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La folie en prison : la détention plutôt que les soins pour une question de coût ?

Par Pierre Farge
prison

Par Pierre Farge et Francisca Russo1.

« Accablant », voilà l’avis publié sur les prisons françaises la semaine dernière par la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL).

Selon la dernière étude sur la santé mentale dans les prisons françaises, huit détenus sur dix souffrent d’au moins un trouble psychiatrique. Autrement dit, les personnes atteintes de troubles mentaux sont surreprésentées dans la population carcérale. Un état de fait laissant donc espérer que la prison soit d’abord un lieu de soins.

La réalité est pourtant tout autre puisque l’accompagnement psychothérapeutique individuel reste l’exception pour les cas seulement les plus graves. De telle sorte que les détenus ne sont pris en charge que dans le cadre d’urgences ambulatoires, et par l’administration de médicaments seulement, en général les assommants, sans jamais tenter de résoudre la cause du mal.

Des pathologies aggravées

En conséquence, il n’est pas surprenant que l’incarcération conduise à une détérioration de la santé mentale des détenus, allant même souvent jusqu’à développer de nouveaux troubles psychiatriques.

En conséquence encore, il n’est pas surprenant que le taux de suicide soit six fois plus élevé dans les prisons (un suicide tous les trois jours en moyenne). Tant et si bien que la Cour européenne des droits de l’Homme a même déjà condamné la France à plusieurs reprises.

Les alternatives à la prison

Dès lors que l’expérience témoigne que l’incarcération se révèle inadaptée aux personnes atteintes de troubles psychiques, dont l’état ne fait que s’aggraver, au point de compromettre sérieusement toute chance de réinsertion à leur sortie, si elles ne se sont pas suicidées avant, il n’est pas insolent de penser que la peine privative de liberté devrait avoir lieu au sein d’établissements adaptés.

À défaut de donner les moyens suffisants aux prisons, et afin de redonner à la sanction pénale tout son sens, il faudrait par exemple disposer de parties d’hôpitaux sécurisés, ou de centre de détention dits « légers » permettant un suivi psychiatrique en extérieur la journée.

Le développement de mesures alternatives à l’incarcération est donc indispensable. À commencer par la création de places spéciales dans les hôpitaux, vouées à accueillir les condamnés souffrant de pathologies psychiatriques pendant la durée de leur peine. Un dispositif qui pourrait être ensuite complété par leur transfert dans des centres de semi-liberté, avec injonction thérapeutique, vers la fin de la peine et en fonction des améliorations constatées.

Juger autrement

Enfin, encore revient-il de changer les mentalités des magistrats pour orienter autrement qu’en prison ceux dont on constate, dès le procès, dans le cadre des expertises psychiatriques par exemple, qu’ils souffrent de pathologies particulières, et qu’ils ont à ce titre besoin de soins.

La prison ne doit plus être la facilité des magistrats, qui en général par impératifs politiques, remplissent les prisons au prétexte qu’une place coûte une centaine d’euros, et une chambre d’hôpital cinq fois plus.

  1. Avocat-stagiaire chez
    Farge Associés.

Éloge de l’inégalité, de Jean-Philippe Delsol

Par Francis Richard
éloge de l'inégalité

Par Francis Richard.

C’est le dévoiement de l’égalité qui oblige à faire l’éloge de l’inégalité.

Le dévoiement de l’égalité se nomme l’égalitarisme, qui a pour but ultime d’établir l’égalité absolue, c’est-à-dire l’égalité de condition, ce qui n’est guère vertueux puisqu’elle ne peut être obtenue – de manière utopique – que par la contrainte et des atteintes à la liberté et à la propriété.

Pour faire bonne mesure, Jean-Philippe Delsol ne se fait pas pour autant le défenseur absolu de l’inégalité, même si l’inégalité est naturelle et souvent efficace : elle est toujours nuisible quand elle est infondée et dès lors souvent excessive. Tout est justement question de mesure :

La bonne vie est dans la recherche d’équilibres toujours instables plutôt que d’imposer la mise en œuvre d’un modèle parfait et inaccessible.

L’envie

Quel est le moteur de l’égalitarisme ? L’envie (bien française), qui exprime la tristesse ressentie face à la possession par autrui d’un bien que l’envieux voudrait bien posséder à sa place, et la volonté de se l’approprier par tout moyen et à tout prix. Son contraire est l’admiration (bien anglo-saxonne)…

D’où vient cette envie d’égalité sans limites ? C’est la faute à Rousseau et à son imagination fertile. Il a en effet inventé la fable selon laquelle les Hommes, naturellement bons, auraient été dénaturés par la société : ce serait donc à elle d’œuvrer pour les rétablir dans ce paradis originel.

En sanctifiant l’égalité, Jean-Jacques Rousseau a suscité involontairement les atrocités commises au XXe siècle pour qu’advienne par la force ce rêve, bien vite devenu cauchemar, d’une société égalitaire, dont la Terreur de 1793 et la Vendée décimée auront été les prémisses…

La nature humaine

L’égalitarisme forcené se traduit aujourd’hui par la négation de la nature humaine et l’indifférenciation généralisée, jusqu’à l’égalisation des Hommes avec les mondes animaux et inertes, en leur accordant à tous des droits similaires, alors que le droit est une affaire exclusivement humaine :

La justice est propre aux Hommes, pas aux animaux, en ce sens qu’elle est ordonnée à leur fin […] Le droit est ce qui permet aux hommes de vivre en société.

Avec le transhumanisme, l’Homme serait tout aussi déshumanisé que par l’égalitarisme : on n’aurait finalement plus affaire à des personnes, mais à des produits. Ce qui ne devrait d’ailleurs pas déplaire aux égalitaristes puisqu’il serait enfin possible d’égaliser les humains en les chosifiant…

La liberté

Quant aux robots, ils ne seront jamais que des fabrications humaines, dénués de cette liberté qui est le propre de l’Homme, lui permettant d’être responsable et le distinguant du monde animal. Cela n’empêche pas certains de poser déjà la question de leur personnalité juridique

À propos de liberté, l’auteur parle de son paradoxe :

La liberté fonde l’égalité d’agir par laquelle s’institue nécessairement l’inégalité sous le bénéfice de la capacité de penser et de faire qu’elle permet.

Il donne comme exemple l’échange égal (librement consenti), qui crée des richesses inégales.

Données chiffrées à l’appui, il montre qu’il y a davantage de croissance dans les pays où la redistribution et les dépenses publiques sont moindres, et que dans ces pays, la pauvreté recule sans que nécessairement les inégalités reculent pour autant. Mais l’important est moins l’inégalité que la pauvreté :

Les études les plus sérieuses montrent que la pauvreté régresse dans le monde en même temps que la liberté y progresse, et vice-versa le cas échéant.

La propriété

Un ferment de développement est la propriété qui est antinomique à l’égalité. C’est pourquoi les égalitaristes cherchent à la supprimer ou, à défaut, à exproprier par l’impôt. Or la propriété, c’est la liberté. De plus, elle est efficace parce qu’elle est naturelle à l’Homme et lui est essentielle :

La propriété coexiste à l’Homme, elle est constitutive de sa nature en ce sens que l’Homme est déjà propriétaire de lui-même, c’est-à-dire aussi responsable de lui-même ; en ce sens aussi que la propriété est l’outil de sa liberté, de son indépendance.

L’égalité en droit

L’égalité en droit est le moyen de permettre à chacun que toute sa dignité soit reconnue et d’exercer toute sa liberté, notamment celle de créer des richesses et des emplois : celui qui s’enrichit en vendant des produits ou des services à des consommateurs libres de lui acheter ou non, ne vole personne.

A contrario,

plus l’État est présent dans l’économie, plus l’autorité publique intervient dans l’allocation des ressources, plus le risque est grand que des connexions particulières permettent de bafouer l’égalité en droit en concédant des avantages particuliers à certains, en leur attribuant des droits préférentiels souvent monnayés au bénéfice de ceux qui délivrent les permis et autres autorisations nécessaires à l’exercice de telle ou telle activité.

Abordant le sujet de l’égalité des chances, l’auteur souligne qu’elle ne doit pas être instaurée au détriment de l’égalité en droit, mais plutôt et seulement en accompagnement de celle-ci. C’est pourquoi

ce n’est qu’à titre subsidiaire [que l’État] doit lui-même mettre en place les moyens d’accueil, d’accompagnement et de soin qui font défaut aux plus démunis et aux incapables avérés.

La condition humaine

L’Homme a à la fois un sentiment d’insuffisance et un désir d’élévation : la condition humaine est faite d’une commune misère de l’être insatisfait et d’une commune étincelle d’espérance. C’est pourquoi l’égalité fondamentale est celle de chacun dans la recherche de ses fins, elle est dans la liberté de chacun de combattre pour se réaliser.

La réalité est que

en chacun le mal le dispute en permanence au bien. Il reste pourtant possible de croire que l’espérance est dans la vocation de l’Homme à rechercher sans cesse ce qui l’élève dans son être, qui n’est ni la richesse ni le pouvoir, ni l’égalité ni l’inégalité, mais son chemin sans fin vers la Vérité à rechercher sans relâche pour dépasser les querelles et les infirmités de ce monde.

Sur le web

Le gigantisme n’est pas au service de l’humain mais du pouvoir

Par Thierry Godefridi

Par Thierry Godefridi.

Geert Noels est ce qu’il est convenu d’appeler en Flandre, een bekende Vlaming, un Flamand influent. Licencié en sciences économiques appliquées de la Haute École de Commerce d’Anvers et titulaire d’un MBA de la K.U. Leuven (la section flamande de l’Université catholique de Louvain), en 2009, à la suite de la crise, il a fondé et dirige la société de gestion de patrimoine Econopolis. Il s’est fait connaître du public grâce à un premier livre, Econochoc, vendu à plus de 100 000 exemplaires, et en tant que leader d’opinion dans différents médias. Plus de cent mille personnes le suivent sur Twitter.

Dans Gigantisme, De ‘too big to fail’ vers un monde plus durable et plus humain, il avance que ce qui s’est produit en 2008 n’est pas une crise financière, mais le symptôme d’un mal plus profond du système économique, sa course éperdue à la croissance.

Cette propension à grandir se manifeste au travers du nombre croissant de très grandes entreprises, que ce soit en termes de capitalisation boursière, de valeur ajoutée ou de personnel employé, et que ce soit dans le secteur de la technologie, de la banque, de l’industrie pharmaceutique, mais aussi dans d’autres. Ces entreprises y trouvent un double avantage : leur taille augmente leur « pouvoir de marché » et, en fin de compte, leurs bénéfices.

Le rendement des méga-entreprises américaines, par exemple, ne cesse d’augmenter par rapport à celui des entreprises situées dans le 25e percentile, la médiane, voire le 75e percentile.

Faut-il se réjouir de ce que les plus grandes entreprises européennes cotées en Bourse accusent un retard de taille sur leurs consoeurs américaines ? Les trois plus grandes capitalisations boursières européennes – Nestlé, Shell et Roche – combinées sont plus petites qu’Apple, dont la capitalisation atteint près de 1200 milliards de dollars. Encore faut-il s’étonner de ce qu’aucune entreprise du top 10 européen n’appartient au secteur d’activité des GAFA et s’inquiéter de ce que l’Europe compense cette relative modestie de la taille de ses plus grandes entreprises par son gigantisme au niveau des pouvoirs publics !

Geert Noels rappelle ce propos de la chancelière allemande Angela Merkel :

« Si l’Europe ne représente aujourd’hui que 7 % de la population mondiale, elle produit près de 25 % du PIB mondial, mais elle représente 50 % des dépenses sociales mondiales. Il est alors évident qu’elle devra travailler très dur pour maintenir sa prospérité et son mode de vie. »

Peu d’aspects du monde moderne échappent à la course au gigantisme. Que l’on songe aux grands rendez-vous sportifs (J.O., Coupe du Monde), mais aussi à ces ONG qui sont devenues en quelques décennies de véritables multinationales. En 2015, l’ONG Médecins Sans Frontières occupait 30 000 employés et gérait un budget de deux milliards de dollars, rapporte l’auteur ; Oxfam est active dans plus de cent pays et gère un budget d’un milliard de dollars ; Greenpeace compte 50 000 bénévoles et dispose d’un budget de 300 millions de dollars.

Noels écrit :

« Le gigantisme a des conséquences sociétales, et nous devons en être conscients. […] Aux États-Unis, le pouvoir est surtout aux mains des grandes entreprises, tandis qu’en Europe il se situe dans les plus grandes bureaucraties. »

Pourtant, les effets des économies d’échelle, dont on fait tant cas, s’inversent à partir d’une certaine taille.

Qui plus est, comment ne s’apercevrait-on pas, même en dehors des États-Unis, de la convergence d’intérêts (mal compris) entre pouvoirs publics et grandes entreprises ? Les réglementations, dont les pouvoirs publics sont si friands, favorisent les grandes entreprises qui s’y adaptent sans problème alors que leur complexité décourage les PMI/PME.

En témoignent la facilité des premières à éviter l’impôt et à capter subsides et autres avantages et la baisse du nombre de nouvelles entreprises, tant aux États-Unis qu’en Europe, sans même parler des effets dont profite le big business du capitalisme de copinage, du syndrome too big to fail, du big data, de la politique de la porte tournante dans les deux sens, des marchés d’État, de l’argent bon marché, de l’affaiblissement des dispositions sur les abus de position dominante et sur les ententes…

Dans Gigantisme, illustré de nombreux graphiques, bénéficiant d’une traduction irréprochable du néerlandais en français et d’une composition impeccable aux Éditions Racine, ce qui ne gâche rien et rend ce livre d’autant plus agréable à lire, Geert Noels ne se contente toutefois pas de poser un diagnostic. Il préconise aussi des remèdes. Nous y reviendrons.

Sur le web

Histoire des idées économiques : Karl Marx, Infrastructure et superstructure (13)

Par Serge Schweitzer

Par Serge Schweitzer.

Qu’est ce que l’infrastructure chez Marx ? Quels liens avec la superstructure ? Quelle vision de la société cette grille de lecture nous donne-t-elle ? Serge Schweitzer expose ici ces idées charnières dans la pensée marxiste.

Ubisoft, le géant français du jeu vidéo subventionné par les contribuables québécois

Par Pascale Déry
ubisoft

Par Pascale Déry.
Un article de l’Institut économique de Montréal

Nous, contribuables québécois, subventionnons depuis 20 ans le géant français du jeu vidéo Ubisoft. Et malgré les millions de dollars en crédit d’impôt reçus du gouvernement du Québec, la maison-mère basée en France n’a engrangé au cours des six premiers mois de l’année qu’un maigre bénéfice de 1,3 million de dollars sur des revenus de plus d’un milliard.

Entre 2013 et 2017, l’entreprise a généré des profits nets de 634 millions alors qu’elle recevait 615 millions en subventions. Sans l’aide de l’État, Ubisoft est déficitaire.

C’est scandaleux. Le pire, c’est que Québec s’est engagé à maintenir cette forme d’aide jusqu’en 2027 !

Bien sûr, on nous sert encore le même argument, ad nauseam : « les subventions contribuent à créer de la richesse et des emplois ». C’est pourtant faux. En général, les subventions ne font que déplacer des emplois qui auraient été créés de toute façon. On s’entend, il ne manque pas de développeurs de jeux vidéo dans le monde…

Les subventions sont inefficaces et leurs effets pervers sont connus depuis longtemps. Les crédits d’impôt entraînent des distorsions dans l’économie et imposent des coûts considérables aux contribuables, sans que les retombées nettes soient nécessairement au rendez-vous.

En fait, le gouvernement se trouve à confisquer l’argent des entreprises les plus performantes pour en faire profiter d’autres qui n’ont pas réussi à convaincre des investisseurs privés qu’elles sont rentables. Présentement, à Montréal, des entreprises profitables du secteur technologique peinent à embaucher en raison de l’avantage déloyal que reçoit Ubisoft, qui offre des salaires subventionnés par vous et moi.

Le bilan de l’État pour choisir les gagnants n’est pas très reluisant (on se parle un peu de Bombardier et de Rona ?) Plutôt que de choisir de donner de l’argent à l’entreprise X au lieu d’Y, le gouvernement devrait éliminer ce genre de subventions, et utiliser les économies réalisées pour diminuer le fardeau fiscal de TOUTES les entreprises. Celles-ci pourraient ainsi se concentrer davantage sur leur mission première, soit celle d’innover et créer de la richesse, et non de courtiser les faveurs des politiciens.

Sur le web

Health Data Hub : le Big Brother médical arrive le 1er décembre

Par Auteur invité
health data hub

Par Interhop.org.
Un article de Framablog

La plateforme nationale des données de santé ou Health Data Hub, pour les plus américains d’entre nous, doit voir le jour d’ici la fin de l’année. Il s’agit d’un projet qui, selon le ministère de la Santé, vise à « favoriser l’utilisation et multiplier les possibilités d’exploitation des données de santé » en créant notamment « une plateforme technologique de mise à disposition des données de santé ».

La CNIL en mémoire

Or, à la lecture du rapport d’étude qui en détermine les contours, le projet n’est pas sans rappeler de mauvais souvenirs. Vous rappelez-vous, par exemple, du contexte conduisant à la création de la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) en 1978 en France ? L’affaire a éclaté en mars 1974, dans les pages du journal Le Monde.

Il s’agissait de la tentative plus ou moins contrecarrée du projet SAFARI (Système Automatisé pour les Fichiers Administratifs et le Répertoire des Individus) visant à créer une banque de données de tous les citoyens français en interconnectant les bases de plusieurs institutions grâce à un numéro unique d’identification du citoyen : le numéro de Sécurité sociale.

Ce scandale n’était pourtant pas inédit, et il ne fut pas le dernier… À travers l’Histoire, toutes les tentatives montrent que la centralisation des données correspond à la fois à un besoin de gouvernement et de rentabilité tout en entamant toujours un peu plus le respect de nos vies privées et la liberté. L’histoire de la CNIL est jalonnée d’exemples.

Quant aux motifs, ils relèvent toujours d’une très mauvaise habitude, celle de (faire) croire que la centralisation d’un maximum d’informations permet de les valoriser au mieux, par la « magie » de l’informatique, et donc d’être source de « progrès » grâce aux « entreprises innovantes ».

Concernant le Health Data Hub, il s’agit d’un point d’accès unique à l’ensemble du Système National des Données de Santé (SNDS) issu de la solidarité nationale (cabinets de médecins généralistes, pharmacies, hôpitaux, Dossier Médical Partagé, registres divers et variés…). L’évènement semble si important qu’il a même été annoncé par le Président Macron en mars 2018. Par ailleurs, il est important de pointer que le SNDS avait été épinglé pour l’obsolescence de son système de chiffrement en 2017 par la CNIL.

De plus, l’infrastructure technique du Health Data Hub est dépendante de Microsoft Azure. Et ce point à lui seul soulève de grandes problématiques d’ordre éthique et réglementaire.

Alors que le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) protège les citoyens européens d’un envoi de leurs données en dehors du territoire européen, la loi Américaine (Cloud Act) permet de contraindre tout fournisseur de service américain à transférer aux autorités les données qu’il héberge, que celles-ci soient stockées aux États-Unis ou à l’étranger.

Entre les deux textes, lequel aura le dernier mot ?

Les citoyens et patients français sont donc soumis à un risque fort de rupture du secret professionnel. La symbolique est vertigineuse puisque l’on parle d’un reniement du millénaire serment d’Hippocrate.

Le risque sanitaire d’une telle démarche est énorme.

Les patients acceptent de se faire soigner dans les hôpitaux français et ils ont confiance dans ce système. La perte de confiance est difficilement réparable et risque d’être désastreuse en termes de santé publique.

C’est sous couvert de l’expertise et du « progrès » que le pouvoir choisit le Health Data Hub, solution centralisatrice, alors même que des solutions fédérées peuvent d’ores et déjà mutualiser les données de santé des citoyens français et permettre des recherches de pointe.

Bien que les hôpitaux français et leurs chercheurs œuvrent dans les règles de l’art depuis des années, il apparaît subitement que les données de santé ne sauraient être mieux valorisées que sous l’égide d’un système central, rassemblant un maximum de données, surveillant les flux et dont la gestion ne saurait être mieux maîtrisée qu’avec l’aide d’un géant de l’informatique : Microsoft.

Il est à noter que d’une part, il n’a jamais été démontré que le développement d’un bon algorithme (méthode générale pour résoudre un type de problèmes) nécessite une grande quantité de données, et que d’autre part, on attend toujours les essais cliniques qui démontreraient les bénéfices d’une application sur la santé des patients1

On ne s’étonne pas que le site Médiapart ait alerté le 22 novembre dernier sur les conditions de l’exploitation des données de santé. Il est rappelé à juste titre que si la CNIL s’inquiète ouvertement à ce sujet, c’est surtout sur la finalité de l’exploitation des données. Or, la récente Loi Santé a fait disparaître le motif d’intérêt scientifique pour ne garder que celui de l’intérêt général…

Quant à la confidentialité des données, confier cette responsabilité à une entreprise américaine semble être une grande erreur tant la ré-identification d’une personne sur la base du recoupement de données médicales anonymisées est en réalité plutôt simple, comme le montre un article récent dans Nature.

Ainsi, aujourd’hui en France se développe toute une stratégie visant à valoriser les données publiques de santé, en permettant à des entreprises (non seulement des start-up du secteur médical, mais aussi des assureurs, par exemple) d’y avoir accès, dans la droite ligne d’une idéologie de la privatisation des communs. En plus, dans le cas de Microsoft, il s’agit de les héberger, et de conditionner les technologies employées. Quant aux promesses scientifiques, elles disparaissent derrière des boîtes noires d’algorithmes plus ou moins fiables ou, disons plutôt, derrière les discours qui sous le « noble » prétexte de guérir le cancer, cherchent en fait à lever des fonds.

Quelles sont les alternatives ?

Le monde médical et hospitalier est loin de plier entièrement sous le poids des injonctions.

Depuis plusieurs années, les hôpitaux s’organisent avec la création d’Entrepôts de Données de Santé (EDS). Ceux-ci visent à collecter l’ensemble des données des dossiers des patients pour promouvoir une recherche éthique en santé. Par exemple, le projet eHop a réussi à fédérer plusieurs hôpitaux de la Région Grand Ouest (Angers, Brest, Nantes, Poitiers, Rennes, Tours). Le partage en réseau au sein des hôpitaux est au cœur de ce projet.

Par aller plus loin dans le partage, les professionnels dans les hôpitaux français reprennent l’initiative de Framasoft et l’appliquent au domaine de la santé. Ils ont donc créé Interhop.org, association loi 1901 pour promouvoir l’interopérabilité et « le libre » en santé.

Pourquoi interopérer ?

L’interopérabilité des systèmes informatisés est le moteur du partage des connaissances et des compétences ainsi que le moyen de lutter contre l’emprisonnement technologique. En santé, l’interopérabilité est gage de la reproductibilité de la recherche, du partage et de la comparaison des pratiques pour une recherche performante et transparente.

L’interopérabilité est effective grâce aux standards ouverts d’échange définis pour la santé (OMOP et FHIR).

Pourquoi décentraliser ?

Comme dans le cas des logiciels libres, la décentralisation est non seulement une alternative mais aussi un gage d’efficacité dans le machine learning (ou « apprentissage automatique »), l’objectif visé étant de rendre la machine ou l’ordinateur capable d’apporter des solutions à des problèmes compliqués, par le traitement d’une quantité astronomique d’informations.

La décentralisation associée à l’apprentissage fédéré permet de promouvoir la recherche en santé en préservant, d’une part la confidentialité des données, d’autre part la sécurité de leur stockage. Cette technique permet de faire voyager les algorithmes dans chaque centre partenaire sans mobiliser les données. La décentralisation maintient localement les compétences (ingénieurs, soignants) nécessaires à la qualification des données de santé.

Pourquoi partager ?

La solidarité, le partage et l’entraide entre les différents acteurs d’Interhop.org sont les valeurs centrales de l’association. Au même titre qu’Internet est un bien commun, le savoir en informatique médicale doit être disponible et accessible à tous. Interhop.org veut promouvoir la dimension éthique particulière que reflète l’ouverture de l’innovation dans le domaine médical et veut prendre des mesures actives pour empêcher la privatisation de la médecine.

Les membres d’Interhop.org s’engagent à partager librement plateforme technique d’analyse big data, algorithmes et logiciels produits par les membres. Les standards ouverts d’échange sont les moyens exclusifs par lesquels ils travaillent et exposent leurs travaux dans le milieu de la santé. Les centres hospitaliers au sein d’Interhop.org décident de se coordonner pour faciliter et agir en synergie.

Pourquoi soigner librement ?

L’interconnexion entre le soin et la recherche est de plus en plus forte. Les technologies développées au sein des hôpitaux sont facilement disponibles pour le patient.

L’Association Interhop.org veut prévenir les risques de vassalisation aux géants du numériques en facilitant la recherche pour une santé toujours améliorée. L’expertise des centres hospitaliers sur leurs données, dans la compréhension des modèles et de l’utilisation des nouvelles technologies au chevet des patients, est très importante. Le tissu d’enseignants-chercheurs est majeur. Ainsi en promouvant le Libre, les membres d’Interhop.org s’engagent pour une santé innovante, locale, à faible coût et protectrice de l’intérêt général.

Les données de santé sont tout à la fois le bien accessible et propre à chaque patient et le patrimoine inaliénable et transparent de la collectivité. Il est important de garder la main sur les technologies employées. Cela passe par des solutions qui privilégient l’interopérabilité et le logiciel libre mais aussi le contrôle des contenus par les patients.

Sur le web

  1. Pour aller plus loin, le réseau d’éducation populaire Framasoft, créé en 2001 et consacré principalement au développement de logiciels libres, veut montrer qu’il est possible d’impacter le monde en faisant et en décentralisant. C’est cette voie qu’il faut suivre. La loi pour une République numérique fournit un cadre légal parfait pour initier des collaborations et du partage. La diffusion libre du savoir s’inscrit totalement dans la mission de service publique des hôpitaux telle qu’imaginée il y a des décennies par le Conseil National de la Résistance, puis par Ambroise Croizat lors de la création de la Sécurité Sociale.

Pour Oxfam, les banques ne sont pas assez « vertes » !

Par Nathalie MP
oxfam

Par Nathalie MP.

Jeudi 28 novembre dernier, l’ONG Oxfam France, associée pour l’occasion avec Les Amis de la Terre, a publié un rapport intitulé en toute sobriété « La colossale empreinte carbone des banques : une affaire d’État ». Nous y voilà, une affaire d’État ! Car en bonne ligue de vertu qui se respecte, Oxfam n’a qu’une idée en tête : amener les pouvoirs publics à imposer à coups de bâton ses propres critères du bien et du mal.

En l’espèce, il s’agit de

mettre en place des normes contraignantes afin de garantir un alignement des activités des banques françaises avec l’objectif de limiter l’augmentation de la température mondiale à 1,5 °C.

On reconnaît là l’objectif de température défini en décembre 2015 dans l’Accord de Paris sur le climat adopté lors de la COP21. Un objectif qui se signale surtout par la quantité impressionnante d’idées coercitives qu’il donne à une quantité non moins impressionnante de bons apôtres du climat (ici, ici, ici) qui ne masquent même plus leur surmoi autoritaire, assez colossal lui aussi.

Oxfam est typiquement de ceux-là et le prouve encore une fois avec brio.

Le fait est que les rapports d’Oxfam se suivent et se ressemblent. Qu’ils proviennent de la maison mère comme le célèbre rapport annuel sur les inégalités dans le monde ou de sa remuante succursale française dirigée par l’ancienne ministre et ex-présidente des Verts Cécile Duflot, ils tracent leur petit chemin idéologique selon trois codes aussi éprouvés qu’immuables :

  • Toujours jeter le pavé dans la mare à quelques jours d’un sommet international ou d’une grande réunion champagne-petits fours afin de bénéficier de l’attention maximale des médias et des décideurs.

À l’instar du rapport sur les inégalités qui est systématiquement publié avant le Forum économique mondial de Davos, la nouvelle publication nous est arrivée pile à la veille du Climate Finance Day 2019. C’est de bonne guerre. Et puis Oxfam aime tellement se dire qu’elle pèse dans l’orientation des débats !

  • Toujours trouver un ratio ou une comparaison numérique propre à stupéfier et culpabiliser l’opinion publique, à défaut d’avoir le moindre sens économétrique réel.

Ainsi, le rapport sur les inégalités est toujours merveilleusement calibré pour nous prendre à la gorge tant il décrit un monde de misère noire soumis à la volonté implacable d’une poignée de personnes. En 2016, nous apprenions que « 62 personnes possèdent autant que la moitié de la population mondiale. » À vous faire dresser les cheveux sur la tête ! En 2017, ce chiffre est tombé à huit. Et pas n’importe lesquels : huit hommes ! Inégalités ET discriminations des femmes, tout va vraiment de pire en pire.

Eh bien, accrochez-vous, les amis, et tremblez d’horreur une fois de plus ! Car selon le nouveau rapport, figurez-vous que :

Les banques françaises émettent 4,5 fois plus que la France entière.

C’est le titre. Aussi, j’imagine que, comme moi, vous vous demandez immédiatement : mais émettent… quoi ? Il est significatif et désolant de constater qu’il n’est même plus nécessaire de le dire tant il est tenu pour acquis désormais qu’il n’existe plus qu’un seul sujet de débat et une seule et unique préoccupation valable en ce monde, celle de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, CO2 en tête. Tout, absolument tout, doit converger en ce sens. Non seulement the rest is silence, mais the rest n’a plus voix au chapitre et doit se taire.

Du passé, faisons table rase, voilà ce que nous disent Oxfam et ses Amis de la Terre.

Les quatre grandes banques françaises incriminées – BNP Paribas (BNPP), Société Générale (SG), Crédit Agricole (CA) et Banque Populaire Caisses d’Épargne (BPCE) – sont toutes des établissements anciens, même si des regroupements sont intervenus aux époques récentes. Mais elles sont priées d’oublier toute l’histoire de leurs relations clients et toute l’histoire de leur développement à l’international pour ne plus se consacrer désormais qu’à financer le solaire, l’éolien, peut-être l’hydraulique (allez savoir) et d’une façon générale uniquement les activités qui ont l’heur de plaire aux écologistes.

Typiquement une tentative autoritaire d’orientation du crédit sur une base purement idéologique !

Le rapport complet cite tout particulièrement les nouveaux concours bancaires apportés en 2018 à Total, groupe pétrolier, et à RWE, groupe allemand qui gère de nombreuses centrales à charbon en Allemagne. Oxfam en tire la conclusion que le secteur bancaire non seulement continue à encourager les énergies fossiles mais qu’il contribue à aggraver le réchauffement climatique.

Sans dire un mot, naturellement, de la fermeture des centrales nucléaires allemandes, sans dire un mot de l’impossible substitution du nucléaire ou des énergies fossiles par les EnR (en l’état actuel des technologies concernées) et sans dire un mot des efforts réalisés par les banques en faveur de la transition énergétique.

Ce dont s’est chargé Frédéric Oudéa, patron de la Société générale et président de la Fédération bancaire française, non sans un petit tacle appuyé en direction des méthodes approximatives et sensationnalistes bien connues d’Oxfam :

Ces sujets graves, qui nous concernent comme chef d’entreprise, comme banquier, comme parent, méritent un débat sérieux et des méthodes sérieuses.

Premier point, les banques françaises sont mondiales et elles financent l’économie telle qu’elle est :

Aujourd’hui, il est vrai que ces économies reposent sur des énergies fossiles comme le pétrole, le gaz ou le charbon.

Mais, second point, la transition énergétique est en cours et le secteur bancaire français s’emploie à l’accompagner :

Ce qui est fondamental c’est la transition vers d’autres énergies, d’autres équilibres. Les banques françaises sont les premières du monde à le faire.

Parallèlement, des engagements sont pris pour sortir progressivement du charbon. Frédéric Oudéa a indiqué que la SG ne financerait plus aucun nouveau projet dans le charbon, tout en continuant à apporter son concours à ses anciens clients (situés essentiellement aux États-Unis et en Allemagne).

Pour Oxfam, détail sans intérêt que tout cela. L’important, c’est de frapper l’opinion et de continuer à entretenir l’idée que notre ennemi, c’est la finance.

L’ONG a donc compilé tous les concours bancaires des quatre grandes banques françaises réalisés en 2018 vers les énergies fossiles ou ce qui s’en rapproche, principalement des prêts mais aussi des prises de participations en actions et obligations. Puis elle a converti tout cela en millions de tonnes équivalent CO2 et elle a trouvé une comparaison bien frappante à soumettre à une opinion publique scotchée, le fameux « Les banques françaises émettent 4,5 fois plus que la France entière » :

Sans juger utile de préciser que la France est particulièrement vertueuse en ce domaine dans la mesure où 75 % de son électricité est nucléaire (mais, chut). Sans nous dire que les quatre grandes banques françaises, qui figurent dans le top 20 des banques mondiales et le top 10 des banques européennes, ont des activités internationales. Et sans nous dire non plus que le total de bilan de BNPP (ce qui représente à peu de chose près le volume de ses financements à l’économie) est de 2000 milliards d’euros environ, soit presque le niveau du PIB français.

En réalité, cette comparaison et cette étude n’ont absolument aucun sens. Mais c’est une habitude chez Oxfam. D’où troisième code de réussite médiatique éprouvé : la méthodologie est toujours au service de la conclusion voulue.

Si Oxfam plaide pour des méthodes contraignantes (le bâton) afin de réorienter le crédit plus à son goût, il convient de signaler que la Commission européenne (aussi bien l’ancienne de Juncker que la nouvelle de von der Leyen) s’interroge pour sa part sur la possibilité d’introduire un peu de carotte dans les règles prudentielles des banques afin de les pousser à aller plus vite et plus fort vers les projets écologiques. Il en était encore question cette semaine dans le Financial Times.

Afin de limiter le risque systémique qu’elles font courir à l’ensemble de l’économie, les banques doivent respecter un certain nombre de ratios prudentiels, le principal étant le ratio de solvabilité. Depuis les accords dits de Bâle III de 2010, les banques sont tenues de détenir en fonds propres 10,5 % de leurs actifs (prêts) pondérés par le plus ou moins grand risque associé à chacun (RWA ou risk weighted assets).

Des coussins contra-cycliques et des coussins anti-systémiques peuvent s’ajouter à cela, ce qui fait que le taux de 10,5 % peut grimper dans certains cas jusqu’à 18 %. Étant considérées comme “too big too fail”, BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole et BPCE sont justement concernées par le coussin anti-systémique.

L’idée de la Commission serait de réduire les exigences de capital prudentiel des banques pour leurs crédits verts par introduction d’un green supporting factor, c’est-à-dire l’application d’une réduction aux facteurs de pondération des risques de ces projets. Exigeant alors moins de fonds propres, ils seraient moins coûteux par rapport à d’autres projets, donc plus attractifs pour les banques et leurs clients. Comme ils sont aussi très subventionnés par les pouvoirs publics, on voit bien la ruée à laquelle ils donneront lieu tant du côté des investisseurs que du côté des banques qui les financent. Carotte.

Mais remarquons combien cette idée est marquée au sceau de l’incohérence et de l’hypocrisie les plus achevées. Car une telle mesure aura pour effet d’augmenter le risque systémique des banques. Or tout le monde – Oxfam, les gouvernements, la Commission européenne, l’opinion publique… – est d’accord pour dire que les grandes banques font courir au monde un risque systémique insupportable. On l’a bien vu avec la crise de 2008, nous dit-on. C’est justement pour cela que les ratios prudentiels ont été développés.

Mais carotte ou bâton,  dès lors que les mêmes – Oxfam, les gouvernements, la Commission européenne, l’opinion publique… – veulent pousser un projet plutôt qu’un autre, on les voit s’asseoir dessus avec la plus grande décontraction.

On les voit en fait renouveler les erreurs qui ont précipité la crise immobilière des subprimes. Il s’agissait alors d’inciter les banques à octroyer des crédits hypothécaires à des ménages peu solvables. Il s’agit aujourd’hui d’inciter les banques à financer des projets verts sans même avoir à s’interroger sur leur sens, leur risque et leur viabilité économique. Encore une fois, ça promet.

Sur le web

Actions contre la « surconsommation » : décroissance en vue ?

Par Phoebe Ann Moses
surconsommation

Par Phoebe Ann Moses.

Surconsommation, le nouveau mot à la mode

La surconsommation, c’est ce que dénoncent ces manifestants un peu partout en France et dans le monde à l’occasion du Black Friday, qui serait apparemment très mauvais pour le bonheur et pour la planète. Cet événement commercial propose des offres alléchantes juste avant la ruineuse période de Noël. Évidemment, la publicité aidant, on s’attend à ce que la consommation augmente à cette période.

Or les manifestants, relayés par les médias et aidés par les politiques condamnent désormais cette évidence, le fait de consommer « plus » à cette période. En dignes héritiers du marxisme, ils pensent que sous-consommer fera tomber le méchant capitalisme.

Amazon dans le collimateur

Les manifestations qui ont lieu ces jours-ci visent plus particulièrement Amazon, rendu responsable de mille maux. Il faut dire que les politiciens de tous bords (quoiqu’on puisse se demander s’il y a vraiment un bord politique aujourd’hui tant convergent les luttes…) ont bien préparé le terrain : taxes en tous genres contre les GAFA, rumeurs d’impôts impayés, répétition en boucle dans les médias de l’expression « fraude fiscale »… tout a été fait en amont pour que les détracteurs de la consommation se sentent pousser des ailes.

Et on dénonce à tout crin et en vrac : « la surconsommation ne rend pas heureux », « Amazon détruit des emplois » (merci Mounir Mahjoubi), « le travail rémunéré à des conditions dérisoires » (rappelez-moi quelles compétences sont nécessaires pour mettre des objets dans des cartons ?), « Black Friday mauvais plan pour le climat »

Amazon est-il responsable ?

Amazon détruit des emplois ? Oui, ceux qui ne s’adaptent pas à la nouvelle demande. Amazon en crée, aussi. Mais il n’est pas correct de le dire.

Amazon détruit des librairies du centre-ville ? Oui, mais quand je veux lire le dernier Pascal Salin, et pas le dernier Guillaume Musso, ma petite librairie à taille si humaine ne l’a pas en stock, et il faut alors passer commande, et revenir plusieurs jours après. En voiture. Depuis ma campagne (ah, oui, car point de librairie dans ma campagne). Et tourner un peu pour trouver une place de parking. Bonjour tout ce CO2 dans mon empreinte !

Amazon détruit les petits commerces ? Mais qui a instauré des taxes et des impôts en tous genres, tellement élevés que les petits commerces, justement, sont économiquement étranglés ? Qui a décidé de mettre des bâtons dans les roues des voitures en centres-villes au nom de la sacro-sainte écologie ? Les commerces meurent et l’habileté des politiciens est de faire croire que c’est la faute au grand méchant loup, détournant ainsi l’attention de leurs propres décisions, de leur vue court-termiste, et des taxes qu’ils inventent chaque jour.

Amazon -et d’autres comme lui- a compris la demande et apporte un service qui trouve son public. Ceux qui ne savent pas s’adapter en sont réduits à appeler l’État à leur secours, tant il est devenu difficile d’être compétitif et concurrentiel dans un monde dominé par les réglementations et les impôts.

Que veulent ces décroissants ?

En réalité, l’hypocrisie est grande. Un sondage montrait récemment quels cadeaux les gens avaient envie de recevoir à Noël. Le matériel high-tech arrivait en début de liste. Est-il plus éthique, plus écologique, plus acceptable, de se déplacer à la Fnac, chez Boulanger, Darty… qui pratiquent d’ailleurs la vente en ligne, plutôt que commander chez Amazon ?

Ces jeunes qui boycottent la « surconsommation » et les GAFAM auront au moins l’excuse de leur âge, et les contradictions qui l’accompagnent, trop heureux de recevoir à Noël un smartphone ou une tablette peut-être achetés chez un géant capitaliste.

Les autres, qui les cornaquent, plus âgés, sont les idiots utiles de la politique économique menée en France : l’appauvrissement général de la population est une caisse de résonance bien commode pour demander de ne plus consommer, de se déplacer en vélo ou de ne plus manger de viande.

Autant de faux arguments qui ne servent qu’à justifier que l’on devienne plus pauvre, moins ambitieux, que l’on ait moins de confort. Le contraire de la prospérité. On nous mène sur l’air de l’anticapitalisme et de la décroissance vers des lendemains qui ne chantent pas.

Faut-il obliger les supermarchés à donner leurs invendus ? [REPLAY]

Par Kevan Saab
invendus

Par Kevan Saab.

Une soixantaine de députés vient de déposer, sous la houlette de Jean-Pierre Decool (apparenté UMP), un projet de loi prévoyant d’astreindre les supermarchés de plus de 1000 m2 à proposer leurs invendus à des associations caritatives. Évidemment, l’intention est bonne et les défenseurs de ce texte ont raison de rappeler les quantités importantes de nourriture gâchée chaque année ainsi que la détresse et la pauvreté d’une frange importante de la population française aujourd’hui incapable de subvenir seule à ses besoins alimentaires. Une situation – il faut bien le souligner – honteuse pour un pays développé comme la France.

Cependant, une fois encore le législateur français, opportuniste et peu versé dans les réalités du terrain, risque de provoquer une série d’effets secondaires désastreux en imposant un mécanisme autoritaire et coercitif là où jusqu’ici prévalaient les partenariats libres et mutuellement bénéficiaires entre supermarchés et associations.

En effet, contrairement à ce que laissent entendre les défenseurs de cette réforme, les grandes surfaces sont aujourd’hui les plus gros donneurs de produits alimentaires de l’Hexagone. Par exemple, à la Fédération des banques alimentaires, organisme qui regroupe pas moins d’une centaine de banques alimentaires partout en France, 31,3 % des dons reçus en 2013 provenaient de moyennes et grandes surfaces :

Provenance des dons à la Fédération française des banques alimentaires (Crédits Fédération Française des banques alimentaires, tous droits réservés)

Contrairement aux idées reçues les entreprises privées de l’agro-alimentaire et de la distribution représentent plus de 55 % des dons annuels ! L’argent public, en provenance à 92 % de l’Union européenne, en finançant seulement 31 %. Et enfin, les collectes annuelles – bien que très médiatisées – ramenant à peine 13  % des dons.

Des chiffres qui viennent une fois encore battre en brèche les idées reçues sur la radinerie des grands groupes ou la soi-disant « culture de générosité » des individus qu’évoque le député Jean-Pierre Decool. D’ailleurs si certaines enseignes locales indépendantes ne donnent pas encore, la plupart des grandes enseignes a depuis longtemps mis en place des partenariats au niveau national.

Pourquoi y a-t-il encore du gâchis alimentaire dans les supermarchés peut-on justement se demander ? Tout d’abord le don, le transport et le stockage de denrées alimentaires nécessitent des compétences, du personnel et des moyens très variables en fonction des produits. Par exemple, il est relativement aisé de donner, transporter et stocker des boites de conserve alors que les produits frais tels que les fruits et légumes, la viande ou encore le poisson nécessitent un triage méticuleux, un transport et un stockage irréprochables en termes d’hygiène et de respect de la chaîne du froid.

Donner des aliments c’est aussi prendre une responsabilité légale et on peut donc très bien comprendre pourquoi les distributeurs, et les associations d’ailleurs, préfèrent agir de manière prudente en ne proposant pas certains produits sensibles. Non seulement les distributeurs n’ont pas légalement intérêt à les donner, mais en plus la Direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF) leur recommande de les détruire.

Si les questions économiques semblent complètement échapper aux acteurs du débat, le triage des aliments représente un coût financier pour les enseignes et en particulier pour les plus petites d’entre elles, coûts parfois difficiles à accepter quand on connaît le déluge fiscal et réglementaire auquel elles font face ces dernières années.

À titre d’exemple concret, le mini-reportage de France 2 (voir ici) illustre à merveille les limites évidentes d’une approche législative inutile à un problème déjà suffisamment complexe. Commençons par inciter les entreprises à donner en augmentant le plafond de l’abattement fiscal pour les dons, plafond actuellement fixé à un maximum rapidement atteignable de 5 euros de déduction d’impôts par tranche de 1000 euros de chiffre d’affaires (article 238 bis du Code général des impôts).

Les défenseurs du projet de loi citent en exemple l’expérience belge où les enseignes wallonnes sont désormais obligées de donner leurs invendus aux associations. Tout comme en France, les associations caritatives belges et les distributeurs n’ont pas attendu l’initiative de l’État pour s’entendre ; mais depuis le passage de la loi rendant obligatoire le don des invendus, bien des communes se sont vues forcées d’injecter des sommes importantes d’argent public pour mettre à niveau les capacités logistiques et d’entreposage des associations.

Certes, ces investissements semblent bien plus efficaces que le saupoudrage d’aides sociales diverses et variées de nos États-providence et méritent donc d’être considérés. Cependant ils démontrent clairement qu’il ne s’agit pas juste de passer une loi simpliste pour résoudre d’un coup de baguette magique la question du gaspillage alimentaire dans les grandes surfaces.

De fait, certains dirigeants associatifs s’inquiètent déjà, et ce à juste titre, de savoir où les associations vont trouver les fonds nécessaires pour investir dans les hangars et camions frigorifiés nécessaires au stockage des denrées les plus fragiles.

Enfin, signalons aux défenseurs du projet de loi qu’il représente une atteinte flagrante aux droits de propriété, et qu’il est donc clairement anticonstitutionnel dans un véritable État de droit.

De plus, il est navrant de constater que nos parlementaires n’ont encore une fois rien de mieux à proposer aux pauvres que de forcer les associations et les entreprises privées à leur distribuer de la nourriture bénévolement. Oui aux dons caritatifs libres, non à l’instrumentalisation politicienne du travail des ONG !

Que les parlementaires s’affairent plutôt à éradiquer la pauvreté en créant les conditions nécessaires à la croissance et à l’enrichissement du plus grand nombre, au lieu d’essayer de refourguer aux plus démunis ce que les grandes surfaces n’osent pas proposer ni à leurs clients, ni à leurs employés et encore moins aux associations caritatives avec qui elles travaillent déjà.

Article initialement publié en août 2014.

Invendus d’Amazon : chouette, la députaillerie part en guerre ! [Replay]

Par h16
Amazon invendus

Par h16.

Dans toute religion, il faut une iconographie puissante et inspirante et pour la garnir, de belles images de gentils fort beaux, preux et valeureux, et d’horribles représentations de méchants tous plus laids les uns que les autres. En République du Bisounoursland, la religion qui a cours s’est déjà trouvé pléthore de méchants. Et parmi ceux-là, à côté des actionnaires bedonnants à haut de forme, des ultra-turbo-libéraux qui mangent des enfants communistes, on trouve les Grandes Multinationales Américaines qui font du maïs mutant (comme Monsanto) ou tuent le petit commerce (comme Amazon).

Egalité, Taxes, Bisous : République du Bisounoursland

En ce début d’année, pouf pouf, pique et pique et colégramme, c’est sur Amazon que l’opprobre est tombée, Monsanto ayant eu sa cargaison de quolibets en 2018 grâce au drame en cinq actes concernant le glyphosate. Avec l’affichage d’une bonne santé réellement insolente dans un pays en déroute, et alors que le petit commerce se meurt d’une conjoncture économique désastreuse que les Gilets jaunes n’ont guère améliorée, Amazon ne pouvait pas faire autre chose que cible aussi rêvée que dodue pour toute la classe jacassante.

Et alors même que cette classe est actuellement en délicatesse avec le peuple pour l’avoir probablement trop souvent baratiné, la voilà qui relance donc le bastringue avec un nouveau reportage sur « les invendus d’Amazon ».

Il faut dire que les précédents reportages plus ou moins rigolos (et fondamentalement caricaturaux) sur les cadences infernales du logisticien américain ou ses pratiques syndicales abominables avaient surtout déclenché la franche hilarité : on se souvient de reportages poignants où, faisant fi des risques énormes encourus, un héroïque bobo journaliste tentait de travailler pour Amazon et découvrait l’âpre monde des entrepôts, de l’empaquetage et des poinçonnages à la machine, à l’autre bout du hangar. Troporibl.

Cette fois-ci, l’angle est probablement plus facile à faire passer auprès du public, d’autant que la partition du gaspillage est harpée avec frénésie depuis plusieurs gouvernements : l’État français s’est en effet décidé, dès le choc pétrolier de 1973 et depuis, avec une constance qui frise la compulsion, à lutter contre tous les gaspillages (sauf celui d’argent public, soyons sérieux).

Garot, illustre et frétillant inconnu mais qui, en tant que ministricule chargé de la question sous François Hollande, devait absolument agir, avait pondu plusieurs articles de lois aussi idiots qu’à peu près impraticables permettant enfin de combattre ce fléau qui amenait les Français à se débarrasser de près de 60 g de nourriture à la poubelle (un trognon de pomme, en gros) par jour et par personne.

Là, cependant, on ne joue pas dans la même catégorie puisqu’au contraire des lois précédentes qui visaient, on le comprend, à organiser votre cabas, votre frigo et votre potager, il ne semble pas exister de lois suffisamment bien taillées pour contrer l’abominable gaspillage dont s’est évidemment rendu coupable l’hydre Amazon : dans un reportage sans ambiguïté réalisé avec la probité qui sied à la profession, on découvre les coulisses des entrepôts du géant de l’e-commerce et notamment que 3 % du stock, pourtant en parfait état mais décidément invendu, sont détruits, soit 3,2 millions de produits en France en 2018.

Si ce comportement n’est pas la marque indélébile d’une malfaisance sans bornes, je ne sais pas ce qu’il faut ; il est dès lors parfaitement logique qu’immédiatement s’élance une député, tel une mouche sur un étron un sauveur vers un naufragé, pour qu’une loi soit promptement rédigée et que cette situation abominable cesse enfin ; Brune Poirson, la secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique, s’est ainsi déclarée toute choquée-choquée par ces pratiques et a annoncé qu’elle comptait faire rendre gorge — pardon rendre « responsables » — les entreprises ayant recours à ces pratiques.

Vilaine Amazon qui se comporte ainsi, gaspillant sans complexe et faisant exprès de jeter aux ordures des biens qu’elle pourrait donner généreusement à tous les nécessiteux que la République produit chérit en son sein !

Enfin… Donner généreusement, cela s’entend dans le respect des lois fiscales qui s’empilent et se ressemblent : comme je le notais dans un précédent billet, le don est sévèrement encadré en France et donner sans bien calculer son coup coût peut valoir un sévère redressement fiscal. Peut-être Brune pourrait-elle en toucher deux mots à ses collègues qui ont récemment lâché les chiens de Bercy sur la France ?

Et puis, entre deux chaleurs législatives, Brune pourra aussi s’interroger sur la gestion de la TVA des dons qui amènent précisément les entreprises à choisir la poubelle plutôt que le don : pour ces dernières, même la marchandise donnée impose de s’acquitter de la TVA. Amazon l’a d’ailleurs fort bien expliqué, il ne s’agit alors plus que d’un simple calcul économique : dans ces conditions fiscales (idiotes) il est plus rentable de jeter que donner et l’acteur économique ne fait qu’appliquer du bon sens dans les contraintes que l’État lui impose. La réaction épileptique de la député (« vite, une loiaargh ! ») revient à ajouter des contraintes à celles déjà existantes, ce qui aboutira, on peut le parier, à de nouveaux effets indésirables comme le législateur nous en pond maintenant avec une obstination pathologique depuis un demi-siècle.

Du reste, est-il nécessaire de rappeler que la revente à perte est très, très, rigoureusement encadrée en France (et pour tout dire quasiment prohibée vu la complexité des textes, de la jurisprudence et du contrôle social de plus en plus fort qui étouffe le pays) et que ce sont toujours nos fiers députés qui, de lois en lois, de luttes véhémentes en luttes virulentes contre les consommateurs foufous de Nutella, ont pondu de la loi pour encadrer une pratique qui, économiquement, reste de toute façon marginale, au point de rendre à présent tout déstockage massif particulièrement dangereux ?

Enfin, on admirera encore une fois toute la pertinence de l’agitation parlementaire à ce sujet : puisque Amazon jette massivement, tombons à bras raccourcis sur le géant américain. Comme il fait des bénéfices juteux (et que l’État a grand besoin d’extorquer de l’argent à redistribuer pour calmer la colère des gueux), pondons une loi sur mesure, sanctionnons — financièrement, cela va de soi — l’impétrant et repartons sur notre petit destrier dans le soleil couchant, les poches pleines et l’esprit heureux d’avoir une nouvelle fois fait le Bien et le Bon dans le pays.

Sauf qu’à l’analyse, si Amazon détruit bien des stocks, ce ne sont pas les siens mais, très très majoritairement, celui des fournisseurs tiers qui utilisent (pas trop bien apparemment) sa logistique pour vendre leurs productions : comme l’entreprise l’explique elle-même, « 97 % des produits détruits sont ceux des vendeurs indépendants ». Amazon propose en effet aux producteurs de reprendre les stocks qu’il garde pour eux, ou de les leur détruire si le coût de renvoi est trop important.

Notons que des fournisseurs qui calculent leurs stocks au plus juste (et qui ont donc une meilleure logistique) auront moins d’invendus, moins de stock vieillissant, moins de frais et donc moins de gaspillage et plus de bénéfices. Inévitablement, si on tape sur Amazon comme le proposent nos députés économiquement analphabètes, l’entreprise va reporter (disons, à 97 % à la louche) les coûts induits sur ses fournisseurs. En somme, on va simplement renchérir les coûts de stockage pour tous ces artisans, vendeurs indépendants et autres boutiques en ligne. Dans le meilleur des cas, on va les inciter à baisser leurs productions ou leurs marges (ce qui fera moins de bénéfices — et moins de taxes pour payer les Poirson et autre députés finauds). Dans le pire, ils fermeront (avec des pertes d’emploi à la clef).

Mais comme je le disais en introduction, l’occasion est trop belle : dans l’iconographie officielle républicaine, Amazon est Le Mal et mérite donc amplement qu’on la saigne d’une façon ou d’une autre. Cela en prend donc le chemin. Les coups vont donc pleuvoir, tomber à côté et frapper les mauvaises cibles. Une fois ceci fait, il sera alors temps de punir les innocents et récompenser les coupables.

Forcément, ça va très bien se passer.

Edito initialement publié en janvier 2019
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Sur le web

Transition énergétique en Allemagne : le désastre constaté va s’amplifier

Par Michel Gay
transition énergétique

Par Michel Gay1.

« L’Energiewende » en Allemagne (virage énergétique ou transition énergétique vers les énergies renouvelables) entraîne une insécurité de l’approvisionnement en électricité et affecte l’économie du pays selon l’Institut américain pour la recherche sur l’énergie (IER).

Baisse des moyens pilotables et hausse des prix

L’Allemagne prévoit de supprimer toutes ses centrales nucléaires d’ici 2022, et ses centrales au charbon d’ici 2038. Elle perdra alors 43 % de sa production pilotable (donc garantie) par rapport à 2019. Cette politique en faveur des énergies renouvelables intermittentes, principalement l’énergie éolienne et l’énergie solaire, provoque une flambée des prix de l’électricité et un encombrement par « bouffée » du réseau électrique lorsqu’il y a du vent et du soleil.

Le prix de l’électricité en Allemagne est déjà 45 % supérieur à la moyenne européenne pour les particuliers, et deux fois supérieurs à celui de la France. Les taxes « vertes » représentent désormais 54 % du prix de l’électricité pour les ménages.

La construction de nouvelles centrales de secours au gaz, de lignes de transport d’électricité, et l’installation d’instruments de contrôle de la demande d’électricité, entraînera encore une hausse des prix de l’électricité.

Le plan climatique de 100 milliards d’euros de l’Allemagne prévoit davantage de panneaux solaires et d’éoliennes, 7 à 10 millions de voitures électriques d’ici 2030, un réseau d’un million de stations de recharge, une hausse des prix du carburant, ainsi qu’une taxe sur le trafic aérien.

L’Allemagne a émis (en 2018) 15 % de plus de CO2 (866 millions de tonnes) que son objectif en 2020 (750 millions de tonnes). Actuellement, elle n’a atteint que 39 % de sa prévision de réduction de consommation d’énergie primaire.

L’Allemagne dépend des importations d’électricité

L’Allemagne devrait devenir un importateur net d’électricité d’ici 2023.

Sa sécurité d’approvisionnement continuera de se détériorer pour au moins trois raisons :

  • la dépendance accrue du pays à l’égard des productions intermittentes
  • l’abandon progressif de l’énergie nucléaire (encore 12% de son électricité)
  • le retrait prévu du charbon (comprenant la houille et le lignite) fournissant aujourd’hui 35% de son électricité

L’insécurité de l’approvisionnement énergétique de l’Allemagne est aggravée par le fait que la Belgique et les Pays-Bas (ses voisins) risquent de fermer aussi respectivement leurs centrales nucléaires et au charbon. L’Allemagne aura alors davantage de difficultés à satisfaire ses importations d’électricité en augmentation, alors que la capacité de production de l’ensemble du réseau européen se détériorera jusqu’en 2030.

En Allemagne, les écologistes ont bloqué la construction de lignes de transport d’électricité en provenance du nord, où se trouvent les parcs éoliens, vers le sud industriel. Au premier trimestre de 2019, seulement 1087 kilomètres de lignes électriques avaient été achevés au lieu des 3600 kilomètres prévus. À ce rythme, l’objectif de 2020 ne sera pas atteint avant 2037.

Le plan climat de 100 milliards d’euros de l’Allemagne

Le nouveau plan climatique de l’Allemagne a pour objectif de réduire en 2030 ses émissions de gaz à effet de serre d’au moins 55 % par rapport aux niveaux de 1990. Il vise à :

  • accroître l’acceptation locale des nouveaux parcs éoliens. Les municipalités pourront davantage participer aux bénéfices résultants des prix plus élevés payés par les consommateurs.
  • développer l’énergie éolienne en mer du Nord et en mer Baltique et à subventionner davantage l’énergie solaire,
  • augmenter à 65 % la part de la production des énergies renouvelables d’ici 2030 (elles représentent actuellement 38 %). En excluant la biomasse, en 2018, le vent, l’eau et le soleil représentaient seulement 27 % de la production d’électricité en Allemagne.
  • encourager l’achat de véhicules électriques. Une subvention importante sera accordée pour les modèles d’un prix inférieur à 40 000 euros à partir de 2021. La taxe sur les véhicules à moteur sera également adaptée pour récompenser la mobilité verte et décourager les véhicules qui émettent du dioxyde de carbone.
  • remplacer le transport aérien à courte distance par le train. La taxe sur le trafic aérien augmentera à partir de janvier 2020, et les compagnies aériennes ne pourront plus vendre de billets à prix réduit.

Des subventions, toujours des subventions !

L’Allemagne subventionnera jusqu’à 40 % du coût de remplacement d’un chauffage domestique au fuel par des options à faibles émissions. Ce type de chauffage sera interdit à partir de 2026. La rénovation des bâtiments sera subventionnée pour les rendre moins énergivores.

Un système national d’échange de droits d’émission de CO2 sera mis en œuvre pour les transports (ce qui augmentera le coût du pétrole), complétant un système européen existant pour l’énergie, le bâtiment et l’industrie.

Au final, ce sont bien les consommateurs qui paieront l’addition de ces « droits d’émission ».

Le plan découragera par des taxes les entreprises et les citoyens d’utiliser des technologies émettrices de CO2. Une tonne d’émissions de CO2 sera initialement taxée à 10 euros à partir de 2021, pour atteindre 35 euros en 2025, puis les droits d’émission seront mis aux enchères entre 35 et 60 euros. Une quantité maximale d’émissions sera déterminée, puis diminuée d’année en année.

Le désastre énergétique s’amplifiera

Le système énergétique de l’Allemagne est un désastre qui va s’amplifier en raison de l’abandon des centrales pilotables, tant nucléaires qu’au charbon, et de la dépendance croissante à l’égard des énergies intermittentes éolienne et solaire.

Le nouveau plan climatique de ce pays ne fera qu’exacerber les problèmes et augmenter les prix, ce qui finira par affecter durablement son économie.

Le « Rêve vert » de l’Allemagne se révèle être un cauchemar pour les consommateurs et bientôt pour l’industrie jusque-là protégée. En revanche, c’est une aubaine pour quelques affairistes et politiciens qui vendent des illusions à un peuple mystifié.

L’anticapitalisme est à la mode mais il a tout faux

Par Alexander Hammond
anticapitalisme

Par Alexander Hammond.
Un article de The Foundation for Economic Education

Vous ne pouvez pas y échapper : le capitalisme a mauvaise réputation.

Le 5 novembre, des milliers de manifestants anticapitalistes sont descendus dans les rues des capitales du monde entier. Vêtus de masques Guy Fawkes inspirés de V for Vendetta (dont la plupart est fabriquée en Chine), ces manifestants autoproclamés anti-système, qui participaient à la marche annuelle Million Mask March, voulaient montrer leur hostilité au système capitaliste et aux conséquences prétendument inéquitables de ce dernier.

Les grandes manifestations anticapitalistes comme celles que nous avons vues le 5 novembre n’ont rien d’inhabituel, bien sûr. En août, la police française a dispersé des milliers de manifestants anticapitalistes à Bayonne, lors du sommet du G7 en recourant aux canons à eau et aux gaz lacrymogènes.

Mais il n’y a pas que lors de ces manifestations que l’on voit du mépris pour le capitalisme. Dans tous les journaux, on trouve des titres tels que « Le capitalisme est en crise », « Le capitalisme échoue » ou, plus récemment, « Le capitalisme est mort », ce dernier étant une citation récente du PDG de Salesforce, le milliardaire Marc Benioff, qui a fait fortune grâce au système capitaliste.

Le point de vue du grand public sur le socialisme

Le pilonnage constant du capitalisme dans les médias et dans la rue a culminé dans un récent sondage YouGov montrant que près de la moitié des millennials et de la génération Z ont une vision négative du capitalisme. Le même sondage a également révélé que plus de 70 % des millennials voteraient probablement pour un candidat socialiste.

Il est foncièrement à la mode d’être socialiste et de dénoncer les prétendus méfaits du capitalisme. Mais cette condamnation permanente du capitalisme résiste-t-elle à un examen minutieux ?

Chaque année, l’Institut Fraser, un think tank canadien, publie son rapport sur la liberté économique du monde (EFW) afin de déterminer quels pays ont l’économie la plus libre (c’est-à-dire la plus capitaliste). L’EFW classe le niveau de liberté de 162 économies, à l’aide de 43 indices, selon les principaux domaines politiques : taille du gouvernement, systèmes juridiques et droits de propriété, monnaie saine, liberté du commerce international et réglementation.

L’idée derrière le rapport de la FEPE est que si on peut déterminer quels pays ont les économies les plus capitalistes, on peut alors utiliser cette information pour vérifier si cela a des répercussions plus positives sur les citoyens des pays capitalistes que sur ceux des pays plus socialistes (ou du moins, moins capitalistes). Pour analyser la corrélation entre la liberté économique et le bien-être humain, l’EFW divise les 162 économies en quartiles, en fonction de leur niveau de liberté économique. Et les résultats sont stupéfiants.

Le revenu moyen dans le quartile le plus capitaliste des pays est six fois plus élevé, en termes réels, que le revenu moyen dans les économies les moins capitalistes (36 770 dollars et 6140 dollars respectivement). Pour les plus pauvres de la société, cet écart se creuse encore davantage. Dans les pays les plus capitalistes, les 10 % les plus pauvres gagnent, en moyenne, sept fois plus que les 10 % les plus pauvres dans les économies les moins libres.

De même, plus de 27 % de la population des économies les plus socialistes vivent dans l’extrême pauvreté (telle que définie par la Banque mondiale comme un revenu inférieur à 1,90 dollar par jour), alors que seulement 1,8 % de la population des économies les plus libres vit dans l’extrême pauvreté – chiffre encore trop élevé (le chiffre optimal est zéro), mais largement supérieur au niveau observé dans les pays moins libres.

Comparons l’économie socialiste et capitaliste

Au-delà des indicateurs économiques, les habitants des pays les plus capitalistes vivent en moyenne 14 ans de plus, ont un taux de mortalité infantile six fois moins élevé, jouissent de plus grandes libertés politiques et civiles, de l’égalité des sexes et, dans la mesure où l’on peut mesurer ces choses, d’un plus grand bonheur.

Prenons l’exemple de Hong Kong, qui est l’économie la plus libre du monde selon le rapport EFW. En 1941, la journaliste et voyageuse Martha Gellhorn, accompagnée de son mari Ernest Hemmingway, visite la ville-État et a écrit :

« Le vrai Hong Kong… était d’une pauvreté la plus cruelle, la pire que j’aie jamais vue auparavant. Pire encore parce qu’elle semblait éternelle ; la vie avait toujours été ainsi, elle serait toujours ainsi. »

Mais quelques années seulement après la visite de Gellhorn, la capitulation des Japonais en 1945 entraîna le retour du pouvoir britannique sur l’île et, avec lui, une politique de laissez-faire dans l’économie de la ville.

En 1950, le citoyen moyen de Hong Kong ne gagnait que 36 % de ce que gagnait le citoyen moyen du Royaume-Uni. Mais à mesure que Hong Kong a embrassé la liberté économique (selon l’EFW, Hong Kong est classé chaque année -sauf une- depuis 1970 comme le pays à l’économie la plus capitaliste), il est devenu beaucoup plus riche. Aujourd’hui, le PIB par habitant de Hong Kong est supérieur de 68 % à celui du Royaume-Uni. Comme le note Marian Tupy, rédacteur en chef de HumanProgress.org, « la pauvreté que Gellhorn déplorait a disparu – grâce à la liberté économique ».

Nous pouvons observer des écarts beaucoup plus importants lorsque nous comparons un pays largement capitaliste avec un pays socialiste par ailleurs similaire : Chili contre Venezuela, Allemagne de l’Ouest contre Allemagne de l’Est, Corée du Sud contre Corée du Nord, Taiwan contre Chine maoïste, Costa Rica contre Cuba, etc. (oui, je sais : rien de tout cela n’était du vrai socialisme. Mais alors, c’est donc toujours du vrai socialisme, jusqu’à ce que ça n’en soit plus.)

Dénoncer les maux du capitalisme sur une pancarte ou dans les gros titres d’un journal est une tendance qui ne semble pas près de disparaître de sitôt, mais quand nous lisons ces affirmations infondées, n’oublions pas : aucune preuve ne valide les thèses anticapitalistes.

Traduction pour Contrepoints par Phoebe Ann Moses de Anti-Capitalism: Trendy but Wrong

Destitution de Donald Trump : les démocrates répètent leurs erreurs

Par Institut Économique de Montréal
destitution

Par Michel Kelly-Gagnon et Alexandre Massaux, respectivement président-directeur général et chercheur associé à l’IEDM (iedm.org).
Un article de l’Institut Economique de Montréal

Nombreux sont les commentateurs, éditorialistes, chroniqueurs et journalistes qui font référence aux audiences en cours aux États-Unis tout en manifestant par ailleurs une totale incompréhension des règles et du contexte applicables à une éventuelle destitution du président Trump.

C’est une chose que de détester Donald Trump (à tort ou à raison), mais c’en est une autre que de dire tout et n’importe quoi ou encore de prendre ses fantasmes pour des réalités. Voici donc ce qu’on doit essentiellement savoir à ce sujet.

Une procédure politique ayant (très) peu de chance d’aboutir

La destitution est dès le départ vouée à l’échec. Pour que le président Trump soit reconnu coupable, les deux tiers des sénateurs (soit au moins 67 d’entre eux) doivent conclure à sa culpabilité. Mais puisque les républicains détiennent 53 des 100 sièges du Sénat, il faudrait que 20 sénateurs républicains se liguent contre le président Trump. Un tel revirement de situation est très peu probable compte tenu de la fidélité du parti républicain au président.

En fait, aucune procédure d’impeachment n’a abouti à la destitution d’un président américain. Contrairement à une croyance populaire, le président Nixon n’a pas quitté ses fonctions après avoir été destitué, il a démissionné avant que l’enquête ne soit complétée. De fait, Andrew Johnson et Bill Clinton sont les seuls présidents à avoir fait l’objet d’un vote de destitution, et ils ont été acquittés par le Sénat dans une ambiance moins partisane.

Le processus de destitution doit en effet être vu comme une question politique et non juridique. Néanmoins, les accusations au soutien d’une procédure de destitution doivent être plus substantielles que de simples impolitesses de la part du président.

La véritable cause de la tentative en cours est que la campagne pour les élections de 2020 a débuté, et cette procédure a pour but d’affaiblir le président et son camp. Mais le gagnant de cette affaire ne sera peut-être pas celui que l’on croit.

Les vrais gagnants : Trump et les républicains?

Les démocrates sont en train d’accomplir la même erreur qu’avec leurs attaques contre le juge Kavanaugh, lors de l’examen de sa candidature à la Cour suprême, et lors des élections de mi-mandat au Sénat en 2018. Attaquer un adversaire par des manœuvres qui n’ont aucune chance d’aboutir risque d’affaiblir les démocrates pour les élections à venir.

La tendance générale montre que les démocrates ont du mal à convaincre l’opinion publique américaine du bien-fondé de la destitution du président Trump. Si la majorité de la population continue à désapprouver sa façon de se comporter, seule une minorité souhaite sa destitution. En fait, l’obsession sur cette destitution lasse de plus en plus la population américaine, qui souhaiterait que le Congrès s’occupe de choses plus urgentes.

Ironiquement, c’est la primaire démocrate qui risque de faire les frais de la procédure d’impeachment. Comme le révèle un article du Washington Post, des sénateurs républicains veulent faire durer la procédure afin d’obliger les six sénateurs démocrates candidats à l’investiture présidentielle à rester à Washington au lieu de faire campagne.

Le comble est que dans le cas très peu probable où la procédure de destitution réussirait, le grand gagnant ne serait pas les démocrates, mais le vice-président Mike Pence. C’est lui qui, selon le XXVe amendement, deviendrait président des États-Unis advenant la déchéance de Donald Trump. On peut se demander si les démocrates assumeraient cette conséquence, compte tenu du caractère plus conservateur de Mike Pence par rapport à Donald Trump.

Le président Trump a prouvé depuis la campagne de 2016 qu’il était particulièrement à l’aise avec les attaques contre lui, se nourrissant de celles-ci pour accroitre sa popularité. Finalement, les démocrates ne sont-ils pas involontairement en train de lui rendre service ?

Couvrez ce Black Friday que je ne saurais voir !

Par Entrepreneurs pour la France
black friday

Par Bertrand Nouel.
Un article d’Entrepreneurs pour la France

Nous voici encore avec une nouvelle manifestation de populisme irréfléchi, doublé d’une bonne dose de tartufferie. Non que le sujet de la surconsommation et de la surproduction ne soit pas sérieux, et n’évoque pas immanquablement la critique marxiste du capitalisme. Mais à chercher toujours un bouc émissaire, on finit par manquer la cible.

La mise en accusation du bouc émissaire

Pêle-mêle, voici Amazon accusé de tous les maux et traité de tous les noms : esclavagiste, pollueur, climato-criminel, fraudeur fiscal, destructeur du petit commerce, destructeur de l’emploi, fauteur de consommation de produits inutiles… Des organisations comme Attac, l’ancien secrétaire d’État Mounir Mahjoubi et la députée Delphine Batho, s’en donnent à cœur joie, heureux de trouver l’occasion de redorer leur blason médiatique.

Passons sur l’accusation d’esclavagisme (??). L’accusation de destruction de l’emploi repose sur une étude américaine contredite par les études administratives françaises et les économistes qui insistent sur l’utilisation très hasardeuse des statistiques. Notons d’ailleurs qu’en général le petit commerce de proximité demande à ce qu’on les laisse profiter, eux aussi, des opportunités créées par le Black Friday.

Sur la pollution, les livraisons coordonnées à domicile ne sont-elles pas moins polluantes et génératrices de CO2 que les déplacements de courses individuelles pour chercher des objets que l’on ne trouve souvent pas ? En réalité, toute la critique repose sur l’hypothèse de surconsommation de produits inutiles. Hypothèse fermement contestée : il s’agit plutôt d’avancer les courses de Noël d’une façon à la fois commode et moins chère pour le consommateur. Non que la surconsommation n’existe pas, mais en accuser l’e-commerce ne repose sur aucune étude économique sérieuse.

C’est ainsi que Delphine Batho croit pouvoir se référer aux affirmations d’un livre sur l’achat compulsif de vêtements de mode dont une majorité n’est jamais portée1. Indépendamment du fait que la mode est un secteur bien particulier, ce livre date de 2014 et cite des sondages de 2011 : à l’époque le Black Friday n’existait pas et Amazon vendait en France surtout des livres ! À noter d’ailleurs que la part du textile et de l’habillement dans la consommation a chuté de 15 % depuis 2007.

Bien au contraire de ce que l’on veut nous faire croire, le e-commerce a facilité la diffusion des informations et de la concurrence, et les Français réservent les achats en ligne aux achats responsables, et les courses dans les magasins physiques aux achats « plaisir ».

La question de la publicité mensongère

Delphine Batho vient de réussir à faire voter par l’Assemblée nationale un amendement au projet de loi sur le gaspillage et l’économie circulaire. Visant nommément le Black Friday et la publicité trompeuse destinée à faire croire à de faux rabais, car par rapport à des prix supérieurs aux prix effectivement pratiqués, cet amendement n’a aucun intérêt.

Il est d’abord mal rédigé, et surtout il n’apporte rien par rapport aux dispositions existantes du Code de la consommation, lesquelles interdisent et punissent déjà les pratiques commerciales trompeuses, définies comme reposant « sur des allégations, indications ou présentations fausses ou de nature à induire en erreur et portant sur […] le prix ou le mode de calcul du prix, le caractère promotionnel du prix […] » (article 121,2°, 2 c).

En réalité cet amendement n’est là que pour faire du bruit autour de la surconsommation, ce qui est une autre question. Cette dernière ne peut évidemment faire l’objet d’une réglementation, étant le fait du consommateur.

Un réflexe gauchiste classique : interdire (ou taxer) et dicter

Interdire le Black Friday d’une façon ou d’une autre, c’est la revendication d’organismes comme Attac. Pour les organismes en question, il s’agit d’interdire les produits pour empêcher qu’ils soient achetés. Coluche répliquait pertinemment que s’il n’y avait personne pour les acheter, ils ne seraient pas vendus !

Une majorité de Français demande à profiter d’événements comme le Black Friday. Sommes-nous en démocratie ou non ? « Dicter » n’est-il pas à l’origine de « dictature » ? Comme nous l’avons dit, le e-commerce n’est-il pas bien au contraire bénéfique en ce qu’il ouvre pour le consommateur l’accès à une information permettant d’acheter de façon responsable ?

Les exigences écologiques ne feront que multiplier les restrictions imposées aux consommateurs. Encore faut-il que cela se fasse sur la base de décisions mûrement réfléchies et non à partir de dictats populistes et hypocrites.

Sur le web

  1. Elisabeth Laville, Vers une consommation heureuse, Allary, 2014

Les taxes indirectes, un terreau pour la révolte fiscale

Par Cécile Philippe

Par Cécile Philippe.
Un article de l’Institut Molinari

Rentables et efficaces, les impôts indirects sont progressivement devenus une source majeure de financement des États-providence de nos riches démocraties. En France, ils représentent 16,4 % du PIB. Méfiance, car l’histoire nous enseigne que les taxes indirectes sont celles qui déclenchent le plus souvent une révolte.

Tout le monde se souvient de la stupeur des politiques face au mouvement des Gilets jaunes suscité par une hausse de la fiscalité des carburants, a priori indolore. Pourtant, les appels récents à la reprise de la trajectoire carbone ou le passage du paquet de cigarettes à 10 euros le 1er novembre laissent à penser que toutes les leçons de cet épisode de révolte fiscale n’ont pas été tirées.

La théorie fiscale standard considère que la fiscalité directe est beaucoup plus douloureuse que la fiscalité indirecte. Ainsi, l’impôt sur le revenu serait moins facilement consenti que des impôts indirects, comme la TVA ou les droits d’accise, conçus pour que leur collecte repose sur un acteur qui n’est pas le payeur. Rentables et efficaces, les impôts indirects sont progressivement devenus une source majeure de financement des États-providence de nos riches démocraties, comme l’a montré Junko Kato, professeure de sciences politiques à Tokyo.

La TVA, pilier de notre système fiscal

La France s’appuie très significativement sur les taxes indirectes. En 1954, elle crée la TVA, qui deviendra l’un des piliers de son système fiscal. En complément, elle a conservé voire étoffé ses droits d’accise et ses impôts de production. Selon le dernier décompte d’Eurostat, les taxes indirectes françaises représentaient 16,4 % du PIB. Elles dépassaient ce qu’on observe dans l’Union européenne (13,4 % du PIB) et les impôts directs français sur les revenus des personnes physiques et des sociétés (11,6 % du PIB).

Dans une étude récente, nous avons calculé que par rapport à un produit standard à 20 % de TVA, il y a 7 fois plus de taxes sur le gazole, 8 fois plus de taxes sur l’essence SP-95, 23 fois plus de taxes sur les cigarettes premium et 28 fois plus de taxes sur les cigarettes bas de marché.

Les vrais taux de TVA vont de 40 à 44 % pour les carburants et de 94 à 109 % pour les cigarettes. En termes de finances publiques, les produits pétroliers et le tabac représentaient 60 milliards d’euros de taxes en 2018 : 33 milliards de TICPE, 13 milliards de droit de consommation sur les tabacs (DCT), 14 milliards de TVA sur les produits et sur leurs droits d’accise.

Ces 60 milliards d’euros représentaient 21 % des 284 milliards d’euros de fiscalité sur les différents biens et services, les carburants et le tabac ne représentant que 3,6 % de la consommation des ménages.

Consentement à l’impôt

Ces concentrations de taxes sont loin d’être anodines. Dans une étude publiée dans le British Journal of Sociology, les sociologues Isaac William Martin et Nadav Gabay ont montré que la fiscalité indirecte – et plus particulièrement les droits d’accise et droits de douane – est celle qui est le moins consentie.

Contrairement aux croyances habituelles sur la fiscalité, elle est surreprésentée dans 475 épisodes de révolte fiscale étudiés au sein de 20 démocraties riches entre 1980 et 2010. Ils montrent que les révoltes fiscales sont certes liées au poids de la taxe ou impôt en question. Plus le poids d’une taxe en est élevé, plus grande est la probabilité qu’elle devienne la cible d’une mobilisation populaire quelle que soit l’année considérée.

Mais, plus important encore et contrairement à la théorie standard, ils mettent en évidence que, dans les pays démocratiques riches, au tournant du XXIe siècle, ce sont plus souvent les payeurs de droits d’accise qui crient le plus fort.

L’épisode des Gilets jaunes correspond parfaitement au constat d’Isaac William Martin et de Nadav Gabay. Les taxes indirectes, régressives et concentrées sur un groupe particulier, présentent un risque politique important, celui de susciter des révoltes.

Or, ces révoltes ont des coûts politiques, financiers et sociaux qu’il vaudrait mieux prendre en compte dans les trajectoires publiques. Il n’est pas sûr que la préservation du consentement à l’impôt, dimension fondamentale au fonctionnement de nos démocraties, soit intégrée à sa juste valeur par nos décideurs. Dans un pays où les recettes publiques augmentent deux fois plus vite que dans l’Union européenne (+3,5 % depuis 2009 vs +1,5 %), on serait en droit d’exiger un moratoire complet sur les hausses de fiscalité, en particulier sur les taxes indirectes moins indolores que prévu, ne serait-ce que pour se donner une chance de préserver le vivre-ensemble.

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Éducation française : le niveau s’effondre

Par h16
Éducation nationale

Par h16

Ah, l’école française, l’Éducation Nationale de la République Française, celle qui aura amené tant de grands hommes et de grandes femmes dans les pages de l’Histoire de notre grand pays et qui aura permis à tant d’individus d’accéder à l’instruction, le savoir et la culture ! Ah, si elle n’était pas là, qui diable fabriquerait, comme des saucisses industrielles, du crétin et de l’analphabète dans la componction calculée d’une société qui refuse maintenant la réalité avec obstination ?

Ah, heureusement qu’on peut compter sur cette Éducation nationale pour refuser la facilité des recettes d’antan, celles qui marchent et qui produisirent naguère des générations de Français parlant correctement, sachant lire, écrire et compter de façon efficace : de nos jours, il n’est plus question d’enseigner la lecture, l’écriture, le français, les mathématiques, les sciences et l’histoire comme le préconisaient jadis de poussiéreuses circulaires d’un autre siècle ni de suivre d’antédiluviennes pratiques qui garantissaient que l’élève entrant en sixième saurait conjuguer correctement le verbe être ou avoir, saurait ses tables de multiplication sur le bout des doigts ou les grandes dates de l’Histoire du pays et du monde.

Non : de nos jours, les méthodes ont été savamment choisies, les programmes affûtés de réformes en réformes, les matières ciselées auprès d’inspections académiques pointilleuses et scientifiquement investies, les sujets choisis avec un soin méticuleux pour garantir sur facture qu’enfin, tous les élèves, aussi imperméables soient-ils à toute logique, toute organisation, toute méthode ou tout apprentissage, finissent enfin par décrocher un diplôme, un certificat, une attestation ou un brevet quelconque.

Une fois fixé l’objectif de cette distribution unanime, parfaite et égalitaire, on pouvait au choix travailler ardemment à rendre les élèves moins stupides, plus organisés et plus affûtés. Mais c’est long et particulièrement coûteux en plus d’être extrêmement difficile. Ou, de façon nettement plus simple, on pouvait aussi choisir d’abaisser considérablement le niveau d’exigences pour l’obtention des bouts de papier officiels et autre reconnaissance de parcours.

Ce qui fut fait dès la fin des années 1970, à petits pas et avec différentes tentatives et expérimentations loufoques timides, pour en augmenter progressivement le rythme dans les décennies suivantes et aboutir au pas de charge actuel où il n’existe à présent plus aucune prétention à fournir un savoir solide et pratique au peuple qui se contente maintenant d’ânonner quelques vérités révélées essentielles, depuis le petit bréviaire anticapitaliste jusqu’aux sourates sacrées écolo-conscientes.

J’exagère ?

J’aimerais bien, mais malheureusement, les signes s’accumulent avec une ponctualité inquiétante, comme en témoignent régulièrement les quelques notules journalistiques niaiseux qui tentent de faire la part des choses en constatant les dégâts sans jamais vouloir hurler au scandale (que c’est pourtant).

Dans un précédent billet, j’avais évoqué, au travers des chiffres, statistiques et graphiques issus du ministère lui-même, l’état catastrophique du niveau d’enseignement en France : les enquêtes se suivent et la tendance à l’effondrement du niveau se confirme sans le moindre doute.

La consternation atteint cependant de nouveaux sommets lorsqu’on comprend que le gros-œuvre de sabotage systématique de l’enseignement français n’est pas encore achevé : la disparition des mathématiques du tronc commun de l’enseignement des lycées et la réforme conséquente à ce changement commencent déjà à faire d’énormes dégâts. Comme le remarque un récent article du Monde, avec une décontraction qui frise la complicité, le niveau de mathématiques dispensé au collège est globalement si faible que l’écart à ce qu’il faut connaître et comprendre devient insurmontable lorsqu’il s’agit d’entrer en première… Pour de nombreux élèves, c’est la déroute : bien que bons élèves en math au collège, le niveau d’abstraction, pourtant guère violent au lycée, leur est inaccessible.

Le retard accumulé semble difficile à rattraper.

La situation pourrait sembler ponctuelle et réservée à cette matière réputée difficile. Là encore, j’aurais aimé exagérer, mais il n’en est rien : le niveau de français est, lui aussi, en dégringolade constante avec, dans le fond, ce tintamarre de casseroles et de batterie de cuisines caractéristique d’une gamelle mémorable dont tout un peuple a généralement bien du mal à se relever.

On apprend en effet, dans un autre article du même journal (et de la même décontraction coupable) que les facs françaises sont maintenant obligées d’organiser de façon routinière des tests de français (grammaire et orthographe) pour les étudiants fraîchement arrivés : par exemple, depuis 2017, tous les étudiants de Nanterre de première année – 6500 en 2019 – passent un test en ligne « de positionnement », qui évalue l’orthographe, le vocabulaire et la construction des textes. Les résultats sont consternants puisque plusieurs centaines sont suffisamment mauvais pour devoir reprendre des cours spécifiques…

Et au-delà de l’objectif dégoulinant de novlangue (« apaiser la souffrance face à l’écrit », les enfants, c’est mignon et ça cache gentiment l’illettrisme), ces « ateliers de langue française » donnent un aperçu terrifiant de ce qui se joue actuellement à l’échelle d’une nation : des étudiants se retrouvent à patauger en faculté dans une langue qui leur est difficile voire impossible à naviguer, qui confondent se et ce, à et a, c’est ou ses et qui peinent en somme à écrire et s’exprimer dans un français qui devrait être maîtrisé depuis leur sixième (i.e. six ou sept ans au minimum).

Et alors que l’administration éducative française frétille d’aise devant les résultats du bac, les professeurs de facultés sont formels : « ce dont on se rend compte depuis plusieurs années, c’est que l’écrit est de plus en plus défaillant ». Si l’on y ajoute le manque de vocabulaire et de cohérence des phrases, le tableau est complet : c’est une catastrophe.

Et lorsqu’on prend connaissance des projets académiques qui se dessinent déjà pour le prochain « plan quinquennal » (la France n’est décidément jamais sortie de la guerre froide), on comprend que la machine folle à décérébrer les enfants continuera encore un moment : la lecture attentive de la dernière circulaire à ce sujet (issue, dans ce cas, de l’académie de Nice) donne une assez bonne idée de l’étendue du foutage de gueule ; engagement des élèves dans des « défis sociétaux », construction de leur avenir en « définissant une stratégie de réussite », « équité territoriale », « justice sociale », autant d’expressions jetées dans une salade de mots rigolos, langue du bois dont on fait les pipeaux qui forment le squelette du cadavre administratif qu’on peine encore à appeler Éducation nationale.

Le constat est sans appel : les Français paient d’énormes impôts, en retour de quoi ils ont maintenant une éducation catastrophique, pas même capable d’amener nos étudiants au niveau des pages les plus simples de Oui-Oui ou du Club des Cinq.

L’égalité devant l’éducation est devenue une farce tragique où les riches et les éduqués sauront envoyer leurs moutards dans les institutions échappant à la débâcle et les autres s’enfonceront dans la misère intellectuelle et les débouchés de plus en plus étroits dans une indifférence feutrée.

Pour nos « élites », cela n’est pas forcément un problème tant un peuple idiot (mais pas trop) est facile à manipuler. On lui donne donc tout juste les capacités de déchiffrer les messages essentiels, on lui dorlote l’ego avec des diplômes de valeur décroissante dans des filières fumeuses, ce qui permet d’avoir des soldats intellectuels ressassant toujours les mêmes âneries culturelles (marxisme, collectivisme, égalitarisme de bazar) mais disposant de bases scientifiques et économiques déplorables autorisant toutes les manipulations.

Forcément, tout ceci va très bien se terminer.

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Sur le web

Plan intempéries : qu’ils viennent me chercher !

Par René Le Honzec

Le regard de René Le Honzec.

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Construire en zone inondable : qui est responsable ?[Replay]

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Les inondations sont l’occasion de revenir sur les catastrophes précédentes et les choix politiques qui sont faits dans ce domaine.

Des bonnes intentions…

Des dégâts importants avaient déjà eu lieu à Cannes en 2010 : des vagues de plus de cinq mètres avaient détruit les installations des plagistes quinze jours avant l’arrivée des festivaliers. Des dégâts dramatiques avaient eu lieu en Vendée et en Charente avec plus de 55 morts à la suite du passage de la tempête Xynthia : ces dommages ont frappé non pas une urbanisation sauvage mais des habitations dûment autorisées, assurées en vertu de la loi de 1982 dite « Loi de Solidarité ».

Cette législation aurait pu contribuer à limiter les sinistres car la même loi imposait l’élaboration de Plans d’Exposition aux Risques (PER) devenus depuis la loi du 2 février 1995 des Plans d’Exposition aux Risques naturels prévisibles dont les inondations. (PPRI). Ces plans qui sont des documents de prévention à finalité spécifique doivent être élaborés à l’échelle communale ou intercommunale à l’initiative du Préfet. Ils doivent notamment permettre de délimiter des zones où toutes les constructions doivent être interdites compte tenu des risques encourus. On verra plus loin que ces plans sont techniquement et politiquement difficiles à établir.

… aux effets pervers

Or, il apparaît que les habitations endommagées par la tempête Xynthia, et dont la destruction définitive est annoncée par une nouvelle décision préfectorale, avaient toutes fait l’objet d’un permis de construire délivré en bonne et due forme conformément à un document d’urbanisme approuvé par le Préfet. Les propriétaires ont donc pu penser, à juste titre, que leur sécurité était de ce fait garantie. D’où leur colère légitime contre une décision visant à tout raser, y compris certaines habitations non touchées par la tempête.

On peut même penser que l’autorisation administrative exonérait de toute responsabilité le vendeur du terrain, le promoteur et le propriétaire. En l’absence d’assurance et d’autorisation, il est probable que peu de personnes auraient pris le risque de construire dans des zones inondables. L’assurance crée le risque… et la réglementation exonère les responsables.

Difficultés techniques : tracer des limites précises

Pour savoir comment on a pu en venir là, il faut se rappeler les propos que tenait, dès 1983, M. Haroun Tazieff, pourtant ministre responsable de la mise en œuvre de la loi de 1982. Lorsqu’on établit les PER,

« la limite entre le rouge (inconstructible), le bleu (constructible sous condition) et le blanc (constructible) est impossible à tracer sans une approximation. Ceci signifie que celui qui sera du côté rouge s’estimera lésé par rapport à celui qui est du côté bleu. Il y aura des contentieux insolubles. »

Paroles prémonitoires puisque nous sommes aujourd’hui exactement dans la situation envisagée par H.Tazieff.

Difficultés politiques : position  inconfortable des maires

Depuis 1982, l’établissement des Plans d’Exposition aux Risques oblige les maires à désigner les gagnants et les perdants du jeu de Monopoly que sont devenus les POS puis les PLU. Position d’autant plus inconfortable que ce zonage, par sa nature, est difficile à réviser. Les pressions sont donc fortes pour, soit retarder le plus longtemps possible l’établissement de ces plans (ce qui permet d’accorder des permis de construire), soit de contester la validité des données techniques et de réduire au maximum les zones inconstructibles parfois, comme c’est le cas en Charente et en Vendée, en effectuant des travaux à la mer (notamment des digues) importants et coûteux, mais souvent aléatoires, pour rendre constructibles des zones qui ne l’étaient pas et n’auraient sans doute jamais dû l’être.

Des assurances qui déresponsabilisent

L’assurance mise en place en 1982 a permis d’accorder plus facilement des permis de construire dans des zones limites : notamment, les bords de mer ou le lit des rivières, d’autant plus qu’en cas de problèmes (inondation, tempêtes…), l’assurance payera.

En effet la prime n’est pas modulée en fonction de la situation du bien (dès lors que le permis de construire a été accordé) ce qui masque l’existence d’un risque pour les propriétaires entièrement déresponsabilisés. À une exception près cependant : aucune assurance ne permet de ressusciter les morts !

Aux États-Unis aussi

Une législation comparable « The National Flood Insurance Program » a été mise en place par le gouvernement fédéral en 1968. Aucune compagnie d’assurance ne voulant couvrir le risque de destructions d’habitations sur un littoral régulièrement balayé par les tempêtes, les ouragans ou les cyclones, les politiciens ont cru bon d’accorder aux heureux propriétaires une assurance à prime réduite aux frais des contribuables encourageant ainsi indirectement l’urbanisation d’espaces que les mêmes politiciens déclarent vouloir protéger. Effets pervers garantis !

Revenir aux pratiques antérieures ?

Quelle solution alors ? Peut-être pourrions-nous revenir à une proposition faite dès 1983 par Haroun Tazieff :

« Au lieu de faire des PER coûteux et inutiles, il faudrait développer le système des cartes comme en a fait pendant des années le BRGM… Les gens, au vu de ces cartes (dite cartes Zermoos) décident de construire ou de ne pas construire. Là, le rôle des assurances serait majeur : si vous construisez dans une zone que la carte indique comme dangereuse, vous ne serez pas assurés ou vous aurez à payer le double ou le triple : à vous de décider ».

Il s’agirait donc de revenir au principe de liberté des contrats et de liberté individuelle.

Une telle solution, radicale, donnerait sans doute aux assureurs un poids considérable dans l’urbanisation des zones potentiellement à risques. Elle conduirait également à réduire considérablement le champ d’application des lois de 1982 et 1995 en limitant sensiblement les « catastrophes naturelles » indemnisables à des épisodes climatiques ou autres véritablement imprévisibles. De ce fait, les véritables catastrophes pourraient être indemnisées sans que l’on soit obligé de se poser la question de savoir si les moyens financiers disponibles permettent de le faire !

Il est temps de réviser profondément voire de supprimer une loi qui comme l’enfer est pavée de bonnes intentions et grosse de risques de trafics d’influence.

Cet article a été publié une première fois en juin 2016.

Climat et météo sont deux sciences distinctes. Évitons de les confondre !

Par Philippe Charlez

Par Philippe Charlez.

Le 2 décembre 1959 à 21 h 13, il y a 60 ans jour pour jour, le barrage de Malpasset1, cédait sous l’effet de pluies diluviennes. Une vague de 45 m de haut déferlant à plus de 70 km/h déversa dans la plaine de l’Argens 50 millions de m3 d’eau. Vingt minutes plus tard, elle atteignit les quartiers ouest de Fréjus et balaya tout sur son passage avant de se jeter dans la mer. On dénombra 423 victimes et les dégâts matériels furent considérables : routes, voies ferrées, fermes et immeubles furent totalement détruits.

Durant la seconde quinzaine de novembre 1959, 500 mm d’eau étaient tombés en dix jours dont 130 mm la seule journée du 2 décembre. La crue très violente qui s’ensuivit provoqua un accroissement très rapide du niveau de la retenue. Pour éviter d’endommager le pont en construction de l’Autoroute Esterel-Côte d’Azur situé 1 km en aval, la vidange du barrage fût décidée beaucoup trop tard et ne permit pas d’éviter ce désastre considéré comme la catastrophe la plus meurtrière de l’histoire française.

De telles précipitations sont périodiques dans l’arc méditerranéen à cette époque de l’année. Leur violence est toujours à l’origine de crues importantes et de débordements de rivières. Les inondations meurtrières suites aux crues de l’Argens, de la Siagne et du Riou fin novembre et début décembre 2019 sont venues nous rappeler cette dure réalité. Doit-on pour autant corréler ces crues comme on le fait de plus en plus systématiquement avec le réchauffement climatique ?

Climat et météo : deux sciences distinctes

Climat et météo sont deux sciences distinctes quant à leur temporalité et leur spatialité.

La météorologie est la science des nuages, de la pluie et du vent. Elle se définit par quelques valeurs instantanées et locales de température, de précipitations, de pression ou d’ensoleillement. Un événement météorologique se produit sur le pas de votre porte, dans l’heure, la journée ou au plus la semaine.

Le climat s’attache au contraire à décrire des événements météorologiques sur des périodes de plusieurs dizaines d’années mais aussi sur de vastes zones géographiques. Il prend en compte les conditions moyennes de l’atmosphère et dépend d’un grand nombre de paramètres comme les radiations solaires, la végétation, la composition de l’atmosphère ou encore l’évolution de la surface glaciaire.

La catastrophe de Malpasset vient nous rappeler 60 ans après que des pluies diluviennes fin novembre sur l’arc méditerranéen sont un phénomène connu dont l’occurrence est répétitive. Même si le climat en accélère la fréquence, elles relèvent davantage de la météo et non du climat.

Ruins of Malpasset Dam, France. CC-BY-SA-3.0

Dérèglement climatique et compensation financière

Pourtant, pour des raisons idéologiques, par opportunisme ou simplement par ignorance, l’opinion publique, les médias et le monde politique ont aujourd’hui une fâcheuse tendance à les confondre. Toute crue, inondation, cyclone ou sécheresse qui pour l’essentiel relève de la météo est de plus en plus souvent assimilée au dérèglement climatique.

Ainsi en utilisant le slogan bien commode « ceux qui dérèglent, doivent payer », plusieurs communes françaises ayant subi de lourds dégâts suite à de fortes inondations ont décidé sous couvert de dérèglement climatique, d’attaquer en justice…un grand groupe pétrolier. Une méthode parfois bien commode qui pourrait permettre à des édiles de se défausser vis-à-vis de leurs administrés.

  1. Mieux connu sous le nom de Barrage de Fréjus

Bénin : la libéralisation booste la filière coton

Par Libre Afrique

Par Mauriac Ahouangansi.
Un article de Libre Afrique

Depuis trois ans, la filière coton au Bénin ne cesse d’afficher des records de productivité, alors que les résultats des années précédentes montraient un déclin continuel. La campagne de 2018-2019 a engendré une production de 700 000 tonnes contre 597 986 tonnes contre en 2017-2018. Ces progrès ont désormais fait passer le Bénin de cinquième à premier producteur en Afrique. Comment expliquer cette embellie de la filière coton au Bénin ?

Démonopolisation de la filière

Le coton est la première culture d’exportation au Bénin et bénéficie donc d’une attention particulière de la part de tous les acteurs économiques. Mais cette filière a connu une baisse drastique de résultats entre 2012 et 2016 à cause d’une trop grande ingérence des pouvoirs publics dans la production.

Ainsi, les réformes de retour à la libéralisation entamées en 2016 ont réussi à inverser la tendance en s’attaquant à plusieurs racines du mal. En rendant la gestion de la filière à l’Association Interprofessionnel du Coton (AIC) composée de tous les intervenants de la filière, les retards de fourniture des intrants ont cessé. Cela permet donc  aux producteurs de respecter le calendrier d’utilisation recommandé des intrants pour un rendement optimal.

D’ailleurs, les effets immédiats de cette mesure, qui fut l’une des premières en faveur du secteur, se sont fait ressentir à travers un réveil fulgurant. De 303 320 tonnes produites en 2015-2016 avant les réformes de libéralisation, la production est passée à 451 209 tonnes au cours de la campagne 2016-2017, à 598 000 tonnes pour la campagne de 2017/2018 et 678 000 tonnes pour la campagne de 2018/2019.

Par ailleurs, il faudrait noter l’arrêt des subventions d’État pour l’acquisition des intrants agricoles et le paiement de la dette de 19,7 milliards qui empêchait les acteurs de la filière d’avoir un retour sur investissement correct et de se relancer pour la campagne suivante. Sous les précédents exercices, le secteur a bénéficié de subventions d’un montant cumulé de plus de 150 milliards géré de manière peu orthodoxe, sous monopole et finalement sans résultats. En d’autres termes, la responsabilisation des acteurs privés les a incité à ce comportement et à faire des choix plus rationnels.

Redéfinition des rôles

La libéralisation de la filière du coton au Bénin a engendré une redéfinition des rôles entre l’État et le secteur privé. En se retirant de la filière, l’État béninois peut désormais jouer efficacement son rôle de régulateur. La suppression, en juillet 2016, des taxes liées aux formalités d’enregistrement des actes de mutation et de créances est une décision favorable à la promotion de l’investissement privé qui est nécessaire pour le démarrage de chaque campagne.

Toujours dans la même lancée, il a été institué une contribution à la recherche agricole perçue sur les exportations de graines et de fibres de coton et des noix d’anacarde brutes, à raison de 10 franc CFA par kilogramme exporté. Pendant longtemps, plusieurs producteurs agricoles sont restés hésitants vis-à-vis de la filière coton par peur des effets néfastes de la monoculture de coton sur la fertilité de leurs terres.

Cette mesure est intervenue donc comme une incitation au renforcement des capacités de production et de recherches agricoles qui sont d’ailleurs nécessaires pour instaurer des pratiques agricoles durables.

Par ailleurs il a été mis en place par le gouvernement un vaste programme de réfection des pistes d’acheminement du coton des champs vers les usines d’égrenage. Cela représente aujourd’hui un soulagement pour les producteurs dans la mesure où une bonne partie de leur production demeurait dans les champs à cause soit de l’enclavement, soit de l’indisponibilité des moyens de transport pour les acheminer vers les usines d’égrenages.

La réfection des pistes d’accès a donc le mérite de raccourcir le séjour des récoltes dans les champs et par conséquent d’amoindrir le taux d’avarie. Cette mesure a d’ailleurs été complétée par la multiplication des points de récupération des cotons-graines.

Un environnement institutionnel favorable

Les progrès de l’agriculture béninoise se sont remarquablement illustrés dans la filière coton par une amélioration significative de la qualité des institutions (règles de jeu) régissant la filière. D’abord, le retour de l’AIC dans la gestion de la filière a réinstauré une coordination interprofessionnelle illustrée par exemple par une coordination des acteurs au sujet des prix d’achat du coton aux producteurs mais également sur le prix d’achat des intrants.

Cette faitière présente l’avantage de diminuer l’exposition des producteurs aux risques du marché et de garantir leur implication sur le long terme. Ensuite, la mise en place d’une méritocratie en récompensant les meilleurs producteurs est de nature à créer une émulation entre eux et d’accroître les rendements au fil des ans.

Il faudrait noter également les efforts, quoique perfectibles, en matière d’exécution de contrat et de règlement de l’insolvabilité à travers la mise en place d’un tribunal de commerce. L’intervention de ces mesures a permis une libération des forces entrepreneuriales et d’investissement.

Cela s’est d’ailleurs traduit par l’arrivée non seulement de nouveaux producteurs mais également d’un nouvel égreneur au moins pour accroître la production de coton graine et les capacités d’égrenage de la filière.

Enfin, le vote de la  Loi 2017-15 du 10 août 2017 modifiant et complétant la Loi n° 2013-01 du 14 août 2013 portant Code foncier et domanial en république du Bénin représente également une avancée pour l’ensemble du monde agricole en ce qu’elle limite la spéculation des terres agricoles.

En effet, cette loi conditionne l’achat de terre agricole à la présentation d’un plan d’affaires à partir d’une superficie de 1,9 hectare, ce qui préserve les terres agricoles.

En définitive, la trop forte ingérence de l’État dans la filière coton n’a pas été bénéfique et a failli même être fatale pour l’une des premières sources de revenus du pays. Grâce aux mesures de libéralisation, la filière renaît et connait ses plus beaux jours. Mais il faudrait continuer à consolider ces réussites par la professionnalisation des acteurs de la filière et la lutte contre d’éventuels abus de position dominante.

Sur le web

L’introuvable conservatisme libéral français

Par Johnathan Razorback

Par Johnathan Razorback.

Comment expliquer la singulière absence, en France, d’un grand parti de droite unissant libéraux et conservateurs ?

Ce phénomène a intrigué plusieurs historiens des idées politiques. Pour un François Huguenin, il proviendrait en partie de l’hostilité inexpiable que les conservateurs de la variante réactionnaire (souvent issus des anciennes aristocraties) ont voué au monde moderne.

Aux États-Unis, le sociologue Robert Nisbet a soutenu que conservateurs et libéraux présenteraient un certain nombre de divergences intrinsèques dans leur façon de penser comme dans leurs opinions sur ce qui est politiquement souhaitable.

Il est toutefois intéressant de noter que les différences tendent à disparaître selon la place que les libéraux ou les conservateurs occupent au sein de leurs courants respectifs. Il existe par exemple des libéraux qui penchent vers le conservatisme, dont l’exemple le plus éminent est peut-être celui d’Alexis de Tocqueville. On parle de libéraux-conservateurs pour qualifier ce « pôle » du libéralisme.

Là où les libéraux-conservateurs tendent à quitter le centre libéral pour la droite modérée, les conservateurs-libéraux font le chemin en sens inverse, depuis une forme partiellement modernisée de conservatisme vers le centre de l’espace politique. L’alliance de ces deux pôles est susceptible de donner naissance à des partis de centre-droit puissants et idéologiquement stables.

Laissez-faire et État limité

Si les conservateurs libéraux ne partagent pas l’intransigeance des libéraux dans la défense de la « liberté négative » (dans le domaine des mœurs comme en économie), ils sont néanmoins plus proches du laissez-faire, de la préservation d’un État limité et du respect des droits individuels que ne le sont les autres courants du conservatisme.

On peut toutefois se demander si ce demi-libéralisme ne relève pas davantage d’un besoin carriériste de se différencier au sein de la droite, ou d’un calcul politique conjoncturel, plutôt que d’une véritable synthèse doctrinale assumée. Les conservateurs libéraux sont donc « libéraux », ou plutôt pro-marché en économie (du moins en parole), à la différence des modèles corporatistes ou étatistes des autres courants conservateurs, et davantage favorables à la séparation des pouvoirs ou à une modération dans l’intervention de l’État (laquelle reste nécessaire pour maintenir certains idéaux ou mœurs traditionnels, ainsi que la stabilité sociale). Philosophiquement, l’adhésion de nombreux conservateurs-libéraux à une vision perfectionniste du rôle de l’État les empêchent de basculer définitivement dans le camp libéral.

Cette forme de conservatisme est particulièrement présente au Royaume-Uni, depuis l’époque de David Hume au moins. Dans les dernières décennies, elle a été illustrée par des philosophes tels que Michael Oakeshott ou Roger Scruton. En politique, elle est indissociable de la « révolution conservatrice » thatchérienne1, mais ses origines idéologiques sont bien plus anciennes que les années 1980.

En France, le conservatisme libéral (qui correspond imparfaitement à la droite orléaniste), tout comme le libéralisme lui-même, a été historiquement très faible en politique, mais, de surcroît, il n’a guère connu, en dehors de Montesquieu, de grandes figures intellectuelles. On peut à la rigueur penser à Émile Faguet, ou, de nos jours, à des auteurs tels que l’essayiste Laetitia Strauch-Bonart.

En politique, les hommes de droite ayant admis certains compromis avec les valeurs modernes et libérales ont bien souvent connu l’échec, ou se sont ralliés au conservatisme réactionnaire sous la pression de forces plus à droite, ou de celle des circonstances.

On pense, au temps de la Révolution, à des royalistes modérés contraints de choisir l’exil ou le camp de la réaction, tels Jean-Joseph Mounier, le comte de Montlosier ou le Marquis de La Fayette ; à François Guizot, conservateur modéré2 et pourtant révulsé par l’épisode révolutionnaire de 1848 ; à Charles de Montalembert, figure de proue du catholicisme libéral, un temps partisan du coup d’État de Napoléon III et de la dénonciation des idées de 1789 ; à Charles Benoist, conservateur libéral-républicain, rallié à l’Action Française

Une ligne difficile à défendre

Depuis lors, bon gré mal gré ralliés à la démocratie (représentative), les conservateurs libéraux ont pu jouer un rôle sous les 3ème et 4ème Républiques, ou lors de la modernisation giscardienne des années 1970. De nos jours, un certain libéralisme a un instant percé dans le conservatisme de François Fillon, qui a connu le destin électoral que l’on connaît. Maintenir une position conservatrice-libérale, sans même parler de réussir à gouverner durablement sur une telle ligne, semble, en France, éminemment difficile.

Cette faible présence des conservateurs-libéraux au sein des droites françaises illustre plus largement l’impopularité des idées libérales en France. Comme le note Frédéric Mas (dans cet entretien), cette faiblesse tient en partie aux divisions nées de la modernisation violente du pays lors de la Révolution française, ainsi qu’à l’impossibilité des conservateurs-libéraux français, du fait de l’instabilité des régimes du XIXe siècle, d’élaborer un patriotisme constitutionnel, comme cela peut être le cas chez leurs équivalents anglo-saxons (Magna Carta, Bill of Rights, valeur quasi-sacrée de la Constitution américaine, etc.).

À l’inverse, la force du libéralisme dans le monde anglo-saxon ne se mesure pas simplement à la présence de libertariens déclarés, mais aussi à la capacité de la pensée libérale à influencer le reste de l’échiquier politique. Ce n’est pas un hasard si les formes d’antilibéralismes extrêmes -fascistes ou communistes- ont échoué à se développer dans l’ancien Empire britannique ou en Amérique du Nord.

Aux États-Unis, durant les années 1960, c’est entre autres autour de la figure du philosophe Frank Straus Meyer que le conservatisme libéral a connu son renouvellement le plus net. Meyer était un partisan du « fusionnisme », une stratégie politique visant à rapprocher les conservateurs et les libéraux, un projet rendu crédible par l’émergence au sein du parti républicain de la figure de Barry Goldwater, et qui n’a pas été sans effets, dans la moyenne durée, sur les milieux ayant entourés Ronald Reagan lors de son accession à la présidence des USA.

De nos jours, pour quelqu’un comme Clark Ruper, cette stratégie fusionniste serait obsolète et devrait, du point de vue libéral, être remplacée par une stratégie d’influence tous azimuts, aussi bien à destination de la gauche que de la droite.

Néanmoins, en dépit de l’apparition de courants conservateurs plus interventionnistes (comme le néo-conservatisme), le conservatisme nord-américain demeure fortement imprégné de valeurs libérales, comme le montrent les tentatives récentes, de Robert J. Guenther à Andrew Coyne et de Matthew Dragonette à Kay Coles James, d’en synthétiser les principes.

Sur le web

  1. Au sujet de laquelle on pourra lire Marie-Claude Esposito, « Le moment Thatcher », in Dominique Barjot, Olivier Dard, Frédéric Fogacci et Jérôme Grondeux (dir.), Histoire de l’Europe libérale. Libéraux et libéralisme en Europe (XVIIIe – XXIe siècle), Nouveau Monde Éditions, 2016, 359 pages, pp.299-317.
  2. Guizot passe fréquemment pour un dirigeant libéral. À tort, comme le montrait Michel Leter dans « Éléments pour une étude de l’école de Paris (1803-1852) », chapitre in Philippe Nemo et Jean Petitot (dir.), Histoire du libéralisme en Europe, Paris, Quadrige/PUF, 2006, 1427 pages, pp.429-509, p.483 en particulier.

Ouïghours en Chine : le socialisme réel, c’est la persécution des minorités

Par PABerryer

Par PA Berryer.

La confirmation des persécutions subies par les Ouïghours n’a malheureusement pas été une surprise. Les communistes chinois emprisonnent les membres de cette minorité turcophone musulmane des confins de la Chine dans des camps de concentration, détruisent leurs lieux de cultes et leurs cimetières, les forcent à consommer du porc et de l’alcool et à renier leur foi.

Si le sort des Ouïghours est particulièrement tragique et attire particulièrement l’attention, le sort des autres minorités est également très précaire et rien n’indique qu’une persécution comparable ne les frappera pas dans le futur. La haine du communisme pour les religions est une composante majeure de son ADN.

En Occident principalement, ces révélations ont entraîné de nombreuses condamnations, tant de la part des gouvernements que de l’intelligentsia de ces pays.

Pourtant réside là une profonde incohérence car cette élite, des intellectuels aux artistes, des professeurs d’université aux millenials, est dans sa grande majorité une fervente défenseure des idéaux socialistes dont le communisme n’est qu’un synonyme.

Ceux qui s’indignent du sort des Ouïghours défendent également l’idéologie à l’origine de ces persécutions ! Alors les cartes ont été bien brouillées, il n’est plus question du Grand soir et de la révolution permettant d’assurer le triomphe du socialisme sur le capitalisme. Plus personne ne défend ouvertement l’application du programme défini par Marx et Engels dans le Manifeste du Parti Communiste ; et d’ailleurs combien de ces millenials l’ont lu ?

Désormais l’accent est mis sur le dépassement du capitalisme, l’effondrement, l’écologie et la défense de la planète, le progrès et le socialisme du XXIe siècle. Il est d’ailleurs symptomatique que deux des principaux candidats démocrates à la présidentielle de 2020 se réfèrent ouvertement à cette idéologie.

La haine du capitalisme

Derrière de beaux slogans, cette dernière cache la haine du capitalisme et de la démocratie libérale, sans doute imparfaits, de nombreuses critiques pouvant leur être adressées.

Mais il est une réalité sans cesse niée par ces petits Lénine à iPhone : ils ont permis la plus grande et plus durable période de prospérité que l’humanité ait connue.

Depuis le XVIIIe siècle, le niveau de vie de la quasi totalité des êtres humains a connu une amélioration inimaginable. Et l’origine de cette prospérité est dénigrée et combattue par ceux-là même qui en vivent le mieux. Les intellectuels et les étudiants contemporains vivent une époque de richesse et de confort sans pareil qui permet de financer de longues études et des postes d’enseignement dont ils bénéficient. Ils sont les premiers à profiter d’un système qui a bénéficié à l’ensemble de l’humanité et ils s’acharnent à vouloir le détruire, le dernier exemple en date ayant été les opérations anti Black Friday menées par ces petits privilégiés.

Il y a de quoi être perplexe sur la raison de ce nihilisme sous filtre Instagram. Comment le socialisme peut-il encore susciter tant d’attraits, de ferveur, alors que le XXe siècle est parsemé d’échecs sanglants sans cesse répétés dans des tentatives de traduction de la promesse socialiste ?

Une nouvelle religion

Une des raisons qui peut être avancée est que, sous ses oripeaux scientifiques, le socialisme n’est pas une théorie pouvant être réfutée dans une démarche rationnelle ; elle est une religion.

L’adhésion au socialisme n’est pas le résultat d’une démarche reposant sur la raison mais une adhésion à une foi. Le drame est qu’il s’agit là d’une religion faussée, ne reposant sur rien. Attention, il n’est pas affirmé que toute religion ne soit qu’une vaste illusion, au contraire, elle repose sur une affirmation positive, par exemple l’amour de Dieu pour les chrétiens, la soumission à Dieu pour les musulmans. La foi socialiste, elle, repose sur le néant et l’échec.

Les théories sur lesquelles elle se fonde se sont toutes révélées fausses comme le matérialisme historique affirmé par Marx, et chaque tentative d’établir un nouveau diocèse n’a conduit qu’à l’échec et à des horreurs sans nom. Horreurs qui perdurent encore, des camps de concentration chinois aux chambres à gaz nord-coréennes.

Si la magie, ou plutôt la mystification, continue d’opérer c’est parce que cette vieille idée a reçu tout au long de son existence, et encore aujourd’hui, un soutien indéfectible de la part d’esprits brillants dévoyant leurs sagesses pour une bien mauvaise cause. Ils ont réussi à dépasser l’échec apparent de la révolution en proposant d’autres pistes.

Un exemple connu est celui de la théorie de Gramsci proposant de détruire le système de l’intérieur en l’infiltrant (solution rêvée par nos révolutionnaires gâtés d’aujourd’hui). Ils ont également cherché à cacher les failles de leur système, le grand rien au cœur du socialisme, sous des montagnes de rhétorique et d’arguments tellement obscurs que la raison ne peut plus les atteindre, comme s’ils s’étaient cachés au fond d’un trou noir où les lois de la physique ne s’appliquent plus. Surtout, ils manient à merveille l’arme de la censure et de l’exclusion.

Pour comprendre leurs théories, il faut d’abord en être convaincu, ou plutôt converti. Quiconque cherche à les questionner de façon trop contradictoire est quelqu’un qui ne veut pas comprendre, qui leur est hostile. Si vous êtes opposé au socialisme alors vous êtes forcément un fasciste, et on ne dialogue pas avec un fasciste. Soit vous faite partie des élus, soit vous êtes au mieux un imbécile, voire un ennemi.

Un sentiment de supériorité morale

L’autre raison qui assure le succès de cette doctrine, qui encore aujourd’hui empoisonne bien des campus universitaires, aux États-Unis comme en France, c’est qu’elle flatte l’ego. C’est être à la fois du côté des opprimés et titulaire d’un savoir extraordinaire, une vérité absolue, non réfutable.

Une vérité tellement forte qu’elle échappe aux contingences de notre monde, et contre laquelle aucun fait ne peut prévaloir. Tout soi-disant échec du socialisme peut s’expliquer, soit par la théorie socialiste, soit par sa mauvaise application ou son dévoiement, ou encore par l’action de traîtres/ennemis (théorie du complot utilisée par Staline entre autres). Le réel ne peut avoir d’emprise sur l’idéal socialiste.

Ainsi, beaucoup de personnes intelligentes succombent aux sirènes du socialisme. Ce dernier leur offre un idéal, ou plutôt une foi, qui flatte leur orgueil tout en les protégeant du réel qui pourrait les mettre face à leurs contradictions. Au fond, le socialisme est un énième avatar des sectes gnostiques qui pullulaient aux premiers siècles du christianisme, confirmant ainsi Chesterton lorsqu’il affirmait :

« Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles. »

Contrepoints a besoin de vous !

Par Contrepoints

Toute l’équipe de Contrepoints vous souhaite de très belles fêtes de fin d’année. Nous espérons que vous allez les passer entourés de votre famille et de ceux qui vous sont chers.

C’est l’occasion pour chacun d’entre nous de faire le point sur l’année qui s’achève et votre journal n’y échappe pas.

 

VOTRE JOURNAL EN 2019

 

Notre raison d’être est plus que jamais d’actualité : faire que les idées et les solutions libérales soient lues par le plus grand nombre afin de construire le soutien démocratique nécessaire à (enfin !) réformer notre pays en profondeur.

Grâce à votre soutien, en 2019, Contrepoints demeure le journal réformateur de premier plan en France, offrant une perspective libérale sur la politique, l’économie et la culture.

Pensez donc :

  • 21 millions d’articles lus, soit 6 % de plus qu’en 2018 ;
  • 2500 nouveaux articles, soit 7 publiés chaque jour ;
  • Plus de 1000 auteurs bénévoles.

Et une très bonne nouvelle :

  • 952 000 lecteurs uniques par mois, soit 26 % de plus qu’en 2018.

26 % de lecteurs en plus en une seule année !

Oui, la situation que traverse notre pays est inquiétante. Mais le fait que vos idées soient de plus en plus lues et vos valeurs soient de plus en plus partagées doit aussi être un magnifique signal d’espoir.

Dans le combat que nous menons grâce à vous pour un pays meilleur, nous n’avons paradoxalement plus le temps pour les paris politiques et les raccourcis hasardeux. Il nous faut convaincre chaque esprit, persuader chaque cœur en exposant le maximum de nos concitoyens à nos diagnostics et remèdes libéraux.

Justement :

  • L’année dernière, nous vous promettions davantage d’articles positifs. Promesse tenue : nous offrons maintenant à nos lecteurs plus qu’une critique de l’échec social-démocrate actuel mais aussi des solutions libérales et des exemples de réformes effectuées avec succès dans d’autres pays ;
  • Nous vous promettions aussi la création d’un podcast. Promesse tenue : nous avons maintenant une émission de radio à la demande pour traiter de manière nuancée des sujets plus complexes ;
  • Nous vous confions enfin notre désir d’investir les réseaux sociaux. Promesse tenue : à partir de la mi-2019, nous avons engagé un responsable de nos réseaux sociaux. Vous êtes maintenant 22 000 et 58 000 à nous suivre sur Twitter et Facebook respectivement, soit +10% et +7 % respectivement en 6 mois de travail.

 

NOTRE TRAVAIL EN 2020

 

L’année qui s’achève fut une année de croissance pour votre journal mais Contrepoints doit faire davantage en 2020 et

  • Produire des enquêtes originales sur les sujets qui ne sont pas traités par les autres journaux ;
  • Relancer notre chaîne YouTube pour atteindre les citoyens de demain ;
  • Doubler notre production de contenus « maison » traitant l’actualité sous un angle libéral clair et proposant des solutions aux problèmes du pays.

Nous avons besoin d’un budget total de 160 000 euros en 2020 pour que la rédaction de Contrepoints continue son travail et touche des millions de lecteurs supplémentaires.

À ce jour, nous n’avons collecté que 32 920 euros. Nous sommes donc loin du compte. Pas d’inquiétude cependant : les fêtes de Noël sont la période à laquelle nous récoltons 90 % de notre budget.

Si vous nous lisez, si vous êtes satisfaits de nos résultats, pouvons-nous vous demander d’être notre bienfaiteur en faisant un don à l’association Liberaux.org qui publie Contrepoints s’il vous plait ?

Nos coûts salariaux sont réduits au maximum avec deux journalistes (l’une en semaine, l’autre le week-end) et un rédacteur-en-chef. Des auteurs au caricaturiste en passant par les éditeurs, tout le reste de la rédaction est bénévole.

 

SI VOUS NOUS LISEZ…

 

… et si vous trouvez que notre travail quotidien a de la valeur, puis-je vous demander de nous soutenir cette année encore dans VOTRE succès ?

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Éloge du libéralisme

Par Alain Madelin

Par Alain Madelin.

Voici un titre devenu aujourd’hui quelque peu provocateur : Éloge du libéralisme.

C’est celui du dernier livre de Joseph Macé-Scaron publié aux éditions de l’Observatoire. En moins de 130 pages érudites, voici notre Joseph jouer pour notre bonheur avec les mots. Le voici ridiculiser les adversaires prétentieux du libéralisme et décaper leurs poncifs dans un style flamboyant.

Nous voilà hélas docilement soumis aux aléas et aux humeurs de l’époque. Soumis à une pensée moutonnière placée sous le règne des grandes peurs et des fanatiques verts de l’apocalypse. Soumis aux arguments anti-libéraux les plus éculés que l’on ressort de la naphtaline idéologique. Soumis à un politiquement correct ridicule qui nous envahit depuis les États-Unis.

Où sont passés les libéraux ?

« Pfff. Disparus, évanouis, enfouis les libéraux » constate Joseph Macé-Scaron. Et ce au moment où – nous dit-il – on a vraiment besoin d’eux. Au moment où nous « cabotons sans boussole sur une mer d’incertitude le long de rivages hostiles. »

Curieux destin en effet que celui des idées libérales. La chute du mur de Berlin signait la victoire des droits de l’Homme, de la démocratie et de l’état de Droit, de la grande société ouverte sur tous les replis nationalistes et les aventures totalitaires. Et pourtant, 30 ans plus tard voici le « droit de l’hommisme » devenu une injure, l’état de Droit vilipendé comme étant le gouvernement des juges contre la volonté populaire, l’individualisme libéral accusé de tous les maux.

Suivre l’auteur de cet éloge du libéralisme dans son itinéraire personnel au cœur du monde libéral, de son histoire et de quelques-unes de ses figures est un exercice bien roboratif par les temps qui courent.

Il ne s’attarde guère sur l’économie, sauf pour se moquer d’un illibéralisme mondain, « un truc de riche », nous dire aussi à quel point dans un monde aussi réglementé ou interventionniste que le nôtre il est difficile de parler des échecs d’un marché libre. Pour rappeler encore que dans une époque de profonde mutation comme la nôtre où quand il nous faut adapter tant de choses à ce nouveau monde en gestation il n’y a « rien de tel que les idées libérales pour y parvenir car le libéralisme part du réel ».

Non, ce qui retient l’attention de Joseph Macé-Scaron, au-delà de l’économie ce sont les aspects philosophiques ou politiques du libéralisme.

Défendre la raison

Face au totalitarisme islamique, au totalitarisme chinois, aux nouveaux monstres froids, défendre le libéralisme c’est défendre les libertés politiques et les libertés publiques. C’est défendre la raison. Car il existe nous dit-il « un pacte pluri-séculaire entre la grandeur du libéralisme et la primauté de la raison ». La raison des Lumières. La raison qui s’est évadée des débat politiques. La raison contre les foules numériques. La raison pour « corriger les bêtises si nombreuses que l’on entend ». La raison pour défendre le progrès et la science. À une époque où « un scientifique qui n’est pas convaincu de la fin proche de notre planète, qui ne communique pas dans la pensée magique, est forcément corrompu ou acheté par le grand Satan des lobbies ».

Il est un chapitre de ce livre particulièrement bien vu. « À plusieurs reprises, le pape François s’inscrit dans la ligne de ses prédécesseurs (du XIXe siècle) pour faire le procès du libéralisme ».

On n’a pas trop pris garde « que chaque intervention pontificale soulignait l’urgence d’éteindre les Lumières au plus vite. Salaud de XVIIIe siècle, invariablement présenté comme la matrice d’où sont sortis ces quatre cavaliers de l’Apocalypse que sont le consumérisme, l’égoïsme, le relativisme éthique et l’hédonisme radical ».

Cette réaction catholique mérite que les libéraux s’y intéressent car elle semble bénir l’étrange coalition des adversaires si nombreux du libéralisme, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, de l’écologie religieuse aux dirigistes de toutes obédiences.

Haut les cœurs, semble dire Joseph Macé-Scaron aux libéraux qu’il invite à être plus que jamais eux-mêmes. Convaincu que le monde a plus que jamais besoin des valeurs et des idées libérales.

Tonique, rafraîchissant et bon pour le moral.

Joseph Macé-Scaron, Éloge du libéralisme, éditions de l’Observatoire, 2019, 126 pages.

 

Le milliard d’euros alloué à la cause des femmes sert-il à d’autres actions de l’État ?

Par Louise Alméras
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Par Louise Alméras.

Le nouveau budget voté dans le cadre du projet de loi de finances semblait prometteur avec son gros milliard d’euros consacré à l’égalité entre les femmes et les hommes. Mais dans le « Document de politique transversale » (DPT) joint au projet de loi, la raison de cette somme mirifique apparaît tout autre. Plus de 70 % du budget est destiné aux pays en voie de développement… La politique transversale du pays est-elle davantage synonyme de politique étrangère ? Ou bien le gouvernement s’est-il trop emballé face à l’annonce du montant du budget ?

 

Fini le budget sensationnel consacré à la cause des femmes ! La nouvelle n’a pas plu aux féministes et à la secrétaire d’État chargé de l’égalité hommes-femmes, Marlène Schiappa. Le Premier ministre s’en était encore fait l’écho ce lundi à l’issue du Grenelle contre les violences conjugales. Édouard Philippe avait déclaré : « Plus d’un milliard d’euros » est alloué à « l’ensemble des actions pour l’égalité entre les femmes et les hommes, dont 360 millions sur la lutte contre les violences faites aux femmes. »

Un propos déjà communiqué par Marlène Schiappa dès le 6 octobre dernier, évoquant même « un chiffre historique ». Il s’agissait rien moins que de doubler le budget pour l’année 2020. Les féministes se sont senties trahies, voire manipulées.

Le Sénat s’explique sur le budget dédié à la lutte contre les violences faites aux femmes

 « Vos rapporteurs reconnaissent les efforts entrepris par le gouvernement sur ce sujet, qui est cependant parfois enclin à s’attribuer la création de mesures déjà existantes ou à faire fi des politiques passées. »

Voilà comment les sénateurs ont répondu aux conclusions du gouvernement sur le sujet des violences conjugales. Non sans ironie d’ailleurs.

Du budget annoncé, seuls 13,3 millions sont destinés à la lutte contre les violences faites aux femmes. Soit moins que l’an dernier. Féministes et gouvernement se sont donc, à juste titre, tous ensemble indignés. Car le Sénat s’est empressé de rétablir la vérité sur la signification réelle du budget évoqué, produisant un document le 21 novembre, le jour même où se tenait le Grenelle. Était-ce un mensonge du Sénat ou une mauvaise compréhension du budget de la part du Gouvernement ?

Les rapporteurs du DPT expliquent donc que

« le montant de 1,116 milliard évoqué par le ministère correspond non pas à des crédits de paiement, pouvant être consommés dans l’année, mais à des autorisations d’engagement qui constituent la limite supérieure des dépenses pouvant être engagées et pouvant être échelonnées sur plusieurs exercices budgétaires. »

Les seuls crédits disponibles pour l’année à venir s’élèvent donc à 557,8 millions d’euros.

Or, cette explication n’est que partiellement explicite et justifiée, puisque la différence entre les deux montants ne concerne que l’étalement du budget alloué à la politique extérieure. Pour la seule année 2020, celui-ci correspond à plus de 282 millions d’euros, soit un peu plus de la moitié de l’enveloppe totale. La réaction de Caroline de Haas sur Twitter résume très bien le sentiment éprouvé à la lecture du document : « On va de surprise en surprise. Le niveau d’escroquerie est tout simplement incroyable ».

Un budget écran de l’action diplomatique de l’État ?

Alors que les associations pour la défense des femmes sont de plus en plus sollicitées, que les demandes augmentent, le Sénat paraît avoir utilisé cette cause nationale à d’autres fins. Ou plutôt à une fin bien précise : investir sur le continent africain. Mais il ne le dira pas. Cette découverte se trouve paradoxalement dans le chapitre intitulé : « Le Programme 137 « Égalité entre les femmes et les hommes » : une priorité politique qui doit se traduire en actes. »

Les sénateurs rapporteurs de cette commission n’ont pas d’embarras à s’interroger sur la « suppression d’un indicateur de performance visant à mesurer le taux d’appels traités par le collectif féministe contre le viol » due à des manques de moyens financiers. Dédain plutôt que soutien, donc.

Le détail du budget de la politique transversale est ensuite révélé.

On y découvre alors que, très précisément, 74,7 % du budget est destiné à l’action diplomatique et à l’aide aux pays en voie de développement. La part de la lutte pour l’égalité entre les hommes et les femmes est de 2,6 % sur 1,116 milliard. Selon Caroline de Haas, ce budget est destiné au Fonds africain de développement (FAD), « parce que 75 %, c’est la part des projets de la FAD obtenant des résultats satisfaisants en terme d’égalité. »

Ce n’est pas tout.

Sur le reste du budget 2020 — les 50 % des 557 millions après distribution à l’étranger — sont destinés au salaire des enseignants à hauteur de 138 millions, dont on estime qu’ils évoquent l’importance de l’égalité entre les femmes et les hommes dans leurs cours.

Les sénateurs ont ensuite tenté de se justifier. Ils ont décrété qu’il leur avait été impossible d’estimer une action en faveur de la lutte contre les violences faites aux femmes, avant d’avoir les résultats et les propositions issues du Grenelle. Des mots et des considérations plus que contradictoires et mensongers quand on lit de près le chapitre dédié dans leur rapport.

Que l’on invoque une cause pour en défendre une autre n’est pas nouveau. C’est tout l’art de la politique. Cela a même été le début de la colère des Gilets jaunes : la taxe sur le carburant venait sauver l’écologie. Cette fois, la cause des femmes cache un investissement important en Afrique, pour la diplomatie, le rayonnement culturel et l’aide au développement.

Une cause qui n’est pas nationale, qui se fiche de celle-ci d’ailleurs, bien au-delà du simple combat en faveur des femmes. Autrement dit, maintenir le pouvoir de l’État est plus important pour lui-même et plus urgent que la détresse de la population. En maintenant celle-ci, d’ailleurs, il renforce également son pouvoir. Zarathoustra aurait même dit que

« l’État est le plus froid des monstres froids : il ment froidement ; et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : « Moi l’État, je suis le peuple ».

 

Salon Milipol : des entreprises privées en charge de sécurité nationale ?

Par Théophile Gacogne

Par Théophile Gacogne.

Le salon Milipol est un événement international consacré à la sûreté et à la sécurité intérieure des États. Le dernier en date s’est tenu à Paris-Nord Villepinte, en Seine-Saint-Denis, du 19 au 22 novembre dernier. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, était sur place le jour de son ouverture, et a réaffirmé son engouement pour un partenariat entre l’État et le secteur privé afin d’assurer au mieux la sécurité sur le territoire.

Le salon s’inscrit clairement dans cette logique de coopération, puisqu’il est le fruit d’un partenariat public/privé. Il s’agissait donc de l’occasion parfaite pour relancer le débat sur ce sujet parfois épineux.

Le Salon Milipol et la collaboration État/secteur privé

Le salon Milipol est organisé par le Groupement d’Intérêt Économique éponyme constitué de plusieurs entreprises, dont Thales et CIVIPOL.

CIVIPOL est une société de droit privé dont l’actionnariat est majoritairement public et qui travaille sur des projets allant de séminaires sur le faux-monnayage en Ile-de-France à la réforme de la police au Myanmar (ex-Birmanie), en passant par un projet d’assistance contre le crime transnational organisé en Amérique latine.

Le salon de Paris s’organise aussi en étroite collaboration avec le ministère de l’Intérieur, et également avec l’aide du ministère de l’Économie et des Finances, et en partenariat avec tous les organismes concernés de près ou de loin par les questions de sécurité et de sûreté, de la Police nationale à Interpol, en passant par la Gendarmerie nationale ou encore la Direction Générale de Sécurité et de la Gestion de crises, et bien d’autres. On comprend donc bien que cette idée de partenariat de l’État avec le secteur privé concernant la sûreté et la sécurité n’en est plus à ses balbutiements.

Le salon a accueilli plus de 1100 exposants dont plus de la moitié venait de l’étranger, et plus de 30 000 visiteurs dont 45 % d’internationaux. Les sujets traités sur le salon sont vastes, et vont de la sécurité routière à la protection des frontières, en passant par la sécurité bancaire ou encore la protection des données, mais aussi la veille industrielle, la lutte anti-terroriste, et de nombreux autres sujets.

La collaboration entre l’État et le service privé est déjà bien développée dans certains de ces secteurs, et si le fait de déléguer des tâches relatives à la sécurité des citoyens à des sociétés privées peut soulever des doutes et faire pousser des hauts cris à ses détracteurs, si l’on écoute le ministre de l’Intérieur, il faut tout de même considérer cette option comme une solution pouvant satisfaire l’intérêt général si elle est mise en place correctement.

C’est d’ailleurs l’un des enjeux du Livre Blanc sur la sécurité intérieure qui devrait être présenté en début d’année. Le concept est à l’étude depuis bien longtemps.

Un rapport de 2018 sur le sujet rédigé par la députée LREM Alice Thourot et l’ancien chef du RAID Jean-Michel Fauvergue conseillait entre autres de remplacer l’État par des services privés pour des missions comme la protection de certaines personnalités, le transfert de détenus non dangereux, les gardes statiques, et autres actions de ce type.

Catherine Piana, la directrice générale de la Confédération européenne des Services de Sécurité, a également rappelé que les sociétés privées occupaient déjà en partie des positions complémentaires à celles des employés de l’État, et que l’évolution de ce partenariat passerait par la formation :

ces forces sont présentes sur plein d’endroits publics où la police ne se trouve pas, centres commerciaux, stades, sièges d’entreprises […] Quand elles voient des choses non régulières, elles pourraient être formées à transmettre les informations.

Des ressources humaines et technologiques importantes

Ouest-France rapporte que selon un rapport de 20018 de la Cour des comptes, le secteur privé de la sécurité représentait en 2016, 168 000 salariés répartis dans plus de 11 000 entreprises.

Sur la même année 2016, les effectifs de la police nationale et municipale, de la gendarmerie, des réservistes et des forces Sentinelle représentaient 303 000 individus. C’est moins de deux fois l’effectif du secteur privé.

Un partenariat plus important entre ces deux sources de main-d’œuvre qualifiée serait donc une aide précieuse pour l’État, mais aussi pour le secteur privé. Cela pourrait permettre de mieux organiser les ressources humaines de ces 11 000 entreprises, et ainsi optimiser leur efficacité et leur rendement.

Il en va de même pour la technologie. Le secteur privé possède un véritable pouvoir d’innovation pouvant permettre de développer des outils, des technologies ou des techniques répondant aux besoins en constante évolution dans de nombreux domaines touchant à la sûreté et à la sécurité.

L’État collabore d’ailleurs déjà avec de nombreuses entreprises publiques sur des projets communs dans la recherche et le développement. Au salon Milipol, le ministre de l’Intérieur a même insisté sur le fait que la sécurité de demain reposait sur l’innovation.

Par exemple, sur le stand du ministère de l’Intérieur était présenté un travail sur les empreintes olfactives, qui consiste à collecter les odeurs sur une scène de crime en vue de les analyser, et ainsi identifier des individus grâce à leur  signature olfactive unique. Ce projet de recherche est en cours depuis 2012 en collaboration avec des chercheurs en neurosciences de Lyon, une équipe de cynophiles, mais également l’École supérieure de parfums, de cosmétiques et d’arômes (ISIPCA) et l’École supérieure de physique et de chimie industrielle (ESPCI).

Un renforcement des partenariats public/privé faciliterait ce type de projet, et accélèrerait les processus pour une plus grande efficacité.

Un partage de ressources financières

Il ne faut pas sous-estimer le secteur privé à propos de sa capacité de financements parfois conséquents. Un partenariat de l’État avec le privé pourrait permettre dans une certaine mesure de partager certains frais, que ce soit au niveau du fonctionnement quotidien, de la recherche et développement, etc.

En plus de ces capacités de financement, le secteur privé peut aussi avoir développé certaines techniques pour rendre viables ses activités, de manière à dégager un profit pouvant être réinvesti dans un second temps dans la recherche. Toujours selon le rapport de la Cour des comptes, les activités du secteur privé auraient été peu rentables en 2016, en partie à cause d’une forte compétition qui tire les prix vers le bas, et affecte parfois la qualité des services.

Des partenariats plus systématiques avec l’État permettraient une meilleure organisation et un soutien dans la structure du secteur. Les ressources financières des deux secteurs pourraient donc être utilisées plus efficacement, tout en offrant un service de meilleure qualité, et donc en assurant une sécurité plus importante pour les concitoyens.

Selon Claude Tarlet, président de la Fédération Française de la Sécurité Privée, les entreprises et les entrepreneurs seraient à même d’apporter des réponses concernant les questionnements d’organisation économique pour ces partenariats :

Il ne faut pas tout attendre de l’État […] La sphère économique doit être organisée par les entrepreneurs eux-mêmes.

L’accent sur la formation et la reconnaissance

Que ce soit au niveau du modèle économique, de l’optimisation des ressources humaines et financières, ou encore au niveau des capacités et de l’efficacité des personnes impliquées, c’est la formation qui pourrait faire la différence dans les années à venir.

La députée LREM Alice Thourot a pour cela proposé un cursus de formation unique pour les deux secteurs afin d’uniformiser les niveaux de compétences, et permettre aux acteurs du public et du privé de mieux se connaître pour mieux collaborer et travailler ensemble sur le terrain. Elle a également rappelé la nécessité d’attirer davantage de monde dans ces secteurs d’activité, en rendant les postes attractifs en termes de conditions de travail ou de reconnaissance.

À propos de reconnaissance, il a été évoqué la possibilité d’une certification qui serait accordée aux entreprises privées offrant des services répondant à des standards de qualité précis. Les entités détentrices de cette certification pourraient alors se voir confier des missions par l’État, et ainsi collaborer pour une sécurité générale plus efficace.

Cela permettrait un contrôle de l’État pour garantir que les équipes partenaires soient à la hauteur des tâches qui leur sont confiées, et pousserait le secteur privé tout entier à améliorer la qualité de ses services. La compétition se ferait alors sur les compétences et le rapport qualité/prix des services proposés, et non plus sur le prix le plus bas pour un service de qualité moindre.

Des exemples positifs chez les voisins

Pour Alice Thourot toujours, nous aurions beaucoup à apprendre de certains autres pays, notamment en Europe du Nord, sur les partenariats de l’État avec le secteur privé dans le domaine de la sécurité du territoire :

Dans d’autres sociétés, dans les pays nordiques, l’Espagne ou la Belgique, la relation est peut-être plus mature, plus aboutie.

Elle évoque « un mouvement » et « une envie d’avancer ensemble de la part du secteur », ce qui apparemment manque encore en France. La formation approfondie et le cursus unique permettraient d’œuvrer en ce sens, et ainsi se mettre au niveau des voisins ayant réussi leurs partenariats.

Conclusion

La sûreté et la sécurité dans l’Hexagone est un sujet si sensible qu’il est normal que le la délégation d’une partie des responsabilités de l’État à des organisations privées soulève des questions et des problèmes de fond ; il convient tout de même de prendre en compte le fait qu’il soit possible de l’organiser de manière à mettre l’intérêt général au cœur des problématiques et des débats.

  • comment s’assurer que les intérêts publics ne soient pas négligés au profit des intérêts privés ?
  • comment sera effectué le contrôle des compétences des différentes entreprises auxquelles seront confiées des tâches importantes ?
  • quel sera le modèle économique utilisé ?

Tant de questions qui devraient trouver réponses dans le Livre Blanc sur le sujet et attendu pour début 2020. En attendant, restons ouverts à l’idée, en gardant en tête que la sécurité de tous doit rester au cœur des préoccupations tout au long de ce débat.

Précarité étudiante : le gel des loyers des résidences n’est pas la solution miracle

Par Clément Pitton

Par Clément Pitton.

Le gouvernement a récemment annoncé son intention de réduire les loyers des résidences étudiantes ou en tous cas, c’est l’effet d’annonce qu’il a voulu créer.

Malheureusement et précision oblige, le gouvernement a annoncé réduire uniquement les loyers des résidences universitaires. C’est assez logique in fine puisque ce sont les seules résidences que l’État gère réellement mais cela réduit diablement l’effet d’une telle décision.

Le système des résidences universitaires ne représente que 175 000 logements soit à peu près autant que les résidences privées (entre 140 et 150 000 logements) mais surtout à peine 10 % du parc de logements étudiants (1,5 million d’étudiants). De ce point de vue là, il convient de garder en tête que les résidences universitaires ne répondent positivement qu’à environ 5 % des demandes de logements qui lui sont faites.

 

Un geste politique qui se réduit à un effet d’aubaine

Si le symbole est fort, la faible proportion des résidences universitaires dans le parc de logements étudiants démontre à elle seule que ce geste, pour aussi louable qu’il soit, ne concernera qu’une infime part d’étudiants.

La portée symbolique de ce geste pose d’autant plus question que les étudiants concernés sont déjà finalement assez avantagés par rapport aux autres puisqu’ils ont déjà la chance d’être logés dans des résidences universitaires dont les tarifs, fortement subventionnés, sont déjà très avantageux.

Cette mesure revient donc à accroître les avantages de certains mais sans aucunement changer le sort de la majorité des étudiants.

Effet d’aubaine pour ceux qui en profiteront, effet d’annonce pour le gouvernement mais surtout coup d’épée dans l’eau du point de vue de l’efficacité des politiques publiques.

 

Le mythe de l’État nounou contre la précarité étudiante

Derrière cet effet d’annonce, se cache un mythe solidement ancré dans l’imaginaire collectif français, celui de l’État nounou.

Nombreux sont ceux qui sont persuadés que les résidences étudiantes constituent une sorte de service public assuré par l’État et les bailleurs sociaux.

Si cette croyance fleure bon la collectivisation des moyens de production, elle est aussi datée que la philosophie politique qui la sous-tend.

Cela fait en effet de nombreuses années que l’État et le CROUS n’ont plus les moyens de répondre aux besoins de logements des étudiants ; et quand bien même ils les auraient, tout le monde a conscience que ce n’est pas son rôle ni une bonne solution.

Gérer des logements est un métier de terrain qui nécessite une grande réactivité, des équipes motivées et beaucoup de pragmatisme, qualités qui coïncident rarement avec une organisation de type administrative.

Le logement étudiant est donc depuis longtemps un secteur largement privé sur lequel une mesure de « fixation administrative des prix » à la mode plan quinquennal des années 1960 n’a que peu d’effets.

 

La fixation des loyers, une illusion qui ne fait plus illusion

Si la fixation administrative et autoritaire des prix avait fonctionné, cela ferait longtemps qu’il n’y aurait plus d’inflation au Vénézuela.

Si cela est valable au niveau macro-économique, cela l’est tout autant pour les loyers. Les acheteurs n’étant pas masochistes et les vendeurs poursuivant leur intérêt individuel de vendre toujours plus, la montée des prix s’explique dans l’écrasante majorité des cas par un manque d’offres.

Dans ce contexte, bloquer les prix a un double effet pervers.

  • d’une part, il ne répond en rien aux besoins de ceux qui ne sont pas servis et profite in fine uniquement à ceux qui avaient déjà la chance de l’être. Cet effet d’aubaine devient pervers à partir du moment où ceux qui profitent ainsi de conditions très avantageuses n’ont pas intérêt à réguler leurs consommations et continuent à consommer de grandes quantités d’un produit alors que, si le prix avait été « juste », leur consommation se serait réduite. C’est ici l’exemple typique du locataire âgé occupant un logement social qui reste dans un appartement devenu trop grand pour lui mais dont il ne veut pas se départir, son loyer étant très avantageux. Ces comportements individuels conduisent indubitablement à accentuer une situation de sous offre ;
  • d’autre part, cela limite le profit d’éventuels nouveaux entrants et restreint l’intérêt d’investir pour accroître les capacités de production alors même que les acteurs en place n’ont eux pas intérêt à renouveler ou améliorer leur offre, l’absence de nouveaux entrants leur garantissant une situation monopolistique. Dans le domaine du logement, il faut se souvenir que la principale loi de fixation des loyers (loi de 1948) a conduit à un sous investissement chronique des bailleurs avec des appartements qui se dégradaient au point de devenir insalubre tandis que les investisseurs fuyaient le secteur du logement.

Il est rageant et dommage de constater que cette analyse simple et de bon sens, confirmée par des décennies d’étude de l’action des politiques publiques continue à être envisagée sérieusement alors qu’il ne fait illusion à personne qu’il s’agit là uniquement d’effets de manche à des fins purement politiques.

 

Le secteur privé, véritable levier d’action

Si le gouvernement veut réellement agir pour résoudre la crise du logement étudiant, seul le secteur privé est de nature à relever le défi. Seul le secteur privé dispose de la capacité de mobilisation de fonds, de la dynamique et de la puissance d’exécution nécessaires pour inverser durablement la tendance.

Le développement important et en à peine dix ans des résidences privées qui représentent aujourd’hui un parc presque équivalent aux résidences universitaires beaucoup plus anciennes est un exemple frappant de l’efficacité de l’initiative privée.

 

La libération du marché et des relations bailleurs/locataires comme clé de voûte

Agir sur le marché  du logement étudiant peut se faire assez simplement.

D’abord en agissant sur l’offre afin que le secteur privé mette sur le marché des logements supplémentaires à destination des étudiants :

  • réduction des contraintes de construction de nouveaux logements,
  • réduction des recours contre les permis de construire,
  • incitation des propriétaires à louer leurs logements en sécurisant mieux les relations bailleurs/locataires …

Au-delà de l’offre, l’État doit aussi veiller à une correcte distribution des logements. Nombreux sont les étudiants exclus des locations car ils ne fournissent pas suffisamment de garantie pour les bailleurs dans un système qui rend très complexes les expulsions des locataires indélicats.

À trop encadrer les relations contractuelles entre bailleurs et locataires, l’État et les gouvernements successifs ont obtenu une situation où les locataires les plus fragiles sont les premières victimes d’un système censé les protéger car les bailleurs refusent tout simplement de leur louer des logements.

 

La nécessaire fin du mythe de l’étudiant assisté

S’il ne s’agit pas de négliger les difficultés quotidiennes de nombreux étudiants, il convient quand même de se rappeler que les études constituent un des meilleurs investissements qu’il soit possible de faire dans sa vie.

Accomplir des études de haut niveau procure généralement une meilleure position sociale, de forts gains salariaux sur l’ensemble de sa carrière professionnelle et permet d’occuper des postes plus confortables.

Opter pour une vision des études comme celle d’un investissement sur l’avenir permettrait de sortir de ces discussions sans fin consistant à critiquer constamment un des systèmes universitaires les plus généreux et les moins chers de la planète.

Cela permettrait de justifier de réaliser des emprunts, faire des sacrifices et de consentir un investissement conséquent.

Cela permettrait aussi de poser la question de la fixation du prix des études alors qu’il est indéniable que le système de gratuité incite à une sous efficience du système avec des formations maintenues malgré l’absence de débouchés.

Grève SNCF : 12 raisons de ne pas prendre les Français en otage et de réformer

Par Nicolas Lecaussin

Par Nicolas Lecaussin.
Un article de l’Iref-Europe

Le jeudi 5 décembre, la France sera une nouvelle fois bloquée à cause des grèves dans les transports publics. Une fois de plus, les syndicats des entreprises publiques vont prendre en otage tout un pays afin de défendre, selon eux, les « droits acquis » qui sont en réalité d’énormes privilèges payés par les contribuables. À quelques jours de la grève, voici, selon deux nouveaux documents (le récent rapport de la Cour des comptes et un site de la SNCF), d’autres informations sur la situation de cette entreprise et sur les avantages dont bénéficient les agents qui y travaillent.

Rappelons aussi que la SNCF reçoit environ 13,5 milliards d’euros de subventions publiques par an.

1. Temps de travail à la SNCF : 1589 heures/an en 2018 alors que les agents travaillaient 1736 heures/an en 1990. Ils travaillent donc en moyenne moins de 35 heures par semaine (35 heures par semaine équivaut à 1607 heures par an)

2. Le taux d’absentéisme atteint 42,7 jours/an chez les commerciaux en gare selon la Cour des comptes et 27,2 jours pour les contrôleurs. Rappelons que dans le privé, il est de 17 jours par an. La Cour estime que l’augmentation du taux d’absentéisme à la SNCF entre 2012 et 2017 représente l’équivalent de plus de 700 emplois.

3. Le système de rémunération est basé en particulier sur l’ancienneté. La rémunération et les primes augmentent avec les années. Les règles d’avancement étant automatiques, la Cour a pu constater que sur deux années, 2016 et 2017, pas moins de 84 % des agents permanents ont bénéficié d’une augmentation individuelle.

4. Les 10 rémunérations les plus élevées se situent entre 299 675 et 392 013 euros/net par an, soit 32 667 euros net/mois.

5. Parmi les nombreuses (environ 70 !) indemnités, primes et gratifications fixes ou variables dont les agents bénéficient, on peut relever une prime de fin d’année (PFA) équivalant au total mensuel du traitement, de l’indemnité de résidence et de la prime de travail, ou encore une gratification de vacances d’un montant uniforme de 400 euros augmentée d’un supplément familial. Les primes liées à la performance ne représentent que 3 % du total des rémunérations des agents.

6. Il existe une « prime d’intéressement aux performances de l’entreprise » accordée depuis 2015 et dont le montant moyen est de 489 euros. Difficile de comprendre comment on peut justifier une telle prime dans cette entreprise largement endettée et qui fonctionne grâce à l’argent public (13 milliards d’euros de subventions par an).

7. Il existe aussi de nombreuses primes aux dénominations farfelues comme « la prime pour détection de rails défectueux » dans le cas des personnels chargés du contrôle des voies, ou « la prime de parcours » dans celui des agents de conduite ou bien « l’intéressement à la verbalisation » instaurée en faveur des contrôleurs.

8. Entre 2012 et 2017, il y a eu 1575 départs volontaires à la SNCF. Mais ce « volontariat » a été accompagné d’une indemnité moyenne de 42 000 euros par individu.

9. Le total des cotisations patronales de retraite s’élève à 37,38 % du salaire brut au régime spécial de la SNCF, alors qu’il n’est que de 15,1 % dans le secteur privé (caisse nationale d’assurance CNAV + association des régimes de retraite complémentaire ARRCO), soit une différence de plus de 20 points.

10. La retraite est à partir de 57,5 ans pour les agents, et 52,5 pour les agents roulants.

11. Les avantages des salariés SNCF : jusqu’à 10 à 27 jours de congés supplémentaires, possibilité de télétravail, jusqu’à 850 à 1310 euros de primes, intéressement ou participation, self, tickets restaurant, mutuelle, prévoyance, salle de sport, crèche, parking, chèques vacances, tickets cinéma, subventions vacances, chèques cadeaux.

12. Nombre de jours congés : 28 et RTT : de 8 à 25. Total possible : 53 jours par an

Voilà donc au moins 12 raisons de ne pas prendre les Français en otage et de réformer cette entreprise en la privatisant et en l’ouvrant complètement à la concurrence.

Sur le web

Éducation en France : trop chère et peu efficace

Par Nicolas Marques
recherche éducation sciences enseignement

Par Nicolas Marques.
Un article de l’Institut économique Molinari

L’éducation et la formation en France ne sont pas bon marché. Alors que la collectivité dépense 155 milliards d’euros par an, nous n’arrivons qu’en 17e position parmi les 27 pays européens étudiés. Si la France se rapprochait des pays les plus efficaces dans l’adéquation avec le marché de l’emploi, elle pourrait économiser à qualité égale jusqu’à 43 milliards d’euros par an.

Si nous étions aussi bons que la Finlande, l’Islande ou la Norvège dans la lutte contre le décrochage scolaire, la proportion de personnes travaillant dans le domaine pour lequel elles ont été formées ou l’aptitude à fournir aux entreprises les profils qu’elles recherchent, nous pourrions réduire de 28 % nos dépenses éducatives. Cette non adéquation de notre système éducatif à l’emploi coûte chaque année de l’ordre de 2 % du PIB.

Lorsqu’on regarde dans les détails, les enjeux se posent dès le primaire et le secondaire. Nos chiffrages montrent que si la capacité à enseigner un socle commun de connaissance était aussi bonne qu’en Finlande ou Estonie, la France pourrait atteindre le même niveau avec 26 % de dépenses en moins.

Alors qu’on dépense 14 % du PIB par tête par élève dans le primaire et le secondaire, moins de 72 % des élèves n’ont aucune difficulté dans la compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences.

L’Estonie et la Finlande dépensent autant, mais 83 % des élèves n’ont aucune difficulté. Rien que sur ce volet, une économie de 28 milliards d’euros serait possible si la France se rapprochait du rapport qualité/prix des pays les plus efficaces.

Ce travail montre, une fois de plus, que dépense ne rime pas mécaniquement avec qualité. Nombre de nos voisins ont une gestion plus performante de leurs ressources en matière d’éducation. Ils s’appuient notamment sur des institutions de formation professionnelle, d’apprentissage et d’alternance plus efficaces.

Enjeu collectif

Paradoxalement, ce constat est une bonne nouvelle eu égard aux attentes en matière d’éducation et à la nécessité de limiter les dépenses et l’ampleur des déficits publics. Il montre qu’il serait possible de dépenser moins en France, tout en visant de bien meilleurs résultats.

Si l’on s’inspirait des caractéristiques communes aux pays les plus performants, on pourrait améliorer la qualité tout en réalisant des économies substantielles. C’est un enjeu pour la France qui a énormément investi dans l’éducation depuis des décennies, avec une dépense représentant de l’ordre de 6,7 % du PIB.

L’identification des domaines où il est possible de faire des économies tout en augmentant la qualité des prestations est un enjeu collectif, tout comme la mise en œuvre des processus permettant d’exploiter efficacement ces gisements d’améliorations.

Là aussi, l’enjeu est majeur en France. Depuis des décennies, nous avons cédé à la tentation jacobine consistant à penser l’éducation et sa démocratisation de façon centralisée. Les schémas organisationnels et les directives d’en haut se sont imposés, avec des programmes tatillons et une inspection académique veillant à leur respect par le corps enseignant.

Au niveau opérationnel, les directeurs d’établissements et les équipes enseignantes ont moins d’autonomie et de capacités d’adaptation que dans les autres pays de l’Union européenne. Les tentatives de tayloriser l’Éducation nationale ont contribué à démobiliser les personnels.

Au gré des alternances, les dirigeants de la rue de Grenelle cherchent à améliorer le retour sur investissement. Mais, jusqu’à présent, ils s’attèlent davantage aux problèmes visibles qu’à leur cause, la trop grande centralisation. L’enjeu n’est pas de corriger de façon centralisée les dysfonctionnements, tâche impossible, mais de donner les moyens à la communauté éducative de faire ce travail salutaire au niveau local.

Sur le web

Les exilées de la liberté

Par Radu Nechita
Roxana Necula

Par Radu Nechita.

Lors de la conférence organisée par Atlas en novembre 2019, Roxana Nicula a accordé une interview à l’équipe de Contrepoints. Il s’agit de la présidente de Fundación para el Avance de la Libertad, think tank fondé avec quelques amis, il y a quelques années.

Convaincue que la réflexion doit être suivie d’actions, elle a considéré nécessaire de s’impliquer dans la création d’un parti ayant le courage de proposer des politiques ouvertement libérales et de les appliquer ensuite, une fois gagnées les élections.

Roxana a retenu notre attention avec la présentation du film Venezuela : El Exillio Feminino, qui décrit la tragédie de quatre femmes vénézuéliennes qui avaient fui leur pays, naguère le plus riche de la région, aujourd’hui ruiné par les politiques socialistes de Chàvez et Maduro.

Parmi ces femmes, l’histoire de Laided Salazar semblait lui tenir un peu plus à cœur. Nous avons voulu en savoir plus et comprendre d’où venait toute la passion de Roxana dans la défense de la liberté et la dignité humaine des femmes vénézuéliennes.

La liberté, synonyme de propriété privée

Il n’avait rien de particulier ce beau jour de printemps de 1991 et tout aurait pu laisser penser que cette famille allait pique-niquer là, dans ce champ, au milieu de nulle part. Ou plus exactement, dans les Sous-Carpates roumains, ce qui revient au même pour bien d’entre nous. Tout à coup, la plus âgée des femmes s’agenouille et embrasse la terre, les larmes aux yeux.

« J’avais seulement 15 ans lorsque j’ai compris toute la souffrance cachée derrière le geste de Safta, mon arrière-grand-mère, une femme qui m’avait toujours impressionnée par son fort caractère. C’est à ce moment que j’ai perçu ce que c’est que de vivre dans une société libre, fondée sur la propriété privée de nos biens, de nos corps, du résultats de nos initiatives et innovations : tout simplement la possibilité de vivre notre vie. Cette image m’a accompagnée ensuite toute ma vie. Et c’est à ce moment que j’ai senti le désir de dédier ma vie à la défense de la liberté. Et pour moi, la liberté est synonyme de propriété privée », se souvient Roxana Nicula.

Roxana Nicula
Photo de la collection privée de Roxana Nicula

C’était la terre que Safta avait été obligée de céder au kolkhoze trois-quatre décennies auparavant, comme l’avaient fait quelques millions d’autres paysans roumains, l’alternative étant la déportation ou l’exécution.

« C’était pourtant une simple paysanne, sans éducation : elle a appris à lire et écrire en même temps que mon père, pendant qu’il était à l’école primaire. Vous voyez bien la menace qu’elle représentait pour le régime ! En réalité son crime était celui d’être la veuve d’un ancien maire libéral du village. »

Avant la chute du mur de Berlin, la vie de Roxana était celle de millions d’autres jeunes qui n’avaient aucun espoir de voir un jour la fin du régime communiste. À l’époque, le but était simplement de survivre sans y perdre complètement toute dignité et humanité.

« Oui, j’ai fait partie de la génération de sacrifice, j’ai grandi dans la Roumanie de Nicolae Ceausescu, qu’il voulait calquée sur le modèle de la Corée du Nord. J’ai connu les privations, les aliments rationnés, les files d’attente. En tant qu’élève, j’ai participé comme tout le monde aux soi-disant travaux patriotiques dans l’agriculture collectivisée, qui n’étaient que des travaux forcés. En même temps, j’ai eu la chance de grandir dans une famille qui connaissait et qui m’a expliqué la valeur de la liberté, de la propriété et de la responsabilité individuelles. Évidemment, j’ai été instruite de ne pas en parler en dehors de notre famille. Ultérieurement, j’ai compris aussi pourquoi ma sœur et moi n’avions pas le droit d’inviter des amis chez nous, dans notre appartement de 45 mètres carrés : parce que nous avions une des plus grandes bibliothèques du quartier, qui contenait beaucoup de livres interdits par le régime communiste. »

Rétrospectivement, l’on peut considérer que Roxana a tenu de son mieux la promesse qu’elle s’était faite. Après la chute du régime communiste, elle a commencé des études en droit, à l’Université de Bucarest et elle s’est impliquée aussi dans la vie politique.

Compte tenu de ses valeurs personnelles et familiales, il lui est paru tout naturel de s’orienter vers le Parti National-Libéral Roumain, qui depuis sa création (1875) et après sa refondation (1990) a été une des forces réformistes du pays. Son implication et sa passion ont été remarquées et sa carrière semblait toute tracée, probablement vers les plus hautes sphères de la politique roumaine.

Le destin en a voulu autrement

Ou peut-être, il s’agissait tout simplement d’une autre forme de passion : elle est tombée amoureuse de Juan, un ami de la liberté venu d’Espagne à Bucarest, pour la Conférence Internationale IFLRY (International Federation of Liberal Radical Youth), édition 1997.

Lorsqu’elle a essayé de lui rendre visite ultérieurement, elle a été refoulée à la frontière par des fonctionnaires qui avaient des instructions expresses de prévenir le « risque de mariages » des Espagnols avec des « extracommunautaires ». Une fois rejetée sa première demande de visa, il était évident que toute éventuelle demande ultérieure allait subir le même sort.

Afin de revoir celui qui deviendra son mari, Roxana a dû attendre encore un an et traverser clandestinement la frontière espagnole, déjouant ainsi la vigilance « justifiée » des douaniers espagnols.

Avec son mari, ils ont fondé la Fundación para el Avance de la Libertad, un think tank d’orientation libérale classique, qui promeut la liberté économique et sociale.

Elle est également co-fondatrice du Partido Libertario, le parti libertarien espagnol (2009).

« Cela perturbe un peu certains de nos amis libéraux de la droite conservatrice, tout comme les progressistes pour qui la liberté individuelle concerne seulement les choix de vie, autres que ceux économiques au sens strict. »

Parmi les accomplissements et les initiatives de son association, elle mentionne notamment la publication d’un indice de compétitivité fiscale, réalisé en collaboration avec deux autres associations : Unión de Contribuyentes (Espagne) et Tax Foundation (États-Unis). Roxana mentionne également les publications régulières de l’association, écrite « dans un style semblable à celui du Reader’s Digest », afin de toucher le grand public.

En ce sens, la Fundación para el Avance de la Libertad a commencé à aider ceux qui risquent leur vie pour la défense la liberté individuelle dans des environnements particulièrement hostiles (Nicaragua, Venezuela, Russie etc.).

La réussite la plus récente et un des projets très chers à Roxana est le support accordé à Laided Salazar. Les mass media hispanophones en ont beaucoup parlé. Une femme, capitaine-médecin, major de sa promotion, a eu l’audace ou l’inconscience de douter de certaines politiques de Nicolás Maduro, notamment la répression des manifestations étudiantes de 2014. Elle a été condamnée à huit ans de prison pour rébellion, sans que le tribunal militaire attende la présentation de preuves.

Laided a été emprisonnée pendant deux ans, suivis par deux ans d’assignation à domicile obligatoire. Elle a été soumise à des mauvais traitements assimilables à des crimes contre l’humanité. Enfermée dans l’obscurité totale, avec seulement 5 minutes de lumière naturelle par jour (que ses gardiens fixaient souvent après le coucher du soleil). Affamée, assoiffée et dépourvue de soins médicaux. Soumise à des tortures psychologiques déguisées en « rééducation ». Obligée de choisir entre recevoir des colis ou la visite d’un membre de sa famille. Attendre sept mois avant de revoir Rafael, son fils.

Son histoire devient publique seulement une fois transmise hors des murs de la prison, en l’écrivant avec de l’encre sympathique. Son état de santé devient critique. Le régime craint qu’elle ne meure en prison, raison pour laquelle il modifie sa peine en domicile obligatoire, sous la surveillance de quinze gardiens.

Après un an d’assignation à domicile forcée, Laided et Rafael arrivent à tromper la vigilance de leurs cerbères et traversent clandestinement la frontière vers la Colombie.

Les risques assumés étaient dans ce cas beaucoup plus grands que ceux assumés par Roxana deux décennies plus tôt : les garde-frontières vénézuéliens avaient ordre de tirer à vue sur les clandestins et la frontière n’était pas une simple ligne sur le sol mais une rivière.

 

Pour des raisons de mobilité, les deux fugitifs avaient pris le minimum d’objets personnels. Rafael n’a eu le droit d’emporter qu’un seul jouet. Il a choisi sa X Box, qu’il a soigneusement tenue au-dessus de sa tête, afin de la protéger de l’eau.

Leurs têtes sont mises à prix par le gouvernement de Maduro, qui ameute ses agents dans le pays voisin, dont le ELN (Ejército de Liberación Nacional / Armée de libération Nationale), un groupe de guérilla marxiste colombien, classé comme organisation terroriste par la Colombie, le Pérou, les États-Unis, et l’Union européenne. Malgré les changements fréquents de domicile, le gouvernement colombien les informe qu’il n’était plus en mesure d’assurer leur sécurité.

La Fundación para el Avance de la Libertad

C’est à ce moment qu’entre en scène la Fundación para el Avance de la Libertad, qui utilise tous les moyens légaux pour que les deux fugitifs obtiennent les documents d’identité et les visas – toujours ces fichus visas ! – pour pouvoir entrer en Espagne.

« Leur arrivée a été et, probablement, restera longtemps mon plus beau cadeau de Noël » confie Roxana, en se remémorant les interminables heures d’attente dans l’aéroport de Madrid, le 25 décembre 2018.

Roxana Necula
Photo de la collection privée de Roxana Necula

« Pendant leur vol trans-Atlantique, une fois que leur vie était sauve, mon mari et moi pensions à la suite des événements et à l’avenir de Laided et Rafael. L’idée qu’ils quittaient une maison conspirative seulement pour être enfermés et passer les fêtes dans un camp de réfugiés nous est semblé tout simplement inhumaine. Sans aucune hésitation, nous avions pris la décision de les inviter chez nous, dans notre appartement ».

 

Parce que l’épreuve de Laided n’est pas singulière et les autres cas pas aussi connus par les médias, l’équipe de Fundación para el Avance de la Libertad a décidé de faire un film qui peut être visionné ici, en espagnol, sous-titré en anglais.

Il donne la parole à quatre femmes qui, à l’instar de quatre millions de leurs compatriotes, ont dû prendre le chemin de l’exil pour fuir la répression et le désastre économique organisés par leur propre gouvernement.

Elle nous invite vivement de le partager sur tous les réseaux sociaux.

Irresponsabilité collective ou responsabilité individuelle

Les histoires personnelles de Roxana et de Laided, ainsi que celles de leurs pays d’origine ont plusieurs points communs.

Tout d’abord, comme l’a remarqué à maintes reprises Roxana, c’est l’importance cruciale des droits de propriété, non seulement pour le bon fonctionnement de l’économie ou la prospérité matérielle, mais surtout pour la dignité humaine. Ce n’est pas un hasard si la propriété privée a été la cible principale de tous les régimes totalitaires, par des nationalisations ou par des réglementations qui vidaient ce droit de tout contenu.

Un autre point commun est le rôle essentiel des idées dans l’évolution des événements. Les crimes dans les pays d’Europe de l’Est ou l’effondrement économique du Venezuela n’auraient pas été possibles sans la complicité active des intellectuels du monde occidental.

On reconnaît les étapes : les influencers vantent les mérites des démocraties populaires ou les succès du chavisme.

Ensuite, les mêmes ignorent ou accusent de mauvaise foi ceux qui mettent en garde contre les risques des mesures populistes, contre ceux qui apportent des témoignages du désastre.

Puis, finalement, après un éventuel silence gêné, ils alternent les excuses (ce n’était pas du vrai socialisme/chavisme), les accusations (c’est la main des Américains) et les nouveaux projets révolutionnaires (les révoltes du Chili).

Dans le pays d’adoption de Roxana et de Laided, la bataille des idées fait rage aussi. Le public hésite entre centralisation ou autonomie, irresponsabilité collective ou responsabilité individuelle, repli sur soi ou ouverture vers le monde etc. Ces deux femmes courageuses ont choisi depuis longtemps leur camp : celui de la liberté.

Roxana conclut :

« Pour défendre la liberté et être plus efficaces face aux collectivistes de toutes sortes, pour proposer des petites et de grandes réformes, il faut travailler avec les instruments politiques actuels, y compris avec des partis qui s’opposent en principe aux idées libérales et libertariennes.
Cependant, les partisans des libertés individuelles et de l’économie de marché ont la responsabilité de construire les alternatives politiques fondées sur ces principes.
Pourquoi ?
Parce qu’il faut être conscient que les partis qui n’ont pas des principes libéraux vont nous trahir à la première occasion. S’ils doivent négocier des alliances compliquées, ils renonceront toujours à tout ce qui tient à la liberté car cela ne fait pas partie de leurs fondements.
Toutefois, nous devons apprendre quelque chose des collectivistes : poursuivre nos idées avec fierté et confiance dans leur application pratique, sans leur dilution jusqu’à disparition dans des politiques de type social-démocrate.
C’est seulement ainsi que nous pourrons donner l’exemple et attirer des millions d’adeptes, par des faits et des émotions. Et l’exemple doit toujours commencer avec soi-même
 ».

Roxana Necula
Photo de la collection privée de Roxana Necula

P.S. À cette heure, Laided et Rafael continuent d’être les invités de Roxana et de Juan. Rafael a réussi à dépasser partiellement les traumas subis pendant ces années : il a recommencé à parler et, peut-être, à avoir confiance en d’autres personnes.

 

Retraites : le grand sophisme

Par Gérard Maudrux

Par Gérard Maudrux.

70 % des Français soutiennent le mouvement du 5 décembre, et 70 % estiment qu’une réforme des retraites est souhaitable. Cela semble perturber nombre de journalistes et surtout d’élus : comment peut-on à la fois souhaiter la fin des régimes spéciaux et soutenir un mouvement favorable à la défense de ces régimes ?

Ils n’ont rien compris au problème, car le résultat de ces sondages ne le pose pas, mais en donne la solution !

Oui à une réforme

Oui, les Français sont inquiets pour leur retraite, ils comprennent qu’il y a des problèmes et que leurs montant vont diminuer. Oui, les Français en ont assez de ces régimes qui additionnent les privilèges : départs plus tôt, pensions plus élevées, cotisations moindres, non soumis aux aléas de la répartition, financement non par les intéressés, mais par tout le monde,… C’est pour cela que ceux qui veulent une réforme sont largement majoritaires, et ils ont raison.

Non à la réforme

Oui, les Français soutiennent le mouvement du 5 décembre, qui est celui de la défense des privilèges et donc des inégalités, car ils ne veulent pas ce qui est proposé. C’est pour cela que ceux qui défendent le mouvement sont majoritaires, et ils ont raison. Une réforme oui, mais pas la destruction de ce qui existe et qui fonctionne. Non à la suppression de la spécificité de chaque profession. Non à l’étatisation de la retraite, la gestion de celle-ci revenant à l’État au détriment de la gestion par les intéressés.

Voilà ce que veulent clairement dire les sondages, ce que veulent dire les Français à leurs dirigeants, qui n’entendent rien dans cette affaire depuis le premier jour.

La réforme ne règle rien

Avec un peu de recul et sans entrer dans les détails techniques, sous couvert de motifs recevables, cette réforme est un sophisme. Le diagnostic est bon, le traitement une monumentale erreur.

Pourquoi toucher aux régimes qui ne demandaient rien à personne, qui n’appelaient pas de réforme, d’autant plus que celle proposée ne règle rien, n’apporte aucune solution au problème de fond : la répartition et son financement. La seule solution proposée, l’allongement de la durée de cotisation, est étriquée, tout le monde l’a utilisée et réutilisée depuis plus de 10 ans.

L’État gestionnaire

Non seulement le problème de fond n’est pas réglé, mais cela va l’aggraver du seul fait de l’étatisation. Tout ce que l’État gère coûte plus cher et fonctionne moins bien. Regardez les services publics qui se dégradent malgré les coûts les plus élevés au monde. La seule amélioration vient de l’informatisation, mais sans diminution des coûts, à l’inverse des entreprises.

Regardez l’Éducation nationale, premier budget de l’État, avec ses résultats de plus en plus mauvais ; bientôt les bacheliers n’auront pas le niveau des brevets d’il y a 50 ans.

Observez les transports, l’efficacité avec laquelle l’État gère ses employés, leurs retraites. Et ils veulent faire maintenant de même avec toutes nos retraites. Demain nos cotisations vont augmenter comme le font les impôts et taxes diverses, pour un service qui diminue.

Voyez comment le secteur social est géré. Plus de un million de cartes vitales de plus que d’habitants, une organisation qui permet 45 milliards de fraudes sociales diverses selon les derniers rapports (à titre de comparaison le budget de la Défense est de 35 milliards, celui de l’Intérieur de 25 milliards et la Justice 7 milliards). Ces 45 milliards combleraient plus que largement les déficits des retraites, mais malheureusement, avec le même gestionnaire, c’est l’inverse qui va se produire.

Pour un régime universel de base

Messieurs Macron, Philippe, Delevoye, s’il vous plaît, écoutez les Français, écoutez tous les directeurs, tous les Présidents de toutes les caisses de retraites que vous avez consultés.

Tous vous disent la même chose. Vous avez réussi l’exploit de faire l’unanimité sur un sujet, performance rare en France, profitez-en au lieu de faire l’inverse et de fâcher tout le monde.

Pour faire quoi ? Faire votre réforme, en l’arrêtant à un plafond de la Sécurité sociale au lieu de trois, créez un grand régime de base universel, et laissez les Français s’organiser par affinités pour les complémentaires. Au lieu de détruire les caisses complémentaires existantes qui ne demandaient rien, créez des caisses pour ceux qui n’en ont pas, les fonctionnaires, la RATP, la SNCF, caisses gérées par les affiliés, dans les mêmes conditions que la majorité des Français.

République Française : la braderie du régalien est ouverte

Par h16

Par h16

Le Milipol, salon professionnel consacré à la sécurité intérieure des États, s’est récemment tenu à Paris. En ouverture, l’actuel prétexte au poste de ministre de l’Intérieur, un certain Christophe RantanplCastaner, était intervenu pour y expliquer notamment que pour faire face aux nombreuses menaces qui rôdent autour de la République, le « partenariat » entre les forces de sécurité publiques et privées semble indispensable.

Eh oui, la tendance est bien là : les entreprises privées de sécurité se développent de plus en plus en France, et ce d’autant plus qu’elles sont maintenant poussées par les autorités publiques qui semblent y trouver leur compte.

Entre l’autorisation récente – 1er janvier 2018 d’armer sous conditions les agents de sécurité privée, l’augmentation continue des effectifs de ces entreprises en France qui atteignaient déjà 168 000 salariés en 2016, l’accroissement de leurs prérogatives et des secteurs qu’elles couvrent, tout indique que l’État et les élus de la République n’hésitent plus à envisager un avenir au moins en partie privé de la sécurité en France…

Devant cette tendance, on est en droit de se demander si l’État et les politiciens n’avouent pas ici, à demi-mots, les difficultés de la République à faire régner l’ordre et la loi sur tout le territoire. Autrement dit, l’intervention de plus en plus importante de prestataires privés pour couvrir des services qui sont normalement du ressort du régalien n’est-il pas l’aveu d’une faiblesse patente de l’État ?

Plus pragmatiquement, on devra se demander ce qui, dans les 10 ou 20 dernières années, a ainsi justifié une telle montée en puissance de ces sociétés privées de sécurité. Ne paie-t-on pas toujours plus d’impôts, ceux-là même dont la destination est, initialement et principalement pour rappel, destinés précisément à assurer notre sécurité ? Historiquement, l’impôt n’est-il pas le paiement du peuple pour financer sa sécurité au travers d’une armée et d’une police conçues à cet effet ?

Cette fuite discrète du régalien vers le privé pose là plusieurs questions lancinantes.

Ainsi, où passent donc tous nos impôts ? Dans l’Éducation nationale, dont les opportunités de faire mieux n’ont cessé d’augmenter ? Dans les ponts ? Dans la sécurité sociale ? Dans les petites sauteries élyséennes ? Allez savoir.

Ainsi, qui va payer ces nouveaux services de sécurité ? Que ce soit le client ou le contribuable, gageons que la facture s’ajoutera de toute façon à ces impôts qui financent nos infrastructures rutilantes, notre éducation jalousée, le système social que le monde nous envie moyennement, ou l’excellente sécurité du pays qui n’autorise pas le développement du moindre sentiment d’insécurité.

Au-delà de ces deux questions et si l’on peut même considérer a priori avec bienveillance le développement de ces entreprises privées de sécurité (quand on est cohérent, on juge aux résultats et non aux intentions, ce que nous pourrons faire dans quelques années), on peut cependant s’interroger sur le bien-fondé de former des agents de sécurité à partir du même terreau volatile que celui qui produit les effervescents loustics qu’ils sont censés canaliser.

Dans la même veine, de nombreuses et récentes affaires de terrorisme ont amplement prouvé que la menace étant « intérieure« , l’heure n’était probablement pas à la multiplication des canaux pour accéder à la sécurité (des aéroports, des trains, des sites classés, des préfectures de police des édifices publics). C’est-à-dire à peu près le contraire de ce qu’on observe et que les autorités actuelles semblent accueillir et favoriser avec la gourmandise si particulière de ceux qui n’ont pas à payer pour le gâteau…

Parallèlement, on devrait rapprocher ces nouveaux « horizons de dépense » auprès des sociétés privées des économies de bout de chandelle opérées sur le compte des armées, ainsi que de la noyade appliquée à tout l’appareil policier dans les milliers de cerfas et autres procédures qu’on qualifiera pudiquement de sous-optimales, ainsi que de l’usage quasi-systématique de nos forces de sécurité publiques dans la traque du père de famille, fou du volant roulant en Doblo à 52 km/h sur une artère passante de Trifouilly.

Peut-être y a-t-il dans cet écart entre ces dépenses et ces mesures d’un côté, et ces actions concrètes et ces « économies » de l’autre, matière à une réflexion et – soyons fous – l’occasion d’un petit réajustement politique ? En fait de « partenariat » entre le public et le privé, le ministricule de l’Intérieur aurait normalement tout intérêt à recentrer les forces déjà existantes sur un régalien qu’il peine à assurer actuellement.

N’y comptez pas. Ce recentrage entraînerait tant d’effervescence partout où la loi et l’ordre sont depuis longtemps absents que les effets, médiatiques donc électoraux, ne tarderaient pas à se faire connaître. Par anticipation, il sera donc urgent de n’en rien faire.

Et puis surtout, on voit mal l’État et toute l’actuelle clique de clowns à roulettes à sa tête admettre ouvertement la faillite de cet aspect régalien sans se décrédibiliser immédiatement. Dans ce contexte, notre brochette de rigolos a donc tout intérêt à en passer auparavant par ces sociétés privées qui supporteront amplement l’intégralité des blâmes lorsque les problèmes surviendront inévitablement. Gageons que les prochains attentats terroristes couteaux déséquilibrés trouveront une part de responsabilité chez l’une ou l’autre société privée de sécurité qui n’aura pas suffisamment fait son travail.

Enfin, ne perdons pas de vue que ces différents partenariats seront noués entre le privé et le public dans ce qui a toujours été, dans ce domaine, couronné de succès et d’économies somptueuses. Il serait donc particulièrement hardi de ne pas parier, là encore, sur une flamboyante réussite de l’État à externaliser ainsi sa raison d’être, d’autant plus si Castaner lui-même pilote le projet.

Les prochaines années promettent d’intéressants développements.


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Sur le web

Écologie : journalistes contre scientifiques ?

Par Hadrien Gournay
La guerre de Greenpeace contre le glyphosate

Par Hadrien Gournay.

La question de la toxicité des produits chimiques pour les hommes est une des principales controverses écologiques.

La méthode classique pour se forger une opinion exige de prendre connaissance des arguments présentés par les uns et les autres et surtout la lecture de la littérature scientifique. Il reste que la tâche est, sinon impossible, particulièrement ardue, pour qui n’a pas suivi de cursus scientifique. Dans l’ordre des priorités de la vie, vaudrait-elle-même le temps que l’on déciderait d’y consacrer ?

Cependant, peut-être existe-t-il, pour pallier ces difficultés, des moyens de distinguer le probable et l’improbable à partir de considérations à la portée de chacun ? Tentons de les trouver.

Dans le cas de la toxicité des produits de synthèse ou des organismes génétiquement modifiés, nous nous trouvons assez souvent face à des polémiques où les camps en présence sont ainsi composés :

– des associations écologistes alertant l’opinion sur la toxicité supposée des produits,
– des journalistes relayant les craintes écologistes par des articles et reportages,
– des études scientifiques concluant à l’innocuité du produit en question,
– des industriels en niant la toxicité,

Nous devons examiner la crédibilité des différents acteurs au regard de leurs motivations d’une part et de leur discours d’autre part.

Crédibilité des acteurs au regard de leurs motivations

Pour mieux cerner le problème, commençons par un point de méthode.

Vous êtes parvenu par vos propres lumières à la conclusion qu’une proposition donnée avait 70 % de chances d’être vraie. Une personne que vous savez à la fois malhonnête et intéressée par le fait que vous croyiez la proposition vraie, vient auprès de vous pour en soutenir la véracité. À combien estimez-vous les chances que la proposition soit vraie désormais ?

Elles sont toujours de 70 %. La personne intéressée et malhonnête dira que la proposition est vraie qu’elle le soit ou non et elle n’a pas le pouvoir de rendre fausse une proposition vraie. Les probabilités ne sont pas modifiées par son intervention.

Ce serait trop dire cependant que la connaissance de la malhonnêteté d’une personne est sans effet sur les chances que la proposition soit vraie ou non. En effet, si vous aviez su la personne en question désintéressée, honnête et compétente, vous auriez conclu que les chances de la véracité de la proposition avaient augmenté.

Pour revenir à la question qui nous occupe, écologistes et productivistes ont des présupposés très différents concernant les acteurs en présence.

Aux yeux des écologistes, les industriels mentent, les scientifiques sont vendus, les associations écologistes, soutenues par les journalistes, sont les combattants de la vérité. Parfois, les intérêts industriels sont presque présentés comme preuve de la fausseté de leur position, présomption dont nous avons souligné le caractère erroné plus haut.

Pour ma part, je n’accorderai pas non plus facilement ma confiance aux industriels, parfois aveugles, souvent cyniques face aux méfaits de leurs produits. En revanche, journalistes et écologistes me font l’effet d’une pendule arrêtée donnant l’heure exacte une fois toutes les douze heures. Ce n’est pas nécessairement la bonne foi de ces acteurs qui est en cause mais leurs passions, leurs croyances et leur idéologie. Au regard de la méthode élaborée plus haut, les positions des uns et des autres ne sont pas conclusives. Finalement, les scientifiques, plus compétents et dont l’honnêteté de la majorité est difficile à soupçonner forment la source la plus fiable.

La principale différence entre l’approche écologiste et la mienne concerne les causes de la fausseté d’un discours public. Pour un écologiste, les faux discours ont pour origine un intérêt personnel et témoignent d’une volonté de manipuler. La question primordiale est celle de l’honnêteté. J’admets pour ma part que la franche malhonnêteté et la corruption existent mais elles sont moins fréquentes que l’aveuglement. Dès lors, c’est la compétence qui l’emporte.

Pour nécessaire qu’il soit, cet examen de la crédibilité des uns et des autres reste superficiel. Dans l’exemple introductif, nous évoquions la possibilité de déterminer par vos propres lumières la probabilité qu’une proposition soit vraie. Cela est-il possible, sans entrer dans les détails de la science, pour les questions toxicologiques ?

Crédibilité des arguments de fond

Pour présumer la nocivité des molécules de synthèse, les écologistes s’appuient sur la préférence pour ce qui est naturel. Ce qui est naturel est sain, ce qui est artificiel est dangereux pour la santé. Selon une argumentation plus élaborée, l’Homme, produit de la sélection naturelle, est adapté à l’environnement qui l’a vu naître et non aux nouvelles molécules issues de la chimie industrielle.

Pourtant cette règle connait autant d’exceptions que de confirmations. Le mercure, la toxine botulique ou l’amanite phalloïde sont aussi naturels que des agents infectieux tels que la peste et le choléra mais à tel point toxiques qu’il serait bien téméraire de supposer, même sous la forme d’une simple présomption, que le naturel présente moins de danger que l’artificiel.

Que dit-on de l’autre côté ?

D’une certaine manière on admet la thèse écologiste selon laquelle n’importe quel produit chimique de synthèse est toxique. En effet, le principe de la toxicologie selon lequel la dose fait le poison implique que n’importe quel produit peut le devenir si la quantité ingérée est suffisante. Cela peut s’appliquer à l’eau ou à l’oxygène. À l’inverse, en dessous d’une certaine dose, les substances les plus dangereuses deviennent inoffensives. Toute la question est de savoir non pas si le produit est en lui-même toxique mais s’il l’est aux quantités auxquelles nous sommes soumis.

Ce fondement de la toxicologie semble difficilement contestable. Avez-vous été ivre en buvant une goutte de vin ? Que les effets d’un produit diminuent avec les quantités administrées est conforme au bon sens. Finalement, c’est peut-être le caractère intuitif du principe qui légitimerait les critiques à son encontre. Son adoption relève peut-être davantage de cette intuition que d’observations sans préjugés ?

Toutefois, même si c’était le cas, les expériences menées en présupposant sa validité auraient montré sa fausseté. Bien au contraire, elles en ont confirmé le bien-fondé. On serait même tenté en allant plus loin d’ajouter à l’idée que la nocivité augmente avec la dose la remarque « plus que proportionnellement ». Cependant, une telle règle est loin d’être établie pour tous les produits.

L’adage « la dose fait le poison » ne serait pas valable pour un produit dont une unique molécule serait mortelle. Or, nul n’a jamais observé une telle molécule. Elle ne porterait d’ailleurs atteinte à l’adage que dans un cas spécifique.

Beaucoup d’écologistes présentent la question de façon binaire. Une molécule est toxique ou elle ne l’est pas. Si elle l’est, comme tous les produits de synthèse, elle présente nécessairement des dangers pour la population. De ce fait, les écologistes ont recours à plusieurs stratégies concernant le lien entre dose et poison. Certains éludent simplement le problème. D’autres nient la validité de ce principe. D’autres encore l’admettent en affirmant qu’il est respecté pour l’affaire en question. Parfois accompagnée de la suggestion que les scientifiques mentent, la dernière stratégie, quoique plus crédible scientifiquement, présente vis-à-vis du grand public un défaut fondamental. Le principe de la toxicologie une fois admis, il n’existe plus d’évidence pour la dangerosité de tel ou tel produit.

Pour terminer présentons brièvement deux exemples de la crédibilité du discours journalistique au sujet du glyphosate.

Deux exemples concernant le glyphosate

Première vidéo

Dans cette petite vidéo du journal Le Parisien, les journalistes d’Envoyé spécial résument leur documentaire sur le glyphosate :

La partie de l’interview qui nous intéresse est relative à la question de la dangerosité du glyphosate. Nous nous permettons de la retranscrire en entier :

« en gros aujourd’hui, on a une agence qui s’appelle le CIRC et qui dépend de l’OMS qui a classé le glyphosate comme cancérogène probable. Il n’y a pas de consensus scientifique même si le CIRC est un organisme reconnu. On a encore beaucoup d’agence sanitaire et notamment l’agence réglementaire européenne qui estiment que le glyphosate est non cancérogène. »

Jusqu’ici rien à redire…

« Et ce que l’on démontre dans cette enquête et ce qui est très clair dans les documents internes de Monsanto, qu’il s’agisse de mails, de SMS ou de rapports internes est que ce doute…, ce brouillage de la science est une stratégie qui est pensée et organisée par Monsanto. »

Cette deuxième phrase est stupéfiante.

Elle a deux implications principales relatives au rapport de force scientifique d’une part et au lien des agences concluant à l’innocuité du glyphosate avec Monsanto de l’autre.

Le journaliste suggère qu’il y aurait une majorité d’agences soutenant sans équivoque le caractère cancérogène du glyphosate et un plus petit nombre d’agences aux ordres de Monsanto instillant le doute. Or juste avant, le journaliste avait dit le contraire. Une seule agence, le CIRC qualifie le glyphosate de cancérogène probable, terme associé au doute. Les autres agences concluent que le glyphosate n’est pas cancérogène.

Autrement dit, sans l’avis du CIRC, il y aurait un consensus scientifique pour affirmer que le glyphosate n’est pas cancérogène. En ce sens, l’instillation du doute provient du CIRC.

Par ailleurs, on voit mal comment cette phrase pourrait recevoir une autre interprétation qu’une corruption des agences pro-glyphosates par Monsanto…

« On a un règlement européen qui depuis 2009 indique que tous les pesticides considérés comme cancérogène probable doivent être interdits à la vente. Peu importe les doses, peu importe les précautions et la manière dont on l’utilise. Aujourd’hui le glyphosate est considéré comme cancérogène probable par le CIRC qui dépend donc de l’OMS. En revanche, il n’est toujours pas considéré comme cancérogène par les agences réglementaires, les agences sanitaires, qui ne donnent pas un avis scientifique mais un avis réglementaire. Et c’est pourquoi le glyphosate aujourd’hui on en retrouve et il est en vente. Les agriculteurs peuvent continuer à utiliser du glyphosate même si depuis le 1er janvier 2019, c’est interdit pour les particuliers. »

Donc la réglementation européenne prévoit d’interdire tous les pesticides cancérogènes probables (peu importe les doses). L’adoption d’une telle mesure hors du cas des pesticides donnerait des résultats surprenants. Ainsi, l’interdiction des cancérogènes probables de la liste du CIRC, peu importe leur dose, dangerosité ou intérêt économique nous pousserait à exclure les coiffeurs, la viande rouge, la verrerie d’art et les feux de bois…

Celle des cancérogènes certains nous conduirait à proscrire le tabac et l’alcool (évidemment), la peinture, le ramonage de cheminée, à anéantir l’industrie du caoutchouc et à se passer de chaussures, de meubles, de fonte et d’acier.

Comme on s’en doutait, une très rapide recherche montre que ce compte rendu est très approximatif. L’interdiction des pesticides cancérogènes n’est pas si inconditionnelle.

Plus étonnant encore, la réglementation européenne confierait ce rôle à des agences … qui ne se préoccupent pas de l’état de la science ! Elles jouent à Am stram gram ? En réalité, les agences telles que l’Anses ou l’EPA ont bien des compétences scientifiques.

Deuxième vidéo

Dans la vidéo, en présence d’Élise Lucet, Djamel Debouzze réagit à la détection dans ses urines de traces de glyphosate dans une proportion de 0,9 microgramme par litre. Rappelons les bases. Le poids d’un litre d’urine est proche de un kilo. Le microgramme équivaut à un millionième de gramme. Par conséquent, la proportion du glyphosate dans les urines de Djamel est de un pour un milliard.

S’il ingérait cette quantité quotidiennement pendant soixante-dix ans, il ferait entrer dans son corps 25 000 millionièmes de gramme de glyphosate. Ce quart de dixième de gramme de glyphosate ingéré sur toute une existence pourrait-il lui être fatal ?

Il aurait plus de chances de mourir de rire.

Le vrai libéralisme, de Pascal Salin

Par Jean-Philippe Delsol

Par Jean-Philippe Delsol.
Un article de l’Iref-Europe

Dans un florilège d’articles publiés au cours des dernières décennies, Pascal Salin nous offre sa rétrospective de l’histoire politique et économique française. Hélas il nous montre surtout que la droite française est souvent restée la plus bête du monde à se vouloir conservatrice des politiques étatistes léguées par les socialistes sans chercher à comprendre les vertus d’un « vrai » libéralisme.

Certes, il y eut quelques périodes favorables aux idées libérales lorsqu’Alain Madelin devint ministre ou lorsque Jacques Chirac, en 1984, répondit dans Le Figaro Magazine aux questions énoncées par Pascal Salin.

Ce dernier l’aidait à tenir la plume, mais c’est bien celui qui deviendra président de la République en 1995 qui exprima, dans la foulée peut-être du reaganisme et du thatchérisme triomphants, que « la production de richesses ne peut être que le fruit du travail et de l’ingéniosité des hommes et que l’État, en tant qu’organisation est inapte à produire », la solution étant « dans l’autonomie et l’initiative individuelle plutôt que dans les interventions collectives ou étatiques. » Jacques Chirac disait encore alors que « le profit n’est pas un prélèvement arbitraire sur la richesse ou le travail d’autrui, mais il est la sanction de la création de richesses, du service rendu… »

Les droites sans courage

Las, Jacques Chirac ne fut libéral que le temps d’une interview ! Les droites n’ont jamais eu le courage de réduire les dépenses publiques et ont laissé filer le déficit en laissant exercer le pouvoir à une technocratie nourrie « d’un keynésianisme vague consistant à croire à une mécanique globale dans laquelle l’élément moteur se trouverait être la demande et, plus précisément, la consommation ».

Après Chirac, Sarkozy répéta l’histoire et Fillon ne fût qu’un court espoir.

Les Français sont désabusés de ces politiques qui renouvellent sans cesse les mêmes erreurs. La seule solution est dans la baisse des prélèvements et dans un allègement significatif des règlementations. L’important est de redonner toute sa liberté à l’homme et la maîtrise de sa vie :

« l’individu est le seul souverain, et l’État, nécessairement limité, a pour rôle de garantir l’exercice des droits individuels, par exemple le droit à la vie, la liberté de pensée, le droit de propriété. L’avenir n’est alors pas prédéterminé à l’avance, il résulte des milliards de décisions individuelles, prises dans le respect du droit des autres. »

Même s’il n’y a pas d’incompatibilité de principe entre conservatisme et libéralisme, la droite conservatrice est souvent constructiviste, comme les socialistes, elle croit possible de construire une société conforme à ses vœux, alors que

« les libéraux, pour leur part, estiment qu’une société se construit elle-même de manière imprévisible grâce à des processus de coordination interindividuels et de création continuelle d’information. »

Pascal Salin souligne que ce libéralisme est profondément social et moral, parce que

« si une société est totalement fondée sur le respect des droits d’autrui, elle repose alors sur un principe universel et non contradictoire. À partir du moment où les droits de chacun sont définis, deux personnes ne peuvent pas prétendre en même temps à la possession d’un bien ou d’un service donné. Chacun peut alors décider de disposer de ses ressources pour lui-même ou d’exercer son sens de la solidarité de la manière qui lui paraît moralement fondée ».

L’éthique du libéralisme est dans ce respect de la liberté humaine.

Au travers de ses chroniques, Pascal Salin refait moins l’Histoire qu’il ne repense les fondements de la société. Il expose, avec sa clarté habituelle, les principes qui devraient servir de pierres angulaires au monde libre. À ce titre, il pourfend aussi l’égalitarisme vénéneux et arbitraire qui est au fond une revendication de résultat incompatible avec l’égalité en droit. Il observe que les revendications égalitaires sont des ferments de destruction sociale en suggérant que

« les uns ont des droits sur les autres pour la seule raison qu’ils ont des revenus moins importants ».

L’économie n’est pas un gâteau à partager mais elle génère davantage de richesses, pour tous, à la mesure de l’augmentation du travail et de la créativité de tous. Il défend ainsi l’inégalité que génère l’échange libre par lequel « celui qui possède plus est celui qui a créé plus de valeur pour autrui.

De Barre à Macron

Au travers de ses commentaires sur chacune de ces époques récentes, Pascal Salin livre les cas concrets des échecs successifs des politiques de Barre, de Delors, de Chirac… à défaut d’avoir fait confiance à la liberté.

Elles se sont toutes noyées dans les errements de l’étatisme attendant le salut illusoire de la France d’une augmentation des dépenses, des investissements et de la dette publics. Mais la croissance, explique-t-il, ne sera jamais relancée en misant seulement sur le secteur public. Malheureusement, la politique actuelle du gouvernement ne dépare guère celles de ses prédécesseurs et reste étatiste.

« On a présenté Emmanuel Macron comme un politicien libéral avant même son élection et, curieusement, on continue souvent à lui donner cette étiquette, alors que sa politique fiscale –ainsi d’ailleurs que la plupart de ses autres politiques- atteste du contraire de manière évidente. Il conviendra alors de ne pas attribuer à son prétendu libéralisme l’échec de ses politiques. »

Pascal Salin, Le vrai libéralisme. Droite et gauche unies dans l’erreur, Odile Jacob, 2019, 306 pages.

Sur le web

Nouvelles régions : où sont passées les économies ?

Par Anthony Escurat
régions

Par Antoine Escurat.
Un article de Trop Libre

Plus grandes, donc plus fortes. Moins nombreuses, donc moins coûteuses.

Telle était la double ambition de la réforme territoriale qui – sous le précédent quinquennat – a redessiné l’atlas de nos régions.

Ayant fait couler beaucoup d’encre, ce redécoupage réalisé à la hussarde – dont la carte originelle était issue du gouvernement d’Edgar Faure sous la Cinquième République – n’apparaissait sur le papier pas forcément saugrenu ni dénué de bonnes intentions ; à savoir réduire notre épais millefeuille territorial et agrandir nos régions afin que celles-ci soient plus homogènes et compétitives par rapport à leurs consœurs européennes.

Des surcoûts au lieu d’économies

Dans la pratique, force est de constater aujourd’hui que les économies d’échelle promises ne sont pas au rendez-vous, bien au contraire !

Alors que le secrétaire d’État de l’époque chargé de la réforme territoriale tablait sur des gains à moyen terme compris entre 12 et 25 milliards d’euros, les magistrats de la rue Cambon peinent aujourd’hui à trouver la moindre économie et, à l’inverse, pointent du doigt les surcoûts importants générés par ces regroupements.

À l’exception de la région Hauts-de-France bon élève, au premier rang des dérapages figure l’alignement des régimes indemnitaires réalisé par les exécutifs régionaux sur le régime le plus favorable – voire au-delà ! – représentant ce faisant environ 50 millions d’euros supplémentaires de dépenses annuelles.

Autre point noir : l’augmentation des indemnités des élus, en hausse de 8 % en moyenne entre 2015 et 2018 sur l’ensemble des régions fusionnées.

Une progression, certes plus contenue (+4,2%), également relevée pour les membres des conseils économiques, sociaux et environnementaux régionaux, clones territoriaux du CESE, et ce pour un impact total et pérenne de 5,1 millions d’euros par an.

Rappelons au passage qu’alors que le projet de loi initial prévoyait de plafonner le nombre d’élus régionaux à 150 par collectivité (soit une diminution de 15 % tandis que le nombre de conseils régionaux était divisé par deux), celui-ci est finalement resté inchangé sur la pression des députés de la majorité de l’époque.

Maintien du flou des compétences territoriales

Enfin, alors que la loi NOTRe ambitionnait en 2015 de rompre avec l’opacité en clarifiant une fois pour toutes les compétences des collectivités locales, le flou demeure aujourd’hui éblouissant.

Proclamées grandes gagnantes du redéploiement des compétences, les régions apparaissent pourtant, en soulevant le tapis du maquis territorial, dans une situation inconfortable et inachevée ; aux prises avec des métropoles renforcées et des départements que le gouvernement n’a pas eu le courage de supprimer et – comble de l’ironie – a même autorisé, fin 2015, à continuer à intervenir sur le champ économique alors que le Parlement les en avait privés quelques mois plus tôt…

Ainsi, certes plus grandes et munies de missions accrues, la loi n’a en revanche doté nos nouvelles régions d’aucun levier fiscal supplémentaire susceptible d’asseoir définitivement leur autonomie budgétaire et donc politique, à l’exception d’un zeste additionnel de CVAE prélevé aux départements.

Or les budgets annuels cumulés de l’ensemble des conseils régionaux tricolores (31,4 milliards d’euros en 2017) pèsent à peine plus lourd que celui de la seule communauté flamande (28,4 milliards d’euros) et sont deux fois inférieurs au budget du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (61,4 milliards). Au niveau macroéconomique, alors que le budget des régions françaises représente 1 % du PIB, il se hisse à 13 % en Allemagne.

Autrement dit, nos géants régionaux sont en réalité des nains financiers en comparaison des Länder pourvus de moyens budgétaires bien supérieurs.

Prisonnier du fétichisme du « big is beautiful » et des équations politiques picrocholines, l’exécutif d’alors avait manifestement oublié que la puissance d’une collectivité repose non pas sur sa seule superficie mais aussi sur l’étendue de ses compétences et des moyens dont elle dispose pour les exercer…

Sur le web

Retraites : le match perdant-perdant qui s’annonce

Par Olivier Maurice
grève

Par Olivier Maurice.

Qu’on le veuille ou non, ce jeudi 5 décembre 2019 fera écho au samedi 17 novembre 2018 qui a lancé le mouvement des Gilets jaunes.

Les débordements qui ont alors suivi en ont surpris plus d’un et la peur d’une nouvelle flambée de violence à l’issue de la grève annoncée pour la réforme des retraites est dans tous les esprits.

 

L’ombre du mouvement du 17 novembre

Le mouvement de contestation qui a embrasé l’hiver 2018-2019 reste bien incompris, à la fois des pouvoirs publics et des citoyens.

Le flou qui règne sur les tenants et les aboutissants d’un mouvement qui s’est embrasé de façon spontané, qui s’est transformé presque instantanément en tout autre chose et qui est passé en quelques jours d’une atmosphère bon enfant à des violences qu’on avait quasiment oubliées, entretient une ombre sinistre qui plane sur cette journée d’action voulue par les syndicats.

Bien malin celui qui peut prédire l’évolution entre ces deux contestations si semblables par certains côtés mais par d’autres totalement à l’opposé l’une de l’autre.

En dehors de la contestation, peut-on vraiment assimiler les professionnels du rapport de force institutionnalisé dans la gestion paritaire du modèle social français (les syndicats officiels) et un mouvement désordonné d’individus aux profils sociaux économiques qu’on peut difficilement faire plus disparates (les anonymes des Gilets jaunes) ?

Le risque serait de cumuler ces deux contestations en une seule et de ne regarder ce qui va se passer ces prochains jours que sous l’angle habituel de la lutte des classes et de la grogne sociale.

 

Le refus de l’autorité

Le mouvement des Gilets jaunes n’était pas à l’origine un mouvement de revendication, même si cela arrangeait tout le monde (gouvernement, syndicats, partis politiques …) d’y voir un schéma connu dans un modèle connu : celui de la lutte des classes sociales les plus défavorisées pour davantage de redistribution et de pouvoir d’achat.

Les personnes qui se sont retrouvées sur les ronds-points pour l’événement initial appartenaient à toutes les catégories socio-professionnelles et comptaient une bonne part d’artisans, de professions libérales, de commerçants, de petits patrons que tout oppose aux syndicalistes du secteur du transport à l’origine du mouvement de grève.

Le mouvement des Gilets jaunes était à l’origine un mouvement de rébellion contre le pouvoir, un veto populaire contre la manière d’agir du gouvernement.

Il s’agissait bien plus d’une remise en question de la légitimité des mesures prises que d’une revendication sociale à proprement parler.

Ce que scandaient les Gilets jaunes du 17 novembre n’était pas « nous voulons », mais « nous ne voulons pas ». Nous ne voulons pas de taxe carbone sur les carburants.

Ce n’est qu’ensuite que les divers professionnels de l’extorsion du chèque d’argent public ont fait entendre leurs voix, en même temps que les divers groupuscules radicaux.

Le gouvernement a fini par régler le point à l’origine de la contestation en renonçant à l’augmentation du prix des carburants. Mais cela n’avait pas suffi à éteindre le feu.

La réaction a-t-elle été trop tardive ? Peut-être.

Les diverses revendications ont-elles eu le temps de remplacer la contestation initiale ? Sans doute.

Risque-t-il de se retrouver dans la même situation et voir de nouveau la situation lui échapper et dégénérer ? Il y a de grandes chances et c’est cette intuition qui effraie nombre de citoyens qui ont déjà commencé à prendre des mesures de précaution en remplissant leurs placards et les réservoirs de leurs véhicules.

 

La question du pouvoir

Car c’est avant tout la surdité des dirigeants à entendre le niet populaire qui a échauffé les esprits.

Bon nombre de manifestants des ronds-points ont été exaspérés par les manœuvres dilatoires du gouvernement pour tenter d’éviter de revenir sur une mesure totalement électoraliste et se sont alors radicalisés.

Au plus les ministres appelés à s’exprimer s’évertuaient à défendre le soi-disant bien-fondé d’une taxe qui n’avait absolument aucune autre justification que celle de charmer l’électorat écologiste et citadin, au plus les esprits s’échauffaient devant ce monologue et cet exercice de racolage.

Une fois le cœur du foyer bien rouge, une fois l’embrasement parti dans toutes les directions, l’incendie était quasiment impossible à éteindre.

Quand un pouvoir, quel qu’il soit, ne représente plus les intérêts de la majorité, mais ceux d’une minorité, il perd très rapidement toute légitimité.

Emmanuel Macron avait déjà eu droit à un premier rappel à l’ordre au début de son mandat, quand la grande majorité du pays avait, à tort ou à raison, considéré qu’il privilégiait les plus fortunés en supprimant l’impôt solidarité sur la fortune.

Il était alors devenu de facto le président des riches.

Bien davantage que l’argument mille fois répété de justice sociale et de redistribution sous fond de haine du riche, c’est d’abord l’impression qu’il défend les intérêts d’une minorité de copains qui lui a valu ce qualificatif .

D’ailleurs, cette diatribe a fait un flop monumental ainsi que l’ont prouvé les résultats des élections suivantes : aucun des partis (pas même les groupes issus des Gilets jaunes) n’a réussi à fédérer qui que ce soit sur cet argument du nivellement des inégalités qui n’intéresse plus vraiment personne à part les journalistes et quelques économistes justice sociale et de redistribution perdus dans leur entre soi.

Dans un pays où les ravages du nivellement par le bas et les difficultés pour s’extraire de sa condition sociale se font chaque jour plus évidents, la fierté de classe et la haine de l’argent qui agitaient les ouvriers du XIXe siècle a quasiment totalement disparu.

Si on vénère de plus en plus les footballeurs et les stars de la télé-réalité, c’est avant tout parce qu’ils sont riches et peuvent mener une vie qui fait rêver, et que les hommes politiques n’ont pas réussi à offrir aux citoyens.

Mais cette défiance vis-à-vis du gouvernement et du président de la République n’est pas nouvelle. Dès le début de son mandat, l’ombre des scores du premier tour de la présidentielle planait au-dessus de la tête d’Emmanuel Macron et de son gouvernement.

Nul ne peut nier que celui-ci a davantage été élu à cause du rejet de Marine Le Pen que de l’adhésion d’une majorité des Français à son projet.

 

Un nouveau monde

À ce sentiment d’illégitimité s’ajoute un deuxième problème.

Même si on le qualifie de libéral, même s’il revendique faire de la politique autrement, le gouvernement a semble-t-il de grandes difficultés à comprendre que les opinions des citoyens se fondent de nos jours bien moins qu’avant sur des idéologies et des théories, mais sur les intérêts personnels dans une espèce de rapport de consommateur à fournisseur : les contribuables estiment payer trop cher des services de mauvaise qualité que l’État est supposé leur fournir.

Dans cette optique, tout clientélisme, tout privilège, toute action qui semblent donner un quelconque avantage ou favoriser une minorité aux frais des autres sont considérés comme illégitimes et violemment dénoncés.

Les opposants à la réforme ne sont pas, eux non plus, exempts de cette critique, en particulier ceux de la SNCF et de la RATP qui sont également considérés par bon nombre comme des privilégiés.

Le rapport « client-fournisseur » entre les usagers de services publics et ces bastions du syndicalisme n’est clairement pas en faveur de ces derniers.

Le mouvement de grève du 5 décembre est à la croisée des chemins et verra s’affronter d’un côté un pouvoir fortement critiqué pour favoriser des privilèges en tout genre et de l’autre ceux que beaucoup de personnes assimilent à la quintessence du privilégié.

C’est de toute évidence un match perdant-perdant qui s’annonce, match dont la durée ne fera qu’affaiblir les deux protagonistes.

La relative bienveillance des Français face à la défense d’acquis sociaux considérés par beaucoup comme indus risque de s’émousser aussi vite que grandira la colère face à un gouvernement qui quoi qu’il se passe sera tenu responsable de la pétaudière qui se profile devant nous.

Ce match entre défenseurs d’un modèle social d’un autre temps et héritiers d’une gestion catastrophique elle aussi d’un autre temps, semble à beaucoup totalement anachronique.

Il appartient à une époque où les luttes sociales faisaient partie prenantes du dialogue social qui opposait un patronat de droite à un syndicalisme de gauche.

Le temps des cerises et des matins qui chantent.

 

Un match perdant-perdant

Ce temps est passé, et même si elle reste majoritairement silencieuse, une bonne majorité de la population est consciente de l’impasse dans laquelle ce modèle de lutte des classes nous a mené et refuse de plus en plus massivement ce partage du pouvoir entre droite et gauche, entre patrons et ouvriers, entre riches et pauvres…

Les réseaux sociaux ont remplacé les centrales syndicales, la contestation tous azimuts a remplacé le combat pour l’avènement de la dictature du prolétariat, les Gilets jaunes ont remplacé les Gilets rouges de la CGT.

C’est bien plus ce petit jeu entre des représentants des salariés ne représentant plus grand monde et un pouvoir auquel colle étroitement l’étiquette d’élite décalée bien loin des préoccupations des gens qui risquent fort de mettre le feu aux poudres, bien plus que l’hypothétique évolution vers une convergence des luttes (concept totalement anachronique s’il en est).

Nombre de citoyens déjà excédés ont la sombre impression d’être pris en otages par une partie de poker menteur entre deux protagonistes qui font tout sauf s’intéresser à eux.

Gouvernement et syndicats prendraient un gros risque en faisant durer le conflit, celui de ranimer le feu de la contestation contre des institutions qu’ils représentent et qui sont de plus en plus violemment critiquées et décrédibilisés.

Le temps des petites idées est révolu

Par Contrepoints
Contrepoints

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Retraites : en Suisse comme en France, la répartition à l’épreuve du papy-boom

Par Jonathan Frickert
retraites

Par Jonathan Frickert.

Crainte par le gouvernement, la mobilisation du 5 décembre est d’ores et déjà comparée aux grandes grèves de 1995. Une comparaison d’autant plus intrigante qu’Édouard Philippe semble marcher dans les pas d’Alain Juppé.

Une énième mobilisation pour une énième tentative de pichenette contre le sacro-saint modèle social français, alors que les calculs politiques, à six mois des élections municipales, risquent de mettre à la poubelle le peu de progrès que promettait le chef de l’État.

Une évolution qui fait dire à l’économiste Jean-Marc Daniel que la réforme des retraites n’est plus une usine à gaz mais une véritable « zone industrielle » et qui risque de mêler recul de l’entrée en vigueur et spoliation des caisses excédentaires au profit des régimes déficitaires.

Jeudi, la France devrait donc connaître la double peine : un pays bloqué et une réforme abandonnée sinon inexistante.

Dans ce tumulte général, il est bon de prendre un peu de recul. L’occasion de se pencher sur ce qui se passe de l’autre côté du Jura où une autre réforme est sur le point de voir le jour, puisque la Suisse s’apprête en effet à connaître également une réforme de son système de retraite. Un système pourtant loué dans toute l’Europe mais qui connaît, comme en France, un problème de financement.

Cette réforme semble avoir trouvé son fil d’Ariane avec le projet présenté par Conseil fédéral intitulé AVS 21, destiné à garantir le système d’assurance vieillesse helvète pour le siècle à venir.

Une coexistence de deux systèmes

Le système suisse de retraites repose sur les fameux trois piliers : un pilier étatique, un pilier professionnel et un pilier individuel.

L’assurance-vieillesse et survivants (AVS) et l’assurance-invalidité (AI) constituent le premier pilier permettant de garantir à tous un minimum vital de retraite comme d’invalidité. Il est financé de manière quadripartite par les employés, les employeurs, les cantons et la Confédération. C’est la partie la plus proche du système français puisque ce pilier repose sur la répartition : les cotisations des actifs financent les pensions des retraités actuels.

Le deuxième pilier est la prévoyance professionnelle, financée de manière paritaire par les salariés et les employeurs. Ce premier pilier de capitalisation est obligatoire à compter de 21 330 francs de revenus annuels. Au-delà d’un certain niveau – autour de 84 000 francs – le taux de couverture baisse, obligeant les salariés les plus aisés à souscrire à un troisième pilier, facultatif et comblant les lacunes du deuxième pilier par un capital supplémentaire. Ce pilier se distingue en deux versions, ayant les mêmes différences qu’entre un PEA et un compte-titres : le premier type est plus rigide et ne peut être retiré qu’à certaines conditions tout en permettant de bénéficier d’avantages fiscaux, tandis que le second est plus souple, mais moins avantageux fiscalement.

Si ce système est particulièrement attractif d’un point de vue philosophique, il connaît toutefois des lacunes qui concernent essentiellement le premier pilier : le pilier le plus proche du système français…

Papy-boom et explosion des dépenses

Malgré la clarté et l’efficience de ce système, la Suisse connaît les mêmes difficultés que les autres systèmes européens, et ce en particulier s’agissant du pilier fonctionnant sur la répartition.

En effet, l’Europe connaît depuis plusieurs années un papy-boom.

Les baby-boomer, partis en retraite, laissent derrière eux un nombre d’actifs moindre que ce que le système de retraites par répartition nécessite pour fonctionner.

Une situation qui devrait durer jusqu’en 2030 voire s’accentuer jusqu’en 2070 selon la Banque centrale européenne.

La Suisse ne fait pas exception à ce phénomène, entraînant un déséquilibre évalué à un milliard de francs selon une étude d’UBS dont les conclusions ont été partagées par la Tribune de Genève, et ce en grande partie en raison d’un déséquilibre, démographique celui-ci, entre le nombre de rentiers et le nombre d’actifs financeurs.

Le pays connaît actuellement 3,4 actifs par retraité et devrait voir progressivement ce chiffre diminuer jusqu’à atteinte 2,2 actifs par retraités en 2040.

À ce déséquilibre de cotisants s’ajoute un déséquilibre du temps de cotisations : toujours selon la même source, chaque retraité aura travaillé 1,8 an par année de perception de rente AVS. Un chiffre extrêmement faible.

Cette augmentation du nombre de retraités s’ajoute à une augmentation de la durée de la vie et donc du coût du système de retraites, puisque toujours selon la même source, la durée moyenne de perception des pensions de retraite a quasiment doublé depuis la fin de la guerre, passant de 13 à 24 ans aujourd’hui.

De la même manière, la Confédération doit aujourd’hui trouver 53 milliards de francs d’ici 2030 pour assurer la pérennité du premier pilier et ce alors même qu’un retraité suisse sur cinq n’arriverait pas à joindre les deux bouts, là où les retraités français font office de privilégiés, passant cinq années de plus en retraite que leurs homologues de l’OCDE et dont les revenus moyens sont supérieurs au reste de la population alors même que le chômage des seniors est devenu un véritable fléau.

Une réforme paramétrique

La Suisse connaît une autre particularité, quasi unique en Europe : l’âge de départ est différencié selon le sexe.

Les femmes partent ainsi en retraite un an avant les hommes, soit respectivement à 64 et 65 ans.

Une particularité que le pays partage avec la Roumanie, où l’écart est quintuplé : les femmes partent à 60 ans, cinq ans avant leurs homologues masculins.

Une des propositions du Conseil fédéral est ainsi d’harmoniser l’âge de départ à 65 ans, ce qui a entraîné une levée de boucliers des partis de gauche et des syndicats considérant que l’inégalité salariale justifie de conserver un départ plus tôt.

Le site d’actualité suisse va jusqu’à accuser l’exécutif helvète de « cynisme » dans sa justification égalitariste de l’harmonisation de l’âge de départ.

Cette harmonisation fût une des causes de l’échec d’un premier projet de sauvetage du système, intitulé Prévoyance vieillesse 2020, rejeté par votation le 24 septembre 2017 par 52,7 % des votants.

Le projet prévoyait un relèvement de la TVA, l’harmonisation de l’âge de départ pour les femmes ainsi que l’instauration d’un âge de départ flexible entre 62 et 70 ans.

Une question de l’âge de la retraite qui touche tous les pays européens, mais qui a amené les jeunes du Parti Libéral-Radical à proposer une hausse progressive de l’âge de départ en fonction de l’espérance de vie, à la manière de ce que font déjà les Pays-Bas, pays où la capitalisation a également un poids très élevé et où le taux de remplacement brut est un des plus élevés d’Europe à hauteur de 88 % contre 53 en France.

Suivant les leçons de l’échec du projet Prévoyance vieillesse 2020, le Conseil fédéral a proposé une réforme plus souple.

Le projet AVS 21 conserve la mesure d’harmonisation d’âge, mais inclut une retraite anticipée dès l’âge de 62 ans.

Il vise également à encourager les assurés à travailler plus longtemps afin de compléter leur pension en augmentant le revenu déterminant le calcul de la rente.

Enfin, la TVA est une nouvelle fois objet des discussions, proposant de relever la taxe sur la valeur ajoutée de 0,7 %.

Une nouvelle réforme qui ne satisfait, semble-t-il, personne, puisque la gauche dénonce toujours la hausse de l’âge de départ en retraite des femmes et que la droite, après avoir dénoncé le manque d’équité de la réforme pour les retraités actuels et la hausse de cotisations des jeunes actifs, dénonce désormais la hausse de la TVA.

Un équilibre à repenser

Au début du mois de septembre, dans Le Temps, le journaliste et économiste Pierre Bessard, directeur de l’Institut Libéral, a rappelé que 26,6 % du PIB suisse partait dans des mécanismes de redistribution tels que l’assurance maladie ou l’AVS.

Un pourcentage honorable compte tenu de la moyenne européenne (28,2 %) et de la France, championne d’Europe, dépassant les 32 % du PIB consacré à ces mêmes mécanismes.

Des chiffres qui font dire au cofondateur de l’Institut Constant de Rebecque que l’État-providence est « l’art de rendre les gens dépendants de leur propre argent ».

Alors que près de 46 % de la redistribution vise l’assurance vieillesse, contre 37 % pour le risque maladie, les autres branches se répartissant équitablement le reste du gâteau, la réforme AVS 21 rappelle la difficulté que pose le financement d’un système de retraite par répartition, sept mois après que le peuple suisse ait accepté le versement de deux milliards de francs dans les caisses de l’AVS le 19 mai dernier.

L’équilibre vertueux sur lequel repose le système helvète, entre couverture des besoins vitaux et forte capitalisation est aujourd’hui mis à mal par une problématique qui touche tous les pays développés.

Le cas suisse nous montre une nouvelle fois qu’il est plus que temps de repenser une répartition totalement inadaptée à une société minée par l’explosion démographique, l’allongement de leur espérance de vie et le chômage de masse.

Grève du 5 décembre : le jour où la France s’est arrêtée

Par Frédéric Mas

Par Frédéric Mas.

Transilien, 1 train sur 10. TER, 1 train sur 5. TGV 1 train sur 10. Intercités, 1 train sur 10. Aujourd’hui, les grévistes, avec la SNCF et la RATP en tête, bloquent le pays pour protester contre la réforme des retraites. Mais la grève ne concerne pas que les transports.

Jeudi 5 décembre 2019, 8h17, Ligne 13: #grevedu5decembre pic.twitter.com/7C3JOAQmGq

— Guillaume Baron Tissot (@LeBaronTissot) December 4, 2019

Des manifestations partout en France, et en particulier à Paris, rassemblent enseignants, avocats, syndicats pour freiner la réforme ou simplement exprimer leur colère, au grand bénéfice de certains et au détriment du plus grand nombre dans le flou le plus total. Comment gouverner 37 régimes spéciaux ? Impossible !

Je suis fonctionnaire et #le5JeTravaille en solidarité avec les salariés du privé, les femmes, les agriculteurs qui payent pour que certains gardent leurs régimes spéciaux. Stop aux inégalités entre les régimes des #retraites. #greve5decembre #BourdinDirect @RMCinfo

— Marco Derouen #le5JeTravaille (@marcoderouen) December 4, 2019

Une nouvelle fois, pour les revendications de certains, c’est une grande partie de la France productive qui est immobilisée, et qui doit aujourd’hui jongler entre les rares transports, les écoles fermées et les mouvements de foules pour aller travailler. Maintenant, la colère anti-Macron a mobilisé bien au-delà de la SNCF et de la RATP.

Un référendum anti-Macron ?

Pour la CGT-cheminots, il est probable que la grève dure tout le mois de décembre vu que c’est #Macron qui décide.#retraite à poing dans ta gueule…#grevedu5decembre #5decembre #Retraites #GreveReconductibleLe5 #GreveGenerale pic.twitter.com/5FhkNq9IiC

— Marcel Aiphan (@AiphanMarcel) December 4, 2019

Il existe chez des organisateurs des grèves une nette volonté de transformer cet événement en référendum anti-Macron. Avec une partie de la gauche de la gauche, les syndicats espèrent changer la grogne sociale diffuse, parfois légitime en point de cristallisation politique clairement socialiste.

L’hostilité grandissante à l’égard de l’exécutif pourrait stratégiquement être l’occasion pour la gauche française de se refaire une santé. Encore faut-il que les organisations syndicales réussissent à mobiliser, et que les salariés suivent sur le temps long.

Tous les syndicats rêvent de refaire en 2019 les grandes grèves de 1995, qui ont mis un coup d’arrêt au plan de réforme des retraites du gouvernement Juppé. Cette victoire symbolique qui a fédéré la gauche pendant presque une décennie a aussi accéléré la dégradation du système de retraites actuel.

Paris se bloque, et c’est tout le pays qui est immobilisé. La grève dans les transports publics, qui conduit le mouvement social, marque un coup d’arrêt de toute l’activité économique en Île-de-France, qui se répercute dans tout le pays. Ce sont des milliers de personnes qui se trouvent au chômage technique, des commerces qui s’arrêtent et des services qui ralentissent pour que les revendications des syndicats soient satisfaites.

Après la mobilisation des Gilets jaunes, c’est un nouveau coup dur pour l’activité commerciale de la capitale. Ce sont aussi les administrations publiques qui fonctionnent au ralenti. Mais tout le monde s’y est habitué depuis longtemps. C’est comme cela que ça marche en France depuis des décennies.

La grève est interprofessionnelle et se fait partout en France. Mais pour être entendu, c’est à Paris que les syndicats défilent. Comme pour les manifestations d’agriculteurs, la Manif pour tous ou les Gilets jaunes, la démonstration politique doit se faire à Paris pour être prise en compte par les pouvoirs publics.

Fragilité d’un système économique et politique centralisé

Cette grève est aussi révélatrice de la fragilité essentielle du modèle économique et politique français, à savoir son hypercentralisation. Il suffit que certains syndicats bien organisés décrètent le blocage des transports publics à Paris pour entraver la circulation dans le principal bassin d’emplois du pays, gêner ses principales administrations publiques et se faire connaitre auprès des centres de décision politique. Même si l’impact de la grève des transports se limite à l’hypercentre parisien, cela suffit à enrayer toute une mécanique économique française largement dépendante de son administration centralisée.

Pour desserrer l’étau politico-syndical qui prend en otage les citoyens pour préserver les intérêts de quelques-uns, la réforme passe par la libéralisation du rail et la mise en concurrence des transports en commun. Plutôt que d’être les instruments entre les mains des syndicats, les usagers ont le droit de demander des comptes et d’être au centre des préoccupations des fournisseurs de service.

Le système des retraites nécessite une réforme, et passe par l’adjonction d’un volet par capitalisation. Permettre aux Français d’augmenter la part de revenu de leur patrimoine pourrait renouveler un modèle à la dérive.

Décentraliser

Plus généralement, la décentralisation économique doit être accompagnée de celle politico-administrative : plutôt que de rendre l’intégralité de l’économie du pays dépendante d’un seul centre de décision, qui, en cas de blocage ou de faillite, met en danger toute l’activité du pays, tout doit être fait pour intégrer l’antifragilité à notre modèle social.

Pour Nassim Nicholas Taleb, dans le monde complexe et volatil qui est le nôtre, il ne suffit pas de se reposer sur des institutions robustes, qui peuvent résister à l’adversité et aux crises. L’avenir est davantage pour celles qui non seulement absorbent les chocs mais ressortent plus fortes et plus solides encore des événements inattendus qui sont le lot commun de la vie en société.

Créer les institutions de la liberté qui résistent au temps et absorbent les crises pour les mettre à profit pourrait être notre horizon de réflexion pour penser les retraites de demain. Mais pas aujourd’hui, parce qu’il y a grève.

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Nouvelle propagande des syndicats avant la grève du 5 décembre : dans les pays où l’on part plus tôt à la retraite, l’espérance de vie en bonne santé est supérieure à celle des pays où la retraite est plus tardive. On va vérifier.

Mais avant, je voudrais revenir sur une note que j’avais écrite pour un colloque et qui démontrait, contrairement là aussi aux allégations syndicales, que si la France était le pays où les dépenses de santé par rapport au PIB étaient parmi les plus élevées, c’était aussi le pays où le système de santé était le meilleur du monde. La preuve ? C’était le pays avec l’espérance de vie la plus élevée (ce qui par ailleurs est factuellement faux). J’avais alors regardé quelle corrélation il y avait entre les dépenses de santé et l’espérance de vie : aucune, comme le démontrent les graphiques ci-dessous :

Dépenses de Santé en % du PIB

Espérance de vie à la naissance

(Nous allons publier la totalité de cette note sous forme d’article dans la prochaine Newsletter d’EPLF)

Mais revenons aux retraites. Le nouvel argument des syndicats est de dire qu’un départ à la retraite plus jeune favoriserait une espérance de vie en bonne santé plus élevée que dans les pays où l’on travaille plus longtemps. Reste à le démontrer (ce qu’un syndicaliste dont la parole ne peut être mise en doute n’a pas besoin de faire). Je me suis donc penché sur les statistiques de l’OCDE et d’Eurostat récentes (2017), qui, vous vous en doutez, ne soutiennent pas cette affirmation.

Ce qui donne sous forme graphique :

Il apparait donc que les Islandais, qui prennent en moyenne leur retraite à 69,5 ans, ont une espérance de vie en bonne santé supérieure à 80 ans, alors que les Luxembourgeois qui ont la chance de partir à la retraite à 59,7 ans, ont par contre une espérance de vie en bonne santé de 74,7 ans. Bien sûr, ils seront à la retraite plus longtemps que les Islandais, mai vivront 6 ans de moins !

Qu’en est-il de la situation en France ? C’est l’un des pays où l’âge moyen de la retraite (qui comprend tous les salariés, publics comme privés) est l’un des plus bas en Europe : retraite à 60,5 ans, et l’espérance de vie en bonne santé de 75,3 ans est plutôt dans la moyenne (7e sur les 17 pays européens étudiés), exactement la même que celle du Royaume-Uni où le départ à la retraite réel est de… 65 ans.

Quant à l’Allemagne, notre pays de référence favori, la retraite moyenne est à 63,6 ans et la durée de vie en bonne santé de 76,9 ans

Alors, il est utile de faire du fact checking ; car la propagande n’a pas de limite.

Sur le web

Grève du 5 décembre : au mépris du principe d’égalité

Par Marc Lassort
reraites

Par Marc Lassort.

À l’appel de plusieurs organisations syndicales, notamment à la RATP et la SNCF, une coalition des colères défile ce jeudi 5 décembre.

Les objectifs ? Mettre la pression sur le gouvernement ; contester un projet de réforme des retraites dont ils ne sauraient pourtant expliciter les contours techniques ; justifier l’existence des syndicats par la grève et la mobilisation.

Les points de crispation ? La suppression des régimes spéciaux ; l’universalisation du système ; et la mise en place de points de retraite, dont la valeur évoluerait en fonction de la conjoncture, afin de maintenir l’équilibre du système.

L’opposition de principe à cette réforme relève de fait d’une logique corporatiste, inégalitaire et conservatrice. Et, dans un contexte social tendu, elle démontre l’irresponsabilité des dirigeants syndicaux et leur mépris pour la démocratie.

Un système par répartition injuste, illisible et inefficace

Les premières pierres de notre système de retraite par répartition ont été posées par le régime de Vichy, avec la loi du 14 mars 1941 qui créait une Allocation aux vieux travailleurs salariés (AVTS), puis elles ont été renforcées par les ordonnances de 1945, avec la création de la Sécurité sociale qui étendait le système de répartition à l’ensemble du corps social.

Le modèle français de sécurité sociale tire essentiellement son inspiration du modèle bismarckien allemand, fondé sur une logique d’assurance (les cotisations sociales salariales et patronales) plutôt que sur le modèle beveridgien britannique, plus étatique, qui répond davantage à une logique d’assistance (et qui se finance par l’impôt).

Si l’on compte 42 régimes de retraite, la grande majorité des salariés cotisent au régime général des salariés du secteur privé, tandis que les exploitants agricoles cotisent à la MSA, les indépendants cotisent à la Sécurité sociale des indépendants (anciennement RSI), et les professions libérales cotisent à une Caisse nationale et des Caisses complémentaires réunies au sein de la CNAVPL.

S’ajoute à cela une série de régimes spéciaux, pour les employés de la SNCF, de la RATP ou de la Banque de France, ou pour des professions libérales, comme les avocats ; le régime de la fonction publique ; des régimes complémentaires obligatoires sous l’égide de l’Agirc-Arrco dont dépendent l’ensemble des salariés et cadres du secteur privé ; une douzaine de régimes spéciaux en voie de disparition ; ou encore les caisses de solidarité nationale comme le FSV.

On le constate, le système de retraite est donc un imbroglio offrant peu de lisibilité, qui compartimente les travailleurs dans des caisses indépendantes selon des logiques professionnelles qui sont dépassées, et qui est profondément injuste.

Chaque régime a ses propres règles de définition du montant des pensions, et son propre âge légal de départ en retraite. L’inégalité est une réalité qui en est même criante lorsque 86 % des employés de la RATP, 91 % de la SNCF, et 99 % dans la fonction publique militaire, contre seulement 0,5 % des salariés du régime général, partent à la retraite avant 60 ans.

Est-on incapable de travailler après 60 ans, lorsqu’on est fonctionnaire ?

L’âge légal de départ est même parfois de 50 ans dans certaines professions (à la SNCF ou la RATP par exemple) ou de 52 ans (policiers, gardiens de prison, contrôleurs aériens, etc.) contre 62 ans dans le privé ! Dans la fonction publique, on calcule même la pension sur les six derniers mois, alors qu’elle est calculée sur les vingt meilleures années dans le privé.

Peut-on accepter de telles inégalités injustifiées ?

La réforme vise justement à instaurer l’universalité du régime de retraite et à loger tout le monde à la même enseigne, en tenant toutefois compte de certains cas particuliers et aléas de la vie (chômage, pénibilité, accidents de la vie, handicap, situations familiales, veuvage, etc.).

Ce qui paraît une réponse de bon sens à un système abscons et à des injustices criantes.

Pourquoi une réforme à la fois paramétrique et systémique est nécessaire

Comme le rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) de novembre 2019 nous l’apprend, le besoin de financement du système de retraite serait compris entre 7,9 milliards d’euros et 17,2 milliards d’ici à 2025.

Ce qui veut dire que chaque année, les caisses de retraite auraient un déficit qui devrait être comblé par le Fonds de réserve pour les retraites (FRR), au lieu d’assurer l’équilibre sain du régime et de ne pas faire peser le poids du déséquilibre sur les générations futures.

Une réforme paramétrique est donc à tout le moins nécessaire, de manière parallèle à la réforme systémique prévue par le gouvernement. La réforme paramétrique ne peut jouer que sur trois facteurs, à savoir :

  1. Le montant des pensions de retraite
  2. La durée de cotisation sur l’ensemble de la carrière
  3. Le montant des cotisations versées

Puisque le système de retraite se veut à cotisation définie et à pension définie — c’est-à-dire que les pensions et les prestations sont maintenues à un certain niveau — le seul levier d’action pour le gouvernement sera de jouer sur la durée de cotisation des actifs.

En les incitant à partir plus tard, via un mécanisme de décote et de surcote, le système de retraite pourrait atteindre l’équilibre budgétaire autour d’un âge pivot qui se situerait autour de 64 ans. Mais les détails techniques pour inciter à partir à la retraite à un tel âge pivot restent encore à définir par le gouvernement au cours des mois à venir.

Les grévistes font le jeu de l’immobilisme, du corporatisme, et des inégalités en droit

Selon le rapport Delevoye, la réforme vise à instaurer un régime universel à points, en maintenant la logique de la répartition, où un euro cotisé donne accès aux mêmes droits pour tous.

Le rapport propose que la valeur d’acquisition d’un point soit de 10 euros cotisés, et que chaque point octroie 0,55 euro de droit à une pension de retraite annuelle au cotisant. Ainsi, 100 euros cotisés donneraient droit à 5,5 euros de retraite par an.

Le rapport prend l’exemple de David, 62 ans, qui a été salarié d’une entreprise pendant 43 ans, qui disposait d’un salaire brut de 2281,8 euros par mois (soit un salaire mensuel net de 1813,35 euros).

En cotisant 577,5 euros par mois, il obtiendrait donc 693 points par an, soit 29 799 points sur l’ensemble de sa carrière, ce qui lui donnerait droit à une retraite de 1366 euros brut par mois (1265 euros net).

L’objectif premier de la réforme est donc d’assurer que des carrières équivalentes donnent accès à des droits équivalents.

David ne bénéficierait actuellement pas de la même retraite que Charles, qui a eu la même carrière dans une entreprise publique, et c’est une situation profondément injuste.

Le système de retraite à points remplacerait ainsi les 42 régimes de retraite par un régime unique, égalitaire et universel, en assurant à tous un traitement égal à carrière comparable.

Bien entendu, des compensations et des aménagements seront prévus dans la loi pour les aléas de la vie, les risques sociaux, et les événements tels que la maternité, le veuvage, ou encore pour les proches aidants.

Mais l’intention de simplification est louable, et devrait même être saluée par tous les Français épris du besoin d’égalité.

Même s’il faut rester vigilants, pour que cette réforme soit véritablement équitable, efficace et salutaire, les grévistes qui s’opposent à l’égalisation des conditions de retraite devraient prendre conscience du caractère illégitime, corporatiste et inégalitaire de leur mobilisation contre ce qui pourrait être la meilleure réforme jamais menée en France en matière de retraite.

Marchés financiers en 2019 : une hausse aux pieds d’argile

Par Philippe Alezard
marchés financiers

Par Philippe Alezard.

Tensions commerciales, brexit, populisme, risques géopolitiques, soulèvements  populaires en Europe, Amérique du Sud, Hong Kong, tous ces événements ont feuilletonné la scène économique, politique et financière en 2019. Le risque, les tensions, les incertitudes se mesurent en finance avec un outil mathématique un peu complexe, un indicateur, qui est la volatilité implicite.

Pour ceux qui sont passionnés par le calcul intégral, il suffit de calculer la valeur de sigma (σ) qui rend vraie la fameuse équation de Black & Scholes. À Paris cet indicateur c’est le VCAC et aux États-Unis c’est le VIX. La moyenne annuelle historique est d’environ 19 tant sur le VIX que sur le CAC. Actuellement elle tourne depuis quelques semaines autour de 10,5. En d’autres termes, cela traduit le fait que les marchés n’anticipent pas de risque malgré toutes les tensions citées plus haut.

La faiblesse de cette volatilité implicite sur une si longue période peut laisser penser que les acteurs des marchés sont très complaisants.

En fait c’est un peu plus complexe que cela. Le 3 janvier 2019 le CAC40 a ouvert à 4608 points. En cette fin novembre tout le monde a les yeux rivés sur la barre psychologique des 6000 points. Un niveau pas atteint depuis 2007.

Le 19 novembre le CAC 40 a coté en séance 5969 points soit une hausse de 29,5 %. Aux États-Unis le S&P500 a pris 28 %, le DAX 30 en Allemagne 29 %. De l’histoire des bourses américaines et allemandes l’année 2019, à l’heure où j’écris ce papier, restera comme l’année de la plus grosse progression annuelle. On peut voir ci-dessous la progression des ces trois indices majeurs, CAC40, DAX30 et S&P500, depuis 2009 sur une échelle mensuelle.

2008/2009 est la conjonction de trois éléments macro-économiques que nous avons déjà explicités à maintes reprises qui va lancer les marchés dans une course frénétique à la hausse. Retour de la croissance mondiale après le choc Lehman Brother, des politiques monétaires de banques centrales plus qu’accommodantes associées à des baisses de taux impressionnantes, le tout créant un environnement financier hautement risqué.

Cette course à la hausse se traduit donc par un prix des actifs, les actions, en très grande inflation. Mais si l’on regarde ce qu’il se passe sur les volumes, les flux d’argent placés sur ces marchés actions que constate-t-on ?

Depuis 2009 les valeurs qui composent le S&P500 ont gagné 373 %,  et celles du CAC40 « seulement » 142 %.

Mais quand on se concentre sur les flux on constate une décroissance sur le CAC à partir de 2015 pour se stabiliser autour de 210 milliards d’euros par trimestre et coté US des flux stables aux environs de 720 milliards par trimestre. En plaçant la loupe sur la dernière période, octobre 2018/octobre 2019, on est stupéfait du résultat.

La plus grosse performance historique annuelle du S&P500 s’est faite avec des flux qui n’ont jamais été aussi bas depuis 2009. L’indice a gagné 25 % dans une baisse des flux de plus de 50 %. Idem sur le CAC40 qui a gagné 25 % avec une décollecte de flux de plus de 42 %.

Dit autrement, les marchés sont montés totalement dans le vide. Tous les gérants actions ne sont absolument pas investis mais gardent leur liquidité. C’est l’une des explications de cette basse volatilité implicite, puisque il y a très peu de volume sur les marchés, un risque de sell off est écarté et l’autre étant toujours le PUT des banques centrales.

La sortie massive des capitaux a eu lieu en octobre 2018 quand la Fed a voulu « normaliser » sa politique monétaire en diminuant son bilan et en remontant les taux. Les marchés perdent 17 % en deux mois et l’on assiste au plus beau retournement à 180 degrés du discours d’un gouverneur de banque centrale. Jay Powell prend peur, je n’irais pas jusqu’à dire qu’il a agi sous la pression permanente de Donal Trump, et annonce qu’il stoppe tout. Depuis il a baissé trois fois les taux et repris un QE. L’effet est immédiat mais la confiance n’est plus là, d’autant plus que Donald Trump déstabilise le commerce mondial. Les investisseurs reviennent mais avec un minimum d’engagement.

Mais pourquoi les marchés montent dans le vide ?

Il ne faut pas chercher d’explication du coté du fondamental mais purement sur les aspects techniques.

1) Côté gérants, on assiste au cumul de deux phénomènes. Les vendeurs à découvert commencent à se racheter au fur et à mesure que les indices franchissent des résistances. Par leurs rachats, qui sont donc des achats du point de vue des marchés, ils participent malgré eux à faire monter l’indice. Par ailleurs, les gérants sous investis qui étaient sortis lors de la baisse et constatant cette hausse sont obligés d’acheter pour des raisons de benchmark et de performance de leur fonds. Ils ne pourront pas expliquer à leurs clients que le marché fait 25 % de performance et qu’eux ne font que 8 % par exemple. C’est ce que l’on appelle l’achat de contrainte. Pas de conviction mais une obligation d’achat. Ce que les américains nomment le  Pain Trade ou actuellement le FOMO, Fear Of Missing Out.

2) Autre aspect technique, la baisse des taux des banques centrales. Les taux bas agissent à deux niveaux.

  • Premier effet : ils permettent aux grosses capitalisations d’emprunter à des coûts extraordinairement bas afin de pouvoir racheter leurs propres actions. Ce faisant elles renforcent le pôle de stabilité des actionnaires, elles diminuent le volume futur des dividendes à distribuer et par conséquent diminuent leur coût du capital. Enfin elles optimisent mécaniquement les ratios financiers comme le fameux Earning Per Share, EPS ou BPA en français, bénéfice par action. Les bénéfices étant divisés par un nombre d’actions inférieur, ils augmentent automatiquement de même que le ROE, Return On Equities ou rentabilité des capitaux propres.

Conséquence de tout ceci, le prix de l’action augmente tout seul par de simple mécanisme de ratio.

2018 avait été l’année record des rachats d’actions sur le S&P avec 806 milliards de dollars de rachats en hausse de 55 % par rapport à 2017. Au mois de novembre 2019, les 1000 milliards de rachat d’actions ont déjà été dépassés selon Goldman Sachs.

  • Deuxième effet : les opérations de valorisation des actifs se font par actualisation. Une actualisation consiste à déterminer mathématiquement la valeur d’aujourd’hui des flux qui vont être générés dans le futur. Pour une entreprise, ces flux sont les cashflow ou les bénéfices. Combien valent aujourd’hui les 1000 euros de bénéfices d’une entreprise, que je recevrai dans cinq ans ? Le coefficient d’actualisation prend en considération deux paramètres :
    • la valeur temps, un euro aujourd’hui vaut plus qu’un euro demain car il peut être investi immédiatement à un taux connu
    • la valeur risque, quant à elle, reflète le fait qu’un euro certain aujourd’hui vaut plus qu’un euro incertain demain.

Le taux d’actualisation est déterminé par ces deux paramètres qui ont eux-mêmes pour référence les taux du marché à 5 ou 10 ans. Si mon taux d’actualisation est de 4 %, les 1000 euros dans cinq ans valent un soit 822 euros aujourd’hui. On se rend compte immédiatement de l’impact des taux négatifs. Mon taux d’actualisation qui était de 4 % peut devenir négatif. L’argent n’a plus de valeur et le risque n’existe plus. Dans cette absurdité la plus totale, les actualisations peuvent tendre vers l’infini puisque mon dénominateur peut tendre vers zéro…

Toute cette hérésie se reflète bien dans les PER, Price Earning Ratio. Cet indicateur permet d’apprécier la valeur d’une action, il exprime la valeur des capitaux propres rapportée au nombre d’années de bénéfice. Si les capitaux propres, la capitalisation, valent 1000 et les bénéfices 100 on dira que le PER vaut 10. Cela implique qu’un investisseur devra attendra 10 ans pour récupérer son investissement, à bénéfices constants.

Historiquement la médiane des PER sur le CAC 40 est de 14. La médiane, calculée ces derniers jours, est de 19,2, soit une progression de 37 %. Tout le monde se souvient de la bulle internet des télécom ou des dotcom companies en 2000. Les PER des sociétés de ce secteur avait atteint des niveaux pharaoniques de 50. Aujourd’hui, Dassault System, Essilor, Safran, Saint Gobain ont tous des PER proche ou dessus de 50, Airbus et tout le secteur du luxe se paye plus de 30 fois les bénéfices.

La différence entre la bulle de 2000 et celle de 2019, que beaucoup ne veulent pas considérer comme une bulle provient principalement des taux.

C’est parce qu’elle vient des taux que d’aucuns refusent de voir cette bulle puisque qu’elle peut rester bulle tant que les taux resteront bas. Mais cependant on assiste bien à la création d’une bulle dans un marché dont la tendance Bullish est la plus longue jamais observée sur les marchés et le tout échafaudé sur du sable, puisque appuyé sur aucun volume. La hausse des taux devra être l’indicateur majeur à surveiller et surtout sa dérivée seconde. Depuis les plus bas du mois d’août 2019 les taux 10 ans des principaux pays ont progressé tranquillement en moyenne de 30 points de base. C’est l’accélération qui sera la clé.

Deux autres points à surveiller

Le secteur du luxe : il sera en première ligne si la dégradation se poursuit à Hong Kong ou si le conflit commercial s’envenime avec Donald Trump. Les KOHL, Kering, l’Oréal, Hermès et LVMH ont progressé de plus de 50 % et sont pondérés à hauteur de 18 % du CAC 40. À lui seul le secteur du luxe a compté pour plus 30 % de la hausse annuelle du CAC40.

La fameuse volatilité implicite : comme nous l’avons vu plus haut elle est sur des niveaux extrêmement bas. Beaucoup de fonds spéculatifs vendent cette volatilité. Tous les spécialistes savent que la volatilité implicite fait intervenir la dérivée seconde. C’est-à-dire l’accélération. Une baisse journalière de 2 % du marché provoque une augmentation de la volatilité implicite d’environ 40 à 50 %. Nous l’avons encore constaté le 2 décembre dernier où le CAC perd 2 % et le VCAC passe de 10,5 à 15,6, 50 % de hausse. Une chute des indices brutale peut facilement entrainer la volatilité implicite au delà de 35.

Dans ce cas les fonds shorts sont obligés de se couvrir en vendant des contrats « futures », ce qui auto-alimente la baisse. C’est ce que nous avons connu en février 2018 entrainant une chute de 10 % du CAC et du S&P en deux séances…

Idée reçue : « Les VTC profitent des grèves pour augmenter leurs prix »

Par Eddie Willers
prix

Par Eddie Willers.

J’ai déjà eu l’occasion de parler à plusieurs reprises du principe de construction d’un prix. Néanmoins, l’actualité m’offre régulièrement l’occasion de refaire un point sur ce mécanisme.

Un prix est le résultat d’une rencontre entre une offre et une demande. Rien d’autre. Certains économistes voudront toujours affirmer que le prix est la résultante d’une intensité de travail. Plus la quantité de travail pour produire un bien ou un service est importante et plus le prix devrait l’être et inversement.

Or je ne pense pas me tromper en disant que vous ne seriez pas prêt à payer plus cher, toutes choses égales par ailleurs, quelqu’un qui repeint votre appartement en une semaine qu’un peintre qui le ferait en trois jours. Je suis même convaincu du contraire.

Ce mécanisme a pour conséquence de ne pas être un système méritocratique. Là où un maître d’école encourage l’élève qui travaille dur et peut s’en prendre à l’élève qui a des facilités mais est moins travailleur, la fixation des prix ne répond qu’à l’impératif de l’efficacité.

Ce n’est évidemment pas agréable. Nous cherchons toujours, autant que faire se peut, à encourager les situations justes, or il nous apparaît naturellement plus juste d’encourager celui qui travaille dur même si cela n’est pas efficace.

Pour autant, valoriser la quantité de travail au détriment de l’efficacité en vue de répondre à un besoin est source d’inefficacités. Nos ressources (temps, argent, matières premières …) sont rares et nos besoins nombreux : nous devons donc chercher à optimiser ce couple ressources-besoins.

Quel indicateur peut dès lors nous permettre de savoir que nous optimisons nos ressources ?

La réponse est le prix.

Si jamais la réalisation d’un bien ou d’un service est coûteuse en ressources, deux options s’offriront à moi :

  • demander un prix élevé pour au moins couvrir mes coûts,
  • ne pas le vendre car personne ne serait prêt à payer aussi cher.

Je saurai donc très rapidement si ce que je produis répond à un besoin et si mon couple ressources-besoins est correctement adressé.

De nombreux pays ont tenté de se soustraire à cette logique de prix. « La santé n’a pas de prix », « l’éducation n’a pas de prix » … Ils ont donc décidé de fixer eux-mêmes des prix sans faire appel à une mécanisme de rencontre entre offre et demande.

Il en a résulté partout une mauvaise allocation des ressources et donc une destruction de richesses : URSS, Républiques socialistes d’Europe de l’Est, Cuba, Corée du Nord, Venezuela…

La réalité de ce monde ne se soucie guère des idéaux de l’âme humaine. Elle est froide et implacable. Pour organiser la réponse à un besoin, se nourrir par exemple, nous pouvons faire le choix d’un mécanisme de prix libre ou faire le choix d’un système de queues et d’attente.

L’être humain reste avant tout un animal qui répond à règles universelles. Je vous renvoie à vos manuels d’histoire pour savoir ce qu’il est advenu des populations dont les dirigeants ont voulu « changer l’Homme en un Homme nouveau« .

Malheureusement, si nous voulons améliorer les conditions de vie des Hommes, nous devons produire plus avec autant ou moins. Nous devons donc répondre au mieux à une demande et au long de l’histoire de l’humanité, il semble que seul un mécanisme de prix libres a su répondre à cette exigence.

Je terminerai ce billet en racontant une blague connue en URSS dans les années 1980 et qui viendra illustrer à nouveau le fait qu’un mécanisme de prix non-libre se solde par un mécanisme de queues et d’attente :

« Un travailleur fait la queue devant un magasin de nourriture, agacé, il s’exclame face à son ami :

– J’en ai assez, je vais me débarrasser de Gorbatchev !

Il part donc et revient quelques heures plus tard. Son ami lui demande :

– Alors ? Tu t’es débarrassé de Gorbatchev ?

– Non la queue était encore plus longue qu’ici. »

Sur le web

Énergie : la France pourrit par la tête

Par Michel Gay
électricité fessenheim

Par Michel Gay.

La France pourrit par la tête tandis que les forces vives de la nation (ouvriers, techniciens, ingénieurs, entrepreneurs…) constituent une ossature d’excellente qualité, rongée par les décisions aberrantes du gouvernement dans le domaine de la production d’électricité, source d’activité économique et de richesse pour notre pays.

Détruire ce qui fonctionne

La fermeture de la centrale de Fessenheim, rentable et en excellent état de fonctionnement, n’est que le solde d’un achat de suffrages verts réglé par les contribuables.

L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) a conclu au respect des exigences de sûreté et de sécurité pour la poursuite de son exploitation.

En outre, si cette centrale mise en service en 1977 est la plus ancienne en activité en France, aucune raison de fond ne vient s’opposer à la prolongation de son exploitation jusqu’à 60 ans, comme aux États-Unis où la durée de vie de ces mêmes réacteurs a déjà été prolongée.

Fessenheim rapporte 1,5 million d’euros par jour (en moyenne annuelle) en chiffre d’affaires (1800 MW x 7200 h/an x 42 euros/MWh/365 jours = 1,5 million d’euros)  et elle pourrait probablement encore être autorisée par l’ASN à fonctionner encore 20 ans.

Environ 10 milliards d’euros d’exploitation seront perdus (1,5 million/jour  x 365 jours x 20 ans = 10 milliards d’euros), alors que dans le même temps nos hôpitaux publics manquent cruellement de moyens de fonctionnement et d’investissements.

Par ailleurs, sa production sera remplacée par des importations massives de gaz (russe, algérien…) qui viendront alourdir encore le déficit de la balance du commerce extérieur.

Sur ordre du gouvernement, le président d’EDF applique de mauvaises décisions contre nature pour son entreprise et à l’encontre de l’intérêt des Français selon les dernières prévisions de RTE, le gestionnaire du réseau d’électricité.

Un achat de suffrages

Le choix de fermer la centrale de Fessenheim est un choix politique et dogmatique puisqu’il résulte directement de l’accord électoral passé entre le Parti socialiste et Europe Écologie Les Verts, en novembre 2011, prévoyant la fermeture de 24 réacteurs nucléaires à l’horizon 2025 (repoussée depuis à 2035…).

Où est l’étude d’impacts préalable technique, socio-économique notamment sur l’emploi direct et indirect qui a conduit à cette décision ? Il n’y en a aucune !

Ce  paiement en nature, cet « achat de suffrages » constitue un abus de bien social au détriment de tous les Français en l’absence de motifs de sécurité (l’ASN a donné sa bénédiction) et d’exploitation (centrale rentable).

Enfin, cet achat des suffrages verts (il s’agit ici de milliards d’euros perdus pour les caisses de l’État et donc pour les Français) échappe à la comptabilité des dépenses de campagne électorale.

Pourtant, certains candidats doivent répondre devant la justice d’utilisation litigieuse de fonds publics au cours de leur campagne pour des montants bien inférieurs.

Ce gaspillage immonde d’argent public pour engranger des votes devrait à l’évidence être dénoncé par les médias.

Le rapport Mariton en 2013

Cette décision politique détestable aura malheureusement de graves conséquences énergétiques, environnementales, économiques, et financières, comme l’avait déjà indiqué le rapport d’information relatif à la transition énergétique présenté par le député Hervé Mariton au nom de la commission des Finances, le 16 octobre 2013 :

La centrale de Fessenheim produit, sans effet de serre, 70 % de la consommation électrique d’Alsace. Sa fermeture se soldera par un recours accru aux énergies fossiles. Sur le court terme, le remplacement de l’électricité produite par la centrale nécessitera de faire appel […] aux centrales combinés à gaz pour prendre le relais.

Ce rapport indique aussi que :

  • l’État devra verser une compensation financière de plusieurs milliards d’euros à l’opérateur et à ses partenaires suisses et allemands,
  • le nucléaire qui permet de garantir aux entreprises françaises une énergie à moindre coût, reste un des derniers éléments de notre compétitivité,
  • dans l’état actuel de l’endettement de notre pays, cette fermeture contribuera à reporter le fardeau de la dette sur les générations futures,
  • cette fermeture impactera 2200 emplois directs et indirects ainsi que toute l’économie locale du Haut-Rhin puisque la centrale de Fessenheim est un contributeur important des collectivités à hauteur de 50 millions d’euros chaque année.

L’accès à l’énergie constitue un enjeu géopolitique majeur et constitue un élément essentiel du développement industriel et de l’aménagement du territoire.

Il est primordial que la politique énergétique de la France contribue à la solution des tensions mondiales en économisant les ressources fossiles.

Toutes les réflexions sur les enjeux énergétiques doivent avoir pour objectif de satisfaire les besoins vitaux des habitants de la France, au niveau individuel comme collectif.

Depuis 2013, la machine s’est emballée

Comment ouvrir les yeux des Français sur les justifications spécieuses de ce vaste marché de dupes (les dupes étant les contribuables et les consommateurs) sur lequel repose le développement scandaleux de l’éolien et du photovoltaïque ?

Les élus qui aspirent au renouvellement de leur mandat continueront à repousser au-delà de leur mandature les solutions absurdes qu’ils annoncent.

« En même temps », ils continueront à amuser la galerie avec des moulins à vent et des miroirs aux alouettes photovoltaïques.

Il est tellement plus facile de vendre du vent et de préférer la démagogie flatteuse à la pédagogie laborieuse.

Comment ensuite être surpris d’une défiance envers des élus qui contribuent délibérément à l’appauvrissement du pays ?

Ce fiasco prévu de la politique énergétique des gouvernements successifs depuis plus de 10 ans n’est que la partie émergée de l’iceberg des gabegies et de l’irrationalité des politiques.

Le débat public en France

Le cas spécifique de la récente consultation populaire sur le futur Plan National de Gestion des Matières et Déchets Radioactifs (PNGMDR) organisée par la Commission Nationale du Débat Public (CNDP) illustre une fois de plus l’incapacité de nos élus à traiter ces questions en s’appuyant sur une analyse scientifique et technique.

La représentation nationale est complaisante avec les militants autoproclamés soi-disant « représentatifs », avec des agités pourrisseurs de débats, en leur offrant une caisse de résonance au point de décourager les citoyens d’y participer.

L’échec récurrent de ces « débats » révèle tout simplement son incapacité chronique à respecter les citoyens en leur soumettant, par exemple, des questions fermées et orientées, sans même parler du renoncement à les informer objectivement.

La CNDP manipule les Français avec de pseudos débats publics chargés uniquement de donner une caution populaire à des conclusions globalement déjà orientées à l’avance.

Nos « élites » considèrent que l’organisation de ces réunions de pure forme ou personne ne peut sereinement s’exprimer suffit à satisfaire les attentes des citoyens.

Des associations ayant des liens artificiels avec le sujet des déchets nucléaires comme Négawat ou Wise, ainsi que des géographes, philosophes, juristes conseillers d’État, sont auditionnés par la CNDP avant même le débat.

Mais aucun géologue, hydrologue, neutronicien, spécialiste de la migration des produits de fission et des radionucléides, médecin radiothérapeute, radioprotectionniste, ni académiciens n’a été invité.

Dans la longue liste de « personnes entendues pour préparer le débat » sur le PNGMDR, aucune des Académies n’a été sollicitée.

En revanche, sept associations notoirement antinucléaires l’ont été et un membre de l’une d’entre elles est cité cinq fois.

La CNDP sait parfaitement ce qu’elle fait en ignorant les scientifiques compétents sur la question posée.

Des spécialistes du stockage des déchets radioactifs sont pourtant simples à trouver dans notre pays. Mais quand on ne veut pas les entendre, il suffit de ne pas les convier à la préparation du débat.

Ensuite, dans les 200 pages résumant le débat du PNGMR, ni l’Académie des technologies, ni l’Académie des sciences ne sont citées comme contributeurs. Et leurs contributions ne sont ni rapportées, ni commentées.

Le débat parlementaire limité à un exercice pavlovien d’approbation ou d’opposition donne l’image d’une démocratie malade, ce qui est encore plus grave que les errements irresponsables sur les questions liées à l’énergie (nucléaire ou non).

Dans son livre Pourquoi le nucléaire ?, Bertrand Barré écrivait page 136 :

Le jeu n’est pas égal entre experts et militants. De l’expert – et c’est normal – on exige l’exactitude. Il n’a pas le droit de se tromper, encore moins de mentir, même par omission. Du militant, on exige la conviction. Il a le droit de se tromper (il n’est pas spécialiste), voire de mentir, aussi longtemps qu’il est convaincu de la justesse de son combat.

Dans la même veine, la citation de Jacques Prévert

« Qu’est-ce que cela peut faire que je lutte pour la mauvaise cause puisque je suis de bonne foi ? »

pourrait-être transformée par la CNDP en « Qu’est-ce que ça peut faire que je sois de mauvaise foi puisque c’est pour la bonne cause. »

Le message essentiel indiquant que le stockage géologique en profondeur des déchets n’est pas un pis-aller mais une excellente solution technologique (car les argilites confinent la radioactivité) n’a pas été pas « compris » par la CNDP, ni repris par l’AFP.

Idéologie et communication

Depuis plusieurs années, un gouvernement de fous nie et méprise la science remplacée par l’idéologie et la communication.

La réalité est simplement ignorée au profit de slogans séduisants qui flattent une frange d’électeurs et enrichissent des opportunistes déguisés en vert, ce qui mènera inéluctablement à des catastrophes.

L’Académicien et ancien Haut-commissaire à l’énergie atomique Yves Bréchet le confirme dans Le Point en octobre 2019 :

La génération qui a construit le parc nucléaire français […] savait qu’il fallait reconstruire le pays et assurer sa souveraineté […] alors que nos élites actuelles n’ont plus qu’à construire leur carrière.

Et il poursuit :

Mais nos responsables préfèrent acheter la paix dans des diners mondains plutôt que de remplir leur devoir d’information.

 Le prix de cet aveuglement sera malheureusement élevé pour tous, même pour nos pseudos « élites » hors-sol dont beaucoup ne voient pas plus loin que le bout de leur mandat électoral.

Pourquoi le libéralisme n’est ni le laisser-faire, ni le laisser-aller

Par Johan Rivalland
laisser-aller

Par Johan Rivalland.

Laissez-nous faire, laissez passer le grain.

Voilà le cri du cœur lancé par un certain Legendre, marchand de son État, répondant à Colbert sur les moyens d’aider le commerce. Une formule sortie de son contexte et manipulée par la suite… mais toujours d’actualité.

Douzième volet de notre série « Ce que le libéralisme n’est pas ».

La liberté d’action et de circulation

Voici ce que rappelait Jean-Yves Naudet, en lien avec l’actualité en 2014, à ce sujet :

Il faut remonter au XVIIe siècle et à Colbert. Celui-ci recevait une délégation de chefs d’entreprises, menée par Legendre. Colbert, en interventionniste fondateur du colbertisme, leur demande « que puis-je faire pour vous aider ? ». Dans son esprit, cela signifie : subventions, privilèges, monopoles, réglementations, fermeture des professions… La réaction de Legendre a laissé Colbert perplexe : « Laissez-nous faire ». Nous n’avons pas besoin de votre aide et de vos fonctionnaires, pas besoin que l’État se mêle de ce que nous savons faire nous-mêmes. Mais au moins ne nous mettez pas de bâtons dans les roues, rendez-nous notre liberté, le reste, nous nous en chargeons.

Cet épisode et ce Legendre ont-ils vraiment existé ou s’agit-il d’une formule qui serait en réalité l’œuvre de Vincent de Gournay, dont Turgot dressait un éloge vibrant, celui-ci l’ayant largement inspiré dans ses réflexions et ses actions ?

Peu importe.

Ce qui est sûr est que les disettes étaient courantes encore à l’époque et qu’il était d’une complète aberration et proprement inouï que, par ses mesures réglementaires et protectionnistes, empêchant la libre-circulation des grains d’une contrée à une autre en France, des gens souffrent ou meurent, alors même qu’à quelques kilomètres à peine de chez eux des excédents de récoltes leur auraient permis de manger à leur faim. Tout cela parce que, par son interventionnisme criminel, l’État empêchait la liberté du commerce.

Et on voudrait incriminer le libéralisme, lui prêter des intentions dites « égoïstes » n’ayant rien à voir avec ses principes ? Nous n’avons affaire là qu’à pure ignorance. Et il est un fait que l’ignorance prend bien plus souvent le pas sur la connaissance que l’inverse.

Laissez-nous faire, cessez de nous mettre des bâtons dans les roues !

Plus de 300 ans après, c’est un autre cri du cœur similaire qui est lancé par le maire de Mandelieu-la-Napoule, le 25 novembre 2019, suite aux inondations qui ont touché de manière impressionnante les Alpes-Maritimes. Là encore, on peut qualifier l’interventionnisme de criminel – même si ce n’est bien évidemment nullement intentionnel – pour ne pas dire absurde, en tous les cas inconséquent.

Car c’est une nouvelle fois le poids de la réglementation – pire, ses contradictions parfois absurdes – qui mène à la catastrophe et à la mort d’individus. Lisons un extrait de l’article de presse mis en lien ci-dessus concernant l’appel de ce maire (et de plusieurs autres responsables publics locaux en accord avec ses propos) :

[…] Il dénonce « une contrainte totalement contradictoire » en matière d’urbanisme : « On nous demande de faire des logements en nombre – je dois en faire 2500 pour être dans la loi, et on me punit de ne pas les faire – et de l’autre côté, on me demande de rendre à la nature le plus de sols possible », explique-t-il. « Moi, je préfère privilégier la lutte contre l’inondation mais pour faire des aménagements contre l’inondation, il me faut des dizaines d’années de procédures puisque c’est très compliqué », poursuit-il. « J’en appelle donc au président de la République et aux parlementaires : je leur demande de simplifier la législation, de simplifier les réglementations, de rendre le pouvoir aux locaux pour pouvoir aménager. Laissez-nous faire, on peut le faire, mais laissez-nous agir et arrêtez de nous contraindre avec des procédures qui n’en finissent pas.

Le libéralisme, un « laisser-aller » ?

Le « laisser-fairisme » n’est donc qu’une simple vision de l’esprit, créée par des ennemis du libéralisme, puis répandue médiatiquement, pour s’ancrer dans les esprits de tout un chacun de manière insidieuse et difficilement réversible.

La philosophie libérale est bien plus fine que les caricatures que l’on veut bien en dresser de manière souvent scandaleuse. Et lorsque d’aucuns prônent, dans tel ou tel domaine, le « laissez faire » (avec un « z » et non un « r »), ce n’est jamais avec l’intention qui lui est généralement prêtée.

Il en va de même avec, pire encore, cette idée parfaitement insidieuse qui consiste à associer le libéralisme avec le « laisser-aller ». Une nouvelle fois, nous sommes dans la grossière caricature. Et le plus désolant est que des gens, même de bonne foi, sont parfaitement convaincus de la validité de ce type d’assertion.

Hier encore, j’écoutais face à moi quelqu’un de tout à fait sympathique et agréable, nullement mal intentionné et plutôt assez instruit, qui devisait – à la veille des grandes grèves qui allaient débuter ce 5 décembre 2019 – sur les risques et dérives de notre société actuelle. Les inquiétudes face aux mouvements sociaux, les Gilets jaunes, casseurs et autres voyous venant de banlieues jusqu’à Paris, Christophe Guilluy et la France périphérique… jusqu’au moment où, évoquant certains quartiers fermés à la police où règne la loi des dealers, cette personne se met à sortir un couplet sur l’ultra-libéralisme qui régnerait dans ces quartiers.

Je n’ai rien dit – parfois c’est vain et je n’avais de toute façon pas du tout le temps car j’étais très occupé – mais c’était hélas tout à fait représentatif ce que beaucoup pensent, emportés par leurs croyances et ignorants des fondements philosophiques du libéralisme. Poursuivant sa pensée, cette personne mélangeait alors loi de la cité, absence d’autorité, trafic en toute impunité, règlements de comptes par le moyen d’une balle dans la tête et « ultra-libéralisme » à la Alain Madelin (qui, si d’aventure il lit ces lignes, ne pourra que s’en attrister, tant cette caricature est d’une ignominie consternante). Je ne pouvais que prendre ma plume pour tenter de lutter à ma toute petite échelle contre de telles horreurs d’attributions intellectuelles…

Laisser-aller et État-gendarme

Ceci m’a aussi laissé entrevoir la contradiction incroyable qui peut régner dans certains esprits (universitaires) entre d’un côté cette idée absurde que nous venons d’évoquer d’un « laisser-aller », et une autre facette souvent caricaturale – en parfaite contradiction – prêtée au libéralisme, souvent apparenté à une sorte « d’État-gendarme ». Avec toute l’évocation péjorative que l’on peut imaginer derrière cette formule réductrice… Comme quoi nous ne sommes plus à une contradiction près et que lorsqu’on évoque le libéralisme, on ne sait pas très bien de quoi on parle, si ce n’est d’une sorte d’épouvantail protéiforme qui a bon dos et permet une forme de défoulement apaisante.

Rappelons, si besoin est, que le libéralisme est par nature attaché au respect des droits des individus, aux libertés fondamentales, au droit de propriété, à la protection de la personne à la fois dans son intégrité physique et morale, à la responsabilité. Comment imaginer un seul instant que « loi de la cité » et libéralisme auraient quoi que ce soit à voir ensemble ?

Laisser-aller : mais de qui parlons-nous ?

Pour conclure, car le thème de cet article pourrait largement occuper un ouvrage entier à lui seul – mais il faut ici faire court – j’aurais tendance à renverser les propos contenus dans les idées reçues esquissées précédemment, en faisant remarquer que c’est plutôt l’État, par son interventionnisme excessif, qui a tendance – malgré lui – à conduire dans de nombreux domaines au laisser-aller. Joli paradoxe. À vouloir se mêler de tout et de rien, il finit par être très souvent inefficace et causeur de troubles. Cela ne date pas d’hier, ainsi que nous l’avons vu, et ses interventions, par leur absurdité parfois et leurs contradictions comme nous l’avons vu aussi, peuvent s’avérer nuisibles.

Un seul exemple – en lien avec l’actualité : le système des retraites. Avec un petit rappel à tous ceux qui marquent leur refus inflexible de toute réforme (ou changement de système) quelle qu’elle soit : à force de laisser-aller et d’inconséquence politique de la part de « l’État » et ceux qui le représentent, la Grèce dos au mur a fini par devoir consentir d’autorité une baisse généralisée des retraites… de 30 % du jour au lendemain. Voilà qui laisse songeur. Et qui pourrait bien nous arriver. Mais c’est sans doute là un autre sujet… quoique.

 

À lire aussi :

Zemmour se trompe encore une fois sur Pascal Salin

Par Marius-Joseph Marchetti
zemmour

Par Marius-Joseph Marchetti.

Dans un article datant du 4 décembre, sur le site du FigaroVox, Éric Zemmour a trouvé sa nouvelle cible : le chantre du libéralisme économique, le professeur Pascal Salin !

Tout au long de ce billet, je reviendrai sur les critiques infondées d’Éric Zemmour à l’encontre de Pascal Salin et du libéralisme en général.

Ce qui ressort globalement de cet article, c’est que pour Zemmour le libéralisme n’est qu’économie. Rien à voir avec l’éthique ou la philosophie.

Si monsieur Zemmour avait lu, ne serait-ce qu’un peu, le professeur Salin avant de s’exprimer à son sujet, il saurait que le libéralisme du professeur Salin n’est pas qu’économie, mais qu’il relève d’une éthique universelle dont il se fait le défenseur, et qui découle de la raison.

En accusant ensuite le professeur Salin de se faire le chantre de l’Homo œconomicus, Monsieur Zemmour prouve  encore une fois qu’il ferait bien de se limiter à son domaine d’expertise, encore que… Pour comprendre en quoi rattacher le professeur Salin au concept d’Homo œconomicus, il faut tout d’abord se souvenir que, dans ses livres et articles, Pascal Salin ne manque jamais une occasion de rappeler son attachement à Ludwig von Mises, Friedrich von Hayek et Murray Rothbard.

De plus, rappelons que le cœur de l’École autrichienne, dont font partie les personnalités citées ci-dessus, repose sur le subjectivisme. Pour comprendre ce point, il faut pousser plus avant l’explication sur l’appartenance de Pascal Salin à l’École autrichienne d’économie, ce qui n’est d’ailleurs jamais souligné par Zemmour.

Les confusions de Zemmour

L’École autrichienne, née en même temps que la révolution marginaliste, bouleverse le champ de  l’économie.

Cette révolution, portée en partie par son fondateur Carl Menger, rompt avec la vision traditionnelle du rapport marchand comme on la retrouve chez les classiques tel Adam Smith.

Si les néoclassiques n’ont pas réellement abandonné l’idée de valeur objective (en témoigne le nombre important de néoclassiques ayant attaqué de front les travaux de Böhm-Bawerk, élève de Menger), et malgré les liens faits avec le concept d’utilité marginale, l’École autrichienne a pleinement adopté ce que Mises nomme l’Homo Agens, c’est-à-dire l’axiome irréductiblement vrai selon lequel tout Homme agit : c’est le fameux axiome de l’action rationnelle de Mises.

Les axiomes de l’École autrichienne, à laquelle adhère Pascal Salin, sont loin de l’archétype conceptuel de l’Homo œconomicus et cherchent, au contraire, à se rapprocher de la réalité des phénomènes complexes.

À ce sujet, Ludwig von Mises déclarait, dans L’Action humaine (pages 71-72) :

L’École historique de Sciences nationales économiques (Wirtschaftliche Staatswissenschaften) en Allemagne et l’Institutionnalisme en Amérique ont commis une erreur fondamentale en interprétant l’économie comme le scénario du comportement d’un type idéal, l’homo œconomicus. Selon cette doctrine l’économie traditionnelle ou orthodoxe ne traite pas du comportement de l’Homme tel qu’il est et agit réellement, mais d’une image factice et hypothétique. Elle décrit un être poussé exclusivement par des mobiles économiques, c’est-à-dire uniquement par l’intention de réaliser le plus grand profit matériel ou monétaire possible. Un tel être, disent ces critiques, n’a et n’a jamais eu de réplique dans la réalité ; c’est un fantôme engendré par une pseudo-philosophie de cabinet. Aucun Homme n’est exclusivement mû par le désir de devenir aussi riche que possible ; beaucoup ne sont nullement influencés par cette mesquine ambition. Il est vain de se référer à cet illusoire homuncule pour étudier la vie et l’Histoire.

Même si tel avait été le contenu de l’économie classique, l’homo œconomicus ne serait certainement pas un type idéal. Le type idéal n’est pas la personnification d’un côté ou aspect des divers buts et désirs de l’homme. C’est toujours la représentation de phénomènes complexes de la réalité, qu’il s’agisse d’hommes, d’institutions ou d’idéologies.

Viennent ensuite les accusations de Zemmour envers « le libéralisme anglo-saxon [dont on se doute bien qu’il y inclut Salin], mère de tous nos maux, et libéralisme français, respectueux des prérogatives de l’État et des intérêts de la nation. »

Le libéralisme de Salin serait-il anglais ?

C’est une grave erreur de raisonner ainsi dans un pays qui compte des Locke, Hume, Burke, Smith, Spencer, Stuart Mill, et donc des libéraux de sensibilités particulièrement différentes.

Entre un John Stuart Mill qui finit socialisant, en passant par un Adam Smith reconnaissant le rôle de l’État dans le domaine des biens publics, jusqu’à un Herbert Spencer qui croit en l’anarcho-capitalisme à long terme, Zemmour devrait peut-être donner davantage de précisions sur ce fameux libéralisme anglais.

Et quel est donc ce fameux libéralisme français défendant les intérêts de la nation ?

Celui de Say, de Bastiat, des industrialistes Charles Comte et Charles Dunoyer, d’Adolphe Blanqui, le créateur originel de la lutte des classes, la vraie, la libérale ? Si les libéraux défendent la nation, c’est celle du discours d’Ernest Renan à La Sorbonne.

C’est la nation qui repose, non pas sur le principe des nationalités, mais celui de l’autodétermination des individus sur un territoire.

Les sophismes de Zemmour

Zemmour enchaîne ainsi sophisme sur sophisme.

— La retraite par capitalisation est responsable de la financiarisation de l’économie.

Si l’essayiste s’était doté d’une théorie du capital décente (mais peut-on lui en vouloir, quand une majorité des économistes mainstream ne le fait pas) peut-être ne passerait-il pas tout son temps à user d’un jargon digne du left-conservatism.

Il s’apercevrait peut-être, comme certains économistes tels que Mark Thornton, que ladite financiarisation de l’économie s’est surtout produite à la fin des accords de Bretton-Woods et avec elle la fin de l’étalon change-or, lorsque la monnaie n’était plus adossée à aucun étalon ou pseudo-étalon de valeur.

La déréglementation bancaire a effectivement été une mauvaise chose. Pas en soi car la monnaie n’est pas neutre, mais une politique monétaire expansionniste facilitée par la déréglementation entraînera d’autant plus de bulles dans les secteurs à forte intensité capitalistique.

— Le fameux système de santé américain, ce système de santé défectueux : chez nos socialistes de tous les partis le problème du système de santé américain provient toujours de son caractère privé ; ce qui est une blague, eu égard à la part de financement de la santé prise en charge par des dépenses publiques.

Étrangement, tous les facteurs réglementaires et interventionnistes expliquent les niveaux élevés du prix des biens et des prestations : brevets, conventionnement à marche forcée des médecins à l’AMA, licences, arrangements fiscaux favorisant l’assurance maladie fournie par l’employeur.

Tous ces exemples, loin de prouver la défaillance du marché américain, tendent plutôt à démontrer la défaillance d’un système autre que celui des prix.

Zemmour et l’immigration

L’attaque se fait ensuite à propos de l’immigration et des frontières ouvertes.

Mais mieux qu’un long discours sur les caractéristiques de la propriété privée, base du système libéral, qu’en pense notre ami Pascal Salin ?

La liberté de migration ne signifie donc pas qu’un étranger a le droit d’aller là où il veut, mais qu’il peut aller librement là où on veut bien le recevoir. […] Dans un système de propriété privée, les droits de chacun sont conditionnels : on entre dans la propriété d’autrui à condition d’en respecter les règles et de payer le prix éventuellement demandé. Ainsi que nous l’avons vu, le droit de propriété se définit comme la liberté d’exclure autrui de l’usage du bien que l’on possède, quelles que soient les motivations de l’exclusion. Si le propriétaire d’une maison refuse de la louer à quelqu’un qu’il considère comme un étranger (parce qu’il vient d’un autre pays, qu’il a une couleur de peau différente, une autre culture ou une autre religion), si le propriétaire d’une entreprise refuse d’embaucher pour les mêmes motifs, cela peut nous choquer, mais nous devons reconnaître qu’ils en ont le droit.

A priori, cela ne ressemble pas à une affreuse et anomique abolition des frontières, telle que l’entend Éric Zemmour.

Les imprécations de Zemmour

— La France des trafics, c’est le libéralisme : absolument pas la prohibition, qui engendre des barrières à l’entrée si énormes que seuls les plus téméraires, entendez ici les plus dangereux, s’aventureront dans cet Eldorado de la rareté créée artificiellement par l’État.

— La France des zones de non-droit, c’est le libéralisme : ce n’est absolument pas le rôle d’un État minimal dans la philosophie libérale de gérer les fonctions régaliennes.

D’ailleurs, ça ne l’est peut-être pas, puisque les lois économiques nous montrent que tout ce que fait l’État est mal fait, et que des entreprises privées pourraient très bien s’en charger elles-mêmes.

Et Zemmour de conclure :

Salin a poussé la droite à accepter l’Europe pour avoir le marché. En face, la gauche a de même accepté le marché.

Salin a forcé tout le monde à faire des concessions au marché…

La droite, la gauche, personne n’y a coupé : la France des 57 % de dépenses publiques, des 33 % de dépenses sociales, de la monnaie fiduciaire, du record mondial de jours de grève, du syndicalisme coercitif et des services publics disruptifs, du homeschooling interdit, des maisons closes fermées, du paternalisme hygiéniste, des droits bafoués, de la propriété sous tutelle, du zonage liberticide, des restrictions à la liberté de s’associer et à ne pas s’associer.

Monsieur Zemmour, ne vous en déplaise, le professeur Salin accepte la plus élémentaire et la plus radicale des contraintes : le respect le plus fondamental des droits naturels d’autrui, ce fameux droit naturel qui vous autorise à parler, défendre vos travaux, ce que ce Dieu que vous nommez État peut vous empêcher de faire à tout moment.

Peut-être aussi que prendre connaissance de la praxéologie, la science de l’agir humain, dont l’histoire est l’une des branches, vous permettrait de dire moins de bêtises d’un point de vue économique et à propos de l’histoire économique.

L’Histoire ne peut nous enseigner aucune règle, aucun principe ni loi d’ordre général. Il n’y a aucun moyen d’abstraire d’une expérience historique a posteriori de quelconques théories ou théorèmes concernant la conduite et les politiques humaines. Les données de l’Histoire ne seraient qu’une maladroite accumulation de faits sans liens, un monceau de confusion, si elles ne pouvaient être éclairées, distribuées et interprétées par un savoir praxéologique systématique. (Ludwig von Mises, L’Action Humaine, page 48)

Extinction Rébellion : derrière l’écologie, le bon vieux gauchisme archaïque

Par Frédéric Mas

Par Frédéric Mas.

Ce jeudi, les activistes d’Extinction Rébellion se sont attaqués aux trottinettes électriques en libre-service. À Paris, 2020 engins auraient été mis hors d’usage, 1500 à Lyon et 90 à Bordeaux, le tout pour soutenir le mouvement de grève générale qui prévoit de bloquer le pays pour les jours à venir.

Ce matin (et en soutien à la #grevedu5decembre) des rebelles de #ExtinctionRebellion Paris, Lyon et Bordeaux ont mis HS 3600 trottinettes 🛴!
En raison de leur prod. très énergivore, de leur faible durée de vie, ces véhicules ne représentent qu’un instrument de + de #greenwashing pic.twitter.com/WFgna1Zugw

— Extinction Rebellion France 🐝🌺 (@xrFrance) December 5, 2019

Pour les écolos radicaux, il s’agissait de faire d’une pierre deux coups, à savoir saboter des véhicules à la fois polluants et anti-sociaux, « briseurs de grève ».

Les militants écolos avaient sans doute lu dans Contrepoints que le bilan environnemental des fameuses trottinettes n’était pas franchement positif. Seulement, plutôt que de choisir la contestation démocratique, ils ont préféré le sabotage et le blocage. C’est un choix délibéré, qui nous indique qu’une partie des écolos professionnels qui investissent le débat public ces dernières décennies a surtout une vision de l’écologie assez instrumentale. Elle n’est belle et bonne qu’une fois associée aux critiques les plus radicales, éculées et nihilistes du capitalisme.

On se souvient du happening millénariste d’Extinction Rébellion dans les capitales européennes, et dernièrement à Paris, début octobre, sur fond d’urgence climatique. Sans mobiliser les foules, le groupuscule avait réussi en peu de temps à attirer sur lui les feux médiatiques, et à normaliser un certain type de discours catastrophiste sur la question écologique.

Un autre visage d’Extinction Rébellion

Avec l’annonce de la grève du 5 décembre, c’est un autre aspect d’Extinction Rébellion qui s’est dévoilé auprès du grand public. Dans un communiqué publié sur twitter, on peut lire, dans un style qui n’est pas sans rappeler celui des sectes trotskystes des années 1970, qu’Extinction Rébellion est un mouvement « visant à protéger le vivant », et que « Protéger le vivant, c’est aussi protéger la vie des travailleurs et des travailleuses du monde entier ».

Plus encore, « La grève illimitée est […] l’un des moyens d’action les plus efficaces pour ralentir notre économie et nous donner l’opportunité de sortir de cet impératif productiviste […]. » Derrière l’écologie, il y a donc la décroissance assumée, ou plutôt la décivilisation perçue comme un retour aux origines nécessairement bonnes de l’Humanité. L’écologie sauce Extinction Rébellion remet en selle l’idéologie gauchiste la plus archaïque, ça fait partie du package.

Bien sûr, la position idéologique du groupe écolo n’est pas très profonde, et se contente de ressasser un certain nombre de clichés à la mode dans les milieux politiques d’extrême gauche (et d’extrême droite) pour un public d’ados. Associer l’expérience historique du capitalisme à la pire période de l’Humanité est faux, Steven Pinker nous l’a rappelé récemment, et estimer que la question écologique lui est étrangère est aussi grotesque, les travaux de Max Falque sur le sujet le montrent par exemple.

Seulement le choix de bloquer et de saboter (même des trottinettes électriques ! Symbole ô combien mesquin de l’esprit révolutionnaire à deux pas des Carrefour Market !) en dit long sur la fascination d’une partie de la gauche de la gauche pour le chaos, le désordre et la glorification juvénile de la révolte. La volonté de détruire et de vouloir le rien, qui est, selon Leo Strauss, à la racine des idéologies totalitaires, séduit davantage que la protection des libertés publiques ou le maintien de l’État de droit face à la violence des factions. La France a-t-elle vraiment besoin de ces nouveaux marchands de chaos ?

Fini de rire : la République du Bisounoursland entre en lutte contre la Haine !

Par h16

Par h16

Avec ces grèves, ces grognes et ces gargouillis de la populace syndicalisée, toute la France est à l’arrêt. Toute ? Non ! Un valeureux groupe de ministres, âpre à la tâche, continue vaille que vaille à travailler, à faire reculer chaque jour les problèmes, angoisses et difficultés que le pays traverse. Et lorsqu’un cimetière est profané, Castaner passe à l’action !

Il faut dire que l’indignation est à son comble : rendez-vous compte, un cimetière français a été profané ! C’est si inimaginable, si baroque, si invraisemblable et si consternant qu’on se demande comment et quand la France a pu sombrer ainsi pour observer de telles dérives sociétales !

Vraiment, depuis l’affaire du cimetière de Carpentras en 1990, on pensait que le passé ne ressurgirait pas ainsi, hideux et gluant, tant toute forme d’incivilité à l’égard des lieux religieux ou de culte est complètement passée de mode dans le pays, n’est-ce pas…

D’une part, tout le monde sait que ces actes sont – forcément – la marque de l’extrême droite rampante (et rien d’autre), et ils ne peuvent rester impunis. D’autre part, tout le monde sait aussi que ces exactions sont suffisamment rares et tournées vers un couple de religions seulement (la juive et la musulmane) pour que toute la presse s’empresse de traiter le sujet avec componction.

Ceci explique amplement pourquoi on fait tout un foin lorsque l’extrême droite attaque une mosquée, comme le relate ce petit article passé inaperçu où l’on apprend que la mosq… l’église St-Jacques de Grenoble a été incendiée par un groupuscule d’extrême-dr… gauche ahem bon bref vous comprenez bien qu’on ne peut pas parler de toutes les profanations tout le temps n’est-ce pas. Il y en a si peu qu’on ne doit s’attarder qu’à certaines.

C’est probablement pour cela que Christophe Rantanpl Castaner a aussi choisi d’évoquer le cas de la chapelle du Carmel de Marienthal vandalisée par un individu rapidement interné et qu’il… Ah, on me souffle dans l’oreillette que notre brave ministre n’en a absolument pas parlé, même si les exactions ont eu lieu trois jours avant la profanation du cimetière et à moins de 50 km. Question de quotas sans doute.

Il n’en reste pas moins que notre frétillant ministre a annoncé mercredi la création au sein de la gendarmerie d’un « Office national de lutte contre la haine », qui sera apparemment chargé de « coordonner pour la gendarmerie nationale à la fois l’enquête [sur cette profanation], pour que tous les moyens soient mobilisés, mais aussi l’ensemble des enquêtes sur les actes antisémites, antimusulmans, antichrétiens que nous connaissons sur notre territoire en zone gendarmerie ».

Un nouvel office national ? Ouf, il était temps !

Un nouvel office national « de lutte contre la haine » ? Ah mais sapristi, pourquoi n’y avions-nous pas pensé plus tôt ?

Et lorsqu’on voit le détail des missions qui lui seront confiées, on se sent tout d’un coup ragaillardi par toute cette présence d’esprit et cette indispensable utilité qui seront déployées : ce nouvel office « sera chargé aussi d’accompagner l’ensemble des acteurs de tous les territoires et de faire le lien avec la police, la justice, pour que les auteurs de ces actes ignobles soient condamnés. »

Et voilà donc un office national qui va « accompagner l’ensemble des acteurs », c’est-à-dire leur tenir leur cartable, leur tendre des tartines à quatre heures, et regarder par-dessus leur épaule lorsqu’il y aura dictée. C’est aussi ça, la magie des expressions creuses de la République du Bisounoursland : chacun peut se faire un petit film (rigolo ou solennel, selon l’occasion) de ce qui va se passer, sans que personne ne puisse au final déterminer ce qu’il en sera concrètement.

D’autant que cet office national doit en définitive tout faire pour que soient attrapés et condamnés les fautifs, ce qui est la définition exacte de la mission de la gendarmerie et de la police sur tout le territoire français. Pire encore, il existe un office dont l’intitulé croquignolet ne laisse pas de doute qu’il correspond déjà à celui que veut créer notre brave ministricule.

Bref, actions floues, missions déjà couvertes par un ministère tout entier et un office déjà existant, tout est réuni pour que cet Office National représente un nouveau fromage républicain (ici, ce sera un gruyère bien gras mais surtout plein de trous). Heureusement, pour camoufler cette vacuité, l’office est commodément affublé d’une dénomination supplémentaire puisqu’il devra aussi « lutter contre la haine ».

Là encore, on peut s’en réjouir : il est temps qu’on se préoccupe enfin de la haine dans ce pays, qui a, pour rappel, décidé de ne faire de place qu’à la paix et l’amour (que ce soit sous forme de poudre, de liquide ou de religions, disponible chez votre revendeur le plus proche, tarif familiaux négociables). Enfin aura-t-on l’assurance avec ce nouvel office national que les haines et discriminations seront pourchassées. La police et la gendarmerie françaises s’y emploieront avec zèle, vous pouvez en être sûr.

Alors que le pays se débat, une nouvelle fois, dans les remugles gras d’un énième mouvement de grève des privilégiés habituels, alors que les exactions se font tous les jours plus nombreuses sur les lieux de cultes, très majoritairement chrétiens puis juifs, alors que les forces de l’ordre sont chaque jour confrontées à une montée de l’incivilité, de la violence, voire de véritables émeutes dans certaines zones maintenant passablement détachées de la République et où le bisou ne règne plus trop, nos dirigeants continuent de froufrouter niaisement dans les médias en confondant avec application l’action concrète avec l’idiotie permanente qui consiste à multiplier offices, commissions, comités et autres verrues inutiles sur des administrations déjà obèses.

À l’iniquité manifeste de l’oubli systématique des actes anti-chrétiens par ces dirigeants à la ramasse, on doit ajouter l’insulte aux victimes de toutes ces exactions avec ce genre de créations idiotes, de surcroît lorsqu’elles sont affublées d’une dénomination agressivement stupide.

Et si, monsieur Castaner, au lieu de créer un office bidule de lutte machin contre la haine truc, vous laissiez faire son travail à la gendarmerie ? Mieux encore, et si vous redirigiez les moyens considérables qui sont actuellement consacrés à pourchasser l’automobiliste, à faire chier le contribuable, à concasser les couilles des Français honnêtes, vers (au hasard) les vrais problèmes de société, dont ces exactions religieuses en plus des évidentes déliquescences de certaines zones urbaines consciencieusement laissées à l’abandon de tout Office National de Lutte Contre les Méchants En Bandes Armées ?

Egalité, Taxes, Bisous : République du Bisounoursland
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Sur le web

La communication, facteur déterminant de l’évolution (1)

Par Philippe Mösching
communication

Par Philippe Mosching.

Durant les 300 000 premières années de son existence, doté du même cerveau qu’aujourd’hui, l’Homme a fait très peu de progrès. En découvrant de nouvelles formes de communication, il a élargi ses structures sociales, a partagé, diffusé, pérennisé et enrichi les connaissances acquises et ainsi s’est distingué des autres formes de vie. La communication a été un facteur déterminant, pourquoi ?

Un peu d’histoire pour commencer

Il a fallu attendre 300 000 ans après que les premiers Hommes aient vu le jour pour voir des changements d’organisation sociale, le développement de nouvelles techniques, la spécialisation des activités, la sédentarisation et l’agriculture. C’est l’avènement, il y a 10 000 ans, du Néolithique.

Ensuite l’apparition de l’écriture marquera le début officiel de l’Histoire, nous sommes en 3500 av. JC. Plus tard, vers 1450, Gutenberg libère le savoir et le met à disposition d’un plus grand nombre en inventant un système d’impression plus performant. L’impact de cette invention a été longtemps sous-estimé. Elle est maintenant reconnue, à juste titre, comme fondamentale dans la sortie du Moyen-Âge.

La machine à vapeur annonce l’ère industrielle avec les trains et la mécanisation de l’appareil productif. Puis, l’électricité qui a permis le télégraphe, le téléphone, la télévision et finalement l’informatique.

La dernière évolution en date est celle d’Internet, prolongée par celle des smartphones connectés par les réseaux aériens : 4G aujourd’hui, 5G en cours d’installation, réseaux satellitaires en cours de déploiement et 6G qui se prépare. Demain, les objets connectés peupleront nos vies, ils collecteront en temps réel une quantité de données qui nous permettra d’appréhender notre monde avec une pertinence inédite.

Évolution spontanée et communication

Ce court résumé de l’histoire des technologies nous interroge sur l’existence de mécanismes à l’œuvre dans cette marche du progrès. Le principe d’évolution spontanée propose d’expliquer l’évolution, non pas comme une force sous-jacente, mais comme des surgissements aléatoires suivis d’une sélection basée sur le bénéfice produit.

Ce principe réfute toute intentionnalité et suffit à expliquer l’évolution technologique. Le principe sous-jacent guidant le progrès s’apparente alors à un phénomène émergent visible en prenant du recul.

Ce principe minimaliste – car il fait intervenir un minimum d’éléments – mais très fécond est au cœur de la pensée libérale depuis les Lumières (David Hume, Montesquieu), les premiers penseurs de l’économie libérale (Adam Smith), puis l’école autrichienne (Ludwig von Mises, Friedrich Hayek).

Il est évidemment la base de la théorie de l’évolution biologique de Darwin. Et on peut faire l’analogie avec le principe de moindre action en physique qui s’applique à la mécanique newtonienne, relativiste, quantique et à l’électromagnétisme. Ce qui nous amène à le considérer comme raisonnablement réaliste et efficace pour expliquer l’évolution technologique.

Densité et édification

Revenons avant le Néolithique. L’Homme vivait en tribus autonomes de 10-15 individus avec de faibles contacts entre tribus et donc une faible concurrence. La découverte d’une technique par une tribu avait peu de chance d’être diffusée au-delà de cette même tribu. Sans développement d’une structure sociale plus étendue, sans concurrence forte, cette découverte ne concernait pas plus de 10-15 individus et était vouée à s’éteindre.

Ce n’est que lorsque des structures sociales plus grandes et plus denses dans des contextes de concurrence plus forte, que les évolutions ont pu se diffuser plus rapidement et plus largement. La taille et la densité des structures sociales, créant de la concurrence, deviennent donc des facteurs d’accélération du progrès.

Aujourd’hui encore c’est dans les régions très peuplées et très denses que l’innovation se développe : les grandes villes (New-York, Hong-Kong, Shanghai), les zones d’activité dédiées (Silicon Valley, incubateurs, universités).

Ce phénomène a été identifié et est même artificiellement provoqué en construisant des immeubles de grande hauteur là où le terrain est pourtant disponible : Dubaï, la Défense à Paris, ainsi que la plupart des villes américaines ayant des centres-villes verticaux au milieu d’une ville étonnement plate comme Los Angeles ou Phoenix.

Le principe d’édification des savoirs est lui aussi fondamental. Les innovations se basent sur les précédentes.

Pour travailler les métaux, il fallait maîtriser le feu. Pour construire des machines à vapeur, il fallait connaître la métallurgie et donc maîtriser le feu. Pour concevoir un ordinateur, il fallait comprendre l’électronique, qui se basait sur l’électricité. Actuellement, pour produire un produit aussi complexe qu’un smartphone, il faut faire appel à un nombre incroyable de découvertes de l’humanité.

Est également nécessaire la pérennisation des connaissances, c’est-à-dire la possibilité d’enregistrer le savoir acquis pour qu’il soit un bénéfice au-delà de la vie d’un individu ou d’un groupe. Sans pouvoir enregistrer les connaissances, elles pourraient ne pas survivre et tout devrait être recommencé régulièrement. Il s’agit de la diffusion temporelle.

La taille augmente la probabilité de nouvelles idées. La densité accélère la diffusion et favorise la concurrence qui à son tour amplifie la sélection. La diffusion et l’enregistrement des connaissances permettent l’édification.

Alors, qu’est-ce qui nous fait progresser ?

On devrait donc observer que les inventions liées à la diffusion et à l’enregistrement des connaissances devraient jouer un rôle important.

Reprenons la courte histoire décrite dans le premier paragraphe.

Chaque invention majeure : écriture, imprimerie, télégraphe, téléphone, Internet correspond à des moyens de diffusion d’informations, autrement dit à des outils de communication. Même les moyens de transport – trains, voitures, avions – ont une composante de communication. En rapprochant physiquement les personnes, on facilite aussi la diffusion des connaissances. L’efficacité et la qualité de ces communications tendent à créer des communautés plus larges et plus denses en rapprochant virtuellement leurs membres.

L’Homme se distingue des autres formes de vie par une meilleure capacité à communiquer grâce au langage articulé, à un visage plus expressif, car dépourvu de poils ; ses yeux laissant apparaître du blanc sont placés de telle manière qu’ils permettent un contact visuel à moyenne distance.

Meilleure sera la communication et plus rapide sera le progrès, en quoi ceci peut-il nous donner des pistes pour l’avenir ? Comment orienter nos choix de recherche ? La suite, prochainement…

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