Lateo.net - Flux RSS en pagaille (pour en ajouter : @ moi)

🔒
❌ À propos de FreshRSS
Il y a de nouveaux articles disponibles, cliquez pour rafraîchir la page.
Hier — 13 novembre 2019Ruptures

Les traditions constitutionnelles des Etats contre la marche de l’Europe

Par Grégoire

En s’appuyant fermement sur sa Constitution, la France peut encore peser sur la transposition des textes européens. Pour peu que les autorités nationales fassent preuve d’un peu de courage politique.

Par Marie-Françoise Bechtel, ancienne vice-présidente de la commission des lois de l’Assemblée Nationale, vice-présidente de la Fondation Res Publica

On a souvent l’impression que la marche de l’Europe telle que voulue par les Traités est totalement impossible à arrêter sauf, pour le pays qui l’a décidé, à sortir de l’UE. Et il est vrai que le mouvement puissant qui a porté l’installation du néolibéralisme au cœur du pouvoir en Europe revêt rétrospectivement le caractère d’une marche implacable. Jean-Pierre Chevènement a ainsi très bien montré non seulement la logique interne de ce cheminement mais aussi le poids du facteur politique – celui de l’hégémonie américaine porteuse de la volonté d’installer le néolibéralisme. Ce poids a été décisif faute d’avoir rencontré face à lui une volonté politique équivalente (1).

Ce facteur politique reste indispensable pour redresser demain l’Europe, la sortir de la vassalité mais aussi du consensus à l’ordre libéral, qui sont les deux faces d’une même volonté.

Défense des valeurs constitutionnelles

Des forces politiques qui voudraient repenser de fond en comble l’Europe de demain en s’appuyant sur la souveraineté des peuples pourraient trouver un appui solide dans une stratégie de confrontation des modèles nationaux autour de la défense de leurs valeurs constitutionnelles.

On l’oublie en effet trop souvent : la Constitution a une valeur supérieure aux traités. C’est bien la raison pour laquelle les transferts de souveraineté ont exigé, dans notre pays comme dans d’autres, la révision préalable du texte fondamental aux fins de donner une autorisation du Constituant aux avancées de l’Europe. Autorisation d’ailleurs réversible : l’Etat national souverain dispose de la « compétence de la compétence », c’est-à-dire que le pouvoir de transférer ses compétences n’existe que parce que l’Etat est détenteur de la compétence suprême qui lui permet de déléguer certaines de ses attributions.

La souveraineté externe des Etats nations

Le tribunal constitutionnel allemand, la cour de Karlsruhe, l’a exprimé avec une grande netteté dans un arrêt du 30 juin 2009 : dès lors qu’il n’existe pas un peuple européen, la souveraineté reste détenue au sein de la nation et les transferts de compétence au profit de l’Union européenne sont réversibles. En bref l’UE, si elle présente certains caractères d’un Etat (existence d’un exécutif, capacité de se donner des lois de portée générale, monnaie, Cour de Justice), ne peut en aucune façon être regardée comme un Etat de plein exercice.

La souveraineté externe des Etats qui la composent n’est pas, dans son principe, atteinte. C’est pourquoi d’ailleurs l’article 50 du Traité, invoqué parfois à tort et à travers, ne ligote pas les Etats autant qu’on le dit. Theresa May avait justement exprimé cela au plus fort des débats devant le Parlement britannique en disant : même si aucune des solutions proposées n’aboutit, il existe une règle, un principe, qui fait que si nous voulons sortir, nous sortirons. C’est le principe, non écrit mais qui surplombe tout, de la souveraineté externe des Etats nations.

Rien, absolument rien ne peut brider la liberté d’un Etat souverain de reprendre des compétences qui n’ont jamais cessé en droit de lui appartenir

Il reste bien sûr le prix à payer dans les négociations futures dès lors qu’un traité de voisinage touchant au commerce et à la circulation des personnes apparaît nécessaire. Mais de telles négociations sont extérieures au mécanisme du traité de Rome. Rien, absolument rien ne peut brider la liberté d’un Etat souverain de reprendre des compétences qui n’ont jamais cessé en droit de lui appartenir.

Certes tout ce qui précède repose surtout sur des considérations de principe (hormis tout de même le Brexit lui-même). Peut-on sur cette base, envisager une action concrète de la France vraiment porteuse de changement envers l’ordre européen ? Oui, si l’on en vient à une autre constatation : quoique rongée par les transferts « consentis », la Constitution française peut encore, même telle qu’elle a été modifiée, être un rempart contre l’inexorable montée des eaux – les « eaux glacées du calcul égoïste ». Si un gouvernement le voulait…

Des directives trop touffues

Comment agir sur cette base ? Deux voies sont envisageables.

Tout d’abord un peu de courage de la part des autorités nationales aiderait à faire le partage entre ce que les textes européens, à traité constant, peuvent légitimement nous demander et ce qu’ils ne peuvent exiger. Sans être un bouleversement, ce serait déjà quelque chose, ne serait-ce que comme affichage de la volonté nationale.

Un espoir était né en 2004 lorsque le Conseil constitutionnel (alors présidé par un gaulliste, Pierre Mazeaud) avait indiqué qu’on pourrait opposer à la transposition d’une directive l’«identité constitutionnelle » de la France. Mais cela est resté une possibilité théorique. Certes, les commentateurs autorisés estiment que la laïcité pourrait être opposée à un texte européen, mais l’exemple, si important soit-il, n’en reste pas moins un peu isolé. Et on attend encore que la juridiction suprême constate que, conformément à la lettre du traité (« les directives lient les Etats membres quant aux résultats à atteindre »), une directive n’a pas à guider la loi dans le moindre détail sur les moyens à mettre en œuvre. Or aujourd’hui les directives, corps épais et touffus, viennent guider le législateur jusque dans le détail. Que devient l’objectif constitutionnel de lisibilité de la loi ? Il a fait parfois censurer des textes de loi votés par le Parlement national et pourrait parfaitement être opposé à la constitutionnalité d’une loi transposant une directive en dizaines de pages, paragraphes et renvois parfaitement inaccessibles au citoyen.

La Commission des affaires européennes créée à l’Assemblée nationale est une véritable salle de catéchisme européiste

Le Parlement ne fait pas davantage son devoir. La Constitution, depuis 2008, lui permet au moins de donner un avis préalable lors de la transmission des projets d’actes législatifs ou autres actes européens – faible gage donné à l’occasion de la ratification du traité de Lisbonne et dont ni l’Assemblée nationale, ni le Sénat ne font usage. Ces avis pourraient pourtant faire du bruit. Mais la Commission des affaires européennes créée à l’Assemblée nationale, véritable salle de catéchisme européiste, n’exerce aucun regard critique sur les projets issus des instances européennes, frappés au départ à ses yeux d’un label de respectabilité.

Un gouvernement insuffisamment directif

Quant au gouvernement lui-même, hors les grandes messes que sont les sommets européens, il omet la plupart du temps de donner des instructions aux hauts fonctionnaires dépêchés à Bruxelles pour négocier les règlements et directives : il est fréquent, depuis trente ans, de voir ceux-ci revenir à Paris après avoir entériné les textes préparés par les fonctionnaires hors-sol de la Commission.

Mais que l’on n’utilise pas les outils existants ne prouve pas que, demain, un gouvernement volontaire ne pourrait donner une impulsion en sens inverse.

Révision constitutionnelle

Une autre voie, plus ambitieuse, serait celle de la révision constitutionnelle permettant pour l’avenir de faire prévaloir notre modèle national en lui donnant, par cette inscription, une valeur supérieure aux traités. Certes, pour mettre le modèle français à l’abri des appétits du tout concurrentiel il eût fallu y penser plus tôt (2).

C’est ce qu’a fait à sa manière l’Allemagne qui, dès Maëstricht a renforcé dans son texte fondamental la règle du non-déficit budgétaire ainsi que la règle de la limitation de l’endettement : nec plus ultra de l’ordolibéralisme, ces dispositions préservent le modèle de l’identité allemande. La constitution allemande prévoit aussi un contrôle du Parlement pour tout nouvel engagement financier du pays : on l’a vu lorsque le Bundestag a saisi la Cour de Karlsruhe lors de la mise en jeu du Mécanisme européen de stabilité (MES). On l’a vu encore lorsque la négociation entre les ministres de l’économie français et allemand sur le budget européen a échoué il y a quelques mois.

Pérenniser les services publics

Mais la France peut encore se prémunir, au moins pour le futur, contre les excès de libéralisation qui menacent son modèle. En inscrivant dans la Constitution l’obligation de garantir la pérennité de ses services publics incluant la desserte égale du territoire ; en prévoyant la propriété publique d’au moins un service public dans le domaine de l’énergie, du transport et du numérique, nous nous prémunirions contre la privatisation de la SNCF et d’EDF et obligerions l’Etat à exercer un contrôle effectif sur les prestations d’Orange.

Il ne serait pas inutile de songer à une constitutionnalisation de l’obligation pour l’Etat d’assurer un aménagement équilibré du territoire

Cette proposition (qui a été mise sur la place publique (3)) ferait beaucoup pour l’avenir car l’obligation d’assurer l’égalité et la continuité du service public, devenue constitutionnelle, pourrait être opposée dans le futur aux contraintes issues des règlements et directives européennes, fondés sur des traités de valeur, on l’a vu, inférieure, notamment celles touchant aux prix concurrentiels et à la répartition géographique des opérateurs. Il ne serait pas non plus inutile de songer à une constitutionnalisation de l’obligation pour l’Etat d’assurer un aménagement équilibré du territoire ; cela rendrait pour le futur inattaquables les décisions d’aide conditionnée à l’installation d’entreprises ou le soutien à des secteurs particuliers.

Référendums sur les traités commerciaux

Enfin la révision constitutionnelle devrait intégrer l’obligation de consulter le peuple par referendum avant l’adoption de tout traité impliquant un transfert de compétences mais aussi pour tout engagement commercial avec un autre continent, dont la négociation est aujourd’hui confiée à la Commission avec les résultats que l’on voit.

Il est clair qu’un exécutif national qui voudrait avancer de façon décisive vers une UE totalement différente de ce qu’elle est aujourd’hui pourrait déjà s’appuyer sur de tels changements qui montreraient, derrière son choix de renégocier des pans entiers des traités, la volonté souveraine du peuple dont il est le mandataire.

Les analyses publiées dans la rubrique Opinions constituent des contributions aux débats. Elles n’engagent pas la responsabilité de la rédaction du site.

(1) Jean-Pierre Chevènement, La France est-elle finie ? Fayard  – 2011

(2) D’autant que la France a su le faire au moins une fois en inscrivant dans un article de la Constitution son droit absolu à octroyer l’asile, limitant ainsi la portée des accords de Dublin qu’elle avait signés

(3) Marianne du 28 juin 2019, également consultable sur le site

Cet article est publié par le site de Ruptures. Le « navire amiral » reste cependant le mensuel papier (qui propose bien plus que le site), et ses abonnés. C’est grâce à ces derniers, et seulement grâce à eux, que ce journal peut vivre et se développer.

La qualité du travail et l’indépendance ont un prix…
Abonnez-vous au mensuel, même à titre d’essai !

Prochaine tribune (à paraître le 15 novembre) :
Les taux d’intérêt négatifs favorisent les ultra-riches et le capitalisme financier,
par Jean-Michel Quatrepoint, journaliste

 

Cet article Les traditions constitutionnelles des Etats contre la marche de l’Europe est apparu en premier sur Ruptures.

À partir d’avant-hierRuptures

Election présidentielle en Tunisie : les raisons d’un choix inattendu

Par Grégoire

En plébiscitant Kaïs Saied, austère professeur de droit, les Tunisiens ont voulu aller jusqu’au bout de la vague « dégagiste » lancée après la révolution de 2011. Les islamistes d’Ennahda notamment en font les frais.

Par Pierre Vermeren, professeur en histoire du Maghreb contemporain à Paris 1, membre du laboratoire SIRICE. A récemment publié : Déni français, notre histoire des liaisons franco-arabes (Albin Michel, 2019).

Les modalités et le résultat des élections présidentielles tunisiennes qui se sont déroulées les 15 septembre et 13 octobre 2019 sont connues : deux outsiders, un riche homme d’affaire, emprisonné pour fraude fiscale, et un austère professeur de droit, presque inconnu, ont été sélectionnés au premier tour de ces élections, dans un paysage aussi renouvelé qu’éclaté. Au second tour, le professeur Kaïs Saied a été élu, presque plébiscité, remportant le scrutin avec 72,71% des voix, soit plus d’un inscrit sur trois des listes électorales (2,77 millions de voix sur 7 millions d’inscrits).

C’est un euphémisme de dire que ce résultat n’était pas attendu. Il était même imprévisible il y a un an. A l’époque, Ennahda – parti historique des islamistes tunisiens – semblait regagner des couleurs face au camp présidentiel en difficulté, miné par des résultats économiques moroses, et fragmenté par des luttes intestines. Entre le vieux président Béji Caïd Essebsi (BCE) élu en 2014, et son jeune premier ministre technocrate francophile, Youssef Chahed, cela tirait à hue et à dia au sein de l’exécutif. En face, le vieux leader islamiste, Rached Ghannouchi, semblait peaufiner sa revanche. S’il avait fait quitter le gouvernement au parti islamiste Ennahda début 2014, après avoir co-signé le pacte constitutionnel en janvier, c’était dans l’espoir d’un retour en force ultérieur au pouvoir. Entre temps, il avait signé un accord parlementaire avec ses adversaires nationalistes de Nida Tounes (le parti de BCE), au lendemain des législatives perdues d’octobre 2014, puis fait assaut de proclamations démocratiques en 2016. Tout était prêt pour la revanche politique d’Ennahda.

Les suffrages islamistes divisées par trois

Mais les Tunisiens n’avaient rien oublié du fiasco de la gouvernance islamiste de la période 2011-2014, marquée par un mélange d’incompétence, de népotisme partisan, de porte ouverte à la radicalisation terroriste et de moralisme à géométrie variable. Ennahda avait dirigé la Troïka pendant plus de deux ans, portée en tête en octobre 2011 par 1,5 million de voix, véritable rançon de décennies de dictature et de répression subie. Mais le parti Ennahda a vu son électorat divisé par trois entre octobre 2011 et mai 2018, avec 0,5 million de voix aux communales. L’épreuve du pouvoir a détruit l’attraction des islamistes tunisiens. Ce même syndrome a frappé le vainqueur de 2014.

Le parti du président « BCE » a beaucoup déçu : non seulement il a pactisé avec Ennahda mais il s’est montré incapable de relancer la machine économique

A cette date, Nida Tounes, un parti nationaliste tunisien dont le principal point de convergence était de contrer Ennahda, a rassemblé presque 1,3 million de voix. Mais le parti du président a beaucoup déçu. Non seulement il a pactisé avec Ennahda au parlement au lendemain des élections, déroutant légitimement sa base électorale, mais surtout, il s’est montré incapable de relancer la machine économique tunisienne. En 2018, les voix du parti avaient déjà été divisées par quatre. C’est en effet principalement en économie que les gouvernements de « BCE » étaient attendus, après presque trois années de panne de la croissance. La révolution de janvier 2011 avait jeté à bas la dictature à cause d’une situation économique perçue comme intenable, en particulier dans les régions déshéritées intérieures du sud et du centre du pays.

Pouvoir d’achat divisé par deux

Or au lieu de chercher des voies et des moyens de relancer la machine économique – exercice complexe en système de libre-échange avec l’Europe, à quoi s’ajoute la double crise de l’Algérie et surtout de la Libye, les deux voisins du pays – les gouvernements de BCE ont recouru à la planche à billets et à l’emprunt. La légère croissance a été mangée par une terrible inflation, issue de la dévaluation de la monnaie nationale, le Dinar tunisien, qui a sévèrement amputé le pouvoir d’achat des Tunisiens. En huit ans de gouvernements Ennahda puis Nida Tounes, le pouvoir d’achat des salariés tunisiens, en particulier de la classe moyenne des fonctionnaires, a été divisé par deux. Même si toutes les études ne se recoupent pas tout à fait, cela montre l’ampleur de la catastrophe économique qui a frappé les citoyens tunisiens, sans même aborder les questions sécuritaires, terroristes et politiques. Si l’on ajoute à cela une augmentation du chômage, qui frappe déjà les jeunes de plein fouet, notamment dans les régions intérieure et chez les diplômés, on comprend le discrédit des deux partis de gouvernements.

Face à la sanction électorale probable – pourtant niée par les intéressés eux-mêmes et leurs amis français – des scissions se sont produites dans les deux camps. Si Ennahda a grosso modo maintenu ses troupes, plusieurs petites formations islamistes ont dispersé les voix de ce camp. Et le camp présidentiel est allé divisé à la bataille, avec une demi-douzaine de représentants. Tout le monde a été balayé, tant à la présidentielle qu’aux législatives du 6 octobre 2019. Ennahda a certes sauvé les meubles aux législatives, en remportant la première place parmi plusieurs dizaines de petits partis. Avec 561 000 voix (à peine plus du tiers de 2011) et 19,63% des suffrages exprimées, c’est une maigre consolation pour un parti qui a perdu 17 sièges par rapport à la précédente législature, et est en grande difficulté pour mener une coalition parlementaire.

Syndrome Berlusconi

La porte était donc ouverte à des outsiders, que les commentateurs se sont empressés de qualifier de populistes. Mais leur principal mérite était de n’avoir pas été liés aux gouvernants précédents, même si le riche Nabil Karoui a fait campagne en 2014 pour BCE. Le magnat des médias et de la communication publicitaire tunisiens tenait la position la plus proche de ce qu’on nomme en Europe le populisme. Un incontestable syndrome Berlusconi a frappé : la Tunisie avait été dans les années 1980 aux premières loges de l’émergence du tycoon italien dont les télévisions étaient très regardées dans ce pays.

Dans son sillage, Nabil Karoui s’est rendu célèbre ces dernières années pour avoir mis en scène sur sa télévision ses œuvres caritatives en direction des régions et des couches sociales défavorisées de la Tunisie intérieure. Il s’est constitué ainsi une réelle popularité dans les milieux populaires déshérités, étonnés qu’un puissant s’intéresse à leur sort. Mais les élites tunisoises ne l’entendaient pas de cette oreille.

Le premier ministre Youssef Chahed, informé des malversations et d’opérations de blanchiment auquel s’était livré le milliardaire, a tenté d’interdire sa candidature. Puis il a laissé la justice le mettre en prison préventive au lendemain de la mort de BCE, à quelques semaines des élections. En laissant fuiter les informations relatives à sa mise en accusation, la justice acheva de le discréditer. Il avait certes assez de voix pour se qualifier à l’issu du premier tour bien qu’étant en prison, mais tous ses adversaires se sont coalisés contre lui : la gauche, l’ancien camp présidentiel, les conservateurs, les islamistes, etc.

Les Tunisiens sont allés au bout : après avoir frappé les bénalistes et les dignitaires de l’ancien régime, la vague dégagiste a sorti du jeu les deux camps toujours en présence

Restait donc en face de lui Kaïs Saied. Comment un quasi inconnu a-t-il pu gagner la présidentielle haut la main contre tous les establishments réunis ? Les Tunisiens ont envie d’aller au bout de la reconstruction démocratique de leur pays. En 2011 et en 2014, ils ont maintenu en place la vieille classe politique de l’époque de la dictature, orchestrant une alternance entre les anciens opposants islamistes et leurs adversaires nationalistes issus du bourguibisme. Mais devant des résultats très décevants, et soucieux de maintenir les acquis démocratiques, les Tunisiens sont allés au bout : après avoir frappé les bénalistes et les dignitaires de l’ancien régime, la vague dégagiste a sorti du jeu les deux camps toujours en présence, dont les islamistes d’Ennahda. Et comme au moment de la révolution, en fidélité à leur longue histoire constitutionnelle, les Tunisiens se sont accordés sur le nom d’un éminent constitutionnaliste.

Tradition constitutionnaliste

Ce bon professeur fraîchement retraité a été président de l’Association tunisienne de droit constitutionnel de 1995 à 2019. Dans la plupart des pays du monde, cela n’aurait eu aucune importance. Mais les Tunisiens s’honorent de s’être dotés, en 1861, de la première constitution du monde islamique, quinze ans avant l’empire ottoman. C’est en fidélité à cette mémoire que les premiers nationalistes tunisiens anticoloniaux ont créé en 1920 le premier parti politique nationaliste d’Afrique du nord, le Destour (la constitution). En 1934, Habib Bourguiba, lui aussi juriste, a fondé le Néo-Destour qu’il a conduit à l’indépendance et à la direction du pays. Tous les partis uniques successifs de la Tunisie indépendante se sont dit constitutionnalistes, même le parti de Ben Ali, le RCD. Enfin, après la chute du dictateur en 2011, ce sont des professeurs de droit qui ont pris en charge la continuité de l’Etat, la surveillance des procédures électorales, et la reconstruction d’un pacte constitutionnel.

C’est par fidélité à leur histoire que les Tunisiens ont porté à la présidence de leur pays un professionnel du droit

A la tête du « Conseil pour la protection de la révolution », puis de la « Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique », le constitutionnaliste Yadh Ben Achour, qui fut en quelque sorte le mentor de Kaïs Saied, a été un important garant de transition tunisienne à partir de 2011. C’est donc par fidélité à leur histoire que les Tunisiens ont porté à la présidence de leur pays un professionnel du droit.

On le dit sévère, austère, calé sur des principes moraux, juridiques et religieux rigides, incorruptible, conservateur et nationaliste arabe. C’est exactement ce que voulaient les Tunisiens lassés des fausses promesses et de paroles vides. Ce n’est pas un expert en économie, mais il n’a rien promis. A lui de trouver une coalition et de tenir la barre d’un pays dans la tempête. Ses pouvoirs sont limités par la constitution aux relations extérieures et à la sécurité, mais son rôle politique pourrait être capital.

Les analyses publiées dans la rubrique Opinions constituent des contributions aux débats. Elles n’engagent pas la responsabilité de la rédaction du site.

Cet article est publié par le site de Ruptures. Le « navire amiral » reste cependant le mensuel papier (qui propose bien plus que le site), et ses abonnés. C’est grâce à ces derniers, et seulement grâce à eux, que ce journal peut vivre et se développer.

La qualité du travail et l’indépendance ont un prix…
Abonnez-vous au mensuel, même à titre d’essai !

 

Prochaine tribune (à paraître le 13 novembre) :
Les traditions constitutionnelles des Etats contre la marche de l’Europe

par Marie-Françoise Bechtel, vice-présidente de la Fondation Res Publica

 

Cet article Election présidentielle en Tunisie : les raisons d’un choix inattendu est apparu en premier sur Ruptures.

Espagne : les élections du 10 novembre compliquent encore le casse-tête politique

Par pierre

Nouvelle progression du parti d’extrême droite Vox, chute des ultra-libéraux de Ciudadanos : le premier ministre sortant, le socialiste Pedro Sanchez, est plus que jamais dans l’impasse pour former une majorité

L’approche des élections générales espagnoles du 10 novembre faisait figure de chronique d’une impasse annoncée. A l’issue du scrutin, cette dernière apparaît plus inextricable encore que prévu. Non seulement aucune alliance au sein des cinq formations principales ne semble se dessiner, mais le nouveau parlement compte désormais nombre de petits partis, souvent régionaux, représentés par quelques élus, voire un seul. Cet éclatement du congrès des députés complique encore un peu plus la formation d’un gouvernement soutenu par une majorité stable.

C’était la quatrième fois en quatre ans que les 37 millions d’électeurs espagnols étaient appelés à élire leurs députés – cette fois avec une participation de 69,9%, soit une baisse de 1,9 point par rapport au dernier scrutin, qui ne remonte qu’au 12 avril de cette année. Le parlement qui en était issu n’avait jamais pu trouver une majorité en son sein pour investir le premier ministre socialiste (PSOE) sortant, Pedro Sanchez.

En 2015-2016, le paysage politique a connu la fin du bipartisme (PP, PSOE)

Celui-ci était arrivé au pouvoir en juin 2018, à la faveur d’une motion de censure surprise qui avait mis en minorité son prédécesseur, Mariano Rajoy (Parti populaire, droite conservatrice). Ce dernier gouvernait depuis décembre 2011, et avait réussi à se maintenir sans majorité stable depuis les scrutins successifs de décembre 2015 puis de juin 2016. A ce moment, le paysage politique a connu la fin du bipartisme (PP, PSOE) qui avait caractérisé la période post-franquiste.

Deux formations avaient en effet émergé : Podemos, un parti issu du mouvement des Indignés et classé gauche « radicale » ; et Ciudadanos, une formation ultralibérale sur le plan économique, mais aussi connue pour son intransigeance contre l’indépendantisme catalan. Puis, en décembre 2018, Vox, un parti dissident du PP par la droite, avait fait irruption à l’occasion des élections régionales d’Andalousie. Il avait alors soutenu le PP et Ciudadanos, avec pour résultat d’envoyer dans l’opposition les socialistes dans ce qui était pourtant leur fief régional emblématique.

Heure de vérité

Dans ce paysage fragmenté, le chef du gouvernement a chuté en février 2019 lorsque les députés ont refusé son budget, ce qui a provoqué les élections d’avril. A l’issue de celles-ci, Pedro Sanchez, victorieux, aurait souhaité bénéficier du soutien parlementaire de Podemos sans que celui-ci participe à son gouvernement. Avant de proposer finalement à ce dernier quelques postes ministériels que la formation dirigée par Pablo Iglesias a jugé très insuffisants. Mais M. Sanchez n’a pas voulu faire plus de concessions. De même qu’il a rejeté les ultimes offres de service de Ciudadanos.

Le scrutin du 10 novembre était donc l’heure de vérité pour le dirigeant socialiste. Pari perdu : le PSOE passe de 28,7% à 28%, un recul certes minime, mais loin du renforcement qui lui aurait donné le surcroît de légitimité qu’il espérait. Les socialistes comptent désormais 120 députés contre 123 précédemment. Ils restent la première force électorale du pays, même s’ils sont très loin de renouer avec les près de 44% qu’ils obtenaient encore en 2009.

Pour sa part, Podemos, avec 12,8% des suffrages, connaît un nouveau recul (- 1,5 points), après la chute de 6,8 points déjà encaissée en avril. Elle compte désormais 35 députés, soit sept de moins, même s’il faut ajouter à ce total les 3 sièges obtenus par une formation dissidente, Mas Pais, de même orientation politique mais défendant une stratégie plus « transversale » – certains diraient « populiste ». La gauche dite radicale continue à payer son ancrage plus urbain et aisé que tourné vers les classes populaires.

De son côté, le jeune dirigeant du Parti populaire, Pablo Casado, voit son parti remonter la pente avec 20,8% des suffrages (+ 4,8 points), il est vrai par rapport au résultat catastrophique d’avril.

Il a manifestement pris des voix à Ciudadanos, dont la ligne stratégique a désorienté beaucoup d’électeurs. C’est l’un des deux traits marquants du scrutin : la formation anti-indépendantiste née à l’origine en Catalogne s’effondre à 6,8% contre 15,9% six mois plus tôt. Elle ne compte plus que 10 députés, alors qu’elle en avait 57. Cette dégringolade fait s’envoler les espoirs de former une coalition de droite l’associant au PP avec le soutien de Vox, selon le modèle andalou.

Cette fois encore, Vox doit son succès à ses plus farouches adversaires : les indépendantistes catalans

Même attendue, l’ascension de ce dernier parti est la seconde caractéristique du vote du 10 novembre. En avril, ce parti qui peut être qualifié d’extrême droite puisqu’il ne cache guère sa nostalgie du franquisme, était passé de quasiment rien à 10,3%. Cette fois, il fait un nouveau bond de 4,8 points, et récolte 52 députés (contre 24 précédemment). Sa progression d’avril, consécutive à sa percée en Andalousie, était liée notamment aux arrivées de migrants. Cette fois, plus encore que précédemment, Vox doit son succès à ses plus farouches adversaires : les indépendantistes catalans.

Car il a choisi de se positionner en plus virulent défenseur de l’unité de l’Espagne. Or le calendrier électoral a coïncidé avec la condamnation, le 14 octobre, de neuf dirigeants indépendantistes par la Cour suprême. Ceux-ci étaient accusés de sédition pour avoir organisé le référendum illégal d’octobre 2017 portant sur l’indépendance de la Catalogne. Les peines de prison ont été sévères, ce qui a déclenché de violents heurts notamment à Barcelone. Vox, autoproclamé parti de l’ordre et de l’Espagne unitaire, a manifestement profité des images d’affrontement.

Pour leur part, les résultats des indépendantistes progressent très légèrement en Catalogne à 42,5%, loin d’atteindre les 50%, cependant. En leur sein, la gauche républicaine (ERC) perd deux sièges, Ensemble pour la Catalogne (dirigée par l’ex-président régional aujourd’hui en fuite à Bruxelles, Carles Puigdemont, droite) en gagne un, et la formation dite « de gauche radicale et anti-UE », la CUP, qui se présentait pour la première fois, obtient deux élus.

Si l’on raisonne en termes nationaux, le « bloc de gauche » et le « bloc de droite » rassemblent chacun environ 10,3 millions d’électeurs, là où le premier disposait encore de 100 000 petites voix d’avance en avril dernier.

Comment en finir avec le blocage ?

Pedro Sanchez a immédiatement promis que « cette fois, sans faute, nous allons former un gouvernement progressiste et en finir avec le blocage politique dans ce pays », et annoncé des consultations avec tous les partis, sauf Vox. Il estime en effet que de nouvelles élections dans six mois achèveraient d’exaspérer les citoyens, et qu’il s’en verrait attribuer la faute.

Mais comment ? Même s’il réussissait à trouver un accord avec Podemos, une telle coalition n’atteindrait pas la majorité absolue de 176 sièges. Il lui faudrait en plus rallier quatre ou cinq petits partis (autonomistes basques, galiciens, voire certains indépendantistes catalans), ce qui relève sans doute de la quadrature du cercle.

Autre configuration : la mise sur pied d’un gouvernement minoritaire faisant adopter des mesures par des majorités à géométrie variable. Mais cela supposerait au départ de décrocher un vote d’investiture, moyennant (au deuxième tour) l’abstention du PP. Une abstention « technique » avait-il supplié avant même le jour des élections.

Mais si les amis de M. Casado s’engageaient dans cette voie, ils seraient probablement accusés de faiblesse par Vox, avec le risque de se faire ultérieurement tailler des croupières par cette formation.

Reste l’hypothèse d’une « grande coalition » associant PSOE et PP. Cela trancherait avec les habitudes politiques hispaniques, et laisserait le champ libre à Vox d’un côté, et Podemos de l’autre.

Aucun parti n’a remis en cause si peu que ce soit l’appartenance du pays à l’UE, ce qui a évacué l’Europe de la campagne électorale

Mais il est possible que certains dirigeants européens pèsent discrètement dans ce sens. Car l’instabilité persistante à Madrid préoccupe Bruxelles. En particulier, l’absence de gouvernement de plein exercice complique la « maîtrise » des finances publiques et le suivi de l’austérité budgétaire.

Aucun parti n’a remis en cause si peu que ce soit l’appartenance du pays à l’UE, ce qui a évacué l’Europe de la campagne électorale. Mais le chef du gouvernement et ses amis entendent bien que l’Espagne tienne son rang à Bruxelles. Il a du reste réussi à faire désigner l’actuel chef de la diplomatie comme futur Haut représentant de l’UE pour les affaires extérieures. Et veut continuer à jouer les « bons élèves » de l’Union.

Pour l’heure, l’Espagne reste donc dans le club des pays en attente de gouvernement, avec la Belgique et l’Autriche, voire disposant d’une majorité branlante, comme aux Pays-Bas et en Roumanie. Un signe d’une crise politique multiforme qui se manifeste de plus en plus fréquemment au sein des Vingt-sept.

 

Analyse issue notamment d’un entretien avec Nicolas Klein

Cet article est publié par le site de Ruptures. Le « navire amiral » reste cependant le mensuel papier (qui propose bien plus que le site), et ses abonnés. C’est grâce à ces derniers, et seulement grâce à eux, que ce journal peut vivre et se développer.

La qualité du travail et l’indépendance ont un prix… Abonnez-vous au mensuel, même à titre d’essai !

 

Cet article Espagne : les élections du 10 novembre compliquent encore le casse-tête politique est apparu en premier sur Ruptures.

Des paras européens vont-ils bientôt sauter sur Maputo ?

Par pierre

Après les élections au Mozambique, l’Union européenne vient de sommer la commission électorale de ce pays de « s’expliquer » sur des irrégularités alléguées.

Au Mozambique, le président sortant, Filipe Nyusi, avait été réélu le 15 octobre avec 73,5% des suffrages, contre 21,5% à son principal opposant, du mouvement Renamo (ancienne guérilla soutenue par les Occidentaux, qui s’est transformé en 1992 en parti politique).

Lors des législatives qui se déroulaient simultanément, le parti au pouvoir depuis l’indépendance du pays – le Frelimo, dont est issu le président réélu – a conservé la majorité absolue.

La Renamo a dénoncé des fraudes massives et exigé une annulation des scrutins. Elle a été soutenue en ce sens par différents groupes d’observateurs étrangers, notamment ceux envoyés par l’Union européenne.

Dès lors, le 8 novembre, l’UE a publié un communiqué outré, dénonçant notamment « des bourrages d’urnes, des votes multiples, des invalidations délibérées de votes de l’opposition ». Elle s’est également indignée de « des taux de participation improbables » et d’« un nombre significatif de décomptes anormaux ».

Bruxelles a donc sommé la Commission électorale de « s’expliquer » sur ces irrégularités, et exhorté la Cour constitutionnelle du pays à « corriger certaines (sic) d’entre elles ».

Il eût tout de même été plus simple pour l’UE de se substituer directement à ladite Cour constitutionnelle mozambicaine.

A noter que sur un autre continent, la réélection du président bolivien Evo Morales a également été contestée par l’opposition libérale. Cette dernière a mis en avant un retard de quelques heures dans le dépouillement, le 20 octobre, et fait descendre ses partisans dans la rue. L’Union européenne ainsi que les Etats-Unis ont rapidement exigé que les électeurs retournent aux urnes. Face aux émeutes, et aux mutineries pro-opposition au sein de la police et de l’armée, le président a annoncé sa démission le 10 novembre. Pour l’heure, Bruxelles est resté silencieux face à ce coup d’Etat de fait.

Les Vingt-sept doivent désormais « apprendre à employer le langage de la force » – Ursula Von der Leyen

L’oukase adressé par l’Union européenne au Mozambique a été formulé la veille du jour où la future présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, tenait un discours à Berlin – à l’occasion du trentième anniversaire de la chute du Mur – dans lequel elle se prononçait pour que les Vingt-sept apprennent désormais à « employer le langage de la force », car « le soft power ne suffit plus aujourd’hui si nous voulons nous affirmer dans le monde comme Européens ». Elle confirmait en cela les propos tenus précédemment par le prochain Haut représentant de l’UE pour la politique extérieure (lire l’éditorial de la récente édition de Ruptures), le socialiste espagnol Josep Borrell.

On attend donc avec impatience une initiative forte en ce sens. Par exemple un « battle group » de l’UE (groupements militaires multinationaux, qui n’ont jamais été utilisés à ce jour) qui sauterait sur Maputo afin de faire prévaloir les résultats électoraux souhaités ?

 

Cet article est publié par le site de Ruptures. Le « navire amiral » reste cependant le mensuel papier (qui propose bien plus que le site), et ses abonnés. C’est grâce à ces derniers, et seulement grâce à eux, que ce journal peut vivre et se développer.

La qualité du travail et l’indépendance ont un prix… Abonnez-vous au mensuel, même à titre d’essai !

Cet article Des paras européens vont-ils bientôt sauter sur Maputo ? est apparu en premier sur Ruptures.

Die unselige Konsequenzen des Falles der Berliner Mauer

Par pierre

In einem von Le Monde veröffentlichten Artikel verfälscht und instrumentalisiert Heiko Maas die Geschichte im Dienste der « europäischen Einigung ».

Von Pierre Lévy, chefredakteur von Ruptures

Der dreißigste Jahrestag der Öffnung der Berliner Mauer hat in Frankreich vor allem eine Fülle von emotionalen Huldigungen, schwülstigen Verherrlichungen und zufriedenen Lobeshymnen ausgelöst.

In diesem fast einhelligen Konzert sticht der von der Tageszeitung Le Monde (04.11.2019) veröffentlichte Beitrag des deutschen Außenministers besonders heraus. Möglicherweise hätte es Heiko Maas in seinem eigenen Land nicht gewagt, einen solchen Text zu veröffentlichen.

Er beginnt schon mit einer denkbar gewagten Äußerung: « Wir Deutschen (…) feiern am 9. November den Zusammenschluss Europas, das heute glücklicherweise vereint ist« , denn « wir verdanken dieses Glück den Hunderttausenden von Ostdeutschen, die auf die Straße gingen » und ganz allgemein den Bürgern Mittel- und Osteuropas, « die freiheitsdurstig die Mauern niedergerissen und ihre Freiheit erzwungen haben« . Und, so der Minister weiter, « wir sind es (auch) unseren Freunden und Partnern in der NATO schuldig », ebenso wie François Mitterrand und Michail Gorbatschow.

Für den saarländischen Sozialdemokraten Maas hatten also die DDR-Bürger, die 1989 in Leipzig, Ostberlin, Dresden und anderswo auf die Straßen gingen, vor allem einen Traum: nämlich die « Vereinigung Europas » zu erreichen (und warum nicht auch gleich Ursula von der Leyen an die Spitze der Brüsseler EU-Kommission zu bringen, wenn wir schon mal dabei sind?).

Es ist nicht ganz sicher, ob man eine solche groteske These ernstgemeint in Berlin hätte veröffentlichen können. Indem sich Herr Maas EU-weit an die Öffentlichkeit (unter anderem auch an die französische) wandte, hoffte Herr Maas vielleicht, die historische Wahrheit – falls er sie kennt – ohne zu großes Risiko verzerren zu können. Denn eine große Mehrheit der DDR-Bürger, die 1989 monatelang demonstrierten, tat dies in der Hoffnung auf radikale Reformen im eigenen Land, aber nicht mit dem Ziel, den Sozialismus abzuschaffen, und noch weniger, um von der Bundesrepublik annektiert zu werden.

Erst im letzten Moment – um den Jahreswechsel 1989/90, nachdem die Mauer übrigens bereits gefallen war – wurde auf Initiative der westdeutschen CDU von Helmut Kohl der Slogan in der DDR « Wir sind das Volk » (nämlich sein Streben nach mehr Demokratie im Rahmen des Sozialismus) zu « Wir sind ein Volk » umfrisiert und verbreitet, was offenkundig ein geschickter propagandistischer Schachzug war und auf die frühestmögliche « Vereinigung » abzielte.

Dieser Versuch, die Geschichte umzuschreiben, hat ein Verdienst: er veranschaulicht die Stimmung, in der die westlichen Eliten heute leben

Aber für den deutschen Außenminister, egal wie die historischen Realitäten in Deutschland waren und sind, zählt heute nur ein Ziel: « Es gilt daraus für uns (« uns »? Wer, wir, die deutschen Führer?) eine Verpflichtung, nämlich die Vollendung der Vereinigung Europas« .

Dieser Versuch, die Geschichte umzuschreiben, hat ein Verdienst: er veranschaulicht die Stimmung, in der die westlichen, insbesondere die deutschen Eliten heute leben. Und dieser Geisteszustand erinnert an die berühmte Bemerkung des amerikanischen Milliardärs Warren Buffett aus dem Jahr 2005:

Der Satz darf verallgemeinert werden, indem « Klasse » durch « Lager » ersetzt wird. Dann veranschaulicht er perfekt dieses Triumphgefühl, das die westlichen Eliten empfunden haben: ein Triumphgefühl gegen Länder, die ein System eingeführt haben – zugegebenermaßen unvollkommen – in dem der DAX und die an die Aktionäre gezahlten Dividenden durch öffentliches Eigentum ersetzt worden waren; und in dem nicht jeder Tag von neuen sozialen Rückschlägen gekennzeichnet war.

Dieser triumphale Geisteszustand – der die zehn oder fünfzehn Jahre nach dem Fall der Mauer und dem Verschwinden der UdSSR kennzeichnete – hielt jedoch nicht bis in alle Ewigkeit an, wie es sich die Theoretiker vom « Ende der Geschichte » und von der glücklichen Globalisierung erträumt hatten.

Herr Maas und seine Freunde müssen daher heute deutlich zurückstecken: « Die (mühsame) Rettung des Euro, die endlosen Streitigkeiten um die Aufnahme und Verteilung von Flüchtlingen, all das hat neue Gräben in Europa geschaffen« . Schlimmer noch, jammert der Minister: « … mit dem Brexit erleben wir zum ersten Mal den Austritt eines EU-Landes. Und in vielen europäischen Ländern haben diejenigen, die wollen, dass wir glauben, dass weniger Europa besser ist, den Wind in den Segeln« .

Aber natürlich wird das, was bis jetzt noch nicht mit Europa funktioniert hat, funktionieren… mit noch mehr Europa: « Eines ist sicher, um in dieser Welt zu überleben, müssen die Europäer verschweißt bleiben« , hämmerte Heiko Maas. Übrigens wird das Wort « schweißen » verwendet. Er hätte auch einfach « vereint » oder « zusammen » schreiben können. Hat der Saarländer seinen Text direkt in der Sprache von Molière geschrieben? Der verwendete Begriff bezieht sich implizit auf Teile, die erst durch eine künstliche Zwangsoperation zusammengebracht werden müssen… Ein unbewusstes Eingeständnis?

Die Realität ist, dass der Fall der Berliner Mauer eigentlich zwei Hauptaspekte als Folgen hatte: den sozialen und den geopolitischen. Und zwar – da hat der Autor Recht – weit über die deutschen Grenzen hinaus.

Die 1990er Jahre lösten die größte historische Welle sozialer Rückschläge in Europa und der Welt aus. In Frankreich, Deutschland, Osteuropa und eigentlich auf allen Kontinenten gab es keine von der dominanten Oligarchie durchgeführte « Reform », die nicht durch eine katastrophale Umkehrung des Kräfteverhältnisses zugunsten der Macht des Kapitals und zum Nachteil der Völker ermöglicht wurde: Privatisierungen, Kürzungen des Sozialschutzes, phänomenale Zunahme von Ungleichheit und Armut, drastische Einschränkungen der Rechte von Lohnerwerbstätigen und Gewerkschaften – aber auch der Untergang der Demokratie (z.B. durch die Verkehrung von Referenden über die europäische Integration).

Das Verschwinden des sozialistischen Lagers eröffnete plötzlich einen außergewöhnlichen Königsweg für die Mächtigen

Denn das Verschwinden des sozialistischen Lagers eröffnete plötzlich einen außergewöhnlichen Königsweg für die Mächtigen. Viele westdeutsche Gewerkschafter (sogar die antikommunistischsten unter ihnen) teilten diese Beobachtung: Vor dem Fall Ostdeutschlands zwang dessen Existenz die Arbeitgeber der BRD, ein hohes Maß an sozialen Leistungen aufrechtzuerhalten, um zu verhindern, dass das in der DDR herrschende System als ein attraktives Gegenmodell erkennbar wurde. Der Anschluss dieses Landes hob diese für das Kapital unerquickliche Hypothek auf und öffnete die Schleusen für Sozialabbau, angefangen bei der Infragestellung von Tarifverträgen.

Das Verschwinden des sozialistischen Lagers spielte auf globaler Ebene die gleiche Rolle.

Was das geopolitische Kräfteverhältnis betrifft, ist es nicht notwendig, ein anderes Bild zu zeichnen. Von Jugoslawien bis zum Irak, von Libyen bis Syrien, Jemen, Venezuela oder Elfenbeinküste kannten die früher imperialistisch genannten Kräfte keine Grenzen mehr.

Aber die Zeiten sind heute für hegemoniale Ambitionen schwieriger geworden. Weder Russland noch China wollen sich ihnen unterwerfen.

Deshalb, so beschwört es Herr Maas, « brauchen wir eine echte Europäische Verteidigungsunion, die die NATO ergänzt und in der Lage ist, bei Bedarf autonom zu handeln« . « Verteidigung »? Handelt es sich zum Beispiel darum, wie der künftige Hohe Vertreter der EU für Außenpolitik, der derzeitige spanische Amtskollege von Herrn Maas, Josep Borrell (PSOE), gerade vorgeschlagen hat, die « Battle Groups » zu aktivieren?

Denn der Minister zögert nicht zu schreiben: « Gemeinsam müssen wir für die Aufrechterhaltung der internationalen Ordnung kämpfen und zum Kern einer Allianz für Multilateralismus werden« . Vielleicht wäre es besser, sich auf ein Bündnis für Multiliberalismus zu beziehen… Was die internationale « Aufrechterhaltung der internationalen Ordnung  » betrifft, heißt es wörtlich in dem französischen Text « maintien de l’ordre international » – also, internationale Polizeiarbeit… Heiko Maas weist zudem darauf hin, dass « der Frieden von dieser Ordnung abhängt, auch in Europa« . Eine Drohung?

Heiko Maas träumt von der « Kraft, unsere Werte und Interessen in einer zunehmend autoritären Welt durchzusetzen »

Und als ob noch nicht alles klar genug gesagt wäre, lobt der Autor abschließend die Kraft, « die die Europäerinnen und Europäer motiviert« , wenn sie wie 1989 handeln, insbesondere « die Kraft, Mauern und Grenzen zu überwinden, die Kraft, unsere Werte und Interessen in einer zunehmend autoritären Welt durchzusetzen« .

Die « europäischen Werte » überall auf der Welt durchzusetzen – darum geht es also. Wenn das so ist, dann kann man jetzt  vielleicht doch der Mauer nachtrauern.

Dieser Artikel erschien auch bei RT-Deutsch

Cet article Die unselige Konsequenzen des Falles der Berliner Mauer est apparu en premier sur Ruptures.

Onkel Sam verlangt, die Europäische Union solle alle Balkanländer umfassen

Par pierre

Der US-Sonderbeauftragte besteht darauf, den Beitritt Albaniens und Mazedoniens zur EU zu beschleunigen, während sich die französische und niederländische Führung, die über die Unpopularität einer solchen Perspektive besorgt sind, dagegen aussprechen.

Der Sondergesandte der Vereinigten Staaten für den Balkan ist auf Tournee in der Region. Nach einer Reise in den Kosovo und Nordmakedonien war Matthew Palmer am 4. November in Belgrad, wo er sich unter anderem mit dem serbischen Präsidenten Aleksandar Vucic traf.

Der amerikanische Diplomat nutzte die Gelegenheit, um den jüngsten Beschluss der Europäischen Union scharf zu kritisieren: Auf der Tagung des Europäischen Rates am 17. und 18. Oktober konnten sich die Staats- und Regierungschefs der 27 EU-Mitgliedsstaaten nicht auf die Aufnahme von Gesprächen über den Beitritt Nordmakedoniens und Albaniens zur EU einigen. In der Praxis bedeutet dies, dass diese Perspektive auf Eis gelegt wird.

« Amerika will eine europäische Perspektive für den Westbalkan, und wir werden unser Bestes tun, um die EU davon zu überzeugen, ihre Position in diesem Sinne zu ändern » – Matthew Palmer

« Unserer Meinung nach ist dies ein historischer Fehler und eine schlechte Nachricht für die gesamte Region« , sagte Herr Palmer, um dann fortzufahren: « Amerika will eine europäische Perspektive für den Westbalkan, und wir werden unser Bestes tun, um die EU zu überzeugen, ihre Position bis zum nächsten Gipfel im Mai 2020 zu ändern« .

Eigentlich geht die europäische Position auf ein Veto von drei Ländern zurück: Frankreich, die Niederlande und Dänemark. Vor allem Emmanuel Macron ist gegen eine weitere Erweiterung der Union, solange sie « mit 27 nicht richtig funktioniert« , wird es seiner Meinung nach « sicherlich nicht mit 29, 30 oder 32 Mitgliedern » besser werden. Darüber hinaus hatte der Chef des Elysée einen Stein in den deutschen Garten geworfen und spöttisch gefragt, wie man sich für eine Begrenzung des Gemeinschaftshaushalts und gleichzeitig für die Aufnahme neuer Mitglieder einsetzen kann.

Es ist wahrscheinlich kein Zufall, dass Frankreich und die Niederlande sich gegen neue Beitritte wehren.

Hinter diesen Argumenten steht die Befürchtung, dass der Eintritt neuer « Billigländer » in Frankreich besonders unbeliebt ist. Es ist wahrscheinlich kein Zufall, dass sich Frankreich und die Niederlande gegen neue Beitritte wehren. Das sind nämlich die zwei Länder, in denen denkwürdige Referenden 2005, nur ein Jahr nach dem Beitritt von zehn neuen Staaten (und der Ankunft des berühmten « polnischen Klempners »), ein deutliches und lautes Nein gegen die weitere europäische Integration erbracht hatten.

Die Frage der künftigen Beitritte ist daher eine der vielen aktuellen Fragen, über die Uneinigkeit herrscht innerhalb der EU der 27.

Darüber hinaus hat die französisch-niederländische Position die betroffenen Regierungen verärgert, nicht nur in Skopje und Tirana, sondern auch in anderen Ländern des ehemaligen Jugoslawiens, wie beispielsweise Serbien. Belgrad, mit dem die Beitrittsverhandlungen bereits begonnen haben, befürchtet, dass sie aufgrund der « vorsichtigen » Haltung einiger europäischer Führer im Sand verlaufen werden.

Und es gibt keinen Hinweis – insbesondere nicht in Serbien, wo der sogenannte euro-atlantische gute Wille 1999 einige schmerzliche Erinnerungen hinterlassen hat – dass die betroffenen Völker besonders begeistert vom Beitritt zur Europäischen Union sind.

Diese strategisch wichtige Region hatte sich das westliche Lager nach dem Zusammenbruch Jugoslawiens einverleibt

Aber natürlich spielt dieser Punkt für den amerikanischen Gesandten keine Rolle. Letzterer hat etwas ganz anderes im Sinn: Diese strategisch wichtige Region hatte sich das westliche Lager nach dem Zerfall Jugoslawiens irgendwie einverleibt. In Washington wird jedoch befürchtet, dass der Einfluss Russlands (eines historischen Verbündeten Serbiens) in diesem Gebiet zurückkehren wird. China selbst hat einige Balkanländer zu wichtigen Wirtschaftspartnern gemacht.

Amerikanische Führer sind der Ansicht, dass diese « Bedrohung » schnell eingedämmt werden muss, ein Standpunkt, der vor allem in Berlin und damit auch in Brüssel geteilt wird.

Dies erklärt, warum es in den letztgenannten Hauptstädten diplomatisch unterlassen wurde, darauf hinzuweisen, dass Onkel Sam, als er die Verantwortung für die Festlegung der europäischen Grenzen übernahm, eine erfinderische Arroganz an den Tag gelegt hatte.

Es stimmt, dass er gewohnt ist, dies zu tun – gerade in dieser Region.

Mehr Details in der nächsten Ausgabe von Ruptures (gedruckte Monatszeitung, französische Fassung) : Hier abonnieren

 

Cet article Onkel Sam verlangt, die Europäische Union solle alle Balkanländer umfassen est apparu en premier sur Ruptures.

Comment la France bafoue l’existence de l’Etat syrien

Par Grégoire

En Syrie, la diplomatie française persévère dans l’erreur, en niant l’Etat légal, présidé par Bachar El Assad, et en collant au « camp occidental ». Résultat : elle ne pèse plus dans le jeu diplomatique et risque d’engendrer bien des rancœurs sur le terrain.

Par Michel Raimbaud, ancien ambassadeur, auteur de Tempête sur le Grand Moyen-Orient (ed. Ellipses, 2017) et  Les guerres de Syrie (ed. Glyphe, 2019)

Par un beau dimanche d’automne, le 13 octobre dernier, le Président à la pensée complexe et sans complexe que le suffrage a donné à la France convoquait un Conseil de défense rassemblant tout le beau linge régalien du gouvernement pour « étudier la situation dans le Nord syrien », dans un contexte particulièrement compliqué. Le communiqué publié le lendemain matin aux aurores, qui condamnait fermement « l’attaque unilatérale de la Turquie » du 9 octobre, allait faire illusion le temps d’un éclair.

Ceux qui pouvaient encore espérer un réveil au pays des Lumières, voire une inflexion vers une meilleure perception des réalités du terrain, allaient avoir courte joie : la fin de phrase du communiqué précisait qu’il s’agissait de condamner l’attaque « contre les Kurdes ». De l’Etat syrien il n’était en revanche pas question. Ouf ! Les chantres de la « révolution syrienne » contre le pouvoir légal en place à Damas et les supporters des « terroristes modérés » pouvaient se rendormir. Par définition, la France éternelle, celle d’aujourd’hui, ne change jamais de position, surtout quand elle a tout faux… Par définition, elle a raison, fermez le ban, et circulez…

Mépris du droit

Les esprits chagrins diront qu’il eût été sage et décent – on n’ose dire fair play – de préciser que, selon les normes du droit international (ou ce qu’il en reste) et les fondamentaux de la Charte des Nations-Unies, l’attaque turque constituait avant tout une agression, une de plus, contre la Syrie. Mais c’eût été trop en demander à la diplomatie d’un membre permanent du Conseil de Sécurité, par définition gardien de ces principes, qui s’est néanmoins distingué depuis neuf ans par son mépris du droit et son agressivité envers des Etats qui ne l’avaient pas agressé : la Libye d’abord, la Syrie ensuite, déterrant la hache de guerre peu après avoir convié leurs leaders à fumer le calumet de la paix à l’Elysée.

Tant d’Etats sont aujourd’hui coutumiers de telles hypocrisies et de tels retournements, qu’une infraction de plus ou de moins n’a guère d’importance : on ne compte pas quand on aime, mais on ne compte pas non plus quand la victime des entorses au droit est haïe et honnie par la « communauté internationale » bien-pensante, lorsqu’est en cause le « régime de Bachar », consacré depuis la seconde guerre d’Irak ennemi public numéro un.

Occidentalisme et néo-conservatisme

Il faut dire que le monde n’est plus ce qu’il était et la diplomatie non plus depuis un certain temps déjà. Un séisme étant passé par là. Il y a trente ans, le monde change de base, suite à l’autodestruction de l’URSS, divine surprise. Il s’agit, comme le dit Poutine, de « la plus grande catastrophe géopolitique du XXème siècle » et le début d’un calvaire pour qui refuse d’adhérer au camp américain triomphant, comme ce sera le cas pour la Syrie.

L’occidentalisme, unissant nostalgiques de la colonisation et revanchards de l’impérialisme, prend son essor sous la bannière du néo-conservatisme, alliant néolibéralisme, parlementarisme et messianisme de « peuple élu ». Les tabous étant tombés, on pourra sans trop de gêne ressortir les concepts d’espace vital, de vocation à la maîtrise du monde, de Kriegspiel sur le « grand échiquier mondial ». La géopolitique, création allemande et anglo-saxonne, taboue depuis les années 30, fait son retour et permet de redessiner le cadre géographique des pulsions hégémonistes de l’Amérique et de ses séides : l’empire atlantique face au bloc eurasien, avec une ceinture verte arabo-musulmane théâtre et enjeu de la confrontation. Clé stratégique du Moyen-Orient, la Syrie n’a qu’à bien se tenir.

Ecrasement des peuples

Initié en 1990/1991, le moment unipolaire américain va s’avérer propice à l’exacerbation de cet occidentalo-centrisme revisité, justifiant l’écrasement des peuples et la destruction des Etats au nom de principes comme le droit d’ingérence, le devoir d’intervention, la responsabilité de protéger, nouvelles versions de feue « la mission civilisatrice ». C’est ainsi que les neocons parviendront à mobiliser autour de leurs thèses les classes politiques, médiatiques et intellectuelles des pays d’Occident.

Dur, dur d’être civilisés au milieu de tant de sauvages et d’être bons face à tant de méchants

Les experts eux-mêmes, qui se piquaient d’avoir mis au rencart les idées simplistes, se replieront sur les idées reçues d’une pensée unique, afin de ne pas passer à côté du grand vent de l’Histoire. Clichés, préjugés, approximations constitueront plus que jamais le carburant essentiel de l’analyse et de la réflexion sur le conflit syrien dans nos sphères pensantes, l’information étant systématiquement instrumentalisée et remplacée par un storytelling qui dit bien ce qu’il veut dire. Chaque épisode de ce récit est lancé sur le marché, livré en pâture à l’opinion, relayé le surlendemain par un autre « faux drapeau », de façon à déboussoler et décerveler les citoyens. Le but n’est pas de les informer mais de les désinformer alors qu’ils sont déjà bien conditionnés. L’Occident, en éternel sanglot sous le poids de son « fardeau », devant dire le droit et remettre dans le droit chemin la vile multitude des Etats « préoccupants » qui polluent son environnement, est en quête d’une doctrine rassurante et d’une actualité émouvante et/ou effrayante. Dur, dur d’être civilisés au milieu de tant de sauvages et d’être bons face à tant de méchants.

C’est dans ce contexte « unipolaire » et ce climat d’escroquerie intellectuelle, en l’absence de toute opposition réelle et structurée pendant une vingtaine d’années, que l’Amérique et ses alliés ont systématiquement dévoyé et dévasté le droit international, transformant le Conseil de Sécurité en théâtre de l’arrogance et faisant prévaloir partout la loi de la jungle. La Syrie sera une victime privilégiée de cette logique. Les principes onusiens – souveraineté et égalité des Etats, non-ingérence, obligation de négocier en cas de conflit et interdiction de recours ou de menace de recours à la force, droit des peuples à l’autodétermination et droit pour les Etats de choisir leur régime politique à l’abri de toute ingérence sont désormais systématiquement ignorés et bafoués par les Occidentaux.

« Gouvernement » vs « régime »

Le langage et les usages diplomatiques ont été abandonnés au profit de comportements déviants, qui étaient naguère le monopole des mauvais garçons. La stigmatisation des Etats préoccupants ou voyous est déterminée par le vocabulaire employé à leur encontre, sans beaucoup de rapport avec la réalité.

On se souviendra des propos inconvenants tenus à l’encontre de « Bachar » par de distingués ministres. Les pays atlantiques, qui se présentent comme de « grandes démocraties », sont ainsi dirigés par des « gouvernements », tandis que les adversaires sont des « régimes » chargés de toutes les tares, souvent même qualifiés d’Etats voyous, menaçants, répressifs et massacreurs. On affectionne les appellations qui prêtent à confusion, comme cette force de mercenaires terroristes désignée comme « armée nationale syrienne » qui sévit dans le Nord syrien sous patronage turc mais qui n’a rien à voir avec l’armée régulière.

Retour au « bercail occidental »

Les pays de « l’Orient compliqué » ont particulièrement souffert de cette dérive grossière, tandis que les atlantistes ont sacralisé les idées simplistes, leurs certitudes et leurs préjugés. La France a donné l’exemple. Entrée de justesse au Conseil de Sécurité en 1945 comme membre permanent, elle avait longtemps vu dans le multilatéralisme et l’adhésion à la légalité onusienne les piliers de sa légitimité. Son retour au « bercail occidental » s’est soldé par un alignement de plus en plus aveugle sur les positions anglo-saxonnes, notamment depuis la seconde guerre d’Irak, se traduisant par une implication inspirée par Washington dans le dossier syro-libanais.

Traduisant sans doute une certaine résurgence des pulsions coloniales, l’acharnement de la France a été, dès le départ de la guerre de Syrie, d’une rare intensité, décuplé par la hargne que l’on sait contre Bachar Al Assad. Tandis que les dirigeants successifs s’enferraient dans un interventionnisme forcené et se raidissaient devant leur échec contre le « régime de Damas », après avoir misé successivement sur tous les « mauvais chevaux », le déni de Paris face à la résilience victorieuse de la Syrie légale, le refus d’admettre les réalités et les évolutions ainsi qu’une approche souvent injurieuse ont eu pour résultat d’écarter la France du dossier syrien et des autres dossiers de la région. A force d’ostraciser voire d’ignorer le « régime de Damas » et son existence même alors qu’il est en passe de reprendre le contrôle de l’ensemble du territoire national, bénéficiant, qu’on le veuille ou non, d’un vaste soutien populaire, la Syrie, elle, ne manque pas une occasion de dénoncer les agressions et la présence illégale des forces du « régime » français, du « régime d’Erdogan » et consorts.

L’attitude française témoigne du mépris des dirigeants pour un Etat qui a tenu le coup, pendant près de neuf ans, face à plus de cent pays

L’attitude française, à l’instar de celle des Occidentaux, témoigne de cette obstination et du mépris des dirigeants français pour un Etat qui a tenu le coup, pendant près de neuf ans, face à plus de cent pays et se trouve au cœur d’une alliance puissante incluant la Russie, l’Iran, le Hezbollah, l’Irak et la Chine. Manifestement, l’arrogance du gouvernement de M. Macron le conduit à « snober » systématiquement ces Etats, ne prenant en compte que « les autres », à savoir l’envahisseur turc, les Kurdes lorsqu’ils sont séparatistes, l’Armée Libre Syrienne, les forces de l’opposition « anti-régime » pour désigner des groupes issus de Da’esh ou Al Qaida ou autres entités classifiées terroristes par l’ONU, les forces américaines ou occidentales stationnées illégalement, la soi-disant « coalition internationale » dirigée par Washington… Bref, toutes les forces hostiles à la Syrie légale.

La longue mémoire des peuples

Il est clair que cette volonté de passer sous silence la présence et le rôle déterminant de l’armée nationale, de l’Etat, des autorités, vise à démontrer que la Syrie serait non seulement un Etat voyou qui viole régulièrement la légalité internationale (sic), détient des armes de destruction massive (re-sic) et utilise le terrorisme pour terroriser les populations civiles (re-re-sic), selon la définition d’Avraham Shlaïm, un Israélien professeur à Oxford. Elle serait également, en suivant ces raisonnements biaisés, un Etat failli qui ne remplit pas son rôle de protection vis-à-vis de ses populations. L’accord passé le 14 octobre sous le patronage russe entre le gouvernement central et les Unités de Protection du Peuple (kurdes), faisant de celles-ci des auxiliaires de l’armée régulière sous tutelle de Damas face aux Turcs et rebattant les cartes dans le Nord syrien, a reçu un accueil « réservé », traité au mieux comme un nouvel épisode banal. Cela témoigne pour le moins d’une méconnaissance des rapports de force assez stupéfiante.

De façon étonnante, la classe politique, tous « partis de gouvernement » confondus, les médias nationaux du mainstream et la masse des intellectuels ont soutenu les gouvernements dans cette position désastreuse et déshonorante, qui restera une tache dans notre histoire. Et il ne semble pas proche le jour où cette monumentale erreur pourra être réparée. Beaucoup de Français auront la mémoire courte et oublieront avec le temps ces tristes épisodes. Les peuples opprimés, eux, ont une mémoire, une mémoire longue.

Les analyses publiées dans la rubrique Opinions constituent des contributions aux débats. Elles n’engagent pas la responsabilité de la rédaction du site.

Prochaine tribune (à paraître le 12 novembre) :
Election présidentielle en Tunisie : les raisons d’un choix inattendu,
p
ar Pierre Vermeren, Professeur en histoire du Maghreb à Paris 1

Cet article Comment la France bafoue l’existence de l’Etat syrien est apparu en premier sur Ruptures.

Les conséquences funestes de la chute du Mur de Berlin

Par pierre

Le ministre allemand des Affaires étrangères, dans une tribune publiée par Le Monde, falsifie et instrumentalise l’Histoire au service de « l’unification européenne »

Le trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin suscite, en France en particulier, une profusion d’hommages émus, de glorifications emphatiques, de louanges satisfaits.

Dans ce concert univoque, la contribution du ministre allemand des Affaires étrangères publiée par Le Monde (04/11/19) mérite une mention particulière. Il est probable en effet qu’Heiko Mass n’aurait pas osé faire paraître un tel texte dans son propre pays.

Celui-ci débute par une affirmation osée : le 9 novembre, « nous, Allemands (…) célébrons l’union de l’Europe, qui est heureusement rassemblée aujourd’hui » car « ce bonheur, nous le devons aux centaines de milliers d’Allemands de l’Est qui sont descendus dans la rue » et plus généralement aux citoyens d’Europe centrale et orientale « qui, assoiffés de liberté, ont renversé les murs et arraché leur liberté ». Et, poursuit le ministre, « nous le devons (aussi) à nos amis et partenaires de l’OTAN », ainsi qu’à François Mitterrand et Mikhaïl Gorbatchev.

Ainsi, pour le dirigeant social-démocrate, les citoyens descendus en 1989 dans les rues de Berlin-Est, de Dresde et d’ailleurs avaient un rêve en tête : réaliser l’« unification de l’Europe » (et pourquoi pas porter Ursula Von der Leyen à la tête de la Commission de Bruxelles, tant qu’on y est ?).

Pas sûr qu’une thèse aussi grotesque aurait pu être publiée à Berlin. Mais en s’adressant au public français, peut-être M. Maas espérait-il pouvoir impunément travestir la réalité. Car une très large majorité des citoyens de RDA qui ont manifesté pendant des mois en 1989 le faisaient dans l’espoir de réformer en profondeur ce pays, mais pas avec l’objectif d’abolir le socialisme, et encore moins d’être annexés par la République fédérale.

Et c’est seulement dans les tout derniers moments qu’à l’initiative (aujourd’hui avérée) de la CDU d’Helmut Kohl, le slogan « Nous sommes le peuple » (aspiration à plus de démocratie dans le cadre du socialisme) dériva vers « Nous sommes un peuple », qui visait ouvertement l’unification.

Cette ré-écriture de l’Histoire a au moins un mérite : celui d’illustrer l’état d’esprit des élites occidentales

Mais pour le ministre, peu importe la réalité historique. Seul compte l’objectif : « il en découle pour nous (nous, les dirigeants allemands ?) une obligation, celle de parachever l’unification de l’Europe ».

Cette ré-écriture de l’Histoire a au moins un mérite : celui d’illustrer l’état d’esprit qui anime les élites occidentales, allemandes en particulier. Et cet état d’esprit fait penser à la remarque célèbre du milliardaire américain Warren Buffet en 2005 : « il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui la gagne ». Il suffit ici de généraliser en remplaçant « classe » par « camp », et la sentence illustre à merveille ce sentiment de triomphe qu’ont éprouvé les dirigeants occidentaux face à des pays ayant mis en œuvre un système – certes très imparfaitement – où le CAC 40 et les dividendes versés aux actionnaires avaient été remplacés par la propriété publique. Et où les reculs sociaux incessants ne constituaient pas l’horizon indépassable des sociétés.

Cet état d’esprit triomphant – qui a marqué les dix ou quinze années d’après la chute du mur et la disparition de l’URSS – n’a cependant pas duré l’éternité rêvée par les théoriciens de la fin de l’Histoire et de la mondialisation heureuse.

Pour M. Maas et ses amis, il faut donc aujourd’hui déchanter : « le sauvetage (laborieux) de l’euro, les querelles interminables sur l’accueil et la répartition des réfugiés, tout cela a créé de nouveaux fossés en Europe ». Pire, se lamente le ministre, « avec le Brexit, nous assistons pour la première fois à la sortie d’un pays de l’UE. Et dans beaucoup de pays européens, ceux qui veulent nous faire croire que moins d’Europe, c’est mieux, ont le vent en poupe ».

Mais, évidemment, ce qui n’a pas marché avec l’Europe marchera… avec encore plus d’Europe : « une chose est sûre, pour subsister dans ce monde, les Européens doivent rester soudés » martèle Heiko Maas. On notera incidemment l’emploi du mot « soudés ». Il aurait pu écrire « unis » ou « ensemble ». On ne sait si le Sarrois a rédigé directement son texte dans la langue de Molière, mais le terme employé renvoie implicitement à des parties qu’on maintient collées par une opération artificielle forcée… Un aveu inconscient ?

Catastrophes sociales et géopolitiques

La réalité est que la chute du mur de Berlin a engendré effectivement deux grands types de conséquences : sur le plan social et sur le plan géopolitique. Et l’auteur a sur ce point raison : bien au-delà des frontières allemandes.

La décennie 1990 a d’une part enclenché la plus forte vague historique de reculs sociaux en Europe et dans le monde. En France, en Allemagne, en Europe de l’Est, et en réalité sur tous les continents, pas une « réforme » imposée par l’oligarchie dominante qui n’ait été rendue possible par l’inversion cataclysmique du rapport de force en faveur du pouvoir des capitaux, et au détriment des peuples : privatisations, coupes dans la protection sociale, montée phénoménale des inégalités et de la pauvreté, limitations drastiques des droits des salariés et des syndicats – mais aussi mise sous le boisseau de la démocratie (par exemple par l’inversion des référendums portant sur l’intégration européenne).

La disparition du camp socialiste a ouvert un extraordinaire boulevard aux puissants

Car la disparition du camp socialiste a ouvert un extraordinaire boulevard aux puissants. Nombreux sont les syndicalistes ouest-allemands (même les plus anticommunistes parmi eux) qui faisaient naguère cette confidence : avant la chute de l’Allemagne de l’Est, l’existence de cette dernière contraignait le patronat de RFA à maintenir un haut niveau d’acquis sociaux, afin d’éviter que le système en vigueur en RDA ne constitue une vitrine. L’annexion de ce pays a levé cette hypothèque et ouvert les vannes de la casse sociale, à commencer par la remise en cause des conventions collectives.

La disparition du camp socialiste a joué le même rôle au niveau mondial.

Quant au rapport de force géopolitique, point n’est besoin de faire un dessin. De la Yougoslavie à l’Irak, de la Libye à la Syrie en passant par le Yemen, le Venezuela ou la Côte d’Ivoire, les forces qu’on nommait naguère impérialistes ne se sont plus reconnu aucune limite.

Mais la période est désormais redevenue plus difficile pour les ambitions hégémoniques. Ni la Russie, ni la Chine n’ont envie de se soumettre à celles-ci.

Dès lors, affirme M. Maas, « nous avons besoin d’une véritable union européenne de la défense, en complément de l’OTAN, qui soit capable d’agir de manière autonome partout où cela est nécessaire ». « Défense » ? S’agit-il, par exemple, comme vient de le suggérer le futur Haut responsable de la politique extérieure de l’UE, l’actuel collègue espagnol (également socialiste) de M. Maas, Josep Borrell, d’activer les « groupements tactiques » ?

Car le ministre n’hésite pas à écrire : « ensemble, nous devons lutter pour le maintien de l’ordre international et devenir le noyau d’une Alliance pour le multilatéralisme ». Peut-être serait-il plus juste d’évoquer une Alliance pour le multilibéralisme… Quant au « maintien de l’ordre » international, la formule parle d’elle-même. Heiko Maas précise que « la paix dépend de cet ordre, également en Europe ». Une menace ?

Heiko Maas en appelle à « la force de faire respecter nos valeurs et nos intérêts dans un monde de plus en plus autoritaire »

Et si tout n’était pas encore assez clair, l’auteur conclut en vantant la force « qui anime les Européennes et les Européens » lorsqu’« ils passent à l’action » comme en 1989, notamment « la force de dépasser les murs et les frontières, la force de faire respecter nos valeurs et nos intérêts dans un monde de plus en plus autoritaire ».

Faire respecter les « valeurs européennes » partout dans le monde… Décidément, on se prend à regretter le mur.

Cet article Les conséquences funestes de la chute du Mur de Berlin est apparu en premier sur Ruptures.

Pour une renationalisation d’Aéroports de Paris

Par Grégoire

Il faut insister sur les enjeux en matière de souveraineté et de sécurité pour mobiliser contre la privatisation des Aéroports de Paris. Et exiger la renationalisation de cette infrastructure essentielle.

Par Benoît Martin,
Secrétaire général de la CGT-Paris

Le 22 juillet 2005, deux mois à peine après le référendum du 29 mai sur la Constitution européenne, le groupe Aéroports de Paris (ADP) était privatisé, sous la présidence Chirac et le gouvernement de Villepin. L’établissement public était transformé en société anonyme, l’Etat devenant l’actionnaire majoritaire. C’était une nouvelle étape dans la privatisation du secteur des transports lancée par le gouvernement Jospin avec Air France, les autoroutes et le fret ferroviaire.

Quelques années plus tard, au 31 décembre 2018, le capital d’ADP était composé de l’Etat français (50,6%), d’investisseurs institutionnels (21,9%), de Vinci (8%), de Royal Schiphol Group (aéroport d’Amsterdam, 8%) et de quelques autres actionnaires, dont les salariés d’ADP (1,6%). Au même moment, la multinationale cotée en Bourse qu’est ADP détenait des participations dans les aéroports d’Amsterdam-Schiphol et d’Istanbul-Atatürk. A ce jour, le groupe ADP gère 24 aéroports répartis dans 13 pays !

Les Gilets jaunes contre la privatisation

La loi « Pacte » du 22 mai 2019 a prévu de faire passer la part de l’Etat sous la barre des 50%, permettant la privatisation totale de la société aéroportuaire. L’arc politique large, formé des groupes d’opposition à Emmanuel Macron, a activé au printemps 2019 le Référendum d’initiative partagée (RIP) pour tenter de mettre en échec la privatisation totale d’ADP. Au total 248 parlementaires de gauche comme de droite ont permis cet événement politique.

Au même moment, le mouvement des Gilets jaunes était majoritairement favorable au RIP pour empêcher la privatisation totale d’ADP, bien que des gilets jaunes aient pointé les inconvénients de ce RIP bien plus restrictif que le Référendum d’initiative citoyenne (RIC) qu’ils revendiquent depuis le début de leur mouvement.

Des arguments naïfs et faibles

Pour promouvoir le RIP, des organisations syndicales, associatives et politiques, toutes classées à gauche, mènent actuellement campagne, difficilement. Les difficultés tiennent au processus du RIP lui-même, à la nécessité de dépasser les 4,7 millions de soutiens à apporter d’ici le 12 mars 2020 sur le site du ministère de l’Intérieur. Ce seuil donne le vertige et génère un grand doute sur la possibilité d’atteindre l’objectif. Ce doute alimente à son tour une résignation qui convient parfaitement au pouvoir politique. Les autres difficultés tiennent à l’hétérogénéité des motivations des organisations et mouvements qui soutiennent le RIP.

Parmi les arguments entendus en faveur du RIP, émerge l’idée qu’il serait idiot de brader au privé un bijou de famille, actif stratégique de surcroît, qui rapporte tant de dividendes à l’actionnaire principal, l’Etat. L’argument est faible et naïf. Faible au regard des vrais enjeux que représentent des aéroports internationaux ; naïf puisque c’est justement la haute rentabilité économique qui attire les investisseurs privés.

Comment pourrait-on justifier que les rôles de police et de sécurité aérienne soient exercés sur des lieux privatisés ?

Quels sont les enjeux stratégiques des aéroports de Roissy, d’Orly et du Bourget ? Déjà, ce sont des lieux frontières, n’en déplaise aux sans-frontiéristes ! Les voyageurs et les marchandises transitant par ces aéroports sont soumis à des contrôles douaniers et policiers. Etre sur un territoire national suppose de respecter les lois qui y sont en vigueur. Changer de territoire national n’est donc pas neutre. Par ailleurs, le droit international, dont celui issu de l’Organisation de l’aviation civile internationale fixe les règles communes découlant de la coopération entre Etats. Cet élément fait le lien avec un autre enjeu majeur, celui de la sécurité aérienne. Comment pourrait-on justifier que les rôles de police et de sécurité aérienne soient exercés sur des lieux privatisés ?

Pour une renationalisation d’ADP

De plus, les arguments en faveur d’une maîtrise publique des transports et de la logistique forment un enjeu renforcé dans une période ou la question multimodale est tant mise en avant, avec raison. Or les aéroports de Paris sont des noeuds (hubs dans la langue de Shakespeare) multi-modaux essentiels, et qui n’ont pas fini d’évoluer en fonction soit des politiques publiques, soit des intérêts privés de court terme…

Last but not least, le syndicaliste que je suis est aussi convaincu que la mise en échec de la privatisation d’ADP et la perspective d’une re-nationalisation permettront de préserver et d’améliorer tant les garanties statutaires que les effectifs des personnels d’ADP.

Ce tabou sur le rôle de l’UE est une constante des organisations habituelles du mouvement syndical et social

Or aucune organisation ne soutient la re-nationalisation d’ADP. A ma connaissance, personne ne parle des directives et des traités européens dans la bataille idéologique autour du RIP d’ADP. Ce tabou sur le rôle de l’UE est une constante des organisations habituelles du mouvement syndical et social. Pour donner un peu d’ambition à la campagne, je pense qu’il faut un double effet Agora afin d’amener une communauté de citoyens amenée à délibérer sur les questions aéroportuaires : premièrement gagner le RIP et deuxièmement gagner la nationalisation. A cet effet Agora doit s’ajouter un effet Communiste : Aéroports de Paris doit redevenir un bien commun retiré de la logique du profit.

La privatisation de l’aéroport de Toulouse-Blagnac, menée par Emmanuel Macron lorsqu’il était ministre de l’Economie, en 2014, est un vrai scandale

Pour convaincre le plus grand nombre, outre les arguments théoriques, il faut savoir s’appuyer sur des réalités bien établies. La privatisation de l’aéroport de Toulouse-Blagnac, menée par Emmanuel Macron lorsqu’il était ministre de l’Economie, en 2014, est un vrai scandale. Ses amis chinois, qui ont acheté 49,9% des actions, n’ont en rien eu l’attitude d’un copropriétaire stable et vertueux !

Autre problème politique de taille, le mensuel Alternatives Economiques relevait récemment : « Exploitant les aéroports de Lyon, Clermont-Ferrand, Grenoble et Chambéry, Vinci Airports a siphonné la bagatelle de 44 millions d’euros de dividendes en trois ans, comme l’a découvert Mediacités. Et ce, alors que ces infrastructures restent biberonnées à l’argent public. » Il est temps de marquer un coup d’arrêt à ce pillage des biens publics !

Pour signer afin d’obtenir le référendum, ici le site officiel.

Les analyses publiées dans la rubrique Opinions constituent des contributions aux débats. Elles n’engagent pas la responsabilité de la rédaction du site.

Prochain article à paraître dans la rubrique Opinions :
Comment la France bafoue l’existence de l’Etat syrien,
par Michel Raimbaud, ancien ambassadeur

Cet article Pour une renationalisation d’Aéroports de Paris est apparu en premier sur Ruptures.

L’Oncle Sam exige que l’Union européenne intègre tous les pays des Balkans

Par pierre

L’envoyé spécial américain insiste pour accélérer l’adhésion de l’Albanie et de la Macédoine à l’UE, alors que le sujet suscite l’opposition des dirigeants français et néerlandais, inquiets de l’impopularité d’une telle perspective.

L’émissaire spécial des Etats-Unis pour les Balkans est en tournée dans cette région. Après s’être rendu au Kosovo puis en Macédoine du Nord, Matthew Palmer était le 4 novembre à Belgrade, où il a notamment rencontré le président serbe, Aleksandar Vucic.

Le diplomate américain a saisi l’occasion pour critiquer vertement la décision récente de l’Union européenne : lors du Conseil européen des 17 et 18 octobre, les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-sept n’ont pu se mettre d’accord sur le lancement des discussions d’adhésion à l’UE de la Macédoine du Nord et de l’Albanie. Cela revient dans les faits à geler cette perspective.

« L’Amérique souhaite une perspective européenne pour les Balkans occidentaux et nous ferons notre possible afin de convaincre l’UE de changer sa position » – Matthew Palmer

« A notre avis, c’est une erreur historique et un mauvais message pour toute la région » a tancé M. Palmer. Et l’envoyé spécial d’enfoncer le clou : « l’Amérique souhaite une perspective européenne pour les Balkans occidentaux et nous ferons notre possible afin de convaincre l’UE de changer sa position » d’ici le prochain sommet de mai 2020.

En réalité, la position européenne découle d’un veto émis par trois pays : la France, les Pays-Bas et le Danemark. Emmanuel Macron, en particulier, est opposé à un nouvel élargissement de l’Union tant que celle-ci « n’arrive pas à fonctionner correctement à 27 », et, selon lui, ce n’est certainement pas à « 29, 30, ou 32 » qu’on améliorera les choses. En outre, comment plaider pour limiter le budget communautaire, et en même temps vouloir accueillir de nouveaux membres avait persiflé le maître de l’Elysée – une pierre dans le jardin de l’Allemagne.

Ce n’est sans doute pas un hasard si la France et les Pays-Bas sont vent debout contre de nouvelles adhésions

Mais derrière ces arguments se profile la crainte que l’arrivée de nouveaux pays « à bas coûts » soit particulièrement impopulaire dans l’Hexagone. Ce n’est sans doute pas un hasard si la France et les Pays-Bas sont vent debout contre de nouvelles adhésions, deux pays où de mémorables référendums avaient infligé des Non retentissants à une intégration européenne plus poussée, et ce en 2005, soit juste un an après l’adhésion de dix nouveaux Etats (et l’arrivée du fameux « plombier polonais »).

Le dossier des futures adhésions constitue donc un des très nombreux sujets d’affrontement actuels au sein des Vingt-sept. Par  ailleurs, la position franco-néerlandaise a indisposé les gouvernements concernés, non seulement à Skoplje et à Tirana, mais également dans d’autres pays issus de l’ex-Yougoslavie, comme la Serbie. Belgrade, avec qui les « négociations » d’adhésion sont déjà engagées, redoute que ces dernières s’ensablent, du fait de l’état d’esprit « frileux » de certains dirigeants européens.

Du reste, rien n’indique – en Serbie tout particulièrement, où la bienveillance euro-atlantique a laissé quelques souvenirs cuisants en 1999 – que les peuples concernés soient particulièrement enthousiastes pour intégrer l’Union européenne.

Cette région stratégique a été récupérée par le camp occidental dans la foulée de l’éclatement de la Yougoslavie

Mais évidemment, ce point importe peu à l’envoyé américain. Ce dernier a tout autre chose en tête : cette région stratégique a été en quelque sorte récupérée par le camp occidental dans la foulée de l’éclatement de la Yougoslavie. Or à Washington, on redoute que l’influence de la Russie (un allié historique traditionnel de la Serbie) ne revienne dans les parages. La Chine elle-même a fait de certains pays balkaniques des partenaires économiques importants.

Les dirigeants américains considèrent qu’il faut vite endiguer cette « menace », un point de vue partagé notamment à Berlin et donc à Bruxelles.

Ce qui explique que, dans ces dernières capitales, on se soit diplomatiquement abstenu de faire remarquer qu’en s’octroyant la responsabilité de définir les frontières européennes, l’Oncle Sam faisait preuve d’une inventive arrogance.

Il est vrai que c’est une habitude – dans cette région en particulier.

Plus de détails sur ce dossier dans l’édition de Ruptures à paraître fin novembre. Pour recevoir cette édition et les suivantes, il n’est pas trop tard pour s’abonner.

Cet article L’Oncle Sam exige que l’Union européenne intègre tous les pays des Balkans est apparu en premier sur Ruptures.

Totalversagen des „Wertewestens“ in Syrien

Par pierre

Diskussion im deutschen Fernsehen (ARD) bei Anne Will am Sonntag den 20. Oktober: Resignation der deutschen Außenpolitik aber Wut auf Trump

Von Rainer Rupp, früher an hoher Stelle im NATO-Hauptquartier als Agent des DDR-Auslandsnachrichtendienstes, 1993 von den BRD Gerichten verurteilt und inhaftiert, heute Experte für geostrategische Fragen.

„Erdoğans Siegeszug – schaut Europa weiter hilflos zu?“ hieß jüngst der Titel einer Diskussionsrunde im 1. Programm des öffentlich-rechtlichen Fernsehens in Deutschland. Normalerweise plätschern die Gespräche mit der jeweils geladenen Politprominenz nichtssagend dahin. Aber diesmal was es anders. Die Debatte was charakterisiert von einer kaum verhaltenen ohnmächtigen Wut und zugleich resignierendem Eingeständnis des historischen Totalversagens des gesamten imperialistischen Westens in Syrien. Es war, als hätten die anwesenden Politiker verstanden, dass das, was zurzeit im Nahen Osten vor sich geht, der Anfang vom Ende der westlichen Vorherrschaft ist.

„Aus Sicht der EU kommt das dicke Ende jetzt erst noch“ – Wolfgang Ischinger

Laut Wolfgang Ischinger, ehemaliger deutscher Botschafter in Washington und seit 2008 Vorsitzender der Münchner (UN)Sicherheitskonferenz haben die Europäer in den letzten 8 Jahren ohnmächtig dem Treiben anderer Staaten im Nahen Osten zugeschaut. „Wir haben uns auf die USA verlassen, in dem Glauben, die werden es schon richten. … Wir Europäer, wir Deutsche haben versucht, unsere Sicherheit in dieser Region an die Amerikaner outzusourcen. Und das nimmt anscheinend jetzt kein gutes Ende. Aus Sicht der EU kommt das dicke Ende jetzt erst noch“.

Wie aus seine nachfolgenden Einlassung hervorgeht, meinte er damit offensichtlich das gemeinsame Versagen und den Gesichtsverlust der vereinten westlichen Imperialisten im Syrienkrieg: „Ich halte es für eine der bittersten Erkenntnisse der letzten Jahre – dass wir – Die Bundesrepublik gemeinsam mit den anderen Europäern und den USA – schon 2011 und 2012 gesagt haben, Assad muss weg! Nun werden wir uns mit der Tatsache vertraut machen müssen, dass Assad im Sattel sitzt und wir an ihm nicht vorbei kommen werden. Die Realpolitik wird uns dazu zwingen, ihn anzuerkennen.“

Auf die Zwischenfrage, ob das auch wieder Assads diplomatische Anerkennung bedeutet, meinte Ischinger: „Mit der Realität zu leben, heißt, dass dieses Regime Assad, das gestützt wurde von Russland und anderen und von uns seit 8 Jahren energisch bekämpft wurde, weiter da ist. Wir werden mit dem Massenmörder weiter leben müssen.“ Jetzt sehe er überhaupt keine Mittel mehr, keine militärischen Mittel, irgendetwas zu tun“, um die Realität in Syrien noch zu ändern.

Für Sevim Dagdelen (die Linke) sind also Russland und Iran „leider die Gewinner“

Die Politikerin der Partei die Linke, Sevim Dagdelen, Stellvertretende Fraktionsvorsitzende im Bundestag, Mitglied im Auswärtigen Ausschuss des Bundestages und Sprecherin für Internationale Beziehungen ihrer Bundestagsfraktion intervenierte an dieser Stelle mit dem Einwurf: „2011 haben die USA gesagt: Wir wollen den Einfluss von Russland und des Iran in der Region zurückdrängen und deshalb muss Assad fallen. Und die Europäer haben sich im Schlepptau der USA bewegt und gesagt, ‚Assad muss weg‘. … Jetzt sehen wir dieses Desaster. Man hat genau das erreicht, was man verhindern wollte: Russland und Iran sind die Gewinner, nicht nur militärisch, auch – leider – diplomatisch“.

Für diese Linke sind also Russland und Iran, die nicht mit Regime-Change-Absichten völkerrechtswidrig in Syrien eingefallen sind, sondern auf Bitte der Regierung dort Hilfe leisten „leider die Gewinner“. Im Umkehrschluss legt das nahe, dass sich diese linke Spitzenpolitikerin in Syrien lieber den Sieg der westlichen Unwertegemeinschaft gemeinsam mit den von der VWUG bewaffneten und finanzierten Terroristen gewünscht hätte.

Norbert Röttgen (CDU), Vorsitzender des Auswärtigen Ausschusses im Bundestag, richtete seine vernichtende Kritik gegen Trump, Erdogan und natürlich, denen er allesamt Völkerrechtsverbrechen vor warf, Trump wegen seines US-Abzugsbefehls aus Nordost Syrien und wegen seiner Initiative für den 5 Tage Waffenstillstand zwischen den Rojava Kurden und der Türkei am 20. Oktober, Erdogan wegen seiner Invasion in die syrischen Kurdengebiete am 17. Oktober und Putin, weil er mit Erdogan in Sotschi s am 22. Oktober ein Abkommen geschlossen hat, das eine politische und friedlich Lösung des Grenzkonflikts herbeiführen könnte.

„Das von Vizepräsident Pence und von Erdogan unterschriebene Waffenstillstandsvertrag ist ein wirklicher Tiefpunkt der amerikanischen Diplomatie“ – Norbert Röttgen

Als treuer Vasall des „Tiefen US-Staates“ hielt Röttgen es allerdings für nötig, seiner Kritik an Trump erst einmal sein Glaubensbekenntnis an die US-amerikanischen Werte vorauszuschicken: Ich bin ein Transatlantiker, und ich, äh, äh bin für die USA. Ich halte sie nicht nur für unverzichtbar, … sondern auch emotional“. Nachdem er so sicher gestellt hatte, seine Freunde, die Kriegstreiber in Washington ihn nicht falsch verstehen, sagte er, dass das von Vizepräsident Pence und von Erdogan unterschriebene Waffenstillstandsvertrag nach seiner „Einschätzung ein wirklicher Tiefpunkt der amerikanischen Diplomatie ist, politisch, moralisch und völkerrechtlich“.

Röttgen fügte hinzu: „Ich muss auch sagen, das Desaströse, ja das Erbärmliche ist, dass in diesem Papier, die Sprache und das Narrativ von Erdogan komplett übernommen wird. … Ich war und bin über dieses Papier total entsetzt, weil es ein Alibi für die Türkei ist und das wird auch noch von den USA geliefert.“ (Großer Applaus des Publikums).

Sowohl Röttgen als auch Ischinger plädierten gegenüber den Zuschauern, dass der böse Trump, der mit dem US-Abzug so kaltschnäuzig die armen Kurden verraten habe und der Tür und Tor für die Türken und die Russen geöffnet habe, nicht mit den guten und vernünftigen Amerikanern in Washington zu verwechseln, mit den anständigen Amerikanern verwechselt werden dürfte, mit denen sie ständig in Kontakt stünden. (Der Tiefe Staat lässt grüßen.)

Röttgen sagte z.B. „Was man ganz sicher sagen kann, Präsident Trump hat für die Aktion des Rückzugs aus Syrien, der gegen jeden Rat erfolgt ist und für den es im Pentagon und im Außenministerium keine Unterstützung gab, keinen Rückhalt. … Deshalb sollten wir nie den Fehler machen, das Land mit dem Präsidenten zu verwechseln. Die (Amerikaner) haben ja nicht alle ihren Verstand verloren, sondern ganz im Gegenteil. Die Leute, mit denen ich alle Gespräche führe, sind ja so vernünftig“.

Immer wieder haben die Diskutanten versucht die Zuschauer emotional aufzuwühlen mit der Mär von den durch Trump verratenen Kurden, obwohl die sich doch für den Westen und für Europa gegen den IS gekämpft und sich aufgeopfert hätten. Das ist falsch. , zumal die Rojava-Kurden auch keine Engel sind.

Die Mär von den durch Trump verratenen Kurden

Erstens. Als die Kurden mit US-amerikanischer Hilfe die IS-Kopfabschneider unter Verlusten aus ihrer Heimatregion in Nordost-Syrien vertriebe haben, haben sie das nicht Europa oder den USA zuliebe getan.

Zweitens haben sie anschließend als US-Söldner (gegen Geld und Waffen) weiter gegen den IS gekämpft und sind mit amerikanischer Luftunterstützung 350 km tief in Arabisch bevölkertes Gebiet eingedrungen, um dort angeblich die syrischen Öl-Quellen vom IS zu befreien, aber tatsächlich um sie zu besetzen und selbst auszubeuten.

Drittens, die kurdischen Rojava-Milizen waren nicht nur US-Söldner, sondern auch Gehilfen der USA bei Völkerrechtsverbrechen in Syrien. Denn durch ihren Einsatz konnte das Pentagon erfolgreich verhindern, dass der rechtmäßige Besitzer der östlich vom Euphrat gelegenen Ölquellen, nämlich das syrische Volk mit seiner vorrückenden Regierungsarmee wieder Besitz von diesen wichtigen Ressourcen ergreifen konnte.

Viertens, die Kurden sind in den vom IS befreiten, arabisch-syrischen Gebieten an der Seite der Amerikaner ebenfalls als selbstherrliche Besatzer aufgetreten.

Zum Schluss auch noch eine paar Worte über die allgegenwärtige, scheinheiligen Empörung über den „völkerrechtswidrigen Einmarsch der Türken in Syrien“, wodurch bereits Hunderte Menschen getötet und Hundert Tausend und mehr vertrieben worden sind.

Der völkerrechtswidrige Einmarsch der Türken ist zwar ein Fakt, aber es sind meist die falschen Leute, die jetzt am meisten wehklagen. Wo waren die Politiker und ihre Pressituierten bei dem um viele Potenzen schlimmeren, völkerrechtswidrigem und gänzlich unprovozierten US-Angriffskrieg gegen Irak, wo mwaren sie bei der europäisch initiierten Zerstörung des blühenden Libyens mit US-Beteiligung. Diese und die vielen anderen Kriege des westlichen Wertegesellschaft haben Millionen von Flüchtlingen produziert und über eine Million getöteter Zivilisten gekostet, egal ob sie durch Waffeneinsatz, Hunger oder Krankheiten zu Tode kamen. Wo war und ist die Empörung, z.B. über die Verbrechen Saudi Arabiens mit westlicher, einschließlich auch mit deutscher und französischer Waffenhilfe begeht?

https://daserste.ndr.de/annewill/archiv/Erdoans-Siegeszug-schaut-Europa-weiter-hilflos-zu,erste11476.html.

 

Cet article Totalversagen des „Wertewestens“ in Syrien est apparu en premier sur Ruptures.

Le désarroi unanime des dirigeants atlantistes s’affiche à la télé allemande

Par Grégoire

Un débat diffusé par la première chaîne d’outre-Rhin a mis en lumière la colère impuissante de la classe politique allemande contre le recul de l’Occident en Syrie, et accusé Donald Trump de tous les maux.

Par Rainer Rupp, ancien agent de renseignement du camp socialiste au plus haut sommet de l’OTAN, condamné et incarcéré par la justice allemande en 1993, aujourd’hui spécialiste des questions géostratégiques

« La marche triomphale d’Erdogan – l’Europe va-t-elle continuer à être une spectatrice impuissante ? » – tel était le titre d’un débat télévisé récemment diffusé sur la première chaîne publique allemande. Bien souvent, dans ce type d’émission, les responsables politiques invités échangent entre eux des platitudes sans importance. Rien de tel cette fois-ci.

Tout au contraire : ce fut un déballage de colère impuissante et d’aveu hargneux d’un échec de tout le camp occidental dans l’affaire syrienne. Comme si les politiciens présents se rendaient compte que ce qui se passe aujourd’hui au Moyen-Orient constituait le début de la fin de la domination occidentale qui y prévalait.

« C’est dur à avaler »

Wolfgang Ischinger, ancien ambassadeur allemand à Washington, et actuel organisateur de l’annuelle Conférence sur la Sécurité de Munich, s’est lamenté : « nous, Européens, nous nous sommes reposés sur les Etats-Unis, en escomptant que ceux-ci allaient régler tout cela au mieux ; nous, Allemands, avons essayé de leur sous-traiter notre sécurité dans la région. Tout cela finit manifestement mal, et du point de vue de l’Union européenne, le pire est encore à venir ».

Et de poursuivre, amer devant cette humiliation de l’ensemble du camp impérialiste : « en 2011 et 2012, nous – la République fédérale, les pays européens et les Etats-Unis – avons dit qu’Assad devait dégager. Et maintenant, c’est dur à avaler, nous devons nous faire à l’idée qu’Assad est toujours en selle, et que nous n’en viendrons pas à bout. La Realpolitik va nous contraindre à accepter cette réalité ».

« Moscou et Téhéran sont les grands gagnants »

Cela entraînera-t-il une reconnaissance diplomatique du pouvoir en place ? « Accepter la réalité signifie admettre que le régime Assad, soutenu par la Russie et d’autres, que nous avons combattu durement depuis huit ans, est toujours là ». Et l’ancien diplomate de lâcher : « nous devrons continuer à vivre avec les massacres de masse, car je ne vois plus aucun moyen, plus aucun moyen militaire, de faire quoi que ce soit » pour changer la réalité en Syrie.

Pour sa part, la dirigeante présente du parti Die Linke, Sevim Dagdelen, responsable des questions internationales pour ce groupe parlementaire, n’a pas vraiment contredit ce point de vue : « en 2011, les Américains ont dit qu’ils voulaient réduire l’influence de la Russie et de l’Iran dans la région, et pour cela ils ont estimé qu’il fallait faire tomber Assad. Les Européens se sont placés dans ce sillage. Et maintenant, nous mesurons le désastre, puisqu’on a atteint exactement l’inverse de ce que l’on voulait empêcher, à savoir que Moscou et Téhéran sont les grands gagnants, pas seulement militaires, mais aussi diplomatiques ».

Regrets inavouables

Ces derniers – qui refusaient la stratégie de déstabilisation d’un pays, une stratégie qui viole le droit international, mais qui ont aidé un gouvernement, à sa demande, à résister à celle-ci – sont donc « hélas les gagnants », si l’on en croit cette dirigeante de « gauche ». Il faut croire que cette dernière aurait préféré la victoire des puissances occidentales ainsi que des terroristes armés et financés par celles-ci.

Quant au président de la Commission des affaires étrangères du Bundestag, Norbert Röttgen (CDU), il a concentré ses critiques contre Donald Trump, Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine : au premier, il reproche le retrait des forces américaines du Nord-Est de la Syrie, et son initiative ayant abouti au cessez-le-feu de cinq jours entre les Kurdes du Rojava et la Turquie ; au deuxième, l’invasion des secteurs kurdes en Syrie ; et au troisième, l’accord signé avec son homologue turc le 22 octobre à Sotchi en vue d’une solution politique au conflit frontalier. 

« Je suis un fervent partisan de la relation transatlantique » – Norbert Röttgen président de la Commission des affaires étrangères du Bundestag 

Mais bien sûr, fidèle vassal de l’« Etat profond » américain, M. Röttgen s’est empressé d’emballer sa critique de la Maison-Blanche dans une profession de foi vantant les « valeurs » des USA : « je suis un fervent partisan de la relation transatlantique, les liens avec les Américains sont non seulement politiquement indispensables, ils sont aussi de l’ordre de l’émotion ». S’étant ainsi assuré qu’aucun malentendu ne subsiste sur ses sentiments profonds, il a ensuite pu affirmer que le cessez-le-feu sur lequel le vice-président Pence et le président Erdogan s’étaient mis d’accord constituait « un point bas historique de la diplomatie américaine, politiquement, moralement, et juridiquement ».

Et d’ajouter : « le plus honteux, dans ce document, c’est qu’il reprend complètement les thèses d’Erdogan (…) j’ai été et je reste scandalisé par cet accord, qui représente, pour la Turquie, un alibi offert sur un plateau par Donald Trump ». Applaudissements nourris dans le studio…

Haro sur Trump

Tant M. Röttgen que M. Ischinger se sont efforcés de convaincre les téléspectateurs que le méchant Trump, qui a trahi de sang froid les pauvres Kurdes et ouvert généreusement la voie aux Turcs et aux Russes, ne devait surtout pas être confondu avec les Américains raisonnables et responsables avec qui ils sont « en contact permanent » (bonjour l’Etat profond…).

Le premier a ainsi affirmé que la décision de retrait des forces américaines a été prise à l’encontre de l’avis et des conseils du Pentagone et du Secrétaire d’Etat, et donc « que nous ne devrions jamais commettre l’erreur de confondre le président et le pays (…) Les dirigeants américains avec qui je parle sont bien plus raisonnables ».

En outre, tous les intervenants se sont succédé pour émouvoir le public en reprenant la fable des Kurdes trahis, ces derniers s’étant sacrifiés en combattant pour l’Occident contre l’Etat islamique (EI).

Les combattants kurdes ont chassé l’EI de leur région natale pour récupérer cette dernière, pas pour faire plaisir à l’Occident

Pourtant, outre que les combattants du Rojava kurde ne sont pas, eux non plus, des anges, ladite fable prend des libertés avec la réalité.

Premièrement, les combattants kurdes ont chassé l’EI de leur région natale pour récupérer cette dernière, pas pour faire plaisir à l’Occident.

Deuxièmement, ils se sont joints ensuite aux forces américaines (qui les ont financés et armés) pour pénétrer sur 350 kilomètres de profondeur dans un territoire peuplé majoritairement d’Arabes pour officiellement « libérer » les puits de pétrole de l’EI – en réalité pour les exploiter pour leur compte.

Les Kurdes complices des Etats-Unis

Troisièmement, les milices kurdes du Rojava se sont faites les complices des Etats-Unis dans le viol par ceux-ci de la légalité internationale. En effet, grâce à elles, le Pentagone a réussi à empêcher que le propriétaire légitime des gisements d’or noir à l’Est de l’Euphrate – le peuple syrien – puisse reprendre possession de ses ressources grâce à l’armée gouvernementale syrienne.

Quatrièmement enfin, les combattants kurdes ont pris pied, comme propriétaires souverains, dans les territoires arabes syriens.

Dans ce contexte se sont multipliés les cris scandalisés qui dénoncent l’« agression turque » qui a déjà coûté la vie a des centaines de victimes, et provoqué la fuite de centaines de milliers de civils.

Deux poids, deux mesures

L’invasion turque constitue incontestablement un viol du droit international. Mais beaucoup de ceux qui la dénoncent aujourd’hui sont bien mal placés pour s’indigner. Que disaient de nombreux responsables politiques et leurs amis des grands médias quand fut déclenchée la guerre américaine contre l’Irak – une attaque contre la légalité internationale d’une tout autre échelle ? Que disaient-ils lorsque fut planifiée et décidée par Londres et Paris, avec le soutien de Washington, l’agression contre la Libye ?

Ces invasions, comme une série d’autres fomentées par l’Occident, ont provoqué la fuite de millions de réfugiés, coûté la vie à un million de civils – que ce soit par les armes, la faim (embargos), ou les maladies ? Et que disent les responsables politiques qui affichent aujourd’hui leur indignation, quand l’Arabie saoudite mène une guerre meurtrière et criminelle avec l’aide des puissances occidentales, en particulier grâce aux armements vendus par les firmes allemandes et françaises ?

Les analyses publiées dans la rubrique Opinions constituent des contributions aux débats. Elles n’engagent pas la responsabilité de la rédaction du site.

Prochaine tribune : Pour la renationalisation des Aéroports de Paris,
par Benoît Martin, Secrétaire général de la CGT-Paris

Cet article Le désarroi unanime des dirigeants atlantistes s’affiche à la télé allemande est apparu en premier sur Ruptures.

Les trois victoires de Boris Johnson ouvrent l’ultime étape avant le Brexit

Par pierre

Boris Johnson a réussi, en moins de deux semaines, trois miracles successifs. Pourtant, depuis qu’il a accédé au 10 Downing street, fin juillet, les parlementaires anti-Brexit n’auront rien épargné au premier ministre britannique : rebuffades, « camouflets », manœuvres et blocages.

Avec un objectif : non pas inverser le sens de l’Histoire – car peu d’entre eux croient désormais sérieusement que la sortie du pays pourra être empêchée – mais interdire au chef du gouvernement de tenir sa promesse emblématique. Celui-ci avait juré de rendre le Brexit effectif au 31 octobre, une date convenue en avril dernier avec les Vingt-sept. L’obstruction parlementaire a fait capoter cette échéance, et a contraint à un ultime report d’ici le 31 janvier 2020 au plus tard.

Entre 60% et 70% des citoyens considèrent que la « violence contre les élus » pourrait être « le prix à payer » pour résoudre enfin la question du Brexit

C’est une stratégie dangereuse de la part des députés pro-UE. Un récent sondage a fait apparaître un résultat pour le moins déroutant : entre 60% et 70% des citoyens (selon la région) considèreraient que la « violence contre les élus » pourrait être « le prix à payer » pour résoudre enfin la question du Brexit – une opinion partagée même par une majorité d’opposants à la sortie de l’UE…

Toute enquête d’opinion mérite évidemment d’être prise avec précaution, mais il est indubitable que les atermoiements depuis trois ans ont littéralement exaspéré une très grande majorité des citoyens. Alors que le référendum du 23 juin 2016 a décidé que le pays devait quitter l’Union, ce verdict n’a toujours pas été mis en œuvre du fait des efforts conjoints du Parlement britannique et des dirigeants européens. Ces derniers voulaient montrer que le choix de partir constituait un enfer afin de dissuader d’autres peuples de suivre l’exemple britannique.

Trois victoires qui semblaient inatteignables

Finalement, même s’il n’a pu tenir l’échéance promise, Boris Johnson a emporté trois victoires politiques qui semblaient, il y a quelques semaines encore, totalement inatteignables.

Le nouveau texte change certains aspects essentiels qui constituaient pourtant des « lignes rouges » des Vingt-sept

Le 17 octobre, un nouvel accord de divorce est conclu avec Bruxelles. Et ce, alors même que les dirigeants européens ne cessaient de répéter, depuis un an, que l’accord signé en novembre 2018 par Theresa May ne pouvait être renégocié – pas même une virgule. Le nouveau texte change certains aspects essentiels qui constituaient pourtant des « lignes rouges » des Vingt-sept.

Le 19 octobre, les parlementaires reportent la discussion et donc la ratification dudit texte, mais le 21, une majorité d’entre eux approuve le principe d’une loi transposant dans le droit britannique l’accord en question. Une étape que Theresa May n’avait jamais pu franchir.

Le 29 octobre enfin, après trois tentatives infructueuses du chef du gouvernement, les députés acceptent la dissolution du Parlement et des élections anticipées le 12 décembre. Pour Boris Johnson, c’est enfin la perspective d’en finir avec une paralysie parlementaire qui paraissait indépassable.

La première victoire, celle du nouvel accord signé avec l’UE, est considérable. Là où le texte précédent était susceptible de garder indéfiniment le Royaume-Uni au sein de l’union douanière européenne, celui-ci constituera un territoire douanier séparé (au terme d’une période transitoire d’une année), et aura donc la liberté de négocier des accords commerciaux avec des pays tiers.

D’autre part, si le chef du gouvernement a dû accepter que des règles et normes de l’UE (en matière de protection des consommateurs, par exemple) pour les marchandises s’appliquent à l’Irlande du Nord (partie intégrante du Royaume-Uni), des arrangements douaniers seront mis en place pour éviter qu’une frontière physique soit rétablie entre la République d’Irlande (membre de l’UE) et l’Irlande du Nord.

Le « filet de sécurité » auquel Bruxelles tenait tant, et qui aurait pu maintenir le Royaume-Uni prisonnier, est écarté

Ces dispositions devront être renouvelées – ou pas – tous les quatre ans par le parlement régional de cette dernière. Le « filet de sécurité » (« backstop ») auquel Bruxelles tenait tant, et qui aurait pu maintenir éternellement le Royaume-Uni prisonnier, est donc écarté.

La deuxième victoire semblait également improbable : le principe dudit accord a été approuvé par les parlementaires (par 329 voix contre 299). Mme May, malgré trois tentatives, n’avait pu franchir cet obstacle. Cette fois, le texte a recueilli l’assentiment tant des « Brexiters radicaux » que de ceux qui se sont résignés à un Brexit à condition qu’il ne soit pas trop « brutal » (sortie « sans accord »).

Enfin, le dernier succès paraissait hors de portée, car l’opposition travailliste – profondément déchirée entre un appareil pro-UE, et des électeurs des classes populaires pro-Brexit – se refusait à de nouvelles élections, synonymes pour elle de probable débâcle. A la quatrième tentative du premier ministre cependant, les dirigeants du Labour ont dû lever leur veto, tant ce blocage paraissait politiquement indéfendable.

Période électorale de six semaines

S’ouvre donc désormais une période électorale de six semaines. Le scrutin à venir est déjà décrit comme le plus important depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Tout laisse à penser que le Brexit sera au cœur de la campagne, dans un pays plus polarisé que jamais.

Les Travaillistes risquent de recueillir un résultat calamiteux. Certains de leurs électeurs aisés et urbains, majoritairement pro-UE, pourraient bien être tentés de glisser vers les Libéraux-démocrates, qui plaident ouvertement pour que le Brexit soit purement et simplement annulé.

Quant aux électeurs des classes populaires et des villes ouvrières, bastions traditionnels du Labour, ils pourraient faire payer à leur parti son ralliement de fait au sentiment pro-UE des élites, et le positionnement illisible de leur leader, Jeremy Corbyn. Certains d’entre eux pourraient récompenser la fermeté de M. Johnson, qui n’a pas bougé d’un pouce sur l’exigence de respecter coûte que coûte le verdict du référendum.

« Il arrive un moment où même les dindes ne pourront plus empêcher Noël » – Geoffrey Cox

Les enquêtes d’opinion accordent pour l’heure plus de dix points d’avance à son parti par rapport aux Travaillistes. Certes, une élection n’est jamais jouée tant que les urnes ne sont pas refermées. Mais, désormais, toutes les conditions sont réunies pour que le Brexit devienne enfin une réalité, même si ses opposants tenteront certainement d’ultimes manœuvres.

Car, comme le faisait remarquer dans un style très britannique l’Attorney General (conseiller juridique du gouvernement) Geoffrey Cox : « il arrive un moment où même les dindes ne pourront plus empêcher Noël ».

(Plus d’informations et d’analyses dans l’édition de Ruptures du mois d’octobre, qui arrive le 31 chez les abonnés)

 

Cet article Les trois victoires de Boris Johnson ouvrent l’ultime étape avant le Brexit est apparu en premier sur Ruptures.

Parution de l’édition d’octobre de Ruptures

Par pierre

Ruptures n°89 est arrivé chez les abonnés le 31 octobre.

Au sommaire :

– l’éditorial qui s’intéresse au prochain Haut-représentant pour la politique extérieure de l’UE : Josep Borrell, actuel ministre socialiste espagnol des affaires étrangères, a plaidé devant l’europarlement pour que l’UE « apprenne à utiliser le langage de  la force » et rende opérationnels les « groupements tactiques ».

– un récit des rivalités, vengeances et coups bas qui ont marqué la constitution – toujours en cours – de la future Commission européenne, dont la prise de fonction a dû être reportée

– un point complet sur les derniers développements de la « saga du Brexit » : les députés pro-UE du Parlement britannique ont imposé un nouveau report de trois mois, mais Boris Johnson a réussi à négocier un nouvel accord avec Bruxelles (ce qui paraissait impossible) et va finir par obtenir des élections anticipées

– une analyse des élections en Pologne, où le parti conservateur PiS a remporté une victoire écrasante, et annonce son intention de transformer le pays sur le long terme, dans un esprit incompatible avec les principes de Bruxelles

 – un retour sur la situation en Autriche, où le jeune Sebastian Kurz, chef du parti conservateur ÖVP est en passe de redevenir chancelier, mais doit pour l’heure se choisir des partenaires de coalition – une nouvelle alliance avec le FPÖ n’est pas exclue

– et, bien sûr, comme chaque mois, les brèves

Pour recevoir cette édition et les suivantes, il n’est pas trop tard pour s’abonner.

 

Cet article Parution de l’édition d’octobre de Ruptures est apparu en premier sur Ruptures.

Ce 4 novembre, le site de Ruptures s’enrichit !

Par pierre

Le 4 novembre, le site de Ruptures s’est transformé et enrichi. Une nouvelle rubrique, baptisée Opinions, est lancée. Elle est ouverte à des plumes extérieures au journal : économistes, syndicalistes, politologues, juristes, spécialistes de la politique internationale…

Conformément à l’intitulé de la rubrique, nos invités exprimeront des points de vue et des commentaires qui leur sont propres. L’ambition de Ruptures est ainsi de contribuer à l’enrichissement du débat public, naturellement sur l’Europe, mais aussi à propos de thèmes plus vastes incluant le social, l’économie, la politique internationale.

Parmi les premiers signataires et premiers articles annoncés :

Déjà paru:

Rainer Rupp, géopolitologue allemand,
sur les manœuvres et les mensonges de la coalition au pouvoir à Berlin face à la Turquie

A paraître :

Benoît Martin, dirigeant syndical (CGT),
sur le référendum visant à stopper la privatisation d’Aéroport de Paris

Michel Raimbaud, ancien ambassadeur,
sur les agissements de l’Occident en particulier en Syrie

Jacques Sapir, économiste,
sur la démondialisation

Jean-Michel Quatrepoint,
journaliste et économiste, sur les conséquences des taux d’intérêts négatifs

Robert Charvin, doyen honoraire de la faculté de droit de Nice,
sur le Kurdistan et le rôle de la Russie

… et bien d’autres

La rubrique Culture sera quant à elle progressivement étoffée.

Cet article Ce 4 novembre, le site de Ruptures s’enrichit ! est apparu en premier sur Ruptures.

Interdite de siéger à Bruxelles, Sylvie Goulard fait figure de bouc commissaire

Par pierre

Sylvie Goulard ne sera donc pas Commissaire européen. Personne n’avait vraiment vu venir le vote des eurodéputés rejetant la candidate française (par 82 voix contre 29), coup de théâtre qui a pris Emmanuel Macron par surprise.

Les griefs mis en avant par les europarlementaires pour barrer la route à l’éphémère ministre française des Armées (un mois dans le premier gouvernement du quinquennat Macron) concernent d’une part des emplois précédemment rémunérés par l’europarlement mais utilisés au profit de son ancien parti, le Modem (affaire pour laquelle elle pourrait être mise en examen, ce qui n’est pas encore le cas) ; et d’autre part des rémunérations mensuelles supérieures à 10 000 euros pour un travail de consultant au service de la fondation américaine Berggruen (Ruptures avait été l’un des premiers à révéler la nature de cet institut).

Il faut balayer d’emblée l’explication risible selon laquelle l’europarlement, par son vote, aurait fait triompher l’« éthique » et la morale

Il faut pourtant balayer d’emblée l’explication risible mise en avant par des élus de tous bords (hors LREM), selon laquelle l’europarlement, par son vote, aurait fait triomphé l’« éthique » et la morale. Si tel était le cas, on comprend mal pourquoi d’autres candidats, bien plus plombés que Mme Goulard, auraient, eux, été validés avec les honneurs.

Pour ne prendre qu’un exemple, Josep Borrell, l’actuel ministre espagnol des Affaires étrangères a été adoubé par les europarlementaires pour prendre, au 1er novembre, le poste de Haut représentant de l’UE pour la politique extérieure. Or il avait été condamné l’année dernière dans son pays à 30 000 euros d’amende pour délit d’initié. Un peu plus tôt dans sa carrière, il avait dû renoncer à prendre la tête du Parti socialiste espagnol (PSOE) après des scandales de fraude fiscale. Les eurodéputés ne lui en ont pas tenu rigueur, ils lui ont juste humblement demandé de revendre son portefeuille d’actions actuel (de la firme pétrolière Iberdrola, du chimiste Bayer-Monsanto et d’autres…). Ils l’ont même acclamé debout à l’issue de son audition. Il est vrai qu’il a promis de promouvoir une attitude plus dure vis-à-vis de Moscou, et un renforcement des capacités militaires de l’UE…

Deux indices

Les conséquences de ce vote surprise pourraient aller au-delà d’un incident mettant en ébullition la petite bulle bruxelloise, mais qui n’intéresse que cette dernière. Deux indices, notamment doivent éveiller l’attention.

A commencer par la réaction à chaud du président français, manifestement estomaqué de la mauvaise manière faite à sa protégée, et de l’humiliation ainsi infligée à sa propre personne. Sous le coup de la colère, il a involontairement révélé des détails qui auraient dû rester confidentiels.

Selon lui, la candidature de Mme Goulard avait été validée (et même choisie avec enthousiasme parmi trois noms) par la future présidente de la Commission, l’Allemande Ursula Von der Leyen. Cette dernière lui aurait en outre assuré avoir obtenu l’accord des trois groupes les plus importants de l’europarlement : le PPE (droite européenne, dont LR pour la France et la CDU pour l’Allemagne), S&D (social-démocrate) et Renaissance (Libéraux, dont les eurodéputés LREM). Le maître de l’Elysée estime donc avoir été trahi.

« eh, les gars, on va la flinguer dans ce vote, mais ne le dites pas jusqu’à ce que ce soit fait »

Un sentiment corroboré par un tweet interne au groupe PPE qui est malencontreusement apparu publiquement avant d’être précipitamment effacé. Le responsable de la communication de ce groupe s’adressait ainsi à ses troupes : « eh, les gars, on va la flinguer dans ce vote, mais ne le dites pas jusqu’à ce que ce soit fait ».

Pour comprendre cet échantillon de haute politique certainement éthique, il faut rappeler le contexte. Lors du Conseil européen de fin juin, les chefs d’Etat et de gouvernement s’étaient écharpés sur le nom du successeur de Jean-Claude Juncker. Certains étaient attachés au principe selon lequel le chef de file du parti arrivé en tête aux élections européennes de mai devait prendre la tête de la Commission européenne, un principe défendu bec et ongles par une large majorité d’eurodéputés. Malgré un fort recul, le PPE restait la première formation, et insistait donc pour que son candidat, l’Allemand Manfred Weber, soit désigné.

Mais Emmanuel Macron a tout fait pour barrer la route à celui-ci. Dans ce but, il a proposé le nom d’une proche de la chancelière allemande, en l’occurrence Mme von der Leyen, alors ministre de la Défense. Celle-ci étant elle-même membre de la CDU, le parti d’Angela Merkel, cette dernière a accepté cette solution, finalement validée par le Conseil européen. Puis, l’europarlement a entériné ce choix en juillet, mais à une très courte majorité. M. Weber n’avait en effet toujours pas digéré d’avoir été écarté, et pas mal de ses amis ont traîné des pieds pour adouber Mme von der Leyen.

Surtout, un grand nombre d’europarlementaires, toujours avides de faire valoir leurs prérogatives et imbus de l’importance qu’ils croient avoir, ont gardé une dent contre le président français, coupable d’avoir cassé le mode de désignation qui avait leur préférence. Cette rancœur s’est logiquement exprimée contre la protégée de l’Elysée, qui fait ainsi figure de bouc émissaire.

Et ce, d’autant plus que deux autres candidats avaient, quelques jours plus tôt, également été invalidés par des votes : le Hongrois Laszlo Trocsanyi, qui aurait dû hériter du portefeuille de l’élargissement ; et la Roumaine Rovana Plumb, pressentie pour les transports. Le premier est issu du PPE, la seconde est sociale-démocrate. Ces deux groupes se sentaient donc fondés à considérer que le groupe libéral, le troisième groupe constituant la majorité implicite au sein de l’hémicycle de Strasbourg, ne pouvait être le seul à passer entre les gouttes.

Ce n’est donc ni l’« éthique », ni les divergences politiques de fond qui ont provoqué coups bas, vengeances et rétorsion dans les cercles dirigeants de l’UE, mais bien plutôt jeux de pouvoir entre europarlement et Conseil d’une part, et contradictions entre Etats membres d’autre part.

S’il devait s’avérer que la chancelière était informée et a laissé faire, alors le psychodrame dans la bulle bruxelloise se transformerait en un affrontement franco-allemand

Car une question notamment reste à éclaircir : Manfred Weber et son groupe PPE, en particulier les Allemands au sein de celui-ci, ont-ils préparé leur attentat anti-Goulard sans en avertir la chancelière ?

S’il devait s’avérer que cette dernière était informée et a laissé faire, alors le psychodrame dans la bulle bruxelloise prendrait une tout autre dimension, celle d’un grave affrontement franco-allemand. Et ce, dans un contexte où les sujets de dispute entre Paris et Berlin se sont multipliés dans la dernière période. Voilà qui ne manquerait pas de déstabiliser encore un peu plus l’Union européenne, au moment même où celle-ci ne cesse de vaciller.

 

Cet article Interdite de siéger à Bruxelles, Sylvie Goulard fait figure de bouc commissaire est apparu en premier sur Ruptures.

Pierre Lévy, invité d’Interdit d’interdire (sur RT) : le Brexit, une affaire très simple !

Par pierre

Le 30 septembre, Frédéric Taddeï recevait, pour son émission Interdit d’Interdire, Pierre Lévy, ainsi qu’Edouard Husson, historien, Yves Gernigon, président du Parti Fédéraliste Européen et Arthur Colin, vice-président de Sauvons l’Europe.

Cinquante minutes de débats passionnés, au cours desquelles le rédacteur en chef de Ruptures a rappelé que le Brexit aurait lieu, malgré tous les obstacles dressés par ceux qui ne résolvent pas à accepter les verdicts populaires. La sortie pourrait bien survenir le 31 octobre prochain, a-t-il expliqué en détails.

Cet article Pierre Lévy, invité d’Interdit d’interdire (sur RT) : le Brexit, une affaire très simple ! est apparu en premier sur Ruptures.

Réchauffement, enfin ? (éditorial paru dans l’édition du 18 septembre)

Par pierre

Leurre sans avenir ? Ou premiers signes prometteurs ? Depuis quelques semaines, le ton de l’Elysée à l’égard de Moscou a changé. Ce fut d’abord, le 19 août, la réception de Vladimir Poutine à Brégançon. Ce fut ensuite le discours prononcé le 29 août face aux ambassadeurs de France, où le président consacra un long passage justifiant et théorisant la relance d’un « dialogue franc et exigeant » avec la Russie. Avec cette proposition clé de construire « une nouvelle architecture de confiance et de sécurité en Europe ».

Puis, le 9 septembre, les ministres des affaires étrangères et des armées se sont déplacés à Moscou pour rencontrer leurs homologues, et ce afin de commencer à « abaisser le niveau de défiance ». Ce format avait été gelé depuis 2014. Certes, ni la levée des sanctions imposées par l’UE en 2014 contre la Russie, ni a fortiori des manœuvres militaires conjointes ne sont à l’ordre du jour. Et le chef de l’Etat insiste sur un dialogue « sans faiblesse ni naïveté » avec son homologue russe. Mais, à Paris, on se flatte de bientôt accueillir un sommet à quatre – France, Allemagne, Russie, Ukraine – qui pourrait contribuer à lever les tensions dont le conflit en Ukraine est l’un des épicentres.

Comment expliquer cette évolution ? D’abord par un certain réalisme. Les dirigeants français semblent désormais comprendre que, ni maintenant ni plus tard, Moscou ne « rendra » la Crimée rattachée à la « mère patrie » en 2014 avec l’approbation de 95% de ses habitants (l’« annexion » de ce territoire, dénoncée par les Occidentaux, avait servi de prétexte à une néo-guerre froide). Plus généralement, Emmanuel Macron a estimé, devant les diplomates français, que la Russie avait marqué des points géopolitiques considérables dans les dernières années, non seulement malgré, mais peut-être même à cause de la relégation que l’Occident lui a imposée. Cela vaut pour le Moyen-Orient, à commencer par la Syrie, mais aussi pour l’Afrique, où, de la RCA jusqu’au Mali, l’influence française est défiée par les sirènes russes.

En battant froid Moscou, on risque d’accélérer son rapprochement avec Pékin, alerte le chef de l’Etat

Pire : en battant froid Moscou, on risque d’accélérer son rapprochement avec Pékin, alerte le chef de l’Etat. Par ailleurs l’actuel président américain se soucie moins du camp occidental que des intérêts propres des Etats-Unis. Quitte à dénoncer unilatéralement ou à laisser s’éteindre des accords de limitation des armements (nucléaires et conventionnels) stationnés en Europe conclus du temps de l’Union soviétique. Emmanuel Macron s’interroge : peut-on rester simple spectateur de ce face à face Moscou-Washington ?

A tout cela s’ajoutent peut-être des facteurs moins avouables (outre, bien sûr, les intérêts des certaines grandes firmes françaises). Le maître de l’Elysée a subi une grave secousse avec le mouvement des Gilets jaunes, et redoute désormais un embrasement sur les retraites, au point d’être contraint d’avancer avec prudence sur les « réformes » et les coupes budgétaires qu’il comptait imposer au pays sabre au clair. Du coup, les projets lyriques, lancés du mont Olympe puis de la Sorbonne, de relancer une nouvelle Europe, avec la France comme élève modèle, ont fait long feu. On peut donc imaginer qu’un succès en politique étrangère serait le bienvenu pour compenser ces déceptions.

Les réactions horrifiées ne se sont pas fait attendre. Le Monde (09/09/18) a publié par exemple une tribune d’une rare violence signée par Bruno Tertrais, un géopolitologue très représentatif des cercles atlantistes. Celui-ci accuse Macron de faire naïvement le jeu de Poutine et de mettre en danger ses alliés en confortant la Russie dans son vieux tropisme soviétique…

En Allemagne, on regrette que la France ait joué en solo et sans prévenir : l’Elysée a fait peu de cas de la « politique extérieure commune de l’UE »

Et au sein de l’UE, on maugrée. Dans les pays baltes et en Pologne, bien sûr, mais aussi en Allemagne, où l’on regrette que la France ait joué en solo, et sans prévenir. De fait, l’Elysée a fait peu de cas de la « politique extérieure commune de l’UE ». Ce qui est déjà, en soi, à souligner. Le chef de l’Etat a par ailleurs lancé aux ambassadeurs, en substance : je sais bien qu’il y aura des résistances, y compris dans vos rangs, citant même l’existence d’un « Etat profond » qui pourrait s’opposer à une politique moins anti-russe. Le Quai d’Orsay était implicitement visé.

Il faut donc rester prudent. Le locataire de l’Elysée demeure un militant zélé de l’intégration européenne. Mais dans un monde où les incendies éclatent de toutes parts, du côté du Golfe persique en particulier, on aurait tort de négliger d’éventuelles hirondelles. Aussi fragiles soient elles.

 

Cet article Réchauffement, enfin ? (éditorial paru dans l’édition du 18 septembre) est apparu en premier sur Ruptures.

Elections en Autriche : les fondamentaux du paysage politique confirmés

Par pierre

Les 6,4 millions d’électeurs autrichiens étaient appelés à élire leurs députés le 29 septembre. 75,1% d’entre eux se sont rendus aux urnes, soit cinq points de moins que lors du précédent scrutin, en octobre 2017.

Un constat, au moins, réunit tous les analystes : l’éclatante victoire de l’ÖVP (droite conservatrice) qui a rassemblé 37,5% des électeurs. Lors des scrutins de 2008, 2013, et 2017, ce parti avait obtenu respectivement 26%, 24%, et 31,5%. Ce dernier résultat, obtenu il y a deux ans et déjà remarquable, était la conséquence du raid éclair que venait de mener Sebastian Kurz, alors âgé de 31 ans, sur son parti alors vieillissant et en perte de vitesse. Ce dernier avait pris la tête de l’ÖVP en mai 2017 en promettant de mettre fin à la « grande coalition » entre conservateurs et sociaux-démocrates. En octobre 2017, il triomphait dans les urnes et accédait à la chancellerie en constituant une alliance avec le FPÖ, souvent classé à l’extrême-droite.

Cette dernière formation avait axé sa campagne contre l’immigration, un sujet très sensible dans le pays : des centaines de milliers de réfugiés avaient transité ou demandé asile en Autriche lors du pic de la crise de 2015-2016. Son chef, Heinz-Christian Strache, fort des 26% dans les urnes, devenait vice-chancelier, tandis que les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères (notamment) revenaient également à ce parti ou à des personnalités proches.

Les dirigeants de l’UE avaient, en 2000, boycotté l’Autriche, avant que cette attitude ne s’avère un fiasco

Une telle alliance entre une formation membre du Parti populaire européen (PPE, droite européenne) et une force jugée sulfureuse avait certes connu un premier épisode entre 2000 et 2005. Les dirigeants de l’UE avaient alors boycotté l’Autriche, avant que cette attitude ne s’avère un fiasco.

La coalition de 2017 a vu le jour dans un contexte très différent. Elle semblait plébiscitée par une majorité de citoyens, du moins jusqu’en mai dernier, lorsqu’éclata le scandale vite baptisé Ibizagate, du nom de l’île espagnole où M. Strache est tombé dans un énorme piège : une femme censée représenter un oligarque russe propose à M. Strache de financer son parti en échange de privilèges économiques. Celui-ci se montre très intéressé. Tout était monté de toutes pièces, mais la scène a été filmée. Sa diffusion a évidemment déclenché un tollé qui a poussé l’homme politique à la démission. Son parti a immédiatement pris ses distances.

Quelques semaines plus tard, ÖVP et FPÖ ne parviennent pas à former un nouveau cabinet, le premier posant des conditions draconiennes au second. Le FPÖ vote alors avec l’opposition sociale-démocrate contre le chancelier Kurz. Ce dernier doit céder sa place à un cabinet purement technique chargé d’expédier les affaires courantes.

Dommages électoraux

Un des enjeux du scrutin du 29 septembre était donc de mesurer les dommages électoraux du scandale sur le FPÖ. Avec 16,2% des suffrages, il dégringole de 9,8 points par rapport à son score de 2017. Cependant, en 2008 puis en 2013, ses scores s’étaient respectivement établis à 17,5% et 20,5%, ce qui relativise quelque peu cette chute. Selon les études, les gros bataillons des électeurs perdus sont venus renforcer le parti de M. Kurz, ou bien se sont abstenus.

Pour sa part, le Parti social-démocrate poursuit sa chute – un peu à l’image de son grand frère allemand – avec un score historiquement bas, soit 21,2%. Lors des précédents scrutins, il avait obtenu successivement 29,2%, 26,8% et 26,9%. Jusqu’aux années 2000, il rassemblait plus du tiers des électeurs.

Les Verts rassemblent 13,8% des électeurs, certes un bond de 10 points par rapport à 2017, mais guère supérieur à leur score de 2013, 12,4%

De son côté, Neos, la formation créée par un oligarque et qui se réclame ouvertement de l’ultralibéralisme, recueille 8,1% des suffrages, soit un gain de 2,8 points par rapport à 2017 (après s’être établi aux alentours de 5% dans les deux scrutins précédents).

Enfin, le résultat des Verts a été de toutes parts salué comme une prouesse historique. Certes, ceux-ci rassemblent 13,8% des électeurs, soit un bond de 10 points par rapport à 2017. Cette année-là cependant, les écolos étaient en proie à de ravageuses dissensions internes. Mais en 2008 et 2013, les Verts obtenaient respectivement 10,4% puis 12,4% – des scores finalement guère inférieurs à leur résultat de 2019.

Quel attelage ?

Quel partenaire M. Kurz et son parti vont-ils se choisir ? La question obsède désormais les analystes.

Pour constituer une majorité, l’ÖVP pourrait souhaiter renouveler son attelage avec le FPÖ, une perspective politiquement cohérente : les programmes des deux formations ne diffèrent pas beaucoup – notamment en matière de contrôle strict de l’immigration et de préservation de l’identité autrichienne. De même, les électorats ont de larges caractéristiques communes – notamment leur ancrage particulièrement solides dans les petites villes et le milieu rural.

Sauf que la déception des dirigeants du FPÖ a conduit ces derniers à annoncer, au lendemain du scrutin, qu’ils préféraient désormais se ressourcer dans l’opposition. Et ce, alors même qu’ils avaient fait campagne pour reformer la coalition avec le parti de M. Kurz, « afin que celui-ci ne mène pas une politique ‘de gauche’ ». Il est vrai que la législature sortante avait à son bilan des mesures particulièrement draconiennes contre le monde du travail, notamment la liberté laissée aux entreprises de payer à leur guise les heures supplémentaires, et des possibilités supplémentaires d’allongement de la durée du travail.

La perspective d’une alliance avec les Verts (qui centrent leurs exigences sur le climat et l’intégration européenne, mais pas sur le social) est au centre des pronostics. Elle était déjà sur la table avant les élections, mais dans une configuration qui aurait inclus Neos (ce qui en dit long sur la place qui aurait été accordée au social). Mais après le vote, ÖVP et Verts disposent arithmétiquement de la majorité sans avoir besoin d’une alliance à trois.

Une telle coalition existe déjà dans plusieurs Länder, et correspond probablement au souhait de barons régionaux de l’ÖVP. En revanche, elle représenterait un risque politique pour M. Kurz, qui a bâti ses succès sur une image de rigueur en matière migratoire et de conservatisme culturel. Les conditions posées par les écolos, du haut de leur score, semblent dans ce contexte peu compatibles avec la ligne du futur chancelier.

Une dernière hypothèse serait la formation d’un gouvernement sans alliance stable, Sebastian Kurz s’efforçant alors de constituer des majorités au coup par coup.

Au lendemain du scrutin, ce dernier s’est efforcé d’en dire le moins possible sur ses intentions.

A Bruxelles, on affiche discrètement sa satisfaction de voir les « populistes » rejoindre l’opposition, et d’aucuns font même le lien avec l’Italie où la Ligue a également été sortie du gouvernement.

Un soulagement d’autant plus notable que le FPÖ est lié par un accord de coopération avec le parti russe qui soutient Vladimir Poutine, Russie unie. Les dirigeants européens étaient particulièrement effrayés, par exemple, d’imaginer que, via le ministère de l’Intérieur, des informations des services autrichiens transitent vers Moscou. De ce fait, certains analystes n’excluent pas que les services allemands aient trempé dans le coup monté contre M. Strache, pour faire éclater la coalition mise en place en 2017, en tout cas pour écarter le sulfureux ministre de l’Intérieur FPÖ, Herbert Kickl, qui représentait une pomme de discorde avec l’ÖVP. Il est vrai que des conflits internes au FPÖ pourraient aussi expliquer la mise en place du piège.

Bruxelles aurait sans doute tort de se réjouir trop vite, car les fondamentaux de la politique autrichienne ont été plutôt confirmés par ce scrutin

Cependant, Bruxelles aurait sans doute tort de se réjouir trop vite, car les fondamentaux de la politique autrichienne ont été plutôt confirmés par ce scrutin : victoire personnelle pour Sebastian Kurz, qui ne met certes pas en cause l’appartenance de son parti au PPE, mais représente tout de même une aile spécifique de celui-ci ; maintien du FPÖ à une troisième place avec un score non négligeable (et supérieur à celui des Verts) malgré un scandale d’une ampleur sans précédent ; et nouvelle chute des sociaux-démocrates, alors même que la situation aurait pu leur profiter.

A ce titre, renouer avec une grande coalition ÖVP-SPÖ est moins que jamais à l’ordre du jour. Cette configuration a été fréquente à Vienne depuis des décennies, et a conduit à un rejet de la politique traditionnelle basée sur le consensus « centre droit – centre gauche » (et le clientélisme qui va avec), modèle si typique de l’intégration européenne.

Les négociations entre forces politiques prendront des semaines, peut-être même plusieurs mois. D’ici là, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts du Danube. Et qui sait si une alliance ÖVP-FPÖ ne sera pas revenue d’actualité ?

Cet article Elections en Autriche : les fondamentaux du paysage politique confirmés est apparu en premier sur Ruptures.

La Cour suprême britannique désavoue le premier ministre, mais sans conséquence sur le Brexit

Par pierre

La décision de la Cour suprême britannique, rendue publique le 24 septembre, a fait l’effet d’une bombe. A l’unanimité, les onze juges ont décrété que la suspension du Parlement pendant cinq semaines, telle que l’avait décidée le premier ministre, était « illégale » et de nul effet. Ils ont ainsi inversé le verdict de la Haute Cour de Londres qui avait pour sa part jugé qu’une telle suspension relevait de la compétence politique (et donc de l’exécutif), et non du ressort judiciaire.

En conséquence, les députés britanniques sont revenus dès le 25 septembre en session, alors qu’ils avaient été mis en congés pour une pause de cinq semaines, en l’occurrence jusqu’au 14 octobre. Boris Johnson avait indiqué, pour justifier sa décision, qu’il préparait la rentrée parlementaire et le programme qu’il devait y annoncer. Et rappelé qu’une telle suspension intervient régulièrement – seule sa durée était inhabituelle.

De son côté, la présidente de la Cour suprême a argué que cette pause « a eu pour effet d’entraver la capacité du Parlement à exercer ses fonctions démocratiques, et ce, sans justification rationnelle », et que ses « conséquences sur les fondements de notre démocratie ont été extrêmes ». Une formulation maximaliste qui, prise à la lettre, laisse tout de même perplexe.

Nombre d’honorables parlementaires n’ont d’autre objectif que d’annuler le verdict populaire

Car cela fait désormais plus de trois ans que les parlementaires débattent du Brexit, sans qu’aucune majorité ne se dessine pour fixer les modalités de la sortie de l’Union européenne, une sortie décidée le 23 juin 2016 par le peuple. Les élus ont par trois fois rejeté l’accord négocié entre Bruxelles et le prédécesseur de Boris Johnson, Theresa May, et dit également Non à huit alternatives qu’ils avaient eux-mêmes imaginées. En réalité, nombre d’honorables parlementaires n’ont d’autre objectif que d’annuler le verdict populaire, à tout le moins de le vider de sa substance.

L’actuel locataire de Downing Street a également rappelé qu’entre le 14 octobre et la date prévue pour que le Royaume-Uni sorte de l’UE, le 31 octobre, les députés auraient eu à nouveau le temps de poursuivre leurs débats, sans d’ailleurs que personne n’imagine ce qui pourrait en sortir de nouveau. Début septembre, une majorité d’entre eux avait même voté un texte liant les mains du chef du gouvernement : faute d’accord trouvé avec Bruxelles d’ici le 19 octobre, cette loi contraint ce dernier a solliciter du Conseil européen un nouveau report – ce serait le troisième – jusqu’au 31 janvier.

L’arrêt de la Cour suprême aura, à moyen et long termes, des conséquences lourdes sur l’équilibre des pouvoirs – entre gouvernement, parlement et justice – dans ce pays sans constitution écrite, bien plus qu’à court terme sur le Brexit lui-même.

Johnson veut des élections

Boris Johnson a en tout cas saisi l’occasion du verdict du 24 septembre, pour en appeler à de nouvelles élections, seule manière de dénouer la situation. Le parti travailliste a défendu becs et ongles cette perspective depuis deux ans, avant… de la bloquer début septembre, de peur qu’elle ne favorise la réalisation de l’engagement de Boris Johnson : mettre en œuvre le Brexit, quoi qu’il arrive, au 31 octobre.

La date de sortie ne peut être repoussée qu’à la double condition que la partie britannique le demande, et que les chefs d’Etat et de gouvernement l’acceptent à l’unanimité

C’est la date de sortie qu’avaient fixée d’un commun accord Londres et les Vingt-sept, lors du Conseil européen d’avril dernier. Une date qui ne peut être repoussée qu’à la double condition que la partie britannique le demande, et que les chefs d’Etat et de gouvernement l’acceptent à l’unanimité. Ceux-ci se réuniront les 17 et 18 octobre.

M. Johnson a affirmé son désaccord avec l’arrêt de la Cour annulant la suspension du Parlement, tout en précisant qu’il le respecterait. Mais il a une nouvelle fois confirmé que le pays sortirait bien de l’Union européenne le 31 octobre – avec ou sans accord.

Dans l’hypothèse d’un non-accord, rien ne l’empêche par exemple – c’est une de ses possibilités – de respecter la lettre du texte le contraignant à demander formellement un report, tout en indiquant aux Vingt-sept que cette voie relancerait une situation inextricable et prolongerait une énième fois les incertitudes. Dans ce cas, il est probable que certains dirigeants européens mettront un veto à cette demande de report. Par exemple le président français, qui avait déjà exprimé sa volonté en ce sens en avril dernier, avant de se rallier in extremis à la position d’Angela Merkel.

La « souveraineté du parlement » est une bizarrerie juridico-politique, puisque c’est le peuple – et non ses représentants – qui est censé être souverain

Après la décision de la Cour suprême, les adversaires du Brexit exultent, en Grande-Bretagne, mais aussi sur tout le Vieux continent. Officiellement, ils se réjouissent que la « souveraineté du parlement » ait été défendue dans la « plus vieille démocratie parlementaire du monde ». Notons au passage que la formulation « souveraineté du parlement » est pour le moins une bizarrerie juridico-politique, puisque c’est le peuple – et non ses représentants – qui est censé être souverain. En réalité, ils se réjouissent que la voix de ce dernier ait été une nouvelle fois défiée, car c’est bien de cela qu’il s’agit. Ainsi, Le Monde (26/09/19) note sans ciller que la démocratie parlementaire a été « fragilisée » par le référendum de 2016. Etrange démocratie qui peut ainsi être « fragilisée »… par le peuple.

Mais l’époque n’est plus où la voix populaire pouvait être simplement battue en brèche, voire carrément bafouée. Certes, la décision de la Cour constitue un revers politique pour le Premier ministre. Ceux qui s’en réjouissent oublient littéralement les millions de Britanniques écœurés et exaspérés par cet insupportable constat : leur décision de quitter l’UE n’est toujours pas appliquée. C’est à cette incroyable injustice que Boris Johnson s’est engagé à mettre fin.

Que ce soit dans un mois ou dans quatre, ceux qui font la fête aujourd’hui devront déchanter.

 

– L’édition de Ruptures de septembre vient de paraître (voir son sommaire). Une page est consacrée aux dernières nouvelles du Brexit. Pour recevoir cette édition et les suivantes, il n’est pas trop tard pour s’abonner.

– Voir aussi les derniers développements politiques en Espagne (article tout récemment mis en ligne sur ce site).

 

Cet article La Cour suprême britannique désavoue le premier ministre, mais sans conséquence sur le Brexit est apparu en premier sur Ruptures.

Les Espagnols retourneront une nouvelle fois aux urnes

Par pierre

C’était devenu de plus en plus probable. C’est désormais officiel : les Espagnols retourneront aux urnes, en l’occurrence le 10 novembre. Deux mois se sont en effet écoulés depuis le 23 juillet dernier, date à laquelle le premier ministre socialiste, Pedro Sanchez, avait initialement tenté d’obtenir, sans succès, l’investiture parlementaire. Passé ce délai, faute de vote majoritaire des députés, la constitution impose de nouvelles élections.

Ce sera donc… le quatrième scrutin législatif depuis quatre ans. Pour comprendre ce blocage répétitif, il faut remonter aux élections de décembre 2015. Le paysage politique espagnol connaît alors un bouleversement : la domination écrasante des deux grands partis traditionnels, le Parti socialiste (PSOE) et le Parti populaire (PP, droite) est battue en brèche par l’émergence de deux nouvelles formations : Podemos, étiqueté gauche radicale, issu du mouvement social des Indignés ; et Ciudadanos, une formation initialement issue de la Catalogne mais radicalement opposée à l’indépendance de celle-ci, et qui s’est étendue à l’ensemble du pays, mettant en avant la lutte contre la corruption ainsi que le libéralisme, voire l’ultralibéralisme.

Cette quadripartition avait alors empêché la formation d’une majorité parlementaire, et provoqué un nouveau scrutin, en juin 2016. Mariano Rajoy (PP) s’était finalement maintenu à son poste en obtenant des majorités au coup par coup. Et ce n’est qu’en juin 2018 qu’il avait été renversé, de manière inattendue, par une motion de défiance parlementaire présentée par le chef des socialistes, Pedro Sanchez.

Le gouvernement minoritaire de Pedro Sanchez a tenu jusqu’à février 2019, date à laquelle son budget a été rejeté

Ce dernier a alors accédé à la présidence du gouvernement. Mais il ne disposait que sur 84 députés (sur 350). Son gouvernement minoritaire a tenu jusqu’à février 2019, date à laquelle son budget a été rejeté. De nouvelles élections, devenues inévitables, se sont alors tenues, le 28 avril dernier. Mais une nouvelle fois, la formation d’une majorité stable s’est avérée un casse-tête.

Le PSOE était certes apparu comme vainqueur du scrutin avec 28,7% des suffrages (+ 6,1 points), mais ses 123 députés étaient loin de représenter une majorité. De son côté, Podemos (avec quelques alliés) devait se contenter de 14,3% (- 6,8 points).

Ces élections avaient par ailleurs vu une chute du PP (16,7%, soit – 16,3 points), qui s’était fait plumer par ses deux partenaires potentiels de coalition : Ciudadanos (15,8%, + 2,8 points), et une nouvelle formation, nostalgique du franquisme, Vox. Cette dernière, qui surfait sur un soudain afflux de migrants et sur le rejet des indépendantismes, notamment catalan, obtenait 10,3% des suffrages.

Tractations entre le PSOE et Podemos

L’hypothèse d’une coalition de droite étant arithmétiquement écartée, les mois qui ont suivi le verdict électoral d’avril ont été marqués par des tractations entre le PSOE et Podemos. Ce dernier s’affichait prêt à constituer une coalition, mais exigeait une participation significative au gouvernement. Pedro Sanchez n’a jamais caché sa préférence pour un cabinet formé exclusivement par des ministres de son parti qui se serait appuyé sur les députés Podemos. Au cœur de l’été, il a cependant proposé trois ministères à cette formation – un geste que le leader de cette formation a jugé très insuffisant.

Pablo Iglesias, peut-être conscient qu’il a ainsi laissé passer une occasion, est revenu in extremis, mi-septembre, sur son refus. Trop tard, « la confiance a été rompue », a fait valoir M. Sanchez. Ce dernier était d’autant moins enclin à sauver la perspective d’un gouvernement avec Podemos que les deux groupes parlementaires ne suffisent pas à atteindre la majorité absolue. Pour gagner son investiture, le dirigeant socialiste devait aussi obtenir le soutien de députés autonomistes, dont les élus séparatistes de la Gauche républicaine catalane (ERC).

Or ce sont ces derniers qui l’avaient fait chuter, en février dernier, en refusant de soutenir son budget. Qui plus est, un tel soutien aurait pu fâcher une partie des électeurs socialistes hostiles à toute entente avec des séparatistes catalans. Et ce, à un moment où ce thème va refaire surface : plusieurs des dirigeants indépendantistes sont passés en procès pour avoir tenté de forcer l’indépendance de manière unilatérale (notamment avec le référendum jugé illégal d’octobre 2017). Les verdicts sont attendus prochainement.

Aux yeux des électeurs, Pedro Sanchez a probablement réussi à rejeter la responsabilité de ce nouveau retour aux urnes sur Podemos, mais aussi sur Ciudadanos

Aux yeux des électeurs, Pedro Sanchez a probablement réussi à rejeter la responsabilité du blocage, et donc de ce nouveau retour aux urnes, sur Podemos, mais aussi sur Ciudadanos : ce parti dit « centriste » avait, lui, assez de parlementaires pour former une coalition stable avec le PSOE. Et aucune divergence majeure ne sépare en réalité les deux formations. Une alliance qui aurait eu tout pour satisfaire les milieux d’affaires.

Mais le chef de Ciudadanos est resté ferme dans sa stratégie : tenter de devancer le PP, pour prendre ensuite la tête d’une coalition dite de centre-droit. Cet entêtement a provoqué une crise au sein de Ciudadanos, et pourrait bien lui coûter des voix. Le PP pourrait en revanche amorcer une remontée. Les sondages (qui n’ont pas toujours été de bons indicateurs dans le passé) prédisent par ailleurs une nouvelle chute de Podemos.

Plébiscite pour ou contre Pedro Sanchez

A ce stade, les élections du 10 novembre, dont la campagne officielle ne démarre que le 1er novembre, apparaissent comme une sorte de plébiscite pour ou contre Pedro Sanchez. Et ce dernier a quelques raisons d’espérer un résultat en sa faveur.

Certes il est improbable que les socialistes gagnent une majorité absolue. Mais, en cas de nouveau progrès, M. Sanchez pourrait se sentir légitime à diriger un gouvernement minoritaire : quel parti oserait provoquer un cinquième scrutin ?

Déjà, il est vraisemblable que les citoyens expriment un certain ras-le-bol de l’impasse actuelle en s’abstenant davantage qu’en avril. D’autant qu’aucun enjeu majeur n’oppose frontalement les forces en présence. En particulier, aucun parti ne remet en cause ni même ne critique vraiment l’Union européenne. De ce fait, la politique qui sera menée sera conforme au cadre communautaire, en particulier en matière économique et sociale.

Certes, avant le scrutin d’avril, le gouvernement minoritaire de M. Sanchez avait pris quelques mesures telles que l’augmentation du SMIC à 900 euros (+22%), l’indexation des retraites, ou la hausse des bourses étudiantes – autant de dispositions critiquées par ses adversaires comme électoralistes.

Dès lors qu’un gouvernement de plein exercice sera investi, Bruxelles ne devrait pas tarder à rappeler les règles et les contraintes budgétaires

Mais dès lors qu’un gouvernement de plein exercice sera investi, Bruxelles ne devrait pas tarder à rappeler les règles et les contraintes budgétaires. Ce ne sera du reste probablement pas nécessaire, tant les socialistes espagnols affichent fièrement leur « foi européenne ». Du reste, Josep Borrell qui détenait le portefeuille des affaires étrangères a rendu ce dernier pour intégrer la nouvelle Commission européenne qui prendra ses fonctions le 1er novembre, avec le titre de haut représentant de l’UE pour la politique extérieure. Et c’est une Espagnole qui préside désormais le groupe social-démocrate à l’europarlement (un poste traditionnellement détenu par le SPD).

Ces succès européens de M. Sanchez ne feront probablement pas oublier aux Espagnols, en particulier aux classes populaires, que le pays est loin d’avoir effacé la crise majeure des années 2010. Certes, les statistiques officielles du chômage ont diminué depuis cette période, mais elles recensent toujours 14% des privés d’emplois. Un chiffre qui sous-estime largement une réalité marquée par la précarité, la pauvreté et l’économie souterraine notamment dans les régions les plus défavorisées.

Quant à la conjoncture, elle s’annonce mauvaise dans l’Union européenne pour les mois qui viennent. Quels que soient les résultats du scrutin…

 

– L’édition de Ruptures de septembre vient de paraître (voir son sommaire). Une page est consacrée aux dernières nouvelles du Brexit. Pour recevoir cette édition et les suivantes, il n’est pas trop tard pour s’abonner.

–  Voir aussi les derniers développements politiques avec la décision de la Cour suprême britannique : article tout récemment mis en ligne sur ce site

Cet article Les Espagnols retourneront une nouvelle fois aux urnes est apparu en premier sur Ruptures.

L’édition de Ruptures de septembre est parue

Par pierre

Ruptures n°88 est paru le 21 Septembre.

Au sommaire :

– l’éditorial qui pointe l’inflexion de l’attitude d’Emmanuel Macron vis-à-vis de Moscou, et qui liste quelques éléments qui pourraient expliquer une volonté de dégel – celle-ci reste d’ailleurs à confirmer, tant elle suscite d’oppositions dans les cercles atlantistes

– un point sur la réforme des retraites, « recommandée » par Bruxelles, que le gouvernement veut mener à bien, mais qui provoque une mobilisation naissante – après le  mouvement des Gilets jaunes, l’Élysée craint un nouvel embrasement et est contraint à la prudence

– un état des lieux sur la nouvelle Commission européenne qui prendra ses fonctions le 1er novembre sous la présidence de l’Allemande Ursula Von der Leyen – cette dernière a présenté une architecture alambiquée reflétant les contradictions croissantes au sein de l’UE

– une analyse des perspectives du Brexit : Boris Johnson entend sortir son pays de l’UE coûte que coûte le 31 octobre avec ou sans accord avec les Vingt-sept, et ce, malgré les manœuvres politiques et embûches judiciaires que multiplie une coalition hétéroclite de députés pro-UE

 – un retour sur la situation italienne après la crise politique estivale : Giuseppe Conte a formé un nouveau gouvernement qui repose sur une coalition baroque entre Mouvement cinq étoiles et Parti démocrate, seulement unis pour écarter la Ligue du pouvoir – celle-ci pourrait profiter de cette cure d’opposition

– une analyse des deux scrutins régionaux qui ont eu lieu en Allemagne début septembre : en Saxe comme au Brandebourg, l’AfD confirme sa poussée, Die Linke s’effondre, tandis que les deux grands partis (CDU et SPD) poursuivent leur chute, ce qui fragilise encore un peu plus la « grande coalition » au pouvoir à Berlin

Pour recevoir cette édition et les suivantes, il n’est pas trop tard pour s’abonner.

Cet article L’édition de Ruptures de septembre est parue est apparu en premier sur Ruptures.

Brexit : et maintenant, il reste un chemin simple pour tenir l’échéance

Par pierre

Le Royaume-Uni quittera-t-il irréversiblement de l’Union européenne le 31 octobre prochain ? Ou bien cette échéance fera-t-elle l’objet d’un ultime report de quelques mois ? Seule la conclusion est certaine : le Brexit aura bel et bien lieu. Mais la première hypothèse – une sortie à la Toussaint – est la plus probable. Pourquoi ?

Sans doute faut-il rappeler ici quelques repères. Car la « saga » que vit la Grande-Bretagne a une apparence : une incroyable succession de coups de théâtre, de rebondissements, de retournements, de coups de force, et d’interminable procédure parlementaire – une histoire à laquelle le citoyen de base ne comprend plus grand-chose ; elle a une réalité : un référendum tenu le 23 juin 2016, à l’issue duquel le peuple britannique décide de dire Bye Bye à Bruxelles, et ce face à une majorité de parlementaires qui tente par tous les moyens de faire capoter cette issue, avec le soutien de tout ce que l’Europe compte de forces opposées aux verdicts populaires.

A la question parfaitement claire (« le Royaume-Uni doit-il rester un membre de l’Union européenne ou quitter l’Union européenne ? »), 51,9% des électeurs du pays ont répondu sans ambiguïté. Le 29 mars 2017, Londres a envoyé la lettre officielle concrétisant juridiquement la sortie de l’UE. En juin 2018, une large majorité de députés a dû acter le rapatriement juridique des compétences nationales, et a fixé l’échéance de la sortie au 29 mars 2019.

Mais les partisans de l’UE n’ont jamais accepté de se déclarer vaincus. La négociation d’un accord de divorce entre le Royaume-Uni et les Vingt-sept a fourni un prétexte à une guérilla dont le seul résultat fut un blocage institutionnel total. Les députés ont par exemple refusé à trois reprises de valider un projet d’accord négocié par le premier ministre d’alors, Theresa May. Mais ils ont également voté Non à… huit alternatives envisagées.

Bref, la chambre des Communes fait barrage, mais est trop divisée pour proposer une issue. En mai  de cette année, Mme May est alors poussée vers la sortie par ceux qui, au sein du Parti conservateur, considèrent que sa faiblesse – la volonté de préserver un compromis boiteux avec l’UE – n’a que trop duré.

Le 24 juillet, Boris Johnson remplace Theresa May, avec un seul mot d’ordre : mettre en œuvre le Brexit au 31 octobre, quoiqu’il arrive

Le 24 juillet, Boris Johnson la remplace, avec un seul mot d’ordre : mettre en œuvre le Brexit au 31 octobre, quoiqu’il arrive. Quitte pour cela à suspendre la session d’un Parlement paralysé et paralysant pendant cinq semaines – ce qui est inhabituel mais légal. Tant les forces pro-UE dans le pays que les médias européens dominants crient au coup de force – comme si le refus parlementaire de mettre en œuvre la volonté populaire depuis plus de trois ans n’était pas le véritable scandale…

Début septembre se forme donc formé un « front anti-Brexit » hétéroclite à Westminster, dont l’objectif officiel est d’empêcher une sortie sans accord (« no deal »), en réalité de faire capoter le Brexit. Fait sans précédent : une majorité de députés a voté pour se substituer au chef du gouvernement et forcer ce dernier à mendier un nouveau délai auprès de Bruxelles – une demande censée être examinée par le Conseil européen le 17 octobre.

Cerise sur le gâteau : les Travaillistes, qui ne cessaient de réclamer depuis deux ans des législatives anticipées comme seul moyen de résoudre la crise, ont finalement… bloqué cette voie qui nécessitait un vote de deux tiers des députés. Pour la plupart des observateurs, l’impasse paraît totale. D’autant qu’un nouveau report n’aboutirait à rien d’autre qu’à prolonger un feuilleton sans dessiner aucune issue.

S’affranchir du Parlement

Il reste désormais – parmi d’autres solutions – un chemin simple au chef du gouvernement : s’affranchir du vote du Parlement censé lui dicter sa conduite, et ne pas quémander aux Vingt-sept le énième report voulu par les députés. Les dirigeants européens ne pourront alors accorder ce dernier, et le pays sera ipso facto hors de l’UE le 31 octobre au soir. Variante : Londres transmet formellement la demande parlementaire, mais indique que le gouvernement ne soutient pas cette dernière.

Certes, on entend déjà les cris d’orfraie des uns et des autres, qui dénonceront certainement un « coup d’Etat » dans ce que la grande presse – en France comme en Allemagne, notamment – décrit comme « le berceau de la démocratie parlementaire dans l’histoire mondiale ». Mais cette voie est possible, car le seul verdict qui suivra sera celui des électeurs, puisqu’une motion de défiance sera, dans ce cas, certainement adoptée. Et, dans les semaines qui suivront, les citoyens ne devraient pas manquer de récompenser celui qui aura – après 40 mois de tergiversations – enfin réussi à trancher le nœud gordien.

Il faut « qu’on en finisse » clament non seulement les partisans de la sortie, mais également une part de ceux qui avaient voté contre cette dernière

Pour le locataire de Downing Street, suivre ce chemin est à la fois nécessaire et faisable. Et d’abord pour une raison largement sous-estimée par nombre d’analystes européens : l’immense ras-le-bol des électeurs face à un feuilleton grotesque, traumatisant et interminable. Il faut « qu’on en finisse » clament non seulement les partisans de la sortie, mais également une part de ceux qui avaient voté contre cette dernière, mais qui souhaitent que le résultat de 2016 soit respecté plutôt que de voir se prolonger la paralysie et les divisions qui s’immiscent jusque dans l’intimité des familles.

Un dernier élément doit également être pris en compte : à supposer que le premier ministre accepte de demander le report comme l’exigent les députés, rien n’indique que les Vingt-sept l’acceptent, car ils doivent se prononcer à l’unanimité. Certes, jusqu’à présent, les dirigeants de l’UE avaient une priorité : montrer que sortir de la secte UE conduisait au chaos (afin de dissuader d’autres peuples de suivre cette voie).

Mais ledit chaos s’étend désormais au-delà de la Manche. A Paris notamment, il se dit que la succession des reports finit par provoquer des incertitudes économiques menaçantes, sans apporter quelque issue que ce soit. C’était déjà ce qu’avait fait valoir Emmanuel Macron lors du sommet européen du 10 avril dernier, avant de se rallier à contrecœur à l’échéance d’octobre promue notamment par Angela Merkel.

Quoiqu’il en soit, l’essentiel est ce fait politique majeur : la volonté populaire de sortir a été exprimée en juin 2016 (et rien n’indique qu’elle se soit inversée) ; or l’époque est révolue où l’on pouvait s’asseoir sur cette dernière comme du temps des référendums français, néerlandais, mais aussi irlandais ou danois.

C’est cette réalité qu’oublient ceux qui ont les yeux rivés sur le prochain rebondissement du feuilleton, voire finissent par se convaincre que les manœuvres pourraient finalement berner le peuple britannique. Boris Johnson a assis sa crédibilité politique sur sa capacité à imposer le choix de celui-ci.

Il a désormais un chemin simple pour toucher au but.

(Les dernières infos et analyses complètes seront à retrouver dans l’édition de Ruptures prévue pour le 25 septembre)

Cet article Brexit : et maintenant, il reste un chemin simple pour tenir l’échéance est apparu en premier sur Ruptures.

En Italie, un attelage gouvernemental improbable va faire « le sale boulot » requis par Bruxelles

Par pierre

Les députés italiens devraient voter, lundi 9 septembre au soir, la confiance au nouveau cabinet dirigé par Giuseppe Conte. Le lendemain, les sénateurs feront sans doute de même. Mais la Ligue et son leader, Matteo Salvini, pourraient bien tirer profit de la nouvelle configuration.

La crise politique italienne couvait depuis de nombreux mois. Elle a éclaté le 8 août, lorsque Matteo Salvini, chef de la Ligue et à ce moment ministre de l’Intérieur, a annoncé son coup d’éclat. Elle a finalement connu son dénouement le 5 septembre, avec l’annonce d’un gouvernement s’appuyant sur une nouvelle coalition, rebattant ainsi les alliances politiques.

Ce cabinet, très différent du précédent même s’il est à nouveau dirigé par Giuseppe Conte, va donc se mettre au travail dès le vote de confiance des députés puis des sénateurs. Les parlementaires – nombreux – qui redoutaient de perdre leur siège à la faveur d’élections anticipées, de même que les dirigeants européens et les forces pro-UE en Italie, ainsi que les marchés financiers (qui ont rebondi dès que fut confirmée la mise en place du nouvel exécutif), ont poussé un immense soupir de soulagement. Mais la plupart de ces forces le savent bien : le répit n’est que provisoire.

Le tonitruant et populaire dirigeant de la Ligue avait, début août, joué un coup de poker en annonçant une motion de défiance contre son propre gouvernement. Il avait argué de la guérilla croissante entre les deux forces qui composaient la majorité constituée quatorze mois auparavant – une situation qui engendrait en effet nombre de blocages.

Ses anciens alliés du Mouvement cinq étoiles (M5S, fondé par le comique Beppe Grillo et catalogué populiste) de même que ses adversaires, avaient de leur côté accusé ce dernier de vouloir provoquer des élections anticipées dans le seul intérêt de son parti, en l’occurrence pour profiter de la remarquable popularité de celui-ci. Car en lui accordant 36%, 38%, voire 40% des intentions de vote, les sondages semblaient confirmer voire amplifier la spectaculaire progression de la Ligue : lors des européennes de mai dernier, celle-ci avait obtenu plus de 34% des suffrages, soit le double du score réalisé lors des législatives de mars 2018.

Matteo Salvini ne s’en est d’ailleurs pas caché, affirmant qu’un retour aux urnes constituait « la voie royale » de la démocratie, et que le pays avait besoin qu’on lui confie « les pleins pouvoirs », c’est-à-dire une majorité ne dépendant pas de partenaires réticents.

M. Conte s’est montré particulièrement dur à l’égard de Matteo Salvini, lui reprochant d’affaiblir l’Italie au sein de l’Union européenne

Lors du débat qui s’est tenu le 20 août au Sénat dans une ambiance particulièrement tendue, Giuseppe Conte, a annoncé la fin du gouvernement, rendant ainsi caduque la motion de défiance que s’apprêtait à déposer la Ligue. M. Conte s’est montré particulièrement dur à l’égard de celui qui a pris l’initiative de la rupture, lui reprochant entre autres d’affaiblir l’Italie au sein de l’Union européenne.

Une course de vitesse s’est alors engagée pour trouver une coalition de rechange afin d’éviter le retour aux urnes souhaité par M. Salvini. C’est l’ancien président du Conseil Matteo Renzi (qui est resté aussi impopulaire dans son pays qu’Anthony Blair l’est dans le sien) qui a pris l’initiative d’un improbable rapprochement entre sa propre formation, le Parti démocrate (PD, dit de « centre-gauche »), et le M5S.

Après validation par les adhérents de ce dernier, l’attelage annoncé le 29 août s’est finalement réalisé, en dépit des innombrables insultes que les deux partis se sont échangées dans les années récentes (« populistes dangereux et irresponsables » d’un côté, « corrompus et pourris » de l’autre), reflet des multiples oppositions entre une formation symbolisant la « caste politique » et un mouvement fondé à l’origine comme un « non-parti » dénonçant les turpitudes de celle-ci.

Avec cette alliance contre-nature, il est probable que la popularité du M5S se dégrade encore plus. Déjà, ce dernier avait dégringolé de 33% à 17% entre les législatives de mars 2018 et les européennes de mai 2019.

Nouveau gouvernement

Le nouveau gouvernement compte dix ministres issus de chacun des deux camps. Mais le M5S risque de s’affaiblir encore un peu plus face aux politiciens aguerris du PD. Son chef, Luigi Di Maio, hérite certes des Affaires étrangères – poste prestigieux mais hors des priorités de ce mouvement – mais n’a pas obtenu de garder le titre de vice-premier ministre. Quant à Giuseppe Conte, un économiste non encarté mais qui passait pour proche du M5S, il jouait un rôle relativement effacé dans le cabinet qu’il dirigeait jusque là. Il a désormais pris de l’autorité et de l’autonomie politiques.

Le nouveau cabinet aura comme tâche prioritaire de préparer le budget 2020, qui doit être soumis à la Commission européenne à l’automne et doit être conforme à ses règles

Pour sa part, et contrairement aux commentateurs prompts à gloser sur « l’échec de Salvini qui s’est tiré une balle dans le pied», la Ligue pourrait bien profiter de sa nouvelle position d’opposant quasi-exclusif. D’autant que le nouveau cabinet aura comme tâche prioritaire de préparer le budget 2020, qui doit être soumis à la Commission européenne à l’automne et doit être conforme à ses règles. En l’occurrence, celles-ci imposent de trouver entre 23 et 30 milliards (compte tenu des négociations antérieures entre Rome et Bruxelles), c’est-à-dire d’opérer des coupes majeures dans les budgets publics, et de renoncer aux baisses d’impôts initialement promises. En un mot, il va désormais falloir faire le « sale boulot ».

Ce nouveau gouvernement devrait également rompre avec la « fermeté » vis-à-vis des arrivées de migrants sur les côtes italiennes, fermeté sur laquelle Matteo Salvini a construit une large part de son aura. Celui-ci pourra encaisser ainsi tranquillement les dividendes d’une telle situation, tout en dénonçant par ailleurs les sordides « combinazione » des partis unis par leur seule volonté d’éviter le retour aux urnes

Certes, M5S et PD ont mis au point un programme commun comportant vingt-six points, dont la « lutte contre les inégalités », une « solution européenne au programme migratoire », ou des investissement dans l’environnement et les énergies renouvelables. Mais beaucoup d’orientations opposent en réalité les deux forces politiques. M. Di Maio répète sur tous les tons que ce gouvernement est dans la continuité et poursuivra l’action du précédent, tandis que le leader du PD, Nicola Zingaretti, explique tout au contraire que le changement et la rupture constituent le nouveau mandat de l’exécutif…

Au-delà des bisbilles prévisibles, les forces ouvertement pro-UE ont repris la main. Le nouveau ministre de l’Economie, Roberto Gualtieri, présidait la commission des Affaires économiques de l’europarlement et passe pour très apprécié à Bruxelles ; celui chargé des Affaires européennes, Enzo Amendola, est un partisan acharné de l’intégration ; surtout, on connaît désormais le nouveau Commissaire européen nommé par Rome, en l’occurrence l’ancien chef du gouvernement, Paolo Gentiloni, celui-là même que les électeurs avaient chassé en mars 2018. Tous les trois sont issus du PD.

A la faveur de la crise, les forces pro-UE ont donc gagné… du temps. Mais c’est sans doute reculer pour mieux sauter

Les négociations avec Bruxelles devraient donc en être facilitées pour la préparation du budget 2020. A noter qu’en juin dernier encore (après un premier bras de fer en décembre 2018, au cours duquel Rome s’était finalement incliné), la Commission européenne avait une nouvelle fois brandi la menace d’une procédure de sanctions (officiellement pour endettement excessif), alors même que certains économistes et dirigeants proches de la Ligue travaillaient à la mise en place d’un mécanisme (« mini-bots ») qui pouvait préfigurer une sortie de l’euro…

A la faveur de la crise, les forces pro-UE ont donc gagné… du temps. Mais c’est sans doute reculer pour mieux sauter. Et les premiers test sont proches : trois élections régionales (Ombrie, Calabre, Emilie-Romagne) sont prévues en octobre et novembre.

Cet article En Italie, un attelage gouvernemental improbable va faire « le sale boulot » requis par Bruxelles est apparu en premier sur Ruptures.

CETA : vrais dangers, faux arguments

Par pierre

Le 23 juillet, l’Assemblée nationale française votait en faveur de la ratification du CETA, l’accord de libre échange signé en octobre 2016 entre le Canada et l’Union européenne. Le scrutin parlementaire fut plus serré que prévu : les oppositions, de droite comme de gauche, ont largement refusé le texte. Et au sein même de la majorité des députés fidèles à Emmanuel Macron, une cinquantaine s’est abstenue, et une dizaine a même voté contre.

Le Sénat, ne s’est pas encore prononcé, mais il n’est pas sûr que le vote soit favorable au traité. L’Assemblée nationale aura cependant le dernier mot. Plus généralement, le CETA doit être ratifié par les Parlements de tous les Etats membres pour entrer complètement en vigueur. Il est vrai qu’une clause subtile a prévu qu’il soit appliqué même avant cette ratification (quand il s’agit des intérêts des grands groupes européens, on trouve toujours des accommodements avec l’« Etat de droit »). De fait, il fonctionne déjà provisoirement depuis septembre 2017.

Cependant, si un Parlement national devait se mettre en travers de la route, c’est tout le traité qui tomberait par terre, et avec lui les dix ans de négociations entre Ottawa et la Commission européenne. Car il faut rappeler que cette dernière détient l’exclusivité des pouvoirs de négociation commerciale entre l’UE et des pays tiers. Les Etats membres ne peuvent qu’approuver à la fin du processus.

Ou refuser. Ce « risque » existe désormais pour l’oligarchie européenne. Dans ce contexte, l’on pourrait donc se réjouir que les députés français aient traîné les pieds, ce qui annonce peut-être des problèmes dans d’autres pays.

L’argumentation employée par beaucoup de parlementaires, de droite comme de gauche, évitait de faire porter le débat sur l’essentiel

Sauf que, hélas, l’argumentation employée par beaucoup de parlementaires, de droite comme de gauche, s’appuyait sur des arguments secondaires voire discutables, et évitait donc de faire porter le débat sur l’essentiel. Si les menaces pour certains agriculteurs (les éleveurs, par exemple) ont été légitimement évoquées au travers des risques sur l’effondrement des prix, ce sont surtout les arguments environnementaux qui ont été mis en avant.

A entendre certains, l’accord aurait été « mal » négocié, il manquerait des garanties et des garde-fous pour l’environnement. Pourtant, là n’est pas la question essentielle. C’est son principe même qui est intrinsèquement néfaste, puisqu’il repose sur la volonté avouée de promouvoir le libre échange.

Certes, il n’est pas condamnable que les pays commercent entre eux. Mais le libre échange tend vers autre chose : vers la libre circulation – c’est-à-dire sans droits de douane, sans taxe, sans contrôle, sans restriction – des marchandises et des services, de même que des capitaux et de la main d’œuvre. Cette quadruple « liberté », inscrite dans les traités européens depuis l’origine, constitue l’essence même de la mondialisation.

Naturellement, il ne manque pas de rapports « prouvant » que la libéralisation des échanges créera tant de milliers d’emplois (nul n’a jamais vu le détail des calculs). La réalité est que cette libéralisation est le carburant des grandes firmes et des multinationales, et se fait par nature au détriment des salariés et des peuples.

Deux raisons fondamentales

On peut citer deux raisons fondamentales de la nocivité intrinsèque du libre échange. La première se résume en un mot : dépendance. Avec la destruction progressive des barrières commerciales se sont multipliées sous-traitance et délocalisations – pour des raisons de prix du travail, en particulier. D’autre part, les pays les moins développés restent dépendants des technologies et du bon vouloir des groupes occidentaux.

Plus généralement, les chaînes de valeurs sont de plus en plus imbriquées. Conséquence : si un pays décide de ne plus jouer le jeu, des pans économiques entiers peuvent être déstabilisés. C’est d’ailleurs un des arguments des adversaires du Brexit : les grands groupes automobiles (allemands par exemple) risquent de perdre gros si est remis en cause la pratique du « juste à temps » par des contrôles aux frontières.

Un autre exemple, pas assez connu, se trouve du côté de l’industrie pharmaceutique. Il y a encore trois décennies, 80% des médicaments consommés sur le Vieux continent étaient produits sur place. Désormais, c’est seulement… 20%. Avec des ruptures d’approvisionnement et donc des conséquences dramatiques pour le traitement de certaines maladies.

Quand on importe du Coca-Cola, on reçoit aussi, sans limitation, du Disneyland

L’autre raison est plus fondamentale encore : dès lors que se généralise le libre échange, ce ne sont pas seulement des biens qui arrivent, mais aussi des cultures, des modes de vie, des manières de comprendre le monde et la société.

Pour résumer à l’aide d’un exemple : quand on importe du Coca-Cola, on reçoit aussi, sans limitation, du Disneyland. Faut-il préciser que la « culture américaine », d’Hollywood à Disney, est une des armes majeures de l’hégémonie US, peut-être plus puissante encore que son armada militaire ?

Bien sûr, l’échange entre les cultures est positif et souhaitable. Mais chacun comprend bien qu’il ne s’agit pas ici d’« échange » équilibré, mais d’influence massive et à sens unique.

Un « levier » pour promouvoir « nos valeurs »…

Un exemple connu concerne les normes comptables : la conception américaine de l’entreprise et des affaires, de même que les modes de gestion qui prévalent chez l’Oncle Sam se sont imposés en France dès lors que les autorités ont accepté d’adopter le système comptable américain – du moins, cela y a fortement contribué.

Les dirigeants le déclarent du reste ouvertement : une intégration européenne plus poussée, et donc la force que celle-ci donnerait aux exportations (et donc aux normes) de l’UE serait un « levier » pour imposer « nos valeurs » partout dans le monde.

Est-ce vraiment de cela dont les peuples ont besoin ?

 

Cet article CETA : vrais dangers, faux arguments est apparu en premier sur Ruptures.

La CPI acquitte Laurent Gbagbo, et publie un jugement qui contredit la propagande occidentale

Par pierre

L’événement est passé assez inaperçu. Il est pourtant d’une grande importance, et constitue un lourd désaveu du camp occidental : la Cour pénale internationale (CPI) a acquitté l’ancien chef d’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, ainsi qu’un de ses proches. Les deux hommes étaient accusés de « crimes contre l’humanité ».

Le verdict était connu depuis plusieurs mois, mais le 16 juillet, les juges ont publié le détail de leur jugement motivé. Celui-ci sonne comme un désaveu cinglant de ceux qui avaient militairement soutenu le rival de M. Gbagbo à l’élection présidentielle de décembre 2010.

Bref retour en arrière : à l’issue du second tour de ce scrutin, le Conseil constitutionnel de la Côte d’Ivoire avait déclaré le président sortant réélu. Mais, sur fond d’histoire mouvementée et de conflits exacerbés dans les années précédentes, son adversaire s’est également proclamé élu, s’appuyant sur les décomptes d’une Commission électorale indépendante.

En 2011, à Paris, Londres, Bruxelles et Washington, l’air du temps est à la canonnière

La « communauté internationale » accuse alors le président sortant de fraudes. L’Union européenne menace le pays de sanctions si Laurent Gbagbo ne quitte pas ses fonctions. La tension croît et dégénère en conflit armé en février 2011. C’est également le moment où les Occidentaux – France et Royaume-Uni, soutenus par les Etats-Unis – interviennent militairement en Libye pour « protéger » le peuple de ce pays en cachant à peine leur objectif : se débarrasser du colonel Kadhafi. A Paris, Londres, Bruxelles et Washington, l’air du temps est à la canonnière.

En Côte d’Ivoire, la préférence occidentale va de soi. D’un côté, Laurent Gbagbo, longtemps membre de l’Internationale socialiste, est de plus en plus mal vu par les dirigeants du « monde libre » qui le qualifient de « nationaliste ». En clair, ils le soupçonnent de vouloir préserver les richesses nationales, et donc de ne pas faire preuve d’assez de compréhension pour les intérêts des firmes européennes, françaises en particulier (la Côte d’Ivoire a longtemps été une colonie française).

De l’autre, Alassane Ouattara, une économiste formé notamment à l’université américaine de Pennsylvanie, et qui entra en 1968 au Fonds monétaire international (FMI). En novembre 1984, il prend la direction du département Afrique de cette institution. Accessoirement, il épouse une riche femme d’affaires peu après : la cérémonie a lieu à Paris, avec, parmi les amis, Martin Bouygues, un des plus puissants oligarques français (bâtiment et télécommunications).

C’est donc peu dire que M. Ouattara fait figure de candidat des Occidentaux. En mars 2011 donc, les combats s’intensifient entre les deux camps. Discrètement soutenues par le détachement de l’ONU, les forces pro-Ouattara, qui ne lésinent pas sur les exactions, pénètrent dans la capitale administrative, Yamoussoukro.

Et le 11 avril, elles assiègent puis font prisonnier Laurent Gbagbo et ses proches. Sous couvert de l’ONU, les troupes françaises leur prêtent une aide discrète mais décisive, selon de nombreux témoignages.

Le président sortant – qui continue à proclamer sa légitimité – est alors transféré à prison internationale de La Haye dans l’attente du procès que prépare la CPI. C’est donc le résultat de celui-ci, huit ans plus tard, qui vient d’être rendu public.

Déconvenue pour les Occidentaux

Première déconvenue pour les Occidentaux, le président de la Chambre, l’Italien Cuno Tarfusser, affirme qu’un procès n’est pas fait « pour juger l’Histoire d’un pays », et qu’il n’a nullement le droit de « prendre position sur la responsabilité morale ou politique » des accusés.

Selon les juges, le procureur s’est basé sur « un récit manichéen et simpliste »

Par ailleurs, l’accusation formulée par le procureur, selon laquelle ceux-ci auraient mis en œuvre une stratégie visant massivement les civils favorables à M. Ouattara, repose, selon deux des trois juges, sur « des bases incertaines et douteuses, inspirées par un récit manichéen et simpliste ». Dans les mille pages d’attendus, on peut lire que « rien ne permet de penser que Laurent Gbagbo aurait refusé de se retirer parce que son plan était de rester au pouvoir à tout prix ». Ce qui était précisément la thèse autour de laquelle s’est organisée l’intense propagande déployée à l’époque par les médias dominants, en France en particulier.

Au contraire, notent les juges, les forces loyalistes étaient confrontées à « une guérilla urbaine », et étaient en position défensive. Le texte du jugement souligne en outre la non-neutralité des forces onusiennes (dont le mandat n’était pourtant pas de prendre parti), et évoque même la présence de tanks français tirant sur les soldats restés fidèles au président.

le procureur a pris « de premiers contacts avec certains témoins »… avant même d’avoir été légalement autorisé à enquêter

Enfin, une révélation s’avère particulièrement gênante pour ceux qui rêvaient de mettre en scène une justice internationale sanctionnant de manière impartiale un auteur de crimes contre l’humanité (crimes dont la réalité a été finalement démentie). Selon les juges, le procureur a pris « de premiers contacts avec certains témoins »… avant même d’avoir été légalement autorisé à enquêter. Une entorse plutôt problématique pour tous ceux qui – à commencer par l’Union européenne – ne cessent de se draper dans l’« Etat de droit ».

On ne peut que se réjouir que des juristes professionnels et intègres aient refuser de jouer le rôle que les dirigeants américains et européens voulaient leur attribuer. Mais si Laurent Gbagbo a été libéré de prison, il reste en résidence surveillée à Bruxelles, au cas où le procureur ferait appel. Surtout, il y a une énorme disproportion entre les tombereaux de propagande occidentale déversés en 2011, justifiant une intervention militaire à peine déguisée, et la discrétion médiatique quant au démenti qui a été finalement apporté à celle-ci.

La CPI avait été créée en 2002 pour légitimer le « droit d’ingérence », concept dont le but réel est de subordonner la souveraineté des Etats au bon vouloir de ladite « communauté internationale », c’est-à-dire des élites mondialisées.

Au-delà de l’honnêteté de quelques juges, qu’il faut saluer, il faut aussi et surtout remarquer que le monde qui s’esquissait « unipolaire » au tout début du siècle, a, depuis lors, quelque peu changé…

 

Cet article La CPI acquitte Laurent Gbagbo, et publie un jugement qui contredit la propagande occidentale est apparu en premier sur Ruptures.

Ursula von der Leyen confirmée à la tête de la Commission européenne : la boucle est bouclée ?

Par pierre

Elle ne sera donc pas chancelière – une perspective jadis crédible, mais qui avait pâli depuis quelques années. Pas non plus Secrétaire général de l’OTAN, un poste pour lequel son nom circulait dans les milieux de l’Alliance atlantique, sans doute parce qu’elle a été le premier ministre allemand de la Défense ayant accru le budget militaire (+40% en six ans).

C’est finalement la présidence de la Commission européenne qu’Ursula von der Leyen a obtenue. Après de laborieux marchandages, elle avait été désignée à ce poste par le Conseil européen du 2 juillet sur l’initiative conjointe d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel. Le 16 juillet, elle a été confirmée dans cette fonction par un vote de l’europarlement. Elle prendra ses fonctions en novembre.

Elle a obtenu 383 voix, soit seulement neuf de plus que la majorité absolue qui lui était nécessaire. Elle aurait théoriquement pu compter sur 444 votes, si les eurodéputés des trois groupes qui la soutenaient officiellement avaient tous voté en sa faveur. Un échec était cependant très peu probable, tant il aurait déclenché une crise institutionnelle inextricable.

Depuis deux semaines, la bulle bruxelloise jouait à se faire peur

Mais, depuis deux semaines, la bulle bruxelloise jouait à se faire peur. Car beaucoup, au sein de l’Assemblée de Strasbourg, n’ont pas digéré l’humiliation infligée par le Conseil. Celui-ci avait en effet jeté aux orties la méthode revendiquée par les europarlementaires selon laquelle le candidat présenté par la formation arrivée en tête aux élections européennes devait prendre la tête de la Commission. Sous pression de Paris notamment, Manfred Weber, le champion du Parti populaire européen (PPE, droite, auquel appartient Mme von der Leyen) avait pourtant été écarté.

Au sein même de cette formation, de nombreux grincements s’étaient alors fait entendre. La colère était forte également chez les sociaux-démocrates européens, qui avaient un temps cru pouvoir pousser en avant leur propre candidat. Et la Danoise Margrethe Vestager, Commissaire star à Bruxelles, portait les espoirs des Libéraux.

Du coup, depuis le 3 juillet, Mme von der Leyen n’a pas épargné sa peine pour consoler et séduire les uns et les autres. Intervenant finalement juste avant le vote, elle a beaucoup promis : une Europe « plus sociale », avec un salaire minimum, et qui créée plus d’emplois pour les jeunes ; plus d’efforts pour la santé, l’éducation, et contre la pauvreté ; une lutte contre les violences faites aux femmes ; le sauvetage des migrants en mer ; un engagement « sans transiger » en faveur de l’ « Etat de droit »…

Bien sûr – c’est désormais une exigence idéologique majeure des élites oligarchiques de l’UE – sa première priorité sera « l’urgence climatique »

Et bien sûr – c’est désormais une exigence idéologique majeure des élites oligarchiques de l’UE – sa première priorité sera « l’urgence climatique », sous la forme d’un « green deal européen », et moyennant un nouveau durcissement des objectifs de réduction de CO2. Elle a ainsi plaidé pour la « neutralité carbone » (mais certainement pas géopolitique…) d’ici 2050.

Cela n’a pas suffi au groupe des Verts pour la soutenir. Son co-président, Philippe Lamberts, s’est plaint d’avoir été « relégué en bout de table puis finalement écarté » dans les négociations initialement engagées en vue d’une « grande coalition » à quatre. « Nous sommes une force politique respectable, nous avons été traités de manière insultante », s’est indigné M. Lamberts.

Mme von der Leyen s’est également dite prête à accepter un nouveau recul de la date de sortie du Royaume-Uni, si Londres le demande (ce qui n’est en aucune manière le cas), se faisant huer au passage par nombre d’eurodéputés britanniques.

Finalement, elle a réussi à rallier certaines voix venues du groupe des « Conservateurs et réformistes européens » (ECR) où siègent notamment les ultraconservateurs au pouvoir en Pologne (PiS) – Angela Merkel serait discrètement intervenue auprès de Varsovie, selon certaines sources – ainsi, plus étonnant encore, que de certains eurodéputés du Mouvement cinq étoiles italien.

Fiction grotesque

Pour les familiers de Bruxelles et Strasbourg, la séquence était passionnante. En revanche, elle a évidemment laissé de marbre l’écrasante majorité des citoyens des différents pays de l’UE. D’autant que le spectacle était affligeant et pathétique : les différentes promesses prodiguées par la future patronne ressemblaient à celle d’un « gouvernement » en début de mandat. Une fiction grotesque.

Le choix de Mme von der Leyen est sans grande influence sur les contradictions explosives auxquelles l’UE est confrontée depuis quelques années, et qui ne peuvent que s’aggraver.

Dans ces conditions, le choix de la personnalité finalement élue – forcément au sein d’un panel idéologiquement homogène, en tout cas fidèle à la « foi européenne » – n’a qu’une importance limitée. Il est sans grande influence sur les problèmes et contradictions explosives auxquels l’UE est confrontée depuis quelques années, et qui ne peuvent que s’aggraver.

Ainsi, le thème de l’arrivée des migrants continuera à susciter controverses et antagonismes entre pays membres. La crise économique pourrait rebondir et resurgir dans la prochaine période, d’autant que la première puissance économique de la zone voit sa croissance caler.

Les oppositions entre gouvernements partisans d’une orthodoxie budgétaire stricte (dont Mme von der Leyen constitue un beau spécimen) et ceux accusés par ces derniers de laxisme devraient s’aiguiser, notamment au sein de la zone euro.

Et certains gouvernements de l’Est devraient continuer à jouer les frondeurs en matière d’« Etat de droit », narguant ainsi leurs homologues occidentaux – sans toutefois déclencher de guerre ouverte, tant les fonds en provenance de Bruxelles restent importants pour Varsovie ou Budapest.

A ce sujet, les négociations en vue du futur budget pluriannuel de l’UE (2021-2027) ne vont pas manquer d’être explosives, a fortiori avec l’ardoise que devrait laisser le Royaume-Uni en sortant…

Toutes ces bombes à retardement reflètent en réalité la contradiction majeure fondamentale : celle qui ne cesse de croître entre les partisans d’une « Europe plus juste et plus unie » (selon les termes de la future chef de Bruxelles)… et les peuples qui, de manière plus ou moins consciente, sentent que « l’aventure européenne », par sa nature même, ne mène qu’à plus de casse sociale et à la confiscation de la démocratie.

Les dirigeants sont parfois victimes de leur propre propagande

Mme von der Leyen veut aller toujours plus loin dans l’intégration, par exemple en proposant une « conférence » sur l’avenir institutionnel de l’UE (comme demandé par Emmanuel Macron), ou bien en abandonnant la règle de l’unanimité en matière de politique étrangère. Peut-être même croit-elle que cela répond à une attente populaire. Après tout, les dirigeants sont parfois victimes de leur propre propagande, un peu comme George W. Bush imaginait que les boys seraient accueillis avec enthousiasme à Bagdad. On connaît la suite.

En 2014, l’actuel président, Jean-Claude Juncker, avait lancé son mandat en martelant que sa Commission serait celle « de la dernière chance ». Sous son règne, les crises n’ont pas manqué. Il n’y avait pas eu d’Allemand à la tête de la Commission européenne depuis Walter Hallstein, qui inaugura ce poste lors de la fondation de la CEE, en 1958. Qui sait si, par une facétieuse ruse de l’Histoire, Ursula von der Leyen ne sera pas, finalement, la dernière à l’occuper, avant liquidation ?

Cet article Ursula von der Leyen confirmée à la tête de la Commission européenne : la boucle est bouclée ? est apparu en premier sur Ruptures.

Troisième émission du Point de Ruptures : quatre décennies de déstructuration nationale… et l’Europe ?

Par pierre

Votre mensuel a lancé début juin une chaîne vidéo qui propose chaque quinzaine (hors période estivale) une émission, Le point de Ruptures, balayant l’actualité européenne.

La troisième émission vient d’être mise en ligne : Quatre décennies de déstructuration nationale… et l’Europe ?

A partir d’un passionnant essai de l’historien Pierre Vermeren (La France qui déclasse – Les Gilets jaunes, une jacquerie du XXIème siècle) – ce dernier dialogue avec Etienne Chouard et Pierre Lévy sur les mécanismes, les responsabilités et les choix politiques qui ont désindustrialisé le pays, et souvent désertifié des pans entiers du territoire.

Pour aider à financer cet investissement vidéo, le moyen le plus efficace est de s’abonner au mensuel sans attendre !

L’équipe de Ruptures a décidé de consacrer des moyens importants à la production de l’émission. Or le journal n’a d’autres ressources que le produit des abonnements. Pour aider à financer cet investissement, le moyen le plus efficace est de s’abonner sans attendre !

Vous recevrez l’édition parue le 28 juin.

De plus, le prélèvement mensuel peut être arrêté à tout moment. Cette formule permet ainsi de faire connaissance avec le journal sans s’engager sur la durée.

Cet article Troisième émission du Point de Ruptures : quatre décennies de déstructuration nationale… et l’Europe ? est apparu en premier sur Ruptures.

Braises et fumées (éditorial mis à jour après les nominations)

Par pierre

Ca y est : à l’issue d’un Conseil européen qui se sera étalé sur près de trois jours, et après de laborieuses négociations en coulisses, les Vingt-huit se sont mis d’accord sur leur « casting de rêve ». L’affiche comprend surtout des responsables politiques qui apparaissaient en fin de carrière.

L’Allemande Ursula Von der Leyen (60 ans) devrait présider la Commission européenne à partir du 1er novembre. Angela Merkel offre à l’UE son actuelle ministre de la Défense, peu populaire outre-Rhin, et qui était fragilisée à ce poste après diverses bévues, scandales et déclarations peu adroites. Mme Von der Leyen est une fervente supporter de l’OTAN, et rêve des Etats-Unis d’Europe…

Le Belge Charles Michel, désigné comme futur président du Conseil européen (à partir du 1er décembre), n’est certes pas, lui, atteint par l’âge de la retraite. Mais il vient de subir une double défaite aux élections fédérales belges du 26 mai. Tant son parti, le Mouvement réformateur (libéral), que toutes les formations du gouvernement de coalition qu’il dirigeait ont subi de sévères déroutes. Ses chances de retrouver un poste de premier plan dans son pays étaient quasiment nulles.

A 63 ans, la patronne du FMI, la Française Christine Lagarde devrait prendre la tête de la Banque centrale européenne. Celle qui avait commencé sa carrière par vingt-cinq ans dans un des plus importants cabinets d’affaires américains avant de devenir ministre à Paris, puis de diriger le FMI de Washington, va désormais rempiler à Francfort. Les Grecs, qui n’ont pas oublié la Troïka, seront ravis.

Enfin, l’Italienne Federica Mogherini, qui chapeautait la « diplomatie » de l’UE, sera remplacée par le socialiste espagnol Josep Borrell, 72 ans, ancien président de l’europarlement, et actuel chef de la diplomatie dans le gouvernement provisoire à Madrid. Une fonction dans laquelle il a récemment qualifié la Russie de « vieil ennemi » qui « redevient une menace ».

Ce vaste mercato a une apparence : un complexe marchandage où presque tous les coups sont permis – retournements, bluff, pressions, alliances et trahisons ultimes. Ce « Game of throne » passionne l’euro-bulle autant qu’il indiffère les citoyens des différents pays. Au passage, si les dirigeants avaient voulu détruire la légende que leurs communicants ont désespérément tenté de bâtir avant et après les élections européennes – une UE qui reconquiert l’amour de ses citoyens grâce à une proximité et une transparence toujours plus palpables – ils ne s’y seraient pas pris autrement. Un mois plus tôt, les mêmes chantaient sur tous les tons aux électeurs qu’enfin, cette fois-ci, leur voix compterait.

Le 20 juin, les candidats respectifs des trois premiers partis européens avaient été déclarés disqualifiés, faute de consensus au Conseil. En particulier, le poulain d’Angela Merkel a été barré par Emmanuel Macron, qui n’en voulait à aucun prix mais qui n’a pas manqué d’appeler de ses vœux la chancelière à se présenter elle-même, sachant pertinemment que celle-ci avait exclu cette hypothèse. A l’europarlement, les chefs de groupe n’ont certes pas abouti à proposer une candidature commune, mais une « super-grande coalition », à quatre, se prépare pour élargir la majorité sortante, trop affaiblie, qui était « seulement » composée de la droite classique et des sociaux-démocrates. Voilà qui enchanterait sûrement le « citoyen européen » si ce dernier existait…

Mais, derrière ce rideau de fumée, ce mercato a une réalité : l’émergence d’une Union européenne toujours plus minée par les contradictions d’intérêts. Car si on peut se désintéresser des petites manœuvres, cela n’interdit pas d’élucider ce que celles-ci recouvrent au fond. Certes, l’intégration européenne ne s’est jamais faite sans frictions. Mais en particulier depuis 2004 – l’élargissement de quinze à vingt-cinq Etats membres – puis 2008 – la mise en place du traité de Lisbonne – le problème des élites dirigeantes européennes a changé de nature : l’UE est désormais en phase de délitement, même si nul ne peut en prévoir l’échéance, et dont le Brexit est le signe avant-coureur.

Si peu de choses séparent la plupart des dirigeants sur le plan idéologique – chrétiens-démocrates, sociaux-démocrates, libéraux, Verts, voire « gauche radicale » (sic !) clament tous, à des degrés divers, leur foi en l’aventure européenne à laquelle « il n’y a pas d’alternative » – les différences d’intérêts entre pays émergent désormais plus crûment, dans tous les domaines : économique, social, industriel, commercial, démographique, migratoire, sans parler des cultures politiques si dissemblables, forgées par l’histoire et la géographie. Autant de domaines qui ont dessiné les affrontements de ces dernières années entre pays de l’ouest et de l’est, du nord et du sud, entre petits et grands, entre inconditionnels de Washington et nostalgiques de Barack Obama…

Les différences d’intérêt ne sont pas un problème en soi. Elles peuvent refléter des complémentarités, fournir la matière de coopérations, faire l’objet de négociations diplomatiques entre pays souverains. Elles le deviennent en revanche dès lors qu’il s’agit de faire rentrer tout le monde de force dans le même moule intégré. C’est bel et bien l’exigence centrale des traités – « une union toujours plus étroite » – qui a semé les graines des divisions, des antagonismes, des conflits. Et le temps n’est plus où le « couple franco-allemand » pouvait assurer la discipline au sein d’instances policées. Encore moins depuis que les contentieux s’accumulent entre Berlin et Paris.

Au-delà de la tragi-comédie qu’on pourra au choix trouver réjouissante ou insipide, les dirigeants de l’UE font face à un processus de désintégration que les braises des colères populaires pourraient bien un jour accélérer.

La fumée ne sera pas forcément toujours blanche.

 

Pierre Lévy

Cet article Braises et fumées (éditorial mis à jour après les nominations) est apparu en premier sur Ruptures.

La Cour de Luxembourg bloque une réforme de la justice polonaise

Par pierre

Le jugement était attendu. Le 24 juin, la Cour européenne de justice (CEJ) a rendu un verdict donnant raison à la Commission européenne contre la Pologne. Bruxelles avait attaqué Varsovie à propos d’une réforme qui abaissait notamment l’âge de la retraite pour les magistrats siégeant à la Cour suprême polonaise (CS). Les membres de celle-ci devaient donc bénéficier d’un repos bien mérité à 65 ans pour les hommes, à 60 ans pour les femmes.

Pas question, ont tranché les juges de la CEJ. Ceux-ci ont estimé que la réforme était en infraction avec le droit européen.

Dans le contexte, il ne s’agit pas du énième arrêt des juges de Luxembourg bloquant une avancée sociale. Les juges de l’UE évoquent cette fois une atteinte à l’indépendance de la justice polonaise. Car le but caché du gouvernement serait de se débarrasser des magistrats de la Cour suprême en désaccord avec le parti au pouvoir, Droit et Justice (PiS, droite conservatrice), affirme la CEJ. C’est du reste aussi l’opinion de la présidente de la CS, Malgorzata Gersdorf, elle-même touchée par la limite d’âge, mais qui entend rester à son poste. Varsovie avait du reste admis récemment le maintien de celle-ci.

Le verdict s’appuie notamment sur le fait que, selon une des dispositions de la réforme votée en juillet 2017 (photo), le président de la République se voit reconnaître le droit de prolonger le service des juges au-delà de l’âge prévu. La CEJ y voit une prérogative discrétionnaire, et donc une menace sur l’indépendance de la justice polonaise par rapport à l’exécutif.

Le gouvernement polonais a dénoncé un jugement s’immisçant dans l’organisation interne des institutions du pays

Le gouvernement polonais a immédiatement dénoncé un jugement s’immisçant dans l’organisation interne des institutions du pays, un domaine sur lequel l’UE n’a en principe pas de mandat. Cette indignation est parfaitement légitime. D’autant que la réforme vise officiellement à aligner l’âge de la retraite des juges de la CS sur le droit commun.

Hélas, l’argumentaire du PiS a rajouté des arguments douteux. Il a en particulier insisté sur le fait que la réforme permettrait d’écarter des juges nommés « du temps du communisme » et soupçonnés d’en être nostalgiques.

Une telle affirmation signifie – en fait, confirme – que le gouvernement reconnaît vouloir se débarrasser de certains juges, non à propos de reproches quant à l’exercice de leur fonction, mais bien sur la base de leurs opinions présumées.

On notera que ce point n’a nullement été relevé par la CEJ. Plus généralement, les dirigeants de l’UE ne voient rien à redire quand le gouvernement d’un Etat membre proclame sans fard vouloir se livrer à une chasse aux sorcières vis-à-vis des « nostalgiques du communisme ». C’est du reste le cas depuis belle lurette non seulement en Pologne mais aussi dans un certain nombre de pays d’Europe orientale. Cela n’est manifestement pas contraire au droit européen, ni aux « valeurs » dont Bruxelles se rengorge tous les matins.

En développant cet argument, les dirigeants polonais se tirent cependant une balle dans le pied : ils valident l’accusation de la CEJ selon laquelle leurs motivations relèvent de l’arbitraire politique.

Réformes demandées

Naturellement, la Commission européenne s’est immédiatement réjouie du verdict de Luxembourg, en soulignant que « l’existence d’une confiance mutuelle entre les pays membres » en matière de système judiciaire dépend de l’« indépendance » de chacun d’entre eux.

Dans ses « recommandations», la Commission demande par ailleurs à la Pologne de prendre « des mesures visant à relever l’âge effectif de la retraite »… pour tout le monde

La Commission s’est en revanche bien gardée de faire référence aux « recommandations » qu’elle a adressées aux pays membres début juin. Ces « recommandations » constituent en fait la feuille de route permettant à Bruxelles de surveiller, contrôler et orienter les politiques nationales en matière budgétaire, économique mais aussi de « réformes ». Elles rentrent dans le cadre de la « gouvernance » intrusive mise en place à partir des années 2010, et qui vient renforcer les contraintes imposées par le Pacte de stabilité.

Ces « réformes » doivent être « accélérées », tel a été cette année le leitmotiv de Bruxelles. Dans le document adressé à la Pologne, celle-ci se voit par exemple sommée de prendre « des mesures visant à relever l’âge effectif de la retraite ».

Pour tout le monde, juge ou pas…

Cet article La Cour de Luxembourg bloque une réforme de la justice polonaise est apparu en premier sur Ruptures.

L’édition de juin de Ruptures est parue

Par pierre

Ruptures n°87 est arrivé chez les abonnés le 28 juin (cependant, dans certaines régions, la poste semble avoir un retard de distribution)

Au sommaire :

– l’éditorial qui revient sur le « grand marchandage » qui voit s’affronter les dirigeants européens à propos des futures plus hautes nominations à Bruxelles : au-delà des petites manœuvres transparaissent les contradictions qui conduisent au délitement de l’UE

– une analyse de la libéralisation de la production sucrière (fin des quotas et des prix garantis), décidée par l’UE en 2005, achevée en 2017, et qui a désormais des conséquences catastrophiques, tant agricoles qu’industrielles et sociales

– un compte rendu du Conseil européen des 20 et 21 juin, au cours desquels les Vingt-huit n’ont pu s’accorder sur le nom du futur président de la Commission européenne et des autres dirigeants de l’UE ; mais qui a en revanche avalisé les « recommandations » de Bruxelles aux Etats membres

– une analyse de ces « recommandations » qui encadrent, corrigent et orientent les politiques économiques nationales, avec un focus sur celles adressées à Paris

 – une analyse des élections fédérale et régionales qui se sont déroulées le 26 mai en Belgique, et qui ont été marquées par le recul de tous les partis installés ainsi que par la forte progression du Vlaams Belang. Si aucune coalition ne peut être formée, l’existence même du pays pourrait être menacée

– une analyse du scrutin au Danemark, où les sociaux-démocrates reviennent au pouvoir, alors que leur parti a légèrement reculé. Ils doivent néanmoins leur victoire à leurs promesses d’une politique migratoire toujours plus stricte, et de la fin de l’austérité

– et, bien sûr, comme chaque mois, les brèves…

Pour recevoir cette édition et les suivantes, il n’est pas trop tard pour s’abonner.

 

Cet article L’édition de juin de Ruptures est parue est apparu en premier sur Ruptures.

Deuxième émission du Point de Ruptures : que se cache-t-il derrière « le populisme » ?

Par pierre

Votre mensuel a lancé début juin une chaîne vidéo qui propose chaque quinzaine une émission, Le point de Ruptures, balayant l’actualité européenne.

La deuxième émission vient d’être mise en ligne : Pierre-Yves Rougeyron, Etienne Chouard et Pierre Lévy débattent du « populisme » après les élections européennes : réalité, ou concept fourre-tout trompeur ?…

Cette deuxième émission est complémentaire à l’édition du mensuel qui sera chez les abonnés fin juin, avec des analyses complètes sur le sommet des Vingt-huit des 20 et 21 juin.

Pour aider à financer cet investissement vidéo, le moyen le plus efficace est de s’abonner au mensuel sans attendre !

L’équipe de Ruptures a décidé de consacrer des moyens importants à la production de l’émission. Or le journal n’a d’autres ressources que le produit des abonnements. Pour aider à financer cet investissement, le moyen le plus efficace est de s’abonner sans attendre !

De plus, le prélèvement mensuel peut être arrêté à tout moment. Cette formule permet ainsi de faire connaissance avec le journal sans s’engager sur la durée.

Cet article Deuxième émission du Point de Ruptures : que se cache-t-il derrière « le populisme » ? est apparu en premier sur Ruptures.

L’amour se fait attendre (éditorial paru dans Ruptures n°86)

Par pierre

Aplomb pyramidal ou méthode Coué ? A l’issue du 26 mai, trois légendes urbaines ont été répandues en boucle par les commentateurs europhiles. Primo, les citoyens européens auraient témoigné – « enfin ! » – leur attachement à l’intégration européenne en se précipitant nombreux dans les bureaux de vote. Etrange sophisme puisque, dans plusieurs pays, la hausse de la participation électorale a nourri des forces se proclamant anti-Bruxelles. En outre, ceux qui ont voté l’ont fait quasi-exclusivement sur des enjeux nationaux. Enfin, dans plusieurs pays, les européennes étaient organisées simultanément à des scrutins régionaux, à des référendums, voire à des élections nationales, ce qui a mécaniquement réduit l’abstention.

Surtout, cette hausse est pour le moins à relativiser puisque, dans l’UE, un électeur sur deux (49,1%, contre 57,4% en 2014) a continué de boycotter les urnes. Et ce, malgré les campagnes de dramatisation littéralement sans précédent, multiples et dispendieuses. En France, Cfdt et Medef s’associèrent pour l’occasion. Des directions de grandes multinationales se sont adressées à leurs salariés, ce prosélytisme étant encore plus massif outre-Rhin. Et jusqu’aux archevêques français, allemands et du Benelux exhortant, dans un texte solennel, leurs ouailles à aller voter…

l’électorat vert est sociologiquement typé : très fort parmi les classes urbaines et aisées, réduit dans le monde ouvrier et parmi les classes populaires

La deuxième « fake news » vise à accréditer l’image d’une « vague verte » qui aurait balayé l’Union européenne. L’examen des chiffres devrait faire revenir à plus de mesure : les partis écologistes ne progressent que dans sept pays sur vingt-huit, stagnent, voire régressent dans plusieurs autres (dont la Suède, emblématique patrie de l’égérie du climat), et sont même inexistants ou marginaux dans une majorité d’entre eux. La progression du pourcentage écolo en France (loin cependant de son niveau de 2009) et plus encore en Allemagne accroît mécaniquement le score vert global puisque ces deux pays sont les plus peuplés de l’union.

On notera qu’en France en particulier (mais cela vaut aussi outre-Rhin), l’électorat vert est sociologiquement typé : très fort parmi les classes urbaines et aisées, réduit dans le monde ouvrier et parmi les classes populaires. Politiquement, les cartes électorales montrent une proximité entre les votants écolos et ceux favorables à Emmanuel Macron. Du reste, la grande porosité entre ces deux mouvances s’est traduite au dernier moment par une fuite de la seconde vers la première.

Enfin, la troisième antienne répétée depuis le 26 mai au soir est que les partis « populistes » ou d’« extrême droite » ont été « contenus ». Outre que lesdites forces sont pour le moins hétérogènes, l’affirmation semble plus relever de la pensée magique, qui plus est sur le thème « c’est moins mal que si ça avait été pire ».

trois hommes sortent objectivement grands vainqueurs du scrutin : Nigel Farage, Matteo Salvini, et Viktor Orban

La réalité est que trois hommes sortent objectivement grands vainqueurs du scrutin : le chef du Parti du Brexit, Nigel Farage, qui réussit un spectaculaire retour ; le vice-premier ministre italien Matteo Salvini (Ligue) qui rassemble plus du tiers des votants (17% en 2018) ; et le premier ministre hongrois Viktor Orban qui attire 52% de ses compatriotes, dix ans après son arrivée au pouvoir. Quelles que soient leurs arrière-pensées, ces trois là incarnent un rejet affiché de Bruxelles, qui le leur rend bien.

Certes, les socialistes Frans Timmermans et Pedro Sanchez ont aussi quelques raisons de se réjouir pour leurs scores respectifs aux Pays-Bas et en Espagne. Mais, outre que le reste de leur famille politique est littéralement en capilotade, les deux hommes pourraient bien se retrouver très vite face à face. Car le second n’a toujours ni gouvernement, ni majorité, et donc encore moins de budget – c’est en présentant son projet de loi de finances qu’il est tombé, en février dernier. Or la Commission dans laquelle officie le premier (il souhaite même bientôt la présider) va renouer avec sa vigilance austéritaire, maintenant que l’échéance électorale est passée.

Après le divertissement électoral, les choses sérieuses reprennent

Cela ne concerne pas seulement Madrid, mais à très brève échéance Rome, que le commissaire sortant Pierre Moscovici vient à nouveau de menacer. Bref, après le divertissement électoral, les choses sérieuses reprennent. Et il n’est pas sûr que l’actuel « mercato » à suspense visant à désigner les futurs pontes bruxellois suffise à alimenter l’amour présumé des citoyens pour l’« idée européenne ».

Certainement pas, en tout cas, du côté des salariés de GE-Belfort, et de tous ceux qui sont menacés par l’après-européennes et ses vagues de licenciements.

De véritables vagues, cette fois.

Pierre Lévy

 

Cet article L’amour se fait attendre (éditorial paru dans Ruptures n°86) est apparu en premier sur Ruptures.

Première émission du Point de Ruptures – Rôle des médias, vote écolo, souveraineté bafouée, etc. : le décryptage des européennes

Par pierre

Votre mensuel lance une chaîne vidéo qui proposera chaque quinzaine une émission, Le point de Ruptures, balayant l’actualité européenne.

La première vient d’être mise en ligne : Etienne Chouard, Coralie Delaume et Pierre Lévy débattent du résultat des européennes, mais aussi du rôle des médias, du vote écolo des catégories aisées, de la souveraineté bafouée des peuples…

Cette première émission est complémentaire à l’édition du mensuel qui sera chez les abonnés le 6 juin, avec des analyses complètes des résultats électoraux et des conséquences.

Pour aider à financer cet investissement vidéo, le moyen le plus efficace est de s’abonner au mensuel sans attendre !

L’équipe de Ruptures a décidé de consacrer des moyens importants à la production de l’émission. Or le journal n’a d’autres ressources que le produit des abonnements. Pour aider à financer cet investissement, le moyen le plus efficace est de s’abonner sans attendre !

De plus, le prélèvement mensuel peut être arrêté à tout moment. Cette formule permet ainsi de faire connaissance avec le journal sans s’engager sur la durée.

Cet article Première émission du Point de Ruptures – Rôle des médias, vote écolo, souveraineté bafouée, etc. : le décryptage des européennes est apparu en premier sur Ruptures.

L’édition de Ruptures est parue

Par pierre

Ruptures n°86 arrive chez les abonnés le 6 juin.

Le décalage de quelques jours a permis d’intégrer les dernières informations après le sommet européen du 28 mai, ainsi qu’un dossier complet sur les élections européennes et leurs suites.

L’éditorial est consacré aux « trois fake news » répandues après le scrutin européen.

L’édition analyse par ailleurs la situation au Royaume-Uni, ainsi qu’en Espagne, qui n’a toujours pas de gouvernement après les législatives du 28 avril.

Et propose, comme chaque mois, les brèves…

Il n’est pas trop tard pour s’abonner !

 

Cet article L’édition de Ruptures est parue est apparu en premier sur Ruptures.

Les dirigeants européens, réunis à Sibiu, s’approchent du sublime ridicule

Par pierre

Décidément, ces dirigeants européens sont vraiment impayables. Particulièrement quand ils sont pris, si ce n’est de panique, du moins d’une extrême fébrilité.

Tel est le cas avec l’approche des élections renouvelant les eurodéputés. Le scrutin est programmé du 23 au 26 mai, et pourrait bien marquer une nouvelle étape dans la progression continue de l’abstention, une tendance qui gagne régulièrement en ampleur depuis 1979. A cette époque, la participation globale était de 62% ; en 2014, elle n’était plus que de 43%. Cette année, un nouveau record pourrait bien être battu.

De nombreuses raisons peuvent expliquer cette chute. La principale n’est jamais citée par les discours officiels et les médias dominants : l’Assemblée de Strasbourg usurpe le nom de « Parlement ». Car l’essence d’un Parlement est de représenter un peuple ; or il n’existe pas de « peuple européen ». Et, plus ou moins distinctement, de plus en plus de citoyens en ont l’intuition : on leur demande de donner, à travers le vote, un semblant de légitimité à une institution qui n’en a en réalité aucune ; et d’accorder, un vernis démocratique à une Union européenne dont la raison d’être est précisément de priver chaque peuple de la liberté de ses choix politiques, c’est-à-dire le droit de faire des choix éventuellement radicalement différents de ceux des pays voisins.

Pour conjurer le spectre du boycott massif des urnes, les grands médias se mettent en ordre de bataille. Arte bat des records, et devient une véritable chaîne de propagande continue. Et la « société civile » est mobilisée : quasiment pas un seul jour ne se passe sans qu’un appel pathétique soit rendu public sur le thème : « peu importe pour qui vous votez, mais votez ! ».

Le 29 avril, Le Monde publiait un texte commun signé notamment par le Medef et la CFDT exhortant les citoyens à « se mobiliser »

En Allemagne, plusieurs PDG de grands groupes avaient donné le ton en mars, parmi lesquels ceux de E.ON, de RWE, de Thyssen-Krupp qui s’étaient directement adressés à leurs salariés. Plus d’une centaine de grands patrons et de hauts cadres français les avaient imités en avril. Le 29 avril, Le Monde publiait un texte commun signé en France par les présidents des organisations patronales (dont le Medef) et les chefs de certaines organisations syndicales (dont la CFDT) exhortant les citoyens à « se mobiliser » pour « l’Europe que nous voulons ».

Le 1er mai, c’était au tour des archevêques catholiques d’Allemagne, de France, de Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg qui conjuraient leurs ouailles de voter pour s’opposer aux « menaces du Brexit, du populisme et du nationalisme ». La liste des textes analogues est interminable, jusqu’à un article du petit groupe politique français baptisé Sauvons l’Europe, arguant que voter pour l’UE constitue « une dette à honorer face aux victimes du nazisme ».

Lettre ouverte

Bien sûr, les dirigeants eux-mêmes ne sont pas en reste. Dans une lettre ouverte publiée le 9 mai, vingt-et-un chefs d’Etat de l’UE se montraient tout à la fois scandalisés et terrorisés : « pour la première fois dans l’histoire de l’intégration, il y a des voix qui réclament de revenir sur la libre circulation ou d’abolir les institutions communes ». Mais ils concluaient, sur le ton de l’adjudant de service : « il ne peut y avoir de retour en arrière ». (Dans les sept autres pays, les chefs d’Etat sont des têtes couronnées qui n’étaient pas habilités à se joindre à cette tirade).

Mais ce sont bien les dirigeants politiques – chefs d’Etat ou de gouvernement – des Vingt-sept qui se sont retrouvés ce même 9 mai dans la ville roumaine de Sibiu. Le principe de ce sommet informel avait été décidé dans la panique qui avait suivi le référendum britannique du 23 juin 2016. Pour les dirigeants européens, la priorité était d’éviter que l’UE ne s’effondre comme un château de cartes. La réunion devait initialement se tenir au lendemain de la sortie officielle du Royaume-Uni. Celle-ci ayant été différée (jusqu’au 31 octobre au plus tard), c’est finalement le jour de la « fête de l’Europe » qui a été choisi.

L’exercice consistait donc à afficher une unité de façade – alors que les divergences et tensions n’ont jamais été aussi fortes – et de se mettre d’accord sur une adresse aux citoyens, suppliant ceux-ci de se rendre dans les bureaux de vote. Et c’est là que la prose officielle touche au sublime. D’abord par la modestie des propos.

« Depuis sa genèse, l’Union européenne a assuré la stabilité et la prospérité en Europe, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières », proclament en toute humilité les Eminences

« Une Europe réunifiée dans la paix et la démocratie ne constitue qu’une réalisation parmi de nombreuses autres », proclament en toute humilité les Eminences. Qui poursuivent sans ciller : « depuis sa genèse, l’Union européenne, mue par ses valeurs et libertés, a assuré la stabilité et la prospérité en Europe, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières ». Bref, grâce à Bruxelles, les peuples au sein de l’UE mais aussi ceux du reste de l’Europe ont connu des décennies de bonheur aussi intense que paisible.

Emportés dans leur élan, les hôtes de Sibiu se sont « à l’unanimité » fixé « dix engagements ». Parmi ces derniers figure ainsi la promesse de « rester unis, envers et contre tout ». Contre les réticences des peuples, en particulier ? « Nous nous attacherons à obtenir des résultats là où cela compte le plus », poursuit cette version moderne des Dix commandements. Et les auteurs de marteler : « nous continuerons d’être attentifs aux préoccupations et aux espoirs de tous les Européens, rapprochant l’Union de nos citoyens, et agirons en conséquence, avec ambition et détermination ». Nous voilà rassurés.

Et le meilleur : « nous aiderons toujours les plus vulnérables en Europe, faisant passer les hommes et les femmes avant la politique ». Déprécier ainsi la politique est assurément le moyen de redonner le goût de voter…

Enfin, jurent les Vingt-sept, « nous protégerons nos citoyens et nous assurerons leur sécurité en investissant dans notre pouvoir de convaincre et notre pouvoir de contraindre ». On appréciera le « nous » seigneurial (« nos citoyens »), qu’on retrouve bizarrement dans un autre engagement : « nous continuerons à protéger notre mode de vie ». « Nous », les chefs d’Etat ?

« Programme stratégique »

Les participants au sommet ont également avalisé les grandes lignes d’un « programme stratégique » prévu pour être adopté formellement lors du Conseil européen des 20 et 21 juin. Parmi les grandes orientations figurent l’ambition de « protéger les citoyens et les libertés » ; de développer le « modèle économique européen pour l’avenir » (dont la libre concurrence et l’euro) ; de « construire un avenir plus vert, plus équitable et plus inclusif » (dont l’aide aux « communautés pour gérer la transition écologique » ; et de « promouvoir les intérêts et les valeurs de l’Europe dans le monde » (et pour cela notamment : « intensifier les investissements de l’UE en matière de défense et renforcer la coopération y compris avec l’OTAN) ».

Enfin, les Vingt-sept ont prévu de se retrouver en sommet extraordinaire le 28 mai. Avec pour ordre du jour : commencer le grand marchandage pour les postes des futurs présidents de la Commission européenne, du Conseil européen, de la Banque centrale européenne, et du chef de la diplomatie de l’UE. D’ores et déjà, les couteaux sont tirés. Et ce, malgré l’un des engagements solennels : « nous parlerons d’une seule voix ».

Les dirigeants européens s’engagent à respecter les dix commandements proclamés le 9 mai 2019, quel que soit le résultat des élections du 26 mai (et des élections nationales à venir)

En conclusion de leur déclaration, les dirigeants européens promettent : « les décisions que nous prendrons respecteront l’esprit et la lettre » des dix commandements proclamés ce 9 mai 2019, car « tel est notre engagement pour les générations futures ».

Et ce, quel que soit le résultat des élections du 26 mai (et des élections nationales à venir). On ne pouvait mieux définir la « démocratie » à l’européenne.

La prochaine édition de Ruptures analysera les résultats du scrutin européen dans les vingt-huit Etats membres et les résultats du sommet prévu le 28 mai. Elle paraîtra début juin. Il n’est pas trop tard pour s’abonner

 

Cet article Les dirigeants européens, réunis à Sibiu, s’approchent du sublime ridicule est apparu en premier sur Ruptures.

Espagne : quelle majorité après le scrutin du 28 avril ?

Par pierre

En Espagne, les élections législatives du 28 avril ont connu une participation record : 75,8% des 37 millions d’électeurs se sont rendus aux urnes, soit 9,3 points de plus qu’en juin 2016. Il s’agissait du troisième scrutin de ce type depuis décembre 2015.

Ce dernier avait marqué un tournant majeur. Le traditionnel face-à-face entre le Parti populaire (PP, droite conservatrice) et le Parti socialiste (PSOE) avait été bouleversé par l’émergence de deux nouvelles formations : Podemos, étiqueté gauche radicale, issu du mouvement social des Indignés (apparu dès 2011 en pleine crise économique et sociale) ; et Ciudadanos, une formation initialement issue de la Catalogne mais radicalement opposée à l’indépendance de celle-ci, et qui s’est étendue à l’ensemble du pays, mettant en avant la lutte contre la corruption ainsi que le libéralisme, voire l’ultralibéralisme.

Cette quadripartition avait alors empêché la formation d’une majorité parlementaire, et provoqué un nouveau scrutin en juin 2016. Mariano Rajoy (PP), premier ministre depuis décembre 2011, s’était finalement maintenu à son poste en obtenant des majorités au coup par coup. Et ce n’est qu’en juin 2018 qu’il avait été renversé, de manière inattendue, par une motion de défiance parlementaire présentée par le chef des socialistes, Pedro Sanchez.

Ce dernier a profité d’un énorme scandale de corruption où le PP était impliqué pour réunir ponctuellement une majorité de députés, et accéder ainsi à la présidence du gouvernement. Il ne disposait cependant que sur 84 députés (sur 350). Son gouvernement minoritaire a tenu jusqu’à février 2019, date à laquelle son budget a été rejeté. Des élections anticipées sont alors devenues inévitables.

Pedro Sanchez apparaît comme l’un des vainqueurs du scrutin du 28 avril. Avec 28,7% des suffrages, il gagne 6,1 points, arrive largement en tête, et compte désormais 123 députés (et même 123 sénateurs, soit la majorité de la Chambre haute).

En revanche, Unidas Podemos (qui regroupait Podemos et des petits alliés comme la Gauche unie) doit se contenter de 14,3% des suffrages, soit une chute de 6,8 points. En 2016, ses dirigeants rêvaient de doubler le PSOE (il s’en est fallu de 1,5 point) et de prendre la tête du gouvernement. Aujourd’hui, son premier dirigeant, Pablo Iglesias, n’a même pas attendu la fin du dépouillement pour proposer à M. Sanchez de devenir un partenaire junior de gouvernement.

De nombreuses querelles internes expliquent en partie cette déconfiture. Plusieurs dirigeants, dont le numéro deux, Inigo Errejon, sont partis. Ce dernier plaidait pour que Podemos redevienne un mouvement transversal populaire transcendant le clivage droite-gauche. La campagne de Podemos a balayé de nombreux thèmes (jusqu’au bien-être animal) plus à même de répondre aux souhaits d’un électorat urbain plutôt aisé qu’aux préoccupations ouvrières. Ses pertes sont moins sévères dans les régions géographiquement « périphériques » (dont la Catalogne), mais il dégringole dans les régions centrales.

Pour sa part, le PSOE a mis en avant des mesures prises en quelques mois de gouvernement minoritaire en vue des élections : augmentation du SMIC à 900 euros (+22%), indexation des retraites, hausse des bourses étudiantes, et annonce de création de postes de fonctionnaires. Le transfert de la dépouille de l’ex-dictateur Francisco Franco a symboliquement complété le tableau. Les socialistes ont en outre bénéficié d’un « vote utile » face à l’émergence annoncée de Vox, une force d’extrême droite ne cachant guère sa nostalgie du franquisme.

Deux thèmes

Vox avait fait une entrée fracassante au parlement d’Andalousie en décembre 2018 (cf. Ruptures du 31/01/19), passant d’un groupuscule marginal dissident du PP en 2013 à un parti réunissant 11% des électeurs. Il a ainsi permis à une coalition PP-Ciudadanos de conquérir la majorité régionale, détrônant le PSOE dans son fief historique.

Deux thèmes en particulier avaient permis à cette jeune formation, très active sur les réseaux sociaux, de créer la surprise : la dénonciation de l’immigration qui s’est considérablement accrue dans la dernière période ; et l’opposition aux indépendantismes, notamment catalan. La mise en avant des traditions et de l’unité espagnoles est ainsi apparue dans le débat public. Elle a ensuite imprégné la campagne pour les élections générales.

Avec 10,3% et 24 députés, Vox réussit sa spectaculaire arrivée, même si ses dirigeants et sympathisants espéraient un score encore plus élevé, susceptible de reproduire au niveau national la nouvelle configuration andalouse. Tel n’est pas le cas, du fait de la défaite historique du PP.

Avec 16,7%, ce dernier divise son résultat par deux (- 16,3 points) et obtient ainsi le pire score de son histoire. Les retombées des scandales de corruption ont manifestement pesé. En outre, la stratégie déployée par son jeune leader, Pablo Casado, consistait à radicaliser son discours pour tenter de contenir l’hémorragie de ses électeurs vers Vox. Cela n’a pas fonctionné, et lui a en outre fait perdre des voix plus « centristes » au bénéfice de Ciudadanos.

Ce parti s’en sort bien puisqu’avec 15,8%, il améliore de 2,8 points son résultat de 2016. Son chef, Albert Rivera, a souligné que 200 000 voix seulement le séparaient du PP. Mais l’hypothèse d’une coalition majoritaire des trois partis de droite est désormais exclue : ensemble, ils ne totalisent que 147 députés. Le « bloc de gauche » en compte, lui, 165. Insuffisant, cependant, pour atteindre la majorité absolue de 176 sièges. Une barre qui ne serait pas atteinte même avec le soutien des six élus du Parti nationaliste basque.

Le triomphe du PSOE au soir du scrutin (conforté par de bons résultats aux élections régionales à Valence), doit donc être relativisé. En 2008, à l’aube de la crise, ce parti obtenait encore 43,9% des suffrages – il est vrai que Podemos n’existait pas encore. Par ailleurs, l’actuel écart entre le « bloc de gauche » et celui de droite est inférieur à 100 000 voix. Enfin et surtout, M. Sanchez reste confronté à un choix délicat.

Soutien des indépendantistes ?

S’il écoute une large part de sa base, favorable à un accord avec Podemos, il lui faudra aller chercher le soutien complémentaire des indépendantistes catalans, au moins ceux de la gauche républicaine catalane (ERC) qui juge tactiquement plus adroit de composer avec Madrid. A noter que la droite indépendantiste – Ensemble pour la Catalogne (JxC), dont le chef est exilé à Bruxelles – prône en revanche l’intransigeance. Mais l’ERC (dont plusieurs dirigeants élus députés sont en prison après l’organisation du référendum illégal d’indépendance en octobre 2017) a largement battu ses alliés et rivaux de JxC.

M. Sanchez n’est guère enthousiaste quant à cette alliance avec des séparatistes catalans : ce sont ces derniers qui ont refusé de voter son budget. En outre, un tel soutien pourrait donner des armes à ses adversaires de droite prompts à l’accuser de défaire l’unité de l’Espagne.

Quant à une alliance PSOE-Ciudadanos, elle a été exclue par M. Rivera pendant sa campagne. Certes, un retournement n’est jamais à exclure, mais elle ne semble pas être dans l’intérêt tactique de Ciudadanos qui veut devenir le premier parti d’opposition, et mise sur un échec à court terme de M. Sanchez.

Pourtant, cette coalition entre deux formations qu’aucune grave divergence idéologique ne sépare assurerait arithmétiquement une majorité parlementaire stable – ce serait une première depuis 2015. Un avantage qui a probablement la sympathie des milieux d’affaires, comme en témoignent les récents commentaires du Financial Times et de The Economist.

A moins que M. Sanchez ne préfère constituer un gouvernement homogène minoritaire ? Dans ce cas, la question de sa longévité serait à nouveau posée. Quoiqu’il en soit, le 26 mai, les électeurs retourneront aux urnes pour les élections européennes, mais aussi régionales et locales. Aucune alliance ne devrait être constituée d’ici là.

Pedro Sanchez, à peine les résultats connus, a annoncé qu’il souhaitait « former un gouvernement pro-européen pour renforcer et non affaiblir l’Europe ». Une allusion implicite au fait que ce scrutin espagnol est bien le premier depuis longtemps au sein de l’UE qui n’a pas provoqué de sueurs froides à Bruxelles. Car tous les partis, Vox compris, sont des partisans déclarés de l’intégration européenne.

Pas sûr cependant que cela traduise un enthousiasme populaire unanime : le thème a été, prudemment, totalement absent de la campagne électorale…

Analyse issue notamment d’un entretien avec Nicolas Klein

Cet article Espagne : quelle majorité après le scrutin du 28 avril ? est apparu en premier sur Ruptures.

L’édition d’avril de Ruptures est parue

Par pierre

L’édition d’avril de Ruptures arrive le 27 aux abonnés.

Au sommaire de ce n°85 :

– l’éditorial qui évoque les « symboles » qu’ont cru déceler les européistes dans l’incendie de Notre-Dame, et qui revient sur les annonces du président français

– un entretien avec Jacques Sapir, économiste et spécialiste de l’espace post-soviétique, qui analyse les résultats de l’élection présidentielle en Ukraine, en particulier la gifle retentissante subie par le président sortant, l’homme des Occidentaux

– une étude sur les rapports entre l’UE et la Chine après différents sommets récents, Bruxelles voyant Pékin comme un « partenaire », mais aussi comme un « concurrent » et un « rival », qui tente en outre de traiter avec les pays européens de manière bilatérale

– un point sur l’état du Brexit après le sommet de crise des Vingt-sept le 10 avril

– une analyse des élections législatives en Finlande, marquées par la défaite du Parti du centre sortant, par le succès des eurosceptiques, et par la courte victoire des sociaux-démocrates

– et, bien sûr, comme chaque mois, les brèves…

Pour recevoir cette édition et les suivantes, il n’est pas trop tard pour s’abonner.

Cet article L’édition d’avril de Ruptures est parue est apparu en premier sur Ruptures.

Finlande : après les élections, encore un sujet d’angoisse pour Bruxelles

Par pierre

Les électeurs finlandais, qui élisaient le 14 avril leur nouveau parlement, se sont rendus aux urnes moyennant une participation de 68,7%, soit 1,8 point de plus qu’en 2015. Le scrutin a été marqué par la claque subie par le Parti du centre du premier ministre sortant ; par un important succès du Parti des Finlandais (ex-Vrais Finlandais, généralement classé à l’extrême droite) ; et par l’arrivée en tête des sociaux-démocrates, avec cependant un score bien plus faible qu’ils ne l’espéraient.

Deux thèmes ont dominé la campagne. Le premier portait sur le système de santé et des services sociaux. Alors que ce dernier est souvent considéré comme l’un des meilleurs du monde, le gouvernement s’était fixé l’objectif, en 2015, de le réformer drastiquement, avec notamment un renforcement de la part du privé. Et cela, au moment même où il appliquait une forte politique d’austérité touchant notamment ce secteur, mais aussi l’éducation. La réduction des dépenses publiques, conforme au Programme national de stabilité convenu avec la Commission européenne, visait en particulier à alléger les cotisations patronales.

Le Parti du centre dégringole de 7,3 points en s’établissant à 13,8%, son pire résultat depuis un siècle

La « grande réforme » elle-même n’a cependant pas pu être réalisée du fait de divergences au sein des trois partis de la coalition au pouvoir, notamment sur la réorganisation territoriale du système de soins. Du coup, par dépit ou par manœuvre tactique, Juha Sipila, chef du gouvernement sortant (un ancien homme d’affaires, toujours richissime), a présenté sa démission cinq semaines avant l’échéance électorale. Les électeurs l’ont manifestement sanctionné puisque sa formation, le Parti du centre (KESK) dégringole de 7,3 points en s’établissant à 13,8%, le pire résultat depuis un siècle pour cette formation surtout implantée en milieu rural.

Associé au sein du gouvernement, le Parti de la coalition nationale (KOK, droite ultralibérale) s’en tire moins mal, avec 17% (- 1,2 point). Troisième pilier de la majorité, le Parti de la réforme bleue ne dépasse pas… 1% des suffrages. Cette formation était en réalité issue d’une scission du Parti Les Finlandais : en 2017, son chef d’alors, Timo Soini, avait tenté un recentrage pour amener ses camarades sur une ligne bien moins « eurocritique ». C’était le prix à payer pour qu’il puisse garder son poste (ministre des Affaires étrangères) au gouvernement, de même que quatre de ses collègues. Mais le parti avait finalement désavoué M. Soini et ses amis devenus pro-UE. Ces derniers ont dès lors choisi de le quitter.

Ils se retrouvent désormais exclus du Parlement, tandis que leur formation d’origine sort grande gagnante du scrutin, obtenant la deuxième place avec 17,5% des voix. Il y a quelques mois encore, les sondages lui accordaient à peine 10%. Le Parti Les Finlandais a en effet exploité le deuxième thème qui a marqué la bataille électorale : l’immigration. En 2015, ce pays de 5,5 millions d’habitants avait accueilli 32 000 demandeurs d’asile, alors que les arrivées étaient d’environ 4 000 les années précédentes. Des affaires de viol impliquant des migrants avaient, tout récemment, polarisé le débat public et entraîné la création de petites formations extrémistes. Mais c’est finalement Les Finlandais qui ont emporté la mise.

Pour sa part, le Parti social-démocrate (SDP) arrive cette fois en tête avec 17,7%, soit un gain de 1,2 point. La Ligue verte passe de son côté de 8,5% à 11,5%, dans un contexte où les questions environnementales ont également été beaucoup évoquées. A noter cependant que le Parti Les Finlandais a affiché des positions dites climatosceptiques qui ne lui ont pas nui, bien au contraire. Enfin, avec 8,2%, l’Alliance de gauche progresse légèrement (+1,1 point).

Tâche complexe

Mais ce n’est pas de ce côté qu’Antti Rinne, le chef du SDP chargé de former un gouvernement, va chercher des alliances, mais plutôt du côté du KESK ou du KOK, dans ce pays aux longues traditions de coalition hétéroclite. Cette fois cependant, la tâche devrait être particulièrement complexe : son score est inférieur à ce qu’il avait espéré, et les trois premiers partis se tiennent dans un mouchoir de poche aux alentours de 17%…

M. Rinne a juré qu’il ferait tout pour constituer une majorité et un gouvernement d’ici fin mai. Et à Bruxelles, on compte bien qu’il tienne cette promesse, car la Finlande prend la présidence tournante du Conseil de l’UE, pour six mois, au 1er juillet. La Commission est d’autant plus anxieuse que la période est particulièrement sensible. D’une part, c’est lors de ce semestre que doit avoir lieu l’épilogue du Brexit. D’autre part, après les élections européennes prévues en mai, la Commission, et son président, seront également renouvelés.

…Rien qui puisse rassurer Bruxelles. Ni d’ailleurs Marine Le Pen.

Et ce, dans un contexte où le verdict des citoyens finlandais a tout pour angoisser les dirigeants européens. Alors qu’ils avaient espéré que l’élection d’Emmanuel Macron en mai 2017 fût un signe d’un virage pro-UE du sentiment des citoyens, ils ont, depuis lors, vécu une longue série de résultats reflétant (plus ou moins clairement) une hostilité populaire croissante face à l’intégration européenne – en Allemagne, en Autriche, en Tchéquie, en Suède, et bien sûr en Italie.

Cette fois encore, le parti politique anti-Bruxelles se distingue, et les « sceptiques » ralliés sur le tard à l’idée européenne comme M. Soini s’effondrent. En l’occurrence, au pays du Père Noël. Voilà qui n’a rien qui puisse rassurer Bruxelles. Ni d’ailleurs Marine Le Pen.

Cet article Finlande : après les élections, encore un sujet d’angoisse pour Bruxelles est apparu en premier sur Ruptures.

L’Allemagne menacée par une prise d’influence russe…

Par pierre

L’« affaire Frohnmaier » a évidemment eu moins d’écho en France qu’en Allemagne même. Pourtant, quelques médias, de ce côté-ci du Rhin, ont tout de même jugé utile de s’indigner ou de s’inquiéter.

Le député Markus Frohnmaier (28 ans), présenté par l’AfD, a été élu au Bundestag en 2017. Récemment, des médias allemands comme l’hebdomadaire Der Spiegel et la chaîne ZDF, mais aussi la BBC britannique et le quotidien italien La Repubblica, ont publié des enquêtes affirmant que le jeune parlementaire est en réalité une « marionnette de Moscou » : son élection aurait été aidée par la Russie pour tenter d’influencer la politique de Berlin. Une affirmation démentie par les protagonistes.

On se gardera d’émettre ici un avis sur la vraisemblance de l’accusation. Plus intéressantes, en revanche, sont les réactions courroucées et scandalisées de la classe politique comme de certains médias de la République fédérale mais aussi d’autres pays de l’UE. Les chrétiens-démocrates de la CDU de même que les sociaux-démocrates du SPD ont fait de la surenchère en martelant que, si les affirmations étaient confirmées, un tel élu ne pourrait siéger pour représenter les intérêts du peuple allemand. Les Verts ainsi que Die Linke n’ont pas été en reste. Les uns et les autres ont pointé en chœur la menace qui pèserait ainsi sur l’indépendance du pays.

On ne pourrait certainement que se réjouir de cette soudaine et inattendue attention pour la souveraineté nationale de la part de partis d’habitude plus prompts à vanter les mérites de l’intégration européenne. Le problème est que, dans des circonstances différentes, les dirigeants politiques et éditorialistes « mainstream », allemands et européens, ne semblent pas si sourcilleux.

« Instrument d’influence »

Il existe ainsi en France une institution nommée French American Foundation (FAF), qui fut lancée en 1976 sous l’égide du président Valéry Giscard d’Estaing, celui-là même qui amorça le retour de la France dans le giron atlantiste après la période gaulliste. Selon la très factuelle notice Wikipédia, la FAF « se donne pour objectif d’encourager un dialogue actif » entre la France et les Etats-Unis.

L’une des ses principales activités consiste à proposer des séminaires pour de jeunes dirigeants (« Young leaders »), issus de la politique, de la finance, de la presse « à fort potentiel de leadership et appelés à jouer un rôle important dans leur pays et dans les relations franco-américaines », selon les termes de la Fondation elle-même. Bref, un programme de formation qui constitue un « instrument du soft power américain », c’est-à-dire d’influence, résume Wikipédia.

Le programme de formation de la FAF en direction des « Young leaders » constitue un « instrument du soft power américain », résume Wikipédia.

A Washington (car la Fondation travaille évidemment de concert avec l’ambassade), on ne lésine pas sur les gâteries proposées aux hommes et aux femmes qui, destinés à occuper des postes français de premier plan, doivent assurer, dans leurs futures fonctions, la promotion de l’« amitié franco-américaine ».

La liste des invités stagiaires de Washington (plus de 400 à ce jour) est édifiante. On y trouve nombre de patrons de presse et de journalistes connus, de dirigeants de grands groupes industriels et financiers, et bien sûr de parlementaires et de ministres, anciens et actuels. Inutiles de préciser que la Fondation a l’esprit large, et sélectionne tout aussi bien des personnalités de « gauche » que de droite.

L’on notera en particulier la présence sur cette liste de l’actuel Premier ministre Edouard Philippe (stagiaire en 2011), de l’ancien premier ministre Alain Juppé devenu membre du Conseil constitutionnel (stagiaire en 1981), de l’ancien président François Hollande (stagiaire en 1996), et de l’actuel président Emmanuel Macron (stagiaire en 2012). Inutile de préciser que le Commissaire européen Pierre Moscovici, précédemment ministre des finances (stagiaire en 1996), fait également partie des nombreuses personnalités sur lesquels Washington a misé – non sans flair, il faut bien le reconnaître.

On peine à imaginer ce qu’eussent été les réactions médiatiques et politiques si MM. Macron, Hollande, Philippe et Juppé avaient suivi le même cursus non à Washington mais à Moscou, dans le but explicite de leur faire promouvoir l’amitié franco-russe.

Il est vrai que l’influence du jeune député Frohnmeier sur la politique allemande est à l’évidence incomparablement plus déterminante sur la politique allemande que celle des président et premier ministre français sur celle de Paris…

Cet article L’Allemagne menacée par une prise d’influence russe… est apparu en premier sur Ruptures.

Sur RT, Pierre Lévy fait le point sur le Brexit après le report de six mois décidé par le Conseil européen

Par pierre

Le Conseil européen extraordinaire du 10 avril a décidé de reporter de six mois l’échéance de la sortie du Royaume-Uni. Theresa May avait demandé une prolongation plus courte, mais différents dirigeants européens souhaitaient un délai plus long, de l’ordre d’une année.

Le pays devra en principe participer aux élections européennes, à moins qu’un accord au parlement britannique ne vote majoritairement en faveur de l’accord de divorce d’ici là.

La sortie aura bien lieu, mais ni ses conditions ni sont échéance n’ont été éclaircies.

Invité du journal de RT le 11 avril, Pierre Lévy, rédacteur en chef de Ruptures, revient sur ce feuilleton d’apparence complexe, mais dont le fond est finalement beaucoup plus simple…

Cet article Sur RT, Pierre Lévy fait le point sur le Brexit après le report de six mois décidé par le Conseil européen est apparu en premier sur Ruptures.

Le nouveau report du Brexit, décidé par le Conseil européen, exacerbe la colère des citoyens britanniques

Par pierre

Les Vingt-sept ont décidé de décaler la sortie de l’Union européenne jusqu’en octobre au plus tard. Le feuilleton semble incompréhensible, mais le fond de l’affaire est simple : une majorité de citoyens veut sortir de l’UE, une majorité de députés était opposée à ce choix.

Ce sera donc le 31 octobre. Ou bien peut-être avant. La date de sortie du Royaume-Uni, initialement fixée au 29 mars, puis une première fois décalée au 12 avril, a donc été à nouveau reportée, cette fois de six mois, d’un commun accord entre les vingt-sept dirigeants de l’UE et le premier ministre britannique.

La décision a été prise lors du Conseil européen qui s’est prolongé tard dans la nuit du 10 avril, selon la tradition typiquement bruxelloise des « sommets de crise ». Theresa May avait demandé un délai seulement jusqu’au 30 juin. Le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, militait en faveur d’un report beaucoup plus long, par exemple d’une année. Et ce, dans l’espoir à peine dissimulé (mais vain) que, les mois passant, le Brexit pourrait bien être enterré.

Une bonne quinzaine de chefs de gouvernement, dont Angela Merkel, partageaient cette même position. A l’inverse, le président français, soutenu par trois ou quatre des ses homologues, avait affiché son intransigeance, et affirmé qu’une sortie sans accord et sans nouveau délai était envisageable. Entre Paris et Berlin, il y avait probablement un jeu de rôles et de postures ; mais il faut aussi noter que les intérêts sont divergents, notamment en termes d’échanges commerciaux.

Le Brexit pourrait être effectif avant l’échéance annoncée si les députés britanniques approuvaient d’ici là l’accord de divorce

Le compromis trouvé coupe donc la poire en deux. Il précise que le Brexit pourrait être effectif avant l’échéance annoncée si les députés britanniques approuvaient finalement l’accord de divorce qu’ils ont jusqu’à présent refusé trois fois. Un élément nouveau est cependant apparu : Mme May vient d’engager des discussions avec le chef de l’opposition travailliste dans l’espoir de trouver un compromis susceptible de recueillir finalement une majorité parlementaire. Et si une telle issue était trouvée avant le 22 mai, le pays pourrait même se dispenser d’organiser les élections européennes qu’il s’est engagé à tenir le 23 mai. Un scrutin particulièrement baroque dans un pays en passe de quitter l’UE, quand bien même la date de sortie reste aléatoire.

Enfin, les Vingt-sept comptent sur une attitude de « bonne foi » du Royaume-Uni, qui devrait s’engager à ne pas profiter de sa présence prolongée au sein de l’UE pour perturber la vie interne de celle-ci, notamment le renouvellement de ses instances, au printemps et à l’automne, ou pour bloquer des décisions importantes. Emmanuel Macron voulait des « garanties » à cet égard, mais il s’est retrouvé quelque peu isolé : il est en effet difficile juridiquement de contraindre ou de réduire au silence un pays toujours membre, a fortiori son parlement national ou ses eurodéputés.

Le Conseil européen de juin fera le point. Et celui prévu en octobre actera les évolutions survenues dans le paysage et les décisions politiques britanniques. A ce stade, un accord entre la direction des Tories et celle du Labour paraît peu vraisemblable : d’un côté, Jeremy Corbyn a peu de raisons de faire la courte échelle à Mme May ; de l’autre, si cette dernière fait trop de concessions, elle risque l’implosion de son propre parti. Et sans accord, il et peu probable que la Chambre des Communes approuve les termes du divorce qu’elle a déjà rejetés.

Les « lignes rouges » que les Vingt-sept s’interdisaient de franchir ont été régulièrement repoussées

Cependant, force est de constater que, depuis des mois, ce qui était improbable un jour est subitement devenu possible le lendemain. Les « lignes rouges » que les Vingt-sept s’interdisaient de franchir ont été régulièrement repoussées ; et il en va de même pour la chef du gouvernement britannique. Dès lors, bien malin qui peut prédire les prochains rebondissements politiques de l’autre côté de la Manche.

Même le scénariste le plus fou n’aurait pas imaginé les rebondissements du « feuilleton » engagé il y presque trois ans. Une des conséquences est la colère qui se répand parmi les citoyens britanniques. Ceux qui avaient voté pour sortir (52%) sont scandalisés que leur décision ne soit toujours pas appliquée. Et même certains de ceux qui voulaient rester ne comprennent pas les retards et atermoiements face à un verdict incontestable. Du coup, même si l’improbable deuxième référendum dont rêvent les pro-UE depuis le résultat du 23 juin 2016 se tenait, il n’inverserait pas forcément ce dernier, contrairement à ce que suggèrent les dirigeants européens et la presse « mainstream ».

Effet boomerang

Quoiqu’il en soit, le ras-le-bol face à une histoire qui paraît sans fin se répand parmi les citoyens britanniques. Et leurs voisins continentaux, pour beaucoup d’entre eux, n’y comprennent plus rien.

Pourtant, si les rebondissements et surprises donnent l’apparence d’une insondable complexité, le fond de l’histoire peut se résumer très simplement : les électeurs anglais se sont majoritairement exprimés pour sortir, mais une majorité de leurs députés était d’avis inverse. Et une partie de ceux-là ne rêvent que de remettre en cause le verdict populaire.

Quant aux dirigeants européens, certains continuent à espérer pouvoir inverser ce dernier, comme ils l’avaient fait en France et aux Pays-Bas, au Danemark et en Irlande. Sauf que l’époque n’est plus où les peuples se résignaient à ce déni de démocratie : depuis quelques années, l’Union européenne suscite des réticences nouvelles, voire un rejet croissant.

la priorité des chefs d’Etat et de gouvernement a d’emblée été de tout faire pour « pourrir la vie » des Britanniques

En tout cas, la priorité des chefs d’Etat et de gouvernement, comme de Bruxelles, a d’emblée été de tout faire pour « pourrir la vie » des Britanniques afin de dissuader d’autres peuples d’emprunter la même voie. Un peu comme quand un membre veut sortir de la secte : celle-ci n’hésite pas à employer tous les moyens pour le « punir » (menaces, chantage, attaques…) et dissuader ainsi d’autres velléités.

Mais en accumulant ainsi difficultés, imbroglios et menaces sur le chemin choisi par les Anglais, les dirigeants européens subissent désormais un « effet boomerang » : c’est toute la vie institutionnelle de l’UE qui se trouve phagocytée et minée par le Brexit. Pire : de l’aveu même de certains proches d’Emmanuel Macron, le spectacle conforte l’impression que la Grande-Bretagne est retenue contre son gré, et renforce ainsi le sentiment – à quelques mois des élections européennes – que l’Union est une « prison des peuples ».

L’image n’est pas très éloignée de la réalité. Dès lors, le problème de Bruxelles pourrait bien un jour s’aggraver : il ne s’agira plus seulement de retarder l’évasion d’un détenu, mais bien d’empêcher une mutinerie générale.

Toute l’analyse et les détails dans l’édition de Ruptures à paraître fin avril. Il n’est pas trop tôt, ni trop tard, pour s’abonner

Cet article Le nouveau report du Brexit, décidé par le Conseil européen, exacerbe la colère des citoyens britanniques est apparu en premier sur Ruptures.

Echange doux-amer entre Paris et Berlin (éditorial paru dans l’édition du 29 mars)

Par pierre

Le 4 mars, le maître de l’Elysée avait pris sa plus belle plume – et mobilisé modestement vingt-huit quotidiens nationaux du Vieux continent – pour s’adresser aux « citoyens d’Europe ». Moins d’une semaine plus tard, la chef des chrétiens-démocrates allemands publiait, en guise de réponse, une tribune qui livrait sa propre vision de l’avenir de l’UE. Annegret Kramp-Karrenbauer (« AKK »), qui vient de succéder à Angela Merkel à la tête de la CDU, n’est certes pas encore chancelière, mais elle a de bonnes chances de le devenir en 2021 – ou même avant.

Naturellement, les deux dirigeants partagent les mêmes fondamentaux. A commencer par l’amour de la langue de bois européenne. Pour Emmanuel Macron, l’UE, « projet inédit de paix, de prospérité et de liberté (est) un succès historique ». Pour Mme Kramp-Karrenbauer, celle-ci est une « réussite incomparable ». Et même un produit à exporter, puisqu’il faut défendre « notre mode de vie européen (…) pour nous-mêmes et pour le monde entier » ; de son côté, le président français affirme sans ciller que « l’Europe entière est une avant-garde, elle a toujours su définir les normes du progrès » dans le monde.

Ce dernier commence cependant sa missive en alertant : « jamais l’Europe n’a été autant en danger ». Sa collègue allemande opine d’emblée : « il a raison, il faut agir de toute urgence ». Une fois asséné que « la civilisation européenne nous unit, nous protège et nous libère », Emmanuel Macron enchaîne une série de propositions dans l’espoir de freiner le délitement de l’intégration européenne et de calmer les inquiétudes populaires. Il faut pro-té-ger martèle le chef de l’Etat. Par exemple en créant une agence de sauvegarde de la démocratie, explicitement conçue contre la malveillance russe… Il faut aussi augmenter les dépenses d’armement, et créer un conseil de sécurité extérieure pour faire progresser l’Europe militaire. Il faut en outre « tourner toutes les institutions » vers l’engagement climatique, et réguler les géants de l’Internet. Sur tous ces points, la nouvelle patronne de la CDU n’a pas d’objection de principe, même si elle reste en retrait sur la création d’institutions nouvelles.

Sur l’espace de libre circulation Schengen – sujet jugé hypersensible puisqu’il touche aux migrations et à l’asile – les points de vue de Paris et de Berlin ne coïncident plus tout à fait. L’approche allemande est plus conciliante avec les pays d’Europe centrale. Et sur d’autres aspects, les divergences se multiplient entre les deux rives du Rhin. Ainsi, les gesticulations de l’ancien de la banque Rothschild sur le « bouclier social » sont fraîchement accueillies à Berlin. Plus généralement, tous les appels macroniens à une intégration plus fédérale se heurtent désormais à une réticence marquée : « aucun super Etat européen ne saurait répondre à l’objectif d’une Europe capable d’agir ; (…) refonder l’Europe ne se fera pas sans les Etats nations » affirme ainsi Mme Kramp-Karrenbauer. C’est un tournant majeur : traditionnellement, la CDU défendait une Europe à vocation fédérale, là où les dirigeants français traînaient plutôt les pieds.

l’aile la plus ultralibérale de la CDU n’est plus forcément convaincue que l’intérêt de l’Allemagne soit de tout subordonner à l’intégration européenne

Déjà, le président français avait dû ravaler ses projets ambitieux de réforme de la zone euro et la plupart des fantasmes exprimés lors de son discours de la Sorbonne (septembre 2017). Mais la dirigeante allemande juge utile d’effectuer quelques piqûres de rappel : « le centralisme européen, l’étatisme européen, la communautarisation des dettes, l’européanisation des systèmes de protection sociale et du salaire minimum seraient la mauvaise voie ». Et d’ajouter quelques chiffons rouges qui déplaisent souverainement à Paris, comme la demande de mise en commun du siège français au Conseil de sécurité de l’ONU.

Les deux protagonistes ont chacun des préoccupations politiques qui ne coïncident pas nécessairement. Le premier travaille en France à l’émergence d’un « parti européen » associant gauche et droite ; la seconde veut donner des gages à l’aile la plus ultralibérale et conservatrice de la CDU, qui n’est plus forcément convaincue que l’intérêt de l’Allemagne soit de tout subordonner à l’intégration européenne.

Et ce au moment où l’UE – dont le but ultime est d’effacer la souveraineté de chaque peuple – se retrouve de plus en plus sous tension à mesure que montent les mécontentements, les colères et les frustrations. Sauf bien sûr à considérer, comme l’énonce sans rire AKK, que « jamais l’idée européenne n’a connu de tels niveaux d’approbation ».

Bon courage…

Pierre Lévy

Cet article Echange doux-amer entre Paris et Berlin (éditorial paru dans l’édition du 29 mars) est apparu en premier sur Ruptures.

Sur RT, Laurent Dauré prend la main dans le sac les auteurs de douze infox contre les Gilets jaunes

Par pierre

Laurent Dauré, de la rédaction de Ruptures, a établi un dossier détaillant douze fausses informations visant délibérément à discréditer le mouvement des Gilets jaunes.

Ce dossier a été publié par le site Les Crises.

Interrogé récemment, dans le JT de RT-France, il est revenu sur ces mensonges notamment issus de la mouvance macronienne.

Cet article Sur RT, Laurent Dauré prend la main dans le sac les auteurs de douze infox contre les Gilets jaunes est apparu en premier sur Ruptures.

Ruptures : l’édition de mars est parue

Par pierre

La parution de l’édition de Ruptures de mars a été décalée de quelques jours du fait des rebondissements au parlement britannique. Elle est désormais arrivée aux abonnés.

Elle propose une analyse de l’état du Brexit.

Egalement au sommaire de Ruptures n°84 :

– l’éditorial qui revient sur le duel feutré entre Paris et Berlin, à travers les lettres publiées par Emmanuel Macron puis la dirigeante de la CDU allemande, Annegret Kramp-Karrenbauer

– l’état des lieux dans la guerre commerciale lancée par Washington face à la Chine et à l’Union européenne

– un entretien avec Branko Rakic, professeur de droit à l’Université de Belgrade, qui revient sur l’agression de l’OTAN contre la Yougoslavie – origine et conséquences à long terme – à l’occasion du 20ème anniversaire du déclenchement des bombardements

– une analyse des récentes élections en Moldavie, un pays que l’UE voulait récupérer dans son giron, mais qui vient de connaître un retournement politique

– et, bien sûr, comme chaque mois, les brèves…

Pour recevoir cette édition et les suivantes, il n’est pas trop tard pour s’abonner.

Cet article Ruptures : l’édition de mars est parue est apparu en premier sur Ruptures.

Le Royaume-Uni partira le 22 mai, ou peut-être même d’ici le 12 avril

Par pierre

Depuis le 23 juin 2016 et le choix majoritaire du peuple britannique, l’issue finale était certaine : le Royaume-Uni sortirait bel et bien de l’Union européenne. Ce qui vient de s’éclaircir avec le sommet des Vingt-sept du 21 mars, ce sont le chemin, les modalités et les échéances. Certes, outre de toujours possibles ultimes rebondissements, il reste encore une incertitude importante : Londres partira-t-il le 22 mai moyennant l’accord de divorce signé en novembre dernier et assorti des garanties juridiques négociées en mi-mars ? Ou y aura-t-il une sortie « sans accord » le 12 avril ? La réponse sera fournie d’ici peu par les parlementaires britanniques.

Il y avait deux manières d’aborder ce qui s’est passé depuis près de trois ans. La première était de suivre au jour les jours les événements, sans prendre aucun recul. Et il faut bien reconnaître que l’incroyable suite de surprises, de rebondissements, de retournements, de coups de théâtre, d’affrontements internes et externes, de pièges, de chausse-trapes a dépassé tout ce qu’aurait pu concevoir le plus fou des scénaristes. Jusqu’au dernier moment, d’innombrables dirigeants politiques et commentateurs, des deux côtés de la Manche ont espéré que le résultat du référendum pourrait être inversé, ignoré ou gelé pour l’éternité.

le choix de juin 2016 n’était nullement une foucade conjoncturelle des Anglais

La seconde approche supposait, au contraire, de comprendre les mouvements politiques de fond, et notamment deux d’entre eux. D’une part, le choix de juin 2016 n’était nullement une foucade conjoncturelle des Anglais, mais s’inscrivait dans une tendance longue, marquée par un délitement de l’intégration européenne. Que celle-ci se soit d’abord concrétisée en Grande-Bretagne n’étonnera que ceux qui ignorent ou méprisent l’Histoire (et la géographie qui la détermine).

D’autre part, l’époque n’est plus où les dirigeants européens pouvaient tranquillement exiger que le résultat d’un référendum soit à nouveau soumis au vote jusqu’à ce que les électeurs donnent enfin la « bonne réponse », ou soit purement et simplement inversé. C’est ce qu’ont subi les Danois en 1992 (traité de Maëstricht), les Irlandais en 2001 (traité de Nice) et 2008 (traité de Lisbonne), ainsi bien sûr que les Français et les Néerlandais en 2005 (traité constitutionnel). Les temps ont changé, et les peuples supportent de moins en moins cette arrogance.

Beaucoup de partisans de l’intégration européenne auraient pu s’éviter trois ans de faux espoirs

Beaucoup de partisans de l’intégration européenne auraient pu s’éviter trois ans de faux espoirs et de vaines illusions s’ils avaient simplement mesuré la détermination de Theresa May. Arrivant au pouvoir dans la foulée du référendum, en juillet 2016, celle qui avait pourtant elle-même voté pour rester dans l’UE a affirmé : je suis ici pour remplir le mandat que les citoyens m’ont donné, et je le ferai.

Sans doute ne mesurait-elle pas elle-même l’incroyable déchaînement d’obstacles qu’allaient ériger ses innombrables détracteurs – bien sûr les Vingt-sept et la Commission européenne, de même que sa propre opposition parlementaire, ce qui est somme toute logique ; mais aussi ses adversaires parmi ses propres députés, ceux qui militaient pour une sortie sans accord, comme ceux – nombreux – qui espéraient que le pays resterait au sein de l’UE ; et jusqu’au sein de son propre gouvernement, y compris son numéro deux ainsi que le chancelier de l’Echiquier, et même son propre chef de cabinet !… A des degrés divers, les uns et les autres ont tenté de faire dérailler le processus, ou de le dénaturer. Et l’on ne compte pas les quolibets quotidiens, moquant les « humiliations », les « gifles », les « revers », les « défaites » subies par le premier ministre, et pronostiquant régulièrement (depuis trois ans) sa démission. Encore aujourd’hui, certains poussent le grotesque jusqu’à espérer cette issue comme arme pour un ultime retournement.

Jamais un autre dirigeant européen n’aura tenu tête à ses pairs d’une telle manière

Quoi qu’on pense par ailleurs des orientations politiques de Mme May, force est de le constater : jamais un autre dirigeant européen n’aura tenu tête à ses pairs d’une telle manière.

Enfin, le chemin de croix qui lui a été imposé avait un autre objectif : convaincre les peuples du Vieux continent que sortir de l’UE est un cauchemar, une catastrophe, une torture sans fin. Et à l’exaspération – ô combien compréhensible – des Britanniques eux-mêmes face à un dénouement toujours reculé, s’est ajouté le sentiment instillé aux Allemands, aux Français et à bien d’autres que, décidément, quitter le club est une impasse insupportable.

D’ici quelques semaines ou quelques mois, chacun pourra enfin le constater : le Royaume-Uni n’aura ni sombré ni subi on ne sait quelle infernale catastrophe économique.

Au contraire.

La prochaine édition de Ruptures (fin mars) reviendra en détail sur le Conseil européen et les suites du dossier. Il n’est pas trop tard pour s’abonner

Cet article Le Royaume-Uni partira le 22 mai, ou peut-être même d’ici le 12 avril est apparu en premier sur Ruptures.

Sur RT, Pierre Lévy analyse la nouvelle étape qui vient d’être franchie vers le Brexit

Par pierre

Les députés britanniques ont émis cette semaine une série de votes, dont le dernier, jeudi 14, a conforté la stratégie de Theresa May.

Le parlement votera une nouvelle fois d’ici le 20 mars. Il pourrait bien, cette fois, approuver l’accord de divorce assorti de garanties juridiques. Cela confirme, s’il en était besoin, que le Brexit est plus que jamais sur les rails, n’en déplaise aux pro-UE.

Invité du journal de RT le 14 mars en soirée, Pierre Lévy, rédacteur en chef de Ruptures, fait le point.

Cet article Sur RT, Pierre Lévy analyse la nouvelle étape qui vient d’être franchie vers le Brexit est apparu en premier sur Ruptures.

Refroidissement climatique sur l’Atlantique (éditorial paru dans l’édition du 26/02/19)

Par pierre

Février 2019, Munich. La 55ème édition de la Conférence annuelle sur la Sécurité a laissé beaucoup de participants occidentaux désemparés. Jamais les tensions entre alliés de part et d’autre de l’Atlantique n’avaient paru aussi fortes.

Il y a d’abord la guerre commerciale que le président américain entend mener contre l’Europe, contre l’Allemagne en particulier. Ensuite, sur le plan diplomatico-militaire, les défenseurs d’une « autonomie stratégique » du « pilier européen » au sein de l’Alliance atlantique se sont une nouvelle fois confrontés aux partisans d’un monopole de l’OTAN. Autre empoignade : Washington voudrait contraindre Paris, Berlin et Londres à dénoncer l’accord nucléaire signé en 2015 avec Téhéran. Par ailleurs, le bras de fer se poursuit entre dirigeants américains et allemands sur le doublement du gazoduc Nord Stream qui fournit du gaz russe à l’économie d’outre-Rhin. Enfin, les Etats-Unis jettent aux orties le traité signé avec Moscou en 1987 interdisant les missiles à moyenne portée en Europe. Les dirigeants européens reprennent certes l’argument américain accusant la Russie de violer ledit accord, mais trouvent tout de même saumâtre d’être mis devant le fait accompli alors même qu’il s’agit de la sécurité du Vieux continent.

A Munich, Angela Merkel a choisi un ton peu diplomatique pour mettre en cause la politique de la Maison-Blanche. Pour sa part, le vice-président Michael Pence a affiché une ostensible arrogance : « aujourd’hui, l’Amérique est plus forte qu’elle ne l’a jamais été, et est redevenue le leader mondial ». Le caractère de Donald Trump, provocateur et imprévisible, donne à ces contradictions une virulence inédite. Les responsables européens vivent dans la frayeur du prochain Tweet présidentiel.

Qui plus est, les oppositions ne se situent pas seulement entre les deux rives de l’Atlantique, mais au sein même de chaque camp. Plusieurs pays orientaux de l’UE, par exemple, se rangent plus volontiers dans le camp de Washington que dans celui de Bruxelles. A l’inverse, Joseph Biden, le prédécesseur démocrate de M. Pence, également présent dans la capitale bavaroise, a rêvé d’organiser avec l’UE « le monde des cinquante prochaines années ».

Entre les deux rives de l’Atlantique, il y n’y a pas de contradiction idéologique, mais bien choc des intérêts

En réalité, entre Occidentaux, les contradictions ne sont pas idéologiques. Tous accusent Moscou d’être la cause des malheurs du monde (du reste, sans la Russie, comment pourrait-on justifier l’OTAN ?). Tous redoutent l’émergence de la Chine. Tous communient dans le culte du marché et de la gouvernance globale faisant fi des souverainetés des Etats. Tous s’inscrivent dans une logique de domination mondiale incluant le « droit d’ingérence » (aujourd’hui brandi contre Caracas). En revanche, il y a bel et bien choc des intérêts dans de nombreux domaines. Dans deux en particulier : les marchés d’armements, et l’énergie.

Les marchands de canons européens veulent accroître leur part du gâteau sonnant et trébuchant face à leurs homologues américains peu enclins à laisser mettre en cause leur suprématie. C’est à cette aune qu’il faut comprendre les affrontements en matière d’« Europe de la Défense ». Les projets et marchés des systèmes d’armes du futur se chiffrent en milliers de milliards de dollars.

Le secteur de l’énergie n’est pas moins considérable, d’autant qu’il joue un rôle crucial dans les dépendances de demain. Ce n’est peut-être pas un hasard si se trouvent aujourd’hui dans l’œil du cyclone l’Iran et le Venezuela, membres fondateurs de l’OPEP ; si le gazoduc Nord Stream II oppose si violemment Washington et Berlin ; si les dirigeants américains et européens s’écharpent à propos du combat contre le réchauffement climatique (une « bataille » pour laquelle les élites européennes mobilisent des milliers d’« idiots utiles ») : alors que l’Oncle Sam a atteint l’autosuffisance pétrolo-gazière, c’est loin d’être le cas pour le Vieux continent dont les dirigeants souhaitent donc réduire leur dépendance aux hydrocarbures.

En toile de fond, un dernier facteur torture les chefs de l’Union européenne et les médias qui leur sont fidèles : la « montée des populismes », terme convenu qui recouvre les insurrections populaires latentes ou tâtonnantes contre la régression sociale et la mise en cause toujours plus drastique des souverainetés (Brexit, Gilets jaunes, tsunami électoral italien…). De fait, si les dirigeants européens voient des rivaux à Washington, leurs véritables ennemis n’avaient pas été invités à Munich – mais étaient dans toutes les têtes.

Les peuples.

Cet article Refroidissement climatique sur l’Atlantique (éditorial paru dans l’édition du 26/02/19) est apparu en premier sur Ruptures.

Nouvelle étape vers le Brexit

Par pierre

L’intervention de la chef du gouvernement britannique devant son Parlement, le 26 février, a, comme d’habitude, suscité de la part de beaucoup d’observateurs des spéculations sur la possible remise en cause du Brexit. Comme à chaque fois, ces « analyses » sont démenties par la réalité des faits. Il est vrai que les mêmes experts ont affirmé un nombre incalculable de fois depuis trente mois que le premier ministre était un « cadavre ambulant » et courait à la démission.

Le plan proposé par Theresa May, repris par un amendement de deux députés, a été massivement approuvé par les parlementaires le 27 février. Il est conçu en trois étapes possibles. Le 12 mars, un vote important aura lieu : les députés seront à nouveau interrogés sur l’accord de divorce conclu entre Londres et Bruxelles en novembre dernier. En cas de vote négatif, ils devront se prononcer, le lendemain, sur une sortie sans aucun accord négocié. Et si c’est un deuxième Non, ils seront consultés, le 14 mars, sur un décalage « limité dans le temps » de la date de sortie de l’UE programmée pour le 29 mars. Mais l’extension de la période de négociation ne pourrait pas, en tout état de cause, être supérieure à trois mois.

L’accord de divorce avait été rejeté par les parlementaires le 15 janvier ; puis approuvé le 29 janvier (cf. Ruptures du 31/01/19), moyennant une réserve importante : que la disposition dite « filet de sécurité » portant sur la frontière entre les deux Irlande soit modifiée. Et ce, afin d’éviter le risque de condamner le Royaume-Uni à rester indéfiniment dans l’union douanière européenne.

Theresa May a entamé d’ultimes pourparlers avec ses « partenaires » de l’UE

Theresa May a donc entamé d’ultimes pourparlers avec ses « partenaires » de l’UE. Ces tractations sont toujours en cours, et pourraient durer jusqu’au dernier moment. Officiellement, les Vingt-sept refusent de modifier l’accord de divorce négocié ; ils pourraient cependant fournir des garanties politiques dans la déclaration d’accompagnement, et conférer à celle-ci un caractère plus contraignant. C’est du moins ce sur quoi compte Mme May.

Contrairement aux prédictions de nombreux analystes, il n’est pas improbable que cette stratégie fonctionne. Le 15 janvier, l’accord avait été rejeté par une coalition hétéroclite entre députés pro-UE, et partisans d’un Brexit qui ne soit pas sapé par ledit « filet de sécurité ». Ces derniers pourraient cette fois se rallier à la nouvelle mouture s’ils estiment les garanties suffisantes. Vis-à-vis de ces « Brexiters », Mme May, tactiquement, a brandi le risque que de nouveaux atermoiements puissent compromettre la sortie effective.

« si nous n’avons pas le choix, nous ferons en sorte que le Brexit sans accord soit une réussite »

En réalité, elle a bien précisé que même en cas de report de l’échéance, cela « n’exclurait pas un Brexit sans accord ». Et confirmé qu’un tel « Brexit dur » restait une possibilité : « si nous n’avons pas le choix, nous ferons en sorte que le Brexit sans accord soit une réussite ». Le fantasme d’un nouveau référendum, imaginé par ceux qui voudraient faire voter les citoyens autant de fois que nécessaire pour obtenir la « bonne » réponse, et désormais évoqué par le chef des Travaillistes, est totalement rejeté par Mme May qui, seule, aurait le pouvoir de le déclencher.

Vu du continent, tout cela peut paraître tortueux. Mais ces rebondissements successifs s’expliquent par deux facteurs. Le premier est l’éclatement du spectre des parlementaires britanniques. Les deux grands partis ont toujours été divisés sur le Brexit. Par exemple, l’écrasante majorité de l’appareil et des cadres travaillistes déplorent la sortie de l’Union européenne, mais une part de l’électorat de ce parti y est favorable, et même très majoritairement au sein des classes populaires.

Quant aux députés conservateurs, certains sont et restent de fervents amoureux de l’UE, d’autres sont des militants – à des degrés divers de radicalité – du Brexit, et d’autres encore sont des fidèles de Theresa May et des stratégies que cette dernière doit mettre en œuvre pour, finalement, faire respecter le vote populaire de juin 2016.

Les dirigeants européens se sont toujours efforcés de donner au Brexit une apparence la plus douloureuse, la plus cataclysmique possible

Le second facteur tient à la détermination des dirigeants européens pour donner au Brexit une apparence la plus douloureuse, la plus cataclysmique possible. Il s’agit d’éviter à tout prix que l’exemple anglais fasse école. Par exemple, un débat est resté célèbre auquel avaient participé Emmanuel Macron, qui n’était pas encore président, l’inénarrable Daniel Cohn-Bendit, ainsi que Jean Quatremer, journaliste à Libération connu pour son engagement caricaturalement pro-UE. Ce dernier avait ainsi résumé, sans précaution diplomatique, l’état d’esprit des débatteurs : « on va leur faire bouffer, le Brexit »…

Dès lors, la où une négociation entre partenaires de bonne foi aurait dû avoir lieu avec l’objectif d’un accord équilibré et non punitif, on a assisté à un bras de fer permanent à travers lequel Bruxelles rêvait d’imposer ses conditions léonines.

Theresa May tient bon depuis près de trois ans, contre vents et marées

Depuis le début, Theresa May a dû batailler contre les Vingt-sept ; contre son opposition parlementaire ; mais aussi contre un pan important des députes de son parti ; et même contre une part de son propre gouvernement. Par vagues successives, des ministres ont quitté le cabinet – et d’autres encore s’apprêtaient à le faire, d’où l’annonce du calendrier en trois temps formulée le 26. Au sein du cabinet, son numéro 2 n’est pas un partisan du Brexit, et son propre chef de cabinet non plus…

C’est dans ces conditions que Theresa May tient bon depuis près de trois ans, contre vents et marées. Même si elle a dû faire des concessions à Bruxelles, elle n’en démord pas : sa mission est et reste de mettre en œuvre le verdict populaire.

Quels que soient de toujours possibles rebondissements, on voit mal pourquoi elle dévierait de cette ligne à l’approche du but.

Cet article Nouvelle étape vers le Brexit est apparu en premier sur Ruptures.

Ruptures : l’édition de février est parue

Par pierre

Ruptures n°83 est paru le 26 février.

Aperçu du sommaire :

– l’éditorial qui pointe les tensions croissantes au sein du bloc atlantique à propos des enjeux politico-diplomatiques, militaires, mais surtout commerciaux – ventes d’armes et énergie sont au centre des affrontements

– un entretien avec Jean-Michel Quatrepoint, spécialiste de politique industrielle, qui, après que la Commission européenne a bloqué l’absorption d’Alstom par Siemens, revient sur le dépeçage subi par l’entreprise française, notamment le bradage de son secteur énergie à l’Américain General Electric

– une analyse de la 55ème Conférence de Munich sur la sécurité qui s’est déroulée du 15 au 17 février et a mis en lumière les confrontations au sein de l’Alliance atlantique

– un focus sur le discours d’Angela Merkel à cette occasion, qui a ouvertement mis en cause l’unilatéralisme de Washington, mais a cependant promis d’augmenter ses dépenses militaires conformément à l’exigence américaine

– un état des lieux des positions des dirigeants européens sur la tentative concertée de renverser le président vénézuelien élu – seule une poignée de pays de l’UE, dont l’Italie, rechignent à une ingérence aussi directe et brutale

– et, bien sûr, comme chaque mois, les brèves…

Pour recevoir cette édition et les suivantes, il n’est pas trop tard pour s’abonner.

 

Cet article Ruptures : l’édition de février est parue est apparu en premier sur Ruptures.

❌