent systématiquement les observations de médecins sur le terrain pour en vérifier leurs résultats de traitements atypiques, ce que fait MedinCell pour l’ivermectine. J’en parlais début juin, et plus en détails il y a un mois.

L’Institut Pasteur en collaboration avec Apteeus n’a rien fait d’autre en testant plus de 2000 molécules, mais sans se préoccuper des constatations de terrain qui auraient évité un travail long et fastidieux et quelques mois qui se chiffrent en milliers de vies. Au passage, s’ils ont vraiment tout testé in vitro comme ils l’affirment, je suis étonné qu’ils n’évoquent pas ivermectine ou hydroxychloroquine, dont l’efficacité in vitro n’est contestée par personne.

Je vois toutefois un hic majeur dans la démarche de MedinCell. Alors que l’ivermectine est utilisée depuis des décennies en dose unique, à titre thérapeutique dans plusieurs indications et dans la Covid dans certains pays ainsi que chez nous par nombre de médecins, le laboratoire cherche à élaborer une forme retard, pour la prescrire à titre préventif une fois par mois, ne s’intéressant pas au traitement des patients touchés par la Covid.

L’étude qui vient d’être lancée va dans un premier temps tester les effets de prises prolongées, effets inconnus car depuis sa sortie, il n’est prescrit qu’en dose unique (ou deux prises pour le VIH par la FDA).

Nous avons affaire à des laboratoires, entreprises privées. Pour survivre, ces laboratoires doivent en permanence innover. Pour financer la recherche, il faut des bénéfices, et sans bénéfices, pas de recherche, et sans recherche, plus de laboratoire. C’est ainsi que l’industrie pharmaceutique française a quasiment disparu.

Regardez le prix de médicaments phares : la boîte de clamoxyl est à 1,99 euro, la boîte de bactrim à 1,78 euro ! Ces prix comprennent la marge du pharmacien, le grossiste et sa marge, ainsi que le transport. Que reste-t-il au laboratoire pour la recherche après le prix du produit, de sa fabrication, de l’emballage avec toutes les contraintes sanitaires afférentes, et après impôts et taxes diverses, et non des moindres.

On vous dit que le médicament n’est pas soumis à TVA, mais on vous cache l’URSSAF, dont on se demande ce qu’elle vient faire ici.

Pour information, outre les cotisations URSSAF habituelles, l’industrie pharmaceutique est soumise à nombre de contributions URSSAF :

  • la contribution vente en gros (article L138-1 du CSS)
  • la contribution sur les dépenses de promotion des médicaments (article L245-1 du CSS)
  • la contribution sur les dépenses de promotion des dispositifs médicaux (article L245-5-1 du CSS)
  • la contribution sur les premières ventes de dispositifs médicaux (article L245-5-5-1 du CSS)
  • la contribution sur le chiffre d’affaires (article L245-6 du CSS)
  • la contribution au titre de médicaments destinés au traitement de l’hépatite C (article L138-19-1 du CSS)
  • les contributions taux « Lv/Lh » (article L138-10 duCCS)

Taxes logiques ou racket de la haute administration qui a pondu ces textes signés par des ministres ? Le résultat est l’asphyxie de la recherche française.

Pourquoi, au lieu d’une étude débouchant sur un traitement immédiat éprouvé et rapide, MedinCell part sur une étude sur un nouveau traitement incertain et destiné à ceux qui ne sont pas certains de contracter la Covid, pas à ceux qui en sont porteurs ? Aberrant ?

Non simplement et probablement une histoire de gros sous, liée à la politique du médicament. Lancer une étude à quelques millions d’euros pour prouver l’efficacité d’un médicament qui sera vendu par d’autres à un prix dérisoire est un bon moyen de couler l’entreprise. Par contre, en élaborer une nouvelle forme, avec possibilité de commercialisation à un prix correct avec exclusivité pendant quelques années, là c’est économiquement plus crédible, même si cela l’est moins sur le plan santé publique. Ils n’ont pas le choix.

Vous comprendrez ainsi l’état de l’industrie pharmaceutique française, son peu d’intérêt pour les anciens médicaments, et son grand intérêt pour caser les nouvelles molécules. Vous comprendrez pourquoi aucun labo dans le monde n’a fait d’étude pour promouvoir l’hydroxychloroquine, mais pourquoi certains dépensent des milliards pour d’hypothétiques remdésivir, lopinavir et autre ritonavir. Vous comprendrez pourquoi Pasteur fait appel à la charité publique et au mécénat pour tester un vieil antibiotique retiré du commerce depuis 15 ans.

Par contre, comme moi vous comprendrez moins pourquoi en situation d’urgence sanitaire les frais pour des études sur des médicaments tombés dans le domaine public ne sont pas pris en charge par les autorités sanitaires bien qu’étant d’intérêt général avec pour conséquence la dépense de milliards pour les effets secondaires plutôt que des millions pour essayer de les éviter.

Pour encore mieux comprendre, un traitement complet du Covid à l’ivermectine, c’est 8,51 euros, avec le plaquénil c’est 4,17 euros, et pour le remdesivir, c’est 2085 euros.

Actuellement c’est le largactil, la ranitidine, la cyclosporine, dernièrement le clofoctol (Pasteur), et d’autres qui sont essayés, avec des mois de retard. Ces études auraient dû être menées et financées par les autorités. Ne l’envisageant pas, veulent-elles vraiment traiter la Covid ?

Au lieu de voir un laboratoire financer une transformation de l’ivermectine, pourquoi ne pas leur financer une étude sur 2-300 patients, faciles à trouver actuellement sur 20 000 par jour, avec résultats en une semaine. C’est négatif, on arrête d’en parler pendant des mois ; c’est positif, on confirme et on affine avec des études randomisées (pourquoi pas ?), avec une autorisation temporaire avant AMM donnée si les études confirment.

Pourquoi randomiser si cela ne marche pas alors qu’on peut avoir la réponse en une ou deux semaines ? Aujourd’hui on randomise et on met 8 mois pour constater que cela ne marche pas ! Ces procédures ne fonctionnent pas dans une situation d’urgence. Regardez Discovery : on a tout bloqué, autres prescriptions comprises, pour constater 8 mois plus tard qu’il faut repartir de zéro, aucun produit testé n’étant efficace.

Échec total de la méthode se traduisant par des milliers de morts. Notre président par ailleurs chef des armées a dit que nous sommes en guerre. Je ne suis pas militaire mais je me pose une question : est-ce qu’un bon général n’envoie pas des éclaireurs avant la cavalerie lourde pour rien ?

Voici les résultats in vitro de l’ivermectine. Il faut une à deux semaines et quelques centaines d’euros pour savoir si cela se reproduit in vivo, pouvant déboucher sur une autorisation temporaire en attendant le résultat d’études randomisées plus poussées pour AMM. Ne serait-ce pas mieux que de mettre un an pour une éventuelle forme préventive sortant une fois l’épidémie terminée ? Testons, traitons aujourd’hui, et non peut-être demain.

Tout savoir sur l’Ivermectine ici.

Vendre un produit ou financer une activité à un prix en dessous de sa valeur ne peut être une politique durable, c’est une politique qui ignore volontairement et méprise l’avenir, donc une très mauvaise politique. Lorsqu’il s’agit du médicament, de petites économies pour un résultat à court terme coûtent bien plus cher à moyen et long terme, et sur le pan financier, et sur le plan humain.

Sur le web

Covid : les pays anglophones plus sévères que le reste de l’Europe

Par Alexandre Massaux
brexit

Par Alexandre Massaux.

Tous les pays ont mis en place des mesures de restrictions dans le cadre de la lutte contre la Covid. S’il est possible de trouver de nombreuses convergences d’un pays à un autre, des différences persistent. On peut constater que les États anglo-saxons pourtant traditionnellement plus libéraux que l’Europe continentale se sont montrés plus sévères pour un certain nombre de mesures.

Cette différence de politique peut s’inscrire dans l’importance du choc institutionnel que connaissent ces pays. Une situation qui n’est pas sans rappeler leur politique de lutte contre le terrorisme.

Des restrictions majeures de libertés

Au Royaume-Uni, dans des zones considérés à risques comme Londres, il est désormais interdit aux  membres de foyers différents, de se rencontrer à l’intérieur, que ce soit chez eux ou à l’intérieur des pubs ou restaurants. Ces restrictions s’appliquent aussi aux couples qui n’habitent pas ensemble et leur interdit donc les relations sexuelles.

Au Québec, la police possède désormais des télé-mandats pour pouvoir pénétrer dans les propriétés privées afin de faire respecter les restrictions. L’Australie et plus précisément l’État de Victoria ont pris des mesures contre ceux qui s’opposent aux confinements. Ces politiques démontrent une logique de plus en plus autoritaire qui s’immisce dans les aspects les plus privés de la vie des individus.

Le précédent de la lutte contre le terrorisme

Ce n’est pas la première fois que les pays anglo-saxons, qui possèdent un système juridique de Common Law, sont confrontés à des restrictions de libertés pour des fins sécuritaires. Le Patriot Act aux États-Unis et la  Crime and Security Bill du 14 décembre 2001 au Royaume-Uni ont montré une rupture en matière de liberté en permettant par exemple « l’internement purement administratif de personnes simplement suspectées d’un lien quelconque avec un groupe terroriste ou leur contrôle par différentes méthodes, dont des bracelets électroniques » pour la loi britannique.

Cet internement étant décidé par acte administratif signé par le ministre de l’Intérieur. Quant au Patriot act, il a donné à l’administration américaine de nouveaux pouvoirs en matière d’écoute et d’accès aux informations des citoyens des États-Unis.

Dans les deux cas, il a été question d’un élargissement des pouvoirs de l’exécutif au détriment d’un contrôle judiciaire qui est pourtant central dans les pays de Common law.

Plusieurs  raisons peuvent expliquer ces poussées d’autoritarisme dans les pays anglo-saxons. L’une d’entre elle est le fait qu’ils sont des pays insulaires : le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle Zélande sont des îles tandis que les États-Unis et le Canada bien que pays du continent américain se considèrent comme distants vis-à-vis des autres continents. Cette position géographique aboutit à une politique méfiante envers le monde extérieur qui peut se transformer en véritable paranoïa.

La Covid a fait ressortir la face sombre de l’Humanité. Les pays anglo-saxons n’y échappent pas. Néanmoins, des pays qui ont été parmi les plus attractifs au Monde sombrent désormais dans une spirale liberticide.

Le gaz enflammera l’Europe avant le climat

Par Michel Gay

Par Michel Gay et Jean-Pierre Riou.

Le recours accru au gaz, énergie « de transition » nécessaire pour combler la production fatale des énergies renouvelables intermittentes, menacera d’autant plus la paix en Europe que ses propres réserves s’épuisent et que son approvisionnement depuis la Russie et l’Orient se fragilise.

L’escalade en Méditerranée orientale

Les découvertes d’importants gisements d’hydrocarbures en méditerranée orientale en 2009 et 2010 tendent les relations déjà exécrables entre les pays riverains de cette région.

Les perspectives de manne pétrolière ont exacerbé les tensions tribales en Lybie et, en janvier 2019, le Forum de la Méditerranée a exclu la Turquie de l’exploitation de cette ressource. Mais cette dernière a néanmoins entrepris des forages illégaux, provoquant la colère de l’Europe.

En novembre 2019, en réaction à ce passage en force, le Conseil européen a adopté des mesures sanctionnant ces activités illégales tandis qu’un accord turco-libyen partageait l’exploitation maritime entre les deux protagonistes et évinçait la Grèce et Chypre de leurs droits.

Le recours aux armes

En décembre 2019, le président Turc Erdogan a annoncé l’engagement de militaires turcs dans la guerre civile libyenne.

Aussitôt, Washington a répondu en levant l’embargo sur les ventes d’armes américaines à Chypre (île partagée avec les Turcs). La Turquie s’est alors déclarée prête à répondre militairement à cette décision.

Ce conflit doit être évalué à la lumière du conflit syrien et de l’acheminement du gaz par gazoduc du plus gros gisement au monde « South Pars » entre l’Iran et le Qatar (une partie du gaz extrait par le Qatar est situé sous l’Iran).

Le Qatar souhaitait construire un gazoduc « sunnite » destiné à approvisionner l’Europe par voie terrestre en le reliant au projet de gazoduc Southstream passant par la Turquie afin d’éviter la surveillance des méthaniers par l’Iran au passage du détroit d’Ormuz.

En 2012, le Qatar aurait signé un protocole avec l’opposition syrienne, garantissant le passage du gazoduc en Syrie après le départ de Bachar el-Hassad. Ce dernier avait choisi au contraire le gazoduc « chiite » de l’Iran, passant par l’Irak, et destiné à acheminer le gaz jusqu’au port syrien de Tartous? seul port militaire des Russes en Méditerranée… d’où les méthaniers auraient pu s’approvisionner.

L’option du Qatar a la faveur des Occidentaux, États-Unis et France en tête, car elle représente une alternative à la dépendance du gaz russe pour l’Europe mais, évidemment, pas celle de la Russie, ni de la Turquie, ni de l’Iran…

Le soutien armé de la Russie à la Syrie a permis de maintenir au pouvoir Bachar el-Hassad, malgré les trois milliards de dollars qataris destinés à armer les rebelles syriens, ainsi que les frappes françaises et américaines contre des bases syriennes, en évitant soigneusement de taper sur les Russes…

Alain Juillet (ex directeur des services secrets français) avait déjà souligné en mars 2016 l’importance de cette « guerre gazière » en Syrie lors de son audition devant le Sénat, même si elle n’est probablement pas la seule cause d’un conflit beaucoup plus complexe impliquant la Russie et la Turquie.

Quand la Russie se tourne vers l’Asie

La croissance économique de la Chine rebat les cartes des équilibres géopolitiques. Après l’éviction de TOTAL par les Américains de ce fabuleux gisement South Pars, c’est la Chine qui a tiré les marrons du feu en remplaçant TOTAL.

En se rapprochant de la Chine, la Russie « renforcera sa capacité à servir de passerelle entre l’Asie et l’Europe et fournira à Moscou un levier d’influence supplémentaire », selon l’Institut Montaigne.

Et leurs liens se resserreront encore, quelle que soit l’évolution des rapports sino-américains ou russo-américains.

L’inauguration du gazoduc « Power of Siberia » en décembre 2019 a constitué une étape supplémentaire de ce rapprochement.

L’impuissance de l’Occident

La bascule de la Russie vers l’Asie la protège des conséquences des sanctions actuelles et futures de l’Europe. Et le formidable débouché chinois pour son gaz lui confère un puissant levier de chantage diplomatique pour négocier l’approvisionnement de l’Europe en gaz.

Malgré ses efforts, l’Occident n’a pas réussi à évincer le président syrien, ni son homologue turc, car les deux ont pu compter sur un appui sans faille de Moscou.

Et le gazoduc « Turkish Stream » ou « TurkStream » a été inauguré le 8 janvier 2020 par les présidents de la Russie (Poutine) et de la Turquie (Erdogan). Il renforcera encore leurs liens tandis que le gazoduc allemand « Nord Stream 2 » accroitra un peu plus la dépendance de l’Europe vis-à-vis de la Russie pour son approvisionnement énergétique… si les Américains le permettent !

Vers une crise en Europe ?

L’escalade des tensions en Méditerranée orientale pour la maîtrise des gisements de gaz peut aboutir à une grave crise en Europe.

Les enjeux de son approvisionnement en gaz dans un contexte d’augmentation de sa consommation sont au moins aussi importants pour son économie que ceux des premiers chocs pétroliers en 1970.

À cette époque, ce choc pétrolier avait incité la France à se doter rapidement d’un parc nucléaire de 58 réacteurs en à peine 20 ans pour améliorer son indépendance énergétique. Ce qu’elle a parfaitement réussi : 75 % de son électricité est d’origine fissile, et non fossile.

De plus, son taux d’indépendance énergétique dépasse les 50 % (54,7 % en 2019) alors que la France n’extrait plus ni gaz, ni pétrole, ni charbon ; ou si peu.

Pendant ce temps, les contes de fées qui reposent sur des systèmes de productions autonomes d’énergies renouvelables issues du vent et du soleil s’obstinent à ne pas fonctionner.

Il est dangereux pour la paix en Europe que l’opinion publique se laisse séduire par les sirènes d’une politique énergétique mal conseillée par l’Agence de la transition énergétique (ADEME) incitant à réduire notre parc nucléaire au bénéfice d’une production renouvelable intermittente, dont la dépendance au gaz est un problème connu.

Le gaz, grand gagnant de cette folle transition énergétique fondée sur la base véreuse des énergies renouvelables intermittentes du vent et du soleil, pourrait bien enflammer l’Europe avant les effets du réchauffement climatique…

Pourquoi l’art de la caricature est-il sacré pour les Français ?

Par The Conversation

Par Annie Duprat.
Un article de The Conversation

En 2018, l’enseignement moral et civique est devenu obligatoire dans les classes de collège. On peut lire dans le Bulletin officiel que « l’enseignant exerce sa responsabilité pédagogique dans les choix de mise en œuvre, en les adaptant à ses objectifs et à ses élèves. » Ce que font les professeurs, ce qu’a fait Samuel Paty.

Tandis que se déroule le procès-fleuve des attentats de 2015, dits de Charlie Hebdo  n’était-il pas judicieux de proposer à l’examen une caricature publiée par ce journal, et de se pencher concrètement sur le concept de laïcité ?

Caricatures anticléricales

La caricature antireligieuse, qu’elle soit ironique ou paraisse juste décalée n’est jamais innocente pour des croyants.

Le combat mené en France contre l’église catholique qui culmine avec la loi de 1905 a été très violent. Les caricatures anticléricales du début du XXe siècle ne se privent pas d’associer la figure du prêtre à des corbeaux ou à des cochons, de les montrer en train de peloter matrones ou petits garçons et toutes sortes de situations scabreuses.

Sous le titre « Leurs occupations », la légende de cette caricature anonyme publiée dans le journal La Calotte en 1911 joue aussi sur l’humour : « Qu’est-ce que vous faites, l’abbé ? » « Je fais comme vous, je cherche un sein sur le calendrier ».

Un but polémique

Au sens étymologique, caricare, charger, donne l’italien caricatura, dont les Français tireront à la fois le mot charge et la notion de « portrait-charge » qui a eu tant de succès au XIXe siècle, et le mot caricature, toute figuration à but polémique.

Dans L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1751), la charge est ainsi définie :

C’est la représentation, sur la toile ou le papier, par le moyen des couleurs, d’une personne, d’une action ou plus généralement d’un sujet, dans laquelle la vérité et la ressemblance exactes ne sont altérées que par l’excès du ridicule. L’art consiste à démêler le vice réel ou d’opinion qui était déjà dans quelque partie, et à le porter par l’expression jusqu’à ce point d’exagération où l’on reconnaît encore la chose, et au-delà duquel on ne la reconnaîtrait plus ; alors la charge est la plus forte qu’il soit possible.

On voit bien que selon cette définition, tout l’intérêt de la caricature réside dans l’excès, dans le jeu avec la limite.

Diderot ajoute que « c’est une espèce de libertinage d’imagination qu’il ne faut se permettre tout au plus que par délassement… ». En écrivant cela, le philosophe montre qu’il n’a pas perçu la puissance polémique, voire destructrice, de la caricature qui peut devenir un danger mortel pour l’ordre public.

Au XVIIIe siècle, les monstres du Moyen-Âge et de la Renaissance, les personnages zoomorphisés ou hybrides, les scènes burlesques dites du « monde à l’envers » font la joie des foules. On y voit par exemple le cochon égorgeant le charcutier, l’épouse battant son mari.

Le rejet joyeux de l’ordre public ordinaire s’exprime aussi dans les charivaris des fêtes populaires. Tout ceci est le substrat de la caricature, qu’elle soit politique, sociale ou de mœurs. Elle a donc dès l’origine une fonction cathartique permettant peut-être de sublimer la violence.

Quand les questions évoquées par les caricatures sont complexes, les textes insérés dans l’image (bulles ou phylactères) permettent d’en éclairer le sens, mais alors elles sont moins percutantes car plus difficilement compréhensibles au premier regard. La caricature se doit d’être directe et simple et l’image gagne beaucoup à n’être pas encombrée de signes qui brouillent l’aperçu visuel, dans une vitrine, un journal ou sur une affiche murale.

Le tournant de la Révolution française

La Révolution française voit l’explosion des caricatures. Quand le pape Pie VI condamne la Constitution civile du clergé votée par l’Assemblée nationale constituante au printemps 1791, la réaction de Jacques Bonhomme – figure emblématique du Français « bien de chez nous » – ne se fait pas attendre : il s’essuie le derrière en riant avec le bref du pape, c’est-à-dire un acte administratif rédigé par le pape intimant un ordre à destination des fidèles.

L’image emprunte au registre du « monde à l’envers » par l’inversion des valeurs, le regard à destination du spectateur et le sourire complice, la scatologie appliquée à une question cléricale de la plus haute importance, du point de vue de la papauté du moins.

Pacte de lecture

Il existe un élément essentiel qui ne doit jamais être oublié quand on évoque la caricature : le pacte de lecture entre la caricature – parfois le caricaturiste – et le spectateur.

Car une image, qu’est-ce ? Des lignes, des signes et éventuellement des couleurs agencées sur un support (papier, bois, toile, verre et parfois pierre) afin de produire du sens dans le regard et l’esprit du spectateur. L’objet n’est rien sans un regard extérieur.

Il est donc théoriquement possible que le même document produise une infinité de significations – et de contre-sens, ce qui rend son utilisation pédagogique très délicate.

Le pacte de lecture repose sur une culture et une compréhension communes des deux parties. Ce paysan rigolard qui s’essuie le derrière avec un bref pontifical est dans la transgression la plus absolue, non seulement par ce qu’il dit (le rejet, la moquerie), mais par la situation triviale dépeinte ici.

Mais il appartient aussi au registre de l’humour, car la scatologie, un des thèmes favoris de la comédie de foire, suscite un rire immédiat, souvent avant même que le spectateur n’ait identifié la scène ni les protagonistes.

L’âge d’or de la caricature

En France, sans doute le seul pays à pratiquer et à révérer autant la critique graphique (caricature) ou textuelle (pamphlets, satires, fables) quelques dessins polémiques ont acquis un statut exceptionnel et il suffit de les évoquer par une simple litote – « Ils en ont parlé » – pour comprendre que la conversation renvoie au célébrissime dessin de Caran-d’Ache (de son vrai nom Emmanuel Poiré) publié en 1898 à l’occasion de l’affaire Dreyfus dans le quotidien Le Figaro.

Dessin emblématique de l’affaire, il dit les querelles au sein même des familles. Son auteur était antidreyfusard, mais tout le monde pouvait reconnaître ce déjeuner familial totalement ruiné par les discussions au sujet de « L’Affaire ». Adolescent tombé par terre, chien qui s’enfuit avec une fourchette plantée dans l’arrière-train… l’ambiance est clairement électrique !

Le laconisme de l’image « Un dîner en famille » renforce la puissance du propos puisque seules deux légendes apparaissent : « Surtout, n’en parlons pas » au cartouche supérieur et « Ils en ont parlé » au cartouche inférieur. Elles ne sont pas indispensables pour la compréhension du document, mais servent à le référencer aisément lors d’une conversation ou d’une évocation à l’écrit s’il n’y a pas d’illustration.

Le fameux dessin de Caran d’Ache au sujet de l’affaire Dreyfus.
Wikipedia

Caricature et satire se sont développées grâce à l’existence d’un espace public démocratique. La liberté d’expression qui le caractérise permet de voir éclore de nouvelles modalités de contestation des puissants, des façons de penser ou des mœurs. On parle « d’âge d’or de la caricature » pour les années entre 1830 (fondation de La Caricature journal par Philipon) et au moment de l’affaire Dreyfus, de 1890 à 1900.

Siècle du triomphe de la bourgeoisie, le XIXe est également celui des révolutions, de la lutte des classes et des peuples. La loi de 1881 sur la liberté de la presse protège longtemps les dessinateurs jusqu’au moment où, après la Seconde Guerre mondiale, ayant pris conscience du danger des attaques ad hominem, la jurisprudence introduira la protection des individus et le droit à l’image. L’irruption d’Internet change la donne en permettant à tous de voir ce qui se publie sous d’autres cieux. Il y a un véritable choc des cultures pour cette bande de joyeux drilles qui dessinaient pour Charlie Hebdo. Le dessinateur Luz l’avait très bien expliqué en 2006, après l’affaire des caricatures danoises et l’incendie de Charlie Hebdo.

La culture commune qui permettait de préserver ce pacte de lecture est aujourd’hui en grand danger. Il s’agit donc de réfléchir aux moyens de la refonder, afin de préserver l’esprit frondeur et le sens critique qui font la richesse d’une société démocratique, au-delà des différences d’origines et de convictions religieuses de ceux qui la composent.

Annie Duprat, Historienne, CY Cergy Paris Université

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

Taxes sur les GAFA : Bruno Le Maire récidive

Par Philippe Lacoude
l'économie testés positifs

Par Philippe Lacoude.

Toutes les fois qu’il découvre les dernières déclarations de Bruno Le Maire, l’homme qui se prend pour un ministre des Finances, l’économiste libéral moyen finit à la fois effrayé et consterné.

Des trous béants

Non content de présenter un budget 2021 « périlleux et fallacieux » – pour reprendre les mots forts justes de Jean-Philippe Delsol dans ces pages ce lundi – Mr Le Maire pense maintenant qu’il pourra combler les trous béants de tous ses budgets – général, territorial, Sécu, organismes publics – par des purs artifices comptables et fiscaux.

Il faut dire que la dette publique bondit : déjà proche de 100 % du PIB en 2019, elle passera à environ 120 % en 2020 pour se stabiliser à 116,2 % en 2021 si la prévision de croissance (loufoque) de 8 % se réalise !

Pour mémoire, l’OCDE estime que la croissance française sera de 5,8 % en 2021 (et je trouve déjà ce chiffre rigolo sachant que la France fait en ce moment partie des lanternes rouges de la croissance).

Ces chiffres complètement extravagants sont dus à l’explosion de la dépense publique en cette période d’open bar qui s’est traduite par 199 milliards de dette nouvelle au seul second trimestre de 2020 !

Cette année, l’État dépensera environ 62,8 % de la production nationale.

Ce chiffre est presque exactement égal à la part de l’État en URSS sous le regretté démocrate ukrainien Léonid Ilitch Brejnev.

Au moins, sous son règne sanguinaire, le pays était le leader mondial de la fabrication de « tracteurs à tourelles ». Que fabrique aujourd’hui l’État de la « stareteupe naichieune » avec ses 62,8 % ?!?

Personne ne le sait et elle n’a même pas de KGB.

Les dépenses augmentent considérablement et sont financées à crédit.

Des taxes nouvelles

Comme il n’est pas question de faire des économies – au total 157 emplois publics seront supprimés en 2021 ! – il va bien falloir trouver des sous et, comme disent les communistes depuis des décennies, « les sous, on les prendra où y’en a », c’est-à-dire, comme prévu, dans vos poches !

Alors, bien sûr, tout sera fait pour faire « payer les autres » car, comme disait Frédéric Bastiat, « l’État, c’est la grande fiction par laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde ».

Après le pic de la pandémie de mars-avril, assorti du blocage administratif complet du pays, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire avait dit, le 15 juin :

Je ne suis pas favorable, ni à des augmentations d’impôts, ni à des créations de nouveaux impôts, ni à des créations de nouvelles taxes.

Mais voilà, 200 milliards de dettes supplémentaires plus tard et avec une baisse prévisionnelle absolument caricaturale de 157 fonctionnaires en 2021, il va bien falloir taxer à tout-va.

Alors, il nous propose de commencer par les géants de la tech, Amazon, Google, Microsoft, Apple, Facebook, Twitter, etc.

Le 18 octobre, ce haut dignitaire a en effet déclaré :

Nous avions suspendu la perception de la taxe le temps que la négociation [avec] l’OCDE aboutisse. Cette négociation a échoué, nous percevrons donc une taxe sur les géants du digital en décembre prochain.

Incidence fiscale

Il y a une bonne raison pour laquelle la « négociation » avec l’OCDE a échoué. La France est à peu près le seul pays « développé » au monde à vouloir cette taxe qui est un moyen de torpiller son économie.

Ces entreprises sont déjà taxées via la TVA – considérable en France – et une taxe supplémentaire sur leur chiffre d’affaires français serait de toute façon payée par les consommateurs français.

De toute façon, en France, les taxes n’entrent jamais comme prévu dans les caisses du Trésor public et, comme les autres prodiges fiscaux récents, on peut déjà prédire que ce stratagème produira des recettes dérisoires et des effets de bords substantiels.

Comme je l’ai expliqué à plusieurs reprises dans ces pages (ici et ), les entreprises ne paient pas d’impôt. Seuls les individus paient des impôts.

Comme l’explique Pascal Salin, les « impôts sur les sociétés » sont répartis par les processus de marché entre les divers acteurs de la vie des entreprises : les clients, les fournisseurs, les employés, les gestionnaires, les administrateurs et les actionnaires dans des proportions qui sont absolument impossibles à déterminer avec précision.

Je peux donc prédire avec certitude qu’Amazon, Google, Microsoft, Apple, Facebook, Twitter ou Netflix ne paieront jamais d’impôts en France. Seuls les employés, les gestionnaires, les actionnaires mais, surtout les clients de ces compagnies s’acquitteront de l’impôt.

La dernière fois que les fricophages de Bercy ont essayé de faire payer Bezos, Amazon a tout simplement répercuté la hausse de la fiscalité sur ses affiliés.

C’est bien évidemment la raison précise pour laquelle l’énarque dont l’« intelligence est un obstacle (sic !) » a choisi de faire « payer ces riches » : il opère une « grande fiction » à la Bastiat qui causera tort au consommateur français sans qu’il ne s’en rende compte.

L’incidence fiscale est pratiquement intraçable pour le spécialiste des finances publiques et ne risque donc pas d’être élucidée par Mme Michu quand elle achète un panier pour son chat sur Amazon.fr !

Un problème français

À part l’Espagne et l’Italie, deux autres pays au bord du gouffre de la dette, toujours prêts à se suicider fiscalement, la France est le seul pays à pousser cette mesure.

Pourquoi ?

Eh bien, simplement parce que la France a le pire taux d’imposition sur les sociétés de toute l’OCDE. Les entreprises internationales font donc tout pour localiser la plus grande partie de leurs activités en dehors de ses frontières.

Fait intéressant, les États-Unis étaient l’autre pays pourri de la taxation des entreprises mais la réforme Trump de 2018 y a mis fin – le taux d’imposition des sociétés est passé de 35 % à 21 % – et les entreprises américaines préfèrent maintenant payer les taux (plus faibles) américains que les taux (records) français.

La soluce est fort simple. Baisser drastiquement l’impôt sur les sociétés !

Ce qu’a fait l’horrible, volubile et incompétent président américain pourrait être fait par le phare du monde qu’est le président Jupiter s’il n’était pas si pressé de rejoindre la Grèce.

Mais évidemment, effet Laffer oblige, Bercy ne veut pas risquer une hausse des recettes fiscales en baissant l’impôt sur les sociétés !

Que risqueraient alors de demander les individus, eux aussi matraqués fiscalement ?

On commence par une baisse fiscale, tout va un peu mieux, les gueux en demandent une autre, puis une autre, encore une autre et, politiquement, le pouvoir passe d’un Reagan à une Thatcher pour finir à la Lee Kuan Yew. On met le doigt dans ce genre d’engrenage et, mine de rien, un jour, les TGV arrivent à l’heure !

Un tel système ne laisserait aucune place à des cancres de l’économie complètement bornés et terrorisés par les syndicats marxistes de la ponction publique.

Non, vraiment, il faut tout faire pour taxer Amazon, Google, Microsoft, Apple, Facebook, Twitter et Netflix sur leurs chiffres d’affaires.

Après tout la France ne peut pas risquer de se faire distancer par les Belges en matière de fiscalité ubuesque.

Maurice Lauré

Il n’en a pas toujours été ainsi. Il fut un temps où les ministres et les hauts fonctionnaires étaient ingénieux en fiscalité et il convient d’ailleurs de souligner l’apport de Maurice Lauré en matière de fiscalité sur le chiffre d’affaires.

Après l’École polytechnique en 1936, Maurice Lauré était entré dans le corps des ingénieurs des postes, télégraphes et télécommunications. Il étudie le droit et obtient un doctorat.

Après la guerre, il entre alors à l’Inspection des finances, entamant une carrière administrative au sein du ministère. En 1952, il est nommé directeur adjoint de la (nouvelle) direction générale des impôts (DGI).

En 1954, il propose et théorise un impôt indirect sur la production, la taxe sur la valeur ajoutée, la fameuse TVA, dont il est généralement considéré comme l’inventeur.

Je précise que c’est un impôt sur la production car, comme l’explique fort bien Maurice Lauré dans la Science fiscale (pages 226 et suivantes), ce nouvel impôt s’applique en fait à l’ensemble de la production du pays en remplacement des innombrables impôts sur la production et d’impôts sur le chiffre d’affaires qui l’avait précédé.

La raison de ce changement profond et radical avait précisément pour but d’éliminer les impôts sur le chiffre d’affaires qui ont des effets économiques délétères.

Indubitablement, Maurice Lauré n’est pas un libéral, surtout en matière de fiscalité, et son « invention » a permis l’explosion de l’État-providence un peu partout en Occident, sans pour autant que je puisse dire avec certitude à la lecture de ses travaux ce qu’il en pensait vraiment.

Mais, ceci dit, il avait compris la nécessité de tourner la page de la fiscalité insensée de l’impôt sur le chiffre d’affaires.

Il n’avait jamais imaginé d’empiler la TVA et un impôt sur le chiffre d’affaires.

Ne vivant plus en France, je n’ai aucune idée de ce que les conseillers de l’apprenti ministre de l’Économie lui soufflent à l’oreille mais s’ils recommandaient de taxer les entreprises étrangères de la haute technologie sur leurs chiffres d’affaires, il faudrait croire que la DGI aurait sombré bien bas depuis les temps où Maurice Lauré la dirigeait…

Égalité devant la loi ?

Non seulement, c’est économiquement saugrenu – car on finit par payer des impôts dont l’assiette est constituée d’autres impôts, un générateur de graves distorsions des prix relatifs – mais, en plus, c’est une forme de taxation qui vise un groupe d’individus particuliers – ce que la Constitution américaine nomme un bill of attainder, littéralement une loi qui vise à atteindre une cible particulière – au mépris le plus profond de l’égalité devant la loi (fiscale).

Un produit des édits royaux et de l’absolutisme, nous aurions espéré que les lois ex post facto et/ou particulières – ici visant strictement des entreprises américaines à très forte valeur ajoutée – soient lettre morte au XXIe siècle.

Ce n’est vraiment pas la peine d’avoir une intelligence si colossale qu’elle en est un « obstacle » si c’est pour proposer de pareilles énormités économiques et juridiques d’un autre âge.

Vraiment ! Qu’apprend-on à l’ENA ?

Probablement pas grand-chose.

Le plan MBX pour tous

Et surement pas à élaborer une fiscalité juste dans le cadre de finances publiques équilibrées.

Après tout, à lui seul, le volet « plan vélo » du projet de loi de finances 2021, inspiré sans nul doute par le « grand bond en roulant » de Mao Tsé-toung, dépasse d’un facteur cinq (!) les économies qui seront réalisées avec le départ – purement hypothétique, rassurez-vous ! – de 157 ponctionnaires de l’État.

Bruno, la morale, le droit, la fiscalité, ou l’arithmétique de base, ce ne sont pas ses trucs.

Lui, il brille par l’obstaclitude de son intelligence…

Heureusement. Sinon, le budget 2021, qu’est-ce que ça serait !

Bureaucratie contre terrorisme : le match perdu d’avance

Par Claude Robert

Par Claude Robert.

En France, le déni de la classe politico-médiatique est tel qu’évoquer la montée de l’insécurité a toujours soulevé les qualificatifs les plus méprisants du moment. Avec l’évidente multiplication des actes, parmi lesquels la récente et abjecte décapitation d’un professeur, ce problème d’insécurité est à présent bien plus qu’encombrant. Mais comment, chez notre élite administrative qui n’a qu’une vision très distanciée, la collision avec le réel pourrait-elle provoquer un choc opérationnel ?

Ce choc n’aura vraisemblablement pas lieu. Pour deux raisons aussi dramatiques l’une que l’autre :

  • la capacité de déni de notre caste au pouvoir atteint des sommets vertigineux, des sommets à la hauteur desquels l’idéologie remplace l’objectivité, la rhétorique et les symboles remplacent l’action ;
  • le profil même des membres de cette caste, tous issus d’une sélection et d’une cooptation dangereusement endogames, constitue le rempart le plus solide contre toute prise de conscience salutaire.

L’élite politique française, ou la fuite dans la dialectique

Ces quelques postures choisies parmi tant d’autres en disent tellement long :

-au lendemain de l’attentat de Trèbes, le président Emmanuel Macron s’affiche dans les salons de l’Elysée en compagnie de l’Imam du Danemark ;

-à peine élu ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti visite les prisons pour s’assurer des bonnes conditions de détention de nos prisonniers ;

-très récemment, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin évoque dans une interview la menace des suprémacistes blancs.

En toute logique, le comportement de Macron, Dupont-Moretti et Darmanin devrait s’interpréter de cette façon :

-les minorités musulmanes sont victimes de violences de la part de la population française historique et il est donc important de montrer un exemple d’ouverture et de tolérance ;

-la France maltraite ses prisonniers, voire remplit ses prisons de façon abusive, pour un oui pour un non, il est donc urgent de mettre fin à ces injustices ;

-en France, deux camps s’affrontent avec une égale violence : les suprématistes blancs et les islamistes, il ne s’agit surtout pas d’en punir un plus que l’autre.

 

Or, dans le premier cas, les auteurs du carnage n’étaient pas du tout des chrétiens. Dans le second, à force de ne pas vouloir stigmatiser certaines minorités et par manque de moyens, la France semble n’enfermer des détenus que lorsqu’elle ne peut vraiment pas faire autrement.

Enfin, dans le troisième, il n’y a aucune menace émergente de ce type-là, si ce n’est dans l’imagination d’un ministre qui, pour des raisons idéologico-politiques, ne veut surtout pas chatouiller la susceptibilité d’une communauté qu’il ne faut pas nommer.

Plus tard, les livres d’histoire feront certainement beaucoup rire (ou pleurer) sur cette actuelle propension à ne pas vouloir regarder la réalité en face, et à lui affubler des qualificatifs les plus fantasques afin d’en dissimuler les aspérités.

N’est-il pas incroyable en effet que dans son discours sur le projet de loi contre ce qu’il qualifie de « séparatisme islamique », début octobre, le président n’ait même pas prononcé une seule fois le mot « immigration » ?

Quant à cette appellation de « séparatisme », n’est-ce pas du camouflage pur et dur ? Ce que le Larousse définit comme une « tendance à sortir d’un ensemble national et à former une entité politique distincte de l’État d’origine » n’a en effet rien à voir avec les tentatives d’imposer la loi religieuse et la terreur en remplacement de la loi de la république.

Quelle est donc la nature des motivations du gouvernement ? Ménager l’électorat musulman ? Dissoudre les ferments de la nation française au sein d’un ensemble multiculturel chaotique ? En découdre avec les traditions chrétiennes bourgeoises qui faisaient l’art de vivre du pays ?

On ne saura sans doute jamais. Une chose est sûre cependant : à l’instar de ses prédécesseurs, mais avec un bien meilleur talent de magicien du verbe, Macron n’a pas vraiment fait la démonstration d’un immense pragmatisme face à la montée de l’insécurité. Ce sont encore et toujours les postures idéologiques qui prévalent.

Et à chaque nouveau coup de boutoir d’un réel toujours plus désagréable, car nous sommes pris dans un processus d’escalade, la classe politico-médiatique nous gratifie d’un déferlement toujours plus exubérant de symboles : hommages posthumes, funérailles nationales, éloges enflammés, minutes de silence, cérémonies de commémoration, décorations et honneurs rétroactifs exceptionnels… Faut-il pourtant le rappeler : rien ne permet de ressusciter les victimes. Lorsque le crime a été commis, il est tout simplement trop tard.

L’élite politico-médiatique française, ou la toxique endogamie

Il y a déjà plus de 40 ans, Michel Crozier, sociologue des organisations, fustigeait ce qu’il appelait « la sélection de l’élite française ». Lui-même ancien juré de l’ENA, il avait déclaré : « je n’ai jamais rencontré des étudiants aussi fermés intellectuellement » et militait pour sa « fermeture immédiate ». Cela se passait à la fin des années 70 !

Depuis, l’école existe toujours. Elle administre avec luxe, calme et volupté le puissant déclin industriel du pays, ce pays qui a perdu la moitié de son industrie en à peine plus de 20 ans, ce pays qui est passé de la 5ème à la 25ème place mondiale en matière de richesse per capita. Non seulement rien a changé depuis les propos de Michel Crozier, mais le premier président à s’être engagé à mettre un terme à cette école aux résultats funestes ne cesse de s’entourer de ses diplômés. L’un chasse l’autre, notamment chez ses premiers ministres successifs.

L’inclination pour l’administration est telle que Macron se targue de vouloir réformer la « sélection de la haute fonction publique ». Ainsi, devons-nous comprendre que le pilotage du pays doit rester l’apanage du fonctionnaire.

Il n’est même pas venu à l’idée du président d’imaginer une absence de filière, ce qui permettrait pourtant d’assurer une totale diversité des profils… Et avec un peu de chance, la possibilité de recruter des personnalités de la société civile, sur la base de leur réussite en entreprise, meilleur gage d’une quelconque efficacité !

Quasi courtelinesque, ce déterminisme administratif est hélas profondément enraciné dans les mentalités du pouvoir. L’actuel ministre de l’économie n’avait-il pas lui aussi évoqué la fermeture de l’ENA pour… la remplacer par une autre école ? N’ayant jamais connu rien d’autre, la caste qui dirige le pays ne peut envisager que ce fameux canal historique unique d’accession au pouvoir.

Ce canal permettant à n’importe quel diplômé en administration de se retrouver très rapidement au sommet de l’Etat sans jamais avoir été confronté au management des hommes, à la concurrence internationale, aux problématiques de Recherche & Développement, de disparités de coûts de main d’œuvre, de conflits sociaux et culturels au sein d’une même organisation…

Il ne faudrait tout de même pas oublier qu’aujourd’hui, l’activité principale de la planète consiste en une espèce de guerre économique dans laquelle la course à l’enrichissement est le sport favori de la quasi-totalité des nations, entreprises et individus. Comment, dans cette course pourtant débridée, un pays dirigé par des profils administratifs comme la France pourrait-il s’en sortir ? La trajectoire qui est la nôtre depuis 40 ans nous en fournit la réponse indiscutable.

Alors, maintenant qu’une guerre terroriste à composante religieuse fait également rage sur notre territoire, comment ces mêmes profils administratifs, qui n’ont d’ailleurs rien voulu voir arriver, trouveraient-ils tout d’un coup la solution ?

Sur le web

Extinction rebellion ou l’écologie sur la pente glissante de la délinquance

Par Michel Gay

Par Michel Gay.

Des militants écologistes d’Extinction Rebellion ont utilisé des méthodes de délinquants en dégonflant les pneus de 220 voitures à Bordeaux pour dénoncer la pollution de ces véhicules et dissuader par l’intimidation les Français de rouler en SUV (véhicules utilitaires sport).

Quelle sera la prochaine étape ? Décapiter les propriétaires des voitures thermiques  roulant au pétrole ?

Des pneus dégonflés. Et après ?

Une écologie politique dogmatique abuse les Français en voulant leur faire croire qu’ils pourront vivre de vent et de soleil. Mais sa volonté impérieuse d’imposer rapidement des règles contraignantes et de formater la pensée pour atteindre le nirvana écologique rêvé se heurte aux réalités physiques, économiques et humaines.

Ignorant délibérément la relation étroite entre l’énergie et les progrès sociaux-économiques, certains écologistes catastrophistes préconisent un retour à la pauvreté et à la misère sociale par la culpabilisation et par… la force.

Leur credo repose sur la décroissance qui passe par la réduction de la consommation d’énergie. Leur idéal obscurantiste vise à l’organisation autoritaire de privations et de contraintes sévères touchant l’habitat, les transports et au final les libertés individuelles.

Abusée par une propagande écologiste qui les berce d’illusions, ces militants vivent dans le déni des réalités physiques. Leur discours catastrophiste est un étalage d’accusations gratuites et de lamentations.

Ces activistes écologistes d’Extinction-Rebellion, de Greenpeace ou des Amis de la Terre, rêvent d’enrôler la jeunesse (lycéens et étudiants) dans leur combat, notamment à partir de « l’exemple » de Greta Thunberg en brandissant des pancartes sur la menace du capitalisme pour la santé de la planète !

Cet endoctrinement, qui rappelle d’effroyables souvenirs avec l’embrigadement des jeunesses hitlériennes, est inquiétant. Ce travail d’influence insidieux a pour objectif de culpabiliser les adultes « irresponsables ».

Il reste à souhaiter que la raison revienne vite car ces questions environnementales sont suffisamment sérieuses pour éviter de les polluer avec des peurs irrationnelles.

« Le pire ennemi de la vérité n’est pas le mensonge, ce sont les croyances ». (Friedrich Nietzsche)

Une politique écologiste suicidaire ?

Ces « chevaliers blancs » autoproclamés « sauveurs de la planète » pourraient conduire le Parlement à adopter une politique énergétique suicidaire pour notre pays sous la pression physique et l’intimidation d’une partie endoctrinée de la population.

Ainsi, à l’heure où la compétitivité de la France est devenue vitale dans une économie mondialisée, il reste à espérer que les élus de la nation dépasseront les clivages politiques et les considérations partisanes « déclinistes » pour orienter l’avenir des Français vers la richesse et leur éviter un effondrement social.

Ne pas le faire serait pire qu’une erreur, ce serait une faute devant les générations futures.

Un nouvel obscurantisme vert

Une nouvelle forme pernicieuse d’obscurantisme vert s’insinue dans les esprits au nom d’une valeur supérieure qui serait la Nature ou Gaïa. Dans ce monde idéalisé, les mensonges et la propagande submergent les arguments techniques et économiques. Ces méthodes s’inspirent d’idéologies despotiques aux couleurs variées (brune, noire, rouge,..) recyclées aujourd’hui dans la couleur verte.

Cette écologie coercitive masque ses intentions à la fois sous des concepts séduisants et lénifiants (le monde vivra d’amour et d’eau fraîche), et en brandissant des épouvantails diabolisant les transports (avions, voitures…), l’industrie, les insecticides…

En s’appuyant sur des dogmes partisans, ces apprentis sorciers dénués de toute compétence technique tentent d’influencer les lois dans des domaines industriels et économiques sans seulement entrevoir les graves conséquences sur le niveau de vie, le confort et la sécurité des Français.

Via les grands médias, ces nouveaux gourous verts abreuvent les Français, y compris des enfants, d’arguments séduisants mais faux comme : « la croissance et l’emploi en France vont revenir en développant les énergies renouvelables ».

Mais, c’est le contraire qui se produit et se produira.

Lorsqu’un bateleur médiatique (élu ou non) se pose en défenseur de la planète au nom de l’écologie, il est persuadé de se trouver du côté des bons et des gentils. Tout ce qu’il promet va dans le sens d’une humanité plus solidaire, propre, autonome, responsable et juste. Les vérités premières qu’il assène deviennent une évidence. Ne pas les suivre relèverait de l’imbécilité et de l’égoïsme.

Cette caste d’activistes et « d’experts », parfois autoproclamés, justifie doctement cet assassinat de la pensée rationnelle au nom de l’écologie en érigeant leurs certitudes en dogme « irréfutable » et en s’arrogeant le droit de définir le Bien et le Mal.

Écologie et religion

Des écologistes et des religieux empruntent parfois des chemins parallèles, avec les mêmes discours, en utilisant de plus en plus des méthodes violentes pour faire triompher leurs causes.

L’écologie et la spiritualité, porteuses du meilleur et du pire s’occupent respectivement de la protection de la nature et de l’âme. Ces deux forces remettent en cause la démocratie qui laisse le dernier mot aux Hommes au lieu de privilégier des valeurs naturelles et spirituelles considérées comme supérieures aux lois humaines. Elles s’opposent au choix des démocraties de privilégier la liberté individuelle.

S’il existe une possibilité de détruire le Mal (aujourd’hui les voitures), alors seuls les détenteurs du Bien (les militants d’Extinction-Rebellion à Bordeaux) peuvent agir pour sauver la planète et l’humanité. Il faudrait être fou ou pervers pour s’y opposer.

Pour ces militants écologistes, sauver la planète et l’humanité implique la suppression de… la liberté ! La violence et les prophètes sont communs entre l’écologie et les religions. Le discours écologiste s’est approprié le Bien et le Mal de telle sorte qu’après le marxisme une nouvelle idéologie apparaît : l’écologisme, détentrice du Bien.

Dorénavant, des juges condamnent même des États au nom du climat, comme hier d’autres l’ont fait au nom de Dieu, du prolétariat ou de la race.

L’émergence des dérives sectaires et violentes (véganisme, antispécisme, attaque de centrales nucléaires…) n’est pas due au hasard.

Si les démocraties n’y prennent pas garde, elles pourraient être balayées par ces nouvelles forces qui conduiront à de nouveaux totalitarismes après bien des désastres.

Ces rapprochements idéologiques aux relents nauséabonds peuvent se targuer de beaux succès catastrophiques dans l’Histoire du monde. Les chemises brunes, noires, les foulards rouges, verts, et autres cols Mao sont autant de signes extérieurs de tyrannies ayant réussi brillamment, avant d’imploser devant les réalités économiques et physiques.

Une dictature verte en gestation ?

Les assassins de la liberté ont besoin de formulations creuses et grandiloquentes (« il faut sauver la planète ») qui émeuvent et rassemblent sous la bannière d’une écologie sympathique. Le pouvoir dictatorial s’impose ensuite par le mensonge et l’abêtissement de la population dont les réfractaires « pollueurs » (aujourd’hui des propriétaires de voitures) sont désignés à la vindicte médiatique et populaire.

Quelques siècles de pratique de ces méthodes détestables ne permettent pas toujours de discerner ces agissements pernicieux qui contrôlent la pensée. Ils ont l’apparence d’un déroulement logique et rationnel, alors qu’ils ne sont constitués que de syllogismes et de juxtapositions d’idées fausses martelées systématiquement.

Généralement, le peuple berné par la duplicité de ces manœuvres s’en aperçoit trop tard.

Les Européens goberont-ils encore longtemps les mensonges de ces « maîtres en écologie » qui sévissent maintenant au plus haut niveau pour établir les lois ?

Pour le moment, l’écologie politique s’appuie sur des médias complaisants pour faire croire à sa légitimité. Mais son inconsistance se dévoilera un jour dans le monde réel. Sa volonté tyrannique se consumera alors sur le bûcher des réalités. Mais quand ?

Lorsque les supercheries se révèleront, il sera bien tard et le mal sera fait, et probablement pour longtemps.

Alors, assis sur un monde en ruines, une jeunesse soucieuse regardera à terre les folles illusions d’un monde effondré, car reposant sur du vent et du soleil, en se demandant benoîtement : « comment avons-nous pu en arriver là ? »

Le retour de l’obscurantisme

À l’opposé du siècle des Lumières et de son culte de la technique et du progrès, le XXIe siècle naissant affiche désormais sa défiance de la technique et scrute, derrière chacune de ses avancées, ses inconvénients pour la planète.

Au nom du dieu Nature, ce siècle marque le retour de la culpabilité de l’Homme, néfaste par essence à son environnement. Sa nécessaire contrition est liée au mythe d’une future apocalypse dont il serait responsable.

L’écologie politique brandit à la fois le spectre de la fin du monde et les délices d’un paradis perdu en  manipulant les peurs.

La véritable écologie, c’est-à-dire la protection de l’environnement et l’arrêt du gaspillage des ressources, est une science qui fait appel à la technique, l’industrie, l’économie, ainsi qu’à la recherche.

Mais la politisation de l’écologie, qui fait de la protection de la planète un projet prioritaire de société, doit être redoutée.

L’écologie politique ne doit pas être un fondement des relations sociales car les écologistes ne cherchent pas à résoudre les problèmes humains, sociaux ou économiques. Ils veulent avant tout créer une icône supérieure à l’Homme : la planète. Cette idole sacrée déciderait au-dessus de toute autorité humaine du bien et du mal.

Il ne s’agit donc plus d’un projet républicain mais d’une idéologie religieuse fondée sur un arbitraire, au nom de la sainte quête du développement éco-durable où les véritables scientifiques sont mis au pilori comme falsificateurs aux ordres des industriels.

La défiance du progrès

L’écologie moderne se méfie de la civilisation et de l’industrie. Elle préfère un repli sur elle-même dans lequel l’auto consommation, le retour à la nature primitive et la frugalité deviennent des buts.

Ceux qui s’imaginent encore que l’écologie permettra d’aller vers un monde meilleur sont les dupes de l’histoire. Cette idéologie s’organise pour imposer une réduction du niveau de vie de l’humanité par la contrainte.

Le principal facteur de développement social et de compétitivité de toute économie est le caractère bon marché de l’énergie, et en particulier de l’électricité.

Aujourd’hui, l’écologie politique recherche le pouvoir pour faire de bonnes affaires financières. Elle veut obtenir le soutien financier des États et des… industriels honnis, c’est-à-dire de tous les contribuables et consommateurs, ces vilains pollueurs.

Dans cette optique, elle a besoin d’un système autoritaire qui lui permettra d’imposer sa vision pour, selon elle, le bien de la planète.

Des méthodes sournoises

Les écologistes politiques utilisent des méthodes sournoises aux relents dictatoriaux pour s’imposer au peuple récalcitrant. Pour imprégner les esprits, ils déploient une propagande médiatique tous azimuts afin de radicaliser, fanatiser, discréditer, jeter l’anathème, supprimer et interdire, toujours et encore au nom de la planète.

En poussant le raisonnement jusqu’au bout, le meilleur moyen de diminuer l’empreinte écologique de l’homme sur Terre est de l’exterminer pour le transformer en humus qui nourrira la Nature.

Finalement, se suicider serait bon pour la planète. Un bon humain serait donc un humain mort.

Attention… l’écologie politique est dangereuse pour la démocratie et la liberté !

Ainsi, sous sa vision écologique « ambitieuse » et idéaliste, le gentil Nicolas Hulot, comme dans la chanson de Jacques Dutronc, « a l’air sympa et attirant, mais, mais, mais… faites attention », c’est un idéologue dangereux !

 

Le soulèvement biélorusse : au nom de la Constitution

Par The Conversation

Par Hugo Flavier.
Un article de The Conversation

D’hier ou d’aujourd’hui, victorieuses, flamboyantes ou désastreuses, les révoltes, les insurrections, les révolutions, qu’elles soient violentes ou pacifiques, revêtent toujours une part de mystère. L’imprévisibilité tant de leur déclenchement que de leur issue constitue probablement l’une des raisons de ce mystère. Le soulèvement biélorusse qui a cours depuis le 9 août 2020 n’échappe pas à ce constat général.

Le jour de l’annonce de la victoire d’Alexandre Loukachenko à l’élection présidentielle du 9 août, officiellement avec plus de 80 % des voix – un scrutin marqué par des fraudes massives – les Biélorusses ont commencé à protester et à se soulever avec une énergie inattendue. La réélection du président sortant est apparue d’autant plus usurpée que la participation fut assez exceptionnelle. Face à lui, sa principale concurrente, Svetlana Tikhanovskaïa, avait en effet su organiser des meetings de campagne impressionnants pour un peuple qu’on avait l’habitude de considérer comme dépolitisé.

Ce sont surtout les répressions consécutives à ces manifestations qui ont conduit à des mouvements de protestation d’une ampleur jusqu’à présent inimaginable. La volonté de punir et de susciter la crainte ne faisait guère de doute, mais ce fut l’effet inverse qui se produisit. Si le pouvoir a pris conscience de cette erreur stratégique et a singulièrement réduit, aujourd’hui, l’intensité de la violence, cette première semaine noire aura grandement contribué à renforcer la mobilisation du peuple biélorusse.

La chronologie des événements ayant été déjà présentée ici et , on se limitera à s’interroger sur le sens de ce soulèvement du point de vue du droit constitutionnel et du droit politique, quelle qu’en soit l’issue. Deux observations seront faites.

D’une part, ce soulèvement semble pouvoir être qualifié de moment constituant dans la mesure où, visiblement, le peuple biélorusse a décidé de faire nation.

D’autre part, et il s’agit là de l’une des spécificités de ce mouvement, les revendications paraissent ne pas porter tant sur un changement de Constitution que sur l’effectivité de la Constitution existante. Si révolution il y a, elle serait peut-être celle de l’effectivité.

Constitution et moment constituant

Les mouvements de contestation, les insurrections, les révolutions, quelles que soient les qualifications retenues, peuvent parfois s’avérer fondateurs et engendrer d’importantes conséquences constitutionnelles, qu’il s’agisse de la norme elle-même ou des pratiques politiques.

L’un des préalables indispensables à la formation d’une nouvelle Constitution par le pouvoir constituant originaire est sans doute l’émergence d’une conscience nationale. Sans qu’il soit nécessaire de s’interroger sur les liens qui unissent la nation et le nationalisme, on se cantonnera à dire que la conscience de soi en tant que peuple politique est une condition indispensable à l’édification d’un État souverain. Cette conscience de soi, en Biélorussie, s’est exprimée, dans l’histoire récente, au moment de la déclaration sur la souveraineté d’État du 27 juillet 1990.

Il était précisé dans son préambule que :

Le Soviet suprême de la République de Biélorussie […] conscient de sa responsabilité pour le destin de la nation biélorusse, proclame solennellement […] la souveraineté étatique complète de la République de Biélorussie.

L’article 1er, paragraphe 2, ajoutait que « la République de Biélorussie sauvegarde et défend l’identité étatique et nationale du peuple biélorusse ». La Constitution du 15 mars 1994 institutionnalise et formalise cette construction politique et nationale. Dorénavant, c’est « nous, le peuple de la République de Biélorussie » qui proclame sa constitution en se fondant sur « son droit inaliénable à l’autodétermination » et sur l’« histoire séculaire du développement de l’identité étatique biélorusse ».

La politique menée par Alexandre Loukachenko depuis son arrivée au pouvoir en 1994 a eu un effet paradoxal. Tout en promouvant l’identité nationale biélorusse en rendant, par exemple, l’apprentissage de la langue biélorusse obligatoire à l’école – mais sans remettre en cause la place prépondérante de la langue russe –, il a essayé de trouver une voie médiane entre sa volonté de préserver l’héritage soviétique et les demandes nationales et nationalistes d’une partie de la population.

Dans le même temps, le régime politique autoritaire qu’il a mis en place limitait de manière drastique les formes d’expression politique, y compris nationalistes, sauf à de rares exceptions. La diffusion d’une conscience nationale s’est donc progressivement réalisée sans que celle-ci n’ait les moyens de se concrétiser politiquement.

Depuis le mois d’août 2020, on assiste ainsi à une explosion politique qu’il était difficile de prévoir. Les manifestations qui ont cours aujourd’hui sont l’expression d’un peuple condamné à l’inexistence politique en raison des falsifications électorales et qui, de ce fait, se reconstitue par la voie du réel et des protestations de masse.

Ce soulèvement est probablement un moment politiquement constituant dont il n’est pas certain qu’il aboutisse à une nouvelle Constitution entendue comme l’expression du pouvoir constituant originaire et non une simple révision de la constitution. Dès lors qu’Alexandre Loukachenko se maintient par la force et qu’il bénéficie encore de la loyauté des forces de sécurité, il est peu probable qu’il quitte le pouvoir sous la seule pression de la rue.

Il n’en demeure pas moins que, pour l’histoire, l’année 2020 restera un moment constituant national quand bien même celui-ci n’aboutirait à aucun changement constitutionnel formel immédiat ni même à un changement radical des pratiques politiques des dirigeants actuels.

Constitution et effectivité constitutionnelle

Au cours des périodes contestataires, il est toujours périlleux de s’aventurer à des pronostics avec certitude. S’agissant de la situation en Biélorussie, il est cependant possible d’analyser le discours politique des principaux acteurs de cette crise et, en s’appuyant sur ceux-ci, d’en inférer ce qu’il pourrait advenir si jamais le pouvoir devait changer de main, ce qui est toutefois, pensons-nous, assez peu probable.

Les prises de position de Svetlana Tikhanovskaïa et de ses proches réunis au sein du Conseil de coordination nous donnent quelques éléments de réponse du point de vue de leur rapport à la loi et à la Constitution.

On rappellera que l’une des principales promesses de Svetlana Tikhanovskaïa consistait à, une fois élue, ne (presque) rien faire d’autre que d’organiser une nouvelle élection présidentielle honnête et transparente, et donc d’insuffler une réelle concurrence électorale dans le cadre juridique préexistant.

Si l’on peut parler de révolution prônée par l’équipe de Tikhanovskaïa, celle-ci aurait été une révolution juridique visant à instaurer un ordre politique démocratique et à rendre effectifs les principaux préceptes du libéralisme politique contemporain.

L’actuelle Constitution biélorusse ne prévoit-elle pas, en effet, que « le peuple est la source unique du pouvoir » (art. 3) que la démocratie, en Biélorussie, repose « sur la diversité des institutions politiques, des idéologies et des opinions » (art. 4), que « la liberté d’opinion, de croyance et d’expression est garantie à tous » (art. 33), ou encore que « les citoyens de la République de Biélorussie ont le droit de voter librement » (art. 38) ?

Cette demande d’effectivité constitutionnelle peut être rapprochée du légalisme auquel se sont constamment attachées Svetlana Tikhanovskaïa et son équipe. C’est ainsi qu’à l’occasion d’une déclaration du 6 août 2020, elle n’a pas hésité à annuler ce qui aurait probablement été son meeting de campagne le plus important en raison d’un refus d’autorisation administrative et ceci afin, a-t-elle dit, de « ne pas provoquer les gens ».

Dans un état d’esprit comparable, Pavel Latouchko, lors de la fondation du Comité de coordination, a déclaré, le 18 août 2020 que, « pour nous, le plus important est d’obtenir un accord, un consensus et de sortir, dans le cadre de la législation en vigueur, dans le cadre de la constitution en vigueur, de cette situation de crise ».

À noter que ce légalisme n’est pas seulement un programme politique, il est aussi un moyen de se protéger de poursuites pénales sur pour sédition ou, plus précisément, d’« appel à des actions visant à porter atteinte à la sécurité nationale de la République de Biélorussie » si l’on reprend les termes de l’article 361 du Code pénal biélorusse. Cette précaution fut d’une utilité toute relative, puisque tous les membres du praesidium du conseil de coordination sont aujourd’hui soit poursuivis, soit exilés.

Vers une nouvelle Constitution ?

Quels enseignements peut-on tirer de ce qui vient d’être exposé ? D’une part, que la volonté de changer le système politique en profondeur par l’établissement d’une réelle concurrence électorale peut tout à fait s’accommoder d’un maintien de l’ordre constitutionnel.

En réalité, ce qu’il y aurait de véritablement révolutionnaire serait que les normes constitutionnelles et législatives deviennent effectives et que cette effectivité soit garantie par un État de droit fonctionnel tant dans sa dimension formelle que substantielle. D’autre part, que le maintien de l’ordre constitutionnel préexistant en cas de changement de régime devra, tôt ou tard, être formellement ratifié par l’élaboration d’une nouvelle Constitution.

Il ne s’agit pas d’une simple révision telle que celle évoquée par Alexandre Loukachenko dans ce qui apparaît comme une manœuvre dilatoire. Il pourrait s’agir, comme l’a récemment proposé l’opposante Maria Kolesnikova, dans une vidéo enregistrée avant son arrestation, d’un référendum sur le retour à la Constitution de 1994, effaçant ainsi symboliquement la période Loukachenko. Il pourrait s’agit surtout de l’élaboration d’une nouvelle Constitution qui formaliserait juridiquement la transformation du système.

Toutefois, la formalisation constitutionnelle d’un changement de régime par l’élaboration d’une nouvelle Constitution qui entérine ce nouvel état politique peut prendre du temps.

On le voit en ce moment au Chili où le processus d’abandon de la Constitution rédigée sous Augusto Pinochet et de son remplacement par une nouvelle n’est pas encore arrivé à son terme. Le temps est parfois bien long et la légendaire « patience » des Biélorusses risque d’être soumise à rude épreuve.

Hugo Flavier, Maître de conférences en droit public, Université de Bordeaux

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

Inégalités : je deviens allergique à la folie de l’égalitarisme !

Par Yves Montenay

Par Yves Montenay.

La folie égalitaire se répand sur les réseaux sociaux et même dans des journaux réputés sérieux : la Covid-19, le chômage, la montée des dictatures et des guerres, tout cela est inintéressant.

En 2020, pour rester à la mode, il faut dénoncer les inégalités. Ça apporte des lecteurs et permet de gagner des voix.

Mais pas la mienne.

D’abord, l’égalitarisme c’est quoi ?

Wikipédia en donne la définition suivante :

L’égalitarisme est une doctrine politique prônant l’égalité des citoyens en matière politique, économique et/ou sociale, selon les contextes. Dans un sens plus général, l’égalitarisme désigne une école de pensée qui donne la priorité à l’égalité de tous.

J’y suis opposé pour une raison de principe et une raison pratique : la limitation de la liberté et le nivellement par le bas.

Quelques réflexions sur l’égalitarisme

L’égalitarisme est non seulement une atteinte à la liberté mais aussi une idée très théorique de la vie qui imagine le même fleuve tranquille pour des individus pourtant profondément différents.

En pratique, on nivelle par le bas car c’est facile : pour les adultes, il suffit d’augmenter les impôts, alors que la redistribution est maladroite et coûteuse. Pour les enfants, il suffit de « simplifier » les programmes scolaires et de distribuer le bac à presque tout le monde. Il ne faut pas s’étonner ensuite des mauvais résultats des élèves français dans le classement international PISA.

Une redistribution de l’ensemble de la richesse démotive ceux qui veulent travailler pour améliorer leur sort. Symétriquement, moins un individu génère de richesse, plus il bénéficiera de la redistribution.

Cette démotivation d’une partie des meilleurs producteurs et la passivité des moins bons conduit à l’appauvrissement général et notamment à la fin de la redistribution ! Nous aurons ainsi enfin l’égalité, mais dans la pauvreté.

Cela a été réalisé partiellement en URSS : la grande masse s’est retrouvée dans cette situation, mais le pays a quand même continué à fonctionner partiellement en distribuant des privilèges importants en argent et en nature à l’élite économique et politique, par exemple des logements et des voitures de fonction, deux biens qui étaient très rares et motivaient fortement.

Finalement l’égalitarisme généralise la pauvreté alors qu’il proclame la diminuer.

Parlons donc un peu moins des inégalités et un peu plus de diminuer la pauvreté, en augmentant par exemple les qualifications. Pour cela nous avons les modèles suisses et allemands à nos portes.

Mais, réfléchir, c’est fatigant. Mieux vaut dénoncer !

Voici quelques exemples.

La querelle sur l’ISF rebondit

Nous sommes en 1981, Mitterrand a une élection à gagner. Il promet la retraite à 60 ans et une dure taxation des grandes fortunes : c’est l’IGF, impôt sur les grandes fortunes.

Une fois élu, il applique ces deux bêtises, mais doit vite fait rétropédaler sur la deuxième devant le massacre des PME et le chômage corrélatif qu’il entraîne. Déjà expert en infox (fake news), il dira « Le chômage, on n’y peut rien, on a tout essayé ». Mais devant la catastrophe, il finit par alléger considérablement l’IGF, qui devient l’ISF.

Jacques Chirac, Premier ministre de cohabitation à partir de 1986, supprime l’ISF et est battu à la présidentielle de 1988 notamment parce qu’il a « favorisé les riches ».

Je passe sur les différentes réformes de l’ISF pendant les 30 ans qui suivent, tous les gouvernements étant pris entre l’évidence de la nuisance de cet impôt qui écarte de la France les employeurs, nationaux comme étrangers, et la crainte de se faire accuser de « favoriser les riches« .

Et voilà qu’arrive 2017. Le candidat Macron est direct :

L’ISF fait fuir des investisseurs français et décourage des étrangers d’investir chez nous, ce qui explique une partie de notre chômage.

Une fois élu, il supprime l’ISF, ou plus exactement le remplace partiellement par un impôt sur l’immobilier, l’IFI. Et ça marche : les exilés fiscaux reviennent, les étrangers investissent et le chômage diminue jusqu’au début de la pandémie.

Le nombre de demandeurs d’emploi a baissé de 3,3 % en 2019 en France […] Sur le marché du travail, le millésime 2019 aura été l’un des meilleurs de la décennie écoulée. Le Monde –  27 janvier 2020.

Mais on clame immédiatement que supprimer l’ISF va augmenter les inégalités, et la campagne pour son rétablissement rebondit.

Idem pour les dividendes

Il y a une querelle du même tonneau sur les dividendes reçus par les personnes physiques : surtaxés depuis 2013, ils s’étaient beaucoup réduits.

Notre nouveau président ramène en 2017 leur imposition au niveau européen moyen, et voilà les dividendes qui reviennent à la normale, donc ré-augmentent en 2018 et 2019.

Scandale vite dénoncé par la presse. Sans doute faudrait-il que les riches renoncent à chercher une rémunération pour leurs économies !

On oublie qu’après 2013, l’État a été perdant malgré la hausse nominale de la fiscalité, la baisse des dividendes ayant généré moins d’impôt.

Au contraire, on constate que la baisse de la taxe sur les dividendes en 2017 a généré beaucoup plus de recettes fiscales du fait de l’élargissement de l’assiette en 2018 et 2019.

Ce sont les résultats issus du second rapport du Comité d’évaluation des réformes de la fiscalité du capital, publié le 8 octobre 2020 pour poursuivre l’analyse des réformes engagées notamment au titre de la transformation de l’ISF en IFI et de l’instauration du Prélèvement forfaitaire unique et libératoire de 30 % -le PFU- sur les revenus du capital mobilier.

Mais pas un mot sur ce sujet dans la presse égalitariste, dont le lecteur pense au contraire qu’une hausse du taux de l’impôt augmente les recettes de l’État et que sa baisse les diminue.

C’est ignorer les enseignements des courbes de l’économiste Arthur Laffer, suivant lesquelles il n’est pas fiscalement rentable de dépasser un certain taux de prélèvement car une hausse des taux diminue in fine l’assiette fiscale.

C’est notre adage bien connu : « trop d’impôt tue l’impôt »

Et c’est d’autant plus vrai dans une économie mondialisée où les acteurs économiques peuvent choisir de s’établir dans des pays à la fiscalité plus douce. Souvenez-vous la social-démocratie suédoise : ce pays cultive un système capitaliste qui accroît les richesses, et une fiscalité assez forte pour les redistribuer. Mais à partir d’un certain niveau d’impôt, il a constaté que ses cadres émigraient, ce qui non seulement diminuait les recettes fiscales mais surtout freinait l’ensemble de l’économie et notamment encore plus les recettes fiscales.

Or, comme une grande part des dépenses de l’État a un objectif social, diminuer les recettes en augmentant comme en 2013 l’impôt sur les dividendes, c’est appauvrir les pauvres.

De la même façon, la suppression de l’ISF a entraîné une baisse des recettes fiscales beaucoup moins importante que prévu et cette petite baisse a été compensée par les impôts sur les activités générées.

Au mépris d’un examen sérieux du résultat, la fin partielle de l’ISF et la taxation normale des dividendes sont ainsi présentés comme des scandales. Peu importe que l’emploi et le trésor public y gagnent !

Le titre de l’article du journal Le Monde, mis à jour le 9 octobre, donne le ton « Après la suppression de l’ISF, les revenus des 0,1 % les plus riches ont explosé en France ». C’est un manque de sérieux flagrant, l’augmentation de leurs revenus provenant de la hausse des dividendes et non de l’absence d’ISF, et n’étant qu’un retour à la normale européenne, comme expliqué plus haut.

Enfin, se polariser sur les 0,1 % c’est réduire l’analyse à des cas très particuliers, dont beaucoup sont probablement accidentels, je veux dire par là qu’ils ne figurent dans cette liste que pour une raison ponctuelle, et donc n’en feront pas partie l’année suivante.

À ces deux affirmations biaisées, la presse égalitariste ajoute ce que j’appelle des doublons logiques.

En voici quelques échantillons.

Il est insupportable que les riches profitent de leur argent

Tout d’abord, cette presse exploite l’enquête Epicov coordonnée par l’Inserm, rendue publique le 9 octobre 2020 et dont la conclusion est que « le Covid-19 a accru les inégalités ». En effet, premier doublon, la « découverte » que les riches habitent dans des logements plus grands que les pauvres.

C’est présenté comme un scandale, et cette enquête souligne que, de plus, cela les met à l’abri de la promiscuité qui répand le virus chez les moins bien logés.

Les logements des « riches » sont déjà taxés via l’Impôt sur la Fortune Immobilière, mais visiblement ça ne suffit pas. Que va-t-on inventer pour établir une égalité de confort et de risque face au virus ? L’interdiction de la propriété de logements de plus de 15 m² par personne ?

Deuxième doublon logique, les riches en général ne travaillent pas de leurs mains, et peuvent donc télétravailler à partir d’une agréable résidence secondaire ou de tout autre endroit pittoresque. Ils peuvent éviter ainsi des heures de transport quotidien, et donc échapper encore plus au virus !

Alors que les pauvres doivent se rendre sur leur lieu de travail pour y être ouvrier, caissière, employé de banque… Il faut donc interdire le télétravail, tant pis si les contaminations augmentent !

Notez au passage qu’on oublie les médecins, notamment hospitaliers, qui sont en première ligne face au virus…

Indépendamment de la pandémie, j’entends aussi que les riches mangent davantage bio bien que ce soit plus cher, qu’ils peuvent se payer un abonnement à une salle de sport, ou, scandale, à un terrain de golf !

On ajoute qu’ils peuvent faire des voyages confortables. Interdisons donc le bio, le sport et les voyages dans des hôtels de plus de deux étoiles !

Le Monde enfonce le clou ce 12 octobre en écrivant : « L’épargne accumulée depuis le confinement est très majoritairement détenue par les Français les plus aisés ». Quelle surprise ! Quel scandale !

Le Monde daté du 13 octobre embraye sur la fiscalité « anti-riches » avec comme grand titre à la Une : « La crise ravive le débat sur la fiscalité des riches ».

On pourrait continuer longtemps ainsi, résumons par un doublon logique général :  Non seulement ils sont riches, mais, en plus, ils ont de l’argent !

La mode égalitariste est toute-puissante, même quand ce sont les pauvres qui y perdent.

Le Monde a sacrifié à cette mode en confiant une tribune hebdomadaire à Piketty.

On recycle ce slogan du langage populaire de jadis : « les grands, on leur coupera le ciboulot, faut qu’tout le monde y soye égaux. »

Sur le web

Non, ceci n’est pas une crise du capitalisme ! 

Par Pascal Comas
individualisme

Par Pascal Comas.

Septembre 2019 : une crise éclate sur le marché REPO (Sale and Repurchase Agreements) des liquidités interbancaires aux US. Les banques ne se prêtent plus entre elles. En deux jours les taux des opérations bondissent de 2 à 7 %, puis à près de 10 %.

Panique ! La Fed est obligée d’intervenir d’abord à coups de dizaines de milliards de dollars, puis 100 milliards par jour, et en mars 2020 elle annonçait 1,5 trillion sur 3 mois (!!!) d’opérations, distinctes du quantitative easing ou autres plans de relance. D’après Martin Armstrong, un des meilleurs connaisseurs des marchés, les similarités avec la crise de liquidité de 1998 et celle de 2007-2009 sont effrayantes.

Toutes les explications ont été données (c’est la faute aux hedge funds, c’est la faute à l’émission d’obligations publiques pour financer la dette américaine, c’est la faute aux retraits de liquidités des entreprises américaines pour répondre aux échéances fiscales, c’est la faute aux grandes banques refusant de prêter à cause de Basel III) sauf la bonne qui ne sera jamais exposée : la crise ne vient pas des États-unis mais d’Europe.

Les banques américaines ne veulent plus prêter au jour le jour à certaines banques européennes qui ont besoin de dollars. La Deutsche Bank et peut-être d’autres banques européennes sont en cause. Les banquiers américains sentent le poisson pourri (tout en manquant de visibilité) et préfèrent parquer leur argent à la Fed. La cause ? La folie des taux d’intérêts négatifs de la Banque Centrale Européenne qui laminent l’Europe et son secteur bancaire.

Le timing de la crise du Covid est hautement suspect en ce qu’il arrive à point pour justifier les mesures exceptionnelles de sauvetage adoptées. La Covid endosse la responsabilité d’une situation désastreuse qui est en réalité l’aboutissement de décennies de politique économique et monétaire basée sur les principes keynésiens.

En Europe le Frankestein de l’euro était en train de se fissurer et la seule solution pour tenter de le sauver tout en transférant la souveraineté des pays membres à Bruxelles, était la création d’une dette consolidée. Merkel avait juré que cela n’arriverait pas de son vivant. La Covid a permis de faire céder l’Allemagne avec la création des eurobonds (également nommés corona-bonds) qui permettront de fédéraliser l’Europe sans l’accord des peuples. Un coup d’État européen.

Autre élément suspect : le déroulement immédiat, comme programmé, jour après jour, semaine après semaine à partir de mars 2020 des propositions et actions : disparition de toute limite et décence en matière d’endettement et de création monétaire, helicopter money, revenu basique universel, disparition du cash, cryptomonnaies contrôlées par les banques centrales, augmentation des impôts, retour de l’ISF, mutualisation de la dette européenne, gouvernance mondiale, puces électroniques certifiant la vaccination, passeport Covid et j’en passe…

Un agenda de propositions et actions piloté par ceux qui contrôlent la narration officielle et sont à l’origine des confinements et de la paralysie de l’économie : toute la presse à quelques exceptions près, gouvernements (surtout de gauche, et États démocrates américains), OMS, Imperial College, NIH/Fauci, Bill Gates, Twitter, Facebook, Youtube, Le Monde, NYT, Wapo…)

Le mantra récité en chœur par toutes les composantes de la gauche est que nous assistons à une crise du capitalisme, qu’il convient de réformer, voire de remplacer. Partout des associations étranges sont faites entre la Covid et le réchauffement climatique, comme dans la vidéo du World Economic Forum. Le plan est enrobé dans une charabia anti-capitaliste, préconisant une version plus humaine de la globalisation. Les transferts de pouvoirs hors du cadre démocratique y sont cachés derrière des formules bénignes comme celle de gouvernance globale.

L’obsession de la table rase

Le World Economic Forum de Klaus Schwab, figure de proue du vaisseau globaliste, délivre un préchi-précha qui partage avec tous les systèmes totalitaires de l’histoire l’obsession de la table rase, du changement radical, de la transformation pilotée par le haut :

« Pour obtenir un meilleur résultat, le monde doit agir de concert et rapidement pour réorganiser tous les aspects de nos sociétés et de nos économies, de l’éducation aux contrats sociaux et aux conditions de travail. Tous les pays, des États-Unis à la Chine, doivent participer et toutes les industries, du pétrole et du gaz à la technologie, doivent être transformées. En bref, nous avons besoin d’une Grande Remise à Zéro du capitalisme… Le niveau de coopération et d’ambition que cela implique est sans précédent. Mais il ne s’agit pas d’un rêve irréalisable. En fait, l’un des aspects positifs de la pandémie est qu’elle a montré à quelle vitesse nous pouvons apporter des changements radicaux à nos modes de vie. Presque instantanément, la crise a contraint les entreprises et les particuliers à abandonner des pratiques longtemps considérées comme essentielles, depuis les voyages aériens fréquents jusqu’au travail au bureau…. Il est clair que la volonté de construire une société meilleure existe. Nous devons l’utiliser pour obtenir la Grande Remise à Zéro dont nous avons tant besoin. Pour ce faire, il faudra des gouvernements plus forts et plus efficaces, même si cela n’implique pas une poussée idéologique en faveur de gouvernements plus importants. Et cela exigera l’engagement du secteur privé à chaque étape ». (The World Economic Forum’s Covid Action Platform, WEF)

Le peuple de gauche dans sa grande majorité est convaincu du fondement moral et rationnel de ce souhait de changement. Faut-il s’en étonner compte tenu du niveau de désinformation sur le sujet aussi bien dans les universités, les médias et les livres les plus acclamés par cet univers en forme de chambre d’échos ? La gauche ne se rend pas compte que son ignorance économique et sa crédulité sont utilisées par les globalistes, qui après avoir tué le marché libre et le capitalisme, tuent ce qui reste de démocratie (dêmos kratos : pouvoir du peuple en Grec).

Car le capitalisme n’est responsable ni de la crise actuelle, ni des inégalités qui sont apparues depuis 20 ans. Ce sont au contraire les icônes de la gauche (Krugman, Stiglitz, Piketty, Bernanke, Yellen, Powell, Lagarde…) qui sont les artisans de l’état déplorable des choses en 2020. Depuis des décennies c’est le keynésianisme, allié de la social-démocratie, qui est pratiqué par les grands timoniers de l’économie mondiale, et non le capitalisme. Les banquiers centraux sont les grands prêtres et Paul Krugman, couronné du prix Nobel, est leur prophète.

Beaucoup de gens opinant que le système doit être changé commettent l’erreur majeure suivante : ils pensent que le système, c’est le capitalisme. Mais le capitalisme n’est qu’un système de production dont les fondements sont l’entreprise privée et la liberté du marché. Accuser le capitalisme, c’est comme accuser un bateau de pencher sur la droite alors que tout le poids a été mis sur tribord.

Si système il y a, il est bien évidemment dans ce qui constitue le socle de l’enseignement et de la matrice à penser des économistes : le keynésianisme.

Paul Krugman (pur keynésien) n’est-il pas le pape de la pensée économique, bénéficiant d’une colonne à vie dans le New York Times et diffusant son savoir des deux côtés de l’atlantique (London School Of Economics, City University of NY et Princeton University) ? Chantre de l’État-providence, Krugman est le deuxième économiste le plus cité en cours d’économie selon l’Open Syllabus.

Thomas Piketty (pur marxiste) n’est-il pas la star des plateaux TV et des librairies, auteur du best seller économique de notre temps, et contributeur/conseiller du World Economic Forum ?

Les banques centrales, toutes dirigées par de purs produits de l’école keynésienne, ne sont-elles pas les oracles et les grands capitaines économiques de notre époque, les marchés étant suspendus à la moindre de leurs déclarations ?

Nous conseillons au lecteur une expérience : observer les mouvements de marchés (chandelles unité minute) sur le Dow Jones, l’or, le dollar, lorsque le président de la FED ou de la BCE s’exprime. Une impressionnante expérience visuelle du pouvoir des mots et des banques centrales sur les marchés.

Depuis le début de la crise du Covid, les solutions proposées (et en partie déjà adoptées) sont les étapes finales du fantasme keynésien : cryptomonnaies avec date de péremption, revenu universel, dette européenne consolidée…

Le 14 octobre, dans un article intitulé Fiscal Policy for an Unprecedented Crisis le FMI détaille la feuille de route : augmenter les impôts pour les plus aisés, remettre à plus tard le remboursement des dettes, transferts vers les plus pauvres et protection de l’investissement public, renforcement des protections sociales, abandon du modèle de croissance passé, accélération de la transition vers une économie digitale, sans carbone et inclusive, augmentation des dépenses publiques et transition vers une économie verte afin de réduire le réchauffement climatique. C’est mignon tout plein avec tous les mots qui touchent, version altruiste tendance Gaïa. Il y a tous les mots des programmes de gauche depuis Mathusalem, le réchauffisme en plus.

Sauf que :

Le modèle de croissance passé, c’est déjà celui de la croissance alimentée par la dette, des taxes en hausse constante, des redistributions massives via des impôts hautement progressifs, des régulations à tous les étages paralysant les entrepreneurs, et d’une digitalisation tellement rapide de l’économie que les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) sont devenus des mastodontes économiques en situation de monopole, souvent au détriment de très nombreuses entreprises de l’ancienne économie, de taille plus modeste, mais principales sources d’emploi.

Cette feuille de route est typique de l’arnaque du Great Reset : faire plus de ce qui nous a amené dans le mur en nous le vendant sous l’étiquette nouveau. Et rappelons cette évidence que la gauche n’arrive décidément pas à admettre : toujours plus de dettes, c’est toujours plus d’impôts, pour les riches peut-être mais aussi pour les classes moyennes, et à terme moins de prestations pour les plus démunis. Davantage de dette conduit TOUJOURS à une plus grande pauvreté et un plus grand esclavage des populations.

Le 15 octobre, lendemain de l’article cité plus haut, une vidéo bien produite de Kristalina Georgieva, la directrice du FMI, est publiée. Un chef-d’œuvre de langage globaliste, alliant belles intentions, la panoplie complète des mots inclusifs, et langage technocratique voilant la réalité des choses désagréables.

Intitulé « Un nouveau moment Bretton Woods » le texte implore les pays de faire en sorte que les vaccins soient largement distribués, parle de fraternité (et sororité bien sûr) de l’humanité, de solidarité, protection des plus vulnérables, loue l’action des banques centrales et les sommes gigantesques déversées sur les marchés, insiste sur les inégalités et le changement climatique, déclare que plutôt que de reconstruire le monde ancien il faut construire un monde plus durable et inclusif.

De manière très symbolique, John Maynard Keynes à Bretton Woods apparait en ouverture et fermeture de la video, comme un cadeau pour cet article dont la rédaction a démarré il y a des mois.

 

La video du FMI succède a un discours de Kristalina Georgieva intitulé…  The Great Reset au World Economic Forum le 3 juin 2020.

Dès 2014, Christine Lagarde avait annoncé ce reset (en le prononçant au moins 10 fois en deux minutes trente) en 2014 dans une interview pour Bloomberg. Les élites sont fétichistes et le chiffre 7 a une importance particulière dans bien des religions et traditions occultes. Lagarde s’est livrée la même année à un long exposé lors d’une intervention au National Press Club. Multipliant les références au chiffre 7, elle y qualifia l’année 2014 d’année magique, prédisant 7 années de prospérité après 7 années misérables (début de la grande crise en 2007). Mais il convient surtout de noter que les grandes lignes du Great Reset annoncé en chœur par Lagarde, Georgieva et Schwab seront dévoilées en… 2021, 7 ans après l’exposé de Lagarde sur le chiffre 7. Il y a là comme un parfum de planification, renforçant les soupçons sur le timing approprié de la crise du Covid, mais toute conclusion n’engage que le lecteur…

L’alliance de l’oligarchie et de la gauche

Le peuple est floué par la conviction que les entreprises multinationales, les milliardaires et les banques ne peuvent être que capitalistes. En vérité, beaucoup n’ont pris au capitalisme que ce qui les sert, comme l’ont fait les caciques du PCC chinois.

Si le lecteur veut se poser les bonnes questions, qu’il se demande pourquoi l’homme le plus riche de la planète, Jeff Bezos, rachète le Washington Post, une des principales voix de la gauche américaine ? Pourquoi Thomas Piketty, le Karl Marx du XXIe siècle, est le conseiller économique du World Economic Forum, le grand rassemblement annuel des élites et des milliardaires de ce monde à Davos ? Pourquoi, en France, Mathieu Pigasse, énarque et dirigeant de la banque Lazard, a multiplié les acquisitions dans les médias de gauche, depuis la vente de Libération à Édouard de Rothschild, l’acquisition des Inrockuptibles, torchon musical de la gauche bobo-branchouille, de Radio Nova elle aussi très marquée à gauche, et bien sûr du journal Le Monde en association avec Pierre Bergé et Xavier Niel ? Rappelons aussi que Pigasse a apporté son soutien au projet de François Hollande de taxation des revenus supérieurs à un million d’euros à 75 %.

Pourquoi aux États-Unis, Goldman Sachs, JP Morgan… ont donné infiniment plus à Clinton qu’à Trump lors de la campagne 2016. Pourquoi le secteur financier donne 5 fois plus à Biden qu’a Trump cette année ? Les exemples abondent, et il faudrait être bien naïf pour penser que le secteur financier fait cela par altruisme.

Néolibéralisme et capitalisme

L’histoire est écrite par les vainqueurs, et de la même manière l’utilisation et le sens des mots économiques sont imposés par les prêtres de l’idéologie dominante, les keynésiens.

L’épouvantail du néolibéralisme est en fait ce qui est universellement reconnu comme le capitalisme de connivence ou de copinage (crony capitalism en anglais). Dans cette formule il y a certes le mot capitalisme, mais en réalité celui qui importe est connivence. Car sans État, sans corruption et sans monopoles ou tricheries sanctionnés par les États il ne pourrait y avoir connivence. Les hommes étant ce qu’ils sont, la recherche des privilèges, des rentes et des monopoles sont inévitables de la part de certains d’entre eux. Et la richesse ouvre bien des portes. Cette réalité est incontournable depuis l’aube de l’Histoire, et sous TOUS les régimes. La seule différence étant que sous les régimes communistes la nomenklatura, le Politburo, ou les membres du PCC n’ont même pas à contourner the Rule of Law ou se gêner aux entournures.

« Tout comme le communisme était un Dieu déchu, le capitalisme financier est aussi un Dieu déchu, une version extrême du capitalisme de connivence qui n’est rien d’autre qu’un mécanisme de concentration des richesses et du pouvoir au détriment de tous ceux peinent dans l’économie du monde réel. » Charles Hugh Smith

Le libéralisme, philosophie politique basée sur le droit, s’oppose à tout monopole, à toute collusion de l’État avec de grandes entreprises, à tout favoritisme au détriment de la liberté d’entreprendre et des chances équitables de chacun. C’est justement parce que les principes du libéralisme n’ont pas été observés ou ont été contournés que le capitalisme de connivence a pu s’installer et corrompre nos systèmes jusqu’à la moelle.

Comment le keynésianisme sert les globalistes

Le keynésianisme sert depuis longtemps les globalistes de multiples manières :

  • face au marxisme franc ou latent des diverses gauches, il a fait figure de compromis raisonnable : une manière de tempérer le capitalisme car acceptant une certaine économie de marché tout en prétendant éliminer les cycles économiques et les récessions qui en découlent.
  • à travers la dette, la création monétaire, la manipulation des taux d’intérêt et des taux de change, le culte de la dépense et de la consommation alimentées par la dette, le keynésianisme a vicié le capitalisme tout en lui faisant porter le chapeau.
  • il a donné un pouvoir démesuré aux banquiers centraux, globalistes en chef, apprentis sorciers d’une économie administrée. Ceux-ci ont détruit tous les instruments de mesure du capitalisme (en particulier les taux d’intérêts et taux de change) (cf Charles gave). Ils ont permis aux États de retarder ad vitam aeternam les réformes indispensables, et ont assuré l’impunité aux banquiers, principaux architectes de la financiarisation du capitalisme et de la spéculation via les produits dérivés. Tout cela en prétextant rechercher une inflation qu’ils ont été incapables de créer car l’effet pervers du keynesianisme est la déflation. Les banques se sont retrouvées avec des liquidités immenses qui au lieu d’aller dans l’économie réelle, alimentaient la spéculation et les bulles financières.
  • il a permis ainsi un creusement des inégalités, les classes moyennes étant victimes des bas salaires engendrés par le chômage massif et les exigences de rentabilité à court terme (financiarisation du capitalisme), alors que les détenteurs de capitaux ont bénéficié de l’inflation des valeurs de leurs assets grâce aux bulles boursières alimentées par les banques centrales et le refuge des capitaux vers les derniers bastions de la propriété privée. Mais nous avons vu lors du crash de mars 2020 que cette richesse alimentée par l’inflation des assets est aussi éphémère que la confiance des marchés.

Le rôle majeur de la gauche dans la financiarisation du capitalisme

La financiarisation du capitalisme a pris son essor pendant les années Mitterand.

Rawi Abdelal expose dans son ouvrage Capital Rules – The Construction Of Global Finance ce qu’il appelle le paradoxe de la globalisation. Ce paradoxe étant que ce sont les Français, traditionnellement hostiles à la liberté de mouvement des capitaux (ne craignons pas d’ajouter à la liberté tout court), qui ont joué les rôles dominants en faveur de la libéralisation des capitaux au sein de l’EU, l’OCDE et du FMI. Les années Mitterand se sont ainsi traduites par une montée en puissance du système bancaire français et européen et de la financiarisation de l’économie.

Comme le résume slate.fr :

« Non seulement Mitterand et ses hommes, sous le prétexte de la cause européenne, ont été à l’origine de réformes particulièrement favorables aux banques, mais ses soldats, tout particulièrement Pascal Lamy, Henri Chavranski (président des mouvements de capitaux à l’OCDE de 1982 à 1994), Michel Camdessus (nommé par Mitterand gouverneur de la Banque de France, et président du FMI de 1987 à 2000) et Jacques Delors furent parmi les plus ardents ouvriers du Code le libéralisation des mouvements de capitaux de l’OCDE, travaillant entre autres à convaincre la Grèce et l’Italie. » (slate.fr)

Aux États-Unis, c’est un gouvernement démocrate, en l’occurrence celui de Bill Clinton, qui a aboli en 1999 le Glass Steagall Act, pourtant adopté en 1933 par Roosevelt pour tirer les enseignements de la crise de 1929, en séparant obligatoirement les activités des banques de dépôts et celles des banques d’affaires. Cette loi visant à limiter la spéculation financière des banques fit l’objet d’un lobbying intense à coups de milliards de la part du secteur bancaire, jusqu’à son annulation par le clan Clinton.

Larry Summers et Rick Rubin, ex-Goldman Sachs, inaugurèrent la nouvelle ère. Cette abolition du Glass Steagall Act est à l’origine de la grande crise financière de 2008.

Martin Armstrong apporte les éclaircissements suivants :

« Les démocrates permirent à la banque d’investissement et au trading pour compte propre de s’étendre dans tout le système financier, convertissant la banque relationnelle en banque transactionnelle (Relationship banking into Transactional Banking). Les petites entreprises se retrouvèrent privées de l’accès aux financement avec un taux de refus approchant les 80 %. Durant la campagne présidentielle de 2016, il fut révélé que Hillary Clinton dit aux banquiers que les promesses qu’elle avait faites au public n’avaient aucune importance car elle était du côté des banquiers. Les donations des banques allèrent d’ailleurs vers Clinton et non Trump.»  Martin Armstrong – Manipulating the World Economy p.269-270

Rappelons aussi que les banques ont obtenu des Clinton l’interdiction de mise en faillite des prêts étudiants, le résultat étant une génération entière de diplômés si endettés qu’ils ne peuvent même pas acheter une maison. Goldman Sachs a financé seulement Hillary Clinton en 2016 (contrairement aux habitudes de jouer sur les deux tableaux) et les banques de New York ont demandé à leurs employés de ne pas faire de donations a Trump.

Elles sont les principaux acteurs de tous les excès attribués au capitalisme financier ou néolibéralisme (produits dérivés, subprimes, spéculation, manipulations Libor, marchés métaux précieux, blanchiment argent sale…), et on ne peut que constater les évidences suivantes :

  • aucun banquier n’est allé en prison malgré les faits scandaleux mis à jour depuis 2007
  • les banques ont toujours bénéficié du soutien des gouvernements
  • elles sont même devenues le bras administratif des gouvernements en matière financière et fiscale (paperasse considérable, contrôles multiples sur origine des fonds, départements de conformité (compliance en anglais), transmission des informations à l’administration fiscale, déclaration de la possession de coffres-forts, instauration à venir des cryptomonnaies…
  • malgré les plans multiples de quantitative easing et autres acronymes pour la création monétaire ex-nihilo, elles ont continué à faire ce pour quoi elles sont réputées : ne prêter qu’aux riches et ne pas aider la plupart des petits entrepreneurs, tout en utilisant les faramineuses liquidités mises a disposition par les banques centrales pour spéculer, souvent avec des pertes considérables épongées par les contribuables.

D’après Martin Armstrong nous arrivons rapidement à la fin de partie sur la manipulation de l’économie mondiale. Les théories économiques keynésiennes ont échoué. Les banques centrales ne peuvent plus rien faire. La Covid-19 est le prétexte pour endosser cette faillite, passer à l’étape suivante de la fuite en avant (Modern Monetary Theory) et bientôt déclarer perpétuelles les dettes existantes. Tout ce qui a été enseigné dans les écoles en matière d’économie tombe en poussière, mais plutôt que de reconnaître leur défaite et perdre leur pouvoir, les élites doublent la mise.

Le mantra de changer le système pour un monde meilleur ne fait qu’ouvrir la voie à ceux qui veulent accroître leur pouvoir centralisateur et totalitaire !

De tous temps la gauche s’est présentée du côté des valeurs morales pour convaincre les peuples qu’elle représentait l’alternative du bien, de l’humain, du moral face au mal, à l’égoïsme, à l’immoralité supposée de ceux qui privilégient la liberté et la responsabilité. Mais quand s’est-elle attaquée à la corruption ? Ce n’est même pas dans ses programmes de campagne ou la liste de ses combats. Il est vrai que Clinton, Biden, Blair n’ont pas vraiment intérêt à défendre des politiques mains propres.

Toujours présentés sous un jour altruiste, les agendas proposés par les anticapitalistes, sous leurs multiples déclinaisons ne sont en fait que des manœuvres visant à accroître toujours plus leur emprise sur la société, sans la comptabilité et les sanctions qui doivent accompagner tout pouvoir responsable.

Il s’agit de renforcer toujours plus le pouvoir du Dieu État, de piller toujours plus le secteur privé indépendant, ces populations qui n’ont pas besoin de l’État pour subvenir à leurs besoins et ne demandent qu’une chose : qu’on les laisse travailler en paix, qu’on ne jalonne pas leur parcours de régulations imposées par des technocrates hors-sol sans aucune expérience professionnelle, et qu’on ne les dépouille pas de la moitié ou plus de la richesse qu’ils ont créée en prenant des risques considérables et en y sacrifiant une grande partie de leurs loisirs et vie de famille, parfois de leur santé.

Le chaos et l’angoisse provoqués par la Covid et ses multiples conséquences, ajoutés aux tensions sociales et politiques qui le précédaient, font naître dans la population un désir de table rase, d’un monde radicalement nouveau. C’est précisément sur cela que comptent les globalistes. Ils ont la solution, et il sera bien trop tard quand vous réaliserez que vous ne l’aimez pas.

Mettre fin à l’anonymat sur internet, c’est attaquer la liberté d’expression

Par Yannick Chatelain

Par Yannick Chatelain.

Vendredi 18 janvier 2018, à Souillac, dans le cadre du grand débat national, le Président de la République française Emmanuel Macron s’est à nouveau attaqué aux fake news. À cela rien de nouveau, au regard de la loi n° 2018-1202 et de la loi organique n° 2018-1201 relatives à la lutte contre la manipulation de l’information promulguée le samedi 22 décembre 2018, et de la loi qui se profile au niveau européen. Pour autant, les propos et les mots utilisés lors de son allocution sont pour le moins inquiétants.

Selon le président il faut « aller vers une levée progressive de toute forme d’anonymat » en particulier sur les réseaux sociaux, pour lutter contre ce phénomène. Pour ce faire, il s’agirait donc selon lui que l’État mette en place « une forme d’hygiène démocratique du statut de l’information ». Le mot est assez glaçant : « Une hygiène démocratique du statut de l’information », et la suite ?  Serait-ce une « hygiène de la pensée ? » Notons que la fin de l’anonymat en particulier sur les réseaux sociaux reviendrait ni plus ni moins à placer la liberté de s’exprimer sous conditions.

Le Président français va-t-il ensuite proposer à l’ONU de réviser l’Article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme ? « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. » à condition ne pas le faire sous couvert d’anonymat !

Le lien simpliste entre anonymat et fake news ? Des mots inquiétants

Pour Emmanuel Macron, l’anonymat sur Internet nuit à la démocratie https://t.co/CKcsCgWAnh
Ndla : Notons que l’anonymat nuit fortement aux régimes autoritaires et aux dictatures tous ces contradicteurs qui peuvent s’exprimer. ! #nocomment #censorship #Anonymat #democratie

— Yannick Chatelain (@ChatelainY) 23 janvier 2019

Monsieur Macron fait un lien direct entre anonymat et fake news. N’est-ce pas là un raccourci simpliste ?  Un problème, les infox. Une solution, supprimer l’anonymat. Et tout serait alors pour le mieux dans la meilleure des démocraties ? Voilà qui est bien simple pour prétendre résoudre un problème complexe et vieux comme le monde.

Pourquoi n’y a-t-on pas songé avant ? Plus avant, les journalistes disposant de sources anonymes qui leur permettent de faire émerger des affaires qui sont — n’en déplaise — loin d’être des fake news doivent-ils s’attendre au pire ? Faut-il donc faire disparaître, dans la même dynamique « hygiénique » la possibilité d’anonymat des sources journalistiques pour booster encore un peu plus la démocratie, la liberté d’expression et d’information ?

Une position à l’exact opposé de la position des Nations unies

Loi Fake news : la Pravda pour tous les Français https://t.co/V7XSHQ10iU via @Contrepoints

— h16 (@_h16) 1 juin 2018

Rappelons à toutes fins utiles que l’anonymat ne signifie pas pour autant impunité ! La liberté d’expression est encadrée par la loi, nul ne peut dire tout et n’importe quoi, « anonyme » ou pas, la plupart du temps s’il y a constat d’un délit, dans le cadre d’investigations menées, suite à un dépôt de plainte1.

Nous noterons de plus que cette assertion va totalement à l’encontre de la position des Nations Unies en 2015. « Le nouveau Rapporteur spécial sur la liberté d’opinion et d’expression, M. David Kaye, a indiqué que son premier rapport portait sur l’utilisation du chiffrement et de l’anonymat dans les communications numériques.  Il arrive à la conclusion que le cryptage et l’anonymat permettent aux individus d’exercer leurs droits à la liberté d’opinion et d’expression à l’ère numérique et méritent de ce fait d’être fortement protégés. »

Enfin comment voir dans cette volonté une quelconque avancée pour la démocratie ? Sauf à considérer que se mettre au diapason de gouvernements bannissant l’anonymat : comme la Russie,  la Chine… – des pays qui, et c’est un euphémisme, n’encouragent pas du tout la liberté d’expression – est constitutif d’ une avancée démocratique majeure.

L’anonymat une protection indispensable contre le doxxing !

Enfin et pour conclure, Monsieur Emmanuel Macron devrait intégrer dans sa réflexion le phénomène du Doxxing pour mesurer la dangerosité de ce qui n’est à ce stade qu’une fausse bonne idée qu’il pourra alors revisiter.   « Le doxxing, ou doxing est une pratique consistant à rechercher et à révéler sur l’Internet des informations sur l’identité et la vie privée d’un individu dans le dessein de lui nuire. »

Ainsi si un tel drame, la suppression de l’anonymat, devait se produire en France, comme dans d’autres pays qui se prétendent démocratiques, il pourrait apparaître difficile d’exprimer une opinion contraire à la pensée dominante du moment sans s’exposer à un lynchage virtuel et/ou réel.

La fin de l’anonymat ne servirait nullement la démocratie, elle se mettrait au mieux au service d’une autocensure infligée. Pour conclure, de la fake news (infox) déjà bien mal définie, au délit d’opinion il n’y a qu’un pas qu’il ne s’agirait pas de franchir. Si l’enfer pour nos démocraties et les usages d’Internet sont pavés de « bonnes intentions » de nos politiques, il n’en demeure pas moins que le droit à l’opacité d’un citoyen et la transparence des pouvoirs publics définit une démocratie, l’inverse est un chemin annonciateur de toutes les dérives, allant de l’autoritarisme, au totalitarisme, jusqu’à la dictature.

Un article initialement publié le 24 janvier 2019.

  1. Il est utile de rappeler que sans une maîtrise poussée de l’anonymisation qui est vitale aux opposants sous certains régimes, leur vie est en jeu. Le contrevenant « usuel »  sans ce savoir, finira majoritairement par être tracé et identifié par des services comme le C3N entre autres.

Pour Gérald Darmanin, le séparatisme commence au rayon frais

Par Frédéric Mas
Gérald Darmanin

Par Frédéric Mas.

La course politicienne à qui adoptera la posture la plus sécuritaire et la plus intransigeante après le meurtre de Samuel Paty a commencé. En tête de peloton, sans surprise, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin multiplie les propos musclés, les déclarations martiales et les actions publicitaires.

Il faut montrer que le gouvernement agit contre l’islamisme, et pour ce faire, il fait feu de tout bois, quitte à multiplier les propos loufoques, à côté de la plaque, et pour changer, liberticides.

Les grandes surfaces coupables

Le dernier en date vaut son pesant de viande hallal. Dans une interview accordée à BFM-TV, Gérald Darmanin a déclaré qu’il était personnellement hostile aux installations de grandes surfaces proposant de la cuisine communautaire : « Ça m’a toujours choqué de rentrer dans un hypermarché et de voir qu’il y a un rayon de telle cuisine communautaire, c’est comme ça que ça commence le communautarisme ».

Gérald Darmanin: « Moi ça m’a toujours choqué de rentrer dans un hypermarché et de voir un rayon de telle cuisine communautaire » pic.twitter.com/X521fwVnuR

— BFMTV (@BFMTV) October 20, 2020

Méfiez-vous donc de la semaine mexicaine chez Lidl, le tacos pourrait vous mettre sur les rails de la radicalisation et du séparatisme. Le réflexe républicain n’est plus seulement dans la tenue, comme l’expliquait Jean-Michel Blanquer, mais aussi dans la manière de manger et de tenir son commerce. Eux aussi se doivent d’être aveugles aux différences, égalitaires et respectueuses de la laïcité.

Ce genre de réflexion de la part du premier flic de France est assez maladroit, car il donne de l’eau au moulin extrémiste. La propagande salafiste cherche à faire passer l’idée qu’existerait une « guerre contre les musulmans », quitte à utiliser la désinformation ou à instrumentaliser les propos de table de certains de nos dirigeants. Évitons les propos de table.

Le ministre de l’Intérieur force le trait pour signaler qu’avant d’être un problème politique, le séparatisme est un problème culturel. Certes. Mais il va plus loin dans la dénonciation populiste. Ce ne sont pas seulement les quinzaines commerciales qui endossent une responsabilité dans le terrorisme, c’est tout le capitalisme.

🙄🙄🙄🙄🙄https://t.co/5OzAr2atKj

— Erwan Le Noan (@erwanlenoan) October 20, 2020

« C’est la faute à la société ! » Gérald Darmanin réinvente un classique de la culture de l’excuse. Cette fois-ci, on y ajoute une touche d’antilibéralisme à la mode qui permet à la fois de diluer la responsabilité du véritable meurtrier et celle d’un État pourtant omniprésent censé protéger les individus de cette variété d’incivilité qu’est la décapitation.

Mais dans sa mauvaise imitation de Nicolas Sarkozy, le ministre de l’Intérieur n’oublie pas non plus de stigmatiser les journalistes et les réseaux sociaux. Tout le monde est un peu responsable. Enfin surtout ceux qui font vivre la liberté d’expression.

Appliquer le droit, c’est mieux

Plutôt que se faire police des grandes surfaces et de stigmatiser maladroitement les pratiques alimentaires des Français ou les commerces qui eux se contentent de faire leur job, le ministre de l’Intérieur devrait se concentrer sur la punition des coupables et l’application stricte du droit en France, ce qui serait déjà une grande première depuis quelques décennies.

Au lieu de stigmatiser les citoyens ordinaires et les commerçants pour amuser la galerie politico-médiatique, le gouvernement devrait se concentrer sur la protection des personnes. Il y a une marge d’amélioration suffisamment importante pour occuper quelques mandats présidentiels.

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