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La crise révélatrice du USS Theodore Roosevelt

Par info@dedefensa.org — 8 avril 2020 à 00:00

La crise révélatrice du USS Theodore Roosevelt

Le ministre par intérim (jusqu’à hier) de la Marine Thomas Modly, avait eu ce week-end une bien étrange idée : aller à Guam, voir les marins du USS Theodore Roosevelt, leur faire un discours sur leur situation au cours duquel il qualifierait leur ancien commandant, le capitaine de vaisseau Crozier, de “naïf” ou de “stupide” au choix (« Il est trop naïf ou trop stupide pour être le commandant d’un navire tel que celui-ci. »)

“Étrange idée”, certes, parce que Modly, qui a piloté toute l’affaire du porte-avions infecté par Codiv-19 et de son commandant finalement relevé de ses fonctions, devait tout de même savoir l’extrême popularité de Crozier,  salué avec reconnaissance par ses marins lorsqu’il a quitté leur porte-avions. Modly savait que la popularité de Crozier, dont il semble bien qu’il le soutenait au départ, était à son zénith, sur le USS Theodore Roosevelt, au sein de l’US Navy et chez les militaires US, voire au Congrès et certainement dans le public.

La réaction à son discours a donc été instantanément une exclamation d’un des auditeurs, sans doute un matelot du USS Theodore Roosevelt, que nous vous laissons traduire à votre convenance : « What the fuck ! » Il s’en est suivi une phase confuse : Modly est rentré à Washington D.C., au Pentagone, alors que sa performance était saluée comme l’on imagine ; il a réagi d’abord en maintenant fermement sa déclaration, puis en la retirant et en  présentant ses excuses, puis en présentant sa démission hier en milieu de journée  après un entretien avec le secrétaire à la défense Ester. Nulle pression, nous assure-t-on, n’a été exercée sur lui ; d’ailleurs Ester a dit toute son admiration pour l’homme dans le meilleur des mondes, dans un communiqué qu’il est difficile de lire sans sentir les larmes vous monter aux yeux :

« Il a démissionné de son propre chef, mettant les intérêts de la Navy et de ses marins au-dessus des siens, afin que le USS Theodore Roosevelt, et la Navy en tant qu’institution, puissent aller de l’avant. Son souci pour les marins était sincère. [...]  J’ai le plus profond respect pour tous ceux qui servent notre pays et qui placent le bien commun au-dessus de tout. C’est ce qu’a fait le secrétaire à la Marine Modly aujourd'hui, et je lui souhaite tout le succès possible. »

Dans ce labyrinthe d’influences et de manœuvres bureaucratiques pour plans de carrière qu’est l’administration Trump, il semble que Modly ait pour le bien de sa carrière suivi Trump, mais toujours avec un temps de retard et qu’il a été piégé par cette lenteur. D’abord soutenant Crozier avant  la fameuse lettre, puis condamnant Crozier et la lettre parce que Trump avait éclaté de fureur en apprenant la nouvelle, en en rajoutant une couche lors de sa visite du porte-avions selon ce qu’il croyait avoir perçu de l’attitude de Trump, tandis que ledit Trump, sentant le vent de l’opinion (y compris  au Congrès) souffler largement et vivement dans le sens du capitaine de vaisseau Crozier par ailleurs positif au Covid-19, disant qu’il avait l’intention de s’immiscer “dans la dispute” comme conciliateur, qu’il choisirait une position moyenne pour réconcilier Crozier et le Pentagone, – lesquels ne sont nullement fâchés puisque Modly, la seule personne vraiment impliquée du côté du Pentagone, est parti après avoir puni Crozier pour complaire à... Trump.

Dès lundi, effectivement, le vent avait tourné et Modly était condamné : « Lors d’un briefing de la Coronavirus Task Force à la Maison-Blanche lundi, Trump a indiqué aux journalistes qu'il envisageait de s’impliquer dans le conflit. Notant que bien que Crozier “n’aurait pas dû envoyer sa lettre” comme il l’avait fait, Trump a déclaré qu’il voulait aider à apaiser les tensions entre les deux parties »,  – chose faite hier avec le départ de Modly.

Cette passe d’armes à fleurets mouchetés et à coups de poignard dans le dos relève de l’éthique bureaucratique de Washington D.C. et des pratiques habituelles de Trump, qui ne favorise jamais personne ni n’est reconnaissant à personne de son soutien si cela est contre ses intérêts, lesquels varient aussi vite que la transmission d’un virus Covid-19.

En quelque sorte, l’affaire purement spectaculaire et médiatique est close. Elle n’en est pas moins révélatrice et significative de faits politiques et stratégiques d’importance. On en observera plusieurs...

• Le groupe du porte-avions d’attaque USS Harry S. Truman a reçu l’ordre de quitter son actuel déploiement au Moyen-Orient, au large des côtes iraniennes, pour le Pacifique occidental où il remplacera le USS Theodore Roosevelt. Démonstration, si besoin était, que le USS Theodore Roosevelt n’est plus opérationnel, contrairement aux affirmations de Modly lorsque Crozier envoya sa lettre ; d’ailleurs, 230 de ses marins, sur les 2 000 testés, se sont révélés positifs au Codiv-19, et le test va se poursuivre sur les plus de 2 000 restants. Avec un effectif réduit d’une façon significative, et des conditions sanitaires hautement infectieuses, ce porte-avions est effectivement hors service.

Le déplacement du groupe USS Harry S. Truman montre que la Navy ne peut pas “couvrir” à la fois deux théâtres aussi importants que l’Iran et la Chine, et qu’entre les deux c’est la Chine qui est choisie. La mesure s’accompagne par ailleurs d’un repli US à l’intérieur de l’Irak qui confirme le choix d’une position stratégique US très affaiblie dans cette région :

« Les Etats-Unis ont quitté une autre base en Irak le samedi 4 avril, remettant à l'armée irakienne la grande base aérienne Habbaniyah Al-Taqaddum, située à 74 km à l'ouest de Bagdad.  Il ne reste plus de troupes américaines dans la région de Bagdad. Elles sont toutes regroupées sur la grande base aérienne d'Ain al-Asad, dans la province occidentale d'Anbar, près de la frontière syrienne, depuis que les États-Unis ont commencé à fermer toutes leurs petites bases, y compris la base K-1 près de Kirkouk, pour se protéger contre les attaques à la roquette des milices irakiennes pro-iraniennes. Ces attaques sont presque quotidiennes depuis l'assassinat par les États-Unis du chef des Brigades des Gardiens de la Révolution d'Al Qods, Qassem Soleimani.
» La présence militaire américaine rassemblée dans l’ouest de l'Irak offre à ces milices une liberté de mouvement dans les régions du centre et de Bagdad.
» La présence navale américaine dans les eaux du Moyen-Orient a été simultanément réduite par l’ordre donné au porte-avions USS Harry Truman et à son groupe d’attaque de quitter le Golfe où il était venue par la Méditerranée. Sa dernière mission était de tenir une position dans les eaux du Golfe, face à la côte iranienne. Le Truman a été réaffecté dans le Pacifique pour prendre la relève du porte-avions USS Theodore Roosevelt après qu'une partie de son équipage ait été infectée par un coronavirus. » (Selon DEBKAFiles.) 

• Les observations précédentes marquent effectivement un affaiblissement considérable des capacités militaires US, avec le surcroît du handicap du fait de Covid-19, qui touche particulièrement la marine. Il paraît extrêmement improbable, dans de telles conditions, que l’on envisage sérieusement une opération militaire contre le Venezuela, auxquels la Navy est absolument allergique (« violemment opposée », est-il précisé), – celle-ci s’en tenant pour l’instant à un rassemblement de quelques unités de surface au large du Venezuela “pour lutter contre le trafic de drogue” (!). D’une façon générale, cette affaire du USS Theodore Roosevelt est perçue comme très révélatrice bien entendu, pour certains révélatrice même d’une  incapacité opérationnelle significative de la politique d’impérialisme militarisée des USA.

• Un autre aspect de cette affaire est, avec le départ de Modly et l’évolution de Trump, la marque de la faiblesse du pouvoir civil face aux militaires. C’est un paradoxe que l’affaiblissement stratégique de la puissance militaire stratégique des USA conduise à un renforcement de la position des militaires vis-à-vis du pouvoir civil dans les conditions crisiques générales et extrêmement pressantes que l’on a déjà décrites. Mais il est aisément explicable si l’on prend en compte l’évolution des militaires telle que nous en  avons fait l’hypothèse, dans ce passage déjà cité, où l’on voit leur position “intérieure” se renforcer à mesure que décline leur position impériale “extérieure” :

« Ainsi établissons-nous un rapport inverse à celui que propose Sjursen. La crise-Covid19 oblige le Pentagone à envisager un repli partiel, ou un repli important, devant la menace de voir ses structures de force paralysées par la pandémie. En même temps, ce repli partiel augmente l’intérêt des militaires pour la situation intérieure, pour les structures de luttes contre la pandémie, pour un regard toujours plus critique sur la conduite catastrophique de la caste politicienne dans cette crise. Il s’agit d’un reflux vers une sorte d’isolationnisme de “loi martiale” structurelle, une sorte d’“isolationnisme martial” suivant un “flux impérial” présentant désormais plus d’inconvénients dont certains mortels, que d’avantages.
» Dans ce cadre et selon cette logique, une intervention des forces armées [dans la situation intérieure US]  paraît de plus en plus envisageable, surtout bien sûr si la situation continue à se détériorer comme elle a commencé à la faire à une vitesse extraordinaire depuis à peine une décade... »

 

Mis en ligne le 8 avril 2020 à 12H30

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...Car c’est en simulant qu’on devient simulacre

Par info@dedefensa.org — 8 avril 2020 à 00:00

...Car c’est en simulant qu’on devient simulacre

Toutes les trouvailles et manœuvres de 2008, d’Helicopter Bernanke au Quantitaive Easing, sont aujourd’hui reléguées aux oubliettes de l’histoire financière. Tandis que le monde s’effondre dans une super-Grande Dépression, Wall Street raisonne désormais selon la référence de l’éternité réimprimée et majusculée en Éternité. L’impression numérique (des billets de banque) a fait franchir un pas de géant à la finance du monde, qui a ainsi créé son propre monde, hors d’atteinte des soubresauts économiques du monde. Ce travail est sans aucun doute l’œuvre conceptuelle du président-bouffe, l’époustouflant Trump qui tient à sa réélection et entend qu’elle soit célébrée comme un couronnement, par Wall Street en Majesté et en folie... C’est ainsi que nous l’annonce  Alastair Crooke : « Trump is King Dollar. He can print whatever he likes » ( l’anglais doit être conservé pour l’occasion).  

En impeccables trotskistes cultivés et sérieux, Joseph Kishore et David North nous donnent un excellent texte sur WSWS.org, qui nous ressuscite cette étrange dystopie des extrêmes, entre une crise économique sans précédent et une bourse en hausse pour l’éternité. Entre les deux, tous les liens sont rompus comme l’on largue les amarres en partance pour la découverte du Nouveau-Monde. Le simulacre est à son comble et même au-delà ; il paraît être devenu le double de lui-même, comme un simulacre qui se regarderait dans un miroir déformant... Wall Street, Magie, Simulacre et l’Éternité : car c’est en simulant qu’on devient simulacre...

Le titre original du texte des deux compères Kishore-North est « La fiction, la réalité et la crise mondiale du capitalisme », le 8 avril 2020 sur WSWS.org., à partir d’un texte anglais du 7 avril 2020.

dde.org

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Fiction et réalité de la crise du capitalisme

Lundi, il semblait y avoir deux mondes différents: l’un fondé sur la réalité et l’autre sur la fiction.

Dans le monde réel, la pandémie de Covid-19 a continué ses ravages mortels aux États-Unis et dans le monde entier. Les nouvelles étaient dominées par les d’articles parlant d’hôpitaux surpeuplés, de médecins, d’infirmières et de personnels de soutien épuisés, de patients souffrant et de mourants.

Mais dans le monde fictif des bourses et des finances mondiales, un climat d’euphorie incontrôlable régnait chez les investisseurs qui, comme s’ils organisaient une orgie à des funérailles, ont versé des milliards dans les actions et ont fait grimper l’indice Dow Jones américain de près de 7,5 pour cent. D’autres indices nationaux comme le DAX allemand (6 pour cent) et le FTSE britannique (plus de 3 pour cent) ont aussi affiché des gains substantiels.

Qu’est-ce qui a motivé cette célébration honteuse et éhontée?

Lundi, le nombre de morts aux États-Unis a dépassé la barre des 10.000. Malgré une très légère baisse du nombre total de nouveaux décès à New York dimanche, aucune preuve évidente n’existait que la virulence de la pandémie eût atteint son apogée dans ce centre urbain important.

De plus, il est absolument certain que d’autres grands centres urbains et, plus généralement, de grandes parties des États-Unis doivent encore subir de plein fouet la pandémie. Le niveau des tests reste tellement désorganisé et primitif qu’il n’y a pas de données objectives permettant de faire des prévisions fiables sur quand les travailleurs pourront reprendre leur travail en toute sécurité.

La situation économique est désastreuse et se détériore. L’ancienne présidente de la Réserve fédérale, Janet Yellen, a déclaré lundi dans une interview à CNBC que les États-Unis étaient au milieu d’une récession «absolument choquante». Le chômage atteint 13 %, a estimé Yellen, et la contraction globale de l’économie américaine était déjà de 30 %.

Le PDG de JPMorgan Chase, Jamie Dimon, a soutenu l’opinion de Yellen et, dans sa lettre annuelle aux actionnaires publiée lundi, déclare s’attendre à une «sévère récession». Selon Dimon, le produit intérieur brut pourrait chuter de 35 pour cent au deuxième trimestre, une baisse qui durerait probablement jusqu’à la fin de l’année.

De larges pans de l’économie mondiale, au-delà des États-Unis et de l’Europe occidentale, sont en chute libre. L’Inde, qui abrite 17 pour cent de la population mondiale, reste bloquée, ce qui menace les chaînes d’approvisionnement mondiales et la production alimentaire. L’ex-gouverneur de la Banque de réserve de l’Inde, Raghuram Rajan, a déclaré lundi que le pays était confronté à “sa plus grande crise peut-être depuis l’indépendance”.

Au Japon, une augmentation spectaculaire des infections à coronavirus a finalement contraint le Premier ministre japonais Shinzo Abe à déclarer l’état d’urgence, ce qui entraînera l’arrêt d’une grande partie de l’activité économique du pays.

À la crise économique et sanitaire s’ajoute une crise politique qui s’aggrave. Au Royaume-Uni, le Premier ministre Boris Johnson a contracté le Coronavirus, été hospitalisé et mis en soins intensifs. Presque simultanément, la reine Elizabeth, âgée de 93 ans, s’adressait à l’ensemble du pays dans un discours télévisé, la quatrième fois seulement (en dehors de l’allocution annuelle de Noël) en 68 ans de règne.

On aurait pu s’attendre à ce que l’hospitalisation d’un Premier ministre extrêmement malade, à Londres, le centre financier de l’Europe, fasse chuter la bourse à son ouverture lundi matin.

Mais rien de tel ne s’est produit. Les investisseurs ont plongé dans le marché avec enthousiasme et ne se sont pas interrompus une seule minute pour verser une larme pour leur Premier ministre malade.

Comment expliquer l’exubérance des marchés mondiaux dans des conditions aussi tragiques et menaçantes?

Tout d’abord, l’inquiétude de Wall Street face à la propagation de la pandémie se trouve compensée par l’espoir que le gouvernement américain continuera à soutenir ses activités spéculatives avec d’innombrables billions de dollars. En fait, le transfert direct de ressources sur les marchés, en particulier par la banque centrale américaine, est bien engagé. Le bilan de celle-ci a augmenté le mois dernier de 1 600 milliards de dollars, ce qui équivaut approximativement à la totalité du produit intérieur brut mensuel des États-Unis. Chaque jour, des dizaines de $milliards sont fabriqués par impression numérique pour racheter les actifs et les dettes des banques et des entreprises.

Autrement dit, les politiques mises en œuvre après le krach de 2008 sont portées à un autre niveau. Depuis plus de dix ans, la manie spéculative de Wall Street est financée par l’injection de liquidités de la banque centrale américaine sous forme d’opérations d’“assouplissement quantitatif” (la planche à billet) et de taux d’intérêt bas. Au lendemain de la crise de 2008, la Fed a ajouté 4 000 milliards de dollars à son bilan en rachetant des titres adossés à des hypothèques et d’autres actifs détenus par les banques.

À cela s’est ajouté le flux ininterrompu d’argent injecté sur les marchés sous forme de rachats d’actions des sociétés. Le Wall Street Journal écrit dans un article publié le week-end dernier:

« Le rachat d’actions propres par les sociétés a été, en effet, la seule source nette d’argent à entrer sur le marché boursier depuis la crise financière de 2008 selon Brian Reynolds, chef-stratège pour le marché de la société de recherche Reynolds Strategy. Les programmes de rachat par lesquels les sociétés rachètent leurs propres actions sur le marché ouvert, peuvent aider à stimuler le cours des actions qui restent en réduisant le nombre d’actions en circulation et en augmentant les gains par action, mais pas leur bénéfice global.
» Depuis le début de 2009, estime Reynolds, ces rachats ont ajouté un montant net de quatre mille milliards de dollars au marché boursier. L’apport de toutes les autres sources – y compris les fonds négociés en bourse, les acheteurs étrangers, les pensions, les fonds spéculatifs, et les ménages, ont été réduits à environ zéro, a-t-il conclu, en se basant sur les rapports trimestriels de la Réserve fédérale sur les flux de fonds. La valeur boursière du S&P 500 est de 20 900 milliards de dollars. »

En résumé, grâce au mécanisme des rachats, le prix des actions pourrait augmenter à l’infini, même sans augmentation du niveau des profit. La nouvelle intervention de la banque centrale suite au projet de loi adopté par le Congrès a rassuré Wall Street sur le fait qu’une liquidité infinie serait toujours disponible permettant de soutenir une hausse de la valeur des actions dans des conditions de forte contraction économique.

La banque centrale rachète déjà les dettes des entreprises et Yellen a évoqué hier la possibilité qu’elle commence à acheter directement des actions pour la première fois de l’histoire. Yellen a également indiqué que ses responsables, avec qui elle reste en contact, envisagent d’acheter les “obligations de pacotille” très risquées des sociétés.

Le deuxième facteur qui explique la montée de Wall Street est la réaction enthousiaste de l’establishment politique et des médias à la campagne internationale pour un retour rapide au travail.

En dernière analyse, l’édifice de capital fictif – la richesse créée par l’expansion massive et inflationniste du crédit et de la dette – ne peut être entièrement dissocié du processus productif réel. Cela implique et nécessite l’exploitation de la force de travail de la classe ouvrière. Si ce processus réel s’arrête, pour une raison quelconque, la structure du capital fictif s’effondre.

C’est pourquoi les appels à un retour au travail – quel que soit l’état de la pandémie – ont été repris au niveau international par les médias capitalistes. La perspective d’un retour rapide au travail, dans des conditions d’exploitation intensifiée, a engendré l’euphorie de lundi.

Bien sûr, cette euphorie pourrait ne pas durer longtemps. C’est la réalité, et non la fiction, qui détermine le cours des événements.

Le conflit de classes et la logique des classes opposées se posent avec force: pour la classe dirigeante, la question est d’assurer sa richesse, de renvoyer les travailleurs au travail dans des conditions dangereuses et de déchirer ce qui reste des programmes sociaux. Pour la classe ouvrière, il faut sauver des vies, arrêter toute production non essentielle et restructurer la vie économique sur la base de la nécessité sociale et non du profit privé.

L’un des chemins mène à l’autoritarisme, l’autre à la révolution socialiste. C’est la logique sociale et politique irrépressible de la réalité fondamentale de notre époque : la crise mondiale et l’agonie du capitalisme mondial.

Joseph Kishore et David North

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Le salaire de la haine

Par info@dedefensa.org — 7 avril 2020 à 00:00

Le salaire de la haine

7 avril 2020 – Le spectacle de l’Amérique s’enfonçant dans la crise, autant que la signification de cette descente en cette fournaise infernale, constituent évidemment le front essentiel de ce qui est désormais sans le moindre doute la Grande Crise de l’Effondrement du Système. Il importe de dire cela puisqu’il pourrait paraître à certains que notre et ma démarche américano-centrée soit, par rapport à ce qui se passe ailleurs, et notamment en France, une erreur de perspective autant que de sensibilité. Il n’en est rien de mon point de vue, et il n’en est rien d’ailleurs : c’est là-bas, plus que jamais, que tout se décide, et c’est là-bas, maintenant ou jamais, que se noue le destin de cette immense GCES, et par conséquent de nous-mêmes. C’est en Amérique que tout a commencé du travail sérieux du simulacre moderniste, c’est là-bas que le simulacre se dégonflera comme une piteuse baudruche crevée.

... Non, plutôt : “comme une haineuse baudruche crevée”. La présence de la haine dans les commentaires hystérique, – hystériquement correct, bien sûr, – que le personnel de la communication US fait sur cette crise est une marque absolument significative du sens des choses. Seul un monstre touché à mort peut éructer de haine comme ils le font.

(Non qu’ils soient des monstres car je ne leur en veux pas à ce point ; mais ils sont indiscutablement parties du monstre, ils sont employés par le monstre, ils sont des salariés à son service... Voilà qui justifie le titre de “salaire de la haine”, alors qu’on parlerait plus aisément je pense, en France et en Europe par exemple, du Salaire de la peur, selon le titre du film et conformément à un sentiment très compréhensible et presque raisonnable, – si l’on sait raison réparer et sortie de sa subversion.)

Cela se voit, cela se perçoit, cela nous englue comme un poison puant et collant dans les commentaires de haine furieuse dont ils, – les commentateurs américanistes, – accablent la Chine et la poursuivent de leurs anathèmes d’une religion impitoyable, – pour prendre l’exemple le plus typique de leur hystérie. Je ne parle même pas de FakeNewsisme et autres gamineries, le dernier jeu de salon à la mode, je ne parle pas de vérités-de-situation ni de déterminisme-narrativiste, je ne cherche même pas à expliquer, à exposer... Je veux dire qu’il faut se mettre au niveau de la perception pure, grossière, à la mesure de ce bloc absolu de maléfice qu’est leur haine.

Cela n’a rien à voir avec la situation chinoise véridique, le comportement réel des Chinois, la justesse ou non (plutôt “non”, certes) de ce qui est reproché aux Chinois dénoncés comme les exterminateurs de la civilisation, et cela a tout à voir avec leur haine, la haine des hystériques accusateurs des Chinois, qui est la haine de la Bête blessée, du Monstre percée en son flanc, de l’Amérique en représentation de son maître-Système et qui se voit privée de tout ce qui faisait à ses propres yeux son exceptionnalité, de tout ce qui fabriquait le simulacre de son ontologie...

Lisez ceci, repris avec empressement par  ZeroHedge.com bien entendu, qui vient du  Gatestone Institute, luxueux et richissime nid d’extrémistes divers, des neocons à John Bolton qui a empoché $310 000 en quittant l’institut pour sa météorique carrière du conseiller du roi-bouffon pour la sécurité nationale. Un de ses auteurs, Gordon G. Chang, spécialiste impartial de la Chine comme son nom l’indique, nous  conte l’histoire des “Fake News de la Chine : son ‘système supérieur’ a vaincu le Coronavirus” ; on suit donc, un peu effaré ou bien subjugué c’est selon, le déferlement d’anathèmes et de condamnations sans appel, de haine dévastatrice, et se terminant par cette conclusion où l’on en viendrait donc à croire que le virus et les USA la-main-dans-la-main finiront par l’emporter sur la Chine, ce qui ravira nos chers complotistes puisqu’ainsi est affirmée la connivence des deux, sans qu’on sache si ce sont les USA qui ont fabriqué Covid-19 ou si c’est Covid-19 qui a fabriqué les USA, – dans l’un et l’autre cas naturellement pour avoir la peau (fort jaune) des Chinois... Quel bonheur de pouvoir ainsi annoncer, faussement mais c’est le sentiment qui compte, que la Chine sera à nouveau frappée par le virus dévastateur qu’elle croyait si naïvement, sans l’autorisation des USA veux-je dire, avoir vaincu :

« Lorsque la deuxième vague d’infection à coronavirus  [d’ores et déjà assurée]  frappera durement la Chine, les fanfaronnades de Xi Jinping sur la supériorité du communisme chinois commenceront à sonner creux, voire absurdes.
» Les politiques initiales de Xi ont transformé une épidémie locale en pandémie, et maintenant elles rendent encore plus de gens malades et forcent la Chine à s'enfoncer dans un autre abîme de maladie. Les kits de diagnostic inexacts et les équipements de protection de qualité inférieure expédiés par la Chine dans le monde entier, ainsi que les nouvelles infections, montreront la vérité : le communisme est incompétent, voire carrément malveillant.
» L’évidence de l’incompétence et de la malveillance du  communisme nous informent que le déclin de l’Amérique annoncé par Xi doit être remis à plus tard.
» La Chine peut mentir avec les statistiques, mais c'est le virus qui a le dernier mot. La “victoire”  [chinoise] sur COVID-19 et les États-Unis est encore loin d'être acquise. »

Bien entendu, cette haine est de tous les bords et à tous les propos. La haine antichinoise est activée essentiellement par les amis de Trump, à son initiative indirectement, pour garder en réserve un bouc-émissaire expliquant par la trahison et la fourberie les blessures infligées à l’Amérique, et ainsi s’assurer d’une glorieuse réélection absolument démocratique. Dans un autre sens, la haine antiTrump, qui rend compte de la même humeur et de la même blessure de la Bête, reste vigilante pour s’exprimer à toutes les occasions possibles ; par exemple, pour saluer la maladie et l’état très grave du Premier ministre britannique Johnson, en s’en réjouissant ouvertement, et essentiellement parce que Trump pourrait être du voyage. (« Honnêtement, je pense que Boris Johnson agonisant est plus drôle que Trump agonisant », selon le journaliste financier  Ben Geier, ou « Trump devrait rejoindre Boris Johnson en soins intensifs... C’est la meilleure chose à faire », tweete  William Legate, entrepreneur de Silicon Valleyet activiste antiTrump comme le premier.)

Ce qui est remarquable dans cette haine, c’est qu’elle ne s’exerce pas par rapport au virus, sur la façon dont on le combat, les erreurs qu’on fait dans ce combat, les équipements qu’on a ou qu’on n’a pas, les médicaments qu’on recommande, les masques dont l’on débat, etc. ; non, cette haine s’exerce différemment, elle utilise le virus comme instrument dans la cataracte de fureurs politiques diverses dont elle-même, la haine, se repaît. Le virus est un instrument des querelles politiques qui expriment la crise du Monstre, et donc utilisé comme arme de cette haine qui déferle de tous les côtés.

C’est ainsi qu’en Amérique apparaît de la façon la plus vive combien cette pandémie, loin d’être sinon accessoirement un rappel des anciennes peurs de la tragédie de l’Histoire que le Système nous avait appris à oublier dans le souci d’une véritable anesthésie, combien elle est d’abord une occasion sinon une nécessité tragique de nous plonger au cœur de la Grande Crise que nous avions jusqu’ici réussi à ne pas voir.

... En Amérique certes, et que cela soit en Amérique, voilà qui n’est en rien une surprise. En un sens, l’Amérique, l’une des dernières à être touchée par la pandémie, l’a tirée à elle pour en donner une interprétation qui s’accorde complètement avec notre temps crisique, avec nos Derniers Temps. A cet égard, la haine, cette sorte-là de haine qui rejette l’ordre du monde, qui réfute les accusations indirectement portées par le virus et son carnage, est bien l’un des symptômes les plus pressants de la pandémie de la psychologie qui accompagne la campagne de Covid-19.

Cette haine-là n’est pas humaine. Elle est imposée aux humains par une malédiction qui les domine. S’il y avait une seule chose que j’aurais à dénoncer dans cette civilisation qui s’effondre, dans ce Système qui hurle de fureur, c’est cette haine que l’on ne cesse de ressentir, pesante, collante, partout présente, prête à vous agresser, sans objet en vérité ni raison, sinon d’être et de produire le Mal. Je crois que les citoyens de la piètre Amérique arrivée au point où elle est de sa descente aux enfers, sont bien plus à plaindre qu’à dénoncer, eux qui sont absolument emprisonnés.

En plus, ils sont condamnés à subir les effets de la catastrophe qui frappe leur pays, avec à l’esprit une “philosophie” , – non, une théologie qui leur dit que ce n’est pas l’Amérique et sa puissance, ni son gouvernement, ni sa Constitution, ni sa Cour Suprême, ni Hollywood et Silicon Valley, ni Wall Street et le Pentagone, et ainsi de suite, qui sont responsables de la catastrophe que le monde enfanté par l’Amérique ménage à l’Amérique. Ils n’ont aucun bien public à dénoncer, aucun bien commun à mettre en cause. Ils sont des libres citoyens de la Grande-République et tout le monde sait que Dieu est Américain (*), aussi doivent-ils chercher ailleurs que dans l’essence de la Grande-Amérique la responsabilité du désastre. Certains sollicitent les Chinois avec une haine sans bornes, d’autres accusent Trump-l’Imposteur avec une haine sans fin.

Business as usual, jusqu’à la fin dernière.

 

Note

(*) Voir Dieu est Américain, De la Théodémocratie aux États-Unis, de Jean-François Colosimo, Fayard, 2005.

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La grande fête du confinement

Par info@dedefensa.org — 7 avril 2020 à 00:00

La grande fête du confinement

Dans leur incapacité presque absolue d’analyser, c’est-à-dire de critiquer, d’ironiser et de juger les événements qu’ils devraient en principe traiter, les journalistes confiturés, les scribes médiatiques et les malléables penseurs du temps comme il va n’ont plus que le mot « fête », en toute circonstance, quel que soit le sujet qu’ils traitent, et ils ne s’aperçoivent même pas de ce ressassement.  Philippe Muray, dans Après l’histoire, 1998

Pour Lucien Cerise

De nos jours, en 2020, on pourrait remplacer le terme fête employé par Muray par celui de catastrophe. En effet, la pandémie de coronavirus représente une catastrophe qui tombe à pic pour alimenter le moulin à boniments de nos scribes stipendiés depuis que la fête s’est terminée aux alentours d’un 11 septembre 2001 qui venait clôturer de manière définitive la grande kermesse sociétale inaugurée sous le règne de Mai 68. Ainsi, de fil en aiguille, les campagnes d’ingénieries sociales auront fini par porter leurs fruits : la grande kermesse libérale-libertaire ayant servi à inoculer le virus du consentement. L’esprit critique anesthésié, la voie était pavée pour l’avènement d’une série de catastrophes providentielles.

La crise comme test in situ

Naomi Klein dans son célèbre essai  The Shock Doctrine, publié en 2007, analyse le modus operandi de la crise comme moteur de changement entre les mains des « alchimistes »de l’ingénierie social. Commentant les conséquences des inondations causés par l’ouragan Katrina qui a frappé la Louisiane, en 2005, cette dernière cite un passage d’un éditorial écrit par Milton Friedman pour le Wall Street Journal. Faisant semblant de se désoler face au cataclysme, « Oncle Miltie »en profite pour y aller de ses prédictions : « La plupart des écoles de la Nouvelle-Orléans sont en ruines, tout comme les maisons des enfants qui les ont fréquentées. Les enfants sont maintenant dispersés dans tout le pays. C’est une tragédie. C’est aussi l’occasion de réformer radicalement le système éducatif ».

Ainsi donc, de l’avis de l’économiste proche de la  Société du Mont Pèlerin– toujours active dans les coulisses du Sommet de Davos – l’éparpillement des enfants des communautés touchées allait procurer au système éducatif privé une chance en or. Privés de leur communauté d’attache, ces rejetons des classes les moins fortunés devenaient des cobayes entre les mains des « éducateurs »d’un état surtout pas providentiel. En outre, l’état allait se désengager de l’effort de reconstruction des infrastructures éducatives louisianaises pour, a contrario, offrir des subventions aux familles impactées afin qu’elles puissent envoyer leur rejeton dans des institutions d’enseignement privées. Chemin faisant, si l’on suit le doigt Naomi Klein, le système privé tirait les marrons du feu en mettant en pratique le concept de la « socialisation des pertes et privatisation des profits ».

De la même manière, en 2020, certains intérêts pharmaceutiques auraient intérêt à profiter des mirifiques émoluments gouvernementaux dans un contexte où l’introduction d’un vaccin obligatoire pourrait générer un pactole historique pour ce complexe financier et industriel qui est proche de l’état profond. D’où l’intérêt de différer les recherches portant sur des antidotes plus faciles à produire et moins onéreux pour les dépenses publiques.

Toutefois, l’approche analytique de Klein nous laisse sur notre faim. S’il est évident que l’état profond, lié au cartel des grandes banques d’affaires, ambitionne depuis longtemps de privatiser une part croissante des activités de l’état, il n’entend pas pour autant démanteler cet « état providence »qui lui a rendu de si inestimables services depuis Roosevelt. Si les crises militaires ou humanitaires permettent aux grandes banques d’affaires – et aux trusts contrôlant la machine de production – d’être en mesure de générer toujours plus de dettes, il y a plus. L’état de crise – généré par des catastrophes, révolutions ou guerres – permet, aussi, aux alchimistes à la manœuvre de fragmenter le monde pour le réorganiser en fonction d’une doctrine qui est bien connue des initiés.

Ainsi, même si pour les théoriciens du néolibéralisme, dont Friedman est le prophète, l’école ne doit pas être gérée par les bureaucrates du secteur public, l’emprise de l’état ne doit surtout PAS se relâcher. Puisque, ne l’oublions pas, c’est l’état qui à travers sa dette qui représente toujours la plus formidable machine à ponctionner et contrôler le contribuable. Et, en temps de crise, surtout, l’état représente l’inévitable courroie de transmission qu’il convient de bien huiler afin d’éviter les débordements et pour être en mesure de faire tourner une économie qui repose essentiellement sur l’endettement collectif. Bien évidemment, nous ne sommes pas en train de prôner un désengagement de l’état, dans un contexte où nos contempteurs seraient trop heureux de nous qualifier de néolibéraux, d’anarchistes ou de suppôts d’un survivalisme de pacotille. Nous tentons, tout simplement, de profiter de l’état de choc actuel pour dessiller les yeux de nos contemporains.

Changer nos habitudes de vie

La grande bacchanale qui s’est déroulée dans le sillage du « coup d’état »de Mai 68 a été produite par les ingénieurs sociaux de certains instituts liés à l’état profond, tels que le Tavistock Institute of Human Relationsen Angleterre. S’adressant à la jeunesse issue du baby-boom des années d’après-guerre, cette ambitieuse campagne d’ingénierie sociale ambitionnait de créer une commotion sur la base d’un Nouvel Âge présenté comme une nouvelle ère historique et cosmique. L’ère chrétienne du Poisson se terminant, l’ère du Verseau allait tous nous ramener aux fondamentaux néo-païens présentés comme une panacée face à une civilisation patriarcale occidentale en perte de vitesse.

Les bouleversements historiques – peu importe l’effort de distorsion induit par des groupuscules proches du pouvoir – sont inévitables et font partie de la grande marche de l’humanité sur le chemin de sa transformation. Nul besoin d’être un kabbaliste pour reconnaître que les crises existentielles du genre humain agissent comme des agents de transformation qui ouvriront de nouveaux vecteurs, tout en obstruant certaines avenues. Il faut être apte à dépasser la stupéfaction provoquée lors d’un état de crise pour être en mesure de saisir les nouvelles avenues qui s’offrent à nous. Mais, certainement pas dans le sens où l’entendent les opportunistes de la même trempe que Friedman. Puisqu’il faut bien l’admettre, peu importe les ressorts naturels ou artificiels d’une crise, nous sommes placés devant l’obligation de devoir nous adapter aux événements en lice. Mais, pas forcément dans le sens où le souhaiteraient les « autorités compétentes »ou certains agents d’influences.

Les prescripteurs de la révolution psychédélique prônaient l’évasion comme mode de transformation de la jeunesse. Expérimentant des drogues de synthèse – tels que le LSD fabriqué dans les laboratoires d’un géant pharmaceutique suisse – et s’abreuvant à des sources d’informations dites « alternatives », mais produites par les succursales nord-américaines des géants de l’édition, une partie de la génération des boomers fut prise en charge par les Spin Doctors de l’industrie du divertissement. L’infotainment était né et, avec lui, toutes une ribambelle de vecteurs de propagande instillés au sein d’une jeunesse coupée de sa famille et désertant l’école publique.

Nous avons, de notre vécu, été les spectateurs de ses violentes embardées qui auront contribué à disloquer les familles alors, qu’au même moment, le féminisme et les luttes minoritaires se mettaient de la partie pour que se répande une sorte de STASE, véritable état d’hypnose collective emportant tout sur son passage. La crise de 1981 agira comme un brutal coup de poing qui ralentira l’agitation de cette nef des fous, tout en prolongeant avec d’autres moyens moins ludiques l’effet de morcellement du ciment collectif et ses corollaires inévitables. N’importe quel observateur attentif aura compris la portée de cette approche anthropique : ouverture – fermeture – répétition du cycle de manière à toujours plus fragmenter la cohésion civilisationnelle. Bien évidemment, tous les intellectuels stipendiés par le grand capital vous diront qu’il n’y a plus de civilisation viable à l’heure où la dislocation de nos sociétés représenterait un phénomène inévitable dans la course de l’humanité vers … sa libération finale. Et, puisque nos civilisations sont périmées – et pourquoi pas – rien de mieux qu’une bonne dose de chaos, sorte de thérapie homéopathique collective qui utilise de faux antidotes pour nous faire miroiter une sortie élégante.

La fête est terminée

Tiens, ça fait près de deux décennies que les diverses souches de coronavirus sont étudiées par nos laboratoires pharmaceutiques ou gouvernementaux. Mais, il y a aussi les officines expérimentales affiliées aux services secrets des grandes puissances qui planchent sur l’affaire. Curieusement, après avoir faussement accusé le gouvernement syrien de mener une guerre bactériologique contre son propre peuple, c’est au tour de l’État profond occidental d’être tenté par le génie de la lampe. Quel intérêt y aurait-il à répandre un tel virus aux quatre coins du monde ?

Le gouvernement Macron fait face à une incroyable pression de la rue, mais tout autant à une levée de boucliers en provenance des corps constitués de la nation et des résidus de la classe moyenne mourante. Plusieurs observateurs prévoyaient un 1er mai d’un genre nouveau, les syndicats gauchistes stipendiés et leurs milices antifas ne parvenant plus à monopoliser l’espace public dans un contexte où la majorité des contribuables pourrait être tentée d’y faire un tour. Cette pandémie tombe à pic en permettant à la Macronie de décréter un état d’urgence qui lui permet de suspendre les droits constitutionnels les plus élémentaires de ses sujets. Déclarant l’état de guerre au coronavirus, le président Macron annonce que la récréation a assez duré et on réalise qu’il a dorénavant toutes les cartes en main : suite au confinement des citoyens, c’est tout le processus des élections municipales qui a été chamboulé. Avec un taux de participation de moins de 20 % au premier tour, il est évident que les bobos supplétifs se sont déplacés en masse, habitant à proximité des bureaux de scrutin ou ayant les moyens de se mouvoir à leur guise. La géographie politique et l’analyse psychosociologique ont toujours démontré qu’un faible taux de participation avantageait inévitablement la classe politique aux manettes.

Les États-Unis ne sont pas en reste, alors que le président Trump et ses soutiens avaient le vent en poupe. Plusieurs observateurs sérieux de la scène politique américaine estiment que, si la pandémie risque d’avoir été jugulée d’ici novembre prochain, les contrecoups portés à l’économie pourraient faire en sorte qu’un nombre croissant de citoyens issus des classes populaires s’abstienne de voter. Connaissant la composition de l’électorat de l’actuel président, on peut facilement en déduire, à l’instar de la France, une défection du vote populaire qui pourrait mener à un changement de régime. Les classes populaires assignées à résidence, perdant leurs emplois par millions et n’ayant pas les moyens de se constituer d’importants stocks de denrées risquent fort de perdre le moral en fin de compte. Ainsi, l’état de crise actuel pourrait bien servir les intérêts globalistes, tout cela alors que certains analystes réputés patriotes se frottent les mains face à l’inévitable réhabilitation des frontières et de certaines fonctions régaliennes. Quoi qu’il en soit, il est difficile d’évaluer les chances de l’actuel POTUS de juguler un État profond qui n’hésitera pas à prendre tous les moyens pour arriver à ses fins.

Les infortunes de la vertu du confinement

Chez nous, au Canada et, plus particulièrement au Québec, plus d’un million de demandes ont été produites auprès du ministère qui administre l’assurance-emploi. Les Québécois se plient de bon cœur aux nouvelles mesures de confinement et les artères commerciales de Montréal sont désertes. Les regroupements ayant été interdits dans les lieux publics, les forces de police patrouillant aux quatre coins de la métropole afin de s’assurer que vous n’êtes pas en train d’entreprendre une marche de santé à plusieurs. De longues files d’attente s’étirent devant la devanture des échoppes alimentaires et le ravitaillement en denrées commence à souffrir de sérieuses lacunes. Le commun des mortels ne sait plus où donner de la tête afin de se procurer de l’eau de javel, de l’alcool pour nettoyer les surfaces à la maison ou des items de première nécessité. Les simples quidams expérimentent, pour la première fois de leur vie, une vraie situation de quasi-pénurie et la perspective effarante d’un effondrement économique à court ou moyen termes.

Le gouvernement canadien ayant annoncé qu’il serait prêt à investir des dizaines de milliards dans l’économie impactée, on comprendra que tous les efforts consentis afin d’atténuer l’impact de l’intérêt sur la dette auront été consentis en vain. Comme des veaux, nous sommes dépendants des pouvoirs publics afin d’investir massivement auprès des sans-emploi, mais aussi des entreprises et, bientôt, des institutions financières qui ont investi à perte les économies provenant des fonds de pension de la classe laborieuse. Comme si de rien n’était, avec notre consentement tacite, le garrot de l’endettement et la dépendance aux grandes banques d’affaires pourrait se resserrer de manière drastique.

Et, là, les oligarques qui dominent la partie risquent fort de jeter l’échiquier par-dessus bord en réclamant une réinitialisation de l’ordre économique et financier. Prétextant une situation de crise impossible à juguler, les instances qui dirigent les grandes manœuvres du Forum économique de Davos, qui tirent les ficelles de la Banque des règlements internationaux, toujours en Suisse, et qui dictent à l’ONU ses agendas en matière de politique de gestion des états tombés en désuétude prendront les devants pour décréter un état d’urgence mondial. L’OTAN prendra directement en charge les destinées d’une Union européenne chancelante et la sécurité intérieure du Canada pourrait être inféodée aux décisions américaines en vertu d’accords [ NORTHCOM ] qui dépassent les prérogatives habituelles du NORAD. In fine, l’Agenda ID2020, cette alliance de partenaires privés et publics, pourrait se voir accorder le feu vert pour ce qui est de la mise en place d’un programme d’identification numérique de la population, sous couvert de vaccination de masse.

Au lieu de consulter leur horoscope et de lire les propos alarmistes des grands journaux, nos concitoyens devraient profiter de cette situation de confinement pour faire le point.  Bien avant la crise du coronavirus, nous étions, déjà, confinés derrière nos écrans d’ordinateur ou devant nos téléphones dits intelligents. Marchant comme des somnambules dans la rue, nous étions incapables de voir les autres, ces infortunés concitoyen-somnambules qui nous fonçaient dessus. Aveugles, atones, prostrés dans le conformisme de notre misérable ego surdimensionné, nous avions l’habitude de tisser des relations intéressées avec d’autres esclaves de cette fuite en avant. Incapables de voir plus loin que le bout de notre nez, nous avons négligé nos proches, nos enfants et nous-mêmes au point que le tissu social finisse par se désintégrer. Sourds face aux injonctions des Gilets jaunes, ayant déjà oublié Julian Assange dans le fond de sa cellule d’isolement, nous avons suivi à la trace les petits cailloux mis sur notre chemin par toutes les Greta Thunberg de ce monde.

Tiens, Julien Assange vient tout juste d’avoir la permission de s’entretenir une dizaine de minutes avec un dénommé Yanis Varoufakis qui a transmis le libellé de cette conversation au site  Réseau international. Ne s’avouant pas vaincu, celui qui a révélé la face la plus obscure de l’état profond américain, nous a rappelé que des organismes tels que Wikileaks et  DiEM25 ont déjà eu le temps d’expérimenter des outils numériques qui permettent de mener des débats et d’organiser des campagnes en ligne qui ont le mérite de permettre à la société civile de se mobiliser avec efficacité. S’il se montre optimiste, Assange craint que le complexe de sécurité nationale des grandes puissances anglo-saxonnes soit « sur les dents »par les temps qui courent. On comprendra, dans de telles conditions, que nos garde-chiourmes ne prendront pas grand temps pour resserrer notre collier. Ce confinement bien involontaire pourrait se prolonger ad vitam aeternam. Dans de telles conditions, il n’y a pas que les biens de première nécessité qui disparaîtront des tablettes : la monnaie en espèce sonnante et trébuchante pourrait être retirée de la circulation et les communications électroniques des citoyens récalcitrants coupées sur commande. Combien d’entre-nous oseront briser l’isolement, une fois la quarantaine mise sur la pause, afin de tisser des communautés de résistance véritablement opérationnelles. Oubliez les survivalistes. Maintenant, tout le monde doit  mettre l’épaule à la roue.

 

Référence

• The Shock Doctrine, The rise of disaster capitalism, Naomi Klein

Source  Carnets d’un Pèlerin

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Crozier & Covid-19 contre Trump

Par info@dedefensa.org — 7 avril 2020 à 00:00

Crozier & Covid-19 contre Trump

La saga du commandant du USS Theodore Roosevelt se poursuit avec l’annonce que le capitaine de vaisseau Brett Crozier a été testé positif au virus Covid-19, donnant ainsi une touche personnelle émotionnelle et que l’on qualifierait presque d’héroïque sinon de tragique, à une affaire qui s’avère plus significative que simplement symbolique ou marginale à la pandémie. En fait, une “affaire” qui est presque une “crise”, – déjà ! – qui est dans tous les cas en train de prendre une allure de crise, dans tous les cas comme illustration symbolique et significative à la fois des rapports extrêmement ambigus entre les militaires et Trump... Dans ces temps explosifs, cela n’est certainement pas indifférent.

L’on dit bien “les militaires” (et Trump), c’est-à-dire les chefs, les cadres et les soldats eux-mêmes, et non pas le Pentagone en tant que tel, dans la mesure où la direction civile du département de la défense s’avère dans cette affaire assez inconsistant et sans ligne directrice bien arrêtée sinon celle d’intérêts personnels divers. Ce n’est sans doute pas un hasard si les deux personnalités civiles impliquées dans l’affaire, le secrétaire à la défense Esper et le secrétaire à la Marine par intérim Modly, sont tous deux d’anciens lobbyistes pour l’industrie d’armement et toute cette sorte de milieux où la valeur se mesure en dollars et rien d’autre, c’est-à-dire sans la moindre conviction politique ni vision stratégique.

Il s’avère donc à cet égard que, durant les péripéties qu’ont connues jusqu’ici le USS Theodore Roosevelt et le capitaine de vaisseau Crozier :

• Modly semble d’abord avoir favorisé Crozier, qui avait averti sa hiérarchie des problèmes Covid-19 du porte-avions. Modly lui avait communiqué son numéro personnel de portable, signifiant par là qu’il encourageait Crozier à le contacter directement en cas de besoin (ce qui lui est aujourd’hui reproché, – d’avoir agi “en-dehors de sa hiérarchie”) ;

• ensuite, Modly a changé complètement de position, après la fameuse lettre, lorsqu’il a été avisé que Trump voulait une sanction sévère contre Crozier. Modly semble dès lors, – numéro de portable personnel ou pas, – avoir coopéré avec zèle avec le président, dans l’espoir d’être désigné secrétaire à la Marine “à temps plein” ;

• Esper a d’abord soutenu Crozier dans cette querelle, puis il a fait comme Modly, il a changé sa position lorsqu’il est apparu que Trump voulait le scalp de Crozier ;

• Les deux principaux chefs militaires, le chef d’état-major de la Navy (Chief of Naval Operations), l’amiral Gilday, et le président du comité des chefs d’état-major, le général Milley, étaient et sont du côté de Crozier et ont donc été de facto désavoués par leur ministre et leur hiérarchie civile ;

• D’une façon générale, il semble acquis que la plupart des cadres militaires (officiers) aussi bien que les troupes et équipages, sont du côté de Crozier.

Comme on le voit, cette situation implique une réelle rupture entre l’armée dans son sens le plus large et en tant que telle, et le pouvoir politique (Trump et ses ministres) dont on ne peut dire qu’il soit particulièrement en position de force. Le président est le bouffon de communication que l’on sait en nombre de matières, notamment les matières militaires, et ses ministres apparaissent comme des opportunistes intéressés par leurs seules carrières. Personne ne sera vraiment surpris.

Autre élément important : le mouvement public, notamment des commentateurs et des experts, est largement favorable à Crozier, dans une affaire où l’aspect émotionnel et affectif est largement du côté de l’officier de marine dans une crise qui affecte le pays tout entier. On a remarqué notamment les interventions des amiraux à la retraite Stavridis, ancien SACEUR (commandant en chef des forces de l’OTAN), et surtout Mullen, en faveur de Crozier. Mullen fut CNO puis président du comité des chefs d’état-major et, à ce titre, il joua un rôle très important dans la politique militaro-politique de containment (!) des tentatives de guerre contre l’Iran développées en 2006-2008 par les plus radicaux de l’administration GW Bush (Cheney et les neocons dans et autour de l’administration). La situation était par ailleurs différente puisque, dès le départ de Rumsfeld en novembre 2006, Mullen eut un secrétaire à la défense (Gates) avec lequel il s’entendit parfaitement, et qui appuya lui-même toutes les initiatives pour freiner les entreprises guerrières des hyper-faucons de l’administration.

Aujourd’hui, à l’occasion de cette affaire, on peut mieux apprécier combien les bruits de désaccord entre militaires et civils à propos du Venezuela sont fondés. Les militaires, et particulièrement les marins, sont très mécontents des projets de pression militaire de Trump contre le Venezuela, notamment avec un rassemblement d’unités navales au large de ce pays. Les militaires savent que cette affaire n’a pour Trump qu’un seul but : tenter d’écarter l’attention de l’opinion publique de la seule crise-Covid19 en fomentant un petit simulacre de crise plus ou moins armée avec le Venezuela ; l’essentiel pour Trump, d’une façon grotesque par l’absence de la moindre dissimulation à cet égard, est purement et simplement sa réélection.

Les marins, mais aussi les autres forces, sont aujourd’hui particulièrement préoccupés par les effets de la pandémie Codiv-19 sur leurs capacités, et l’on comprend alors combien Crozier est d’autant plus populaire et symbolique, et combien une possibilité de conflit avec le Venezuela n’est absolument pas favorisée par les chefs militaires. Ainsi se met en place un antagonisme, dans lequel les militaires reprochent au pouvoir civil et au président particulièrement une absence de capacité sinon d’intérêt dans la lutte contre Covid-19, – que ce soit pour eux-mêmes et pour leurs forces, que ce soit si l’on fait un effort de spéculation pour le peuple américain.

Avec ce dernier point, on arrive en effet à retrouver le terme de la spéculation développée  par ailleurs, selon laquelle, dans certaines circonstances toujours  largement évoquées, les militaires pourraient se juger investis de la mission de prendre en main les rênes du pouvoir baux USA, par exemple sous un régime de loi martiale. On note que tous les composants de cette possibilité sont présents ; qu’il s’agisse d’un antagonisme direct entre les militaires et un pouvoir civil jugé incompétent et corrompu dans son entièreté ; qu’il s’agisse de la crise-Covid19 qui est d’autant plus au centre de la polémique autour du capitaine de vaisseau Crozier, avec presque une touche d’héroïsme venu du ciel de la modernité, que ce dernier est atteint de l’infection du virus, après avoir perdu son commandement en défendant ses marins contre cette infection.

Par conséquent, on considérera que la “crise-Crozier” (on peut donc quasiment la désigner comme telle) s’insère parfaitement dans les signes des temps, pour fournir une piste permettant à un paroxysme de s’établir à propos du pouvoir aux USA, selon l’évolution de la crise-Covid19 & conséquences. On trouvera ci-dessous un long article de WSWS.orgsur les derniers développements de l’affaire, en notant que parmi les contradictions internes que suscite la situation aujourd’hui, on trouve les neocons (tel Abrams, chargé de la déstabilisation de l’Amérique du Sud au département d’État) hyper-partisans de la force militaire, en désaccord avec les militaires à propos de la politique de pression agressive de Trump contre le Venezuela.

dedefensa.org

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Captain Crozier infecté par Covid-19

Le commandant du porte-avions qui a demandé l'évacuation de son navire en raison d'une infection généralisée par le COVID-19 a lui-même été testé positif au coronavirus, a-t-on rapporté dimanche après-midi.

Le capitaine Brett Crozier a été démis de ses fonctions de commandement sur l'insistance du président Trump, après que sa lettre au haut commandement de la marine et à son ministre, avertissant que des marins allaient mourir si des mesures urgentes n'étaient pas prises, ait été rendue publique dans le San Francisco Chronicle .

La maladie de Crozier est une nouvelle preuve de la profonde pénétration du coronavirus dans l'armée. Au dernier décompte, des tests ont été effectués pour près de 1 600 marins à bord du USS Theodore Roosevelt, et 155, soit 10 %, se sont révélés positifs pour le COVID-19. A ce niveau de contagion, et compte tenu de la proximité des lieux de travail, de repas et de sommeil, il n’aurait fallu que quelques jours de plus pour que pratiquement tous les occupants du navire soient infectés.

Trump a défendu avec colère la sanction  contre Crozier lors du point de presse de la Maison Blanche sur le coronavirus samedi. “Il a écrit une lettre. Une lettre de cinq pages de la part d’un commandant”, s’est écrié Trump. “Et la lettre était partout ! C’est inapproprié, je pense que c’est inapproprié.”

Montrant que sa principale préoccupation était l'embarras politique pour la Maison Blanche, et non le sort des marins, Trump a poursuivi : “Ce qu'il a fait est terrible. Cela, écrire, je veux dire que nous ne sommes pas à un cours de littérature. C'est le capitaine d'un énorme navire ... Il ne devrait pas parler de cette façon dans une lettre.”  [...]

Trump a également suggéré que Crozier était responsable d'avoir permis aux marins d'être infectés, car il était exerçait son commandement lors de l’escale à Da Nang, au Vietnam début mars, où plusieurs marins auraient contracté la maladie. Mais une telle visite ne dépend évidemment pas d’une décision du commandant du porte-avions, mais s'inscrit dans le cadre de la stratégie de communication de haut niveau du Pentagone, coordonnée avec le Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, selon laquelle les navires de guerre américains doivent “montrer le drapeau” (“to show the flag”) dans les ports des pays asiatiques que Washington cherche à aligner sur ses préparatifs de guerre contre la Chine.

Outre les répercussions politiques, – qui se sont considérablement aggravées après la sanction contre Crozier, – il y a la crainte que la désactivation évidente du Theodore Roosevelt à cause de la pandémie n’affaiblisse la position de la force américaine dans le Pacifique occidental. Ce porte-avions est l’un des quatre déployés dans la région du Pacifique pour assurer la dissuasion (y compris nucléaire) “offensive” des USA face à la Chine.

Des rapports de presse ultérieurs indiquent une profonde division au Pentagone entre le corps des officiers dans son ensemble, qui se sont largement rangés du côté de Crozier, et les civils nommés par Trump, qui ont cherché à exécuter les souhaits du président sans tenir compte de procédures traditionnelles telles que les enquêtes militaires.

La séquence des événements mérite d'être revue, car elle suggère qu'il existe des courants antagonistes plus profonds dans les luttes politiques internes entre l’armée et l’administration Trump.

Crozier avait fait part de ses préoccupations concernant l'infection croissante par le coronavirus à bord de son navire dans une série de messages remontant la chaîne de commandement, pour finalement atteindre Thomas Modly, le secrétaire d'État à la Marine par intérim. Modly y avait répondu en envoyant à Crozier son numéro de téléphone portable personnel, – comme il l'a révélé dans une interview radio vendredi. Cette démarche revenait à inviter le capitaine à contourner la chaîne de commandement et à s'adresser directement à lui-même (Modly), sa plus haute autorité civile directe.

Lorsque Crozier a envoyé sa lettre de cinq pages, datée du lundi 30 mars, il en a fait une copie pour 10 ou 20 correspondants au sein de la hiérarchie de la Marine, mais pas à son supérieur immédiat, le contre-amiral Stuart Baker, commandant du groupement tactique des porte-avions comprenant le Theodore Roosevelt. Un compte-rendu de presse indique que les officiers à bord du Roosevelt avaient discuté entre eux et décidé de cette procédure inhabituelle afin de forcer l’action en rendant la question publique. En quelques heures, le Chronicle a eu une copie de la lettre et l’a publiée.

La consternation régna tant à la Maison Blanche qu'au Pentagone après que le sort des marins eut été rendu public. Le message brutal de Crozier, – « Nous ne sommes pas en guerre. Les marins n’ont pas besoin de mourir », – a été ressenti comme un camouflet par le pouvoir politique (Trump).

Dans un article de David Ignatius publié le 5 avril dans le Washington Post, il est signalé que les principaux chefs, – l’amiral Michael Gilday, Chef des Opérations Navales (CNO), et le général Mark Milley, président du comité des chefs d’état-major, – se sont déclarés favorables à l'ouverture d'une enquête officielle sur la crise du Theodore Roosevelt, mais opposés à toute mesure disciplinaire immédiate contre Crozier. Gilday a en fait déclaré à la presse : « Nous ne cherchons pas à tirer sur le messager dans ce cas. »

Leurs avis ont été écartés par Modly, qui a déclaré à un collègue : « Dernière nouvelle : Trump veut qu’on le vire. » Le secrétaire à la Défense Mark Esper, qui s’était initialement rangé du côté de Milley et de Gilday, a ensuite accédé à la demande de Trump. Il est significatif que, comme l’a souligné une publication de défense, Crozier ait été licencié trois jours après que sa lettre ait été rendue publique, tandis que les commandants de navire dont la négligence a conduit à des collisions dans lesquelles 17 marins sont morts, – sur le USS Fitzgerald et le USS John S. McCain, – n’ont été relevés de leurs commandements que 24 et 41 jours respectivement, et ce seulement après que des enquêtes préliminaires aient été menées.

Ignatius, fils d'un secrétaire de la marine et membre de l'establishment de la politique étrangère américaine, a de nombreux contacts au sein de l'appareil militaro-intelligent et sert souvent de relais pour les opinions du haut commandement. Sa chronique révèle des conflits croissants entre les hauts gradés et la Maison Blanche, déjà visibles dans le tumulte rapporté au Pentagone à propos de la décision abrupte de Trump d'envoyer une flotte de navires de guerre au large du Venezuela, à un moment où les opérations navales sont déjà mises à rude épreuve à cause du coronavirus.

D'anciens commandants de la marine ont dénoncé la sanction contre Crozier dans des entretiens avec Ignatius, dont l'amiral à la retraite Mike Mullen, ancien président de l'état-major interarmées. Mullen a déclaré : « Je pense que cette sanction est une très mauvaise décision, car elle sape l’autorité des chefs qui essaient de prendre soin de leurs troupes, et elle a un impact négatif important sur la volonté des chefs de dire la vérité au pouvoir politique. »

Sean O'Keefe, secrétaire à la Marine de George H.W. Bush, a déclaré que Crozier « ne faisait que lancer un SOS », ajoutant : « C’est une question de jugement, mais vous devez soutenir l’action d'un commandant déployé en opération. »

Richard Danzig, qui a servi comme secrétaire de la Marine sous l'administration Clinton, a déclaré à Ignatius : « Si le capitaine de vaisseau Crozier a négligemment ou intentionnellement négligé les voies obligées de la hiérarchie, alors la Navy avait de bonnes raisons de le sanctionner. Mais je doute qu’il ait été judicieux de le faire à ce moment. »

D'éminents démocrates et d'anciens officiers de l'armée qui leur sont associés ont dénoncé la sanction contre Crozier. L’ancien SACEUR de l’OTAN, l'amiral James Stavridis, a écrit dans un article publié mercredi, la veille de la décision de sanction : « [Crozier] a fait le bon choix et la Marine le soutiendra. »

Les dirigeants démocrates de la commission des services armés de la Chambre des représentants ont publié une déclaration qui condamnait le renvoi de Crozier, mais critiquait sa conduite. « Le capitaine de vaisseau Crozier était à juste titre préoccupé par la santé et la sécurité de son équipage, mais il a mal géré l’intense pression qu’il subissait dans cette affaire. [...] Cependant, le relever de son commandement est une réaction excessive. »

L'ancien vice-président Joe Biden, le candidat démocrate présumé pour s'opposer à Trump lors de l’élection de novembre, a déclaré à ABC News que la sanction contre Crozier était « proche d’être un crime... Je pense que le gars, il devrait avoir une mention élogieuse plutôt que d'être viré. »

Le secrétaire de la marine Modly, ancien consultant très bien payé chez PriceWaterhouseCoopers, est devenu secrétaire intérimaire en novembre lorsque Trump a licencié Richard Spencer après qu'il ait tenté de rétrograder le membre des commandos SEAL de la Navy,  Eddie Gallagher, accusé de crimes de guerre par des membres de sa propre unité mais soutenu par Trump. Modly a récemment été écarté de la nomination permanente, mais il a peut-être considéré le renvoi de Crozier comme un moyen de regagner la faveur de la Maison Blanche.

Dans une interview ultérieure, Modly a souligné que cette décision tenait compte de considérations plus larges de sécurité nationale, affirmant que d'autres navires de guerre américains dans le Pacifique « sont peut-être maintenant en état d'alerte plus élevé parce que nos adversaires dans la région pensent qu'un de nos navires de guerre pourrait être paralysé, ce qui n'est pas le cas. »

Un autre chroniqueur proche de l’armée, l'ancien partisan de la guerre en Irak etneoconMax Boot, a dénoncé vigoureusement la sanction contre Crozier, en se plaçant du point de vue du corps des officiers.

« Les dommages causés à l'armée par la décision de Trump de gracier des criminels de guerre présumés seront aggravés par la décision de jeudi de retirer son commandement au commandant du Theodore Roosevelt », a-t-il écrit. « Le message que l'administration envoie aux forces armées est que commettre des crimes de guerre est acceptable, mais dire la vérité et protéger le personnel sous votre commandement ne l'est pas. »

Patrick Martin, WSWS.org

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Le FT devenu socialiste, tendance-panique

Par info@dedefensa.org — 7 avril 2020 à 00:00

Le FT devenu socialiste, tendance-panique

Un éditorial duFinancial Times (FT) du 4 avril 2020a retenu  l’attention deThe Moon of Alabama (MoA), – à juste titre puisqu’il s’agit d’une ode à la gloire d’une grande politique sociale, sinon socialiste, – selon notre interprétation un peu leste d’y voir l’enseignement principal de la Grande Crise (GCES ?) que révèlerait la pandémie type crise-Covid19. (Selon les conceptions françaises, le qualificatif “socialiste“ est trop limité, trop marqué, trop spécifique politiquement. Il s’agit aussi d’une politique sociale souverainiste, interventionniste, ou pour les critiques, de l’“État-providence”.)

Bien entendu, une telle lecture, surtout d’un édito qui entend donner l’opinion général du fameux hebdomadaire ultra-libéral et globaliste, a de quoi faire s’interroger. Pour nous, il implique le désarroi (certains, inspirés par l’atmosphère pandémique, irait jusqu’à la démence), – bien plus qu’une quelconque manœuvre, encore moins un changement de cap doctrinal. Par définition, la doctrine absolue défendue par FT est du type-TINA (« There Is No Alternative »), et la présentation d’une alternative relève donc de l’absurdité si l’on en juge par expérience de cette sorte de pandémie (TINA comme pandémie). L’explication qui s’impose est alors celle de la confusion avec l’option de la démence, née de la panique devant la chose incompréhensible.

Il est remarquable que le FT montre une telle situation psychologique alors qu’il ne s’agit encore, officiellement, que d’une crise sanitaire, et que les conséquences économiques catastrophiques qu’on connaît ont été provoquées par les mesures prises contre cette crise et non pas officiellement par la faillite du Système. S’il est dans un état de confusion-démence, le FT ne manque pas de cette sorte d’intuition que la panique laisse parfois passer. Il a entendu inconsciemment le constat que la crise sanitaire masque la Grande Crise d’Effondrement du Système comme l’arbre masque la forêt ; et, comme l’on manque beaucoup de masques en ce moment, la forêt se fait de plus en plus envahissante et exigeante.

MoA présente la chose (des extraits de l’éditorial) comme ceci, – dans la version française assurée par Le Sakerfrancophone, le  6 avril 2020.

« Extrait de l’éditorial du FTd’aujourd’hui : “Le virus met à nu la fragilité du contrat social” (accès payant). Voir aussi    (accès gratuit).
» “S'il y a une quelque chose de bon dans le malheur de la pandémie de la Covid-19, c'est qu'elle a instillé un sentiment d'unité dans les sociétés polarisées. Mais le virus, et les blocages nécessaires de l'économie pour le combattre, mettent également en lumière les inégalités existantes, – et en crée même de nouvelles. Au-delà de la lutte contre la maladie, le grand défi auquel tous les pays seront bientôt confrontés est de savoir si la reconnaissance actuelle de l'existence du bien communfaçonnera la société après la crise. Comme les dirigeants occidentaux l'ont appris pendant la Grande Dépression, et après la seconde guerre mondiale, pour exiger un sacrifice collectif, vous devez proposer un contrat social qui profite à tous.[...]

» “Des réformes radicales, – inversant l'orientation politique actuelle des quatre dernières décennies, – devront être mises sur la table. Les gouvernements devront accepter un rôle plus actif dans l'économie. Ils doivent considérer les services publics comme des investissements plutôt que comme des charges et chercher les moyens de rendre le marché du travail moins précaire. La redistribution sera à nouveau à l'ordre du jour ; les privilèges des personnes âgées et riches seront remis en question. Les politiques jusque récemment considérées comme excentriques, telles que le revenu de base et les impôts sur la fortune, devront faire partie des voies étudiées.” »

 

Mis en ligne le 7 avril 2020 à 09H05

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Dénis

Par info@dedefensa.org — 7 avril 2020 à 00:00

Dénis

L’Homme aux Tweets est passé par tous les stades du déni face à la pandémie actuelle. Il y a quelques semaines, le virus chinois, comme il se plaît à nommer le Sars-Cov-2 et après lui les médias, ne pouvait donner qu’un gros rhume, une grippe tout au plus. C’est ignorer qu’une ‘simple’ grippe a tué plus que la Grande Guerre. Entre 20 et 100 millions de décès en 1918-1920 ont été déplorés sur une population mondiale sans immunité vis-à-vis du phénotype de l’influenza H1N1. On sait maintenant qu’il était né de la combinaison entre la souche humaine H1N8 et des gènes aviaires de type N1. Il s’est manifesté d’abord dans un camp militaire de l’Arkansas avant de toucher le 1/3 de la population mondiale. C’est aussi ignorer que la grippe « banale » fait près de 600 000 victimes en plusieurs mois chaque année. 

Ses conseillers en santé publique ont fini par obtenir qu’il énonce publiquement la nécessité de la distanciation physique et celle du port d’un masque de manière générale mais ‘pas pour lui’. Le Sars-cov-2 avait déjà commencé de ravager New York. Le peu d’appui accordé aux gouverneurs des Etats, tant au niveau de la déclaration du confinement que dans l’octroi d’aides en matériel de soins et de protection, désengage la responsabilité de l’occupant de la Maison Blanche, toujours candidat à sa succession, pour la mise à l’arrêt de l’activité économique du pays. 

 Un petit vent de fronde est venu faire onduler d’une infime vaguelette la dernière réunion des ministres européens des Affaires Etrangères lors de la vidéoconférence du G7 le 25 mars. Ils ont refusé d’emboîter le pas au représentant des Usa qui insistait pour que le Sars-cov-2 soit désigné sous l’appellation ‘ virus chinois’. Depuis quelques années, les prises de position et les déclarations énoncées au G7 ou à Davos n’encombrent plus les unes des journaux, car leur objet  était de manifester l’hégémonie étasunienne sur l’économie de la planète. Les pays de l’Union européenne ont bravé les sanctions étasuniennes à l’encontre de l’Iran en envoyant une aide médicale à un pays en proie à l’épidémie de Covd-2 et souffrant des effets sur la santé publique de l’embargo. Ils assurent également la République islamique d’Iran de leur soutien dans sa demande d’un prêt au FMI. La Bulgarie et la Roumanie en bons voleurs de grand  chemin ont bloqué les camions de médicaments destinés à Téhéran. 

Les  excuses, tardives de surcroît, présentées par la présidente de la Commission européenne ne feront pas oublier à l’Italie frappée par l’épidémie l’inertie des 27 à lui porter secours. Elle se souviendra de l’envoi par Cuba de ses médecins, de la Chine et de la Russie pour les aides qu’elles ont fait parvenir. Ce sont trois pays sous sanctions des Usa et de ses provinces en Europe, les pays de l’Otan.

Trop bon élève des directives budgétaires et monétaires de l’UE, l’Italie a connu une croissance nulle depuis l’adoption de l’euro. Sa jeunesse, au chômage à 40%, a souffert de l’austérité qui a dégradé les compétences industrielles du pays. Elle en a payé le prix par l’insuffisance de ses infrastructures sanitaires publiques. Elle a dû obtempérer aux injonctions de la rigueur prônée par la Commission au bénéfice de la seule entité excédentaire, celle du Deutsche Mark. L’Allemagne plastronne néanmoins de moins en moins en raison de la récession mondiale établie depuis 2019.

Fin des agrégats

Les grands ensembles artificiellement agrégés dans une fédération, les Usa, ou une union, l’Union européenne sont naturellement en train de se démanteler sous l’effet du séisme de la petite particule qui se réplique à toute vitesse, prend le train, le bateau et l’avion pour inonder les continents. Elle colonisera tous les humains qui respirent les microparticules transportées dans l’haleine des infectés ou déposées sur des surfaces qu’elle contamine longuement.

La tendance centrifuge des certains Etats de la fédération nord-américaine déjà exprimée dans le  Vermont et la  Californie risque de s’affirmer avec l’inévitable arrêt économique qui accompagne la pandémie alors que l’Etat fédéral a abandonné son rôle de garant de la sécurité nationale. L’impréparation de la  Health and Human Services (HHS) à faire face au risque  prévisible et prévu par les conseillers en santé publique d’une pandémie de l’ampleur de la grippe de 2009 n’est pas fortuite. Renoncer à organiser un stock stratégique de ventilateurs, de médicaments et de masques de protection correspond à un déterminisme plus qu’à un choix politique, celui de privilégier les achats d’armement afin de protéger la nation contre un ennemi improbable. La réserve fédérale stratégique en ventilateurs est passée de quelques millions en 2009 à 16 000 en 2020. La pénurie en masques N95 résulte également de  l’insuffisance du budget alloué à cette réserve. Actuellement, les gouverneurs des différents Etats se font concurrence pour obtenir les équipements médicaux essentiels. Ils ont demandé à Trump qu’il  déploie la Loi de Production de Défense (LPD) promulguée en 1950 qui permet au gouvernement fédéral d’orienter la production nationale en cas d’urgence en forçant les entreprises à fabriquer les équipements et en les distribuant. Trump a choisi l’option de l’incitation plutôt que celle de la contrainte. La LPD se traduit par la licence pour des actes de piraterie. 200 000 masques N95 commandés pour la police de Berlin à la firme 3M en Chine ont été  ‘confisqués’ par  un avion de l’armée américaine à Bangkok. Un  acte similaire de détournement de masques FFP2 a eu lieu à Shanghai, des millions d’unités destinés à la région Grand-Est en France ont été payés trois fois leur prix et envoyés aux Usa. 

Cette concurrence entre les pays occidentaux indique à la fois leur manque de solidarité et leur dépendance vis-à-vis de pays tiers pour des ressources vitales.

Alors que des médecins cubains sont venus à la rescousse des Antilles, la France au sein de l’UE  approuve les plans étasuniens de changement de gouvernement au Venezuela, pays tragiquement aux prises avec les effets des sanctions étasuniennes et du gel de ses avoirs aux Usa. 

L’administration fédérale est donc incapable de fournir le matériel de soins et de protection, elle majore son insuffisance en n’édictant pas le confinement qui réduirait les contaminations et la mortalité. Cette difficile et nécessaire ressource de lutte non thérapeutique contre l’épidémie est laissée à l’appréciation et la responsabilité des instances politiques locales. L’Etat de New York, de l’Illinois, de New Jersey, du Connecticut et de Californie ont tardivement adopté (après la mi-mars) cette mesure. New York, en raison de ses activités financières et la Californie qui abritent les firmes des nouvelles technologies et d’internet représentent près de 25% du PIB.  

Brusquement, avec un grand retard, les Etats les plus performants se mettent à l’arrêt.

Puissance d’agir

On croyait arrivée la fin de l’histoire. La seule puissance d’agir appartenait au Marché.

La fragmentation de l’activité des firmes sur plusieurs pays et continents avec l’impératif de répondre aux besoins du marché en flux tendus les a rendues performantes, rentables, puissantes, les a transformées en entités vivantes, plus essentielles que l’humain en charge d’acheter leurs produits. La firme transcende les petites unités humaines, elle confond dans son Etre  créer les besoins, produire et consommer. Elle les surplombe, les abolit comme sujets constitués en classes qui interviennent et contredisent la fabrication de l’histoire. Elle abolit l’espace, la nation, devenant transnationale. Prend un statut où le temps est détruit, remplacé par la succession des générations des téléphones portables. De  3M et de ses masques FFP2 produits sous régime d’extraterritorialité dépend la sécurité sanitaire de tous et chacun, cible potentielle du Sars-Cov-2. Les États, ces non-machines engluées dans des décors factices aux factures figurant dans la rubrique lobbying, se bousculent dans les aéroports, surenchérissent, se disputent, volent et capturent le voile vital.

Nous payons l’air que nous respirons, car il nous faut le filtrer. L’urbanisme a transformé les humains en grappes migrantes et cohésives à l’intérieur desquelles s’échangent les haleines chargées de particules odorantes et de micro-organismes. La barrière oro-nasale devient l’impôt à payer pour individualiser les unités humaines au sein des ensembles transportés pour travailler, consommer et s’endetter.

Brutalement, les cohortes voyageuses et ouvrières doivent se disloquer. Sans quoi chaque maillon succombera et leurs ensembles disparaîtront. 

Ruptures

Dans la grande segmentation des firmes transnationales, la sous-traitance de la gestion des données et les services à la clientèle sont confiés pour près de leur bonne moitié à l’Inde avec une compétition ardue de la Malaisie, du Vietnam, des Philippines et de la Chine. Le confinement décidé par Modi ne s’applique pas aux taches subalternes externalisées par les firmes occidentales principalement étasuniennes et britanniques. CitibankBank of America et  General Electric y ont recours. Quelques européennes sont en train de leur emboîter le pas. L’outsourcing emploie plus de 4 millions d’Indiens dans les secteurs de la finance, les soins médicaux et les télécommunications. Le télétravail n’est pas possible dans ces cas car il suppose une délocalisation des données ‘sensibles’ dans des postes informatiques domestiques ou une logistique de connexion sécurisée permettant le travail à domicile. Le niveau de chômage est tel (8% en février 2020)que des jeunes Indiens avec une formation dans le supérieur courent l’inacceptable risque d’être contaminés d’autant que le confinement détruit des millions d’emplois dans le secteur important du tourisme. Un arrêt de leur activité volontaire ou en raison de la progression de l’épidémie mettra à mal une bonne partie de l’industrie bancaire anglo-saxonne.

La pandémie va remodeler tous les secteurs d’activité, comme l’avaient fait les précédentes. Ce sera aussi le cas de l’agriculture qui a été organisée sur le plan mondial avec répartition de la production entre pays et régions. Les programmes de restructuration ‘pour les aides au développement’ et la puissance des firmes ont détruit les productions vivrières et construit en même temps que des spécialisations, des zones entières dévolues à des monocultures. Rares sont les pays qui ont conservé leur souveraineté alimentaire.

Le dogme radicalement appliqué du libre-échange a rendu la France  dépendante pour ses fruits et légumes dont la moitié est importée, pour la volaille et nombre de ses denrées. L’Europe est tributaire du soja transgénique brésilien pour l’alimentation de son bétail. La basse-cour qui piaille dans les médias dominants a su rendre péjorative la notion de souveraineté, lui attachant un complexe de signifiants comme nationaliste, extrémiste de droite comme de gauche,  bref un ‘truc’ sale, impraticable et inavouable. Il s’agit pourtant ici de sécurité alimentaire.

L’équilibre de plus en plus instable du système des échanges mondiaux repose une composante majeure. Le pilier de cet édifice est une fiction : La croyance dans une monnaie garantie par un Etat endetté à un niveau qu’il en viendra à emprunter pour couvrir uniquement les intérêts de la dette. Cet Etat est amputé de ressources fiscales par le législateur qui exonère ceux qui pourraient être de gros contributeurs. Il ne peut qu’aggraver ses déficits pour la guerre, indispensable, les dépenses sociales et de santé, de plus en plus lourdes, et le paiement des intérêts de la dette. Le besoin de recyclage des dollars des pays tiers qui maintient la fiction va s’atténuer. La Chine en particulier réduit ses avoirs en dollars et préfère orienter ses échanges de manière à les traiter dans sa propre monnaie. C’est la direction prise avec le projet de la nouvelle Route de la Soie. 

Brusquement, les échanges commerciaux s’effondrent.

Manger et respirer

La fermeture des frontières pour confinement fait craindre des pénuries alimentaires liées à des difficultés d’approvisionnement. De plus les peines des paysans à se ravitailler en intrants les obligent à se tourner vers une production à usage domestique. La baisse des prix des matières premières, pétrole et minerais, risque de rendre insolvables nombre de pays.

D’ores et déjà, des rayons alimentaires vides dans des supermarchés à Taïwan font craindre une pénurie. Des données du Département de l’Agriculture étasunien indiquent que le rapport  stock/utilisation des aliments de base dans le monde est plus favorable que lors de la crise de 2008-2009, crise alimentaire qui a été l’un des facteurs déclenchants des printemps arabes.

La tonne du riz blanc thaïlandais, référence en matière de prix pour les denrées de base, était passée de 350 dollars à 1000 dollars en 2008. Elle oscille actuellement autour de la pointe de 570 dollars. Certains pays gros fournisseurs mondiaux comme le Vietnam, la Birmanie et le Cambodge, ont annoncé séparément la suspension des exportations afin de protéger leurs populations. Indépendamment des restrictions des gouvernements, le confinement prive l’agriculture d’une main d’œuvre ouvrière saisonnière qui ne peut plus se déplacer. 

A son tour, la  Russie a annoncé la restriction des exportations de ses céréales. Un groupe de sept pays et parmi eux, quatre , le Canada, le Chili, la Nouvelle Zélande, l’Australie sont de grands exportateurs alimentaires, ont signé un accord fin mars pour  maintenir leurs chaînes commerciales ouvertes.

Seule une coopération internationale pourrait éviter des ruptures d’approvisionnement au niveau mondial. Le comportement indécent de la fédération des Etats d’Amérique du Nord avec à sa tête un personnage irresponsable tout droit sorti de comics autorise le plus grand des scepticismes. Avec une quasi-unanimité rare, l’ensemble des pays demande la levée des sanctions économiques contre l’Iran, le Venezuela et la Syrie qui valent par leurs effets crimes de guerre contre des peuples. L’Homme aux Tweets répond en durcissant les sanctions contre l’Iran et  met à prix la tête du Président du Venezuela pendant que l’artefact israélien renforce son appareil répressif contre les Palestiniens  à Gaza et en  Cisjordanie.

Les Usa vont aborder une zone de rupture car aucun dispositif efficace n’est disponible pour porter un secours alimentaire aux millions de chômeurs attendus d’une économie de services à 70%. Ils en viendront à se servir là où ils le pourront et s’il le faut, les armes à la main. Lors de la catastrophe de l’ouragan  Katrina qui avait endommagé la Louisiane et la Nouvelle Orléans en 2006, le gouvernement Bush avait  envoyé des soldats de la Garde Nationale, juste rentrés d’Irak, pour fusiller les personnes affamées qui se servaient dans les grandes surfaces dévastées. Les forces de répression de l’armée comme de la police qui seront elles aussi atteintes par le virus risquent de ne pas venir à bout d’un chaos social en cas de famine. 

L’Egypte est le pays qui combine les deux facteurs de risque d’un soulèvement de la faim. Il est le plus gros importateur de blé du monde, auto-suffisant en grain à moins de 50% de ses besoins. Il est le prototype des pays avec énormes inégalités de revenus entre une superclasse de très riches confondue ou très proche des milieux militaires et une énorme base de très pauvres et précaires. Les chars dans les rues ne materont pas les émeutes. Comme les virus, les révoltes sont contagieuses et embraseront des jeunesses qui n’ont rien à perdre. 

A moins que la pandémie ne soit rapidement maîtrisée.

Ce dont il est permis de douter.

Et des tas de digues de se rompre.

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Stabilité structurelle

Par info@dedefensa.org — 5 avril 2020 à 00:00

Stabilité structurelle

« Tout être se doit de persévérer dans son être » disait Spinoza. Autrement dit tout être doit pouvoir résister dans une certaine limite aux perturbations qui l'assaillent. Ainsi, cahin-caha, nous, êtres de chair, résistons aux perturbations naturelles qui nous assaillent environ quatre vingt ans, – en moyenne, – (mais certaines particules élémentaires sont, paraît-il, d'une beaucoup plus grande instabilité). 

Dès qu'il est question d'instabilité, on invoque couramment l'effet papillon -du battement d'aile dans l'hémisphère Sud qui provoque le chaos dans l'hémisphère Nord-, et on retient que ce phénomène de la sensibilité de la dépendance aux conditions initiales est une chose mystérieuse et complexe (le chaos...) réservée aux scientifiques. Mais il y a des exemples beaucoup plus simples et plus parlants qui montrent ce que ne montre pas l'effet papillon, à savoir que, très souvent, stabilité structurelle rime avec souplesse et instabilité structurelle avec rigidité.

Si on prend une feuille de papier rectangulaire de 9x4, donc de surface 36, il est aisé de la découper en deux coups de ciseaux en trois morceaux pour former un carré 6x6. Mais ce n'est pas possible avec un rectangle (4+ε)x36/(4+ε) -dont la surface est également exactement 36- pour ε aussi petit que l'on veut: on a là un exemple typique de découpage structurellement instable, ça ne marche qu'avec exactement 9 et 4. (C'est possible avec quatre morceaux, par une autre méthode qui, elle, est structurellement stable. Mais il faut repenser entièrement le problème.)

De cet exemple simple on retient donc qu'instabilité structurelle rime souvent avec rigidité, qu'une structure trop rigide est souvent signe d'instabilité structurelle. René Guénon ne dit pas autre chose dans ‘Le règne de la quantité...’, les signes des temps qu'il passe en revue étant tous, d'une façon ou d'une autre, des rigidifications.

La pluie de lois, de règlements, d'ordonnances, sont des signes évidents de rigidification de notre société globalisée soi-disant libérale, et l'informatisation invasive (traçabilité bancaire, “intelligence” artificielle, etc.) a un effet extraordinairement rigidifiant sur ladite société. Cette rigidification, on le sent de plus en plus, est en train de devenir cadavérique (1).

En regardant froidement (2) la crise provoquée par le SRAS Cov-2, on peut s'attendre à, disons pour fixer les idées, trente mille morts en France, dont vingt cinq mille de plus de 65 ans, pour une mortalité annuelle standard de six cent mille, soit 5%.

Ainsi la mort de quelque trois mille actifs -c-à-d environ 0.001% de la population active totale, battements d'ailes de papillon- a déjà provoqué une chute de 30% du CAC, et va peut-être même provoquer l'effondrement de la Vème République en France, sans parler des autres pays.

Avant de terminer, deux exemples que je considère typiques de cette rigidification.
1. La rigidité (et la lenteur) de l'administration concernant la passation des marchés de produits de première nécessité (masques, médicaments...), les pinailleries ubuesques (les masques chinois qui ne sont pas aux normes européennes...), etc.
2. L'affaire de la chloroquine. Déguanguée de l'affaire dans l'affaire qu'est l'affaire Raoult, on voit l'incroyable rigidité de l'administration française qui se cramponne aux protocoles “de temps de paix” de mise sur le marché d'un médicament, avec pour conséquence que, peut-être, la chloroquine aura son autorisation (mais vraisemblablement une fois la “guerre” terminée) alors que, plus vraisemblablement à mon avis de citoyen lambda, peut-être des centaines de vie auraient pu être épargnées, – qui vivra verra, – en utilisant l'incontournable et inusable protocole “de temps de guerre” : “On tente de faire au mieux avec ce qu’on a”.

Pour terminer, on va, à mon avis, constater en maints endroits l'extraordinaire rigidité de l'organisation marchande ultra-libérale du monde, qui nous est pourtant vendue en boucle par les médias mainstream comme une organisation d'une indépassable adaptabilité darwinienne (le TINA thatchérien). Et les craquements économiques et financiers se répercuteront peut-être même jusque dans notre constitution dont on risque de percevoir alors la fragilité conceptuelle.

Les mécaniciens (3) "en blouse bleue" ont appliqué le principe de stabilité structurelle bien avant qu'il n'ait été formulé par les mathématiciens (et ils l'appliquent encore) car ils savent depuis longtemps que tout l'art de la mécanique est dans le “jeu”. Le premier ouvrage “princeps” du philosophe-mathématicien René Thom s'intitule “Stabilité structurelle et morphogenèse” (SSM) et investigue essentiellement certains rapports entre les mathématiques (imaginaires par essence) et la réalité (dans SSM essentiellement biologique et linguistique). Peut-être les politiciens seront-ils amenés à se confronter à ce principe (par exemple au moment d'écrire une nouvelle constitution) ? Car « Les situations dynamiques régissant l'évolution des phénomènes naturels sont fondamentalement les mêmes que celles qui régissent l’évolution de l'homme et des sociétés. » (Conclusion de SSM)

J.C.

Notes

(1) E. Macron: « L'OTAN est en état de mort cérébrale. »

(2) C'est difficile, ayant des enfants sur "le front médical".

(3) Mais pas nécessairement les mécaniciens “en blouse blanche” : « ...la physique actuelle a sacrifié la stabilité structurelle à la calculabilité ; je veux croire qu'elle n'aura pas à se repentir de ce choix. » (SSM)

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Eschatologisation de la psychologie

Par info@dedefensa.org — 5 avril 2020 à 00:00

Eschatologisation de la psychologie

C’est au début de l’année 2008 que nous nous étions arrêtés au du concept d’“eschatologie”, parce que nous estimions le temps venu de s’y référer. Les événements nous y invitèrent jusqu’à la crise de septembre 2008 (9/15) qui, au contraire de sa première apparence de crise catastrophique, fut en fait une ruse du Système pour se relancer (d’autres comme nous dirions “se prolonger”, ce qui se justifie par les événements présents) en accélérant jusqu’à la catastrophe (jusqu’à l’autodestruction, dirions-nous bien entendu) tous ses aspects les plus extrêmes et ses travers les plus nihilistes (financiarisation et agression prédatrice [militaire, législative, illégale, criminelle, etc.]).

Nous considérons aujourd’hui qu’avec la crise Codiv-19 qui représente pour nous l’ouverture du final de la Grande Crise de l’Effondrement du Système (GCES), il est temps de revenir au concept d’“eschatologie” et à ses différents dérivés dont certains sous forme de néologismes. De l’eschatologie appréhendée hors d’un cadre religieux contraignant, nous disions ceci le  23 juin 2008 :

« Pour rappel, d’un  de nos précédents textes où nous tentions de la définir, voici une présentation de cette notion d’eschatologie: “…nous nous référons à cette définition pratique et concrète, et excellente en tous points, que donne Roger Garaudy de l’eschatologie (à côté de la définition théorique: ‘Étude des fin dernières de l’homme et du monde’): ‘L’eschatologie ne consiste pas à dire: voilà où l’on va aboutir, mais à dire: demain peut être différent, c’est-à-dire: tout ne peut pas être réduit à ce qui existe aujourd’hui.’
» C’est également René Girard, que nous citions le  2 janvier 2008, qui présente cette approche d’une vision eschatologique désormais nécessaire :
» “La violence est aujourd’hui déchaînée au niveau de la planète entière, provoquant ce que les textes apocalyptiques annonçaient : une confusion entre les désastres causés par la nature et les désastres causés par les hommes, la confusion du naturel et de l’artificiel... […]
» “Je suis convaincu que nous sommes entrés dans une période où l’anthropologie va devenir un outil plus pertinent que les sciences politiques. Nous allons devoir changer radicalement notre interprétation des événements, cesser de penser en hommes des Lumières, envisager enfin la radicalité de la violence, et avec elle constituer un tout autre type de rationalité. Les événements l’exigent.” »

Notre perception, désormais au-delà de l’intuition dont nous voyons la réalisation, est bien entendu que la pandémie Codiv-19 est vécu comme une catastrophe copernicienne et métahistorique dans tous les domaines de la civilisation, à la différence de nombre de pandémies qui ont précédé dans notre ère de la modernité. (La grippe espagnole qui faucha tout de même 40 à 100 millions de victimes en deux ans [1917-1919] n’influa en rien sur les événements politiques de 1918-1919 ; les récits de la fin de la Grande Guerre, même des historiens contemporains, en font à peine mention quand seulement ils le font.) Par conséquent, on peut dire que la crise-Codiv19 n’est pas un événement sanitaire mais qu’elle s’intègre dans un événement eschatologique (GCES) en même temps qu’elle le précipite avec une extraordinaire brutalité, sous un angle extraordinairement inattendu.

Là-dessus, on commence à réaliser, chez certains dans tous les cas, ce bouleversant phénomène ; au reste, il règne effectivement une sorte d’“humeur cosmique” qui imprègne les psychologies, même chez ceux qui ne discutent pas clairement cette problématique. Il y a par conséquent ce que nous décririons comme une “eschatologisation de la psychologie”.

Même une vieille crapule comme Kissinger, – vieux pseudo-sage bougonnant de 96 ans, qui s’est toujours gardé des positions extrêmes et des avis tranchés pour avoir l’air d’avoir toujours eu raison quand il le fallait, – même Kissinger donc, semble “eschatologisable”. Dans un article pour le Wall Street Journal (le  3 avril 2020), il s’exerce au “plus rien ne sera jamais comme avant” ; il commence donc par une analogie à sa propre gloire intime, celle du brave bidasse-G.I.’s qu’il aurait été au sein de la 84èmedivision d’Infanterie, écrasé soudain par une puissance absolument inattendue et complètement imprévue, – la contre-offensive allemande de décembre 1944, “the Battle of the Budge” :

« L’atmosphère surréaliste de la pandémie de Covid-19 me rappelle ce que je ressentais lorsque j'étais jeune homme dans la 84e division d'infanterie pendant la bataille des Ardennes. Aujourd'hui, comme à la fin de 1944, il y a le sentiment d’un danger sans but précis, qui ne vise pas une personne en particulier, mais qui frappe au hasard et qui est absolument dévastateur. Mais il y a une différence importante entre cette époque lointaine et la nôtre. L'endurance américaine était alors fortifiée par un objectif national ultime. Aujourd'hui, dans un pays divisé, un gouvernement efficace et clairvoyant est nécessaire pour surmonter les obstacles... » (etc., fin du domaine non-payant) 

Soyons juste : si Kissinger livre dans son analyse et pour ce qui concerne la situation qui suivra la crise-Codis19 quelques banalités assez vagues pour ne pas être démenties, même si elles s’avèrent inapplicables, on trouve au moins dans son récit cette marque d’“eschatologisation” qui nous importe. En  quelques phrases relevées par le prestigieux (oups) Daily Mail, où l’ancien secrétaire d’État arrive à trouver quelques vertus dans l’action de l’administration Trump, – ce qui est un exploit sémantique :

Kissinger  « estime que la Maison Blanche a fait “un travail solide pour éviter une catastrophe immédiate”, mais il ajoute que le gouvernement doit travailler efficacement et avec clairvoyance pour vaincre la maladie, non seulement pour regagner la confiance des Américains mais aussi celle du monde entier : “Lorsque la pandémie sera terminée, les institutions de nombreux pays seront perçues comme ayant échoué. Que ce jugement soit objectivement juste ou non n'a aucune importance. La réalité est que le monde ne sera plus jamais le même après le coronavirus”
» Selon lui, les États-Unis doivent travailler rapidement pour trouver un remède, participer à la reconstruction de l'économie mondiale et protéger “l’ordre mondial libéral”, ajoutant que “même les États-Unis ne peuvent pas, dans un effort purement national, vaincre le virus”. »

Souhaitons-nous bonne chance pour “protéger l’ordre mondial libéral” qui est d’ores et déjà pulvérisé et revenons aux choses sérieuses, c’est-à-dire à l’eschatologie, pour présenter un autre texte, plus significatif lui, de l’état de l’esprit qui préside à la réalisation de cette situation extraordinaire. Il s’agit d’un texte de Will Solomon, dont nous savons peu de choses ; le texte vaut donc par son contenu seul, ce qui est un excellent signe. Il est tout à fait dans l’ordre de l’eschatologie puisque, exposant l’immense bouleversement qui nous touche, – bien plus qu’une pandémie, bien entendu, – l’auteur nous annonce clairement qu’il ignore ce qui va survenir et ne se risque à aucune hypothèse à cet égard. Il s’agit donc bien d’eschatologie, avec une petite correction à la définition de Garaudy, autorisée par l’avancement de la chose : « Demain [doit] être différent, c’est-à-dire: tout ne peut pas être réduit à ce qui existe aujourd’hui... »

Voici le texte de Will Solomon adapté de l’anglais, paru le  3 avril 2020 sur le site CounterPunch.org.

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Une nouvelle dystopie

Il est difficile de résumer avec précision le changement qui s'est produit dans notre perception et notre expérience collectives au cours des dernières semaines. Le fait que tout semblant de “certitude” et de “normalité” ait disparu ne paraît plus être la caractéristique principale ; ce qui ressort, c’est le changement psychologique en cours, qui se produit aux niveaux collectif et individuel. Qu'est-ce que cela signifie, comment cela va-t-il continuer à évoluer ? Chaque conversation que j'ai maintenant porte sur le coronavirus ou les choses qui l’entourent. Tout ce que je lis en ligne y est lié. La “distanciation sociale”, “l’aplatissement de la courbe”, ces expressions sont devenues omniprésentes, standardisées.

La situation révèle de plus en plus et de plus en plus rapidement un certain nombre de vérités inconfortables sur notre réalité, évidentes depuis longtemps mais dissimulées et qui sont mises en lumière aujourd’hui, et tant de choses que nous considérions comme allant de soi apparaissent désormais basées sur l’inertie, sur une foi par défaut et sur une organisation qui se révèle très bancale.  Le vrombissement de l’économie, une disponibilité sans limite des biens de consommation, l’école, les transports, le travail, – tout cela se dissout face au virus.

Il existe, dans cette étrangeté hyperconnectée, le sentiment que nous vivons quelque chose qui était prévisible et inéluctable. Cela va au-delà des réalités spécifiques d’un plan de réponse à la pandémie vidé de sa substance (sans parler des capacités de santé publique) et d'une misérable gestion générale de la crise, pour atteindre quelque chose de plus métaphysique : le sentiment omniprésent d’une fatalité, d’une apocalypse, le sentiment que nous sommes à la fin des temps, qu’“il n’y a pas de futur”. Il y a le sentiment d’un présent perçu comme quelque chose de déjà-vu, comme une projection qui aurait été faite au XXème siècle d’un avenir impliquant l’effondrement au XXIe siècle. Ce sentiment n'est en rien nouveau, mais il s’est certainement accentué, – et l’on a la sensation d’avoir atteint un nouveau degré dans la dystopie.

Bien sûr, il y a aussi la pure réalité économique de la situation : plus de trois millions de demandes d'allocations de chômage la semaine dernière, de loin le plus grand nombre jamais enregistré en si peu de temps. Nous voyons l’artifice de l’économie de “services”, – là aussi, sans surprise pour ceux d'entre nous qui ont observé pendant des années s’installer ce tourbillon de désordre, et encore plus pour ceux d'entre nous qui y ont travaillé. Le grand public se rend peut-être compte (ou pas) de ce qui est clair pour beaucoup d’entre nous depuis longtemps : il n'y a pas de véritable économie.

Alors que la situation s’aggrave, que la vague déferle, il y a quelque chose d’extraordinairement effrayant de voir des gens des élites et des gens ordinaires demander à Trump d'affirmer des pouvoirs d’autorité politique jamais activés auparavant, – alors que le ministère de la justice tente de promulguer ses propres mesures draconiennes. Tout cela constitue une tentative désespérée d'autoritarisme, rendue encore plus effrayante par le fait que beaucoup d’entre nous le comprennent et sont prêts à concéder que cela peut être en partie nécessaire. Il est clair, notamment à la lumière de ce que révèle cette attitude, que les choses ne reviendront jamais “à la normale”. Qu’était-ce donc que cette “normale” ?

Le fait est que nous vivons de façon plus insoutenable que jamais, –  nous vivions déjà comme cela mais nous avons encaissé un énorme dos d’âne qui nous a expédiés sur le bord de la falaise vers laquelle nous nous dirigions de toutes les façons. Si ce n’avait été le virus, c’eût été autre chose. La secousse massive que cela a provoquée dans le monde entier montre assez clairement que les systèmes du capitalisme, de la civilisation industrielle elle-même, sont proches de basculer dans le précipice, et les États-Unis sont particulièrement mal placés pour appréhender cet événement. Ce que tout cela va enfanter n'est pas clair, et même pour ceux d’entre nous qui ne sont pas totalement surpris par l’événement, sa vitesse a freiné sa réalisation. Mais nous y sommes : quelque chose se passe, quelque chose de nouveau arrive ; soyez-y préparés.

Will Solomon

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“Captain Crozier !... Captain Crozier !...”

Par info@dedefensa.org — 4 avril 2020 à 00:00

Captain Crozier !... Captain Crozier !...”

4 avril 2020 – Grâce à notre lecteur Dominique Larchey-Wendling (Forum de notre texte d’hier), on a pu prendre connaissance, et moi-même avec un particulier intérêt, d’un texte et d’une vidéo mis en ligne  hier soir  par CNN. La vidéo d’abord, parce qu’elle est très parlante : c’est l’instant où le commandant du USS Theodore Roosevelt (“T.R.”, ou “Big Stick”), le capitaine de vaisseau (Captain) Brett Crozier, quitte le porte-avions qu’il commandait, descendant la passerelle qui le conduit au quai. Une foule impressionnante est rassemblée sur le quai, sans aucun doute des marins du “TR”et d’autres de la base de Guam, et peut-être des familles, acclamant l’officier et scandant “Captain Crozier !... Captain Crozier !...”.

Dans l’esprit la scène rappelle le départ du général de Villiers, au milieu d’une haie d’honneur spontanément formée par les effectifs de son cabinet. Ainsi les gens qui ont choisi le métier des armes saluent-ils d’une façon qui n’est pas prévue par le protocole et qui est même vue d’un très mauvais œil par le règlement, surtout dans de telles circonstances, les chefs qui ont mis leur situation professionnelle en jeu pour défendre ceux qu’ils commandent contre les autorités et la bureaucratie militaire, lorsqu’ils jugent erronées et préjudiciables les décisions de ces structures dont ils dépendent...

Le Pentagone n’a pas dû goûter le spectacle, mais il fait contre mauvaise fortune bon cœur car la communication et l’affectivisme régnant dans ce monde du Système le commandent. Interviewé par le même CNN, le ministre de la Marine par intérim Modly a renouvelé les reproches faits à Crozier, – avoir fait connaître son message à 20-30 personnes et n’avoir pas suivi la voie hiérarchique, – mais a surtout parlé de l’affection liant ses marins à l’ex-commandant du porte-avions : « Je suis entièrement convaincu que votre commandant vous aime, et qu’il vous avait dans son cœur et dans son esprit dans chacune de ses décisions. Je sais aussi que vous avez également beaucoup d’affection et d’amour pour lui. » (Difficile de retenir ses larmes : peut-être renverront-ils Crozier comme aumônier-en-chef sur le “T.R.” ?)

Le texte de CNN est intéressant. Il apporte des détails inédits, et d’abord l’impression que le Pentagone, secoué par l’affaire Crozier et la popularité de l’acte de l’officier ainsi sacqué, est en plein branle-bas pour partir en guerre contre Codiv-19 et protéger la précieuse santé de ses marins, soldats et aviateurs. De ce point de vue, Crozier a bien tapé du pied dans la fourmilière. Bien entendu, cette mobilisation commence par l’habituelle mesure du Pentagone : désormais, la lutte contre Covid-19, comme toute opération stratégique de haut niveau, sera couverte par le secret. Les sottises pourront donc être faites en toute tranquillité mais pas nécessairement en toute impunité pour leurs conséquences, – en effet, jusqu’à ce que les fuites et les lanceurs d’alerte, qui pullulent autant que Covid-19, en décident autrement, – et cela ne tardera pas, comme le montre déjà l’affaire-Crozier.

Deux autres nouvelles que donne le même texte montrent effectivement que cette Grande Guerre du Pentagone versus l’épouvantable Covid-19 ne fait que commencer.

• Le texte mentionne qu’une source au Pentagone a indiqué à CNN, en tout anonymat, que le USS Ronald Reagan, porte-avions de la même classe que le “T.R.”, connaîtrait les premiers signes du même problème affectant le susdit “T.R.”

• Un groupe de sénateurs démocrates envoie une lettre, dans des termes mesurés et prudents mais tout de même transparents et empreints de fermeté, au Contrôleur Général du Pentagone Glenn Fine, pour qu’il mène « une enquête officielle sur la réaction de la Navy aux rapports concernant l'épidémie de COVID-19 à bord du USS Theodore Roosevelt et la décision de relever le capitaine de vaisseau Brett Crozier de son commandement. [...] Compte tenu des préoccupations pour la santé et la sécurité des marins à bord du USS Theodore Roosevelt, en plus du risque d'une future épidémie de COVID-19 sur d’autres navires et sous-marins, nous vous demandons instamment [d’évaluer la situation pour savoir]si la Navy met en œuvre toutes les mesures de précaution appropriées et les meilleures pratiques pour protéger la sécurité de notre flotte... »

Voilà à peu près ce que nous apprend CNN, et peut-être l’un ou l’autre lecteur s’interroge-t-il pour savoir pourquoi dedefensa.org et moi-même accordons tant de place à cette affaire alors qu’il existe tant d’autres centres d’intérêt dans cette Grande Crise d’Effondrement du Système. Cette question est justifiée, et je vais m’en expliquer aussitôt à deux niveaux, – et montrant ainsi que cet incident qu’on pourrait juger mineur a ses rapports avec la GCES.

Le premier est l’extension de l’affaire : il en faudrait peu (par exemple s’il se confirmait que le USS Ronald Reagan est également infecté) pour que la question du Covid-19 dans l’armée devienne un débat public et humanitaire, avec ce qu’il faut d’affectivisme pour rudement faire pression sur la bureaucratie du Pentagone. Si l’on commence à s’inquiéter de la santé des soldats dans cette atmosphère d’hyperpuissance de la communication, le Pentagone devra apprendre à marcher sur des œufs dans un champ de mines et devra supporter d’autres Crozier, et peut-être même décorer Crozier rétroactivement.

(Voir, pour d’autres cas et pour le climate général en dégradation au Pentagone,  ce texte de Eric Felten, dans RealClear Investigations.com.)

Or, cette situation, toujours à cause de cette terrible pression de la communication, peut aller jusqu’à un point où le Pentagone peut décider de réduire ses engagements outre-mer, là où il peut très mal lutter contre le Covid-19 et trop exposer la santé de ses soldats. Et l’on sait que cette logique est en lien avec la possibilité d’un intérêt très-activiste du Pentagone pour une situation intérieure US qui se détériorerait. Cela renvoie à ce passage d’une analyse  du 27 mars, où déjà le USS Theodore Roosevelt jouait son rôle, mais avec une situation qui s’est aggravée depuis, tant pour le Pentagone que pour la sécurité intérieure des USA confrontés à une terrible attaque de Covid-19.

« Ce cas met en pleine lumière ce qui se répandait déjà au gré de certaines rumeurs : le problème que Codiv-19 pose aux forces US en déploiement extérieur. Ces forces n’ont guère de soutien sanitaire dans ce domaine du déploiement extérieur, et elles sont loin des structures de défense contre la pandémie qui sont en train d’être mise en place aux USA même. C’est pourquoi nous évoquons dans le texte sur le USS Theodore Roosevelt la possibilité d’un repli des positions impérialistes US vers le sol national:
» “Ce mouvement de retrait pourrait prendre une ampleur intéressante, surtout à la lumière du cas du USS ‘Theodore Roosevelt’ et de ses effets psychologiques. L’on pourrait ainsi imaginer, à partir de cette sorte d’évacuation, la décroissance voire l’abandon des positions et de l’effort de l'impérialisme US, vaincu par l’épidémie et obligé de se retirer sur la formule isolationniste du territoire national. Il s’agirait d’une formule très originale de décadence, voire d’effondrement de la puissance”.
» Ainsi établissons-nous un rapport inverse à celui que propose Sjursen. La crise-Covid19 oblige le Pentagone à envisager un repli partiel, ou un repli important, devant la menace de voir ses structures de force paralysées par la pandémie. En même temps, ce repli partiel augmente l’intérêt des militaires pour la situation intérieure, pour les structures de luttes contre la pandémie, pour un regard toujours plus critique sur la conduite catastrophique de la caste politicienne dans cette crise. Il s’agit d’un reflux vers une sorte d’isolationnisme de “loi martiale” structurelle, une sorte d’“isolationnisme martial” suivant un “flux impérial” présentant désormais plus d’inconvénients dont certains mortels, que d’avantages. »

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La Chine révélatrice

Par info@dedefensa.org — 4 avril 2020 à 00:00

La Chine révélatrice

3 avril 2020 – Pour poursuivre sur la page d’hier dans ce Journal-dde.crisis, il me semble opportun de présenter une analyse  publiée par  Moon of Alabama (MoA) et traduite par nos amis du  Sakerfrancophone. L'analyse vient prolonger et enrichir le débat proposé hier. MoA, qui est bien connu pour ses positions indépendantes et antiSystème, en plus de ses qualités professionnelles, est particulièrement à son aise dans les analyses factuelles sur tel ou tel cas où le simulacre-Système a accouché d’une horreur de communication et d’information, au-delà de la désinformation et de la mésinformation mais plutôt du domaine de Disneyland, qu’il s’agit de redresser avec aredeur et précision. Ainsi MoA fait -il la démonstration
1). qu’il est extrêmement difficile de tenir un bilan précis des pertes causées par une épidémie (on le voit bien dans les bilans historiques où l’on a pourtant eu le temps d’analyser et de comptabiliser, et qui restent extraordinairement imprécis : la grippe espagnole de 1918-1920 a fait de “de 60 à 100 millions de mort” et la grippe asiatique de1957, “de 1,5 à 4 millions de morts”).
2). Que certaines variations du bilan chinois sont par conséquent normales, – on retrouve le même cas dans de nombreux pays, y compris et surtout du bloc-BAO, – et par conséquent il est absurde d’accuser la Chine de mensonges, et plus encore de machination et de préméditation.

Évidemment, le grand intérêt de la reprise de ce texte est de le comparer à celui d’hier, où une partie importante était consacrée aux écarts antichinois de ZeroHedge.com, autre site connu comme MoA, également de réputation indépendante et antiSystème, et qui dans ce cas surprenant défend avec vigueur, et à de nombreuses reprises, et souvent dans les moindres allusions, la thèse officielle de la duplicité chinoise. On trouve ainsi concrétisée un cas presque parfait d’une opposition fondamentale entre deux sites de même tendance, illustrant ce chaos caractérisant désormais cequ’on nommait avant le “front antiSystème“ et qui se dissout aujourd’hui en un tourbillon crisique bien illustratif des Derniers Temps.

Le cas du Covid-19 est d’autant plus intéressant et significatif qu’il n’est pas politique à priori, mais qu’il a été quasi-instantanément “politisé” (les soupçons antichinois ont fleuri dès janvier 2020), montrant par là que le Système, – cette “politisation” antichinoise est venue du Système, – vit dans un état d’alerte permanente, qu’il voit des ennemis partout et interprète le moindre événement, même le moins politique, comme des actes d’agression qui lui sont destinés. Cette tension est si grande qu’il faut bien constater que certains indépendants-antiSystème y cèdent, sans voir la signification de leurs positions et les effets à terme.

Mais peu importe enfin. Il reste que la course suivie, et accélérée avec Covid-19, est plus que jamais le processus de transmutation de la surpuissance en autodestruction, et la méfiance paranoïaque du Système accélère joliment le processus. Comme nous l’avons dit, les antiSystème n’ont pas un rôle “offensif” direct à jouer, – ce qui rendrait inquiétantes certaines variations chaotiques de certains d’entre eux, – maïs un rôle d’excitation, de provocation, etc., dans le but d'activer l'équation surpuissance-autodestruction : « Mais non à la fin ! Les antiSystème ne sont pas là pour vaincre le Système, tâche extraordinaire et surréaliste ; les antiSystème sont là pour l’exciter, le Système, pour le rendre fou de rage, pour lui faire prendre des mesures extrêmes et mauvaises... [...] ...l’impitoyable marche aux abysses du Système hurlant sa surpuissance jusqu’à l’autodestruction. » 

Semper Phi

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La Chine ne nous a pas trompés …

La campagne antichinoise, que mène le conseiller adjoint à la sécurité nationale,  Matthew Pottinger, a présenté sa blague du premier avril. Ce dernier a révélé à Bloomberg qu’un rapport secret des services de renseignement américains prétend  que la Chine a dissimulé les chiffres réels de ses cas de Covid-19 :

La Chine a dissimulé l'étendue de l'épidémie de coronavirus dans son pays, sous-estimant à la fois le nombre total de cas et de décès qu'elle a subis, a conclu la communauté du renseignement américain dans un rapport classifié livré à la Maison Blanche, selon trois responsables américains. ...

Bien que la Chine ait finalement imposé un verrouillage plus strict que celui des nations moins autocratiques, les chiffres rapportés par la Chine ont suscité un scepticisme considérable, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays. Le gouvernement chinois a révisé à plusieurs reprises sa méthodologie de comptage des cas, excluant pendant des semaines les personnes sans symptômes, et ce n'est que mardi qu'elle a ajouté plus de 1 500 cas asymptomatiques à son total. 

L’entassement de milliers d'urnes à l'extérieur des pompes funèbres de la province de Hubei ont semé le doute dans l'opinion publique en ce qui concerne les rapports de Pékin.”

La Chine n’a pas caché le nombre de cas de Covid-19 qui l’affectait. Elle n’a pas non plus caché d’informations.

Il est en fait très difficile de communiquer des chiffres lors de l’apparition d’une nouvelle maladie.

Quand commence-t-on à compter ? La Chine n’a su qu’au début du mois de janvier qu’elle subissait une nouvelle épidémie de virus. À ce moment-là, les personnes décédées le mois précédent avaient déjà été incinérées. Comment peut-on les compter ?

Doit-on inclure ou non les co-morbidités dans le décompte ? Qu’en est-il des victimes d’un accident de voiture qui se révèlent également positif pour le Covid-19 ? Qu’en est-il des personnes qui sont mortes avec les symptômes du Covid-19 mais qui n’ont pas pu être testées faute de kits de test ? Les tests sont-ils vraiment fiables ? À un moment donné, la Chine a inclus tous les cas de pneumonie dans le nombre de cas de Covid-19, même s’ils étaient négatifs au test de dépistage de Covid-19. Les épidémiologistes chinois ont pensé que leur test était erroné et n’ont découvert que plus tard que ce n’était pas le cas.

Qu’en est-il des cas asymptomatiques dont le test est positif ? S’agit-il de faux positifs ou ces personnes sont-elles réellement porteuses du virus ? On ne peut le savoir qu’en leur faisant subir un test de dépistage des anticorps, un mois plus tard. Si elles ont développé des cellules d’anticorps contre le virus, c’est qu’elles devaient l’avoir. C’est peut-être la raison pour laquelle la Chine n’a ajouté que maintenant les 1 500 cas asymptomatiques à son compte total.

Le nombre le plus important lors d’une épidémie est celui qui permet de planifier les ressources et de modéliser les contre-mesures. Ce chiffre est le taux de mortalité.

Mais ce n’est pas le bon chiffre si l’on se demande quelle est la probabilité de mourir de la maladie :

Vous avez peut-être entendu parler d'un terme utilisé : le “taux de létalité”, ou TL. Il s'agit du nombre de décès divisé par le nombre de cas confirmés. Lorsque les journalistes parlent du “taux de mortalité”, c'est souvent à lui qu'ils font référence. Si un pays compte 10 000 cas confirmés et 100 décès, alors le TL dans ce pays est de (100/10 000), soit 1 %.

Ce n'est pas ce que nous recherchons, et ce n'est probablement même pas très proche de ce que nous recherchons.

Ce que nous voulons, c'est plutôt le “taux de mortalité par infection”, ou TMI. Il s'agit du nombre de décès divisé par le nombre de personnes qui ont effectivement la maladie. Le nombre de personnes qui ont été testées positives pour la maladie n'est probablement qu'une fraction du nombre total de personnes qui l'ont eue, car seule une fraction de la population a effectivement été testée. 

Il est évident que le TMI est beaucoup plus difficile à déterminer avec précision. Les seules personnes qui se font tester sont celles qui sont les plus malades, de sorte que votre TMI est probablement beaucoup plus faible que votre TL, parce que votre dénominateur - le nombre par lequel vous divisez - est probablement beaucoup plus grand. 

Donc, si votre pays a testé absolument tout le monde et a trouvé tous les cas de la maladie, votre TMI est le même que votre TL, soit 1%. Mais si seul 10 % des personnes atteintes de la maladie ont été testées, alors vos 10 000 cas confirmés ne sont que la partie visible d'un iceberg de 100 000 personnes. Avec ces 100 décès, votre TMI serait de (100/100 000) ou 0,1 %.

La Chine, et tous ceux qui ont suivi ses données, savaient que le nombre de cas déclarés est différent du nombre d’infections réelles. Mais nous ne savions pas de combien. Il était également clair que la Chine ne comptait pas tous les décès dus au Covid-19. L’Italie montre comment ce problème  se pose :

Alors que les hôpitaux sont surpeuplés, on demande aux patients de rester chez eux jusqu'à ce qu'ils présentent les symptômes les plus graves. Nombre d'entre eux mourront chez eux ou dans des maisons de retraite et ne seront peut-être même pas comptés comme des cas de Covid-19, à moins qu'ils ne soient testés post-mortem.

La semaine dernière, deux chercheurs du nord de l'Italie ont fait valoir ce point avec force en examinant la situation à Nembro, une petite ville près de Bergame qui a été très gravement touchée par l'épidémie. Dans le journal italien Corriere della Sera, ils ont constaté que la ville avait enregistré 158 décès en 2020, contre 35 en moyenne au cours des cinq années précédentes. Ils ont noté que Nembro n'avait compté que 31 décès dus à Covid-19, ce qui semble être une sous-estimation.

Dans d'autres villes voisines, dont Bergame elle-même, la tendance semblait identique. Les chercheurs ont fait remarquer que le seul indicateur fiable en fin de compte sera la “surmortalité”, c'est-à-dire le nombre total de personnes décédées par rapport à une année “normale”.”

Le Royaume-Uni produit deux données différents. L’Office for National Statistics indique qu’il  compte  plus de décès par Covid-19 que le site officiel GOV.UK du ministère de la santé et de l’aide sociale :

Nous incluons tous les décès pour lesquels le COVID-19 était mentionné sur le certificat de décès, même s'il n'était que suspecté : les chiffres du GOV.UK ne concernent que les décès pour lesquels le patient avait un résultat positif.

Nous incluons les décès qui se sont produits n'importe où en Angleterre et au Pays de Galles, par exemple, certains peuvent se produire dans des maisons de soins : les chiffres du GOV.UK sont uniquement ceux qui se sont produits dans les hôpitaux.”

La définition des personnes à compter peut changer au fil du temps et  pas seulement en Chine :

Les pays peuvent avoir de bonnes raisons de modifier leur façon de collecter des données en fonction de l'évolution des circonstances, mais cela arrive apparemment assez souvent pour que l'Organisation Mondiale de la Santéestime qu'elle doit demander aux pays  de l'informer lorsqu'ils le font. On sait que la Chine l'a fait pendant l'épidémie, mais d'autres l’ont aussi fait : en se conformant à la demande de l'OMS, l’Australie  a indiqué qu'elle avait changé sa définition d'un “cas”de Covid-19 (et donc d'un “décès” dû à Covid-19) au moins 12 fois depuis le 23 janvier.”

Quant au nombre  d’urnes livrées  aux pompes funèbres de Hubei après la levée de la quarantaine, il faut également tenir compte du nombre de décès réguliers. La province du Hubei compte quelque soixante millions d’habitants. Le  taux de mortalité régulier  en Chine est de 726 pour 100 000 habitants par an. Le nombre de décès réguliers attendus entre le 1er janvier et le 31 mars dans la province de Hubei, sans l’épidémie, était de 108 900. À Wuhan, qui compte 14 millions d’habitants, le nombre attendu était de 25 410. Les photos qui montrent la livraison de quelques milliers d’urnes aux grandes pompes funèbres de Wuhan ne sont donc pas le signe d’un taux de mortalité plus élevé pour le Covid-19. Prétendre cela est un non-sens à but  propagandiste.

Il n’y a aucune raison de critiquer la Chine pour avoir publié des chiffres incomplets et parfois déroutants. C’est normal lors de toute épidémie et les États-Unis feront certainement de même. Le vrai problème avec les différents chiffres qui circulent est ailleurs.

Les gens essaient de faire des prévisions sur le nombre de personnes qui seront infectées et mourront du virus. Ces modèles sont nécessaires pour préparer les ressources. Mais il est extrêmement difficile de faire des prévisions car les différents modèles réagissent de  manière très sensible  aux données d’entrée. Un modèle qui fonctionne dans le pays A peut donner de mauvais résultats lorsqu’il est utilisé pour le pays B. Les villes et les communes sont différentes. Les circonstances locales peuvent faire d’énormes différences. Avec des chiffres réels d’infection et de taux de mortalité inconnus lors d’une épidémie, nous pouvons seulement espérer que nos épidémiologistes, qui sont formés pour élaborer et interpréter de tels modèles, obtiennent les bons résultats.

Prétendre que la Chine a trompé les États-Unis et le monde sur ses chiffres ou qu’elle a essayé de faire croire que l’épidémie n’était pas aussi grave qu’elle ne l’est n’a aucun sens.

La Chine a pris des  mesures extrêmes  et drastiques à un coût économique élevé pour empêcher une plus grave épidémie. Elle ne l’a pas fait pour tromper qui que ce soit, mais parce qu’elle a vu la gravité du problème. Elle a agi pour vaincre le virus et ceci dans l’intérêt du monde entier.

La Chine a donné au monde le temps de se préparer à la pandémie. Malheureusement, ce temps n’a pas été  utilisé à bon escient. L’une des raisons pour lesquelles les États-Unis vont maintenant connaître une très grande épidémie est qu’ils ne sont pas disposés à suivre l’exemple chinois. Lorsque l’on déclare que les magasins d’armes et les champs de tir sont des entreprises  essentielles  qui doivent rester ouvertes pendant le confinement, c’est qu’on ne prend pas au sérieux la lutte contre l’épidémie.

En accuser la Chine est tout simplement absurde.

Le nombre réel de victimes de l’épidémie de SRAS-CoV-19 ne sera connu qu’une fois que celle-ci sera terminée et lorsque nous comparerons les nouvelles statistiques de décès à celles des années précédentes. Une chose est sûre. Le nombre de “décès excédentaires” sera plus faible dans les pays qui ont utilisé le temps que la Chine leur a accordé et qui se sont préparés à ce qui les attendait.

 

Moon of Alabama, 1er avril 2020, – Traduction du Sakerfrancophone (traduit par Wayan, relu par Jj).

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Le fardeau du Pentagone

Par info@dedefensa.org — 3 avril 2020 à 00:00

Le fardeau du Pentagone

Le capitaine de Vaisseau Crozier a été victime de  l’idéologie du “Big Stick (“gros bâton”), selon le surnom du porte-avions USS Theodore Roosevelt, qu’il commandait (passé nécessaire) et la parole fameuse du président (TR) dont le porte-avions porte le nom : « Parlez doucement avec un gros bâton à la main ; vous irez loin ». Crozier a été suspendu de ses fonctions à la suite de son intervention “humanitaire” (dans le vrai sens du terme, pas dans celui des ONG-Soros) en faveur des marins du grand porte-avions d’attaque réfugié à la base de Guam pour cause de Covid-19. WSWS.org  interprète cette décision de cette façon qui nous semble absolument correcte : 

« Dans une déclaration claire selon laquelle sauver des vies dans la pandémie de COVID-19 ne peut pas être autorisé à interférer avec les objectifs de guerre de l'impérialisme américain, la marine américaine a licencié le commandant du porte-avions Theodore Roosevelt qui avait mis en garde contre la propagation de la maladie.
» Le capitaine de vaisseau de l’US Navy Brett Crozier a été licencié jeudi deux jours seulement après avoir envoyé une lettre demandant à ses supérieurs de prendre des mesures d'urgence pour permettre à l'équipage de l’USS Theodore Roosevelt, qui souffre d'une grave épidémie de COVID-19, de débarquer.
» “Nous ne sommes pas en guerre. Les marins n'ont pas besoin de mourir. Si nous n'agissons pas maintenant, nous ne parvenons pas à prendre soin de notre atout le plus précieux: nos marins”, écrivaitt Crozier dans la lettre.
» Le secrétaire par intérim de la Marine, Thomas Modly, a été clair sur le message qu'il envoyait. Se référant simultanément au navire par son surnom, “le gros bâton” et en utilisant le terme pour se référer euphémiquement au pouvoir de l'impérialisme américain, Modly a déclaré :  La nation doit savoir que le gros bâton est intrépide et imparable… nos adversaires doivent savoir cela aussi. Ils respectent et ils ont peur du gros bâton et ils font bien. Nous ne laisserons rien diminuer de ce respect et de cette peur.”
» Il a poursuivi : “Nous ne sommes pas en guerre selon les conceptions traditionnelles mais nous ne sommes pas non plus en paix. »

Dans le développement de cette affaire, il y a d’autre part la question plus large, et plus intéressante par son aspect social et politique, de l’effet qu’a produit cette lettre, – et sa publication publique, certes et bien entendu... La position officielle (par le ministre de la Marine par intérim Modly) est que cette lettre a inutilement causé la panique, ce qui implique un grave manque de jugement de Crozier. Ce n’est pas un avis répandu mais plutôt une couverture officielle renvoyant à la rigidité complète de la direction du Pentagone.

« Mardi, le président américain Donald Trump a clairement fait connaître sa position sur la situation du USS Theodore Roosevelt. Il s’est montré sans sympathie ni inquiétude, disant simplement qu'il “laisserait les militaires prendre leur décision”.
» Modly a dénoncé la lettre par Crozier comme un “manque de jugement inhabituel” qui a créé une “panique”. Modly a poursuivi : “Et c’est ce qui est frustrant à ce sujet, cela a créé la perception que la Marine ne fait pas son travail et que le gouvernement ne fait pas son travail.”
» David Lapan, colonel à la retraite du Corps des Marines et ancien porte-parole du Comité des chefs d'état-major interarmées, a précisé qu’il ne pensait en aucune façon que la lettre de Crozier avait créé plus de panique que ce qui existait déjà. Il a déclaré à DefenseOne : “L’idée que la diffusion de cette lettre a créé la panique parmi les familles est absurde ! Vous ne pensez pas que les familles ne savaient pas déjà ce qui se passait sur ce navire ? Vous ne pensez pas que les marins ne disaient pas déjà à leurs familles ce qui se passait sur le navire ? C'est ridicule ... Il est plus crédible de penser que la lettre a bouleversé les familles en leur laissant à penser que la Navy ne prend pas les bonnes mesures pour protéger leurs proches.” » 

Il y a des contradictions et des convergences intéressantes entre ces deux interventions, qui résument assez bien une situation latente, encore secrète, qui pourrait se développer et mettre en cause les capacités de combat des USA.

• Lapan a raison de ridiculiser la critique de Modly selon laquelle la lettre de Crozier allait causer la panique. La panique, explique Lapan, existe déjà chez les familles des marins, qui connaissent la situation de leurs proches à bord du porte-avions ; mais elle existe aussi et d’ores et déjà chez les chefs du Pentagone et dans les commandements suprêmes, tant cette affaire du USS Theodore Roosevelt est embarrassante en ce qu’elle jette une ombre dangereuse sur les capacités de combat des USA. 

• Actuellement, il y a officiellement 1 638 cas de Covid dans les forces armées et assimilées, selon le Pentagone, mais ce chiffre est largement contesté. Diverses indications  laissent à penser qu’il y a beaucoup plus de personnes atteintes et que cette évolution inquiète de plus en plus la direction (le Perntagone). Officiellement, il y a seulement le “TR” qui doit modifier son statut opérationnel, et donc le seul navire en opération touché par la pandémie. Par contre, des sources officieuses parlent de cinq navires de la Navy (dont le “T.R.”), qui sont actuellement touchés par la pandémie et dont le degré d’opérationnalité doit être supposé comme douteux ; et la prospective est bien entendu que des cas de cette sorte se multiplient, à partir des multiples déplacements courants des forces navales US de ces dernières semaines. (Avec l’incident du USS Theodore Roosevelt., des mesures ont été annoncées, et notamment les escales dans des ports étrangers ont été annulées, mais l’on parle ici des déplacements et escales avant que ces mesures soient prises.)

• D’ailleurs, Modly affirme également, dans son intervention, qu’il est absurde de parler de l’abandon de la posture opérationnelle active du “TR”, même si son équipage était réduit à 1 000 hommes, que le porte-avions continuerait à constituer une unité apte à des interventions armées dévastatrices. Ces affirmations ridicules dans leurs détails dénotent effectivement cette crainte (cette panique) que la puissance US apparaisse gravement handicapée par Covid-19.

• Il nous semblerait alors que la panique dont parle Modly, et dont Lapan dit qu’elle existe déjà dans les familles des marins du porte-avions, caractérise en vérité principalement la posture des directions civiles et militaires du Pentagone, quant à la validité du dispositif général des forces US déployées dans le monde. Il nous semblerait également que le Pentagone gère aussi mal la pandémie pour ses forces, que le gouvernement Trump pour la population, puisque sa principale préoccupation est du type relations publiques (toujours donner l’apparence de la puissance qui n’est en rien diminuée par la pandémie), et nullement concernant la santé et la sécurité des soldats et des marins. Ainsi peut-on voir, au travers de ces différentes interventions dans cette affaire très médiatisée du USS Theodore Roosevelt, que la principale préoccupation de Modly a été d’affirmer qu’en tout état de cause le porte-avions restait absolument opérationnel, et sa dernière intervention pour justifier la sanction contre Crozier également, et selon une posture rhétorique ridicule si l’on juge de la situation réelle de cette unité. (« La nation doit savoir que le gros bâton est intrépide et imparable… nos adversaires doivent savoir cela aussi. Ils respectent et ils ont peur du gros bâton et ils font bien. Nous ne laisserons rien diminuer de ce respect et de cette peur. »)

• Ces divers facteurs, qui sont particulièrement mis en évidence par l’affaire du USS Theodore Roosevelt, et la sanction contre son commandant, font craindre une évolution extrêmement compliquée pour les forces armées US qui sont déployées partout dans le monde, parfois selon des structures très tendues et sans moyens sérieux, ni de prévention, ni de traitement de la pandémie. Il y a là la possibilité de la mise en marche d’un mécanisme de retrait selon des obligations sanitaires, qui constituerait un très fort affaiblissement de l’image déjà extrêmement écornée de la puissance militaire US. On comprend que le simulacre de l’affirmation d’un “complot chinois” contre la puissance US soit sollicité pour l’argumentation en interne, et pour le ralliement des alliés autour de la bannière étoilée.

• Tout cela fait énormément raccommodage de bric et de broc, ou bien l’aveuglement d’une voie d’eau pendant qu’une autre se déclare à côté. “Softly, as I Decline Swiftly”, disait un dicton goguenard paraphrasant une chanson, des troupes US, lors des troubles internes aux forces armées US au Vietnam, en 1969-1972...

 

Mis en ligne le 3 avril 2020 à 16H45

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L’arme fatale en argile

Par info@dedefensa.org — 2 avril 2020 à 00:00

L’arme fatale en argile

 « … Il y a des milliers d’années, bien avant que Bouddha Dīpankara et Bouddha Shakyamuni ne viennent au monde, vivait Bouddha Anagma. Il ne perdait pas de temps en explications et se contentait de pointer les choses du doigt avec l’auriculaire de sa main gauche. Immédiatement, leur vraie nature était révélée. Il aurait pointé une montagne, et elle aurait disparu. Il aurait pointé une rivière, et elle aussi aurait disparu. C’est une longue histoire, mais la fin est la suivante : il a pointé son auriculaire gauche vers lui-même et il a disparu. Tout ce qui est resté de lui, ce fût son auriculaire gauche, que ses élèves ont caché dans un coffre en argile. L’arme fatale est cette boite en argile avec l’auriculaire du Bouddha à l’intérieur. Il y a très longtemps, en Inde, un homme a essayé de transformer cette boite d’argile en l’arme la plus terrible qui soit. Mais dès qu’il eut percé un trou dedans, l’auriculaire l’a pointé du doigt et il a disparu. Depuis lors, l’auriculaire a été conservé dans un coffre fermé à clé et déplacé d’un endroit à l’autre jusqu’à ce qu’il soit perdu dans une des lamaseries en Mongolie… »
(Cette citation est tirée du livre  Chapayev et Pustota  de Viktor Pelevine.)

Je suppose que le principe de fonctionnement de cette arme fatale en argile est le principe du “wu wei” (chinois : 無爲; pinyin : wú wéi). En Tao, il désigne l’action par l’inaction ou l’obtention d’un résultat par la passivité.  Herrlee Creel la décrit comme une « technique par laquelle celui qui la pratique peut acquérir un contrôle accru des affaires humaines » tandis qu’Alan Watts  pense qu’elle a un meilleur rendu quand elle est « non forcée ».

Le petit doigt de Bouddha, ou l’arme fatale en argile, ne tire pas ; il pointe simplement vers une cible. C’est une sorte de pointage très transparent mais entièrement creux, neutre, indifférent. Il n’y a aucun jugement, commentaire ou opinion exprimé ou sous-entendu par cet acte de pointer quelque chose. C’est aux étudiants du Bouddha de réaliser si la chose pointée est une illusion et n’existe pas en réalité, en pratiquant ce qui a été exprimé par Marc Aurèle dans ses Méditations :« […]en regardant toutes les choses, je vois quelle est leur nature, et j’utilise chacune d’elles selon sa valeur […] »Ou, comme l’a explicité Hannibal Lecter dans le film  Le silence des agneaux :« Premiers principes, Clarice. La simplicité. Lisez Marc-Aurèle. De chaque chose particulière, demandez ce qu’elle est en elle-même. Quelle est sa nature ? »

Une application parfaite de ce principe est décrite dans le livre d’Andersen,  Les nouveaux habits de l’Empereur, de Hans Christian : lorsque le petit garçon crie « Regardez, l’empereur est nu ! », il pointe du doigt l’empereur comme un bouddha. Le fait que l’empereur est nu était évident pour quiconque pouvait le voir et le cri du petit garçon n’ajoutait donc aucune nouvelle information. C’était du pur wu wei : le petit garçon a obtenu un grand effet en n’agissant que de la manière la plus évidente, harmonieuse, non forcée et spontanée.

L’arme fatale en argile est parfaitement mortelle si une chose particulière, en soi, n’existe pas vraiment – si c’est un fantôme, un fantasme, une chimère, un sort qui se brise facilement, un mirage composé de brouillard et de fumée et de tours de lumière qui peut sembler parfaitement solide mais qui se dissipe dès que vous essayez de le toucher, ou si c’est une construction mentale telle que la “monnaie de réserve mondiale”, qui semble exister même après que les hypothèses sur lesquelles son fonctionnement était basé ont été invalidées, mais seulement jusqu’à ce que quelqu’un tente de les tester.

J’ai remarqué que ces derniers temps, l’arme fatale en argile est devenue très active, mitraillant tout ce qui est en vue. Ce qui l’a déclenchée, c’est la nouvelle pandémie de coronavirus. Les États-Unis étaient entrés dans la phase suivante de leur effondrement financier à la mi-août 2019, au début de la folie du REPO, lorsque la dette souveraine américaine a perdu sa valeur en tant que garantie pour les prêts au jour le jour. Six mois plus tard, l’arrivée du coronavirus a rendu la réalité de l’effondrement financier impossible à ignorer plus longtemps. La réaction à la combinaison effondrement financier/pandémie a révélé beaucoup de choses sur le monde en général et sur les institutions transnationales et nationales en particulier. Une grande partie de l’économie mondiale étant en chute libre, il incombait à ces augustes organismes d’agir réellement – non pas de bavarder, de blaguer ou de se pavaner, non pas imprimer de l’argent sans aucune garantie physique et espérer que cela aboutisse à quelque chose, mais émettre des ordres spécifiques, veiller à ce qu’ils soient suivis, réquisitionner et distribuer toutes les ressources nécessaires, commander à l’économie, car dans une situation d’urgence comme celle-ci, rien d’autre ne fonctionne.

C’est à ce moment que nous avons soudain découvert que l’Union européenne, l’OTAN et le G7 n’existent pas vraiment. L’arme fatale en argile les a rapidement tous éliminés. L’Union européenne n’a rien fait pendant que les États membres se chamaillaient pour les ressources et fermaient leurs frontières. L’OTAN a été prise à revers pendant que des avions militaires russes atterrissaient sur une base aérienne de l’OTAN en Italie et que des médecins russes se déployaient à travers l’Italie et commençaient à donner des ordres aux Italiens. L’OTAN avait prévu d’organiser des exercices militaires en Europe, et tente de soigner ses douleurs fantômes suite à la perte du Pacte de Varsovie il y a trois décennies, mais elle a été obligée de les annuler lorsque certaines de ses troupes ont été affectées par le coronavirus. Le G7 a tenu une téléconférence qui n’a rien décidé, puis l’Italie a refusé de signer le communiqué commun.

Aux États-Unis, on peut toujours dire que le gouvernement fédéral existe, mais il a pris de nombreuses caractéristiques d’un État en faillite, tandis que d’autres institutions – y compris le Congrès et la Réserve fédérale – ne peuvent exister que dans un monde fantaisiste de faux-semblants où l’impression et la distribution d’argent aux entreprises peuvent surmonter les bouleversements structurels majeurs et les obstacles que ces mêmes entreprises ont créés.

Il s’agit là de problèmes spécifiques et, dans un monde idéal, des solutions spécifiques pourraient être trouvées pour y remédier. Mais il existe un problème plus vaste auquel aucune solution n’est susceptible d’être apportée. L’arme fatale en argile a mis à mal la solidarité occidentale, tant transatlantique qu’intra-européenne. Maintenant, c’est chacun pour soi, certains d’entre eux commençant déjà à demander de l’aide à la Chine et à la Russie. Il se peut que cette solidarité n’ait jamais vraiment existé, car c’était un artefact de l’après-guerre rendu possible par la défaite et l’occupation paneuropéenne par les trois nations victorieuses, artefact construit et géré d’abord par Washington et Moscou, puis seulement par Washington. Le néologisme  “Westlessness”a fait l’objet d’une bataille de faible intensité lors de la récente conférence de Munich sur la sécurité, comme une sorte de défi, du genre  “A trop tirer, on rompt la corde”. Eh bien, l’arme fatale en argile, avec un peu d’aide du coronavirus, a transformé cet avertissement en un fait accompli : l’Occident n’existe plus.

Quel genre de monde va émerger de tout cela ? L’arme fatale en argile ne fait probablement que s’échauffer. L’ONU existe-t-elle encore ? Le Fonds monétaire international ? La Banque mondiale ? L’économie américaine existera-t-elle encore, une fois qu’elle deviendra un actif immobilisé appartenant entièrement à la Réserve fédérale, qui possède déjà en fin de compte la moitié de tout l’immobilier résidentiel ? Le dollar américain est-il toujours « en course » ou n’est-il rien d’autre qu’un gros tas de papiers laid et inutile ? Il faudra attendre de voir.

La victime ultime de l’arme fatale en argile est peut-être la mentalité occidentale et son sens de la justice et de la vertu. Fondée sur des intérêts individuels plutôt que collectifs, et soutenue par le principe selon lequel commettre un crime et s’en tirer à bon compte équivaut moralement à ne pas commettre de crime du tout, elle ne peut se perpétuer que tant qu’il reste quelque chose à piller et à voler, en s’en tirant à bon compte. Une fois que cela aura échoué, une seule balle de l’arme fatale en argile fera craquer entièrement cet état d’esprit, ce qui entraînera une guerre de tous contre tous. L’épicentre sera les États-Unis, où la population est lourdement armée et attend de voir ce qu’elle pourra faire pour s’en sortir. Sera-t-elle un jour capable de raviver un sens de la moralité publique basé sur des intérêts collectifs plutôt qu’individuels ? Je n’en ai aucune idée.

 

29 mars 2020, Club Orlov, – Traduction du Sakerfrancophone

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L’Hystériquement-Correct

Par info@dedefensa.org — 2 avril 2020 à 00:00

L’Hystériquement-Correct

2 avril 2020 – Appelons cela HT, pour “Hystériquement-Correct” ; plus court, plus incisif, plus décisif... Car il me semble bien que le PC (Politiquement-Correct) est sur le point d’être détrôné par le HT, ce qui ne serait d’ailleurs que logique et justice intergénérationnelles puisque le HT est manifestement l’enfant monstrueux et peut-être bien inverti du PC, lui-même déjà rejeton difforme de la décadence accélérée de la pensée-Système.

Mais avec Codiv-19, nous y sommes, et l’Hystériquement-Correct est devenu la norme du conformisme et de l’alignement. Suivre le flot du système de la communication sur cette crise mondiale, sur la Grande Crise d’Effondrement du Système, c’est comme si vous étiez pris dans un gigantesque tourbillon (crisique, disons), tournant à une vitesse de plus en plus élevée. Jamais il n’y eut autant d’analyses, de commentaires, d’observations, de prédictions, de divinations, d’exclamations catastrophiques, eschatologiques, millénaristes, post-survivalistes, encadrées par de savantes digressions sur la SuperMéga-Grande Dépression qui arrive à grand galop, suivies par les bilans prospectifs, de centaines de milliers à des millions de personnes emportées par l’infâme virus.

A côté de cela, et pour redevenir plus “sérieux”, plus factuels, défilent les affirmations variées de dissimulations, de provocations, de manœuvres agressives, de montages machiavéliques, de machinations en un mot, tout cela dirigé en général contre la plus vertueuse d’entre nous, l’Amérique plongée dans un indescriptible chaos “avec Dieu à ses côtés”. Actuellement, comme on ne manque pas de le savoir, c’est la Chine qui tient la corde dans le défilé des coupables dont il est inutile de discuter la certitude de son rôle puisque la condamnation a précédé la culpabilité. Ces anathèmes défilent aussi vite qu’un éclair et arment les colères sans que personne ne prenne la peine de s’aviser de la validité des causes et des circonstances, ni, encore moins dans une époque où vraiment il semble qu’il “n’y ait plus d’après”, des conséquences. Qui se garde d’imposer de l’ordre et d’ordonner du rangement chez les fous devenus leurs propres gardiens ?

Jamais, certainement jamais dans cette “étrange époque” parcourue pourtant depuis près de vingt ans de faits extraordinaires, inédits et inattendus, et marquée par un désordre qu’on a si souvent perçu comme tourbillonnant, jamais une telle tension ne s’est abattue sur le monde, comme une chape de plomb en fusion, qui à la fois tend à nous paralyser dans nos actes et paroles, à la fois nous pousse à hurler, à délirer, à explorer des voies insensées et diverses, et à le clamer bien haut. Nous sommes à la fois prisonniers et enchaînés, et à la fois furieux et déchaînés comme des déments que rien ne parvient à calmer.

(Je ne m’extraie pas, ou ne m’“exfiltre” pas comme l’on dit en langage opérationnel postmoderne, – de cette cohorte qui semblerait parfois être faite de damnés. Moi aussi, l’affectivisme déchaîné me saisit par instants dans un fol emportement, sur moi aussi pèse cette effroyable tension. Cela se fait en un instant. Alors, dans l’instant suivant, je nage désespérément pour tenter de retrouver la mesure de la perception et l’équilibre du jugement ; en écrivant ces mots, là, maintenant, j’ai l’impression d’être dans un de ces moments, où cette lutte sauvage en soi-même vous paralyse. Mais il n’y faut pas céder, pas un pouce ni un instant lorsque vient le temps d’écrire, – garder cette “distance-barrière” entre la tempête intérieure et la voix de ce qu’on espère être une sagesse,  “La sagesse aujourd’hui, c’est l’audace de la pensée”, – qui parvient à vous tenir à bonne distance du conformisme de la fureur déchaînée.)

Il est devenu totalement impossible depuis quelques semaines, même pas deux mois, de distinguer qui est à vos côtés et qui est contre vous ; qui s’oppose au Système en toute conscience et qui le sert, sans se préoccuper de cette collaboration ni même s’en aviser. Parfois, pendant un instant, je me rappelle les temps heureux, il y a deux mois, cinq ans, dix ans, quinze ans, où vous pouviez vous situer par rapport aux autres, zombieSystème ou antiSystème. Aujourd’hui, eux tous, éparpillés, dispersés, ils hurlent et vocifèrent à propos de leurs identités perdues.

Comme vous devriez pouvoir le deviner, j’en ai plus à propos des antiSystème qui tournoient et se secouent dans tous les sens sans en rien savoir, comment ils cèdent au désordre avec un zèle de siphonnés plaqués or, comment la tête leur tourne du tourbillon crisique. Les zombieSystème, eux, les vrais-de-vrais, les subventionnés et catalogués “professionnels” indépendants par le Système dont ils dépendent absolument, ils poursuivent leur petit bonhomme de chemin, acquiesçant aux balbutiements officiels des directions qui se noient assidûment, de plus en plus inoffensifs, rotant de temps en temps une accusation assez molle de “complotisme”, ronronnant à propos des masques, du matériel de “réa”, du lavage de paluches, du test-qu’on-n’a-pas-fait, du confinement-déconfinement, s’inclinant devant les “sachants” qui adorent ça avec hauteur, applaudissant les soignants dont j’ignore s’ils en sont si heureux, toujours avec un mot de condoléances pour les morts qui s’empilent... Ils sont dans leur rôle et, de plus en plus, j’ai la sensation qu’ils n’arrivent même plus à faire de mal à une mouche, tandis que le Système roule pour eux à tombeau ouvert et nous prépare, – horreur des horreurs qu’“ils” (les antiSystème du temps-jadis) avaient prévue, – l’État policier mondialisé-globalisé, qui saura tout sur de vous, le nombre de fois où vous avez pissé dans la journée, quelle est votre température, si vous sifflotez L’Internationale, si vous êtes en train de lire La Grâce de l’Histoire  Tome III/1, – la totale enfin... (Même confinés, camarades, on n’est plus chez soi.)

Par contre, ceux que j’avais pris l’habitude de considérer comme des antiSystème, des “résistants”, voire des dissidents, – alors eux ! Quelle danse de Saint-Guy ! Ils valsent dans tous les coins ! Je les retrouve ici, et puis là, face au Système, poussant le Système, “Gardez-vous à droite, père ! Gardez-vous à gauche, père !” Eux que j’avais pris l’habitude de voir dans le même combat que le mien, ils s’éparpillent dans tous les coins et vous ne savez plus avec eux quelle sorte d’événement est en cours de manufacture.

Il y a notamment un cas qui me chagrine, et peut-être un lecteur et l’autre ont pu le deviner à une remarque ou l’autre. Il s’agit de ZeroHedge.com, officiellement perçu comme lecture antiSystème indispensable, qui s’engage dans d’étranges chemins où il se retrouvera une main dans celle de Pompeo et l’autre dans celle des neocons. Ses accents antichinois ont des petits airs d’hystérie, je veux dire d’Hystériquement Correct, une bien mauvaise surprise. Prenez ceci, par exemple, datant d’hier, presque se succédant :
• Annonçant que les services de renseignements US étudient désormais sérieusement “les machinations” de la Chine qui a volontairement infesté le monde entier de ses Codiv-19 aux yeux bridés pour mieux ricaner en mandarin et conquérir le monde : « Cela ne devrait surprendre personne, car cela a fait l'objet de nombreuses spéculations au cours des premières phases de l'épidémie. Mais c'est la première indication concrète que les services de renseignement américains prennent au sérieux les machinations de Pékin, et n'ont pas l'intention de rester les bras croisés. Au début du mois, le secrétaire d'État Mike Pompeo a fustigé les Chinois pour avoir dissimulé des données sur le virus. »
• Annonçant que la presseSystème (dite MSM, ou Main Streat Medias), c’est-à-dire le Times (NYT), le Post (WaPo) prennent (enfin) au sérieux “les machinations”, les qualifiant de « One Of The Worst Coverups In Human History » (faut dire qu’ils s’y connaissent, les MSM, question cover-up), cette exclamation sur la page d’annonce de ZeroHedge.com : « Pourquoi il vous a fallu si longtemps, les gars ? »

... Alors voilà donc que ZeroHedge.com copine manifestement avec bienveillance avec la CIA & Cie, et avec la presseSystème, ce qui suppose une belle confiance de ZeroHedge.com dans leur authenticité morale et dans leurs capacités professionnelles... Eh, you guys à ZeroHedge.com, vous vous rappelez qu’il s’agissait de la même CIA et de la même presseSystème, à propos des armes de destruction massive de Saddam, des attaques chimiques d’Assad, du “coup de Kiev”, du Russiagate, et j’en passe tant... Tout d'un coup, devenus des vrais pros, des patriotes, des types du tonnerre ! Surprise, surprise...

Que sont les antiSystème devenus, dans cette fiesta des simulacres perdus ? J’avoue que depuis que la CIA et la presseSystème accusent Pékin, j’aurais tendance, moi, à croire Pékin sur parole.

Il y en a même une catégorie spéciale, des antiSystème en folie, en un sens les “Super-antiSystème” (comme on dit “Super-résistant” du héros du film, dansPapy fait de la résistance), qui en arrivent à adorer le Système par une sorte de torsion haineuse du jugement comme l’on dirait d’une révolution spatiale où l’on revient à son point de départ, où il importe absolument qu’ils aient raison ces “Super-antiSystème”, où ils magnifient la puissance du Système en une sorte d’infinie Tour de Babel du Mal qui finalement ne serait pas si mal, contre laquelle ils se battront toujours mais vainement, qu’ils détestent haineusement et héroïquement, mais qui toujours les vaincra, – ils le savent, et ils le proclament même et presque dans un frisson de masochisme... C’est l’antiSystème dans son voyage au bout de l’hystérie. Cela me peine infiniment car les voilà victimes fascinées et envoûtées, par un étrange mimétisme qui ravirait René Girard, de ce qu’ils ont charge de dénoncer avec tant d’ardeur et de vigueur.

Ainsi la Matrice du Désordre a-t-elle achevé son périple en abordant les espaces de la résistance et de la dissidence, en y semant ce qu’elle sait faire le mieux, – le désordre, – et en achevant ainsi l’œuvre ultime du Système, – son autodestruction. Car les antiSystème, voyez-vous, ne sont pas là pour vaincre le Système. Je le sais bien puisque j’en suis un, – mais je le suis avec la circonspection détachée et sarcastique de l’homme de l’ombre, de  L’homme de l’aube, qui hisse fièrement le drapeau de l’inconnaissance lorsque le Système vous tend le piège de la connaissance de ce qu’il veut qu’on croit qu’il est et qu’il fait, et l’on sait bien que l’on se brûle les ailes et l’âme dans une telle quête... 

Mais non à la fin ! Les antiSystème ne sont pas là pour vaincre le Système, tâche extraordinaire et surréaliste ; les antiSystème sont là pour l’exciter, le Système, pour le rendre fou de rage, pour lui faire prendre des mesures extrêmes et mauvaises où il se perdra parce que toute la folle surpuissance qu’il est capable de développer à un niveau incroyable d’énergie maléfique repose sur sa vertu démocratiquement citoyenne, supposée mais absolument obligatoire, – simulacre jusqu’au bout... Et là, dans cet état général que je vous décrit, on peut dire que c’est “Mission Accomplished”, comme disait le sympathique born-again, GW, l’homme qui déclencha la croisade avec Dieu à ses côtés et, sans en rien savoir le brave ch’ti et la belle âme candide, commença ainsi l’impitoyable marche aux abysses du Système hurlant sa surpuissance jusqu’à l’autodestruction. 

Nous verrons cela lorsque nous passerons du confinement à la déconfination (néologisme un peu ollé-ollé pour des temps sans précédent), de façon à bien œuvrer, tout le monde sur le pont et toutes voiles dehors, à la SuperMéga-Grande Dépression du crépuscule de la modernité. A moins que l’on reste confinés jusqu’au bout et que le Système s’effondre sans nous, comme un grand.

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Origine(s) du virus

Par info@dedefensa.org — 2 avril 2020 à 00:00

Origine(s) du virus

Dès les premières  publications du génome  complet du Sars-Cov-19, de nombreux travaux ont fait progresser la compréhension de son origine probable. Les chauves-souris sont connues pour être le réservoir d’un large éventail de coronavirus. Les échantillons viraux prélevés chez ces mammifères dans diverses provinces de Chine lui ont été comparés. Tous les sites possibles de leur habitat n’ont pas été explorés exhaustivement. Des biologistes des zoonoses, certaines équipes étaient américaines,  avaient sillonné les campagnes, installé des laboratoires près de cavernes pour repérer les zones où les chauves-souris étaient porteuses de virus proches génétiquement du Sars-Cov de 2003. (*)

Le  coronavirus le plus proche du SARS-cov-2, a été identifié dans une région distante de 1500 km du foyer épidémique de 2019.  Il porte le nom de RaTG13 et avait été séquencé en 2013. Confronté au SarCov2, il s’est avéré qu’il présente une analogie de séquences de 96 à 97% avec lui. Wuhan n’est par ailleurs pas un habitat habituel pour les chauves-souris. 

La distance écologique entre l’homme et le réservoir viral des chauves-souris a imposé l’hypothèse d’un hôte qui serait un amplificateur et/ou un lieu intermédiaire où des modifications génétiques auraient adapté le virus pour son passage vers l’espèce humaine. La civette avait été identifiée pour Sars-Cov de 2003, pour Mers-Cov de 2012, ce fut le chameau.

Le virus trouvé chez le  pangolin malais, provenant d’un trafic illégal d’animaux protégés, possède avec le Sars-Cov-2 une séquence très proche pour le domaine (RBD) qui permet la liaison avec les récepteurs cellulaires de l’hôte mais il est assez divergent sur le reste du génome. 

Ce constat suggère que le Sars-cov-2 a pu résulter d’une hybridation ou recombinaison entre deux virus distincts car cette modalité évolutive a déjà été constatée parmi les coronavirus chez la chauve-souris. Ce mammifère volant s’est transformé en incubateur de transformations génétiques d’un parasite que son système immunitaire neutralise. L’autre possibilité est que le virus ait évolué longtemps chez l’hôte intermédiaire ou chez l’homme de manière silencieuse ou en produisant des atteintes bénignes des voies aériennes supérieures.

Les autorités sanitaires chinoises ont déclaré n’avoir pas trouvé le virus de 2019 chez les animaux sauvages vendus dans le marché de Wuhan (Lesquels ? Tous ?). Ils l’ont cependant trouvé sur les étals et les caniveaux du marché. Tous les premiers cas de pneumonie n’avaient pas de lien avec ce marché ni entre eux. C’est pourquoi on a pu supposer que les quarante et un patients du début n’étaient pas les premiers et que le virus a du circuler chez l’homme bien avant le mois de décembre 2019.

Certains cas zéro parfaitement identifiés en Italie et en Corée du Sud sans aucun lien avec le foyer de Wuhan posent encore des questions quant au mode de circulation du virus.

Conservation des domaines clés

L’évolution sur une longue période cryptique  du virus lui aurait permis au hasard de ses mutations d’acquérir les mutations qui l’ont rendu pathogène et si aisément transmissible pour l’homme.

Les deux sites de ces mutations clés concernent la partie de l’enveloppe virale qui permet l’attachement du virus à la cellule à parasiter et  une région de ce domaine où va pouvoir agir une enzyme de l’hôte (la furine) et rendre possible la pénétration. 

Les principales recherches en matière thérapeutique et vaccinale visent précisément ces zones-là.  Bloquer l’attachement et bloquer l’action de la furine pour empêcher la pénétration.

En repérant les mutations, les épidémiologistes  tentent de comprendre les circuits et la vitesse de propagation des souches. Comme tous les virus à ARN, Sars-Cov-2 mute avec une fréquence élevée de sorte qu’au fur et à mesure de l’expansion de l’épidémie la systématisation du suivi des phénotypes devient difficile. Ces variantes sont toutes pathogènes de façon équivalente en raison de la forte conservation des zones impliquées dans l’invasion virale.

Le Sars-Cov est un gros virus équipé d’une enzyme capable de relecture du code en train d’être reproduit et donc les erreurs de transcription, toujours nombreuses quand une vitesse de réplication est grande, sont au fur et à mesure corrigées.

Cette stabilité présente un avantage. Elle permettra de mettre au point un vaccin assez rapidement universalisable pour éradiquer le Sars-Cov-2. Nous ne sommes pas dans la situation du virus Influenza qui oblige du fait de sa très haute variabilité phénotypique de mettre au point un nouveau vaccin chaque année adapté à la souche émergente. On ignore encore à ce jour si une vaccination anti-Sars-Cov-2 pourra conférer une immunité durable comme celle, solide, assurée  pour des décennies par le vaccin contre la rougeole.

Elle présente aussi un gros inconvénient. 

La virulence et la haute transmissibilité du virus ne vont pas varier au point de le faire disparaître au cours de l’épidémie en raison d’une conversion mutationnelle. Les différences de létalité observées entre les zones géographiques du monde sont liées aux méthodes diagnostiques, plus ou moins sensibles, à leur usage extensif ou limité et au mode de prise en charges des personnes infectées et/ou malades, ainsi qu’aux caractéristiques génétiques et socio-culturelles des populations. L’expression individuelle de la maladie, comme pour toute autre pathogène, est bien sûr fonction du terrain immunitaire et du profil des comorbidités de l’hôte. 

Particularités

Etudes génétiques, modélisations informatiques, analyse des structures en microscopie électronique se sont multipliées dans le monde entier. Alliées avec le savoir acquis grâce aux épidémies antérieures et aux coronavirus trouvés chez les animaux (porcs, vaches et chat) intéressant les vétérinaires dans les années cinquante, elles ont permis de comprendre les particularités d’un virus encore inconnu il y a 3 mois.

L’homme est le réservoir naturel de 4 variétés de coronavirus à l’origine de 20 à 30% des rhumes saisonniers. Très contagieux mais tout à fait bénins, ils ne colonisent que le tractus respiratoire haut et n’ont pas suscité une recherche étendue. Le Sars-Cov de 2003 atteint l’arbre respiratoire profond et cause un taux de mortalité de 10%. Le Mers-Cov de 2012 pénètre aussi très vite le poumon avec un taux effroyable de mortalité de 37%. Le Mers-Cov a une transmission interhumaine très faible.

Le Sars-Cov-2 associe la contagiosité des coronavirus du rhume saisonnier et l’agressivité de ceux des épidémies de 2003 et 2012 en s’attachant à des récepteurs présents dans les cellules de tissus profonds de l’organisme, le premier exposé étant le  poumon. La surface déployée des 300 000 alvéoles d’un poumon humain dévolues aux échanges gazeux représente 130 m2. L’air est filtré, chauffé et humidifié dans les fosses nasales avant d’y parvenir. La rhinite court-circuite ce premier niveau de traitement de l’air inhalé.

Les parties qui hérissent l’enveloppe du virus comme des champignons permettent « l’abordage des cellules ». L’affinité des structures moléculaires de la tête du champignon chez le Sars-Cov-2 pour les récepteurs des cellules à pirater est dix fois plus forte par rapport au Sars-Cov et au Mers-Cov. Cette force de l’attachement explique une part l’efficacité de la transmission. 

Une fois l’abordage accompli, la pénétration fait intervenir une enzyme de l’hôte très répandue dans tous ses tissus. Cette enzyme humaine est mise à contribution pour ‘couper’ la tête du champignon qui est la zone de contact. La tige du champignon fusionne alors avec la membrane de la cellule hôte et le matériel génétique du virus pénètre. Ni Sars-Cov ni Mers-Cov ne dispose  de cette stratégie de détournement très efficace  qui majore l’aptitude infectieuse du Sars-Cov-2.

Deux autres autres caractéristiques facilitent la haute contagiosité de ce virus. La première revient à sa grande stabilité, sa multiplication très rapide se fait sans erreur et ne produit que très peu de copies de particules défaillantes et non infectantes. L’enzyme de relecture permet un plein rendement et sont générées des masses de virus tous infectants.

L’autre ruse de cet agent pathogène concerne l’excrétion virale très intense par les postillons et l’haleine dans une période silencieuse cliniquement, au tout début de la contagion.

C’est bien pourquoi le port du masque doit être généralisé dans des conditions qui en font un vrai geste barrière. Il faut qu’il soit ultra-filtrant au moins autant qu’un masque chirurgical, qu’il ne baille pas, qu’il reste sec et préservé de la contamination par les doigts et évitant d’y toucher.

La furtivité de l’avion furtif

Le Sars-Cov-2 est une machinerie trop complexe et trop sophistiquée pour avoir pu être créée par des chercheurs malfaisants ou insouciants des résultats de leur travail créateur. La recherche publique (et même secrète des Etats les plus pervers) n’est pas parvenue à produire ce type de savoir-faire. Il ne s’agit pas moins de simuler une évolution de type aléatoire d’un matériel génomique qui rende sa capacité infectieuse douée d’une efficacité telle qu’elle paralyse plus de la moitié de l’humanité dans un confinement ou au moins un ralentissement de l’activité productive qui vaudra plusieurs fois la Dépression de la fin des années vingt. La recherche publique a été détournée depuis longtemps en vue d’obtenir des résultats vite convertibles en parts de marché et en profits. L’arsenal d’armes bactériologiques classiques est assez abondant en microbes difficiles à traiter et susceptibles de tuer des millions d’hommes. Les Usa ne se sont pas montrés capables de construire un avion de guerre furtif malgré toutes les sommes et les années engagées à essayer de le produire. Concevoir un avion de chasse est autrement plus simple que mimer la complexité de la vie, fût-elle réduite à une particule dont on ne sait pas dire s’il s’agit vraiment d’un être vivant.

Son traçage phylogénétique exclue également une intervention humaine.

Le véritable complot de l’engeance parasite qui dirige le monde c’est son aptitude à transformer ses appétits prédateurs illimités en suicide pour l’humanité. 

 

Note

(*) Une certaine corrélation a été trouvée entre la localisation des foyers humains d’où avait émergé l’épidémie et celles des sites de peuplement des chauves-souris où la proximité génétique des virus animaux avec le sars-Cov était la plus grande.

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De 9/11 à Covid-19, God on Our Side

Par info@dedefensa.org — 1 avril 2020 à 00:00

De 9/11 à Covid-19, God on Our Side

1er avril 2020 – Le Washington Post annonçait hier à que les décès dus à la pandémie Covid-19 aux USA avait frappé 3 170 personnes. ZeroHedge.com présentait la nouvelle de la sorte :

« Mise à jour (1100ET) : La nouvelle épidémie de coronavirus aux États-Unis a franchi une nouvelle étape importante : le nombre de victimes a dépassé celui du 11 septembre.
» Selon le Washington Post, le nombre de décès s'élevait à 3 170 à 11 heures du matin, ce 31 mars 2020. Lors de l’attaques du World Trade Center, 2 977 personnes avaient été tuées, ce qui en faisait l’attaque la plus meurtrière sur le sol américain depuis Pearl Harbor. »

On notera bien entendu que la comparaison entre 9/11 et Covid-19 implique que les deux événements sont implicitement, et je dirais même inconsciemment”, considérés comme de même nature. Par conséquent, il apparaît évident, comme allant de soi et allant sans dire, que la pandémie est “implicitement, et je dirais même inconsciemment”, vécue comme “une attaque” lancée par un “ennemi” contre les Etats-Unis.

C’est une idée qui est fort répandue dans la perception américaniste, selon laquelle Covid-19 est une agression ennemie contre les USA. La fortune de l’interprétation d’une “attaque chinoise” est toute faite, notamment avec les surnoms un temps adoptés par Trump lui-même, de “virus chinois”, sinon de “virus Wuhan”. J’ai été arrêté plus loin, dans le même texte qui est en fait la synthèse quotidienne de la pandémie de ZeroHedge.com, par la nouvelle suivante (présentation et tweet d’un nommé Hu Xijin) :

« Enfin, Pékin a un message pour les politiciens américains impétueux qui attendent de la Chine qu'elle paie une sanction quelconque pour avoir libéré cette monstruosité médicale sur le monde.
» Hu Xijin : “La Chine doit-elle compenser les pertes des Etats-Unis dans la pandémie ? 1. Cela n'a aucune base juridique. 2. La Chine n'est plus aujourd'hui un pays que les États-Unis peuvent délibérément contraindre et faire chanter. Quelques politiciens américains feraient mieux d'arrêter de rêver.” »

Cette interprétation tout à fait extraordinaire semble complètement évidente à certains hommes politiques US autant qu’aux rédacteurs du site ZeroHedge.com dont la tonalité antichinoise dans ses analyses et commentaires sur Covid-19 est d’une exceptionnelle agressivité. On notera pour autant qu’il n’est même pas fait allusion à la thèse complotiste d’un virus (anti-US) fabriqué par les Chinois, et volontairement répandu par eux en commençant son “attaque” anti-US en décimant la Chine elle-même ; ou bien du même virus fabriqué par les Chinois dans un but anti-US, mais accidentellement diffusé à Wuhan.

Non, je ne perçois pas la chose de cette façon (complot spécifique), mais bien comme le réflexe d’une psychologie américaniste conditionnée par la perception, d’une puissance extraordinaire jusqu’au conditionnement de la vertu même, du simulacre a-historique d’une Amérique exceptionnaliste, guettée depuis son origine par ses très nombreux “ennemis” jaloux et envieux, qui veulent sa destruction. Depuis quelques années, l’“ennemi” chinois fait l’affaire, en concurrence avec l’“ennemi” russe, et quelques autres “ennemis” de rencontre, plus ou moins sérieux (Iran, parfois l’UE, etc.). Bien entendu, Covid-19, apparu à Wuhan, Chine, ne peut être qu’un acte d’agression perpétré par l’“ennemi” chinois, en passe du coup à devenir l’“Ennemi” tout court. (Qu’il ait la peau jaune en plus, ce n’est après tout pas plus mal pour le repérage de la chose, – tout racisme mis à part, bien entendu, puisque l’Amérique est dispensée de cette tare.)

Le Covid-19 qui frappe l’Amérique n’a rien à voir avec celui qui dévaste le reste du monde. Il est à part, il est spécial, il est “anti-américain” (Un-American). Il est le résultat d’une machination du Mal, bien entendu contre le Bien que représente l’Amérique. On ne combat pas le Mal avec des masques, du savon et des “gestes-barrière”, mais avec l’anathème, l’exorcisme, la “Main Invisible” et éventuellement l’US Navy quand elle n’est pas elle-même agressée par l’“ennemi” (voir le USS Theodore Roosevelt). D’où, je suppose, une des explications de la lenteur, des erreurs, des hésitations, du chaos, etc., qui  caractérisent la réponse des USA face à la pandémie. Trump l’a finalement prise au sérieux mais il continue à attendre sinon à exiger un “miracle”, comme il l’avait annoncé plusieurs fois, qui stoppera cette agression du Mal. (“Thats a deal”, entre l'Amérique et Dieu, dans cet ordre.)

D’une certaine façon, toutes ces remarques semblent manquer de sérieux ou être bien accessoires ; moi-même, en les faisant, suis en partie sensible à cet aspect semble-t-il accessoire, sinon dérisoire. Et pourtant, non... Je crois vraiment qu’il existe un fond extrêmement puissant de croyance, venue de l’origine, qui exonère l’Amérique de tout accident de nature dans son destin, – la nature, par nature, ne peut être hostile à l’Amérique qui est la nature régénérée du monde, puisque Nouveau-Monde. Cette croyance nécessite, dans son interprétation de tous les avatars humains ou naturels que subit cette entité exceptionnelle et voulue par Dieu, l’existence d’un “ennemi” envoyé par le Mal.

Pour cette raison générale de sa conviction qu’Elle est quelque chose voulue par Dieu et caractérisée par une certaine divinité de soi qui la distingue et la protège, et par conséquent comptant sur le “miracle” naturel à sa distinction plutôt que sur les lits d’hôpitaux, l’Amérique aura, me semble-t-il, bien du mal à lutter terrestrement contre Covid-19. Ainsi donnera-t-elle peut-être raison à Lincoln, si sa façon de lutter contre la pandémie la conduit à ne pas en avoir raison sans d’irréparables dommages qu’elle se causerait à elle-même, jusqu’à un effondrement ou un éclatement qui serait un suicide de l’entité originelle.

Refrain : « Si la destruction devait un jour nous atteindre, nous devrions en être nous-mêmes les premiers et les ultimes artisans. En tant que nation d’hommes libres, nous devons éternellement survivre, ou mourir en nous suicidant . »

(A moins, certes, que Dieu ne respecte le deal.)

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Le SOS infâmant du USS Theodore Roosevelt

Par info@dedefensa.org — 1 avril 2020 à 00:00

Le SOS infâmant du USS Theodore Roosevelt

Le porte-avions de l’US Navy USS Theodore Roosevelt, dont  on sait qu’il a été “attaqué” et durement “touché” par l’“ennemi” nommé Codiv-19, est finalement arrivé à la base de Guam pour désinfection et soins d’urgence pour les matelots touchés. (Sans qu’on sache le chiffre exact, il semble que la pandémie, qui touchait 23 matelots jeudi dernier, en toucherait actuellement près de 200.)

Mais le drame ne s’arrête pas là, et un événement sensationnel est survenu : un appel au secours absolument exceptionnel, sans précédent dans cette sorte de circonstance, du commandant du navire, le capitaine de vaisseau Brett Crozier, natif de Santa Rosa en Californie. Crozier a écrit une note de quatre pages qu’il a adressée au Pentagone, plus précisément au secrétaire à la Navy et à la direction des opérations navales (le chef d’état-major de l’US Navy est le Chief of Naval Operations), pour demander de toute urgence qu’une organisation soit mise en place pour accélérer le dépistage et le traitement des marins, leur confinement en quarantaine, sous peine de voir l’infection gagner la plus grande partie des 5 000 hommes d’équipage.

(Crozier rappelle dans sa note le cas du paquebot Diamond Princess, infecté par le virus et mis en quarantaine au Japon au début de la pandémie. Une intervention très rapide avait permis de limiter l’infection à 17% de l’équipage et des passagers, alors qu’une étude a depuis estimé que sans cette intervention, ce sont 79% des personnes à bord qui auraient été contaminées.)

Ce qui fait la sensation de cette affaire, c’est que la note (écrite semble-t-il lundi) a fuité vers le San Francisco Chronicle(SFC) et a été publiée hier. Notre appréciation est que cette fuite a été voulue par Crozier, qui risque gros dans cette affaire pour la façon qu’il a de mettre en cause dans sa hiérarchie l’inadéquation de la décision et de l’organisation prévue pour intervenir, – et cette même appréciation nous conduisant à penser que Crozier, prenant le risque professionnel de cette note, a tout intérêt à la rendre publique pour obtenir un soutien médiatique face à sa hiérarchie. Le risque que prend Crozier est justement caractérisé par Lawrence Korb, membre du Center for American Progress et ancien haut-fonctionnaire du Pentagone, de cette façon, dans une citation de SFC : « Il est très inhabituel pour un officier de ce rang de rédiger un tel message, et cela montre qu’il s’agit d’un chef qui fait passer la sauvegarde de ses marins avant sa carrière. »

Comme beaucoup d’autres médias à partir de la publication du SFC,  Sputnik.News donne des détails de cette note et de l’affaire : « Alors que l'épidémie de COVID-19 à bord du porte-avions USS Theodore Roosevelt de l’US Navy s’aggrave, son commandant a écrit une lettre de plaidoyer pour obtenir suffisamment de ressources afin d’isoler tout son équipage.
» “Demandez à toutes les ressources disponibles de trouver le plus rapidement possible des salles de quarantaine conformes aux normes NAVADMIN[Navy Personnel Commandet CDC[US Centers for Disease Control and Prevention]pour tout mon équipage”, a écrit lundi le capitaine de vaisseau Brett Crozier, dans une lettre de quatre pages adressée au ministère de la Marine.
» “Cela nécessitera une décision politique mais c'est la bonne chose à faire”, écrit Crozier dans la lettre, qui a été obtenue par le San Francisco Chronicle et imprimée mardi. “Nous ne sommes pas en guerre. Les marins n'ont pas besoin de mourir. Si nous n'agissons pas maintenant, nous ne prenons pas correctement soin de notre atout le plus précieux, – nos marins”. [...]
» Les premiers marins chez lesquels le virus a été détecté ont été transportés à terre à l'hôpital naval américain de Guam. [...] Cependant, avec près de 200 cas identifiés sur le navire, selon une source anonyme du Chronicle, la distanciation sociale est à la fois nécessaire et impossible dans les conditions d’exiguïté dans lesquelles les marins vivent et dorment, a noté Crozier.“En raison des limites inhérentes à l’espace d'un navire de guerre, nous ne pouvons prendre ces mesures” poursuit-il. “La propagation de la maladie est en cours et s'accélère.” [...]
» “Retirer la majorité du personnel d'un porte-avions nucléaire américain en déploiement opérationnel et l’isoler pendant deux semaines peut sembler une mesure extraordinaire. ... [Mais] c’est un risque nécessaire”, a écrit Crozier. “Garder plus de 4 000 jeunes hommes et femmes à bord est un risque inutile et rompt le lien de confiance des marins qui nous sont confiés”.
» “Pour atteindre ces objectifs, un navire propre est nécessaire. Chaque marin à bord doit être garanti exempt de virus et l'environnement du navire doit être désinfecté. Un marin infecté introduit dans le navire propagera le virus. Un hébergement hors du navire conforme aux directives du CDC et du NAVADMIN est nécessaire pour que plus de 4 000 marins obtiennent un navire et un équipage propres”.
» Cependant, Crozier a noté qu’environ 10% de l’équipage devra rester sur place pour s’occuper des réacteurs nucléaires du Roosevelt ainsi que des tâches de nettoyage. »

Il s’agit effectivement d’un cas tout à fait remarquable de manquement au “bon usage” de la hiérarchie, où le respect du règlement et des normes opérationnelles prime sur toute autre considération, y compris la santé du soldat et du marin. Comme l’observe justement Korb, le capitaine de vaisseau Crozier a pris de gros risques pour la suite de sa carrière, sans préjuger bien entendu des suites directes de cette affaire : la hiérarchie va-t-elle “obtempérer” à la supplique de cet officier un peu trop sensible et faire un effort d’organisation et de sauvegarde ? Ou bien va-t-elle envoyer le capitaine de vaisseau Crozier au bagne et laisser Covid-19 suivre son cours ?

Mais sur ce qu’elle révèle des procédures et des formes de déploiement, cette affaire est du plus haut intérêt. Dans son compte-rendu, ZeroHedge.com insiste sur l’aspect extraordinaire de la demande de Crozier de changer le statut opérationnel du porte-avions, comme étant une demande d’une audace insensée : « Et dans la partie peut-être la plus inattendue et la plus étonnante de la lettre, le capitaine prend la mesure sans précédent de signaler aux hauts gradés que se concentrer sur la préparation au combat dans ce cas conduira en fait à des pertes humaines potentiellement importantes : “Si la marine se concentre sur la préparation au combat, cela conduira à des pertes dues au virus”... »

Le USS Theodore Roosevelt avait fait escale à Da Nang, au Vietnam, il y a trois semaines, et l’équipage avait fait relâche dans la ville, avec tout ce que cela suppose et implique. C’est certainement à la suite de cet épisode que le virus Codiv-19 s’est installé à bord du porte-avions. Lorsque les premiers cas ont été découverts, le secrétaire à la Navy par intérim Thomas Modly avait fait une déclaration que rappelle SFC, assurant que « chaque membre de l'équipage serait testé pour le nouveau coronavirus par une unité spéciale de médecine préventive de la marine déployée en avant. Cependant, il n’avait donné aucune indication sur ce qui se passerait après cela. » Le même Modly avait affirmé dans la même déclaration que, quoi qu’il en soit de cet incident d’infection chez un certain nombre de marins, « le navire est opérationnel et peut accomplir sa mission si nécessaire ». Nous qualifiionscette précision de « strictement vraie d’un point de vue technique statique[mais] opérationnellement absurde dans la situation présente ».

C’est là, à notre sens, que repose le plus fort et le plus grave de la mésentente entre Crozier et sa hiérarchie. La demande de Crozier rend en effet le porte-avions complètement inapte aux opérations de guerre, auxquelles il est constamment préparée d’une façon qui semble intense si l’on se réfère à la présentation qui est faite du passage de sa note. Cette préparation extrêmement poussée indique une politique très affirmée, et proche de l’agressivité, de la part des unités stratégiques des forces armées US. Cela confirme ce qu’on sait en général de la posture adoptée par la direction du Pentagone, y compris par rapport aux craintes que cette direction peut avoir pour la survie de ses porte-avions devant les nouvelles armes hypersoniques des Chinois et des Russes. C’est notamment pour cette raison que le capitaine de vaisseau Crozier dit de la demande qu’il fait que c’est une décision politique (« Cela nécessitera une décision politique mais c'est la bonne chose à faire »).

C’est justement pour cette raison que son intervention, surtout étalée sur la place publique, ouvre un débat très intéressant, qui porte sur plusieurs points :

• Comment les forces armées US “sur le terrain” réagissent-elles par rapport à la politique agressive de préparation au combat qui leur est imposée ?
• Dans quelle mesure les directions des forces armées ont-elles pris la mesure de la gravité de la pandémie et de sa pénétration dans les forces ?
• Quels effets cette pandémie Codiv-19 peut-elle avoir objectivement sur le statut des forces, et psychologiquement, sur les capacités au combat de ces forces ?

La solution, finalement, serait peut-être de parvenir à convaincre les forces, et le capitaine de vaisseau Crozier en premier, que le virus Covid-19 est effectivement “un ennemi”, et donc que les morts qu’il cause ne le sont pas en vain, qu’il s’agit bien de morts “au champ d’honneur”... Ainsi certains commentateurs estiment-ils au contraire de ce que nous avons observé plus haut que cette lettre n’était en aucun cas destinée à être rendue publique, et évoquent effectivement les “ennemis” de l’Amérique, allant même jusqu’à faire du virus un “ennemi invisible”, comme on le voit  par ailleurs.

C’est effectivement le cas de  ZeroHedge.com, dont nous avons déjà signalé l’attitude guerrière pour ce cas du Covid-19, confirmant finalement qu’effectivement le “T.R.” (affectueux surnom de ce porte-avions) a bien été “torpillé” (acte de guerre) par Codiv-19 : « Il ne fait aucun doute que la lettre du commandant du navire n’était pas destinée à être rendue publique, d'autant plus que les ennemis et les rivaux de l’Amérique suivent sûrement de très près[le sort du porte-avions]. Après tout, il a fallu un “ennemi invisible” sous la forme d'un virus qui a infecté plus de 100 marins pour mettre hors service un porte-avions nucléaire d’attaque. »

 

Mis en ligne le 1eravril 2020 à 15H45

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La valse du plaisir et de la souffrance

Par info@dedefensa.org — 31 mars 2020 à 00:00

La valse du plaisir et de la souffrance

Gérard Depardieu nous a gratifié d’une tirade libératrice alors qu’il conduisait avec nonchalance une Citroën DS zigzaguant à la fin de l’opus Les Valseuses. Toisant son pote Patrick Dewaere qui, manifestement, n’arrive pas à jouir du moment présent, alors que Miou Miou lui tripote les cheveux avec un air taquin, Depardieu met les points sur les i : « On n’est pas bien là ? Paisibles, à la fraîche, décontractés du gland … et on bandera quand on aura envie de bander ! » Tout est dit à une époque où les mœurs étaient revisitées par une bande de voyous qui se servaient du septième art comme d’un exutoire favorisant une libération sexuelle pas toujours aussi factice qu’on veut bien nous le faire croire.

Phagocyter mai 68

1974, c’est loin, manifestement à une autre époque, à des années-lumière de la nôtre … pour preuve les analyses d’un Philippe Muray pour qui les européistes de 1998 célébraient le trentenaire de Mai 68 afin de phagocyter la remise en question de « l’ordre ancien » pour justifier la mise en place d’un « ordre nouveau » destiné à nous imposer un globalisme qui finira par réprimer dans le sang les jacqueries actuelles des Gilets jaunes.

Ainsi, les fantastiques intuitions contenues dans son essai, intitulé Après l’histoire et publié en 1998, viennent-elles jeter un éclairage sagace sur notre époque répressive et régressive : « La « révolution de mai 1998 est bien un héritage de la révolte de mai 1968 », écrit-on sans rire dans Le Monde (et sans se soucier non plus de dire de quelle révolution il s’agit en 1998). « Il y a trente ans, c’était la rue. Aujourd’hui, c’est l’euro. » Devant une divagation aussi estourbissante, on pourrait superficiellement conclure à sa pertinence : et en effet il n’y a plus, de toute façon, de rues, c’est-à-dire de villes, depuis qu’elles ont été remplacées, comme nous le savons déjà, par les rollers. »

Toutes ces considérations de Muray tombent sous le sens lorsque l’on prend conscience que c’est à cette triste époque que l’oligarque Pierre Bergé prendra une participation majeure à l’actionnariat du quotidien Le Monde, dans un contexte où ceux qui investissent sur le marché des mères porteuses entendent se servir des média-menteurs pour fermer la gueule à quiconque s’aventurerait à s’offusquer de ce « doux commerce » qui pacifie, enfin, les antagonismes de notre défunte cité. Ainsi, les investisseurs de la nouvelle économie libidinale s’accaparent les fantômes de la révolte libertaire afin de faire mousser leurs intérêts libéraux. Chemin faisant, si les décodeurs qui officient au sein du média que certains nomment « l’immonde » ne parviennent pas à faire taire les récalcitrants, il incombera au pouvoir judiciaire stipendié de les ramener dans le droit chemin. C’est ce que Philippe Muray a parfaitement bien saisi, toujours dans le même essai, et il ne s’en prive d’ailleurs pas : « Au passage, on se garde comme la peste de faire la moindre allusion à cette manie légifératrice, à cet enthousiasme procédurier et à cette passion délatrice dans lesquels Homo festivus, descendant en droite ligne de ceux pour qui il était prétendument « interdit d’interdire », a réfugié depuis belle lurette, comme on sait, ce qui subsiste en lui d’investissements libidinaux. » Et, la boucle étant bouclée, revenons à nos moutons et brebis des Valseuses.

Les paumés en cavale

Les Valseuses est une fable contemporaine qui nous raconte les aventures et les mésaventures d’un duo de petits délinquants qui tentent de s’évader de leur condition initiale. La révolution sexuelle de l’époque n’est qu’un prétexte pour questionner nos bonnes vieilles habitudes en matière de mœurs, mais, surtout, au niveau du rapport au désir qu’entretien cette humanité contrainte de s’évader du côté des romans à l’eau de rose à défaut de laisser libre-cours à une sensualité qui est tenue en laisse par le quotidien. Gérard Depardieu et feu Patrick Dewaere font les quatre cents coups au tout début de cet opus cinématographique et poussent l’effronterie jusqu’à traquer une infortunée vieille fille pour lui voler son sac-à-main dans le hall d’entrée d’un immeuble d’habitation qui ne paie pas de mine. Puis, changement de plan, ils se poussent avec la « fraîche » tout en étant poursuivis par une bande de voisins qui ont décidé de leur faire la peau.

De fil en aiguille, l’histoire se poursuit sur le mode d’une cavale qui se transforme en sorte de happening érotico-sociologique, à une époque où il était toujours permis de nommer la misère émotionnelle de nos concitoyens. On ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec Les Contes de Canterbury, tels que filmés par Pier Paolo Pasolini en 1972. Car, il faut bien l’avouer, Les Valseuses représente une fable contemporaine qui traite du désert affectif des banlieues et autres cité-mouroirs à l’époque des « trente glorieuses », dans un contexte où les classes moyennes avait le fric dans les voiles et où certaines femmes ne savaient plus que faire de leur solitude de parvenues désœuvrées. Idem pour les loubars et autres lumpenprolétaires qui n’avaient aucune perspective en vue, hormis celle de profiter de la déconfiture ambiante pour faire les poches des nouveaux riches et de tenter de mettre la main sur leurs concubines du moment. Parce que les épouses ou les amoureuses se sont transformées en concubines à une époque où il n’y avait pratiquement plus de famille à élever et où les femmes n’avaient pas encore investi massivement le marché du travail. Et, c’est exactement le propos de notre film.

1974, c’est un interstice, une sorte de trou de la serrure qui permettra aux désœuvrés, d’en haut, comme d’en bas, de prendre la clef des champs sur les chemins de traverse d’une sorte de cavale ludique qui débouchera sur la crise économique de 1981. Époque de fantasmes échevelés mis en scène par des pervers polymorphes, les années 1970 ont servi de décors à la production d’une pléiade de « road movies » dépeignant les frasques des « misfits » d’une société de la consommation anthropique. Un peu à la manière des romans de Jack Kerouac, les « road movies » profitent du désœuvrement ambiant pour questionner nos habitudes de vie au gré des péripéties d’une poignée d’antihéros qui ont du temps à perdre afin d’entreprendre une quête existentielle. Les deux voyous des Valseuses, poussent le culot jusqu’à kidnapper la concubine du propriétaire d’un salon de coiffure, sorte d’imbécile heureux qui nous rappelle les personnages des bandes dessinées de Gérard Lauzier.

En effet, dans moultes histoires brossées par Lauzier, on y retrouve invariablement la concubine du nouveau riche qui trompe son mec avec un loubar, un voyou bien déjanté et qui n’a rien à perdre puisqu’il a déjà tout perdu en pleine adolescence. Se moquant des conventions bourgeoises ou catholiques, le voyou « emprunte » la femme du petit-bourgeois le temps d’une joyeuse cavale qui se termine toujours en queue de poisson puisque le principe de réalité finit par rattraper les joyeux naufragés. Prise en serre entre un pourvoyeur sans intérêt et un loubar condamné d’avance, la fausse ingénue profite de cet aparté ludique pour redécouvrir une sensualité qui avait été ensevelie sous le décor en stuc des convenances et des faux-semblants de son port d’attache. On connaît la suite.

Le confinement obligatoire

Philippe Muray, essayiste et romancier prophétique, que nous avons découverts sur le tard, décortique les méfaits d’une « société du spectacle » qui met en scène un HOMO FESTIVUS à la recherche du « temps perdu » et de cette aura énergétique qui s’est éteinte au cœur d’une cité qui ressemble, désormais, à un camp de concentration pour festivaliers. Alors que de nouvelles pandémies nous frappent – après que les féministes déjantées aient incité le pénal à prendre en chasse tous les porcs potentiellement à risque – nos autorités libertariennes nous enjoignent à rester confinés dans notre cellule citadine. On parle, même, d’une surcharge de la consommation d’internet, ce qui ferait planer la possibilité de débrancher les festivaliers de notre société indigente ! Panique à bord : privés du simulacre des rencontres sur la place publique, nos congénères pourraient ne plus pouvoir s’évader du réel sur leurs réseaux sociaux de prédilection. Tous les théâtres du factice fermés, HOMO FESTIVUS doit se rabattre sur une désagréable conversation en tête-à-tête avec lui-même ou son infortuné (e) compagne (on) du moment. Que faire ? Méditer, prier, lire, dialoguer, faire l’amour ? Mais, voyons, toutes ces anciennes habitudes n’ont plus cours à une époque où le simulacre a déjà remplacé la réalité et où toute vérité est proscrite par les censeurs d’un « vivre ensemble » qui n’est qu’une injonction déguisée nous invitant à éviter de contrarier l’autre. La parole de Muray est d’or en ces funestes circonstances : « … on veut nous faire croire à l’excellence presque complète des nouveaux habitants de la société, qui cultiveraient « une distance à l’égard de tous les a priori » et militeraient « pour la liberté, toutes les libertés, celles des mœurs comme celles des échanges ». Ce n’est même plus le passé qui est convoqué pour éclairer le présent; c’est le fantôme d’une vieille rébellion qui cesse d’avoir jamais eu la moindre existence, et qui n’est plus qu’un moment parmi d’autres de l’abstraction paradisiaque actuelle. D’une façon plus générale, et comme d’habitude, c’est le principe de réalité qui est entièrement annexé, gobé, avalé par le principe de plaisir. »

Si Muray est, certes, sagace et prolifique, on cherche en vain où pourrait bien se loger un « principe de plaisir » qui ne répond pas à nos nombreux appels. Les vins de table que le gouvernement du Québec nous vend à 10 euros sont pleins de sulfites et proprement imbuvables. Les femmes à qui on adresse quelques sourires et compliments nous envoient vertement promener à la terrasse des cafés. Les enfants font signer des contrats à leurs parents qui stipulent leurs droits et responsabilités à la maison et en dehors de la maison. Les « œuvres d’art » et la musique qui envahit la sphère publique ne sont que des immondices qui surajoutent à la pollution mentale des véganes indigents qui font office de police des mœurs en société. Les fruits et légumes vendus à prix d’or par les trusts alimentaires ne goûtent plus rien puisqu’ils proviennent de l’autre bout du monde et qu’ils ont déjà perdu toute leur valeur nutritive en fin de parcours. Le monde festif organisé par les innombrables associations et autres guildes qui monopolisent les prébendes gouvernementales ne fait que mettre en scène les insignifiantes majorettes d’un « vivre ensemble » mécanique et désincarné. On cherche en vain ce fameux « principe de plaisir » à une époque où le sadomasochisme est devenu la norme officielle. À défaut de jouir, on s’évertue à faire chier son voisin en se réjouissant du malheur d’autrui. C’est le triomphe de l’infamie qui s’affiche en toute impunité.

On le constate, ce confinement obligatoire représente probablement une chance en or qui permettra à nos oligarques de tester de nouvelles habitudes de vie, de nouveaux mots d’ordre ou de nouveaux modes de consommation. Ainsi, la hantise de pouvoir contaminer votre clavier, après avoir fait vos courses au supermarché du coin, vous poussera à utiliser la reconnaissance vocale pour, dorénavant, communiquer par trolls interposés. Les gens perdront l’habitude d’écrire et les claviers pourraient, comme l’argent liquide, ne plus être mis en circulation. Les logiciels de reconnaissance vocale feront le reste du boulot pour que votre identité soit dûment répertoriée et que les autorités compétentes puissent agir promptement en cas de … débordement. Refusant les espèces sonnantes et trébuchantes, les quelques relais de consommation toujours ouverts favorisent le retrait de la monnaie réelle. In fine, des implants pourraient permettre aux autorités médicales de diagnostiquer les gens à distance, de suivre à la trace les cas de contamination et de faire en sorte que les contrevenants soient prestement « retirés » de la circulation. Des robots sexuels ou chastes […] pourraient être mis en vente afin d’aider les néo-citadins à supporter une période de confinement appelée à se prolonger indûment, histoire d’habituer la populace à vivre comme des monades totalement isolées les unes des autres. Mais, après tout, la société de consommation de l’après-guerre a déjà fait de nous tous des atomes alimentés par les flux d’une gouvernance qui a institué le FESTIF comme un agent dissolvant interdisant toute parole contradictoire, tout discours critique qui menacerait le « vivre ensemble » des globalistes.

Muray cerne avec une précision sans faille cette mise en place d’une société de la contestation consensuelle et factice : « Et ce qui fait que Mai 68 appartient encore à l’histoire, c’est simplement que le sombre génie diviseur des vieilles révolutions s’y est tout de même fait entendre, et probablement pour la dernière fois. La racine violente des plus anciennes périodes subversives y est remontée à la surface. La vertu séparante et discordante y a tenu pendant un mois le devant de la scène. La négativité active et créatrice s’y est étalée. » En effet, après que les vertus « libératrices » de Mai 68 eussent été phagocytées et digérées par les grands régisseurs derrière tout ce cirque, la société festive pouvait se servir à pleine main dans un panier de merveilleux concepts castrateurs : la non-violence et le vivre-ensemble étant détournés de leur signification initiale pour ne plus servir que de camisoles de force destinées à NEUTRALISER toute capacité de résistance, toute critique objective de cet ORDO marchand.

Désormais, et c’est agréable d’en savourer les contradictions, le système marchand table sur le « désir du meurtre du père » – ou satisfaction des pulsions onanistes des consommateurs indigents – pour faire saliver le COMMUN face au fantasme d’une révolution impossible à réaliser. C’est pourquoi la réalité virtuelle et toutes ses déclinaisons marchandes sont devenues la SOMA idéale afin de condamner à la réclusion les consommateurs décérébrés qui peuvent, enfin, assassiner en toute impunité leur prochain sans craindre de subir des représailles par la suite. Mais, puisque que l’industrie pornographique nous a promis de mettre en marché des robots sexuels compatissants et dociles, nous sommes peut-être en droit de demander à nos marchands de consoles de jeux de nous fournir des drones pour frapper nos voisins porteurs de virus indésirables. Chemin faisant, nous pourrions rendre service à la « société du confinement » tout en nous faisant plaisir.

Un principe de plaisir d’un GENRE nouveau

Cette période de confinement providentielle aura eu le mérite de réconcilier l’OPUS DEI avec les féministes véganes et tous les supplétifs de la nouvelle inquisition aux manettes. Ainsi, en attendant qu’une nouvelle génération de robot vienne nous fouetter, nous pourrons resserrer les garrots de nos silices afin de faire saigner notre corps par trop coupable d’exulter. À défaut de pouvoir trucider allègrement nos voisins, nous pourrons toujours nous infliger une foison de petits supplices domestiques avec la bénédiction des autorités publiques. Peut-être faudrait-il songer à demander au Vatican de déclassifier les manuels d’instruction destinés aux bons offices des tortionnaires employés par l’inquisition … ainsi, après avoir épinglé aux murs de la salle de bain des affiches expliquant le lavage des mains et la désinfection des cuvettes, nous pourrons imprimer des planches instructives portant sur l’art du garrot, du supplice de la noyade ou de l’arrachement des ongles. Des robots dûment certifiés par le Saint-Office pourraient être mis en vente afin de nous aider à souffrir le martyre et, ainsi, reprendre contact avec ce fameux principe de réalité qui fait tant saliver notre cher Muray.

Chemin faisant, la grande partouze annoncée dans le sillage de Mai 68 n’aura servi qu’à nous isoler toujours plus les uns des autres. Le « principe de plaisir » ayant cédé la place au « principe de souffrance », la vie pourra reprendre son cours. Désormais, les faibles reprendront la place qui leur a été assignée et les forts pourront se remettre à piger à pleine main dans cette corne d’abondance qui est alimentée, depuis toujours, par le « travail à la sueur de leur front » des esclaves de la société du consentement et du confinement permanents. De mauvaises langues seraient peut-être tentées de lancer la tirade suivante : « vivement un peu de licence entre citoyens contaminés ! »

 

Référence

Essais, Philippe Muray, éditions Les Belles Lettres, Paris, 2015. ISBN : 978 – 2 – 251 – 44393 – 5

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Covid-19, “à prendre avec des pincettes”

Par info@dedefensa.org — 31 mars 2020 à 00:00

Covid-19, “à prendre avec des pincettes”

Il existe plusieurs postures vis-à-vis de la pandémie Covid-19. Pour mieux commenter le texte ci-dessous, nous allons les mentionner rapidement, – sans en débattre précisément, – et situer notre position hypothétique par rapport chacune d’elles . C’est la condition, disons au moins de forme, pour envisager ce texte et ne pas se priver d’un apport intéressant. … 

• Pour divers groupes et personnes, l’importance de la pandémie est grandement exagérée, sinon grossie de toutes pièces, sinon inventée de toutes pièces, dans des buts divers de tromperie et de coercition ; de même, complément de cette interprétation, le nombre de malades et les décès sont trafiqués. Nous écartons cela et envisageons que la pandémie est très réelle et très puissante, conformément à la présentation qui en est faite, et considérant que certaines erreurs sont le simple fait d’une situation de tension et d’urgence.

• Pour d’autres, ou bien les mêmes dans certains cas, la pandémie est une opération montée selon les normes de la guerre biologique, donc par un acteur de l’affrontement géopolitique, avec diverses interprétations concernant cet acteur. Nous laissons cette interprétation de côté, considérant pour notre compte qu’elle n’influe pas sur le jugement qui nous importe.

• Pour d’autres encore, la pandémie a été prise comme prétexte pour installer des conditions permettant une dictature globale. Là aussi, nous laissons l’interprétation de côté, sans autre forme de procès et sans grand intérêt de notre part.

• Enfin, il existe une attitude une attitude plus répandue, qui répond complètement au Politiquement-Correct (PC), qui est de mettre en doute d’une façon générale, en bloc ou en parties importantes, les informations venues de Chine (voire l’aide envoyée par la Chine). Ces informations souvent mentionnées par nombre de commentateurs pour alimenter le débat, sont le plus souvent jusqu’à presque-toujours, avec une écrasante constance, accompagnés d’une réserve et d’un coup d’œil torve sinon un sourire méprisant : informations “à prendre avec des pincettes”(phrase favorite), informations “pour ce qu’elles valent”, “avec les réserves qui s’imposent”, etc. Le bavardage à cet égard est extraordinaire, même dans des médias que nous jugeons assez critique du Système en général (ZeroHedge.com s’est fait une spécialité des attaques de tous ordres contre la Chine dans cette affaire.)

Notre hypothèse de travail consiste à écarter ce doute d’une façon générale. Nous y mettons d’autant plus de conviction, pas tant par sympathie pour la Chine qu’à cause de la connaissance de ceux qui radotent de la sorte. Ces commentateurs appartiennent en général au monde de la presse et de la communication (bloc BAO) vivant et informant-déformant à partir d’un immense simulacre peuplé de divers simulacres de seconde zone, où ils sont assignés à résidence selon l’emprisonnement de ce phénomène que nous nommons  déterminisme-narrativiste, avec une psychologie et des “éléments de langage” alignés sur des obligations de complet négationnisme, sinon d’indifférence pure et simple, pour la réalité, au profit d’une réalité fabriquée de toutes pièces.

(D’où notre obligation, puisqu’il y a ainsi une désintégration de la “réalité” par affirmations faussaires développées par une masse importante de “communicants” totalement subvertis, de procéder par détermination de la “vérité-de-situation”. Notre texte ici n’échappe pas, pour notre compte, à cette démarche.)

Toutes ces hypothèses justifient que nous prenions les données sur lesquelles s’appuie texte de John Ross ci-dessous sans soupçon particulier d’une méthodologie faussée et faussaire, pas plus qu’avec l’un ou l’autre pays du bloc-BAO. Ce texte est la description de la remarquable performance de la Chine dans cette “guerre” contre Covid-19, contrastant avec la catastrophique conduite de cette “guerre” par les pays de l’UE et les USA (l’essentiel du bloc-BAO). Ross est maître de recherche à l’Institut d’Études Financières de Chong Yang, à l’université de Renmin, en Chine. Il a vécu à Moscou de 1992 à 200 ; il a été directeur de la politique économique et commerciale du maire de Londres. Étant anglo-saxon, ils privent la vigilance des promoteurs de la civilisation occidentale de l’argument politique du nationalisme chinois et de celui, éventuellement raciste, de la couleur de la peau. Le texte mérite donc encore plus d’attention.

Comme on le lit, Ross rapporte que la lutte contre Covid-19 en Chine a été vécue comme une “guerre”. L’idée a également été reprise en France, par Macron, ce qui n’a pas plu à tout le monde, dans un sens qui n’est pas assuré de rencontrer notre adhésion même si ceux qui en jugent ainsi sont honorables. Ross développe cette image pour justifier de considérer la bataille chinoise conte Covid-19 comme une “guerre” :

« On peut comparer cela à l'une des plus grandes batailles de l'histoire soviétique, – Stalingrad. Là, il était vital pour les défenseurs de Stalingrad d'immobiliser l’armée allemande dans des combats à l'intérieur même de la ville pendant que l'armée soviétique préparait l'encerclement qui a finalement réduit les nazis en miettes. Le résultat fut que les pertes soviétiques à Stalingrad même furent terribles, – les défenseurs de la ville donnèrent leur vie pour assurer la victoire décisive du peuple soviétique. Parallèlement, les habitants de Wuhan donnèrent leur vie pour protéger le peuple de toute la Chine. Le personnel médical de Hubei et de Wuhan est considéré à juste titre comme un héros du peuple chinois. »

Si cette interprétation d’une “guerre” a prévalu et continue à prévaloir dans l’esprit de Macron, alors il faut admettre qu’elle est fort mal menée. Il s’agit d’une guerre “par procuration de la communication”, pour la conduite de laquelle on parle beaucoup et on ne fait guère. C’est ce qu’exprimait Arnaud Benedetti dans Figaro-Vox, le 23 mars 2020 :

« Déjà les questions se posent : si nous devons faire la guerre, pourquoi ne pas mobiliser des moyens de production exceptionnels pour produire des masques en masse et généraliser les tests de dépistage ? Pas de guerre sans économie de guerre. Pas de mobilisation sémantique sans une mobilisation générale de l’appareil productif afin de combattre. Si nous sommes en guerre, pourquoi maintenir l’ouverture des frontières, quand nos voisins les ferment ? Comment adhérer au confinement de chacun d’entre nous quand le pays demeure ouvert sur ses marchés ? Il existe aujourd’hui un hiatus entre la rhétorique et l’action publique. Cette dernière est en deçà de sa communication. Et la communication est un pantin désarticulé si elle en reste au stade des intentions. À l’épreuve de la durée, l’unité nationale “fragilissime” se fissurera inévitablement , volera en éclat. Il ne suffit pas de dire, il faut faire maintenant. En s’abritant derrière la rationalité scientifique qui est toute nécessairement de débats et confrontations argumentaires, l’exécutif indexe sa capacité d’agir sur le temps de la science. Prendre, mutadis mutandis, la lente maturation de celle-ci, c’est s’empêcher d’agir.
» Clemenceau en son temps avait justement dit que “la guerre est une affaire trop sérieuse pour être confié aux militaires”. Le Tigre avait agi en politique. De Gaulle, en juin 1940 aussi. Qu’Emmanuel Macron agisse ainsi également et vite, car un peuple enfermé est comme “un roi sans divertissement”. C’est “un homme plein de misères”... »

Ross nous décrit donc la “guerre” que la Chine a conduite contre Covid-19, son succès, et par conséquent, les faiblesses considérables qu’il voit du côté occidental, en Europe mais surtout aux Etats-Unis. Il déplace cet “affrontement” méthodologique vers le domaine conceptuel ; il parle d’une “compréhension” différente des “droits de l’homme”, c’est-à-dire les Chinois développant une attitude réaliste sans aucun obstacle idéologique selon ce qu’est aujourd’hui l’idéologie dominante au sein du Système (le néo-libéralisme et le progressisme-sociétal) :

« La question la plus fondamentale était que la Chine partait d'une réelle compréhension des droits de l'homme tels qu'ils affectent la vie réelle des gens, – et non pas des constructions artificielles des “droits de l'homme” occidentaux, purement formelles. Dans une épidémie mortelle, le principal droit de l'homme est de rester en vie. 
» Plus généralement, pour les vrais êtres humains, la question la plus fondamentale dans votre vie n'est pas de savoir si vous pouvez utiliser Facebook, ou voter pour un politicien qui promet une chose lors d'une élection et qui fait ensuite quelque chose de complètement différent dans un système qui ne leur donne aucun contrôle réel, mais la capacité réelle de rester en vie face à une menace mortelle, et d'avoir un niveau de vie décent et croissant, de bénéficier de soins de santé, d'une éducation, et d'innombrables autres préoccupations réelles des gens. »

En développant ce thème, Ross réduit, ou bien synthétise de plus en plus l’affrontement de la conduite et de l’action de la Chine, contre celles des USA. L’Europe (l’UE) passe au second plan dans sa perception, non pas comme si elle ne comptait pas, mais implicitement comme si elle était moins mise en cause que les USA. Cette évolution, ou plutôt ce rangement plus perceptible dans l’esprit du texte (“entre les lignes”, si l’on veut) fait que, d’une façon subreptice, on peut arriver à le concevoir non pas comme l’affrontement de deux méthodes, mais plutôt comme la mise en évidence du naufrage d’une conceptions civilisationnelle absolument faussaire et entropique, – celle des USA comme courroie de transmission du Système née du “déchaînement de la Matière”.

Ainsi, il s’agit moins d’une opposition idéologique que d’une opposition ontologique. Écrivant cela, nous nous référons à la conception du “modèle dostoïevskien” sur la critique ontologique du monde moderne, telle qu’analysée par Mircea Marghescu (voir par exemple le 11 octobre 2019). Nous pouvons parfaitement appliquer cette critique ontologique dans le cas américaniste, et notamment dans l’attitude de l’américanisme vis-à-vis de la pandémie, affirmant implicitement et indirectement, mais très fortement, sa capacité à dompter ce phénomène naturel ou à le plier à ses conceptions (les variations et les imprécations de Trump sont significatives à cet égard) : « L’“homme nouveau”, ou “homme moderne”, c’est l’homme dont la conscience a pris le pas sur le reste et décidera “de façon impérative dans quel sens et de quelle façon vont aller ses actes et sa vie”, et  donc qui soumet la “nature du monde” dont il tend de plus en plus à douter de sa pertinence sinon de son existence, au jugement triomphal de sa conscience. »

Par conséquent, dans cette description que fait Ross de la “guerre” que la Chine a livrée et continue à livrer à Codiv-19, nous serions moins tentés de distinguer un “modèle chinois” en soi, qu’un comportement chinois qui fait ressortir par contraste l’absurdité invertie à laquelle la modernité/le Système ont conduit l’entité qui les représente le mieux, c’est-à-dire les USA. Bien que Ross insiste sur l’aspect géopolitique, et l’avantage que prendrait la Chine sur les USA à cette occasion, nous sommes beaucoup plus inclinés à considérer cet aspect ontologique, l’événement devenant alors d’essence civilisationnel et offrant une illustration singulièrement forte, en même temps qu’un accélérateur inattendu de l’effondrement de la “contre-civilisation” développée par les USA au nom du Système.

Ci-dessous, une adaptation française du texte de John Ross, sur RT.com le 30 mars 2020. Le titre original est « Human life must trump economics in a pandemic. THIS is why China is succeeding in war on Covid-19 and US is on path to disaster »

dedefensa.org

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Chine et USA face à Covid-19

La surperformance de la Chine par rapport aux États-Unis lors de la crise de 2008 et de l'épidémie de Covid-19 va entraîner un changement géopolitique en faveur de Pékin. Plus les États-Unis poursuivront leur désastreuse riposte à la pandémie, plus ce changement sera important.

La pandémie a un cours mondial clair. Bien que l'épidémie de coronavirus ait débuté en Chine, Pékin l'a rapidement maîtrisée : le nombre de cas de transmission interne a été réduit à pratiquement zéro à la fin du mois de mars. Aux États-Unis et en Europe occidentale, au contraire, le nombre de cas augmente de façon vertigineuse sans qu'aucun pic ne soit en vue.

En termes absolus, le nombre de cas de coronavirus aux États-Unis et en Italie est déjà supérieur à celui de la Chine. Mais les comparaisons en chiffres absolus sous-estiment fortement la gravité de la crise du coronavirus aux États-Unis et en Europe occidentale, – en raison de leurs populations beaucoup plus petites que celles de la Chine. En réalité, la gravité relative de la pandémie de coronavirus aux États-Unis et en Europe occidentale est déjà bien pire qu'au pire moment de la crise en Chine et continue d'augmenter. Cet échec désastreux des États-Unis et de l'Europe occidentale sera plus grave que la crise financière internationale et aura de profondes conséquences géopolitiques.

Que signifie le succès de la Chine ?

Deux questions clés découlent immédiatement du succès de la Chine : comment la Chine y est-elle parvenue et quel est son impact international ?

Techniquement, les moyens de lutte de la Chine contre le coronavirus ne sont pas inconnus : quarantaines, livraisons de produits de première nécessité dans les foyers pour permettre à la population de rester à l'intérieur, port obligatoire de masques, tests, transfert de personnel médical dans les zones touchées. La Chine a certainement mis en œuvre ces moyens de manière beaucoup plus rigoureuse que les États-Unis et l'Europe occidentale. Mais derrière cette différence technique, il y avait une compréhension claire de la société par la Chine.

La question la plus fondamentale était que la Chine partait d'une réelle compréhension des droits de l'homme tels qu'ils affectent la vie réelle des gens, – et non pas des constructions artificielles des “droits de l'homme” occidentaux, purement formelles. Dans une épidémie mortelle, le principal droit de l'homme est de rester en vie. 

Plus généralement, pour les vrais êtres humains, la question la plus fondamentale dans votre vie n'est pas de savoir si vous pouvez utiliser Facebook, ou voter pour un politicien qui promet une chose lors d'une élection et qui fait ensuite quelque chose de complètement différent dans un système qui ne leur donne aucun contrôle réel, mais la capacité réelle de rester en vie face à une menace mortelle, et d'avoir un niveau de vie décent et croissant, de bénéficier de soins de santé, d'une éducation, et d'innombrables autres préoccupations réelles des gens.

Dans ce contexte, la lutte contre le coronavirus était d'une telle ampleur qu'elle devait être menée comme une guerre, – en Chine, elle est souvent appelée “guerre populaire” contre le virus.

C'est ce qui explique les mesures prises par la Chine. Sa stratégie était strictement logique une fois que ce point de départ a été compris. Il fallait surtout tout faire pour confiner le virus à Wuhan et à Hubei, – s’il s’était propagé dans toute la Chine, il aurait été impossible de le contrôler. C'est pourquoi la première mesure décisive a été de restreindre strictement les déplacements.

Si les gens avaient été autorisés à quitter Wuhan/Hubei, ils auraient été très nombreux à fuir et le virus se serait répandu de manière incontrôlable dans toute la Chine, – c'est précisément ce qui se passe aux États-Unis ou en Espagne où les personnes qui fuient les centres d'infection comme New York ou Madrid propagent le virus.

Il ne fait aucun doute que cela a causé d'énormes souffrances à Wuhan/Hubei. En empêchant les gens de partir, cela a exercé une pression inconcevable sur le système de santé de Hubei. La Chine a déversé des dizaines de milliers de membres du personnel médical dans le Hubei, mais cela a nécessairement pris du temps.

On peut comparer cela à l'une des plus grandes batailles de l'histoire soviétique, – Stalingrad. Là, il était vital pour les défenseurs de Stalingrad d'immobiliser l’armée allemande dans des combats à l'intérieur même de la ville pendant que l'armée soviétique préparait l'encerclement qui a finalement réduit les nazis en miettes. Le résultat fut que les pertes soviétiques à Stalingrad même furent terribles, – les défenseurs de la ville donnèrent leur vie pour assurer la victoire décisive du peuple soviétique. Parallèlement, les habitants de Wuhan donnèrent leur vie pour protéger le peuple de toute la Chine. Le personnel médical de Hubei et de Wuhan est considéré à juste titre comme un héros du peuple chinois.

Une fois la tâche décisive de prévention de la propagation du virus accomplie, la Chine a pu faire pression sur le virus à Hubei et finalement à Wuhan. J'ai de bons amis à Wuhan. Je sais que le peuple a compris cette stratégie nationale malgré les souffrances intenses qu'elle a signifiées pour Wuhan.

L’échec des “droits de l'homme” en Occident

Mais quelle a été la réponse des organisations occidentales dites “des droits de l'homme” à ce sujet ? Une condamnation totale et criminelle de la stratégie chinoise qui a réussi !

Kenneth Roth, directeur exécutif de “Human Rights Watch” a déclaré : « A la manière typique du Parti communiste chinois, Pékin confine 35 millions de personnes au lieu de poursuivre l'approche transparente et ciblée du coronavirus de Wuhan qu'exigent la santé publique et les droits de l'homme ». Le  Guardian en Grande-Bretagne a publié article après article attaquant les méthodes de la Chine pour faire face au virus avant de finalement l'admettre le 20 mars, presque deux mois après que la Chine ait commencé ses actions décisives : « Les restrictions rigides aux voyages et les exigences de distanciation sociale semblent avoir eu l'effet escompté ».

Joshua Wong, un partisan des émeutiers de Hong Kong, a demandé la démission du directeur général de l'OMS parce que l'organisation soutenait la réussite de la stratégie chinoise.

Fin mars, la plupart des pays du monde ont reconnu que la Chine avait eu raison. Par exemple, une récente chronique (18 mars 2020) sur Bloomberg aux États-Unis avait le titre évident : « Le reste du monde se met au diapason de la façon dont Pékin lutte contre le coronavirus» .  

« Si la Chine n'avait pas imposé de telles mesures, une simulation suggère qu'il y aurait pu y avoir huit millions de cas en février... En fait, chaque gouvernement semble réinventer la roue, bien que les événements finissent par les forcer à prendre le chemin de la Chine : fermeture des écoles et des lieux publics, fermeture des frontières, imposition de couvre-feux, inhibition des mouvements », peut-on lire dans la colonne.

Si le conseil de Roth, du Guardian ou de Wong avait été suivi, des milliers de personnes supplémentaires, plus probablement des dizaines de milliers, seraient mortes.

Échec aux États-Unis

Cette mauvaise approche en Occident a maintenant créé un désastre aux États-Unis et en Europe occidentale. L'ampleur de cette catastrophe est simplement masquée en faisant des comparaisons en termes de chiffres absolus entre la Chine et les différents pays occidentaux. Cela dissimule le fait que l'impact de l'épidémie de coronavirus dans les pays occidentaux est bien plus important que pendant la pire période en Chine, – parce que la population de la Chine est bien plus importante que celle de n'importe quel pays occidental, – plus de quatre fois celle des États-Unis et 23 fois celle de l'Italie.

Ainsi, par exemple, les données de l'OMS pour le 28 mars montrent que les États-Unis ont enregistré 16 894 nouveaux cas quotidiens de coronavirus, soit 4,3 fois plus que le pire pic quotidien de la Chine (3 887). Mais la population de la Chine est 4,25 fois plus importante que celle des États-Unis. Ainsi, en proportion de la population chinoise, les chiffres américains sont égaux à 71 799 (16 894 x 4,25). L'intensité relative de l'impact du coronavirus aux États-Unis est donc déjà plus de 18 fois supérieure à celle du pire jour en Chine ! Et le nombre de cas quotidiens aux États-Unis est sur une courbe fortement ascendante. Une véritable catastrophe est en train de se produire aux États-Unis. 

Pour en comprendre l'impact, les troupes américaines à l'étranger ont souvent subi de graves pertes de guerre, – Seconde Guerre mondiale, Corée, Vietnam, Irak. Mais il n'y a eu que deux fois dans l'histoire américaine des événements entraînant des morts en masse sur le sol américain lui-même : la guerre civile et l'épidémie de grippe espagnole de 1918-1919. À moins d'un changement radical, et peu probable, de la politique américaine dans les jours à venir, il y aura le troisième événement de mort massive aux États-Unis. L'économie américaine sera nécessairement frappée par une récession plus grave que la crise financière internationale.

Conséquences géopolitiques

Les conséquences géopolitiques de cette situation sont à la fois immédiates et à long terme. À court terme, jusqu'à présent, le coronavirus n'a frappé que trois régions avec une force de masse : la Chine, les États-Unis et l'Europe occidentale. Les pays des autres régions ressentiront toute sa force dans les semaines à venir. Ils peuvent soit tenter de suivre la voie fructueuse de la Chine, soit suivre la voie désastreuse des États-Unis.

En outre, la Chine, le plus grand fabricant du monde, peut leur apporter une aide pratique décisive. Le simple fait que la France puisse commander un milliard de masques à la Chine montre ce qui est possible. L'absurdité du concept occidental formel des droits de l'homme sera démontrée à des milliards de personnes. Cela entraînera inévitablement un changement géopolitique en faveur de la Chine.

L'ampleur des conséquences géopolitiques à long terme dépendra de la durée pendant laquelle les États-Unis poursuivront leur course catastrophique actuelle. Il est désormais impossible pour les États-Unis d'éviter une grave récession, – certainement la plus forte baisse de la production depuis la Grande Dépression et peut-être pire encore. La rapidité avec laquelle l'économie américaine peut se redresser dépend de la rapidité avec laquelle elle peut résoudre sa crise médicale. Mais pour y parvenir, il faut, pour les raisons déjà évoquées, que les États-Unis abandonnent leur concept totalement faux des droits de l'homme, leur subordination des vies humaines à l'économie et, en substance, admettent que la Chine avait raison. Il est peu probable qu'un changement aussi considérable se produise assez rapidement dans une pandémie où chaque jour compte littéralement.

John Ross

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Nos dernières heures de mars...

Par info@dedefensa.org — 31 mars 2020 à 00:00

Nos dernières heures de mars...

Nous sommes le 31 mars 2020 et il est 03H45 ce matin. Nous sommes à moins d’un jour de la fin de cette campagne mensuelle de donation et la barre de comptage de dedefenda.org affiche €2 274. Nous emploierons une formule peu originale et assez courante dans ces messages, mais qui garde dans notre chef, – sans la moindre emphase ni quelque recherche d’effet que ce soit, –  toute sa fraîcheur et sa loyauté. Elle témoigne d’un sentiment qui ne s’est démenti, qui est la chaleur de notre reconnaissance pour ceux qui ont participé au soutien apporté au site durant les 30 premiers jours du mois.

Ce 31 octobre, avec notre barre de donation affichant €2 274, nous ne sommes pas encore dans la zone où nous nous jugeons en sécurité par rapport à nos contraintes économiques. Vous connaissez nos besoins, résumés par cette citation que vous connaissez bien... « … les montants de €2.000 et €3.000,[...] constituent pour nous les sommes permettant respectivement un fonctionnement minimum des fonctions essentielles du site et un fonctionnement plus aisé de ces fonctions”. Nos lecteurs savent évidemment que, depuis 2011, les conditions économiques ont évolué et que les sommes proposées doivent être définies différemment. Le seuil du “fonctionnement minimum des fonctions essentielles du site” dépasse aujourd’hui très largement les €2.000 et se trouve quasiment au niveau des €3.000 avec le reste à l’avenant... ».

Il reste ces quelques heures. Nous demandons à nos lecteurs d’intervenir jusqu’à la dernière heure de ce dernier jour du mois de mars 2020 pour établir une situation d’équilibre, et aussi pour l’affirmation de cette solidarité si précieuse pour la poursuite de notre travail. Nous les en remercions par avance.

Mis en ligne le 31 mars 2020 à 03H45

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Le temps du “Tout devenant Rien”

Par info@dedefensa.org — 30 mars 2020 à 00:00

Le temps du “Tout devenant Rien”

Ainsi empruntons-nous cet exercice linguistique épique d’un humoriste-amateur jouant au philosophe parlant de la globalisation, et que nous avons plagié pour le titre : ...Et dans ce titre, “‘Rien’ signifie effectivement le néant, ou plutôt la néantisation du ‘Tout’, et ‘Tout’ signifiant ce qui apparaissait d’abord à notre perception trompée et faussée et qui s’est trouvé réduite à la catastrophe du ‘Rien’, et donc dévoilant la véritable non-essence du ‘Rien’ en le réduisant infiniment à un exercice de néantisation.” Tout cela, souffle court, pour introduire notre commentaire au texte de  Karine Bechet-Golovko sur son site Russie Politics du  27 mars 2020

(On a déjà cité ou repris Bechet-Kolovko à plusieurs reprises, comme on peut le voir par exemple le  6 février 2020, déjà à propos de la crise-Covid19. Française, avocate résidant à Moscou, certainement d’une tendance indépendante qui se fait antiSystème à diverses occasions, le plus souvent favorable à la Russie poutinienne mais ponctuellement critique de sa politique quand elle juge que cela s’impose...)

Ce texte que nous présentons est particulièrement exemplaire par le rythme implicite, peut être involontaire, qu’il nous propose, entre des remarques qui mettent en évidence la puissance triomphale de la globalisation dont la crise-Covid19 est l’affirmation, et la défaite catastrophique de la globalisation qu’implique ce triomphe de la crise-Covid19, tout simplement parce que cette crise sème le désordre, la désolation, une véritable pandémie d’angoisse cosmique et de fin de civilisation, finalement une sorte d’“emprisonnement dans l’impossibilité d’être” qui serait imposée à l’espèce humaine. Cette contradiction en soi, – dont le sujet ici est la globalisation, mais on y reconnaîtra le Système en fin de compte, – ne peut déboucher que sur un acte de rupture.

Il sera cette fois très difficile d’évacuer la nécessaire enquête, débouchant éventuellement sur le procès de la globalisation à la lumière de la crise Covid19, et aussi à la lumière qui va se faire de plus en plus exigeantes des crises dites-“collatérales” (finance, économie, société, psychologie, etc.) qui sont déjà en cours de démarrage et qui secouent le Système lui-même. Les pressions sont donc parallèles et complémentaires (la crise Covid19 relayée plus tard par les crises “collatérales”) en même temps qu’elles sont antagonistes (la crise Covid-19 empêchant de prendre toutes les mesures nécessaires pour ralentir, voire maîtriser les crises “collatérales” qui se nourrissent désormais de Covid-19). Plus encore, la violence tragique de Codiv-19, son caractère presque biblique dans la perception qu’on en a, avec la gigantesque communication en action, rendent sa négativité éventuellement mortifère pour le concept de globalisation encore plus forte et dévastatrice.

C’est cette contradiction qui est particulièrement importante et redoutable dans l’enchaînement des dynamiques crisiques à parti de Covid-19 comme détonateur. Il y a un dilemme crisique (un dilemme pour la crise du Système/pour le Système) à cause de l’enchaînement de crises antagonistes dans leur traitement. C’est un point que nous avons déjà soulevé, qui nous paraît absolument essentiel :

« [L]a cause de ce gigantesque épisode crisique ne répond pas aux normes du Système, même pour lutter contre lui, il n’entre pas dans son jeu, moins encore il n’y joue pas ; d’où cette impression d’une paralysie, d’une impasse. Vous ne pouvez éviter de lutter contre Covid-19, bien entendu, mais pour lutter contre lui, à l’heure de la globalisation et de la vitesse extrême de toutes les sortes d’actes et de pressions de la communication, il importe de prendre des mesures extrêmement contraignantes qui empêchent de lutter contre les effets destructeurs des autres crises, les crises dites-“[collatérales]”, [et même prendre des mesures qui aggravent ces crises dites-“collatérales” en contredisant directement et ontologiquement les principes sur lesquels s’appuie le Système, — donc des mesures] qui touchent le cœur du Système et le menacent. »

Cet ensemble de facteurs, qui entrent pareillement dans l’observation de la globalisation au moment où, comme l’observe Bechet-Kolovko, elle “triomphe” et elle se constitue en catastrophe en même temps, et dans les deux cas à la lumière de Covid-19, conduit en effet à un raisonnement du “Tout et Rien”, – ou “Tout devient Rien”, – où effectivement le “Tout” (la globalisation triomphante) devient en même temps qu’il triomphe, et parce qu’il triomphe, la catastrophe (la globalisation catastrophique) que l’on désigne par le “Rien” puisqu’elle se fait par un processus qu’on peut, qu’on doit juger être un processus de néantisation.

Cette contradiction formidable a déjà souvent montré le bout de son nez mais toujours dans une mesure assez faible, et toujours elle a pu vaille que vaille être contenue par des mesures dilatoires, et surtout une communication à mesure. Cette fois, la pandémie Codiv-19 étant ce qu’elle est, ou dans tous les cas ce qu’elle paraît être en fonction des effets de pathologie et de morbidité importants avec le formidable effort de communication qui accompagne l’ensemble, avec sa durée et l’extrême difficulté qu’il y a à la maîtriser, notamment avec des mesures qui déclenchent et aggravent des crises objectivement antiSystème, avec enfin le désordre déstructurant et quasiment barbare discréditant tous les pouvoirs qui en résulte, les manœuvres pour sauvegarder la bonne réputation et la nécessités de la globalisation, de dilatoires deviennent dérisoires. 

C’est pour cette raison que le texte de Bechet-Kolovko est bien exemplaire. Cette commentatrice n’est en général pas très optimiste, par rapport à la possibilité de résister au Système, et mieux encore de l’annihiler. Elle mentionne donc sans en rien dissimuler sa puissance qui est évidente avec ce cas paradoxal du Covid-19 ; mais en même temps, bien entendu, elle ne manque pas de faire alterner ce que ce “triomphe” de la globalisation a de catastrophique pour la globalisation.

Cette espèce de rythme contradictoire est aujourd’hui une forme de pensée qui nous est imposée, d’autant que les partisans de la globalisation continuent leurs manœuvres dilatoires-dérisoires (dilatoires mais de plus en plus dérisoires). La perception qui alimente notre pensée, donc notre jugement, ne doit en aucun cas perdre de vue que la situation ne peut être appréciée sur un seul domaine, sur une seule crise, sur un seul penchant (positif ou négatif). Tout doit être pris en compte, synthétisé et mesuré selon l’ensemble obtenu.

Ci-dessous, le texte de  Karine Bechet-Golovko sur son site Russie Politics du  27 mars 2020. Le titre original est : « Billet du vendredi : Coronavirus, avènement et défaite du monde global »

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Covid19, avènement et défaite du monde global

A première vue paradoxalement, même si à la réflexion il n'y a pas forcément paradoxe, le coronavirus est à la fois l'avènement et la défaite du monde global. Avènement, parce que, que ce soit avec enthousiasme ou avec réticence, les puissances se sont soumises, la plupart des pays ont introduit des mesures liberticides, les États ont suivi des impératifs extérieurs et abdiqué leur souveraineté. Défaite, car le monde global se présente comme une société carcérale, faible, chaotique et barbare. Mais il n'y a pas forcément paradoxe, car l'idéologie néolibérale, qui porte le monde global, est une déconstruction, elle n'est pas porteuse d'une vision positive, ni de l'homme qu'elle a réduit à l'individu, ni de l’État qu’elle combat. Mais elle tente de modifier le système de valeurs et les comportements sociaux, de modifier donc l'homme de l'intérieur. Ce qui en fait un totalitarisme. Et pose la question de la fin du libéralisme.

A plusieurs points de vue, le coronavirus est le visage du monde global. 

Sa prolifération a été rendue possible par le culte du mouvement incessant, par cette manie des masses de passer le week-end à Venise, les vacances d'hiver pour les Chinois à Paris par exemple, quand les habitants des pays tempêrés ou froids cherchent le soleil et la chaleur. S'étalant sur une plage, marchant sur des montagnes ou dans des rues, agglutinés derrière des guides. Pour des vacances culturelles ou extrêmes. Pour vivre quelques jours des rêves de Photoshop. Échangeant leurs appartements à travers le monde, car ce monde est Un, il est donc le Tout. Devenu indifférencié. La circulation intempestive des individus... et des virus. En pleine spirale d'acculturation.

Son ancrage a été rendu possible par le monopole du discours médiatique, qui est largement répercuté et amplifié par les réseaux sociaux, caisse de résonance de la globalisation, où la plupart des gens  réagissent. C'est-à-dire se placent sur le plan de l'instinct et du sentiment, ces points faibles par lesquels ils sont magnifiquement manipulables. Et il faut reconnaître que la communication de masse a été élevée au niveau de l'art.

La capitulation des puissances et des États  a, pour sa part, été rendue possible par des  décennies d'affaiblissement et de démantèlement. Après la Seconde Guerre mondiale, l’État, en tant que tel, est devenu l'incarnation du Mal et lui ont été accolés tous les qualificatifs à connotations négatives, tels que l'ordre, la règle, la force. Face à lui, le culte de l'individu, faisant passer la société du holisme à l'individualisme, s'est structuré autour de la société civile, sacralisée comme espace de réalisation des libertés. Les politiques publiques ont suivi le mouvement, sur la vague de la fausse rationalité du management, les services publics ont été déstructurés : car le privé fait a priori mieux que l'État, surtout lorsque des conditions défavorables sont mises en place pour les structures publiques. Après déstructuration, évidemment, l'État fonctionne mal, il perd donc de sa légitimité, il est affaibli et petit à petit intégré dans un maillage de structures supranationales, – régionales et internationales, qui, sans fondement démocratique, développent une supra-gouvernance. Ce mécanisme était parfaitement bien huilé et l'État même lui était nécessaire : ce qui était mal fait était de la responsabilité de cet État encombrant mais que l'on gardait par habitude, heureusement les organismes supranationaux étaient là pour compenser. L'image-type en Europe est la CEDH, présentée comme le seul lieu de justice indépendante, qui va apporter la Justice aux populations sous le joug de leur justice étatique. Ce mythe a été particulièrement développé dans l'espace post-soviétique, pour des raisons idéologiques évidentes. Le rapport récent démontrant les liens entre cette Cour “indépendante” et les ONG, principalement du réseau Soros, soulève de nombreuses questions (voir  notre texte sur le dysfonctionnement des temples du monde globalisé).

Et le coronavirus est une démonstration formidable de tout cela. Les États ont suivi, certains en traînant la patte, d'autres en premiers de cordée, mais ils l’on fait. Évidemment sans aucune réévaluation des réformes néolibérales ayant conduit, notamment, à la désorganisation du système de santé. Ponctuellement, on peut refinancer, mais aucune réflexion systémique n’est admise. Le point culminant est le confinement de la population. Qui de toute manière est limité par l'impossibilité de confiner les SDF, qui se heurte aux masses de migrants, aux quartiers où la loi républicaine n'est même plus un vieux souvenir. L’on en arrive à  l'Afrique du Sud, premier État africain à décider du confinement. Et comme tout nouveau converti, il veut être plus saint que le Pape. Même les chiens ne doivent pas être sortis. Pourtant, 20% de la population vit dans des bidonvilles. 

Sauf, que certaines structures supra-étatiques sont inefficaces, comme l'UE. En revanche d'autres, comme l'OMS, ont pris du galon. L'on passe ici encore d’un cran : de la régionalisation à la globalisation. En ce sens, c'est la fin du rêve d'un monde multipolaire. Par manque de résistance politique.

Dans le même temps, le coronavirus est le signe de la défaite du monde global.

Certains des mythes globalistes viennent de tomber. Celui du citoyen du monde. Aux poubelles de l'histoire, il est rentré sur un territoire, restreint à son logis. Faisant chuter avec lui le culte du déplacement incessant, Je bouge donc je suis. Remplacé par Je me terre donc je vis. La liberté tant attendue, qui soi-disant n'était restreinte que parce que l’Ettat était fort, vient d'être sacrifié sur l'autel du dieu global. Il n’est ni le premier, ni le dernier des dieux, et finalement est aussi exigeant que ses prédécesseurs. Et comme eux, sa jeunesse a besoin de beaucoup de sang et de chair fraîche. Et comme les temps ont changé, l’armée est utilisée non pas pour combattre un ennemi extérieur, mais pour que les populations se sacrifient elles-mêmes, sacrifient leur liberté. A ce nouveau dieu. Sans demander la restauration de l’État. Et comment les grands mouvements de migrants vont-ils se poursuivre ? Où en sont-ils au fait ? Plus personne ne coule ? Il n'y a plus de conflit à fuir, de régime totalitaire et sanguinaire, qui poussent ces jeunes hommes forts sur les routes d'Europe ? L'on a même vu des phénomènes de  réimmigration  à partir de la France.

Par ailleurs, les rares contenus de ce monde globaliste, par exemple la virtualisation, se heurtent aux difficultés de la vie réelle, même dans les pays où le  numérique  est un culte incontesté. Ainsi, en Russie, la tentative de numériser totalement l’enseignement et la recherche vient de s’écraser contre le mur de la réalité. L’enseignement à distance dans les facs s’est transformé par la mise en vacances des étudiants et des professeurs, qui après une première phase d'engouement (pour ceux qui croyaient enfin avoir accès à la technologie du futur, – tout est question de croyance) ont été fortement déçus et regrettaient un véritable enseignement. A l'école, la situation n'est pas meilleure. Au  Conseil de la Fédération, l'on envisage le prolongement de la période scolaire après cette poussée globale, car, je cite : « Il y a forcément un moment où une communication directe est indispensable. Il est impossible de tout enseigner à distance. » 

Pour autant, il n'est pas forcément paradoxal de considérer concomitantes l'avènement et la défaite du monde global avec le coronavirus. 

Tout d'abord, parce que  ce virus n'est qu'une phase de transition. Si l'on sait d’où l'on vient, l’on ne sait pas où l’on va. D’autant plus que la peur a fait abandonner aux populations les rênes du contrôle de la gouvernance et les pouvoirs nationaux, rendus à leur inexistence, suivent aveuglément les recommandations globalistes. Ils ne sont plus des espaces de décision, mais d'exécution. Plus ils sont faibles, et plus ils sont radicaux, sur le fond et sur la forme.

Nous assistons à une  transformation de certaines valeurs. Ainsi,  la liberté est le crime; la réclusion est la responsabilité ; etc. De la même manière, certains  comportements sociaux  doivent être modifiés. Dans nos sociétés, traditionnellement, les jeunes générations doivent prendre soin des générations plus anciennes, ce qui garantit le cycle de la vie et la transmission intergénérationnelle. A Moscou, le maire a mis les personnes de plus de 65 ans à domicile, demandant aux membres de leur famille de ne pas aller les voir, car ils pourraient les contaminer. Il vaut mieux garder le contact à distance, par téléphone ou par internet. A la place du contact humain et rassurant de ses proches, des siens, un service de bénévoles est prévu, qui peut les aider pour leurs courses, les médicaments, etc. Car il est bien connu que  les volontaires, eux, ne sont pas porteurs de maladies. Ce sont des volontaires. A la différence des enfants et petits-enfants, qui sont extrêmement dangereux. Pour le modèle idéologique.

Mais surtout, parce que  ce monde finalement n'a rien à proposer  aux gens. La solitude pour une durée indéterminée. Des visites virtuelles de musées ? Regarder les spectacles à la maison ? Vous pensez réellement que des metteurs en scène vont créer des spectacles qui ne seront jamais joués devant des spectateurs ? Que de véritables acteurs de théâtre vont transformer leur art en préparation de séries pour la télé ou le net ? Vous pensez vraiment que de véritables écrivains n'ont pas envie de tenir leur livre dans leurs mains ? Comme toutes les idéologies, celle-ci est une négation de la nature humaine.

Finalement, combien de temps la police et l'armée vont-elles pouvoir contenir les populations ? La société globale n'est donc qu'un rêve carcéral pour la majorité. Dès que la population va relever la tête, l'on pourra toujours trouver un virus pour la confiner. Reste la question économique. C'est aussi la fin du libéralisme économique et à côté de ce qui se profile, la vision communiste était un doux rêve. Au moins, il voulait créer un homme meilleur, dégager des contingences du matérialisme pour l'élever spirituellement et culturellement. C'est pourquoi il y a eu l'enseignement de masse, l'industrialisation massive, ce qui obligeait l'Europe. Ce mouvement, qui a fait des puissances, une période qui est marquée par une création littéraire, cinématographique, musicale, bref artistique que les fadaises actuelles ne peuvent faire oublier.  C'est la fin du libéralisme, comme le communisme a pris fin.  Mais si l'on savait dans les années 90 que les pays de l'Est étaient pris en main par l'Occident dit libéral, l'on ne sait pas très bien ce qui s'est emparé de nos sociétés. Ce n'est pas la fin des idéologies, plutôt la fin de ce que l’on connaît. 

Et l’avenir proche, avec ses crises sans fin, sa récession historique, ses crashs, son chaos, sa barbarie, est loin de l’image des lendemains qui chantent. C'est finalement à nous de décider si c’est la vision du monde que l’on soutient.

Karine Bechet-Golovko

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Pénuries

Par info@dedefensa.org — 30 mars 2020 à 00:00

Pénuries

Respirer

Un petit film didactique réalisé par un médecin étasunien a circulé sur la toile. La praticienne y montre comment  partager un respirateur conçu pour un patient unique entre deux ou quatre nécessitant une assistance respiratoire à l’aide de tubes en U ou en H. Les appareils de ventilation assistée très sophistiqués délivrent de l’air au patient selon un débit, un volume, une pression et une proportion en oxygène, constantes déterminées en fonction de ses conditions.

La mise en commun de flux aériens inspirés puis rejetés favorise la contamination en germes (surajoutés au virus Sars qu’ils ont en commun) à partir d’un patient donné et ne respecte pas les besoins spécifiques de chacun.

Cette méthode est inspirée des médecines de catastrophes quand en un point géographique donné, le nombre d’appareils disponibles ne suffit pas  pour porter secours à un flot de patients inhabituel. C’est une solution d’attente, le temps que parviennent des appareils d’autres sites où ils sont inutilisés. Le délai acceptable pour cette mise en commun de dépannage est d’environ 12 heures.

Pour cette épidémie de Covid-19, la durée d’utilisation d’un appareil pour un patient quand il lui est nécessaire est d’environ 3 semaines. D’ores et déjà, un manque cruel se fait ressentir partout. Ce protocole, peu éprouvé jusque-là, est maintenant adopté en Italie et dans différents hôpitaux aux Usa.

Trump, parmi la foule de tweets et de propos qu’il édicte ou éructe, a demandé à General Motorsde créer une ligne de fabrication de ventilateurs. GM a reçu beaucoup d’aides fédérales pour assurer sa survie en 2009 et 2012. Les appareils qui sortiraient d’usines réquisitionnées n’auraient pas la sophistication des nouvelles générations bourrées d’électronique capables d’adapter leur fonctionnement aux caractéristiques des patients. Les principaux fabricants croulent sous la demande. L’Allemagne a bloqué toute vente d’appareils de ventilation à l’étranger tandis que  Hamilton Medical, installé dans le canton suisse des Grisons, a augmenté sa production au maximum de ses possibilités, soit 50%, pour répondre aux besoins nationaux. Les services de réanimation en Italie ne sont équipés qu’à hauteur de 25% des besoins. La Chine a augmenté ses capacités de production en matériel de traitement mais aussi de diagnostic et de protection. Le gouvernement n’a pas imposé de restrictions à l’exportation, il a même passé des commandes  pour offrir du matériel à titre compassionnel à l’Italie. 

En 1997, des responsables en santé publique avaient conseillé au gouvernement fédéral étasunien de faire construire une  flotte de ventilateurs portables peu onéreux. Un ventilateur sophistiqué coute environ 60 000 euros. Ils avaient identifié comme une vulnérabilité cruciale la pénurie dans ce type d’équipement. L’usine qui avait été mandatée pour cette mission a été rachetée par un gros fabricant d’appareils médicaux, interrompant le projet qui n’a été repris qu’en 2014. L’appareil vient d’être validé mais n’est pas encore produit.

Protéger

UV et Visières en attendant mieux.

Le manque d’équipements de protection du personnel soignant et des travailleurs est flagrant dans beaucoup de pays. Dans certains hôpitaux français et italiens, il est demandé au personnel de laver/ réutiliser masques et sur-blouses alors même qu’il est connu que certaines manœuvres thermiques ou mécaniques visant à les décontaminer les rendent inefficaces. 

De telles recommandations sont plus qu’irresponsables, elles sont criminelles. Car elles mettent en péril les personnes en charge de patients excréteurs de virus soustrayant les capacités humaines déjà réduites et au bord de l’épuisement d’absorption de nouveaux malades. La communication coupable du gouvernement français n’a trompé personne.

On ne peut pas gérer une pénurie avec des mensonges et faire basculer des stocks insuffisants de masques de centres de soin vers la police et inversement en prétendant que leur port est inutile ou compliqué. La bonne pratique, connue de tous, recommande d’en changer toutes les quatre heures pour les personnes exposées. N95, c’est une norme qui garantit l’ultrafiltration de 95% des particules, pas au-delà. La taille d’une particule virale est de 0,12 microns, celle de la maille d’un masque chirurgical 2 à 10 microns, enfin celle d’un FFP2 est de 0,3 microns.

Le prix du  matériau non tissé produit par fusion-soufflerie de granules de polypropylène présent au cœur des dispositifs de protection a grimpé de 18 000 yen à 200 000 depuis le début de l épidémie. Car il y a pénurie mondiale. Encore une fois, les machines-outils capables d’un tel processus sont importées depuis le Japon, l’Allemagne et les Usa. L’imprévoyance des dirigeants politiques des contrées chargées de privatiser à tout va et de faire disparaître du champ lexical commun l’intérêt général et le bien public est dès lors criminelle. 

On pourrait imaginer des solutions, certes imparfaites, alternatives d’attente.

Plutôt que de laver les équipements, on pourrait les exposer le temps nécessaire à un rayonnement ultra-violet. Un pays même moyennement développé est capable de fournir rapidement de grandes quantités de lampes UV. Les rayons UV pourraient être utilisés également pour stériliser les surfaces des centres de tri de la poste comme le courrier qui n’en sera pas endommagé, ainsi que dans tout lieu fréquenté par le public. 

Le département Santé de l’université Duke vaporise du  peroxyde d’oxygène, un bon agent viricide et bactéricide, sur les masques de manière à en pénétrer toutes les couches. Ce traitement ne semble pas altérer leur qualité de filtration.

Le port de visière couvrant la totalité du visage est d’une efficacité protectrice supérieure à un masque à usage unique plusieurs fois recyclé. La polymérisation de métacrylates  (plexiglass) est maîtrisée depuis longtemps et assez banale. D’une transparence et d’une hauteur suffisantes, les visières étendues permettraient de travailler confortablement tout en  retardant le moment du remplacement des masques toujours indispensables.

Diagnostiquer

Rares sont les pays qui disposent de moyens techniques et humains suffisant pour effectuer en masse la recherche de virus dans l’oropharynx.

Il n’est pas anodin de trouver parmi la très abondante littérature sur le Sars-Cov-2 une publication d’un essai qui préconise de mélanger les échantillons provenant de 32 à 64 patients avant de techniquer le pool en RT-PCR (*). En cas de positivité, il sera alors procédé à l’analyse des échantillons individuellement, soit une sorte de dépistage de masse. L’essai insiste en effet sur les économies qu’il convient de faire en période de pandémie et de rareté relative des réactifs.

La France fait à l’évidence partie des pays où le testing est rationné, réservé aux patients dont le score clinique implique qu’il faudra les hospitaliser ainsi qu’aux favorisés du système, ministres et députés entre autres.  

Pour pallier au déficit manifeste en équipes capables de mettre au point un test robuste, sensible et spécifique, le Ministère des Armées a lancé  un programme avec une dotation de 10 millions d’euros en direction de biologistes pour qu’ils proposent des solutions innovantes, d’ordre technologique, organisationnel, managérial  ou d’adaptation de processus industriels. Les protocoles doivent être d’une maturité suffisante pour être exploitables dans l’actuelle pandémie du Sars-Cov-2. Les candidatures doivent parvenir avant la mi-avril. C’est sans compter avec la durée de formation de biologistes chercheurs dont les carrières sont contrariées et découragées avec l’insuffisance de dotations dans la recherche publique. 

La Corée du Sud comme l’Allemagne ont testé très largement les personnes suspectes du portage ainsi que leurs contacts afin de les mettre en quarantaine stricte dans des institutions hospitalières dédiées. Ces deux pays ont distribué des masques à la population générale. L’Allemagne a pu le faire sans problème car elle maîtrise l’approvisionnement de la matière première. La Corée du Sud bénéficie de l’expérience du Sars-Cov à l’origine de l’épidémie rapidement maîtrisée de 2003. Le port de masques chirurgicaux est  très banal dans les villes polluées d’Asie au point qu’il est considéré comme un signe de politesse et de sollicitude envers les personnes croisées auxquelles on épargne les microbes que l’on porte.

La stratégie de la Chine a combiné ce qu’elle a pu. La province concernée a été mise en quarantaine. Les services sanitaires ont pratiqué les tests virologiques et des scanners du poumon à toute personne suspecte. L’iconographie venait renforcer la biologie car il a été repéré assez vite que les amplifications géniques pouvaient être mises en défaut. Les personnes diagnostiquées positives avec un score de gravité faible ont été isolées et hospitalisées. C’est à ce prix que l’épidémie a été maîtrisée dans le premier foyer épidémique mondial. Après être passée par une phase zéro nouveaux cas, la Chine en déplore de nouveaux et des décès sont encore attribués au Sars-cov-2.

La recherche publique belge en collaboration avec la firme Coris Bioconcept a mis au point  un test qui met en évidence très simplement sur une bandelette la présence d’antigènes viraux à partir de sécrétions nasales et pharyngées. Il est faiblement sensible car positif chez 60% des porteurs. Bien sûr, il existe une  véritable compétition pour la mise au point de tests fiables et aisés pour des dépistages de masse. BioMérieuxa bénéficié du soutien du Département de la Défense américain pour le développement d’un test rapide à exécuter et qui semble être sur le point d’être mis à disposition du Pentagone. 

Dans la batterie des tests bientôt ou déjà disponibles sur le marché international, les tests sérologiques détectent la présence d’anticorps contre le virus qui commencent à circuler quelques jours après l’invasion de l’organisme. Leur utilité est plus épidémiologique et rétrospective que diagnostique. En général ils sont plus faciles à mettre en oeuvre que les tests de mise en évidence du virus lui-même. S’ils sont positifs en même temps qu’une clinique évocatrice, ils rendent le diagnostic certain.

La France brille remarquablement par son absence sur le terrain de cette recherche.

Un élève en comédie

La France ne produit pas les ventilateurs, elle ne s’empresse pas de déclencher un programme industriel dans ce sens.

Elle n’a pas les moyens de protéger soignants et travailleurs exposés dans leur métier à la contamination de dispositifs de protection.

Elle pratique les tests diagnostics avec parcimonie et ne semble pas figurer parmi les pays en voie de mettre au point une technique fiable et généralisable.

La seule réponse apportée concrètement à l’épidémie en phase ascendante est le confinement, assorti d’une répression policière, judiciaire et pécuniaire. Le confinement n’est qu’imparfaitement prescrit. Des activités professionnelles non essentielles aux soins et à la vie sont maintenues, comme celle de l’automobile ou de l’aviation. Il ne peut qu’être imparfaitement suivi quand les conditions de logement sont déplorables ou insalubres. L’exemple de la ville  d’Euganeo dans le Nord de l’Italie, de 3300 habitants, a montré le succès d’un confinement absolu. Dès le premier décès par le Covid-19, un testing de masse a été appliqué qui a montré la contamination de 3% de la population dont la moitié était asymptomatique. En deux semaines, après mise en quarantaine stricte des positifs, le taux des porteurs a été réduit à 0,25%. Le mot d’ordre c’est tester, tester et mise en quarantaine.

Faute de convaincre une partie de la population qui ne se résout pas au cantonnement difficile au domicile (quand il existe), il distribue de lourdes amendes. Au Maroc, l’armée dépêche l’armée dans des quartiers populaires, des brigades communiquent à la population des messages didactiques et parfois émouvants pour conseiller le confinement. De temps à autre, des coups de gourdin sont distribués sur le dos de récalcitrants qui prennent la fuite. Les scènes enregistrées par les téléphones portables de policiers frappant à quatre ou six un malheureux promeneur dans des quartiers populaires sont propres à la France et vues nulle part ailleurs.

La proclamation d’un état d’urgence sanitaire adoptée le 22 mars a permis une remise en cause une fois de plus mais cette fois-ci radicale du Droit du Travail : temps de repos légal limité à 9 heures sur 24, semaine de 60 heures autorisée, dérogations en matière de congés payés. Cette loi qui habilite le gouvernement à légiférer par ordonnances pour deux mois l’autorise à réquisitionner biens et services nécessaires “afin de mettre fin à la catastrophe sanitaire”.

Ni les cliniques privées, vides, ni les hôtels sans fréquentation n’ont été réquisitionnés. Les usines qui pourraient être mobilisées pour fournir ventilateurs et matériel de protection n’ont pas été sollicitées. Le ministère de l’Intérieur a en revanche décidé de rehausser le réseau Sentinelle, chargé de prévenir la menace terroriste. (!)

Le gouvernement accomplit bien la seule tâche souveraine que lui délègue l’union européenne, celle de la surveillance et de la punition.

L’Allemagne, beaucoup moins contraintes par les règles européennes qu’elle édicte, est une puissance industrielle capable de s’auto-suffire dans la production de matériels pour soigner sa population. A cet égard elle a réalisé son ambition de dominer l’Europe, momentanément retardée par l’issue de la deuxième guerre mondialisée. Disposant du plus grand nombre de lits de réanimation par 100 000 habitants au sein de cette fameuse Union, elle a doublé sa capacité en peu de temps et a formé rapidement du personnel pour utiliser les appareils employés dans ces unités. 

Dans les circonstances tragiques et inédites que vit actuellement l’humanité, la France n’offre pas les caractéristiques d’une société cohésive dirigée avec lucidité et fermeté en vue de la sauvegarde de sa population. Elle a confié son sort à la joliesse de l’art du sophisme enrubanné dans la prestation oratoire d’un Alcibiade juvénile, amant non d’un philosophe mais d’un professeur de comédie.

Note

(*) RT-PCR reverse transcription-Polymérase Chain Reaction, technique d’amplification génique après transformation de l’ARN viral en ADN.

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Le confinement de l’âme

Par info@dedefensa.org — 29 mars 2020 à 00:00

Le confinement de l’âme

29 mars 2020 – Le grand débat implicite qui embrasse la réflexion aujourd’hui, voire la méditation puisque le Grand Confinement nous en laisse le temps, est bien de savoir ce qu’il en sera “après” ; sans compter mais en n’écartant pas que l’on pourrait penser, comme il en fut de Saint-Germain-des-Près, qu’“Il n’y a plus d’après”). Ce qui me paraît remarquable, c’est la diversité des perceptions à cet égard, et cela dans une très grande confusion où le rangement entre pro-Système et antiSystème a de plus en plus de mal à se faire, tandis que les définitions de ce qu’est le Système et de ce qu’est “être antiSystème” paraissent de plus en plus floues, flottantes, improbables et incertaines.

Certes, l’interrogation se fait essentiellement autour de la simple question, – question simplette, question simpliste, question faux-jeton : “Tout redeviendra-t-il comme avant ?”. Il y a des nuances dans la foultitude de réponses, car l’on se précipite pour répondre : nous marchons vers un avenir totalitaire, un confinement perpétuel, un nouvel ordre mondial globalisé, ou bien le contraire de tout cela, et dans les deux cas vous pouvez aussi bien croire que rien ne changera et que tout a déjà changé. (Par exemple : “marcher vers un avenir de confinement totalitaire ? Mais nous étions déjà dans un confinement totalitaire, comme nous l’affirmèrent et nous l’affirment tant d’essayistes, d’écrivains, de grands esprits du passé, et la plus grande vertu de ce confinement était que nous l’ignorions.”).

Tout cela, on en conviendra, n’est que confusion et ne permet certainement pas d’envisager une réponse claire et nette.

Confusion, certes, dont voici un exemple, dans le chef de deux opinions contradictoires venues de deux esprits qui ont leur manière à eux d’être au moins indépendant intellectuellement du Système, gens de qualité selon mes convictions. J’ai bien conscience du désordre qu’installent ces deux cas mis en confrontation, surtout si j’exprime une estime certaine pour eux deux, mais je vois là une expression de la confusion dont je parle plus haut.

• Dans un entretien entre Élisabeth Lévy et l’éditeur et théologien Jean-François Colosimo (dans Le Causeur) :

Élisabeth Lévy : «  Faites-vous partie de tous ceux qui pensent qu’un nouveau monde va naître à l’issue de cette période de confinement et de crise sanitaire ? Selon vous, y aura-t-il un avant et un après ? La chose nous a été promise par le président de la République lui-même. »
Jean-François Colosimo : « Je pense qu’il y a fort à douter que cette crise provoque véritablement en nous une réforme profonde des mœurs qui irait vers la compréhension de la limite, de la finitude, de la compréhension de la décroissance ou de l’humilité
» Après les catastrophes, les économistes constatent au contraire qu’il y a une consommation de la revanche ! Afin de compenser la peur de la mort et les restrictions imposées jusque-là, on observe une forme de prédation un peu folle qui s’exerce sur à peu près tous les biens de consommation[…] Je crains donc que les économies mondiales ne cherchent à rattraper le “gap” et que l’on se trouve en fait face à un redoublement de la consommation, et que la saturation du marché et des flux financiers ne reparte de plus belle. »

• Le cas d’Andrew Korybko est également intéressant. Personnage multiple, mais qu’on peut placer, comme Colosimo, dans la rubrique des indépendants réfractaires à l’ordre du Système, — simplement à cause de leur indépendance, cette chose que ne supporte pas le Système. Korybko publie un article où il expose les grands changements qui risquent de caractériser l’après-Covid19, ce qui exprime une démarche radicalement différente de celle de Colosimo. Sur le site  OneWorld  où il le publie initialement, le titre dit : « Le “COVID World Order” arrive ». Sur le site bien connu ZeroHedge.com  qui reprend l’article, le titre devient :« 13 raisons de craindre la venue du “COVID World Order », comme si Korybko était extrêmement pessimiste, voire funèbre à propos de ces 13 événements ou dynamiques post-Covid19.

Il règle la question du “totalitarisme mondial”, simplement en l’évitant, comme j’aurais tendance à le faire, car il est question dans ce cas d’un sentiment de peur (de l’affectivisme, si vous voulez, impitoyable liquidateur de la pensée) : « Le problème, cependant, est que ces pouvoirs nouvellement assumés[par les directions politiques pendant la crise] ne seront probablement pas abandonnés volontairement après la fin de cette épidémie, ce qui explique pourquoi beaucoup de gens sont si inquiets. Ils sont convaincus que nous sommes soudainement entrés dans une période de dictature mondiale, et il est difficile de discuter avec eux. » (Korybko ne s’y risque pas, “de discuter avec eux”, et il a bien raison : passons outre.)

Parmi les 13 tendances qu’annonce Korybko, certaines, les plus négatives, sont déjà “en marche” depuis longtemps, – depuis au moins 9/11 (surveillance du citoyen renforcée, censure des réseaux sociaux, etc.), – et elles n’ont jamais eu de résultats décisifs. D’autres sont déjà en cours et jugées comme inarrêtables, et éventuellement combattues par les États-Unis,  – ce qui en soi est bon signe (cas de la “généralisation des technologies 5G”). Mais ce qui est le plus remarquable et à mon avis le plus digne d’être signalé, ce sont, parmi les 13 qu’identifie Korybko, quelques tendances renforçant des dynamiques objectivement antiSystème, parce que populiste et antiglobaliste, voire antimodernes dans le sens le plus fondamental du terme, dont les trois suivantes :
déplacements beaucoup plus contrôlés et surveillés, et donc la fin de “l’industrie du tourisme global” ;
renforcement draconien de la surveillance des frontières qui retrouveront toute leur importance ;
nationalisation accélérée de ce que les gouvernements jugent être des “industries essentielles” (stratégiques).

Voilà, et l’on n’est vraiment pas plus avancé...

Pour mon compte, je ne tiens pas à figurer sur ce champ des supputations sur notre futur “opérationnel”, et je préfère m’en tenir à des hypothèses principielles sur l’avenir. Je parle ici selon la différence fondamentale que fait Fabrice Hadjadj entre “futur” et “avenir” (cité plusieurs fois et notamment dans La Grâce, voir notamment ici) :

« En un mot, le futur est relatif à ce qui va, l’avenir à ce qui vient, et il faut que ce qui va soit ouvert à ce qui vient, sous peine d’une vie qui meurt en se fixant dans un programme. Cette subordination du futur à l’avenir marque aussi la supériorité et plus encore la surprise de l’avenir par rapport au futur. Quand le monde ne va pas, quand, sous nos yeux, il court à sa perte, cela n’empêche pas le royaume de venir : sa grâce ne dépend pas de nos mérites, elle présuppose même plutôt notre condamnation. »

Et l’on comprend que, hors de toute conviction religieuse mais simplement sous la force amicale de cette ardeur qu’est la foi en tant que “confiance” (fides), ce qui m’importe précisément dans cette citation est ceci, où l’avenir est définie comme “la grâce” du “royaume à venir” aux dépens du “futur” qui est le destin catastrophique que nous nous sommes forgé sous l’empire du Système : « Quand le monde ne va pas, quand, sous nos yeux, il court à sa perte, cela n’empêche pas le royaume de venir : sa grâce ne dépend pas de nos mérites, elle présuppose même plutôt notre condamnation. »

Il y a donc en moi l’espérance de l’âme, ce qui se transcrit en termes disons “opérationnels” par le possible “choc psychologique”, – possible ou pas, qui sait, – mais j’ai déjà montré que je croyais bien  le moment venu. Il me semble que c’est à cette lumière qu’il faut jauger cet autre accident “opérationnel” qu’est cette espèce de mesure à la fois étrange et monstrueuse du confinement de centaines de millions d’humains, plus, beaucoup plus d’un milliard certainement.

Cela implique que ces êtres, avec plus ou moins de conscience, avec plus ou moins de l’état de l’esprit qui importe, en arrivent à considérer le confinement à la lumière de la catastrophe qui embrase le Système et qui y a conduit. Sont-ils privés des contraintes du Système, de la consommation, de l’alignement sur les consignes, – ou bien en sont-ils libérés ? Faire d’une apparence d’un mal extérieur, un bien intérieur, bref  faire aïkido et retourner contre le Système une mesure qui est trop vite interprétée comme un moyen de soumission au Système. Il faut vivre le confinement, hors des rets du matérialisme consumériste du Système, comme une initiation à quelque chose de nouveau, une nouveauté qui nous conduit au terme de l’orbite d’une (r)évolution comprise dans son sens spatial et non-idéologique.

Je n’ai pas peur du confinement ni n’en souffre nullement. Pour vous dire le vrai, par nature et par la nature de mon travail que je considère comme une mission, je me suis confiné moi-même depuis des années et des années, peut-être bien depuis 30 ans dans l’esprit de la chose. Sur le tard, je suis devenu intransigeant et ne veux plus rien voir du monde de cette époque “étrange et monstrueuse” que je n’aime pas jusqu’à l’ignorer absolument comme l’on dédaigne, – curieusement et paradoxalement jugeront certains, bien que mon métier soit de la connaître dans tous ses états et dans tous ses vices, ce que je fais bien plus et bien mieux que tant et tant d’être qui y vivent comme l’on s’y vautre.

Ainsi puis-je vous dire que l’on peut faire de belles et saines choses dans une épopée de confinement. Il importe que ce confinement que le monde (le Système) vous impose, vous en fassiez une forme de refus de ce monde (le Système). Un confinement n’est pas nécessairement l’acquiescement d’une servilité, – seuls les esprits prompts à se soumettre peuvent y songer, – cela peut être aussi la défiance inébranlable de la résistance.

Vous ai-je dit le moment le plus heureux, le plus joyeux de ma journée ? La matin, à la fine pointe de l’aube, ma chienne Marie et moi. Pas un bruit, plus rien de ce grondement sourd du trafic de la grande nationale dans la vallée, aucune trainée de condensation dans le grand ciel bleu, pas une voiture dans mes petits chemins de fortune menant à la forêt, là-bas, tout près, rien que la nature qui chante (les oiseaux n’ont jamais été si joyeux et si bavards)... Alors, je rêve un peu, – « Rêvons un peu », disait Sacha ; le jour où ils ordonneront, triomphants et épuisés, la fin du Grand Confinement, leur répondre avec un amical doigt d’honneur, pour leur dire : “Non non, nous continuons comme nous avons appris à vivre, d’une nouvelle façon, avec quelques petits aménagements, notre propre organisation vous voyez, c’est tout... Sortis du Système et confinés hors de lui, nous ne voulons plus y retourner, car que ferions-nous d’une équipée désolée au milieu du champ des ruines de la modernité ?”

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Clin d’œil du visionnaire de l’évidence

Par info@dedefensa.org — 29 mars 2020 à 00:00

Clin d’oeil du visionnaire de l’évidence

Il nous a semblé que ce texte de sa rubrique quasiment “au jour le jour” de James Howard Kunstler dépassait largement l’humeur quotidienne pour rendre compte dans toute sa magnitude la puissance du cataclysme qui s’abat sur le monde. Kunstler ne s’en tient évidemment pas au seul événement crisique Covid-19. Il décrit la catastrophe qui embrase tout le reste, tout le Système qui semblait devoir régner dans toute sa surpuissance pour plusieurs fois mille ans.

Nous avons jugé que ce texte, qui date du 16 mars, dans cette étrange époque où les choses vont plus vite que le temps qu’il faut pour les décrire en quelques mots, présente pourtant une certaine continuité, voire une certaine pérennité. Le ton est apaisé, un peu plus qu’à l’habitude chez Kunstler, comme s’il faisait un constat d’un ton neutre ; même pas un “je vous l’avais bien dit”, mais plutôt et tout simplement un “eh bien voilà, que voulez-vous, nous y sommes”... Et puis, en sourdine, ce leitmotiv que tous les gens doté de sens commun et d’une certaine distance vis-à-vis des passions idéologiques pour mieux embrasser le spectacle du monde, ont dit et redit comme une évidence : “mais comment voulez-vous que  ce truc, qui se dévore en même temps qu’il dévore le monde, puisse tenir bien longtemps à ce rythme d’une démence cosmique ?”.

Toutes les idées de Kunstler reviennent, qui sont également des idées de sens commun, qui rejoignent les grands courants initiaux qui sont nés de la Tradition, qui mettent le figurant sapiens-sapiens à la place qui lui revient, avec la sagesse naturelle de ne céder ni à l’hybris ni au nihilisme. On y trouve différentes versions (localisme, etc.) d’une limitation des choses pour les faire correspondre à l’ordre, à l’équilibre et à l’harmonie qui doivent présider à l’arrangement général du monde. (Vous savez, la phrase que nous reprenons parfois de Talleyrand annonçant et expliquant, au début du Congrès de Vienne, le geste libérateur de Louis XVIII d’abandonner toutes les conquêtes françaises depuis 1789 : « La France cessait d’être gigantesque pour devenir grande ».)

En un mot, ce texte de Kunstler mérite d’être lu, même quinze jours plus tard, parce qu’il constitue un excellent commentaire sur ce qu’il semble bien en train de se passer, selon notre propre détermination de la vérité-de-situation si l'on veut, hors de la confusion de l’affolement des autorités officielles et de l’hystérie ricanante des audacieux théoriciens des complots dissimulés et des projets politiques machiavéliques et extrêmement labyrinthiques. Kunstler a publié ce texte le 16 mars 2020 et la traduction a été publiée par le Sakerfrancophone le 28 mars 2020.

dde.org

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Les choses ont changé

Au moins en temps de guerre, les bars restent ouverts. C’est ainsi que vous savez que ce qui nous arrive est quelque chose de totalement différent de tout ce que vous avez vu dans votre vie. Même ceux d’entre nous qui ont prévu ce voyage – c’est-à-dire qui s’attendaient à une  Longue Urgence – sont peut-être un peu ébahis par la quantité sidérale de merde qui vole en escadrille. Je le sais, j’en suis. Les dieux ont dû engloutir un max de pissenlits et de fayots.

Avez-vous eu l’impression, comme moi, en regardant le débat Sanders vs Biden hier soir – l’inadéquat vs l’insignifiant – que le monde dont ils parlaient n’existe peut-être plus ? Le monde des institutions qui fonctionnent réellement ? Comme celles qui trouvent la somme d’argent nécessaire pour faire tourner les rouages ? Vous vous souvenez de cette phrase d’Hemingway (*) sur le type qui a fait faillite ? « Peu à peu, puis brusquement, tout d’un coup  ». C’est nous. L’assurance maladie pour tous maintenant ? Sans blague ? Non, plus probablement, dans un an, chaque médecin américain ressemblera au vieux médecin de campagne qui trimbale son sac noir dans ses visites à domicile. Malheureusement, il n’y a plus assez de chevaux en Amérique, et les quelques fiacres que nous avons sont tous au musée.

La méga-bulle financière se dégonfle à une vitesse effrayante, précisément à cause des efforts déployés depuis 2008 pour la gonfler artificiellement. La Réserve fédérale lui a insufflé la dernière bouffée d’air dimanche soir [1 500 milliards de dollars] – pendant que tout le monde comptait ses rouleaux de papier toilette – et l’effet a été comme de souffler de l’air chaud dans un Zeppelin crevé. Le cours des contrats à terme sur les actions est « limité à la baisse » au moment où j’écris, avant l’ouverture de Wall Street. L’or s’enfonce dans le sol comme un pieu de support de vigne et l’argent métal est si bas qu’on dirait que les gestionnaires de fonds spéculatifs n’ont plus qu’à mettre en gage le service de table de grand-mère. (Indice, les matières premières vont rebondir fortement ; le reste, probablement pas tant que ça).

Personne ne sait vraiment à quel point cela sera profond et difficile – et peut-être que ceux qui en ont la moindre idée ne le disent pas. Mais la situation pose deux questions essentielles : quel est le degré de désordre qu’il faudra supporter dans cette épreuve ? Et à quoi ressemblera le monde quand la phase des convulsions de cette affaire sera terminée ?

Les Américains n’ont jamais rien vécu de semblable. Les désordres de la guerre de Sécession (1861-65) ont été des opérations militaires brutales et horribles menées principalement dans les champs de maïs, les pâturages et les bois – oui, et certaines petites villes comme Richmond, 38 000 habitants, et Atlanta, 10 000 habitants. Lorsque la fumée s’est dissipée, Dixieland  battu a émergé avec un ordre civil paralysé. A Yankeedom, les émeutes de la conscription new-yorkaise ont duré une semaine autour de la petite île de Manhattan, mais tous les autres ont suivi le programme de Lincoln. Après tout cela, l’Amérique s’est rapidement mise au diapason des affaires foisonnantes du XIXe siècle : les chemins de fer, les mines, les usines, et tout le reste. Les guerres mondiales se sont déroulées à l’étranger, et la scène du front intérieur des années 1940 a maintenant un air nostalgique et idyllique.

Les tensions qui s’accumulent aujourd’hui sur la scène nationale reflètent la fragilité extrême du mode de vie que nous avons construit, et le très grand nombre de mauvais choix que nous avons faits au cours de ce processus, comme la mutation de la nation en banlieues glauques rendant chacun otage d’une motorisation heureuse. Je n’insisterai pas sur ce point, sauf pour demander comment ces vastes régions du pays vont gérer la vie quotidienne alors que les chaînes d’approvisionnement vacillent ? Je dirais qu’une pénurie de papier toilette n’est peut-être que le début de leurs problèmes.

Les villes – du moins, les quelques villes qui n’ont pas déjà implosé de l’intérieur – ont fait des hypothèses sur leur taille et leur développement, qui ne tiennent pas compte des nouvelles circonstances qui se profilent à l’horizon. Pensez seulement à ce qu’un arrêt de l’économie mondiale fera à tous ces projets de gratte-ciel résidentiels récemment construits à New York, San Francisco et Boston. Je vais vous le dire : ce sont des actifs immobiliers instantanément convertis en passifs. Et comment ces villes commenceront-elles à payer pour l’entretien de leurs infrastructures et services complexes alors que l’argent pour tout cela n’existe plus et qu’il n’y a aucun moyen de prétendre qu’il reviendra un jour ? Répondez : elles ne pourront pas continuer à emprunter et elles ne pourront pas gérer. Ces villes se dépeupleront et il y aura des batailles pour savoir qui pourra vivre dans les parties qui ont encore une certaine valeur, comme les berges des rivières.

Je suppose que tout le monde peut maintenant voir l’idiotie qui consiste à concentrer la vie commerciale de la nation dans des organismes super-gigantesques comme les magasins Big Box. Cela semblait être une bonne idée à l’époque, comme tant de gaffes dans l’histoire, et maintenant ce temps est révolu. Toute écologie ne prospère que grâce à la redondance – beaucoup de gens faisant des choses similaires à l’échelle appropriée – et le modèle américain de chaîne de magasins pour une écologie commerciale était un fiasco évident auquel il fallait s’attendre. Les personnes qui gèrent ce modèle, et d’autres personnes qui gèrent d’autres choses dans notre société, doivent se demander si les lignes d’approvisionnement en provenance de Chine reviendront. Ce n’est pas différent du culte du cargo des habitants des îles Salomon vers 1947, après que les avions militaires aient cessé d’atterrir avec toutes leurs bonnes choses magiques : le temps est venu de retourner à la pêche en pirogue.

La politique identitaire stupide et idiote, menée par la gauche et ses scribes de la classe intellectuelle, sexuellement perturbés, bourrés de préjugés racistes, a réussi à détruire le dernier fragment de la culture américaine commune qui permettait au pays de rester uni malgré les vicissitudes passées. On peut donc en conclure que nous allons nous retrouver face à des tensions venimeuses, et peut-être même des conflits violents, avant que ces questions ne soient résolues d’une manière ou d’une autre.

Où tout cela nous mène-t-il en fin de compte ? À un pays et un peuple qui gère sa société d’une manière très différente à une échelle beaucoup plus modeste. La tâche de réorganiser notre vie nationale est immense. Vous pouvez oublier les visions techno-narcissiques grandioses d’une motorisation électrifiée et d’un nirvana robotique de loisirs sexuels permanents. Tout ce que nous faisons doit être réduit, de la fabrication de ce que nous pouvons bricoler, à la reconstruction d’écosystèmes commerciaux à petite échelle, d’une région à l’autre – en d’autres termes, ce que nous appelons aujourd’hui la petite entreprise, adaptée au niveau local.

Il faut s’attendre à ce que les géants de l’agro-business s’effondrent en raison d’une pénurie de capitaux, en particulier, et à ce que les petites exploitations agricoles s’organisent d’urgence, en faisant travailler ensemble un plus grand nombre d’êtres humains. C’est-à-dire si nous voulons continuer à manger. Attendez-vous à ce que les petites villes des régions fertiles et bien arrosées du pays revivent pendant que les métropoles gémissantes s’enfonceront dans la sclérose entropique. Considérez la valeur de notre vaste réseau de voies navigables intérieures et la possibilités d’y faire circuler les marchandises, lorsque l’industrie du transport par camions s’effondrera. Envisagez de participer à la reconstruction du système ferroviaire dans ce pays.

Il y aura des rôles économiques et sociaux pour tous ceux qui sont prêts à assumer une certaine responsabilité. Les jeunes pourraient voir une opportunité extraordinaire de remplacer les dinosaures économiques blessés qui se dandinent encore dans le paysage. Il faudra agir au niveau local et régional et se rendre utile en échange d’un moyen de subsistance, et de l’estime des autres autour de soi – c’est-à-dire de sa communauté. Le gouvernement a travaillé sans relâche à se rendre lui-même superflu, voire complètement inefficace, impuissant et plutôt répugnant face à cette crise qui se construit lentement mais visiblement depuis un demi-siècle. Quelque chose d’ancien et d’épuisé claudique en coulisse, alors que quelque chose de nouveau se met en marche. N’êtes-vous pas heureux d’avoir assisté à tous ces débats ?

James Howard Kunstler

Note

(*) Dans le roman de 1926, The Sun Rises Also : « “How did you go bankrupt ?” Bill asked. “Two ways,” Mike said. “Gradually and then suddenly.” »

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Vacance du pouvoir

Par info@dedefensa.org — 28 mars 2020 à 00:00

Vacance du pouvoir

Les rats quittent le navire

Une vague de démissions de dirigeants de grandes firmes étasuniennes a eu lieu au cours de  l’année 2019, le total cumulé dépasse le nombre de départs pendant la crise de 2007-2009. 1480 PDG ont quitté leurs postes et ont liquidé leurs stock-options préalablement, exode joué sur le mode ‘Prends l’oseille et tire-toi’.  On peut citer parmi les navires abandonnés par les « rats », Boeing, Alphabet, Gap, McDonald’s, Wells Fargo, HP, Kraft Heinz. Ainsi, ces directeurs d’entreprises ont gagné des salaires mirobolants à piloter des entités économiques dont les budgets excédaient parfois ceux d’un Etat et ne seront pas comptables devant les actionnaires et les salariés de leur gestion alors qu’ils voient poindre de leur poste les prémisses d’un ouragan.

Cet exode montre qu’ils ont anticipé (de peu) la fin de la bulle des marchés boursiers alimentés follement par une Fed coopérante avec la volonté de masquer la récession en cours. Nul besoin  du verdict de Goldman Sachs, annoncé à la mi-mars 2020, pour comprendre que la ‘croissance’ était à l’arrêt, les taux pour les PIB en 2019 étaient déjà proches de zéro. 

Le  Wall Street Journal note que des dirigeants de sociétés cotées en bourse ont vendu entre début février et mi-mars pour 9,2 milliards d’actions de leurs propres entreprises, contribuant à accélérer la chute de l’indice S&P 500. Mais à cette date, l’extension de la pandémie du Sars-Cov-19 n’était plus un simple risque et se confirmait. Début janvier, s’était tenue une réunion du Comité du Sénat à laquelle participaient les directions du CDC* et l’Institut National des Allergies et des Maladies Infectieuses. S’y sont échangées des informations qui rendaient consistante l’arrivée de l’épidémie Covid-19 aux Usa. La sénatrice  Loeffler, épouse du directeur  de la bourse de New York, y a participé et en a retiré profit. Elle a vendu pour près d’un million d’actions et a réinvesti partiellement dans une entreprise de télétravail. Ce délit d’initié manifeste a dû en inspirer plus d’un. Il n’y a pas de petit profit dans le système régi par le profit immédiat sans aucun autre égard.

La coopération à titre gratuit pour sauver des malades n’est pas une vertu civique selon la loi de la propriété intellectuelle. Des médecins d’un hôpital de la ville de Brescia, inondé par les cas graves de Covid-19, avaient lancé un appel pour avoir des  valves pour les respirateurs, introuvables sur le marché. Un fabricant de produits pharmaceutiques apporte rapidement son imprimante 3 D pour en fabriquer sur place. Coût de revient 1 euro.  L’entreprise détentrice du brevet a refusé de partager son dossier de fabrication. La valve fonctionnelle est certes moins durable mais est  dix mille fois moins onéreuse que l’originale. Dans les circonstances de crise sanitaire mondiale, il reviendrait aux gouvernements de se saisir des capacités de production, y compris du secteur privé, pour assurer la sécurité sanitaire du pays. Cela remettrait en question le caractère sacré de la propriété privée des moyens de production qu’il faut réquisitionner et nationaliser pour un euro symbolique, comme cela a été fait dans beaucoup de pays après 1945.

L’agence du médicament en France n’est pas capable (ne prend pas les moyens) de faire cesser des anomalies portant sur les prix aberrants, trop élevés, de certains dispositifs médicaux, payés par l’effort collectif de la Sécurité Sociale. La déconnexion entre les décideurs et les payeurs s’est faite au travers des diverses réformes qui ont dénaturé le contrôle social au profit d’une gestion technocratique non soucieuse du bien commun. 

La FDA vient d’attribuer à la molécule antivirale remdesivir, actuellement testée pour son éventuelle efficacité contre le Covid-19, le statut de  médicament orphelin. Cette qualification accordée quand la pathologie concernée n’affecte que moins de 200 000 patients. Elle procure à la firme pharmaceutique un certain nombre d’avantages. Prix libre non contrôlé, subventions et exonération fiscale et protection contre le risque de passer en générique pendant 7 ans. Le PDG de Gilead fait partie de l’équipe qui conseille Trump sur la pandémie actuelle.

La tragédie des banques centrales

Cette démission des CEO est en effet bien anticipatrice de la récession, mot tabou des économistes qui gravitent autour de la Fed et de la Banque Mondiale, comme si ne pas évoquer le tsunami en préparation à l’horizon empêcherait de se noyer à son arrivée certaine. On ne saurait s’étonner que les ingénieurs de l’industrie financière (ça ose porter ce nom) ne soient pas en mesure de percevoir les failles gigantesques de leurs constructions toxiques, ils en sont les auteurs. Aucune économie ne peut fonctionner durablement en ayant des dettes N fois supérieures à son PIB. 

Le mécanisme mystérieux duquel dépend la bonne santé apparente des Usa est la dette, comme beaucoup d’autres pays.  Il n’y a qu’en Europe que l’Allemagne a restreint, maintenant de moins en moins, l’accès des pays membres de l’UE au guichet de la BCE. Les entreprises, elles, ont des crédits illimités.

La Chine y recourt abondamment. Estimée à près de  40 000 milliards de dollars, la dette chinoise, constituée surtout de la dette des entreprises, représente 15% de l’endettement de la planète. Les Usa ne sont pas en reste. Ils cumulent une dette fédérale de 22 000 milliards de dollars (l’équivalent du PIB), sont exclues de ce chiffre  les dettes des États et des collectivités locales, avec une dette des entreprises de  15 000 milliards de dollars. 

Fin décembre 2019, le montant de la dette globale des entreprises de par le monde s’élevait à près de  250 000 milliards de dollars, soit trois fois la valeur de la production mondiale. Dix ans après la crise des sub-primes, la dette des entreprises  non financières a doublé grâce au marché des obligations d’entreprises, favorable au développement économique mais présentant de grandes vulnérabilités, en raison de la faible qualités des emprunteurs et l’intervention de spéculateurs.

Le  programme d’achat par la BCE de 120 milliards d’euros de dette par mois vise les obligations d’États (la Grèce est incluse cette fois) et d’entreprises. Il s’étendra jusqu’à la fin de l’année et peut-être au-delà. Il a la prétention de parer aux fragilités des entreprises noyées par de l’argent avec lequel elles ont soit spéculé soit fait de mauvais investissements. Il est probable que les premières à être servies seront les firmes financières dont la nocivité sociale n’est plus à démontrer.

 Le programme de sauvetage de la Fed qui  fait appel à BlackRock pour mettre en œuvre les rachats pour 2000 milliards dans le marché des crédits. On essaie d’empêcher l’écroulement d’un monstre en faisant rajouter sur sa structure par l’un des constructeurs de la crise les éléments mêmes à l’origine de la possible défaillance. La Fed intervenait déjà depuis septembre et la crise des « repo » avec des injections parfois quotidiennes de 75 milliards par jour. Cette intervention en septembre a été interprétée par les  officiants du système non pas comme une méfiance entre institutions bancaires et financières mais comme la réticence des entreprises à lâcher leur liquidité dans une ambiance de début de récession. Le Clergé libéral a décidé de calmer les esprits en expliquant dans ses oraisons que cela ne ressemblait pas à la crise de 2008.

Rien de bien sérieux ne peut résulter de l’application des recettes déjà éprouvées comme étant de peu de secours face à la lourde pathologie d’un capitalisme en fin de course.

Ne rien voir venir

Les Usa ont donc quitté quelques bases en Irak. Ils s’apprêtent à le faire bientôt en Afghanistan. L’accord du retrait progressif a été signé entre les Usa et un représentant des talibans et non du gouvernement mis au pouvoir par les occupants. Malgré les blocages institutionnels pour la formation d’un gouvernement ‘inclusif’, Pompeo a confirmél’intention de l’administration Trump de mettre fin à cette occupation de 18 ans. La « Guerre contre la Terreur » avait permis de renflouer Haliburton et quelques autres entreprises amies. C’était son but principal. Elle a également mis en place le début d’une privatisation des fonctions régaliennes d’un Etat, armée et renseignement.

A cet égard, le renseignement étasunien, cette somme gargantuesque d’agences de toutes sortes, a été totalement absent pour détecter et prévenir de l’arrivée de l’épidémie du SARS-Cov-19.

La revue  The American Conservative titre sur l’effondrement spectaculaire de ce renseignement. La branche en charge de laz surveillance des menaces biologiques, même ne provenant d’États ni de formations ennemies non étatiques, a été prise en défaut. Tout ce qui a été décidé par l’administration fédérale l’a été selon les informations données par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Le National Center for Medical Intelligenceaurait dû enquêter sur la situation sanitaire du pays et de la zone où avaient été envoyés 300 militaires étasuniens qui participaient à un concours sportif international militaire à Wuhan. Les soldats auraient dû à leur retour avoir un suivi médical et biologique, comme l’exige une routine de sécurité. Or cette agence avait été capable de déclarer en 2009 un risque pandémique pour la grippe H1N1 deux mois avant l’OMS et le CDC (*).

L’inertie de cette agence est à rapporter plus à une perte de compétences qu’à une négligence volontaire des membres de l’Agence. L’une des raisons envisageables en est la fuite des ‘ressources humaines’ vers le privé, plus lucratif. La revue de la littérature scientifique autour du Covid-19 a montré par exemple qu’il existe en France une firme privée d’épidémiologistes à Lyon, chose impensable il y a peu car cette discipline plus qu’aucune autre relève de la Santé publique.

Actuellement, tout le comportement du gouvernement français transpire une communication maladroite d’incompétents notoires, surpris que le verbiage de son Président ‘en même temps’ ne soit plus convaincant, même auprès de son électorat. Il ne peut plus l’être car il ne s’agit plus d’habiller de discours, de 49-3, de répression policière et judiciaire des lois en faveur de ce que l’on appelle communément les 0,1%. La courbe des patients infectés, malades avérés donc testés, montre une pente verticale. On risque de voir d’ici peu des urgences débordées, les patients allongés dans les couloirs. Parce qu’il y a eu accumulation d’opérations de brigandage sur le secteur de la santé publique dont Macron n’est pas le seul responsable mais un successeur zélé. Mais surtout parce que son équipe très préoccupée de discuter de Youporn et lui-même n’ont pas su gérer l’épidémie qui venait et ont tardé à mettre en place le premier moyen de lutte, le confinement. La désindustrialisation et l’incompétence ont fait le reste. Mais surtout, l’absence totale d’une volonté déterminée à mettre en chantier le sauvetage d’une population et de ses soignants en détresse par manque d’outils diagnostiques, thérapeutiques et humains. 

Vacance du pouvoir

Il est significatif qu’aucun plan d’urgence à l’échelle nationale et régionale n’ait été mis en place pour recruter des volontaires médicaux et paramédicaux. Le Ministère de la Santé pouvait faire appel aux Conseils de l’Ordre des médecins et des infirmiers pour recenser et organiser la distribution des troupes disponibles avant que la France ne soit noyée par le nombre des malades. Ce n’est le jeudi 26 mars que des médecins ont reçu une adresse de l’APHP pour présenter leurs compétences par l’intermédiaire d’une association locale de formation continue !!!  Ils semblent sidérés et ne se montrent en aucun cas à la hauteur de leur tâche. 

Il y a une pénurie mondiale du matériau pour fabriquer les masques répondant aux normes FFP2. La France s’est désindustrialisée des secteurs civils et socialement utiles pour se spécialiser dans le tourisme, le luxe et l’armement. Là aussi le processus a été long, l’Allemagne a gardé un rôle prééminent de production de machines-outils et dans la chimie, ce qui lui a permis d’avoir ce statut d’exportateur net au sein de l’UE. Le rêve du 3èmeReich en somme enfin réalisé. Mais on peut imputer à l’apathie d’un faux chef de guerre, toujours bien serré dans ses costards de luxe, de ne pas mobiliser tout ce qui est possible de mettre en œuvre pour pallier aux manques dans ce désastre sanitaire à venir. 

Comment enfin en vouloir à un système qui a fait régresser une souveraineté nationale à une petite province de l’ordre financier mondialisé ?

On l’a vu.

En 2005, en 2015, en 2018, il n’a plus que les pouvoirs de police. Même pas l’armée passée sous commandement de l’OTAN.

Nous vivons une vraie vacance de pouvoir.

Maintenant que trop de gueux n’ont plus rien à perdre, ils le perdront.

Note

(*) Center for Disease Control and Prevention.

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Le USS Theodore Roosevelt torpillé par Covid-19

Par info@dedefensa.org — 27 mars 2020 à 00:00

Le USS Theodore Roosevelt torpillé par Covid-19

Le porte-avions de l’US Navy USS Theodore Roosevelt, qui était en patrouille dans le Pacifique occidental, fonce à toute vapeur nucléaire vers l’île de Guam et ses grandes installations militaires US des trois armes. A bord, plus de 5 000 marins , dont 8 mercredi, passant à 23 jeudi, ont été détectés positif de l’infection Codiv-19. Le porte-avions ne dispose pas des moyens de faire face à cette situation, notamment du point de vue de l’équipement en tests, des capacités de confinement, etc. ; il n’a aucun moyen sérieux de contenir et de contrôler l’épidémie, encore moins de traiter les cas les plus sévères.

Une organisation est rapidement mise en place à Guam, où existe également une situation épidémique, avec un certain nombre de soldats en quarantaine. Certains ont dû abandonner leur propre quarantaine pour préparer l’énorme opération de quarantaine de l’équipage du porte-avions, avec un moral au plus bas (« We are fucked », confie l’un d’eux, qui ne doute pas qu’il sera infecté par les marins).

Il s’agit du premier cas majeur où une capacité opérationnelle importante des forces armées US est complètement mise hors de combat, malgré le propos du secrétaire à la Navy par intérim Modly, affirmant que « le navire est opérationnel et peut accomplir sa mission si nécessaire ». Strictement vrai d’un point de vue technique statique, cette affirmation est opérationnellement absurde dans la situation présente, telle que la décrit le Pentagone, – d’ailleurs avec une grande transparence, qui semble indiquer un certain état de panique et d’absence de contrôle de la communication.

Il se dit actuellement que des troupes US sont discrètement évacuées de leurs bases en Irak et en Syrie, de crainte de l’infection par Codiv-19 dans des zones où l’armée US n’est pas du tout équipée pour maîtriser ces points de contagion (ce qui est le cas de la plupart des déploiements extérieurs). Ce mouvement de retrait pourrait prendre une ampleur intéressante, surtout à la lumière du cas du USS Theodore Roosevelt et de ses effets psychologiques. L’on pourrait ainsi imaginer, à partir de cette sorte d’évacuation, la décroissance voire l’abandon des positions et de l’effort de l'impérialisme US, vaincu par l’épidémie et obligé de se retirer sur la formule isolationniste du territoire national. Il s’agirait d’une formule très originale de décadence, voire d’effondrement de la puissance.

Ci-dessous, quelques extraits d’une nouvelle de ZeroHedge.com, reprenant des informations de The Daily Beast, sur la course dans l’urgence et l’affolement de l’ USS Theodore Roosevelt vers la base de Guam. Les termes employés, particulièrement dramatiques, rendent bien compte de l'état d'esprit que provoquent cette affaire, et Covid-19 en général, au sein du Pentagone.

 « Une catastrophe absolue est en cours de développement à bord du porte-avions USS Theodore Roosevelt dans le Pacifique occidental, provoquant la mise en place de plans d'urgence [et le déroutement du navire vers la base de Guam].
» Mercredi, 8 marins à bord du porte-avions ont été testés positifs COVID-19, mais il est clair que l'épidémie à bord du navire est loin d'être sous contrôle. Jeudi, la Navy déclaré que le nombre de marins infectés était passé à 23.
» Les responsables du Pentagone ont également admis que la capacité à mener des tests à grande échelle à bord du navire est limitée. La situation est si dangereuse que le porte-avions a été détourné de sa route initiale. Le secrétaire d'État à la Navy par intérim Thomas B. Modly a toutefois souligné que “le navire est opérationnel et peut accomplir sa mission si nécessaire”, – sans doute un message essentiellement destiné aux adversaires et ennemis de l’Amérique dans la région.
» Selon The Daily Beast, l'épidémie a mis l'équipage du navire autant que les forces US présentes dans la grande base de Guam dans un état de grande confusion, car il semble qu'une épidémie cauchemardesque soit en cours dans les forces armées en général :
» “Les membres de la Navy et du corps des Marines déployés à Guam ont reçu l'ordre mercredi de cesser leur propre quarantaine afin de mettre en place des abris de fortune pour les marins américains qui vont débarquer du porte-avions... [...]
» ”Certaines des troupes américaines de la base navale de Guam, située à l'ouest de la zone militaire à Apra Harbor, ont été rassemblées en groupes de travail de 100 hommes pour commencer à transformer des installations de la base en bâtiments temporaire de quarantaine pour une partie des 5 000 marins arrivant du porte-avions U.S.S. Theodore Roosevelt.” 
» La nature de l’urgence est sans précédent, ce qui a amené un militaire de Guam parlant anonymement à dire au Daily Beast : “Nous sommes foutus”, – du fait des craintes évidentes que le personnel de la base sera exposé à l’infection du CODIV-19 par l'intermédiaire de l'équipage du USS Roosevelt. »

 

Mis en ligne le 27 mars 2020 à 08H46

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Notes sur le virus du coup d’État

Par info@dedefensa.org — 27 mars 2020 à 00:00

Notes sur le virus du coup d’État

27 mars 2020 – Comme l’on sait, la situation aux USA s’est particulièrement tendue depuis quelques jours avec un assaut d’une extrême puissance de la pandémie Codiv-19 qui avait jusqu’ici épargné en bonne partie le pays. (Près de 86 000 personnes infectées, – nombre qui dépasse celui de la Chine et place les USA en première position, –  et “autour” de 1 300 décès ce vendredi matin, pour moins de 100 il y a moins de deux semaines.)

Le point central de la pandémie est l’État de New York et l’immense mégalopole et centre financier et culturel, quasiment capitale du “monde-globalisé”,  de New York City. La situation est telle que la Maison-Blanche, pourtant très modérée à l’image de la dernière évolution radicale du président Trump (affirmation d’une reprise du travail, Codiv-19 vaincu, “pour  Pâques”), a annoncé qu’aucune personne ayant séjourné à New York City ou venant de New York City ne serait reçue avant le délai des 14 jours de la quarantaine.

L’impression générale est plutôt celle d’un immense désordre et d’une grande absence de coordination, entre les différents pouvoirs, avec un rôle de plus en plus important joué par les gouverneurs des États (Cuomo pour l’Etat de New York). Pendant ce temps, l’affrontement et les querelle entre républicains et démocrates se poursuivent, notamment pendant plusieurs jours cette semaine autour de la loi autorisant une aide massive de $2 000 milliards pour la situation économique, sociale et sociétale, et finalement votée à l’unanimité par le Sénat... Cette unanimité-là ne doit tromper personne, elle est purement démagogique et le résultat d’un arrangement haineux entre démocrates et républicains, la surprise (mais en est-ce vraiment une ?) étant effectivement que la crise-Covid19 n’interrompt en rien la vigueur haineuse de l’affrontement au sein du pouvoir au sommet : Washington D.C. reste “D.C.-la-folle”, même au cœur de la tempête.

C’est notamment, à notre sens, une des raisons pour lesquelles résonnent sourdement des rumeurs de “coups d’État” du type-soft et déterministe-narrativiste, comme c’est désormais la coutume, qui pourrait être le fait de l’armée. A côté d’un texte de Robert Bridge du  23 mars 2020 très intéressant sur cette question, nous empruntons un extrait d’un article de WSWS.org  du 24 mars 2020 qui détaille plusieurs “fuites” parues ici et là dans la presseSystème et auxquelles il a été fait très peu écho. 

(C’est la doctrine habituelle de la presseSystème : lâcher des informations sensibles par l’un ou l’autre médium pour tenir informées les élites et figurer dans la course à la crédibilité, et ne pas donner d’échos dans les autres médias pour ne pas trop répandre ces nouvelles dans le public.) 

L’armée et ses plans

Dans le texte de WSWS.org, nous prenons l’extrait après un développement sur les nouveaux pouvoirs, estimés comme des pouvoirs de “loi martiale” ou dictatoriaux, demandés par le ministère de la justice (DoJ)

« ...‘Politico’ a cité l'avocat des droits civils Norman L. Reimer, qui a déclaré que selon la proposition du ministère de la Justice, “vous pourriez être arrêté et ne jamais être traduit devant un juge jusqu'à ce qu'il décide que l’urgence et les mesures draconiennes contre la désobéissance civile sont terminées”. Il a poursuivi : “Je trouve cela absolument terrifiant ... C'est quelque chose qui ne devrait pas se produire dans une démocratie”.
» Le rapport de ‘Politico’ affirme que les demandes du ministère de la Justice “ont peu de chances de passer devant une Chambre à majorité démocrate”. Il s'agit toutefois d'un réconfort bien relatif si l’on considère que le parti démocrate avance actuellement des mesures antidémocratiques similaires, telles que la loi EARN IT, un projet de loi bipartite qui abolirait le cryptage de bout en bout. Les démocrates sont d'ailleurs les plus virulents à s’attaquer à la liberté d’expression et à appeler à la censure d'Internet.
» La demande de pouvoirs exécutifs extraordinaires du ministère de la justice intervient alors que deux rapports de Newsweek, rédigés par William Arkin, détaillent la manière dont l'armée américaine se prépare à prendre potentiellement le contrôle de la gestion quotidienne du pays et à déployer des troupes sur le sol américain.
» Le premier rapport de Newsweek, publié le 18 mars, note que “des plans d'urgence ultrasecrets existent déjà pour ce que l'armée est censée faire si tous les membres de la ligne constitutionnelle du pouvoir sont frappés d'incapacité” par le virus, c’est-à-dire si Trump et toutes les personnalités de la ligne de succession présidentielle immédiate tombent malades ou sont mis en quarantaine. “Des ordres de mise en alerte ont été émis il y a plus de trois semaines pour préparer ces plans, non seulement pour protéger Washington mais aussi pour se préparer à l'éventualité d'une forme de loi martiale”, poursuit le rapport.
» Il ajoute : “Selon de nouveaux documents et des experts militaires, les différents plans, – baptisés Octagon, Freejack et Zodiac, – sont des lois officieuses et cachées visant à assurer la continuité du gouvernement. Elles sont si secrètes que dans le cadre de ces plans extraordinaires, la “dévolution”  [transfert du pouvoir]  pourrait contourner les dispositions constitutionnelles normales pour la succession du gouvernement, et les commandants militaires pourraient prendre le pouvoir dans tous les points essentiels de contrôle, partout en Amérique”.
» Newsweek rapporte également que si l'armée intervient pour contourner la Constitution, le chef du Northern Command (NORTHCOM) [créé en octobre 2002 pour couvrir le territoire des USA], le général Terrence O'Shaughnessy, “serait en théorie responsable si Washington était éviscérée” par le virus.
» Le deuxième rapport de Newsweek, publié le 20 mars, indique que l'armée américaine “prépare les forces à assumer un rôle plus important dans la lutte contre le coronavirus, y compris la mission controversée de réprimer les ‘troubles civils’”.
» Les plans se concentrent sur la fédéralisation des gardes nationaux des États, annulant de fait le principe fondamental du ‘posse comitatus’, qui interdit à l'armée de mener des opérations de maintien de l'ordre au niveau national intérieur.
» Newsweek cite “un planificateur militaire de haut niveau travaillant sur la crise du coronavirus mais non autorisé à s'exprimer sur des questions de planification sensibles”, qui “dit que le déploiement de troupes fédérales dans des rôles de soutien est en cours de préparation”, notamment pour effectuer des contrôles routiers, des perquisitions, des saisies à domicile et des arrestations.
» Le rapport poursuit : “Une fois que les forces militaires seront dispersées hors des bases américaines, dit le planificateur principal, elles devront assurer la mission de ‘force de protection’, impliquant des missions délicates de maintien de l'ordre général, en particulier lorsque les abris sur place et autres situations de quarantaine s'intensifieront”.
» Aussi nécessaires que soient les quarantaines et autres mesures de protection du point de vue de la santé publique, la réponse de l'armée consiste essentiellement à se préparer à supprimer les droits démocratiques et à réprimer l’opposition sociale.
» Newsweek fait référence à un plan militaire interne pour les “opérations de troubles civils” appelé CONPLAN 3502. Ce plan concerne les déploiements militaires internes en réponse aux “émeutes, actes de violence, insurrections, obstructions ou rassemblements illégaux, actes de violence collective et troubles préjudiciables à l'ordre public”, selon une étude militaire, qui cite comme précédent historique l'utilisation de l’armée pour écraser les grèves et les manifestations ouvrières.
» Selon un document du département de la sécurité intérieure de 2006, non cité dans le rapport de Newsweek, intitulé ‘Stratégie nationale pour une pandémie de grippe’, le gouvernement a fait des préparatifs spécifiques pour la possibilité de manifestations pendant une pandémie.
» “En raison des pressions exercées sur le système de soins de santé et d'autres fonctions essentielles, des troubles civils et des atteintes à l’ordre public peuvent se produire”, peut-on lire dans ce document de l’ère Bush. Il fait également référence au CONPLAN 3502 et précise : “Les tâches accomplies par les forces militaires peuvent inclure des patrouilles conjointes avec les agents des forces de l'ordre, la sécurisation des bâtiments clés, des monuments commémoratifs, des intersections et des ponts, ainsi que la mise en place d'une force de réaction rapide".
» Le 1er février, le secrétaire à la défense Mark Esper a signé un ensemble secret d’ordres d’alerte (WARNORD) mettant en alerte le NORTHCOM et les unités déployées sur la côte Est, afin qu'ils se “préparent à se déployer”, y compris dans la “région de la capitale nationale”.
» Newsweek rapporte que “désormais, les planificateurs envisagent une réponse militaire à la violence urbaine dans le cas où les gens chercheraient à se protéger et à se battre pour la nourriture et, selon un officier supérieur, dans l’éventualité de l’évacuation complète de Washington... »

Souvenir de 1933

Lorsqu’un sénateur Rubio, qui représente le sommet de la stupidité stipendiée par le complexe militaro-industriel, lâche un tweet pour nous affirmer « S’il vous plaît, arrêtez de répandre des rumeurs sur une loi martiale... COMPLÊTEMENT FAUX... », on peut se dire qu’il y a effectivement anguille sous roche. Cela fait près de 20 ans, – quasiment depuis le 11-septembre, – que le Pentagone peaufine des plans d’intervention intérieure, et la chose est devenue urgente depuis que le pouvoir civil se déchire (“D.C.-la-folle” depuis 2015-2016), et hyper-urgente bien entendu depuis que la crise-Covid19 s’est déclarée. Toutes les rumeurs auxquelles l’improbable Rubio fait allusion, en les moquant allègrement, selon les consignes du Pentagone, font évidemment penser à un “coup de force”, un “pronunciamiento”, un “coup d’Etat”.

On parle de “coup d’Etat” également depuis une période assez longue. On a ressuscité le souvenir perdu du général Butler, du Corps des Marines, notamment en juillet-août 2007, après que la cohésion entre les militaires et le pouvoir civils des années 2001-2005 (à partir du 11-septembre) ait commencé à perdre son rythme et sa validité, et on en parle à nouveau  aujourd’hui. Mais ce rappel n’est pas exemplaire et ne sert à cet égard que d’un point de vue symbolique...

Certes, l’armée n’était pas impliquée dans ce projet de 1933 puisque Butler, à la retraite, avait été contacté par un groupe de banquiers mené par Morgan Jr. (le fils de John Pierpont Morgan, de la banque éponyme), pour monter un coup d’État contre Franklin D. Roosevelt à l’aide d’une mobilisation des anciens combattants de la guerre 1917-1918, plongés dans un état de révolte pour obtenir des primes et des retraites qui leur avaient été promises. Butler avait refusé et avait dénoncé la machination, ce qui conduisit à l’abandon du projet “fasciste” et une noyade générale du poisson dans le labyrinthe des commissions et des auditions du Congrès, tout le monde travaillant à dissimuler les projets un peu fous d’une des forces principales du Système (Wall Street en l’occurrence).

La situation est aujourd’hui fondamentalement différente, ce pourquoi les rumeurs que dénonce Rubio ont, contrairement à ce qu’il tweete, beaucoup de sens.

Logique d’une nécessité 

Il ne fait aucun doute que les USA sont aujourd’hui dans une très mauvaise posture pour affronter le choc sanitaire et les effets économiques et sociaux d’une crise-Covid19 qui prendrait dans ce pays une allure diluvienne. On a suffisamment parlé sur ce site de l’affrontement incroyable haineux qui déchire “D.C.-la-folle” pour n’avoir besoin de nulle démonstration. C’est un cas où pourrait apparaître pour les militaires la nécessité de la prise en mains du pouvoir.

Ce n’est pas une idée ou une conception si extraordinaire. On rappellera  cette confidence  que recueillit PhG d’un ami, l’ambassadeur belge Jan Adriaenssens, concernant l’US Navy (le propos peut être étendu à toutes les forces) et venu d’une longue visite que fit Adriaenssens dans le Pacifique, à la fin des années 1950 (depuis, les circonstances ont évolué, et pas pour le meilleur, on s’en doute) :

« Il  [Adriaenssens] me confia bientôt ce qu’il avait retenu d’essentiel de son voyage, que je vais tenter de restituer en substance. “Il y a vraiment quelque chose à part chez ces amiraux de l’US Navy, qui tient de la culture, de la tradition, et aussi d’une grande connaissance de la politique la plus haute. Ils sont très conscients que leur immense puissance a au moins un but intérieur aussi important que le but extérieur de la sécurité nationale. Ils croient que l’Amérique est intérieurement très fragile et qu’elle a besoin de structures institutionnelles très fortes. Ils pensent que des armées puissantes, et particulièrement la Flotte, avec sa force symbolique et traditionnelle, constituent un ciment qui n’est pas inutile à cet égard. D’une façon générale, ils ne sont pas très optimistes, certes non, pas du tout optimistes sur le sort futur de l’Amérique, particulièrement sa cohésion, son unité…” »

On comprendra aisément que ce sentiment a décuplé depuis la fin des années 1950, depuis le 11-septembre, depuis 2015-2016, et dans toutes les armes des forces armées. Cela est pour avancer l’hypothèse qu’il existe une sorte de tradition, bon an mal an et malgré l’incontestable appauvrissement moral et intellectuel des cadres supérieurs des armées, pour estimer, depuis la Guerre froide, que les forces armées ont une certaine légitimité à tenir un rôle de stabilisation des structures de l’américanisme ; et, selon cette façon de juger, ce rôle peut devenir central sinon exclusif en cas de grave crise.

On admettra que l’on approche du cas où se dessine la possibilité de “la nécessité de la prise en mains du pouvoir”, lorsqu’à la crise du pouvoir depuis 2015-2016 à “D.C.-la-folle” s’ajoute la crise Covid-19 avec toutes ses conséquences. L’extraordinaire rapidité des dégâts sociaux causés par les mesures économiques et le désordre de la stratégie générale de lutte contre la pandémie tendent à créer une situation proche de celle de la Grande Dépression, mais une Grande Dépression où les mesures à prendre seraient très fortement contrariées par l’extraordinaire infection de la perception qu’a installée dans nos psychologies le système de la communication. Enfin, il y a l’élection présidentielle USA-2020, avec les deux candidats probables traînant avec eux le fardeau de faiblesses et de travers innombrables dus autant à l’âge qu’à des caractères incontrôlables, et qui ne sont là que “par défaut”, par impuissance du Système à trouver une autre issue...

Dans ce cas qui est celui d’un “perfect storm” crisique, les conditions semblent réunies pour faire penser à des chefs militaires qu’il est “de leur devoir” d’intervenir dans la vie civile, pour sauvegarder l’Union, – rien de moins, à la manière d’un Lincoln postmoderne !

Un suprémacisme de caste ?

Il est vrai que, ces dernières années, les militaires US ont pu polir et repolir leur méfiance et leur mépris grandissant pour la caste politicienne qui dirige le pays. La préparation à cet égard avait été effective, dans les années 2000, avec l’aventure irakienne puis les tentatives d’attaques contre l’Iran en 2006-2008, habilement et fermement détournées par l’US Navy. Mais depuis 2016, ce n’est plus la même chose : l’élection de Trump, puis l’affrontement absolument fou entre les démocrates hyper-progressistes-sociétaux et le pseudo-populiste Trump, ont poussé le jugement défavorables des chefs militaires sur la caste politique vers les extrêmes.

... Non pas qu’ils soient brillants, loyaux, honnêtes, etc., ces chefs militaires. Ils partagent toutes les tares du Système, y compris les corruptions vénale et psychologique. Mais ils ont nécessairement une partie d’eux-mêmes qui reste obligé au maintien d’un ferme contact avec les réalités les plus rudes, et les  vérités-de-situation hors des simulacres washingtoniens. C’est le cas lorsqu’un chef du commandement stratégique explique comme il évaluera avec l’aide d’un avocat, éventuellement  pour ne pas l’exécuter, l’ordre du président de tirer des armes stratégiques nucléaires.

Surtout, les militaires ont exercé avec Trump les plus hautes fonctions de direction de sécurité nationale d’habitude réservées aux civils, et donc ils ont pu confronter leur sentiment vis-à-vis de la caste politicienne à la réalité du pouvoir politique. On parle ici, certes, des généraux Mattis, McMaster et Kelly, qui furent respectivement en 2017-2018 secrétaire à la défense, conseiller du président pour la sécurité nationale et directeur du NSC, et chef de cabinet du président ; et qui, tous trois, démissionnèrent en même temps qu’il leur fut demandé de démissionner (en 2018), scellant ainsi, après une cohabitation houleuse, la rupture entre les chefs militaires et la caste politicienne.

Les chefs militaires en ont acquis une sorte de “suprémacisme de caste” (la leur, de caste), qui détermine leurs capacités à gouverner, et bien mieux que la pourriture politicienne, ce qu’il reste de l’empire en décomposition. Nous ne disons pas qu’ils ont raison (voir plus haut, la même réserve mais aussi l’inutilité de ce débat dans ce cas), nous disons qu’ils ont expérimenté ce qu’ils estiment être leur capacité dans l’exercice du pouvoir. Dans les conditions d’urgence actuelles, et alors que la caste politicienne  se débat dans des attitudes et des exhortations désespérées devant la progression de l’épidémie, on comprend combien certaines idées doivent progresser dans les esprits des officiers étoilés. Elles ont d’autant plus de poids que les militaires restent, dans l’esprit du public, la seule institution à être populaire et à être parée de vertus diverses (patriotisme, rigueur, absence de corruption), – dont nombre relèvent de l’illusion et du simulacre, – mais qu’importe puisque parlent les enquêtes d’opinion, et encore plus comparé à la détestation où sont tenus le monde politique, le monde financier, etc... 

(Même un Sean Penn, superbe progressiste-sociétal-humanitariste dans l’âme, l’œil mi-clos et la gueule de bois, le verbe claudiquant et mâchouillant sans doute un brin de vitamine à la coke, dresse pour CNN un incroyable panégyrique d’une armée US transformée en une formidablement vertueuse machine “la plus humanitariste du monde”, une machine pleine d’une sorte de compassion évangélique...)

Le cas du USS Theodore Roosevelt

Là-dessus  un cas intéressant  vient bien à propos éclairer notre propos, qui est celui du porte-avions USS Theodore Roosevelt, signalé ce jour même...

Nous nous référons d’abord à  un texte du major (retiré en dissidence du service actif) Danny Sjursen, de l’US Army, devenu un des commentateurs-vedette du site  Antiwar.com, succédant d’une certaine façon à Justin Raimondo. Sjursen envisage les suites de la crise-Covid19 du point de vue des guerres extérieures, contre lesquelles lutte ce site depuis sa création. Il voit une possibilité négative et une possibilité positive... Nous nous attachons ici à la possibilité négative en la synthétisant rapidement :
• le pouvoir a besoin de détourner l’attention de la crise intérieure, donc il va accélérer les guerres extérieures ;
• il peut même aller jusqu’à l’extrême, qui est l’intervention intérieure : « Tout cela sans parler de l’ultime menace, – et peut-être la plus traîtresse, – dans l’exploitation de la crise du Coronavirus : celle du penchant avéré du gouvernement pour une répression intérieure opportuniste.  Des plans inquiétants existent déjà, qui envisagent d’une façon concrète et opérationnelle immédiatement applicable la prise en main temporaire du pouvoir par l’armée dans une situation de crise de type Corona, tandis que le ministère de la justice  réclame  des pouvoirs de détention arbitraire pour une durée indéterminée dans cette situation d'urgence ou une situation similaire. »

Notre désaccord avec Sjursen porte sur l’identification des événements et l’enchaînement des événements :

• il n’est nullement assuré que ceux qui poussent à des conflits extérieurs pour “détourner l’attention” du public soit confiné soit en chômage, ou les deux à la fois, soient les militaires. Il y a deux semaines, ce sont Pompeo et les extrémistes-neocons (civils)du gouvernement qui poussèrent à une riposte contre les Iraniens après l’attaque de bases US en Irak ; le Pentagone était contre et Trump s’est rallié à cette position ;
• Nous ne mettrions en aucun cas une intervention des militaires aux USA même dans la même logique et dans la même dynamique que les interventions extérieures, tout au contraire...
• ...et c’est là que nous en revenons au cas du USS Theodore Roosevelt.

Ce cas met en pleine lumière ce qui se répandait déjà au gré de certaines rumeurs : le problème que Codiv-19 pose aux forces US en déploiement extérieur. Ces forces n’ont guère de soutien sanitaire dans ce domaine du déploiement extérieur, et elles sont loin des structures de défense contre la pandémie qui sont en train d’être mise en place aux USA même. C’est pourquoi nous évoquons dans le texte sur le USS Theodore Roosevelt la possibilité d’un repli des positions impérialistes US vers le sol national :

« Ce mouvement de retrait pourrait prendre une ampleur intéressante, surtout à la lumière du cas du USS ‘Theodore Roosevelt’ et de ses effets psychologiques. L’on pourrait ainsi imaginer, à partir de cette sorte d’évacuation, la décroissance voire l’abandon des positions et de l’effort de l'impérialisme US, vaincu par l’épidémie et obligé de se retirer sur la formule isolationniste du territoire national. Il s’agirait d’une formule très originale de décadence, voire d’effondrement de la puissance. »

Le reflux après le flux

Ainsi établissons-nous un rapport inverse à celui que propose Sjursen. La crise-Covid19 oblige le Pentagone à envisager un repli partiel, ou un repli important, devant la menace de voir ses structures de force paralysées par la pandémie. En même temps, ce repli partiel augmente l’intérêt des militaires pour la situation intérieure, pour les structures de luttes contre la pandémie, pour un regard toujours plus critique sur la conduite catastrophique de la caste politicienne dans cette crise. Il s’agit d’un reflux vers une sorte d’isolationnisme de “loi martiale” structurelle, une sorte d’“isolationnisme martial” suivant un “flux impérial” présentant désormais plus d’inconvénients dont certains mortels, que d’avantages.

Dans ce cadre et selon cette logique, une intervention des forces armées paraît de plus en plus envisageable, surtout bien sûr si la situation continue à se détériorer comme elle a commencé à la faire à une vitesse extraordinaire depuis à peine une décade. Cet extrait d’un texte de RT.com sur le thème d’une “Grande Dépressioon-2.0” nous donne une indication du climat que nous restituent des experts de la finance : 

« La pandémie Codiv-19 poussera le chômage US vers des pourcentages dépassant ceux de la Grande Dépression si les prévisions alarmistes sont rencontrées, selon, l’économiste de l’université de Warwick Roger Farmer.
» Plus tôt cette semaine, une officiel de la Fed avait prédit que la situation pourrait conduire à un chômage de 30% et une chute de 50% du PIB. Selon James Bullard, président de la branche de St-Louis de la Fed, cela pourrait arriver extrêmement vite, au second trimestre de cette année.
» “Si cela se vérifie, ce seront les chiffres les plus hauts jamais atteints. Le chômage durant la Grande Dépression a atteint 24% à son sommet”, a dit à RT.com le professeur Farmer.
» L’économiste a noté que la baisse pourrait être de courte durée car la situation commencera à s’améliorer dès que l’isolement social prendra fin. Beaucoup dépendra de la bonne stimulation, comme les subventions salariales directes qui peuvent aider l’économie à rebondir. “Si les pertes d'emplois deviennent permanentes et que les relations de travail sont détruites, la reprise prendra plus de temps”, a déclaré l'analyste. » 

Ce type d’appréciation décrivant une situation vertigineuse mais parlant d’“améliorations” et de “reprise” plus ou moins rapides selon l’état de l’“isolement social” (confinement), comme s’il s’agissait d’une simple humeur de passage, sans tenir aucun compte des effets psychologiques et sociaux de ces situations, provoque chez les militaires à la fois une grande inquiétude pour l’ordre public dans le cadre du Système, et devant ce qu’ils jugent être une certaine inconscience chez nombre de responsables et experts civils. On en tire alors le constat que jamais sans doute, et certainement bien plus qu’en 1933, la situation n’a été aussi “propice” à une intervention de l’armée, qu’elle soit favorisée par le pouvoir civil ou imposée au pouvoir civil, et toujours avec le même résultat des militaires détenant la clef du pouvoir. 

Ce début de  texte de WSWS.org concernant l’évolution du monde intellectuel et artistique aux USA vaut pour tout le monde aux USA ; et il vaut, bien entendu, pour les militaires :

« L'actuelle calamité sanitaire et économique mondiale est sans précédent.
» Quelle que soit l’issue à court terme, la vie sociale et la conscience ne reviendront jamais à leur état antérieur. Un Rubicon a été franchi. L'ordre existant, aux yeux de dizaines de millions de personnes, sera désormais considéré comme illégitime et comme une menace immédiate pour leur existence. »

Effectivement, il est question de Rubicon...

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T.C.-88 : Intermezzo

Par info@dedefensa.org — 26 mars 2020 à 00:00

T.C.-88 : Intermezzo

Une crise respire, elle reprend son souffle pour de nouvelles dévastations qui seront terribles. Il semble bien que l’épisode colossal ouvert au tout début de cette première années de ces néo-Roaring Twenties, essentiellement avec Covid-19 conjointement avec la crise Iran-USA, s’installe dans la nouvelle situation ainsi créée.

(Il faut noter à propos du mot “crise” dans l’évolution du concept, que l’on devrait parler, pour être plus juste, et dans le cas actuel plus que jamais, d’“épisode crisique” dans un gigantesque cadre crisique [la Grande Crise d’Effondrement du Système, ou GCES]. Jamais la continuité et l’entrecroisement de tous ces mouvements crisiques n’ont été aussi forts, avec des crises différentes [Covid-19, Iran, Syrie] s’amalgamant pour former un épisode crisique. L’ensemble de la situation du monde est devenue crisique, ou une seule énorme crise globale et ontologique ordonnant le tout en plusieurs segments, épisodes, etc. Il faut garder cela à l’esprit, même quand l’on emploie le mot “crise” : chaque fois une enquête doit être rapidement revue pour savoir de quelle dynamique l’on parle.) 

Actuellement, que se passe-t-il et comment peut-on parler d’“intermède” (Intermezzo), effectivement comme une respiration du monstre crisique ? Plusieurs points sont à décliner, qui caractérisent effectivement un tel moment de transition, des points qu’il s’agit de prendre en compte comme de nouvelles structures de la situation du monde..

• Le monde entier est fermement installée dans la pandémie Covid-19. Quels que soient ses caractères, son origine, la façon dont on la présente, la déforme, l’enfle ou la dissimule, Covid-19 règne. Tout se fait ou ne se fait pas en fonction de Covid-19. Cette crise a produit son effet majeur de déstructuration et de paralysie à la fois (tout est bouleversé par elle mais rien ne peut se faire sans tenir compte d’elle). Elle est pour l’instant hors de contrôle quant à sa durée, ce qui ouvre toutes les possibilités à la dynamique crisique et interdit au Système de tenter d’y mettre un frein décisif.

• Les effets “collatéraux” (économiques, sociaux, psychologiques) commencent à être mesurés comme des crises en elles-mêmes dévastatrices et de plus en plus centrales. Jamais sans doute dans l’histoire de la modernité ne s’est produit un événement d’une telle ampleur dans le ralentissement/l’arrêt de l’économie, quasiment dans le monde entier. Des segments importants de l’économie sont désintégrés (par exemple, le transport aérien, par conséquent une part importante de l’industrie aérospatiale). La catastrophe sociale enchaîne automatiquement. Le paysage se peuple de ruines complètement improbables, inattendues et indescriptibles : de l’ordre du Système se précipite, comme une cascade gigantesque, le désordre du monde.

• Les “réponses” économiques sont de deux ordres : l’accroissement colossal de l’interventionnisme étatique et national (choix général avec des nuances, sauf aux USA), la tentative désespérée de sauvegarde du libéralisme par le moyen d’un socialisme de subvention des pouvoirs d’argent, dans le désordre d’un pouvoir aux abois dans un affrontement idéologique haineux (USA) ou dans l’impuissance et la paralysie sans la moindre influence des instituions internationalistes et globalistes (UE, OMC, etc.).

• D’une façon générale, l’orientation de la bataille économique passant par l’interventionnisme s’oriente vers le souverainisme, la tentative de restauration du pouvoir et de la légitimité de l’État national, éventuellement des nationalisations et des renationalisations. Aux USA, le désordre se trouve dans la confrontation d’une opposition extraordinairement idéologisée vers le sociétal et un gouvernement prisonnier des puissances d’argent ; par exemple, Boeing a demandé $60 milliards de sauvetage du gouvernement mais refuse absolument de transformer cet argent en actions et présence de la puissance publique dans le Conseil d’Administration. Les probables 30% de chômage aux USA dans deux ou trois mois, – à moins que le dieu américaniste écoute les exhortations au miracle de Trump pour une reprise du travail à Pâques, – constitueront une catastrophe menaçant la stabilité intérieure des USA et la légitimité de Washington D.C., tandis qu’en Europe de telles conditions approchantes constituent une calamité renforçant plutôt les structures régaliennes de solidarité (charge aux gouvernements en place de s’y inscrire, ou non avec conséquences).

• Deux puissances émergent bien entendu dans leurs capacités de riposte à Covid-19 et leurs capacités d’aide extérieure, notamment et sur l'air de l'ironie vers les pays européens de l’UE. La Chine et la Russie renforcent leurs positions respectives dans ce qui tenterait, dans le meilleur des cas, d’évoluer vers un “concert des nations”. Bien que ces deux puissances travaillent (jusqu’ici) à l’intérieur du schéma libéral par pur réalisme et opportunisme, leur position et leur action dans la crise constituent une défaite majeure pour l’ordre libéral, pour les autorités globalistes du bloc-BAO, particulièrement l’UE, et pour les USA. Le remplacement par certaines autorités du drapeau de l’UE par le drapeau chinois ou le drapeau russe en Italie (le principal pays-UE touché par la pandémie, et vers lequel de l’aide importante, chinoise et russe, est transférée) constitue un symbole puissant et puissamment ironique de ce basculement.

• La psychologie collective suit ce bouleversement général en l’identifiant de plus en plus comme une crise du Système (la GCES) alors qu’il y a un mois il n’était question que d’une pandémie dont personne ne mesurait l’effet catastrophique. Les psychologies absorbent donc, en une sorte de révolution (dans le sens orbital), un changement systémique fondamental identifié comme tel, à partir de réactions initiales (d’elles-mêmes, de ces psychologies) au danger d’une pandémie qui fut aussitôt classifiée comme un effet catastrophique de la globalisation.

La fluidité d’urgence et de contamination de la crise n’est nullement arrêtée ni contrôlée, mais ses constituants sont identifiées suffisamment pour susciter une mobilisation constante d’une part, une contestation polémique mettant en cause les pouvoirs libéraux en place d’autre part. Il n’y a pas de désintégration, – sauf peut-être aux USA si la situation n’est pas radicalement redressée, – mais une très forte tension qui maintient ouverte, – non, de plus en plus ouverte la poursuite de la catastrophe en un nouvel épisode crisique où les diverses dynamiques crisiques en cours verraient s’ajouter à elles une contestation politique du système pouvant conduire vers des modifications ou des basculements politiques.

Cela est d’autant plus possible que la principale force dressée contre cette possibilité, les USA de l’américanisme entropique, se trouve dans une crise politique profonde, nullement née de la crise-Covid19 puisque bouillonnant depuis 2015-2016 mais accentuée par elle, qui ne peut être dissipée par rien puisqu’elle se cristallise dans l’élection présidentielle de novembre où s’affronteront deux candidats aussi improbables, aussi contestées, aussi prompts à enflammer les extrêmes, aussi poussés l’un que l’autre à une haine capitale l’un de l’autre.

(La dernière bouffonnerie étant que Biden, célèbre pour ses mains baladeuses, est  publiquement dénoncé pour “harcèlement sexuel” du bon temps des années 1990, lui qui représente le parti des minorités, des LGTBQistes et des féministes du type MeToo. Jamais un candidat [probable] du parti démocrate qui se veut parti de la vertu moderniste, n’a rassemblé autant les tares comportementales des employés du Système émargeant au ‘Vieux-Monde’ : gérontocratie irresponsable, hypocrisie par rapport aux “valeurs” du parti, corruption de lui-même et de toute la famille, comportement personnel de type “machiste”-dents blanches [éternel sourire de Biden-pince-fesses], etc. )

Tout cela vient à partir d’une surprise à la fois totalement inattendue et aisément prévisible, qu’est une épidémie devenant pandémie. Le monde des sapiens-sapiens en a déjà connues beaucoup, mais jamais dans une telle position (la globalisation) où la pandémie est préparée par les liens et les chaînes innombrables comme autant de canaux de contagion qu’a créées la globalisation, et par l’incroyable puissance du pouvoir d’accélération des événements et d’emprisonnement dans tout événement nouveau ou dans l’invention d’événements, du système de la communication.

Le 1erjanvier 2020, nous terminions nos Notes d’Analyse sur « la destitution du Système » par ces observations qui nous semblent complètement justifiées par ce qui a suivies, alors que nous ne savions rien, strictement rien, absolument rien de Covid-19 (madame Buzyn, elle, savait, avec quelques devins d’après-coup) :

« L’image de “la destitution du Système”, – cette fois, “impeachment” pris dans son sens maximaliste, radical et catastrophique, – nous est extrêmement précieuse. Elle rend bien compte, à l’instar de la situation washingtonienne dans “D.C.-la-folle”, de la confusion et de la dynamique à la fois, et de l’indescriptibilité du phénomène. “Indescriptibilité” vient évidemment de “indescriptible”, qui “qualifie quelque chose qui ne peut être décrit à cause de son extravagance ou de sa complexité” ; ou mieux encore et plus justement à notre sens, pour avancer dans notre propos en montrant l’impasse de la  raison-subvertie  où nous met ce processus :
» “...qui décrit quelque chose qui ne peut être décrit”.
» Sans nul doute, Loukianov exprime un sentiment qui est nôtre, déjà plusieurs fois exprimé dans nombre d’articles, selon lequel l’effondrement du Système (sa “destitution” si l’on veut, pour donner à l’événement une forme anecdotiquement humaine) se fait ‘sous nos yeux’ sans que nous n’en voyons rien de ce que notre pauvre raison-subvertie en attend : “Contrairement à la destitution d'un président, la ‘destitution mondiale’ n’exige pas un vote formel pour entrer en vigueur. Cette destitution est déjà entrée en vigueur...[...] Le nouveau paradigme émerge alors que l'ancien s’effondre.”
» Au reste et comme on le sait, d’autres parmi les dirigeants qui sont issus du Système ou doivent s’arranger du Système, avancent un jugement similaire :  Poutine  et  Macron  notamment, quelque surprise initiale que nous ayons éprouvée à rapprocher ces deux noms. C’est bien le signe que l’événement touche les plus habiles comme les plus médiocres, donc qu’il s’agit d’un événement hors des normes de la raison, celle dont Pascal disait : “Que j’aime à voir cette superbe raison humiliée et suppliante !” »

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Les troglodytes mangeurs de chauves-souris de Wuhan

Par info@dedefensa.org — 26 mars 2020 à 00:00

Les troglodytes mangeurs de chauves-souris de Wuhan

Nous étions en 2040, et la pandémie mondiale de coronavirus en était à sa 20e année. Un jeune couple se promenait. Ils ne se tenaient pas la main, ne s’enlaçaient pas et ne s’embrassaient pas, mais maintenaient une distance d’au moins un mètre entre eux et portaient une protection oculaire et un masque facial, comme le prescrit la loi. Il y avait longtemps qu’ils n’avaient pas pu se rencontrer, car l’un ou l’autre avait eu une toux, ou un rhume – une allergie saisonnière, ou peut-être un léger rhume – et de tels symptômes les obligeaient à vivre dans un isolement complet, leur nourriture et autres produits de première nécessité étant livrés par des robots. Pâles et faibles après leur longue période d’isolement, ils se promenaient et louchaient en plein soleil, dans l’espace sécurisé et récemment aseptisé de la promenade, à la vue des caméras de sécurité, et écoutaient les grincements aigus et stridents émis par un système de haut-parleurs destiné à effrayer les chauves-souris. Ils étaient en permanence surveillés par un logiciel d’IA qui déclenchait une alarme s’ils s’approchaient trop près l’un de l’autre ou, Dieu nous en préserve, s’ils se touchaient vraiment.

Le jeune couple avait quelque chose d’important à discuter : ils voulaient se marier et avoir des enfants, mais ils n’étaient pas sûrs de pouvoir un jour réunir suffisamment d’argent pour les tests de laboratoire sur les échantillons de sperme (pour exclure toute contamination virale) et la procédure d’insémination artificielle, rendue nécessaire par l’interdiction de tout partage direct et non supervisé de fluides corporels. On craignait également que les tests de laboratoire produisent un faux positif ou découvrent une véritable contamination virale – un événement qui pourrait les conduire à être placés en isolement dans un hôpital pour aussi longtemps qu’il faudrait pour être certifié exempt de virus.

Ils étaient tous deux très jeunes au moment où la pandémie a frappé. N’ayant connu aucune autre vie, ils considéraient leur situation et cette façon de vivre comme parfaitement normale. Ce qu’on leur avait enseigné sur la vie avant la pandémie les a remplis d’horreur : comment des gens pouvaient-ils être aussi négligents, ne pas porter de masque, marcher ensemble, partager des fluides corporels… De toute évidence, ils ont pensé, face à une telle insouciance, qu’une pandémie est exactement ce que ces personnes méritaient ! Ils étaient heureux de vivre à une époque plus éclairée.

Pour ajouter à l’horreur, ils savaient que de telles personnes insalubres et téméraires existaient encore ! Appelés pour plaisanter “les troglodytes mangeurs de chauves-souris de Wuhan”, ils habitaient à l’extérieur des hauts murs de béton qui entouraient les enceintes relativement exemptes de coronavirus, où ils cultivaient de la nourriture et élevaient des porcs et des poulets. Comme ces activités les exposaient inévitablement à de nombreux agents pathogènes potentiellement dangereux présents dans la nature, ils étaient considérés comme hautement contaminants, et tout contact physique direct avec eux était strictement interdit.

Malgré toutes ces restrictions, on peut dire que ce jeune couple était heureux, comme le sont souvent les jeunes couples amoureux, malgré les diverses vicissitudes. Mais ce couple était particulièrement heureux parce que toutes ces précautions leur permettaient de se sentir parfaitement en sécurité et protégés. Il y avait cependant quelques questions inquiétantes qui jetaient une longue ombre sur leur bonheur. Ils n’osaient pas les exprimer, d’abord parce qu’ils étaient si mal à l’aise que le fait de les exprimer rendrait instantanément leur relation gênante, et ensuite parce que, si d’autres personnes les entendaient, ils considéreraient le simple fait de soulever ces questions comme un crime de la pensée.

Et si le redouté coronavirus n’existait pas vraiment ? Ou s’il avait existé 20 ans plus tôt, mais s’était depuis épuisé ? Ou si le virus existait toujours mais qu’il n’était plus dangereux pour personne, sauf pour les personnes extrêmement malades, qui mourraient de toute façon ? Et s’il n’y avait plus de réel danger pour motiver le maintien de toutes ces diverses restrictions et précautions ? Et si elles restaient en place pour éviter une phobie de plus en plus irrationnelle qui était devenue si enracinée qu’un large éventail de comportements compulsifs et de rituels devenait nécessaire pour éviter de la déclencher ? Et si leur obsession de l’hygiène était elle-même une maladie ?

Il aurait été difficile de dire si les troglodytes mangeurs de chauves-souris qui habitaient en dehors du périmètre de haute sécurité étaient plus heureux. Leur vie était raccourcie par le manque d’hygiène et de bons soins médicaux, et de temps en temps, certains d’entre eux étaient anéantis, ainsi que leurs troupeaux, lorsqu’une grippe porcine ou aviaire particulièrement virulente faisait périodiquement son apparition. D’un autre côté, il est peu probable qu’ils aient consacré beaucoup de temps ou d’efforts à adopter un large éventail de comportements compulsifs pour éviter la contagion, ou à se demander si ces comportements compulsifs étaient justifiés.

Le dernier groupe constitué dont nous devons forcément considérer le bonheur est, bien sûr, celui des virus. Il est certain que notre jeune couple et sa cohorte, avec leur adhésion servile à une hygiène extra-bonne, ont rendu les virus assez misérables, poussant peut-être certains d’entre eux à l’extinction pure et simple. Les troglodytes, en revanche, ont probablement rendu les virus assez heureux : au lieu de les exterminer, ils ont naturellement trouvé un arrangement convivial avec eux. Après tout, ce qui rend les virus heureux est le même que ce qui rend tous les êtres vivants heureux : pouvoir être fécond et se multiplier. Faire en sorte que les gens se sentent trop malades pour sortir en public n’est pas vraiment une stratégie pour un virus, bien que faire en sorte que les gens aient envie de sortir en public mais toussent et éternuent périodiquement soit une excellente idée pour un virus qui veut répandre sa progéniture à grande échelle. Rendre les gens gravement malades, sans parler de les tuer, est une chose que seuls les virus les plus grossiers et les plus indisciplinés font, généralement parce qu’ils sont novices en la matière, ayant récemment fait un saut des animaux aux humains. Heureusement, les virus sont réformables : nous les punissons en mettant les malades en quarantaine et nous les récompensons en laissant les personnes en bonne santé mélanger leurs fluides corporels.

Cette histoire est basée sur l’intrigue d’un film que Karen Shakhnazarov, directrice du studio Mosfilm, a proposé hier soir, de manière désinvolte, à moitié en plaisantant, lors d’une apparition en direct à la télévision dans l’émission comique de Vladimir Solovyov “Qu’est-ce qui ne va pas avec les Ukrainiens ?” Mon genre préféré pour raconter l’histoire proposée par Shakhnazarov serait la comédie musicale. Quel rôle préféreriez-vous jouer ? Un des jeunes amoureux, peut-être ? La tension due au fait de ne pas pouvoir toucher, de déclencher une alarme dès qu’ils s’approchent à moins d’un mètre, serait délicieuse ! Ou préférez-vous rejoindre la joyeuse troupe de troglodytes avec leurs cochons et leurs poulets en pantomime qui toussent et éternuent pendant la tempête ? Ou peut-être qu’un rôle plus approprié pour vous serait celui d’un des virus ? Vous pourriez porter une couronne, chanter dans un chœur et vous produire dans un ou deux numéros de chant et de danse mémorables.

 

19 mars 2020, Club Orlov, - Traduction du Sakerfrancophone

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La “capitale du monde” et son double

Par info@dedefensa.org — 26 mars 2020 à 00:00

La “capitale du monde” et son double

Le texte ci-dessous a une vertu majeure : il a saisi le symbole majeur d’un Wall Street exubérant, en plein “rebond” temporaire avec une augmentation sans précédent depuis 1933, et de l’aggravation exponentielle de la situation sanitaire et socio-économique avec la pandémie Covid-19. Il s’agit bien entendu d’une circonstance symbolique, la bourse ne connaissant qu’une accalmie qui fait remonter ses cours d’une façon extravagante, mais elle reflète bien la vérité profonde de la situation, aussi bien avant la crise et en préparation de celle-ci, que depuis qu’est survenu le Covid-19 ; elle la reflète d’autant plus que New York City est cette immense mégapole à l’influence formidable de l’image de “capitale du monde”, et d’un monde globalisé, totalement domestiqué par la finance, et aujourd’hui assailli par cette pandémie qui apparaît se constituer de plus en plus en événement politique antiSystème majeur.

Ce qui s'impose d’une façon assez marquée, c’est la force du contraste entre les super-riches empochant leurs dividendes d’une bourse qui n’a plus aucun rapport avec le monde réel, réservant ses seules relations terrestres avec la planche à billet manipulée électroniquement ; et d’autre part la population pauvre, frappée à la fois par la pandémie Covid-19 et par les mesures économiques de licenciement du fait de cette crise brutale. Cette situation et le spectacle évoqué rappellent immédiatement les souvenirs et les images de la Grande Dépression, avec ses disparités extraordinaires entre les élites richissimes et la population plongée dans la précarité et une pauvreté cruelle allant jusqu’à de véritables famines dissimulées. L'exceptionnalité de notre “étrange époque” se trouve évidemment dans la rapidité avec laquelle s'est imposée cette situation.

Il s’agit d’une particularité très américaniste, qu’on a du mal à rencontrer, avec cette ampleur et cette rapidité, dans les autres pays touchés par la crise. Si l’individualisme est aujourd’hui très répandu bien entendu dans le monde, il n’interfère pas d’une façon aussi massive dans la politique, jusqu’à interdire les réflexes régaliens et de service public les plus évidents ; par contre, il est inscrit dans les structures mentales et la psychologie américaniste et influence naturellement la politique dans le sens de l’hostilité à un interventionnisme de santé publique. L’attitude du gouvernement US répond en général à cette tendance, soit en n’intervenant pas, soit en intervenant essentiellement en faveur des finances des entreprises et surtout des plus grandes (les “too big to fall”), et fort peu en faveur des personnes les plus pauvres touchées par la crise. Les seules exceptions sont dues à des circonstances exceptionnelles, lorsqu’un président est élu “par la crise” et fait une politique dans ce sens, notamment en faveur des populations les plus touchées ; le cas le plus exemplaire est bien entendu celui de Franklin D. Roosevelt, lors de son élection de 1932. Pour l'instant et sans beaucoup d'espoir de changement, on ne voit nulle part, dans le monde politique de “D.C.-la-folle”, un politicien qui puisse prétendre concevoir et mettre en pratique la politique que Roosevelt développa (d’ailleurs, en bonne part par électoralisme pour son élection de 1933, ensuite par conviction).

Le texte ci-dessous, du 26 mars 2020, est de Bill Van Auken, dans WSWS.org. Le titre complet est « Le conte des deux montées en flèche: Wall Street s’envole, le nombre de morts du coronavirus à New York aussi ».

dde.org

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Le conte des deux cités

« C’était le meilleur et le pire de tous les temps, » écrivait Charles Dickens au début de son célèbre roman sur la Révolution française, ‘Le Conte de deux cités’ (A Tale of Two Cities). Ces mots ont trouvé une nouvelle et forte illustration à New York mardi. Alors que les milliardaires se gavaient à Wall Street, le reste de la population était confronté à un nombre croissant de décès, de maladies et de souffrances humaines dues à la pandémie de coronavirus.

Des deux courbes pointant vers le haut, celle du Dow Jones Industrial Average et celle de l’augmentation du nombre des cas de coronavirus et de décès à New York, cette dernière était la plus forte.

Le nombre de cas double désormais tous les trois jours. Il est passé mardi à 25.665 dans l’État de New York, dont plus de 15.000 concentrés dans la ville de New York. Le nombre de morts augmente également de façon constante, avec au moins 192 décès rien que dans la ville. La ville la plus grande et la plus densément peuplée des États-Unis est devenue l’épicentre d’une pandémie qui menace la vie de millions de personnes.

Les autorités avaient prédit que le tsunami de la pandémie commencerait à déferler sur New York dans deux à trois semaines, mais il semble déjà arrivé. La ville est terriblement mal préparée ; on s’attend à ce que ses hôpitaux cèdent sous l’impact de dizaines, voire de centaines de milliers de personnes en quête de soins.

Rien de tout cela n’a cependant mis fin à la voracité financière de Wall Street, qui a connu sa plus forte hausse en une journée depuis 1933, avec une augmentation de 11 pour cent de l’indice Dow Jones des valeurs industrielles. Le parquet de la Bourse de New York était vide, fermé lundi après qu’un trader ait testé positif au COVID-19, la frénésie d’achats massifs s’effectuant par voie électronique.

La hausse de 2000 points de Wall Street était la réponse à l’adoption imminente de la loi CARES (Coronavirus Aid, Relief, and Economic Security Act), une loi grotesquement mal nommée et une manne de deux mille milliards de dollars pour les grandes entreprises. Une nouvelle injection qui s’ajoute aux deux mille milliards de dollars supplémentaires promis par le gouvernement américain pour soutenir les actifs financiers détenus par les grandes banques. Les actions des industries à renflouer — compagnies de croisière, stations balnéaires et compagnies aériennes — ont fait un bond de 30 à 40 pour cent.

Beaucoup de milliardaires et de multimillionnaires de New York qui ont profité de cette hausse record ont déjà abandonné la ville sinistrée, laissant vides les immeubles de luxe de Manhattan. Ils ont été dans les manoirs des Hamptons et les fermes de la Nouvelle-Angleterre. Ou bien ils sont allés en jet privé vers des bunkers à l’Ouest — emportant sans aucun doute le virus avec eux et infectant l’armée d’employés nécessaire pour maintenir leur mode de vie.

Pendant ce temps, dans la ville, les signes de propagation du virus sont partout.

Mardi, à l’hôpital Elmhurst dans le Queens, qui dessert l’une des populations les plus fortement immigrées du pays, une file d’attente serpentait dans le pâté de maisons pour le cinquième jour consécutif, les malades attendant derrière les barricades de la police pour entrer aux urgences. Les infirmières ont rapporté que parmi les testés positif il y avait des travailleurs à qui l’on avait dit qu’ils ne pouvaient pas se permettre d’aller en quarantaine, même pour une journée, sans perdre leur emploi et devenir incapables de nourrir leur famille.

La majorité de la classe ouvrière à New York, comme dans l’ensemble des États-Unis, est prise dans ce tragique dilemme. Elle n’a pas d’argent pour subvenir à ses besoins pendant une fermeture prolongée et la misère offerte par le Congrès n’y changera rien. L’importante population de travailleurs immigrés sans papiers qui soutient l’économie des services de la ville ne recevra même pas cette somme dérisoire.

Le président Donald Trump et le gouverneur de New York Mario Cuomo ont tous deux lancé des appels politiques cyniques aux familles de travailleurs craignant de souffrir de la faim, de se retrouver sans abri ou de voir les petites entreprises faire faillite, en suggérant que les gens pourraient bientôt retourner au travail, malgré la propagation du virus.

Mardi, le Service des transports en commun de New York a annoncé avoir été contraint de réduire les métros. Il a supprimé plus de 1.000 trajets cette dernière semaine, en raison d’une forte hausse du nombre de conducteurs qui se déclaraient malades. Au moins 23 travailleurs des transports en commun étaient des cas confirmés de COVID-19 et beaucoup furent contraints de se mettre en quarantaine du à un contact avec des collègues infectés.

L’effet de cascade de ces réductions se fait sentir chez les passagers serrés les uns contre les autres dans les trains, ce qui facilite la propagation du virus à des couches toujours plus larges de la population.

De même, la ville a annoncé mardi qu’elle négociait avec des entreprises privées de transport d’ordures par crainte que, du au nombre croissant de travailleurs de ce secteur touchés par le virus – 61 ont déjà testé positifs et 26 autres été mis en quarantaine –, on ne finisse par laisser les ordures s’amonceler dans les rues.

Autre expression tragique de la propagation du virus, on a annoncé lundi qu’un directeur d’école de Brooklyn âgé de 36 ans, Dezann Romain, était décédé des suites de complications liées au coronavirus. Le maire démocrate de New York, Bill de Blasio, avait résisté à la fermeture des écoles de la ville et n’a cédé qu’après que les enseignants l’aient menacé d’arrêts de maladie massifs et attaqué pour avoir “du sang sur les mains”.

Cet impact sur les travailleurs des services essentiels est un indicateur de l’ampleur de la propagation du virus dans la population de la ville. Ceux-ci, comme l’ensemble de la classe ouvrière de New York, sont de plus en plus en colère face à l’incapacité de la ville et des employeurs à leur fournir une protection, même minimale, contre la maladie.

Selon les estimations officielles, la ville aura besoin de 140 000 lits d’hôpital pour faire face aux New-Yorkais frappés par la maladie, alors que seuls 53.000 sont disponibles. Pour sauver la vie des patients, 30 000 ventilateurs seront nécessaires, alors qu’il n’y en a pas plus de 5 000. On dit aux hôpitaux qu’ils doivent augmenter leur capacité de 100 pour cent, mais rien n’indique comment un personnel déjà débordé peut faire face à un tel doublement de sa charge. Le résultat inévitable est que le personnel médical sera obligé de choisir entre qui vivra et qui mourra.

Tard mardi, des soldats en uniformes de camouflage ainsi que la police de New York ont érigé des tentes et positionné des camions frigorifiques à l’extérieur de l’hôpital Bellevue à Manhattan, comme une morgue de fortune pour l’arrivée prévue de nombreux cadavres. Des dispositions similaires ont été prises dans tous les grands hôpitaux de la ville.

Les médecins, infirmières et travailleurs de la santé manquent cruellement d’équipements de protection individuelle. Les réserves de masques faciaux sont insuffisantes dans tous les hôpitaux et seront épuisées en quelques semaines. Le résultat inévitable sera qu’ils constitueront eux-mêmes une partie importante de ceux qui tombent malades et meurent.

Trump, le Républicain et Cuomo, le Démocrate, ont échangé des piques mardi. Le gouverneur de New York a protesté contre le montant pitoyable de l’aide offerte par Washington. Le président américain a répliqué en affirmant que Cuomo aurait dû acheter plus de ventilateurs pour son État des années auparavant.

La réalité est que les deux parties ont décimé les services de santé publique au cours des décennies. Le système politique bipartite américain actuel, basé sur la défense des intérêts de l’oligarchie financière et des entreprises américaines, est organiquement incapable de répondre à la crise actuelle. Ils vont poursuivre les mêmes politiques faisant porter tout le fardeau de la crise à la classe ouvrière et condamnant des millions de personnes à mourir.

La contradiction flagrante entre l’orgie de parasitisme financier de Wall Street et la souffrance infligée à des millions de gens dans la ville de New York constitue la réponse inéluctable à la crise actuelle. Les milliards de dollars mis dans les poches de l’oligarchie financière doivent être saisis et doivent aider à financer une réponse coordonnée au niveau mondial à la pandémie de coronavirus.

Les banques et les entreprises géantes doivent être placées sous propriété publique et sous contrôle démocratique. La première tâche doit être de mobiliser toutes les ressources de la société pour combattre la pandémie; assurer un accès universel aux soins de santé; assurer un revenu vital garanti, un logement et d’autres nécessités pour chaque travailleur, peu importe sa citoyenneté ou son statut d’immigration.

La pandémie mondiale de coronavirus a démontré que la préservation même de la vie humaine est incompatible avec le système capitaliste et nécessite une réorganisation de la société sur des bases socialistes.

Bill Van Auken

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Covid-19 et l’inversion brésilienne

Par info@dedefensa.org — 25 mars 2020 à 00:00

Covid-19 et l’inversion brésilienne

Au Brésil, la situation des grandes tendances des pouvoirs, – entre légitimité et illégitimité, entre légalité et illégalité, – sont dans une position d’inversion caractéristique de la Grande Crise d’Effondrement du Système. Bien sûr, la chose est révélée par la pandémie Codiv-19, et porte non sur la pandémie elle-même mais sur les réactions devant elle. D’un côté, le président Bolsanaro qui nie la gravité de la pandémie sinon la pandémie elle-même, et écarte toute mesure importante contre elle ; de l’autre les gangs régnant dans les favelas des grandes villes, qui instituent le couvre-feu pour protéger les populations.

• Bolsanaro, donc, estime que le Covid-19, “petite grippe” sans importance, est représenté en événement exceptionnel par une sorte de “complot des médias”. Il écarte toute mesure importante comme le confinement qui, selon lui, constitueraient “le suicide économique du Brésil”.

« Les médias sociaux ont fustigé le président brésilien Jair Bolsonaro pour son récent commentaire sur le coronavirus. Ce dernier, âgé de 65 ans, qui avait auparavant qualifié la maladie de “petite grippe”, a accusé les politiciens et les médias d'exagérer les dangers de COVID-19, suggérant plutôt qu'il s'agit d'un “coup monté médiatique”. Le nombre de cas de coronavirus au Brésil s'élève maintenant à 1 629 avec 25 décès.
» “Le peuple verra bientôt qu'il a été dupé par ces gouverneurs et par une grande partie des médias en ce qui concerne les coronavirus”, a déclaré Bolsonaro dans  une interview à la chaîne de télévision locale. »

• Par contre, les gangs brésiliens (drogue, armes, prostitution, etc.) qui règnent sur les favelas (immenses bidonvilles des grandes villes, dont Rio particulièrement)  demandent aux habitants de rester chez eux à partir de 20H00 jusqu’à 08H00 pour participer massivement à un effort de résistance à Covid-19. L’explication est dite : “nous faisons ce que le gouvernement ne fait pas, vous protéger”... 

« Les gangs criminels de plusieurs favelas de Rio-de-Janeiro, dont Rio das Pedras, Muzema et Tijuquinha, ont envoyé des messages aux habitants pour leur demander de rester à l'intérieur après 20 heures afin de freiner la propagation de COVID-19, selon le quotidien  El Globo. Leurs messages affirment que les gangs veulent protéger la population et qu’ils font ce que le gouvernement aurait dû faire et qu’il ne fait pas.
» Au Brésil, les favelas sont les quartiers les plus pauvres de la ville. Selon le Buenos Aires Times, les problèmes d'approvisionnement en eau et de contrôle sanitaire rendent les habitants de ces zones particulièrement vulnérables face à la pandémie de coronavirus. 
» “L'ironie est que la maladie a été amenée au Brésil par avion, par les riches, mais c’est parmi les pauvres qu’elle va exploser”, a déclaré Paulo Buss, directeur du centre des relations internationales de Fiocruz, un centre de recherche de référence en matière de santé publique, cité par le Buenos Aires Times. »

Quelles que soient la complexité des positions, les grandes lignes de cette situation mesurent la complète inversion caractérisant notre Grande Crise Générale, jusqu’au transfert paradoxal des légitimités vers l’illégalité instituée en tant que pouvoir de fait. Il est vrai que la légalité théorique au Brésil (Bolsanaro), sei elle ne présente pas les aspects de faiblesse par le politiquement-correct des dirigeants “démocratiques” dans la portion européenne du bloc-BAO, est par contre complètement alignée sur la non-essence de la légitimité que supposent les positions hystériques du néolibéralisme darwinien et de la corruption totale, encore plus psychologique que vénale, qu'il impose.

... Pour Bolsonaro, disons plutôt du côté de chez Trump mais en beaucoup plus affiché et primitif.

 

Mis en ligne le 25 mars 2020 à 09H45

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Corps d’insurrection

Par info@dedefensa.org — 25 mars 2020 à 00:00

Corps d’insurrection

Macron est fou. Il enferme les Français chez eux. Les Français sont fous mais obtempèrent à l’ordre du fou. Ceux qui ne le sont pas encore le deviennent sous la menace de la prison. Macron leur a imposé une autorisation de sortie de chez eux fabriquée par eux-mêmes. Chaque Français donc a reçu l’ordre de s’autoriser lui-même à faire ce qu’il a envie de faire ou est obligé de faire. C’est nettement au-dessus du Meilleur des mondes puisque chacun a la liberté de se décréter libre sous l’ordre de celui qui donne l’ordre de se libérer. C’est du Ceausescu revu par un Saint Just. Il n’y a pas de non liberté pour ceux qui sont pour. La liberté obligatoire est le concept nouveau du libertarien libertophobe. En 2017, un psychiatre italien avait décrété Macron psychopathe, c'est-à-dire pas cerveau malade relevant de la neurologie, mais de la psyché, erreur… il l’est des deux. Mais ça ne se remarque pas encore.

C’est en voyant hier soir un film sur le “Kuru”, maladie spécifique des Fore, peuple de Nouvelle Guinée, découvert dans les années cinquante par un médecin australien, que le rapprochement s’est fait. Je me suis mis à scruter les apparitions du président pour voir si jamais il ne serait pas affligé de cette horrible “maladie qui fait trembler”, déjà hélas installée chez Angela Merkel que notre président fréquente décidemment un peu trop. Le médecin en question étudia la chose des années durant pour finir par découvrir que la cause du mal était que ce peuple mangeait les cadavres de ses morts et surtout le crâne avec son contenu. Je passe sur les péripéties de la découverte pour dire que la maladie est connue aujourd’hui sous le nom de Kreutzfeld Jacob ou ESB lorsqu’elle affecte les bovins et que nous Français l’avons subie en 2000 et que les Rosbifs ont été les principales victimes et… que ce n’est pas fini. Pauvre Bojo… s’il est encore là ! L’originalité de la maladie est que sa cause n’est ni une bactérie, ni un microbe, ni un virus mais un prion, un OVBI si vous voulez, un objet violent bien identifié auquel certains docteurs ne croient pas car ça remet en cause la doxa médicale qui repose sur la trinité microbe/ virus/ parasite… Le prion n’étant qu’une protéine plus petite qu’un virus mais qui a mal tourné. Sa “conformation” est anormale et, contrairement aux agents infectieux connus n’a pas d’ADN ou ARN comme support de l’information infectieuse. (Wiki). Le côté génial du prion c’est qu’il peut incuber dix, vingt, ou cent ans… on peut donc en mourir l’ayant, sans l’avoir, concept dans le vent quantique mais mal reçu par la science. Certains n’y ont vu qu’un idéalisme transcendantal hors saison, un kantisme pour le coup, où le noumène fait enfin son apparition, un retour aux balivernes vaticanes, une supercherie rendue possible par l’ignorance jusqu’au jour où il fallut bien reconnaitre qu’on nourrissait les vaches avec des farines animales contenant cerveau et moelle épinière des vaches trucidées pour… nourrir le Français. Les Français qui ont vingt ans n’ont jamais entendu parler de cet épisode dit “de la vache folle”. Macron avait vingt ans à l’époque et n’était pas végétarien. Macron serait-il atteint de CJS Creutzfeld Jacob subaigüe ? Mal qui débute par “des troubles psychiques évoluant vers la démence. La détérioration intellectuelle est rapide, irréversible et globale, avec atteinte de la capacité de raisonnement, du jugement, de la mémoire et des fonctions symboliques”. C’est la question que se pose la spécialiste contactée par mes soins. Elle souligne “que depuis 1995 sont apparus des cas touchant des patients plus jeunes (moins de 40 ans). L'ataxie est précoce, les dépressions plus fréquentes. L'évolution un peu plus lente que dans la maladie classique. Les lésions histologiques ressemblent à celles de l’encéphalopathie spongiforme bovine”. Mitterrand a gouverné la France cancéreux et on a eu l’euro, peut-on sans examen approfondi laisser les clés de l’arme nucléaire à un homme diminué qui a déjà bombardé la Syrie par pur caprice ? Merkel est en quarantaine spongiforme bovine. Trump supportera-t-il la chloroquine ? Shinzo Abe est-il remis de Fukushima ? Xi Jinpingn’est-il pas trop rusé ? Poutine, qui ne tremble pas pour l’instant, parle de rempiler. En cas de catastrophe nationale, Sibeth Ndiayepourrait-elle remplacer le président du sénat qui mange beaucoup de vache enragée et dont les bajoues tremblent à chaque prise de parole ? Madame le Pen n’est-elle pas trop carnassière au vu de sa dentition ? Que fera-t-elle de son père mort ? Monsieur Mélenchon imprévisible colérique sauverait la France ? Quelle blague ! Où se trouve cachée la personne forte, bienveillante et intelligente, qui tel le bœuf de la fable, se mettrait sous le joug de la république sans se moquer de la grenouille ?De Maistre disait la révolution dévorée par elle-même… sorte de cannibalisme au fond digne des Fore. Les forces de l’état profond, obscures pour nous, pas pour elles, ont-elles pris les rennes et nous guident là où elles estiment que nous devons aller… Les macron-décisions sont absurdes pour un esprit rationnel, mais intelligentes pour le maitre du monde. Macron, qui n’a pas j’en suis sûr mangé le crâne de sa grand-mère, a pourtant suivi ses conseils grâce auxquels il est ce qu’il fut, le fossoyeur de ce pays dont il épousa une très ancienne sorcière grimée en professeure. Que va-t-on faire de ces cadavres accumulés remplis de corona ? Que va-t-on faire des cadavres que sont devenus les Français pourrissant sur pied, sauf pour aller voter… Va-t-on autoriser les veillées funèbres de trois jours, pour les chrétiens pieux ? Rappelez-vous chers compatriotes catholiques que sous Jean Paul 2, il fallut installer un système réfrigérant sur l’autel pour que son corps reste exposé à la vue des fidèles le temps nécessaire à l’adoration cadavérique… Aujourd’hui, nos corps nourris de la merde industrielle produite par nos paysans bien-aimés de la FNSEA pourrissent debout mais discrètement. C’est le grand défi jeté à une médecine désormais maitresse et possesseure de la nature. Depuis Pasteur, elle raisonne comme si le corps était sain et la maladie un intermède désagréable mais bénin, toujours provoqué par un agent extérieur à l’apparition duquel nous ne sommes pour rien… Contrairement au péché originel qui au fond avait bon dos et déchargeait l’homme de sa responsabilité, la médecine suppose une pureté originelle, que quelques forces mal identifiées sur le moment mettent à mal, mais qui seront rapidement démasquées et vaincues… L’avantage, c’est que dans les deux cas l’homme est innocent dans son principe, d’où notre indécrottable optimisme ! Le péché originel remonte à Adam et rien ne le peut contrer, y compris le Christ auquel même les Chrétiens ne croient plus, tandis que la pureté originelle que l’humanisme prête à l’homme fait du microbe, du virus ou du parasite, le seul responsable que la science (du bien et du mal) aura bientôt vaincu… jusqu’à l’arrivée du prochain ! … Seuls quelques sages, saints ou saintes qui refusent le confinement, seront absous du péché, non parce qu’ils seraient protégés par quelque magie surnaturelle mais parce qu’ayant compris que l’origine des maladies de toute sorte réside non dans les germes mais dans les dispositions pernicieuses des âmes détruisant les corps, se comportent de telle façon que ni les fausses pensées, ni les vrais germes, ne trouvent le chemin de leur cœur… Voyez-les ces surfemmes, leurs corps est comme inexistant même s’il est visible et palpable… toucher une sainte, n’est pas toucher son corps contrairement à ce que croient Adèle Haenel, mais l’énergie dont il est issu et qui rayonne autour de lui. C’est ce que fit la femme qui perdait son sang et qui, touchant le manteau du Christ-Jésus, fut guérie sur le champ… ce rayonnement d’ailleurs perdure après la mort des saintes au point que ce corps qui au fond ne leur servait à rien, se maintient dans sa corporéité comme une preuve par l’absurde donnée aux vivants que le corps n’est RIEN et TOUT pour ceux qui y croient ! D’où le corps préservé de Bernadette Soubirous considéré comme pas très intelligente, plus ou moins tuberculeuse ou Jacob Kreutzfeldée, que les CaC, les croyants-aux-corps visitent à Nevers… Le CM, le Corps-Macron lui, n’est ni soubirou, ni de Christ, il serait plutôt de l’anti. Il baigne dans sa vivante perversité qui infecte la France… elle rayonne autour de lui de telle sorte que tous les pervers qui peuplaient les élites furent attirés par sa force gravitante de perversion… il aspira les plus tordus, l’Edouard Philippe, l’homme à deux prénoms, le Castaner mi-tricheur mi-gangster, la Buzyn fausse vierge des labos, et autres Darmanin de petite vertu accusé en son temps de viol par une violeuse d’un plus grand calibre que lui… ne parlons pas du Griveaux, papillon délétère brûlé à la flamme d’une pute de haut vol… Mais rassure-toi cher lecteur, ce qui précède ne m’a été inspiré par ma pure méchanceté mais par le film dont je t’ai déjà parlé sur le “Kuru”, la maladie des Fore, peuple de Nouvelle Guinée qui se délectait des crânes des morts. Tout ce grand détour pour dire que Macron est ce fou qui donne ses autorisations à d’autres fous pour paraître moins fou qu’eux, que le mystère du désaccord du corps de la nation avec le corps Macron nous oblige à nous poser la question de sa destitution immédiate avant que ne tremble sa carcasse ! N’est-il pas urgent de lancer les chercheurs sur la piste d’un covid20, spirituel celui-là ? Vienne vite le jour béni où se répandra le Kuru spirituel, prion audacieux qui, sous diverses influences pas encore complètement élucidées, prendra d’assaut les cerveaux de nos élites perverties et les détruira sans pitié jusqu’au dernier. La résurrection finale promise nous mettant à l’abri du corps.

Marc Gébelin

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Paroles de Villiers

Par info@dedefensa.org — 24 mars 2020 à 00:00

Paroles de Villiers

Il devait s’avérer intéressant de lire une longue interview (à Valeurs Actuelles) de Philippe de Villiers, ancienne personnalité politique, reconverti dans diverses activités dont celles de mémorialiste et de commentateur de la politique, – passé et présent, – Villiers, Vendéen, souverainiste avec un zeste de monarchisme, catholique pur et dur, ami de Poutine... Et, bien entendu, adversaire de ce cadre monstrueux où nous vivons, qui est en train de s’effriter hystériquement et de lourdement s’effondrer, – le Système, pour ne pas le nommer, que Villiers désigne sous le vocable macronien de “Nouveau Monde”. (Villiers avait copiné un temps avec Macron au début du quinquennat, pour assez vite s’apercevoir qu’il s’était trompé  sur le personnage : « ... J’ai compris qu’il n’avait pas compris. »)

Bien entendu, nul n’ignore le sujet de l’entretien : nous y sommes tous, jusqu’au cou, tant la crise est globalisée jusqu’à l’os, globalisée à en mourir ! Villiers ne manque pas une seconde d’exprimer hautement sa satisfaction, sans haine ni sadisme, mais simplement parce qu’elle frappe une entité qu’il juge maléfique, et que cette entité ne peut être frappée que dans la puissance et la dynamique furieuse d’une crise.

C’est une contradiction sinon une souffrance à laquelle est confronté tout antiSystème qui ne se paie pas de mots ni d’emportements partisans, voire idéologiques. Il est inévitable qu’à partir de l’identification que vous avez faite du Système, de la mesure que vous avez prise de sa nocivité diabolique, de son ambition entropique de néantisation, il est inévitable que vous souhaitiez et œuvriez pour sa complète destruction, et donc exprimiez votre complète satisfaction, de voir la chose brutalement et assez justement engagée dans ce sens. A côté de cela, vous ne pouvez ignorer les souffrances et les destructions, y compris pour vous-mêmes et vos proches éventuellement, qu’un tel événement catastrophique peut engendrer. Il y a si vous voulez une dimension stratégique, qui est la destruction du Système qu’on ne peut que souhaiter, proclamer et applaudir, et une dimension tactique, qui est le processus d’attaque et de destruction, qui peut nous faire beaucoup souffrir, et à propos duquel nous ne pouvons faire silence pour autant. (Dans ce système contradictoire, on ne peut éviter les paradoxes antagonistes qui semblent du désordre et ne sont que la progéniture de la subversion-inversion. Un catholique aussi affirmé que l’est de Villiers n’a pas de mot assez dur, – bien plus dur qu’un athée ou un anticlérical, – contre l’Église de Rome telle qu’elle est devenue dans toute sa Sainte-Modernité.)

Comme souverainiste et antiglobaliste affirmé, de Villiers constate avec une satisfaction non dissimulée l’extraordinaire inefficacité, sinon la complète inexistence de “Bruxelles” (l’UE). Ce constat, qui est chaque jour plus évident et chaque jour plus extraordinaire, le conduit naturellement à évoquer des perspectives de systèmes nouveaux, qui renvoient évidemment à des principes jugés “anciens” sinon dépassés, c’est-à-dire tout ce que la modernité s’est acharnée à détruire :

« Je pense qu’à la suite du Brexit, hier, et du coronavirus, aujourd’hui, l’institution bruxelloise est morte. Elle est comme un canard sans tête qui continue à courir. Sans tête, et sans cervelle. L’OMC, l’OTAN, tout cela, c’est fini. Le “Nouveau Monde”, c’est l’ancien temps. La grande question qui est à l’ordre du jour, c’est de faire autre chose, c’est-à-dire un  concert des nations. »

On s’arrêtera sur les deux derniers mots de cette citation, qui renvoient à une notion principielle classique (qualificatif préférable à celui d’“ancien” qui a une coloration stupidement fâcheuse de “dépassé” dans la perception sémantique de l’esprit moderniste). L’expression de “concert des nations” renvoie plus précisément à la période 1815-1848, structurée à partir du Congrès de Vienne et fondée sur le principe de souveraineté, dans laconception d’un des plus grands esprits, sinon le plus grand esprit de l’art fait d’équilibre et d’harmonie de la diplomatie, et débouchant sur l’ordre naturel des souverainetés évidentes : le Français Talleyrand, prince de Bénévent. La caractéristique de cette période, qui ne manqua pourtant pas de conflits ni de révolutions, fut essentiellement que les choses se firent en sorte qu’on ne vit jamais (jusqu’en 1848) la structure du système mis en place à Vienne menacée.

Dans ses remarques sur le “concert des nations”, Villiers évoque l’éventuelle possibilité d’un “meneur”, d’un “leader”, de ce qu’il désigne comme un “premier violon” (« Dans un concert, on ne cherche pas tous emboucher la même trompette, mais à mettre en harmonie nos sonorités instrumentales, à raison même de leurs singularités. Il y a juste une dispute pour occuper la place du premier violon : acceptons-en l’augure »). Justement, grâce à l’habileté de Talleyrand, cette question du “premier violon” fut écartée dans l’esprit du Congrès de Vienne, ce qui fait que la période vit la cohabitation de puissances (notamment les cinq grandes Cours : Angleterre, Autriche-Hongrie, France, Prusse, Russie) et qu’aucune ne put ni ne chercha à prendre l’ascendant sur les autres. Ce qui avait marqué symboliquement et opérationnellement cet état de l’esprit, ce fut l’une des premières interventions de Talleyrand au début du Congrès, à l’automne 1814, lorsqu’il annonça que la France renonçait à toutes ses conquêtes de la période 1789-1814. Il commenta dans ses Mémoires :

« La maison de Bourbon seule, pouvait noblement faire reprendre à la France les heureuses proportions indiquées par la politique et par la nature. Avec la maison de Bourbon, la France cessait d’être gigantesque pour devenir grande. Soulagée du poids de ses conquêtes, la maison de Bourbon seule, pouvait la replacer au rang élevé qu’elle doit occuper dans le système social ; seule, elle pouvait détourner les vengeances que vingt ans d’excès avaient amoncelées contre elle. »

Cette heureuse conception fut balayée à partir de 1848, avec l’esprit révolutionnaire qui se répandit, provoquant d’abord, – avant les internationalismes idéologiques du XXème siècle, – des nationalismes exacerbés dont la Prusse-devenue-Allemagne offrit le premier exemple du type dévastateur signant l’arrêt de mort de l’Europe. Selon cette façon d’arranger les courants historiques, on peut alors situer le début de la modernité dans la diplomatie à 1848, cette diplomatie passant de l’art de la retenue à la passion de l’excès, jusqu’à notre époque qui pousse l’excès au nom de l’idéologie autoproclamée vertueuse (les USA) dans la surpuissance et la met, fort heureusement, au bord de l’autodestruction. On peut conjecturer que des pays comme la Russie et la Chine, quelles que soient les tendances (imposées par le bloc-BAO) qu’ils ont dû côtoyer et en partie adopter jusqu’ici, devraient être sensibles à de telles notions “orchestrales”.

Tout cela n’est certainement pas pour dire que ce qui doit suivre un effondrement du Système est un retour à 1815 mais plutôt qu’à l’“idéal de puissance”  engendré par le  “déchaînement de la Matière”  devrait se substituer “l’idéal de perfection” selon les définitions qu’en donne  Guglielmo Ferrero. Avec ces notions, nous sommes loin des questions opérationnelles de géopolitique et autres qui tourbillonnent dans le cours de la crise actuelle. La démarche de Villiers, même s’il ne la précise pas nécessairement d’une façon parfaitement identifiée, se rapproche à notre sens de cette évolution et de ces appréciations. Dans ce cas, il est normal qu’il y mêle, notamment mais avec insistance, les questions sociétales qui agitent notre temps, – et qui se font terriblement discrètes aujourd’hui, dans l’air du temps et dans les préoccupations de nos dirigeants politiquement-corrects, discrètes devant la Grande Crise d’Effondrement du Système ; cela, pour observer que cet effacement montre que ces “grandes” questions sociétales ne sont que des produits de communication et de déformation engendrés par l’idéologie moderniste du Système dans un but de déstructuration, produits absolument sans essence propre, absolument étrangers aux principes (équilibre-harmonie-ordre) qui pérennisent les avancées et dynamiques humaines participant à la mise en place de la structuration qui nous est nécessaire. Bien entendu, toute la dialectique de Philippe de Villiers, hors de ses références historiques et même idéologiques s’il y en a, sont en rapport étroit avec l’ontologie de la Tradition. C’est là qu’est sans aucun doute l’essentiel et, bien entendu, sa démarche rejoint un courant sans cesse grandissant dont André Compagnon avait dressé l’inventaire historique dans ses Antimodernes, de Joseph de Maistre à Roland Barthesde 2004 (en oubliant René Guénon, ce qu’il a reconnu après la parution de son livre).

Il s’agit donc d’un témoignage de plus pour nous conforter dans l’idée que la “crise-Covid19”, c’est bien plus que la “crise-Covid19”, que la pandémie est d’abord, fondamentalement, l’inattendu détonateur de la Grande Crise GCES. 

L’interview ci-dessous en date du  18 mars 2020 est de Bastien Lejeune, pour Valeurs actuelles. Cet hebdomadaire a eu l’heureuse idée d’ouvrir son domaine payant à un accès gratuit de sept jours, et donc notamment cette interview.

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« Le nouveau monde est en train de mourir du coronavirus »

Valeurs Actuelles :« Lors de la campagne des élections européennes de 1994, vous évoquiez avec Jimmy Goldsmith la nécessité de la “démondialisation” et critiquiez le libre-échangisme mondial. L’actualité, avec la pandémie du coronavirus, vous donne-t-elle raison ? »

Philippe de Villiers : « Hélas ! Je me souviens que dans nos réunions publiques, Jimmy et moi avions cette formule qui faisait rire les salles : « Quand toutes les barrières sanitaires seront tombées et qu’il y aura une grippe à New Delhi, elle arrivera dans le Berry ». C’était un rire d’incrédulité : « ils exagèrent… » En fait, Jimmy avait tout vu, tout dit, tout écrit dans son livre « Le Piège », écrit en 1993, non seulement sur le plan sanitaire mais aussi sur le plan de l’économie et de la sécurité.  Je racontais tous les soirs, devant nos assemblées de curieux, la même histoire métaphorique sur la « jurisprudence du Titanic » : « Le Titanic a coulé à cause d’une seule lame de glace qui a percé la coque. Parce que la carène du navire n’avait prévu qu’un caisson seulement. Lorsque nous avons créé le Vendée-Globe, nous avons imposé sept compartiments étanches dans la coque de chaque bateau. Si l’un des sept se remplit d’eau, il en reste six… Les compartiments étanches empêchent le bateau de couler. Eh bien, chers amis, la jurisprudence du Titanic, c’est que les nations sont les compartiments étanches de la mondialisation. » 

» La réaction des élites et des médias était la même : « On ne peut pas s’opposer à la mondialisation. Elle est dans le sens de l’histoire. » »

Valeurs Actuelles :« Quelle est la signification profonde de l’épreuve que nous traversons ? »

Philippe de Villiers : « Le confinement obligatoire sonne le glas de la fameuse « mondialisation heureuse ». La défaite intellectuelle des mondialistes est à la mesure du drame du coronavirus. Il signale, pour ceux qui ont un peu de lucidité, la fin du « Nouveau Monde » et le retour en force de « l’Ancien Monde ». Après la chute du mur de Berlin, on nous a expliqué que nous allions entrer dans un nouveau monde qui viendrait inaugurer une nouvelle ère, post-moderne, post-nationale, post-morale, une ère de paix définitive. Ce nouveau monde serait deux fois novateur : d’abord il nous débarrasserait des souverainetés et des États, puisqu’il serait ahistorique et apolitique. Ce serait la fin définitive des guerres, de l’histoire, des idées, des religions et l’avènement du marché comme seul régulateur des pulsions humaines et tensions du monde. Les citoyens allaient se muer en consommateurs sur un marché planétaire de masse. Excitant, non ? Et puis – deuxième novation – le  nouveau monde  organiserait enfin le primat ricardien de l’économie sur la politique, portant ainsi l’idée pacifique d’une réallocation des ressources au niveau du « Village Global » et d’un monde d’ouverture multiculturel. On pensait que les grandes organisations supranationales suffiraient à la supervision de ce  nouveau monde  où tiendraient dans la  Main invisible  du libéralisme les bonheurs et prospérités. À partir de ce moment-là, le vocabulaire changea : on ne parlait plus de gouvernement mais de  gouvernance, de loi mais de  régulation, de frontière mais  d’espace, de peuple mais de  société civile.

» Aujourd’hui, nous comprenons que cette vision idéologique est en train de mourir du coronavirus. En effet, quand revient le malheur, quand rôde la guerre - par exemple à la frontière gréco-turque - ou la mort - avec la pandémie -, les zombies des organisations internationales n’ont plus rien à dire - et d’ailleurs on ne les consulte plus. C’est le grand retour au carré magique de la survie. 

»Le premier point du carré, c’est la  frontière, c’est à dire la protection, ce pour quoi les États ont été inventés. Le deuxième, c’est la  souveraineté, c’est à dire la liberté des peuples pour prendre des décisions rapides et ajustées. Le troisième coin du carré, c’est le  local, donc le contrôle au plus proche des intérêts vitaux. Le quatrième point, c’est la  famille, puisque, quand on décide de confiner un pays, la « République de la PMA » ne confie pas les enfants des écoles aux fonds de pension mais aux pépés et mémés. » 

Valeurs Actuelles :« Rapidement après le début de la crise sanitaire, on s’est rendu compte que la France n’était pas souveraine dans de nombreux domaines, notamment la production de médicaments. Emmanuel Macron a dit : «Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie au fond, à d'autres, est une folie ». Est-ce le retour en grâce de la notion de souveraineté ? »

Philippe de Villiers : « Oui, absolument. Quel chemin de Damas ! Qu’est-ce donc que la souveraineté ? C’est la compétence de la compétence. On est souverain ou on ne l’est pas. On ne peut pas l’être à moitié. Une femme n’est pas à moitié enceinte. Quand de Gaulle a adhéré au traité de Rome, il a eu une expression significative : la France s’engageait à adhérer à une « Europe de la coopération », à la condition expresse que la nouvelle institution ménage les souverainetés, pour préserver les « intérêts vitaux des nations ». Il citait à titre d’exemples, comme intérêts vitaux, l’autonomie du nucléaire français, l’énergie, l’agriculture, ou encore notre culture et notre art de vivre.

» Depuis les traités de Maastricht, Amsterdam et Marrakech, nous avons aliéné notre souveraineté. Comme je le disais à l’instant, la souveraineté se définit par le primat du politique. L’aliéner, c’est permettre à l’économie de s’organiser comme elle l’entend. Cette dernière va toujours là où vont ses intérêts. Nous avons donc connu un capitalisme débridé qui a choisi dans un premier temps l’aliénation américaine et désormais l’aliénation chinoise. Les gens qui ont prôné cette idéologie de la soi-disant division internationale du travail savaient ce qu’ils faisaient. Ils ont laissé derrière eux une France en pièces détachées, un pays qui n’a plus d’industrie qui vend ses plateformes aéroportuaires, et qui a favorisé une agriculture dégradée en un processus agrochimique suicidaire, un pays qui fait fabriquer les pièces de rechange des chars Leclerc en Chine, et lui confie le soin de produire pour elle ses médicaments.

» Nous disions en 1994, avec Jimmy Goldsmith : « La mondialisation est un système de spoliation dans lequel ce sont les pauvres des pays riches qui subventionnent les riches des pays pauvres ». Et nous ajoutions : « Dans un premier temps, tout ira bien. Les entreprises iront fabriquer là où c’est le moins cher, et iront vendre là où il y a du pouvoir d’achat. Mais viendra le moment où le piège se refermera ». Nous y sommes. La mondialisation, dont l’Europe n’a jamais été qu’un cheval de Troie, a favorisé quatre crises mortelles. La crise sanitaire ; mais aussi la crise migratoire avec une immigration non plus de travail mais de peuplement qui installe sur notre sol le face à face de deux civilisations. Songeons que c’est à Erdogan, contre un pourboire de six milliards d’euros, que l’Europe a confié le soin de garder sa frontière. C’est donc à lui d’ouvrir quand il veut, les écluses. Il est le patron. Il n’y a pas de protectorat heureux, il n’y a que des dhimmis. Et puis il y a la crise à venir, la crise financière larvée, puisque nous évoluons tous sans le savoir dans une bulle de savon qui grossit de jour en jour, dont les volutes virtuelles s’enfantent les unes les autres, déconnectée de l’économie réelle ; et enfin la crise économique, la paupérisation des gilets jaunes par la délocalisation systématique qui a substitué aux circuits courts et à la production locale cette folie anti-écologique du circuit long et de la recherche discrète de l’exploitation du plus pauvre parmi les plus pauvres du monde. On est sur le point de redécouvrir l’idée désuète du petit jardin ouvrier comme soupape de sécurité à la grande surface, approvisionnée à 60 % de ses produits, par les producteurs lointains et sans aucun scrupule écologique.

» On a perdu le sens des hiérarchies distinctives, et notamment de la différence entre l’économie et la politique. L’économie sert des intérêts quand la politique n’est pas autre chose que la protection des citoyens. Elle doit rester au-dessus. Elle est première. C’est le bouclier régalien. Il est extraordinaire d’observer, avec le coronavirus, l’évolution du langage. On nous parle dans un langage vulgaire qui rappelle la fille de Molière allant à la selle, de « faire nation », on nous parle du  confinement  des départements qu’on voulait supprimer il y a encore quelques semaines, on nous parle des préfets, on nous parle de  l’État. Le coronavirus a fait déjà deux morts de grand renom : Schengen et les critères de Maastricht. J’avais dit en 2015, dans mon livre  Le moment est venu de dire ce que j’ai vu  (Albin Michel), que le mur de Maastricht tomberait un jour ou l’autre. Il vient de tomber. Il a chopé le virus. »

Valeurs Actuelles :« La souveraineté revient en grâce, et par conséquent les souverainistes se multiplient… »

Philippe de Villiers : « Oui. On entend Bruno Le Maire parler de « souverainisme économique ». Une merveille ! Il y aura bientôt deux variétés de souverainistes : les souverainistes de souche et les souverainistes d’opportunité. Il faudra que les premiers ouvrent les bras aux seconds, sans gestes barrière. C’est nous qui avons inventé, en 1999 avec Charles Pasqua, le mot « souverainisme ». Je l’ai prononcé pour la première fois publiquement en 2004 devant l’Académie des sciences morales et politiques. Je me souviens qu’à l’époque, le mot était repris par nos adversaires comme si on avait attrapé la vérole. Aujourd’hui, les catéchumènes du souverainisme se font tonsurer, les yeux mi-clos, dans un silence cathédral qui appelle à la génuflexion oblique du dévot pressé. Il faut dire que le réel s’impose à chacun. Par exemple, la France est le seul pays au monde qui aura jusqu’au bout refusé de rétablir ses frontières, au nom du refus de ce qu’Emmanuel Macron vient d’appeler le « repli nationaliste ». Aujourd’hui, tous les pays européens, y compris l’Allemagne, ont rétabli leurs contrôles aux frontières. Seule la France se préoccupe de sauver le « soldat Schengen ». C’est dire la puissance de l’idéologie, quand on préfère les morts du coronavirus à la vérité protectrice. Les belles âmes du « Nouveau Monde » à l’agonie préfèrent encore avoir tort avec le coronavirus que raison avec les souverainistes. Quoi qu’il arrive, il ne s’agit pas, selon eux, de sauver les malades, il faut sauver l’idéologie. Mais le Réel, qui est impitoyable quand il tient à pleine main la faux du trépas, vient contrarier leurs certitudes et inoculer le doute dans leurs syllogismes mortifères. »

Valeurs Actuelles :« Vous l’avez dit : la France est l’un des derniers pays à avoir refusé de fermer ses frontières. Comment expliquez-vous la persistance de ce tabou quand le monde entier adoptait cette solution de bon sens ? »

Philippe de Villiers : « Le « Nouveau Monde » continue à désigner la frontière comme le mal absolu, mais on a bien été obligés d’inventer ce qu’on appelle les gestes-barrière. Or, qu’est-ce qu’un geste-barrière ? Une frontière entre individus. Et puis on invente les “clusters”. Qu’est-ce qu’un “cluster” ? Une frontière. Et puis on invente le confinement. Le confinement du Haut-Rhin, le confinement du Morbihan. Qu’est-ce que le confinement du Haut-Rhin ? Le confinement d’un département. Tiens tiens ! Les frontières départementales sont le bien, les frontières nationales sont le mal. C’est une curiosité épidémiologique pour les chercheurs d’après-demain.

» Et voilà qu’on propose désormais un confinement total du pays. Mais en réalité, comme on garde les frontières ouvertes, on cherche à gérer le stock sans gérer le flux. On veut faire la chasse au coronavirus chez nous, dans un pays confiné, mais dans un pays qui n’est pas protégé du flux extérieur, principal bouillon de culture - avec le métro. »

Valeurs Actuelles :« Macron dit aussi : « Nous devons (…) construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. » La crise du coronavirus n’a-t-elle pas montré les limites de la solution européenne ? »

Philippe de Villiers : « Tous les esprits sensés, soit pour s’en féliciter, soit pour le regretter, constatent que dans cette crise, depuis le début, les institutions de Bruxelles sont passées sous le tapis et que ce sont les États qui reprennent à leur compte tous les leviers permettant d’endiguer le virus. En d’autres termes, quand on connait un grand malheur comme cette pandémie, que notre société est entre la vie et la mort, individuelle ou collective, le réflexe des peuples n’est plus aux vocalises « sauver la planète », le « Vivre ensemble » des embrassades par-dessus « les ponts qui remplacent les murs », c’est de se tourner vers les États, et le réflexe des États n’est pas de s’adresser à Bruxelles, l’OCDE, l’ONU ou l’OMC, c’est de protéger les nations et les peuples. CQFD. « Ce qu’une nation ne fait pas pour elle-même, personne ne le fera jamais à sa place »disait Charles Pasqua. »

Valeurs Actuelles :« La première réaction de nombreux Français à l’annonce du confinement fut de rentrer chez eux et de se rassembler en famille. Là encore, ce réflexe n’est pas vraiment dans l’ADN du « Nouveau Monde » … »

Philippe de Villiers : « Il n’y a plus de ministère de la Famille. On nous a expliqué, avec la PMA, que la famille de « l’Ancien Monde » était désormais désuète, anachronique, qu’elle relevait d’un patriarcat inégalitaire et moralement castrateur. L’idée d’un père, d’une mère, d’un grand-père et d’une grand-mère, apparaissait comme surannée. Or, à la suite de la fermeture des classes, le message du président de la République, réaffirmé par les ministres (y compris monsieur Castaner), c’est le grand retour à la famille. C’est-à-dire que quand on est dans l’urgence affective et la détresse, qu’on veut protéger un peuple, ce n’est plus la commission de Bruxelles mais l’État qui prend les choses en main, et ce n’est plus la PMA ou la GPA qui est à l’ordre du jour mais la famille traditionnelle. 

» En d’autres termes, le premier échelon d’entraide, de solidarité et d’assistance, aux dires mêmes de l’État, c’est la famille et la filiation fondée sur le principe que les aînés aident à sauver les enfants. Et que les plus jeunes déploient auprès des anciens leur sollicitude protectrice. C’est l’idée de la génération et du Temps long qui triomphe. Tout à coup, on découvre que la première sécurité sociale dans cette société qui a fabriqué une espèce hybride de  solidaires-solitaires  et fait naître des fils d’éprouvette, c’est la famille au sens de l’ordre naturel. Comme pour la frontière, comme pour la souveraineté, comme pour le local, on a évacué le réel par la porte, il revient par la fenêtre du confinement. » 

Valeurs Actuelles :« Macron a dit, sans que l’on sache vraiment à quoi il pensait : « Il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s'est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour »Que voudrait donc dire selon vous « tirer les leçons du moment que nous traversons » ? »

Philippe de Villiers : « Eh bien, cela veut dire : faire demi-tour. Remettre à l’endroit tout ce qui est à l’envers. Sortir des impasses où les élites nous ont engagés depuis Mai 68. La première leçon est économique, c’est de revenir à une économie productive de proximité. D’engager le grand rapatriement de nos forces vives. Revenir à l’économie réelle. Ce qui veut dire : gager l’argent qui circule sur le réel. Et le faire avant que l’euro ne s’effondre – le prochain virus. Recréer une industrie nationale, recréer une agriculture française qui ne violente pas la nature, déconnectée de l’agro-chimie. Ou encore fabriquer chez nous nos médicaments et les pièces détachées de nos productions stratégiques. C’est à dire rétablir la libre protection de nos  intérêts vitaux.

» La deuxième leçon est constitutionnelle, c’est de rétablir nos frontières dont les bonnes âmes découvrent aujourd’hui qu’elles sont des filtres protecteurs et pacifiques. 

» La troisième leçon est écologique. Il faut rétablir dans nos échanges et nos productions le primat du circuit court. Revenir au bidon de lait qu’on va chercher à la ferme d’à côté. Produire français en France. 

» La quatrième leçon est juridique. On ne peut plus accepter la supériorité d’un simple règlement de Bruxelles sur notre constitution elle-même. On ne peut plus accepter non plus qu’au nom d’un soi-disant État de droit, le politiquement correct, tout au feu ardent de ses brandons de haine, cherche à terroriser les expressions libres, impose la pensée conforme et envoie toutes les semaines Zemmour chez le juge d’instruction. 

» Je pense qu’à la suite du Brexit, hier, et du coronavirus, aujourd’hui, l’institution bruxelloise est morte. Elle est comme un canard sans tête qui continue à courir. Sans tête, et sans cervelle. L’OMC, l’OTAN, tout cela, c’est fini. Le « Nouveau Monde », c’est l’ancien temps. La grande question qui est à l’ordre du jour, c’est de faire autre chose, c’est-à-dire un  concert des nations. Dans un concert, on ne cherche pas tous emboucher la même trompette, mais à mettre en harmonie nos sonorités instrumentales, à raison même de leurs singularités. Il y a juste une dispute pour occuper la place du premier violon : acceptons-en l’augure. Il faut donc mettre à l’ordre du jour le Frexit. Cesser d’être toujours à courir après l’histoire qui se fait sans nous.

» On voit bien avec le coronavirus que le rêve de Bruxelles s’est transformé en cauchemar, il s’est désintégré parce qu’il était tramé dans un tissu de mensonges. Le mondialisme et l’européisme nous ont rendu malades. À la pandémie sanitaire s’ajoute la pandémie économique, je ne suis pas sûr que le tissu conjonctif de la France industrieuse s’en relève un jour. On compare les morts, comme à Eylau, après coup. Prenons garde. Dans l’affaire du coronavirus, vous avez pu remarquer que la France et l’Europe ont suivi le virus, avec une sorte d’esthétique du temps de retard. Nous sommes aujourd’hui dans un demi-confinement, en retard sur l’Italie et l’Espagne. On suit les autres pays. J’ai peur que ce soit pareil pour la question européenne. Bientôt, la France sera la seule à y croire encore. L’Europe charnelle du groupe de Visegrad n’y croit plus. L’Italie s’en moque. L’Angleterre est partie. L’Otan se traine. Erdogan nous fait des pieds de nez et demande de rabouler le pognon pour nous protéger. Merkel est en assistance respiratoire. Et voilà qu’Emmanuel Macron nous parle, en plein coronavirus, de la nécessité d’une « souveraineté européenne » … Il y a plus de chances de voir arriver les masques dans les hôpitaux que de voir émerger la « souveraineté européenne ». Une souveraineté sans peuple, c’est comme l’amour à distance, de la branlette. Il ne faut plus prendre ce concept comme une simple erreur. Avec le coronavirus, c’est désormais une plaisanterie. C’est de l’humour anglais. » 

Valeurs Actuelles :« Agnès Buzyn a dit dans Le Monde : « Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu »C’était il y a un mois… »

Philippe de Villiers : « Voilà une ministre de la Santé qui quitte son ministère en plein drame pour convoiter un fauteuil de maire de Paris. Ah ! le « Nouveau Monde » ! C’est misérable. Je pense qu’il faudra constater le jour venu, de manière rétrospective, la faillite du soi-disant « Conseil scientifique ». Son président vient de déclarer qu’il avait minimisé le fléau à venir, qu’il n’y croyait pas encore fin janvier. On a donc perdu deux mois. Incroyable ! Le statistiquement correct et le scientifiquement correct sont à la biologie et à la santé ou l’immigration ce que le politiquement correct est à la pensée : un mensonge officiel. Soit les autorités sanitaires ne savaient pas que le coronavirus allait débarquer chez nous, mais moi je le savais par mes amis russes, chinois et américains, or je ne suis pas dans l’appareil d’État. Ces amis, virologues, nous prévenaient : « Vous êtes fous. De ne rien faire. De ne pas fermer vos aéroports. »Tout le monde le savait. Les autorités sanitaires le savaient. Soit, deuxième hypothèse, les gens qui nous gouvernent le savaient mais n’ont rien voulu dire et rien voulu faire, mais alors la question est encore plus grave. Pourquoi cette inertie ? Si on avait pris à temps l’épidémie, par exemple en rétablissant nos frontières immédiatement, on aurait cerné, affronté la pandémie et préservé beaucoup de vies humaines. »

Valeurs Actuelles :« Le gouvernement a choisi de maintenir les élections municipales. Que vous inspire cette décision ? » 

Philippe de Villiers : « Cette affaire des élections municipales condamne la classe politique tout entière puisqu’à ma connaissance, il y a eu des réunions entre le gouvernement et l’opposition, qui se sont accordés pour réclamer, quoi qu’il en coûtât,la tenue des élections municipales. Encore jeudi dernier, je me souviens avoir entendu un sénateur vendéen pérorer dans les fièvres des petites ambitions d’histricule, en demandant au Premier ministre que « la démocratie ne soit pas mise en quarantaine ». C’est à chacun de faire son examen de conscience. La classe politique – on nous parle d’un consensus – a voulu maintenir les élections parce qu’elle est déconnectée du réel et qu’elle ne se soumet qu’à ses intérêts et ses préoccupations. Ce qui est grave dans toute cette affaire, c’est que les autorités sanitaires et politiques ont envoyé trois messages parfaitement incohérents, provoquant ainsi la légèreté des conduites individuelles. 

» Le premier était le suivant : ce n’est pas si grave puisque l’on maintient les élections municipales, elles ne sont donc pas un foyer de contagion. Mais alors, marcher dans les parcs non plus. Si on les maintient, c’est que la contamination n’est pas si dangereuse que cela ! Comment a-t-on pu en 24 heures, fermer les restaurants et ouvrir les salles de vote où la promiscuité civique est un risque supérieur à n’importe quelle promenade ? Le maintien du premier tour et l’annulation du deuxième signent devant le peuple - qui l’a bien compris - la carence, l’impréparation, le tropisme mortifère de notre classe politique qui préfère la préservation du système politique à la protection du système de santé.

» Le deuxième message est tout aussi incohérent. Pendant des semaines, on nous a rassurés : c’est une gripounette, d’ailleurs 98 % des gens qui l’attrapent en sortent indemnes. Mais alors, pourquoi tout ce foin ? Pourquoi tous ces confinements ? Du coup, beaucoup de gens se sont dit : s’ils maintiennent les élections municipales malgré le virus, et s’ils considèrent qu’il y aura très peu de victimes, ils font du bruit pour rien, c’est pour nous cacher autre chose, c’est une diversion. Voilà ce que j’ai entendu pendant des semaines. Et tout à coup, le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur morigènent les Français et leur reprochent d’avoir pris leurs aises la veille du scrutin en allant flâner sur les quais ou cueillir des jonquilles au rebord des fossés…

» Enfin, le dernier message, c’est de mettre la France en confinement et de garder le métro en circulation. Selon les virologues, qui le disent à voix basse, le métro est un vecteur viral dix fois supérieur en termes de contamination à tous les autres foyers de fermentation. C’est, selon les virologues, le « premier bouillon de culture ». Une fois de plus, on demande à certains Français, notamment ceux de la province, d’accueillir les Parisiens et de payer le prix fort avec le confinement, mais le métro, vache sacrée du nouveau monde, continue à rouler. C’est un scandale sanitaire avant d’être un scandale moral. On nous dit : « C’est pour les infirmières ». Réponse : il faut réquisitionner les taxis pour les infirmières, ne serait-ce que pour confiner leur transport et préserver leur santé. »

Valeurs Actuelles :« Depuis le week-end dernier, les catholiques ne peuvent plus assister à la messe. Qu’avez-vous pensé de la décision de fermer les portes des églises ? »

Philippe de Villiers : « C’est une rupture allégorique de civilisation et aussi un renversement symbolique de tous les paradigmes de la chrétienté millénaire. Jadis, quand il y avait un grand malheur dans la cité, jusqu’à Paul Reynaud en 1940 qui alla à pied réclamer un miracle à Notre-Dame, on se précipitait dans les églises. Les curés se promenaient avec le Saint Sacrement, aspergeaient les rues et les malades, les appels à la prière étaient partout. Saint Louis, à Royaumont, apportait lui-même à manger au frère Liger, qui était un lépreux décharné et sur le visage duquel voyageaient toutes les répugnances de la nature. C’était peut-être excessif mais c’était beau. C’était enté sur l’idée que la vie est un mystère qui nous est confié en dépôt. La religion était centrale. Elle est périphérique. Aujourd’hui, les communiqués épiscopaux ont revêtu à leur tour la phraséologie du commun : « La Santé est le premier de nos biens communs ». Il y a même des évêques qui viennent d’interdire aux personnes âgées de plus de 70 ans de participer aux enterrements. On enterre à la pelle, plus au goupillon. Et Lourdes ferme ses portes. Il n’y a plus de miracle. On ferme la grotte, on éteint les cierges. On confine Bernadette. Renversement de perspective qui ne sera pas sans conséquence. Foin de la piété populaire et des cierges de supplication. Quand on entend les appels à de nouvelles vocations, je me dis par-devers moi : une Église qui ferme ses églises ne peut susciter qu’une sorte de vocation : la vocation de serrurier. »

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Apoptose

Par info@dedefensa.org — 24 mars 2020 à 00:00

Apoptose

Chutes

L’indicateur du Baltic Dry Index, coté à Londres, est une évaluation du prix du transport maritime pour les matières sèches en vrac. Mesure indirecte de la demande en trafic maritime marchand, il a vu sa valeur  chuter de 2248 en septembre 2019 à 614 au 24 mars 2020. Bel écrasement. 

L’indice des valeurs des quarante plus grosses entreprises françaises cotées en bourse a plongé de 6024 le 24 janvier 2020 à 3977 le 23 mars, soit une perte de 34 % pour l’instant. C’est moins que l’effondrement due à la bulle internet en septembre 2001 avec un recul de 65% ou que celle de 2007-2008 dite des sub-prime en 2007-2008 qui a été l’occasion de la disparition de 59% des capitalisations boursières. Nous ne sommes qu’en début de pandémie, la dégringolade a toute chance d’être plus rude encore.

Aucune place boursière n’est épargnée, le Dow Jones a perdu près de 33% de sa valeur depuis la valeur de la cotation au 1erjanvier 2020. 

L’évaporation de milliers de milliards de dollars ou d’euros ne signifie pas la fin du système capitaliste. Il a surmonté les deux plus récentes crises en instituant un régime de Guerre contre la Terreur sans limitation. Il serait inutile de rappeler les prétextes pris alors pour l’engager, ils sont encore plus faux que le coup de l’éventail du Bey d’Alger à un consul aventurier et provocateur pour la conquête de l’Algérie. Le système a survécu en étendant sans bornes le bilan de la Fed d’abord puis de la BCE et de la BoJ. Les taux d’intérêt pour la partie qui domine encore le jeu économique mondial ont franchi la ligne de l’asymptote zéro pour plonger dans le négatif. Et dans une circulation de plus en plus folle des flux financiers, l’Etat fédéral des USA émet des obligations achetées essentiellement par la Fed. Les preneurs étrangers habituels de la dette américaine (22 000 milliards) ne se pressent plus au portillon. Dans les perspectives les plus favorables et aux taux très favorables auxquels emprunte le Trésor, en 2024, un dollar  emprunté servira à payer un dollar d’intérêt  dette. Cette estimation date d’avant l’arrivée du Sars-Cov-2.

En 2008, il ne s’agissait que de renflouer les banques défaillantes pour que les flux monétaires et financiers continuent de tournoyer, irriguant accessoirement la production de biens réels. Leurs mouvements incessants ont généré du profit aux timoniers qui les pilotent sans se préoccuper du substrat concret à partir duquel se crée la valorisation.

Un garrot étrangle la circulation

En 2020, cette aberration chronique va cesser car la crise n’est pas nichée dans des emprunts toxiques dissimulés et disséminés, elle proviendra d’une cessation quasi-complète de l’activité industrielle et marchande. 800 millions en confinement bientôt plus d’un milliard, c’est l’arrêt de toute production, segmentée entre plusieurs centres physiques distincts du fait de la division internationale du travail. Cette division, ce n’est rien d’autre que la mise en application du principe de l’extorsion de la plus-value pour un taux de profit optimal le plus élevé possible, en délocalisant. 20% des composants essentiels de toute l’industrie mondiale proviennent de la Chine, une part non négligeable du Vietnam. La rupture de l’approvisionnement, comme le ferait une grève internationale des travailleurs, met au chômage les autres pans qui en dépendent. Cette contagion progresse à l’image du virus mais sa résolution mettra beaucoup plus de temps à se faire. Les cadavres qu’elle laissera sur son passage, ce sont des millions d’entreprises fermées, des millions en proportion de travailleurs sans travail et sans consommation.

Le système risque une mort par ‘apoptose’. Dans des situations particulières d’agression de l’organisme, certaines cellules, dépassées par le danger encouru, choisissent d’arrêter leurs activités enzymatique se mettent à l’arrêt et meurent. Le suicide cellulaire est une option du vivant pour rester en vie.

Carburant

En 2020, l’un des supports maîtres du dollar, le pétrodollar est en train d’agoniser doucement. La production des  hydrocarbures étasuniens extraits (1erproducteur mondial en 2018) par cracking n’a aucune chance de durer. La vulnérabilité n’est pas liée au seul problème de l’endettement des firmes qui l’exploitent. Les forages frénétiques rencontrent désormais des puits de faible rendement avec un brut de piètre qualité. La récession qui ne dit pas son nom, clairement lisible dans les résultats de la croissance dans le monde en 2019, va contracter la demande en or noir et diminuer les prix. L’affrontement entre les Bédouins du Nejd qui veulent conserver leur part du marché et les Usa va devenir patent. Le premier client des Bédouins est la Chine populaire. Le Prince qui découpe à la hache les journalistes et emprisonne ses oncles et cousins éventuels contestataires de sa prétention au Trône inonde le marché. Trump en déclarant qu’il interviendrait le moment  voulu continue de tenir son rôle de pitre à tweet. Personne ne lui a chuchoté à l’oreille que la dépression était là ? Personne non plus n’a eu la bienveillance de lui suggérer que la décroissance de la production en pétrole mondiale, nous la vivrons à l’horizon 2025, c’est-à-dire demain ? 

Il est vrai qu’il n’a pas d’autre perspective que de prolonger son séjour à la Maison Blanche malgré le chômage qui risque d’atteindre très vite 30% de la population. Le plein emploi des coiffeurs et des livreurs de pizza va s’effriter, or l’économie des USA, c’est 70% de services. Le PIB subira une sacrée chute. De moitié ?  Ses adversaires Démocrates sont atteints de déficiences cognitives liées ou non à l’âge ne risquent pas de le détrôner.

Les troupes Us quittent en catimini la frontière entre la Syrie et l’Irak. Les soldats ont quitté la base de Qaëm, point stratégique pour les forces du Hachd al-Chaabi, milices populaires dont le chef Abou Mehdi al Mouhandiss a été tué en même temps que le Général Sulaimani début janvier. En six mois, elles ont mené  24 attaques contre l’occupant. Sur le front  yéménite, pays qui subit un blocus alimentaire depuis des années grâce à la coalition occidentale, les Ansar Allah ont repris des positions aux troupes au service des Bédouins et capturé beaucoup de matériel abandonné sur place.

Embourbé depuis près de 20 ans dans cette région du monde, les Usa devront renoncer à parader. La Russie veille sur son pré carré, elle est autrement plus puissante en armement que son adversaire et peut vivre en autarcie économique le temps qu’il faudra.

Seule la chute et la disparition du dollar en tant que monnaie d’échange international clôturera cette partie de l’histoire humaine faite de boissons gazeuses sucrées, de mauvaise graisse, de famines et de massacre sans nombre dans le monde. On s’y achemine et le temps semble long. Plus de pétrodollar et bientôt plus de pétrole pour soutenir le dollar et dans le même temps la domination militaire des Usa défaille.

En 2020, la Chine est en capacité d’orienter sa production en direction de la consommation intérieure. C’est ce qu’elle fera, en étendant sa zone d’influence à toutes les zones intégrées à son projet de la Route et de la Ceinture de la soie. La fausse classe moyenne occidentale, qui n’a jamais existé que chez les sociologues, aura du mal à s’acheter ses biens de consommation si peu chers venant du bout du monde et qu’elle ne sait plus produire.  

La pandémie, son émergence 

L’émergence de virus jusque-là confinés dans des micro-écosystèmes devenant pathologiques pour l’homme est une hypothèse que beaucoup d épidémiologistes ont envisagée. Elle s’est renforcée depuis les épidémies du Sar-cov de 2003, du Mers-cov en 2012, du virus Ebola en 2013-2015. A chaque fois, les niches habituelles des réservoirs animaux ont été dérangés par l’activité humaine. Les extensions urbaines, les abattages de forêts concourent à cette déstabilisation. Le réchauffement climatique, quelle qu’en soit la cause, contribue sûrement à la sélection de souches qui deviennent pathogènes par mutations successives. Certains y voient la punition de Dieu, d’autres la révolte de Gaïa, d’autres encore imaginent qu’il s’agit d’un virus fabriqué en laboratoire, allant jusqu’à faire soupçonner que la participation de la France à la conception du laboratoire P4 à Wuhan en serait responsable. L’Inserm et le CNRS ont un savoir-faire avancé dans la confection de ce type de laboratoire qui nécessite une régulation thermique et de pression très précise et des conditions de stérilité particulières. Quoi de plus normal qu’un ancien étudiant chinois en France devenu directeur de recherche sollicite leur  coopération en 2018 pour un laboratoire créé en 2003 dans la lancée de la réponse à l’épidémie du SARS-Cov ?

Des travaux en phylogénétique  ont écarté définitivement l’hypothèse que le Sars-cov-2 ait été créé en laboratoire. La situation anxiogène du confinement, la multiplication des morts et une communication erratique de gouvernements incompétents devant une situation totalement inédite il est vrai ont favorisé  l’éclosions de doutes, parfois dévastateurs pour l’état psychologique et mental. De plus, lorsque qu’une ministre chargée de la santé publique dénonce l’absence de réactivité à ses prévisions alarmantes, la confusion et l’angoisse n’ont pu que se renforcer.

Non résolus

Toutefois, le patient zéro de Wuhan n’a toujours pas été trouvé.

Des cas de covid-19 isolés survenus en novembre et décembre sous forme de pneumopathies non étiquetées ont été répertoriés en Chine et en Italie. Le diagnostic en a été bien sûr rétrospectif. Ils n’ont pas donné lieu à des ‘cluster’ et les autorités sanitaires des deux pays n’ont pas jugé nécessaire d’intervenir sur ces cas.

En revanche, en Italie,  le patient 4 (*) à partir duquel a démarré l’épidémie en Lombardie est connu. Il est âgé de 38 ans. Il n’avait aucun passé pathologique ni de facteur de comorbidité. Et il n’a eu aucun contact avec des personnes ayant séjourné à Wuhan ou ayant été en contact avec elles. Il a été diagnostiqué le 19 février, et dès le lendemain le chiffre des patients atteints s’est élevé à 20. Puis rapidement, en trois semaines, l’Italie a eu plus de 17 000 cas confirmés.

La Corée du Sud a eu 30 cas diagnostiqués ayant eu un rapport avec la Chine et la province de Hubei. Mais le cas 31, une dame de 61 ans, sans comorbidité, a été diagnostiquée le 18 février. Elle n’a pas eu de lien traçable avec Hubei ni avec les deux petits cluster déjà présents dans le pays. Depuis ce cas, l’épidémie a explosé.

Les cas Zéro chinois, les cas 4 italien et 31 sud-coréen ne sont pas encore  élucidés du point de vue épidémiologique.  

Dans cette ambiance très inquiétante, la République Islamique d’Iran lourdement frappée par le régime des sanctions américaine avait demandé la fermeture des laboratoires P4 étasuniens installés dans la région. L’aide humanitaire, des camions de médicaments, qui lui a été accordée par l’Union Européenne dans ce difficile contexte d’épidémie est  bloquée en Roumanie et en Bulgarie. Le vol de matériel médical offert par la Chine à l’Italie lors d’une escale en Tchéquie vient confirmer que le brigandage (de vulgaires bandits qui interceptent les caravanes) ne rebute pas les pays nouvellement intégrés à l’UE. Pour célébrer l’aide chinoise, l’Italie a solennellement remplacé le drapeau de l’UE par celui de la Chine. L’abracabrantesque construction européenne sera comptée parmi les victimes de la pandémie du Sars-Cov-2.

Victime de guerre

D’autres victimes de cette épidémie seront dénombrées et peut-être à déplorer. L’essai de l’équipe marseillaise portant sur une vingtaine de patients ne tenait compte que de résultats biologiques pour juger de l’efficacité de l’antipaludéen de synthèse administré. 

6 étaient asymptomatiques, 22 avaient des symptômes au niveau des voies aériennes supérieures et 8 avaient le tractus respiratoire inférieur atteint (bronchite ou pneumonie). La détection du virus s’est faite quotidiennement pendant 14 jours par prélèvement sur écouvillonnage du naso-pharynx. Elle était réalisée selon la technique  de l’obtention d’un effet cytopathogène sur des cultures cellulaires. Le surnageant a été ensuite testé par amplification génique en cas de positivité.

Parmi les 26 patients ayant reçu la Nivaquine, six sont sortis de l’étude. Trois parce qu’ils ont été transférés en réanimation, l’un car il est décédé le jour 3 après avoir été trouvé négatif le jour 2. Les deux autres ont quitté le protocole, l’un pour avoir eu des nausées, l’autre parce qu’il a quitté l’hôpital. Parmi les 14 patients traités à la Nivaquine seule, 8 sont négatifs à J6, contre 2/16 chez les témoins non traités. Un sous-groupe de 6 patients a été traité par Nivaquine et azithromycine, tous étaient négatifs à J6. 

Donc, le résultat à retenir est que 8 patients sur 14 traités à la Nivaquine ont négativé leur oropharynx en Sars-cov-2 au 6èmejour du traitement. Il n’est pas question de guérison clinique mais d’un critère biologique sur un groupe initial d’où ont été exclus 3 malades graves conduits en réanimation et un mort en cours de traitement. 

On peut considérer qu’en période de crise, la rigueur scientifique exigible des essais cliniques n’est pas de mise. Ce  travail est prometteur car réduire le temps du portage pour les patients a ou pauci-symptomatiques amoindrit le risque de dissémination du virus. L’autre voie possible, celle du confinement sans traitement de ces formes bénignes apporte le même résultat. Le véritable intérêt de ce traitement médicamenteux serait qu’il guérisse les formes potentiellement graves, auquel cas le confinement ne serait plus nécessaire. Cette étude ne le démontre pas. Des essais ultérieurs le feront, nous l’espérons.

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Où est passé Joe ?

Par info@dedefensa.org — 23 mars 2020 à 00:00

Où est passé Joe ?

23 mars 2020 – Nous nous évertuons, me semble-t-il, à situer notre démarche dans le plan que nous jugeons le plus haut, qui est celui du Système dans son destin catastrophique, et considérant avec une argumentation souvent et depuis si longtemps développée sur ce site que tout se joue du sort du Système aux USA, qui sont sa courroie de transmission et son bras opérationnel. Un très-aimable et très-érudit habitué du Forum, “J.C.” que je salue ici, extrayait une phrase d’un texte d’hier, – que je peux citer parce qu’elle résume bien ce propos d’introduction :

« Nous avons toujours estimé que l’Amérique et le “modèle américaniste” constituaient  la clef de voûte du Système, et donc que lorsqu’une crise menacerait directement l’un et l’autre ce serait le Système lui-même qui serait en cause. »

Cela explique notre intérêt sur ce site, et mon intérêt dans ces pages, pour les événements qui secouent les USA et son idéologie globalisante de l’américanisme, – et Dieu sait qu’il n’en manque pas, de ces événements, et qu’ils sont bien mal relayés et encore plus analysés en Europe. Je pense que le suivi de ces événements, surtout depuis que l’Amérique est soudainement, depuis à peine quelques jours, frappée par la panique-Covid19, est bien plus important que l’enquête constante et soupçonneuse sur les causes de la pandémie et les ambitions dictatoriales des pays du bloc-BAO (dont la France, certes) cachées derrière ou supposées apprêtées à s’en saisir, qu’on nous expose sans arrêt ni le moindre repos depuis le Patriot Act de l’automne 2002.

Sur ce point, et plutôt que me répéter ou même nous citer, j’extrais un passage d’un texte d’un commentateur US sérieux, pas trop hystérique, bien documenté et sérieusement antiSystème, qui dit parfaitement ce que je pense et fais depuis longtemps, sur l’importance essentielle des effets quelles que soient les causes, sur l’importance essentielle de la perception quelle que soit la réalité-désintégrée, – c’est-à-dire sur la nécessité du maniement de l’inconnaissance pour libérer la pensée des contingences annexes (qui a fait cela et dans quel but ?) et la concentrer sur l’essence des choses extraordinaires en cours (il se passe “cela” avec des effets extraordinaires).

Voici donc cette remarque de  Tom Luongo : 

« Peu importe ce que vous pensez des origines de COVID-19, arme biologique ou non, “juste la grippe” ou le nouveau fléau, la réalité est là. La réponse qu’on lui apporte est réelle et les dommages que cela cause à l’économie mondiale sont réels.
» Peu importe à l’heure actuelle si la réponse est la bonne ou la mauvaise. Car à une époque où la perception est plus importante que la réalité et ce depuis si longtemps, nous n’avons pas de véritable cadre de référence pour guider nos conclusions. »

Tout cela étant dit dans une fort longue introduction, passons au plat de résistance qui est cette bouffonne et en apparence anecdotique interrogation sur Joe Biden, dont l’intérêt pour mon compte se justifie dans la mesure où elle concerne directement l’événement qu’on peut qualifier de formidable dans le contexte actuel, de l’élection présidentielle USA-2020. Car, en effet, voilà qu’il s’avère ceci que Joe a disparu !

Je parle de Joe Biden, candidat démocrate désigné-d’avance, dont l’état mental ne cesse d’inquiéter les fins stratèges du système de l’américanisme, et qu’on n’a pas vu ni entendu depuis une semaine. C’est effectivement un peu étrange, puisque cette semaine, qui voit par ailleurs les primaires démocrates se poursuivre, est celle où le virus Covid-19 a frappé l’Amérique au cœur. On s’inquiète donc de l’absence de Joe :

« Les gens se demandent pourquoi l'ancien vice-président Joe Biden est resté silencieux la semaine dernière alors que la nation est aux prises avec l'urgence nationale COVID-19.
» Selon “une source étant informée de la campagne Biden”, l’équipe du candidat démocrate a campagne de Biden travaille “à développer[une infrastructure adéquate] et doit prendre en compte les réalités de la maison de Biden à Wilmington, – comme le fait qu'il n'y a pas de plafonds particulièrement élevés, ce qui peut rendre l'éclairage difficile”. »

On imagine (?) que “l’infrastructure” concerne la mise en place des conditions permettant de filmer Biden pour des interventions télévisées essentielles et décisives bien entendu, et alors l’explication relève du  bouffe qui reste partout présent dans une situation pourtant tragique. Imaginez Biden et son équipe dans une cellule monastique de 2mx2m avec ce satané 1,50m de plafond, tentant d’installer un projecteur ici, un micro là... Bien entendu, ZeroHedge.com, d’où vient cet extrait, le fait suivre d’une succession de photos de la luxueuse maison de Biden, de son intérieur si confortable avec de vastes et hauts plafonds, etc., que divers internautes tweeteurs n’ont pas manqué de diffuser en cascade.

Et ZeroHedge.com de conclure : « Samedi, nous avions rapporté que Biden avait prévu d'organiser des “shadow briefings” réguliers dès lundi afin de dénoncer les “mensonges et les échecs” du président Trump dans sa réponse à la crise COVID-19.
» Nous espérons que ses plafonds bas n'entraveront pas sa capacité à s’adapter à la situation et à délivrer son message. »

...Tandis que Sanders, qui existe toujours paraît-il, tweetait que « Biden et son équipe ne sont pas PRÊTS à diriger le pays ».

Du côté de Trump, les choses ne sont pas si roses qu’on pourrait croire à la pensée qu’il aura un adversaire de la carrure de Joe Biden, enfermé dans sa cellule monastique.  Christina Wilkie, de CNBC, observe que les trois axes majeurs de la campagne de Trump sont aujourd’hui extrêmement fragilisés sinon complètement anéantis :

» • La campagne de réélection du président Trump avait été conçue en partant du principe que l’économie serait très forte jusqu’en novembre, mais ce n’est plus du tout le cas.
» • Trump avait également prévu de faire du socialisme un point central de ses attaques. Mais sans Bernie Sanders comme adversaire, cet argumen tperd toute sa puissance.
» • Trump a fait campagne pour “drainer le cloaque” de Washington et réduire l’interventionnisme du gouvernement. Il veut maintenant que les Américains fassent confiance à l’action gouvernementale pour combattre le coronavirus et sauver l'économie. »

Tout cela s’est produit en un peu moins de deux mois (Wilkie situe le pinacle de la puissance politique de Trump et donc de ses chances de réélection au 4 février, lors de son discours sur l’état de l’Union devant le Congrès). Cette rapidité est évidemment stupéfiante, surtout pour l’effondrement de l’économie qui s’est précisée tragiquement en quelques jours. Il s’agit bien sûr de l’explosion de la crise Codiv-19 et de son effet de détonateur sur le GCES, tout cela étant ressenti de plein fouet par les USA depuis une semaine, avec accélération ce week-end. (*)

Les conditions générales aux USA, comme elles doivent être décrites désormais, vont bien entendu influer sur la campagne présidentielles dans un sens absolument impossible à prévoir, et avec une force comme sans doute aucun autre événement auparavant dans une campagne présidentielle. (**) Cela, au moment où les deux candidats probables sont, quant à leurs comportements et dans les conditions où on les voit, les plus improbables du monde. Là aussi, j’estime avec la plus grande force qu’aucune prévision n’est possible, et cette imprévisibilité touchant le fait même de la tenue de l’élection de novembre prochain.

Les contours décisifs de la tragédie nommée Grande Crise de l’Effondrement du Système se mettent en place décisivement. Ce sont les USA qui en seront le champ de bataille, et Codiv-19 en sera un acteur essentiel, sinon l’acteur essentiel, détruisant tout sur son passage des fragiles structures économiques et sociales de cette hyperpuissance de carton-pâte.

 

Notes

(*) De WSWS.org ce 23 mars 2020 : « Les cas de coronavirus officiellement confirmés aux États-Unis ont augmenté de près de 14 000 au cours du week-end pour atteindre 32 356, et le nombre de décès a plus que doublé, passant de 158 à 414. Au niveau mondial, 60 000 nouveaux cas ont été enregistrés ces deux derniers jours, ce qui porte le total à plus de 335 000, avec un peu moins de 15 000 décès. Les États-Unis sont maintenant en tête du monde pour le nombre de nouveaux cas et sont en troisième position, après la Chine et l'Italie, pour le nombre de patients infectés par la COVID-19. »

(**) Il y a bien sûr l’élection de 1860 conduisant à l’élection de Lincoln et à la Guerre de Sécession et celle de 1932, au fond de la Grande Dépression, menant à l’élection de Roosevelt. Mais même dans ces deux cas, il s’agit d’événements certes essentiels mais très fortement “intériorisés” et méthodologiquement maîtrisés, c’est-à-dire susceptibles d’être pris en main, pour le meilleur ou pour le pire, par l’establishment politique. Aujourd’hui, le désordre américaniste lui-même hors de contrôle reçoit de plein fouet le chaos extérieur d’une puissance extraordinaire et contre lequel il ne peut évidemment rien. Il en résulte une totale impuissance d’un establishment politique américaniste par ailleurs gangrené par la corruption, la rapacité et une perte totale de perception de la réalité, et l’incapacité de rechercher une  vérité-de-situation.

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L’Amérique chancelle...

Par info@dedefensa.org — 22 mars 2020 à 00:00

L’Amérique chancelle...

Tant que les USA (“l’Amérique”) n’étaient pas vraiment touchés dans leur vérité ontologique, la pandémie  Covid-19 et son cortège de crises soi-disant “collatérales” n’étaient pas complètement globalisées ni vraiment bouclées dans leur dimension de GCES. Désormais, nous y sommes. Plus de 83 millions de citoyens américains  sont en confinement, dont principalement dans les trois États majeurs avec leurs trois immenses mégalopoles (Californie avec Los Angeles, Illinois avec Chicago, New York avec New York City). Partout les États proclament l’état d’urgence et rappellent les réservistes de la garde Nationale tandis que l’intervention de l’armée régulière (US Army et Marine Corps) ne devrait pas tarder, y compris à la demande d’icônes progressistes du cinéma demandant un déploiement militaire “plein de compassion” (Sean Penn).

La particularité des USA tient évidemment à sa structure politique marquée par une psychologie fortement enracinée dans des conceptions idéologico-religieuses, privilégiant l’entreprise privée et l’initiative individuelle sur le bien public et la situation collective. Le résultat est qu’une crise économique prend très rapidement des proportions sociales tragiques, comme on a pu le voir durant la Grande Dépression, jusqu’à l’arrivée de Roosevelt qui imposa une politique interventionniste massive (sans résoudre la crise économique, mais nous parlons ici de la dimension sociale).

Ce texte de Annie Lowrey du  20 mars 2020, dans The Atlantic (une publication qui n’a vraiment rien d’antiSystème), est particulièrement impressionnant, d’ailleurs dès son titre : « Ce n’est pas une Récession, c’est un Âge Glaciaire ». Lowrey montre bien la rapidité de l’effondrement économique et social, qui accompagne, voire qui précède même la pénétration de Covid-19 (Un total de 200 décès hier). C’est un choc pour l’Amérique, écrit-elle, mais c’est un choc pour nous également, et tout cela selon ses termes sur « une échelle qui semble eschatologique ».

« Nous ne pouvons pas encore dire que nous sommes en récession, du moins pas officiellement. Un comité décide de ces choses-là, – donc,  pas officiellement. Le gouvernement estime généralement qu'une contraction n'est pas une récession à moins que l’activité économique n'ait diminué pendant deux trimestres. Mais nous sommes bien en récession et tout le monde le sait. Et ce que nous vivons est bien plus que cela : un ‘black swan’[‘cygne noir’],une guerre financière, une peste. Peut-être que les choses semblent normales là où vous vous trouvez. Peut-être que les choses ne semblent pas normales. En vérité, les choses ne sont pas normales. Pendant des semaines ou des mois, nous ne saurons pas de combien de points le PIB a reculé  et combien de personnes ont été contraintes de quitter leur emploi. Il faut du temps pour produire des statistiques gouvernementales. Les statistiques regardent en arrière, les derniers chiffres nous décrivant toujours une économie en plein essor proche du plein emploi. Pour apprécier la réalité présente, nous devons nous appuyer sur des anecdotes d'entreprises, des enquêtes auprès des travailleurs, des lambeaux de données privées et quelques chiffres officiels. Tout cela nous montre une économie qui n'est pas en récession, en contraction ou en phase de ralentissement, qui ne subit pas de pertes, qui ne vend pas ou qui ne corrige pas. Tout cela nous montre une dissolution, une néantisation à une échelle qui semble eschatologique.
» Ce qui se passe, c’est un choc pour l’économie américaine plus soudain et plus grave que n'importe qui de vivant n'en a jamais connu. Le taux de chômage a atteint son sommet de 9,9% 23 mois après le début officiel de la Grande Récession de [2007-2008]. Quelques semaines à peine après le début de la pandémie de coronavirus et quelques jours après l'imposition des premières mesures d'urgence pour l’endiguer, près de 20%  des travailleurs déclarent avoir perdu des heures de travailou leur emploi. Selon un responsable de la paie et de l'emploi du temps, 22% des heures de travail se sont évaporées pour les employés horaires, et trois personnes sur dix qui se présenteraient normalement au travail ne s’y présentaient plus dès le mardi [17 mars]. En l’absence d’une réponse gouvernementale forte, le taux de chômage semble certain d'atteindre des sommets jamais vus depuis la Grande Dépression ou même depuis la misérable fin du XIXème siècle (années 1890). Un taux de 20% de chômage n'est pas impossible.
» Le nombre de demandes d'allocations de chômage déposées par les États augmente  exponentiellement, ce qui indique que les chiffres nationaux vont changer lorsque nous les aurons. Lundi dernier [16 mars], 400 personnes ont demandé à bénéficier de l'assurance chômage au Colorado. Ce mardi : 6 800. La Californie a vu ses dépôts quotidiens passer de 2 000 à 80 000. L'Oregon est passé de 800 à 18 000. Dans le Connecticut, près de 2% des travailleurs de l'État ont déclaré  en un seul jour  qu’ils étaient nouvellement au chômage. De nombreux autres États rapportent le même genre  de chiffres... »

Nous citons un autre commentateur, qui prend les choses d’un point de vue moins économique, et beaucoup plus social et surtout psychologique. Son commentaire met en cause toutes les conceptions américanistes, les fondements même de ce pays qui ne fut jamais une nation, qui fut bâti sur la communication, c’est-à-dire d’abord potentiellement puis pleinement réalisés, – l’illusion, le simulacre, la narrative.

L’auteur est Michael McCaffrey, il vit à Los Angeles où il est scénariste et consultant, notamment auprès d’acteurs de cinéma. (Mais sur son site  mpmacting.com, il se définit plutôt comme « philosophe à temps partiel, prophète, pugiliste, poète », ce qui est somme toute beaucoup plus sympathique.) McCaffrey écrit régulièrement dans RT.com, comme le texte cité ci-dessous, dansCounterPunch, etc., ce qui le situe clairement dans une dissidence antiSystème ; son langage assez cru dénote une colère de bon aloi, aussi bien qu’une démarche dégagée des entraves de nombre de spécialistes en collapsologie et autres commentateurs apocalyptiques. Il n’empêche que son propos va au cœur de la psychologie américaniste, de “l’âme de l’Amérique“ s’il y en avait une, – et s’il voit la possibilité d’une fin un jour de la crise Covid-19, il ne croit pas que l’Amérique se relèvera jamais du coup qu’elle essuie aujourd’hui, – ce qui ne semble pas lui déplaire après tout.

« Les Américains ordinaires ne peuvent plus s’aveugler et s’enivrer  avec le sport et la gloutonnerie, ce qui leur permettrait en principe de voir clairement le caractère maléfique de la classe dirigeante qui les exploite et les méprise. Si seulement ils pouvaient ouvrir les yeux sur cette réalité.
» Quiconque a des yeux pour voir peut clairement comprendre que l’Amérique est un empire en déclin rapide qui est résolument entré dans sa phase ultime de survie. Ce fait a été clairement mis en évidence grâce à Covid-19. Comme il y a maintenant une pénurie de pain, comme les rayons des supermarchés sont vides, comme la distraction du cirque des sports a été indéfiniment ôtée de leur de la culture, les Américains n'ont plus grand-chose pour les distraire de la réalité froide et dure...[...Ils] auront de plus en plus de mal à ignorer la vérité sur leur pays et ses médias, ses finances, son gouvernement, son éducation et ses systèmes de santé, tout cela déplorablement corrompu et les narguant sans vergogne.
» Comme le dit le vieil adage, la crise révèle le caractère, et la contagion du coronavirus est une crise aux proportions épiques qui nous montre à l’évidence que l’Amérique est totalement dépourvue de tout caractère rédempteur.
» Si l’Amérique était un pays sain et rationnel, ce serait une grande opportunité de changement... hélas, ce n'est pas le cas. L’Amérique est une nation folle, malsaine et irrationnelle, et tout changement véritable est donc inconcevable.
» Par exemple, cette crise a une fois de plus révélé le château de cartes de l’enfumage et les miroirs déformants définissant  l'économie américaine. L’économie américaine a depuis longtemps été minée et trafiquée par la financiarisation, quand les rachats d'actions et les manigances comptables gonflent le marché boursier mais ne créent rien de substantiel pour les masses sauf l'illusion de la prospérité. Ici, en Amérique, l'économie a depuis longtemps cessé de fonctionner pour les gens ordinaires... [...]
» Les putes du Corporate Power, des deux partis, qui sont au Congrès et à la Maison Blanche, informent également avec entrain les Américains que les soins de santé universels que tous les autres pays industrialisés du monde possèdent déjà sont une chimère complète et une impossibilité.
» Elles nous disent qu’elles ne pourront jamais payer pour quelque chose d'aussi décadent et luxueux que les soins de santé, mais elles sortent par magie $1 500 milliards de leurs trous du cul plaqués or afin d'éviter un effondrement dont elles sont responsables. Il est étonnant de voir comment les Seigneurs de la Finance peuvent faire apparaître de l'argent par miracle pour faire avancer les choses lorsque que leur richesse exorbitante est en jeu, et non la santé et le bien-être des Américains ordinaires.
» Le coronavirus est une crise qui révèle l'horrible vérité sur l'Amérique et le caractère maléfique de sa classe dirigeante. La crise du Covid-19 va s'aggraver avant de se résoudre, mais elle finira par se résoudre. Au contraire, l’état de l’Amérique ne fera qu'empirer, sans aucun espoir d'amélioration. »

Nous avons choisi deux textes avec deux points de vue très différents, qui ne s’attardent pas en prospective détaillée de la catastrophe. (Ces textes-là, sur la prospective catastrophique, abondent en ce moment parmi une tranche conséquente des auteurs antiSystème, agrémentés bien entendu des “comme je l’avais annoncé/prédit”, etc. Ils sont d’un intérêt limité.)

L’intérêt ici est de constater combien les réactions et commentaires devant l’installation de la crise Covid-19 aux USA déclenchent aussitôt des réflexions fondamentales sur le sort même de l’Amérique, plutôt que de s’arrêter à la crise sanitaire comme c’est le cas dans les commentaires dans les autres pays. L’aspect sanitaire, justement, est au second plan, et nos commentateurs vont aussitôt aux aspects dits-“collatéraux“, mais en réalité essentiels, qui concernent la cohésion structurelle de l’Amérique, son ontologie, – ou, dirait-on plutôt, son simulacre d’ontologie ; et il s’agit essentiellement pour l’essentiel, au travers des aspects sociaux de la tragédie, de la vulnérabilité fondamentale de l’Amérique, qui est la cohésion de sa population..

Nous ignorons comment va évoluer la crise générale, bien entendu, mais nous sommes convaincus, d’une conviction déjà lointaine, qu’aucune crise n’est sérieuse si elle ne touche pas le cœur de l’Amérique, et donc que cette crise est suprêmement sérieuse parce qu’elle est train de pénétrer dans le cœur de l’Amérique (la cohésion de sa population). Du coup, l’issue de la crise, c’est-à-dire l’après-crise, qui sera nécessairement l’après-Covid-19 inscrit dans la GCES, donc l’après-GCES, devra se faire autour de la crise terminale de l’Amérique-de-l’américanisme, donc autour de la désintégration du modèle moderniste tel que l’Amérique le développe depuis sa création comme courroie de transmission du Système.

Nous avons toujours estime que l’Amérique et le “modèle américaniste” constituaient  la clef de voute du Système, et donc que lorsqu’une crise menacerait directement l’un et l’autre ce serait le Système lui-même qui serait en cause. Au contraire de 2007-2008, qui fut une crise donnant plutôt un répit au Système (au “modèle de l’américanisme”) à l’instar des crises saisonnières du capitalisme, et aboutissant très vite à la formation de ce que nous avons nommé  bloc-BAO, la crise du Covid-19 est d’un type inédit. Elle vient de l’extérieur du “modèle de l’américanisme” et n’est pas économique ni financière dans sa dynamique, donc elle ne peut être maîtrisé par lui (le “modèle américaniste”) selon ses conceptions économiques et financières ; plus encore, cette crise Covid-19 paralyse même toute tentative de réaction indirecte du Système puisque la première nécessité reste de type social et sanitaire et impose l’apparence de l’intérêt pour la sécurité du citoyen américain (qui est aussi un électeur) hors des conceptions financières habituelles du profit capitaliste, donc se situant hors des normes du Système.

... A peine un post-scriptum alors qu’il y a un mois on ne parlait que de cela : nous sommes au cœur d’une élection présidentielle inédite, incertaine, extrêmement tendue, avec deux candidats portant chacun leur tourbillon de défauts et de faiblesses. Qui sait d’ailleurs si cette élection pourra avoir lieu dans ce tourbillon crisique colossal ? Bien entendu, les hypothèses à cet égard ne manquent pas, y compris celle d’un “Wall Street putsch”, en référence à une tentative de 1933 (en pleine Grande Dépression) déjouée par un général fameux du Marine Corps, le général Butler.

 

Mis en ligne le 22 mars 2020 à 14H25

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La “Génération Z” et le “Boomer Remover”

Par info@dedefensa.org — 21 mars 2020 à 00:00

La “Génération Z” et le “Boomer Remover

Selon une implacable logique, la “Génération Z” suit la “Génération Y” et regroupe les personnes nées à partir de 1997. Wikipédia nous précise que « Ce nom est généralement considéré comme “temporaire”, sachant qu'il n'y a pas de consensus sur la date de fin de cette génération ». Cela nous semble une remarque sacrément intéressante puisque nous sommes, avec cette lettre étrange, au bout de l’alphabet ; mais peut-être ce constat un peu trop facile n’a-t-il pas encore atteint les centres de réflexion des observateurs postmodernes, – et peut-être que ces centres se foutent bien de l’alphabet qui date d’une époque révolue, – peut-être...

Une autre explication doit être également proposée avec assurance sinon impétuosité, selon laquelle cette génération née après qu’ait été installé l’univers de l’informatique/numérique est destinée à ne pas se terminer du tout. Après tout, c’est essentiellement à elle que s’adresse le directeur de l’Organisation Mondiale de la Santé  lorsqu’il affirme d’une façon bien audacieuse, “Vous n’êtes pas immortels !” ; car il semble bien que les “jeunes“ soient passablement indifférents à Covit-19, ne se défendant point contre lui, considérant que cette menace ne les concerne pas, se dispensant donc en général des diverses mesures de défense et de régulation des déplacements (“gestes-barrière”, confinement et le reste) :

« Bien que le coronavirus ait touché de manière disproportionnée les personnes âgées et les infirmes, le chef de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a lancé un avertissement sévère aux jeunes générations : “Vous n'êtes pas invincibles”.
» “Les données de nombreux pays montrent clairement que les personnes de moins de 50 ans représentent une proportion importante des patients nécessitant une hospitalisation”, a déclaré le directeur général de l'agence lors d'un point de presse vendredi.
» Il a ensuite exhorté directement les jeunes à prendre au sérieux la menace du Covid-19 : “Ce coronavirus pourrait vous faire hospitaliser pendant des semaines, voire vous tuer. [...]
» Les médecins en Italie, – où les décès dus au virus ont récemment dépassé ceux de la Chine, – ont également mis en garde les jeunes contre le risque de maladie grave.
» “Cinquante pour cent de nos patients dans les unités de soins intensifs, qui sont les patients les plus graves, ont plus de 65 ans", a déclaré le Dr Antonio Pesenti à Sky News. “Mais cela signifie que les autres 50% de nos patients ont moins de 65 ans. Nous avons des patients qui ont 20 ou 30 ans, un certain nombre, et ils sont aussi gravement atteints que les anciens. »

La chose, – cette sensation d’invincibilité que l’on est immanquablement conduits à assimiler à une sensation d’immortalité puisque nous sommes dans des temps métahistorique, se retrouve dans le modelage de langage des “jeunes” aux USA qui ont trouvé un nom un peu plus convivial et festif pour Codiv-19 : ‘Boomer Remover’. 

(Difficilement traduisible en une formule françaiise qui soit vraiment sexy... “Boomer” désigne la génération du “Baby Boom”, née dans l’immédiat après-guerre en nombre impressionnant ; “Remover” renvoie à to remove, ou “supprimer”... Proposons donc pour Covid-19 l’une ou l’autre expression décisive telles que “liquidateur des Anciens” ou “liquidateur des vieux croutons”.) 

En témoignent ces quelques lignes d’un article de The Nation File du  15 mars 2020 :

« Selon des rapports sur les médias sociaux, les écoliers ont commencé à surnommer le coronavirus mortel le “Boomer Remover” après qu'il ait été révélé que la grande majorité des décès dus à la maladie sont des patients âgés.
» Au cours des dernières 24 heures, divers messages concernant le nouveau surnom sont apparus, ridiculisant les réponses potentielles des internautes plus âgés.
» Le tweet qui a attiré l'attention du public sur cette nouvelle tendance était sous-titré : “J'ai été informé par un parent qui est professeur de collège que les élèves appellent désormais le coronavirus ‘le Liquidateur des Boomers’”.»

Ce conflit intergénérationnel à propos de Codiv-19 est des plus intéressants, surtout si on le prend d’un point de vue métaphysique, que nos “jeunes” méritent certainement par leur culture, leur audace, leur héroïsme et leur ardeur. On peut donc avancer remarques et hypothèses pour tenter d’expliquer pourquoi ces “jeunes” de la génération qui clôt l’alphabet se jugent immunisés contre les attaques vulgaires d’un virus, chargé par contre de la vertu d’un “Terminnator” des encombrantes générations précédentes ; celles-là qui n’ont même pas réussi à accoucher d’une Greta Thunberg, laquelle dispose déjà  de sa page Wikipédia.

• Première hypothèse : la “Génération Z” est la génération du “Big Now”, du “No Future” doublé de la plus complète inconnaissance du passé comme chose dépassée, sans intérêt ni avenir, et même comme chose n’ayant jamais existé. Il n’y a rien qu’un immobile et immortel présent, et par conséquent la “Génération Z” se suffit à elle-même et n’a nul besoin des débris du Baby Boom. Codiv-19 est là pour faire le ménage.

• Deuxième hypothèse : cette génération étant celle de l’Intelligence Artificielle, de Google et de celle du transhumanisme multiplié par le transgenre, elle est nécessairement immortelle et invincible, et l’on retrouve le cas précédent.

• Troisième hypothèse : le Z de “Génération Z” signifie simplement Zombie, et tout est dit sans qu’on sache dans quel sens.

• Quatrième hypothèse : depuis qu’on nous répète, dans le tourbillons d’avis et de jugements péremptoires et néanmoins paradoxaux et contradictoires sur Covid-19, que ce virus est spécialisé dans la liquidation des plus de 65 ans, les vieilles croutes du Baby Boom... Voilà que le docteur italien Antonio Pesenti, dans le pays européen le plus dévasté par Covid-19, nous dit qu’au moins 50% des personnes gravement atteintes par Covid-19 ont moins de 65 ans, et qu’on y trouve des jeunes de 20-30 ans, soit de cette fameuse “Génération Z”... Alors, nous ne savons plus que dire finalement...

Comme quoi, même dans cette profonde et formidable tragédie qu’est la pandémie du virus Covid-19 il reste toujours un peu de cette catégorie de la  tragédie-bouffe qui est le caractère essentiel de cette “étrange époque” où les choses sérieuses se passent au-dessus de nos têtes, dans le chef de puissantes forces surhumaines qui poursuivent leur travail. Les Chinois ont d’ailleurs pensé à cet aspect des choses en diffusant  un tweet, dans le chef, très terrestre lui, de Xinhua News, nous donnant un florilège des déclarations de Trump (un vrai Boomer, lui), concernant la ligne directe et sans hésiter de sa politique vis-à-vis du coronavirus... Nous vous les livrons en guise de conclusion, pour l’édification de la “Génération Z” :

• 25 janvier 2020 : « La Chine a travaillé très dur pour stopper le coronavirus. Les USA apprécient grandement leurs efforts et leur transparence. »
• 10 février 2020 : « En avril, quand il fera plus chaud, le coronavirus disparaîtra miraculeusement. »
• 26 février 2020 : « Quoi qu’il arrive, nous sommes complètement prêts. »
• 27 février 2020 : « Les marchés me semblent commencer à être vraiment en très bonne forme. Cela [l’effet coronavirus]  va disparaître. Un jour, comme par miracle,  – il disparaîtra. »
• 28 février 2020 : « Les démocrates politisent le coronavirus. C’est un nouveau canular-bidon. »
• 7 mars 2020 : « Non, je ne suis pas du tout préoccupé. Non, nous avons fait un sacré travail dans cette affaire. »
• 10 mars 2020 : « Et nous sommes prêts, et nous faisons un sacré travail avec ce truc. Et il s’en ira. Restez calmes, il s’en ira. »
• 11 mars 2020 : « Nous suspendons les voyages d’Europe vers les USA. Nous devons laisser la politique de côté, arrêter d’avoir une attitude partisane, et nous unir tous comme une seule nation. »
• 13 mars 2020 : « Aujourd’hui, je déclare l’état d’urgence nationale. »
• 17 mars 2020 : « J’ai senti que c’était une pandémie bien avant qu’on ne l’appelle une pandémie. »

 

Mis en ligne le 21 mars 2020 à 17H58

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dde.org, avec vous face à la GCES

Par info@dedefensa.org — 21 mars 2020 à 00:00

dde.org, avec vous face à la GCES

Bien sûr, nous connaissons tous les ravages de la crise Covid-19 qui touche nos vies quotidiennes et nous plonge dans une situation d’assiégés et d’emprisonnés, bien pire en un sens qu’une situation de guerre. Nous savons (un petit peu) moins les ravages que Covid-19 a suscité indirectement au cœur du Système, comme le détonateur d’une masse crisique hautement inflammable qui n’attendait que cela pour s’embraser :

« Au cours des trois mois suivants, le marché mondial des actions a perdu 24 000 $milliards en valeur, soit plus que les 22 000$milliards du PIB américain. [...] Au cours du mois dernier, le marché boursier américain s'est effondré plus rapidement que lors de la Grande Dépression et du Lundi Noir  [octobre 1987], et en termes de retrait total, le krach de 2020 est maintenant pire que celui de 1929 et se rapproche rapidement de celui de 1987. »

C’est ce que nous appelons la Grande Crise d’Effondrement du Système (GCES). Sa phase finale a commencé.

Dans ce contexte et une fois encore, et une fois encore plus que précédemment, nous, de la presse dissidente, nous sommes plus que jamais nécessaires. Comme toujours, la campagne mensuelle des donations à grande visibilité à partir du “19 courant…” commence très bas. Nous remercions ceux de nos lecteurs qui sont déjà intervenus et nous nous permettons de ne pas douter que nos autres fidèles lecteurs interviendront pour nous soutenir économiquement et marquer leur soutien psychologique à notre action.

Comme vous le voyez en tête de notre page d’accueil, la barre de donation atteint ce 20 mars 2020, €346. C’est si peu par rapport à ce qui nous sépare de seulement l’approche de notre “zone de sécurité” économique.

Vous connaissez les nombreux arguments que notre site, qui ne dispose d’aucun autre soutien que celui de ses lecteurs et notamment pas celui de la publicité, peut avancer pour solliciter ce soutien. Chaque mois davantage, nous sommes dans des temps crépusculaire où la censure et tous les autres moyens de nous atteindre et de nous réduire nous guettent. 

Plus que jamais, nous avons besoin de votre soutien pour permettre à dedefensa.orgde poursuivre sa mission.

 

Mis en ligne le 21 mars 2020 à 03H00

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L’humanité survivra à cette pandémie

Par info@dedefensa.org — 21 mars 2020 à 00:00

L’humanité survivra à cette pandémie

Avec plus ou moins de retard, les autorités politiques ont compris la nécessité d’imposer aux populations la fermeture des frontières et le confinement. A défaut de traitements efficaces et sans innocuité et de vaccin préventif, limiter la dissémination trop rapide de la virose par cette technique médico-sociale de la quarantaine dont on trouve les traces dans les écrits d’Avicenne, permettra une immunisation progressive en évitant des pics de morbidité et de létalité inacceptables politiquement.

Il est probable que le réchauffement des températures extérieures dans l’hémisphère Nord contribuera à éteindre sa progression. Des centaines de molécules sont actuellement éprouvées et nul doute grâce à la mobilisation parfois collaborative de nombreux groupes scientifiques dans le monde, un traitement médicamenteux sera rapidement appliqué aux personnes faisant la maladie. Beaucoup sont prometteuses. Des essais en phase clinique pour des vaccins sont annoncés en particulier aux Usa et en Chine. L’existence de réaction immuno-allergique chez certains patients au dixième jour de l’expression de la maladie devra faire redoubler de prudence quant au choix de l’épitope pertinent et du vecteur. Ces précautions sont d’autant plus nécessaires que les tentatives de production de vaccins contre le coronavirus qui avait émergé en 2003 s’étaient heurté à des impasses, réactions adverses inacceptables, lors de leur développement dans des modèles sur les furets et les singes. Au lendemain de la déclaration par la firme étasunienne Moderna qu’un essai était lancé sur 75 volontaires sains, plusieurs institutions chinoises ont fait état de l’avancée de la recherche qui prévoit le lancement de tests cliniques d’au moins deux variétés vaccinales en avril après un essai préalable sur les animaux. La cartographie génétique complète du virus rapidement établie et publiée par les Chinois a rendu possible cette compétition internationale. Cependant, on ne sait toujours pas bien si l’acquisition de la maladie est immunisante, condition nécessaire pour espérer un vaccin valide, et la durée de cette immunité. L’immunité conférée par les coronavirus saisonniers pourvoyeurs de rhume est de très courte durée malgré la présence de taux élevés d’anticorps. Les données concernant les virus des épidémies du Sars de 2003 et Mers sont trop partielles. Les deux vaccins cherchent à faire produire des anticorps contre les protéines d’enveloppe du virus qui permettent la pénétration cellulaire. Une équipe chinoise a publié dès la mi-mars que deux chimpanzés ont été infectés par le Sars-cov-2 en exprimant des symptômes modérés et qu’exposés un mois plus tard, ils n’ont pas refait la maladie. 

L’humanité et le monde en sortiront transformés

Malgré ces incertitudes, Moderna basée dans le Massachusetts et Inovio en Pennsylvanie prévoient de mener simultanément expérimentation animale et humaine, arguant de l’urgence. Les deux vaccins cherchent à faire produire des anticorps contre les protéines d’enveloppe du virus qui permettent la pénétration cellulaire et donc de bloquer celle-ci. On ignore si une telle stimulation générera des cellules capables de tuer des cellules déjà infectées. C’est le National Institutes of Health, organisme public, qui finance l’essai de Moderna.

L’engagement public étasunien contre l’épidémie actuelle a montré des manquements de taille. La production de tests diagnostics biologiques défaillants en est un. Les kits développés par les CDC début février et envoyés dans les centres de référence de 50 États se sont révélés défaillants. Il a fallu attendre 4 semaines avant que la FDA autorise les laboratoires des hôpitaux à développer leurs propres techniques diagnostiques. A la mi-mars, la pénurie de kits de tests aux Usa persistait et durera encore quelques semaines, mettant en évidence le sous-développement et l’inefficacité des structures sanitaires de la première puissance mondiale. Même si un test avait été immédiatement disponible, aucune institution de santé n’est en capacité de le mettre en œuvre gratuitement pour des Américains. L’Allemagne et la Corée du Sud, contrairement à la France qui continue de rationner de manière absurde l’accès aux tests biologiques, ont testé larga manu. Ce dépistage permet de repérer rapidement les porteurs et de procéder à leur isolement strict dans des structures de soin intermédiaires, le temps que soit achevée la durée du portage et du risque de contamination. 

Dans une note adressée aux étudiants résidant à l’étranger, une université norvégienne a recommandé de quitter rapidement les pays aux structures sanitaires sous-développées et ont mentionné les USA.

En début de semaine, les responsables du Département de Santé et de Services sociaux ont fait part publiquement de la pénurie en gants, blouses et masques. Un hôpital de l’État de Géorgie a épuisé en six jours sa dotation de cinq mois.

Le pays ne dispose que de 45 000 lits de soins intensifs alors qu’il aurait besoin de 2,9 millions d’unités pour faire face à l’épidémie qui enfle. La pénurie en appareils de ventilation assistée est dramatique. Trente millions d’Américains n’ont pas d’assurance maladie et l’attribution du Medicaid est conditionnée par les preuves d’une recherche active d’emploi. La fermeture des écoles publiques est inenvisageable dans le cadre de l’essai du confinement. La plupart des parents qui doivent continuer à travailler sans possibilité de garde et l’école reste souvent la seule occasion où les enfants ont un repas chaud. A Los Angeles, 80% des enfants scolarisés ont droit à un repas gratuit ou à prix réduit. 

Le gouvernement fédéral veille en revanche à la bonne santé de la Bourse et des grosses firmes. En une semaine, la Fed a déversé 1 500 milliards de dollars en secours aux marchés financiers. Les taux d’intérêt ont été aménagés, négatifs, pour les mêmes. L’actuel Président doit s’exécuter après avoir changé plusieurs fois de discours vis-à-vis de la pandémie. 

L’agriculture maraîchère aux USA est très dépendante des travailleurs saisonniers mexicains. Si les grandes exploitations de maïs et de blé ont mécanisé les récoltes, le ramassage des légumes et la cueillette des fruits a besoin de main d’œuvre humaine.

La fermeture des frontières si elle était étanche serait une grande catastrophe alimentaire, aggravant les pénuries de toute sorte du pays liées aux taxations des importations et à la rupture de fourniture de composants essentiels fabriqués par la Chine.

Ruptures

La grande inertie des pouvoirs publics à assurer, en cette période de « guerre », le ravitaillement en masques du personnel soignant et des personnes en contact avec le public, obligées d’assurer leur service, a été constatée dans toutes les démocraties occidentales. Comment un accessoire d’apparence simple ne peut-il être produit de toute urgence en quantités suffisantes dans des situations extrêmes ?

La production en flux tendu a charpenté l’édifice du capitalisme néo-libéral en éliminant du champ de la pensée la constitution de stocks de réserve et de sécurité. C’est le dogme du ‘’tout est dans l’instant’’. Tout est dans le flux et plus les flux sont nombreux, rapides, meilleure sera la rentabilité. Les Boys de Chicago et leurs affidés ont repris à leur compte le slogan punk de ‘No Future’. L’humanité devenue pastorale puis paysanne avait construit des silos d’entrepôts de grains et adoré le chat qui la débarrassait des rongeurs voleurs de réserves, par souci d’un futur aléatoire. La Bible a témoigné dans ce sens. Gouverner c’est se prémunir et protéger les populations contre un manque en denrées vitales.

La Chine produit 200 millions de masques faciaux par jour dont 600 000 répondant au standard FFP2. Elle a mobilisé des milliers d’entreprises qui se sont converties pour en délivrer. Des licences ont été délivrées pour autoriser certaines fabriques à produire des masques d’une très haute qualité de filtration, à employer par le personnel médical et paramédical.

Un textile synthétique particulier est un composant indispensable de ce pare-virus. Ses fibres sont d’une taille de l’ordre du micron. L’assemblage réalise un maillage qui laisse passer les molécules d’eau mais pas les grosses molécules d’ARN avec ou sans enveloppe. Une machine-outil projette dans un courant d’air chaud du plastique fondu puis refroidit les microfibres. Le Japon, l’Allemagne et les Usa en sont les seuls exportateurs. Deux entreprises chinoises s’attellent à fournir ces indispensables machines. L’une affirme pouvoir le faire en 6 mois, l’autre en deux semaines.

C’est ainsi que la Chine conçoit la guerre, elle prétend à son autonomie pour ses armes et s’en donne les moyens. Un État social (la connotation péjorative de Providence accolée à ce type de régime soucieux de la collectivité et non seulement d’une minorité possédante et dominante) conçoit ainsi les modalités de la lutte. Recenser les besoins et tout mettre en œuvre pour les satisfaire.

Dans le camp occidental, des demi-mesures insuffisantes ont été tardivement prises. Et partout dans la prétendue société d’abondance, la pénurie est criante.

L’État d’urgence sanitaire a trouvé comme première traduction la transformation du temps confiné en congés payés forcés, vidant de sa substance le droit de retrait et l’obligation légale de ne pas sortir de chez soi. Les syndicalistes sont criminalisés, les peines et les sanctions tombent pour intimider un précariat obligé de vendre sa force de travail.  

Une épidémie c’est la rencontre d’un microorganisme pathogène potentiel avec une société, ses mœurs, sa culture et sa structure économique et politique. Le Sars-cov-2 a ravagé l’Italie du Nord parce que la densité en personnes âgées de plus de 65 ans y est importante. La pyramide des âges dessine un sapin avec plus de personnes de plus de 75 ans que de moins de 4 ans caractéristique d’un vieillissement accéléré par déficit en natalité.  La difficulté des jeunes à trouver un travail et un salaire décent oblige ceux-ci à habiter chez leurs parents et leurs grands-parents résidant dans des zones semi-rurales. D’où les déplacements incessants et le brassage qui ont favorisé l’essaimage de la virose. 

La surmortalité chez les personnes âgées ne doit pas faire oublier de pointer que 20% des patients hospitalisés aux Usa ont entre 20 et 44 ans. Ces chiffres sont cohérents avec ceux publiés par la Haute Autorité de Santé italienne qui enregistre 24% de cas Covid-19 chez les patients âgés de 19 à 50 ans qui ont connu une issue fatale.

Les mesures de confinement se généralisent après une période de déni pour les Usa et le Royaume Uni. Elles génèrent une atmosphère d’anxiété et parfois d’incrédulité justifiée par les discours incohérents des détenteurs de l’« autorité publique » qui révèlent tragiquement leur inconsistance et leur nocivité dans les moments où un responsable se doit d’être résolu et crédible sans se laisser aller à des poses paternalistes sur-jouées.

Nous sommes en train d’éprouver l’enfermement, plus ou moins confortablement. Les pensées vont d’abord à ceux qui le subissent, dans les camps de réfugiés, à Gaza, dans les prisons politiques depuis des années. Georges Abdallah, le plus ancien prisonnier politique d’Europe, subit une incarcération injuste depuis 36 ans. Sa force morale inentamable lui fera supporter la suppression des parloirs, comme le reste. Il faut cependant le libérer, lui qui est libérable depuis 1999, pour qu’il puisse enfin retrouver son pays et les siens. La moindre des exigences morales est également de revendiquer l’amnistie pour tous les Gilets Jaunes emprisonnés par une Justice aux ordres qui a réprimé comme jamais elle ne l’a fait depuis des décennies pour intimider et briser un mouvement social.  

Atomisés et reclus, il nous faut penser l’après car toute l’économie factice malgré les sauvetages des banques centrales s’effondrera. Ne sera gardé que l’essentiel, ce qui fait vivre hors la surabondance du futile toxique, en interdisant prédation, rapines et spéculations.

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De Tulsi à Bernie & retour

Par info@dedefensa.org — 21 mars 2020 à 00:00

De Tulsi à Bernie & retour

21 mars 2020 – Je reconnais par simple loyauté mais sans aucune joie ni empressement avoir été affreusement déçu par la décision de Tulsi Gabbard d’abandonner les primaires. Cette déception ne venait pas de décision elle-même, tellement compréhensible moins par le fait de son absence de la moindre chance d’être désignée que par la situation scandaleuse qui lui était faite d’un  complet ostracisme de sa candidature. Bien entendu, ma déception venait de ceci, comme une évidence, qu’en abandonnant elle apportait son soutien au vieux crouton sénile et par conséquent favori démocrate de Joe Biden, choix unanime et bidouillé de la direction pourrie du DNC démocrate et adoubé par l’establishment.

Certes, je ne fus pas le seul dans cette déception cruelle. La jeune candidate samoane représentant Hawaii à la Chambre avait un nombre respectable de partisans marqués surtout par leur indépendance d’esprit et la qualité de leurs positions critiques du Système, sinon antiSystème. On comprend parfaitement que vienne aussitôt la question, déception ou soupçon, de se demander pourquoi, selon les engagements marqués et si courageux de Gabbard, – justement, pourquoi soutenir Biden et pas Sanders dans ces conditions ?

L’article d’Helen Buyinski, avec son titre « Tulsi Gabbard a perdu sa position morale et sacrifié son avenir politique avec son soutien à Biden-2020 », dit tout de cette amertume que l’on pouvait éprouver. Le pauvre “TTG”, du site SicSemperTyrannisqui n’a cessé de soutenir Gabbard, exprima toute sa stupéfaction, tentant de reprendre espoir avec l’hypothèse bien risquée sinon surréaliste, que le ralliement à Biden conduirait peut-être le favori démocrate (qui a annoncé qu’il ne choisirait qu’une femme de couleur pour colistière) à la choisir comme colistière et candidate à la vice-présidence :

« Je suis vraiment surpris qu’elle ait soutenu Joe plutôt que Bernie. Il y a peu de chances pour ceci, mais voici une femme que Biden pourrait choisir comme colistière. Je pense qu'il serait un génie de le faire. Où que nous nous trouvions au moment des élections avec les désagréments de Covid19, je pense que nous pourrions tous être prêts à recevoir une bonne dose d’aloha et d’esprit ohana. »

Mais dans les heures qui suivirent la décision de Gabbard du 19 mars, fut diffusée une précision venue de son frère, qui chamboule toute cette affaire et l’avère finalement assez mystérieuse. Jai Gabbard publiai sur Facebookun commentaire affirmant que Sanders avait traité sa sœur « comme une merde » durant toute cette campagne, qu’elle s’était pourtant ralliée à lui  en même temps qu’elle stoppait sa campagne, mais que Sanders avait refusé ce soutien.

Le site  National File  a donné des précisions sur ce prolongement, en reproduisant le commentaire du frère de Tulsi.

« Une capture d'écran sur Facebook livre un message du frère de Tulsi Gabbard expliquant l'appui de la députée hawaïenne à Joe Biden pour la présidence en disant qu’elle a d’abord offert cet appui à Bernie Sanders, mais qu’il a été refusé par le sénateur du Vermont, âgé de 78 ans.
» La capture d'écran montre un commentaire du compte Facebook de Jai Gabbard, dont l’authenticité a été confirmée par National File.
» Le commentaire dit : “Merci pour vos aimables paroles, Monsieur”. “Bernie a traité ma sœur comme une merde tout le long de la campagne. Elle a essayé de le soutenir à nouveau et il a refusé son soutien. Ses conseillers dans son équipe de campagnes font un travail épouvantable.
» “Vous pouvez continuer à parler dans le sens que vous voulez, mais sachez ceci”, poursuit le commentaire. “Elle va continuer à être indépendante et à se battre pour nous. Bernie n’est pas l’homme que Tulsi et moi avons soutenu à 100 %. Je ne sais pas ce qui lui est arrivé. Il a refusé de mener le combat contre l’establishment comme Tulsi continue de le faire”. »

Le même article donne quelques commentaires sur le comportement de l’équipe Sanders et de Sanders lui-même vis-à-vis de Gabbard, tout en signalant que le frère de Tulsi a retiré son commentaire, bien entendu sans le commenter plus avant, sinon en remarquant d’une façon assez curieuse qu’il n’était pas directement au courant des relations de Tulsi avec Sanders.

« L’establishment démocratie n’est pas le seul groupe d’où Gabbard a été victime d'attaques vicieuses. Les partisans de Bernie Sanders ont également repris les attaques de l’establishment contre elle, malgré le soutien de Gabbard à Sanders et son alignement sur de nombreuses positions politiques de Sanders.
» L'affirmation selon laquelle Bernie Sanders est un candidat faible qui reçoit des conseils de mauvaises personnes n'est pas nouvelle. En fait, en janvier, Kyle Jurek, organisateur de campagne de haut niveau de Sanders, a été enregistré sur vidéo par Project Veritas, disant que Sanders est un “mauvais juge du caractère des gens”, qui est enclin à prendre en comptez les conseils de sources notoirement corrompues venant de l'establishment.
» National File a demandé à Jai Gabbard de commenter cette capture d'écran.
» Jai Gabbard a confirmé qu’il avait fait ce commentaire, et l’a ensuite supprimé. Jai Gabbard a souligné qu’il n’avait jamais été impliqué dans la campagne de sa sœur et qu’il n’avait pas de connaissance directe de sa relation avec Sanders. »

Je juge bien difficile de tirer un enseignement concret disons objectif de cette bien curieuse séquence. Je dirais simplement mes appréciations, voire mes convictions qui peuvent être utiles dans une interprétation générale de la chose, mais sans aucunement espérer trancher pour l’instant d’un jugement clair :

• Il est certain que Sanders a constitué dans les deux cas (2016 et 2020) une dynamique intéressante pour accentuer le désordre qui submerge l’establishment washingtonien, mais qu’il s’est toujours montré, aux moments cruciaux, indécis, couard et finalement très prompt à avaler les couleuvres et à rentrer dans le rang du parti auquel il n’appartient même pas sinon pour pouvoir lancer ces candidatures pour lesquelles il n’ose jamais se battre vraiment. S’il a vraiment traité Tulsi Gabbard « comme une merde », il nous permet au moins, dans tous les cas c’est mon avis olfactif, de sentir (à l’odeur) où se trouve effectivement la “merde” dans cette affaire ;
• il nous manque bien des éléments pour juger l’attitude de Tulsi Gabbard dans cette affaire, sinon que le seul fait sans explication de ralliement à Biden ne tient guère la route, qu’il est très probable qu’il y a des explications cachées. L’intervention de son frère, puis le retrait de cette intervention, assortie de l’explication extrêmement douteuse qu’il n’a « pas de connaissance directe » de la relation de sa sœur avec Sanders, peut tout aussi bien constituer une manœuvre de Gabbard de faire connaître la vérité à ceux qui doivent la connaître sans trop la proclamer, et cela éventuellement pour ne pas rompre avec le parti démocrate ;
• ... en effet, il reste à savoir quel avenir politique entend avoir Tulsi Gabbard, qui ne se représente pas à la Chambre (à cause de sa campagne présidentielle) ;
• tout cela, pour observer combien une candidature (Gabbard) complètement étouffée jusqu’à sembler ne pas exister, pourtant objet de toutes les attaques possibles et si possible extrêmement vicieuses, présentée à la fois comme une machination, comme une trahison, comme une dérision, etc., fait énormément de vagues. En faire une manœuvre de tromperie pour tromper les antiguerres, comme font certains, continue à me paraître dérisoire, sinon du temps perdu de la part des manipulateurs éventuels : pourquoi ? Dans quel but ? Pourquoi la lancer pour tromper les antiguerres et tout faire pour que personne ne l’entende ? Etc., avec beaucoup d’autres questions.

En un mot et selon mon point de vue : cette affaire n’est pas définitivement réglée, loin s’en faut. Ma conviction est qu’on en reparlera, et de Tulsi Gabbard également, car aujourd’hui rien n’est simple dans le tourbillon crisique qui nous emporte et le Système ne contrôle plus grand’chose, sinon l’empilement de ses sottises..

Une conclusion plus générale ? Entre Covid-19 et la GCES, nous sommes très, très loin de pouvoir avancer une prospective, une réflexion structurée, une appréciation impérative sur le résultat de USA-2020, et même sur le déroulement de USA-2020, et même, et même sur la nomination démocrate de Joe Biden... Terra Incognita, tout ça, – comme le reste d’ailleurs. Sacrée année 2020 !

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Le visage hideux du Système

Par info@dedefensa.org — 20 mars 2020 à 00:00

Le visage hideux du Système

20 mars 2020 – Dans les grands événements, dans les grandes catastrophes, souvent un aspect, un détail, une précision, vous arrête plus que le reste pour susciter la réalisation pleine et entière de la tragédie à laquelle vous êtes confronté. Il s’agit de la tragédie à laquelle nous sommes tous confrontés, et qui a pris des allures vertigineuses de course vers les abysses, la tragédie-bouffe qui montre enfin son visage tragique.

J’ai ressenti cela, cette “réalisation pleine et entière”, en lisant ce texte de WSWS.orgdu  20 mars 2020, au titre suffisamment explicite : « L’impérialisme US exploite le coronavirus comme une arme de guerre ». Je crois avoir rarement ressenti à quel point le Système, – pour moi, “impérialisme US”, DeepState, OTAN, regime change, c’est la même boutique, le même travail de déstructuration, de néantisation, la même sordidité la même folie du Mal, c’est le Système enfin, – j'ai rarement ressenti, disais-je, à quel point le Système est tout entier contenu dans L’Enfer de Dante..

Le texte du site WSWS.org, dont on connaît les tendances, la méticulosité, l’endoctrinement et qu’il suffit de prendre ce qui est bon et de laisser le reste, prend le cas spécifique de l’attitude US vis-à-vis de l’Iran. De l’Iran, on dira qu’il s’agit de l’un des trois pays, après la Chine et l’Italie, les plus touchés par Covid-19, et qui se trouve dans une position extrêmement difficile à cause des sanctions US qui le frappent. Voici ce qu’en dit le texte dont je parle, quelques paragraphes pour donner le ton de la chose et distinguer le fond des choses. 

« À côté de “l’ennemi invisible de l'humanité”, le coronavirus, il y a un autre ennemi bien visible, l'impérialisme mondial.
» Cela n'est nulle part plus évident que dans les conditions de plus en plus désespérées auxquelles sont confrontés l’Iran et sa population de près de 83 millions d’habitants. Le pays est le troisième pays le plus affecté après l'Italie et la Chine, et nulle part ailleurs le taux de mortalité n’est aussi élevé, car le nombre d’infections continue d'augmenter fortement chaque jour.
» Le porte-parole du ministère iranien de la santé, Kianush Jahanpur, a annoncé jeudi que 149 personnes étaient mortes au cours des 24 heures précédentes, ce qui porte le nombre de décès dus au virus à 1 284. Au cours de la même période, 1 046 autres cas d’infection ont été signalés, portant le nombre total à 18 407. Ces deux chiffres sont considérés comme une grave sous-estimation des ravages de la maladie.
» “Selon nos informations, toutes les 10 minutes, une personne meurt du coronavirus et environ 50 personnes sont infectées par le virus toutes les heures en Iran”, a déclaré le porte-parole.
» Plutôt que la solidarité humaine, la réponse de Washington à cette crise a été une tentative délibérée de l’intensifier au prix d'innombrables vies de travailleurs iraniens. La pandémie, plutôt que d'être considérée comme un ennemi à éradiquer dans chaque pays, est considérée par la Maison Blanche, le Pentagone et la CIA comme une nouvelle arme de guerre qui doit être intégrée dans la planification impérialiste.
» C'est la conclusion inévitable de l’imposition jeudi par l'administration Trump d’une nouvelle série de sanctions économiques punitives contre l’Iran, visant les entreprises basées aux Émirats Arabes Unis qui sont accusées d'acheter du pétrole à la National Iranian Oil Company (NIOC). Cette décision suit de deux jours seulement une autre série de sanctions annoncées par le secrétaire d'État de Washington, Mike Pompeo, contre neuf entités distinctes en Chine, à Hong Kong et en Afrique du Sud. Les sociétés inscrites sur la liste noire ont été accusées de s'être engagées dans des “transactions importantes” impliquant des produits pétrochimiques iraniens.
» Présentant la pandémie en des termes naïvement agressifs et xénophobes, Pompeo a déclaré lors d'une conférence de presse au Département d'État : “Le virus de Wuhan est un tueur et le régime iranien en est complice”.
» Dans le même élan, il a affirmé que Washington était prêt à mener des “efforts humanitaires” pour “aider le peuple iranien à rester en bonne santé”.
» Le niveau de mensonges et d’hypocrisie est époustouflant, même selon les normes de l'administration Trump. Les sanctions américaines, qui ont mis sur liste noire la banque centrale du pays, rendent impossible pour Téhéran d’acheter des médicaments de base et des fournitures médicales supposées autorisées par le régime de “pression maximale”. Cela a condamné des dizaines de milliers de personnes à des décès précoces et évitables bien avant le déclenchement de la pandémie de coronavirus. Aujourd’hui, selon une estimation d'un médecin iranien, le nombre de décès causés par le COVID19 pourrait atteindre 3,5 millions.
» Cette souffrance humaine n’est pas un dommage collatéral du régime de sanctions “à pression maximale” de Washington, mais son objectif direct. Par le biais de punitions collectives brutales, de la faim et de la propagation de maladies, l’impérialisme américain cherche à fomenter un changement de régime à Téhéran dans le but d’éliminer un obstacle régional à son hégémonie sur le Golfe persique, riche en pétrole, tout en préparant à son tour une guerre avec la Chine. La pandémie de coronavirus est considérée comme une arme de plus dans l’arsenal américain. »

Qu’est-ce que je pourrais ajouter à tout cela ? Le cas est effrayant à force d’in-humanité, de misérable cruauté quasiment inconsciente, – puisque ces gens sont évidemment sans conscience, pantins-zombie du Système et rien d’autre. Ce sont des monstres froids, dans les veines desquels coule un poison sans couleur ni le moindre goût, comme une matière liquide morte s’écoulant des restes de la matière solide morte et décomposée. Leur simulacre est cousu de fils infects et qui puent la mort. Parlez-moi donc de la puissante et vertueuse Amérique, de la vibrante et exemplaire civilisation américaniste-occidentaliste, de la rutilante modernité qui sonne vide comme un tombeau profané, – mais mezzo voce, s’il vous plaît, parce que j’ai la nausée facile pour ce cas.

Lisant cela, j’ai honte d’être d’où je suis, du même monde qu’eux, de me trouver dans la même barcasse pourrie que les discoureurs de la démocratie et des droits de tout ce qui bavasse sans fin à propos de notre humanisme. J’ai honte de notre vertu et de notre satisfaction de nous-mêmes. J’ai honte du genre humain civilisé-civilisateur et de tous ses transgenres collatéraux.

La seule chose qui me retient, c’est de voir si bien identifiée, si bien visible, si reconnaissable dans sa grossièreté et le vide de ses fonctions vitales, la gueule sinistre du Système. Il n’y a pas à s’y tromper, notre destin est inscrit en lettres de feu, comme la seule possibilité de notre survie : Delenda Est Systemum.

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Bill Gates et Covid-19

Par info@dedefensa.org — 20 mars 2020 à 00:00

Bill Gates et Covid-19

Nous avons pensé que ce texte sur l’activité de Bill Gates et de sa “Fondation Bill & Melinda Gates” sur les questions épidémiques et la recherche de vaccins est d’un particulier intérêt dans ces temps de Covid-19. L’intérêt est d’autant plus grand que le signataire du texte est F. William Engdhal, auteur et économiste indépendant connu depuis longtemps pour ses positions que nous pourrions aisément qualifier d’antiSystème, et dans tous les cas, de “dissidentes” par rapport au Système. 

(Il est intéressant de consulter le Wikipédia qui lui est consacré, dans ses deux versions : la version  française est beaucoup plus objective que la version  américaniste qui lui est plutôt hostile dans le sens du Système affectionné par cette organisation, notamment en le qualifiant de “complotiste”.)

L’article de Engdhal est plutôt favorable à l’action de Bill Gates, qu’il décrit dans toute son ampleur absolument considérable et sur un ton volontairement neutre. Il s’attarde notamment et très en détail à un événement tout à fait exceptionnel, désigné Event 201, qui a eu lieu en octobre 2019, organisé par une association temporaire comprenant le Forum Économique Mondial, le Johns Hopkins Center for Health Security et la Fondation Melinda & Bill Gates  : un exercice en simulation d’une pandémie fort semblable à Covid-19, avec la participation d’un important aéropage de spécialistes qui devaient tenir le rôle qui leur est échu en cas de pandémie réelle. (Voir la  vidéo officielle de Event 201.)

Il s’agit donc là beaucoup plus d’information pure sur un sujet qui est au centre du tourbillon crisique qui secoue aujourd’hui le monde. La conclusion d’Engdahl marque une absence volontaire de parti-pris quant aux activités de Gates, mais sans exclure le pire, tout cela complètement compréhensible dans les conditions actuelles de la communication et de la situation des pouvoirs, et laissant toute latitude au jugement du lecteur : « ...[N]ous voyons qu’il n’y a pratiquement aucune région où sévit la pandémie actuelle de coronavirus qui ne porte pas les empreintes de l’omniprésent Gates. Si c’est pour le bien de l’humanité ou s’il y a lieu de s’inquiéter, le temps nous le dira. »

Le texte d’Engdhal a paru dans sa version originale le 18 mars sur le site NewEasternOutlook.org et a été repris avec traduction en français le 19 mars par le site RéseauInternational.net, qui est bien sûr la version reprise ci-dessous.

dde.org

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Le coronavirus et la Fondation Gates

On peut dire que personne n’a été plus actif que Bill Gates et la Fondation Bill et Melinda Gates pour promouvoir et financer la recherche sur les vaccins contre le coronavirus. Du parrainage d’une simulation d’une pandémie mondiale de coronavirus, quelques semaines avant l’annonce de l’épidémie à Wuhan, au financement de nombreux efforts des entreprises pour mettre au point un nouveau vaccin contre ce virus apparemment nouveau, la présence de Gates est là. Qu’est-ce que cela implique réellement ?

Nous devons admettre que Bill Gates est pour le moins prophétique. Il affirme depuis des années qu’une pandémie mondiale meurtrière va se produire et que nous ne sommes pas préparés à y faire face. Le 18 mars 2015, Gates a fait un exposé sur les épidémies à Vancouver. Ce jour-là, il a écrit sur son blog :

« Je viens de faire un bref exposé sur un sujet sur lequel j’ai beaucoup appris ces derniers temps : les épidémies. L’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest est une tragédie – au moment où j’écris ces lignes, plus de 10 000 personnes sont mortes ». Gates a ensuite ajouté : « Aussi terrible que cette épidémie ait été, la prochaine pourrait être bien pire. Le monde n’est tout simplement pas prêt à faire face à une maladie – une grippe particulièrement virulente, par exemple – qui infecte très rapidement un grand nombre de personnes. De toutes les choses qui pourraient tuer 10 millions de personnes ou plus, la plus probable est de loin une épidémie ».

Cette même année, en 2015, Bill Gates a écrit un article pour le New England Journal of Medicine intitulé « La prochaine épidémie : Leçons d’Ebola ». Il y parle d’une classe spéciale de médicaments qui « consiste à donner aux patients un ensemble de structures particulières à base d’ARN qui leur permettent de produire des protéines spécifiques (dont des anticorps). Bien que ce domaine soit très nouveau, il est prometteur car il est possible qu’une thérapie sûre puisse être conçue et mise en fabrication à grande échelle assez rapidement. Une recherche plus fondamentale ainsi que les progrès de sociétés comme Moderna et CureVac pourraient à terme faire de cette approche un outil clé pour stopper les épidémies ». Moderna et CureVac reçoivent tous deux aujourd’hui des fonds de la Fondation Gates et mènent la course au développement d’un vaccin COVID-19 approuvé, basé sur l’ARNm.

2017 et création du CEPI

Une pandémie mondiale de type grippal est en fait une chose à laquelle Gates et sa fondation bien financée ont passé des années à se préparer. En 2017, lors du Forum Économique Mondial de Davos, Gates a lancé une initiative appelée CEPI (Coalition for Epidemic Preparedness Innovations, – Coalition pour l’Innovation en matière de Préparation aux Épidémies), en collaboration avec les gouvernements de Norvège, d’Inde, du Japon et d’Allemagne, ainsi qu’avec le Wellcome Trust du Royaume-Uni. Son objectif déclaré est « d’accélérer la mise au point des vaccins dont nous aurons besoin pour contenir les apparitions » de futures épidémies. Il avait alors fait remarquer que « l’un des domaines prometteurs de la recherche sur le développement des vaccins est l’utilisation des progrès de la génomique pour cartographier l’ADN et l’ARN des agents pathogènes et fabriquer des vaccins ». Nous y reviendrons.

L'Événement 201

En 2019, Bill Gates et la fondation se lançaient à fond dans des scénarios de pandémie. Il a réalisé une vidéo sur Netflix qui a donné lieu à un scénario imaginaire inquiétant. La vidéo, qui fait partie des séries « Expliquées », imaginait un marché humide en Chine où des animaux vivants et morts sont empilés et où un virus hautement mortel éclate et se répand dans le monde entier. Gates apparaît en tant qu’expert dans la vidéo pour avertir : « Si vous pensez à quelque chose qui pourrait survenir et qui tuerait des millions de personnes, une pandémie est notre plus grand risque ». Il a déclaré que si rien n’était fait pour mieux se préparer aux pandémies, le temps viendrait où le monde regarderait en arrière et souhaiterait avoir investi davantage dans des vaccins potentiels. C’était des semaines avant que le monde n’entende parler de chauves-souris et d’un marché de produits vivants à Wuhan, en Chine.

En octobre 2019, la Fondation Gates s’est associée au Forum Économique Mondial et au Johns Hopkins Center for Health Security pour réaliser ce qu’ils ont appelé une simulation de scénario « fictif » impliquant certaines des plus grandes figures de la santé publique mondiale. Cette simulation a été appelée « Événement 201 ».

Comme le décrit leur site web, l’Événement 201 simulait une « apparition d’un nouveau coronavirus zoonotique transmis de chauve-souris à porc à l’homme, qui finit par se transmettre efficacement d’une personne à l’autre, entraînant une grave pandémie ». L’agent pathogène et la maladie qu’il provoque sont largement inspirés du SRAS, mais il est plus transmissible dans le cadre communautaire par des personnes présentant des symptômes bénins ».

Dans le scénario « Événement 201 », la maladie prend naissance dans un élevage de porcs au Brésil, se propage dans les régions à faible revenu et finit par exploser en une épidémie. La maladie est transportée par avion au Portugal, aux États-Unis et en Chine, et au-delà, au point qu’aucun pays ne peut la contrôler. Le scénario prévoit qu’aucun vaccin ne sera disponible la première année. « Comme toute la population humaine est sensible, au cours des premiers mois de la pandémie, le nombre cumulé de cas augmente de façon exponentielle, doublant chaque semaine ».

Le scénario se termine alors après 18 mois, lorsque le coronavirus fictif a causé 65 millions de morts. « La pandémie commence à ralentir en raison de la diminution du nombre de personnes sensibles. La pandémie se poursuivra à un certain rythme jusqu’à ce qu’un vaccin efficace soit disponible ou que 80 à 90% de la population mondiale ait été exposée ».

Les acteurs de l’Événement 201

Aussi intéressant que puisse être le scénario fictif de l’Événement Gates-Johns Hopkins 201 d’octobre 2019, la liste des panélistes invités à participer à la réponse mondiale imaginaire est tout aussi intéressante.

Parmi les « acteurs » sélectionnés, comme ils ont été appelés, se trouvait George Fu Gao. Le Professeur Gao est notamment Directeur du Centre chinois pour le contrôle et la Prévention des Maladies depuis 2017. Sa spécialisation comprend des recherches sur « la transmission interespèces du virus de la grippe (saut d’hôte)… Il s’intéresse également à l’écologie des virus, en particulier la relation entre le virus de la grippe et les oiseaux migrateurs ou les marchés de volailles vivantes et l’écologie et la biologie moléculaire des virus dérivés des chauves-souris ». L’écologie des virus dérivés de la chauve-souris…

Le Professeur Gao a été rejoint, entre autres, par l’ancienne Directrice Adjointe de la CIA pendant le mandat d’Obama, Avril Haines. Elle a également été l’assistante du Président Obama et la principale adjointe du Conseiller à la Sécurité Nationale. Le contre-amiral Stephen C. Redd, Directeur du Bureau de Préparation et d’Intervention en matière de Santé Publique aux Centres de Contrôle et de Prévention des Maladies (CDC) a également participé à l’événement de Gates. Ce même CDC est au centre d’un énorme scandale pour ne pas avoir à disposition des tests fonctionnant adéquats pour tester les cas de COVID-19 aux États-Unis. Leur préparation était tout sauf louable.

Le groupe était complété par Adrian Thomas, le Vice-Président de Johnson & Johnson, le géant de la médecine et de la pharmacie, qui a fait l’objet d’un scandale. Thomas est responsable de la préparation aux pandémies chez J&J, notamment du développement de vaccins contre le virus Ebola, la dengue et le VIH. Et il y avait Martin Knuchel, responsable de la gestion des crises, des urgences et de la continuité des activités pour le groupe Lufthansa Airlines. Lufthansa a été l’une des principales compagnies aériennes à réduire considérablement ses vols pendant la crise de la pandémie de COVID-19.

Tout cela montre que Bill Gates a été très préoccupé par la possibilité d’une pandémie mondiale qui, selon lui, pourrait être encore plus importante que les décès présumés dus à la mystérieuse grippe espagnole de 1918, et qu’il a lancé un avertissement au moins au cours des cinq dernières années ou plus. La Fondation Bill & Melinda Gates a également participé au financement du développement de nouveaux vaccins en utilisant les technologies de pointe d’édition de gènes du CRISPR et d’autres technologies.

Les vaccins contre le coronavirus

L’argent de la Fondation Gates soutient le développement de vaccins sur tous les fronts. La société Inovio Pharmaceuticals de Pennsylvanie a reçu 9 millions de dollars de la CEPI (Coalition for Epidemic Preparedness Innovations), soutenue par la fondation Gates, pour développer un vaccin, INO-4800, qui est sur le point d’être testé sur l’homme en avril, un délai suspectement rapide. En outre, la Fondation Gates vient de donner à la société 5 millions de dollars supplémentaires pour développer un dispositif intelligent propriétaire pour l’administration intradermique du nouveau vaccin.

En outre, les fonds de la Fondation Gates, via le CEPI, financent le développement d’une nouvelle méthode de vaccination radicale connue sous le nom d’ARN messager ou ARNm.

Ils cofinancent la société de biotechnologie de Cambridge, Massachusetts, Moderna Inc. pour développer un vaccin contre le nouveau coronavirus de Wuhan, maintenant appelé SARS-CoV-2. L’autre partenaire de Moderna est l’Institut National Américain des Allergies et des Maladies Infectieuses (NIAID), qui fait partie des Instituts Nationaux de la Santé (NIH). Le chef du NIAID est le Dr Anthony Fauci, la personne au centre de la réponse d’urgence de l’administration Trump en matière de virus. Le vaccin contre le coronavirus Fauci-Gates Moderna, ARNm-1273, a été mis en place en quelques semaines, et non en quelques années. Le 24 février, il a été envoyé directement au NIH de Fauci pour des tests sur des cobayes humains, et non sur des souris comme c’est normalement le cas. Le conseiller médical en chef de Moderna, Tal Zaks, a déclaré : « Je ne pense pas que le fait de prouver cela sur un modèle animal soit pertinent pour le porter à un essai clinique ».

Une autre admission notable de Moderna sur son site web est l’avertissement légal, « Note spéciale concernant les déclarations prospectives : …Ces risques, incertitudes et autres facteurs comprennent, entre autres : … le fait qu’il n’y a jamais eu de produit commercial utilisant la technologie ARNm dont l’utilisation ait été approuvée ». En d’autres termes, la santé et la sécurité des personnes n’ont absolument pas été prouvées.

Une autre société de biotechnologie travaillant avec la technologie ARNm non éprouvée pour développer un vaccin pour le COVID-19 est une société allemande, CureVac. Depuis 2015, CureVac a reçu de l’argent de la Fondation Gates pour développer sa propre technologie ARNm. En janvier, la CEPI, soutenue par la Fondation Gates, a accordé plus de 8 millions de dollars pour développer un vaccin à ARNm pour le nouveau coronavirus.

Ajoutez à cela le fait que la Fondation Gates et les entités connexes telles que la CEPI constituent les plus grands bailleurs de fonds de l’entité public-privé connue sous le nom d’OMS, et que son directeur actuel, Tedros Adhanom, le premier Directeur de l’OMS de l’histoire à ne pas être médecin, a travaillé pendant des années sur le VIH avec la Fondation Gates lorsque Tedros était Ministre du gouvernement en Éthiopie, et nous voyons qu’il n’y a pratiquement aucune région où sévit la pandémie actuelle de coronavirus qui ne porte pas les empreintes de l’omniprésent Gates. Si c’est pour le bien de l’humanité ou s’il y a lieu de s’inquiéter, le temps nous le dira.

F. William Engdahl

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Covid-19 en Russie

Par info@dedefensa.org — 19 mars 2020 à 00:00

Covid-19 en Russie

Comme on m’a demandé (à plusieurs reprises) de commenter ce sujet de la situation du coronavirus en Russie, je le ferai, mais comme je ne suis en rien un expert dans le domaine de la santé publique, je serai bref et m’en tiendrai à ce que je sais avec certitude. À la date de ce matin, il y a eu 93 cas de personnes atteintes de COVID-19 ; cinq d’entre elles se sont rétablies ; 109 939 personnes ont été testées sur une population totale de 145 millions. Cela représente 0,00006% de la population infectée sur 0,075% de la population testée. La plupart des personnes qui ont été infectées ont présenté des symptômes légers de type grippal, voire aucun. Aucun patient n’est décédé.

La réponse a été assez complète, dans le but de prévenir une épidémie. Les écoles et de nombreux lieux publics sont fermés. Les postes frontières sont fermés. Les citoyens rapatriés des pays touchés par le COVID-19 sur des vols charters atterrissent tous dans un seul terminal d’aéroport de haute sécurité et sont testés et mis en quarantaine. Toutes les personnes concernées qui ne peuvent pas travailler bénéficient automatiquement d’un congé maladie payé. Ça c’est  en Russie.

Dans l’ensemble, ce que les gens doivent comprendre, c’est que pour la plupart d’entre eux, être infecté par ce coronavirus particulier – qui est un parmi tant d’autres en circulation – serait un non-événement. Celui-ci est présent chez les chauves-souris – qui n’en tombent pas malades – et a très probablement été transmis à l’homme par contact accidentel avec le guano de chauve-souris.

D’après l’expérience de la Chine, qui a maintenant largement vaincu cette épidémie, certaines personnes – en particulier les personnes âgées, les malades chroniques et les fumeurs – peuvent manifester un essoufflement, auquel cas les mettre sous oxygène peut les aider. Parmi elles, certaines développent des complications telles que l’insuffisance respiratoire et la septicémie et meurent en quelques heures (sans traitement) ou en quelques jours (avec traitement). Dans ces cas, le virus altère la réponse immunitaire dans les poumons, qui sont alors infectés par des bactéries et/ou des champignons normalement présents ailleurs dans leur corps ou dans leur environnement. Le placement de ces patients en soins intensifs est une mesure désespérée qui ne les sauve pas nécessairement.

Bien sûr, si vous vivez dans un pays qui était de toute façon sur le point de s’effondrer, ce coronavirus pourrait très facilement faciliter cet effondrement, mais tout autre toux ou éternuement le pourrait aussi. La première étape de l’effondrement, sur un total de cinq étapes, est appelée… l’effondrement financier.

Oh, et au cas où vous vous poseriez la question, le fait de manquer de papier toilette et d’en stocker en réponse à une menace de coronavirus est le symptôme d’une maladie – mentale – entièrement différente qui peut très bien s’avérer mortelle. Plus curieusement, elle semble affecter le cortex cérébral via le rectum.

 

17 mars 2020, Club Orlov– Traduction du Sakerfrancophone

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Le plus bête de tous les virus du monde

Par info@dedefensa.org — 19 mars 2020 à 00:00

Le plus bête de tous les virus du monde

19 mars 2020 – N’installons pas un suspens artificiel et donnons aussitôt au chat la langue qu’il attend de nous : “le plus bête de tous les virus”, c’est la sottise humaine, particulièrement de nos époques et de nos contrées, surtout quand elle atteint le stade suprême et indépassable de la connerie postmoderne, et qu’elle occupe les places institutionnelles les plus influentes pour l’orientation de la recherche de l’information et de la communication dans notre domaine. Covid-19 nous donne l’occasion d’explorer un coin de cette immensité de la bêtise humaine qui était encore terra incognita.

La chaîne qui nous y conduit ne doit pourtant pas nous surprendre, et pourtant elle a tout de même réussi à me surprendre, moi, le vieil homme recru et revenu de tout, et qui se découvre ainsi encore vulnérable aux mauvaises surprises. Dans quel caniveau sont donc tombés ces brillants représentants de nos responsabilités civilisatrices, et pour le cas, l’un des plus purs joyaux d’entre eux dans le chef emplumé et saumoné du Financial Times (dit-FT pour les cocktails) ? Je parle d’une “fuite” bien organisé, provenant d’un service de l’Union Européenne, que nous nommerons StratCom (Strategic Communications), simplement parce que c’est son titre officiel. StratCom a donc accouché d’un “rapport interne” impliquant, comme agitateur sinon concepteur de ce qui peut être perçu de panique dans la crise Codiv-19, – qui donc ? Qui est impliqué, non accusé, non condamné ? Who else, je vous le demande, sinon la Russie, les Russes, diabolique-Mr.-Poutine & le reste ?

En date du 18 mars 2020, alors que je fêtais dans l’atmosphère festive qu’on imagine mon 76èmeanniversaire, messieurs Michael Peel et Sam Fleming, qui représentent avec une extrême assurance, type-Brexit, la référence-FT à Bruxelles, publiaient  un article digne des plus grandes alarmes, sous le titre impératif de (interprétation dans le sens de la compréhension pour tous) : « L’UE avertit qu’une campagne pro-Kremlin de désinformation sur le coronavirus est en cours. »

Tremblez dans vos chaumières, et priez que l’UE, qui fait déjà tant pour nous face à ce “fléau de Dieu” qu’est Covid-19, ait assez effrayé les Russes sur ce coup pour que tout rentre dans l’ordre et que nous puissions enfin ne plus paniquer qu’entre nous, entre civilisés veux-je dire. Car enfin, pour ne pas paniquer, il suffit de suivre les autorités et leurs sinuosités sans nombre, les babord-tribord, les “c’est horrible”-“ce n’est rien du tout”, les “quelques centaines de morts”-“des millions de morts”, les “plus personne ne travaille”-“qu’est-ce qu’ils attendent pour travailler”, – de nos dirigeants, de nos scientifiques, de nos journalistes, de nos commentateurs, de nos éditorialistes, de nos vedettes-MeToo d’Hollywood, de nos disc-jokeys, – et aussitôt le calme nous baigne à nouveau puisque tout s’éclaire et que l’on a enfin tout compris.

Poursuivons l’instruction du dossier... Voici quelques extraits de la prose-FT, et donc de la prose StratCom-UE :

« Russian pro-Kremlin media have mounted a “significant disinformation campaign” to aggravate the coronavirus pandemic crisis in western countries by destroying confidence in the emergency response, according to an internal EU report.
» The effort aims to stoke “confusion, panic and fear” and stop people obtaining good information about the contagion, as part of a broader strategy to “subvert European societies from within”, the European diplomatic service analysis says.
» The nine-page report — dated March 16 and seen by the Financial Times — outlines a wide range of attempts internationally to exploit the Covid-19 pandemic by spreading implausible narratives. It says the effectiveness of vetting put in place by social media companies for coronavirus content is still unclear. […]
» The EU has recorded almost 80 cases in its database of Covid-19-related disinformation efforts since January 22, the report says… […]
»  “The campaign is designed to exacerbate confusion, panic and fear, and to prevent people from accessing reliable information about the virus and public safety provisions,” the EU document says, noting there is evidence pro-Kremlin outlets often do not author disinformation themselves, but amplify false or unsubstantiated reports from other sources. “These efforts are in line with the Kremlin’s broader strategy of attempting to subvert European societies from within by exploiting their vulnerabilities and divisions.”
» The European External Action Service declined to comment on the document. It said it had intensified its monitoring and exposure of disinformation flows because of the pandemic and was working closely on this with international partners, including Nato and the G7 leading economies. »

L'un des premiers à s’aviser de l’initiative du StratCom-UE est Nabojsa Malic, journaliste serbo-américain collaborateur de RT.com, le 17 mars. Le début de son article, d’une ironie tellement désabusée tant la bêtise ne cesse de se répéter : « Quand tout le reste a échoué, il reste à blâmer la Russie. Telle semble être l’approche de l'UE pour détourner les reproches de [l’absence, voire l’inexistence de]sa réponse à la pandémie de coronavirus, sans doute parce que cette approche a si bien fonctionné pour les intérêts des démocrates aux États-Unis ou à Londres dans l’affaire Skripal... »

Depuis, d’autres s’y sont mis ; la plupart pour suivre la ligne RT-StratCom, quelques-uns, du clan des antiSystème, pour la moquer. Tout cela forme l’habituelle tambouille qu’on remet régulièrement à cuire depuis 2014, le Russiagate, etc. Le service StratCom, dit une source dont je suis sûr et qui a assisté à toute la mise en place du “machin”, explique que l’UE a suivi les US (bien entendu) autour de 2016-2017, suivant la campagne anti-Trump, c’est-à-dire le Russiagate dont il s’est avéré depuis qu’il ne reposait  sur rien du tout de tangible, de concret, de crédible, de matériel, – bref rien d’existant, simulacre complet. Le service StratCom, lui, avait été mis en place spécifiquement pour une autre dimension fameuse du même simulacre, la lutte contre les FakeNews, ce qu’on appelle parfois sur ce site le FakeNewsisme. (Le sérieux de l’affaire dont je parle ici est bien détaillé par Malic dans son article référencé.)

Je le répète, je connais bien ma source, et je l’ai rarement vue aussi furieuse, presque honteuse que l’institution où elle a travaillé si longtemps accouche de monstres aussi chargés d’une si grandiose bêtise, aussi nullissime, et sortant ce monstre-là (StratCom) sortant lui-même un monstre de son tiroir (rapport Russiagate-Covid19), sans aucun sens, sans aucune preuve ni le moindre signe, sans rien du tout, c’est-à-dire exactement ce qu’il faut pour mériter un article dans le prestigieux et saumoné FT (“Ici Londres, ici Londres, des crétins parlent aux crétins”).

“Je les connais bien, dit ma source, déchaînée, ils ont été recrutés n’importe comment pour former ce service complètement de circonstance, PR ou pub comme on veut, ils ne représentent rien sinon la propagande la plus vulgaire et la plus conformiste ! Et ils vous sortent un rapport de huit pages mettant en cause la Russie à partir de ‘80 cas’, c’est-à-dire autant de tweets, de nouvelles repiquées ou un truc du genre, sur des milliers et des millions d’élucubrations et d’affirmations dans tous les sens que provoque l’affaire du Coronavirus ; et ces gens-là ont ainsi l’impression d’exister et d’intéresser les autres, – et en avant pour un nouveau chapitre du Russiagate, commençant par un article du FT !”

Un passage de l’article du FT (traduit pour l’occasion), citant abondamment le rapport, laisse effectivement percer la technique des Pieds-Nickelés de la communication, puisqu’il parle de la méchanceté des Russes à partir de l’utilisation qu’ils feraient sûrement, ça-ne-fait-aucun-doute, – d’ailleurs, il n’y a aucune preuve, alors-hein ! – de multitudes d’informations contradictoires de toutes provenances dans le bloc-BAO qui bourdonne de réseaux sociaux, notamment informations officielles et officiellement contradictoires de chez nous, qu’ils relaient et exploitent comme de pauvres prisonniers de l’opposition libérale et anti-poutinienne dans les mines de sel. L’accusation lancée contre les Russes revient, au fond, à les accuser de se faire le reflet de notre désordre, et nous empêcher ainsi de découvrir le vrai dans ce bordel-Système régnant absolument chez nous, c’est-à-dire le vrai bordel, tel qu’il est, bordélique veux-je dire, – et voilà nos Pieds-Nickelés tout fiérots, eux qui sont les fiers représentants du monstre-UE dont les capacités en matière de bordel sont infinies à nous laisser béats...

« La stratégie pro-Kremlin en matière de[communication sur la] pandémie consiste à “déployer des dizaines de récits[narrativedifférents et souvent contradictoires, qui sont diffusés par les canaux officiels, ainsi qu'en ligne et par les médias sociaux”, affirme l'analyse européenne.
» “La campagne est conçue pour exacerber la confusion, la panique et la peur, et pour empêcher les gens d'avoir accès à des informations fiables sur le virus et les dispositions de sécurité publique”, indique le document de l'UE, notant qu'il est prouvé que les médias pro-Kremlin ne sont pas eux-mêmes les auteurs de la désinformation, mais amplifient les rapports faux ou non fondés provenant d'autres sources. »

... Formidable ! Les Russes ne font qu’utiliser nos propres conneries, ils ne sont pas les auteurs de la désinformation qu’ils répandent prétendument, ils piochent dans notre désordre pour le réutiliser, et il paraît que cela nous empêche “d’avoir accès à des informations fiables”, – c’est-à-dire à la vérité, – la “vérité de notre bordel”, – “le vrai bordel, tel qu’il est, bordélique veux-je dire”.

Moi, j’ai envie de demander quelque chose à StratCom : pourquoi ils ne nous disent pas ce qu’est la vérité de ce fabuleux bordel qu’est la communication autour de Covid-19, puisque j’imagine qu’ils doivent la connaître, non ? La vérité sur le bordel, StratCom ! Ma parole, ça coupera l’herbe déjà coupée sous les pieds des Russes.

Et voilà comment l’UE, finalement, et contre toute attente et toutes les mauvaises langues du bloc-BAO qu’utilise le Kremlin à son avantage, se montre d’une formidable utilité, 
1) pour mener jusqu’à la victoire la “guerre” (« Nous sommes en guerre ») contre Covid-19, et
2) pour montrer la puissance et l’intérêt de son existence pour tous les pays qu’elle (l’UE) regroupe et qui soupirent en-dedans eux “Ah, si l’UE, et surtout StratCom n’étaient pas là, nous ne saurions plus où nous en sommes avec Covid-19”.

Allez, la récréation est finie, passons aux choses sérieuses. Quand est-ce qu’on attaque la Russie pour nous débarrasser de Covid-19 ?

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A la guerre comme à la guerre

Par info@dedefensa.org — 19 mars 2020 à 00:00

A la guerre comme à la guerre

Fermer les casinos

L’Italie et l’Espagne ont interdit la spéculation boursière à la baisse. Dans le contexte des chutes des valeurs des ‘actifs’, il n’est plus possible d’emprunter un titre pour le revendre plus tard à un prix plus bas et d’empocher la différence. Cette mesure est valable un mois et susceptible d’être prorogée. Elle est appliquée même si l’acquéreur-emprunteur offre en garantie une couverture de titres. 

Cette pratique largement employée avec souvent des leviers multiplicateurs de risque précipite la chute des cotes des titres empruntés et attaqués. Elle n’a pas d’autre utilité sociale que de détruire et de faire s’évaporer d’énormes quantités monétaires dans les situations de crise. Son interdiction pour l’instant n’a pas ralenti la dégringolade mais elle prouve que le politique peut parfois prendre des décisions en dépit des pressions des institutions qui tirent profit de leur savoir-faire (l’ingénierie financière, finalement pas si ardue à acquérir) en louvoyant dans une forêts de règles qu’elles ont aidé à promulguer. Quels hommes politiques proposent de fermer la Bourse et de permettre des cotations qu’une fois par semaine ? En une semaine, les données des entreprises, commandes, chiffres d’affaire, perspectives de changements de produits en fonction des résultats de la recherche et du développement, ne subissent que des fluctuations objectives très faibles. 

Quels hommes politiques oseraient se lever pour réclamer que cesse la prédation boursière qui absorbe la « création monétaire » en l’orientant dans des domaines profitables pour les initiés et non pour la population. Le public sait ou devrait savoir qu’une annonce de licenciement est le signal pour une revalorisation de l’entreprise cotée. Il doit être mis fin urgemment à ce scandale.

Le cataclysme financier était inévitable compte tenu de l’empilement des dettes des entreprises et des ménages, singulièrement aux Usa. Le Sars-cov-2 est le minuscule grain de sable qui est le catalyseur de la révélation des survalorisations boursières.  

Il met en évidence ce que les esprits qui n’ont pas abdiqué devant la pensée hégémonique emmenée par les boys de l’École de Chicago, à savoir que la production des biens réels échangeables est la base indispensable noyée sous la superstructure financière. Avoir délégué à la Chine le rôle d’usine du monde selon la nouvelle division internationale du travail a créé des dépendances et des fragilités du système. A la moindre défaillance, le dogme généralisé des flux tendus met en péril l’approvisionnement en produits essentiels comme le médicament. La Chine a jusque-là refusé d’utiliser contre quelque nation que ce soit, y compris la plus agressive à son encontre, cette arme stratégique du médicament.

Les autorités de contrôle de la Bourse quand il y a ‘dévissage’ trop rapide ferment momentanément les cotations. En situation de guerre qui de toutes les manières est en train de compromettre sérieusement les capacités de redressement de cette activité nuisible, fermer définitivement serait en faveur du salut public.

Les Nationalisations

L’Italie a nationalisé la compagnie aérienne Alitalia. En difficulté depuis des années, elle est sous tutelle administrative depuis le rejet par les salariés d’un plan de licenciement prévoyant la suppression de plus d’un emploi sur dix. Il se redécouvre maintenant que certaines activités présentent un intérêt stratégique national et doivent être préservées des lois capricieuses du marché et mises sous bonne garde comme tout bien commun. La fermeture des frontières pour confinement va mettre sur la paille nombre d’entreprises.  Nées depuis la ‘libéralisation du ciel’ le nombre des compagnies low costs’est multiplié, abaissant le seuil de sécurité et le niveau d’entretien des appareils. La prolifération phénoménale du transport aérien avec une consommation accrue de kérosène a accru la pollution de l’atmosphère.

Delta Air Lines a été contrainte de réduire ses capacités de plus de 40%. L’aéroport Charles de Gaulle a fermé trois terminaux, celui d’Orly un terminal.

ADP n’aurait pas trouvé preneur dans ces conditions, d’où la remise à plus tard de sa vente. Le secteur va être sinistré et les militants de la ZAD de Notre Dame-des-Landes ont eu raison d’avoir empêché la destruction néfaste d’un écosystème inutile du point de vue du profit. Quand les responsables vont-ils mettre à profit cette aubaine pour revoir l’industrie du transport et du tourisme ?

L’application des politiques d’austérité appliquées à la santé publique en Espagne s’était traduite par des suppressions de poste massives dans le secteur hospitalier public. Délais d’attente monstrueux, surmenage du personnel aux conditions de travail dégradées et erreurs et négligences médicales ont favorisé le secteur privé. A l’affût de profits, le groupe allemand Frenesius avait acheté en 2016 la principale chaîne de cliniques privées. Actuellement, à la faveur du virus qui induit des comportements anticapitalistes, le gouvernement espagnol a nationalisé les cliniques privées. 

En France, il est seulement question de réquisitionner des hôtels contre compensation financière.

L’épreuve de la pandémie pour certains gouvernements responsables fait émerger des solutions de protection de la population qui sont tout à l’opposé de ce qui s’est pratiqué jusque-là. Quel autre bien commun supérieur y a-t-il à protéger que la santé et la vie ? Les ressources qui doivent lui être allouées relèvent de manière optimale d’une propriété et d’une gestion collectives. On ne doit pas laisser à l’appréciation de fondés de pouvoir de banques privées les orientations politiques et économiques qui régissent la vie de sociétés. Le ‘moins d’Etat’ réclamé par les Libertariensnécessite des contraintes budgétaires qui hypertrophient un appareil législatif et les forces de maintien de l’ordre, c’est-à-dire police et justice répressives. Le mouvement des Gilets Jaunes en a été la démonstration éclatante. La machinerie destructrice du bien public ne tenait que par la force des grenades de désencerclement, de LBD, de gaz lacrymogènes asphyxiants, de gardes à vue et d’emprisonnement. Plus tard de 49-3, sans autre légitimité.

Nationaliser les biens publics bradés précédemment et inscrire dans la Constitution qu’ils sont inaliénables est d’une urgence absolue en vue de la sécurité de la population. Cela concerne en premier lieu le transport, l’énergie, l’eau, la santé, l’école.

Comité de Transition

Devant l’incurie patente des préposés du capitalisme qui ont failli à leur tâche de protection de la population mise en danger par les traits qui les caractérisent : incompétence, corruption et irresponsabilité, il s’impose de réclamer et de désigner un Comité. Il prendrait en charge le maintien des structures administratives qui permettent le fonctionnement du pays. Ce Comité veillerait dans un premier temps à la sécurité sanitaire et alimentaire de la population. Le superflu serait suspendu.

Tous les moyens nécessaires aux soins et à la prévention seraient donnés aux soignants et aux épidémiologistes. Le Comité devrait imposer la réquisition de tout ce qui est disponible pour hospitaliser et isoler les malades même légers excréteurs du virus. 

Des traitements dont l’innocuité est démontrée pourraient être essayés pour réduire la phase de portage du virus et ravitailler le pays en moyens de protections, masques et désinfectants. S’il le faut, nationaliser des usines susceptibles de les fournir rapidement.

La production de biens stratégiques et essentiels serait maintenue voire réorientée selon les besoins du moment. Le Ministère du Travail au lieu de traquer les chômeurs pour les priver de leurs droits devrait recenser quoi fermer et quoi réorienter pour répondre à l’urgence sanitaire. Une fabrique de cosmétique peut tout à fait adapter rapidement ses chaînes à produire du gel hydro-alcoolique. La 6èmeou 7èmepuissance économique mondiale devrait pouvoir fabriquer les masques médicaux dont on manque tant. Les machines-outils capables de fournir la matière faite de microfilaments synthétiques tissés devraient remplacer les chaînes automobiles. La Chine l’a bien fait.

Les logements ou locaux vides seraient réquisitionnés pour les sans-abris.

Des mesures seraient prises pour protéger la population carcérale. Les prisons sont surpeuplées et la promiscuité dans les cellules et les promenades un moyen infaillible de propagation de la virose. L’Iran a bien libéré récemment 70 000 prisonniers dans ce but.

La grande distribution serait nationalisée. Les denrées de base devraient être fournis gratuitement et rationnées par famille ou foyer.

Plus que contraindre la population par la force ou l’amende, des explications cohérentes et rassurantes sur la prévention par le confinement devraient être communiquées. La population mérite d’être renseignée correctement par la mise en place de centres téléphoniques conséquents. Nul ne mettrait en doute ni en cause des dispositions claires, simples, non contradictoires et rationnellement exposées.

De toute urgence, au niveau international, ce Comité de Salut Public exigerait la levée de sanctions économiques prises à l’encontre d’États, lesquelles mettent en danger les populations par carence d’accès aux médicaments et par impossibilité de pratiquer le confinement. Gaza et l’Iran appartiennent à la liste et une révision radicale des alliances internationales serait entreprise.

Car qui encore peut faire confiance à une bande dont le chef a retardé délibérément les mesures pour empêcher l’épidémie de s’installer et d’enfler. Et qui de plus prend des poses ridicules pour parler de guerre sans se donner les moyens de la gagner.

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Quand la marmite bout

Par info@dedefensa.org — 18 mars 2020 à 00:00

Quand la marmite bout

“Une marmite surveillée ne bout jamais”, dit un vieux dicton. Mais un empire surveillé ne s’effondre-t-il jamais ? Ben si bien sûr ! Tous les empires finissent par s’effondrer, sans exception. Une fois qu’un empire commence à se diriger vers l’effondrement, la surveillance peut prendre un certain temps, surtout si aucun nouvel empire naissant n’est prêt à prendre la relève. Ce qu’il faut surveiller est le moment où un événement lié à l’effondrement déclenche immédiatement le suivant, et le suivant. Cela nous indique qu’une boucle de rétroaction auto-renforcée a pris forme et que le processus d’effondrement prend de l’ampleur, non plus en raison de tendances à long terme mais d’une logique interne propre, bien qu’il soit certainement aidé par des chocs externes, certains plus importants que d’autres.

Un choc particulièrement important pour le système est arrivé la semaine dernière, le 6 mars 2020. Le système en question est celui du  pétrodollar  qui a permis aux États-Unis de pomper des ressources du reste du monde, en se nourrissant, et en s’habillant sur son dos, gavé simplement par l’émission de dettes. Pourquoi se concentrer spécifiquement sur le pétrole ? Dans son excellent rapport  « Le pétrole dans une perspective de matières premières critiques », Simon Michaux écrit : « Aujourd’hui, environ 90% de la chaîne d’approvisionnement de tous les produits fabriqués industriellement dépendent de la disponibilité de produits ou de services dérivés du pétrole ». Sans pétrole, rien ne se fait et rien ne bouge. Mais le pétrole est une ressource finie et non renouvelable, et c’est le talon d’Achille d’un empire construit principalement sur le contrôle du marché international du pétrole brut par l’émission de dettes.

Ce qui s’est passé vendredi dernier, c’est que le ministre russe de l’énergie, Alexander Novak, a refusé de prolonger l’accord de la Russie avec l’OPEP, en vigueur depuis le 30 novembre 2016, pour limiter la production, empêcher le prix du pétrole de s’effondrer, permettant ainsi aux producteurs américains de pétrole de schiste d’augmenter leur production et, théoriquement, de prendre des parts de marché à l’OPEP et à la Russie… sauf que ni l’OPEP ni la Russie n’ont suffisamment de capacités de réserve pour augmenter de manière significative leur part de marché dans tous les cas. Cet accord restera en vigueur jusqu’à la fin du mois de mars et, en réaction, les prix à terme du pétrole se sont effondrés immédiatement après l’annonce, le prix de référence du Brent étant actuellement de 36,87 dollars le baril seulement, alors qu’à la fin de l’année dernière il était à près de 70 dollars le baril. L’Arabie saoudite a annoncé qu’elle supprimait toutes les contraintes volontaires sur la production tout en accordant des rabais à ses principaux clients. Pourquoi les décisions de la Russie et de l’Arabie saoudite marquent-elles le début de la fin du pétrodollar ? La réponse à cette question est à portée de main, mais elle n’est pas particulièrement connue – et, étant donné la réticence et la timidité des médias occidentaux à divulguer des nouvelles indésirables, elle ne le sera peut-être jamais.

Passant sur une grande partie de l’histoire ancienne, et citant à nouveau le rapport de Michaux, « La production mondiale de pétrole a plafonné en janvier 2005 pendant 58 mois jusqu’en octobre 2009 ». Contrairement aux précédents chocs pétroliers, qui étaient tous de nature politique, celui-ci a été motivé par la géologie et les limites technologiques : la production de pétrole conventionnel ne pouvait plus répondre à la demande. Il en est résulté un énorme pic de prix – un record historique en termes corrigés de l’inflation – qui a atteint 147,27 dollars sur les marchés le 11 juillet 2008. Les marchés du crédit ont rapidement été paralysés. Le 25 septembre 2008, craignant que le plan de sauvetage de 700 milliards de dollars ne suffise pas, le président George W. Bush a déclaré « Si l’argent n’est pas libéré, ce pigeon pourrait tomber » – c’est ce que dit le  N.Y. Times. Mais il a fallu bien plus que 700 milliards de dollars pour empêcher la chute de ce pigeon : en novembre 2008, la Réserve fédérale a lancé l’assouplissement quantitatif (QE1), un moyen de maintenir le système bancaire en vie en émettant de l’argent gratuit sans aucun adossement à l’économie physique des biens et des services. La Banque centrale européenne et la Banque du Japon ont suivi le mouvement en lançant leurs propres programmes similaires. Constatant que le QE1 était insuffisant pour prévenir un effondrement imminent, la Fed a lancé le programme QE2 en novembre 2010, suivi du QE3 qui s’est poursuivi jusqu’en 2014.

Il n’est pas surprenant que le QE n’ait pas fait grand-chose pour améliorer les capacités de production. Une grande partie de l’argent a fini dans les portefeuilles de quelques personnes bien introduites ; une autre a servi à alimenter un certain nombre de bulles spéculatives, en particulier dans l’immobilier, au point que la moitié de la population des États-Unis ne peut se permettre de se loger à un prix raisonnable. La Réserve fédérale est aujourd’hui le propriétaire ultime d’environ la moitié du parc immobilier, dont une grande partie est vide alors que de nombreuses personnes, y compris celles qui ont un emploi, sont obligées de se serrer les unes contre les autres dans des espaces restreints, de dormir dans leur voiture ou de vivre dans la rue. Tel est le coût social qu’il faut payer pour empêcher l’effondrement de la pyramide de la dette, basée sur le pétrodollar, qui est si importante. Il aurait peut-être été préférable de laisser tomber ce pigeon. Après tout, si l’industrie mondiale a un élément sacrificiel – le maillon le plus faible, si vous voulez – c’est le secteur financier. Il s’agit d’informations numériques et de bouts de papier, et la réinitialisation la moins chère que l’on puisse imaginer consiste à cliquer sur “supprimer”, à déchirer le papier et à recommencer. Beaucoup de gens accusent maintenant les politiques des banques centrales d’être responsables de ce désastre. La faute des banquiers centraux est qu’ils ont continué à vivre sous respiration artificielle au lieu de se suicider rapidement eux-même. Je pense que cela aurait été trop leur demander.

Mais un développement important lié à l’énergie s’est produit : les États-Unis ont commencé à produire beaucoup de pétrole. Il s’agissait en pratique exclusivement de « pétrole de réservoirs étanches ou tight oil »provenant de formations de schiste non poreux, dont l’extraction est très coûteuse et qui n’aurait jamais été produit sans l’afflux d’argent gratuit. Encore Michaux : « …les schistes américains (tight oil, fracturation avec forage horizontal) ont contribué à 71,4% de la nouvelle offre mondiale de pétrole depuis 2005. »Le tableau n’est pas rose : les sociétés de fracturation se sont endettées, la plupart d’entre elles n’ont pas pu maintenir un flux de trésorerie positif même avec des prix du pétrole relativement élevés – grâce à la discipline OPEP/OPEP+ – et beaucoup d’entre elles ont passé une grande partie de leur temps en faillite en vertu du chapitre 11. Ajoutez à cela le fait que le pétrole issu de cette fracturation est de qualité plutôt médiocre, que la plupart des points les plus productifs (sweet spot) ont déjà été siphonnés, et que beaucoup de nouveaux puits non seulement s’épuisent très rapidement mais produisent de plus en plus de gaz et de moins en moins de pétrole. Même avec des forages effrénés, il semble que la production de pétrole issu de la fracturation ait déjà commencé à plafonner, une seule province – la zone dite du Permien – montrant encore des signes de croissance de sa production future.

Pendant ce temps, les prix du pétrole, suffisamment élevés pour rendre possible la fracturation – bien qu’elle ne soit pas encore tout à fait solvable, et encore moins rentable -, maintenus gratuitement grâce à la gentillesse de l’OPEP et de la Russie, ont continué à ronger l’économie physique des biens et des services, entraînant son rétrécissement. Les politiques du “Tais-toi et prend le pognon !” des banques centrales ont contribué à rendre l’argent plus beau et plus facile à utiliser, mais la dégradation sous-jacente a fini par se manifester même dans le nuage du financement par de la fausse monnaie. En septembre 2019, il s’est soudain avéré que plus personne n’était prêt à accepter les dettes émises  par le Trésor américain – censée être l’investissement le plus sûr possible – comme garantie pour des prêts au jour le jour appelés “repurchase agreements” ou REPO. L’idée est de mettre en gage une partie de votre portefeuille le soir, de la récupérer le matin en payant un petit montant d’intérêt et de rester solvable pendant la nuit. Mais lorsque les prêteurs sur gages ont commencé à refuser la dette du Trésor américain, la Réserve fédérale a été obligée d’intervenir et d’agir comme une sorte de prêteur sur gages de dernier recours. Elle dispose actuellement d’une limite d’opération globale de 150 milliards de dollars et est sur-souscrite, la demande actuelle étant d’environ 216 milliards de dollars. Comme pour tout prêteur sur gages, les clients de la facilité REPO ne sont pas obligés de racheter la garantie et peuvent laisser la Fed tenir le sac. Nous ne savons pas encore combien de fois cela s’est produit ; la Fed reste muette à ce sujet. Mais le marché REPO peut être un moyen sournois d’encaisser la dette américaine – jusqu’à environ 40 000 milliards de dollars par an, ce qui devrait suffire à monétiser la totalité de la dette fédérale américaine en moins de mois qu’il n’en faut pour avoir un bébé.

Cette folie du REPO, qui n’est que théoriquement différente de la monétisation directe de la dette ou de l’impression de monnaie, semble maintenant bien ancrée et prête à se développer davantage. Mais ce n’était pas suffisant et, en octobre 2019, la Fed a décidé de lancer la phase suivante d’assouplissement quantitatif, en lui donnant le nom accrocheur de “no-QE” – Qui a dit : « Ne jamais croire en une politique avant qu’elle ne soit officiellement niée » ?  Bismarck ?  Sir Humphrey Appleby ? Ce qui a rendu nécessaire le“no-QE” est que les économies de l’Occident dans son ensemble plus le Japon et quelques autres nations sont entrées en récession au cours de la seconde moitié de 2019. La production industrielle allemande n’a cessé de diminuer depuis un an ; le Japon n’est pas loin derrière. Les seules économies industrielles qui continuent à croître sont la Chine et la Russie, mais même la croissance chinoise n’a jamais été aussi lente depuis des décennies. Mais Donald Trump avait promis “to ‘Make America Great Again’” et, ayant renoncé au grand projet de rapatrier la production industrielle qui avait été externalisée en Chine et ailleurs il y a plusieurs générations, il a dû au moins faire en sorte que cela ait l’air bien en maintenant diverses bulles financières gonflées, en particulier dans les domaines des actions et de l’immobilier, grâce à une politique monétaire souple.

Malgré ces vaillants efforts, vers le 20 février, la bourse a commencé à avoir des vapeurs. Le nouveau coronavirus COVID-19 est arrivé sur la scène, provoquant l’arrêt temporaire de grandes parties de l’économie en Chine, en Italie et ailleurs, dans le but de retarder sa propagation jusqu’à ce que des traitements soient trouvés ou un vaccin créé. Il s’agit d’une maladie semblable à la grippe, mais avec un taux de mortalité nettement plus élevé que celui de la grippe saisonnière ordinaire. Elle tue principalement les personnes âgées et les gens malades tout en épargnant presque complètement les enfants en bonne santé et en provoquant des symptômes relativement bénins chez les adultes en bonne santé. Ce n’est en aucun cas la fin du monde, bien que si on lui permet de suivre son cours, elle emportera des dizaines de millions de personnes dans le monde entier, la plupart d’entre elles étant soit à la retraite, soit atteintes de maladies préexistantes, soit les deux, bien que l’incompétence des autorités et la panique puissent aggraver la situation. Dans l’ensemble, aussi peu aimable soit-il, le coronavirus fait à la société humaine ce qu’une meute de loups fait pour un troupeau de cerfs : il écrête sa pyramide des âges et le garde en bonne santé en éliminant les vieux et les malades. Il y a cependant quelque chose de très particulier à ce sujet : le COVID-19 semble affecter le cerveau, et d’une manière très particulière – par l’anus. Il provoque une accumulation de papier toilette, entre autres choses ! – bien entendu, des troubles psychologiques préexistants peuvent être à l’origine de cet effet. En tout cas, les rouleaux de papier toilette sont beaucoup plus efficaces pour museler les cris d’angoisse que ces masques de protection en papier peu solides qui sont si populaires aujourd’hui.

En tout cas, la peur du coronavirus a certainement suffi à mettre en état de choc une économie américaine déjà mal en point. Mais ensuite, comme cela arrive si souvent lorsqu’un régime détesté et voyou trébuche et tombe à genoux, les poignards seront de sortie. Les  Ides de mars  sont arrivées une semaine plus tôt cette année, et maintenant la campagne de réélection de Mr. MAGA s’achève lentement dans une flaque de liquide orange collant, ses lèvres blanchies prononçant les mots “Toi aussi, Mohammed ?”En fait, il n’y a rien de personnel. C’est entre les États-Unis et la Russie, où il y a un très gros compte à régler, avec en prime l’Arabie Saoudite, très heureuse de sortir son poignard. Vous voyez, les Russes ne sont pas particulièrement heureux de ce qui s’est passé à la fin des années 1980, lorsque les États-Unis et l’Arabie saoudite ont conspiré pour écraser financièrement l’URSS en inondant le marché du pétrole, faisant chuter le prix en dessous de 10 dollars le baril. Ils sont encore moins heureux de ce qui est arrivé à la Russie dans les années 1990, lorsque les Russes ont décidé que les Américains étaient leurs amis, et qu’ils ont été pillés, mis en faillite et presque détruits grâce aux efforts des “conseillers” et “consultants” américains. Il a fallu 20 ans à la Russie pour se remettre de cette catastrophe, et maintenant qu’elle l’a fait, elle est prête à faire aux États-Unis ce que les États-Unis lui ont fait.

Sergei Zagatin a  rassemblé  cette histoire pour nous dans un ensemble bien ordonné :

Les experts politiques occidentaux décrivent souvent l’effondrement de l’URSS comme le résultat de certaines manipulations extérieures intelligentes exécutées par l’Occident sous le commandement de Ronald Reagan. Ces manipulations ont provoqué une avalanche de problèmes économiques en URSS et ont fomenté un conflit interne au sein de l’élite soviétique. Conjugué à la grande résistance de la population face à l’échec de l’idéologie communiste, le premier État socialiste du monde s’est autodétruit. Parmi les manipulations extérieures, on peut citer le bluff de Reagan avec l’Initiative de Défense Stratégique, alias SDI ou “Stars War”, qui a forcé l’URSS à s’engager dans une course aux armements futile et ruineuse, et aussi l’effondrement du prix du pétrole, organisé avec l’Arabie saoudite, privant ainsi l’URSS de sa principale source de revenus d’exportation. Cette description est terriblement simpliste, ce qui la rend appropriée pour le lavage de cerveau des jeunes globalistes. Les Américains auraient pu tirer de précieuses leçons de l’effondrement soviétique, par exemple en prêtant attention à ma  présentation  « Closing the Collapse Gap ». Hélas, ce n’est pas le cas.

Il serait très amusant de lire dans un futur manuel d’histoire que l’Est dans son ensemble, sous la sage direction de Vladimir Poutine, a d’abord bluffé les États-Unis dans une course aux armements insensée et ruineuse – avec son déficit budgétaire de plusieurs milliers de milliards de dollars – et ensuite, juste au moment où les élites américaines ont perdu tout sens de l’unité alors que la bourse perdait 15% en une seule semaine, a fait s’effondrer le marché du pétrole, et avec lui l’économie occidentale. En bref, Poutine aura fait aux États-Unis ce que Reagan avait fait à l’URSS. Cette explication serait-elle aussi terriblement simpliste ? Sans aucun doute, elle conviendrait tout aussi bien pour corrompre l’esprit des jeunes nationalistes. Quoi qu’il en soit, il y a une question plus importante à laquelle il faut répondre : pourquoi la Russie a-t-elle décidé de faire chuter le marché du pétrole le vendredi 6 mars 2020 ?

Passons en revue les positions des trois principaux concurrents du marché pétrolier :

• La Russie affiche un excédent budgétaire national sain, calculé sur la base d’un prix du pétrole à 40 dollars le baril. Elle dispose de plus de 500 milliards de dollars de réserves financières. Le pétrole est un poste d’exportation important pour la Russie, fournissant environ un tiers des recettes du budget fédéral. Mais la Russie n’a plus besoin d’exporter du pétrole pour maintenir une balance commerciale positive. La Russie n’est pas particulièrement dépendante des importations, ayant mis en place avec succès un programme de remplacement des importations. Elle est politiquement stable et militairement invincible.

• Le budget de l’Arabie saoudite ne peut demeurer à flot, que si le prix du pétrole atteint en moyenne 85 dollars le baril. Elle dispose également de réserves d’environ 500 milliards de dollar. L’Arabie saoudite est très dépendante des importations et compte beaucoup sur la main-d’œuvre étrangère. Elle est politiquement instable – le jeune Mohammed est actuellement occupé à emprisonner les membres de sa propre famille – et militairement si faible que même les Yéménites affamés peuvent emporter des victoires contre son armée.

• Le budget fédéral américain ne dépend pas du prix du pétrole, mais il présente un déficit de 1000 milliards de dollars sur un total de 4 700 milliards de dollars. Ce pays a également la plus grande dette fédérale au monde, soit environ 23 400 milliards de dollars. Son existence repose donc sur sa capacité à imprimer de l’argent et à contrôler les pétrodollars. Dans ce contexte, ses réserves sont très faibles. Il traverse politiquement une phase chaotique, les différentes factions de l’élite dirigeante étant ouvertement hostiles les unes envers les autres et incapables de régler leurs différends dans le cadre d’un État de droit. Il connaît un déficit commercial chronique et il est très dépendant des importations, son industrie ayant été vidée de sa substance par de nombreuses vagues de délocalisation. Son armée est en piteux état, épuisée au cours de longues campagnes infructueuses en Afghanistan, en Irak, en Syrie et ailleurs et sans défense contre les armes modernes développées par la Russie, la Chine et l’Iran. Les deux tiers du pétrole produit par les États-Unis proviennent des schistes bitumineux. Bien que les responsables américains prétendent que les producteurs de pétrole de schiste peuvent fonctionner avec un prix du pétrole supérieur à 25 dollars le baril, il s’agit simplement d’un effort pour éviter une panique du marché, car ce n’est un secret pour personne que les sociétés utilisant la fracturation hydraulique pour produire du pétrole sont endettées jusqu’au cou et que beaucoup d’entre elles n’ont pas pu gagner d’argent, même avec du pétrole à environ 55 dollars le baril. Trump parle maintenant de superviser une importante consolidation entre ses sociétés, et au diable les lois antitrust. Comme je l’ai toujours soupçonné, la main invisible du marché est en fait très visible, plutôt petite et orange, et même trumpienne. En tout cas, la panique sur les marchés fait rage depuis trois semaines maintenant et il semble peu probable qu’elle s’arrête.

L’action de la Russie et de l’Arabie saoudite permettra au moins d’obtenir trois choses. Premièrement, elle fera éclater une bulle de plus de 300 milliards de dollars de dettes détenues par les entreprises américaines travaillant dans le schiste, avec des répercussions sur leurs fournisseurs et leurs clients.

Deuxièmement, l’arrêt de l’industrie du pétrole de schiste obligera les États-Unis à importer à nouveau environ 10 millions de barils de pétrole par jour. Même à un prix quotidien de 36,87 dollars le baril, cela représente 135 milliards de dollars par an que les États-Unis n’ont pas. Un seul petit problème : cet excédent de 10 millions de barils de production quotidienne n’existe même pas. Le maximum que les États-Unis pourraient obtenir est d’environ 1 à 2 millions de barils par jour, et ce, si la Russie et l’Arabie saoudite décident de coopérer. Relisez cette citation : « … Les pétroles de schistes américains (pétrole de réservoirs étanches, fracturation avec forage horizontal) ont contribué à 71,4 % de la nouvelle offre mondiale de pétrole depuis 2005. »Et puis, une fois que le phénomène conjoncturel de la fracturation sera bel et bien dépassé, le prix du pétrole passera à 85 dollars le baril – ce qui remettra l’Arabie saoudite dans le coup – et la facture des importations de pétrole des États-Unis atteindra 310 milliards de dollars par an, si ces derniers peuvent mettre la main sur cette somme, mais là encore, c’est peu probable.

Au maximum, il semble un peu tard pour prendre en considération ma  présentation  « Closing the Collapse Gap », mais elle peut aider à donner quelques détails réalistes sur le bouquet des conséquences auxquelles les États-Unis seront très probablement confrontés, n’y ayant pas prêté attention au cours des treize années qui se sont écoulées depuis que je l’ai publiée. Néanmoins, j’aimerais donner un conseil supplémentaire aux jeunes Américains, pour les aider à éviter de créer encore plus de problèmes à l’avenir : ne jouez jamais au plus fin avec les Russes. Ils sont assez gentils lorsqu’ils sont traités équitablement, mais ils gardent aussi des rancunes depuis plus longtemps que les États-Unis existent, sont vindicatifs comme l’enfer et trouvent toujours le moment le plus sanglant pour égaliser le score. Même si cela peut être difficile, soyez très gentils et polis avec les Russes et appréciez votre bonne fortune, ou bien ils pourraient couper les exportations d’uranium enrichi vers les États-Unis – qui ne peuvent plus le faire – et alors les lumières s’éteindraient.

 

10 mars 2020, Club Orlov– Traduction du Sakerfrancophone

☐ ☆ ✇ Dedefensa.org

Bien entendu, – “le pire” est à venir...

Par info@dedefensa.org — 18 mars 2020 à 00:00

Bien entendu, – “le pire” est à venir...

Covid-19 ne résume pas la crise à lui tout seul, tant s’en faut. Les crises dites-“collatérales”, mais beaucoup plus importantes pour la structure du Système, – le tout composant la Grande Crise d’Effondrement du Système (GCES) dans sa phase finale, – sont en train de se charger d’électricité pour préparer un paroxysme qui constituera, avec la chaîne crisique ainsi établie, un “perfect storm” pour employer l’expression anglo-américaniste, ou si l’on veut le “tourbillon crisique”-absolu.

Rarement, par ailleurs, crise de cette importance suprême de “tourbillon crisique”-absolu n’aura été autant annoncée, au contraire de la crise Covid-19 que personne n’a vu venir pour ce qu’elle est, dans le rôle qu’elle tient, celui du “grain de sable divin” d’une facture impeccable et implacable. Par conséquent, les avis s’accumulent, de tous les commentateurs de l’univers financier, plus ou moins visionnaires, plus ou moins célèbres, et tous convergent bien sûr vers la même conclusion. Exemplaire de  cet état d’esprit, l’un des plus fameux d’entre tous les gourous financiers, Jim Rogers, 77 ans :

« Les gouvernements du monde entier tentent d’arrêter la propagation du virus Covid-19, qui menace désormais l'économie mondiale. RT a parlé à l'investisseur légendaire Jim Rogers des conséquences financières de l’épidémie.
» De nombreuses personnes vont souffrir très gravement, car les effets de cette pandémie vont durer longtemps, selon Rogers.
» “J’ai déjà dit à RT, il y a quelques temps, que la prochaine fois que nous aurons un problème financier, ce sera le pire...” a déclaré Rogers, ajoutant qu'il semble que nous nous dirigeons vers “la pire crise financière de notre vie” et “nous le saurons dans quelques mois”.
» Selon le légendaire investisseur, de nombreuses industries comme les compagnies aériennes et les voyages vont souffrir. Les entreprises fortement endettées sont particulièrement vulnérables à l’heure actuelle, a expliqué M. Rogers, et celles qui participent au commerce international en particulier auront de sérieux problèmes. “Certaines d'entre elles seront en faillite”, a-t-il dit, en faisant remarquer que les grandes compagnies aériennes et maritimes seront probablement renflouées par les États car cela serait sinon “embarrassant pour les pays concernés”.
» Parlant des turbulences des marchés financiers, M. Rogers a déclaré que la plupart des marchés n’étaient pas prêts pour la crise sanitaire mondiale et ne savaient pas ce qui allait se passer. Toutefois, la raison d’un tel chaos est “pas seulement le virus, c’est certainement beaucoup plus” que cela. »

Effectivement, tout certainement n’est pas dû à Covid-19 qui, au pire, a joué le rôle de détonateur, et plus sûrement, celui du messager apportant les mauvaises nouvelles enfin concrétisées après plus de dix années de manœuvres et d’expédiaient tandis que les Indiens déchaînés galopaient en courant autour des chariots rangés en un cercle défensif. “Don’t shoot the messenger” même s’il faut se garder de la pandémie qu’il sème autour de lui, et examinez donc les chariots, – c’est-à-dire, l’état de l’économie dans le chef de ses plus grandes entreprises et de ses projets pharaoniques, les pratiques de ses dirigeants, le cynisme de ses actionnaires et ainsi de suite.

• Pas de meilleur exemple que l’un des plus pourris et l’un des plus puants parmi ces chariots :  Boeing. L’impudence de Boeing dépasse tout ce que l’on peut imaginer. Boeing, qui a avalé en un tournemain et plusieurs centaines de 737Max flambants neufs mais bourrés de défauts mortels rangés sur ses tarmacs une ligne de crédit des banques de $13,8 milliards, a entendu le président Trump annoncer qu’il débloquerait $50 milliards pour venir en aide aux compagnies de transport aérien dont les services se sont effondrés du fait de la crise Covid-19. Boeing s’est aussitôt ressaisi, quasiment avec héroïsme et a décidé de lutter... Car Boeing se sent alors concerné au premier chef, – lui qui produit des avions de si bonne qualité pour les compagnies aériennes qui ne les lui commandent plus, – et, par conséquent, héroïsme aidant, il suggère au gouvernement de dégager « un minimum de $60 milliards » pour lui éviter la faillite ; c’est-à-dire, nul n’en doute, pour sauver l’industrie aérospatiale, les compagnies aériennes, et bien entendu car c’est sa préoccupation majeure, « les 2,5 millions d’emplois et les 17 000 fournisseurs sur lesquels Boeing s’appuie pour rester le numéro un des exportateurs US » (selon un communiqué de Boeing pour suggérer le transfert des $60 milliards d’argent de poche de la part du gouvernement).

La  rage de  ZeroHedge.com contre Boeing est remarquable. Ce site fameux qui reste pourtant fidèle au capitalisme, est fortement critique de la politique générale et du comportement des super-riches et des “too big to fall”, dont les demandes indécentes d’aides publiques relèvent plutôt du capitalisme du type “socialiste” désormais couramment pratiqué. Son commentaire sur Boeing ressemble au « Vous chantiez ? j'en suis fort aise :/  Et bien !  dansez maintenant » de monsieur de La Fontaine ; malheureusement nous ne sommes plus à une époque d’un tel talent et d’un tel esprit, où un fabuliste pouvait espérer qu’à force d’un si beau langage, il pourrait éveiller chez quelques lecteurs une vision plus ordonnée du monde.

Ainsi la rage de  ZeroHedge.com  est-elle sans espoir et résonne-t-elle surtout, à partir d’un exemple, comme une description du champ de ruines qu’est le Système. Sans nul doute, Boeing en est une belle illustration puisque directement connecté à la fois à la Grande Crise d’Effondrement du Système par ses pratiques et son 737Max, à la fois à la crise Covid-19 par ses liens avec l’industrie du transport aérien qui est l’une des principales victimes de cette même crise Covid-19.

« Comme nous l’avons déjà dit  avec rage, cette demande de renflouement arrive après que la société ait dépensé [perdu] près de $100 milliards en rachats de ses propres actions depuis 2013, ce qui a contribué à faire monter son titre à des niveaux record il n’y a pas si longtemps. Au lieu de vendre alors des actions pour obtenir des liquidités, Boeing demande à l’administration Trump un renflouement massif.
» Donc, non, personne de sensé ne devrait donner à Boeing ne serait-ce qu’un cent en “aide à court terme”. Au lieu de cela, la direction et le conseil d’administration devraient recevoir l’ordre de vendre autant d’actions qu’ils en ont besoin, – vous savez, le contraire de les racheter, – pour maintenir l’activité, quitte à faire chuter encore plus le prix de l’action.
» Il faut savoir qu’il s’agit du capitalisme, et alors il n’y a aucune raison pour que les contribuables paient la facture d’une entreprise qui, au lieu d’économiser de l’argent quand les temps étaient favorables, le distribuait aux actionnaires et à une poignée de dirigeants, et qui devrait maintenant, pour une raison absolument insensée, être secourue par un renflouement public parce que les temps sont devenus soudainement exécrables. [...]
» Il s’agit également d’un avertissement au Congrès et à la Maison Blanche : si les effets de la pratique de rachats systématiques d’actions telle que Boeing l’a pratiquée sont renfloués par le gouvernement au lieu que la société soit obligée de trouver ses propres sources de liquidités, il y aura une révolte en Amérique, et ce à juste titre. Ce sont les actionnaires de Boeing qui se sont enrichis durant la période et ce serait aux contribuables de s’assurer que la société, chargée de montants records de dettes utilisées pour financer les rachats, survive un trimestre de plus.
» En un mot, c’est de la foutaise [une belle saloperie]. »

Nous avons volontairement pris des références venues des USA, et des exemples catastrophiques également. On pourrait y ajouter le JSF/F-35 (USA toujours) que tant de pays (européens notamment), continuent à acheter à un prix qui transmutera le vil plomb en or, comme exemple d’un de ces programmes pharaoniques de très-haute technologie dont notre futur est pavé, comme la route vers l’enfer l’est  de bonnes intentions.

Nous restitutions, pour l’exemple sans plus, – et sans espoir de changer quoi que ce soit chez ces gens qui fabriquent cet excrément aérospatial et ceux qui l’achètent avec délice, – une partie du texte de l’ex-CDI dans le groupe POGO, meilleure source possible sur ce cas si postmoderne, exposé dans un texte du  11 mars 2020  à partir d’un document officiel du 28 février 2020, gardé secret sauf pour les lanceurs d’alerte toujours sur la brèche...

« A  new document  obtained by the Project On Government Oversight (POGO) shows that the F-35 program office has made little progress in fixing the fighter jet’s hundreds of design flaws, and continues to discover more of them. The Joint Strike Fighter Program Office’s Deficiency Report Metrics document, dated February 28, 2020, shows the program is currently dealing with 883 unresolved design flaws—and has no plan for correcting over 160 of them. [...]
» What the testing office is saying in engineering parlance is that the endlessly patched software controlling all the F-35’s components and mission systems is unstable. The “computer that happens to fly” is a densely integrated network of hardware, software, weapons, and mission data. Making a software change to any one component can,  and often does, have unintended negative effects on a seemingly unrelated component. The testing office wants to see the program correct all the existing flaws so the F-35 has a stable base on which to build as designers and engineers add new capabilities in the coming years. Unless this occurs, every time a new function is added, they will likely end up piling new flaws on top of old flaws, which will end up endangering schedules and increase costs.
» Despite the  triumphant 2018 proclamations  that the program had completed its troubled development process, the testing office has reported that development “may take years to complete.” Meanwhile, F-35 pilots today are  dealing with the effects  that “may be observed from both operational testing and fielded operations.” »

Oui, tout cela vient des USA parce qu’on ne prête qu’aux extra-riches, pour qu’ils vous restituent les grandes vérités-de-situation, parce que les USA sont la courroie de transmission de la matrice du Système. Et tout cela, malgré les apparences vite dissipées, dans la logique et la dynamique de cette incroyable “crise sanitaire” du Covid-19, pour lequel les divers gouvernements européens préparent des plans nationaux pour un total global approximatif de €2 000 milliards que la BCE sera chargée d’engloutir comme sa propre dettes, pour faire vivre les citoyens-travailleurs et l’économie-dérégulée qu’ils ont mis à l’arrêt face à “la montée des périls”, au « Nous sommes en guerre » de Macron.

« En un mot, c’est de la foutaise », dirions-nous pour commenter les commentaires qui découpent en ronds de saucisson les perspectives de la crise Covid-19, imaginant qu’une fois le virus vaincu les choses pourront enfin reprendre dans le bel élan de reprise qui marque la sortie des épidémies (caractérisées par une évolution en “V”, nous disent les spécialistes). Pour mieux comprendre les choses, il est préférable d’observer Boeing, ce monstrueux Covid-19 qui a, mieux qu’aucun autre, défini le chemin de croix et la chute dans les abysses que représente l’effondrement du Système.

“La pire crise financière de notre vie”, dit Rogers. La pire des crises tout court dirions-nous ; “la Mère de Toutes les Crises” aurait dit Saddam, qui, de là où il est avec vue plongeante, doit bien rire du spectacle grandiose de notre civilisation.

 

Mis en ligne le 18 mars 2020 à 13H40

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Covid-19 en perspective

Par info@dedefensa.org — 17 mars 2020 à 00:00

Covid-19 en perspective

Voici un texte qui a les vertus de la netteté et de la concision. L’auteur est au-dessus de tout soupçon par rapport à nos agitations antiSystème un peu désordonnées. Le Dr. Stephen Davies est un homme du sérail, un universitaire et un scientifique raisonnablement couvert d’honneurs et d’éloges, par définition insoupçonnable (“au-dessus de tout soupçon”, disions-nous)... Aujourd’hui  Head of Education  à l’Institute of Economic Affairs  de Londreset Senior Fellow  à l’American Institute for Economic Research, il a enseigné pendant trente années l’histoire et l’histoire de l’économie à la  Metropolitan University de Manchester, où il vit présentementOutre d’être un fervent supporteur de l’équipe de football de Manchester, il est l’auteur notamment de  Empiricism and History  et de  The Wealth Explosion: The Nature and Origins of Modernity ; ce dernier livre où il met opportunément en regard de correspondance intime la modernité et l’explosion des richesses inégalitaires (les “hyper-riches” et le reste).

Très brièvement mais, nous le répétons, d’une façon éclairante par sa netteté et sa brièveté, le professeur Davies situe la pandémie Covid-19 dans le flux des pandémies au long de l’histoire, sa signification à la lumière de cette histoire, et par conséquent pour ce qui est des affaires en cours ce qu’on en peut attendre dans sa signification historique par rapport aux autres événements que nous vivons (pour nous, par rapport aux temps crisiques que nous vivons). Il ne s’agit ni d’une appréciation sanitaire, ni d’une appréciation statistique, mais d’une appréciation historique, psychologique et culturelle.

Une pandémie (le terme est explicitement employé dans le sens d’une épidémie qui sort de sa zone de développement) est quelque chose qui se produit régulièrement dans l’histoire, mais également quelque chose qui n’est pas dû au hasard ni même à un accident biologique ou à un caprice d’envergure de telle ou telle espèce animale porteuse. A lire le professeur Davies, on comprend que c’est un fait de civilisation, et il est bon que cet auteur dispose à la fois d’une connaissance de l’histoire en tant que telle et d’une connaissance de l’histoire de l’économie.

Brièvement, que nous dit-il ?

• Une épidémie est en général très précisément liée à ce que l’auteur désigne comme un  écoumène, c’est-à-dire « une partie du monde qui a une économie intégrée et une division du travail, maintenue ensemble et produite par le commerce et l'échange » Notre écoumène est global (le globalisation), la pandémie Covid-19 est donc elle-même globale, et elle l’est d’un point de vue sanitaire comme de beaucoup d’autres points de vue ;
• en général, une pandémie a tendance à se produire à la fin de l’histoire de l’écoumène dont elle est issue, puisqu’en effet l’histoire générale « montre que les pandémies arrêtent et retardent, voire inversent, le processus d'intégration économique ». Il est donc très probable que c’est ce que nous allons connaître, d’ailleurs dans un environnement où déjà se multiplient les signes de cette fin (repli sur les nations, contraction des échanges du global au régional, résurgences des frontières, sentiment général d’insatisfaction voire de révolte, etc.) ;
• l’effet des pandémies est une accélération des divergences et des spécificités, avec de très forts répercussions psychologiques et culturelles, qui sont objectivement d’une considérable importance : Covid-19 « aura des effets et des conséquences sur le comportement des gens à l'avenir, et ces effets et ces conséquences pourraient être plus importants et avoir des répercussions plus durables que celles de la pandémie elle-même ».

Ces observations d’ordre historique renforcent considérablement le jugement d’un lien étroit entre Covid-19 et le Système, dans le sens de l’accélération de la crise du Système, ou Grande Crise d’Effondrement du Système (GCES). Le langage du professeur Davies est certes celui d’un universitaire et d’un scientifique et il est, par définition, prudent et mesuré ; ses conclusions sont par conséquent d’autant plus impressionnantes.

Pour notre part et conformément à ce constat, nous nous jugeons d’autant plus fondés à considérer que les conclusions du professeur Davies doivent être considérées avec infiniment plus de force du fait que la perception de la pandémie a été colossalement puissante par rapport à tout ce qui a précédé, à cause d’un système de la communication d’une puissance effectivement colossale. La puissance quantitative de l’événement dans la perception, donc  pour la psychologie encore plus que pour la situation sanitaire, est telle qu’une mutation qualitative est alors envisageable.

C’est dire combien et  avec quelle force nous répétons que cette pandémie Covid-19, avec déjà toutes les conséquences crisiques “collatérales” qui l’accompagnent, doit être placée directement dans l’équation de la GCES, par ses effets absolument destructeurs sur la globalisation et par conséquent sur toutes les conceptions morales et “philosophiques“ qui accompagnent la globalisation. La puissance dite “choc & effroi” peut effectivement susciter le passage d’une société matérialiste enfermée dans la perversion doucereuse et hystérique d’un simulacre hyper-sécurisé, adorateur de la fortune, festif et d’expansion progressiste effrénée, à une société ouvertement confrontée à un monde tragique sinon héroïque, et elle-même conduite à embrasser la tragédie par le nécessité d’une conduite héroïque, où la démarche spirituelle viendrait coiffer la seule dimension matérialiste pervertie par le simulacre, pour la purger de cette perversion.

C’est évidemment dans ce sens que l’on peut juger que la colossale puissance quantitative de la communication autour de Covid-19 peut susciter une transmutation qualitative, retrouvant ainsi parfaitement la remarque du professeur Davies selon laquelle les répercussions (indirectes par définition) des changements culturels et psychologiques du fait des effets et des conséquences de Covid-19, dépassent largement les seuls effets et conséquences directs de Covid-19.

Le texte du professeur Stephen Davies est publié le 16 mars 2020 sur le site Alarabiya.net de la chaîne de télévision du même nom. Le titre original est « What history teaches us about the coronavirus pandemic ».

dedefensa.org

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Ce que l’histoire nous dit de coronavirus

Actuellement, il y a un grand débat sur le type de politique le plus approprié pour faire face à l'épidémie de coronavirus. Nous sommes confrontés à une  véritable pandémie, et ce depuis que l'on a confirmé que le virus s'était propagé à tous les continents au début du mois de février. Elle  ne sera pas terminée d’ici à l’été et se poursuivra par une série d'épisodes pendant environ dix-huit mois. Le virus présente une combinaison destructrice de caractères dans la mesure où il est hautement infectieux avec des effets graves et un taux de mortalité  non négligeable  dans une partie appréciable des cas, alors qu’une grande partie des personnes infectées ne présente  aucun symptôme. Il convient de réfléchir aux résultats probables à long terme et, à cet égard, l'histoire est le meilleur guide.

Les pandémies et les grandes épidémies sont une caractéristique récurrente de l’histoire de l'humanité. Une véritable pandémie est mondiale, mais le terme est également utilisé pour toute épidémie qui se propage largement au-delà de son point d'origine géographique. Dans ce cas, elle est propagée par l’homme, par ses déplacements et par ceux des animaux qui nous sont associés, comme les rats et les poux. Les pandémies sont des épidémies qui se propagent dans ce que nous pouvons appeler un  écoumène, une partie du monde qui a une économie intégrée et une division du travail, maintenue ensemble et produite par le commerce et l'échange. Nous disposons aujourd'hui d’un véritable écoumène mondiale. Si nous examinons l'histoire des pandémies, elles ont tendance à se produire à la fin d'une période d'intégration commerciale et économique croissante sur une grande partie de la surface de la planète. En effet, ces processus ont des effets, tels qu’un accroissement des mouvements humains et une urbanisation accrue, qui rendent les grandes épidémies plus probables. Historiquement, les pandémies se sont propagées le long des routes commerciales et d'échange. Plusieurs caractéristiques de notre mode de vie actuel rendent une grave pandémie plus probable, en particulier les niveaux plus élevés de globalisation et l’élevage intensif moderne en raison de la façon dont il conduit à l’émergence de nouveaux agents pathogènes chez les animaux, puis à l'apparition d'espèces sautantes. Les scientifiques s’en inquiètent depuis un certain temps et des plans d'urgence ont été élaborés, qui sont actuellement testés.

Quels seront les résultats de cette pandémie ? L'histoire montre que les pandémies arrêtent et retardent, voire inversent, le processus d'intégration économique. C'est ce que nous allons probablement constater maintenant. Les chaînes d'approvisionnement à longue distance seront  gravement perturbées, ce qui poussera beaucoup de personnes à se tourner vers des fournisseurs plus locaux et, par conséquent, à moins intégrer les économies à longue distance. Cela commençait déjà avant l'épidémie. Nous assistons également à un renforcement des contrôles sur les mouvements, non seulement aux  frontières nationales, mais aussi  à l'intérieurde celles-ci. Il est peu probable que cette tendance s'inverse complètement, de sorte que nous assisterons à un durcissement des frontières et à une diminutiondes voyages internationaux et à longue distance. La pandémie aura peut-être aussi des répercussions politiques importantes. Historiquement, les épidémies affaiblissent la légitimité des États et des dirigeants et coïncident souvent avec des troubles populaires. Elles  affaiblissent également les élites parce que ces élites sont proportionnellement  plus susceptibles  d'attraper des maladies infectieuses, parce qu'elles voyagent davantage et vivent dans de grandes métropoles qui sont les plaques tournantes des systèmes commerciaux et, dans le monde d'aujourd'hui, sont généralement plus âgées que la moyenne. Une autre épidémie  majeure et plus étendue  en Chine pourrait avoir de graves conséquences, en particulier si le parti communiste est considéré comme ayant perdu le “mandat du ciel” à cause de cela. En outre, cette épidémie particulière pourrait bien s'ajouter à d'autres pressions exercées sur un système financier et monétaire mondial fragile et déclencher une chute brutale de la valeur des actifs qui anéantira une grande partie de la richesse des ultra-riches. Comme l'affirme Walter Scheidel dans ‘The Great Leveller’, ce sont les grandes catastrophes telles que les guerres et les pandémies qui entraînent généralement une forte réduction des inégalités.

Enfin, et de manière plus spéculative, les pandémies ont souvent des effets psychologiques et culturels importants. Elles sont souvent associées à une recrudescence des religions millénaristes, avec l'idée que la fin du monde est imminente à moins que nous ne modifiions radicalement nos comportements condamnables. Ce type de croyance quasi religieuse a déjà trouvé son expression dans des mouvements comme  Extinction Rebellion  et cela est susceptible de se renforcer, avec des résultats politiques et culturels imprévisibles. En revanche, beaucoup de gens réagissent en pensant que si la vie est précaire, autant vivre pour l’instant et ne pas retenir ses désirs. Certaines personnes voient leur confiance dans les experts restaurée ou renforcée, mais beaucoup perdent le peu de confiance qu’elles avaient et se tournent vers des idées marginales, – un processus qui était déjà en cours.

La pandémie que le monde connaît va passer mais ce ne sera pas la dernière. En outre, quelle que soit sa gravité, l’histoire montre qu’elle aura des effets et des conséquences sur le comportement des gens à l'avenir, et ces effets et ces conséquences pourraient être plus importants et avoir des répercussions plus durables que celles de la pandémie elle-même.

Stephen Davies

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Nous accusons 

Par info@dedefensa.org — 16 mars 2020 à 00:00

Nous accusons 

Fautes graves

Le 29 février 2020, la communauté scientifique mondiale était informée de la situation de l’épidémie due au Sars-cov-2 en Chine et de nombre de caractéristiques du virus, de sa propagation et de sa pathogénicité. Les chercheurs et les médecins chinois rendaient compte de leurs résultats, même partiels, avec une célérité et une transparence remarquables. Cette mise en commun d’un savoir recueilli dans le contexte d’une épidémie soudaine d’un virus nouvellement émergent et imparfaitement connu s’est faite à un rythme inhabituel, sans respecter les règles admises de publication. L’urgence commandait cette modalité. Il s’est trouvé en France des communicants (vite élus experts d’un domaine relativement nouveau) qui se sont moqués de ce procédé généreux et altruiste, reçu inconfortablement par des sociétés baignées dans le culte de l’individualisme et dans un sentiment injustifié de supériorité intellectuelle. Il n’est d’ailleurs altruiste qu’en première acception. Maîtriser l’épidémie qui allait de façon certaine se mondialiser au rythme des échanges matériels d’une économie globalisée est un devoir qui incombe à chacun et à tous. Se protéger soi, c’est aussi protéger les autres avec une symétrie parfaite pour la réciprocité. Aider les autres à se protéger, c’est égoïstement aussi se protéger.

On savait donc au 29 février que la propagation se faisait selon une progression géométrique qui donnait aux courbes représentant les personnes porteuses du virus une allure exponentielle impressionnante d’autant que dans 80% des cas, les personnes contaminées sont asymptomatiques. Le  communiqué de l’Élysée ce dernier jour de février a annoncé des mesures inappropriées, celle d’isoler sans la rigueur nécessaire les foyers déjà déclarés de l’Oise et de Haute-Savoie. Il n’a pas tenu compte du fait que les malades ne sont pris en charge que 6,5 à 8 jours après le début des symptômes et que pendant la période d’incubation de 4 jours en moyenne (2 à 7 jours), les porteurs asymptomatiques peuvent être transmetteurs. La stratégie adoptée, consciemment ou involontairement par le groupe aux commandes à l’Élysée, a consisté à étaler sur une plus grande période la contamination de la majorité de la population française. Cette prise en charge contraste avec la politique du gouvernement chinois qui avait choisi d’interrompre les chaînes de contamination interhumaine, en laissant vierge de tout contact la majorité du sous-continent chinois tant que remèdes et vaccins efficaces ne sont pas au point.

Le gouvernement français avec à sa tête le Président de la République avait d’autres préoccupations plus éminentes. L’exécutif a choisi d’interrompre discussions et amendements autour de la contre-réforme des retraites, c’est-à-dire confier aux fonds de pension et aux assurances privés l’épargne des travailleurs par le procédé autoritaire du 49-3. Une telle décision est une indication majeure du type de priorité dont se sentent investis les politiciens au pouvoir et la majorité écrasante de ceux en position confortable d’opposition formelle. C’est clairement la privatisation d’une épargne jusque-là construite sur la garantie de l’épargne par la collectivité, la solidarité et le non-profit. Cette clique affiche ainsi sa corruption, son incompétence et son irresponsabilité.

Une ministre de la Santé, transformée en un tour de passe-passe bien commode en candidate à un poste d’édile, a soutenu quelque temps avant la catastrophe largement prévisible que le pays est immun et qu’il a les moyens de combattre l’infection. Dans un sursaut de bêtise incontrôlée, elle a envoyé le stock disponible de masques chirurgicaux aux Chinois qui ne les ont pas demandés créant une pénurie nationale préjudiciable et un facteur de propagation incontestable. Les commandes de cette protection relative, fabriquée essentiellement en Chine, ne seront livrées qu’à la mi-avril.

Un trépied

Corruption, Incompétence et Irresponsabilité sont  donc bien le trépied du système représentatif adopté par le capitalisme occidental à la française.

La fermeture des cafés, des lieux d’enseignement et de culte, des commerces excluant ceux de bouche n’est pas précisément une véritable mesure de confinement. L’encouragement au travail à distance n’est pas une réduction efficace de risque quand ne sont pas interdits les brassages humains favorisés par les transports en commun toujours ouverts. Les épidémiologistes chinois ont mis en évidence la possible persistance virale pendant 4 jours sur une surface inerte et le transport à plus de 4 mètres d’aérosols de particules ultrafines contaminantes. 

Les médecins de ville sont en première ligne dans le diagnostic et le triage, ils n’ont pas de masque pour se protéger et protéger les patients qui les consultent, en dépit de la circulaire ministérielle qui impose aux pharmaciens de ville de leur en délivrer en priorité. La rupture des stocks est générale sur le territoire national.

Les autorités en charge de la protection de la santé publique n’ont  cure du principe de précaution ni de celui de non-contradiction. 

La précaution a été  récusée par les aventuriers du capitalisme déréglementé et a disparu comme boussole de gouvernement. Attali, conseiller et mentor des princes français qui se succèdent à l’Elysée depuis 30 ans, recommandait en 2007 d’abandonner ces idées rétrogrades de protection des populations et se prononçait pour la libération du travail de ses contraintes. Le guru patenté de la secte ultra-libérale est revenu à la charge en 2013 en décrétant que ce principe inscrit dans la Constitution est  suicidaire. Il s’agissait pas moins de déformer la vieille maxime ‘gouverner, c’est prévoir’ en une doctrine à appliquer par les valets du Capital,  gouverner, c’est ‘laisser faire les forces de l’argent sans retenue’.

Les autorités doivent être mises en demeure d’exhiber les épidémiologistes qui leur auraient inspiré l’idée saugrenue que la fréquentation de cafés ou de commerces des articles de plomberie est douée d’un effet plus contagieux que la fréquentation d’un bureau de vote. Devant tant d’incertitudes et de risques, le Royaume Uni qui ne bénéficie pourtant pas d’un exécutif aligné sur des idées d’extrême gauche, a pour sa part sagement  reporté les élections prévues pour mai 2020. Les enjeux ne sont sans doute pas les mêmes de part et d’autre de la Manche. La République portant initiales de Jupiter ‘EM’ veut profiter de la panique instillée par l’exécutif depuis deux jours pour  déstabiliser l’électeur qui  rejette selon tous les sondages réalisés depuis de nombreux mois la politique de Monarc Premier.

La peur est un moyen éprouvé depuis toujours pour orienter les masses mais une fois passé le moment de sidération et de période réfractaire, de plus en plus bref, la pensée rationnelle revient aux commandes d’un troupeau instruit des manipulations antérieures. Hollande n’a tiré aucun profit des mises en scène et de l’état d’urgence instauré après les attentats de novembre 2015. De même que les  attentats en Espagne du 11 mars 2004 n’ont pas secouru Aznar aux élections suivantes.

Prétention et mensonges

L’exécutif prétend que la France a formé les meilleurs épidémiologistes et virologues. En quel nombre ? Une société qui paie un sportif qui pousse du pied un ballon un million d’euros par mois va peiner à former un Bac + 5 à 10 années d’études supérieures austères avec concours à la clé pour une reconnaissance sociale non gratifiante. Les disciplines qui ne conduisent pas à des travaux immédiatement convertibles en profit ne sont guère estimables et peu fréquentées par les étudiants. A niveau de formation égale, un médecin formaté par une société où est cultivé le mythe d’une réussite par l’argent est encouragé à préférer plutôt la chirurgie ou la médecine esthétique, très rémunératrices,  pour ne pas encourir l’indignité d’être un Rien Qui n’a pas Réussi dans une Gare en octroyant des soins primaires dans des zones rurales. 

Les moyens alloués à la recherche fondamentale ne cessent de s’amoindrir. Plus du tiers des chercheurs sont de vacataires en situation précaire. Les financements sont accordés aux sujets qui intéressent au premier chef les ‘partenaires’ privés transformés en donneurs d’ordre. Sous le règne de Sarközy déjà, les manifestations des chercheurs ont été traités avec mépris et considérées comme un phénomène exotique et  corporatiste. Les deux quinquennats suivants ont aggravé la situation. Bientôt, nous n’aurons plus de recherche indépendante du privé et les précaires constitueront la moitié des travailleurs du secteur (s’il en reste). Comment un destructeur patenté du secteur public peut-il avoir l’outrecuidance de s’enorgueillir du travail de virologues auxquels on soustrait les moyens de faire fonctionner leurs laboratoires ? 

Le diagnostic de la présence du virus chez les patients est réservé aux patients graves que l’on destine aux lits de réanimation, respiratoire, en particulier. Ceci constitue une preuve indirecte indiscutable de l’absence d’efforts en direction de la recherche fondamentale qui aurait pu mettre en œuvre très rapidement des techniques fiables, rapides, non coûteuses et généralisables du diagnostic biologique de la maladie. Il aurait été bien utile pour établir les conduites à tenir vis-à-vis des patients déjà contaminés comme pour les prospectives épidémiologistes.

Monarc Premier affiche une fierté triomphante loin d’être seyante à la situation de la santé publique où l’a plongée le système que vous représentez. Que va-t-il rester des entreprises cotées en Bourse dont il a invité les Directeurs généraux à Versailles, en pleine détresse de la classe des Gilets Jaunes que ses sbires massacrent, mutilent, gazent, bastonnent et emprisonnent à volonté. Versailles, lieu hautement symbolique d’un pétainisme à la française, depuis laquelle furent menés les massacres des patriotes parisiens qui se sont dressés contre la trahison d’un général Bezaine ! Ce monarchiste avait livré la France aux Allemands dans l’espoir de faire tomber la République et de restaurer un second Empire déliquescent. Vous, Monarc Premier, avec votre Europe à tout prix, livrez la France aux capitalistes allemands et étasuniens, sans contrepartie.

Un peuple constitué

Monarc Premier a été élu à la faveur d’un travail acharné de communicants et de journaleux champions en  storytelling  où l’on a accommodé l’histoire romanesque d’une quadragénaire séduisant un adolescent de quinze ans. Une fois pris en main, le jouvenceau développera des qualités sans cesse ouvragées d’un orateur-comédien disant tout et son contraire pour devenir un vulgaire fondé de pouvoir de quelques oligarques.

Le peuple de France réalise la supercherie de ce monde fait d’escroquerie et d’indigence morale. Sans doute, Monarc Ier, vous aurez condamné à la mort par incapacité, légèreté, insouciance et indolence au mieux des milliers voire de centaines de milliers de Français. Au pire, un tribunal jugera des raisons profondes de votre action retardée et incohérente. Vos différents subordonnés, certes surtout qualifiés en flagornerie et vassalité, ont dû vous faire savoir le manque de lits en réanimation en cas d’épidémie de ce genre. Sils ne l’ont fait, il faut les limoger au lieu de les promouvoir comme vous l’avez fait. Ils devraient vous dire que notre savoir sur la pathogénicité de ce virus est incomplet. En particulier, nous ne savons pas si la maladie confère une immunité et donc si les vaccins en cours de préparation partout dans le monde seront efficaces pour protéger la population. Vous semblez patauger dans une satisfaction ignorante quand vos conseillers immatures à votre image vous ont fait choisir la voie d’infecter toute la population pour lui faire acquérir son immunité.

Vous avez été celui qui a cassé le code du Travail en vous dissimulant maladroitement d’être le nom d’une beurette assez niaise pour endosser le sale travail.

Vous avez été celui qui a refondu les droits aux allocations chômage, droit transformé en aumône car financé par l’impôt et non la contribution patronale au salaire.

Vous avez été celui qui a institué une exonération d’impôt aux entreprises sans contrepartie, laminant une fois de plus les ressources fiscales de l’Etat.

Vous avez été celui qui a le moins compensé les exonérations patronales sur les bas salaires.

Vous êtes celui qui a entrepris d’étrangler un peu plus les services hospitaliers en instituant une baisse de la masse salariale de 1,2 milliards d’euros.

Vous avez mis en œuvre mille et une privatisations de biens publics, la dernière en date, celle des Aéroports de Paris a été gelée dans un contexte de chute vertigineuse des valeurs boursières, vous n’avez pas pu pousser l’indécence jusqu’à les céder gratuitement.

Tout ce que vous avez entrepris, ce le fut au détriment des travailleurs en les précarisant davantage, en rognant leurs droits et leurs salaires réels et en les humiliant quand ils perdent leur emploi et se trouvent au chômage. Et lorsque vous avez faire mine de vous intéresser aux gueux, vous avez voulu les escroquer une fois de plus en prétextant une taxe écologique. C’était pour renflouer les caisses de l’Etat exsangue des cadeaux fiscaux faits à vos patrons oligarques et pour sacrifier à une caricature de précaution écologique. Fabriquer des voitures électriques pour refouler plus loin la pollution, dans les pays tiers, comme si celle-ci n’allait pas nous revenir en plein poumon dans un monde globalisé par vos pairs.

Le peuple de France, maintenant constitué parce qu’il s’est dressé pour contester vos valeurs qui les atomisent en objets séparés par l’envie et la compétition, vous demandera des comptes. Il manifeste tous les samedis sans interruption depuis fin novembre 2018. Il a accompli la grève la plus longue des transports en commun fin 2019-début 2020. Il va refuser- toutes professions confondues depuis l’éboueur jusqu’à l’avocat et au chanteur d’opéra- que vous renflouiez les actifs boursiers et les banques en facilitant l’impression d’une monnaie qui fait tant défaut pour éduquer, assurer la santé, les retraites et assurer le contrôle et la distribution de biens publics comme l’eau, l’énergie, la poste et les infrastructures routières, du rail et des transports aériens. Les travailleurs, là où ils sont vont s’approprier les outils de leur production contre un franc symbolique car c’est ce que cela va valoir bientôt tout ce que vous et vos prédécesseurs avez privatisé.

La Bourse virtuelle va fermer et les algorithmes qui président aux échanges à très haute fréquence rangés dans le musée des inventions mortifères du capitalisme sénescent.

Contrairement à 2007-2008, vous nous trouverez pour barrer le chemin à ceux qui spéculent en ce moment même à la baisse. Nous ne voulons plus des activités prédatrices et spéculatives des gens de votre camp.

On se lève mais on ne se casse pas. On reste pour vous chasser, vous et vos semblables des postes de commande que vous occupez indûment. Et vous juger.

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“Choc & effroi” pour la psychologie 

Par info@dedefensa.org — 16 mars 2020 à 00:00

“Choc & effroi” pour la psychologie 

16 mars 2020 – Il y a deux ou trois jours, alors que commençaient à s’empiler les nouvelles des mesures dramatiques ordonnées contre la crise Covid-19 perçue comme prenant un tour gravissime, m’est apparue une évidence. Un débat succédait à l’autre sur telle chaîne d’information, et chacun de ces débats marqué par la dramatisation qu’on imagine, réellement palpable, réellement tragique, parfois jusqu’à des extrêmes difficilement supportables.

Je ne parle absolument pas de la réalité des choses dites ni de leur fondement, ni de leur déformation, – vous savez que cet aspect-là est secondaire pour moi tant il est difficile d’y trouver une  vérité-de-situation et tant qu’on n’en trouve pas une, – je parle de l’effet “shock & awe” [“choc & effroi”] que subissent, souvent inconsciemment parfois consciemment, votre perception et donc votre psychologie devant cette sorte de débats, et jusqu’à ces extrêmes lorsque des gens en charge de responsabilités majeures dans cette “guerre” parlent sans barguigner.

Un exemple, venu des USA où la pandémie n’est pas (encore ?) très grave, mais où l’impréparation est évidente et la perspective alarmiste : « Lors d’un échange brutal dans le cadre de l'émission ‘State of the Union’ diffusée hier sur CNN, le Dr Anthony Fauci, directeur de l'Institut National des Allergies et des Maladies Infectieuses, a été interrogé : “On estime que des centaines de milliers de personnes aux États-Unis pourraient mourir ou, dans le pire des cas, des millions. Pouvez-vous dire au peuple américain que cela est possible ?” Fauci a répondu : “C’est possible”. »

Là-dessus, vous savez que, bien entendu, comme sur chaque chaîne dans notre époque, les programmes évoqués sont interrompus par des séquences publicitaires qui peuvent dévorer 10-15 minutes d’une heure de diffusion. Alors, brusquement, vous passez d’un entretien dramatique, où la tension est totalement celle de la tragédie de ce qu’on nommait un “fléau de Dieu”, à l’univers féérique, au simulacre de carton-peint rutilant de bling-bling, encombré de ces luxueuses voitures chuintantes de puissance et de confort, qui glissent comme de gracieuses patineuses artistiques et olympiques sous un ciel bleu éclatant de bonheur et dans le cliquetis silencieux de leurs appareillages électroniques, avec de si beaux jeunes gens, de magnifiques jeunes femmes, ou bien des familles heureuses et si bellement-démocratiques, des femmes libérées, des bandes de joyeux drille très rock’n’roll, des voyages paradisiaques dans des contrées où l’on organise des safari pour chasser avec feu à volonté des hordes de coronavirus parfaitement identifiés, pour le plaisir des chasseurs venus des rives démocratiques de nos contrées. L’univers chante et danse, les papillons volent, les oiseaux chantent Le temps des cerises,le soleil brille et la modernité heureuse rutile de globalisation, le futur exsude la certitude du triomphe de leurs triomphe additionnés  (modernité + globalisation) sans nul besoin de l’avenir.

L’immonde publicité règne.

Puis, soudain, comme un coup de gong qui est un coup de massue, nous passons à une nouvelle séquence de la discussion enfiévrée et angoissée sur le “fléau de Dieu” qui reprend le récit du déchaînement de cette vague terrifiante courant sur l’univers et sa défense improvisé parfois si dérisoire. Tous ces commentateurs, malgré leur stupidité au moins en minimum syndical (il faut les entendre parler de la Chine), se laissent aller à quelques incursion de sincérité lorsque l’angoisse leur noue la gorge à l’idée de l’antique frayeur du “fléau de Dieu”... Croyez-vous que ce traitement, auquel tout le monde est soumis consciemment ou pas (j’ai pris l’exemple de la TV, mais tout aujourd’hui, dans notre vie de confinement pour pandémie tandis que la Système poursuit sa retape, est soumis à ce même traitement), – croyez-vous que ce traitement de hauts et de bas, de bonheurs inouïs flottant dans leur cosmos et de malheurs pour demain matin, laisse notre psychologie intacte, quelles que soient notre capacité de comprendre et nos habitudes de vassalisation satisfaites ?

Je crois que nous subissons des effets de contraste d’une stupéfiante et catastrophique brutalité qui nous rapprochent, du point de vue de la psychologie, de ce que devaient ressentir les poilus dans les tranchées ou les soldats français à Dien Bien-phu. (Ce n’est pas pour rien que les médecins interviewés parlent de “guerre”, certains suggérant qu’à cause de l’encombrement des hôpitaux, la médecine hospitalière courante est devenue une “médecine de guerre” [médecine opératoire pour les premiers soins de survie sur le front en pleine bataille], où l’on sélectionne les cas selon les chances de survie pour leur réserver les faibles soins qu’on peut encore donner. Imaginez le déchirement terrible pour les âmes qu’impliquent de tels choix pour les médecins.)

Tout cela, encore une fois, – la chose doit être répétée, – non pour suggérer un jugement que j’aurais sur la situation, alors que je n’en ai aucun par incapacité d’avancer un jugement que je penserais cohérent et véridique, mais bien pour parler des psychologies selon l’hypothèse qui est presque un constat que les psychologies subissent, à tort ou à raison, des chocs considérables. Certes, je parle moins pour moi, –après tout, je suis vacciné dix fois, mille fois, cent mille fois, contre la pandémie du Système, – que pour d’autres sinon pour “les autres”, pour cette majorité de gens, qui est heureusement en forte baisse ces dernières années comme s’ils prévoyaient le “fléau de Dieu”, qui ont continué à vivre comme si les lendemains continueraient à chanter encore plus fort que les jours d’aujourd’hui semblent, à leurs oreilles prisonnières du simulacre, chanter sans se retenir. 

A ce point et parce qu’il faut faire son travail, élargissons le champ pour trouver quelque bien que l’on puisse sortir de cette terrible épreuve. Ce choc conscient et inconscient des psychologies, d’ailleurs inspiré par les crises dites-“collatérales” (finance, pétrole, économie) qui accompagnent la crise Codiv-19 comme si elles avaient été créées par elles, alors qu’elles la précédaient et qu’elles ont été conduites à l’explosion par Covid-19, conduit justement à élargir le champ de la perception réfléchie des causes fondamentales. Covid-19 laisse alors la place au Système, et à ce que j’ai appris à nommer la GCES (Grande Crise de l’Effondrement du Système). Je cite rapidement, citations rapides, quelques remarques qui vont dans sens, sans choix particuliers ni recherche spécifique...

• Jean-Paul Marthoz, chronique au Soir de Bruxelles, le 12 mars 2020, sous le titre : « Le coronavirus et le basculement du monde » : « L’épidémie sonne comme un avertissement qui devrait amener nos sociétés, ceux qui les dirigent et ceux qui les composent, à s’interroger sur leur mode de fonctionnement et sur les risques qu’ils encourent à poursuivre leur “marche folle” ».
• Maxime Tandonnet, dans FigaroVox le  14 mars 2020  sous le titre « Le coronavirus ou l’imprévu en histoire » : « Avec la crise du Covid-19, la France est entrée depuis deux semaines dans l’une de ces rares périodes pouvant être qualifiée d’événement historique. Elle est la première grande secousse mondiale directement issue de l’accélération de la globalisation. La crise en cours diffère de tout ce que les Français ont connu dans le passé, combinant une catastrophe sanitaire planétaire, un effondrement financier et économique ainsi que de fortes tensions diplomatiques entre alliés sur la question de la fermeture des frontières. Elle mélange le retour ancestral de la hantise des grandes épidémies de peste (celle de 1340 avait anéanti un tiers de la population européenne), même si le bilan du coronavirus n’a naturellement rien à voir avec ce fléau, et l’image du «village mondial», prophétisé par Marshall McLuhan au début des années 1970, comme conséquence ultime du progrès technologique poussé à son paroxysme. »
• Alexandre Devecchio, FigaroVox également, le 14 mars 2020 : « “La France est entrée depuis deux semaines dans l’une de ces rares périodes pouvant être qualifiée d’événement historique”, écrit Maxime Tandonnet. L’histoire est de retour. Et comme souvent, elle est tragique. En l’espace de quelques semaines, la crise du Coronavirus a bousculé toutes les certitudes... »

On voit qu’il est extrêmement aisé de passer de la crise Covid-19 à ce que nous nommons GCES, simplement par la force de l’évidence. Mon propos est alors de proposer une hypothèse de plus, qui est que l’essentiel de la population, qui a déjà montré des signes de mauvaise humeur, en vient, par le choc infligé aux psychologies par Covid-19 et par le lien évident entre Covid-19 et la GCES, à prendre conscience, par le moyen d’une psychologie exacerbée et dont l’exacerbation est enfin compréhensible par l’esprit, à la réalisation de la Grande Crise d’Effondrement du Système, et au poids qu’elle nous impose.

Dans ce sens, il faut oser dire que la pandémie Covid-19, qu’en plus on ne peut à cause de sa durée et de son implacable cruauté noyer dans le flot de la communication et le zapping auquel invite ce flot, est, dans la terrible tragédie qu’elle nous impose, une sorte de paroxysme au sommet de laquelle brille une lumière. C’est pour mon compte la lumière de l’essentielle vérité-de-situation qui doit éclairer pour nous l’immense carnage du monde qu’est devenue notre civilisation, cette immense Char de l’Apocalypse, – réunissant en un seul attelage tous les Cavaliers de l’Apocalypse, – qu’est le Système que les crétins couverts d’or pour certains et de privilèges de la reconnaissance de la référence du “Penseur” pour d’autres, vont honorer chaque jour d’une courbette illustrée de bassesses et enluminée de platitudes flatteuses.

Si Covid-19 vous apprend à distinguer enfin ce qu’est le Système et à vous mettre en armes pour le combattre jusqu’à la mort, le “fléau de Dieu“ aura montré une fois de plus que les voies du Seigneur sont impénétrables, ne serait-ce que celle qui conduit à la vérité. Ainsi la seule globalisation qui nous restera face au choc global affectant nos psychologies, si ce n’est déjà fait d’ailleurs, c’est la conviction qu’un combat global doit être conduit, sans relâche ni faiblesse, face au Système que Covit-19 nous a enfin révélé en pleine lumière et dans toute son extrême puanteur.

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