Lateo.net - Flux RSS en pagaille (pour en ajouter : @ moi)

🔒
❌ À propos de FreshRSS
Il y a de nouveaux articles disponibles, cliquez pour rafraîchir la page.
À partir d’avant-hierContrepoints

La saison des lancements vers Mars revient dès le 14 juillet

Par Pierre Brisson
mars

Par Pierre Brisson.

Ils partiront entre le 14 juillet et le 5 août et arriveront quelques 7 à 9 mois plus tard dans le voisinage de Mars.

Missions périlleuses

Cette fois ci les missions sont originaires des États-Unis, de la Chine et des Émirats Arabes Unis (avec un lanceur japonais). Les pays membres de l’ESA (Agence Spatiale Européenne) ont malheureusement déclaré forfait.

Toutes n’ont pas les mêmes chances de succès, c’est-à-dire de mise en orbite autour de Mars et surtout d’atterrissage à sa surface. Des trois missions, seules l’américaine et la chinoise ont l’objectif d’atterrir ; et pour les Chinois cet atterrissage, s’il est réussi, sera une première.

En réalité seuls les États-Unis ont démontré leur capacité aussi bien à la mise en orbite qu’à la descente en surface, c’est-à-dire à effectuer avec succès la difficile succession de manœuvres de l’« EDL » (« Entry, Descent, Landing »).

C’est pour cela que les statistiques sur expériences passées qui prétendent prouver les faibles chances d’atterrir avec succès sur Mars sans se référer au pays du lanceur ni à la date du lancement, n’ont aucun sens. Et elles en ont d’autant moins si on prend en compte toute la série des tentatives.

Tous pays du monde confondus, il y a eu 54 lancements pour Mars depuis 1960 dont 11 flyby et « assistances gravitationnelles » (survols simples et survols pour aller plus loin que Mars), 25 pour mises en orbite et 18 pour atterrissages.

Les Américains ont effectué 23 lancements, ils ont échoué cinq fois mais la dernière fois c’était il y a très longtemps, en 1999, avec Mars Polar Lander ; et sur les cinq, ils n’ont échoué qu’une seule fois à se poser (le même Mars Polar Lander). Il n’y a eu aucun autre échec depuis cette date (10 lancements réussis en série).

Par contre, les Russses ont effectué 22 lancements, ils ont échoué 19 fois et n’ont réussi que trois opérations dont un flyby, une seule mise en orbite (pour la mission MarsExpress de l’ESA, en utilisant leur lanceur Soyouz) et aucun atterrissage.

Les Européens n’ont réussi, seuls (avec leur lanceur Ariane 5G+), qu’une seule opération, la mise en orbite de la première partie de la mission ExoMars (Trace Gas Orbiter) en 2016 tandis que la partie atterrissage (Schiaparelli) a échoué. Comme dit plus haut, l’autre opération, Mars Express, a été réalisée avec un lanceur russe.

Le Japon a tenté et échoué une fois, l’Inde a tenté et réussi une fois (mise en orbite de Mangalyaan).

Enfin on ne peut compter dans les mêmes statistiques les tentatives des années 1960 et celles d’aujourd’hui. Les technologies ont évolué et les Américains ont appris très vite à faire ce qu’ils ne savaient pas faire pour la bonne raison qu’ils n’avaient pas essayé (le lancement américain se fera cette fois ci encore (comme pour la mission MSL emportant Curiosity en novembre 2011) avec une fusée Atlas 5-541).

Toutes les missions 2020 n’ont pas le même potentiel scientifique.

Différentes missions, différentes capacités

Les Émirats Arabes Unis, avec la « Hope Mars Mission », doivent envoyer dès le 14 juillet, un « démonstrateur technologique ». Ils veulent montrer qu’ils sont capables de participer à une mission pour aller jusqu’à l’orbite de Mars et y déployer des instruments scientifiques. Il s’agit « simplement » d’envoyer, de placer et d’utiliser un orbiteur (satellite) ; pas question de tenter de descendre au sol pour une première mission.

Officiellement Hope (ou al-Amal, « espoir ») va étudier l’atmosphère et le climat au sol avec deux spectromètres, l’un opérant dans l’infrarouge pour mesurer la variabilité de la thermosphère et les pertes des différents gaz, l’autre dans l’ultraviolet pour étudier, dans l’atmosphère moyenne et basse, les températures, la vapeur d’eau et les variations de teneur en poussière.

Le lanceur, japonais, H-IIA de Mitsubishi, est un lanceur fiable qui a propulsé de nombreuses missions dont quelques-unes dans l’espace profond. L’opération, mineure1 sur le plan scientifique, a donc de bonnes chances de succès.

La Chine est dans le même registre de la démonstration de capacité. Elle veut lancer un orbiteur et un atterrisseur « Mars Global Remote Sensing Orbiter and Small Rover », mission maintenant connue comme « Tianwen-1 » qu’on peut traduire par « recherche de la vérité céleste » (« Huoxing-1 » ou « HX-1 » durant la phase de développement). C’est aussi une première puisque jusqu’à présent ce pays n’a effectué de lancements que vers la Lune.

Au-delà de la démonstration ingénieuriale et politique, l’objet sera la recherche de traces passées ou présentes de vie et l’« évaluation de la surface et de l’environnement de la planète », expression plutôt vague qui annonce un travail d’étude de l’atmosphère, du champ magnétique et de cartographie géologique (une caméra à haute résolution sera embarquée).

Bien sûr le vecteur sera chinois, une fusée « Long March 5 » (ou « Changzheng 5 » ou « CZ-5 ») ; lanceur lourd dont le track-record est faible ; deux échecs suivis de deux succès sur quatre tentatives, le placement d’un satellite sur une orbite géostationnaire puis d’un autre satellite en orbite basse terrestre. La masse à descendre en surface de Mars est égale au quart de la masse de Curiosity ou du nouveau rover Perseverance.

Le succès ou l’échec se vérifieront sur plusieurs niveaux. Réussir le lancement dans l’espace profond serait une confirmation de la fiabilité de CZ-5, ce qui serait déjà bien ; réussir la satellisation autour de Mars serait moins difficile ; parvenir à déposer en douceur la charge utile sur Mars serait une performance extraordinaire. L’objet scientifique est secondaire.

La mission américaine : la plus utile ?

Après le retrait des Européens de l’ESA (par crainte de non maîtrise de l’EDL et d’une mauvaise coordination avec les Russes de Roscosmos), la mission la plus sérieuse et de loin la plus utile sur le plan scientifique, est la mission américaine.

Le rover Perseverance (« Mars 2020 » durant la phase de développement) de la NASA est à mon avis relativement moins intéressant que son ex-concurrent Rosalind Franklin de l’ESA. Il est la suite de Curiosity et a pour objet de rechercher aussi les traces de vie passée (Curiosity cherchait à savoir si Mars avait été habitable, ce qui n’est pas la même chose), de préparer un futur retour d’échantillons et de préparer la venue de l’homme sur Mars.

Il comprend sept instruments qui sont pour plusieurs d’entre eux des améliorations de ceux qui équipent aujourd’hui Curiosity.

Le Mastcam-Z est une caméra panoramique et stéréoscopique avec une forte capacité de zoom. Ce sera les yeux du rover et elle aura un rôle à jouer dans l’identification minéralogique.

MEDA (Mars Environmental Dynamics Analyzer) est un ensemble de capteurs qui donneront toutes les indications sur le temps qu’il fait (y compris le contenu en poussière de l’atmosphère et la taille des particules).

MOXIE (Mars Oxygen ISRU Experiment) est un instrument qui doit tester la possibilité de produire de l’oxygène à partir du dioxyde de carbone de l’atmosphère martienne (une des recommandations faites par Robert Zubrin dans les années 1990).

PIXL (Planetary Instrument for X-Ray Lithochemistry) est un spectromètre à fluorescence de rayons X avec un imageur à haute résolution pour déterminer la composition des roches de surface. Le but est de permettre une analyse chimique plus fine que précédemment.

RIMFAX (Radar Imager for Mars’ Subsurface Experiment) est un radar qui doit permettre de déterminer la structure géologique du sol à l’échelle du centimètre (jusqu’à une profondeur d’une dizaine de mètres).

SHERLOC (Scanning Habitable Environments with Raman & Luminescence of Organics & Chemicals) est un spectromètre qui doit déterminer la minéralogie à petite échelle et détecter les composés organiques.

SuperCam est une sorte de ChemCam (embarquée sur Curiosity) améliorée. L’instrument pourra détecter à distance la présence de composés organiques dans le régolithe ou les roches.

En plus de ces instruments, le rover américain disposera, comme son prédécesseur, d’un bras robotique avec un foret capable de prélever des échantillons qui seront soit analysés sur place, soit préservés dans une « cache » en attendant une mission de retour d’échantillons à la fin des années 20 ou au début des années 30 (c’est loin et c’est vraiment frustrant !).

Les prélèvements resteront très superficiels (le foret prévu n’est hélas pas celui de Rosalind Franklin qui aurait pu aller jusqu’à deux mètres de profondeur c’est-à-dire sous la zone irradiée avec des doses telles que la vie est très improbable !).

Enfin la mission débarquera un petit hélicoptère pour tester la possibilité d’utiliser ce type de véhicule dans les explorations futures. C’est intéressant car il est vrai que l’exploration martienne rapprochée souffre de devoir être menée exclusivement avec un rover qui roule sur un sol par définition non préparé à la circulation des véhicules à roues.

On a vu que Spirit est mort d’avoir pénétré dans des sables mouvants et que les roues de Curiosity ont très vite été très abimées ce qui lui a interdit pas mal d’observations intéressantes. Il est impossible d’aller observer/analyser un site intéressant même à quelques mètres s’il est inaccessible au rover et hors de portée de sa ChemCam. Ceci dit ce premier hélicoptère, nommé « Ingenuity », n’aura qu’une autonomie très limitée et n’embarquera qu’une caméra. Espérons qu’il puisse voler !

D’autres missions en cours

Ces missions vont s’ajouter à celles qui sont encore en cours. D’abord les orbiteurs de l’ESA, ExoMars-TGO, « en pleine forme » (fin de mission prévue en 2022), et Mars Express qui continuera ses observations jusqu’à fin 2020 ; puis les orbiteurs de la NASA, MRO, le Mars-Reconnaissance-Orbiter lancé en août 2005, avec sa camera HiRISE qui nous donne toujours des photos d’une précision extraordinaire (résolution jusqu’à 0,3 mètre par pixel) et qui a été prolongé, le vieux 2001-Mars-Odyssey qui a suffisamment d’énergie pour fonctionner jusqu’en 2025 et MAVEN qui a terminé sa mission mais communique encore, sans oublier, en orbite, le démonstrateur Mangalyiaan de l’Inde, et au sol le rover Curiosity au sol ainsi que la sonde InSight qui continue à faire de la sismographie. MRO, Mars Odyssey, MAVEN et MarsExpress serviront de relais aux nouveaux rovers pour les télécommunications vers la Terre.

L’exploration de Mars continue donc. Après le retrait des Européens, la recherche de la vie est maintenant portée par les Américains tout seuls. Nous pouvons espérer de nouvelles informations passionnantes et de toute façon une meilleure connaissance de cette planète, la plus semblable à la Terre et la seule sur laquelle on puisse envisager d’aller physiquement avec les technologies d’aujourd’hui et où j’espère on finira par aller un jour pas trop éloigné.

La lente progression qu’a entrepris la NASA vers cet objectif (années 2040 ?) pourrait être, heureusement, accélérée par Elon Musk qui veut mener une première expédition habitée en 2024 (mais si cette date était reculée à 2026, ce ne serait pas trop grave). Espérons qu’il pourra finaliser son lanceur SuperHeavy et son vaisseau Starship et que les tenants de la protection planétaire ne lui mettront pas des bâtons dans les roues en empêchant son décollage ou plutôt son atterrissage sur Mars !

La Chine se profile dans l’ombre. Ses capacités sont encore loin derrière celle des Américains mais le dépôt sur le sol de Mars d’un rover qui fonctionne ferait progresser fortement leur crédibilité.

Sur le web

  1. À noter toutefois que l’orbite d’Amal autour de Mars ne sera pas polaire mais inclinée par rapport à l’axe de rotation de la planète, c’est-à-dire qu’elle permettra d’observer le même lieu à des heures différentes, donc dans différentes conditions d’exposition aux rayonnements du Soleil.

Respecter l’environnement, c’est aussi ne pas massacrer les paysages

Par Loïk Le Floch-Prigent
environnement

Par Loïk Le Floch-Prigent.

À l’extrémité du cap Sizun, à Plogoff, dans le Finistère, les ingénieurs avaient imaginé pouvoir ériger une centrale nucléaire pour remplacer celle du centre de la région à Brennilis.

Ils n’ont pas pu le réaliser et s’ils ont été contraints de reculer, c’est que l’endroit choisi était avant tout sacré, on ne touche pas à la pointe du Raz impunément, c’est l’âme de tous les marins morts en mer qui était profanée. Pour toucher au sacré il faut des raisons impérieuses, une question de vie ou de mort, aucune centrale électrique ne rentre dans cette catégorie.

Un projet de ferme éolienne en mer contesté par la population

Depuis huit ans les Espagnols d’Iberdrola envahissent les Côtes d’Armor avec un projet de ferme éolienne en mer au large du cap Fréhel. La population se rebelle contre cette construction de 62 éoliennes à 210 mètres de hauteur et donc visibles du littoral par tous les temps, de Cancale à Bréhat.

Les associations de défense de l’environnement multiplient les recours et il en reste encore ; les promoteurs s’impatientent, multiplient les communiqués pour démontrer l’intérêt pour l’économie locale de leur projet et font venir des  préparateurs divers pour montrer que le rouleau compresseur va faire reculer tous les aigris qui ne comprennent rien à la marche inéluctable du progrès.

La mer, et pour nous Bretons de la côte Nord, les anciens des côtes du Nord, devenus les Côtes d’Armor, toucher au cap Fréhel, au cap d’Erquy, classés Grands Sites de France, c’est toucher au sacré, c’est se faire retourner dans leurs tombes tous les marins perdus dans les tempêtes et péris en mer, tous ceux qui de Loguivy-de-la-Mer et de partout sur notre côte sont partis à Terre-Neuve et ne sont jamais revenus.

C’est de là que les futures veuves observaient avec angoisse les flots rugissants qui auraient du ramener leurs hommes, c’est l’horizon que l’on guettait en espérant sans y croire une bonne nouvelle, et c’est finalement l’équivalent pour nous du cap Sizun pour les « sudistes ».

Les caps bretons et les coraux sont sacrés

On ne peut donc toucher à nos caps que pour des raisons vitales, impérieuses. Et les technocrates ne peuvent nous en convaincre, ces raisons n’existent pas. Et comme sorties des entrailles de la Terre pour convaincre les plus soumis à la vénalité de notre époque, les raisons opposées viennent d’apparaître : au large du cap Fréhel et du cap d’Erquy, par 40 mètres de fond, les plus beaux coraux de la Manche reposent, cachés à la vue des riverains, mais vivants, rutilants, nous obligeant désormais à nous prosterner et donc oublier un projet inutile et ravageur.

Que les promoteurs aient effectué des manœuvres nombreuses pour cacher ce joyau ou pas, peu importe, les coraux sont là et la priorité est donc de les observer, de demander aux experts de l’Ifremer de Brest et ceux du Museum d’Histoire Naturelle de Dinard de prendre des vues et nous les montrer, affichant ainsi, à côté de l’horizon vu des caps un autre patrimoine de l’humanité à respecter.

Comment peut-on encore se référer aux études d’impact dont les promoteurs claironnent les conclusions alors qu’elles n’ont pas pris en compte l’essentiel ?

Car à côté de ces merveilles intouchables et sacrées, le programme envisagé n’est en rien indispensable, pas plus pour les riverains que pour les Bretons, ni pour l’humanité. C’est même le projet le moins abouti de toute l’histoire de l’éolien, et l’on peut s’étonner qu’il ait franchi toutes les barrières depuis huit ans, car rien ne tient dans ce qui sera considéré par les générations futures comme un grossière erreur écologique.

Un parcours semé de nombreuses irrégularités

Il suffit de lire les pages des rapports des associations pour s’en convaincre. Même le Conseil d’État a constaté en juillet 2019 l’irrégularité de l’attribution d’un marché de plus de 7 milliards d’euros à une Société par actions simplifiée de 3000 euros de capital, arrivée seconde lors de l’appel d’offres.

La Chambre Régionale des Comptes aurait du être saisie depuis bien longtemps à propos des contrats de sponsoring de toutes les associations des Côtes-d’Armor depuis huit ans.

Est-il tant besoin de se faire pardonner d’avance du mal que l’on va faire ? Les 100 millions d’euros déjà annoncés comme dépensés par le promoteur sont-ils vraiment justifiés ? Beaucoup en doutent, et c’est amplement suffisant pour qu’une instance indépendante clarifie une opacité dénoncée par la plupart des candidats aux mairies des cantons avoisinants.

Protéger l’environnement

Il est temps de laisser la défense de l’environnement parler, de respecter la faune et la flore marine, les oiseaux, la mer, les pêcheurs. La baie de Saint-Brieuc est le plus grand réservoir européen de coquilles Saint-Jacques, les oiseaux migrateurs aiment le cap Fréhel et le cap d’Erquy.

Au nom de quoi a surgi l’idée d’aller précisément là pour ériger 62 tours Eiffel pour obtenir une électricité quatre fois plus chère qu’ailleurs, à la charge du contribuable pendant 25 ans pour une charge de plus de cinq milliards d’euros ?

Double peine : le contribuable paie et on fait disparaître l’horizon et les coraux, alors qu’ils sont sacrés.

Sur le web

Les impôts de production, un mal français

Par Institut Economique Molinari
impôts de production

Un article de l’Institut économique Molinari

Les entreprises sont soumises à des impôts et charges au titre de leur activité. Ils sont constitués de deux grandes familles : l’impôt sur les sociétés (IS) et les impôts de production dits « autres ». La France pâtit d’un recours massif à ces impôts de production qui représentent l’essentiel de la fiscalité sur les entreprises, bien avant l’impôt sur les sociétés.

Selon Eurostat, les impôts de production autres représentaient 109 milliards d’euros en 2018 (rubrique D29). L’essentiel de ces impôts porte sur les entreprises, avec 75 milliards d’euros. C’était deux à trois fois plus que les recettes nettes d’impôt sur les sociétés (27 milliards d’euros en 2018 et 31 milliards pour 2019).

Les impôts de production représentaient le même montant en France que dans 23 pays de l’UE additionnés, Allemagne comprise.

En relatif, les impôts de production « autres » représentaient 4,6 % du PIB, dont 3,2 % payés par les entreprises, contre 2,4 % dans l’UE à 27, dont 1,6 % payés par les entreprises. Ils étaient 7 à 8 fois plus élevés en France qu’en Allemagne avec 0,7 % du PIB, dont 0,4 % sur les entreprises. Ces impôts regroupent notamment des taxes sur la masse salariale, sur l’outil de production, sur la valeur ajoutée voire sur le chiffre d’affaires.

Ils contribuent négativement à l’attractivité de la France, en freinant par exemple le développement de son tissu de PME et d’ETI par rapport à nos voisins allemands1.

Contrairement à l’IS, assis sur les bénéfices, les impôts de production reposent sur des assiettes en amont du résultat.

Leurs assiettes dépassent la seule création de richesse relevant de l’entreprise. Elles n’offrent pas d’indications sur la performance et la capacité contributive des acteurs économiques, ce qui rend ces impôts « insensibles à la situation financière des entreprises »2.

Ce type de fiscalité est particulièrement « distorsive eu égard à la grande variabilité des ventes réalisées selon les différents secteurs et l’organisation productive des filières », comme l’a rappelé un groupe de travail présidé par Yves Dubief et Jacques Le Pape3.

Ces impôts génèrent une multitude d’effets indirects. Ils réduisent la compétitivité et fragilisent du tissu productif lorsque l’impôt n’est pas reporté vers les consommateurs4.

Les impôts de production touchent à ce titre « plus particulièrement les secteurs exposés à la concurrence internationale »5. Un impôt tel que la C3S « réduit la compétitivité des entreprises jouant comme une taxe sur les exportations et une subvention aux importations », « tour de force » qu’aucune autre taxe ne réussit, comme le souligne une note récente du Conseil d’analyse économique6.​

 

Les impôts de production sont aussi connus pour favoriser l’intégration verticale, en incitant les acteurs à se concentrer afin de limiter les empilements de fiscalité7.

Une des grandes évolutions françaises des Trente Glorieuses avait justement consisté à réduire la dépendance aux impôts de production.

Comme l’explique l’économiste Jean-Marc Daniel, tout le monde était conscient des inconvénients des impôts de production « il est admis après 1954 par tous les fiscalistes… que les taxes sur le chiffre d’affaires ont fait leur temps et qu’il faut qu’elles disparaissent »8.

D’où l’instauration de la TVA, invention française qui sera imitée dans le monde entier. La TVA a le grand avantage d’être « neutre au regard des méthodes et de l’organisation de la production ; neutre quels que soient la forme et le nombre des intermédiaires des circuits de distribution ; neutre enfin quels que soient les choix des consommateurs face à des produits de même type »9.

Dès 1954, Maurice Lauré avait imposé cette nouvelle forme de fiscalité moderne, permettant ainsi de limiter le recours aux impôts de production, collectés par les entreprises sur une partie de l’activité qui ne leur incombe pas.

Si cette voie a été suivie massivement chez nos voisins, qui ont profité de la montée en puissance de la TVA pour réduire leurs impôts de production, tel n’a pas été le cas en France. La France a toujours recours à une fiscalité de production significative et hors normes. Cela pèse sur sa compétitivité et contribue à la persistance d’un chômage plus élevé que chez ses voisins.


Sur le web

  1. Voir par exemple COE REXECODE (2018), « Le poids et la structure des prélèvements obligatoires sur les entreprises industrielles »Document de travail n°68, mai 2018, 106 pages.
  2. GUERINI Mattia, GUILLOU Sarah, NESTA Lionel, RAGOT Xavier, SALIES Evens (2018), « Impôt sur les sociétés : état des lieux et effets différenciés de la réforme », OFCE Policy brief 38, 16 octobre, page 1.
  3. Groupe de travail présidé par DUBIEF, Yves et LE PAPE, Jacques (2018), « La fiscalité de production, Document de consultation »Ministère de l’économie et des finances, avril 2018, page 15.
  4. L’analyse montre que le contribuable « statutaire » ou « juridique » est rarement celui qui assume l’impôt d’un point de vue économique. Comme le soulignent Kotlikoff et Summers, « la reconnaissance du fait que la charge de l’impôt n’est pas nécessairement supportée par ceux sur lesquels elle est perçue » constitue une « contribution distinctive de l’analyse économique ». Dès 1840, Jean-Baptiste Say notait que « L’impôt que le producteur est obligé de payer fait partie de ses frais de production… Et comme il ne peut continuer à produire qu’autant que tous ses frais de production se trouvent remboursés, il faut bien qu’il augmente le prix de ses produits ; et de cette manière fasse supporter au moins une forte partie de l’impôt à ses consommateurs. »
  5. GUERINI Mattia, GUILLOU Sarah, NESTA Lionel, RAGOT Xavier, SALIES Evens (2018), « Impôt sur les sociétés : état des lieux et effets différenciés de la réforme »OFCE Policy brief 38, 16 octobre, page 1.
  6. MARTIN Philippe et TRANNOY Alain (2019), « Les impôts sur (ou contre) la production »notes du conseil d’analyse économique n° 53, juin 2019, page 9.
  7. L’OCDE met en garde périodiquement les pays continuant de s’appuyer sur des taxes sur le chiffre d’affaires. S’agissant du Brésil, elle écrivait par exemple en 2014 : « Les contributions supplémentaires prélevées sur le chiffre d’affaires… ne peuvent qu’accentuer les distorsions induites par la fiscalité des sociétés, en modifiant l’intégration de la chaîne de valeur dans le sens d’une intégration verticale plus poussée ». OCDE (2014), Études économiques de l’OCDE : Brésil 2013, 29 août 2014, page 32.

    Pour une estimation d’effet cascade français voir MARTIN Philippe et TRANNOY Alain (2019), « Les impôts sur (ou contre) la production », Les notes du conseil d’analyse économique, n° 53 juin 2019 page 8.

    Pour une analyse théorique voir ALFARO Laura, CONCONI Paola, FADINGER Harald et NEWAMAN Andrew F. (2014), « Do Prices Determine Vertical Integration ? », NBER Working Paper N°16118 révisé en février 2014 ou BERLINGIERI Giuseppe, PISCH Frank et STEINWENDER Claudia (2019), « Organizing Global Supply Chains: Input Cost Shares and Vertical Integration », NBER Working Paper N°25286 révisé en avril 2019.

  8. DANIEL, Jean-Marc Daniel (2017), Les impôts : Histoire d’une folie Française, Tallandier, 224 pages.
  9. DELORME, Guy (2000). De Rivoli à Bercy : Souvenirs d’un inspecteur des finances 1952-1998, Institut de la gestion publique et du développement économique.

Oui, le nucléaire permet bien de lutter contre le réchauffement climatique

Par Auteur invité
nucléaire

Par Bernard Durand1.

La politique énergétique de la Commission européenne dans le domaine de l’électricité, avec le soutien pour l’instant de la majorité du Parlement européen, est fondée pour l’essentiel, au prétexte de la lutte contre le changement climatique, sur des encouragements constants au développement de l’éolien et du solaire photovoltaïque dans les mix électriques des pays de l’Union européenne.

Dans le même temps, le nucléaire est systématiquement entravé par toute une série d’obstacles visant à en réduire les possibilités de financement. Un des derniers exemples en date est la nomination d’un comité d’experts sur la taxonomie verte, destiné à orienter les financements européens vers les actions permettant de combattre le réchauffement climatique, qui a retenu l’éolien et le solaire photovoltaïque, mais pas le nucléaire !

Pourtant, les ingénieurs spécialistes de ce domaine le savent très bien, le développement de l’éolien et du solaire photovoltaïque suppose la disponibilité constante de centrales dites pilotables qui peuvent fournir à la demande aux consommateurs l’électricité dont ils ont besoin même quand il y a peu ou pas de vent ou de soleil. Ces centrales pilotables ne peuvent être pour l’essentiel que des centrales à combustibles fossiles, qui émettent du gaz carbonique, ou des centrales nucléaires.

Une réalité rappelée il y a quelques jours par l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) qui, dans son rapport 2020 sur la politique de l’énergie au sein de l’Union européenne, affirme que le futur mix énergétique du continent n’« a pas le luxe d’exclure une technologie bas carbone », comme le nucléaire et propose de considérer l’atome comme une « technologie de transition », selon la terminologie de la taxonomie verte européenne.

Rappelons que le nucléaire, qui émet en France 6 grammes de CO2 par kWh produit, soit l’équivalent de l’hydraulique, en émet un peu moins que l’éolien (7) ou que le photovoltaïque (55), mais surtout infiniment moins que le gaz (418) ou le charbon (1060), ce qui permet à la France, dont près de 75 % de la production d’électricité est assurée par l’atome, de produire l’électricité la moins carbonée d’Europe, Norvège, Suède et Suisse exceptés

Encourager l’éolo-solaire et en même temps freiner le nucléaire revient donc en fait à favoriser les combustibles fossiles, les principaux ennemis du climat, dans la production d’électricité ! L’Europe n’est pas seule à avoir ce comportement.

Citons Narodra Modi, Premier ministre Indien :

« Voyez l’ironie. La communauté internationale organise une conférence climatique, mais si nous lui disons que nous voulons utiliser l’énergie nucléaire – ce qui est une bonne voie pour protéger l’environnement – et que nous lui demandons du combustible pour faire fonctionner les centrales, elle refuse. »

Il y a aussi les ONG qui prétendent défendre le climat. En France, Greenpeace et Sortir du nucléaire attaquent la prolongation du parc nucléaire au-delà de 40 ans – Les deux ONG ont saisi le Conseil d’État contre la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), ont-elles annoncé le 23 juin.

Car, disent-elles, ce document « acte la prolongation de la durée de fonctionnement de quasiment tous les réacteurs nucléaires au-delà de 40 ans, voire au-delà de 50 ». Les ONG pointent notamment l’absence d’évaluation environnementale « propre à chaque site nucléaire » concerné par cette décision.

Mais pourquoi n’exigent-elles jamais d’évaluation environnementale pour l’éolien et le solaire photovoltaïque, dont nous avons expliqué ci-dessus les impacts indirects sur le climat, et qui sont devenus en Europe, en particulier l’éolien, des machines à massacrer l’environnement rural ?

Il existe bien une explication à cet incessant lobbying des militants antinucléaires, qui porte, on le voit bien, ses fruits auprès des dirigeants européens. C’est une forme de ce qu’on appelle l’effet Dunning-Kruger : ils surestiment leurs compétences en matière d’énergie et par leur méconnaissance des enjeux profonds de ces dossiers, parviennent à des effets contre-productifs, puisque plus d’éolien et de photovoltaïque et moins de nucléaire signifient… davantage d’émissions de CO2. Il est difficile de croire que les dirigeants européens soient aussi dans ce cas, mais qui sait ?

En définitive, le nucléaire aura bien son expertise dédiée – le centre de recherche de la Commission étudiera la compatibilité du nucléaire avec le principe « d’absence de préjudice » climatique. L’annonce a été faite après la publication, en mars, d’un rapport dans lequel les experts s’étaient dits incompétents pour juger de l’impact environnemental des déchets nucléaires. Ils n’avaient donc pas conseillé l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie.

Depuis, les pro-nucléaires (derrière la France) demandent une expertise dédiée pour l’atome, au grand dam des ONG et des rapporteurs parlementaires. Le rapport du centre de recherche sera ensuite examiné par des experts mandatés par le traité Euratom. Le nucléaire échappera donc à la plateforme généraliste qui conseillera la Commission dès l’automne sur les critères d’intégration de la taxonomie.

D’après l’exécutif européen « le processus ne s’achèvera pas avant début 2021 », l’acte délégué, c’est-à-dire l’autorisation de mise en application de cette taxonomie prévu fin 2020 n’incluera donc pas le nucléaire, mais « la Commission envisagera sa révision fin 2021 si toutes les conditions pour l’inclusion sont respectées ».

Une tergiversation qui étonne puisque la même Commission, dans un récent rapport, estime que le nucléaire « reste une source essentielle d’électricité bas carbone dans l’UE » et que cette dernière doit donc « maintenir son leadership technologique sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement en combustible nucléaire ». Mais peut-être lui est encore trop difficile d’infléchir une politique si ancrée dans ses habitudes, même quand elle en constate les effets néfastes !

  1. Bernard Durand a été directeur de la Division Géologie-Géochimie de l’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (IFPEN), puis de l’Ecole nationale supérieure de géologie. Il a aussi présidé le Comité scientifique de l’European Association of Geoscientists and Engineers (EAGE). Il est cofondateur de l’association environnementale « Nature en Pays d’Arvert ». Prix Alfred-Wegener de l’EAGE. Il est également auteur de plusieurs ouvrages et de tribunes au sujet de l’énergie dans la presse grand public (Le Parisien, La Tribune, L’Opinion…) .

Retraites : la pandémie de tous les dangers

Par Thierry Benne
retraites

Par Thierry Benne.
Un article de l’Iref-Europe

Il y eut d’abord en janvier 2020 l’apparition officielle du virus en Chine, à laquelle et malgré la présence de notre consulat à Wuhan, personne ou presque ne daigna chez nous vraiment porter attention, moquant même ceux qui se risquaient à y voir autre chose qu’une grippe exotique, passagère et bénigne.

Ensuite vint la menace, le virus se propageant de manière alarmante, et même avec tous les freins et les retards que la Chine mit à en convenir, on commença à la prendre au sérieux.

Puis éclata enfin la pandémie tardivement déclarée par l’OMS, avant que ne se dessine peu à peu inégalement la propagation à tous les continents, alors que les recherches entreprises sur le patient zéro en détectent l’origine de plus en plus tôt, dès novembre 2019, voire bien avant.

Et l’on découvrit progressivement que la France manquait de tout. Pas de masques car récemment détruits, mais pas renouvelés. Pas de tests, nos laboratoires vétérinaires en avaient pléthore mais ont été contraints de les céder à l’étranger, nos gouvernants préférant la pénurie à l’image ravageuse de l’hôpital public sauvé par des « vétos ».

Pareil pour l’hospitalisation privée constamment maintenue en marge, la médecine de ville étant en même temps pratiquement proscrite aux patients. On a aussi transformé les EHPAD en lazarets quasi carcéraux.

Pour faire face à la montée de la pandémie, il n’y avait pas suffisamment de lits équipés là où il en fallait, au point d’ imposer à grands frais des réaménagements d’urgence dans les établissements et de lourds transferts inter-régionaux ou même internationaux à quelques centaines de patients jugés transportables.

Pas assez de respirateurs non plus, au point de devoir en bidouiller des avatars à toute vitesse, en 3 D ou avec des masques de plongée Décathlon, avant que le concours spontané et efficace du secteur privé ne porte secours aux vierges folles du secteur public.

Puis les médicaments vinrent à se faire rares, quelquefois à manquer. Pas de sur-blouses pour les soignants obligés de tailler à la va-vite leurs protections dans de sinistres sacs poubelles.

Bref d’un côté, le dévouement sans borne des personnels, leurs initiatives constantes pour contourner les blocus administratifs, vaincre les pénuries de tout et soigner envers et contre tous.

De l’autre, l’incurie obscène de l’État incapable de gérer ce temps de crise et contraint, après avoir épuisé tous les expédients, après avoir menti effrontément à la population, d’imposer un confinement général et prolongé qui en dit long sur le désarroi de nos élites « républicaines » et l’inexcusable décrochage de la haute fonction publique.

Ce catalogue critique, mais nullement exhaustif, n’est ici rappelé que parce qu’il montre comment l’État, par son imprévoyance, ses contradictions et son impéritie a sans nul doute très largement alourdi la facture – tant en vies perdues qu’en euros – d’une pandémie incomparablement mieux traitée en Allemagne (pays riche) ou en Grèce (pays pauvre).

Or ce confinement universel nécessité par l’absence de toute autre option, a entraîné la mise en place d’un chômage partiel, dans des proportions encore jamais vues, puisque le pic atteignit plus de douze millions de travailleurs, la plupart payés à ne rien faire (sauf à assurer la garde de leurs enfants dépourvus d’enseignants) ou à peu faire. Le résultat est que la moitié ou presque des travailleurs du secteur privé se sont trouvés en chômage partiel ou complet.

Des retombées du confinement sur les cotisations retraite

Mais s’il est normal qu’en cette période de crise, l’État ait assoupli les conditions de l’indemnisation du chômage de manière à éviter que la misère ne se répande sur le secteur privé, s’il est normal aussi que l’État assume le financement des indemnités dues à sa seule décision, il n’est pas admissible que l’ampleur de ce chômage de crise vienne à mettre en péril l’équilibre des caisses de retraites complémentaires, alors qu’en outre nos gouvernants se vantent d’avoir mis en place le système le plus généreux du monde (traduction : le plus ruineux pour le contribuable).

Certes un dispositif correcteur a été ajouté en urgence pour la retraite de base, mais les indemnités de chômage sont exemptes de toute cotisation sociale et elles ne procurent donc aucune ressource aux caisses de retraites complémentaires privées.

Et visiblement, le patronat qui externalise à bon compte une partie de ses salaires et les cotisations afférentes, tout comme les salariés, qui ne payent plus du tout de cotisations ouvrières, s’entendent comme larrons en foire pour… proposer mezzo voce de mettre une nouvelle fois à contribution les retraités qui n’en peuvent mais et qui souffrent une fois de plu qu’on leur interdise obstinément toute représentation collective nationale.

En multipliant les précautions, le Conseil d’orientation des retraites a prévu le 11 juin dernier une moins-value globale de recettes de quelque 26 milliards d’euros pour la seule année 2020.

Or avec le système de répartition universelle dont nous sommes si fiers (bien que personne ne nous l’envie), ces caisses ne peuvent distribuer des pensions qu’à partir des encaissements de cotisations d’assurance-vieillesse qui leur sont dédiés. Le défaut persistant de rentrées d’une part importante de ces cotisations signifie immanquablement -une fois consommés les quelques excédents transitoires et les quelques réserves amassées ici ou là- le tarissement à terme du versement des pensions.

Les retraites du privé pour éponger la dette crée par l’État

Et quand l’État refuse d’avancer à l’AGIRC-ARRCO la contrepartie des cotisations dont le chômage partiel l’a privé, il se défausse sur le secteur privé d’une partie importante des conséquences les plus immédiates de l’arrêt d’activité qu’il a imposé autoritairement au pays et dans des proportions d’autant plus critiques que ses propres carences, patentes sur toute la ligne, ont fortement contribué à aggraver la situation.

Alors certes on peut y voir simplement un refus provisoire, qui sera rapidement levé quand les choses rentreront dans l’ordre et que – espérons-le – la raison reviendra. Mais on peut aussi avancer une analyse tout autre à la lumière récente du bras de fer qui a opposé l’État à l’AGIRC-ARRCO, aux caisses des professions libérales ainsi qu’à celle du Barreau.

Le Covid : un bon prétexte pour mettre la main sur les réserves des caisses des libéraux

On se rappelle, lors de la présentation du projet de réforme des retraites, la volonté avouée du gouvernement de mettre la main sur ces différentes réserves. Devant la bronca suscitée par cette tentative de hold-up, le pouvoir a certes reculé, mais sans jamais renoncer complètement à mobiliser ce pactole pour ses propres besoins, notamment le coût faramineux des mesures transitoires en faveur des régimes spéciaux indûment prolongés sur plusieurs décennies.

En asséchant les recettes des caisses titulaires de ces réserves par une organisation prédatrice du chômage partiel, dont une conséquence importante se trouve ainsi indûment transférée sur l’assurance-vieillesse, l’État pourrait sans difficulté contraindre les caisses les plus prudentes et les mieux gérées à piocher dans leurs réserves aux pires conditions, c’est-à-dire dans l’urgence et face à un marché qui est loin d’avoir recouvré ses cours de fin d’année.

Or, en constituant ces réserves, les cotisants et retraités concernés n’avaient nullement pour intention d’épargner à l’État la charge d’un confinement général dont il a souverainement et solitairement décidé et abusé, avec son corollaire du chômage partiel dont les caisses de retraites devraient être intégralement déchargées.

En réalité et avant même l’adoption incertaine de la réforme des retraites, il s’agirait d’un véritable passage en force, destiné à faire plier les opposants les plus déterminés à la réforme en cours. Naturellement, la pérennité et le pouvoir d’achat de nos retraites déjà si fort mis à mal, sont en cause.

Tous les médias, avec le renfort à l’unisson de nombre de prétendus spécialistes fort complaisants, insistent à loisir sur le montant pernicieux du niveau de vie qui, en mélangeant opportunément pensions de retraite et revenus du patrimoine, va confirmer que les retraités s’en mettent plein les poches.

C’est ainsi que, même en cas de gel des retraites, l’effondrement du PIB va notablement accroître l’écart du niveau de vie entre actifs et retraités, au point qu’un nouvel impôt anti-retraités pourrait en dépit des engagements de l’exécutif devenir moins improbable : alignement sur le taux de CSG de droit commun ou encore suppression de l’abattement forfaitaire au titre des frais, sans préjuger davantage de l’imagination vibrionnante de Bercy.

Bien entendu et comme le rappelle à juste titre « Sauvegarde Retraites », cela pose encore un problème d’égalité et de justice sociale, puisqu’une fois de plus le secteur privé sera taillable et corvéable à merci, alors que (exception faite naturellement des soignants et autres corps courageusement restés au front) une bonne partie du secteur public aura discrètement jeté aux orties la continuité du service dont il se gargarise à tout bout de champ, en se faisant largement porter pâle.

En effet, en contraste avec la mobilisation du secteur privé sur nombre de métiers vitaux pour le fonctionnement de la collectivité (notamment distribution, alimentation et transports), il a été ménagé dans le public, à côté d’agents qui, sans flancher, ont parfaitement assuré leur mission, un secteur préservé (notamment la poste, la justice, l’enseignement, la Sncf, la Ratp etc.) qui a largement bénéficié sans guère de contrepartie, du maintien de l’intégralité de son traitement, de ses primes et de ses droits à retraite par la ponction magique sur un contribuable sidéré et qui n’en peut plus.

On peut craindre dès à présent que, dans le tournis des centaines de milliards en jeu, la pandémie ne fournisse un excellent prétexte à ce gouvernement pour imposer à son gré, hors réforme ou dans la réforme, au secteur privé et à ses retraités, des sacrifices injustes que, sinon, il n’aurait jamais pu exiger d’eux.

Il lui faudra pourtant faire attention à ne pas définitivement s’aliéner davantage les 17 millions de retraités, qu’il n’a cessé de matraquer durant tout le quinquennat et dont la sensibilité est désormais à fleur de peau. Car le souvenir récent des Gilets jaunes est là pour rappeler au président de la République que, venant de sa part, la moindre mesure de trop peut avoir des conséquences redoutables et difficilement maîtrisables surtout en cas de récidive et à portée de tir de l’élection présidentielle.

Cette pandémie aura au moins eu le mérite de faire voler en éclats deux slogans tout aussi officiels que mensongers, sur les vertus supposées de notre modèle social, car :

1. cela fait déjà longtemps que, comme l’ont confirmé les travaux d’Aymeric Belaud publiés par l’IREF le 20 mai dernier, nous n’avons plus le meilleur système de santé du monde ;

2. pas plus que nous n’avons le meilleur système de retraite du monde, la dernière étude comparative sérieuse (« Global Pension Report 2020 » de l’assureur allemand « Allianz ») sur le sujet reléguant à la 51ème place sur 70 notre flamboyant système par répartition qui commence à battre sérieusement de l’aile.

Mais rien ne nous empêche, drapés dans notre arrogance, de soutenir le contraire en continuant à négliger ostensiblement tout autant l’hospitalisation privée que la médecine de ville et en refusant stupidement d’introduire la moindre dose de capitalisation dans une réforme qui, dans plusieurs décennies, fera de notre système de retraite tout neuf, entièrement vierge de toute capitalisation et nationalisé, l’un des plus arriérés qui soit.

Le secteur public continuera à se tailler la part du lion en vivant grassement de l’impôt. Inversement le secteur privé, contraint à un équilibre de plus en plus précaire et enfermé à l’avenir dans un ratio de PIB – dont il ne risque de toucher qu’une partie rétrécissante vu le coût exorbitant des avantages promis aux régimes spéciaux sur d’infinies périodes transitoires- ne cessera d’être soumis à des sujétions de plus en plus injustes et pénalisantes.

Mais on le sait depuis longtemps, l’État écoute bien davantage ceux qui, très minoritaires, ont le pouvoir de nuire, de menacer et d’imposer, que ceux, très largement majoritaires pourtant, qui sérieusement, honnêtement et sans désordre, s’efforcent de proposer, de négocier et de construire une société plus juste.

Sur le web

La relance keynésienne n’empêchera pas faillites et plans sociaux 

Par Florent Ly-Machabert
relance

Par Florent Ly-Machabert.

Renault, Nokia, Airbus, Air France : le ministère du Travail a enregistré depuis le 1er mars près de 200 dépôts de Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE) et en recense même actuellement 30 par semaine, conduisant à ce jour à supprimer 27 000 postes contre moins de la moitié (13 000) l’an passé à la même époque ; sans compter les centaines de milliers d’intérimaires qui voient leurs contrats s’achever sans perspective de renouvellement, ni les licenciements de moins de 10 personnes, fort nombreux eux aussi, qui font l’objet d’un traitement statistique distinct.

On oublie souvent que le processus schumpétérien de destruction créatrice a de toute évidence des répercussions sur l’emploi et ce sont ainsi chaque jour en moyenne en France, hors période de récession, 10 000 emplois qui sont détruits pour 10 000 qui sont créés.

Premier trompe-l’œil : confiner pour mieux survivre

Il est cependant indéniable qu’actuellement le solde est négatif et que notre taux de chômage pourrait atteindre 13 % fin 2020, à la faveur d’une politique aveugle et systématique d’assignation à résidence du 17 mars au 11 mai, dont il est faux de dire qu’elle a répondu à un impératif moral plaçant la santé au-dessus de l’économie, comme en attestent les dernières statistiques disponibles : à mortalité égale, la France enregistre au premier trimestre 2020 une contraction de son PIB de près de 6 % contre, par exemple, -0,2 % en Suède ; à recul équivalent du PIB, la France enregistre 450 décès par million d’habitants imputables à la CoVid-19 contre, par exemple, 5 en Slovaquie…

Premier trompe-l’œil que cet argument éthique fallacieux prétendant mettre la survie biologique au-dessus de toutes les formes de vie, sociale, économique, spirituelle.

Le PGE, prêt garanti par l’État : un trompe-l’œil

Ce grand confinement a ensuite conduit l’exécutif à afficher une aide globale aux agents économiques – semble-t-il à peu près définitive cette fois – de 500 milliards d’euros, soit la bagatelle d’un cinquième du PIB de la France en 2019.

Ce chiffre est tout simplement erroné, pour ne pas dire mensonger, puisque l’étiage des injections budgétaires directes du gouvernement français s’élève plutôt à 13 % de cette somme (environ 70 milliards d’euros), soit un peu moins d’un septième de ce qui est, habilement, avancé par Bercy, Matignon et l’Élysée…

En effet, l’essentiel de l’effort budgétaire a consisté pour l’État à fournir aux entreprises son cautionnement à hauteur de 90 % d’un nouvel emprunt dit PGE (Prêt Garanti par l’État).

En principe. Car, comme pour la hausse de 100 euros du SMIC consentie aux Gilets jaunes en décembre 2018, la réalité du terrain est un peu différente : le PGE n’a d’abord rien d’automatique et concerne majoritairement les grands groupes et les ETI, les patrons de TPE et PME/PMI ayant toutes les peines du monde, surtout dans les secteurs les plus touchés (hôtellerie, restauration, événementiel, tourisme) à se voir attribuer ce prêt, ou alors sous condition d’une hausse de leurs fonds propres – effort qu’elles ne peuvent de toute évidence pas fournir par les temps qui courent –  pour garantir, en lieu et place de la banque qui ne supporte donc plus aucun risque – c’est pourtant son métier – les 10 % restants !

Ajoutons à cela que le PGE revient à proposer de sortir d’une mauvaise passe par un endettement supplémentaire pouvant atteindre 25 % du chiffre d’affaires, et surtout qui, en cas d’insolvabilité et de surendettement, vaut cession de votre entreprise à vos créanciers, c’est-à-dire à l’État, mais aussi aux banques devenues le nouveau bras armé de la BCE.

Deuxième trompe-l’œil que cette enveloppe d’un demi-billion d’euros qui n’est qu’un billet pour rejoindre Tintin chez les Soviets, qui n’offre qu’un maigre sursis estival, certainement pas la survie.

Le trompe-l’œil de l’injection d’argent public

Mais le pire des trompe-l’œil est que l’on s’offusque des plans sociaux, voire des faillites, au moment même où l’État consent toutes ces aides. Rappelons pour commencer qu’un plan social vise d’abord à sauvegarder l’emploi de ceux dont on ne supprime pas le poste, pour tenter justement d’éviter la faillite pour tous. Réduire les coûts dans le cadre d’accords de performance collective qui fleurissent aussi en ce moment répond à la même logique.

L’entrepreneur raisonne en termes de coût marginal, non de coût moyen et c’est ce qu’un manque cruel de pédagogie en économie ne permet pas toujours de faire comprendre à nos concitoyens encore choqués qu’une entreprise bénéficiaire puisse fermer un site non rentable.

Or, sauf à croire encore au mythe du multiplicateur keynésien, ce n’est pas en injectant de l’argent public qu’on stimulera efficacement et durablement la demande : en épargnant 70 milliards d’euros du chômage partiel qui leur était versé pendant le confinement, les Français ont vérifié le théorème de l’équivalence ricardienne1, au grand dam de Mme Pénicaud qui a osé sermonner : « Ce n’est pas d’épargne mais de consommation dont nous avons besoin en ce moment. »

Mais l’interventionnisme est un Janus, avec les gouvernements d’un côté et les banquiers centraux de l’autre : en maintenant trop bas les taux d’intérêt, et ce pour encore de longues années compte tenu du stock de dettes publiques qui rend impossible leur hausse, ces derniers empêchent le capital d’être alloué de façon optimale, pérennisant à coup de crédit « gratuit » – J Powell l’a dit très clairement – des entreprises zombies non rentables et administrant chaque jour davantage les marchés actions.

Notre temps économique est donc bien paradoxal : le système étatique dilapide des ressources pour « sauver l’emploi »2, mais il échoue à empêcher que 25 % de nos entreprises françaises soient au bord du dépôt de bilan. Fidèle à la tradition de l’École autrichienne, je ne me plaindrai pas qu’au final la régulation par la faillite chère à Jacques Rueff (à savoir l’élimination darwinienne des entreprises les moins profitables) finisse quand même par l’emporter sur les absurdes stimulations keynésiennes contracycliques, tant budgétaires que monétaires.

Mais pour purger le système de ses excès et en revenir à un cycle des affaires normal, assorti d’un taux d’intérêt supérieur de plusieurs points à ce qu’il est aujourd’hui, des politiques budgétaires procycliques eussent mieux fait l’affaire, débarrassées des effets pervers charriés par les potions keynésiennes : beaucoup plus soutenables, c’est-à-dire respectueuses notamment du niveau de dette publique légué à nos enfants, elles nous auraient laissé de réelles marges de manœuvre pour anticiper les crises à venir.

Combien les dizaines de milliards d’euros de cet interventionnisme économique contreproductif et profondément démagogique, eussent pu permettre de réellement préserver l’emploi en France, non en exigeant des relocalisations qui, en faisant exploser les coûts, ne manqueront pas d’envoyer lesdites sociétés au tapis, mais en investissant dans la formation, la reconversion et le reclassement de ceux des salariés dont les postes de travail disparaissent chaque jour par milliers !

Mais il en va ainsi de l’incertitude consubstantielle au capitalisme libéral. Il n’y a qu’une alternative : la planification communiste dont la rumeur dit que c’est à François Bayrou qu’il va bientôt revenir de la conduire.

 

  1. Théorie stipulant que les agents économiques, capables d’anticipations rationnelles, prennent en compte l’évolution des dépenses publiques dans leur prise de décision, et notamment qu’une hausse des prestations sociales financées par de la dette finira par devenir une hausse d’impôt, ce qui les encourage à épargner le surcroît de revenus issu des mécanismes redistributifs.
  2. Ont ainsi été alloués : 7 milliards d’euros d’aides pour Air France dont l’État détient 14 % du capital, 5 pour Renault dont l’État détient 15 %, 15 pour Airbus, sans jamais demander une quelconque contrepartie en matière d’emploi ni réinterroger le modèle économique de ces sociétés mais en s’ingérant en revanche dans la marche stratégique de l’entreprise (baisse des émissions de CO2 pour la compagnie aérienne nationale, création d’un « Airbus » de la batterie électrique pour la marque au losange, etc.).

Bac 2020 : la grande cuvée a bien eu lieu

Par h16

Par h16.

Au pays des grosses feignasses, tout roulait comme sur des gommettes, c’est-à-dire n’importe comment puisque Jean Michel Toutvabien avait évolué en Jean-Michel Jimprovise. Si l’intrigue de la saison 1 reposait sur un arc narratif du type « on ne confinera pas mais en fait si », la saison 2 s’est studieusement penchée sur la définition raisonnable de la distance diaphane qui correspondrait à un mètre.

Alors que l’année s’achevait, Jean-Michel Jimprovise a eu une poussée d’honneur. Il fallait que chaque élève soit pris par la main et retrouve le chemin de l’école. Pour cela, l’administration s’est donc fendue d’un Protocole Sanitaire n°1 condensé en soixante pages A4 palpitantes de sabir bureaucratique.

Ainsi, il fallait quatre mètres autour de chaque élève, organiser des sens de circulation, alterner les entrées et sorties des différentes classes, désinfecter entre chaque classe et passer du gel hydroalcoolique partout alors que dans le Monde d’Avant, on n’avait même pas de savon dans les toilettes (ce qui constitue déjà, on le reconnaîtra, un remarquable progrès).

Avec de telles mesures, les élèves revenaient, pour deux jours chacun, sur la base du volontariat de parents qui n’étaient pas nécessairement trop chauds à prendre ce risque pour deux jours, éventuellement trois.

Ces réticences poussèrent l’administration à faire preuve de sa légendaire souplesse : puisque le Protocole n°1 semblait insuffisant à motiver la marmaille, elle a donc improvisé le protocole sanitaire n°2, puis, dans son habituelle foulée svelte et enlevée, le n°3 – toujours en soixante pages d’alinéas veloutés – et inventé le mètre latéral de distanciation à longueur variable suivant les circonstances, assortissant le tout de menaces envers les parents encore réticents malgré la subtile introduction d’un nouvel acronyme pondu pour fêter ça : le 2S2C, à savoir le dispositif Sport-Santé-Culture-Civisme, véritable « dispositif éducatif et ludique ». Ici, le niveau de frétillement bureaucratique est facilement au-dessus de 9000. Question d’honneur.

Tout le monde s’est donc pris la tête pour lire ces broderies protocolaires de soixante pages, pour déménager des tables, organiser des sens de circulation et des emplois du temps pour apprendre par PravdaTV dans une gestion du personnel quasi-épiphanique que finalement non.

On aura au passage une pensée émue pour tout le personnel de ménage qui, pour un salaire misérable et une invisibilisation complète, permet que le corps enseignant continue chaque jour de travailler.

Et puis vint la cerise de ouate de phoque concentré sur le gros gâteau de n’importe quoi que fut cette année scolaire : le baccalauréat fut aménagé parce qu’il fallait bien que les Jean-Enzo qui n’ont rien fichu de l’année ne plombent pas trop les statistiques.

Rassurez-vous : la recette est simple et avec une pincée d’arsenic métaphorique.

    1. On prendra soin de faire faire aux professeurs le boulot des secrétariats de baccalauréat gratuitement. On leur demandera d’entrer les notes en arrondissant au point supérieur systématiquement. Certains passeront ainsi des heures consistant à mettre 11 à des élèves à 10,01 de moyenne, sur des trouzaines de disciplines.
    2. On convoquera ensuite des jurys de baccalauréat pour examiner si, lycée par lycée, il ne faudrait pas ajouter un point à tous les élèves d’une cohorte parce que les résultats sont en dessous des résultats de l’année dernière, fût-ce pour un élève, mais surtout on expliquera aux professeurs que ce dispositif est mis en place pour garantir « le niveau d’exigence du baccalauréat » bien qu’ils ne puissent que remonter les notes. If you laugh, you loose.
    3. On reconvoquera le jury pour examiner les cas individuels, histoire d’éplucher les cas qui sont « à la barre », c’est-à-dire ceux qui, malgré les arrondis putassiers déjà pratiqués, sont encore un peu en dessous de quelques points pour l’avoir, passer à l’oral ou avoir une mention. À ceux-là, on pourra éventuellement donner des points si le bulletin montre que l’élève est sérieux. Ce point est classique et logique. C’est ce qu’on appelle un jury de délibération. On peut donner des points à un élève auquel il en manque deux pour avoir l’oral, le baccalauréat ou une mention, qui a été sérieux et volontaire toute l’année. On n’est pas des monstres. Évidemment, cette année, cette étape s’ajoute aux deux précédentes, déjà généreuses…
    4. Sous couvert de « simplification », improvisons des sous-jurys et le jury ; et pour info, si les résultats ont été si tardifs, c’est précisément à cause de cette simplification : si, avant, le jury de délibération était souverain, cette année en revanche ses décisions sont méticuleusement examinées par un méta-jury qui peut encore décider de monter les points qui à ce train ne font plus de l’escalade mais sont véritablement hélitreuillés à de nouveaux sommets.
    5. Au fait, lors du point 2, on aura soin de bien rappeler aux professeurs qu’ils sont tenus au secret car si la pédophilie est masquée, étouffée et niée au sein de l’institution, la désobéissance civile, non. Il y a des limites à tout.
    6. En bout de course, on finit par avoir beaucoup trop d’élèves pour les facultés puisqu’on n’a évidemment pas anticipé l’explosion démographique, et ce quand bien même les professeurs bassinent l’institution sur ce sujet depuis dix ans, en alertant notamment qui si on continue à distribuer ainsi le baccalauréat à tout le monde, l’université va finir par exploser.

Cette recette, appliquée cette année avec un dosage particulièrement peu subtil, aura permis à Jean Michel Jimprovise de faire un beau parcours : outre sa reconduction comme ministre de l’Usine à bacheliers au gouvernement Castex, il peut maintenant présenter des chiffres de réussite obscènes digne d’une production céréalière en plan quinquennal d’un pays soviétique.

Bien sûr, personne n’est dupe : tout le monde a maintenant compris que ce diplôme ne signifiait plus rien, qu’on a ainsi transformé, à leurs corps défendant, les professeurs en simples tampons encreurs dans un processus à la fois inutilement complexe et parfaitement artificiel, et pire que tout, qu’on a complètement dissout toute notion de compétition et toute valeur du travail fourni au profit d’un mensonge honteux d’égalité et de justice sociale qui, ultimement, seront directement préjudiciables à tous les étudiants.

Merci Jean-Mimi. C’est aussi grâce à toi que ce pays est foutu.

Macron : après le 14 juillet, la dernière ligne droite avant la fin

Par Frédéric Mas
Macron

Par Frédéric Mas.

Emmanuel Macron interviendra demain 14 juillet en direct à la télévision, ce qui lui donnera l’occasion de donner le coup d’envoi des 600 derniers jours de son quinquennat. Renouant avec une pratique qu’il avait pourtant abandonnée au début de son mandat, le président de la République devrait évoquer les réformes en cours et les différentes orientations de son plan de relance pour amortir le choc de la crise post-covid.

Prendre la parole le 14 juillet, c’est renouer avec une pratique initiée par Valéry Giscard d’Estaing. En soi, le symbole est fort. Emmanuel Macron s’est fait élire avec une image de réformateur, et la pratique du pouvoir après la crise des Gilets jaunes l’a finalement acculé à changer de direction, le conduisant vers une sorte de centrisme autoritaire et élitaire qu’il peine à faire oublier aux yeux de l’opinion publique.

La prudence plutôt que l’audace

Avec la crise sanitaire, l’élan réformiste a totalement été stoppé. Jean Castex, « Monsieur Déconfinement » a été nommé Premier ministre à la place d’Édouard Philippe pour rassurer, pas pour changer les choses.

Un recentrage qui semble pour Emmanuel Macron faire comme si la crise n’existait pas. La récession en France promet d’être l’une des plus graves dans le monde. Face à cela, l’État voit ses recettes fiscales fondre de manière vertigineuse. L’État a-t-il prévu d’endiguer l’endettement public qui est en train d’exploser ? Certainement pas.

De manière assez irréelle, il distribue l’argent public pour soutenir tous les secteurs en difficulté comme si de rien n’était. Le saupoudrage a seulement gagné en intensité avec la crise. Comme l’expliquait Philippe Lacoude dans Contrepoints, le tout en pure perte :

« Contrairement à la pensée magique keynésienne, une forte relance de la dépense étatique ne conduit jamais à une hausse de la croissance : selon des recherches de la Banque centrale européenne lors de la dernière crise, lorsque le niveau de la dette d’un pays se situe entre 44 et 90 % du PIB, le multiplicateur fiscal sur l’activité économique est positif, mais probablement inférieur à un. Lorsque la dette dépasse 90 % du PIB, les multiplicateurs budgétaires tendent vers zéro : aucune activité économique n’émerge de la dépense. »

La gestion de la crise sanitaire aurait dû fonctionner comme un coup de semonce pour l’exécutif. Le centralisme économique et politique n’a pas fonctionné, il ne fonctionnera pas pour amortir le choc de la récession.

Si le président garde encore l’ambition d’éviter la catastrophe, c’est dès maintenant qu’il doit envisager les réformes structurelles pour libéraliser le pays. Il est encore temps.

La bureaucratie est avant tout un problème de mentalité

Par Gabriel Gimenez-Roche

Par Gabriel Giménez-Roche.

Le pays aux plus de 400 000 normes, le royaume des formulaires CERFA, où l’on crée 100 nouvelles lois et autres réglementations chaque année. La France est définitivement un Léviathan bureaucratique. Évidemment, cette pléthore réglementaire et documentaire ne peut pas exister sans son armée de fonctionnaires.

Ils sont presque 22 % de la force de travail en France, autrement dit, quelques six millions d’employés publics. Ces effectifs incluent bon nombre de fonctionnaires opérationnels, c’est-à-dire de terrain (personnel soignant, professeurs, policiers, militaires, entre autres). Néanmoins, on y trouvera aussi des administratifs chargés d’appliquer et faire respecter les procédures règlementaires et documentaires.

Or, ce personnel administratif comprend aussi des opérationnels convertis à l’administration pure – à titre d’exemple, 20 % du personnel soignant ne dispense plus des soins.

De multiples organes à plusieurs étages

Sans oublier que l’administration publique française est divisée en plusieurs organes à plusieurs étages, parfois redondants et qui communiquent mal entre eux. Ce sont 18 régions, 101 départements, 332 arrondissements, 4032 cantons, 12 159 intercommunalités, 35 357 communes et des centaines d’autorités et organismes publics ou privés chargés d’une mission publique, le tout sous la tutelle du gouvernement central.

L’exemple le plus récent de la lourdeur de cette structure bureaucratique est celui de la gestion de la crise sanitaire du Covid-19. Une vraie cacophonie s’est installée entre le ministère de la Santé, les Agences régionales de santé (ARS), les hôpitaux (publics et privés), les préfectures, les régions et autres collectivités territoriales.

La bureaucratie étatique française avait empêché la gestion rapide et efficace des lits d’hôpitaux, masques, tests et traitements. Les comparaisons internationales avec l’Allemagne ou la Corée du Sud le démontrent bien, ce n’était pas un problème de manque d’argent, mais de comment l’argent est mal utilisé compte tenu de la bureaucratie à respecter. Car en effet, il s’agit surtout d’un problème des priorités à respecter.

L’absence du calcul économique

La bureaucratie est une méthode d’organisation du travail qui cherche à obtenir un résultat autre que le profit par le biais de procédures hiérarchiquement déterminées. Tandis que dans une entreprise la méthode d’organisation est définie par le calcul économique – on déploie les ressources là où elles peuvent générer davantage de profits en coûtant moins – dans une administration publique ce calcul est absent.

Au lieu de faire référence aux revenus et coûts des activités administratives, on cherchera à obtenir le résultat déterminé par sa hiérarchie en respectant les procédures définies par cette même hiérarchie. Rien d’autre. Là où le calcul économique n’entre pas, la méthode bureaucratique se montre la plus rationnelle possible car elle est basée sur des procédures claires.

Il faut le reconnaitre, la bureaucratie est inévitable. Elle existe aussi dans les entreprises à but lucratif car certaines procédures administratives n’aboutissent pas directement à une gestion des ressources. Cependant, la bureaucratie d’entreprise reste encadrée par la méthode du calcul économique.

Autrement dit, dans l’entreprise, la bureaucratie est l’un des moyens disponibles pour atteindre le profit. Dans l’administration publique, où le profit ne joue pas un rôle de guide dans la coordination des ressources, la bureaucratie peut aussi être un moyen.

Principe de parcimonie

Pour ce faire, il faut adopter un principe de parcimonie : atteindre des objectifs non-économiques, mais en minimisant ses coûts. On accepte l’absence de profit, mais pas le gaspillage. Or, cela est une question de mentalité dans l’élaboration des procédures bureaucratiques. Le problème bureaucratique n’est donc pas l’appareil bureaucratique en soi, mais la mentalité des décideurs qui en font usage.

Le grand mal français reste donc l’ignorance du principe de parcimonie au sein de la hiérarchie étatique. Le pire advient quand cette ignorance détourne le principe de parcimonie, en créant des bureaucraties supplémentaires pour l’appliquer en détriment de l’objectif ciblé.

Ce qui est le cas pour les hôpitaux. Tant que le principe de parcimonie ne sera pas intégré à la formation-même des décideurs politiques et hauts-fonctionnaires, la bureaucratie continuera à être un problème, car mal organisée et donc mal déployée.

Banques centrales : la fausse monnaie a-t-elle un avenir ?

Par Jacques Garello

Par Jacques Garello.

Les banques centrales du monde entier émettent de la fausse monnaie, la crise a légitimé d’aller plus loin encore pour financer les secours et les dettes des États. Il faudra pourtant, tôt ou tard, rompre avec la « fiat money ».

Fausse monnaie ?

C’est la valse aux milliards. Après les 45 milliards supplémentaires autorisés par la troisième loi rectificative votée jeudi dernier la générosité de l’État français serait, dit Bercy, de 469 milliards.

Le plan européen de relance européenne discuté ce week-end prochain à Bruxelles  prévoit 750 milliards, la présidente de la Commission européenne Ursula von den Leyen voudrait aller jusqu’à 1000 milliards pour la période 2021-2027. Enfin, Christine Lagarde a annoncé que la Banque centrale européenne serait prête à racheter aux États jusqu’à 1350 milliards d’euros.

Cette dernière annonce est importante, car elle nous ramène à la réalité économique : les aides généreuses que les États européens vont accorder à leurs peuples sont financées par de la fausse monnaie. Cette réalité ne concerne pas que l’Europe, et elle n’est pas inédite.

Aux États-Unis, au Japon, en Chine et en Angleterre les milliards sont multipliés par les banques centrales. Et voilà maintenant plus de vingt ans qu’a été mise en place la politique de quantitative easing (la croissance de la masse monétaire n’est plus contrôlée) avec des taux d’intérêt nuls voire négatifs.

Pourquoi s’agit-il de fausse monnaie ? Jacques Rueff parlait de « faux droits ». La monnaie a en effet pour utilité de donner des droits à consommer, à investir. Mais ces droits ont pour origine la création actuelle ou future de richesses, c’est-à-dire de biens et services de nature à satisfaire les besoins révélés par le marché. La qualité d’une monnaie se mesure donc à celle de ses contreparties réelles.

Qu’en est-il lorsque la contrepartie est faite de créances sur des États qui sont soutenus par les banques centrales pour financer sans limite dépenses et dettes publiques ?

L’émission de monnaie n’a alors pour contrepartie que ce que les États pourront rembourser dans un avenir plus ou moins lointain. Cette contrepartie n’est ni assurée (les États peuvent s’installer dans les déficits structurels) ni assurable (les États peuvent faire ce qu’ils veulent des facilités qui leur sont accordées).

Évidemment les économistes keynésiens pensent que la croissance de la masse monétaire serait en soi porteuse de production réelle parce que toute dépense nouvelle crée des débouchés et des emplois, et c’est la raison pour laquelle tout va rentrer dans l’ordre à plus ou moins long terme.

Les gouvernants actuels de la plupart des pays ne cessent de rassurer l’opinion publique : il faut donner priorité à la crise actuelle, il faut régler le court terme et voir venir ensuite (« dans le long terme nous serons tous morts » disait Keynes). En fait l’émission sans limite de monnaie est un passeport pour l’État-providence.

Oligopole des banques centrales

Les accords de Bretton Woods (1944) et la création du Fonds Monétaire International avaient misé sur une monnaie unique destinée à régler tous les échanges internationaux. Le choix avait été fait du dollar, à l’époque convertible en or : voilà donc une contrepartie réelle.

Il s’est passé ce qui devait se passer : les États Unis ont peu à peu réduit la convertibilité du dollar en or et l’ont finalement supprimée, estimant que les autres pays libres devaient participer au financement de la guerre engagée contre le communisme mondial.

Dans la première partie de l’histoire du système de Bretton Woods, le dollar a été une bonne monnaie, mais sa masse se révélait insuffisante pour régler des transactions mondiales en pleine expansion. Dans la deuxième partie le dollar est devenu fausse monnaie et les pays ont sombré dans l’inflation et le chômage.

Après les crises pétrolières (1974, 1978) le FMI a alors admis que s’instaure une certaine concurrence entre banques centrales, mais la concurrence a été vite perturbée par la pratique de dévaluations compétitives : les banques centrales ont voulu stimuler la production nationale et les exportations en diminuant le prix des produits vendus à l’étranger.

Ainsi le marché des changes, théoriquement libre, a-t-il porté des informations biaisées et instables sur la qualité des monnaies nationales. Après la crise de 2001 (liée à l’attentat des Twin Towers) le FMI et les États-Unis ont rompu avec la (relative) discipline monétaire, estimant (façon keynésienne) que le commerce mondial avait besoin d’un surplus de liquidités pour continuer à croître.

Dès lors, pratiquement toutes les banques centrales de tous les pays ont mené la même politique. Cette unanimité a abouti à un véritable oligopole : aucune monnaie ne peut émerger comme monnaie de référence, puisque toutes sont gérées de façon identique.

Ainsi le dollar, le yen, l’euro, la livre sterling, le yuan deviennent-elles monnaies interchangeables : toutes les banques centrales émettant de la fausse monnaie il n’y a aucun inconvénient a priori à payer n’importe quelle transaction avec n’importe quelle monnaie.

On ne sort pas du périmètre des banques centrales. Comme le disaient jadis assez cyniquement les gouverneurs de la Banque de France : « l’important n’est pas d’émettre de la monnaie, mais de la garder ».

Réactions contre les banques centrales

En dépit des positions des gouvernements, du FMI et de la Banque des Règlements Internationaux (qui se veut maintenir l’ordre monétaire et bancaire mondial) la fausse monnaie officielle ne convient pas à tous les opérateurs marchands et financiers.

De nouvelles communautés de paiement se sont spontanément créées. Les incertitudes sur la qualité des monnaies officielles ont déclenché, comme après Bretton Woods, des réactions spontanées que les banques centrales n’ont pas à ce jour maîtrisées.

Pour sécuriser et accélérer les paiements mondiaux, des opérations financières se sont organisées, notamment sur ce que l’on appelle traditionnellement le marché des liquidités, ou « marché de l’argent au jour le jour », voire même « marché monétaire ».

Comme dans les années de désordre de Bretton Woods, on a vu renaître des opérations menées par des banques ayant des avoirs en dollars offshore, situés en Europe (voici donc à nouveau les eurodollars) ou ailleurs (y compris Shanghai).

Mais ces dollars n’ont rien de commun avec ceux qu’émet la Fed, il s’agit en fait d’une « monnaie fantôme » (shadow money), d’une monnaie sans pays d’origine, d’un réseau financier fondé sur la confiance réciproque – elle-même garantie par des dépôts importants de titres financiers sélectionnés par les opérateurs.

C’est bien une monnaie mondialisée : on l’appelle encore global money. Ce réseau financier apatride comprend de grandes banques (Citibank, Bank of America, JP Morgan, Goldman, HSBC, BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, Deutsche Bank, Nomura, etc.) mais aussi nombre de courtiers qui mettent en contact les offres et demandes de liquidités.

Les opérations sont souvent des repo (Sale and Repurchase Agreement, accord de vente et rachat) ou des swaps (trocs financiers, échanges de titres). La Fed a essayé de court-circuiter le réseau en pratiquant un repo (repo choc, septembre 2016) mais elle a échoué, et a très vite renoncé, estimant à juste titre qu’elle ne pourrait pas être aussi crédible que le marché monétaire mondial qui s’est mis en place maintenant.

Une autre réaction est mieux connue du grand public, il s’agit des cryptomonnaies : bitcoin bien connue, libra, et divers blockchains, registres qui tiennent la comptabilité des actifs et passifs des divers titulaires de comptes. Les plateformes privées de télépaiement sont également en pleine expansion, et sans nul doute la technologie numérique va-t-elle rapprocher la finance mondiale de cette réalité profonde : « le terme monnaie doit être utilisé pour désigner quelque chose qui est largement accepté pour payer des produits, ou pour se libérer de toutes sortes d’obligations » (Robertson,1922)

Le désastre de la fiat money

Si on veut précisément revenir à l’essentiel, il est indispensable de dénoncer le désastre de la monnaie officielle émise par les banques centrales. Fiat money : que ce soit de la monnaie, ainsi s’exprime le souverain, il décrète que seule « sa » monnaie sera la bonne.

Dans cette logique, la monnaie naît de la seule volonté du pouvoir politique, elle est régalienne, car seul l’État peut garantir la qualité d’un bien aussi important – aussi important que la défense, la justice, la police mais pourquoi pas aussi la santé, l’école, le logement, et tous les attributs de l’État-providence.

L’histoire devrait nous prévenir contre cette logique. En réalité, depuis les empereurs romains jusqu’à l’oligopole actuel, en passant par Philippe Le Bel et les rois faux monnayeurs, les assignats révolutionnaires, la monnaie fondante du troisième Reich, la monnaie officielle a été le moyen le plus efficace de financer les dépenses publiques.

Ces mœurs n’ont pas disparu avec la démocratie, car la classe politique est essentiellement occupée à créer, entretenir, motiver une clientèle électorale. Quand on nous dit que peu importe la dette publique, parce qu’à long terme elle aura permis de financer les investissements du futur réalisés par une élite savante et œuvrant pour le bonheur des générations futures, on veut nous faire croire que l’État sait mieux que chacun d’entre nous ce qui sera bon dans quelques années.

En réalité, cette logique mensongère conduit à un désastre économique. En effet l’argent facile, le crédit ouvert à tous et pour tous les usages créent des erreurs structurelles irrémédiables : si n’importe quoi peut être financé, l’argent est appelé à être gaspillé, allant à des activités parasites et coûteuses, et manquant aux vrais investissements.

La rentabilité est exclue du système, les profits n’ont plus de signification, les prix relatifs pas davantage. C’est ce que les économistes autrichiens, à la suite de Menger et Hayek, ont découvert : la masse monétaire a son importance, mais plus encore son origine, c’est-à-dire finalement sa destination.

La fiat money est le contraire de ce que Menger expliquait en écrivant l’histoire de la monnaie : la bonne monnaie est celle qui naît de la pratique sociale, de la confiance dont jouit le moyen de paiement au sein d’une communauté de paiement donnée.

Hayek a plaidé pour le retour à une monnaie choisie, il faut rompre avec la monnaie imposée. D’ailleurs le marché monétaire qui s’est reconstitué autour d’un réseau mondial (global money) est bien la preuve que les initiatives privées découvrent les bonnes solutions pour nous protéger contre les décrets publics.

Dès 1968, Hayek avait bien expliqué le choix : non seulement il faut dénationaliser la monnaie, mais il faut surtout la privatiser. C’est peut-être ce qui va se faire quand on aura démasqué et démystifié l’État-providence.

Eurogroupe : la victoire des petits pays de l’Union

Par Michel Faure

Par Michel Faure.

Quand Emmanuel Macron parle de l’Europe, il donne l’impression de l’aimer, ce qui, pour un président français, constitue une nouveauté qu’il convient de saluer. Dès lors, il a des projets pour elle, et bien sûr rien n’est simple.

Un tantinet bonapartiste, autoritaire et décidé, le président Macron se voit au sein de l’Europe comme une sorte de maître à penser l’avenir. Ce n’est pas un hasard si la liste se réclamant de lui aux dernières élections européennes, quand elle s’est alliée à l’ALDE  (l’Alliance des libéraux et démocrates européens), a pris le nom de Renaissance.

Les oubliés de l’Union

Elle a ainsi vite effacé la vision libérale de son partenaire qu’elle phagocyta et annoncé de façon subliminale par cette nouvelle étiquette qu’il serait souhaitable de « faire du passé table rase » pour que l’Union européenne renaisse enfin, comme si celle-ci était à bout de souffle.

Or elle ne l’est pas du tout hors de chez nous. Le 9 juillet, l’élection de l’Irlandais   libéral-conservateur Paschal Donohoe à la présidence de l’Eurogroupe le prouve. Les oubliés de l’Union veulent être entendus, ils ont des idées et des projets qui ne sont ni ceux de Bruxelles, ni ceux de Berlin ou Paris.

Même si elle n’a mobilisé ni les foules ni l’intérêt des médias, cette élection a souligné une évidence  : l’Union européenne n’est pas la France, ni l’Allemagne non plus, d’ailleurs. Parmi ses 27 membres, 25 se demandent pourquoi ils devraient obéir à un « directoire » franco-allemand. Huit d’entre eux n’ont pas encore adopté l’euro et ne semblent pas pressés de le faire, malgré les traités signés.

Le candidat des petits pays

Mais peu importe, puisque que les 19 autres États formant la zone euro s’avèrent eux aussi rétifs à être gendarmés par le duo Merkel-Macron, symbole de la domination des grands pays sur le reste de l’Union. Et c’est ainsi que Donohoe, candidat des  petits pays, est devenu le nouveau Monsieur Euro à la tête de l’Eurogroupe.

Membre du parti libéral-conservateur Fine Gael, Donohoe est un enfant de Dublin qui fêtera ses 46 ans en septembre prochain. Étudiant en économie et en politique de l’excellent Trinity College, il connait bien le secteur privé pour avoir passé sept années au Royaume-Uni chez Procter &  Gamble.

À partir de 2004, de retour en Irlande, il entame un carrière politique qui va le mener de la mairie de Dublin au parlement, puis au Sénat, enfin au gouvernement. Il devient ministre des Finances en juin 2017. En octobre de la même année, il présente le premier budget excédentaire de l’Irlande depuis la crise financière de 2006. Ministre économe des deniers publics, donc, il se déclare aussi en faveur de la concurrence fiscale – une horreur pour Paris qui prône « l’harmonisation » des impositions.

Quand il était encore ministre des Finances, Donohoe avait promis aux investisseurs de préserver le taux irlandais de l’impôt sur les sociétés à 12,5 % (il est à 31 % en France).

Il prétend aussi défendre la taxation des géants du numérique, mais a tout fait pour l’éviter, s’opposant habilement à ce qu’elle soit appliquée au niveau national, comme le veut la France, mais au niveau de l’OCDE qui inclut les États-Unis peu enclins à voir leurs entreprises taxées à l’étranger.

Enfin, Donohoe n’est pas l’ennemi de la relance et de la planification, n’en déplaise aux plus libéraux d’entre nous. Il a conçu un « plan national de développement » d’une durée de dix ans et doté d’un budget de 116 milliards d’euros pour préparer l’Irlande à une décennie qui comptera un million d’habitants supplémentaires et 600 000 nouveaux travailleurs.

Le candidat naturel des pays du nord

Malgré cette petite touche keynésienne, le ministre irlandais était le candidat naturel des pays du Nord, généralement libéraux, baptisés  les « frugaux » face aux « cigales » du Sud. Sa victoire est importante pour deux raisons : en premier lieu, l’influence croissante de l’Eurogroupe qui rassemble chaque mois les ministres de l’Économie et des Finances des pays de la zone euro, à la veille des réunions elles aussi mensuelles du Conseil des ministres de l’Économie et des Finances (ECOFIN).

Ce « club informel » qu’est l’Eurogroupe, dont la tâche principale est d’élaborer des politiques monétaires communes, a joué un rôle considérable au cours de la crise de l’euro et celle de la dette grecque. Le Brexit vient renforcer cette position éminente puisque désormais la part de la zone euro dans le PIB de l’Union s’élève à 86 %.

La seconde raison est le moment compliqué, voire dramatique, qui nous attend, alors que le Vieux Continent doit affronter une récession majeure après la pandémie de la Covid-19 qui a donné un coup d’arrêt soudain à l’économie mondiale.

Les dernières prévisions de la Commission estiment que la zone euro devrait subir une contraction de 8,7 % en 2020 et l’horizon de 2021 reste incertain. Paschal Donohoe sera jugé à l’aune d’une situation exceptionnelle et le seul vœu à formuler aujourd’hui est qu’il soit à la hauteur de l’enjeu.

Sa victoire était attendue après le retrait volontaire du candidat luxembourgeois à l’issue du premier tour du scrutin, le libéral Pierre Gramegna, soutenu par les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg à l’époque où l’Irlande n’avait pas encore de gouvernement. Au deuxième tour, Donohoe a donc fait face à l’Espagnole Nadia Calviño, vice-présidente du gouvernement socialiste de Pedro Sanchez et familière de la Commission de Bruxelles où elle a travaillé de nombreuses années.

Bénéficiant de l’appui de la France et de l’Allemagne, ainsi que de la plupart des pays du Sud, elle comptait bien l’emporter avec au moins dix voix promises. Cependant, pour être à la fois socialiste, espagnole et connue pour ses projets renforçant l’intégration de la zone euro, elle a fait peur aux pays du Nord hostiles à une mutualisation des dettes creusées par le laxisme des pays latins.

Défaite de l’Espagne

Grâce au retrait de Gramegna et au talent de Donohoe qui n’a pas effarouché les pays du Sud, leur rappelant que l’Irlande, comme le Portugal et la Grèce, avait elle aussi été mise sous tutelle de l’UE et du FMI lors de la crise de l’euro, Nadia Calviño n’a réuni que neuf voix sur les dix escomptées, une défaite vécue comme un drame en Espagne.

La leçon de cette histoire est que les petits pays du Nord l’ont emporté sur les grands du Sud car chacun avait une voix égale à celle des autres et le vote était secret. Quand l’Europe applique une règle démocratique de base, on découvre alors le « directoire » franco-allemand minoritaire et la fracture entre deux pôles, les petites nations économes, libérales et prospères, en quête de tranquillité, et les grandes nations plus étatisées, dépensières et endettées, mais désireuses de gouverner les autres comme si le droit divin existait encore.

Cette leçon de démocratie européenne devrait être méditée et susciter une réflexion sur les déséquilibres géographiques et politiques de l’Union, ainsi que sur les déficiences démocratiques de ses institutions.

Feu d’artifice du 14 juillet : entre arrogance, lâcheté et bêtise

Par Olivier Maurice
feu d'artifice

Par Olivier Maurice.

L’État d’urgence sanitaire est officiellement terminé depuis le 10 juillet. Les mesures exceptionnelles, les restrictions de libertés et autres zèles réglementaires sont donc supposés être redevenus anticonstitutionnels car non votés et non conformes aux principes établis dans la constitution de 1958.

Ils sont donc censés disparaître.

Sauf… Sauf que depuis 1958, il y a eu la déclaration de Rio, la conférence de Stockholm, la loi Barnier, l’affaire du sang contaminé, la vache folle, les lasagnes à la viande de cheval et mille autres petites et grandes catastrophes médiatisées, mille petites et grandes fins du monde, mille raisons d’appliquer le principe de précaution, selon lequel « l’absence de certitudes… ne doit pas retarder l’adoption de mesures ».

Sauf que depuis 1958, la logique du monde s’est inversée : ce n’est plus ni la connaissance, ni la raison, ni la responsabilité qui dirigent le monde, mais l’arrogance, la lâcheté et la bêtise.

Arrogance

L’arrogance, c’est de pérorer fièrement, tel un yorkshire aboyant devant une meute de rottweilers, en décidant de maintenir le feu d’artifice du 14 juillet « malgré la crise sanitaire sans précédent qui frappe durement notre pays », c’est d’ériger un « symbole de la résilience de notre capitale et de notre Nation » pour rendre « hommage à tous les héros du quotidien qui ont œuvré pendant la durée de l’épidémie »…

L’arrogance, c’est dire être fier d’être Français, d’être Parisien et d’être un survivant de l’apocalypse, en éclipsant totalement les chiffres qui font de la France, de la région parisienne et de Paris un des épicentres de la pandémie, l’un des lieux au monde qui a été le plus touché, où le taux de mortalité a été parmi les plus élevés et où la politique publique peut se résumer en un seul mot : rien.

Ne rien faire, ne pas se soigner, ne pas se regrouper, ne pas sortir de chez soi, faire le dos rond et attendre que ça passe.

L’arrogance, c’est de fêter en fanfare un gigantesque fiasco sanitaire, économique et politique.

Lâcheté

La lâcheté, c’est de céder à la peur. Pire, c’est d’entretenir la peur, par commerce sans doute pour certains, mais surtout par précaution, pour se couvrir, pour éviter d’avoir un jour à s’expliquer, d’avoir à répondre aux questions, d’être forcé de montrer que l’on est capable de répondre, que l’on est response-able. Le terme est bien plus explicite en anglais.

La lâcheté, c’est d’interdire les rassemblements de plus de 5000 personnes quelle que soit la promiscuité de celles-ci, et donc par application stupide, de transformer en no man’s land tout le quartier du Champ-de-Mars, du Trocadéro, du Pont de l’Alma, de l’île aux Cygnes… Pas pour éviter quoi que ce soit, mais parce que l’on ne sait jamais : on ne sait jamais, si l’épidémie pouvait repartir.

Comme si les gens n’avaient pas compris ce qu’il se passait, ce qui s’était passé. Comme si les gens étaient incapables de prendre leurs responsabilités. Comme si les gens n’avaient pas compris qui la maladie frappait en premier, comment on pouvait réduire les risques, à quoi on devait s’attendre si on l’attrapait…

La lâcheté, c’est d’interdire dans l’unique but de pouvoir se couvrir si besoin, en incriminant l’incivilité et le non-respect des consignes, en reportant la faute sur les citoyens.

Bêtise

La bêtise, c’est de bloquer la moitié d’une ville, de dépenser une somme faramineuse, d’augmenter encore plus que d’habitude les embouteillages, pour un spectacle que personne n’aura le droit de regarder, que personne ne regardera et qui n’a comme unique objectif déclaré que celui de transformer en victoire un magnifique cafouillage, une flagrante impréparation et une gigantesque panique.

La bêtise, c’est de croire depuis des années des politiciens dont l’unique slogan est de proclamer tous en chœur comme un seul homme : « J’ai l’honneur de vous annoncer que pour enrichir le royaume je vais faire périr tous les nobles et prendre leurs biens ». De les croire et de constater les dégâts sans rien faire.

La bêtise, c’est d’être gouverné par le roi Ubu.

La Révolution française à l’écran

Par Gérard-Michel Thermeau

Par Gérard-Michel Thermeau.

La Révolution française a inspiré nombre de fictions françaises et étrangères. En ce 14 juillet, pour le 231e anniversaire de la Révolution française, voici un rapide tour d’horizon décliné en une dizaine d’œuvres.

Au cinéma comme à la télévision, tout sujet historique est traité par le biais d’une identification à un ou des personnages, soit des grandes figures (Marie-Antoinette ou Danton), soit des personnages fictifs côtoyant les précédents. La Révolution ne fait pas, bien sûr, exception à cette règle.

La Révolution vue d’Hollywood

La vision hollywoodienne suit un schéma immuable tiré tout droit du Conte de deux Villes de Dickens. La Révolution est provoquée par une aristocratie méprisante vivant dans un luxe insensé tandis que le peuple affamé croupit dans la misère. La persistance de cette vision se retrouve jusque dans un film d’animation récent, M. Peabody & Sherman de Rob Minkoff (2014).

La colère du peuple paraît ainsi justifiée mais les excès de la violence révolutionnaire sont présentés de façon très négative. Les Américains portent donc un regard également sévère sur la société aristocratique qui froisse leurs sentiments démocratiques et sur la Terreur qui est l’antithèse de leur idéal politique. Les deux « tyrannies », Ancien Régime et Terreur, sont renvoyées dos à dos.

La Révolution en quelques plans

Ainsi dans la fameuse adaptation du roman de Dickens en 1937, Basil Rathbone campe un sinistre aristocrate dont le carrosse écrase un enfant et qui ne s’inquiète que de ses chevaux : que faisait donc cet enfant du peuple sur son chemin ? dit-il d’un ton irrité avant de reprendre sa route. Plus tard, les redoutables « tricoteuses » aux trognes patibulaires se réjouissent de voir tomber les têtes des « aristos » sous les coups du « rasoir national ».

Le déclenchement de la Révolution est montré en quelques plans. Le peuple mourant de faim assiste au repas des chiens de chasse d’un grand aristocrate auxquels on distribue de grands morceaux de viande. Forçant les grilles, les malheureux disputent aux chiens leur pitance.

Les hussards interviennent et piétinent des femmes. « Pourquoi endurer ça ? » clame une femme. Les « Pourquoi » se multiplient en surimpression et le « Faubourg Saint-Antoine » se dresse pour marcher à la Bastille. Remarquons d’ailleurs le rôle déterminant joué par les femmes dans toute cette histoire bien avant les préoccupations féministes actuelles.

Une vision de la Révolution persistante

Le somptueux Marie-Antoinette de Van Dyke (1938), dont on regrette qu’il ait été réalisé en noir et blanc et non en technicolor comme il était prévu à l’origine, est dans la même lignée. Traitant avec désinvolture les événements historiques, peu familiers de toute façon au public américain, il réduit la Révolution à quelques clichés frappants.

Orchestré par le perfide duc d’Orléans, l’affaire du Collier précipite le peuple dans la rue au son du Ça Ira. Mirabeau et sa formule à baïonnettes, Danton et Robespierre, qui réclame la tête de Louis Capet, font chacun un petit tour.

Les journées d’octobre 1789 sont fusionnées avec la journée du 21 juin 1793 en un tout donnant un résumé accéléré mais très dramatique de l’emballement révolutionnaire. Un sans-culotte gifle la reine qui menaçait de le faire fouetter : c’est un bon résumé de l’esprit de cette adaptation.

La Révolution en mélo ou en thriller

L’affrontement Danton-Robespierre trouve avec D. W. Griffith dans Les Deux Orphelines (Orphans of the Storm, 1921) une illustration parfaite du style de ce cinéaste. Profondément manichéen, le réalisateur traite dans ce mélodrame le matériau qui lui convenait : au brave Danton, « Lincoln » (sic) de la Révolution, s’oppose le cauteleux Robespierre.

Le Bien triomphe (au moins provisoirement) des forces du Mal et au terme d’une chevauchée effrénée, le fougueux révolutionnaire sauve de la guillotine l’innocente condamnée, la délicieuse Lilian Gish. Nobles dépravés et  sans-culottes débraillés illustrent, là aussi, les deux faces dickensiennes de la Révolution.

Plus intéressant, peut-être, est un curieux film d’Anthony Mann, dans la première partie de sa carrière où il faisait ses armes dans la série B. Black Book également titré Reign of Terror (1949) transforme un sujet historique en thriller haletant plongé dans une ambiance oppressante de film noir.

Un agent de La Fayette gagne la confiance de Robespierre, l’excellent Richard Basehart, pour l’empêcher de mettre en place une dictature personnelle. Vêtu de noir, froid et orgueilleux, le dictateur en puissance livre ses amis à la guillotine sans sourciller mais donne à manger aux pigeons. Il résume ainsi l’esprit de la Terreur : « contester le Comité de Salut public c’est trahir le peuple ».

Mais la chute de Robespierre n’éloigne que provisoirement la dictature personnelle : un certain officier corse montre le bout de son bicorne à la fin du film. « Napoléon Bonaparte, je tâcherais de m’en souvenir » lui dit Fouché. Ah, le sens de l’humour des Américains.

Évidemment, on peut voir dans cette production un film anticommuniste de la guerre froide. Mais les communistes n’étaient-ils pas les premiers à proclamer dans la Révolution française une préfiguration de la Révolution bolchevique ?

La Révolution chez Hugo et Dumas

Le cinéma muet français met en scène la Révolution dans de nombreux films. Albert Capellani, le grand cinéaste de la maison Pathé, spécialiste des grandes adaptations littéraires, s’attelle ainsi à un 93 d’après Victor Hugo après son Chevalier de Maison Rouge (1914) inspiré de Dumas.

Si 93, portrait trop cru de la guerre civile, n’a plus guère inspiré les écrans, le Chevalier de Maison Rouge devait connaître une excellente adaptation à la télévision française (Claude Barma, 1963). Le beau Michel Le Royer campait avec panache le révolutionnaire idéaliste Lindet tandis que Jean Desailly exprimait toute la mélancolie tragique du personnage de Maison-Rouge.

Dans cette vision consensuelle, les deux nobles adversaires, le républicain et le royaliste, faisaient assaut d’esprit chevaleresque. La dimension négative de la Révolution se concentrait ainsi sur la figure répulsive de l’abominable savetier sans-culotte, campé avec beaucoup de verve par Georges Géret, rudoyant le petit Louis XVII .

Un souci d’équilibre

La Révolution tient aussi une grande place dans le Napoléon d’Abel Gance (1927) où Antonin Artaud campe un Marat démentiel, Van Daële un Robespierre glacial et sentencieux et où le réalisateur se réserve le rôle de Saint-Just, ce qui indique assez ses préférences.

Nourri d’esprit hugolien, il en donne un équivalent visuel avec la tempête en images qui agite la Convention et une « trinité » Marat-Danton-Robespierre visiblement inspirée de 93. Mais cette Révolution, qui bouleverse l’ordre ancien, est en attente d’un Sauveur, un certain général corse.

La Révolution française a été aussi une guerre civile. Les cinéastes ou téléastes français sont donc souvent soucieux de maintenir un certain équilibre. La Révolution est vue comme bonne et nécessaire mais certains de ses aspects négatifs ne sont pas cachés.

Les royalistes, par leur dévouement pour une cause désespérée, Marie-Antoinette, par son sort tragique, méritent le respect du aux vaincus. Et d’une certaine façon c’est cette approche qui va dominer même dans un film « militant » comme La Marseillaise de Jean Renoir.

La Révolution selon Jean Renoir

Financé par souscription populaire sous l’égide de la CGT, La Marseillaise aurait du être le grand film d’esprit Front populaire qu’exigeait l’esprit du temps. Mais en dépit de son engagement communiste, Jean Renoir n’a guère été un cinéaste dans la ligne du parti. Si l’on excepte La Vie est à nous, film de propagande lourdingue (mais qui plait toujours aux zélotes de la « justice sociale ») et le pesant Crime de M. Lange, il filme avant tout des individus dont chacun a ses raisons.

Est-il beaucoup de films présentant de façon aussi sympathique des personnages aristocratiques que La Grande Illusion ? Et ne parlons pas du grand bourgeois généreux campé par Dalio dans La Règle du Jeu. Or La Marseillaise allait davantage pencher du côté Grande Illusion que du côté Crime de M. Lange. De fait ce n’est pas plus un film militant que La Grande Illusion n’est un film pacifiste.

La Marseillaise film Front populaire ?

Rien que les idées de distribution jouent des tours au projet initial. Andrex, qui campe le « héros » marseillais, le fils de la Révolution, jouait ordinairement des gouapes et des mauvais garçons. On comprend bien les bonnes intentions de Renoir : pour une fois, on va lui donner un rôle sympathique. Mais bon, la sympathie cela ne se commande pas et Andrex manque du charisme nécessaire.

Inversement, Aimé Clariond, avec son éclat habituel, donne du relief à un royaliste fidèle à son devoir qui rejoint les émigrés à Coblence. Et puis, surtout, Jean Renoir attribue le rôle de Louis XVI à son propre frère, l’acteur Pierre Renoir. Ce dernier campe un monarque dépassé par les événements mais avec lequel le spectateur est en empathie. Voilà qui est fâcheux dans un film engagé.

Louis XVI, préoccupé par sa perruque de travers, goûte avec ravissement des tomates. Abandonnant les Tuileries, il s’étonne de voir tant de feuilles mortes dans l’allée : « elles tombent de bonne heure cette année ». Un des moments les plus émouvants du film se situe au 10 août : le roi sort de ses appartements et ses partisans s’agenouillent et chantent « O Richard, ô mon Roi » de Grétry. Pour le grand film « Front Populaire » on repassera. La droite de l’époque avait bien tort de s’indigner.

Danton selon Wajda

Avec Danton (1983), nous trouvons la vision d’un grand cinéaste, Andrzej Wajda, portée par deux excellents acteurs : Gérard Depardieu et Wojciech Pszoniak. On a beaucoup reproché au cinéaste polonais de projeter sur la Révolution une vision « anachronique » nourrie par la critique du régime communiste accablant son pays. Ce reproche n’a guère d’intérêt : tous les films sur la Révolution sont les témoins de leur époque de réalisation et des préoccupations des réalisateurs, ou des producteurs.

La notice Wikipédia à la recherche des anachronismes ou « erreurs historiques » du film est assez drôle de ce point de vue là dans le genre cuistrerie débile : on chipote pour savoir qui a signé en premier l’acte d’arrestation de Danton (point fondamental, on le comprendra) ou bien on assure que le « rationnement et le pain manquant » vise la Pologne communiste mais pas la France du printemps 1794 qui, sans doute, devait nager dans l’opulence.

Le prétendu parallèle Walesa-Danton et Jaruzelski-Robespierre ne frappe pas vraiment à la vision : ni la première fois que je l’ai vu en salle, ni en le revoyant dernièrement, je n’ai songé un seul moment à la Pologne. En dehors des verres fumés, le général dictateur et l’homme du Comité de Salut public n’ont pas grand-chose en commun.

Le cinéma est dantoniste et non robespierriste

Le film illustre surtout le « dantonisme » qui a marqué le cinéma de par sa nature même. Personnage excessif, fort en gueule, jouisseur, ayant connu la popularité avant de connaître un sort tragique, la figure de Danton possède une force dramatique dont est dépourvu son antagoniste Robespierre.

L’Incorruptible comme son nom l’indique est un être qui manque d’incarnation charnelle : c’est l’idéologue pur ne vivant que par et pour la Révolution, indifférent aux êtres humains et à leurs souffrances. La scène où les deux hommes, le démagogue sanguin et le trop impeccable serviteur de la Révolution, se retrouvent face à face dans un cabinet particulier résume tout ce qui les sépare.

Une séquence très forte marque les esprits : un enfant obligé de réciter par cœur la Déclaration des droits de l’Homme se fait taper sur les doigts à chaque faute qu’il commet. Le film offre ainsi une vision très sombre, et surtout pessimiste, de la Révolution qui a fortement déplu à ses commanditaires, les dignitaires socialistes de la République française, François Mitterrand en premier lieu.

Il est vrai que la gauche française ne comprenait absolument pas ce qui se passait en Pologne à ce moment là : le « peuple » s’y opposait à un régime de gauche.

La Révolution deux cents ans plus tard

Le film du Bicentenaire, titré simplement La Révolution française, se décline en deux parties. Les Années Lumière ont été confiées à Robert Enrico, Les Années Terribles à l’Américain Richard T. Heffron. Cette division entre la part lumineuse et la part sombre de la Révolution renvoie à une conception sur un « dérapage » qui opposerait ainsi 1789 et 1793. La révolution aurait mal tourné, disent les uns, ce tournant serait du aux « circonstances » assurent les autres. La partie « Lumières » n’est cependant pas dénuée d’ombres à l’image du massacre du Champ-de-Mars.

Soucieux d’une approche équilibrée, le scénario s’efforce de donner sa « chance » aux divers protagonistes, de mettre l’accent aussi bien sur les moments lumineux que sur les moments tragiques de la Révolution. Production internationale, la distribution compte divers acteurs étrangers doublés, notamment Jane Seymour, Klaus Maria Brandauer et Sam Neil.

Bicentenaire et célébration pédagogique

Ce film du bicentenaire a été la providence des professeurs d’Histoire-Géographie traitant la Révolution avec leurs élèves. Ce livre d’images ne peut donc guère prétendre au statut de grand film. C’est une mine d’extraits très pédagogiques. Le comble est atteint avec la récitation de la Déclaration des Droits de l’Homme illustrée d’images édifiantes. Il a du moins le mérite de couvrir toute la Révolution de la convocation des États Généraux à la chute de Robespierre dont l’exécution « glace » le processus révolutionnaire.

Au rebours de Tale of Two Cities, la reconstitution de la « prise » de la Bastille démonte très soigneusement le mécanisme d’une « journée » révolutionnaire, avec ses militants qui lancent des « slogans » poussant à la radicalisation, loin de l’image de mouvement « spontané » qu’offre si souvent le cinéma.

La figure de Robespierre

Quelques figures sont privilégiées : non seulement les habituels rois (excellent Jean-François Balmer) et reine, Danton et Robespierre mais aussi Mirabeau (excellent Peter Ustinov), La Fayette, Camille et Lucie Desmoulins et les membres du Comité de Salut Public. La conception en est « parisienne » : la Révolution en province est totalement absente, notamment la guerre civile, le fédéralisme et la Vendée.

Andrej Seweryn campe sans doute le plus convaincant des Robespierre de l’écran. Disons-le, la majorité des représentations cinématographiques de l’Incorruptible sont négatives. En dépit des efforts des historiens néo-jacobins pour réhabiliter leur triste héros, dans l’esprit du public, Robespierre reste synonyme de Terreur. Le fait qu’il ait servi de « bouc émissaire » commode aux Thermidoriens ne le dédouane en rien. Ce bouc émissaire là était loin d’être un agneau innocent.

Or le film du Bicentenaire offre un portrait nuancé du personnage. Ce n’est ni le sinistre personnage des films américains ni la figure idéalisée de quelques rares productions françaises (La Terreur et la vertu ; Un Peuple et son roi). Nous le voyons, par exemple, hésitant, entraîné malgré lui, poussé par l’intransigeance juvénile d’un Saint-Just, à demander la tête de Danton. Son exécution à la fin du film se déroule au ralenti avec l’image d’une foule en liesse qui célèbre la fin de la Terreur.

L’image est impitoyable

Le parti pris « dantoniste » dénoncé reflète, je le rappelais ci-dessus, un point de vue largement partagé au cinéma : entre un personnage de chair et de sang, démagogue et corrompu, mais terriblement « humain » et un doctrinaire cérébral tiré à quatre épingles, il n’y a pas photo. Le cinéma, par sa nature même, est « dantoniste » et ne peut guère être « robespierriste ».

Le film, sorti un peu tardivement, alors que le public avait été saturé de « célébrations »,  fut un échec commercial. La vision de la Terreur, aussi sombre que chez Wajda sans arrière-plan communiste à invoquer, était peut-être aussi en porte-à-faux avec l’esprit commémoratif du Bicentenaire : l’histoire et la mémoire officielle ne font pas souvent bon ménage.

Certes, vous pouvez, dans de savants ouvrages, « justifier », « nuancer » « expliquer » la Terreur et « absoudre » Robespierre : mais à l’écran, les longues files de guillotinés, devant lesquels passe l’Incorruptible indifférent, ne vous donnent pas une haute opinion ni de la période ni du personnage.

Un peuple et son roi ou le film sans roi ni peuple

Un peuple et son roi de Pierre Schoeller (2017), dont la passion pour l’histoire n’a d’égal que la volonté militante, a suscité des réactions diverses. Réduit à une vision caricaturale, le roi est peu présent mais  le peuple guère davantage, à moins d’identifier celui-ci à quelques individus du faubourg Saint-Antoine. Froid et indifférent, Louis XVI n’inspire guère la sympathie. Il est hanté de cauchemars où les figures de Henri IV, de Louis XIV et de… Louis XI lui reprochent sa faiblesse.

Certains critiques évoquent une « relation charnelle » entre Louis XVI et son peuple dont le film montrerait la rupture. En guise de « relation charnelle » nous avons droit à une morne séquence où le roi lave consciencieusement les pieds d’enfants pauvres. Ce moment illustrerait le décalage du roi « sacré » avec les « préoccupations populaires ». On aimerait bien les connaître ces « préoccupations populaires »  dans ce film « parisien » : le peuple de l’époque c’est avant tout des paysans !

Un échantillon peu représentatif

Certes, nous faisons un petit tour à la campagne avec un vagabond qui, libéré symboliquement de ses chaînes, monte à Paris se faire coiffer d’œillères idéologiques par une belle lavandière, mais quelle est sa représentativité ? Et comme « sans-culotte » typique on nous offre ni un artisan du bois et du meuble, ni du cuir, ni du textile, ni du bâtiment, ni d’aucune activité représentative des « faubourgs » parisiens mais un… maître verrier. Pour qui connaît un peu l’histoire de cette corporation en France c’est assez étonnant.

Si soucieux de mettre dans la bouche des personnages historiques les propos du temps, notre cinéaste oublie son principe de départ quand il fait dire n’importe quoi à Louis XVI au pied de l’échafaud.

Le peuple est malheureux et bon

Un esprit taquin demanderait en quoi quelques sans-culottes parisiens représentent mieux le peuple que, disons, des paysans vendéens. Mais bien sûr dans la perspective des lendemains qui chantent et de l’aube des temps nouveaux, ceux qui se sont battus contre la Révolution n’allaient pas dans le sens de l’histoire.

En réalité, le peuple est une abstraction et le film entretient naïvement le mythe de la spontanéité révolutionnaire à l’image des femmes marchant sur Versailles.

Le peuple est malheureux et bon : aussi le cinéaste se garde bien de mettre l’accent sur la violence révolutionnaire. Les gentils partisans de la République sont ainsi impitoyablement massacrés au Champ-de-Mars.

La violence des « bons », purement verbale, se limite au délire sanguinaire d’un Marat agitant un pistolet, excellemment joué par un Denis Lavant digne d’Antonin Artaud. Excepté quelques vagues touches de nuances ici et là, le film baigne dans un océan d’unanimisme qui nous donne le sentiment que le peuple est devenu républicain en 1792.

L’évangile selon Saint-Maximilien

Le choix du beau Louis Garrel pour camper Robespierre n’est pas le fait du hasard. Il s’agissait de transformer cette morne figure historique en jeune premier au service du peuple. C’est l’évangile selon Saint-Maximilien dans ce film néo-jacobin où le peuple se résume à quelques militants sans-culottes ânonnant des slogans dignes de la France insoumise (« ne pas perdre sa vie à la gagner »). Autre beau gosse mais réduit à jouer les idiots inutiles, Gaspard Ulliel promène un air ahuri en se demandant ce qu’il est venu faire dans cette galère.

L’accent mis sur les lavandières chantant sur les bords de la Seine se veut en écho des préoccupations du féminisme contemporain sur le « silence sexué des archives ». Mais, diable, pourquoi actrices et acteurs français ont-ils tant de mal à être crédibles en gens du peuple ?

Libéralisme et Révolution

À la figure idéalisée de Robespierre, entièrement dévoué au peuple, s’oppose le triste Barnave, incarnation de la bourgeoisie libérale vite soucieuse de mettre des bornes à la Révolution.

Bref une œuvre militante qui peut plaire aux convaincus qui aiment à croire que le peuple fait les révolutions. En tout cas, le public ne s’est pas pressé dans les salles pour voir ce film froid, cérébral et décousu vendu comme une épopée mettant le peuple en vedette.

Le critique de Télérama trouvait bonne cette réalisation de Pierre Schoeller en ces temps de libéralisme triomphant. Visiblement, pour le magazine des profs et de la gauche bien-pensante, libéralisme et Révolution française sont des termes incompatibles. Et si on lui conseillait de relire la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen en ces temps « d’écologie triomphante » ?

Hong Kong : quand des multinationales défendent la démocratie

Par Lionel Chanel

Par Lionel Chanel.

Facebook, Twitter et Google se sont érigés contre le pouvoir communiste chinois en défenseurs de la liberté d’expression à Hong Kong.

« Il n’y a pas de liberté politique sans liberté économique. » Jean-François Revel

La loi sur la sécurité nationale qui s’est abattue sur Hong Kong la semaine dernière s’est heurtée à la résistance de quelques géants mondiaux de l’économie, Facebook, Google et Twitter. En effet, suite à l’entrée en vigueur des mesures liberticides de Pékin ces entreprises ont décidé qu’elles « ne répondaient plus aux demandes d’informations sur leurs utilisateurs émanant du gouvernement et des autorités de Hong Kong », nous apprenait le journal 20 minutes. L’enjeu ? La défense de la liberté d’expression.

Les origines léninistes de la haine chinoise pour la liberté d’expression

C’est une banalité confondante d’affirmer que toute dictature déteste la liberté d’expression. Dans le cas chinois, cette aversion pour la parole d’autrui tire son origine dans la nature même du régime, qui est resté léniniste à certains égards.

On le sait, la Chine de Xi Jinping se caractérise par son parti unique, son idéologie officielle, sa direction unique et sa censure, auxquels s’ajoute, différence par rapport au léninisme pur, un nationalisme décomplexé qui prend pour cible l’Occident et envisage la conquête de territoires qu’il convoite : Hong Kong, bien évidemment, mais aussi Taïwan.

Il faut donc se référer à Lénine et à son Que faire ? paru en 1902 pour comprendre la haine de Pékin pour la liberté d’expression. Dans cet ouvrage, le théoricien russe de la révolution marxiste proclamait que l’avant-garde du prolétariat, constituée en parti, détenait la Vérité qu’il devait se charger de répandre dans la classe ouvrière.

Or, dans cette optique, puisque le parti détient le Savoir absolu, toute critique est non seulement inutile mais représente aussi une hérésie. La parole de l’autre n’a aucune valeur. Le dialogue avec un pouvoir communiste est inconcevable. C’est Lénine qui déclara un jour :

« Les mencheviks me disent : “Permettez-nous de dialoguer avec vous” et moi je leur dis : “Permettez-nous de vous coller au mur.” »

Aussi, le joug que la dictature communiste inflige à Hong Kong s’accompagne d’une tentative de juguler les critiques et les protestations exprimées sur les réseaux sociaux, à laquelle se sont opposés Facebook, Twitter et Google.

Il faut dire que Hong Kong autorise les critiques du régime néo-léniniste à se faire entendre : la liberté d’expression qui y a cours ne permet donc pas de renvoyer une image flatteuse du pouvoir chinois.

En 2011, par exemple, c’est dans un quotidien hongkongais que l’avocat Jiang Tianyong put relater le martyre qu’il endura en raison de son activisme en faveur des droits de l’Homme : torture psychologique, menaces sur sa famille et ses activités, rupture de ses relations professionnelles…

L’entreprise privée, alliée de la démocratie

En principe, la communauté internationale, les pays occidentaux en tête, aurait dû s’indigner vivement contre ce que certains n’hésitent pas à qualifier de coup d’État. Les condamnations furent bien timides.

Ici, il faut souligner que ce sont des entreprises privées — Google, Facebook et Twitter — qui agissent, dans la mesure de leurs moyens, pour la préservation des droits humains. Autrement dit, la liberté économique — dont l’un des critères essentiels est l’indépendance totale des entrepreneurs à l’égard du pouvoir politique — se fait l’alliée de la démocratie.

En réponse à cette assertion scandaleuse, les antilibéraux objecteront certainement que l’adhésion de la Chine au capitalisme, couronnée par son entrée à l’Organisation mondiale du commerce en 2001, n’a nullement apporté la démocratie dans le pays. C’est oublier que capitalisme n’est pas synonyme de libéralisme.

En Chine règne un capitalisme d’État, caractérisé par une mainmise du parti sur une très grande partie du secteur privé, des entraves de toutes sortes aux entrepreneurs étrangers, des mesures protectionnistes adoptées au mépris des règles édictées par l’OMC, la direction de puissantes entreprises publiques par des nomenklaturistes du régime, la soumission des petits entrepreneurs à une association professionnelle acquise au régime, l’interdiction des syndicats et on en passe.

Voilà pourquoi la prétendue libéralisation économique de la Chine n’a pas démocratisé le régime : ce dernier s’appuie sur un capitalisme antilibéral, où le secteur privé est étroitement corseté et surveillé par le parti.

Ce dernier est bien conscient que l’entreprise privée et l’économie de marché est l’une des facettes de l’autonomie de la société civile à l’égard de l’État. Un entrepreneur, c’est d’abord et avant tout un individu libre, autrement dit la hantise de toute dictature.

La résistance de Twitter, Facebook et Google contre les prétentions des communistes chinois à surveiller leurs utilisateurs reflètent cette autonomie, qui représente ainsi un bastion de la liberté face aux exigences d’un État despotique.

Ouverture versus fermeture

La Chine communiste, malgré son intégration aux circuits mondiaux des échanges, demeure l’incarnation de la fermeture — elle n’a entrepris d’entrer dans la mondialisation que pour servir ses propres intérêts, c’est-à-dire ceux du parti, tout en empêchant ses partenaires de bénéficier en retour d’une vraie liberté économique sur son territoire.

Hong Kong, au contraire, incarne un îlot d’ouverture sur le monde, aussi bien économique que politique, cependant mis à mal depuis au moins une décennie par la Chine. Les Hongkongais sont fortement attachés à l’État de droit, au suffrage universel et aux libertés publiques.

Ce qui se passe, finalement, entre la Chine et Hong Kong, est une illustration du conflit pluriséculaire analysé par Karl Popper entre société ouverte et société close.

Concert de The Avener à Nice : ne tirez pas sur le DJ !

Par Théophile Gacogne
The Avener

Par Théophile Gacogne.

⚡🇲🇫VIDÉO – Des milliers de personnes, rassemblées dans une foule compacte, ont assisté au concert du Dj The Avener hier à #Nice. Sur les réseaux, des internautes s’étonnent de la promiscuité des spectateurs alors que la crainte d’une recrudescence du #covid19 est d’actualité. https://t.co/6oJvtofMvQ

— Brèves de presse (@Brevesdepresse) July 12, 2020

Je vois passer cette information partout : que ce soit à la télévision, sur Google Actualités, les réseaux sociaux, etc. Le DJ Niçois « The Avener » serait un meurtrier. Son tort ? Avoir mixé au sommet de la Tour Bellanda et réuni 5000 personnes sur la promenade des Anglais pour un événement en plein air.

C’est donc un papier un peu inhabituel que je vous propose aujourd’hui.

Vous le savez nous sommes en période de crise sanitaire, et même si le plus gros semble être derrière nous, nous ne sommes sûrs de rien. Beaucoup prévoient une seconde vague.

Avec la période estivale et le déconfinement, le relâchement se fait sentir : port du masque de moins en moins visible, embrassades, distanciations sociales peu respectées… Bref, je ne vais pas vous décrire le tableau de ce que vous pouvez constater chaque jour dans les grandes villes de France.

Concert de 5000 personnes à Nice

Pourtant, le 11 juillet dernier, The Avener a tranquillement donné un concert à Nice, et ce devant 5000 personnes.

Forcément ça énerve. Certains peuvent se dire que nous nous forçons, « nous les gens responsables » (si toutefois nous en faisons partie), à respecter toutes les mesures sanitaires. On enchaîne les mesures de précaution en se refusant beaucoup de choses pour essayer d’éradiquer ce vilain virus.

Mais pendant que nous sommes bridés et que nous nous sentons frustrés de ne pas être libres de nos mouvements comme avant, d’autres viennent ruiner tous nos efforts. Certains s’envoient des mojitos en pleine fête ouverte au milieu de 5000 personnes, imbibées elles aussi.

Forcément on se dit que c’est une bande d’irresponsables. Et il faut trouver un responsable… ou plutôt un irresponsable. Une tête de Turc à qui faire porter le chapeau. Alors, quand on ne cherche pas midi à 14 heures, la première solution est de taper sur l’artiste.

Plus attirant pour les médias, plus parlant pour les Français. C’est plus facile de s’attaquer à un jeune DJ et à son public que d’essayer de vraiment entrer dans le cœur du problème.

Irresponsable ? C’est plus facile de s’en prendre au DJ et aux fêtards qu’à la ville de Nice qui avait donné son accord pour cet événement, et qui est présentée à chaque fois parmi les organisateurs, avec Virgin Radio, Panda Events et Fimalac Entertainment.

Le second problème, qui fait beaucoup réagir et divise, est le fait que les discothèques se battent tous les jours pour rouvrir. Elles sont littéralement en train de mourir sous le poids des charges qui les étouffent cruellement !

Petit disclaimer

Avant tout, je me dois de préciser que j’ai travaillé pendant un moment dans le secteur de la nuit. J’ai d’ailleurs déjà rencontré Tristan Casara (The Avener) comme Thierry Fontaine, l’actuel président de l’UMIH L’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie.

Expatrié depuis cinq ans à l’étranger, je n’ai vu ni l’un ni l’autre depuis un long moment et nos relations sont toujours restées professionnelles même si, dans ce milieu, elles sont forcément moins formelles que dans d’autres secteurs. Je connais Thierry Fontaine depuis plus longtemps car je me suis souvent rendu dans ses établissements à Lyon et je connaissais très bien certaines personnes du cercle fermé de Tristan Casara qui m’en ont toujours dit du bien également.

Donc, en voyant des messages sur les réseaux sociaux du style « The Avener est un meurtrier, il divise et casse les efforts de la nuit et de l’UMIH », je me suis forcément senti concerné.

Ne vous trompez pas d’ennemis

Comme le disait si bien un patron de discothèque, l’ennemi commun est le virus.

Monsieur Macron avait fait rire certains en disant que nous étions en guerre. Pourtant, à l’instar d’une équipe ou d’une armée, nous devons mener ce combat ensemble et unis. Et sans cela, ce sera la fin du monde de la nuit et de tous ses métiers.

The Avener est un DJ niçois qui, comme ses collègues Dj ne peut plus jouer depuis plusieurs mois.

Tristan a toujours revendiqué son amour pour Nice et accepte fièrement une demande de sa ville natale pour jouer gratuitement en pensant redonner un peu le sourire aux Niçois, autant au plan festif qu’économique.

L’UMIH Nuit France représente tous ces établissements qui sont privés d’ouverture et qui tapent dans la trésorerie de leurs sociétés depuis le début du confinement.

Thierry Fontaine est lui-même patron d’établissement. Il sait donc mieux que quiconque ce que vivent ceux qu’il représente.

Il est lui aussi l’un de ces chefs d’entreprises qui joue toute la vie de son business devant un gouvernement qui manque de compréhension et de réactivité.

Thierry Fontaine a d’ailleurs réagi à l’événement du 11 juillet en déclarant que « la distanciation sociale était impossible à tenir » ; il ne le dit pas en jetant la pierre à quiconque, mais simplement en essayant de comprendre. De la même manière qu’il ne comprend pas la réouverture de certains établissements comme Disneyland ou d’autres.

5000 personnes pour respecter les mesures sanitaires pendant le concert de Nice le 11 juillet ?

Quiconque a l’habitude de juger une foule vous dira, en regardant les vidéos, que la jauge était largement dépassée !

Mais alors à qui la faute ? Les organisateurs ? Le DJ ? Les personnes présentes ?

La ville de Nice porte sa part de responsabilité. Elle a donné son accord pour ce rassemblement. C’était de sa responsabilité d’accepter ou non la requête des organisateurs.

Il était couru d’avance, et d’ailleurs beaucoup l’avaient prédit, que des débordements allaient avoir lieu. Il y aurait donc avoir une organisation quasi militaire, avec une vraie limitation et de vraies mesures ! Mais comme l’UMIH le sait et le revendique, il est impossible d’encadrer à 100 % un événement en plein air.

L’avantage des discothèques fermées tient aussi au fait que la capacité et la limitation du nombre de clients peuvent être facilement contrôlées à l’entrée. Il est ainsi possible de choisir de remplir partiellement l’établissement.

Les salles sont ventilées et des agents de sécurité sont présents pour contrôler. On pourrait très bien y faire respecter également des règles de type masque obligatoire et paille glissée sous le masque si on quitte la table. Et le protocole sanitaire mis en place par les professionnels de la nuit avait été validé par la santé (suppression de la piste de danse, traçabilité des clients, etc.).

Certes, ce serait moins convivial qu’au bon vieux temps et le chiffre d’affaires des établissements prendront un coup, mais ce serait une réouverture quand même qui permettrait de sauver ces commerçants et éviterait ce nouveau mouvement de fêtes improvisées n’importe où, n’importe comment qui n’ont aucune traçabilité possible des fêtards et ne sont pas encadrées pas des professionnels, et donc plus risquées sur le plan sanitaire.

Mais comme on dit, l’enfer c’est les autres

Remettre toute la responsabilité sur la ville de Nice serait aussi un peu facile.

La responsabilité vient aussi de la part des Niçois, qui on pris l’habitude de faire tomber les masques, mais aussi des Lyonnais, des Parisiens, des Marseillais et de nous tous en France.

La responsabilité ce n’est pas de critiquer un artiste qui pourtant est déjà plusieurs fois venu dans notre établissement car il est plus facile de dénoncer que d’agir.

La responsabilité c’est de ne pas recommencer un protocole sanitaire engagé par les établissements et associations de la nuit à zéro car il y a un changement de gouvernement.

La responsabilité demande de porter les masques réclamés à corps et à cris au mois de mars.

Je suis maintenant expatrié dans un pays où le virus a fait moins de 60 morts. Les mesures sont drastiques mais tout le monde les respecte.

Cessons de nous trouver des boucs émissaires et restons solidaires. L’enfer c’est les autres, mais les autres c’est aussi nous tous.

The Boys : une excellente critique du corporatisme

Par Pierre-Guy Veer
The Boys

Par Pierre-Guy Veer.

Que se passerait-il si les super-héros existaient vraiment ? Non, pas comme ceux de Marvel. Que se passerait-il s’ils faisaient partie intégrante de notre société : médias sociaux, publicité et actions pour le moins discutables ?

La série The Boys, d’Amazon Prime, propose une réponse intéressante ; la seconde saison devrait être disponible d’ici septembre.

Au premier regard, The Boys n’est qu’une accumulation de clichés hollywoodiens où l’on montre les méfaits de l’#ultracapitalismeneoliberalsauvagemangeurdechiots. Mais en regardant de plus près, on y retrouve une excellente (et involontaire ?) critique du corporatisme et des effets d’un gros gouvernement sur les incitatifs des individus.

Ce dernier point est très évident dès le premier épisode.

Hughie, le maladroit protagoniste (anti-héros ?) principal, discute avec son amie Robin. Malheureusement pour lui, A-Train (the Flash), un des Supes (super-héros) les plus importants du monde, percute cette dernière à toute vitesse, ne laissant qu’un amas sanglant et gore. Il ne recevra même pas ne serait-ce qu’une tape sur les doigts puisqu’il a affirmé que Robin était sur son chemin au milieu de la rue alors qu’elle n’était qu’à un pas du trottoir.

À la fin du même épisode, le Protecteur (Superman), le chef des Supes et leader des Seven (les sept meilleurs super-héros), provoque le crash d’un avion avec ses yeux laser afin d’éliminer un passager détenant une information compromettante. Ledit avion s’étant écrasé en pleine mer, l’Homme-poisson (Aquaman) a mené son enquête et remarqué la cause des dommages. Il en fait part à la vice-présidente de Vought (la compagnie des Supes), Madelyn Stilwell. Mais le Protecteur saura vite convaincre son collègue de se taire.

Autrement dit, les Supes jouissent de l’immunité, une pratique insensée qui protège les policiers de virtuellement toute responsabilité de leurs actions, même s’ils sont enregistrés en train de tuer un homme pour une « infraction » insignifiante, pour respecter la loi, ou quand ils s’agenouillent sur son cou alors que leurs collègues ne réagissent absolument pas. Un tel manque de responsabilisation signifie que les ripoux ne seront pas triés sur le volet. Et les « bons » policiers » qui voudraient briser l’omerta doivent rentrer dans le rang, subir du harcèlement ou être congédiés. Et si procès il y a, le policier a une longueur d’avance sur l’autre partie.

Donc afin de garder sa position prestigieuse, l’Homme-poisson accepte de taire les actions du Protecteur.

Vought : un monopole ?

Stella, qui remporte la « Star Ac des Supes » et rejoint les Sept, vivra vite une situation semblable. Dès qu’elle met le pied au QG de Vought, l’Homme-poisson la soumet à un acte sexuel, un chantage pour qu’elle conserve sa place. Elle découvrira plus tard qu’elle a été dupée et – contre la volonté des publicistes de Vought – fera référence à l’incident en public. Pour éviter une campagne négative à son endroit, Vought enverra l’Homme-poisson « en congé. »

Il semble donc que le mouvement #metoo n’existe pas dans cet univers. Mais même s’il avait existé, il est peu probable que Stella aurait agi différemment. Pourquoi ?

Parce que selon la première saison, Vought est l’unique compagnie sponsorisant les Supes. C’est logique, surtout en considérant comment ces derniers ont vu le jour…

En d’autres termes, Vought International est un monopole et partage le même lit que le gouvernement. Si non, comment les Sept pourraient-ils commettre des meurtres sans conséquence et taire leur énorme secret pendant près de 40 ans ? Cette indifférence à la vie devient un plan machiavélique quand le Protecteur et Reine Maeve (Wonder Woman) laissent un avion s’écraser au lieu de sauver quelques passagers. Comme il n’y aura aucun survivant, leurs plans auront été un succès et ils obtiennent ce qu’ils veulent.

Quel est le rapport avec Stella ? Si Vought devait faire face à de la concurrence et que le traitement de Stella était typique des autres femmes, elle aurait pu trouver un travail où les femmes sont mieux respectées et où, qui sait, elle aurait pu faire des missions solo comme elle le veut ou même négocier un compromis sur sa présence à un festival chrétien de grande envergure.

The Boys, quand la tyrannie devient loi…

Alors quand le gouvernement, supposément créé pour protéger la vie, la liberté et la poursuite du bonheur des individus, échoue à ses missions de base, certains tenteront de se faire justice eux-mêmes.

C’est ce que Hughie fait en s’associant avec un personnage louche qui a aussi une dent contre les Supes. Bien que la justice autoproclamée n’est jamais à recommander, il n’est pas surprenant que Hughie et ses acolytes y adhèrent. Vought n’a voulu qu’acheter son silence en présentant des excuses de convenance très hypocrites pour la mort (accidentelle, certes) de sa petite amie.

Mais une autre voie aurait été possible : l’invalidation par jury. Elle aurait été extrêmement ardue, sans aucun doute. Mais en cherchant des alliés – comme ce groupe de soutien de victimes collatérales des Supes – Hughie aurait bénéficié dès le départ d’un mouvement demandant justice, fut-ce contre des superhéros à la force surhumaine.

Après tout, l’invalidation a des précédents d’une époque avec (virtuellement) aucune électricité. Aux États-Unis, dans les États du nord des années 1850, plusieurs citoyens en avaient soupé que les États du sud puissent faire valoir leurs « droits » grâce à des lois fédérales comme celle sur les esclaves fugitifs. Ils ont commencé à ne pas renforcer ces lois ; certains échelons du gouvernement ont même aidé ces fugitifs à poursuivre leur chemin vers le Canada.

En 2020, de telles actions seraient presque impossibles, comme l’ont appris à leur dépens les villes sanctuaires de l’immigration. Mais à cœur vaillant, rien d’impossible.

Malgré un pouvoir de l’exécutif toujours en expansion aux États-Unis, il suffit d’un groupe de citoyens prêts à rappeler aux gens qu’ils sont le gouvernement et qu’ils peuvent laisser des humains briser leur chaines, émigrer de manière (surtout) pacifique afin d’améliorer leur sort ou d’obtenir justice face à des superhumains y ayant échappé trop souvent.

Espérons que la saison 2 de The Boys exposera encore plus le corporatisme de Vought et que les Supes subiront les conséquences de leurs actions. Espérons aussi que Stella puisse appliquer la philosophie d’Oncle Ben : avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités. Elle pourrait même convaincre quelques collègues de la justesse de cette voie…

Fermeture de Fessenheim : des arguments trompeurs

Par Michel Gay
Fessenheim

Par Michel Gay.
Adaptation d’un article initialement publié dans la revue Science et pseudo-sciences n°333 – juillet 2020

Contrairement aux annonces du gouvernement et de certains médias, la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim ne répond à aucun impératif environnemental ni de sûreté. Le premier réacteur a été mis à l’arrêt définitif le 22 février 2020 et le second a été arrêté le 30 juin dernier.

Un choix démocratique n’a pas besoin de justifier d’une quelconque forme de pertinence écologique, économique ou industrielle pour être légitime. La volonté de fermer Fessenheim figurait au programme du candidat Hollande. Le respect d’une promesse électorale, fut-elle faite pour « acheter » des électeurs « verts » au détriment de tous les Français, est légitime.

Il est cependant regrettable que le gouvernement ait choisi d’avancer d’autres arguments trompeurs qui disqualifient l’expertise publique pour justifier cette coûteuse fermeture « politique » pour gagner une élection.

Près de 42 ans après sa mise en service, le gouvernement français a justifié sa décision de fermeture de Fessenheim en affirmant qu’elle « correspond à l’engagement de la France de réduire à 50 % la part du nucléaire dans le mix énergétique français, et ce d’ici à 2035 ».

Cet engagement électoral remonte à un accord de campagne entre François Hollande, alors candidat à la présidentielle, et le parti Europe Écologie-Les Verts (EELV), historiquement antinucléaire. Il a ensuite été intégré pour 2025 dans la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015 (LTECV), puis repris par le président Emmanuel Macron. Il ne s’agit pas d’un engagement de la France vis-à-vis d’autres États, le choix du bouquet énergétique étant de la compétence nationale et non pas européenne. Pour des raisons de faisabilité, la date butoir a cependant été repoussée à 2035.

La réduction de la part de l’énergie nucléaire dans le bouquet électrique français correspond donc bien à un engagement inscrit dans la loi.

Cependant, au moins 4 arguments fallacieux ont été mis en avant pour justifier la fermeture de Fessenheim :

Fessenheim est la plus ancienne centrale nucléaire française en activité

La première raison mise en avant pour justifier la fermeture de Fessenheim réside dans un argument fallacieux : son âge.

Or, l’ancienneté ne préjuge en rien du niveau de sûreté ou de rentabilité économique d’une centrale qui sont les deux notions pertinentes pour justifier d’une fermeture.

De plus, cette centrale est loin d’être la plus vieille du monde encore en activité. Ce record est détenu par la centrale suisse de Beznau, mise en service en 1969, soit près de dix ans avant Fessenheim.

Aux États-Unis, la centrale de Beaver Valley, qui a servi de référence pour la construction de Fessenheim, a été mise en service en 1976.

En 2009, l’autorité de sûreté nucléaire américaine (la Nuclear Regulatory Commission (NRC), équivalent américain de l’Autorité de sureté nucléaire (ASN) en France) l’a autorisée à fonctionner pour 20 années supplémentaires, soit jusqu’à 60 ans, comme plusieurs autres réacteurs aux États-Unis.

En 2019 et 2020, les réacteurs à eau pressurisée des centrales américaines de Turkey Point et de Peach Bottom ont même été autorisés à fonctionner jusqu’à 80 ans par la NRC.

La NRC indique que ce sont « des considérations économiques et anti-monopole, et non des limitations de la technologie nucléaire, qui ont déterminé la durée initiale de 40 ans pour les permis de réacteur ». Il ne s’agit donc pas d’une décision technique, même si elle a conduit à dimensionner certains composants pour une durée de 40 ans..

En France, le système est différent. Aucune durée de vie n’est initialement prévue lors de la construction d’un réacteur nucléaire, même si les réacteurs utilisés sont issus d’une conception américaine, francisée pour les réacteurs les plus récents. L’ASN délivre des autorisations de fonctionnement pour des périodes de dix ans. Puis, chaque décennie, le niveau de sûreté des réacteurs est réévalué en fonction du retour d’expérience non seulement français mais aussi mondial. Lorsque certains composants risquent de ne plus respecter leurs spécifications, ils sont remplacés.

De plus, l’évolution des sciences et des techniques permet d’apprécier les marges de sûreté disponibles  plus précisément qu’à la conception.

L’usure des composants d’une centrale

Tous les systèmes ne sont pas sensibles de la même façon à l’usure. Cela dépend par exemple de la façon dont ils sont sollicités, exposés à des rayonnements ou à des contraintes thermiques ou mécaniques.

Tous les éléments d’une centrale peuvent être remplacés ou réparés à l’exception essentiellement de la cuve du réacteur et de l’enceinte de confinement en béton du bâtiment réacteur.

  • Depuis les années 2000, EDF a mis en place des gestions adaptées du combustible dites « faible fluence ». L’usure de la cuve a ainsi été réduite de l’ordre d’un facteur 2…, ce qui permet de l’utiliser plus longtemps. Des « éprouvettes » permettent aussi de suivre l’évolution des propriétés mécaniques de l’acier irradié.
  • Ainsi, sous réserve du résultat des études en cours, la plupart des cuves devraient pouvoir atteindre 60 ans, voire davantage, tout en respectant les normes de sûreté.
  • Il est cependant possible que le vieillissement de certaines enceintes de confinement empêche la prolongation de quelques réacteurs au-delà de 40 ou 50 ans, mais il s’agit d’une évaluation au cas par cas étudié par EDF et l’IRSN.

Lors des premiers réexamens de sûreté, les efforts ont particulièrement porté sur la réduction du risque de fusion du cœur (appelé « accident grave »).

Désormais, pour le quatrième réexamen de sûreté des réacteurs de 900 MWe, des travaux sont réalisés pour permettre de gérer un accident avec fusion du cœur et limiter les conséquences potentielles pour la population.

Le « grand carénage », programme de maintenance et de mise à niveau déployé par EDF pour exploiter les réacteurs au-delà de 40 ans, apporte une amélioration de sûreté significative face à de nombreux risques.

Les réacteurs français sont plus sûrs aujourd’hui que lors de leur mise en service. Appréhender leur sûreté uniquement par l’âge constitue un raccourci intellectuel trompeur économisant l’effort d’aller regarder la complexité des systèmes assurant la sûreté nucléaire.

Entre une voiture récente, conduite trop vite, n’ayant fait l’objet d’aucun entretien et dont les systèmes de sûreté opérationnelle sont défaillants, et une voiture plus ancienne dont les pièces usées ont été changées, à jour de son contrôle technique, et conduite par un conducteur prudent, la plus sûre n’est pas forcément la plus jeune.

La lutte contre le changement climatique

« Sa fermeture s’inscrit dans les objectifs énergétiques de la France. Cet arrêt s’inscrit également dans un contexte de baisse des émissions de gaz à effet de serre issues de la production d’électricité, grâce à la fermeture progressive des centrales à charbon d’ici 2022 » (site du gouvernement français).

La communication du gouvernement est trompeuse en liant le nucléaire et le charbon qui n’ont rien à voir. Les émissions de gaz à effet de serre par unité d’énergie sont en effet élevées pour le charbon (incluant le lignite), et faibles pour le nucléaire.

Selon le GIEC (Groupe international d’experts sur le climat), les centrales à charbon modernes émettent environ 820 grammes d’équivalent CO2 par kilowattheure (gCO2éq/kWh) sur l’ensemble de leur cycle de vie contre 12 gCO2éq/kWh pour l’énergie nucléaire (valeur inférieure aux panneaux solaires photovoltaïques produits en Chine…).

Les capacités de production d’électricité sont appelées sur le réseau dans l’ordre croissants des coûts variables (dépendants de la production). Les coûts fixes (construction des installations, personnel…) sont indépendants de la production.

En pratique, ces coûts variables sont ceux du combustible (charbon, gaz, fioul, uranium enrichi…) et du prix sur le marché européen du CO2 émis par les centrales thermiques à flamme (charbon, gaz et fioul).

Au prix du combustible et du CO2 actuels, les capacités électrogènes sont ainsi globalement appelées dans l’ordre suivant :

  1. Énergies dites « renouvelables » : coûts variables nuls.
  2. Nucléaire : coûts variables faibles.
  3. Charbon puis gaz puis fioul : coûts variables élevés.

En retirant des capacités électrogènes à faibles coûts variables, comme la centrale de Fessenheim, l’absence de leur production sera nécessairement remplacée par celles arrivant après dans l’ordre de mérite, soit charbon, gaz, ou fioul.

La fermeture la centrale de Fessenheim impliquera donc un surcroît d’émission de gaz à effet de serre évalué entre 6 et 10 millions de tonnes équivalent CO2 par an (MtCO2éq/an).

La centrale de Fessenheim est construite en zone sismique et inondable

« Pourquoi Fessenheim ? Parce que le positionnement de la centrale en zone inondable et sismique conduit encore davantage à vouloir limiter les risques » (tribune publiée par Le Monde le 21 février 2020 et signée de plusieurs membres du gouvernement : Élisabeth Borne, Sébastien Lecornu, Brune Poirson, Emmanuelle Wargon).

L’étude de l’IRSN en 2015 conclut que « la démonstration de la robustesse sismique des digues et des autres ouvrages de protection contre l’inondation est acquise », sous réserve de quelques compléments, notamment en termes de surveillance des digues. Une inspection de l’ASN en 2018 (Réf INSSN-STR-2018-0751) concluait : « le pilotage et l’animation de l’organisation du site en matière de gestion du risque d’inondation sont gérés de manière globalement satisfaisante ».

L’ASN, autorité technique indépendante, est seule habilitée à juger de la sûreté d’une installation

Soit le gouvernement a confiance en l’ASN et il doit suivre ses avis, soit il n’a pas confiance et il doit le dire clairement, expliquer pourquoi il s’en défie, et la réformer afin de restaurer la confiance.

Dans tous les cas, le gouvernement n’est pas compétent pour choisir quels avis émis par l’ASN sont valables et lesquels ne le sont pas. C’est sur le respect par le corps politique des avis techniques émis par l’ASN que repose tout l’édifice de sûreté.

En l’occurrence, en ce qui concerne la centrale de Fessenheim, l’avis de l’ASN est sans ambiguïté : « L’ASN considère que les performances en matière de sûreté nucléaire du site de Fessenheim, dans la continuité des années précédentes, se distinguent de manière favorable par rapport à la moyenne du parc ».

Il est donc paradoxal d’avancer une raison de sûreté, si la seule autorité compétente pour en juger n’en fournit pas.

Néanmoins, du fait de sa fermeture annoncée par le gouvernement, EDF n’a pas réalisé les nombreuses études et travaux nécessaires pour atteindre le niveau de sûreté actuellement requis pour les réacteurs après un quatrième réexamen de sûreté (prolongation au-delà de 40 ans).

Par conséquent, si le gouvernement et EDF souhaitaient continuer l’exploitation de Fessenheim, l’ASN jugerait certainement aujourd’hui que le niveau de sûreté n’est pas suffisant en l’état pour 10 années d’exploitation supplémentaires. Est-ce qu’en anticipant un fonctionnement au-delà de 40 ans, il aurait été techniquement possible de prolonger Fessenheim à un coût acceptable et avec le niveau de sûreté actuellement requis ? C’est probable, mais les études n’ayant pas été faites, personne ne le saura jamais.

Que retenir de cette décision de fermeture de Fessenheim ?

La fermeture de la centrale de Fessenheim ne répond donc à aucun impératif environnemental ni de sûreté.

La volonté de fermer Fessenheim figurait au programme du candidat Hollande, élu président. Elle est donc légitime. Il est toutefois regrettable que le gouvernement ait choisi d’avancer des arguments fallacieux et trompeurs disqualifier ainsi l’expertise publique, au lieu d’annoncer clairement le respect d’une promesse électorale.

Accueillons en Europe ceux qui souhaitent quitter Hong Kong

Par Christian Michel
Hong Kong

Par Christian Michel.

À toute violation du droit, deux réponses sont requises – sanctionner les auteurs, assister les victimes. Ces réponses ne sont pas toujours possibles. L’auteur peut se trouver hors d’atteinte, la victime au-delà de toute assistance, morte, par exemple.

Mais tant qu’existe une possibilité de redresser ce qui a été indûment causé, il nous incombe de la saisir. Le gouvernement de la République populaire de Chine se rend coupable aujourd’hui d’une claire violation du droit. Il faut y répondre.

Les faits

L’accusation est irréfutablement fondée. Voici les faits.

En 1899, le gouvernement chinois de l’époque concéda au Royaume-Uni un bail emphytéotique couvrant l’île de Hong Kong, d’autres îles, et une frange de terre sur le continent.

En 1997, à l’expiration de ce bail les deux pays signèrent un traité aux termes duquel l’ancienne colonie jouirait d’une période de transition de 50 ans, marquée par un statut spécial au sein de la République populaire de Chine. Ce traité, déposé auprès de l’Organisation des Nations Unies, a pour lui la force du droit international.

Selon ses provisions, Hong Kong fait partie intégrante de la République populaire de Chine, reconnaît le Président chinois comme chef de l’État, mais le territoire jouit du statut de Zone Administrative Autonome, avec son gouvernement élu démocratiquement, son système juridique hérité de la Common Law britannique, son bilinguisme officiel anglais-chinois, sa propre monnaie, ses propres institutions concernant autant les libertés individuelles, l’éducation et la culture que la régulation des très importants marchés financiers.

Les Hongkongais nés avant 1997 reçoivent un passeport différent des autres Chinois, et les visas pour Hong Kong ne donnent pas accès à la Chine, et réciproquement. Ainsi se matérialise le régime de « un pays, deux systèmes », conçu par les signataires du traité.

Certainement, pour le gouvernement chinois de 1997, ces conditions si contraires à toute l’idéologie communiste valaient bien la prise magnifique de Hong Kong. La juridiction, considérée comme économiquement la plus libérale du monde, représentait alors 18 % du PIB de la Chine. Elle était sa fenêtre sur l’extérieur, le point d’entrée de presque tous les investissements étrangers, et, incidemment, un lieu sûr pour les capitaux des oligarques chinois eux-mêmes.

Mais si le territoire s’est spectaculairement développé, les 7,5 millions de Hongkongais ne pouvaient pas conserver le même poids économique dans un pays lui-même en pleine expansion et de près de un milliard et demi d’habitants. Hong-Kong ne pèse plus que 2,5 % du PIB chinois.

C’est peu, insignifiant pour tenir tête aux visées impérialistes des communistes de Pékin.

Le droit

Mais justement, la fonction du droit est de protéger le faible contre le fort.

Jusqu’en 2047, le droit international s’applique, né du traité dont la République populaire de Chine est signataire. Il incombe à tous les pays membres des Nations Unies de le faire respecter. Ce qui nous amène au cas où l’auteur d’une violation du droit est hors d’atteinte. Car la Chine dispose d’un veto au Conseil de sécurité. Elle est juge et partie, elle peut bloquer tout dépôt de plainte contre elle.

Or les chefs d’accusation sont accablants. Le parlement fantoche chinois a rédigé dans le secret une loi dite « de Sécurité », promulguée sans passer par le parlement de Hong-Kong ; en fait, la cheffe de l’exécutif honkongais l’a découverte en même temps que la presse.

Cette loi invente de nouveaux délits, tel tout acte ou discours prônant la sécession de Hong Kong, ou visant à subvertir l’autorité chinoise, ou qui serait interprétable comme une collusion avec une puissance étrangère, ou qui mériterait la qualification de « terrorisme », le tout laissé à la discrétion d’une nouvelle police venue du continent, et d’un nouveau tribunal « conseillé » par un légiste nommé par le gouvernement de Pékin.

Certains procès peuvent être tenus en secret, et les accusés extradés vers la Chine. Les peines encourues vont jusqu’à la prison à vie.

Enfin, nombre de mesures liberticides complètent le tragique tableau : interceptions extra judiciaires de correspondance, y compris sur les réseaux sociaux, et censure des médias. Toute protestation auprès de gouvernements ou journalistes étrangers tombe sous le coup de la nouvelle loi, comme visant à miner la légitimité du pouvoir chinois.

Il incombe donc à tous les pays signataires de la Convention des Droits Humains de prendre l’initiative d’une riposte.

La réponse

J’ai écrit dans Contrepoints que les sanctions économiques sont une mauvaise réponse aux méfaits de la Chine, ou de tout autre État.

Le gouvernement de Trump y eut recours, plus pour des raisons électorales que pour défendre les victimes, dont il n’a cure, du gouvernement de Xi Jinping. De même qu’à la guerre, il faut s’interdire de frapper les civils et en priorité cibler les officiers adverses, il faut ici protéger les populations du protectionnisme pour attraper les vrais coupables.

Dans ce domaine, les Américains ont innové avec la Loi Magnitski. Elle permet de punir les responsables des violations des droits humains, situés hiérarchiquement juste en dessous des chefs de gouvernement, qui eux, tant qu’ils sont en fonction, jouissent d’une immunité diplomatique.

Ainsi les pays européens et du monde entier se doivent de refuser d’accueillir sur leur sol les nouveaux responsables de la « sécurité » à Hong Kong, ils doivent geler les avoirs que ces individus pourraient détenir hors de Chine, puis étendre ces mesures punitives aux dirigeants du Parti communiste à Pékin, qui en furent les concepteurs.

Une autre gifle méritée aux dirigeants chinois est d’accorder immédiatement des visas, permis de résidence et de travail à tous les Hongkongais déjà porteurs d’un passeport britannique ; lequel passeport est un document de voyage, qui ne donne pas le droit automatique de s’installer au Royaume-Uni, mais indique que le porteur était résident de Hongkong avant 1997, et non pas l’un de ces millions de Chinois, poussés à s’installer dans la zone administrative pour dissoudre l’identité hongkongaise – selon la pratique en place au Tibet.

Beaucoup n’ont pas fait la demande de ce passeport, mais le gouvernement britannique estime que quelques trois millions de Hongkongais sont éligibles. On entend déjà les cris horrifiés à gauche (« nos chômeurs sacrifiés ! »), et à droite (« la France jaunit ! »).

Mais la décision est juste, courageuse et efficace. Juste, parce que libérale, elle ne nuit pas aux innocents, et laisse le choix à ceux qu’elle concerne d’accepter ou pas l’offre. Courageuse, parce que le gouvernement chinois réagira, comme si les hommes et les femmes de Hong Kong étaient sa propriété, à encager, comme le furent les citoyens soviétiques. Efficace, parce qu’elle manifeste une solidarité avec les opprimés, le rejet des brutes, et à un coût faible pour nos populations, car bien peu de Hongkongais viendront s’installer dans l’Union européenne, pour des raisons de culture et de langue, préférant la proximité de Taïwan, de Singapour, ou le monde anglophone.

De telles ripostes aux agressions du Parti communiste chinois doivent être coordonnées par l’Union européenne. « L’union fait la force » n’est pas un vain slogan, pas dans un monde où s’agitent de lourds prédateurs. L’énergie que déploient les États-Unis, la Russie, la Chine.., pour diviser l’Union doit être pour tous les libéraux l’évidence qu’elle est nécessaire.

La Chine fait partie de notre avenir, elle ne peut être qu’un partenaire – mais il faut établir clairement les termes du contrat.

La réaction européenne à l’agression contre Hong Kong est un marqueur. Ou nous envisageons avec la Chine une relation entre égaux, ou bien un rapport d’exécutant avec son parrain mafieux.

L’évolution des revenus ? Le fruit de longues tendances économiques

Par Philippe Lacoude
revenus

Par Philippe Lacoude.

Nos petits soubresauts de tous les jours sont le fruit de longues tendances économiques qui s’étalent sur des décennies, voire des siècles.

Rien ne le prouve mieux que les quelques graphiques qui suivent.

Essentiellement, au cours des 20 années allant de 1998 à 2008, la classe moyenne asiatique a vendu des biens et des services à la planète entière sous la supervision des 1 % les plus riches. Ces deux groupes ont profité de cet effort.

Les classes pauvres et moyennes de l’Occident n’en ont pas autant profité.

Si vous lisez mes articles sur les revenus américains, vous ne serez peut-être pas surpris. Sous les présidents G. W. Bush et Obama, le revenu médian des ménages n’avait augmenté que de 400 et 1043 dollars, respectivement, en huit ans (après ajustement pour l’inflation).

En Europe, les revenus ont également stagné dans de nombreux pays, dont la France, dans un contexte de croissance nulle.

Comment expliquer la stagnation des revenus en Europe et aux États-Unis ?

Une question évidente serait de demander pourquoi ? Eh bien, avec des coûts de logistique et de transport en forte baisse et des réglementations tatillonnes (ici et ) et des taxes sur le travail toujours en forte hausse aux États-Unis et en Europe, il était judicieux de produire en Asie plutôt qu’à Detroit ou à Trith-Saint-Léger.

Ce graphique explique les forts courants contre le libre-échange aux États-Unis et en Europe occidentale, en particulier parmi les personnes les moins instruites, et illustre les nombreux tremblements de terre politiques (Brexit, élections américaines, populisme en Europe continentale) qui ont laissé les « élites » et les médias grand-public perplexes.

Après tout, la théorie des avantages comparatifs est le sujet économique le plus déroutant et très peu de gens réalisent que la politique tarifaire optimale est le droit de douane nul et unilatéral. Par conséquent, sans une compréhension solide et générale du domaine, une résurgence des politiques anti-commerce est toujours à nos portes.

Une chose que le graphique n’expose pas parce qu’il se préoccupe des revenus est qu’au revers de la médaille, la classe moyenne inférieure du monde occidental a pu acheter des produits toujours moins chers au supermarché.

Ainsi, chaque être humain sur la planète a connu un gain économique au cours des trois dernières décennies. Les riches et les pauvres deviennent toujours plus riches.

De plus, ces différentiels de gains sont toujours temporaires. Même si le premier graphique ci-dessus donne l’impression que les plus riches tirent bien leur épingle du jeu économique, il n’en va pas toujours ainsi.

En effet, le top 1 % vit essentiellement de revenus variables tirés de l’entreprenariat. Or, un entrepreneur ne gagne que ce qu’il reste d’une activité économique après que tous les facteurs de production aient été payés.

Lors d’une période de crise, comme en 2008-2010, ses revenus baissent considérablement (ou augmentent moins que ceux des autres acteurs économiques) :

Ce déséquilibre n’est que temporaire

Il correspond à un décalage du début de la révolution industrielle dans les différents pays du monde qui fait que certains pays – Royaume-Uni, France, Allemagne, États-Unis ont devancé d’autres pays et se sont considérablement enrichis, relativement, avant d’autres.

En 1820, la Chine et l’Inde représentaient environ la moitié du PIB mondial. Quand le boucher communiste Mao en eut fini avec son « Grand bond en avant » (c’est-à-dire en arrière !) en 1962, la part de la Chine dans le PIB mondial était au plus bas de l’histoire humaine à 4,01 %.

Quant à l’Inde, sa part était tombée à 3,03 % juste avant que Rajiv Gandhi n’arrive au pouvoir en 1984 et libéralise les achats de devises, les voyages, les investissements étrangers et les importations.

Ce n’était une question de temps avant que ces pays ne regagnent une part de l’économie mondiale en proportion de leurs populations considérables. Aujourd’hui, la Chine et l’Inde représentent environ un tiers de l’économie et de la population mondiale.

Ce dernier graphique montre l’impact économique de tous les grands événements du monde – la Révolution russe de 1917, les guerres mondiales, la crise de 1929 aux Etats-Unis, la fin de la croissance japonaise en 1990, l’effondrement de l’URSS et, bientôt, le dépassement de l’économie française par celle du Nigéria – mais il montre surtout que, contrairement aux plans quinquennaux chinois, la hausse de la part de la Chine dans le PIB mondial n’est pas inéluctable.

Bientôt, les pays qui n’ont pas encore connu leur révolution industrielle vont décoller : ce sont eux qui verront la plus forte croissance des revenus de leurs citoyens à mesure qu’ils capturent une partie des gains à l’échange.

Nous pouvons et devons faire en sorte que ce soit à l’avantage de tous nos concitoyens en ne distordant pas les marchés du travail, de l’énergie ou des transports avec des règlementations pointilleuses et des taxes confiscatoires.

« L’apprentissage fait la force » : entretien avec Aurélie Jean

Par Corentin Luce
Aurélie Jean

Par Corentin Luce.

Aurélie Jean : « Si nous ne faisons plus d’erreurs en laissant toutes nos décisions aux algorithmes, nous n’apprendrons plus et nous ne grandirons plus ».

Les Algorithmes. À l’évocation de ces quelques lettres, des torrents de passions se déchaînent dans un brouhaha incandescent, irradiant les salles de rédaction et les plateaux télévisés d’experts auto-proclamés. Règne sans partage des forts en gueule et prestidigitateurs des passions tristes. Exercice douteux, pour le moins.

Petit détour par le dictionnaire Larousse, un algorithme est un « ensemble de règles opératoires dont l’application permet de résoudre un problème énoncé au moyen d’un nombre fini d’opérations. Un algorithme peut être traduit, grâce à un langage de programmation, en un programme exécutable par un ordinateur. »

Avec l’essor des algorithmes dans tous les domaines, les uns nous ânonnent avec ferveur un monde où la technologie ferait loi, débarrassant l’Homme de ses imperfections. Une sorte de concrétisation du mythe de l’Atlantide. Rêve ancestral et prométhéen donc. Les autres prophétisent avec fatalisme et non sans romantisme noir l’avènement d’une société dystopique, fracturée et en proie aux guerres civiles. Néo-luddisme conduisant aux pires excès.

Difficile dans ce contexte polarisé d’entendre une voix rationnelle et tempérée. Fort heureusement, depuis quelques années, Aurélie Jean relève courageusement et brillamment ce défi complexe mais vital. Loin du gloubi-boulga médiatique de nos sociétés biberonnées au buzz, elle fait résonner son expérience et son parcours époustouflant aux quatre coins du monde, entre conférences et interviews, pour expliquer les tenants et les dangers de ce miroir virtuel.

Véritable globe-trotteuse hyperactive, Aurélie Jean est assurément de ces personnes qui ont pour leitmotiv une soif intarissable d’aventures, celles à propos de qui Charles Bukowski écrivait : « L’âme libre est rare, mais vous savez quand vous en voyez une, d’abord parce que vous vous sentez bien, très bien quand vous êtes près ou avec elle. »

Aurélie Jean est scientifique numéricienne, entrepreneuse mais aussi chercheuse. Elle a fondé In Silico Veritas, une société de conseil stratégique en data et en algorithmique basée aux USA et en France, et est partner chez Altermind. Contributrice à l’hebdomadaire Le Point, elle a aussi fait paraître plusieurs ouvrages, le dernier étant L’apprentissage fait la force1.

En 2019, le magazine Forbes l’a classée parmi les 40 Françaises les plus influentes de l’année.

Vous venez de faire paraître L’apprentissage fait la force, aux éditions de l’Observatoire, pour imaginer l’après-coronavirus. Vous appelez nos dirigeants politiques et l’ensemble de la société à cultiver nos savoirs scientifiques ; à l’heure des fake news et théories conspirationnistes, ne pensez-vous pas qu’il s’agit d’une cause perdue quand on observe la défiance grandissante vis-à-vis du raisonnement logique (glorification de Didier Raoult aux méthodes controversées, mouvements anti-confinement aux États-Unis) et du cartésianisme de façon générale ?

Rien n’est une fatalité ! Il est vrai que notre rapport aux sciences et aux scientifiques a été sévèrement malmené ces derniers mois, mais je vois cela comme une opportunité pour parler des grands sujets autour du développement d’une culture scientifique, de l’usage de la méthode scientifique et de la construction de l’esprit critique. C’est pourquoi j’ai tout de suite accepté d’écrire ce petit essai traitant plus généralement de la méthode scientifique et plus particulièrement de la crise sanitaire, sociale et économique.

Prenons cette crise comme un cas d’école pour souligner nos faiblesses de raisonnement, notre crédulité sans limites et notre absence d’esprit critique. Et utilisons là pour nous améliorer. Je crois dans les actes individuels pour le bien collectif. Dans cette idée je crois en l’explication de ces sujets auprès du grand public pour donner à chacun les armes pour avancer de manière éclairée.

Quelles leçons pouvons-nous tirer de cette crise au cours de laquelle le numérique et les nouvelles technologies (e-commerce, cours en ligne, robotisation) ont joué un grand rôle ?

Nous pouvons tirer de nombreuses leçons tant dans le milieu éducatif, professionnel ou personnel. Même si la France est le pays dans lequel il y a eu le moins de décrochement scolaire en lien avec une inégalité d’usage et d’accès au numérique, nous avons encore quelques millions d’enfants qui ont été défavorisés. Les moyens mis en place (outils et méthodes pédagogiques) sont une source inestimable pour les enfants qui suivent des cours à distance en temps normal, pour des raisons diverses.

Nous devons également être capables d’armer numériquement toutes les familles tant dans le matériel que dans la compréhension des outils, pour donner à chaque élève les mêmes chances de réussir.

D’un point de professionnel, les managers et chef d’équipes ont dû apprendre à faire confiance dans leurs équipes, et donner plus de liberté aux employés pour permettre à chacun de performer au mieux grâce aux outils numériques.

Enfin d’un point de vue personnel, les outils nous permettent de rester connectés à nos proches, et nous ont fait prendre conscience de l’importance de se voir en personne. De manière générale nous avons réalisé encore plus que nous avions peu d’acteurs technologiques européens, et que les outils que nous utilisions étaient principalement américains. Le sujet de la souveraineté est ressorti fortement ces derniers mois.

Pour revenir au titre, L’apprentissage fait la force, celui-ci semble faire écho à un autre livre que vous avez écrit concernant votre formidable parcours et les algorithmes, De l’autre côté de la Machine, dans lequel vous expliquez que : « chaque erreur nous donne l’opportunité de retenir une leçon, de catégoriser une situation dans notre cerveau afin de nous alerter […] Une vie entièrement conditionnée algorithmiquement nous empêcherait de faire des erreurs, et donc d’apprendre ». Dans quelle mesure les biais ont-ils eu des conséquences sur vos travaux et vous ont permis d’appréhender différemment les algorithmes ?

Comme je l’écris dans mon premier livre De l’autre côté de la Machine, je ne suis pas meilleure que les autres, j’ai mes biais et j’ai fait des erreurs à partir desquelles j’ai profondément appris. J’ai appris à travailler encore plus en collaboration avec les gens du métier de l’application dans laquelle mon algorithme s’applique. J’ai appris aux côtés de médecins, de banquiers, d’économistes, et cela m’a permis d’éviter des erreurs dans mes modèles, et de développer des bons réflexes de développement et de réflexion.

De manière générale, c’est en faisant qu’on apprend, et les erreurs sont des alliées dans cet apprentissage. Si nous ne faisons plus d’erreurs en laissant toutes nos décisions aux algorithmes, nous n’apprendrons plus et nous ne grandirons plus.

Dans mon livre, je donne l’exemple du film Wall-E dans lequel les hommes qui ont été mis dans une navette spatiale dans l’attente de revenir sur Terre, n’ont aucune décision à prendre, tout est fait pour qu’ils ne réfléchissent pas… le résultat est effrayant, après quelques années ils ont des esprits d’enfants de 4 ans dans des corps d’adultes, ils n’ont pas appris donc n’ont pas grandi. Les algorithmes nous assistent, nous aident dans la décision, mais il y a de nombreux cas où notre sensibilité et notre intelligence ne seront jamais remplacées. L’algorithme vous fournira toujours une réponse, mais celle-ci n’est pas forcément juste ou efficace.

Peut-on dire que les algorithmes transforment le hasard en nécessité et sont voués par la même occasion à rendre le monde immuable ?

C’est une vision déformée, mais bien réelle si on n’y prend pas garde, des algorithmes et de leurs effets sur nos vies et nos sociétés. Comme précisé précédemment, les algorithmes vous donneront toujours une réponse, mais cette réponse est-elle pertinente ? Pas forcément.

De plus, même si l’algorithme vous fournit une réponse bien plus efficace que votre propre choix, cela ne veut pas dire qu’il faut la suivre… nous avons besoin de décider par nous-mêmes, d’apprendre par nos erreurs, et de sentir les choses. Dit autrement, nous avons un instinct, une intelligence émotionnelle et une intelligence de situation qu’il ne faut pas sous-estimer.

Me concernant, le chemin que je prends de chez moi à la station de métro est différent de celui que je prends pour aller de la station de métro à chez moi… ce qui est loin de suivre une logique analytique du plus court chemin, est-ce une solution efficace ? Pas exactement mais c’est la solution dans laquelle je me sens bien.

Les algorithmes occupent une place de plus en plus conséquente dans notre société. La loi Avia, par exemple, censurée par le Conseil constitutionnel depuis, prévoyait selon La Quadrature du Net d’accentuer leur rôle du fait des délais très courts, au mépris de nos libertés. Est-ce que la place des algorithmes vous inquiète ou considérez-vous que l’homme ne cherche peut-être que la félicité, qui « paraît toujours assez sordide en comparaison des larges compensations qu’on trouve à la misère [et à la liberté] » (Le meilleur des mondes Aldous Huxley) ?

La frontière est parfois mince entre réelle innovation et menace. La réponse à cela n’est pas dans la diminution de nos libertés mais dans le développement d’une émancipation intellectuelle de chacun face aux outils numériques. Cela étant dit, on comprend également le besoin de réguler et d’exiger de la part des acteurs des devoirs vis-à-vis des utilisateurs et des États. La difficulté est dans la mise en œuvre.

Il est fondamental que nos législateurs et nos dirigeants politiques s’entourent de scientifiques et d’ingénieurs du terrain sinon on risque de faire des textes inefficaces, inapplicables voire dangereux pour les libertés individuelles.

Cette crise a remis au goût du jour la notion de souveraineté. Concernant le numérique, l’UE, bousculée par les géants chinois et américain, tente de développer son propre modèle avec notamment le RGPD : cela va-t-il dans la bonne direction, faut-il accélérer ?

Le RGPD est une bonne révolution dont s’inspirent d’autres pays ou États. C’est le cas de l’état de Californie avec le California Consumer Privacy Act. Cela étant dit, l’Europe et les pays de l’Union séparément ont peu avancé dans le développement d’un terrain favorable à la croissance de grandes entités technologiques.

Ce sujet est un sujet politique comme je l’ai écrit dans un article récent dans Le Point sur le choix d’un hébergeur pour les données médicales du Health Data Hub. Ce sujet est aussi un sujet culturel qui impose aux pays comme la France de faciliter l’implémentation et la croissance d’entreprises, avec moins de charges sociales, plus d’agilité, moins de charges administratives et plus de degrés de liberté pour ces acteurs.

Vous vivez entre les États-Unis où vous avez notamment fondé In Silico Veritas (une agence de développement analytique et numérique spécialisée en algorithmique) et la France ; où se situe exactement l’Hexagone en matière d’IA et de nouvelles technologies ?

Nous avons en Europe et en France en particulier d’excellentes formations (voire les meilleures) en sciences et en ingénierie. Cela étant dit l’Europe n’est paradoxalement pas le lieu de naissance de géants technologiques et ce pour plusieurs raisons. Des raisons culturelles, économiques (avec une charge administrative lourde), mais aussi des raisons budgétaires.

Les budgets alloués dans la recherche et le développement en Europe sont trop bas. Il faut également créer de grands et vrais programmes européens, car sans cela il sera difficile de passer à l’échelle.

Vous écrivez : « il est urgent que les scientifiques (re)deviennent des philosophes », vous proposez également d’introduire des sciences dures dans les parcours en sciences sociales. Pourquoi pensez-vous que seule la pluridisciplinarité pourra à terme créer des cadres structurants alors que l’évolution économique a tendu à spécialiser les individus et à diviser les tâches productives ?

Comme je l’écris dans mon premier livre « L’avenir est dans la comparaison, l’interdisciplinarité, cette capacité à réfléchir de façon transversale pour faire profiter à de nombreux champs d’application les retombés de travaux. » Ce constat est encore plus vrai en intelligence artificielle qui s’utilise dans de nombreux domaines, et s’appliquera sûrement dans quasiment tous les domaines dans le futur. Je ne peux pas concevoir un algorithme seule dans mon coin ou avec mes collègues scientifiques et ingénieurs. Je dois travailler main dans la main avec les gens du métier.

Cela étant dit, je dois comprendre leur métier, apprendre même grossièrement les disciplines dans lesquelles mes algorithmes s’appliquent. La philosophie quant à elle permet à nous scientifiques et ingénieurs de nous aider à réfléchir aux conséquences de notre travail, à comprendre les tenants et aboutissants philosophiques des questions auxquelles on tente de répondre, et tant d’autres choses.

Les philosophes recherchent la vérité alors que les scientifiques cherchent le pourquoi. Une complémentarité évidente qui encourage à mêler davantage ces deux communautés qui ont pourtant pendant longtemps constitué une seule entité.

Vous pointez avec raison la méconnaissance profonde de nos responsables politiques sur ces enjeux (audition de Mark Zuckerberg devant le Congrès en 2018, réponses pour le moins saugrenues des députés français pour définir une IA), que faire pour y remédier ?

Dans mon essai L’apprentissage fait la force j’ai un chapitre dédié au sujet délicat de perte de culture scientifique chez nous tous, mais aussi et surtout chez nos dirigeants politiques. Il y a bien évidemment des exceptions, mais une tendance se dessine qui porte les politiques à ne s’entourer de scientifiques qu’en cas de crise comme celle que nous vivons. Alors qu’ils devraient les consulter régulièrement, et sagement.

Les dirigeants politiques devraient avoir dans leurs formations des matières scientifiques afin de développer leurs compétences et connaissances pour construire des visions et alimenter leurs réflexions futures. L’esprit critique se développe également grâce à la méthode scientifique (expérimentation, observation, usage de la théorie et raisonnement logique) qui devrait être conceptualisée chez tous nos dirigeants pour augmenter leur efficacité et leur niveau de pragmatisme.

Quelles sont les régulations à imaginer concernant l’IA et la place des algorithmes dans les années à venir ? Vous développez, toujours dans De l’autre côté de la Machine, l’importance des chartes et autres serments, mais est-ce suffisant pour encadrer les pratiques à l’échelle mondiale et garantir leurs applications ?

Les régulations sont importantes à avoir, mais elles doivent absolument être conçues en étroite collaboration avec des scientifiques et des ingénieurs, et au-delà de simples auditions, mais jusqu’à la réflexion et l’écriture des textes. Sans cela, les textes risquent de moins bien s’adapter aux avancées futures, ou encore de contenir des vides technologiques.

Cela étant dit, je crois beaucoup également aux solutions complémentaires venant soutenir les lois par nature relativement punitives et non préventives, comme les serments et autres chartes. Ils sont de réels déclencheurs de consciences individuelles et collectives, et donnent l’opportunité à chaque acteur de se positionner, de se questionner et d’avancer de manière éclairée dans ses propres pratiques.

  1. L’apprentissage fait la force d’Aurélie Jean est disponible sur Amazon.

« Haut commissariat au plan » : faut-il le ressusciter ?

Par Pascal Salin
plan

Par Pascal Salin.

Le Premier ministre français, Jean Castex, a exprimé son souhait de restaurer le  haut commissariat au plan. Celui-ci avait été créé en 1946 par Jean Monnet et supprimé en 2005. Et il est envisagé de nommer François Bayrou à la tête de cette institution. Un tel retour au passé est-il souhaitable ?

Qu’est ce que la notion de plan ?

La notion de plan doit tout d’abord se comprendre au plan individuel. Une caractéristique de l’être humain tient à sa capacité à prévoir le futur et à essayer de mettre en œuvre les conditions de vie et les activités qu’il désire pour le futur ; ce qui a été fort bien souligné dans le fameux ouvrage de Ludwig von Mises, L’action humaine.

On peut donc dire que tous les individus font des plans, c’est-à-dire non pas seulement des prévisions, mais des décisions de manière à rendre le futur différent de ce qu’il serait en l’absence de planification. Celle-ci est donc d‘abord une activité individuelle, car c’est un acte de pensée et seuls les individus pensent. Mais on peut considérer que ce qui est vrai pour un individu est vrai pour un ensemble d’individus dont les activités sont coordonnées, par exemple une famille, mais aussi et surtout une association ou une entreprise.

Cependant il est un peu erroné de dire, par exemple, qu’une entreprise planifie son développement. En fait, il existe dans l’entreprise différentes personnes dont les objectifs sont différents : les propriétaires essaient, entre autres choses, de planifier les flux futurs de profit et d’organiser l’entreprise en conséquence ; les salariés planifient leur plan de carrière, etc.

Le développement de l’entreprise dépend des interactions entre ces différents plans. D’une manière plus générale dans une société libre le respect des droits légitimes de chacun met en œuvre ce qu’on appelle un ordre spontané, c’est-à-dire la coordination entre les plans individuels.

Les conceptions de plan au niveau étatique

Il existe plusieurs conceptions possibles du Plan lorsqu’il s’agit de tenir compte des activités étatiques.

On peut tout d’abord l’envisager comme une méthode consistant à définir de manière aussi précise que possible les dépenses et les recettes de l’État sur le long terme. De ce point de vue, la planification pourrait avoir un avantage en fournissant aux citoyens – et en particulier aux responsables d’entreprises – des informations crédibles sur les activités publiques et donc sur leurs propres choix dans la mesure où ils peuvent être influencés par les décisions publiques (par exemple, bien sûr, en ce qui concerne le niveau de la fiscalité).

Mais une telle planification n’est pas concevable pour l’État, contrairement à ce qui peut se passer pour un plan individuel ou même un plan d’entreprise. En effet, les chefs d’État ou les gouvernements sont élus pour une durée déterminée et relativement limitée et ils disposent de pleins pouvoirs pendant leurs périodes d’activité, ce qui leur permet par exemple d’annuler les décisions prises par les gouvernants antérieurs.

Cela implique donc qu’un gouvernement ne peut pas, de manière crédible, prendre des engagements ou fournir des informations sur les activités publiques pour des périodes situées au-delà de sa propre période d’activité.

Traditionnellement la conception de la planification étatique ne se limite pas aux activités étatiques, mais elle prend pour objectif le fonctionnement de l’économie nationale, comme cela a été le cas en France dans le passé.

Les origines du plan français

Les origines du plan français, créé en 1946 juste après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, ont été marquées à la fois par les courants idéologiques dominants de l’époque, à savoir le préjugé en faveur de la planification centralisée, mais aussi le corporatisme, c’est-à-dire la confrontation des souhaits (ou des plans…) des syndicats de salariés et d’entrepreneurs.

Ces deux courants nient la possibilité d’obtenir un ordre social à partir de la libre détermination des intérêts individuels. L’ordre social proviendrait soit de la définition centralisée d’un intérêt collectif, soit de l’harmonisation des intérêts organisés. En forçant un peu le trait on peut donc dire que les origines du plan français se trouvaient dans la recherche d’une troisième voie entre le centralisme communisme et le corporatisme du régime de Vichy.

Les sociétés démocratiques tendent à secréter le corporatisme, dans la mesure où l’organisation des intérêts catégoriels permet de peser sur le processus de décision politique. Mais en l’occurrence il s’agissait en France d’un corporatisme institutionnel et presque dogmatique.

Le plan français reposait au départ sur l’idée que l’on peut définir a priori des catégories dont les intérêts collectifs sont clairement définissables, que l’on peut faire entrer tous les citoyens dans ces catégories et que les intérêts catégoriels peuvent être exprimés par leurs représentants. C’est évidemment cette vision qui a constamment inspiré la politique économique française et le Plan n’en a été qu’une expression parmi d’autres.

Quel est le rôle du plan ?

Pour évaluer le rôle du plan il convient de souligner que les sources de la croissance sont individuelles et institutionnelles. La croissance est en effet le résultat, constaté ex post, d’innombrables décisions individuelles. La croissance est d’autant plus forte que les individus sont plus incités à innover, ce qui implique une définition précise des droits de propriété, mais aussi des impôts et des réglementations aussi faibles que possible.

On innove en effet d’autant moins que le coût de l’innovation est accru par les réglementations et que le rendement est plus largement confisqué par l’impôt.

La concurrence – qui signifie la liberté d’entrer sur un marché – est à la fois un processus de découverte et un processus de coordination, comme l’a si bien souligné Friedrich Hayek. Et elle joue d’autant mieux ce rôle qu’elle prend place entre des personnes responsables, c’est-à-dire des personnes qui ont un intérêt personnel à faire les découvertes en question, à mettre en place leurs objectifs de planification…

Pour sa part le Plan public relève du souci constructiviste d’introduire une vision centrale et donc cohérente en organisant l’harmonie des intérêts, car elle ne serait pas spontanée. C’est une vision technologique, comme si les techniques de production existaient et qu’il suffisait de les mettre en œuvre de manière optimale.

Or les techniques – y compris les techniques institutionnelles et l’organisation humaine de la production – n’existent pas, elles doivent être découvertes.

L’État n’est pas propriétaire des citoyens

Il est erroné de penser que l’État ou l’un de ses organes – le plan – puisse planifier pour l’ensemble du pays car l’État n’est pas propriétaire des citoyens. Certes les titulaires du pouvoir pourraient planifier l’action étatique.

Mais un paradoxe apparaît car l’État essaie de planifier ce qui ne peut pas l’être – les processus productifs décentralisés – et il ne planifie pas ce qui pourrait l’être, c’est-à-dire ses propres actions.

On doit donc considérer a priori comme contestable la conception habituelle de la planification publique, en particulier en France. En effet elle a pour objectif de planifier non pas les activités précises de l’État, mais l’ensemble des activités économiques des membres de la nation.

Ceci se conçoit évidemment dans un pays où toutes les activités économiques appartiennent à l’État, comme cela était le cas de l’URSS, mais on sait bien que dans ce cas les activités économiques ne se développent pas de manière satisfaisante. Il est d’ailleurs caractéristique que les dirigeants de la planification soviétique aient été amenés à s’inspirer des progrès techniques des pays libres pour mettre en œuvre des innovations que l’absence de concurrence ne permettait pas de faire apparaitre spontanément.

Les conceptions modernes ont pour conséquence que l’État est la source majeure de l’instabilité à notre époque. On en voit des manifestations très claires dans le fait qu’au XXe siècle et au XXIe siècle – contrairement à ce qui se passait dans des périodes où l’État était moins présent – les crises économiques ont été profondes et de longue durée.

Les Hommes ont réussi à s’affranchir des risques de la nature, mais des risques encore plus grands et non assurables sont apparus : personne ne peut s’assurer contre le risque que ses impôts augmentent, réduisant à néant toute la planification individuelle de ses activités. L’idée traditionnelle selon laquelle le plan est un réducteur d’incertitudes parait alors singulièrement erronée.

Autrement dit, il est contradictoire de désirer avoir un plan national et d’admettre en même temps le caractère parfaitement discrétionnaire de l’action étatique. Ce n’est pas tellement le Plan qu’il convient de réformer que l’État lui-même. Car les citoyens auraient besoin d’une stabilité institutionnelle, ils auraient besoin que l’État prenne des engagements à leur égard, qu’il soit soumis à la discipline du contrat, qu’il soit remis dans le Droit civil.

La planification en France est-elle souhaitable ?

Si la planification publique est logique (mais discutable) dans un pays totalitaire, elle est évidemment questionnable dans un pays comme la France où l’activité économique est censée correspondre essentiellement aux décisions individuelles. En fait, dans la mesure où l’État français peut certes imposer ou interdire certaines activités aux citoyens, mais où – heureusement – il ne peut pas se substituer totalement à eux, il est illusoire de parler d’une planification de l’économie française et de créer un « commissariat général du plan » (ce qui constituait le terme officiel autrefois).

Il conviendrait plutôt de parler d’un « commissariat général des politiques économiques ».

Tel est en effet le véritable but poursuivi : non pas planifier l’économie française – puisque ceci est impossible aussi longtemps qu’un peu de liberté économique subsiste – mais coordonner les politiques économiques et éventuellement en créer de nouvelles au moyen d’une institution publique spécialisée dans ce domaine.

Dans le passé, le commissariat général du plan était en particulier une institution représentative des syndicats de salariés et d’entrepreneurs, ce qui était contestable. En effet, ce qui est souhaitable, d’un point de vue éthique et pragmatique, c’est de respecter la liberté de décision des individus et non pas d’imposer des « décisions collectives ».

On peut enfin souligner que le Plan public peut jouer un rôle contestable sur le marché des idées. En effet, la concurrence est souhaitable dans le domaine des idées. Certes le Plan ne revendique pas une position de monopole dans ce domaine, mais il n’en reste pas moins qu’il crée un déséquilibre sur le libre marché des idées.

Il bénéficie en effet du privilège de son caractère officiel : comme il est censé être l’expression commune d’un intérêt général né de la confrontation des intérêts catégoriels, les positions qu’il exprime obtiennent d’emblée une crédibilité. Dans l’atmosphère infiniment politisée de la France, les médias peuvent être incités à adopter les idées exprimées dans un rapport du plan en ignorant le fait qu’il s’agit simplement du rapport rédigé par une ou plusieurs personnes qui, aussi compétentes soient-elles, devraient être soumises au processus normal du débat d’idées. Le plan renforce donc l’idée selon laquelle il existerait des vérités officielles.

Qu’en est-il de l’avenir de la planification en France ?

On ne sait pas encore quelle sera l’organisation précise de la planification française qui pourrait être créée prochainement. Mais il est certain qu’elle aura essentiellement pour objectif de définir les politiques économiques de l’État français.

De ce point de vue, la décision actuelle de retour à la planification est extrêmement critiquable tout simplement parce qu’on devrait considérer comme évident que les activités étatiques devraient être uniquement les activités régaliennes et que toute politique économique est contestable.

Nous en avons donné un exemple concernant la (prétendue) politique de relance dans un article précédent de Contrepoints dans lequel nous avons conclu ceci :

« Le scepticisme que l’on peut avoir à l’égard des capacités de la politique économique et de la politique monétaire à résoudre les problèmes conjoncturels ne concerne pas seulement la situation actuelle, mais il doit être considéré comme plus général. »

Il ne faut donc rien attendre de positif du retour de la France à ce qu’on appelle la planification et il conviendrait au contraire d’alléger les contraintes fiscales et règlementaires de l’État français.

Article publié en juillet 2020.

Forfaits limités, écologie en carton, misère réelle

Par h16

Par h16.

Lorsqu’un élu a une idée, si elle n’aboutit pas immédiatement à une loi, elle n’en est pour autant jamais complètement abandonnée. Même et surtout si cette idée est complètement idiote. Et c’est davantage vrai lorsqu’elle aboutit à ajouter une interdiction, une obligation ou une taxe sur le lourd corpus de lois et règlements français. Il en va donc ainsi pour la fin des forfaits internet illimités : idée idiote de sénateurs, elle rebondit à présent au Conseil national du numérique

Il faut parfois des années avant qu’un projet ridicule, une taxe débile ou une loi consternante passent de la formulation initiale, bavée par l’un de ces élus en mal de notoriété, à un texte en bonne et due forme pondu par l’Assemblée et votée comme un seul homme.

Parfois, cela va plus vite et c’est cette impression de précipitation qui ressort nettement de la dernière production républicaine de l’un des Comités Théodule dont les institutions sont friandes : il n’a en effet fallu que trois semaines entre les braiements sénatoriaux, fin juin, prétendant lutter contre le réchauffement climatique en interdisant à terme les forfaits illimités, et la proposition exactement équivalente du Conseil Numérique : afin de diminuer l’impact des technologies numériques sur l’environnement tout bousculé par les activités humaines et sa méchanceté sans borne, il s’agira donc de demander aux opérateurs de faire disparaître progressivement les forfaits à consommation illimité pour les remplacer par des forfaits plafonnés, et de brider les capacités de bande-passante lorsque le plafond est dépassé.

Oui, vous avez bien lu : il s’agit ici de faire exactement le contraire de ce qui existe actuellement sur le marché en allant à contre-courant de la tendance globale et ce d’autant plus que les forfaits illimités fonctionnent très bien en France, tout ça pour lutter contre une production de dioxyde de carbone véritablement microscopique et dont l’impact en termes climatique est nul. C’est véritablement génial !

Et c’est d’autant plus génial que si une telle proposition devait un jour se transformer en loi bien contraignante, il ne faudrait pas attendre longtemps pour voir apparaître des forfaits limités, certes, mais avec un plafond ridiculement haut pour renvoyer l’ensemble du dispositif à la cave humide des idées stupides qu’il n’aurait jamais dû quitter.

Car oui, tout comme je le mentionnais déjà lorsque les sénateurs proféraient cette ânerie, c’est bien d’une idée stupide qu’il s’agit ici puisqu’encore une fois, alors que tout le reste de l’Humanité tente de communiquer toujours plus d’informations, toujours plus vite (et apparemment, avec raison vu les gains de productivité et les créations de richesses que ça permet), la France choisit courageusement de faire l’inverse et obtiendra donc une magnifique destruction de richesse. Alors qu’on devrait tout faire, à la suite de la crise sanitaire, pour favoriser un rebond économique, on choisit ici sciemment de pénaliser les citoyens dont certains avaient encore – les fous – la possibilité de télé-travailler.

En réalité, cette proposition (et beaucoup des 50 autres du Conseil numétruc-bidule) s’inscrit tout à fait dans la tendance actuelle de production de lois, règlements, décrets et autres recommandations liés à l’écologie punitive qui se développe en France et prolonge parfaitement les dernières déclarations des nouveaux écologistes élus (ou non) fort médiatiquement relayées, depuis la 5G (et les évidents fléaux qu’elle déclenchera), la guerre ouverte contre les automobilistes (ces représentants du Satan-capitalo-industriel sur Terre, évidemment), jusqu’aux décisions consternantes et contre-productives contre le nucléaire (incarnation de l’abondance énergétique coupable) en passant bien sûr par les déviations de la patrouille de France loin de Lyon par un souci écologique mal avoué.

Et au-delà de la tendance, on retrouve dans la méthode derrière les propositions du Conseil les mêmes ressorts dirigistes et bureaucratiques dans lesquels s’englue le pays depuis des décennies, cette même bureaucratie obèse, cette même centralisation tous azimuts et ce même dirigisme méticuleux qui ont si formidablement bien marché lors du confinement. Un gage de réussite, on en conviendra aisément.

Cette nouvelle salve d’idioties d’une énième pustule républicaine montre encore une fois ce que l’écologie représente pour les élus et les personnes d’influence sous les ors républicains : la voie rêvée qu’ont trouvé certains pour emmerder le peuple, pour lui imposer leur vision étriquée de l’avenir en proposant puis en imposant une politique de développement visant une décroissance que les Vénézuéliens, les Nord-Coréens ou les Cubains expérimentent tous les jours avec un bonheur mitigé.

Pire encore, cette écologie politique punitive est devenue véritablement réactionnaire et refuse le progrès et ses améliorations qui viennent, avec ces changements, bouleverser un monde qu’elle veut de plus en plus figer dans le formol et une vision complètement fantasmagorique de la Nature. Pour cela, elle mise sur la réglementation et l’interdiction au nom de l’impératif écologique, ne croyant pas une seconde aux capacités de la technologie – qui a pourtant un historique hallucinant de progrès et d’amélioration de son empreinte écologique au cours des 150 dernières années – pour proposer des solutions véritablement moins coûteuses à tous les points de vue, économique comme écologique.

Mais le pompon de ces histoires consternantes de médiocrité, c’est que cette écologie punitive n’est en réalité absolument pas un désir de la plus grande majorité des Français qui, pour l’essentiel, n’aspirent pas du toute à cette autoflagellation permanente : comme l’analyse de façon fort intéressante une récente étude du Fondapol, il n’y a pas plus de vague verte que de beurre en broche actuellement en France, et le discours écologique permanent n’est que cela, un brassage médiatique artificiel, monté en épingle par une presse acquise à ces thèmes qui n’a, en réalité, pas de prise réelle (et ce d’autant plus que, justement, les propositions écologistes sont très généralement déconnectées des aspirations réelles de la population et de la majorité bien trop silencieuse).

Il est temps que les Français arrêtent les délires des oppresseurs verdolâtres : la décroissance miséreuse dans laquelle ils veulent plonger le pays est en passe de réussir.


—-
Sur le web

Emmanuel Macron interpellé par des manifestants, un 14 juillet tendu

Par Frédéric Mas
Emmanuel Macron

Par Frédéric Mas.

Une cérémonie du 14 juillet interdite au public d’un côté, des heurts, des manifestations qui dégénèrent et des provocations dans les rues de Paris de l’autre.

Parfait
Excellent
Magnifique
Le monde entier va pouvoir , voir ce qui ce passe en Macronistant !!
Bravo a celles et ceux qui l’on fait #GiletsJaunes #14juillet #macron #brigitte pic.twitter.com/bsxmq17IYm

— simmah gile (@SimmahG) July 15, 2020

Emmanuel Macron interrogé par des journalistes triés sur le volet pour calmement défendre son bilan et expliquer les orientations de son nouveau gouvernement, Emmanuel Macron bousculé et conspué par des Gilets jaunes lors de sa sortie dans le jardin des Tuileries.

EN DIRECT | #14juillet : je réponds aux questions de Léa Salamé et de Gilles Bouleau. https://t.co/ubMNJLKCC2

— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) July 14, 2020

« Tu es notre employé, dégage », « Macron démission »: ce qu’il s’est passé hier au jardin des Tuileries #GiletsJaunes #Macron pic.twitter.com/DfiWktw3M5

— Astride Marchal (@AstrideMarchal) July 15, 2020

Manuel du dictateur:
pourquoi les mauvais comportements sont presque toujours une bonne politique!#GiletsJaunes #Macron #14juillet pic.twitter.com/R4v9DNx9X9

— Astride Marchal (@AstrideMarchal) July 15, 2020

Le contraste entre les deux mondes qui se sont côtoyés hier à Paris en dit plus long sur l’état du pays que la déclaration présidentielle qui, pour l’essentiel, ne fait que redire ce qui a déjà été dit ailleurs, à quelques variantes près.

Sur les masques obligatoires dans les lieux publics clos, la rentrée scolaire, ou le plan de relance, Emmanuel Macron ne fait que confirmer ce qui s’est déjà dit. Le plan de relance à 100 milliards, qui au passage s’accommode d’un report de la suppression de la taxe d’habitation pour tous, garantit que rien ne change vraiment.

Le saupoudrage d’argent public ne fera que pérenniser les équilibres existants au détriment de la réforme qui doit libérer le pays. Mais tout cela, nous le savions déjà avec la nomination de Jean Castex, qui signalait le retour au conservatisme institutionnel et à l’interventionnisme bureaucratique classique dans notre pays.

Un pays sous tension

Les manifestations d’hostilité à l’endroit du président de la République, qu’elles proviennent du personnel soignant, des Gilets jaunes, ou des casseurs, offrent un instantané sur l’état de tension du pays.

Loin de la mise en scène politique de l’unanimité autour de la fête nationale, exceptionnellement organisée pour célébrer le personnel soignant, la rue est le théâtre de la colère des opposants qui s’en prennent plus ou moins pacifiquement aux symboles du pouvoir.

La police en fait les frais, et le président se fait huer. À l’heure où Emmanuel Macron est tenté de « verdir » son mandat pour séduire les métropoles et les médias, le reste du pays semble au bord de la crise de nerfs.

Soyez humbles et écoutez les demandes du peuple français !#14juillet #14Juillet2020 #Macron #manifestation #LREM #macronie #France #ForcesDeLOrdre #police #ViolencesPolicières #justice #GiletsJaunes #Castexpic.twitter.com/NzlfsENd15

— Léa Faure (@LeaFaure20) July 15, 2020

Le gouvernement n’a pas retenu les leçons de la crise sanitaire, et ne voit pas que sa trop grande dispersion est en train d’éroder dangereusement sa légitimité et d’alimenter les tensions.

La « guerre contre le coronavirus » d’Emmanuel Macron s’est traduite par une extension des pouvoirs de l’État sur l’économie et une emprise accrue de l’administration sur la propriété et la liberté de commercer, jusqu’à aggraver la pénurie. En dépensant sans compter l’argent des citoyens pour financer sans compter les activités les plus diverses, l’État néglige depuis des décennies ce qui devrait être le socle de son activité, à savoir la sécurité et la justice.

L’ordre par la justice oublié

Aujourd’hui, la violence ordinaire est quotidienne, les pratiques émeutières devenues banales, et la justice passe régulièrement pour trop laxiste ou complaisante, quand elle n’est pas directement cornaquée par l’exécutif lui-même. La nomination d’Éric Dupond-Moretti, après avoir suscité l’intérêt des médias, n’a fait que renforcer les tensions entre exécutif et magistrats.

Depuis trop longtemps le gouvernement donne l’impression de se coucher et de céder devant toute manifestation violente, le tout pour acheter une paix civile précaire qui dure en général jusqu’aux violences et aux émeutes suivantes.

En refusant de restaurer l’ordre par la justice, l’État envoie de très mauvais signaux : on obtient tout par la violence, le rapport de force permanent, et celui qui se fait le plus vocal a droit à de l’argent gratuit, de la considération et éventuellement sa couverture médiatique. Le populisme se nourrit silencieusement de ces négligences coupables.

Défendre la liberté individuelle et la propriété

L’économie administrée n’a pas marché lors de la crise sanitaire, c’est pourquoi elle ne marchera pas davantage pour contenir la récession économique qui vient. Les changements cosmétiques du gouvernement Castex ne doivent pas faire oublier que Bruno Le Maire reste aux commandes de l’économie, et que les solutions qui furent des échecs hier ne deviendront pas meilleures demain.

Dans les deux cas, le régalien comme l’économie, c’est le périmètre de la liberté individuelle et du droit de propriété qu’on sacrifie au nom de l’immobilisme et la stabilité de l’exécutif.

Dans les deux cas, c’est à un retour aux missions fondamentales de l’État et son désengagement qui permettront de sortir de la crise.

Libéralisme : les 6 derniers essais à lire pour les vacances

Par Contrepoints
lectures

Par la rédaction de Contrepoints.

Avec l’été viennent pour beaucoup les vacances, et l’occasion de lire les livres qui s’accumulent sur votre table de chevet.

Nous vous proposons des lectures de plage certes, mais des lectures qui font réfléchir et qui sont utiles à une époque où dominent le pessimisme et le socialisme. Elles défendent la liberté, respirent l’optimisme et dessinent une véritable alternative libérale pour le monde de demain. Ménagez vos méninges et respirez un peu d’air frais !

— Pascal Salin, Le vrai libéralisme : Droite et gauche unies dans l’erreur, Odile Jacob, 2019.

Un recueil des meilleurs articles du grand intellectuel libéral, et un rappel utile sur l’esprit du libéralisme menacé par les conservatismes et les collectivismes qui fourmillent dans le débat d’idées. Clair et pédagogue, il offre aussi à celui qui veut se familiariser avec les idées libérales une introduction et un aperçu de sa place dans le combat intellectuel de ces 30 dernières années.

— Alain Laurent, Responsabilité : Réactiver la responsabilité individuelle, Les Belles Lettres, 2020.

Le philosophe libéral Alain Laurent a repris la plume pour parler de l’envers de la liberté, la responsabilité. Notion qui à l’instar du libre arbitre est attaquée par les penseurs contemporains et contestée par les idéologies scientistes à la mode, la responsabilité est toujours d’actualité, et toujours nécessaire pour penser l’individu libre et rationnel.

— Ayn Rand, Une philosophie pour vivre sur la Terre, Les Belles Lettres, 2020.

Une belle édition d’essais signés par la célèbre romancière objectiviste à mettre entre toutes les mains. Quand l’éthique des vertus rencontre l’égoïsme rationnel, on découvre une défense de l’esprit du capitalisme libéral à la fois fascinante et libératrice.

— Carl Menger, Principes d’économie politique, Seuil, 2020.

Emmener la nouvelle édition en français de l’ouvrage classique de Carl Menger sur la plage sera sans doute aussi difficile que lire ce classique de l’économie politique. L’appareil critique de Gilles Campagnolo permet d’en comprendre les subtilités et le caractère révolutionnaire dans l’histoire de la pensée économique. Sa lecture pourrait durer plusieurs étés consécutifs !

— Thierry Aimar, Hayek : Du cerveau à l’économie, Michalon, 2019.

Une introduction à la pensée du grand économiste de l’école autrichienne à mettre entre toutes les mains. En partant de l’ordre sensoriel Thierry Aimar rappelle que Hayek n’était pas seulement économiste, mais a proposé une réflexion globale partant de l’épistémologie, ce qui a fait dire à certains qu’il était aussi précurseur des sciences cognitives.

— Pierre Robert, Fâché comme un Français avec l’économie, Larousse, 2019.

Pierre Robert remet les idées à l’endroit, démontre brillamment ce que l’ignorance française de l’économie nous coûte humainement et matériellement. D’accès facile et dans un style alerte, Pierre Robert démolit tous nos clichés sur l’économie et plaide pour une réconciliation avec la discipline. À mettre entre toutes les mains.

Bonne lecture !

Stefan Molyneux banni : coup dur pour la liberté d’expression

Par Brice Rothschild
Stefan Molyneux

Par Brice Rothschild.

Après Youtube, Twitter vient de désactiver le compte de Stefan Molyneux. Le public francophone ne le connaît probablement pas, mais je vais tenter ici d’expliquer pourquoi cette affaire doit tous nous concerner.

Qui est Stefan Molyneux ?

Stefan Molyneux est un philosophe canadien. Je n’ai pas parcouru l’ensemble de sa gigantesque production, mais à mon humble avis c’est un libéral de tendance anarcho-capitaliste qui avance des thèses controversées sur le quotient intellectuel, les ethnies et l’immigration.

Notez que ces sujets ne représentent même pas la majorité de son œuvre, mais c’est là-dessus que de multiples accusations se sont portées contre lui : « suprémaciste blanc », « néo-nazi », « militant d’extrême droite ».

Ces accusations sont absurdes pour quiconque a vu ses vidéos. Ses travaux sont sourcés et il a des entretiens et des débats avec des personnalités très diverses : scientifiques, philosophes, économistes, policiers, etc. Si on peut douter de ses interprétations et de ses conclusions, on ne peut qu’être impressionné par l’ampleur et la profondeur de ses recherches.

Je dois avouer que je ne ne m’étais pas élevé contre l’éjection du conspirationniste américain Alex Jones des mêmes médias. C’était une erreur, car c’est une question de principe : il n’y a de débat possible que si toutes les opinions ont la parole, même les plus farfelues.

Qui seront les prochains ?

Si la disparition de Molyneux de Twitter et Youtube vous laisse indifférent, ayez conscience que vos Twittos et Youtubeurs préférés peuvent être les prochains sur la liste, si leurs thèses sont un tant soit peu controversées, aujourd’hui ou demain.

Au sens strict, la liberté d’expression n’est pas ici en jeu car Stefan Molyneux est libre de s’exprimer sur d’autres médias. Youtube exerce simplement son droit éditorial sur les contenus qui sont hébergés sur sa plateforme.

Seulement, comment ne pas voir un lien entre la désactivation de ces comptes avec le politiquement correct du moment. Cela devrait nous inquiéter…

Heureusement, des solutions existent : je pense à des plateformes alternatives telles que BitChute, LBRY, Parler ou encore Mastodon. Internet a permis à Twitter et Youtube d’exister, ouvrant la voie à de nouveaux modes d’expression. Abusant de leur position dominante, ces plateformes se font maintenant concurrencer par de nouvelles, plus respectueuses du débat public.

Espérons que ces nouvelles venues gagnent en visibilité.

« Il existe des technologies incroyables que nous pouvons utiliser pour approfondir la discussion rationnelle et philosophique des problèmes de ce monde : je vous en supplie, restez dans le débat »

Quelles que soient nos opinions, tâchons de répondre à cet appel.

Classement des riches : 90 des 100 plus riches ont changé de place en un an

Par Nicolas Lecaussin
des riches

Par Nicolas Lecaussin.
Un article de l‘Iref-Europe

La revue Challenges publie son nouveau classement des plus grandes fortunes de France qui cumulent un patrimoine estimé à 750 milliards d’euros.

On apprend, entre autres, que leurs actifs professionnels ont progressé de 3 % en un an (par rapport à 7 % l’année d’avant), que, malgré la suppression de l’ISF, elles sont toujours beaucoup taxées (fiscalité sur le patrimoine), qu’elles donnent (beaucoup) moins que dans les pays anglo-américains (environ 300 milliards d’euros par an contre 2,6 milliards d’euros en France !) et que ce classement bouge moins que celui des autres pays, en particulier celui de l’Amérique.

Toujours en tête, Bernard Arnault, les familles Hermès, Wertheimer (Chanel), Bettencourt (L’Oréal) et Pinault. Toutefois, même parmi les 100 premiers, on constate une importante mobilité.

En un an seulement, environ 90 fortunes sur 100 ont changé de place dans ce classement. Neuf nouveaux sont entrés dans la liste des 100 premiers et parmi eux, quatre ne faisaient même pas partie des 500 plus grandes fortunes de France : Evan Spiegel (20e !), cofondateur de Snapchat, Olivier Pomel et Alexis Lê-Quôc (25e), cofondateurs de Datadog, Stéphane Bancel (66e), patron fondateur de Moderna Santé et Bernard Magrez (89e), à la tête de 42 vignobles.

Le classement des plus riches ne cesse donc de bouger même en France et l’on peut supposer que, si on les taxait moins, ils seraient plus généreux. Arnault et Pinault ont quand même donné 300 millions d’euros pour la restauration de Notre Dame de Paris…

Dommage de trouver dans ce numéro toujours instructif, une interview de Thomas Piketty dans laquelle il réclame une fois de plus une taxation progressive des riches jusqu’à 90 %. Il n’y aurait pas de meilleure façon de tuer l’entrepreneuriat et la mobilité des riches. C’est aussi la preuve que Piketty ne consulte jamais ce classement.

Sur le web

Cash Investigation voit des écarts salariaux où il n’y en a pas

Par Quentin Briendo
Par Quentin Briendo.

Élise Lucet et son programme Cash Investigation incarnent parfaitement le journalisme d’investigation moderne : élégant, dynamique et pétri d’idéologie.

Balance ton salaire

L’émission intitulée « Inégalités homme-femme : balance ton salaire », sortie en mai 2020 sur France2, se veut être une analyse du monde de l’entreprise ayant pour but de comprendre l’inégalité salariale entre les hommes et les femmes.

En réalité, il s’agit bien plus d’une enquête à charge dans laquelle tous les inspecteurs sont en proie au biais de confirmation, accordant davantage d’attention aux arguments confirmant leur hypothèse de départ qu’à ceux les infirmant.

Le titre lui-même, « Balance ton salaire », en référence au mouvement « Balance ton porc » dont l’initiatrice a été condamnée pour avoir diffamé l’homme qu’elle accusait de harcèlement sexuel, permet de prendre conscience que le militantisme primera sur l’analyse objective.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’impartialité d’Élise Lucet est contestée puisqu’en 2016, l’association française pour l’information scientifique publia un communiqué disant que le reportage « Produits chimiques, nos enfants en danger » induisait le téléspectateur en erreur.

Le monde n’est pas manichéen. Il n’est ni blanc ni noir, il se décompose en nuance de gris. Dès lors qu’une enquête vise un sujet de société et non plus un individu elle devient de facto complexe puisque le nombre de protagonistes est démultiplié. Il devient alors nécessaire d’apporter de la tempérance et du relativisme dans les propos. Par exemple, la révolution industrielle a permis à l’Homme d’atteindre un niveau de vie jamais égalé auparavant mais a augmenté dans le même temps son impact sur le système écologique planétaire.

Une liste non exhaustive des titres des épisodes de Cash Investigation permet d’avoir une idée de la part belle faite au sensationnalisme au détriment de la tempérance :

    • Les secrets inavouables de nos téléphones portables.
    • L’eau, scandale dans nos tuyaux.
    • Pesticides : notre santé en danger.
    • Industrie du tabac : la grande manipulation.
    • Luxe : les dessous chocs.
    • Implants : tous cobayes ?
    • Sucre : comment l’industrie vous rend accros.

Des chiffres en pagaille

Cash investigation s’attaque au secteur bancaire qui serait le plus discriminant en termes de salaire à l’égard des femmes. Un homme y gagnerait en effet 36 % de plus qu’une femme. La Caisse d’épargne est prise comme cible privilégiée.

Voici une image du bilan social 2018 de la Caisse d’épargne île-de-France, légèrement retouché par France2 afin que la colonne dans laquelle se trouvent les salaires des femmes, en rouge, soit juxtaposée à celle des hommes, en vert. France2 a également ajouté l’écart moyen entre homme et femme pour chaque tranche salariale puis a calculé l’écart de salaire moyen.

Après avoir communiqué ce chiffre à la direction de la Caisse d’épargne, celle-ci a répondu que la méthode utilisée pour trouver 18 % d’écart salarial était faussée puisque ce nombre n’était pas pondéré par les effectifs. La direction de la Caisse d’épargne transmet à l’équipe de France2 le tableau explicatif ci-dessous :

La direction affirme donc que l’écart salarial entre homme et femme est de l’ordre de 1 %.

Mais alors alors laquelle des méthodes, celle de France2 ou de la Caisse d’épargne, est la plus viable ?

Petite analogie pour expliciter la situation

Admettons qu’il existe un village composé de 50 hommes et de 50 femmes.

49 femmes sur les 50 perçoivent 1250 euros par mois. Une seule d’entre elle, Marie, touche 7000 euros par moi.

49 hommes sur les 50 perçoivent 1200 euros par mois. Un seul d’entre eux, Bob, touche 10 000 euros par mois.

Il est possible de diviser ce village en deux tranches de revenus :

  • La tranche A dans laquelle les gens perçoivent un revenu supérieur à 5000 euros par mois. Il n’y a donc que Bob et Marie dans cette tranche.
  • La tranche B dans laquelle les gens perçoivent un revenu inférieur à 5000 euros par mois et dans laquelle on retrouve les 98 habitants restants du village.

Dans la tranche A, Marie gagne 30 % de moins que Bob. Dans la tranche B les femmes gagnent environ 4 % de plus que les hommes.

Nous allons appliquer les deux méthodes, avec et sans pondération numérique, afin de distinguer laquelle permet le mieux de comprendre la situation économique du village.

Sans pondération par les effectifs, on prend la moyenne des écarts des deux tranches :

(30 – 4) / 2 = 13 % en faveur des hommes.

On en conclut que les hommes gagnent 13 % de plus que les femmes.

Avec pondération par les effectifs, le calcul devient : (30 x 2 – 4 x 98) / 100 = -3,3 % pour les hommes.

Ce résultat est bien plus proche de la réalité économique du village puisque 98 % des femmes y gagnent 4 % de plus que les hommes. Bob est le seul homme à gagner plus que Marie ce qui explique que malgré l’écart de 30 % de leur salaire, au regard de la totalité du village,  cela n’affecte que peu le résultat final

Biais de confirmation ou incompétence

Dans le cas de la Caisse d’épargne, le plus gros écart se trouve dans la catégorie des plus hauts salaires. Cela ne concerne cependant que 15 salariés sur les 3364 que compte l’entreprise. Les femmes les plus discriminées à la Caisse d’épargne sont donc au nombre de 4 et ne perçoivent que 148 750 euros par an en moyenne. Les pauvres…

Cependant Cash investigation ne remet pas son chiffre en cause. Leurs experts ont dit que la pondération numérique diminuait les écarts. Qu’importe donc si cette méthode est plus fiable. Si elle ne permet pas d’arriver à la conclusion préétablie comme quoi les écarts sont immenses c’est qu’elle est fausse.

Je me permets de rappeler ici en vidéo le niveau du service économique de France2. Ironie du sort, l’interlocutrice n’est autre que Élise Lucet.

 

Et non malheureusement. Je n’ai pas fait polytechnique non plus mais je sais qu’une augmentation annuelle de 6 % pendant 5 ans font 33 % et non 30 % car il faut prendre en compte l’augmentation de l’année précédente.

L’égalité partout

Ce cas permet de bien comprendre le dogme égalitaire qui sévit jusqu’à l’aveuglement sur le service public et plus largement dans notre société.

Il est la démonstration que :

  • malgré un écart salarial de 1 % entre les hommes et les femmes,
  • malgré une transparence totale vis-à-vis de ces chiffres,
  • malgré un historique en sa faveur, la Caisse d’épargne étant la première banque à avoir permis aux femmes de disposer d’un livret sans l’autorisation de leur mari

Non, malgré tout cela elle sera considérée comme sexiste, machiste, phallocrate car France2 l’a décrété.

Les inégalités salariales existent, il n’y a pas besoin d’en voir là où il n’y en a pas.

« La vérité perd sa dignité dans l’excès de ses protestations » Ray Bradbury, Fahrenheit 451

Nos sociétés doivent retrouver le goût de la prise de risque

Par Institut Économique de Montréal
risque

Par Gaël Campan et Alexandre Massaux1.

La crise du Covid-19 et la stratégie du confinement adoptée pour lutter contre le virus en dit beaucoup sur nos sociétés. Afin d’empêcher la progression d’une pandémie, la population a été forcée à l’immobilisme et assignée à résidence pour limiter le risque de contagion. Ce dernier point est devenu un enjeu majeur.

L’aversion au risque, la recherche d’une société idéale où le danger n’existerait plus et où la sécurité serait totale sont les nouvelles tendances dominantes. La mort semble être devenue un phénomène de plus en plus inacceptable comme le démontre le décompte anxiogène des victimes du Covid. Pour autant, cette recherche d’une trop grande sécurité n’est pas souhaitable et est même contreproductive.

Le confinement comme apogée d’un monde sécuritaire

Le confinement avait été défendu au début comme une stratégie visant à éviter une surcharge du milieu hospitalier et un effondrement de celui-ci. Mais peu à peu cette rhétorique a été remplacée par une autre plus sécuritaire.

Les mesures de confinements sont devenues un réflexe dès que le nombre de cas remonte et ce même si la capacité hospitalière n’est pas débordée. Comme le montre les exemples de Lisbonne ou de Melbourne, le confinement, bien que plus localisé, est toujours une stratégie jugée acceptable par les dirigeants.

À cet aspect sécuritaire s’est ajouté un discours de rejet vis-à-vis du monde d’avant la crise qui démontre une instrumentalisation de celle-ci à des fins purement politiques.

On se souvient par exemple, de la tribune signée par un certain nombre d’artistes qui ne voulaient pas un retour à la normale. En cela, le confinement s’inscrit dans une approche constructiviste voulue par certains pour assurer un monde meilleur et plus sûr.

La recherche impossible et contreproductive du risque zéro

La sécurité absolue n’existe pas car le risque zéro est un impossible à atteindre en pratique. Au Canada, plusieurs anciens et actuels dirigeants, du secteur de la santé publique, de différents systèmes de santé et du domaine universitaire ont conscience de cette réalité et ont soumis aux gouvernants des provinces et de l’État fédéral une lettre ouverte.

Cette dernière appelle à « cesser de penser à tenter d’éradiquer cette maladie, ce qui est irréaliste et mènera à la dévastation continue de notre société, et nous fixer un nouvel objectif. »

Ces responsables mettent aussi l’accent sur le fait qu’une approche trop sécuritaire en matière de lutte contre la Covid-19 a « des conséquences disproportionnées sur les groupes à plus faible revenu, les personnes de race noire et autres groupes racialisés, les immigrants récemment arrivés au Canada, les populations autochtones et d’autres populations. »

De plus, précisent-ils « ces mesures risquent en outre de causer d’importants préjudices à nos enfants ». Ainsi la volonté de vouloir éviter tout risque sanitaire lié au Covid-19 a conduit à développer d’autres risques sociétaux et sanitaires qui seront à moyen et long terme plus problématiques.

Si la tribune de ces responsables vise avant tout le Canada, le raisonnement est applicable au reste du monde qui a réagi à quelques variations près de la même manière.

Le monde progresse avec la prise de risque

Refuser la prise de risque revient à condamner nos sociétés au mieux à l’immobilisme au pire à leur affaiblissement. À la fin du Moyen-Age, le continent européen était ravagé par les épidémies et les guerres. Mais les grandes expéditions d’explorateurs décidant d’aller vers l’inconnu ont permis à l’Europe de connaitre un âge d’or et un développement majeur.

L’innovation est souvent le produit d’une prise de risque qui peut se terminer par un échec cuisant mais aussi comme une grande avancée.

Plutôt que de vouloir supprimer la notion de risque au nom de la sécurité, il conviendrait plutôt d’encourager la témérité d’entreprise et l’action, une prise de risque mesurée. Le hasard et la chance sont des phénomènes naturels irréductibles. Il est utopique de vouloir les supprimer. Il conviendrait plutôt de tirer avantage de l’inconnu et des incertitudes qui nous entourent pour les transformer en opportunité de progrès.

  1. Gaël Campan et Alexandre Massaux sont  respectivement économiste senior et chercheur à l’Institut économique de Montréal

Covid-19 : l’État discute des masques, une startup développe un vaccin

Par Olivier Maurice

Par Olivier Maurice.

Alors que le gouvernement français décide enfin de reconnaître une à une ses erreurs sur la gestion de la crise sanitaire, comme en témoigne le virage à 180° sur les masques, et que se met en place laborieusement la bonne stratégie (dépister, protéger, guérir) avec 4 mois de retard, tout en refusant toujours obstinément de laisser le marché décider des solutions thérapeutiques, il semble bien qu’un fois de plus, celui-ci soit une nouvelle fois à contre-temps, ou ait au moins de très mauvais circuits d’informations.

Retour sur le déroulé

En mars, Emmanuel Macron vantait le collectif et nous parlait de vaccin, alors que l’urgence était clairement de mettre à la disposition de chacun les solutions qui faisaient cruellement défaut : masques, gel, tests, etc.

Par la suite, au nom du collectif, la pénurie de masques a été entretenue, voire aggravée ; à l’issue de divers cafouillages, on a finalement découvert une capacité de tests finalement tellement importante qu’on en vient maintenant à les mettre à disposition sans ordonnance.

À la suite de tout ce cafouillage, les relations entre le Président et un Premier ministre bien plus concret se sont tendues au point de nécessiter un remaniement.

Finalement, pour tenter de clore ce chapitre peu glorieux, le président de la République se décide enfin, dans son message traditionnel du 14 juillet à aller « dans le sens du vent », en obligeant le port du masque dans tous les lieux publics à partir du 1er août. Décision emblématique annoncée parmi d’autres et illustrant la mise en place de la nouvelle politique de santé publique en attendant mieux et en se préparant au pire, c’est-à-dire à une hypothétique deuxième vague.

Pendant ce temps-là…

Tandis qu’Emmanuel Macron s’adressait aux Français, une équipe de médecins et de scientifiques de l’Institut national américain des allergies et des maladies infectieuses, associé pour l’occasion avec une startup en biologie dirigée par un Français et basée à Seattle (la seconde capitale des GAFAM, qui héberge en particulier Microsoft et Amazon) publiaient un article pour décrire les résultats des tests sur le premier vaccin commencés le 16 mars, et dont les conclusions sont :

The mRNA-1273 vaccine induced anti–SARS-CoV-2 immune responses in all participants, and no trial-limiting safety concerns were identified. These findings support further development of this vaccine.

« Le vaccin mRNA-1273 a provoqué une réponse immunitaire contre le SARS-CoV-2 chez tous les participants, et aucun problème lié à la sécurité lors de l’essai n’a été constaté. Ces résultats permettent le développement de ce vaccin. »

Concrètement, cela veut tout simplement dire que le vaccin développé par le NIAID a passé avec succès la phase 1, et qu’il n’est sans doute plus qu’une question de mois, voire de semaines avant qu’un vaccin ne soit disponible.

La politique, cette ennemie du progrès

Politiquement, cela veut dire qu’Emmanuel Macron a eu tout faux dans la gestion de la crise. Tout faux depuis le début. Alors qu’il parlait de vaccin, l’urgence était les masques et les tests. Alors qu’il lance les masques et les tests, un vaccin est annoncé. Alors qu’il n’a cessé de prôner la coopération des États et de rechercher des milliards d’argent public, c’est une entreprise privée, financée par les marchés financiers, qui apporte la solution, qui plus est, une startup américaine située dans l’antre des GAFAM et dirigée par un Français exilé.

La solution ne peut être que médicale, technologique et industrielle : c’était une conviction en mars. La solution est médicale, technologique et industrielle, c’est maintenant une certitude en juillet.

En plus des capacités assez hallucinantes en cafouillage de la part de l’administration et des institutions Françaises cet épisode aura montré que le progrès ne provient jamais de la politique et que la solution n’est pas l’État, mais bien la libre entreprise et le génie humain.

Il aura montré combien il est à la fois urgent et important de remettre l’État à sa place.

Covid-19 : la farce de la « seconde vague »

Par Frédéric Mas
seconde vague

Par Frédéric Mas.

Lors du pic de la crise du covid-19, la France manquait de l’essentiel pour appréhender la pandémie. Pas de masques, pas de tests, pas de gel hydroalcoolique, des équipements médicaux insuffisants et une bureaucratie étatique qui a désorganisé la production au lieu de laisser faire le marché afin que tout le monde puisse s’équiper pour faire face.

Rétrospectivement, l’aventure de la communication politique du gouvernement sur les masques à quelque chose de burlesque, si elle n’était pas arrivée à un moment si tragique, et si son dénouement n’était pas aussi grotesque. D’abord considérés comme inutiles, puis optionnels, voilà les masques désormais obligatoires après le gros de la crise sanitaire. Le nouveau Premier ministre nous l’a signalé ce matin.

Penser après la bataille pour préparer la seconde vague

Rendre obligatoire le port du masque dans tous les espaces publics après la bataille n’est pas la seule mesure phare de notre bureaucratie nationale : en cas de « seconde vague », tout le monde est en train de se préparer.

On oblige les entreprises à faire des stocks de masques, au cas où. Ce que l’État n’a pas su faire, les entreprises sont obligées de le faire, et à leurs frais bien entendu. On multiplie les places de réanimation, alors que le nombre de contaminés dégringole.

On relocalise à grands frais la production de paracétamol. Les pouvoirs n’ont pas été capables de mener à terme le grand essai clinique qui devait conclure la pandémie, à savoir Discovery, mais les voilà partis pour réimplanter des usines de paracétamol, pour ne pas dépendre de la Chine.

À quel prix ? Relocaliser à un coût, et c’est le contribuable et le client français qui paieront.

Comme pour conjurer le grand ratage de la pandémie, on a l’impression que les pouvoirs publics jouent à se faire peur et à nous faire peur, comme pour se rattraper. Cette fois-ci, vous verrez, si le virus se repointe, nous serons prêts. Finis les négligences, les ratages, les morts dans les Ehpad, il ne manque pas un bouton de guêtre.

L’esprit de la ligne Maginot

L’esprit de notre classe politique est semblable à celui qui a pensé la ligne Maginot : on prépare la prochaine guerre en regardant dans le rétroviseur, en espérant que le prochain conflit se déroule exactement comme le précédent.

L’État n’a pas compris qu’au plus fort de la crise, c’est la société civile qui lui a servi de filet de sécurité, et pas l’inverse.

C’est la société civile qu’il faut libérer de la réglementation tatillonne de l’État, car c’est elle qui répondra au mieux aux circonstances en cas de rebond du coronavirus. Mais cela signifie une chose aussi : la plupart des démonstrations sécuritaires de la classe politique ne servent probablement à rien.

Comment la Chine avance ses pions en Asie du Sud-est

Par The Conversation
chine

Par Emmanuel Véron1et Emmanuel Lincot2.
Un article de The Conversation

Archipel d’Asie-Pacifique de plusieurs milliers d’îles ouvert sur les rives du détroit de Malacca, l’Indonésie est le pays musulman le plus peuplé au monde avec quelques 260 millions d’habitants. Elle se trouve au cœur du monde indo-malais, une région cruciale pour les intérêts chinois qui englobe la Malaisie et Singapour ainsi que tous les pays membres de l’Asean (Asian south east nations), une organisation à vocation économique créée en 1967 dans une volonté d’endiguer le communisme, à travers laquelle transitent 30 % du commerce maritime mondial et qui représente un marché de plus d’un milliard de consommateurs.

Si les dix pays membres de l’Asean ne sont pas toujours sur la même longueur d’onde, le poids économique croissant de cette organisation la rend très attractive pour les investissements internationaux. Pour autant, les incertitudes stratégiques sont élevées. Les grands acteurs régionaux (Chine, Inde, Japon, Australie) comme extrarégionaux (États-Unis, Union européenne) y sont actuellement engagés dans une recomposition de leurs intérêts stratégiques et sécuritaires.

Forte présence humaine et économique de la Chine

Premier partenaire commercial de l’Indonésie, la Chine a établi très tôt des relations avec ce pays de l’Asie du Sud-Est. Une forte diaspora chinoise y est implantée. C’est d’ailleurs l’une des plus anciennes au monde puisque l’Indonésie est mentionnée dans les annales de la dynastie Ming dès l’expédition de l’amiral Zheng He vers l’Afrique, au XVe siècle. La diaspora chinoise a formé les premières communautés métisses, que l’on appelait les Peranakans.

L’influence chinoise dans la zone est aujourd’hui majeure, tant au niveau économique qu’au niveau social. Elle se déploie à travers les réseaux de marchands et les cités portuaires en relation avec le sud chinois et les côtes de l’Asie de l’Est. À l’heure actuelle, on estime à 6 millions le nombre de Chinois vivant en Indonésie. Cette population est en majorité hokkien (50 %), hakka (25 %) et cantonaise (25 %). Lors des massacres anticommunistes de 1965-1966, la population d’origine chinoise, assimilée à la politique de Pékin, a été très fortement touchée. Des discriminations ont été poursuivies à son encontre sous le régime de Soeharto (1968-1998).

À la fin des années 1990, après de graves violences sur l’île de Timor, la Chine s’était résolue à rallier la majorité internationale et avait accepté d’accorder au Timor-Oriental le droit à l’autodétermination (dans une logique de décolonisation, pour marquer la différence avec Taïwan) sans pour autant remettre profondément en cause les relations avec Jakarta.

Même si ce passé semble déjà lointain et que les traditions locales accordent dans les faits une très large place aux citoyens d’origine chinoise – surtout sur la côte nord de Java et à Palembang –, des tensions demeurent. Elles s’ajoutent aux différends qui opposent Pékin à Jakarta.

Les deux gouvernements se disputent en effet la souveraineté des eaux autour de l’archipel de Natuna, en mer de Chine méridionale. Avec des ressources prouvées de 1300 milliards de m3 de gaz et une production journalière envisagée de 56 millions de m3 à partir de 2030, la zone est en cours de développement, au coût estimé à 30 milliards de dollars, par plusieurs « majors » dont la britannique Premier Oil, les japonaises Mitsui Oil Exploration et Impex, et les américaines Conoco Phillips et Chevron, que les exigences de Pékin veulent exclure de la zone. Même si à ce stade la guerre commerciale sino-américaine n’a pas significativement affecté les échanges entre les deux pays, ces tensions n’y sont évidemment pas étrangères.

Dans le prolongement de sa volonté de s’affirmer en alliée et leader des « Suds », la Chine entretient une politique de « grand pays en développement » avec la région, similaire à celle qu’elle conduit à l’égard de l’ensemble des pays en développement.

Cette diplomatie pro-active depuis au moins deux décennies répond à trois objectifs principaux : resserrer l’étau autour de Taïwan et désagréger les coalitions antichinoises ; assurer des débouchés commerciaux, diversifier et sécuriser les immenses approvisionnements de la RPC ; et, enfin, légitimer l’image d’un grand pays en développement distinct de la trajectoire des démocraties libérales occidentales.

À cela s’ajoute le contexte géographique de l’environnement régional de la Chine. En effet, ce vaste espace morcelé, insulaire et péninsulaire, est perçu par Pékin depuis des siècles comme un limes de son empire. Les étendues maritimes et la fragmentation insulaire doublée de l’éloignement du pouvoir central chinois ont conféré à cet espace transfrontalier où s’achève l’empire et ses relations avec les peuples tributaires, un statut aussi important que distant pour Pékin.

Dans un ouvrage remarqué, Has China Won ? : The Chinese Challenge to American Primacy, l’ancien diplomate singapourien Kishore Mahbubani montre combien l’influence de la Chine dans la région face au déclin de l’influence américaine est un paramètre essentiel dans les dynamiques contemporaines de recomposition des rapports de force.

Un « pivot maritime global »

Le détroit de Malacca est une source de vulnérabilité stratégique pour la Chine. Le concept de « Dilemme de Malacca », largement répandu dans le pays, renvoie à la forte dépendance de l’économie chinoise envers la région (80 % des flux commerciaux chinois et large part des importations de pétroles et autres matières premières).

C’est pourquoi Pékin a depuis vingt ans initié la construction d’infrastructures diversifiant les voies d’accès à la Chine et de contournement du détroit (gazoducs, oléoducs et réseaux de transports depuis l’Asie centrale, le Pakistan, la Russie, la Birmanie ou encore la Thaïlande). Le développement d’une marine de guerre moderne ayant des capacités de projection en haute mer et de protection des routes maritimes a bénéficié de cet environnement régional vulnérable.

La région est stratégique et le président indonésien Joko Widodo n’hésite pas à en rappeler l’importance. Elle représente, selon lui, un « pivot maritime global ».

Sur le plan historique, l’Indonésie a compté parmi les pays leaders du mouvement des non-alignés à la suite de la conférence de Bandung tenue en 1955. Cette volonté de rester fidèle à la définition d’une « troisième voie » et de faire le lien entre les pays riches et les pays émergents se trouve aujourd’hui encore au cœur des choix de politique étrangère qu’entend promouvoir Jakarta.

Elle fait écho à des préoccupations chinoises très largement partagées. Au reste, c’est lors d’une visite effectuée en 2013 en Indonésie que le président chinois Xi Jinping avait évoqué, pour la première fois, l’établissement d’une « Route de la soie maritime ». Ce projet vise à renforcer les liens avec non seulement l’Indonésie mais aussi avec l’ensemble des pays frontaliers de l’océan Indien se disant prêts à réaliser « une ceinture économique » pour relier ainsi l’ensemble des pays du Sud.

L’Indonésie, de par sa situation géographique et parce qu’elle se trouve prise entre des sphères de puissance et d’influence qui se chevauchent, pourrait devenir l’une des régions les plus crisogènes du monde. Si le président indonésien a affirmé que les incidents en mer de Chine méridionale, en particulier autour des îles Natuna, ne modifieront pas les relations entre l’Indonésie et la Chine, il n’en demeure pas moins que Jakarta ne cache pas ses ambitions et multiplie les partenaires économiques, diplomatiques et commerciaux.

Le renforcement de son dialogue avec l’Inde (qui elle-même mène une politique sud-est-asiatique plus intense à travers sa « Look east policy »), le Japon, l’Australie, les États-Unis et l’Union européenne constitue un signal fort envoyé à Pékin : l’Indonésie souhaite réduire sa dépendance vis-à-vis de l’hégémon chinois en Asie.

Ses partenaires voient en elle un vaste marché et une économie asiatique majeure, alternative à la Chine, en particulier depuis la crise sanitaire du coronavirus. L’Indonésie cherche également à accroître son poids au sein de l’Asean face à la Thaïlande, voire à Singapour.

Avec ses 32 millions d’habitants, la Malaisie épouse des configurations similaires à celle de sa voisine, l’Indonésie. En 2019, Kuala Lumpur s’est confrontée à Pékin en déposant une requête aux Nations Unies pour étendre son plateau continental au-delà des 200 milles nautiques. Cette requête a immédiatement déclenché une réaction de la Chine dont la « Ligne en 9 traits » nie la possibilité d’un élargissement des plateaux continentaux riverains au-delà précisément des 200 nautiques.

Ces tensions faisaient suite à l’annulation par Mahathir Mohamad, le premier ministre malaisien, du projet chinois de ligne ferrée à travers le pays, qui devait s’étendre de la frontière thaïe au détroit de Malacca (East Coast Rail Link – ECRL) et devenir une section de l’axe Pékin-Singapour.

En réalité, les négociations entre les gouvernements chinois et malais pour la réalisation de ce projet ferroviaire n’ont jamais cessé. C’est essentiellement sur le coût exorbitant de l’infrastructure que portaient les discussions, qui ont même permis à Kuala Lumpur de normaliser ses relations avec Pékin après plus d’un an d’incertitudes. Le coût total de l’opération s’élève à près de 10 milliards d’euros.

Dépendance économique chinoise versus influence américaine

Si l’Asean commerce en priorité avec Pékin, les questions politiques et stratégiques ne trouvent pas de réponses convergentes. Pékin, ces deux dernières décennies, a su instrumentaliser ces divergences pour asseoir son influence commerciale et politique. Singapour représente dans ce contexte le noyau central de l’Asie du Sud-Est, plus particulièrement du monde indo-malais, devant Kuala Lumpur ou Jakarta (finance, logistique, point de passage stratégique, modèle politique et de gouvernance).

Reportage de la chaîne chinoise CGTN, 26 juin 2020.

 

Et Singapour, dont l’écrasante majorité des habitants est d’origine chinoise, n’échappe pas à cette règle commune qu’elle partage avec la Malaisie et l’Indonésie : il est d’usage, en effet, dans cette région de l’Asie, de privilégier les apparences à la réalité et la fermeté de posture à des fins de politique intérieure.

Toutefois, une chose paraît inéluctable : Singapour va sans doute largement bénéficier en tant que place financière des difficultés de son principal concurrent, Hong Kong. Avec un enjeu crucial qui fait largement consensus : l’ensemble de la région indo-malaise a à cœur de sécuriser ses relations et son commerce encore mis à mal par des actes de piraterie et des exactions commises par des groupuscules islamistes radicalisés.

Ainsi plusieurs paramètres sécuritaires (crimes organisés, mafias, en plus des éléments susmentionnés) font peser certaines incertitudes sur la stabilité de l’ensemble régional. Pékin, de plus en plus active sur ces sujets, cherche une légitimité auprès des acteurs étatiques et une influence sur les questions sécuritaires.

Dans cette perspective, la voix de la Chine au Shangri-La Dialogue (conférence internationale annuelle organisée à Singapour par le think tank IISS, depuis 2002, traitant des sujets de sécurité dans la zone Indo-Pacifique) est à l’image de sa politique internationale entre affirmation et volonté de puissance, en particulier dans l’espace maritime régional où elle se considère comme prééminente.

Plus encore que les pays en développement éloignés de la Chine (continent africain, Moyen-Orient, Amérique latine), la région indo-malaise reste et restera très dépendante économiquement de la Chine tout en étant soumise à une forte influence américaine.

En somme, même si les acteurs indien, européen, japonais ou australien accroissent leur présence, il n’en demeure pas moins que cette partie de l’Asie du Sud-Est est concernée au premier chef par la rivalité sino-américaine. Une position pour le moins inconfortable…

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

  1. Enseignant-chercheur – Ecole navale, Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) – USPC.
  2. Spécialiste de l’histoire politique et culturelle de la Chine contemporaine, Institut Catholique de Paris.

La décroissance est un caprice d’enfant gâté occidental

Par Eddie Willers
décroissance

Par Eddie Willers.

La France souffre de nombreux maux, vous en aurez normalement identifié certains qui minent notre pays. Pourtant beaucoup de nos problèmes et du ressenti terrible qui s’instillent dans la population ne seraient pas aussi violents si nous arrivions à afficher de façon régulière une croissance proche de 3 % comme cela est le cas aux États-Unis.

Et pourtant en France, ce constat n’est même pas partagé par l’ensemble de la population. En effet nous entendons régulièrement les collapsologues et autres escrolos de tous bords nous prévenir : comment pourrions nous continuer à croître éternellement alors que notre planète a des ressources finies ?

Il faudrait donc avoir recours à une « décroissance choisie » pour revenir à un niveau de vie souhaitable. Je vous laisserai trouver par vous-mêmes un pays qui a connu une récession (autre mot malheureusement moins élégant pour décrire la décroissance) et pour lequel la situation sociale s’est améliorée. Demandez aux Grecs et aux Vénézueliens s’ils ont apprécié le fait de voir leur PIB décroître.

La décroissance, un problème de riche

La décroissance est un caprice d’enfant gâté occidental. Il y aurait pour ses partisans suffisamment de richesses à répartir au niveau mondial pour se permettre de décroître. Sauf que la plupart des personnes qui suggèrent cette théorie oublient qu’ils font partie des 5 % (voire du 1%) les plus riches au niveau mondial et donc qu’une décroissance mondiale impliquerait une diminution drastique de leur niveau de vie.

Lorsque vous regardez le niveau de développement moyen que cela impliquerait, je ne suis pas sûr que cela corresponde au pays baigné de fruits et d’eau fraîche qu’ils nous vendent. Je reviens de deux semaines dans le sud de l’Inde et je peux vous garantir que ce pays a impérativement besoin de croissance, notamment pour améliorer la gestion de ses déchets et ou développer ses infrastructures de transport.

À titre personnel je ne me verrais pas vivre avec un niveau de développement proche de celui de la classe moyenne indienne (lui-même très éloigné du niveau de vie moyen français).

Je ne souhaite donc qu’une chose : permettre à ces personnes d’améliorer grandement leur niveau de vie. S’il faut « renoncer à son niveau de vie d’aujourd’hui pour garantir celui de ses enfants demain » et que cela implique de saborder ses conditions de vie aujourd’hui, très peu pour moi.

Le masochisme a ses limites surtout lorsqu’aucune étude sérieuse n’a prouvé les bienfaits de la décroissance et que globalement les pays qui affichent de forts niveaux de développement sont aussi ceux qui présentent les conditions de vie les plus favorables à leurs populations.

Lorsqu’on manque de ressources financières pour traiter ses déchets et qu’on les brûle au bord de la route pour s’en débarrasser, qu’on roule avec des véhicules d’un autre temps qui polluent trois fois plus qu’une nouvelle voiture, qu’on fait tourner des centrales au charbon au lieu d’investir dans des centrales nucléaires… on détruit l’environnement.

La croissance est un impératif

Loin d’être l’ennemie de l’environnement, la croissance est un impératif pour mieux gérer nos ressources. Elle est également un impératif si nous souhaitons continuer à organiser certaines redistributions. Par exemple dans le cas des retraites : sans une croissance massive (>3 %) ou une réforme radicale, nous afficherons en permanence un déficit public pour payer des retraités toujours plus nombreux face à des actifs qui le sont toujours moins.

Pour qu’il y ait quelque chose à redistribuer comme le présentait si bien Georges Pompidou dans Le Noeud Gordien, il faut déjà produire ces richesses. Il faut donc nous focaliser sur les politiques qui libèrent cette création de richesse. Or notre pays est engoncé dans un carcan qui l’en empêche.

Entre un principe de précaution inscrit dans la constitution, des corporations surpuissantes, des réglementations dans tous les sens et des syndicats réactionnaires, rien n’est fait pour permettre à notre pays de décoller. Les mesures du gouvernement d’ici la fin du quinquennat devront donc être orientées pour permettre cette libération de la croissance.

Elle seule nous assurera de pouvoir faire face à nos prélèvements obligatoires délirants dans un premier temps, avant de graduellement les réduire. Lors de son passage en tant que ministre de l’Économie, Emmanuel Macron avait laissé entrevoir des réformes qui allaient dans ce sens. En tant que président, son action est décevante. Il lui appartient de changer le cap pour sortir notre pays de l’ornière.

Article initialement publié en janvier 2019.

Sur le web

Agriculture bio, essayons d’être objectifs…

Par Armand Paquereau

Par Armand Paquereau.

En ces temps où l’écologie supplante l’actualité, où le manque de rigueur écologique est accusé par certains de favoriser la propagation du Covid-19, il serait bon que chacun relativise les penchants idéologiques pour examiner posément et sans a priori tout sujet de société pour le bénéfice de tous.

Un des sujets les plus persistants est la campagne permanente en faveur de la production biologique en agriculture. La majorité des communications sur le sujet émane majoritairement d’associations, et, relayée par les médias, tend à démontrer que le bio est la seule solution pour garantir la santé des consommateurs et préserver l’avenir de la planète.

Il convient donc d’en évoquer tous les aspects pour tenter d’avoir une vision objective de ce qui est positif, ce qui est réaliste et s’approcher de la vérité sans parti pris.

Le principe même du bio est de s’interdire d’utiliser ce que ses partisans nomment des pesticides, c’est-à-dire des produits de fertilisation ou de protection obtenus par synthèse chimique.

Consommer bio pour se préserver des résidus de pesticides

La communication en faveur de la production bio tend toujours à faire croire qu’elle n’utilise pas de pesticides, mais elle occulte le fait que celle-ci ne peut se passer de protéger ses cultures des prédateurs, des maladies en particulier cryptogamiques.

Il ne faut pas oublier que la grande famine en Irlande de 1845 à 1852 a été provoquée par le mildiou qui avait détruit les récoltes de pommes de terre avant que soit découverte leur protection grâce au sulfate de cuivre, fongicide aujourd’hui autorisé et utilisé en agriculture bio. L’inconvénient du traitement au cuivre est qu’il doit être renouvelé sitôt une pluie, le mildiou devant être combattu préventivement.

Il existe 76 molécules de base autorisées en agriculture biologique et disponibles en 310 formulations commerciales. Il faut préciser que ces molécules, majoritairement d’origine « naturelle » comme le présentent les partisans du bio, sont des composés bio-actifs d’origine :

  • animale : adoxophyes orana ;
  • bactérienne : pseudonomas ;
  • végétale : huiles de colza, huiles essentielles ; mais aussi issues du pétrole : huile de paraffine, de vaseline. L’huile de neem, issue du margousier, est autorisée depuis 2011 par l’UE, elle n’est que d’usage dérogatoire temporaire spécifique en France ;
  • micro-organique : virus CpGV, bacillus, trichoderma ;
  • Minérale : cuivre, soufre, kaolin.

La principale argumentation en faveur de la production bio est que les produits d’origine naturelle sont moins dangereux que les pesticides utilisés en agriculture conventionnelle. Il n’en reste pas moins que la roténone, entrant dans la composition de nombreux insecticides, est issue d’une plante tropicale et a été utilisée en agriculture bio jusqu’en 2011, date à laquelle elle a été interdite.

Comment prétendre qu’un produit d’origine naturelle puisse de facto être moins dangereux qu’une molécule chimique de synthèse ? La ciguë, l’amanite phalloïde, l’if sont des produits on ne peut plus naturels et on ne peut plus mortels ! Cependant, le taxotere, médicament tiré de l’if commun est un médicament reconnu contre le cancer.

Afin d’être rationnel, il convient de déterminer les résidus de ces produits que l’on peut consommer dans notre alimentation. On ne peut objectivement retenir que les études émanant d’organismes officiels afin d’éviter une présentation orientée du sujet.

À cette fin, le graphique suivant issu d’une étude de l’EFSA est significatif. (MRL= Limite légale maxi de résidus).

Le considérable effort des producteurs bio se traduit par une diminution des résidus de produits de protection des récoltes dans les produits destinés aux consommateurs.

Cela confirme qu’au total, 37,4 % des produits analysés n’ont aucune trace de résidu détectable.

Pour être complète, cette comparaison aurait dû mentionner la proportion de productions biologiques et conventionnelles ne comportant pas de trace de résidu.

Faut-il imposer l’agriculture bio ?

Au vu des résultats de cette étude, qui mériterait d’être multipliée, il est évident que le bénéfice sanitaire ne peut être contesté.

Une étude du Rodale Institute, organisme (non lucratif ?) de promotion de la production bio en Pennsylvanie ne peut qu’inciter les agriculteurs à changer leurs méthodes de culture pour se convertir au bio :

bio

Les agriculteurs ont démontré leur formidable faculté d’adaptation, de productivité économique. En un demi-siècle, malgré leur nombre qui a été divisé par trois, ils ont réussi à faire baisser des deux-tiers la part du coût alimentaire dans le budget des ménages. Cela a été permis par la formidable progression de la mécanisation, de la génétique, de la chimie. Un agriculteur qui produisait dans les années 1960 pour nourrir huit personnes en nourrit aujourd’hui 80.

Malgré l’effort médiatique effréné pour promouvoir la production bio, et si les résultats du Rodale Institute étaient crédibles, pourquoi les agriculteurs ne se précipitent-ils pas vers ce type de production ?

Au vu de leurs performances précitées, c’est sans doute qu’existent des raisons qui ne sont pas portées à la connaissance du grand public. En effet, en 2019 seulement 41 600 exploitations sont engagées en bio sur un total de 448 500 pour une superficie de deux millions d’hectares sur une SAU totale d’environ 30 millions d’hectares. Certes, la progression a tendance à s’accélérer, comme en témoigne le graphique suivant :

bio

Mais si la production bio ne représente qu’environ 7 % des surfaces cultivées, et moins de 10 % des exploitations, c’est que des raisons majeures, relevant de diverses causes empêchent les agriculteurs de se convertir. Tout d’abord, il convient de comparer les résultats du Rodale Institute à des données statistiques d’organismes officiels a priori plus indépendants :

La première constatation est une baisse conséquente des rendements, notamment en céréales, où l’agriculture bio a le plus de difficultés à s’implanter du fait de la limitation des fertilisations azotées à lutter contre les adventices. Toutefois, ce handicap est contrebalancé par une économie d’intrants et dans les systèmes d’élevage extensifs, où les résultats économiques peuvent être plus favorables.
La production bio est beaucoup moins aidée en France : les subventions par Unité de Travail Annuel sont minorées par rapport à d’autres autres pays de la CEE.

Des difficultés méconnues

Les aides spécifiques à la production bio ont subi d’importants retards de paiement en France : dans une intervention au Sénat, madame Élisabeth Doineau rapportait des propos de la FNAB (Fédération Nationale d’Agriculture Biologique) selon lesquels « 25 % des aides 2016, 50 % des aides 2017 et 100 % des aides bio 2018 n’ont toujours pas été versées et aucune réponse n’a été apportée à sa saisine. »

En 2001, les CTE Bio (Contrats Territoriaux d’Exploitation) attribuaient des subventions conséquentes pour la conversion à l’agriculture bio en contrepartie d’un engagement de cinq ans. La très grande majorité des exploitants contractuels ont attendu avec impatience la fin des cinq années pour retourner au conventionnel afin de ne pas avoir à rembourser la totalité des aides perçues. La promotion de la production bio ne fait jamais état des dé-conversions et il est très difficile de trouver des données sur ce sujet ; ce site révèle un tableau de l’agence Bio :

Il cite aussi : « L’abandon de certaines exploitations est également visible sur les statistiques de l’Agence : dans le Morbihan, le nombre des exploitants a chuté de 36 à 20 entre 2013 et 2014. En Meurthe-et- Moselle, il est tombé de 9 à 4 (2013-2014), en Mayenne, de 21 à 16 (2012-2013), dans la Loire, de 19 à 12 (2013-2014), en Ille-et-Vilaine, de 45 à 31 (2014-2015), en Corrèze, de 17 à 13 (2012-2013), etc. »

Ceci confirme que la réalité de la culture biologique est différente ; si des exploitants abandonnent ce type de culture, c’est qu’ils y sont contraints par des raisons majeures. Certes, il peut y avoir parmi eux des départs à la retraite dont les repreneurs ne souhaitent pas entrer dans ce type de production, mais le plus souvent, il s’agit de contraintes culturales ou économiques.

Comme pour les CTE précités, la difficulté de contrôler les adventices, de protéger les semis contre les corbeaux ou les palombes (semences non enrobées de phytos) la prolifération de plantes parasites (ambroisie, daturas, etc.) ne peuvent trouver de solution. En effet, le seul moyen de lutter contre les adventices est le binage ou l’arrachage manuel des plantes concurrentes.

Ceci est possible en bio sur de petites surfaces, mais impossible à réaliser sur de grandes surfaces. Personne n’accepterait d’arracher du datura à la main sur 20 hectares ou plus, de tournesols, et seulement quelques plantes oubliées suffisent à rendre la récolte impropre à la commercialisation par une toxicité de contact dans les machines de récolte.

Par contre, l’utilisation en conventionnel d’herbicides sélectifs permet, pour un coût modique et un temps de travail très limité de détruire totalement ces plantes néfastes, sans perturber la culture.

La pratique de l’agriculture bio nécessite la conjonction de plusieurs facteurs concomitants :

  • une vocation bien ancrée pour affronter les difficultés de la méthode ;
  • une formation technique encore plus pointue (la vulgarisation doit être améliorée) ;
  • un terroir adapté (les terrains argileux ou non drainants sont déconseillés) ;
  • un micro climat favorable (l’humidité persistante est favorable aux maladies cryptogamiques) ;
  • la proximité de débouchés vers une consommation directe pour garder le maximum de valeur ajoutée.

Réunir tous ces éléments peut aussi expliquer la difficulté à s’engager.

Une source d’emplois ?

Les promoteurs de la production bio mettent en avant la création d’emplois. Il est évident qu’actuellement, sans les aides spécifiques qui lui sont accordées (l’engagement de l’aide au maintien devient annuel), l’équilibre financier des exploitations serait compromis.

Comme près du tiers des produits bio consommés est importé, les producteurs français se trouvent en concurrence avec des producteurs d’autres pays où les charges sociales et environnementales sont moindres, au grand dam de leur compétitivité et de leur rémunération. Et on retrouve ici la problématique des prix agricoles qui devraient être calculés à partir du prix de revient, afin de garantir aux agriculteurs un revenu décent.

Même si la rémunération du travail agricole était à parité avec les autres catégories sociales, il paraît peu probable que la main-d’œuvre se précipite pour arracher des adventices à la main ! L’exemple récent de l’appel du ministre de l’Agriculture pendant le confinement est édifiant, comme le précise ce fraisiculteur : « 20 candidats, 10 se présentent, 3 sont encore là à la fin de la semaine. »

Protéger la santé

C’est bien évidemment l’objectif principal incontournable et incontestable au vu de l’étude des résidus précitée.

Pour autant, faut-il être aussi formel ? Un peu d’objectivité nous oblige à considérer certaines évidences : dans les pays qui par manque d’autres moyens (fertilisants, phytos, mécanisation) pratiquent une agriculture de subsistance plus bio que bio, l’espérance de vie moyenne est de 50 ans, et c’est justement là que la malnutrition est la plus fréquente.

En France, l’espérance de vie est de plus de 80 ans. Le rapport Agrican a dévoilé dans une étude menée sur une cohorte de 180 000 agriculteurs, comparée aux registres généraux de la population, une moyenne des causes de décès dans la cohorte inférieure de 28,5 %, confirmant ainsi l’espérance de vie plus importante au sein de la cohorte agricole par rapport à la population générale.

La production bio peut-elle nourrir le monde ?

Cette assertion, abondamment relayée par les partisans de l’agriculture bio est à relativiser.

La productivité des pays est corrélée à la capacité d’investissements technologiques et d’utilisation de l’eau, de la mécanisation, de la génétique, de la chimie. La productivité des meilleurs ne peut que risquer de diminuer par la raréfaction des ressources énergétiques et le changement climatique actuel. La productivité des  moins bons pourrait être améliorée par la possibilité d’introduire des méthodes qui ont amené les meilleurs à leur taux actuel, mais ce serait au détriment de la pérennité des ressources.

Une étude publiée en 2006 prétend qu’en appliquant à l’ensemble des fermes du monde le taux de rendement les plus bas des pays développés on obtiendrait une production de 2641 calories par personnE et par jour, juste en dessous de la moyenne production mondiale actuelle.

En opposition, si on appliquait le taux de rendement des pays développés aux pays riches et leur propre taux de rendement aux pays en voie de développement, on obtiendrait une production de 4831 kilocalories par personne et par jour.

Vouloir extrapoler les rendements de l’agriculture bio des pays développés dans ceux en voie de développement reste hasardeux tant sont différentes les conditions de climat, de formation agronomique, de fertilité des sols et de disponibilité de biomasse et d’eau, garantes de la fertilité des sols. Les grands handicaps de la production bio sont la faiblesse des rendements et la difficulté à protéger les récoltes contre les maladies, les ravageurs et les adventices.

D’abord rémunérer le paysan…

Lors de la conférence de février 2012 à Nuremberg, Mr André LEU Président d’IFOAM, disait (p6) :

« Le monde compte environ un milliard de personnes sous-alimentées. La majorité d’entre elles sont de petits propriétaires fermiers. L’objectif crucial de millions de petits fermiers est de nourrir leurs familles. Ils ont besoin de sécurité alimentaire, et ceci en mettant de la nourriture sur la table en premier. »

Ceci résume le problème mondial de la faim dans le monde. Chacun veut occulter que le plus important dans la vie, et nous l’avons bien constaté pendant le confinement, est de manger tous les jours. Et pour ce faire, il faut que le début de la chaîne puisse exister.

Voltaire disait au XVIIIe siècle : « On a trouvé, en bonne politique, le secret de faire mourir de faim ceux qui en cultivant la terre, nourrissent les autres ».

Deux siècles et demi plus tard, les agriculteurs sont la catégorie sociale fournissant le plus grand nombre d’heures de travail, qui est la moins bien rémunérée et dont le nombre décroît le plus rapidement.

Vouloir imposer aux agriculteurs de renoncer à tout ce qui a permis de produire une nourriture abondante et malgré tout de qualité, en témoigne notre longévité, pour imposer des pratiques culturales du XIXe siècle ne réglera pas tous les problèmes. Même si nous revenions à la traction animale, il s’en trouverait certains pour accuser les paysans de maltraitance animale…

Alors, si la société veut promouvoir la production biologique, pour le bien commun et en assurer sa pérennité, il faudra que le consommateur accepte de rémunérer à leur juste valeur le travail, les compétences, les contraintes supplémentaires que le producteur bio devra affronter afin que la population puisse continuer à être alimentée.

 

Bac 2020 : le « cadeau » empoisonné

Par IREF Europe
bac

Par Aymeric Belaud.
Un article de l’Iref-Europe

Le taux de réussite du bac 2020 atteint un record : 95,7 % après les rattrapages. Il est de 7,7 points supérieur à celui de l’an dernier, 88 %. Sans les rattrapages, l’écart est encore plus flagrant avec 91,5 % de réussite cette année contre 77,7 %, soit 13,7 points de plus.

Certains pays comme l’Allemagne, l’Autriche ou l’Espagne ont choisi de reporter leurs examens du fait des conditions spéciales engendrées par le Covid-19, tandis que la France a préféré le contrôle continu, sur deux trimestres.

Si ce taux peut s’expliquer par un examen entièrement en contrôle continu, il est surtout dû à la « bienveillance » voulue (et imposée) par le ministère de l’Éducation. Certains y voient un cadeau. C’est surtout une baisse du niveau de ce diplôme déjà dévalorisé depuis des années. Cela va rendre la vie des futurs étudiants de faculté encore plus difficile.

Un surnotation flagrante au bac

Certains élèves ont été surpris par leur note finale, qui n’était pas en rapport avec leurs moyennes de l’année. Enzo, lycéen à Metz, a obtenu le bac avec 10,27 alors que sa moyenne était de 7,93. Moyenne qui habituellement est insuffisante pour aller en rattrapage.

Il en est de même pour Farhati, de Lyon, qui a obtenu son bac S alors que sa moyenne ne dépassait pas 10. Le jury a décidé de la remonter de 2 points en histoire-géographie, de un point en mathématiques et de un point en physique (ces deux dernières matières sont pourtant fondamentales pour un bac S).

Charlie, élève de terminale technologique, a été beaucoup absent pendant les deuxième et troisième trimestres, manquant nombre de cours importants. Il a eu un zéro dans une des matières. Pourtant, il a obtenu son bac avec la mention bien ! « Je ne me serais pas donné le bac », dit-il.

Une autre lycéenne confie aux journalistes du Le Figaro étudiant qu’il y a des élèves « avec 200 absences comptabilisées dans l’année (hors Covid) qui ont eu le bac. On ne s’en plaindra pas mais les résultats sont faussés, c’est certain. »

Dès avril, le mot d’ordre à l’Éducation nationale a été : « bienveillance ». Les jurys et les commissions d’harmonisation avaient pour devoir d’arrondir les moyennes vers le haut, notamment en fonction des appréciations et cet arrondi a parfois été poussé au-delà de deux points… Quant au nombre de mentions, il est passé de 60 % en 2019 à 80 % cette année.

Une volonté étatique du bac pour tous

Les jurys d’harmonisation ont eu accès aux notes des élèves fin juin. Pour ajuster la moyenne, les critères ne se résumaient pas aux appréciations personnelles, ils englobaient les statistiques des lycées par rapport aux examens des années précédentes.

Certaines instructions reçues de l’inspection académique demandaient aux enseignants d’augmenter la note d’une ou plusieurs matières pour tous les élèves, sans même avoir accès à leur dossier scolaire. L’« harmonisation » n’a jamais impliqué de baisser des notes. Le message était clair : que tout le monde obtienne son diplôme.

Des observateurs vont même plus loin. Ainsi Sophie Vénétitay, du syndicat Snes-FSU, qui affirme que « plusieurs notes du bac, saisies manuellement, ne correspondaient pas à celles inscrites sur les livrets scolaires mais étaient en fait bien supérieures1».

Elle dénonce un bidouillage dans les lycées. Elle a pu constater que les résultats du contrôle continu ont été supérieurs au taux de réussite moyen des années précédentes dans certains établissements. Cette pratique aurait concerné entre un tiers et la moitié des lycées dans les commissions d’harmonisation, selon elle. De nombreux jurys ont aussi constaté que des moyennes d’élèves avaient artificiellement été gonflées par les lycées d’origine.

Ainsi, il semble que l’État et les lycées, avec la complicité de certains professeurs, ont souhaité « offrir » le bac à leurs élèves. Cela ne présage rien de bon pour les prochaines années où le contrôle continu représentera 40 % de la note finale.

Au-delà des questions de niveau de ce diplôme, est-ce vraiment rendre service aux lycéens alors que le fossé entre la classe de terminale et la première année d’études supérieures se creuse continuellement ?

Un cadeau empoisonné pour les futurs étudiants

Le ministère de l’Enseignement supérieur a fait passer le mot d’ordre aux directeurs d’université, leur enjoignant de faire de la place afin d’accueillir des bacheliers en plus, mais qui n’ont pas le niveau. Ce sont des dizaines de milliers de bacheliers supplémentaires qui vont engorger les premières années d’université, déjà surchargées.

Pour Guillaume Gellé, président de l’université de Reims, le constat est clair. « Il y en a qui, si le contexte actuel que nous connaissons n’avait pas eu lieu, n’auraient pas eu le bac. Et une partie de ceux qui vont arriver en licence n’auront pas le niveau ».

Phénomène qui d’ailleurs n’est pas nouveau. En 2018, les étudiants ont été 56 % à échouer en première année de licence. Et ils n’ont été que 30 % à réussir la licence en trois ans ! C’est un véritable fossé, une tranchée même ! Combien, de ces 95 % et plus de bacheliers, réussiront leur première année de faculté ? L’année prochaine pourrait être une hécatombe.

Le privé pas logé à la même enseigne

Le cas de la surnotation concerne en priorité les établissements publics. En ce qui concerne le privé, en particulier hors-contrat, ce n’est pas la même affaire.

Quarante-et-un lycéens bretons se sont vu refuser le diplôme par le rectorat de Rennes au motif de « dossier de contrôle continu incomplet » et ce malgré de bonnes moyennes, pendant que d’autres obtenaient le bac avec moins de 8 de moyenne.
Ces quarante-et-un lycéens étaient dans des écoles privées, indépendantes et n’ayant pas passé de contrat avec l’État, au sens de la loi Debré de 1959, hormis pour la validation des diplômes.

Des écoles libres de leur pédagogie et de leur organisation, mais tout de même contrôlées par des inspecteurs de l’Académie. Les élèves sont donc des candidats au bac comme les autres.

Pas pour l’Éducation nationale. Jean-Michel Blanquer avait annoncé en avril que les lycéens des établissements hors contrat devraient passer de vraies épreuves en septembre, ce dont sont dispensés les élèves de la formidable école publique qui ne cesse de descendre dans les classements PISA. Il s’était certes ravisé par la suite, mais les faits confirment que l’égalité de traitement ne vaut pas pour tout le monde.

Le problème semble ne s’être posé qu’en Bretagne, mais il est symptomatique de la pensée de bon nombre de fonctionnaires de l’Éducation nationale, qui rêveraient d’appliquer la réforme qu’appelait de ses voeux François Mitterrand, d’interdire toute école non publique.

Le bac de 2020 ressemblera à celui de 1968, sa valeur sera aussi pauvre. Les élèves eux-mêmes en sont conscients et craignent pour leur carrière future. Les recruteurs jugeront certes sur les diplômes suivants (licence, master), mais… qui nous dit que des commissions d’harmonisations ne seront pas mises en place pour baisser le niveau des licences et des masters ? Il est déjà faible par rapport à celui d’autres pays mais qu’importe : la « bienveillance » doit primer.

Il serait urgent de s’attaquer à ce baccalauréat devenu une formalité. De lui redonner de la valeur, afin que l’entrée dans l’enseignement supérieur résulte d’une sélection ayant du sens. Le problème venant de plus loin, il faudrait aussi que les choix soient plus pertinents à l’âge de l’entrée au lycée et l’enseignement professionnel, délaissé par les pouvoirs publics, beaucoup mieux valorisé et d’être plus exigeant.

Du primaire au master, c’est une réforme d’ensemble qu’il faut lancer. Le bac n’est pas un droit, il se mérite.

Sur le web

  1. Marie-Estelle Pech, Le Figaro, mercredi 8 juillet 2020, « Les bacheliers 2020 ont-ils été surnotés ? »

Ce « pognon de dingue » déversé par milliards

Par Nathalie MP Meyer
pognon de dingue

Par Nathalie MP. Meyer.

Il y a deux ans, dans un tweet très étudié publié dans la nuit par sa conseillère presse de l’époque, Emmanuel Macron jetait un énorme pavé dans les non-dits du modèle social dont nous tirons année après année une gloire grotesque :

« Moi, je fais un constat qui est de dire, tout le système social, on met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif. […] Regardez : on met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens, ils sont quand même pauvres, on n’en sort pas. »

Le Président ? Toujours exigeant. Pas encore satisfait du discours qu’il prononcera demain au congrès de la Mutualité, il nous précise donc le brief ! Au boulot ! pic.twitter.com/2mjy1JmOVv

— Sibeth Ndiaye (@SibethNdiaye) June 12, 2018

En quelques mots simples, concis et frappeurs, mais seulement des mots hélas, Emmanuel Macron faisait LE constat de ce qui prive la France de la prospérité et de la compétitivité qui pourrait être la sienne : un modèle social non pas ultra-libéral comme on l’entend dire ultra-bêtement ultra-souvent, mais au contraire ultra-coûteux, ultra-déresponsabilisant et finalement ultra-inefficace pour réduire le chômage, augmenter le pouvoir d’achat et donc réactiver le fameux « ascenseur social » dont on se plaint qu’il ne fonctionne plus tout en chérissant les causes de la panne.

Seulement des mots, car à ce moment-là, en 2018, alors que nous étions à dix ans de la crise de 2008 et pas encore dans la crise économique consécutive au confinement anti Covid, alors donc que nous étions dans une période favorable aux réformes, rien de bien sérieux ne fut entrepris pour corriger les vices structurels qui pétrifient la France dans le chômage de masse, les dépenses publiques, les impôts et taxes, les déficits, la dette et une délirante inflation législative et réglementaire en cours d’être généreusement accentuée par la pression écologique.

Code du travail ? Il a été… modifié, oui, mais de façon tellement superficielle ! Ni la lancinante question des 35 heures (qui désorganisent complètement le travail et brise notre compétitivité) ni celle du salaire minimum (parmi les plus élevés de l’OCDE relativement au salaire médian, soit 62 % en 2018) n’ont été abordées1.

Suppression de l’ISF ? En partie, certes, mais relativement à la pression fiscale, ce ne fut jamais que l’épaisseur du trait comme en témoigne notre taux de prélèvements obligatoires qui, à plus de 46 % du PIB en 2018, persiste à faire de la France la championne du monde de la ponction fiscale.

À l’évidence, pour le gouvernement, il était alors tellement plus « courageux », urgent, structurant et important de ramener la vitesse maximum sur les routes secondaires de 90 à 80 km/h ! Il était tellement plus important d’augmenter les taxes déjà énormes sur les carburants (mesure finalement annulée devant la colère populaire), il était tellement plus impérieux de collectiviser encore plus notre système de retraite (malgré un alignement bienvenu des régimes spéciaux sur le régime général), etc.

Arrive 2020, arrive le Coronavirus, arrive le confinement généralisé (faute de masques, de gel hydro-alcoolique et de tests, redisons-le) qui met brutalement notre économie à l’arrêt, et arrive en conséquence une crise économique gravissime qui, selon les projections de l’OCDE, devrait entraîner un repli du PIB français de 11,4 % en 2020, soit, encore une fois, un record parmi les pays développés (chiffres sans seconde vague épidémique représentés par les bâtons rouges du graphique ci-dessous, cliquer pour agrandir) :

Comme rien de sérieux n’a été fait avant, comme nous partons dans la crise sans la moindre réserve budgétaire mais avec un déficit public qui fut encore de 3 % en 2019 et avec un taux de chômage (8,1 % en 2019) deux fois plus élevé que celui de nos voisins qui ont eu la bonne idée et la bonne volonté d’effectuer leurs indispensables réformes libérales (Pays-Bas, Allemagne), il ne nous reste plus que la solution française classique du « pognon de dingue » et son cortège de dette publique, qui ne trouvera son extinction que dans des impôts futurs et/ou de l’inflation, pour essayer d’adoucir la terrible crise sociale qui s’annonce.

La crise sanitaire du Covid-19 a mis en évidence tous les défauts criants de notre système de santé. Dans le débat qui a émergé sur la place publique, il fut question des salaires des soignants dont le niveau par rapport à ce qui se pratique dans les autres pays de l’OCDE est effectivement à la traîne.

Mais il fut également question d’organisation et d’allocation des ressources. On constate en effet que la France est avec l’Allemagne l’un des pays qui dépensent le plus pour leur santé (11,2 % du PIB en 2018) mais que le taux de personnel hospitalier non-soignant est également parmi les plus élevés.

pognon de dingue

Or le « Ségur » de la santé annoncé en grande pompe par Emmanuel Macron vient de s’achever sous les louanges de ses promoteurs gouvernementaux et il n’a porté que sur les revalorisations de salaire à hauteur de 8,1 milliards d’euros, ce qui n’est pas peu dire. Le reste, qui est en rapport direct avec la qualité des soins, a été une fois de plus opportunément oublié. Le pognon de dingue coule à flots jusqu’à la prochaine crise et les réformes attendront.

De la même façon, dans son entretien télévisé du 14 juillet, Emmanuel Macron a annoncé un plan de relance de 100 milliards d’euros en plus de ce qui a déjà été mis sur la table jusqu’à présent (soit 450 milliards y compris les prêts garantis par l’État). Il a notamment détaillé la création imminente de 300 000 emplois aidés, 100 000 postes supplémentaires en service civique et 200 000 places de plus en formation pour les jeunes, notamment les moins qualifiés, afin de leur éviter les affres du chômage. S’y ajoutent les habituelles mesures de baisse de cotisations sociales pour les salaires inférieurs à 1,6 smic.

Le fait est que les perspectives de l’emploi ne sont guère réjouissantes. Dans ses projections de juin dernier, la Banque de France anticipait un pic de chômage à 11,5 % pour le printemps prochain contre 8,1 % à fin 2019. Selon les suivis mensuels de la DARES, à fin mai 2020, la crise avait déjà amplement manifesté ses effets destructeurs sur l’emploi.

Sur trois mois (mars, avril et mai 2020), la catégorie A des demandeurs d’emploi complètement sans emploi a bondi de presque 1 million de personnes, s’établissant à un niveau jamais atteint de 4,4 millions de chômeurs. Si l’on ajoute les catégories B,C,D et E (travail partiel, formations, emplois aidés), la hausse est de l’ordre de 450 000 et porte le nombre total de demandeurs d’emploi à 6,8 millions :

Demandeurs d’emploi en France entière (hors Mayotte) – Situation à fin mai 2020

pognon de dingueSources : DARES (mars 2020avril 2020, mai 2020)

Si l’on comprend fort bien que le gouvernement veuille atténuer « quoi qu’il en coûte » la catastrophe sociale qui se profile, on ne peut que déplorer le court-termisme  irréfléchi qui préside à tout ceci.

Prenons les allégements de charges. Si c’est l’une des solutions privilégiées pour redonner de l’allant à notre économie, pourquoi ne nous posons-nous pas plus de questions sur la lourdeur globale de notre modèle social ?

Si l’on craint de voir débouler en masse les jeunes les moins qualifiés à Pôle emploi, pourquoi distribuons-nous le Bac à tout le monde, cette année encore plus que d’habitude, sous le faux prétexte de l’égalité ?

À force de demander de la « bienveillance » aux correcteurs compte tenu de la situation sanitaire exceptionnelle, le taux de réussite est passé de 88 % en 2019 à… 96 % en 2020 ! Autrement dit, sur 746 000 candidats, environ 60 000 de plus que l’an dernier vont se retrouver à l’université et plus probablement au chômage. Quitte donc à créer sur fonds publics de nouvelles formations que l’Éducation nationale a complètement échoué à délivrer.

Quant à protéger les demandeurs d’emploi les moins qualifiés à coup de contrats aidés qui n’ont jamais favorisé par la suite l’entrée dans un emploi marchand – et c’est du reste la raison pour laquelle Emmanuel Macron les avait considérablement diminué après les pics atteints sous Hollande (de presque 200 000 en 2015 et 2016 à environ 80 000 en 2018) – pourquoi ne décidons-nous pas de baisser notre salaire minimum qui s’avère être l’un des plus élevés de l’OCDE relativement au salaire médian(*) des salariés à temps plein ?

pognon de dingue

Toutes les études sérieuses montrent en effet que loin de favoriser le pouvoir d’achat, un salaire minimum trop élevé tasse les revenus vers ce salaire minimum et exclut les personnels les moins qualifiés du marché du travail.

Notons enfin que l’idée très dirigiste qui circule actuellement devant l’adversité du coronavirus de réactiver un Commissariat au Plan participe pleinement de cette fatalité du pognon de dingue déversé à fonds perdus des contribuables dans l’économie.

Bref, on dirait bien que la crise de 2008 n’a rien appris à nos dirigeants successifs. Non seulement ils n’ont pas mis à profit les périodes d’alignement des planètes (taux, pétrole et dollar bas) pour engager des réformes de structures profondes et sérieuses, mais il s’apprêtent à recommencer à nouveau les mêmes erreurs. Tout surpris par l’urgence, ils ne connaissent qu’une seule méthode, celle du « pognon de dingue » déversé par milliards dans notre modèle social dont notre économie met ensuite des années à se remettre plus ou moins bien.

Sur le web

  1. Le salaire médian partage la population en deux groupes de même effectif.

Race, genre, sexe : contre la guerre culturelle, l’esprit du libéralisme

Par Frédéric Mas

Par Frédéric Mas.

Mardi 14 juillet, démissionnait Bari Weiss, journaliste en charge des pages « opinion » du prestigieux New York Times, occasionnant une nouvelle crise au sein de sa rédaction. La journaliste, dont l’indépendance d’esprit avait été récompensée en 2018 par le Prix Bastiat de la Reason Foundation, explique avec franchise et amertume la guerre idéologique qui est en train de se dérouler dans la presse entre deux conceptions du métier :

« Les histoires sont choisies et racontées de manière à satisfaire le public le plus restreint, plutôt que de permettre à un public curieux de lire sur le monde et de tirer ensuite ses propres conclusions. On m’a toujours enseigné que les journalistes étaient chargés d’écrire la première ébauche de l’histoire. Aujourd’hui, l’histoire elle-même est une chose éphémère de plus, moulée pour répondre aux besoins d’un récit prédéterminé. »

Ce récit prédéterminé doit répondre aux impératifs idéologiques et antilibéraux du nouveau discours de la gauche identitaire, sorte de miroir de la droite identitaire de Donald Trump, dont les défenseurs se comportent comme les pires des censeurs :

« Mes […] incursions dans le domaine du « mal penser » m’ont valu d’être constamment harcelée par des collègues qui ne partagent pas mon point de vue. Ils m’ont traité de nazi et de raciste ; j’ai appris à ignorer les commentaires sur ma façon « d’écrire à nouveau sur les Juifs ».
Plusieurs collègues perçus comme étant amicaux avec moi ont été harcelés par des collègues de travail. Mon travail et mon caractère sont ouvertement dévalorisés sur les chaînes Slack de toute l’entreprise, où les rédacteurs en chef interviennent régulièrement.
Là, certains collègues insistent sur le fait que je dois être délogée si l’on veut que cette entreprise soit vraiment « inclusive », tandis que d’autres affichent des émojis de hache à côté de mon nom.
D’autres employés du New York Times me traitent publiquement de menteuse et de réactionnaire sur Twitter, sans craindre d’être sanctionnés de harcèlement par des mesures appropriées. Ils ne le sont jamais. »

L’éditorial de The Economist cette semaine s’est aussi fait l’écho de la dérive identitaire qui polarise les rédactions et assèche les esprits les mieux disposés en faveur des droits des minorités. Comme Bari Weiss, The Economist observe la polarisation identitaire en cours.

Polarisation identitaire

La dégradation du climat entre le clan de Donald Trump d’un côté et celui de la gauche révoltée par l’affaire George Floyd y est qualifiée de véritable « guerre culturelle centrée sur la race ». Les libéraux se sont tout naturellement rangés en faveur de la justice et contre le racisme, mais font aujourd’hui face à des concurrents gauchistes issus des universités qui rejettent la notion de progrès :

« [Cette approche] définit tout le monde en termes de race, et toute action comme raciste ou antiraciste. Elle n’est pas encore dominante, mais elle se répand au-delà des universités dans la vie quotidienne. Si elle devait supplanter les valeurs libérales, alors l’intimidation refroidirait le débat ouvert et sèmera la division au désavantage de tous, des Noirs comme des Blancs. »

Comme Bari Weiss dans sa lettre de démission, comme les 150 intellectuels progressistes qui se sont mobilisés dans The Harper’s Magazine contre la cancel culture, et maintenant comme The Economist, les esprits se mobilisent pour défendre le libre-échange des idées et la liberté de débattre menacés par le clanisme identitaire.

En France, les entrepreneurs identitaires n’ont pas encore totalement phagocyté le débat public, mais les intimidations et les démonstrations de force se multiplient, souvent relayées par des médias complaisants.

Notons aussi qu’aujourd’hui, la gauche anglo-américaine se réveille en voyant que la nouvelle génération veut la faire taire brutalement. Combien d’entre eux s’étaient mobilisés hier pour la liberté d’expression en faveur des conservateurs et les libéraux classiques quand ils étaient exclus des campus, des réseaux sociaux et des médias ?

Unis dans la défense du libéralisme politique

La défense du pluralisme professée par les Peter Thiel, les Charles Murray ou les Niall Ferguson avait-elle été entendue avant que la crise ne dévore la gauche elle-même ? Il a fallu que la crise touche toutes les rédactions pour qu’enfin la mobilisation se face en faveur des valeurs du libéralisme politique, au plus grand bénéfice de tous.

The Economist rappelle que la nouvelle idéologie raciale en vogue à l’extrême gauche est fausse, dangereuse, et surtout totalement superflue. Le libéralisme offre une voie plus juste et plus prometteuse que ses concurrents. Il défend la dignité de l’individu et l’égalité en droit et en moralité de tout le monde, quelle que soit la couleur de sa peau. Il défend le progrès construit sur le débat et l’argumentation et privilégie la raison et l’empathie sur l’intolérance et le mensonge.

C’est d’ailleurs pour ces raisons qu’il ne craint pas la contradiction, s’enrichit des nouvelles expériences et des nouvelles voix qui apparaissent au sein du débat public, et reconnait ses erreurs passées ou ses limites. Ce que dit l’éditorial de The Economist va bien au-delà de la question de la race, et s’applique aussi aux questions portant sur le genre, la classe sociale ou les inégalités économiques. Le message doit être entendu.

Et maintenant, chômage et extorsion fiscale pour tous

Par h16
chômage

Par h16.

Entre les flonflons nationaux et petite balade impromptue aux Tuileries, le 14 juillet du président Emmanuel fut bien rempli et aura été l’occasion pour lui d’assommer une nouvelle fois le pauvre peuple français avec une intervention sans intérêt si ce n’est celui de rappeler que le chômage allait exploser ses records…

Oui, apparemment, il sera difficile de camoufler un million de chômeurs supplémentaires. C’est ballot.

C’est ballot mais c’est intéressant pour un pays qui vivait semble-t-il fort bien une situation de chômage élevé depuis les années Mitterrand où il avait été finement calculé par l’intelligentsia socialiste du moment qu’une masse dodue de chômeurs, pas trop mal indemnisés quitte à creuser la dette, permettait d’une part de s’assurer un certain coussin électoral (indispensable lorsque le but n’est pas le bonheur du peuple mais de conserver le pouvoir), et d’autre part de donner des éléments de pression sur les salaires, ce que les entreprises issues du capitalisme de connivence ne rechignèrent guère à accepter à bras ouverts.

En pratique, le modèle social français s’est fort bien accommodé de ce chômage massif jusqu’à présent tant que ces chômeurs se tiennent tranquilles et tant que le reste de la population peut bénéficier des fruits de la croissance. Avec la crise sanitaire puis économique, la donne change suffisamment, d’autant qu’on peine depuis quelques décennies à distribuer les fruits de la croissance et que les chômeurs (ou ceux qui risquent de le devenir au moindre tremblement économique) ne se tiennent plus trop tranquilles.

La saillie de Macron dans ce contexte devient particulièrement savoureuse puisqu’elle augure d’un futur quelque peu rocailleux : d’un côté, les rentrées fiscales vont s’effondrer, de l’autre, les dépenses sociales explosent, et au milieu, le contribuable semble assez peu décidé à faire une croix sur à peu près tous les services que ses impôts étaient censés payer, sans pour autant voir fondre ses prélèvements.

Même le gouvernement, pourtant généralement assez loin de ces considérations terre à terre et peu concerné par les problèmes de fin de mois, a commencé à comprendre qu’un nuage gris s’accumulait à l’horizon.

Heureusement, il a pris la mesure du problème à bras le corps : Castex, l’énarque bureaucratique en charge des affaires courantes (formellement, il serait Premier ministre) a par exemple bien saisi que la lutte contre le chômage serait la priorité absolue top number one du gouvernement, et s’est donc immédiatement fendu d’un « plan vélo très ambitieux », ce qui donne une mesure assez précise de la décontraction générale des ministres face au problème.

Et si l’à-propos d’une telle mesure musclée échappera sans doute à ceux qui ne sont pas adeptes de la pensée complexe macronienne, souhaitons malgré tout que la multiplication des petits biclous ne provoque pas en France les mêmes embouteillages vélocypédiques qu’en Belgique où la compagnie ferroviaire du plat pays commence déjà à pleurnicher d’une bousculade dans ses trains. Gageons que, ici comme ailleurs, l’anticipation sera reine et qu’il n’y aura donc aucun souci à prévoir de ce côté.

Bref, c’est décidé : la lutte contre le chômage sera donc l’affaire de tous dans les prochaines semaines…

À commencer par toute la Ligue des Bureaucrates Extraordinaires, depuis l’inspection du travail jusqu’à l’URSSAF en passant par Bercy : en ces temps difficiles, il n’est pas question que le moindre centime manque à l’appel du Trésor public, il n’est pas question que le moindre sou soit détourné de ses objectifs solidaires et citoyens, ou que la moindre goutte vivifiante d’État Républicain Indispensable À La Survie Des Français ne vienne pas abreuver les miséreux et les orphelins.

Pour cela, il va donc falloir renforcer les contrôles car on a bien compris qu’en réalité, profitant honteusement de cette crise sanitaire gérée de main de maître par un gouvernement au taquet, les entreprises se sont toutes relayées pour venir s’empiffrer de subventions, d’aides et de chômage partiel.

Eh oui : tout indique qu’il y a eu des fraudes, du détournement, des abus et de scandaleux petits arrangements avec la réalité, ce qui impose donc que le privé soit maintenant sévèrement contrôlé. Et lorsqu’on voit l’importance des montants évoqués, on frémit : les fiers services de Bercy ont ainsi identifié 1740 opérations frauduleuses, ce qui représente tout de même plus de 1,7 milliard ah non pardon million d’euros de préjudice, et ce alors que des versements de plus de 6 millions ont pu être arrêtés. Ouf. Avec une moyenne de près de 1000 euros de détournement par affaire, on voit que l’État a évité le pire…

Et au-delà de ces sentiments de fraude immenses fraudes massives, il s’agira aussi d’aller récupérer du pognon là où il se trouve. Or, si la crise a véritablement sonné le glas d’un nombre effarant d’entreprises et de commerces en France, elle a aussi fourni une opportunité en or pour certaines sociétés de placer leurs services et leurs produits.

Et ça, en France, cela s’appelle profiter du malheur des autres : si c’est parfaitement autorisé et même conseillé chez les socialistes, c’est en revanche parfaitement interdit pour le reste de la société et formellement combattu par toute l’administration qui s’est donc chargée de remettre un peu d’ordre dans tout ça en lançant une vaste campagne de contrôles serrés auprès de toutes les entreprises qui ont eu l’impudence de sortir bénéficiaires de cet épisode douloureux.

Ainsi, en matière de contrôles fiscaux, la priorité sera donnée aux secteurs d’activité qui ont tiré profit du confinement, comme par exemple les plateformes d’e-commerce, de télécommunications, les opérateurs télécoms ou les éditeurs de jeux vidéo en ligne, les plateformes de streaming

Avouons que l’idée même de taper sur ces entreprises qui ont su tirer leur épingle du jeu pourri de cette première moitié d’année est une idée d’autant plus lumineuse que, comme l’a admis Président Manu, le chômage va exploser ! Rien de tel qu’un bon gros contrôle fiscal bien sévère pour inciter ces plateformes, ces opérateurs et ces services à embaucher en période de crise, tiens !

—-
Sur le web

Jean Castex, l’homme des « territoires » au secours de Jupiter

Par Frédéric Mas
Jean Castex

Par Frédéric Mas.

Certains se sont amusés de son accent, d’autres se sont scandalisés qu’on puisse s’amuser de son accent. Jean Castex n’est pas un technocrate comme les autres, c’est un « homme des territoires », attaché à la démocratie locale et au terrain, si on en croit ses promoteurs.

Derrière l’énarque, ancien conseiller à la Cour des comptes et désormais Premier ministre, il y a l’élu du Sud-Ouest au parcours atypique. La communication gouvernementale pour nous vendre le nouveau collaborateur d’Emmanuel Macron mise donc sur ses origines, comme pour faire oublier la « verticalité » du pouvoir bureaucratique, la morne uniformité de ses élites et son emprise à la fois tentaculaire et impuissante sur ces fameux « territoires ».

Derrière Jean Castex, le pouvoir central

C’est toujours le Premier ministre et le pouvoir politique parisien qui font la pluie et le beau temps dans le pays. Parler de « territoires », c’est admettre que la France se divise en deux, Paris et le reste.

Jean Castex a beau être élu local, comme le fut Édouard Philippe avant lui, ce n’est pas ce qui compte au sein des institutions de la Ve République. Structurellement, le déséquilibre en faveur de l’exécutif donne à la technocratie un poids bien supérieur à celui des élus dans la fabrique des décisions publiques1.

Pour gouverner, Emmanuel Macron s’est largement appuyé sur la haute fonction publique, quitte à négliger, voire à mépriser les élus, en particulier ceux des collectivités territoriales. Les élections municipales n’ont fait que confirmer cette coupure entre l’exécutif et les pouvoirs locaux.

Qu’il s’agisse de taxer, de réglementer la circulation sur les routes, de gérer la crise sanitaire, ou de la liberté d’expression, c’est toujours au pouvoir central de décider, quel qu’en soit le coût pour l’ensemble de la population, conformément à l’esprit des institutions voulues par le général de Gaulle.

Entre le Macron aux accents libéraux de la campagne présidentielle, et celui aux accents bonapartistes de sa pratique du pouvoir, on est passé, selon le bon mot d’Alain Madelin, du « laissez faire » au « laissez-moi faire2 ».

Jean Castex, Monsieur déconfinement

Jean Castex a fait ses preuves comme « Monsieur Déconfinement », au moment où la France a momentanément été absorbée par sa superstructure bureaucratique.

L’État d’urgence sanitaire a confié la conduite politique, économique et sociale du pays à ces experts autoproclamés, chargés de confiner et de nous déconfiner dans les moindres détails en sacrifiant nos libertés et notre prospérité.

Ce moment orwellien que nous sommes en train d’effacer de nos mémoires a visiblement été vécu par certains comme un triomphe méritant louanges et récompenses.

Aujourd’hui, Jean Castex ne semble pas plus attaché aux libertés que ses prédécesseurs. Ses propos inquiétants sur l’anonymat sur internet promettent la même tempérance que Laetitia Avia sur le sujet.

C’est pourtant de la vitalité de la société civile que sont nées les solutions de sortie de la crise sanitaire. Sans la vigueur de nos entreprises, l’ingéniosité des citoyens et l’endurance de nos commerces et des pouvoirs locaux, les décisions du pouvoir central seraient restées de l’ordre du flatus vocis.

Espérons tout de même que notre nouveau Premier ministre « issu des territoires » modère le centrisme autoritaire macronien et introduise un peu de subsidiarité dans son logiciel de fonctionnement.

  1. Philippe Raynaud, L’esprit de la Ve République, Perrin, 2017.
  2. Cité in Jean-Marc Daniel, La valse folle de Jupiter, L’archipel, 2018.

La généralisation des caméras-piéton : un nouveau leurre ?

Par Yannick Chatelain
caméras-piéton

Par Yannick Chatelain.

L’évolution technologique « naturelle » des caméras-piéton traditionnelles va vers celles dotées de technologie de reconnaissance faciale.

Aux États-Unis, dans un contexte d’extrêmes tensions suite au drame Georges Floyd et dans la dynamique du mouvement initié en 2013 dans la communauté afro-américaine Black Live Matters, des entreprises se sont désengagées de ce marché à destination des forces de l’ordre.

Certaines de façon définitive à l’instar d’IBM qui se refuse à servir le profilage racial et la surveillance de masse, d’autres de façon temporaire, comme la société Microsoft et Amazon, tandis que des structures moins connues continuent, elles, d’arpenter le chemin de ce marché prometteur.

Sans parler de la problématique évoquée ci-dessus, on peut considérer que la destinée prévisible des caméras-piétons pour les forces de l’ordre est d’intégrer la reconnaissance faciale, outre ce recul aux États-Unis liée à un manque de fiabilité de cette technologie, et à un contexte très particulier.

En France, avec les problématiques de contrôles liés au faciès, c’est un nouveau pas en avant qui a été annoncé le 14 juillet, par le président de la République. Évoquant ces derniers Emmanuel Macron a déclaré :

Ça fait trop longtemps qu’on parle de ça, nous allons tout reprendre et généraliser avant la fin du quinquennat les caméras-piéton, qui permettent sur ces sujets comme sur celui des modes opératoires de rétablir la confiance entre la population et la police […] de retracer la vérité des faits.

Caméras-piéton : quand la solution deviendra le problème ?

Des caméras-piéton pour tous les policiers, est-ce là une réponse adaptée pour agir sur la défiance qu’évoque le chef de l’État ? Et ce dans une société qui serait devenue plus violente ? Outre l’effet d’annonce,  cela aurait pour objectif de protéger tant la population que les policiers et de recréer un lien présenté comme rompu ?

Deux remarques :

1. À notre société souvent présentée comme plus violente que les décennies précédentes s’oppose une réalité plus nuancée. Selon Jean-François Dortier, certains politiques instrumentalisent ce sentiment perçu de violence par la population « parce que c’est du pain bénit pour des politiques contestataires de toutes formes, parce qu’utiliser soit la répression policière pour les uns comme moyen de mobilisation ou au contraire, des formes de mobilisation populaire comme étant le signe d’un chaos, c’est un moyen politique de pouvoir indiquer un danger, et rien n’est mieux que le danger dans la politique pour proposer une solution nouvelle et une sortie du chaos. »

2. Si l’intention apparaît louable, est-elle pour autant réalisable, et ce avant même de franchir ce qui pourrait être un nouveau cap que j’ai évoqué (l’intégration de la reconnaissance faciale) ?

Cette volonté affichée ne présente-t-elle pas de potentiels effets contre-intuitifs, et in fine ne va-t-elle pas ajouter de la défiance à la défiance ? Tout en occultant, pour prétendument prévenir des dérives individuelles, la responsabilité des donneurs d’ordres, lors de certains dérapages qui n’ont eux absolument rien d’individuel ?

Des dérapages qui peuvent se produire lorsque le recours au ketling est utilisé (cf polémique de la Pitié-Salpêtrière), les forces de l’ordre ne faisant alors qu’obéir aux ordres et étant dans leur rôle républicain.

Le 10 juillet 2020, dans son dernier rapport adressé au nouveau ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, le défenseur des droits a réclamé une nouvelle fois, avant de passer la main à Claire Hédon, l’interdiction des nasses lors des manifestations et un changement de doctrine. Sera-t-il enfin écouté ?

Ajouter de la défiance à la défiance ? Quid des donneurs d’ordres ?

Pour revenir à notre sujet, le risque d’ajouter de la défiance à la défiance existe, et ce pour plusieurs raisons : d’une part la police n’a de cesse de réclamer davantage de formations, d’effectifs, de moyens, et la réponse d’apparence simple en forme d’évidence ne répond nullement à ses préoccupations premières. C’est un peu comme si en matière de sécurité publique on parlait d’autre chose, une autre chose qui se heurte de plus à des fondements pour le moins peu solides.

Si la fiabilité de la camera ring, équipée de technologie de reconnaissance faciale est remise en cause outre-Atlantique, les caméras-piéton qui équipent d’ores et déjà un certain nombre de nos forces de l’ordre en France se révèlent en réalité pour la plupart inutilisables.

Ainsi selon le journal satirique Le Canard Enchaîné 10 400 de ces dispositifs qui ont déjà été distribués aux forces de l’ordre, ne servent peu ou pas à cause de nombreux dysfonctionnements. Ces assertions sont confirmées par les forces de l’ordre : policiers et gendarmes déplorent la qualité des caméras actuellement à leur disposition, dénonçant des images médiocres et difficiles à exploiter ou des batteries défaillantes qui tiennent à peine plus de deux heures.

La fiabilité même des caméras-piéton traditionnelles étant mise en cause, nul besoin d’être grand clerc pour émettre l’hypothèse que dans le cadre d’un déploiement qui serait généralisé, tout dysfonctionnement lors d’une interpellation difficile d’un forcené donnera libre cours à tous les fantasmes ! La solution présentée comme miracle ne faisant alors qu’aggraver le problème qu’elle serait supposée résoudre !

Un autre principe de réalité, c’est que s’il s’agit, dans le discours tenu par la présidence, d’équiper l’ensemble des forces de police, il convient de rappeler que l’ensemble des effectifs de la police nationale n’est pas sur le terrain, mais nous parlons d’un effectif avoisinant les 150 000 policiers toutes catégories confondues ; dans le cadre de cette généralisation annoncée, il s’agirait non plus d’une dizaine de milliers d’équipements, mais d’un quantitatif bien plus conséquent, quantitatif qui n’a pas été précisé.

Il est à noter que l’usage de ces caméras – déjà effectif pour les gendarmes et policiers –  a été étendu aux policiers municipaux par une loi du 3 août 2018 (article L. 241-2 du Code de la sécurité intérieure), enrichie d’un décret du 27 février 2019 (mais aussi, à titre expérimental aux sapeurs-pompiers et aux surveillants de prison). L’équipement des agents en caméras doit faire l’objet d’un arrêté préfectoral d’autorisation, demandé par le maire (ou les maires, en cas d’agents mis à disposition d’une intercommunalité.

Le ministère rappelait que l’équipement des polices municipales est éligible au fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD). La subvention pourra couvrir 50 % du coût dans la limite de 200 euros par caméra. *

Si j’apporte cette précision, c’est parce que cela vient renforcer le système pervers d’une société vantant les bienfaits de la surveillance de masse à des fins sécuritaires totalement illusoires, parfois électoralistes. Une logique qui s’apparente de fait à celle déjà appliquée aux caméras de vidéo-surveillance comme le pointait Guillaume Gormand dans ses travaux lorsqu’il notait une similitude entre le modèle britannique de déploiement de la vidéo-surveillance de masse par Martin Gill, et le modèle français. Une sorte de toujours plus de la même chose s’appliquant ici aux caméras-piéton.

Le leurre des caméras-piéton

Admettre qu’il s’agit d’une technologie fiable conforme aux attentes légitimes des forces de l’ordre, et qu’un déploiement effectif de ces solutions palliatives sera fait, reste, à ce stade, de l’ordre de l’incantatoire.

Par-delà la problématique du potentiel contre-intuitif d’une telle approche, par-delà une réponse qui m’apparaît peu en adéquation avec les demandes formulées par les forces de l’ordre, la question qui demeure posée reste sans réponse : en quoi cela améliorera-t-il la sécurité des citoyens sur notre territoire ?

Comme le rappelait Fabien Vanhemelryck, secrétaire général du syndicat Alliance en juin 2020 :

La police est républicaine, elle ne choisit pas sa délinquance, elle ne choisit pas la couleur de la délinquance […] et elle sauve des vies quelle que soit la couleur de la peau de l’individu.

Dont acte.

En revanche, la violence de nos forces de l’ordre, qui obéissent à des ordres, peut être mal perçue par la population, par-delà des cas isolés de dérapages inacceptables. Il serait grand temps que les donneurs d’ordres ne détournent pas l’attention de la population par ce type d’opérations gadget pour se soustraire à leurs responsabilités ! Des violences collectives des forces de l’ordre contre la population ont été perpétrées lors de mouvements sociaux, elles n’étaient absolument pas à leur initiative ! Elles étaient dans leur rôle républicain, à contrecœur certainement et pour un certain nombre, épuisées, éreintées, mais dans leur rôle : obéir aux directives et aux ordres.

Il en va de la responsabilité des citoyens respectueux de notre République, comme le sont nos forces de l’ordre, de ne pas se tromper de coupables. De respecter ceux qui se refusent encore aujourd’hui avec loyauté et honneur à la désobéissance civile pour faire tenir debout notre démocratie. Lorsque des CRS posent à terre leurs casques en signe de paix, seul un inconscient décérébré ne comprenant pas leur désarroi peut dans ce contexte de tension extrême oser leur jeter une première pierre.

« Il n’est pas de gouvernement qui ne soit coupable. Par ce qu’il couvre. » Henry de Montherlant

 

La biologie pour éclairer les sciences humaines, avec Peggy Sastre (partie 1)

Par Pierre Schweitzer
peggy sastre

Par Pierre Schweitzer.

Épisode #8 (partie 1)

Pourquoi les femmes se poussent-elles mutuellement à ressembler à ce que veulent les hommes ? D’où viennent nos penchants racistes et pourquoi nous ont-ils souvent servis ? Pourquoi l’université devient-elle peu à peu une coquille vide où le débat contradictoire disparaît ?

Voilà quelques-unes des questions auxquelles nous tentons de répondre avec mon invitée du jour. Peggy Sastre est journaliste, auteur, et docteur en philosophie des sciences. Elle publie régulièrement sur des sujets d’actualité dans des revues telles que Slate, Marianne, Le Point et Causeur. Très critique à l’égard des tendances marxisantes et identitaires du mouvement féministe post-moderne intersectionnel, elle défend sans relâche la liberté d’expression aujourd’hui attaquée de toutes parts.

Interview et production par Pierre Schweitzer. Pensez à vous abonner et faites-nous part de vos commentaires.

Si le lecteur audio contenant l’épisode ne s’affiche pas dans l’article, cliquez directement ici pour l’écouter. 

Liens mentionnés dans l’émission :

Pour nous contacter : 

redaction@contrepoints.org
pierre.schweitzer@liberaux.org
Sur Twitter : @Schweitzer_P

 

Vous pouvez soutenir ce travail bénévole en faisant un don : https://www.contrepoints.org/aider-contrepoints

Retrouvez les épisodes précédents :

#0 avec Emmanuel Martin 

#1 avec Stéphane Courtois

#2 avec Frédéric Prost

#3 (partie 1) avec Jean-Pierre Chamoux

#3 (partie 2) avec Jean-Pierre Chamoux

#4 avec Frédéric Mas

#5 avec Nicolas Marquès

#6 (partie 1) avec Daniil Gorbatenko

#6 (partie 2) avec Daniil Gorbatenko

#7 avec Ferghane Azihari

Ces Français des villes contre ces Français des champs

Par Patrick Aulnas
citadins

Par Patrick Aulnas.

S’agit-il d’une simple impression ? La presse mainstream, les chaînes d’information, les émissions dédiées à l’actualité (type C’est dans l’air sur la Cinq) semblent refléter de plus en plus la vision des citadins. Et même des seuls citadins des grandes villes.

Si vous résidez dans une petite commune de quelques milliers d’habitants, a fortiori en zone rurale, vous avez certainement le sentiment de faire partie des grands oubliés. Pire, vous ressentez sans doute une forme de mépris.

L’avenir appartiendrait aux grandes villes, au logement collectif, aux grandes tours végétalisées, aux transports en commun bondés. Voire.

Citadins : courage, fuyons la ville !

Pour accepter le mode de vie des très grandes villes, il faut y avoir été conditionné dès l’enfance ou être soumis aux dures lois de l’économie. Mais la vraie vie est ailleurs. L’espace d’une maison individuelle et d’un jardin vaut mieux que les petites cases privatives des immeubles en copropriété. Les champs, les forêts, les chemins herbeux, les rivages côtiers, bref la nature véritable n’ont strictement rien en commun avec les pitoyables créations architecturales couvertes de végétaux atrophiés.

Et malgré la propagande politique, qui pourrait prétendre que le métro ou le bus sont plus agréables que la voiture individuelle ? Vous avez vu beaucoup de politiciens ou de dirigeants de grandes entreprises emprunter les transports en commun ? Non, ils les préconisent pour le vulgum pecus mais utilisent leur voiture avec chauffeur et parfois leur jet privé. L’empreinte carbone réduite, c’est pour les autres.

Et ne venez surtout pas objecter qu’ils compensent en plantant des arbres ou en investissant dans les énergies renouvelables ! Ces mécanismes moralement odieux sont la transposition contemporaine du commerce des indulgences, qui permettait aux riches d’obtenir des prêtres catholiques la rémission de leurs péchés en versant des espèces sonnantes et trébuchantes. Honteux, inadmissible aujourd’hui !

Les cadres dirigeants et supérieurs possèdent d’ailleurs très fréquemment une résidence secondaire. Ils peuvent se permettre de ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier. L’exode d’un grand nombre de Parisiens pendant le confinement a montré la duplicité du discours encensant la ville et ses avantages.

Les malheureux qui y sont restés bloqués ont alors compris l’hypocrisie de ceux qui participent de près ou de loin à l’exercice du pouvoir politique ou économique. Par médias interposés, ils ont le monopole du verbe, mais sous la paille des mots, chacun a découvert le grain des choses : « Vous avez une chance inouïe de vivre dans une grande ville, mais moi j’ai le choix et à la première alerte, je décampe. » Morale de petite crapule opportuniste mettant son savoir au service des puissants, par intérêt, rarement par adhésion.

La vague verte, une pure invention de citadins riches

La détestable arrogance des citadins aisés est apparue à nouveau de façon caricaturale à l’occasion du deuxième tour des élections municipales. À l’annonce des résultats, il n’était question que de vague verte. Les écologistes avaient, soi-disant, remporté une grande victoire. Politiciens, journalistes, intellectuels de service étaient unanimes : l’écologie avait le vent poupe et venait de réussir une percée historique.

Tous ces commentateurssont des citadins qui habitent en général la capitale. Ils ne voyaient rien d’autre que leur environnement quotidien et leurs petites marottes intellectuelles concernant la fin du monde annoncée par l’idéologie en vogue. Aussi étaient-ils incapables de regarder la réalité en face : il n’y a jamais eu de vague verte que dans leur esprit embué.

Les écologistes ont certes conquis sept des 42 villes françaises de plus de 100 000 habitants : Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Tours, Annecy et Besançon et Grenoble. Mais sept sur 42, c’est une vaguelette. Et du fait de l’abstention massive, les résultats ne sont absolument pas significatifs politiquement.

Prenons l’exemple de Lyon pour le second tour, transposable aux autres villes :

62 % des électeurs inscrits s’étant abstenus, la liste gagnante n’a obtenu que 19 % des suffrages de ces inscrits. Or cette liste résultait de l’alliance de neuf partis politiques : Europe Écologie Les Verts, La France insoumise, Gauche républicaine et socialiste, Ensemble !, Mouvement républicain et citoyen, Parti socialiste, Parti communiste français, Génération·s, Place publique, Nouvelle Donne.

Il s’agit donc tout simplement d’une coalition des partis de gauche et d’extrême gauche bâtie sur l’impopularité d’Emmanuel Macron et le rejet de Gérard Collomb, ancien maire de Lyon et ministre de l’Intérieur de Macron.

Cette victoire à Lyon traduit surtout un opportunisme écologiste. EELV a fait feu de tout bois pour l’emporter dans des circonstances tout à fait exceptionnelles. Petite victoire mais grand tapage médiatique.

En élargissant la focale sur les 3168 villes qui comptent plus de 3500 habitants, EELV n’en a remporté qu’une trentaine, soit moins de 1 %. Et en considérant les presque 35 000 communes de France, le score écologiste devient vraiment pitoyable puisque l’élection n’est pas politisée dans les petites communes.

La rupture avec le peuple de France

Selon l’INSEE, la population française se répartit comme suit en fonction de la densité de population :

  • 781 communes denses représentant 37,7 % de la population totale ;
  • 3407 communes de densité intermédiaire représentant 29,6 % de la population totale ;
  • 30 782 communes peu denses ou très peu denses représentant 32,7 % de la population totale.

Les deux-tiers des Français résident donc dans des petites communes. Ils ont un mode de vie auquel ils tiennent et que les priorités écologistes ne peuvent que dégrader.

Mais les catégories socio-professionnelles supérieures vivant dans les grandes villes monopolisent la parole et déforment la réalité en choisissant les thèmes jugés par elles importants et correspondant à leur intérêt. La connivence entre politiciens, journalistes et cadres est de plus en plus apparente et de plus en plus mal supportée.

La condescendance affichée de ces catégories envers « les territoires », qui représentent pourtant l’essentiel du pays, révèle un entre-soi insupportable. Sous couvert d’objectivation, le vocabulaire de l’énarchie, repris sans aucun esprit critique par les médias, dénote un mépris qui conduit à une rupture profonde entre ceux qui décident ou commentent et l’écrasante majorité, qui subit leurs diktats sans y adhérer.

Le risque politique ne cesse de croître. Alors, réveillez-vous, décideurs petits et grands ! Parlez des Français et de leurs préoccupations, pas de vos angoisses de fin du monde. Méprisez la créativité linguistique hasardeuse, souvent totalement ridicule, de l’énarchie. Ne vous comportez pas en donneurs de leçons dans un monde dont personne, et surtout pas vous, ne connaît l’avenir.

 

Électricité : un blackout comme dans les années 1970 ?

Par Sébastien Richet
blackout

Par Sébastien Richet.

Nous sortons à peine de la crise du coronavirus qu’on nous réassène sereinement la venue dans un futur proche, d’ici 2022 au plus tard, d’un blackout national, c’est-à-dire d’une incapacité à fournir l’électricité que les Français et leur industrie demandent avec, pour conséquence, l’effondrement généralisé du réseau.

Le blackout, qu’est-ce donc ?

Depuis la fin de la mise en service de nouvelles productions pilotables (centrales thermiques – nucléaire, gaz, charbon – et hydrauliques vers le milieu des années 1990), la consommation des Français a continué d’augmenter comme elle le fait quasiment partout dans le monde. Par exemple, les réseaux pour l’internet et la téléphonie portable consomment plus de 3 % de l’énergie produite en France.

On a bien ajouté des énergies non pilotables (éolien et solaire) mais bien qu’en puissance théorique importantes, elles ne comptent en fait que pour quelques pourcents de la consommation usuelle, c’est-à-dire quand on en a besoin. Qui plus est, par leur absence de modulation intrinsèque, elles contribuent à la perte de fréquence du réseau donc elles le fragilisent.

Aujourd’hui, après avoir sacrifié le « palier N4 » sur l’autel de le politique – nous devions avoir des réacteurs tout neufs construits au fil du temps pour compenser l’augmentation de la consommation – et alors que nous sacrifions de nouveau Fessenheim (2 % de la production nationale), on nous annonce que l’électricité va manquer.

On devra procéder au mieux à des coupures (je me rappelle cette époque dans les années 70 où le courant était coupé et où allumer une lampe n’était pas garanti – pas plus que réfrigérer de la nourriture), ce qui ressemble à s’y méprendre à la situation des pays en voie de développement, mais pire, à un blackout, c’est-à-dire une perte généralisée du réseau.

Ce qui est choquant est que cela est présenté comme une chose inéluctable qui a du bon… puisque lié à l’essor des énergies intermittentes.

Le blackout a du bon, vraiment ?

  • Celui de faire mourir prématurément des personnes fragiles ou d’augmenter les risques de coupures dans les hôpitaux (panne des diesels de secours peu entretenus faute de moyens) ?
  • Ou celui de coûter plusieurs milliards d’euros par jour sans électricité alors que la France doit faire face à la crise économique liée au virus Corona ?
  • Celui de convaincre les entreprises de délocaliser encore plus vers des pays où l’électricité est dorénavant garantie ?
  • Ou encore être responsable de la chute de l’ensemble du réseau européen par effet domino ?

C’est folie que tout cela !

Arrêtons le massacre et remettons notre industrie énergétique en ordre de marche, il en va de la santé physique morale et économique des Français !

Nous devons engager d’autres chantiers, cesser de découpler nos moyens de production et redonner à EDF les moyens de se développer de nouveau au fil des besoins de notre pays, voire au-delà pour permettre à notre balance commerciale d’afficher des bénéfices.

Un article initialement publié en juillet 2020.

Que retenir de l’interview de Jean Castex au JT de 20 heures ?

Par Margot Arold

Par Margot Arold.

Jean Castex était sur le plateau du journal de France2, interrogé par Laurent Delahousse.

Sur les masques

Rien de très nouveau, sur le sujet. Jean Castex déplore un relâchement dans le comportement des Français (et mis devant les images, il a dû aussi reconnaître que les ministres eux-mêmes ne donnaient pas vraiment l’exemple).

Il a expliqué que le décret à venir comporterait l’établissement de sanctions pour non port du masque. Ainsi, après « les masques sont inutiles », puis « il faut mettre des masques », nous aurons droit à « vous serez verbalisés si vous n’en portez pas ». Ce grand écart ne semble pas gêner le moins du monde les membres du gouvernement.

Sur la réforme des retraites et chômage

Jean Castex décale à janvier toute discussion sur la réforme, ainsi que sur celle de l’allocation chômage. Si les partenaires sociaux semblent plutôt satisfaits, on peut quand même douter des solutions qui seront mises en œuvre pour lutter contre le chômage.

En effet, le Premier ministre a expliqué qu’il souhaitait « s’adapter » au maximum au nouveau contexte, à la crise économique. En l’occurrence, le nombre élevé de chômeurs attendu en crise post-Covid lui fait dire qu’il faut rediscuter sur de nouvelles bases.

Afin de lutter contre ce chômage dramatique à venir, il propose que l’État aide les chômeurs à se former et à se réorienter. Quand on voit le beau travail effectué par Pôle Emploi et qui est dénoncé par la Cour des comptes, qui pointe du doigt l’absentéisme élevé du personnel et les primes élevées, on peut se risquer à douter de l’efficacité de ces mesures.

Sur la taxe d’habitation

Sa disparition en 2023 pour tous semble toujours à l’ordre du jour. Il ne souhaite pas remettre en cause certaines décisions prises par le gouvernement précédent. Ainsi que l’a rappelé Jean Castex : « L’économie c’est la confiance ».

Qui va payer pour tout ça ? Nos enfants ?

À cette question de Laurent Delahousse, Jean Castex évacue rapidement le problème : sans nier, il contourne la question. D’abord, c’est l’  »Europe qui paiera »  ; ensuite, « il y aura un allongement de la dette ». On croirait entendre « C’est pas cher, c’est l’État qui paie ».

Et « l’Europe, entité abstraite, c’est qui ? Et qui paiera la dette dans ce délai rallongé ? Jamais ces questions ne sortiront de la bouche de Laurent Delahousse qui, bien que n’obtenant pas de réponse directe à sa première question, ne cherchera pas à mettre le Premier ministre dans l’embarras. Qui veut voyager loin ménage sa monture…

Restaurer l’autorité de l’État

« À tous les ennemis de la République, de la laïcité, à tous les séparatistes », Jean Castex assure que la législation sera durcie.

Il promet aussi une augmentation des moyens humains et matériels pour l’autorité judiciaire.

Enfin, l’énarque terminera sur le refrain de l’ « homme des territoires », du terroir, assumant son attachement à sa région tout en reconnaissant apprécier la vie à Paris. Ce « en même temps » tellement politicien ne sera pas pour déplaire au Président.

« Pas d’impôt nouveau pour redresser la France ». Vraiment ?

Par Jean-Philippe Delsol
impôt

Par Jean-Philippe Delsol.
Un article de l’Iref-Europe

Après le Covid, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire avait redit le 15 juin « Je ne suis pas favorable ni à des augmentations d’impôts, ni à des créations de nouveaux impôts, ni à des créations de nouvelles taxes ». « Tout simplement, expliquait-il, parce que nous avons déjà une pression fiscale qui est une des plus fortes des pays développés ». Pourtant déjà les projets fusent pour taxer les uns ou les autres.

Les GAFA corvéables à merci

Différé au cœur de la crise sanitaire, le projet de l’OCDE de créer une taxe mondiale sur les activités numériques des multinationales revient en force. L’idée, toujours la même, est d’instaurer un taux minimum d’imposition de ces multinationales « digitalisées », sans doute autour de 12,5 % – correspondant au taux d’imposition irlandais et au taux minimum déjà instauré aux USA- d’une part et de répartir l’impôt entre les pays où la valeur est créée et ceux où elle est « consommée ».

Pourtant traditionnellement, ce sont les taxes indirectes, la TVA notamment, qui permettent de taxer la consommation. La TVA sur la publicité ou les ventes de données en France par les GAFA devrait représenter déjà d’importantes recettes fiscales.

D’ailleurs, selon les nouvelles règles internationales de répartition, encore à valider, la France serait sans doute perdante, mais une sorte de rage idéologique incite Bruno Le Maire à s’obstiner dans ce projet au risque que les États-Unis, qui s’opposent à l’adoption d’une telle mesure dès cette année, prennent des mesures de rétorsion douanière très coûteuses contre la France.

« Nous appliquerons, quoi qu’il arrive, une taxation aux géants du digital en 2020, parce que c’est une question de justice », a-t-il assuré. S’il est tant occupé de justice internationale, qu’il fasse tout son possible pour empêcher les mesures liberticides imposées à Hong Kong par la Chine. Mais le gouvernement français est sinistrement silencieux sur ce sujet

Taxer le foncier

La Direction générale du Trésor a publié le vendredi 3 juillet une note sur le logement, datée du 30 juin, préconisant la hausse de la taxation foncière.

« Le développement d’aménités publiques contribue à augmenter ou diminuer la valeur des logements, et il est justifié que la fiscalité immobilière de stock (taxe foncière notamment) serve à financer ces opérations en prélevant une partie de la rente foncière induite par l’investissement public ».

Dans ce jargon inimitable, le Trésor préconise donc une hausse des taxes foncières et/ou de l’impôt sur les plus-values. Pourtant, en France, l’immobilier est déjà surtaxé. Selon l’IREF, le foncier est cinq fois plus imposé que le travail, via les droits de transmission, l’IFI, l’imposition des revenus fonciers…

En France les prélèvements sur le capital sont près de deux fois plus imposés qu’en Allemagne. Certes, la note du Trésor n’institue aucun impôt, mais elle y prépare les esprits et comment penser qu’elle le fait sans l’accord du ministre ? Ou alors, c’est qu’il y a un dysfonctionnement au sein de la haute administration.

Il serait préférable que le gouvernement qui n’a que le mot égalité à la bouche assure l’égalité des patrimoines mobiliers et immobiliers en supprimant l’IFI et en permettant aux revenus immobiliers de profiter du Prélèvement Forfaitaire Unique à 30 %.

Il y aurait alors davantage d’investissements immobiliers, de logements construits, moins de tension sur les prix des logements et moins besoin de faire sans cesse appel au contribuable pour construire des logements sociaux (en France 18 % de la population occupe des logements sociaux contre 4 % en Allemagne).

Le retour du plan ?

Mais en France, tout doit passer par l’État. On fait croire que le nouveau gouvernement penche à droite. Mais c’est une droite anti-libérale, étatiste, collectiviste au sens où tout doit passer par le « public ».

En témoigne l’idée de ré-instituer un Haut Commissariat au Plan. On nous dira qu’il ne s’agit pas d’un Gosplan à la française. Il n’empêche, Jean Castex n’écarte pas cette possibilité sur proposition de Jean Pisani-Ferry, ancien commissaire général de France Stratégie qui a succédé au Commissariat au Plan et qui emploie à nos frais une centaine d’économistes, fonctionnaires, pour multiplier les projets de socialisation de l’économie et de la société.

Il est vrai que ce Jean Pisani-Ferry est le fils d’ Edgard Pisani, ministre de l’Agriculture dans les gouvernements de Michel Debré et Georges Pompidou, qui a publié en 1977 un ouvrage sous le titre Utopie foncière, prônant la nationalisation progressive de la totalité des terrains agricoles de France pour permettre à l’État de choisir les nouveaux exploitants à chaque occasion de décès, retraite ou départ de l’exploitant en place.

L’officine gouvernementale France Stratégie a elle-même proposé, lorsqu’elle était dirigée par Jean Pisani-Ferry, de taxer les loyers fictifs des habitations occupées par leurs propriétaires. Plus récemment, le même organisme a suggéré que l’État s’empare d’une partie de toutes les propriétés foncières privées françaises, sans indemnisation, pour couvrir le remboursement des dettes d’État.

Il s’agirait donc désormais d’institutionnaliser ces idées, de leur donner plus de force et de les faire passer à l’acte dans le cadre d’un nouveau Commissariat au Plan que  François Bayrou se verrait bien présider. Attention aux dégâts.

Vivant dans le pays le plus imposé de l’OCDE, les Français sont, certes, vaccinés à l’impôt. Mais l’excès d’impôt est déjà sans doute la cause de leur étiolement. On n’est jamais totalement mithridatisé. Et une dose supplémentaire de poison fiscal pourrait être fatale.

Sur le web

Trump cible Hong Kong pour frapper la Chine

Par Yves Montenay
hong kong destitution

Par Yves Montenay.

Pékin impose à Hong Kong une loi menaçante pour la liberté de ses habitants. L’Angleterre l’Australie et surtout les États-Unis protestent et prennent des mesures de représailles. La Chine répond qu’il s’agit d’une affaire intérieure qui ne regarde personne.

Mais Hong Kong est-il chinois ?

Une création britannique, une population particulière

Une anecdote d’abord : nous sommes dans les années 1920, le père de Lucien Bodard est consul de France à Yunan Fou, chef-lieu d’une province que certains Français rêvent de rattacher au Vietnam et y construisent pour cela un chemin de fer vers leur colonie.

La ville est gouvernée par un « seigneur de la guerre », le maréchal Tang Jiyao. L’écrivain rapporte qu’à l’annonce d’une manifestation d’étudiants, il les encercle de ses mitrailleuses et leur demande de creuser leur tombe avant de les abattre.

Plus tard, le seigneur de la guerre sent qu’il va mourir et on s’apprête déjà à tuer ses concubines qui ne doivent pas survivre au maître. Il fait venir le consul de France et lui dit : « tu es le seul dans cette ville qui puisse comprendre mon message. Mes enfants font des études en Grande-Bretagne, voici le numéro de mon compte à la Banque de l’Indochine de Hong Kong, je te charge de le leur transmettre ».

Bref, on peut massacrer les étudiants et avoir besoin de Hong Kong. Est-ce à rapprocher des hésitations de la Chine en 2019 à reprendre en main Hong Kong, de peur, disait-on, de faire baisser la valeur de l’immobilier qui appartiendrait aux plus hauts responsables politiques de Pékin.

En 1841, les Britanniques s’installent sur quelques rochers, plus tard agrandis par une presqu’île voisine. La population vient de la côte et parle donc cantonais (et non mandarin). Elle devient largement chrétienne et adopte l’anglais comme deuxième langue. Les Britanniques installent « la civilisation occidentale », par pudeur on dit aujourd’hui « leurs usages » : liberté d’entreprendre, liberté d’expression, administration et justice indépendantes et non corrompues. C’est le début de l’essor économique, en tant que porte de la Chine sans les risques du pays.

En 1949, Mao prend le contrôle de la Chine. L’élite économique perd ses entreprises de Shanghai, qui était jusque-là une ville internationale de fait et la métropole économique. Cette élite se réfugie à Hong Kong (alors de passage, je vérifie dans les statistiques officielles que la langue de Shanghai est devenue la deuxième après le cantonais). Dopé par cette immigration qualifiée et débarrassée de la concurrence de Shanghai, Hong Kong prospère. La Chine y gagne également, puisque cela lui donne une porte ouverte sur l’Occident et ses produits.

« Un pays, deux systèmes »

En 1997, sous la pression de Pékin, est signé l’accord anglo-chinois « un pays, deux systèmes » qui rattache Hong Kong à la Chine mais garantit son système politico-économique jusqu’en 2047.

Intellectuellement, tout ce qui était « colonial » était alors devenu indéfendable, et seule la population locale se demande pourquoi des libéraux chrétiens pour qui la langue chinoise est étrangère doivent-ils être citoyens d’un pays communiste et athée. Interrogation partagée par les Tibétains bouddhistes et les Ouïgours musulmans, qui ont eux aussi une langue et une culture totalement différente.

Une Chine de plus en plus allergique

Si économiquement tout se passe bien pour Hong Kong, la Chine est de plus en plus agacée par le comportement de sa population qui pousse la provocation jusqu’à célébrer chaque année l’anniversaire de la répression de Tian’anmen et à élire des députés d’opposition à l’assemblée locale.

Rappelons que la majorité des membres en sont nommés et non élus, et que beaucoup de notables de Hong Kong sont soumis à Pékin qui peut bloquer à tout moment leur activité en Chine. Mais la minorité élue, largement démocrate et soutenue par une presse libre, irrite de plus en plus.

Parallèlement la Chine adopte le « communisme à la sauce chinoise » avec une large libéralisation économique, dont les contacts avec l’étranger. Shanghai redevient une métropole pouvant éventuellement concurrencer Hong Kong, mais reste encore handicapée par la non convertibilité de la monnaie chinoise, alors que celle de Hong Kong est rattachée au dollar américain.

Après une longue hésitation, Pékin tranche en 2020 le nœud gordien en votant « la loi sur la sécurité nationale » s’appliquant à Hong Kong. Cette loi donne le pouvoir à la police et à la justice de réprimer des idées très vaguement définies, et donc pratiquement tout ce qui déplairait à Pékin.

Les opposants comprennent que la police et la justice ne seront plus celle Hong Kong, et craignent des « disparitions » précédées de torture. En quelques jours la peur s’est abattue sur la ville.

Hong Kong dans le duel Chine-États-Unis

Par ailleurs le contexte est celui du duel planétaire entre la Chine et les États-Unis. Ces derniers saisissent l’occasion au nom de leur vocation à défendre la démocratie et les libertés, ce qui leur donne un avantage moral… du moins devant l’électorat américain, ce qui est important avant la présidentielle de 2020.

Donald Trump a donc annoncé un décret mettant fin au statut commercial préférentiel de Hong Kong et une loi ouvrant la voie à des sanctions contre la Chine. « Hong Kong va désormais être traité de la même manière que la Chine (argument qui me parait logique) : pas de privilèges spéciaux, pas de traitement économique spécial et pas d’exportation de technologies sensibles ». Un point clé dont je ne vois pas de trace pour l’instant est le sort du dollar de Hong Kong qui devrait disparaître si cette logique est totalement appliquée.

De son côté, en tant qu’ancienne puissance coloniale et signataire du traité de 1997 la Grande-Bretagne prévoit de faciliter l’installation des Hongkongais chez elle, et il est probable que l’Australie et le Canada feront de même.

Hong Kong ou la Chine : qui sera puni ?

L’opinion mondiale est troublée, craignant que les sanctions défavorisent la population de Hong Kong plutôt que la Chine. Je ne suis pas tout à fait cet avis, car tout ce qui nuit à Hong Kong nuit à la Chine.

Si pour des raisons d’orgueil national il n’est pas question que la Chine recule sur les principes, des arrangements discrets sont toujours possibles. Mais globalement tout cela va dans le sens de l’approfondissement de la divergence entre la Chine et le reste du monde. Or concrètement et par conviction personnelle, je pense que la pagaille démocratique occidentale sera à long terme plus créative que l’autocratie chinoise.

Je sais que beaucoup d’Occidentaux sont d’opinion inverse et admirent l’autorité et l’efficacité avec laquelle la Chine fait face à ses problèmes. Encore faut-il que les problèmes soient bien posés et solutions bien choisies, ce qui serait miraculeux faute de débat.

Le choix actuel d’investissements à outrance dans des infrastructures largement inutiles, et les complications qui apparaissent dans la réalisation concrète des « routes de la soie » montrent qu’un pouvoir autoritaire peut aussi être faillible.

Par ailleurs, il est probable que de nombreux Chinois sont soucieux de ce qu’est devenue l’image de leur pays à l’étranger et de la gêne que cela va apporter à leurs affaires, à leurs voyages, à leurs études… bref ils craignent de retrouver « le vase clos » de naguère. Cela mènera-t-il à des soubresauts politiques internes ?

Relancez votre entreprise après le Covid en 4 étapes (2)

Par Alain Goetzmann
relancez

Par Alain Goetzmann.

Entrepreneurs et chefs d’entreprises, mes alter ego, je vous propose de retrouver rapidement vos réflexes de leader en 4 étapes.

Il existe trois fonctions majeures dans l’entreprise et elles tournent toutes autour du client, son seul objet : le marketing, pour améliorer l’offre et trouver des prospects, la vente pour convertir ces prospects en clients et les opérations (fabrication, logistique, service après-vente etc.) pour conserver les clients acquis et en faire des prosélytes de votre offre.

Votre première décision, au redémarrage – vous pouvez l’imposer, compte tenu du rebond nécessaire –, sera donc de remettre le client au centre de votre entreprise. C’est sa seule raison d’existence.

Soyez factuel et mettez en harmonie votre politique de rémunération avec ce principe. Glissez-vous dans la peau du client, diffusez sa voix dans toute l’entreprise, parlez avec ses mots, calibrez chacune de vos actions en fonction de ses attentes, servez-vous de ses évaluations comme d’une norme de succès, mettez en valeur et récompensez les champions du service au client.

Revoyez ensuite votre offre. L’ensemble des produits et/ou services de votre gamme sont-ils au même niveau de performance ? Vos clients contribuent-ils à vos résultats dans la même proportion ? N’hésitez pas à éliminer les produits et les clients non rentables. Votre souci de la satisfaction du client exige que vous ne tentiez pas de faire plaisir à tout le monde mais, au contraire, que vous vous concentriez sur votre cœur de métier en éliminant les foisonnements coûteux.

Stimulez la créativité produit/service pour améliorer votre offre de façon continue, mais faites-le en pratiquant autant que possible la frugalité. Inspirez-vous de l’innovation Jugaad, technique indienne pour tenter de faire presque tout avec presque rien.

Révisez aussi votre processus de formation des prix. Lorsqu’on cherche des marges, rappelons que la seule décision qui se transforme à 100 % en résultat est l’amélioration des prix de vente. Bien sûr, il y a la concurrence. Cela n’empêche pas de consacrer le temps nécessaire à bien évaluer le positionnement de chaque produit et de chaque service. Un demi pour cent gagné sur un prix de vente, c’est un demi point de résultat opérationnel en plus. Faites-le, en pratiquant l’analyse de la valeur, technique qui vous permettra d’adapter votre offre et de la renouveler en mieux, si besoin. C’est le double effet kiss cool. Davantage de satisfaction client et plus de marge pour l’entreprise.

Votre marketing tient-il ses promesses ? Nous n’évoquerons aujourd’hui que celui destiné à capter des prospects, réservant le marketing direct pour la semaine prochaine, lorsque nous traiterons des ventes. Art de faire découvrir les produits de l’entreprise à ses clients potentiels et de capter leur attention pour les identifier, votre action marketing doit être efficace et peu dispendieuse. Révisez votre message pour :

    • capter l’attention et l’intérêt, afin qu’il ne soit pas simplement survolé ;
    • provoquer le désir d’accomplir un souhait, avant de satisfaire un besoin. Le cœur avant la tête. Qu’est-ce qui intéresse vos clients ? De quoi ont-ils envie ? ;
    • apporter la preuve de ce que vous avancez. Un témoignage rendra votre message crédible ;
    • mettre en avant les avantages de vos produits/services et susciter chez vos clients le désir de faire un pas de plus vers la commande à vous passer ;
    • projeter, pour votre marque, un nouvel équilibre entre vos activités et les valeurs qu’elles portent. À la fin du confinement, il y aura un temps pendant lequel les consommateurs à qui on a seriné à longueur de journée que le monde ne serait plus comme avant, seront bien plus ouverts au message sociétal véhiculé par votre entreprise. Sachez toutefois faire preuve de sensibilité et de retenue.

Accélérez votre transformation numérique. Les contacts physiques étant toujours bannis, votre public est moins fermé au virtuel.

Mettez à jour votre publicité, relancez vos newsletters, adaptez votre site internet à la nouvelle donne. Votre image, votre logo, votre enseigne, la tenue de ceux qui vous représentent, bref, votre marque et votre image de marque doivent interpeller. Distinguez-vous.

Accélérez sur les réseaux sociaux. C’est un moyen de communication peu coûteux et très efficace. LinkedIn et Facebook sont incontournables. Si votre offre est internationale, LinkedIn sera un excellent support, très professionnel, convenant davantage aux échanges B to B. Si elle est locale, Facebook, typé grand public, sera probablement plus adapté car susceptible de toucher une audience proche, géographiquement.

Dans les deux cas, c’est le moment de se montrer dynamique et de communiquer fréquemment. Un seul impératif : toujours publier un contenu de qualité, conforme à votre image et se concluant par un appel à l’action. Vous n’y surfez pas pour votre plaisir, mais pour trouver des prospects et des soutiens.

Beaucoup de travail, c’est vrai, mais nous avons pris des forces pendant cette inactivité imposée.

Sur le web

Wilhelm Röntgen, les rayons X – Les Héros du progrès (26)

Par Alexander Hammond
Röntgen

Par Alexander C. R. Hammond.
Un article de HumanProgress

Voici le vingt-sixième épisode d’une série d’articles intitulée « Les Héros du progrès ». Cette rubrique est une courte présentation des héros ayant apporté une contribution extraordinaire au bien-être de l’humanité.

Notre héros de la semaine est Wilhelm Röntgen. Ce scientifique allemand est le premier à avoir identifié les rayonnements électromagnétiques de la longueur d’ondes que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de rayons X.

De nos jours, on trouve couramment des appareils à rayons X dans la plupart des établissements médicaux. Ils ont une multitude d’utilisations mais pour l’essentiel, ils servent à détecter fractures, problèmes cardiaques, cancer du sein, scolioses et  tumeurs.

La faculté de pouvoir observer avec précision l’état de nos organes permet de prendre de meilleures décisions médicales. Chaque année, des appareils à rayons X permettent de sauver la vie de millions de gens.

Wilhelm Röntgen est né en Prusse à Lennep le 26 mars 1845. En 1862, il est pensionnaire à Utrecht. Il en est renvoyé en 1865 après avoir été accusé d’avoir caricaturé un de ses professeurs. Dépourvu de diplôme d’études secondaires, il ne peut s’inscrire à l’université que comme auditeur libre.

L’Institut Fédéral Polytechnique de Zürich n’exigeant pas de tel diplôme, il s’y inscrit en génie mécanique après avoir réussi les examens d’entrée.

En 1869, il décroche un doctorat et devient l’assistant du professeur August Kundt, qu’il suit d’abord à l’Université de Würzburg puis à celle de Strasbourg où il devient maître de conférences en 1874 puis professeur en 1876.

En 1879, il devient titulaire de la chaire de physique à l’Université de Giessen. Il se déplace encore en 1888 pour prendre celle de l’Université de Würzburg. C’est alors qu’il va découvrir ce qui va changer le monde.

Le 8 novembre 1895, alors qu’il se livrait à des expériences avec un tube cathodique, un tube à vide spécial émettant de la lumière fluorescente lorsqu’une charge électrique le traverse, il remarque que lorsqu’il l’utilise, une planche recouverte de phosphore, de l’autre côté du laboratoire, commence à briller.

Intrigué, il recouvre le tube d’une boîte en épais carton noir afin de masquer la lumière qu’il émet. Il constate que même après que cette lumière a été masquée, la planche au phosphore continue de luire. Il devient vite évident pour Röntgen qu’il a découvert un nouveau type de rayonnement. Considérant son côté inconnu, il le baptise rayon X, en référence à l’inconnue, en mathématiques.

L’histoire raconte qu’il a dormi et mangé dans son laboratoire les semaines suivantes, tout à ses recherches sur les propriétés de ces nouveaux rayons. Après de nombreuses expériences, il découvre que beaucoup de matières leur sont transparentes ou translucides, notamment le papier, le bois, l’aluminium et, le plus important pour l’industrie médicale, la peau et la chair.

Il utilise des plaques photographiques pour mettre en évidence la transparence de différents objets. Deux semaines après sa découverte des rayons X, il prend le premier cliché, une radiographie de la main de son épouse. À la vision de l’image de son squelette, elle s’est écriée « j’ai vu ma propre mort ! ».

Le 28 décembre 1895, Röntgen publie un article détaillant sa découverte intitulé « D’un nouveau type de rayons ». En janvier, il fait la Une des journaux autrichiens.

Durant les deux années suivantes, les informations à propos des rayons X se répandent et il publie trois articles relatifs à ses expériences. Pensant que sa découverte devait être publique, il n’a jamais cherché à obtenir de brevet pour sa découverte. En 1900, à la demande expresse de l’État de Bavière, il part s’installer à l’Université de Munich pour y occuper la chaire de physique.

Röntgen a été couvert de prix, médailles et doctorats honorifiques. En 1901, on lui décerne le premier prix Nobel de physique. Il a reversé l’intégralité du prix attribué au lauréat à l’Université de Würzburg pour aider la recherche. Il meurt à 77 ans, le 10 février 1923, d’un carcinome de l’intestin.

En 2004, l’élément chimique numéro 111 a été nommé roentgenium en son honneur.

La découverte par Röntgen des rayons X a fondamentalement changé les pratiques médicales. Chaque jour, ses travaux servent à sauver des vies partout dans le monde. C’est pour cette raison que Röntgen est notre vingt-sixième héros du progrès.

Les Héros du progrès, c’est aussi :

Sur le web

Algérie : tout s’écroule et le système ne s’arrange pas

Par Yves Montenay
Algérie

Par Yves Montenay.

L’Algérie va très mal : avec un pétrole à 40 dollars, la ruine approche, les militaires ont gardé le pouvoir et le virus n’arrange rien. La vieille recette est de taper sur la France et sur la position du français en Algérie. À mon avis ça n’arrangera rien, au contraire.

Parallèlement, le pouvoir algérien envoie de temps en temps un mot aimable à Paris, qui semble signifier  » Ne faites pas attention, ces critiques ne sont que des discours de politique intérieure » . C’est ce qui se passe à nouveau en ce mois de juillet 2020.

Vu de France, il semble que le régime ait recours à ces vieilles ficelles pour détourner l’attention des Algériens des vrais problèmes. Et sur ce point, il est à l’unisson des islamistes, qui veulent bloquer toute ouverture vers l’extérieur.

Le mouvement de protestation Hirak est donc vu avec sympathie en France, puisqu’il pose le vrai problème, celui du « système » algérien, en place depuis l’indépendance.

La prise du pouvoir par les militaires

D’abord une réflexion très générale : dans le monde entier, les guerres d’indépendance s’appuient certes sur un sentiment populaire, souvent d’ailleurs cultivé par un ennemi du pouvoir colonial, en général l’URSS puis la Russie, parfois la Chine, comme au Cambodge.

Mais l’objectif concret des révoltés est d’amener leur chef et son parti au pouvoir, que ce soit Ho Chi Minh et le parti communiste au Vietnam ou Boumediene et le Front de libération nationale (FLN) en Algérie. Étant précisé pour l’Algérie que « l’armée des frontières » commandée par Houari Boumédiène, futur président, est restée à l’extérieur sans combattre, et n’est entrée qu’après le cessez-le-feu de 1962, justement pour prendre le pouvoir. Donc guerres d’indépendance, oui, guerres de libération, non.

En Algérie, il y aura donc bientôt 60 ans que l’armée est au pouvoir, avec des variantes dont l’une, celle de Bouteflika, jeune adjoint de Boumédiène en 1962, vient de se terminer.

L’économie algérienne a été particulièrement massacrée pour plusieurs raisons.

L’économie massacrée en Algérie : le départ d’une grande partie des personnes qualifiées

Il y a d’abord eu le départ des Pieds-noirs, y compris les quelques dizaines de milliers qui ont essayé de rester après l’indépendance.

Je me souviens de ce patron d’une entreprise de construction dont le personnel était en majorité musulman, et qui a essayé de rester plusieurs années pour finalement regagner la France à la suite de brimades répétées, emmenant avec lui son personnel.

Les cadres qualifiés musulmans des entreprises françaises sont souvent également partis, notamment parce que le clientélisme et la corruption les empêchaient de travailler normalement.

Et l’exode continue, du fait de manque de liberté politique, de pressions sociales et religieuses et des obstacles à la promotion par la compétence. On a même vu des cadres algériens rentrés au pays en repartir.

L’idéologie socialiste de l’époque

L’alliance avec l’URSS combinée avec les proclamations nationalistes ont fait de l’Algérie un pays officiellement socialiste.

Elle a certes dû renoncer à cet adjectif pour recevoir l’argent du FMI au milieu de la guerre civile des années 1990, mais les mauvaises habitudes bureaucratiques étaient prises et durent encore. Ce socialisme national avait également l’avantage de légitimer les militaires et de leur donner un outil de contrôle de la société.

Cela a mené à la création de sociétés nationales qui ont presque toutes été des échecs coûteux.

Même la Sonatrach, qui a remplacé les entreprises pétrolières françaises et qui disposait d’une énorme marge financière, est un échec relatif, pour les mêmes raisons que les autres compagnies pétrolières nationales, vénézuélienne ou mexicaine par exemple.

La rente pétrolière y a servi de caisse noire aux dirigeants, les cadres ne sont pas toujours nommés sur des critères de compétence et le résultat final est une baisse de la production faute d’investissements et la sous-traitance ou la coopération généralisée avec des entreprises étrangères, c’est-à-dire justement ce que l’on voulait officiellement éviter.

Tout cela a bien entendu généralisé une corruption par pompage des recettes publiques, qui a eu comme conséquence de bloquer le développement du pays, puisque chaque tentative de production nationale était interdite pour ne pas léser les intérêts de la personnalité ayant la main sur les importations, importations payées avec le pétrole, après un petit détour vers un paradis fiscal.

Un autre exemple de cette corruption bloquant le développement a été à mon avis la fameuse loi des 51 % de capital algérien imposés aux investisseurs étrangers, ce qui en a découragé la plupart et obligé les autres à des arrangements coûteux.

Or les pays qui se sont développés, tant au nord qu’au sud, l’ont fait en encourageant les investisseurs étrangers qui apportent de l’argent et du personnel qualifié.

Pour mes lecteurs français, je rappelle que le peuple algérien est très conscient du manque de démocratie et d’une corruption freinant de développement. Il s’est révolté plusieurs fois, et, depuis le 22 février 2019, ont eu lieu chaque vendredi d’énormes manifestations, le hirak (traduction littérale, le mouvement), qui ont abouti dans un premier temps à la renonciation du président Bouteflika à se représenter pour un cinquième mandat en dépit de sa santé plus que catastrophique.

Mais l’armée est alors réapparue en pilotage direct, puis en faisant ouvertement élire comme président un relatif inconnu, au profil de haut fonctionnaire non islamiste, Abdelmajid Tebboune.

Le hirak a continué jusqu’à sa suspension par le confinement, et son éventuelle reprise est en débat.

Le nouveau pouvoir alterne bonnes paroles et répression. Mais comme sa nature n’a pas changé, les Algériens craignent le retour des mêmes défauts. Et de toute façon demeure l’énorme handicap de la mauvaise qualification des Algériens.

Un peuple sous qualifié

Les Français d’origine algérienne, ainsi que les Algériens résidant en France, sont présents à tous les niveaux de la société française, comme en témoignent les noms de famille arabes que l’on trouve dans toutes les professions. Il y a deux raisons à cela : d’abord l’arrivée des meilleurs cerveaux algériens, médecins notamment, et ensuite le système scolaire français, extrêmement imparfait certes, mais néanmoins nettement en meilleur état que l’algérien si on croit la presse de ce pays et de nombreux témoignages.

Une des raisons du retard du système scolaire algérien est son arabisation brutale dans les années 1970, et donc l’importation de nombreux enseignants égyptiens, pas forcément choisis parmi les meilleurs, très souvent traditionalistes religieusement et formant par l’apprentissage par cœur, contrairement à l’analyse critique qui est en principe la base du système français.

Rajoutons que dans ces années 1970, cet enseignement en arabe était en langue étrangère pour les jeunes Algériens car l’arabe officiel n’était la langue maternelle de personne, la population parlant une sorte de créole partiellement francisé, la darija, ou une langue berbère ou encore le français.

Le remède à tout cela : tapons sur la France et le français !

Bref, la situation algérienne est toujours mauvaise. Et l’explication officielle n’a pas changé : « c’est la faute de la France » !

Les grands dirigeants français, Napoléon III ou de Gaulle, dès 1943 pour ce dernier, ont été beaucoup plus lucides que les Pieds-noirs, constatant que l’avenir de l’Algérie ne pouvait se concevoir en écartant 80 à 90 % de la population.

Les réformes du premier n’ont pas survécu à son départ en 1871, et ont au contraire permis aux Pieds-noirs qui y étaient opposés de se proclamer les « vrais républicains » et d’inventer « l’Algérie française » qui étendait à l’Algérie toutes les lois françaises, sauf le droit de vote pour les musulmans.

Mais les militaires algériens ont nourri la demi-vérité d’une « colonisation épouvantable », et qu’ils auraient éliminée par la force, ce qui n’est plus du tout la vérité, l’indépendance résultant d’un plébiscite organisé par De Gaulle. Les programmes scolaires algériens et l’information officielle font sans cesse allusion à cette « victoire » de l’armée qui légitimerait son pouvoir sur le pays.

Pour nourrir cette légitimité, et éviter qu’elle ne soit entamée par des échecs gouvernementaux répétés, il faut noircir la France et dénoncer ses pressions pour sauver « ses intérêts ». Intérêts qui n’existent plus depuis 50 ans et qui ont été remplacés notamment par des intérêts chinois.

En pratique seules subsistent des coopérations culturelle et antiterroriste demandées par les deux parties.

Remous diplomatiques entre la France et l’Algérie

Dernier incident un peu hypocrite : en mai 2020, l’Algérie a décidé de rappeler  immédiatement son ambassadeur à Paris « suite au caractère récurrent de programmes diffusés par des chaînes de télévision publiques françaises attaquant le peuple algérien et ses institutions, dont l’Armée nationale populaire, la digne héritière de l’Armée de libération nationale » d’après un communiqué du ministère des Affaires étrangères algérien.

Pourtant, les Algériens savent parfaitement que les médias français sont indépendants de l’État, ce qui n’est pas le cas chez eux… où je pense qu’on trouverait facilement de nombreuses émissions pas très aimables pour la France !

Parallèlement, l’ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt partira à la retraite le 2 août 2020, ayant atteint la limite d’âge. Ce départ prévu de longue date tombe donc à un moment délicat, et on s’interrogeait encore ce 5 juin sur le nom de son successeur. Le candidat idéal, François Gouyette, ambassadeur en Arabie, fin connaisseur du Moyen-Orient et arabophone, a comme handicap d’atteindre lui aussi la limite d’âge en 2021.

Certes, il y a régulièrement des réchauffements entre les présidents français et algériens. C’est une fois de plus le cas en cette mi-juillet 2020. Mais jusqu’à présent, le poids de la politique intérieure algérienne la fait retomber dans ses errements habituels, puisque sa cause structurelle demeure, à savoir la légitimation de la direction du pays par l’armée.

Haro sur la langue française !

Et puisqu’il faut taper sur la France, tapons aussi sur le français puisque les francophones ont accès à des informations pas toujours agréables pour le régime. Et que le français est un obstacle pour les islamistes, qui pèsent sur tous les gouvernements algériens.

Ainsi, le ministre algérien de l’Enseignement supérieur vient de demander aux étudiants de rédiger leurs thèses et mémoires en langue anglaise dès la rentrée prochaine !  Heureusement, il ne suffit pas de le décréter pour que cela se concrétise…

Mieux encore : le parti islamiste MSP demande que la future constitution algérienne prévoie « la criminalisation de l’utilisation de la langue française dans les institutions et documents officiels ».

Le journal algérien La liberté du 12 juillet 2020 rappelle que « trois éléments sont la cible permanente des fanatiques religieux : les femmes, les arts, et les langues étrangères ».

Le dirigeant du MSP, Abderrazak Makri persiste et signe en attaquant « Les enfants de la France » (comprendre les traîtres) qui se consacrent à la défense de la langue française et des intérêts français et ont une attitude servile à l’égard de la France ».

Pourtant le français est une langue algérienne

Pendant la colonisation, une partie de la population algérienne a adopté le français, et après l’indépendance, la grande coopération demandée par l’Algérie a envoyé dans ce pays des dizaines de milliers de jeunes Français qui ont permis de lancer la scolarisation des Algériens à grande échelle.

Cette période scolaire en français a fourni des cadres à l’Algérie pendant 50 ans. Ces derniers ont transmis l’usage du français comme langue de travail. Usage encore renforcé par les familles à cheval sur les pays francophones et l’Algérie, par les nombreux Algériens ayant effectué leurs études supérieures dans ces mêmes pays francophones, ou par le cas particulier des Kabyles qui ont le français comme deuxième langue comme peut le constater tout voyageur.

Finalement le français est une langue de l’Algérie et non une langue étrangère, contrairement à ce que le pouvoir ou des religieux ne cessent de répéter.

Citons parmi mille autres cette tribune de Khaoula Taleb Ibrahimi
, Professeur en science du langage à l’Université d’Alger 2, parue dans La liberté le 1er juin 2020 :

« Nous avons besoin d’une politique des langues dans tous les paliers de notre système éducatif, de l’école primaire à l’université, hardie, raisonnée et rationnelle…
Et cela doit se faire sans chauvinisme, sans dogmatisme, sans populisme ni démagogie et sans donner à une langue une position hégémonique au détriment d’une autre…
Malgré le profond mouvement populaire en faveur de la démocratie, le pouvoir continue ses pratiques autoritaires sur le mode de l’injonction et du mépris des réalités objectives du pays ».

Pour ceux qui ne connaissent pas l’Algérie, je précise que ces réalités objectives sont l’usage de la darija, des langues berbères et du français.

Ajoutons que la connaissance du français par une grande partie des Algériens permettrait une installation simple et rapide d’entreprises françaises, belges, suisses, canadiennes, comme au Maroc. Ce pays en a largement bénéficié, et en a tiré un double bénéfice puisque les entreprises marocaines se développent maintenant en Afrique subsaharienne francophone.

L’anglais en Algérie ?

Le premier changement de langue, l’arabisation, a été une catastrophe.

Le passage à l’anglais en serait une autre, en partie pour les mêmes raisons : une langue non maternelle et encore plus ignorée par la population, pas de corps enseignant et pas de débouchés, sauf pour certains métiers restreints comme la recherche scientifique de haut niveau.

Mais ce dernier point ne concerne que quelques centaines ou quelques milliers de spécialistes qui feront comme dans tous les autres pays : apprendre l’anglais. Il n’est pas nécessaire de bouleverser l’Algérie pour cela !

Et puis n’oubliez pas que de l’aveu même de The Economist, journal de l’élite anglophone mondiale, des cadres internationaux parlant le français ou l’espagnol en plus de l’anglais éliminent les purs anglophones ou les anglo-arabophones, sauf dans quelques pays du Moyen-Orient.

Rappelons que les chercheurs français, comme ceux des autres pays, travaillent en français et publient en anglais, langue qu’ils ont appris comme les autres matières de leur formation. Et puis, comment exiger de passer un doctorat en anglais quand tout ce qui précède est ou devrait être en arabe ?

Je maîtrise le français, l’anglais et l’allemand, et mon expérience de cadre dirigeant dans 12 pays a illustré deux évidences : on travaille beaucoup mieux dans sa langue maternelle ou de formation et la traduction est un exercice excellent pour préciser les idées.

J’ajoute que beaucoup de textes conçus en anglais sont moins précis que leur équivalent en français, d’une part parce qu’il y a davantage de polysémie en anglais qu’en français et d’autre part parce qu’ils n’ont pas subi l’épreuve de la traduction.

C’est pour cette raison que la cour de justice de l’Union européenne à Luxembourg est un temple de la traduction, avec le français comme langue des débats internes, malgré les pressions anglo-saxonnes.

Et puis, même si l’anglais était un remède, il faudra combien de décennies pour l’implanter à la base, alors que le français est là !

Sans même parler du gâchis humain que serait la mise à l’écart de l’élite francophone…

Refuser le modèle moyen-oriental

Je connais le Moyen-Orient, arabe, turc et perse. Cela m’a convaincu de la nécessaire ouverture linguistique et culturelle des sociétés musulmanes pour éviter les dérives catastrophiques et souvent sanglantes de cette région.

Or on n’étudie pas les mêmes textes en français et en arabe.

Les rapports du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) des années 2000 nous rappellent que les principales œuvres mondiales ne sont pas traduites en arabe, et l’examen des lieux de lecture arabophone montre la prépondérance des ouvrages religieux.

Une grande langue étrangère largement connue par le peuple algérien est donc nécessaire pour échapper aux dictatures extrémistes.

Cela pourrait être l’anglais, l’espagnol ou le français, mais, comme dit, pourquoi torturer encore plus la société algérienne alors que le français y est déjà assez largement connu.

Par ailleurs, l’anglais est souvent utilisé comme une simple langue de communication et non comme l’ouverture à une culture, du moins au Moyen-Orient.

Je vais être franc et direct : si une partie des Algériens et leurs amis français ou occidentaux sont attachés au maintien du français en Algérie, une des raisons est qu’il permet de sortir de l’univers moyen-oriental et du conservatisme politique, voire du fanatisme religieux qui y règne. Beaucoup d’Africains du nord se sentent plus proches de l’autre rive de la Méditerranée que de la Syrie ou de l’Irak. Les chercheurs arabes travaillant en Occident ont une vue catastrophique du Moyen-Orient. 1.

Il ne s’agit pas seulement de langue ou de religion, mais de développement économique et humain. Il faut que dès l’enfance, les Algériens aient d’une autre source d’information que les télévisions wahhabites.

Sur le web

  1. Voir par exemple Le monde arabe a-t-il un avenir ? d’Abdelatif Laroui.

Le e-commerce a-t-il été salvateur pendant la crise ?

Par Olivier Clémence
e-commerce

Par Olivier Clémence.

Alors que l’économie mondiale a été mise au ralenti pendant la pandémie de COVID-19, le e-commerce s’est imposé comme une solution de consommation parallèle, plus sûre et plus accessible.

Le e-commerce pendant la crise : une situation en demi-teinte

L’arrêté gouvernemental du 14 mars 2020 a mis un frein à la consommation dans tout le pays.

Il n’était plus possible de se rendre dans la plupart des magasins physiques. Seuls les commerces de première nécessité étaient encore accessibles, sous conditions. Le confinement imposé pour lutter contre l’épidémie a eu pour conséquence la fermeture temporaire de certaines entreprises, particulièrement dans les métiers de bouche. Mais les commerces de proximité n’ont pas été les seuls à être impactés.

D’après une étude de la FEVAD, le recul des ventes atteignait fin mars 76 % pour certaines boutiques en ligne. La mode et l’équipement ont été les plus durement touchés.

La même étude précise pourtant que 94 % des sites e-commerce sont restés ouverts. Et certains ont accusé une hausse de leur chiffre d’affaires de 18 %.

Cette augmentation concerne principalement les denrées alimentaires, la téléphonie, l’informatique, les produits culturels et éducatifs.

Malgré des difficultés d’approvisionnement pour 40 % des entreprises, et des délais de livraison allongés pour 85 % d’entre elles, certaines ont su tirer leur épingle du jeu.

Le baromètre COVID-19 de Kantar annonce que 9 % des consommateurs se sont mis à faire davantage de shopping en ligne qu’auparavant. Et six personnes sur 10 pensent continuer à avoir recours au e-commerce après la crise.

La croissance du e-commerce pourrait donc bien se prolonger, car les habitudes d’achat semblent avoir changé.

Au plus fort de la pandémie, ce sont les produits essentiels qui ont continué à être achetés en ligne. Mais la vente des autres articles devrait rebondir après la crise, à condition que les entreprises soient préparées.

Comment le e-commerce peut-il faire face à la crise sanitaire ?

Si certains e-commerces ont vu leur chiffre d’affaires augmenter pendant le confinement, c’est qu’ils étaient prêts à une telle situation.

Être prêt signifie, entre autres, s’être organisé afin que les produits soient visibles au milieu de ceux des concurrents. C’est la seule solution pour sauver, au moins en partie, le chiffre d’affaires de cette année hors du commun.

Et cela inclut le référencement naturel. Le référencement naturel permet de positionner ses pages en tête des résultats des moteurs de recherche. Il est l’une des meilleures solutions en période de crise, surtout s’il a été mis en place en amont. Ainsi, il ne demande pas de temps ni d’investissement dans l’urgence, puisque le travail a été préparé.

Et c’est vers Google que se tournent les consommateurs pour trouver une solution lorsqu’ils rencontrent un problème.

L’étude Kantar a montré également que jusqu’à 40 % des produits en ligne sont indiqués, à tort, comme étant en rupture de stock. Autant dire qu’il est important de soigner son inventaire.

La baisse d’activité liée au coronavirus a permis d’avoir, malgré soi, davantage de temps. C’est le moment idéal pour se pencher sur votre offre digitale. Peut-être l’aviez-vous mise de côté par manque de temps ? Voici l’occasion de (re)découvrir certains canaux de distribution.

Mais le e-commerce, en période de crise plus que jamais, est tributaire de contraintes.

Par exemple, la fiabilité et la disponibilité des transports malgré les restrictions sont à prendre en compte.

Ainsi, un tiers des e-commerces (source FEVAD) ont proposé pendant le confinement des frais de port gratuits ou réduits pour la livraison à domicile. Les adaptations ont été importantes pour les livraisons : gestes barrière, optimisation des colis pour qu’ils puissent rentrer dans les boîtes normalisées, livraison sans signature…

De nombreux e-commerçants ont exceptionnellement allongé le délai de rétractation en le faisant passer à 30 ou 60 jours. Le but était de pallier la difficulté à retourner ses achats, pour cause de points relais fermés.

Enfin, notons le fait que la France fait partie des rares pays d’Europe, avec la Belgique, l’Espagne et l’Italie, dont le gouvernement a édité un guide des bonnes pratiques pour le secteur du e-commerce.

Comment les initiatives solidaires ont favorisé le e-commerce

En plus des mesures prises par les e-commerçants eux-mêmes, une vague de solidarité a été déployée par plusieurs acteurs pendant le confinement : plateformes de livraison mutualisées, drives piétons…

La Chambre du commerce et de l’industrie de l’Hérault a mis en place une cartographie des enseignes ouvertes pendant les restrictions.

La communauté Friends Of Presta a développé gratuitement des boutiques en lignes avec le CMS e-commerce Prestashop, pour les TPE impactées (boulangeries, épiceries fines, traiteurs…).

Ces sites pouvaient être conçus en 24 à 48 heures, avec hébergement, paiement en ligne, modes d’expédition, retrait sur place et accompagnement bénévole.

De la même manière, la French Tech, mouvement français des startup, a réussi à mobiliser plus de 300 entreprises pour mettre à disposition des commerçants des offres gratuites ou préférentielles. Cela inclut la création de sites Internet, la mise en place de solutions de paiement ou de livraison, l’accès aux marketplaces…

La plateforme STOPCOVID19 et été pensée par l’entreprise Mirakl. Elle permet à des producteurs et fabricants, autres que les professionnels de la santé, de fournir ces derniers en matériel de protection. Ainsi, un million de litres de gel hydroalcoolique et 17 millions de masques ont été donnés ou vendus via le site.

Vous l’avez vu, la catastrophe économique de la crise sanitaire a été l’occasion pour certains e-commerces de déployer une offre digitale qui n’avait que trop attendu.

Même si les résultats sont partagés et les dégâts indéniables, le coronavirus a eu le mérite de changer les habitudes de consommation. Et ces nouvelles habitudes, privilégiant le commerce électronique, tendent à s’inscrire dans la durée.

La guerre de 1870, il y a 150 ans : une guerre oubliée

Par Gérard-Michel Thermeau
La guerre de 1870

Par Gérard-Michel Thermeau.

Certes, l’origine de la crise était des plus sérieuses, du moins aux yeux des chancelleries. Pour ce qui est du Français moyen, c’est une autre histoire. C’était une histoire de couronne en Espagne. Mais, revenons un peu en arrière.

Éviter un nouveau Sadowa

Pour beaucoup d’observateurs, selon la formule consacrée, un choc entre les deux puissances était devenu inévitable depuis 1866. La guerre entre l’Autriche et la Prusse avait fait de cette dernière une rivale dangereuse pour la France.

À la bataille de Sadowa (3 juillet 1866) le fusil à aiguille, qui se chargeait par la culasse, triomphait et renvoyait au magasin des accessoires le vieux fusil se chargeant par le canon. Écrasée, l’Autriche se vit expulsée du monde germanique tandis que les États allemands du sud se trouvaient, de fait, inféodés à la Prusse.

La France n’avait pas bougé et Napoléon III avait demandé des « compensations » à Bismarck qui lui avait ri au nez. Le ministre prussien avançait ainsi un pion supplémentaire vers son objectif final : réaliser l’unité allemande et faire de Berlin la capitale d’un nouvel empire.

Une France isolée

Un sentiment anti-prussien s’était aussitôt développé dans une partie de l’opinion publique. Mais la France n’avait pas pris conscience de la précarité de sa situation en Europe.

Si l’Angleterre regardait avec inquiétude la montée en puissance de la Prusse, elle n’était pas prête à s’impliquer sur le continent. L’Italie ne digérait pas l’obstination de Napoléon III à défendre le pape dont l’indépendance reposait sur les baïonnettes françaises. L’Autriche était aimable mais François-Joseph devait tenir compte des Hongrois peu favorables à la France.

En somme, Napoléon III était isolé et n’avait aucun allié sur qui compter en cas de conflit. Bismarck, de son côté, avait besoin d’un bon prétexte qui pousserait les Français à la guerre. Les Allemands du sud catholiques et francophiles ne se rallieraient que si la Prusse était attaquée injustement.

Les Espagnols cherchent un roi

Et puis était arrivée cette histoire espagnole. En effet, les Ibères, en proie à des troubles politiques à répétition, telles les grenouilles de La Fontaine, cherchaient un roi après avoir chassé leur reine. Mais qui ? Un Orléans ? Un Bragance ? Et pourquoi pas Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, dont le frère était devenu roi de Roumanie ?

À l’idée qu’un prince prussien, fut-il catholique et apparenté à Napoléon III, monte sur le trône à Madrid, l’émotion fut grande à Paris. La France n’allait-elle pas se trouver encerclée ? Pour monter son coup, Bismarck avait dû faire pression sur son roi, peu enthousiaste, et sur Léopold qui n’avait pas du tout envie d’aller en Espagne.

Le chancelier méprisait profondément Napoléon III, cette « incapacité méconnue » et plus encore le gouvernement parlementaire dirigé par l’indécis et pacifique Émile Ollivier. Le 2 juillet, la nouvelle de l’acceptation de la candidature Hohenzollern par les Espagnols provoqua la colère des Français.

« Il ne manque pas un bouton de guêtre » aurait fanfaronné le ministre de la Guerre, l’ineffable maréchal Le Bœuf. Napoléon III, très affaibli par la maladie de la pierre, se faisait moins d’illusion sur la situation de l’armée française. Mais le gouvernement impérial pouvait difficilement agir autrement qu’en faisant pression sur le prétendant pour qu’il renonce au trône. Une reculade aurait été un « nouveau Sadowa ».

Le chiffon rouge devant le taureau gaulois

Après s’être fait prier pour accepter la couronne, Léopold maintenant faisait des manières pour y renoncer. Enfin, le 12 juillet 1870, la renonciation fut annoncée officiellement. C’était une incontestable victoire diplomatique pour la France. Tout aurait pu en rester là.

Hé bien, pas du tout. Nombreux étaient les déçus d’une résolution aussi rapide et pacifique. Les bonapartistes purs et durs rêvaient d’une bonne petite guerre victorieuse qui rétablirait l’Empire autoritaire et mettrait fin aux réformes libérales. Des patriotes bruyants s’étaient répandus dans les rues parisiennes et leurs clameurs anti-prussiennes impressionnèrent l’empereur.

Mais la province était plus circonspecte et la France rurale surtout indifférente. À lire les journaux parisiens, pourtant, pas de doute, la « dignité de la France était méconnue ».

En effet, la renonciation ne suffisait pas aux va-t-en-guerre. Le roi de Prusse devait donner des garanties pour éviter le retour d’une pareille crise. Benedetti, ambassadeur à Berlin, devait exiger du roi Guillaume qu’il ne permettrait jamais à Léopold de devenir roi d’Espagne. Napoléon III avait pris cette initiative en oubliant de prévenir son chef de gouvernement, Émile Ollivier.

Le 13 juillet, irrité de l’insistance française, le roi de Prusse refusa de recevoir l’ambassadeur français. Bismarck se chargea de rédiger un compte-rendu qui donnait l’impression d’un affront pour la France. Ce petit texte, resté dans l’histoire sous le nom de « dépêche d’Ems », fit le tour des capitales européennes. C’était un chiffon rouge agité ostensiblement devant le « taureau gaulois » par l’habile chancelier.

De la crise évitée à la guerre proclamée

Comme l’écrivait l’éditorialiste de La Liberté (15 juillet) : « La guerre évitée ne serait que la guerre ajournée à très court délai. » L’empereur hésitait toujours mais, poussée par l’impératrice, il chargea Ollivier de demander les crédits de guerre aux parlementaires.

La Liberté accueillit la nouvelle avec enthousiasme le 16 juillet : « Enfin ! Enfin nos humiliations ont cessé. La guerre est déclarée. » Le Monde (pas le « journal de référence », un autre plus ancien) la jugeait comme « la guerre la plus juste, la plus nécessaire et la plus opportune ».

Rarement politique s’est montré plus sincère que le maladroit Émile Ollivier : « Nous subissons la guerre, nous entrons dans la voie où l’on nous a poussés, le cœur léger et confiants, parce que si notre cause est difficile, elle sera défendue par l’armée française. »

Ce « cœur léger » on devait le lui reprocher longtemps. Il consacrera le reste de son existence à se justifier en écrivant, alors même que tout le monde l’avait oublié, 18 volumes sur L’Empire libéral. Mais c’est pourtant bien légèrement que les Français se sont lancés dans une « cause difficile », faire la guerre par amour-propre !

Thiers était bien seul, dans sa lucidité, au Corps législatif, réclamant vainement des éclaircissements : « Je regarde cette guerre comme une imprudence. » On l’accusa de se faire l’avocat du roi de Prusse. Les crédits étaient votés par 245 voix contre 10 et 7 abstentions. Même des républicains, comme Gambetta ou Ferry, s’étaient laissés emporter par l’exaltation générale.

Vive la guerre !

Le Petit Journal, dans son numéro du 17 juillet 1870, se voulait l’écho des sentiments populaires : « Il fallait voir avec quelle expression de fougue belliqueuse et de mâle énergie, la foule faisait accueil à la grande nouvelle, répercutée de bouche en bouche jusqu’aux extrémités de Paris ! C’était comme un rayon qui illuminait tous les visages, une joie intense qui débordait de toutes les âmes ; il semblait que chacun fût soudain soulagé d’un grand poids. »

Partout on entendait le Chant du Départ et la Marseillaise. Des bandes promenèrent le drapeau tricolore dans les rues et sur les boulevards. Les étudiants toujours prêts, hier comme aujourd’hui à scander des inepties, criaient « Vive la guerre ! »

À l’opéra, à la fin du troisième acte de la Muette de Portici, sous la pression du public, on chanta la Marseillaise, la soprano brandissant le drapeau tricolore et le public reprenant en chœur : « Qu’un sang impur abreuve nos sillons ! » Pour Le Gaulois (17 juillet) : « La furia francese se manifeste avec tout son entraînement superbe. Ce n’est point un parti, c’est tout Paris qui s’émeut. »

Le Constitutionnel (22 juillet) citait un journal anglais, l’Evening Standard : « Quand on voit avec quel enthousiasme se produisent de part et d’autre les démonstrations populaires de satisfaction en présence de la guerre, il est impossible de ne pas sentir que celle-ci était devenue une nécessité politique à un plus haut point que personne ne le supposait jusqu’ici. »

Les Anglais jugeaient les choses froidement : « Une antipathie nationale sincère et profondément enracinée est une maladie qu’il est difficile de guérir autrement que par la saignée ».

L’heure de la victoire est proche

En l’occurrence, les gueulards de la rue parisienne étaient censés représenter l’esprit public. Comme toujours Paris donnait le ton et la province suivait sans bien comprendre ce qui se passait. Les républicains, hostiles au régime, étaient particulièrement circonspects à l’égard d’une « guerre dynastique ».

Les Français étaient confiants pourtant. À l’image du président du Sénat qui déclarait à l’empereur : « Grâce à vos soins, la France est prête, Sire. […] Si l’heure des périls est venue, l’heure de la victoire est proche. »

Le Constitutionnel, le 22 juillet, se fiant aux fanfaronnades de Le Bœuf, assurait : « Jamais la France n’a pu mettre en ligne aussi rapidement une aussi belle armée. » Le Figaro, dès le 19 juillet, abandonnait ses chroniques mondaines pour se lancer dans l’information patriotique : « Ouvrier et soldat, on peut dire de tous deux qu’ils aiment la guerre pour la guerre – noble défaut qui n’est pas du moins celui de nations dégénérées. »

La voix mélancolique de Villemessant qui dénonçait ceux qui « hors d’âge » acclamaient la guerre était bien solitaire dans le même journal, le 20 juillet : « La bataille n’est plus cette mêlée grandiose où la bravoure se mesurait à la bravoure. […] À présent, c’est de loin qu’on mitraille son ennemi, et les balles vont frapper l’adversaire à une telle distance que l’œil le découvre à peine ; ce n’est plus qu’un horrible carnage, où la lutte du fort contre le faible devient une gloire. »

Trois jours après la déclaration de guerre du 19 juillet, Napoléon III lançait une proclamation aux Français  : « Il y a dans la vie des peuples, des moment solennels où l’honneur national violemment excité, s’impose comme une force irrésistible. » Bismarck avait bien jugé ses adversaires.

Les Français rêvaient

Les Français rêvaient. Ils rêvaient que les États allemands du Sud ne rejoindraient pas la Prusse dans le conflit. Ils rêvaient que l’Autriche interviendrait pour prendre sa revanche de l’humiliation de 1866 et que l’Italie se souviendrait de l’aide française en 1859.

Mais si la balance penchait en faveur de la France au début de la crise, la candidature Hohenzollern paraissant inacceptable, l’intransigeance française avait retourné les neutres. Bismarck, avec son machiavélisme habituel, avait rendu publique la note de 1866 où la France exigeait soit le Luxembourg soit la Belgique en paiement de sa neutralité bienveillante dans le conflit austro-prussien.

Quand aux Autrichiens et aux Italiens, ils attendaient de voir la tournure des événements militaires. Ils ne devaient pas être déçus.

1870 : en route vers la débâcle

La mobilisation se fit dans la confusion la plus totale. Si, grâce au chemin de fer, les troupes de ligne purent être, en quinze jours, rassemblées aux frontières, si les troupes d’Afrique étaient bien arrivées à temps, l’intendance n’avait pu suivre.

Le moral des soldats était excellent mais les généraux, d’anciens braves qui avaient mal vieilli, ne comprenaient ni la tactique ni la stratégie. Jamais la fameuse expression, « des lions menées par des ânes » ne devait mieux s’appliquer qu’à cette malheureuse armée impériale.

Malade, mélancolique, peu doué pour les questions militaires, Napoléon III avait néanmoins, victime de son nom, décidé d’assurer le commandement de l’armée. Le 28 juillet 1870, l’air froid, l’œil mort, en proie aux plus grandes souffrances physiques, il quittait Saint-Cloud. Il ne le savait pas encore, mais c’était pour toujours. Accompagné du jeune Prince impérial, qui avait 14 ans, il avait rendez-vous avec le destin à Sedan.

Loin de l’entrée triomphale à Berlin rêvée par certains, les Français allaient connaître la débâcle, l’humiliation et la guerre civile.

❌