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Aujourd’hui — 27 janvier 2020Ruptures

Ruptures n°92 arrivera chez les abonnés le 31 janvier

Par pierre

La parution de l’édition de janvier est imminente.

Au sommaire :

– l’éditorial qui souligne le caractère historique du Brexit, pointe le paradoxe d’avoir vu les pro-UE bloquer le précédent accord avec Theresa May, ce qui aboutit finalement à une sortie plus « dure », et évoque les perspectives au-delà du Royaume-Uni

– une analyse du « Pacte vert » lancé par Bruxelles contre le « changement climatique », en réalité pour financer les conséquences des centaines de milliers d’emplois condamnés par la transition écologique, et pour garantir la rentabilité des capitaux privés

– un compte-rendu de la dernière ligne droite avant la sortie, le 31 janvier, du Royaume-Uni, avec désormais de dures négociations sur les relations futures, que Boris Johnson entend conclure sans prolonger la période de transition au-delà du 31 décembre ; et un focus sur la transformation en profondeur du paysage politique britannique

– une analyse des deux élections régionales du 27 janvier en Italie où la Ligue a progressé, conquerrant la Calabre mais sans arracher le bastion d’Emilie-Romagne, tandis que l’effondrement du M5S fragilise encore plus la coalition au pouvoir

– un coup de projecteur sur la coalition entre Conservateurs et Verts formée en Autriche, un modèle que la droite européenne souhaite reproduire dans d’autres Etats membres, à commencer par l’Allemagne, et qui conjugue écologie et régression sociale

– le point sur la situation politique en Espagne, où le socialiste Pedro Sanchez a réuni de justesse une majorité pour une coalition avec Podemos, avec à la clé un gouvernement très fidèle à Bruxelles

– et, bien sûr, comme chaque mois, les brèves

Pour recevoir cette édition et les suivantes, il n’est pas trop tard pour s’abonner.

 

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À partir d’avant-hierRuptures

Washington revendique un gravissime assassinat politique : l’UE recommande la « retenue »… à l’Iran

Par pierre

Il est sans doute trop tôt pour cerner toutes les raisons qui ont conduit le président américain à ordonner l’assassinat d’un général considéré par les Iraniens comme un héros, et de son adjoint irakien. Il est en revanche possible de pointer un extraordinaire contraste.

D’un côté, un assaut militaire d’une exceptionnelle gravité, tant politique que juridique. Pour mesurer celle-ci, il suffit par exemple d’imaginer Vladimir Poutine diligentant la liquidation du plus haut gradé ukrainien auréolé de gloire sur le front de l’Est, et ce, sur le sol d’un proche allié de Kiev. Ou bien le Guide suprême iranien revendiquant fièrement l’élimination sur le territoire britannique du plus illustre des généraux américains.

On ose à peine imaginer les tirades guerrières, les bruits de bottes et de sabre, sans parler des sanctions apocalyptiques qui n’auraient pas manqué de réchauffer la planète en moins de temps qu’il ne faut pour composer un tweet vengeur.

Le simple terme diplomatique de « condamnation » n’est sorti d’aucune bouche bruxelloise

De l’autre, après le raid ordonné par la Maison-Blanche, les réactions des chancelleries européennes, et singulièrement des plus hauts responsables de l’UE, ont brillé par leur modération, pour ne pas dire leur indulgence. Faut-il préciser que le simple terme diplomatique de « condamnation » (dont on n’est guère avare par ailleurs) n’est évidemment sorti d’aucune bouche bruxelloise. Tout juste a-t-on entendu « inquiétude », « préoccupation ».

Mieux : les « appels à la retenue » ont été adressés « aux deux parties », avant que les exhortations à la « modération » ne soient finalement redirigés exclusivement vers Téhéran, dès lors que l’Iran a indiqué qu’il ne laisserait pas un tel forfait impuni.

Et quand Donald Trump a martelé, à deux reprises, qu’il n’hésiterait pas à bombarder les sites culturels perses, la Commission européenne, interrogée par des journalistes, a répondu… qu’elle n’avait « aucun commentaire » à faire. (Pour sa part, le porte-parole du Premier ministre britannique a rappelé qu’il s’agirait de « crimes de guerre » ; Boris Johnson, qu’on ne peut vraiment pas accuser d’anti-américanisme excessif, s’est manifestement senti libre de passer outre le silence de Bruxelles, proximité du Brexit oblige).

On ne s’étonnera pas, au demeurant, de l’attitude de l’UE. Son attachement au camp occidental est génétique. Et la voir condamner l’attaque américaine était aussi réaliste que d’imaginer l’OTAN mobiliser ses troupes d’élites pour entraver le bras de Washington…

Riposte iranienne très pondérée

A ce stade, chacun a été obligé de constater que la riposte iranienne s’est caractérisée par une grande pondération. Au point même qu’à écouter certains eurodéputés et journalistes de grands médias, on devine presque une secrète déception… Les mêmes parlaient pourtant la veille du risque d’« engrenage ». Un terme certes pas faux, mais qui laisse dans le flou les responsabilités respectives.

Car, faut-il le rappeler, les tensions entre Washington et Téhéran ont été initialement relancées par la dénonciation unilatérale par Washington, en mai 2018, de l’accord avec l’Iran visant à limiter la production de nucléaire (civil) par ce pays (un accord qu’on n’est par ailleurs pas obligé d’admirer, tant il impose des restrictions illégitimes à la République islamique).

Faut-il rappeler le rôle des dirigeants américains dans le renversement, en 1953, du Premier ministre progressiste et nationaliste Mohammad Mossadegh ?

Et si l’on veut remonter vers des sources plus anciennes, faut-il rappeler le rôle – depuis longtemps bien connu – des dirigeants américains (et britanniques) dans le renversement, en 1953, du Premier ministre progressiste et nationaliste Mohammad Mossadegh, histoire de maintenir la domination occidentale dans ce pays-clé du Moyen-Orient, riche en pétrole.

Pour l’heure, les conséquences du meurtre du général Soleimani ne sont pas exactement à l’avantage stratégique des Etats-Unis.

Les Iraniens, favorables au pouvoir comme opposants, se sont retrouvés unis par millions derrière les autorités dans la dénonciation du crime américain, alors que des manifestations anti-gouvernementales durement réprimées avaient eu lieu quelques semaines auparavant.

En Irak, ceux qui mettaient en cause l’influence iranienne dans le pays – une composante du mouvement de protestation récent – sont de fait marginalisés.

Le cours du pétrole est orienté à la hausse, ce qui ne peut que réjouir les pays producteurs, dont la Russie (et le Venezuela), mais ne fait guère les affaires du président-candidat américain, dont les électeurs risquent de modérément apprécier la perspective d’une hausse des prix du carburant.

Enfin, ultime conséquence de ces soubresauts géostratégiques : Greta Thunberg a disparu de la une des médias.

Hélas, provisoirement.

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Die Abwesenheit (Leitartikel, Dezember-Ausgabe von Ruptures)

Par pierre

Es gibt nur ein gemeinsames Merkmal zwischen den Aufständen : das Fehlen einer politischen Alternative

Leben wir in einer Zeit der Aufstände? Chile, Kolumbien, Ecuador, aber auch Hongkong, und natürlich Iran, Irak, Libanon, Algerien [Foto]… Sollen wir auch Frankreich hinzufügen, sowie Finnland (wo sich eine mächtige Streikwelle abzeichnet)? Die Versuchung, eine Analogie herzustellen, ist groß. Aber sie ist gefährlich, da jede Bewegung in ihren einzigartigen historischen, wirtschaftlichen und sozialen, kulturellen und politischen Realitäten verwurzelt ist, die nicht vergleichbar sind.

Es handelt sich dabei um das Aufflammen von Bränden, von denen alle überrascht wurden. Aber damit enden die Gemeinsamkeiten auch schon. Welchen Sinn hat es, die Demonstranten, die in Bogotá gegen eine ultra-liberale Macht demonstrierten, in denselben Topf zu werfen wie die goldene Jugend von La Paz, die es schaffte, die Entscheidung der Wahlurnen zu kippen, die gerade den progressiven Evo Morales zurückgebracht hatte? Oder die wohlhabenden pro-westlichen Krawallmacher in Hongkong und die Revolten in Santiago de Chile, für die der Anstieg der U-Bahn-Tarife ein Abrutschen ins Elend bedeutet?

Zwei Kriterien können eine erste Vorstellung von jeder dieser Bewegungen geben. Einerseits gibt es die Beschreibung, die die herrschenden Medien anbieten: Je nachdem, ob man in Caracas zum Sturz der chavistischen Regierung marschiert oder in Bogotá, um einen anständigen Lebensstandard zu fordern, wird man mit Begeisterung begrüßt oder nur beiläufig erwähnt. Andererseits ist da die soziale Zusammensetzung. So drückt sich die Wut des irakischen Volkes entlang der Frontlinie der Ärmsten aus, vor allem der Arbeiterklasse. Im Libanon hingegen war die Mittelschicht die treibende Kraft der Bewegung.

Wenn man wirklich ein gemeinsames Merkmal herauslesen will, zumindest für die Aufstände, die einen Fortschrittsgedanken repräsentieren, so gibt es einen… der sich aber eher durch Abwesenheit auszeichnet: das Fehlen einer politischen Alternative. Ein schwerwiegender Mangel, der objektiv gesehen den Aufständischen nicht viel Hoffnung lässt. Von Bagdad bis Beirut über Algier lehnen viele Menschen sogar die Idee eines Sprechers ab – was an die französischen Gelbwesten erinnert. Diese Ablehnung jeglicher Repräsentation ist nach der Erfahrung der Gleichgültigkeit und des Verrats der traditionellen politischen Parteien ganz verständlich. Aber es ist ein tödliches Handicap. In keinem der genannten Länder – auch nicht in Frankreich – gibt es eine politisch entschlossene, straff organisierte und ideologisch kohärente Kraft, die die Aussicht auf einen Bruch mit der Vergangenheit herbeiführen könnte.

Wirtschaftliche « Zwänge », politische Einflussnahme, ideologische Vergiftung: Diese Waffen sind ein Hindernis für das Streben nach Fortschritt und Unabhängigkeit

Diese Abwesenheit, die von den Verfechtern der globalisierten Ordnung offensichtlich mit Sorgfalt gepflegt wird, beruht auf drei Arten von Hindernissen. Das erste ist ökonomischer Natur: Die Staaten sind durch den freien Waren- und Kapitalverkehr in einer Situation der « Interdependenz », d.h. in eine Situation der gegenseitigen Abhängigkeit, versetzt worden: Die Globalisierung der Wertschöpfungsketten zielt auch auf die Entschärfung sozialer Revolutionen ab.

Das zweite ist die Schaffung integrierter Institutionen, deren eigentlicher Zweck darin besteht, politische Entscheidungen außerhalb der Reichweite der Völker zu platzieren, indem ihnen ihre wirkliche Souveränität gestohlen wird. Die Europäische Union ist ein Prototyp dafür – und der nun bevorstehende Austritt des Vereinigten Königreichs ist ein eindrucksvolles Gegenbeispiel.

Das dritte ist ideologischer Natur. In einer Zeit, in der das herrschende Denken dazu neigt, die Jugend für ebenso absurde wie reaktionäre Ziele demonstrieren zu lassen – wie die « Rettung des Planeten » – was den immensen Vorteil hat, beträchtliche (aber nicht unbedingt erneuerbare) kollektive Energien umzuleiten. Es ist erwähnenswert, dass der UN-Klimaschützer Michael Bloomberg, einer der reichsten Milliardäre Amerikas (und ehemaliger Bürgermeister von New York) den Job gerade an den kanadischen Mark Carney, den derzeitigen (wütenden Anti-Brexit-) Gouverneur der Bank of England, übergeben hat. Es ist schwer, bessere Symbole der globalisierten Oligarchie zu finden…

Ökonomische « Zwänge », ideologische Vergiftung, politische Einflussnahme: Diese Waffen halten noch immer das Streben des Volkes nach sozialem Fortschritt und, untrennbar davon, nach nationaler Unabhängigkeit, in Schach. Dies wird durch das Ultimatum von Jean-Yves Le Drian, dem französischem Aussenminister, der eine UN-Gruppe mit anführt, die den Libanon unterstützen soll, belegt: Emmanuel Macrons getreuer Haudegen (nachdem er diese Dienste schon für François Hollande ausgeübt hat) rief die politische Klasse des Landes der Zedern auf, « sich des Ernstes der Situation und des Rufs der Straße bewusst zu werden »… Eine ganz gewöhnliche Einmischung, die sich die Hisbollah (eine schiitische Partei, die sich der Souveränität des Libanon verpflichtet hat) nicht erlaubte, mit Ironie an ihren Absender zurückzuschicken.

Schade?

Pierre Lévy

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Les élections présidentielles ont révélé la cohabitation de trois Algérie

Par pierre

Alors que le général Gaïd Salah, qui s’était imposé comme l’homme fort de l’Algérie actuelle, vient de décéder, quelles leçons tirer du récent scrutin présidentiel ?

Par Pierre Vermeren, professeur à Paris 1 en Histoire des sociétés arabo-berbères contemporaines. A récemment publié chez Albin Michel, Déni Français. Notre histoire secrète des liaisons franco-arabes, Paris, octobre 2019.

 

Depuis février 2019, une immense et durable protestation populaire s’est levée en Algérie, parfois qualifiée de révolution. Le Hirak – mot-à-mot le mouvement en arabe – évoque immanquablement les « printemps arabes » qui, en 2011, ont renversé en quelques mois des pouvoirs présentés comme inébranlables, sans toujours y parvenir vraiment (en Syrie et en Egypte notamment). L’Algérie, alors riche de sa rente pétrolière, encore traumatisée par sa récente guerre civile – dite « décennie noire » (1992-2000/02) – était passée à côté de ces évènements.

Rien de tel en 2019. Tout au long de l’année, une vague populaire a successivement contesté le cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika (grabataire et presque muet depuis son AVC de 2013), l’élection de son successeur à la hussarde en moins de trois mois conformément à la constitution, et enfin la présidentielle du 12 décembre dernier, orchestrée par le chef d’état-major, le général Ahmed Gaïd Salah – décédé brutalement le 23 décembre – au profit de son obligé Abdelmadjid Tebboun.

Toutes les semaines, des centaines de milliers, voire des millions, de manifestants pacifiques, à l’humour corrosif, ont défilé dans de nombreuses villes du pays, et spectaculairement à Alger, les mardi (étudiants) et les vendredi (tous manifestants). Ces immenses cohortes ont obtenu la décapitation du système de Bouteflika, notamment des deux clans principaux qui se partageaient avec une violence feutrée le pouvoir et le surplus de la rente pétrolière, une fois réalisées les dépenses nécessaires.

Ces deux clans étaient dirigés d’une part par le frère cadet du président, Saïd Bouteflika, entouré de ses hommes d’affaires, dont le chef du patronat, et d’anciens premiers ministres. Et de l’autre par les patrons – actuels et anciens – du DRS (l’ex-Sécurité militaire), d’anciens officiers supérieurs et des hommes d’affaires. Plusieurs dizaines de ces hommes ont été mis en prison, contraints à l’exil ou à tout le moins mis à l’écart. Gaïd Salah, le nouvel homme fort, a même offert aux Algériens à la veille des élections de décembre la condamnation de deux anciens premiers ministres à 12 et 15 ans de prison.

On ne pouvait toutefois ignorer, en ce début décembre 2019, que tout cela s’était déroulé en bon ordre. Passé les premières semaines incertaines du Hirak, non dénuées de provocations, le pouvoir s’est finalement habitué à ces foules sympathiques et polies, disciplinées et joyeuses, appelant à une seconde République. D’autant que la foule proclamait la fraternité entre l’armée et le peuple, et louait la modération des militaires.

Mais toutes les mesures qui ont été prises l’ont été avec l’aval de l’état-major et des services de renseignement. Et dès l’été, tout le monde a pu observer un raidissement progressif des autorités (cela a commencé par l’interdiction anachronique des drapeaux amazighes dans les manifestations). Il est vrai que le général Gaïd Saleh, qui n’était pas très connu en 2000, doit la seconde partie de sa carrière au président Bouteflika, et que c’est donc un des plus fidèles de ce dernier qui a accompagné les évènements de 2019. Puis il a fait élire un de ses proches, l’apparatchik Abdelmadjid Tebboun, à la tête de l’Etat.

Au pacifisme des manifestants s’est opposée une volonté ferme et déterminée de garder le contrôle du processus politique

Au pacifisme prudent et délibéré du peuple des manifestants s’est opposée une volonté ferme et déterminée de garder le contrôle du processus politique. Jamais le pouvoir n’a vacillé dès lors que sa colonne vertébrale repose sur une armée disciplinée qui contrôle la police et les renseignements, mais aussi la redistribution du « sang » qui irrigue l’Algérie, les hydrocarbures.

Certes, la « révolution » était (et est) fraîche et joyeuse, polyglotte et ironique, inventive et déterminée, et elle a tout pour plaire aux médias internationaux et aux opinions publiques des démocraties. Mais elle ne pouvait faire oublier que l’Etat algérien, qui a presque soixante ans d’existence, s’est construit sur une sainte trilogie : l’armée, le parti-Etat (FLN et RND) et la famille des moudjahidine.

Or rien n’a jamais signalé que cette trilogie, qui aurait tout à perdre d’un changement révolutionnaire ou d’un grand bain démocratique, ait vacillé. De 2011 à la victoire de Bachar el Assad en 2017, beaucoup avaient déjà voulu croire à l’effondrement du parti Baath et de l’Etat nationaliste et socialiste syrien, qui à bien des égards, est proche du FLN (minorités ethniques et religieuses en moins). Déjà à l’époque, on n’avait pas voulu voir que la bourgeoisie d’Etat, y compris sunnite, était solidaire du pouvoir, et qu’elle n’avait nullement pris le parti d’une aventure politique révolutionnaire. C’est ce que nous venons de redécouvrir en Algérie, et si nous ne l’avons pas fait, il va falloir s’y habituer.

Trois Algérie

Le scrutin du 12 décembre vient en effet de démontrer qu’il existe trois Algérie. La première est celle qui s’est rêvée libre et démocratique, qui s’est illustrée dans les manifestations de 2019, et pour laquelle l’opinion dominante en Europe a les yeux de Chimène. Elle a appelé au boycott électoral (près de 90% de boycott à l’étranger et en Kabylie), mais elle n’a pas écrasé les deux autres Algérie.

Le deuxième est celle qui s’abstient et ne se sent pas (ou plus) concernée par le jeu électoral : ou bien elle n’y croit pas et a perdu toute illusion ; ou bien elle se rêve exilée et prépare son avenir à l’étranger, ainsi que le rêvent la majorité des jeunes Algériens et de nombreux cadres. Ou bien encore elle est désocialisée et lumpen-prolétarisée, sortie du jeu politique : plusieurs millions d’Algériens n’ont même pas de carte électorale (24,5 millions de cartes pour 44 millions de citoyens, en comptant la diaspora encartée).

Enfin, la troisième Algérie est celle qui a voté pour un des cinq candidats en lice : 8,5 millions de voix se sont réparti entre eux, dont 58% en faveur de Tebboun, auxquelles il faut ajouter 1,2 million de votes blancs et nuls.

Ce sont donc près de 10 millions d’Algériens qui ont participé à un scrutin en faveur du pouvoir existant (même si l’on accorde une place particulière au candidat Ali Benflis, lui aussi ancien premier ministre), soit près de 40% du corps électoral (il n’est pas exclu que l’administration ait forcé la dose ici ou là).

La signification du scrutin aurait été fort différente avec 10% de votants, comme c’était le cas au XXe siècle dans les régimes autoritaires totalement verrouillés – sous Moubarak par exemple. Même 30% auraient été problématiques pour le général Salah et ses amis.

Mais à presque 40%, soit à 10 points seulement de la participation au dernier scrutin de Bouteflika en 2014, le pouvoir a fait le plein de ses clientèles : militaires et sécuritaires, fonctionnaires, élus et cadres locaux, famille FLN-RND et famille des moudjahidine, toutes les bases sociales du pouvoir ont participé. A quoi s’ajoutent probablement des retraités, des commerçants (y compris islamistes) ou des personnes âgées, effrayées par un retour des violences en cas d’impasse, par le blocage économique, voire par une dérive à la syrienne comme le discours officiel a su habilement le suggérer.

Le pouvoir a réussi son pari, peut-être même au-delà de ses espérances

Aussi, même s’il est de bon ton de parler d’une élection ratée et d’un président affaibli d’emblée, on peut tout aussi bien dire que le pouvoir a réussi son pari, peut-être même au-delà de ses espérances. L’Algérie a un nouveau président.

Une large partie de la jeunesse, des diplômés, des Kabyles, des démocrates, des émigrés, des professions libérales ne se reconnaissent pas en lui, et veulent poursuivre la construction d’un avenir démocratique. Mais il est probable, même si les manifestations vont certainement se poursuivre, que les nouvelles batailles vont désormais se dérouler lors des élections législatives à venir.

Le système aura plus de mal à verrouiller l’accès au parlement d’une nouvelle génération de candidats du hirak. Ce qu’il ne pouvait tolérer au niveau de la présidence, il devra certainement l’accepter aux législatives, peut-être à faible dose, ce qui permettrait de desserrer l’étau, de calmer la rue, et de préparer une nouvelle génération à l’exercice des responsabilités dans un cadre moins autoritaire. L’Algérie n’est pas au bout de son chemin.

 

 

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L’absence (éditorial paru dans l’édition de décembre)

Par pierre

Le temps des insurrections ? Chili, Colombie, Equateur, mais aussi Hong-Kong, et bien sûr Iran, Irak, Liban, Algérie… Faut-il d’ailleurs ajouter la France, ainsi que la Finlande (où une puissante vague de grèves s’annonce) ? La tentation de l’analogie est grande. Mais elle est périlleuse, tant chaque mouvement est ancré dans des réalités historiques, économiques et sociales, culturelles et politiques propres et dissemblables.

Bien souvent, il s’agit d’incendies qui ont pris tout le monde de court. Mais les similitudes s’arrêtent là. Quel sens y a-t-il à fourrer dans le même sac les manifestants qui ont déferlé à Bogota contre un pouvoir ultra-libéral, et la jeunesse dorée de La Paz réussissant à annuler le verdict des urnes qui venait de reconduire le progressiste Evo Morales ? Ou bien les émeutiers aisés pro-occidentaux de Hong-Kong, et les révoltés de Santiago du Chili, pour qui la hausse du ticket de métro signifie le basculement dans la misère ?

Deux critères, parmi d’autres, permettent de se faire une première idée de chaque mouvement. D’une part la description qu’en proposent les médias dominants : selon que vous défilerez à Caracas pour renverser le pouvoir chaviste, ou à Bogota pour exiger un niveau de vie décent, vous serez salué avec enthousiasme, ou juste évoqué de manière distraite. Et d’autre part leur composition sociale. Ainsi, la fureur du peuple irakien s’exprime en première ligne au travers des plus démunis, notamment la classe ouvrière. Au Liban en revanche, les classes moyennes ont fait figure de moteur du mouvement.

Si l’on veut vraiment établir un trait commun, du moins pour les soulèvements d’inspiration progressiste, il en est un… qui apparaît plutôt en creux : l’absence d’alternative politique. Un manque cruel qui, objectivement, ne laisse pas beaucoup d’espoir aux révoltés. De Bagdad à Beyrouth en passant par Alger, nombreux sont ceux qui refusent même l’idée de porte-parole – ce qui n’est pas sans rappeler l’état d’esprit des Gilets jaunes. Ce rejet de la représentation est compréhensible après l’expérience de la désinvolture et des trahisons des partis politiques traditionnels. Mais elle constitue un fatal handicap. Dans aucun des pays cités – pas plus que dans l’Hexagone – ne s’esquisse une force politiquement déterminée, rigoureusement organisée et idéologiquement cohérente susceptible de porter des perspectives de rupture.

« Contraintes » économiques, ingérences politiques, intoxication idéologique : ces armes font obstacle aux aspirations au progrès et à l’indépendance

Une absence que les tenants de l’ordre mondialisé cultivent évidemment avec soin, et qui repose en outre sur trois catégories d’entraves. La première est économique : les Etats on été mis en situation d’« interdépendance », c’est-à-dire en réalité de dépendance mutuelle, du fait de la libre circulation des biens et des capitaux : la globalisation des chaînes de valeur vise aussi à désamorcer les révolutions sociales. La deuxième consiste en la mise en place d’institutions intégrées dont l’objectif même est de placer les choix politiques hors de portée des peuples par le vol de leur souveraineté réelle. L’Union européenne en constitue un prototype, et le départ désormais imminent du Royaume-Uni un contre-exemple formidable.

La troisième est idéologique, à l’heure où la pensée dominante tend à faire manifester les jeunes en faveur d’horizons aussi absurdes que réactionnaires – la « sauvegarde de la planète » – ce qui a l’immense avantage de dévoyer des énergies collectives considérables (mais pas forcément renouvelables). On notera que le grand manitou de l’ONU pour le climat, Michael Bloomberg, un des plus riches milliardaires américains (et ancien maire de New York) vient de passer la main pour cette fonction au Canadien Mark Carney, actuel gouverneur (furieusement anti-Brexit) de la Banque d’Angleterre. Difficile de trouver meilleurs symboles de l’oligarchie mondialisée…

« Contraintes » économiques, intoxication idéologique, ingérences politiques : ces armes tiennent encore à distance les aspirations populaires au progrès social et, inséparablement, à l’indépendance nationale. En témoigne cet ultimatum de Jean-Yves Le Drian, patron du Quai d’Orsay, qui co-dirige un groupe de l’ONU censé soutenir le Liban : le fidèle grognard d’Emmanuel Macron (après avoir été celui de François Hollande) a sommé la classe politique du pays du cèdre de « prendre conscience de la gravité de la situation et de l’appel de la rue »… Une ingérence ordinaire, que le Hezbollah (parti à base chiite engagé pour la souveraineté libanaise) ne s’est pas permis de renvoyer ironiquement à son expéditeur.

Dommage ?

Pierre Lévy

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Pourquoi la victoire de Boris Johnson est une bonne nouvelle

Par Grégoire

La victoire de Boris Johnson est celle de la démocratie contre l’establishment. Dans la foulée du scrutin, il faut toutefois surveiller le risque d’éclatement du Royaume-Uni et l’intensification des tensions régionales en Europe.

Par Jean-Michel Quatrepoint, journaliste, auteur notamment de Délivrez-nous du bien, halte aux nouveaux inquisiteurs, éditions de l’Observatoire, 2018.

« Get Brexit done ! » (« Que le brexit soit ! ») Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Avec un slogan aussi simple que concret, Boris Johnson a savouré son triomphe aux élections législatives anticipées. Les conservateurs obtiennent leur plus large majorité depuis Margaret Thatcher. Le Labour subit une défaite historique. Tout comme les européistes du parti libéral-démocrate. Ce vote marque d’abord une victoire sans appel des Brexiters. Et, en corollaire, une défaite de tous ceux qui rêvaient de faire revoter les Britanniques sur leur sortie de l’Union européenne.

Depuis le vote du Brexit, le 23 juin 2016, les opposants, à Londres aussi bien qu’au sein de l’Union européenne, ont tout fait pour contraindre les Britanniques à revenir sur leur décision. On ne quitte pas cette Union. Quand on y entre, c’est un engagement à vie. Si jamais un peuple manifeste des velléités de ne pas épouser la Doxa, on le fait revoter ou on lui impose, par une autre voie, le texte qu’il a rejeté. Les Français en savent quelque chose depuis le référendum de 2005.

Lobbying de l’establishment

Tout au long de ces trois dernières années, on a tenté d’enfermer les Britanniques dans un carcan. Theresa May s’est d’abord vu imposer par les Vingt-sept un accord qui revenait à vider le Brexit de sa substance. L’Angleterre ne sortait qu’en apparence. Elle n’avait plus les avantages d’être dans l’Union, mais elle en avait les inconvénients. Les milieux économiques, les cercles londoniens, l’establishment ont ensuite fait pression sur les parlementaires britanniques, en nourrissant le secret espoir qu’in fine, on déboucherait sur un nouveau référendum.

L’intelligence de Boris Johnson aura été de revenir à l’essentiel : respecter le vote populaire

Avec une bonne campagne de communication, ils se faisaient fort de faire basculer les quelques pourcents nécessaires pour inverser le vote. Enfin, ces mêmes milieux ont intensifié leur lobbying sur les parlementaires tories pour qu’ils refusent un « hard Brexit ». Résultat : affaiblie, incapable d’imposer son accord et son autorité, Theresa May a jeté l’éponge.

L’intelligence de Boris Johnson, bête noire des médias bien-pensants, notamment en France, aura été de revenir à l’essentiel : respecter le vote populaire et laisser le Brexit se faire. Il a renégocié certains points de l’accord conclu par Mme May et demandé au peuple souverain de trancher. Non pas à l’occasion d’un nouveau référendum, mais de législatives anticipées. Même s’il a fait Eton, l’équivalent de notre ENA, et qu’il est issu d’une famille de la gentry, Boris Johnson n’est pas un conservateur traditionnel. C’est un souverainiste. Un populiste, selon ses détracteurs, pour qui ce terme est une injure.

Question culturelle plutôt qu’économique

Il a compris que le Brexit était avant tout une question culturelle. La volonté d’une majorité des Britanniques d’être maîtres chez eux, de pouvoir contrôler l’immigration, avec une meilleure sécurité au quotidien. Dans les motivations des Brexiters, des classes populaires, l’économie, le social venaient au second rang. Toutes les prévisions apocalyptiques faites par l’establishment sur les conséquences économiques du Brexit sont donc tombées à plat.

D’autant que le programme électoral des conservateurs, lorsqu’on le regarde de près, n’a rien de néo-libéral. Il a même une approche protectionniste, voire étatiste. Il concerne le quotidien des Britanniques. À commencer par les services publics de base en déshérence à l’image du système de santé et des chemins de fer. Boris Johnson promet des constructions d’hôpitaux, des embauches massives, voire même une renationalisation du rail. Bref, une politique qui doit être au service « des gens ordinaires et pas seulement des élites ». Au passage, on remarquera bien des similitudes avec la situation en France.

Les voix de Farage siphonnées

Boris Johnson a réussi à unifier les souverainistes. Il a siphonné l’électorat de Nigel Farage, qui fut l’artisan du Brexit en forçant David Cameron à organiser le référendum. Issu des rangs des Tories, ce Thatchérien, ultra-libéral et même d’extrême droite, avait obtenu, avec son parti UKIP, 12,7 % des voix aux législatives de 2015. Aux dernières européennes de 2019, UKIP, transformé en parti du Brexit, était même arrivé en tête. Mais les positions extrémistes de Farage rendaient impossible son accession au pouvoir.

En prenant clairement position pour le Brexit et en affichant son souverainisme, Boris Johnson offrait à l’électorat conservateur une alternative crédible. Nigel Farage a compris qu’il avait moins à perdre en soutenant Johnson qu’en présentant ses propres candidats. Ce dernier a ainsi obtenu que UKIP se désiste là où il y avait un député conservateur sortant. Le camp du Brexit a joué uni. D’autant qu’à gauche, les électeurs travaillistes, qui avaient voté pour le Brexit, ont peu apprécié l’attitude ambiguë de leurs dirigeants sur cette question. Dans les régions périphériques de l’Angleterre, les petites villes et villes moyennes désindustrialisées, qui avaient massivement voté pour le Brexit, le Labour s’est effondré au profit des conservateurs.

Les Britanniques nous donnent une leçon de civisme

Le vote britannique est exemplaire. C’est une victoire de la démocratie et les Britanniques nous donnent à cet égard une leçon de civisme. C’est aussi, selon la formule de Christophe Guilly, « la victoire du soft power des classes populaires ». C’est a contrario une défaite des élites et des médias, qui ont été constamment dans le déni, préférant reproduire les opinions des « bobos » londoniens, plutôt que d’ausculter le pouls de l’Angleterre profonde.

Risques de désunion

Boris Johnson et les souverainistes britanniques ont gagné une bataille. Ils sont loin cependant d’avoir gagné la guerre. Si la victoire est éclatante en Angleterre, celle des nationalistes écossais est tout aussi spectaculaire. Quarante-huit sièges sur cinquante-neuf. Déjà, Nicola Sturgeon, premier ministre d’Écosse, demande la tenue d’un nouveau référendum sur l’indépendance. Ce que refuse Boris Johnson. Or, les Écossais étaient en majorité contre le Brexit. Ils veulent rester dans l’UE. Pour des raisons économiques, mais aussi au nom de la vieille rivalité avec l’Angleterre.

En Irlande du Nord, les Républicains partisans de l’unification avec l’Irlande du Sud ont fait une percée plus que symbolique. Le Royaume Uni risque désormais la désunion. D’autant qu’en Europe, certains vont jouer la politique du pire. Pour se venger de Boris Johnson, ils vont pousser l’Écosse à l’indépendance. Même chose pour l’Irlande du Nord, où on ne peut pas exclure que le Sinn Fein reprenne les attentats, en espérant que Londres lâchera Belfast et se résoudra à l’unification de l’Irlande. Le tout sur fond de guerre de religions. N’oublions pas que l’Écosse est catholique, tout comme l’Irlande du Sud et une partie de l’Irlande du Nord.

Effet de domino régionaliste

Si l’Union européenne soutient l’Écosse dans sa volonté d’indépendance, elle aura bien du mal à ne pas appuyer les irrédentistes catalans. Ces derniers n’attendent que cela. Avec un risque d’effet domino sur une Espagne, minée par la question catalane. L’Europe des régions est un vieux rêve des fédéralistes européens et des mondialistes. Ils y voient le moyen de rompre avec l’Europe des nations, en jouant sur l’égoïsme régional et les particularismes locaux (langues, culture, etc.).

Plus les régions seront autonomes, indépendantes, plus les grandes nations seront réduites, amputées de certaines de leurs provinces, plus on élargira à de micro-États dans les Balkans, et plus le pouvoir au sein de l’Union européenne sera, de facto, concentré sur les institutions communautaires. Pour la plus grande satisfaction des multinationales et de tous ceux qui ne veulent pas d’une Europe indépendante, d’une Europe puissance, qui puisse s’affirmer face aux États-Unis et à la Chine.

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Lire aussi Derrière le triomphe de Boris Johnson, vers un bouleversement du paysage politique

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Derrière le triomphe de Boris Johnson, un bouleversement du paysage politique ?

Par pierre

Après le vote ouvrier massif visant à assurer le Brexit, le premier ministre britannique a confirmé, dans son discours inaugurant la session parlementaire, vouloir tourner le dos à l’austérité

Une semaine a passé depuis les élections du 12 décembre au Royaume-Uni, et l’on mesure désormais non pas seulement l’ampleur du triomphe de Boris Johnson, mais aussi la profonde restructuration de la vie politique qui s’amorce.

Deux vedettes ont émergé : le Brexit, bien sûr, qui était l’enjeu le plus manifeste du scrutin ; et la classe ouvrière, dont le vote a été déterminant pour garantir que celui-ci sera finalement effectif.

Les citoyens ont transformé les élections en second référendum de confirmation…

Et ce, après trois ans et demi de blocages et de tergiversations devenus insupportables. Le 23 juin 2016 en effet, le verdict était clair : le pays devait reprendre son indépendance. Les efforts conjugués des forces anti-Brexit tant en Grande-Bretagne (au Parlement, en particulier) qu’à Bruxelles espéraient – stupidement – pouvoir s’y opposer. Les citoyens ont transformé les élections en second référendum de confirmation…

Le premier ministre conservateur sortant, Boris Johnson, a mené campagne autour d’un argument majeur : j’ai obtenu de haute lutte (en octobre) un accord avec Bruxelles, donnez moi maintenant une majorité qui puisse enfin le ratifier.

Forts de 365 sièges (sur 650), soit un gain de 66 élus, les Conservateurs n’avaient jamais réalisé une telle performance depuis 1987. Avec 43,6% des voix, ils progressent globalement de + 1,2 point par rapport à 2017. Mais c’est essentiellement leur succès dans l’Angleterre laborieuse du nord et du centre, sinistrée après la fermeture de milliers d’usines et des mines, qui a fait la différence.

Dans les cinquante circonscriptions comptant la plus grande proportions d’ouvriers, le parti de M. Johnson augmente son score d’en moyenne 4,7%

Très vite au cours de la soirée électorale, il est apparu que le « mur rouge », ces bastions industriels et populaires des Travaillistes qui s’étendent au Nord du pays et dans les Midlands, cédait à la poussée de la formation de Boris Johnson. Des dizaines de places fortes du Labour viraient au bleu (la couleur des conservateurs), dont vingt-quatre étaient des fiefs rouges depuis l’après-guerre, voire depuis 1919.

Un « vote de classe » qu’a détaillés le quotidien conservateur The Telegraph. Ainsi, dans les cinquante circonscriptions comptant la plus grande proportions d’ouvriers, le parti de M. Johnson augmente son score d’en moyenne 4,7%. Et dans les cinquante où il y a le moins de « cols bleus », il baisse de 2,9%…

Les classes populaires ont assuré le Brexit

C’est tout sauf un hasard si ce sont les classes populaires qui ont assuré son succès, car ce sont elles qui avaient voté massivement pour le Brexit. Et qui bouillaient d’exaspération que celui-ci ne soit pas encore effectif.

Logiquement et symétriquement, les Travaillistes encaissent leur pire déroute depuis 1935, avec 203 sièges, soit une perte de 42 par rapport à 2017 (32,2%, – 7,8 points). Leur leader Jeremy Corbyn, a d’emblée indiqué qu’il ne conduirait pas la prochaine campagne. Mais il a souhaité engager une réflexion collective avant de passer la main.

Un processus qui pourrait tourner à l’affrontement au sein de ce parti, entre des cadres massivement pro-UE, et certaines figures issues du Nord, qui pointent désormais la déconnexion du Parti d’avec les couches populaires, celles-là mêmes qui ne se sont plus senti écoutées.

M. Corbyn lui-même est accusé d’avoir affiché une position illisible : une renégociation (improbable) avec Bruxelles, puis un nouveau référendum (en précisant qu’il resterait neutre sur ce dernier…). Considéré comme économiquement très à gauche et proposant un programme « anti-capitaliste » (nationalisations, fiscalité), le chef du Labour tenait en revanche un discours pro-ouverture des frontières, un grand écart que ne lui ont pas pardonné les millions d’ouvriers qui votaient traditionnellement travailliste.

Santé, la sécurité, l’éducation, infrastructures…

C’est en réalité tout le camp des anti-Brexit (à l’exception des nationalistes écossais) qui subit une déroute monumentale, encore amplifiée par le système électoral à un tour où c’est le candidat arrivé en tête qui l’emporte. Ainsi, les Libéraux-démocrates passent de 21 à 11 sièges (même si leur pourcentage augmente de 4,2 points, à 11,6%), et leur jeune présidente est elle-même battue dans son fief écossais. Sous son impulsion, son parti a mené campagne en proposant… d’annuler purement et simplement le Brexit, sans même un nouveau référendum.

Sur le plan intérieur, Boris Johnson s’est immédiatement félicité de son mandat « irréfutable, incontestable » pour réaliser la sortie de l’UE, et à appelé à « panser les plaies » en vue de réconcilier la nation. Il a également confirmé ce que seraient ses priorités : la santé, la sécurité, l’éducation ainsi que les infrastructures. Pour ce faire, il entend engager des investissements massifs, et mettre ainsi fin aux politiques d’austérité.

En s’appuyant sur sa plateforme « ouvrière, interventionniste, étatiste, protectionniste et dépensière », M. Johnson peut espérer garder sa nouvelle base ouvrière, note The Telegraph

C’est en s’appuyant sur une telle plateforme « ouvrière, interventionniste, étatiste, protectionniste et dépensière » qu’il peut espérer garder sa nouvelle base ouvrière note le quotidien conservateur The Telegraph. C’est-à-dire bien éloignée des positions ultra-libérales qu’il défendait lorsqu’il était maire de Londres.

Le fera-t-il ? Boris Johnson a souvent passé pour un menteur et un tricheur. Pourtant, le lendemain du scrutin, il déclarait « nous devons comprendre les raisons du tremblement de terre que nous avons déclenché ; nous avons changé la carte politique, il nous reste désormais à changer le parti ». Déjà, le profil des députés Tories tranche avec la législature sortante : le groupe parlementaire est désormais plus provincial, plus jeune, et surtout plus féminin, et d’origine plus modeste.

Son discours programme prononcé (par la reine, conformément à la tradition) en ouverture de la session parlementaire, le 19 décembre, a confirmé nombre de ses promesses, pour les hôpitaux publics, l’éducation les investissements dans les infrastructures. S’il tourne le dos à l’austérité, cela ne réjouira pas les dirigeants européens, car cela constituera un contre-exemple face aux politiques imposées aux peuples du Vieux continent – loin des cataclysmes annoncés.

« Un concurrent à nos portes »

Mais pour l’heure, ce qui préoccupe Bruxelles et les capitales européennes concerne la manière dont le pays va quitter l’UE. Certes, l’accord de divorce va désormais être ratifié mais une nouvelle négociation va s’ouvrir sur le futur traité de coopération entre l’UE et Londres, notamment en matière commerciale.

Beaucoup, à Bruxelles, redoutent que le Royaume-Uni choisisse de diverger des règles européennes, et devienne de ce fait « un concurrent à nos portes », selon la formule d’Angela Merkel. Dans ce cas, il ne pourra y avoir de libre échange complet ont martelé les Vingt-sept réunis les 13 et 14 décembre en sommet.

La loi exclura explicitement toute prolongation de la période de transition au-delà du 31 décembre 2020, au grand dam de Bruxelles

Le Conseil européen a mandaté la Commission pour établir un mandat de négociation en leur nom. Celui-ci devrait être prêt au 1er février. Il ne restera alors qu’onze mois entre la sortie fixée au 31 janvier, et la fin de la « période de transition » prévue jusqu’au 31 décembre par l’accord de divorce, pendant laquelle les règles européennes continuent de s’appliquer, notamment en matière de circulation et de douane.

C’est bien trop court pour négocier un traité de libre échange très complexe, font valoir les experts. On va y arriver, affirme au contraire M. Johnson, qui vient de confirmer sa promesse : la loi de transposition de l’accord de divorce en droit anglais exclura explicitement toute prolongation au-delà du 31 décembre 2020, au grand dam de Bruxelles.

Alors, tentera-t-il de maintenir un rapport commercial très étroit avec l’UE ? Optera-t-il pour concurrencer celle-ci de manière « agressive » ? Négociera-t-il avec Donald Trump un « énorme accord commercial plus juteux (…) qu’avec l’UE », selon le Tweet de félicitation enthousiaste que la Maison-Blanche a immédiatement envoyé ?

Le simple fait d’avoir le choix est déjà une remarquable conséquence du Brexit…

Analyse de l’élection et des perspectives dans l’édition de Ruptures parue le 18 décembre

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Parution de l’édition de Ruptures de décembre

Par pierre

Ruptures n°91 arrive chez les abonnés le 20 décembre.

Au sommaire :

– l’éditorial qui analyse les révoltes spontanées qui éclatent dans de nombreux pays, mais dont le seul point commun est l’absence d’alternative politique, du fait de la dépendance économique organisée et de la perte de souveraineté politique

– un entretien avec Benoît Martin, dirigeant de la CGT-Paris, qui précise les dangers ainsi que les commanditaires du projet de réforme des retraites, et rappelle le rôle de L’UE

– une large compte-rendu du sommet de l’OTAN des 3 et 4 décembre à Londres, qui a été marqué par de fortes tensions notamment entre Paris, Washington et Ankara, mais dont la déclaration finale a cependant dégagé un consensus belliciste

– une analyse des élections au Royaume-Uni : le triomphe de Boris Johnson au scrutin du 12 décembre résulte du basculement vers les Conservateurs des classes populaires qui ont ainsi plébiscité la sortie de l’UE, et transforme en profondeur le paysage politique

– et, bien sûr, comme chaque mois, les brèves

Pour recevoir cette édition et les suivantes, il n’est pas trop tard pour s’abonner.

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Victoire écrasante pour Boris Johnson et pour le Brexit

Par pierre

Au grand dam des partisans de l’Union européenne, le Brexit a été plébiscité – une nouvelle fois.

A l’instant où les bureaux de vote britanniques se sont fermés, les sondages « sorties d’urnes » n’ont laissé aucun doute : ce sera une victoire écrasante du Parti conservateur et de son chef, Boris Johnson. La majorité dont disposera celui-ci sera la plus large dont un gouvernement ait disposé depuis près de quatre décennies.

Ceux – au Royaume-Uni, à Bruxelles et dans les capitales européennes – qui comptaient encore sur un miracle divin qui verrait le pays rester dans l’Union européenne viennent de voir s’envoler leurs dernières illusions. L’accord qui fixe les modalités de divorce entre Londres et l’Union européenne avait été arraché – contre toute attente – le 17 octobre par le chef du gouvernement. Celui-ci s’était alors heurté une ultime fois aux chicanes des députés sortants pro-UE.

Mais ces derniers – et les Travaillistes en particulier – n’ont pas réussi à retarder encore la dissolution d’un Parlement qui devenait tout à la fois grotesque et illégitime. Le scrutin du 12 décembre revêtait donc une importance extraordinaire – le plus crucial depuis l’après-guerre, ont même affirmé certains. M. Johnson l’avait en quelque sorte transformé en plébiscite pour ou contre le Brexit. Il a gagné son pari haut la main – plus encore que les pronostics les plus optimistes ne le prédisaient. Les nouveaux députés vont donc, dans les toutes prochaines semaines, ratifier l’accord de sortie.

Il s’agit d’un événement de portée historique : pour la première fois, un Etat décide de partir, parce qu’on a demandé l’avis à son peuple

Et cette dernière sera effective le 31 janvier prochain. Démarrera alors une période de transition de onze mois, pendant laquelle les futures relations – notamment commerciales – entre le pays et l’Union européenne seront négociées. C’est très court, affirment la plupart des analystes. Et cela ne se fera pas sans mal. Mais, contrairement aux commentaires qui vont désormais fleurir, l’essentiel est politiquement accompli.

Il s’agit donc d’un événement de portée historique : pour la première fois, un Etat décide de partir, parce qu’on a demandé l’avis à son peuple. Mais sans doute pas pour la dernière.

PS : le mensuel Ruptures a été le seul journal à avoir analysé et affirmé, depuis le 23 juin 2016, que le Brexit aurait lieu, quoi qu’il arrive. Et même si nul ne pouvait prévoir le détail des péripéties, celles-ci n’ont jamais mis en cause la certitude du dénouement. Peu d’autres ont été aussi affirmatifs.

Tous les détails dans l’édition à paraître vers le 20 décembre. Il n’est pas trop tôt – ni trop tard – pour s’abonner à Ruptures, et suivre ainsi la suite de l’histoire…

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Brexit: Warum das Vereinigte Königreich der Gewinner sein wird

Par pierre

Die von den Brexit-Gegnern versprochenen Worst-Case-Szenarien sind nicht eingetreten: Vom Arbeitsmarkt bis zum Wachstum bleiben die Signale auf Grün.

Von Charles-Henri Gallois, Verantwortlicher der UPR für Wirtschaftsfragen und Autor des gerade erschienenen Buches: Les Illusions économiques de l’Union européenne, Fauves éditions

Am Donnerstag, dem 12. Dezember 2019, finden im Vereinigten Königreich Parlamentswahlen statt. Dies ist die wichtigste Wahl dieses Jahrhunderts, da sie das Schicksal des Brexit entscheidet. Hier seien noch einmal die unterschiedlichen Positionen dazu zusammengefasst. Es gibt einerseits die Konservative Partei von Boris Johnson und die Brexit-Partei von Nigel Farage, die sich für den Austritt des Vereinigten Königreichs aus der Europäischen Union einsetzen und damit den Willen des Volkes respektieren. Andererseits gibt es die Liberaldemokraten und die schottische SNP, die für eine völlige Annullierung des Brexit sind. Die Labour Party von Jeremy Corbyn, der Hauptgegner der Konservativen Partei, hat eine ziemlich unklare Position, mit der die Unsicherheit noch ausgezögertwird: sie will ein anderes Abkommen als das von Boris Johnson aushandeln, was jedoch ziemlich unmöglich zu sein scheint um es dann einem Referendum unterwerfen, mit der Option, in der EU zu bleiben.

Die Position der Labour Party zeigt, dass die Verfechter der EU den Willen der Wähler vom Juni 2016 völlig umkehren wollten. Diese stimmten für den Brexit und kümmerten sich nicht darum, ob es ein Abkommen geben würde oder nicht. Das Thema war nicht Bestandteil des Referendums. Die Befürworter des Verbleibens in der EU haben dann während der Kampagne wiederholt gedroht, dass es zu einem Austritt ohne Abkommen -einem harten Brexit- kommen würde. Diese Option war daher während der Abstimmung in den Köpfen der Menschen. Hätte sich die Option des Verbleibens durchgesetzt, gäbe es natürlich keine Debatte mehr daüber wie das Verbleiben aussehen sollte.

« Ein Angstprojekt »

Die « Gefahr » eines Ausstiegs ohne Abkommen war nicht die einzige Bedrohungin den Augen der Anhänger, der « Remainers », des Verbleibens in der EU. Ihr Argument war einfach, effektiv und schnell gefunden : « Wenn Sie mit Nein stimmen, wird es am Tag nach der Abstimmung eine wirtschaftliche Katastrophe geben ». Die Anhänger des Ausstiegs, die Brexiters, prangerten das « Angstprojekt » an: Es ginge darum, die Wähler zu erschrecken, damit sie „richtig“ abstimmen, das heißt, um sie in der EU zu halten.

Die Bank of England, David Cameron, George Osborne, sein Finanzminister, und sogar Barack Obama und Christine Lagarde, die hier mit „richtiger“ Einmischung glänzten, kündigten drohende Katastrophen an: den Zusammenbruch des Pfunds, den Zusammenbruch der Finanzmärkte, die Rezession des BIP, die steigende Arbeitslosigkeit, den Zusammenbruch der Investitionen, die Explosion der Inflation und den massiven Rückgang der Immobilienpreise. Die Einschüchterung war total.

Betrachten wir nun die Realität seit der Abstimmung über den Brexit im Referendum vom 23. Juni 2016, als 51,9% der Briten für den Austritt aus der EU stimmten. Mit einer Beteiligung von 72,2% war es mit 33.568.184 Wählern eine der größten demokratischen Beteiligungen in der modernen Geschichte des Vereinigten Königreichs. Nur die Parlamentswahlen von 1992 hatten mehr britische Bürger zu den Urnen geführt.

Eine wesentlich dynamischere britische Industrie

Sicher, das britische Pfund hat nach dem Referendum und dem Sieg des Brexits an Wert verloren. Am 23. Juni 2016 betrug der Wechselkurs mit dem Euro 0,76 Pfund. Zum 7. Dezember 2019 lag dieser Wert bei 0,84 Pfund. Er entspricht einer Abwertung von 10,5%. Das ist nichts Unüberwindbares: Zwischen April 2014 und März 2017 gab der Euro um 25% nach, ohne dass jemand Apokalypse geschrien hätte.

Im Gegenteil, die Abwertung des Pfunds Sterling hat die Produktion im Vereinigten Königreich begünstigt. Zwischen März 2016 und März 2017 stieg die Produktion im verarbeitenden Gewerbe um 2,7% und die Industrieproduktion um 3,2%. Ein solcher Anstieg war seit 2010 nicht mehr zu beobachten. Im Jahr 2017 betrug er 1,8%[1]. Im Zeitraum 2016-2018 durchschnittlich 1,2%, während die Industrieproduktion im Zeitraum 2001-2015 um 0,8% zurückging. Die Industrieaufträge waren im November 2017 auf dem höchsten Stand seit fast dreißig Jahren (1988)[2] !

Der Aktienmarkt im Aufwind

Was die Finanzmärkte betrifft, so lag der wichtigste britische Aktienindex, der FTSE 100, das Äquivalent zum französischen CAC 40 und dem deutschen DAX, am Abend des 23. Juni 2016 bei 6.338,10. Der Index fiel am Freitag, dem 24. Juni, um 3,15% und am Montag, dem 27. Juni, dann um 2,55%. Er stieg am Dienstag, dem 28. Juni, mit einem Plus von 2,64% wieder an und übertraf am Mittwoch, dem 29. Juni, mit 6 360,06% mit einem täglichen Plus von 3,58% das Niveau von vor der Abstimmung. Seit dem 7. Dezember 2019 liegt er nun bei 7.239,66, was einer Steigerung von 14% seit dem Zeitpunkt von vor dem Referendum entspricht. Auch hier sind wir sehr weit von dem prognostizierten Zusammenbruch entfernt.

Drei Jahre später warten wir immer noch auf diesen versprochenen Zusammenbruch.

Auch im Bereich Wachstum und Arbeitslosigkeit ist die Katastrophe nicht eingetreten. Bereits 2016 wurde eine Rezession nach der Brexit-Abstimmung vorausgesagt. Im Jahr 2016 war das Wachstum jedoch mit 1,8% das zweithöchste aller G7-Länder. Es ging sogar noch in die Höhe…. nach dem Referendum! Das Wachstum betrug 1,7% im Jahr 2017 und 1,3% im Jahr 2018. Drei Jahre später warten wir immer noch auf die von den « Remainers » versprochene Rezession!

Im Zeitraum 2016-2018 ähnelt das Wachstum dem in Frankreich. Während Italien einerseits seit der Einführung des Euro nicht gewachsen ist und sich derzeit in der Rezession befindet und andererseits die deutsche Wirtschaft, die sich verlangsamt, ebenfalls am Rande der Rezession steht, können wir sogar sehen, dass es dem Vereinigten Königreich nicht allzu schlecht geht!

Die Rückgewinnung echter Arbeitsplätze

Aber der größte Schlag für alle Propheten der Apokalypse war zweifellos die Entwicklung der Arbeitslosenquote.

Laut dem Office for National Statistics (ONS, dem britischen Gegenstück zu INSEE), lag die Arbeitslosigkeit vor dem Referendum bei 5% und sank Ende Mai 2019 auf 3,8%, die niedrigste Rate seit über 44 Jahren seit dem Winter 1974. Gleichzeitig stieg die Beschäftigungsquote von 74,2% auf 76,1%, was einen historischen Rekord darstellt.

Die schlechten Zungen, die das Thema nicht eingehend untersucht haben, erklären, dass diese Arbeitslosenquote dank Gelegenheitsjobs und Nullstundenjobs sinkt. Wenn dies in der Vergangenheit der Fall gewesen sein mag, so ist das Gegenteil seit der Entscheidung vom Juni 2016 der Fall. Die Teilzeitbeschäftigung fiel von 8,564 Millionen (27% der Arbeitsplätze) auf 8,562 Millionen (26,3% der Arbeitsplätze). Das bedeutet, dass viele der geschaffenen Arbeitsplätze auf Vollzeitbasis geschaffen wurden.

Lohnerhöhungen

Im September 2019 wurde auch berichtet, dass die Löhne im Zeitraum Mai-Juli 2019 um 4,0% und die Kaufkraft um 2,1% innerhalb eines Jahres gestiegen sind[3]. Solche Lohn- und Kaufkrafterhöhungen hatten seit 2008, also seit elf Jahren, nicht mehr stattgefunden. Wir würden eine solche Katastrophe gerne in Frankreich erleben!

Ironischerweise waren einige der größten Investoren im Vereinigten Königreich EU-Unternehmen wie Siemens.

Eine weitere Prognose: Auch die Investitionen sollten zusammenbrechen. Auch hier ist nichts dergleichen passiert. Die von der internationalen Beratungsfirma EY im Jahr 2019 durchgeführte jährliche Erhebung über die Anlagetrends stellt das Vereinigte Königreich erstmals sogar an die Spitze der weltweiten Investitionsziele und übertrifft damit sogar die Vereinigten Staaten, eine Wirtschaft, die viel größer ist als die des Vereinigten Königreichs.

Die ausländischen Direktinvestitionen (DI) stiegen 2017 nach den neuesten verfügbaren Zahlen im Vergleich zum Vorjahr um 6%. Es gab 1.205 neue Projekte, verglichen mit 1.138 im Jahr 2016 und nur 700 im Jahr 2012. Auf die Frage nach dem Brexit antworteten 6% der Investoren, dass dies für sie die Attraktivität des Vereinigten Königreichs verringert, während 7% angaben, dass es seine Attraktivität erhöht.

Ironischerweise waren einige der größten Investoren im Vereinigten Königreich EU-Unternehmen wie Siemens oder das spanische Unternehmen CAF. Die Unternehmen, die am meisten investiert haben, sind amerikanische Unternehmen: Boeing, Apple, Google, Facebook, Amazon, Snapchat, McDonald’s, Subway, McCain Foods, etc.

Böswilligkeit und Katastrophe

Diese Liste ist natürlich nicht vollständig, aber sie spiegelt den völligen Mangel an Klarheit und gutem Willen seitens derjenigen wider, die den Zusammenbruch des Vereinigten Königreichs angekündigt haben und jetzt versuchen, sich an die wenigen schlechten Nachrichten zu klammern, damit es wie eine Katastrophe aussieht.

Laut einer Studie von PitchBook[4], die zur Eröffnung der Londoner Technologiewoche veröffentlicht wurde, ist London das führende europäische Ziel für Risikokapitalinvestitionen in neue Technologien. Das Vereinigte Königreich wurde auch von der renommierten Zeitschrift Forbes als das beste Land für Geschäfte im Jahr 2018 eingestuft[5].

Bei diesen Investitionen handelt es sich nicht um Investitionen, die über zwei oder drei Monate, sondern über mehrere Jahre getätigt werden. Die Investoren zum Zeitpunkt dieser Entscheidung hatten den Brexit bereits integriert.

Der Immobiliensektor bleibt in guter Verfassung

Im Jahr 2017 betrug die Inflation im Vereinigten Königreich 2,7%. Im Jahr 2018 waren es nur 2%. Nichts Katastrophales also. Die Löhne hingegen stiegen 2018 um 3,3%[6]. Damit ist die Kaufkraft gestiegen. Ende 2017 gab es einen sehr temporären Kaufkraftverlust, aber das ist alles schon Geschichte, denn 2019 steigen die Löhne viel schneller als die Inflation. Der durchschnittliche Anstieg der Kaufkraft liegt bei rund 1,5%.

George Osborne, ehemaliger Finanzminister, hatte noch eine weitere Angst: Die Hauspreise sollten um 18% sinken. Sie haben sich eigentlich nie wirklich entspannt. Dem ONS nach sind die Immobilienpreise sogar gestiegen um 5,2% im Jahre 2016, um 4,5% in 2017 und um 2,0% in 2018. Statt eines angekündigten Rückgangs um 18% nähern wir uns derzeit einem Anstieg um 12% von 2016 bis 2018. Darüber hinaus warten Paris und Frankfurt noch immer auf die 10.000 bis 30.000 Geldgeber, die den Kanal überqueren sollten, um nach Frankreich oder Deutschland zu flüchten.

Dieselben Menschen, die all diese apokalyptischen Prophezeiungen getroffen haben, sollten sich sehr klein machen

Das Angstprojekt hat sich als völlig unwahr erwiesen. Dieselben, die all diese apokalyptischen Prophezeiungen getroffen haben, sollten sich sehr klein machen. Und dennoch geht dieser Diskurs in den Mainstream-Medien weiter. Gerade diejenigen, die sich vor dem Referendum mit all ihren Prognosen geirrt haben, bereiten die zweite Stufe der Rakete Angstprojekt vor, indem sie behaupten, die wirkliche Katastrophe käme nach dem tatsächlichen Austritt…. Als ob alle Unternehmen diesen Austritt nicht schon seit langem einbezogen hätten……..

Die einzige Situation, die wirklich schrecklich ist, ist politisch: Wenn man die Mandatsträger und die gesamte britische Oligarchie anschaut, die sich weigert, das Votum des englischen Volkes zu akzeptieren, so kommt einem eine zornige Erinnerung an die Haltung der gesamten französischen Elite nach dem Referendum 2005 in den Sinn. Es waren die Verfechter der EU, die ein Klima der Verunsicherung schufen, indem sie versuchten, über die Abstimmung hinweg zu gehen.

Die Legitimität eines erneuten Brexits

Die Medien versuchen sogar, uns glauben zu machen, dass die Briten ihr Votum bereuen würden. Bei den Europawahlen 2019 lag die Brexit-Partei mit 30,7% der Stimmen an der Spitze, gegenüber 19,7% der zweitgrösstenPartei.

Von einer massiven Ablehnung des Brexits sind wir daher weit entfernt. Die Meinungen sind geteilt, so wie es vor der Abstimmung war. Es sei jedoch darauf hingewiesen, dass damals der Austritt 1,3 Millionen mehr Stimmen erhalten hat als der Verbleib, was dem Austritt alle erforderlichen demokratischen Legitimationen verleiht.

Boris Johnson wird nach meinen Prognosen diese Wahlen gewinnen und den Wunsch des britischen Volkes erfüllen, die Kontrolle über das eigene Land zurück zu gewinnen und wieder frei und unabhängig zu werden. Diejenigen, die den Brexit fürchten müssen, sind nicht die Briten, sondern die Menschen, die in der EU bleiben. Nicht umsonst hat Deutschland schon immer einen Ausstieg ohne Vertrag verhindert.

Die EU wollte, dass das Vereinigte Königreich leidet, damit andere nicht auch die Idee bekämen, sie zu verlassen

Die EU hat alles zu verlieren, daher ihre Position der totalen Unnachgiebigkeit und ihre Bereitschaft, ein Exempel zu statuieren. Anstatt ein Win-Win-Abkommen zum Schutz ihrer wirtschaftlichen Interessen abzuschließen, wollte die EU, angefangen bei dem Eurofanatiker Emmanuel Macron, dass das Vereinigte Königreich leidet, um andere nicht zum Austritt zu bewegen. Im Grunde genommen ist dies die Haltung einer Sekte, die den Anhänger bestrafen will, der seine Freiheit wiedererlangen möchte.

Die EU könnte der große Verlierer sein, weil das Vereinigte Königreich ein massives Defizit im Warenverkehr aufweist. Das Handelsdefizit mit der EU betrug 2017 fast 110 Milliarden Euro.

Es geht an Frankreichs Portemonnaie

Vor allem die übrigen Nettozahlerländer werden für die Lücke im EU-Haushalt aufkommen müssen. Der Nettobeitrag Frankreichs zum EU-Haushalt beträgt 2019 10 Milliarden Euro. Nach dem Ausscheiden des Vereinigten Königreichs könnte er in den kommenden Jahren auf 14 oder 15 Milliarden Euro pro Jahr steigen. Während grundlegenden öffentlichen Dienstleistungen wie Krankenhäusern oder der Instandhaltung unserer Straßen und Brücken die Ressourcen fehlen, verlieren wir an die EU-Sekte weiterhin Geld. 15 Milliarden Euro, das entspricht dem Bau von 375 Krankenhäusern! Dies entspricht auch 909 Euro pro Jahr und pro Steuerhaushalt, für den, der Einkommenssteuer bezahlt.

Viel Glück für unsere britischen Freunde, die Anfang 2020 austreten und sehr gut abschneiden werden. Es ist höchste Zeit, ihrem Beispiel zu folgen, diese wirtschaftlichen illusionären Vorstellungen nicht mehr zu fürchten, uns durch den Frexit von der EU-Sekte zu befreien und unsere Freiheit und Demokratie zurückzugewinnen.

Die im Bereich Stellungnahmen veröffentlichten Analysen sind Diskussionsbeiträge. Die Redaktion trägt keine Verantwortung.

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1] Büro für nationale Statistiken (ONS).

2] Monatlicher Index der Confederation of British Industry (CBI) zur Messung gegebener Aufträge.

3] ONS.

4] Juni 2019 Studie von PitchBook.

5] Forbes, Dezember 2017.

6] ONS.

 

 

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Thierry Breton fordert von Brüssel aus Emmanuel Macron auf, seine Rentenreform durchzuziehen

Par pierre

In einem Interview mit dem Radiosender Europe 1 besteht der neue EU-Kommissar, ehemaliger Chef einer Reihe von Großunternehmen, darauf, dass die Reformen, die die europäische Exekutive für notwendig hält, durchgeführt werden.

Am Montag, dem 9. Dezember, hatte der Radiosender Europe 1 die schöne Idee, den neu ernannten EU-Kommissar für Binnenmarkt, Industriepolitik, digitale Technologien und einige andere Arbeitsbereiche einzuladen.

Thierry Breton sollte den Standpunkt Brüssels zu der von der französischen Regierung geplanten Rentenreform darlegen. Voller Angst  warteten wir auf das Urteil. Die Spannung war gross.

Von den ersten Worten des Kommissars an muss der Herr des Elysée – der Breton für das Amt in Brüssel vorgeschlagen hatte – jedoch einen tiefen Seufzer der Erleichterung getan haben: Von dem Mann, der noch vor wenigen Wochen der Chef des großen IT-Dienstleistungsunternehmens Atos war, nachdem er Bull, Thomson und dann France Télécom geleitet hatte, ganz zu schweigen von seinem Umweg über das französische Finanzministerium, kam für die Streikenden keine Unterstützung.

« Man hofft, dass man die Mittel finden wird, um diese Reform zu Ende zu bringen » – Thierry Breton

Im Gegenteil: « Ich denke an alle, die heute Morgen in Schwierigkeiten sind » (i.e. in den Verkehrsmitteln festsitzen), sagte er. Mit diesem erhabenen Satz wollte sicher Herr Breton von Brüssel aus sein Mitgefühl mit den Leiden seines eigenen Volkes zeigen… Er fügte hinzu: « Man hofft, dass man die Mittel finden wird, um diese Reform zu Ende zu bringen« .

Das erste « man » bezieht sich eindeutig auf die Europäische Kommission, das zweite auf die französischen Behörden, von denen « man » erwartet, dass sie den bösen Streikenden nicht nachgeben.

Und Thierry Breton bekräftigte dies noch: « Die Europäische Kommission hält es für notwendig, dass alle Reformen, die notwendig sind, insbesondere diese, auf dem gesamten Kontinent durchgeführt werden« . Dem gerade erst bestellten Kommissar wird man nicht die Schuld für den feinen Pleonasmus geben (« die Kommission hält alle Reformen, die notwendig sind, für notwendig »), denn das Wesentliche ist klar: In Brüssel wollen wir nichts von den « Strukturreformen » aufgeben. Und vor allem nicht den Druck auf die Hauptstädte, von denen erwartet wird, dass sie nicht nachgeben.

NRP

Selbst in einem Büro, das noch nach frischer Farbe riecht (davon kann man ausgehen), hat es nicht lange gedauert, bis sich der neue Kommissar mit allen EU-Maßnahmen vertraut gemacht hat, die den Mitgliedstaaten, insbesondere denjenigen der Eurozone, bei der zu verfolgenden Wirtschaftspolitik Orientierung geben. So heißt es im Nationalen Reformprogramm (NRP), das die jährlichen Verpflichtungen von Paris (wie von jeder Hauptstadt) gegenüber der Europäischen Union zusammenfasst, und deren letzte Ausgabe im April 2019 in Brüssel vorgelegt wurde: « Der Zugang zur Beschäftigung und die Neubewertung der Arbeit sind eine Priorität, daher muss der Arbeitsmarkt reformiert, die Lohnnebenkosten gesenkt und die Arbeitslosen- und Rentenversicherungssysteme modernisiert werden« . Alles klar…

Im angelsächsischen Kauderwelsch, ins Französische übertragen, nennt man das eine ‚Roadmap’. Und die französischen Behörden sind betriebsbereit – zumindest will Herr Breton das glauben: Emmanuel Macron wird « von Brüssel aus als jemand gesehen, der begonnen hat, das Land gründlich zu reformieren« ; und genießt « viel Vertrauen » innerhalb der europäischen Exekutive.

Er wird es wahrscheinlich brauchen.

 

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Brexit : pourquoi le Royaume-Uni va sortir gagnant

Par Grégoire

Les scénarios catastrophes promis par les opposants au Brexit ne sont pas advenus : du marché de l’emploi à la croissance, les voyants restent au vert.

Dernière minute : Boris Johnson et le Brexit remportent une victoire écrasante

Par Charles-Henri Gallois, responsable national de l’UPR pour l’Économie et auteur de l’ouvrage qui vient de paraître : Les Illusions économiques de l’Union européenne, Fauves éditions

Les élections générales au Royaume-Uni auront lieu ce jeudi 12 décembre 2019. Il s’agira de l’élection la plus importante de ce siècle puisqu’elle va déterminer l’avenir du Brexit. Pour résumer les positions, il y a d’un côté le Parti conservateur de Boris Johnson et le Parti du Brexit de Nigel Farage qui font campagne en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, respectant ainsi la volonté du peuple, et de l’autre côté les Liberal-Democrats et le SNP écossais qui sont pour une annulation pure et simple du Brexit. Le Parti travailliste de Jeremy Corbyn, principal opposant au Parti conservateur, a une position peu limpide qui prolongerait l’incertitude : négocier un autre accord que celui de Boris Johnson, chose peu probable, puis le soumettre à référendum avec l’option de rester dans l’UE.

La position du Parti travailliste montre que les européistes ont voulu complètement retourner le sens du vote des électeurs de juin 2016. Ces derniers ont voté pour le Brexit et se fichaient bien qu’il y ait un accord ou pas. Le sujet ne figurait du reste pas dans les termes du référendum et les partisans du maintien dans l’UE n’ont eu de cesse que de menacer d’une sortie sans accord pendant cette campagne. Cette option était donc présente dans les esprits lors du vote. Si le maintien l’avait emporté, inutile de dire qu’il n’y aurait plus aucun débat sur le type de maintien décidé.

« Projet de la peur »

La « danger » d’une sortie sans accord n’était pas la seule menace des partisans du maintien dans l’UE, les ‘remainers’. Leur argument était simple, efficace et tout trouvé : « si vous votez non, ce sera une catastrophe économique dès le lendemain du vote ». Les partisans de la sortie, les brexiters, dénonçait de « projet de la peur » : il s’agissait d’effrayer les électeurs pour qu’ils votent bien, c’est-à-dire pour le maintien dans l’UE.

La Banque d’Angleterre, David Cameron, George Osborne, son ministre des Finances, et même Barack Obama ainsi que Christine Lagarde, qui se targuait ici de bonne ingérence, annonçaient des catastrophes imminentes : effondrement de la livre, affaissement des marchés financiers, récession du PIB, hausse du chômage, débâcle des investissements, explosion de l’inflation et baisse massive des prix de l’immobilier. L’intimidation était totale.

Observons maintenant la réalité depuis le vote en faveur du Brexit lors du référendum du 23 juin 2016, où 51,9 % des Britanniques ont voté pour sortir de l’UE. Avec une participation de 72,2 %, il s’agissait de l’une des plus grandes participations démocratiques de l’histoire moderne du Royaume-Uni, avec 33 568 184 votants. Seules les élections générales de 1992 avaient amené plus de Britanniques sur le chemin des urnes.

Une industrie britannique plus dynamique

La livre sterling a certes perdu de sa valeur à la suite du référendum et de la victoire du Brexit. Le 23 juin 2016, le taux de change était de 0,76 livre pour un euro. Au 7 décembre 2019, ce taux était de 0,84 livre pour un euro. Cela représente une dépréciation de 10,5 %. Voilà qui n’a rien d’insurmontable : entre avril 2014 et mars 2017 l’euro s’est lui-même déprécié de 25 % sans que personne ne hurle à l’apocalypse.

Les illusions économiques de l'UE

Le livre de Charles-Henri Gallois, qui vient de paraître, détaille tous ces éléments dans son chapitre V

Au contraire, la baisse de la livre sterling a favorisé la production sur le territoire britannique. Entre mars 2016 et mars 2017, la production manufacturière a augmenté de 2,7 %, et la production industrielle de 3,2 %. Un tel rebond n’avait pas été observé depuis 2010. Sur l’année 2017, la hausse a été de 1,8 % [1]. Sur la période 2016-2018, la hausse a été en moyenne de 1,2 %, alors que, sur la période 2001-2015, la production industrielle était en régression de 0,8 %. Les commandes industrielles en novembre 2017 ont d’ailleurs été au plus haut depuis près de trente ans (1988) [2] !

Bourse en hausse

Pour ce qui est des marchés financiers, le principal indice boursier britannique, le FTSE 100, équivalent de notre CAC 40, cotait à 6 338,10 le 23 juin 2016 au soir. L’indice a perdu 3,15 % le vendredi 24 juin, puis 2,55 % le lundi 27 juin. Il repartait à la hausse dès le mardi 28 juin, avec une augmentation de 2,64 %, puis dépassait son niveau d’avant le vote dès le mercredi 29 juin, à 6 360,06, avec une hausse journalière de 3,58 %. Le 7 décembre 2019, il cote désormais à 7 239,66, soit une hausse de 14 % depuis l’avant-référendum. Là aussi, on est très loin de l’effondrement annoncé.

Trois années plus tard, on attend encore la récession promise par les ‘remainers’

La catastrophe n’a pas non plus eu lieu dans le domaine de la croissance et du chômage. Dès 2016, une récession devait se produire après le vote pour le Brexit. Or en 2016, la croissance était la deuxième plus forte de tous les pays du G7, à 1,8 %. Elle avait même été revue à la hausse… après le référendum ! La croissance a été de 1,7 % en 2017 et de 1,3 % en 2018. Trois années plus tard, on attend encore la récession promise par les ‘remainers’ !

Sur la période 2016-2018, la croissance est similaire à celle de la France. Alors que d’une part l’Italie n’a pas de croissance depuis l’adoption de l’euro et sombre actuellement dans la récession, et que d’autre part l’économie allemande, en train de ralentir, se trouve également au bord de la récession, on peut même constater que le Royaume-Uni ne s’en sort pas trop mal !

Le retour de vrais emplois

Mais la plus grande claque pour tous les prophètes d’Apocalypse a sans doute été l’évolution du taux de chômage.

Ce que l’on constate, selon l’Office for National Statistics (ONS, équivalent britannique de l’INSEE), c’est que le chômage était de 5 % avant le référendum et qu’il est tombé à 3,8 % à la fin de mai 2019, soit le taux le plus bas depuis plus de quarante-quatre ans, depuis l’hiver 1974. Dans le même temps, le taux d’emploi est, lui, passé de 74,2 % à 76,1 %, ce qui constitue un record historique.

Les mauvaises langues, qui n’ont pas étudié en profondeur la question, expliquent que ce taux de chômage baisse grâce aux petits boulots et aux emplois zéro heure. Si cela a pu être vrai par le passé, c’est l’inverse que l’on observe depuis le verdict de juin 2016. Les emplois à temps partiel sont passés de 8,564 millions (27 % des emplois) à 8,562 millions (26,3 % des emplois). Cela veut donc dire que beaucoup des emplois créés l’ont été à temps plein.

Augmentations salariales

On apprenait également en septembre 2019 que les salaires ont augmenté de 4,0 %, et le pouvoir d’achat de 2,1 % sur un an pour la période mai-juillet 2019 [3]. De telles augmentations de salaire et de pouvoir d’achat n’avaient plus eu lieu depuis 2008, soit onze ans. On aimerait réellement vivre à notre tour une telle catastrophe en France !

Ironiquement, certains des plus gros investisseurs au Royaume-Uni ont été des entreprises de l’UE comme Siemens

Autre pronostic : les investissements devaient aussi s’effondrer. Là encore, rien de tel n’est advenu. L’enquête annuelle sur les tendances de l’investissement réalisée par le cabinet de conseil international EY en 2019, place même pour la première fois le Royaume-Uni au premier rang mondial des destinations d’investissement, dépassant même extraordinairement les États-Unis, une économie bien plus vaste que le Royaume-Uni.

L’investissement étranger direct (FDI, pour Foreign direct investment) a augmenté de 6 % en 2017, selon les derniers chiffres disponibles, par rapport à l’année précédente. Il y a eu 1 205 nouveaux projets, contre 1 138 en 2016 et seulement 700 en 2012. Lorsqu’ils ont été interrogés sur le Brexit, 6 % des investisseurs ont déclaré qu’il diminuait leur attrait pour le Royaume-Uni, tandis que 7 % ont déclaré qu’il augmentait leur attrait.

Ironiquement, certains des plus gros investisseurs au Royaume-Uni ont été des entreprises de l’UE comme Siemens ou la société espagnole CAF. Celles qui ont le plus investi sont les entreprises américaines : Boeing, Apple, Google, Facebook, Amazon, Snapchat, McDonald’s, Subway, McCain Foods, etc.

Mauvaise foi et catastrophisme

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive, mais elle témoigne de l’absence totale de lucidité et de bonne foi de la part de ceux qui annonçaient l’effondrement du Royaume-Uni et cherchent maintenant à se raccrocher aux quelques mauvaises nouvelles courantes pour faire croire que ce serait la catastrophe.

Londres est la première destination européenne des investissements en capital-risque dans les nouvelles technologies, d’après une étude du cabinet PitchBook [4] publiée à l’ouverture de la semaine de la tech de Londres. Le Royaume-Uni avait d’ailleurs aussi été classé par le célèbre magazine Forbes comme le meilleur pays pour faire des affaires en 2018 [5].

Ces investissements ne sont pas des investissements engagés sur deux ou trois mois mais pour plusieurs années. Les investisseurs au moment de ces choix avaient déjà intégré le Brexit.

L’immobilier reste en forme

L’inflation était de 2,7 % en 2017 au Royaume-Uni. Elle n’était plus que de 2 % en 2018. Rien de catastrophique. Les salaires, eux, ont augmenté de 3,3 % en 2018 [6]. Il y a donc eu un gain de pouvoir d’achat. Il y a eu une perte de pouvoir d’achat très temporaire à la fin de 2017, mais tout cela est de l’histoire ancienne puisque en 2019 les salaires augmentent bien plus vite que l’inflation. Le gain moyen de pouvoir d’achat est de l’ordre de 1,5 %.

George Osborne, ancien chancelier de l’Echiquier, agitait une autre peur : les prix de l’immobilier devaient baisser de 18 %. Ils n’ont en réalité jamais décroché. Selon l’ONS, les prix de l’immobilier ont même augmenté de 5,2 % en 2016, de 4,5 % en 2017 et de 2,0 % en 2018. D’une baisse de 18 % annoncée, on passe en réalité à une hausse de 12 % de 2016 à 2018. En outre, Paris et Francfort attendent toujours les 10 000 à 30 000 financiers qui devaient traverser la Manche pour se réfugier en France ou en Allemagne.

Les mêmes qui ont asséné toutes ces prophéties apocalyptiques devraient se faire tout petits

Le projet de la peur s’est révélé complètement faux ! Les mêmes qui ont asséné toutes ces prophéties apocalyptiques devraient se faire tout petits. Et pourtant, le discours continue en France, dans les grands médias. Ceux précisément qui se sont trompés sur toutes leurs prévisions avant le référendum préparent le deuxième étage de la fusée projet de la peur et disent que la catastrophe aura lieu après la sortie effective. Comme si toutes les entreprises n’avaient pas déjà intégré depuis longtemps cette sortie…

La seule situation terrible est politique : observer des élus et toute l’oligarchie britannique refusant d’accepter le vote du peuple anglais rappelle furieusement l’attitude de toute l’élite française après le référendum de 2005. Ce sont les politiques européistes qui ont créé le climat d’incertitude en voulant bafouer le vote.

Légitimité du Brexit renouvelée

Les médias en France tentent même de nous faire croire que les Britanniques regretteraient leur vote. Or, aux élections européennes de 2019, c’est le Parti du Brexit qui est arrivé largement en tête avec 30,7 % des voix, contre 19,7 % pour le second parti.

On est donc loin d’un rejet massif du Brexit. L’opinion est partagée, comme elle l’était avant le vote. Notons tout de même qu’à l’époque la sortie avait récolté 1,3 million de voix en plus que le maintien, ce qui donne toute la légitimité démocratique nécessaire à la sortie.

Boris Johnson, selon mes pronostics, va gagner ces élections et réaliser le souhait du peuple britannique : reprendre le contrôle et être à nouveau un pays libre et indépendant. Ceux qui doivent redouter le Brexit, ce ne sont pas les Britanniques mais les peuples qui restent dans l’UE. Ce n’est pas pour rien que l’Allemagne a toujours freiné une sortie sans accord.

L’UE a voulu que le Royaume-Uni souffre pour ne pas donner aux autres l’envie de sortir

L’UE a tout à perdre, d’où sa position de fermeté totale et de sa volonté de faire un exemple. Plutôt que de vouloir faire un accord gagnant-gagnant pour sauvegarder ses intérêts économiques, l’UE, à commencer par l’eurofanatique Emmanuel Macron, a voulu que le Royaume-Uni souffre pour ne pas donner aux autres l’envie de sortir. Au fond, cette attitude est celle d’une secte qui veut punir l’adepte qui souhaite reprendre sa liberté.

L’UE peut être la grande perdante car le Royaume-Uni est massivement déficitaire au niveau des échanges de biens. Son déficit commercial était en 2017 de près de 110 milliards d’euros avec l’UE.

La France visée au portefeuille

Surtout, les pays contributeurs nets restants devront payer le manque à gagner au budget de l’UE. La contribution nette de la France au budget de l’UE est de 10 milliards d’euros en 2019. Après la sortie du Royaume-Uni, elle pourrait passer dans les années qui viennent à 14 ou 15 milliards d’euros par an. Alors que les services publics de base comme l’hôpital, ou l’entretien de nos routes et de nos ponts, manquent de moyens, on continue d’aligner les billets en pure perte pour la secte UE. 15 milliards d’euros, cela représente la construction de 375 hôpitaux ! Ce qui représente aussi 909 euros par an et par foyer fiscal payant l’impôt sur le revenu.

Bon vent à nos amis britanniques, qui sortiront tout début 2020 et s’en sortiront très bien. Il est grand temps de suivre leur exemple, de ne plus avoir peur de ces illusions économiques, de se libérer de la secte UE par le Frexit et de reprendre notre liberté et notre démocratie.

Les analyses publiées dans la rubrique Opinions constituent des contributions aux débats. Elles n’engagent pas la responsabilité de la rédaction du site.

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[1] Office for National Statistics (ONS).

[2] Indice mensuel de la fédération patronale CBI (Confederation of British Industry) mesurant les commandes en carnet.

[3] ONS.

[4] Étude de juin 2019 du cabinet PitchBook.

[5] Forbes, décembre 2017.

[6] ONS.

 

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De Bruxelles, Thierry Breton demande à Emmanuel Macron de tenir bon sur les retraites

Par pierre

Dans une interview sur Europe 1, le nouveau Commissaire européen, ancien patron de grandes firmes, insiste pour que soient réalisées les réformes que l’exécutif européen juge nécessaires

On ne saurait trop remercier nos confrères d’Europe 1. Ceux-ci ont eu l’idée lumineuse, ce lundi 9 décembre, d’inviter le tout frais Commissaire européen chargé du marché unique, de la politique industrielle, du numérique, et de quelques autres dossiers.

Thierry Breton allait donc pouvoir nous donner le point de vue de Bruxelles sur la réforme des retraites prévue par le gouvernement français. On attendait le verdict avec angoisse. Le suspense était total. Dès les premiers mots du Commissaire, cependant, le maître de l’Elysée – qui l’a proposé pour le poste, il est vrai en second choix après les malheurs de Sylvie Goulard – a dû pousser un immense soupir de soulagement : celui qui était, il y a quelques semaines encore le patron de la grande firme de services informatiques Atos, après avoir dirigé Bull, Thomson puis France Télécom, sans compter un détour ministériel par Bercy, n’a pas apporté son soutien aux grévistes.

« On espère qu’on saura trouver les moyens pour mener à son terme » la réforme – Thierry Breton

Au contraire : « je pense à toutes celles et ceux qui sont en difficulté ce matin », a-t-il lâché. En prononçant cette phrase sublime, M. Breton, même délocalisé dans la capitale de l’UE, ne songeait pas aux ministres du gouvernement français, mais voulait montrer son empathie avec les souffrances de son propre peuple. Et d’ajouter : « on espère qu’on saura trouver les moyens pour mener à son terme » ladite réforme.

Précision : le premier « on » se rapporte manifestement à la Commission européenne ; le deuxième, aux autorités françaises dont « on » attend qu’elles ne faiblissent pas face aux privilégiés du secteur public qui prennent les malheureux usagers – ou plutôt les clients – en otage.

Et Thierry Breton d’étayer sa pensée : « la Commission européenne juge nécessaires toutes les réformes qu’il faut mener sur l’ensemble du continent, et notamment celle-ci ». On n’en voudra pas au jeune Commissaire une formulation finement pléonastique (« la Commission juge nécessaires toutes les réformes nécessaires »), car on a compris l’essentiel : à Bruxelles, sur les « réformes structurelles », on ne relâche rien. Et surtout pas la pression sur les capitales qui sont sommées de ne pas flancher.

PNR

Même installé dans un bureau qui sent encore la peinture fraîche (on l’imagine), l’homme n’a pas mis longtemps à se familiariser avec l’ensemble des dispositifs communautaires visant à guider les Etats membres, tout particulièrement ceux de la zone euro, dans la politique économique à mener. Ainsi, le Programme national de réforme (PNR) qui résume les engagements annuels de Paris vis-à-vis de l’Union européenne, et dont la dernière copie fut remise à Bruxelles en avril 2019, stipule notamment : « l’accès à l’emploi et la revalorisation du travail constituent une priorité, en réformant le marché du travail et en réduisant les charges, en revalorisant les revenus d’activité, et en modernisant les systèmes d’assurance chômage et de retraite ».

Dans le sabir anglo-saxon transposé en français, on appelle cela une feuille de route. Et les autorités françaises sont en ordre de marche – c’est du moins ce que veut croire M. Breton qui affiche ainsi son optimisme : Emmanuel Macron est « vu de Bruxelles, quelqu’un qui a commencé à réformer en profondeur le pays », et jouit de « beaucoup de confiance » au sein de l’exécutif européen.

Il va sans doute en avoir besoin.

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Le grand retour du cinéma politique ?

Par Grégoire

Du dernier film de Costa-Gavras à celui d’Olivier Assayas (Cuban Network, programmé pour janvier – affiche ci-dessus), le film politique retrouve sa place sur les écrans français.

Par Serge Regourd, professeur émérite à l’Université de Toulouse 1-Capitole.

Au cours de la période récente, la programmation cinématographique s’est caractérisée par un retour sur les écrans d’un certain nombre de films fondés sur un propos clairement politique, de critique de la société néolibérale contemporaine.

Pour s’en tenir au seul cadre du cinéma français, la tradition du film politique a été, voici quelques décennies, importante autour, en particulier, des films de Costa-Gavras ou d’Yves Boisset. Mais cette tradition a connu un profond reflux au profit d’un cinéma dominé, d’une part, par les logiques proprement commerciales de distraction grand public et, d’autre part, d’un courant cinéphilique, un peu autistique, axé sur les heurs et  malheurs de la petite – ou plus grande – bourgeoisie, des beaux quartiers ou des bobos, de préférence parisiens. De telle sorte que les analyses de l’école de Francfort, en particulier celles d’Adorno, pouvaient tourner à plein régime, illustrant la dégénérescence de la pensée critique à l’heure des médias de masse, au profit d’une pseudo-culture de pur divertissement.

Encéphalogramme politique plat

Le cinéma se manifestant, selon les études statistiques, comme la première pratique culturelle des Français, après la télévision, il était loisible d’établir une articulation – sinon une relation de cause à effet – entre le cours du temps marqué par les tendances à l’individualisme, au sauve-qui-peut, à l’acceptation implicite des dogmes mortifères de la concurrence sans rivage et de la performance managériale s’imposant dans toutes les strates de la régulation sociale, et l’encéphalogramme politiquement plat du cinéma français et européen.

Un cinéma dit d’auteur dont l’imaginaire ne dépasse guère les limites du 7ème arrondissement parisien

Certes, quelques francs-tireurs continuaient régulièrement à brosser le tableau éprouvant du saccage social opéré par les politiques néolibérales, détruisant les liens de solidarité collective, brisant des vies, à l’image de l’infatigable Ken Loach. Mais ces films n’apparaissaient que comme autant de petits canots de sauvetage, éparpillés dans la grande mer de l’industrie du divertissement, dans les marges du vaisseau amiral, compartimenté entre les vestibules de la pure distraction, jusqu’à ses limites les plus affligeantes selon la figure des Tuches, et les salons d’un cinéma dit d’auteur dont l’imaginaire ne dépasse guère les limites du 7ème arrondissement parisien.

Il n’est, peut-être, pas totalement fantaisiste de penser que, de manière évidemment non concertée, mais concomitante, le réveil d’une certaine conscience politique et sociale incarnée par le surgissement imprévu des Gilets jaunes, trouve, selon d’autres voies, un écho en termes de retour d’un cinéma authentiquement politique.

Le cinéma selon Lénine et Roosevelt

Ce cinéma politique apparaît alors lui-même comme un véhicule, sinon un élément, de gestation d’une pensée critique, au sens selon lequel Lénine définissait le septième art comme l’art le plus important pour l’URSS nouvelle, et selon lequel encore, dialectiquement, Roosevelt quelques années plus tard, concevait la conquête des esprits comme préalable à la conquête des marchés : envoyez les films, les produits suivront…

Selon une approche moins conjoncturelle, et plus générique, Gramsci démontra de manière lumineuse comment les défaites politiques sont d’abord des défaites culturelles et sans trahir sa pensée, des défaites de l’imaginaire, domaine dans lequel le cinéma occupe une place centrale.

Conditions d’une renaissance

S’agissant d’avancer l’hypothèse du retour d’un cinéma de critique politique, il convient que plusieurs éléments soient conjointement réunis afin de dépasser la simple situation des petites productions éparses. Car, comme le dit l’adage populaire, une hirondelle ne saurait faire le printemps. Au cours de la période actuelle, ces éléments paraissent bien coagulés avec la prégnance d’un certain nombre de films cumulant la qualité de films d’auteurs, c’est-à-dire d’œuvres bâties sur un point de vue, le succès critique, la reconnaissance médiatique et l’ambition d’un large public sur le terrain même capté par le cinéma proprement commercial.

Nous ne mentionnerons que de manière incidente le J’accuse de Polanski. Son sujet et son traitement sont, certes, de nature politique mais son identité historique ne saurait être confondue avec les narrations politiques des temps présents.

Dans ce mouvement, prennent place les dernières réalisations de ceux qui, précisément, n’ont jamais renoncé à leur assise politique dans un contexte global défavorable. Il s’agit pour eux de poser la question politique à partir de ses traductions sociales, à partir du quotidien meurtri, abîmé, déshumanisé, des gens d’en bas, victimes des conséquences des choix politiques n’obéissant plus qu’aux normes des eaux glacées du calcul égoïste.

Avec l’uberisation, l’exploitation capitaliste connaît une étape nouvelle au regard de laquelle le salariat fait figure de presque paradis

L’on y retrouve Ken Loach dont le titre du dernier film pourrait être le sous-titre du discours officiel de ceux qui nous gouvernent à l’égard du plus grand nombre des gouvernés : Sorry, we missed you (désolé, on vous a oublié). Traduction courtoise en quelque sorte des propos abjects d’un président de la République en exercice qui ose désigner nombre de ses concitoyens comme ceux qui ne sont rien. Avec l’uberisation, l’exploitation capitaliste connaît une étape nouvelle au regard de laquelle le salariat fait figure de presque paradis, de zone en tout cas de sécurité, sinon de confort. Une étape, comme le donne à voir le film de Ken Loach, de négation de la dignité de la personne humaine, de maillon intermédiaire entre salariat et esclavage moderne.

Les ravages de la précarisation, portant délitement du sentiment de solidarité entre les faibles, perte de toute conscience de classe et empressement à se jeter sous la table de festin des dominants pour en récupérer des miettes avec délectation, sont au cœur du dernier film de Robert Guédiguian, Gloria Mundi. Dans quel monde vivront nos enfants au rythme de l’actuelle déflagration sociale ? La question, en forme de déploration blessée, vaut lancement d’alerte politique, d’impératif catégorique de prise de conscience car la mort des apprentis businessmen est au bout du chemin. Comme métaphore de mort sociale de ce qu’il est encore convenu de nommer l’humanité.

Les Misérables constitue un véritable coup de poing dans la gueule des représentations convenues

Selon une autre approche, Les Misérables, premier film de Ladj Ly, cinéaste autodidacte des cités de Montfermeil, constitue un véritable coup de poing dans la gueule des représentations convenues d’un certain cinéma français usurpant sans vergogne les atours détournés de l’exception culturelle. Film hautement politique sur le délabrement avancé du tissu républicain, le surgissement sauvage de modalités de lutte des classes dépourvues de conscience de classe, l’éclatement communautaire, produit du déchaînement aveugle du néolibéralisme, préfigurant la menace d’un nouveau Léviathan selon lequel l’homme est un loup pour l’homme.

Panique dans la Macronie

Cette cécité de ceux qui nous gouvernent, ayant jeté aux orties les missions supposées légitimer leurs pouvoirs – liberté, égalité, fraternité –, explique, selon les informations parues dans les gazettes, que découvrant ce film, le susvisé président de la République, aurait conjointement découvert l’état désastreux des territoires abandonnés de la République – le propre d’un film politique permettant le dessillement des moins préparés – et demandé à ses ministres de proposer quelques solutions d’urgence… Le film, primé au dernier Festival de Cannes, représentera la France dans la course aux Oscars. Tout un symbole sur le retour du cinéma politique.

Mais au-delà de ces films, parmi les plus représentatifs de ce qui veut être signifié ici, témoignant des conséquences sociales de choix politiques, plusieurs autres films correspondant aux critères précédemment évoqués, expriment plus directement ce retour au politique en termes institutionnels.

La Mafia, figure ultime du capitalisme

Ce pourrait être déjà le cas de l’admirable dernier film de Bellochio, Le traître, contant l’histoire du repenti de Cosa Nostra, Buscetta, tant il montre l’interpénétration entre le crime organisé et une partie de la classe politique italienne, en forme de parabole selon laquelle la figure ultime de la jungle capitaliste pourrait bien s’incarner dans l’entreprise mafieuse elle-même, alors débarrassée des derniers oripeaux des contraintes juridiques, comme hyperbole d’un marché libre et non faussé.

Il ne s’agit encore que d’un spectre menaçant, né avec les règles du droit de la concurrence, mais les dégâts déjà produits par celui-ci dans le cadre de l’Union européenne ne sauraient être sous-évalués. Tel est le sujet du dernier film de Costa-Gavras, Adults in the room, à partir du sort infligé à la Grèce.

Une nouvelle tragédie grecque

L’adaptation du livre de l’ancien ministre de l’économie Varoufakis, décrivant les cruelles déconvenues subies par les espoirs politiques non conformes à la doxa libérale, montre, hélas, de manière implacable, à quel point les gouvernants européens, et plus fondamentalement le système dont ils sont les officiants, se moquent éperdument des choix démocratiques des peuples concernés.

Figure de Janus : les conséquences sociales montrées par Guédigian correspondent bien, sur l’autre face, aux causes politiques montrées par Costa-Gavras, annihilant les résultats d’un référendum exprimant pourtant sans ambiguïté les attentes du peuple grec. Expression démocratique aussitôt foulée aux pieds par les dirigeants de l’Union Européenne pour non-conformité aux principes libéraux inscrits dans le marbre des traités non renégociables de l’Union Européenne. De telle sorte que les consultations populaires tendent à devenir un théâtre d’ombres, une cour de récréation dans laquelle s’ébrouent les diverses filiales politiques du système et de supposés opposants réduits à une verbalisation velléitaire, en violation de la définition même de la démocratie, et clin d’œil cynique de l’Histoire, ce au sein même de son berceau athénien.

De Saint-Germain-des-Prés à Cuba

Cette incontestable vague de cinéma politique sera-t-elle pérenne et pourra-t-elle avoir un effet politique dans le champ culturel ? Il apparaît en tout cas, pour conclure sur une note d’espoir, que certains cinéastes parmi les plus représentatifs de la tendance lourde précédemment évoquée, paraissent eux-mêmes être concernés.

Ainsi, en particulier du dernier film d’Olivier Assayas, Cuban Network qui se présente comme la parfaite antithèse de son calamiteux film précédent (Doubles vies), caricature extrême du petit univers germanopratin de l’édition. Comme touché par la grâce de la rédemption politique, son dernier film (sortie prévue en janvier), se présente comme une passionnante enquête sur l’épopée des responsables politiques cubains exfiltrés en Floride pour conjurer les périls des menées terroristes de l’extrême droite américaine, discrètement soutenue par le Département d’Etat. La relation entre Cuba et les États-Unis y est l’objet d’une analyse politique en forme de divine surprise.

 

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Démondialisation : vers un retour à la souveraineté ?

Par Grégoire

Alors que, ce 5 décembre, se forme un mouvement social marquant et que l’ébranlement des Gilets jaunes est toujours sensible, Jacques Sapir montre ici à quel point la démondialisation doit être comprise comme le retour de la souveraineté du peuple.

Par Jacques Sapir, économiste, spécialiste de la Russie et des questions monétaire

Lors de la rédaction de mon ouvrage La Démondialisation en 2011(1), il était déjà possible de percevoir les signes d’une crise de la mondialisation. Le constat que l’on peut tirer des dix dernières années est que cette mondialisation, ou globalisation, a engendrée de profondes forces de contestation, dont la puissance n’a cessé de croître. Nous percevons mieux encore aujourd’hui un élément incontestable de ce phénomène : la mondialisation est contradictoire à l’existence même de la démocratie.

Ce n’est pas le seul problème que cette mondialisation soulève : les questions de développement économique, celles concernant l’environnement et les problèmes sociaux multiples que les pays, qu’ils soient développés ou non, connaissent, sont les fruits amers de la mondialisation. Ils ont provoqué de véritables fractures, tant économiques que sociales, tant sociales qu’écologiques, dans les pays du « centre » du système économique capitaliste tout comme dans les pays de la « périphérie ». Mais le fait nouveau auquel nous sommes aujourd’hui confrontés est bien la crise de la démocratie, la crise des systèmes politiques engendrées par la mondialisation. En un sens, le mouvement des Gilets Jaunes, qui a ébranlé jusqu’au plus profond la société française depuis le mois de novembre 2018, en est le produit.

Accélération de la démondialisation

Les événements qui constituent la trame de cette démondialisation ont pu s’étaler sur une période assez longue. Il en va ainsi de la paralysie qui a gagné l’OMC et le « cycle de Doha » au début des années 2010. D’autres événements se sont produits sur un laps de temps plus court. On peut considérer que la période qui va de 2016 à 2018 a été à cet égard particulièrement fertile. Ainsi, le Brexit reste un ébranlement majeur dans la zone de l’Union européenne. Donald Trump a, quant à lui, signifié la fin des accords de libre-échange discutés depuis plusieurs années, comme le TAFTA (2), et a renégocié le traité avec le Canada et le Mexique (ALENA) (3). Le processus de démondialisation s’est donc accéléré. Il a été marqué par la stabilisation puis la baisse de la part des échanges, que ces derniers soient mesurés en volume ou mesurés en pourcentage du PIB mondial.

Graphique 1

https://www.les-crises.fr/wp-content/uploads/2019/02/00-00-Gr.jpgSource : UNCTAD, Handbook of Statistics 2018 – International merchandise trade,

Ce mouvement ne pouvait être encore perçu dans les années 2010-2011. Le montant des exportations est ainsi passé de 6 100 milliards de dollars américains à 16 100 milliards de 2001 à 2008 soit une augmentation de 2,6 fois. Mais de 2008 à 2017, ce montant est passé de 16 100 à 17 700 milliards, soit une augmentation de seulement 10%, inférieure de fait à celle du PIB mondial. Le ressort semble donc cassé.

Graphique 2

Source : FMI (base de données) 

La baisse du pourcentage de ces exportations mondiales rapportées au Produit intérieur brut mondial (PIB) indique clairement que le poids du commerce international dans la richesse mondiale est lui-même en train de baisser. En clair : une part croissante de la richesse est produite en réalité pour alimenter les marchés intérieurs des divers pays.

Le G7, qui s’est réuni en août 2019, ne peut plus, que ce soit dans son format actuel, ou que ce soit sur ses principes de constitution, être la plate-forme qui impulse et dirige l’économie mondiale. Il n’en a pas, d’ailleurs, la légitimité. Il a beaucoup perdu de son importance économique. Après avoir dépassé le 65% du PIB mondial à la fin des 1980 et dans les années 1990, et s’être un temps élargi à la Russie pour devenir le G8, son poids est tombé aujourd’hui nettement sous les 50%. Et il y a un lien évident entre cette perte de légitimité et cette perte d’influence dans le PIB mondial. De fait, quand le G7 a expulsé la Russie en 2014 (4), il a probablement signé son acte de décès.

En tentant de transformer ce qui devait être un forum en un club politique, les pays occidentaux ont montré leur incapacité à saisir le renouvellement du monde. Il est d’ailleurs intéressant que la Russie ne soit pas intéressée par un retour au G7 (5). Elle tire les leçons des transformations de l’économie mondiale de ces quinze dernières années et entend privilégier le G-20, comme l’indique Serguey Lavrov : « au sein du G20, les ultimatums ne marchent pas et vous avez besoin de parvenir à des accords (…) Je pense que c’est le format le plus prometteur pour l’avenir ».

Cette idée de la multipolarité du monde se combine alors avec une vision claire du rôle de la souveraineté (6).

Fragmentation de l’espace économique mondial

Mais, ce qui frappe aussi aujourd’hui est que les pathologies politiques engendrées par la mondialisation ont atteint un point de rupture. Nous le constatons en France et dans les pays voisins.

Nous le constatons aussi dans le pays qui se présentait comme le cœur même du processus de mondialisation, les Etats-Unis (7). Avec l’élection de Donald Trump, ces derniers ont tourné le dos aux accords multilatéraux dont ils s’étaient pourtant faits les champions durant des décennies. Ils ont engagé une négociation bilatérale globale avec la Chine, reconnaissant de fait que les Etats, les autres Etats qu’eux-mêmes, comptaient bien. Plus indirectement, à travers la politique des sanctions économiques dont ils usent et abusent (et cela en réalité depuis une période bien antérieure à l’élection de Donald Trump), ils accélèrent la fragmentation de l’espace économique mondial. La démondialisation est ainsi passée du stade de possibilité, de virtualité, à celui de fait ; puis elle est passée de celui de fait à celui de fait majeur. Les signes d’un épuisement du processus, mais aussi d’une remise en cause de ce dernier s’accumulent. Le retour au premier rang des nations comme acteurs politiques s’impose (8).

La « mondialisation » n’a jamais interrompu les guerres 

Certes, on parle aujourd’hui de risques de guerre à l’échelle mondiale. Et il est vrai que les tensions géopolitiques se sont accrues. Mais, elles traduisent plus la volonté de certains Etats de maintenir des cadres de la démondialisation que l’inverse. En réalité, la « mondialisation » n’a jamais interrompu les guerres. Ces dernières années, que ce soit dans les Balkans, en Afrique, au Moyen-Orient, la « mondialisation » s’est accompagnée de conflits violents, certains mettant en présence des armées régulières et d’autres faisant intervenir des forces dites « irrégulières ». Ces conflits armés ont même été précipités par la « mondialisation ».

Les intérêts des grandes entreprises et des Etats, la volonté dans certains cas de s’assurer un monopole de ressources – sur le pétrole mais aussi sur les terres rares (9) – pour utiliser ce monopole dans le cadre d’un commerce « mondialisé », tout cela a précipité des millions et des millions de femmes, d’hommes et d’enfants dans les horreurs des guerres et des guerres civiles (10).

Le fait justement que le commerce soit « mondialisé » induit un nouveau degré dans la concurrence mais implique aussi de nouveaux espoirs de profits. Ces deux éléments jouent bien souvent un rôle décisif dans la décision d’entrer en conflit armé ou de susciter, en exploitant telle ou telle revendication, ce conflit armé. Le navire marchand fut en permanence précédé du navire de guerre… Le commerce et la « mondialisation » ne sont pas des alternatives aux conflits, mais la forme particulière qu’ils prennent dans un contexte donné.

A l’ordre glacé de la guerre froide n’a succédé aucun système stable organisant les relations entre les nations

Cela devrait nous faire comprendre que nous vivons une période dangereuse car, à l’ordre glacé de la guerre froide n’a succédé aucun système stable organisant les relations entre les nations. La volonté de certains de remettre en cause la souveraineté des nations a durablement déséquilibré le cadre des relations internationales. Comme le dit Hamlet : « This time is out of joint », « ce temps est hors de ses gonds » (11).

Dans ce cadre, qu’appelle-t-on aujourd’hui la « démondialisation » ? Certains confondent ce terme avec une interruption volontaire ou fortuite des flux d’échanges à l’échelle de la planète. Ils confondent ainsi un protectionnisme, qui peut être amplement justifié dans la théorie économique, et la pratique de l’autarcie qui, elle, bien souvent est annonciatrice de guerres. Ils se trompent aussi sur la nature du lien qui lie la croissance du PIB à l’échelle mondiale et le volume des échanges. Rappelons ici que c’est la croissance du PIB qui tire les échanges et non les échanges qui tirent le PIB. Mais, surtout, ils oublient que ces échanges, échanges de biens, de services, mais aussi échanges culturels voire échanges financiers, sont bien plus anciens que le phénomène nommé « mondialisation » ou « globalisation ». Car la « mondialisation » pour ne garder que ce seul mot, ne se réduit pas à l’existence de ces flux.

Reprise en main par les Etats

Ce qui avait fait émerger le phénomène de la mondialisation et l’avait constitué en « fait social » généralisé était un double mouvement. Il y avait à la fois la combinaison, et l’intrication, des flux de marchandises et des flux financiers, ET le développement d’une forme de gouvernement (ou de gouvernance) où l’économique semblait l’emporter sur le politique, les entreprises sur les Etats, les normes et les règles sur la politique. Or, sur ce point, nous ne pouvons que constater une reprise en mains par les Etats de ces flux, un retour victorieux du politique. Ce mouvement s’appelle le retour de la souveraineté des Etats.

Or, la souveraineté est indispensable à la démocratie (12). Nous avons des exemples d’Etats qui sont souverains mais qui ne sont pas démocratiques, mais nulle part on a vu un Etat qui était démocratique mais n’était pas souverain.

Cette reprise en main s’accompagne aussi d’une insurrection des peuples contre les effets de la « mondialisation », insurrection qui va aujourd’hui du Chili au Liban, en passant par cette « vieille » Europe avec le Brexit et le mouvement des Gilets jaunes. Cette insurrection peut prendre des formes très diverses. Ce qui se produit cependant, c’est bien la révolte d’une population qui a été paupérisée par le « mondialisation » – un phénomène qui avait été analysé il y a plus de dix ans (13).

Une population qui se sent aussi humiliée et dépossédée par ce processus de sa capacité à décider de sa vie. On a beaucoup dit, et avec raison, que le mouvement des Gilets jaunes correspondait à une révolte de la France périphérique, un concept popularisé par un géographe, Christophe Guilluy (14). Mais, et ce point en dit long sur la profondeur de ce mouvement, il a aussi lancé des passerelles vers d’autres catégories sociales qui, tout comme cette France périphérique, souffrent de la mondialisation.

La démondialisation sera donc le grand retour du politique sur le « technique », de la décision souveraine sur l’automaticité des normes.

En France, il est très instructif de voir comment les revendications des Gilets Jaunes se sont développées d’une révolte antifiscale au départ à une remise en cause de l’injustice fiscale, puis à une remise en cause de la structure économique qui maintient les salaires et les revenus de la majorité au plus bas, et enfin à une remise en cause du cadre politique avec des revendication comme celle du référendum d’initiative citoyenne, voire avec la demande de démission du président de la République.

La démondialisation sera donc le grand retour du politique sur le « technique », de la décision souveraine sur l’automaticité des normes. Or, le « technique » s’incarne aujourd’hui principalement dans l’économique et le financier. La démondialisation est donc fondamentalement le retour de la souveraineté.

Être souverain, c’est avant tout avoir la capacité de décider (15), ce que Carl Schmitt exprime aussi dans la forme « est souverain celui qui décide de la situation exceptionnelle » (16). Sur cette question de la souveraineté, il ne faudra donc pas hésiter à se confronter, et pour cela à lire Carl Schmitt (17), si l’on veut espérer avoir une intelligence du futur. Car, la question du rapport de la décision politique aux règles et aux normes, et donc la question de la délimitation de l’espace régi par la politique et de celui régi par la technique, est bien constitutive du débat sur la souveraineté (18).

L’économique au service de la politique

Non que les raisonnements économiques et financiers soient amenés à perdre toute importance. De fait, la prise en compte des éléments économiques du pouvoir et de la souveraineté fait partie intégrante du processus de démondialisation. Non qu’il n’existe non plus, dans nos sociétés, des espaces régis par l’ordre technique, ou du moins des espaces dominés par la légitimité technicienne. Mais, ces dimensions deviendront désormais secondes par rapport au politique, qui recouvrera ses droits. L’économique et le financier redeviendront des instruments au service du politique. Et, avec ce retour en force du politique, nous pourrons avoir celui de la démocratie, d’un ordre qui tire sa légitimité non du marché mais du peuple, qui est mis au service des intérêts du peuple, et qui se matérialise dans le pouvoir du peuple.

La phrase de Lincoln (19), prononcée dans sa célèbre Adresse de Gettysburg le 19 novembre 1863 qui commémorait l’une des plus terribles et des plus sanglantes bataille de la guerre de Sécession(20), « du peuple, pour le peuple, par le peuple » va retrouver tout son sens.

La démondialisation, doit donc être comprise comme le retour de la souveraineté. La souveraineté des Nations bien sûr, que l’on avait analysée dans un ouvrage de 2008 (21), mais aussi la souveraineté du peuple, qui s’y exprime, car cette souveraineté doit prendre la forme en démocratie véritable (et non en démocratie formelle) de la souveraineté du peuple. C’est pourquoi la démondialisation doit être regardée comme positive, car elle implique cette réaffirmation de la souveraineté qui rend possible la démocratie. Elle détermine ainsi le contexte des futurs combats politiques.

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[1] Sapir J., La Démondialisation, Paris, Le Seuil, 2011.

[2] https://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique-nord/trump-va-enfoncer-un-premier-coin-dans-les-traites-de-libre-echange_1871797.html

[3] https://www.lemonde.fr/international/article/2018/12/02/donald-trump-veut-mettre-fin-a-l-alena-rapidement_5391562_3210.html

[4] http://www.lefigaro.fr/international/2014/03/24/01003-20140324ARTFIG00370-g7-la-russie-exclue-du-club-des-puissants-apres-l-annexion-de-la-crimee.php

[5] https://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/la-russie-ne-compte-pas-reintegrer-le-g8_2015762.html

[6] https://fr.sputniknews.com/international/201806061036682564-poutine-russie-souverainete/

[7] Page, B et Gilens, M, Democracy in America: What Has Gone Wrong and What Can be Done About It, Chicago, IL, University of Chicago Press, 2017; Domhoff, W, The Power Elite and the State, Londres, Routledge, 2017.

[8] J’en avais rendu compte dans Sapir J., Le Nouveau XXIè Siècle, le Seuil, Paris, 2008.

[9] Voir le cas de la guerre du Kivu, Autesserre S.,« Penser les Conflits Locaux: L’Echec de l’Intervention Internationale au Congo, » in L’Afrique des Grands Lacs : Annuaire 2007-2008, Paris: L’Harmattan, pp. 179 – 196, 2008.

[10] Voir par exemple Lavergne M., Darfour : impacts ethniques et territoriaux d‘une guerre civile en Afrique

[11] Hamlet, Acte 1, scène 5.

[12]  Sapir J., Souveraineté, Démocratie, Laïcité, Paris, Michalon, 2016.

[13] Voir Bivens J., “Globalization, American Wages, and Inequality” Economic Policy Institute Working Paper, Washington DC, Septembre 6, 2007 ; Irwin G., “Growing Inequality in the Neo-liberal Heartland,” in Post-Autistic Economics Review, 43 15 Septembre 2007, pp. 2–23.

[14] Guilluy C., La France périphérique : Comment on a sacrifié les classes populaires, Paris, Flammarion, coll. Champs, 2015.

[15] Schmitt C., Légalité, Légitimité, traduit de l’allemand par W. Gueydan de Roussel, Librairie générale de Droit et Jurisprudence, Paris, 1936; édition allemande, 1932.

[16] Schmitt C., Théologie politique, Paris, Gallimard, 1988., p. 16.

[17] Balakrishnan G., The Ennemy: An intellectual portait of Carl Schmitt, Verso, 2002. Voir aussi Kervégan J-F, Que Faire de Carl Schmitt, Paris, Gallimard, coll. Tel Quel, 2011.

[18] Voir Sapir J., Les économistes contre la démocratie – Les économistes et la politique économique entre pouvoir, mondialisation et démocratie, Albin Michel, Paris, 2002.

[19] https://www.citation-du-jour.fr/citation-abraham-lincoln/democratie-gouvernement-peuple-peuple-peuple-13727.html

[20] Pour un commentaire sur ce discours et sa signification tant politique que symbolique, voir Perry R.B., « La Conscience américaine », in Revue de métaphysique et de morale, Société française de philosophie, vol. 29, no 4,‎ 1922.

[21] Sapir J., Le Nouveau XXIè Siècle, op.cit..

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Le double langage de la Charte européenne des droits fondamentaux

Par Grégoire

Ferme sur la libre concurrence en économie, faible sur les droits sociaux : la Charte européenne des droit fondamentaux « fête » ses dix ans d’application.

Par Marie-Françoise Bechtel, vice-présidente de la fondation Res Publica

Parmi les bonnes fées qui se penchent sur les berceaux des peuples, européens il en est une qui fête ces jours-ci son anniversaire : la Charte européenne des droits fondamentaux. Négociée en marge du traité de Nice (2000), elle devait à l’origine apparaître dans toute sa gloire dans la défunte « Constitution européenne », brillant au fronton de ce grand œuvre. Pouvait-elle s’éteindre avec cette « Constitution » mort-née ? Impossible, ont pensé ses créateurs. Dès lors que la session de rattrapage était ouverte, il fallait nécessairement que la Charte en fût : n’apportait-elle pas, à elle seule, cette garantie de progrès vers le bonheur futur des peuples quoique ces derniers, par quelque malentendu incompréhensible, aient rejeté la Constitution ?

C’est ainsi que le Traité de Lisbonne a donné valeur obligatoire à la Charte depuis son adoption le 1er décembre 2009. Alors, dix ans de bons et loyaux services ?

A vrai dire, cette célébration risque d’être bien moins flatteuse que n’auraient pu l’espérer les pères de la Charte

Un colloque universitaire[1] sera très prochainement consacré au grand évènement qu’est nécessairement ce dixième anniversaire. A vrai dire, cette célébration risque d’être bien moins flatteuse que n’auraient pu l’espérer les pères de la Charte. On lit ainsi dans la présentation du colloque que « l’hypothèse pourra être confirmée ou infirmée (que) le bilan est mitigé ». Les participants sont invités à explorer « les domaines dans lesquels la Charte a eu une influence visiblement significative comme ceux dans lesquels les espoirs suscités par son invocation ont été déçus ».

Explorer ? Explorons !

La Charte se présente comme un texte ambitieux. Il est certes compliqué, pour ce qui est de son articulation, par les droits déjà proclamés avec libéralité dans la Convention européenne des droits de l’homme – sans parler de la redondance des deux textes… Mais quand on aime on ne compte pas. Pourtant, la Charte ne s’en veut pas moins l’aile avancée des progrès futurs non de l’esprit humain mais de l’esprit européen.

Pas d’avancée vers l’égalité réelle

Notons d’emblée ce que quelques critiques impénitents avaient souligné dès 2005 [2] l’inaptitude radicale de la Charte à faire progresser le droit par des avancées vers cette égalité réelle que l’on opposait jadis aux « libertés formelles ». Il n’était en effet que de lire le texte pour y voir la différence de traitement entre d’une part les droits « formels » – liberté de presse, d’opinion, de réunion, etc. – hardiment imposés à des pays qui, tel le nôtre, les avaient inscrits dans la loi depuis plus d’un siècle – et, d’autre part, les droits économiques et sociaux – droit au travail, à la sécurité professionnelle, à la protection contre le licenciement abusif, conditions de travail justes et équitables. Ces derniers, loin de figurer, comme les précédents, au fronton des exigences directement applicables sont sèchement renvoyés « aux traditions et pratiques (sic) nationales ».

Tout est proclamation, rien n’a de consistance

Aucune avancée donc que ce soit dans la protection des travailleurs, sans parler des lénifiants « droits de l’enfant » sans portée et des droits des personnes âgées « à mener une vie indépendante et à participer (sic) à la vie sociale et culturelle ». Tout est proclamation, rien n’a de consistance. Et c’est également ainsi, dans un autre domaine, que ni la Pologne ni l’Irlande n’ont pu être contraintes par ladite Charte à adopter une législation permettant la libre disposition du corps humain, par la reconnaissance d’un droit à l’IVG : le texte, proclame en effet, dès son article 2, le « droit à la vie ». Des combats qui ont été menés dans ces deux pays, aucune trace et pour cause du rôle de la Charte : elle ne s’imposait pas au droit national. Quel progrès a-t-elle pu ainsi apporter aux droits fondamentaux ?

Nous sommes certes habitués avec cette Europe-là aux proclamations vertueuses et sans la moindre portée obligatoire, lorsqu’il s’agit des invocations rituelles dans les traités à la « solidarité », à l’« égalité » etc. Nous sommes aussi habitués, en contraste, aux règles de droit au contraire directement contraignantes lorsqu’il s’agit d’organiser le marché sur la base de la concurrence « libre et non faussée ». En ce sens le double langage de la Charte, qui, dans un même texte d’une cinquantaine d’articles, réunit avec art les libertés formelles surprotégées et des droits économiques et sociaux sans aucune consistance, est le témoignage le plus achevé de la schizophrénie institutionnelle européenne.

Refus du progressisme

On pourrait aller plus loin encore. Car s’il faut également, comme le proposent les organisateurs du colloque, tenter d’« identifier les domaines dans lesquels la Charte présente ou pourrait (sic) présenter une plus-value que cela soit sur un plan substantiel ou sur un plan procédural », l’honnêteté intellectuelle ne conduirait-elle pas tout aussi bien à s’interroger sur les moins-values ?

En voici une et non des moindres : la laïcité est sans existence aucune dans la Charte[3] ce qui revient à dire qu’il faut et qu’il faudra toujours combattre pour que cette dernière ne se solde pas, dans son application par les juridictions communautaires, par une régression.

La laïcité est en France, contrairement à d’autres pays, de valeur constitutionnelle : précisément la Charte était une belle occasion de la généraliser. C’est le contraire qui a été choisi car la Charte, dit son préambule, reconnaît les « traditions constitutionnelles communes aux Etats membres ». Un refus donc d’intégrer ce qu’il y aurait pu y avoir de plus progressiste dans telle ou telle Constitution. S’agissant de la laïcité, l’occasion a ainsi été perdue d’intégrer ce qu’aurait pu être l’apport d’un grand texte fondamental progressiste. Aucun supplément d’âme n’attend donc le lecteur attentif de la Charte.

Il ne reste plus qu’à attendre avec intérêt le colloque de Grenoble…

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[1] Université de Grenoble-Alpes colloque des 9 et 10 décembre 2019 consacré aux dix ans de la Charte

[2] Oser dire non à la politique du mensonge, Editions du Rocher 2005

[3] Qui reconnaît « la liberté de pensée, de conscience et de religion » en les mettant sur le même plan alors qu’en France la loi de 1905 fait de la liberté de conscience la matrice de la liberté de croire ou ne pas croire, surplombant ainsi la liberté de religion

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Wie sieht die Zukunft der Gelbwestenbewegung ein Jahr nach ihrem Beginn aus?

Par pierre

Ein Jahr nach Beginn des von niemand vorausgesehenen Aufstands, denkt der Pariser Vorsitzende der Gewerkschaft CGT über die Zukunft dieser Bewegung nach.

Von Benoît Martin, Generalsekretär der Gewerkschaft CGT (Confédération Générale du Travail) des Departements Paris.

Die Auslöser sind bekannt, vor allem die Frage der Kraftstoffpreise und insbesondere die inländische Verbrauchssteuer auf Energieprodukte. Dieses Problem ist auch ein Jahr später noch nicht gelöst. Autofahrer gelten nach wie vor als « dreckschleudernde Melkkühe ». Denn die Kraftstoffsteuern sind der Goldesel des Finanzministeriums. In den heutigen Zeiten der Mobilisierung für das Klima bleibt die Bestrafung des kleinen Verursachers eine vielversprechende politische Marktlücke. Aber niedrige Einkommen in Verbindung mit den zurück zu legenden Kilometern, die durch den Abbau von Arbeitsplätzen und öffentlichen Dienstleistungen erzwungen werden, bleiben eine unhaltbare Gleichung. Die von einer Sprecherin der Gelbwesten, Priscillia Ludosky, initiierte Petition « für eine Senkung der Kraftstoffpreise an der Pumpe » erhielt 1.256.000 Unterschriften. Ihre Forderungen haben die Menschen angesprochen, daher der Erfolg dieses Vorläufers der Gelbwestenbewegung.

Aber das ist noch nicht alles. Auch im Bereich der Steuerpolitik wurde die Abschaffung der Vermögenssteuer als unerträgliche Ungerechtigkeit angesehen. Dem schönfärberische Diskurs über die talentierten, wohlhabenden, genialen Erfinder und Arbeitsbeschaffer ist immer weniger glaubwürdig geworden. Und die ISF (Impôt sur la fortune, Vermögenssteuer) ist zu einem Katalysator für die Bewegung geworden.

Als aktives Mitglied der CGT sagte ich mir im Dezember 2018, dass die gewerkschaftlichen Steuerforderungen in den Parolen der Gelbwesten ein hervorragendes Echo gefunden hatten. Die CGT hatte in der Tat schon seit langem den Standpunkt vertreten, dass es notwendig sei, die Verbrauchssteuern zu senken und die Steuereinnahmen auf der Grundlage von Einkommen, Vermögen und Unternehmensgewinnen zu fördern. So einfach wie Guten Tag sagen und so effizient wie man es sich nur wünschen kann. Nur, dass ein großer Teil der Gewerkschaftsbewegung zu den Gelbwesten auf Distanz ging, obwohl objektiv die Forderungen ähnlich waren.

Ich dachte mir:  » Das ist der Pöbel, da bin ich dabei! « 

Auf den Kreiseln, deren Echo ich auf Facebook hörte, auf den Pariser Demonstrationen, an denen ich teilnahm, wurden das Thema Steuergerechtigkeit und der Wunsch nach einem bürgernahen und effizienten öffentlichen Dienst formuliert. Die Bewegung interessierte sich nicht nur dafür wie die Einnahmen des Staates zustande kommen, sondern auch dafür wie sie ausgegeben werden. Unter Proletariern und Kleinhandwerkern fand eine Bürgerdebatte über die Form des PLF (Projet de loi de finances, Finanzierungsgesetz) statt. Ich dachte mir: „Das ist der Pöbel, da ich bin dabei!“ (1). Mitte Dezember entschied der Generalausschuss der CGT-Abteilung des Departements von Paris, es sei angebracht, mit den Gelbwesten in Kontakt zu treten, um zu sehen, was wir gemeinsam tun könnten.

Die Bewegung der Gelbwesten ist in einer französischen Gesellschaft entstanden, die schlummern zu sein schien. Diese Gesellschaft ist jedoch von zunehmenden Ungleichheiten und vielfachem sozialem Abstieg betroffen. Achtzehn Monate vor Beginn der Gelbwestenbewegung schien sich die politische Landschaft jedoch neu formiert zu haben. Mit der Ausnahme, dass der neu gewählte Präsident der Republik die Kontinuität des Neoliberalismus verkörperte, nachdem sich jahrzehntelang die Linke wie die Rechte abwechselnd mit derselben Politik diskreditiert hatten.

Emmanuel Macron wurde von der Oligarchie gewählt, seine Politik ist die der Europäischen Union

Emmanuel Macron ist die Synthese seiner beiden Vorgänger; dieser Plutokrat wurde von der Oligarchie gewählt. Ihre Politik ist die der Europäischen Union; nichts Neues am Horizont… Doch am 23. Juni 2016 beschloss das britische Volk, die EU zu verlassen. Dieses wichtige Ereignis fand statt ein Jahr nachdem der damalige griechische Premierminister die Durchführung eines Referendums über die Sparpolitik Brüssels angekündigt hatte. Die Griechen wählten massiv gegen diese Sparpolitik – die wurde trotzdem durchgesetzt!

Der Rücktritt des Elysée-Bewohners ist heutzutage in Frankreich eine Forderung, die aus dem Volk kommt. Die Verantwortung und die Rolle der grossen Arbeitgeber wurden aber leider verschwiegen. Auf Emmanuel Macron wird mit dem Finger gezeigt, aber vergessen wir nicht Ursula Von der Leyen und Christine Lagarde!

Denn wo stossen die Forderungen nach höheren Löhnen, mehr Beschäftigung und öffentlichen Dienstleistungen auf Widerstand, wenn nicht an der EU-Mauer? Es ist sehr nützlich, die im Juni 2018 und im Juni 2019 ausgearbeiteten allgemeinen Grundzüge der Wirtschaftspolitik der EU für Frankreich zu lesen. Das ist sehr aufschlussreich. Privatisierung, Kürzung der öffentlichen Ausgaben, Steuererleichterung für die Reichen und die Unternehmen, Flexibilisierung des Arbeitsmarktes, Reform der Renten: Da steht das alles!

Eine Volksbewegung statt zwischengeschaltete Interessengruppen

Zur Demokratie, zu Fragen der Machtdelegation und zu den Zwischenorganen hat die Gelbwestenbewegung eine Fülle von sehr interessanten Vorschlägen gemacht, die Teil einer langen, auf die Zeiten der Monarchie folgenden Geschichte sind:

Anstelle von Gesetzen, die von gewählten Amtsträgern verabschiedet wurden, ein Volksreferendum (RIC) (2).

Eine Volksbewegung und keine zwischengeschalteten Interessengruppen.

Eine Botschaft, die von der Bewegung und nicht von einem Sprecher ausgeht.

Die wiedergefundene mitmenschliche Brüderlichkeit anstelle von Kandidaten für die Europawahlen….

Das vergangene Jahr wäre fast zu einem verfassungsgebenden Jahr geworden. Schade, dass dies nicht gelungen ist. Aber ich weiß, dass Gruppen von Gelbwesten weiterhin an diesen Themen arbeiten. Sich eine von Grund auf neue Verfassung auszudenken, kann dazu führen, dass theoretische Rechte von der Art wie die Präambel von 1946 unserer Verfassung, neu geschrieben werden, ja, dass sogar die Vorstellungen der Pariser Kommune wieder aufgenommen werden, und vielleicht sogar zu politischen Erneuerungen führen.

Was wird nun aus der Gelbwestenbewegung, gegen die die Regierung eine blutige Repression ausübt, weil sie um jeden Preis ihre Strukturreformen durchsetzen will? Zu erwarten ist sowohl kollektives als auch individuelles Handeln. Die Bewegung ist nicht am Ende. Sie wird ihre Aktionsmöglichkeiten diversifizieren. Es wird sicher radikale Formen von Engagement geben sowohl kollektive wie individuelle und es werden neue, kleinere Gruppen entstehen. Bäuerliche Gruppen, die sich sowohl des sozialen Abstiegs, dessen Opfer sie sind, bewusst sind, wie auch der Möglichkeiten, die ihnen ihr Land bietet, werden ihre assoziativen und genossenschaftlichen Erfahrungen vervielfachen. Einzelpersonen und Gruppen werden sich in den Kommunalwahlkampf einbringen. Andererseits, so sehr sich auch viele politische Parteien dafür entschieden haben, in die Bewegung einzutauchen, so wenige Gelbwesten werden sich dafür entscheiden, bei den Parteien mitzumachen. Das Entstehen einer politischen Partei, die die Gelbwesten vereint, ist unwahrscheinlich. Eine Form von « bunter und parteiloser Bewegung » wird sich durchsetzen.

Die Bewegung der Gelbwesten ist Realität. Sie ist nicht perfekt, aber trotz einer gewissen Desorganisation kann sie zielstrebiger und auf jeden Fall mutiger und subversiver sein als die meisten Unternehmungen dieser Art. Nichts desto weniger wird das Zusammengehen des gewerkschaftlichen Kampfes und der Bewegung der Gelbwesten entscheidend sein: Der Streik bleibt eine wichtige Waffe gegenüber Regierung und Arbeitgebern. Auch Verbände, die sich für die Verwirklichung von Grundrechten und die Erfüllung von Grundbedürfnissen einsetzen, sind ebenfalls willkommen. In der Zukunft stellen sich dann zwei wesentliche Fragen: die Formulierung eines Forderungskatalogs und die Ausarbeitung einer Strategie für die Bewegung.

Ich habe einige Meinungen in der Gelbwestenbewegung, bei der ich seit dem Anfang mitmache, wahrgenommen. Darunter welche, die gegen die Gewerkschaften sind, gegen Streiks, gegen Sozialversicherungsbeiträge!

Nach dem verpassten Schulterschluss mit der Gewerkschaftsbewegung, insbesondere am 1. Mai, könnte der 5. Dezember 2019 (3) der Beginn einer Periode der Vereinigung aller verfügbaren Kräfte sein auf der Grundlage eines gemeinsamen Forderungskatalogs einschließlich dem Ziel, die Regierung zur Aufgabe des Rentenreformprojekts zu bewegen?

(1) revolutionäres Lied, berühmt geworden durch die Pariser Kommune von 1871.

(2) Volksreferendum nach Initiative der Bürger (im Unterschied zum Präsidentenreferendum auf Initiative des Präsidenten, das es seit Beginn in der Verfassung der V. Republik gibt).

(3) Geplanter Streik gegen Rentereform, der massiv sein könnte

Die im Bereich „Meinungen“ veröffentlichten Analysen sind Diskussionsbeiträge. Sie stehen nicht in der Verantwortung der Redaktion.

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Comment l’Arabie saoudite fait son lobbying en France

Par Grégoire

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a recours à de multiples agences de communication dans l’Hexagone. Et peut compter sur la bienveillance du Quai d’Orsay.

(Seconde partie de l’analyse précédemment publiée, cette fois concernant plus particulièrement la France)

Par Pierre Conesa, ancien haut-fonctionnaire, auteur de Dr Saoud et Mr Djihad, La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite (Robert Laffont, 2016).

L’Arabie saoudite a singulièrement renforcé son lobbying à l’égard des pays occidentaux ces dernières années. Et le pays devrait utiliser la présidence du G20, qui se poursuivra jusqu’au sommet des dirigeants à Riyad les 21 et 22 novembre 2020, pour démultiplier les tentatives de séduction.

Dans ce cadre, l’Arabie saoudite déploie un réseau particulièrement actif en France. Aux yeux de Riyad, il s’agit d’un pays de second rang, surtout comparé aux enjeux économiques et militaires qui animent la relation avec les Etats-Unis. Pour autant, l’Hexagone attire toute l’attention du Prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS).

Notre pays est devenu le terrain de jeux concurrentiel, entre les influences opposées du Qatar (Frères Musulmans), des Emirats et de l’Arabie saoudite (salafisme). En avril 2019, Ali Bensaad dans un article, parle même de Françarabie comme il existe une Françafrique. Faut-il aller jusque-là ? Riyad n’ambitionne pas de convaincre l’opinion française et n’a pas besoin d’une communication massive. Ses cibles sont les sphères dirigeantes, les milieux patronaux et enfin les élites musulmanes.

Lobbying et autocensure

Il n’est pas évident de relever les points d’entrée de ce lobbying. Le parlementarisme français n’obligeant pas les lobbies à la transparence, certains liens contractuels peuvent être prouvés, mais d’autres sont plus informels. L’influence peut se traduire par de l’autocensure. D’autres liens relèvent davantage de logiques d’opportunités. La Haute autorité pour la transparence de la vie publique ne semble pas connaître les lobbies étrangers puisque son répertoire ne mentionne aucune des sociétés de communication et d’influence qui sont mobilisées sur ce sujet.

Une façon de maintenir les liens et la bienveillance de la France consiste à faire miroiter, en permanence, à ses dirigeants la signature d’importants contrats. Les décideurs politiques en visite, repartent ainsi avec une lettre d’intention annonçant la promesse de nouveaux contrats : Manuel Valls, à l’époque Premier ministre, avait ainsi pu annoncer 10 milliards de dollars à venir. La France n’est pas le seul pays sujet à cette tactique : Donald Trump s’était vu promettre 110 milliards de dollars. Mais en réalité, aucun achat ferme n’a suivi depuis.

Les annonces d’ambitieux projets destinés à l’après-pétrole sont régulières mais rarement suivies de réalisations

Pour les hommes d’affaires, les annonces de projet pharaoniques, calment les critiques : Neom, ville futuriste voulue par MBS, concentré de nouvelles technologies, coûterait entre 200 et 500 milliards de dollars. Les annonces d’ambitieux projets destinés à l’après-pétrole sont, elles aussi, régulières mais rarement suivies de réalisations. Peu importe que chaque monarque annonce sa Tech City qui jamais ne voit le jour, toute annonce permet d’entretenir des relations bienveillantes jusqu’à la prochaine promesse.

Et si ces partenaires, surtout lorsqu’ils ne sont que mineurs, ne jouent pas le jeu, la menace monte. En août 2018 L’Arabie saoudite annonce ainsi qu’il va vendre tous ses actifs canadiens quel qu’en soit le coût, selon le Financial Times. La raison : Ottawa avait osé critiquer l’arrestation de militantes féministes. Riyad a alors expulsé l’ambassadeur canadien et transféré des milliers d’étudiants et de patients saoudiens vers d’autres pays. La solidarité occidentale n’a pas joué. La France, dans cette situation de partenaire secondaire, n’est jamais à l’abri d’un geste d’humeur de Riyad.

Une constellation d’agences de communication

Pour valoriser son image, comme dans le reste du monde, l’Arabie saoudite s’appuie sur des entreprises de communication de tout ordre. Publicis est un partenaire essentiel sur l’ensemble du spectre, surtout depuis le rachat de Qorvis en 2012, agence responsable de l’action au Parlement européen. Les largesses saoudiennes ont également bénéficié à son concurrent Havas (groupe Vivendi) ou encore à Steele & Holt, cofondée par Sylvain Fort, qui fût conseiller en communication d’Emmanuel Macron. Autant d’activités qui, là encore, ne sont pas mentionnées, au registre du lobbying mis en place en 2017 sous l’autorité de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique.

MSL Brussels, autre filiale de Publicis, détient un contrat qu’elle souhaite garder secret. Parmi les services : la gestion de sites web et des réseaux sociaux dans la capitale de l’UE, l’organisation de rencontres avec des parlementaires européens et autres décideurs bruxellois, l’écriture d’éléments de langage, ou le placement dans les médias d’articles dépeignant le régime sous un jour favorable. Dans un article adressé aux médias, Adel bin Ahmed Al-Jubeir, ancien ministre des affaires étrangères, tente de justifier l’exécution de 47 personnes au titre de la lutte contre le terrorisme. L’article est intitulé : « Les Saoudiens combattent le terrorisme, ne croyez pas autrement ! ».

Des conseillers de tous horizons

Parmi les autres sociétés de relations publiques françaises, MBS a aussi eu recours à Image 7, le groupe fondé par Anne Méaux, qui fût notamment conseillère de François Fillon dans sa course malheureuse à la présidentielle. Ce contrat semble toutefois s’être terminé au milieu de l’année 2018. Edile Consulting (ELN Group) créée par Souid Sihem, ancienne policière, conseillère au cabinet d’Arnaud Montebourg est aussi à la manœuvre. Sollicitée après les attentats du 13 novembre, elle publie à compte d’auteur, une apologie intitulée « L’Arabie Saoudite, ce pays méconnu » et fait la publicité du Forum pour le dialogue des civilisations (KAICIID) créé par Riyad. Elle semble, elle aussi, avoir renoncé à ce contrat.

On compte parmi les influenceurs François-Aïssa Touazi. Ancien conseiller au cabinet de Philippe Douste-Blazy lorsqu’il était Ministre des Affaires Etrangères de 2005 à 2007, il a fondé CAP MENA, un think tank spécialisé sur les questions économiques et financières du monde arabe, et édité un livre confidentiel, « Le ciel est leur limite ». Il a organisé en mai 2018 un voyage, tous frais payés, de parlementaires, d’élus locaux, de journalistes, d’experts et d’anciens diplomates, mais sans rencontre avec des officiels de haut niveau. Responsable pour le Moyen-Orient du fonds de capital investissement, Ardian, l’un des plus importants de France, il vient d’être décoré de la Légion d’Honneur pour ses services rendus à la coopération entre les deux pays.

De Jacques Attali à Alexandre Adler

Car au-delà de cette multitude d’agences, l’Arabie saoudite prend soin de s’attacher les services de quelques personnalités françaises. Nicolas Sarkozy, a ainsi tenu à marquer de sa présence le Business forum de Riyad, malgré l’affaire Khashoggi. Comble d’ironie, ce forum de rencontre baptisé le Davos du désert, est supervisé par Richard Attias, ancien pilier de Publicis… et compagnon de Cécilia ex-Sarkozy. Jacques Attali est pour sa part conseiller économique du Royaume depuis deux ans et demi ; il joue les sherpas de MBS. Christine Ockrent, journaliste, chroniqueuse est l’auteur d’une biographie sur MBS – dont on ne sait si elle l’a rencontré.

Elle concurrence ainsi, Alexandre Adler, chroniqueur célèbre pour la quantité d’erreurs dans ses analyses, bénéficiaire d’un contrat depuis mai 2018, et qui a pour sa part écrit dans Figarovox un étonnant article attribuant l’assassinat de Khashoggi… aux Turcs. Un article opportunément repris par la chaîne saoudienne Al Arabiya. Mentionnons au passage que ni Michèle Alliot-Marie, ni Rachida Dati, députées européennes, n’ont voté les résolutions dénonçant les atteintes aux droits de l’homme et des femmes dans le Royaume.

Financement de mosquées

Et pour parfaire le tableau, l’Arabie saoudite n’hésite pas à mettre la main à la poche pour financer des actions culturelles. Ainsi, elle a participé au développement du département des arts islamiques du Louvre. Et elle a acquis l’œuvre Salvator Mundi de Leonard de Vinci, exposé au Louvre… d’Abou Dhabi, pas en Arabie.

En termes de propagation du salafisme, la France ne semble pas une cible prioritaire. D’abord parce que la population musulmane est majoritairement maghrébine, ensuite parce que la laïcité y est un principe législatif qui fait encore rempart. Pour autant, le but de ce travail d’influence est bien de maintenir un lobby efficace concentré sur les niveaux décisionnels. La Ligue islamique mondiale (LIM), dont le secrétaire général est toujours saoudien, est ainsi devenue un acteur majeur dans la mise en place des infrastructures cultuelles musulmanes en Europe et notamment dans la construction de mosquées en France. Elle a par exemple participé au financement de la construction de la mosquée de Mantes-la-Jolie en 1980, de celle d’Évry en 1984 et de celle de Lyon en 1994.

Des zones d’ombre demeurent, notamment au sujet des écoles coraniques : qui paye ?

De nombreuses bourses d’études vers des universités islamiques à La Mecque (université al-Mukkarama), à Médine (université al-Munawwara) ou à Riyad (université Ibn Saûd), ont été distribuées dans l’Hexagone afin de concurrencer directement les grandes universités historiques comme celle d’Al-Azhar en Égypte, de la Zaytouna en Tunisie ou d’Al Karawiyine au Maroc. Il y aurait environ 120 Français à Médine (le nombre est inconnu pour Riyad). Et le régime refuse toujours de communiquer leurs noms. Et des zones d’ombre demeurent, notamment au sujet des écoles coraniques. Qui paye ? Qui assure le salaire des enseignants par exemple dans l’école saoudienne de l’avenue d’Iéna ? La question est sans réponse.

Wahhabisation de l’Islam de France

Cette relative discrétion n’est pas une preuve d’inaction de l’Arabie saoudite. Le rapport Al Karoui pour l’Institut Montaigne parle ainsi pour la première fois de la « wahhabisation de l’Islam de France » et évoque l’influence prépondérante de prédicateurs saoudiens dans la propagation d’un message rigoriste, qu’il illustre à travers cinq d’entre eux. Certains ont plus de followers que le Dalaï-Lama et le Pape et à peine moins que le président des Etats-Unis ! Ce sont Mohamed al-Arifi, Ayid al-Qarni, Ahmad al-Shugairi, Salman al-Ouda et Michari Rachid al-Afasi, qui se classent respectivement 7e, 8e, 10e, 15e et 16e dans le champ du monde des idées sur les réseaux sociaux.

On est ainsi frappé de la critique vive du régime saoudien dans un certain nombre de pays arabo-musulmans, comparée à l’inaction française en matière de travail sur la doctrine wahhabite. Une conférence s’est ainsi tenue à Grozny (Tchétchénie) en septembre 2016 qui a exclu le wahhabisme salafiste de la doctrine du Sunnisme, voire du cadre de la communauté sunnite. Des personnalités de haut rang de l’Islam ont participé à cette conférence : le Recteur de l’Université Islamique Al Azhar du Caire, Ahmed al-Tayeb y figurait auprès de 200 dignitaires religieux, oulémas et penseurs musulmans d’Egypte, de Syrie, de Jordanie, du Soudan et d’Europe. Alors que l’action religieuse saoudienne est dénoncée dans nombre de pays musulmans, elle est soigneusement exclue du champ de l’analyse académique et diplomatique en Occident. Faut-il y voir l’action de lobbying saoudien ?

La diplomatie française applique la philosophie des trois singes : ne pas voir, ne pas entendre, ne pas parler

La question n’est tout simplement pas posée au Quai d’Orsay. La diplomatie française applique la philosophie des trois singes : ne pas voir, ne pas entendre, ne pas parler. Quitte à ce que cette protection se traduise par des réactions diplomatiques hasardeuses. Ainsi des critiques françaises ont été adressées au gouvernement bahreïni pour ses atteintes aux Droits de l’Homme après que le royaume a condamné le militant des droits de l’Homme, Nabeel Rajab, en juin 2018. Mais à aucun moment la diplomatie française ne mentionne que le pays est occupé par l’armée saoudienne depuis mars 2011, cette prise de contrôle ayant pour objectif de remettre en place la monarchie sunnite contre une révolution démocratique chiite.

Autre exemple : seize ONG ont écrit à Emmanuel Macron pour s’étonner que les bombardements au Yémen n’aient fait l’objet que d’une brève mention dans le discours du 27 août 2019 devant les ambassadeurs. Le ministre des Affaires étrangères n’en avait, pour sa part, pas dit un mot. La missive des ONG est restée sans réponse.

Une justice française sélective

Cette exclusion de l’Arabie saoudite du champ des critiques ne concerne pas que le Quai d’Orsay. La justice elle-même semble sous influence. Les commissions versées sur le marché des frégates saoudiennes n’ont ainsi jamais donné lieu à procédure anti-corruption, à la différence des contrats de sous-marins pakistanais qui font toujours l’objet d’une enquête. Pourtant, le gouvernement aux commandes à l’époque de ces deux contrats est le même : celui d’Edouard Balladur. Le contrat portant sur des frégates destinées à l’Arabie saoudite avait donné lieu à des retours de commissions présumés vers l’équipe de campagne d’Edouard Balladur, alors que celui-ci se présentait contre son ami de trente ans, Jacques Chirac.

Ces rétrocommissions passaient par l’intermédiaire d’anciens des Phalanges libanaises. Ce n’est qu’à l’élection de Jacques Chirac que les Saoudiens ont découvert qu’ils avaient été instrumentalisés dans des querelles franco-françaises. Ils ont fait part de leur profond mécontentement. Est-ce la raison pour laquelle aucune enquête sérieuse n’a été lancée au sujet de ces versements ?

Et ce n’est pas là l’unique dossier qui a vu la justice se montrer peu pressante à l’égard de Riyad. Une plainte déposée par une association yéménite de défense des droits de l’homme, le Legal center for rights and development, auprès du pôle des crimes contre l’humanité, délits et crimes de guerre du tribunal de grande instance de Paris, avait certes, dans un premier temps, été déclarée recevable. Mais cette volonté judiciaire affichée n’a été de courte durée : le doyen des juges d’instruction vient de faire savoir que la plainte yéménite était finalement jugée irrecevable.

Les analyses publiées dans la rubrique Opinions constituent des contributions aux débats. Elles n’engagent pas la responsabilité de la rédaction du site.

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Louable lucidité et réjouissantes angoisses (éditorial paru dans l’édition du 27 novembre)

Par pierre

L’entretien accordé par Emmanuel Macron à l’hebdomadaire The Economist témoigne du vertige de la disparition de l’Occident

L’économie de marché fonctionnant pour le bien de tout le monde ? Ce n’est plus vrai. L’ouverture infinie du commerce mondial ? Sûrement pas un élément de pacification. L’obligation de réduire à moins de 3% les déficits budgétaires ? Une contrainte d’un autre siècle. Le principe de souveraineté des peuples ? Hélas oublié, ce qui a poussé à vouloir imposer nos valeurs et changer des régimes – une erreur funeste issue du mariage fatal entre droit d’ingérence et néo-conservatisme. La Russie ? Toujours considérée implicitement comme un ennemi, alors qu’il conviendrait de réfléchir avec elle à une architecture de confiance et de sécurité. L’OTAN ? Une organisation en état de mort cérébrale.

Signé ? Le président de la République française à l’occasion d’un entretien fleuve publié le 7 novembre par l’hebdomadaire britannique libéral The Economist. Quelle mouche l’a donc piqué ? Probablement la lucidité et l’inquiétude d’un Emmanuel Macron comprenant que l’époque bascule, et capable de dépasser l’atlantisme compulsif dans lequel barbotaient ses (au moins) deux prédécesseurs.

Pour le géostratège de l’Elysée, l’Occident – au sens de l’Europe de l’Ouest – est en passe de perdre sa prééminence historique

L’angoisse n’est pas feinte : pour le géostratège de l’Elysée, l’Occident – au sens de l’Europe de l’Ouest – est en passe de perdre sa prééminence historique, et avec lui, les « valeurs humanistes universelles » qu’il aurait inventées. En fait de valeurs, c’est plutôt celles du CAC 40 qui sont à terme menacées – mais cela, le président ne le dit évidemment pas. Encore que. Au détour d’une analyse critique de l’Alliance atlantique, il rappelle que celle-ci a été mise en place avec les Etats-Unis en vue d’installer « une forme d’ombrelle géopolitique, mais en contrepartie, il faut (…) acheter américain ». Or « la France n’a pas signé pour ça », s’insurge le président.

Il poursuit, en substance : l’Union européenne était un projet de communauté, elle se réduit de plus en plus à un marché ; les dirigeants américains s’intéressent de plus en plus à l’Asie, et de moins en moins au Vieux Continent, plus encore sous Donald Trump qui ne se sent nullement lié par un projet européen que Washington avait pourtant à l’origine sponsorisé ; et, troisième élément, la Chine émerge au point que s’ébauche un duopole Washington-Pékin.

Et nous, et nous ? M. Macron, tente d’alerter ses pairs en les avertissant : si l’on continue ainsi – une UE qui ne s’intéresse qu’au commerce, à la libre concurrence, et à la baisse des dépenses publiques au moment où Etats-Unis et Chine investissent massivement dans l’innovation – nous allons disparaître de la scène mondiale. En outre, de nombreux pays de l’UE se débattent dans des crises politiques, dont l’avatar en France est le séisme social des Gilets jaunes, précise le président.

Face au danger de devenir le « partenaire junior » d’un Oncle Sam dont les intérêts stratégiques les plus cruciaux ne sont plus en Europe ; et face à l’absurde illusion selon laquelle le « doux commerce » mène forcément à la pacifique et libérale « fin de l’Histoire » pronostiquée après l’effacement de l’URSS, le président français brandit son double credo : primo, un rapprochement « sans naïveté » avec Moscou, puisque l’Europe doit maîtriser elle-même son voisinage sans être déterminée par le grand frère américain. Secundo, une « souveraineté européenne » qui doit commencer par la puissance militaire, puisque le « garant » de l’OTAN ne garantit plus les règles de l’Alliance atlantique. Cette dernière se trouve de ce fait en « mort cérébrale », comme l’a montré le feu vert donné par Donald Trump à la Turquie contre les Kurdes et la Syrie.

Entre la pure Europe américaine chère aux précédents hôtes de l’Elysée, et l’empire européen autonome rêvé par l’actuel, on ne choisira pas

La pensée macronienne est issue du croisement de deux déterminants contradictoires. D’un côté, la négation de la pertinence et de la viabilité politique des nations – un axiome qui ne conçoit l’avenir mondial qu’en termes de grands ensembles voués à confronter leurs influences respectives – bref, une logique d’empires. De l’autre, la prégnance de l’Histoire longue qui ne prédispose pas la France à une posture de vassalité alignée, à l’exception des périodes où elle est dirigée par des caniches de la taille politique de MM. Sarkozy ou Hollande.

Si l’on estime que l’avenir est à la coopération entre Etats indépendants et souverains, on ne choisira pas entre la pure Europe américaine des précédents hôtes de l’Elysée, et l’empire européen autonome rêvé par l’actuel. Pour l’heure, et faute d’un sursaut stratégique, ce dernier estime que l’Union européenne est « au bord du précipice ».

On attend donc avec impatience le prochain pas en avant.

Pierre Lévy

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Auf beiden Seiten des Rheins äußern die Bauern ihren Ärger und ihre Not

Par pierre

Schlag auf Schlag demonstrierten in Berlin und in Paris Zehntausende von Landwirten gegen die in Brüssel verhängten Verbote und Vorschriften, die ihre Zukunft auf dem Altar der Umwelt opfern, sowie gegen  die von der EU abgeschlossenen Freihandelsabkommen.

Am Dienstag, dem 26. und am Mittwoch, dem 27. November erhoben deutsche und französische Bauern nacheinander ihre Stimme auf der Strasse. Auf beiden Seiten des Rheins sind Erbitterung, Verzweiflung, und die daraus resultierenden Forderungen sehr ähnlich. Zumal in vielen Fällen die Ursachen für die Entscheidungen auf der Ebene der Europäischen Union liegen.

Ist der Bauer ruiniert, wird dein Essen importiert

In Berlin trafen sich 40 000 Bauern – so die Polizei – auf dem Potsdamer Platz. Diese kamen, um ihrem Ärger Ausdruck zu verleihen und dem Gefühl, dass ihnen ihre Zukunft gestohlen wird. Zu ihren Slogans gehörten: „Ist der Bauer ruiniert, wird dein Essen importiert“ sowie „Gemeinsam statt gegeneinander“. Die in Brüssel beschlossenen neuen Beschränkungen, Regeln und Verbote bedrohen einen Sektor, dessen Hauptaufgabe darin besteht, die Bevölkerung zu ernähren. Es sei denn, man akzeptiert, dass die Zukunft in einer ständig zunehmenden Globalisierung liegt: dem Import von Äpfeln aus Chile bis hin von Rindfleisch aus Argentinien.

Deutsche Landwirte hatten in jüngster Zeit bereits zweimal demonstriert: Die Ankündigung des « Insektenschutzplans » der Bundesregierung, der die Beschränkung oder Beseitigung von Chemikalien (Herbizide, Insektizide, Düngemittel…) vorsieht, hatte wie der Funken, der das Feuer entzündet, gewirkt: Ausserdem stellt der freie Warenverkehr die Landwirte des Landes jedoch in Konkurrenz zu Staaten, in denen es diese Art von Beschränkungen nicht gibt.

Der im September angekündigte Plan wurde umgesetzt, nachdem die EU-Kommission ein zweites Vertragsverletzungsverfahren gegen Deutschland eingeleitet hatte: Berlin wurde aufgefordert, den Nitratgehalt im Grundwasser zu senken.

Grundsätzlich steigt der Druck der umweltpolitischen Lobbys, den « Naturschutz » zum höchsten Wert zu machen so weit, dass Bauern das Ziel von Anschuldigungen und Racheakten aus bestimmten Meinungsbereichen werden– oft aus den wohlhabenden Schichten in Großstädten (aber nicht aus den Arbeitervierteln).

Eine vergleichbare Situation in Frankreich

Vergleichbar ist die Lage in Frankreich, wo sich die Landwirte immer mehr wie Sündenböcke behandelt fühlen. In Wirklichkeit sind es aber die Mainstream-Medien, die immer wieder die Gesellschaften auf beiden Seiten des Rheins beschreiben, als befänden diese sich, wie von einer grünen Welle getragen, in einer höheren Sphäre. Nichts dürfte  dieser „grünen“ Stimmung entgegen gesetzt  werden – sowohl  aus ideologischen wie auch aus wahltaktischen Gründen.

Diese zunehmende Diskriminierung der Agrarwelt ist besonders schlimm in einer Zeit, in der Hunderttausende von kleinen französischen bäuerlichen Familienbetrieben vom Bankrott bedroht sind, und wo, von unlösbaren Schwierigkeiten getrieben, sich im Durchschnitt ein Bauer pro Tag, das Leben nimmt. Filme, die kürzlich in Frankreich herausgekommen sind, veranschaulichen diese dramatische Situation (Au nom de la terre, Petit paysan). Der populäre Erfolg dieser Werke deutet darauf hin, dass die Anklage gegen die Bauern bei weitem nicht einstimmig ist.

In diesem Kontext demonstrierten die französischen Bauern am 27. November in mehreren Städten. In Paris blockierten zwischen 800 und 900 Traktoren den „périphérique“ (Ring-Autobahn), dann die Champs-Elysées, und streuten sogar Heu vor das sehr vornehme Restaurant Le Fouquet’s.

In Paris wie in Berlin prangerten die Demonstranten die Ungerechtigkeit an: einerseits werden immer mehr Zwänge durchgesetzt, anderseits werden landwirtschaftliche Erzeugnisse massiv importiert. Insbesondere die von der Europäischen Union unterzeichneten jüngsten Freihandelsabkommen, (mit Kanada,  dem Mercosur…), wurden von den Protestierenden angegriffen.

Grundsätzlich haben die Bauern auf beiden Seiten des Rheins ein zentrales Anliegen: Sie wollen von ihrer Arbeit leben können.

Darüber hinaus hat ein zu Beginn des Jahres verabschiedetes Gesetz („Egalim“) zur Neugewichtung der Einkommen zwischen Produzenten, Lebensmittelindustrie und grossen Handelsketten bisher noch keine konkreten Ergebnisse gezeigt. Grundsätzlich haben die Bauern auf beiden Seiten des Rheins ein zentrales Anliegen: Sie wollen von ihrer Arbeit leben können.

Und sie wollen nicht als Sündenbock benutzt werden. Vor allem von denen nicht, die Petitionen zur « Rettung der Bienen » (wie in Bayern vor kurzem) in die Welt setzen, ein Slogan, der ihnen mehr am Herzen zu liegen scheint als die « Rettung der Bauern ».

Die gleiche Opposition entstand vor einigen Monaten in Frankreich, als die Regierung im Namen der Umwelt eine Kraftstoffsteuer einführen wollte. Dies hat zu einer Spaltung geführt zwischen denen, die sich um das « Ende der Welt » sorgen , und denen, die sich mehr um das « Ende des Monats » sorgen.

Und das war die Bewegung der Gelbwesten-..

 

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Un an après son lancement, quel avenir pour le mouvement des Gilets jaunes ?

Par pierre

Un an après le démarrage d’un soulèvement que personne n’avait vu venir, le premier dirigeant de la CGT-Paris s’interroge sur l’avenir de ce mouvement – une analyse écrite à la première personne.

Par Benoît Martin, secrétaire général de l’Union départementale CGT de Paris

Les déclencheurs sont bien connus et en premier lieu la question du prix des carburants et notamment de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques. Cette question n’est pas réglée un an après. Les automobilistes restent considérés comme des « cochons de pollueurs », des vaches à lait, les taxes sur les carburants étant la poule aux oeufs d’or de Bercy ! En ces temps de mobilisation pour le climat, punir le petit pollueur reste un créneau politique porteur. Mais les faibles revenus conjugués aux kilomètres imposés par la fuite des emplois et des services publics restent l’équation intenable. La pétition « pour une baisse des prix du carburant à la pompe » lancée par Priscillia Ludosky a recueilli près de 1.256.000 signatures. Ses revendications ont parlé aux gens, d’où le succès de ce fait avant-coureur.

Mais ce n’est pas tout. Toujours dans le domaine de la fiscalité, la suppression de l’impôt sur la fortune a été ressentie comme une injustice intolérable. Le discours sur les talentueux fortunés, créateurs de génie et créateurs d’emplois, a du plomb dans l’aile. A force de prendre les citoyens pour des demeurés sous le règne de François Hollande, avec ses fables autour du CICE et du CIR qui étaient vendus comme créateurs d’emplois, le bon sens populaire a vaincu la croyance libérale. Et l’ISF est devenu un catalyseur du mouvement. En tant que militant CGT, je me suis dit en décembre 2018 que les revendications syndicales concernant la fiscalité trouvaient un formidable écho dans les slogans des gilets jaunes. En effet, depuis longtemps, la CGT expliquait qu’il fallait réduire les taxes sur la consommation et privilégier les recettes fiscales assises sur le revenu, sur le patrimoine et sur les bénéfices des sociétés. Simple comme bonjour et efficace à souhait. Sauf qu’une grande partie du syndicalisme a boudé les gilets jaunes, malgré des similitudes revendicatives objectives.

Je me suis dit : « c’est la canaille, eh bien j’en suis ! »

Sur les ronds-points dont les échos me parvenaient, sur Facebook, dans les manifestations parisiennes auxquelles je participais, le thème de la justice fiscale s’articulait au désir d’un service public proche des gens et efficace. Non seulement le mouvement s’intéressait à la composition des recettes de l’Etat, mais aussi à la nature de ses dépenses. Un débat citoyen de type « PLF » (projet de loi de financement) se déroulait chez les prolétaires et les petits artisans. Je me suis dit : « c’est la canaille, eh bien j’en suis ! » (1). A la mi-décembre, le comité général de l’Union départementale CGT de Paris décidait qu’il convenait d’aller au contact des gilets jaunes pour voir ce qu’on pouvait faire ensemble.

Le mouvement des gilets jaunes a surgi dans une société française qui semblait amorphe. Cette société est frappée par la montée des inégalités et par les relégations multiples. Le paysage politique semblait recomposé dix-huit mois avant le début du mouvement des gilets jaunes, sauf que le président de la République nouvellement élu incarnait la continuité du néolibéralisme, après des décennies d’alternance où tant la droite que la gauche, menant la même politique, s’étaient discréditées.

Emmanuel Macron a été choisi par l’oligarchie, sa politique est celle de l’Union européenne

Emmanuel Macron est la synthèse de ses deux prédécesseurs ; ce ploutocrate a été choisi par l’oligarchie. Sa politique est celle de l’Union européenne ; rien de neuf à l’horizon… Pourtant, le 23 juin 2016, le peuple britannique décidait d’en sortir. Ce fait majeur survenait un an après l’annonce, par le premier ministre grec de l’époque, de la convocation d’un référendum sur l’austérité bruxelloise. Il faut voir Adults in the room, le film de Costa Gavras. On y comprend bien à qui l’on a affaire. Référendum contre mémorandum…

Aujourd’hui en France, la démission de l’hôte de l’Elysée est une exigence populaire, alors que le patronat est laissé un peu trop tranquille. Quant à la responsabilité de l’UE, elle se trouve dissimulée. Emmanuel, voire Geoffroy, sont pointés du doigt, mais n’oublions pas Christine et Ursula (2) ! Car à quoi se heurtent les revendications portant sur les salaires, l’emploi et les services publics, si ce n’est au mur de l’UE ? Il est très utile de lire les grandes orientations de politique économique pour la France rédigées en juin 2018 et juin 2019, c’est éclairant. Privatiser, baisser les dépenses publiques, exonérer les riches et les entreprises, flexibiliser le marché du travail, réformer les retraites : tout y est !

Un mouvement populaire plutôt que des corps intermédiaires

Sur la démocratie, sur les questions de délégation de pouvoir et de corps intermédiaires, le mouvement des gilets jaunes a foisonné de propos très intéressants qui s’inscrivent dans une longue histoire post-monarchique. Un RIC (3) plutôt que la loi votée par des élus. Un mouvement populaire plutôt que des corps intermédiaires. Un message émergeant du mouvement plutôt qu’un porte-parole. La chaleureuse fraternité retrouvée plutôt que des candidats aux élections européennes.

Cette année passée a failli devenir constituante, mais ne l’a pas été. C’est dommage. Mais je sais que des groupes de gilets jaunes continuent à travailler ces questions. Imaginer une nouvelle constitution, en reprenant tout à zéro, peut conduire à réécrire des droits théoriques de la trempe du préambule de 1946, voire à redire les ambitions de la Commune de Paris, et même à innover politiquement.

Alors que le gouvernement réprime car il veut imposer ses réformes structurelles, à tout prix, y compris celui du sang, que va devenir le mouvement des Gilets jaunes ? Des comportements collectifs comme individuels sont à prévoir. Le mouvement n’est pas fini. Il va diversifier ses moyens d’action. Des engagements radicaux, individuels et de petits groupes, vont naître. Des groupes ruraux conscients à la fois de la relégation dont ils sont victimes, mais aussi des atouts de leur territoire, vont multiplier des expériences associatives et coopératives. Des individus et des groupes vont se lancer dans la bataille des municipales. Par contre, autant des partis politiques ont choisi d’être immergés dans le mouvement, autant peu de Gilets jaunes choisiront d’être immergés dans les partis. L’apparition d’un parti politique unifiant les Gilets jaunes est peu probable. La forme « mouvement hétéroclite et apartidaire » va prévaloir.

Le mouvement des gilets jaunes est une réalité. Il n’est pas parfait, mais malgré une certaine désorganisation, il lui arrive d’être plus stratège et en tout cas plus audacieux et plus subversif que la plupart des organisations. Ceci dit, l’addition du syndicalisme de lutte et du mouvement des gilets jaunes sera déterminant : la grève reste une arme essentielle face au gouvernement et au patronat. Des associations qui mobilisent sur des revendications visant à répondre aux besoins et aux droits fondamentaux sont également les bienvenues. Deux questions essentielles se posent alors pour la suite : l’adoption d’une plate-forme revendicative, et la stratégie du mouvement.

J’en ai vu des nuances dans le mouvement des Gilets jaunes que je côtoie depuis l’acte 4, y compris quelques uns contre le syndicalisme, contre la grève, contre les cotisations sociales ! Après des rendez-vous manqués avec le mouvement syndical, notamment le 1er mai, le 5 décembre 2019 va-t-il être le départ d’une période d’addition de toutes les forces disponibles, sur la base d’une plate-forme revendicative commune incluant l’abandon du projet de réforme des retraites ?

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(1) chant révolutionnaire rendu célèbre par la Commune de Paris

(2) Respectivement Emmanuel Macron, Geoffroy Roux de Bézieux (Medef), Christine Lagarde (BCE) et Ursula Von der Leyen (Commission européeene)

(3) Référendum d’initiative citoyenne

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Des deux côtés du Rhin, les agriculteurs font entendre leur colère et leur détresse

Par pierre

A Paris comme à Berlin, des dizaines de milliers de paysans ont manifesté contre les interdictions et règlements édictés à Bruxelles qui sacrifient leur avenir au nom de l’environnement, ainsi que contre les traités de libre échange.

Coup sur coup, les agriculteurs allemands puis français, se sont fait entendre, respectivement les mardi 26 et mercredi 27 novembre. Des deux côtés du Rhin, l’exaspération, la détresse et les revendications qui en découlent sont comparables. D’autant que, bien souvent, ce sont des décisions prises au niveau de l’Union européenne qui en constituent les causes.

A Berlin, 8 600 tracteurs – selon la police – ont convergé vers la Potsdamer Platz, soit 40 000 agriculteurs venus exprimer leur colère et le sentiment qu’on leur vole leur avenir. Parmi leurs slogans : « agriculteurs ruinés, nourriture importée ». Les nouvelles contraintes, règles et interdictions décidées à Bruxelles menacent gravement un secteur dont le rôle premier est pourtant de nourrir la population. Sauf à accepter que l’avenir soit à une mondialisation toujours plus poussée, de l’importation de pommes du Chili à celles de viande bovine d’Argentine.

Les paysans allemands avaient déjà manifesté deux fois récemment, après une étincelle qui avait mis le feu aux poudres : l’annonce par le gouvernement fédéral du « plan de protection des insectes » prévoyant la restriction ou l’élimination de produits chimiques (herbicides, insecticides, engrais…). Or la libre circulation des marchandises met les agriculteurs du pays en concurrence avec des Etats où ce type de contrainte n’existe pas.

Le plan, annoncé en septembre, avait été adopté notamment après que la Commission européenne eut lancé une deuxième procédure d’infraction contre l’Allemagne, sommée de réduire le niveau de nitrates dans les eaux souterraines.

Plus généralement, la pression monte de la part des lobbys écologistes qui érigent la « protection de la nature » en valeur suprême. Au point que les paysans sont l’objet d’accusations et de vindicte de la part de certains secteurs de l’opinion, souvent les classes aisées des grandes villes, bien moins fréquemment au sein des milieux populaires.

Situation comparable en France

La situation est comparable en France, où les paysans se sentent de plus en plus les mal-aimés. En réalité, les grands médias ne cessent de dépeindre des sociétés, des deux côtés du Rhin, soulevées par une vague verte. Il faudrait donc ne rien refuser à celle-ci, pour des raisons tant idéologiques qu’électoralistes.

Cette discrimination contre le monde agricole est particulièrement mal vécue au moment où des centaines de milliers de petites exploitations sont menacées de faillite

Cette discrimination montante contre le monde agricole est particulièrement mal vécue au moment où des centaines de milliers de petites exploitations sont menacées de faillite, et où, en moyenne, un paysan par jour met fin à ses jours, acculé par des difficultés infernales. Des films, sortis récemment dans l’Hexagone, illustrent cette situation dramatique (Au nom de la terre, Petit paysan). Le succès populaire de ces œuvres laisse à penser que la mise en accusation des agriculteurs est loin d’être unanime.

C’est notamment avec cela en tête que les agriculteurs français ont manifesté dans plusieurs villes, le 27 novembre. A Paris, entre 800 et 900 tracteurs ont bloqué le boulevard périphérique, puis les Champs-Elysées, et même déversé du foin devant le très select restaurant Le Fouquet’s.

Là encore, c’est l’injustice qui a été dénoncée, matérialisée par des contraintes imposées, alors que des produits agricoles sont importés massivement. Les récents traités de libre échange signés par l’Union européenne (avec le Canada, avec le Mercosur…) étaient particulièrement en ligne de mire des manifestants.

En outre, une loi mise en place en début d’année censée rééquilibrer les revenus entre producteurs, transformateurs et grande distribution, n’a pour l’instant pas montré de résultats tangibles. Fondamentalement, les agriculteurs, des deux côtés du Rhin, ont une exigence centrale : pouvoir vivre de leur travail.

Et ne pas servir de boucs émissaires. Notamment de la part de ceux qui répandent les pétitions pour « sauver les abeilles » (comme en Bavière récemment), un mot d’ordre qui semble les intéresser plus que « sauver les paysans ».

Une même opposition était apparue il y a quelques mois en France, lorsque le gouvernement avait voulu introduire une taxe sur le carburant au nom de l’environnement. Ce qui a provoqué un clivage entre ceux qui sont angoissés par « la fin du monde », et ceux qui s’inquiètent plutôt de « la fin du mois ».

Et ce fut le mouvement des Gilets jaunes…

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Comment l’Arabie saoudite soigne sa com’

Par Grégoire

Appuyée sur une armée de cabinets de conseils, et alors qu’elle vient de prendre la présidence tournante du G20, l’Arabie saoudite tente de promouvoir dans le monde l’image d’un pays en pleine modernisation. A mille lieux de la réalité répressive du régime.

Par Pierre Conesa, ancien haut-fonctionnaire, auteur de Dr Saoud et Mr Djihad, La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite (Robert Laffont, 2016).

Il est étonnant de constater qu’un sujet comme celui du lobby saoudien n’ait jamais fait l’objet d’une étude. Le lobby qatarien a été démonté par les livres de Christian Chesnot et Georges Malbrunot (Nos très chers émirs, Michel Lafon, 2016 ; Qatar Papers, Michel Lafon, 2019) et les Emirats viennent de faire l’objet du livre de Michel Taubé (La face cachée des Émirats arabes unis, Ed. Cherche Midi, 2019). Mais sur l’Arabie saoudite, rien.

L’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi a pourtant soudainement révélé le vrai visage du pouvoir wahhabite, auquel on accordait un satisfecit poli quand le jeune Prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) octroyait aux femmes le droit de conduire. C’est à cette occasion que sont apparues ou réapparues dans la presse tant d’affaires jusque-là passées sous silence : les horreurs de la Guerre au Yémen, la condamnation de Raef Badawi, ou celle du neveu de l’ayatollah Nimr al Nimr (décapitation et crucifixion), l’affaire Hariri, le blocus du Qatar, l’arrestation des militantes féministes arrêtées et enfin la politique d’enlèvements d’opposants vivant à l’étranger.

Le contraste entre ces informations et la discrétion médiatique et diplomatique qui précédait est frappant. Pourquoi ce silence s’était-il imposé comme une règle générale, dans le traitement de l’Arabie saoudite ? Complicité internationale tacite passive et/ou intéressée, corruption, incompétence, lâcheté… Pourquoi ? Comment ? Le champ des explications possibles est large.

L’“oubli” de George W. Bush

La capacité d’influence médiatique, politique et diplomatique de l’Arabie au-delà de sa puissance financière, est significative. Le discours de George W. Bush désignant les pays de l’Axe du Mal comme coupables des attentats du 11 septembre 2001 l’a prouvé. Le Président américain n’avait alors pas dit un mot sur l’Arabie Saoudite, alors que l’on dénombrait 15 Saoudiens sur 19 terroristes.

Autre signe de son influence : ce pays qui cumule nombre de titres mondiaux en matière de violations des droits de l’Homme, a été admis au Conseil des droits de l’homme depuis 2013, et à la tête du groupe consultatif de l’ONU chargé de sélectionner les rapporteurs sur les violences faites aux femmes avec le soutien de 4 pays membres de l’UE (dont la Belgique mais sans la France). Et qu’importe si neuf féministes saoudiennes ont été torturées en prison alors qu’elles demandaient simplement plus de droits. Qu’importe aussi, la récente de demande d’asile politique au Canada de Rahaf Mohammed Al Qunun, une Saoudienne évadée avec l’aide d’un réseau de femmes ayant vécu la même expérience.

Un cas pour école de journalisme

Comment ce pays, qui a fourni le plus gros contingent des combattants étrangers de Daech, qui est classé en tête des condamnations à mort par tête d’habitant, qui pratique le même islam intolérant et cruel que Daech, qui a envahi un petit état voisin (le Bahreïn) pour s’opposer à une révolution populaire et qui, enfin, déclenche une offensive aérienne provoquant une crise humanitaire sans précédent au Yémen, peut-il se permettre d’assassiner un journaliste saoudien opposant, correspondant d’un grand média américain, sans risquer la moindre sanction ? Le lobbying de ce pays fait partie de la réponse. Un cas pour école de journalisme ou de relations publiques.

Le concept de lobby international, élément explicatif de ce phénomène, est pris ici au sens de groupe d’entités diverses agissant ensemble de façon plus ou moins coordonnée pour empêcher une action diplomatique, législative ou politique, ou au contraire valoriser l’image d’un pays. Ce type d’influence n’est pas nécessairement et toujours fonction de contributions ou contreparties directement matérielles.

Le produit Arabie saoudite est invendable. Il ne dispose d’aucun intellectuel présentable.

Premier problème pour les autorités de Riyad : le produit Arabie saoudite est invendable. Il ne dispose d’aucun intellectuel présentable, sauf des religieux obtus mais très actifs sur les réseaux sociaux, et n’a pas de diaspora à l’étranger, donc pas d’organisations sociales structurées à la différence de certains pays maghrébins. Enfin le pays a trop d’ennemis désignés : les Frères Musulmans, l’Iran, le Qatar, les Houthis au Yémen, Daech, les princes félons : tout cela rend le ciblage de la communication internationale difficile.

La prise de contrôle des media arabes dans les années 1970-1980 (Al-Hayat, Sharq al-Awsat) et la constitution d’un pool avec dix chaînes de télévision et sept radios, n’ont jamais réussi à asseoir la légitimité du Royaume au service des intérêts des Arabes et des Musulmans. En 1996, la fondation d’Al Jazeera, la première chaîne d’information pan-arabe lancée par le Qatar, a même traumatisé Riyad car elle dispose d’une liberté de ton exceptionnelle dans la région. En 2003, en réplique, l’Arabie Saoudite lance Al Arabiya, jugé particulièrement utile après les attentats du 11 septembre 2001. Mais son succès n’a jamais atteint celui d’Al Jazeera.

Sur le terrain géopolitique, des bouleversements ont depuis bousculé encore l’influence wahhabite – ainsi des révolutions arabes qui voient triompher partout les Frères Musulmans.

Un budget communication de 1 à 2 milliards de dollars

Pour toutes ces raisons, Riyad a pris conscience qu’il fallait agir. La solution a donc consisté, pour le pays, à contracter avec toutes les sociétés internationales de relations publiques et cabinets de lobbying afin d’agir au plus haut niveau. A noter en revanche que l’objectif n’est pas d’intervenir auprès des populations de l’Occident pour faire passer des messages, l’opinion publique n’ayant aucune importance aux yeux des dirigeants de Riyad. Le budget annuel total pour cette communication serait de 1 à 2 milliards de dollars par an, si on s’en tient aux contrats passés avec les consultants étrangers identifiés.

Jusque là, le pays vivait heureux dans son archaïsme religieux. Et cela ne lui réussissait pas si mal en termes de communication.

Cette politique est en rupture avec le choix des décennies précédentes, avant l’arrivée de MBS. Le but premier du régime était alors que l’on parle le moins possible de son cas. Le pays vivait heureux dans son archaïsme religieux. Et finalement, cela ne lui réussissait pas si mal en termes de communication : toute mesurette est immédiatement présentée comme une réforme d’importance par les médias internationaux. Ainsi des élections municipales ouvertes aux femmes en 2011 ou de la création, en 2013, de 30 postes pour des femmes au Parlement – même si ces dernières devaient s’asseoir séparément et que ce n’est en réalité qu’en décembre 2015 que 14 femmes ont été élues pour la première fois.

La presse, ne sachant comment traiter ce pays assez fermé, se contente alors de présenter tout nouveau roi comme l’homme du changement. Le premier article annonçant la réforme de l’Arabie saoudite date de… 1953. Pour preuve : 70 ans de couverture du New York Times expliquent, à chaque nouveau monarque, que le pays a enfin trouvé l’homme du changement.

Les documentaires sur le pays vont aussi chercher des sujets exotiques comme le rappeur saoudien et la femme chef d’entreprise, mais jamais d’entretiens avec le Grand Mufti, ni de reportage sur le quotidien de l’enseignement dans les écoles.

Offensive contre les princes « félons »

Désormais, appuyé par une multitude d’agences de com’ et de relations publiques, le régime se montre plus offensif pour faire passer ses messages. L’une des marottes consiste à viser de sa vindicte les princes félons, ces traîtres qui connaissent bien le système et le dénoncent de l’extérieur. Khashoggi en est un exemple.

Mais la politique d’enlèvement avait déjà commencé sous les règnes des rois Fahd et Abdallah. La politique actuelle est simplement plus brutale : depuis sa destitution le 21 juin 2017, l’ancien prince héritier d’Arabie saoudite n’a plus reparu en public et serait en résidence surveillée. Il n’est que le dernier en date et le plus en vue des princes disparus d’Arabie saoudite (Saudi Arabia’s Missing Princes), selon les termes un documentaire de la BBC de juin 2017. Le résultat est toutefois largement contre-productif : l’image très négative des princes saoudiens explique sans doute l’absence d’intérêt médiatique pour des enlèvements qui ressemblent à des règlements de compte mafieux, toujours plus ou moins obscurs.

Des blogueurs dans le viseur

Pour tenter de maîtriser sa communication, le régime vise également des citoyens qui font fonction de journalistes, en particulier les blogueurs, pour les réduire au silence. Il s’est ainsi efforcé d’instaurer un black-out contre les manifestations dans le gouvernorat d’Al-Qatif, à majorité chiite. L’écrivain Nazir Al-Majid qui avait publié à ce sujet, en avril, un article intitulé  » Je proteste, donc je suis un être humain » sur le site d’informations rasid.com, est toujours emprisonné.

Dans ce cadre, l’aide des grands cabinets conseils étrangers (les Big Five : les trois Américaines, Interpublic, Omnicom et WPP et les Français Publicis et Havas Worldwide) s’est avérée indispensable. Au-dessous des majors, s’est construite une fantastique arborescence de sociétés sous-traitantes : Targeted Victory, cabinet de conseil républicain basé à Alexandria, en Virginie ; Zignal Laboratories, pour mener des enquêtes sur l’opinion publique et l’image de l’Arabie saoudite aux États-Unis ; le cabinet d’avocats Hogan Lovells (HP Goldfield) ; le groupe Albright Stonebridge (de l’ancienne secrétaire d’Etat Madeleine Allbright) ; Hill & Knowlton (depuis 1982) et DLA Piper, Pillsbury Winthrop ; The Podesta Group, etc.

Prestataire extrêmement sulfureux

Riyad a également engagé la société Qorvis, prestataire spécialiste des affaires publiques et basée à Washington, qui l’avait approchée dès le 12 septembre 2001. Cette dernière s’est engagée dans une frénésie de relations publiques auprès du Sénat américain. Rachetée par Publicis en 2012, elle est une agence « extrêmement sulfureuse qui a travaillé pour les pires pays du monde », nous a confié un ex-cadre de Publicis.

Selon Reporter sans frontières, les ambassades saoudiennes rémunèrent fréquemment pour des articles élogieux afin de saturer le champ médiatique

L’influence passe aussi par des interventions financières plus ou moins directes. La base Wikileaks Saudi Cables, qui contient plus de 122 000 documents saoudiens, dévoile des actions auprès des médias étrangers à l’échelle régionale (Égypte, Liban,…) et à l’échelle mondiale (Canada, Australie, Allemagne, etc.) par souscriptions de centaines voire des milliers d’abonnements, par des aides financières régulières, voire par la corruption de certains responsables. Selon Reporter sans frontières, les ambassades saoudiennes rémunèrent fréquemment pour des articles élogieux (de 8 000 à 10 000 euros par mois). Quant aux ONG, elles sont souvent très discrètes : ayant l’impression que le régime est imperméable à toute critique et de moyens, elles préfèrent parfois cibler d’autres pays.

Ainsi armée pour approcher les médias internationaux, l’Arabie Saoudite martèle ses nouveaux thèmes de communication. L’image glamour de MBS, le prince héritier jeune et moderne, est valorisée, à travers par exemple la distribution gratuite à partir de mars 2018 de 200 000 copies d’un magazine de 100 pages dans les aéroports et les grandes surfaces américaines WalMart, Safeway and Kroger’s avant la visite du Prince aux Etats-Unis.

Le faux-semblant de l’émancipation des femmes

Autre thème : L’émancipation des femmes, la possibilité qui leur est octroyée de conduire – une décision que la presse internationale a saluée comme preuve de la libéralisation du régime. Elle a moins évoqué le cas des neuf femmes emprisonnées peu après, et qui demandaient la fin du tutorat et de ses différentes applications. Tout aussi discrète a été la couverture de Absher, application informatique gratuite lancée par le gouvernement en 2015 et qui donne aux hommes le pouvoir d’arrêter des femmes essayant de partir sans autorisation – à l’exception du magazine britannique Insider, qui a révélé le sujet. Apple et Google ont supprimé cette application mais Google a refusé, affirmant qu’elle n’enfreignait aucun accord.

Même succès de lobbying, pour imposer la thématique de la lutte contre la corruption avec la très médiatique opération du Ritz Carlton, où les opposants ont été enfermés. L’opération a rapporté environ 107 milliards de dollars (40 % en liquidités et 60 % en actifs) sous forme de saisies d’avoirs immobiliers, d’actifs commerciaux, de titres ou d’espèces.

L’alibi antiterroriste

L’Arabie Saoudite sait aussi jouer sur les peurs de l’Occident, pour porter ses sujets à la Une. Elle jure ainsi mener une lutte antiterroriste sans répit. Pourtant, le pays n’a commencé cette offensive qu’après en avoir été lui-même victime, en 2003. Il a pu dès lors, comme d’autres dictatures, procéder à une répression indifférenciée.

Selon James Wolsey, cette politique d’influence et de rayonnement aurait mobilisé plus de 85 milliards de dollars entre 1975 et 2005 au niveau mondial. Elle s’appuie essentiellement sur des intermédiaires et se caractérise par une faible présence physique sur le terrain, différence essentielle avec le Qatar qui a cru, probablement comme tout nouveau riche, que le nom du pays devait apparaître systématiquement dans son travail de sponsoring.

Cette force de frappe mobilisée pour la communication du royaume n’a pas été sans efficacité. Le suivi de l’affaire Kashoggi est pour le moins discret. Le tumulte s’est tu. Il n’y a pas eu d’enterrement puisque personne ne sait où sont les morceaux du cadavre. Même discrétion sur les neuf militantes féministes arrêtées et torturées, dont Aïcha al-Menae ou Hassa al-Sheykh, figures historiques de la lutte des droits des femmes. Avec Imane al-Nafjan, fondatrice du blog Saudi Woman, elles croupissent toujours dans un lieu tenu secret, derrière les barreaux, et sont qualifiées de traîtresses par la presse officielle.

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L’édition de novembre de Ruptures est parue

Par pierre

Ruptures n°90 arrive chez les abonnés le 29 novembre

Au sommaire :

– l’éditorial qui analyse le long entretien accordé à The Economist par Emmanuel Macron, des propos qui traduisent une lucidité angoissée du président quant à l’avenir de l’UE, de l’OTAN, et de l’Occident

– un point sur la conjoncture au sein des économies de la zone euro, où la croissance anémique vient d’être à nouveau révisée à la baisse, tandis que la politique monétaire « accommodante » de la BCE ne fonctionne plus

– un panorama des querelles, bisbilles et bras de fer entre les Vingt-huit, notamment concernant les futurs « élargissements » de l’Union européenne, ainsi que le prochain budget communautaire pluriannuel

– une analyse des élections en Espagne, qui a renouvelé son Parlement pour la seconde fois cette année, mais toujours sans dégager une majorité claire, alors que le parti d’extrême droite est devenu la troisième force politique

– un retour sur la situation en Roumanie, où le président Klaus Iohannis (droite) vient d’être réélu et où le gouvernement social-démocrate avait dû passer la main un mois plus tôt

– et, bien sûr, comme chaque mois, les brèves

Pour recevoir cette édition et les suivantes, il n’est pas trop tard pour s’abonner.

 

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Les ultimes aigris du Brexit : procédure contre le Royaume-Uni, et quatre écrivains britanniques en tournée

Par pierre

Le nouvel exécutif bruxellois, adoubé par les Vingt-sept, entrera en fonctions le 1er décembre. Douze jours plus tard, le Parlement britannique sera renouvelé, ouvrant la voie à une rapide dénouement du Brexit. Mais quatre romanciers à succès (photo ci-dessus) font une tournée sur le Vieux continent pour dire leur rancœur contre leurs concitoyens.

Le Conseil de l’UE (les ministres des Vingt-huit) a approuvé, ce lundi 25 novembre, la liste définitive des membres de la future Commission européenne. La règle veut que chaque Etat choisisse une personnalité pour siéger au sein de celle-ci, mais trois candidats désignés avaient été retoqués par les eurodéputés durant le mois d’octobre.

En remplacement de sa première proposition – un ancien ministre jugé trop proche du chef du gouvernement, Viktor Orban – la Hongrie a finalement désigné son ancien ambassadeur à Bruxelles, Oliver Varhelyi, qui a dû jurer ses grands dieux que jamais il ne prendrait de consignes à Budapest. Le nouveau gouvernement roumain a promu une ex-eurodéputée PNL (droite), Adina Valean, en lieu et place de la sociale-démocrate initialement désignée. Et, pour la France, Thierry Breton hérite du large portefeuille (marché intérieur, politique industrielle…) initialement destiné à Sylvie Goulard. M. Breton n’a gagné son ticket que par un vote très serré, certains ayant fait remarquer que la firme dont il était PDG travaille massivement avec des financements de l’UE.

La nouvelle Commission européenne devrait être avalisée le mercredi 27 novembre par un vote global de l’europarlement, dernière étape avant sa prise de fonctions, le 1er décembre. Soit avec un mois de retard sur le calendrier prévu, du fait des trois vetos mis par les eurodéputés, toujours avides de croire qu’ils jouent un rôle essentiel.

Procédure contre le Royaume-Uni

Seule ombre désormais au tableau, une procédure a été engagée contre le Royaume-Uni qui était dans l’obligation de désigner un commissaire. Bruxelles peut toujours courir, avait répondu en substance Boris Johnson.

Le premier ministre britannique sortant mise sur les élections du 12 décembre pour disposer d’une majorité absolue à la Chambre des communes, et pouvoir ainsi réaliser le Brexit en quelques semaines. Par ailleurs, les Conservateurs se sont engagés à mettre fin à l’austérité et à investir massivement. De son côté, le chef des Travaillistes a souligné que son programme – notamment fiscal, et de nationalisation – était le plus radical depuis 1945.

Mais Jeremy Corbyn a surtout promis de renégocier avec l’UE l’accord de divorce arraché au finish par son prédécesseur (une hypothèse totalement improbable), puis d’en soumettre le texte à un nouveau référendum. Une perspective qui prolongerait encore de nombreux mois l’interminable saga du Brexit alors que la majorité des citoyens ne demande qu’à en finir au plus vite, afin que soit enfin respectée la volonté populaire exprimée en juin 2016.

« Je ne suis pas un grand fan du Royaume-Uni, c’est un pays absurde et frustrant, c’est pourquoi j’ai déménagé aux Etats-Unis » – Lee Child

De manière surréaliste, un petit noyau au sein des élites rêve encore d’annuler cette dernière. C’est notamment le cas de quatre écrivains à succès qui ont entamé une tournée sur le Vieux continent dans cet esprit, faute sans doute de pouvoir convaincre leurs propres concitoyens.

L’un d’entre eux, Lee Child (de son vrai nom Jim Grant), a notamment déclaré, de passage à Berlin : « je ne suis pas un grand fan du Royaume-Uni, même si j’y suis né. C’est un pays absurde et frustrant, c’est pourquoi j’ai déménagé aux Etats-Unis ».

Et c’est sans doute également pour cela qu’il milite pour que son pays d’origine reste sous la coupe de Bruxelles ?

Tous les détails sur ces informations à découvrir dans l’édition du mensuel Ruptures à paraître le 29 novembre. Il n’est pas trop tard – ni top tôt – pour s’abonner

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Face au déchainement médiatique, hommage à Peter Handke

Par pierre

Le prix Nobel de littérature a été décerné, le 10 octobre dernier, au grand écrivain autrichien Peter Handke. Depuis, les médias, notamment dans son pays, ne cessent de se déchaîner contre un homme qui a toujours dénoncé le démantèlement de la Yougoslavie.

 

 

Par Hannes Hofbauer, éditeur autrichien, et notamment auteur de Guerre des Balkans, dix ans de destruction de la Yougoslavie, (8ème édition) Promedia Verlag, Vienne

 

« J’aimerais être en Serbie si les bombes tombaient sur la Serbie. C’est chez moi, ici. Je vous promets que si les criminels de l’OTAN bombardent, je viendrai en Serbie ». Ces paroles ont été prononcées par Peter Handke le 18 février 1999, lorsqu’il a été interviewé par la télévision serbe à Rambouillet.

Rambouillet ? C’était dans le château de cette ville des Yvelines que les négociateurs des Etats-Unis et de l’Union européenne, Christopher Hill et Wolfgang Petritsch, avaient tenté, il y a vingt ans, de forcer la partie yougoslave à placer la province du Kosovo sous contrôle international, et à faire de la Serbie-et-Monténégro une zone de déploiement de l’OTAN. L’article 8 de l’oukase qu’ils prétendaient faire accepter à Belgrade stipulait par exemple : « le personnel de l’OTAN (…) pourra circuler librement dans la République fédérale yougoslave entière, espace aérien et eaux territoriales compris ».

Ce chantage était tellement énorme que même l’ancien secrétaire d’État américain Henry Kissinger s’était fendu de ce commentaire ironique : « la Yougoslavie, État souverain, est tenue de transférer la souveraineté sur une province à des forces militaires étrangères. De même, on pourrait demander aux Américains de laisser défiler des troupes étrangères à Alamo pour redonner la ville au Mexique parce que l’équilibre ethnique a changé », conseillait-il ironiquement à son successeur, Madeleine Albright.

Après dix-sept jours de négociations, le chef de la délégation yougoslave, Milan Milutinović, ne pouvait que faire ce constat : « une entourloupe s’était produite. Ils ne voulaient pas d’accord du tout. Tout ce cinéma avait été organisé dans le but d’accepter l’inacceptable ou, si nous ne l’acceptions pas, de faire pleuvoir des bombes »

Les bombes de l’OTAN sont tombées sur la Serbie et le Monténégro. C’était un acte criminel. Et Peter Handke a tenu sa promesse. Il est allé en Serbie.

Un mois plus tard, les bombes sont tombées sur la Serbie et le Monténégro. Le 24 mars 1999, l’OTAN, qui venait d’intégrer trois nouveaux membres – Hongrie, Pologne et République tchèque – a attaqué. Sans mandat de l’ONU. C’était un acte criminel. Et Peter Handke a tenu sa promesse. Il est allé en Serbie.

Un pays qu’il connaissait bien. Dès 1996, alors que le déchaînement anti-serbe déferlait déjà dans la politique occidentale et les médias alignés, il publiait un récit de son voyage hivernal sur le Danube, la Save, la Morawa et la Drina, avec le sous-titre : « Justice pour la Serbie ».

Début 1999, il termina d’écrire la pièce de théâtre Die Fahrt im Einbaum oder das Stück zum Film vom Krieg, dans laquelle il s’élèvait sans équivoque contre les projets des militaires occidentaux, et l’implication des entreprises et ONG, dans la guerre civile en Bosnie.

La première fut jouée au Burgtheater de Vienne le 9 juin 1999, le jour même de la signature d’un traité à Kumanovo, en Macédoine, qui retirait l’Armée populaire yougoslave du Kosovo.

L’affaire du passeport

Le 15 juin 1999, les autorités de Belgrade délivraient un passeport yougoslave à Handke, en signe de remerciement. Rien de secret, bien au contraire : une copie de ce document est exposée depuis des années dans les archives en ligne de la Bibliothèque nationale d’Autriche.

Mais les médias autrichiens feignent aujourd’hui de le découvrir, et ne retiennent plus leur haine contre l’écrivain. Ils dénoncent à nouveau Peter Handke comme ami d’un dictateur serbe assoiffé de sang.

Le quotidien viennois Die Presse (8 novembre) fait ainsi mine de révéler que « le régime Milosevic a délivré en 1999 un passeport au lauréat du prix Nobel de littérature ». Et le Standard surenchérit le même jour en titrant : « Pourquoi Peter Handke n’est peut-être plus autrichien ». En effet, comme la double nationalité n’est autorisée que dans des cas exceptionnels en Autriche, il faudrait désormais examiner si Handke n’aurait pas perdu la nationalité autrichienne en 1999.

Le gouverneur social-démocrate de Carinthie, la région d’origine de l’écrivain, a même officiellement ouvert une « enquête citoyenne » contre Handke. C’est ainsi que la politique et les prétendus médias de qualité au pays des arts traitent leur figure littéraire, qui a reçu les plus hautes distinctions, dont le Nobel cette année.

Manifestement, ils ne lui pardonnent pas d’avoir publiquement regretté la désintégration de la Yougoslavie dans les années 1990 ; et encore moins d’avoir été proche de la personnalité la plus sensée à l’époque, Slobodan Milosevic.

On se souvient que ce dernier est décédé dans une prison de La Haye faute du traitement médical qu’il avait pourtant demandé. C’était le 18 mars 2006. Lors de ses funérailles, Peter Handke prononça notamment ces mots : « le monde, le soi-disant monde, sait tout sur la Yougoslavie, la Serbie. Le monde, le soi-disant monde, sait tout sur Slobodan Milošević. Le soi-disant monde connaît la vérité. C’est pourquoi le soi-disant monde est absent aujourd’hui, et pas seulement aujourd’hui, et pas seulement ici. Le soi-disant monde n’est pas le monde. (….) Je ne connais pas la vérité. Mais je regarde, j’entends. Je m’en souviens. Je demande. C’est pourquoi je suis présent aujourd’hui, près de la Yougoslavie, près de la Serbie, près de Slobodan Milosevic ».

« Pourquoi le prix Nobel a-t-il été décerné à un homme qui célèbre un criminel de guerre ? » – le Washington Post

C’est en fait le Washington Post qui a déclenché la curée sur Peter Handke. Le 10 octobre 2019, lorsque l’Académie suédoise a annoncé l’attribution du prix Nobel de littérature, le quotidien américain suggérait que Handke pourrait être un « apologiste du génocide ». Et la semaine suivante, il titrait ainsi le commentaire du président de l’Académie des Beaux-Arts albanaise du Kosovo, Mehmet Kraja, ainsi : « Pourquoi le prix Nobel a-t-il été décerné à un homme qui célèbre un criminel de guerre ? ».

Retour sur l’histoire

Mais comment en est-on arrivé à cette haine ? Un retour sur l’histoire de la désintégration de la Yougoslavie est éclairant. La première agression occidentale contre ce pays a eu lieu au tournant de l’année 1990/1991. Face à l’hyperinflation qui sapait alors l’économie en dinars du pays, le Fonds monétaire international (FMI) lançait au premier semestre 1990 un programme d’austérité drastique, basé sur les mesures déjà testées en Amérique latine : politique monétaire restrictive, suppression des subventions et avantages sociaux de l’Etat, ainsi, bien sûr que l’ouverture du marché intérieur aux investisseurs étrangers et la privatisation des entreprises publiques.

Jeffrey Sachs du FMI et Ante Markovic, le dernier Premier ministre de Yougoslavie, ont donné leur nom à cette thérapie de choc. Mais Slobodan Milosevic, qui venait d’être confirmé avec 65 % d’approbation par le bureau du Président de la République de Serbie, a voulu faire échec à ce plan en imprimant l’équivalent de 16 milliards de dinars et en payant ainsi les fonctionnaires serbes – militaires, enseignants, personnel hospitalier…

Jeffrey Sachs est indigné, lève le camp de Belgrade, déménage à Ljubljana et plus tard à Varsovie. Le président, avocat et banquier de formation, venait de s’assurer du jour au lendemain la détestation des dirigeants occidentaux.

L’Allemagne et l’Autriche, en particulier, ont commencé à soutenir les forces centrifuges au sein de la Yougoslavie. Les deux ministres des Affaires étrangères, Hans-Dietrich Genscher (FDP) et Alois Mock (ÖVP), se sont particulièrement distingués.

Qui étaient leurs partenaires en Yougoslavie ? Surtout les sécessionnistes musulmans croates et bosniaques sur lesquels ils comptaient. Le parallèle historique des années 1940 était présent en Serbie tandis qu’en Allemagne régnait le silence absolu.

En Croatie, la politique étrangère allemande et autrichienne a soutenu Franjo Tudjman. Il avait été élu Président de la République de Croatie en mai 1990 et était désormais considéré comme le héros de la démocratie et de l’économie de marché.

Peu avant le référendum croate sur l’indépendance en mai 1991, Tudjman a montré ce qu’il entendait par nationalisme croate. Le 2 mars 1991, il a envoyé des gardes nationaux croates (il n’y avait pas encore d’armée) dans la ville de Pakrac, qui était principalement habitée par des Serbes. Ils ont forcé les policiers serbes locaux à hisser le nouveau drapeau de la « République de Croatie » sur leur poste de police, en l’occurrence l’échiquier, le célèbre symbole de la période fasciste Ustasa.

Personne à l’Ouest n’y trouvait à redire. Les manifestations antisémites de Tudjman ont également été ignorées par les médias allemands et autrichiens. Son livre Irrwege der Geschichtswirklichkeit (« Les erreurs de la réalité historique »), traduit en allemand en 1993, regorge de banalisations du régime fasciste croate.

Tudjman trouve l’évaluation de six millions de Juifs assassinés pendant le national-socialisme « exagérée sur le plan émotionnel ». Son ministre des Affaires étrangères Zvonimir Separović a donné une interview dans laquelle il a expliqué pourquoi l’antisémitisme du parti HDZ de Tudjman en Occident n’est pas devenu un problème : « le lobby serbe dans le monde est dangereux car il coopère avec des organisations juives ».

Quant à l’allié bosno-musulman de l’Occident, Alija Izetbegovic, il avait rejoint pendant la Seconde Guerre mondiale le Mladi Muslimani, une organisation proche des Frères musulmans égyptiens qui utilisa l’avancée allemande et le gouvernement fasciste en Croatie pour former une force musulmane contre les partisans de Tito.

L’ouvrage principal de Izetbegović, la Déclaration islamique, a été publié en 1970. Il y décrit ainsi l’ordre social futur de ses rêves : « la première et la plus importante caractéristique est certainement celle de l’incompatibilité de l’Islam avec les systèmes non islamiques. Il ne peut y avoir ni paix ni coexistence entre la foi islamique et les sociétés et institutions politiques non islamiques ».

L’agression atlantique achevant le démantèlement de la Yougoslavie avait pour partenaires le nationalisme croate, l’islamisme bosniaque et le nationalisme albanais

Tant pour l’adhésion aux Jeunes Musulmans que pour la publication de la Déclaration islamique, Izetbegovic a passé plusieurs années dans des prisons titistes. Tout cela n’a pas empêché l’Occident, en particulier les médias et les intellectuels français comme Bernard-Henri Lévy ou André Glucksmann, de voir en Izetbegovic le sauveur de la démocratie dans les Balkans.

En mars 1999, l’agression atlantique achevant le démantèlement de la Yougoslavie avait pour partenaires le nationalisme croate, l’islamisme bosniaque et le nationalisme albanais.

C’est dans ce contexte, peu avant le décollage des escadrons de chasse de l’OTAN, que Peter Handke s’est a fait savoir à tous ceux qui voulaient l’entendre son mépris pour cette politique et pour cette opération militaire.

A voix basse, comme d’habitude, mais avec insistance. Sa solidarité avec la Serbie maltraitée par les bombes de l’OTAN doit être respectée. Ce n’est pas malgré cela qu’il méritait le prix Nobel de littérature, mais bien, aussi, à cause de cela.

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Gilets jaunes : une révolte populaire et tricolore

Par pierre

Le mouvement des Gilets jaunes a été populaire – socialement, idéologiquement et par ses références historiques – mais voit aujourd’hui sa mémoire travestie

Par Jérôme Sainte-Marie, politologue et sociologue dont le dernier ouvrage vient de paraître : Bloc contre bloc, Editions du Cerf, novembre 2019

Le phénomène des Gilets jaunes n’est pas encore éteint que le problème de sa mémoire se pose déjà. A vrai dire, cette imbrication ne tient pas qu’à l’accélération du temps sous l’effet des moyens modernes de communication, car le 1er décembre 2018, sur le plateau de l’Etoile nappé de gaz lacrymogène, au pied du monument à toutes les gloires militaires de la France, j’ai pu entendre plusieurs fois posées par les manifestants cette étrange question : « sommes-nous en train de vivre un moment historique ? ».

Il est très probable d’ailleurs que le cadre épique des affrontements des premiers « actes » a contribué à galvaniser les plus ardents des Gilets jaunes, dont on se souvient trop peu qu’ils ont d’abord tenté de préserver la tombe du Soldat inconnu.

Le pire travestissement de leur action ne viendra pas de leurs adversaires déclarés mais de leurs amis proclamés

Le soir même de chaque mobilisation, les participants ne se reconnaissaient guère dans le récit donné par la plupart des médias. Ils pouvaient espérer que le temps leur rendrait justice, et qu’à la sévérité des propos tenus à leur endroit sur les ondes succèderait une approche plus véridique. Je crains qu’ils ne soient déçus, et que le pire travestissement de leur action ne vienne pas de leurs adversaires déclarés mais de leurs amis proclamés.

Une étrange musique

En effet, depuis février, c’est-à-dire le déclin du phénomène GJ dans la rue et sur les ronds-points mais aussi en termes de fréquentation des sites dédiés, une étrange musique se fait entendre. Les Gilets jaunes seraient animés d’une préoccupation écologique profonde, leur revendication première serait l’extension des services publics, ils exprimeraient des revendications spécifiquement féministes et, bien entendu, ils auraient à cœur de lutter ensemble avec les migrants.

La gauche alternative est désormais aussi soucieuse de parler en leur nom qu’elle était attentive à ne pas se montrer à leurs côtés durant les premiers mois

En d’autres termes, ils ressembleraient comme des frères à leurs nouveaux amis, les sociologues et militants de la gauche alternative, désormais aussi soucieux de parler en leur nom qu’ils étaient attentifs à ne pas se montrer à leurs côtés durant les premiers mois.

Cette pièce a déjà été jouée. En France, comme l’a bien décrit l’essayiste américaine Kristin Ross, avec le travestissement de Mai 68 en grande fête libertaire, passant sous silence la grève générale qui a fait, elle, vaciller le régime. En Italie aussi, où quelqu’un comme Toni Negri, compagnon de Daniel Cohn-Bendit dans la campagne pour le « oui » au référendum de 2005, a joué un rôle notable dans la valorisation du mouvement étudiant pour « l’autonomie » aux dépens de la vague d’insubordination ouvrière qui a fait tout l’intensité du Maggio strisciante. C’est pourquoi il est utile de fixer ici quelques traits de ce phénomène inouï qui occupe la France depuis un an.

L’irruption des prolos modernes

Tout d’abord, qui furent les Gilets jaunes, dans le moment où ils tinrent la France suspendue au déroulé de chaque samedi ? L’observation directe, à Paris ou sur quelques lieux de province, indique une représentation massive d’un milieu social rarement mobilisé, nullement syndiqué, faiblement encadré politiquement : les travailleurs pauvres du secteur privé.

L’âpreté des affrontements avec les forces de l’ordre dès novembre 2018 tient pour beaucoup à cette présence d’hommes et de femmes recrus d’humiliations sociales, qui renouaient avec les manifestations combatives de la Lorraine sidérurgiste disparue ou de l’Ouest français, celui des marins-pêcheurs, des ouvriers et des agriculteurs.

Des conversations tenues et des quelques enquêtes sociologiques crédibles disponibles apparaît une population qui compte des indépendants et des salariés, mais tous rassemblés par la modicité de leurs revenus et la précarité de leur statut. L’habituelle clientèle des défilés parisiens n’y était pas. Quelques étudiants, le plus souvent issus de la mouvance nationaliste ou catholique engagée, de très rares représentants du secteur public, peu de personnes se considérant « de gauche », et pour le monde des cadres et des gens aisés, pratiquement personne.

Que ces personnes se soient prises en main, s’organisant pour fixer des points de rendez-vous ou des moyens de transport vers les lieux de rassemblement, établissant un réseau de communication sur Internet, inventant des modes d’action, et même créant des codes culturels spécifiques, tient sans doute à deux choses.

Tout d’abord à l’absence de débouché syndical ou politique dans un quinquennat cadenassé par des institutions électorales ayant propulsé à l’Elysée un homme dont le programme n’avait été véritablement choisi que par 24% des votants, et ayant permis que s’installe une assemblée nationale dont les catégories populaires étaient doublement exclues, puisque pratiquement aucun député n’en est issu et que les formations qui concentrent leur vote y sont marginalisées.

Pour reprendre les catégories de Karl Marx, les différents « actes » ont permis que se constitue une « classe pour soi »

Ensuite, au fait que les Gilets jaunes sont issus d’un milieu assez homogène qui correspond à l’idée que l’on se fait d’une « classe en soi », vu l’origine de leurs revenus et leur place précaire dans l’appareil de production. Pour reprendre les catégories de Karl Marx, les différents « actes » ont permis que se constitue une « classe pour soi ». De ce point de vue, un acquis des Gilets jaunes est le retour sur scène des actifs du privé, eux qui forment une sorte de prolétariat moderne, dans les conditions particulières de notre époque où l’Etat social demeure indéniablement puissant.

Un révélateur des clivages sociaux

Les Gilets jaunes ont été populaires à tous les sens du terme. Leur mobilisation trouva un écho bienveillant dans l’opinion. Au début novembre à la fin décembre 2018, plus des deux tiers des Français, selon l’IFOP, déclarent soutenir ou avoir de la sympathie pour le mouvement des Gilets jaunes. Entre le début janvier et la mi-février, ils demeurent une majorité absolue à le faire. Ensuite, ce sera une majorité relative.

Pour l’institut Opinionway, qui pose de manière binaire la question du soutien, celui-ci culmine à 68% début décembre, puis se positionne entre 43% et 48% à partir de la mi-février, et atteint encore un niveau de 44% début juillet.

Cet appui de l’opinion a été sociologiquement très contrasté

Pour important qu’il ait pu être, cet appui de l’opinion a été sociologiquement très contrasté. L’analyse sur le critère de la classe sociale subjective est particulièrement éloquente. En décembre 2018, juste après « l’acte III » et le saccage de l’Arc de Triomphe, 71% des Français interrogés par l’institut BVA approuvent le mouvement, contre 29% d’un avis inverse. Ceux qui se reconnaissent dans les « classes aisées » ne sont que 52% à le faire, et parmi les « classes moyennes supérieures », ce taux était à peu près le même – 54%. Mais lorsque l’on passe aux personnes disant appartenir aux « classes moyennes modestes », 75% approuvent le mouvement, tout comme 87% de celles s’identifiant aux « classes populaires ». La « classe moyenne » s’estompe lorsque l’on commence à la qualifier.

Il est à noter que cette analyse par classe sociale subjective donne des contrastes bien plus prononcés que les simples catégories INSEE : dans cette étude, 78% des ouvriers et employés soutiennent les Gilets jaunes, au lieu de 63% des retraités et 56% des cadres.

Toutefois, lorsqu’un peu plus tard le mouvement perd de sa popularité, les reliefs sociaux apparaissent davantage. Début janvier 2019, selon l’Ifop, 57% des Français expriment du soutien ou de la sympathie pour les Gilets jaunes – 32% disaient les soutenir et 25% avoir de la sympathie pour eux. En face, 17% y sont opposés et 14% hostiles, soit 31% d’avis négatifs.

En considérant ces deux pôles, le soutien d’un côté, l’opposition au mouvement de l’autre, au regard des catégories agrégées de l’INSEE, le clivage est très simple : 53% des ouvriers soutiennent le mouvement, 10% y sont hostiles ou opposés. Ces proportions sont respectivement de 24% et de 39% parmi les cadres supérieures et membres de professions intellectuelles supérieures.

61% des électeurs de Marine Le Pen soutiennent le mouvement et 50% de ceux de Jean-Luc Mélenchon, au lieu de 7% de ceux d’Emmanuel Macron et 16% de ceux de François Fillon

Les clivages sociologiques sont redoublés par les oppositions entre courants politiques, eux-mêmes très contrastés dans leur composition sociale. Ainsi 61% des électeurs de Marine Le Pen soutiennent le mouvement et 50% de ceux de Jean-Luc Mélenchon, au lieu de 7% de ceux d’Emmanuel Macron et 16% de ceux de François Fillon. Chaque semaine, de l’automne 2018 à l’été 2019, des sondages furent publiés avec le même enseignement, celui de l’évidente détermination sociale du jugement sur la mobilisation du samedi.

Une dimension patriotique singulière

Le changement de composition des rassemblements parisiens à la fin de l’hiver l’a fait un peu oublier, mais quelque chose de nouveau a surgi dans cette mobilisation atypique. Signant ainsi leur radicale différence par rapport aux codes habituels de la contestation sociale, les Gilets jaunes ont recouru à toute une symbolique patriotique intense. Celle-ci se singularise par son épaisseur historique.

Les allusions à la Révolution de 1789 sont bien présentes, qu’illustrent la Marseillaise, quelques bonnets phrygiens, l’invocation des « gueux », les caricatures du président en nouveau monarque et même des guillotines en carton-pâte.

Mais les signes utilisés au sein des cortèges et des attroupements ne renvoient pas seulement à la geste républicaine. Abondent aussi les symboles associés au passé antérieur du pays, mêlant étendards fleurdelisés, bannières des provinces et blasons armoriés des communes. Il n’est pas habituel que l’on entende la Marseillaise entonnée par des manifestants mobilisés sur des revendications sociales, ni que l’on voie parmi eux d’anciens militaires portant béret et arborant leurs décorations, encore moins que cohabitent tranquillement drapeaux royalistes, tricolores et anarchistes.

Cet aspect n’est pas négligeable, car il rend compte d’une part des soutiens reçus bien au-delà de la compréhension des revendications matérielles exprimées, d’autre part de l’affolement qui a saisi les catégories dirigeantes durant quelques journées.

Le bloc élitaire s’était affranchi à son profit du clivage gauche-droite. Il a découvert que les catégories populaires pouvaient également s’en extraire

Le bloc élitaire groupé autour d’Emmanuel Macron s’était affranchi à son profit du clivage gauche-droite. Il a découvert que les catégories populaires pouvaient également s’en extraire. Ce n’est pas pour lui une bonne nouvelle. Ces drapeaux et ces chants nous ont enfin rappelé qu’il n’y a guère eu dans l’histoire contemporaine de révolution sociale qui n’ait comporté une part décisive d’exaltation patriotique. C’est aussi cet alliage réussi par les Gilets jaunes qu’il faut désormais sauver de l’oubli et d’un récit trompeur.

En passant par Juin 1848…

Pour parler de notre époque, il peut s’avérer utile de faire un détour par un passé lointain, mais tellement évocateur, les années 1848-1851, ce que j’ai tenté dans mon livre Bloc contre bloc.

Pour les Gilets jaunes, avec une intensité incomparablement moindre, le parallèle s’impose avec les terribles journées insurrectionnelles de Juin 48, et de ce qu’en dit non pas Karl Marx, mais le très libéral Alexis de Tocqueville. Pour ce dernier en effet, cette tragédie « ne fut pas, à vrai dire, une lutte politique mais un combat de classe, une sorte de guerre servile ».

« Les lieux mêmes où nous nous croyons les maîtres fourmillaient d’ennemis domestiques » – Alexis de Tocqueville

Lorsqu’il rencontre une foule d’insurgés, il note que « ces hommes étaient tous en blouse, ce qui est pour eux comme on sait l’habit de combat mais aussi l’habit de travail », pour conclure que « les lieux mêmes où nous nous croyons les maîtres fourmillaient d’ennemis domestiques ».

Ce ne sera pas une lutte vaine que d’œuvrer à la préservation d’une histoire véridique de ce moment inachevé, en lui préservant sa part énigmatique – le temps des Gilets jaunes.

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Prochaine tribune (à paraître le 22 novembre) :
Eloge de Peter Handke, par Hannes Hofbauer, éditeur autrichien

 

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Bolivie : l’UE doit envoyer des « experts » pour accompagner le nouveau pouvoir putschiste

Par pierre

Le président sortant et réélu, Evo Morales, avait été contraint à l’exil alors que ses partisans continuent de manifester

Le président bolivien sortant, Evo Morales, est toujours au Mexique, où le gouvernement de ce pays lui a proposé de trouver asile. Lors de l’élection présidentielle du 20 octobre, où il se présentait en vue d’obtenir un quatrième mandat, il avait obtenu 47,1% des suffrages, plus de dix points devant son principal concurrent, Carlos Mesa (droite).

Ce résultat devait, selon la loi, assurer sa réélection dès le premier tour. Mais l’opposition a immédiatement accusé les autorités de fraude, s’appuyant sur un retard de centralisation des résultats. L’Organisation des Etats américains (OEA) a instantanément emboîté le pas. L’OEA a son siège à Washington ; elle compte dans ses rangs une majorité de dirigeants favorables à l’Oncle Sam, et très hostiles aux gouvernements de Cuba et du Venezuela. L’organisation avait par exemple été très active dans les tentatives – vaines – de faire tomber le président de ce dernier pays, Nicolas Maduro.

Quelques jours après le scrutin du 20 octobre et sous pression, Evo Morales a finalement accepté la tenue d’un second tour. Mais pour l’opposition, cette solution de compromis était insuffisante. Elle a contraint M. Morales à la démission après que des secteurs de la police et de l’armée eurent choisi leur camp en décidant de ne plus obéir au pouvoir légitime.

La deuxième vice-présidente du Sénat Jeanine Anez (mouvement social-démocrate, droite) s’est alors proclamée présidente par intérim, et a prêté serment, bible en main (alors que la constitution bolivienne est explicitement laïque). Les partisans d’Evo Morales, qui continuent à manifester contre ce coup d’Etat de fait, sont durement réprimés, avec notamment près d’une trentaine de protestataires qui ont perdu la vie.

Premières mesures

Parmi les premières mesures, Mme Anez a changé le chef de l’armée, lancé des poursuites contre Evo Morales, annoncé vouloir quitter l’Alliance bolivarienne pour les Amériques, et renvoyé sans délai 700 membres de la mission de coopération médicale cubaine.

Très logiquement, elle a également reconnu Juan Guaido, le dirigeant de l’opposition vénézuélienne qui s’était autoproclamé président de ce pays en janvier 2019. Rappelons que M. Guaido avait été très vite reconnu par les Etats-Unis, par l’europarlement, et par les principaux pays de l’UE, dont l’Allemagne et la France. Début février, Nathalie Loiseau, le ministre français des Affaires européennes, déclarait ainsi : « nous considérerons Juan Guaido comme le président légitime du Venezuela ».

Dans ce contexte, l’actuelle titulaire de ce portefeuille, Amélie de Montchalin, a « appelé au calme et à la retenue ». Dans une intervention a l’Assemblée nationale, le ministre a également martelé, manifestement à l’attention des partisans du président chassé : « nous n’acceptons en rien les manifestations violentes, nous cherchons à protéger la démocratie dans un pays où des élections doivent se tenir ».

Mme de Montchalin a conclu en appelant de ses vœux un tel processus, et précisé que « l’Union européenne enverra des experts sur le terrain, bien évidemment ».

« Bien évidemment ». On ne saurait mieux dire.

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Les vertus de la diplomatie russe : l’exemple kurde

Par Grégoire

La question kurde illustre les méfaits des politiques occidentales depuis des siècles au Moyen-Orient. Aujourd’hui, seule la Russie démontre une capacité et une volonté réelles de stabilisation dans cette région.

Par Robert Charvin, agrégé des Facultés de Droit, Professeur émérite à l’Université de Nice – Sophia – Antipolis 

Jusqu’à quand serons-nous l’os devant les pattes du chien ? Djegerkhwin, poète kurde

Les puissances occidentales ont une tradition pluriséculaire : celle de se croire tout permis partout dans le monde, tout en donnant des leçons de morale et de droit à l’univers. Les peuples ont pour fonction de servir les intérêts de ces puissances dans la logique des rapports marchands que le capitalisme impose. L’Occident intervient au mépris de leur souveraineté soit en prétendant abusivement les protéger soit en les déclarant dangereux pour l’ordre international.

Ces puissantes-pirates, depuis pratiquement le XVI° siècle, façonnent et manipulent les frontières, les règles du droit international et concluent des traités qu’elles violent dès lors qu’ils les dérangent. Sans scrupule, elles proclament très haut des principes qui ne sont cependant respectés que de manière sélective : les droits de l’homme ici, les bombes « sécuritaires » là ! Les peuples palestinien, irakien, libyen, yéménite, syrien, etc. en savent quelque chose ces dernières années.

Ces ingérences, souvent violentes, qui perturbent les relations internationales sont prétendument légitimées par l’appartenance à une « civilisation supérieure » travaillant au Bien Commun : la seule réalité, ce sont les rapports de force favorables à l’Occident qui se nourrit des richesses des autres. Une banalité, si ce n’est que cet impérialisme ordinaire se drape dans un moralisme arrogant et mystificateur.

Les Kurdes pris en tenaille

Le peuple kurde, comme bien d’autres, notamment au Moyen-Orient, est aujourd’hui victime de cet impérialisme, qui depuis plus d’un siècle multiplie à son égard des actes de répression, des trahisons et impose des tractations de toute nature, pour des raisons économiques (le pétrole) et stratégiques (zone « pivot de l’Asie ») qui dépassent ce peuple.

Les Kurdes sont simultanément la proie d’une Turquie, aujourd’hui néofasciste, partenaire privilégié des États-Unis au sein de l’OTAN, chargée de faire le sale travail – un sale travail qui s’avère néanmoins rentable pour le parti islamiste d’Erdogan en difficulté électorale.

Terroristes ou supplétifs

La France et l’Union européenne, se refusant à prendre des mesures concrètes, se satisfont de déclaration sans portée, larguant leurs alliés contre Daech alors que les Français et les Anglais sont les responsables du drame kurde et de l’inexistence d’un Kurdistan indépendant depuis la Première Guerre mondiale. 

Les grands médias occidentaux se gardent de remettre en mémoire une histoire peu glorieuse pour ne pleurer que sur les effets d’une politique dont les racines sont passées sous silence. Le gouvernement français, comme les Turcs et les Américains, dénonce le PKK « terroriste », comme l’ont été tous les mouvements de libération dans le passé et plus particulièrement les indépendantistes kurdes trop « remuants ». Ces mouvements ne sont appréciés que lorsqu’ils servent de supplétifs aux Occidentaux comme les harkis d’hier ! 

Les discrètes protestations de la France vis-à-vis de la Turquie ne mentionnent pas la violation de l’intégrité du territoire syrien 

Les discrètes protestations de la France et de l’Union européenne vis-à-vis de la Turquie, après que celle-ci a bombardé les Kurdes, en octobre 2019, relèvent de la complaisance : elles ne mentionnent ni la violation de l’intégrité du territoire syrien par ce pilier de l’OTAN qu’est la Turquie ; ni la tentative d’annexion de fait d’une zone destinée à parquer les Kurdes et les réfugiés que le régime d’Erdogan veut expulser de Turquie, malgré les milliards d’euros versés pour les accueillir ! 

Combativité sélective

Le gouvernement français, qui se déclare quasiment impuissant malgré sa « bonne volonté », a pourtant fait preuve ces dernières années de « combativité » à l’encontre de la Libye (créant un chaos généralisé et ouvrant la porte aux Islamistes dans toute la région), de la Syrie (préférant les Salafistes au régime de Damas trop proche de la Russie), à l’égard, par ailleurs, du Venezuela et même de la Russie (en s’associant aux sanctions économiques décidées par les États-Unis). Le régime Macron sait se faire complice de l’Arabie Saoudite qui massacre les Yéménites et parfaitement servile au sein de l’OTAN, alliance pour « la liberté », en recommandant modestement à la Turquie « d’agir avec retenue » ! 

On ne peut s’en remettre aux grands médias occidentaux pour comprendre la situation : leurs « éditorialistes » qui passent en boucle ne font que légitimer la politique officielle. Il est nécessaire de revenir aux racines historiques de la question kurde, des multiples répressions subies par ce peuple sans État, au cœur d’une région déchirée par les ingérences et les mises sous tutelle multiformes des puissances occidentales. 

Il est indispensable aussi de prendre conscience de la nocivité, pour la paix et le développement, d’un Occident malade de son hostilité chronique à la Russie, ravivée par la reprise progressive de sa place de grande puissance. 

Les racines de la question kurdes

En 1918, l’Empire Ottoman, allié de l’Allemagne vaincue, est sanctionné : il est démembré par les vainqueurs français et anglais en application d’une série de traités (Sèvres, Lausanne, Paris, etc.). Il s’agit avant tout de récupérer le pétrole (qui commence à être exploité depuis 1907) et le blé de la région. 

De nouvelles frontières sont tracées unilatéralement pour le seul intérêt de la France et de l’Angleterre. Ces frontières « fabriquent » dans un esprit colonial l’Irak (pour le compte des Anglais) et la Syrie (pour celui des Français). L’État du Kurdistan est prévu (traité de Sèvres) dans un délai d’une année avec l’appui de la Société des nations (SDN), au nom de la « protection » des populations kurdes jugées maltraitées par les Turcs, qui s’étaient servis d’elles depuis le XV° siècle. Mais l’engagement ne sera pas tenu, pétrole oblige – notamment à Mossoul. Le pétrole kurde va permettre notamment de financer le mandat britannique sur l’Irak ! 

Le PKK jugé trop « socialiste »

De plus, les intérêts stratégiques occidentaux nécessitent un certain contrôle sur la Turquie – ces intérêts stratégiques étant jugés plus importants que les préoccupations « humanitaires » en faveur des Kurdes, pauvres et inorganisés. Les populations kurdes sont donc arbitrairement placées sous des tutelles différentes : celle de l’ex-empire ottoman (ou plus précisément ce qu’il en reste), de l’Irak, de la Syrie et de l’Iran. Le Kurdistan est mort-né. 

Un siècle plus tard, malgré de multiples révoltes et tractations, suivies de fréquentes répressions sanglantes, les 30 à 40 millions de Kurdes, privés d’un État national, sont toujours soumis à des administrations qui leur sont étrangères, plus ou moins intolérantes, dans l’indifférence d’un Occident qui n’est « pro-kurde » que lorsque cela sert ses intérêts – par exemple, pour condamner l’Irak de Saddam Hussein qu’il voulait éliminer en 1991. Par contre, il soutient la Turquie lorsqu’il s’agit de réprimer le PKK trop « socialiste » ! 

La question kurde est une illustration des sacrifices imposés à un peuple par les impérialismes antagonistes et par les multinationales du pétrole

 Ce chaos entretenu par les puissances impériales est facilité par les divisions qui opposent les Kurdes entre eux, isolés de la vie internationale, placés dans des conditions différentes dans divers pays où ils se trouvent et qui sont en conflit sur les stratégies à adopter. La question kurde est une illustration des sacrifices imposés à un peuple par les impérialismes antagonistes et par les multinationales du pétrole, par-delà les discours sur l’Humanitaire et les droits de l’homme.

Rien de nouveau dans ces années 2000 où le monde arabe a subi tous les interventionnismes, depuis les « révolutions » d’un « Printemps » largement sponsorisé et la destruction de la Libye jusqu’à celle du Yémen, via celle de l’Irak, de la Syrie, au nom d’une guerre contre Daech menée dans la plus grande ambiguïté. 

Le rôle central de la Russie

Aujourd’hui, les populations kurdes de Syrie sont protégées par l’armée syrienne régulière et par les Russes, présents sur le terrain, contre une agression de la Turquie, facilitée par les États-Unis de Trump. Tout cela dans la même confusion destructrice qui règne depuis des siècles dans la région. 

Alors que les États-Unis n’ont cessé d’intervenir à travers le monde en déstabilisant tous les États qui leur résistent, c’est la Russie qui subit un procès permanent, comme si elle était la source des violences et des menaces pour la paix. 

Concurrence diplomatique

Le paradoxe est grand. Si les autorités russes sont légitimement préoccupées de l’intérêt national (ce qui n’était pas le cas durant l’intermède Elstine, très apprécié par l’Occident), elles manifestent à la fois un respect (devenu très rare) des obligations juridiques internationales et une prudence diplomatique exceptionnelle, tout en reprenant sa place de grande puissance. Ce qui ne lui est pas pardonné ! 

Cette attitude anti-russe est traditionnelle en Europe de l’Ouest. Elle n’a été que renforcée durant la période soviétique pour se poursuivre vis-à-vis de la Fédération de Russie du Président Poutine. La Russie est une concurrente dans tous les domaines et cette concurrence est très mal supportée, comme celle de la Chine. Le monde des affaires et ses auxiliaires politiques n’apprécient pas les économies nationales qu’ils ne maîtrisent pas. 

Dialogue tous azimuts

Les Euraméricains ne supportent pas l’influence russe en Syrie et plus généralement au Moyen-Orient. Ils ne supportent pas la diplomatie tous azimuts de la Russie qui considère devoir négocier avec tous les acteurs, quels qu’ils soient, y compris avec une Turquie qui prend quelques distances avec son tuteur américain et l’OTAN. 

La Russie est hostile à tout affrontement armé (si ce n’est contre les Islamistes qui ont fait la preuve de leur extrême nuisance pour tous). Elle prend toutes les initiatives pour favoriser un règlement politique de la crise Turquie-Kurdes-Syrie, en particulier, avec le « processus d’Astana » réunissant depuis 2017 Turcs, Iraniens et Russes. Elle facilite les discussions entre les Kurdes et Dama mais aussi entre les Syriens et les Turcs, alors que ces contacts sont très difficiles à établir. La Russie agit ainsi bien dans l’esprit du Chapitre VI de la Charte des Nations Unies recommandant prioritairement la négociation et la conciliation. 

Contre un affrontement généralisé

Ce trait de la diplomatie russe se vérifie dans d’autres domaines. La Russie s’efforce d’établir des liens de coopération commerciale avec tous les États, sans discrimination politique ce qui favorise plus que tout le maintien de relations pacifiques, menacées au contraire par les politiques d’embargo et de sanctions pratiquées de plus en plus souvent par les Occidentaux. 

Elle n’oublie pas les Kurdes, leur assurant une certaine protection en assistant l’armée syrienne face à l’offensive turque dans la zone frontière turco-syrienne. Le communiqué russo-turc de Sotchi, du 22 octobre 2019, stoppe l’intervention armée turque, tout en satisfaisant les intérêts du moment des deux parties et en évitant un affrontement généralisé. Quant aux Kurdes, comme tous les peuples, il est évident qu’ils doivent compter avant tout sur eux-mêmes pour conquérir leur souveraineté. En s’organisant, en combattant, c’est-à-dire en témoignant par tous les moyens de leur volonté et de leur unité. 

La Russie est la seule grande puissance à tenter encore de se conformer à la légalité internationale et à la Charte des Nations Unies 

Quoique puissent en dire les grands médias occidentaux et les politiciens (de droite ou de gauche), qui tous s’inscrivent dans la mouvance « atlantique », le constat peut être fait que la Russie est la seule grande puissance à tenter encore de se conformer à la légalité internationale et à la Charte des Nations Unies, alors que les Occidentaux n’en tiennent pratiquement plus compte. Ces derniers récusent le principe de l’égale souveraineté des États, contournent l’ONU, inventent artificiellement de pseudo-normes coutumières, sous couvert de « morale » et de soi-disant « valeurs » humanitaires universelles. Ce qui ne les empêche pas de violer plus qu’hier encore les droits de l’homme, par exemple, le droit d’asile et les droits des migrants dont 30 000 sont morts en Méditerranée.

Résolution pacifique

La Russie s’affirme pour que soit respectée l’intégrité territoriale de la Syrie. Elle favorise depuis des mois tous les dialogues, alors que les Occidentaux ne cessent de prononcer des anathèmes contre tous ceux qui ne s’alignent pas sur eux, dans une incohérence diplomatique qui résulte des contradictions d’intérêts.

Pour ceux qui sont solidaires des populations kurdes et partisans du non-recours à la force armée dans les contentieux internationaux, le réalisme doit l’emporter : la Russie, qui a certes ses propres intérêts, est néanmoins la seule puissance à pouvoir se porter garante de la sécurité des Kurdes, de leur réserver un avenir et de favoriser la paix.

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Von der Leyen und Borrell hämmern ein, « die EU muss lernen, die Sprache der Macht zu sprechen »

Par pierre

Offensichtlich haben die beiden Politiker, die demnächst ihr Amt in Brüssel antreten, kriegerische, wenn nicht sogar imperialistische Absichten

Ursula von der Leyen wird ihr Amt als Präsidentin der Europäischen Kommission am 1. Dezember antreten – so ist es zumindest vorgesehen. Die ehemalige deutsche Verteidigungsministerin hat aber nicht gezögert, ihre kriegerischen Absichten schon im Voraus offen zu legen.

« Heute reicht Soft Power nicht mehr aus, wenn wir uns in der Welt als Europäer behaupten wollen » – Ursula Von der Leyen

In einer Rede, die sie am 8. November in Berlin anlässlich des dreißigsten Jahrestages des Mauerfalls hielt, benutzte sie scharfe Worte, die leider unbemerkt verhallten. Die zukünftige höchste Repräsentantin der EU ist der Meinung, « dass Europa lernen muss, die Sprache der Macht zu sprechen ». Und damit dies auch wirklich verstanden wurde, verdeutlichte sie: « Heute reicht Soft Power nicht mehr aus, wenn wir uns in der Welt als Europäer behaupten wollen ».

In dieser Tonlage war ihr der künftige Hohe Vertreter für die Außen- und Sicherheitspolitik der EU vorausgegangen. Josep Borrell hatte in seiner Anhörung vor den Europaabgeordneten am 7. Oktober das Terrain bereits mit scharfem Geschütz vorbereitet. Mit 72 Jahren hat der heutige Chef der spanischen Diplomatie eine lange Karriere hinter sich, die in der Spanischen Sozialistischen Partei (PSOE) begann und von vielen Ministerressorts (sowie einigen Skandalen) geprägt war. Von 2004 bis 2007 war er auch Präsident des Europaparlaments.

Standing ovation

Die Begeisterung seiner ehemaligen Kollegen – die ihn abschließend mit standing ovations feierten – wurde von ihm damit geweckt, dass er mit einer sehr scharfen Rede gegenüber Moskau begann, um dann im Weiteren seine Pläne darzulegen. Er bestand insbesondere darauf, dass von einer Aufhebung der Sanktionen keine Rede sein könne. Dies war für einen Mann, der vor einigen Monaten noch verkündet hatte, dass « Russland, unser alter Feind, wieder einmal zu einer Bedrohung geworden ist », nicht überraschend. Damals hatte dies allerdings zu einem diplomatischen Zwischenfall mit Moskau geführt.

Für die EU ist dies sicherlich keine 180-Grad-Wende, wurde doch die derzeitige Amtsinhaberin, die Italienerin Federica Mogherini, regelmäßig, insbesondere von den östlichen Mitgliedstaaten, verdächtigt, dem Kreml gegenüber zu nachsichtig zu sein. Sie freuen sich nun über die von ihrem Nachfolger eingeleitete Wende. Letzterer hat auch seine Absicht bekundet (wie viele andere vor ihm), die außenpolitische Entscheidungsfindung zu ändern: Seiner Meinung nach sollte sie nicht mehr dem Prinzip der Einstimmigkeit unterliegen. Eine solche Entwicklung ist in ihrer jetzigen Form eher unwahrscheinlich (sie erfordert die Zustimmung aller Regierungen), aber sie sagt dennoch viel über die Ambitionen der EU-Führungskräfte aus.

Und das nicht nur in Bezug auf Russland. Herr Borrell betonte immer wieder, dass die Union jetzt « lernen muss, die Sprache der Stärke zu benutzen », um sich als Macht in der Welt zu behaupten. Dazu sei es notwendig, ihre militärischen Fähigkeiten zu stärken, insbesondere die Wiederbelebung der « battle groups » in Angriff zu nehmen. Diese multinationalen Bataillone waren 2004 gegründet worden, aber nie zum Einsatz gekommen. Die Perspektive ist zwar kurzfristig nicht realistisch, da die Interessen und Strategien der Mitgliedstaaten zu unterschiedlich sind, aber ihre Erwähnung zeigt die Richtung an. Zumal Herr Borrell es nicht versäumt hat, darauf hinzuweisen, dass all dies tatsächlich aus dem als « Europäische Friedensfazilität » bekannten Fonds finanziert werden kann, d.h. mit 10,5 Milliarden Euro. Die « Europäische Friedensfazilität » ist ein « ausserbudgetärer EU-Fonds für die Friedensförderung und die Stärkung der internationalen Sicherheit ». Orwell lässt grüssen.

Für Herrn Borrell hängt die Glaubwürdigkeit der EU von ihrer Fähigkeit ab, der Ukraine gegen den « russischen Expansionismus » zu helfen

Für Herrn Borrell hängt die Glaubwürdigkeit der EU in erster Linie von ihrer Fähigkeit ab, einerseits der Ukraine gegen den « russischen Expansionismus » zu helfen, andererseits auch dem Balkan, den er als « Priorität für unsere Außenpolitik » darstellte. Der zukünftige Leiter der europäischen Diplomatie hat daher angekündigt, dass er seine erste offizielle Reise in den Kosovo antreten wird. Dies ist umso bemerkenswerter, als Spanien eines der wenigen EU-Länder ist, das die Unabhängigkeit dieser Provinz nicht anerkannt hat. Der Kosovo hatte sich dank der Bombardements der NATO – an denen sich die europäischen Länder beteiligt hatten, – im Jahr 1999 von Serbien getrennt. Madrid zögert in der Tat, die Unabhängigkeit anzuerkennen, weil es selbst mit den katalanischen separatistischen Forderungen konfrontiert ist. Aber die Versuchung eines « starken Europa » hat oberste Priorität…. Auf jeden Fall erinnert diese Priorität, die der künftige Hohe Vertreter dem vor zwanzig Jahren von Bernard Kouchner formulierten Satz einräumt, wonach « Europa in Pristina » (der Hauptstadt des Kosovo) beginnt, daran, dass eine echte europäische Integration offensichtlich nur auf Krieg basieren kann.

Eine Chance für Europa

Sehr wortreich sprach der spanische Politiker auch über die Migration: « Der Druck der afrikanischen Jugend stellt eine Chance für Europa dar », sagte er. Sprich: für europäische Unternehmer. Böse Geister wird dieser Appetit auf Globalisierung an einen Satz erinnern, den er vor einem Jahr vor Studenten geäussert hatte. Da hatte er sich über die Schwierigkeiten bei der Vereinigung Europas beklagt, und daran erinnert, wie problemlos sich doch die Vereinigten Staaten, gebildet hätten – « es reichte ihnen, ein paar Indianer zu töten », hatte er lachend gesagt…. Später entschuldigte er sich dafür und es wurde ihm auch schnell vergeben, da diese faszinierende historische Analyse ja nicht von einem « populistischen » oder rechtsextremen Führer kam.

Insbesondere war es Herrn Borrell wichtig, seinen Hass auf den « Nationalismus » deutlich zu machen, indem er betonte, dass er Grenzen hasse. Diese abschließende Aussage ist nicht ohne Bedeutung. Denn ein politisches Gebilde, das keine Grenzen kennt, bedeutet exakt: ein Imperium.

Das verdiente wirklich eine standing ovation.

 

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Comment se prépare la spoliation de l’épargne et des épargnants

Par Grégoire

Les taux d’intérêt négatifs favorisent les ultra-riches et le capitalisme financier, en menaçant les épargnants et les classes moyennes.

Par Jean-Michel Quatrepoint, journaliste, auteur notamment de Alstom, scandale d’Etat, Dernière liquidation de l’industrie, Fayard, 2015.

Aberration hier. Réalité aujourd’hui. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le capital ne rapporte plus. Pire, il coûte ! Les taux négatifs sont désormais la norme, en Europe, mais aussi au Japon, pour l’épargnant moyen. La rémunération du Livret A est inférieure à l’inflation. Idem pour les contrats en euros à capital garanti de l’assurance vie, ce placement préféré des Français (1700 milliards d’euros).

Les assureurs veulent orienter leurs clients vers des placements à risque

Les assureurs ont massivement investi dans les Bunds allemands, les bons du Trésor français et même ceux de l’Italie qui offrent toujours des taux négatifs, malgré une remontée des courbes depuis septembre 2019. Mécaniquement, les revenus de l’assurance vie chutent. Les assureurs sont donc tentés de fermer peu à peu les comptes en capital garanti, qui ne permettent plus une rémunération suffisante, tant des épargnants que des gestionnaires. Ils veulent orienter leurs clients vers des placements à risque, en actions et autres produits financiers.

Les grandes banques privées commencent à taxer, au-delà d’un certain seuil, les dépôts en liquide de leurs clients les plus fortunés. Elles répercutent ainsi le coût du taux négatif de 0,5% sur leurs liquidités excédentaires qu’elles sont obligées de déposer à la BCE.

« Helicopter money »

Comment expliquer que l’on en soit arrivé là ? D’où viennent ces taux négatifs, appelés apparemment à perdurer ? Tout commence, fin 2008, avec la faillite de Lehman Brothers et la crise financière qui s’est ensuivi. Une bulle s’était créée autour des subprimes (1) avec un excès de dettes immobilières privées. Les banques, notamment américaines, ayant accumulé des créances irrécouvrables, beaucoup se trouvaient en situation de quasi-faillite. Pour éviter un krach et un effondrement de l’économie mondiale, le président de la Banque centrale américaine, la FED, Ben Bernanke applique une nouvelle théorie monétaire, celle de l’Helicopter money. Les banques centrales, à commencer par la FED, jettent des tombereaux de monnaie que les pâles de l’hélicoptère saupoudreront sur l’ensemble de l’économie, et surtout sur les acteurs financiers.

Les États passent ainsi le relais aux banques centrales qui deviennent les acteurs majeurs de l’économie. La FED fait tourner la planche à billets, rachète aux banques leurs actifs toxiques. Son bilan passe en deux ans de 850 milliards à 4 500 milliards de dollars. Parallèlement, l’État émet plus de dettes, souscrites pour partie par la FED pour soutenir l’économie. Les Européens suivront l’exemple, quoique sur une moindre échelle.

La création monétaire aurait pu être orientée vers l’économie réelle, on a préféré laisser faire les marchés

L’Helicopter money de Ben Bernanke a sauvé le système financier américain, les grandes banques et Wall Street. Cette création monétaire abondante a eu un effet mécanique : les taux d’intérêt ont baissé. Mais ils restent outre-Atlantique positifs. Ne serait-ce que pour conserver au dollar son pouvoir attractif auprès des investisseurs internationaux. Faute de réinventer un nouveau modèle économique, on a donc, en 2008, sauvé les meubles. L’Helicopter money se contentant de déplacer la bulle, des dettes privées vers les dettes publiques. La création monétaire des Banques centrales aurait pu être canalisée, orientée vers l’économie réelle, vers des investissements collectifs, notamment les infrastructures. On a préféré laisser faire le marché.

Des bénéfices pour les ultra-riches

Les capitaux de plus en plus abondants se sont investis en Bourse, dans des opérations de LBO (2), dans des montages financiers rémunérateurs. Les entreprises ont multiplié les programmes de rachats d’actions pour faire monter les cours et assurer ainsi des plus-values à leurs actionnaires. En revanche, elles ont souvent négligé les investissements de long terme. On a continué à sabrer dans les effectifs et la masse salariale a été contenue.

Les délocalisations et la course aux moins-disant fiscal, social et environnemental ont maintenu des prix bas pour le consommateur. D’où une inflation plus que contenue. En revanche, une autre inflation est apparue : celle des actifs. Les ultra-riches, qui financent leur développement et leurs opérations en s’endettant à des taux très bas rachètent des entreprises, de l’immobilier, des œuvres d’art et en font grimper les prix. Ce qui accroît mécaniquement leur patrimoine.

Sauver la monnaie unique

La théorie de l’Helicopter money sera reprise en Europe, quelques années plus tard, sur une grande échelle, par Mario Draghi. Cet Italien, éduqué chez les Jésuites, est en réalité un pur produit de la finance mondiale. Son passage chez Goldman Sachs, dont il fut un vice-président, lui ont appris les arcanes de cet univers impitoyable et le langage qu’il faut tenir aux marchés. Succédant à Jean-Claude Trichet et confronté à la crise grecque, qui risque de faire imploser la zone euro, il applique la politique suivie par Ben Bernanke.

Il affirme que la BCE fera « tout ce qui est nécessaire pour sauver la monnaie unique ». Son action sera double. D’une part, il introduit, en 2014, un taux négatif (- 0,1 % et – 0,5 % aujourd’hui) sur les dépôts que les banques sont tenues de déposer à la BCE. D’autre part, à partir de 2015, la banque centrale entame un programme de rachat d’actifs, d’abord de la dette publique, étendu ensuite aux dettes d’entreprises. Au total, en quatre ans, la BCE a ainsi acquis 2 600 milliards d’euros d’actifs. Au passage, Mario Draghi, qui se souvient qu’il est Italien, sauve son pays. La dette italienne (130 % du PIB) est recyclée. La Banque d’Italie, la BCE, mais aussi la Bundesbank en sont désormais les principaux détenteurs. En France, la Banque de France et les fonds euros de l’assurance vie rachètent massivement la dette française.

Draghi, plus loin que Bernanke

En introduisant durablement les taux négatifs – ce que n’a jamais fait la Fed – Mario Draghi va plus loin que Ben Bernanke. Pour un investisseur en euro, 70% des revenus à taux fixe sont désormais à rendement négatif. Au niveau mondial, les emprunts des États et des entreprises offrant des rendements négatifs atteignent désormais 17 000 milliards de dollars, soit 20% du PIB mondial. La BCE a suivi le chemin emprunté par le Japon, il y a près de 30 ans. Des déficits publics financés par l’épargne locale à des taux de plus en plus bas. Résultat ? La dette publique japonaise atteint 240% du PIB, avec une inflation voisine de zéro, une consommation stagnante, tout comme la croissance.

En basculant dans l’univers des taux négatifs, c’est un bien inquiétant message que les banques centrales et les marchés financiers émettent

Et si les taux négatifs étaient finalement le révélateur d’une nouvelle idéologie : celle de la décroissance ? Dans la théorie économique classique, le taux d’intérêt est la récompense de l’acte d’épargne. « Je mise sur le futur, plutôt que de satisfaire une consommation immédiate et j’en reçois une récompense par l’intérêt qui m’est versé ». La croyance dans un avenir meilleur et le niveau des taux sont intimement liés. Or, en basculant dans l’univers des taux négatifs, c’est un bien inquiétant message que les banques centrales et les marchés financiers émettent. Ils se projettent dans un monde de décroissance et de baisse des prix. Cent euros aujourd’hui vaudront moins demain. « Je prête 100 euros et j’accepte que l’on ne m’en rembourse que 95 demain parce que je ne crois pas dans le futur et que je ne veux pas prendre de risques. »

Addiction à la planche à billets

Le court-termisme a pris le pas sur la vision à long terme. L’argent injecté par les banques centrales ne va plus dans l’économie réelle, ne s’investit pas dans le long terme. Il alimente, en réalité, la spéculation sur les marchés financiers. C’est le triomphe du capitalisme de la plus-value, au détriment du capitalisme de rendement. La planche à billets des banques centrales est devenue une drogue, dont les marchés et l’ensemble du système financier ont besoin. Une remontée des taux se traduirait mécaniquement par des pertes considérables dans les portefeuilles obligataires des grands investisseurs. Et par une baisse des actions. Avec un risque de krach.

Cette addiction à la planche à billets et aux taux bas bloque toute inversion de cette politique. Si l’on débranche le malade, il meurt. Aux États-Unis, la FED a tenté en 2018 d’inverser, très prudemment, la courbe des taux. Elle a dû battre en retraite face à une coalition hétéroclite. Rassemblant la fine fleur de Wall Street, l’aile gauche des démocrates et… Donald Trump. Chacun plaidant, pour des raisons diverses, en faveur d’une baisse des taux et une poursuite de l’endettement.

Il est vrai que cette politique fait bien des gagnants. À commencer par les États. Le service de la dette leur coûte de moins en moins cher et redonne quelques marges budgétaires. C’est ainsi qu’Emmanuel Macron a pu financer les dix milliards des Gilets jaunes. Mais les États se révèlent impuissants à investir massivement dans les infrastructures, la transition énergétique, les domaines régaliens. Idéologie néolibérale oblige.

La croissance s’étiole, la confiance des acteurs économiques s’érode, le capitalisme financier triomphe

Autres gagnants : les particuliers qui peuvent obtenir des crédits quasiment gratuits pour acheter des biens immobiliers. Même chose pour les rachats d’entreprises, les LBO, qui se financent par la dette. Avec des effets pervers. L’immobilier s’envole. Pas partout. Uniquement là où il y a une forte demande : dans les métropoles et non sur l’ensemble du territoire. Les entreprises préfèrent faire des acquisitions, plutôt que d’investir dans leur propre outil de production ou dans les salaires. La croissance s’étiole et la confiance des acteurs économiques – consommateurs, épargnants – s’érode. Le capitalisme financier triomphe, au risque d’entraîner le monde à sa perte.

Le grand capital, grand gagnant

En inondant le marché de liquidités et en instaurant les taux négatifs, les banques centrales ont servi, en fait, le grand capital. Ceux qui ont déjà beaucoup, beaucoup de capitaux. Ils investissent avec de l’argent qui ne leur coûte rien. Ils compensent d’éventuelles pertes sur certains actifs par de considérables gains sur d’autres. Ils jouent sur les allers-retours boursiers.

La classe moyenne occidentale, et surtout les épargnants, sont les grands perdants de cette politique. La première, faute de croissance et de hausses des salaires, a de plus en plus de mal à se constituer un patrimoine. Quant aux retraités, on rogne régulièrement sur leur pouvoir d’achat. Et cela ne fait que commencer. L’épargnant a accumulé de l’épargne par son travail. Il ne veut pas tant gagner, mais ne pas perdre et préserver son capital pour sa retraite et ses enfants. Or, les taux négatifs vont peu à peu rogner ce capital. S’il conserve aujourd’hui de l’argent liquide sur ses comptes, c’est parce qu’il est inquiet de l’avenir. Il a le sentiment qu’il n’y a plus, depuis 2008, de pilote dans la cabine de l’économie mondiale.

De quoi accroître encore la bulle financière et… préparer un gigantesque krach boursier où petits épargnants et caisses de retraite seront lessivés

Les modèles économiques anciens se sont effondrés, mais il n’y en a pas de nouveau. On ne cesse de l’affoler en lui parlant de catastrophe climatique, de vagues migratoires, de conflits en tout genre. Bref, un environnement qui ne pousse pas à prendre des risques. Mais le système financier, lui, veut qu’il en prenne.

On va donc, peu à peu, lui ponctionner ses liquidités. Éradiquer doucement l’usage des espèces. L’inciter à retirer son argent de l’assurance vie à capital garanti, pour qu’il l’investisse en actions et que son épargne prenne en quelque sorte la relève de la création monétaire des banques centrales. De quoi accroître encore la bulle financière et… préparer un gigantesque krach boursier où petits épargnants et caisses de retraite seront lessivés. Le grand capital, lui, sera sorti du marché au fur et à mesure que les petits seront entrés. En encaissant ses plus-values. Un grand classique de l’histoire financière. 

Christine Lagarde préfèrera spolier les épargnants en s’imaginant qu’elle créera ainsi de l’emploi

« Nous devrions être plus heureux d’avoir un emploi que de protéger notre épargne » ! Christine Lagarde, la nouvelle patronne de la BCE, vient d’annoncer la couleur. Elle poursuivra la politique de Mario Draghi. Elle préfèrera spolier les épargnants en s’imaginant qu’elle créera ainsi de l’emploi. Non seulement elle sort de son rôle, mais en plus elle a tout faux. Emploi et épargne, activité économique et épargne sont intimement liés. Il appartient aux responsables politiques et économiques de faire en sorte que l’épargne s’investisse dans l’économie réelle, pour le bénéfice de tous. Et non de l’orienter vers des placements spéculatifs.

Avec son « quantitative easing » (3), Mario Draghi a favorisé les sorties de capitaux de la zone euro. Les investisseurs qui ont vendu leurs obligations d’État à la BCE ont, bien souvent, utilisé le produit de cette vente pour investir dans les marchés financiers hors zone euro. En cherchant notamment des actifs offrant une meilleure rentabilité, sur le marché obligataire et immobilier américain et dans les pays émergents. Alimentant ainsi la spéculation et prenant un risque majeur pour leurs clients.

De l’épargne pour les grands projets

Comment éviter cette spoliation de l’épargne qui se profile et relancer l’activité économique ? En revenant tout simplement à des principes sains de transformation de l’épargne. L’Europe, mais aussi les Etats-Unis et la plupart des pays occidentaux souffrent d’un manque d’investissement dans les grandes infrastructures, dans la transition énergétique, dans l’adaptation aux changements climatiques. Pourquoi ne pas proposer aux épargnants des obligations de très long terme offrant une rémunération correcte ? La rentabilité historique du capital est voisine de 2 % par an, hors inflation. Ces obligations seraient émises au niveau européen et dans chaque État, par des organismes comme la Banque européenne d’investissement (BEI) ou la Caisse des Dépôts en France. Les centaines de milliards d’euros ainsi récupérés seraient alloués à des grands projets, à des biens collectifs, décidés par les États.

Aux Etats-Unis, c’est ce qu’aurait dû faire Donald Trump pour son programme d’investissement dans les infrastructures de 1 000 milliards de dollars, promis lors de sa campagne… dont on attend toujours le début du commencement. Mais une telle solution risque de ne pas être du goût des grands acteurs financiers, car les grands projets collectifs de long terme ne donnent pas matière à spéculation.

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Les vertus de la diplomatie russe : l’exemple kurde, par Robert Charvin, agrégé des facultés de Droit, professeur émérite à l’Université de Nice

(1) Prêt risqué. Aux Etats-Unis, il s’agissait essentiellement de prêts immobiliers à des personnes déjà très endettées.

(2) Leveraged buy-out, rachat d’entreprise par endettement, avec effet de levier.

(3) Assouplissement quantitatif. Politique monétaire qui utilise des outils comme l’achat d’obligations par les Banques centrales afin d’accroître la liquidité en circulation. L' »Helicopter money » est rendu possible par cet assouplissement quantitatif.

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Von der Leyen et Borrell martèlent que l’UE doit « apprendre à parler le langage de la puissance »

Par pierre

Les deux dirigeants, qui vont entrer en fonction à Bruxelles le 1er décembre, annoncent des intentions martiales, voire impériales (éditorial paru dans l’édition de Ruptures du 28/10/19, et mis à jour)

Ursula Von der Leyen prendra ses fonctions à la tête de la Commission européenne le 1er décembre – en principe. L’ancienne ministre allemande de la Défense n’a pas attendu pour dévoiler son état d’esprit martial.

« Aujourd’hui, le soft power ne suffit plus si nous voulons nous affirmer dans le monde comme Européens » – Ursula Von der Leyen

Dans un discours prononcé à Berlin le 8 novembre, précisément à l’occasion du trentième anniversaire de la chute du Mur de Berlin, elle a tenu de mâles paroles, passées hélas trop inaperçues. Pour la future plus haute dirigeante de l’UE, « l’Europe doit apprendre à parler le langage de la puissance ». Et pour que tout soit clair, elle a martelé : « aujourd’hui, le soft power ne suffit plus si nous voulons nous affirmer dans le monde comme Européens ».

Il est vrai qu’elle avait été précédée dans ce registre par le futur Haut représentant pour la politique extérieure et la sécurité de l’UE. Lors de son audition par les eurodéputés, le 7 octobre dernier, Josep Borrell avait déjà préparé le terrain par un tir d’artillerie. A 72 ans, l’actuel chef de la diplomatie espagnole, a une longue carrière derrière lui, commencée au sein du Parti socialiste espagnol (PSOE) et jalonnée de nombreux portefeuilles ministériels (ainsi que de quelques scandales). Il présida également l’europarlement de 2004 à 2007.

Ovation

Il a donc suscité l’enthousiasme de ses anciens collègues – qui l’ont salué en conclusion par une ovation debout – en exposant ses intentions, à commencer par un discours très dur à l’égard de Moscou. Pas question de lever les sanctions, a-t-il notamment martelé. Une profession de foi peu surprenante pour un homme qui avait proclamé, il y a quelques mois, que « la Russie, notre vieil ennemi, est redevenue une menace », ce qui avait provoqué un incident diplomatique avec Moscou.

Pour l’UE, il ne s’agit certes pas d’un virage à 180°. Cependant, l’actuelle titulaire du poste, l’Italienne Federica Mogherini, a régulièrement été soupçonnée de trop d’indulgence vis-à-vis du Kremlin, notamment par les Etats membres de l’Est, désormais ravis de l’inflexion revendiquée par son successeur. Ce dernier a d’ailleurs affirmé son intention (comme bien d’autres avant lui), de modifier les prises de décision en matière de politique extérieure : celles-ci devraient, selon lui, ne plus nécessiter l’unanimité. Une telle évolution est, en l’état, improbable (elle suppose l’accord de toutes les capitales), mais elle en dit long sur les ambitions des dirigeants de l’UE.

Et pas seulement vis-à-vis de la Russie. M. Borrell a en effet martelé que l’Union devait désormais « apprendre à utiliser le langage de la force » afin de s’affirmer comme une puissance dans le monde. Pour cela, il faudrait, a-t-il poursuivi, renforcer les capacités militaires de celle-ci, notamment en sortant du placard les « groupements tactiques ». Ces bataillons multinationaux avaient été créées en 2004 mais n’ont jamais été utilisés. Certes, cette perspective n’est pas réaliste à court terme, pour des raisons de divergences d’intérêts et de stratégies entre Etats membres, mais son énoncé donne le ton. D’autant que M. Borrell n’a pas manqué de signaler qu’on pouvait bien financer tout cela sur le Fonds baptisé « facilité européenne de paix » (bonjour Orwell), soit 10,5 milliards d’euros.

Pour M. Borrell, la crédibilité de l’UE se joue d’abord dans sa capacité à aider l’Ukraine contre l’« expansionnisme russe »

Pour M. Borrell, la crédibilité de l’UE se joue d’abord dans sa capacité à aider l’Ukraine contre l’« expansionnisme russe » ; ainsi que dans les Balkans qualifiés de « priorité pour notre politique extérieure ». Dès lors, le futur chef de la diplomatie européenne a annoncé qu’il comptait effectuer son premier déplacement officiel au Kosovo. Une annonce d’autant plus remarquable que l’Espagne est l’un de seuls pays de l’UE à n’avoir pas reconnu l’indépendance de cette province qui avait fait sécession de la Serbie grâce aux bombardements que l’OTAN – dont les pays européens – mena en 1999. Madrid est en effet réticent aux proclamations d’indépendance, car confronté aux revendications séparatistes catalanes. Mais la tentation de « l’Europe puissance » prime tout… En tout cas, la priorité affichée par le futur Haut Représentant rappelle cette sentence formulée il y a vingt ans par Bernard Kouchner selon laquelle « l’Europe commence à Pristina » (la capitale du Kosovo), manière de signifier que la véritable intégration européenne ne peut se fonder que sur une guerre.

Très en verve, le dirigeant espagnol a également évoqué l’immigration : « la poussée de la jeunesse africaine représente une chance pour l’Europe », a-t-il affirmé. Comprendre : pour les patrons européens. Les mauvais esprits rapprocheront cet appétit pour la mondialisation d’une phrase lâchée il y a un an devant des étudiants. Il se lamentait alors des difficultés d’unir l’Europe, là où les Etats-Unis s’étaient constitués facilement – « il leur a suffi de tuer quatre indiens », avait-il lâché en rigolant… Il s’était excusé par la suite, et fut vite pardonné puisque cette fascinante analyse historique n’émanait pas d’un dirigeant « populiste » ou d’extrême droite.

Précisément, M. Borrell a tenu à déclarer sa haine au « nationalisme », proclamant qu’il détestait les frontières. Cette ultime affirmation n’a rien d’anodin. Car une entité qui ne se reconnaît pas de frontière, cela se nomme précisément : un empire.

Cela méritait bien une ovation.

 

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Les traditions constitutionnelles des Etats contre la marche de l’Europe

Par Grégoire

En s’appuyant fermement sur sa Constitution, la France peut encore peser sur la transposition des textes européens. Pour peu que les autorités nationales fassent preuve d’un peu de courage politique.

Par Marie-Françoise Bechtel, ancienne vice-présidente de la commission des lois de l’Assemblée Nationale, vice-présidente de la Fondation Res Publica

On a souvent l’impression que la marche de l’Europe telle que voulue par les Traités est totalement impossible à arrêter sauf, pour le pays qui l’a décidé, à sortir de l’UE. Et il est vrai que le mouvement puissant qui a porté l’installation du néolibéralisme au cœur du pouvoir en Europe revêt rétrospectivement le caractère d’une marche implacable. Jean-Pierre Chevènement a ainsi très bien montré non seulement la logique interne de ce cheminement mais aussi le poids du facteur politique – celui de l’hégémonie américaine porteuse de la volonté d’installer le néolibéralisme. Ce poids a été décisif faute d’avoir rencontré face à lui une volonté politique équivalente (1).

Ce facteur politique reste indispensable pour redresser demain l’Europe, la sortir de la vassalité mais aussi du consensus à l’ordre libéral, qui sont les deux faces d’une même volonté.

Défense des valeurs constitutionnelles

Des forces politiques qui voudraient repenser de fond en comble l’Europe de demain en s’appuyant sur la souveraineté des peuples pourraient trouver un appui solide dans une stratégie de confrontation des modèles nationaux autour de la défense de leurs valeurs constitutionnelles.

On l’oublie en effet trop souvent : la Constitution a une valeur supérieure aux traités. C’est bien la raison pour laquelle les transferts de souveraineté ont exigé, dans notre pays comme dans d’autres, la révision préalable du texte fondamental aux fins de donner une autorisation du Constituant aux avancées de l’Europe. Autorisation d’ailleurs réversible : l’Etat national souverain dispose de la « compétence de la compétence », c’est-à-dire que le pouvoir de transférer ses compétences n’existe que parce que l’Etat est détenteur de la compétence suprême qui lui permet de déléguer certaines de ses attributions.

La souveraineté externe des Etats nations

Le tribunal constitutionnel allemand, la cour de Karlsruhe, l’a exprimé avec une grande netteté dans un arrêt du 30 juin 2009 : dès lors qu’il n’existe pas un peuple européen, la souveraineté reste détenue au sein de la nation et les transferts de compétence au profit de l’Union européenne sont réversibles. En bref l’UE, si elle présente certains caractères d’un Etat (existence d’un exécutif, capacité de se donner des lois de portée générale, monnaie, Cour de Justice), ne peut en aucune façon être regardée comme un Etat de plein exercice.

La souveraineté externe des Etats qui la composent n’est pas, dans son principe, atteinte. C’est pourquoi d’ailleurs l’article 50 du Traité, invoqué parfois à tort et à travers, ne ligote pas les Etats autant qu’on le dit. Theresa May avait justement exprimé cela au plus fort des débats devant le Parlement britannique en disant : même si aucune des solutions proposées n’aboutit, il existe une règle, un principe, qui fait que si nous voulons sortir, nous sortirons. C’est le principe, non écrit mais qui surplombe tout, de la souveraineté externe des Etats nations.

Rien, absolument rien ne peut brider la liberté d’un Etat souverain de reprendre des compétences qui n’ont jamais cessé en droit de lui appartenir

Il reste bien sûr le prix à payer dans les négociations futures dès lors qu’un traité de voisinage touchant au commerce et à la circulation des personnes apparaît nécessaire. Mais de telles négociations sont extérieures au mécanisme du traité de Rome. Rien, absolument rien ne peut brider la liberté d’un Etat souverain de reprendre des compétences qui n’ont jamais cessé en droit de lui appartenir.

Certes tout ce qui précède repose surtout sur des considérations de principe (hormis tout de même le Brexit lui-même). Peut-on sur cette base, envisager une action concrète de la France vraiment porteuse de changement envers l’ordre européen ? Oui, si l’on en vient à une autre constatation : quoique rongée par les transferts « consentis », la Constitution française peut encore, même telle qu’elle a été modifiée, être un rempart contre l’inexorable montée des eaux – les « eaux glacées du calcul égoïste ». Si un gouvernement le voulait…

Des directives trop touffues

Comment agir sur cette base ? Deux voies sont envisageables.

Tout d’abord un peu de courage de la part des autorités nationales aiderait à faire le partage entre ce que les textes européens, à traité constant, peuvent légitimement nous demander et ce qu’ils ne peuvent exiger. Sans être un bouleversement, ce serait déjà quelque chose, ne serait-ce que comme affichage de la volonté nationale.

Un espoir était né en 2004 lorsque le Conseil constitutionnel (alors présidé par un gaulliste, Pierre Mazeaud) avait indiqué qu’on pourrait opposer à la transposition d’une directive l’«identité constitutionnelle » de la France. Mais cela est resté une possibilité théorique. Certes, les commentateurs autorisés estiment que la laïcité pourrait être opposée à un texte européen, mais l’exemple, si important soit-il, n’en reste pas moins un peu isolé. Et on attend encore que la juridiction suprême constate que, conformément à la lettre du traité (« les directives lient les Etats membres quant aux résultats à atteindre »), une directive n’a pas à guider la loi dans le moindre détail sur les moyens à mettre en œuvre. Or aujourd’hui les directives, corps épais et touffus, viennent guider le législateur jusque dans le détail. Que devient l’objectif constitutionnel de lisibilité de la loi ? Il a fait parfois censurer des textes de loi votés par le Parlement national et pourrait parfaitement être opposé à la constitutionnalité d’une loi transposant une directive en dizaines de pages, paragraphes et renvois parfaitement inaccessibles au citoyen.

La Commission des affaires européennes créée à l’Assemblée nationale est une véritable salle de catéchisme européiste

Le Parlement ne fait pas davantage son devoir. La Constitution, depuis 2008, lui permet au moins de donner un avis préalable lors de la transmission des projets d’actes législatifs ou autres actes européens – faible gage donné à l’occasion de la ratification du traité de Lisbonne et dont ni l’Assemblée nationale, ni le Sénat ne font usage. Ces avis pourraient pourtant faire du bruit. Mais la Commission des affaires européennes créée à l’Assemblée nationale, véritable salle de catéchisme européiste, n’exerce aucun regard critique sur les projets issus des instances européennes, frappés au départ à ses yeux d’un label de respectabilité.

Un gouvernement insuffisamment directif

Quant au gouvernement lui-même, hors les grandes messes que sont les sommets européens, il omet la plupart du temps de donner des instructions aux hauts fonctionnaires dépêchés à Bruxelles pour négocier les règlements et directives : il est fréquent, depuis trente ans, de voir ceux-ci revenir à Paris après avoir entériné les textes préparés par les fonctionnaires hors-sol de la Commission.

Mais que l’on n’utilise pas les outils existants ne prouve pas que, demain, un gouvernement volontaire ne pourrait donner une impulsion en sens inverse.

Révision constitutionnelle

Une autre voie, plus ambitieuse, serait celle de la révision constitutionnelle permettant pour l’avenir de faire prévaloir notre modèle national en lui donnant, par cette inscription, une valeur supérieure aux traités. Certes, pour mettre le modèle français à l’abri des appétits du tout concurrentiel il eût fallu y penser plus tôt (2).

C’est ce qu’a fait à sa manière l’Allemagne qui, dès Maëstricht a renforcé dans son texte fondamental la règle du non-déficit budgétaire ainsi que la règle de la limitation de l’endettement : nec plus ultra de l’ordolibéralisme, ces dispositions préservent le modèle de l’identité allemande. La constitution allemande prévoit aussi un contrôle du Parlement pour tout nouvel engagement financier du pays : on l’a vu lorsque le Bundestag a saisi la Cour de Karlsruhe lors de la mise en jeu du Mécanisme européen de stabilité (MES). On l’a vu encore lorsque la négociation entre les ministres de l’économie français et allemand sur le budget européen a échoué il y a quelques mois.

Pérenniser les services publics

Mais la France peut encore se prémunir, au moins pour le futur, contre les excès de libéralisation qui menacent son modèle. En inscrivant dans la Constitution l’obligation de garantir la pérennité de ses services publics incluant la desserte égale du territoire ; en prévoyant la propriété publique d’au moins un service public dans le domaine de l’énergie, du transport et du numérique, nous nous prémunirions contre la privatisation de la SNCF et d’EDF et obligerions l’Etat à exercer un contrôle effectif sur les prestations d’Orange.

Il ne serait pas inutile de songer à une constitutionnalisation de l’obligation pour l’Etat d’assurer un aménagement équilibré du territoire

Cette proposition (qui a été mise sur la place publique (3)) ferait beaucoup pour l’avenir car l’obligation d’assurer l’égalité et la continuité du service public, devenue constitutionnelle, pourrait être opposée dans le futur aux contraintes issues des règlements et directives européennes, fondés sur des traités de valeur, on l’a vu, inférieure, notamment celles touchant aux prix concurrentiels et à la répartition géographique des opérateurs. Il ne serait pas non plus inutile de songer à une constitutionnalisation de l’obligation pour l’Etat d’assurer un aménagement équilibré du territoire ; cela rendrait pour le futur inattaquables les décisions d’aide conditionnée à l’installation d’entreprises ou le soutien à des secteurs particuliers.

Référendums sur les traités commerciaux

Enfin la révision constitutionnelle devrait intégrer l’obligation de consulter le peuple par referendum avant l’adoption de tout traité impliquant un transfert de compétences mais aussi pour tout engagement commercial avec un autre continent, dont la négociation est aujourd’hui confiée à la Commission avec les résultats que l’on voit.

Il est clair qu’un exécutif national qui voudrait avancer de façon décisive vers une UE totalement différente de ce qu’elle est aujourd’hui pourrait déjà s’appuyer sur de tels changements qui montreraient, derrière son choix de renégocier des pans entiers des traités, la volonté souveraine du peuple dont il est le mandataire.

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(1) Jean-Pierre Chevènement, La France est-elle finie ? Fayard  – 2011

(2) D’autant que la France a su le faire au moins une fois en inscrivant dans un article de la Constitution son droit absolu à octroyer l’asile, limitant ainsi la portée des accords de Dublin qu’elle avait signés

(3) Marianne du 28 juin 2019, également consultable sur le site

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Les taux d’intérêt négatifs favorisent les ultra-riches et le capitalisme financier,
par Jean-Michel Quatrepoint, journaliste

 

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Election présidentielle en Tunisie : les raisons d’un choix inattendu

Par Grégoire

En plébiscitant Kaïs Saied, austère professeur de droit, les Tunisiens ont voulu aller jusqu’au bout de la vague « dégagiste » lancée après la révolution de 2011. Les islamistes d’Ennahda notamment en font les frais.

Par Pierre Vermeren, professeur en histoire du Maghreb contemporain à Paris 1, membre du laboratoire SIRICE. A récemment publié : Déni français, notre histoire des liaisons franco-arabes (Albin Michel, 2019).

Les modalités et le résultat des élections présidentielles tunisiennes qui se sont déroulées les 15 septembre et 13 octobre 2019 sont connues : deux outsiders, un riche homme d’affaire, emprisonné pour fraude fiscale, et un austère professeur de droit, presque inconnu, ont été sélectionnés au premier tour de ces élections, dans un paysage aussi renouvelé qu’éclaté. Au second tour, le professeur Kaïs Saied a été élu, presque plébiscité, remportant le scrutin avec 72,71% des voix, soit plus d’un inscrit sur trois des listes électorales (2,77 millions de voix sur 7 millions d’inscrits).

C’est un euphémisme de dire que ce résultat n’était pas attendu. Il était même imprévisible il y a un an. A l’époque, Ennahda – parti historique des islamistes tunisiens – semblait regagner des couleurs face au camp présidentiel en difficulté, miné par des résultats économiques moroses, et fragmenté par des luttes intestines. Entre le vieux président Béji Caïd Essebsi (BCE) élu en 2014, et son jeune premier ministre technocrate francophile, Youssef Chahed, cela tirait à hue et à dia au sein de l’exécutif. En face, le vieux leader islamiste, Rached Ghannouchi, semblait peaufiner sa revanche. S’il avait fait quitter le gouvernement au parti islamiste Ennahda début 2014, après avoir co-signé le pacte constitutionnel en janvier, c’était dans l’espoir d’un retour en force ultérieur au pouvoir. Entre temps, il avait signé un accord parlementaire avec ses adversaires nationalistes de Nida Tounes (le parti de BCE), au lendemain des législatives perdues d’octobre 2014, puis fait assaut de proclamations démocratiques en 2016. Tout était prêt pour la revanche politique d’Ennahda.

Les suffrages islamistes divisées par trois

Mais les Tunisiens n’avaient rien oublié du fiasco de la gouvernance islamiste de la période 2011-2014, marquée par un mélange d’incompétence, de népotisme partisan, de porte ouverte à la radicalisation terroriste et de moralisme à géométrie variable. Ennahda avait dirigé la Troïka pendant plus de deux ans, portée en tête en octobre 2011 par 1,5 million de voix, véritable rançon de décennies de dictature et de répression subie. Mais le parti Ennahda a vu son électorat divisé par trois entre octobre 2011 et mai 2018, avec 0,5 million de voix aux communales. L’épreuve du pouvoir a détruit l’attraction des islamistes tunisiens. Ce même syndrome a frappé le vainqueur de 2014.

Le parti du président « BCE » a beaucoup déçu : non seulement il a pactisé avec Ennahda mais il s’est montré incapable de relancer la machine économique

A cette date, Nida Tounes, un parti nationaliste tunisien dont le principal point de convergence était de contrer Ennahda, a rassemblé presque 1,3 million de voix. Mais le parti du président a beaucoup déçu. Non seulement il a pactisé avec Ennahda au parlement au lendemain des élections, déroutant légitimement sa base électorale, mais surtout, il s’est montré incapable de relancer la machine économique tunisienne. En 2018, les voix du parti avaient déjà été divisées par quatre. C’est en effet principalement en économie que les gouvernements de « BCE » étaient attendus, après presque trois années de panne de la croissance. La révolution de janvier 2011 avait jeté à bas la dictature à cause d’une situation économique perçue comme intenable, en particulier dans les régions déshéritées intérieures du sud et du centre du pays.

Pouvoir d’achat divisé par deux

Or au lieu de chercher des voies et des moyens de relancer la machine économique – exercice complexe en système de libre-échange avec l’Europe, à quoi s’ajoute la double crise de l’Algérie et surtout de la Libye, les deux voisins du pays – les gouvernements de BCE ont recouru à la planche à billets et à l’emprunt. La légère croissance a été mangée par une terrible inflation, issue de la dévaluation de la monnaie nationale, le Dinar tunisien, qui a sévèrement amputé le pouvoir d’achat des Tunisiens. En huit ans de gouvernements Ennahda puis Nida Tounes, le pouvoir d’achat des salariés tunisiens, en particulier de la classe moyenne des fonctionnaires, a été divisé par deux. Même si toutes les études ne se recoupent pas tout à fait, cela montre l’ampleur de la catastrophe économique qui a frappé les citoyens tunisiens, sans même aborder les questions sécuritaires, terroristes et politiques. Si l’on ajoute à cela une augmentation du chômage, qui frappe déjà les jeunes de plein fouet, notamment dans les régions intérieure et chez les diplômés, on comprend le discrédit des deux partis de gouvernements.

Face à la sanction électorale probable – pourtant niée par les intéressés eux-mêmes et leurs amis français – des scissions se sont produites dans les deux camps. Si Ennahda a grosso modo maintenu ses troupes, plusieurs petites formations islamistes ont dispersé les voix de ce camp. Et le camp présidentiel est allé divisé à la bataille, avec une demi-douzaine de représentants. Tout le monde a été balayé, tant à la présidentielle qu’aux législatives du 6 octobre 2019. Ennahda a certes sauvé les meubles aux législatives, en remportant la première place parmi plusieurs dizaines de petits partis. Avec 561 000 voix (à peine plus du tiers de 2011) et 19,63% des suffrages exprimées, c’est une maigre consolation pour un parti qui a perdu 17 sièges par rapport à la précédente législature, et est en grande difficulté pour mener une coalition parlementaire.

Syndrome Berlusconi

La porte était donc ouverte à des outsiders, que les commentateurs se sont empressés de qualifier de populistes. Mais leur principal mérite était de n’avoir pas été liés aux gouvernants précédents, même si le riche Nabil Karoui a fait campagne en 2014 pour BCE. Le magnat des médias et de la communication publicitaire tunisiens tenait la position la plus proche de ce qu’on nomme en Europe le populisme. Un incontestable syndrome Berlusconi a frappé : la Tunisie avait été dans les années 1980 aux premières loges de l’émergence du tycoon italien dont les télévisions étaient très regardées dans ce pays.

Dans son sillage, Nabil Karoui s’est rendu célèbre ces dernières années pour avoir mis en scène sur sa télévision ses œuvres caritatives en direction des régions et des couches sociales défavorisées de la Tunisie intérieure. Il s’est constitué ainsi une réelle popularité dans les milieux populaires déshérités, étonnés qu’un puissant s’intéresse à leur sort. Mais les élites tunisoises ne l’entendaient pas de cette oreille.

Le premier ministre Youssef Chahed, informé des malversations et d’opérations de blanchiment auquel s’était livré le milliardaire, a tenté d’interdire sa candidature. Puis il a laissé la justice le mettre en prison préventive au lendemain de la mort de BCE, à quelques semaines des élections. En laissant fuiter les informations relatives à sa mise en accusation, la justice acheva de le discréditer. Il avait certes assez de voix pour se qualifier à l’issu du premier tour bien qu’étant en prison, mais tous ses adversaires se sont coalisés contre lui : la gauche, l’ancien camp présidentiel, les conservateurs, les islamistes, etc.

Les Tunisiens sont allés au bout : après avoir frappé les bénalistes et les dignitaires de l’ancien régime, la vague dégagiste a sorti du jeu les deux camps toujours en présence

Restait donc en face de lui Kaïs Saied. Comment un quasi inconnu a-t-il pu gagner la présidentielle haut la main contre tous les establishments réunis ? Les Tunisiens ont envie d’aller au bout de la reconstruction démocratique de leur pays. En 2011 et en 2014, ils ont maintenu en place la vieille classe politique de l’époque de la dictature, orchestrant une alternance entre les anciens opposants islamistes et leurs adversaires nationalistes issus du bourguibisme. Mais devant des résultats très décevants, et soucieux de maintenir les acquis démocratiques, les Tunisiens sont allés au bout : après avoir frappé les bénalistes et les dignitaires de l’ancien régime, la vague dégagiste a sorti du jeu les deux camps toujours en présence, dont les islamistes d’Ennahda. Et comme au moment de la révolution, en fidélité à leur longue histoire constitutionnelle, les Tunisiens se sont accordés sur le nom d’un éminent constitutionnaliste.

Tradition constitutionnaliste

Ce bon professeur fraîchement retraité a été président de l’Association tunisienne de droit constitutionnel de 1995 à 2019. Dans la plupart des pays du monde, cela n’aurait eu aucune importance. Mais les Tunisiens s’honorent de s’être dotés, en 1861, de la première constitution du monde islamique, quinze ans avant l’empire ottoman. C’est en fidélité à cette mémoire que les premiers nationalistes tunisiens anticoloniaux ont créé en 1920 le premier parti politique nationaliste d’Afrique du nord, le Destour (la constitution). En 1934, Habib Bourguiba, lui aussi juriste, a fondé le Néo-Destour qu’il a conduit à l’indépendance et à la direction du pays. Tous les partis uniques successifs de la Tunisie indépendante se sont dit constitutionnalistes, même le parti de Ben Ali, le RCD. Enfin, après la chute du dictateur en 2011, ce sont des professeurs de droit qui ont pris en charge la continuité de l’Etat, la surveillance des procédures électorales, et la reconstruction d’un pacte constitutionnel.

C’est par fidélité à leur histoire que les Tunisiens ont porté à la présidence de leur pays un professionnel du droit

A la tête du « Conseil pour la protection de la révolution », puis de la « Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique », le constitutionnaliste Yadh Ben Achour, qui fut en quelque sorte le mentor de Kaïs Saied, a été un important garant de transition tunisienne à partir de 2011. C’est donc par fidélité à leur histoire que les Tunisiens ont porté à la présidence de leur pays un professionnel du droit.

On le dit sévère, austère, calé sur des principes moraux, juridiques et religieux rigides, incorruptible, conservateur et nationaliste arabe. C’est exactement ce que voulaient les Tunisiens lassés des fausses promesses et de paroles vides. Ce n’est pas un expert en économie, mais il n’a rien promis. A lui de trouver une coalition et de tenir la barre d’un pays dans la tempête. Ses pouvoirs sont limités par la constitution aux relations extérieures et à la sécurité, mais son rôle politique pourrait être capital.

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Espagne : les élections du 10 novembre compliquent encore le casse-tête politique

Par pierre

Nouvelle progression du parti d’extrême droite Vox, chute des ultra-libéraux de Ciudadanos : le premier ministre sortant, le socialiste Pedro Sanchez, est plus que jamais dans l’impasse pour former une majorité

L’approche des élections générales espagnoles du 10 novembre faisait figure de chronique d’une impasse annoncée. A l’issue du scrutin, cette dernière apparaît plus inextricable encore que prévu. Non seulement aucune alliance au sein des cinq formations principales ne semble se dessiner, mais le nouveau parlement compte désormais nombre de petits partis, souvent régionaux, représentés par quelques élus, voire un seul. Cet éclatement du congrès des députés complique encore un peu plus la formation d’un gouvernement soutenu par une majorité stable.

C’était la quatrième fois en quatre ans que les 37 millions d’électeurs espagnols étaient appelés à élire leurs députés – cette fois avec une participation de 69,9%, soit une baisse de 1,9 point par rapport au dernier scrutin, qui ne remonte qu’au 12 avril de cette année. Le parlement qui en était issu n’avait jamais pu trouver une majorité en son sein pour investir le premier ministre socialiste (PSOE) sortant, Pedro Sanchez.

En 2015-2016, le paysage politique a connu la fin du bipartisme (PP, PSOE)

Celui-ci était arrivé au pouvoir en juin 2018, à la faveur d’une motion de censure surprise qui avait mis en minorité son prédécesseur, Mariano Rajoy (Parti populaire, droite conservatrice). Ce dernier gouvernait depuis décembre 2011, et avait réussi à se maintenir sans majorité stable depuis les scrutins successifs de décembre 2015 puis de juin 2016. A ce moment, le paysage politique a connu la fin du bipartisme (PP, PSOE) qui avait caractérisé la période post-franquiste.

Deux formations avaient en effet émergé : Podemos, un parti issu du mouvement des Indignés et classé gauche « radicale » ; et Ciudadanos, une formation ultralibérale sur le plan économique, mais aussi connue pour son intransigeance contre l’indépendantisme catalan. Puis, en décembre 2018, Vox, un parti dissident du PP par la droite, avait fait irruption à l’occasion des élections régionales d’Andalousie. Il avait alors soutenu le PP et Ciudadanos, avec pour résultat d’envoyer dans l’opposition les socialistes dans ce qui était pourtant leur fief régional emblématique.

Heure de vérité

Dans ce paysage fragmenté, le chef du gouvernement a chuté en février 2019 lorsque les députés ont refusé son budget, ce qui a provoqué les élections d’avril. A l’issue de celles-ci, Pedro Sanchez, victorieux, aurait souhaité bénéficier du soutien parlementaire de Podemos sans que celui-ci participe à son gouvernement. Avant de proposer finalement à ce dernier quelques postes ministériels que la formation dirigée par Pablo Iglesias a jugé très insuffisants. Mais M. Sanchez n’a pas voulu faire plus de concessions. De même qu’il a rejeté les ultimes offres de service de Ciudadanos.

Le scrutin du 10 novembre était donc l’heure de vérité pour le dirigeant socialiste. Pari perdu : le PSOE passe de 28,7% à 28%, un recul certes minime, mais loin du renforcement qui lui aurait donné le surcroît de légitimité qu’il espérait. Les socialistes comptent désormais 120 députés contre 123 précédemment. Ils restent la première force électorale du pays, même s’ils sont très loin de renouer avec les près de 44% qu’ils obtenaient encore en 2009.

Pour sa part, Podemos, avec 12,8% des suffrages, connaît un nouveau recul (- 1,5 points), après la chute de 6,8 points déjà encaissée en avril. Elle compte désormais 35 députés, soit sept de moins, même s’il faut ajouter à ce total les 3 sièges obtenus par une formation dissidente, Mas Pais, de même orientation politique mais défendant une stratégie plus « transversale » – certains diraient « populiste ». La gauche dite radicale continue à payer son ancrage plus urbain et aisé que tourné vers les classes populaires.

De son côté, le jeune dirigeant du Parti populaire, Pablo Casado, voit son parti remonter la pente avec 20,8% des suffrages (+ 4,8 points), il est vrai par rapport au résultat catastrophique d’avril.

Il a manifestement pris des voix à Ciudadanos, dont la ligne stratégique a désorienté beaucoup d’électeurs. C’est l’un des deux traits marquants du scrutin : la formation anti-indépendantiste née à l’origine en Catalogne s’effondre à 6,8% contre 15,9% six mois plus tôt. Elle ne compte plus que 10 députés, alors qu’elle en avait 57. Cette dégringolade fait s’envoler les espoirs de former une coalition de droite l’associant au PP avec le soutien de Vox, selon le modèle andalou.

Cette fois encore, Vox doit son succès à ses plus farouches adversaires : les indépendantistes catalans

Même attendue, l’ascension de ce dernier parti est la seconde caractéristique du vote du 10 novembre. En avril, ce parti qui peut être qualifié d’extrême droite puisqu’il ne cache guère sa nostalgie du franquisme, était passé de quasiment rien à 10,3%. Cette fois, il fait un nouveau bond de 4,8 points, et récolte 52 députés (contre 24 précédemment). Sa progression d’avril, consécutive à sa percée en Andalousie, était liée notamment aux arrivées de migrants. Cette fois, plus encore que précédemment, Vox doit son succès à ses plus farouches adversaires : les indépendantistes catalans.

Car il a choisi de se positionner en plus virulent défenseur de l’unité de l’Espagne. Or le calendrier électoral a coïncidé avec la condamnation, le 14 octobre, de neuf dirigeants indépendantistes par la Cour suprême. Ceux-ci étaient accusés de sédition pour avoir organisé le référendum illégal d’octobre 2017 portant sur l’indépendance de la Catalogne. Les peines de prison ont été sévères, ce qui a déclenché de violents heurts notamment à Barcelone. Vox, autoproclamé parti de l’ordre et de l’Espagne unitaire, a manifestement profité des images d’affrontement.

Pour leur part, les résultats des indépendantistes progressent très légèrement en Catalogne à 42,5%, loin d’atteindre les 50%, cependant. En leur sein, la gauche républicaine (ERC) perd deux sièges, Ensemble pour la Catalogne (dirigée par l’ex-président régional aujourd’hui en fuite à Bruxelles, Carles Puigdemont, droite) en gagne un, et la formation dite « de gauche radicale et anti-UE », la CUP, qui se présentait pour la première fois, obtient deux élus.

Si l’on raisonne en termes nationaux, le « bloc de gauche » et le « bloc de droite » rassemblent chacun environ 10,3 millions d’électeurs, là où le premier disposait encore de 100 000 petites voix d’avance en avril dernier.

Comment en finir avec le blocage ?

Pedro Sanchez a immédiatement promis que « cette fois, sans faute, nous allons former un gouvernement progressiste et en finir avec le blocage politique dans ce pays », et annoncé des consultations avec tous les partis, sauf Vox. Il estime en effet que de nouvelles élections dans six mois achèveraient d’exaspérer les citoyens, et qu’il s’en verrait attribuer la faute.

Mais comment ? Même s’il réussissait à trouver un accord avec Podemos, une telle coalition n’atteindrait pas la majorité absolue de 176 sièges. Il lui faudrait en plus rallier quatre ou cinq petits partis (autonomistes basques, galiciens, voire certains indépendantistes catalans), ce qui relève sans doute de la quadrature du cercle.

Autre configuration : la mise sur pied d’un gouvernement minoritaire faisant adopter des mesures par des majorités à géométrie variable. Mais cela supposerait au départ de décrocher un vote d’investiture, moyennant (au deuxième tour) l’abstention du PP. Une abstention « technique » avait-il supplié avant même le jour des élections.

Mais si les amis de M. Casado s’engageaient dans cette voie, ils seraient probablement accusés de faiblesse par Vox, avec le risque de se faire ultérieurement tailler des croupières par cette formation.

Reste l’hypothèse d’une « grande coalition » associant PSOE et PP. Cela trancherait avec les habitudes politiques hispaniques, et laisserait le champ libre à Vox d’un côté, et Podemos de l’autre.

Aucun parti n’a remis en cause si peu que ce soit l’appartenance du pays à l’UE, ce qui a évacué l’Europe de la campagne électorale

Mais il est possible que certains dirigeants européens pèsent discrètement dans ce sens. Car l’instabilité persistante à Madrid préoccupe Bruxelles. En particulier, l’absence de gouvernement de plein exercice complique la « maîtrise » des finances publiques et le suivi de l’austérité budgétaire.

Aucun parti n’a remis en cause si peu que ce soit l’appartenance du pays à l’UE, ce qui a évacué l’Europe de la campagne électorale. Mais le chef du gouvernement et ses amis entendent bien que l’Espagne tienne son rang à Bruxelles. Il a du reste réussi à faire désigner l’actuel chef de la diplomatie comme futur Haut représentant de l’UE pour les affaires extérieures. Et veut continuer à jouer les « bons élèves » de l’Union.

Pour l’heure, l’Espagne reste donc dans le club des pays en attente de gouvernement, avec la Belgique et l’Autriche, voire disposant d’une majorité branlante, comme aux Pays-Bas et en Roumanie. Un signe d’une crise politique multiforme qui se manifeste de plus en plus fréquemment au sein des Vingt-sept.

 

Analyse issue notamment d’un entretien avec Nicolas Klein

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Des paras européens vont-ils bientôt sauter sur Maputo ?

Par pierre

Après les élections au Mozambique, l’Union européenne vient de sommer la commission électorale de ce pays de « s’expliquer » sur des irrégularités alléguées.

Au Mozambique, le président sortant, Filipe Nyusi, avait été réélu le 15 octobre avec 73,5% des suffrages, contre 21,5% à son principal opposant, du mouvement Renamo (ancienne guérilla soutenue par les Occidentaux, qui s’est transformé en 1992 en parti politique).

Lors des législatives qui se déroulaient simultanément, le parti au pouvoir depuis l’indépendance du pays – le Frelimo, dont est issu le président réélu – a conservé la majorité absolue.

La Renamo a dénoncé des fraudes massives et exigé une annulation des scrutins. Elle a été soutenue en ce sens par différents groupes d’observateurs étrangers, notamment ceux envoyés par l’Union européenne.

Dès lors, le 8 novembre, l’UE a publié un communiqué outré, dénonçant notamment « des bourrages d’urnes, des votes multiples, des invalidations délibérées de votes de l’opposition ». Elle s’est également indignée de « des taux de participation improbables » et d’« un nombre significatif de décomptes anormaux ».

Bruxelles a donc sommé la Commission électorale de « s’expliquer » sur ces irrégularités, et exhorté la Cour constitutionnelle du pays à « corriger certaines (sic) d’entre elles ».

Il eût tout de même été plus simple pour l’UE de se substituer directement à ladite Cour constitutionnelle mozambicaine.

A noter que sur un autre continent, la réélection du président bolivien Evo Morales a également été contestée par l’opposition libérale. Cette dernière a mis en avant un retard de quelques heures dans le dépouillement, le 20 octobre, et fait descendre ses partisans dans la rue. L’Union européenne ainsi que les Etats-Unis ont rapidement exigé que les électeurs retournent aux urnes. Face aux émeutes, et aux mutineries pro-opposition au sein de la police et de l’armée, le président a annoncé sa démission le 10 novembre. Pour l’heure, Bruxelles est resté silencieux face à ce coup d’Etat de fait.

Les Vingt-sept doivent désormais « apprendre à employer le langage de la force » – Ursula Von der Leyen

L’oukase adressé par l’Union européenne au Mozambique a été formulé la veille du jour où la future présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, tenait un discours à Berlin – à l’occasion du trentième anniversaire de la chute du Mur – dans lequel elle se prononçait pour que les Vingt-sept apprennent désormais à « employer le langage de la force », car « le soft power ne suffit plus aujourd’hui si nous voulons nous affirmer dans le monde comme Européens ». Elle confirmait en cela les propos tenus précédemment par le prochain Haut représentant de l’UE pour la politique extérieure (lire l’éditorial de la récente édition de Ruptures), le socialiste espagnol Josep Borrell.

On attend donc avec impatience une initiative forte en ce sens. Par exemple un « battle group » de l’UE (groupements militaires multinationaux, qui n’ont jamais été utilisés à ce jour) qui sauterait sur Maputo afin de faire prévaloir les résultats électoraux souhaités ?

 

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Die unselige Konsequenzen des Falles der Berliner Mauer

Par pierre

In einem von Le Monde veröffentlichten Artikel verfälscht und instrumentalisiert Heiko Maas die Geschichte im Dienste der « europäischen Einigung ».

Von Pierre Lévy, chefredakteur von Ruptures

Der dreißigste Jahrestag der Öffnung der Berliner Mauer hat in Frankreich vor allem eine Fülle von emotionalen Huldigungen, schwülstigen Verherrlichungen und zufriedenen Lobeshymnen ausgelöst.

In diesem fast einhelligen Konzert sticht der von der Tageszeitung Le Monde (04.11.2019) veröffentlichte Beitrag des deutschen Außenministers besonders heraus. Möglicherweise hätte es Heiko Maas in seinem eigenen Land nicht gewagt, einen solchen Text zu veröffentlichen.

Er beginnt schon mit einer denkbar gewagten Äußerung: « Wir Deutschen (…) feiern am 9. November den Zusammenschluss Europas, das heute glücklicherweise vereint ist« , denn « wir verdanken dieses Glück den Hunderttausenden von Ostdeutschen, die auf die Straße gingen » und ganz allgemein den Bürgern Mittel- und Osteuropas, « die freiheitsdurstig die Mauern niedergerissen und ihre Freiheit erzwungen haben« . Und, so der Minister weiter, « wir sind es (auch) unseren Freunden und Partnern in der NATO schuldig », ebenso wie François Mitterrand und Michail Gorbatschow.

Für den saarländischen Sozialdemokraten Maas hatten also die DDR-Bürger, die 1989 in Leipzig, Ostberlin, Dresden und anderswo auf die Straßen gingen, vor allem einen Traum: nämlich die « Vereinigung Europas » zu erreichen (und warum nicht auch gleich Ursula von der Leyen an die Spitze der Brüsseler EU-Kommission zu bringen, wenn wir schon mal dabei sind?).

Es ist nicht ganz sicher, ob man eine solche groteske These ernstgemeint in Berlin hätte veröffentlichen können. Indem sich Herr Maas EU-weit an die Öffentlichkeit (unter anderem auch an die französische) wandte, hoffte Herr Maas vielleicht, die historische Wahrheit – falls er sie kennt – ohne zu großes Risiko verzerren zu können. Denn eine große Mehrheit der DDR-Bürger, die 1989 monatelang demonstrierten, tat dies in der Hoffnung auf radikale Reformen im eigenen Land, aber nicht mit dem Ziel, den Sozialismus abzuschaffen, und noch weniger, um von der Bundesrepublik annektiert zu werden.

Erst im letzten Moment – um den Jahreswechsel 1989/90, nachdem die Mauer übrigens bereits gefallen war – wurde auf Initiative der westdeutschen CDU von Helmut Kohl der Slogan in der DDR « Wir sind das Volk » (nämlich sein Streben nach mehr Demokratie im Rahmen des Sozialismus) zu « Wir sind ein Volk » umfrisiert und verbreitet, was offenkundig ein geschickter propagandistischer Schachzug war und auf die frühestmögliche « Vereinigung » abzielte.

Dieser Versuch, die Geschichte umzuschreiben, hat ein Verdienst: er veranschaulicht die Stimmung, in der die westlichen Eliten heute leben

Aber für den deutschen Außenminister, egal wie die historischen Realitäten in Deutschland waren und sind, zählt heute nur ein Ziel: « Es gilt daraus für uns (« uns »? Wer, wir, die deutschen Führer?) eine Verpflichtung, nämlich die Vollendung der Vereinigung Europas« .

Dieser Versuch, die Geschichte umzuschreiben, hat ein Verdienst: er veranschaulicht die Stimmung, in der die westlichen, insbesondere die deutschen Eliten heute leben. Und dieser Geisteszustand erinnert an die berühmte Bemerkung des amerikanischen Milliardärs Warren Buffett aus dem Jahr 2005:

Der Satz darf verallgemeinert werden, indem « Klasse » durch « Lager » ersetzt wird. Dann veranschaulicht er perfekt dieses Triumphgefühl, das die westlichen Eliten empfunden haben: ein Triumphgefühl gegen Länder, die ein System eingeführt haben – zugegebenermaßen unvollkommen – in dem der DAX und die an die Aktionäre gezahlten Dividenden durch öffentliches Eigentum ersetzt worden waren; und in dem nicht jeder Tag von neuen sozialen Rückschlägen gekennzeichnet war.

Dieser triumphale Geisteszustand – der die zehn oder fünfzehn Jahre nach dem Fall der Mauer und dem Verschwinden der UdSSR kennzeichnete – hielt jedoch nicht bis in alle Ewigkeit an, wie es sich die Theoretiker vom « Ende der Geschichte » und von der glücklichen Globalisierung erträumt hatten.

Herr Maas und seine Freunde müssen daher heute deutlich zurückstecken: « Die (mühsame) Rettung des Euro, die endlosen Streitigkeiten um die Aufnahme und Verteilung von Flüchtlingen, all das hat neue Gräben in Europa geschaffen« . Schlimmer noch, jammert der Minister: « … mit dem Brexit erleben wir zum ersten Mal den Austritt eines EU-Landes. Und in vielen europäischen Ländern haben diejenigen, die wollen, dass wir glauben, dass weniger Europa besser ist, den Wind in den Segeln« .

Aber natürlich wird das, was bis jetzt noch nicht mit Europa funktioniert hat, funktionieren… mit noch mehr Europa: « Eines ist sicher, um in dieser Welt zu überleben, müssen die Europäer verschweißt bleiben« , hämmerte Heiko Maas. Übrigens wird das Wort « schweißen » verwendet. Er hätte auch einfach « vereint » oder « zusammen » schreiben können. Hat der Saarländer seinen Text direkt in der Sprache von Molière geschrieben? Der verwendete Begriff bezieht sich implizit auf Teile, die erst durch eine künstliche Zwangsoperation zusammengebracht werden müssen… Ein unbewusstes Eingeständnis?

Die Realität ist, dass der Fall der Berliner Mauer eigentlich zwei Hauptaspekte als Folgen hatte: den sozialen und den geopolitischen. Und zwar – da hat der Autor Recht – weit über die deutschen Grenzen hinaus.

Die 1990er Jahre lösten die größte historische Welle sozialer Rückschläge in Europa und der Welt aus. In Frankreich, Deutschland, Osteuropa und eigentlich auf allen Kontinenten gab es keine von der dominanten Oligarchie durchgeführte « Reform », die nicht durch eine katastrophale Umkehrung des Kräfteverhältnisses zugunsten der Macht des Kapitals und zum Nachteil der Völker ermöglicht wurde: Privatisierungen, Kürzungen des Sozialschutzes, phänomenale Zunahme von Ungleichheit und Armut, drastische Einschränkungen der Rechte von Lohnerwerbstätigen und Gewerkschaften – aber auch der Untergang der Demokratie (z.B. durch die Verkehrung von Referenden über die europäische Integration).

Das Verschwinden des sozialistischen Lagers eröffnete plötzlich einen außergewöhnlichen Königsweg für die Mächtigen

Denn das Verschwinden des sozialistischen Lagers eröffnete plötzlich einen außergewöhnlichen Königsweg für die Mächtigen. Viele westdeutsche Gewerkschafter (sogar die antikommunistischsten unter ihnen) teilten diese Beobachtung: Vor dem Fall Ostdeutschlands zwang dessen Existenz die Arbeitgeber der BRD, ein hohes Maß an sozialen Leistungen aufrechtzuerhalten, um zu verhindern, dass das in der DDR herrschende System als ein attraktives Gegenmodell erkennbar wurde. Der Anschluss dieses Landes hob diese für das Kapital unerquickliche Hypothek auf und öffnete die Schleusen für Sozialabbau, angefangen bei der Infragestellung von Tarifverträgen.

Das Verschwinden des sozialistischen Lagers spielte auf globaler Ebene die gleiche Rolle.

Was das geopolitische Kräfteverhältnis betrifft, ist es nicht notwendig, ein anderes Bild zu zeichnen. Von Jugoslawien bis zum Irak, von Libyen bis Syrien, Jemen, Venezuela oder Elfenbeinküste kannten die früher imperialistisch genannten Kräfte keine Grenzen mehr.

Aber die Zeiten sind heute für hegemoniale Ambitionen schwieriger geworden. Weder Russland noch China wollen sich ihnen unterwerfen.

Deshalb, so beschwört es Herr Maas, « brauchen wir eine echte Europäische Verteidigungsunion, die die NATO ergänzt und in der Lage ist, bei Bedarf autonom zu handeln« . « Verteidigung »? Handelt es sich zum Beispiel darum, wie der künftige Hohe Vertreter der EU für Außenpolitik, der derzeitige spanische Amtskollege von Herrn Maas, Josep Borrell (PSOE), gerade vorgeschlagen hat, die « Battle Groups » zu aktivieren?

Denn der Minister zögert nicht zu schreiben: « Gemeinsam müssen wir für die Aufrechterhaltung der internationalen Ordnung kämpfen und zum Kern einer Allianz für Multilateralismus werden« . Vielleicht wäre es besser, sich auf ein Bündnis für Multiliberalismus zu beziehen… Was die internationale « Aufrechterhaltung der internationalen Ordnung  » betrifft, heißt es wörtlich in dem französischen Text « maintien de l’ordre international » – also, internationale Polizeiarbeit… Heiko Maas weist zudem darauf hin, dass « der Frieden von dieser Ordnung abhängt, auch in Europa« . Eine Drohung?

Heiko Maas träumt von der « Kraft, unsere Werte und Interessen in einer zunehmend autoritären Welt durchzusetzen »

Und als ob noch nicht alles klar genug gesagt wäre, lobt der Autor abschließend die Kraft, « die die Europäerinnen und Europäer motiviert« , wenn sie wie 1989 handeln, insbesondere « die Kraft, Mauern und Grenzen zu überwinden, die Kraft, unsere Werte und Interessen in einer zunehmend autoritären Welt durchzusetzen« .

Die « europäischen Werte » überall auf der Welt durchzusetzen – darum geht es also. Wenn das so ist, dann kann man jetzt  vielleicht doch der Mauer nachtrauern.

Dieser Artikel erschien auch bei RT-Deutsch

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Onkel Sam verlangt, die Europäische Union solle alle Balkanländer umfassen

Par pierre

Der US-Sonderbeauftragte besteht darauf, den Beitritt Albaniens und Mazedoniens zur EU zu beschleunigen, während sich die französische und niederländische Führung, die über die Unpopularität einer solchen Perspektive besorgt sind, dagegen aussprechen.

Der Sondergesandte der Vereinigten Staaten für den Balkan ist auf Tournee in der Region. Nach einer Reise in den Kosovo und Nordmakedonien war Matthew Palmer am 4. November in Belgrad, wo er sich unter anderem mit dem serbischen Präsidenten Aleksandar Vucic traf.

Der amerikanische Diplomat nutzte die Gelegenheit, um den jüngsten Beschluss der Europäischen Union scharf zu kritisieren: Auf der Tagung des Europäischen Rates am 17. und 18. Oktober konnten sich die Staats- und Regierungschefs der 27 EU-Mitgliedsstaaten nicht auf die Aufnahme von Gesprächen über den Beitritt Nordmakedoniens und Albaniens zur EU einigen. In der Praxis bedeutet dies, dass diese Perspektive auf Eis gelegt wird.

« Amerika will eine europäische Perspektive für den Westbalkan, und wir werden unser Bestes tun, um die EU davon zu überzeugen, ihre Position in diesem Sinne zu ändern » – Matthew Palmer

« Unserer Meinung nach ist dies ein historischer Fehler und eine schlechte Nachricht für die gesamte Region« , sagte Herr Palmer, um dann fortzufahren: « Amerika will eine europäische Perspektive für den Westbalkan, und wir werden unser Bestes tun, um die EU zu überzeugen, ihre Position bis zum nächsten Gipfel im Mai 2020 zu ändern« .

Eigentlich geht die europäische Position auf ein Veto von drei Ländern zurück: Frankreich, die Niederlande und Dänemark. Vor allem Emmanuel Macron ist gegen eine weitere Erweiterung der Union, solange sie « mit 27 nicht richtig funktioniert« , wird es seiner Meinung nach « sicherlich nicht mit 29, 30 oder 32 Mitgliedern » besser werden. Darüber hinaus hatte der Chef des Elysée einen Stein in den deutschen Garten geworfen und spöttisch gefragt, wie man sich für eine Begrenzung des Gemeinschaftshaushalts und gleichzeitig für die Aufnahme neuer Mitglieder einsetzen kann.

Es ist wahrscheinlich kein Zufall, dass Frankreich und die Niederlande sich gegen neue Beitritte wehren.

Hinter diesen Argumenten steht die Befürchtung, dass der Eintritt neuer « Billigländer » in Frankreich besonders unbeliebt ist. Es ist wahrscheinlich kein Zufall, dass sich Frankreich und die Niederlande gegen neue Beitritte wehren. Das sind nämlich die zwei Länder, in denen denkwürdige Referenden 2005, nur ein Jahr nach dem Beitritt von zehn neuen Staaten (und der Ankunft des berühmten « polnischen Klempners »), ein deutliches und lautes Nein gegen die weitere europäische Integration erbracht hatten.

Die Frage der künftigen Beitritte ist daher eine der vielen aktuellen Fragen, über die Uneinigkeit herrscht innerhalb der EU der 27.

Darüber hinaus hat die französisch-niederländische Position die betroffenen Regierungen verärgert, nicht nur in Skopje und Tirana, sondern auch in anderen Ländern des ehemaligen Jugoslawiens, wie beispielsweise Serbien. Belgrad, mit dem die Beitrittsverhandlungen bereits begonnen haben, befürchtet, dass sie aufgrund der « vorsichtigen » Haltung einiger europäischer Führer im Sand verlaufen werden.

Und es gibt keinen Hinweis – insbesondere nicht in Serbien, wo der sogenannte euro-atlantische gute Wille 1999 einige schmerzliche Erinnerungen hinterlassen hat – dass die betroffenen Völker besonders begeistert vom Beitritt zur Europäischen Union sind.

Diese strategisch wichtige Region hatte sich das westliche Lager nach dem Zusammenbruch Jugoslawiens einverleibt

Aber natürlich spielt dieser Punkt für den amerikanischen Gesandten keine Rolle. Letzterer hat etwas ganz anderes im Sinn: Diese strategisch wichtige Region hatte sich das westliche Lager nach dem Zerfall Jugoslawiens irgendwie einverleibt. In Washington wird jedoch befürchtet, dass der Einfluss Russlands (eines historischen Verbündeten Serbiens) in diesem Gebiet zurückkehren wird. China selbst hat einige Balkanländer zu wichtigen Wirtschaftspartnern gemacht.

Amerikanische Führer sind der Ansicht, dass diese « Bedrohung » schnell eingedämmt werden muss, ein Standpunkt, der vor allem in Berlin und damit auch in Brüssel geteilt wird.

Dies erklärt, warum es in den letztgenannten Hauptstädten diplomatisch unterlassen wurde, darauf hinzuweisen, dass Onkel Sam, als er die Verantwortung für die Festlegung der europäischen Grenzen übernahm, eine erfinderische Arroganz an den Tag gelegt hatte.

Es stimmt, dass er gewohnt ist, dies zu tun – gerade in dieser Region.

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Comment la France bafoue l’existence de l’Etat syrien

Par Grégoire

En Syrie, la diplomatie française persévère dans l’erreur, en niant l’Etat légal, présidé par Bachar El Assad, et en collant au « camp occidental ». Résultat : elle ne pèse plus dans le jeu diplomatique et risque d’engendrer bien des rancœurs sur le terrain.

Par Michel Raimbaud, ancien ambassadeur, auteur de Tempête sur le Grand Moyen-Orient (ed. Ellipses, 2017) et  Les guerres de Syrie (ed. Glyphe, 2019)

Par un beau dimanche d’automne, le 13 octobre dernier, le Président à la pensée complexe et sans complexe que le suffrage a donné à la France convoquait un Conseil de défense rassemblant tout le beau linge régalien du gouvernement pour « étudier la situation dans le Nord syrien », dans un contexte particulièrement compliqué. Le communiqué publié le lendemain matin aux aurores, qui condamnait fermement « l’attaque unilatérale de la Turquie » du 9 octobre, allait faire illusion le temps d’un éclair.

Ceux qui pouvaient encore espérer un réveil au pays des Lumières, voire une inflexion vers une meilleure perception des réalités du terrain, allaient avoir courte joie : la fin de phrase du communiqué précisait qu’il s’agissait de condamner l’attaque « contre les Kurdes ». De l’Etat syrien il n’était en revanche pas question. Ouf ! Les chantres de la « révolution syrienne » contre le pouvoir légal en place à Damas et les supporters des « terroristes modérés » pouvaient se rendormir. Par définition, la France éternelle, celle d’aujourd’hui, ne change jamais de position, surtout quand elle a tout faux… Par définition, elle a raison, fermez le ban, et circulez…

Mépris du droit

Les esprits chagrins diront qu’il eût été sage et décent – on n’ose dire fair play – de préciser que, selon les normes du droit international (ou ce qu’il en reste) et les fondamentaux de la Charte des Nations-Unies, l’attaque turque constituait avant tout une agression, une de plus, contre la Syrie. Mais c’eût été trop en demander à la diplomatie d’un membre permanent du Conseil de Sécurité, par définition gardien de ces principes, qui s’est néanmoins distingué depuis neuf ans par son mépris du droit et son agressivité envers des Etats qui ne l’avaient pas agressé : la Libye d’abord, la Syrie ensuite, déterrant la hache de guerre peu après avoir convié leurs leaders à fumer le calumet de la paix à l’Elysée.

Tant d’Etats sont aujourd’hui coutumiers de telles hypocrisies et de tels retournements, qu’une infraction de plus ou de moins n’a guère d’importance : on ne compte pas quand on aime, mais on ne compte pas non plus quand la victime des entorses au droit est haïe et honnie par la « communauté internationale » bien-pensante, lorsqu’est en cause le « régime de Bachar », consacré depuis la seconde guerre d’Irak ennemi public numéro un.

Occidentalisme et néo-conservatisme

Il faut dire que le monde n’est plus ce qu’il était et la diplomatie non plus depuis un certain temps déjà. Un séisme étant passé par là. Il y a trente ans, le monde change de base, suite à l’autodestruction de l’URSS, divine surprise. Il s’agit, comme le dit Poutine, de « la plus grande catastrophe géopolitique du XXème siècle » et le début d’un calvaire pour qui refuse d’adhérer au camp américain triomphant, comme ce sera le cas pour la Syrie.

L’occidentalisme, unissant nostalgiques de la colonisation et revanchards de l’impérialisme, prend son essor sous la bannière du néo-conservatisme, alliant néolibéralisme, parlementarisme et messianisme de « peuple élu ». Les tabous étant tombés, on pourra sans trop de gêne ressortir les concepts d’espace vital, de vocation à la maîtrise du monde, de Kriegspiel sur le « grand échiquier mondial ». La géopolitique, création allemande et anglo-saxonne, taboue depuis les années 30, fait son retour et permet de redessiner le cadre géographique des pulsions hégémonistes de l’Amérique et de ses séides : l’empire atlantique face au bloc eurasien, avec une ceinture verte arabo-musulmane théâtre et enjeu de la confrontation. Clé stratégique du Moyen-Orient, la Syrie n’a qu’à bien se tenir.

Ecrasement des peuples

Initié en 1990/1991, le moment unipolaire américain va s’avérer propice à l’exacerbation de cet occidentalo-centrisme revisité, justifiant l’écrasement des peuples et la destruction des Etats au nom de principes comme le droit d’ingérence, le devoir d’intervention, la responsabilité de protéger, nouvelles versions de feue « la mission civilisatrice ». C’est ainsi que les neocons parviendront à mobiliser autour de leurs thèses les classes politiques, médiatiques et intellectuelles des pays d’Occident.

Dur, dur d’être civilisés au milieu de tant de sauvages et d’être bons face à tant de méchants

Les experts eux-mêmes, qui se piquaient d’avoir mis au rencart les idées simplistes, se replieront sur les idées reçues d’une pensée unique, afin de ne pas passer à côté du grand vent de l’Histoire. Clichés, préjugés, approximations constitueront plus que jamais le carburant essentiel de l’analyse et de la réflexion sur le conflit syrien dans nos sphères pensantes, l’information étant systématiquement instrumentalisée et remplacée par un storytelling qui dit bien ce qu’il veut dire. Chaque épisode de ce récit est lancé sur le marché, livré en pâture à l’opinion, relayé le surlendemain par un autre « faux drapeau », de façon à déboussoler et décerveler les citoyens. Le but n’est pas de les informer mais de les désinformer alors qu’ils sont déjà bien conditionnés. L’Occident, en éternel sanglot sous le poids de son « fardeau », devant dire le droit et remettre dans le droit chemin la vile multitude des Etats « préoccupants » qui polluent son environnement, est en quête d’une doctrine rassurante et d’une actualité émouvante et/ou effrayante. Dur, dur d’être civilisés au milieu de tant de sauvages et d’être bons face à tant de méchants.

C’est dans ce contexte « unipolaire » et ce climat d’escroquerie intellectuelle, en l’absence de toute opposition réelle et structurée pendant une vingtaine d’années, que l’Amérique et ses alliés ont systématiquement dévoyé et dévasté le droit international, transformant le Conseil de Sécurité en théâtre de l’arrogance et faisant prévaloir partout la loi de la jungle. La Syrie sera une victime privilégiée de cette logique. Les principes onusiens – souveraineté et égalité des Etats, non-ingérence, obligation de négocier en cas de conflit et interdiction de recours ou de menace de recours à la force, droit des peuples à l’autodétermination et droit pour les Etats de choisir leur régime politique à l’abri de toute ingérence sont désormais systématiquement ignorés et bafoués par les Occidentaux.

« Gouvernement » vs « régime »

Le langage et les usages diplomatiques ont été abandonnés au profit de comportements déviants, qui étaient naguère le monopole des mauvais garçons. La stigmatisation des Etats préoccupants ou voyous est déterminée par le vocabulaire employé à leur encontre, sans beaucoup de rapport avec la réalité.

On se souviendra des propos inconvenants tenus à l’encontre de « Bachar » par de distingués ministres. Les pays atlantiques, qui se présentent comme de « grandes démocraties », sont ainsi dirigés par des « gouvernements », tandis que les adversaires sont des « régimes » chargés de toutes les tares, souvent même qualifiés d’Etats voyous, menaçants, répressifs et massacreurs. On affectionne les appellations qui prêtent à confusion, comme cette force de mercenaires terroristes désignée comme « armée nationale syrienne » qui sévit dans le Nord syrien sous patronage turc mais qui n’a rien à voir avec l’armée régulière.

Retour au « bercail occidental »

Les pays de « l’Orient compliqué » ont particulièrement souffert de cette dérive grossière, tandis que les atlantistes ont sacralisé les idées simplistes, leurs certitudes et leurs préjugés. La France a donné l’exemple. Entrée de justesse au Conseil de Sécurité en 1945 comme membre permanent, elle avait longtemps vu dans le multilatéralisme et l’adhésion à la légalité onusienne les piliers de sa légitimité. Son retour au « bercail occidental » s’est soldé par un alignement de plus en plus aveugle sur les positions anglo-saxonnes, notamment depuis la seconde guerre d’Irak, se traduisant par une implication inspirée par Washington dans le dossier syro-libanais.

Traduisant sans doute une certaine résurgence des pulsions coloniales, l’acharnement de la France a été, dès le départ de la guerre de Syrie, d’une rare intensité, décuplé par la hargne que l’on sait contre Bachar Al Assad. Tandis que les dirigeants successifs s’enferraient dans un interventionnisme forcené et se raidissaient devant leur échec contre le « régime de Damas », après avoir misé successivement sur tous les « mauvais chevaux », le déni de Paris face à la résilience victorieuse de la Syrie légale, le refus d’admettre les réalités et les évolutions ainsi qu’une approche souvent injurieuse ont eu pour résultat d’écarter la France du dossier syrien et des autres dossiers de la région. A force d’ostraciser voire d’ignorer le « régime de Damas » et son existence même alors qu’il est en passe de reprendre le contrôle de l’ensemble du territoire national, bénéficiant, qu’on le veuille ou non, d’un vaste soutien populaire, la Syrie, elle, ne manque pas une occasion de dénoncer les agressions et la présence illégale des forces du « régime » français, du « régime d’Erdogan » et consorts.

L’attitude française témoigne du mépris des dirigeants pour un Etat qui a tenu le coup, pendant près de neuf ans, face à plus de cent pays

L’attitude française, à l’instar de celle des Occidentaux, témoigne de cette obstination et du mépris des dirigeants français pour un Etat qui a tenu le coup, pendant près de neuf ans, face à plus de cent pays et se trouve au cœur d’une alliance puissante incluant la Russie, l’Iran, le Hezbollah, l’Irak et la Chine. Manifestement, l’arrogance du gouvernement de M. Macron le conduit à « snober » systématiquement ces Etats, ne prenant en compte que « les autres », à savoir l’envahisseur turc, les Kurdes lorsqu’ils sont séparatistes, l’Armée Libre Syrienne, les forces de l’opposition « anti-régime » pour désigner des groupes issus de Da’esh ou Al Qaida ou autres entités classifiées terroristes par l’ONU, les forces américaines ou occidentales stationnées illégalement, la soi-disant « coalition internationale » dirigée par Washington… Bref, toutes les forces hostiles à la Syrie légale.

La longue mémoire des peuples

Il est clair que cette volonté de passer sous silence la présence et le rôle déterminant de l’armée nationale, de l’Etat, des autorités, vise à démontrer que la Syrie serait non seulement un Etat voyou qui viole régulièrement la légalité internationale (sic), détient des armes de destruction massive (re-sic) et utilise le terrorisme pour terroriser les populations civiles (re-re-sic), selon la définition d’Avraham Shlaïm, un Israélien professeur à Oxford. Elle serait également, en suivant ces raisonnements biaisés, un Etat failli qui ne remplit pas son rôle de protection vis-à-vis de ses populations. L’accord passé le 14 octobre sous le patronage russe entre le gouvernement central et les Unités de Protection du Peuple (kurdes), faisant de celles-ci des auxiliaires de l’armée régulière sous tutelle de Damas face aux Turcs et rebattant les cartes dans le Nord syrien, a reçu un accueil « réservé », traité au mieux comme un nouvel épisode banal. Cela témoigne pour le moins d’une méconnaissance des rapports de force assez stupéfiante.

De façon étonnante, la classe politique, tous « partis de gouvernement » confondus, les médias nationaux du mainstream et la masse des intellectuels ont soutenu les gouvernements dans cette position désastreuse et déshonorante, qui restera une tache dans notre histoire. Et il ne semble pas proche le jour où cette monumentale erreur pourra être réparée. Beaucoup de Français auront la mémoire courte et oublieront avec le temps ces tristes épisodes. Les peuples opprimés, eux, ont une mémoire, une mémoire longue.

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Prochaine tribune (à paraître le 12 novembre) :
Election présidentielle en Tunisie : les raisons d’un choix inattendu,
p
ar Pierre Vermeren, Professeur en histoire du Maghreb à Paris 1

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Les conséquences funestes de la chute du Mur de Berlin

Par pierre

Le ministre allemand des Affaires étrangères, dans une tribune publiée par Le Monde, falsifie et instrumentalise l’Histoire au service de « l’unification européenne »

Le trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin suscite, en France en particulier, une profusion d’hommages émus, de glorifications emphatiques, de louanges satisfaits.

Dans ce concert univoque, la contribution du ministre allemand des Affaires étrangères publiée par Le Monde (04/11/19) mérite une mention particulière. Il est probable en effet qu’Heiko Mass n’aurait pas osé faire paraître un tel texte dans son propre pays.

Celui-ci débute par une affirmation osée : le 9 novembre, « nous, Allemands (…) célébrons l’union de l’Europe, qui est heureusement rassemblée aujourd’hui » car « ce bonheur, nous le devons aux centaines de milliers d’Allemands de l’Est qui sont descendus dans la rue » et plus généralement aux citoyens d’Europe centrale et orientale « qui, assoiffés de liberté, ont renversé les murs et arraché leur liberté ». Et, poursuit le ministre, « nous le devons (aussi) à nos amis et partenaires de l’OTAN », ainsi qu’à François Mitterrand et Mikhaïl Gorbatchev.

Ainsi, pour le dirigeant social-démocrate, les citoyens descendus en 1989 dans les rues de Berlin-Est, de Dresde et d’ailleurs avaient un rêve en tête : réaliser l’« unification de l’Europe » (et pourquoi pas porter Ursula Von der Leyen à la tête de la Commission de Bruxelles, tant qu’on y est ?).

Pas sûr qu’une thèse aussi grotesque aurait pu être publiée à Berlin. Mais en s’adressant au public français, peut-être M. Maas espérait-il pouvoir impunément travestir la réalité. Car une très large majorité des citoyens de RDA qui ont manifesté pendant des mois en 1989 le faisaient dans l’espoir de réformer en profondeur ce pays, mais pas avec l’objectif d’abolir le socialisme, et encore moins d’être annexés par la République fédérale.

Et c’est seulement dans les tout derniers moments qu’à l’initiative (aujourd’hui avérée) de la CDU d’Helmut Kohl, le slogan « Nous sommes le peuple » (aspiration à plus de démocratie dans le cadre du socialisme) dériva vers « Nous sommes un peuple », qui visait ouvertement l’unification.

Cette ré-écriture de l’Histoire a au moins un mérite : celui d’illustrer l’état d’esprit des élites occidentales

Mais pour le ministre, peu importe la réalité historique. Seul compte l’objectif : « il en découle pour nous (nous, les dirigeants allemands ?) une obligation, celle de parachever l’unification de l’Europe ».

Cette ré-écriture de l’Histoire a au moins un mérite : celui d’illustrer l’état d’esprit qui anime les élites occidentales, allemandes en particulier. Et cet état d’esprit fait penser à la remarque célèbre du milliardaire américain Warren Buffet en 2005 : « il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui la gagne ». Il suffit ici de généraliser en remplaçant « classe » par « camp », et la sentence illustre à merveille ce sentiment de triomphe qu’ont éprouvé les dirigeants occidentaux face à des pays ayant mis en œuvre un système – certes très imparfaitement – où le CAC 40 et les dividendes versés aux actionnaires avaient été remplacés par la propriété publique. Et où les reculs sociaux incessants ne constituaient pas l’horizon indépassable des sociétés.

Cet état d’esprit triomphant – qui a marqué les dix ou quinze années d’après la chute du mur et la disparition de l’URSS – n’a cependant pas duré l’éternité rêvée par les théoriciens de la fin de l’Histoire et de la mondialisation heureuse.

Pour M. Maas et ses amis, il faut donc aujourd’hui déchanter : « le sauvetage (laborieux) de l’euro, les querelles interminables sur l’accueil et la répartition des réfugiés, tout cela a créé de nouveaux fossés en Europe ». Pire, se lamente le ministre, « avec le Brexit, nous assistons pour la première fois à la sortie d’un pays de l’UE. Et dans beaucoup de pays européens, ceux qui veulent nous faire croire que moins d’Europe, c’est mieux, ont le vent en poupe ».

Mais, évidemment, ce qui n’a pas marché avec l’Europe marchera… avec encore plus d’Europe : « une chose est sûre, pour subsister dans ce monde, les Européens doivent rester soudés » martèle Heiko Maas. On notera incidemment l’emploi du mot « soudés ». Il aurait pu écrire « unis » ou « ensemble ». On ne sait si le Sarrois a rédigé directement son texte dans la langue de Molière, mais le terme employé renvoie implicitement à des parties qu’on maintient collées par une opération artificielle forcée… Un aveu inconscient ?

Catastrophes sociales et géopolitiques

La réalité est que la chute du mur de Berlin a engendré effectivement deux grands types de conséquences : sur le plan social et sur le plan géopolitique. Et l’auteur a sur ce point raison : bien au-delà des frontières allemandes.

La décennie 1990 a d’une part enclenché la plus forte vague historique de reculs sociaux en Europe et dans le monde. En France, en Allemagne, en Europe de l’Est, et en réalité sur tous les continents, pas une « réforme » imposée par l’oligarchie dominante qui n’ait été rendue possible par l’inversion cataclysmique du rapport de force en faveur du pouvoir des capitaux, et au détriment des peuples : privatisations, coupes dans la protection sociale, montée phénoménale des inégalités et de la pauvreté, limitations drastiques des droits des salariés et des syndicats – mais aussi mise sous le boisseau de la démocratie (par exemple par l’inversion des référendums portant sur l’intégration européenne).

La disparition du camp socialiste a ouvert un extraordinaire boulevard aux puissants

Car la disparition du camp socialiste a ouvert un extraordinaire boulevard aux puissants. Nombreux sont les syndicalistes ouest-allemands (même les plus anticommunistes parmi eux) qui faisaient naguère cette confidence : avant la chute de l’Allemagne de l’Est, l’existence de cette dernière contraignait le patronat de RFA à maintenir un haut niveau d’acquis sociaux, afin d’éviter que le système en vigueur en RDA ne constitue une vitrine. L’annexion de ce pays a levé cette hypothèque et ouvert les vannes de la casse sociale, à commencer par la remise en cause des conventions collectives.

La disparition du camp socialiste a joué le même rôle au niveau mondial.

Quant au rapport de force géopolitique, point n’est besoin de faire un dessin. De la Yougoslavie à l’Irak, de la Libye à la Syrie en passant par le Yemen, le Venezuela ou la Côte d’Ivoire, les forces qu’on nommait naguère impérialistes ne se sont plus reconnu aucune limite.

Mais la période est désormais redevenue plus difficile pour les ambitions hégémoniques. Ni la Russie, ni la Chine n’ont envie de se soumettre à celles-ci.

Dès lors, affirme M. Maas, « nous avons besoin d’une véritable union européenne de la défense, en complément de l’OTAN, qui soit capable d’agir de manière autonome partout où cela est nécessaire ». « Défense » ? S’agit-il, par exemple, comme vient de le suggérer le futur Haut responsable de la politique extérieure de l’UE, l’actuel collègue espagnol (également socialiste) de M. Maas, Josep Borrell, d’activer les « groupements tactiques » ?

Car le ministre n’hésite pas à écrire : « ensemble, nous devons lutter pour le maintien de l’ordre international et devenir le noyau d’une Alliance pour le multilatéralisme ». Peut-être serait-il plus juste d’évoquer une Alliance pour le multilibéralisme… Quant au « maintien de l’ordre » international, la formule parle d’elle-même. Heiko Maas précise que « la paix dépend de cet ordre, également en Europe ». Une menace ?

Heiko Maas en appelle à « la force de faire respecter nos valeurs et nos intérêts dans un monde de plus en plus autoritaire »

Et si tout n’était pas encore assez clair, l’auteur conclut en vantant la force « qui anime les Européennes et les Européens » lorsqu’« ils passent à l’action » comme en 1989, notamment « la force de dépasser les murs et les frontières, la force de faire respecter nos valeurs et nos intérêts dans un monde de plus en plus autoritaire ».

Faire respecter les « valeurs européennes » partout dans le monde… Décidément, on se prend à regretter le mur.

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Pour une renationalisation d’Aéroports de Paris

Par Grégoire

Il faut insister sur les enjeux en matière de souveraineté et de sécurité pour mobiliser contre la privatisation des Aéroports de Paris. Et exiger la renationalisation de cette infrastructure essentielle.

Par Benoît Martin,
Secrétaire général de la CGT-Paris

Le 22 juillet 2005, deux mois à peine après le référendum du 29 mai sur la Constitution européenne, le groupe Aéroports de Paris (ADP) était privatisé, sous la présidence Chirac et le gouvernement de Villepin. L’établissement public était transformé en société anonyme, l’Etat devenant l’actionnaire majoritaire. C’était une nouvelle étape dans la privatisation du secteur des transports lancée par le gouvernement Jospin avec Air France, les autoroutes et le fret ferroviaire.

Quelques années plus tard, au 31 décembre 2018, le capital d’ADP était composé de l’Etat français (50,6%), d’investisseurs institutionnels (21,9%), de Vinci (8%), de Royal Schiphol Group (aéroport d’Amsterdam, 8%) et de quelques autres actionnaires, dont les salariés d’ADP (1,6%). Au même moment, la multinationale cotée en Bourse qu’est ADP détenait des participations dans les aéroports d’Amsterdam-Schiphol et d’Istanbul-Atatürk. A ce jour, le groupe ADP gère 24 aéroports répartis dans 13 pays !

Les Gilets jaunes contre la privatisation

La loi « Pacte » du 22 mai 2019 a prévu de faire passer la part de l’Etat sous la barre des 50%, permettant la privatisation totale de la société aéroportuaire. L’arc politique large, formé des groupes d’opposition à Emmanuel Macron, a activé au printemps 2019 le Référendum d’initiative partagée (RIP) pour tenter de mettre en échec la privatisation totale d’ADP. Au total 248 parlementaires de gauche comme de droite ont permis cet événement politique.

Au même moment, le mouvement des Gilets jaunes était majoritairement favorable au RIP pour empêcher la privatisation totale d’ADP, bien que des gilets jaunes aient pointé les inconvénients de ce RIP bien plus restrictif que le Référendum d’initiative citoyenne (RIC) qu’ils revendiquent depuis le début de leur mouvement.

Des arguments naïfs et faibles

Pour promouvoir le RIP, des organisations syndicales, associatives et politiques, toutes classées à gauche, mènent actuellement campagne, difficilement. Les difficultés tiennent au processus du RIP lui-même, à la nécessité de dépasser les 4,7 millions de soutiens à apporter d’ici le 12 mars 2020 sur le site du ministère de l’Intérieur. Ce seuil donne le vertige et génère un grand doute sur la possibilité d’atteindre l’objectif. Ce doute alimente à son tour une résignation qui convient parfaitement au pouvoir politique. Les autres difficultés tiennent à l’hétérogénéité des motivations des organisations et mouvements qui soutiennent le RIP.

Parmi les arguments entendus en faveur du RIP, émerge l’idée qu’il serait idiot de brader au privé un bijou de famille, actif stratégique de surcroît, qui rapporte tant de dividendes à l’actionnaire principal, l’Etat. L’argument est faible et naïf. Faible au regard des vrais enjeux que représentent des aéroports internationaux ; naïf puisque c’est justement la haute rentabilité économique qui attire les investisseurs privés.

Comment pourrait-on justifier que les rôles de police et de sécurité aérienne soient exercés sur des lieux privatisés ?

Quels sont les enjeux stratégiques des aéroports de Roissy, d’Orly et du Bourget ? Déjà, ce sont des lieux frontières, n’en déplaise aux sans-frontiéristes ! Les voyageurs et les marchandises transitant par ces aéroports sont soumis à des contrôles douaniers et policiers. Etre sur un territoire national suppose de respecter les lois qui y sont en vigueur. Changer de territoire national n’est donc pas neutre. Par ailleurs, le droit international, dont celui issu de l’Organisation de l’aviation civile internationale fixe les règles communes découlant de la coopération entre Etats. Cet élément fait le lien avec un autre enjeu majeur, celui de la sécurité aérienne. Comment pourrait-on justifier que les rôles de police et de sécurité aérienne soient exercés sur des lieux privatisés ?

Pour une renationalisation d’ADP

De plus, les arguments en faveur d’une maîtrise publique des transports et de la logistique forment un enjeu renforcé dans une période ou la question multimodale est tant mise en avant, avec raison. Or les aéroports de Paris sont des noeuds (hubs dans la langue de Shakespeare) multi-modaux essentiels, et qui n’ont pas fini d’évoluer en fonction soit des politiques publiques, soit des intérêts privés de court terme…

Last but not least, le syndicaliste que je suis est aussi convaincu que la mise en échec de la privatisation d’ADP et la perspective d’une re-nationalisation permettront de préserver et d’améliorer tant les garanties statutaires que les effectifs des personnels d’ADP.

Ce tabou sur le rôle de l’UE est une constante des organisations habituelles du mouvement syndical et social

Or aucune organisation ne soutient la re-nationalisation d’ADP. A ma connaissance, personne ne parle des directives et des traités européens dans la bataille idéologique autour du RIP d’ADP. Ce tabou sur le rôle de l’UE est une constante des organisations habituelles du mouvement syndical et social. Pour donner un peu d’ambition à la campagne, je pense qu’il faut un double effet Agora afin d’amener une communauté de citoyens amenée à délibérer sur les questions aéroportuaires : premièrement gagner le RIP et deuxièmement gagner la nationalisation. A cet effet Agora doit s’ajouter un effet Communiste : Aéroports de Paris doit redevenir un bien commun retiré de la logique du profit.

La privatisation de l’aéroport de Toulouse-Blagnac, menée par Emmanuel Macron lorsqu’il était ministre de l’Economie, en 2014, est un vrai scandale

Pour convaincre le plus grand nombre, outre les arguments théoriques, il faut savoir s’appuyer sur des réalités bien établies. La privatisation de l’aéroport de Toulouse-Blagnac, menée par Emmanuel Macron lorsqu’il était ministre de l’Economie, en 2014, est un vrai scandale. Ses amis chinois, qui ont acheté 49,9% des actions, n’ont en rien eu l’attitude d’un copropriétaire stable et vertueux !

Autre problème politique de taille, le mensuel Alternatives Economiques relevait récemment : « Exploitant les aéroports de Lyon, Clermont-Ferrand, Grenoble et Chambéry, Vinci Airports a siphonné la bagatelle de 44 millions d’euros de dividendes en trois ans, comme l’a découvert Mediacités. Et ce, alors que ces infrastructures restent biberonnées à l’argent public. » Il est temps de marquer un coup d’arrêt à ce pillage des biens publics !

Pour signer afin d’obtenir le référendum, ici le site officiel.

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Prochain article à paraître dans la rubrique Opinions :
Comment la France bafoue l’existence de l’Etat syrien,
par Michel Raimbaud, ancien ambassadeur

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L’Oncle Sam exige que l’Union européenne intègre tous les pays des Balkans

Par pierre

L’envoyé spécial américain insiste pour accélérer l’adhésion de l’Albanie et de la Macédoine à l’UE, alors que le sujet suscite l’opposition des dirigeants français et néerlandais, inquiets de l’impopularité d’une telle perspective.

L’émissaire spécial des Etats-Unis pour les Balkans est en tournée dans cette région. Après s’être rendu au Kosovo puis en Macédoine du Nord, Matthew Palmer était le 4 novembre à Belgrade, où il a notamment rencontré le président serbe, Aleksandar Vucic.

Le diplomate américain a saisi l’occasion pour critiquer vertement la décision récente de l’Union européenne : lors du Conseil européen des 17 et 18 octobre, les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-sept n’ont pu se mettre d’accord sur le lancement des discussions d’adhésion à l’UE de la Macédoine du Nord et de l’Albanie. Cela revient dans les faits à geler cette perspective.

« L’Amérique souhaite une perspective européenne pour les Balkans occidentaux et nous ferons notre possible afin de convaincre l’UE de changer sa position » – Matthew Palmer

« A notre avis, c’est une erreur historique et un mauvais message pour toute la région » a tancé M. Palmer. Et l’envoyé spécial d’enfoncer le clou : « l’Amérique souhaite une perspective européenne pour les Balkans occidentaux et nous ferons notre possible afin de convaincre l’UE de changer sa position » d’ici le prochain sommet de mai 2020.

En réalité, la position européenne découle d’un veto émis par trois pays : la France, les Pays-Bas et le Danemark. Emmanuel Macron, en particulier, est opposé à un nouvel élargissement de l’Union tant que celle-ci « n’arrive pas à fonctionner correctement à 27 », et, selon lui, ce n’est certainement pas à « 29, 30, ou 32 » qu’on améliorera les choses. En outre, comment plaider pour limiter le budget communautaire, et en même temps vouloir accueillir de nouveaux membres avait persiflé le maître de l’Elysée – une pierre dans le jardin de l’Allemagne.

Ce n’est sans doute pas un hasard si la France et les Pays-Bas sont vent debout contre de nouvelles adhésions

Mais derrière ces arguments se profile la crainte que l’arrivée de nouveaux pays « à bas coûts » soit particulièrement impopulaire dans l’Hexagone. Ce n’est sans doute pas un hasard si la France et les Pays-Bas sont vent debout contre de nouvelles adhésions, deux pays où de mémorables référendums avaient infligé des Non retentissants à une intégration européenne plus poussée, et ce en 2005, soit juste un an après l’adhésion de dix nouveaux Etats (et l’arrivée du fameux « plombier polonais »).

Le dossier des futures adhésions constitue donc un des très nombreux sujets d’affrontement actuels au sein des Vingt-sept. Par  ailleurs, la position franco-néerlandaise a indisposé les gouvernements concernés, non seulement à Skoplje et à Tirana, mais également dans d’autres pays issus de l’ex-Yougoslavie, comme la Serbie. Belgrade, avec qui les « négociations » d’adhésion sont déjà engagées, redoute que ces dernières s’ensablent, du fait de l’état d’esprit « frileux » de certains dirigeants européens.

Du reste, rien n’indique – en Serbie tout particulièrement, où la bienveillance euro-atlantique a laissé quelques souvenirs cuisants en 1999 – que les peuples concernés soient particulièrement enthousiastes pour intégrer l’Union européenne.

Cette région stratégique a été récupérée par le camp occidental dans la foulée de l’éclatement de la Yougoslavie

Mais évidemment, ce point importe peu à l’envoyé américain. Ce dernier a tout autre chose en tête : cette région stratégique a été en quelque sorte récupérée par le camp occidental dans la foulée de l’éclatement de la Yougoslavie. Or à Washington, on redoute que l’influence de la Russie (un allié historique traditionnel de la Serbie) ne revienne dans les parages. La Chine elle-même a fait de certains pays balkaniques des partenaires économiques importants.

Les dirigeants américains considèrent qu’il faut vite endiguer cette « menace », un point de vue partagé notamment à Berlin et donc à Bruxelles.

Ce qui explique que, dans ces dernières capitales, on se soit diplomatiquement abstenu de faire remarquer qu’en s’octroyant la responsabilité de définir les frontières européennes, l’Oncle Sam faisait preuve d’une inventive arrogance.

Il est vrai que c’est une habitude – dans cette région en particulier.

Plus de détails sur ce dossier dans l’édition de Ruptures à paraître fin novembre. Pour recevoir cette édition et les suivantes, il n’est pas trop tard pour s’abonner.

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Totalversagen des „Wertewestens“ in Syrien

Par pierre

Diskussion im deutschen Fernsehen (ARD) bei Anne Will am Sonntag den 20. Oktober: Resignation der deutschen Außenpolitik aber Wut auf Trump

Von Rainer Rupp, früher an hoher Stelle im NATO-Hauptquartier als Agent des DDR-Auslandsnachrichtendienstes, 1993 von den BRD Gerichten verurteilt und inhaftiert, heute Experte für geostrategische Fragen.

„Erdoğans Siegeszug – schaut Europa weiter hilflos zu?“ hieß jüngst der Titel einer Diskussionsrunde im 1. Programm des öffentlich-rechtlichen Fernsehens in Deutschland. Normalerweise plätschern die Gespräche mit der jeweils geladenen Politprominenz nichtssagend dahin. Aber diesmal was es anders. Die Debatte was charakterisiert von einer kaum verhaltenen ohnmächtigen Wut und zugleich resignierendem Eingeständnis des historischen Totalversagens des gesamten imperialistischen Westens in Syrien. Es war, als hätten die anwesenden Politiker verstanden, dass das, was zurzeit im Nahen Osten vor sich geht, der Anfang vom Ende der westlichen Vorherrschaft ist.

„Aus Sicht der EU kommt das dicke Ende jetzt erst noch“ – Wolfgang Ischinger

Laut Wolfgang Ischinger, ehemaliger deutscher Botschafter in Washington und seit 2008 Vorsitzender der Münchner (UN)Sicherheitskonferenz haben die Europäer in den letzten 8 Jahren ohnmächtig dem Treiben anderer Staaten im Nahen Osten zugeschaut. „Wir haben uns auf die USA verlassen, in dem Glauben, die werden es schon richten. … Wir Europäer, wir Deutsche haben versucht, unsere Sicherheit in dieser Region an die Amerikaner outzusourcen. Und das nimmt anscheinend jetzt kein gutes Ende. Aus Sicht der EU kommt das dicke Ende jetzt erst noch“.

Wie aus seine nachfolgenden Einlassung hervorgeht, meinte er damit offensichtlich das gemeinsame Versagen und den Gesichtsverlust der vereinten westlichen Imperialisten im Syrienkrieg: „Ich halte es für eine der bittersten Erkenntnisse der letzten Jahre – dass wir – Die Bundesrepublik gemeinsam mit den anderen Europäern und den USA – schon 2011 und 2012 gesagt haben, Assad muss weg! Nun werden wir uns mit der Tatsache vertraut machen müssen, dass Assad im Sattel sitzt und wir an ihm nicht vorbei kommen werden. Die Realpolitik wird uns dazu zwingen, ihn anzuerkennen.“

Auf die Zwischenfrage, ob das auch wieder Assads diplomatische Anerkennung bedeutet, meinte Ischinger: „Mit der Realität zu leben, heißt, dass dieses Regime Assad, das gestützt wurde von Russland und anderen und von uns seit 8 Jahren energisch bekämpft wurde, weiter da ist. Wir werden mit dem Massenmörder weiter leben müssen.“ Jetzt sehe er überhaupt keine Mittel mehr, keine militärischen Mittel, irgendetwas zu tun“, um die Realität in Syrien noch zu ändern.

Für Sevim Dagdelen (die Linke) sind also Russland und Iran „leider die Gewinner“

Die Politikerin der Partei die Linke, Sevim Dagdelen, Stellvertretende Fraktionsvorsitzende im Bundestag, Mitglied im Auswärtigen Ausschuss des Bundestages und Sprecherin für Internationale Beziehungen ihrer Bundestagsfraktion intervenierte an dieser Stelle mit dem Einwurf: „2011 haben die USA gesagt: Wir wollen den Einfluss von Russland und des Iran in der Region zurückdrängen und deshalb muss Assad fallen. Und die Europäer haben sich im Schlepptau der USA bewegt und gesagt, ‚Assad muss weg‘. … Jetzt sehen wir dieses Desaster. Man hat genau das erreicht, was man verhindern wollte: Russland und Iran sind die Gewinner, nicht nur militärisch, auch – leider – diplomatisch“.

Für diese Linke sind also Russland und Iran, die nicht mit Regime-Change-Absichten völkerrechtswidrig in Syrien eingefallen sind, sondern auf Bitte der Regierung dort Hilfe leisten „leider die Gewinner“. Im Umkehrschluss legt das nahe, dass sich diese linke Spitzenpolitikerin in Syrien lieber den Sieg der westlichen Unwertegemeinschaft gemeinsam mit den von der VWUG bewaffneten und finanzierten Terroristen gewünscht hätte.

Norbert Röttgen (CDU), Vorsitzender des Auswärtigen Ausschusses im Bundestag, richtete seine vernichtende Kritik gegen Trump, Erdogan und natürlich, denen er allesamt Völkerrechtsverbrechen vor warf, Trump wegen seines US-Abzugsbefehls aus Nordost Syrien und wegen seiner Initiative für den 5 Tage Waffenstillstand zwischen den Rojava Kurden und der Türkei am 20. Oktober, Erdogan wegen seiner Invasion in die syrischen Kurdengebiete am 17. Oktober und Putin, weil er mit Erdogan in Sotschi s am 22. Oktober ein Abkommen geschlossen hat, das eine politische und friedlich Lösung des Grenzkonflikts herbeiführen könnte.

„Das von Vizepräsident Pence und von Erdogan unterschriebene Waffenstillstandsvertrag ist ein wirklicher Tiefpunkt der amerikanischen Diplomatie“ – Norbert Röttgen

Als treuer Vasall des „Tiefen US-Staates“ hielt Röttgen es allerdings für nötig, seiner Kritik an Trump erst einmal sein Glaubensbekenntnis an die US-amerikanischen Werte vorauszuschicken: Ich bin ein Transatlantiker, und ich, äh, äh bin für die USA. Ich halte sie nicht nur für unverzichtbar, … sondern auch emotional“. Nachdem er so sicher gestellt hatte, seine Freunde, die Kriegstreiber in Washington ihn nicht falsch verstehen, sagte er, dass das von Vizepräsident Pence und von Erdogan unterschriebene Waffenstillstandsvertrag nach seiner „Einschätzung ein wirklicher Tiefpunkt der amerikanischen Diplomatie ist, politisch, moralisch und völkerrechtlich“.

Röttgen fügte hinzu: „Ich muss auch sagen, das Desaströse, ja das Erbärmliche ist, dass in diesem Papier, die Sprache und das Narrativ von Erdogan komplett übernommen wird. … Ich war und bin über dieses Papier total entsetzt, weil es ein Alibi für die Türkei ist und das wird auch noch von den USA geliefert.“ (Großer Applaus des Publikums).

Sowohl Röttgen als auch Ischinger plädierten gegenüber den Zuschauern, dass der böse Trump, der mit dem US-Abzug so kaltschnäuzig die armen Kurden verraten habe und der Tür und Tor für die Türken und die Russen geöffnet habe, nicht mit den guten und vernünftigen Amerikanern in Washington zu verwechseln, mit den anständigen Amerikanern verwechselt werden dürfte, mit denen sie ständig in Kontakt stünden. (Der Tiefe Staat lässt grüßen.)

Röttgen sagte z.B. „Was man ganz sicher sagen kann, Präsident Trump hat für die Aktion des Rückzugs aus Syrien, der gegen jeden Rat erfolgt ist und für den es im Pentagon und im Außenministerium keine Unterstützung gab, keinen Rückhalt. … Deshalb sollten wir nie den Fehler machen, das Land mit dem Präsidenten zu verwechseln. Die (Amerikaner) haben ja nicht alle ihren Verstand verloren, sondern ganz im Gegenteil. Die Leute, mit denen ich alle Gespräche führe, sind ja so vernünftig“.

Immer wieder haben die Diskutanten versucht die Zuschauer emotional aufzuwühlen mit der Mär von den durch Trump verratenen Kurden, obwohl die sich doch für den Westen und für Europa gegen den IS gekämpft und sich aufgeopfert hätten. Das ist falsch. , zumal die Rojava-Kurden auch keine Engel sind.

Die Mär von den durch Trump verratenen Kurden

Erstens. Als die Kurden mit US-amerikanischer Hilfe die IS-Kopfabschneider unter Verlusten aus ihrer Heimatregion in Nordost-Syrien vertriebe haben, haben sie das nicht Europa oder den USA zuliebe getan.

Zweitens haben sie anschließend als US-Söldner (gegen Geld und Waffen) weiter gegen den IS gekämpft und sind mit amerikanischer Luftunterstützung 350 km tief in Arabisch bevölkertes Gebiet eingedrungen, um dort angeblich die syrischen Öl-Quellen vom IS zu befreien, aber tatsächlich um sie zu besetzen und selbst auszubeuten.

Drittens, die kurdischen Rojava-Milizen waren nicht nur US-Söldner, sondern auch Gehilfen der USA bei Völkerrechtsverbrechen in Syrien. Denn durch ihren Einsatz konnte das Pentagon erfolgreich verhindern, dass der rechtmäßige Besitzer der östlich vom Euphrat gelegenen Ölquellen, nämlich das syrische Volk mit seiner vorrückenden Regierungsarmee wieder Besitz von diesen wichtigen Ressourcen ergreifen konnte.

Viertens, die Kurden sind in den vom IS befreiten, arabisch-syrischen Gebieten an der Seite der Amerikaner ebenfalls als selbstherrliche Besatzer aufgetreten.

Zum Schluss auch noch eine paar Worte über die allgegenwärtige, scheinheiligen Empörung über den „völkerrechtswidrigen Einmarsch der Türken in Syrien“, wodurch bereits Hunderte Menschen getötet und Hundert Tausend und mehr vertrieben worden sind.

Der völkerrechtswidrige Einmarsch der Türken ist zwar ein Fakt, aber es sind meist die falschen Leute, die jetzt am meisten wehklagen. Wo waren die Politiker und ihre Pressituierten bei dem um viele Potenzen schlimmeren, völkerrechtswidrigem und gänzlich unprovozierten US-Angriffskrieg gegen Irak, wo mwaren sie bei der europäisch initiierten Zerstörung des blühenden Libyens mit US-Beteiligung. Diese und die vielen anderen Kriege des westlichen Wertegesellschaft haben Millionen von Flüchtlingen produziert und über eine Million getöteter Zivilisten gekostet, egal ob sie durch Waffeneinsatz, Hunger oder Krankheiten zu Tode kamen. Wo war und ist die Empörung, z.B. über die Verbrechen Saudi Arabiens mit westlicher, einschließlich auch mit deutscher und französischer Waffenhilfe begeht?

https://daserste.ndr.de/annewill/archiv/Erdoans-Siegeszug-schaut-Europa-weiter-hilflos-zu,erste11476.html.

 

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Le désarroi unanime des dirigeants atlantistes s’affiche à la télé allemande

Par Grégoire

Un débat diffusé par la première chaîne d’outre-Rhin a mis en lumière la colère impuissante de la classe politique allemande contre le recul de l’Occident en Syrie, et accusé Donald Trump de tous les maux.

Par Rainer Rupp, ancien agent de renseignement du camp socialiste au plus haut sommet de l’OTAN, condamné et incarcéré par la justice allemande en 1993, aujourd’hui spécialiste des questions géostratégiques

« La marche triomphale d’Erdogan – l’Europe va-t-elle continuer à être une spectatrice impuissante ? » – tel était le titre d’un débat télévisé récemment diffusé sur la première chaîne publique allemande. Bien souvent, dans ce type d’émission, les responsables politiques invités échangent entre eux des platitudes sans importance. Rien de tel cette fois-ci.

Tout au contraire : ce fut un déballage de colère impuissante et d’aveu hargneux d’un échec de tout le camp occidental dans l’affaire syrienne. Comme si les politiciens présents se rendaient compte que ce qui se passe aujourd’hui au Moyen-Orient constituait le début de la fin de la domination occidentale qui y prévalait.

« C’est dur à avaler »

Wolfgang Ischinger, ancien ambassadeur allemand à Washington, et actuel organisateur de l’annuelle Conférence sur la Sécurité de Munich, s’est lamenté : « nous, Européens, nous nous sommes reposés sur les Etats-Unis, en escomptant que ceux-ci allaient régler tout cela au mieux ; nous, Allemands, avons essayé de leur sous-traiter notre sécurité dans la région. Tout cela finit manifestement mal, et du point de vue de l’Union européenne, le pire est encore à venir ».

Et de poursuivre, amer devant cette humiliation de l’ensemble du camp impérialiste : « en 2011 et 2012, nous – la République fédérale, les pays européens et les Etats-Unis – avons dit qu’Assad devait dégager. Et maintenant, c’est dur à avaler, nous devons nous faire à l’idée qu’Assad est toujours en selle, et que nous n’en viendrons pas à bout. La Realpolitik va nous contraindre à accepter cette réalité ».

« Moscou et Téhéran sont les grands gagnants »

Cela entraînera-t-il une reconnaissance diplomatique du pouvoir en place ? « Accepter la réalité signifie admettre que le régime Assad, soutenu par la Russie et d’autres, que nous avons combattu durement depuis huit ans, est toujours là ». Et l’ancien diplomate de lâcher : « nous devrons continuer à vivre avec les massacres de masse, car je ne vois plus aucun moyen, plus aucun moyen militaire, de faire quoi que ce soit » pour changer la réalité en Syrie.

Pour sa part, la dirigeante présente du parti Die Linke, Sevim Dagdelen, responsable des questions internationales pour ce groupe parlementaire, n’a pas vraiment contredit ce point de vue : « en 2011, les Américains ont dit qu’ils voulaient réduire l’influence de la Russie et de l’Iran dans la région, et pour cela ils ont estimé qu’il fallait faire tomber Assad. Les Européens se sont placés dans ce sillage. Et maintenant, nous mesurons le désastre, puisqu’on a atteint exactement l’inverse de ce que l’on voulait empêcher, à savoir que Moscou et Téhéran sont les grands gagnants, pas seulement militaires, mais aussi diplomatiques ».

Regrets inavouables

Ces derniers – qui refusaient la stratégie de déstabilisation d’un pays, une stratégie qui viole le droit international, mais qui ont aidé un gouvernement, à sa demande, à résister à celle-ci – sont donc « hélas les gagnants », si l’on en croit cette dirigeante de « gauche ». Il faut croire que cette dernière aurait préféré la victoire des puissances occidentales ainsi que des terroristes armés et financés par celles-ci.

Quant au président de la Commission des affaires étrangères du Bundestag, Norbert Röttgen (CDU), il a concentré ses critiques contre Donald Trump, Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine : au premier, il reproche le retrait des forces américaines du Nord-Est de la Syrie, et son initiative ayant abouti au cessez-le-feu de cinq jours entre les Kurdes du Rojava et la Turquie ; au deuxième, l’invasion des secteurs kurdes en Syrie ; et au troisième, l’accord signé avec son homologue turc le 22 octobre à Sotchi en vue d’une solution politique au conflit frontalier. 

« Je suis un fervent partisan de la relation transatlantique » – Norbert Röttgen président de la Commission des affaires étrangères du Bundestag 

Mais bien sûr, fidèle vassal de l’« Etat profond » américain, M. Röttgen s’est empressé d’emballer sa critique de la Maison-Blanche dans une profession de foi vantant les « valeurs » des USA : « je suis un fervent partisan de la relation transatlantique, les liens avec les Américains sont non seulement politiquement indispensables, ils sont aussi de l’ordre de l’émotion ». S’étant ainsi assuré qu’aucun malentendu ne subsiste sur ses sentiments profonds, il a ensuite pu affirmer que le cessez-le-feu sur lequel le vice-président Pence et le président Erdogan s’étaient mis d’accord constituait « un point bas historique de la diplomatie américaine, politiquement, moralement, et juridiquement ».

Et d’ajouter : « le plus honteux, dans ce document, c’est qu’il reprend complètement les thèses d’Erdogan (…) j’ai été et je reste scandalisé par cet accord, qui représente, pour la Turquie, un alibi offert sur un plateau par Donald Trump ». Applaudissements nourris dans le studio…

Haro sur Trump

Tant M. Röttgen que M. Ischinger se sont efforcés de convaincre les téléspectateurs que le méchant Trump, qui a trahi de sang froid les pauvres Kurdes et ouvert généreusement la voie aux Turcs et aux Russes, ne devait surtout pas être confondu avec les Américains raisonnables et responsables avec qui ils sont « en contact permanent » (bonjour l’Etat profond…).

Le premier a ainsi affirmé que la décision de retrait des forces américaines a été prise à l’encontre de l’avis et des conseils du Pentagone et du Secrétaire d’Etat, et donc « que nous ne devrions jamais commettre l’erreur de confondre le président et le pays (…) Les dirigeants américains avec qui je parle sont bien plus raisonnables ».

En outre, tous les intervenants se sont succédé pour émouvoir le public en reprenant la fable des Kurdes trahis, ces derniers s’étant sacrifiés en combattant pour l’Occident contre l’Etat islamique (EI).

Les combattants kurdes ont chassé l’EI de leur région natale pour récupérer cette dernière, pas pour faire plaisir à l’Occident

Pourtant, outre que les combattants du Rojava kurde ne sont pas, eux non plus, des anges, ladite fable prend des libertés avec la réalité.

Premièrement, les combattants kurdes ont chassé l’EI de leur région natale pour récupérer cette dernière, pas pour faire plaisir à l’Occident.

Deuxièmement, ils se sont joints ensuite aux forces américaines (qui les ont financés et armés) pour pénétrer sur 350 kilomètres de profondeur dans un territoire peuplé majoritairement d’Arabes pour officiellement « libérer » les puits de pétrole de l’EI – en réalité pour les exploiter pour leur compte.

Les Kurdes complices des Etats-Unis

Troisièmement, les milices kurdes du Rojava se sont faites les complices des Etats-Unis dans le viol par ceux-ci de la légalité internationale. En effet, grâce à elles, le Pentagone a réussi à empêcher que le propriétaire légitime des gisements d’or noir à l’Est de l’Euphrate – le peuple syrien – puisse reprendre possession de ses ressources grâce à l’armée gouvernementale syrienne.

Quatrièmement enfin, les combattants kurdes ont pris pied, comme propriétaires souverains, dans les territoires arabes syriens.

Dans ce contexte se sont multipliés les cris scandalisés qui dénoncent l’« agression turque » qui a déjà coûté la vie a des centaines de victimes, et provoqué la fuite de centaines de milliers de civils.

Deux poids, deux mesures

L’invasion turque constitue incontestablement un viol du droit international. Mais beaucoup de ceux qui la dénoncent aujourd’hui sont bien mal placés pour s’indigner. Que disaient de nombreux responsables politiques et leurs amis des grands médias quand fut déclenchée la guerre américaine contre l’Irak – une attaque contre la légalité internationale d’une tout autre échelle ? Que disaient-ils lorsque fut planifiée et décidée par Londres et Paris, avec le soutien de Washington, l’agression contre la Libye ?

Ces invasions, comme une série d’autres fomentées par l’Occident, ont provoqué la fuite de millions de réfugiés, coûté la vie à un million de civils – que ce soit par les armes, la faim (embargos), ou les maladies ? Et que disent les responsables politiques qui affichent aujourd’hui leur indignation, quand l’Arabie saoudite mène une guerre meurtrière et criminelle avec l’aide des puissances occidentales, en particulier grâce aux armements vendus par les firmes allemandes et françaises ?

Les analyses publiées dans la rubrique Opinions constituent des contributions aux débats. Elles n’engagent pas la responsabilité de la rédaction du site.

Prochaine tribune : Pour la renationalisation des Aéroports de Paris,
par Benoît Martin, Secrétaire général de la CGT-Paris

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Les trois victoires de Boris Johnson ouvrent l’ultime étape avant le Brexit

Par pierre

Boris Johnson a réussi, en moins de deux semaines, trois miracles successifs. Pourtant, depuis qu’il a accédé au 10 Downing street, fin juillet, les parlementaires anti-Brexit n’auront rien épargné au premier ministre britannique : rebuffades, « camouflets », manœuvres et blocages.

Avec un objectif : non pas inverser le sens de l’Histoire – car peu d’entre eux croient désormais sérieusement que la sortie du pays pourra être empêchée – mais interdire au chef du gouvernement de tenir sa promesse emblématique. Celui-ci avait juré de rendre le Brexit effectif au 31 octobre, une date convenue en avril dernier avec les Vingt-sept. L’obstruction parlementaire a fait capoter cette échéance, et a contraint à un ultime report d’ici le 31 janvier 2020 au plus tard.

Entre 60% et 70% des citoyens considèrent que la « violence contre les élus » pourrait être « le prix à payer » pour résoudre enfin la question du Brexit

C’est une stratégie dangereuse de la part des députés pro-UE. Un récent sondage a fait apparaître un résultat pour le moins déroutant : entre 60% et 70% des citoyens (selon la région) considèreraient que la « violence contre les élus » pourrait être « le prix à payer » pour résoudre enfin la question du Brexit – une opinion partagée même par une majorité d’opposants à la sortie de l’UE…

Toute enquête d’opinion mérite évidemment d’être prise avec précaution, mais il est indubitable que les atermoiements depuis trois ans ont littéralement exaspéré une très grande majorité des citoyens. Alors que le référendum du 23 juin 2016 a décidé que le pays devait quitter l’Union, ce verdict n’a toujours pas été mis en œuvre du fait des efforts conjoints du Parlement britannique et des dirigeants européens. Ces derniers voulaient montrer que le choix de partir constituait un enfer afin de dissuader d’autres peuples de suivre l’exemple britannique.

Trois victoires qui semblaient inatteignables

Finalement, même s’il n’a pu tenir l’échéance promise, Boris Johnson a emporté trois victoires politiques qui semblaient, il y a quelques semaines encore, totalement inatteignables.

Le nouveau texte change certains aspects essentiels qui constituaient pourtant des « lignes rouges » des Vingt-sept

Le 17 octobre, un nouvel accord de divorce est conclu avec Bruxelles. Et ce, alors même que les dirigeants européens ne cessaient de répéter, depuis un an, que l’accord signé en novembre 2018 par Theresa May ne pouvait être renégocié – pas même une virgule. Le nouveau texte change certains aspects essentiels qui constituaient pourtant des « lignes rouges » des Vingt-sept.

Le 19 octobre, les parlementaires reportent la discussion et donc la ratification dudit texte, mais le 21, une majorité d’entre eux approuve le principe d’une loi transposant dans le droit britannique l’accord en question. Une étape que Theresa May n’avait jamais pu franchir.

Le 29 octobre enfin, après trois tentatives infructueuses du chef du gouvernement, les députés acceptent la dissolution du Parlement et des élections anticipées le 12 décembre. Pour Boris Johnson, c’est enfin la perspective d’en finir avec une paralysie parlementaire qui paraissait indépassable.

La première victoire, celle du nouvel accord signé avec l’UE, est considérable. Là où le texte précédent était susceptible de garder indéfiniment le Royaume-Uni au sein de l’union douanière européenne, celui-ci constituera un territoire douanier séparé (au terme d’une période transitoire d’une année), et aura donc la liberté de négocier des accords commerciaux avec des pays tiers.

D’autre part, si le chef du gouvernement a dû accepter que des règles et normes de l’UE (en matière de protection des consommateurs, par exemple) pour les marchandises s’appliquent à l’Irlande du Nord (partie intégrante du Royaume-Uni), des arrangements douaniers seront mis en place pour éviter qu’une frontière physique soit rétablie entre la République d’Irlande (membre de l’UE) et l’Irlande du Nord.

Le « filet de sécurité » auquel Bruxelles tenait tant, et qui aurait pu maintenir le Royaume-Uni prisonnier, est écarté

Ces dispositions devront être renouvelées – ou pas – tous les quatre ans par le parlement régional de cette dernière. Le « filet de sécurité » (« backstop ») auquel Bruxelles tenait tant, et qui aurait pu maintenir éternellement le Royaume-Uni prisonnier, est donc écarté.

La deuxième victoire semblait également improbable : le principe dudit accord a été approuvé par les parlementaires (par 329 voix contre 299). Mme May, malgré trois tentatives, n’avait pu franchir cet obstacle. Cette fois, le texte a recueilli l’assentiment tant des « Brexiters radicaux » que de ceux qui se sont résignés à un Brexit à condition qu’il ne soit pas trop « brutal » (sortie « sans accord »).

Enfin, le dernier succès paraissait hors de portée, car l’opposition travailliste – profondément déchirée entre un appareil pro-UE, et des électeurs des classes populaires pro-Brexit – se refusait à de nouvelles élections, synonymes pour elle de probable débâcle. A la quatrième tentative du premier ministre cependant, les dirigeants du Labour ont dû lever leur veto, tant ce blocage paraissait politiquement indéfendable.

Période électorale de six semaines

S’ouvre donc désormais une période électorale de six semaines. Le scrutin à venir est déjà décrit comme le plus important depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Tout laisse à penser que le Brexit sera au cœur de la campagne, dans un pays plus polarisé que jamais.

Les Travaillistes risquent de recueillir un résultat calamiteux. Certains de leurs électeurs aisés et urbains, majoritairement pro-UE, pourraient bien être tentés de glisser vers les Libéraux-démocrates, qui plaident ouvertement pour que le Brexit soit purement et simplement annulé.

Quant aux électeurs des classes populaires et des villes ouvrières, bastions traditionnels du Labour, ils pourraient faire payer à leur parti son ralliement de fait au sentiment pro-UE des élites, et le positionnement illisible de leur leader, Jeremy Corbyn. Certains d’entre eux pourraient récompenser la fermeté de M. Johnson, qui n’a pas bougé d’un pouce sur l’exigence de respecter coûte que coûte le verdict du référendum.

« Il arrive un moment où même les dindes ne pourront plus empêcher Noël » – Geoffrey Cox

Les enquêtes d’opinion accordent pour l’heure plus de dix points d’avance à son parti par rapport aux Travaillistes. Certes, une élection n’est jamais jouée tant que les urnes ne sont pas refermées. Mais, désormais, toutes les conditions sont réunies pour que le Brexit devienne enfin une réalité, même si ses opposants tenteront certainement d’ultimes manœuvres.

Car, comme le faisait remarquer dans un style très britannique l’Attorney General (conseiller juridique du gouvernement) Geoffrey Cox : « il arrive un moment où même les dindes ne pourront plus empêcher Noël ».

(Plus d’informations et d’analyses dans l’édition de Ruptures du mois d’octobre, qui arrive le 31 chez les abonnés)

 

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Parution de l’édition d’octobre de Ruptures

Par pierre

Ruptures n°89 est arrivé chez les abonnés le 31 octobre.

Au sommaire :

– l’éditorial qui s’intéresse au prochain Haut-représentant pour la politique extérieure de l’UE : Josep Borrell, actuel ministre socialiste espagnol des affaires étrangères, a plaidé devant l’europarlement pour que l’UE « apprenne à utiliser le langage de  la force » et rende opérationnels les « groupements tactiques ».

– un récit des rivalités, vengeances et coups bas qui ont marqué la constitution – toujours en cours – de la future Commission européenne, dont la prise de fonction a dû être reportée

– un point complet sur les derniers développements de la « saga du Brexit » : les députés pro-UE du Parlement britannique ont imposé un nouveau report de trois mois, mais Boris Johnson a réussi à négocier un nouvel accord avec Bruxelles (ce qui paraissait impossible) et va finir par obtenir des élections anticipées

– une analyse des élections en Pologne, où le parti conservateur PiS a remporté une victoire écrasante, et annonce son intention de transformer le pays sur le long terme, dans un esprit incompatible avec les principes de Bruxelles

 – un retour sur la situation en Autriche, où le jeune Sebastian Kurz, chef du parti conservateur ÖVP est en passe de redevenir chancelier, mais doit pour l’heure se choisir des partenaires de coalition – une nouvelle alliance avec le FPÖ n’est pas exclue

– et, bien sûr, comme chaque mois, les brèves

Pour recevoir cette édition et les suivantes, il n’est pas trop tard pour s’abonner.

 

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Ce 4 novembre, le site de Ruptures s’enrichit !

Par pierre

Le 4 novembre, le site de Ruptures s’est transformé et enrichi. Une nouvelle rubrique, baptisée Opinions, est lancée. Elle est ouverte à des plumes extérieures au journal : économistes, syndicalistes, politologues, juristes, spécialistes de la politique internationale…

Conformément à l’intitulé de la rubrique, nos invités exprimeront des points de vue et des commentaires qui leur sont propres. L’ambition de Ruptures est ainsi de contribuer à l’enrichissement du débat public, naturellement sur l’Europe, mais aussi à propos de thèmes plus vastes incluant le social, l’économie, la politique internationale.

Parmi les premiers signataires et premiers articles annoncés :

Déjà paru:

Rainer Rupp, géopolitologue allemand,
sur les manœuvres et les mensonges de la coalition au pouvoir à Berlin face à la Turquie

A paraître :

Benoît Martin, dirigeant syndical (CGT),
sur le référendum visant à stopper la privatisation d’Aéroport de Paris

Michel Raimbaud, ancien ambassadeur,
sur les agissements de l’Occident en particulier en Syrie

Jacques Sapir, économiste,
sur la démondialisation

Jean-Michel Quatrepoint,
journaliste et économiste, sur les conséquences des taux d’intérêts négatifs

Robert Charvin, doyen honoraire de la faculté de droit de Nice,
sur le Kurdistan et le rôle de la Russie

… et bien d’autres

La rubrique Culture sera quant à elle progressivement étoffée.

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Interdite de siéger à Bruxelles, Sylvie Goulard fait figure de bouc commissaire

Par pierre

Sylvie Goulard ne sera donc pas Commissaire européen. Personne n’avait vraiment vu venir le vote des eurodéputés rejetant la candidate française (par 82 voix contre 29), coup de théâtre qui a pris Emmanuel Macron par surprise.

Les griefs mis en avant par les europarlementaires pour barrer la route à l’éphémère ministre française des Armées (un mois dans le premier gouvernement du quinquennat Macron) concernent d’une part des emplois précédemment rémunérés par l’europarlement mais utilisés au profit de son ancien parti, le Modem (affaire pour laquelle elle pourrait être mise en examen, ce qui n’est pas encore le cas) ; et d’autre part des rémunérations mensuelles supérieures à 10 000 euros pour un travail de consultant au service de la fondation américaine Berggruen (Ruptures avait été l’un des premiers à révéler la nature de cet institut).

Il faut balayer d’emblée l’explication risible selon laquelle l’europarlement, par son vote, aurait fait triompher l’« éthique » et la morale

Il faut pourtant balayer d’emblée l’explication risible mise en avant par des élus de tous bords (hors LREM), selon laquelle l’europarlement, par son vote, aurait fait triomphé l’« éthique » et la morale. Si tel était le cas, on comprend mal pourquoi d’autres candidats, bien plus plombés que Mme Goulard, auraient, eux, été validés avec les honneurs.

Pour ne prendre qu’un exemple, Josep Borrell, l’actuel ministre espagnol des Affaires étrangères a été adoubé par les europarlementaires pour prendre, au 1er novembre, le poste de Haut représentant de l’UE pour la politique extérieure. Or il avait été condamné l’année dernière dans son pays à 30 000 euros d’amende pour délit d’initié. Un peu plus tôt dans sa carrière, il avait dû renoncer à prendre la tête du Parti socialiste espagnol (PSOE) après des scandales de fraude fiscale. Les eurodéputés ne lui en ont pas tenu rigueur, ils lui ont juste humblement demandé de revendre son portefeuille d’actions actuel (de la firme pétrolière Iberdrola, du chimiste Bayer-Monsanto et d’autres…). Ils l’ont même acclamé debout à l’issue de son audition. Il est vrai qu’il a promis de promouvoir une attitude plus dure vis-à-vis de Moscou, et un renforcement des capacités militaires de l’UE…

Deux indices

Les conséquences de ce vote surprise pourraient aller au-delà d’un incident mettant en ébullition la petite bulle bruxelloise, mais qui n’intéresse que cette dernière. Deux indices, notamment doivent éveiller l’attention.

A commencer par la réaction à chaud du président français, manifestement estomaqué de la mauvaise manière faite à sa protégée, et de l’humiliation ainsi infligée à sa propre personne. Sous le coup de la colère, il a involontairement révélé des détails qui auraient dû rester confidentiels.

Selon lui, la candidature de Mme Goulard avait été validée (et même choisie avec enthousiasme parmi trois noms) par la future présidente de la Commission, l’Allemande Ursula Von der Leyen. Cette dernière lui aurait en outre assuré avoir obtenu l’accord des trois groupes les plus importants de l’europarlement : le PPE (droite européenne, dont LR pour la France et la CDU pour l’Allemagne), S&D (social-démocrate) et Renaissance (Libéraux, dont les eurodéputés LREM). Le maître de l’Elysée estime donc avoir été trahi.

« eh, les gars, on va la flinguer dans ce vote, mais ne le dites pas jusqu’à ce que ce soit fait »

Un sentiment corroboré par un tweet interne au groupe PPE qui est malencontreusement apparu publiquement avant d’être précipitamment effacé. Le responsable de la communication de ce groupe s’adressait ainsi à ses troupes : « eh, les gars, on va la flinguer dans ce vote, mais ne le dites pas jusqu’à ce que ce soit fait ».

Pour comprendre cet échantillon de haute politique certainement éthique, il faut rappeler le contexte. Lors du Conseil européen de fin juin, les chefs d’Etat et de gouvernement s’étaient écharpés sur le nom du successeur de Jean-Claude Juncker. Certains étaient attachés au principe selon lequel le chef de file du parti arrivé en tête aux élections européennes de mai devait prendre la tête de la Commission européenne, un principe défendu bec et ongles par une large majorité d’eurodéputés. Malgré un fort recul, le PPE restait la première formation, et insistait donc pour que son candidat, l’Allemand Manfred Weber, soit désigné.

Mais Emmanuel Macron a tout fait pour barrer la route à celui-ci. Dans ce but, il a proposé le nom d’une proche de la chancelière allemande, en l’occurrence Mme von der Leyen, alors ministre de la Défense. Celle-ci étant elle-même membre de la CDU, le parti d’Angela Merkel, cette dernière a accepté cette solution, finalement validée par le Conseil européen. Puis, l’europarlement a entériné ce choix en juillet, mais à une très courte majorité. M. Weber n’avait en effet toujours pas digéré d’avoir été écarté, et pas mal de ses amis ont traîné des pieds pour adouber Mme von der Leyen.

Surtout, un grand nombre d’europarlementaires, toujours avides de faire valoir leurs prérogatives et imbus de l’importance qu’ils croient avoir, ont gardé une dent contre le président français, coupable d’avoir cassé le mode de désignation qui avait leur préférence. Cette rancœur s’est logiquement exprimée contre la protégée de l’Elysée, qui fait ainsi figure de bouc émissaire.

Et ce, d’autant plus que deux autres candidats avaient, quelques jours plus tôt, également été invalidés par des votes : le Hongrois Laszlo Trocsanyi, qui aurait dû hériter du portefeuille de l’élargissement ; et la Roumaine Rovana Plumb, pressentie pour les transports. Le premier est issu du PPE, la seconde est sociale-démocrate. Ces deux groupes se sentaient donc fondés à considérer que le groupe libéral, le troisième groupe constituant la majorité implicite au sein de l’hémicycle de Strasbourg, ne pouvait être le seul à passer entre les gouttes.

Ce n’est donc ni l’« éthique », ni les divergences politiques de fond qui ont provoqué coups bas, vengeances et rétorsion dans les cercles dirigeants de l’UE, mais bien plutôt jeux de pouvoir entre europarlement et Conseil d’une part, et contradictions entre Etats membres d’autre part.

S’il devait s’avérer que la chancelière était informée et a laissé faire, alors le psychodrame dans la bulle bruxelloise se transformerait en un affrontement franco-allemand

Car une question notamment reste à éclaircir : Manfred Weber et son groupe PPE, en particulier les Allemands au sein de celui-ci, ont-ils préparé leur attentat anti-Goulard sans en avertir la chancelière ?

S’il devait s’avérer que cette dernière était informée et a laissé faire, alors le psychodrame dans la bulle bruxelloise prendrait une tout autre dimension, celle d’un grave affrontement franco-allemand. Et ce, dans un contexte où les sujets de dispute entre Paris et Berlin se sont multipliés dans la dernière période. Voilà qui ne manquerait pas de déstabiliser encore un peu plus l’Union européenne, au moment même où celle-ci ne cesse de vaciller.

 

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Pierre Lévy, invité d’Interdit d’interdire (sur RT) : le Brexit, une affaire très simple !

Par pierre

Le 30 septembre, Frédéric Taddeï recevait, pour son émission Interdit d’Interdire, Pierre Lévy, ainsi qu’Edouard Husson, historien, Yves Gernigon, président du Parti Fédéraliste Européen et Arthur Colin, vice-président de Sauvons l’Europe.

Cinquante minutes de débats passionnés, au cours desquelles le rédacteur en chef de Ruptures a rappelé que le Brexit aurait lieu, malgré tous les obstacles dressés par ceux qui ne résolvent pas à accepter les verdicts populaires. La sortie pourrait bien survenir le 31 octobre prochain, a-t-il expliqué en détails.

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Réchauffement, enfin ? (éditorial paru dans l’édition du 18 septembre)

Par pierre

Leurre sans avenir ? Ou premiers signes prometteurs ? Depuis quelques semaines, le ton de l’Elysée à l’égard de Moscou a changé. Ce fut d’abord, le 19 août, la réception de Vladimir Poutine à Brégançon. Ce fut ensuite le discours prononcé le 29 août face aux ambassadeurs de France, où le président consacra un long passage justifiant et théorisant la relance d’un « dialogue franc et exigeant » avec la Russie. Avec cette proposition clé de construire « une nouvelle architecture de confiance et de sécurité en Europe ».

Puis, le 9 septembre, les ministres des affaires étrangères et des armées se sont déplacés à Moscou pour rencontrer leurs homologues, et ce afin de commencer à « abaisser le niveau de défiance ». Ce format avait été gelé depuis 2014. Certes, ni la levée des sanctions imposées par l’UE en 2014 contre la Russie, ni a fortiori des manœuvres militaires conjointes ne sont à l’ordre du jour. Et le chef de l’Etat insiste sur un dialogue « sans faiblesse ni naïveté » avec son homologue russe. Mais, à Paris, on se flatte de bientôt accueillir un sommet à quatre – France, Allemagne, Russie, Ukraine – qui pourrait contribuer à lever les tensions dont le conflit en Ukraine est l’un des épicentres.

Comment expliquer cette évolution ? D’abord par un certain réalisme. Les dirigeants français semblent désormais comprendre que, ni maintenant ni plus tard, Moscou ne « rendra » la Crimée rattachée à la « mère patrie » en 2014 avec l’approbation de 95% de ses habitants (l’« annexion » de ce territoire, dénoncée par les Occidentaux, avait servi de prétexte à une néo-guerre froide). Plus généralement, Emmanuel Macron a estimé, devant les diplomates français, que la Russie avait marqué des points géopolitiques considérables dans les dernières années, non seulement malgré, mais peut-être même à cause de la relégation que l’Occident lui a imposée. Cela vaut pour le Moyen-Orient, à commencer par la Syrie, mais aussi pour l’Afrique, où, de la RCA jusqu’au Mali, l’influence française est défiée par les sirènes russes.

En battant froid Moscou, on risque d’accélérer son rapprochement avec Pékin, alerte le chef de l’Etat

Pire : en battant froid Moscou, on risque d’accélérer son rapprochement avec Pékin, alerte le chef de l’Etat. Par ailleurs l’actuel président américain se soucie moins du camp occidental que des intérêts propres des Etats-Unis. Quitte à dénoncer unilatéralement ou à laisser s’éteindre des accords de limitation des armements (nucléaires et conventionnels) stationnés en Europe conclus du temps de l’Union soviétique. Emmanuel Macron s’interroge : peut-on rester simple spectateur de ce face à face Moscou-Washington ?

A tout cela s’ajoutent peut-être des facteurs moins avouables (outre, bien sûr, les intérêts des certaines grandes firmes françaises). Le maître de l’Elysée a subi une grave secousse avec le mouvement des Gilets jaunes, et redoute désormais un embrasement sur les retraites, au point d’être contraint d’avancer avec prudence sur les « réformes » et les coupes budgétaires qu’il comptait imposer au pays sabre au clair. Du coup, les projets lyriques, lancés du mont Olympe puis de la Sorbonne, de relancer une nouvelle Europe, avec la France comme élève modèle, ont fait long feu. On peut donc imaginer qu’un succès en politique étrangère serait le bienvenu pour compenser ces déceptions.

Les réactions horrifiées ne se sont pas fait attendre. Le Monde (09/09/18) a publié par exemple une tribune d’une rare violence signée par Bruno Tertrais, un géopolitologue très représentatif des cercles atlantistes. Celui-ci accuse Macron de faire naïvement le jeu de Poutine et de mettre en danger ses alliés en confortant la Russie dans son vieux tropisme soviétique…

En Allemagne, on regrette que la France ait joué en solo et sans prévenir : l’Elysée a fait peu de cas de la « politique extérieure commune de l’UE »

Et au sein de l’UE, on maugrée. Dans les pays baltes et en Pologne, bien sûr, mais aussi en Allemagne, où l’on regrette que la France ait joué en solo, et sans prévenir. De fait, l’Elysée a fait peu de cas de la « politique extérieure commune de l’UE ». Ce qui est déjà, en soi, à souligner. Le chef de l’Etat a par ailleurs lancé aux ambassadeurs, en substance : je sais bien qu’il y aura des résistances, y compris dans vos rangs, citant même l’existence d’un « Etat profond » qui pourrait s’opposer à une politique moins anti-russe. Le Quai d’Orsay était implicitement visé.

Il faut donc rester prudent. Le locataire de l’Elysée demeure un militant zélé de l’intégration européenne. Mais dans un monde où les incendies éclatent de toutes parts, du côté du Golfe persique en particulier, on aurait tort de négliger d’éventuelles hirondelles. Aussi fragiles soient elles.

 

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