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Aujourd’hui — 18 janvier 2021Le courrier des stratèges

Great Reset : mythes et réalités, le livre est téléchargeable ici

Par Éric Verhaeghe

Le Great Reset est l'idée à la mode dans les élites mondialisées, qui gravitent autour du Forum de Davos. Mais que signifie-t-il au juste ? S'agit-il, comme on le lit parfois, du dernier projet néo-libéral destiné à balayer nos services publics ? ou bien est-il le complot pour une domination du monde dont parlent certains ? Loin des fantasmes, mon livre propose une lecture littérale du livre de Schwab et Malleret et en donne une interprétation conforme à sa lettre : ni complot, ni parole en l'air, le Great Reset formalise une aspiration profonde, à la fois étatiste et écologiste, qui structure la pensée dominante aujourd'hui.

Arrêtez de fantasmer sur le Great Reset, lisez mon livre ! loin des interprétations fantaisistes (qu’elles soient naïves ou complotistes), ce projet porté par le Forum de Davos mérite d’être analysé et compris, car il risque d’avoir un vrai impact sur votre vie quotidienne dans les années à venir. 

Le Great Reset, c’est l’appel officiel des élites à utiliser la pandémie et les confinements pour changer les comportements sociaux et sociétaux. C’est aussi un éloge de l’intervention de l’Etat pour imposer la transition écologique et l’économie circulaire. C’est encore une justification de la surveillance de tous les individus par l’Etat grâce à Internet et à la reconnaissance faciale.

Bref, ce livre montre comment un capitalisme de connivence se structure, fondé sur la disparition des Etats-Nations et la défense de toutes les idées que nous subissons aujourd’hui : le Vivre-Ensemble, la discrimination positive, le racialisme, l’activisme en tous genre. 

Si vous voulez comprendre le monde qui commence, lisez le Great Reset. Si vous voulez comprendre le Great Reset, lisez mon livre.

Il est téléchargeable ici, au prix de 3,99 €.

Le Great Reset: mythes et réalités

  • Le Great Reset est à la fois un livre écrit au printemps 2020 par Klaus Schwab, fondateur du Forum de Davos, et son proche Thierry Malleret, et le thème dominant du Forum de Davos lui-même. Il alimente beaucoup de fantasmes et de peurs. Voici le premier livre qui en analyse le véritable contenu, loin des théories du complot, et loin de la mièvrerie des medias mainstream.
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À partir d’avant-hierLe courrier des stratèges

Anceau : « La gestion du coronavirus fait le procès de la formation de nos élites »

Par Éric Verhaeghe

Eric Anceau, universitaire bien connu, vient de publier Les élites françaises, aux éditions Passés composés. À cette occasion, il nous a donné une passionnante interview sur l'histoire de nos élites, marquée par une méfiance constante du peuple français vis-à-vis de ceux qui les dirigent. Fait rare, cet historien s'avance sur le terrain du temps présent et décortique à la fois la macronie et la gestion du coronavirus. Un texte de référence que j'invite tout le monde à lire, et une interview haletante que je vous invite à regarder.

L’universitaire Eric Anceau a accepté de nous parler de son ouvrage Les élites en France, qui vient de paraître. Cet excellent livre, que je recommande chaudement tant sa lecture est passionnante dresse le portrait des élites en France depuis le siècle des Lumières, et surtout le portrait de leur contestation par les « Gaulois réfractaires ». 

Analyse de l’épistocratie

S’aventurant dans les méandres de l’histoire actuelle, notamment celle de la macronie et du coronavirus, Eric Anceau nous livre son diagnostic sur le gouvernement des experts, l’épistocratie, qui lui semble relever d’une logique dangereuse pour la démocratie. Elle participe de la même vision élitaire que la construction de l’Union Européenne ou du « gouvernement mondial » évoqué de plus en plus souvent par les adeptes du Forum de Davos. 

Une interview passionnante à regarder absolument. 

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🎖S’expatrier aux Pays-Bas : avantages et inconvénients

Par Éric Verhaeghe

Les Pays-Bas ne font pas partie de la destination favorite des Français pour s'expatrier. Très souvent, même, les Français portent un regard condescendant sur cette peuplade à la langue imprononçable, aux sons gutturaux, amateurs de bière et de plats incomestibles pour un humain éduqué. Et pourtant, la Hollande ne possède pas que des défauts et reste un havre de paix pour les entrepreneurs. Voici pourquoi.

Le Human Freedom Index 2020 place les Pays-Bas au 14è rang mondial pour la liberté, ce qui n’est pas rien, et au 8è rang en Europe Occidentale, grande terre d’accueil des libertés (au moins pour sa partie septentrionale, à défaut de l’être une fois la Loire franchie). En réalité, ce 8è rang est un peu trompeur, car, du point de vue de la liberté économique, les Pays-Bas talonnent l’Allemagne et se placent donc dans le sillage des pays les plus favorables à la création et au développement des entreprises. 

Les Pays-Bas, terre de liberté

Au demeurant, on aurait tort de croire que les Pays-Bas brillent surtout par leur liberté économique. La liberté politique y est bien plus grande qu’en France sur de nombreux aspects, avec une tolérance extrêmement forte pour toutes les formes d’expression, et une liberté de la presse très largement reconnue pour son authenticité. 

D’une certaine façon, le « modernisme » moral des Pays-Bas conviendra aux plus tolérants. Ce n’est pas pour rien que, sous l’Inquisition, notamment espagnole, de nombreux Juifs séfarades (dont Spinoza) ont trouvé refuge à Amsterdam et y sont restés.

En outre, historiquement, les Pays-Bas ont toujours préféré le libre-échange au protectionnisme, et se sont donc toujours méfié des barrières et des frontières. 

Une fiscalité douce pour les entreprises

Globalement, l’intérêt des Pays-Bas tient à la fiscalité des entreprises qui est favorable à tous points de vue (et vaut régulièrement des remontrances à ce pays, notamment pour le statut des entreprises détentrices de brevet). Le taux d’impôt sur les sociétés y est de 15% jusqu’à 200.000 € de bénéfices, et de 21,7% au-delà. 

Une fois de plus, les taux français sont dans les choux. 

Sur les dividendes, le taux par défaut est de 15%, mais de 0% pour les dividendes soumis à la directive de l’UE sur le régime fiscal commun applicable aux sociétés mères et aux filiales d’États membres différents ou payés à une société mère basée dans un pays avec lequel les Pays-Bas ont signé une convention fiscale supprimant cette retenue à la source. Cette disposition particulière explique très largement que nombre de sièges soient installés aux Pays-Bas…

Ce mécanisme est à bien réfléchir pour tous ceux qui disposent d’une cascade de sociétés dont la mère est délocalisable. 

Les cotisations sociales pèsent un peu

Du côté des cotisations sociales, la situation est assez complexe car la sécurité sociale néerlandaise a fait l’objet de plusieurs réformes. Dans la pratique, les employeurs doivent acquitter une cotisation allant de 18,19% à 23,19% du salaire brut. Ces cotisations n’incluent pas l’assurance santé, qui est à la charge des salariés. 

On le voit, les taux ne sont pas complètement neutres, mais présentent l’avantage d’être relativement lissés qu’on soit indépendant ou salarié. 

10 points d’imposition sur le revenu de moins qu’en France

Globalement, le coin fiscal de l’imposition sur le revenu aux Pays-Bas est de 37% quand il flirte avec les 47% pour un célibataire. Là encore, l’imposition aux Pays-Bas n’est pas neutre, mais elle est nettement plus favorable qu’en France. Ce point n’est pas à négliger, car il peut rendre ce pays septentrional vraiment attractif. 

Une souplesse de fonctionnement pour les entreprises

En outre, et c’est un point qui n’est pas anodin, on notera que le droit des sociétés hollandaises est d’inspiration germanique. On y distingue les simples partenariats sous seing privé et les sociétés en bonne et due forme. Le capital minimum pour une société anonyme est de 45.000 €, mais les sociétés par actions ne prévoient pas de seuil minimal. 

C’est un vrai plus par rapport aux sociétés luxembourgeoises ou suissesses. 

Un pays plein d’atout

En conclusion, l’installation aux Pays-Bas n’est donc pas, loin de là, dénuée d’intérêt. Elle constitue un compromis vraiment intelligent par rapport à des pays très coûteux ou ennuyeux. Pour peu qu’on aime les climats tempérés et l’esprit festif, la vie aux Pays-Bas est douce. Et les liaisons aériennes entre Amsterdam et Paris sont très fréquentes. 

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Un couvre-feu généralisé à 18h avant une introuvable 3è vague

Par Éric Verhaeghe

L'annonce d'un couvre-feu avancé à 18 heures pour tout le monde hier a suscité un nouvel agacement dans l'opinion, alors que la France figure dans les lanternes rouges de la vaccination européenne et même mondiale. De son côté, l'exécutif commence à hausser le ton contre les critiques dont il est l'objet sur cette question. Le durcissement des restrictions à la libre circulation se heurte pour l'instant à un constat : aucun signe sanitaire de troisième vague n'est visible dans la réalité, et le nombre de personnes hospitalisées reste stable.

« Jour après jour, on constate une nette remontée du virus, indique Laurent Moulin, l’un des responsables du réseau. En moyenne, sa concentration dans les eaux usées de la région a crû d’environ 50 % en trois semaines. »

Le Monde

Le Premier Ministre a annoncé hier le durcissement du couvre-feu à compter de samedi, qui entre en vigueur à compter de samedi 18 heures. Officiellement, le gouvernement craint une 3è vague qui submergerait les hôpitaux. 

Pour l’instant, les chiffres de l’épidémie sont stables

La difficulté, pour justifier cette mesure très impopulaire, tient à la stabilité des chiffres épidémiques. Comme on le voit sur le graphique ci-dessus, le nombre de personnes en réanimation reste stable, et globalement inférieur à la situation du début décembre. Le nombre de personnes hospitalisées suit la même tendance. En outre, aucune incidence claire des fêtes de fin d’année n’apparaît, alors même qu’un délai de quinze jours s’est désormais écoulé depuis le Nouvel An. Le raz-de-marée annoncé n’a toujours pas eu lieu…

Avec 2.700 personnes en réanimation, pour une capacité ordinaire de 7.500 lits, qui est montée à 15.000 lits au printemps, le système de santé est donc très loin d’être submergé aujourd’hui. 

La réponse est-elle dans les eaux usées ?

Le gouvernement s’est-il fié à l’indicateur des eaux usées pour anticiper une flambée des cas graves ? C’est l’explication la plus probable (mais l’expérience montre que plus le gouvernement fait de la pédagogie, moins on comprend ses motivations). Selon le Monde, la présence du virus dans ces eaux qui révèleraient par anticipation l’évolution de l’épidémie aurait cru de 50% en Ile-de-France. Mais le quotidien de Xavier Niel n’est lui-même très affirmatif sur la fiabilité de ces données. 

On saura rapidement si cette affirmation se vérifie : le délai entre la contamination des eaux usées et l’apparition des symptômes n’est que de quelques jours. Dans la semaine, on devrait donc constater une remontée des hospitalisations… au moins à Paris. 

Les vaccinations toujours en rade

L’une des causes de l’impopularité de ce durcissement tient à la lenteur de la vaccination. Beaucoup de Français ont le sentiment que le gouvernement ne fait pas ses diligences pour lutter contre le virus, et qu’il fait payer le prix de sa lenteur sur les travailleurs indépendants, notamment les restaurateurs, qui ne sont pas près de rouvrir leur enseigne. 

De fait, comme le souligne le Parisien, la France ne fait pas partie du Top 10 mondial des pays qui vaccinent le plus. Beaucoup y voient la preuve d’un décrochage de notre économie. C’est en tout cas la preuve que le gouvernement n’est pas si pressé de sortir de la crise sanitaire, si l’on admet l’hypothèse que le vaccin est la meilleure façon de la dépasser (ce qui reste à prouver). 

Dans tous les cas, l’ambiance se tend entre la moitié des Français qui souhaite des mesures protectrices, et l’autre moitié qui s’en méfie. 

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🎖Est-il encore raisonnable de s’expatrier au Luxembourg ?

Par Éric Verhaeghe

Le Luxembourg est le mythe vivant de tous les expatriés. Mais les évolutions de la coopération avec le Luxembourg ces dernières années a quand même beaucoup modifié la donne, de telle sorte que les bénéfices du Luxembourg ne coulent plus forcément de source. Nous livrons aujourd'hui notre analyse détaillée sur le pour et le contre d'une expatriation au Grand-Duché, question cruciale que beaucoup d'entre vous se posent.

L’improprement appelé Grand-Duché du Luxembourg est l’objet de nombreux fantasmes, surtout nourris par ceux qui n’y ont jamais mis les pieds. Les familiers de ce bout de terre un temps possédé par les ducs de Bourgogne en rêvent beaucoup moins. Mais voici, pour ceux qui songent à l’expatriation, notre avis sur l’intérêt de réaliser leur projet ou non au Luxembourg. 

Le Luxembourg, un vrai paradis fiscal et social…

Faut-il le redire ? Le Luxembourg est un paradis fiscal qui fait rêver les Français. Grâce à une politique souple et surtout stable dans le temps, le grand-duché a attiré à lui une grande partie de la richesse européenne, grâce à laquelle il dispose d’un haut niveau de revenus et d’une très faible fiscalité. 

Quelques chiffres suffisent à la rappeler : au-dessous de 175.000€ de bénéfices, l’impôt sur les sociétés est de 15%. Il est de 17% au-delà, avec une taxe spéciale pour les entreprises installées à Luxembourg Ville, qui porte le taux à 25%.

Quand on compare ces chiffres à la tyrannie française, on comprend tout de suite l’intérêt de s’exiler dans les forêts ducales. 

Les cotisations sociales des employeurs sont pour leur part de l’ordre de 12,5%, là encore imbattables en comparaison de la gabegie française. 

La taxation des dividendes est par ailleurs limitée à 15%. Que demander de mieux ?

Une administration qui fonctionne

Outre ces avantages évidents, le Luxembourg a eu la bonne idée de se doter d’une administration fiable et en état de marche, qui tranche avec la désinvolture du service public français, et avec l’arrogance de ses fonctionnaires. Au Luxembourg, un guichet électronique permet aux entrepreneurs d’avoir des explications de texte claire, et un regroupement des formalités à accomplir en ligne qui fait gagner beaucoup de temps et de sécurité. 

L’administration luxembourgeoise est attachée à rendre service au public, ce qui est un autre avantage non négligeable par rapport à l’administration, fiscale ou autre, française. 

Un statut de l’entreprise protecteur

Autre avantage (comparable à la Suisse), le droit des sociétés permet des formules très souples : de la société anonyme, à la SARL, le Luxembourg dispose de tout ce qu’il faut là où il faut, avec des suppléments que les Français apprécieront. En particulier, on signalera le principe de la société en nom collectif, qui permet de commencer une activité sans déclaration au tribunal de commerce. 

Une vraie barrière à l’entrée

Il faut toutefois savoir que le Luxembourg est très demandé, et que les places sont désormais très chères pour s’y installer. L’expatriation au Luxembourg suppose donc de bien maîtriser son processus entrepreneurial. 

En particulier, les formes simplifiées de société supposent la présence d’un Luxembourgeois comme gérant ou au moins associé. Pour créer une SARL, il faut apporter 12.000€ de capital. Pour créer une société par actions, il en faut au minimum 30.000.

En outre, le Luxembourg limite l’accès à son marché aux gens qui répondent à un certain nombre de conditions. En particulier, il faut prouver son honorabilité, mais pas que…

Ne vient donc pas au Luxembourg qui veut, et il faut avoir bien calculé son coup avant de s’y rendre. 

Une présence économique effective

Précisons par ailleurs que l’administration luxembourgeoise vérifie que l’entreprise installée sur son sol y mène une véritable activité économique, sans quoi son régime fiscal risque d’être remis en cause. 

Il faut au minimum y organiser un conseil d’administration par an, ou en tout cas prouver la réalité d’intérêts économiques sur place. Le Duché n’a donc rien avoir avec le Delaware, où une domiciliation fictive suffit. Il faut s’engager un peu plus, ce qui risque de modérer certaines ardeurs. 

Une destination de luxe… et ennuyeuse

Pour le reste, toute installation à Luxembourg suppose d’avoir un véritable projet local, qui ne peut se borner à espérer passer une deux fois la frontière chaque année pour profiter d’une manne fiscale. Dans la pratique, il faut réfléchir à une installation effective sur place, au moins de façon régulière, et se préparer à une vie morne et relativement ennuyeuse. 

L’agglomération de Luxembourg ne compte pas plus de 250.000 habitants, et la culture luxembourgeoise (si, si, ça existe), très empreinte de tradition germanique, n’est ni la plus souple ni la plus riante qui existe. Il existe par ailleurs une rupture forte entre le nord du Luxembourg, très rural, et le Sud, beaucoup plus urbanisé… très cosmopolite, et pas toujours très animé. 

Une destination à conseiller pour vivre de ses rentes, ou pour développer une activité très rentable, sans quoi, l’expérience risque d’être un peu morose et déceptive. 

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Une leucémie foudroyante enlève Marielle de Sarnez à François Bayrou

Par Éric Verhaeghe

L'émotion est grande autour du décès de Marielle de Sarnez, égérie de François Bayrou et du MODEM, emportée par une leucémie foudroyante. Son parcours se confond avec celui du centrisme, dans les coulisses duquel elle oeuvrait depuis les années 70. La presse insiste beaucoup sur sa proximité avec François Bayrou. Sa disparition est une page du centrisme qui se tourne, mis à mal par l'irruption d'Emmanuel Macron sur la scène politique.

Marielle de Sarnez est décédée à 69 ans d’une leucémie foudroyante. Elle est la fille du député Olivier de Sarnez, issue de la noblesse d’Empire. Elle a commencé son parcours à l’occasion de la campagne de Valéry Giscard d’Estaing. 

Marielle de Sarnez, grande giscardienne devant l’éternel

Marielle de Sarnez s’était engagée chez les Giscardiens et ne les avait plus quittés. Durant les années 80, elle collabore activement avec tout le gotha de l’UDF (nom oublié par un nombre grandissant de gens…) : Jean Lecanuet, Simone Veil, Raymond Barre.

La bascule François Bayrou

C’est sa relation avec François Bayrou qui va construire Marielle de Sarnez. De 1993 à 1997, elle collabore avec lui au ministère de l’Education Nationale, jusqu’à devenir sa directrice de cabinet. Elle ne quittera plus le sillage de celui qui, en 2017, a renoncé à se présenter à l’élection présidentielle pour laisser la place à Emmanuel Macron. Marielle de Sarnez disparue, c’est l’ensemble du mouvement centriste qui voit l’une de ses figures systémiques partir. 

Comment on faisait de la politique dans l’ancien monde

Marielle de Sarnez a largement construit François Bayrou durant cette période, à l’image de ce que les femmes avaient pour « mission » d’accomplir dans les années récentes. Elle était soupçonnée d’avoir organisé un système d’emplois fictifs au Parlement européen grâce auquel le MODEM pouvait disposer de permanents payés par l’Union. Elle a beaucoup oeuvré pour les alliances et les combinaisons électorales du MODEM, destinées à faire élire François Bayrou. 

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Anne Hidalgo veut lancer le Great Reset à Paris dès 2021

Par Éric Verhaeghe

Les voeux (virtuels) d'Anne Hidalgo, rapportés par l'AFP, donnent une bonne indication de l'esprit dominant du temps, particulièrement parmi les élites bobos parisiennes qui ont trouvé en Anne Hidalgo une sorte d'incarnation sainte. La maire a en effet annoncé que Paris, dès 2021, vivrait sur un nouveau modèle en rupture avec le monde d'avant-COVID. Un discours qui résonne étrangement comme le Great Reset de Schwab et Malleret dont nous avons donné les détails récemment (et qui sont repris dans un livre en cours de parution).

Les voeux d’Anne Hidalgo, rapportés par l’AFP, dévoilent brutalement l’ampleur des dégâts causés par le Great Reset du Forum de Davos, que nous avons analysé par le menu. La maire a en effet tenu des propos qui sont en parfaite résonance avec le projet porté par Klaus Schwab, d’utiliser la pandémie pour changer de « modèle » de société. Elle est peut-être la première élue de ce niveau à assumer aussi ouvertement les propositions formulées par la bourgeoisie mondialisée dont Davos exprime les opinions et les aspirations. 

La maire s’est en effet prononcée pour le déploiement dès 2021 d’un nouveau « modèle » à Paris. 

L'épidémie de coronavirus "nous met aujourd’hui face à un choix de société", a-t-elle souligné. "La tentation sera grande de vouloir refaire à l’identique, alors que notre avenir passe par la transformation profonde de notre modèle."

"C’est le choix que notre équipe municipale fait, celui d’un Paris plus solidaire et mieux préparé aux chocs de demain, un Paris plus juste, qui prend soin de son environnement et préserve la santé de ses habitants."

Anne Hidalgo

De la justice sociale, de l’écologie, de la santé : pile-poil les grands axes du Great Reset de Schwab. Bizarre… J’ai dit bizarre ? Comme c’est bizarre…

On sait maintenant que l’élite bobo se sent comme un poisson dans l’eau avec les idées mondialisée de Great Reset. 

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Redressement URSSAF : même la justice ne comprend plus les règles à appliquer, par Léo Guittet

Par Éric Verhaeghe

Le contrôle Urssaf est extrêmement encadré par toute une batterie de règles de procédures dans lesquelles même le juge se perd. Les entreprises contrôlées ont donc tout à gagner à contester un éventuel redressement dont elles feraient l'objet, tant le cadre légal et réglementaire est touffu. Sur ce sujet, la Cour de cassation vient de rendre une décision intéressante à propos d'une mauvaise interprétation du droit par la cour d'appel dans le cadre d'un redressement Urssaf.

Léo Guittet

Docteur en droit, chief data officer de Tripalio

La décision rendue par la Cour de cassation le 7 janvier dernier implique une société qui a été contrôlée sur la période 2012-2014. A l’issue de ce contrôle, l’Urssaf d’Ile-de-France a envoyé une lettre d’observations à l’entreprise datée du 7 juillet 2015. Cette lettre détaille les chefs de redressement en prenant soins de préciser, pour chacun d’eux, le mode de calcul et le montant dû par l’entreprise : ce formalisme est spécialement prévu par le code de la sécurité sociale. 

C’est à partir de là que l’affaire se gâte. En effet, la société contrôlée a répondu à ce courrier d’observation dans le délai imparti en faisant notamment valoir que certains calculs étaient erronés. L’Urssaf a alors répondu à ce courrier de l’entreprise par une nouvelle lettre, datée du 4 septembre 2015, acceptant de revoir à la baisse le montant du redressement (ainsi passé de 321 919 € à 314 027 €). C’est justement sur le formalisme de cette dernière lettre de l’Urssaf que le litige porte : s’agit-il d’une nouvelle lettre d’observations qui doit respecter un formalisme précis ? Ou s’agit-il seulement d’un courrier de réponse de l’Urssaf ? La question est très importante car sa réponse détermine la validité du redressement ordonné le 18 septembre 2015. 

Redressement Urssaf : la réponse de l’inspecteur n’est pas une lettre d’observations

En analysant les faits de l’affaire, la cour d’appel considère que le courrier de réponse de l’Urssaf, daté du 4 septembre 2015, aux observations de l’entreprise contrôlée est bel et bien une nouvelle lettre d’observations. Selon le juge d’appel « l’inspecteur du recouvrement, qui a procédé à un nouvel examen du dossier au vu des éléments apportés par la société, a revu partiellement le montant du redressement« . Le juge poursuit en indiquant que le courrier de réponse de l’inspecteur propose un montant minoré de redressement. Il en tire alors deux conséquences. 

Premièrement, ce courrier de réponse devient une nouvelle lettre d’observations destinée à remplacer celle du 7 juillet 2015. Deuxièmement, ce courrier devrait donc respecter le formalisme prévu par l’article R. 243-59 du code de la sécurité sociale (dans sa version applicable au litige). Or, le juge d’appel le constate clairement : la lettre de réponse du 4 septembre 2015 ne donne pas les éléments de calcul et ne permet pas à l’entreprise de savoir comment l’Urssaf a réduit le montant du redressement. Il en déduit donc que cette lettre d’observations ne respecte pas le formalisme prévu par le code de la sécurité sociale. Par conséquent, la cour d’appel prononce la nullité de ce courrier qui entraine la nullité de la lettre d’observations initiale du 7 juillet 2015 et de tous les actes de redressement qui en découlent. 

Face à cette victoire de l’entreprise redressée, l’Urssaf conteste la décision de la cour d’appel devant la Cour de cassation. Cette dernière a une toute autre vision de la situation. Le juge de cassation se fonde sur l’interprétation stricte de l’article R. 243-59 précité du code de la sécurité sociale. Il en déduit que : 

« La lettre par laquelle l’inspecteur du recouvrement répond, en application de ce texte, aux observations formulées par le cotisant à la suite de la notification de la lettre d’observations, ne constitue pas une nouvelle lettre d’observations » 

Tout est dit ! Seul le premier courrier envoyé le 7 juillet 2015 constitue la lettre d’observations qui doit permettre à l’entreprise redressée de déterminer les bases et modes du calcul de l’Urssaf. La lettre de réponse envoyée le 4 septembre 2015 à l’entreprise par l’inspecteur chargé du redressement ne remplace pas la lettre d’observations initiale. La Cour de cassation décide donc de casser la décision de la cour d’appel et de permettre au redressement d’avoir lieu. 

Bon à savoir : la version actuellement applicable de l’article R. 243-59 du code de la sécurité sociale indique désormais que la réponse de l’Urssaf aux observations de la personne contrôlée doit détailler « par motif de redressement, les montants qui, le cas échéant, ne sont pas retenus et les redressements qui demeurent envisagés ». Le courrier de réponse n’a donc toujours pas à donner le mode de calcul du redressement, contrairement à la lettre d’observations. 

Cette décision du juge de cassation remet finalement les pendules à l’heure, aussi bien pour la cour d’appel que pour les entreprises redressées : non, le formalisme de la lettre d’observations n’a pas à être respecté dans le courrier de réponse de l’Urssaf aux observations de l’entreprise. 

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Ce qui se passe vraiment dans le cerveau d’Emmanuel Macron, par Lionel Tourtier

Par Éric Verhaeghe

Lionel Tourtier nous propose aujourd'hui une passionnante exploration du cerveau présidentiel. Quand Emmanuel Macron parle du "en même temps", quels sont les mécanismes logiques qui agitent exactement son cerveau lorsqu'il est confronté au réel ? C'est à une exaltante dissection de ce que signifie vraiment ce "en même temps" que nous sommes conviés, et à une réflexion sur ce qu'Emmanuel Macron dévoile réellement de lui, de son psychisme, lorsqu'il se repose sur cette expression pour penser le monde et son action présidentielle. Un texte à ne pas mettre entre toutes les mains.

Lionel Tourtier

Consultant, spécialiste de la protection sociale, gaulliste fervent

Nous vivons une période difficile dont tout citoyen se doit de rechercher les causes. Non pour sanctionner, mais pour tirer les leçons de l’expérience et reprendre en main, de façon collective, la maîtrise des évènements ou du moins peser le mieux possible sur leur évolution.

Nous sommes conscients que notre situation sociale et économique est le produit des décisions gouvernementales, face à une situation d’épidémie du COVID 19. Si le gouvernement ne porte pas la responsabilité de l’irruption de ce virus dans notre vie, il doit cependant justifier devant la nation du bien fondé de ses choix de gestion de crise : maintien de l’ouverture des frontières, gestion des stocks de masques et de gel hydroalcoolique, confinements, et aujourd’hui cafouillage sur le vaccin et les super-congélateurs, etc.

Si l’on consulte la presse sur les derniers mois, beaucoup d’articles évoquent la démarche du « en même temps » suivie par le Président de la République depuis son élection, et plus particulièrement dans le traitement de la crise. Mais les commentaires des journalistes, souvent d’ailleurs critiques, ont tendance à introduire une confusion entre le « en même temps » et le « ET », sans discerner les différences fondamentales entre ces deux processus de décision.

Le but de cet article est de rappeler la typologie de ces décisions et de démontrer qu’une approche du « ET hiérarchisé » peut produire davantage d’effets positifs en termes de résultats, tout en apportant un élément de confiance qui fait défaut aujourd’hui au gouvernement.

Typologie des décisions selon Jean-Marie Descarpentries

La prise de décision en entreprise comme en politique est généralement une prise de risque. Décider, c’est accepter des conséquences, quelle qu’en soit leur nature et leur amplitude, pour atteindre un objectif considéré comme majeur.

C’est dans l’exercice de la liberté du choix que réside la responsabilité, et cette liberté du choix implique préalablement la prise de connaissance, donc la prise de conscience des conséquences du choix. Cela revient logiquement à prendre en compte les contingences[1] de l’environnement, c’est-à-dire l’anticipation des conséquences et des interactions que le choix va entraîner dans l’environnement du décideur (en économie, l’on parle des externalités positives et négatives). La RSE découle de cette préoccupation des contingences.

L’ancien PDG Jean-Marie Descarpentries, distingué en 1990 par le magazine Fortune comme l’un des « 25 chefs d’entreprise mondiaux les plus fascinants », instigateur en France de la « pyramide inversée », et co-auteur du livre « L’entreprise réconciliée », a conçu une démarche dynamique dans la prise de décision, en se fondant au départ sur l’utilisation du « ET » à la place du « Ou » binaire.

En développant ses réflexions, expérimentées ensuite dans la gestion des entreprises qu’il a dirigées (CarnaudMetalbox, Glaverbel, redressement de Bull, Ingenico, etc.), il a résumé sous forme de tableau les différents processus de décision, en mettant en valeur le ET hiérarchisé et les choix cumulatifs.

Source : Jean-Marie Descarpentries

 

Trois principales erreurs guettent le décideur : le choix réducteur, le compromis et l’inaction.

Notre formation privilégie l’enseignement du « OU » aux dépens du « ET »

Nous partons du choix qui nous est le plus familier : le « Ou ». C’est celui que l’on rencontre généralement dans son apprentissage de jeunesse et qui modèle notre raisonnement de base, en particulier avec les mathématiques : Aristote, par exemple, enseigne qu’une proposition soit quelque chose qui est vrai ou qui est faux. Boole a donné une interprétation aristotélicienne de ce principe qui a abouti à la fonction algébrique suivante :

« La fonction OU ou OU inclusif (OR en anglais) est un opérateur logique de l’algèbre de Boole. À deux opérandes, qui peuvent avoir chacun la valeur VRAI ou FAUX, il associe un résultat qui a lui-même la valeur VRAI seulement si au moins un des deux opérandes a la valeur VRAI ».

En langue française, les élèves comprennent spontanément mieux le « OU » exclusif (fromage ou dessert) que le « OU » inclusif (s’il pleut, s’il vente, je ne sortirai pas). A l’école, l’on donne ainsi des exercices pour aider les élèves à distinguer un caractère « exclusif », « inclusif » ou « équivalent », en appliquant les règles suivantes :

Le terme « ou » (une conjonction de coordination) peut être :

  • « inclusif » s’il peut être remplacé par « et » : La mandarine, les oranges ou les clémentines sont des agrumes.
  • « exclusif », s’il peut être remplacé par « ou bien » : Il ne sait plus quoi faire : garder le chien ou l’amener à la SPA.
  • « équivalent », s’il signifie « c’est-à-dire » : Les Indiens, ou Premiers Habitants de l’Amérique, étaient aussi dénommés péjorativement « Peaux-Rouges ».

C’est un apprentissage de nuance ou de précision selon. Mais comme on peut l’observer, le « ET » peut s’apparenter avec le « OU » dans un sens « inclusif ». Le « OU » exclusif est plus facile à comprendre que le « OU » inclusif ou équivalent. Par conséquent, le « OU » que l’on croit simplificateur ne l’est pas autant qu’il apparaît. C’est particulièrement clair dès lorsque que l’on en reste à des propositions (Vrai ou Faux) et non à des choix décisionnels : solution A plutôt que B ; « go » « no go » par exemple.

Pendant toute une période de notre histoire, la logique du « OU » dans la recherche du « Vrai » et du « Faux » a également joué un rôle de formatage des esprits, en raison des divergences de vue entre le rationnel scientifique et la foi religieuse. Ainsi au Moyen-Age[2], certains maîtres de la Faculté des arts de l’Université de Paris, dont le plus célèbre était Siger de Brabant, furent accusés d’avoir fait leur la doctrine de la « double vérité » selon laquelle certaines propositions pourraient être vraies selon la raison, et fausses selon la foi. En d’autres termes, la réalité peut être différente selon que l’on privilégie tel référentiel de valeurs ou tel autre.

L’on retrouve cette problématique de cadre référentiel (dans quelles conditions le « Vrai » est « Vrai » et le « Faux » est « Faux ») en physique. Par exemple, en physique classique, l’on retient le « principe d’incertitude» d’Heisenberg ou « principe d’indétermination » : il existerait une limite à la précision de la mesure de deux quantités en même temps, par exemple la vitesse et la position d’une particule. Or, si l’on utilise la physique quantique pour calculer d’autres quantités, comme l’énergie des atomes, ou leur magnétisme, elle est alors d’une redoutable précision. Il faut juste bien choisir ce que l’on veut prédire[3] nous explique le physicien Julien Bobroff.

Bien d’autres raisons expliquent le fait que nous avons tendance à raisonner plus facilement en « OU » et non en « ET », c’est-à-dire en appliquant non pas une position d’exclusion, ce qui nous semble le plus facile (« nous sommes tous d’accord, n’est-ce pas ? La solution A est stupide, il faut prendre la B »), mais une conception additive qui exige un réel effort de raisonnement.

Testez vous-même la situation : lors d’un dîner avec des amis, lancez un débat un peu polémique ; vous vous rendrez compte en prenant un peu de recul que beaucoup, si ce n’est la majorité des participants suivent spontanément une logique du « OU ». D’ailleurs, cela ne s’arrête pas à la simple expression d’une confrontation d’argumentations, mais s’y ajoute, bien sûr, un « effet de rivalité » : être celui qui a raison et qui emporte l’adhésion des autres. Le « OU » devient aussi un vecteur de conviction et donc de « pouvoir » sur les autres. Dans le milieu des entreprises, c’est assez fréquent et en politique encore davantage, sans parler des aspects idéologiques : « je sais que A est « Vrai », mais pour des raisons de cohérence politique avec mon parti, je déclare que c’est « Faux » ; ou autre exemple, que c’est injuste au lieu d’être juste ». Durant la crise sanitaire, nous avons eu plusieurs illustrations de ce manque d’honnêteté intellectuelle : un jour le masque ne sert à rien ; le lendemain, ne pas le porter est sanctionné par une contravention de 135 euros. Les « interdits » sont l’expression du « OU » autoritaire qui s’affranchit ainsi de la recherche de la vérité.

Dans leur livre, Jean-Marie Descarpentries et Philippe Korda en démontrent l’impasse intellectuelle lorsque l’on se situe dans le milieu de l’entreprise :

« Faudrait-il, lorsque l’on est dirigeant, privilégier la croissance OU la rentabilité ? L’innovation OU la productivité ? L’esthétique des produits OU leur technicité ? L’image de marque OU la compétitivité du prix ? … Formulées ainsi, ces questions sont évidemment absurdes »

Or, l’expérience montre que toutes les réussites sont liées à la poursuite d’objectifs a priori contradictoires, voire inconciliables. L’usage du « ET » audacieux devient le sésame du progrès et de la mutation. Nous y reviendrons en conclusion.

Du « OU » au « Ni-Ni »

Du « OU » l’on passe facilement au « Ni-Ni » lorsque l’on est confronté à la complexité et que l’on n’a pas le courage de trancher.

Ne pas choisir, donc ne pas prendre de décision, est en soi un choix : le « Ni-Ni » relève fondamentalement de la négation, du rejet de deux éléments ou plus.

Le « Ni-Ni » ne produit pas une dynamique venant de l’intérieur du décideur : c’est un statu quo, ce qui ne signifie pas que l’ordre des choses va rester inébranlable puisque l’on laisse les contingences se dérouler, interagir.

Le « Ni-Ni » ne fige pas le temps et donc la situation. Ce n’est pas un arrêt sur image. La dynamique de l’évolution trouvera son origine, c’est-à-dire le « déclencheur » ou le « fait générateur », par l’activation d’un ou plusieurs facteurs externes. Le non-décideur devient spectateur de son laisser-faire.

Ce qui ne supprime aucunement sa responsabilité au plan des conséquences : une illustration juridique en est la « non-assistance à personne en danger ». Ne pas agir sur les éléments pour en modifier le cours des choses n’exonère pas le spectateur de toute responsabilité, au moins morale.

Toutefois, il faut distinguer la « morale de l’action » des conséquences juridiques qu’une décision peut entraîner au regard du droit national ou des coutumes locales : aux Etats-Unis, venir porter secours ou aide à une personne en danger (par exemple un blessé à terre) peut entraîner une mise en cause et donc une recherche de responsabilité, la victime pouvant reprocher à l’aidant d’avoir aggravé sa situation. L’absence de décision, le laisser faire devient paradoxalement une façon de se protéger.

Ce faisant, nous constatons que dans le déroulement de notre raisonnement, nous nous sommes en fait éloignés du « Ni-Ni » pour en revenir au « Ou » : choisir ou pas d’intervenir. Il existe donc une relation directe entre le « Ou » et le « Ni-Ni ». Cela peut se résumer ainsi : « Choisir le noir ou le blanc ? Ni l’un, ni l’autre. ». Le « Ou » serait donc, dans l’ordre des décisions et de la logique, un préalable au « Ni-Ni ».

Le « Ni-Ni » peut introduire néanmoins un autre choix (ou une éventualité, une option, une hypothèse) pour autant que celui-ci soit formulé immédiatement ensuite. En procédant ainsi, le choix retenu (ou l’évocation d’une autre éventualité) est mis en exergue. Par exemple :

« On trouve des sociétés qui n’ont ni science, ni art, ni philosophie. Mais il n’y a jamais eu de sociétés sans religion ». Henri Bergson.

« La Banque X dément avoir pris à ce jour une décision concernant les modalités de sortie du « ni-ni » (ni facturation, ni rémunération). Une telle décision n’est d’ailleurs pas uniquement du ressort des banques : un changement réglementaire décidé par les Pouvoirs Publics est notamment indispensable pour rémunérer les dépôts. En revanche, la Banque X, comme les autres banques, estime que l’arrivée de l’euro conduira inéluctablement à la fin de l’exception française et à l’adoption d’une règle du jeu unique dans l’ensemble de la zone euro : notre pays est en effet l’un des seuls à ne pratiquer ni la rémunération des dépôts ni la facturation des chèques ou de la tenue de comptes ». Communiqué 29 septembre 2000.

Au plan politique, le « Ni-Ni » a été utilisé en 1988 par François Mitterrand pour résumer sa nouvelle doctrine de sa ligne économique : ni nationalisation, ni privatisation… Mais le non-choix ne définit rien en termes de « champ du possible ». Cette attitude peut aussi laisser entendre que le temps de la décision n’est pas venu et qu’il faut être patient : au « Ni-Ni » correspond ainsi la formule mitterrandienne[4] de « Il faut laisser le temps au temps ».

 « Les idées mûrissent comme les fruits et les hommes. Il faut qu’on laisse le temps au temps. Personne ne passe du jour au lendemain des semailles aux récoltes, et l’échelle de l’histoire n’est pas celle des gazettes. Mais après la patience arrive le printemps. » (Le Nouvel Observateur, 28-04-81).

En réalité, le « Ni-Ni » peut constituer une habilité politique : celle de reporter la décision dans le temps et d’espérer que d’autres préoccupations prendront le relais, dans un contexte plus favorable à l’exercice du pouvoir ; ce qui est une façon de le réactiver et donc de le relégitimer. L’exercice du pouvoir est ainsi fait de choix et de non-choix, de décisions et de non-décisions, et c’est le bilan d’ensemble qui est soumis au vote du citoyen.

Cela explique la référence de Mitterrand au « cycle », des « semailles » à la « récolte ». Habilement, il voulait faire passer l’idée qu’il y a un temps pour réfléchir et un temps pour agir, qu’il faut de la patience, ce qui est la traduction de la « force tranquille », son slogan de campagne en 1981 : dans le tumulte, le « héros » reste calme et domine les éléments. Il prend le temps de décider, il reste le « maître des horloges » selon la formule consacrée en politique.

C’est cependant une posture de communication en total décalage avec les impératifs du monde contemporain, caractérisé par des évolutions rapides, une forte imprévisibilité, des interactions fortes, ce qui réclamerait logiquement d’être prompt dans la prise de décision et dans la vitesse d’exécution. Cette réactivité est d’autant plus nécessaire que les facteurs d’inertie sont très importants aujourd’hui, par exemple le poids de la bureaucratie. La crise sanitaire de 2020 en est une bonne illustration. A une mesure enfin décidée, la mise en œuvre a souvent été très tardive, car obéissant à de multiples procédures décisionnelles en cascade. De fait, pratiquer le « Ni-Ni » gouvernemental ne prépare pas culturellement son administration, déjà engoncée dans les règles et le formalisme, à suivre des consignes d’urgence lorsque l’on passe au registre de l’autorité, pour ne pas dire de l’autoritarisme…

Une autre interrogation est soulevée par rapport au « Ni-Ni » : Est-ce que le décideur, dans les choix et non choix, procède à une hiérarchisation, à un agencement des priorités ? Car ce peut-être une tactique. Dans un contexte démocratique où existe une « dictature de l’opinion », cela revient d’abord à « écouter » les attentes du peuple, même contradictoires. Ensuite, la tentation est forte de décider de mesures symboliques, en évitant ainsi de prendre des décisions de nature plus structurelle ; c’est-à-dire plus importantes en termes d’impact sur la société : ce que l’on pourrait qualifier de « vrais choix ». Un « faible choix », mais ayant une forte dimension symbolique, masquerait ainsi la volonté de ne pas adopter (momentanément ou pas) un « vrai choix » structurel. Le « Ni-Ni » devient une tactique dans le sens où il prépare un « faux choix » qui va contenter le « bon peuple ».

L’exercice récent du pouvoir nous l’a démontré. Un gouvernement reporte des décisions difficiles mais fait voter par le Parlement des « mesures sociétales » qui ne coûtent rien au budget de l’Etat mais qui vont satisfaire une partie de son électorat par son poids symbolique : par exemple, satisfaire la revendication de certaines minorités. Un des problèmes de notre pays réside d’ailleurs dans le fait que l’on a beaucoup reporté les choix, en usant et abusant de la tactique du « Ni-Ni » pour ensuite décider de rien d’important. Le « Ni-Ni », le non-choix, le statu quo, peut être ainsi habilement noyé dans du « Ou ».

Macron, l’homme du « ni ni »

Le « Ni-Ni » a été retenu par Emmanuel Macron dans son positionnement politiques : « Ni gauche, ni droite », ce qui est une formulation d’exclusion, sans pour autant expliquer où l’on se situe, sauf à se déclarer au « centre ».  

Par comparaison, Valery Giscard d’Estaing avait déclaré lors de son discours de Charenton du 8 octobre 1972 que « La France souhaite être gouvernée au centre ». Dans un pays fortement bipolarisé à l’époque (gauche contre droite et vice et versa), il exprimait ainsi un message « simple » à l’attention du peuple. En réalité, il faisait valoir un positionnement « Orléaniste » par rapport au « Jacobinisme » du gaullisme. Mais encore fallait-il le comprendre.

Selon les chroniqueurs de « L’histoire en citation », il opposait ainsi le schéma politique national à la société réelle, telle qu’il la ressentait :

« Je crois que les Français verront leurs problèmes tout autrement le jour où ils verront la France, la société française, comme constituée par un grand groupe central avec des ailes, au lieu d’avoir l’idée qu’elle est constituée par deux grands blocs antagonistes, se divisant d’ailleurs, et se partageant la France en deux…  Et quand je dis que la France souhaite être gouvernée au centre, je veux dire par là que la France souhaite être gouvernée selon le centre, c’est-à-dire selon les conceptions de ce grand groupe central » (interview du 14 octobre 1976 sur l’avenir de la société française, « L’Événement », ORTF).

Tel qu’exprimé, le choix proposé par VGE reste du « OU » : le centre, ou la gauche ou la droite. Mais ce n’est pas du « Ni-Ni ». L’expérience a montré que tenir une ligne au centre n’était pas chose aisée dès lors que l’on dévie à droite ou à gauche, faute d’une véritable synthèse :

« J’entends me tenir à la ligne du juste milieu. Celle de la synthèse des propositions, de la rencontre des hommes, de la mobilisation des forces pour aider la France, et non pour déchirer la France. Ce n’est pas une ligne neutre. C’est une ligne de paix et d’entente, à suivre avec beaucoup de soin dans ces temps de tempêtes. »

Ce positionnement fut raillé par le dessinateur de gauche Georges Wolinski (Giscard n’est pas drôle 1976) : « Toute la droite est enfin au centre, merci mon Dieu ! »

Emmanuel Macron a joué sur l’usure des partis de gouvernement de droite et de gauche qui n’ont pas résolu les problèmes du pays et de sa population. Leurs échecs ont entraîné un rejet de la politique et du système démocratique. Plus ils s’effondraient, et plus les partis extrémistes se renforçaient.  Macron chercha donc à proposer une alternative sans pour autant se présenter au centre. Il réitère finalement l’appel au rassemblement du Général de Gaulle lors des élections présidentielles de 1965 :

« La France, c’est tout à la fois. C’est tous les français. Ce n’est pas la gauche, la France. Ce n’est pas la droite, la France ».

Mais la différence avec De Gaulle réside dans le fait que celui-ci avait, non pas de doctrine car il était fondamentalement pragmatique, mais un corpus de grands principes (suffrage universel, indépendance et souveraineté de la France, association Capital Travail, etc.). Il avait également pour lui le fait d’avoir mis en place, depuis la Libération, les Comités d’entreprise, la Sécurité sociale[5], etc. Son programme comportait une forte dimension sociale, face à une gauche communiste prônant la dictature du prolétariat. Il préemptait donc une version du socialisme non marxiste. En outre, il s’était positionné dès la Libération au-dessus des partis qu’il avait rendus responsables de la défaite de 40. En fait, ce qui primait avant tout, c’est l’intérêt de la France.

Le projet de Macron était, lui, et reste pour le moins assez flou ; ce qui lui fut d’ailleurs critiqué par ses opposants politiques, en raison notamment de plusieurs contradictions. C’est justement par son ambiguïté (Ni de droite, ni de gauche, voire à la fois de droite et de gauche) que l’« offre politique progressiste » de Macron avait séduit les Français en 2017. La tâche lui était d’autant plus facile que, selon lui, il n’existait plus que des oppositions de surface entre les politiques menées par les gouvernements de gauche et de droite de gouvernement durant plusieurs décennies.

Il apparaît aujourd’hui que le « macronisme » dérive fortement à droite, rejoignant ainsi les choix politiques d’une majorité de la population. Selon Opinionway, quand 67 % des électeurs Macron 2017 se considéraient à gauche ou au centre à cette date, ils ne sont plus que 43 % pour les électeurs LREM 2019. Dans le même temps, ceux qui se jugent à droite sont passés de 26 % dans l’électorat du Président au premier tour de la présidentielle 2017 à 51% dans celui de la liste Loiseau aux Européennes Toutes les études récentes montrent que le centre de gravité de la vie politique s’est déplacé à droite. A peine 30 % des Français enquêtés se reconnaissent dans la gauche aujourd’hui.

Pour autant, le « macronisme » reste encore peu structuré dans son corpus idéologique. Et l’impression domine que le Président a changé plusieurs fois de caps au grès des circonstances et des revendications d’une large partie de la population. Cela tient au fait que le « Ni-Ni » à l’origine aurait dû être transformé en « le meilleur de la gauche plus le meilleur de la droite », c’est-à-dire opter pour une synthèse additive qui, par sa nature, aide à construire. On prend les meilleurs composants politiques et c’est ainsi qu’on rassemble une majorité. Or, Macron reste dans une logique soustractive, ou plutôt exclusive avec son « Ni-Ni ». D’ailleurs, LREM a bien senti le « vide » du projet, ce qui lui pose désormais un problème existentiel, alors mêmes que l’on revient petit à petit au clivage gauche droite. LREM est nulle part …

Lorsqu’il était encore Délégué général de LREM avant d’être nommé ministre de l’intérieur, Christophe Castaner avait fixé un cap pour relancer une dynamique du parti :

« Notre progressisme, c’est revenir à la conception initiale de la gauche sociale qui voulait libérer les citoyens de leurs chaînes et à la conception initiale du libéralisme, celle qui refusait les abus, les privilèges, les monopoles, la concentration du pouvoir dans les mains de quelques-uns. Il faut conjuguer le meilleur de ces deux traditions d’idées » pour « bâtir un corpus nouveau» autour de cinq valeurs, « la dignité, l’émancipation, l’ouverture, l’engagement et la responsabilité ».

Cette déclaration depuis 2018 est restée sans concrétisation. En outre, l’on notera avec attention que Castaner reste ici dans une dialectique de la négation : par exemple, il utilise des items positifs pour la gauche sociale (« libérer les citoyens ») mais négatifs pour l’image du libéralisme (« abus », « privilège », « monopole »). Comme s’il niait que le libéralisme n’ait aucune vertus … De cette façon, il est impossible de procéder à une synthèse additive. LREM a encore de beaux jours d’impasse…

Pour reprendre les idées de Jean-Marie Descarpentries : « Le « Ni-Ni » est une erreur fondamentale. Il faut oser dire ce que l’on veut plutôt qu’affirmer ce que l’on ne veut pas. Et l’on ne motive pas, l’on ne mobilise pas une organisation ou des individus sur des objectifs formulés négativement ».

« Le compromis mou »

Une autre façon de décider en matière politique est de prendre, entre deux options, A ou B, un peu de A et un peu de B : c’est le « compromis mou ». Cependant, il est difficile de dire si au plan électoral, cette option procure un rendement en termes de satisfaction ou si elle ne génère pas plus de frustrations qu’un véritable arbitrage.

Il ne faut pas confondre compromis et consensus. Le consensus est fédérateur. Le compromis est souvent un pis-aller.

Parfois, l’on pourrait assimiler cette décision du compromis à « la poire coupée en deux », et par extension au jugement de Salomon. Ce serait une erreur. La décision de Salomon, celle de couper un enfant en deux pour départager deux mères qui en revendiquent la maternité, est une tactique de révélation de la vérité en appliquant la théorie des jeux : l’on cherche ainsi à forcer les joueurs à révéler leurs préférences.

Elle permet à Salomon de répondre à la question du « Ou » : à qui appartient l’enfant ? A la mère A ou à la mère B ? C’est donc un processus de décision intermédiaire et temporaire. Un « input » pour débloquer une situation d’antagonisme. Au sein d’un Conseil d’administration par exemple, une partie des administrateurs veut l’option A, et une autre veut l’option B, et le président doit choisir. Il doit à la fois maintenir le consensus au sein du Conseil et prendre la meilleure décision dans l’intérêt de l’entreprise. Cela peut le conduire à proposer une « mauvaise » solution C, afin de forcer son Conseil à marquer une préférence pour la A ou la B. Ce qui nous ramène d’ailleurs au constat que, selon les circonstances, il n’y a pas forcément de bonne ou de mauvaise décision dans l’absolu, mais une décision la moins mauvaise possible au regard des conséquences négatives dont on cherche à limiter les effets.

Mais cet objectif peut échouer si les deux protagonistes suivent le même raisonnement plutôt que leur émotion : qu’auraient fait Salomon si les deux mères avaient renoncé en même temps, comprenant le piège du dilemme posé ? Ce qui ouvre une autre réflexion : dans quelle mesure le décideur joue sur les comportements rationnels ou irrationnels pour orienter les choix sur la décision qu’il entend prendre ?

Si l’on reprend l’exemple de l’entreprise, un compromis « mou » de type un peu de A et un peu de B ne peut aboutir qu’à une faible performance voir à une contreperformance. Comme le souligne Jean-Marie Descarpentries : « si l’on prend par exemple l’innovation ou la productivité, un compromis aboutirait à choisir un peu d’innovation et un peu de productivité, ce qui, au total, aboutit à peu d’ambition et peu de progrès ».

Certaines décisions du gouvernement semblent résulter du choix d’un compromis mou. D’où une frustration générale de nos concitoyens. Cela nous conduit à rappeler qu’Emmanuel Macron est un disciple déclaré de Paul Ricoeur pour qui, selon l’universitaire Laure Assayag-Gillot[6], « le compromis est…[…]… signe d’une démarche de pondération des contraires, et un thème qui traverse et structure, entre les lignes, l’ensemble de sa pensée ».

« En fait, j’ai peut-être une attirance pour la contradiction. Le problème est de ne pas être écrasé, de trouver une voie moyenne qui ne soit pas un compromis faible, mais une position forte… » Paul Ricoeur 1996.

D’où la question suivante : un compromis peut-il être le reflet d’une « position forte » ou est-il toujours un « compromis mou » ?

L’universitaire Laure Assayag-Gillot répond que Ricœur ne réduit pas le compromis à la compromission, à la négation des valeurs et de l’intégrité de la conscience morale des individus, à des concessions réciproques qui ne conduiraient qu’à des propositions molles, des solutions de peu d’envergure, insatisfaisantes pour tous. Elle ajoute qu’en l’absence d’un bien commun reconnu pour tous, le compromis n’est pas seulement pour Paul Ricoeur une décision intermittente, mais une nécessité continue des parties à composer pour viser un but dans sa pluralité.

Toujours selon Paul Ricoeur, c’est en sacrifiant les prétentions exclusives de leurs points de vue, que les individus construisent un monde possible, où ils peuvent habiter et se reconnaître mutuellement. Cet itinéraire montre que, pour le philosophe, s’engager dans un compromis c’est faire le deuil d’une société homogène mais aussi, et surtout, créer de nouvelles possibilités de dialogue et de rencontres.

Si le compromis poursuit une variété de buts dans une pluralité de domaines (affectif, moral ou politique), l’intérêt des individus doit être mis entre parenthèses au profit de la recherche d’une solution intersubjective, collective. Le compromis suit ainsi une voie différente de la soumission ou de l’écrasement. En prenant au sérieux la relation d’interdépendance conflictuelle des acteurs, le compromis autorise ainsi une reconnaissance de soi, d’autrui et de la « multi-fondation » démocratique ; c’est-à-dire la reconnaissance mutuelle, par des acteurs et institutions diverses, à être tous acteurs du lien social et à construire un nouvel ordre prenant en compte la pluralité conflictuelle des valeurs.

Cette position du philosophe Paul Ricoeur semble bien éloignée de la réalité sociale actuelle des entreprises, mais aussi de celle du pays qu’est la France, de son histoire, de ses racines et de ses fractures. Cela illustre combien il est difficile d’aligner une politique sur une ligne philosophique. Mais peut-être que la pensée de Paul Ricoeur apporte quelques explications au comportement d’Emmanuel Macron, à la nature de ses décisions, parfois radicalement différente de celles prises antérieurement, ou de ces non-décisions.

Le « En même temps » de Macron

« Je continuerai de le dire dans mes phrases et dans ma pensée, car ça signifie que l’on prend en compte des principes qui paraissaient opposés ».

Selon le spécialiste de la communication politique, Michel Le Séac’h[7], le « En même temps » possède deux sens :

  • le premier exprime une similitude, employé comme synonyme de simultanément sous la plume, par exemple, d’Albert Camus, écrivain cité parfois par… Emmanuel Macron ;
  • à l’inverse, le second sens, populaire, signifie « cependant », « toutefois », « en revanche » et marque donc une opposition.

Les « en même temps » de Macron renvoient à « une résolution des contradictions » et « seraient représentatifs d’un mode de gouvernement ». « Ils font le lien entre la thèse et l’antithèse, c’est une sorte de synthèse ».

Mais pour les adversaires de Macron, c’est le signe, chez lui, d’un flou, la volonté d’un président conciliant et tiède qui entend, en reliant des choses qui semblent être irréconciliables, « satisfaire tout le monde sans trancher ».

Petrus Borel sur son blog à Mediapart apporte l’explication suivante que nous présentons à titre de réflexion pour nourrir notre analyse, sans que nous en validions la pertinence. Ce n’est pas le but. Son point de vue ouvre en effet plusieurs questionnements.

D’abord, l’incapacité de choisir entre deux solutions négatives.

Ensuite le fait de se retrancher derrière une tierce « autorité », ce qui est une façon de s’exonérer de sa propre responsabilité (« c’est le peuple qui a choisi Barabbas et non Jésus, et je m’en lave les mains »).

Enfin le rejet de la contradiction et un comportement obtus, celui de persister dans l’erreur pour sauver la face. Des comportements profondément humains. 

« Macron est incapable d’arbitrer entre deux solutions qui présentent chacune leurs aspects négatifs. Il se défausse en permanence de ses responsabilités en s’abritant tantôt derrière l’avis des scientifiques, tantôt en renvoyant la décision aux individus à qui est transféré le dilemme qu’il est incapable de trancher : envoyer ou non ses enfants à l’école, contraindre ou non au port du masque dans un commerce. Comme la plupart des grands velléitaires, Emmanuel Macron ne supporte pas d’être contredit, précisément parce qu’il n’est jamais assuré du choix qu’il a fait. Ainsi faut-il comprendre son obstination à vouloir faire passer la réforme des retraites en force alors que tous les indicateurs étaient au rouge, ainsi faut-il comprendre son refus de recommander le port du masque dans son entretien au Point du 15 avril, non pas pour des raisons objectives mais par volonté de ne pas se dédire ».

Le « et hiérarchisé » sait prendre en compte les contraires

Le « En même temps » ne doit pas être confondu avec le « ET ».

Les choix de Macron ne se fondent pas sur une synthèse entre les solutions contradictoires, puisqu’il ne les hiérarchise pas et laisse faire le déroulement des évènements.

Communiquer sur une prise de décision autoritaire relevant du « en même temps » avec des objectifs contradictoires ne peut entrer dans le champ d’une acceptation rationnelle des citoyens. Surtout lorsque la temporalité des mesures est espacée, et non simultanée. Le « en même temps » de Macron montre donc des mesures décalées et non synchronisées.

L’incompréhension est d’autant plus forte chez les citoyens dès lors que la décision est non concertée et prise, non pas en raison de l’autorité légitime, mais plutôt selon une démarche autoritaire. Autorité et autoritarisme ne produisent pas les mêmes effets. L’autorité entraîne une « adhésion de respect », ou du moins une attention sur le fond de la décision : « je suis d’autant plus attentif à la décisions prise ou qui va être prise que je « respecte » le décideur à qui j’accorde un certain degré de confiance et de légitimité ». Alors que l’autoritarisme suscite spontanément un rejet, au titre de l’autonomie de penser et d’agir : « je n’ai pas confiance et je ne vois pas pourquoi je devrais obéir ».

Quelle est l’alternative au « en même temps » ? Le « ET » dans différentes articulation, en particulier celle qui retient le maximum de A et le maximum de B, car cela favorise la mutation et permettrait ainsi de réaliser la transformation dont le pays a besoin.

Mais c’est une disposition d’esprit qui sort des normes habituelles, telles qu’elles ont été forgées par le système éducatif et l’enseignement supérieur centrés sur le « OU », ainsi qu’une énorme volonté de repositiver les contraires afin de franchir une nouvelle étape.

Cela réclame quelques qualités humaines qui permettent de distinguer le « vrai » du « faux » leader : œuvrer pour une nation ou pour une entreprise, c’est rechercher, au sens de Heidegger, la transcendance dans la poursuite de l’intérêt général ou de l’intérêt social, en se projetant au-delà de soi-même, pour ne pas dire en s’oubliant, en s’effaçant. Il y a une forme d’abnégation dans cette démarche parce que, fondamentalement, le but (la mutation) prime sur la personne qui conduit l’action. A ne pas confondre avec la recherche de la transcendance dans l’accomplissement du soi narcissique, du soi « jupitérien ».

 

[1] La « théorie de la contingence » a été très en vogue en 1950 dans la recherche des modes d’organisation des entreprises. Cette théorie a été développée avec « l’Ecole de la contingence structurelle » de Paul Roger Lawrence et Jay William Lorsch partant du constat que l’environnement a une influence déterminante sur la structure et les performances des organisations. Cela conduit à retenir trois facteurs : le changement des conditions de l’environnement, la certitude des informations acquises et la durée nécessaire pour connaître le résultat des décisions. Cette approche est aujourd’hui à la base de la RSE et plus globalement des préoccupations écologiques et sociales (dont la traduction en France a été, par exemple, la Loi RNE et son article 116.

[2] « La logique au Moyen Âge » Magazine Pour la Science. 1 octobre 2002.

[3] Julien Bobroff – Physicien, Professeur des Universités, Université Paris-Saclay : « Sept idées fausses sur la physique quantique »

[4] Cervantès a la paternité de cette maxime : « me parece muy áspera esta medicina y será bien dar tiempo al tiempo » (« ce remède me paraît fort sévère et il sera bon de donner du temps au temps »). Source AFBH.

[5] dans le prolongement des décisions prises sous Vichy. Cf. « Ne t’aide pas et l’État t’aidera: La Sécurité sociale et la mort de la responsabilité » Eric Verhaeghe Editions du Rocher.

[6] « Le compromis selon Paul Ricœur »

[7] « Tics de langage : « En même temps », le péché mignon de Macron » Le Parisien du 21 avril 2018.

L’article Ce qui se passe vraiment dans le cerveau d’Emmanuel Macron, par Lionel Tourtier est apparu en premier sur Le courrier des stratèges.

Doctolib peut-il sauver le service public de son naufrage et de son inefficacité ?

Par Éric Verhaeghe

Alors qu'un Conseil de Défense se réunit ce matin pour trancher sur un nouveau confinement ou pas, le gouvernement tente d'accélérer la campagne de vaccination, engluée dans les boues de la bureaucratie sanitaire et de sa Berezina. Doctolib est en charge de la prise de rendez-vous, action pour laquelle l'assurance-maladie est complètement dépassée. Une fois de plus, le service public se révèle incapable de s'adapter aux besoins de la société contemporaine et montre non seulement qu'il est rigide, mais coûteux et inefficace.

Ce matin, avant le séminaire gouvernemental chargé de préparer la campagne présidentielle de 2022 (ou 2021, comme nous le suggérions ce lundi), se tient un conseil de défense dont Jean Castex doit communiquer les résultats jeudi à 18h. Ce conseil est important, puisqu’il doit trancher sur un nouveau confinement. 

Un couvre-feu général à 19h selon toute vraisemblance

Selon certaines sources, le gouvernement écarterait un nouveau confinement permanent à ce stade et opterait plutôt pour un couvre-feu national avancé à 19 heures et, éventuellement, pour un confinement général le week-end. Reste à savoir si ces options seront supportées par l’opinion publique, ce dont nous doutions hier. La campagne grandissante sur le malaise étudiant montre bien que nous atteignons progressivement une limite. 

Doctolib chargé d’accélérer la campagne de vaccination

Après la polémique sur le rythme de vaccination, dont la lenteur est due aux incompétences de la bureaucratie sanitaire, l’exécutif est sans dessus dessous. Progressivement, Olivier Véran décroche de la paroi et devrait tout de même mal finir. Si, en public, Emmanuel Macron défend son administration, il semblerait qu’il ait piqué une gueulante légendaire en découvrant une pré-visite vaccinale obligatoire qui retarde d’autant le processus de vaccination. 

"L'administration, a-t-elle été défaillante dans l'encadrement des mesures pour protéger les Français, dans la clarté dans les territoires quand des fermetures ou des couvre-feu ont été décidés ? Tous nos voisins ont eu des manifestations terribles"

Emmanuel Macron

12 janvier 2021

Face à ce désastre, Macron a compris que les lenteurs ne provenaient pas seulement des difficultés d’approvisionnement en vaccin, mais aussi de l’incapacité de l’assurance-maladie à prendre rendez-vous efficacement. D’où un appel à Doctolib, dont la prise de rendez-vous est le métier, déjà mis en oeuvre aux Hôpitaux de Paris. 

Doctolib et le naufrage du service public

Il n’en fallait pas plus pour que les éternels défenseurs d’un service public qui ne marche pas monte en température. Jean-Luc Mélenchon s’est fendu d’un tweet dénonçant cet appel à une entreprise privée qui ficherait les malades. Mais quelqu’un lui a dit que les données de santé de l’assurance-maladie sont hébergées par Microsoft ?

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Dès le premier jour, 2.500 salariés se sont arrêtés de travailler pour symptômes du COVID

Par Éric Verhaeghe

Ce lundi, l'assurance-maladie inaugurait un dispositif permettant aux salariés présentant les symptômes du COVID de se mettre en arrêt maladie sans passer par un médecin. Ce dispositif a rencontré un succès impressionnant : dès le premier jour, 2.500 salariés ont fait appel à ce système qui leur garantit un plein salaire sans travailler et sans certification d'un médecin. L'illusion maduriste continue...

Il suffit, depuis lundi, de déclarer à l’assurance-maladie que l’on présente les symptômes du COVID pour être dispensé de travail jusqu’à la survenue des résultats… sans avoir besoin de consulter un médecin. Cette mesure ahurissante n’a échappé à aucun salarié, dont beaucoup ont vu l’intérêt du dispositif. 

Ainsi, selon les chiffres officiels, 2.500 salariés ont demandé à bénéficier de ce dispositif. 

On notera que, de son côté, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire ne manque pas une occasion de dire que les Français ne travaillent pas assez. On se demandait pourquoi… On commence à comprendre. 

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Le Parquet de Nantes a-t-il tardé à protéger Didier Raoult contre son confrère corbeau ?

Par Éric Verhaeghe

Le célèbre Didier Raoult avait reçu des menaces téléphoniques au mois de mars... qui avait poussé le savant marseillais à porter plainte contre X. Dans la pratique, tout le monde savait d'où venait cet appel visiblement passé en numéro affiché. Face à l'inaction du Parquet de Nantes, Didier Raoult a finalement déposé plainte avec constitution de partie civile au mois de décembre. Et l'auteur de la malveillant a très vite avoué. Le Parquet de Nantes cherchait-il à protéger ce notable local ?

Le milieu de la médecine n’est visiblement pas un havre de paix où les controverses se règlent de façon urbaine. Didier Raoult en sait quelque chose, puisqu’il a subi les foudres de l’establishment médical parisien et annexe durant plusieurs mois après ses déclarations fracassantes sur l’épidémie. 

On sait que le savant marseillais s’est attiré beaucoup d’ennemis, à commencer par des ennemis dans le corps médical lui-même. Au moins de mars, il avait ainsi reçu un coup de téléphone menaçant… passé depuis un portable professionnel par l’un de ses confrères nantais (preuve qu’on peut être médecin et moyennement malin). 

Raoult avait alors porté plainte contre X, mais la presse avait révélé que le portable qui avait servi à passer l’appel appartenait à la « flotte » du CHU de Nantes. Alors que l’enquête semblait facile à mener, et rapide, le Parquet de Nantes, saisi par le Parquet de Marseille, n’avait effectué aucune investigation neuf mois plus tard. 

Pour réveiller l’hydre judiciaire, le professeur marseillais a finalement déposé une plainte avec constitution de partie civile. Obligé de réagir, le parquet de Nantes a identifié le probable auteur des faits : il s’agit du professeur Raffi, qui conteste avoir proféré des menaces de mort. 

Précisons que François Raffi est chef du service de maladies infectieuses et tropicales de Nantes. La médecine vole vraiment haut, en France. Reste à savoir si cette sommité locale a été protégée par le Parquet de Nantes…

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Face à WhatsApp et Facebook, quels sont les réseaux sociaux les plus protecteurs ?

Par Éric Verhaeghe

Facebook est à la pointe des urticants qui dévoilent le vrai visage des GAFAM : entre bannissement unilatéral d'un Président élu démocratiquement et pillage sans vergogne des données personnelles collectées par WhatsApp, le réseau de Mark Zuckerberg donne envie de fuir. Voici quelques pistes pour protéger ses informations et ne plus se soumettre à la censure de Facebook... Petit guide pratique pour vous éclairer.

Officiellement, Facebook est le réseau tout puissant, et unique, qui vous permet de rentrer en contact avec n’importe qui dans notre petit monde. En achetant Instagram et WhatsApp, Zuckerberg s’est par ailleurs doté d’une impressionnante puissance de feu qui confère à son réseau une position dominante sur la Toile. 

Comme tout acteur en position dominante (qu’il soit public ou privé, rappelons ici les bienfaits du marché en libre concurrence), Facebook foule aux pieds les droits de ses utilisateurs, notamment en récupérant les données des utilisateurs sans vergogne, et en bannissant unilatéralement les gêneurs. Sur ce point, on parle beaucoup de Donald Trump, mais les cas de censure arbitraire par Facebook sont légion

Voici donc quelques acteurs alternatifs qui méritent d’être regardés de près.

Pour quitter Facebook : Viken ou Mastodon

L’un des intérêts de Facebook est de pouvoir « exposer » sa vie, ses idées, ses impressions, ses affinités, dans un espace d’édition relativement large : republication d’articles, partage de photos, micro-blogging, vidéos en direct, et messagerie. D’autres réseaux proposent peu ou prou les mêmes facilités, de façon gratuite et « neutre » (pour l’instant). 

On citera ici Viken qui est le frère jumeau, mais russe, de Facebook. Ce réseau est une sorte de clone de Facebook, mais avec moins d’utilisateurs. Ceux-ci sont souvent russes, pour des raisons évidentes. 

Viken peut toutefois vous accueillir de façon très simple.

Mastodon est le cousin de Facebook, mais en version « libre », c’est-à-dire mise au point de façon ouverte et gratuite par des développeurs qui travaillent tous sur le même code collectif. Il est également simple d’accès

On est évidemment tous d’accord pour dire que l’intérêt de Facebook tient au nombre de ses adhérents. Mais rien n’interdit d’avoir un compte chez Facebook, un autre sur Mastodon, et encore un autre sur Vixen.

Pour quitter WhatsApp, il n’y a pas que Signal

Signal a réussi une belle opération de communication en faisant croire que les départs de WhatsApp (dû au partage de données personnelles avec Facebook désormais imposé par le réseau de Zuckerberg) lui profitaient systématiquement. 

En réalité les choses sont plus nuancées. 

Signal est un outil assez pratique, qui propose des communications cryptées comme WhatsApp. L’une des fonctions appréciées par les utilisateurs est de pouvoir envoyer des messages éphémères qui s’effacent après lecture. Signal permet également de créer des groupes. 

Toutefois, Signal n’est pas exempte de soupçons. Récemment, une start-up israélienne a affirmé pouvoir casser le cryptage du réseau et avoir accès aux conversations privées qu’il héberge. La même start-up vend ses logiciels de hacking aux Etats qui veulent surveiller les citoyens. Il ne faut pas paniquer avec ce genre d’informations, mais avoir conscience des limites des réseaux vantés par leurs créateurs (même si ceux-ci n’ont pas de but lucratif avoué, comme Signal). 

L’intérêt de Telegram

Telegram est un réseau fondé par des frères russes émigrés à Dubai. Le gouvernement russe a plusieurs fois tenté de censurer Telegram, pour finalement y renoncer. Comme Signal, Telegram propose des conversations cryptées, dont des conversations secrètes où il est possible d’effacer automatiquement les contenus après un laps de temps choisi. Telegram permet également de créer des groupes interactifs, des « canaux » et d’échanger une multitude de média.

Comme Signal, Telegram permet de téléphoner ou d’avoir des échanges par vidéos. 

Certains ont parfois contesté l’efficacité du cryptage de Telegram (sous prétexte que son code n’était pas « ouvert ») et sa sécurité globale, mais personne n’a prouvé qu’il était parvenu à s’en affranchir. D’ailleurs, ce réseau avait la réputation d’héberger les groupes de djihadistes et leurs conversations…

Pour notre part, nous avons plutôt tendance à recommander ce réseau pour ses fonctionnalités pratiques, notamment la possibilité de ne pas communiquer son numéro de téléphone et d’y rester anonyme. 

Précisons qu’à la différence de Signal, Telegram peut directement être utilisé sur son écran d’ordinateur. 

Bref, voilà donc quelques suggestions pratiques. Chacun y cherchera son chat !

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🎖S’expatrier en Irlande : le pour et le contre

Par Éric Verhaeghe

S'expatrier en Irlande est-il un calcul particulièrement intéressant ? Nous apportons aujourd'hui des éléments de réponse à cette question largement débattue par ailleurs. Cette analyse s'intègre à nos réflexions sur les lieux possibles d'expatriation pour les entrepreneurs qui veulent échapper à l'enfer fiscal et bureaucratique français. Comme nous allons le voir, l'Irlande ne manque pas d'atout.

Nous reprenons notre lecture fidèle de l’Human Freedom Index de 2020, en décortiquant les analyses statistiques consacrées à l’Irlande, classée au 7è rang mondial des libertés, et au 10è rang pour les libertés économiques. Ce classement appelle quand même quelques observations. 

La question centrale du droit en Irlande

L’un des avantages majeurs de l’Irlande tient à son respect du droit, et au respect de la propriété privée dans le droit irlandais. Nous avons hier évoqué l’importance de ce point comme critère de choix d’un pays pour l’expatriation

En matière juridique, donc, on notera que l’Irlande figure parmi les tout premiers pays du monde pour sa sécurité et son respect des libertés, avec un score global de 9,11 quand la France décroche 8,70. Toutefois, on notera son score assez modeste, dans le domaine du droit des affaires, sur le critère important de la force légale des contrats, qui n’est pas très favorable aux entrepreneurs. 

On fera donc attention à ne pas oublier que, au-delà de l’ambition très libérale du pays, certains blocages ou certains risques peuvent exister. 

Une fiscalité favorable aux entreprises, mais…

Globalement, la fiscalité de l’Irlande est très favorable aux entreprises comme chacun le sait. Cette notoriété tient d’abord au taux d’impôt sur les sociétés absolument imbattable : 12,5%. 

Mais attention à cet effet d’affichage, qui profite aux entreprises effectivement installée en Irlande. Car, dans les autres cas de figure, les taux d’imposition remontent rapidement. C’est le cas pour les dividendes de sociétés résidant hors d’Irlande, les intérêts, loyers, redevances et revenus d’une entreprise exercée entièrement en dehors de l’Irlande et des opérations de négoce de terres, d’exploitation minière et d’extraction de pétrole, qui sont imposés à 25%… 

C’est immédiatement beaucoup moins intéressant, une fois l’IS de 12,5% passé.

Ajoutons que les dividendes ne sont pas taxés pour les résidents, mais soumis à une retenue de 25% pour les non-résidents. 

Autrement dit, l’Irlande est un bon plan si on s’y installe réellement et si on y joue le jeu. En revanche, l’idée de garder un pied en France pour y rapatrier ses revenus irlandais n’a aucun intérêt objectif. 

Une forte compétitivité sociale

Autre avantage de l’Irlande : elle n’assomme pas les employeurs avec des taux de cotisation sociale farfelus comme la France. Les taux y sont de 11,05% pour les salaires supérieurs à 386€ hebdomadaire. C’est simple et carré. Et facile à comprendre. 

On notera par ailleurs que l’Irlande est plutôt bien notée pour ses règles en matière du droit du travail, qui ne sont pas expropriatoires. 

Simplicité administrative

Enfin, ultime avantage de l’Irlande : les entreprises n’y sont pas écrasées par la bureaucratie. Selon la Banque Mondiale, l’Irlande est le 4è pays le plus simple du monde en matière fiscale, avec un faible temps absorbé à faire de la paperasse. La création d’entreprise y est aussi globalement assez simple. 

L’Irlande est un projet de vie

On retiendra de cet ensemble que les avantages de l’Irlande sont réels pour les entrepreneurs, à condition de s’y installer complètement. Ce sujet mérite réflexion car l’Irlande est une île et dans des hypothèses comme un confinement ou une restriction à la circulation des personnes, pas la peine d’imaginer passer par un quelconque petit poste frontière oublié le long d’une route pour s’y rendre. Sauf à posséder un bateau et à savoir naviguer, le voyage en Irlande est entièrement dépendant de l’avion. 

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Les Français accepteront-ils un troisième confinement ?

Par Éric Verhaeghe

Hier matin, Jean Castex a évoqué la possibilité d'un nouveau confinement devant les parlementaires. Il n'en fallait pas plus pour mettre le feu aux poudres dans l'opinion, qu'on sent fatiguée par cette relégation permanente et cette restriction apportée aux libertés quotidiennes. Si l'utilité ou la pertinence de ce confinements apparaissent éminemment discutables au regard du nombre de personnes hospitalisées ou en réanimation, c'est surtout l'acceptabilité politique de cette mesure qui apparaît très douteuse : jusqu'à quand la jeunesse de ce pays acceptera-t-elle les privations pour sauver une génération qui lui laissera autant de dettes et de déséquilibres à réparer ?

Devant les parlementaires, ce lundi, Jean Castex a évoqué la possibilité d’un troisième confinement. Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a confirmé qu’un confinement, « à ce stade », n’était pas envisagé, ouvrant la porte à une modification de la doctrine officielle. Le spectre d’une interruption nouvelle de l’activité rôde donc et inquiète fortement les Français. 

«à ce stade, il n'y a pas de reconfinement prévu mais évidemment nous suivons la situation avec beaucoup d'attention (…) et évidemment on continuera à prendre les mesures nécessaires, notamment dans certaines villes»

Gabriel Attal

Les chiffres de l’épidémie ne sont pourtant pas mauvais

Ce confinement sera politiquement difficile à expliquer dans la mesure où les chiffres de l’épidémie en France ne sont pas si mauvais. En tout cas, douze jours après les tant redoutées fêtes de Nouvel An, si le taux d’incidence du virus a notablement augmenté, les hospitalisations et les réanimations n’enregistrent pas de mouvement significatif. 

Concernant le taux d’incidence, voici le graphique mis à jour sur les métropoles :

En Ile-de-France, le taux a donc allègrement franchi la barre des 150 ces derniers jours, ce qui pourrait justifier l’avancée du couvre-feu à 18 heures. Mais cette dégradation ne se traduit pas par un phénomène identique en réanimation, dont nous montrons la courbe globale en ouverture de cet article. Pour les hospitalisations, la stabilisation est la même.

Globalement, la gravité de l’épidémie reste stable, même si le virus se propage. 

Les Français accepteront-ils une troisième confinement ?

La question incidente est de savoir si, dans ce contexte très discutable, les Français sont prêts à encaisser un nouveau confinement du territoire. Globalement, la conviction que le gouvernement instrumentalise la crise sanitaire à des fins politiques progresse. Dans le même temps, Jean Castex paraît incapable de constituer une équipe compétente pour gérer la crise. Les ratés de la vaccination l’ont prouvé. 

Dans ces circonstances, les risques politiques d’un nouveau confinement sont grands. 

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🎖Démission imminente de Macron : les indices qui accréditent cette hypothèse

Par Éric Verhaeghe

Depuis plusieurs semaines, une hypothèse circule, nourrie discrètement et à son corps défendant par l'entourage du Président de la République : pour éviter un désastre complet en 2022 ou, en tout cas, une forte prise de risque face à Marine Le Pen (qui gagne des points en se taisant et en perd en prenant la parole), voire pour éviter une élimination dès le premier tour, par exemple face à Xavier Bertrand, Emmanuel Macron prendrait tout le monde de vitesse en démissionnant de son poste au début du mois d'avril. Il disposerait alors d'une trentaine de jours pour organiser un nouveau scrutin auquel il se présenterait en position de force, faute d'un véritable rival susceptible de gagner. Comme toujours, ces hypothèses sont soumises à de nombreuses cautions. Sauf que... deux indices (que nous qualifierons de signaux faibles) laissent à penser que l'hypothèse d'une démission du Président dans les 3 mois ne repose pas que sur du sable.

Depuis plusieurs semaines circule (dans les milieux autorisés) l’hypothèse selon laquelle Emmanuel Macron serait tenté de démissionner pour mieux se légitimer dans l’opinion à l’heure où la lutte contre les déficits va obliger à des arbitrages douloureux. Dans la pratique, on sent tous que, si le climat actuel dans l’opinion ne lui est pas favorable, il ne pourra aller qu’en se dégradant sous le poids des contraintes économiques. Attendre sagement 2022 pour se faire réélire ne coule donc pas de source, et il existe des arguments théoriquement valables pour provoquer un referendum dès 2021. 

Les arguments qui plaident en faveur d’une élection anticipée

L’argument principal qui milite en faveur de cette prise de risque, c’est le calendrier des autres candidatures. En 2017, Emmanuel Macron était passé de peu au second tour, talonné par François Fillon. Structurellement, il pourrait cette fois, compte tenu de son impopularité, souffrir d’une candidature Bertrand ou autre, et connaître le même sort que Lionel Jospin en 2002. 

Son intérêt objectif consiste donc à prendre de vitesse un éventuel candidat de droite, sachant que la gauche devrait aligner au moins quatre candidats (Mélenchon, Jadot, Montebourg et Hidalgo). Cette stratégie d’accélération a d’autant plus de sens que, économiquement, la situation de 2022 devrait être pire encore que celle de 2021. Il y a donc un risque moins grand à se présenter à l’élection maintenant plutôt qu’à la date prévue, en assumant un bilan dégradé et des candidats préparés et rodés. 

Si ce genre d’hypothèses est toujours compliqué à trancher, deux signaux faibles laissent à penser que le Président n’a pas exclu (à défaut d’avoir choisi clairement) de la mettre en oeuvre au printemps. 

Le signal faible de la réforme constitutionnelle

Premier signal faible qui laisse à penser qu’une démission prochaine pourrait avoir lieu : le calendrier de la réforme constitutionnelle avance. On sait désormais que le projet de loi intégrant la lutte contre le réchauffement climatique à la Constitution sera présenté le 10 février au Conseil des Ministres

Cette présentation devrait ouvrir une séquence « écologique » qui permettra à Emmanuel Macron de ratisser à gauche et de se donner une image plus consensuelle. Ce projet sert évidemment des buts électoraux. Dans un premier temps, on avait pensé que le projet de loi serait déposé au deuxième semestre 2020. Le fait que sa discussion commence très rapidement montre que le Président veut s’ouvrir un nouveau couloir dans le quinquennat et qu’il veut se redonner de l’air sur sa gauche, en coalisant les bonnes volontés sur le thème du « monde d’après ». 

On comprend implicitement que la campagne présidentielle devrait se faire sur le thème de la nature et de l’écologie, om il est plus facile de caresser l’opinion dans le sens du poil que sur la thème du redressement. Mais, tactiquement, Emmanuel Macron devrait chercher le plébiscite sur un programme fiscal et budgétaire traduisant la transition énergétique et écologique dans les chiffres, ce qui permettra de curiacer les réticences de droite. 

Les députés LREM commencent discrètement leur campagne

Autre signal faible : les députés LREM ont commencé leur campagne de terrain comme si les élections devaient arriver plus tôt que prévu. C’est notamment le cas du bien informé ex-sous-ministre Mounir Mahjoubi, qui arpentait le marché de la place des Fêtes, à Paris, ce dimanche, après trois ans et demi de brillante absence. 

Pour le coup, ce signal peut être diversement interprété. Mais, dans l’hypothèse où cet ancien responsable de la plate-forme numérique d’En Marche aurait eu vent de quelques intrigues sous cap ourdies dans les allées du pouvoir, sa présence très surprenante sur un terrain qui l’a élu (et qui a infligé une défaite en rase campagne à sa majorité aux dernières municipales) constitue un élément d’éclairage supplémentaire. 

Tout cela repose bien entendu, in fine, sur la capacité d’Emmanuel Macron à prendre une décision difficile et à s’y tenir. Et sur ce sujet, le Président n’a guère fait ses preuves.

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🎖Expatriation : pourquoi et comment choisir un Etat de droit pour quitter la France ?

Par Éric Verhaeghe

Quitter la France devient une décision urgente pour tous les entrepreneurs qui sentent bien qu'ils seront les boucs-émissaires de la crise économique. Nous continuons ici notre série dédiée à l'art de s'expatrier pour sauver ses meubles de l'enfer fiscal toujours moins supportable que devient la France en proie à la tentation maduriste. Nous avons recommandé de rechercher un Etat de droit pour s'installer... mais lequel ? Nous diffusons aujourd'hui les conseils d'Yves Laisné pour comprendre de quoi il s'agit.

Yves Laisné

Yves Laisné

Consultant spécialisé dans les questions d'expatriation

Le terme d’état de droit est souvent employé et fréquemment mal compris.

Etat de droit, ou état de droit ?

Une première erreur est une faute d’orthographe très répandue (cf. dictionnaire de l’Académie en ligne) consistant à l’écrire « Etat de droit ». En rattachant la question à la personne morale de droit public dénommée Etat. Sans doute l’Etat a-t-il normalement pour fonction de veiller à l’existence d’un état de droit, mais il ne l’est pas.

L’état de droit est une situation de la société dans laquelle les droits d’un individu sont reconnus et protégés contre les autres individus et, non en dernier lieu, contre la puissance publique.

Ce qui implique l’impératif catégorique d’une magistrature indépendante, dans le cadre d’une véritable séparation des pouvoirs.

Comme en dispose la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 dans son article 16, toute Société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution.

Cette question centrale étant posée, pourquoi l’état de droit est-il nécessaire à l’exercice normale d’une activité et à la jouissance paisible de ses biens ?

À quoi sert l’état de droit ?

Selon Montesquieu, théoricien, par ailleurs de la séparation des pouvoirs, la liberté est le bien qui permet de jouir de tous les autres biens.

Dans la vie des affaires, et dans la vie tout court, un certain nombre de règles sont nécessaires : par exemple, les contrats doivent constituer la loi des parties (pacta sunt servanda) et celui qui a une créance doit pouvoir la faire valoir en justice et en obtenir, en cas de mauvaise volonté du débiteur, l’exécution forcée. La propriété des biens doit être garantie contre les empiètements de tiers y compris de la puissance publique et il doit être possible d’obtenir de justice sa protection.

Un pays sera donc d’autant plus accueillant à une activité et à une vie offrant un minimum de prévisibilité et de tranquillité, qu’il comportera un état de droit et répondra de ce fait aux conditions de base sus-énoncées.

Sur le plan philosophique, les fondements de l’état de droit se trouvent chez John Locke, Alphonse de Beccaria, Montesquieu, Grotius, Pufendorf et Burlamaqui. Ils puisent leurs racines lointaines dans le Décalogue, le christianisme primitif, le jus gentium, et les constitutions anglaises (Magna Carta, Habeas Corpus) et plus proches dans le droit naturel et, pour partie, la philosophie des Lumières (Voltaire).

Il s’agit ainsi clairement d’une conception occidentale libérale, dont aucune trace n’existe dans les prémisses philosophiques d’autres civilisations (Védas, Confucius, Coran par exemple) ou d’autres approches civilisationnelles (Marx, Lénine, Mao Tze Dong, Rosenberg, Evola, Sartre, par exemple).

Ce qui restreint fortement le champ des pays concernés.

Pierre angulaires de l’état de droit

En quoi consisteront précisément les pierres de touche d’un état de droit ? En voici quelques exemples :

  • Protection de la propriété privée immobilière contre l’expropriation pour cause d’utilité publique
  • Possibilité d’expulsion d’un locataire en cas d’impayé
  • Sécurité des actes authentiques et du cadastre relativement à la légitimité et aux limites spatiales de la propriété foncière
  • Stabilité des réglementations professionnelles
  • Stabilité de la législation, spécialement de la législation fiscale
  • Procédure pénale garantissant pleinement les droits de la défense
  • Facilité de l’accès au juge
  • Indépendance et liberté des avocats.

En outre, il faudra, comme la CEDH l’a réaffirmé dans de nombreux arrêts, que les droits garantis ne soient pas simplement formels, c’est-à-dire inscrits dans des textes qui demeurent inappliqués, peu appliqués ou mal appliqués, mais qu’ils le soient par une application effective et concrète.

Ce qui restreint encore le champ des pays concernés. Par exemple la Fédération de Russie est signataire de la Convention européenne des droits de l’homme, membre du Conseil de l’Europe et, en tant que telle, assujettie à la juridiction de la Cour de Strasbourg, comme le sont la Turquie et la Moldavie. Nul n’ira prétendre qu’il s’agit d’états de droit…

Les risques de s’expatrier dans un état de non-droit

Que se passera-t-il dans des Etats qui ne sont pas ou très incomplètement des états de droit ? Les fortunes seront révocables au gré du pouvoir (cf. le cas récent de Jack Ma), la propriété ne sera pas garantie contre la convoitise de satrapes, hiérarques locaux ou simplement envieux bien relationnés, l’arbitrage en cas de contentieux dépendra de la puissance relationnelle des parties, il n’existera pas de protection contre les arrestations arbitraires, pour ne citer que quelques exemples.

En pratique, l’expérience montre, sauf erreurs ou omissions, que

  • constituent des états de droit de premier rang, sous réserve des imperfections inhérentes aux institutions humaines, l’Allemagne, le Luxembourg, la Suisse, le Liechtenstein, l’Autriche, l’Irlande, la Suède, le Canada, les Etats-Unis, la Nouvelle Zélande,
  • constituent des états de droit de second rang, sous les mêmes réserves que dessus, le Royaume-Uni, l’Islande, la Norvège, le Danemark, l’Australie, Israël, Singapour, les Pays-Bas, Andorre, la Belgique, le Costa Rica,
  • constituent des états de droit atténués, en déclin ou non arrivés à maturité, la France et ses dépendances, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Tunisie, la République tchèque,
  • le reste du monde est constitué, à des degrés divers, d’états de non-droit, non sans des différences importantes : il y a plus de droit en Slovénie qu’en Chine et en Pologne qu’en Corée du Nord (et même du Sud).

A méditer pour faire des affaires ou se fixer.

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La gestion du COVID, un immense succès politique, par Didier Picot

Par Éric Verhaeghe

Le gouvernement profond dont nous parlons souvent dans nos colonnes, a-t-il instrumenté la crise du coronavirus pour élargir sa sphère d'influence et d'intervention ? En a-t-il profité aussi pour changer durablement les comportements des Français pour les rendre plus "malléables" ? C'est le propos de Didier Picot...

Didier Picot

Chef d'entreprise basque, ancien élu local

Personnellement, je suis bien incapable d’évaluer si la gestion de la crise du COVID par nos dirigeants est une réussite ou un échec en matière sanitaire.

Par contre je pense qu’elle est un immense succès politique pour l’Etat, c’est à dire l’organisation et les femmes et les hommes qui collectivement exercent les pouvoirs exécutifs, administratifs, législatifs et judiciaires. Trois éléments me semblent en effet dessiner le surgissement d’un nouveau régime politique à leur main.

Tout est interdit, sauf ce qui est permis

Le premier est apparemment le plus anodin : l’attestation de déplacement dérogatoire. Cette petite tracasserie, peu contrôlée mais qui a tout de même permis au Fisc de soulager les Français de plusieurs dizaines de millions d’Euros, est un marqueur symbolique fort du changement de nature du régime politique en France. Pourquoi ?

Rappelons le fondement d’un régime dictatorial : tout est interdit, sauf ce qui est spécifiquement autorisé. A la faveur de la Révolution, le peuple français a inversé la norme et exigé la liberté : par défaut tout est permis, sauf ce qui est interdit. Ca change tout !

Jusqu’à Mars 2020, malgré une submersion de lois, règlements et textes qui contraignaient nos comportements chaque jour davantage, le principe de la liberté première demeurait. Depuis, cette attestation faussement anodine a fait son apparition qui acte que désormais tout est interdit sauf ce qui est expressément permis et décrit dans la case cochée. C’est un basculement de sens, le basculement d’une liberté première vers une contrainte première. Elle crée un précédent infiniment perfectible pour instaurer à terme un véritable contrôle social.

L’incohérence, l’arbitraire sont le message

Nous avons tous remarqué l’incohérence des innombrables mesures et règlements destinés à dicter la vie des Français dans le moindre détail. S’en moquer, comme l’on fait certains commentateurs, me semble une double erreur. D’abord parce que, même s’il ne faut jamais perdre notre sens de l’humour, le massacre des libertés fondamentales (économique, mouvement, réunion, manifestation, culte, presse, vie privée, etc.) est gravissime. Mais surtout parce qu’en réalité cette incohérence, voulue ou non peu importe, signifie que l’arbitraire, le fait du prince, est le nouveau mode de gouvernement. Le medium est le message : l’incohérence, c’est à dire l’arbitraire, est désormais la norme.

Le pouvoir législatif s’est couché et a voté une nouvelle fois l’état d’urgence, le pouvoir judiciaire a abdiqué en rejetant tous les recours juridiques, la presse a révélé sa complicité en instaurant un bombardement médiatique hallucinant, au sens littéral du terme. Fin de discussion : le pouvoir de contrainte est total et sans limite, la Constitution, l’état de droit sont, a minima, suspendus.

Une France domine l’autre

Même si nous Français n’en avons pas pris la pleine mesure, il existe dans notre pays deux univers séparés par un fossé qui est devenu gouffre : le secteur public et le secteur privé. A l’occasion de cette crise, le secteur privé a été violemment agressé, notamment par la privation de liberté économique : revenus en forte baisse et taux de chômage en hausse verticale. Le secteur public, lui, n’a même pas été égratigné.

D’ailleurs, vous l’avez peut-être remarqué : quand le Président a fait appel à la solidarité et à l’esprit civique des Français, il ne s’adressait qu’aux jeunes et aux Français du privé. Les élus et le secteur public n’étaient pas concernés, comme si l’engagement, par ailleurs remarquable, de milliers d’hospitaliers dédouanait des millions d’élus et de fonctionnaires de prendre leur part de l’effort collectif.

Le fait qu’absolument personne ne l’ait relevé en 2020 est en soi un basculement. Comme l’inégalité de naissance sous l’Ancien Régime, personne n’ose plus remettre en cause la domination totale de la France publique sur le pays. Un clan a pris le pouvoir et, sans surprise, il s’en sert pour forcer le peuple à faire ce qu’il ne ferait pas volontairement et pour s’approprier leur patrimoine et les fruits de leur travail.

Alors, parenthèse ou basculement ?

Vous pourrez me rétorquer que, certes cette situation est désagréable, mais 1/ qu’elle est une réponse passagère à une crise indiscutable et 2/ qu’elle ne résulte pas d’une intention délibérée. Peut-être, mais peut-être pas.

  • Depuis 2015, nous avons vécu plus de la moitié du temps sous état d’urgence (attentats, gilets jaunes, crise sanitaire). Or, à chaque nouvelle instance, les mesures sont de plus en dures, puis elles deviennent permanentes. « Le coup d’état permanent » qu’était pour Français Mitterrand la V° république ne suffisait plus : nous vivons désormais sous « l’état d’urgence permanent »,
  • L’Etat a déjà annoncé que le prochain état d’urgence serait climatique. A cet égard, on peut légitimement se demander si la crise du Covid n’est pas finalement une simple répétition générale, un test grandeur nature destiné à affiner les méthodes de déstabilisation et in fine d’asservissement du bon peuple de France,
  • L’oppression, au sens premier de gêne respiratoire, que cause le port du masque est désormais imposée aux enfants dès 6 ans. Y-a-t il symbole plus clair de la volonté d’ancrer l’arbitraire et l’oppression dans la durée ?

Y a-t-il une intention dictatoriale ? A chacun son point de vue. Mais la sociologie des organisations nous enseigne que l’objectif de tout groupe dirigeant est d’asseoir un pouvoir toujours plus large et plus inexpugnable. A cette aune, la gestion du Covid par l’Etat est un immense succès politique.

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Les GAFAM déclarent la guerre au parti Républicain… et à la démocratie

Par Éric Verhaeghe

Depuis les événements du Capitole, les GAFAM ont pris des mesures radicales contre Donald Trump, et contre les éléments les plus conservateurs du parti Républicain : les faire taire. Cette offensive constitue probablement le premier dévoilement aussi assumé de la tentation liberticide qui anime les géants du Net aux Etats-Unis. Cette violation des libertés suscite un tollé en France, y compris chez ceux qui sont des ennemis déclarés du président américain. Le démantèlement de ces géants pour protéger la libre concurrence devient urgent.

Les GAFAM sont-ils entrés en guerre contre la démocratie ? Les événements survenus ces derniers jours, et même ces dernières heures aux Etats-Unis, montrent l’étendue des dégâts qu’une « modération » des contenus haineux confiée à des entreprises privées peut créer. 

Donald Trump banni des grands réseaux sociaux américains

Les uns après les autres, les réseaux sociaux américains ont décidé de bannir Donald Trump. Désormais, le président américain est interdit de Twitter, et banni de Facebook et d’Instagram jusqu’au 20 janvier, jour de sa « déposition ». 

C’est la première fois qu’un chef d’Etat démocratiquement élu est ainsi censuré par les réseaux sociaux.

Les GAFAM tentent de faire taire les conservateurs US

Les supporters de Donald Trump ont décidé de se « réfugier » sur le réseau social Parler. Pour éviter cet appel à la concurrence, Apple et Google ont décidé de ne plus proposer ce réseau en téléchargement, et Amazon a décidé de ne plus l’héberger. 

Les GAFAM utilisent donc leur position dominante pour empêcher l’émergence de nouveaux acteurs sur le marché. 

Les réseaux sont-ils vraiment neutres ?

De façon claire et ouverte, cette affaire pose donc la question de la neutralité des acteurs du Net. Les réseaux sociaux ne cachent plus qu’ils sont porteurs d’une idéologie politiquement engagée, qui influence leurs choix en matière de « modération ». 

Le démantèlement des GAFAM devient indispensable pour revenir à des équilibres démocratiques plus satisfaisants. 

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La dictature Facebook et Twitter apparaît dans toute sa splendeur

Par Éric Verhaeghe

Facebook et Twitter sont-ils des instruments de démocratie ou d'oppression ? Les réseaux sociaux sont-ils au service d'une idéologie qu'ils tentent d'imposer en faisant taire toute opposition et en bannissant ceux et celles qui n'y adhèrent pas ? L'éviction de Donald Trump sur l'ensemble des réseaux (dont Facebook et Twitter), et l'éviction du réseau concurrent Parler, pose une nouvelle fois la question du droit à la diversité de points de vue dans la culture du Net, et de la nécessité de démanteler ces cartels qui sont devenus tout puissants dans la "régulation" des idées.

S’il fallait une démonstration du caractère liberticide de la loi Avia (jamais adoptée) et de l’ensemble des projets qui s’en remettent aux réseaux sociaux pour censurer les contenus haineux, Facebook, Twitter et quelques autres viennent d’en apporter une superbe démonstration en bannissant sans nuance Donald Trump, après les incidents du Capitole. On ne pouvait imaginer meilleure démonstration du danger qu’il y a à investir ces réseaux du pouvoir de censurer les contenus qui déplaisent.

Une dictature qui bannit les opposants

Il est assez saisissant désormais d’énumérer les réseaux sociaux qui ont banni Donald Trump pour une durée plus ou moins longue : bannissement définitif sur Twitter, mais aussi sur Snapchat (qui accuse Trump de violence raciale…), sur Twitch et TikTok, jusqu’au 20 janvier sur Facebook et Instagram. Seul Youtube s’est contenté de mettre le Président américain sous surveillance renforcée.

Cette mise sous silence d’un Président par les réseaux sociaux pour des considérations idéologiques en dit long sur leur capacité de nuisance : d’un geste, ils peuvent faire toute une opposition et faire disparaître socialement une personnalité. Ce pouvoir radical sans limite choque même dans les rangs des pires ennemis de Donald Trump.

Ainsi, Jean-Luc Mélenchon n’a pas hésité à s’insurger contre ces décisions expéditives :

 

Je ne suis pas d’accord pour que des grandes entreprises comme #Facebook ou #Twitter décident de couper des comptes comme celui de Monsieur #Trump quoi qu’on pense de lui. #EnTouteFranchise #LCI pic.twitter.com/2Ms4YsYbsZ

— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) January 10, 2021

De fait, et c’est bien le sujet qui est posé depuis le début, y compris par la loi Avia et par l’ensemble des textes qui visent à investir les réseaux sociaux d’un rôle de « régulation » ou de « modération » des contenus, demander aux réseaux sociaux de faire eux-mêmes la police en matière de « lutte contre la haine » est une porte grande ouverte à toute la dérive. 

On commence aujourd’hui par censurer un Trump, et à qui le tour demain ?

Une libre concurrence ouvertement faussée par les GAFAM

Les réseaux sociaux ne se contentent désormais pas de bannir certains contenus, ils cherchent également à interdire les contenus publiés ailleurs. C’est particulièrement vrai pour les contenus du réseaux Parler, devenu refuge pour les conservateurs américains. Google a décidé de retirer ce réseau de sa plate-forme de téléchargement, et Apple appelle ce réseau à durcir ses conditions de modération. De son côté, Amazon a décidé de ne plus l’héberger sur ses serveurs, provoquant un arrêt du système. 

Autrement dit, les GAFAM ne se cachent plus pour limiter l’accès au marché et pour fausser la concurrence, en abusant de leur position dominante. Face à ce risque, les nouveaux entrants sur le marché (comme Parler) sont bien démunis : ils n’ont pas d’autre choix que de renoncer à exercer leur activité, faute d’égalité et de concurrence sur le marché. Et la concurrence apparaît plus que jamais comme le meilleur rempart contre la dictature des dominants. 

Comment Facebook rackette ses utilisateurs

Ajoutons que, si les GAFAM ne se gênent pas pour museler les opinions divergentes au nom d’une modération supposée défendre la démocratie, ils ne se gênent pas non plus pour fouler aux pieds, dans le même temps, toutes les protections en matière de vie privée (signe que le discours sur la démocratie n’est rien d’autre qu’un discours de propagande de circonstance). Ainsi, WhatsApp, qui, comme Instagram, appartient à Facebook, annonce la mise en commun obligatoire des données personnelles collectées par le réseau avec Facebook

Cette utilisation intrusive et autoritaire des données personnelles vaut d’ailleurs au réseau prétendument crypté des désabonnements massifs. Beaucoup d’utilisateurs choisissent désormais de migrer sur d’autres réseaux, notamment Signal. 

Une fois de plus, la concurrence constitue le meilleur rempart contre les abus des dominants. Mais on voit bien comment la protection de la vie privée est une position de faiblesse face au poids des intérêts qui se constituent. 

Indispensable démantèlement pour sauver la démocratie

Le bannissement de Trump succède à de très nombreuses affaires liées aux censures arbitraires sur Facebook, dont certaines ont été dénoncées par Amnesty International. Mais les utilisateurs français remarquent très régulièrement que le réseau américain expurge sans nuance tous les contenus qui lui déplaisent. 

Face à ces abus de plus en plus visibles, le démantèlement des GAFAM apparaît comme la mesure la plus sage et la plus raisonnable à prendre. Il est indispensable de préserver un libre accès au marché et une concurrence la plus parfaite possible en empêchant un même groupe d’héberger et de publier des contenus, d’abord, mais aussi en l’empêchant d’animer plusieurs réseaux. Enfin, le fait qu’Amazon décide de ne plus héberger telle ou telle application au vu de ses utilisateurs devrait être interdit pour préserver la neutralité du Net.

La discrète idéologie mondialiste des réseaux sociaux

La question de la neutralité devient aujourd’hui centrale sur Internet : neutralité des hébergeurs, des fournisseurs d’accès et des applications. Jusqu’ici, l’opinion a pu croire qu’Internet était un monde de bisounours, et que les réseaux sociaux étaient un espace entièrement libre et divers. Vingt ans à peine après leur invention, les réseaux subissent désormais une dérive ouverte : ils souhaitent sans vergogne ne propager que l’idéologie qui les a vus naître, celle d’un mondialisme affinitaire sans limite. 

La culture des réseaux sociaux, c’est bien cet « aimons-nous les uns les autres sans frontière » particulièrement vrai pour ceux qui combattent les frontières, et beaucoup moins applicable à ceux qui les défendent. D’où une préférence systématique pour les Black Lives Matter qui combattent une prétendue forteresse blanche, et une disqualification systématique des mouvements souverainistes. 

En réalité, le monde tout beau tout joli des GAFAM est imbibé d’une idéologie qui vise à justifier l’ouverture des marchés nouveaux : il faut faire tomber les frontières pour créer un grand marché mondial. En soi, cette idée peut se défendre, mais elle n’a rien de neutre. Et visiblement ne s’embarrasse ni de démocratie ni de respect du pluralisme pour se diffuser. 

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Simone Wapler : « Davos rêve d’un gouvernement mondial »

Par Éric Verhaeghe

À l'occasion de la sortie de son livre "L'Etat ne nous protège plus", Simone Wapler nous a accordé une interview sur le rôle de l'Etat... qui a débordé sur la question du Great Reset, de la dette, du gouvernement mondial. Laissez-vous convaincre par ce moment de délire libertarien où une lecture de l'Histoire contemporaine extrêmement cohérente se déploie... jusqu'à vous montrer comment le Great Rest du Forum de Davos prend son sens. Garanti 100% politiquement incorrect.

Simone Wapler, auteur de « Non, l’Etat ne nous protège plus » (JDH éditions, collection Uppercut), nous a accordé une interview sur la question du rôle de l’Etat, qui a dérivé sur la question du Great Reset, prôné par le Forum de Davos. Ce grand format du week-end fait le point sur tout un tas de sujets qui fâchent, comme la question du gouvernement mondial ou du multilatéralisme. Ne manquez pas cette interview passionnante qui fait le point sur les sujets contemporains sans la moindre langue de bois. 

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Si vous êtes contre le masque à l’école primaire, rejoignez ce collectif !

Par Éric Verhaeghe

Nous interviewons aujourd'hui Pierre, animateur du collectif Enfance-libertés, qui s'oppose au masque à l'école. Voici ces arguments... Si vous partagez son combat, n'hésitez pas à rejoindre le collectif qu'il anime, et participez aux manifestations organisées demain dans toute la France contre cette mesure liberticide dont la pertinence sanitaire n'a été prouvée par personne...

Depuis plusieurs mois, la question du port du masque par les enfants à l’école est sévèrement débattue. Selon toute vraisemblance, le gouvernement s’est rallié à son principe pour éviter les conflits avec les syndicats enseignants qui ont freiné des quatre fers pour empêcher une reprise normale de l’activité scolaire. 

Le collectif Enfance-libertés pointe du doigt les inégalités d’apprentissage que cette mesure accroît. Si vous partagez leur combat, rejoignez-les, et participez à l’une de leurs manifestations organisées demain dans Paris. 

Il en va de l’avenir de l’éducation de nos enfants. 

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Great Reset : mythes et réalité… ce qu’il faut savoir

Par Éric Verhaeghe

Le Great Reset est-il un complot ? une élucubration ? un projet abouti ? une erreur de parcours ? Nous livrons ici notre dernier article consacré au sujet du Great Reset, qui formera la préface de l'ouvrage global sur la question que nous mettrons à disposition sur notre site dès lundi. Il traite de la question essentielle du statut du Great Reset : s'agit-il d'une parole en l'air ou d'une sorte de prédiction de ce qui va arriver ? Rendez-vous lundi pour retrouver l'ensemble du livre écrit avec vous au fil des semaines.

L’opuscule qui suit se veut un commentaire pour ainsi dire littéral consacré au Great Reset, qui est à la fois un livre publié en juillet 2020 par Klaus Schwab, fondateur du Forum de Davos, co-écrit avec Thierry Malleret, ancien conseiller de Michel Rocard, un concept et un programme.

Le concept et le programme, nous pouvons les résumer simplement en renvoyant au site Internet du Forum de Davos, qui décline sous tous ses aspects cette conviction énoncée par Schwab, selon laquelle l’épidémie de coronavirus constitue une occasion historique d’accélérer la quatrième révolution industrielle, celle de la digitalisation. Trop d’obstacles réglementaires, politiques, sociétaux, retarderaient l’émergence d’une société nouvelle qui tirerait le meilleur parti des possibilités offertes par l’économie numérique. La pandémie de coronavirus, qui oblige à la relation à distance, permettrait de vaincre ces obstacles et d’annoncer l’heureux avènement d’un nouveau monde où les technologies changeraient nos habitudes et notre style de vie.

Pêle-mêle, Schwab et Malleret jettent dans leur énumération le télétravail, la surveillance en temps réel de la circulation des personnes, l’émergence de l’économie circulaire et la disparition de la monnaie fiduciaire. Ces quelques exemples sont loin d’épuiser la verve des auteurs.

En parcourant le site Internet du Forum Economique mondial, chacun pourra se rendre compte que ces projections futuristes (et opportunistes) ne sont pas une simple parole dans le désert. Le Forum a mobilisé son réseau pour pousser tous azimuts des projets prêts à réaliser pour changer la vie des gens, l’organisation de nos sociétés, et le cours de l’histoire. Une des questions fondamentales que pose ce livre est donc de démêler ce qui y relève de l’idéologie portée par Schwab et Malleret, de l’influence auprès de la grande bourgeoisie mondialisée qui manage les entreprises transnationales, et qui parfois les possède, et ce qui relève d’un agenda en arrière-fond qui dicterait la conduite de certains Etats ou de certains gouvernements.

Le Great Reset et la question du complot

Une grande partie de la presse mainstream (pour ne pas dire toute la presse mainstream) a observé un parfait silence sur ce projet de Great Reset au cœur des travaux menés par le Forum de Davos, au point que tous ceux qui en ont parlé ont été taxés de « complotisme », ce mot à la mode qui permet de stigmatiser toute pensée ou toute expression qui prend à rebrousse-poil le prêt-à-penser des élites. Dans un étrange délire idéologique, certains journalistes ont même pris pour réflexe d’accuser de complotisme tous ceux qui évoquent l’existence de ce Great Reset, ne serait-ce qu’en tant qu’objet-livre.

Cette accusation est évidemment grotesque, puisque le livre « The Great Reset » est non seulement en vente sur le site d’Amazon, mais il est disponible gratuitement sur Internet, sous forme de livre numérique. Il a été publié par Thierry Malleret lui-même, dans son format de tapuscrit. Si affirmer que ce livre existe relève du « complotisme », alors il faut aussi remarquer qu’en nier l’existence relève du « négationnisme » le plus idiot. Mais il est vrai que la peur qui étreint tant de journalistes de déplaire et d’être banni du microcosme parisien est telle que même les plus grandes absurdités peuvent trouver grâce sous leur plume, pourvu qu’elles leur permettent de conserver leur emploi.

Ce silence observé par la presse sur la question du Great Reset a nourri de nombreux fantasmes (authentiquement complotistes, ceux-là) sur une grande orchestration des malheurs qui marquent notre époque. Pour aller vite, et sans entrer dans le détail des différentes théories qui ont fleuri, l’épidémie de coronavirus aurait été sciemment fomentée pour permettre l’émergence d’un nouvel ordre mondial, où les élites confisqueraient définitivement le pouvoir et asserviraient les peuples en les soumettant notamment à une surveillance de tous les instants. On retrouve ici le besoin si humain de contester le hasard dans l’histoire, et de bâtir un récit rationnel et prémédité des événements. Au fond, il ne se peut pas qu’une épidémie éclate innocemment et transforme le cours de notre existence. Elle doit forcément obéir à une logique téléologique : un esprit intelligent organise l’histoire et se cache derrière les éléments désordonnés qui défilent sous nos yeux pour arriver à une fin cachée, inconnue de nous, mais déterminée à l’avance.

Ces élucubrations ont un effet très toxique sur la compréhension de ce qu’est le Great Reset, puisqu’elles décrédibilisent tous ceux qui veulent aborder le sujet de façon sérieuse, en les assimilant à des énergumènes convaincus que les reptiliens ou les illuminati ont pris le pouvoir. Il importe donc ici de démêler le vrai du faux avant d’aller plus avant dans la réflexion.

Ce que Schwab et Malleret écrivent effectivement, c’est que la pandémie est une opportunité pour changer les habitudes de vie. Ils n’hésitent pas à recommander aux leaders politiques de faire durer autant que possible l’urgence sanitaire pour que les comportements soient modifiés en profondeur, et pour que les réformes réglementaires dont la numérisation a besoin aient le temps d’intervenir. Instrumentaliser la pandémie à des fins politiques constitue même le fait générateur du Great Reset, en tant que livre et en tant que projet décliné par le World Economic Forum.

Sur ce point, on notera précieusement que les projets de révolution systémique et sociétale qu’égrène le Forum ne sont pas nés de la dernière pluie, et spécialement de l’apparition du virus. Pour une large part, ce sont des projets muris, programmés, préparés, comme la mise sous surveillance des populations, mais que des obstacles réglementaires empêchent ou entravent. Sur ce point, Schwab et Malleret citent l’exemple de la disparition de la monnaie fiduciaire enfin permise par l’idée qu’un billet de papier peut être porteur du virus, et donc qu’il vaut mieux généraliser le paiement par Internet pour limiter la contamination.

Ce qui n’est pas prouvé, et n’est même pas mesurable, c’est l’influence réelle de ces considérations sur la conduite des politiques publiques. Lorsque les gouvernements décident de recourir régulièrement aux confinements ou à diverses restrictions des libertés, agissent-ils parce qu’ils ont lu ou écouté Schwab, ou simplement parce que les éléments politiques à leur disposition leur recommandent d’agir de la sorte pour protéger les citoyens ? On voit bien que la part de fantasme et de réalité sera éternellement discutée par ceux qui ont décidé que l’enchaînement des séquences de 2020 obéit à un pur hasard, et ceux qui sont convaincus qu’au contraire il obéit à une nécessité secrète.

Sur ce point, chacun pourra se forger son avis librement. Mais une hypothèse vraisemblable apparaît désormais : il est plausible (mais cela n’est pas prouvé) que le coronavirus soit le produit d’une manipulation de laboratoire à Wuhan qui aurait mal tourné. Le gouvernement chinois s’est empressé d’isoler la ville sur le plan intérieur pour éviter une contagion dans le reste du pays, mais a laissé le trafic international continuer comme si de rien n’était pour ne pas inquiéter l’opinion mondiale.

Cette gestion funeste a pris de nombreux décideurs publics dans le monde entier (y compris des médecins en charge de la santé publique) au dépourvu, et ce vide intellectuel s’est révélé propice à l’influence d’une théorie comme celle de Schwab, dont l’immense mérite était de tracer une route simple et opérationnelle là où les boussoles n’indiquaient plus aucun Nord. Cette rencontre entre des hiérarques perdus et des gourous calculateurs a probablement nourri pas mal de notes, de réflexions, de mémos, qui ont circulé dans les allées du pouvoir, mais dont la destinée finale et la solidité sont encore inconnues.

Great Reset et Nouvel Ordre Mondial (NOM)

Dans la croyance populaire qui s’est répandue autour du Great Reset à la vitesse de la lumière, Schwab serait porteur d’un projet de Nouvel Ordre Mondial fondé sur une dictature internationale autoritaire. Cette conviction fait couleur beaucoup d’encre et agite beaucoup les touches des claviers.

Là encore, il faut distinguer le bon grain et l’ivraie et revenir à ce qui est écrit exactement pour comprendre la portée du discours distillé par les élites depuis la pandémie. L’ouvrage de Klaus Schwab est assez explicite sur le sujet de « l’ordre mondial » qu’il préconise et qu’il affirme entrevoir dans les années à venir. Il est d’ailleurs sans surprise et sans imagination. Il n’a rien à voir avec une sorte d’empire au sens où George Lucas l’avait imaginé pour Star Wars, avec une sorte de bureau politique central qui commanderait le monde et l’attirerait du côté obscur de la force.

Dans la pratique, Schwab et Malleret se contentent de réchauffer la soupe servie depuis des années dans les dîners des grands, faite de multilatéralisme et de décisions complexes, anonymes, âprement négociées dans des instances nébuleuses dont il ressort un épais bottin de mesures techniques qui ne suscitent jamais l’enthousiasme des peuples, mais qui récompensent obscurément tous ceux qui ont eu les moyens d’influencer leur élaboration. Le multilatéralisme, dont les Anglo-Saxons sont sortis avec fracas depuis 2016, en choisissant le Brexit d’abord, Donald Trump ensuite, est l’apanage des diplomates, des hauts fonctionnaires, des grands commis qui se substituent peu à peu aux peuples et aux élus pour gouverner le monde.

Sans surprise, donc, Schwab est un adepte du multilatéralisme sous toutes ses formes : Union Européenne qu’il cite en exemple, ONU, OMC, G7, G8, G20, qu’il trouve trop mous du genou. Il est accessoirement un ennemi des Etats-nations, qu’il juge rétrogrades, inadaptés à un monde « interconnecté », et autres mots des Start-Up Nations qui débouchent tous sur le constat plus ou moins assumé que la démocratie libérale telle qu’elle fut conçue au dix-huitième siècle en Europe a vécu, et qu’une nouvelle ère est arrivée.

Incontestablement, ce discours correspond au credo d’une certaine élite qui tient le monde. Après l’échec du referendum sur le projet de constitution européenne, et plus encore après le Brexit, les élites mondialisées ont nourri un sentiment de dépit grandissant vis-à-vis du suffrage universel. Au fond, faire voter tout le monde, c’est aussi donner la parole aux idiots, aux crétins, aux réfractaires, aux populistes, aux nationalistes, aux petites gens incapables de comprendre le destin de la planète. Alors que les élites contemporaines sont toutes issues de la démocratie libérale, elles se sont surprises à la mépriser toujours un peu plus au fil des années, et surtout à s’en méfier jusqu’à vouloir la court-circuiter. Il s’agit là d’une tendance longue constitutive de notre époque. Progressivement, sans qu’on n’y prenne garde, à force de voir la tenace obstination des peuples à défendre leurs Etats-nations, les élites ont vu dans le multilatéralisme une voie commode pour gouverner sans partage et sans avoir à composer avec la volonté populaire.

Cette soupe-là, l’éloge du multilatéralisme, Schwab et Malleret la servent d’autant plus volontiers aux puissants qu’eux-mêmes se sont enrichis grâce à elle et ses présupposés. Le Forum de Davos ne fonctionne en effet pas autrement qu’une instance multilatérale, non-gouvernementale, certes, mais si ressemblante à l’original qu’on s’y méprendrait. Comme les organisations multilatérales, le Forum économique mondial dispose de ses « sherpas », les technocrates qui rédigent les textes et font les agendas, de ses comités techniques sectoriels qui déclinent précisément les projets, de ses séances plénières où de grandes figues symboliques viennent prononcer un discours qui ressemble à une homélie, et viennent valider des décisions préparées ailleurs. Toute cette « comitologie », comme on dit à Bruxelles, sert à forger un « mainstream », c’est-à-dire une vision commune sur les grands objectifs, sur les grands axes de réflexion, sur les orientations principales, dont chaque adhérent, chaque participant aura d’autant plus à cœur de les mener à bien, au besoin en les amendant ou les sur-transposant, qu’il est laissé libre d’agir ou non.

Ici s’exprime le principe si efficace de l’émulation : parce que personne n’y est obligé, chacun veut montrer qu’il peut plus que l’autre, qu’il est plus enjoué, enthousiaste, déterminé que son voisin. Faute d’obligation, le processus fonctionne par adhésion et par intérêt personnel. Les familiers des discours d’Emmanuel Macron savent quel dégât ce genre de cécité idéologique peut causer dès lors qu’il s’agit d’instrumentaliser une cause collective pour en tirer des bénéfices locaux plus ou moins variés.

In fine, Schwab et Malleret se contentent donc de transposer à une échelle mondiale ce dont ils sont bercés depuis qu’ils sont enfants, et ce dont ils profitent à titre individuel : le remplacement de la volonté démocratique par un gloubi-boulga multilatéral, fait de conciliabules, d’instances techniques byzantines, de technostructure où plus personne n’est capable de prendre une décision simple et claire. Bref, leur dispositif donne le pouvoir aux techniciens, aux spécialistes, aux experts, au détriment du citoyen ordinaire qui vote par oui ou par non.

Le multilatéralisme consacre le règne de l’entre-deux, du tiède, du compliqué, là où la démocratie privilégie, in fine, la clarté du vote plébiscitaire.

Cette vision-là fabrique-t-elle un nouvel ordre mondial ? Certainement pas au sens où l’entendent les « complotistes » qui se réduirait à une table ronde de douze chevaliers qui enrégimenteraient secrètement la planète. Mais à coup sûr elle cherche à remplacer la démocratie par une comitologie opaque où plus personne ne sait exactement qui a décidé de quoi, ce qui est la porte ouverte à tous les débordements.

La fin programmée de l’Etat-nation

Là où les complotistes peuvent à bon droit dénoncer les arrière-pensées du Great Reset, c’est dans ce projet assumé par Schwab et Malleret de remplacer les Etats-Nations, par des entités régionales du même type que l’Union Européenne. Et ce n’est pas le moindre des paradoxes de voir qu’au moment même où un Donald Trump a largement ébranlé le multilatéralisme onusien, à un moment où la Grande-Bretagne a douloureusement quitté l’Union Européenne au terme d’un bras de fer de plusieurs années, deux gourous franco-allemands se font les apôtres d’un système que les plus libéraux combattent.

Des défauts que Schwab et Malleret trouvent à l’Etat-nation, on en connaît l’essentiel : rétrograde, protectionniste, frileux, rétif au progrès, l’Etat-nation incarne une sorte de mal absolu pour tous les adeptes de la culture mondialisée. S’il n’est pas possible, en l’état actuel des choses, d’imaginer une gouvernance mondiale unifiée comme dans les films de science-fiction (de la Guerre des Etoiles au Cinquième Elément), en revanche, il est possible d’imaginer des coagulations d’Etats sur le modèle de l’Union Européenne. Ce triomphe suprême du multilatéralisme apparaît aux promoteurs de Davos comme la solution optimale pour débarrasser la planète du prurit nationaliste ou patriotique.

De ce point de vue, le Great Reset ne se contente pas de dresser l’éloge du multilatéralisme, il préconise une voie opératoire à suivre pour préserver un modèle de profit sans recourir au protectionnisme. Ce modèle consiste à créer des blocs régionaux, des marchés uniques à l’échelle de plusieurs pays, voire de plusieurs régions.

Cette logique a beaucoup inspiré la Commission Européenne (qui apparaît souvent comme une enfant de Davos), et ses multiples traités de libre-échange : avec l’Amérique du Sud, le Canada, les Etats-Unis, la Chine… La liste est longue de ces tentatives de faire tomber les barrières douanières région par région. Mais la Chine elle-même semble très proactive sur ce nouveau paradigme des relations internationales. On pourrait même voir dans le projet de « Nouvelles Routes de la Soie » porté par les Chinois l’extension pour ainsi dire parfaite du modèle de Schwab et Malleret.

Nous y reviendrons plus longuement, mais il faut sans doute s’appesantir ici sur la formalisation théorique de cette idée d’entités régionales multinationales appelées à remplacer les Etats-nations. Selon Schwab et Malleret, il s’agit d’une dérivée du trilemme de Dani Rodrik. Ce philosophe politique soutient en effet que, dans le monde contemporain, il n’est pas possible de faire coexister la démocratie, la mondialisation et l’Etat-nation. Autrement dit, un Etat-nation qui joue le jeu de la mondialisation ne peut être démocratique. Et une démocratie qui joue le jeu de la mondialisation ne peut rester enfermée dans les frontières de l’Etat-nation.

Les Européens ont commencé à éprouver la pertinence relative de ce trilemme. L’intégration des Etats-nations d’Europe au jeu mondialisé provoque des secousses : certains choisissent de perdre leur souveraineté (c’est le cas des pays d’Europe de l’Ouest qui adhèrent à l’idéologie européenne), d’autres tendent à devenir illibéraux pour garder leur souveraineté. C’est en partie le cas de la Hongrie et de la Pologne, qui, chacun à leur manière, préfèrent garder leur identité au détriment d’une forme d’Etat de droit.

Certes, cette vision très logique appelle de nombreuses nuances et rien ne dit qu’elle sera éprouvée et étayée dans la durée. Néanmoins, on sent bien collectivement que les vieux Etats-nations apparus au XIXè siècle peinent à endurer l’épreuve du libre-échange et du développement du commerce régional. On sent bien aussi que leur maintien en vie passe, d’une façon ou d’une autre, par la restauration de frontières, de tarifs douaniers, qui sont à l’orthogonale avec les chaînes de profit aujourd’hui. C’est particulièrement vrai pour les grandes entreprises qui ont construit parfois de véritables empires à l‘échelle d’un continent. Leur modèle serait rapidement remis en cause si les frontières revenaient en Europe.

Toute la difficulté tient évidemment au fait que l’Etat-nation vient d’en bas et que le multilatéralisme vient d’en-haut. Les Allemands sentent instantanément que leur capitale est à Berlin, les Autrichiens à Vienne, les Danois à Copenhague, et les Hongrois à Budapest. Il y a là un attachement affectif profond et façonné par l’histoire. Très peu d’entre eux peuvent se reconnaître dans une entité multilatérale abstraite dont la capitale serait Bruxelles. Et pourtant, Bruxelles fut capitale de l’empire de Charles Quint, qui réunissait le Luxembourg, l’Autriche, l’Espagne, les Pays-Bas et une partie de l’Italie.

Pour que la carte d’Europe soit refaçonnée par une disparition des Etats-nations, il faut donc une violence venue d’en-haut, faite par les élites aux petits peuples, pour modifier le cours de leur histoire. Ce genre de phénomène n’est pas impossible, et l’on peut considérer que la France donne cet exemple même d’une Gaule (territoire mal défini) transformée en un Etat nouveau, avec une capitale venue de nulle part, appelée Paris, sous l’effet d’une noblesse étrangère, les Francs. Mais il a fallu plus de dix siècles pour achever ce processus, et de nombreuses guerres, répressions, écrasements de révoltes… L’illusion du Great Reset est de croire qu’en quelques années et sans coup férir, les Allemands pourraient accepter que Bruxelles remplace Berlin, quand les Bavarois en sont encore à considérer que Munich est leur véritable capitale.

Dans la volonté d’accélérer l’histoire pour la rendre mieux adaptée à la révolution numérique, Schwab et Malleret endosse donc discrètement une véritable violence qui serait faite aux peuples en les dépossédant ouvertement de la souveraineté qu’ils ont parfois chèrement acquise au cours des décennies.

Le ralliement de la bourgeoisie mondialisée à l’Etat autoritaire

Il nous semble que nous touchons ici à une pierre angulaire du projet porté par le Great Reset, celui du ralliement des élites mondialisées à une gouvernance autoritaire, très peu respectueuse des droits de l’homme, notamment du droit à la vie privée.

Nous invitons les lecteurs à se reporter aux différents chapitres qui détaillent ces points pour en saisir le détail que nous synthétisons ici autour de la conviction que Schwab et Malleret portent d’un nécessaire épisode autoritaire pour changer les habitudes individuelles et les organisations sociales.

Comme dans l’ensemble du Great Reset, ce remplacement de la démocratie par ce qui ressemble beaucoup à des dictatures autoritaires est justifié au nom de la santé publique. Pour lutter contre la pandémie et éviter les troubles sociaux nés du chômage de masse que le confinement crée, Schwab et Malleret valident l’émergence d’Etats forts, qui interviendraient massivement dans la vie économique et auraient l’autorité pour prendre les mesures sanitaires qui s’imposent. Dans ces mesures, on citera en priorité la surveillance généralisée des citoyens et de leurs mouvements, avec des moyens numériques qui laissent peu de place à l’amateurisme.

Pour Schwab et Malleret, le bon système de surveillance est donné par Singapour plutôt que par la Chine. Selon eux, Singapour protège mieux les libertés que le gouvernement chinois. Mais si l’on se réfère aux prévisions économiques des deux auteurs, on est pris d’un doute. Le Great Reset est en effet indissociable d’une affirmation forte de l’Etat sur le plan économique, d’un encadrement du marché par des réglementations contraignantes et d’une redistribution des richesses par une pression fiscale assumée. Dans cet univers où le capitalisme devient indissociable de l’Etat et de son action, où le profit repose sur une intervention musclée de la police (fût-elle sanitaire) sommes-nous encore loin du modèle chinois ?

La question se pose avec d’autant plus d’acuité que la volonté du Great Reset est bien celle de changer la vie des gens ordinaires. Il faudrait instaurer une économie circulaire (c’est-à-dire de recyclage), pour briser le modèle de consumérisme capitalistique. Il faudrait redistribuer massivement les richesses pour éviter les troubles. Il faudrait dissuader sans mollir Monsieur Toulemonde de prendre l’avion pour partir en vacances, ou de prendre la voiture pour aller skier.

Tous ces changements seraient évidemment imposés plus ou moins directement, et c’est pour cette raison que les promoteurs du Great Reset voient dans la pandémie une opportunité. Au nom de la lutte contre le virus, bien des mesures inacceptables en temps ordinaires pour changer les modes de vie deviennent possibles.

On comprend ici l’étape suivante : plus l’état d’urgence dure, plus l’épidémie traîne en longueur, meilleur seront les impacts du confinement. Plus le temps passe, et plus le retour en arrière sera impossible. Schwab et Malleret n’hésitent d’ailleurs pas à écrire ouvertement que les dirigeants les plus éclairés seront ceux qui font durer l’urgence sanitaire pour obtenir d’autres bénéfices sociétaux que la simple éradication du virus.

D’ici là, on retiendra que les adeptes du Forum de Davos, grands bénéficiaires du profit capitaliste s’il en est, ne cachent plus leurs émotions pour un modèle étatiste autoritaire où le profit privé s’appuie sur des politiques publiques liberticides. Cette fascination plus ou moins avouée pour le modèle chinois en dit long sur la détresse des élites face à la baisse tendancielle des taux de profit.

Great Reset, écologie et disparition de l’humanisme

On pourrait s’étonner de voir deux influenceurs internationaux, mondialisés, attacher autant d’importance à une épidémie qui a beaucoup moins tué que la grippe espagnole, la variole, ou encore le tuberculose. Si les auteurs du Great Reset jouent une sorte de va-tout sur cette maladie au fond assez peu létale, c’est parce qu’elle cache un autre projet, avec lequel elle pourrait se confondre : la lutte contre le réchauffement climatique. Et l’on comprend assez rapidement que, dans l’esprit de Schwab et Malleret, la lutte contre la pandémie est un moyen détourné de promouvoir la transition écologique dont ils estiment que le monde a besoin pour éviter la disparition.

Sur la question de l’écologie, le Great Reset a son programme déjà arrêté : on arrête les déplacements à tout-va, on limite la consommation et on devient tous écologistes. Ce projet suppose que les humains se convertissent désormais au recyclage, au progrès technologique, aux mobilités douces, et qu’ils cessent d’avoir le nez rivé sur le compteur de la croissance du produit intérieur brut.

C’est en réalité ce projet-là que le Great Reset porte, assorti de quelques considérations étonnantes sur ce qu’est l’humanité. En creux, ce qui se dessine, c’est une anthropologie écologiste et hygiéniste qui pose question sur ses racines intellectuelles.

Le Great Reset a d’ailleurs le mérite de jouer cartes sur table. L’époque de l’humanisme est finie et le projet écologique qui nous est proposé est aussi un projet hostile à l’humanisme, au sens où l’homme serait au centre de la création. Schwab et Malleret rejoignent les expressions émotionnelles de Greta Thunberg pour expliquer que l’homme est un animal comme les autres et qu’il doit apprendre à limiter les dégâts qu’il cause aux autres espèces. Foin, ici, de la supériorité de l’homme sur le règne animal par la rationalité, le langage et autres convictions héritées de la pensée moderne.

Désormais, l’homme se réduit à être une boule d’émotions dont l’horizon fondamental n’est plus le salut, mais seulement le bien-être psychologique. Ce qui peut se passer après sa mort n’intéresse plus personne. L’enjeu est seulement de vivre bien, sans question, sans inquiétude, sans perturbation. Au fond, l’écologie selon Schwab et Malleret est un projet d’opiomane : il faut revenir à une sorte d’état anesthésié où la raison, le sens, n’agiraient plus. Il faut simplement accueillir la vie telle qu’elle est et ne plus se poser de question.

A leur insu peut-être, Schwab et Malleret distillent donc un projet profondément hostile à l’humanisme. Ils montrent ainsi comment les élites mondialisées ne croient plus en l’homme, et l’ont définitivement échangé contre une préservation éphémère de leurs profits.

Prédictions ou influence idéologique

Certains auront sans doute froid dans le dos en lisant cet ouvrage qui ressemble au énième projet « d’homme nouveau » dont l’histoire a eu le secret. Dans la lignée des idéologies totalitaires qui, de Lénine à Pol Pot, ont cru pouvoir changer l’homme par des décisions politiques, Schwab et Malleret prennent le relais de la grande utopie verticale et autoritaire.

En ce sens, on dira que le Great Reset est un projet du vingtième siècle perdu au siècle suivant.

Nous tenons à cette formulation particulière car il existe deux lectures possibles du Great Reset.

La première lecture repose sur l’idée que Schwab et Malleret seraient des sortes de Nostradamus qui prédiraient l’avenir. Ce qu’on lit dans leur livre aurait donc toute chance d’arriver, notamment parce que le Forum de Davos serait une sorte de gouvernement caché qui imposerait sa vision au reste du monde. Cette lecture est très pessimiste, dans la mesure où elle prend acte de façon quasi-irréversible de nos libertés, et qu’elle laisse à penser que les élites ont tout loisir de faire de nos sociétés ce qu’elles entendent en faire.

Une autre lecture, que nous préférons, est beaucoup plus engageante. Elle détecte dans le Great Reset la grande angoisse des élites capitalistes installées face à un changement de modèle où les citoyens les plus modestes ont la faculté de se fédérer grâce aux réseaux sociaux et à Internet. Ce changement de modèle change les sources de profit et les rapports de force. D’une part, ce qui faisait la valeur hier ne le fera plus demain, notamment parce qu’un modèle de consommation affinitaire, beaucoup plus sobre, devrait succéder à l’idéologie de l’hypermarché. D’autre part, des groupes de citoyens ont la faculté de s’organiser de façon agile pour imposer des décisions dont les élus ne veulent pas. L’affaire des Gilets Jaunes en France en a donné l’exemple.

Face à ces mutations profondes, la panique est évidente, et le Great Reset est une tentative autoritaire pour sauver des meubles qui sont, de notre point de vue, déjà perdus. L’ouvrage de Schwab et Malleret n’est donc pas une prédiction, mais une imprécation.

Est-ce à dire qu’il n’a pas d’avenir ?

Il est impossible de le savoir aujourd’hui, mais une chose est désormais claire : il existe deux projets concurrents pour notre avenir. L’un, formulé par le Great Reset, propose une réaction élitaire pour reprendre le contrôle de l’histoire et enrégimenter les peuples. L’autre, venu du sol, horizontal, consiste à laisser faire et à laisser les peuples libres d’agir avec les outils qui leur sont donnés.

Le décor est posé. Reste à savoir qui sortira vivant de la tragédie qui s’annonce.

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Exclu : les 35 pages de circulaire envoyées aux directeurs d’EHPAD par Véran pour le COVID

Par Éric Verhaeghe

En exclusivité, nous avons décidé de vous montrer aujourd'hui l'un des beaux exemples de l'excellence française : la circulaire administrative. En l'espèce, nous publions l'épaisse documentation envoyée par Olivier Véran et ses servies aux directeurs d'EHPAD en matière de vaccination. Et pour illustrer toute l'étendue de notre savoir-faire, nous publions les près de 35 pages supposées encadrer l'exercice dans les établissements pour personnes âgées. Voilà une nouvelle occasion de prendre la mesure du désastre de complexité organisé par notre bureaucratie en plein milieu d'une crise sanitaire qui obsède l'opinion.

Face au COVID, nous ne sommes pas bien sûrs que la bureaucratie sanitaire ait trouvé toutes les réponses pour protéger efficacement notre santé, ni sur la question des masques, ni sur celle des tests, ni sur celle de la vaccination. En revanche, nous sommes absolument certains qu’elle a donné le meilleur là elle excelle : la paperasserie bureaucratique. Nous en donnons ici une magnifique illustration. 

35 pages de circulation pour la vaccination dans les EHPAD

Nous publions ici l’intégralité des documents envoyés par Olivier Véran aux directeurs d’EHPAD, par l’intermédiaire des inévitables ARS, transformées pour la circonstance en chambres d’enregistrement. Elles illustrent le souci très administratif d’accorder plus d’importance aux procédures et à leur normalisation, qu’à la réussite des opérations elles-mêmes. On retrouve ici un mal très français, particulièrement répandu dans l’administration.

La crainte des effets secondaires des vaccins

On notera qu’une partie de cette documentation très fournie vise à « protéger » l’administration contre les effets secondaires éventuels indésirables des vaccins. Sur ce point, on se reportera particulièrement aux éléments relatifs aux réactions anaphylactiques, qui imposent systématiquement une hospitalisation, même lorsqu’elles se limitent à un malaise vagal. 

On voit ici que la bureaucratie sanitaire cherche à se protéger en multipliant les normes et les recommandations, ce qu’on appelle couramment « ouvrir le parapluie ». 

Une bureaucratie protégée par les medias mainstream

Le poids de la bureaucratie est volontiers nié ou minoré par les médias mainstream qui ne semblent pas vouloir informer clairement le public de la réalité du désastre. On pense ici à la polémique soulevée par France 2 sur les propos de Gérard Larcher concernant cette inflation circulaire

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Quand le Great Reset fait la promotion mensongère de l’immigration clandestine

Par Éric Verhaeghe

On ne le sait pas assez, mais le Great reset et sa structure support, le Forum de Davos, sont des grands amateurs d'immigration clandestine et de mouvements intercontinentaux (surtout s'ils servent à faire venir des travailleurs subsahariens sur le sol européen). Dans le cadre d'une promotion très favorables aux "migrants", le Forum a notamment fait la publicité d'un jeu mystérieux, "Salaam", supposé permettre des transferts financiers vers l'Afrique. Sauf que ce jeu n'existe toujours pas...

This video game lets you step inside the shoes of a refugee #refugees https://t.co/VmlFMWbT5a #sdi20 pic.twitter.com/OJhTGJ0phX

— World Economic Forum (@wef) January 5, 2021

Se mettre dans la peau d’un « migrant » quand on est européen, quel jeu délicieux ! C’est l’expérience que propose le jeu Salaam dont le Forum de Davos a fait la promotion sur son compte Twitter. Sauf que… ce jeu n’existe pas encore, comme le fait remarquer le site belge News-24. Officiellement, ce jeu est pourtant annoncé depuis plus d’un an. Il aurait été créé par un migrant. 

Accessoirement, le site belge fait remarquer que l’apport de fonds vers l’Afrique n’est pas très clair dans les descriptions actuelles. 

De là à dire que l’idéologie globaliste du Forum le pousse à promouvoir aveuglément des initiatives bidon, il n’y a qu’un pas. 

Reste la question de fond : quel intérêt stratégique le Forum de Davos et le Great Reset peuvent-ils trouver dans cet éloge des déplacements de population souvent réalisés dans des conditions inhumaines ?

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Quand Bernard Cazeneuve s’empresse de faire oublier ses liens avec Olivier Duhamel

Par Éric Verhaeghe

Depuis qu'Olivier Duhamel n'a pas démenti les accusations d'inceste portées contre lui par sa belle-fille, les élites parisiennes s'empressent de faire oublier la connivence qu'elles ont pu entretenir avec lui. C'est notamment le cas de Bernard Cazeneuve, président du discret Club des Juristes, un think tank juridique qui aurait inspiré de nombreuses rédactions de textes de loi, dont Olivier Duhamel était un membre fondateur. Sa photo n'a pas tardé à disparaître de la page d'accueil du site... avec quelques oublis !

Bernard Cazeneuve n’a pas perdu de temps pour faire oublier ses mauvaises fréquentations au Club des Juristes, auto-proclamé « premier think tank juridique français ». Comme on le voit sur la page d’accueil du site du Club, le visage du constitutionnaliste accusé d’inceste a disparu du trombinoscope officiel. Il faut fouiller un peu sur le site pour retrouver la page dédiée à ce membre éminent de l’équipe qu’était Olivier Duhamel. Nous la reproduisons ci-dessous. 

Duhamel a-t-il influencé une loi sur l’inceste ?

On notera au passage que ce think tank peu connu des Français est prétendument à l’origine d’un certain nombre de lois. Il semblerait notamment que Michèle Alliot-Marie se soit appuyée sur lui pour réfléchir à une modification du Code Pénal. Rien n’exclut qu’à cette époque, Olivier Duhamel ait été consulté sur la rédaction d’une proposition de loi adoptant la définition pénale de l’inceste.

Il se trouve (ça ne s’invente pas !) que cette loi fera l’objet d’une annulation totale de la part du Conseil Constitutionnel, à l’issue de l’une des premières questions prioritaires de constitutionnalité posées après l’introduction de ce dispositif dans la Constitution par Nicolas Sarkozy. Il se trouve qu’à cette époque, Olivier Duhamel était le spécialiste incontesté de la question prioritaire, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet. L’histoire est parfois cruelle…

A l’époque (le 17 février 2012, pour être précis), le Conseil Constitutionnel avait considéré que la loi ne définissait pas assez précisément les liens familiaux nécessaires pour qualifier le délit d’inceste que la loi créait. 

Il serait intéressant de savoir quelle fut la participation éventuelle d’Olivier Duhamel à tout ce qui a pu entourer cette loi et sa censure par les Sages. 

Duhamel, l’enfant chéri de Sciences-Po

On notera que, selon Ariane Chemin, les langues s’étaient déliées depuis au moins 2017 sur les relations coupables qu’Olivier Duhamel aurait entretenues avec son beau-fils. Le directeur général de Sciences-Po le savait, l’a reconnu, et a néanmoins confié la séance inaugurale de son école, cette année, au même Duhamel qu’il a présenté comme un ami. 

On lira avec gourmandise le compte-rendu de cette « leçon » par le constitutionnaliste

L’apprentissage reçu par les élèves, au fur et à mesure des trois années qu’ils et elles passent au Collège universitaire, doit leur permettre d’acquérir les outils nécessaires pour faire face et se confronter au monde qui les entoure. Un apprentissage de la liberté, de la pensée, de l’esprit critique, « sèves sans lesquelles l’arbre de la démocratie dépérit, [qui] sont à Sciences Po des valeurs cardinales ». Le Collège universitaire se veut ainsi le lieu qui va aider les élèves à grandir pour être prêt.es, malgré les difficultés, à être les acteurs et actrices du monde dans lequel ils et elles se préparent à entrer.

Olivier Duhamel

Aider les élèves à grandir malgré les difficultés… quel superbe programme, qui devait sonner juste dans la bouche de cet ami de Sciences-Po.

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Fichage généralisé : Jean-Frédéric Poisson saisit la CEDH contre la France

Par Éric Verhaeghe

Le fichage généralisé des citoyens par la police (y compris sur leur patrimoine) est désormais autorisé en France et validé par le Conseil d'Etat. Jean-Frédéric Poisson, président de la Voie du Peuple, était à l'origine de l'un des référés au Conseil d'Etat. Débouté, il nous explique pourquoi il saisit désormais la Cour Européenne des Droits de l'Homme pour obtenir la censure des décrets liberticides publiés par le gouvernement en plein état d'urgence sanitaire.

Jean-Frédéric Poisson, président de la Voie du Peuple (ex-parti chrétien démocrate) est tenace. Il est bien décidé à ne pas lâcher le « morceau » des décrets liberticides autorisant le fichage des citoyens, que nous avons évoqués sur ce site

Débouté par le Conseil d’Etat du référé-suspension qu’il avait déposé, le président du VIA annonce la saisine de la CEDH sur ce sujet. 

Nous vous tiendrons informés de la suite de ces opérations. Rappelons simplement que le gouvernement profite de l’état d’urgence sanitaire et de la pandémie pour faire adopter une batterie de mesures liberticides dont nous nous repentirons tôt ou tard. 

La mobilisation contre ces textes scélérats est indispensable. 

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🎖L’Estonie, nouveau paradis fiscal pour les entrepreneurs ?

Par Éric Verhaeghe

Nous continuons notre série dédiée à l'expatriation et à l'optimisation fiscale des entrepreneurs français. Face à l'enfer fiscal et à son durcissement probable dans les années à venir, le moment vient de préparer ses arrières et de se trouver le point de chute qui correspond le mieux aux aspirations de chacun. Nous examinons aujourd'hui le lieu "à la mode" en Europe pour s'expatrier : l'Estonie, perdue toute au Nord-Est de l'Europe, tout contre la Grande Russie, face à Helsinki.

L’Estonie n’est pas le pays d’Europe de l’Est le mieux connu des Français. C’est l’Etat balte le plus septentrional, perdu au bout de la mer Baltique, à une encâblure de Saint-Pétersbourg. Sa capitale est Tallinn et l’on y parle l’estonien. Le pays, qui est à peine plus grand que la Hollande, compte 15 fois moins d’habitants que celle-ci…

Autant dire que vous ne vous sentirez pas en surpeuplement critique dans ce paradis de la numérisation administrative. 

L’intérêt premier de l’Estonie tient à son excellent classement mondial par le Human Freedom Index de 2020. L’Estonie a gagné 4 places cette année et devient le 8è pays au monde le plus accueillant pour les entrepreneurs. Autant dire que le cas estonien mérite d’être regardé de près. 

L’Estonie est un vrai paradis fiscal

D’une manière générale, il faut dire du bien de l’Estonie pour les libertés qu’elle garantit aux citoyens… et aux entrepreneurs. Du côté des libertés, et c’est important pour l’activité du chef d’entreprise, le respect du droit par l’Etat y est plus important qu’en France, avec une justice indépendante et surtout des procédures protectrices pour les justiciables. C’est un élément à ne pas perdre de vue pour évaluer la pertinence d’une expatriation aussi septentrionale !

S’agissant des taux d’imposition, on croit rêver en les découvrant : l’Estonie n’a pas d’impôt sur les sociétés, mais seulement un impôt sur les bénéfices. Les bénéfices non distribués des entreprises sont exonérés d’impôts. Les bénéfices distribués sont taxés à 20%…

L’Estonie, reine du dividende

S’agissant des dividendes, un impôt libératoire de 7% est appliqué pour les personnes physiques…

Inutile, là encore, de préciser combien ce dispositif est favorable. 

Des cotisations sociales simples à comprendre

Autre avantage du système estonien, son extrême lisibilité en matière sociale. Indépendants ou employeurs sont soumis à une taxe de 33%, qui englobe la retraite et la maladie. Pas de complication, donc, et un dispositif qui suppose peu d’opérations administratives.

Une vie rêvée d’entrepreneur

Enfin, la simplicité de l’organisation estonienne explique que le pays brille par la légèreté de son emploi du temps administratif. Alors que, en moyenne en Europe l’Est, il faut consacrer 240 heures chaque année à l’accomplissement des obligations fiscales, l’Estonie n’en demanderait que 50.  Voilà un avantage comparatif qui fait forcément rêver, si l’on songe que, selon la Banque Mondiale, la même activité demande 139 heures en France…

Ajoutons que la même Banque Mondiale classe l’Estonie au 14è rang mondial pour la facilité d’y créer une entreprise (la France est classée 37è…).

Anglais obligatoire

Autant d’avantages font forcément réfléchir. Nous vous conseillons par ailleurs une lecture utile pour avoir un retour sur le fonctionnement de l’Estonie. Un point est à retenir : en Estonie, beaucoup de choses se font en anglais. C’est déjà ça. 

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Trump inaugure-t-il l’année des insurrections populaires ?

Par Éric Verhaeghe

L'impressionnante (mais bien sage, comparée aux journées révolutionnaires européennes d'il y a deux cents ans...) sédition à Washington largement nourrie par les discours incendiaires de Donald Trump constitue une onde de choc dans le monde entier. Les fondements de la démocratie américaine semblent désormais questionnés par un petit peuple libertarien qui ne se reconnait plus dans les institutions du pays. Aux États-Unis comme ailleurs, notamment en Europe. Mouvement de chauffe isolé ou présage d'autres insurrections populaires dans le monde ?

Le monde entier a observé avec stupéfaction hier Donald Trump, président sortant, harangué la foule devant le Capitole pour contester les résultats d’une élection qu’il a perdue. Et cette foule a laissé exploser sa colère en tentant d’empêcher la certification des résultats qui devait avoir lieu au Capitole. L’insurrection populaire constitue une importante onde de choc pour le monde entier. 

Vague de contestation libertarienne aux États-Unis

L’élection de Donald Trump avait largement reposé sur l’expression de ce petit peuple libertarien qui conteste le primat des élites américaines. La sortie de Donald Trump ressemble beaucoup à son entrée, entre effraction et passage en force. Elle est à l’image de la rupture consommé dans l’opinion entre le « système » de la démocratie représentative (ou ce qu’il est devenu) et l’opinion populaire qui ne cache plus sa défiance vis-à-vis de ceux qui en forment l’élite. 

D’autres insurrections populaires couvent dans le monde

Les États-Unis ne sont pas le seul pays touché par cette fracture entre démocratie représentative et électorat populaire. L’épisode des Gilets Jaunes, en France, l’a montré. Faut-il en déduire ou pressentir que la prise du Capitole hier annonce d’autres insurrections populaires dans le monde, notamment en Europe ?

Nous ne sommes pas loin de le penser, et nous renvoyons ici à l’entretien que le sociologue Michel Maffesoli nous a accordé fin décembre sur l’ère des soulèvements

Une crise de la démocratie représentative

En filigrane, la question qui revient de façon lancinante (y compris en France où les débats sur l’introduction de la proportionnelle l’illustrent) est celle de l’adaptation de la démocratie représentative à une société où les réseaux sociaux et les moyens numériques permettent l’exercice d’une démocratie directe. Incontournablement, la subsistance d’une représentation indirecte est vécue par beaucoup comme une usurpation de pouvoir ou comme un suffrage censitaire. 

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🎖Le Crédit Agricole a-t-il discrètement soutenu Bachar El-Assad ?

Par Éric Verhaeghe

Discrètement, la filiale arabe du Crédit Agricole, l'Union des Banques Arabes et Françaises (l'UBAF) vient de négocier une transaction avec les autorités américaines pour éviter une sanction de plusieurs milliards$. L'UBAF se voit reprocher 127 violations de l'embargo sur la Syrie. L'affaire passe à peu près inaperçue en France, mais interroge une fois de plus sur le rôle des entreprises et des banques françaises dans le conflit entre la Syrie et DAESH.

Le Trésor américain vient de publier une information selon laquelle il a signé une transaction avec l’UBAF, filiale à 47% du Crédit Agricole, sur une amende de 8,57 million $ évitant à cette banque une sanction de 4 milliards en cas de contentieux

Les autorités américaines reprochent à la banque franco-arabe d‘avoir contourné les sanctions américaines en Syrie en agissant pour le compte d’organismes sanctionnés. 

According to OFAC, 114 of the 127 apparent violations involved UBAF’s processing of internal transfers on behalf of Syrian entities totaling $1.3 billion that were followed by corresponding funds transfers through a U.S. bank.

Il reste à écrire l’histoire des relations financières entre les grandes entreprises françaises et les protagonistes du conflit en Syrie. Une histoire encore très secrète. 

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🎖Pourquoi l’Allemagne reste une bonne option pour expatrier son entreprise

Par Éric Verhaeghe

Nous poursuivons notre série sur les lieux possibles d'expatriation, tels qu'ils peuvent être analysés d'un point de vue libéral-libertarien. Après avoir souligné les mérites de la Suisse, nous abordons aujourd'hui le cas de l'Allemagne, qui peut constituer un débouché commode pour échapper à l'enfer entrepreneurial français.

Comme pour la Suisse (et la France), nous abordons notre synthèse sur l’expatriation par le tableau que comporte le Human Freedom Index de 2020. Comme on le voit, l’Allemagne est à la 9è place ex-aequo avec la Suède pour l’ensemble des libertés, qu’elles soient publiques ou économiques. Compte tenu de sa taille et de sa proximité avec la France, il peut donc s’agir d’une destination tout à fait intéressante pour y relocaliser son activité sans changer complètement de vie, ni sans se couper complètement de la France. 

Les libertés sont mieux protégées en Allemagne qu’en France

Il faut sans doute commencer par souligner que l’Allemagne protège beaucoup mieux les libertés publiques que la France, et que le droit à la vie privée y est quasiment sacralisé depuis l’épisode nazi et le traumatisme qu’il a créé dans le pays. En Allemagne, l’Etat fait à peu près son travail et juge utile de protéger les citoyens ordinaires par une garantie de sécurité qui tranche avec l’insécurité et le désordre grandissant de nos banlieues et autres quartiers. 

L’Etat allemand reste interventionniste

Pas de fantasmes, cela dit : en Allemagne, l’Etat reste interventionniste et social-démocrate. Rappelons ici que l’un des piliers de la social-démocratie à l’allemande a toujours été l’orthodoxie budgétaire, pratiquée de façon rigoureuse par Angela Merkel. Cette politique de lutte contre les déficits a tout de même permis à l’Allemagne de riposter efficacement au coronavirus en 2020, avec un système de santé qui a fait l’admiration du monde. Signe que l’on peut être en équilibre budgétaire et délivrer des biens communs à un niveau élevé. 

Il ne faut pas en déduire pour autant que l’Etat serait faible en Allemagne : les politiques de redistribution des richesses y sont réelles. 

Mais l’Etat de droit y protège mieux les entreprises

En comparaison avec la France, l’impartialité de l’Etat et le respect du droit sont bien plus forts en Allemagne. En particulier, la justice y est beaucoup plus indépendante et beaucoup moins politisée qu’en France. C’est un élément à retenir en cas de contentieux professionnel : les décisions judiciaires allemandes sont beaucoup moins capricieuses et arbitraires que les décisions françaises. 

Une fiscalité réelle, mais non confiscatoire

L’autre avantage en Allemagne, à côté de son respect de la vie privée (notamment de la circulation du cash), c’est sa fiscalité qui est plus douce et moins confiscatoire qu’en France. 

L’impôt sur les sociétés, incluant une taxe professionnelle, y est de 30 à 33%. Mais une fois passée cette étape, la fiscalité sonne mieux aux oreilles des entrepreneurs français. 

Le taux marginal réel d’impôt sur les dividendes est de 11,5%, soit 5 points de moins que la France. Pour les non-résidents, le taux brut est de 15%.

On notera toutefois que la fiscalité allemande est précise et demande une vraie implication administrative (plus de 200 heures annuelles de travail de gestion administrative d’une entreprise). 

Des cotisations sociales plus basses pour les employeurs

Alors que la sécurité sociale allemande brille par son efficacité, elle se signale aussi par la sobriété de ses contributions. Globalement, les cotisations employeurs y sont plafonnées à 19,325% du salaire. Sacrée différence avec le racket organisé en France, qui décourage le recours à l’emploi. 

On notera par ailleurs que le droit du travail en Allemagne est moins rigide qu’en France. 

Le bonheur à deux heures de Paris

Géographiquement, Sarrebrück se trouve à deux heures de TGV de Paris, et Cologne (la ville la plus latine d’Allemagne, avec Munich) à 3 heures. Francfort est très bien desservie en avion. Ces petits rappels montrent qu’une expatriation en Allemagne n’est pas forcément une mauvaise idée. 

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Le Conseil d’Etat valide le fichage généralisé des Français

Par Éric Verhaeghe

Le Conseil d'Etat vient de rendre discrètement plusieurs arrêts, ce 4 janvier, qui valident les décrets de décembre 2020 élargissant le fichage des citoyens aux opinions politiques, religieuses et syndicales. Les recours avaient été déposés par des associations et par la CGT qui sont ici déboutés sans concession. Le motif de lutte contre le terrorisme et autres leit-motiv est retenu par le Conseil d'Etat, toujours hostile à des lois d'exception pour ceux qui menacent la démocratie, et toujours plus indulgent vis-à-vis des atteintes aux libertés de la majorité respectueuse des lois.

La CGT ainsi que plusieurs associations avaient attaqué la légalité des décrets du 2 décembre 2020, dont nous reproduisons l’un des contenus ci-dessus, prévoyant le fichage généralisé des citoyens sous le motif très flou de la « sécurité publique ». Beaucoup ont considéré que le gouvernement profitait de l’urgence sanitaire pour restreindre les libertés et faire adopter au grand galop des dispositions dangereuses pour la démocratie. 

Le Conseil d’Etat valide les décrets

Dans une série d’arrêts sans équivoque, le Conseil d’Etat a rejeté l’ensemble de ces recours et a validé les décrets contestés. Les juges du Palais-Royal soulignent que les décrets « précisent que seules les activités « susceptibles de porter atteinte à la sécurité publique ou à la sûreté de l’Etat » pourront donner lieu à l’enregistrement de données sur des activités publiques ou au sein de groupements ou de personnes morales ou des activités sur les réseaux sociaux. »

Le Conseil a donc jugé que l’enregistrement des données était proportionné aux objectifs de sécurité publique. 

Un appareil répressif sans équivalent dans l’histoire

Dans la pratique, la France a donc basculé dans une mécanique de fichage généralisé de la population, laissée à la libre appréciation des services de police. Ce sont eux qui ont désormais la faculté de juger souverainement quels enregistrements sont justifiés ou pas. L’absence d’intervention du juge ne semble pas avoir retenu l’attention du Conseil d’Etat. Désormais, ces informations peuvent être recueillies dans le cadre « d’enquêtes administratives », c’est-à-dire en dehors de tout délit ou de toute information judiciaire. 

Le Conseil d’Etat avait déjà validé le recours à la reconnaissance faciale

Rappelons que, début novembre, le Conseil d’Etat avait déjà validé le recours à la reconnaissance faciale avec le logiciel Alicem. 

L’ère de la surveillance généralisée, c’est maintenant. 

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Les bonnes affaires de Buzyn pour mauvais services rendus

Par Éric Verhaeghe

Agnès Buzyn vient d'annoncer dans les colonnes de l'Opinion qu'elle intégrait le cabinet du directeur général de l'OMS à Genève. Elle sera en charge des relations multilatérales. Il reste à prouver (ce qui est loin d'être établi) que le projet de loi sur l'immunité diplomatique des fonctionnaires P5 de l'OMS discuté à l'automne la concerne. Il n'en reste pas moins que cette mesure lui permettra de bénéficier de l'immunité diplomatique pendant qu'une instruction judiciaire est en cours sur son rôle dans le désastre français de la réponse institutionnelle à l'épidémie de coronavirus.

L’Opinion, le journal de Beytout qui a cashburné 16 millions € apportés par le CAC 40 en quelques années à peine, donne la parole à Agnès Buzyn, l’ancienne ministre de la Santé qui a abandonné l’avenue de Ségur en plein milieu de la crise du coronavirus pour devenir conseillère d’arrondissement à Paris. Elle profite de ces colonnes pour annoncer son reclassement comme conseillère aux affaires multilatérales du directeur général de l’OMS, institution décriée de l’ONU, notamment pour son rôle « pro-chinois ». 

Agnès Buzyn est en route pour Genève et son nouveau job : elle va s’occuper des affaires multilatérales au sein du cabinet du directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus. L’Ethiopien est entré en fonction en 2017 et a noué des liens avec la Française. Aujourd’hui, elle devient son ambassadeur auprès du G7, de l’ONU ou de la Fondation Bill Gates.

L'Opinion

Alors que des informations judiciaires sont ouvertes contre Agnès Buzyn et ses défaillances dans la gestion de la pandémie, elle devrait donc bénéficier de l’immunité diplomatique qui lui permettra de se mettre à l’abri des poursuites. 

Précisons que l’épouse de l’ancien patron de l’INSERM, qui a maille à partir avec la laboratoire de Wuhan suspect d’être à l’origine du coronavirus, sera directement intégrée au corps diplomatique, et n’aura donc pas besoin de la loi de septembre 2020 qui étend l’immunité diplomatique aux fonctionnaires P5 de l’OMS, installés à Lyon. Agnès Buzyn ne fait pas partie du petit bois. 

Précisons qu’Agnès Buzyn fut l’épouse de l’un des fils de Simone Veil, Pierre-François Veil, frère de Jean Veil, associé d’Olivier Duhamel, mis en cause bruyamment dans une affaire d’inceste. Paris est tout petit, Paris est délétère. L’air genevois fera du bien à l’ex-ministre. 

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Coronavirus : la réunion à l’Élysée hier soir n’a servi à rien

Par Éric Verhaeghe

Macron avait convoqué lundi soir une réunion de suivi sur la vaccination, destinée à accélérer les opérations. Résultat : rien ou presque n'a bougé, et pendant ce temps, on annonce qu'un tiers des doses de vaccin achetées pourraient être perdues faute de super-congélateurs suffisants pour les stocker. Sommes-nous sûrs que le Président de la République a, au-delà de la communication, une vraie capacité à organiser les choses et à commander ?

Emmanuel Macron a convoqué hier une réunions restreinte, avec notamment Jean Castex et Olivier Véran, pour accélérer la campagne de vaccination. Le résultat des opérations était communiqué ce matin par Olivier Véran lui-même :

“Nous allons désormais amplifier, accélérer et simplifier notre stratégie vaccinale”, a promis mardi Olivier Véran. “Je peux vous annoncer ce matin que nous allons élargir aux pompiers et aux aides domiciles qui sont âgés de 50 ans et plus parce que ce sont des professionnels qui sont au contact de personnes fragiles et qui peuvent être amenés à travailler auprès de malades.”

Rappelant que 27 hôpitaux français étaient équipés en vaccins lundi, Olivier Véran a assuré que leur nombre passerait à 100 dès mercredi après-midi. “La semaine prochaine se sera 300 centres et, d’ici la fin du mois de janvier, il y aura 500 à 600 centres qui seront accessibles pour la ville”, a-t-il poursuivi.

Olivier Véran

Bref, en dehors d’un élargissement de la vaccination aux pompiers et aides à domicile de plus de 50 ans, rien n’a bougé. Mercredi après-midi, seul 100 centres sur 500 auront reçu des doses de vaccin. 

Ajoutons que 30% de ces doses devraient être perdues pour des problèmes de stockage. Voilà une opération parfaitement montée. 

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🎖La Suisse reste le pays d’Europe le plus libre pour les entreprises

Par Éric Verhaeghe

Où installer son entreprise en Europe pour échapper à l'enfer fiscal et bureaucratique français ? La Suisse reste le pays le plus libéral d'Europe pour les entrepreneurs et celui où il est le plus facile de développer son entreprise. Voici pourquoi... Même si la Suisse est un pays cher, elle continue à présenter des avantages qui méritent vraiment réflexion.

Comme le montre ce tableau extrait du Human Freedom Index 2020, la Suisse présenté un certain nombre d’avantages concurrentiels par rapport à la France. Les amateurs du genre noteront en particulier que l’impartialité de l’Etat y est mieux garantie et que la « régulation » y est moins présente qu’en France. 

Ces éléments expliquent que la Suisse soit classée 4è puissance mondiale en termes de liberté économique. Cette performance invite vraiment à réfléchir sur une éventuelle expatriation de l’autre côté du lac Léman. 

En Suisse, le service public fonctionne

L’un des avantages majeurs de la vie en Suisse tient au bon fonctionnement général du pays, et en particulier au bon fonctionnement de son service public. On notera que, selon l’OCDE, la Suisse battait en 2019 le record mondial de confiance des citoyens dans le système de santé national (93% de confiance, en recul de 2 points sur dix ans, à comparer avec les 72% français…). En outre, 86% des Suisses se déclaraient confiants dans leur système scolaire, en hausse de 11 points en dix ans. Ils ne sont que 71% à dire la même chose en France. 

Une imposition des entreprises raisonnables

On notera que l’imposition des entreprises en Suisse n’est pas inexistante, mais qu’elle est raisonnable. Le Human Freedom Index note à 7/10 le taux marginal supérieur d’imposition (la France est notée 3/10…), ce qui est un bon score, sans être particulièrement favorable. 

Le taux officiel de l’impôt sur les sociétés (impôts confédéraux et cantonaux inclus) est de 21,1%. Rappelons qu’il est de 32% en France. Mais la Suisse présente plusieurs astuces, comme la déductibilité de l’impôt payé au niveau confédéral de l’assiette imposable, ce qui réduit le taux réel. En outre, les sociétés résidentes sont imposées en Suisse sur leurs bénéfices mondiaux. 

Une faible imposition sociale

Un autre avantage de la Suisse tient au faible coût de son système de protection sociale (pourtant très efficace, démonstration est une nouvelle fois faite que des moyens élevés ne garantissent pas un bon résultat). Les cotisations vieillesse pesant sur les employeurs sont 5,5% et les cotisations chômage de 2,2%. L’assurance-maladie est privatisée et à la charge des salariés. 

Cotisations sociales des travailleurs indépendants

Pour les travailleurs indépendants, l’organisation helvétique se révèle beaucoup plus intéressante que l’organisation française. Les cotisations maladie sont fixées par l’assureur privé que l’affilié choisit. Les cotisations vieillesse et invalidité s’élèvent à 9,5%. 

Ces taux très inférieurs au racket que les travailleurs indépendants subissent en France méritent vraiment réflexion. 

Une imposition modérée des dividendes

Enfin, les taux d’imposition des dividendes sont relativement modérés. Si l’on fait masse de l’ensemble des éléments fiscaux, le taux d’imposition s’élève à 38,72%, ce qui est très supérieur aux 20% de la Lettonie ou de l’Estonie, mais très inférieur aux 55,14% français. Là encore, la fiscalité suisse paraît globalement favorable sans sombrer dans le dumping. 

L’information fiscale circule bien entre la Suisse et la France

Pour le reste, il ne faut pas fantasmer, l’administration fiscale suisse s’est mise à discuter très sérieusement avec ses voisines, y compris l’administration fiscale française. Nous avons récemment consacré un post à ce sujet. En dehors des organismes caritatifs, tous les revenus financiers en Suisse sont passés au crible et transmis au fisc français en cas de besoin. 

L’expatriation en Suisse reste bénéfique si les flux sont élevés

Tous ces éléments plaident en faveur d’une installation en Suisse, mais on retiendra une donnée essentielle : la Suisse n’est pas donnée à n’importe qui. À titre d’exemple, la création d’une SARL suppose un capital de départ de 20.000 francs suisses. Il faut en outre intégrer les frais de fonctionnement de l’entreprise dans un pays où les prix sont élevés. 

Pour ceux qui veulent en savoir plus, nous recommandons dans un premier temps la lecture du site confédéral sur les PME, qui donne énormément d’informations pertinentes sur la création d’une société en Suisse. Dans tous les cas, il faut se faire conseiller avant de s’y installer. 

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Scoop : l’accablante circulaire de Véran qui explique le retard dans les vaccinations

Par Éric Verhaeghe

En exclusivité, nous publions aujourd'hui la circulaire d'Olivier Véran (et de la ministre déléguée Brigitte Bourguignon) qui explique noir sur blanc pour quelle raison la vaccination est si tardive et si lente. Ce courrier adressé aux directeurs d'EHPAD, daté du 15 décembre, explique par le menu le détail de la campagne de vaccination qui s'amorce, et se termine par l'annonce d'un délai incompressible de 15 jours entre la délivrance des autorisations de mise sur le marché pour les vaccins et les premières livraisons de doses. Sans compter les multiples procédures administratives à respecter pour commencer à inoculer.

On se demandait d’où venait la lenteur de la campagne de vaccination, et la réponse se trouve dans un courrier circulaire signé par Olivier Véran et Brigitte Bourguignon le 15 décembre à destination des directeurs d’EHPAD. 

Véran signe un courrier rédigé par son cabinet

Premier point : ce courrier n’émane pas des services administratifs, ni d’on ne sait quelle mystérieuse instance qui graviterait autour du ministère. Il est rédigé par son cabinet, dont il porte directement le timbre. Impossible donc de défausser sa responsabilité sur des sous-fifres. Il est directement l’auteur des lignes qu’il signe. 

Véran dévoile la lourde machine bureaucratique

Ce courrier, qui renvoie à d’autres courriers précisant les détails des procédures à mettre en oeuvre, est en lui-même édifiant de complexité. Il synthétise les innombrables étapes de la procédure à suivre avant que les premières doses n’arrivent dans les établissements. Il fixe le principe de la consultation pré-vaccinale obligatoire, qui fait tant débat aujourd’hui.

15 jours incompressibles avant les livraisons

Surtout, ce courrier annonce un délai de 15 jours incompressibles entre l’autorisation de mise sur le marché du vaccin et les premières livraisons en établissement, pour laisser le temps de s’organiser. 

Bref, une usine à gaz à peine acceptable par temps calmes, mais difficile à comprendre en période d’urgence.

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Coronavirus : vers un couvre-feu à 18h en Ile-de-France ?

Par Éric Verhaeghe

L'Ile-de-France pourrait être rapidement menacée par l'avancée du couvre-feu à 18h si les taux d'incidence continuent à monter. Voilà une très mauvaise nouvelle pour les Parisiens et les banlieusards déjà plus impactés que le reste du pays par le couvre-feu à 20h. Cette décision pourrait achever de convaincre de nombreux Parisiens de quitter Paris définitivement.

Le taux d’incidence du virus (nombre de personnes contaminées pour 100.000 habitants) en Ile-de-France est pour l’instant légèrement inférieur à la moyenne des métropoles nationales. Il s’élève à 131,5. Mais sa courbe suit dangereusement la courbe nationale. 

Rappelons que les métropoles dont le taux d’incidence passe le cap des 150 sont exposées au risque d’un couvre-feu avancé à 18 heures. 

Il faudra suivre cet indice avec beaucoup de vigilance dans les jours à venir, car rien n’exclut que le gouvernement ne décide d’avancer le couvre-feu à Paris également. Prudence donc !

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Macron reprend la vaccination en main

Par Éric Verhaeghe

Face à l'incapacité de Jean Castex et d'Olivier Véran à accélérer la désastreuse campagne de vaccination qui s'annonce, Emmanuel Macron a décidé de prendre le taureau par les cornes et de convoquer une réunion à l'Elysée de lundi à 17 heures. Une illustration supplémentaire de sa solitude dans l'exercice du pouvoir et de la piètre qualité des troupes dont il est entouré. Le délégué général d'En Marche appelle à ne pas "détricoter" la stratégie arrêtée en décembre et présentée par Jean Castex au Parlement.

Emmanuel Macron a finalement décidé de convoquer à 17h une réunion à l’Elysée, à laquelle participeront Jean Castex et plusieurs ministres, dont Olivier Véran, pour accélérer la campagne de vaccination. On y verra un aveu du désarroi du Président face à l’incapacité de son équipe à accélérer l’escargotesque campagne de vaccination. 

Les réticences sont nombreuses pour éviter que la stratégie présentée en décembre ne soit modifiée. On notera en particulier cette sortie peu inspirée de Stanislas Guérini, délégué général d’En Marche :  » Nous devons tenir notre ligne, faire bloc, lever tous les obstacles. Notre stratégie mérite d’être accélérée mais en aucun cas d’être détricotée! » 

En voilà un qui a tout compris à la colère qui monte dans le pays contre la lenteur des procédures. Le président de la région Grand Est a, à ce sujet, parlé de « scandale d’Etat ». Plus que jamais, la ligne de démarcation entre le pays réel et l’élite marcheuse se creuse. 

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🎖La France toujours plus enfer fiscal de l’Europe pour les entrepreneurs

Par Éric Verhaeghe

Pour les entrepreneurs, la France est toujours un peu plus un enfer fiscal. Elle est même l'enfer fiscal de l'Europe, au point qu'il est désormais indispensable de regarder de près si oui ou non le temps est venu de la quitter. Le classement réalise par le Human Freedom Index pour 2020 confirme que les libertés économiques sont en recul constant en France depuis de nombreuses années. Plus grave, les performances françaises en matière d'impartialité de l'Etat touchent peu à peu le fond. De quoi refroidir les ardeurs de tous ceux qui voudraient, malgré la pandémie et la récession, s'essayer à un projet d'entreprise. Si nous voulons remonter un jour la pente que nous avons dévalée, il faudra un choc de compétitivité sur les entreprises, à commencer par un choc de simplification réglementaire d'une toute autre ampleur que ce que nous avons pu connaître jusqu'ici.

Le Human Freedom Index 2020 est paru durant la trêve hivernale. Il analyse l’état de la liberté, dont la liberté économique partout dans le monde, à partir des derniers chiffres normalisés (ceux de 2018). Il étaie le sentiment que beaucoup d’entrepreneurs nourrissent sur l’état calamiteux de la libre entreprise en France après des années du bureaucratie dont l’expansion constante ne cesse de nous intoxiquer depuis l’arrivée de François Hollande au pouvoir. 

En particulier, la France recueille un score pitoyable en matière de liberté économique. Voici pourquoi. 

La France handicapée par un Etat partial et une fiscalité punitive

Au coeur des handicaps qui pèsent sur l’entreprise en France, on trouve bien avant une fiscalité hallucinante, mais aussi un Etat partial qui protège mal les citoyens et leurs entreprises contre les mesures discrétionnaires, voire arbitraires. 

Comme on  le voit, l’Index pose un oeil plutôt indulgent sur l’état des libertés publiques en France, mais sombre sur l’état des libertés économiques. 

On notera les scores pitoyables notamment sur les taux marginaux d’imposition ou sur les dépenses publiques. Mais les résultats obtenus sur notre système judiciaire ne sont pas plus brillants : l’indépendance de la justice n’est notée que 6,2/10, pas mieux que l’impartialité des tribunaux. Enfin, la protection des contrats est notée 5,6. Autant dire que, effectivement, les entreprises en France sont à la merci de décisions arbitraires qui fragilisent la confiance que l’on peut porter dans l’Etat. 

Notons par ailleurs que les régulations sur le marché du travail valent à la France une note de 5,9. Tout ceci n’est guère glorieux. 

Quelques éléments de comparaison internationale

Avec une note de 7,4 sur les libertés économiques, la France a du souci à se faire. L’Albanie, par exemple, réalise une performance de 7,8 sur ce critère, note aussi appliquée à l’Allemagne. La meilleure performance européenne sur ce critère est réalisée par la Suisse, avec une note de 8,43.

Mais il n’est pas inintéressant de savoir qu’un pays comme la Roumanie est à 7,83, et que le Rwanda est à 7,39, c’est-à-dire un score équivalent à la France. 

Ces éléments posent la question du décrochage français, sous l’angle de sa capacité à faire naître et prospérer des jeunes entreprises. Dans la pratique, tout concorde aujourd’hui à décourager la création d’entreprises en France, soit par une imposition dissuasive, soit par une bureaucratie envahissante. 

Une tendance longue et tenace

Ce décrochage français date de l’année dernière du quinquennat Sarkozy, puis de l’aventure socialiste avec François Hollande. Alors que, en 2009, la France s’était hissée au vingtième rang mondial des libertés, elle a brutalement chuté sans jamais remonté depuis l’arrivée de François Hollande. 

Si elle a gagné une place au classement cette année de la 34è à la 33è place (ex-aequo avec Chypre et la Slovénie), son score global est en recul constant depuis 2014. 

Pour les entrepreneurs, la question de l’expatriation risque désormais de se poser avec d’autant plus d’acuité que la France est entrée dans une dynamique de coercition, avec l’état d’urgence sanitaire, qui risque bien de ne pas s’arrêter de sitôt. 

Ne manquez pas de suivre la série que nous entamons sur les pays les plus propices à l’expatriation pour les entrepreneurs. 

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Le RN veut le retour de la retraite à 60 ans

Par Éric Verhaeghe

Jordan Bardella, vice-président du RN, a confirmé ce week-end la position très démagogique du RN sur la retraite : le retour aux 60 ans avec 40 annuités. Cette option, économiquement suicidaire, qui ne tient aucun compte de l'allongement de l'espérance de vie, pourrait coûter cher à Marine Le Pen au second tour des présidentielles de 2022, tant elle est démagogique et déconnectée des réalités.

Remettre sur la table la réforme (…) reviendrait à jeter des bidons d'huile sur le feu" #LeGrandJury https://t.co/tre4QR7AKs

— RTL France (@RTLFrance) January 3, 2021

Marine Le Pen souhaite-t-elle réellement gagner l’élection présidentielle de 2022 ? On peut en douter en suivant les positions de son mouvement sur la réforme des retraites, dont on sait qu’elle devrait accumuler une trentaine de milliards de déficit dans les trois ans à venir. Le vice-président du RN, invité de RTL ce dimanche, a en effet plaidé pour un retour à la retraite à 60 ans et avec 40 annuités de cotisation. 

Ce projet reviendrait à annuler les réformes adoptées depuis une vingtaine d’années pour éviter une explosion des déficits sociaux. Combien de Français sont prêts à confier le destin du pays à des personnalités porteuses d’un projet aussi irresponsable ?

On fera les comptes en 2022, mais la désillusion risque d’être forte, à moins que Marine Le Pen, qui a profité du confinement pour passer un diplôme d’éleveuse de chats, fassent tout pour ne pas être élue aux prochaines présidentielles. 

Rappelons que, en 2021, les retraites complémentaires seront gelées pour éviter une augmentation des déficits. 

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Macron donne un coup de pouce de 465 millions € à Lagardère

Par Éric Verhaeghe

Le groupe Lagardère est en difficulté financière accrue avec le COVID. Le gouvernement vient de lui donner un sacré coup de pouce avec un prêt garanti de 465 millions €. Cette somme impressionnante devrait adoucir les discours (déjà très doux) des publications du groupe à un an des élections. Le capitalisme de connivence est aux petits soins pour l'héritier controversé d'un empire industriel et financier qui se rétrécit comme peau de chagrin.

Selon l’AFP, le groupe Lagardère vient de décrocher un prêt garanti par l’Etat d’un montant record de 465 millions €, preuve que la trésorerie du groupe est désormais en position difficile. Les revenus de la branche de distribution dans les gares et aéroports (boutiques Relay et duty free) se sont notamment effondrés de 66 % à 393 millions d’euros, après avoir déjà reculé de 55 % au premier semestre.

Cette annonce n’est évidemment pas neutre, quelques mois après le lancement d’une offensive par Bolloré sur la gouvernance de cet empire en déclin. Lagardère est, à titre personnel, très endetté, et a besoin du soutien de ses « amis » pour se maintenir à flots. C’est pour cette raison qu’il avait laissé entrer Bolloré dans son capital. Ce dernier, à qui l’on prête l’intention de faire main basse sur Europe 1 pour créer une Fox News à la française (dont Canal+ serait le bras télévisuel), a saisi la justice pour modifier les statuts de la commandite par actions qui protègent Lagardère contre tout renversement. 

Face à cette offensive, Lagardère a fait appel à un autre « ami » : Bernard Arnault, qui est également entré dans le capital du groupe pour le protéger des assauts de Bolloré. Arnault est réputé proche d’Emmanuel Macron. Il est propriétaire des Echos et de Radio Classique. Il est le beau-père de Xavier Niel, propriétaire du Monde. 

Le capitalisme de connivence est à l’oeuvre pour sauver les meubles.  

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Une année 2021 encore plus hystérique et hypocondriaque que 2020 ?

Par Éric Verhaeghe

2021 part sur les chapeaux de roue, et promet déjà d'être une année au moins aussi hystérique et hypocondriaque que 2020. Non seulement le virus qui nous empoisonne la vie est toujours là, fringant, mais les polémiques sur l'incompétence de la haute administration et de la classe politique n'ont pas faibli durant la trêve hivernale, au point de saturer le débat public dès la rentrée. L'affaire se présente mal pour Emmanuel Macron.

Y a-t-il plus de raisons d’espérer en 2021 qu’en 2020 ? Pour l’instant, aucune ! Le coronavirus occupe toujours (peut-être encore plus !) les esprits dès les premiers jours de 2021, avec une campagne d’ores et déjà raté de vaccination. 

Pas de réouverture des restaurants avant le mois de mai ?

Comme nous le soutenons par ailleurs, il est peu vraisemblable que, dans ce climat d’incertitudes, le gouvernement n’autorise la réouverture des restaurants et des bars à brève échéance. Le plus plausible est que les réouvertures interviennent avec la décélération hivernale du virus, au mois de mai. Et un secteur économique en moins dans une France déjà ruinée. 

Vers un round social au printemps ?

Le pays semble usé par ce stop-and-go officiel sur le confinement et le déconfinement, et exaspéré par l’incompétence des gouvernants. Un second tour social pourrait arriver prochainement, par exemple au printemps, lorsque la crise commencera à sévir. La CGT annonce des mouvements dès la fin janvier

Le sacrifice de la jeunesse peut-il durer ?

Les jeunes sont les grands sacrifiés de cette gestion pandémique chaotique. Pour l’instant, on les entend peu. Mais la saison des examens partiels en amphithéâtre commence. Elle est la première occasion de les rassembler depuis le mois de septembre. Et ce genre de premières, on ne sait sur quoi elle peut déboucher.  À Créteil, ça tousse déjà. Attention danger ?

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COVID : pourquoi les restaurants ne pourront pas ouvrir avant le mois de mai…

Par Éric Verhaeghe

Depuis plusieurs mois, le gouvernement souffle le chaud et le froid sur la question du COVID et du meilleur moyen de l'endiguer, voire de l'éradiquer. Sa stratégie de communication consiste essentiellement à rendre les Français responsables de la circulation du virus, et à s'attribuer les mérites de sa mise sous contrôle. Dans la pratique, c'est évidemment l'inverse qui se produit : malgré l'incompétence de l'administration sanitaire, les Gaulois réfractaires ont pris leur destin en main et limité les dégâts. Mais la communication gouvernementale impose de faire croire aux Français que la vie normale peut revenir si chacun se comporte bien. D'où l'incertitude savamment maintenue sur la date de réouverture des cafés et restaurants, symboles de nos bonnes vieilles libertés perdues, et de notre tradition collective. Or, nous l'affirmons aujourd'hui, ces cafés et ces restaurants resteront très probablement fermés jusqu'à la fin du mois de mars au moins, voire jusqu'à la fin du mois d'avril.

Les restaurants, fermés pour cause de COVID, peuvent-ils raisonnablement rouvrir plutôt que l’an dernier, c’est-à-dire au début du mois de mai ? Il est évidemment difficile de le prédire avec précision, mais une chose est acquise : ils ne pourront recevoir leurs clients à partir du 7 janvier, comme le gouvernement l’avait laissé croire abusivement (et coupablement) courant novembre. 

Un virus saisonnier qui sévira jusqu’au printemps

Sur le fond, et au-delà des polémiques superficielles, une réalité s’impose à nous désormais : le virus est saisonnier. Il vient à l’automne et ne circule plus qu’à bas bruit à partir du printemps. Sauf à ce que nous ne nous forgions une immunité collective (par exemple grâce à une vaccination massive, nous y reviendrons), la circulation du virus est irrépressible et incontrôlable. 

Dans cette contagion, le confinement ou le couvre-feu permettent de ralentir la circulation du virus, mais pas de l’empêcher complètement. Ils permettent encore moins d’éradiquer le virus. 

Autrement dit, dès que les mesures de restriction aux contacts sociaux physiques se relâchent, la contamination reprend. Le phénomène se répètera inlassablement jusqu’à ce que les températures remontent. 

Pas de réouverture possible des restaurants avant le printemps

Logiquement, il ressort de tout cela que les restaurants et les lieux de sociabilité ne pourront rouvrir de façon normale avant le printemps. Bien évidemment, ce peut être la mi-mars (mais c’est peu probable) ou la mi-avril, ou le début du mois de mai. Mais, structurellement, pas d’ouverture en hiver tant que l’immunité collective n’est pas gagnée. 

Cette évidence soulève la question de la stratégie gouvernementale, qui consiste à laisser croire le contraire, en promettant des réouvertures tous les quinze jours, qui n’interviennent jamais sous le prétexte fallacieux que les Français auraient été déraisonnables. Et comme la France est imbibée d’une tradition catholique de gauche, toujours prête à se sentir coupable de tout, le gouvernement trouve toujours des oreilles complaisantes pour admettre que la circulation du virus n’est pas un fait de nature, mais une faute collective. 

La stratégie cynique du gouvernement

Face à ce caractère saisonnier du virus, le gouvernement entretient l’illusion de sa puissance en prétendant pouvoir le contrecarrer par des mesures liberticides. Les psychanalystes y verraient volontiers un jeu politique totalement pervers, car le système mis en place par le gouvernement permet à coup sûr de rendre les Français responsables d’un échec assuré. En réalité, en dehors d’une hibernation totale, aucune mesure ne peut empêcher la circulation du virus durant l’hiver.

En promettant le contraire aux Français, et en faisant reposer sur les Français la responsabilité de cette promesse, le gouvernement met en place un piège sans issue : soit la circulation ralentit effectivement, et il s’attribue les mérites de la situation, soit la circulation reprend et il en fait le reproche aux Français qui seraient prétendument réfractaires à l’ordre et à la discipline. 

On se souvient de cette phrase prononcée par Jean Castex lors de sa conférence de presse de décembre

Le nombre de nouveaux cas quotidiens est passé de près de 50 000 à environ 10 000, c'est-à-dire une division par 5. La prévalence de l'épidémie dans la population générale se situe en France à 107 cas pour 100 000 habitants quand elle est encore à 150 en Allemagne, 250 en Italie ou 300 en Suisse.

Cela est bien-sûr dû aux mesures que le Gouvernement a prises de manière suffisamment précoce, avec la mise en place du couvre-feu mi-octobre, puis du confinement à partir du 30 octobre, mais également aux efforts et au sens des responsabilités que vous avez su consentir.

Jean Castex

La technique est vieille comme le monde : nous avons pris les bonnes décisions, et vous avez bien obéi. Félicitons-nous : mieux vous acceptez les sacrifices, moins le virus circule. Mais… malgré tout, on va quand même sanctionner, car si vous avez bien obéi, vous n’avez pas assez obéi, et vous allez vous relâcher. 

Voilà une superbe mécanique perverse où les victimes perdent toujours, et où les bourreaux sont sûrs de gagner.

Une vaccination lente, point d’orgue de la perversion

Si l’on admet l’hypothèse que le pouvoir exécutif déploie aujourd’hui une stratégie perverse vis-à-vis des Gaulois réfractaires, alors on comprend mieux pourquoi la campagne de vaccination est organisée autour de la lenteur. 

Rappelons ici les éléments de décision qui expliquent pourquoi la France a vacciné un nombre aussi ridiculement bas de personnes par rapport à ses voisins. 

Premier point : le gouvernement a décidé de commencer la vaccination par les personnes âgées dépendantes hébergées dans des maisons médicalisées, et non par les soignants, ou par le grand public. Cette stratégie contestable évite de déployer des centres de vaccination qui risquent de rester vides à cause de la peur du vaccin. Mais elle condamne à la lenteur, car il faut acheminer des vaccins très fragiles dans des myriades de maisons de retraite où vivent quelques dizaines de personnes âgées au mieux. 

Deuxième point : le gouvernement fait le choix de procéder à deux injections par personne, séparées de 3 semaines. La France n’a donc pas l’ambition de vacciner 65 millions de personnes, mais 130 millions ! Forcément, cela va prendre deux fois plus de temps, pour un gain d’efficacité contestable (95% de protection, contre 70% avec une seule injection).

Bref, tout est fait pour que la vaccination, présentée pendant des mois comme l’unique solution pour enrayer la pandémie, soit la plus lente possible, et la plus inutile. Si le gouvernement avait réellement voulu aller vite, il aurait commencé par vacciner les soignants, puis les personnes les plus « sociables », c’est-à-dire les jeunes. Il fait l’inverse. 

La bureaucratie sanitaire a encore frappé

Comment ne pas comprendre de ce qui précède que les décideurs réels, c’est-à-dire les hauts fonctionnaires coiffés par le médecin Olivier Véran, se complaisent dans un interminable état d’urgence sanitaire qui paralyse le pays, et qu’ils ne sont surtout pas pressés d’en sortir. Il est si jouissif d’infantiliser un pays et d’exercer un pouvoir arbitraire sur lui. Pourquoi s’en priver ?

Les médecins les plus éclairés (si, si, il y en a, ou il en reste) et les plus imbriqués dans le système, comme Axel Kahn, ne se gênent d’ailleurs plus pour dénoncer cette dictature exercée par une technostructure sanitaire que plus personne ne contrôle. On lira sur le blog de cet ancien président d’université des considérations très cash sur l’incompétence des petits marquis qui tiers-mondisent progressivement la France pour satisfaire leurs appétits de pouvoir.

La raison principale en est la lourdeur administrative et la rigidité procédurale des corps de l’État, notamment dans le domaine sanitaire.
 
Ainsi l’HAS doit statutairement proposer la stratégie vaccinale. Elle applique les règles dont elle n’est pas même capable de penser l’adaptation aux circonstances. Il faut prioriser les personnes fragiles, allons pour les EHPAD. Il faut évidemment respecter la règle du consentement, prendre toutes ses précautions, encadrer dans les EHPAD la vaccination de consultations espacées : la procédure dure 5 jours. Pas question de déplacer les anciens, on ira à eux. Et les soignants ? S’ils sont jeunes, ils ne sont pas à risque. Besogneuse, l’HAS fait son job sans aucune vision dynamique de santé publique ni clause d’adaptation à l’évolution épidémique. À la DGS, au Ministère, on applique sans plus de vision le plan de l’HAS.

Axel Kahn

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Tout est dit ici : le gouvernement profond a pris le pouvoir, celui des technocrates, des « sachants » qui, sous couvert de science et de technique, imposent leurs caprices au pays et asseyent leur pouvoir usurpé sur toute une nation.

Face au poids du gouvernement profond dans les décisions publiques, Emmanuel Macron, qui a fait le choix de ne virer aucun des responsables (à commencer par Jérôme Salomon), en est réduit à pousser des gueulantes épisodiques pour asticoter une machine qu’il ne contrôle pas

Le gouvernement profond épuise le pays

Pendant que les hauts fonctionnaires de la Santé prennent leur temps, le pays souffre. La solitude, l’enfermement imposés par le confinement produisent sur la santé mentale des Français des résultats probablement aussi préoccupants que le virus lui-même. Le confinement évite de mourir, mais il rend fou. 

De façon très révélatrice, les pouvoirs publics évitent de documenter le sujet. Santé Public France mène une série d’enquêtes permanentes, mais aucune ne porte sur la santé mentale des confinés. On sait seulement que les troubles d’anxiété augmentent avec le confinement, dans une ambiance délétère où l‘obsession hypocondriaque du virus chamboule les esprits jusqu’à la paranoïa

Nul ne sait aujourd’hui où cette grande dépression collective peut nous mener. Mais il est sûr qu’elle crée un état émotionnel étrange, rarement connu dans l’histoire. L’irrationalité est à nos portes… Elle n’est pas sans rappeler un certain nombre de thèmes (et c’est troublant) développés par le Great Reset du Forum de Davos

Chassez le naturel orgiaque d’un peuple…

… Et il revient au galop. Les élites parisiennes pourront imposer toutes les torsions mentales qu’elles voudront à un pays hédoniste et orgiaque, le naturel de la mentalité collective fait son oeuvre. Plusieurs milliers de jeunes ont résisté à l’attrition du pays en organisant des fêtes clandestines un peu partout sur le territoire. On parle de 6.600 verbalisations pour non-respect du couvre-feu durant la nuit de Nouvel An. Il y aurait eu 45.000 contrôles. 

On évoque ici les fêtes clandestines « démasquées » par les forces de l’ordre, notamment la « rave party » géante organisée en Bretagne. Mais beaucoup d’autres ont sans doute eu lieu, qui sont restées cachées. Le message est clair : une clandestinité apparaît pour vivre autrement que les élites ne l’ont décidé. Ce signal politique mériterait d’être sagement décodé à l’Elysée. 

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L’homme du XXIè siècle selon le Great Reset est-il encore humain ?

Par Éric Verhaeghe

Nous concluons aujourd'hui notre étude du Great Reset de Schwab et Malleret (11è chapitre !) par une analyse de ce que pourrait être l'homme du XXIè siècle dans ce projet d'accélération des changements systémiques qui affecteront nos sociétés après la pandémie de coronavirus. On sera une fois de plus frappé par la vision "rétrécie" de l'homme selon ces auteurs, très loin de la tradition humaniste des lumières. Ce texte mérite qu'on le médite longuement, car il n'annonce pas forcément un brillant progrès humain dans les décennies à venir.

Do we know what is important? Are we too selfish and overfocused on ourselves? Do we give too great a priority and excessive time to our career? Are we slaves to consumerism? In the post-pandemic era, thanks to the pause for thought it offered some of us, our responses may well have evolved as compared to what our pre-pandemic selves might have answered.

L’ouvrage de Schwab et Malleret se clôture sur un chapitre consacré aux qualités individuelles qui sont supposées être consacrées dans le monde d’après-pandémie, une fois que le Great Reset sera déployé. Cet ultime moment, décomposé en quatre parties, n’échappe pas aux remarques que nous avons formulées au chapitre précédent (la conclusion du Great Reset ressemble d’ailleurs à une redite sans originalité des deux chapitres consacrés à l’individu) : on ne sort pas de cette lecture confondu par sa grande richesse intellectuelle, ni par une contextualisation claire de ce que pourrait être une anthropologie opératoire au XXIè siècle.

À de nombreux égards, les considérations qui servent de base aux travaux du Forum de Davos se situent entre le magazine féminin (ce qui n’a rien de péjoratif, mais n’est pas l’espace d’une réflexion scientifique) et le prêt-à-l’emploi des consultants ordinaires en ressources humaines. Là encore, cette approche n’a rien de déshonorant, mais elle illustre une nouvelle fois l’imposture intellectuelle dans laquelle se situent les élites qui prétendent décider de notre destin à notre place. Le corpus doctrinal qu’elles portent est extrêmement simpliste, manichéen, et sur le fond complètement dépassé.

Il se résume en quatre mots : créativité, temps, consommation et bien-être naturel. Ces quatre qualité ou quatre dimensions seront celles, selon Schwab et Malleret, que les individus mettront le plus en avant, rechercheront le plus, dans les années qui suivront la pandémie.

L’homme vu sous le prisme du marketing

Bien évidemment, ces quatre qualités ne cherchent pas à poser les bases d’une nouvelle éthique, c’est-à-dire d’un nouvel art de vivre qui serait cohérent avec une doctrine philosophique fondée par la raison. Il s’agit seulement d’une analyse des tendances du marché futur : quels seront les éléments-clés qui attireront les consommateurs et les travailleurs demain ?

Pour répondre à cette question, Schwab et Malleret surfent de façon très superficielle sur les impressions primaires qu’ils retirent de leur lecture de la presse mainstream. On ne trouvera pas dans leur prose autre chose que des extrapolations à partir d’informations basiques glanées çà et là dans des articles anecdotiques ou d’analyse rapidement consommée.

L’analyse de Schwab et Malleret sur la créativité en donne un exemple caricatural. Selon les deux auteurs, les épidémies dans l’histoire ont toujours provoqué une crise propice à la création. Le fondement de leur théorie découle de ce qu’ils qualifient eux-mêmes de « cliché ». En l’espèce, il s’agit de la phrase de Nietzsche dans le Crépuscule des Idoles : « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort », qui est passée dans la culture populaire comme un lieu commun désormais, très largement détourné de son intention d’origine. C’est sur la foi de cette phrase que le Great Reset extrapole la théorie selon laquelle les crises, et spécialement les épidémies, stimulent la création, qu’elle soit scientifique, artistique ou économique.

On mesure ici la fragilité de ces assertions. Bien entendu, de nombreuses créations sont apparues après des épidémies. Mais plein d’autres sont nées sans qu’aucune épidémie n’en favorise l’apparition. En outre, les épidémies ont été nombreuses dans notre histoire, et inférer, à partir d’aussi peu d’éléments, un lien direct entre elles et la créativité humaine relève d’un impressionnant raccourci.

Mais il faut peut-être ici retenir l’étrange dramatisation que Schwab et Malleret font de la pandémie de coronavirus. Certes, celle-ci a tué plusieurs centaines de milliers de personnes sur l’ensemble de la planète. Mais, globalement, son taux de mortalité reste inférieur à 1% de la population mondiale. L’épidémie de peste noire de 1348 avait pour sa part occis un tiers de la population en quelques mois. On dit qu’à Venise, la moitié peut-être de la ville a disparu en quelques semaines, durant l’été 1348. Dans une très large mesure, cette destruction massive a favorisé l’émergence d’un nouvel art, la Renaissance, mais en grande partie parce que les artistes capables de transmettre les « anciens codes » ont disparu d’un bloc en Italie.

Dans quelle mesure notre petite pandémie de coronavirus peut-elle provoquer un traumatisme créatif aussi puissant que des séquences historiques où les humains avaient presqu’autant de risque de mourir que de chance de survivre lorsque la maladie sévissait ? Le parallèle de Schwab et Malleret, qui illustre leur manque de recul sur l’histoire et la réalité, paraît ici bien hardi et bien mensonger.

Il souligne surtout que les considérations du Great Reset ne sont pas écrites pour délivrer une analyse sérieuse des choses, mais pour « vendre du conseil ». On mesure par avance les stages, les formations, les sessions payantes de développement de la créativité des salariés qui sont déjà sous presse dans les ateliers de Schwab ou de Malleret. On aperçoit d’ici les directeurs de ressources humaines, qui ne sont pas toujours ni créatifs ni cultivés, déboussolés par le changement d’époque, prêts à acheter en masse des séquences commerciales où des gourous vont leur expliquer qu’il faut désormais s’atteler à libérer la créativité des salariés dans un monde qui change. Ce genre d’opérations permet de rendre service aux animateurs de Davos et d’acquérir rapidement une bonne réputation qui remonte aux oreilles des patrons qui comptent.

On ne dira pas autre chose des platitudes que Schwab et Malleret distillent sur le besoin de mieux profiter du temps qui s’empare désormais des salariés qui ont goûté au télétravail et au confinement (preuve qu’ils n’ont pas lu les études montrant que le rythme de travail s’accélère en télétravail plutôt qu’au bureau). Et que dire de ces remarques sur la baisse de la consommation, qui laissera songeurs ceux qui ont perdu leur emploi à cause du confinement et qui sont contraints à une période de vache maigre ? ou de ces considérations sur la « nature » et le bien-être, que nous avons évoquées au chapitre précédent, qui surgiraient bizarrement de la pandémie alors que, depuis plusieurs années, nous sommes inondés de propos martelés sans relâche sur la nécessité de sauver la nature, la planète, de passer au « bio », au circuit court, à la permaculture, et autres gadgets prétendument écologiques ?

Tout ce discours est évidemment une façon de surfer sur des vagues bien orchestrées dans les medias, qui permettent de vendre des produits et de trouver de nouvelles marges dans un monde où les rendements décroissent. Cette vague du dérèglement climatique, nous l’avons évoqué dans les chapitres précédents, permet de faire la promotion de l’économie circulaire, et d’une masse de « conseils » en tous genres sur lesquels les gourous se greffent pour combler le vide intellectuel et spirituel des dirigeants, que ce soit dans les entreprises ou dans les services publics. Voilà ce qu’on appelle couramment une opération d’influence. C’est le rôle du Forum de Davos. Cela tombe bien…

Le rôle du management dans la société de demain

Il faut lire le Nouvel esprit du capitalisme de Luc Boltanski pour comprendre comment ce discours sur les qualités humaines fait partie d’une conception économique globale. Il s’intègre à une stratégie destinée à développer la productivité de la main-d’œuvre, intimement liée à l’avènement du management dans nos sociétés capitalistes.

Lorsque la révolution industrielle (celle qui a permis la naissance de l’industrie automobile) a généralisé le fordisme et la production à la chaîne, les entreprises avaient massivement besoin de légions d’ouvriers entrainés pour obéir sans réfléchir et sans responsabilité. L’émergence d’une société de services a rendu progressivement le modèle de la chaîne totalement obsolète, et a rendu nécessaire l’acquisition d’autres qualités. En particulier, la capacité d’initiatives et de réactions à des situations inattendues est devenue essentielle, alors même que l’objet du fordisme était de l’étouffer.

Ce besoin d’autonomie contrôlée dans un cadre collectif où l’organisation du travail reste à la main de la direction est devenue le point crucial du « management », son terreau, sa raison d’être. Il faut savoir prendre des initiatives, mais pas trop. Le bon cadre est celui qui trouve rapidement le bon dosage entre l’obéissance et l’indépendance. L’idéologie distillée par les sociétés de conseil dans les entreprises depuis une trentaine d’années n’a pas eu d’autre objet que de diffuser cet art étrange partout où cela était utile.

Avec la digitalisation et le télétravail, Schwab et Malleret ont bien senti les nouveaux besoins que les entreprises allaient devoir satisfaire désormais. Progressivement, il va falloir apprendre à gérer le surcroît de stress que crée le télétravail, en même temps que la solitude qu’il crée pour le salarié face au processus de production dont il prend une partie en charge. Il va aussi falloir apprendre à développer des qualités beaucoup plus inventives, dès lors que de nombreuses tâches actuellement confiées à des cadres risquent d’être remplacées par l’intelligence artificielle au sens large.

En bons consultants, Schwab et Malleret ont flairé le marché, et ils ont compris qu’ils répondaient ainsi au besoin obscurément formulé par les entreprises partenaires du Forum de Davos. Progressivement, le « self-incentive », comme disent les patrons dans leur jargon mondialisé, devient beaucoup plus important que la capacité à obéir ou à appliquer des procédures normalisées. Et sur ce point, le marché du travail connaît une grave pénurie, largement due à la culture de l’obéissance et de la soumission qui est diffusée dans les systèmes d’enseignement, notamment en France.

On comprend incidemment que le Great Reset individuel et la nouvelle humanité dont les auteurs parlent n’a que peu de choses à voir avec une conception universaliste de l’Homme qui pourrait nous réjouir. Ce n’est pas une définition philosophique qui est en action. C’est la définition du Great Reset salarié, en réalité, qui est donnée ici. Schwab et Malleret décrivent quelles seront les vertus du salarié, du cadre, du manager de demain, de celui qui pourra survivre dans la nouvelle mondialisation chamboulée par la pandémie.

Nous comprenons incidemment que le cadre mondialisé de demain sera créatif, mais sans remettre en question l’ordre établi et ses principes fondamentaux, il sera demandeur de temps, de produits bio et de bien-être. Ce dernier pilier suppose d’être désangoissé, de ne plus se poser de questions inutiles, et de vivre dans une sécurité psychologique maximale.

L’homme réinitialisé remplacera-t-il l’honnête homme des Lumières ?

Le portrait-robot qui vient d’être dressé pose forcément une question, qui est notre question finale de cet ouvrage. Elle nous semble fondamentale.

La France contemporaine s’est largement construite sur le principe de ce que l’époque des Lumières appelait l’honnête homme : cultivé, doté d’une bonne culture générale, humaniste, épris de valeurs universelles éclairées par la raison, tolérant. Il était d’usage, dans les meilleures écoles de la République (mais on retrouverait la même perspective dans les meilleures écoles britanniques), de former une élite dominante bâtie sur ce modèle idéal.

Ce profil a complètement disparu de la description dressée par le Great Reset. Si l’on se laisse guider par cette lecture, on comprend que l’élite de demain, les profils dominants dans la société qui émergeront de la pandémie, seront conçus selon un tout autre paradigme. La tolérance éclairée par la raison cèdera la place à un relativisme du bien-être. Il faudra se sentir bien, être bien, bienveillant, tout accepter, de façon indifférenciée, et non se frayer un chemin raisonné entre les différentes croyances répandues sur cette petite terre. Il faudra poser les bonnes questions : celles qui font l’innovation technologique au service des puissants, et éviter les mauvaises questions : celles qui interrogent la vérité ou l’erreur, celles qui portent sur la légitimité et la finalité de l’ordre social auquel nous sommes soumis. Et il faudra se rallier à cette religion de la nature qui rappelle furieusement celle du peuple de la forêt et du Grand Forestier décrit par Junger dans ses Falaises de Marbre.

Si nous ajoutons à cette inquiétante description les considérations évoquées dans les chapitres précédents sur la généralisation de la surveillance individuelle au nom de la santé, nous mesurons la dystopie dans laquelle le Great Reset nous propose d’entrer. Le futur annoncé signe la disparition de l’esprit critique, de la liberté individuelle, de la vie privée, de l’humanisme au profit d’un grand tout collectif dominé par des Etats puissants et policiers, qui ressemblent furieusement au modèle chinois.

Il nous appartient désormais de combattre ce modèle, d’abord en le décryptant, ensuite en démontrant point par point sa toxicité.

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Le Great Reset ou la fin de l’humanisme

Par Éric Verhaeghe

Quel impact le Great Reset aura-t-il sur l'individu qui, jusqu'ici, était au coeur de la vision capitaliste ? Nous abordons ici l'avant-dernier chapitre de notre analyse du Great Reset, et nous examinons attentivement de quelle conception de l'homme il pourrait être porteur. Une lecture linéaire du livre révèle surtout l'extrême pauvreté intellectuelle sur laquelle il est assis, que nous avons déjà relevée par ailleurs. Accessoirement, le Great Reset consacre la disparition, déjà bien entamée dans la littérature écologiste, de l'humanisme tel qu'il est pratiqué en Occident depuis plusieurs siècles. Cette évolution intellectuelle de l'élite mondialisée, ce "lâchage" en règle de l'humanisme, constitue probablement le fait le plus marquant du Great Reset lui-même.

Many questions came to mind, like: Might the pandemic give birth to better selves and to a better world? Will it be followed by a shift of values? Will we become more willing to nurture our human bonds and more intentional about maintaining our social connections? Simply put: will we become more caring and compassionate?

La dernière partie du Great Reset est consacrée à l’impact de la pandémie sur les individus. Elle se décompose en trois chapitres. Le premier traite de la prétendue redéfinition de l’humanité en l’homme par la pandémie. Le deuxième chapitre s’intitule : « Santé mentale et bien-être ». Ces deux chapitres sont très courts et, à de nombreux égards, lunaires. Nous les analysons ensemble, tant ils font corps, et tant ils sont absurdes traités individuellement. Un troisième et dernier chapitre intitulé : « Changer les priorités » explore les conséquences pratiques (sous-entendu : pour le management des entreprises) des deux premiers.

D’une manière générale, cette partie consacrée aux individus dans le Great Reset se caractérise à la fois par sa brièveté et par son « utilitarisme ». Sa dimension philosophique et même anthropologique est très faible et très pauvre. À sa lecture, on comprend que ni Schwab ni Malleret ne sont détenteurs d’une vraie culture philosophique, pas plus qu’ils n’ont d’idée claire sur ce qui fait l’humanité ni sur ce que la culture occidentale leur laisse réellement en héritage. Ils s’intéressent uniquement à l’utilité des individus, de « l’homme » dans leur système, dont ils sont des pions et non, malgré ce qu’ils prétendent, une fin en soi.

L’ignorance, valeur première des élites occidentales ?

Soyons francs : la pauvreté intellectuelle du Great Reset dès qu’il s’agit d’aborder la notion d’humanité est aussi atterrante que révélatrice.

Elle est atterrante parce qu’elle montre l’étendue de la misère intellectuelle qui sévit dans les rangs du Forum de Davos. Cette instance est manifestement un rendez-vous de gens riches, clinquants, mais sans aucune culture et sans aucune compréhension de ce que nous sommes. C’est un lieu où l’on étale son fric, souvent hérité d’une fortune familiale, parfois gagné malhonnêtement, rarement mérité intrinsèquement, c’est un lieu où l’on a l’illusion que l’argent achète tout, mais ce n’est certainement pas un lieu où l’on pense et où l’on se cultive authentiquement. Et, d’une certaine façon, ce n’est pas la moindre des surprises que de mesurer soudain l’étendue de l’ignorance qui caractérise ces gens imbus d’eux-mêmes.

Pour les Français, le fait que le livre soit co-écrit par Thierry Malleret constitue un puissant indicateur du déclin de l’intelligence humaine dans la formation des grandes écoles et de la technostructure. Rappelons que Malleret est un ancien étudiant de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, l’EHESS. Rappelons qu’il fut conseiller de Michel Rocard. Rappelons qu’il met en avant un doctorat d’économie obtenu à Oxford. Il est donc possible d’afficher un parcours aussi prestigieux en ayant aussi peu d’idées ou même de connaissances générales sur ce que signifie l’humanité. C’est tout simplement consternant.

Cette pauvreté intellectuelle est surtout révélatrice parce qu’elle montre comment le Forum de Davos et ses participants sont essentiellement préoccupés par le profit qu’ils pourront tirer de la société de demain (notamment en mettant en place une économie « verte » sous l’autorité d’Etats autoritaires qui protègeront leurs intérêts en surveillant les individus), sans égard pour les valeurs morales de compassion ou de solidarité qu’ils prétendent défendre et diffuser dans la société. Nous mentionnons d’ailleurs en exergue de ce chapitre un appel, lancé dans le Great Reset, à une humanité plus « protectrice » (caring) et plus « compassionnelle ». Mais de compassion, on en trouve très peu dans ce livre, et de conviction « désintéressée », c’est-à-dire gratuite, en l’humanité et les individus qui la composent, on n’en lit nulle part.

L’enjeu du Great Reset n’est certainement pas de servir cette humanité qui se trouve en tête de chapitre (et qui serait bouleversée par la pandémie), mais bien de la mettre sous le contrôle d’une élite obsédée par la science, par la technologie, et par la défense de ses privilèges. S’il fallait un indice de cette préoccupation monomaniaque, les chapitres que nous analysons en donnent à foison.

Cet humanisme qu’on ne trouve plus dans la doxa élitaire

Il fut un temps assez proche où tout membre des élites occidentales se revendiquait de la rationalité, fondement, au passage, de toutes les théories économiques dont le Forum de Davos a promu les concepts. La rationalité est bien connue de longue date à travers des œuvres comme celle de Descartes, qui repose sur des principes simples : on met entre parenthèses les préjugés communs et la « morale », c’est-à-dire les valeurs de bien et de mal telles qu’elles sont définies par la société, et on cherche par la pensée, c’est-à-dire par des évidences de plus en plus immédiates, des certitudes qui nous élèvent, des vérités claires, et des choix de vie qui ont un sens.

Toute la pensée occidentale depuis le début de la Renaissance s’inspire de cette idée que devenir un homme, exalter l’humanité que chaque homme porte en lui, ressemble à la lente montée d’un escalier intérieur, aveugle et infini. Être un homme, c’est cheminer en nous-mêmes dans un dépassement continu, dans un progrès permanent de ce que nous sommes. C’est une élévation progressive, qui suppose un combat pugnace contre ce qui nous ramène sans cesse vers le bas.

Nul ne sait si cette vision anthropologique est juste, mais, en principe, c’est celle qui est enseignée dans nos écoles occidentales, et tout particulièrement dans les écoles des beaux quartiers que les élites ont majoritairement fréquentées depuis leur plus tendre enfance. Elle a largement fondé l’humanisme dont nous sommes intellectuellement les héritiers.

Rappelons que l’humanisme n’a rien à voir avec un amour de la diversité, du Vivre Ensemble, ou avec une approbation indifférenciée de tout ce qui est produit par l’homme. L’humanisme est une doctrine qui place l’homme au centre du cosmos, ce qui le met à l’orthogonal avec l’écologie ou avec l’anti-spécisme dans lequel se retrouvent les « animalistes ». Dans ces deux dernières doctrines, l’homme est un animal comme les autres. Il n’occupe pas de place particulière dans la « création ».

Dans l’humanisme, au contraire, l’homme est la seule « fin en soi » dans l’univers. C’est grâce à sa raison que le monde a un sens. Tel est le principe de la fameuse révolution copernicienne décrite au dix-huitième siècle par Emmanuel Kant, selon qui les lois du cosmos sont produites par l’intelligence humaine. C’est grâce à cette intelligence que le monde prend un sens, et c’est cette intelligence qui fait de l’homme une espèce à part, dotée de droits spécifiques.

De cette ambition et de cette prétention, on ne retrouve rien dans le Great Reset, qui se contente d’accumuler des platitudes ahurissantes. Ainsi, Schwab et Malleret affirment que, depuis la pandémie, les individus sont beaucoup plus mus par leurs émotions qu’auparavant. Ils se poseraient aussi beaucoup plus de questions sur ce que sont le bien et le mal, et seraient beaucoup plus décidés qu’auparavant à déterminer leur conduite d’après la morale plutôt que d’après leurs intérêts. Surtout, la pandémie les a beaucoup angoissés et ils cherchent beaucoup plus qu’avant le bien-être.

Autant de platitudes binaires, manichéennes, grossièrement simplistes, consternent sous la plume de gens aussi éduqués et aussi bien entourés.

Surtout, dans l’énumération de lieux communs que nous venons de synthétiser sans leur faire grande violence, on ne trouve nulle trace de ce progrès intérieur par la raison, par la pensée, par le sens, dont la pensée humaniste avait l’ambition. Désormais l’homme est une donnée brute, stagnante, perdu dans un monde où tout est relatif, à commencer par les valeurs morales. L’idée, bien dissertée par Pascal (et perfectionnée plus tard par la phénoménologie allemande), selon laquelle la vérité s’appréhendait à partir d’un point de vue pertinent sur les choses, que seule une démarche de dépassement intérieur permettait d’atteindre, a totalement disparu de la mentalité élitaire.

Sur le fond, l’homme selon Schwab et Malleret n’occupe plus la place centrale dans l’univers que la pensée moderne lui avait assignée. L’homme devient un animal comme les autres, mû par ses passions, prisonniers de ses émotions indépassables. Il n’y a plus de cheminement individuel, juste une stagnation dans une sorte d’état compassionnel qui ressemble beaucoup à la condition animale.  

Accessoirement, désormais, tout vaut tout, et la pensée n’est plus un enjeu, pas plus que le salut de l’âme. Ne compte plus que le bien-être, le confort psychologique en quelque sorte. En dehors de celui-ci, et d’une compassion obscure rebaptisée pompeusement « interconnexion », mal définie, pour les autres, il n’existe plus d’ambition.

L’humanisme est bien mort dans les élites.

Humanité ou temps de cerveau disponible ?

La seule ambition à laquelle le Great Reset prétend en matière d’humanité est de prendre en charge le bien-être. Pour Schwab et Malleret, la pandémie n’a pas eu d’impact majeur sur cette préoccupation si fondamentale en Occident qu’est le salut après la mort. Elle aurait seulement eu un impact sur les émotions, sur les angoisses, et sur le besoin de retrouver le bien-être nécessaire à une existence heureuse.

Certains verront dans cette « réduction » de l’homme à un ensemble de passions l’illustration de la pauvreté de la vie intérieure qui agite Schwab et Malleret. Les deux compères semblent effectivement convaincus qu’une société humaine se réduit à un agrégat d’affects que les publicitaires ont imaginé mettre en forme sous l’expression bien trouvée de « temps de cerveau disponible ». Dans l’esprit des « marketteurs », il s’agissait de drainer le maximum d’audience à une heure donnée du jour ou du soir pour diffuser les spots publicitaires les plus pertinents possibles.

Les auteurs du Great Reset ne sont pas très loin d’une logique identique, à cette différence près que leur objectif n’est pas de diffuser de la publicité, mais de créer les conditions les plus favorables possibles à une production apaisée. Le travailleur menacé par le coronavirus sera plus productif s’il se sent rassuré, en bon état psychologique, et même heureux malgré le confinement et l’interruption des rapports sociaux auxquels il est habitué.

Le projet sociétal du Great Reset est là. Assez de questions philosophiques, existentielles, sur le sens de l’humanité, de la vie, de la mort, du salut. Contentons-nous de nous sentir bien, sans nous poser de questions, et aidons nos contemporains à se satisfaire de cet horizon en leur fournissant le meilleur contexte psychologique possible pour se « sentir bien », c’est-à-dire pour désactiver leurs angoisses, leurs inquiétudes, leurs questionnements.

Au fond, l’objectif du Great Reset est de créer les conditions pour une optimisation de la production en période difficile, en endormant la conscience occidentale. C’est une sorte de logique opiomane : hypnotisons-nous au milieu de la tourmente pour travailler comme avant le mieux possible sans nous poser de questions.

De l’humanisme à l’obéissance aveugle

Certains complotistes imagineront peut-être que Schwab et Malleret développent ces propositions par pur cynisme, comme s’ils voulaient lobotomiser la majorité de l’humanité et limiter l’esprit critique et la pensée libre à un noyau de quelques privilégiés. Cette hypothèse désespérante en soi à quelque chose de rassurant dans la mesure où elle suppose que nos élites sont encore gouvernées par le goût de la raison et de l’intelligence, même si elles souhaitent en limiter l’usage au maximum.

L’hypothèse la plus probable pourtant est que, loin de ce cynisme que certains se plairont à imaginer, chez Schwab et Malleret, ces deux auteurs soient animés d’un sens réel de l’égalité. S’ils proposent d’endormir les consciences au lieu de les éveiller, c’est parce que leur propre conscience est endormie, et qu’ils trouvent eux-mêmes plus commode de ne pas se poser de questions existentielles plutôt que de s’en poser. Ils proposent simplement d’étendre à l’ensemble de la société le mode de penser et d’agir qui leur convient.

Si cette hypothèse est vraie, nous comprenons alors que le pouvoir dans notre société n’est plus détenu par une élite éclairée soucieuse d’un progrès spirituel global, mais par une caste sans autre ambition que la production quotidienne, organisée dans un bien-être collectif optimisé par tout ce que le discours sur les émotions peut produire. Progressivement, notre élite est devenue l’idéologue de l’obéissance et non de la liberté.

On comprend mieux pourquoi elle se rallie aussi facilement au modèle chinois, tout entier fondé sur l’obéissance collective et sur le bannissement des questions philosophiques.

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Le Great Reset annonce-t-il la fin du travail indépendant ?

Par Éric Verhaeghe

Nous continuons notre lecture commentée du Great Reset de Klaus Schwab et Thierry Malleret par un examen attentif de leur position sur le "petit commerce" et sur le travail indépendant. Certains lecteurs y ont en effet vu une annonce de la disparition programmée, voir voulue, des artisans et des commerçants indépendants, au profit des grandes chaînes capitalisées. Nous avons lu en profondeur le texte du Great Reset, et nous répondons à cette question sensible.

In many of these industries, but particularly in hospitality and retail, small businesses will suffer disproportionately, having to walk a very fine line between surviving the closures imposed by the lockdowns (or sharply reduced business) and bankruptcy. Operating at reduced capacity with even tighter margins means that many will not survive.

Il n’était pas possible d’évoquer l’aspect « micro » du Great Reset sans aborder la question du travail indépendant et de son avenir selon Klaus Schwab et Thierry Malleret. Celle-ci est évoquée dans le chapitre que nous abordons maintenant, qui est le deuxième chapitre consacré à l’impact du coronavirus sur la vie des entreprises.

Dans ce chapitre, les auteurs dressent à « grands traits » les principales tendances qui devraient se manifester dans les différents secteurs de l’économie. Une lecture un peu critique laisse à penser que ces grands traits sont surtout de grandes banalités qui passent largement à côté de l’exercice en lui-même. Nous y reviendrons succinctement pour illustrer notre critique, sans qu’il soit besoin, de notre point de vue, de nous attarder sur l’analyse de chaque tendance où l’on retrouve les jargons habituels du Great Reset comme la « résilience », que Schwab et Malleret mettent à toutes les sauces en galvaudant le sens originel du terme.

Ce qui va nous intéresser ici, c’est plutôt la question de l’avenir du travail indépendant et du petit commerce tel qu’il est évoqué dans le livre.

Le Great Reset et le mort du travail indépendant

En exergue de ce chapitre, nous reprenons la citation en anglais de Schwab et Malleret, que nous traduisons ainsi : « Dans beaucoup de ces secteurs, mais particulièrement dans l’hôtellerie, la restauration et le commerce de détail, les petites entreprises subiront un choc disproportionné, les obligeant à suivre une étroite ligne de crête entre la survie aux fermetures imposées par les confinements (ou les très fortes réductions d’activité) et la banqueroute. Ouvrir à capacité réduite avec des marges toujours plus faibles signifie que peu d’entre elles survivront ».

Cette phrase a prêté à de nombreux malentendus ou de nombreux fantasmes, dans la mesure où certains lecteurs l’ont interprétée non comme une description de la réalité à l’issue du premier confinement, mais comme un plaidoyer en faveur de la destruction du petit commerce. Comme, dans le même temps, le Great Reset soutient que les grandes chaînes d’hôtellerie ou de restauration résisteront mieux à la crise que les petits acteurs, certains ont voulu voir dans cet ensemble la preuve que le Great Reset était la formulation d’un complot contre les petits travailleurs indépendants appelés à céder la place à de grandes chaînes capitalisées détenues par quelques actionnaires fortunés.

Il parait ici nécessaire de revenir sur ces lectures complotistes pour les confronter au texte d’origine et disséquer le fond de ces analyses.

Pour mener à bien ce travail, nous pouvons commencer par ce constat simple : le Great Reset a la prétention de faire de la prospective, c’est-à-dire de décrire ce qui va se passer inéluctablement, ou ce qui a de grandes chances de se produire, sans prendre parti pour ou contre. Nous ne sommes pas ici dans le registre du bien ou du mal, du pour ou contre. Les auteurs ne souhaitent pas telle ou telle solution, du moins en apparence. Ils décrivent simplement ce qui leur semble nous guetter tôt ou tard, et ici plus tôt que tard.

D’une certaine façon, l’exercice auquel se prêtent Schwab et Malleret est celui du devin. Ils ne sont pas là pour révéler ce qu’ils souhaitent ou ce que les auditeurs ont envie d’entendre, ils lisent l’avenir, que cela plaise ou non. Et, en l’espèce, leur prédiction est celle d’une destruction massive des petits commerces.

Les devins peuvent se tromper

En parcourant les lignes de Schwab et Malleret, spécialement celles qui composent ce chapitre de leur livre, une première conclusion s’impose : ni l’un ni l’autre ne possède la science infuse, et leurs prédictions sont à prendre avec beaucoup de précautions. C’est pourquoi il serait hâtif de déduire de leur lecture que, dans la vraie vie, les petits commerces vont réellement disparaître.

Nous voulons pour preuve de la fragilité propre aux analyses de Schwab et Malleret les propos extrêmement généraux et pauvres qu’ils tiennent sur l’avenir d’un secteur critique pour la gestion de la pandémie qu’est l’assurance. Alors que leur propre ouvrage, The Great Reset, évoque largement les nouveaux risques auxquels nos sociétés sont confrontées, en affirmant que leur gestion relèvera de l’Etat, ils n’en tirent pratiquement aucune conséquence directe pour l’activité « privée » de l’assurance. L’essentiel de leur contribution sur l’avenir de ce secteur se résume à dire que les litiges et les sinistres vont augmenter du fait de la pandémie.

Or la problématique de l’assurance est bien plus large que ces quelques considérations tirées d’un article journalistique sans envergure. Toute la question qui se pose désormais est de savoir si les sociétés occidentales sont encore prêtes, comme à la fin du Moyen-Âge, à déléguer la gestion des risques collectifs à des acteurs privés, ou si elles entendent nationaliser cette activité. Dans ce cadre, on notera que (n’en déplaise aux restaurateurs français qui ont intenté de nombreuses actions contre leurs assureurs sur ce point) la pandémie ne peut être un risque assurable, puisque, lorsqu’elle se déclare, elle touche tous les assurés et obéit donc à une « co-variance », comme disent les mathématiciens, qui empêche la mécanique de l’assurance de se mettre en place.

Quels risques demeureront suffisamment aléatoires pour être assurables ? Telle est la question à se poser à l’avenir, la seule question systémique pour l’assurance, et ce point crucial est totalement occulté dans le Great Reset. C’est dire si l’envergure des analyses prédictives contenues dans le Great Reset est sujette à caution. La grande erreur en lisant ce livre consiste à le prendre comme un recueil de prédictions à la Nostradamus qui seraient sûres d’arriver, de prendre forme, dans les mois à venir.

Au contraire même, lu ligne à ligne, le Great Reset révèle souvent sa fragilité, ou sa pauvreté de vues. Cet ouvrage n’a d’intérêt que pour la grande bascule idéologique qu’il illustre, dans les mentalités élitaires, vis-à-vis de l’autoritarisme d’Etat en gestation dans nos démocraties. Pour ce qui est de sa compréhension du monde, on restera beaucoup plus mesuré.

Autrement dit, rien ne prouve que des confinements s’enchaîneront. Rien ne prouve que les petits commerces disparaîtront. Rien ne prouve qu’ils seront remplacés par des chaînes capitalisées. L’avenir est beaucoup plus ouvert que le Great Reset ne le prétend.

L’ambiguïté fondamentale du Great Reset

Mais on peut comprendre les lectures complotistes de cet ouvrage, et la question de l’avenir du travail indépendant fournit une bonne illustration de cette tentation et de son bien-fondé. Car la rédaction de l’ouvrage repose sur une ambiguïté. Dans l’exercice de divination qui est mené, nul ne sait réellement ce qui révèle de la simple prédiction et ce qui relève du parti pris du devin. Au fond, lorsque Schwab et Malleret annoncent une destruction massive de travail indépendant, pensent-ils que ce phénomène est inéluctable ? Ou expriment-ils un souhait personnel qu’ils maquillent en prédiction factuelle ?

Cette question du départage entre d’un côté ce que les auteurs « voient » et d’un autre côté ce qu’ils prônent sous couvert de prédiction parcourt l’ensemble de leur ouvrage. Au fond, on ne sait pas, dans l’ensemble des lignes du Great Reset, dans leur annonce d’interventions massives de l’Etat, de mises sous surveillance de la population, d’instauration d’une urgence sanitaire si longue qu’elle deviendrait le mode de vie commun, ce qui relève du choix idéologique (ou de la stratégie politique) et ce qui relève de l’observation politique.

Certains souligneront que ce type d’ambiguïté est inhérent à l’exercice même de la prospective, particulièrement en France où les prospectivistes se sont régulièrement autorisés à désigner les scénarios du futur qui correspondent le mieux à leurs préférences personnelles. Si l’on admet l’hypothèse que Schwab et Malleret ont cédé à cette tentation, alors il est vrai que leur annonce d’une disparition du travail indépendant résonne à la fois comme une prédiction et comme une préconisation.

Face à cette ambiguïté, qui n’est jamais dissertée ni levée dans le livre, on comprend l’abondance des lectures complotistes qui ont fleuri après sa parution. Au fond, personne ne sait si le « Great Reset » est une lecture de l’avenir ou un manuel de combat politique et, dans la pratique, il est les deux. Sa particularité est de dégager les grandes problématiques (parfois avec la pauvreté théorique qu’on lui a vue sur la question de la gestion des risques et de l’assurance) qui s’imposent et de prôner des solutions conformes aux intérêts des participants au Forum de Davos. En ce sens, il est bien un ouvrage de domination politique, de combat idéologique. Ceux qui l’ont lu d’un œil complotiste n’étaient pas forcément sans argument pour le faire.

L’avenir n’est pas inéluctable

Cette dimension idéologique du Great Reset est au demeurant plutôt une bonne nouvelle. Rien ne serait plus effrayant qu’un avenir déjà écrit que certains prophètes nous liraient sans qu’on ne puisse agir. Et, dans le cas de Great Reset, nous sommes très loin de le voir se réaliser sous nos yeux.

Nous l’avons souligné, déjà, mais la qualité des analyses présentées par le Great Reset, leur (manque de) profondeur, laissent un peu perplexe. Très souvent, le lecteur reste sur sa faim, tant, sous le vernis d’un jargon pédant, Schwab et Malleret se contentent de quelques banalités pour dessiner l’avenir. Certes, ces banalités (et c’est ce qui fait d’elles leur intérêt) sont celles qu’on entend dans les dîners en ville, dans les salons de la nouvelle aristocratie mondialisée (preuve en est que nos élites ne sont guère intellectuellement impressionnantes). Ce sont les banalités des puissants, des décideurs. Mais si l’on se fie à la capacité de ceux-ci à lire l’avenir ou à le comprendre, on sort de la lecture de cet ouvrage relativement rassurés.

Rien ne prouve, donc, que l’avenir de nos sociétés sera celui que Schwab et Malleret tracent. En revanche, leur prose peut être toxique dès lors qu’elle agit comme un « mainstream », une syndication du prêt-à-penser élitaire, surtout lorsque l’esprit de ces élites est vide ou si superficiel qu’il se nourrit de banalités aussi suffisantes que celles du Great Reset. S’agissant des très arrogantes élites politiques françaises, il y a d’ailleurs un peu de souci à se faire.

Ainsi, au fil du temps, on comprend que des esprits brillants comme celui de Bruno Le Maire, qui se pense comme un grand intellectuel, ou d’Emmanuel Macron, que la presse subventionnée a pensé grand intellectuel, sont d’une vacuité effective suffisamment prononcée pour se nourrir avec gourmandise du sabir de Schwab et Malleret. De fait, l’examen des grandes décisions prises en France depuis le début du confinement, avec cette urgence sanitaire qui dure et qui permet de « faire passer » des réformes liberticides, pose question sur l’influence réelle du Forum de Davos dans l’orientation politique de notre pays.

C’est sur cette influence et sur ses dangers qu’il faut batailler. La bataille est loin d’être perdue, mais elle doit être menée en revenant systématiquement aux faits et aux réalités.

Et s’agissant du travail indépendant, la première réalité est qu’il n’est pas encore mort, même si la pandémie a fragilisé de nombreux entrepreneurs, particulièrement dans l’hôtellerie et la restauration. La vraie bataille ne sera pas de les empêcher de faire faillite, mais de leur permettre de retrouver la prospérité en créant les conditions de leur reprise dans la durée.

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Le Great Reset et la mort de l’entreprise capitaliste (chapitre 8)

Par Éric Verhaeghe

Nous publions notre 8è chapitre consacré au Great Reset. Nous abordons aujourd'hui les considérations de l'ouvrage de Schwab et Malleret consacrées au "micro-reset", c'est-à-dire à l'impact de la pandémie sur le "business". On y trouvera un condensé des considérations à la mode sur ce qui fera l'avenir de l'entreprise. Nous ne sommes pas sûrs qu'elles sont clairvoyantes, mais elles donnent une bonne orientation sur le ralliement des élites au capitalisme de connivence le mieux assumé.

Whether espoused openly or not, nobody would now deny that companies’ fundamental purpose can no longer simply be the unbridle pursuit of financial profit; it is now incumbent upon them to serve all their stakeholders, not only those who hold shares.

Après la longue analyse « macro » que nous avons détaillée dans les chapitres précédents, le Great Reset s’attelle à comprendre quelles seront les tendances longues susceptibles de modifier le cours normal des entreprises et de la vie individuelle. Nous basculons ici dans l’analyse « micro » selon le jargon économique habituel. Le chapitre spécifiquement consacré à l’avenir des entreprises paraît de loin le moins convaincant et le plus creux du livre. C’est celui que nous analysons ici.

Ce chapitre s’organise autour de quatre mots-clés essentiels, qui correspondent aux quatre impacts majeurs que Schwab et Malleret imaginent que la pandémie peut avoir sur le fonctionnement des entreprises. On y retrouve un fourre-tout de banalités et de portes ouvertes enfoncées : digitalisation, circuit court, intervention de l’Etat et responsabilité sociale et environnementale, déclinés sous la bannière globale des accélérations que la pandémie permet. On retiendra de cet ensemble sans surprise que s’y dessine la disparition rapide de l’entreprise capitaliste tournée vers le profit, mais surtout libre de ne pas obéir à l’Etat, au profit d’une entreprise qui devient un simple élément parmi d’autres d’une grande technostructure administrée par l’Etat, où la notion de liberté n’existe plus.

Digitalisation et télétravail

Le chapitre consacré à la digitalisation accélérée des entreprises est probablement le moins novateur et le plus pauvre en contenu de l’ensemble du livre. Cette inconsistance est assez révélatrice, puisqu’elle nous rappelle que ni Schwab ni Malleret, qui animent le Forum de Davos, ne connaissent réellement la vie des entreprises. Ce sont des consultants, et non des opérationnels. Dès lors qu’il s’agit de décrire les processus à l’œuvre dans les entreprises elles-mêmes ils se trouvent donc un peu secs et se cantonnent à des généralités très succinctes.

Ce chapitre de leur livre peut se résumer ainsi : la pandémie fera du télétravail la règle par défaut et de la présence dans l’entreprise la dérogation, à l’inverse de ce qui existait avant la pandémie. Autrement dit, chaque fois qu’il sera possible de télétravailler, l’employeur privilégiera ce choix, favorisant ainsi la disparition progressive de l’entreprise conçue comme une entité fermée, structurée, où les humains se rassemblent quotidiennement pour partager un processus de production.

Bien entendu, ce phénomène sera accru par la multiplication des outils susceptibles de dématérialiser le travail chaque fois que c’est possible. Progressivement, donc, l’ensemble des métiers basculera dans un processus de « désincarnation ». Schwab et Malleret citent abondamment l’exemple de la téléconsultation médicale qui devrait supplanter, au besoin grâce à l’Internet des objets, la bonne vieille consultation en chair et en os.

On mesure ici la pauvreté de l’analyse et son manque d’imagination. Elle occulte complètement le poids de l’atelier dans la structuration de nos économies. En lisant le Great Reset, on comprend que l’univers quotidien de Schwab et Malleret se limite à des bureaux et à des salles de réunion, et méconnaît de façon spectaculaire le poids de l’industrie et de la technique dans la prospérité collective. L’angle mort de leur compréhension du monde se situe bien dans la place et la forme que le processus industriel revêtira demain. Et l’on imagine mal ici que les usines puissent passer massivement en télétravail.

Protectionnisme et circuit court

Autre banalité égrenée (mais dans un jargon techniciste prétentieux de logisticien) par le Great Reset : la mondialisation de la production devrait vaciller. On sait aujourd’hui que l’essentiel des produits que nous consommons est fabriqué par des usines chinoises. Cette organisation internationale du travail est à la source d’une abondante pollution, puisque le moindre pantalon acheté en Europe est envoyé par cargo ou par avion depuis Shangaï. On ne pouvait imaginer plus grande menace pour l’environnement que cette délocalisation à outrance des productions nécessaires à notre subsistance.

Cette imbrication des économies mondiales devient une faiblesse criante en cas de pandémie : l’ouverture des économies permet la circulation des marchandises, mais aussi des virus. Pour des raisons sanitaires, tout devrait donc concourir à favoriser le protectionnisme. La thématique de la souveraineté de la production (rendue incandescente par la pénurie de masques au début de l’épidémie en Europe) en a illustré la profondeur et la popularité. Cette poussée de protectionnisme dans l’opinion publique et dans les politiques à l’œuvre devrait métamorphoser la division internationale du travail.

Pour Schwab et Malleret, les entreprises sont donc condamnées à brève échéance à repenser leur modèle de production, et à favoriser des circuits courts. C’est la fin du « juste-à-temps » où l’on ne produit que sur commande, et où la marchandise est acheminée dans des délais records grâce à l’avion et à la suppression des tarifs douaniers. Il faut désormais « raccourcir les chaînes d’approvisionnement », c’est-à- dire relocaliser la production.

Ces notions sont bien connues. Elles fleurissent dans la presse mainstream où des journalistes paresseux se plaisent à les répéter tout au long de leurs colonnes. Si ces thématiques font désormais partie de la nacre répandue dans les conversations de salon à Paris, on peine cependant à en trouver la moindre traduction dans les faits. Aucun pays occidental n’a en effet recréé les conditions réglementaires et économiques nécessaires à une relocalisation industrielle sur son sol et, pour l’instant, ceux qui sont installés en Chine semblent bien décidés à y rester.

Même si un mouvement de relocalisation devait intervenir dans les années à venir, rien ne prouve qu’il prendrait l’ampleur d’une hémorragie. En tout cas, au-delà des lieux communs enfilés comme des perles dans des journaux subventionnés, aucun embryon de preuve ne permet d’étayer les affirmations de Schwab et Malleret.

Interventions de l’Etat

La troisième tendance que Schwab et Malleret prédisent pour la vie des entreprises nous semble d’ailleurs exclusive du mouvement de relocalisation annoncé dans la deuxième partie. Selon toute vraisemblance, en effet, l’Etat devrait multiplier ses interventions dans la vie des entreprises jusqu’à pratiquer une forme d’économie administrée.

Pour les fondateurs de Davos, c’en serait donc fini de la liberté d’entreprendre au sens où l’Union Européenne, par exemple, a voulu la promouvoir (sous une forme controversée) depuis l’édiction de l’Acte Unique de 1986. Progressivement le capitalisme de connivence serait gravé dans le marbre, celui où décisions publiques et arbitrages privés sont si intriqués que plus personne n’est capable de faire la différence entre décision prise par une entreprise et décision imposée par l’Etat.

Les Français ne seront guère surpris par cette forme de capitalisme, puisqu’elle est activement pratiquée depuis toujours dans leur pays, et que, à rebours des mécanismes à l’œuvre dans les autres pays industrialisés, la France a plutôt renforcé cette pratique durant les trente dernières années, à coups de noyaux durs et de prise de participation par l’Etat. Les mauvaises pratiques françaises devraient donc s’étendre au reste du monde, et progressivement favoriser la mainmise de la technostructure sur l’ensemble de l’économie mondiale.

 En quoi ce modèle français est-il fondamentalement différent du modèle chinois ? Le temps passe, et les différences systémiques entre les deux univers s’estompent. Certes, la Chine pratique un monopartisme qui n’existe pas en France, et ce n’est pas une différence anodine. Pour le reste, c’est-à-dire sur un plan économique, la notion de liberté d’entreprendre en Chine et en France se confondent parfois un peu, et l’on peut légitimement se demander si Schwab et Malleret s’inspirent plus du modèle français ou du modèle chinois pour annoncer l’avènement d’une économie administrée où la décision publique entravera de plus en plus la liberté d’entreprendre.

Nous avons, dans les chapitres précédents, fait allusion à l’inclination de Schwab et Malleret pour la Chine, et nous avons évoqué le soutien que la Chine apporte au Forum de Davos. In fine, on se demande dans quelle mesure les « prédictions » du Great Reset ne relèvent pas d’abord de la préparation d’artillerie pour rendre sympathique un modèle économique à rebours du modèle capitaliste.

Toujours est-il que, pour les auteurs du Great Reset, l’urgence sanitaire ferait sauter les verrous traditionnels que la liberté d’entreprendre oppose à l’intervention de l’Etat. L’administration deviendrait toute puissante…

Responsabilité sociale et activisme militant

Le quatrième paramètre que Schwab et Malleret identifient comme le plus impactant pour l’entreprise capitaliste traditionnelle est l’activisme militant déployé par les « stakeholders », c’est-à-dire les acteurs de l’entreprise, pour la prise en compte de la responsabilité sociale et environnementale.

À l’appui de cette assertion, les auteurs citent l’action menée par des salariés de Google pour convaincre leur management de ne plus prêter le concours de l’intelligence artificielle développée par l’entreprise à des forages pétroliers. Il s’agirait là d’une amorce vers une tendance de fond, où les salariés, acteurs essentiels de l’entreprise, auraient donc la faculté de modifier les choix de celles-ci pour respecter des impératifs moraux. Sous cette étiquette, nous plaçons des choix environnementaux et sociaux, mais aussi politiques dont l’actualité commence à nous donner des exemples de plus en plus fréquents : appel au boycott contre des entreprises soupçonnées de favoriser le racisme, le sexisme ou l’homophobie, actions contre des entreprises qui menacent l’environnement, mise au pilori de pratiques discriminatoires, etc.

Tous ces éléments d’évolution sont interprétés par Schwab et Malleret comme une annonce globale, systémique : il ne serait plus possible, à l’avenir, de créer et de diriger une entreprise en se contentant de « piloter » les profits. L’intégration de la préoccupation sociale et environnementale, le partage du pouvoir effectif avec les salariés, est inévitable, au détriment du pouvoir des actionnaires.

Là encore, on ne sait trop faire la différence entre ce qui relève du constat et ce qui relève du vœu. Schwab et Malleret notent d’ailleurs qu’il existe un débat sur ce sujet, et citent la phrase du patron de Ryanair pour qui la crise relèguera la responsabilité sociale et environnementale aux oubliettes. Intuitivement, les vagues de licenciement qui s’annoncent lui donnent plutôt raison. On peut penser que la préoccupation sociale et environnementale est un sport de riche, et que face à la menace d’écroulement qui plane sur les économies occidentales, les leit-motiv écologiques ou sociaux risquent de passer au second plan.

Mais le Great Reset est fondé sur l’intuition contraire, et donne le sentiment de promouvoir de nouveaux marchés pour des clients à la recherche d’influence.

Une guerre idéologique contre la liberté d’entreprendre ?

On sent bien que le discours prémâché du Great Reset recèle ici un flou étrange, comme si le raisonnement du prospectiviste dissimulait mal l’entreprise du consultant qui cherche à vendre une soupe lucrative à des clients désorientés par le cataclysme du confinement et de la crise mondiale qui s’ensuit. On peine en réalité à trouver des éléments tangibles pour étayer les prédictions de Schwab et Malleret, et la description qu’il donne des évolutions futures du « business » relève plus de l’incantation et du discours idéologique.

On sait que Schwab prône de longue date une mise en avant des acteurs de l’entreprise (les stakeholders) au détriment des actionnaires (les shareholders). De ce point de vue, il s’inscrit parfaitement dans la logique sociale-démocrate du capitalisme allemand d’après-guerre, réticent à la financiarisation anglo-saxonne, et partisan d’un contrat social où la co-gestion avec les organisations syndicales est un principe fondamental. La filiation idéologique allemande est ici évidente.

Peut-elle avoir valeur de prédiction ? Peut-on généraliser cette analyse et penser qu’elle dominera le capitalisme de demain ? Rien ne permet de l’affirmer, mais Schwab le soutient et semble vouloir entraîner avec lui une kyrielle d’entreprises bien-pensantes qui veulent favoriser l’émergence d’un capitalisme de connivence, où l’Etat dicte sa loi et impose des normes sociales et environnementales au détriment de la logique de profit.

On verra, dans la suite du livre, comme nous l’avons déjà vu avant, quel modèle ce capitalisme de connivence moralisateur porte. Dans la pratique, il consiste à supprimer toute forme de contre-pouvoir provenant des entreprises. Celles-ci devront subordonner leurs projets et leurs activités à un ordre moral et politique fondé sur des valeurs venues d’en haut.

Il est marquant de voir comment le Forum de Davos se fait ici l’auxiliaire d’une mise en coupe réglée de la démocratie, telle qu’elle est garantie par la propriété privée, et comme il prend à son compte des objectifs marxisants. Ce que Marx avait rêvé (une organisation sociale où tous les acteurs sans résistance possible obéissent à la verticalité de l’Etat, avec des semblants de soviets manipulés par des activités intolérants), Schwab le prône. Avec le modèle chinois en ligne de mire.

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Maffesoli : « La stratégie de la peur est une violence faite par les élites »

Par Éric Verhaeghe

Michel Maffesoli nous a fait l'amitié de nous accorder la dernière interview de l'année... Elle est consacrée au "memento mori", "rappelle-toi la mort", qui a fondé la pensée occidentale et à ses tourments ces dernières années sous l'effet d'une culture élitaire qui pense vaincre la mort et qui déploie une stratégie de peur pour asseoir sa domination sur la société. Voici une interview très riche, suivie d'un entretien entre Michel Maffesoli et le sociologue Raphaël Juan. A lire au calme pendant les vacances.

Michel Maffesoli

Sociologue, professeur émérite à la Sorbonne, membre de l'Institut Universitaire de France, auteur de la Nostalgie du Sacré

Raphaël Juan : Michel Maffesoli dans votre dernier livre paru, La nostalgie du sacré, vous poursuivez une réflexion, entamée avec La parole du silence, qui revient aux sources du mot religion (du latin religare, relier) et dévoile le ciment social que créée la conscience d’une sacralité commune. Ce sacré d’où provient-il et comment le définiriez-vous ?

Michel Maffesoli : Je précise que mes analyses sont en ce qui concerne La Parole du silence (Cerf 2016) et La Nostalgie du sacré (Cerf 2020) à rattacher à une perspective socio-anthropologique et ne concernent pas ce qui relèverait du théologique, à savoir la foi. Le sacré ou plutôt le sacral décrit la religiosité ambiante, la religion comme phénomène social alors que la foi est à comprendre dans l’intimité de chacun, dans le « for interne ».
De nombreux auteurs, je pense en particulier à Emile Durkheim dans Les formes élémentaires de la vie religieuse ou encore Gilbert Durand dans Sciences de l’homme et tradition, montrent bien comment de diverses manières, mais avec une grande constance, la religion est un élément de fond de la vie sociale. Durkheim allant même jusqu’à parler pour bien souligner ce phénomène de « divin social ». Suivant les époques, celui-ci est plus ou moins mis en valeur. Ainsi durant toute la modernité, du 17e à la première moitié du 20e siècle, le rouleau compresseur du rationalisme évacua progressivement cette dimension religieuse, aboutissant à ce que Max Weber a bien analysé en parlant de « désenchantement du monde ». Il semblerait et c’est en tout cas mon analyse, que contemporainement, en cette postmodernité naissante, le sacré, voire même le sacral revienne à l’honneur. Quelle en est la source ? quelle en est l’origine ? il est difficile de donner une définition exacte de ce que l’on nomme le sacré. Mais l’on peut constater, dans la foulée des auteurs que je viens de citer qu’il s’agit d’une structure anthropologique, rendant attentif au fait qu’on ne peut bien saisir le visible qu’en fonction de l’invisible. Ou encore et cela a été souligné par de nombreux bons esprits, on ne peut comprendre le réel qu’à partir de ce qui est réputé irréel. C’est ce retour d’un imaginaire religieux que j’essaie, dans cet ouvrage comme dans La Parole du silence,  d’analyser.

 

RJ : Votre livre insiste sur la nécessité du mystère qu’implique toute sociabilité empreinte du sacré, c’est-à-dire pour vous toute sociabilité authentique. Vous évoquez des figures étranges comme ce Roi clandestin dont parle le sociologue Georg Simmel. Qu’est-ce que ce Roi clandestin ? A-t-il quelque chose à voir avec le Roi du monde dont parle René Guénon ?

 

MM : Soyons en effet attentifs au fait que dans la foulée de la philosophie des Lumières, se développant au 18e siècle et se poursuivant tout au long du 19e siècle, le mystère a été durablement relativisé, voire dénié. Pour ma part, je rappelle, dans la suite de cette dialogie existant entre le visible et l’invisible, que le clair-obscur est une des caractéristiques essentielles de toute espèce humaine. C’est en ce sens qu’il convient de comprendre le terme même de mystère qui tout à la fois insiste sur l’importance de l’ombre et sur le fait que c’est ce phénomène de l’ombre qui partagée constitue la socialité de base.

C’est en ce sens que ce penseur important que fut Georg Simmel a, à plusieurs reprises, parlé du « roi clandestin ». Je ne sais pas si cette expression peut être comparée à ce que René Guénon nomme « le roi du monde ». L’idée même du roi clandestin rend attentif au fait que à côté d’un pouvoir surplombant, pouvoir institué, pouvoir établi, il existe une société officieuse, pour ce qui me concerne ce que l’on appelle la souveraineté populaire, qui tout en étant cachée n’en est pas moins réelle et régulièrement tend à s’affirmer et à être reconnue comme telle. Ce sont ces diverses métaphores qui soulignent l’importance qu’il convient de donner ou de redonner au mystère comme étant un élément structurant de tout être ensemble. Faut-il le rappeler, il existe une proximité sémantique entre des mots tels que mystère, mythe, muet, mythique etc. Mots qui rendent attentif au fait qu’au-delà d’une attitude quelque peu paranoïaque consistant à tout expliquer, il y a aussi, au sein même de la connaissance sociétale, des éléments secrets qui permettent de comprendre, au sens fort du terme, ce qu’est cette socialité de base, celle de la vie quotidienne qui ne peut pas être expliquée seulement à partir de la raison raisonnante. Pour ma part j’ai d’ailleurs consacré un livre, Eloge de la raison sensible, au fait qu’il faut compléter la raison, celle des Lumières, par le sensible qui renvoie à l’ombre constituant, également, la vie individuelle et la vie collective.

 

RJ : La fermentation, l’œuvre au noir, l’obscurité, le secret, le silence vous semblent être des dispositions essentielles pour faire germer, à titre individuel ou collectif, le divin. Est-ce que vous pouvez nous en dire davantage sur cette « stratégie des ténèbres » ?

 

MM : Il est en effet important d’observer que « l’œuvre au noir » ou ce qui est secret, est constitutif tant d’un point de vue individuel que d’un point de vue collectif de toute existence humaine. On peut, à cet égard, parler d’une « stratégie des ténèbres ».

Pour bien me faire comprendre je rappelle que le terme latin qu’utilisait la philosophie médiévale, la discretio renvoie à la nécessité d’être discret et c’est cette discrétion qui aboutit à ce qui est peut être la caractéristique essentielle de notre espèce animale, le discernement. Donc plutôt que de mettre l’accent purement sur la dimension explicative de la raison raisonnante, le silence est aussi une manière de comprendre et ce dans le sens strict du terme, le fondement de toute vie sociale, ce que j’appelle pour ma part socialité. Expliquer, c’est déplier le réel, relier chaque phénomène à une cause, comprendre, c’est saisir l’ensemble des phénomènes dans leur interaction, ce qu’on nomme un écosystème. Expliquer relève de la pure recherche des causes rationnelles, comprendre prend en compte les rêves, les émotions, tout ce que le pur rationalisme avait laissé de côté.

Ainsi, alors que la sociabilité est la conséquence d’un social purement rationnel, la socialité quant à elle prend en compte l’entièreté du mystère sociétal.

 

RJ : Ce livre est, entre autres choses, une apologie du génie du catholicisme qui aurait su comprendre l’humaine nature mieux que les autres religions, et notamment que le protestantisme. Communion des saints, culte de la vierge, piété populaire, intégration de l’héritage gréco-romain, Trinité, « tolérance » du pêché sont des idées et pratiques qui retiennent votre attention, pourquoi ?

 

MM : Il me semble en effet qu’à l’opposé de ce que fut la dimension très rationnelle du protestantisme à partir du 16e siècle, le génie du catholicisme a su garder ce que le philosophe Jacques Maritain nommait « un humanisme intégral ». Humanisme s’exprimant bien, dans le catholicisme traditionnel par le culte des saints, la dévotion mariale, la piété populaire sous ses diverses manifestations et bien évidemment par l’accentuation très forte donnée au mystère de la Trinité. Dans chacun de ces cas, ce qui est en jeu, c’est, au-delà d’une foi simplement individualiste, le fait que l’essence même de la religion est toujours un relationisme, c’est-à-dire une manière de mettre en relation, de relier. De ce point de vue, je consacre quelques pages à ce mystère dans mon livre, l’idée trinitaire qui est une particularité du christianisme traditionnel que le catholicisme met en valeur, explique bien ce primum relationis ou pour le dire à la manière du philosophe catholique Max Scheller un ordo amoris qui est le propre de tout échange et de tout partage. Il ne faut pas avoir peur de mettre en relation cet ordo amoris trinitaire avec le dogme de la communion des saints qui met l’accent sur ce qu’il convient d’appeler la réversibilité comme étant un élément important de tout être-ensemble. C’est cette réversibilité que l’on peut retrouver dans le partage, l’échange, l’entraide que la culture numérique aidant, on voit revenir avec force dans toute société. Ce qu’on appelle actuellement la société collaborative en est un bon exemple.

 

RJ : Vous semblez convaincu qu’il y a un retour des jeunes générations vers le catholicisme. Or, en France (la situation est sans doute différente en Italie voire en Espagne), le déclin des pratiques et notamment de la fréquentation de la messe est quantifiable et constante depuis le milieu des années 1960. Quels signes et indices retenez-vous qui vous invitent à parier sur un retour en force du catholicisme chez les jeunes ?

 

MM : Cette nostalgie du sacré est particulièrement repérable dans les aspirations et les pratiques des jeunes générations. Certes, on ne peut nier qu’il y a une sécularisation croissante dans de nombreux pays. Disons tout net que cette sécularisation est la conséquence du rationalisme des Lumières du 18e siècle et du mythe du progrès qui s’élabora tout au long du 19e siècle. Mais à côté de cette sécularisation il est non moins intéressant d’observer que depuis quelques décennies il y a un retour à des dimensions spirituelles de plus en plus affichées et dont on peut repérer les indices multiples. Par exemple le développement des communautés charismatiques, l’importante renaissance des pélerinages, la reviviscence des communautés monastiques, le tout particulièrement repérable grâce aux divers réseaux sociaux qui fleurissent sur Internet. Il y a dans ces réseaux sociaux des groupes de recherche et d’échange sur la philosophie thomiste, sur la méditation et sur diverses voies d’accès à la contemplation. Voilà quels sont les indices (index, signifie ce qui pointe) du retour en force du catholicisme dans les jeunes générations, qui par après contamine toutes les autres couches de la société.

 

RJ : Vous insistez sur la tradition qui constitue la source à laquelle s’abreuve l’imaginaire des peuples pour vivre et créer. Quelle est la tradition que vous défendez, est-ce l’immémoriale sophia perennis, celle du christianisme des origines, les traditions populaires des villages, le passé mythique ? Comment peut-on favoriser la transmission de cette tradition aujourd’hui ?

 

MM : Ainsi que je l’ai souvent indiqué, et tout au début de ma carrière j’y ai consacré tout un livre, le progrès fut le grand mythe du 19e siècle, qui ne l’oublions pas, est l’apogée de la modernité (La violence totalitaire, 1979). Le propre de ce progressisme consistait, en tirant toutes les conséquences de la philosophie de l’Histoire avec Hegel, à se déraciner du passé tout comme de l’espace d’ailleurs, afin d’atteindre le paradis à venir : la société parfaite. Certains bons esprits, je pense en particulier à Karl Löwith n’oubliaient pas de souligner que ce progressisme était la forme sécularisée du messianisme judéo-chrétien. Le paradis n’étant plus à réaliser au ciel, mais devant se concrétiser sur terre, ultérieurement.

C’est ce mythe du progrès qui, en quelque sorte, invalidait la tradition, c’est-à-dire ce qui se rattachait au passé, à la lente sédimentation des cultures humaines. Il me semble, ce que l’on peut résumer avec l’expression de Léon Bloy, « le prophète est celui qui se souvient de l’avenir », qu’au-delà ou en deçà de la recherche futuriste d’un bonheur à venir, il y a de diverses manières un retour de la tradition. C’est cette tradition que le magistère de l’Eglise catholique a jusqu’ici su conserver. Ce qui est particulièrement repérable en effet dans les pratiques populaires enracinées dans les terroirs, celles du culte des saints en particulier ou des multiples pélerinages locaux. Cette tradition est en effet l’expression d’une sagesse populaire, « sophia perennis » qui d’une manière plus ou moins discrète reprend force et vigueur dans les divers festivals ou rassemblements historiques traditionnels, rappelant ce qu’est la force du rythme de la vie, à savoir (rythme : rheein, couler) qu’il ne peut y avoir écoulement qu’à partir d’une source.

Pour reprendre l’oxymore que j’utilise fréquemment, depuis de longues années, la tradition ne peut qu’exprimer l’enracinement dynamique, c’est-à-dire la reconnaissance que comme toute plante, la plante humaine a besoin de racines pour croître et se développer.

 

RJ : On sait que les relations entre les organisations de la Franc-maçonnerie et l’Eglise catholique sont complexes et même souvent conflictuelles, pour diverses raisons. Vous vous référez souvent à Joseph de Maistre qui était à la fois un catholique intransigeant et un franc-maçon de haut-grade. En quoi la figure de Joseph de Maistre – grand défenseur, lui aussi, de la tradition – vous semble être en prise avec notre temps et pensez-vous qu’une réconciliation entre la franc-maçonnerie et le catholicisme soit possible à court terme ? Cette réconciliation vous semble en tout cas souhaitable, si je vous comprends bien…

 

MM : Il est certain que les relations entre la Franc-maçonnerie et l’Eglise catholique ne furent pas toujours des relations d’apaisement. Cela dit, dans la diversité des obédiences franc-maçonnes, certaines que l’on qualifie de « régulières » gardent le souci du spirituel, voire de l’ésotérisme comme étant des caractéristiques essentielles de leur manière d’être ensemble.

Joseph de Maistre qui est pour moi toujours une source d’inspiration, a écrit de très beaux textes sur la franc-maçonnerie traditionnelle tout en étant un farouche défenseur de la catholicité. En ce sens ses écrits peuvent aider un rapprochement qui n’est plus une utopie lointaine entre la franc-maçonnerie et l’église catholique. Je rappelle à cet égard un très bel écrit de mon maître Gilbert Durand, Un comte sous l’acacia (réédité in Gilbert Durand, Pour sortir du 20e siècle, CNRS éditions 2010) qui rappelle en des pages inspirées comment la pensée de Joseph de Maistre s’inscrit dans une tradition mystique qui est un élément important de l’église catholique.

 

RJ : Vous vous dites mécréant mais l’on voit bien à travers vos livres récents que vous vous détachez progressivement de l’orgiasme païen développé dans L’ombre de Dionysos, par exemple, pour vous rapprocher du grand silence des monastères catholiques. Est-ce que, personnellement, vous attendez ou espérez la Grâce ?

 

MM : Il m’arrive de dire, inspiré en cela d’Auguste Conte et peut-être de Charles Maurras que je suis catholique et non chrétien. Je rappelle que grâce au culte des saints et à la vénération mariale, l’église catholique a maintenu une certaine forme de polythéisme. Dans mon livre L’Ombre de Dionysos, je montre que certains cultes des saints, par exemple Saint Pothin à Lyon, avaient pour origine la vénération d’une divinité ithyphallique que l’église catholique avait su, avec subtilité baptiser, si je peux m’exprimer ainsi. Je pense également que la mystique développée dans les monastères catholiques est tout à fait en phase avec l’esprit du temps postmoderne. Je n’ai pas à exposer ce que j’attends personnellement d’un tel mouvement, d’une telle évolution, mais je rappelle que grâce, ou à cause du mystère de l’incarnation qui est une très belle métaphore, le catholicisme a pu développer ce que j’ai souvent nommé la transcendance immanente. Cette immanentisation de l’invisible dans le visible se retrouve dans la pensée de St Thomas d’Aquin lorsqu’il rappelle qu’il n’y a rien dans l’intellect qui n’ait d’abord été dans les sens (nihil est in intellectu quod non sit prius in sensu).

Dans le livre que je suis en train d’écrire et qui fera suite à La Nostalgie du sacré, m’inspirant du très  beau livre du cardinal John Newman : Grammaire de l’assentiment, je montre que c’est la référence au magistère catholique, au culte des saints qui peut nous aider à comprendre l’assentiment propre à la sagesse populaire qui consiste à dire « oui à la vie », « oui tout de même à la vie ».

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2020 : l’année où l’Occident a irrémédiablement plongé dans l’inconnu ?

Par Éric Verhaeghe

L'année 2020 touche à sa fin et le Courrier des Stratèges s'apprête à réduire son activité jusqu'au début du mois de janvier. C'est le moment de dresser un bilan "simplifié" d'une année qui a vu l'Occident basculer dans une ère inconnue, qui ressemble beaucoup à la période des épidémies dans l'Empire romain : affaiblissement progressif de l'Europe, montée des périls, crises à répétition. Une véritable dystopie.

Que retiendrons-nous de l’année 2020, sinon qu’elle fut la plus horrible que le monde a connue depuis 1945, et la plus « mondialisée » : la transmission de l’épidémie d’un continent à l’autre et le blocage mondial qui s’en est suivi marque probablement le début d’une nouvelle ère. Jamais jusqu’ici tous les pays du monde n’avaient vécu peu ou prou au même rythme et sous le même régime. 

Voici quelques éléments qui caractérisent ce basculement brutal qui verra probablement la submersion de l’Occident par l’empire chinois. 

Plus de 1,5 million de morts recensés dans le monde

Signe des temps, la pandémie a frappé partout dans le monde, et nous sommes désormais capable d’établir un suivi en temps réel à l’échelle de l’ensemble de la planète. La carte ci-dessous retrace par exemple le nombre de cas déclarés durant les quinze derniers jours dans le monde.

De façon flagrante, un an après le début de l’épidémie, la carte montre que plus une économie est ouverte, plus le nombre de cas augmente, exception faite de la Turquie où la maladie fait des ravages sans que l’économie ne soit particulièrement libre-échangiste. 

On comprend mieux que le Forum de Davos se concentre sur la « surveillance des populations » : c’est le meilleur moyen de conserver une économie capitaliste sans risquer une propagation incessante de maladies. 

Un effondrement économique sans précédent

Les confinements divers et variés qui découlent de cette désastreuse épidémie débouchent sur une récession extrême, pire que les effondrements connus pendant les conflits armés. Une guerre oblige en effet à produire et à reconstruire. Une épidémie empêche de produire et elle ne détruit rien. 

Sans surprise, la Banque d’Angleterre considère que la récession qui devrait durer (et dont nous avons très tôt évoqué la longueur) est la pire de l’histoire. Seule la Chine y échappera cette année. La zone euro sera la lanterne rouge mondiale. 

Retenons bien que, pour l’Occident, cette crise devrait être douloureuse. Très douloureuse. Et elle interrogera nos valeurs fondamentales. 

Vers une remise en cause de la démocratie en Occident ?

Nous avons évoqué dans notre série (qui s’achèvera en janvier) sur le Great Reset l’ambition qu’a désormais le Forum de Davos d’accélérer la digitalisation des économies occidentales, à la faveur du coronavirus et de sa propagation. En creux, les promoteurs de ce Great Reset semblent fascinés par le modèle chinois et singapourien. C’est dire le peu de cas qu’ils font de l’idéal démocratique et humaniste européen. 

Réussiront-ils à diffuser cette idée que l’avenir dans un autoritarisme et un capitalisme de connivence à la chinoise ? Ne manquez pas l’interview de Michel Maffesoli que nous publions ce soir pour avoir la réponse !

Et d’ici là, bonnes vacances à tous et meilleurs voeux 2021. 

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🎖La Banque de France souffle un vent glacial sur l’assurance-vie

Par Éric Verhaeghe

L'assurance-vie est-elle menacée par les tempêtes boursières qui ont secoué les marchés cette année ? Il faut lire entre les lignes du Bulletin de la Banque de France publié hier pour comprendre à quel risque les portefeuilles d'assurance-vie pourraient être exposés. Compte tenu de la sensibilité du sujet, la rédaction de la Banque est prudente et alambiquée. Mais en décortiquant les chiffres et en les recoupant au calme, certaines phrases (au demeurant peu ambiguës) prennent un sens particulier et font froid dans le dos. Voici une petite anatomie d'un document qui mériterait d'être lu attentivement.

Il faut fouiller attentivement le document produit par la Banque de France pour comprendre la signification du schéma ci-dessus. En soi, il est particulièrement explosif, dans la mesure où il donne une photographie en survol de la valeur des portefeuilles financiers des assureurs-vie. Voici ce qu’il faut retenir du document de la Banque. 

L’assurance-vie est-elle en situation de moins-value latente ?

La question qui parcourt le document de la Banque de France est de savoir si les portefeuilles financiers des assureurs-vie sont en situation de plus-value ou de moins-value. Cette question n’est pas anodine, dans la mesure où, en cas de rachats massifs des contrats, les assureurs devraient rembourser leurs assurés en tenant compte de la valeur réelle des actifs. 

Selon la Banque de France, la position des portefeuilles fin 2019 n’était pas problématique. Selon la Banque, le taux de plus-value latente était élevé, surtout au regard de l’érosion des valorisations que les taux bas ont produit.

La baisse des taux d’intérêt accroît la valeur des actifs des assureurs qui investissent majoritairement dans des obligations à long terme. Ainsi, le taux de plus-value latente reste élevé en 2019, à un niveau d’environ 17% pour l’ensemble des placements, en augmentation de trois points de pourcentage par rapport à 2018.

Cette plus-value de 17% est une belle prouesse, dans la mesure où la moitié des investissements des assureurs sont placés en obligations, et singulièrement en dettes souveraines, dont la rentabilité est à peu près anéantie par les quantitative easing du monde entier. Grâce aux performances du CAC 40, les assureurs-vie ont pu sauver la mise en 2019.

Mais qu’en est-il au juste de l’année 2020 ? Sur ce point, la Banque de France produit une phrase alambiquée qui en dit long sur la gêne du régulateur face aux risques de marché :

La crise sanitaire génère toutefois de fortes incertitudes concernant l’évolution des taux d’intérêt et des plusvalues latentes des différentes classes d’actifs. La baisse de la valeur des actifs début 2020 affecte directement le niveau de plus-values latentes des assureurs. Même s’il existe des techniques de couverture, cette baisse pourrait se traduire par une réduction de la marge de manœuvre des entreprises d’assurance qui réalisent en effet régulièrement des gains en vendant certains de leurs actifs porteurs de plus-values.

Qu’en termes choisis ces choses-là sont dites ! On retiendra donc de cette phrase plusieurs points essentiels :

  • la chute de la bourse début 2020 a mordu sur les plus-values latentes des portefeuilles d’assurance-vie, mais la Banque de France n’indique pas exactement dans quelle proportion,
  • le graphique que nous produisons en exorde de cet article montre que la baisse de valorisation trimestrielle a dépassé les 131 milliards, soit à peu près autant que la plus-value totale de 2019
  • les assureurs sont en partie assurés sur le risque de moins-value, notamment grâce à des produits dérivés
  • mais cette assurance ne couvre pas la totalité du risque et la « marge de manoeuvre » des assureurs s’est réduite du fait de ces moins-values latentes. 

Rappelons que l’assurance-vie consiste largement à « jongler » sur la duration du risque, en indemnisant au jour le jour les assurés avec les profits accumulés dans la durée. Si ces profits se réduisent, les marges pour « indemniser », notamment en cas de sortie de contrat, deviennent très ténues.

Entre les lignes, on comprend donc que la Banque de France tire une sacrée sonnette d’alarme. Même si la gravité du geste est tempérée par le rappel du montant des liquidités dont les assureurs disposent : 55 milliards, on retiendra en tout cas que l’érosion des taux d’intérêt et le chaos boursier constituent une menace réelle dans la durée pour le mécanisme de l’assurance-vie. 

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