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Hier — 26 janvier 2020Contrepoints

Vivons-nous en dictature ? Certainement pas.

Par Frédéric Mas
dictature

Par Frédéric Mas.

Dans un discours public diffusé par Radio J ce vendredi, Emmanuel Macron s’est insurgé contre une propension des commentateurs à disqualifier son mandat comme relevant de la dictature :

« Aujourd’hui s’est installée dans notre société – et de manière séditieuse, par des discours politiques extraordinairement coupables -, l’idée que nous ne serions plus dans une démocratie, qu’une forme de dictature se serait installée…

Mais allez en dictature ! Une dictature, c’est un régime où une personne ou un clan décident des lois. Une dictature, c’est un régime où on ne change pas les dirigeants, jamais. Si la France c’est cela, essayez la dictature et vous verrez !

La dictature, elle justifie la haine. La dictature, elle justifie la violence pour en sortir. Mais il y a en démocratie un principe fondamental : le respect de l’autre, l’interdiction de la violence, la haine à combattre. »

Le président de la République a raison, nous ne vivons pas en dictature. Pour Carl Schmitt, qui est l’un des rares théoriciens du droit à avoir exploré le sujet, la dictature est classiquement définie comme une invention de la République romaine, une magistrature extraordinaire établie temporairement pour conserver les institutions en cas de péril grave, que ce péril provienne de la guerre ou de l’ordre public.

Pour répondre à une situation extraordinaire, le dictateur est doté de pouvoirs extraordinaires : « Il n’est pas lié par les lois et il est une sorte de roi ayant un pouvoir illimité de vie et de mort. »1. Avec le temps et l’usage, le lien entre République et dictature s’est distendu, et on retient généralement de la dictature l’idée de pouvoir d’un seul, délié des lois ordinaires.

L’État de droit n’a pas disparu

Si le rapport des élus de la Macronie avec la loi est parfois problématique, y compris à son sommet, on pense bien sûr en ce moment à l’affaire Benalla, cela ne signifie pas que l’État de droit a disparu, et que les atteintes portées au droit restent impunies dans la plupart des affaires ordinaires. Au contraire, la multiplication des poursuites en cas de violences policières ou la réactivité des réseaux sociaux en cas d’injustices flagrantes témoignent d’une grande vigueur de la part de la société civile, vigueur indispensable à une démocratie qui fonctionne.

L’esprit de la Cinquième République est autoritaire, pas dictatorial. La constitution de la Cinquième République est une révolution comparée à l’esprit classique de la République. Là où les institutions des Républiques précédentes cherchaient à contenir le pouvoir et entraver l’exécutif, la Cinquième l’a mis au centre de son fonctionnement et même renforcé en faisant de sa tête, le président de la République française, un régime démocratique autoritaire.

Démocratique, parce que respectant les formes du droit et les garanties judiciaires nécessaires à l’existence d’un État de droit, mais également autoritaire, car beaucoup plus protecteur de la puissance publique que des libertés individuelles.

Est-ce à dire que Ségolène Royal a raison quand elle dénonce l’autoritarisme d’Emmanuel Macron ? Disons que ce soudain intérêt pour les libertés publiques de la part d’une femme politique qui a participé à tous les gouvernements les plus liberticides de ces 40 dernières années prête à sourire. Surtout quand elle vient de perdre le poste que le gouvernement « autoritaire » en question lui avait donné sur un plateau.

La politique d’Emmanuel Macron est autoritaire, mais pas dictatoriale. Que ce soit dans le domaine économique, de la répression des Gilets jaunes ou celui des libertés publiques, le mandat d’Emmanuel Macron est marqué du sceau de l’autoritarisme, qui constituent autant de graves atteintes à l’État de droit, sans l’abolir lui-même. Dans tous les cas, lorsque les excès ont été largement dénoncés2, il y a eu des poursuites judiciaires, des sanctions, la possibilité d’alerter la population, de renverser les majorités politiques par le vote, choses inimaginables en dictature où tout recours devant un tribunal, toute contestation de l’administration ou du pouvoir en place se traduisent par l’ignorance ou au pire des persécutions bien réelles. Nos amis d’Europe de l’Est en ont un souvenir cuisant.

Rappelons aussi que l’autoritarisme de la politique macroniste, comme son incapacité à réformer quoi que ce soit, n’est pas une nouveauté dans l’histoire de la Cinquième République. On ne peut pas vraiment présenter de Gaulle, Chirac, Sarkozy ou Mitterrand comme des modèles dans la préservation et la protection des libertés publiques.

Seulement, contentons-nous de rappeler qu’il existe des gradations entre l’ouverture des différents régimes, et que la République française, aussi imparfaite soit-elle, est toujours meilleure que la Russie ou le Venezuela que certains polémistes cherchent à nous vendre comme des alternatives « populaires » convenables.

L’oppression ne vient pas nécessairement du sommet

L’oppression ne vient pas nécessairement du sommet, mais peut aussi venir d’une base devenue despotique. La dictature peut venir d’en haut, mais elle peut aussi venir de la passion égalitaire de la foule. À l’heure actuelle, la contestation se répand dans tout le corps social, et l’agitation des syndicats confine à l’émeute.

Pour Alexis de Tocqueville, la démocratie est un état social caractérisé par l’égalité des conditions. La passion égalitaire qui est au cœur de la dynamique démocratique menace constamment la liberté, et peut transformer en despotisme un régime bien réglé par le droit :

« Je pense que les peuples démocratiques ont un goût naturel pour la liberté ; livrés à eux-mêmes, ils la cherchent, ils l’aiment, et ils ne voient qu’avec douleur qu’on les en écarte. Mais ils ont pour l’égalité une passion ardente, insatiable, éternelle, invincible ; ils veulent l’égalité dans la liberté, et, s’ils ne peuvent l’obtenir, ils la veulent encore dans l’esclavage. Ils souffriront la pauvreté, l’asservissement, la barbarie, mais ils ne souffriront pas l’aristocratie3. »

La passion égalitaire qui anime le peuple démocratique peut porter atteinte aux formes du droit, ces protections nécessaires à la liberté individuelle et la compétence. La démocratie moderne marie en effet légitimité populaire et institutions « aristocratiques », c’est-à-dire des mécanismes de représentation visant à protéger l’individu de la tyrannie majoritaire et à promouvoir les esprits les plus utiles au bon fonctionnement du gouvernement.

Quand les mouvements politiques, certains syndicalistes, commentateurs ou journalistes appellent ouvertement à la violation du droit au nom de la volonté populaire s’installe ce despotisme de la base sur le sommet. C’est un esprit général de désordre qui ne peut aboutir à terme qu’à la guerre de tous contre tous, c’est-à-dire au règne de la subjectivité et de l’irrationalité élevées en absolu.

Qui souffle sur les braises du populisme ?

Qui pense que Macron est un dictateur ? Beaucoup d’opposants au gouvernement actuel soufflent sur les braises du populisme, sans pour autant s’investir pour protéger l’État de droit.

Les violences se multiplient dans le sillage de la contestation de la réforme des retraites, prenant la suite de celles des Gilets jaunes. Certains syndicalistes s’arrogent des pouvoirs exceptionnels et coupent arbitrairement le courant, des permanences politiques sont attaquées et des élus de la République sont conspués régulièrement.

Les démagogues d’extrême droite et d’extrême gauche flattent les passions basses de la multitude, espérant en retour accéder au poste de « dictateur » d’Emmanuel Macron. Pour surtout ne rien changer, ou appliquer les solutions qui ont abouti réellement à la servitude de millions de personnes sous le communisme.

Jeudi soir, ce sont des symboles factieux, dignes des ligues d’extrême droite des années trente, que l’on a vu en guise de protestation contre le président actuel. Très clairement, certains opposants au macronisme sortent du répertoire démocratique pour contester la légitimité même du sommet de l’État.

Franchement c’est nul ! pic.twitter.com/4VBzlj6nyz

— Laurent Alexandre (@dr_l_alexandre) January 24, 2020

Seulement rappelons qu’il n’y a pas que les démagogues d’extrême droite et d’extrême gauche qui utilisent la rhétorique maximaliste des populistes dans le débat public. Le gouvernement lui-même ne s’est pas gêné pour criminaliser les mouvements contestataires qui se sont levés contre sa politique fiscale ou sociale, participant ainsi à la démonétisation du lexique politique comme à la brutalisation des rapports sociaux.

La dictature, c’est la politique dans toute sa nudité. Si Carl Schmitt s’est intéressé à l’histoire de la dictature, ce n’est pas par un hasard malencontreux : théoricien de l’État et constitutionnaliste d’extrême droite proche un temps du régime nazi, il a élaboré sa conception « décisionniste » du droit en la faisant découler de l’arbitraire du Politique.

Celui-ci, dans son acception la plus pure, est un acte de la volonté qui ne se déduit d’aucune loi supérieure ou d’aucune norme. La décision politique peut créer le droit, ou éventuellement créer des politiques publiques, mais elle-même n’est liée qu’à la volonté souveraine de celui qui pose la décision. L’esprit du libéralisme politique s’attache à penser en sens contraire, et à développer les contraintes nomocratiques pour contenir l’arbitraire politique, à jouer le pouvoir contre le pouvoir, la loi et la morale contre la volonté de puissance de quelques-uns.

La France, par sa concentration anormale de pouvoir politique et économique au sommet comme par son incapacité à endiguer la spirale de la violence, est malade. Elle n’est pas encore la Chine, et Macron n’est pas encore Jinping.

 

  1. Carl Schmitt, La dictature, Seuil, (1921) 2000 p. 68.
  2. Même si c’est parfois encore insuffisant.
  3. Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Gallimard, T. II, II, I, p.142.

L’Europe centrale et de l’Est a choisi le libéralisme

Par Nicolas Lecaussin

Par Nicolas Lecaussin.
Un article de l’Iref-Europe

Une des blagues qui circulait sous le communisme racontait qu’un jour, Moscou avait donné la permission à tous ces pays sous le joug totalitaire de construire des autoroutes. Tous s’y sont mis et le projet fut le même partout : l’autoroute avait six bandes de circulation dont cinq pour rouler et une pour… doubler. Elle était à sens unique, vers l’Ouest.

La blague est aujourd’hui presque une réalité. Trente ans après la chute du Mur, ces pays regardent vers l’Ouest démocratique et ont choisi clairement le libéralisme économique.

C’est bien la thérapie de choc qui a marché à l’Est et non pas les conseils de M. Attali !

Mais, rappelons-le, à l’époque, en 1990, quelques donneurs de leçons, majoritairement Français, terriblement surpris par l’écroulement du système communiste, avaient mis en garde contre un passage trop rapide vers l’économie de marché.

Parmi eux, et Jean-François Revel le montre avec délice et justesse dans La Grande Parade, de nombreux socialistes, incapables de tirer les leçons de la faillite du marxisme et pressés de dicter à tous ces peuples lassés du socialisme une autre voie, plus étatiste que celle qu’ils voulaient suivre.

C’est au même moment que, comble de l’ironie, Jacques Attali, celui qui avait conseillé François Mitterrand lors du virage socialiste en 1981 en France, fût nommé à la tête de la BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement) qui devait accompagner les anciens pays communistes lors de la transition… capitaliste !

Ces « conseillers » ne cessaient pas de critiquer la fameuse « thérapie de choc » suivie par la Pologne mais aussi par d’autres pays comme la Hongrie, la République Tchèque, la Slovénie, les pays baltes.

Aujourd’hui, ces pays sont économiquement largement en avance par rapport à d’autres, comme la Roumanie ou la Bulgarie, qui avaient mis en place des réformes économiques plus tempérées. Ce n’est sûrement pas un hasard si la Pologne n’a pas été touchée comme d’autres États lors de la crise économique de 2009.

Alors, ces pays sont-ils vraiment « illibéraux », comme les qualifient certains analystes et journalistes ? S’il existe effectivement quelques écarts de la part des leaders politiques dans des pays comme la Hongrie, la Roumanie et, en partie, la Pologne, les règles démocratiques sont majoritairement respectées et, surtout, les libertés économiques l’emportent sur l’interventionnisme étatique.

Pas de la même manière partout, ni avec la même force, certes. D’abord, il fallait reconstruire sur les ruines de ces économies qui ne s’appuyaient sur rien de concret et dont les statistiques étaient truquées par les dirigeants du Parti communiste.

Même un pays comme l’Allemagne de l’Est, pourtant considérée comme la « vitrine du communisme », le pays « modèle », a mis des années et des années à retrouver un semblant d’économie de marché qui fonctionne.

Pourtant, la sœur de l’Ouest a d’abord procédé, dès 1990, à la parité des deux deutschmarks et, ensuite, elle lui a versé, entre 1989 te 1999, plus de 765 milliards d’euros, l’équivalent des 50 % du PIB de la RFA en 1989 !

Taux de chômage bas, fonds de pension, investissements massifs

Aujourd’hui, dans ces pays de l’Europe centrale et de l’Est, la croissance économique tourne autour de 3 ou 4 %. Les réformes qu’ils ont adoptées au début des années 1990 et ces dernières années s’inspirent largement du libéralisme économique.

Ils ont privatisé (ce qu’on pouvait faire) et ont ouvert à la concurrence des pans entiers de leurs économies en attirant des investisseurs du monde entier.

Les pays baltes, la République tchèque, la Roumanie, la Hongrie et la Bulgarie ont introduit dès la fin des années 1990 ou au début des années 2000 un impôt proportionnel (flat tax), le même pour tous, à des taux très bas. Il est de 10 % par exemple en Bulgarie.

Le taux de l’IS (impôt sur les sociétés), varie de 19 % en Pologne à 9 % seulement en Hongrie et au Monténegro contre 33 % en France.

Le taux des prélèvements obligatoires est en moyenne de 25 % du PIB dans ces pays alors qu’il est de 46 % en France, celui des dépenses publiques est autour de 37 % du PIB en moyenne contre 57 % en France.

Pour ce qui est de la taxe carbone – sujet, ô combien délicat et explosif en France – elle n’existe que dans un seul pays de cette région, la Pologne où elle est à 0,07 euro la tonne contre 44,6 euros la tonne en France !

Le taux de chômage dans ces pays est inférieur à 5 % (à 2,1 % en République tchèque, quatre fois moins élevé qu’en France).

Pratiquement partout, on a choisi la capitalisation comme pilier supplémentaire pour les retraites. Des fonds de pension se sont précipités dans ces pays pour investir et gérer l’épargne. En Roumanie pas exemple, plus de 7 millions de personnes sur une population de 23 millions d’habitants sont affiliées à des fonds de pension mis en place il y a 10 ans et qui gèrent environ 10 milliards d’euros (fin 2017). Le rendement annuel moyen a été de 8,15 % !

Il existe, bien sûr, des différences de développement entre ces États. La Slovénie, les pays baltes, la République tchèque, la Pologne sont plus riches que la Roumanie, l’Albanie ou la Bulgarie et se rapprochent à pas sûrs et rapides des niveaux de vie des pays occidentaux.

Les inégalités sont importantes dans ces pays mais nettement moindres qu’en Russie par exemple. Selon Eurostat, les risques de pauvreté et d’exclusion sociale sont les plus élevés en Roumanie et en Bulgarie et les plus bas (en Europe !) en Slovénie et République tchèque.

La corruption ronge encore certains de ces pays et les empêche de se développer encore plus. Mais les indicateurs économiques et sociaux montrent clairement une augmentation du niveau de vie : le PIB par habitant a été multiplié par 7,5 depuis 1990 dans un pays pauvre comme la Roumanie, passant de 1652 dollars par tête à 12 506 dollars.

Dans ces pays, l’idéologie anticapitaliste n’a pas beaucoup de succès

Ces données expliquent les résultats d’un récent sondage.

Mi-octobre dernier, le bien connu Pew Research Center a publié une étude sur l’opinion publique en Europe. On y apprend que, en 2019, en Pologne, l’approbation dans l’opinion publique du multipartisme et de l’économie de marché s’élève à 85 %. Elle est respectivement de 82 % et 76 % en République tchèque, de 74 % et de 71 % en Slovaquie, de 72 % et 70 % en Hongrie et de 70 % et 69 % en Lituanie. Même phénomène dans les régions de l’ex-Allemagne de l’Est avec 85 % et 83 % d’approbation.

Mieux, ces pays dans leur ensemble voient leur opinion publique majoritairement optimiste sur la situation économique actuelle avec en tête la Pologne (74 % d’approbation) contrastant avec celle de la France (37 %).

Le choix des réformes libérales paye, à condition de bien les appliquer et de les respecter. Ceux qui, en Occident, voulaient « réformer » le communisme en 1989 se trompaient lourdement. On ne peut pas « réformer » ou « perfectionner » le communisme », l’utopie socialiste a fait faillite partout et, jusqu’à la preuve contraire, il n’existe qu’un seul système qui fonctionne, le capitalisme libéral.

C’est bien Reagan qui a eu raison, pas Mitterrand. Les peuples de l’Est l’ont bien compris, il faudrait qu’on le comprenne en France aussi pour guérir cette sclérose étatiste et cette pathologie dirigiste qui nous handicapent terriblement.

Sur le web

Norman Borlaug, père de la révolution verte – Les Héros du progrès (1)

Par Alexander Hammond
Norman Borlaug

Par Alexander Hammond.
Un article de HumanProgress.org

Les Héros du Progrès est une rubrique qui donnera un bref aperçu des héros méconnus  du progrès, qui ont contribué de manière extraordinaire au bien-être de l’humanité. Ce héros peut être n’importe qui : un scientifique qui a inventé un vaccin sauvant des millions de personnes, un politicien dont les idées ont permis à une nation de passer de la pauvreté à la prospérité.

Décédé le 12 septembre 2009, Norman Borlaug est considéré comme le « Père de la Révolution verte ».

Norman Ernest Borlaug est un agronome et humaniste américain né dans l’Iowa en 1914. Après avoir obtenu un doctorat de l’Université du Minnesota en 1944, Borlaug part pour le Mexique se consacrer au développement agricole pour la Fondation Rockefeller. Bien que le groupe de travail de M. Borlaug ait été créé pour enseigner aux agriculteurs mexicains des méthodes permettant d’accroître la productivité alimentaire, l’obsession de Borlaug a rapidement été de développer des cultures plus performantes (c’est-à-dire à haut rendement et résistantes aux parasites et au climat).

Ainsi que l’écrit Johan Norberg dans son livre de 2016 Progress :

« Après des milliers d’essais de croisements de blé, Borlaug réussit à mettre au point un hybride à haut rendement, résistant aux parasites et insensible au temps d’exposition à lumière du jour, donc pouvant être cultivé sous différents climats. Il s’agissait principalement d’une variété naine, car les blés de grande taille dépensent beaucoup d’énergie pour développer des tiges qui ne sont pas comestibles et s’effondrent lorsqu’ils poussent trop vite. Ce nouveau blé a été rapidement introduit dans tout le Mexique. »

En 1963, 95 % du blé mexicain était de la variété Borlaug et la récolte de blé a été six fois plus importante que lorsque Borlaug était arrivé dans le pays 19 ans plus tôt.

Norberg continue :

« En 1963, Borlaud part pour l’Inde et le Pakistan où il se trouve confronté à la menace d’une famine massive. Il commande immédiatement 35 camions de semences à haut rendement pour les transporter du Mexique à Los Angeles, afin de les expédier de là ».

Malheureusement, dès le départ, le convoi de Borlaug a été confronté à des problèmes ; retenu par la police mexicaine, bloqué à la frontière américaine en raison d’une interdiction d’importation de semences, il est ensuite été freiné par des manifestations qui ont obstrué le port de Los Angeles.

Enfin, la cargaison de Borlaug commence son voyage vers l’Inde, mais elle est loin d’être en bon état.

Avant même que les semences n’atteignent le sous-continent, les monopoles d’État indiens ont commencé à faire pression contre la cargaison de Borlaug, puis, une fois à terre, on a découvert que la moitié des semences avaient été détruites par une fumigation excessive à la douane.

Comme si cela ne suffisait pas, Borlaug apprend que le gouvernement indien prévoit de refuser les importations d’engrais parce qu’il « veut développer son industrie nationale des engrais ». Heureusement, cette politique a été abandonnée quand Borlaug a fustigé le vice-Premier ministre indien.

Borlaug notera plus tard : « Je suis allé me coucher en pensant que le problème était enfin résolu et je me suis réveillé en apprenant aux informations que la guerre avait éclaté entre l’Inde et le Pakistan ».

En plein milieu de la guerre, Borlaug et son équipe continuèrent à travailler sans relâche pour planter des graines. Souvent, depuis les champs, on voyait les éclairs des tirs d’artillerie.

Malgré des semis tardifs, les rendements en Inde augmentèrent de 70 % en 1965. Le succès avéré de ses récoltes, ainsi que la crainte d’une famine en temps de guerre, ont permis à Borlaug d’obtenir le feu vert des autorités pakistanaises et indiennes pour déployer son programme à plus grande échelle. La récolte suivante fut encore plus abondante et la famine liée à la guerre fut évitée.

Les deux pays ont fait l’éloge de Borlaug. Le ministre pakistanais de l’Agriculture est passé à la radio pour saluer les nouvelles variétés de semences, tandis que son homologue indien est allé jusqu’à cultiver le blé de Borlaug sur son terrain de cricket. Après un énorme envoi de semences en 1968, la récolte a connu un boom dans les deux pays. On raconte qu’il n’y avait pas assez de personnes, de chariots, de camions ou d’installations de stockage pour faire face à cette abondante récolte.

Cette extraordinaire transformation de l’agriculture asiatique dans les années 1960-1970 a presque éradiqué la famine de tout le continent. En 1974, les récoltes de blé avaient triplé en Inde et, pour la première fois, le sous-continent est devenu un exportateur net de cette semence. Norberg note qu’aujourd’hui, l’Inde et le Pakistan « produisent sept fois plus de blé qu’en 1965. Malgré une population en forte augmentation, les deux pays sont bien mieux nourris qu’auparavant ».

Le blé de Borlaug et les variétés de riz nain qui ont suivi sont à l’origine de la révolution verte. Après la guerre indo-pakistanaise, Borlaug a passé des années à travailler en Chine et, plus tard, en Afrique.

En 1970, Norman Borlaug a reçu le prix Nobel de la paix pour ses réalisations. Il est l’une des sept rares personnes à avoir reçu à la fois la Médaille d’or du Congrès et la Médaille présidentielle de la Liberté, en plus du prix Nobel de la paix. On raconte qu’il a été particulièrement comblé lorsque les habitants de Sonora, au Mexique, où il a fait certaines de ses premières expériences, ont donné son nom à une rue.

Le travail de Norman Borlaug a indéniablement changé le monde pour le mieux, et en sauvant environ un milliard de vies, il mérite vraiment d’être notre premier héros du progrès.

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Histoire des idées économiques : Alfred Marshall, le « Prince des économistes »

Par Serge Schweitzer

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« Sortir de la croissance », par Éloi Laurent

Par Thierry Godefridi
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Éloi Laurent commence son essai Sortir de la croissance en posant la question : « La croissance, illusion ou mystification ? » et en citant Greta Thunberg qui, à l’âge de 15 ans, le 15 décembre 2018, s’adressa à la COP24 en ces termes :

« La croissance économique, éternelle, voilà la seule chose dont vous parlez. Continuer avec les mêmes mauvaises idées qui nous ont conduits dans l’impasse où nous sommes, voilà tout ce que vous proposez. »

Pour Éloi Laurent, économiste à l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), la croissance est un concept obsolète. En lui accordant une place primordiale, la théorie économique a négligé d’autres instruments de mesure du bien-être et nous expose à des risques d’implosion à cause des inégalités sociales et d’explosion à cause de la dégradation des écosystèmes, le tout sur fond de crise de la démocratie.

Or, entend-il démontrer, « chiffres à l’appui », depuis la grande crise de 2009, en France, l’augmentation du pouvoir d’achat et la création d’emplois ont été décorrélées de la croissance du PIB. En outre, une fixation sur cette dernière empêche de tenir compte d’autres aspects essentiels, tels que la santé, le bonheur et la viabilité des écosystèmes. La croissance économique ne constitue pas une solution, elle est le problème.

Éloi Laurent fait remonter la dévotion aux nombres à la tradition philosophique de Pythagore et de ses disciples. Instruments de connaissance propres aux mathématiques et à la physique, ils se sont transformés en « outils de puissance politique et de contrôle social », sous-entendu, on l’imagine, au profit de ceux qui bénéficient de la croissance économique et des inégalités sociales qui en résultent et au détriment des laissés-pour-compte et de l’environnement. Il écrit :

« Contrairement à ce que pensent les forcenés et les utilitaristes de la croissance, nous n’avons plus besoin du PIB. Il est devenu un obstacle à notre compréhension comme à notre réforme du monde. »

Le PIB ne suffit plus à représenter la complexité économique et sociale des sociétés modernes et, en tant qu’indicateur destiné à concevoir et à évaluer une politique, il est, par conséquent, périmé.

Qui plus est, c’est sur l’obsession pour la croissance économique qu’il convient de s’interroger, et pas seulement sur sa mesure, car le PIB n’est qu’un paramètre parmi d’autres (emploi, revenu…) du bien-être économique qui n’est qu’une partie du bien-être humain et, au delà, du bien-être social, lesquels doivent s’inscrire dans une perspective de résilience et soutenabilité.

À ces différents horizons, Éloi Laurent fait correspondre une échelle d’action qui va des communautés locales à une gouvernance mondiale.

Afin de « Sortir de la croissance », l’auteur plaide pour une approche pluraliste et le remplacement du PIB par les nombreux indicateurs de bien-être, de résilience et de soutenabilité qui existent déjà et qui permettraient de voir le monde tel qu’il est, à commencer par la « crise des inégalités qui se développe partout dans le monde depuis une trentaine d’années et qui cause des dégâts sociaux et environnementaux colossaux ».

Pour Éloi Laurent, mieux que tout argument l’expérience de la Chine valide ses idées : la croissance ne diminue pas les inégalités et ne contribue pas au bonheur ; le libéralisme économique n’engendre pas le libéralisme politique ; la croissance ne remédie pas aux crises écologiques. S’agissant du bien-être, il cite les travaux récents d’un William Easterlin sur le bien-être subjectif des Chinois, mais ne précise pas si une quelconque expérience personnelle lui a permis d’en corroborer les résultats sur le terrain.

Quoi qu’il en soit, si le mode d’emploi de la transition de la croissance vers le bien-être implique de modifier le mix énergétique mondial actuel « fait à 80 % d’énergies fossiles, qui aggravent le changement climatique et menacent le bien-être humain », il ne reste plus qu’à convaincre la Chine et les États-Unis du bien-fondé de l’instauration d’une gouvernance mondiale.

Si le discours de mardi du Président des États-Unis au World Economic Forum de Davos incitait à l’optimisme, il ne consistait pas à établir un directorat du bien-être universel sous l’égide des Nations unies et gageons que la Chine ne soit pas prête à renoncer à sa souveraineté, ni à ses aspirations hégémoniques. Reste l’Europe « sociale-écologique » : par quelle « mythologie économique » sauvera-t-elle son État-providence ? (Photo : World Economic Forum)

Sur le web

Pourquoi sommes-nous attirés par des partenaires ressemblant à nos parents ?

Par The Conversation

Par Tamsin Saxton1.
Un article de The Conversation

Avez-vous jamais pensé à la ressemblance familiale troublante entre un de vos amis et sa partenaire ? Ou vous êtes-vous demandé un bref instant si ce couple marchant dans la rue était mari et femme, ou bien frère et sœur ? Vous pourriez ne rien imaginer du tout. Les animaux de nombreuses espèces « reconnaissent » qu’un partenaire conviendra en fonction de sa ressemblance avec ses propres parents, et il en va de même, semble-t-il pour les humains.

Les scientifiques savent depuis longtemps que les espèces animales comme les oiseaux, les mammifères et les poissons choisissent des partenaires semblables à leurs géniteurs. Cela s’appelle l’empreinte sexuelle positive. Par exemple, si une maman chèvre s’occupe d’un bébé mouton, ou si une maman mouton prend soin d’un bébé chèvre, alors ces bébés, devenus grands, tenteront de s’accoupler, non pas avec un membre de leur propre ascendance, mais avec quelqu’un de celle de leur mère adoptive.

Les humains, semble-t-il, font de même. Quand vous demandez aux gens de se prononcer, à partir de photographies, sur les similitudes entre des couples hétérosexuels et leurs parents, il en résulte une image fascinante. En gros, les femmes tendent à choisir des partenaires dont le visage présente des similitudes avec celui de leur père, tandis que les hommes préfèrent souvent des partenaires ressemblant un peu à leur mère. L’air de famille ne s’arrête pas au visage : on observe également, qu’en moyenne, il existe de subtils traits communs entre partenaire et parent concernant la taille, la couleur des cheveux et celle des yeux), les caractéristiques ethniques et, même, le degré de pilosité du corps.

Est-ce un couple ou un frère et une sœur ? Teeejayy/Flickr, CC BY-SA

Mais quel est le fond du problème ? Puisque nous avons tendance à ressembler à nos parents, alors comment savons-nous qu’un individu ne choisit pas son partenaire, simplement par ce qu’il lui ressemble ? Nous savons qu’une telle ressemblance influe sur le choix de l’être aimé. Mais de nombreuses études suggèrent que cela ne constitue pas le fin mot de l’histoire. L’une de ces études portant sur des femmes adoptées montre qu’elles tendent à préférer un mari présentant des traits similaires à ceux de leurs pères adoptifs.

Nous savons aussi qu’en général les hétérosexuels se montrent davantage attirés par quelqu’un(e) ressemblant au parent du genre opposé plutôt que par le parent appartenant au même sexe que lui (ou elle). De plus, la recherche a montré que l’apparence physique n’était pas le seul critère pris en compte, mais qu’importait tout autant celui du rapport entretenu avec ce parent. Les personnes mentionnant des relations positives avec leur père ou leur mère pendant leur enfance sont davantage susceptibles de se sentir attirées par des partenaires présentant l’apparence de ce même parent.

Aversion contre attraction

Il n’est pas question ici du complexe d’Œdipe revisité.

Oedipe conduit par Antigone, fille de son union incestueuse avec sa mère Jocaste. Antoni BRODOWSKI/Wikipédia, CC BY-SA

Sigmund Freund estimait que les enfants éprouvaient une attirance sexuelle pour leurs parents, mais la refoulaient. Cette recherche ne démontre en aucun cas que nous désirons secrètement nos père et mère, mais simplement que nous avons tendance à éprouver de l’attraction pour des personnes qui leur ressemblent un tant soit peu. Nous avons plutôt tendance à ne pas être attirés par les membres de notre famille proche. Par exemple, les gens repoussent violemment l’idée même de rapports sexuels entre frères et sœurs.

Cette aversion semble se développer automatiquement à travers deux processus distincts. Le premier élimine toute attirance envers ceux avec qui nous passons beaucoup de temps pendant notre enfance ; le second enlève toute attraction pour un enfant dont notre mère prend grand soin. Le rejet sexuel envers nos frères et sœurs pourrait bien être le moyen trouvé par la nature pour s’assurer que nous n’essayons pas de copuler avec quelqu’un de trop proche afin d’éviter un risque accru de désordres génétiques pour la descendance.

Ce phénomène d’aversion est appelé l’empreinte sexuelle négative. Cependant, une attraction sexuelle peut se déclencher entre des frères et sœurs qui, ayant été très tôt séparés, se retrouvent quand ils sont adultes.

Mais à quel moment développons-nous ces préférences ? Peut-être est-ce tôt dans notre vie que nous trouvons attractif le physique de nos parents. Après quoi nous ne nous soucions plus de cela avant de le laisser remonter finalement à la surface quand nous sommes prêts à nouer des relations adultes. Ou peut-être des expériences plus récentes se superposent à cet apprentissage antérieur ?

Pour le tester, j’ai demandé à des femmes adultes hétérosexuelles de me parler des rapports avec leurs parents à différentes étapes de leur propre développement. Et j’ai mesuré à quel point leurs préférences actuelles correspondaient à l’apparence physique de leurs père et mère.

J’ai découvert que les femmes ayant entretenu une meilleure relation avec leurs parents après la puberté se montraient plus enclines à aller vers des partenaires possédant des yeux de la même couleur que lesdits parents. A contrario, si une femme était proche de ses parents beaucoup plus tôt dans la vie, elle était moins disposée à choisir un partenaire de même couleur d’yeux que ses ascendants.

En science, nous aimons toujours répliquer les résultats avec des échantillons variés et des méthodologies avant de généraliser les résultats trop rapidement. Jusqu’à présent, le schéma étonnant que cette toute première étude suggère est qu’il pourrait exister de complexes modèles de développement sous-jacents à notre construction de l’image d’un partenaire idéal. Peut-être ce qui est à l’œuvre, ce sont à la fois les actions des empreintes sexuelles positives et négatives.

Mais une question demeure. Si les préférences liées à la ressemblance avec les parents existent au sein de populations différentes, alors quelle est l’explication biologique de cette attitude ? Il se trouve que s’accoupler avec un membre lointain de la famille est le meilleur pari possible, biologiquement parlant, pour donner naissance à beaucoup d’enfants en bonne santé.

Une possibilité : si vous êtes attiré par des personnes ressemblant à vos parents, il y a des chances que vous craquiez pour des membres éloignés de votre famille. Cela pourrait vous donner de meilleures chances d’engendrer davantage de rejetons sains et, du coup, ce comportement persiste.

En dépit de cette recherche, si vous en veniez à me dire que votre partenaire n’a aucun trait commun avec votre père ni votre mère, je ne serais pas surprise. La ressemblance avec ses parents ne vient probablement pas en tête de liste des souhaits de quiconque.

Comme beaucoup de gens, vous désirez certainement un partenaire gentil, intelligent et séduisant. Mais, toutes choses étant égales par ailleurs, ce sentiment confortable de familiarité pourrait tout de même suffire à déclencher une relation, ou à maintenir des sentiments de confiance dans la relation.

Sur le web-Article publié sous licence Creative Commons

  1. Senior Lecturer in Psychology, Northumbria University, Newcastle .
À partir d’avant-hierContrepoints

Les infâmes méthodes d’Oxfam

Par Simone Wapler
Oxfam

Par Simone Wapler.

Chaque année, à la même époque, OXFAM connaît un moment de gloire médiatique en dénonçant les « riches » avec son rapport sur les inégalités émaillés de statistiques pour la plupart aussi tapageuses qu’insignifiantes.

Le cru 2020 ne déçoit pas. Il livre en pâture Bernard Arnault à la vindicte populaire.

Un exemple illustre parfaitement l’écart titanesque entre les plus fortunés et le reste de la population française. Imaginez : vous vivez depuis la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789 (oui, nous vous dotons d’une très longue vie !). Depuis cette date, vous avez pu économiser 8000 euros par jour (imaginez !). Aujourd’hui, plus de 84 200 jours plus tard, votre fortune s’élève à plus de 673 millions d’euros. Et bien, malgré tout cela, cette fortune n’équivaudrait qu’à 1 % de celle de Bernard Arnault, l’homme le plus riche de France. Sa richesse estimée ? 67 milliards d’euros ! Et ce n’est pas près de s’arrêter. En 2019, Bernard Arnault a été l’homme d’affaires qui a engrangé le plus de richesse dans le monde.

La fortune de Bernard Arnault

Le calcul de la première partie est censé vous démontrer le côté « inhumain » de la fortune de Bernard Arnault.

La vision simplette d’Oxfam oublie au passage les prébendes de l’État.

Si je mets de côté tous les jours 8000 euros, la fiscalité s’occupera de m’en délester d’une partie. Elle oublie aussi les faillites publiques, dévaluations, inflations changements monétaires. Elle méprise la capitalisation mais le but était de tomber sur 1 %, histoire de marquer les esprits.

Signalons qu’il faudrait que 36 Bernard Arnault donnent l’intégralité de leur fortune « estimée » pour rembourser la dette publique française, résultat d’un demi-siècle de mauvaise gestion de nos affaires publiques et de redistribution stérile.

Mais d’où vient la richesse « estimée » de Bernard Arnault ?

L’a-t-il gagnée en mettant un pistolet sur la tempe de pauvres diables, en employant des enfants, en réduisant des femmes en esclavage ? Non. Il l’a gagnée en montant un groupe spécialisé dans la fabrication et la commercialisation de produits de luxe.

Il existe une différence de taille entre un Bernard Arnault (LVMH) et un dirigeant salarié d’Oxfam à la paye substantielle, équivalente à 100 fois le salaire moyen de 1,725 milliard de personnes : personne ne nous oblige à choisir un sac de marque, à boire un champagne prestigieux ou à nous arsouiller au cognac. En revanche, nos impôts subventionnent à plus de 50 % Oxfam et dans ce cas nous n’avons pas choisi la destination de notre argent.

Le capitalisme de copinage

Dans d’autres secteurs, de nombreux grands groupes industriels pratiquent par ailleurs un « capitalisme de copinage » se procurant une rente à coups de subventions, incitations, réglementations comme le dénonce Guillaume Moukala Same :

L’État est la voie par laquelle ceux qui ne peuvent pas obtenir ce qu’ils veulent par le consentement d’autrui peuvent l’obtenir grâce au pouvoir coercitif. C’est donc tout naturellement que les hommes d’affaires sans scrupule se pressent et se bousculent à la porte du Pouvoir pour solliciter l’État.

À ce titre, une fortune amassée dans les « énergies renouvelables », l’industrie de l’armement, la pharmacie ou d’autres secteurs largement subventionnés pourrait-être mise en doute MAIS personne n’est contraint d’acheter un produit de luxe produit par LVMH.

Aucun contribuable ne les subventionne.

Pourquoi la redistribution serait-elle plus « juste » que la distribution initiale ?

Qu’est ce qui permet à ceux qui poussent leurs solutions politiques de taxation-redistribution d’affirmer que c’est le cas et, par conséquent, de réclamer le monopole de la violence légale sur les droits de liberté, de propriété et de résistance à l’oppression de leurs concitoyens ?

Rien, si ce n’est peut-être un vilain sentiment : l’envie.

On trouvera toujours une majorité de gens disposés à confisquer une partie des biens d’autrui ; [et] il se trouvera toujours des hommes politiques pour appuyer cette revendication. (Philippe NemoPhilosophie de l’impôt)

C’est ainsi qu’en France, notre personnel politique, atteint de La rage de l’impôt, vote des impôts qu’il ne paie pas et vit grassement de l’argent des autres. Lorsque qu’un de ces professionnels de la redistribution quitte la politique, comme Cécile Duflot, c’est pour une confortable sinécure comme celle d’Oxfam au service de la promotion de ce système.

En réalité, Oxfam ne milite pas contre la pauvreté, ni même contre les inégalités injustes. Oxfam milite pour l’impôt et la confiscation.

« Ces inégalités ne sont en rien une fatalité, mais bien le résultat de choix politiques. Elles sont la conséquence de politiques sociales et fiscales qui réduisent la participation des plus riches, entreprises et particuliers, à l’effort de solidarité par l’impôt et qui fragilisent ainsi le financement de services publics essentiels. »

Rappelons que la France est championne du monde des impôts.

Nos services publics sont-ils les meilleurs du monde ? Nos hôpitaux irréprochables ? Notre enseignement de qualité ? Nos trains propres, sûrs et ponctuels ? Est-ce la faute de Bernard Arnault ?

LREM / RN : omniprésents dans les médias, inexistants sur le terrain

Par Jonathan Frickert
municipales

Par Jonathan Frickert.

Saccages, vandalisme, coupures de courants intempestives… La contestation contre la réforme des retraites a passé un nouveau cap en ce début d’année. Au cœur de ces actes : la CGT.

Par sa volonté de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur, l’organisation dirigée par Philippe Martinez semble glisser de plus en plus vers un autre type d’organisation, visée cette fois par le Code pénal.

Cependant, à la manière des Gilets jaunes, le parallèle avec la crise politique actuelle effleure rapidement l’esprit, tant l’étouffement démocratique, déjà présent en France du fait de la faible part de démocratie directe ou semi-directe, s’est exacerbé ces trois dernières années.

À l’époque des réseaux sociaux, la polarisation et le manichéisme sont devenus les nouvelles règles du débat public.

Mais cette violence n’est pas uniquement le fruit des nouveautés de l’époque. La crise démocratique qu’a révélée l’émergence des Gilets jaunes n’est pas issue uniquement de Twitter, mais également du nouveau paysage politique depuis 2017.

Cette très forte polarisation du débat correspond en effet à une pratique du pouvoir typiquement française et exacerbée sous la présidence d’Emmanuel Macron. La République en Marche soutenant un président jupitérien s’est laissé pour seul adversaire un Rassemblement national tenant tout entier sur le culte du chef, du moment qu’il s’appelle Le Pen.

Au sein de ce marasme, les partis traditionnels, davantage implantés au niveau local, sont devenus nationalement inaudibles du fait de la saturation de l’espace médiatique.

Une situation qui interroge à deux mois des élections municipales, alors que les deux partis structurant notre vie politique disposent de très peu d’élus municipaux.

Une absence de relais de terrain qui n’est pas pour rassurer sur l’état de notre démocratie.

Enjamber les élections municipales

Marine Le Pen s’intéresse t-elle vraiment aux élections municipales ?

Le moment est peut-être révélateur pour la finaliste de la dernière élection présidentielle. Habituée, comme son père, à déclarer sa candidature très en avance, Marine Le Pen a fait le choix d’annoncer sa candidature à l’élection présidentielle en marge de ses vœux à la presse, le 16 janvier dernier.

Une habitude révélatrice des priorités de son parti. Ce dernier est très peu implanté localement et ne dispose que d’une petite trentaine de mairies sur les 36 000 que compte l’Hexagone. Marine Le Pen a ainsi déclaré sa candidature deux mois avant un scrutin municipal qu’elle semble avoir balayé d’un revers de main.

Le culte du chef pour seule opposition

Cette décision intervient également bien avant la réunion du congrès du Rassemblement national qui devra choisir son candidat l’année prochaine. Une simple formalité pour un parti dirigé de père en fille et sans doute bientôt de tante en nièce depuis près de 47 ans.

Comme en 2012 et en 2017, la benjamine de Jean-Marie Le Pen s’est une nouvelle fois targuée de préparer son projet avec la société civile, voire de nouer des alliances avec des partis fantômes généralement là pour la mettre en avant, à la manière du SIEL, fondé en 2012 par l’essayiste souverainiste Paul-Marie Couteaux et qui a disparu dans les limbes de notre histoire politique contemporaine.

Autant de paroles incapables de masquer la véritable nature du pouvoir qu’incarne le parti nationaliste.

Le culte du chef y est omniprésent depuis sa création et ne s’embarrasse pas de débat sur la personnalité la plus à même d’incarner les idées du parti. Ce dernier est une machine au service d’une personne, pour elle-même et non pour les idées qu’elle incarne.

Cette configuration centralisée se retrouve largement dans les campagnes locales, qu’elles soient départementales ou municipales. Les affiches des candidats affublent ces derniers de messages très clairs : ils sont là car la présidente les a choisis, non parce qu’ils incarnent quelque chose localement.

Cette personnalisation du mouvement rapproche le parti lepeniste de la majorité présidentielle, dont il est le principal opposant au niveau national malgré un débat d’entre-deux tour vaudevillesque qu’à un débat pour la direction d’un État disposant de la bombe atomique.

En effet, le culte du chef présent au RN depuis sa création n’est pas sans rappeler la présidence jupitérienne d’un Emmanuel Macron.

La circulaire de la débâcle

Christophe Castaner donne-t-il le bâton pour se faire battre ?

À moins de deux mois d’un scrutin municipal compliqué pour la majorité, son ministère a édicté une circulaire relative à l’attribution des nuances politiques aux candidats aux élections municipales. Elle vise à augmenter le seuil à partir duquel les préfets et sous-préfets attribueront une nuance politique aux candidats. Auparavant de 1000 habitants, ce seuil est désormais multiplié par neuf.

Entraînant une levée de boucliers des républicains et des socialistes, l’acte aurait été une demande des maires ruraux lassés des étiquetages arbitraires. Ces derniers n’imaginaient toutefois pas un seuil si élevé puisque l’Association des maires ruraux de France (AMRF) proposait 3500 habitants, soit le seuil en vigueur en 2008.

Seulement, le nouveau seuil de 9000 habitants concerne la moitié de la population française et 96 % des communes du territoire. De quoi faire dire à l’opposition que l’objectif politique est bel et bien de masquer une probable défaite d’un parti présidentiel depuis toujours en froid avec les territoires ruraux.

Une mesure à première vue légitime puisque la couleur politique est un élément négligeable dans les petites et moyennes communes, dans un contexte d’étouffement des partis disposant de puissants relais locaux, l’absence d’affichage de la couleur politique des maires nouvellement élus empêchera à ce scrutin d’avoir un rayonnement national.

Un élément qui leur fait défaut du fait de la saturation de l’espace médiatique par les deux derniers finalistes de l’élection présidentielle.

Le ministre de l’Intérieur a beau évoquer la possibilité pour les candidats de revendiquer une couleur politique, modifier ce seuil n’est pas une nouveauté. En 2008, 88 % des communes étaient déjà concernées par cette mesure contre 71 % en 2014. L’évolution ne suit semble t-il pas de logique propre mais paraît relever d’un tâtonnement administratif.

Il reste que cette hausse est suffisamment importante et le moment suffisamment critique pour la majorité pour que cette modification donne l’impression d’une fâcheuse coïncidence, d’autant que l’Association des maires de France a récemment fait savoir sa désapprobation.

En limitant la coloration politique aux villes de plus de 9000 habitants, le parti présidentiel semble anticiper un résultat révélateur de sa vraie nature : celle d’un parti urbain dans une France encore très rurale dont les seuls moyens de communication sont ces scrutins locaux. De quoi donner du grain à moudre à une violence de plus en plus présente dans la sphère publique…

Mieux encore, cette circulaire permet à la majorité de s’attribuer des mairies conquises par ses adversaires politiques. « Divers centre » sera ainsi attribué aux candidats qui, sans être investis par la majorité ou ses alliés, auront son soutien.

L’exemple le plus typique est celui du maire LR de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, soutenu par son parti et qui pourrait bien être comptabilisé « DVC » sous l’effet de cette circulaire.

La circulaire Castaner n’est toutefois pas qu’une affaire de querelle politicienne, puisqu’elle a fait l’objet de nombreux recours au Conseil d’État.

Simple ajustement ou stratégie politique destinée à masquer une inévitable bérézina ? L’avenir le dira, mais le scrutin s’annonce compliqué.

Une majorité divisée

L’exemple le plus criant est sans doute Paris, dont plusieurs arrondissements ont établi des records en faveur du président élu.

Cela n’empêchera toutefois pas la capitale de rester vraisemblablement dans le giron des partis traditionnels. Les derniers sondages évoquent un duel LR-PS avec une avance notable pour la maire sortante.

Une débâcle attendue non pour des raisons strictement électorales, mais politiciennes. Comme souvent lorsqu’une ville est jugée imperdable mais qu’aucun candidat légitime n’émerge, la majorité s’est déchirée à coup de noms d’oiseaux dignes d’une classe de CP. Un gâchis électoral quand on sait que l’arithmétique joue en faveur de Benjamin Griveaux et de Cédric Villani, respectivement crédités de 15 et 13 % des intentions de vote, soit un total de 28 %, dépassant de 3 points la maire sortante qui fait la course en tête.

En province, les élections ne s’annoncent pas plus favorables. Étrange pour un parti qui s’est voulu partir du terrain puisque né d’une opération de porte-à-porte.

En effet, la situation s’y annonce naturellement plus compliquée. Si un tiers des grandes villes serait concerné par des candidatures dissidentes, la catastrophe semble telle que le parti aurait déjà demandé à ses candidats de ne pas utiliser le logo du parti.

Cette raclée annoncée n’est que la conséquence de ce qu’est LREM. Le parti présidentiel a parachevé le mouvement centripète des élites politiques. Sa pratique finalise le jacobinisme présidentiel.

Il n’est pas étonnant de voir les collectivités locales suivre le même mouvement. Sous couvert de décentralisation, la France ne fait que recentraliser des compétences au profit des régions et surtout, cas qui nous intéresse ici, des grandes zones urbaines.

Il serait tentant de voir Emmanuel Macron comme l’incarnation de la superstructure politique suivant l’évolution de l’infrastructure sociale, mais cette dernière n’est elle-même que le fruit des contrefaçons politiques.

Le despotisme en marche

On peut reprocher énormément de choses au général de Gaulle. Étatiste notoire malgré une période libérale remarquée, l’homme du 18 juin appuyait sa stature sur un soutien populaire.

Il a ainsi installé un important réseau d’élus locaux, portant une des principales forces politiques françaises jusqu’en 2017. Un appui dont ne peuvent se targuer les deux nouveaux partis structurant le paysage politique français.

Deux partis correspondant à la tradition française : idéologiquement étatistes, institutionnellement jacobins et politiquement bonapartistes.

La crise des Gilets jaunes a montré les dangers de ce type de politique. S’appuyer sur un adversaire dont on sait qu’il ne pourra jamais l’emporter est particulièrement dangereux. Ce danger n’est pas, contrairement à ce qu’évoquent de nombreux commentateurs, dans l’isoloir, mais dans les rues.

La France est un pays de guerres civiles. La tendance française à calmer les colères par des perfusions d’argent public plutôt que par l’instauration de véritables mécanismes démocratiques ne doit pas le faire oublier.

Une époque tocquevillienne

Dans De la Démocratie en Amérique, évoquant le nombre conséquent d’associations et de partis politiques aux États-Unis, Alexis de Tocqueville rappelait la nécessité des libertés communales :

« Il n’y a pas de pays, écrit-il, où les associations soient plus nécessaires, pour empêcher le despotisme des partis ou l’arbitraire du prince, que ceux où l’état social est démocratique »

Tocqueville opère un parallèle avec ce qu’il appelle les « nations aristocratiques » où l’absence de l’aspiration totalitaire à l’égalité des conditions a évité la destruction des corps intermédiaires.

Nous vivons définitivement une époque tocquevillienne.

Loi contre la haine : préparez-vous à la censure généralisée… et externalisée !

Par Frédéric Mas

Par Frédéric Mas.

Lundi 20 janvier un collectif d’associations féministes, LGBTI et antiracistes prenait la plume dans Libération pour mettre en garde contre les effets pervers de la loi contre la haine sur internet. La loi en question prévoit en effet d’obliger les plateformes à fermer tout contenu illicite signalé en 24 heures. Ce n’est plus le juge, mais les plateformes elles-mêmes qui seront en charge de la censure, au risque, en cas de non-exécution, de sanctions financières.

Bien que partant de la volonté de protéger les minorités contre le cyberharcèlement, le texte promet, aux yeux des signataires du texte, de se retourner contre les acteurs, qu’ils soient journalistes, militants ou chercheurs, qu’il cherche à défendre sur le papier. L’épée de Damoclès que constitue cette obligation de retrait ne peut en pratique être respectée que par les grosses plateformes où la censure est automatisée, comme pour Facebook ou twitter : « La loi poussera les plateformes à durcir ces filtres automatiques, risquant d’entraîner une censure massive de contenus licites, et en premier lieu les contenus produits par celles et ceux qui dénoncent les violences en ligne ».

Un amendement plus liberticide encore

Mardi soir, la situation se dégrade encore un peu plus. La Quadrature du Net signale qu’un amendement à ladite loi vient en aggraver le caractère liberticide, si cela était encore possible. Ce n’est plus en 24 heures, mais en une heure que les contenus illicites devront être retirés des plateformes en cas de signalement terroriste ou d’abus sur mineurs. Innovation majeure dans ces deux cas, la police décidera seule des contenus terroristes, sans passer par un juge. On sait à quel point le sens du mot « terroriste » peut être extensible. Le spectre de la censure préalable de l’État réapparaît, et sans la médiation de l’État de droit.

Comme pour le collectif des associations protectrices des minorités, la Quadrature du Net met en garde contre les effets de l’obligation de censurer les contenus illicites en un temps ridiculement court : seules les grosses plateformes peuvent s’en sortir, et pourront fournir la censure automatisée nécessaire à la modération des plus petites. Non seulement des sanctions financières sont prévues pour faire plier les récalcitrants, mais la police pourra exiger que les fournisseurs d’accès à Internet empêchent l’accès à cette plateforme depuis la France.

Une loi autoritaire et au profit du pouvoir sous toutes ses formes

Nous constatons donc l’alliance entre une censure lourde, la concentration des pouvoirs dans les mains du politique et la cartélisation de la censure au profit de quelques grosses plateformes, le tout sous couvert de bonnes intentions.

En remettant de facto à la censure automatique l’essentiel du tri entre bon et mauvais contenu, on se condamne à l’autocensure et à la pénalisation de contenus licites passés entre les mailles du filet posé par les algorithmes. Tout le monde a déjà éprouvé les limites de la censure automatique sur les réseaux sociaux. Elle est loin d’être parfaite, et n’est pas capable de délibérer correctement sur les cas litigieux, ce qui entraîne toujours la nécessité d’arbitrages humains.

Le pouvoir donné à la police de définir ce qui est de l’ordre du contenu terroriste, pouvoir donné sans doute au nom de l’efficacité et de la vitesse d’exécution de la décision, est proprement renversant, en particulier à un moment où les accusations de violences policières se multiplient. Qu’est-ce qui garantit que demain, ce ne sont pas les Gilets jaunes, les syndicalistes ou encore les critiques un peu trop radicales de l’État qui seront accusés d’atteinte à sa sûreté ? Il faut rendre au juge sa place d’honneur, comme dans n’importe quelle démocratie libérale qui fonctionne correctement.

Enfin les seules plateformes capables de fournir la censure automatique adaptée à la nouvelle législation sont les big players, les Facebook et les Google, qui risquent de se partager le rôle de nouveau censeur public. Certains s’insurgent contre la « privatisation » de la censure, et le « désengagement de l’État » dans ce domaine. Il faut au contraire comprendre le mouvement de la puissance publique comme une externalisation de ses services parce qu’en expansion, ou pire, une véritable nouvelle délégation de service public sans frontières physiques. La toute-puissance de l’État bureaucratique ne doit pas nous faire glisser vers l’État de surveillance généralisée. Il nous faut rester vigilants.

Engie vend les meubles sous couvert de partenariat « stratégique »

Par Michel Gay
Engie

Par Michel Gay.

Tout comme certaines retraites militaires en rase campagne devant l’ennemi sont « stratégiques », Engie recule « stratégiquement » dans le solaire en Inde. Le géant tricolore de l’énergie a annoncé le 22 janvier la vente de 74 % de ses actifs dans le solaire, soit 813 mégawatts (MW) installés, à Edelweiss Infrastructure Yield Plus Fund (EIYP), un fonds d’investissement indien.

Engie allège sa dette

Comme la SNCF, Engie se met à vendre des actifs pour alléger de 0,4 milliard d’euros sa dette qui s’élevait fin 2019 à 25,5 milliards.

Elle semble due à une mauvaise gestion, à des investissements douteux, et aussi au contrôle de l’État dont le rôle principal semble être de mettre des bâtons dans les roues des entreprises.

Ainsi, Engie annonce que cette « opération » (le mot « retraite » aurait été plus exact) marque le début d’un « partenariat stratégique » entre Engie et EIYP, dont l’objectif est de renforcer une plateforme solaire en pleine croissance…

Toutefois, Engie déclare que le Groupe restera en charge du développement, de la construction et de l’exploitation des centrales solaires actuelles et futures.

Cette stratégie subtile baptisée Develop Build Share Operate (DBSO) permet, selon Engie, de décupler l’impact du potentiel de développement solaire et éolien dans de nombreux pays.

Paulo Almirante, Directeur général adjoint et Directeur des opérations d’ENGIE a déclaré :

« Cette transaction nous permet d’accélérer la mise en œuvre de notre modèle stratégique dans les énergies renouvelables, et de libérer des capitaux afin de poursuivre nos investissements dans le marché solaire indien très dynamique. »

Engie emploie environ 1000 collaborateurs en Inde dans les services énergétiques et le Groupe annonce avoir encore en perspective plusieurs projets solaires… qui vont certainement alléger sa dette.

Le Medef réclame une indemnisation pour la grève des transports

Par Théophile Gacogne
Medef

Par Théophile Gacogne.

46 jours de grève des transports, ça coûte cher ! Si cet épisode semble être arrivé à son terme, il est temps désormais de négocier les dédommagements.

Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France et d’Île-de-France Mobilités indiquait le 8 janvier dernier avoir obtenu de la part de la SNCF et de la RATP le remboursement intégral d’un mois de Pass Navigo pour l’ensemble des Franciliens.

Une bonne nouvelle pour les employés qui utilisent les transports en commun chaque jour, et qui se verront donc rembourser 100 % du montant de leur titre de transport mensuel.

Le problème, c’est que le Pass Navigo est financé à 50 % par les entreprises parisiennes, qui réclament aussi leur part par la voix du Medef.

Le Medef demande réparation

Avant même les négociations des modalités de remboursement pour les usagers, le Medef Paris expliquait que les entreprises devaient aussi avoir droit à une indemnisation.

L’organisation patronale souhaitait tout simplement le « remboursement du versement transport des entreprises parisiennes pour le mois de décembre ».

Pour le Medef Paris, la grève a entraîné des pertes importantes, les salariés ayant des difficultés à se rendre sur leur lieu de travail, et un chiffre d’affaires en baisse.

Jean-Louis Schilansky, président du Medef Paris, soulignait qu’il n’était « pas raisonnable de faire peser sur les entreprises parisiennes le montant d’une taxe équivalente à presque 3 % de leur masse salariale pour financer des transports qui ne circulent pas ! », ce qu’on peut aisément comprendre.

Le versement transport est une contribution locale que doivent assumer toutes les entreprises de plus de 11 employés. En région parisienne, cette cotisation est conséquente, soit 330 millions au mois de décembre pour toutes les sociétés franciliennes.

La réponse de Valérie Précresse est arrivée rapidement, elle estime que « la demande du Medef est indécente ». Selon elle, le versement transport permet de moderniser le réseau de transports en commun, ce dont les entreprises profitent considérablement.

Un mois gratuit à venir ?

Daniel Weizmann, président du Medef en Île-de-France, a lui aussi réagi à l’annonce de Valérie Pécresse par un communiqué de presse titré : « Les entreprises aussi doivent être dédommagées ».

Il explique que le remboursement du Pass Navigo pour les usagers est justifié, mais qu’il « apparaît légitime du point de vue des entreprises qui financent 50 % du forfait transport pour leurs salariés », précisant que ce coût représente près d’un milliard d’euros.

Les entreprises franciliennes sont en effet les financeurs les plus importants pour les compagnies de transports en Île-de-France.

Daniel Weizmann ne demande pas le remboursement des 50 % du Pass Navigo payés par les entreprises, mais la « gratuité totale » du Pass pour les prochains mois, afin que les sociétés franciliennes ne soient pas complètement oubliées dans le process de dédommagement.
Les négociations sont en cours, il semble raisonnable pour la SNCF de faire aussi un pas vers les entreprises franciliennes, comme elle a su le faire pour les usagers.

Castaner et le bidouillage des couleurs politiques pour les municipales

Par Marc André
castaner

Par Marc André.

Depuis plusieurs jours, Christophe Castaner, notre ineffable ministre de l’Intérieur fait de nouveau parler de lui. Outre son bilan nuancé de premier flic de France, toutes les oppositions lui reprochent de vouloir tripatouiller les résultats des municipales à venir. Petit tour d’horizon d’un débat technique, aux conséquences moins anecdotiques qu’il n’y paraît.

Pas de couleur politique aux maires « sans étiquette »

La circulaire adressée aux préfets début janvier vise à ne plus attribuer de couleur politique aux listes « sans étiquette » dans les villes de moins de 9000 habitants. Si de prime abord cette mesure peut sembler de bon sens, puisqu’elles sont précisément « sans étiquette », le diable se cache, comme toujours, dans les détails.

Depuis la nuit des temps de la démocratie française, dans un souci bien légitime de compréhension du pays, les préfets attribuaient une valeur divers gauche ou divers droite aux listes « sans étiquette », sur la base de faisceaux d’indices tels que les soutiens apportés à tel parti ou tel candidat (aux sénatoriales par exemple…).

Si les maires ruraux se félicitent de cette décision, dans les petits villages, les listes d’intérêt communal sont légion et rassemblent bien au-delà des engagements politiques du maire (ne serait-ce qu’en raison de la possibilité de panachage accordée aux électeurs dans les villes de moins de 1000 habitants), l’extension à 9000 n’est pas aussi neutre que cela peut sembler vu de Paris, où nombre d’immeubles comptent plus d’électeurs que 80 % de villages de France. Avec cette manipulation ce sont ainsi plus de 95 % des communes de France qui passent au neutre… C’est un peu gênant !

Les couleurs politiques doivent s’harmoniser avec LREM

Plus étonnantes encore sont les consignes données aux mêmes préfets, pour « nuancer » les résultats dans les villes de plus de 9000 âmes. Si l’on peut s’amuser de voir 7 nuances de gauche et 4 au centre, contre seulement 3 de droite, c’est le quatrième paragraphe du « c » du point 2 de la circulaire qui vaut son pesant de cacahuètes.

« La nuance LDVC (ndlr : Liste Divers Centre) sera attribuée aux listes qui auront obtenu l’investiture de plusieurs partis, dont LREM ou le MODEM (ndlr : tiens donc !). Elle a également vocation à être attribuée aux listes de candidats qui, sans être officiellement investies par LREM, ni par le MODEM, ni par l’UDI seront soutenus par ces mouvements. »

En clair, une liste qui n’a pas l’investiture du parti majoritaire ou de son satellite du MODEM (et de l’UDI pour faire bonne mesure) sera intégrée au bénéfice de la majorité, au simple fait que ces trois partis n’auront pas investi de candidats contre elle, et ce, même si elle est soutenue officiellement par un parti d’opposition. Magique ! Ni vu ni connu, je t’embrouille.

Compte tenu de la très grande propension qu’ont les commentateurs à prendre pour argent comptant les statistiques gouvernementales, sans jamais se donner la peine de les mettre en question à l’aune de tels tripatouillages grossiers, on peut légitimement comprendre que les oppositions crient au scandale (car là, pour le coup, c’en est un).

Elles ont pourtant, au contraire, toutes les raisons de se réjouir de l’énorme aveu de faiblesse que cette circulaire démontre surtout quant à l’état du parti majoritaire.

Aveu de faiblesse de LREM

En effet, force est de constater qu’en dépit des sommes considérables d’argent public dont bénéficie LREM, depuis son triomphe aux législatives, le mouvement n’est absolument pas structuré. En deux ans et demi d’existence, il s’est montré bien incapable de se doter des cadres lui permettant d’ancrer, dans le pays, l’espérance suscitée par la campagne victorieuse d’Emmanuel Macron.

Issue d’un agglomérat disparate de socialistes repentis, d’extrêmes centristes et de gaullistes opportunistes, le Nouveau Monde est très très loin d’être une machine de guerre. Si Auguste se lamentait en l’an IX de notre ère, après la défaite de Teutobourg « Varus rends moi mes Légions », le Président serait en droit de demander des comptes aux incapables qui n’ont pas été fichus de préparer correctement les municipales à venir, au premier rang desquels figure le sémillant premier Délégué Général de LREM : Christophe Castaner, lui-même !

LREM n’a pas d’assise populaire

Ne pas être en mesure de présenter des candidats sur tout le territoire, pour un parti majoritaire, voilà bien le résultat le plus spectaculaire dévoilé par cette circulaire. Rien d’étonnant à cela ! LREM est un mouvement urbain, assez homogène socialement et sans aucune assise populaire.

Dans ces conditions, trouver de quoi monter des listes se révèle assez compliqué, d’autant que nous entendons depuis des mois les plaintes de ces députés issus de « la Start up nation » qui regrettent amèrement (et bruyamment !) leur vie professionnelle d’antan, où ils travaillaient moins pour gagner beaucoup plus.

Compte tenu de ce que peut rapporter un poste de maire et du temps qu’il faut y consacrer en raison des responsabilités écrasantes qui pèsent sur le titulaire de la fonction, il n’est pas très étonnant que LREM ait du mal à susciter des vocations… Sauf à Paris, mais là, c’est une autre histoire car la place est bonne !

Les élections municipales sont toujours mauvaises pour le pouvoir en place. Celles-ci ne feront pas exception. Le tour de passe-passe qui consiste à jouer au bonneteau avec les résultats ne changera rien. En trente mois, LREM n’a pas été capable de transformer l’élan de la campagne présidentielle en une force politique digne de ce nom. Emmanuel Macron, malgré tout son talent souffre de l’indigence du personnel politique qui l’a suivi dans cette aventure.

Cela se voit à chaque remaniement ministériel, où il est bien en peine de trouver un poids lourd pour le rejoindre. Qu’il ait choisi, pour succéder à Gérard Collomb, après bien des hésitations (on le comprend !), celui qui n’a rigoureusement rien fait à la tête de son parti, dit absolument tout de la faiblesse structurelle du macronisme.

S’ériger en rempart contre l’extrême droite en asséchant ses concurrents, c’est habile, mais c’est un viatique bien insuffisant lorsqu’il s’agit de gouverner un vieux pays qui compte plus de 1000 variétés de fromages… N’est pas de Gaulle qui veut !

Black Friday spécial grèves !

Par René Le Honzec
Grèves

Le regard de René Le Honzec.

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Grèves – René Le Honzec — René Le Honzec,

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Municipales : Hidalgo nous offre une grande braderie parisienne

Par h16
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par h16

Les élections municipales approchent et avec elles, tout ce que la France compte de politiciens de seconde zone refait surface, frétillants à l’idée de faire parler d’eux ; en plus des éternels chevaux de retour dont les Français ne parviennent décidément pas à se débarrasser, d’homériques batailles se jouent déjà lorsque des petits nouveaux tentent de déboulonner des vieux caciques. À Paris, c’est même devenu une foire d’empoigne tant les candidats se multiplient.

À tel point que pour arriver à exister dans la déferlante de petites phrases que les uns jettent en pâture aux journalistes et aux autres candidats, les promesses de campagne s’accumulent comme jamais et la distribution de pognon des autres n’a jamais été aussi forte qu’actuellement dans la capitale, enjeu de toutes les convoitises.

Et pour la maire sortante, c’est devenu une véritable braderie d’un peu tout : Anne Hidalgo empile les promesses à tour de bras, avec un appétit et une vivacité qui n’ont d’égal que la stupidité des propositions.

Ainsi, si elle est réélue, l’édile de Paris promet de rendre les transports gratuits pour les moins de 18 ans, ce qui est, on en conviendra, un cran au-dessous de la proposition précédente (la gratuité totale des transports pour tous), jugée infaisable d’autant que le problème actuel des transports en commun parisiens n’est pas tant leur prix que leur absence presque totale de toute fiabilité, ces derniers oscillant d’une grève aux accidents voyageurs en passant par les incidents techniques divers, variés et quasi-permanents.

Bien évidemment, cette gratuité pour les mineurs sera d’autant plus facile à mettre en place qu’une part croissante de ces derniers fraude allègrement, ce qui ne déséquilibrera donc pas plus qu’actuellement les comptes nationaux déjà catastrophiques de la RATP. Il n’en reste pas moins que le contribuable parisien sera, comme d’habitude, mis à contribution obligatoire. Joie, bonheur et impôts locaux dodus.

S’ajoute à cette promesse la volonté de faire un Paris 100 % Vélo compatible, et ce même si de l’aveu de beaucoup, cette proposition ressemble beaucoup à du pipeau de grand chemin. Faire de la circulation à vélo, dans Paris, une circulation « agréable et sans danger » selon Emmanuel Grégoire, directeur de campagne de la candidate, est un but aussi noble qu’inatteignable, à moins de bouter tous les autres transports hors de la ville, les bus et les camions étant les premiers à rouler sur les cyclistes dont la mortalité, à Paris, est en hausse.

Dans ce manège municipal qui devient de plus en plus grotesque, c’est cependant avec sa dernière promesse en vogue que le pompon est largement décroché, avec tout le Mickey et une partie de la sono pulsant la mauvaise disco-pop servie pour ambiancer torridement cette pénible échéance électorale : Anne Hidalgo promet ainsi de lever jusqu’à 20 milliards d’euros pour loger les classes moyennes.

Ici, on se rappellera qu’il s’agit d’argent public et non de startup, et que lever s’apparente davantage à une levée de nouveaux impôts qu’une levée de fonds auprès de capitalistes et de business angels. On regrettera en outre que les petits bras de l’édile ne l’aient pas poussée à dire 100 milliards plutôt que 20. Après tout, ces promesses n’engagent que les contribuables et leurs poches sont profondes.

Ceci posé, il s’agit donc de mobiliser des sommes relativement coquettes pour ne surtout pas rembourser la dette pourtant assez volumineuse de la ville mais pour ajouter des contraintes et des effets de bord sur un marché immobilier parisien déjà largement encombré : l’idée consisterait à permettre à des locataires qui ne relèvent pas forcément du logement social de bénéficier d’un appartement dans Paris moyennant un loyer « inférieur d’au moins 20 % au marché » en utilisant les fonds d’une « Société immobilière pour le logement abordable » (mais pas « durable », « écoconscient » ou « recyclable » comme on aurait pu s’y attendre).

Il va de soi que les achats qu’elle fera n’auront aucun impact sur le marché déjà existant et que les prix ne s’adapteront pas à l’entrée sur ce marché d’un acteur d’une taille notable. L’idée semble avoir germé chez Ian Brossat, l’adjoint d’Anne Hidalgo toujours aussi ouvertement communiste, ce qui expliquera amplement le désastre observable une fois qu’elle sera mise en place et dont personne ne voudra bien sûr prendre alors la responsabilité.

Vingt milliards par-ci, des transports gratuits par là, et des vélos partout… Il ne manque vraiment plus qu’un poney offert pour chaque Francilien – c’est carbone-neutre et ça rappellera Paris du début du siècle… précédent, dans lequel les équipes municipales actuelles tentent de nous propulser avec toujours plus de vigueur – et, enfin, Paris pourra redevenir Paris (enfin si les camarades antispécistes le permettent).

En attendant et sans claquer un, six ou vingt milliards, on se demande un peu ce que l’actuelle maire de Paris entend faire concernant la délinquance et la criminalité parisiennes qui explosent (au point qu’elle ait elle-même « tiré la sonnette d’alarme »), d’autant qu’elle ne compte pas vraiment mettre en place une nouvelle police municipale.

Autrement dit, on trouve donc pléthore de promesses idiotes, financièrement intenables et déjà farcies d’effets de bord indésirables, mais rien de raisonnable concernant les problèmes actuels, palpables, documentés, d’hygiène et de sécurité dans cette épave qu’elle laisse après six ans d’occupation du poste.

Mais le pire dans la situation actuelle est que, même face au désastre qu’est devenue Paris, la ville risque bel et bien de se cogner un nouveau mandat des mêmes tromblons municipaux. Les adversaires actuels ne sont en effet que des canifs usés ou des couteaux à beurre doux auquel il manque le manche et dont les propositions, relevant le défi d’être encore plus consternantes que celles d’Hidalgo, rendent crédible une petite victoire des actuels sortants.

En somme, malgré l’accumulation de propositions délirantes, Hidalgo pourrait bien être réélue. La catastrophe serait alors qu’elle respecte ses promesses de campagne…


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Grèves : Black Friday

Par Justine Collinet
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Le regard de René Le Honzec.

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Ségolène Royal : J’exiiiiiiste !!! Saison 30+, épisode 1000

Par Nathalie MP Meyer
Ségolène

Par Nathalie MP Meyer.

C’est évidemment opportuniste, mais une fois n’est pas coutume : Ségolène Royal a dit une chose très juste au micro de Ruth Elkrief sur BFM TV jeudi 16 janvier dernier (vidéo complète en fin d’article).

Convaincue que Marine Le Pen pourrait fort bien battre Emmanuel Macron à l’issue de l’élection présidentielle de 2022 car « rien n’est écrit à l’avance », elle a ajouté (à partir de 30′) :

« L’instrumentalisation du Front national pour dire ‘Tout sauf le Front national’, je pense que c’est fini. Ça fait partie des schémas du passé. Donc si on pense uniquement que ça suffira pour faire le résultat, on se trompe lourdement. »

De fait, la gauche française, aussi bien dans sa déclinaison « extrême » que dans sa variante « social-démocrate », joue depuis des années sur l’effet repoussoir de l’ex-Front national (devenu Rassemblement national) pour garder le pouvoir.

Depuis 1984, très exactement, date à laquelle François Mitterrand s’était arrangé par pure tactique électorale – on était à la veille d’élections européennes – pour faire inviter Jean-Marie Le Pen sur le plateau de la grande émission politique de l’époque « L’heure de Vérité » afin d’affaiblir la droite.

Une tactique qui a eu le désastreux effet collatéral de bloquer toute évolution de la réflexion politique et économique française.

Un parti de gauche pouvait aller d’échec en déficit et briller par un personnel politique des plus médiocres, il s’estimait à l’abri de tout tant qu’il appelait à « battre la droite et l’extrême droite » avec force gesticulations vertueuses et démonstrations bruyantes de son proverbial « monopole du cœur ». Quant à la droite, presque complètement déstabilisée par ce coup de Jarnac, elle se contenta le plus souvent d’essayer de se soustraire aux accusations de proximité avec l’extrême droite.

On n’aura pas la cruauté de rappeler à Mme Royal qu’elle n’a jamais hésité à jouer elle-même de ce registre mis au point par son mentor en politique et que son principal argument lorsqu’elle était candidate à la présidentielle de 2007 contre Nicolas Sarkozy consistait à appeler à battre la droite, ce qui lui a permis de resserrer les rangs de la gauche autour d’elle – même si ce fut finalement insuffisant pour accéder au pouvoir.

On n’aura pas non plus la cruauté de lui rappeler qu’encore récemment, à l’occasion des élections européennes de mai 2019, elle a soutenu la liste « Renaissance » de Nathalie Loiseau qui avait elle aussi pour première ambition – comme c’est original ! – de « battre l’extrême droite » !

Tiens, mais au fait, la liste « Renaissance » n’était-elle pas la liste LREM ? Et LREM n’est-il pas le parti d’Emmanuel Macron ? Autrement dit, Ségolène Royal n’était-elle pas du côté du Président de la République il y a huit mois à peine, alors que la crise des Gilets jaunes commençait à s’estomper sous l’effet des 17 milliards d’euros lâchés par le gouvernement afin de mettre un terme à la crise ?

Il est vrai qu’elle avait d’abord tenté de s’imposer à la tête d’une liste d’union de la gauche. Hélas, trop d’egos se sont ligués contre elle. Comme souvent, sa vision quasi-unique dans le paysage politique français, ses idées novatrices en écologie et ses pratiques originales dans la gestion des fonds publics, bref sa réussite continue dans tout ce qu’elle touche depuis plus de 30 ans qu’elle grenouille en politique « fait des jaloux » qui l’obligent – oh, bien temporairement ! – à renoncer.

Prise aujourd’hui d’une inexplicable amnésie sur ses allers et retours opportunistes entre ce qu’il reste du PS et le confort élyséen dans lequel vit encore la Macronie, l’ancienne ministre nous explique maintenant que depuis son élection, Emmanuel Macron a jeté le pays dans une « brutalité » sociale qui découle logiquement et inéluctablement de « l’effondrement du modèle social français » qu’il a lui-même orchestré, la réforme des retraites n’étant qu’une preuve de plus de cette indiscutable volonté destructrice.

Ségolène Royal ne dit pas « la casse du modèle social », terme consacré qui revient tous les deux mots dans la bouche d’un Mélenchon ou d’un Martinez, mais elle aurait pu, tant son discours relève des raisonnements économiques tarabiscotés de la gauche (et d’une bonne partie de la droite) qui font d’Emmanuel Macron un libéral ! Un adepte du capitalisme de connivence, comme Mitterrand avant lui, sans aucun doute, mais un libéral, permettez-moi de sourire !

Alors les 17 milliards ! La dame a trop d’expérience politique pour tomber dans un panneau aussi grossier !

« On connaît ça par cœur. Ça fait 20 ans. J’ai une certaine expérience politique, les paquets d’argent comme ça, annoncés par le pouvoir en place, dont les gens ne voient pas la première couleur, c’est pas la première fois que ça se fera. » (Vidéo BFM, à partir de 7′)

Comme si Ségolène Royal n’avait jamais annoncé de paquet d’argent du temps où elle était ministre de l’Écologie de François Hollande !

À propos d’argent, justement, il semblerait que  « Cette très chère Ségolène Royal » ait eu tendance à pratiquer un mélange des genres pas tout à fait recommandable entre son rôle officiel (et bénévole mais défrayé) d’ambassadrice des pôles, poste auquel elle a été nommée en 2017 par Emmanuel Macron, et ses activités personnelles qui consistent essentiellement à faire la promotion de ses livres et à s’occuper de sa fondation « Désirs d’avenir pour la planète ».

Selon Mme Royal, tout est parfaitement en règle et tous les justificatifs nécessaires ont été remis au Parquet national financier qui a ouvert une enquête préliminaire sur le sujet.

Quant aux remontrances du Premier ministre Édouard Philippe qui lui reprochait de manquer au devoir de réserve inhérent à sa fonction d’ambassadrice par ses déclarations intempestives récentes contre la politique du gouvernement, elles ne l’impressionnent pas, mais alors pas du tout !

Au contraire, elle y voit la preuve qu’elle est non seulement discriminée en tant que femme mais qu’elle gêne prodigieusement dans les cercles du pouvoir et que toute l’affaire n’a été montée contre elle que pour la réduire au silence et à l’immobilisme politique. Mais non, elle exiiiiiste encore et compte bien le faire savoir :

« Macron et sa bande de gros machos pensaient que j’allais rester dans mon coin et me taire. Ils croyaient que la gauche était morte et que j’étais finie. Mais je suis très déterminée. » (Le Monde)

Très déterminée à quoi ? Mais à se lancer une fois de plus dans une candidature présidentielle, bien sûr ! Elle a tant d’expérience… Et 17 millions de voix à son actif !

Candidature présidentielle qu’elle fait miroiter aux journalistes en mal de scoop depuis plus de deux ans, histoire de rester en bonne place dans leurs listes de contacts et recevoir en conséquence d’agréables invitations à venir faire son show dans les matinales, pour peu que l’actualité ait un vague rapport avec l’écologie ou le féminisme et lui permette de manifester l’une de ces « saines colères » parfaitement surjouées dont elle a le secret.

« Mon envie, c’est la présidentielle. Ce n’est pas une aventure personnelle : il s’agit de desserrer l’étau qui est en train de se mettre en place entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. » (Le Monde)

Vous l’aurez compris, la perspective d’un duel Macron/Le Pen en 2022 déprime tout le monde et Ségolène Royal, dépitée qu’Emmanuel Macron la tienne un peu trop franchement à l’écart, se verrait bien en « recours » de la nation.

Aussitôt dit, aussitôt fait ! Son nouveau mouvement « Désirs de France, avenir de la planète » est créé et son site internet est lancé. Quant à son programme, il est très simple : il s’agira de protéger notre modèle social. Pourquoi ?

Parce que « le modèle social français, c’est le modèle social français. » (Vidéo BFM, à la minute 35)

On croirait entendre Emmanuel Macron nous débiter son sempiternel « La France n’est pas un pays comme les autres » ou Marine Le Pen se moquer de la « vision comptable » d’un journaliste qui lui faisait remarquer que son programme présidentiel pour 2017 n’était pas financé. Pas sûr que ce trio-là apporte beaucoup de renouveau dans les réflexes politico-économiques de la France.

En revanche voici Ségolène Royal en train d’exiiiiiister à nouveau sous les projecteurs médiatiques. Il ne reste plus qu’à attendre patiemment l’épisode 1001 qui ne manquera pas d’être diffusé prochainement sur nos écrans. Ça promet !

 

Vidéo complète de Ségolène Royal sur BFM TV le 16 janvier 2020 (37′) :

Pour plus de divertissement, retrouvez ci-dessous le making off de la célèbre série « J’exiiiiste !!! » écrite, réalisée et interprétée chaque année depuis plus de 30 ans par Ségolène Royal sur les planches de la vie politique :

Sur le web

Temps de travail à la SNCF : comment ça, 35 heures ?

Par Entrepreneurs pour la France
35 heures

Par Bertrand Nouel.
Un article d’Entrepreneurs pour la France

La réforme des retraites est l’occasion de nouvelles passes d’armes entre le pouvoir et la SNCF, et de reproches faits au gouvernement pour n’être pas capable de dialogue permettant de parvenir à un consensus.

Quelle que soit la mauvaise préparation de la réforme, il faut quand même reconnaître à la décharge du gouvernement une impossibilité de dialogue avec des syndicats à la recherche incessante de nouveaux privilèges, et jamais prêts à la moindre concession. Petit historique.

Juin 1999 : moins que la durée légale de travail

La première loi Aubry a un an à peine, et un accord national de 35 heures est passé, bientôt transcrit par décret par le gouvernement, fixant la durée annuelle du travail à… 1561 heures par an, soit 39 heures de moins (plus d’une semaine) que la durée légale : ça commence mal !

En 1999, pour cause de pénibilité, certains conducteurs travaillaient déjà 35 heures au moment où tout le monde travaillait 39 heures. L’instauration des 35 heures a consisté à leur donner plus d’une semaine encore de congés. Parce que le passage aux 35 heures pour tous a accru la pénibilité des cheminots… qui en bénéficiaient déjà !

Février 2010 : on travaille moins que 35 heures à la SNCF

Rapport de la Cour des comptes : la mise en œuvre de la réforme des 35 heures entre 1999 et 2001 a eu des conséquences, tant sur le volume des effectifs de la SNCF que sur la durée réelle du travail au sein de l’entreprise.

Elle a entraîné une hausse des effectifs estimée entre 7000 et 7500 agents. À partir de 2001, la SNCF a ensuite renoué avec la tendance de longue période de diminution des effectifs de l’entreprise que la réforme des 35 heures avait eu pour conséquence d’interrompre momentanément…

De façon incidente, cette réforme est venue consolider à la SNCF des durées réelles de travail sensiblement inférieures à la durée théorique imposée par la loi.

En 2008, les conducteurs de ligne travaillent effectivement 6 h 14 par jour, soit 1 h 35 de moins que la durée de travail théorique…

Une analyse comparative des heures de travail à la SNCF par rapport à celles accomplies par les personnels d’autres opérateurs ferroviaires en Europe [allemand (DB), autrichien (ÖBB), italien (CCNLFS), luxembourgeois et suisse (CFF)], fait apparaître, dans l’ensemble, une situation nettement plus favorable aux agents de la SNCF.

Selon cette étude commanditée par la SNCF il en est ainsi pour la plupart des indicateurs : durée maximale journalière du travail effectif, amplitude de la journée de service, durée de repos journalier, durée hebdomadaire de travail, ou encore durée maximale de conduite ininterrompue.

Décembre 2015 : renégocier pour que les 35 heures soient plus efficaces

Déclaration du président Pepy :

« Nous avons à renégocier à la SNCF la façon de faire les 35 heures pour que nos 35 heures soient plus efficaces. Plus efficaces dans l’intérêt des clients, pour avoir des trains plus à l’heure, plus fiables, moins chers. Il n’y a pas d’autre stratégie possible que de faire baisser les coûts ».

Les cheminots ont 22 + 3 jours de RTT.

2016 : on ne travaille toujours pas 35 heures à la SNCF

Début 2016 : grève à la SNCF.

Le 9 juin, le président Nicolas Sarkozy déclare :

« Cette grève est un scandale, les Français ont été durement éprouvés par les inondations, les Français attendent avec impatience l’Euro et voilà que la CGT et un certain nombre de syndicats minoritaires décident de bloquer le pays pour des raisons corporatistes. Car il faut dire la vérité : la réforme conduite par Guillaume Pepy, le président de la SNCF, était une bonne réforme qui avait un objectif assez modéré qui consistait à demander aux conducteurs de train et aux cheminots de travailler 35 heures, parce qu’ils ne travaillent pas 35 heures ».

14 juin 2016, le couteau sous la gorge, un nouvel accord collectif sur le temps de travail est cependant négocié. Il est pire que l’ancien, toujours 1561 heures.

Voici ce qu’en pense trois ans après, la Cour des comptes dans son rapport du 18 novembre 2019 sur la gestion des ressources humaines du groupe. Elle qualifie l’accord d’entreprise de « très désavantageux » et relève que « la négociation de l’accord d’entreprise était l’occasion de remettre en cause un certain nombre de règles d’organisation du travail, peu adaptées aux évolutions des métiers du GPF (groupe public ferroviaire) et dont le différentiel avec la convention collective pouvait engendrer un écart de compétitivité significatif entre le GPF et ses principaux concurrents. »

Or, le résultat a conduit à conserver en quasi-totalité l’ancien règlement (RH0077), dont le GPF estime le surcoût par rapport à l’accord collectif de branche à 200 millions d’euros pour l’ensemble des personnels, roulants et sédentaires.

De surcroît, le GPF souffre d’un nombre important d’accords locaux au niveau des directions régionales ou le plus souvent des établissements, négociés dans le passé, et qui viennent peser encore plus sur la productivité que le RH00.

La Cour détaille toute une série de points de désavantages : outre le temps de travail (1568 heures, 14 jours de moins que spécifié par la convention collective !!), nombre de journées de conduite diminué de 15 %, temps de conduite trop faible, encadrement des repos (les fameux « 19 heures fin de service »), etc.

Octobre 2019 : 35 heures à la SNCF ? Non…

7 octobre 2019, déclaration du nouveau président Farandou :

« À la SNCF se sont sédimentés au fil des décennies des tas de petits accords locaux qui ont pour effet que les gens travaillent moins que 35 heures. Ça, on n’en a plus les moyens », a-t-il lancé. « On a peut-être pu le faire à une époque, on ne le peut plus. »

19 novembre 2019, voici comment la CGT cheminots apprécie le rapport de la Cour des comptes : « un condensé de raccourcis et d’inepties »… un travail de « contrôle de gestion de petit comptable ». « La Cour n’a plus aucune crédibilité à nos yeux », se comportant « de plus en plus comme une officine de promotion du libéralisme économique ».

Nous nous sommes contentés de rappeler l’historique du temps de travail.

Il est certain que l’énorme responsabilité du cafouillage est portée par la gauche au pouvoir en 1999, qui ne se contente pas des 35 heures et offre un cadeau parfaitement injustifié aux syndicats (voir la note). Un dommage qui, tels le sparadrap du capitaine Haddock, colle toujours identiquement à la SNCF, vingt ans, plusieurs gouvernements et présidents de la SNCF après.

Parvenir à un consensus dans de telles conditions ?

La dernière réflexion de la CGT cheminots, qui exprime sa détestation et son mépris à l’égard d’une institution de la République comme la Cour des comptes, et ce, sur la base d’une « accusation » de nature très précisément politique (« officine de promotion du libéralisme »), donc en principe interdite à un syndicat, répond, mille fois hélas, à la question.

Sur le web

Non à la ruineuse programmation de l’énergie du gouvernement

Par Michel Gay
Parc éolien CC NguyenDai

Par Michel  Gay et Bruno Ladsous.

Face à la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) ruineuse que le gouvernement prévoit d’appliquer jusqu’en 2028 et qui ne réduira pas les émissions de gaz à effet de serre (GES), 25 associations environnementales montrent qu’une alternative est possible en déposant une contre-proposition pendant la période de consultation nationale du 20 janvier au 19 février 2020.

Exerçant leur droit constitutionnel de participer à l’élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l’environnement, ces 25 fédérations nationales et collectifs régionaux (représentant plus de 2000 associations de protection de l’environnement) ont déposé le 17 janvier 2020 au ministère de la Transition écologique et solidaire un programme alternatif de PPE 2019-2028.

Le projet du gouvernement ne respecte pas la Charte de l’Environnement. Il est techniquement irréaliste de massifier des solutions ruineuses fondées sur des productions intermittentes d’énergies dépendant du vent et du soleil qui ne concourront pas à la diminution des émissions de GES.

Un projet de PPE nuisant à l’environnement

Aucune réduction des émissions de CO² ne résultera d’une transition énergétique relevant d’un panel de solutions de productions d’énergies renouvelables intermittentes selon les rapports et avis officiels émis par les autorités compétentes suivantes :

  • l’Académie des Sciences (19 avril 2017),
  • l’Académie des Beaux-Arts (2007),
  • l’Académie de Médecine (09 mai 2017),
  • la Cour des comptes (18 avril 2018),
  • la Commission nationale du débat public (12 septembre 2018),
  • et la Commission d’enquête parlementaire sur l’impact des énergies renouvelables qui indique le 26 novembre 2019 : « La transition du nucléaire vers les énergies électriques intermittentes n’a aucun impact sur le CO² et ne permet donc pas de lutter contre le réchauffement climatique »

Tous expriment que :

  • l’éolien notamment ne sert ni la transition écologique, ni l’environnement, ni la santé,
  • la transition doit être transparente sur les coûts complets du mix énergétique programmé et les soutiens publics induits,
  • elle doit respecter les territoires, la biodiversité, les paysages, et le cadre de vie des ruraux.

Or, le projet de PPE repose sur des productions électrique intermittentes et ignore leurs impacts sur l’environnement (biodiversité, paysages, patrimoine, cadre de vie).

Le 14 janvier 2020 à Pau Emmanuel Macron a exprimé son scepticisme sur le développement de l’éolien terrestre « … la capacité à développer massivement l’éolien terrestre est réduite… on ne peut pas imposer l’éolien d’en haut… ».

Enfin, ce projet ne comporte aucun bilan prévisionnel : ni énergétique complet, ni économique intégrant tous ses coûts, ni carbone prenant en compte l’ensemble du système électrique.

Ce projet délirant entraînera mécaniquement une hausse des prix des carburants, du chauffage, et de l’électricité qui appauvrira les Français au risque de provoquer des troubles sociaux.

Une alternative est possible

Afin de donner à la France une chance de réussir sa transition, les associations de protection de l’environnement ont élaboré un programme alternatif chiffré qui démontre notamment qu’en 2028 il est possible de satisfaire la France en électricité décarbonée sans nouvelles éoliennes, et qu’il n’y a pas lieu de poursuivre ce ruineux programme destructeur de l’environnement.

Respectueux de l’environnement selon la Charte de l’Environnement, ce programme alternatif participe au respect des grands équilibres économiques et sociaux de la Nation, ainsi qu’au respect de nos engagements internationaux.

La contre-PPE proposée comporte un bilan prévisionnel complet que le gouvernement n’a pas produit. Elle  contribuerait à une réduction effective de notre empreinte carbone et permettrait d’économiser 100 milliards d’euros sur la période 2019-2028.

Elle privilégie des solutions efficaces pour économiser l’énergie (isolation des bâtiments), pour promouvoir des modes de production massive d’électricité décarbonée (nucléaire et hydraulique), ainsi que des chauffages économes en énergie (pompes à chaleur, géothermie) qui garantissent notre indépendance et le pouvoir d’achat des ménages.

Le pays retrouverait ainsi les moyens d’investir dans les missions régaliennes aujourd’hui à l’abandon (justice, culture, sécurité), dans la santé publique, et d’une manière générale dans des activités porteuses de cohésion sociale et d’emploi.

Les 2000 associations et leurs Fédérations nationales, soucieuses de cohérence environnementale et de cohésion sociale, demandent aux pouvoirs publics d’ouvrir une discussion dans un esprit de réalisme privilégiant l’intérêt général.

Viande : la douce dérive totalitaire des influenceurs

Par Brice Gloux
viande

Par Brice Gloux.

« Toute vérité franchit trois étapes. D’abord elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant toujours été une évidence. » – A. Schopenhauer

En octobre dernier, une publication de la revue Annals of Internal Medecine (A.I.M) jetait un nouveau pavé dans la mare de la science nutritionnelle. Alors que les associations établies correspondaient peu ou prou à ce qui avait été trouvé auparavant, les auteurs suggéraient néanmoins « aux individus de continuer leur consommation actuelle de viande rouge non transformée et de viande transformée ».

Selon eux, en plus de considérer les précédentes études sur le sujet comme étant de mauvaise qualité, les niveaux de preuves d’un lien entre la consommation de viande et le risque sur la santé sont beaucoup trop faibles pour que les recommandations officielles puissent en dire quelque chose.

Ainsi, c’est principalement l’interprétation des résultats qui différait par rapport à ce qui était communément admis.

Les réactions furent nombreuses, parfois violentes et finalement peu étaient en rapport avec le fond. Si cela n’est guère étonnant quand on se balade sur un réseau social, on peut s’interroger quand cela vient d’experts et/ou de professeurs renommés. Car il me semble qu’il est attendu d’eux autre chose justement que de la démonstration d’une capacité à nuire au débat.

Et pourtant, comme l’avait indiqué Nathalie MP dans son article très à propos sur le sujet : « les critiques virulentes soulevées contre la nouvelle étude concernent fort peu voire pas du tout sa dimension scientifique. »

L’art d’avoir toujours raison…

 Stratagème XXIX : Faire diversion

Pour étayer son propos, elle s’appuyait sur la réponse apportée par l’équipe scientifique de l’école de santé publique de Harvard. Celle-ci avance en premier lieu l’importance du principe de précaution –  principe cher à ceux qui, à défaut d’être en mesure de démontrer la réelle existence d’un danger, font pression pour éventuellement faire changer la législation.

Dans un second temps, « ils déplorent également que l’étude n’ait pas intégré l’impact écologique dans ses recommandations ». Fichtre ! Si cela n’est pas de leur part un aveu de faiblesse, c’est au moins un sacré homme de paille.

La palme étant certainement décernée à Marion Nestlé, professeur émérite au département de nutrition, d’études alimentaires et de santé publique à l’Université de New York, puisqu’elle reproche aux auteurs d’avoir tenu une approche strictement scientifique (quelle idée aussi, franchement !) pour l’évaluation d’un lien entre une consommation de viande rouge et le risque sur la santé.

Stratagème XVIII : Interrompre et détourner le débat

Deux semaines plus tard, plusieurs journaux remettaient en question la probité des chercheurs publiés dans l’A.I.M. Alors qu’à l’annonce des conclusions de l’étude, « la quasi-totalité des spécialistes de santé publique de la planète a sursauté » (a priori pas loin des 97 %, mais ça reste à vérifier), les auteurs (en fait trois sur 14) n’auraient pas déclaré leurs liens avec l’industrie agroalimentaire. Walter Willet, professeur d’épidémiologie à l’Université de Harvard (que nous avons cité plus haut) déclare à ce propos qu’« il y avait clairement d’énormes conflits d’intérêts que les lecteurs auraient dû connaître. »

Suffisamment pour supprimer les études des vilains cachotiers ? Non, selon la rédactrice du journal. Mais assez pour jeter le doute, et laisser suggérer qu’encore une fois, au même titre que BIG PHARMA, « C lé lobi !! » qui sont derrière.

Après quoi, les retours et différentes critiques étaient peu à peu retombés. Jusqu’au 15 janvier dernier, avec cette édifiante parution dans le JAMA Network, une revue médicale publiée par l’American Medical Association.

On y apprend dans un premier temps quelles méthodes peuvent être utilisées dans le débat scientifique.

Ainsi, on découvre qu’un certain nombre de personnes ont littéralement bombardé la boite mail de Christine Laine, rédactrice en chef de l’A.I.M et ce, juste avant qu’elle ne publie la fameuse étude controversée.

Elle explique qu’elle a reçu pas moins de 2000 e-mail en moins d’une demi-heure, un volume sans précédent pour le journal, et dont le contenu était « particulièrement caustique », notamment ceux de la True Health Initiative (T.H.I), une organisation d’éminents professionnels de santé fondée par David Katz.

Ce dernier, avec 11 autres membres de la T.H.I – dont Walter Willett & Franck Hu, chercheurs en nutrition à l’université de Harvard, ou encore Neil Barnard, président du Comité des Médecins pour une Médecine Responsable (P.C.M.R) – ont écrit à Laine pour lui demander de « retirer par anticipation la publication de ces documents en attendant un examen plus approfondi ».

« Certains de ces chercheurs ont bâti leur carrière sur l’épidémiologie nutritionnelle », a déclaré Laine. « Je peux concevoir que c’est contrariant quand les limites de votre travail sont révélées et discutées au grand jour. »

D’ailleurs, ce même Neil Barnard, a déposé une pétition à la Commission Fédérale du Commerce afin « de corriger les fausses allégations relatives à la consommation de viande rouge et de viande transformée publiées par l’A.I.M ». Il a déposé cette pétition en tant que président du P.C.M.R, dont le site internet nous apprend que la mission de l’organisation est de « sauver et améliorer la vie des Hommes et des animaux par des régimes à base d’aliments d’origine végétale et une recherche scientifique éthique et efficace ».

L’organisation a également demandé au procureur de la ville de Philadelphie – où se situe le bureau de rédaction de l’A.I.M – « d’enquêter sur une éventuelle mise en danger irresponsable » résultant de la publication des études sur la viande et des nouvelles recommandations.

Aussi, quelques jours après la publication des papiers controversés, Jennifer Lutz, la directrice de la T.H.I, a publié un article intitulé « Les intérêts des producteurs de steaks : Financement de l’industrie et déclarations sur la nutrition ». Intérêts largement relayés par la presse, comme nous l’avons vu précédemment.

Stratagème XXXV : Les intérêts sont plus forts que la raison

Un peu plus loin dans l’article du JAMA, l’auteur relate à son tour les différents liens qui unissent certains membre de la T.H.I avec l’industrie elle-même.

Citons comme exemples : « Parmi les partenaires sans but lucratif listés sur le site de T.H.I, on retrouve #NoBeef, l’Olive Wellness Institute, qui se décrit comme un « référentiel scientifique sur les bienfaits des olives et des produits oléicoles en matière de nutrition, de santé et de bien-être ; et le Plantrician Project, dont la mission est « d’éduquer, d’équiper et d’habiliter nos médecins, nos praticiens de la santé et d’autres personnes influentes en matière de santé, en les informant des bienfaits incontestables de la nutrition à base d’aliments d’origine végétale ».

Parmi les partenaires à but lucratif de T.H.I figurent Wholesome Goodness, qui vend des aliments « meilleurs pour la santé » tels que des frites, des céréales pour le petit déjeuner et des barres granola « développées avec les conseils du Dr David Katz, expert renommé en nutrition » ; et Quorn, qui vend des produits sans viande à base de mycoprotéines, ou de champignons fermentés transformés en matière pâteuse.

Il y a quelques années, Marion Nestlé expliquait que « la recherche scientifique financée par l’industrie a tendance à donner des résultats favorables aux intérêts du sponsor », alors que David Katz, le fondateur de la T.H.I, estimait « qu’il y a une grande différence entre un conflit d’intérêts… et une confluence d’intérêts. Le travail que tu fais est ce qui t’intéresse… Personne ne m’a jamais payé pour dire quelque chose que je ne crois pas. »

Mais, ont-ils été payés, lui et les onze autres membres influents de la T.H.I – et ardents défenseurs de l’alimentation d’origine végétale – pour faire taire ce qui va à l’encontre de leurs croyances ? Même sans parler de financements, est-ce une manière de débattre que de vouloir réduire au silence son adversaire ?

En octobre 2018, à l’occasion d’une étude sur le Bio, je relayais un extrait du journal Le Point : « Si l’intimidation et la censure prennent aujourd’hui les atours de l’engagement et de la liberté académique, alors ils pourraient bien devenir les instruments de référence de la recherche universitaire, en lieu et place de l’empirisme et de la discussion rationnelle ».

Et cela est plus que jamais d’actualité.

Car outre le fait de balayer rapidement les critiques faites à l’encontre de la méthodologie employée en science nutritionnelle, on observe que certains éminents chercheurs n’hésitent pas à tout faire pour empêcher la parution d’éléments contraires à leurs théories.

Pire encore, en associant la recherche nutritionnelle à la problématique climatique et écologique, ils cherchent à influencer la sphère médiatique, en y insérant ainsi une dimension activiste et politique.

« L’État n’est que la muselière dont le but est de rendre inoffensive la bête carnassière, l’homme, et de faire en sorte qu’il ait l’aspect d’un herbivore. » – A. Schopenhauer

Il y a tout juste un an, plus de 500 personnalités ayant le bon goût de s’occuper de l’assiette de leur voisin soulignaient l’impérieuse nécessité des Français à diminuer leur consommation de viande. Pour appuyer cela, le « soleil lundi vert » avançait notamment des arguments environnementaux – puisque l’élevage contribue à 14,5 % des émissions totales des gaz à effet de serre – ainsi que sanitaire, puisque nous l’avons vu dans cet article, et c’est évident : la viande cause le cancer.

À la même période, sortait le rapport réalisé par la commission EAT-Lancet , dans lequel les auteurs – conduits par Walter Willett – ont cherché à savoir comment nourrir sainement 10 milliards d’êtres humains d’ici 2050 tout en préservant la planète.

Nous avions pu voir qu’en plus de proposer un régime sévèrement carencé, les auteurs estimaient « qu’il est peu probable que l’ampleur des changements apportés au système alimentaire soit couronnée de succès si elle est laissée à l’individu ou au libre choix du consommateur. Ce changement nécessite un recadrage au niveau de la population et au niveau systémique », demandant cette fois-ci l’aide de l’État et des gouvernements.

Cela ne pourrait être que de l’influence, mais progressivement, parce qu’il est laissé par chacun de nous le droit à l’État – qui ne demande que ça – de prendre une part de plus en plus importante dans notre vie, nous voyons l’Institution avancer.

Déjà depuis l’an dernier, en plus d’évoquer la nécessité vitale des glucides dans l’alimentation, les recommandations nutritionnelles officielles « conseillent d’aller vers des fruits et légumes de saison, des aliments de producteurs locaux et, si possible, des aliments bio. »

Et pire encore depuis deux mois : conformément à la loi EGalim, toute la restauration scolaire – de la maternelle au lycée – doit proposer au moins un menu végétarien par semaine depuis le 1er novembre 2019.

C’est-à-dire qu’en plus de gérer de fort belle manière l’éducation des enfants, l’État gère aussi la qualité nutritionnelle de leur repas. Aujourd’hui donc l’école. Et demain ? Les hôpitaux vegans et les E.H.P.A.D végétariens ?

Une division par deux du bitcoin en 2020

Par Yorick de Mombynes
bitcoin

Par Yorick de Mombynes.

Pour l’exercice prospectif 2020 de l’Institut Sapiens, j’ai courageusement choisi de prédire un événement qui a 99 % de chances de se réaliser. En mai 2020, le rythme de création de bitcoins sera divisé par deux. La prime de minage passera de 12,5 à 6,25 bitcoins par bloc de transactions validé.

Rappelons que cette prime est la récompense versée automatiquement aux mineurs pour les inciter à « travailler » au service du système Bitcoin. Elle s’ajoute aux frais de transaction qu’ils reçoivent des utilisateurs. Cette division par deux (halving) est prévue, dans le protocole Bitcoin, pour intervenir tous les 210 000 blocs, soit tous les quatre ans sachant qu’un bloc est créé toutes les 10 minutes en moyenne.

Le halving de 2020 se produira au bloc 630 000. Le premier bloc miné en 2020 (heure française) a été le bloc 610 682. En 2009, 50 bitcoins étaient émis par bloc, montant automatiquement ramené à 25 le 28/11/12, puis à 12,5 le 09/07/16. Le quatrième halving aura lieu en 2024, au bloc 840 000. La subvention des mineurs tombera alors à 3,125 bitcoins par bloc.

Une monnaie désinflationniste

Ces caractéristiques font du bitcoin une monnaie désinflationniste (son taux d’inflation monétaire diminue avec le temps), susceptible de favoriser une économie déflationniste (les prix tendraient à baisser naturellement).

Pour que le halving n’ait pas lieu en 2020, il faudrait que le bitcoin s’effondre et soit rayé de la carte en quelques mois, ce qui semble assez peu probable. On peut aussi imaginer qu’un consensus aboutisse, d’ici là, à reparamétrer son régime d’émission. Mais ce dernier n’a jamais été modifié et il est peu probable qu’il le soit un jour car sa prévisibilité est l’un des atouts majeurs de Bitcoin.

La régime monétaire de Bitcoin est l’inverse d’une politique discrétionnaire : ses règles sont explicites, officielles, précises, transparentes, auditables, réputées intangibles et ne laissant aucune place à l’arbitraire. Bitcoin est, en quelque sorte, un système monétaire sans politique monétaire.

Bitcoin a été pensé comme un métal précieux : une ressource de quantité finie mais très divisible, extraite de plus en plus progressivement et au prix d’efforts considérables, et dont la rareté relative est un atout pour favoriser son adoption progressive en tant que monnaie. Le rythme de « production » de bitcoins est même bien plus régulier et prévisible que celui d’un métal précieux. L’émission de bitcoins n’est soumise à aucun aléa. Aucun gisement miraculeux de bitcoins ne sera jamais découvert en Amazonie, en Californie ou sur un astéroïde.

Spécificité majeure de Bitcoin : contrairement à toute autre forme de monnaie, une hausse de la demande de bitcoins n’entraîne aucune augmentation de sa production (donc de dilution de sa valeur unitaire). Elle enclenche, au contraire, un étonnant cercle vertueux.

— D’une part, toute hausse de la demande tend à faire monter le cours du bitcoin, ce qui attire d’avantage de mineurs et aboutit donc à renforcer la difficulté du minage (grâce au mécanisme d’ajustement périodique et automatique prévu par le protocole).

— D’autre part, ce renforcement de la difficulté du minage signifie une augmentation de la sécurité du réseau, qui est de nature à rendre le bitcoin plus attractif aux yeux des utilisateurs, et donc à stimuler ainsi à nouveau la demande de bitcoins. Ce mécanisme n’a aucun équivalent dans l’histoire monétaire. Il est l’une des clés pour comprendre le développement du bitcoin depuis 10 ans contre les pronostics de la plupart des économistes.

Le halving a bien sûr une influence déterminante sur le business model des mineurs. Cet événement étant prévisible, ils peuvent s’organiser pour le prendre en compte dans leur gestion, en fonction de l’impact de l’évolution du cours sur leur rentabilité.

Quel impact sur le cours du bitcoin ?

Des débats nourris ont justement lieu pour essayer de prévoir l’impact du halving de 2020 sur le cours, notamment parce que ce dernier a explosé dans les mois qui ont suivi les deux précédents halvings, en 2012 et 2016. Un des éléments de ce débat est le ratio stock-to-flow (S2F). L’histoire économique montre que les monnaies qui ont survécu à long terme sont celles dont le rythme d’émission était modéré par rapport au stock d’unités existantes : celles avec un ratio S2F élevé.

Le ratio S2F des monnaies étatiques contemporaines est faible car leur rythme d’émission est rapide. Le ratio S2F de l’or est nettement plus élevé. Celui du bitcoin représente actuellement moins de la moitié de celui de l’or. Mais chaque halving fait franchir un nouveau palier au ratio S2F du bitcoin. À la suite du halving de 2020, le ratio S2F du bitcoin dépassera celui de l’or (vers 2022). Il en représentera le double en 2025 et continuera d’augmenter par la suite, comme l’a calculé l’économiste Saifedean Ammous dans son ouvrage The Bitcoin Standard (2018). De ce point de vue, le bitcoin est en train de devenir une monnaie plus « dure » que l’or : une monnaie plus difficile à produire et dont la rareté relative la rend plus à même de conserver du pouvoir d’achat et de servir de réserve de valeur.

Par ailleurs, une corrélation significative entre le cours moyen de long terme du bitcoin et son ratio S2F a été mise en évidence par plusieurs analystes (voir le premier et deuxième article de Plan B, et l’actualisation graphique).

Toute la question est de savoir si cette corrélation se maintiendra dans les années qui viennent. Si oui, cela signifiera une hausse spectaculaire du cours du bitcoin. Mais Bitcoin s’est toujours ingénié à déjouer tous les pronostics…

Katerina Sakellaropoulou : première femme à la présidence de la République en Grèce

Par Evangelos Andreou
Katerina Sakellaropoulou

Par Evangelos Andreou.

Mercredi dernier, le Parlement grec a élu Katerina Sakellaropoulou présidente de la République, faisant d’elle la première femme présidente dans l’histoire de la Grèce.

Son nom avait été proposé par Nouvelle Démocratie, et elle a été soutenue par ce parti, l’opposition de gauche Syriza, et le centre gauche Kinal, emportant les suffrages de 261 députés sur les 300 siégeant au parlement.

Katerina Sakellaropoulou, spécialiste en droit constitutionnel et environnemental, formée en France, a été une magistrate importante, avec un long passé en Grèce. Elle a été présidente du Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative de Grèce, et elle a publié dans des revues universitaires en faveur des droits individuels, des libertés civiles et des questions écologiques.

Bien que le président soit le chef de l’État en Grèce, il s’agit en réalité d’un rôle largement honorifique avec un pouvoir limité. Il serait donc erroné d’attendre du prochain président une action politique quelconque, mais plutôt des déclarations et des cérémonies régulières avec d’autres dirigeants étrangers. Cependant, le choix de Katerina Sakellariou par le Premier ministre, Kyriakos Mitsotakis, est un changement politique intelligent.

En 2015, personne n’avait vu venir l’élection de Kyriakos Mitsotakis à la présidence du parti conservateur. Mitsotakis, un libéral autoproclamé, a attiré de nombreux libéraux indépendants et sociaux-démocrates qui n’avaient jamais voté pour la Nouvelle Démocratie, parti conservateur solidement établi.

Aujourd’hui, en Grèce, un grand nombre d’électeurs modérés veulent tourner la page de la décennie précédente.

D’une part, ils ont peur de Syriza, qui après sa défaite ne parvient pas à faire un choix entre être un parti de centre-gauche ou un parti de gauche radicale ; d’autre part, ils considèrent la Nouvelle Démocratie comme un parti conservateur démodé.

En proposant Katerina Sakellaropoulou, juge qui défend l’État de droit et n’a jamais été impliquée en politique, Mitsotakis cible ce groupe de personnes. Il envoie un message progressiste à l’opposition, qui tente de le dépeindre comme un homme politique d’extrême droite et il entrera dans l’histoire comme le premier Premier ministre à proposer une femme à la présidence.

Après une décennie de dépression économique et de polarisation, Katerina Sakellaropoulou ouvre une nouvelle ère dans la politique grecque. Surtout dans un pays où la représentation des femmes dans la politique de haut niveau est historiquement faible, et où tous les postes de haut niveau, sauf un, étaient occupés par des hommes… jusqu’à mercredi.

Greta Thunberg ou la montée des passions tristes

Par Philippe Charlez

Par Philippe Charlez.

On annonçait à Davos un duel entre le président septuagénaire considéré comme l’homme le plus puissant du monde et la pasionaria d’à peine 17 ans. La passe d’armes a bien eu lieu sous la forme d’un échange par discours interposés.

Résolument optimiste, vantant ses résultats économiques, le président américain climato-sceptique s’est adressé indirectement à la jeune Suédoise :

Il faut rejeter les éternels prophètes du malheur et leurs prédictions de l’apocalypse. Il appartient au passé poussiéreux des oiseaux de mauvais augure et nous ne laisserons pas leur prophétie s’accomplir.

Il s’est aussi félicité que « les États-Unis soient devenus le premier producteur mondial de gaz naturel » ce qui au passage a permis au pays de l’Oncle Sam de devenir l’un des champions de la réduction des GES. Même si ce choix est plus opportuniste que clairvoyant, grâce au gaz les États-Unis cochent les trois cases du développement durable : une énergie à la fois abondante, économique et plus propre.

L’apocalypse climatique annoncée

Avec en arrière-plan un slogan où l’on pouvait lire « Adverting a climate apocalypse », la jeune collapsologue a, comme à son habitude, lu le papier qu’on lui avait écrit annonçant que

notre maison était toujours en feu, que votre inaction alimentait les flammes à chaque heure et qu’il était temps de paniquer ; comment justifiez-vous à vos enfants vos échecs et le fait que vous les laissiez affronter un chaos climatique que vous avez sciemment provoqué. 

On connaît le dessein de ces apôtres de l’apocalypse : instrumentaliser une lutte climatique sommée de choisir entre société de croissance et fin du monde. Avec son obsession de l’égalité et sa haine du riche, ce mode de pensée est une nouvelle forme de marxisme à une différence fondamentale près : le marxisme classique était hyperproductiviste et promettait l’égalité dans l’abondance ; le marxisme écologique au contraire est clairement anti-productiviste et promeut l’égalité dans la pauvreté.

Pour imposer sa pensée unique, le marxisme écologique délivre à une jeunesse manipulable et peu expérimentée la pensée binaire du bien et du mal. Facile à entendre, la pensée binaire est aussi très commode pour éviter un débat de fond qui, pour un militant de base, peut très vite se révéler hasardeux, surtout sur des sujets complexes comme le dérèglement climatique ou la transition énergétique.

L’absence de débat et l’ignorance sont historiquement les leviers de l’embrigadement. La religion, le marxisme, le fascisme et le nazisme l’ont utilisé avec toute la brutalité que l’on connait.

Dans un monde binaire, la perception, l’impression et la rumeur remplacent progressivement la réalité des faits et des données. La formule chère à Descartes « je pense donc je suis » se transforme en « je crois donc je sais » ! Véhiculant une pensée unique, le marxisme écologique représente une nouvelle forme d’obscurantisme. Surfant sur la montée des peurs et des « passions tristes », il rejette les élites et transforme une vérité locale en une vérité générale. En répétant que demain sera nécessairement moins bien qu’hier, il se place de facto en rupture avec l’idée même de progrès.

Crise de narration scientifique

Et face à ce fléau, la science en pleine crise de narration est incapable de délivrer à l’opinion publique ce grand récit positif qui fit la réussite de la révolution industrielle et des Trente glorieuses.

Pour faire renaître de ses cendres le positivisme d’Auguste Comte ou l’esprit critique d’Ernest Renan, revaloriser les connaissances aux dépens de l’impression et du ressenti, le citoyen a un urgent besoin de pédagogie. Et ce constat est particulièrement criant pour la jeunesse davantage concernée par la problématique climatique que les générations plus âgées.

Quoi qu’on pense de Trump, on peut au moins lui reconnaître le courage d’avoir délivré à Davos un discours sans ambiguïté dont les Européens pourraient parfois s’inspirer.

 

Création d’entreprises : la France sur la bonne voie ?

Par Yves Buchsenschutz

Par Yves Buchsenschutz.
Un article d’Entrepreneurs pour la France

Nous avons eu droit récemment à des statistiques de l’INSEE sur la création d’entreprises en France. Il paraît intéressant, dans la mesure où nous pensons qu’elles sont une composante basique de la création d’emplois et de la lutte contre le chômage, de les examiner de plus près.

À première vue, c’est cocorico : la création d’entreprises, voire d’emplois est en plein développement. La croissance en France en 2019 a été de 1,3 %, le nombre d’entreprises créées de 815 000, les emplois créés de 260 000 et le chômage serait désormais à 8,6 %. S’agit-il de poudre aux yeux ou d’un véritable changement ?

La création d’entreprises

La création d’entreprises est en croissance significative en France depuis maintenant au moins quatre ans :

  • en 2016, la France avait créé 554 000 entreprises dont 330 000 « classiques » (les micro-entrepreneurs ne créent en général que leur propre emploi et il est assez peu pérenne)
  • en 2017 elle en a créé 591 000, dont 343 000 classiques
  • en 2018 elle en a créé 691 000 dont 382 000 classiques
  • en 2019 elle a créé 815 000 entreprises dont environ 410 000 classiques

Ceci représente une croissance de 47 % au total et de 25 % pour les entreprises « classiques ».

Si l’on se rappelle que la France affichait historiquement un retard de 5 à 6 millions d’entreprises, cela commence à être significatif.

La création d’emplois

La courbe des créations d’emplois a été plus chahutée :

  • en 2016, 212 000 créations
  • en 2017, 338 000 créations
  • en 2018, un ralentissement surprenant, 106 000 créations seulement
  • en 2019, reprise 263 000 créations

Ces emplois redeviennent progressivement « industriels ».

Depuis 2017, la France a cessé de détruire de l’emploi industriel recommençant à créer ce type d’emplois après un point bas cette année-là tout juste supérieur à 3 000 000 d’emplois dans ce secteur fondamental de l’activité. Nous étions auparavant sur une tendance de perte d’emplois industriels de l’ordre de 25 à 30 000 par an. Il est encore trop tôt pour crier victoire, mais la tendance s’est inversée dans cette catégorie.

Le chômage

Le chômage dont le dernier pic date de 2015 à 10,2 % redescend certes trop lentement mais baisse à 9,3 % en 2016, et 8,6 % en 2017.

Il semble par contre bloqué depuis cette date aux environs de 8,5 % même si des améliorations partielles apparaissent comme un moindre chômage des jeunes.

Il y a encore beaucoup à faire, en particulier sur les seniors en corrélation avec le report progressif de l’âge de la retraite.

Les postes à pourvoir et les apprentis
2016 2017 2018 2019
Postes vacants bruts 140 000 170 000 170 000 195 000
Postes vacants nets 120 000 150 000 135 000 175 000
Apprentis (entrée en) 290 000 295 000 310 000 nd

La tendance sur les postes à pourvoir augmente mais assez lentement. Ce pourrait être une satisfaction, car cela peut anticiper des emplois.

Une explication possible : la formation ne suit pas la création d’emplois potentielle. Les chiffres semblent moins fiables et le suivi des apprentis est encore plus flou (DARES) et publié avec des délais plus importants. Il y a certainement encore des progrès à faire dans la machine formation.

Conclusions

Il est trop tôt pour tirer des conclusions mais il est évident que ces tendances, lourdes, ne s’inverseront pas facilement. Il faudrait que l’année 2020 confirme largement ces chiffres pour reprendre espoir et espérer une nouvelle baisse du chômage, laquelle aiderait la France à reprendre un chemin budgétaire un peu plus vertueux.

La création d’entreprises se trouve au croisement des conditions favorables créées par l’environnement et de l’envie d’innover des individus qui a beaucoup progressé ces dernières années. Des créations d’entreprises plus importantes, davantage tournées vers l’industrie, plus « classiques », appuyées sur une meilleure adaptation de la main-d’œuvre, seraient des facteurs importants de succès.

Nous en avons besoin.

Sur le web

Pourquoi le libéralisme n’est pas bien vu d’une grande partie des Français

Par Johan Rivalland

Par Johan Rivalland.

Le libéralisme est décidément une notion bien floue et très mal perçue par une grande partie des Français, nourris dès le plus jeune âge aux mamelles de l’État et qui sont persuadés, à tort puisqu’on le leur fait croire en permanence, que le libéralisme serait je ne sais quelle force occulte organisée qui les plongerait dans une sorte d’océan où ils se noieraient sans que personne leur vienne en aide. D’où la justification de l’interventionnisme et de l’État-providence, sans lesquels nous serions sans doute perdus.

Quatorzième volet de notre série « Ce que le libéralisme n’est pas ».

Qu’est-ce que le libéralisme ?

Il arrive encore ponctuellement que tel ou tel lecteur fasse remarquer que cette série inverse la logique habituelle en ne traitant pas de ce qu’est le libéralisme. Je m’en étais expliqué dès le premier volet : c’est ce que l’on appelle tenter de dissiper quelques malentendus ou « idées reçues ». Mais, bien naturellement, ce faisant, il est assez évident que l’on évoque aussi à travers cette présentation la question de ce qu’est le libéralisme. Simplement, il s’agit d’une autre manière d’aborder les choses.

Mon objectif est d’avoir peut-être l’opportunité de toucher quelques personnes qui ne s’intéressent pas au libéralisme, ne cherchent pas à ce qu’on leur explique de quoi il s’agit et auraient plutôt tendance à se méfier d’une présentation qu’on chercherait à leur donner. Il s’agit plutôt de formes ponctuelles de tentatives de réponses à des a priori. Sans non plus prétendre détenir des vérités, je l’ai déjà dit aussi.

Et puis nous sommes sur un site qui propose déjà en abondance des présentations de ce qu’est le libéralisme, présente chaque jour des analyses de fond de l’actualité et de sujets de société sous un angle libéral. D’excellents articles existent, qui permettent déjà de répondre à la question de ce qu’est le libéralisme, à l’image de l’article de référence de Gérard Dréan sur la question, entre autres, dont je conseille vivement la lecture. Ce qui ne m’empêchera pas peut-être un jour – il me semble également l’avoir déjà dit – de me lancer dans une nouvelle série posant la question. Mais j’ai déjà tellement d’idées en tête sur la présente série que cela devra attendre quelques années…

Qu’est-ce que le libéralisme, donc ? Eh bien si je ne reprends qu’un petit extrait de l’article de présentation de Gérard Dréan, on peut au moins déjà retenir ceci :

[…] le libéralisme n’est rien d’autre que la mise en application rigoureuse, à tous les êtres humains, dans tous leurs domaines d’activité et dans toutes les circonstances, de la première phrase de l’article premier de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Il en déduit son seul impératif moral : « nul n’a le droit de priver un autre être humain de sa liberté d’agir comme il l’entend conformément à ses aspirations, à sa situation et à ses capacités ».

En appliquant ce principe à tous les humains y compris à ceux qui exercent un pouvoir, quels que soient leur étiquette et leur mode de désignation, il se décline en libéralisme politique. En l’appliquant à tous les domaines d’action, il se décline notamment en un volet économique, qu’il complète par une conviction de nature utilitariste : c’est quand les hommes agissent librement qu’ils ont les plus grandes chances d’atteindre le mieux les objectifs qu’ils se proposent, aussi bien collectivement qu’individuellement.

Et vous me pardonnerez les larges extraits, mais voici ce qu’il écrit un peu plus loin :

Sur ces questions, la règle libérale intervient en tant qu’éthique de l’action : je m’interdis de te contraindre à agir comme je crois que tu devrais le faire, quelles que soient mes raisons de le croire. Je m’interdis aussi de t’empêcher par la force d’agir comme tu crois devoir le faire, que ce soit directement ou en demandant l’intervention d’un tiers (par exemple l’État), et j’estime que tu as les mêmes obligations envers moi. La règle libérale bannit la violence et la contrainte des moyens acceptables, quelles que soient les fins visées et les intermédiaires éventuellement utilisés.

En refusant de faire une distinction entre les citoyens ordinaires et d’autres qui échapperaient à cette interdiction sous un quelconque prétexte – force supérieure, droit divin ou onction majoritaire – le libéralisme n’accorde à l’État qu’une place aussi limitée que possible, lui demande et en attend le moins possible, et ce dans tous les domaines. Pour cette raison, il est évidemment honni par les politiques de tous bords, dont le pouvoir est la raison d’être quelle que soit l’idéologie dont ils se réclament, et par ceux, économistes ou autres, qui font profession de les conseiller.

L’essence même du libéralisme étant de contester le pouvoir de l’État, les libéraux authentiques ne cherchent pas à exercer ce pouvoir. C’est pourquoi ils sont si peu nombreux parmi les politiques. Quelques-uns ont tenté d’accéder au pouvoir dans le but de le détruire de l’intérieur, mais ils s’y sont trop souvent laissés engluer. A contrario, les antilibéraux de tous bords sont souvent des aspirants dictateurs, convaincus qu’ils sont que l’action libre des êtres humains conduirait à la catastrophe et que la société doit être fermement gouvernée, par eux-mêmes et leurs amis bien entendu.

Mais alors que tous les autres devraient en bonne logique partager l’amour de la liberté et la méfiance envers le pouvoir qui caractérisent le libéralisme, ses adversaires trouvent un soutien dans la foule de ceux qui ont conservé le besoin puéril de croire à une autorité transcendante et bienveillante qui aurait la volonté et le pouvoir de résoudre tous nos problèmes. Pour le plus grand nombre, l’État a remplacé nos parents, puis Dieu dans ce rôle ; la simple existence d’un problème est prise comme une justification de l’action de l’État, dont il faudrait encore accroître l’emprise pour le résoudre. La moindre évocation d’un léger mouvement en sens inverse dans le sens d’une libération de l’activité économique est stigmatisée comme une manifestation d’« ultralibéralisme ».

L’État, l’autorité bienveillante qui doit résoudre tous nos problèmes

Et c’est bien là le problème. En s’en remettant quasi-systématiquement à l’État pour résoudre tous nos petits problèmes, on ne se rend plus compte à quel point on risque d’emprunter la route de la servitude. Ou celle dont nous parlait déjà Étienne de La Boétie il y a 450 ans, celle de la servitude volontaire.

Car, persuadés que sont une grande partie des Français que nous évoluons en pleine tempête de turbolibéralisme, d’austérité et de cadeaux aux riches, ils ne voient même plus que – bien à l’inverse – l’État s’est immiscé partout dans nos vies et entend les régenter sans cesse un peu plus, par des mécanismes que plus personne ne semble contrôler induits par l’horreur politique, l’expansion du périmètre de l’action publique et de la bureaucratie conduisant à un « épuisement démocratique ».

Puisque là est bien le problème : mouvement des Gilets jaunes, grandes grèves de décembre 2019 et janvier 2020, et d’autres mouvements de contestation permanents ont bien pour point commun une insatisfaction à l’égard des décisions publiques, mais une demande de plus d’intervention encore sous forme d’aides de toutes sortes.

Ce qui signifie donc à la fois une contestation des interventions des représentants de l’État et une demande de plus d’intervention (mais toujours avec l’idée de chaque entité tentant de ramener la couverture à soi). Ne peut-on imaginer autre chose ? Ce n’est hélas pas dans les habitudes et les conceptions accessibles aux cerveaux formatés à l’esprit Jacobin. Car, comme le relève à juste titre Guillaume Moukala Same dans un article intitulé « Ce que ne voient pas les détracteurs du libéralisme » et qui est loin de ne concerner que les citoyens ordinaires :

L’État est la voie par laquelle ceux qui ne peuvent pas obtenir ce qu’ils veulent par le consentement d’autrui peuvent l’obtenir grâce au pouvoir coercitif. C’est donc tout naturellement que les hommes d’affaires sans scrupule se pressent et se bousculent à la porte du Pouvoir pour solliciter l’État.

Macron, symbole du libéralisme honni ?

Et à cette aune, le malentendu est flagrant. Le Président Macron est présenté ici et là comme un apôtre du libéralisme. Alors même que, comme le relevait déjà Nathalie MP Meyer en février 2018 : « l’État reste central dans les décisions. La libéralisation n’a pas eu lieu, ou si peu. »

Idée qui n’a cessé de se vérifier depuis, prélèvements obligatoires et nouvelles dépenses publiques aidant, pour ne représenter qu’un « libéralisme de façade ». N’en déplaise à ce lecteur fidèle de Contrepoints, portant le pseudo Stupidités libertariennes, que je salue au passage, et qui sera très certainement flatté que l’on parle de lui et à qui je vais permettre de passer un nouveau bon moment…

Les peuples, aujourd’hui, ne se révoltent plus seulement contre les dictatures. De plus en plus, ils se révoltent aussi – ou renversent par les élections – des gouvernements dont ils ont le sentiment qu’ils ne les représentent plus vraiment tout à fait. Sans doute la prétention (affichée) des gouvernants à faire leur bonheur n’est-elle pas tout à fait à la mesure de leurs attentes, qui restent sans doute d’ailleurs en grande partie bien floues.

Et si ce à quoi ils aspiraient n’était pas tout simplement… plus de liberté ?

 

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Les activistes radicaux sont-ils des nostalgiques qui s’ignorent ?

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Par Patrick Aulnas.

Les échecs successifs n’entament pas le moral des activistes politiques radicaux. Ils se rattachent à la gauche extrême, qui comporte aujourd’hui des organisations politiques (LFI, PC, trotskystes divers) et syndicales (SUD-Solidaires et certains cégétistes). La grève ne leur semble plus un moyen suffisant car elle ne concerne qu’une petite minorité de salariés et ne peut pas durer très longtemps. Aussi utilisent-ils des moyens violents, totalement illégaux, relevant de l’action subversive : coupures d’électricité, incendies, intrusion diverses, par exemple à deux reprises au siège de la CFDT.

 

Le tropisme de la lutte

La négociation, le compromis démocratique semblent incompatibles avec certaines personnalités. Psychologie de café du commerce ? Peut-être. Mais toute personne encline à la modération a ressenti un jour ou l’autre toute la distance qui peut s’établir, dans le champ politique, entre elle et les adeptes de la radicalité. Ces gens-là ne rêvent que d’en découdre et ne vivent vraiment que dans ce qu’ils appellent les luttes sociales.

Sans doute y-a-t-il de l’idéologie dans cette propension au conflit. Mais de moins en moins. Le marxisme ne fait plus recette. Lorsque des militants ou même des dirigeants syndicaux, comme le cégétiste Laurent Brun, utilisent le vocabulaire archaïque de la lutte des classes, c’est davantage par conformisme linguistique que par adhésion au marxisme. Connaissent-ils d’ailleurs vraiment la pensée de Marx ? On peut sérieusement en douter.

Mais une certitude apparaît immédiatement : ils veulent se confronter au pouvoir politique. Peut-être même pas essentiellement pour conserver des avantages acquis. Plutôt pour instaurer un combat qu’ils ont 99 % de chances de perdre, mais qui leur donnera la satisfaction de s’être battus. Se battre pour quoi ? Personne n’en sait rien. Selon leur discours, la réponse est encore vaguement marxisante : contre le capitalisme, l’exploitation des travailleurs ou des opprimés, pour la défense des services publics, contre la destruction du modèle social français.

 

Lutter pour devenir pauvre, mais lutter !

On le sait désormais : la négociation avec l’État et le capitalisme a toujours donné de bien meilleurs résultats que la révolution. Toute l’histoire du XXe siècle est là pour en témoigner, de la chute de l’URSS à la misère cubaine et à l’inflexion chinoise vers le commerce international. Le niveau de vie s’améliore si l’efficacité productive du capitalisme est présente. Il suffit de négocier avec lui en s’organisant intelligemment pour obtenir des compromis acceptables. Plus fondamentalement d’ailleurs, le capitalisme étant un simple modèle de production, il lui faut des consommateurs et des salariés solvables. Sans demande, pas d’offre. Il faut créer du pouvoir d’achat pour vendre.

Le radicalisme politique ne s’explique donc pas par la volonté d’améliorer la vie matérielle des individus. Il s’explique par le goût des luttes de pouvoir. C’est un phénomène purement politique qui utilise un subterfuge pour recruter : « Avec nous, votre vie sera plus belle ».

En réalité, évidemment, la violence aboutit à l’instabilité et à la pauvreté car l’économie aime par-dessus tout pouvoir anticiper et avoir une vision claire d’un avenir politique stable.

 

La nostalgie de l’après-guerre

Il y a un autre facteur, peut-être propre à la France. Pour qui a vécu ce que Jean Fourastié avait nommé les Trente Glorieuses (1945-1975), il semble subsister en France une nostalgie de cette époque. La croissance économique était supérieure à 5 % par an en moyenne, les salaires nominaux augmentaient encore plus, faisant gagner du pouvoir d’achat année après année. L’avenir était perçu comme la poursuite indéfinie de cet enrichissement de tous par la vertu du compromis historique entre l’efficacité économique du capitalisme et le pouvoir politique de l’État-nation.

Pourtant, les communistes, laudateurs de la sombre et pauvre URSS, représentaient à l’époque en France un électorat de 25 % environ des suffrages exprimés aux élections législatives. Les électeurs communistes, comme tous les autres, bénéficiaient de l’efficience du capitalisme et de la redistribution étatique (allocations chômage, famille, retraites, protection santé, etc.). Mais ils pouvaient aussi adhérer au discours belliqueux des dirigeants communistes prônant la révolution et l’avènement en France de la planification étatique centralisée de l’économie.

On pouvait à la fois cracher dans la soupe et la consommer avec délectation. Surprenant mais historique. Les pauvres électeurs communistes n’y comprenaient rien, mais ils savaient qu’il existait un paradis futur et que s’ils luttaient, leurs enfants y arriveraient. Avenir radieux, présent en constante amélioration et prise en charge des fameuses luttes par un parti très structuré, financé par le totalitarisme soviétique. Le bonheur ! Les Français n’ont jamais compris que les trente années d’après-guerre constituent une rarissime exception dans l’histoire économique. On le leur a soigneusement caché.

 

Les mensonges de la gauche

L’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 fut une catastrophe. Mitterrand se fichait complètement de la bonne gestion du pays et a utilisé l’endettement public massif pour maintenir l’illusion que la fête continuait. Par la suite, il fut impossible de faire comprendre qu’en accumulant une dette de plus en plus gigantesque, le pays se précarisait.

Nous avons cinquante ans de retard dans l’adaptation de la France aux réalités du monde contemporain. La difficulté politique est désormais considérable puisque la gauche a toujours menti et continue d’ailleurs à le faire.

Prenons un seul exemple d’actualité : la retraite. Il fallait en 1981, conformément aux évolutions démographiques, ne rien toucher aux retraites du secteur privé (65 ans) et reporter l’âge de la retraite de 60 à 65 ans dans le secteur public. Mitterrand a fait le contraire, par pure démagogie. Tout est à l’avenant : temps de travail, prestations sociales, etc.

On a parlé de « crise » pendant des décennies, alors qu’il s’agissait du mouvement de l’Histoire. On a caché aux Français qu’il fallait s’adapter aux réalités d’un monde en évolution rapide et ranger au magasin des accessoires surannés la nostalgie d’une époque révolue.

Rude pédagogie, certes. Mais aucun enseignant digne de ce nom ne dira jamais à ses étudiants que tout est facile, que l’effort est inutile. Pour les stimuler, il faut leur faire comprendre que c’est par un travail acharné qu’ils réussiront. Même s’il faut passer pour impitoyable. Aucun politique n’a voulu accepter ce rôle.

Les insuffisances morales des dirigeants conjuguées au passage à l’action subversive de petites minorités, cela porte un nom : le déclin de la démocratie.

 

Sulfoxaflor : un insecticide victime du principe de précaution

Par André Heitz
insecticide

Par André Heitz.

Le 29 novembre 2019, sur requête de Générations Futures, de l’Union Nationale de l’Apiculture Française (UNAF) et d’Agir pour l’Environnement, le tribunal administratif de Nice a prononcé l’annulation des autorisations de mise sur le marché de deux produits phytopharmaceutiques à base de sulfoxaflor, Transform et Closer.

Le sulfoxaflor est une substance active insecticide de la classe des sulfoximines ; agissant sur le même site que les néonicotinoïdes, il a été copieusement vilipendé.

Il a néanmoins été approuvé au niveau européen pour la première fois le 18 août 2015 pour une durée de 10 ans. Le 27 septembre 2017, l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail (ANSES) avait autorisé les deux produits en cause, commercialisés par Dow AgroScience SAS.

Et le 24 novembre 2017, le même tribunal avait suspendu ces autorisations par une ordonnance en référé.

Les autorisations de mise sur le marché étaient assorties de restrictions des conditions d’utilisation afin de protéger les abeilles et autres pollinisateurs. Cette protection avait été doublement assurée : par une instruction détaillée dans les « Conditions d’emploi générales » et par une indication des stades phénologiques pour lesquels le produit peut être utilisé, stades qui excluent celui de la floraison.

L’ANSES a décidé de prendre acte du jugement et de ne pas faire appel. C’est que, en application de la loi dite Egalim, le gouvernement s’apprête à interdire le sulfoxaflor, ainsi que la flupyradifurone, dont le ministère de l’Agriculture dit qu’ils ont « des modes d’actions identiques aux néonicotinoïdes » (superbe justification…).

Agriculture en danger

Ainsi se termine un petit feuilleton judiciaire (sauf appel de Dow)… et s’ouvrent de belles perspectives de démolition de cette agriculture qui nous nourrit en protégeant ses cultures par des produits phytopharmaceutiques pour nous livrer des denrées en quantité et qualité, y compris sanitaire.

Certes, ce jugement du premier degré de juridiction ne fait pas jurisprudence, mais il s’inscrit dans une tendance interprétant le principe de précaution de manière intégriste (voir notamment ici une décision du tribunal administratif de Lyon).

Et il sera sans nul doute exploité comme il se doit dans le travail de sape en théorie anti-pesticide, en pratique anti-agriculture et alimentation.

En bref, le tribunal a pris appui sur la constatation, par les agences française et européenne d’évaluation, de l’existence de « risques importants de toxicité pour les insectes pollinisateurs » et d’une « dangerosité des produits « Transform » et « Closer » pour la faune auxiliaire et les insectes pollinisateurs ».

Et il a écarté l’objection des mesures préventives :

Si l’ANSES et la société Dow Agrosciences font valoir que l’utilisation de l’insecticide est assortie de mesures d’atténuation des risques, telles que l’absence d’application du produit durant la période de floraison, ces mesures ne peuvent être regardées comme suffisantes dès lors qu’elles présentent une portée générale et ne sont assorties d’aucune obligation pour les utilisateurs du produit.

L’ANSES aurait donc « méconnu le principe de précaution ainsi que l’article 4 du règlement (CE) n° 1107/2009. »

Principe de précaution dévoyé de son objectif

Le tribunal n’a pas manqué de se référer à la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne, mais de manière quelque peu sélective en omettant les références au « principe de proportionnalité » qui doit régir les mesures prises sur le fondement du principe de précaution.

Sa décision devrait aussi s’analyser à l’aune de l’article 5 de la Charte de l’Environnement qui exige, outre « la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques » – réalisée en l’occurrence par l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) et l’ANSES –, « l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage ».

Au final, le raisonnement suivi par le tribunal doit s’interpréter comme suit : seul le risque zéro – illusoire et indémontrable – est acceptable ; toute mesure d’atténuation des risques laissant subsister des risques résiduels (c’est la nécessaire interprétation du mot « atténuation »), il faut interdire la mise sur le marché et l’utilisation de la substance en cause.

Le principe de précaution est ainsi appliqué de manière rigoureuse, en écartant le « principe de proportionnalité ».

Et tant pis si le risque résiduel est limité et acceptable (et nul ou quasi nul pour certains usages).

Et tant pis si le rapport risque-bénéfice est largement favorable.

Et tant pis encore si l’interdiction du produit en cause mène soit à l’emploi d’autres produits au profil toxicologique et écotoxicologique bien plus mauvais (avant qu’ils ne soient interdits à leur tour), soit à une impasse dans la protection des cultures (et par voie de conséquence dans la production agricole et alimentaire).

Il y a d’autres faiblesses dans la décision, s’agissant notamment de la compréhension de l’ensemble des faits pertinents, du système d’autorisation des produits et des effets d’une application purement mécanistique du droit – de surcroît fort discutable – qui fait fi des conséquences sur la vie sociale et économique.

Restons un instant dans le domaine des produits de protection des plantes : toute substance est condamnée dès lors qu’une instance d’évaluation a conclu, selon la formule habituelle, qu’« un risque ne peut pas être exclu » ; qu’un travail de recherche a établi, ou simplement suggéré, l’existence d’un risque ; ou encore qu’une organisation militante a bidouillé un « rapport » suffisamment convaincant.

Les seules substances à échapper à la damnation seraient celles qui – comme le spinosad, du reste bien plus dangereux pour les abeilles que le sulfoxaflor – sont utilisables en agriculture biologique : leur autorisation de mise sur le marché ne sera pas contestée par les organisations militantes anti-pesticides – entendre : de synthèse.

Certaines d’entre elles « roulent » pour le biobusiness qui le leur rend bien sous forme de financement, ou poursuivent des objectifs bien plus larges que la défense – alléguée – de l’environnement.

Justice instrumentalisée

Ce qui se passe, en l’occurrence, c’est l’instrumentalisation de la justice à des fins économiques et socio-politiques.

En particulier, la justice est aussi mise à contribution dans un travail de sape visant à démolir – ici à travers la mise en cause de l’ANSES – les fondements de l’évaluation des risques (et bénéfices) fondée sur la science.

Certes, on ne saurait disputer à ces organisations le droit de saisir la justice, mais il est important et urgent d’alerter les pouvoirs politiques et judiciaires sur le fondement du problème – un principe de précaution dévoyé de son objectif – et les enjeux.

Appliqué à d’autres aspects de la vie courante, ce principe devrait nous faire retourner à l’Âge de pierre, voire remonter sur l’arbre :

  • interdisons les produits ménagers « à tenir hors de portée des enfants », une instruction largement ignorée ;
  • fini les médicaments car ils ont tous des effets secondaires et peuvent être mal utilisés ;
  • plus d’électricité car il subsiste des risques d’électrocution ;
  • plus d’agriculture car le labour nuit aux vers de terre…
  • supprimons aussi le Soleil, fauteur de cancers avec ses rayons ultra-violets.

C’est évidemment ridicule. Et la solution est à notre portée : les autorités politiques et judiciaires doivent resserrer les boulons.

Le système capitaliste doit-il être condamné pour son immoralité ?

Par Hadrien Gournay

Par Hadrien Gournay. 

Les actions accomplies par les hommes suscitent parmi eux des réactions allant de la condamnation la plus sévère à la plus franche admiration.

Les États ont toujours tenté d’imposer leur propre système d’appréciation des actions humaines. Cela est illustré actuellement par le Code pénal et la légion d’honneur.

Toutefois, celui qui provient de la société reste largement indépendant d’un État dont la capacité à faire partager ses vues est limitée. Ce rôle limité de l’État ne rend pas pour autant le processus par lequel nous apprécions la valeur des actions humaines purement et simplement « naturel » ou « spontané » par opposition à ce qui est « construit » ou « artificiel ».

Notre jugement peut en effet relever de la psychologie humaine fondamentale, antérieure à toute élaboration doctrinale mais aussi dépendre de la culture ou des croyances de chaque époque.

Le problème

Une première analyse montre que cette évaluation repose systématiquement sur deux piliers : le résultat auquel l’action concourt et le rapport de cette action à l’intérêt de son auteur.

L’évaluation du résultat d’une action varie en fonction des sociétés et des doctrines auxquelles elle est attachée. Cet aspect n’étant pas ici notre intérêt prioritaire, nous utiliserons pour contourner la difficulté un mixte d’utilité et de droit.

Toute action accroissant globalement le bonheur dans la société sans nuire à quiconque est bonne… Toute action nuisible à au moins une personne est mauvaise et elle le sera d’autant plus qu’elle augmente le malheur dans la société.

En revanche, le deuxième critère, autrement dit le fait qu’une bonne action accomplie pour elle-même ou malgré les peines endurées est plus louable que cette même action réalisée pour le seul profit de son auteur, mais également l’adjonction des deux critères n’est pas lié à la culture particulière de celui qui produit un jugement mais commun à toutes les sociétés.

Qu’en est-il de la manière dont les deux critères s’agencent pour former l’appréciation globale d’un acte ? Est-elle variable ou universelle ? Est-il possible de la fonder sur des normes rationnelles ? Convient-il de préférer les intuitions du sens commun au risque d’adopter des positions arbitraires formant un attelage incohérent ou est-il préférable de bâtir un modèle formellement cohérent mais sans respect pour le sentiment spontané qui restitue à chaque acte sa valeur ?

Tel sera l’objet de notre recherche.

Les enjeux politiques

Aussi abstraites qu’elles paraissent, l’enjeu politique de ces questions se manifeste très clairement dans le cadre de l’affrontement entre libéralisme et socialisme.

Le système capitaliste doit-il être condamné pour son immoralité ? La richesse, qui suppose une abstention partielle du don qui permettrait de s’en délester, est-elle immorale ? Une transaction qui bénéficie aux deux parties peut-elle être immorale ? La recherche du profit du propriétaire des moyens de production est-elle immorale alors même qu’elle est utile ?

Examinons successivement les actes aux conséquences positives et négatives.

L’acte positif

Les différentes catégories d’actes positifs

Un acte aux conséquences positives peut être contraire à l’intérêt de son auteur, conforme à cet intérêt ou neutre à cet égard.

L’exemple type d’une décision neutre à l’égard de l’intérêt de son auteur est celle du juré ou, de manière moins évidente, du vote. Une différence demeure malgré tout entre l’acte neutre tel que nous l’envisageons et la décision du juré car ici la décision contraire n’implique pas d’injustice.

Présentation des méthodes

Une grande diversité de méthodes se propose pour préciser les rôles respectifs du résultat et du sacrifice consenti dans la valeur totale de l’action accomplie.

Certaines procèdent par multiplication et d’autres par addition. Comme à chaque méthode par multiplication correspond à peu près une méthode par addition, nous présenterons uniquement les premières.

Dans la méthode par multiplication un coefficient lié à l’intérêt de l’auteur multiplie la valeur du résultat.

Nous indiquons à chaque fois le nom de la méthode (par multiplication) par une lettre, la valeur du multiplicateur, lié à l’intérêt de l’auteur de l’acte, pour l’acte intéressé, l’acte neutre et l’acte contraire à l’intérêt de son auteur.

Méthode A :
Acte intéressé : multiplicateur négatif / Acte gratuit : nul / Sacrifice : Multiplicateur positif

Méthode B :
Acte intéressé : multiplicateur de 0 à X / Acte Neutre : X / Sacrifice : > X

Méthode C :
Acte intéressé : multiplicateur nul / Acte gratuit : multiplicateur égal à X / Sacrifice : multiplicateur supérieur à X

Méthode D :
Acte intéressé : égal à x / Acte gratuit : multiplicateur égal à Y (supérieur à X) / Sacrifice : multiplicateur supérieur à Y

Description des méthodes

Pour un résultat équivalent, il semble logique de préférer d’une part les actes neutres aux actes intéressés et d’autre part les actes impliquant un sacrifice aux actes neutres.

Toutes les méthodes respectent ce principe.

Les méthodes B, C et D, par opposition à la méthode A ne donnent pas de valeur négative à l’acte intéressé et donnent une valeur positive à l’acte neutre. Dès lors, la nécessité du sacrifice se trouve remplacée par ce que nous pourrions nommer la motivation morale intrinsèque.

Il s’agit de reconnaitre le fait que l’auteur, même s’il n’éprouve aucune peine personnelle, choisit le bien pour lui-même. Si cette motivation est présente dans l’acte neutre, elle est supérieure dans le sacrifice. Le degré d’engagement y dépasse celui de l’acte neutre. Cette motivation pour le bien lui-même est absente des actes intéressés dont la valeur ne consiste que dans le résultat.

Avec les méthodes B, C et D, l’acte neutre est X car le choix de n’importe quel chiffre aurait un caractère arbitraire. La connaissance de X aurait un enjeu pour comparer par exemple un acte utile intéressé et un acte neutre utile mais moins bénéfique ou encore un acte neutre et un sacrifice moins bénéfique que l’acte neutre. Ce n’est pas la question qui nous occupe ici.

Au-delà de ces points communs, les méthodes B, C et D présentent d’importantes différences. La principale difficulté concerne le statut de l’acte intéressé. La valeur du multiplicateur peut en effet être fixe (méthodes C et D) ou variable (méthode B).

Les méthodes fixes peuvent admettre une valeur du multiplicateur nulle (et donc de l’acte) ou égale à X (inférieur à l’acte gratuit). La méthode variable fluctue entre ces deux extrêmes en fonction de l’importance de cet intérêt dans la motivation de l’acte ou d’autres critères.

Comparaison et critique

— Méthode A contre B, C et D

Il serait stupide de condamner un acte au motif qu’il serait dans l’intérêt de son auteur. « Il n’y a pas de mal à se faire du bien » dit l’adage et cela est encore plus vrai quand il en découle également un bien pour autrui.

Voir dans la recherche de son intérêt personnel une corruption par essence, vision puriste et extrémiste de la morale, risque de dériver en sectarisme.

Par ailleurs, tout acte neutre devrait se voir reconnaitre une valeur. Un bienfait, même s’il n’a aucun coût pour son auteur est toujours un bienfait et son accomplissement a toujours une valeur, si petite soit elle.

— Méthode B contre C et D

La méthode B établit une distinction au sein des actes intéressés selon la part respective de l’intérêt personnel et de l’altruisme dans la motivation de l’acte.

Pourtant, l’acte intéressé est par hypothèse celui que l’auteur avait intérêt à accomplir. Cela implique que la motivation intéressée aura été suffisante dans tous les cas pour le décider. La motivation altruiste n’y est dès lors jamais nécessaire.

Autrement dit, la motivation intéressée étant suffisante pour l’entreprise en question, les motivations additionnelles n’apportent rien à sa compréhension. Elles ne peuvent être un critère de distinction.

Est-il possible de défendre la motivation altruiste au sein de l’acte intéressé en montrant qu’elle pouvait être suffisante ? Cela revient à affirmer que l’acte aurait été accompli par l’auteur même s’il n’y avait pas été intéressé.

Mais comment sonder les cœurs pour des considérations extérieures au contexte de l’action ?

C’est pourquoi les méthodes C et D n’opèrent pas de distinction entre les motivations des actes intéressés.

Notons que les objections relatives à la variabilité du multiplicateur de l’acte intéressé ne sont pas transposables au sacrifice.

C’est pourquoi existe un fossé entre acte intéressé et neutre et non entre sacrifice et acte neutre. Cela se justifie par l’impossibilité de graduer les actes intéressés. En revanche, la distance entre un sacrifice très léger et un acte neutre est très faible.

— Opposition des méthodes C et D

Le point qui prête ici à discussion est la valeur nulle ou positive de l’acte intéressé.

La méthode C reconnait que l’acte a eu des conséquences bénéfiques pour l’auteur lui-même. De cela il doit être crédité. Il ne doit pas l’être en revanche des conséquences bénéfiques pour la société qu’il n’a pas recherchées.

Cela n’empêche pas de reconnaître que l’intérêt de la société est d’encourager ce type d’acte. On pourra cependant regretter que la société n’accorde aucune valeur à une action qui lui a été bénéfique.

Avec la méthode D, ce regret n’est plus justifié. En revanche, si les effets en sont supérieurs, un acte intéressé peut être loué davantage que celui impliquant un sacrifice.

Nous pourrions donc répondre favorablement à la question posée initialement. La difficulté est de trouver une mesure commune entre « résultat » et « motivation ».

L’Acte négatif

Pour cette partie, nous laisserons tout simplement la parole à Aristote (Éthique de Nicomaque, Livre III, chapitre 1er. ) Traduction Jean Voilquin, GF Flammarion.

Dans les propos d’Aristote, il n’est pas question spécifiquement des questions de justice et des actes nuisibles à autrui mais cela peut parfaitement s’y appliquer.

« Puisque la vertu a rapport aux passions et aux actions, qu’on loue et qu’on blâme ce qui émane de notre volonté, tandis qu’on ne refuse pas son pardon et parfois même sa pitié à ce qui est accompli sans volonté de choix, peut-être est-il nécessaire de déterminer, puisque notre examen porte sur la vertu, ce qui est volontaire et ce qui est involontaire.

Du reste, cette étude ne manquera pas d’être utile aux législateurs chargé de fixer les récompenses et les peines. À ce qu’il semble sont involontaires les actes accomplis par contrainte ou s’accompagnant d’ignorance.

L’acte forcé

Un acte forcé est celui dont le principe est extérieur à nous mêmes et tel que l’agent ou le patient n’y participe en rien, par exemple quand un vent violent ou des gens, maîtres de notre vie, nous transportent en quelque endroit.

Pour toutes les actions que nous exécutons par crainte de maux plus grands ou en vue d’une belle fin, on peut discuter la question de savoir si elles sont volontaires ou non ; prenons par exemple le cas d’un tyran, qui, maître de la vie de nos parents et de nos enfants, nous enjoindrait de faire un acte honteux, en y mettant la condition que l’exécution sauverait les nôtres, tandis que le refus entrainerait leur mort.

Ce cas n’est pas sans analogie avec une cargaison jetée à la mer ou cour d’une tempête ; en général personne ne perd de son plein gré sa cargaison ; on s’y résigne pour sauver sa propre vie et celle des autres, comme ceux qui sont sains d’esprit.

Ainsi donc de telles actions ne revêtent pas un caractère bien net ; néanmoins elles ressemblent davantage à des décisions volontaires. Car, au moment où on les exécute, elles sont délibérément voulues.

D’autre part, la fin de l’acte est déterminée par les circonstances. Ainsi, il faut préciser le degré de volonté dans l’acte qui s’accomplit. En de telles circonstances, c’est volontairement que l’homme agit ; la cause qui fait mouvoir ses organes réside en lui ; or avoir en soi-même le principe de ses actes, c’est aussi avoir en soi la possibilité de les exécuter ou non.

De telles actions sont donc volontaires mais absolument parlant peut-être dira-t-on aussi qu’elles sont involontaires : car nul ne souhaiterait exécuter des actes de cette nature pour eux-mêmes. […]

Le cas de force majeure

À quoi donc reconnaître le cas de force majeure ? Est-ce tout simplement le cas d’une cause extérieure à nous et lorsque l’exécutant n’a aucune intention de prendre part à l’action ?

Certains actes sont par eux-mêmes involontaires ; mais dans telles circonstances on les préfère à d’autres et alors la cause réside dans l’exécutant. Par eux-mêmes ils restent volontaires mais ils deviennent volontaires par ce choix momentané.

Aussi ressemblent-ils plutôt aux actes volontaires ; car les actions ont rapport avec les circonstances particulières et ces dernières comportent une intervention de la volonté. Mais sur le choix à faire de préférence à un autre, il n’est pas facile de s’expliquer , car les cas particuliers présentent beaucoup de différences.

Et si l’on venait à dire que ce qui est agréable et beau comporte la contrainte – car l’agréable et le beau étant extérieurs à nous, nous nous verrions alors contraints – tout dans ces conditions impliquerait une pareille contrainte.

Car c’est en vue de ces fins que tous les hommes accomplissent tous leurs actes. Et à la vérité une partie d’entre eux, contraints et forcés, n’agissent qu’à contre-cœur, dans le cas de la peine, tandis que d’autres, se proposant l’agréable et le bien, éprouvent du plaisir.

Il serait donc ridicule d’incriminer ce qui nous est extérieur et non notre propre personne, facilement séduite par ses avantages du dehors , et de s’attribuer le mérite de belles actions, en reportant sur l’attrait du plaisir la responsabilité de nos actes honteux.

Il semble bien qu’on appelle acte forcé celui dont le principe est hors de nous et auquel l’agent ne participe en rien. »

Traiter également le cas des abstentions serait nécessaire mais nous ne prolongerons pas davantage un exposé déjà aride.

Conclusion

Le courant philosophique contemporain justifiant le plus clairement la contrainte est sans nul doute le Thomisme.

Il s’appuie sur la pensée de Saint-Thomas d’Aquin qui s’inspirait lui-même d’Aristote. Aristote faisait de la vertu ou excellence le but de la vie humaine. Il croyait que la contrainte permettrait de l’atteindre.

Pour autant, les extraits de L’Éthique de Nicomaque cités plus haut sont particulièrement éclairants. Aristote montre que la contrainte exclue ou diminue la réprobation des crimes.

Pour les mêmes raisons, ne doit-elle pas annuler la louange des bienfaits ? Autrement dit, on ne peut rendre une société vertueuse ou solidaire par la contrainte. La contrainte peut au mieux donner l’habitude ou le goût de la vertu.

Quelle attitude une société condamnant ou déniant tout mérite à qui cherche le profit doit-elle avoir à l’égard de qui cède à la contrainte ? Dans les deux cas, celui qui cherche un profit ou celui qui subit une contrainte agissent par intérêt. Que cet intérêt consiste dans l’espérance d’un gain ou la crainte d’une perte importe peu.

Le libéralisme accusé d’immoralité peut alors retourner au socialisme la question suivante : « Si l’intérêt personnel s’oppose à la vertu, comment favoriser la vertu à l’égard d’autrui par la contrainte ? ». L’impôt se révèle incompatible avec la solidarité.

Le droit au blasphème devrait être garanti par la Constitution

Par Contrepoints
liberté d'expression

Par la rédaction de Contrepoints.

Je découvre avec effarement cette affaire #JeSuisMila, 16 ans, en danger de mort pour avoir critiqué l’#homophobie et la #misogynie dans l’#islam et « toutes les #religions » [TÉMOIGNAGE]. Elle a est dû être déscolarisé et a déménagé en urgence! https://t.co/xaymNQWtFT  —

Francoise Laborde (@frlaborde) January 22, 2020

À quelques semaines de la commémoration des attentats dans les locaux de Charlie Hebdo, c’est une autre affaire touchant à la liberté de critiquer les religions qui défraye la chronique sur le web. Une jeune internaute de 16 ans a reçu des milliers d’insultes et de menaces de mort après avoir posté une vidéo où elle insulte l’Islam. Ce sont en effet des dizaines d’incitation à l’agression qui ont obligé Mila à quitter son école et même à déménager pour se protéger de la multitude en colère.

Si le contenu de la vidéo de la jeune fille ne vole pas bien haut, et se contente d’aligner des grossièretés proférées sous le coup de la colère, la réaction des internautes outragés nous montre une absence de familiarité étonnante avec le principe de la liberté d’expression. Qu’elles portent sur les religions ou d’autres opinions politiques, les opinions peuvent heurter et choquer, mais l’État de droit devrait protéger correctement le libre exercice de la parole dans le débat public, tout comme il protège la liberté de religion dans le cadre de la laïcité.

Silence assourdissant du gouvernement

Plus étonnant est le silence assourdissant des pouvoirs publics et des associations subventionnées face au déchaînement d’insultes homophobes et lesbophobes consécutives à la vidéo. D’habitude assez vocaux quand il s’agit de tempêter contre l’homophobie des Gilets jaunes ou des supporters de foot, les membres du gouvernement et les entrepreneurs identitaires progressistes officiels ne semblent pas pressés de réagir face à cette nouvelle manifestation de populisme numérique. C’est ce silence assourdissant que l’extrême droite est en train de combler en se faisant le défenseur exclusif d’une liberté individuelle qui devrait être un socle commun à toutes les sensibilités politiques démocratiques.

C’est aussi que le gouvernement non plus n’est pas très familier avec le principe de la liberté d’expression. L’adoption discrète mardi d’un amendement à la loi contre la haine, repéré par la Quadrature du Net, pourrait ainsi donner à la police toute latitude pour censurer les plateformes sans l’intervention d’un juge.

En obligeant toutes les plateformes à retirer les contenus jugés en contradiction à la lutte antiterroriste au bout d’une heure, la loi acterait l’institutionnalisation de la censure automatisée fournis par Google et Facebook. Quand on relève le nombre de protestations quotidiennes contre les pratiques des deux géants de la tech dans le domaine, l’inquiétude est encore plus grande.

Plutôt que de rappeler une nouvelle fois que la liberté d’expression devrait être sacrée, sacrons le droit au blasphème pour rappeler une chose essentielle à nos concitoyens comme à nos dirigeants : ce ne sont pas les opinions neutres qui méritent le plus d’être tolérées, mais celles avec lesquelles nous sommes en désaccord, qui peuvent éventuellement nous heurter et nous faire réagir.

Réduire au silence les propos désagréables ne sert à rien et la tolérance civile suggère, plutôt que de tout interdire, de dégonfler les fanatismes et de laisser s’exprimer toutes les voix des citoyens. La dérive liberticide inquiétante qui contamine la société française de la base au sommet doit être endiguée coûte que coûte.

La disparition bien commode de l’Observatoire de la Délinquance

Par h16

par h16

À moins d’être Bruno Le Maire qui, dans sa confusion, est cette montre arrêtée qui n’indique que le sud, une horloge à l’arrêt, même lourde, même moche, indique normalement l’heure exacte deux fois par jour. C’est ce qui vient de se produire avec Caroline de Haas lorsqu’elle s’est ouvertement inquiétée, dans un tweet, de la prochaine fermeture de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales.

L’ONDRP, c’est cet organisme d’une discrétion remarquable – peut-être due à son acronyme imprononçable – dont la mission consiste à rendre compte des évolutions des phénomènes délinquants et criminels en France ainsi que des réponses pénales qui y sont apportées. Ces compte-rendus, essentiellement statistiques, sont régulièrement utilisés pour essayer de mesurer l’état général du pays en matière de délinquance et de criminalité.

On comprend assez vite que le principal souci de ces statistiques officielles, publiques et généralement assez fiables, c’est qu’elles peuvent être récupérées par tout ce que les médias et les intertubes comptent d’agitateurs politiques, de militants louches, voire – osons les mots forts – d’horribles fachisses de drouate qui n’hésitent alors pas à brosser d’affreux tableaux dépeignant non pas le vivrensemble chaloupé qui – comme chacun sait – règne partout en France mais plutôt les soucis croissants de violences, de récidives, de dérives visibles et quantifiables de quartiers très très émotifs ou de réponses pénales si visiblement inadaptées qu’elle font des grosses bosses statistiques sous les tapis du politiquement correct qu’on s’emploie pourtant à déployer dans tous les lieux importants de la République.

Et ça, forcément, ça ne passe plus.

On se souviendra par exemple de l’accueil, oscillant entre l’outré et le paniqué, de livres utilisant ces statistiques, notamment Orange Mécanique de Laurent Obertone (dont j’avais fait la recension ici) et qui ne laissent aucun doute possible sur l’état lamentable de nos prisons, de nos institutions judiciaires, de notre police, sur le taux de récidives invraisemblable…

Chaque année, lorsque sort l’un ou l’autre rapport de l’ONDRP, on peut voir la presse ne pas s’emparer du sujet, ou l’évoquer rapidement, ou tourner autour du pot. Chaque année, lorsqu’une statistique désagréable refait surface, les politiciens s’emparent rapidement de la question pour la faire disparaître, la minimiser ou la détourner de son sens pour arriver à la conclusion que si les choses ne sont pas roses, ce n’est pas vraiment la catastrophe, qu’il est bon de relativiser et que, comparé aux pires bouges de la planète, on s’en sort finalement plutôt pas mal.

Il n’est qu’à voir la façon dont le pouvoir a sciemment fait disparaître le nombre de voitures brûlées aux fêtes de fin d’années pour comprendre où se situe le problème : pour les politiciens, ce ne sont pas les voitures qui brûlent, ce ne sont pas les fusillades qui s’accumulent, ce ne sont pas les nombres ahurissants de récidives de l’un ou l’autre couteau fou, non, le problème se situe dans l’existence de ces statistiques, de ces nombres qui, apparemment, inciteraient les uns à commettre encore plus de crimes et délits (par jeu) et les autres à romancer un pays soi-disant à feu et à sang alors que, m’ame Ginette, tout le monde sait que ça n’arrive pas, voyons, et qu’en France, tout se termine par des chansons et des lendemains qui chantent sifflotent.

Dans ce contexte, il n’est donc pas trop étonnant que le Premier ministre ait finalement décidé d’en finir avec cet enquiquinant appendice dont la mission s’apparente plutôt à une épine dans les fesses gouvernementales : l’Office fermera ses portes à la fin de cette année, et on pourra à nouveau pousser un petit soupir de soulagement. En outre, rassurez-vous puisque cette suppression s’accompagne, youpi tagada, du transfert d’une partie de ses objectifs vers l’Insee et les services statistiques des ministères de l’Intérieur et de la Justice.

Si l’Insee devrait être capable de faire des statistiques, on reste dubitatif sur la qualité des données qui lui seront fournies, celles-ci provenant alors de ces deux ministères régaliens dont les moyens sont actuellement mobilisés pour nettement autre chose…

Sans compter que remettre dans le giron de l’État des données qui prouvent essentiellement que l’État ne fait pas son travail, c’est garantir qu’elles seront traitées avec le plus grand respect : comme une vieille tantine qui délire et qui ne sent pas bon, on peut garantir qu’elles seront posées religieusement sur un joli fauteuil bien confortable, avec une petite camomille et des mots croisés, loin du regard gênant de tous ces gens qui veulent en savoir plus (trop ?) sur leur pays, et qu’on présentera plutôt rapidement la jolie petite infirmière qui s’occupe de la tantine grabataire. C’est nettement plus vendable, en réalité.

Ceci posé, il faut bien comprendre que rien de ce qui se passe ici n’est dû au hasard ; oui, je sais en écrivant ceci que je ne choquerai que les plus naïfs de mes lecteurs. Eh oui : il est loin, très loin le temps où les ministres décidaient de la disparition de comités Théodule pour de simples raisons budgétaires (la dernière tentative en date s’est soldée par une augmentation du nombre de comités, je vous le rappelle).

Non, on est ici véritablement dans un mouvement d’ensemble qui vise à redéfinir le discours ambiant sur la sécurité en France : tout va très bien, il n’y a aucune raison de s’inquiéter, arrêtez de paniquer niaisement, continuez de payer vos taxes et vos impôts et surtout, taisez-vous.

Pourquoi cette conviction qu’une fois encore, on casse le thermomètre pour ne surtout plus entendre parler de la fièvre ? Eh bien parce que cette disparition de l’ONDRP n’est pas unique.

Elle intervient avec la fermeture de l’Institut National des Hautes Études de la Sécurité et de la Justice (l’INHESJ), pourtant jugée regrettable par le Sénat.

L’indépendance de ces organismes vis-à-vis des ministères régaliens devait gratouiller un peu trop.

Cela vient aussi après le vote de cette loi inique qui, au contraire de tous les autres pays occidentaux, interdit la tenue de la moindre statistique sur les juges en France (que j’avais relaté ici).

Autrement dit, toutes les statistiques sur l’état général du pays et sur la façon dont l’État s’acquitte de ses fonctions régaliennes, lourdement payées avec vos impôts, seront entièrement dans les mains de ceux qu’elles sont censées évaluer.

On pourra certes se rassurer en se disant que des chiffres un peu trop bidouillés finiront par se voir. Les réseaux sociaux ont par exemple fait un travail de fond notable pour obliger le pouvoir à tenir compte des violences policières dans la crise des Gilets jaunes ; difficile de nier les images, les témoignages, les vidéos qui se sont accumulées. La tentative d’étouffer le nombre de voitures brûlées cette année n’aura pas fonctionné (finalement, 1457 sont parties en fumée, ce qui est à nouveau un triste record).

Néanmoins, pour un pays comme la France dont les administrations et les politiciens se gargarisent bruyamment d’être le phare moderne des Droits de l’Homme et tout le tralala, s’affranchir de toute objectivité dans ses statistiques sur sa Justice et sa Sécurité intérieure n’indique absolument rien de bon.

Au contraire, même.
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Sur le web

Les cadres ne seront pas gagnants à la réforme des retraites

Par Jean-Philippe Delsol
cadres

Par Jean-Philippe Delsol.
Un article de l’Iref-Europe

Pour dissimuler le fait que leurs revendications en matière de retraite visaient essentiellement à préserver les privilèges des fonctionnaires et autres régimes spéciaux, les syndicats grévistes ont battu le pavé en conspuant les fonds de pension et les cadres qui allaient profiter de la réforme.

Leur raisonnement est que le plafond de cotisation étant abaissé d’environ 320 000 euros, soit huit fois le plafond de Sécurité sociale, à environ 120 000 euros, les cadres supérieurs seraient dispensés de cotisation sur la partie supérieure de leur salaire et pourraient cotiser auprès de fonds de pension pour s’enrichir aux dépens des autres salariés.

La future retraite des cadres

Les choses sont plus compliquées.

Dans le nouveau régime, les cadres supérieurs vont cesser de cotiser au-delà du montant susvisé de 120 000 euros alors que le régime des retraites continuera pendant sans doute environ 40 ans à payer, de manière dégressive, les pensions des retraités qui avaient cotisé selon l’ancien régime.

Il est encore heureux que le régime de retraite, qui dépend déjà du budget de la Sécurité sociale, assume ses engagements qui ne sont que la contrepartie des cotisations versées.

Mais bien entendu cet engagement va coûter très cher au nouveau régime de retraite.

Ce coût est estimé par l’AGIC-ARRCO à environ 4 milliards par an en 2025 et à 5 milliards en 2040, avec une moyenne de 4,8 milliards par an. Soit, en cumulé sur ces quinze années, quelque 72 milliards de pertes représentant un montant à peu près égal aux réserves de l’AGIRC-ARCCO.

Ce qui d’ailleurs servirait de prétexte à la captation de ces réserves par le nouveau régime, sans pour autant la justifier. Car ces « réserves » sont comptablement des provisions constituées en vue de faire face à d’éventuelles futures moins-values ou insuffisances de cotisations, et, payées par tous les cotisants, elles n’ont pas été constituées pour être affectées au seul service des 1 % de cadres aux revenus les plus élevés.

On peut d’ailleurs se demander si ce détournement ne sera pas remis en cause par les tribunaux.

Les nouveaux entrants dans le nouveau régime ne paieraient plus de cotisations au-delà de 120 000 euros, mais ils auraient des retraites moindres, réduites à due concurrence. Au surplus, ils seraient astreints au-delà de ce plafond de 120000 euros à une cotisation de 2,8 % de leur rémunération, sans plafond, qui serait de fait un nouvel impôt puisqu’elle ne serait corrélée à aucune prestation.

Certes, les titulaires de ces revenus supérieurs pourraient ainsi cotiser à des fonds de pension ou investir dans divers placements pour se constituer eux-mêmes leur propre retraite, ce qui est incontestablement un avantage tant l’avenir du nouveau régime de retraite tout entier fondé sur la répartition reste incertain.

Mais pour procéder à ces investissements, ils ne disposeraient, sauf nouvelle négociation avec leur employeur, que de l’économie de leur part salariale, diminuée de leur contribution au titre de l’impôt/cotisation susvisé de 2,8 %.

En effet sur les 28 % environ payés au titre des cotisations déplafonnées des cadres, ceux-ci n’en supportent que 40 % environ, le solde étant payé par l’employeur qui en sera donc exonéré. Les cadres ne retrouveront donc que la disponibilité de moins de 10 % de leur rémunération pour investir en vue de leur retraite et non 28 % comme certains le laissent entendre.

Seuls les employeurs y gagneront, sauf pour eux à reverser à leurs cadres des montants équivalents à ce qu’ils versaient jusqu’à présent par suite de négociations à venir et aujourd’hui hypothétiques.

L’incohérence de la gauche acariâtre

Au demeurant, cette polémique est relativement cocasse, ou triste, et souligne l’incohérence de cette gauche acariâtre rivée obsessionnellement aux vertus de la répartition comme à la beauté d’un mirage.

Ceux qui refusent de voir les dangers inéluctables de la répartition, eu égard à l’allongement de l’espérance de vie et à la réduction proportionnelle de la vie active, sont les mêmes qui jalousent ceux qui ont accès à la capitalisation.

Piketty ne cesse de critiquer les détenteurs du grand capital qui peuvent faire des placements inconsidérés desquels ils sont certains de retirer un rendement annuel supérieur à 5 % quand il n’est pas de 10 %, mais il refuse que les régimes de retraite profitent de tels avantages et veut imposer aux salariés ordinaires la « répartition » pour gouverner leurs retraites alors qu’au travers de caisses de capitalisation ils pourraient placer sur le long terme leurs fonds à des taux équivalents à ceux des grands capitalistes ! (Cf. Piketty, Le capital au XXIe siècle, Seuil, 2011, pp.784/785).

 

Écrit avec la collaboration de Thierry Benne

Sur le web

Coupures d’électricité : le sabotage qui profite du flou juridique autour de la grève

Par Philippe Jaunet

Par Philippe Jaunet.

Il y a décidément un problème avec la grève dans ce pays !

Une fois de plus, des membres de la puissante CGT1 ont saboté le matériel de l’entreprise ENEDIS, occasionnant du même coup une rupture d’alimentation sur une bonne partie du réseau électrique, qui couvre la région au sud de Paris2.

Que disent les grévistes pour justifier leur comportement, qui aurait pu avoir de lourdes conséquences sur la vie des personnes ?

Elle est simple, simpliste même : ces salariés d’ENEDIS sont en grève ; or, en droit français, une grève ne peut jamais être illicite. Les grévistes seraient donc dans leur droit, en cessant momentanément de fournir en électricité certains clients de leur entreprise, de la même manière – disent-ils – que les cheminots ont la loi pour eux lorsqu’ils bloquent les trains en gare, et empêchent les clients de la SNCF de voyager par voie ferroviaire. « Ce sont là les conséquences inévitables du droit de grève, tel qu’il est garanti par la loi, et nul n’y peut rien ».

Admettons, pour l’instant, ce raisonnement dans toutes ses composantes.

Est-il fondé juridiquement ?

On s’en doute, la réponse est non : les choses ne sont pas aussi absolues qu’on veut bien nous faire croire.

Cependant – il y a toujours un « cependant », lorsqu’on parle de droit ! – l’argumentaire des cégétistes, ou pour mieux dire son succès, auprès d’une importante partie de l’opinion publique, s’explique par les carences de notre système juridique.

Voyons pourquoi.

L’origine du problème : le législateur français n’a JAMAIS pris la peine de définir ce qu’est une grève

En effet : aussi surprenant qu’il puisse paraître, il n’existe aucune définition légale de la grève en droit français.

Petit rappel des faits.

Comme chacun sait, la grève (appelée auparavant : « coalition ») est un phénomène particulièrement ancien, qu’on retrouve à toutes les époques. Mais, en France, la grève régie par diverses réglementations sectorielles, par le passé, a vu son régime juridique évoluer profondément, à la Libération.

La Constitution de la IVe République a en effet érigé la grève au rang de « droit fondamental ».

« Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d’asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français […] proclame […] comme particulièrement nécessaires à notre temps » quelques « principes politiques, économiques et sociaux », au premier rang desquels se trouve, donc, ce fameux « droit de grève », dont le constituant précise néanmoins qu’il doit s’exercer « dans le cadre des lois qui le réglementent »3.

Or, comme l’a fort justement fait observer la doctrine, aucune loi n’est venue réglementer le droit de grève, comme le gouvernement s’y était pourtant formellement engagé à l’époque4.

Certains auteurs – les optimistes ! – ont pu croire qu’il en irait différemment après 1958, quand la France passa sous le régime de la Ve République5.

Hélas : de 1958 à 2020, ni les divers gouvernements qui se sont succédé, ni les innombrables députés et sénateurs qui ont siégé sur les bancs du Parlement n’ont jugé utile de réglementer le droit de grève.

De sorte que le Code du travail a pu voir sa taille augmenter de manière exponentielle durant les soixante dernières années, sans que la grève – qui constitue pourtant le cœur même du droit du travail ! – ne fasse l’objet du moindre article, venant en régler l’exercice6.

Cette carence avérée du législateur allait provoquer l’intervention des tribunaux.

Le problème : en droit français, la définition de la grève est l’affaire du juge qui a toujours privilégié la solution la plus favorable aux syndicats.

En théorie, le juge est uniquement là pour appliquer la loi ; mais, en pratique, il est tenu de trancher les litiges qui lui sont soumis, d’autant que la loi lui interdit de s’abriter derrière la carence du législateur pour refuser de statuer.

C’est ainsi que le juge a été contraint de se substituer au législateur, en définissant ce qu’est le droit de grève.

Pour lui, donc, constitue une grève « la cessation collective et concertée du travail » par les salariés d’une entreprise, lorsque cette cessation est réalisée « en vue d’appuyer des revendications professionnelles »7.

Or, les tribunaux entendent cette notion de manière particulièrement extensive puisque selon eux les revendications des grévistes n’ont pas à concerner directement l’entreprise pour laquelle ils travaillent ; elles peuvent s’étendre à des questions débattues au Parlement, comme, dans le cas qui nous préoccupe, la réforme des retraites8.

Il s’ensuit que les cégétistes ont raison lorsqu’ils disent que leurs actes relèvent de l’exercice de leur droit de grève – droit de grève qui, faute d’être défini de manière précise par le législateur, s’étend en effet jusqu’à des actions spectaculaires, destinées à faire fléchir, non leur employeur, mais le pouvoir politique.

Seulement… un droit n’est jamais illimité ; il a des bornes qu’il faut s’abstenir de dépasser, sous peine d’engager sa responsabilité.

La solution au problème : les limites jurisprudentielles du droit de grève

Ces limites sont au nombre de deux.

— La première, c’est celle de l’abus de droit. Les grévistes ont-ils abusé de leur droit ?

En toute rigueur juridique : non.

Pour la jurisprudence, en effet, « ce n’est qu’au cas où la grève entraîne ou risque d’entraîner la désorganisation de l’entreprise qu’elle dégénère en abus »9.

A priori, donc, la temporaire mise hors service d’une centrale ne suffit pas à caractériser un abus du droit de grève, ENEDIS n’étant pas désorganisée par cet acte isolé et qui pénalise davantage les clients d’ENEDIS qu’ENEDIS elle-même !

Oublions donc l’abus de droit.

— Seconde solution : la conciliation avec d’autres droits en vigueur.

Et là les choses sont plus intéressantes !

Il y a quelques années, dans un cas tout à fait similaire, il a déjà été jugé qu’une coupure de courant provoquée par des militants de la CGT (déjà !), était de nature à porter atteinte au principe de continuité des services publics, lui aussi garanti par la Constitution.

Comme l’a rappelé le juge, « le droit de grève doit pouvoir se concilier avec les autres droits et principes constitutionnels, qui ont la même valeur ». Et des coupures sauvages portent manifestement atteinte à « l’obligation d’assurer la continuité du service public », qui « ne saurait se réduire à la seule satisfaction du service prioritaire ». En conséquence de quoi des coupures sauvages comme celles que viennent de vivre les Franciliens, « s’analysent comme des actes illicites » qui engagent les syndicats, dont la responsabilité peut « être retenue pour avoir incité, en donnant des directives, à l’accomplissement » de ces « faits fautifs »10.

ENEDIS est donc tout à fait en mesure d’engager une action indemnitaire contre la CGT ; sans même parler d’éventuelles sanctions disciplinaires contre les agents incriminés.

Les médias n’en parleront sans doute pas – on ne tient pas tellement à insister sur les limites du droit de grève, en France – mais des mesures seront prises, à n’en pas douter.

Mais est-ce moralement satisfaisant ?

Et si les libéraux exigeaient du législateur qu’il remplisse l’office pour lequel il est payé, c’est-à-dire : édicter des lois, en réglementant – enfin ! – l’exercice du droit de grève ?

Et oui : au fond, tout cela n’arriverait pas si le législateur avait réglementé le droit de grève, comme le constituant s’y était engagé, lorsqu’il a imprudemment érigé la pratique de la grève au rang de « droit fondamental ».

Exigeons donc du personnel politique qu’il adopte une loi nouvelle, définissant avec précision ce qu’est une grève, énumérant les obligations procédurales auxquelles les grévistes sont soumis, et sanctionnant les actes qui, par leur gravité, excèdent l’exercice normal de ce droit.

Par exemple : on pourrait, comme chez certains de nos voisins européens, interdire purement et simplement les grèves politiques en réservant cette appellation aux seules revendications intéressant l’amélioration des conditions de travail au sein d’une entreprise.

On pourrait également interdire purement et simplement les grèves dans certains services publics, pour des motifs tirés de l’intérêt supérieur de la nation, ou de la sécurité des personnes.

Mais, l’un dans l’autre, ce qu’il faudrait, c’est faire quelque chose.

Car il ne faut jamais l’oublier : ce à quoi nous venons d’assister est la conséquence de l’incroyable inertie de la classe politique, toutes formations confondues, depuis 1946 !

Qu’on ne se laisse donc pas impressionner par les gesticulations des membres du gouvernement actuel : s’ils sont dans leur rôle en condamnant ces agissements, ils n’ignorent rien des causes réelles de la situation.

S’ils veulent vraiment y mettre un terme, qu’ils sortent le droit de grève du flou juridique dans lequel leurs prédécesseurs l’ont soigneusement laissé, durant toutes ces années… un flou juridique qu’eux-mêmes n’ont jamais entendu faire cesser.

  1. C’est du moins ce que soutient le syndicat (Wladimir Garcin-Berson, « La CGT Énergie revendique une coupure d’énergie géante au sud de Paris », Le Figaro, 21 janvier 2020). Sans doute, prenant conscience de l’importance de ces coupures, nous dira-t-on plus tard qu’elles ont été le fait de personnes extérieures au personnel d’ENEDIS.
  2. Marine Legrand, « Des clients se sont retrouvés coincés dans les ascenseurs »: coupure d’électricité géante au sud de Paris, Le Parisien, 21 janvier 2020.
  3. Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946. Ce texte est toujours de droit positif, puisqu’il est visé par l’actuelle constitution, et que le juge l’a intégré au sein du bloc de constitutionnalité.
  4. Sur cette question, voir l’abondante bibliographie citée in Jean de Hulster, Le droit de grève et sa réglementation, Paris, Librairie de Médicis, 1952.
  5. Constitution du 4 octobre 1958.
  6. Certes, le Code du travail comporte un chapitre consacré aux conflits collectifs dans les entreprises du secteur privé. Mais ce chapitre se résume à un seul et unique article, ce fameux article L. 2511-1 (anciennement L. 521-1) en vertu duquel « l’exercice du droit de grève ne peut justifier la rupture du contrat de travail », ce qui revient à dire qu’un employeur ne peut licencier un salarié gréviste, la grève ne mettant pas un terme à la relation de travail liant le salarié à son employeur.

    Restent les entreprises du secteur public. On se souvient peut-être que, sous la présidence de M. Sarkozy, une loi a été adoptée en vue d’instituer un service minimum dans les transports. Mais contrairement à ce que pourrait laisser croire la présentation médiatique qui en a été faite à l’époque, la loi n° 2007-1224 du 21 août 2007 sur le dialogue social et la continuité du service public dans les transports terrestres réguliers de voyageurs s’est bornée à instaurer un mécanisme d’alarme sociale, reposant sur la négociation entre partenaires sociaux.

  7. Cass., Soc., 18 janvier 1995, n° 91-10.476, Bull. civ. V, n° 27.
  8. Cass., Soc., 15 février 2006, n° 04-45.738, Bull. Civ. V, n° 65 : « caractérise l’exercice du droit de grève une cessation concertée et collective du travail en vue de soutenir un mot d’ordre national pour la défense des retraites, qui constitue une revendication à caractère professionnel. »
  9. Cass., Soc., 18 janvier 1995, n° 91-10.476, Bull. civ. V, n° 27.
  10. Cour d’appel de Versailles, 1e ch., 7 février 2006, aff. n° 03/06915. Il est à noter que cette décision a été censurée par la Cour de cassation, mais pour la seule et unique raison que les agissements fautifs avaient été accomplis APRÈS la fin de la grève, de sorte que la centrale syndicale ne pouvait pas être tenue pour responsable des coupures, dans cette affaire très précise, où les grévistes avaient agi de leur propre initiative (Cass., Soc., 14 novembre 2007, n° 06-14.074, inédit au bulletin).

Iran : la chute annoncée

Par Hamid Enayat
Iran

Par Hamid Enayat.

Lors de la dernière convention des Irano-Américains en Californie début janvier 2020, Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil National de la Résistance Iranienne (CNRI) faisait le constat suivant :

« La stratégie de l’exportation de l’intégrisme et du terrorisme s’effondre sous les coups du soulèvement des peuples de la région. »

Car le peuple iranien n’est pas le seul à poursuivre la lutte. Juste à côté, le peuple Irakien milite tous les jours. Et ils sont rejoints par le peuple Libanais. Tous sont lassés de la corruption qui gangrène la vie politique et sociale de leurs nations, une vie politique placée sous l’égide des mollahs d’Iran.

Une grande révolution

Les grandes révolutions ne sont jamais nées de grandes idées philosophiques. C’est bien souvent après, lorsque l’on écrit l’Histoire de ces événements, que l’on trouve une justification idéologique quelconque.

Pour preuve, il est admis que les grandes révolutions de la fin du XVIIIe siècle en Europe sont liées aux faibles récoltes successives et à l’augmentation des impôts devant justifier les guerres incessantes menées par des dirigeants totalement déconnectés de leurs populations respectives.

Ce qu’il se passe aujourd’hui en Iran, et plus largement au Moyen-Orient, peut être considéré comme une large reproduction des mêmes schémas ; perte de pouvoir d’achat, cherté de la vie, économie exsangue, administrations corrompues et guerres idéologiques incessantes assises sur un pouvoir militaire fort.

L’ingérence iranienne

De fait, en Irak ou au Liban comme en Iran, les peuples grondent contre leurs dirigeants. Mais il ne s’agit pas de leur seul point commun.

De manière directe ou indirecte, ce que souhaitent les manifestants qui risquent leur vie dans les rues, c’est bien le départ des mollahs iraniens.

Les Irakiens n’en peuvent plus de cette mainmise de l’Iran sur la gestion de leur politique depuis le départ des Américains. Partout, à tous les échelons politiques et militaires, dans toutes les institutions, jusque dans la répression dans la rue, la main des pasdarans tire les ficelles.

Et elle fait plus que cela. Elle forme et entraîne les milices chiites (les Hachd Al-Chaabi) sur le terrain, elle délivre ses ordres politiques, elle réprime violemment la population, elle s’installe comme si elle était chez elle.

Un exemple ? En avril 2019, les députés proches de la République islamique ont présenté en urgence une loi visant à exiger le départ des troupes américaines séjournant encore en Irak pour terminer la lutte contre l’État islamique. Une façon claire de fustiger l’ingérence américaine en Irak.

La chose aurait pu s’entendre si, quelques jours auparavant seulement, le guide suprême iranien n’avait pas fait exactement la même demande au Premier ministre Irakien lors d’une réception à Téhéran. Fin de l’ingérence américaine, oui. Mais seulement pour laisser toute la place à l’ingérence iranienne…

Les peuples las

Les peuples sont désormais lassés de ces calculs politiques, de ces petits arrangements de cabinets aux conséquences gravissimes, de ces corruptions permanentes, de cette injustice latente, de cette volonté idéologique religieuse hégémonique, de cette terreur exercée au quotidien…

Il faut dire qu’en Irak comme en Syrie, au Liban ou en Iran, la pauvreté galope à la vitesse de la mer montante à Saint-Malo.

Les gens dans la rue n’ont plus rien à perdre et après des années de soumission, après de longs mois passés à subir en espérant des lendemains plus heureux, les peuples se rebellent enfin et demandent aux responsables de cet état de fait de quitter le pouvoir. Et les responsables en question sont connus de tous ; les mollahs iraniens.

Les peuples se révoltent contre la dictature

Au Liban ils financent et arment le Hezbollah. Un Hezbollah qui demande aujourd’hui à ses militants, par la voix de son secrétaire général Hassan Nasrallah, de ne plus manifester contre le pouvoir déliquescent auquel il participe.

En Syrie, la force Qods des pasdarans iraniens maintient toujours environ 80 000 hommes sur le terrain et investit la hiérarchie militaire syrienne au point de faire craindre le pire au parti Baas de Bachar Al-Assad lui-même quant à l’exercice réel du pouvoir au pays.

Le peuple demande le départ des troupes iraniennes, qui n’a plus rien à y faire depuis la fin de la bataille d’Alep, il y a deux ans et demi.

En Irak donc, les milices chiites financées et formées par la même force Qods usent des mêmes stratégies qu’en Syrie, pour finir par contrôler le pays en entier.

 

Partout dans ces pays, les peuples se révoltent contre l’envahisseur, contre la dictature, contre la corruption et pour plus de liberté et de démocratie directe.

Les mollahs iraniens, en plus de faire face aux conséquences des sanctions économiques, en plus de réprimer le peuple d’Iran depuis la fin de l’année 2017, doivent également lutter face à la colère des peuples des autres pays de la région à leur encontre.

Une colère plus que justifiée eu égard au peu de considération que peuvent avoir les mollahs pour l’humain en général. Ils inspirent la haine et la violence. Il leur est impossible de conserver toutes leurs positions géostratégiques.

Les mollahs sont attaqués de l’intérieur et de l’extérieur et sur tous les plans. Leur chute est inéluctable. Elle a déjà débuté. Reste à savoir jusqu’à quelle extrémité ces fous de Dieu sont capables d’aller pour justifier de leur place sur le trône.

Car l’important, ce n’est pas la chute. C’est l’atterrissage !

L’État français est-il à l’origine du populisme ?

Par Frédéric Mas
populisme

Par Frédéric Mas.

La colère populiste qui traverse la France n’est pas née d’hier, comme le rappelle le dernier essai de Pierre Rosanvallon1. En réponse aux différentes crises et guerres qui ont traversé l’Europe le long du XXe siècle, qui ont culminé avec deux guerres mondiales, la défiance s’est installée au sein de la société, qu’elle se manifeste à l’endroit des gouvernants ou des gouvernés entre eux2. C’est cette défiance que les politiques ont cru pouvoir combler en développant un État social fort, qui n’a cessé de s’accroître depuis la fin de la Première Guerre mondiale.

Faiblesse du capital social

Dans un essai récent, Yann Algan, Elisabeth Beasley, Daniel Cohen et Martial Foucault ont montré que le populisme ne reposait pas simplement sur un rejet des élites ou une crise de confiance du peuple envers les institutions, mais aussi sur la faiblesse du capital social, c’est-à-dire les liens de confiance tissés entre les individus, liens permettant de faciliter les échanges et l’instauration des institutions au sein de la société civile3.

L’environnement culturel joue un rôle essentiel dans la fabrication de ces liens horizontaux, ce qui place la religion comme un facteur tantôt encourageant, tantôt décourageant la possibilité d’établir le terreau favorable à la coopération sociale étendue au-delà du cercle purement familial.

Seulement, développer l’État pour endiguer le phénomène de défiance et la crise du capital social n’a fait qu’aggraver la situation. En défaisant les liens sociaux créés spontanément au sein du monde social par ceux hiérarchiques et individualisés de l’administration, l’État a participé activement à l’atomisation du corps social et à la distanciation des citoyens.

Aujourd’hui, l’extension du domaine de l’État est à son paroxysme : non seulement il prétend régenter les actes les plus quotidiens du citoyen, menaçant jusqu’à ses libertés les plus élémentaires comme la propriété ou la liberté d’expression, mais il n’a plus les moyens de ses prétentions. Les Trente piteuses, qui ont succédé aux Trente glorieuses, la pression sociale exorbitante qui chasse nos talents nationaux et la dette publique colossale nous parlent de son reflux économique pourtant prévisible4.

L’État social créé pour répondre à la défiance en a non seulement créé, mais depuis des décennies, il génère également de la frustration et du ressentiment qui se cristallisent politiquement aujourd’hui en populisme.

En effet, la dépendance à un modèle social et politique qui n’a pas les moyens de ses ambitions ne pouvait que se traduire par la montée des extrêmes. Comment satisfaire maintenant toutes les demandes artificiellement créées par l’intervention publique sans un sou en caisse ?

  1. Rosanvallon, Le siècle du populisme, Seuil, 2020.
  2. Algan, Cahuc, Zylberberg, La Fabrique de la défiance, Albin Michel, 2012.
  3. Algan, Beasley, Cohen, Foucault. Les origines du populisme. Enquête sur un schisme politique et social, Seuil, 2019.
  4. Baverez, Les Trente piteuses, Flammarion 1998.

Les lois antitrust sont-elles efficaces pour briser les monopoles ?

Par Marius-Joseph Marchetti
antitrust

Par Marius-Joseph Marchetti.

Dans un précédent billet, nous avons soulevé quelques détails des théories de la concurrence et du monopole, qui sont le fondement moderne de la législation antitrust depuis les années 1930 aux États-Unis. Nous allons continuer de le faire.

La limitation de la production sur le marché

Les firmes limitent-elles réellement leur production sur le marché, agissent-elles sur leur prix, comme on les en a accusé ?

C’est une accusation standard qui vise le monopole ou le secteur dit monopolisé. Mais le monopole ou quasi-monopole est-il dans la capacité de limiter la production ? Rien n’est moins sûr.

Tout d’abord, une production effectivement limitée peut simplement venir du problème le plus basique de l’économie, si ce n’est le seul, à savoir la rareté des ressources économiques, qui force l’entrepreneur à diriger ses ressources vers les usages qui lui semblent les plus judicieux.

On ne saurait que trop citer Mises lorsqu’il déclare :

Le fait que la production d’un bien p n’est pas plus grande est dû à ce que les facteurs complémentaires de production requis pour une augmentation de la production sont employés pour la production d’autres biens… Les producteurs de p ne décident pas de limiter intentionnellement sa production. Le capital de chaque entrepreneur est limité et il l’emploie pour les projets qu’il espère être le plus ardemment demandés par le public, qui rapportent le plus grand profit. Un entrepreneur qui possèdent 100 unités de capital emploie, par exemple, 50 unités pour la production de p et 50 unités pour la production de q. Si les deux sont profitables, il est curieux de le blâmer pour ne pas avoir employé plus, par exemple 75 unités, dans la production de p. Il ne pourrait augmenter la production de p qu’en diminuant de manière correspondante celle de q. Mais en ce qui concerne q, la même critique pourrait être soulevé par les rouspéteurs. Si l’on reproche à l’entrepreneur de ne pas créer plus de p, on doit également lui reprocher de ne pas créer plus de q. Ce qui veut dire : on reproche à l’entrepreneur la rareté des facteurs de production et le fait que la Terre n’est pas un pays de Cocagne. Mises, page 115-1161Si quelqu’un est à blâmer pour le fait que le nombre de personnes qui se sont engagées dans l’organisation civile de défense n’est pas plus grand, alors ce n’est pas celui qui s’est déjà engagé mais celui qui ne s’est pas engagé.]

En plus de ce problème basique d’allocation des ressources, la capacité d’une entreprise à limiter la production et laisser les prix élevés sur un marché ouvert (c’est-à-dire un marché où des barrières légales n’empêchent pas des concurrents potentiels d’entrer) semble grandement surestimée.

Une entreprise qui se risquerait à augmenter ses prix une fois ses concurrents évincés se risqueraient à les voir réapparaître aussitôt :

Certains pensent que les principaux vendeurs réduisent parfois leurs prix pour éliminer la concurrence afin de bénéficier plus tard d’un monopole. Mais comme l’a dit un pétrolier, « c’est comme essayer de repousser l’océan afin d’avoir un endroit sec pour s’asseoir… » [Les concurrents] ne s’affolent jamais, n’hésitent jamais très longtemps et reviennent immédiatement quand les prix remontent, offrant peu d’occasions à un vendeur unique de compenser ses pertes2

C’est également la conclusion à laquelle arrive William Baumol, connu pour sa théorie des marchés contestables.

Selon cette théorie, la concentration du marché (c’est-à-dire le nombre d’entreprises sur un marché) ne nous informe pas sur la compétitivité et l’efficience d’un marché. L’important, pour Baumol, c’est qu’il y ait possibilité que des concurrents en puissance entrent sur le marché (le modèle de Baumol se base toujours sur les imperfections de la théorie néoclassique, telle que la concurrence pure et parfaite)3.

L’analyse coût-bénéfice des autorités antitrust

Le lecteur, dans les lignes prochaines, doit d’abord prendre connaissance des termes d’illégalité per se et de règle de raison avant de continuer.

La première correspond à une interdiction pure et simple de toute forme de monopolisation, quelle qu’elle soit, comme cela se faisait lorsque les États-Unis appliquaient strictement la législation antitrust dans les années 1960-1970.

La règle de raison, quant à elle, correspond à une évaluation effective de la pertinence du recours à la législation antitrust à l’aide des outils de l’analyse coût-bénéfice (ACB).

L’ACB est un ensemble de mesures et de calculs fait par les économistes statisticiens pour évaluer le bénéfice social net à retirer d’un projet public, en mettant en balance les coûts et les bénéfices. Ces outils sont appliqués de la même façon aux accords d’entreprise, entente, monopole…

Si la règle de raison représente toujours une amélioration en soi, elle se heurte à une critique adressée à toute analyse coût-bénéfice : l’impossibilité de comparaison interpersonnelle de l’utilité.

Aux lecteurs, le terme efficience revient également souvent dans la bouche des économistes statisticiens pour promouvoir le bien-être des consommateurs et l’utilité de l’investissement dans certains projets publics (à l’aide des outils de l’analyse coût-bénéfice, qui est à la base de la règle de raison visant à déterminer si des fusions ou autre trust devraient être autorisés par les autorités de la concurrence)4.

Ceux-ci utilisent ce terme pour qualifier une situation qui sera la plus optimale en prenant toutes les parties en compte (l’efficacité étant simplement la capacité de remplir un contrat, l’efficience est la manière la plus optimale de le remplir, tel que cela est généralement enseigné dans les cours d’économie industrielle).

Cependant, pour les économistes autrichiens et autres connaisseurs qui sont habitués à la problématique du calcul économique, de circulation de la connaissance, le prix en dehors des marchés est une chimère de l’économiste planificateur social.

L’évaluation de l’efficience n’a de sens que sur une échelle strictement individuelle, et un projet dit public n’aura pas la même valeur dans l’échelle de deux individus différents5.

Une définition correcte du rôle de la concurrence

La concurrence pure et parfaite est-elle la seule définition valable de la concurrence ? Est-elle seulement l’affirmation d’un marché statique où œuvrent de nombreux producteurs et consommateurs ayant une information parfaite et produisant des biens homogènes ? La concurrence n’est-elle pas autre chose ?

Il est intéressant de se référer à la définition de Hayek et de voir le cheminement de la pensée autrichienne sur la notion de concurrence.

The Meaning of Competition est un pilier de ce développement intellectuel, poursuivi par d’autres, et il sera encore plus abouti dans Competition as a Discovery Procedure.

La critique autrichienne de la réglementation antitrust est profonde : elle en attaque les fondements théoriques, à savoir la théorie de la concurrence-état de l’équilibre concurrentiel de long terme.

Et c’est là que les néoclassiques, semblerait-il, se trompent : tenter d’imaginer un état de concurrence comme le plus efficient est inutile. Comme le souligne Hayek en 1946, il y a un paradoxe dans l’usage du terme de concurrence et qui a toujours cours :

la concurrence pure et parfaite signifie, dans les faits, une absence de compétition entre les agents économiques (via l’interdiction des pratiques prédatrices, par exemple). C’est pour toutes ces raisons que la concurrence est considérée comme un processus de découverte, qui, en dehors de ce rôle, n’aurait pas de sens6est un état des faits que curieusement la théorie économique appelle parfaite concurrence. Il n’y a pas de place pour l’activité, appelée concurrence, qui est supposée avoir déjà joué son rôle. » ].”

C’est pour faire face à cette ambiguité que Don Lavoie (1985) introduit le terme de rivalité7.

Rivalité qui ne peut exister dans un système de Socialisme de marché, où la propriété privée des moyens de production n’existe plus et où les prix, quand ils existent, n’ont pas de sens.

Conclusion

Si ces conversations théoriques peuvent paraître stériles, elles ont leur importance, pour la simple et bonne raison que ce sont les mauvaises théories qui soutiennent les mauvaises politiques. Et la même critique qui est adressée aux régimes collectivistes, celle de l’impossibilité de calcul économique en régime planifié, peut être adressée à la politique antitrust, politique industrielle caractéristique d’une économie mixte.

  1. Ludwig von Mises, Planning for Freedom, page 115-116. Voir aussi, (ibid), page 115 : « Très certainement, ceux qui sont engagés dans la production d’acier ne sont pas responsable du fait que d’autres personnes ne sont pas entrées dans ce domaine de production […
  2. Harold Fleming, Oil Prices and Competition, cité par Murray Rothbard dans L’homme, l’économie et l’État.
  3. William J. Baumol, Contestable Markets: An Uprising in the Theory of Industry Structure : «Thus, contestable markets may share at most one attribute with perfect competition. Their firms need not be small or numerous or independent in their decision making or produce homogeneous products. In short, a perfectly competitive market is necessarily perfectly contestable, but not vice versa. The crucial feature of a contestable market is its vulnerability to hit-and-run entry. Even a very transient profit opportunity need not be neglected by a potential entrant, for he can go in, and, before prices change, collect his gains and then depart without cost, should the climate grow hostile. »
    « Ainsi, les marchés contestables peuvent partager tout au plus un attribut avec la concurrence parfaite. Il n’est pas nécessaire que leurs entreprises soient petites ou nombreuses ou indépendantes dans leur prise de décision ou qu’elles produisent des produits homogènes. En bref, un marché parfaitement concurrentiel est nécessairement parfaitement contestable, mais pas l’inverse. La caractéristique cruciale d’un marché contestable est sa vulnérabilité à l’entrée en force. Même une opportunité de profit très transitoire ne doit pas être négligée par un entrant potentiel, car il peut y entrer et, avant que les prix ne changent, encaisser ses gains puis repartir sans frais, si le climat devient hostile”. Pour plus de détail sur la théorie des marchés contestables.
  4. Murray N.Rothbard, Économistes et Charlatans, page 193-194 : « Ma conclusion est qu’on ne saurait décider d’une politique publique ni juger de la responsabilité civile, des dommages ou des réparations sur la base de l’efficacité ou de la minimisation des coûts. Mais si ni les coûts ni l’efficacité ne font l’affaire, alors que reste-t-il ? La réponse est qu’il n’y a que les principes éthiques qui puissent servir de base à nos décisions. L’efficacité ne peut jamais être le fondement de l’éthique ; bien au contraire, c’est l’éthique qui doit être le guide et la pierre de touche pour toute considération de l’efficacité. » Page 193-194
  5. ibid,page 187 : « dans ces cas de conflits d’objectifs, l’efficacité pour un groupe est une destruction pour un autre. Ainsi les partisans d’un programme politique – l’égalitarisme obligatoire ou le massacre des innocents – voudraient que leurs projets soient menés à bien le plus efficacement possible, alors que, bien sûr, les opprimés préféreraient que la poursuite de cet objectif soit aussi inefficace que possible. Rizzo montre bien que l’efficacité n’a de sens que relativement à un objectif donné. Mais si les objectifs sont incompatibles, un des protagonistes désire l’inefficacité maximale pour le projet auquel il s’oppose. Par conséquent, l’efficience ou efficacité ne peut jamais servir de pierre de touche pour juger une règle de droit ni une politique publique. »
  6. Hayek, Competition as a Discovery Procedure, 1978 : « je propose de considérer la concurrence comme une procédure de découverte de faits qui, en son absence, ne seraient connus de personne, ou du moins non utilisées. » Voir aussi, ibid : « [une situation où tous les faits sont supposés connus, « […
  7. Don Lavoie, Rivalry and central planning: a re-examination of the debate over economic calculation under socialism. Voir aussi dans la Préface à l’édition du Mercatus Center, par Peter J. Boettke et Virgil Henry Storr, to the Mercatus Center Edition : « Central planners in a socialist society simply lack the tools that they need to do their jobs. Absent private ownership of the means of production, there can be no market for the means of production. If there is no rivalry over the means of production, no money prices that reflect relative scarcities will emerge. Without money prices that reflect relative scarcities, it is impossible to determine whether or not economic projects are profitable (i.e., whether the benefits associated with a project are higher than the resources that must be expended pursuing that project)»

    «Les planificateurs centraux dans une société socialiste n’ont tout simplement pas les outils nécessaires pour faire leur travail. En l’absence de propriété privée des moyens de production, il ne peut y avoir de marché pour les moyens de production. S’il n’y a pas de rivalité sur les moyens de production, aucun prix monétaire reflétant les rares ressources n’émergera. Sans des prix monétaires qui reflètent les pénuries relatives, il est impossible de déterminer si les projets économiques sont rentables ou non (c’est-à-dire si les avantages associés à un projet sont supérieurs aux ressources qui doivent être consacrées à la réalisation de ce projet). »

Transhumanisme : « l’humain n’est plus une certitude »

Par Auteur invité

Cet entretien a été dirigé par Corentin Luce.

Corentin Luce : qu’est-ce que le transhumanisme, selon vous ? En quoi permet-il de concrétiser le progrès ?

Marc Roux : à mon avis, c’est un mouvement culturel qui s’explique principalement par une prise de conscience assez récente. La volonté d’améliorer la condition biologique de l’humain par la technique n’est pas si neuve. Le mythe de Gilgamesh, plus ancien récit littéraire de l’humanité en porte déjà la trace. La Nouvelle Atlantide de Francis Bacon, les Lumières, le positivisme et l’eugénisme du XIXe siècle ont réinterprété cet espoir. Mais ce n’est que depuis quelques dizaines d’années que nous savons que les techniques maintenant à notre disposition ont commencé à rendre la réalisation de cet espoir possible.

Par cette réactualisation réaliste, le transhumanisme nous conduit à ré-interroger toutes les grandes questions ontologiques. L’humain n’est plus une certitude. Il devient un projet indéfiniment ouvert.

Ce mouvement de pensée sera positif s’il contribue d’une part à élargir le champ des possibles, celui de nos choix, celui de notre inventivité et de notre créativité, celui de notre liberté, et d’autre part s’il apporte des réponses concrètes pour renforcer nos chances de poursuivre notre route commune, c’est-à-dire s’il contribue à améliorer la résilience des humains et de l’humanité. Par exemple, le transhumanisme a des propositions à faire en termes d’améliorations de la relation des humains à leur environnement, des propositions écologistes donc.

Pouvez-vous nous parler de l’Association française transhumaniste ? Ses buts ?

L’AFT-Technoprog demeure une petite association, d’un peu plus d’une centaine de membres, réunissant surtout des personnes ayant suivi ou suivant un cursus universitaire. Des informaticiens, des biologistes, des médecins, des philosophes, des sociologues, des journalistes, quelques artistes, etc.

L’association se caractérise notamment par son choix de s’identifier à la branche du transhumanisme qui se nomme « technoprogressiste », et que certains commentateurs qualifient « d’hyper-humanisme ». Concrètement, cela signifie que, davantage que les autres courants du transhumanisme, nous insistons sur la nécessité d’être très attentif aux questions sanitaires, environnementales et sociales.

Le premier de nos objectifs est de faire que le questionnement transhumaniste diffuse dans la société. Nous œuvrons à l’information et à la construction du débat. Dans un second temps, nous cherchons à déconstruire les nombreux fantasmes qui se sont développés autour du transhumanisme. Enfin, nous essayons de promouvoir et de construire un transhumanisme européen, francophone et de montrer que celui-ci n’est en rien contradictoire avec les valeurs de notre société.

Nous nous adressons à tous les publics, intervenants aussi bien auprès du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) que dans les lycées de banlieue, aussi bien auprès des pouvoirs publics que des entreprises.

Ne pensez-vous pas que cela soit vecteur d’inégalités ?

Toute technique peut, et est souvent d’abord un vecteur d’accroissement des inégalités. L’écriture a d’abord servi aux roitelets des cités sumériennes pour dénombrer leurs cheptels et leurs sujets, et répartir l’impôt. L’apprentissage de l’écriture et de la lecture était réservé aux scribes et à l’environnement de la cour. La démocratisation de cette technique, marqueur très puissant d’inégalité, n’a pas 150 ans. La voiture a été un vecteur d’inégalité, et les premiers téléphones portables aussi.

Donc, en posant cette question, ce n’est pas le transhumanisme qui est mis en cause, mais certaines valeurs et certains aspects du fonctionnement de notre société.

Par ailleurs, en fait, le transhumanisme n’est ni une technique, ni un ensemble de techniques ou de technologies. Il n’est qu’un discours. Une idéologie si vous voulez, sur le rapport de l’humain à ses techniques. Or, l’une de ses pierres angulaires est la liberté de disposer de son corps. Mais si les inégalités s’accroissent de manière encore plus dramatique, tout le monde n’aura pas un accès suffisamment égal à cette liberté, ce qui contredirait les espoirs du transhumanisme.

 « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. » disait Rabelais. Qu’en pensez-vous, devons-nous mettre des limites au développement des sciences ?

On ne peut que s’accorder avec cette sage maxime, mais il ne me paraît pas du tout qu’elle soit un appel à « mettre des limites au développement des sciences ». Les sciences constituent un ensemble de savoirs et de savoir-faire. C’est grâce à elles que, depuis toujours, les humains explorent le monde qui les entoure et qu’ils ont cherché à le rendre plus accueillant à leurs projets, à commencer par leur survie. Que leurs projets soient parfois contradictoires, ou que leurs efforts tournent au pire, à la guerre ou à la destruction de leur propre environnement, cela n’entraîne pas comme conséquence qu’il leur faille arrêter de savoir davantage. Tout au contraire, il nous faut mieux comprendre et mieux maîtriser afin de rétablir les équilibres que nous avons rompus, ou de trouver d’autres équilibres.

Avec l’IA et les algorithmes, ne pensez-vous pas que cela constitue la fin de toute liberté et le commencement du Meilleur des mondes d’Huxley ?

Aldous Huxley parle davantage de biologie dans le Meilleur des mondes. Avec l’hypothèse d’une IA utilisée de manière totalitaire ou malveillante, on est plutôt dans la dystopie à la Orwell (1984), celle de la police de la pensée. Cet exemple me semble montrer à quel point le type de société et le type de valeurs que nous défendons est important pour comprendre comment une telle technologie peut être utilisée. En Chine, au nom de l’harmonie et de la stabilité de la société, on déploie – sans révolte apparente de la population, des systèmes d’IA qui permettent une coercition impensable en Occident. En Occident, au nom de la liberté d’entreprendre, on développe des algorithmes qui visent à être capables d’anticiper les propres désirs de l’utilisateur afin d’orienter ses actes d’achat. Mais parallèlement, les IA dont nous disposons maintenant tous nous aident à communiquer en nous servant de traducteur ou d’interprète quand nous sommes en vacances à l’étranger et nous permettent de mieux déceler des cancers sur des imageries médicales.

C’est donc à chacun de nous, dans nos sociétés respectives, de lutter pour que ces technologies soient utilisées afin de renforcer les valeurs auxquelles nous tenons et non quelles les dévoient.

Yuval Noah Harari, nouveau gourou du transhumanisme ? Croyez-vous au dataïsme comme nouvelle fiction collective ? 

Tout d’abord, comme pour un Ray Kurzweil avant lui, ce sont les médias qui veulent à tout prix faire de certaines personnalités qu’ils mettent en vue des « gourous » ou des « prophètes ». À mon avis, les transhumanistes sont bien trop attachés à leur penchant libertaire pour suivre un quelconque gourou. Ensuite, c’est un fait que certains, peut-être notamment dans la Silicon Valley, ont développé une version du transhumanisme qui donne une importance centrale au concept d’information. Cela ne date pas de Yuval Harari. La notion de singularité technologique (Gould, Vinge, Kurzweil…) va dans le même sens et débouche sur l’hypothèse du mind uploading (téléchargement de la pensée). Sans balayer ces hypothèses, je pense qu’elles proviennent beaucoup de penseurs des sciences de l’information, et qu’elles négligent certains aspects des sciences de la vie. Surtout, je me dis que ces perspectives ouvrent vers quelque chose qui risque de ne pas faire suffisamment rêver, qui risque peut-être de ne pas être assez incarné, pas assez humain, pas assez émotionnel pour que de grand nombre de personnes en aient envie. Pour qu’une fiction collective rencontre le succès, il faut qu’elle corresponde très fortement à notre besoin de projection. Or combien sont ceux qui rêvent de ne plus être que des data ?

Qu’est-ce que le transhumanisme a à nous apporter, tant sur les questionnements qui en résultent que les polémiques qu’il suscite ?

Principalement, à mon avis, tout le monde devrait se féliciter de l’effort de réflexion sur nous-même auquel le transhumanisme nous oblige. Il pose la question « Que voulons-nous faire de l’humain ? ». Il nous place devant cette responsabilité inédite et immense. Dorénavant, nous pouvons choisir, individuellement et collectivement, d’essayer d’orienter notre condition, y compris biologique, dans une direction ou une autre. Les polémiques qui en découlent dépendent de la vision que l’on se fait de l’humain, des valeurs auxquelles on donne la priorité.

Pour un transhumaniste, quelle est la société idéale ?

J’ai coutume de dire qu’il y a autant de transhumanismes que de transhumanistes. La pensée transhumaniste étant transversale, perpendiculaire même au champ idéologique et politique traditionnel, chaque personne et chaque communauté peut rêver son transhumanisme idéal. Le très bio-conservateur Jacques Testart, dans une émission enregistrée, a reconnu qu’à la condition qu’il remplisse les conditions de ses valeurs, un transhumanisme pouvait lui paraître acceptable ! Il en va de même du philosophe Jean-Michel Besnier.

Pour les technoprogressistes de l’AFT, le transhumanisme doit nous aider à être plus attentifs au monde et à ceux qui nous entourent. Il doit nous aider à être mieux empathiques, à être capables de mieux maîtriser nos humeurs excessives, comme l’agressivité, la xénophobie, le besoin d’avoir et surtout la dominance (le besoin de dominer). Il doit élargir le champ des possibles, permettre de faire reculer sans cesse nos horizons, de profiter bien plus longtemps de cette valeur première qu’est la vie, mais surtout, il doit nous porter à être plus et mieux humain.

Que propose James Hughes dans Citizen cyborg pour trouver des équilibres sociaux ? Et que proposez-vous pour éviter de trop grandes inégalités (revenu universel, dividende universel, salaire des robots et IA) ? Et sur la crise écologique ?

Concernant la pensée sociale de James Hughes dans Citizen cyborg, je dirais qu’il reste dans des généralités, invitant à parier sur la démocratie, la transparence, l’ouverture, etc. C’est dans cet ouvrage qu’il commence à décrire plus systématiquement ce qu’il n’appelle pas encore un techno-progressisme mais un democratic transhumanism qui implique une nécessaire régulation et des efforts pour rendre les technologies NBIC accessibles à tous. Note qu’aujourd’hui, James Hughes se concentre sur la bataille politique américaine en s’engageant auprès des socialistes démocrates comme Elisabeth Warren, voire Bernie Sanders.

Quant aux positions de la majorité des membres de l’AFT, voire quelques-unes de ses rares positions officielles, tu peux les retrouver sur le site de l’association. En effet, le revenu universel est l’une des idées souvent mise en avant.

Mon analyse propre est que le transhumanisme en général ne peut pas parler d’une seule voix sur la question des inégalités. Il s’agit d’une question politique dont James Hughes, justement, a bien montré qu’elle est transversale au questionnement transhumaniste. Même au sein de l’AFT, dont le spectre politique va approximativement de l’extrême gauche au centre droit, il n’est pas facile de trouver des consensus.

Pour sortir des généralités, ce que fait l’association, année après année, c’est que ses membres s’attellent à différents sujets et cherchent à entrer dans les détails. C’est ce que nous avons fait sur les nanotechnologies en 2009-2010, idem en 2018 à l’occasion de la révision des lois de bioéthiques, idem en 2019 avec le Manifeste viridien sur l’écologie qui est actuellement en phase de vote.

Ce dernier texte est, pour le coup, une réponse directe et complète à la dernière question.

 

Réforme du bac : comme prévu, tout échoue

Par Jean-Baptiste Noé

Par Jean-Baptiste Noé.

La réforme du bac et du lycée défendue par Jean-Marie Blanquer est en train d’échouer, comme cela était prévu. Dans un article publié dans Contrepoints le 16 mars 2019 j’expliquais que le contrôle continu n’en était pas un. C’est en réalité une forme de partiels, avec deux épreuves en Première et une en Terminale. Ce qui multiplie le bac par trois, avec un accroissement des coûts et des contraintes. Surtout, les professeurs doivent choisir les sujets dans une banque d’épreuves.

Et je posais donc la question : les professeurs peuvent-ils communiquer les sujets à leurs élèves ? La réponse est bien évidemment oui et beaucoup l’ont fait, ce qui est bien normal.

Une usine incontrôlable

Cette immense usine à gaz explose de partout. La Banque nationale des sujets devait ouvrir en octobre. Finalement, son ouverture a été repoussée à novembre puis est devenue effective une semaine avant les vacances de Noël, pour des épreuves qui doivent se dérouler la semaine du 20 janvier, tous les lycées devant organiser leurs épreuves en même temps. Les professeurs ont dû préparer leurs élèves à des examens dont ils ne connaissaient pas les modalités d’évaluation.

Les sujets sont choisis par les professeurs et les épreuves se déroulent dans les lycées, mais les copies sont corrigées par d’autres. Le tarif est de 50 euros pour 35 copies. C’est une misère pour les professeurs car il faut environ 4 heures pour bien corriger 35 copies, mais une somme énorme à l’échelle du ministère, compte tenu des millions de copies à corriger. Opération répétées trois fois.

Des scanners qui ne fonctionnent pas

Les copies ne seront pas corrigées sur papier mais sur écran, ce qui est beaucoup plus difficile et fatiguant. Elles doivent toutes être scannées pour la correction, ce qui a fait l’objet d’un nouveau drame : les scanners achetés (on ignore pour quel coût) ne permettent pas de reproduire les couleurs claires. Les copies des élèves à l’encre bleu pâle sont ainsi peu lisibles, ainsi que les cartes et les croquis, ce qui est fort ennuyeux pour les épreuves de géographie et de biologie.

Comment une telle aberration est-elle possible ? Ces scanners professionnels fonctionnent moins bien qu’un scanner domestique…

Les professeurs communiquent les sujets à leurs élèves

Et ce qui était prévu arriva : enseignants, voire même proviseurs, ont donné les sujets à l’avance à leurs élèves. Pourquoi ne l’auraient-ils pas fait d’ailleurs, tant le système est absurde ? Ainsi, dans un lycée de l’académie de Tours, un proviseur a envoyé le courriel suivant aux élèves de Première :

L’inspectrice d’histoire-géographie me demande de vous préciser que l’épreuve d’E3C de lundi 20 portera sur le chapitre 1, thème 1 d’histoire et sur le thème 1 de géographie.

Les thèmes de révision sont tellement précis que l’on voit très bien quel sujet sera donné. Comme le dit Daniel, un professeur d’histoire-géographie interrogé indique au Figaro le samedi 18 janvier :

Tout le monde fait ça. Afin de ne pas désavantager ma classe, j’ai également donné à mes élèves les thèmes à réviser. À partir du moment où le ministère dit qu’on peut orienter nos élèves dans leurs révisions, je ne vois pas pourquoi je m’en priverai, car sinon je risque d’instaurer une rupture d’égalité entre mes élèves et les autres candidats, qui eux auront été aiguillés par leurs professeurs.

Éviter « la rupture d’égalité », un beau moyen de se dédouaner de tricher.

Donner les sujets en avance aux élèves : une belle façon de faire gonfler les statistiques et de permettre aux lycées faibles d’avoir de bons scores au bac.

Et en effet, si « tout le monde le fait », le professeur qui ne le fait pas pénalise ses élèves.

Nous n’en avons pas fini avec l’absurdité de la réforme. L’année prochaine, il y aura les cours qui s’arrêteront en avril et le grand oral prévu pour juin, dont on ne connait pas encore les modalités. Emmanuel Macron voit dans « la réforme » du lycée sa grande réforme du quinquennat. Nous sommes bien loin du compte.

Le programme post-Brexit de Boris Johnson est-il libéral ? Pas si sûr.

Par Alexandre Massaux

Par Alexandre Massaux.

L’été dernier, lors de l’arrivée au pouvoir de Boris Johnson, j’écrivais que celui-ci était et proposait un programme post-Brexit libéral. Six mois plus tard il est nécessaire de vérifier si c’est toujours le cas. Boris Johnson et le parti conservateur britannique ont remporté une victoire digne de Margaret Thatcher en décembre. Vont-ils suivre les traces de la Dame de fer ou bien la direction politique du parti a-t-elle changé ? La victoire de la droite britannique marque-t-elle un retour d’une politique libérale ? Force est de constater que les premiers signes ne sont pas si encourageants que ça d’un point de vue libéral.

 

Le programme conservateur britannique : des dépenses et de l’interventionnisme

 

Le manifeste du parti conservateur déclare que le Brexit doit permettre de déployer le potentiel du Royaume-Uni. Néanmoins, les propositions mises en avant sont les suivantes : davantage d’argent pour le National Health System, « Des millions investis chaque semaine dans les sciences, les écoles, l’apprentissage et les infrastructures tout en contrôlant la dette », et « Atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 avec des investissements dans des solutions d’énergies propres et des infrastructures vertes pour réduire les émissions de carbone et la pollution ».

On se rend compte que la politique des conservateurs va être davantage portée sur l’interventionnisme étatique qu’avant. Ces lignes directrices sont confirmées lors du discours à la Reine du Premier ministre Johnson en décembre 2019. Si le manifeste pouvait avoir une portée électoraliste, ce discours est censé montrer la vraie nature du programme qui va être mis en œuvre par le nouveau gouvernement.

Ironie du sort, les éléments mis en avant par les conservateurs anglais sont assez proches du programme de la Commission d’Ursula Von Der Leyen qui repose lui aussi sur des investissements publics pour développer l’économie et l’orienter afin d’atteindre des objectifs sociaux.

De manière plus générale, les deux programmes ont un esprit assez similaire et de ce fait montrent une lacune du côté des Anglais : quels vont être les éléments pouvant rendre le Royaume-Uni compétitif face au marché commun européen ? À bien regarder, le programme des conservateurs britanniques est devenu semblable à celui d’une droite chrétienne-démocrate d’un pays continental correspondant au niveau européen à la position du PPE. Les axes principaux se concentrent sur le social et sur l’idée de protéger les citoyens à tout niveau, même si les conservateurs anglais semblent éviter le protectionnisme économique.

En effet, s’il y a bien un domaine sacrifié dans le programme des conservateurs britanniques, c’est l’économie. Les mesures visant à gérer l’économie post-Brexit représentent moins de un cinquième du programme et encore moins du discours de Boris Johnson. Cette situation est, à bien des égards, préoccupante sachant que les principaux enjeux et problèmes liés au départ du Royaume-Uni sont d’ordres économiques.

 

Une dynamique défavorable pour le libéralisme

 

La faible dimension libérale du programme de la droite anglaise n’est néanmoins pas un hasard. En fait, le problème était déjà visible depuis le référendum du Brexit en 2016. Les thèmes de libertés économiques ont été secondaires dans les débats qui ont préféré évoquer les questions sociétales et l’immigration. Il n’est pas surprenant qu’il en soit de même pour le programme du parti conservateur qui a dû retrouver sa place sur la scène politique après avoir été affaibli par l’UKIP puis le parti du Brexit.  Néanmoins, on peut s’interroger sur les choix des conservateurs compte tenu  que le parti du Brexit était plutôt libéral contrairement à l’UKIP.

Cette situation montre aussi que les thématiques libérales, chères à Margaret Thatcher, reposant sur un rôle de l’État réduit et l’économie de marché libre ne sont plus vendeuses politiquement, y compris au Royaume-Uni.

Par conséquent, il sera intéressant de suivre l’action du gouvernement de Boris Johnson. La réalité économique et la nécessité de rassurer les milieux des affaires vont l’obliger à faire des choix cruciaux qui permettront de savoir si les conservateurs ont conservé une part de libéralisme ou si la page du thatchérisme s’est tournée.

 

Coût des grèves : cette non-réforme qui va nous coûter cher (2)

Par Olivier Maurice
Comment est née la règle des 3% ?

Par Olivier Maurice.

La première partie de l’article a été publié ici.

Le calcul du poids global de cette grève sur l’économie est somme toute très simple : les services restent. Même si ils ne roulent pas, les trains, les métros ne vont pas disparaître pendant la grève. Donc le coût collectif demeure : le passif d’une entreprise publique est un coût collectif, un coût à la charge de la collectivité, tout comme l’actif est un service public, un service offert à la collectivité.

Le mythe du service collectif gratuit

Le coût collectif est certes légèrement impacté, car les coûts d’entretien des services publics non utilisés diminuent légèrement en cas de non utilisation, mais les coûts directs (qui diminuent avec la diminution d’activité) ne représentent qu’une infime partie des coûts totaux, ceux-ci sont en très grande partie constitués des coûts d’exploitation (le but d’une entreprise publique n’est pas commercial, elle n’est donc pas censée acheter et revendre en faisant de la marge au passage) et les coûts d’exploitation restent à la charge de la collectivité : l’entretien de la « machine » RATP ou SNCF reste, que les revenus soient là ou pas.

Ce petit tableau permettra à ceux qui sont peu familiers avec ces notions comptables de comprendre les termes utilisés dans le paragraphe précédent. On distingue dans le compte de résultats d’une entreprise, les revenus, les coûts directs liés à l’exploitation commerciale (l’achat de marchandises destinées à être revendues) et les coûts indirects ou coûts d’exploitation qui ne sont pas liés à l’achat-revente.

C’est d’ailleurs l’argument massue des farouches partisans de l’économie publique : les entreprises publiques ne sont pas supposées « faire de la marge » sur le dos des usagers… C’est le mythe du service gratuit, un service qui ne coûterait rien ou tout du moins jamais plus que son coût d’exploitation.

La pénurie érigée en système

On voit ici toute la beauté économique de ce système de monopole étatique dont l’équilibre est somme toute assez simple : comme les contribuables sont à la fois les clients et les actionnaires de l’entreprise et comme leur contribution est forcée et obligatoire, les comptes de l’entreprise ne peuvent s’équilibrer qu’en piochant dans leurs poches, ou en piochant dans les poches de leurs enfants via les dettes qui devront être remboursées plus tard, vu que ce ne peut pas être la marge, la valeur ajoutée produite, la richesse produite : celle-ci étant par définition absente.

Les entreprises publiques ne créant pas de richesse, elles ne permettent pas de générer des prix margés, c’est-à-dire supérieurs au prix de revient mais qui constituent un « juste prix » car l’échange se fait en contrepartie d’autres biens dont les prix sont eux aussi margés.

C’est cette généralisation des prix margés à l’ensemble de l’économie qui permet de créér de la richesse, puis de la croissance. La marge collectée par des ventes devant d’une façon ou d’une autre être dépensée et réinjectée dans l’économie, par des achats de consommation ou d’investissement ou dans l’épargne.

Mais en France, année après année, ce mécanisme a été détourné, interdit, réglementé, monopolisé.

Par choix idéologiques sous l’influence des divers fanatiques de la vision marxiste de l’économie, mais surtout par choix démagogiques et clientélistes, parce que la captation de la plus-value par l’État permet de renforcer le mythe du service gratuit distribué par le pusillanime pouvoir politique ; et sans doute également par l’arrogance de pouvoir publics et administratifs se sentant chargés de la mission divine d’organiser et de codifier la vie des gens.

L’État français est devenu un champion dans la mise en place des mécanismes permettant de diminuer la répartition de la richesse et d’appauvrir la population : soit en créant des monopoles de services publics ne générant aucune plus-value, soit en captant la plus-value par les taxes indirectes, soit enfin en la capturant par les divers impôts sur les revenus et les bénéfices.

Pire qu’une non-réforme

Mais cette économie de pénurie est extrêmement fragile, le moindre défaut se répercute immédiatement aux acteurs d’un même secteur ayant des liens économiques les uns avec les autres (comme le lien existant entre hôtels-restaurants et trains) car il n’y a rien, aucune marge, aucune réserve, pour amortir les crises, car il n’y a aucune richesse distribuée dans la population, aucun amortisseur en cas de défaut.

Notez que l’on pourrait faire exactement le même argumentaire en évoquant la réforme des retraites : la loi en préparation par le gouvernement n’a en effet aucun autre but que de renforcer la collectivisation dans un système de retraite universel, en le généralisant et en le centralisant et en réduisant au maximum les « surcoûts » c’est-à-dire en faisant la chasse à la plus-value.

Elle va plonger encore davantage le pays dans cette économie de pénurie et donc augmenter la pression sur les contribuables et les risques de crises comme celles que nous subissions actuellement et régulièrement avec la SNCF et la RATP. Réfléchissez deux secondes à l’immense pouvoir de pression dont disposeront à l’issue de la réforme les syndicats, fonctionnaires et autres lobbies qui prendront le contrôle du fonctionnement de la caisse de retraite universelle… Réfléchissez à la fragilité d’un système financier qui ne dispose d’aucune réserve, d’aucune épargne, d’aucune marge de manœuvre…

La mise en place de cette non-réforme va coûter cher à l’économie française dans l’immédiat. Mais elle coûtera encore plus cher dans le futur, parce qu’elle ne propose rien d’autre que de fragiliser encore plus l’économie du pays et de réduire une fois pour toute à zéro la création et la diffusion de richesse dans un secteur entier de l’économie (les retraites représentent entre 12 % et 15 % du PIB).

Chômage et sécurité, les deux points noirs de la France d’Emmanuel Macron

Par Nathalie MP Meyer
vigilance

Par Nathalie MP Meyer.

La France devrait être un paradis sur Terre.

À force de se répéter avec complaisance, comme le faisait Emmanuel Macron il y a un an dans sa Lettre aux Français, qu’elle « n’est pas un pays comme les autres », que « le sens des injustices y est plus vif qu’ailleurs » et que « l’exigence d’entraide et de solidarité y est plus forte », elle a fini par se pétrifier dans la croyance d’être une exception mondiale, une sorte de star délicate qui ne saurait s’asseoir à la table du tout-venant et manger dans les couverts de tout le monde.

Mission accomplie, si l’on peut dire. Où que l’on regarde, on chercherait vainement redistribution plus élevée que celle qui se pratique en France, comme en atteste ce graphique de l’OCDE concernant les dépenses sociales en 2018 :

 

Mais ce n’est pas tout. La sollicitude de l’État envers ses administrés connaît si peu de limites que ce sont aussi la presse et l’information, les pratiques agricoles, l’alimentation de nos chérubins dans les cantines, nos voitures et déplacements, nos chaudières, nos vélos, nos entreprises, ainsi que le vaste champ de notre exception culturelle – et encore suis-je certaine d’en oublier… – qui bénéficient de l’encadrement « éclairé » de l’État via moult réglementations, taxes et quotas, et tout autant de subventions astucieusement dirigées pour obtenir la parfaite discipline des citoyens dans l’accomplissement des fins sociales voulues par le pouvoir.

« La France n’est pas un pays comme les autres » ânonnait à son tour le ministre de la Culture Frank Riester devant le patron de Netflix pas plus tard que vendredi dernier, alors qu’il est fortement question d’obliger les plateformes de vidéo à la demande à consacrer, non pas 16 % comme envisagé au départ, mais 25 % de leur chiffre d’affaires en France au financement de contenus français. Vous avez dit liberté d’entreprendre ?

De là à penser que le dogme de la prétendue inexpugnable exception française n’est qu’une excuse pour faire tout et n’importe quoi dans un délire de dépenses et de réglementations aussi bien idéologiques que clientélistes, il n’y a qu’un tout petit pas.

Résultat concret, la France caracole en tête des pays comparables pour les prélèvements obligatoires (48,4 % en 2018) et les dépenses publiques (56,4 % du PIB en 2017) :

 

De ce fait ses déficits publics persistent à flirter avec les 3 % du PIB et sa dette publique ne cesse d’augmenter (100,4 % du PIB au 30 septembre 2019).

Bref, depuis le temps qu’elle s’évertue à appliquer un programme de redistribution massive de la richesse créée par le secteur privé, la France devrait être un paradis sur Terre. Et pourtant…

« Chez nous » poursuivait l’épître présidentielle citée plus haut, la santé, l’éducation, la justice, etc. sont accessibles à tous, la retraite est payée par ceux qui travaillent et les accidents de la vie comme le chômage peuvent être surmontés grâce à la solidarité de tous.

Est-ce à dire que chez les autres, chez les Allemands, chez les Néerlandais, les accès à l’éducation, à la justice, à la santé seraient… limités ? Faudrait-il comprendre que « chez eux », contrairement à « chez nous », le chômage ne pourrait pas être surmonté ?

Les Pays-Bas et l’Allemagne engagent chaque année des dépenses publiques de l’ordre de 43 % du PIB et leurs prélèvements obligatoires se montent à 40 % environ. Selon notre conception de la « solidarité » et de la « justice sociale », des niveaux aussi ridiculement bas d’implication de l’État dans la précieuse vie des citoyens devraient déboucher inéluctablement sur un chômage élevé, un pouvoir d’achat au ras des pâquerettes et une instabilité sociale élevée.

Or que constate-t-on ?

— Que le taux de chômage calculé selon les critères du Bureau international du travail (BIT) planait à 8,5 % en France au troisième trimestre 2019 quand il n’était que de 3,1 % en Allemagne, 3,5 % aux Pays-Bas et 3,8 % au Royaume-Uni. Ces pays sont au plein emploi, avec tout ce que cela suppose d’autonomie acquise pour les citoyens ; quelle horreur !

— Et que c’est « chez nous », en France, et pas « chez eux », dans ces pays ultra-libéraux mondialisés qui ne pensent qu’au profit et se fichent de l’humain, que se déchaîne une fureur sociale dont l’ampleur croît à mesure que nos grands services publics montrent leurs limites. Hôpital, éducation nationale, mais aussi police, justice… ce sont partout les mêmes désenchantements et les mêmes frustrations.

Encore récemment, plus de 1000 médecins hospitaliers étouffés par les contraintes administratives qui pèsent sur eux ont menacé de démissionner de ce magnifique système de santé que le monde entier nous envie. Juste avant, c’était la crise des urgences. Juste avant, c’était les déserts médicaux. Juste avant, c’était les grèves du personnel infirmier. Etc.

Le malaise est évident.

Quant aux réponses possibles, elles sont généralement peu créatives, car elles consistent surtout à demander « davantage de moyens » – c’est-à-dire à étatiser encore un peu plus quelque chose qui croule sous la bureaucratie.

Or comme on l’a vu, quel pays mobilise plus de moyens publics que la France ? Aucun. Il faut donc croire que nos problèmes relèvent moins d’une question de volume des moyens que de l’utilisation plus ou moins judicieuse qui en est faite.

Il est des sagesses éternelles. Et des sagesses bien de « chez nous » en l’occurrence. Que disait Vauban au roi Louis XIV (dans son ouvrage Projet d’une dîme royale) alors qu’il voyait combien la fiscalité en vigueur à l’époque – une fiscalité lourde, complexe et inégalitaire – pesait sur l’exploitation des terres et le développement économique ?

L’argent du royaume le mieux employé est celui qui demeure entre les mains des particuliers où il n’est jamais inutile ni oisif.

Eh oui, les particuliers ont mille idées pour investir, produire, échanger et consommer, beaucoup plus que M. Colbert, et certainement beaucoup plus que MM. Macron, Le Maire et Riester à eux tout seuls. Quant à l’impôt, toujours selon Vauban, il résulte de l’existence de l’État, lequel n’existe que pour assurer la protection des droits des individus.

Plus simple à dire qu’à faire, car si les Français sont à l’évidence mécontents, ils sont aussi très loin de vouloir renoncer à leur « modèle social » dont on leur dit depuis 75 ans à l’école et dans la presse que rien ne saurait le dépasser pour garantir liberté, égalité et fraternité. Au mieux voit-on parfois des audacieux suggérer qu’on pourrait mieux gérer l’existant. Vœu aussi pieux qu’inopérant régulièrement émis par la Cour des comptes.

Voici donc ma suggestion : et si l’on reparlait de l’emploi et de la sécurité des biens et des personnes ?

Du temps de François Hollande, on ne parlait guère de sécurité, mais du moins parlait-on emploi en vertu de cet engagement qu’il avait pris de ne pas se représenter s’il ne parvenait pas à inverser la courbe du chômage.

L’idée que les lourdes charges des entreprises ainsi que la complexité des nombreuses règles qui pèsent sur l’activité pourraient avoir un petit quelque chose à voir avec la persistance de notre chômage élevé quand il baisse chez nos voisins avait même commencé à faire son timide chemin dans les esprits via le CICE (mécanisme de baisse de charges) et le choc de simplification. Très timide, puisque rien ne fut simplifié, bien au contraire (on pense à l’hallucinant compte pénibilité) et que les prélèvements obligatoires ont continué à augmenter.

Avec Emmanuel Macron, silence radio sur les deux sujets. Il est certes beaucoup question des entreprises – le Président ne voit-il pas la France en start-up nation ? – mais surtout pour les contraindre encore un peu plus via la loi PACTE et leur demander d’accompagner les projets du gouvernement (sur l’égalité H/F ou le plafonnement des hauts salaires) plutôt que de se consacrer à développer leurs propres projets.

Or se préoccuper à nouveau de l’emploi après avoir testé sans succès toutes les formes possibles de traitement social du chômage (35 heures, emplois aidés, stages divers et variés, vaste nébuleuse de la formation, grands travaux, grand emprunt, etc.) revient précisément à laisser l’argent « entre les mains des particuliers » afin que les initiatives individuelles puissent se développer, faisant ainsi revenir la croissance et avec elle, l’emploi et le pouvoir d’achat.

Autrement dit, baisse des impôts et des dépenses : une attitude typiquement libérale qui combinerait l’avantage de restituer de nombreux degrés de liberté aux citoyens et de permettre de renouer avec une prospérité et une paix sociale qui nous échappent de plus en plus et qui sont pourtant accessibles, ainsi qu’en témoignent les expériences de nos voisins.

Quant à la sécurité des biens et des personnes, c’est l’une des missions fondamentales qu’on attend de l’État. À la célèbre question qui avait déclenché le mouvement des Gilets jaunes « Mais qu’est-ce que vous faites du pognon ? », Gérald Darmanin n’avait-il pas répondu :

On paie des professeurs, des hôpitaux, de la sécurité.

Eh oui, de la sécurité. Or non seulement on en parle peu, mais il est presque devenu inconvenant de se plaindre de la redistribution, certes un peu cavalière, que constituerait (selon certains esprits très généreux) un vol de vélo ou de portable.

On constate cependant d’année en année que la situation se dégrade.

Après une année 2017 peu glorieuse, si peu glorieuse que même Le Monde, généralement peu porté sur ces questions sécuritaires, titrait carrément sur la « forte hausse » des cambriolages et des violences, on a eu droit à une année 2018 similaire et on déplore maintenant une année 2019 fort peu réjouissante selon les premiers chiffres divulgués la semaine dernière par le ministère de l’Intérieur (tableau de gauche). Comme les taux de dépôt de plainte (tableau de droite) ont tendance à baisser, la situation est en réalité plus préoccupante qu’il n’y paraît :

Si le ministre de l’Intérieur est toujours très en voix pour condamner (à juste titre) les dégradations commises aux domiciles ou dans les permanences des élus LREM et pour dénoncer les violences des Gilets jaunes, on l’entend nettement moins pour le reste qui constitue pourtant l’écrasante majorité des atteintes aux personnes et aux biens.

Aucune intimidation envers un élu de la Nation ne restera impunie, même sur les réseaux sociaux.
Ces actes sont intolérables.
De même nous signalerons toutes les incitations à la haine et à la violence au procureur de la République.

— Christophe Castaner (@CCastaner) July 29, 2019

Il se trouvent pourtant que les Français attachent une très grande importance à leur sécurité, à tel point que parmi les thématiques jugées prioritaires en vue des élections municipales de mars prochain, la sécurité des biens et des personnes arrive en tête avec un score de 47 % (55 % en Ile-de-France) quand l’environnement (second rang) n’est cité que par 35 % des personnes interrogées et que les thématiques « sport, culture, loisirs » ne dépassent pas les 15 % (sondage Odoxa de décembre 2019).

En France, la confiance dans les institutions et dans la parole politique est au plus bas. Un gouvernement qui s’attellerait sérieusement, c’est-à-dire exactement selon les codes d’une démocratie libérale, à inverser la courbe du chômage et celle de la sécurité et qui serait en mesure d’en présenter les résultats effectifs ne serait-il pas susceptible de regagner la confiance de ses concitoyens ?

C’est en tout cas une voie qui fut empruntée dans de nombreux pays qui jouissent maintenant d’une prospérité et d’une paix sociale appréciables, tandis que ce ne fut jamais essayé « chez nous ». Qu’attendons-nous ?

Sur le web

Fermeture de Fessenheim le 22 février : Macron sacrifie Iphigénie !

Par Michel Gay
Fessenheim

Par Michel Gay.

Contraint et forcé, EDF a décidé l’arrêt du premier réacteur nucléaire à Fessenheim le 22 février 2020 puis du deuxième le 30 juin de la même année.

Hors la conjoncture politique datant de 2012 nécessitant un accord électoral avec un parti politique minoritaire « vert » pour l’élection de François Hollande à la présidence de la République, il n’y a aucune raison technique, de sécurité, ou économique de sacrifier la centrale nucléaire de Fessenheim.

Un député (LREM) l’a reconnu avec résignation : « Le coup est parti« . C’est un sacrifice païen, tel celui d’Iphigénie.

Iphigénie et Cordemais

Sur le conseil d’un devin, Iphigénie, fille du roi Agamemnon, devait être sacrifiée à la déesse Artémis pour que les vents poussent la flotte grecque vers Troie. Iphigénie supplie son père de la laisser vivre.

Mais Agamemnon (Macron) pressé par le devin (le parti écologiste) resta insensible aux supplications de sa fille (Fessenheim). Cependant, la légende se termine bien : alors qu’elle allait périr sous le couteau du sacrificateur, Artémis décida de lui substituer une biche.

Dans la réalité actuelle en France, la nouvelle Artémis, Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État à la transition écologique, appuya au contraire sur le couteau. Mais, étonnamment, elle décida de prolonger jusqu’en 2026 la polluante centrale à charbon de Cordemais pour ne pas « éteindre » la Bretagne en attendant la mise en service de l’EPR de Flamanville… Non, ce n’est pas une blague !

Achat de suffrages et corruption

Après le sacrifice par Lionel Jospin du réacteur Superphénix, également pour cajoler les Verts, cette odieuse décision de fermeture de deux réacteurs en parfait état de fonctionnement est destinée pour la seconde fois à acheter des voix avec de l’argent public.

Cette abominable destruction volontaire de richesse (un équipement public national valant une dizaine de milliards d’euros) s’ajoute à l’abandon du projet de démonstrateur de réacteur nucléaire de quatrième génération ASTRID. C’est une rançon de plus réglée « en nature » et déposée sur l’autel du parti écologiste pour l’achat de suffrages antinucléaires. Elle va coûter très cher aux Français alors que le gouvernement semble se préoccuper de leur pouvoir d’achat…

Or, un achat de suffrages porte un nom : corruption.

Cet acte de corruption devrait être porté devant la Justice au titre d’un financement illégal de campagne électorale à hauteur du coût faramineux d’un tel marchandage indécent au détriment des contribuables français.

Pourquoi certains élus et responsables politiques sont-ils inquiétés par la Justice pour avoir triché de quelques millions d’euros alors que d’autres resteraient impunis pour avoir triché avec des milliards d’euros d’argent public ?

Les « dons en nature » échappent le plus souvent aux comptabilités et n’apparaissent donc pas dans les comptes de campagne des bénéficiaires.

Il est curieux que ce type de financement occulte effectué sur le dos des contribuables et avec leur argent ne soit pas sanctionné au même titre que d’autres financements directs qui eux, le sont sévèrement.

La loi impose 63 200 mégawatts

La loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) résultant de cet accord « sacrificiel » limite la puissance nucléaire installée à celle existante aujourd’hui en France, soit 63200 mégawatts (MW).

L’âge des deux réacteurs de 900 MW de la centrale de Fessenheim (40 ans) la condamnerait alors que les mêmes centrales aux États-Unis sont déjà prolongées à 60 ans.

Et les Américains envisagent déjà 80 ans. C’est même déjà fait pour deux des réacteurs nucléaires de la centrale américaine de Turkey Point autorisés en décembre 2019 à fonctionner jusqu’à 80 ans !

Les élus de la ville de Strasbourg qui ont voté la fermeture de Fessenheim feront certainement le nécessaire pour alimenter l’Alsace avec les centrales au charbon de l’Allemagne quand les deux réacteurs alsaciens seront arrêtés.

Le contre-exemple allemand

La politique énergétique de l’Allemagne a pourtant bien démontré les limites des énergies renouvelables intermittentes malgré ses investissements faramineux dans l’éolien et le photovoltaïque n’aboutissant qu’à 22 % de sa production d’électricité. Cette dernière est vendue deux fois plus cher qu’en France aux particuliers, et sa production se traduit par des émissions de gaz à effet de serre (500 g/kWh depuis 10 ans) dix fois plus élevées par kWh qu’en France (50 g/kWh).

Le charbon et le gaz produisent toujours presque la moitié de l’électricité en Allemagne…et le nucléaire en produit encore 11 %.

L’aveuglement de nos élus les conduit à prendre pour argent comptant les arguments doctrinaires des opposants au nucléaire.

Au nom d’une fausse idéologie écologique, des obscurantistes s’acharnent à vouloir détruire un acquis industriel et un réseau électrique solide qui a fait ses preuves depuis 40 ans.

Le Président d’EDF est contraint de respecter la loi LTECV (qu’il serait pourtant urgent de réviser) et de donner des gages à son ministre pour contribuer au développement des énergies renouvelables…

La mission première de cette entreprise est pourtant de fournir au pays l’électricité dont il a besoin en toute circonstance, mais à un prix compétitif profitant à la fois au pouvoir d’achat des ménages et à la performance de nos entreprises.

Cette décision de fermeture anticipée de Fessenheim, véritable « fait du prince » demeurera un totem de l’incohérence et de l’irresponsabilité de la politique énergétique de la France.

Elle illustre la surdité de nos dirigeants refusant d’écouter les vrais spécialistes scientifiques et techniques et non ceux qui s’autoproclament comme tels. Ils se contentent de faire semblant de donner la parole au peuple avec de grandes consultations (CNDP) dont les conclusions apparaissent décidées à l’avance.

Éviter le « black-out »

Pour éviter le futur effondrement du réseau d’électricité (black-out) qui se produira en continuant dans cette voie suicidaire, le Président de RTE (François Brottes) déclare pudiquement dans une tribune du journal Le Monde que « Pour faire bénéficier la société d’une électricité décarbonée à moindre coût… RTE doit développer des technologies innovantes et évolutives« … qui coûteront cher.

Que ne ferait pas l’ancien député nommé à la tête de RTE par François Hollande pour insérer au chausse-pied les productions erratiques des énergies renouvelables (EnR) dans le réseau d’électricité.

Ces coûts viennent grever le coût facturé par RTE aux distributeurs (EDF et autres qui le répercutent dans le prix) mais pas aux producteurs d’EnR. Un cadeau pour ces derniers qui n’assument jamais les contraintes de leur production intermittente !

Le « renouvelable » serait concurrentiel avec le nucléaire

Malgré les proclamations des investisseurs souvent étrangers, la main sur le cœur, les EnR (hors hydraulique) restent hors de prix…

Alors que la production des éoliennes et des panneaux photovoltaïques fournit environ 7 % de la production totale, le surcoût annuel atteindrait environ sept milliards d’euros (en augmentation) par an pendant 20 ans selon la Cour des comptes. Soit la valeur d’environ un réacteur nucléaire EPR de série chaque année… qui produirait davantage que toute la production photovoltaïque installée aujourd’hui.

Que deviendra ce montant si, comme prévu, les EnR se développent encore davantage ?

La Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (IFRAP, un organisme indépendant) montre que, sans le renouvelable, le prix de l’électricité n’aurait pas bougé depuis 8 ans. Pourquoi cette information n’est-elle pas davantage diffusée par les grands médias radio et TV ?

Avant de quitter son ministère de l’Écologie, Nicolas Hulot a trouvé 100 millions d’euros en juin 2018 pour un inutile « plan hydrogène » et la Cour des comptes a déjà chiffré à 134 milliards d’euros la somme qui sera investie au profit des ruineuses énergies renouvelables !

Courage, fuyons !

La construction des six futurs réacteurs nucléaires EPR envisagés est reportée après l’élection présidentielle…

Si le gouvernement ne fait pas preuve de courage et de lucidité, les Français vont vivre le grand frisson car les revendications financières dans la santé, la sécurité, les salaires… se font de plus en plus pressantes chaque jour. La France manque d’argent pour les hôpitaux, pour les prisons, pour la police, pour les mal-logés, pour les structures d’accueil du troisième âge…

Dans le même temps, le ministère des Finances racle les fonds de tiroirs en envisageant de baisser les retraites, les allocations diverses, tandis que le coût des énergies (gaz, électricité, essence) augmente.

Comme l’a reconnu la députée Marjolaine Meynier Millefert en décembre 2019 au colloque national éolien 2019, les éoliennes ne servent à rien pour la transition écologique puisque l’électricité est déjà décarbonée à 95 %.

L’entêtement de nos politiques à détruire la richesse existante (Fessenheim) et à gaspiller autant d’argent dans les ruineuses énergies renouvelables aléatoires et intermittentes qui, rappelons-le, n’apportent aucun bénéfice pour la transition écologique, est une honte.

À défaut de crime contre Iphigénie, ce clientélisme vert pourrait être qualifié de « crime économique contre nos enfants ».

Une petite minute : pourquoi la nouvelle pub de Super U pose question

Par Philippe Silberzahn

Par Philippe Silberzahn.

Je regarde rarement la télévision, mais j’ai tort et je m’en suis rendu compte vendredi soir en tombant par hasard sur la publicité de Super U qui s’intitule Une petite minute. Je l’ai trouvée remarquable. Comme toute bonne publicité, elle exploite avec habileté les modèles mentaux sociétaux, c’est-à-dire nos croyances profondes qui façonnent comment nous voyons le monde. Malheureusement les ressorts qu’elle exploite ainsi sont dangereux. Elle peut néanmoins être l’occasion d’une prise de conscience sur ce qu’il ne faut pas faire si on veut vraiment changer le monde.

La publicité Une petite minute, fort bien réalisée, fonctionne sur une opposition. Dans un premier temps, on observe un manager travailler devant son ordinateur dans son jet privé. Une hôtesse lui dépose un café. Une voix off le décrit comme n’ayant besoin que « d’une petite minute pour brasser des millions », détaché de toute réalité, n’ayant de relations avec les gens que par email, signant des contrats à la pression d’une touche, et volant aussitôt vers de nouveaux millions.

L’avion disparu, nous voilà dans le champ de Pierre, un agriculteur tout souriant au milieu de ses légumes, et dont on nous dit que pour Super U, il mérite bien plus qu’une petite minute. Oservons les modèles mentaux à l’œuvre.

Les cinq modèles mentaux

Premier modèle mental, c’est bien sûr celui de la terre qui, elle, ne ment pas. Il s’agit d’une vieille antienne conservatrice, un modèle mental que nous tenons au moins depuis Rousseau avec son « bon sauvage » que la civilisation moderne a corrompu. Le « bon sauvage » est remplacé ici par le « bon paysan », mais les ressorts sont les mêmes.

Les pieds sur terre, il est bien plus sympathique que le droïde moderne qui a perdu le sens des réalités et qui est aliéné. D’ailleurs celui-ci est perché dans son avion, et « regarde la France d’en haut ». La terre ne ment pas, et celui qui la cultive mérite bien plus qu’une petite minute, nous dit le film. Pourquoi ? Le film ne le dit pas. Par opposition à quoi ? Il ne le dit pas non plus, mais l’intérêt est davantage dans ce qu’il insinue que dans ce qu’il dit, naturellement.

Second modèle mental, celui de la représentation du paysan. Et là, un film qui se veut un hommage à ceux qui « méritent plus qu’une minute », s’emmêle les pinceaux. Quelle caricature du paysan en effet que celle qui ne verrait en eux que des personnes travaillant dans leur champ avec leurs bottes.

Aujourd’hui les paysans n’ont plus rien à voir avec l’image qu’en donne le film. Eux aussi figurez-vous ont des ordinateurs portables, ils utilisent des drones, ils font appel aux nouvelles technologies agronomiques, ils utilisent l’email. Je me suis laissé dire qu’ils prennent même l’avion.

Troisième modèle mental très explicite dans le film, celui de « La finance contre les agriculteurs ». Là encore c’est prendre les agriculteurs pour des imbéciles. Ils utilisent depuis longtemps cette finance que le film fait profession de mépriser : les marchés à termes furent inventés au XIXe siècle pour protéger le revenu des agriculteurs. C’est un outil de leur sécurité financière. L’opposition binaire, si séduisante dans un film, ne repose sur rien.

Quatrième modèle mental, c’est bien évidemment cette opposition, encore une fois binaire, entre le paysan, qui mérite « bien plus », et le droïde dans son avion qui ne s’intéresse qu’à la bourse et aux contrats, et qui n’est qu’un parasite. « Une petite minute pour brasser des millions » nous dit la voix. « Une simple pression du doigt sur un clavier et les deals sont conclus » poursuite-elle. Il faut vraiment n’être jamais sorti de chez soi pour penser qu’un deal se conclut avec un clavier, mais passons.

« Serrer les coûts et les délais sans jamais serrer de main », joli jeu de mot comme si on pouvait réduire les coûts et les délais sans serrer de main, et comme si réduire les coûts et les délais n’était pas utile. D’ailleurs, n’est-ce pas le vrai métier de Super U, malgré tout ce qu’ils essaient de nous faire croire ? Enfin, nous dit la voix en guise de conclusion sur le triste personnage, « Rémunérer des producteurs au juste prix et préférer des produits plus locaux ? Non le profit à court terme n’a pas le temps pour tout ça. »

Nous sommes là dans le festival des sophismes économiques. Personne ne sait en effet ce qu’est un « juste prix » (la notion est très contestée chez les économistes) mais surtout le film reste dans l’insinuation, la juxtaposition de lieux communs et de contre-vérités, mais cela sonne bien. On a envie de se dire « Bien sûr, quelle ordure dans son avion. » Sauf que le gars dans l’avion, il est peut-être en train d’aller vendre des porcs bretons en Chine. Peut-être que son père était éleveur. Ou peut-être pas.

De quel droit décide-t-on que ce qu’il fait est inutile ? Sans compter que contrairement à ce que le film veut nous faire croire, heureusement qu’il y a des gars qui montent dans des avions avec leur ordinateur portable et leur feuille Excel pour signer des deals et vendre la production française aux étrangers, ainsi qu’aux supermarchés français. Des gars dans des avions, il y en a plein les coopératives, ce que Super U, en étant une, devrait savoir, ou ne pas faire semblant d’ignorer. Tartuffe, sors de ce film !

Cinquième modèle mental lié au précédent – il y en a beaucoup d’autres dans ce film décidément très riche mais je crains de lasser le lecteur – c’est celui, très ancien en France, de l’inutilité du commerçant. « Un commerçant ça sert à rien, ça prend une marge alors qu’il ne crée rien. » Intermarché fait en ce moment une grande publicité pour expliquer qu’il ne passe pas par des intermédiaires.

Quiconque a travaillé trois jours dans la vie réelle sait qu’un intermédiaire, ça peut être très utile. Il apporte beaucoup de valeur, fluidifie les marchés, abaisse les coûts et il est rémunéré pour cela. Le gars dans son avion joue sans doute ce rôle-là, qu’ignorants des quelques principes économiques de base nous nous plaisons à mépriser.

Si nous nous contentons d’acheter des légumes, certes, mais lorsqu’on prétend expliquer son métier et sa façon de faire comme c’est le cas dans ce film, c’est impardonnable. Et d’autant plus de la part d’un… commerçant, à qui du coup on pourrait faire le même reproche, celui de ne rien créer : Intermarché et Super U sont des intermédiaires et ils paient des gens pour prendre des avions.

Mais ce n’est pas le pire de cette publicité.

Comme les campagnes de propagande, le film mobilise en effet un autre modèle mental qui consiste à inventer un ennemi imaginaire et à le caricaturer, le dénigrer ou le ridiculiser pour promouvoir sa propre cause.

Plus cet ennemi est abstrait, plus c’est facile. On a donc dans ce film ce qui semble être « le capitaliste » ou « le financier » comme il y a quelques décennies on aurait pu avoir « le Juif » ou le « koulak » ou « le bourgeois », et aujourd’hui « le mâle blanc » ou « l’homme de Davos », enfin bref un épouvantail bien commode. Rien n’est dit, ce n’est pas nécessaire : tout est suggéré ou insinué, et ça fonctionne très bien sur des codes parfaitement identifiés et sur des méthodes très anciennes et prouvées.

Il est temps de changer de modèle mental

Les entreprises sont l’objet d’attaques profondes depuis plusieurs années et sont désespérément à la recherche de moyens de justifier leur existence. Beaucoup le font en montrant leur utilité sociale. La tâche n’est pas facile et il ne s’agit pas ici de le nier. Super U, comme tant d’autres, essaie sincèrement de montrer qu’elle est dans le Camp du bien.

Mais ce faisant elle accepte, involontairement sans doute, le modèle mental « Il y a un camp du bien et un camp du mal ». Mais est-ce si sûr ? Il y a quelque chose de pathétique à voir tant de ces entreprises essayer de démontrer leur pureté évangélique en nous disant : « Nous sommes gentils, nous sommes du bon côté, de votre côté » acceptant implicitement la validité de l’accusation, et celle du modèle mental binaire. Il y a surtout quelque chose de singulier et de paradoxal à professer une pureté évangélique et à baser cette profession sur le dénigrement d’une catégorie de gens créée pour la circonstance, correspondant à un cliché et présentée de façon caricaturale.

Si Super U veut nous convaincre d’aller faire nos courses chez elle plutôt que chez Carrefour, qu’elle nous explique simplement pourquoi, au lieu d’inventer un salaud pour se donner le beau rôle en flattant nos bas instincts.

Nous vivons une époque compliquée confrontée à de nombreux défis. Les modèles mentaux sont bouleversés et nous progressons dans le monde qui émerge comme des somnambules. Nul ne sait ce qui va émerger.

Il y a cinquante ans, le sociologue Saul Alinsky avait défini les règles à appliquer par celui qui voulait sincèrement changer le monde. La première, fondamentale, était celle de sa posture : accepter la réalité telle qu’elle est, et ne pas dénigrer ce que l’on veut faire changer.

Le dénigrement, observait-il, était la meilleure façon pour que le système se bloque, laissant la place à la violence comme seul moyen de le débloquer. Pouvons-nous entendre ce message et cesser de penser que le progrès d’une cause passe forcément par le dénigrement de la cause adverse, ou pire encore, par l’invention d’une cause adverse ? C’est une discipline que chacun devrait s’imposer à soi-même. Ce n’est pas facile, l’auteur de ces lignes le sait bien, mais ça vaut la peine.

Sur le web

Cette très chère Ségolène Royal

Par h16

par h16

Il s’en passe des choses aux pôles ! Bien avant leur fonte qui n’arrive toujours pas, bien avant la récupération d’un Mike Horn transi de froid et coincé dans des glaces à cause d’un réchauffement décidément fort taquin, c’est leur ambassadrice française qui défraye actuellement la chronique.

Eh oui, Ségolène Royal va être remerciée.

Enfin, « remerciée », c’est une expression tant on se garde bien, généralement, de congratuler quelqu’un pour avoir déclenché catastrophe sur catastrophe. Ici, la Reine des Neiges a été libérée, délivrée de ses servitudes diplomatiques car le Président de la République a décidé de se séparer d’elle.

Et si un léger étonnement est palpable chez les journalistes, ce n’est pas tant devant le débarquement de l’ambassadrice des Pôles en ce début d’année, mais plutôt pour le temps qu’il a fallu au Président avant d’en arriver là : cela faisait en réalité un bon moment que Ségolène Royal donnait fort clairement son avis sur les directions prises par le gouvernement et le Chef de l’État et faisait preuve, à son égard, d’une réserve dont le microdosage en aurait agacé plus d’un.

Jugez plutôt : si, en début de quinquennat, celle qui jadis réussit à vaillamment détruire les finances de la Région Poitou-Charentes trouvait régulièrement les bons mots pour flatter Emmanuel Macron, l’année 2019 a vu s’accumuler ses petites phrases assassines à son encontre.

En 2017, Macron était pour elle aussi « pragmatique » que « dans la modernité ». Pensez donc : dès 2016, sentant le vent tourner en faveur du jeune énarque, elle lui donne accès à ses vieux réseaux de « Désir d’Avenir » (pas le site internet loufoque, mais les restes de sa campagne de 2007), et enchaîne dès lors les compliments et les flatteries à l’égard de celui qui deviendra le président de la République.

Manque de bol et comme on s’en souvient, malgré les incessants appels du pied de Ségolène au désormais chef de l’État, aucun maroquin, aucun poste prestigieux ne viendra récompenser tous ces beaux discours, ces belles paroles et ces cadeaux somptueux (pensez donc, un réseau électoral et un carnet d’adresses presque neufs, très peu servis !). Pire : devant l’insistance de l’ancienne candidate à la présidentielle, l’Élysée doit la placer à un poste dont l’intitulé, jusque là sagement resté secret – et on comprend pourquoi – fera rire un peu partout.

Désolé Ségo. Encore raté.

Rapidement, l’aigreur prend le dessus : comment peut-on ainsi traiter une faible femme, pourtant figure de proue de la politique française (au minimum), qui a tant fait pour son pays (à tel point que les Picto-charentais achètent maintenant la préparation H par palette chez Lidl) et qui, malgré son âge (66 ans) lui ouvrant pourtant droit à une solide retraite, veut continuer à sévir œuvrer ? Et c’est ainsi qu’à partir de septembre 2018, sentant le soufre s’accumuler autour de Macron qui devra bientôt se dépêtrer des Gilets jaunes, la Royal change de pied et charge l’ancien « iconoclaste ».

Pour l’ambassadrice, l’année 2019 sera donc logiquement consacrée à exprimer ses opinions sur un peu tout (mais rarement le climat et encore moins les pôles), à commencer par les actions gouvernementales qu’elle juge incohérentes.

Avec son absence d’entregent caractéristique, elle ne comprendra pas les « messages » qui lui seront ensuite adressés de façon plus ou moins subtile : les révélations qui s’accumulent à son sujet, rappelant qu’elle bénéficie à son poste actuel de facilités somptueuses, ne suffiront pas à l’alerter qu’à trop tirer sur la corde, elle pourrait bien vexer celui qui l’avait finalement placée dans cette sinécure pour y terminer tranquillement sa carrière.

Non, la Royal ne se laissera pas intimider par quelques ragots et quelques insinuations : elle le sait, un destin sinon cosmique au moins national l’attend dans les prochaines années, les prochains mois sans doute et ce n’est pas un petit blanc-bec qui va l’en empêcher. Autant, donc, en remettre une couche en pleine réforme des retraites. Cela semble une excellente idée qu’elle ne tarde pas à mettre à profit avec quelques déclarations supplémentaires qui sont autant de grain de sel dans les plaies ouvertes du moment.

… Ce qui, fort logiquement, finit par embarrasser le gouvernement qui décide donc de la rappeler à l’ordre en lui donnant son congé, en arguant que, compte-tenu de sa position officielle, elle devrait se modérer un tantinet.

Et voilà donc notre future ex-ambassadrice rapidement renvoyée à ses études. Cependant, une fois libérée de son poste et donc du devoir de réserve qui s’y attachait – et même si Royal s’asseyait manifestement dessus – on imagine mal que notre politicienne, ajoutant ainsi un « ex- » à la très (trop) longue liste de ses précédents postes, va s’en tenir là.

Il y a même fort à parier qu’elle se déchaîne véritablement, d’autant que s’approchent les élections de 2022, point de focale d’une part croissante de la presse française. Pour Ségolène, c’est évident : elle a sa chance (et s’il n’en est rien, sa foi quasi mystique dans ses capacités tient lieu de feuille de route, d’objectif et de programme politique).

Macron, en la désignant ambassadrice d’un bidule inconnu, essayait de ménager celle qui pouvait se révéler encombrante politiquement, et jugeait probablement qu’il valait mieux s’en faire sinon une amie, au moins une alliée plutôt qu’une ennemie. Et si s’en séparer maintenant apparaissait indispensable tant elle jouait de plus en plus une partition personnelle acide, on comprend aussi qu’elle redevient plus qu’un caillou dans la chaussure du Marcheur.

Le timing de l’ouverture d’une enquête du Parquet National Financier à son sujet – en novembre dernier – donne à l’ensemble de la séquence un nouveau parfum de scandale politico-financier que certains, Mélenchon en tête, n’ont pas tardé à exploiter.

Compte-tenu de la transparence inexistante qui préside aux auto-saisissements de ce Parquet et compte-tenu de son passé avec l’affaire Fillon, il est logique ou en tout cas assez peu hardi de voir cette nouvelle péripétie comme un nouvel avatar de la politisation de la justice.

Cependant, s’en tenir là serait pour le moins un peu court : soyons clair, cela fait des années que ce genre d’enquêtes pendait au nez de Ségolène Royal qui a parsemé tout son parcours politique de catastrophes financières consternantes dont elle n’a, jusqu’à présent, jamais eu à répondre.

Depuis sa gestion de la région Poitou-Charentes, en passant par la prise de participations de l’État dans Heuliez qui s’est terminé en fanfare, les traces mémorables qu’elle a laissées à la BPI où le népotisme hollandesque l’avait propulsée, jusqu’à son fameux poste d’ambassadrice des Pôles, tout indique chez la politicienne une vision assez personnelle des finances qui lui sont confiées et encore plus personnelle des missions dont on la charge.

Ne doutons pas que l’enquête ne manquera pas d’éclaircir les soupçons qui planent sur l’utilisation des fonds dédiés, au départ à sa mission d’ambassadrice, et apparemment utilisés au profit de la fondation de Ségolène Royal. Quoi qu’il en soit, gageons que cette enquête l’occupera quelque peu pendant les mois qui viennent et moduleront probablement ses velléités de ne pas se retirer de la vie politique.

Macron a déjà choisi ses adversaires, et elle n’en fait décidément pas partie.


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Sur le web

Pourquoi le libéralisme n’est pas du tout ce que croit Michel Onfray

Par Johan Rivalland
Michel Onfray libéralisme

Par Johan Rivalland.

Ce qui est terrible avec Michel Onfray est que l’on serait prêt à partager la majeure partie de ses analyses. Il s’agit d’un homme cultivé, d’un homme révolté, d’un homme exigeant qui estime insupportable la déchéance dans laquelle notre société sombre en raison à la fois des compromissions mais aussi de l’ignorance qui la gangrène.

Mais pourquoi fait-il preuve de la même ignorance lorsqu’il s’agit de la chose qu’il exècre le plus au monde et qu’il dénonce à longueur de temps à l’opposé de ce qu’elle est, à savoir le libéralisme ?

Treizième volet de notre série « Ce que le libéralisme n’est pas ».

Méprises et contresens

Lorsque je lis des interviews de Michel Onfray ou que je l’écoute dans certains médias, comme beaucoup d’entre vous j’adhère à un certain nombre de ses idées. Ou tout au moins, j’ai plutôt plaisir à l’écouter. J’aime sa sincérité, son côté passionné, sa force de conviction et les réflexions qu’il peut présenter à partir de l’importante culture qui est la sienne.

Mais voilà… Arrive toujours le moment où, parmi les belles constructions faisant appel à la raison, il se laisse entraîner par la déraison. Celle qui consiste à s’acharner sur le terme libéralisme, symbole même de tout ce qu’il peut exécrer et fondement même de tous les maux selon lui.

Et là où le bât blesse, c’est qu’il se trompe radicalement sur ce qu’il met derrière ce mot et sur ce qu’il entend par libéralisme.

À ses yeux, un peu toute la classe politique serait d’ailleurs coupable de verser dans le libéralisme. Or, lorsqu’on s’intéresse véritablement à cette notion – ou plus précisément à cette philosophie – nous serions bien en peine de trouver aujourd’hui un homme politique français que l’on pourrait qualifier de « libéral » ; la confusion viendrait-elle en partie de l’acception américaine, où les liberals ne sont justement pas des libéraux au sens où nous l’entendons en Europe ?

Ou encore de la confusion qu’il me semble avoir observée à plusieurs reprises chez Onfray entre libéraux et libertaires (ce qui n’a rien à voir et est même tout à fait opposé) : quoi de commun entre les premiers, défenseurs des droits et libertés fondamentales des individus et les seconds, parmi lesquels on trouvera de sinistres et monstrueux personnages (pour ne pas dire criminels) tels un Gabriel Matzneff qui ne vit (très confortablement) que grâce aux subsides qui lui sont versés par l’État (un scandale dans le scandale).

Dès lors, il convient de s’interroger sur ce que représente pour Michel Onfray le libéralisme, le sens qu’il lui donne, pour mieux comprendre pourquoi il fait fausse route et pourquoi il se trompe complètement de terme dans ce qu’il entend dénoncer, qui n’est que l’exact contraire de ce qu’est justement le libéralisme. C’est ce qui est bien triste dans cette histoire. Et qui contribue à perpétuer tant d’idées fausses sur ses principes les plus élémentaires.

Errements et malentendus

Ainsi, selon Michel Onfray, le libéralisme aurait « pris le pouvoir en France en 1983 » (entretien avec Valeurs actuelles n°4337 du 9 janvier 2020). Il signerait l’avènement du « libéralisme européiste ».

Pas de chance : les libéraux ne sont pas des adeptes de la construction européenne telle qu’elle se conçoit depuis ses origines, à base d’interventionnismes et de processus d’émergence d’un super-État ou de politiques communes ayant pour instrument la mise en place d’une monnaie commune.

Ils auraient plutôt souhaité – pour simplifier – la mise en place d’un vaste espace commun de libre-échange et de libertés (de se déplacer, de migrer, de s’installer, etc.), avec le moins de contraintes possible et l’absence de droits de douane ou autres restrictions aux échanges ; je ne dis pas que c’est ce que souhaiterait Michel Onfray, mais rien ne dit non plus que s’il abandonnait ses a priori il n’y verrait pas autre chose que ce que cela semble sous-entendre.

Quant au tournant de 1983, il correspond à des choix politiques des gouvernants en place pour tenir compte des réalités qui les avaient dépassés face aux erreurs commises (fruit de l’idéologie politique et électoraliste). De là à s’imaginer que les socialistes se seraient tout à coup convertis au libéralisme, ce n’est tout simplement pas sérieux.

De fil en aiguille, il amène l’idée que les Gilets jaunes (puisque c’est à leur défense et à celle du « petit peuple » qu’il s’engage dans son dernier essai), seraient les « victimes de ce libéralisme ».

Le problème est que ce qu’entend dénoncer Michel Onfray n’est autre, en fait, que ce que les libéraux passent eux-mêmes leur temps à dénoncer et auquel ils donnent le nom de capitalisme de connivence.

La meilleure preuve en est que, si on relit les premiers articles sur Contrepoints datant du début du mouvement des Gilets jaunes, les libéraux étaient nombreux à soutenir les motivations premières qui furent celles de la réaction face à l’instauration de nouvelles taxes (sur l’essence, en l’occurrence) s’additionnant à d’autres taxes, par un jeu de perpétuel cumul et en forme de goutte d’eau qui fait déborder le vase.

En outre, il y a un sacré malentendu à croire qu’Emmanuel Macron pourrait – ne serait-ce qu’une minute – se réclamer d’un libéralisme qui n’appartient pas du tout à sa culture ni à sa philosophie. Et, là encore, il n’y a qu’à observer sur ce site la multitude des articles qui ont été écrits sur la politique menée par notre Président : on n’y trouvera aucune complaisance et même plutôt une franche hostilité. La méprise est donc totale.

Orgueil et préjugés

En somme, Michel Onfray, homme cultivé et tant attaché à la connaissance, au savoir, à la rigueur avec laquelle on traite un sujet, se laisse entraîner par ses passions. Pour ne pas dire par un certain orgueil. Et assurément par force préjugés.

Ne dénonce-t-il pas l’imposture des théories actuelles du réchauffement climatique contre toute raison ? Les libéraux aussi (voir la multitude des articles sur le sujet, tous fondés sur des raisonnements argumentés et des discussions à caractère scientifique).

Ne dénonce-t-il pas l’heuristique de la peur, la pensée magique, le phénomène Greta Thunberg, le capitalisme vert ? Les libéraux aussi.

Ne s’en prend-il pas à la défaite de la Raison, l’impossibilité de penser ? Les libéraux aussi.

La régression de l’école ? Les libéraux tout autant.

Les nouvelles formes de dictature, les références à 1984 ou à La ferme des animaux ? Les libéraux aussi. L’un d’entre eux a même eu l’idée d’en imaginer une version contemporaine avec La nouvelle ferme des animaux.

La défense de la conservation de leurs prébendes par des élites qui défendent leur propre intérêt plutôt que celui du bien public ? Les libéraux également, et pas qu’un peu.

L’appauvrissement de la langue, la suppression de l’histoire, la dénaturation du monde, ou encore – pêle-mêle – le caractère totalitaire des théories du genre, l’ectogénèse contrôlée par l’État, la servitude volontaire et toutes les formes d’asservissement à l’État, les médias et le monde de l’édition subventionnés, les méthodes de lecture globale et semi-globale, la vente d’organes, la location d’utérus, la marchandisation des corps (Le Spectacle du Monde n°621, septembre 2019) ? Nous ne lui donnons pas tort (je crois même avoir écrit sur chacun de ces sujets).

Et on pourrait facilement prolonger la liste.

Rétablir la vérité sur le libéralisme

Ne nous méprenons pas. Je ne suis pas en train de dire que Michel Onfray serait un libéral qui s’ignore. Je ne lui ferai pas cette injure de laisser entendre qu’il pourrait adhérer aux valeurs de la philosophie libérale. Ni de le priver le moins du monde de l’originalité et de la singularité de sa pensée.

Mais en tous les cas, il se fourvoie lorsqu’il énonce que « le libéralisme a libéré et libère les plus bas instincts des plus bas morceaux de l’Homme ».

Je puis comprendre sa colère, et même sa révolte… sauf qu’elle n’est pas dirigée au bon endroit. Car, comme l’écrivent Sébastien Laye, Barthelemy Blanc et Adrien Faure, il faut « Rétablir la vérité sur le libéralisme » et la concevoir non comme « un rationnel pour puissants/nantis en mal d’argumentaire politique, mais bien comme une philosophie humaniste tournée vers le plus grand nombre ». Loin, très loin, donc, de l’image que Michel Onfray (et pas seulement lui, hélas) peut avoir du libéralisme, par simple ignorance et préjugé.

Et je vous passe les lieux communs du type le libéralisme « c’est la loi de la jungle, la guerre de tous contre tous ». Fatiguant à la longue, lorsque les multiples réponses argumentées qui en montrent la vacuité tombent dans l’océan du vide. Ou le libéralisme, accusé par Onfray de libérer les pulsions de la violence, que la République travaille pourtant à contraindre…

Difficile de répondre à tout, face à une telle rafale d’accusations. Surtout lorsqu’on sait que le libéral est non violent et n’aspire qu’à libérer les individus et les laisser rechercher leur épanouissement, sans jamais nuire aux autres.

Mais il en faudrait, du temps, de l’énergie, de la patience, pour convaincre Michel Onfray qu’il se trompe, qu’il se méprend, qu’il s’égare. Non sur le constat. Mais sur l’analyse qu’il en fait et sur le mot qu’il emploie. C’est bien la société de connivence qui correspond à ce qu’il dénonce. Non le libéralisme. Et les libéraux aussi dénoncent cet État de connivence.

Alors, puisque je sais qu’il n’y a certainement aucune chance que Michel Onfray me lise, souhaitons au moins que certaines personnes qui se seraient égarées par là en viennent à s’interroger.

Et pour tenter d’avoir une toute petite chance d’être entendu, voici ce que vous avez la possibilité de lire : faute de pouvoir vous intéresser au sujet de ce qu’est le libéralisme (car je peux concevoir qu’on puisse ne pas être intéressé par cette question, surtout si on ne se sent aucune proximité avec cette idée), ayez au moins la curiosité de découvrir, si cela ne vous ennuie pas, « ce que le libéralisme n’est pas ». Ce serait déjà beaucoup.

 

À lire aussi :

Qui va payer le milliard que coûtent les grèves ? (1)

Par Olivier Maurice
grèves

Par Olivier Maurice.

La réforme des régimes de retraite était censée rétablir l’équilibre du système, elle va finalement peser largement sur l’économie et la cohésion du pays, maintenant et plus tard.

Avec cette grève qui s’éternise, la situation devient de plus en plus difficile pour les usagers. Mais aussi pour les commerces, l’hôtellerie, la restauration, largement impactés par le grand bazar dans les transports : moins de transports c’est moins de voyageurs, donc moins d’hébergements, moins de repas au restaurant…

Pour les grévistes aussi, qui voient fondre le montant indiqué en bas de leur fiche de paie. Et ce ne seront pas les trois millions d’euros récoltés par les diverses cagnottes qui leur permettront de compenser le « manque à gagner », ce concept virtuel de l’argent qui n’existe pas et qui aurait dû exister.

L’IFRAP a récemment estimé un « manque à gagner »  pour l’économie française approchant les deux milliards d’euros. Deux milliards d’euros de chiffre d’affaires en moins, de revenus qui vont manquer pour payer les salaires des employés, les locations de bureaux, les coûts d’entretien et auxquels vont s’ajouter les revenus manquants pour les entreprises impactées par la baisse de fréquentation.

Qui va payer ?

Que le chiffre soit exact ou pas importe peu, il donne une idée de l’impact économique d’une action politique qui bloque maintenant le pays depuis de trop longues semaines. Devant l’ampleur d’un tel montant, on en vient tout de suite à se poser cette question : mais qui va donc payer une telle somme ?

À celle-ci, on entend immédiatement le son de la réponse démagogique qui déboule : Qui va payer ? Mais ce sont les patrons, les entreprises qui vont payer ! Ce sont la SNCF, la RATP, Air France… qui vont absorber ce fameux manque à gagner.

Comme pour la cagnotte collectée par les syndicats, l’argent va apparaître de nulle part et d’un peu partout et se cristalliser pour rétablir plus ou moins les bilans des entreprises.

Cette explication simpliste ne convaincra que ceux qui voudront bien la prendre telle quelle. Quelque part, une petite voix nous chuchote que toute cette histoire d’entreprises qui payent et d’argent qu’on n’a pas encore gagné mais qui a disparu, semble bien n’être qu’une vaste fumisterie cachant une réalité bien plus sordide : qui va payer ? Il semble bien que ce soit personne… ou bien alors tout le monde…

Personne, parce que la SNCF est une entreprise (une société anonyme pour être plus précis) à capitaux publics et il n’y a donc, par définition, aucun actionnaire privé : aucune personne physique ou morale a engagé sa responsabilité par l’apport de capitaux.

Il n’y aura donc personne qui verra ses revenus d’investissement diminuer, personne qui serait appelé à recapitaliser la SNCF pour compenser ses dettes… à part l’État.

C’est donc tout le monde qui va payer, ce qui représente quand même plus de 800 millions d’euros pour l’instant, 800 millions d’euros qui devront être pris en charge d’une façon ou d’une autre par les contribuables.

Le cas est identique pour la RATP et il l’est partiellement pour Air France.

Pour la SNCF d’ailleurs, l’affaire n’est pas nouvelle. Ce défaut de propriété, donc de responsabilité a abouti à une situation catastrophique. En effet, ce presque milliard d’euros n’est que le dernier en date d’une longue liste de pertes diverses et il vient se déverser dans bilan déjà pas glorieux de la SNCF qui accumule depuis des années une dette colossale dont une grande partie (35 milliards d’euros sur les 55 milliards de dette cumulée de son activité réseau et de son activité transport) a d’ailleurs dû être reprise par l’État.

L’apparent bénéfice comptable de la société est uniquement dû à d’énormes réductions d’impôts et aux bénéfices des activités internationales. En plus de la dette, les comptes de la SNCF montrent également 12 milliards d’euros de capitaux négatifs.

Une telle situation n’est rendue possible que par le statut particulier de l’entreprise : pour n’importe quelle entreprise privée, un tel état des comptes aurait depuis belle lurette envoyé les membres du conseil d’administration sur les bancs des tribunaux entre deux gendarmes.

Défaut de service public

À la perte d’exploitation de la SNCF, de la RATP de l’Opéra de Paris, d’Air France… vont s’ajouter les pertes d’exploitations des entreprises commerciales impactées par les grèves et les coûts de transports. Dans un monde idéal où la libre concurrence aurait été respectée, un tel surcoût se serait vite résorbé, les moyens de transports alternatifs au train et au métro auraient profité de l’aubaine pour se développer et surtout pour prendre les clients et le marché des entreprises défaillantes.

Mais nous sommes loin de vivre dans ce monde idéal et le subventionnement massif des entreprises de transport collectif public, associé à une politique pénalisant délibérément et fortement les autres moyens de transports par des taxes et réglementions diverses a créé un énorme écart entre la disponibilité et le prix du kilomètre effectué en train, en bus ou en métro et celui effectué en voiture, en taxi ou en VTC.

Le manque voulu de solutions alternatives aux transports collectifs publics se transforme donc immédiatement en baisse drastique du nombre de voyageurs en cas de grève des services publics, donc en baisse du chiffre d’affaires des entreprises des secteurs de l’hôtellerie et de la restauration.

Le chiffre d’affaires diminue, mais les salaires, les loyers, les consommations d’électricité et de chauffage restent et le « manque à gagner » des entreprises privées, contrairement à celui des entreprises publiques, pèse directement sur la solidité financière de l’entreprise qui ne dispose pas de la capitalisation quasi illimitée d’une entreprise d’État.

On pourrait ajouter à l’addition bien d’autres pertes induites par ces grèves : la baisse de fréquentation des petits commerces, la baisse de productivité d’entreprises privées de leurs employés, les remboursement de transports de remplacement, chers et inadaptés mais indispensables… Mais malheureusement, les entreprises de transports collectifs publics ne sont soumises à aucune obligation de résultat, ni à aucune clause de garantie, elles ne proposent aucun dédommagement et aucune voie de recours n’existe pour engager leur responsabilité dans les dommages induits. Il est donc quasiment impossible d’estimer le montant des dommages impliqués par ce défaut de service public.

Payer ou payer ?

Hé oui, il n’existe aucune voie de recours, aucune indemnisation. Les dommages provoqués par la rupture du contrat de service public reposent donc entièrement sur les épaules des usagers, ou dans le chapeau magique des politiciens qui peuvent décider d’aggraver encore le déséquilibre financier des entreprises publiques, comme en remboursant le pass-navigo, remboursement qui ne sera en fin de compte qu’un transfert d’argent du portefeuille des contribuables au portefeuille des usagers, transfert aggravant encore plus au passage le déséquilibre des comptes de la RATP.

Parce qu’en fin de compte, ce sont bien les contribuables qui vont payer la note. Et ils vont la payer deux, voire trois fois : d’abord en abondant aux pertes d’exploitations des sociétés de transports, puis en subissant les coûts induits par le défaut de service ou en payant les réparations de ce défaut.

 

Bleu blanc rougeole : la France mauvaise élève !

Par Richard Guédon
rougeole

Par Richard Guédon.

Après des décennies de progrès, la lutte contre la rougeole stagne et le nombre de morts est reparti à la hausse en 2018, année durant laquelle 142 000 personnes, pour la plupart des enfants, en sont mortes dans le monde, selon l’OMS. C’est quatre fois moins qu’en 2000, mais en hausse de 15 % par rapport à 2017.

La France, pays pourtant très développé, figure parmi les dix pays responsables de trois-quarts environ de l’augmentation totale des cas en 2018. Dans l’Hexagone, 2269 cas supplémentaires ont en effet été recensés par rapport à l’année précédente.

Or, depuis plusieurs décennies, nous disposons de l’arme absolue contre la rougeole : la vaccination qui, correctement faite, devrait entraîner sa disparition. Comment en sommes-nous arrivés là ?

Tout d’abord un rappel médical pour bien comprendre de quoi il s’agit.

Une maladie très contagieuse

La rougeole est due à un virus respiratoire qui se propage par l’intermédiaire de gouttelettes de salive contenant le virus quand les personnes infectées toussent ou éternuent. Elle peut aussi se transmettre via les objets contaminés par les sécrétions du nez ou de la gorge comme les mouchoirs, les jouets, les verres et autres couverts partagés.

C’est une maladie qui touche d’abord les petits enfants mais aussi les adolescents et les adultes jeunes, les personnes plus âgées étant en général immunisées par un contact préalable avec le virus.

La rougeole se manifeste par un écoulement du nez, une conjonctivite, une toux, une grande fatigue, une forte fièvre. Ensuite vient l’éruption avec des petites taches rouges plus ou moins en relief sur la peau. La maladie dure une dizaine de jours et guérit en général sans séquelles.

Mais deux caractéristiques de cette maladie en faisaient, et, hélas, en font encore un redoutable adversaire de l’espèce humaine :

En premier lieu il s’agit de l’une des maladies infectieuses les plus contagieuses : on estime en effet qu’une personne atteinte de rougeole peut contaminer entre 15 à 20 personnes, contre une à trois pour la grippe par exemple. Quand le virus rencontre des populations non vaccinées, il se répand comme une trainée de poudre.

Or on est contagieux environ quatre jours avant l’éruption, sans savoir encore qu’on a la rougeole, rendant les mesures d’isolement inutiles.

Une menace fatale pour les plus vulnérables

Ensuite la maladie, en général bénigne chez les bien-portants, devient un fléau pour les populations vulnérables,les nourrissons de moins d’un an, les femmes enceintes, les personnes dont les défenses naturelles sont affaiblies par d’autres maladies ou la malnutrition. Chez celles-ci, elle peut se compliquer d’affections graves et potentiellement mortelles, comme des pneumonies ou des encéphalites avec convulsions et paralysies.

On estime que ces complications sont responsables d’un décès pour 10 000 cas de rougeole, mais elles sont aussi responsables de séquelles avec, par exemple 15 à 20 000 cas de cécité chaque année.

Une arme absolue : la vaccination

 Selon l’OMS, la vaccination de 95 % de la population avec deux doses de vaccin est nécessaire pour la protéger d’une épidémie. Une telle protection collective permettrait d’éliminer la maladie et ses complications et ainsi protéger également les personnes les plus fragiles qui ne peuvent être vaccinées.

Il est donc impératif de vacciner l’ensemble des nourrissons, qui doivent recevoir une dose du vaccin combiné Rougeole-Oreillons-Rubéole (ROR) à l’âge de 12 mois et une seconde dose entre 16 et 18 mois, en exceptant bien sûr les très rares enfants porteurs de maladies qui affaiblissent leurs défenses immunitaires.

Plus il y a de personnes vaccinées, plus on évite le risque d’épidémie.

L’immunité apparaît dix à quinze jours après la première injection. Le vaccin est efficace à près de 100 % après deux doses de vaccin et les effets indésirables graves, toujours dramatiques, sont rarissimes. Grâce à la vaccination, les décès par rougeole dans le monde ont chuté de près de 80 % entre 2000 et 2014. La région des Amériques et certains pays d’Europe du Nord ont éliminé la rougeole.

En France, avant la mise en œuvre de la vaccination systématique de tous les nourrissons contre la rougeole, plus de 600 000 cas survenaient chaque année et une excellente couverture vaccinale valait promesse d’éradication jusque vers 2010.

La France championne du monde de la méfiance

Pourtant, la méfiance grandissante envers les vaccins tend à faire baisser cette couverture, offrant au virus une chance de gagner du terrain.

Du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2018, plus de 27 500 cas de rougeole ont été déclarés en France variant selon les années, de 79 en 2016 à 2921 en 2018, où la circulation a repris de façon intense. Au cours de ces onze années, parmi les cas déclarés, plus de 1500 ont présenté une pneumopathie grave, 40 une complication neurologique (37 encéphalites, 1 myélite, 2 Guillain-Barré) et 23 sont décédés.

Une grande majorité des cas de rougeole sont survenus chez des sujets non ou mal vaccinés. Parmi eux, plusieurs personnes avaient des défenses immunitaires diminuées, et n’avaient pu être vaccinées : seule une couverture vaccinale très élevée de la population aurait pu les protéger et ce n’est pas, ou plus, le cas en France.

Comment comprendre l’irrationalité qui consiste à refuser à ses enfants et à ceux des autres une protection absolue contre un virus qui tue les faibles et les plus démunis ?

La Wellcome Foundation réalise régulièrement des études mondiales dans le domaine de la santé auprès de grands échantillons de population.

Dans ses dernières enquêtes,  parmi les 140 pays étudiés, la France est celui où les opinions concernant les vaccins sont les plus négatives.

Les erreurs de l’État

En matière de vaccination, les Français n’ont pas toujours été « objecteurs de confiance » : si l’on observe les historiques des enquêtes sur la question, on voit nettement qu’il y a une cassure des bonnes opinions en 2010, soit juste après le fiasco de la campagne de vaccinations de masse organisée par le ministère de la Santé pour la prévention d’une pandémie (épidémie mondiale) débutante de grippe A-H1N1.

On admet aujourd’hui que la principale cause de cet échec retentissant a été le choix stratégique de contourner les médecins généralistes au profit d’une organisation directe de la vaccination par les services de l’État.

Cette même affaire A-H1N1 a renforcé la conviction d’une partie des Français d’une collusion entre l’industrie pharmaceutique et les pouvoirs publics pour vendre des vaccins : en 2018, 43 % des Français estiment que « le ministère de la Santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins », selon une étude publiée par l’Ifop pour la Fondation Jean Jaurès et l’observatoire Conspiracy Watch.

Et la montée en puissance des réseaux sociaux complique la lutte contre les fake news dans ce domaine comme dans les autres.

Ajoutons que la mode des produits et de la santé dits naturels vient donner une base théorique à cette résistance à l’évidence scientifique.

La contrainte, comme toujours

Comment réagit l’État, dont on voit qu’il porte une lourde responsabilité dans cet échec absurde ? Par la contrainte comme à son habitude : le vaccin contre la rougeole, avec 11 autres, a été rendu obligatoire en 2018, ce qui est en soi un aveu de faiblesse.

Pour redonner confiance, il faudra plus que la coercition : les pays où les vaccinations sont obligatoires n’ont pas de meilleures couvertures vaccinales ; le cannabis est interdit par l’État depuis toujours et des dizaines de millions de personnes en fument, y compris de nombreux policiers.

Pour redonner confiance, il faut avoir confiance dans les professionnels de santé de terrain qui sont, dans leur immense majorité, en accord avec la science d’aujourd’hui et sont écoutés car ce sont les gens eux-mêmes qui les choisissent.

Il faut établir la transparence dans les rapports entre l’État et les industriels : comment peut-on d’un côté lutter contre la désinformation scientifique sur le front des vaccinations et la renforcer en tardant autant à dérembourser les médicaments  homéopathiques, notoirement inactifs ?

Assurance maladie concurrentielle

Enfin, il faut dire que la communication actuelle des organismes publics, descendante et condescendante envers des usagers captifs, est totalement déficiente.

Seuls des organismes concurrentiels qui parlent à des clients sont capables de se faire entendre dans l’univers de la communication moderne. Seuls des organismes d’assurance-maladie concurrentiels, dont l’intérêt économique serait que les assurés soient vaccinés, sauraient se faire entendre.

Mais c’est une autre histoire…

Les Français vivent plus vieux mais sont-ils vraiment en bonne santé ?

Par Éric Verhaeghe
bonne santé

Par Eric Verhaeghe.

Les Français sont-ils vraiment en bonne santé, comme le laisserait croire le fantasme selon lequel nous aurions le meilleur système de santé du monde ?

Si l’espérance de vie en France est l’une des plus élevées au monde et laisse croire à de belles performances sanitaires, notre espérance de vie en bonne santé est beaucoup plus médiocre et interroge en profondeur sur la pertinence de notre politique de santé publique.

Le tableau ci-dessus, publié par l’INSEE, analyse l’espérance de vie en bonne santé des hommes de l’UE. Par bonne santé, il faut entendre la définition suivante :

La bonne santé peut être définie de nombreuses façons. Pour le calcul de cet indicateur européen (indicateur structurel de la stratégie de Lisbonne), il a été décidé de privilégier la dimension fonctionnelle de la santé.
C’est pourquoi l’AVBS est aussi connu sous le nom d’espérance de vie sans incapacité (EVSI). Il s’agit plus précisément de l’absence de limitations dans les activités usuelles, englobant implicitement les activités scolaires pour les enfants, les activités d’éducation, professionnelles et domestiques pour les adultes et les activités sociales ou de loisirs pour tous.
Les limitations dans les activités élémentaires (par exemple manger), qui ne concernent heureusement que peu de personnes, sont également implicitement incluses dans les activités usuelles.

Autrement dit, l’espérance de vie en bonne santé s’analyse comme la vie « sans limitations dans les activités usuelles ».

Le mauvais score de la France sur la bonne santé

Le tableau le montre clairement, les résultats de la France en matière de bonne santé sont médiocres. Alors que les Français vivent en moyenne un an et quatre mois plus vieux que leurs camarades européens, ils vivent un an de moins qu’eux en bonne santé.

Certaines comparaisons sont accablantes.

Alors que les Français vivent en moyenne en bonne santé jusqu’à 62 ans et demi, ce qui est moins bien que la Bulgarie… les Suédois (recordmen d’Europe), vivent sans dépendance jusqu’à 73 ans et un trimestre, les Espagnols jusqu’à 69 ans, les Allemands jusqu’à 65 ans.

Contrairement aux idées reçues, la performance sanitaire française est donc mauvaise. Ce score interroge en particulier notre politique de prévention. On le sait, la France exprime une préférence systématique pour la maladie plutôt que pour la santé. Elle a d’ailleurs appelé son système de sécurité sociale « assurance-maladie » et non « assurance-santé », ce qui est en soi un aveu d’intention.

On retiendra que, en France, le réflexe autour de la curation plutôt que de la prévention est généralisé. C’est le cas par exemple avec des syndicats comme la CFDT qui se battent pour mettre en place une indemnisation en cas de métier pénible et non une prévention des effets produits par la pénibilité.

Sur le fond, le débat sur les moyens des hôpitaux publics vise avant tout à pérenniser un système qui favorise la maladie autrement dit de la bonne santé. On ne s’étonnera donc pas des mauvaises performances françaises.

Sur le web

Les lois antitrust sont inutiles et contre-productives

Par Marius-Joseph Marchetti
antitrust

Par Marius-Joseph Marchetti.

Des mauvaises théories découlent des politiques plus mauvaises encore : cette phrase pourrait parfaitement coller avec un examen minutieux des politiques antitrust. Une telle étude (et certains, directement et indirectement, s’y sont attelés) des politiques de la concurrence (ou politique antitrust), permettraient d’en cerner minutieusement les applications.

L’argument communément invoqué est celui qui consiste à dire que l’origine de la politique antitrust résiderait dans la préservation de l’intérêt général. Cependant, une analyse fondée sur la théorie du choix public pourrait nous faire prendre conscience que la politique antitrust a été motivée par un but entièrement protectionniste en vue de défendre des entreprises inefficientes sur le marché, ou qu’elle n’est qu’une politique industrielle planificatrice comme une autre, soumise à l’imperfection de l’absence de calcul économique.

Pour faire un bref historique du Sherman Act, voté en 1890, il faut avoir en tête que celui-ci n’avait à l’origine aucun fondement théorique quelconque. Le vote de cette loi au Sénat américain avait un but entièrement et strictement politique, à savoir récupérer les voix des populations les plus touchées par les bouleversements technologiques1. Le Sherman Act doit donc davantage son origine à l’assouvissement d’un besoin exprimé par des groupes de pression que par un réel intérêt pour le bien commun2.

Ce n’est que dans les années 1930 que les autorités antitrust se dotent d’une théorie économique de la concurrence et du monopole pour asseoir leur décision. C’est aujourd’hui cette théorie qu’il faut interroger si l’on souhaite restreindre, voire abolir le droit antitrust.

L’étude de la théorie conventionnelle néoclassique de la concurrence pure et parfaite, inadaptée à comprendre le monde réel où profits et pertes existent, est nécessaire. Les modèles qui en ont découlé, celle du monopole ou de la concurrence monopolistique, ont péché de la même manière.

C’est sur la base de la théorie autrichienne de l’entrepreneur, en plus des nombreux travaux qui ont abondé en ce sens, qu’il nous faut corriger les vues de la politique antitrust ; et par corriger, il faut entendre, l’abolir complètement.

Rappelons ainsi qu’il y a deux manières de voir la concurrence : la méthode néoclassique, plus récente, qui conçoit la concurrence sur des hypothèses précises et quasiment irréalisables (homogénéité des produits, atomicité des agents, transparence des agents, libre circulation des facteurs, entrée sur le marché) et la plus ancienne, qu’on retrouve originellement chez Smith et d’autres classiques comme Say, qui voit la concurrence comme un processus de concurrence.

Le profit de l’entrepreneur, dans la théorie autrichienne, sert à le guider et à le récompenser pour avoir manœuvré dans l’incertitude du marché et des demandes des consommateurs, et ne découlant pas de leur « exploitation »)3Si ces moralistes auto-investis n’étaient aveuglés par leur envie, ils ne s’occuperaient pas du profit sans s’occuper en même temps de son corollaire, la perte. Ils ne passeraient pas sous silence le fait que les conditions préliminaires d’un progrès économique sont l’œuvre des personnes dont l’épargne accumule le capital supplémentaire, et l’œuvre des inventeurs ; et que l’utilisation de ces conditions favorables au progrès économique est assumée par les entrepreneurs. »].

La question du surprofit est-elle réellement légitime ? Comme certains auteurs spécialisés dans la politique antitrust et les théories de la concurrence l’ont remarqué, les entreprises qui bénéficient réellement d’un surprofit lié à un monopole bien compris (c’est-à-dire, dans la théorie du monopole de Rothbard, les monopoles qui découlent d’un privilège légal, et non, pas selon les définitions traditionnelles, d’un contrôle exclusif de toutes les ressources dudit marché)4 sont presque toujours exemptés des attaques antitrust à leur égard, alors que c’est peut-être l’une des seules interventions des autorités de la concurrence qui soit légitime5.

La théorie conventionnelle du monopole ne nous permet pas de savoir lorsqu’une entreprise applique ou nous un « prix de monopole » ou un « prix de concurrence ». Les autorités de la concurrence se basent sur l’indice Herfindahl67 pour déterminer la part de marché d’une entreprise, et pour se faire, elle doit aussi déterminer le « marché en cause » (à savoir si elle prend en compte seulement le marché du bien en question ou les marchés des biens substituables également). Autant dire que certaines entreprises peuvent ou non être condamnées selon le marché en cause pris comme référence, et qu’en plus d’être une cause d’inefficience économique, est une atteinte une forme d’application régulière du droit.

Rothbard rappelle que tous les prix sur un marché sont des prix de marché libre, et que ce ne sont pas l’inclinaison de la courbe de la demande et son inélasticité qui permettent à une entreprise de fixer des prix de monopole (ce que soutient notamment Ludwig Von Mises), mais que c’est la demande volontaire des consommateurs qui détermine ce que sera la courbe de demande. La théorie du monopole de Rothbard peut nous permettre de faire une distinction entre prix de concurrence et prix de monopole, en ce sens que seul un producteur bénéficiant d’un privilège légal peut tenir ses consommateurs captifs et les forcer à accepter des prix de monopole8.

Il y aurait encore beaucoup à dire.

Les barrières à l’entrée sont-elles une entrave à la concurrence ? Les cas de Standard Oil, Microsoft et autres, étudiés minutieusement, peuvent-ils étayer les thèses sur l’inutilité et l’injustice que fait peser l’existence et l’application des lois antitrusts sur les entreprises efficientes du marché, les consommateurs et les droits de propriété des honnêtes citoyens ? Les ententes sont-elles vraiment des tentatives de monopolisation faisant grimper les prix, ou sont-elles une forme de coordination des plans qui permet de faire face à l’incertitude vis-à-vis de la volatilité des prix ?

Une chose est sûre : dans le monde merveilleux d’Alice au pays des merveilles où se trouvent les autorités de la concurrence et les économistes industriels, la concurrence n’en a désormais plus que le nom.

 

  1. Henri Lepage, La Nouvelle Économie industrielle, page 186 : « Lorsqu’en 1890 le Sénat américain ratifie les clauses antitrusts du Sherman Act, on est encore bien loin d’une telle situation. Le Sherman Act est une opération exclusivement politique, menée par les dirigeants républicains de l’époque pour récupérer le soutien électoral des métiers et professions les plus touchés par les bouleversements technologiques et la seconde révolution industrielle de la fin du XIXème siècle. »
  2. Voir Thomas Di Lorenzo, The Origins of Anti-Trust : an Interest Group Perspective, working paper 1-10, Center for the Study of Market Processes, George Mason University :

    «Unfortunately, the Sherman Act was never intended to protect competition. It was a blatantly protectionist_acted to shield smaller and less efficient businesses from their larger competitors. There never was a golden age of antitrust. The standard account of the origins of antitrust is a myth. As long as the antitrust laws exist, they will be subject to political manipulation.

    As William Baumol and Janusz Ordover have predicted, « far from serving as a bulwark of competition, these institutions will become the most powerful instrument in the hands of those who wish to subvert it. »  »

    Ou encore : « It appears that the antimonopoly protests of the agrarians during the 1880s were protests against lower output prices and the increasingly nationwide scope of competition fostered by railroad expansion. Output restriction and higher pricesthe universally acknowledged features of monopolywere not in evidence. »

  3. Ludwig von Mises, L’Action humaine, page 347 : « Beaucoup de gens sont absolument incapables d’examiner le phénomène du profit d’entrepreneur sans céder à un sentiment d’hostilité envieuse. À leurs yeux, la source du profit est l’exploitation des salariés et des consommateurs, c’est-à-dire une injuste compression des taux de salaires et une hausse non moins injuste du prix des produits. En bonne justice, il ne devrait pas exister du tout de profits. […
  4. Murray Rothbard, L’Homme, L’Économie et l’État : « il est complètement faux de dire que le cultivateur et Ford diffèrent par leur contrôle sur les prix. Les deux ont exactement le même degré de contrôle et d’absence de contrôle : les deux ont un contrôle absolu de la quantité qu’ils produisent et du prix qu’ils essaient d’atteindre et une absence de contrôle absolu sur le prix et sur la quantité de transactions qui aura finalement lieu. Le cultivateur est libre de demander le prix qu’il veut, tout comme l’est Ford, et est libre de chercher un acheteur à ce prix. »
  5. Par exemple, le Clayton Antitrust Act exempte les syndicats et les coopératives agricoles des lois antitrust.
  6. L’indice de Herfindahl-Hirschman (en anglais, Herfindahl-Hirschman Index : IHH ou HHI) est un indice mesurant la concentration du marché.

    Il est établi en additionnant le carré des parts de marché (généralement multipliées par 100) de toutes les entreprises du secteur considéré. Plus l’IHH d’un secteur est fort, plus la production est concentrée.

    L’IHH est utilisé en droit de la concurrence par les autorités de concurrence à deux titres : en valeur absolue et en variation (avant et après l’opération de concentration envisagée).

    Pour plus d’information, dans son livre L’Échiquier industriel, le professeur Jean-Marie Chevalier résume ce que les Américains nomment The Market Concentration Doctrine (ou doctrine de la concentration du marché :

    « La structure d’un marché donné peut être évaluée, en première approximation, par la part du marché détenue par les quatre premiers producteurs. Si cette part est peu élevée, on est en droit de penser que la concurrence va jouer entre les différents producteurs et que le prix sera établi assez normalement par le jeu du marché. Si, au contraire, la part des quatre premiers producteurs est élevée, on peut penser qu’il y a risque d’entente et que le prix du marché sera établi en dehors des forces concurrentielles… Lorsque deux ou trois sociétés se partagent un marché, on peut en effet penser qu’elles n’ont nullement intérêt à ce que développe entre elles une vive concurrence par les prix. Mieux vaut une entente, même imparfaite, qu’une véritable concurrence par les prix. »

  7. Henri Lepage, La Nouvelle Économie Industrielle, page 182 : « Jean-Marie Chevalier, reprenant des critères établis pour le compte de la Commission des Communautés européennes, en conclut que lorsque les quatre premiers producteurs assurent au moins 80 % des ventes, il y a danger grave et probable d’atteinte à la concurrence. Lorsque la part des quatre premiers se situe entre 60 et 80 %, le danger est seulement sérieux et possible. Entre 40 et 60 %, on n’a plus qu’une situation à suivre. Enfin, au-dessous de 40 %, on admet qu’il y a peu de craintes à nourrir quant au fonctionnement de la concurrence. » Même si le texte date un peu, des réglementations et méthodes fortement similaires à l’époque subsistent toujours.
  8. Murray Rothbard, L’Homme, L’Économie et l’État : « Cette définition du monopole remonte au droit coutumier, à la common law, et a pris une grande importance politique en Angleterre au cours des XVIe et XVIIe siècles , lorsqu’une bataille historique eut lieu entre des libéraux et la Couronne à propos du monopole opposé à la liberté de production et d’entreprise. »

Iran : les sanctions internationales profitent au régime

Par The Conversation
iran

Par Thomas Lindemann1.
Un article de The Conversation

Si l’on devait choisir un mot clé pour résumer la plupart des commentaires à propos de la crise entre les États-Unis et l’Iran, ce serait celui d’« irresponsabilité ». Pour certains, la décision du président Trump semble au moins compréhensible dans la mesure où elle obéirait avant tout à une rationalité cynique : celle d’accroître ses chances de se faire réélire pour un second mandat en lançant un conflit de diversion. En ce sens, l’élimination du général Soleimani peut être interprétée comme la facette militariste de sa devise électorale « Make America Great Again ».

En revanche, lorsque l’Iran abat un drone américain en juin 2019, emprisonne des universitaires étrangers comme Fariba Adelkhah et Roland Marchal, voire abat un avion ukrainien, l’incompréhension prévaut et le jugement moral sur son « comportement voyou » figure comme une catégorie explicative.

Les dirigeants iraniens sont-ils irrationnels ?

Il est vrai qu’une première analyse superficielle tendrait à prouver l’irrationalité de la politique iranienne. Même si une intervention terrestre des États-Unis en Iran serait contre-productive, Washington est en mesure de bombarder à volonté les sites iraniens de son choix et d’infliger des dégâts humains considérables sans craindre de ripostes véritables de Téhéran contre des positions américaines.

Les frappes iraniennes sur des bases situées en Irak abritant des soldats américains le 8 janvier ne semblent pas avoir fait de victimes dans les rangs irakiens et américains. Il est probable que les décideurs iraniens aient choisi de « tirer à côté » pour revendiquer sur le front interne une victoire toute en signalant aux États-Unis une « riposte proportionnée » pour reprendre les mots du ministre des Affaires étrangères iranien Mohammed Jawad Zarif.

Ajoutons que d’un point de vue économique, l’Iran subit des sanctions tellement fortes qu’il est entré en récession en 2019. Enfin, les coûts politiques de la ligne iranienne sont également dramatiques : l’Iran se trouve désormais relativement isolé et stigmatisé sur la scène internationale. En somme, la politique iranienne semble contraire à ce que l’on qualifie communément d’intérêt national.

Études frappantes ici sur les prix de certains produits alimentaires de base en Iran, qui ont doublé ou presque triplé depuis que Trump a réimposé des sanctions en 2018. https://t.co/m11y9BKgeK

— Alexandra Allio De Corato (@Allio_De_Corato) January 11, 2020

Toutefois, derrière la façade des coups joués sur la scène internationale, se cache en coulisse l’enjeu de la légitimité politique interne des décideurs politiques. Cette légitimité repose en grande partie sur la capacité des dirigeants à maintenir la fiction d’une souveraineté absolue.

L’idéal de la souveraineté est particulièrement puissant dans des entités qui ont été par le passé des objets plus que des sujets de la politique mondiale, comme l’Iran qui en 1953 a subi un coup d’État préparé par la CIA et les services britanniques contre le Premier ministre Mossadegh. Il est difficile pour les responsables d’un ancien État « vassal » de se plier à nouveau aux sanctions d’une puissance « extérieure ».

En outre, un grand nombre des chefs exécutifs – de Vladimir Poutine à Donald Trump en passant par l’Ayatollah Khamenei – revendiquent pour eux-mêmes et pour leur pays une image « héroïque » mettant en avant leur puissance matérielle, leur vitalité et leur « mépris de la mort ». Si les sanctions frappent durement leur pays, se plier à celles-ci abîmerait de manière fatale leur capital symbolique.

Mais la raison pour laquelle les sanctions échouent face à l’Iran tient surtout à une variable systémique. Une différence essentielle persiste entre l’international et le national : celle de la « monopolisation » de la légitimité sur la scène interne. Alors que même dans les dictatures les décideurs doivent obtenir la reconnaissance d’une partie des gouvernés pour leur politique intérieure, ils peuvent souvent s’extraire d’un tel soutien « public » sur la scène internationale.

De nombreux gouvernements sévèrement critiqués voire non reconnus par les autres entités étatiques n’en conservent pas moins une bonne santé politique : les autorités du Hamas, le gouvernement israélien de Nétanyahou, la dynastie Kim de la Corée du Nord, dans une certaine mesure aussi la Russie de Poutine et les États-Unis de Trump, ou encore le gouvernement iranien.

De manière générale, les responsables des régimes peu « populaires » sur la scène internationale construisent un récit d’autoreconnaissance. Celui-ci substitue à la reconnaissance des acteurs vivants la reconnaissance par des forces « extra-humaines » – la mission divine ou la grande Histoire.

Dans ce récit, l’Iran n’a plus besoin de la reconnaissance des acteurs humains mais doit uniquement rendre compte aux puissances divines. Ce récit met aussi en valeur les qualités traditionnellement associées à l’identité virile : la puissance physique et la vitalité d’une « jeune puissance », associées à la domination mentale et au mépris de la mort. En outre, les dirigeants d’un tel pays « diabolisent » les États qui les stigmatisent, de sorte que la non-reconnaissance de ces acteurs devient une sorte de preuve de « distinction ». Ce processus s’observe précisément dans le cas iranien.

Des sanctions forcément inefficaces ?

Tout indique donc que la stigmatisation et les sanctions n’inciteront pas les responsables d’un État à coopérer. Les décideurs d’un État exclu sont généralement capables, on l’a dit, de construire un récit d’autoreconnaissance. Une majorité d’analystes estiment que cela a été par exemple le cas pour le Japon à la fin des années 1920, l’Union soviétique lors de sa création, la Corée du Nord de l’après-guerre froide, l’Irak des années 1990 et la Russie de Poutine.

En somme, le cas iranien est loin d’être spécifique. Il nous suggère que le refus de considérer les décideurs d’un État comme interlocuteurs valables sur la scène internationale peut renforcer leur légitimité sur la scène nationale et les inciter à pratiquer une politique au bord de l’abîme. De même, les sanctions économiques ne sont pas nécessairement adéquates pour apaiser de tels acteurs. Le récit héroïque et paranoïaque des décideurs d’un tel État est incompatible avec des concessions politiques sous pression économique qui risqueraient de les faire apparaître comme « lâches ».

Or les dirigeants occidentaux eux-mêmes ne sont pas toujours exempts de ces contraintes symboliques. Comme l’Iran, ils doivent être, eux aussi, attentifs à leur légitimité fondée, pour leur part, parfois sur des valeurs « laïques » et sur le respect des droits de l’Homme. Tout se passe donc comme si les coups extérieurs des décideurs politiques étaient en réalité joués également à destination de la scène domestique afin de paraître conformes au rôle revendiqué par les personnels politiques.

Sur le web

  1. Professor of International Relations & Political Science at L’École polytechnique, Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines – Université Paris-Saclay.

Le modèle scandinave : un cliché qui a la vie dure

Par Jonathan Lebenson
modèle scandinave

Par Jonathan Lebenson.

Lors d’un récent voyage d’affaires en Norvège, en buvant un Aquavit au bar de l’hotel Amerikalijnen d’Oslo, je me suis attardé sur l’histoire du lieu : ce boutique hôtel raffiné était l’ancien quartier général de la Norwegian America Line, une ligne de transport maritime fondée en 1910 qui a conduit des milliers d’immigrants norvégiens à travers l’Atlantique vers le rêve américain.

Ces immigrants qui cherchaient une vie meilleure loin des fjords, ont eu une réussite économique impressionnante. D’une manière générale, les descendants des migrants des pays scandinaves vivant aux États-Unis, ou Scandinavian Americans (environ 12 millions d’Américains aujourd’hui) ont des revenus en moyenne 20 % supérieurs à la moyenne nationale américaine ; autre constat plus étonnant encore, ils ont des niveaux de vie supérieurs à ceux de leurs compatriotes restés au pays.

Comment expliquer ce différentiel alors que le « modèle scandinave » est censé garantir les conditions de vie parmi les meilleures des pays de l’OCDE ? La raison n’est-elle pas à chercher ailleurs que dans un modèle économique et social fixé par l’État mais plutôt dans des facteurs culturels et historiques ?

Des États prospères… depuis le XIXe siècle

Le modèle scandinave est présenté comme combinant un large État-providence, une économie dynamique et une société égalitaire, en combinant ces facteurs comme s’ils étaient inextricablement liés. Pourtant l’analyse des faits nous montre que dans ce cas, causalité et corrélation sont deux choses très distinctes.

La Suède avait la meilleure croissance des pays industrialisés entre 1870 et 1936, une très bonne performance économique jusqu’aux années 1970 et des structures très libérales. Entre 1975 et 1995, lorsque des politiques très généreuses de protection sociale ont été progressivement instaurées, la Suède a rétrogradé de la quatrième place à la treizième place des pays les plus riches1.

On peut faire des observations similaires pour les autres pays scandinaves. On constate que la période de « l’expérience socialiste » en Scandinavie a été la plus négative pour la croissance de l’économie et certaines structures de ces États en ressentent encore les effets aujourd’hui.

Durant les politiques dites de « Troisième Voie » vantées par les socialistes français le taux d’entrepreneuriat était le plus bas dans les pays scandinaves. Aucune des 100 plus larges entreprises de Suède par effectifs opérant aujourd’hui n’a été fondée après 1970. Elles ont toutes leur origine à une époque ou ces États étaient des modèles de libéralisme économique. L’État trop interventionniste finit par étouffer l’initiative privée.

L’espérance de vie de ces pays est une des plus élevées de l’OCDE mais c’est déjà le cas depuis les années 1960.

Quant à l’homogénéité des conditions sociales, elle a commencé à se développer dès la fin du XIXe siècle et non avec l’apparition des filets de protection sociale mis en place durant les années 1970-1980.

Certains vont jusqu’à faire remonter sa cause au Moyen-Âge : ces pays n’ont pas connu les structures féodales des autres pays européens. Les exploitations agricoles étaient de petite taille et distantes les unes des autres, dépendant de conditions climatiques difficiles.

Pour subsister il fallait faire montre de détermination et résilience. On ne pouvait pas compter sur des structures sociales d’entraide, ou même sur un propriétaire terrien qui vous laissait exploiter sa terre.

Cette période ancienne a pu favoriser l’individualisme et l’entrepreneuriat jusqu’à aujourd’hui. « La faim est la meilleure herbe » dit un proverbe suédois.

Des niveaux de taxation toujours excessifs… compensés par une grande liberté économique

Au milieu des années 1990, les pays développés au plus fort taux de taxation étaient clairement les pays scandinaves avec 49 % du PIB en Suède et Danemark, 47 % en Finlande et 41 % en Norvège.

Si l’on regarde les mêmes indicateurs en 2012, on retrouve des taux élevés mais qui se sont rapprochés de la moyenne des pays européens (la Suède et la Finlande descendent à 44 % contre 45 % pour la France). Il semble que ces pays se sont rapprochés du sommet de la courbe de Laffer pour finalement rebrousser chemin. Alors comment ces pays ont-ils réussi à compenser des niveaux de taxation toujours élevés tout en préservant un grand dynamisme économique ? La réponse est simple : ils ont amélioré la liberté économique.

La flexisécurité danoise est un des meilleurs exemples de la combinaison d’un système d’assurances chômage avantageux avec un marché du travail flexible, et elle a été régulièrement discutée en France par les gouvernements de droite et de gauche, sans succès quant à son application.

La Suède fut le plus socialiste des pays scandinaves durant cette période expérimentale, et c’est aussi le pays qui s’est le mieux réformé depuis cette période, avec une performance économique impressionnante durant la crise de 2008.

Les pays scandinaves sont souvent perçus comme des bastions socialistes mais ils sont en réalité beaucoup plus pro-business qu’on ne le croit. Les partisans d’une économie dirigée devront donc chercher ailleurs des exemples d’une politique socialiste réussie : ces pays ont finalement réussi malgré leur modèle social plutôt que grâce à lui. Il faut d’abord créer la croissance et développer une société basée sur la confiance avant de déployer des aides sociales et non l’inverse.

Les conséquences involontaires du socialisme : la détérioration du capital social

Les États scandinaves ont toujours fourni des services publics de qualité à leurs citoyens dans les domaines essentiels tels que santé, éducation, infrastructure.

Depuis les années 1980, cette conception a évolué vers des transferts toujours plus généreux en direction des chômeurs notamment. Depuis les années 1990, un cinquième de la population suédoise en âge de travailler reçoit des allocations chômage, maladie, ou de retraite anticipée.

Un exemple criant des dysfonctionnements du système est le paradoxe suivant : les habitants des pays nordiques sont généralement en bonne santé, et pourtant leurs dépenses pour arrêt maladie ou incapacité sont parmi les plus élevées de l’OCDE. On retrouve même des jeunes de 30 ans percevant une allocation de pré-retraite…

En réalité ces allocations sont des indemnités chômage déguisées qui maintiennent une partie de la population dans un assistanat prolongé.

D’autres attitudes ont pu être mise en lumière telles que l’absentéisme au travail, de plus en plus considéré comme acceptable (pendant la coupe du monde football en 2002, l’absentéisme des employés masculins a augmenté de 41 % par rapport à la moyenne annuelle !).

Les difficultés d’intégration dans le marché du travail : un problème qui s’aggrave

L’autre problème très actuel qui touche le marché du travail de ces pays est la faible intégration des migrants. La Suède a un taux de chômage des étrangers plus important que la France et parmi les plus élevés de l’OCDE !

Des études ont montré que les migrants les plus qualifiés ont tendance à choisir les pays qui offrent les plus hauts salaires et les impôts les plus bas ; a contrario les moins qualifiés choisiront les pays avec les allocations les plus généreuses.

Selon une étude récente de la Commission européenne, seulement 1,6 % des emplois les plus qualifiés en Suède sont occupés par des ressortissants nés à l’étranger. Les migrants ont généralement des niveaux de rémunération plus faibles, ainsi que des emplois en-deçà de leur niveau de qualification pour la majorité d’entre eux.

Une étude suédoise a comparé les niveaux de rémunération des migrants de Turquie et d’Iran qui ont émigré vers les États-Unis d’une part et vers la Suède d’autre part2. Leurs salaires moyens représentaient respectivement 61 % et 74 % du salaire moyen suédois contre 114 % et 136 % du salaire moyen américain. En 2004, la dépendance envers les allocations d’État était neuf fois plus forte pour les immigrants hors d’Europe de l’Ouest que pour les Suédois.

Un dernier point fréquemment mis en avant est l’égalitarisme entre les sexes qui est une des réussites du modèle scandinave avec un gouvernement et un parlement parfaitement paritaires. En revanche, les pays nordiques ont parmi les plus faibles représentations de femmes à des postes de direction dans les entreprises3.

Une des explications à ce résultat est que les femmes sont largement employées par le secteur public dans les domaines de la santé et de l’éducation : par exemple la moitié des femmes danoises sont payées par l’État contre 15 % des hommes4. Cela tempère à la fois l’augmentation des salaires, la progression des carrières et évidemment l’entrepreneuriat.

A contrario les pays d’Europe de l’Est qui ont généralement une égalité hommes-femmes plus faible ont une proportion de femmes à des postes de direction beaucoup plus importante (32 % en moyenne contre 14 % en Scandinavie)5. Depuis le début des années 1990, la libéralisation du marché du travail notamment en Suède a ouvert de nombreuses opportunités d’entrepreneuriat pour les femmes ce qui a atténué cette disparité.

Le modèle scandinave est un bon laboratoire de ce qu’il faut faire et ne pas faire en France. Moins d’État et plus de liberté économique durant les deux dernières décennies ont apporté un regain de croissance, notamment en Suède et au Danemark.

Les analystes du modèle scandinave confondent souvent corrélation et causalité entre le succès d’une société et ses politiques sociales. Celles-ci sont parfois présentées comme la cause principale qui a rendu ces nations prospères et pacifiques.

Une étude sur un temps historique plus large montre un constat différent et remet en question les clichés véhiculés par les médias et les hommes politiques.

Ces pays ont connu un grand dynamisme économique depuis la fin du XIXe siècle. Ils ont tenté comme beaucoup d’autres pays européens l’expérience socialiste des années 1980, et en ont tiré les conséquences en revenant à un marché du travail libéral et flexible.

C’est parce que ces sociétés avaient depuis longtemps une grande homogénéité et une cohésion sociale forte que des hauts niveaux de prestations sociales et d’impôts ont pu être instaurés sans que le système s’effondre.

La France peut en tirer d’excellentes leçons économiques pour se réformer si elle met de côté ses préjugés.

  1. OECD and World Bank databases.
  2. Statistics Sweden and Arbetslivsinstitutet 2002.
  3. Why are there so few female top executives in egalitarian welfare states ? Henrekson, Stenkula.
  4. Nordic Innovation Centre study (2007).
  5. Rapport Eurostat 2008 sur les inégalités de salaires.

Quel avenir pour les enfants nés par GPA ?

Par The Conversation
GPA

Par Valérie Depadt1.
Un article de The Conversation

Dix-neuf ans de procédure. Une durée hors-norme pour une affaire qui ne l’est pas moins, et dont les répercussions sur le droit français se poursuivent. En 2000, les filles de Sylvie et Dominique Mennesson, Fiorella et Valentina, naissent en Californie. Commence alors pour les époux un long parcours du combattant devant les instances judiciaires afin de régulariser l’état civil de leurs enfants. Car les jumelles n’ont pas été mises au monde par Sylvie Mennesson : atteinte d’une malformation congénitale, elle ne peut porter d’enfant, ni donner ses ovocytes.

Fiorella et Valentina ont donc été conçues avec les spermatozoïdes de leur père et des ovocytes donnés par une amie du couple, avec l’aide d’une femme « gestatrice », dans le cadre d’une gestation pour autrui (GPA). Problème : cette pratique, autorisée en Californie, est interdite en France. Après la naissance, les parents se heurtent au refus de l’administration française de transcrire les actes de naissance américains et d’inscrire les nouvelles-nées sur le livret de famille…

Il faudra près de deux décennies de batailles juridiques pour qu’enfin, en octobre 2019, la Cour de cassation tranche en faveur des époux Mennesson, apportant une réponse inédite à cette épineuse question de droit.

Retour sur le dénouement de cette longue saga juridique, qui a fait jurisprudence et permis de nouveaux recours pour les nombreux autres Français dans la même situation. Mais la situation n’est pas réglée pour autant, la législation n’ayant pas encore évolué en conséquence. Les centaines de couples dont les enfants sont nés par GPA doivent-ils craindre un retour en arrière ?

La GPA est interdite en droit français

Diabolisée ou évangélisée, parfois caricaturée ou déformée, la GPA n’a guère quitté la scène socio-judiciaire ces dernières années. Présentée par ses détracteurs comme la reconnaissance de l’existence d’un « droit à l’enfant » (si tant est que l’expression ait un sens…), elle ouvrirait selon eux la porte à l’exploitation systématique du corps des femmes. Pour ses partisans, au contraire, la GPA n’est ni plus ni moins qu’un protocole d’assistance médicale à la procréation parmi d’autres, l’expression la plus entière de l’autonomie de la volonté.

Dans ce contexte de passions cristallisées, il est important de rappeler qu’à ce jour, la GPA demeure strictement interdite en droit français. Cette interdiction est formulée par un texte d’ordre public qui, à ce titre, ne peut connaître aucune exception.

Elle se pratique néanmoins dans divers pays, sous différents régimes et, parfois, au hasard d’un vide juridique. Certains couples français franchissent donc les frontières pour en bénéficier. Problème : lorsqu’ils reviennent en France, ils doivent régulariser l’état civil du nouveau-né, comme c’est le cas pour tout enfant ayant vu le jour à l’étranger.

Pour ce faire, il leur faut obtenir la transcription de l’acte de naissance dressé à l’étranger sur les registres de l’état civil français. C’est cette question de la transcription qui est à l’origine du combat mené par les Mennesson, à qui de nombreux autres couples ont emboîté le pas. Rappelons brièvement quelques étapes clés de ce feuilleton judiciaire.

Transcription pour le père, adoption pour la mère

Par une décision du 17 décembre 2008, la Cour de cassation avait une première fois refusé une telle transcription. Cette jurisprudence s’est vue maintes fois réaffirmée, jusqu’en 2014, année où la France a été condamnée à l’unanimité par la Cour européenne pour violation de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’Homme, plus précisément du droit à la vie privée des enfants.

Les juges strasbourgeois ont estimé que le refus par la France de reconnaître ces enfants comme ceux de leurs parents au sein de son ordre juridique porte atteinte à leur identité dans la société française et, qu’en empêchant l’établissement de ce lien sur le sol national, la France dépasse la marge d’appréciation que la Cour accorde à ses États membres.

L’article 3, § 1 de la Convention internationale des droits de l’enfant précise que

« Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. »

Depuis cette décision, la Haute juridiction acceptait une transcription partielle de l’état civil, pour le père uniquement, dès lors que les faits traduisaient la réalité biologique. En d’autres termes, la Cour de cassation acceptait de transcrire le nom du père sur l’acte d’état civil français parce que ce dernier était génétiquement lié à l’enfant.

En revanche, elle refusait de transcrire le nom de la mère d’intention, au motif que cette dernière n’ayant pas accouché de l’enfant, le fait inscrit dans l’acte de naissance étranger ne traduisait pas la réalité biologique. Et il en est de même pour le second père, celui qui n’avait pas fourni ses gamètes, en cas de couple de même sexe.

Cependant, la GPA peut prendre diverses formes, dont toutes ne s’accordent pas d’une telle application du critère d’un lien biologique puisque, dans certains cas, la mère d’intention a fourni ses propres ovocytes. La « réalité biologique » selon la Cour de cassation ne concerne donc que le seul fait de la naissance, l’enfant étant dans certains cas génétiquement lié à sa mère d’intention.

Conséquence : cette prise de position, si elle permettait la transcription de l’acte concernant le père – censé être juridiquement rattaché à l’enfant – n’apportait aucune solution aux hypothèses dans lesquelles l’acte de naissance indiquait la mère (qui avait parfois fourni l’ovocyte et se trouvait donc génétiquement rattachée à l’enfant) ou le père d’intention comme second parent au sens légal du terme, puisqu’ils ne sont pas biologiquement liés à l’enfant.

Dans une série d’arrêts rendus en 2017, la Cour de cassation, admettant la transcription partielle de l’acte de naissance étranger à l’égard du père, mais pas à l’égard de la mère d’intention, voyait dans l’adoption le moyen d’établir un lien de filiation entre l’enfant et le second parent. Selon elle

« l’adoption permet, si les conditions légales en sont réunies et si elle est conforme à l’intérêt de l’enfant, de créer un lien de filiation entre les enfants et l’épouse de leur père ».

Telle était la situation à laquelle se sont trouvés confrontés les époux Mennesson. Ces derniers ont alors sollicité une demande de révision de leur procès en saisissant la cour de réexamen des décisions civiles, instituée par le décret du 16 novembre 2016.

Une décision inattendue

Avant de statuer, la Cour de cassation a saisi la Cour européenne pour une demande d’avis, conformément au protocole n° 16 de la Convention, entré en vigueur le 1er août 2018.

La Cour européenne a répondu dans son avis du 10 avril 2019. Elle y développe deux points.

D’une part, elle retient que le droit à la vie privée de l’enfant impose la reconnaissance d’un lien de filiation entre l’enfant et sa mère d’intention, désignée comme mère légale dans l’acte légalement établi à l’étranger.

D’autre part, elle affirme que les modalités de cette appréciation relèvent de la marge d’appréciation des États, et qu’elle peut se faire par d’autres moyens, dont l’adoption, dès lors que les modalités retenues par le droit interne garantissent l’effectivité et la célérité de sa mise en œuvre.

De façon inattendue, le 4 octobre 2019, la Cour de cassation, écartant l’hypothèse de l’adoption, a finalement autorisé la transcription des actes de naissance des enfants Mennesson dans les actes de l’état civil français.

Pourquoi un tel revirement ?

L’arrêt de la Haute juridiction n’est pas rédigé en termes de principe. Tout au contraire, il ressort de son analyse que la durée de la procédure, ancienne d’une quinzaine d’années, de même que l’âge des enfants, devenus majeurs, ont emporté la décision des hauts conseillers.

On aurait pu penser que cette motivation sous-entendait que cette décision était destinée à demeurer exceptionnelle. Pourtant deux mois plus tard, contre toute attente, dans une autre affaire concernant cette fois-ci un couple d’hommes, la Cour a réitéré la solution du 4 octobre, ordonnant la transcription de l’acte de naissance étranger. La résolution de la question de l’état civil des enfants nés de GPA semble donc passer par la jurisprudence, d’autant plus que les aspects législatifs sont encore débattus.

Des divergences entre législatif et judiciaire

Le 3 octobre 2019, à la veille de la décision Mennesson, l’Assemblée nationale adoptait un amendement relatif à l’obligation de retranscrire les actes d’état civils étrangers conformes au droit du pays d’origine. Le 9 octobre, ledit amendement était rejeté en seconde lecture.

Le 7 janvier de cette année, le Sénat a voté un amendement empêchant la transcription totale de l’acte de naissance étranger. Revenant à la jurisprudence antérieure aux arrêts du 18 décembre, seule la transcription du nom du parent génétiquement lié à l’enfant serait possible, puisque ce texte établirait que

« Tout acte ou jugement de l’état civil des Français ou des étrangers fait en pays étranger établissant la filiation d’un enfant né à l’issue d’une convention de gestation pour le compte d’autrui ne peut être transcrit sur les registres en ce qu’il mentionne comme mère une femme autre que celle qui a accouché ou lorsqu’il mentionne deux pères. »

Le second alinéa de ce texte permettrait l’établissement de la filiation à l’égard de la mère ou du père d’intention au moyen de l’adoption.

Cet amendement, s’il était maintenu, rendrait impossible le maintien de la jurisprudence actuelle. Or, la conformité du texte aux exigences de la Cour européenne nécessiterait que l’adoption réponde aux critères d’effectivité et de célérité mentionnées dans l’avis du 10 avril 2019. Outre le fait que l’adoption nécessite le délai inhérent aux jugements, elle n’est possible en droit interne qu’à la condition que les parents soient mariés et que le parent consente à cette adoption. Autant d’aléas à la mise en œuvre d’une telle procédure.

Quel avenir pour les enfants nés par GPA ?

La question de la situation des enfants nés d’une GPA effectuée à l’étranger ne doit pas être confondue avec celle d’une éventuelle admission de la GPA par le droit français.

Les arrêts du 18 décembre 2019, qui constituent le droit aujourd’hui en vigueur, ne doivent pas être compris comme un infléchissement de la France vis-à-vis de la GPA : la Cour de cassation n’a pas ce pouvoir. Ils doivent plutôt être entendus comme le respect de la Convention européenne et la reconnaissance de la primauté de l’intérêt de l’enfant. Il en serait de même d’une loi qui assurerait aux enfants nés d’une GPA réalisée à l’étranger une filiation sécurisée, établie à l’égard de leurs deux parents.

Dans ce contexte, rappelons que la Conférence de La Haye de droit international privé, une organisation intergouvernementale mondiale visant à établir des instruments juridiques multilatéraux, mène actuellement des travaux évaluant la possibilité d’établir des règles de droit international relative à la reconnaissance de la filiation dans des situations frontalières. Certains craignent qu’ils n’aboutissent à l’obligation pour la France de légaliser la GPA même si, comme l’a fait savoir le gouvernement, il est en aucune façon question de forcer les États adhérents à modifier leur législation interne.

Il n’est cependant nul besoin de consulter les augures pour réaliser que la question d’une éventuelle élaboration d’une GPA « à la française » se posera à brève échéance, en raison de la multiplication des possibilités à l’étranger et de l’accroissement du nombre de Français recourant à cette pratique, là où elle est permise. Le refus de la France d’autoriser toute forme de GPA trouve aujourd’hui encore sa justification dans l’éthique. Néanmoins, les exemples d’États ayant instauré une GPA respectueuse des droits fondamentaux sont autant d’incitations à la discussion.

Ces questions importantes, dont les réponses auront un impact important sur la vie des enfants nés par GPA, nécessitent l’ouverture d’un débat dépassionné, conforme aux normes des travaux scientifiques. Il s’agit désormais de prendre acte non seulement des données produites par les divers spécialistes impliqués dans la réflexion bioéthique, mais aussi de tenir compte des réalités internationales.

Si on accepte de les considérer, celles-ci apportent un éclairage puissant sur ce qui pourrait être, ainsi que sur ce qui ne devrait jamais être. Cette démarche responsable donnerait à la France davantage d’écho au plan international pour s’opposer aux dérives inadmissibles qui peuvent survenir, et qu’elle ne peut enrayer seule.

Sur le webThe Conversation

  1. Maître de conférences en droit, Université Sorbonne Paris Nord – USPC.
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