Un développeur du nom d' Artem Lytkin a réussi à faire tourner DOOM sur une machine dont la seule et unique opération est un chercher-remplacer, le même que celui de votre traitement de texte, appliqué en boucle sur un énorme fichier texte. Le projet s'appelle doom-regex et son code est public depuis quelques jours.
Une expression régulière, c'est un motif de recherche un peu évolué, capable de repérer par exemple tous les groupes de chiffres suivis d'une virgule dans un texte pour les remplacer par autre chose. Les développeurs s'en servent tous les jours pour nettoyer des fichiers ou valider des adresses mail, jamais pour lancer un jeu vidéo.
Ici, tout l'ordinateur vit dans une seule chaîne de caractères d'environ 96 Mo, dans laquelle les registres du processeur, la mémoire, l'image affichée à l'écran, le moteur du jeu et ses données sont posés sous forme de texte. Un jeu de 544 règles de remplacement, toujours appliquées dans le même ordre, simule un petit processeur 32 bits maison baptisé RVM-1.
Il n'y a aucun interpréteur ni aucun calcul en dehors de ces règles. Quand le jeu additionne deux nombres, c'est une substitution qui réécrit des caractères au bon endroit dans la chaîne, et rien d'autre.
Le prix à payer est quand même salé, puisqu'il faut près de 14 millions de substitutions pour produire une seule image du premier niveau, à un rythme d'environ 80 000 remplacements par seconde. Trois minutes par image. Une petite séquence de 100 images représente du coup plus d'un milliard d'opérations.
Le résultat n'est pourtant pas une vague approximation, car les images produites sont identiques à l'octet près à celles du vrai DOOM compilé normalement, vérification par empreinte cryptographique à l'appui.
Tom's Hardware, le média spécialisé qui a relayé la trouvaille, résume bien l'expérience : y jouer tient plus "des échecs par correspondance avec un fusil à pompe" que du jeu de tir nerveux. Une démo pour Windows est malgré tout téléchargeable pour les plus patients.
DOOM a déjà tourné sur des tests de grossesse et des tracteurs, mais on est ici un cran au-dessus, avec la preuve qu'un outil de bureautique détourné suffit à construire un ordinateur qui marche. Hackaday, le site des bidouilleurs, reconnaît d'ailleurs que la valeur pratique du truc est à peu près nulle.
Totalement inutile, et c'est exactement pour ça qu'on adore : ce genre de bidouille obsessionnelle et gratuite vaut tous les produits à abonnement du moment.
Source : Tom's Hardware

Le 23 juillet à 23h16 précisément, GitHub reçoit une notice du ministère de l'Intérieur indien avec un compte à rebours de seulement 3 heures. Ce qu'exige cette notice c'est de faire disparaître 3 dépôts de code, et pas n'importe lesquels. Ceux de bitchat , la messagerie Bluetooth de Jack Dorsey qui fonctionne sans le moindre réseau.
Trois jours plus tôt, le 20 juillet, des étudiants du Cockroach Janata Party manifestent à Jantar Mantar, en plein centre de Delhi, et réclament la démission du ministre de l'Éducation.
La police disperse leur marche à la matraque et au gaz lacrymogène, ferme des stations de métro et coupe l'internet mobile autour du site. Alors au bout de 2 jours de coupure, les manifestants basculent sur des applis qui n'en ont pas besoin.
Bitchat, sorti l'été dernier, fait exactement ça. Chaque téléphone discute en Bluetooth Low Energy avec ceux qui sont à sa portée, soit une trentaine de mètres, et relaie les messages de proche en proche. Dans une foule dense, la chaîne de relais pousse alors la portée à 300 mètres et plus.
Aucun compte à créer et aucun numéro de téléphone à fournir. Il n'y a pas non plus de serveur central, et les messages privés passent par du chiffrement Noise Protocol. Puis quand le réseau revient, l'application bascule sur le protocole Nostr pour la portée mondiale.
Le code iOS de Bitchat est dans le domaine public, tout comme la version Android en GPL-3.0. Dorsey avait d'ailleurs ressorti la même boîte à outils il y a quelques jours avec Buzz, son chat d'équipe .
L'application, dit la notice de l'Indian Cybercrime Coordination Centre, "permet la communication même pendant des restrictions réseau" et crée "un risque substantiel d'utilisation abusive par des éléments antinationaux, des organisations terroristes, des groupes criminels organisés". Plus loin, on lui reproche une architecture qui entrave "l'interception légale, l'attribution et l'enquête". En clair, le reproche c'est de continuer à marcher quand l'État a coupé le net.
Côté droit, l'ordre s'appuie sur la Section 79(3)(b) de l'IT Act et la Rule 3(1)(d) des IT Rules, c'est-à-dire les articles en Inde qui protègent les hébergeurs de la responsabilité des contenus publiés par leurs utilisateurs.
Les infractions listées, elles, vont de l'accès non autorisé à un système informatique à la complicité, plus trois articles du nouveau code pénal indien sur le complot criminel et l'atteinte à l'unité nationale. Oui, oui, pour un dépôt de code... Bien sûr, l'Internet Freedom Foundation qualifie la manœuvre d'"inconstitutionnelle et autoritaire" et lui reproche de court-circuiter la procédure de blocage officielle. Certes, la Section 79 conditionne une immunité, mais elle n'ouvre absolument pas un droit de censure, puis surtout, cette notice ne désigne aucun message ni aucun fichier illicite précis mais vise le projet entier. Bref, c'est trop vague !
Et même si les rêves les plus humides du gouvernement indien se réalisaient, retirer un dépôt ne retire pas grand-chose. Si vous avez déjà l'app sur votre téléphone, elle y reste, et un maillage qui ne dépend d'aucun serveur continue de faire circuler les messages quoi qu'il arrive à la page GitHub.
MediaNama écrit que GitHub a obtempéré et retiré les liens de sa plateforme. Comme j'y ai encore accès, je pense que ça ne concerne que l'Inde et que Github a fait ça en mode géoblocage. Mais bon, peu importe, ça + l'effet Streisand, dans les heures qui ont suivi la notice, le code était de toute façon recopié sur d'autres sites. Il est sous licence libre, donc il peut être forké dans tous les sens.
En tout cas, ce n'est pas la première fois que cette messagerie sert de plan B à la population puisqu'au Népal, en septembre 2025, elle a été téléchargée près de 49 000 fois en une seule journée durant les manifestations Gen Z, soit près de 40 % de son adoption mondiale sur ce seul pays. Couper le réseau pour calmer une foule, l'Égypte avait déjà essayé en janvier 2011 , la Syrie quelques mois plus tard et on le sait, ça ne fonctionne pas.




À tout juste un an de la prochaine élection présidentielle, à laquelle Emmanuel Macron ne participera pas, l'exécutif accélère sur le front de la sécurité démocratique. Dans le viseur du chef de l'État : l'opacité des algorithmes, les fermes de faux comptes et les ingérences étrangères.