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L’épidémie de coronavirus va-t-elle paralyser l’économie chinoise ?

Par Trop Libre
épidémie de coronavirus

Par Jean-Pierre Corniou.
Un article de Trop Libre

L’épidémie de coronavirus 2019-nCoV, passée inaperçue pendant les fêtes de fin d’année 2019 et dont l’épicentre est la ville de Wuhan, dans la province du Hubei, a connu fin janvier, après les fêtes du Nouvel An chinois, une accélération qui inquiète la Chine, le sud-est asiatique et désormais l’ensemble de la planète.

Si le problème principal, bien entendu, est de juguler cette épidémie pour limiter le nombre de victimes, l’événement est aussi un révélateur de la situation nouvelle de l’économie de la planète et de ses interdépendances. Une telle épidémie est d’abord un drame humain qui terrorise les populations des villes atteintes par le virus comme le montrent les rares images diffusées des populations confinées dans leur logement.

Certes, il n’est pas inutile de rappeler que la grippe saisonnière provoque chaque année quelque 650 000 décès à travers la planète mais, face à l’inconnu que présente cette variante de coronavirus, les mesures prises pour enrayer sa propagation sont tout à fait exceptionnelles.

Néanmoins, en dépit de ces mesures, le virus s’est déjà répandu à cette date dans vingt-six pays. Cela a également pour conséquence un gel de l’activité économique qui vient profondément perturber la deuxième économie mondiale et tous les acteurs qui y sont liés.

Avec 2382 milliards de dollars d’exportations en 2019, en croissance de 0,5 % en dépit des mesures américaines de restriction des échanges, la Chine est le premier exportateur mondial, dépassant largement ses concurrents directs que sont les États-Unis, l’Allemagne, le Japon et la Corée du Sud.

Loin de se cantonner, comme lors de son entrée dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001 aux produits de consommation courante, la Chine a développé en vingt ans une industrie diversifiée et à forte valeur ajoutée qui la positionne favorablement dans la plupart des chaînes de valeur des produits complexes.

Cette évolution est toutefois passée souvent inaperçue alors qu’elle modifie profondément la nature des courants d’échange internationaux. La crise du coronavirus est en train de révéler brutalement la place nouvelle de la Chine dans l’industrie mondiale.

De ce fait, son impact devrait être plus profond que celui de la crise du SRAS en 2003, compte tenu de l’évolution structurelle de l’économie chinoise au cours des deux dernières décennies.

Les mesures de confinement de la population paralysent l’activité

Bien qu’il soit naturellement prématuré de tirer des conséquences économiques de cette crise, comme le rappellent la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, il faut déjà reconnaître que, depuis le début de l’année, la production et la consommation ont été profondément perturbées par la fermeture des usines dans la ville de Wuhan, épicentre de la crise sanitaire du coronavirus, qui a eu pour conséquence la paralysie de plusieurs grandes villes de la province de Hubei et, progressivement, du sud de la Chine. Les mesures de blocus affectent désormais la totalité du territoire.

Il faut d’abord préciser la place de Wuhan dans l’économie chinoise.

Wuhan, ville ultramoderne de 11 millions d’habitants et l’une des neuf villes les plus importantes de Chine, est un centre scientifique et économique majeur, notamment pour l’industrie automobile, mais aussi dans les secteurs économiques de pointe, avec quatre parcs scientifiques. La province du Hubei représente 4,5 % du PIB de la Chine. C’est un nœud routier et ferroviaire, et un port maritime et fluvial sur le Yangzi Jiang, artère de communication vitale entre la mer de Chine orientale et l’intérieur.

Pour évaluer dès maintenant les conséquences de la situation et des mesures prises, il faut s’appuyer sur un jeu d’hypothèses fondées sur les données économiques de 2019, sur le rythme d’activité initialement prévu pour 2020 et sur l’attitude des pouvoirs publics dans l’accompagnement économique de la crise.

Il est évident que la durée de la crise sera le paramètre clé et, compte tenu des données actuelles sur la diffusion du virus en Chine et sur sa mortalité, il semble prématuré d’anticiper le retour de l’économie au rythme antérieur. Le 10 février, on dénombrait quelque 40 000 personnes atteintes par le virus en Chine et on enregistrait 908 décès alors que la propagation du virus semble poursuivre sa croissance exponentielle.

La moitié des cas recensés se situent dans la seule ville de Wuhan. Le gouvernement, qui a prolongé les vacances du Nouvel An chinois, initialement prévues du 24 au 29 janvier, d’une à deux semaines, a demandé aux entreprises de rester fermées jusqu’au 9 février et tablait sur une reprise de l’activité lors de la semaine du 11 février. La situation laisse à penser qu’un décalage supplémentaire de plusieurs semaines va être nécessaire.

Au-delà de l’impact sur la production de la fermeture des vacances, qui avait été anticipé, il est logique d’imaginer plutôt une rupture d’activité de l’ordre de quatre semaines de pleine activité, soit 8 % de la production annuelle.

Le ralentissement économique que va connaître la Chine affecte d’abord son marché intérieur dans toutes ses composantes, compromettant les perspectives de croissance pour 2020, prévue à + 6 %, taux déjà en retrait par rapport à 2019. Il y a un consensus pour évaluer au moins à un point de croissance l’impact de la crise, ce qui ramènerait la croissance du PIB chinois 2020 au-dessous de + 5 %.

Les conséquences sur l’industrie des transports et du tourisme pour les congés très prisés du Nouvel An ont été immédiates, car c’est la période où les déplacements en Chine atteignent leur point maximum dans l’année. Près de 250 millions de Chinois s’étaient déplacés durant cette même période en 2018, année où la totalité des voyages intérieurs en Chine ont rapporté 760 milliards de dollars, dont une grande partie lors des fêtes du Nouvel an. Or, cette année, le gouvernement a interdit ces déplacements

Par ailleurs, compte tenu de la place de la Chine dans l’économie mondiale, la perte de production va réduire sa capacité d’exportation et perturber les chaînes logistiques de ses clients, de même qu’elle va réduire ses besoins de produits importés.

La structure des échanges de la Chine

Pour mesurer l’impact économique de ce double mouvement – réduction de la consommation intérieure et réduction des échanges extérieurs –, il faut tout d’abord rappeler quels sont les grands marchés potentiellement impactés et tenter de chiffrer la perte de production en fonction du degré d’exposition des centres industriels aux mesures de confinement et de la durée de ces mesures. Il y a certes beaucoup d’inconnues dans cette analyse, qui plus est susceptibles d’évoluer en fonction d’informations nouvelles.

Toutefois, malgré son caractère très macroéconomique et les insuffisances de données à ce stade, cette analyse permet de mesurer la place centrale qu’occupe dorénavant la Chine dans le système industriel mondial et d’en analyser les conséquences pour le pays lui-même et pour l’ensemble de ses partenaires économiques et industriels.

Fin janvier 2020, les réserves de devises de la Chine atteignaient 3115 milliards de dollars, ce qui donne au pays une forte capacité de résistance face à un ralentissement de ses échanges internationaux. Mais les clients et fournisseurs de l’empire du Milieu devront faire face à d’importances pertes de revenus.

Quelque 94 % des exportations de la Chine sont des produits manufacturés, et 48 % de ces exportations sont des machines et équipements de transports, 27 % des équipements électroniques et de télécommunications. Les textiles et vêtements ne représentent plus que 5 %, contre 15 % en 2005. En 2019, l’excédent commercial de la Chine en 2019 s’est établi à 421 milliards de dollars, le plus important depuis 2016, en dépit de trois années de guerre commerciale avec les États-Unis.

L’industrie automobile chinoise est devenue la première mondiale et elle représente désormais le tiers de la production mondiale. Comme dans les pays industrialisés historiques, l’industrie automobile chinoise tire des milliers d’entreprises cotraitantes dans l’acier, le verre, les plastiques et caoutchouc, la mécanique, l’électronique. Le ralentissement de la vente de véhicules a un impact sur toute cette chaîne.

Mais la Chine est également devenue fournisseur de composants pour toute la filière mondiale. La Chine exporte pour 70 milliards de dollars de pièces détachées et accessoires automobiles, dont 20 % vers les États-Unis. L’arrêt de l’usine Hyundai, en Corée du Sud, en raison de la défaillance des fournisseurs chinois de câbles électriques, illustre cette nouvelle interdépendance. Plusieurs constructeurs dans cette même situation annoncent des fermetures d’usines en Asie, comme Proton en Malaisie, et en Europe dans les prochains jours.

De façon immédiate, les principaux pays concernés par les perturbations qui affectent la Chine sont ses voisins du Sud-Est asiatique. Mais les pertes de production affectent également les constructeurs européens présents en Chine comme Volkswagen (qui y a produit 3 millions de véhicules en 2019) et BMW.

Wuhan est par ailleurs le siège de Dongfeng, deuxième constructeur automobile chinois, et abrite plusieurs co-entreprises, dont PSA, Renault, Nissan et Honda. Nissan y produit 1,5 million de véhicules par an et Honda 700 000. Les trois équipementiers français Valeo, Plastic Omnium et Faurecia y sont implantés.

Si les fermetures d’usine, qui touchent désormais toutes les régions, durent quatre semaines, c’est une perte de production potentielle de 8 % qui peut être envisagée, soit, en rapport avec la production de 2019 de 25 millions de véhicules, quelque 1,9 million de véhicules non produits. Les décisions des constructeurs commencent à être publiées et tous prévoient au mieux un redémarrage le 17 février, tout en continuant à surveiller la situation.

Dans un contexte où le marché automobile du second semestre 2019 était déjà faible, cette situation ne peut qu’aggraver la crise que traverse l’industrie automobile chinoise. Mais elle peut aussi provoquer une accélération de la restructuration de cette industrie, désirée depuis longtemps par le gouvernement mais freinée par les constructeurs et les provinces.

Pour l’électronique mondiale, la Chine est la source principale d’approvisionnement. Une société comme Apple dépend totalement de la production en Chine : toute défaillance dans la livraison de l’iPhone, qui représente 61 % de son chiffre d’affaires, a une répercussion immédiate sur le chiffre d’affaires réalisé dans le monde avec ce produit phare. Mais ses concurrents sont dans la même situation.

Le ralentissement de la consommation intérieure

La Chine est devenue un marché essentiel pour l’électronique, l’automobile, l’industrie du luxe et des cosmétiques, et les produits alimentaires haut de gamme. La crise sanitaire impacte doublement ces activités, à la fois par l’impossibilité d’accéder aux produits et aussi par le climat d’inquiétude qui conduit les Chinois à se concentrer sur les dépenses essentielles.

Les centres commerciaux nombreux et dynamiques des grandes villes chinoises sont pour la plupart fermés. Les transports sont paralysés et, même si l’approvisionnement alimentaire est maintenu, la plupart des secteurs industriels comptent désormais sur leurs stocks et ne peuvent expédier leurs produits finis.

C’est une situation qui peut rapidement provoquer une crise de liquidités.

Wuhan est ainsi désertée depuis le 25 janvier et Apple, qui réalise 15 % de son chiffre d’affaires en Chine, a fermé ses 42 boutiques dans le pays. Le groupe L’Oréal, présent en Chine depuis 1997 et dont les performances 2019 ont été largement alimentées par le marché chinois, annonce une chute de ses ventes : en 2019, la zone Asie-Pacifique représentait 35 % du chiffre d’affaires du groupe et la plus forte croissance (+ 30,5 % contre + 9,6 % pour l’ensemble du groupe).

La Chine a également réduit ses importations de pétrole. Le pays consomme en moyenne 14 millions de barils de pétrole par jour, soit 15 % de la demande mondiale, et le ralentissement de ses activités a donc eu un impact immédiat, estimé à 20 % de sa demande courante. Le prix du brut a chuté de 62,50 dollars le baril le 3 janvier 2020 à 50 dollars le 7 février.

Par ailleurs, la crise engendre un climat d’incertitude qui mine la confiance qui caractérise habituellement la population chinoise. C’est un impact secondaire qui pourrait avoir des conséquences plus profondes sur la dynamique du système économique et politique.

Certes les consommateurs chinois, férus de commerce électronique, pourraient y recourir de façon encore plus forte, mais la distribution et la logistique étant paralysées, les produits ne peuvent être livrés. On touche là un point de fragilité des économies complexes, lesquelles nécessitent toujours des acteurs humains pour le « dernier kilomètre ».

Cependant, la résilience de l’économie chinoise se manifeste par le recours à des solutions imaginatives. Certains fournisseurs ont ainsi mis au point un système de livraison zéro contact, dans lequel client et fournisseur se mettent d’accord pour une livraison dans un lieu où les personnes ne se croiseront pas.

On note également que l’application WeChat, qui a plus de 1 milliard d’utilisateurs, est utilisée pour permettre aux personnes confinées à leur domicile de partager leurs données de santé avec le personnel médical. De même, les autorités utilisent des drones pour pulvériser des désinfectants.

Les conséquences politiques

Le gouvernement chinois, qui a fait de la prospérité le moteur principal de sa légitimité, va devoir composer avec un ralentissement économique majeur, au moins pour l’année 2020. Le gouvernement a immédiatement annoncé l’injection de liquidités par la Banque centrale chinoise à hauteur de 156 milliards d’euros.

Mais la perte de revenus et l’augmentation du chômage pourraient créer des failles profondes dans le système économique, amplifiées par le manque de confiance envers des autorités incapables de juguler le développement de l’épidémie.

C’est pourquoi le gouvernement, le Parti communiste chinois et les autorités locales se mobilisent « comme en temps de guerre », selon les déclarations officielles, pour éradiquer la progression du virus.

Le président Xi Jinping multiplie les appels téléphoniques pour rassurer les dirigeants mondiaux quant à la maîtrise par la Chine de la crise sanitaire et sur le caractère temporaire de ses conséquences. L’intensité et la professionnalisation de la riposte sanitaire sont en effet un des facteurs clés de la crédibilité du pouvoir face aux critiques internes grandissantes, notamment depuis la mort du docteur Li Wenliang, le médecin de l’hôpital central de Wuhan qui, fin décembre, avait lancé sans succès l’alerte sur l’épidémie de coronavirus.

La ville de Wuhan, où le taux de mortalité est plus élevé que dans le reste de la Chine (4,1 % contre 0,17 %), fait ainsi l’objet d’une intensification considérable des mesures de mise en quarantaine et de contrôle de la population à domicile, porte à porte. Par ailleurs, dans tout le pays, les opérations de désinfection des lieux publics et des moyens de transport, comme les contrôles de température sur la population, se multiplient et sont largement médiatisées.

Il est certain que pour restaurer rapidement la confiance et le retour à un niveau d’activité normal, l’intensité des mesures d’accompagnement économique devra être ajustée à l’ampleur et à la durée de la crise. Les événements entraînent évidemment des réactions inquiètes, et parfois virulentes, partout dans le monde. La crise peut décrédibiliser temporairement la Chine comme grande puissance scientifique et technique, vision appuyée avec force par Xi Jinping, notamment avec le plan Made in China 2015.

Mais ces événements sont aussi un levier pour les adeptes de la démondialisation qui mettent en évidence les risques courus par une trop forte interdépendance des économies. À l’inverse, la crise peut renforcer l’autorité du pouvoir chinois et démontrer, si la crise est suivie d’une forte relance économique, que son organisation a su faire face à un événement exceptionnel mieux que toute autre forme de pouvoir politique. À ce stade de l’évolution de la situation, les scénarios sont encore largement ouverts.

Sur le web

Coronavirus : comment s’en sort la Chine ?

Par Loïk Le Floch-Prigent

Par Loïk Le Floch-Prigent.

Le nouveau virus qui affecte le système respiratoire vient de Chine et met en émoi toute la planète connectée. Sa caractéristique étant d’être contagieux durant les sept à quinze jours de la période d’incubation, il nécessite donc une quarantaine préventive, dispositif très compliqué dans un pays de plus d’un milliard d’habitants et dans une agglomération d’origine du virus en comptant 11 millions avec une périphérie de 45.

Par ailleurs les biologistes craignent sa mutation vers une forme encore plus coriace. Pour l’instant il ne semble létal que pour les sujets fragilisés au plan respiratoire. Le traitement de cette épidémie en dit long sur l’organisation de la Chine et sur les rapports entre le pouvoir central et les autorités régionales.

L’image que nous colportons dans nos démocraties est celle d’un pouvoir autoritaire pyramidal exerçant son autorité de manière dictatoriale sur un pays-continent : force est de constater que cette caricature ne reflète pas la réalité.

Trois autres exemples

Ce n’est pas le premier problème de santé publique rencontré par les Chinois.

— En 2003 : un premier coronavirus, le SARS, pour lequel l’information a été bloquée au départ. Il a causé 750 décès dans le monde et a été éradiqué au bout de quatre mois grâce à l’action déterminée mais tardive du pouvoir central qui a fini par limoger le maire de Pékin et le ministre de la Santé.

— En 2008 : le scandale du lait infantile empoisonné par de la mélamine, afin de le faire paraître plus riche en protéines. L’alerte est donnée par les Néo-Zélandais partenaires de l’entreprise responsable Sanlu. On déplore officiellement le décès en Chine de six bébés, 300 000 malades, et 22 industriels impliqués. Les plaintes avaient été étouffées dans un premier temps par les élus locaux et les industriels concernés. Entre le début des plaintes en décembre 2007 et la prise en considération du pouvoir central il s’est écoulé plusieurs mois ; ce n’est qu’en septembre 2008 que le sujet est apparu au grand jour.

— Début 2019 : la peste porcine frappe des élevages, les autorités locales commencent à abattre discrètement les bêtes. Cette disparition d’un produit essentiel pour l’alimentation du pays finit par alerter les autorités centrales qui se saisissent du dossier quelques mois après l’apparition du mal. Les importations de porcs conduisent à considérer que 15 % des animaux ont été abattus alors que les documents officiels annoncent des chiffres de l’ordre de 1 %.

 

Une vision occidentale déformée de la Chine

Notre vision biaisée de la Chine pourrait conduire à considérer que les autorités centrales tentent de cacher la réalité, les pandémies, en gravité et en nombre ; et c’est ainsi que les commentaires apparaissent dans les publications et les notes diplomatiques. Mais la présence de nombreux Français et autres Occidentaux en Chine dans la province industrielle de Wu Han vient nuancer cette position classique.

En effet, à mi-chemin entre Pékin et Hong Kong, Wu Han est un des grands centres de l’industrie chinoise en particulier dans l’automobile, les microprocesseurs et la biomédecine avec toutes les coopérations que l’on connait.

Cette mégalopole reste également traditionnelle avec ses commerces d’animaux vivants, d’élevages ou sauvages, sur le grand marché de Huanan. On se souvient que le SARS en 2003 était issu d’une civette vendue sur le marché de Pékin, et c’est dans cette direction que les scientifiques chinois se mobilisent actuellement pour découvrir l’origine du nouveau virus.

Lorsque l’épidémie débute en décembre 2019, les autorités locales commencent par la taire pendant trois semaines. Le secret est d’ordre militaire puisque c’est l’armée qui est chargée de traiter le sujet.

Notre transparence occidentale nous conduit à imaginer que les autorités locales, soit avertissent Pékin, soient essaient de cacher l’épidémie par peur des représailles.
On pourrait aussi imaginer que depuis Deng Xiaoping la tradition chinoise a repris le dessus, c’est-à-dire que beaucoup de problèmes locaux sont traités localement.

Le pouvoir central est chargé de maintenir l’équilibre du pays, mais pas de gérer quotidiennement les provinces. C’est ce qui explique l’enrichissement phénoménal des industries locales confiées aux ingénieurs qui peuplent l’ensemble du pays. Cette  décentralisation économique peut faire pâlir d’envie beaucoup de pays dits libéraux.

 

Décentralisation positive pour l’industrie, désastreuse pour la santé

Appliquée en Chine, la formule de François Guizot « enrichissez-vous » a permis son formidable essor industriel. La politique est centralisée et autoritaire, l’économie est fluide et individualiste, ce qui explique ses succès. Les élus locaux et les industriels ou producteurs ne sont donc pas tétanisés par les ordres venus d’en haut, apprécient peu que le pouvoir central s’immiscent dans leurs affaires : chacun son rôle, malgré les risques de contrôle et de sanction.

Il est clair que le pouvoir central chinois apparaît toujours en retard sur ses problèmes de santé. Les décisions finalement prises de quarantaine de la population de Wu Han et de ses satellites semblent assez tardives mais des progrès ont été faits depuis le SARS de 2003 : un mois au lieu de trois, et dès le début de l’action une présence du Premier ministre sur les lieux pour tenter de rassurer la population.

Nous sommes encore loin de la transparence occidentale exigée par les journalistes et les réseaux sociaux.

Toutefois, cette volonté de tout dire qui est la nôtre conduit à des excès qu’il ne faut pas se cacher, les fake news peuvent aboutir à des paniques dont seuls les vendeurs de masques médicaux peuvent se satisfaire. Tout comme les peurs véhiculées par les collapsologues conduisent au refus de fonder une famille. Il n’y a pas que du bon à évoquer des catastrophes potentielles et attiser systématiquement angoisse et peur de l’avenir.

Le pouvoir central chinois n’intervenant que lorsque le pays est en danger, ce dernier connait ainsi de belles réussites industrielles, une politique de souveraineté assumée au plus haut niveau avec des transferts de technologie de la part des pays occidentaux tandis que localement chacun peut s’enrichir à sa guise. Un rêve libéral en économie dirigée.

En revanche, dans le domaine sanitaire ces règles se révèlent désastreuses car elles conduisent à retarder les réponses. Le pragmatisme chinois a permis de raccourcir les délais d’action nationale par rapport à 2003 ; nul doute que le gouvernement va tirer des leçons de l’épisode actuel car le classement de cette épidémie par l’Organisation Mondiale de la Santé comme « urgence de santé publique de portée internationale » constitue une condamnation humiliante.

Mais il sera difficile de modifier les traditions d’un pays qui n’a toujours pas pu interdire sur ses marchés la vente d’animaux vivants malgré le séisme du SARS en 2003. Pays centralisé, mais pas à la manière généralement comprise en Occident, il va falloir beaucoup de travail pour accéder à une transparence acceptable dans le domaine de la santé, et plus facile à atteindre dans le secteur industriel, le parti dirigeant comptant beaucoup d’ingénieurs mais peu de biologistes.

Oxfam : faut-il s’offusquer de toutes les inégalités ?

Par Hadrien Gournay

Par Hadrien Gournay.

Ce sont les chiffres mis en avant par le dernier rapport d’Oxfam :

  • les richesses des 1 % les plus riches de la planète correspondent à plus de deux fois la richesse de 90 % de la population (6,9 milliards de personnes).
  • les milliardaires du monde entier, c’est-à-dire seulement 2 153 personnes, possèdent plus de richesses que 4,6 milliards de personnes, soit 60 % de la population mondiale.
  • en France, 7 milliardaires possèdent plus que les 30 % les plus pauvres et les 10% les plus riches possèdent 50 % des richesses.

Comme à chaque fois, il sera abondamment diffusé et les commentateurs unanimes pour dénoncer des inégalités mondiales inacceptables et appeler à les réduire. Ces réactions médiatiques aboutissent néanmoins rarement à proposer une méthode très précise en vue de cette réduction. La proposition politique la plus en rapport avec les conclusions d’Oxfam est une augmentation de la taxation des plus riches. L’idée d’une taxe spécifique sur les plus riches pour financer l’aide au développement est parfois avancée.

Le chiffre cité semble si éloquent par lui-même que la conclusion ne semble souffrir aucune contestation. Est-il possible de s’y opposer ?

Nous tenterons pour le savoir, de répondre à quatre questions.

  1. Les inégalités sont-elles scandaleuses en soi ?
  2. Les inégalités de patrimoine sont-elles une bonne manière de mesurer les inégalités économiques ?
  3. La dénonciation de la richesse des milliardaires est-elle juste ?
  4. Quelles conclusions pratiques tirer du rapport ?

Les inégalités sont-elles scandaleuses en soi ?

Les inégalités ne sont scandaleuses en général qu’à la condition de penser que la quête de l’égalité économique doit structurer l’organisation sociale. Or, non seulement l’égalité économique n’est pas la seule conception de la justice mais toutes les théories d’organisations sociales ne s’appuient pas sur la justice.

La distinction, élaborée par Aristote entre justice distributive et justice corrective ou commutative illustre la première affirmation.

— La justice distributive consiste à donner à chacun en fonction de son mérite. L’auxiliaire de ce principe est de donner à chacun au départ les mêmes chances de mériter de la société.

— La justice corrective permet de rétablir un équilibre en réparant une atteinte. Indirectement, elle suppose la prohibition de l’atteinte en question. Elle est de ce fait voisine du principe moderne de non-coercition et de la conception selon laquelle la liberté « consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ».

La principale différence entre ces conceptions modernes et de celle d’Aristote est la reconnaissance chez ce dernier de la possibilité d’une coercition dans l’intérêt de la personne pour laquelle il s’exerce.

L’utilitarisme est la plus fameuse doctrine d’organisation sociale non fondée sur l’idée de justice. Ses partisans affirment que la société doit faire « le plus grand bonheur du plus grand nombre ». Ce projet qui n’implique pas en tant que tel un bonheur ou des possessions égales pour tous est susceptible de s’opposer à l’égalitarisme.

Il existe et il a existé bien d’autres critères d’évaluation des sociétés humaines que l’égalité des revenus. Ainsi, l’opinion selon laquelle les inégalités sont scandaleuses ne relève plus de l’évidence. L‘interprétation des données d’Oxfam est-elle dès lors aussi claire qu’on ne le prétend ?

À cela, une personne modérée et raisonnable – et non un socialiste fanatique – répondrait que l’hésitation peut se justifier pour des différences limitées mais pas lorsque les écarts de richesses atteignent une telle ampleur.

Comme dans nombre de questions philosophiques, le raisonnable semble s’opposer au rationnel. Là où logique et pure raison nous orientent vers une réponse tranchée et univoque, la majorité des hommes prudents et diligents se satisfait d’un compromis entre les principes. Une attitude cohérente est plutôt l’apanage des fanatiques. L’homme doit-il se conduire en ayant pour guide le bonheur ou la vertu ? Toute tentative de conciliation semble difficilement défendable devant le tribunal de la raison. Le bonheur dans le vice, ou la vertu dans le malheur devraient lui être préférés. Pourtant, peu d’individus et très peu de sociétés adoptent ces solutions extrêmes.

Pour notre part nous accepterons l’opinion de l’homme modéré et raisonnable sans le discuter davantage.

Pourtant Oxfam a-t-il raison de prendre les inégalités de patrimoine comme critère des inégalités économiques ?

Les inégalités de patrimoine sont-elles une bonne mesure des inégalités ?

Les origines de l’inégalité de patrimoine

Les inégalités de patrimoine procèdent de trois voire quatre facteurs principaux :

  • l’inégalité liée à l’âge : à revenu et taux d’épargne égaux au long de la vie, une personne plus âgée aura eu le temps d’accumuler un patrimoine plus conséquent qu’une personne plus jeune
  • l’inégalité expliquée par le taux d’épargne : une personne épargnant une plus grande part de ses revenus constituera à âge et revenu égaux un patrimoine plus important qu’une personne plus dépensière
  • les revenus : à âge et propension à épargner égaux, le patrimoine de ceux dont les revenus sont plus importants est supérieur
  • l’héritage : qui peut également être assimilé à un revenu exceptionnel.

Ajoutons que le taux d’épargne a tendance à augmenter avec les revenus.

Parmi tous ces facteurs et à condition de rejeter les inégalités économiques, au moins excessives, lesquels sont contraires à l’équité ?

L’inégalité de patrimoine entre personnes d’âges différents est un mal tout relatif si chacun est amené au cours de sa vie à acquérir le montant de patrimoine qu’un autre possède pour le moment. Revendiquer le contraire reviendrait à abandonner la notion d’acquisition par ses efforts patients.

L’inégalité expliquée par l’épargne est-elle plus critiquable ? En quoi y aurait-il une injustice à voir celui qui consomme davantage avoir un plus petit patrimoine ? L’un a choisi de consommer tout de suite et l’autre plus tard. Annuler l’inégalité de patrimoine permettrait au premier de consommer davantage que le second.

Appliquons la question à une république socialiste ayant pour credo l’égalité économique. Elle attribue à chacun des revenus égaux et notamment à Pierre et à Paul. Pierre choisit avec une somme donnée d’acquérir une automobile. Paul choisit de passer des vacances dans un palace. Faut-il opérer un transfert de Pierre à Paul pour compenser leur inégalité de patrimoine ? Mais qui donnera à Pierre la jouissance du palace où il n’est pas allé ?

En revanche, les inégalités de revenus sont plus suspectes. Encore faut-il faire une distinction parmi les inégalités de revenus mondiales. Certaines sont internes à une nation donnée, les autres sont internationales. Concernant les inégalités entre pays ne faut-il pas s’intéresser à ce qui a permis à certains pays de réussir mieux que d’autres pour généraliser les bonnes pratiques plutôt que de vouloir les rendre égaux ? Le plus souvent, le combat contre les inégalités mondiales se confond avec ou s’accompagne de la dénonciation du système économique mondial. Pourtant, y a-t-il réellement un système économique mondial ou autant de systèmes que de législations propres à chaque pays ? Si la seconde interprétation domine, la question la plus urgente est celle de la reproduction par les pays pauvres des méthodes qui ont assuré le succès des pays riches.

Quoi qu’il en soit, les inégalités de revenus forment la partie la plus contestable des inégalités de patrimoine. Aussi, ne faut-il pas s’attaquer spécifiquement à elles ? Oxfam n’aurait-elle pas du présenter des inégalités mondiales, nécessairement moins spectaculaires, de revenus et non de patrimoines ?

Inégalité de revenu contre inégalité de patrimoine

Qui doit l’emporter dans une perspective d’égalité économique : l’égalité de revenu ou l’égalité de patrimoine ? Ou sont-elles complémentaires ?

Une réponse décisive exige de déterminer ce qu’implique spécifiquement chaque type d’inégalité du point de vue de la justice. Pour isoler leur influence respective, nous devrons analyser une égalité de patrimoine avec inégalités de revenus et une égalité de revenus avec inégalité de patrimoine.

Des revenus inégaux aboutissant à une égalité de patrimoine ne peuvent en aucun cas être synonyme d’égalité. Que Neymar Jr ait à force de dépenses somptuaires, le même patrimoine que vous et moi, faudrait-il affirmer qu’il n’y a rien à dire du point de vue de l’égalité ? Néanmoins, l’argument n’est pas totalement décisif. Il prouve que l’inégalité de revenu ne peut être étrangère à l’équation voire qu’elle est prépondérante mais pas que le patrimoine ne joue aucun rôle dans l’appréciation des inégalités. En l’occurrence, notre exemple neutralise les effets du patrimoine.

Aussi observons l’inégalité de patrimoine dans l’égalité de revenus. Reprenons l’exemple élaboré plus haut. De deux personnes aux mêmes revenus, la première choisit de les épargner ou d’acquérir des biens durables (maison, voiture) s’ajoutant à son patrimoine, la seconde préfère se payer des vacances de rêve dans des palaces. Faut-il privilégier l’analyse en termes de revenus et juger la situation égalitaire ou la déclarer inégalitaire en raison de la différence de patrimoine ? Rien ne vient justifier que dépenser son argent de façon différente soit synonyme d’inégalité. Donner au plus dépensier le même patrimoine qu’au premier serait au contraire inégalitaire. Le fait qu’une personne ayant eu les mêmes revenus qu’une autre choisisse d’en épargner une plus grande partie ne peut être vu comme injuste.

Un communiste de bonne foi devrait préférer l’égalité des revenus à l’égalité des patrimoines.

Mesure des inégalités de revenus

Il reste à savoir comment mesurer ces inégalités de revenus ? Et notamment sur quelle période ? Un jour ? Une semaine ?

L’absurdité de telles propositions saute aux yeux. Un simple décalage dans le versement du salaire deviendrait une inégalité abyssale. En pratique, la période prise en compte pour les inégalités de revenus est l’année. Personne ne remet ce choix en cause. Mais supposons l’inégalité entre deux personnes de l’année N inversée l’année N+1. La critique s’évanouirait d’elle-même. Les revenus étant bien plus mobiles qu’on ne le pense souvent, les inégalités s’estomperaient (sans bien sûr disparaître) avec la prise en compte d’une plus longue période. Comparer les revenus sur la totalité de l’existence n’est pas nécessairement le choix adéquat mais l’étude des inégalités sur une période plus longue que l’année apparaît indispensable.

Le critère le plus pertinent pour rendre compte des inégalités est donc bien moins impressionnant que celui qu’Oxfam a mis en avant. L’ONG aurait-elle voulu afficher un chiffre spectaculaire dans un but politique ?

Revenons toutefois au point de vue de notre homme modéré et raisonnable. Il reconnaîtrait qu’avec la méthode que nous préconisons l’écart entre les milliardaires et le milliard du plus démuni se réduit considérablement. Pourtant, ferait-il observer, le nouvel écart reste toujours un gouffre.

Pourtant, même en acceptant cette conclusion, la dénonciation de l’écart entre les milliardaires et les plus pauvres est-elle entièrement juste ?

La dénonciation est-elle impartiale ?

La quête de l’égalité des richesses n’est pas le seul idéal social à défendre et la méthode utilisée pour mesurer leur écart est contestable. Néanmoins, ces deux faits n’ont pas paru suffisants à un homme modéré et raisonnable pour infléchir la conclusion imposée par les chiffres mis en évidence par Oxfam. Ajoutons deux critiques. Non seulement, la comparaison est arbitraire mais elle néglige un fait très important.

Une comparaison arbitraire

Oxfam compare la fortune des milliardaires et celle des habitants les plus pauvres de la planète. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Du point de vue d’un misérable, les conditions de vie de l’Occidental moyen voire modeste tiennent du rêve éveillé.

Si une organisation opposait la fortune des Juifs à celle des plus pauvres de la planète, le caractère arbitraire du procédé sauterait immédiatement aux yeux. Pourquoi les Juifs et pas les autres ? Tout le monde verrait que l’hostilité à l’égard des Juifs y a plus de part que la générosité à l’égard des pauvres. Les choses sont-elles si différentes avec l’attitude d’Oxfam à l’égard des milliardaires ?

Il est aisé de comprendre la raison pour laquelle Oxfam les cible spécifiquement : opposer les plus pauvres aux Occidentaux en général deviendrait assez vite impopulaire et priverait le message de la fondation de son soutien. Il n’y a pas de doute que le choix de la cible est efficace, mais est-il légitime ?

La négligence d’un fait primordial…

De plus, en opposant les plus riches et les plus pauvres Oxfam omet un fait très important qui peut les unir : les sommes consacrées par les premiers en faveur des seconds. Le Giving Pledge, créé à l’instigation de Warren Buffet et de Bill Gates, invite les milliardaires américains à s’engager à donner la majorité de leur fortune en faveur de causes philanthropiques.

Le 28 avril 2011, 69 milliardaires américains avaient rejoint la campagne. Les 40 premiers donateurs ont promis un minimum de 125 milliards de dollars. Marc Zuckerberg avait quant à lui fait le choix de donner 99 % de ses actions Facebook.

La démagogie du procédé est manifeste. Il consiste à jeter en pâture à l’opinion publique les ultra-riches en comparant leur patrimoine à celui des plus pauvres. Or, ces ultra-riches donnent une part importante de leur fortune aux plus pauvres. De l’autre côté, cette opinion publique est majoritairement composée de ménages très aisés en comparaison des plus pauvres en question et de la qualité de vie de la majorité des personnes au cours de l’histoire. Or, cette majorité préfère affecter une part plus grande de son argent à devenir très riche en jouant à la loterie qu’à soulager les plus pauvres.

Il est temps d’interroger à nouveau notre homme raisonnable et modéré. Perplexe, il admettra le caractère arbitraire d’une comparaison limitée aux milliardaires et aux plus pauvres. Et pourtant, si les inégalités économiques (au moins au-delà d’un certain seuil), sont injustes, l’écart entre les milliardaires et les plus pauvres est bien une injustice. Et bien sûr c’est entre ces deux catégories que la différence de revenus est la plus grande.

Enfin, s’il est heureux que les milliardaires apportent un soutien aux plus démunis, pourquoi ne pas faire plus ? Et si la propagande d’Oxfam, avec ses limites et ses omissions le permet, n’aura-t-elle pas fait beaucoup de bien ? Examinons ce point.

Que faire ? Quelles conclusions pratiques tirer du rapport ?

Des faits présentés par Oxfam, deux programmes d’action principaux émergent. La redistribution de l’argent des milliardaires vers les plus pauvres de la planète s’accorde le plus facilement avec les rapports de l’ONG. Vient ensuite la taxation confiscatoire des hauts revenus ou patrimoine.

Que penser de chacune de ces solutions ? Et laquelle aurait le plus de chance d’aboutir ?

Redistribution mondiale ?

La redistribution de l’argent des milliardaires vers les pauvres concorderait parfaitement avec l’objectif de réduction des inégalités. Cependant toute théorie de la justice connaît une limite raisonnable. Son application ne doit pas se faire au détriment de ceux au profit de qui elle est conçue. À première vue, il n’y a pas de risque. L’écart de richesse entre les protagonistes est tel qu’on voit mal comment cela pourrait ne pas bénéficier aux plus pauvres.

Et pourtant l’initiative présenterait de nombreux inconvénients, à commencer par le risque de dilapidation d’argent public. Comment faire pour que cette manne tombée du ciel ne soit pas captée par des politiciens corrompus et des affairistes ? À l’image des ressources naturelles, les ressources ne nécessitant pas un effort préalable sont souvent une malédiction. Le remède à ce risque de dérive est un droit de regard occidental sur l’affectation et l’utilisation des sommes. Au-delà d’un certain seuil, le don impliquerait contrôle. Alors nous verrions une forme plus ou moins larvée de colonisation.

Surtaxation des milliardaires

Revenons sur le conflit, évoqué plus haut, entre la recherche de l’égalité et de l’utilité. En admettant sa validité, le principe d’égalité des revenus, entendu comme principe de justice, ne doit-il pas trouver sa limite lorsqu’une augmentation de revenus ne nuit à personne ? Autrement dit, pouvons-nous considérer un bien comme un mal ? Manifestement, tout principe de justice n’est valable que si son application améliore la condition de celui qui serait sans cela la victime supposée d’une injustice. Par exemple, dans la mesure où il n’est pas possible de guérir la maladie ou le handicap d’une personne, il n’y a pas de raison d’en affliger les personnes saines pour rétablir une égalité de l’état de santé. Le raisonnement est encore plus évident lorsque les bénéficiaires supposés d’un principe de justice en pâtissent. Tout principe de justice doit manifestement être abandonné lorsqu’il conduit à empirer la situation de celui qu’il est censé protéger.

Comment pourrions-nous nous retrouver dans l’une ou l’autre de ces situations ?

Avec la surtaxation des milliardaires, leur fortune est affectée aux programmes de dépenses publiques traditionnelle des pays riches. Autrement dit, elle ne bénéficiera pas aux populations les plus pauvres de la planète. Dans l’hypothèse précédente, nous avions un transfert des plus riches vers les plus pauvres. L’écart entre les plus riches et les plus pauvres aura diminué sans profit pour les seconds.
Il en sera de même entre le milliardaire occidental et l’Occidental moyen. Pourtant, ce n’était pas l’objectif affiché au départ. En outre, une fois adopté le principe égalitariste, même sans profit pour les pauvres, il faudrait aussitôt l’adapter au rapport de l’Occidental moyen et des personnes gagnant moins de un dollar par jour. Bref, il faudrait appauvrir les Occidentaux.

Cependant l’hypothèse de la neutralité de la taxation des milliardaires pour les plus pauvres est trop optimiste. Comme nous l’avons indiqué, la fortune des milliardaires bénéficie d’ores et déjà pour une grande partie aux plus pauvres par des donations. En définitive, nous favoriserions le détournement d’une bonne partie des sommes taxées des plus pauvres au profit du riche occidental moyen.

Insuffisance des deux solutions

Quelle que soit la solution envisagée, il restera sur la base de l’argumentation d’Oxfam, une insuffisance fondamentale. L’écart entre le patrimoine de l’Occidental moyen et celui des petits paysans ou ouvriers des pays pauvres sera trop important pour ne pas légitimer un appareil de redistribution international. Ce n’est pas exactement le souhait des Occidentaux qui se scandalisent de la publication des rapports. Une telle bureaucratie serait-elle bénéfique ? Un État fonctionne correctement s’il existe un minimum de contrôle citoyen sur ses activités, contrôle synonyme de discussions et débats. Que de telles conditions puissent être réunies à l’égard d’une bureaucratie mondiale est rien moins que certain.

Il reste à savoir de la redistribution ou de la surtaxation laquelle est la plus probable.

Quel est le plus probable ?

Les politiques des pays occidentaux auront envie de satisfaire leurs électeurs. Et ceux-ci seront plus sensibles à des avantages directs qu’à une réduction de la pauvreté à des milliers de kilomètres. Leur comportement présent l’atteste déjà. Ils dépensent davantage pour jouer au loto que pour faire des dons à des associations caritatives. L’hostilité de plus en plus accentuée de l’opinion publique occidentale à une immigration permettant à des personnes souvent très pauvres d’accéder au même niveau de vie le confirme, s’il en était besoin.

Si les rapports d’Oxfam devaient avoir un effet politique important, ce serait d’augmenter la fiscalité sur les milliardaires au profit des programmes classiques de dépense publique nationaux. Il s’agirait in fine d’une redistribution des humains les plus riches et les plus pauvres vers l’Occidental moyen, un humain riche à l’échelon planétaire. Pour les plus pauvres, le solde de l’opération serait globalement négatif. Certes, on peut tout à fait soutenir que les politiques sociales doivent privilégier les nationaux plutôt que de se complaire dans l’objectif utopique de faire disparaître la misère à l’autre bout du monde. Mais n’est-il pas hypocrite de s’appuyer sur cette misère pour arriver à cette conclusion ?

Brexit : le retour de l’empire commercial britannique ?

Par The Conversation
empire commercial

Par Linda Monborren1.
Un article de The Conversation

À quelques jours de la sortie, définitive cette fois, du Royaume-Uni de l’UE, l’inquiétude se ressent de part et d’autre de la Manche sur l’avenir des relations commerciales des nouveaux divorcés. Si les deux parties ont toujours affiché une volonté marquée de maintenir des relations commerciales fortes, ou tout du moins cordiales après la séparation, l’absence d’accord ne rassure pas les entreprises. Pourtant, la livre sterling et les marchés affichent une grande sérénité, motivée par une transition échelonnée et un nombre record d’accords commerciaux signés en 2019.

Durant la campagne du référendum, les promoteurs du Brexit ont argué que le piège de l’UE s’était refermé sur le Royaume-Uni, laissant le pays, qui était historiquement une grande puissance commerciale et exportatrice (l’Empire britannique domine le commerce et les marchés financiers du monde entier entre 1850 et 1914), subir l’inaction de la Commission européenne.

Rappelons qu’un pays membre de l’UE n’a pas le droit de négocier des accords bilatéraux avec d’autres pays : seule la Commission est habilitée à le faire au nom de tous les pays membres. Les entreprises et la population britanniques furent sensibles au discours affirmant que la politique commerciale de l’UE ne convenait pas au Royaume-Uni et que celui-ci avait besoin de reprendre sa liberté pour reconquérir ses partenaires commerciaux.

Un désaccord sur la forme : May et Johnson font les mêmes choix stratégiques

Dès 2017, le Royaume-Uni a entamé des négociations sur des accords commerciaux avec ses partenaires du Commonwealth et bien d’autres. L’année 2019 et le report du Brexit ont permis à Londres d’officialiser son départ de l’UE et de signer des accords commerciaux avec des partenaires issus des cinq continents. Au cours de l’année révolue, 20 accords de libre-échange ont été signés et de nombreux autres accords sont en cours de négociation, donnant au pays une base solide pour étendre ses activités commerciales dès l’officialisation du Brexit.

Des accords de reconnaissance mutuelle ont été signés avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis. Les Britanniques souhaiteraient finaliser ce dernier avant les élections américaines de novembre – et cela malgré un désaccord sur la taxation des produits high-tech. Les négociations avec le Japon sont également en cours.

Ainsi, contrairement à certaines études visant à prouver un protectionnisme croissant dans les pays anglo-saxons, il est difficile d’établir un parallèle entre le choix des États-Unis de s’isoler commercialement, qui est un choix purement politique, et le Brexit qui est plutôt un choix populaire, loin de faire l’unanimité, si ce n’est le besoin des deux parties de réaffirmer la souveraineté des nations.

Les termes du divorce UE/Royaume-Uni

Le contenu de l’accord, ou plutôt l’absence de contenu dans le document signé par Bruxelles et Boris Johnson le 24 janvier 2020, ne permet pas de prédire ce que seront les relations commerciales bilatérales UE/Royaume-Uni à venir, d’autant que la question de l’Irlande du Nord complique considérablement les négociations. Néanmoins, la transition devrait se faire en douceur et en plusieurs étapes.

L’accord ne prévoit aucun changement dans les relations commerciales après le 31 janvier 2020 et jusqu’en décembre 2020, voire décembre 2022 si aucun accord n’est trouvé. Choix stratégique ou difficulté à trouver un terrain d’entente ? Quelles que soient les raisons de ce flou, il n’en demeure pas moins que la configuration des échanges commerciaux va connaître un bouleversement non négligeable, le Royaume-Uni ayant désormais beaucoup d’autres marchés à sa portée.

En outre, la frontière irlandaise reste ouverte mais avec l’application des deux régimes douaniers à la fois : le régime douanier britannique s’appliquera aux marchandises destinées au marché irlandais, et le régime douanier et la réglementation européens aux marchandises destinées à l’UE.

Si les deux parties se disent favorables à un accord de libre-échange, les termes de l’accord ne seront fixés qu’au cours des sommets à venir. L’entrée du Royaume-Uni dans l’Union douanière européenne (statut actuel de la Suisse et de la Turquie par exemple) n’est pas exclue. Les échanges commerciaux de part et d’autre de la Manche sont tellement importants qu’une sortie sans accord serait désastreuse.

CHART | 51% of #UK trade is with EU member states https://t.co/8SVCFuNE6l #brexit #may pic.twitter.com/vrGP7q1dhZ

— Bruegel (@Bruegel_org) January 17, 2017

Dans son rapport préparatoire du 13 janvier 2020, l’UE pose les bases de négociation d’un accord de libre-échange avec le Royaume-Uni en clarifiant les différences entre un pays membre de l’UE et un pays bénéficiant d’un accord de libre-échange :

  • la suppression des barrières douanières sur les biens et services sera étudiée au cas par cas et ne sera possible que si un accord sur la pêche est signé préalablement ;
  • la libre circulation des personnes ne sera plus de mise (application des règles d’immigration et de sélection selon le profil professionnel) ;
  • la mise en place des nouvelles contraintes réglementaires européennes ainsi que celles des États membres que doit respecter tout pays tiers exportateur vers l’UE.

Rappelons que le document signé octroie aux deux parties la mise en place des réglementations de leur choix. Le Royaume-Uni ne sera donc plus soumis à la réglementation européenne dès le 31 janvier 2020. Sajid Javid, chancelier de l’Échiquier ? n’exclut pas à ce jour le changement des réglementations britanniques « pour poursuivre des intérêts économiques » – concrètement, pour s’adapter à des marchés plus lucratifs tels que le marché américain.

Du côté des entreprises, une étude publiée en janvier 2019 a montré que l’incertitude liée aux négociations inachevées et le risque que cela comporte, a miné la confiance des entreprises britanniques. Ainsi, 5344 entreprises ont décidé de ne pas exporter leurs produits innovants vers l’UE en 2016 et 5437 d’entre elles ont cessé d’exporter vers l’UE en réponse à l’incertitude liée à la renégociation des accords UE/Royaume-Uni.

Les effets du Brexit sur la politique commerciale européenne

Le Brexit a permis à l’UE de prendre conscience de l’importance que vouent certains pays membres au commerce international. Il faut dire qu’à l’exception des pays voisins (Norvège, Suisse, Andorre, Turquie, Islande), l’UE n’a pas été très prolifique en accords de libre-échange (Mexique en 1997 et Corée en 2010).

Le départ du Royaume-Uni a sorti Bruxelles de sa torpeur, en dynamisant et en accélérant la signature de certains accords qui étaient en suspens. Le tableau ci-dessous montre que les accords les plus importants ont été signés après le Brexit, bien que les négociations avaient commencé avant. Il montre également que la signature d’un accord prend environ dix ans.

Author provided

 

Cette dynamique portée par la Commissaire au commerce extérieur Cecilia Malmström (récemment remplacée par l’Irlandais Phil Hogan) est bien entérinée comme le montre la carte des accords à signer publiée par la Commission européenne – et cela, en dépit de la contestation et de l’opposition des citoyens à certains accords (comme celui avec le Mercosur).

Les échanges commerciaux de l’UE.Commission européenne

2020, année cruciale

Il est évidemment impossible à ce jour de cartographier les changements à terme qui résulteront du Brexit. Néanmoins, le Royaume-Uni a su jusqu’ici tirer parti avantageusement de ce divorce en restant « commercialement » un pays membre et en recouvrant sa liberté de commercer avec de nouveaux partenaires.

Avant la fin 2020, plusieurs accords clés devront voir le jour, notamment celui en passe d’être signé avec les États-Unis et peut-être avec l’UE – un empressement qui va à nouveau reconfigurer les rapports commerciaux dans le monde ; il y va de la survie et du prestige de l’ancien empire.

Sur le web-Article publié sous licence Creative Commons

  1. Enseignante en économie et commerce international, École de Management de Normandie – UGEI.

Et si les multinationales françaises étaient nos meilleurs diplomates ?

Par Éric Verhaeghe
multinationales françaises

Par Eric Verhaeghe.

Les multinationales françaises sont-elles un outil diplomatique sous-estimé ou mal maîtrisé dans un monde largement fondé sur le libre-échange ? Le récent exemple de Bernard Arnault dans le désamorçage de la crise commerciale entre la France et les États-Unis pose ouvertement la question. Avec plus de 6 millions d’emplois créés à l’étranger, les entreprises françaises ont les moyens de peser sur le cours des affaires.

Les multinationales françaises ont un pouvoir surprenant, dont Bernard Arnault a donné une idée, au mois d’octobre 2019, en inaugurant au Texas une usine de fabrication, en présence de Donald Trump. Officiellement, les deux hommes ne sont pas amis.

Dans la pratique, l’annonce de cette création de 1000 emplois industriels sur le sol américain dans les cinq ans par l’homme d’affaires français aurait suffi à dissuader Donald Trump de prendre des mesures commerciales de rétorsion contre la France. Celle-ci a pourtant tendu le bâton pour se faire battre en décidant la mise en place d’une taxe unilatérale sur les GAFA.

Du rôle diplomatique des multinationales françaises

C’est vrai qu’il a bien joué, Bernard Arnault, en investissant 50 millions de dollars au Texas pour construire une usine LVMH qui devrait donner du travail à des ouvrières peu qualifiées. Il a en quelque sorte payé son tribut pour désamorcer des représailles commerciales consécutives à la taxe GAFA concoctée par Bercy (Bruno Le Maire en tête). Grâce à cet investissement (qui a bénéficié d’avantages fiscaux locaux), il a pu montrer au monde qu’au moins un Français dans le monde s’entendait avec Donald Trump et pouvait donner le change à ses côtés.

Alors que la campagne électorale américaine commence, ce petit coup de pouce donné à Donald Trump, qu’il aurait rencontré dans les années 1980 à New York, mais qu’il refuse de présenter comme un proche, fait aussi bien les affaires de Bernard Arnault lui-même que de son pays. Et l’on peut penser que, sans lui, toute l’industrie française aurait été punie par Donald Trump pour avoir taxé les GAFA.

Cette affaire pose donc clairement la question de l’initiative diplomatique française. Revient-elle au Quai d’Orsay, qui apparaît régulièrement affaibli, ou revient-elle plutôt à des acteurs privés, à des individualités, comme notre richissime propriétaire de luxe Bernard Arnault ?

Les multinationales françaises ont du poids

On oublie trop souvent que les multinationales françaises ont un vrai poids économique qui pèse sur les stratégies internationales des États. Par les temps qui courent, se fâcher avec des employeurs ne coule plus véritablement de source.

En l’espèce, et selon l’INSEE, les entreprises françaises contrôlent plus de 45 000 filiales où travailleraient près de six millions de salariés. Les entreprises françaises seraient installées dans près de 200 pays, avec une présence marquée aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Chine et au Brésil.

Autrement dit, auprès de ces partenaires, la France peut peser à travers l’emploi qu’elle assure. L’exemple de l’usine LVMH au Texas l’a montré.

Selon une conception étroitement régalienne de la diplomatie, la France actionne peu ces leviers, sauf peut-être en Afrique, pour influencer les décisions politiques de ses partenaires, mais elle a bien tort. Ses partenaires ne se gênent pas pour le faire, comme l’affaire Ghosn l’a illustré au Japon, ou comme l’affaire Alstom l’a illustré aux États-Unis.

Repenser la place des multinationales dans les relations diplomatiques

Il est vrai que, ce faisant, Bernard Arnault aux États-Unis a enfoncé un coin dans la doctrine courante des relations internationales en France. Alors que les Anglo-Saxons utilisent depuis longtemps des acteurs privés pour interagir sur les relations internationales (notamment par l’intermédiaire de confessions religieuses ou d’associations non-gouvernementales), les Français demeurent largement attachés au rôle exclusif de l’État dans ce domaine.

Au vu des réussites enregistrées aux États-Unis par LVMH, cette exclusivité régalienne est sans doute à repenser en profondeur.

Iran : les sanctions internationales profitent au régime

Par The Conversation
iran

Par Thomas Lindemann1.
Un article de The Conversation

Si l’on devait choisir un mot clé pour résumer la plupart des commentaires à propos de la crise entre les États-Unis et l’Iran, ce serait celui d’« irresponsabilité ». Pour certains, la décision du président Trump semble au moins compréhensible dans la mesure où elle obéirait avant tout à une rationalité cynique : celle d’accroître ses chances de se faire réélire pour un second mandat en lançant un conflit de diversion. En ce sens, l’élimination du général Soleimani peut être interprétée comme la facette militariste de sa devise électorale « Make America Great Again ».

En revanche, lorsque l’Iran abat un drone américain en juin 2019, emprisonne des universitaires étrangers comme Fariba Adelkhah et Roland Marchal, voire abat un avion ukrainien, l’incompréhension prévaut et le jugement moral sur son « comportement voyou » figure comme une catégorie explicative.

Les dirigeants iraniens sont-ils irrationnels ?

Il est vrai qu’une première analyse superficielle tendrait à prouver l’irrationalité de la politique iranienne. Même si une intervention terrestre des États-Unis en Iran serait contre-productive, Washington est en mesure de bombarder à volonté les sites iraniens de son choix et d’infliger des dégâts humains considérables sans craindre de ripostes véritables de Téhéran contre des positions américaines.

Les frappes iraniennes sur des bases situées en Irak abritant des soldats américains le 8 janvier ne semblent pas avoir fait de victimes dans les rangs irakiens et américains. Il est probable que les décideurs iraniens aient choisi de « tirer à côté » pour revendiquer sur le front interne une victoire toute en signalant aux États-Unis une « riposte proportionnée » pour reprendre les mots du ministre des Affaires étrangères iranien Mohammed Jawad Zarif.

Ajoutons que d’un point de vue économique, l’Iran subit des sanctions tellement fortes qu’il est entré en récession en 2019. Enfin, les coûts politiques de la ligne iranienne sont également dramatiques : l’Iran se trouve désormais relativement isolé et stigmatisé sur la scène internationale. En somme, la politique iranienne semble contraire à ce que l’on qualifie communément d’intérêt national.

Études frappantes ici sur les prix de certains produits alimentaires de base en Iran, qui ont doublé ou presque triplé depuis que Trump a réimposé des sanctions en 2018. https://t.co/m11y9BKgeK

— Alexandra Allio De Corato (@Allio_De_Corato) January 11, 2020

Toutefois, derrière la façade des coups joués sur la scène internationale, se cache en coulisse l’enjeu de la légitimité politique interne des décideurs politiques. Cette légitimité repose en grande partie sur la capacité des dirigeants à maintenir la fiction d’une souveraineté absolue.

L’idéal de la souveraineté est particulièrement puissant dans des entités qui ont été par le passé des objets plus que des sujets de la politique mondiale, comme l’Iran qui en 1953 a subi un coup d’État préparé par la CIA et les services britanniques contre le Premier ministre Mossadegh. Il est difficile pour les responsables d’un ancien État « vassal » de se plier à nouveau aux sanctions d’une puissance « extérieure ».

En outre, un grand nombre des chefs exécutifs – de Vladimir Poutine à Donald Trump en passant par l’Ayatollah Khamenei – revendiquent pour eux-mêmes et pour leur pays une image « héroïque » mettant en avant leur puissance matérielle, leur vitalité et leur « mépris de la mort ». Si les sanctions frappent durement leur pays, se plier à celles-ci abîmerait de manière fatale leur capital symbolique.

Mais la raison pour laquelle les sanctions échouent face à l’Iran tient surtout à une variable systémique. Une différence essentielle persiste entre l’international et le national : celle de la « monopolisation » de la légitimité sur la scène interne. Alors que même dans les dictatures les décideurs doivent obtenir la reconnaissance d’une partie des gouvernés pour leur politique intérieure, ils peuvent souvent s’extraire d’un tel soutien « public » sur la scène internationale.

De nombreux gouvernements sévèrement critiqués voire non reconnus par les autres entités étatiques n’en conservent pas moins une bonne santé politique : les autorités du Hamas, le gouvernement israélien de Nétanyahou, la dynastie Kim de la Corée du Nord, dans une certaine mesure aussi la Russie de Poutine et les États-Unis de Trump, ou encore le gouvernement iranien.

De manière générale, les responsables des régimes peu « populaires » sur la scène internationale construisent un récit d’autoreconnaissance. Celui-ci substitue à la reconnaissance des acteurs vivants la reconnaissance par des forces « extra-humaines » – la mission divine ou la grande Histoire.

Dans ce récit, l’Iran n’a plus besoin de la reconnaissance des acteurs humains mais doit uniquement rendre compte aux puissances divines. Ce récit met aussi en valeur les qualités traditionnellement associées à l’identité virile : la puissance physique et la vitalité d’une « jeune puissance », associées à la domination mentale et au mépris de la mort. En outre, les dirigeants d’un tel pays « diabolisent » les États qui les stigmatisent, de sorte que la non-reconnaissance de ces acteurs devient une sorte de preuve de « distinction ». Ce processus s’observe précisément dans le cas iranien.

Des sanctions forcément inefficaces ?

Tout indique donc que la stigmatisation et les sanctions n’inciteront pas les responsables d’un État à coopérer. Les décideurs d’un État exclu sont généralement capables, on l’a dit, de construire un récit d’autoreconnaissance. Une majorité d’analystes estiment que cela a été par exemple le cas pour le Japon à la fin des années 1920, l’Union soviétique lors de sa création, la Corée du Nord de l’après-guerre froide, l’Irak des années 1990 et la Russie de Poutine.

En somme, le cas iranien est loin d’être spécifique. Il nous suggère que le refus de considérer les décideurs d’un État comme interlocuteurs valables sur la scène internationale peut renforcer leur légitimité sur la scène nationale et les inciter à pratiquer une politique au bord de l’abîme. De même, les sanctions économiques ne sont pas nécessairement adéquates pour apaiser de tels acteurs. Le récit héroïque et paranoïaque des décideurs d’un tel État est incompatible avec des concessions politiques sous pression économique qui risqueraient de les faire apparaître comme « lâches ».

Or les dirigeants occidentaux eux-mêmes ne sont pas toujours exempts de ces contraintes symboliques. Comme l’Iran, ils doivent être, eux aussi, attentifs à leur légitimité fondée, pour leur part, parfois sur des valeurs « laïques » et sur le respect des droits de l’Homme. Tout se passe donc comme si les coups extérieurs des décideurs politiques étaient en réalité joués également à destination de la scène domestique afin de paraître conformes au rôle revendiqué par les personnels politiques.

Sur le web

  1. Professor of International Relations & Political Science at L’École polytechnique, Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines – Université Paris-Saclay.

Corée du Nord/États-Unis : un seul lit pour deux rêves en 2020 ?

Par The Conversation
Corée du Nord

Par Marianne Peron-Doise1.
Un article de The Conversation

Après la spectaculaire détente de 2018 dans la péninsule, l’année 2019 a vu les pourparlers entre les États-Unis et la Corée du Nord marquer le pas à la suite du fiasco du deuxième sommet de Hanoï en février 2019 entre les deux dirigeants. D’autres discussions bilatérales, menées à un niveau inférieur, se sont également terminées sur une impasse.

Pensant amener les États-Unis à des concessions, la Corée du Nord est revenue à sa politique éprouvée de provocations militaires avec des tirs divers : artillerie, roquettes, missiles à courte portée. Ceux-ci ont été invariablement minorés par Washington qui les a même qualifiés de « projectiles », ne voulant pas remettre en cause le bénéfice du moratoire sur les tirs de missiles balistiques et nucléaires que le président Trump s’est targué d’avoir obtenu de Kim Jong‑un.

En décembre, la Corée du Nord n’a pas hésité à procéder à deux tirs de missiles à partir de sa base de lancement de satellites de Sohae, évoquant la détention d’une « nouvelle arme stratégique ». Poussant plus loin la menace, elle a même fait du 31 décembre une date butoir pour la reprise des négociations, laissant planer le doute sur un possible nouveau tir nucléaire qui mettrait Washington au pied du mur.

Toutefois, le discours de fin d’année du jeune dirigeant nord-coréen change la donne. Quittant la rhétorique belliqueuse, il a en effet adopté un ton grave, annonçant une nouvelle orientation du pays sans que l’on comprenne si ce discours est à usage interne ou externe.

Pourquoi Kim Jong‑un a-t-il publiquement acté la faillite des négociations menées avec les États-Unis ? Faute d’une levée des sanctions, va-t-on vers la reprise des essais nucléaires ? Et si, pour des raisons de politique intérieure, Kim Jong‑un et Donald Trump étaient condamnés à s’appuyer l’un sur l’autre et à « s’entendre » ?

Chronique d’une faillite diplomatique annoncée

L’extrême personnalisation des négociations entre les États-Unis et la Corée du Nord avait été considérée comme le socle d’une politique inédite, bien que largement critiquée en raison de sa complaisance pour la normalisation d’un régime proliférant.

Au lendemain de la première rencontre de Singapour en juin 2018, un Donald Trump euphorique avait voulu convaincre le monde entier qu’il n’y avait plus de menace nucléaire nord-coréenne avant de découvrir que les deux parties avaient une conception très différente de la dénucléarisation qu’ils s’étaient fixée comme objectif.

Pyongyang envisageait cette dénucléarisation comme un processus progressif, étendu à l’ensemble de la péninsule et accompagné de fortes garanties de sécurité américaines, dont la signature d’un traité de paix. À Hanoï, en février 2019, ce sont les termes de l’engagement envisagé qui ont posé problème.

Donald Trump a assuré que Kim Jong‑un souhaitait la levée de toutes les sanctions pesant sur son pays contre le démantèlement, déjà promis par le passé, de la centrale de Yongbyon. La partie nord-coréenne a souhaité rectifier ces affirmations en assurant n’avoir demandé en échange de l’arrêt de la centrale qu’une levée partielle des mesures affectant le plus durement la population.

Le 30 juin 2019, la rencontre impromptue de Panmunjom entre les deux dirigeants, dans le périmètre hautement symbolique de la zone démilitarisée (Demilitarized Zone, DMZ), entretient l’illusion qu’une négociation peut encore aboutir. Sur son compte Twitter, Donald Trump insiste sur les avantages économiques qu’apporterait la dénucléarisation.

S’accrochant aux perspectives d’une reprise du dialogue, en pensant que sa politique de maintien des sanctions fonctionnerait, la partie américaine a soigneusement évité tout au long de l’année 2019 de renchérir sur les provocations nord-coréennes, s’abstenant de s’associer aux condamnations des tirs nord-coréens au sein du Conseil de sécurité.

En décembre, Washington s’était même refusé à apporter son soutien à une initiative pour l’organisation d’une réunion au Conseil de sécurité sur la situation des droits de l’homme en Corée du Nord, empêchant ainsi sa tenue. Confronté à la perspective d’une procédure de destitution et déjà ouvertement en campagne pour sa réélection, le président Trump veut continuer à croire, où à faire croire, que sa politique nord-coréenne fonctionne.

Des soutiens chinois et russes constants mais non décisifs

Afin d’apaiser les tensions, la Russie et la Chine, les deux principaux alliés de la Corée du Nord, ont déposé mi-décembre devant le Conseil de sécurité de l’ONU une proposition de réduction des sanctions sous réserve que le pays avance vers la dénucléarisation.

Au plan économique, les deux pays continuent d’afficher leur soutien sans faille à Kim Jong‑un, sachant qu’un affaiblissement trop notable, qui pourrait provoquer l’effondrement du régime ou le conduire à l’aventurisme nucléaire, reste pour eux le pire scénario envisageable.

Il semblerait qu’ils n’appliquent que partiellement la résolution 2397, selon laquelle les membres des Nations unies devaient renvoyer chez eux les travailleurs nord-coréens présents à l’étranger avant fin décembre 2019. Or ces quelque 100 000 travailleurs à l’étranger constituent une source de devises appréciables pour la Corée du Nord selon le département d’État américain.

Toutefois, la coopération économique entre la Corée du Nord et ses deux alliés (transfert de charbon et de pétrole et un commerce transfrontalier restreint) ne suffit pas à aider le jeune dirigeant à lancer la réforme économique d’ampleur dont le pays a besoin. Pour Pékin, qui n’est pas mécontent de reprendre l’ascendant sur un partenaire jugé trop indépendant, la Corée du Nord constitue une variable d’ajustement dans ses relations avec les États-Unis, notamment dans le cadre de la guerre commerciale en cours.

C’est de ce point de vue qu’il convient d’appréhender la visite de Xi Jinping en Corée du Nord en juin 2019, à la veille du Sommet du G20, la première en quatorze ans d’un chef de l’État chinois à Pyongyang, après les quatre visites de Kim Jong‑un à Pékin au cours des deux dernières années.

Prenant le monde à témoin de sa proximité avec le dirigeant nord-coréen, Pékin a ainsi rappelé implicitement à Washington que la péninsule faisait partie du « pré carré » chinois et que la Chine demeurait un acteur incontournable dans tout règlement de la question nucléaire nord-coréenne.

Le message était clair : si Donald Trump souhaite mettre à son actif un succès diplomatique avec une Corée du Nord rétive, il doit faire preuve de souplesse avec la Chine afin que celle-ci incite Pyongyang à faire des concessions.

La Corée du Nord au milieu du gué

Si, pour des raisons de politique intérieure, Donald Trump ne reconnaît pas qu’en dépit de ses efforts la relation qu’il a créée avec Kim Jong‑un n’a pas débouché sur un accord, le dirigeant nord-coréen, pour sa part, a publiquement fait le constat de l’improbabilité d’une levée des sanctions internationales lors d’un plénum extraordinaire du comité central du Parti des Travailleurs de Corée du 28 au 31 décembre 2019.

Il a annoncé la fin du moratoire sur les essais de missiles balistiques et nucléaires et sa résolution à vivre sous le poids des sanctions afin de conserver sa capacité nucléaire. La dénucléarisation, sous quelle forme que ce soit, n’est donc plus à l’ordre du jour ; a contrario, Pyongyang annonce le développement d’une arme stratégique.

Kim Jong‑un est revenu sur les difficultés de l’économie nord-coréenne en ayant recours à une métaphore déjà utilisée précédemment sur la nécessité pour la population de ne pouvoir compter que sur elle-même et de « se serrer la ceinture » en raison de l’intransigeance de Washington.

Au-delà de la priorité accordée à l’arme nucléaire, garantie de sécurité du régime mais aussi source de sa légitimité, Kim Jong‑un n’a cessé, depuis son arrivée au pouvoir en 2012, d’insister sur l’importance d’améliorer le quotidien de la population.

Sous son impulsion, une économie semi-capitaliste s’est instaurée. Les marchés privés se sont multipliés, des supermarchés et de petites boutiques sont apparus. Kim Jong‑un entend promouvoir le tourisme avec la construction de complexes modernes comme la station de ski de Samjyon, achevée en décembre 2019, ou la station balnéaire de Wonsan.

S’il escompte obtenir des revenus avec le développement d’une activité qui n’est pas sous sanctions, il veut également poursuivre l’ouverture internationale qu’il a lui-même lancée au plus haut niveau et continuer à « normaliser » l’image de son pays.

Tout cela ne suffit cependant pas pour procéder au redressement économique dont la Corée du Nord a un urgent besoin. Mais cet objectif implique un climat régional stable, sans retour à des campagnes de tirs provocantes qui isoleraient davantage le pays et entraîneraient de nouvelles sanctions.

Accaparé par le dossier iranien et la gestion de sa campagne électorale, Donald Trump continue à croire en ses bonnes relations avec le leader nord-coréen, dont il a salué l’anniversaire le 10 janvier dernier. Ce dernier semble s’installer dans une posture d’attente, observant les développements de la crise iranienne et sondant peut-être les résultats des élections américaines avec le maintien possible de son « ami » Donald Trump à la Maison Blanche.

Sur le web-Article publié sous licence Creative Commons

  1. Expert associé au Ceri, chargée du programme Sécurité maritime internationale à l’IRSEM, Sciences Po – USPC.

La liberté économique dans le monde arabe, le remède à l’extrême pauvreté

Par Institut Fraser
liberté économique

Par Miguel Cervantes1et Tanja Porčnik2.

La promotion plus soutenue de la liberté économique dans la région du Golfe permettrait la libération de la créativité et des efforts des populations, qui mènerait alors ces nations vers une nouvelle ère de croissance et de prospérité.

Le rapport récent de l’institut Fraser, « La liberté économique dans le monde arabe », qui vient d’être dévoilé, propose une évaluation quantitative du niveau de liberté économique dans les pays de la ligue arabe.

Ce rapport, basé sur les données de 2017, met en exergue des différences frappantes entre les pays arabes avec, d’un côté, un niveau élevé de liberté économique en Jordanie, Émirats Arabes Unis, Bahreïn, Liban, Qatar et Oman, et d’un autre côté, l’Égypte, l’Algérie, le Soudan, la Syrie, et la Libye qui stagnent au bas de l’échelle de liberté économique.

Or, dans un cadre de liberté économique, les individus peuvent s’émanciper en matière de décisions économiques, et profiter des opportunités en se lançant dans le commerce et l’entrepreneuriat au niveau local et avec l’étranger.

La liberté économique des populations peut être menacée par des obstacles imposés par des États ou les classes privilégiées qui cherchent à protéger leur position dominante et leur « rente économique ». Lorsque les opportunités d’entrer dans une activité économique sont ouvertes à tous, et pas seulement aux classes privilégiées, cela déclenche une étape nouvelle de prospérité et d’opportunités, la liberté économique catalysant le dynamisme et l’ingéniosité de toute la population.

Les données concernant les 22 pays de la Ligue arabe nous montrent que souvent les personnes défavorisées sont tout simplement privées du droit de participer à l’économie du fait d’une bureaucratie étouffante, de barrières au commerce, de règlementations trop contraignantes, d’un poids très lourd des entreprises étatiques, de la corruption et d’un manque évident d’État de droit.

Selon le rapport Fraser, les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont des scores élevés en matière de commerce international, reflétant le fait que ces pays ont un droit de douane externe très faible. Un autre constat positif est que les Émirats Arabes Unis, le Bahreïn, le Koweït, le Qatar, Oman et l’Arabie Saoudite n’ont pas d’impôt sur le revenu personnel.

D’un autre côté, la présence forte des entreprises étatiques et d’un État providence tentaculaire réduisent la note de liberté économique des pays du CCG.

Pourquoi les populations des pays du CCG doivent-elles se sentir concernées par ces résultats ?

Les recherches ont montré que la liberté économique joue un rôle très important. Ces recherches, publiées dans des grandes revues académiques mondiales à comité de lecture, soulignent que les habitants des pays à liberté économique élevée jouissent d’un niveau de revenu plus élevé, d’une croissance économique plus forte, d’un taux de pauvreté plus faible, de plus de libertés politiques et civiles.

De plus, des pays plus libres économiquement connaissent moins d’inégalités de revenus et de genre. Par exemple, les pays dans le quartile supérieur de l’indice de liberté économique jouissent d’un PIB par habitant d’environ 36 770 dollars par année, comparativement à un PIB d’environ 6140 dollars dans les pays les moins libres.

En outre, dans le quartile supérieur, le revenu moyen des 10 % les plus pauvres dans la plupart des nations libres est huit fois supérieur au revenu moyen des pays les moins libres.

Sans surprise, dans le quartile supérieur de liberté économique, seulement 1,8 % de la population vit dans l’extrême pauvreté (1,90 dollar ou moins par jour), ce qui contraste avec le chiffre de 27,2 % pour le quartile inférieur.

Comme le reste du monde, le développement de la région du CCG dépend de l’amélioration de la liberté économique pour toute la population. Pour y parvenir, les opportunités de participation à l’activité économique doivent être ouvertes à tous. En même temps, la taille de l’État surdimensionné, la dépense publique et le poids des entreprises étatiques doivent se réduire. Avec ces démarches, les pays du CCG seront en mesure d’attirer davantage d’IED, de diminuer le risque d’investissement et de mieux intégrer les chaines de valeurs mondiales. Pour le meilleur ou pour le pire, le futur est entre leurs mains.

  1.  Miguel Cervantes est coauteur du rapport Liberté économique dans le monde Arabe.
  2. Tanja Porčnik est Senior Fellow à l’institut  Fraser.

Va-t-on regretter l’Organisation mondiale du commerce ?

Par Ferghane Azihari
Organisation Mondiale du Commerce

Par Ferghane Azihari.
Un article de l’Iref-Europe

Depuis le 11 décembre 2019, l’Organisation mondiale du commerce tourne au ralenti. Mettant en œuvre une menace brandie depuis l’administration Obama, l’administration Trump bloque la nomination des arbitres nécessaires au bon fonctionnement de l’instance d’appel de l’organe de règlement des différends (ORD).

Pièce maîtresse de l’Organisation mondiale du commerce, l’ORD est l’institution que les États saisissent pour intimer les gouvernements à respecter les traités multilatéraux qui régulent le commerce international.

L’administration américaine émettait plusieurs griefs contre l’ORD. La lenteur des procédures, sa tendance à outrepasser son rôle concernant le protectionnisme défensif occidental ainsi que son incapacité à remettre en question les distorsions de concurrence induites par le modèle économique chinois et ses entreprises d’État.

L’hebdomadaire The Economist s’inquiète de ce blocage.

« Avant 1995 [date de naissance de l’OMC, ndlr], le commerce international était moins stable et moins juste »

Selon certains, le risque lié au dépérissement de l’OMC est donc de voir le commerce international basculer à nouveau dans une sorte d’anarchie.

Si l’OMC peut se targuer de quelques victoires en matière d’ouverture commerciale, on peut se demander si elle a le monopole de ce processus.

Par exemple, un rapport établi par la Banque mondiale en 2005 rappelle que, sur les 21 points de droits de douane éliminés en moyenne dans les pays en voie de développement entre 1983 et 2005, deux tiers de ces réductions ont été portés par des initiatives unilatérales.

Autre considération qui devrait nous conduire à relativiser l’importance de cette institution multilatérale, la croissance du commerce international précède largement les accords de Marrakech qui ont donné naissance à l’Organisation mondiale du commerce (figure 1).

Figure 1 : Valeur des exportations mondiales depuis 1938

Figure 1 : Valeur des exportations mondiales depuis 1938

De plus, un examen du top 20 des pays mettant en œuvre les plus faibles restrictions douanières montre qu’ils ne font pas nécessairement partie de ceux qui ont adhéré le plus tôt aux accords commerciaux multilatéraux, dont le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade, l’ancêtre de l’OMC).

Ce classement suggère ainsi que l’appartenance à l’OMC a une faible incidence sur le degré d’ouverture commerciale d’un pays.

Tableau 1 – Top 20 des pays mettant en oeuvre les politiques commerciales les moins restrictives et date de leur entrée dans le GATT et l’OMC
Classement du pays en fonction de leur indice d’ouverture commerciale (source : Heritage Foundation, 2019) Date d’adhésion au GATT et à l’OMC
1. Hong Kong 1986 ; 1995
2. Singapour 1973 ; 1995
3. Nouvelle-Zélande 1948 ; 1995
4. Macao 1991 ; 1995
5. Chilie 1949 ; 1995
6. Georgie 2000 (OMC)
7. Albanie 2000 (OMC)
8. Australie 1948 ; 1995
9. Maurice 1970 ; 1995
10. Swaziland 1993 ; 1995
11. Canada 1948 ; 1995
12. Islande 1968 ; 1995
13. Oman 2000 (OMC)
14. Suisse 1966 ; 1995
15. Taiwan 2002 (OMC)
16. Etats-Unis 1948 ; 1995
17. Autriche 1951 ; 1995
18. Belgique 1948 ; 1995
19. Bulgarie 1996 (OMC)
20. Croatie 2000 (OMC)

À l’inverse, parmi les membres fondateurs du GATT, certains pays sont mal positionnés dans le classement des politiques commerciales les moins restrictives de l’Heritage Foundation.

Tableau 2 : Pays fondateurs du GATT et position dans le classement des politiques commerciales les moins restrictives de l’Heritage Foundation 2019
Nom du pays fondateur Classement Heritage (sur 178 pays)
Australie 8
Belgique 18
Brésil 122
Birmanie 113
Canada 11
Ceylan britannique (Sri Lanka) 97
Chilie 5
Chine 106
Cuba 145
Tchécoslovaquie 22 (Rép. tchèque) et 39 (Slovaquie)
France 62
Inde 111
Liban 79
Luxembourg 32
Pays-bas 34
Nouvelle-Zélande 3
Norvège 52
Pakistan 141
Rhodésie du Sud (Zimbabwe) 121
Syrie 177
Afrique du sud 96
Royaume-Uni 43
États-Unis 16

Ces données suggèrent une fois de plus que l’ouverture d’un pays au commerce international est davantage une question de politique locale et intérieure qu’une question de participation à des organisations multilatérales.

Ainsi que l’IREF l’a déjà écrit, il ne tient donc qu’aux pays de s’ouvrir, de prendre les devants sans subir les incertitudes du contexte géopolitique mondial.

Sur le web

50 ans après, où va l’Organisation internationale de la Francophonie ?

Par Isidore Kwandja Ngembo
Organisation internationale de la francophonie

Par Isidore Kwandja.

Voilà exactement un an, le 3 janvier 2019, Louise Mushikiwabo prenait fonction comme Secrétaire générale de la Francophonie. Cette première année de son mandat sera jugée à l’aune d’un événement fondateur. 2020 marque en effet les cinquante ans de la création de l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) en 1970 devenue par la suite l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Aux origines de l’Organisation internationale de la francophonie

L’idée est de l’homme politique nigérien, Hamani Diori, premier président de la République du Niger (1960-1974) qui, avec le Sénégalais Léopold Sedar Senghor, le Tunisien Habib Bourguiba, le Cambodgien Norodom Sianouk, est l’un des « pères fondateurs » de la francophonie politique et institutionnelle.

Face au lourd défi d’amener leurs pays, ayant depuis peu accédé à l’indépendance, à se sortir du carcan colonial et se développer, il fallait faire front commun et la langue française en partage ne pouvait être qu’une chance, un outil de coopération. Or, une question revient sur toutes les lèvres, une préoccupation exprimée par plusieurs francophones : qu’advient-il de cette organisation et de l’idéal qui l’a fait naître ?

L’hebdomadaire français Jeune Afrique du 26 décembre 2019 rapportait que la Secrétaire générale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, a achevé de « faire le ménage à l’OIF » afin d’installer ses équipes. Balayés, de nombreux personnels à tous les échelons et pratiquement tous les directeurs et directrices en fonction durant le mandat de Michaëlle Jean à qui elle a succédé.

Cependant, pas la moindre trace d’offres d’emploi, d’ouvertures de poste affichées par l’Organisation, ni d’indication pour combien de temps. Le site internet de l’OIF a été également complètement remanié, au point qu’il est pratiquement indéchiffrable et l’on cherchera en vain la mention de nominations aux différents programmes sans gouverne.

Des remaniements nombreux et opaques au sein de l’Organisation

Reste que Jeune Afrique, l’habituelle source, qui dans un encadré signale qu’ont été abruptement limogés les directeurs et directrices en charge respectivement de Programmation et Développement stratégique, de Langue française et de Culture, des Ressources humaines, de l’Administration et des Finances.

Le directeur chargé de l’Éducation et de la Jeunesse ayant atteint l’âge obligatoire de la retraite arrivait en fin de contrat en 2019.

Le directeur du Bureau régional de l’Afrique de l’Ouest qui avait affiché sa loyauté à Michaëlle Jean pendant la campagne a été révoqué à la suite d’une procédure disciplinaire. Le Camerounais de nationalité canadienne, chef de la direction Affaires politiques et gouvernance démocratique, a été muté représentant permanent de l’OIF auprès des Nations Unies à Genève. Le Belge qui occupait ce poste a été, lui, promu directeur de la Francophonie numérique. On savait déjà que la Rwandaise Oria K. Vande Weghe responsable des communications de Louise Mushikiwabo notamment sur les réseaux sociaux, avait été promue directrice de la Communication de l’OIF.

Ce grand remaniement s’est passé dans la plus grande opacité, voire parfois à l’encontre des dispositions relatives au statut du personnel en vigueur.

On peut comprendre que les nominations des membres de son cabinet soient à la discrétion de la Secrétaire générale. Mais les nominations au sein même de l’administration de la francophonie doivent être faites dans les conditions prévues au statut des fonctionnaires internationaux de cette organisation.

On s’attendrait au strict respect du statut du personnel de l’OIF qui définit les principes généraux, conditions d’emploi, droits, avantages, obligations et devoirs des membres du personnel.

Les articles 34, 36, 39 et 40 dans le texte, tout particulièrement en ce qui a trait au recrutement dans la catégorie des professionnels et des directeurs, stipulent clairement que

« les nominations se font par appel et mise en concurrence de candidatures, après une publication d’au moins trois semaines […]  Les vacances d’emploi, les nominations, les mutations et les promotions font l’objet d’une large communication […] Le Secrétaire général confie à un comité consultatif de sélection le soin d’examiner les qualifications, la formation, les compétences et l’expérience professionnelle des candidats à un emploi de la catégorie des professionnels […] Pour les postes de directeur ainsi que les emplois pour lesquels le Secrétaire général le juge nécessaire, notamment ceux nécessitant des compétences techniques élevées, il est procédé à un concours sur épreuves ad hoc. »

Des règles rigoureusement appliquées sous l’administration précédente qui, par souci de transparence, a lancé les offres d’emploi pour toutes les directions, conformément aux dispositions relatives au statut du personnel en vigueur.

Puis elle a confié à une agence internationale spécialisée et des comités de sélection extérieurs de l’OIF le soin d’examiner les qualifications, la formation, les compétences et l’expérience professionnelle des candidates et des candidats, pour tous les postes à combler au Siège à Paris, tout comme dans les bureaux régionaux, les organismes subsidiaires – l’Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD) et le nouvel Institut de la Francophonie pour l’éducation et la formation professionnelle (IFEF) – les représentations permanentes à New York, Genève, Bruxelles, Addis-Abeba, Haïti et Hanoi.

Au début du mois de novembre, soit tout juste dix mois après son arrivée, Louise Mushikiwabo s’est séparée de son directeur de cabinet, le Français Nicolas Groper. Selon le directeur de cabinet démissionnaire, tel que rapporté par Jeune Afrique, son départ serait motivé par des raisons personnelles et familiales.

Mais à en croire le même magazine et selon certaines indiscrétions au sein de l’organisation, il y avait un sérieux problème de hiérarchie au sein du cabinet. Nicolas Groper ne supportait pas que le conseiller spécial de la Secrétaire générale, le Rwandais Désiré Nyaruhirira, l’homme de confiance de Louise Mushikiwabo, interfère dans ses décisions et conteste son autorité.

Son départ serait plutôt dû aux vives tensions entre les deux hommes. Il sera immédiatement remplacé par un autre Français, Jean-Marc Berthon ex-conseiller spécial du président Emmanuel Macron, en charge des droits de l’Homme, des relations avec la société civile, des enjeux globaux et… de la francophonie.

Ce qui aura, somme toute, nui à Michaëlle Jean, c’est son souci de rigueur dans tous les processus de gestion de l’Organisation, tout le contraire du procès pour manque de transparence qui lui a été fait. Elle n’agissait que dans la transparence et l’absolue franchise, une certaine audace, beaucoup d’enthousiasme, son habituelle force de conviction et cette indépendance d’esprit qui rappelait celle de Boutros Boutros Ghali. Lui non plus n’aura pas obtenu de second mandat pour aller de l’avant.

Ceux qui voulaient les clés de la maison pour eux-mêmes et pour leurs intérêts, n’ont pas supporté cette même façon chez Michaëlle Jean de penser une francophonie des devoirs et des responsabilités, du mérite et des résultats dans la conduite de ses missions, tels qu’édictés dans sa charte.

Le dix-huitième Sommet de la Francophonie prévu à Tunis ?

Le Sommet de la Francophonie est l’événement saillant qui réunit tous les deux ans les chefs d’État et de gouvernement des pays membres, observateurs ou associés, autour des grandes orientations, la bonne marche des missions dévolues à l’organisation, mais également d’un certain nombre de sujets d’intérêt commun.

Le Sommet de cette année sera particulier, Emmanuel Macron ayant exprimé son souhait, dont il veut convaincre ses pairs, que la Charte de la Francophonie soit revue de fond en comble et ramenée principalement à la défense de la langue française. À mille lieux dès lors de ses fondements historiques qui sont politiques et institutionnels.

À en croire Maghreb Confidentiel, filiale d’Africa Intelligence, très bien introduit dans les cercles de pouvoir et d’influence en Afrique, les nouvelles ne semblent pas très rassurantes sur la tenue optimale du 18ème Sommet de la Francophonie.

Dans ses éditions d’octobre, novembre et décembre 2019, Maghreb Confidentiel, mentionnait que rien ne va plus entre l’OIF et Tunis qui risquerait de perdre le Sommet. Le président tunisien Kaïs Saïed boude le Sommet de la Francophonie. Le coordonnateur général nommé par le président tunisien pour le Sommet de la Francophonie serait sans budget et en mal de l’organiser dans les meilleures conditions.

Pour le président tunisien, la Francophonie ne serait pas une priorité. Tout le contraire de son prédécesseur Béji Caïd Essebsi qui voulait voir la Tunisie l’accueillir, en faire une occasion magistrale pour consolider et mobiliser la coopération francophone en faveur de la paix, la sécurité, le développement, la démocratie, les droits et les libertés.

Aujourd’hui la voix de la Francophonie est pratiquement inaudible notamment sur tout ce qui se rapporte à la démocratie et aux droits de la personne. La question qui me revient encore : où va la Francophonie ?

Ces bonnes nouvelles dont on ne parle pas

Par Thierry Godefridi
monde

Par Thierry Godefridi.

À la question d’une récente enquête quant à savoir si, tout bien considéré, ils pensaient que le monde allait mieux ou moins bien, ou ni l’un, ni l’autre, ils n’étaient que 10 % des répondants en Suède à estimer que les choses s’amélioraient, 6 % aux États-Unis et 4 % en Allemagne. Peu nombreux sont ceux qui pensent que le monde va mieux.

Pour répondre à la question de savoir si le monde va mieux ou moins bien, il convient d’adopter une perspective historique et de considérer le monde dans sa totalité, de prendre en compte l’évolution des conditions d’existence de l’ensemble des êtres humains qui peuplent la planète. C’est ce qu’a fait Marc Roser dans un article publié par Our World in Data, une publication en ligne basée à l’Université d’Oxford et ayant pour objet les changements du niveau de vie global.

Pauvreté et croissance économique

Un recul de 30 ou 50 ans ne suffit pas à juger de l’évolution du monde. En ce qui concerne la part de la population mondiale vivant dans un état d’extrême pauvreté, par exemple, il convient de remonter deux cents ans en arrière, lorsqu’une vaste majorité de la population du globe vivait encore dans des conditions que l’on qualifierait aujourd’hui d’extrême pauvreté. En 1950, c’était le cas de trois-quarts de la population mondiale ; en 1981, c’était encore 44 %. Aujourd’hui, c’est moins de 10 %. C’est d’autant plus remarquable que, pendant les deux derniers siècles, la population mondiale s’est multipliée par sept.

Le monde n’a jamais été habité par autant d’êtres humains et jamais il n’y en a eu une aussi faible proportion vivant dans un état d’extrême pauvreté. Le moteur de cette évolution réside dans l’augmentation de la productivité humaine et la croissance économique. L’une et l’autre ont permis d’élargir ce qu’il y avait à partager, de passer d’une économie à somme zéro à une économie à somme positive. (dans une économie à somme zéro, le seul moyen d’améliorer sa propre situation est que la situation de quelqu’un d’autre se détériore.)

Meilleure alphabétisation dans le monde

Pendant le même laps de temps, l’alphabétisation a suivi la même progression. En 1820, une personne sur dix pouvait lire et écrire ; en 1930, c’en était une sur trois ; aujourd’hui, nous sommes 85 % et l’analphabétisme est en voie d’éradication car ce sont souvent les couches les plus âgées de la population qui en souffrent encore. En d’autres termes, le nombre de personnes sachant lire et écrire a augmenté de plus de 6 milliards d’individus en 200 ans. Imaginez l’impact de cette évolution sur le plan de la science, de la technologie et des libertés !

Santé

Une évolution semblable s’est ainsi manifestée dans le domaine la santé, sans que la médecine en soit pour autant la seule responsable. En effet, si l’apparition de la théorie microbienne dans la seconde moitié du XIXe siècle y a certes contribué, de meilleures habitations, l’hygiène, l’alimentation, les gains de prospérité qui transformèrent les relations sociales ont aussi concouru à combattre les maladies. En deux siècles, la mortalité infantile est tombée de 43 % à 4,3 % au niveau mondial.

Fertilité

De fait, l’accroissement de la population mondiale va de pair avec une utilisation plus intense des ressources de la planète et un impact sur l’environnement. Cet accroissement de la population résulte toutefois de ce que les taux de fertilité et de mortalité décroissent avec un écart dans le temps. L’espérance de vie a doublé ces cent dernières années alors que cela a pris autant de temps pour passer d’un taux de fertilité de plus de 6 enfants à 3 par femme en Grande-Bretagne.

La transition démographique est désormais engagée au niveau de la planète et, alors que la population mondiale avait quadruplé au XXe siècle, elle ne fera que doubler au XXIe et, selon les prévisions, elle cessera de s’accroître et elle déclinera d’ici la fin du siècle.

L’éducation s’améliore dans le monde entier

Jamais sans doute le monde n’aurait-il connu cette prodigieuse évolution si l’éducation n’avait pas suivi. Or, si les prévisions ci-dessus en matière de fertilité se réalisent, le nombre d’enfants dans le monde a commencé à décliner et ces enfants bénéficieront des infrastructures et programmes en place pour atteindre globalement un niveau d’éducation jamais atteint auparavant.

D’ici la fin du siècle, il n’y aura presque plus d’enfant qui n’ait reçu une éducation formelle et la Terre sera peuplée de plus de sept milliards de cerveaux ayant au moins terminé l’enseignement de niveau secondaire.

Liberté

De par l’impact de l’éducation sur la santé et la prospérité, cet aspect est essentiel. Encore faut-il qu’il puisse se déployer dans un contexte de liberté. Les libertés individuelles et civiques sont au cœur du développement dont elles constituent le moyen et la fin. Au XIXe siècle, plus d’un tiers de la population mondiale était soumis à un régime colonial et pratiquement chaque autre personne vivait dans un régime autocratique.

Un tournant décisif s’est produit dans la seconde moitié du XXe siècle : plus d’une personne sur deux vit aujourd’hui dans un régime démocratique et 80 % de ceux qui vivent encore sous un régime autoritaire – quatre personnes sur cinq – vivent dans un seul pays, le plus peuplé de la planète, la Chine.

Le rôle des médias

Comment se fait-il que nous ne tenions pas compte de ces données empiriques dans le jugement que nous portons sur l’évolution du monde ? Les médias en sont en partie responsables, explique Max Roser de Our World in Data, dans la mesure où ils se cristallisent sur des événements singuliers. De tels événements non seulement ont souvent une connotation négative (attentats terroristes, crashs aériens, cataclysmes, résultats électoraux ne répondant pas aux attentes, faits divers…) mais encore ne reflètent-ils pas comment l’humanité évolue dans sa totalité.

L’obsession des médias pour ce qui marque l’actualité au jour le jour nous laisse dans l’ignorance des tendances profondes de l’évolution du monde, une évolution dans laquelle l’initiative de chacun et la libre interaction du plus grand nombre jouent le rôle déterminant (et non une quelconque élite omnisciente). Que l’on vît dans cet état de fait une conjuration entre les génies qui nous informent et ceux qui nous gouvernent (et subsidient ou censurent les premiers) serait-il donc encore une vaste exagération de leurs compétences ?

Source : A history of global living conditions in 5 charts. Max Roser (2016) OurWorldInData.org.

Article initialement publié en décembre 2017.

Sur le web

Ces grèves qui plombent l’attractivité de la France

Par Jonathan Frickert
grèves

Par Jonathan Frickert.

Alors que le mouvement de grève à la SNCF devrait se poursuivre jusqu’en début d’année prochaine, la victoire historique des conservateurs britanniques il y a une dizaine jours a relancé les projecteurs sur la sortie prochaine du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Presque trois ans et demi après le vote des Britanniques et une crise politique quasi shakespearienne issue des difficiles négociations avec Bruxelles, le suspense devrait bientôt se dénouer avec une sortie le 31 janvier prochain. Une date que plus rien ne semble pouvoir arrêter.

C’est dans ce contexte que se joue en coulisses une bataille inédite quant à l’avenir de la City, préparée depuis 3 ans aux conséquences loin d’être aussi prévisibles que ce qu’on pense d’un vote sans commune mesure dans l’Histoire.

La France se positionne ainsi avec l’Allemagne comme un pays refuge des investisseurs dans l’éventualité d’une crise économique outre-Manche.

Cependant, le pays des guerres civiles devenu pays des grèves intempestives risque de payer au prix fort ses prédispositions, en particulier dans le secteur des transports essentiel à la bonne marche d’une économie moderne.

Une instabilité qui inquiète

Pour bien comprendre, revenons quelques secondes sur les conséquences concrètes et visibles du Brexit, et ce sans préjuger de ce que l’avenir de cette aventure amènera.

En 2016, année du vote fatidique, certains observateurs avaient constaté un triplement des investissements étrangers, contrastant pourtant avec la crainte principale du résultat du référendum qui s’est déroulé la même année. Cette augmentation s’est expliquée par leur initiation bien en amont, notamment certaines fusions dont les annonces ont été faites dès 2015.

Une autre preuve de cet effet de trompe-l’œil est la chute spectaculaire des investissements dans l’industrie automobile britannique, en particulier cet été où les craintes d’un No Deal ont amené une baisse de près de 70 % des investissements pour le mois de juin 2019 comparativement au même mois l’année précédente.

Les marchés ont horreur de l’incertitude, et la phase que connaît le Royaume-Uni depuis maintenant 3 ans et demi le rappelle tristement, alors que le secteur automobile a perdu un cinquième de sa production au début de l’été.

Cette chute ne se limite pourtant pas à l’industrie et concerne également les activités tertiaires.

L’essoufflement que connaît l’immobilier, secteur politiquement sensible, où les transactions ont fortement diminué cette année selon les premières estimations, toujours en raison du flou politique ambiant.

Le Brexit n’est évidemment pas la seule et unique cause de ces désagréments, mais une question fondamentale car qualifiante quant à la sécurité des échanges.

Très rapidement, la question s’est donc posée de la délocalisation de la City sur le continent et dont le mouvement s’est accéléré en début d’année, entraînant une bataille des places financières européennes en recherche d’opportunités.

L’Allemagne en perte de vitesse

Dans cette bataille, la France semble avoir un avantage comparatif notable.

En effet, le principal partenaire de notre beau pays, l’Allemagne, voit son économie décélérer au point de risquer la récession. Un risque évoqué depuis plusieurs mois par Charles Gave. Pour l’économiste, l’apathique fécondité allemande associée à la spécialisation de l’économie germanique dans un secteur automobile à l’ère du transport collectif ne rend pas optimiste sur l’avenir de la première puissance européenne, et ce sans compter l’argent prêté à la Grèce et dont le contribuable allemand ne reverra sans doute jamais la couleur.

De l’autre côté du Rhin, la France semble avoir acquis un statut privilégié, avec une hausse notable des investissements étrangers en 2018, à hauteur de 2 % d’après Business France, contrastant avec le flou ambiant sur l’économie européenne et la guerre commerciale sino-américaine.

Et cette attractivité n’est semble-t-il pas sans lien avec la sortie prochaine du Royaume-Uni de l’organisation supranationale.

L’institut Kantar a, dans ce sens, réalisé un baromètre montrant que 6 groupes étrangers sur 10 implantés en France envisagent d’investir ailleurs qu’au Royaume-Uni en raison des tâtonnements autour de la sortie du pays des institutions européennes. Une situation qui arrange un État français en manque de recettes fiscales.

Dans le cadre des négociations avec Bruxelles, l’évocation de la fin d’un passeport financier européen a notamment entraîné plusieurs annonces de transferts d’entreprises spécialisées dans le secteur financier au profit essentiellement de grands centres proches de la mégalopole européenne tels qu’Amsterdam et Francfort. Mais la guerre concerne en particulier Paris et la ville siège de la BCE, dont la position pourrait rassurer les investisseurs soucieux d’une place connue pour son expertise.

Toutefois, un baromètre des quartiers d’affaires publié fin 2017 par EY et Urban Land Institute, montre que si Londres conservait à l’époque la seconde place derrière New York, le quartier de La Défense arrivait quatrième alors que Francfort était relégué à la dixième place.

Cependant, à la manière de l’explosion des investissements britanniques, l’attractivité française est davantage affaire de perspective.

Les infrastructures, clef d’une économie prospère

Pour mieux comprendre la guerre qui se joue, il est nécessaire de se souvenir que les principaux critères de l’attractivité économique d’un territoire sont la qualité des infrastructures, le dynamisme de la main-d’œuvre alimenté par un système de formation efficace, la sécurité physique comme juridique ainsi que le poids des prélèvements, dont découle en bonne partie le coût du travail.

Suivant cette logique, la France n’a pas nécessairement les atouts nécessaires pour faire face à la concurrence.

S’il est inutile de revenir sur des évidences que les lecteurs de Contrepoints connaissent par cœur en matière de pression fiscale et de poids de la sphère publique devenu invivable pour une grande partie de nos compatriotes, la question des infrastructures, et notamment du transport, est un point crucial, en particulier dans une France qui se revendique pays du train. Ce dernier point souffre un autre problème bien connu de cette fin d’année 2019 et tout autant voire davantage source de réticences des investisseurs potentiels : la grève.

La grève des transports, un épouvantail financier

Les grèves à répétition sont en effet le frein le plus puissant à toute forme d’investissement, en particulier lorsque celles-ci touchent les infrastructures, domaine fondamental d’un État permettant à son économie de se développer au mieux.

S’il n’est pas nécessaire de rechercher très loin pour retrouver des preuves de l’importance des infrastructures dans le niveau des investissements, il est utile de se souvenir qu’Adam Smith estimait très justement que de bonnes infrastructures sont les piliers sur lesquels le secteur privé peut maximiser la rentabilité de son capital et donc la création d’emplois et de richesses au sein d’une nation.

La tendance d’un pays à connaître des mouvements massifs est donc profondément néfaste pour les investissements. Pays des guerres civiles, la France a la réputation depuis maintenant plusieurs dizaines d’années d’être devenue le pays des grèves, et celle que nous connaissons à l’heure où nous écrivons ces lignes ne fait pas exception.

La fin d’année est une période de forte consommation des ménages. À la manière des Gilets jaunes de l’année dernière, la grève des cheminots est en passe de concurrencer les mauvais résultats de l’année précédente.

Une situation qui touche prioritairement les petits commerces mais qui suit une même logique : là où les Gilets jaunes bloquaient les ronds-points, les cheminots bloquent le chemin de fer. Dans les deux cas, les infrastructures de transports sont touchées.

Mais cet impact direct est loin d’être la partie émergée de l’iceberg.

En effet, selon l’économiste Nicolas Bouzou, à court terme, l’impact de ces mouvements est relatif, puisque les pertes dans certains domaines comme le BTP sont rapidement rattrapées et que la plupart des gens trouvent des moyens alternatifs, se tournant vers le secteur privé (bus, co-voiturage …) aboutissant à l’inverse de ce que la grève est censée produire et prouvant aux usagers qu’ils n’ont pas besoin du secteur public pour se déplacer.

La conséquence la plus grave, explique toujours l’économiste, concerne l’image de la France vis-à-vis des investisseurs étrangers. L’importance des infrastructures associée à la forte propension aux grèves dans ces branches constituent de sensibles freins à l’investissement impactant naturellement les secteurs bancaires et financiers.

Le spectre Callaghan

L’espoir n’est pourtant pas interdit lorsqu’on regarde la situation outre-Manche, et en particulier celle qui précéda l’arrivée au pouvoir de la Dame de Fer dans un contexte économique et social délétère.

Une des principales expressions de ces années pré-thatchériennes est sans doute l’hiver du mécontentement, contestation sociale de grande ampleur de l’hiver 1978-1979 symptomatique d’un pays gouverné par les corporatismes et le syndicalisme rouge sous le Premier ministre travailliste de l’époque James Callaghan.

Dix ans plus tard, le pays a retrouvé son attractivité, au prix de la fin du pouvoir des syndicats par deux lois limitant leurs effets négatifs sur l’ensemble du pays, alors que le principal syndicat de mineurs était dirigé par un communiste notoire.

Le bilan des années Thatcher fait écho à la situation actuelle, puisqu’elles ont permis à la City de retrouver un rang confortable, sans pour autant nuire aux justes combats syndicaux. L’Angleterre est en effet aujourd’hui reconnue pour la qualité de son dialogue social et la représentativité de ses syndicats.

Une preuve s’il en fallait du pouvoir de la volonté politique à quiconque accepte de s’en servir. Force est de constater que l’exécutif français n’emprunte guère ce chemin.

Les fondateurs de Google démissionnent de leurs postes de dirigeants

Par Aurélien Chartier

Par Aurélien Chartier.

Larry Page et Sergey Brin, fondateurs du géant de l’Internet en 1998, ont annoncé mardi qu’ils démissionnaient de leurs postes respectifs de CEO et président d’Alphabet, la compagnie mère de Google. Ils sont remplacés par Sundar Pichai, le CEO actuel de Google. Les deux fondateurs resteront actifs au sein d’Alphabet en tant qu’actionnaires et membres du conseil d’administration.

Dans une lettre ouverte, ils déclarent que la société est désormais majeure, en référence à 21 ans, l’âge de la majorité légale aux États-Unis et qu’ils n’estiment plus nécessaire de faire une distinction entre Google et Alphabet, la compagnie mère créée en 2015 et dont Google reste la principale source de revenus.

Larry Page et Sergey Brin s’étaient éloignés progressivement de leurs postes au cours de l’année passée. Ils ne participaient plus aux réunions hebdomadaires avec leurs employés et l’été dernier, Larry Page a été absent de la réunion des actionnaires d’Alphabet. Sundar Pichai prenait parallèlement un rôle de plus en plus important lors des réunions avec les investisseurs et les audiences du Congrès américain.

Ce tournant s’inscrit dans un contexte particulier pour Google.

Google suscite des inquiétudes

Alors que le géant était vu il y a 10 ans comme la startup cool de l’Internet, résumé par son slogan don’t be evil, il se retrouve désormais ciblé par de nombreuses critiques. La collecte massive de données effectuée dans le but d’offrir des publicités personnalisées est devenu un sujet d’inquiétudes pour de nombreux consommateurs, conduisant à l’adoption du règlement général sur la protection des données, plus connue sous le nom de RGPD en Union européenne.

Lors de l’été 2017, l’entreprise fût également dans l’actualité en raison d’un mémo interne de James Damore suggérant que le faible pourcentage de femmes bossant dans le domaine informatique est dû à des causes biologiques et non au sexisme.

La publication du mémo a causé une tempête médiatique conduisant au licenciement de son auteur. Google se retrouve à la fois attaqué par la gauche politique considérant ce mémo comme preuve de la culture sexiste des entreprises informatiques, mais aussi par la droite estimant que le licenciement est une tentative de censure.

Suite aux élections de 2016, Google est également critiqué par les deux camps politiques qui l’accusent chacun d’avoir avantagé l’autre camp, tout en se rejoignant sur le fait que l’entreprise dispose d’un pouvoir trop important.

À gauche, la campagne présidentielle d’Elizabeth Warren propose de démanteler Google et les autres géant de l’Internet.

À droite, Tucker Carlson a proposé de réguler Google comme un service public. Même chez les libéraux, on trouve de telles velléités avec Peter Thiel qui accuse la société d’être à la solde du gouvernement chinois.

Difficile de juger à quel point ce contexte difficile a pesé dans la décision des fondateurs de s’éloigner de leur création. Loin de ses débuts de startup technologique, Google est désormais davantage dans l’actualité pour des questions de société plutôt que son impact technologique. Comme un reflet de notre époque où tout doit être vu via le prisme politique.

Les reculades d’Obama et de Trump : un arrière-goût des années 30

Par Fabio Rafael Fiallo

Par Fabio Rafael Fiallo.

Il y a de quoi s’inquiéter : l’attitude des grandes démocraties d’aujourd’hui fait penser à celle des puissances démocratiques des années 1930 face aux régimes dictatoriaux, voire totalitaires, de cette époque-là. Et nous savons tous comment cela a fini.

Rappelons les circonstances. En ce temps-là, les puissances démocratiques rechignaient à confronter les régimes de l’Axe – c’est-à-dire l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste et le Japon impérial – et recherchaient à coups de concessions, par ce qu’on appela « politique d’apaisement », à faire baisser les tensions et les risques d’une conflagration militaire.

Une telle politique atteignit son point culminant dans les Accords de Munich de 1938, par lesquels les deux grandes puissances démocratiques européennes de l’époque – la France et le Royaume-Uni – donnèrent leur aval à l’annexion par l’Allemagne nazi de la région des Sudètes (jusqu’alors partie de la Tchécoslovaquie). Ces accords, et plus généralement les tactiques d’apaisement, ne parvinrent pas à satisfaire les desseins expansionnistes d’Adolf Hitler et ses complices.

Il y eut également les atermoiements de l’Amérique, qui hésita longtemps à mettre son poids militaire dans la balance en faveur des démocraties européennes. Il fallut attendre l’attaque japonaise contre la base militaire américaine de Pearl Harbor, survenue en décembre 1941, donc deux années après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, pour voir les États-Unis entrer finalement en guerre contre l’Axe.

Manque de détermination devant les régimes autoritaires

Les grandes démocraties d’aujourd’hui font montre du même manque de détermination dans leur bras de fer avec le nouvel axe de régimes autoritaires – notamment la Chine, la Russie et l’Iran.

À commencer par les pays membres de l’Union européenne, lesquels sont devenus un canard boiteux géopolitique, dépendants comme ils le sont, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, de l’appui militaire des États-Unis. Le président Macron a beau tirer la sonnette d’alarme en affirmant que l’Otan se trouve en état de mort cérébrale, il est à parier que ses paroles ne seront pas suivies d’effet – d’autant qu’elles ont reçu une fin de non-recevoir de la part de plus d’un de ses homologues européens, à commencer par Mme Merkel.

Quant à l’Amérique, la seule démocratie à même de peser sur le terrain militaire, elle souffre de quelque chose de tout aussi paralysante que son apathie d’avant Pearl Harbor. Aujourd’hui, après le résultat plus que déplorable de la Guerre d’Irak et du changement de régime en Libye – et avec le syndrome de la guerre du Vietnam toujours présent dans la mémoire collective –, plaider contre toute initiative militaire (et « en finir avec les guerres interminables ») est devenu un incontournable slogan électoraliste.

Comme le fait remarquer Richard Lowry dans les colonnes du New York Post, le positionnement anti-guerre permit à Barack Obama de battre Hillary Clinton lors des primaires démocrates de 2008, et à Donald Trump de gagner la candidature du Parti républicain en 2016.

 

Devenus présidents, et conformément à leurs promesses de campagne, aussi bien Barack Obama que Donald Trump ont esquivé tout bras de fer militaire – même au prix de laisser tomber les menaces et les lignes rouges qu’eux-mêmes avaient fixées aux adversaires des Etats-Unis.

La soudaine décision du président Trump de retirer les troupes américaines de Syrie est l’avatar le plus récent de l’impératif non-interventionniste en cours à Washington. Le fait d’avoir laissé les forces kurdes, alliés majeurs de l’Amérique dans la guerre contre Daech, à la merci du régime turc aura porté un sérieux coup à la confiance que l’on peut accorder aux engagements de l’Amérique.

Dans les colonnes du Washington Post, le politologue David Woolner vient de dresser un parallèle entre, d’une part, la politique d’apaisement envers Hitler au cours des années 1930 et, d’autre part, la concession faite par Trump à Erdogan – celle de lui laisser le terrain libre pour occuper la région de Syrie où étaient placées les milices kurdes hostiles au régime turc.

Toutefois, à la lumière des arguments présentés dans cet article, la similarité avec les années 1930 ne se limite pas au retrait de Syrie ; elle concerne le réflexe quasi instinctif, chez l’actuel président américain ainsi que chez son prédécesseur, d’ignorer les engagements de l’Amérique dans le but d’éviter toute épreuve de force sur le plan militaire.

 Trump recule

En effet, le retrait de Syrie n’est pas un cas isolé : il eut lieu quelques mois après une reculade spectaculaire. Il s’agit de la décision du président Trump d’ordonner de faire demi-tour aux deux avions américains partis frapper des cibles en Iran, et ce en représailles contre l’attaque par l’Iran d’un drone des Etats-Unis.

Ajoutez à cela le manque de réponse de la part de Trump à l’attaque d’une installation pétrolière de l’Arabie saoudite (attaque attribuée au régime en place à Téhéran), et on peut aisément comprendre le doute qui domine actuellement, parmi les alliés américains dans le monde arabe, sur l’utilité du partenariat avec les États-Unis.

Pour sa part, l’ancien président Obama s’était fait remarquer par des reculades époustouflantes. Il suffit de rappeler trois de ses retours en arrière. Primo, son retrait des troupes américaines d’Iraq en 2011 (pour devoir revenir bredouille sur cette décision trois ans plus tard. Deuxio, son injonction « Assad doit partir » (« Assad must go »), restée lettre morte. Et finalement, la mère de toutes les reculades, c’est-à-dire la ligne rouge que lui-même avait fixée à propos de l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien, menace qui est restée sans suite.

C’est pourquoi des analystes politiques, écrivant séparément dans les colonnes du Boston Herald et du Times de Londres, ont jugé bon de souligner que Trump ne fait que « répéter les graves erreurs commises par Obama au Moyen-Orient. »

Les régimes autoritaires peuvent parier que la réaction des États-Unis à leurs politiques expansionnistes sera minime. L’heure est ainsi à l’action en Russie, avec son annexion de la Crimée, son soutien aux milices pro-russes en Ukraine et son rôle récemment acquis de médiateur principal au Moyen-Orient. L’heure est à l’action également en Chine, qui étend progressivement son contrôle de la mer de Chine méridionale. L’heure est à l’action, enfin, en Iran, qui continue à perpétrer, par procuration ou même directement, des attaques contre les pays du Moyen-Orient proches des États-Unis.

Tout naturellement, au fur et à mesure que les reculades américaines s’accumulent, les alliés traditionnels des États-Unis essaient de s’approcher des rivaux de l’Amérique.

La visite de Vladimir Poutine en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis (la première en dix ans à ces deux pays alliés de l’Amérique), montre clairement le désir des partenaires arabes des États-Unis de renforcer leurs relations avec le nouveau grand médiateur de la région, c’est-à-dire la Russie.

Pour les mêmes raisons, le gouvernement des Philippines a recherché la coopération de la Russie en matière d’amélioration de capacités militaires et de développement des ressources énergétiques en mer de Chine méridionale.

Même en Israël, l’allié américain par excellence au Moyen-Orient, on commence à se poser des questions sur la fiabilité du soutien américain, mise à mal déjà à l’époque de Barack Obama.

Les pays de l’Asie du Sud-Est cherchent activement, à leur tour, un rapprochement, bon gré mal gré, avec le principal rival des États-Unis dans leur région, c’est-à-dire la Chine.

 Ce n’est pas, loin s’en faut, l’intention de cet article de vanter les prises de position belliqueuses qui purent avoir cours autrefois, mais de rappeler la nécessité, pour toute grande puissance, de tenir parole et d’honorer ses engagements et ses menaces.

Dans le même ordre d’idées, le politologue Richard Fontaine, ancien conseiller en politique extérieure du défunt sénateur républicain John McCain, vient de mettre en garde contre ce qu’il nomme « le leurre de la non-intervention. »

Consternation devant la politique étrangère démocrate

Dans cette toile de fond, le manque de préparation, dans le domaine de la politique extérieure, des candidats démocrates dans la course à la candidature du Parti démocrate pour l’élection présidentielle de 2020 ne peut que susciter de la consternation.

Ils ne savent en effet que tirer à boulets rouges contre tout ce que le président Trump peut faire dans ce domaine, mais se montrent incapables de présenter des alternatives claires et crédibles. Comment le pourraient-ils alors que, eux aussi, sont des avocats tous azimuts de la non-intervention ? Comme le souligne le journaliste du Washington Post Josh Rogin, « maintenant que le Président Trump est en train de finir avec l’engagement militaire des États-Unis [en Syrie], la foule de ceux qui veulent en finir avec les guerres interminables’paraît incapable de dire ce qu’elle aurait fait de différent ».

Le camp de Donald Trump ne s’en sort pas mieux. Pour preuve : au milieu de la tourmente politique provoquée par le retrait des troupes américaines en Syrie, son nouveau conseiller à la sécurité nationale,Robert O’Brien, a choisi le moment, non pas pour préciser la stratégie qu’il compte mettre en œuvre en politique extérieure, mais pour publier un article sur ce qu’il entend faire pour améliorer l’efficacité du Conseil de Sécurité nationale sous sa direction.

Une question s’impose : lequel de ses prédécesseurs à ce poste (que ce soit Henry Kissinger, Zbigniew Brzezinski, ou en l’occurrence John Bolton) serait venu à ventiler en public des questions d’intendance à un moment où la politique extérieure des États-Unis a besoin d’être revue de fond en comble ?

 

Si l’Amérique dépend de personnalités de ce genre, aussi bien du côté démocrate que parmi les conseillers de Donald Trump, pour faire valoir ses intérêts, il ne reste qu’à dire adieu au rôle jusqu’ici déterminant des États-Unis dans les affaires internationales ; et plus grave encore, à craindre le sort réservé aux démocraties dans le monde de demain.

L’Allemagne de l’Est est-elle la grande perdante de l’unification ?

Par The Conversation
allemagne de l'est

Par Jérôme Vaillant1.
Un article de The Conversation

Trente ans plus tard, la fête n’est plus aussi belle que le 9 novembre 1989 quand est tombé le mur de Berlin sous la pression des Berlinois de l’Est venus vérifier s’il était bien « ouvert » comme venait de le déclarer, lors d’une conférence de presse, le porte-parole nouvellement nommé du SED (le parti communiste au pouvoir en RDA), Günter Schabowski.

On en oublierait presque la liesse de ces Berlinois de l’Est déferlant à pied ou dans leurs petites voitures Trabant vers Berlin-Ouest où les accueillaient à bras ouverts les Berlinois de l’Ouest qui avaient, à leur tour, investi le mur devant la porte de Brandebourg. Aujourd’hui, c’est plutôt le désenchantement qui primerait. Les termes de « Wessis » et de « Ossis », qui avaient pratiquement disparu du vocabulaire courant ces dernières années, font leur retour ; on évoque également un « rétablissement du mur dans les têtes », tant serait grand le fossé entre l’Est et l’Ouest. La montée de l’extrême droite dans les Länder de l’Est, dans des proportions nettement plus importantes que dans l’Ouest du pays, est un indice parmi d’autres de ce malaise.

On voit également réapparaître l’idée que l’unification n’aurait été rien d’autre qu’une « annexion » suivie de « prédations » ouest-allemandes, comme l’écrivent deux journalistes berlinois dans le Monde Diplomatique de novembre 2019. La chaîne de télévision LCP fait s’exprimer dans son documentaire « À l’est de nos mémoires », diffusé le 2 novembre dernier, l’ancien procureur général de la RDA, Hans Bauer, qui s’insurge contre l’idée que l’on puisse qualifier la RDA d’« État de non-droit » et rappelle les mérites de son anti-fascisme et de sa politique de « compréhension internationale ». Il fait ainsi revivre les mythes fondateurs de la RDA quand il aurait fallu les interroger et les déconstruire.

Dans ce contexte qui voit renaître la nostalgie d’un pays disparu – ce qu’on appelle en Allemagne « Ostalgie » (nostalgie de l’Est) –, il apparaît nécessaire de vérifier si l’Allemagne de l’Est a effectivement été la grande perdante de l’unification.

Les attentes des Allemands de l’Est en 1989-1990

Le service de la sécurité de l’État, la Stasi, connaît parfaitement les motifs qui poussent à l’été 1989 les Allemands de l’Est à fuir leur pays : problèmes d’approvisionnement, absence de libertés individuelles, impossibilité de se rendre librement à l’Ouest, insuffisance des services, carences de l’encadrement médical, mauvaises conditions de travail et inégalités face aux promotions, stagnation des salaires, comportement bureaucratique des cadres de l’État et des entreprises, politique d’information pratiquée par la RDA, etc.

Même s’ils reconnaissent les aspects positifs du régime – la sécurité de l’emploi et le sentiment d’être pris en charge par l’État –, les citoyens de RDA et, spécialement, les forces vives du pays, les 25-40 ans, sont nombreux à emprunter dès qu’ils le peuvent le chemin de l’Ouest. Le mouvement de fuite semble irrésistible.

Le slogan des premières manifestations en RDA est alors « Wir wollen raus ! » (Nous voulons partir). Il est pourtant bientôt relayé par un autre : « Wir bleiben hier ! » (Nous restons ici). C’est celui des mouvements de citoyens qui ont éclos un peu partout en RDA, particulièrement à Leipzig et Berlin, dans le courant des années 1980. Leur objectif est de transformer par le dialogue la RDA en un véritable État démocratique et socialiste. Dans la rue, ils scandent qu’ils sont le peuple (« Wir sind das Volk ! »).

L’ouverture du mur met très vite un terme à leur illusion d’une troisième voie en RDA. À ce slogan succède, en effet, un autre qui, lui, affirme que « nous sommes un seul et même peuple » (« Wir sind ein Volk »). Le gouvernement Modrow, mis en place le 13 novembre, favorise la réflexion sur la « question allemande » en évoquant la création d’une confédération réunissant RDA et RFA, une idée qui a été validée au préalable à Moscou. Le chancelier Helmut Kohl propose quelques jours plus tard, dans son plan en 10 points, d’aller plus loin encore pour aboutir un jour à la création d’une fédération en bonne et due forme, donc d’un État allemand fédéral unifié.

L’unification n’a assurément pas ouvert la voie à la recherche en Allemagne d’une démocratie socialiste comme le souhaitait une partie des mouvements de citoyens qui ont fait la révolution pacifique de l’automne 1989 ; mais elle a satisfait le besoin de liberté et de voyager des Allemands de l’Est. Elle les a par ailleurs, comme nous allons le voir, contraints à réviser l’image idéalisée qu’ils avaient de l’Allemagne de l’Ouest.

Les contrecoups de l’union monétaire

Les slogans utilisés lors des manifestations sont révélateurs de l’évolution des mentalités en RDA. Ils tournent désormais autour du deutschmark ouest-allemand, le DMark : « Si le DMark ne vient pas à nous, c’est nous qui irons à lui ! » En clair, les fuites d’est en ouest ne cesseront pas tant que le DMark n’aura pas été introduit en RDA, où il joue d’ailleurs, depuis des années déjà, le rôle de monnaie parallèle. Le nouveau gouvernement est-allemand formé au terme des premières élections libres du 18 mars 1990 et dirigé par le Premier ministre Lothar de Maizière (CDU), engage rapidement le processus de réunification. La première étape est l’introduction du DMark en RDA à compter du 1er juillet 1990. Par le traité d’union monétaire, la RDA adopte en même temps l’essentiel des principes politiques, économiques et sociaux de la RFA, il conduira à la signature le 31 août du traité d’unification (textuellement : traité établissant l’unité de l’Allemagne) qui prendra effet le 3 octobre et par lequel les Länder nouvellement rétablis en RDA adhèrent, au terme de l’article 23 de la Loi fondamentale qui devient ainsi la constitution de l’ensemble de l’Allemagne.

Bien que prévenu par le président de la Banque fédérale, Otto Pohl, des dangers d’une union monétaire rapide à un taux de conversion qui ne correspondrait pas à l’état de l’économie est-allemande, le chancelier Kohl choisit pour les salaires et les prix courants un taux de conversion 1 à 1 entre le mark ouest-allemand et le mark est-allemand, avec cependant des aménagements non négligeables pour l’épargne et les biens fonciers, ce qui porte le taux de conversion global à environ 1 pour 3. Ce qui importait au chancelier, c’était de ne pas donner aux Allemands de l’Est le sentiment d’être déclassés par rapport à l’Ouest. Un taux de 1 à 3 ou même à 4 aurait été plus réaliste mais, estimait-il, psychologiquement inacceptable.

L’union monétaire a pour effet de livrer sans préparation les entreprises est-allemandes à l’ensemble du marché allemand, européen et mondial en même temps qu’elles sont privatisées. Les faillites entraînent la disparition de quelque 3,5 millions d’emplois sur les 10 millions préalablement existants. La RFA a choisi pour la RDA une fin brutale plutôt qu’une lente agonie. Les taux de chômage grimpent au début des années 1990 jusqu’à près de 20 % en moyenne dans des régions devenues les nouveaux Länder de l’Est. H. Kohl avait promis aux Allemands de l’Est des « paysages florissants » mais c’est le désenchantement qui s’installe. Les Allemands de l’Est contribuent eux-mêmes dans une certaine mesure à l’effondrement de leur économie en négligeant leurs produits au profit de ceux de l’ouest. La construction de la Trabant est abandonnée dès 1990 parce que peu performante, peu confortable et extrêmement polluante. Aujourd’hui, sur les chaînes de montage de Zwickau, en Saxe, ce sont des Golf qui sont assemblées. Les restructurations engagées par un office fiduciaire (Treuhand) pour gérer, conformément à des critères de rentabilité sur un marché ouvert, la privatisation des entreprises après leur assainissement ou leur restitution à leurs anciens propriétaires – un processus qui provoquera des retards à la re-création d’emplois – sont achevées en un temps record de quatre années.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

L’unification poursuivait, entre autres objectifs, celui d’endiguer le flot des fuites d’Est en Ouest. À compter de 1990, il ne s’agit plus de fuites mais de mouvements migratoires internes. Et ils demeurent considérables. Ces migrations contribuent à la désertification de territoires entiers de l’ex-RDA en même temps qu’au vieillissement et à la masculinisation de leurs populations, dans la mesure où ce sont les plus jeunes qui partent pour l’ouest, et davantage les femmes que les hommes. Jusqu’en 2017, 3,7 millions d’Allemands de l’Est sont passés à l’ouest. Dans le même temps, 2,45 millions d’Allemands de l’Ouest sont venus s’installer à l’Est, ce qui donne pour les Länder de l’Est un solde démographique négatif de 1,2 million de personnes.

Premier indice que l’unification, au moins sur le plan démographique, est en train de se faire : en 2017, pour la première fois, l’installation d’Allemands de l’Ouest en Allemagne de l’Est a dépassé celle des Allemands de l’Est à l’Ouest. L’explication en est l’attractivité de villes telles que Potsdam, à la périphérie de Berlin, et surtout de Leipzig. Ce phénomène réduit la pertinence des notions de « Wessis » et d’« Ossis ».

Il reste que, malgré les transferts financiers d’Ouest en Est (de l’ordre d’1,6 billion d’euros de 1990 à 2017) visant à mettre à niveau l’Allemagne de l’Est, celle-ci n’est toujours pas parvenue à rattraper l’Ouest en termes de performances économiques et de niveau de vie. En 1990, le PIB par habitant était à l’Est de 7 343 euros (contre 22 687 à l’Ouest). En 2018, il fut de 29 664 (contre 42 971 euros). Il a donc été multiplié par quatre en près de trente ans. Il ne représente toutefois que 69 % du PIB par habitant à l’ouest, mais ce ratio était de 32 % en 1990.

La productivité (PIB non par habitant mais par salarié) de l’Est ne s’élevait en 1990 qu’à 43 % de celle de l’Ouest ; elle est désormais de 82 %. Le chômage a décliné partout en Allemagne, y compris à l’Est. Entre 2010 et 2018, le taux de chômage dans les anciennes régions de RDA est passé de 12 % à 6,9 % ; en 2018, il a été de 4,8 % à l’ouest, une différence donc de 2 points de pourcentage, le taux de chômage pour l’ensemble du pays étant de 5,2 %. Les salaires pratiqués à l’Est sont encore de 16,9 % inférieurs à ceux de l’Ouest, ce qui serait dû en partie au fait que les entreprises sont moins nombreuses à adhèrer aux conventions collectives à l’Est (45 %) qu’à l’Ouest (56 %).

L’Allemagne de l’Est va mieux, mais continue d’accuser un indéniable retard par rapport à l’Ouest. C’est pourquoi le gouvernement fédéral vient de mettre en place, sous l’autorité du ministre de l’Intérieur, une « Commission pour réaliser dans toute l’Allemagne des conditions semblables de vie » dont le plan porte en priorité sur l’aide à l’emploi, l’aide aux communes surendettées, l’amélioration de la couverture des territoires ruraux par les réseaux mobiles et l’Internet à très haut débit, ainsi que leur meilleure intégration dans le réseau routier.

Une génération n’a pas suffi à réaliser pleinement ce qu’on appelle en allemand l’« unité intérieure » du pays. Celui-ci, du fait de la déconfiture des grands partis traditionnels et de la poussée de l’extrême droite, donne même aujourd’hui plutôt le sentiment que l’Est et l’Ouest seraient plus séparés que jamais. Il n’en reste pas moins indéniable que de réels progrès ont été réalisés. En réalité, ce sont les mentalités qui évoluent le plus lentement…

Sur le web-Article publié sous licence Creative Commons

  1. Jérôme Vaillant est professeur émérite de l’Université de Lille et secrétaire général de l’Association pour la connaissance de l’Allemagne d’aujourd’hui (ACAA) qui édite la revue Allemagne d’aujourd’hui, revue d’information et de recherche sur l’Allemagne, qui bénéficie du soutien financier du CNL et du Centre d’études les civilisations, littératures et langues étrangères (CECILLE) de l’Université de Lille.

Le commerce est le socle de la paix entre les nations

Par Libre Afrique
commerce

Par James Devereaux1
Un article de Libre Afrique

« Si les marchandises ne traversent pas les frontières, les soldats le feront ». Cette citation est souvent attribuée à l’économiste français Frédéric Bastiat. Bien qu’aucune documentation n’ait confirmé qu’elle soit de lui, elle n’en demeure pas moins pertinente.

La relation entre le commerce et la paix

Une étude récente de Jong-Wha Lee et Ju Hyun Pyun (L’intégration commerciale favorise-t-elle à la paix ? 2013) a révélé l’existence d’une forte corrélation entre le commerce et la paix. L’examen d’un « ensemble de données de grands panels composés de 243 225 observations de paires de pays » sur 50 ans « confirme que l’intensification de l’interdépendance commerciale bilatérale favorise de manière significative la paix ». Mais ce n’est pas tout.

Ils ont surtout constaté que « l’ouverture du commerce mondial favorise considérablement la paix ». Cela est plus vrai pour les pays éloignés géographiquement que pour ceux partageant des frontières. Cette étude est une preuve empirique importante qui conforte l’idée que le commerce favorise la paix ainsi que la prospérité.

Que Bastiat l’ait dit ou non, beaucoup ont constaté la nature pacificatrice du commerce, via la modification des incitations lorsque les opportunités d’accéder aux marchés sont élargies.

L’économiste politique et sociologue Max Weber avait écrit qu’une économie capitaliste est « une économie qui repose sur la poursuite d’un profit en exploitant des opportunités d’échange, c’est-à-dire des chances (formelles) pacifiques de profit ». Il a opposé cela à « l’acquisition par la force », qui est une transaction non opportune.

Augmenter les coûts de transport, et plus généralement entraver les échanges, a pour effet d’augmenter la prise de biens par la force ou par la colonisation. Malheureusement, les discours et les politiques les plus récents des États-Unis se sont concentrés sur une augmentation des droits de douane et une réduction des échanges, ce qui pourrait accroître les tensions avec les autres pays, en particulier la Chine.

Empêcher les biens de circuler entre les nations ne sert qu’un instinct protectionniste, cela ne fait que nous priver des effets externes pacificateurs des biens échangés. Quelle que soit la menace que la Chine représente pour les États-Unis, ils ne s’en sortiront pas en rendant le commerce plus difficile.

Commerce doux

Il existe un autre point en faveur de la thèse du « commerce doux », au sens de commerce pacificateur, remplaçant la violence par l’échange. Cette thèse remonte à Montesquieu, qui a écrit dans son ouvrage L’Esprit des lois :

« Le commerce guérit les préjugés destructeurs, et il est une règle presque générale que partout il y a des mœurs douces, il y a du commerce et que partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces. Par conséquent, il ne faut pas s’étonner si nos mœurs sont moins violentes qu’elles ne l’étaient jadis. Le commerce a répandu la connaissance des mœurs de toutes les nations du monde ; elles ont été comparées les unes aux autres, et de bonnes pratiques en ont émergé ».

Cette thèse a été défendue par les économistes classiques et modernes, d’Adam Smith à Deirdre McCloskey. L’interaction pacifique, l’influence tempérante, les mœurs douces ont été considérées comme faisant partie des avantages sociaux du commerce, tant au niveau national qu’international, et l’étude de Jong-Wha Lee et Ju Hyun Pyun l’a maintenant démontré.

Le commerce lie les individus éloignés et étrangers. Il les met sur un pied d’égalité ; non pas une égalité stricte mais une égalité inhérente à la participation au marché qui crée un espace de participation pour les individus. Refuser l’accès aux marchés a un effet aliénant et stratifiant au sein des communautés. Il n’est pas surprenant que cette aliénation se répète au-delà des frontières lorsque les marchés sont restreints.

Commerce unilatéral

Les politiques conflictuelles doivent être évitées au profit de celles qui encouragent l’ouverture et la coopération. Le commerce est en réalité un processus de coopération, il engendre moins de coûts que ceux liés à la résolution d’un conflit.

Les politiques qui nous orientent vers un plus grand commerce transfrontalier ouvrent la voie vers la prospérité et la paix. Cela fait partie du processus de marché qui génère des prix, ce que Ludwig von Mises a nommé « un processus social ». La tentation d’utiliser le pouvoir de l’État pour empêcher le commerce découle d’une perspective protectionniste, qui utilise le pouvoir politique pour protéger certains intérêts au détriment d’autres. C’est le socle des inégalités et de la corruption.

Ainsi, l’implication de cette étude – et de nombreuses années d’histoire – ont bien résumé la thèse de Bastiat :

« Les barrières entraînent l’isolement ; l’isolement engendre la haine ; la haine conduit à la guerre ; la guerre finit par l’invasion. »

Quelle différence cela fait-il ? Ne vaut-il pas mieux risquer la possibilité d’une invasion commerciale que d’accepter la certitude d’une invasion plus violente ? C’est comme devoir choisir entre un navire de guerre qui vomit des missiles, dévaste nos villes ; et un navire marchand qui nous offre un échange volontaire et mutuel de marchandises. Je vous laisse le choix.

Le commerce n’est certes pas une garantie absolue de paix, mais les preuves montrent qu’il s’agit de la meilleure alternative.

Sur le web

  1. Avocat.

Singapour, une leçon pour le Brexit ?

Par Ferghane Azihari
singapour

Par Ferghane Azihari.
Un article de l’Iref-Europe

La nostalgie impériale conduit les Européens à adopter le préjugé selon lequel la prospérité d’une civilisation dépend de sa faculté à se muer en un vaste empire. D’où l’atmosphère anxiogène qui règne sur le Royaume-Uni, qui tente depuis de trop nombreux mois de mettre en œuvre la sortie du bloc européen décidée lors du référendum du 23 juin 2016. Le culte du gigantisme politique est-il justifié ? L’histoire de Singapour prouve le contraire.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Singapour était acculée. Les Britanniques reprennent le contrôle de l’île après l’avoir perdu au profit des Japonais. Les circonstances politiques conduisent l’État britannique à lui reconnaître une large autonomie en 1958. Le Parti d’action populaire (PAP) a toutefois fait campagne pour parachever l’indépendance de Singapour vis-à-vis du Royaume-Uni en rejoignant la Malaisie, réputée plus proche sur le plan culturel. En 1959, il remporte les élections.

Mais la victoire du PAP affole les milieux d’affaires. Ses élites politiques étaient soupçonnées d’accointance avec le socialisme. La rhétorique de Lee Kwan Yew n’arrangeait pas les choses dans la mesure où elle était imprégnée d’anti-capitalisme. Singapour a alors subi une fuite des capitaux vers la Malaisie. Cette fuite a paradoxalement conforté l’idée qu’une fusion des deux pays serait dans l’intérêt du premier. Après de nombreux troubles politiques et sociaux, Singapour devient officiellement membre de la Malaisie le 16 septembre 1963.

La fusion ne va cependant pas durer longtemps. Les conflits ethniques et les divergences politico-idéologiques (notamment sur le plan du commerce extérieur) ont révélé une certaine incompatibilité politique. La Malaisie opte pour l’expulsion de Singapour, actée le 9 août 1965. Les figures 1 et 2 permettent d’appréhender la situation démographique et économique de Singapour et de la comparer avec la Malaisie et l’ancienne métropole coloniale britannique, un an après l’officialisation de l’indépendance.

Figure 1 : démographie de Singapour, de la Malaisie et du Royaume-Uni en 1966 
Figure 2 : PIB par habitant de Singapour, de la Malaisie et du Royaume-Uni en 1966 

À l’époque, peu de commentateurs ont parié sur le succès de Singapour. Les passions impériales ont conduit à balayer d’un revers de main l’hypothèse que la cité puisse prospérer dans la mondialisation. Après tout, c’est un petit territoire. Il est dépourvu de ressources naturelles… Cinquante ans plus tard, le constat est sans appel. Non seulement Singapour a creusé son écart de richesse avec la Malaisie, mais son PIB par habitant a fini par devenir deux fois supérieur à celui du Royaume-Uni. Il semble que le poids démographique, la taille d’un pays et la présence de « ressources naturelles » ne soient pas des facteurs décisifs de prospérité.

Figure 3 : démographie de Singapour, de la Malaisie et du Royaume-Uni en 2016
Figure 4 : PIB par habitant de Singapour, de la Malaisie et du Royaume-Uni en 2016 

Le succès singapourien s’explique aisément. La cité a fait le pari de l’attractivité fiscale pour capter des capitaux étrangers. Son rayonnement ne se bornait pas à son voisinage immédiat. « En 1972, nous dit Jean Abshire, les États-Unis étaient à l’origine de 46 % des investissements étrangers »1. La politique commerciale singapourienne, fondée sur son port franc, a contribué à faire de la Cité une place incontournable du commerce mondial. Aujourd’hui, Singapour est réputée être l’un des régimes les plus libéraux sur le plan du commerce extérieur grâce à cette ouverture unilatérale.

Le modèle singapourien peut-il être appliqué au cas britannique ? Techniquement, rien ne l’interdit. Les détracteurs de ce modèle se placent essentiellement sur le terrain politique. Le libre-échange unilatéral se heurterait à l’opinion publique et aux pressions protectionnistes émanant de multiples groupes d’intérêt, nous dit-on. L’argument est étrange. On admet l’efficacité d’une politique, mais on renonce à la mettre en œuvre en raison de considérations électorales. On pourrait opposer un autre argument simple à ce défaitisme : c’est peut-être aux experts et aux commentateurs qu’il revient de persuader l’opinion que l’ouverture du commerce est souhaitable.

Enfin, l’histoire de Singapour montre que les hostilités anti-capitalistes ne sont en rien insurmontables. L’adhésion des Singapouriens à un modèle commercial libéral ne vient pas tant d’une révolution culturelle que de l’instinct qu’une petite île ne peut se payer le luxe de l’autarcie. Pour que les Britanniques réussissent à l’extérieur de l’Union européenne, il leur faudra donc être à la fois humbles et audacieux.

Sur le web

  1. Jean Abshire, The History of Singapore, ABC-CLIO, 2011.

La Blockchain pour sortir la Tunisie de l’économie de rente ?

Par Auteur invité
blockchain

Mariem Brahim et Karim Maxime Salah1.

D’après l’Institut national de la statistique (INS), le taux de chômage était en Tunisie de 15,3 % au deuxième trimestre 2019.
Près de 43 % des 628 000 sans emploi sont des diplômés et le taux de chômage est plus important chez les femmes que chez les hommes : 22,8 % contre 12,3 %.

Parallèlement, l’économie informelle représente près de 30 % de l’activité. Contrebande, emplois non déclarés et fraude fiscale sont les manifestations d’un mal qui rend l’économie formelle de plus en plus vulnérable.

L’économie de rente : le mal de la Tunisie

C’est une évidence : la Tunisie souffre d’un manque de compétitivité. Selon le classement du Forum économique mondial (WEF) 2019-2020, elle occupe le 87ème rang sur 141 pays.

Jouent contre elle les déséquilibres macro-économiques, notamment en ce qui concerne la dynamique de la dette. Les problèmes socio-économiques, le sentiment de marginalisation encore alimenté par le déficit d’inclusion économique, le niveau élevé du chômage chez les jeunes et les disparités régionales sont autant de handicaps pour une possible relance.

Mais ce qui est le plus à l’origine de cette stagnation, c’est le poids d’un système de rentes et de privilèges.

L’économie de rente est une économie basée sur l’exploitation de privilèges, faveurs ou opportunités d’affaires à l’abri de toute concurrence. Ces positions monopolistiques s’opposent à toute compétitivité.

Fruit de la corruption, ce système entraîne inefficacité et distorsions.

Selon le Baromètre mondial de la corruption (GCB) réalisé par Transparency International, 67 % des Tunisiens estiment que la corruption a augmenté au cours des 12 derniers mois et 64 % d’entre eux pensent que le gouvernement n’agit guère contre ce fléau.

D’où le profond désespoir qui frappe la jeunesse tunisienne.

S’ensuit une véritable « fuite de cerveaux » qui voit des centaines de diplômés, des cadres de haut niveau, des travailleurs qualifiés quitter le pays pour tenter leur chance ailleurs.

L’économie de rente et le secteur bancaire

Contrairement à ce qu’on pense, l’économie de rente ne concerne pas seulement le secteur pétrolier.

Les concessions automobiles sont par exemple contrôlées par un nombre restreint de familles détentrices de l’exclusivité de commercialisation des plus grandes marques automobiles.

Le secteur bancaire se résume à un oligopole rentier constitué d’un grand nombre de banques (26 contre 27 banques physiques en France) et d’un fort niveau de concurrence en apparence.

Reste que les frais bancaires sont très élevés et peu en rapport avec le niveau de services offerts aux clients.

Si, en tant que premier actionnaire dans ce secteur, le principal organisateur de ce cartel est bien l’État, des groupes familiaux actionnaires sont très présents dans plusieurs de ces banques. Ils s’en servent comme une réserve de liquidités privée, solvabilité et rentabilité de leurs activités obligent. Les banques qu’ils possèdent leur accordent en effet des prêts sans être trop regardantes sur les garanties. Ils peuvent alors se diversifier en investissant dans de nouveaux secteurs dont les employés ont à souffrir de faibles salaires.

Faute de concurrence, l’innovation n’entre pas dans leurs priorités, d’où un manque de valeur ajoutée et une faible rétention de la main-d’œuvre hautement qualifiée.
Faute de spécialisation, leur internationalisation trouve ses limites.

Or, l’État emprunte aux banques commerciales qui se refinancent auprès de la BCT -Banque centrale de Tunisie-, avec pour conséquence une sorte de légalisation de cette corruption.

Que faire alors, sinon s’emparer de technologies révolutionnaires, à l’image de la blockchain accolée au phénomène des crypto-monnaies ?
La Tunisie ne gagnerait-elle pas à accueillir et à aider les entrepreneurs de cette technologie, ne serait-ce que pour tenter de lutter contre la situation « monopolistique » du pays ?

Pourquoi les jeunes ne pourraient-ils pas créer des monnaies convertibles pour résoudre leurs défis à l’échelle internationale ?

La blockchain pour résoudre ces défis

Notons d’abord que les institutions tunisiennes sont devenues un moteur dans l’utilisation de cette nouvelle technologie qu’est la blockchain.

Depuis 2017, la BCT cherche ainsi des solutions innovantes de decashing afin d’enrayer la culture des transactions en liquide qui nuisent au développement bancaire et favorisent les échanges illégaux.

Et c’est bien à Tunis que s’est déroulé, au mois de mai 2018, le premier sommet africain de la blockchain et le plus grand hackathon africain sur la blockchain.

Co-organisé par la BCT, cet événement a réuni les gouverneurs des 54 banques centrales africaines qui ont réfléchi sur les opportunités qu’offre cette nouvelle technologie.

De fait, les coûts sont réduits, les délais sont raccourcis et les transactions financières simplifiées.

De son côté, enfin, la Poste tunisienne travaille sur un projet de portefeuille virtuel permettant d’envoyer et de recevoir de l’argent, de payer des factures, etc. Ce service se fonde sur la DLT (Distributed Ledger Technology ou « technologie de registre distribué »), c’est-à-dire une chaîne de blocs pour une utilisation institutionnelle avec un modèle de gouvernance centralisée.

Par ailleurs, le changement de paradigme de business model que propose la blockchain à travers son principe de décentralisation est intéressant pour palier le système de rente. Les jeunes startupeurs ont la possibilité de créer une crypto-monnaie pour leur projet innovant grâce à quelques lignes de code, suivant le standard ERC20 publié sur la blockchain Ethereum. La valeur de cette monnaie est tributaire de son utilité d’application. En d’autres termes, s’ils réussissent à créer de la valeur autour d’un membre de leur communauté, cela profite à toute la communauté.

Telle est la magie de la blockchain !

Plus besoin de prendre des commissions sur des transactions établies entre les membres d’une communauté à l’instar d’Airbnb et Uber. Plus le service proposé par la startup sera utile, plus les gens achèteront cette crypto-monnaie. Elle prendra de la valeur, les porteurs de projets faisant alors fructifier leur capital initial en crypto-monnaie. Et cela est aussi valable dans l’autre sens.

La liberté qu’offre un portefeuille numérique

Notons qu’en Tunisie le taux de bancarisation ne dépasse pas les 40 % (source : Banque mondiale) à cause des pré-requis élevés pour l’ouverture d’un compte bancaire.

Aujourd’hui, la blockchain permet en quelques clics de créer un portefeuille numérique à partir de son téléphone et garantir un échange presque instantané de valeurs avec des frais très réduits (de l’ordre de 0,02 %). Le simple fait de réduire le coût des transactions financières permet de soutenir la croissance économique et l’inclusion financière.

De plus, les monnaies maghrébines ne sont pas convertibles. Si bien que donner aux jeunes startupeurs l’autorisation de créer leur propre monnaie cryptographique sur la blockchain leur ouvrirait une grande porte vers l’internationalisation de leurs activités.

Cela résoudrait aussi le problème d’accès aux devises étrangères car les crypto-monnaies sont convertibles par défaut, nonobstant l’avantage considérable que permettent les outils financiers de la blockchain.

Malte : un exemple à suivre

Cette technologie ne pourrait-elle pas permettre à la région du Maghreb de rattraper son retard en matière d’échanges financiers et surtout garantir une meilleure inclusion de sa population demeurée en marge des circuits économiques ?

Pourquoi ne pas imaginer l’intégration économique entre les pays du Maghreb ?

La Banque mondiale a décrit la région comme la moins intégrée économiquement dans le monde, alors que les échanges entre ces pays se font en euros ou dollars.

Chaque année, le manque à gagner est de 2 % pour leur PIB. Et pourtant les voisins marocains et algériens ont interdit formellement les cryptomonnaies, quand la Tunisie ne s’est pas encore prononcée sur leur légalité.

Pourquoi ne pas s’inspirer de pays proches comme Malte qui a su profiter de cette opportunité ?

En 2018, ce petit pays a promulgué la fameuse loi VFA Act-Virtual Financial Assets Act, laquelle encourage l’implémentation de projets opérant sur fond de Blockchain et de cryptomonnaies.

Il s’est imposé comme « The Blockchain Island » (l’île de la blockchain) avec son cadre juridique favorable aux investisseurs étrangers attirés par cette nouvelle technologie.

En retour, la croissance économique décolle.

L’un des exemples phares de la réussite de cette stratégie, c’est Binance. Installée sur l’île depuis un an, elle est la première plateforme au monde d’échange de crypto-monnaies, laquelle draine 3,3 milliards de dollars au quotidien.

D’autres pays, comme la Suisse, l’Estonie ou Singapour, ont fait ce choix en profitant de leur petite taille pour attirer d’énormes capitaux et le potentiel de croissance qui s’ensuit.

La France, quant à elle, a aussi fait un grand pas avec la Loi Pacte qui légalise les ICO -Initial Coin Offering- une forme de levée de fonds participative basée sur les cryptomonnaies.

Passer d’une économie corrompue à une économie moderne et compétitive

Ne serait-il donc pas judicieux pour la Tunisie, après le succès du Startup Act, de légiférer dans ce domaine et rejoindre le club select des pays « Blockchain Friendly » ?

Cela ne créerait-il pas l’opportunité d’attirer des IDE et de libérer l’énorme potentiel de sa jeunesse frustrée ?

N’est-ce pas un vecteur d’intégration de l’économie informelle et la transparence qu’offre la Blockchain n’est-elle pas un moyen de limiter la corruption ?

On l’a compris : le défi pour la Tunisie, c’est de passer d’une économie de rente, sur-administrée, clientéliste et corrompue, à une économie moderne et compétitive.

Il s’agit donc de privilégier les innovations technologiques pour faire pièce aux situations de monopole qui étouffent les initiatives personnelles.

Grâce aux protocoles blockchain, ses futurs utilisateurs auront la possibilité, sans l’intermédiation d’une plateforme, de créer et d’animer leurs propres réseaux de transfert de valeur pour commercer et échanger des services.

C’est aussi un vœu pour l’ensemble des pays du Maghreb en proie à l’instabilité financière et aux récessions économiques.

  1. Mariem Brahim est Enseignant-chercheur à l’ESLSCA Business School Paris et Karim Maxime Salah  est entrepreneur et Eexpert en Blockchain. Co-fondateur de TURNKEY LEDGER.

Embellie salariale aux États-Unis

Par Philippe Lacoude

Par Philippe Lacoude. 

Le plein emploi

Comme nous l’avons vu récemment, les chiffres de l’emploi aux États-Unis sont proprement exceptionnels, volant de record en record. Je me suis bien gardé d’attribuer une cause à ces faits, laissant les lecteurs décider par eux-mêmes de savoir si c’était la continuation de la tendance amorcée sous le précédent mandat Obama, le produit de règlementations moins contraignantes, le retour à la normale après la plus lente sortie de récession de l’histoire statistique des États-Unis, les effets de la plus forte baisse des impôts depuis les années 1980, ou le produit mystérieux de ce qui serait la première bulle à masse monétaire constante et inflation zéro !

Après tout, les chiffres de l’emploi aux États-Unis ne sont jamais très mauvais hormis quelques périodes relativement courtes.

La majeure partie des États américains a un droit du travail simple et sain. Finalement, il n’est pas anormal que l’offre de travail rencontre la demande de travail. C’est bien évidemment l’inverse qui est une anomalie. Le plein emploi est facile à réaliser comme en Suisse, à Hong Kong, à Singapour. L’Europe continentale aurait d’ailleurs un chômage faible « à l’américaine » si l’on excluait la France, l’Italie, l’Espagne et leurs politiques à contretemps.

Les créations d’emploi sont donc très bonnes, la participation au marché du travail se redresse, les offres d’emploi dépassent la demande mais tout ceci est finalement du déjà vu en beaucoup mieux.

La hausse des salaires

Il n’en va pas de même des salaires. Sur ce sujet, les Américains vivent clairement une rupture avec le passé : après 20 ans de stagnation, les salaires progressent enfin. Non seulement ils progressent mais ils ne le font pas de façon uniforme. Les bas salaires et les moyens salaires progressent enfin plus vite que la moyenne.

Dans son rapport « Revenu et pauvreté aux États-Unis en 2018 », publié le 10 octobre 2019 par Jessica Semega, Melissa Kollar, John Creamer et Abinash Mohanty, le bureau du recensement fédéral américain annonce de très bonnes nouvelles : entre 2017 et 2018, le revenu familial médian réel – c’est-à-dire net d’inflation – est en hausse de 1,2 %. La rémunération médiane réelle (salaires, services, honoraires, traitements, etc.) du travail est en hausse de 3,4 % ! Le nombre de travailleurs à plein temps toute l’année est en hausse de 2,3 millions.

Si l’on compare les revenus hebdomadaires des 10 % d’Américains les moins bien payés avec ceux de la classe moyenne aisée (ceux qui appartiennent au troisième quartile), on voit bien que pour la première fois, les salaires des moins riches progressent relativement plus vite, de 5,5 % par an sur 2018 contre seulement 3,0 % pour les classes moyennes aisées. L’écart des rémunérations entre pauvres et classes moyennes aisées, qui s’était creusé de plus de 13 % additionnels entre 2000 et 2016, se comble enfin.

Ceci n’a pas échappé à Nick Bunker, un économiste du site pour l’emploi Indeed, qui explique que la croissance des salaires est actuellement la plus forte pour les travailleurs des industries à bas salaires, tels que les magasins de vêtements, les supermarchés, les parcs d’attractions et les casinos. Les gains sont plus modestes dans les industries à salaires plus élevés, telles que les laboratoires médicaux, les cabinets d’avocats, les sociétés d’informatique ou de télécommunication.

 

Croissance des salaires (par industrie) – Août 2019 – Glissement sur douze mois

Industries à hauts salaires +2,6 %
Industries à salaires moyens +2,9 %
Industries à bas salaires +4,5 %

 

Une étude réalisée par d’anciens chercheurs du Bureau du recensement (U.S. Census Bureau) a révélé des gains de revenu conséquents pour la classe moyenne sous le président Trump. La famille médiane a enregistré un gain de 5003 dollars annuels depuis son entrée en fonction. Le revenu familial américain médian est maintenant de 65 976 dollars en août 2019 contre 60 973 dollars en janvier 2017. Sous les présidents G. W. Bush et Obama, les gains de revenus du ménage médian avaient atteint 400 dollars et 1043 dollars, respectivement, en huit ans.

Pauvreté en baisse

Dans le même temps, on constate une baisse de la pauvreté, qui est abusivement définie en fonction du salaire médian, une mesure par nature changeante. Il y a aujourd’hui 1,4 million de personnes pauvres en moins qu’il y a un an. Le taux de pauvreté est en baisse de 12,3 % à 11,8 %. La pauvreté infantile a baissé plus rapidement que la pauvreté en général.

Parce que les aides dépendent des revenus réels, le nombre d’Américains bénéficiant d’une aide alimentaire (food stamps) a baissé de 44,2 millions en 2016 à 42,2 millions en 2017, puis à 39,7 millions en 2018. Aux dernières nouvelles du mois de mai, il resterait 36,8 millions d’Américains dépendants de ces programmes. Ce sont donc près de 8 millions d’Américains qui ne reçoivent plus de nourriture du gouvernement et donc autant de drogués à l’étatisme en moins.

Inégalités en baisse

En conséquence, les inégalités sont en baisse. Comme le revenu des 80 % des ménages les plus pauvres est en nette augmentation et que seuls les 20 % des ménages les plus riches ont vu leur revenu diminuer, le coefficient de Gini – une mesure de l’inégalité des revenus – est tombé de 0,489 à 0,486.

En général, lorsque l’indice de Gini baisse, les revenus diminuent pour tout le monde, comme durant les périodes de récession. Ceci s’explique par le fait que les riches vivent relativement de revenus du capital et les pauvres de revenus du travail : les récessions précipitent la baisse des profits et donc des dividendes dont vivent les riches. Le revenu de ces derniers est plus affecté (négativement) par les récessions. La dernière fois que les bas revenus ont progressé plus rapidement que les hauts revenus – et donc que les inégalités ont diminué – c’était pendant la « Grande Récession ».

Progression des revenus en 2018 (à famille de taille comparable)

Revenu Quintile Changement
Bas Premier quintile +3,9 %
Second quintile +2,3 %
Troisième quintile +1,5 %
Quatrième quintile 0,0 %
Haut Cinquième quintile -1,1 %

 

Une telle baisse de l’indice de Gini concomitante à une hausse des revenus ne s’est pas produite depuis la deuxième moitié des années 1990 qui avait vu la mise en place du programme « Contract with America: Restoring the Dream » de Newt Gringrich et de sa réforme drastique des programmes d’aide aux pauvres qui avaient été fortement réduits, forçant des millions d’Américains oisifs à retourner au boulot.

Conséquences politiques

Cet avantage aux classes pauvres est probablement dû à la raréfaction de l’offre de travail. Il n’y a plus grand monde au chômage. On le voit d’ailleurs dans les créations d’emploi qui commencent à stagner : la seule façon de créer un emploi est d’embaucher quelqu’un qui n’en cherchait pas, un retraité par exemple, ce qui explique la hausse récente du taux de participation malgré les effets démographiques qui tendent à sa baisse tendancielle.

Mais ceci n’explique pas tout. Les tensions sur le marché du travail concernent toutes les couches démographiques. Pour expliquer pourquoi les bas salaires progressent plus vite que les hauts salaires, il faut expliquer pourquoi la main-d’œuvre non qualifiée s’est raréfiée relativement à celle qui est très qualifiée.

Force est de constater que la guerre menée contre l’immigration clandestine porte ses fruits : les employeurs américains sont obligés d’embaucher des Américains plutôt que des illégaux. Les classes pauvres qui ont souffert pendant des décennies de la concurrence de ceux qui venaient sans papiers retrouvent une bouffée d’oxygène : il est connu depuis des années – fait qui gêne énormément les (pseudo-) économistes libertariens – que l’immigration abaisse les salaires. Ceci a été amplement démontré par les travaux de George Borjas, professeur à l’Université de Harvard, et membre du National Bureau of Economic Research.

C’est évidemment une bonne chose pour les acheteurs de main-d’œuvre mais c’est délétère pour les vendeurs de travail (en particulier non qualifié). Comme nous sommes tous à la fois acheteurs et vendeurs de travail, ceci n’aurait aucune conséquence si c’était uniforme des plus hauts aux plus bas salaires. Mais ce n’est pas le cas : l’immigration illégale affecte les bas salaires plus que les hauts salaires. Il y a davantage de travailleurs illégaux dans la construction ou l’agriculture que chez Microsoft et Google. Les « riches » profitent donc de l’immigration légale ou illégale de façon disproportionnée.

Il en va de même pour la dérèglementation menée tous azimuts depuis trois ans. Lorsque l’Agence de l’alimentation et des médicaments (Food and Drug Administration, FDA) s’engage à déréglementer le marché de la tarte aux cerises congelée, ce n’est pas seulement amusant et symbolique mais c’est aussi un avantage rendu aux bas salaires. Les docteurs en médecine et les ingénieurs de la Silicon Valley ont peu de chance de postuler pour un boulot de cuisinier dans une usine à tartes qui, depuis 1977, doit respecter des normes sur les cerises trop mûres, sur ce qui constitue le surgelé et sur la quantité de pâte à tarte à utiliser pour la couverture. Sans l’État (fédéral !), qui saurait faire une tarte ? Personne, et les tartes n’existaient d’ailleurs pas avant 1977 aux États-Unis.

Susan Dudley, professeur à la George Washington University, a montré, en utilisant les bases de données du Bureau du budget (Office of Management and Budget, OMB) que le rythme des nouvelles réglementations a notoirement ralenti depuis la présidence Trump. Entre le 21 janvier et le 20 décembre 2017, seulement 21 règlements « d’importance économique » – ceux dont les impacts (coûts ou avantages) dépassent les 100 millions de dollars par an, ont été adoptés. Précédemment, les nouvelles réglementations sortaient des bureaux de Washington, D.C. à un rythme effréné avec des conséquences délétères sur les salaires des personnes peu qualifiées.

Le président Trump a mis un frein, au moins momentanément, à ceci et cela. Il sert sa base électorale.

Ce changement de paradigme affecte tous ceux entrés sur le marché du travail depuis, disons, l’année 2000. Parmi les travailleurs de 20 à 40 ans peu ou pas qualifiés, aucun d’entre eux n’avait connu une véritable hausse de salaire de toute sa carrière. Pire, ils avaient vu les hauts salaires augmenter autour d’eux : je suis convaincu que ceci explique en partie l’effondrement de la confiance dans le libéralisme économique dans cette tranche d’âge.

Pour une raison ou une autre, que je laisse à la sagacité des lecteurs, je ne suis pas sûr que tout ceci fera les gros titres de la presse française subventionnée…

Pas de croissance économique sans droits de propriété solides

Par Libre Afrique

Par Chris Hatting.
Un article de Libre Afrique

L’expropriation sans compensation pèse sur l’économie sud-africaine.

Le Parlement est en effet en train de rédiger un amendement inconsidéré à notre Constitution.

Selon Moneyweb, l’économie est bloquée dans son plus long cycle de ralentissement depuis 1945.
Avec l’amendement possible à l’article 25 de la Constitution, les investisseurs locaux et étrangers ont une bonne raison de préférer faire leurs affaires dans d’autres pays africains, où leurs investissements seront plus sûrs qu’en Afrique du Sud.

Si nous voulons avoir une croissance économique forte, nous devons sécuriser les droits de propriété privés pour tous. Pourquoi ?

Chaque personne devrait être libre de faire ses propres choix et d’investir son temps et ses compétences pour atteindre les objectifs qu’elle pense être les meilleurs pour son bien-être et son bonheur.

Aucune tierce partie ne doit prendre les décisions à sa place, même s’il s’agit de personnes éclairées, y compris les politiciens. La vie de chaque individu est très différente de celle d’un autre.

Penser qu’il est possible de prendre des décisions économiques impactant la vie de quelqu’un d’autre est une voie qui mène à la violation des droits et libertés individuels, sans parler de la misère économique qui en découle.

Le risque foncier augmente

Dans le dernier rapport sur la liberté économique dans le monde, publié par le Fraser Institute, l’Afrique du Sud se classe au 101ème rang sur 162 pays.
Nous étions classés au 47ème rang en 2000, lorsque notre économie était beaucoup plus libre qu’aujourd’hui et que notre croissance économique était d’environ 4,4 % cette année-là.

Le rapport utilise cinq grands critères, composés de données provenant de diverses sources, dont la Banque mondiale, pour obtenir un score moyen de liberté économique.

Sur le plan de la protection des droits de propriété, l’Afrique du Sud obtient un score de 5,39 sur 10.

Lorsque les hommes d’affaires et des investisseurs réaliseront réellement le lien vital entre liberté économique et prospérité économique, ils se tourneront vers les pays où leurs investissements seront sécurisés et protégés.

En envisageant et en prévoyant clairement de procéder à l’expropriation sans indemnisation, l’Afrique du Sud s’est tirée une balle dans le pied en matière d’investissement.

Les pauvres sont les plus touchés

À mesure que la liberté économique diminue dans un pays, la qualité de vie y baisse également.

Ce sont les plus pauvres qui sont le plus touchés par des changements même mineurs de prix. Les riches peuvent transférer leurs avoirs à l’étranger et ne dépendent pas de revenus fixes.

Lorsque l’investissement en capital diminue, les biens et services deviennent plus chers ou disparaissent carrément.

Pour les personnes qui consomment des aliments de base, tels que le maïs, les transports et le carburant, cela signifie qu’elles doivent dépenser une partie plus importante de leur revenu en baisse pour se nourrir moins, c’est un cercle vicieux.

Les entreprises se développent lorsque les investisseurs et les personnes disposant de plus de capitaux ont confiance dans les droits de propriété d’un pays. Cela signifie davantage de création d’emplois et une concurrence saine entre les entreprises.

Violation des droits de l’Homme

Les droits de propriété ne doivent pas être considérés comme un concept abstrait sans aucun rapport avec la réalité économique vécue quotidiennement par la plupart des Sud-Africains.

Qu’il s’agisse du plus petit commerçant d’un établissement rural ou du plus grand agriculteur, le gouvernement devrait assurer une protection égale de la propriété privée.

Si le gouvernement s’octroie le pouvoir d’accéder arbitrairement à des terres sans juste indemnisation, l’Afrique du Sud s’engagera dans la voie des violations des droits de l’Homme et de la misère économique, comme c’était le cas récemment au Zimbabwe et au Venezuela.

Aucun homme politique ou fonctionnaire, quel que soit son parti politique ou sa noblesse, ne devrait jamais avoir ce niveau de pouvoir et de contrôle sur nos vies.

Pendant la majeure partie de l’histoire de l’humanité, les droits de propriété sécurisés étaient absents et si vous vouliez quelque chose de votre voisin, vous le preniez tout simplement de force si nécessaire. La protection de la propriété privée est une construction relativement moderne, et les pays où les droits de propriété sont les plus juridiquement garantis sont les plus prospères.

Pour les pays qui professent respecter les droits de l’Homme, les droits de propriété ne sont pas négociables.

L’expropriation sans compensation ne répondra pas aux injustices du passé. Elle ne fera que les enterrer.

Les gouvernements et les hommes d’affaires sud-africains devraient être assurés par le gouvernement que leurs droits de propriété seront renforcés et toujours respectés, jamais dilués.

Sans droits de propriété, aucun autre droit n’a de véritable sens, car une fois que le gouvernement aura le genre de pouvoir qu’implique l’expropriation sans compensation, des violations des droits s’ensuivront inévitablement.

L’Afrique du Sud a autorisé le gouvernement à dicter aux citoyens où ils pourraient vivre et commercer, et ce manque de sécurité et de respect des biens privés a causé la grande pauvreté et l’indignité. Ainsi, tout gouvernement ne doit jamais être autorisé à récidiver.

Sur le web

Israël : pas de virage en vue en politique étrangère

Par Auteur invité

Par Ellen Laipson1.

Benjamin Netanyahou hors-jeu ?

 

Ni le bloc du Likoud ni la nouvelle coalition « Bleu et Blanc » n’ont obtenu une majorité de 61 sièges, de sorte que tout gouvernement aura besoin de s’allier avec de petits partis.

De nombreux commentateurs en Israël et au-delà considèrent les premiers résultats comme une répudiation du long mandat de Benjamin Netanyahou en tant que Premier ministre israélien.

Il est peut-être trop tôt pour l’exclure, étant donné la difficulté du processus de formation du gouvernement, mais la plupart des observateurs politiques israéliens pense que Bibi sera soit sur les bancs de l’opposition, soit en prison, lorsque la poussière sera retombée.

Cette élection, anticipée par l’échec de Netanyahou à former un gouvernement en mai, a révélé de profondes fissures entre lui et son parti, et une désapprobation générale de l’ensemble du public envers son comportement ainsi que les accusations de corruption portées contre lui.

Les laïcs conservateurs d’Israël pensent également qu’il a donné trop de pouvoir aux partis orthodoxes au fil des ans, sapant la possibilité de préserver une société multiculturelle qui accueillerait la minorité arabe et soutiendrait un éventuel accord définitif avec les Palestiniens.

Si Benny Gantz, chef du parti Resilience d’Israël et chef de la coalition Bleu et Blanc, réussissait à former un nouveau gouvernement, celui-ci inclurait probablement le parti nationaliste conservateur Israel Beytenou d’Avigdor Lieberman, et non les alliés orthodoxes qui ont tiré le gouvernement de Netanyahu de plus en plus loin à droite.

 

Les promesses de Gantz

 

Gantz a fait campagne sur l’idée de guérir la société israélienne des clivages que Netanyahou a exploités.

Il s’est concentré sur les questions intérieures, s’engageant à sauver la démocratie israélienne d’une polarisation extrême et promettant de mettre fin au style impérial de Netanyahou qui suscitait de vives inquiétudes parmi les amis internationaux d’Israël quant à la crédibilité et l’intégrité des institutions démocratiques israéliennes.

Gantz promet donc de ne pas abuser du pouvoir et de revenir au style de gouvernement issu de la culture politique plus égalitaire de jadis.

Sa modestie personnelle et même ses gaffes occasionnelles sur le chemin de la campagne électorale lui ont gagné l’affection des Israéliens, agacés des excès de Netanyahou et des accusations de corruption et d’abus de pouvoir.

 

Qu’est-ce que cela signifie quant à la politique étrangère israélienne ?

 

Dans l’ensemble, un gouvernement Gantz pourrait ne pas changer grand-chose à bien des égards.

Gantz, qui a été chef d’état-major de l’armée, est un représentant des professionnels de la sécurité nationale. Il continuerait d’être très dur avec l’Iran.

Ces derniers mois, Israël a étendu son conflit de faible intensité avec ce pays en ciblant les dépôts d’approvisionnement iraniens et d’autres installations militaires au Liban, en Syrie et en Irak, sans pratiquement aucune répercussion négative.

Gantz pourrait partager l’opinion selon laquelle Israël doit agir seul dans sa dissuasion contre l’Iran, en établissant des lignes rouges envers les forces révolutionnaires iraniennes en accord avec les forces et les capacités de Tsahal.

Gantz n’a pas laissé entendre qu’il comptait modifier la ligne politique actuelle quant à l’Iran.

Pour ce qui est des Palestiniens, Gantz a parfois semblé tourmenté sur cette question existentielle, pour éviter de s’aliéner l’électorat israélien devenu cynique et qui n’attend plus guère la paix.

On le dit favoriser le compromis et les concessions territoriales, d’autant qu’il a courtisé les Arabes israéliens pour soutenir sa coalition. Mais les dirigeants palestiniens ne font pas beaucoup de différence entre les deux finalistes, y voyant bonnet blanc et blanc bonnet.

Les Palestiniens sont aussi pessimistes envers toute perspective sérieuse de pourparlers de paix, et le fait que Gantz ait évité la question pendant la campagne n’augure pas d’un changement radical.

Cependant, si l’administration Trump devait finalement conclure son « deal du siècle », M. Gantz, en tant que Premier ministre, aurait à naviguer dans des eaux agitées, entre satisfaire la Maison Blanche et faire preuve d’une nouvelle approche des droits des Palestiniens et de leur aspiration à un État.

 

Israël doit soigner ses relations avec Washington

 

C’est dans les relations avec Washington qu’un virage plus intéressant pourrait se produire sous Gantz. On ne saurait trop insister sur l’intensité du lien entre Donald Trump et Bibi.

Mercredi, Trump a déclaré que les États-Unis étaient « avec » Israël et non avec un leader en particulier, se prémunissant par avance de tout résultat électoral. Mais lui et Bibi se sont couru après l’un l’autre de manière inhabituelle.

Au cours de la campagne, Netanyahou a dénigré les médias, le pouvoir judiciaire et les autres politiciens de son pays d’une manière remarquablement proche de l’approche de Trump ; et Trump a fait plus de concessions à la droite israélienne que tout autre président américain, sans pour autant engager de négociations de paix en échange.

Il sera dans l’intérêt de Gantz d’avoir une relation cordiale et productive avec Washington. Le changement le plus frappant qui pourrait se produire est le rétablissement d’une relation plus bipartisane entre les diverses parties prenantes américaines et Tel-Aviv.

Netanyahou a politisé cette relation en s’identifiant au parti républicain dans une mesure qui inquiète les amis historiques d’Israël. Une relation bilatérale américano-israélienne plus équilibrée et plus normale pourrait être l’effet international le plus remarquable d’un changement de gouvernement à Tel-Aviv.

www.syndicationbureau.com

Traduit par Benjamin Guyot

 

  1. Ellen Laipson, ancienne vice-présidente du National Intelligence Council des États-Unis, est actuellement directrice du programme de sécurité internationale à la Schar School of Policy and Government de l’Université George Mason en Virginie. Elle a été présidente et directrice générale du Stimson Center à Washington.

La gratuité, casse-tête du régulateur face aux GAFAM

Par The Conversation
capitalisme

Par Julien Pillot et Frédéric Marty.
Un article de The Conversation

Françoise Passerard (Paris School of Business), Clarence Bluntz (Université Paris-Dauphine), Julien Pillot (Inseec School of Business & Economics) et Thibault Lieurade, chef de rubrique Économie + Entreprises, seront les invités de l’émission « 7 milliards de voisins » consacrée à la gratuité sur RFI le jeudi 19 septembre de 12 h à 13 h, en partenariat avec The Conversation France.


Si les « modèles du gratuit » n’ont rien de nouveau, l’économie numérique leur a donné une ampleur inédite. Du réseau professionnel LinkedIn aux applications de rencontres en passant par les jeux vidéo, les acteurs du numérique déploient une panoplie de stratégies dans lesquelles l’utilisateur accède librement à un service partiel selon une logique freemium. Dans certains cas, l’utilisateur n’est même jamais mis à contribution, une « tierce activité » (comme le licensing) ou un « tiers financement » (comme la publicité) assurant les revenus de l’éditeur du service.

D’aucuns pourraient alors s’étonner que la gratuité si répandue dans le numérique puisse devenir un problème qui pousse de plus en plus d’autorités de concurrence à ouvrir des enquêtes contre les géants du numérique, GAFAM (Google, Amazon, Apple, Facebook et Microsoft) en tête, y compris aux États-Unis dont ils sont originaires. Car, in fine, comment un service gratuit en apparence pourrait-il nuire aux consommateurs et, au-delà, à l’intérêt général ?

Concentration naturelle

Déjà, certaines pratiques de marché basées sur l’exploitation des données personnelles interrogent. Le scandale Cambridge Analytica par exemple, qui a révélé en 2018 l’utilisation frauduleuse de données Facebook à des fins d’influence politique, a placé le projecteur sur le commerce, et l’exploitation dissimulée, pouvant être le fait des données personnelles. Et les suspicions autour des pratiques de Google, soupçonné de contourner le Règlement général sur la protection des données (RGPD) en Europe, rappellent que les mesures légales de protection restent globalement inopérantes.

« Affaire Cambridge Analytica : pourquoi c’est grave pour Facebook et ses utilisateurs » (vidéo lemonde.fr, 2018).

Au-delà, c’est bien la concentration que l’on observe sur les marchés numériques autour de quelques leaders qui interroge. Or, une telle concentration est la résultante naturelle de ces services dont le succès repose sur d’importantes économies d’échelle et de puissants effets de réseau (lorsque la valeur d’usage d’un service numérique augmente avec le nombre d’utilisateurs).

Ces deux facteurs entraînent rapidement un troisième effet : le single-homing, qui « enferme » le consommateur dans l’utilisation exclusive d’un seul service. Quand une offre numérique atteint un certain niveau de performance, les utilisateurs – offreurs comme demandeurs – n’ont en effet que peu d’intérêt à se tourner vers une offre concurrente, quand elle existe ! Cette tendance pourrait se résumer en une simple question, déclinable à la quasi-totalité des marchés numériques : pourquoi ferais-je appel à un autre service que celui proposé par le leader si la performance du service repose précisément sur le nombre d’utilisateurs ? À titre d’exemple, que vous soyez voyageur ou bien chauffeur, choisir une application de VTC concurrente à Uber réduira votre utilité partout où Uber est dominant : en moyenne, vous aurez moins de courses ou vous devrez patienter plus longtemps avant d’effectuer un trajet.

Concurrence illusoire

Dans ce jeu de conquête des espaces numériques, nul autre acteur que les GAFAM et les BATX (leurs pendants chinois) ne se sont illustrés avec autant de brio. Et la gratuité des services offerts y a indubitablement contribué : c’est elle qui a permis d’attirer un nombre conséquent d’utilisateurs jusqu’à créer les conditions d’un (quasi) monopole naturel.

Sauf disruption technologique, il est aujourd’hui illusoire de vouloir venir concurrence Google, Facebook ou Amazon (pour ne citer qu’eux). Le ticket d’entrée serait colossal et le retard en matière d’exploitation de données qualifiées abyssal. Les cas de Bing, aux parts de marché « confidentielles », mais également des Windows phone, désormais enterrés, en attestent : il ne suffit pas de disposer de moyens financiers et de capacités techniques pour entrer sur ces marchés. Les effets de réseaux, les routines des usagers, et les choix commerciaux des complémenteurs (notamment les développeurs d’applications), sont autant de barrières à l’entrée particulièrement hermétiques.

La fin du Windows Phone souligne que la réussite n’est pas qu’une question de moyens financiers.
Pete/Flickr, CC BY

En résumé, la gratuité est à la base de l’acquisition d’audience qui, à son tour, va générer des effets d’entraînement jusqu’à créer des quasi-monopoles sur tous les marchés dits « multi-faces », c’est-à-dire qui organisent la rencontre entre plusieurs catégories d’acteurs. Pour les autorités de la concurrence, qui cherchent à déterminer un éventuel abus de position dominante, toute la difficulté réside dans le fait que tous les monopoles ne sont pas à combattre, puisque certains se constituent par le seul mérite ou sont naturellement les structures de marché les plus efficaces. Rapportée au GAFAM, la question est d’autant plus complexe que leurs stratégies ont sur la concurrence des effets ambivalents.

Dans un sens, les géants du numérique construisent une offre performante et offrent à de nombreux acteurs complémentaires l’accès à un marché colossal. Le jeu Angry Birds de l’éditeur Rovio n’aurait pu connaître pareil succès sans la visibilité planétaire que lui ont conféré les magasins d’applications d’Android (Play Store) et d’Apple (App Store), ni le support technique des terminaux et systèmes d’exploitation mobiles.

Stratégies d’éviction

Mais inversement, ces mêmes géants ont une stratégie expansionniste (avant de devenir des empires commerciaux, Alphabet a commencé avec un moteur de recherche ; Amazon par une bibliothèque en ligne) qui peut se traduire par des stratégies d’éviction des « tiers financeurs ». Ces dernières peuvent prendre la forme de hausses de prix unilatérales parfois difficiles à supporter, à l’image du service de cartographie de Google qui a été multiplié par 14 pour les entreprises mi-2018. Ces géants peuvent même choisir de se placer en concurrence frontale avec ces tiers financeurs pour les évincer. Quand, par exemple, Amazon décide de faire du sourcing pour vendre en propre des produits jadis uniquement proposés sur sa marketplace, la plate-forme de Jeff Bezos montre clairement la sortie aux vendeurs indépendants qui proposent lesdits produits. Ils peuvent certes continuer de les proposer sur la marketplace, mais il est illusoire qu’ils parviennent à être compétitifs face à Amazon.

Dans le même temps, les géants du numérique se montrent particulièrement actifs sur le front des acquisitions. Les détracteurs de telles opérations y voient le moyen d’accaparer très tôt des innovations susceptibles de les concurrencer à terme. Mais il est cependant possible de leur opposer deux arguments : d’abord, se faire racheter par l’un des GAFAM est très souvent l’objectif stratégique, même des start-up du numérique ; et puis Instagram serait-il devenu Instagram sans le support technologique et commercial de Facebook ? Un véritable casse-tête…

Finalement, ce ne sont pas tant les pratiques commerciales ou les stratégies tarifaires qui ont changé avec le numérique, mais bien la rapidité avec laquelle des (quasi) monopoles peu contestables sont apparus, bénéficiant pleinement du numérique pour étendre leur pouvoir de marché sur une base à la fois sectorielle et géographique. Or, comment réguler des firmes dont les frontières technologiques et activités évoluent constamment et dont lesdites activités, nativement mondialisées, ne peuvent être circonscrites à un territoire donné ? Est-il possible de les sanctionner, voire de les démanteler, au prétexte qu’elles auraient annihilé toute forme de concurrence ? Ce serait méconnaître la concurrence féroce que ces géants – et les BATX – se livrent eux-mêmes sur des marchés aussi divers que le cloud, la publicité en ligne, le streaming, ou encore la smart city et le véhicule autonome.

Et le consommateur dans tout ça ?

Cette régulation est d’autant plus compliquée qu’il faut aussi inclure le consommateur dans l’équation, puisque la préservation de ses intérêts fait partie intégrante de la mission assignée aux autorités de concurrence. Sur ce terrain, un reproche peut principalement être émis à l’endroit de la domination qu’exercent les GAFAM : la gratuité de façade, contre l’exploitation des données personnelles. Or, ni la multiplication des campagnes de sensibilisation, ni la mise en place de mécanismes aussi visibles que le RGPD n’ont, pour l’heure, eu la moindre incidence sur le choix des consommateurs. Facebook a bien subi quelques pertes suite au scandale Cambridge Analytica, mais reste ultra dominant. Qwant reste dans l’ombre du géant Google, et les objets connectés, parfois très intrusifs, continuent de s’écouler par millions. Est-ce à dire que le consommateur privilégie la performance brute du service au respect de sa vie privée ?

À force d’extension et de connaissance des clients (via l’exploitation des données), les GAFAM sont parvenus à construire des offres groupées performantes – telles que la suite servicielle de Google ou l’offre Amazon Prime – et plébiscitées par les consommateurs. Condamner ou réguler les GAFAM de façon trop hâtive, voire arbitraire, serait aussi courir le risque de renoncer à des services dont l’efficience repose sur leur adjonction au sein d’un même univers de marque. Et leur apparente gratuité.

Julien Pillot, Enseignant-Chercheur en Économie et Stratégie (Inseec U.) / Pr. et Chercheur associé (U. Paris Saclay), INSEEC School of Business & Economics et Frédéric Marty, Chargé de recherche en droit, économie et gestion, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

Les nouveaux missiles russes signent-ils la fin de la domination américaine ?

Par The Conversation

Par Eric Martel.
Un article de The Conversation

L’accident du 8 août dernier survenu en Russie sur une plate-forme militaire offshore à plus de 1200 kilomètres au nord de Moscou, et qui a coûté la vie à au moins cinq ingénieurs nucléaires, a particulièrement suscité inquiétudes et suspicions du fait du manque de transparence sur l’explosion et de sa gestion auprès des populations. Mais il a aussi confirmé ce que Vladimir Poutine avait annoncé un an plus tôt : l’armée russe développe un missile à propulsion nucléaire.

Un tel engin, complètement autonome, a l’avantage de voler pendant des mois, voire des années, à l’affût de ses cibles, attendant patiemment l’ordre de frapper. Une fois l’instruction reçue, seules quelques minutes le séparent de son point d’impact.

La fin de la domination américaine

Les affirmations de Poutine, lors de son discours de politique générale du 1ᵉʳ mars 2018, avaient pourtant laissé bien des experts sceptiques. Or, l’engagement des Russes dans ce domaine est sérieux, il date de 2011 avec le programme d’armements à l’horizon 2020.

Ces nouvelles armes auront pour effet de rendre obsolète le bouclier antimissile américain.

La stratégie apparue dans les années 1950 à l’initiative de l’US Air Force consistant à effectuer une première frappe nucléaire ou First Strike puis de contrer une riposte russe devra être définitivement écartée. Comment peut-on menacer son adversaire de le frapper à tout moment si l’on ne peut se prémunir de sa réaction ?

Donald Trump a pu être tenté par la stratégie du fou ou madman theory de Nixon : ce concept théorisé par Hermann Kahn, un consultant de la RAND (Research and Development) un think tank fondé pour conseiller l’armée américaine, vise à faire croire à l’adversaire que le dirigeant d’une nation disposant d’une énorme capacité de destruction a un comportement imprévisible.

À l’avenir, il devra y renoncer définitivement. Personne ne peut plus désormais croire qu’il sera capable de déclencher un First Strike. Symboliquement, les États-Unis sont donc redevenus une puissance comme les autres pour laquelle l’arsenal nucléaire ne sert plus qu’à dissuader un éventuel attaquant.

Une technologie ancienne

Lors de ce fameux discours en mars 2018, Poutine mentionna d’autres types d’armes porteuses d’ogives nucléaires, tel un engin sous-marin autonome doté d’un réacteur nucléaire, un planeur hypersonique et un missile balistique amélioré.

Les doutes des experts quant à la capacité de la Russie à mettre au point des missiles à propulsion nucléaire s’expliquent aisément : leur conception suppose la résolution de nombreux problèmes techniques.

Implémenter un réacteur atomique dans un missile n’a rien d’une sinécure. La pile à combustible doit être miniaturisée. Pour des raisons de poids, elle ne saurait être blindée : elle émet donc des radiations. En conséquence, le réacteur ne peut être activé qu’en vol, le lancement du missile doit donc être effectué de manière conventionnelle avec un propulseur chimique.
 

Le SLAM, projet de missile équipé d’un réacteur nucléaire.

 
Cette technologie peut paraître révolutionnaire, elle est pourtant ancienne. Les Américains expérimentèrent un premier projet d’avion équipé d’un réacteur atomique, le Convair NB-36H, en 1955. Puis ils développèrent au début des années 1960 le SLAM qui ressemblait très fortement au projet russe. Complètement automatisé avec les technologies de l’époque, le SLAM était équipé d’un statoréacteur à propulsion nucléaire non blindé, donc fortement radioactif. Même s’il ne fut jamais construit, les essais de son réacteur se révélèrent concluants. Le programme fut abandonné en 1964 en raison de sa dangerosité.

Une machine n’a pas d’état d’âme

Les Russes ont repris ce concept en lui apportant une amélioration majeure : des éléments d’intelligence artificielle le rendant complètement autonome, l’engin détermine lui même sa trajectoire afin de déjouer les systèmes de détection ennemis, il est également apte à « choisir » ses cibles.

Si l’accident du 8 août dernier nous permet de comprendre les risques inhérents à ce programme, il ne faut pas oublier que les Russes ont montré lors de leurs programmes spatiaux une forte tolérance aux risques. Là où les Américains préféraient vérifier chaque sous-système individuellement, les Soviétiques optaient pour des tests grandeur nature avec de vraies fusées bardées de capteurs.

Si auparavant avec les missiles lancés de sous-marins nucléaires ennemis, les États-Unis disposaient d’un temps de réaction d’à peine cinq minutes, avec ces nouveaux engins, il pourrait se compter en secondes, voire quasiment nul si l’on se réfère aux propos de Vladimir Poutine. En effet fonctionnant comme un missile de croisière, il serait indétectable.

Docteur Folamour, un documentaire ?

Certes, le film Docteur Folamour nous avait révélé le principe de la dévolution (Stanley Kubrick, 1964) mis en place par Eisenhower dans les années 1950. À ce titre, pour Daniel Ellsberg, un ancien consultant de la RAND, ce film doit davantage être considéré comme un documentaire que comme une fiction satirique.

Pour rendre crédible la dissuasion et décourager les Russes de décapiter le haut commandement en lançant une attaque massive sur Washington, le pouvoir de lancer une attaque nucléaire est délégué aux commandants de terrain qui peuvent eux-mêmes la déléguer à leurs subalternes.

Le Dr.Folamour, extrait, Stanley Kubrick, 1964.

Mais comme l’exposait le personnage du docteur Folamour, en grande partie inspiré par l’ouvrage d’Hermann Kahn On Thermonuclear War, pour être crédible la dissuasion nucléaire ne peut s’appuyer sur l’élément humain qui en constitue le maillon faible.

Rien ne dit que l’officier chargé du lancement des missiles à ogives nucléaires n’aura pas quelque appréhension à prendre une décision aussi grave, quel que soit le contexte. Pour être parfaitement crédible, la dissuasion se doit donc d’être automatisée : une machine n’a pas d’état d’âme.

C’est ainsi que les Russes avaient conçu le système Mertvoya Ruka ou Dead Hand dans les années 1970, également connu sous le nom de Perimeter.

Il est censé avoir été opérationnel dès 1985. Activé en cas de crise, il repose sur un ensemble de capteurs et d’ordinateurs aptes à analyser les informations reçues. Si le système concluait que Moscou avait été détruite par une attaque thermonucléaire et qu’en conséquence le haut commandement avait disparu, il pouvait déclencher de sa propre initiative une riposte nucléaire. L’ordre était alors donné d’envoyer des fusées aptes à transmettre les instructions de lancement aux différents sites de missiles nucléaires.

Curieusement, l’existence de cette machine apocalyptique n’a été connue qu’après la chute de l’Union Soviétique. À l’époque, les militaires soviétiques n’avaient pas osé effrayer leur population en informant le monde de l’activation d’un tel système. L’analyste en stratégie militaire Daniel Ellsberg appelle cela le « Strangelove paradox » (paradoxe du docteur Folamour).

En effet, dans cette optique, ce dispositif sert à dissuader l’adversaire, à condition qu’il le sache, mais le révéler ne ferait qu’alarmer l’opinion publique.

Aujourd’hui les militaires russes n’ont plus cette appréhension puisqu’ils ont prévenu en 2017 par l’intermédiaire de la Pravda que Perimeter était de nouveau opérationnel.

Le « launch on warning », une option effrayante

Si ce système peut paraître effrayant, il n’est qu’une alternative à une option beaucoup plus dangereuse : le « launch on warning » (LOW) qui consiste à déclencher une riposte après avoir été averti d’une attaque ennemie par le biais du système de détection.

Plusieurs erreurs ont montré la dangerosité de cette doctrine. Ainsi le 3 juin 1980, le NORAD annonça que plus de 2200 missiles soviétiques se dirigeaient vers les États-Unis. Il ne s’agissait que d’une fausse alerte.

Il paraît plausible d’envisager aujourd’hui, ne serait-ce que pour rendre crédible leur dissuasion nucléaire, que les États-Unis travaillent à la mise en place d’un tel système. Pour cela, ils profiteront des avancées en termes d’intelligence artificielle et plus particulièrement de machine learning.

Le système pourra ainsi être « entraîné » par de multiples simulations, ce qui contribuera à le rendre plus crédible, voire acceptable auprès de l’ensemble de l’opinion publique américaine. Néanmoins, ces appareillages statistiques, aussi élaborés qu’ils soient, recèlent des fragilités. Ils peuvent être leurrés, sans parler des erreurs techniques. En fait quel que soit le niveau de sophistication du système, il ne sera jamais aussi clairvoyant qu’un être humain.

Eric Martel, Docteur en Sciences de Gestion/Chercheur associé au LIRSA, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

Huawei, une obsession américaine

Par Charles Bwele
Par Charles Bwele.

Depuis quelques années, la firme chinoise Huawei est une véritable obsession pour les États-Unis. À l’ère où la maîtrise des réseaux informatiques constitue un atout maître des grandes puissances, l’expansion internationale des plateformes numériques made in China révèle et accélère le déclin relatif de l’Amérique sur la scène technologique.

America Online

Au-delà des terres américaines, les analystes de la chose technologique ignorent ou omettent à quel point « le cyberespace, plus que tout autre espace de la mondialisation, est conçu par les Américains comme un prolongement de leur territoire national. Pour les Américains, l’imaginaire d’Internet est très proche de celui d’un nouveau Far-West […] Un lieu à découvrir, à explorer, à conquérir mais aussi à créer à sa convenance. »

Quelques évidences démontrent amplement comment et pourquoi le Web a été façonné par la main de l’Amérique depuis les années 1990.

À ce jour, la gestion des serveurs DNS, serveurs racines d’Internet, est aux mains d’une écrasante majorité d’organisations américaines. Le Cloud Act (Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act) est littéralement la version numérique de l’extraterriotalité du droit américain. Les systèmes d’exploitation les plus répandus dans le monde (Windows, Android, iOS) sont américains. Les plus grosses plateformes numériques (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, Youtube, Netflix, Paypal, Uber, AirBnB) sont américaines.

Elles sont quasi incontournables dans le quotidien de milliards d’humains, sont porteuses d’innovations et de disruptions (vie pratique, information, commerce, transport, hôtellerie, loisirs, etc.), définissent des standards, imposent leurs modèles économiques à la sphère réelle, exercent une énorme influence sur les états, sur leurs politiques économiques et industrielles et questionnent la notion de souveraineté. En bref, « les plateformes numériques digèrent le monde. »

À l’ère de l’humain connecté, la plateforme numérique made in USA est la continuation de la politique et de l’économie américaines par des moyens informatiques. Ce qui est bon pour la plateforme numérique est bon pour l’Amérique. Pour ces mêmes raisons, le moindre octet en mouvement sur l’Internet doit être étroitement surveillé afin de garantir la bonne santé et la sécurité de l’Amérique.

Tout se passait pour le mieux dans le meilleur des mondes américain jusqu’à ce que plusieurs success stories typiquement chinoises (Huawei, ZTE, Netease, Honor, Oppo, Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) s’invitent sur la scène mondiale, fortes de leur remarquable plateformisation dans un écosystème grandement isolé du Web mondial et férocement protectionniste… notamment envers les plateformes américaines GAFA (Google Apple Facebook Amazon) qui pataugent ou s’écrasent sur ce marché de 800 millions de mobinautes.

Make it possible

Au début des années 2010, les smartphones et tablettes Huawei connaissent de francs succès en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient. De nombreux pays émergents ou pauvres doivent énormément leurs architectures en téléphonie 3G/4G à Huawei et à ZTE qui fournissent des solutions télécoms & Internet adaptées aux besoins locaux et couronnées par de judicieux rapports qualité/prix. Les firmes chinoises sont solidement implantées dans ces régions depuis une petite dizaine d’années et nettement mieux positionnées que leurs concurrentes européennes et américaines sur ces marchés juteux à fort potentiel…

Un bonheur ne venant jamais seul, Huawei et ZTE deviennent les équipementiers préférés de plusieurs opérateurs télécoms nord-américains, européens, asiatiques et africains. En Grande-Bretagne, 70 % de l’infrastructure 4G a été conçue par Huawei.

En 2018, Huawei parvient sur le podium mondial des smartphones et arrache la deuxième place à l’américain Apple, juste derrière le coréen Samsung. Il occupe également la première place des équipements de réseaux (modems USB, clés Wi-fi, clés 4G) et des assistants vocaux, et investit massivement dans les datacenters et l’Intelligence Artificielle. Parallèlement, les smartphones de sa fililale Honor et des marques chinoises Xiaomi et Oppo acquièrent leurs lettres de noblesse en Amérique du nord et en Europe grâce à des modèles moyenne gamme n’ayant que peu à envier aux modèles haut de gamme tels que le Galaxy (Samsung) et l’iPhone (Apple). Entretemps, Huawei s’est forgé une expertise pionnière dans la téléphonie 5G et devient le partenaire priviliégié de nombreux opérateurs télécoms en Amérique du nord et en Europe.

Pas à pas, la firme chinoise prépare le terrain à son expansion sur le Web mondial et sur le futur Internet industriel via les architectures télécoms, les terminaux fixes/ mobiles, les objets connectés, les systèmes d’exploitation et les applications. Car la téléphonie 5G sera l’infrastructure numérique de l’Internet des Objets, des automobiles connectées, des systèmes intelligents (domotique, médecine, bâtiments, usines) et des applications d’intelligence articielle et de réalité virtuelle/augmentée. D’une certaine façon, elle donnera véritablement corps à l’informatique ubiquitaire ou à la « communication ambiante » grâce à un Internet mobile, omniprésent et ultra-rapide, avec des bandes passantes comparables à celles de la fibre optique et des latences nettement plus réduites que celles de la téléphonie 4G.

Technocapitalisme chinois contre technocapitalisme américain

Dans un futur conditionnel assez proche, la 5G et les partenariats de Huawei ouvrent des boulevards vers le Web mondial et l’Internet industriel aux BATX (Baidu Alibaba Tencent Xiaomi), équivalents et concurrents chinois des GAFA, et à une myriade de startups chinoises. Ces plateformes du Far-East deviennent quasi-incontournables dans le quotidien de milliards d’humains, porteuses d’innovations et de disruptions (vie pratique, téléphonie, information, commerce, transport, hôtellerie, divertissement, industrie, etc), multiplient les gammes de services dédiés à l’Internet des Objets et aux applications d’intelligence artificielle et de réalité virtuelle/augmentée, définissent des standards, imposent leurs modèles économiques à la sphère réelle, exercent une énorme influence sur les États et sur leurs politiques économiques et industrielles, et questionnent la notion de souveraineté. À leur tour, les plateformes numériques chinoises digèrent le monde. L’extraterritorialité de la législation chinoise et le contrôle social inhérent s’étendent à l’international via les réseaux numériques.

Corollairement, « une lettre et un esprit à la chinoise » deviennent sources d’inspiration dans divers domaines (gestion, marketing, innovation, normes, société, etc.)

À l’ère de l’objet connecté, la plateforme numérique made in China est la continuation de la politique et de l’économie chinoises par des moyens informatiques. Ce qui est bon pour la plateforme numérique est bon pour la Chine. Pour ces mêmes raisons, le moindre octet en mouvement sur le réseau 5G doit être étroitement surveillé afin de garantir la bonne santé et la sécurité de la Chine.

La téléphonie 5G suscitera inéluctablement de nouveaux enjeux de cybersécurité notamment sur l’Internet des Objets et sur les réseaux industriels. Les hackers et les services de sécurité de tous bords qui s’en donnent à cœur joie sur l’Internet actuel ne s’en priveront guère sur l’Internet futur… parce qu’ils peuvent le faire et parce que tout le monde le fait. Des soupçons et des accusations d’espionnage et de piratage pèsent dejà lourd dans les frictions entre Pékin et Washington et seront monnaie courante.

Dès lors, l’enjeu devient stratégique pour Washington qui somme plus ou moins ses alliés européens et de l’OTAN (en particulier les Five Eyes : États-Unis, Canada, Royaume-Uni, Australie, Nouvelle-Zélande) d’éviter ou d’évincer Huawei de leurs architectures 5G. Personne n’est à l’abri d’une porte dérobée ou d’une faille zero day. Ce nécessaire principe de précaution relève aussi d’un protectionnisme déguisé et de la volonté conséquente d’établir des monopoles légaux ou de favoriser des firmes locales ou régionales montrant d’office patte blanche. Aux États-Unis comme ailleurs, la sécurité nationale a l’immense mérite de sa géométrie variable et des ses cinquante nuances de gris.

En France, la « loi Huawei » déroule le tapis rouge aux solutions 5G du Suédois Ericsson et du Finlandais Nokia et marginalise tacitement la firme chinoise. En Grande-Bretagne, les deux firmes nordiques ont remplacé Huawei auprès de British Telecom. En Allemagne, les autorités considèrent que les risques liés à Huawei demeurent gérables et ne veulent pas frustrer les puissantes industries allemandes, très à cheval sur la connectivité de leurs usines intelligentes et donc sur leur compétitivité.

Ainsi, l’Amérique assiste à l’expansion imminente ou annoncée du Far-East numérique et du techno-capitalisme chinois qui pourraient bousculer l’american way of business en ligne, en restant hors de portée ou largement protégé des GAFA et compagnie… qui devront redoubler d’énergie, d’audace et d’ingéniosité pour se maintenir et affronter les BATX et compagnie. Le choc serait d’autant plus déstabilisant face à des entreprises chinoises mues par des paradigmes et des stratégies souvent éloignées de celles occidentales.

Aux yeux de Washington, Huawei est une boîte de Pandore made in China car elle pourrait sonner le glas de la prédominance américaine sur l’Internet. Tous les ingrédients d’une guerre technologique sont réunis.

Far-West, Far-East

Après maints aboiements en crescendo de Washington contre Huawei (et ZTE), rythmés par des échanges réciproques de « coups de sabre laser », l’administration Trump a émis un décret interdisant temporairement ou définitivement (?) aux sociétés américaines de fournir la firme chinoise en applications et en composants… pour des raisons de sécurité nationale. La Maison Blanche espère faire d’une pierre deux coups : menacer ou enrayer l’expansion de Huawei en Amérique du nord et en Europe et pousser Pékin vers la table des négociations ; le tout sur fond de guerre commerciale et « d’équilibre de la terreur » entre des ennemis intimes et mutuellement structurants.

Consécutivement, Google, Microsoft, Intel, Qualcomm et d’autres entreprises américaines perdraient un très gros client – en l’occurrence le numéro deux (ou trois ?) des smartphones – qui achète chaque année des milliards de dollars en licences logicielles et en composants électroniques. À l’été 2019, l’administration Trump accorde à Huawei un deuxième sursis de 90 jours permettant de poursuivre sa collaboration avec ses partenaires américains… qui craignent sérieusement pour leurs chiffres d’affaires, bénéficient de l’attention de la Maison blanche et, au besoin, savent se faire entendre dans le Bureau ovale.

L’équilibre de la terreur a son versant technologique et la Chine n’hésite pas à asséner ou rendre des coups en douce.

Ces montagnes russes de sanctions ont probablement encouragé les firmes chinoises dans leur quête d’indépendance technologique. En quelques semaines, Huawei a officialisé son système d’exploitation open source HarmonyOS destiné aux terminaux fixes ou mobiles et aux objets connectés, et qui ferait office de solution de transition ou de secours à Android. Alibaba, homologue et rival chinois d’Amazon, a dévoilé sa puce Xuantie 910 basée sur l’architecture open source Risk-V et dédiée à l’Internet des Objets et à l’Intelligence Artificielle. Dans les deux cas, le choix de l’open source n’est pas anodin car il s’agit d’attirer autant de fabricants et de développeurs que possible.

Afin de remplacer et concurrencer Google Maps, Huawei s’est associé à l’infomédiaire russe Yandex et à l’américain Booking Holdings pour créer Maps Kits. Une association est envisagée avec Alibaba et Tencent en vue de monétiser cette application de géolocalisation et de cartographie.

Ces alternatives techniques sauront-elles muer en alternatives pratiques suffisamment séduisantes et convaincantes sur le marché mondial ? Les échecs cuisants de Windows Mobile et de BlackberryOS ont démontré l’énorme difficulté à fournir un système d’exploitation aussi efficace et aussi intégré qu’Android. En outre, les produits d’Intel et de Qualcomm sont des standards performants, fiables, éprouvés et compatibles avec une diversité de produits technologiques. Toutefois, pour peu que les initiatives chinoises réussissent, les partenaires américains paieraient le prix fort.

L’histoire technologique dira si la stratégie de Washington contre Huawei a porté ses fruits ou si elle n’a été qu’un pétard mouillé. Néanmoins, tout semble indiquer que le duel américano-chinois animera et façonnera l’Internet (ou les Internets) dans les prochaines décennies.

Questions à 500 Mo par seconde : quel sort subira l’Europe, dépourvue d’industrie d’informatique et de plateforme numérique dignes de ces noms, sous ce choc de titans ? Sera-t-elle cantonnée aux fonctions d’observation, de consommation et de réglementation pendant que les États-Unis et la Chine font la technologie et des affaires ? Assistera-t-elle, passive ou impuissante, à « la digestion de son monde » par les plateformes américaines et chinoises ?

Sur le web

La protestation des Iraniens contre la venue de Javad Zarif à Paris prend de l’ampleur

Par Hamid Enayat

Par Hamid Enayat.

Les Iraniens résidant en France, les sympathisants de la Résistance iranienne et des organisations de défense des droits de l’Homme ont pris part à un rassemblement contre la visite à Paris de Javad Zarif, ministre des Affaires étrangères des mollahs.

Des centaines d’Iraniens ont pris part à la manifestation qui a débuté dans la matinée du vendredi 23 août Place du Trocadéro à Paris.

Les manifestants portaient une grande banderole portant l’inscription « Expulser Zarif » et scandaient « Zarif est un terroriste, expulsez-le ».

Sur l’une des pancartes portées par les manifestants, il était écrit « Cessez de faire des concessions aux mollahs ». Une autre pancarte disait : « Fermez les centres d’espionnage du régime iranien en Europe ».

La Mairie du 1er arrondissement de Paris a installé une grande banderole sur la mairie opposée à la visite de Zarif. On peut lire sur la bannière : « Iran des mollahs – son ministre Zarif viole nos principes. Il n’est pas le bienvenu chez nous ».

Voyage diplomatique en France

La France est la dernière étape de la tournée européenne de Zarif qui a débuté le week-end dernier. Ses visites en Finlande, en Suède et en Norvège ont été vivement critiquées par les Iraniens résidant dans chacun de ces pays. Les manifestations ont mis en lumière les violations généralisées des droits humains en Iran et le rôle du régime des mollahs dans le terrorisme et la provocation des crises dans la région. En réponse aux objections suscitées par le voyage, la ministre suédoise des Affaires étrangères a déclaré que son gouvernement n’avait pas invité Zarif et qu’il était venu en Suède à sa propre initiative.

Les protestations incessantes ont tellement enragé Zarif que, dans une interview du 21 aôut en anglais accordée à la chaîne de télévision du régime, Press TV, il a critiqué les manifestants iraniens exigeant son expulsion de Suède. « Demandez à n’importe lequel de ces individus qui se trouvent à l’extérieur d’assister aux réunions des Iraniens (c’est-à-dire les gardiens de la révolution et les agents du régime) et ensuite de voir s’ils survivront. Ils ne resteraient pas en vie une minute… Ils ne peuvent pas rester en Irak non plus, car le peuple irakien (c’est-à-dire les mandataires du régime dans ce pays) va les manger vivants. «  Ces propos sont révélateurs de la vraie nature de Zarif qui se cache sous une façade de diplomate alors qu’il défend un des régimes les plus extrémistes du globe et ses méthodes barbares.

Dictature des mollahs

Les partisans de la Résistance iranienne ont souligné que le régime des mollahs était confronté à une situation interne explosive, avec des manifestations continues dans tout le pays et un isolement international croissant, et qu’il luttait pour sa survie. Les militants ont exprimé leur conviction que le régime en était à sa phase finale et ont soutenu que des invitations étrangères du ministre des Affaires étrangères l’encourageraient à intensifier la répression et les assassinats en Iran, ainsi que le terrorisme et la crise dans la région.

Les manifestants ont souligné que Zarif représentait un régime maintenant le taux d’exécutions par habitant le plus élevé au monde, qui est le plus actif commanditaire du terrorisme, qui est la principale source de crise et de chaos dans la région et qui est le principal parrain du dictateur syrien Bachar Al-Assad dans le massacre du peuple syrien. Zarif et son ministère ont pour mission de défendre et de blanchir les crimes des mollahs, ainsi que de coordonner et faciliter les complots terroristes à l’étranger.

Rien qu’en 2018, cinq des diplomates terroristes du régime, dont un ambassadeur, ont été expulsés d’Europe pour leur rôle direct dans des complots terroristes contre la Résistance iranienne et ses dissidents. Quatre autres membres, dont un diplomate accrédité, sont en prison et attendent leur procès à Bruxelles pour avoir tenté de commettre un attentat à la bombe contre le grand rassemblement pour un Iran libre à Villepinte en 2018, en présence de centaines de dignitaires français et internationaux.

 

Que signifie l’inversion de la courbe des taux ?

Par Bill Bonner
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Par Bill Bonner.

L’inversion de la courbe des rendements n’est pas une simple bizarrerie – et la récession qui s’ensuivra n’aura rien d’ordinaire elle non plus.

Notre drapeau d’Alerte au Krach flotte-t-il encore ? Nous l’espérons. Il est hissé depuis si longtemps, attendant patiemment que les marchés s’effondrent que nous n’aimerions pas finir par passer à côté.

Cela sentait en tout cas la panique au milieu de semaine dernière, le bon du Trésor américain à 30 ans ayant atteint un sommet record avec une belle inversion de la courbe des rendements. Le Dow a terminé cette journée mémorable sur une perte de 800 points, tandis que le ratio Dow/or coulait sous les 17.

Rappelons que ce ratio mesure la tendance fondamentale de l’économie en comparant l’or-métal aux prix des actions.

Lorsque l’économie est saine et en croissance, les gens achètent des actions : l’indice est généralement à la hausse. Lorsqu’elle est craintive et corrige ses erreurs, ils achètent de l’or et l’indice baisse.

La semaine dernière, il fallait 16,8 onces d’or pour acheter les actions du Dow… par rapport à 40 en 1999 et 22 en 2018. Nous sommes d’avis que l’indice continuera à chuter jusqu’à ce qu’on puisse acheter les actions du Dow pour moins de 5 onces d‘or.

Nous sommes également d’avis que cette longue baisse du ratio Dow/or (également appelé ratio avidité/crainte) sur les 20 dernières années marque non seulement le déclin des plus grandes entreprises américaines, mais celui des États-Unis eux-mêmes…

Les États-Unis ne sont plus à l’apogée

Les livres d’Histoire montreront qu’en 1900, les États-Unis étaient la plus grande économie de la planète. En 1950, ils étaient premiers au monde quelle que soit la mesure employée ou presque. En 1989, ils n’avaient plus de rivaux dignes de ce nom. Et en 1999, ils avaient atteint leur apogée.

Depuis, ils perdent des parts de marché, ils perdent de la richesse et de la puissance ; et ils perdent l’esprit de marché libre, d’entreprise individuelle et de gouvernement limité ainsi que les coutumes et les avantages institutionnels qui leur ont permis un tel succès à l’origine.

Nous y reviendrons.

Pour aujourd’hui, penchons-nous sur l’inversion de la courbe des taux et ce qu’elle signifie.

Depuis 1950, à dix reprises, l’inversion de la courbe des taux (les rendements des obligations à long terme inférieurs à ceux de plus court terme) a signalé une récession.

Ne vous inquiétez pas, disent les revendeurs d’actions à la télévision. Une récession a une mèche longue.

Entre le moment où la mèche est allumée par une inversion de la courbe des taux et le moment où le marché boursier explose les investisseurs ont généralement 18 mois pour prendre leurs gains. Il n’est pas inhabituel que les actions atteignent de nouveaux sommets durant cette période. Donc la fête continue !

Mais nous en sommes désormais à la plus longue expansion économique de l’histoire des États-Unis. La correction ayant été retardée et niée pendant si longtemps, et un tel nombre d’absurdités et d’anomalies ayant été causées, un vrai krach ne sera peut-être pas prêt à patienter.

Dans tous les cas, lorsqu’un théâtre prend feu, mieux vaut quitter le spectacle tôt plutôt que tard.

Une foi simplette

Une inversion de la courbe des rendements est une chose étrange. Intrinsèquement, le temps est destructeur. Il dégrade tout. Le lait tourne, les bâtiments s’effritent, les machines rouillent, les montagnes se dissolvent, les gens vieillissent et meurent.

Lorsque le taux d’intérêt sur les prêts à long terme est inférieur au taux d’intérêt sur l’argent à court terme, cela implique qu’il y a moins de choses pouvant mal tourner sur les 30 prochaines années que sur les 30 prochains jours.

Mais voilà… l’obligation américaine à 30 ans cote désormais tout juste plus de 2 % – moins que l’inflation des prix à la consommation. En d’autres termes, un acheteur – s’il conserve sa position jusqu’à maturité – est assuré de perdre de l’argent.

Dans le monde, 16 000 milliards de dollars supplémentaires d’obligations sont désormais à des taux négatifs en termes nominaux.

Ce n’est pas simplement une bizarrerie du marché ; c’est un scandale.

Avec une foi simplette dans leurs propres formules magiques, les banques centrales de la planète ont mal valorisé les capitaux mondiaux, mettant les taux en territoire négatif. De toutes les principales obligations d’État, seuls les USA offrent encore des rendements positifs, en termes nominaux là encore.

Les grands acteurs institutionnels – fonds de pension, trusts, compagnies d’assurance – ont besoin de rendement pour leur argent. Ils vont donc sur le marché obligataire américain… faisant ainsi grimper les prix des obligations américaines et baisser les rendements.

Cela provoque une inversion de la courbe des rendements poussant les investisseurs boursiers à vendre, anticipant une récession.

Tout est de la faute de la Fed

Parallèlement, Donald J. Trump utilise le marché boursier comme représentant de ses propres performances.

Nous prédisons qu’il continuera de le faire tant que les cours boursiers grimpent. Lorsqu’ils chuteront, il accusera la Réserve fédérale. Bloomberg :

« Le président Donald Trump a déclaré que Jerome Powell, président de la Réserve fédérale, était ‘un incapable’ et rendu sa politique responsable des signes de récession sur le marché obligataires.

Le président tentait de détourner les critiques selon lesquelles sa guerre commerciale avec la Chine endommage les perspectives économiques, tandis que les marchés boursiers chutent et que les rendements obligataires donnent le signe d’un ralentissement mondial imminent. »

Il a probablement raison quant au fait que la Fed est « incapable ». Mais ils le sont tous, démocrates comme républicains.

Ils – tout comme le « fan des taux bas » siégeant actuellement à la Maison Blanche – ont créé un monde qui dépend de l’accroissement de l’inflation et des taux bas, du crédit, des déficits, de la fausse monnaie et de la dette.

Ils ne se disputent que sur des points techniques : la Fed a-t-elle baissé les taux assez tôt ? Les Chinois ont-ils laissé le yuan chuter trop bas ? Le Congrès américain devrait-il donner plus d’argent à l’armée, annuler la dette étudiante, ou donner à tous un revenu garanti ?

En attendant les barbares

Le vrai problème, cependant, n’est pas un manque d’inflation. C’est un manque d’intégrité.

Les autorités peuvent injecter autant de fausse monnaie qu’elles le veulent. Le Zimbabwe l’a tenté. Le Venezuela essaie en ce moment-même. Tous les pays s’y risquent à un moment ou à un autre.

Mais plus ils gonflent la masse monétaire, plus cela fausse les prix et défigure l’économie.

Les taux de croissance du PIB baissent. La dette augmente. L’épargne décline. Le capital disparaît.

Ce n’est pas un modèle durable de croissance et de prospérité. Cela ne mène qu’à une bulle… un krach… et pire – notamment l’effondrement des comportements civilisés.

Ce dont l’économie a réellement besoin, ce n’est pas de fausse monnaie – pas plus qu’elle n’a besoin de taux d’intérêt plus haut ou plus bas.

Ce qu’il lui faut, ce sont des taux d’intérêt honnêtes – découverts par des prêteurs qui offrent de l’épargne authentique, et des emprunteurs qui se font concurrence avec de l’argent véritable.

En attendant, nous observons les marchés et nous attendons les barbares. Nous apprenons les nouvelles comme les Romains en 454. Les Vandales semblent s’agiter, disent les gros titres…

Mais ne vous inquiétez pas : nos armées leur feront face et administreront une bonne raclée.

Pour plus d’informations, c’est ici .

Dette mondiale : nouveaux records chez les émergents (aussi) !

Par Nicolas Perrin

Par Nicolas Perrin.

Après les économies développées hier, nous poursuivons notre plongée dans les chiffres du dernier Global Debt Monitor de l’Institute of International Finance (IIF), publié le 15 juin.

L’explosion de la dette en Chine hisse les émergents à un nouveau record

Les pays émergents ne sont pas en reste vis-à-vis des pays de l’OCDE, puisque leur dette globale a atteint un record à 69 000 milliards de dollars, ce qui représente 216 % de leur PIB combiné (contre 212 % un an plus tôt). Voici le détail de l’évolution sur un an glissant de l’endettement des 30 économies émergentes retenues dans le rapport.

Pour ce qui est des poids lourds de cette catégorie, on constate que tous les groupes d’agents économiques chinois (à l’exception des entreprises non-financières) ont mis du cœur à l’ouvrage en accentuant leur endettement global de près de 10 %, ce qui a grandement contribué à la performance remarquable du groupe des émergents.

« Avec une dette totale proche des 310 % du PIB, la Chine reste confrontée à de graves problèmes de désendettement », commentent les auteurs du rapport. L’Empire du Milieu a donc fait bien du chemin dans le creusement de sa dette depuis ce graphique produit par l’IIF début avril et qui représente la situation chinoise à février 2019.

La bonne nouvelle est que les émergents sont globalement parvenus à réduire quelque peu leur dépendance à la dette libellée en dollar américain, ce qui diminue d’autant les conséquences d’une éventuelle crise de change.

Il s’agit bien sûr d’une moyenne. Quand on entre dans les détails, on s’aperçoit de la chose suivante, précise l’IIF :

« Dans certains cas, la dépréciation de la devise par rapport au dollar américain a entraîné une hausse du ratio de la dette en devises, comme c’est par exemple le cas de l’Argentine, l’Afrique du Sud, la Turquie et le Chili. »

La vulnérabilité de certains pays émergents à une crise de change s’est donc accentuée depuis le trimestre précédent.

Une tendance similaire partout dans le monde : les taux bas sont un virus qui permet à la dette de se répandre tous azimuts

Plus généralement, l’IIF déplore au niveau mondial :

« Des conditions financières plus faciles qui favoriseront une nouvelle accumulation de dette, exacerbant ainsi les préoccupations relatives au fardeau du service de la dette et de la viabilité de la dette souveraine. 

[…] Les préoccupations croissantes concernant les perspectives de résultats soulignent les risques pour les entreprises fortement endettées. »

Il s’agit bien sûr d’une moyenne. Quand on entre dans les détails, on s’aperçoit de la chose suivante, précise l’IIF :

« Dans certains cas, la dépréciation de la devise par rapport au dollar américain a entraîné une hausse du ratio de la dette en devises, comme c’est par exemple le cas de l’Argentine, l’Afrique du Sud, la Turquie et le Chili. »

La vulnérabilité de certains pays émergents à une crise de change s’est donc accentuée depuis le trimestre précédent.

Une tendance similaire partout dans le monde : les taux bas sont un virus qui permet à la dette de se répandre tous azimuts

Plus généralement, l’IIF déplore au niveau mondial :

« Des conditions financières plus faciles qui favoriseront une nouvelle accumulation de dette, exacerbant ainsi les préoccupations relatives au fardeau du service de la dette et de la viabilité de la dette souveraine. 

[…] Les préoccupations croissantes concernant les perspectives de résultats soulignent les risques pour les entreprises fortement endettées. »

Au final, à l’exception des ménages, on se retrouve avec « des zombies partout », pour reprendre l’expression de Natixis.

Voici ce qu’écrivait la banque le 5 juillet au sujet des économies de l’OCDE : 

« Les taux d’intérêt très bas dans les pays de l’OCDE conduisent à l’apparition généralisée de zombies : 

– entreprises zombies, qui sont des entreprises inefficaces, peu productives, que les taux d’intérêt bas empêchent de disparaître ;

– banques zombies (particulièrement en Europe et au Japon), dont la rentabilité a chuté avec le bas niveau des taux d’intérêt ;

– États zombies, dont la solvabilité budgétaire n’est assurée que par la faiblesse des intérêts payés sur les dettes publiques et que la faiblesse des taux d’intérêt a conduit à s’endetter excessivement. 

La généralisation des zombies montre l’affaiblissement de l’économie des pays de l’OCDE. »

Une seule chose à ajouter : une hausse des taux ne profiterait qu’à seul de ces agents économiques. Natixis précise :

« Il s’agit de situations de zombies (faiblesse de la rentabilité, de la solvabilité) différentes. En effet, une hausse des taux d’intérêt ferait disparaître les entreprises zombies, mettrait en crise les Etats zombies, mais sortirait les banques européennes et japonaises de l’état de zombie. »

Notez cependant que nous sommes ici dans un monde théorique où les banques sus-citées ne seraient pas elles-mêmes balayées par les vagues de défauts d’entreprises zombies… 

Fear the Walking Dead !

Bref, quand on voit à quel point l’épée de Damoclès qui tombera sur les économies en cas de récession ou d’« événement de marché » sur le crédit ou sur les dettes publiques est tranchante, on comprend que les autorités publiques ne se risquent guère à tenter de « normaliser » la situation plus avant.

Comme le rappelait en effet Natixis le 3 juillet : « Pas de récession si tout le monde est solvable ! »

La banque résume :

« Les récessions du passé ont toujours été déclenchées par la perte de solvabilité d’un groupe d’agents économiques [États, entreprises et ménages] qui doit alors réduire sa demande de biens et services, […] hausse des défauts des entreprises en 2000, […] hausse des défauts des ménages en 2006-2007-2008, […] perte de la solvabilité budgétaire dans les pays périphériques de la Zone euro de 2010 à 2013. »

Je vous propose donc de nous retrouver prochainement afin de voir ce qu’il en est de la solvabilité de l’État fédéral américain, avant de nous tourner vers les États de la Zone euro et de nous pencher enfin sur ce que l’IIF identifie comme la menace la plus aigüe, à savoir celle qui plane sur les marchés de crédit, en particulier sur la dette corporate des émergents.

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Pour plus d’informations, c’est ici.

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