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Les dix activités incontournables à faire en Irlande

Par : National Geographic — 23 octobre 2026 à 18:58

Les champs et les collines verdoyantes ont donné à l'Irlande son surnom d'« île d'Émeraude ». Néanmoins, avec près de 3 200 kilomètres de côtes, de rivières et de lacs, l'État insulaire est également inondé de bleu. Cette nature encore préservée s’accompagne d'anciens châteaux, de villages historiques et de pubs animés par la musique traditionnelle. Voici la meilleure façon de découvrir ce coin coloré de l'Europe.

 

ADMIRER LA CÔTE SAUVAGE DEPUIS L'OCÉAN

Sur un peu moins de 2 600 kilomètres, la Wild Atlantic Way est une route qui longe la côte ouest et serpente entre divers sites préhistoriques, phares et criques. La péninsule de Dingle est l'un des meilleurs endroits pour s'imprégner de la beauté sauvage de la région, en particulier depuis l'océan. 

Les excursions en petits groupes dans des embarcations pneumatiques organisées par Dingle Sea Safari permettent d'observer de près la faune marine, non loin des îles Blasket, un archipel inhabité depuis 1953 et connu pour ses « Cathedral Rocks », de gigantesques rochers. À proximité, les baies de Brandon et de Tralee, séparées par la flèche de sable de Maharees, sont propices à la plongée, tandis que la forte houle de Castlegregory attire les surfeurs, expérimentés ou non.

 

APPRENDRE L'HISTOIRE DE L'ÎLE GRÂCE AUX ALGUES

Les criques rocheuses du sud-ouest regorgent d’algues qui révèlent un pan méconnu de l'histoire irlandaise. « Pendant le Carême, lorsque les gens ne pouvaient pas manger de viande, ils descendaient sur ces côtes pour se procurer du nori, ou sleabhac, car il est riche en protéines », explique Kerryann O'Farrell d’Atlantic Irish Seaweed, dont les guides organisent des promenades éducatives sur les algues comestibles au port de Derrynane. Dans le comté de Kerry, Sneem Seaweed Baths soutient les prétendus bienfaits thérapeutiques des plantes marines et propose des bains chauffés dans un tonneau de whisky en bois avec vue sur la baie de Kenmare.

(À lire : les algues sont-elles l’aliment de demain ?)

 

SIROTER DU VRAI WHISKY IRLANDAIS

Dans les années 1800, Dublin était le premier producteur mondial d'« eau de vie », ou uisce beatha en irlandais. Celle-ci fait depuis peu son grand retour avec cinq nouvelles distilleries dans la ville, dont Roe and Co, où des dégustations permettent aux visiteurs de goûter différents whiskys, d'apprendre comment ils sont fabriqués et de s'essayer à la préparation de cocktails.

Au Musée du whisky irlandais, découvrez l'histoire de ce spiritueux. Puis, rendez-vous au Whiskey Palace, situé à l'intérieur du Palace Bar. Ouverte en 1823, cette institution de Fleet Street était la préférée d'écrivains comme Flann O'Brien. Aujourd'hui, on y sert plus de 400 whiskys, et le Palace Bar a même sa propre marque.

VISITER UNE ÎLE OÙ L’ON PARLE LE GAÉLIQUE IRLANDAIS

Située à un peu plus de 12 kilomètres au large de la côte sud, Cape Clear Island (Oileán Chléire) fait partie des Gaeltacht, régions où l’on parle en majorité le gaélique irlandais, que l'on trouve dans sept comtés et sur certaines îles. Il est possible d’y accéder grâce aux Cape Clear ferries, qui partent de Baltimore et passent devant le phare du Fastnet Rock, haut de près de 53 mètres, construit au sommet d'un minuscule rocher en mer.

À Cape Clear Island, l'ancienne école de filles abrite aujourd'hui l’Heritage Centre qui présente des expositions sur l'histoire et la culture maritimes de l'île. Et ne passez pas à côté de la crème glacée au lait de chèvre de chez Cléire Goats.

VOYAGER EN SUIVANT UN COURS D’EAU

La rivière Suir était autrefois l'une des principales voies de transport du comté de Tipperary. Aujourd'hui, la Suir Blueway, longue de 53 kilomètres, est l'une des trois « blueways » homologuées d'Irlande, c’est-à-dire des voies navigables dédiées à l'exploration. Vous pouvez participer à une excursion et naviguer le long de châteaux et sous des ponts de pierre, de Cahir à Carrick-on-Suir.

Vous pourrez également emprunter le chemin de halage restauré, long d’un peu moins de 21 kilomètres, qui s'étend de Clonmel à Carrick-on-Suir et passe par des cabanes de pêcheurs, des berges couvertes de fleurs sauvages et les vergers de pommes de Bulmers Cider, également connu sous le nom de Magners. À proximité, à Cashel, passez la nuit à l’hôtel historique Cashel Palace et visitez l’Apple Farm de Cahir, une exploitation familiale depuis 1968, où vous pourrez acheter des tartes et des chips fabriquées à partir de la variété locale Elstar.

 

FLANER DANS LE QUARTIER DE WESTEND, À GALWAY

Si Shop Street et Eyre Square attirent les foules, le quartier de Westend, de l'autre côté de la rivière Corrib, est l'âme de la ville. Imprégnez-vous de l'ambiance bohème dans des endroits comme Bell Book and Candle, une mine d’or de livres et de vinyles neufs et d'occasion ; le Flea Style Market, un marché aux puces mensuel à l'intérieur du Galway Arts Centre ; et le Crane Bar, qui accueille certains des meilleurs joueurs de violon et de bodhrán traditionnels de la ville.

Des visites guidées réalisées par des habitants vous révèleront l'histoire des origines de la bague de Claddagh. La balade gourmande de deux heures et demie vous permettra de découvrir les points forts de cette destination gastronomique émergente, où des restaurants innovants comme Kai proposent du crabe d'Aran servi avec du chou-rave et des œufs de poisson.

 

FAIRE UNE PROMENADE EN KAYAK SOUS LES ÉTOILES

L'Irlande regorge de lieux de premier choix pour faire du kayak, mais une balade nocturne peut montrer la nature sous un jour unique, déclare Jim Kennedy, d’Atlantic Sea Kayaking, qui emmène de petits groupes dans la baie de Castlehaven, dans le comté de Cork. Là, les kayakistes éteignent leurs lampes de poche et contemplent les étoiles par nuit claire ou, parfois, la bioluminescence de la baie.

Les sons de la nature se font plus intenses, du hululement de la chouette effraie au bavardage de la loutre. « Nous utilisons les kayaks comme un moyen d’entrer en contact avec la nature », explique Jim Kennedy. « Il se passe tellement de choses avec les cieux et l'obscurité. »

(À lire : Finlande, un week-end idéal à Punkaharju, au cœur de la région des lacs)

 

TENIR UNE POSITION DANS UN STUDIO DE YOGA SOUTERRAIN

Les galeries de Marble Arch , situées dans les comtés de Fermanagh et de Cavan, constituent le plus long réseau de grottes connu d'Irlande du Nord et font partie des Géoparcs mondiaux UNESCO. Pendant quelque 360 millions d'années, l'eau a sculpté ces grottes de calcaire, ce qui en fait une attraction touristique très prisée depuis le 19e siècle. Aujourd'hui, un cours de yoga d'une heure, dispensé à près de 50 mètres sous terre, permet de découvrir en toute intimité les paysages et les sons souterrains.

Ensuite, explorez les lacs Upper et Lower Lough Erne, parsemés de nombreuses îles, où vous pourrez monter à bord d'un bateau jusqu'à l’île de Devenish, un site monastique et un ancien grand port, dont les ruines remontent au 12e siècle.

FAIRE UNE RANDONNÉE LE LONG DE LA CÔTE DE L'IRLANDE DU NORD

Ouvert au public en 1902, le circuit de randonnée Les Gobbins d'Islandmagee, long de presque 5 kilomètres, est accroché à des falaises spectaculaires et emprunte des ponts édouardiens au-dessus de vagues déferlantes. Une visite guidée de quatre heures avec Islandmagee SUP permet d'explorer les grottes des falaises Seven Sisters et d’observer la nidification des macareux qui a lieu de mai à septembre. Ensuite, vous pourrez reprendre des forces à Kings Road, situé à Whitehead, avec du thé en vrac et des kombuchas signature de Craft Tea Brew Co. de Belfast, accompagnés d’un petit-déjeuner anglais.

 

GARDER UN PHARE

Great Lighthouses of Ireland propose un guide des phares les plus remarquables du pays. Celui de Saint John's Point, l'un des plus éloignés, se dresse à l'extrémité d'une étroite péninsule dans le comté de Donegal, avec vue sur la baie et le comté de Sligo. Passez la nuit à Clipper ou Schooner, les anciennes résidences des gardiens de phare et faites l'expérience de la solitude en veillant sur le phare. Naturellement, le lieu ne dispose pas de Wi-Fi, alors détendez-vous et lisez un livre au coin du feu, ou explorez le cap au lever du soleil.

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Venise : découvrez la librairie la plus originale du monde

Par : National Geographic — 23 octobre 2026 à 16:57

Quand Luigi Frizzo a loué la propriété dans laquelle il a établi sa librairie, on l’a averti que la zone pourrait être sujette aux inondations à cause de sa proximité avec l’eau, et la montée du niveau de la mer à Venise, en Italie. C’est de là qu’il a tiré son inspiration pour le nom de son établissement : Acqua Alta, marée haute en italien.

En plus de ce nom original, Luigi Frizzo s’est également montré proactif pour protéger ses plus de 400 000 livres, dont des premières éditions publiées il y a plus d’un siècle, et a créé une infrastructure résistante aux inondations. Il a décidé de stocker des centaines d’ouvrages dans des baignoires et des gondoles, moyens de transport à travers les étroits canaux vénitiens depuis le 11e siècle.

Si vous l’ignoriez, Acqua Alta se trouve à près d’un kilomètre et demi de la place Saint-Marc, la place publique principale de Venise. Étant l’une des zones les plus basses de Venise, elle est facilement inondée mais seule une marche de neuf minutes sépare Saint-Marc de la fameuse librairie. Les visiteurs arrivent en passant par Calle Lunga Santa Maria Formosa, dans le quartier de Castello, une rue étroite où un panneau élève la Libreria Acqua Alta au rang de « plus belle librairie du monde ».

Les visiteurs de la librairie auront le loisir d’observer les évolutions en matière d’infrastructures apportées après l’inondation de 2019, l’une des pires de l’histoire de Venise. L’eau a dépassé de presque deux mètres le niveau de la mer.

Aujourd’hui, des gondoles et des baignoires ont été posées sur de grandes tables en bois afin de protéger les biens les plus précieux de la menace que pose la montée des eaux. Bien qu’elles soient à l’origine là en tant que mesure préventive, les gondoles sont vite devenues des figures emblématiques pour des millions de personnes et ont participé à faire connaître la Libreria Acqua Alta à travers le monde. Ses escaliers sont, par exemple, l’un des lieux les plus photographiés de tout Venise.

« J’ai d’abord créé l’escalier comme moyen de stocker mes encyclopédies. J’avais déjà mis des livres dans la cour, où les deux grandes fenêtres ne pouvaient pas être ouvertes et j’ai commencé à déplacer les encyclopédies dans le jardin pour créer ce qui aller devenir l’escalier », explique Luigi Frizzo. Le propriétaire de quatre-vingt-deux ans est originaire de Trissino, petit village de la région de Vento, au nord de l’Italie.

Il ajoute : « je n’aurais jamais imaginé que ce que je considérais uniquement comme une solution pratique connaîtrait un tel succès. »

 

JE L’AI VU SUR TIKTOK !

En 2002, la Libreria Acqua Alta a ouvert, un lieu pour que les locaux puissent se réunir et profiter d’une sélection éclectique de livres, de l’art vénitien à l’histoire de la république de Venise, en passant par des romans et des bandes-dessinées dans lesquels Venise a une place centrale.

La librairie abrite également des livres de seconde main et des livres anciens, comme une première édition de Le Fiale, un recueil de poèmes écrit par le poète italien Corrado Govoni. Cette rare trouvaille, loin des yeux des clients, a été publiée à Florence en 1903 et est aujourd’hui estimée à 1 500 euros.

Comme beaucoup de villes européennes, Venise n'échappe pas au surtourisme, et sa popularité va croissant sur les réseaux sociaux, comme Instagram et TikTok. La librairie a surfé sur la vague de ce phénomène et on retrouve désormais des milliers de vidéos sur TikTok ainsi que des hashtags sous des plus de 50 000 publications Instagram.

À l’entrée de la librairie, sous le signe proclamant que la Libreria Acqua Alta est la plus belle librairie du monde, les touristes font la queue et progressent lentement vers l’entrée. La file les entraîne près d’une gondole qui se trouve au cœur du bâtiment, puis des baignoires abandonnées pleines de magazines, de piles de livres rares et vieux. Leur chemin croise également celui de Dominique, la chatte de la librairie.

C’est un pèlerinage de dizaines de touristes vers la librairie, avec comme destination finale sa terrasse, où, après une attente pour monter l’escalier de livres, ils ont l’occasion de photographier la rivière Tetta. L’endroit est très prisé sur les réseaux sociaux.

Si Venise tente de pallier le surtourisme et de taxer les voyageurs qui ne dorment pas sur place, la librairie continue d’accueillir les foules. Elle a, selon Diana Zanda, responsable de la librairie depuis 2023, adopté des règles pour organiser le trafic.

« Nous demandons au groupe de dix personnes ou plus de nous appeler en avance », dit-elle. « Quant à l’escalier, nous avons dû demander à un employé de la librairie de dire aux visiteurs de ne pas rester plus de quelques minutes s'ils souhaitent simplement prendre une photo. Cela aide à faire avancer la queue plus rapidement. » Diana Zanda explique que la librairie reçoit chaque jour entre 2 000 et 5 000 visiteurs.

« La plupart sont des touristes qui viennent parce qu’ils ont vu quelque chose sur Instagram ou bien une vidéo de notre librairie sur TikTok », ajoute la responsable. Une cliente se joint à la conversation : « Oui, je vous ai vus sur TikTok ! »

 

LES LIBRAIRIES, ATTRACTIONS TOURISTIQUES

Jorge Carrión est l’auteur de Librairies – Itinéraires d’une passion, un livre qui explore l’importance des librairies en tant qu’espaces culturels et intellectuels, ainsi que leur rôle au sein des communautés. Jorge Carrión croit que, depuis 2013, des lieux tels que la Libreria Acqua Alta ne sont plus de simples librairies mais ont évolué et sont devenus des attractions touristiques populaires.

« Le tourisme culturel, comme tous les tourismes, a commencé à changer en 2010, avec l’émergence d’Instagram. À cette époque, un nouveau type d’attraction touristique a fait son apparition. Un tourisme qui est vite devenu viral et qui encourageait la circulation des selfies. Et TikTok n’a fait qu’amplifier cette mode », explique l’auteur.

Il poursuit : « Jusqu’à il y a quinze ans, les librairies ne faisaient pas partie de ce jeu et elles sont à présent au nombre de quatre : El Ateneo Grand Splendid à Buenos Aires, Lello à Potto, Shakespeare and Company à Paris et la Libreria Acqua Alta. Ce ne sont pas les meilleures, mais ce sont les plus photogéniques. »

Mais alors, comment Acqua Alta reste-t-elle à flots dans une ère où les visiteurs sont plus intéressés par les selfies que par les livres uniques que proposent les boutiques ?

Ils sont nombreux à acheter des marque-pages, des cartes postales, des calendriers, des magnets et autres souvenirs mais ce sont aussi les ventes de livres de seconde-main, des éditions qui ne sont plus imprimées et d’autres trouvailles rares qui aident cette librairie à survivre.

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Comment la nature a inventé l’œil

Par : National Geographic — 23 octobre 2026 à 15:11

« Si vous demandez aux gens à quoi servent les yeux des animaux, ils vous répondront : à la même chose que chez les humains. Mais c’est faux. Totalement faux. » Dans son laboratoire de l’université de Lund (Suède), Dan-Eric Nilsson contemple les yeux d’une cuboméduse. Lui en a deux, bleu clair, dirigés vers l’avant. La cuboméduse en a vingt-quatre, marron foncé, regroupés en quatre structures – les rhopalies. Nilsson me montre un modèle de rhopalie : on dirait une balle de golf où des tumeurs auraient poussé. Une tige la relie à la méduse. « La première fois que j’en ai vu, je n’en croyais pas mes yeux, dit Nilsson. Elles avaient l’air vraiment bizarre. »

Quatre des six yeux de chaque rhopalie sont de simples fentes ouvrant sur un puits pour détecter la lumière. Mais les deux autres sont très complexes : comme les yeux de Nilsson, ils possèdent un cristallin qui concentre la lumière et forme des images, quoiqu’à basse résolution. La cuboméduse figure parmi les animaux les plus frustes : une masse gélatineuse et palpitante, avec quatre faisceaux de tentacules urticants et un simple anneau nerveux en guise de cerveau.

De quelles informations peut-elle avoir besoin ? À quoi peuvent lui servir ses yeux ? En 2007, Nilsson et son équipe ont démontré que la cuboméduse Tripedalia cystophora utilise ses yeux à lentilles inférieurs pour repérer des obstacles – les racines de la mangrove où elle nage, par exemple. Il leur a encore fallu quatre ans pour découvrir le rôle des yeux à lentilles supérieurs. Premier indice : grâce à un poids flottant situé à la base de la rhopalie, l’œil supérieur regarde toujours vers le haut. S’il détecte des taches foncées, la méduse sent qu’elle nage sous le couvert de la mangrove (où elle peut trouver les petits crustacés à manger). Si la lumière est plus vive, cela signifie qu’elle s’est éloignée au large, et risque de mourir de faim.

Le règne animal compte une variété d’yeux quasi infinie : certains ne voient qu’en noir et blanc, d’autres distinguent la totalité de l’arc-en-ciel (et même des formes de lumière indiscernables pour l’œil humain) ; certains ne perçoivent pas la provenance de la lumière, d’autres détectent une proie qui court à des kilomètres de distance. Les plus minuscules, sur la tête d’une micro-guêpe, sont aussi petits qu’une amibe ; les plus gros, chez des calmars géants, ont la taille d’une grande assiette. L’œil du calmar, comme le nôtre, fonctionne à la façon d’un appareil photo. Un seul cristallin y concentre la lumière sur une seule rétine. Et la rétine est tapissée de photorécepteurs (des cellules qui absorbent les photons et changent leur énergie en signal électrique). En revanche, l’œil de la mouche est un œil composé – ou « à facettes ». Il répartit la lumière sur des milliers d’unités indépendantes, dont chacune a sa propre lentille et ses propres photorécepteurs.

Les yeux humains, comme ceux de la mouche et du calmar, sont fixés par paire sur la tête. Mais la coquille Saint-Jacques a des rangées d’yeux le long de son manteau ; l’étoile de mer en a au bout des bras ; et le corps de l’oursin pourpre fait office d’unique gros œil. Il y a des yeux dotés de lentilles bifocales, d’autres pourvus de miroirs, et même des yeux capables de regarder simultanément en haut, en bas et sur le côté.

Une telle diversité a de quoi déconcerter. Tous les yeux détectent la lumière, et la lumière se comporte de manière prévisible. Mais elle a de multiples usages. Elle traduit l’avancée du jour, la profondeur de l’eau, la présence d’ombre. Elle se réfléchit sur les ennemis, les partenaires et les abris. La cuboméduse s’en sert pour trouver des pâturages sans danger. Nous, humains, l’utilisons pour scruter un paysage, interpréter les expressions faciales et lire ces phrases. La diversité des tâches dévolues aux yeux n’a d’autre limite que la générosité de la nature. Pour comprendre comment ils ont évolué, les scientifiques doivent donc examiner leurs structures, mais aussi comment les animaux les utilisent.

Il y a environ 540 millions d’années, la vie s’est brusquement diversifiée sur la Terre. C’est ce qu’on appelle l’explosion cambrienne. Les ancêtres de la plupart des classes d’animaux modernes sont apparus à ce moment-là. Et nombre de ces précurseurs ont laissé des traces fossiles. En passant certaines empreintes très
bien conservées au microscope électronique à balayage, des scientifiques ont pu reconstituer leur anatomie intérieure, yeux compris, et restituer la façon dont ils voyaient le monde.

« J’étais stupéfaite, se souvient Brigitte Schoenemann, de l’université de Cologne. Nous pouvons même calculer le nombre de photons qu’ils pouvaient capturer. »

Ces créatures disposaient déjà d’yeux complexes. Nous n’avons aucune trace de leurs précurseurs, plus simples. L’étude des fossiles ne nous dit pas comment des animaux aveugles ont soudain pu voir leur environnement. Voilà un mystère qui troublait Charles Darwin.

« Supposer que l’œil, avec tous ses dispositifs inimitables [...], pourrait avoir été formé par sélection naturelle, semble, je l’avoue sans mal, absurde au plus haut degré », écrit-il dans L’Origine des espèces (traduction de Thierry Hoquet, Seuil, 2013). Mais il fournit la solution dès la phrase suivante : « Cependant, la raison me dit que si l’on peut montrer qu’il existe de nombreuses gradations depuis un œil parfait et complexe jusqu’à un œil très imparfait et simple, chaque degré étant utile à son possesseur ; si, de plus, l’œil varie tant soit peu et que les variations sont héritées, ce qui est certainement le cas, et si toute variation ou modification dans l’organe peut éventuellement être utile à un animal sous des conditions changeantes de vie, alors notre difficulté à croire qu’un œil parfait et complexe peut être formé par sélection naturelle, bien qu’insurmontable pour notre imagination, ne peut plus être considérée comme réelle. »

De fait, des animaux actuels illustrent chaque étape intermédiaire possible entre les taches photosensibles primitives du ver de terre et les yeux perçants de l’aigle. Nilsson a même montré que les premières pouvaient devenir les seconds. Le zoologiste a réalisé une simulation en laboratoire. Elle commence par une petite plaque de cellules vivantes photosensibles pigmentées. À chaque génération d’une année, la plaque épaissit. Elle s’arrondit lentement, passant d’une forme de feuille à une forme de coupe. Puis elle acquiert un cristallin grossier, qui s’améliore peu à peu. Même avec les hypothèses les plus pessimistes, en comptant que l’œil ne progresse que de 0,005 % par génération, il ne faudrait que 364 000 ans à la simple plaque pour devenir un organe pleinement fonctionnel, comparable à un appareil photo. Un clin d’œil, en termes d’évolution.

Toutefois, les yeux simples ne sont pas qu’une étape. Ils répondent aux besoins des utilisateurs. Chaque bras de l’étoile de mer est doté d’un œil, qui ne perçoit ni les couleurs, ni les détails, ni les objets rapides. Mais elle ne chasse pas des lapins en pleine course. Elle a besoin de repérer les récifs coralliens pour rentrer tranquillement chez elle. Ses yeux en sont capables. Pas besoin d’élaborer de mécanisme plus performant. « Au cours de l’évolution, les yeux ne sont
pas passés de la médiocrité à la perfection, souligne Nilsson. Ils sont passés de l’exécution parfaite de quelques tâches simples à l’exécution excellente d’un grand nombre de tâches complexes. » Le zoologue suédois a intégré ce concept dans un modèle qui retrace l’évolution de l’œil en quatre étapes. Chaque stade se définit, non par ses structures physiques, mais par ce qu’il permet aux animaux de faire.

Première étape : mesurer l’intensité de la lumière ambiante, pour évaluer le moment de la journée ou la profondeur où se situe l’animal dans l’eau. Un unique photorécepteur y suffit. L’hydre, une cousine de la méduse, ne possède pas d’yeux. Mais son corps est équipé de photorécepteurs qui commandent ses cellules urticantes, peut-être pour réagir aux ombres créées par le passage de victimes potentielles.

Deuxième étape : les photorécepteurs gagnent une protection (en général, un pigment foncé). Ce pigment bloque la lumière issue de certaines directions. Les animaux savent ainsi d’où elle vient. Cette représentation à un seul pixel n’est pas encore une véritable vision. Elle suffit toutefois à s’approcher d’une source lumineuse ou de s’en éloigner afin de gagner un refuge sombre.

Troisième étape : dorénavant dotés d’un bouclier, les photorécepteurs forment des groupes, et chaque groupe s’oriente de façon légèrement différente. L’animal peut alors assimiler des informations sur la lumière venue de plusieurs directions et se forger une image de son environnement. À cette étape, la détection de lumière devient réellement la vision, et les faisceaux de photorécepteurs deviennent de véritables yeux. De quoi trouver un habitat adapté (pour l’étoile de mer) ou éviter les obstacles (cuboméduse).

Quatrième étape : c’est ici que l’évolution des yeux – et de leurs porteurs – décolle vraiment. Le cristallin apparaît : cette lentille concentre la lumière. La vision devient nette et détaillée. « Quand on arrive à la quatrième étape, la liste de tâches est infinie », souligne Nilsson. Cette flexibilité fut peut-être l’une des étincelles
qui provoquèrent l’explosion cambrienne. Tout à coup, les confrontations entre prédateurs et proies (jusqu’alors limitées à renifler, goûter et toucher de très près) purent se dérouler à distance. Une sorte de course aux armements s’engagea : les animaux se mirent à grossir, à devenir plus mobiles, à développer des coquilles défensives, des épines dorsales, des cuirasses. Les animaux et leurs yeux ont évolué en parallèle. Toutes les structures élémentaires de la vision qui existent aujourd’hui étaient déjà présentes au Cambrien. Mais leur élaboration a suivi des chemins extraordinairement variés, et toujours pour réaliser des tâches spécialisées.

Le mâle de l’éphémère semble avoir un énorme œil composé, collé au-dessus d’un plus petit : le oremier sert à repérer dans le ciel les silhouettes des femelles en vol. Le quatre-yeux, un poisson, a scindé ses deux yeux : une moitié demeure au-dessus de la surface, scrutant le ciel, l’autre guette proies et menaces dans l’eau. Et l’œil humain ? Il est plutôt rapide, décèle bien les contrastes, et seuls les rapaces bénéficient d’une meilleure résolution. Bref, un bon œil multitâche pour l’animal le plus polyvalent.

Les yeux ont-ils évolué en une seule fois ou à de nombreuses reprises ? Ernst Mayr, biologiste de l’évolution allemand, affirmait que les yeux avaient entre quarante et soixante-cinq origines indépendantes. Il s’appuyait sur leur grande diversité de formes. Walter Gehring, biologiste du développement suisse, penchait pour une évolution unique. Il avait découvert qu’un même gène, Pax6, commande le développement de l’œil chez presque toutes les créatures.
Les deux hommes avaient raison. Les yeux véritables de la troisième étape ont effectivement évolué en plusieurs fois à partir de leurs précurseurs plus simples de la deuxième étape.

Par exemple, la cuboméduse a développé les siens indépendamment des mollusques, des vertébrés et des arthropodes. Mais les systèmes optiques de tous ces organismes sont des développements des mêmes détecteurs de lumière rudimentaires de la première étape. Tous les yeux de tous les êtres vivants utilisent les mêmes éléments de base : les opsines (des protéines qui constituent la base moléculaire de tous les yeux) et les chromophores (des molécules capables d’absorber l’énergie d’un photon). Les opsines travaillent toujours en association avec un chromophore.

Comment ? Un photon arrive. Le chromophore en absorbe l’énergie et, rapidement, se déforme en conséquence. L’opsine qui lui est associée est alors obligée de se déformer à son tour. Cette transformation engendre toute une série de réactions chimiques, qui se termine par un signal électrique.

Il existe des milliers d’opsines différentes, mais toutes appartiennent à la même famille. Il y a quelques années, Megan Porter, aujourd’hui à l’université de Hawaii à Manoa, a comparé les séquences de presque 900 gènes qui codent ces protéines dans l’ensemble du règne animal. Conclusion : toutes les opsines sont nées d’un ancêtre commun, puis se sont diversifiées en un gigantesque arbre généalogique.

La mère de toutes les opsines n’a pas surgi du néant. L’évolution a improvisé les premières opsines à partir de protéines qui fonctionnaient moins comme un capteur de lumière que comme une horloge. Ces protéines se fixaient à la mélatonine, une hormone qui régule l’horloge biologique de vingt-quatre heures chez beaucoup d’organismes. Puisque la mélatonine est détruite par la lumière, s’il n’y en a plus, c’est peut-être que les premiers rayons de l’aube arrivent. Bien sûr, on ne peut recourir qu’une seule fois à cet indicateur. Une créature qui sent l’aube arriver grâce à la mélatonine doit en recréer sans cesse. Les chromophores couplés aux opsines ne posent pas ce problème. S’ils changent de forme en absorbant la lumière, ils peuvent facilement revenir en arrière. Résultat, quand les protéines liées à la mélatonine (les ancêtres des opsines) ont muté, elles sont soudain devenues des capteurs de lumière réutilisables. Les premières opsines étaient nées. Elles étaient si efficaces que l’évolution n’a jamais rien trouvé de mieux.

Par la suite, elle s’est contentée de créer des variations sur ce même thème. Les choses sont différentes pour les autres composants de l’œil. Prenez le cristallin. Il est presque toujours composé de cristallines, des protéines qui améliorent la vision en concentrant la lumière sur les photorécepteurs. Au contraire des opsines, les cristallines n’ont en commun que le nom. Des groupes d’animaux différents ont développé leur propre type de cristallines de façon indépendante, en récupérant des protéines ayant des rôles très divers, sans rapport avec la vision. Mais toutes étaient stables, faciles à stocker et capables de fléchir la lumière – l’idéal pour former le cristallin.

Les lentilles les plus étranges de la nature n’ont pas du tout de cristallines. Ce sont celles du chiton (ci-dessus), un mollusque marin à la coquille ovale, formée de plaques articulées. Ces plaques sont parsemées de centaines de petits yeux de la troisième étape, avec chacun sa propre lentille. Les lentilles sont composées d’un minéral, l’aragonite, que les chitons assemblent à partir de molécules de calcium et de carbonate présentes dans l’eau de mer. Autrement dit, cet animal a élaboré un moyen d’affiner sa vision en regardant à travers une roche. Quand leurs lentilles minérales s’érodent, les chitons en fabriquent tout simplement de nouvelles.

Les opsines, le cristallin et tous les autres composants de l’œil témoignent du bricolage improvisé de l’évolution. Celle-ci invente sans cesse de nouvelles fonctions pour des matériaux déjà existants, et fabrique des structures complexes à partir de structures simples. Mais l’évolution ne prévoit rien. Quand elle
s’engage sur une voie, elle ne peut plus repartir à zéro. C’est pourquoi ses œuvres sont toujours entachées d’imperfections. Dan-Eric Nilsson n’est guère impressionné par les yeux à facettes.

Leur structure, composée de nombreuses unités répétitives, limite inéluctablement la résolution visuelle. Pour qu’une mouche voie avec la même résolution qu’un humain, son œil devrait mesurer 1 m de diamètre. « Les insectes et les crustacés ont prospéré malgré leurs yeux composés, et non pas grâce à eux, remarque Dan-Eric Nilsson. Ils se seraient bien mieux débrouillés avec des yeux de type appareil photo. Mais l’évolution ne l’a pas compris. L’évolution n’est pas intelligente. »

« Les yeux des insectes ont une résolution temporelle beaucoup plus rapide, nuance Eric Warrant, également de l’université de Lund. Deux mouches peuvent se pourchasser à une vitesse phénoménale, et voir jusqu’à trois cents éclairs lumineux par seconde. Nous, nous avons de la chance si nous en voyons cinquante ! » L’œil de la libellule lui offre un champ visuel à quasiment 360°. Quant au grand sphinx de la vigne (ci-dessus), ses yeux sont si sensibles qu’il perçoit encore les couleurs à la seule lumière des étoiles. « À certains égards, notre vision est meilleure, mais, à maints égards, elle est moins bonne, estime Eric Warrant. Aucun œil n’est plus performant sur tous les plans. »

Les yeux humains, qui marchent comme un appareil photo, ont leurs propres problèmes. Exemple : notre rétine est conçue à l’envers. Les photorécepteurs se situent derrière un lacis de neurones, comme si on plaçait les fils électriques d’un appareil photo devant l’objectif. Le faisceau de fibres nerveuses doit aussi passer à travers un trou dans la couche des photorécepteurs pour gagner le cerveau. C’est pourquoi nous avons un point aveugle. Ces défauts n’ont aucun avantage : ce ne sont que des bizarreries de l’histoire de notre évolution.

Nous avons élaboré des moyens de contourner les problèmes. Notre rétine recèle de longues cellules qui jouent le rôle de fibres optiques, en canalisant la lumière
à travers les neurones, vers les photorécepteurs. Et notre cerveau est capable de compléter les détails manquants du point aveugle.

Mais il y a des problèmes que nous ne savons pas éviter. Par exemple, il arrive que notre rétine se décolle du tissu sous-jacent, entraînant la cécité. Cela n’arriverait pas si les neurones se trouvaient derrière les photorécepteurs et les maintenaient en place. Comme chez la pieuvre et le calmar. L’évolution ne suit pas de projet. Elle improvise au fur et à mesure. Et elle fait parfois demi-tour. La complexité des yeux s’accorde aux besoins : si ces besoins régressent, les yeux aussi. La plupart des oiseaux et des reptiles voient la couleur grâce à quatre types de photorécepteurs en cônes, dont chacun possède une opsine sensible à une couleur différente. Mais les mammifères descendent d’un ancêtre nocturne qui avait perdu deux de ces cônes (sans doute parce que la vision des couleurs est moins importante la nuit, et parce que les cônes sont plus efficaces en plein jour).

La plupart des mammifères continuent à voir le monde à travers une palette limitée. Les chiens ne possèdent que deux cônes – l’un sensible au bleu, et l’autre, au rouge. Mais des primates ont en partie compensé cette perte en développant un nouveau cône sensible au rouge. C’est ainsi qu’un monde de rouges et d’oranges auparavant invisible s’est ouvert à nos ancêtres, qui ont alors peut-être pu distinguer les fruits mûrs des fruits verts. Les mammifères marins, eux, ont délaissé le cône bleu en devenant aquatiques. Nombre de baleines ont aussi perdu le cône rouge. Elles n’ont que des photorécepteurs en bâtonnets, excellents pour percer les ténèbres des grands fonds, mais inutiles pour voir la couleur. Si les avantages de la vue se réduisent à zéro, certains animaux perdent les yeux, comme le tétra aveugle, un petit poisson d’eau douce. Au Pléistocène, quelques-uns nagèrent dans des grottes profondes, où les yeux étaient inutiles.

Leurs descendants cavernicoles devinrent aveugles, et l’ancien emplacement des yeux s’est recouvert de peau. Ces dégénérescences se sont produites parce que l’élaboration et la conservation des yeux nécessitent beaucoup d’énergie. Voilà pourquoi les animaux n’ont pas d’yeux supérieurs à leurs besoins, et les perdent facilement s’ils n’en ont plus l’usage. Gaspiller de l’énergie sur un système sensoriel inutile mène droit à l’extinction. Les yeux témoignent à la fois de la créativité infinie de l’évolution et de son sens implacable de l’économie. À l’université du Maryland, Tom Cronin scrute un aquarium où le fixent deux yeux composés évoquant des muffins montés sur tiges. « M.Exorbité », comme l’appelle Cronin, est une crevette-mante à la robe kaléidoscopique – pêche, blanc, vert et rouge sang. Ses bras se terminent par des marteaux impressionnants, qui se déploient à une telle vitesse et avec une telle force qu’ils sont capables de briser des coquillages ou la vitre d’un aquarium.

Les yeux de la crevette-mante sont chacun divisés en trois sections distinctes, mais qui se concentrent sur le même espace étroit. Cela permet à un seul œil de percevoir la profondeur. Il distingue également les ultraviolets (invisibles pour nous) et la lumière polarisée. Tom Cronin a aussi découvert que la crevette-mante possède douze types de récepteurs de couleur (l’humain en a trois), chacun sensible à une teinte. Pendant des années, les scientifiques ont donc supposé que la crevette-mante détectait des différences infimes entre les couleurs. Mais, en 2013, Hanne Thoen (université du Queensland, Australie) a présenté à des crevettes-mantes des fibres optiques affichant des teintes différentes, et les récompensait par de la nourriture si elles en attaquaient une en particulier. Puis elle a rapproché les couleurs jusqu’à ce que les animaux ne puissent plus les distinguer. Conclusion : les crevettes ne distinguent même pas des différences évidentes pour nous.

Alors, à quoi servent tous ces récepteurs ? Hanne Thoen pense qu’ils s’apparentent à l’adresse du boxeur. Notre rétine traite beaucoup d’informations visuelles, ajoute et soustrait des données transmises par les cônes avant de les envoyer au cerveau. Il est possible que la crevette-mante, elle, transmette les réponses de ses douze récepteurs de couleurs directement à son cerveau. Celui-ci comparerait alors les données brutes avec une sorte de grille de correspondance des diverses couleurs.

La crevette-mante n’est pas douée pour différencier des couleurs entre elles, mais sait peut-être très bien les reconnaître individuellement. Ce qui pourrait l’aider à prendre les décisions rapides indispensables à ses attaques éclair. Cette hypothèse laisse Tom Cronin sceptique. De retour dans son laboratoire, il trempe une
pipette dans une boîte de Petri renfermant une crevette-mante plus petite, qui ne mesure que quelques centimètres de long. Elle suit l’objet intrus des yeux, puis riposte. Le coup est assez puissant pour produire un craquement audible, comme un claquement de doigt. « La bestiole a réfléchi longtemps avant de frapper. Ce n’est pas une décision qu’elle prend comme ça, souligne Tom Cronin en claquant des doigts. Reste la question : à quoi tout cela sert-il ? »

Cette question, Dan-Eric Nilsson se la pose encore, lui aussi. Il ne suffit pas de connaître la structure des yeux de la crevette-mante, les gènes impliqués, ou les signaux neuraux envoyés au cerveau. En fin de compte, pour comprendre pourquoi ces yeux sont tels qu’ils sont, nous devons savoir à quoi ils servent. À communiquer ? À attraper rapidement des proies ? À mieux percevoir la profusion de couleurs des récifs coralliens ? Voici la vérité sur les yeux des animaux : nous ne pouvons comprendre leur évolution qu’en apprenant à voir le monde extérieur à travers eux.

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Embarquez à bord du "mode express" pour vous rendre de Paris à Milan

Par : National Geographic — 23 octobre 2026 à 10:57

Le mois d’avril marque le grand retour des trains Freciarossa de la compagnie ferroviaire italienne Trenitalia, qui relient Paris et Milan. Les trains ne circulaient plus depuis un glissement de terrain dans les Alpes françaises survenu en 2023. Les locomotives « flèches rouges » transportent les passagers entre les deux capitales de la mode en un peu moins de 6h30. Il n’y a cependant aucune raison de ne pas prévoir un plus long trajet, en s’arrêtant entre les deux villes. La ligne de train passe à travers des paysages montagneux à couper le souffle et marque l’arrêt dans certaines villes aux portes des Alpes ainsi que dans deux villes parmi les plus sous-estimées d’Europe. Le prix de départ d’un billet aller est de 35 €.

 

PARIS

Des nouveautés arrivent dans le 19e arrondissement. Le cinéma La Géode, nouvellement rénové, permet de profiter d’une séance de film en IMAX au sein d’une gigantesque boule à facettes. Des musiciens viennent jouer de la musique à l’espace de restauration, le Boom Boom Villette, qui se situe à proximité.

 

LYON

La capitale gastronomique de la France, magnifiquement située à la confluence de deux grands fleuves, abrite une pléthore d’expériences culinaires délicieuses. L’Astral, un nouveau restaurant, propose des menus de haute cuisine, tandis que le restaurant conceptuel 220 BPM emmène ses petits groupes d’hôtes à des festins d’anthologie dans un endroit tenu secret, au cœur d’une forêt. Vous pouvez également vous essayer au « tour apéritif » avec les spécialistes locaux Praline et Rosette.

TURIN

Auparavant la capitale du royaume d’Italie, cette ville souvent négligée n’a rien perdu de son élégance atemporelle, grâce à son abondance de palazzos et de porticos sur fond d’Alpes italiennes. Pour une température agréable, la meilleure saison est le printemps, vous pourrez en plus profiter de la Nuit européenne des musées, le 17 mai. Cette nuit-là, bon nombre d’institutions culturelles ouvrent gratuitement leurs portes pour des visites nocturnes de leurs collections.

 

MILAN

La ville bat son plein durant la Design Week de Milan, du 8 au 13 avril. Des quartiers, comme Brera et Zona, se transforment en galeries en plein air. Ne manquez pas de visiter la Pinacothèque de Brera, qui a rouvert ses portes après cinquante ans. Après cela, le quartier de Citta Studi vous accueillera à bras ouverts, avec ses nombreux cafés et bars. Ou bien prenez la voie des eaux à De Montel, qui sera bientôt le plus grand parc thermal urbain d’Italie, à son ouverture en avril.

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Coureurs de l’extrême : comment les Tarahumaras sont-ils devenus les maîtres de l’endurance ?

Par : National Geographic — 23 octobre 2026 à 09:29

En 2009, le journaliste américain Christopher McDougall publie Né pour courir, où il retrace l’histoire de Micah True, un Américain ayant vécu près de vingt ans aux côtés des Tarahumaras. En 2003, ce passionné fonde l'Ultramarathon Caballo Blanco (Cheval Blanc), en référence à son surnom, réunissant cette communauté et plusieurs des meilleurs ultramarathoniens américains. L’ouvrage contribue largement à forger la légende de ce peuple amérindien, notamment auprès des coureurs de fond du monde entier.

Originaires de l’actuel État de Chihuahua, les Tarahumaras se sont réfugiés au 16ᵉ siècle dans les Barrancas del Cobre, au cœur de la Sierra Madre occidentale, pour échapper à la conquête espagnole et préserver leur culture. Le territoire qu’ils occupent aujourd’hui, connu sous le nom de Sierra Tarahumara, est formé de canyons escarpés et difficilement accessibles, dont les altitudes peuvent atteindre 2 500 mètres. Ils vivent d’une agriculture de subsistance, cultivant principalement le maïs et les haricots rouges, et complètent leurs ressources par l’élevage de chèvres, de vaches et de moutons. Les estimations varient, mais certaines sources évaluent leur population à un peu plus de 100 000 personnes, faisant des Tarahumaras l’un des plus grands peuples autochtones du Mexique mais aussi l’un des plus pauvres. 

Leur nom, attribué par les premiers missionnaires espagnols, est une déformation de Rarámuri, le terme par lequel ils se désignent dans leur propre langue, issue de la famille uto-aztèque. Selon certains ethnologues, ce mot signifierait « ceux qui ont les pieds légers ». Réputés pour leur agilité et leur endurance, les Tarahumaras sont en effet capables de parcourir d’incroyables distances d’une seule traite, parfois plusieurs centaines de kilomètres.

Chez eux, la course revêt une dimension spirituelle. Bien que partiellement convertis au catholicisme, ils ont conservé certaines traditions précolombiennes, comme des jeux d’endurance : le rarájipari, où les hommes poursuivent une balle de bois sur des dizaines de kilomètres, et l’ariweta, où les femmes font de même avec un cerceau lancé et rattrapé à l’aide d’une canne. La course répond aussi à une nécessité : dans cette région isolée, à l’habitat dispersé, elle demeure un mode de transport et de communication essentiel.

 

S’ADAPTER À L’ENVIRONNEMENT

Avocat de formation, Jean-François Tantin a pratiqué la course à pied toute sa vie. Mais, avec le temps, les marathons ne lui ont plus suffi. Il s’est alors tourné vers les longues distances, celles qui vous poussent à vous surpasser sur des centaines de kilomètres. Son goût de l’aventure et de l’effort l’a mené aux quatre coins du monde et sur tous types de terrains : des déserts sablonneux aux montagnes enneigées, en passant par les forêts tropicales. Il y a une dizaine d’années, au moment de prendre sa retraite, alors que beaucoup en profitent pour se reposer ou voyager, l’ancien homme de loi fait un tout autre choix : il décide d’organiser ses propres courses extrêmes.

C’est par l’intermédiaire d’un organisateur de trekking dans les Barrancas del Cobre que Jean-François Tantin découvre l’existence des Tarahumaras et leur endurance hors du commun. « Perdus dans ces canyons, [les Tarahumaras] se sont au fur et à mesure adaptés à leur environnement. En fait, ils se sont mis à marcher et également à courir pour aller d’un endroit à l’autre, et ils sont devenus ainsi, sans le savoir, des coureurs extrêmement endurants, capables de courir plusieurs centaines de kilomètres en s’arrêtant très peu », souligne-t-il.

Pour Véronique Billat, physiologiste, spécialiste de la performance et de l’entraînement sportif, « l’endurance exceptionnelle des Tarahumaras s’explique par une combinaison d’adaptations physiologiques, d’habitudes de vie et de facteurs culturels : activité physique dès l’enfance, déplacement quotidien à pied, entraînement en altitude, faible masse grasse, musculature adaptée au terrain et processus d’économie d’énergie lors de la course ».

La chercheuse souligne particulièrement le rôle de l’entraînement en altitude et en terrain montagneux, qui favorise « une meilleure oxygénation (augmentation de l’hémoglobine), une plus grande efficacité cardiovasculaire, une capacité de tolérance à l’hypoxie et une endurance accrue sur les plans musculaire et ventilatoire ».

 

ÉCONOMIE D’ÉNERGIE ET ÉCOUTE DU CORPS

En 2016, Jean-François Tantin crée l’Ultra Run Rarámuri, un parcours de 190 km cumulant plus de 10 000 mètres de dénivelé positif à travers les canyons rarámuri. Après un premier repérage, il parvient à réunir de manière confidentielle une dizaine de coureurs français et belges de bon niveau, désireux de se confronter aux célèbres Tarahumaras. « Les coureurs rarámuri ne sont absolument pas des sportifs au sens où on l’entend. Pour eux, la course à pied est un moyen de déplacement. Ils se sont donc adaptés, d’une certaine manière, à notre demande, car pour eux courir n’a rien à voir avec l’esprit de compétition : c’est simplement un mode de vie. [Cette course] ne représentait donc pas grand-chose pour eux, et ne les inquiétait pas du tout », explique l’organisateur.

« Dès le début de la course, on s’est rendu compte qu’ils étaient nettement supérieurs à nos coureurs. […] Tous les coureurs rarámuri sont arrivés largement avant les nôtres. […] Le premier a gagné avec quinze heures d’avance sur le meilleur Français ». Au-delà de leur performance sportive, Jean-François Tantin a été frappé par le minimalisme de leur matériel. « Ils courent sans aucun équipement, sans eau ni sac. Ils n’ont pas de chaussures, seulement des sandales : les huaraches. Une sorte de spartiate qui s’attache autour du mollet, dont la semelle est [fabriquée à partir] de pneus de récupération », précise-t-il.

La physiologiste Véronique Billat souligne plusieurs effets bénéfiques de la course en sandales. En plus de réduire le temps d’appui au sol et de renforcer la musculature intrinsèque du pied, « [elle] favorise une attaque médio ou avant-pied, augmente la fréquence de la foulée, limite les chocs articulaires et permet une meilleure restitution de l’énergie élastique stockée dans le tendon d’Achille ». Cette technique réduit ainsi le coût énergétique de la course et préviendrait certaines blessures liées à l’amorti excessif des chaussures modernes, surtout sur terrains variés.

« Mais leur secret va plus loin », souligne la spécialiste. « Les Tarahumaras adaptent leur allure en fonction de leur ressenti, sans se fier à une vitesse imposée. Cette écoute du corps permet d’optimiser l’effort, d’éviter le surrégime et de mieux gérer la fatigue sur la durée ». La chercheuse ajoute que cette variation naturelle de la vitesse « favorise la récupération partielle, stimule différents systèmes énergétiques et prolonge le temps passé à des intensités élevées sans épuisement brutal ».

Chez les Tarahumaras, « l’économie d’énergie ainsi obtenue, associée à une écoute fine des sensations et à la variabilité du geste, permet de repousser les limites de l’endurance humaine, illustrant parfaitement les principes modernes de l’entraînement », conclut Véronique Billat. Selon elle, « leur exemple inspire la recherche d’une approche plus instinctive et globale de l’ultra-endurance, [tout en restant] indissociable de leur culture ».

 

LA FIN D’UN MYTHE ?

Au total, Jean-François Tantin a organisé quatre éditions de l’Ultra Run Rarámuri : en 2016, 2017, 2018 et 2022. Pour cette dernière édition, il a décidé de réserver la course à des coureurs européens et canadiens d’élite. Mais lorsque les Rarámuri se présentent sur la ligne de départ entièrement équipés, le Français comprend que quelque chose a changé. « Voyant que les Rarámuri devenaient de plus en plus exposés et connus, certains Mexicains peu scrupuleux se sont dit qu’ils allaient tenter de devenir un peu les agents de ces coureurs. Et pour les rendre encore plus performants, ils ont voulu leur appliquer les standards européens, en les équipant comme les coureurs [occidentaux] », observe-t-il, au détriment de leurs particularités culturelles.

« Lors de cette course, il s’est avéré que porter des chaussures était pour eux presque un supplice », relève l’organisateur. Cette année-là, le Français Julien Chorier remporte l’épreuve, « avec une heure et demie d’avance sur les deux meilleurs coureurs rarámuri », mettant ainsi fin au mythe. L’édition 2022 sera la dernière pour Jean-François Tantin. « J’ai décidé d’arrêter d’organiser des courses au Mexique, car nous avons constaté que la médiatisation avait un impact réellement nocif sur ces coureurs, leur faisant en quelque sorte perdre leur identité », explique-t-il. L'ancien avocat observe d’ailleurs que les Rarámuri apparaissent désormais plus souvent sur les courses internationales, à l’image de María Lorena Ramírez. 

Aujourd’hui, dans la Sierra Tarahumara, si le développement des routes facilite l’accès à l’éducation et aux soins, il expose aussi la région à de nouvelles menaces, comme la déforestation et le trafic de drogues. « Là-bas, les cartels de drogue ont trouvé quelque chose de très intéressant pour eux. Comme ce sont des endroits complètement inaccessibles, […] ils ont soudoyé [certains Rarámuri] pour qu’ils abandonnent leur culture traditionnelle du maïs au profit du pavot. […] On a été très étonnés, en plein repérage, de tomber au milieu de nulle part sur des champs de pavot », constate Jean-François Tantin.

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Les caves de l'enfer irlandaises, lieu de naissance d'Halloween

Par : National Geographic — 22 octobre 2026 à 18:30

Au milieu d'un champ dans une partie méconnue de l'Irlande se trouve un grand monticule occupé par des moutons. Ces animaux errent librement, mâchant à l'envie l'herbe qu'ils foulent. Pourtant, s'ils s'étaient trouvés au même endroit il y a 2 000 ans, ces animaux auraient probablement été saisis de peur avant d'être sacrifiés pour apaiser les démons celtiques qui, dit-on, habitaient la grotte voisine d'Oweynagat.

Considéré par les Celtes comme un passage entre l'Irlande et l'autre monde, un monde infesté de démons, Oweynagat (littéralement la grotte des chats) est le lieu de naissance du festival de Samain, racines anciennes d'Halloween, selon l'archéologue irlandais Daniel Curley. Loin de sa version actuelle, Halloween était à l'origine un rituel sanglant et étrange observé à Rathcroghan, un ancien centre celtique du comté irlandais de Roscommon.

Curley est un expert de Rathcroghan, qui était la plaque tournante de l'ancien royaume irlandais de Connaught. Au cœur de Rathcroghan, sur ce monticule monumental, des animaux étaient sacrifiés dans un temple païen pendant Samain, première des quatre grandes fêtes religieuses de l’année celtique protohistorique. Aujourd'hui, l'Irlande fait campagne pour ajouter Rathcroghan à la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Un site vieux de 5 500 ans dont les scientifiques et les historiens tentent de percer les mystères.

ENRACINÉ DANS LA TRADITION

Réparti sur 6,5 km² de riches terres agricoles, Rathcroghan compte 240 sites archéologiques. Parmi ces sites, des tumulus funéraires, des stelles, des terrassement linéaires, un sanctuaire rituel daté de l'âge du fer et Oweynagat, la « porte de l'enfer ».

Il y a plus de 2 000 ans, lorsque le paganisme était la religion dominante parmi le peuple irlandais majoritairement celtique, c'est ici, à Rathcroghan, que le festival du Nouvel An celtique de Samain est né. Dans les années 1800, la tradition de Samain a été apportée par des immigrants irlandais aux États-Unis, où elle devenue la version américaine d'Halloween que l'on connaît.

Dorothy Bray, professeure agrégée et experte en folklore irlandais à l'Université McGill au Canada, souligne que les Celtes païens divisaient l'année en deux grandes périodes, une saison sombre et une saison claire. Quatre festivités ponctuaient l'année : Imbolc, le 1er février, célébrait l'arrivée du printemps qui coïncidait avec la saison de l'agnelage. Bealtaine, le 1er mai, marquait la fin de l'hiver et le début de l'été. C'était l'occasion de cueillir les premières fleurs et de danser dans la nature. Le 1er août annonçait Lughnasadh, la fête des moissons dédiée au dieu Lugh et présidée par les rois celtes. Puis le 31 octobre, on fêtait Samain, marquant à la fois la fin et le début d'une année pastorale.

Rathcroghan n'était pas encore une ville mais le lieu de rencontre de tout le royaume pour ces festivités. Pendant Samain, en particulier, Rathcroghan bouillonnait d'activités pour l'élite de Connachta, concentrées sur son temple surélevé, entouré de cimetières.

Ces mêmes privilégiés ont peut-être vécu à Rathcroghan. Le reste de la communauté de Connachta résidait dans des fermes dispersées et ne descendait dans la capitale que pour les célébrations en question. Lors de ces événements animés, ils commerçaient, festoyaient, jouaient à des jeux, arrangeaient des mariages et faisaient des déclarations de guerre et de paix.

On faisait aussi des offrandes rituelles, destinées aux esprits, explique Mike McCarthy, guide touristique et chercheur de Rathcroghan qui a co-écrit plusieurs publications portant sur ce site. Cette dimension souterraine et trouble, également connue sous le nom de Tír na nÓg était habitée par des démons, des fées et des lutins. Pendant Samain, certains de ces démons s'échappaient et pénétraient dans le monde des vivants par la grotte d'Oweynagat.

« Samain était le moment où le mur invisible entre le monde des vivants et l'autre monde disparaissait », explique McCarthy. « Des bêtes redoutables venues d'un autre monde émergeaient pour ravager le paysage environnant et le préparer pour l'hiver. »

Si ces terribles esprits préparaient les terres arables, leur fureur pouvait aussi faire des victimes, aussi les Celtes se protégeaient-ils en allumant des feux au sommet des collines et dans les champs. Pour éviter d'être entraînés dans les profondeurs de Tír na nÓg par les démons, ils se déguisaient en goules, des créatures humanoïdes malveillantes. Deux millénaires plus tard, les jeunes enfants du monde entier suivent encore cette tradition à Halloween.

En dépit des légendes captivantes que ce site a engendré, on pourrait facilement passer devant Rathcroghan et ne repérer que des enclos. Habitée depuis plus de 10 000 ans, l'Irlande compte tant de vestiges historiques que beaucoup peuvent passer inaperçus. Certains, abandonnés il y a des siècles, sont cachés sous terre.

Rathcroghan est de ceux-là. Pourtant selon certains experts, ce pourrait être le plus grand complexe royal non fouillé d'Europe. Non seulement Rathcroghan n'a jamais été fouillé, mais il est antérieur à l'histoire écrite de l'Irlande. Cela signifie que les scientifiques doivent reconstituer son histoire à l'aide de techniques non invasives et grâce aux artefacts mis au jour à proximité.

Si les Irlandais sont depuis des siècles persuadés de la richesse historique du site, ce n'est que dans les années 1990 qu'une équipe de chercheurs irlandais a utilisé la technologie de la télédétection pour révéler ses secrets archéologiques enfouis.

« [Maintenant] une excavation ciblée peut être engagée, ce qui répondra à nos questions de recherche tout en limitant les dommages inhérents à l'excavation » relève Curley.

 

BIENTÔT AU PATRIMOINE MONDIAL DE L'UNESCO ?

Cette politique de préservation de l'intégrité et de l'authenticité de Rathcroghan s'étend au tourisme. Malgré son importance, Rathcroghan est peu connu en dehors de l'Irlande et attire peu de visiteurs. Ce ne serait peut-être pas le cas s'il avait été vendu depuis longtemps comme le « lieu de naissance d'Halloween », souligne Curley.

La renommée de Rathcroghan devrait cependant monter en flèche si l'Irlande réussit à en faire un site du patrimoine mondial de l'UNESCO. Le gouvernement irlandais a inclus Rathcroghan dans le cadre des « sites royaux d'Irlande », suggérés pour obtenir le statut de patrimoine mondial. L'exposition mondiale d'un tel classement attirera probablement beaucoup plus de visiteurs à Rathcroghan.

Mais il semble peu probable que ce joyau historique devienne pour autant une attraction touristique kitsch d'Halloween. « Si Rathcroghan intégrait la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO et que cela attirait plus de gens [sur le site], ce serait formidable, car cela pourrait entraîner plus de financements pour entretenir le site », estime Curley. « Mais nous voulons un tourisme durable, pas une ruée vers le tourisme fantaisiste d'Halloween. »

Les voyageurs pourraient avoir du mal à trouver l'entrée des enfers de Rathcroghan. Oweynagat, même s'il est le lieu de naissance de Medb, peut-être la reine la plus célèbre de l'histoire irlandaise, reste insaisissable. Il est à peine balisé et est caché par les arbres dans un enclos au bout d'une voie sans issue, à environ 900 mètres au sud du monticule du temple, beaucoup plus accessible. Les visiteurs les plus téméraires sont pour le moment libres de sauter au-dessus d'une clôture, traverser un champ et descendre dans le passage étroit d'Oweynagat. 

De nos jours, les jeunes âmes qui errent au moment d'Halloween sont apaisées par des bonbons, ignorant qu'elles suivent là une tradition liée aux grottes de l'enfer, à des créatures surnaturelles et à un royaume celtique aujourd'hui enfoui.

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Gastronomie : le poulet du général Tao n'a jamais été destiné à un public chinois

Par : National Geographic — 22 octobre 2026 à 17:05

Au cours des cinquante dernières années, rares sont les plats à avoir autant défini la cuisine sino-américaine que le poulet du général Tao. Avec son glaçage brillant, collant, sucré-salé, enrobant une panure croustillante, il est devenu un incontournable dans les menus à emporter aux États-Unis, mais aussi en Europe.

Pourtant, ce plat n’a jamais été destiné à refléter la cuisine traditionnelle chinoise. Bien qu’il soit originaire de Taïwan, le poulet du général Tao a été spécifiquement élaboré pour satisfaire le palais des Américains.

 

LES ORIGINES DU POULET DU GÉNÉRAL TAO

La version originale du poulet du général Tao n’avait rien à voir avec la version baignant dans la sauce du plat servi aujourd’hui. Il s’agissait à l’origine d’un plat raffiné méticuleusement créé par Peng Chang-kuei, l’un des chefs chinois les plus expérimentés et les plus respectés de sa génération.

Né en 1919 dans la province chinoise du Hunan, dans le sud du pays, Peng Chang-kuei a commencé sa carrière en tant que commis, devenant ensuite chef de banquet officiel pour le gouvernement national chinois, avant de fuir pour Taïwan avec les nationalistes après la guerre civile chinoise.

« Peng Chang-kuei avait quelque chose de royal », confie Cindy Hsu, journaliste taïwanaise qui a interviewé le chef en 2013. « Il était toujours très vif et dirigeait sa cuisine avec une précision militaire ».

C’est en 1953, à Taipei, que Peng Chang-kuei a eu l’idée de ce plat alors qu’il préparait un dîner d’État en l’honneur de l’amiral américain Arthur W. Radford au cours d’un banquet de trois jours.

« À l’époque, Peng Chang-kuei était le plus grand chef de Taïwan », explique la journaliste. « Trois restaurants différents avaient été invités, mais en réalité, c’est lui qui a tout cuisiné ».

Le troisième jour, Peng Chang-kuei avait déjà épuisé tout son répertoire de plats de banquet classiques et souhaitait impressionner l’invité d’honneur avec quelque chose de nouveau. « Il savait que les Américains étaient friands de poulet frit, alors il a désossé une cuisse de poulet et l’a plongée dans la friture », poursuit Cindy Hsu. « Mais comme le poulet frit nature n’avait rien de nouveau pour eux, il s’est dit qu’ils apprécieraient peut-être quelque chose de salé, sucré et légèrement épicé à la fois ». Des saveurs qui se retrouvaient souvent dans des plats comme le Sloppy Joes et les ailes de poulet en sauce.

Il a donc recouvert le poulet croustillant d’une couche de sauce acidulée, a ajouté de fines tranches de piment pour rehausser le tout, et a nommé le plat en l’honneur du général Tao, célèbre stratège militaire du 19e siècle qui a joué un rôle clé en aidant la dynastie Qing à maintenir la stabilité dans l’ensemble de l’Empire.

Selon Peng Chang-kuei, Zeng avait la réputation d’être frugal, ce qui ne collait pas avec son plat riche et décadent à base de poulet. Le général Tao en revanche, bien que moins connu, avait l’image de quelqu’un de plus audacieux et impressionnant, plus en phase avec les saveurs du plat.

 

L’AMÉRICANISATION D’UN PLAT CHINOIS

En 1973, Peng Chang-kuei a migré à New York, où il a ouvert un restaurant de cuisine hunanaise appelé Uncle Peng’s Hunan Yuan, qui a rencontré un franc succès. L’établissement, situé à Manhattan, près des Nations Unies, a attiré une clientèle de diplomates. Henry Kissinger, secrétaire d’État des États-Unis, était un habitué.

Mais des versions revisitées du célèbre plat à base de poulet de Peng Chang-kuei figuraient déjà sur les menus de la concurrence, notamment du chef chinois Tsung Ting Wang et du restaurateur David Keh. Celles-ci, plus adaptées au palais des Américains, présentaient une chapelure plus épaisse et une sauce plus sucrée. « Le poulet du général Tao n’est pas censé être sucré », explique Peng Tieh-Cheng, le fils de Peng. « La cuisine hunanaise ne fait pas dans le sucré. Elle est davantage épicée et salée ».

Mais c’était exactement le but recherché. « Nous ne voulions pas vraiment copier le chef Peng », a confié Ed Schoenfeld, ancien associé de David Keh, au magazine Salon en 2010. « Nous voulions apporter notre propre touche au plat. C’est pour cela que notre poulet du général Tao était coupé différemment, en petits cubes, et que nous le servions avec des châtaignes d’eau, des champignons noirs, une sauce hoisin et du vinaigre ».

Mais Peng Chang-kuei n’avait que faire des copieurs. « Mon père savait à quel point il était difficile pour les Chinois de faire des affaires à l’étranger », explique Peng Tieh-Cheng. « Il laissait passer quand d’autres utilisaient son nom pour y parvenir ».

À ce moment-là, le plat créé par Peng l’avait dépassé en notoriété. La visite du président Richard Nixon en 1972 en Chine avait provoqué une vague de curiosité concernant la cuisine chinoise et les restaurants chinois établis aux États-Unis y réagirent immédiatement. Les plats tels que le poulet du général Tao plaisaient particulièrement : salés, sucrés et croustillants, ils étaient toutefois suffisamment exotiques pour donner un goût d'aventure.

« Ces chefs chinois ont pu profiter de ce nouvel intérêt pour la cuisine chinoise », observe David R. Chan, blogueur culinaire basé à Los Angeles qui a mangé dans des milliers de restaurants chinois aux États-Unis depuis les années 1950. « Plein de nouveaux plats faisaient leur apparition à New York, comme le poulet du général Tao, et les gens en raffolaient ».

Le phénomène du poulet du général Tao est principalement resté cantonné à New York jusque dans les années 1990, lorsque les vagues d’immigrés fidjiens ont commencé à dominer l’industrie de la restauration chinoise dans l’est des États-Unis. À leur apogée à la fin des années 1990, les chefs fidjiens se taillaient la part du lion des restaurants chinois à l’est du Mississippi selon les dires de David R. Chan. La plupart ont ouvert des buffets, qui proposaient toujours le poulet du général Tao.

« La recette varie d’une personne à une autre, mais le fait de l’appeler “poulet du général Tao” lui donne déjà du poids », souligne Peng Tieh-Cheng.

Ces restaurants le présentaient toujours de la même façon : servi sur des paniers vapeur, accompagné de plateaux remplis de brocolis sautés vert vif, de rouleaux de printemps frits et de diverses sources de protéines enrobées de sauces collantes et colorées. C’est dans ces restaurants buffets que le poulet du général Tao est passé d’un plat peu connu à un incontournable de la cuisine sino-américaine émergente.

Selon David R. Chan, il n’est cependant pas parvenu à conquérir la côte ouest, où son cousin plus sucré et coloré, le canard à l’orange, domina la scène culinaire sino-américaine grâce à des chaînes comme Panda Express.

 

L’HÉRITAGE DU POULET DU GÉNÉRAL TAO

Peng Chang-kuei a ensuite ouvert le restaurant Peng Yuan Hunan à Taipei dans les années 1980, qui existe encore aujourd'hui. Il s'agit désormais d'une chaîne de restaurants comptant neuf établissements, spécialisés dans les banquets de mariage et les évènements spéciaux, où les invités mangent autour de grandes tables rondes drapées d'épaisses nappes, sous des luminaires ornementaux suspendus au plafond.

La cuisine reste fidèle à l'essence d'un repas chinois classique et raffiné : équilibre des textures, enchaînement réfléchi des plats et harmonie des saveurs. Plus que de simples restaurants hunanais, les établissements offrent désormais une expérience pan-chinoise intégrant des influences cantonaise, shanghaïenne et sichuanaise.

Le poulet du général Tao figure cependant toujours au menu et n’a rien perdu de son raffinement originel : délicatement frit et moelleux, offrant un équilibre parfait entre des saveurs acidulées et salées. Il est servi dans une assiette en grès brillante, accompagné d'une orchidée reposant sur un délicat lit de persil. Le piquant du plat est à peine perceptible et se manifeste plutôt en léger arrière-goût.

En dehors des établissements Peng Yuan, le poulet du général Tao est rarement proposé dans les restaurants. On en trouve parfois des versions au menu d’établissements servant de la cuisine hunanaise ou sichuanaise à Taïwan, mais il est rarement mis en valeur et n'est presque jamais considéré comme un plat typique.

Le poulet du général Tao est surtout considéré comme une curiosité, un plat qui ne s'est jamais imposé en Chine, mais qui a fait grand bruit à l'étranger. « Il est considéré comme rétro », explique Kuo Chung-Hao, professeur d'histoire de l'alimentation à l'université médicale de Taipei. « Ce n'est pas quelque chose que les gens d'ici mangent souvent ».

S’il porte le nom d’un général chinois, le poulet du général Tao n'a toutefois jamais été imaginé pour un public chinois ou taïwanais, mais bien pour satisfaire les papilles gustatives d’un Américain, avant d’être retravaillé pour s'adapter aux préférences gustatives du grand public américain. Depuis le tout début, ce plat a été élaboré par un chef chinois pour un amiral américain, ce qui fait du poulet du général Tao un plat tout aussi américain que chinois.

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Voici pourquoi votre corps résiste à la perte de poids

Par : National Geographic — 22 octobre 2026 à 15:06

Aujourd'hui, près de la moitié des Français sont en surpoids et 33 % de la population est tentée de faire un régime (contre 45 % de la population mondiale). Perdre du poids est difficile. Mais ne pas reprendre du poids est encore plus difficile. Selon des données des Instituts américains de la santé (NIH) et de la Société américaine de l’obésité, 80 à 95 % des individus qui parviennent à perdre du poids le reprennent en l’espace de trois à cinq ans.

Selon les scientifiques, cela n’est pas dû à un manque de volonté. Les hormones, la génétique et même l’évolution poussent le corps à résister : en augmentant la sensation de faim, en ralentissant le métabolisme et en favorisant la reprise de poids. Pour Kimberley Gudzune, directrice médicale du Comité américain de la médecine de l’obésité, il s’agit d’une lutte biologique que la culture populaire ignore la plupart du temps.

« On part du principe qu’une fois qu’on y est, on y reste de façon magique. Mais malheureusement, ce n’est pas vraiment le cas », prévient-elle.

Cela fait des décennies que l’on présente les régimes sous l’angle de la discipline. Mais des chercheurs commencent désormais à comprendre pourquoi le corps résiste avec une telle intensité à la perte de poids et comment les hormones, la chimie cérébrale et même des expériences vécues durant la petite enfance influencent la façon dont le poids va se réguler tout au long de la vie.

 

CE QUE LA TÉLÉ RÉALITÉ NOUS A APPRIS SUR LA PERTE DE POIDS

La culture populaire glorifie depuis longtemps la perte de poids spectaculaire et montre rarement ce qui vient ensuite. Peu d’exemples sont aussi clairs que celui donné par The Biggest Loser, une série de télé réalité diffusée entre 2004 et 2016. On y récompensait les participants qui perdaient le plus de poids possible. Ceux-ci étaient entourés d’entraîneurs, de nutritionnistes et d’une équipe médicale. Mais pour les scientifiques, l’émission a également révélé comment le corps résiste au changement.

Une étude publiée en 2016 dans la revue Obesity s’est intéressée à quatorze participants, tous souffrant d’obésité de grade 3, que l’on appelait auparavant « obésité morbide », et ont comparé leur composition corporelle et leur métabolisme basal entre deux points dans le temps : la fin de la compétition et six ans après.

L’étude a montré que les participants regagnaient une partie considérable du poids qu’ils avaient perdu lors de l’émission. Même ceux qui avaient réussi à maintenir leur perte de poids avaient un métabolisme basal qui tournait au ralenti. Ce ralentissement métabolique complique grandement le maintien du poids. « Quand on perd du poids, le corps ne brûle pas autant de calories », explique Kimberley Gudzune, qui entend par là qu’une personne ayant perdu du poids doit absorber moins de calories qu’une personne de même gabarit qui n’a jamais eu à perdre de poids pour arriver là où elle en est.

Cette différence n’est pas uniquement d’ordre métabolique, elle est aussi hormonale. Après une perte de poids réalisée uniquement par le biais d’un régime, le taux de ghréline (l’hormone de la faim) augmente, tandis que les taux du peptide YY et de la leptine diminuent. Même un an après une perte de poids, on a pu observer ces changements hormonaux.

Selon Andres Acosta, gastro-entérologue et chercheur sur l’obésité à la Mayo Clinic, ce ne sont là que quelques-unes des « adaptations métaboliques » dont se sert le corps humain pour « lutter » quand nous perdons du poids. Des traitements tels que la chirurgie bariatrique ou les médicaments à base de GLP-1 peuvent aider à compenser ces changements en améliorant la communication entre le cerveau et l’intestin concernant la faim et la satiété. Cependant, certains patients ont des craintes vis-à-vis de ces méthodes.

 

LA SCIENCE DU « POIDS D’ÉQUILIBRE DU CORPS »

Une idée souvent évoquée pour expliquer ces défenses biologiques est la théorie du poids d’équilibre. Celle-ci suggère que le corps possède plusieurs mécanismes lui permettant de conserver un certain poids déterminé tôt dans la vie et que la plupart des individus auraient différents poids d’équilibre successifs au cours de leur vie.

Cette théorie est souvent évoquée mais pas unanimement acceptée par les spécialistes de l’obésité. Selon Kimberley Gudzune, celle-ci est susceptible de trop simplifier plusieurs processus, mais pourrait aider le public à comprendre pourquoi le maintien du poids de forme est si difficile. Certains mécanismes sont, selon elle, davantage étayés par la science, comme les variations hormonales ou de la dépense énergétique, deux facteurs allant dans le sens de la théorie du point d’équilibre, tout en ayant également leur logique propre.

 

POURQUOI LA STIGMATISATION COMPLIQUE LE TRAITEMENT DE L’OBÉSITÉ

La stigmatisation liée au poids ne fait pas que conditionner la façon dont on traite les personnes obèses, elle peut aussi avoir des conséquences sur leur santé.

« Il y a cette idée reçue quant à ce que les personnes au poids “normal” font pour stabiliser celui-ci », note Andrew Kraftson, directeur du Programme de gestion du poids et de la Clinique d’endocrinologie post-bariatrique de l’Université Michigan Health.

Les personnes ayant des problèmes de poids pourraient s’imaginer que les individus avec un corps plus petit pèsent leurs aliments et comptent chaque calorie qu’ils consomment. Mais « ce n’est pas du tout vrai », tempère Andrew Kraftson. Comparer les deux, ajoute-t-il, relève du « raisonnement fallacieux » ; leurs expériences ne sont pas comparables.

Faire de telles comparaisons peut produire une honte intériorisée et conduire à l’idée que certains traitements efficaces tels que la chirurgie bariatrique ou des médicaments à prendre sur le long terme, comme les GLP-1, relèvent de la triche ou de la solution de facilité.

Selon Kimberley Gudzune, le traitement contre l’obésité a radicalement changé en très peu de temps. Quand elle a commencé la pratique de la médecine de l’obésité en 2010, Kimberley Gudzune voyait régulièrement des patients qui n’annonçaient pas à leur famille ou à leurs amis qu’ils cherchaient de l’aide.

« La honte et la stigmatisation qui entourent l’obésité étaient si fortes qu’ils ne souhaitaient pas révéler à qui que ce soit qu’ils cherchaient un traitement », explique Kimberley Gudzune.

Les réseaux sociaux ont rendu ces tensions plus visibles. Si certaines plateformes ont aidé à normaliser les conversations concernant les traitements contre l’obésité, d’autres amplifient les idéaux corporels irréalistes et les préjugés contre les personnes obèses.

Une enquête récente réalisée par Reuters a révélé qu’Instagram promouvait régulièrement du contenu « en lien avec les troubles alimentaires » auprès d’adolescents vulnérables. Mais Kimberley Gudzune reconnaît également que certaines personnes sur les réseaux sociaux ont normalisé le fait de traiter l’obésité. « C’est encore un sujet très débattu », admet-elle, mais les patients sont désormais plus enclins à exprimer leur volonté à chercher une aide professionnelle qu’auparavant.

Le jugement relatif à la volonté demeure un obstacle de taille, à la fois socialement et dans le monde de la santé. En sus, rappelle Kimberley Gudzune, les personnes obèses peuvent vivre avec un « biais intériorisé quant au poids », un type de honte et d’auto-stigmatisation associé à plusieurs problèmes de santé (troubles liés à l’image corporelle, dépression et troubles alimentaires notamment).

Kimberley Gudzune a également entendu d’innombrables fois des patients raconter qu’ils étaient allés consulter un médecin pour un mal de gorge pour s’entendre dire qu’ils devaient perdre du poids. « Ce sont des choses que les gens ont entendues de la bouche de leurs médecins et d’autres professionnels de santé, déplore-t-elle. Cela n’inspire pas qui que ce soit à chercher des soins et un traitement quand on est constamment rabaissé. »

Selon elle, le milieu médical prend de plus en plus conscience du biais lié au poids. Elle espère d’ailleurs que cela rendra les traitements plus accessibles.

 

COMMENT LES MÉDECINS PERSONNALISENT LES TRAITEMENTS CONTRE L’OBÉSITÉ

Avant qu’Andres Acosta ne parle de maintien du poids à ses patients, il leur explique que le parcours de perte de poids – s’ils choisissent de s'y engager – comprendra des adaptations métaboliques. En tant que médecin et spécialiste de l’obésité, son rôle est de les accompagner et de les aider à surmonter les défis spécifiques qu’ils rencontrent en chemin.

Comme il le rappelle, chacun réagit différemment à la perte de poids, raison pour laquelle il a mis au point un test de phénotypage clinique pour identifier les facteurs spécifiques les plus présents chez un patient obèse ayant du mal à perdre du poids (ou susceptibles de l’empêcher de perdre du poids à l’avenir). Les patients sont classés en quatre groupes : « cerveau vorace », « intestin vorace », « faim émotionnelle » et « métabolisme lent ». 

Les personnes appartenant au groupe « cerveau vorace » ont besoin de plus de calories pour se sentir rassasiées. Celles appartenant au groupe « intestin vorace » ont faim peu après avoir mangé. « Faim émotionnelle » renvoie à un besoin de manger pour gérer ses émotions, qu’elles soient positives ou négatives. Et « métabolisme lent » aux personnes dont le métabolisme est réduit.

Selon Andres Acosta, si l’on tient compte du phénotype spécifique d’un patient, celui-ci peut recevoir un traitement et des médicaments personnalisés ciblant les mécanismes sous-jacents de l’obésité, ce qui permet un succès à long terme non seulement pour ce qui est de la perte de poids mais également de maintien au niveau désiré.

Consulter un professionnel de santé peut aider à identifier quelles interventions ou médicaments correspondent le mieux aux objectifs et préférences d’une personne. Selon Kimberley Gudzune, il persiste une « idée sous-jacente » suivant laquelle l’obésité ne devrait pas nécessairement être traitée par un professionnel de santé, mais elle œuvre à changer cela. « Nous ne disons pas aux personnes qui ont une tension élevée, de l’hypertension ou du diabète : “Débrouillez-vous seules” », explique-t-elle.

 

L’AVENIR DE LA PRISE EN CHARGE DE LA PERTE DE POIDS

Au fond, souligne Andrew Kraftson, la question n’est pas celle d’un nombre sur la balance, mais bien celle de la santé. Le simple fait d’énoncer ses objectifs peut déjà apporter de la clarté, car certains peuvent venir de soi, tandis que d’autres pourraient nous avoir été imposés subconsciemment.

Selon Andrew Kraftson, dans l’idéal, le bon cadre pour accompagner une personne dans la gestion de son poids repose sur une prise en charge globale. Les médecins n’ont pas toujours le temps, ni le savoir-faire nécessaires pour répondre aux besoins d’un patient et ils gagneraient à s’entourer d’une équipe comprenant diététiciens et professionnels de la santé mentale. « Ce n’est pas qu’une question d’ordonnance », prévient-il. L’obésité est une maladie complexe et chronique sans explication unique. La biologie, l’environnement et la santé mentale sont autant de facteurs qui entrent en ligne de compte.

« Tout notre environnement construit va à l’encontre notre santé, observe Andrew Kraftson. Il faudrait un investissement considérable pour changer cela. »

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Ces crânes retrouvés à Londres seraient ceux de gladiateurs décapités

Par : National Geographic — 22 octobre 2026 à 12:21

Les brutales décapitations faisaient partie de la mise à mort théâtralisée des gladiateurs, des criminels et des victimes de guerre de l’Empire romain, comme l'attestent des archéologues légistes ayant examiné des crânes mis au jour sur des sites du Londres antique.

Capitale en pleine expansion d’une province romaine en l’an 100 après J.-C., Londonium (aujourd'hui Londres) accueillait légions romaines et des Bretons insulaires pour la tenue de combats de gladiateurs. La ville abritait également des tanneries et des fosses communes le long du Walbrook, l’une des rivières perdues de Londres. 

Trente-neuf crânes excavés de ces fosses ont été analysés dans un rapport publié en 2013 dans le Journal of Archaeological Science par Rebecca Redfern, du musée de Londres, et Heather Bonney, du musée d’histoire naturelle de Londres. Nombre d’entre eux portaient les marques d’une décapitation ou d’autres formes de violence. Ils nous ont ainsi livré l’histoire sanglante des temps antiques.

« Il est possible qu’il s’agisse des vestiges de criminels ou de gladiateurs exécutés. Ces têtes étaient peut-être des trophées », indique Mme Redfern. « Il est clair que les blessures observées sur ces vestiges humains n’ont pas pu être causées par accident. »

À l’époque romaine, les combats de gladiateurs étaient l’un des principaux divertissements connus. Ces hommes s’affrontaient vêtus de divers costumes et usaient d’une multitude d’armes au sein d’amphithéâtres à travers l’Empire. Si les Romains représentaient souvent les gladiateurs en plein combat et les légionnaires brandissant les têtes de leurs ennemis tout juste vaincus devant les empereurs, les crânes ont fourni des preuves directes de la vie et de la mort brutales au sein de l’empire. 

 

LES TRAUMATISMES CRÂNIENS

En 1989, des archéologues ont excavé les crânes de plusieurs fosses reliées à des tanneries ainsi que d’un puits autrefois situé le long du Walbrook. La plupart dataient de l’an 120 à 160 après J.-C., alors que Londonium était à son apogée. Ils appartenaient à des hommes de 26 à 35 ans.

Selon l’analyse microscopique menée sur ces vestiges en 2014, l’ensemble de ces crânes portaient des marques de traumatismes causés par des armes contondantes ou tranchantes. Les visages ont été frappés ou lacérés, les orbites et les pommettes fracturées, et l’arrière de la tête éclaté.

Huit de ces crânes portaient les marques d’anciennes fractures cicatrisées, témoignage de la vie rude que ces hommes menaient.

Au moment du décès, un peu plus de la moitié des crânes affichaient des traces de blessures multiples récentes, notamment des mâchoires brisées ou tailladées. L’un des crânes, enterré seul, a révélé des marques de coupures, indiquant qu’il avait été décapité. L’étude a pu suggérer l’existence d’une décapitation, avant ou après la mort, puisque presque tous les crânes ont été enterrés isolés. Seul un os issu d’une cuisse a été retrouvé à leurs côtés.

 

DES GLADIATEURS DE LONDONIUM ?

Les autrices de l’étude suggèrent que ces marques de vie ardue pourraient signifier que les crânes auraient appartenu à des gladiateurs vaincus dans l’amphithéâtre de Londonium, situé à l’époque non loin du Walbrook.

« Les preuves de décapitation pourraient refléter l’exécution des combattants blessés mortellement au sein de l’amphithéâtre. » Bien que des funérailles étaient souvent organisées pour les gladiateurs romains, « les corps de nombreux combattants n’étaient pas réclamés. Ils auraient alors été exclus des cimetières et des pratiques funéraires classiques », ajoutent-elles.

Toutefois, Kathleen Coleman, experte des coutumes des gladiateurs à Harvard, a émis quelques doutes. « Les vestiges humains mutilés retrouvés dans le Walbrook laissent croire qu’ils pourraient avoir appartenu à des victimes de grand banditisme ou d’émeutes civiles », a-t-elle alors expliqué.

Ce à quoi Mme Redfern a répondu que les émeutes ne permettaient pas d’expliquer la présence d’une véritable collection de crânes. « Il n’existe pas de preuve de troubles à l’ordre civil, d’émeutes ou d’autres actes de violence organisée à Londres au cours de la période à laquelle les vestiges de ces hommes [ont été enterrés] », a-t-elle répondu par e-mail. De fait, elle a assuré envisager « deux issues possibles : qu’il s’agisse de gladiateurs mortellement blessés ou de victimes de chasseurs de têtes romains, une hypothèse attrayante ».

Par exemple, comme d’autres monuments publics romains, la colonne Trajane à Rome dépeint des soldats romains brandissant les têtes de leurs ennemis « barbares », vaincus au combat. Les crânes retrouvés à Londres ne présentaient pas de blessures pouvant être reliées à une suspension sur des poteaux après la décapitation. Il s’agissait là d’une pratique courante à l’époque. En revanche, cela ne signifie pas qu’ils n’auraient pas été exposés d’une manière ou d’une autre après leur exécution dans l’amphithéâtre de Londinium.

Néanmoins, en l’absence de pierres tombales comme celles retrouvées dans un cimetière de gladiateurs au sein des ruines d’Éphèse en Turquie, « il n’existe aucune preuve permettant de relier ces squelettes aux gladiateurs », conclut Mme Coleman.

 

UNE JUSTICE À LA ROMAINE

Les autrices de l’étude ont donc évoqué plusieurs autres possibilités, notamment que les crânes aient appartenu à des criminels exécutés ou qu’il s’agisse de trophées de guerre rassemblés par les légionnaires romains.

« L’armée romaine était fortement associée aux pratiques des chasseurs de têtes », dévoile l’étude. Non loin du mur d’Hadrien, sujet aux affrontements frontaliers, les occasions de rapporter un tel trophée étaient nombreuses. Les signes de décapitation, parfois caractérisés par des perforations, et le nombre impressionnant de crânes laissaient penser que « certains de ces vestiges ont été considérés comme des trophées ».

Il se pourrait aussi que des criminels aient été tués puis exposés après leur mort. L’un des crânes retrouvés semble avoir été grignoté par un chien avant d’être jeté dans un puits.

« L’image des Romains assoiffés de sang est très répandue, pourtant c’est la première fois que nous obtenons des preuves de ce type d’actes violents à Londres », a souligné Mme Redfern. Elle a précisé que les preuves n’étaient pas assez formelles pour exclure l’une des hypothèses mises en évidence par l’étude.

Des analyses isotopiques pourraient permettre de révéler l’origine des crânes. Il serait ainsi possible de déterminer si ces hommes étaient des locaux exécutés ou de simples malchanceux venus d’ailleurs, peut-être des gladiateurs, dont la vie s’est achevée dans d'atroces souffrances.

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Sommeil : la meilleure des positions est-elle de dormir sur le côté ?

Par : National Geographic — 22 octobre 2026 à 10:45

Au cours des dernières années, de plus en plus de recherches ont montré qu’une action aussi triviale que de dormir sur le côté pourrait être la réponse à la diminution de lombalgies, de brûlures d’estomac et d’apnée du sommeil. Ces maux affectent des dizaines de millions de personnes à travers le monde. Adopter cette position n’aurait cependant pas tous les bienfaits qu’on lui prête bien souvent.

« Dormir sur le côté a des bienfaits évidents, plus que de dormir sur le ventre ou sur le dos. Mais ce n’est pas le cas pour tout le monde », explique Raj Dasgupta, médecin spécialisé en santé pulmonaire et en médecine du sommeil à l’hôpital californien Huntington Memorial.

 

LES BIENFAITS SUR L’APNÉE DU SOMMEIL

Le plus souvent, les personnes qui dorment sur le dos ronflent. Ronfler peut, en soi, être un problème mais il s’agit surtout d’un symptôme d’une apnée du sommeil obstructive, un mal commun chez les adeptes de cette position. « Cette obstruction est souvent causée par la langue. La gravité la fait se relâcher, ce qui bouche l’ouverture de la gorge lorsque l’on dort sur le dos », explique Rafael Pelayo, professeur de médecine clinique de l’université de Stanford, au sein de la division spécialisée en médecine du sommeil.

Cette obstruction perturbe les conduits respiratoires et entraîne des pauses de la respiration, que l’on appelle des apnées. Elles peuvent durer quelques secondes ou plus d’une minute. Ces apnées interrompent non seulement le sommeil, mais elles empêchent également l’oxygène d’atteindre les poumons, le cerveau et le cœur. Chez les personnes concernées, cela se traduit par une baisse de la qualité du sommeil et par « des épisodes de vertige durant la journée qui peuvent causer des troubles cognitifs, des accidents, affecter l’humeur et la qualité de vie », ajoute Meir Kryger, professeur émérite de médecine au sein du département de médecine de l’université de Yale. Il est également l’auteur du livre The Mystery of Sleep: Why a Good Night’s Rest is Vital to a Better, Healthier Life, qui n’a pas été traduit en français.

Lorsque les apnées fréquentes ne sont pas traitées, les spécialistes ont observé qu’elles pouvaient conduire à des effets indésirables sur la santé cardiovasculaire. « Les problèmes les plus inquiétants liés à une apnée du sommeil non-traitée incluent notamment des risques plus élevés d’AVC, d’hypertension, de maladies cardiaques, de démence, voire la mort », avertir Sonia Ancoli-Israel, une scientifique qui étudie le sommeil au Centre de biologie circadienne de l’université californienne de San Diego.

Dormir sur le côté peut prémunir de tels problèmes en permettant à la langue de tomber naturellement sur le côté de la bouche, au lieu d’obstruer les voies respiratoires de l’arrière de la gorge. « On dispose de preuves tangibles que cette position de sommeil garde les voies respiratoires dégagées, ce qui réduit à la fois les ronflements et la fréquence des pauses dans la respiration », déclare Raj Dasgupta.

Cela affecte également les positions du palais mou et du larynx « modifiant la forme et la taille des voies aériennes supérieures », décrit Susan Redline, directrice des programmes de médecine épidémiologique du sommeil et de médecine du sommeil et cardiovasculaire du Birgham and Women’s Hospital. Elle explique que cette anatomie améliorée des voies respiratoires est même « comparable à l’utilisation d’un dispositif oral pour l’apnée du sommeil ».

En plus d’améliorer la respiration du système respiratoire supérieur, Susan Redline ajoute que « dormir sur le côté augmente le volume des poumons, ce qui rend plus facile la prise de respirations profondes et ce qui aide à renforcer les structures des voies respiratoires supérieures. Cela réduit encore plus les probabilités d’obstruction et d’apnée du sommeil. »  Dormir sur le côté a également révélé une amélioration de l’efficacité des muscles des voies respiratoires supérieures, contribuant à l’ouverture et à la rigidification des voies respiratoires.

 

LES BIENFAITS SUR LES LOMBALGIES

Pour ce qui est des douleurs dans le dos, les méta-analyses montrent que dormir le côté est également mieux que dormir sur son dos et encore plus que dormir sur le ventre.

Dormir sur le ventre n’est « pas recommandé pour les personnes souffrant de douleurs dans le bas du dos car cette position est celle qui soutient le moins cette partie du corps », explique Aleksandar Videnovic, professeur de neurologie du sommeil au sein du département de médecine de Harvard.

En contraste, dormir sur le côté est plus indiqué chez ces personnes, car cela aide à garder la courbe naturelle de la colonne vertébrale et réduit la pression que subit le bas du dos. Raj Dasgupta explique que cette position diminue également les douleurs dans les hanches et empêche les organes internes de subir une certaine pression, ce qui est d’une grande importance chez les personnes enceintes et les personnes en surpoids.

Rafael Pelayo rajoute que dormir sur le côté, avec un oreiller entre les jambes, contribue encore plus à conserver un alignement naturel de la colonne vertébrale et à diminuer les symptômes de lombalgie.

 

LES BIENFAITS SUR LES BRÛLURES D’ESTOMAC

Dormir sur le dos est également susceptible d’empirer les cas de remontées acides. Cela cause cette sensation bien connue de brûlure dans l’estomac qui, si elle n’est pas prise en charge, peut conduire à des ulcères, des difficultés pour déglutir, une hernie hiatale, une protrusion de l’estomac à travers le diaphragme, et peut même augmenter les risques de cancer de l’œsophage.

Les recherches montrent que dormir sur le côté peut aider à prévenir les brûlures d’estomac et le reflux gastro-œsophagien, en positionnant l’œsophage au-dessus de l’estomac. Il est ainsi plus dur pour le contenu de l’estomac de remonter l’œsophage.

Il a été montré qu’à cause de la forme de l’estomac, de la position du petit intestin et de l’angle de connexion entre l’œsophage et l’estomac, c’est le sommeil sur le côté gauche plus que sur le côté droit qui est plus efficace pour prévenir les brûlures d’estomac. Une étude parue en 2022 dans la revue scientifique American Journal of Gastroenterology a fait part de découvertes similaires.

Meir Kryger ajoute que dormir sur le côté a également ce bénéfice ajouté d’accélérer la digestion en déplaçant le contenu de l’estomac vers la première partie du petit intestin, le duodénum. Cela signifie qu’il y a moins d’aliments ou de sucs gastriques qui peuvent remonter dans l’œsophage.

Aleksandar Videnovic ajoute que dormir avec un oreiller épais ou avec la tête surélevée peut contribuer à la réduction des remontées acides.

 

COMMENCER À DORMIR SUR LE CÔTÉ

Tout le monde veut être soulagé de ses maux, que ce soient les personnes souffrant d’apnée du sommeil, de lombalgies ou de brûlures d’estomac. Changer la position dans laquelle on dort peut parfois sembler être un rêve éveillé. Il s’agit cependant d’une transition plus facile qu’on ne le croit.

« Assurez-vous d’avoir suffisamment d’espace pour être dans une position confortable, surtout si vous ne dormez pas seul. » C’est le conseil de Jennifer Martin, spécialiste en médecine du sommeil certifiée et présidente du panel de directeurs de l’Académie américaine de médecine du sommeil. Il suffit ensuite de conditionner son corps à trouver plus agréable le fait de dormir sur le côté, soit en dormant avec un oreiller de corps dans le dos, en plaçant une serviette enroulée sur le côté ou en attachant une balle de tennis dans le dos de son pyjama pour rendre inconfortable le sommeil sur le dos.

Il est également possible de faire l’acquisition d’appareils qui commenceront à vibrer ou à émettre un signal sonore si l’on se retourne sur le ventre ou le dos. Certaines applications sur smartphone peuvent également avertir dès qu’elles détectent des ronflements, afin de réajuster sa position de sommeil. « Un coup de coude de la part de la personne avec qui vous partagez votre lit pour également être un bon moyen de vous faire comprendre qu’il faut vous mettre sur le côté », plaisante Meir Kryger.

« S’assurer que son environnement de sommeil est sombre, calme et frais [est à privilégier] car les facteurs environnementaux peuvent déranger plus qu’à l’accoutumée si vous essayez de vous adapter à une nouvelle position de sommeil », explique Jennifer Martin. « Et si vous ne parvenez toujours pas à trouver votre confort en dormant sur le côté, que vous ne passez toujours pas de bonnes nuits, eh bien, il faudra songer à se rendre chez un spécialiste afin de vous faire évaluer pour de potentiels troubles du sommeil. »

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Bravant l’interdit, cette femme a été la première à gravir le mont Fuji

Par : National Geographic — 22 octobre 2026 à 09:33

Tatsu Takayama repose dans le temple Saishō-ji, dans un quartier calme de l’ouest de Tokyo, sous une pierre tombale banale et modeste qui se fond parmi les autres.

Pourtant, les ossements ici enterrés portent en eux l’esprit remarquable d’une femme dont la révérence pour les montagnes, et le courage de les honorer lui ont survécu.

En 1832, Tatsu est devenue la première femme à gravir le mont Fuji, chose qui était interdite à l’époque à la gent féminine. Défiant la loi et les coutumes religieuses, elle est partie à l’assaut de la montagne, habillée en homme, risquant l’exil.

Juste avant de parvenir au sommet, elle a dit à ceux qui l’accompagnaient : « Je veux grimper jusqu’au sommet, même si je dois mourir au moment de l’atteindre. Si je parviens à rentrer chez moi, j’encouragerai toutes les femmes à grimper », a écrit l’historienne Fumiko Miyazaki dans un article intitulé Female Pilgrims and Mt. Fuji: Changing Perspectives on the Exclusion of Women (Les femmes pèlerins et le mont Fuji : évolution des points de vue sur l’exclusion des femmes).

Alors que sa prouesse était extraordinaire, son histoire est quasiment tombée dans l’oubli, éclipsée par les premiers récits d’alpinisme au Japon mettant en avant des hommes. Elle a également pâti de la préservation limitée des récits religieux et d’alpinisme des femmes à l’époque.

« Ce qu’elle a fait ne relevait pas de l’alpinisme au sens moderne. L’ascension de montagnes au Japon était alors un acte religieux, un pèlerinage. Ce n’était pas une conquête », explique Barbara Ambros, professeure en études religieuses à l’université de Caroline du Nord (États-Unis). « C’est à cause de cela que des femmes comme Tatsu Takayama sont souvent tombées dans l’oubli ».

Pourtant, cela souligne à quel point l’ascension de la jeune femme était exceptionnelle, un acte de dévotion courageux au mépris des règles qui mérite d’être reconnu au même titre que les premiers récits d’alpinisme au Japon. Ce que l’on sait de son histoire, grâce aux rares archives du temple et aux documents de famille, est remarquable.

 

LA MONTAGNE INTERDITE AUX FEMMES

Le mont Fuji n’est pas une simple montagne. Pour les Fuji-kô, une confrérie shinto populaire qui s’est développée autour d’Edo, dans l’actuelle Tokyo, au cours de l’époque d’Edo (1603 - 1868), ce n’était pas une destination ; c’était une divinité.

Le gravir signifiait endurer le manque d’oxygène au nom de la dévotion, ce qui se rapprochait le plus de la purification. Atteindre son sommet signifiait se trouver parmi les dieux.

Basés dans la région de Kanto, au Japon, les Fuji-kô organisaient des pèlerinages structurés sur le mont Fuji. Ils passaient la nuit dans des oshi, des auberges accueillant les pèlerins, où des guides-prêtres offraient prières et préparations rituelles aux grimpeurs.

Pour les femmes, cette révérence avait des limites. Selon la doctrine Edo du nyonin kinsei(« l’interdiction aux femmes »), ces dernières étaient rituellement impures et constituaient une menace à la sainteté de la montagne, alors même que la montagne elle-même était vénérée comme une divinité féminine.

« On croyait que les dieux de la montagne seraient offensés », rapporte Barbara Ambros. « Les femmes étaient considérées comme impures par le sang des menstruations et de l’accouchement. On pensait que cela leur était si inhérent qu’elles ne pouvaient devenir pures ».

Des gardes et des postes de contrôle ont été installés sur la montagne pour réguler le flux de pèlerins et faire respecter l’exclusion des femmes au-delà de certaines altitudes ; celles qui se faisaient attraper devaient faire demi-tour ou étaient punies. Des générations de femmes fuji-kô ont prié de loin, érigeant des sanctuaires aux pieds de la montagne et confiant leurs vœux aux hommes. Certaines d’entre elles ont même construit des Fujizuka, de petites répliques du mont Fuji qu’elles pouvaient escalader afin d’effectuer l’ascension, au moins symboliquement.

D’autres, en revanche, ne se contentaient pas de l’ascension symbolique. Comme l’a écrit Fumiko Miyazaki dans son article, « les pèlerines essayaient de gravir le plus possible la montagne lorsque l’occasion se présentait », défiant la loi qui le leur interdisait.

« Tatsu n’était sans doute pas la seule femme à avoir atteint le sommet », confie Barbara Ambros. « Sa religion avait une image particulière et à contre-courant pour l’époque des relations entre les hommes et les femmes ».

 

UNE ASCENSION DE DÉFI

Aujourd’hui encore, le mont Fuji s’élève dans une symétrie presque parfaite au-dessus des plaines du centre d’Honshū, au Japon, culminant à 3 776 mètres d’altitude. À l’aube, la lumière illumine progressivement sa face, ses forêts de cèdres et de pins, et ses éboulis volcaniques et champs de scories. L’oxygène se fait plus rare au sommet, où, même en été, les gelées persistent dans ses plis.

Tatsu Takayama a débuté son ascension en milieu de saison, fin octobre 1832. Comme indiqué dans Takayama Tatsuko kankei shiryō, une compilation de récits historiques et de documents sur Tatsu Takayama, celle-ci s’est élancée sur le sentier Yoshida accompagné de cinq hommes (trois autres condisciples, un porteur et Sanshi, le prêtre fuji-kô âgé de soixante-huit ans qui ouvrait la voie). Sanshi faisait figure d’exception : la plupart des guides de l’époque respectaient l’exclusion des femmes, mais une petite minorité bruyante plaidait pour un accès limité des femmes à la montagne.

Tatsu était alors âgée de vingt-quatre ans. Les cheveux coupés courts, elle veillait à sa posture et était « vêtue d’un kimono de style Benkei », cousu dans un épais tissu de couleur sombre, large aux épaules et resserré à la taille.

Le petit groupe s’est élancé dans le froid mordant et avant la levée du jour. Ils avaient aux pieds des sandales en paille de riz et plusieurs épaisseurs de tabi en coton, des chaussettes conçues pour être portées avec des sandales. Chaque pèlerin portait ce qu’il pouvait attacher à sa taille, à savoir des boulettes de riz enveloppées dans du tissu, des ofuda, des talismans en papier portant le sceau de leur congrégation fuji-kô pour leur porter chance, et un morceau de pierre à feu.

Ils ont passé la nuit au cinquième poste, Chūgū. Le matin, la montagne était recouverte de blanc ; il avait neigé pendant la nuit.

Une chronique fuji-kô reproduite dans les récits de Takayama Tatsuko kankei shiryō nous apprend que le groupe « a progressé dans la neige épaisse », le sentier disparaissant devant eux pour réapparaître et disparaître de nouveau. Le vent déchirait leurs vêtements et leur mordait le visage.

Quelques heures plus tard, le torii, portail érigé au sommet de la montagne, a émergé du brouillard. Dans la pratique shinto, le torii symbolise la frontière entre les mondes et indique l’entrée en terres sacrées.

Sanshi a consigné l’ascension dans un rouleau déposé dans les archives fuji-kô qu’a conservé la famille de Tatsu à Kamiochiai, dans l’arrondissement de Shinjuku. Il s’agit d’un des rares documents qui existent encore pour attester de son incroyable ascension.

 

UNE ASCENSION QUI A FAIT BOUGER LES LIGNES

Bien que Tatsu ait enfreint l’interdiction aux femmes de gravir le mont Fuji, les documents historiques laissent à penser qu’elle ne s’est pas fait prendre. Sans doute est-elle passée inaperçue parmi les autres pèlerins. Son ascension matinale et le fait qu’elle était habillée en homme lui auraient aussi permis de ne pas se faire repérer. Toujours est-il que la nouvelle de son exploit s’est lentement répandue au sein des réseaux fuji-kô et des communautés locales.

« La nouvelle de l’ascension de Tatsu a suscité l’aversion des résidents du coin, certains allant jusqu’à la considérer comme responsable des catastrophes naturelles survenues les années suivantes », indique Fumiko Miyazaki dans son livre.

L’interdiction pour les femmes de gravir la montagne est restée en place. Les registres de patrouille du temple, des documents officiels conservés par les temples fuji-kô pour consigner les activités de pèlerinage, préservés dans la compilation de documents historiques intitulée Nihon Sangaku Fujin-shi, font état de plusieurs femmes appréhendées à mi-chemin vers le sommet.

Ce n’est qu’en 1867, trente-cinq ans après l’ascension de Tatsu Takayama, que les choses ont commencé à changer, lorsque Fanny Parkes, l’épouse du diplomate britannique Sir Harry Parkes, a été saluée comme la première femme à gravir le mont Fuji.

L’ascension de Fanny Parkes a créé un précédent pour les femmes non japonaises désireuses de gravir le mont Fuji. La présence de grimpeuses étrangères a été progressivement tolérée par les agents en charge du sentier à la fin de la période d’Edo, avant même que ne soit officiellement levée l’interdiction aux femmes d’accéder au sommet de la montagne.

Suite à cela, les pèlerins se sont faits plus nombreux, les sentiers ont été élargis et des refuges ont fait leur apparition. Et c’est ainsi que les Japonaises ont gravi le mont Fuji et que leur histoire a été oubliée, enterrée aux marges de l’histoire. La marque de Tatsu s’est estompée.

En 1872, quarante ans après l’ascension de Tatsu, le gouvernement de Meiji a levé l’interdiction pour les femmes d’accéder aux montagnes sacrées. La réforme était de nature pratique, et non morale, une conséquence de la modernisation et d’un décret gouvernemental. Malgré l’opposition de longue date des villageois et des autorités du temple à l’accès des femmes aux montagnes, lesquels prétextaient que cela provoquerait des catastrophes, aucune manifestation de grande ampleur n’a été documentée sur le sujet.

Plus d’un siècle plus tard, dans les années 1980, les historiens Kōichirō Iwashina et Hiroshi Okada ont retrouvé Tatsu Takayama une nouvelle fois. Dans les archives familiales, ils ont découvert un rouleau fuji-kô élimé et à l’encre à demi-effacée, mentionnant sur une ligne la femme qui avait gravi le mont Fuji l’année du dragon.

Au temple Saishō-ji, la tombe de Tatsu se fond parmi les autres. L’inscription gravée sur la pierre tombale, érodée par la pluie et recouverte de mousse, est désormais illisible. Rien n’indique que la jeune femme a été la première ou la plus courageuse à gravir la montagne sacrée.

Le mont Fuji attire aujourd’hui encore chaque été des milliers de pèlerins. La plupart ne sauront jamais que la première femme à avoir atteint son sommet l’a fait habilléeen homme, dans la neige et alors que cela lui était interdit.

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Cinq villages pour explorer la Suisse la plus authentique

Par : National Geographic — 21 octobre 2026 à 18:20

Nichée au cœur de l’Europe et frontalière de cinq pays, la Suisse séduit par son incroyable diversité. En prenant le temps de la parcourir en voiture, en train ou en téléphérique, on découvre des villages parmi les plus pittoresques du continent, où traditions locales, architectures variées et spécialités gastronomiques racontent autant d’histoires différentes. Des communautés alpines reliées à d’immenses glaciers aux hameaux hors du temps des régions laitières, en passant par les villages d’inspiration italienne bordant des lacs étincelants, chacun possède une identité propre et un charme singulier.

 

1. MÜRREN, RÉGION DE LA JUNGFRAU

Pourquoi y aller ? Pour vivre le rêve alpin.

Accroché à des falaises vertigineuses au-dessus de la vallée de Lauterbrunnen et de ses cascades, Mürren semble tout droit sorti d’un décor de cinéma. Que l’on y accède par le téléphérique le plus raide du monde depuis Stechelberg ou par le train longeant les crêtes depuis Grütschalp, l’arrivée offre un panorama exceptionnel sur les trois sommets emblématiques de la région de la Jungfrau : l’Eiger, le Mönch et la Jungfrau.

Les pics glaciaires dominent ce village sans voiture, composé de chalets en bois sombre décorés de géraniums l’été et recouverts de neige l’hiver. À 1 650 mètres d’altitude, les activités de plein air sont omniprésentes. On peut notamment parcourir le Northface Trail, qui traverse des prairies fleuries au départ de l’Allmendhubel, ou emprunter la spectaculaire via ferrata reliant Mürren à Gimmelwald le long des falaises calcaires. Pour encore plus de sensations, prenez le téléphérique jusqu’au Schilthorn, à 2 970 mètres d’altitude. Ce sommet, rendu célèbre par le film de James Bond Au service secret de Sa Majesté (1969), abrite le restaurant Piz Gloria, offrant une vue à 360° sur près de 200 sommets alpins.

 

2. GUARDA, GRISONS

Pourquoi y aller ? Pour le calme et les grands espaces.

Loin de la foule, au cœur de la basse vallée de l’Engadine, Guarda s’étire sur un versant verdoyant à 1 650 mètres d’altitude, face à la silhouette acérée du Piz Buin dans les Alpes de la Silvretta. Guarda a conservé tout son caractère : ruelles pavées, chalets aux volets colorés ornés de fresques sgraffito (une technique consistant à gratter une couche de surface pour révéler une couleur sous-jacente) et fontaines de pierre où l’eau s’écoule en permanence.

À l’Ustaria Crusch Alba, les conversations en romanche résonnent dans une ambiance chaleureuse où l’on déguste des spécialités grisonnes comme la soupe d’orge au jambon cru ou la Bündner Nusstorte, une tarte caramélisée aux noix typique de la région. Avec seulement 160 habitants, Guarda offre une parenthèse hors du temps, surtout pour ceux qui s’aventurent dans le Parc national suisse voisin. Les sentiers y traversent des paysages sauvages fréquentés par les bouquetins, les chamois et les aigles royaux.

 

3. BETTMERALP, VALAIS

Pourquoi y aller ? Pour les glaciers.

Perché sur un plateau dominant la vallée du Rhône à 1 950 mètres d’altitude, Bettmeralp évoque l’univers du roman Heidi. Accessible uniquement par téléphérique, le village est composé de chalets en bois et d’une petite chapelle blanche dominant les environs.

En hiver, lorsque la neige recouvre les toits, les habitants se déplacent souvent en luge ou à skis dans le vaste domaine de l’Aletsch Arena. En été, les randonneurs viennent profiter d’une atmosphère paisible et de certains des plus beaux itinéraires de Suisse, le long du glacier d’Aletsch, long d’environ 23 kilomètres. Parmi les incontournables figure la randonnée reliant Bettmerhorn à Bettmeralp en passant par le lac Märjelensee, dont les eaux turquoise offrent des vues spectaculaires sur le glacier.

 

4. MORCOTE, TESSIN

Pourquoi y aller ? Pour les lacs.

Là où la Suisse rejoint l’Italie, sur les rives du lac de Lugano, Morcote figure régulièrement parmi les plus beaux villages du pays. Entre montagnes boisées, eaux bleu profond et élégantes demeures historiques bordées de portici (galeries couvertes à arcades), le décor est particulièrement séduisant. Les ruelles pavées serpentent entre terrasses viticoles et cyprès.

Le principal attrait du village demeure le Parco Scherrer, un jardin subtropical où s’épanouissent camélias, azalées, palmiers et lauriers-roses. Pour admirer l’un des plus beaux panoramas sur le lac, grimpez jusqu’à l’église Renaissance et baroque Santa Maria del Sasso. Les amateurs de gastronomie pourront également découvrir les vins biologiques du domaine familial Tenuta Castello di Morcote, réputé notamment pour ses merlots primés.

 

5. GRUYÈRES, FRIBOURG

Pourquoi y aller ? Pour les châteaux, le fromage et le chocolat.

Avec son château médiéval perché sur une colline et ses ruelles pavées, Gruyères possède un décor digne d’un film historique. De nombreux sentiers de randonnée et itinéraires cyclables sillonnent la campagne environnante, notamment le Sentier des Fromageries, une boucle d’environ 13 kilomètres traversant pâturages verdoyants et fruitières traditionnelles.

Le parcours relie notamment La Maison du Gruyère, où l’on découvre les secrets de fabrication du célèbre fromage, à l’authentique Fromagerie d’Alpage de Moléson, où le gruyère est encore préparé dans un chaudron de cuivre chauffé au feu de bois. Après une fondue moitié-moitié ou une meringue généreusement servie avec de la crème double de Gruyère, direction le village voisin de Broc pour visiter la Maison Cailler. Fondée en 1825, elle est l’une des institutions chocolatières les plus emblématiques de Suisse.

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Diabète de type 1,5 : une forme méconnue, différente des types 1 et 2

Par : National Geographic — 21 octobre 2026 à 14:15

La plupart des gens savent qu’il existe deux types de diabète : le type 1 et le type 2. Savoir quel type de diabète vous avez est très important, car cela détermine la manière de vous traiter. Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c’est qu'il existe une variation moins connue de la maladie : le diabète auto-immun de l’adulte au développement lent (LADA), parfois appelé de façon informelle diabète de type 1,5.

Souvent confondu avec le diabète de type 2 en raison de son apparition lente à l’âge adulte, le LADA est en réalité une maladie auto-immune, plus étroitement liée au type 1. Ses symptômes ne correspondent pas exactement au modèle du diabète de type 1 ou de type 2, pourtant ces distinctions sont fréquemment ignorées, entraînant un retard diagnostic - et donc une perte de chances, et un traitement parfois inefficace qui pourrait avoir pour conséquences d'autres complications de santé.

Les scientifiques commencent à avoir une meilleure compréhension de ce qui cause cette forme de diabète et de la manière de distinguer ses symptômes. Voici ce que les endocrinologues veulent que vous sachiez, et leurs conseils pour demander les tests appropriés permettant de poser un diagnostic.

 

LE LADA

Les trois formes principales de diabète appartiennent à la grande catégorie du diabète sucré, maladie chronique caractérisée par la présence d'un excès de sucre dans le sang appelé hyperglycémie. Cela peut survenir pour différentes raisons, explique Alexander Turchin, endocrinologue au Mass General Brigham, mais la plupart sont liées à l’insuline, une hormone qui joue un rôle clé dans la régulation du taux de sucre dans le sang.

Le diabète de type 1 apparaît lorsque le pancréas ne produit plus suffisamment d’insuline, précise Turchin. Il s’agit d’une maladie auto-immune : les anticorps du système immunitaire se dérèglent et détruisent progressivement les cellules du pancréas chargées de produire l’insuline. Avec le temps, le nombre de cellules chute et la sécrétion d’insuline devient insuffisante, voire nulle. La génétique joue un rôle central dans le diabète de type 1, le plus souvent diagnostiqué chez les enfants et les jeunes adultes.

Le diabète de type 2, lui, survient lorsque l’organisme devient moins sensible à l’action de l’insuline, un phénomène appelé résistance à l’insuline, poursuit Turchin. « En d’autres termes, il y a suffisamment d’insuline, mais le corps n’y réagit pas comme il le devrait », explique-t-il. Résultat : « le sucre ne peut plus être correctement assimilé. » Si la génétique peut être en cause, des facteurs liés au mode de vie, comme le surpoids ou le manque d’activité physique, sont le plus souvent responsables, car ils exposent l’organisme à des taux de sucre trop élevés sur de longues périodes. Le diabète de type 2 peut toucher des personnes de tous âges, mais il se manifeste généralement après quarante ans et est diagnostiqué à un âge moyen proche de soixante-cinq ans, selon les chiffres de l'Inserm.

Le diabète LADA apparaît plus souvent à partir de trente ans. Cette forme particulière évolue plus lentement que le diabète de type 1.

Les patients présentent des symptômes classiques tels que des mictions fréquentes, une soif intense et une perte de poids rapide, qui s’installent sur quelques jours ou semaines. « Quand ces symptômes apparaissent, le processus auto-immun est déjà en cours depuis un certain temps, mais il atteint enfin un stade où le corps ne peut plus compenser et la glycémie augmente brutalement », explique Alexander Turchin.

Avec le LADA, ce processus est plus progressif. « C’est le même mécanisme [que pour le diabète de type 1], mais au lieu de se produire en deux semaines, il s’étale sur plusieurs années », poursuit-il. « Les mêmes anticorps ciblent les mêmes cellules du pancréas, mais leur action est plus lente. Les niveaux d’insuline chutent progressivement, tandis que la glycémie s’élève tout aussi lentement. »

Comme le diabète de type 1, le diabète LADA comporte une composante génétique. Mais des facteurs environnementaux pourraient également intervenir, comme certaines infections respiratoires basses, selon une étude publiée dans Diabetes/Metabolism Research and Reviews. Cette forme de diabète reste toutefois rare : elle représente environ 2 à 12 % des diagnostics posés chez l’adulte, d’après l’American Diabetes Association.

 

POURQUOI EST-CE SI DIFFICILE À DIAGNOSTIQUER ?

Les symptômes du diabète auto-immun latent de l’adulte (LADA) sont très similaires à ceux des diabètes de type 1 et de type 2. Ils incluent une perte de poids inexpliquée, une soif excessive, des mictions fréquentes, une augmentation des infections ainsi que des lésions cutanées qui ne cicatrisent pas, explique Schafer Boeder, endocrinologue au sein de UC San Diego Health.

On estime qu’environ 5 à 10 % des cas sont mal diagnostiqués. Cela s’explique en partie par le chevauchement des symptômes, mais aussi par la croyance persistante que le diabète auto-immun, comme le diabète de type 1, ne se manifeste que chez les enfants et les adolescents, ajoute-t-il.

« Dans ces situations, les patients suivent généralement les recommandations de leur médecin : ils modifient leur alimentation, essaient d’augmenter leur activité physique et prennent les traitements prescrits. Mais rien de tout cela n’est efficace », observe Schafer Boeder. « Au contraire, ils constatent une élévation rapide de leur glycémie malgré des changements de mode de vie adaptés et la prise régulière de médicaments. C’est précisément à ce moment-là que le diabète LADA commence à se distinguer du diabète de type 2. »

Dans le cas du diabète de type 2, la première approche thérapeutique repose sur l’hygiène de vie, ce qui signifie que les patients n’ont pas nécessairement besoin d’injections d’insuline immédiatement. En revanche, les personnes atteintes de LADA ont besoin d'un traitement par insuline beaucoup plus tôt, et une prise en charge tardive peut s'avérer dangereuse, avertit Kathleen Dungan, endocrinologue au Wexner Medical Center de l’Ohio State University.

Un diabète LADA non diagnostiqué pendant cinq à dix ans peut évoluer vers une acidocétose diabétique et, en l’absence de traitement adapté, entraîner la mort, ajoute Kathleen Wyne, également endocrinologue au Wexner Medical Center. Cette complication résulte d’une hyperglycémie incontrôlée et/ou d’interruptions prolongées de traitement. Lorsque le taux d’insuline est durablement trop faible, l’organisme décompose les graisses trop rapidement et les transforme en un carburant appelé cétones. Conséquence : un sang devenu acide, ce qui peut s’avérer fatal sans prise en charge urgente.

 

COMMENT EN PARLER AVEC VOTRE MÉDECIN ?

Obtenir un diagnostic de diabète LADA reste difficile, tant pour le patient que pour le médecin, insiste Schafer Boeder.

« Le patient passe souvent par une phase de diagnostic erroné ou d’incertitude, ce qui est très frustrant », dit-il. « Pour le praticien, l’erreur est parfois liée à un manque de sensibilisation au fait que le diabète auto-immun peut survenir chez l’adulte. Mais, souvent, c’est tout simplement un diagnostic complexe, surtout aux premiers stades. »

Si vous avez été diagnostiqué avec un diabète de type 2 mais que vous ne répondez pas au traitement, il est recommandé d’évoquer la possibilité d’un diabète LADA avec votre médecin, conseille Schafer Boeder.

Selon Wyne, il faut demander à son équipe médicale (souvent le médecin traitant) un dépistage spécifique du diabète de type 1. « La plupart des cliniques pour adultes ne savent pas comment procéder », dit-elle. « L’important est de doser les cinq anticorps : GAD, ICA, IAA, IA2 et ZnT8. Se contenter de mesurer la glycémie, l’hémoglobine glyquée (HbA1c) ou le peptide C (ou toute combinaison de ces trois marqueurs) n’est pas suffisant. » Si ces anticorps sont positifs, cela « soutient très fortement » le diagnostic de diabète auto-immun latent de l’adulte, précise Schafer Boeder.

Une fois le diagnostic établi, le diabète LADA peut être pris en charge efficacement, insiste Boeder. L’essentiel est de collaborer avec son équipe soignante afin d’adapter la dose d’insuline nécessaire et son mode d’administration, via un stylo ou une pompe à insuline, souvent connectée à un capteur de glucose en continu. Dans certains cas, des agonistes du GLP-1, tels que l’Ozempic ou le Wegovy, peuvent également être utilisés.

« Si le LADA est bien contrôlé, vous pouvez mener une vie longue et en bonne santé, aussi longue - voire plus longue - que celle des personnes non diabétiques », conclut Schafer Boeder.

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Grâce aux réseaux sociaux, le paganisme connaît un nouvel élan

Par : National Geographic — 21 octobre 2026 à 11:43

L’intérêt pour le paganisme et ses rituels, comme les cristaux et les cartes du tarot, l’astrologie et la magie des plantes, a remis les spiritualités païennes au cœur de certaines tendances culturelles, ou tout au moins dans le haut de votre fil d’actualité TikTok.

Autrefois, les Celtes parcouraient la lande balayée par les vents pour vénérer Cernunnos, leur dieu cornu. Les Égyptiens ont traversé des déserts pour invoquer la protection d’Isis et d’Osiris. Quant aux druides, ils voyageaient jusqu’à une clairière pour faire des rituels au clair de lune. Mais au fil du temps, ces dieux et déesses sont devenus des mythes et les rituels de cette religion pré-chrétienne sont entrés dans la clandestinité.

Aujourd’hui, près d’1,5 million de personnes aux États-Unis s’identifient comme païennes, contre 134 000 en 2001. Ce chiffre englobe les Wiccans et les kémites, ainsi que les sorcières et les guérisseuses sur TikTok qui suivent une autre voie spirituelle. 

En France, comme ailleurs en Occident, les mouvements néopaïens et les spiritualités inspirées des religions anciennes gagnent également en visibilité, notamment sur les réseaux sociaux.

« En général, on observe une distanciation avec les religions organisées et un rapprochement avec la spiritualité », indique Helen Berger, autrice et sociologue spécialiste du paganisme et de la sorcellerie modernes. Selon elle, les mouvements d’émancipation des femmes et des droits des homosexuels, la crise climatique et le désir d’une religion davantage axée sur l’affirmation de la vie ont suscité l’émergence d’une communauté spirituelle en plein essor.

Partez à la découverte des traditions culturelles des communautés païennes en prenant part à des rituels d’ensorcellement à Salem, dans le Massachusetts (États-Unis), à des rituels de pleine Lune à Asheville, en Caroline du Nord (États-Unis), ou des pratiques encore visant à dépasser la métaphysique à Sedona, en Arizona (États-Unis).

 

QU’EST-CE QUE LE PAGANISME ?

« Il est très difficile d’expliquer brièvement ce qu’est le paganisme, car il revêt une multitude de formes », explique Sarah Pike, autrice et professeure de religion comparée à l’université d’État de Californie, à Chico (États-Unis). « Pour les païens, le monde naturel est sacré. Ils célèbrent l’interconnectivité de tous les éléments, et perçoivent les humains, la nature et les êtres spirituels comme faisant partie intégrante d’un réseau de vie ».

Traditionnellement, le terme « païen » désigne toute personne qui ne croyait pas aux principes judéo-chrétiens, et qui appartenait souvent aux cultures anciennes grecque, romaine, égyptienne, scandinave et irlandaise.

« La plupart des païens n’employaient pas eux-mêmes le terme de "païen" ni ne se considéraient comme appartenant à un groupe distinct », ajoute Edward Watts, professeur d’histoire à l’université de Californie, à San Diego (États-Unis).

Après des siècles de persécution, le paganisme était majoritairement une pratique à la marge. Ce n’est qu’à partir des années 1960 qu’il est devenu une religion attrayante aux yeux de ceux qui n’acceptaient pas les normes sociales contraignantes.

Au cours de la dernière décennie, l’essor de TikTok (le hashtag #witchtok totalise plus de 35 milliards de vues) et les séries TV populaires ont contribué à alimenter l’intérêt pour ce mouvement spirituel.

 

OÙ VIVRE UNE EXPÉRIENCE PAÏENNE ? 

Assister à un rituel est l’une des meilleures façons d’en savoir plus sur le néopaganisme. Le Samain, célébré dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, marque la fin de la saison des récoltes et le début de l’hiver.

À Salem, les païens célèbrent cette fête en dansant, en se promenant dans la nature et en honorant leurs ancêtres. Les curieux peuvent assister au bal d’Halloween officiel des sorcières de Salem, avec au programme des danses cérémoniales, des rituels d’ensorcellement et autres pratiques païennes.

Selon Dixie Deerman, qui est surnommée « Queen Lady Passion » et est la fondatrice et la grande prêtresse de Coven Oldenwilde, à Asheville, assister à des rituels en direct est une expérience transformatrice. Les participants se trouvent dans un état extatique lorsqu’ils les vivent, ce qui crée un sentiment d’unité avec les autres personnes présentes.

« S’immerger dans un rituel, c’est comme flotter dans une eau aux vertus bienfaisantes pour l’âme », poursuit Dixie Deerman. « N’importe qui peut être emporté dans un rite libérateur qui encourage une passion débridée ».

Les voyageurs peuvent se rendre au Mother Grove Goddess Temple, situé près du centre-ville d’Asheville, pour assister à des rituels publics lors des anciens jours saints (et pour la Journée de la Terre) et participer à des évènements vouant un culte à la nature, comme à l’occasion des cérémonies de la pleine Lune.

Pour les autres fêtes païennes majeures comme Yule (solstice d’hiver), Ostara (équinoxe de printemps) et Litha (solstice d’été), la Witch House de Salem, seule structure permanente en ville ayant des liens directs avec les procès des sorcières de Salem de 1692, propose des démonstrations et des activités permettant d’en savoir un peu plus sur les traditions païennes.

Selon Roger Herson, un magicien, les boutiques New England Magic et Pentagram, situées à Salem, sont les lieux idéaux pour découvrir le paganisme, puisqu’il s’agit « d’un magasin et d’une école de sorcellerie ».

« De nombreuses sorcières sont toujours en activité à Salem et enseignent la « magie » de manière authentique, contrairement à celles qui font plus dans le strass et les paillettes », observe le magicien.

Salem et Asheville ne sont pas les seules villes connues pour leurs rassemblements païens. En Californie du Sud, Pacific Circle Revival organise une retraite communautaire lors de laquelle les campeurs se déconnectent pour mieux se reconnecter à la terre à l’aide de rituels spirituels et d’ateliers pédagogiques.

Tous les ans en juillet, à l’occasion du solstice d’été, WitchsFest USA, l’un des festivals païens les plus importants aux États-Unis, attire des milliers de personnes dans les rues de Manhattan pour des cercles de danse, soixante ateliers de magie différents et des conférences données par des figures païennes mondiales.

Les communautés adeptes du paganisme, qui regorgent de boutiques de voyance, de cours d'astrologie, de guérisseurs naturels et de magasins d'articles métaphysiques, en appellent aux composantes physiques du paganisme. Mais à Sedona, ville connue pour ses vortex et ses sites d’énergie tourbillonnante, ce sont les activités spirituelles qui attirent chaque année des milliers de touristes dans la région des Red Rocks.

« Les guides touristiques expliquent qu’il existe quatre vortex spécifiques autour de la ville : Airport Mesa, Cathedral Rock, Bell Rock et Boynton Canyon. Mais d’après les traditions locales, toute la zone est un vortex qui améliore les pratiques spirituelles, comme la méditation, la clairvoyance et le yoga », explique Susannah Crockford, conférencière en anthropologie à l’université d’Exeter (Royaume-Uni).

Si vous êtes à la recherche d’une expérience transformatrice, Sedonya Conscious Living Retreat permet aux visiteurs de prendre part à une cérémonie d’intention et d’activation de la nouvelle Lune et à une retraite Ritual to Rise en pleine nature.

Green Witch Creations, un apothicaire basé à Sedona, propose des ateliers d’émancipation spirituelle, d’alignement des chakras et de guérison de l’aura. Vous y trouverez également des bijoux et des cristaux liés aux chakras et vous pourrez participer à des lectures de cartes du tarot ainsi que des séances de Reiki (des soins énergétiques).

Dixie Deerman estime que les personnes qui s’intéressent au paganisme devraient d’abord chercher des façons de goûter à cette culture et être prêtes à apprendre.

« Les touristes affluent pour nous rencontrer et voir si ce que nous écrivons dans nos livres est vrai », raconte-t-elle au sujet des païens et du paganisme. « Ils voient que nous vivons ce que nous écrivons et cela les pousse à explorer cette voie », conclut-elle.

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L'univers expliqué aux enfants : qu'est-ce qu'une planète ?

Par : National Geographic — 21 octobre 2026 à 10:44

Les huit planètes de notre système solaire se classent en deux typologies : les petites planètes rocheuses (Mercure, Vénus, la Terre et Mars) et les grandes géantes gazeuses (Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune).

Depuis la Terre, on peut aisément repérer six des planètes du système solaire à l'œil nu, et les huit planètes si tu disposes de jumelles ou d'un télescope.

Les astronomes ont découvert des centaines de mondes au-delà de notre système solaire et en repèrent d'autres chaque jour. Les scientifiques pensent que certaines de ces exoplanètes pourraient abriter une vie extraterrestre. Qui sait ? Peut-être qu'un petit extraterrestre, ailleurs dans la galaxie, se demande aussi si tu existes.

Des milliers d'années avant l'invention d'Internet ou de Super Mario Kart, les gens se divertissaient en observant le ciel nocturne et en reliant les étoiles pour créer des images - appelées constellations - d'animaux, d'objets et de héros légendaires. Mais ces anciens observateurs ont remarqué que certaines étoiles ne coopéraient pas avec les constellations. 

Ces boules de lumière bizarres suivaient leur propre chemin dans le ciel nocturne, si bien que les Grecs anciens les ont appelées planètes, ce qui signifie errantes. 

En 1930, neuf planètes avaient été identifiées : Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune et Pluton.

Mais qu'est-ce qu'une planète ? La question semble facile à poser. Après tout, tu te trouves en ce moment même sur une planète ! Pourtant, jusqu'à il y a peu, la définition scientifique était assez floue. La découverte d'autres « vagabonds » du système solaire rivalisant en taille avec Pluton a soudain amené les scientifiques à se demander ce qui n'était pas une planète. 

En 2006, ils se sont concertés et ont défini trois conditions pour qu'un objet céleste puisse être considéré comme une planète : une planète doit être en orbite autour du soleil, être suffisamment grande pour que sa propre gravité lui donne une forme sphérique et avoir une orbite dépourvue d'autres petits objets. Malheureusement pour Pluton, longtemps considéré comme la « neuvième planète » de notre système solaire, la troisième condition n'était pas remplie. Pluton a donc été rétrogradé au rang de « planète naine », une classification des objets du système solaire. 

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À quoi ressembleront les chats du futur ?

Par : National Geographic — 21 octobre 2026 à 09:39

En l'espace de 10 000 ans seulement, les chats sont sortis de l'état sauvage et ont accompagné les humains dans leur voyage autour du globe. Pourtant, les félins existent depuis environ 37 millions d'années d'évolution dans un monde dépourvu d'humains.

Même pendant les milliers d'années que les chats ont passées avec les humains, nous n'avons eu que peu d'influence sur le moment et les partenaires avec lesquels ils se sont reproduits. Physiquement, les chats domestiques diffèrent relativement peu de leurs congénères sauvages. La majorité des races de chat ont moins de 200 ans et sont de taille et de forme assez semblable. Tout cela contribue à souligner à quel point la domestication des chats est récente.

 

RACES DISTINCTES

Ce n'est que récemment que des races comme les ragdolls et les sacrés de Birmanie sont apparues, tout comme le rex de Cornouailles à poils frisés ou le sphynx dépourvu de fourrure. D'autres races comme les Persans sont plus vieilles, leurs origines remontent au Moyen-Orient dans les années 1600, mais cela reste quand même des races très jeunes comparées aux races de chiens.

Bien que certaines races de chien aient des différences notables en termes d'instinct et de personnalité, la majorité des races de chats se distinguent surtout par leur apparence, pas vraiment en tempérament ou en taille. Les élevages de chat sont toujours activement en train de créer de nouvelles variétés, notamment des hybrides entre chat domestique et chat sauvage. Le bengal était à l'origine le croisement entre un chat-léopard du Bengale et un chat domestique. Le savannah est un croisement entre un serval et un chat domestique. Certaines de ces races sont d'ailleurs controversées en raison de leur origine sauvage.

 

LES CHATS DANS LE FUTUR

En Europe, il y a plus de 1 000 ans, les chats étaient utilisés à la fois pour lutter contre les nuisibles et pour leur fourrure. Quand des archéologues scandinaves ont comparé la taille des peaux de chats à l'époque des Vikings à celle des corps des matous d'aujourd'hui, ils ont constaté que les chats du 21ᵉ siècle étaient 16 % plus grands.

Ce qui rend ces résultats si inhabituels, c'est que la domestication réduit généralement la taille d'un animal. Les chiens sont un quart plus petits que les loups ; les animaux d'élevage, tels que les bovins, les moutons et les chèvres, sont également plus petits que leurs homologues sauvages.

Et ce n'est pas seulement la disponibilité de croquettes très nutritives qui a fait grossir les chats. Les scientifiques ont également constaté une augmentation de la taille des chats sauvages en liberté dans le bush australien. Bien que ces chats puissent voler des restes de nourriture humaine, ils ne sont pas tous nourris régulièrement par l'Homme. Bien entendu, les chats ne feront pas tout d'un coup la taille de Godzilla, pas plus qu'ils auront soudainement des pouces opposables.

GRAND ET AMICAL 

Mais quel genre de chat deviendront-ils ? Une possibilité, c'est que les chats du futur seront bien plus grands que les félins d'aujourd'hui.

Un contact continu avec les humains aidera aussi les chats à devenir plus amicaux. Par nature, les chats ont tendance à être plus solitaires et distants que les chiens, qui ont une longue histoire évolutive en tant qu'animaux de meute plutôt que chasseurs solitaires. Le contact permanent avec les humains pourrait avoir contribué à donner aux chats les plus amicaux un avantage en termes de survie, en leur permettant de transmettre à leur progéniture des gènes plus sociables.

Avec le temps, cela pourrait avoir créé un animal plus détendu, sans gâcher l'un des aspects les plus attachants de la vie avec un chat : lorsque votre chaton vous fait des câlins, vous savez que c'est pour de vrai.

En comparant les comportements sociaux et la personnalité des chats domestiques avec ceux des panthères nébuleuses, des panthères des neiges, des lions et des chats sauvages écossais, les scientifiques ont constaté que les chats domestiques n'étaient pas vraiment adaptés à la vie en groupe. Ils avaient tendance à être dominateurs, névrosés et impulsifs, ce qui n'est pas exactement le trait de caractère que l'on recherche chez un ami.

Cependant, les personnalités des chats domestiques sont majoritairement comme celles des lions les plus sociables, qui ont découvert un moyen de vivre en groupe. Cela suggère que les chats aient la matière pour s'adapter à un avenir plus sociable. Et même si les groupes de chats ne deviendront probablement pas des clans de lions, ces derniers nous prouvent que les félins peuvent vivre côte à côte lorsque les circonstances s'y prêtent.

Les humains consacrent de plus en plus de temps à l'étude de la psychologie et du comportement des chats, ce qui leur donne l'occasion d'améliorer leur relation avec eux. En comprenant ce qui motive les chats, ce qui les rend heureux, ce qu'ils peuvent ou ne peuvent pas tolérer, nous pouvons faire en sorte que nos chats aient la meilleure vie possible.

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La médecine bioélectronique ouvre une nouvelle voie contre les maladies chroniques

Par : National Geographic — 20 octobre 2026 à 16:32

Il fallait près d’une heure à Jennie Moore, une ancienne institutrice de soixante ans vivant à Baldwin, dans l’État de New York, pour parvenir à sortir de son lit. Pendant des décennies, la polyarthrite rhumatoïde lui a causé des douleurs articulaires invalidantes, au point de l’empêcher de danser lors des mariages ou de jouer avec ses petits-enfants.

Au fil des années, Jennie a essayé de nombreux traitements, dont Humira et Orencia, sans obtenir de soulagement durable. Puis, plus tôt cette année, elle a adopté une approche radicalement différente : un dispositif récemment approuvé par la FDA qui traite l’inflammation grâce à une stimulation électrique plutôt qu’à un nouveau médicament.

Au cours d’une intervention chirurgicale de trente minutes, des médecins ont implanté dans son cou un stimulateur nerveux de la taille d’une grosse gélule. L’appareil agit sur une branche de son nerf vague gauche, une importante voie de communication entre le cerveau et les organes internes. Chaque matin, alors qu’elle dort encore, il délivre une brève impulsion électrique destinée à activer un circuit nerveux impliqué dans le contrôle de l’inflammation.

Quelques mois après le début du traitement, Jennie affirme ne plus avoir besoin de son déambulateur pour se déplacer dans son quartier. « J’ai moins mal. Je bouge davantage », raconte-t-elle. « Mon mari plaisante en disant que je marche désormais mieux que lui. »

Jennie fait partie des premiers patients à bénéficier d’une nouvelle génération de médecine bioélectronique, qui vise à traiter les maladies chroniques en stimulant des zones précises du système nerveux plutôt qu’en recourant uniquement à des médicaments diffusés dans tout l’organisme. La stimulation électrique est utilisée depuis des décennies pour traiter des troubles comme la maladie de Parkinson, l’épilepsie, certaines formes de dépression ou encore la rééducation après un AVC, mais beaucoup des premiers dispositifs nécessitaient des chirurgies lourdes ou plusieurs composants implantés.

Aujourd’hui, les chercheurs développent des appareils plus petits et moins invasifs afin de traiter un éventail plus large de maladies chroniques. Pour des personnes comme Jennie, ils pourraient constituer une alternative lorsque les traitements médicamenteux échouent ou provoquent des effets secondaires difficiles à supporter.

 

COMMENT LA MÉDECINE BIOÉLECTRONIQUE APAISE LE SYSTÈME IMMUNITAIRE

En 1985, une petite fille prénommée Janice est admise dans l’unité des grands brûlés du New York Hospital, où Kevin J. Tracey, aujourd’hui président-directeur général des Feinstein Institutes for Medical Research, effectue sa formation de neurochirurgien.

« Janice survivait à ses brûlures, mais une inflammation survenue apparemment sans raison l’a plongée dans un état de choc, et elle est morte dans mes bras », se souvient-il. Il décide alors d'entamer des recherches pour comprendre ce phénomène.

Plus d’une décennie plus tard, Kevin J. Tracey découvre ce qui sera appelé le réflexe inflammatoire, un circuit neuronal qui contribue à réguler la réponse inflammatoire de l’organisme. Les signaux transitant par le nerf vague et les nerfs spléniques amènent finalement certaines cellules T de la rate à libérer de l’acétylcholine, une molécule qui aide à réduire les signaux inflammatoires émis par d’autres cellules immunitaires.

« Nous comprenons mieux la façon dont les signaux du nerf vague contrôlent l’inflammation que le mode d’action de la plupart des médicaments anti-inflammatoires », affirme-t-il.

Pour la polyarthrite rhumatoïde, certains traitements sont associés à des avertissements de sécurité majeurs et ne fonctionnent pas chez environ 6 à 21 % des patients.

Une autre question s’est alors imposée : si les chercheurs pouvaient activer directement ce réflexe inflammatoire, pourraient-ils contrôler l’inflammation sans dépendre uniquement des médicaments ?

En 2007, Kevin J. Tracey a cofondé SetPoint Medical afin de transformer cette idée en traitement pour les personnes atteintes de polyarthrite rhumatoïde résistante aux traitements. Leur dispositif envoie une impulsion électrique d’une minute pendant le sommeil pour réduire l’inflammation.

Les chercheurs ont testé cette approche dans un essai clinique randomisé majeur portant sur 242 personnes souffrant de polyarthrite rhumatoïde modérée à sévère. Après douze semaines, 35,2 % des participants équipés d’un dispositif activé présentaient une amélioration clinique significative, contre 24,2 % dans le groupe témoin. Ces résultats ont contribué à l’autorisation du dispositif par la Food and Drug Administration (FDA), l'administration américaine chargée de la surveillance des denrées alimentaires et des médicaments.

 

JUSQU'OÙ LA STIMULATION DU NERF VAGUE PEUT-ELLE ALLER ?

Le succès de cet essai clinique amène désormais les chercheurs à se demander si la même stratégie pourrait être appliquée à d’autres maladies.

SetPoint Medical poursuit actuellement des essais sur deux pathologies auto-immunes fréquentes : la maladie de Crohn et la sclérose en plaques. Plus tôt cette année, l’entreprise a commencé à recruter des participants pour une étude pilote portant sur soixante personnes atteintes de sclérose en plaques rémittente-récurrente.

D’autres applications potentielles restent beaucoup plus expérimentales. Plusieurs essais cliniques préliminaires explorent l’utilisation de stimulateurs du nerf vague contre la douleur chronique, la maladie de Parkinson ou encore le Covid long. Certains essais ont aussi recours à des dispositifs moins invasifs qui stimulent les ramifications du nerf vague à travers l’oreille.

 

QUAND LES MÉDICAMENTS NE SUFFISENT PLUS

Le nerf vague n’est qu’une des cibles étudiées par la médecine bioélectronique. Les chercheurs explorent également d’autres nerfs et voies sensorielles susceptibles d’offrir de nouvelles options thérapeutiques.

Ainsi, l’oncologue David Tuveson étudie les interactions entre les nerfs et le pancréas dans le cancer du pancréas. D’autres équipes travaillent sur des traitements destinés aux personnes souffrant d’hyperactivité vésicale.

La société FemPulse, par exemple, développe un dispositif vaginal qui stimule électriquement certains nerfs pelviens impliqués dans le contrôle de la vessie. Son essai clinique pivot, mené sur 151 participantes, devrait s’achever en 2027.

Parallèlement, Silvia V. Conde, professeure à la NOVA Medical School au Portugal, étudie le glomus carotidien, un petit organe sensoriel situé dans le cou qui transmet au cerveau des informations sur l’état métabolique du corps. « Si nous pouvons contrôler les informations que le glomus carotidien envoie au cerveau, nous pourrons peut-être traiter le développement de maladies métaboliques », explique-t-elle.

 

LES LIMITES DE LA MÉDECINE BIOÉLECTRONIQUE

Cette nouvelle génération de dispositifs est moins invasive que les précédentes, mais leur coût et leur accessibilité pourraient freiner leur adoption à grande échelle. Pour les patients présentant des formes résistantes aux traitements, comme Jennie, le compromis peut toutefois en valoir la peine.

Tous les patients ne répondent pas non plus à ce type de traitement, et les chercheurs ignorent encore pourquoi certains patients répondent davantage que d’autres à la stimulation nerveuse.

Des défis techniques subsistent également : améliorer les matériaux pour réduire les réactions inflammatoires autour des implants, cibler plus précisément les nerfs concernés ou encore optimiser les algorithmes qui contrôlent les signaux électriques délivrés.

Pour la plupart des maladies actuellement étudiées, plusieurs années d’essais cliniques seront encore nécessaires avant de déterminer l’efficacité et la sécurité de ces approches. Mais avec la première autorisation accordée par la FDA pour un dispositif mini-invasif contre la polyarthrite rhumatoïde, l’idée de traiter certaines maladies chroniques à l’aide de simples impulsions électriques n’a plus rien de théorique.

Chaque année, la famille de Jennie Moore se réunit au parc d’État de Mongaup Pond, près d’une cascade. Tandis que les autres descendent nager et jouer dans l’eau, Jennie et son mari restaient en haut à les regarder.

« Je ne pouvais pas descendre, et encore moins marcher sur les rochers dans l’eau », raconte-t-elle. Cette année, elle espère que ce sera différent. « J’ai hâte de voir si je pourrai enfin y arriver. »

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Dans les rues d’Odense, l’esprit du hygge danois prend vie

Par : National Geographic — 20 octobre 2026 à 11:45

Située sur l’île de Fionie, dans la mer Baltique, la petite ville d’Odense reste largement méconnue, alors qu’elle ne se trouve qu’à 90 minutes de train de Copenhague. Ville natale du conteur du 19ᵉ siècle Hans Christian Andersen, son centre historique forme un ensemble compact et agréable à parcourir à pied, composé de rues pavées, de maisons à colombages et d’églises gothiques de brique, traversé par des cours d’eau sinueux. L’atmosphère y est résolument féerique, mais loin d’être figée dans le passé : sa jeune population étudiante insuffle un souffle contemporain à la culture danoise du hygge, grâce à ses nombreux cafés indépendants.

Impossible de comprendre Odense sans s’intéresser à son plus célèbre auteur. En descendant vers le sud depuis la gare, cela vaut la peine de faire halte au HC Andersens Hus, le musée consacré à l’écrivain qui a popularisé des contes danois tels que Poucette. Outre des ouvrages originaux et les délicates découpures de papier réalisées par Andersen lui-même, on peut y déguster un café ou des tartines dans le Café Deilig, habillé de bois clair et doté de vastes baies vitrées donnant sur les jardins environnants.

Les amateurs de littérature pourront prolonger l’expérience à proximité, chez StudieStuen. Cette librairie-café de seconde main située au 12 Nedergade propose de généreuses tasses de chocolat chaud onctueux accompagnées d’un assortiment éclectique d’ouvrages vendus à partir de 10 couronnes danoises (environ 1,34 €). Il suffit de choisir un livre dans les rayons, les anciens livres de cuisine ayant un charme tout particulier, avant de s’installer dans un large fauteuil.

Outre Andersen, Fionie a également vu naître le compositeur danois le plus célèbre du 19ᵉ siècle. Le musée Carl Nielsen, à quelques minutes à pied du HC Andersens Hus, propose un parcours interactif où objets et installations retracent les sources d’inspiration de ses compositions teintées de folklore.

On peut écouter plusieurs de ses œuvres un peu plus loin, au RecordPusher Vinyl Bar. Ce disquaire-bar, situé à quelques pas de Flakhaven, l’élégante place médiévale de la ville, encourage ses visiteurs à prendre leur temps entre les bacs de vinyles. On y sert aussi bien du café que des bières brassées à Odense, tandis que des artistes locaux de folk et de jazz s’y produisent régulièrement.

Ce foisonnement créatif n’est qu’un exemple parmi d’autres de l’énergie qui anime les rues médiévales d’Odense, bordées de boutiques de design, de friperies et de galeries d’art. Après avoir découvert les expositions temporaires d’art contemporain du Kunstmuseum Brandts, au cœur de la vieille ville, pourquoi ne pas créer votre propre œuvre juste en face, chez Kunstnær ? Aménagé dans l’esprit d’un atelier d’artiste, ce café a été fondé par la créatrice Louise Bjerkstad, qui y anime des ateliers de gravure sur linoléum, de personnalisation de tote bags et bien d’autres activités. Il est également possible d’y acheter l’une de ses toiles colorées inspirées du pop art.

Kunstnær est aussi un excellent point de départ pour une promenade le long des berges bordées de saules du parc Munke Mose. Celui-ci abrite notamment Nonnebakken, une forteresse viking inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO et dissimulée sous la ville moderne. Un rappel du passé maritime d’Odense, qui se révèle encore davantage à mesure que l’on remonte vers le quartier portuaire.

C’est là que se trouve l’Odense Havnebad, les bains publics où les habitants viennent profiter toute l’année de baignades matinales et de séances de sauna. Les anciens bâtiments industriels du secteur accueillent désormais des lieux comme le Café Lumi, un établissement au bord de l’eau qui organise des ateliers guidés de fabrication de bougies dans sa propre manufacture.

On peut y savourer une part de banana bread et un dirty chai latte relevé d’un expresso avant de confectionner et parfumer sa propre bougie colorée. Un souvenir idéal pour garder un peu de la douceur de cette belle ville danoise.

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Infertilité : les hommes aussi ont besoin d’être accompagnés

Par : National Geographic — 20 octobre 2026 à 10:39

L’an dernier, quand Daniel Miranian a accompagné son épouse pour la traditionnelle échographie de la neuvième semaine de grossesse, sa formation de médecin spécialiste de la fertilité a pris tout son sens. Alors que le couple fixait l’écran et découvrait que le cœur du fœtus ne battait pas, Daniel Miranian a éprouvé de plein fouet le choc d’une fausse couche.

Aujourd’hui, il croit que ce drame a fait de lui un meilleur spécialiste de la fertilité. « On fait le deuil des espoirs que l’on avait pour cet enfant », confie cet endocrinologue de la reproduction qui travaille chez Reproductive Medicine Associates, à Philadelphie. « Cela m’a sans aucun doute rendu plus empathique vis-à-vis de la difficulté que l’on peut avoir à surmonter cela. »

Quand Daniel Miranian apprend, lors d’une première consultation, que ses patients ont déjà été confrontés à une ou plusieurs fausses couches, il lui arrive souvent de leur faire part de son propre vécu et il reconnaît la douleur des deux partenaires. « En tant qu’hommes, je pense que nous avons tendance à adopter ce rôle de celui qui soutient l’autre, sans vouloir nous montrer vulnérables et nous ouvrir sur la façon dont cela nous affecte, affirme-t-il. Mais cette perte touche les deux [partenaires]. »

Les médecins spécialistes de la fertilité reconnaissent depuis longtemps les répercussions physiques et émotionnelles des traitements de la fertilité sur les patientes, qui subissent les effets des traitements hormonaux, des interventions pour prélever des ovocytes et des transferts d’embryons. Mais récemment, ce champ a commencé à faire davantage attention au rôle du partenaire masculin, non seulement en tant que contributeur à hauteur de 50 % à l’ADN d’un enfant, mais aussi en tant que futur parent plein d’espoir doté de ses propres émotions complexes et susceptible d’influer sur les chances de succès d’une FIV.

« Le champ tout entier commence à prendre conscience du fait que les patients abandonnent leur traitement car ils sont tout simplement trop stressés », observe Alice Domar, psychologue et directrice de l’Institut de recherche sur la fertilité de Houston, au Texas. Non seulement les hommes apportent un soutien crucial à leurs partenaires durant le traitement, mais un corpus croissant de recherches suggère également que leur santé mentale pourrait même être corrélée à la santé de leurs spermatozoïdes.

Dans une étude de juillet 2025 réalisée sur 718 hommes visitant une clinique de la fertilité, des chercheurs de la Faculté de médecine de Harvard ont constaté que ceux qui déclaraient les niveaux de stress les plus élevés étaient plus susceptibles d’avoir un nombre de spermatozoïdes plus faible, avec une plus grande proportion de spermatozoïdes présentant un aspect anormal et avec un ADN davantage endommagé. Une autre étude publiée en septembre 2025 constate une faible mobilité des spermatozoïdes chez des Chinois souffrant de dépression, d’anxiété et de stress.

De ce fait, médecins et psychologues sont en train de tester de nouveaux dispositifs de prise en charge de la santé mentale (formations à l’empathie pour les professionnels de santé, recherche de moyens créatifs pour intégrer les hommes à l’accompagnement psychologique) alors que l’on estime à une sur six le nombre de personnes ayant des difficultés à concevoir un enfant.

Une étape importante pour mieux prendre en compte la santé mentale des hommes confrontés à l’infertilité est simplement de reconnaître leur souffrance émotionnelle. En juin 2026, la Société américaine de médecine reproductive (ASRM) a publié des recommandations thérapeutiques actualisées sur les fausses couches récurrentes (la première actualisation depuis quatorze ans) qui expliquent que les hommes confrontés à des fausses couches sont également susceptibles de souffrir d’une anxiété et d’une dépression bien documentées chez les femmes.

« Ce qui ressort de la littérature [scientifique], c’est que le stress lié aux fausses couches et à l’infertilité en général ne touche pas uniquement la partenaire féminine, mais que les hommes ont d’autres manières de le gérer », explique Clarisa Garcia, endocrinologue de la reproduction à l’Université de Pennsylvanie et présidente du comité de l’ASRM chargé d’élaborer ces nouvelles recommandations. « Il est important pour nous, en tant que médecins, de reconnaître leur douleur. » 

Une étude montre qu’une communication empathique de la part des médecins, même par le biais d’un simple coup de téléphone, peut réduire l’anxiété et la détresse chez le patient. Mais la plupart des étudiants en médecine ne sont traditionnellement pas formés à avoir ces conversations avec leurs patients.

Alice Domar, en revanche, a enseigné ces compétences au cours de la décennie qui vient de passer. Plus récemment, elle a créé une série de vidéos pour enseigner aux 135 médecins de son entreprise comment parler aux patients de sujets sensibles tels que l’infertilité. Son objectif était de montrer à des médecins susceptibles d’être pressés par le temps qu’ils pouvaient avoir un impact considérable sur le bien-être des patients même lors de courtes visites ou d’appels téléphoniques en reconnaissant leurs émotions et en leur apportant un soutien adapté.

Dans une vidéo, Christopher Montville, médecin spécialiste de la fertilité, montre comment appeler un patient pour lui annoncer que son spermogramme révèle une absence de spermatozoïdes. « Je dis toujours : “Je sais que c’est un choc pour vous, mais ce n’est que le début du processus. Prenons rendez-vous avec un spécialiste.” », raconte celui qui est directeur médical de l’Institut de fertilité du Tennessee, à Franklin, dans l’État du même nom. « Mon but est d’empêcher son anxiété de prendre le dessus et de décomposer le processus en plusieurs étapes plus petites. Je pense que, trop souvent, les médecins se concentrent sur les nombres sur une feuille et non sur l’effet que cela est susceptible d’avoir sur l’ensemble de son rôle dans la grossesse. Bon nombre de ces hommes prennent cela à cœur du point de leur virilité. »

Cette idée de virilité, et le stigmate entourant l’expression d’émotions vulnérables, sont des facteurs qui empêchent potentiellement les hommes de rechercher un soutien psychologique auprès d’amis ou de professionnels, comme l’explique Brennan Peterson, professeur de thérapie conjugale et familiale à l’Université Chapman, à Orange, en Californie.

En janvier 2025, Brennan Peterson a publié une étude mettant en évidence un lien entre un niveau plus élevé de stigmatisation personnelle liée à l’infertilité et des symptômes dépressifs à la fois chez les hommes et chez les femmes. « Si c’est d’origine masculine, cela peut mettre un poids sur les épaules de l’homme au sein du couple, qui éprouve souvent beaucoup de culpabilité, un sentiment de responsabilité et une impression d’avoir échoué, décrit-il. J’entends des hommes dire : “Je ne peux pas apporter une chose qu’elle désire vraiment” ou “Je ne peux pas l’aider à avoir un enfant. Peut-être qu’elle serait mieux avec un autre partenaire.” »

L’étude de Brennan Peterson a montré qu’une plus grande ouverture aux autres était associée à une moindre apparition des symptômes dépressifs. « Il est vraiment important pour les hommes qu’ils soient capables d’en parler, mais souvent, ils ne le font pas », explique-t-il.

La thérapie peut être envisagée lors d’un traitement pour la fertilité, mais cela peut souvent s’avérer intimidant pour les hommes. Pour combattre cela, Elizabeth Grill, directrice des services psychologiques du Centre de médecine reproductive de Weill Cornell, à New York, change de terminologie et appelle cela des « sessions psycho-éducatives » et suggère à ses patientes de venir avec leurs partenaires. « Je dis souvent [aux hommes]: “Si cela vous aide, revenez, ne serait-ce que pour une session. Cela n’a pas à être une thérapie hebdomadaire.” », dit-elle.

Elizabeth Grill souligne que les hommes manquent généralement des réseaux étendus et des liens d’amitié étroits et ouverts qu’ont les femmes, ce qui entraîne davantage d’isolation. « Mon travail est en partie de contribuer à créer des espaces où les hommes peuvent réellement faire leur deuil, exprimer leurs craintes et leurs espoirs et obtenir le soutien dont ils ont besoin, explique-t-elle. Ils ne sont pas habitués à parler des problèmes émotionnels de ce type avec leurs proches. Je pense que l’une des interventions les plus efficaces que nous puissions proposer consiste tout simplement à normaliser ces échanges. »

Cependant, le manque de services de santé mentale ouverts dans les centres de fertilité est un obstacle encore plus grand lorsqu’il s’agit d’aider les hommes à s’ouvrir sur ce qu’ils ressentent. Une analyse réalisée en 2022 portant sur plus de 450 sites Internet de cliniques de la fertilité aux États-Unis et au Royaume-Uni a montré que seuls 12 % proposaient des programmes de santé mentale intégrés, notamment des consultations psychologiques sur place.

Après avoir vécu l’isolement lié à l’infertilité et avoir constaté le manque de soutien psychologique proposé aux hommes comme aux femmes, Doug Brown a lancé Uniquely Knitted, association à but non lucratif, avec son épouse Jesse, en 2019. L’organisation propose des « groupes de paroles » virtuels pendant six semaines pour soutenir les personnes souffrant d’infertilité. Les hommes représentent 20 % environ des cinquante à cent groupes que le couple met sur pied chaque année. « Nous ne les considérons pas comme des accompagnateurs de leur partenaire féminine, indique-t-il. Nous leur demandons de raconter leur propre histoire. »

Dans ces séances, les hommes sont invités à parler de moments typiques de la vie de père auxquels ils ont rêvé, comme le fait de ramener un bébé de l’hôpital, d’installer un siège rehausseur dans la voiture ou d’acheter un ballon de football. « Ces sujets font souvent fondre les hommes en larmes car ils ne se sont jamais vraiment autorisés à dire : “J’avais vraiment prévu d’acheter le body des Lakers de Los Angeles dont j'ai toujours rêvé” », observe Doug Brown.

En dépit des petites avancées réalisées au fil des années, il reste encore beaucoup à faire pour répondre aux besoins émotionnels des hommes confrontés à l’infertilité. Brennan Peterson encourage les médecins à se souvenir qu’ils peuvent avoir une influence considérable en faisant en sorte d’inclure les hommes dans les conversations au sein des cliniques. « Les hommes continuent d’être poussés vers la périphérie, dans une certaine mesure, car les traitements se concentrent davantage sur les corps des femmes, même lorsque l’infertilité est d’origine masculine », explique-t-il.

Plus important encore, Brennan Peterson conseille aux médecins d’inviter les hommes à s’inscrire dans le processus en leur donnant davantage d’informations sur ce à quoi il faut s’attendre durant un traitement pour la fertilité et sur la manière dont ils peuvent s’y impliquer.

« Si les professionnels de santé pouvaient faire cela avec les hommes, cela créerait un environnement plus bienveillant où ils sentiraient qu’ils peuvent soutenir leurs partenaires et recevoir du soutien en retour. »

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Dolce Vita Orient Express : à bord du train le plus luxueux d’Italie

Par : National Geographic — 19 octobre 2026 à 18:11

Le décor est planté. Le casting est au complet : il y aura des couples élégants venant de la France et de l’Espagne ; des familles venues célébrer un évènement important ; ainsi qu’un gentleman moustachu et soigné, qui voyage seul et ressemble comme deux gouttes d’eau à Hercule Poirot. Nous patientons dans le salon de style moderniste italien. Quelqu’un joue au piano et le bar sert gratuitement et à volonté des Bellinis. Le personnel, vêtu d’un uniforme immaculé et portant un foulard en soie autour du cou, passe parmi nous pour procéder à l’enregistrement avec une grande efficacité. Puis vient l’annonce : « Mesdames et messieurs, je suis Mario, votre chef de bord. Veuillez vous rendre à la voie 8 ». C’est l’heure de monter à bord de l’Orient Express.

Synonyme de glamour, d’aventure, mais aussi d’intrigues grâce à Agatha Christie, l’Orient Express est l’un des voyages les plus prestigieux au monde. Inauguré entre Paris et Istanbul en 1883, ce train-couchette de luxe a vécu plusieurs renaissances au cours de ces presque 150 ans d’activité. Chaque nouvelle version a capitalisé sur sa réputation pour le luxe, les petits plaisirs et une certaine théâtralité, si bien que même les paysages traversés ont été relégués au second plan, derrière l’expérience à bord. Faisant partie du portefeuille Orient Express d’Accor, le train La Dolce Vita Orient Express a été inauguré en 2025 et apporte une touche italienne au mythique train-couchette haut de gamme.

Ma valise m’attend déjà dans ma cabine lorsque je monte à bord de la voiture A. Alexia, ma majordome attitrée, me fait entrer dans un couloir tapissé de velours dont les murs sont recouverts de photographies rétro tapageuses. Les voitures inspirées de l’Italie des années 1970 ont été repensées par le studio Dimorestudio de Milan, qui avait en tête le travail des formidables designers italiens Gio Ponti et Gae Aulenti. À bord, les plafonds laqués orange, les miroirs sur toute la hauteur, les fauteuils en cuir et les tissus à motifs créent une ambiance maximaliste assumée. Comme j’ai réservé une suite, ma cabine accueille un lit deux places. Les cabines Deluxe sont quant à elles équipées d’un somptueux canapé convertible.

Alors que je commence à défaire ma valise, la banlieue de Rome (nous avons embarqué à la gare d’Ostiense), avec ses bâtiments historiques, cède doucement la place à la côte parsemée de parasols. Les petites plages de sable bordées de rochers sont prises d’assaut par des familles, les bambins trempant leurs pieds dans l’écume. Puis, les hauts-parleurs crépitent ; Mario nous annonce qu’il est l’heure du déjeuner.

Tous les passagers savent que c’est dans la voiture-restaurant et la voiture-bar attenante, laquelle est décorée d’un piano à queue, de banquettes tout en courbes et de murs recouverts de papier peint à losanges, que tout se passe à bord d’un train-couchette. Je me suis installée à table, laquelle était couverte d’une nappe parfaitement repassée, puis j’ai pris le temps d’enquêter sur les autres voyageurs.

J’ai remarqué les bijoux d’un luxe discret d’un couple écossais ; le duo russo-américain discutant avec un acteur anglais connu quelques tables plus loin. Mais au cours du repas en trois services, qui était associé à d’excellents vins italiens et s’est déroulé au son de la musique jazz, la vraie star s’est avérée être l’Italie. Derrière la fenêtre se dévoilaient lentement une mer bleue d’acier et de petites bourgades, des cyprès bien droits et des oliveraies sur les collines ondoyantes.

J’allais bientôt me retrouver au milieu de ces collines. À bord du La Dolce Vita, le voyage hors du train est tout aussi important que le voyage en train. Chaque itinéraire est différent. Accor propose des voyages en deux ou trois nuits, dont la plupart font une boucle en dehors de Rome avant de retourner dans la capitale italienne, en passant par Venise, Portofino, Matera et la Sicile (après avoir pris un ferry ferroviaire pour traverser le détroit de Messine). J’ai choisi l’itinéraire de la route des vins italiens de deux jours. Notre premier arrêt est prévu pour l’après-midi : il s’agit du vignoble de Montalcino, où est produit l’un des vins rouges les plus connus d’Italie, le brunello.

Nous ne tardons pas à être répartis en petits groupes (les passagers choisissent leur activité préférée au moment de la réservation) et une voiture m’emmène sur le champ jusqu’aux collines recouvertes de vigne de Tenuta Pian delle Vigne, un domaine appartenant à l’estimée famille de vignerons Antinori. Avec deux autres voyageurs du La Dolce Vita Orient Express, je visite le vignoble de la famille avant de déguster du brunello dans la maison des Antinori, avec des fromages et des charcuteries locaux.

J’ai les paupières lourdes sur le trajet du retour, qui se fait sur des routes sinueuses au milieu des vignes baignées dans une lumière dorée. Mais la rêverie est de courte durée. Sur le quai, où le train La Dolce Vita attend, je me laisse porter par une rangée de musiciens affublés d’un nœud papillon et jouant des mélodies entraînantes, et j’en oublie ma fatigue.

Ce train bleu, poli et lustré, qui scintille dans la lumière du soir, est un spectacle anachronique. Je remonte à bord sous le regard des passants momentanément bouche bée, qui doivent se demander s’ils ne sont pas en train de rêver, avant de prendre des photos. Une scène similaire se produit à chaque fois que nous traversons une gare au ralenti ou que le train s’arrête quelques minutes à quai. Les personnes qui prennent chaque jour le train sourient, pointent du doigt et prennent des photos lorsqu’elles repèrent le lettrage en or de l’Orient Express et son intérieur somptueux.

Le théâtre du dîner commence dans la voiture-bar avec un Negroni, même si après plusieurs heures de dégustation au vignoble, je n’en ai pas vraiment besoin, mais qui me semble essentiel. Place ensuite au festin en plusieurs services recherché et imaginé par Heinz Beck, chef étoilé au guide Michelin. En entrée, nous dégustons une génoise au persil, servie avec des amandes et des pickles de radis, du carpaccio de bœuf accompagné d’une gelée à la cerise et au brunello. Puis vient le plat de résistance, des pâtes mezze maniche et leur mousse de champignons. Tandis que je racle mon assiette pour ne rien laisser de mes pêches pochées au Vin Santo, le groupe de musiciens traverse la salle à manger en jouant pour nous inviter à rejoindre le bar, où la lumière a été tamisée, le volume a été augmenté et une troupe de barmans nous attend.

La foule joyeuse des passagers élégamment vêtus tape sur des tambours et chante Mambo Italiano avec le groupe. À un moment donné de cette performance tapageuse, favorisée par un dernier verre j’en suis sûre, le monde extérieur a simplement cessé d’exister.

Avec son style maximaliste, le train La Dolce Vita est un exutoire propice à l’évasion, au mythe et aux histoires. Il est en totale contradiction avec ce qui est proposé dans le secteur du voyage actuellement, dominé par des intérieurs minimalistes, le luxe discret et l’authenticité (quoi que cela signifie réellement). L’Italie qu’il représente peut être réelle ou imaginée, mais ce n’est pas le sujet. Le sujet est la magie.

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Pour cette grenouille, la polyandrie est une forme de survie

Par : National Geographic — 20 octobre 2026 à 18:15

Illustration parfaite du terme « sexualité de groupe », les grenouilles Chiromantis xerampelina prospèrent grâce à leur technique de reproduction.

De toutes les espèces de vertébrés, ces grenouilles sont celles qui pratiquent la forme la plus extrême de polyandrie (lorsqu’une femelle s’accouple avec plusieurs mâles), confie Phillip Byrne, écologue du comportement à l’université de Wollongong, en Australie.

Quand les pluies torrentielles ont gonflé les mares, les grenouilles mâles se rassemblent dans la végétation qui borde ces points d’eau et appellent des partenaires. Les femelles, elles, barbotent dans l’eau pour l’absorber à travers leur peau. Une fois suffisamment hydratées, elles sautent sur une branche située au-dessus de leur tête. En chemin, des mâles s’agrippent à elles dans une étreinte sexuelle appelée l’amplexus.

Les couples ainsi liés grimpent vers un site de nidification, où la femelle libère un liquide aqueux, le bat avec ses pattes arrière pour former une mousse et y dépose ses œufs. À ce moment, jusqu’à vingt mâles « sont alignés en rang d’oignon derrière la femelle et battent leurs pattes arrière avec vigueur et de manière synchronisée pour l’aider à faire un grand et beau nid », où ils déposeront leur sperme, explique Phillip Byrne.

Le groupe passe plusieurs heures à pomper les gamètes et à les envelopper dans la mousse, qui protègera les embryons. Les têtards se tortillent hors du nid et tombent à l’eau cinq jours plus tard.

Selon l’écologue du comportement, presque toutes les Chiromantis xerampelina femelles s’accouplent avec plusieurs mâles pour produire une couvée et cela présente des avantages génétiques. Les études de Phillip Byrne démontrent que les têtards nés de ces femelles sont 20 % plus nombreux à survivre par rapport à ceux dont la mère s’est accouplée avec un seul mâle.

Alors que chez la plupart des espèces, les mâles s’affrontent brutalement pour se reproduire, ces orgies de grenouilles se déroulent sans heurt. « Comme les femelles laissent de nombreux mâles engendrer leur progéniture, tout se déroule dans le calme », souligne Phillip Byrne.

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Big Crunch : l'une des fins possibles de l'Univers

Par : National Geographic — 20 octobre 2026 à 14:39

Si l’on m’avait demandé il y a un mois quel serait le destin le plus probable de l’Univers, j’aurais été en mesure de répondre sans hésiter. En tant que cosmologue, j’ai passé énormément de temps à y penser, j’ai même écrit un livre sur le sujet. Nous savons que l’Univers n’est pas fini, et que son expansion s’accélère. Dans un futur très lointain, cette expansion toujours plus rapide videra le cosmos jusqu’à ce qu’il ne reste essentiellement plus rien. Les étoiles s’éteindront, la matière se détériorera, les trous noirs s’évaporeront, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que d’infimes particules de lumière diffusant la chaleur résiduelle de toute la création. Ce scénario est parfois appelé la « mort thermique » ou le « Grand Gel » et c’est une conséquence directe de notre meilleure théorie sur l’Univers et son comportement.

Mais si l’on me posait la question aujourd’hui, j’hésiterais. Les résultats annoncés fin mars par le Dark Energy Spectroscopic Instrument (DESI), basés sur d’anciennes données publiées l’an passé, peignent un tableau totalement différent de notre univers. Ils remettent en question nos meilleures intuitions sur la nature de son composant le plus important, qui est aussi le plus mystérieux : l’énergie sombre.

 

LES ORIGINES DE L’ÉNERGIE SOMBRE

La découverte de l’énergie sombre a été, pour dire ce qui est, une surprise. À la fin des années 1990, les astronomes ont découvert que l’expansion de l’Univers, provoquée initialement par le Big Bang, s’accélérait subtilement depuis les derniers milliards d’années. Cette accélération était évidente dans les données et a été confirmée par de multiples groupes d’études. Cependant, elle ne rimait à rien.

Les chercheurs s’attendaient à ce que l’expansion ralentisse. Ils furent donc surpris d'observer une accélération de son expansion. Tout dans le cosmos, les galaxies, les étoiles, le gaz, la poussière, même l’énergie pure, exerce un effet gravitationnel sur ce qui l’entoure. Et la gravité attire les objets et les lie. Jamais elle ne les sépare. Depuis plus d’une centaine d’années, les chercheurs savent que les galaxies distantes s’éloignent les unes des autres, et donc de nous, preuve de l’expansion du cosmos. Cela imposait une seule explication sensée : que toute cette gravité résiste à cette expansion et que, petit à petit, elle la ralentisse.

Si l’expansion de l’Univers s’accélérait en revanche, c’était comme si une force inconnue étirait l’espace de l’intérieur, venant s’ajouter, et avec plus d’intensité, à l’expansion résiduelle du Big Bang. Rien de ce que l’on connaît dans l’Univers ne devrait être capable de faire cela.

Heureusement pour les astronomes, la théorie de la relativité générale d’Albert Einstein offrait la faille parfaite. Bien qu’à son époque aucune substance connue n'ait pu accélérer l’expansion de l’Univers, Einstein avait laissé en suspens la possibilité que l’Univers lui-même puisse en être responsable. Dans ses équations sur l’évolution du cosmos, il a ajouté un paramètre, une « constante cosmologique », représenté par la lettre grecque lambda (Λ). Cette constante laisse le champ libre à l’espace pour s’étendre de l’intérieur et repousser un effondrement gravitationnel.

Lorsqu’Einstein a pour la première fois présenté sa théorie de la relativité, les astronomes ignoraient que l’Univers s’étendait. Une fois que les observations ont pointé vers un univers en expansion, il a retiré le terme de ses équations, prétextant une erreur.

Confrontés à l’observation inattendue de l’accélération de l’expansion de l’Univers, les astronomes modernes ont pensé que la constante cosmologique pourrait expliquer cet étirement mystérieux. Aussi bizarre que cela puisse paraître, c’était le cas.

La constante cosmologique arrivait également à point nommé. Quand l’Univers était encore dense et petit, la gravité ralentissait graduellement son expansion et la constante cosmologique n’avait que peu d’effet. Mais dès que l’Univers est devenu suffisamment grand et diffus, il y a de cela six milliards d’années, tout ce nouvel espace vide signifiait que la moindre tendance à l’élargissement pouvait tout bousculer, causant une nouvelle accélération de l’expansion.

Au cours des dernières décennies, toutes les observations semblaient, en toute raison, s’accorder avec cette théorie, ce qui poussa les physiciens à intégrer une constante cosmologique dans leur modèle de fonctionnement de l’univers. La constante cosmologique tombe sous la bannière du terme plus générique d’énergie sombre. Cela renvoie à tout ce qui cause une accélération cosmique et englobe la possibilité d’une constante cosmologique ou d’un paramètre plus étrange encore.

 

CONSTANTE COSMOLOGIQUE ? OU MYSTÈRE PLUS GRAND ENCORE ?

En nous limitant à une large définition de l’énergie sombre, nous avons également conservé un esprit ouvert à d’autres explications. Peut-être que l’énergie sombre n’est pas une propriété inhérente de l’espace mais plutôt un genre encore inconnu de champ énergétique (parfois appelé une « quintessence » ou « énergie sombre dynamique »). Ce champ pourrait agir comme une constante cosmologique à ce moment précis, étirant l’espace de la même manière. Cependant au lieu d’être une propriété spatiale constante, il pourrait changer avec le temps, s’affaiblir ou se renforcer au fil de l’évolution de l’Univers.

Comprendre le fonctionnement de l’énergie sombre, savoir s’il s’agit ou non d’une constante cosmologique, a été la motivation première de plusieurs projets d’observation majeurs ces dernières années, comme le DESI. Quoi que soit l’énergie sombre, elle représente environ 70 % de la densité énergétique de l’Univers, selon nos meilleures estimations. Il s’agit du paramètre le plus important du cosmos, autant en termes de quantité que d’influence sur l’évolution de l’espace.

Si l’énergie sombre est une constante cosmologique, alors le scénario de la mort thermique est virtuellement assuré ; notre univers finira par devenir sombre, froid et vide. Nous sommes en mesure de calculer le temps qu’il nous reste avant que les galaxies distantes ne soient tellement éloignées de nous que nous ne pourrons plus les observer, et cela prendra environ 100 milliards d’années. Tout comme nous savons dans combien de temps le cosmos succombera à son propre et inévitable déclin mais ce nombre est bien trop grand pour être facilement exprimé en mots.

Cependant, depuis que les résultats des analyses du DESI ont été publiés, on commence à se demander ce que l’avenir de l’univers nous réserve.

 

LES CONSTANTES NE DEVRAIENT PAS CHANGER

Les résultats du DESI semblent mieux s’accorder avec la théorie d’une énergie sombre qui s’affaiblit au cours du temps, plutôt que sur sa définition de constante. Les résultats sont plutôt convaincants mais ne font que s’approcher de ce que nous autres physiciens considérons comme une « découverte ». Bien que les chiffres soient exacts, l’expansion de l’espace s’accélère encore mais pas autant que lorsque l’énergie sombre a commencé à prendre le pas. Ce n’est évidemment pas ainsi que devrait se comporter une constante.

On a pu lire dans la presse que ces résultats devraient être considérés comme une source de réjouissance : la mort thermique ne serait peut-être pas notre funeste destinée. L’affaiblissement de l’énergie sombre signifierait que l’expansion entrerait dans une phase de stagnation, voire qu’elle s’arrêterait complètement. Certains ont même laissé planer l’idée que cette évolution de l’énergie sombre perdrait tellement en puissance qu’elle deviendrait une force attractive, inversant totalement la tendance et transformant l’expansion en un « Big Crunch », un effondrement final.

Je serais partisane d’une approche plus prudente lors de ces interprétations. Même si les résultats du DESI tenaient la route lors d’une investigation plus poussée et étaient confirmés par d’autres organismes d’études, ils ne donnent pas d’informations certaines sur notre avenir. La seule raison pour laquelle il nous est possible d’émettre des hypothèses sur notre avenir grâce à une constante, c’est que nous savons comment elle se comporte : c’est une constante. Une énergie sombre dynamique est plus intriquée. Tant que nous ignorons ce qui motive son évolution, l’avenir reste flou.

Peut-être que les théories changeront du tout au tout. Pris comme tels, les résultats du DESI suggèrent que, dans une époque reculée, l’énergie sombre correspondait à ce que les physiciens appellent un « fantôme ». Une énergie sombre fantôme est une énergie sombre qui devient de plus en plus puissante au cours du temps, de telle sorte qu’elle pourrait littéralement déchirer la trame de l’Univers. Si elle était réellement fictive par le passé, rien n’indique qu’elle ne pourrait pas le redevenir, menant potentiellement à un destin assez épouvantable, le « Big Rip », un grand déchirement. D’un point de vue théorique, plusieurs raisons nous poussent à douter que l’énergie sombre puisse retourner à son état de particule fantôme. Mais, si tel était le cas, les perspectives ne seraient pas réjouissantes.

 

ET SI L’ÉNERGIE SOMBRE DISPARAISSAIT ?

Il me semble important de préciser que, même si l’énergie sombre venait à s’affaiblir au point de disparaître, et que l’expansion de l’espace s’arrêtait complètement, ce ne serait pas nécessairement un sursis. Les étoiles exploseront ou s’éteindront quand même. Les trous noirs grossiront et finiront par s’évaporer. Et, d’une manière ou d’une autre, le cosmos tendra vers l’entropie et le déclin, comme le demandent certaines de nos lois de la physique les plus fiables. Il est également possible que nous affrontions un destin différent, provoqué par un bouleversement quantique des lois de la physique. Un phénomène étrange, auquel nous ne survivrons jamais : le faux vide.

Si l’énergie sombre disparaissait vraiment et si la théorie du faux vide ne se produisait pas, il pourrait théoriquement subsister un mince espoir que toute chose ressemblant à de la vie dans notre univers en expansion subsiste. Mais je qualifierais ces espoirs de techniques plutôt que de pratiques. Dans la compréhension que nous avons à présent de la cosmologie, il n’y a pas vraiment la place pour une fin heureuse.

J’ai hâte d’assister au développement de ce débat, malgré son pronostic malheureux. Les résultats du DESI pourraient mener au premier changement majeur de paradigme en cosmologie depuis la découverte de l’énergie sombre. Cela signifierait une réécriture complète de notre modèle de l’Univers.

L’énergie sombre détruira probablement tout sur son passage, à la fin. Mais, en attendant, la quête de sa compréhension a abouti à des découvertes incroyables. Et personne ne peut dire ce que l’Univers a en réserve pour nous.

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Un second astéroïde aurait contribué à la disparition des dinosaures

Par : National Geographic — 20 octobre 2026 à 09:37

Il y a près de 66 millions d’années, le cours de la vie sur Terre a été bouleversé à jamais. Un astéroïde de 15 kilomètres de large s’est écrasé sur la côte de la péninsule du Yucatán, au Mexique, déclenchant un cataclysme mondial. Les gigantesques tsunamis qui suivirent ont déferlé sur des milliers de kilomètres de côtes, des feux de forêt ont parcouru de vastes étendues de terre, et la vaporisation de la roche le long du plancher océanique a libéré des gaz qui ont causé de grosses variations du climat. Tout cela a conduit à l’extinction d’environ 75 % de toutes les espèces de la planète, dont la totalité des dinosaures non aviaires.

Mais l’histoire ne s’arrête peut-être pas là. Enfouis sous des couches de sable au large de la côte de l’Afrique de l’Ouest, des indices suggèrent que l’astéroïde en question n’a peut-être pas fait son chemin vers la Terre tout seul.

Selon étude publiée dans Science Advances en 2022, des chercheurs ont découvert un potentiel cratère de près de 8,5 kilomètres de large, révélé par des analyses sismiques du plancher océanique. Le cratère, baptisé Nadir en référence à un volcan sous-marin situé non loin de là, semble avoir été creusé par l’impact d’une roche spatiale d’au moins 400 mètres de large, et s’être formé à peu près au même moment que le cratère de Chicxulub : la vaste cicatrice laissée par l’astéroïde qui engendra l’extinction des dinosaures.

« Beaucoup se sont demandé : Comment l’impact de Chicxulub, aussi énorme qu’il ait été, a-t-il pu être aussi destructeur à l’échelle planétaire ? », raconte l’autrice de l’étude, Veronica Bray, spécialiste des sciences planétaires à l’université d’Arizona. « Peut-être a-t-il été aidé. »

L’objet qui a créé Nadir ayant été considérablement plus petit que Chicxulub, ses conséquences se seraient fait sentir à une échelle plus régionale. Cependant, selon l’étude, si cette théorie se confirme, une deuxième frappe successive peu de temps après la première pourrait avoir aggravé la situation, et causé la catastrophe mondiale qui a marqué la fin du Crétacé. L’un des scénarios proposés est que les deux astéroïdes pourraient provenir d’un seul corps parent qui se serait fracturé en deux avant d’entrer en collision avec l’atmosphère terrestre, et de frapper le sol 5 500 kilomètres plus bas.

Bien que des analyses supplémentaires soient nécessaires pour confirmer l’âge et l’origine du cratère potentiel, et pour déterminer s’il est ou non lié à celui de Chicxulub, les scientifiques sont enthousiastes à l’idée du potentiel d’un nouveau site d’impact.

En raison de son activité géologique, les traces des anciens impacts sur la Terre sont très incomplètes. Des pans entiers de la surface sont recyclés dans le manteau terrestre, tandis que d’autres zones sont recouvertes de roches volcaniques fraîches, et d’autres encore sont broyées par le déplacement des glaciers. Seulement 200 cratères d’impact environ ont été confirmés sur la planète, ce qui empêche les scientifiques de comprendre pleinement de quelle manière ils ont affectée cette dernière à l’époque, et quel rôle ils pourraient jouer à l’avenir.

« La Terre est très forte pour détruire les cratères d’impact », explique Jennifer Anderson, géologue expérimentale qui étudie les cratères d’impact à l’université d’État de Winona, mais qui ne faisait pas partie de l’équipe d’étude. En raison de la géologie active de la planète, « toute découverte d’un nouveau cratère d’impact sur la Terre est toujours importante ».

 

UNE SURPRISE SISMIQUE

Comme souvent, le potentiel cratère a été découvert par accident. Le géologue Uisdean Nicholson, de l’université Heriot-Watt d’Edenborough, souhaitait comprendre de quelle manière l’Amérique du Sud s’est séparée de l’Afrique il y a environ 100 millions d’années.

Pour trouver des indices, Nicholson a examiné les caractéristiques du plancher océanique entre les deux continents, en collaborant avec les sociétés commerciales WesternGico et TGS pour obtenir des données sismiques. L’analyse a permis de déterminer comment les ondes sismiques ricochaient sous terre pour éclairer des caractéristiques souterraines. Très vite, quelque chose d’étrange a attiré l’attention de Nicholson.

Expert en analyses sismiques, il a pu observer les données de nombreuses caractéristiques qui créent des bosses et des creux dans les couches souterraines, telles que les dômes de sel qui émergent de la roche environnante plus dense. Mais les ondulations des données devant lui laissaient présager quelque chose de plus cataclysmique. « Je n’ai jamais rien vu de tel », confie-t-il.

Nicholson a contacté d’autres scientifiques, dont Bray, pour leur demander s’il pouvait, selon eux, s’agir d’un cratère d’impact. Toutes et tous ont été d’accord : la structure consiste en une dépression entourée d’un rebord avec un pic proéminent en son centre, une caractéristique courante dans de tels cratères.

En analysant la forme et la taille de la structure, l’équipe a modélisé la manière dont elle aurait pu se former. Les résultats suggèrent que le cratère est le résultat de l’impact d’une roche spatiale d’environ 400 mètres de large qui a traversé l’atmosphère à toute vitesse et a heurté la surface de la mer à près de 70 000 kilomètres par heure. Selon Bray, après avoir plongé dans l’océan, elle « a traversé l’eau comme si elle n’était pas là ».

La collision aurait libéré une énergie équivalente à 5 000 mégatonnes de TNT, vaporisant presque instantanément l’eau et les couches du plancher océanique situées en dessous. Une onde de choc se serait ensuite propagée à la surface, faisant couler la roche autrefois solide comme du liquide. En quelques minutes, le fond marin aurait rebondi vers le haut en un pic central, puis se serait effondré sur lui-même. Le résultat de ce phénomène serait un monticule avec une dépression en forme de cuvette au milieu : exactement ce que les scientifiques pensent avoir découvert au large de la côte ouest de l’Afrique.

En corrélant les couches de sédiments de cette zone avec des échantillons datés d’autres sites, les chercheurs estiment que ce cratère potentiel date d’il y a environ 66 millions d’années : une datation étonnamment similaire à celle de Chicxulub.

 

UN IMPACT AUX CONSÉQUENCES PLANÉTAIRES

L’étude des conséquences environnementales de l’événement de Nadir pourrait nous aider à mieux comprendre les effets que de futurs impacts pourraient avoir sur notre planète. La taille de la roche qui se serait écrasée sur Nadir aurait été comparable à celle de l’astéroïde Bénou, qui a une probabilité de 1 sur 1 750 de frapper la Terre au cours des trois prochains siècles, ce qui fait de lui l’un des plus susceptibles d’atteindre notre planète. Un tel événement serait loin d’être anodin, provoquant des tsunamis sur des centaines de kilomètres, comme le dit Bray, « assez gros pour éradiquer une ville ou deux ».

Les implications de cette découverte pour notre compréhension des événements qui ont suivi l’impact de Chicxulub et la fin du règne des dinosaures reste toutefois incertaines. L’énergie libérée par l’impact du Nadir et ses conséquences environnementales auraient été éclipsées par la collision de l’astéroïde de Chicxulub avec la Terre et le cataclysme mondial qui s’est ensuivi.

« C’est tout simplement une toute autre ampleur », affirme Martin Schmieder, spécialiste des structures d’impact de grande taille à l’université des sciences appliquées de Neu-Ulm, en Allemagne, qui a examiné l’étude avant sa publication.

L’impact du Nadir pourrait cependant avoir « ajouté l’insulte à l’injure » dans un écosystème déjà dévasté, selon Bray. Une autre question se pose également : d’autres impacts ont-ils eu lieu à la même période ? Les auteurs de l’étude notent qu’à 65,4 millions d’années, le cratère d’impact de Boltysh en Ukraine est légèrement plus jeune que celui de Chicxulub.

(À lire : Le dernier jour de l’ère des dinosaures heure par heure.)

Des groupes d’impacts de fragments de comètes ou d’astéroïdes ont déjà été documentés sur Terre et sur d’autres planètes. Par exemple, près de l’endroit où vit Anderson, dans le Midwest américain, un trio de cratères date d’environ 460 millions d’années. Ils ont fait partie d’un pic d’impacts qui ont eu lieu durant l’Ordovicien, et que les scientifiques ont associé à une potentielle collision dans la ceinture d’astéroïdes qui aurait envoyé tout un défilé de météorites vers notre planète, et ce pendant des millions d’années.

Cependant, l’identification de ces amas dans les rares traces d’impacts anciens conservés sur Terre représente un réel défi. Selon les estimations, un impact de la taille de Nadir se produit tous les 100 000 ans environ, explique Schmieder. « Ça pourrait donc se produire n’importe quand. »

Quant à Nadir lui-même, des études supplémentaires devront être effectuées pour déterminer comment il s’est formé.

« C’est une découverte passionnante », écrit Gareth Collins, un planétologue spécialisé dans les cratères d’impact à l’Imperial College de Londres, dans un e-mail. Il prévient toutefois que l’on ne peut pas encore tirer de conclusions sur cette découverte. Des échantillons directs seront nécessaires pour déterminer l’origine du « cratère » et des dates plus précises pour le potentiel impact dont il serait issu.

Les auteurs de l’étude ont déjà demandé des fonds d’urgence pour forer dans la formation de Nadir et recueillir des échantillons de la roche du cratère, probablement choquée, fondue et mélangée, ainsi que des couches de sédiments situées au-dessus. Le lit de sable et de boue qui s’épaissit au-dessus de la structure enfouie pourrait non seulement avoir préservé les caractéristiques du cratère, mais pourrait aussi contribuer à révéler l’état de la vie océanique dans les années qui ont suivi l’impact, fournissant ainsi de nouvelles données sur ce qui advient de notre planète lorsqu’elle se retrouve frappée par un astéroïde.

« Mais bien sûr, nous n’en serons sûrs que lorsque nous aurons foré à l’intérieur », conclut Bray.

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Au 17e siècle, ces Français ont réussi à mesurer la distance entre la Terre et le Soleil

Par : National Geographic — 19 octobre 2026 à 16:40

Un jour de pluie de mai 1673, dans une forêt tropicale de Guyane française, un scientifique est décédé. Seul son prénom, Meurisse, est connu des historiens. On pourrait imputer sa mort à une maladie ou un accident fatal mais aucune description complète n’en a été retrouvée. La seule personne qui se trouvait avec lui était son partenaire de voyage, l’astronome Jean Richer, alors tombé gravement malade et luttant pour rester en vie. 

L'année précédente, ils avaient été envoyés, depuis Paris vers Cayenne, sur la côte nord-est de l'Amérique du Sud, à 4 400 km de distance. L'Académie française des sciences, à la demande de l'astronome Giovanni Cassini, leur avait confié pour mission d’effectuer une mesure qui révélerait la distance entre la Terre et le Soleil, une valeur qui n'était, à l’époque, pas encore connue.

Depuis que le regard de l'humanité s’était tourné vers le ciel, des tentatives avaient été faites pour déterminer la distance séparant la Terre du Soleil. Les scientifiques de l'Antiquité, tels qu'Ératosthène et Ptolémée, avaient produit des estimations qui variaient considérablement, sous-estimant souvent la valeur réelle.

Dans les années 1670, des instruments astronomiques avaient été nouvellement développés et Cassini était déterminé à s’en servir pour répondre à cette question une bonne fois pour toutes. Il habitait le deuxième étage de l'Observatoire de Paris et travaillait sans relâche sur le problème. « Il n'avait pas de passe-temps », explique Gabriella Bernardi, auteur de Giovanni Domenico Cassini: A Modern Astronomer in the 17th Century (Giovanni Domenico Cassini : Un astronome moderne du 17e siècle). « On perçoit, dans son journal, un homme entièrement dévoué à sa profession ».

À bien des égards, le voyage vers la Guyane française constituait un voyage de routine à la fin du 17e siècle. Il s’inscrivait dans le cadre d'une série d'expéditions scientifiques envoyées par Cassini. Deux ans plus tôt, Richer et Meurisse s'étaient rendus dans le nord-est de l'Amérique du Nord pour mesurer les latitudes et les hauteurs des marées, et des expéditions scientifiques françaises se préparaient à faire de même dans des destinations telles que le Sénégal et l'Équateur.

Ce voyage en Cayenne permit cependant de recueillir l’information clé qui, associée aux prouesses mathématiques de Cassini, produisit la première mesure précise de la vaste distance entre la Terre et le Soleil. 

 

UNE IDÉE RÉVOLUTIONNAIRE

Le 11 janvier 1667, cinq ans avant la mission en Guyane, l'astronome Adrien Auzout se tenait dans la salle de réunion de la somptueuse Bibliothèque du Roi à Paris. Il exposait un audacieux programme de recherche scientifique à une petite assemblée d'hommes portant de longues perruques épaisses.

« Au moment où l'Académie est conçue, on pense déjà à organiser des expéditions astronomiques », explique Nicholas Dew, historien à l'université McGill. « Auzout en était le planificateur... [Il avait] pour idée d'utiliser les réseaux commerciaux coloniaux pour envoyer des observateurs tout autour du globe afin d'effectuer des observations en astronomie ».

Il s’agissait d’un projet vaste et visionnaire. Azout se rendait bien compte que certaines questions astronomiques, notamment les distances entre les planètes et le Soleil, nécessitaient d’effectuer des observations simultanées depuis deux endroits différents, par exemple à Paris et dans un lieu éloigné. Il plaidait en faveur d'un voyage jusqu'à Madagascar, où la Compagnie britannique des Indes orientales devait s'implanter et où la proximité avec l'équateur aurait permis aux astronomes de faire des observations essentielles.

Son audience l’écoutait malgré les bruits et les odeurs d'une ville sale et encombrée, qui s'infiltraient par les fenêtres. À la fin du 17e siècle, Paris était connue pour ses processions religieuses bruyantes, ses fêtes alcoolisées et sa violence armée. Chaque matin, à sept heures sonnantes, les fonctionnaires de la ville descendaient les grands boulevards en faisant sonner de grosses cloches pour réveiller les habitants, leur enjoignant de nettoyer les immondices qui s'étaient accumulées devant leurs maisons sous peine d'amende.

Cette ville animée était le foyer d'une activité intellectuelle et commerciale foisonnante, où une population nombreuse et aisée se mêlait librement aux membres d'une communauté scientifique avant-gardiste. Un grand nombre des fabricants d'instruments scientifiques les plus compétents vivaient alors à Paris et à la périphérie de la ville, la construction d'un nouvel observatoire astronomique de grande envergure commençait.

En avril 1669, deux ans après le discours d'Auzout, Cassini arriva à Paris. Il avait été personnellement invité par le roi Louis XIV et allait rapidement devenir l'une des figures illustres les plus modestes de l'Académie.

« Cassini avait quarante-quatre ans lorsqu'il partit pour Paris. Un célibataire avec un carrosse rempli d'instruments astronomiques », explique Bernardi.

Alors que l'Académie continuait de préparer une expédition astronomique vers l'équateur, l’intérêt des scientifiques passa de Madagascar à Cayenne. Cette colonie française était plus proche et l'Académie devait agir rapidement pour ne pas manquer un évènement notable : à l'automne 1672, Mars et la Terre seraient à leur point le plus proche l'une de l'autre en quinze ans.

Cassini prit conscience que des informations précises au sujet de Mars pouvaient être obtenues à ce moment-là et servir à calculer sa parallaxe, c’est-à-dire la mesure de la différence apparente de la position d’une planète depuis deux points d’observation différents. Cette mesure clé pourrait alors permettre de calculer la distance entre la Terre et le Soleil. La proximité avec Mars était donc une opportunité considérable. 

 

LA PRÉPARATION AU VOYAGE

Richer et Meurisse passèrent des jours et des nuits à travailler aux côtés de Cassini pour se préparer aux observations communes qu'ils allaient devoir effectuer quand ils se trouveraient à des milliers de kilomètres de là. Les deux apprentis savaient qu'ils embarquaient pour un voyage périlleux.

« Tous ceux qui avaient été envoyés sur ces navires à cette époque avaient un statut inférieur », explique Dew. « Les voyages dangereux, effrayants et de longue durée étaient effectués par des personnes de rang inférieur et moins bien payées. »

Richer et Meurisse se rendirent d’abord au port français de La Rochelle, où ils passèrent trois mois à tester et à calibrer méthodiquement leurs instruments, dont un octant, un quadrant, plusieurs télescopes de différentes tailles et quelques horloges à balancier.

Le 8 février 1672, ils mirent les voiles vers Cayenne à bord d'un navire marchand, potentiellement un navire négrier vide dont la destination finale était le Sénégal. Un soir, pendant la traversée, Richer s’installa sur le pont du navire pour observer en détails une comète dont les deux queues brillaient dans le ciel d'un noir d'encre.

Cassini avait donné plusieurs objectifs à Richer : il devait mesurer la position des étoiles australes, la hauteur des marées et la durée du crépuscule, observer les lunes de Jupiter et prendre des notes détaillées sur les mouvements de Vénus, Mars et Mercure. Meurisse et lui avaient également pour mission de prendre des mesures barométriques et d’être attentifs à la faune et à la flore inhabituelles. Le 22 avril 1672, le duo arriva à Cayenne. 

 

LES CONFLITS DU NOUVEAU MONDE 

Fert aurum industria : le travail procure la richesse. Celui qui a inventé la devise officielle de Cayenne devait avoir un sens de l'humour assez sinistre.

La petite colonie désolée ne pouvait pas être un spectacle encourageant pour Richer et Meurisse. Visitée par seulement deux ou trois navires par an, l’« île » de Cayenne était séparée du reste de la Guyane, d'un côté par l'étroit estuaire du Mahury, long de 1.6 kilomètre et de l’autre par la mince rivière de Cayenne. 

Le duo se rendit sûrement compte en descendant du bateau qu’ils avaient choisi la pire période de l’année pour leur voyage. La fin avril est presque l’apogée de la saison des moussons en Amazonie, un climat d’une humidité oppressante où grouillent les moustiques. Le rideau de pluie sans pitié qui leur tombait dessus faisait déborder la rivière mais ne les soulageait pas de la chaleur étouffante. 

Au centre de la colonie se tenait le Fort Cépérou, une structure morne et solitaire, auparavant en bois mais qui avait été reconstruite en pierre après la dernière attaque de la population indigène, signe de la détermination des colons français à rester. À quelques pas du fort se trouvait un magasin général qui approvisionnait la colonie et dont les rayons étaient rarement très garnis.

Une modeste église jésuite et une maison missionnaire se trouvaient également là. Un récit de 1685, cité dans l'ouvrage de Catherine Losier, Approvisionner Cayenne sous l’Ancien régime : Archéologie et histoire des réseaux commerciaux, la décrit comme une habitation occupée par quatre pères et un frère, ainsi que par quatre-vingt-deux esclaves africains dont trente-deux hommes, vingt-trois femmes et vingt-sept enfants, devant travailler les cultures des Jésuites et s'occuper de leur bétail. Les Africains asservis représentaient environ 85 % de la colonie.

Puis, il y avait les Kalina. Ce peuple indigène, également appelé Galibi, résidait dans la région de Cayenne depuis plus de deux mille ans avant l'arrivée des Européens. Comme l’écrivit un colon du nom de Paul Boyer, après une visite vers 1654, ils « ne pensaient qu'à se débarrasser des Français ».

Par le passé, les interactions entre les deux groupes avaient été conflictuelles. Moins de trente ans avant l'arrivée de Richer, en 1644, le gouverneur français Charles Poncet de Brétigny était arrivé à Cayenne avec quelques centaines d'hommes et avait marqué au fer rouge les Kalina qui lui déplaisaient, les avait obligés à porter des vêtements, avait enlevé les femmes indigènes et les avait enfermées dans ses quartiers. Au bout d’un an, un membre de la tribu enfonça une hache dans le crâne de Bretigny, à l'issue d'une embuscade sanglante qui ne laissa qu'une poignée de Français en vie dans un village réduit en cendres.

Les Kalina n’étaient pas la seule source de tourment des Français. Dix ans après le règne de Bretigny, les Hollandais parvinrent à s’emparer de la colonie, avant d'en être chassés par de nouvelles troupes françaises lors d'une attaque surprise. Les colons français furent ensuite chassés par les Britanniques en 1667, qui reprirent le contrôle de la colonie un an plus tard, quatre ans seulement avant l'arrivée de Richer.

Pour Louis XIV, la Guyane constituait une position stratégique permettant à la France de s’implanter sur le continent sud-américain. Ce n’était cependant pas la seule raison pour laquelle les nations européennes étaient attirées par la région. Une autre explication était souvent divulguée à voix basse : l'El Dorado. Les Européens qui se battaient pour contrôler Cayenne pensaient que la légendaire cité d'or se cachait quelque part en Guyane, et que celui qui contrôlerait Cayenne aurait la voie libre vers les richesses.

Richer et Meurisse, eux, étaient partis à la recherche d'un trésor scientifique.

 

L’ASTRONOMIE D’OUTRE-MER

Loin de la colonie, de l'autre côté de l'étroite rivière qui donna son nom à Cayenne, s'étendait le reste de la Guyane, une forêt tropicale dense et primitive, où l’on trouvait des plantes et des animaux que l'on ne voyait nulle part ailleurs dans le monde. L'environnement devait être si étranger à Richer et Meurisse, si différent des rues pavées de Paris, qu'il est difficile d'imaginer quels animaux attirèrent leur regard en premier : les fourmiliers, les iguanes ou les singes-araignées ? Furent-ils étonnés de voir des jaguars tachetés ou des perroquets d'un vert éclatant ?

Selon les archives de l’Académie, Richer et Meurisse prirent des notes détaillées sur la flore et la faune, mais presque toutes furent perdues au fil du temps. À un moment donné, Richer tomba nez à nez avec une anguille électrique (E. electricus) et écrivit plus tard qu'un « simple contact avec un doigt ou le bout d'un bâton [engourdissait] tellement le bras et la partie du corps la plus proche que l'on [restait] environ quinze minutes sans pouvoir bouger ».

Dès son arrivée, Richer se mit à explorer la jungle à la recherche du meilleur endroit pour construire un observatoire. Après quelques semaines, il trouva un endroit adéquat et les deux hommes recrutèrent des travailleurs indigènes qui construisirent une structure composée de branches, d'écorces d'arbres et de feuilles de palmiers, avec un grand trou dans le toit pour leurs télescopes.

L'observatoire fut terminé avant la mi-mai. La première observation de Richer eut lieu le 14 mai, et il calcula la hauteur de l'étoile polaire, un début prometteur pour ce qui allait être une mission très difficile.

La pluie était impitoyable et Richer écrivit à Cassini que le mauvais temps l’avait empêché, pendant plusieurs jours, de faire des observations. « Depuis notre arrivée, il ne s'est pratiquement pas passé un jour sans qu'il pleuve. »

À un moment donné, les fourmis s’introduisirent en si grand nombre dans les horloges à pendule des scientifiques qu’elles bloquèrent la délicate machinerie des rouages, provoquant l'arrêt complet d'au moins une d'entre elles.

Richer et Meurisse dépendaient fortement des fournitures qu’ils avaient apportées de leur pays, même si la nourriture locale était disponible sous forme de gibier, de poissons et de plantes comestibles telles que les bananes, les avocats et les mangues. Les deux Français préfèraient manger des aliments familiers, notamment des paquets de viande séchée, de la farine, du vin de Bordeaux, du café et du fromage, rarement réapprovisionnés par les navires de passage.

L'envoi de nourriture aux colonies était un problème constant, explique Dew. « Les Européens voulaient manger ce qu'ils avaient l'habitude de manger (...). Ils se disaient qu’il leur fallait du pain et du vin ».

La lenteur du courrier et la rareté des navires de passage obligeaient Richer et Meurisse à se débrouiller seuls.

 

QUAND LE CIEL S’ÉCLAIRCIT 

En octobre 1672, la saison des pluies s’arrêta enfin, juste à temps pour observer Mars. Sur plusieurs semaines, Richer s’attela à mesurer la planète et les étoiles alentours. 

De l’autre côté de l’Atlantique, à 7 000 kilomètres, Cassini et l’astronome danois Ole Rømer prirent aussi des mesures aux moments décidés au préalable, en regardant par la fenêtre de l'Observatoire de Paris.

Pendant ce temps, à Londres, l'astronome John Flamsteed, de la Royal Society, mesurait également la parallaxe de Mars afin de déterminer la distance qui la sépare du Soleil, en observant astucieusement Mars une fois en début de soirée, avant d’attendre plusieurs heures que la Terre tourne et d’effectuer une nouvelle mesure. Son calcul final fut proche de celui de Cassini, mais pas aussi précis.

La mort de Meurisse en 1673 était peut-être due à la fièvre jaune, à la malaria, à la pneumonie, ou encore à une malnutrition sévère. « Quand quelqu’un quittait les côtes européennes pour se rendre de l’autre côté de l’océan, les autres partaient du principe que cette personne allait mourir », dit Dew. « On aimerait en savoir plus sur la mort de Meurisse mais il n’est pas inhabituel que la documentation soit si éparse. »

Richer se retrouva alors seul et trop malade pour continuer. Il chercha des spécimens à ramener à l’Académie, comme un crocodile vivant qu’il enchaîna dans la cale du navire. Dévasté par la maladie, il remit les voiles et quitta Cayenne le 25 mai 1673 avec le brouillon de son rapport de mission. Au cours de son long voyage de retour, le crocodile mourut de faim mais Richer se rétablit.

En 1679, Richer publia son rapport officiel, Observations astronomiques et physiques faites en l’isle de Caienne. Grâce aux informations rapportées dans ce dernier, Cassini put enfin effectuer ses calculs et annonça dans une publication en 1684 que le Soleil, qui paraissait pourtant si proche, se trouvait en fait à 140 millions de kilomètres de nous, un résultat remarquablement proche de la véritable distance entre le Soleil et la Terre, environ 150 millions de kilomètres l’un de l’autre. 

Les nouvelles de l’expédition et la révélation de la vraie taille du système solaire se répandirent rapidement, notamment grâce aux écrits de Bernard le Bovier de Fontenelle, dont les écrits scientifiques étaient rédigés dans un style romanesque unique. Pour la première fois, l’astronomie était devenue un sujet à évoquer au dîner.

 

UN HÉRITAGE SCIENTIFIQUE

Le calcul de notre distance avec le soleil n'est pas le seul héritage laissé par l'expédition de Richer à Cayenne. Pendant son séjour en Amérique du Sud, l'astronome a également mesuré la longueur d'un pendule et a comparé les résultats à ses horloges, calibrées avec précision. Quelque chose clochait. Les secondes indiquées par le pendule semblaient plus courtes à Cayenne qu'à Paris.

Bien que Richer ne l'ait pas réalisé à l'époque, cela était dû au fait qu'il y a un peu moins de gravité près de l'équateur, là où la Terre se gonfle en tournant, ce qui explique cette mesure plus courte des secondes. Isaac Newton en découvrit la raison une quinzaine d'années plus tard, en utilisant les mesures de Richer pour étayer ses nouvelles théories sur la gravité. 

« Songez, milord, » écrivait Voltaire en 1740, dans une lettre adressée à Milord Hervey, « que, sans le voyage et les expériences de ceux [envoyés] à Caïenne, en 1672, […], jamais Newton n’eût fait ses découvertes sur l’attraction. »

Selon Bernardi, le succès du voyage est dû à l’approche moderne prise par Cassini. « À l’époque, il s’agissait d’une totale innovation », dit-elle. « Cassini a été le premier à comprendre qu'un plan d'observation régulier, en collaboration avec de nombreux autres collègues, permettait de s'attaquer à des problèmes plus difficiles et d'obtenir des résultats importants, comme c’est le cas aujourd'hui dans les grandes sciences ». 

Alors que le navire marchand qui le ramenait chez lui s’éloignait des rivages verdoyants de Guyane, Richer s’enfonçait dans une forme d’obscurité. Le triomphe du calcul exact de la distance entre le Soleil et la Terre fut presque complètement attribué à Cassini. Une fois arrivé en France, Richer se retira de l’Académie et accepta un poste d'assistant d’un ingénieur militaire.

Lorsque le navire de Richer prit la mer, la saison des moussons était à nouveau à son apogée. La chaleur était probablement inébranlable et le fleuve proche du débordement, la pluie incessante s'abattant sur la terre qu’il laissait derrière lui. 

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Plongée dans l’incroyable intelligence des animaux

Par : National Geographic — 19 octobre 2026 à 14:47

Au cœur des immenses étendues orangées du désert du Kalahari, en Afrique australe, se joue régulièrement une scène étonnante. Pendant que des troupes de suricates fouillent le sol à la recherche d’insectes et de larves, d’autres, debout sur leurs pattes arrières, surveillent l’arrivée d’éventuels prédateurs. Ce sont les vigies, dont la lourde tâche consiste à assurer la survie de tous en criant pour sonner l’alerte, avec des sons spécifiques à chaque prédateur : aigle, serpent… À quelques mètres de là, perché sur un arbre, un drongo (un passereau de taille moyenne) prépare sa manœuvre. Le voilà qui pousse un cri en tout point semblable à un cri d’alarme de suricates. Bingo ! Les petits mammifères détalent. Et l’oiseau se rue sur les insectes laissés en plan, profitant d’un repas obtenu sans effort. Pour ne pas trop dévoiler ses tactiques face aux suricates, le drongo varie les signaux d’alarme : il est capable de reproduire un éventail de quarante-cinq cris différents.

N’est-ce pas là le signe indéniable d’une intelligence animale ? Loïc Bollache, chercheur et auteur de Comment pensent les animaux, paru aux éditions HumenSciences, assure que oui. « Aujourd’hui, dans le monde scientifique, il n’y a plus de débat » explique-t-il. Mais pendant des siècles, les intellectuels étaient divisés sur le sujet. Depuis les récits étonnés sur le monde animal de Pline l’Ancien publié vers l’an 7, jusqu’à Descartes affirmant que l’animal n’était qu’une machine dépourvue de raison, en passant par Darwin qui, en 1871, écrivit « J’ai l’intention de démontrer (…) qu’il n’existe aucune différence fondamentale entre l’homme et les mammifères les plus élevés, au point de vue des facultés intellectuelles », l’intelligence animale a fait couler beaucoup d’encre.

« Pendant longtemps, l’objectif était surtout de prouver que l’humain était l’animal le plus intelligent – en prenant, pour référentiel, l’intelligence humaine. Mais cette approche est nécessairement limitée » poursuit le professeur d’écologie à l’université Bourgogne-Franche-Comté, rattaché au laboratoire CNRS Chrono-environnement de Besançon. « J’ai toujours été étonné de nos efforts pour apprendre le langage des signes à des primates, à des dauphins ou perroquets, et de conclure que les animaux, vu leurs faibles progrès, seraient moins intelligents que les humains, voire dénués de langage. Si l’on retourne le test, serions-nous, malgré notre immense supériorité supposée, capables de comprendre le langage des dauphins ? » s’interroge-t-il. Pour évaluer l’intelligence animale, il faut, assure le chercheur, d’abord se défaire du « référentiel humain », et observer toute l’ampleur de la mémoire, du langage, de l’empathie, de la créativité et de la culture des animaux.

 

LES MÉSANGES ET LES CHIMPANZÉS, DES ÊTRES CULTIVÉS

Car l'antagonisme Nature/Culture qui a opposé pendant des décennies les humains aux animaux n’a plus lieu d’être : « la barrière est tombée au cours du 20e siècle grâce aux travaux des scientifiques » assure le chercheur. Les sociétés animales aussi ont leurs innovations qui se transmettent à certains groupes d’individus - et pas d’autres. Un exemple, celui les mésanges britanniques du début du 20e siècle. À cette époque, les particuliers commencent à se faire livrer des bouteilles de lait à domicile. Les oiseaux, voyant l’opportunité d’un repas facile, apprennent à percer l’opercule pour se nourrir. Une habitude qui devient virale chez les mésanges, anecdotique chez les rouges-gorges. Pourquoi ? Parce que les mésanges sont plus sociables ! En hiver, elles forment de grands groupes non-territoriaux. L’occasion de regarder leurs voisines et de copier les techniques apprises. Au contraire des rouges-gorges. De nature plutôt solitaire, ils ont tendance à rester dans leur coin. « L’invention d’une nouvelle technique chez les mésanges se propage comme un trait culturel dans la population » explique Loïc Bollache.

Un phénomène que l’on retrouve chez d’autres espèces. Les chimpanzés ont différentes manières de capturer les termites en fonction du groupe dans lequel ils sont nés. C’est une forme de culture animale. « D'abord, un comportement innovant est observé puis se propage, par imitation, à d’autres individus. Ensuite, ce comportement se diffuse à l’ensemble du groupe. Et enfin, l’innovation et la diffusion sont spécifiques à un groupe et vont créer des différences locales entre des populations géographiquement séparées » souligne le chercheur.

 

L’INCROYABLE MÉMOIRE DES FOURMIS

La mémoire est une composante clé de l’intelligence animale – y compris chez les fourmis. Celles qui vivent dans le désert, du genre Cataglyphis, offrent un exemple parlant. Pour s’orienter, elles ne peuvent, comme leurs congénères, laisser des traces chimiques. Quand il fait plus de 50°C, ces traces s’évaporent. Alors les fourmis du désert ont trouvé une autre tactique. Elles se dirigent grâce au soleil – leur système d’orientation est similaire à une boussole - et comptent leurs pas pour évaluer la distance. Trois chercheurs ont ainsi entraîné des fourmis à retrouver un nid à une distance de 10 mètres d’elles. Puis ils ont changé la taille de leur foulée en modifiant la longueur de leurs pattes. 

« Dans un premier groupe, les pattes des fourmis sont allongées à l’aide de soie de porc, comme pour simuler des échasses. Dans un second lot, elles sont raccourcies en sectionnant les pattes au niveau des extrémités » explique Loïc Bollache. Celles qui ont des pattes plus longues font plus de distance (15,30 m) et dépassent le nid. Les autres, avec leurs pattes raccourcies, s’arrêtent avant (10,20 m). « En changeant la longueur des foulées, les chercheurs ont pu berner les fourmis, les forçant à surestimer ou à sous-estimer la distance à parcourir pour retrouver la fourmilière. Ils ont aussi démontré que ces insectes doivent posséder un calculateur pour enregistrer le nombre de pas qu’ils font lors de leurs nombreux déplacements. 

La chose la plus extraordinaire est que les fourmis réalisent ces performances avec un cerveau de 0,1 milligramme, soit un cerveau 14 millions de fois plus petit que celui de l’Homme » écrit le professeur d’écologie.

 

LES RATS À LA RESCOUSSE DE LEURS CONGÉNÈRES

Passons maintenant à l’intelligence émotionnelle des animaux. Ils sont nombreux à savoir faire preuve d’empathie. La preuve avec les rats ! Des scientifiques ont mis en place une expérience où deux rats, qui avaient séjourné ensemble durant deux semaines (le fait de connaître l’individu est important) étaient placés dans une même pièce. L’un, prisonnier d’une sorte de tube en plastique transparent, fermé par une trappe. L’autre, libre et capable de voir son nouvel ami se débattre pour sa liberté. 

Les résultats sont limpides : « dès qu’ils voyaient leur compagnon enfermé, les rats libres le libéraient dans 77 % des cas, alors qu’en présence d’une cage vide ou avec une peluche, seuls 12 % des rats ouvraient la porte de la prison » écrit Loïc Bollache. D’autres chercheurs ont poussé l’expérience encore plus loin : ils ont offert un choix cornélien au rat libre. Ouvrir en premier une trappe pleine de chocolat ou libérer d’abord son compagnon emprisonné ? « Dans plus de 50 % des cas, les rats préféraient libérer leur compagnon en premier et partager la nourriture avec lui ! »

Difficile ainsi de ne pas voir une ressemblance des comportements animaux avec nos propres habitudes. Un flagrant délit d’anthropomorphisme ? Pas si vite. « Comme le dit Frans de Waal, primatologue et éthologue, on tombe parfois dans l’excès inverse : « l’anthropodénisme ». On refuse de voir les traits communs entre humains et animaux » poursuit le chercheur. Alors que la barrière est fine, à plus d’un titre : « les dernières recherches s’attardent maintenant sur les différences entre individus. On s’aperçoit qu’il y a des personnalités différentes chez les animaux d’une même espèce : certains sont conservateurs, d’autres opportunistes… Exactement comme chez les humains ! » De quoi reconsidérer la place de l’Homme au sein du vivant.

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Découvrez Devon, la plus grande île inhabitée au monde

Par : National Geographic — 19 octobre 2026 à 10:43

Située à une latitude de 74°, l’île Devon se trouve à plus de 8 000 km au nord d’Hawaï, État américain dont elle fait cinq fois la taille. Isolée, venteuse et rude, elle est considérée, avec ses montagnes désolées s’élevant au-dessus de plages gelées, où les oiseaux marins remplissent le ciel et les bœufs musqués s’aventurent le long de la côte, comme un désert polaire. Bordant le fameux passage du Nord-Ouest dans le Nunavut, au Canada, l’île Devon demeure inhabitée.

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Des hommes et des femmes ont tenté, en vain, de vivre sur l’île arctique pendant des siècles ; la dernière fois, c’était en 1951. Les anciens villages inuits y côtoient une ville militaire fantôme, les vestiges d’expéditions vouées à l’échec et même une station de recherche de la NASA, perchée au sommet d’un immense cratère. Les rares visiteurs qui s’aventurent aujourd’hui sur l’île peuvent découvrir l’art très ancien de la survie humaine.

 

LES HISTOIRES OUBLIÉES DE L’ÎLE DEVON

Si le nom de l’île Devon vous évoque quelque chose, c’est sans doute en raison de la disparition de l’expédition Franklin. En 1845, cent vingt-neuf hommes embarquèrent à bord du HMS Erebus et du HMS Terror pour cartographier le fameux passage du Nord-Ouest pour la Grande-Bretagne. Ils ne sont jamais revenus. Les recherches commencèrent en 1848 et le premier indice concernant le sort de l’expédition, un râteau de naturaliste, fut découvert en 1850 sur l’île Devon. S’ensuivit la découverte d’autres objets, comme un bout de toile portant le nom « Terror » dessus, 700 conserves de viande vides et doublées de plomb, ainsi que des vêtements, du fer, des cordes et des pipes.

En 1852, Sir Edward Belcher mena la dernière tentative de sauvetage des hommes disparus. Son équipe, basée sur l’île Devon, érigea dans une petite baie plusieurs cairns et repères d’arpentage, un site désormais connu comme le Lieu historique national du Canada de Port Refuge. Si la mission de sauvetage de Belcher fut infructueuse, l’un de ses navires, le HMS Resolute, connut une belle fin : ses membrures furent utilisées dans la construction d’un des meubles les plus iconiques au monde, le Resolute Desk, qui sert aujourd’hui encore aux présidents américains.

Soixante-dix ans plus tard, une fois le passage du Nord-Ouest cartographié, la Gendarmerie royale du Canada souhaita planter son drapeau sur l’île Devon. En 1924, trois de ses officiers (et cinquante-deux Inuits déplacés de force) furent envoyés pour régner sur le Haut-Arctique à Dundas Harbour, où les falaises dentelées et les plages rocheuses de l’île donnent sur le détroit de Lancaster. « C’était plus pour asseoir leur présence que pour mener des opérations de maintien de l’ordre », explique Kaylee Baxter, archéologue chez Adventure Canada. « Il fallait du monde sur place pour empêcher les autres nations de s’emparer de l’Arctique ».

En l’espace de trois ans, deux officiers sont morts : l’un s’est suicidé, l’autre s’est accidentellement tué avec son arme (c’est tout du moins ce qui se murmurait). Le dernier officier et les familles inuits ne tardèrent pas à quitter cet endroit isolé. La Gendarmerie royale du Canada ferma le poste en 1933, puis le rouvrit en 1945 avant de le fermer pour de bon en 1951.

Les deux officiers, dont les tombes sont régulièrement entretenues, reposent dans le cimetière le plus septentrional au monde, situé sur une colline surplombant l’avant-poste abandonné. La sépulture modeste d’une fille inuite se trouve à quelques pas de là. « C’est une représentation plutôt fidèle de la colonisation dans l’Arctique », souligne Kaylee Baxter.

Comparés aux premiers habitants de l’île Devon, les « Mounties » canadiens et ces explorateurs britanniques étaient des visiteurs modernes. À quelques encablures des cairns de Belcher du Lieu historique du Canada du Port Refuge, les archéologues ont mis au jour des objets vieux de 4 000 ans, qui prouvent que les Inuits et les colonies vikings médiévales du Groenland se sont côtoyés. Des objets asiatiques y ont également été découverts, preuves de l’existence d’immenses routes commerciales du Nord couvrant la moitié de la planète.

À Dundas Harbour, à quelques pas du poste de la Gendarmerie royale du Canada, se trouvent les vestiges d’un ancien village inuit vieux de 1 000 ans environ. Le site de Morin Point Thule livre des informations sur les premiers pionniers à avoir traversé l’Arctique de l’Est, mais il disparaît progressivement sous l’effet de l’érosion. « C’est un excellent exemple de l’érosion côtière que subissent les sites archéologiques », indique Kaylee Baxter, qui aide à l’enregistrement et à l’archivage du site avant sa disparition. « Un excellent exemple du pire des cas ».

 

DES SIMULATIONS DE SURVIE SUR MARS

La NASA et le Mars Institute sont les derniers en date à affronter les conditions climatiques extrêmes de l’île Devon. C’est dans un froid glacial, avec des systèmes de communication limités ainsi qu’un manque d’ensoleillement et de végétation, que les scientifiques mènent des missions analogues (ou des entraînements) afin de simuler l’exploration sur Mars. Le projet Haughton-Mars permet aux astronautes de s’entraîner dans des conditions incroyablement difficiles, de tester les limites des équipements et de mener des recherches sur les défis liés à la culture des plantes et les vols spatiaux au long cours.

Les conditions climatiques sont toutefois trop rudes pour que l’île devienne une station de recherche permanente. Les tentes d’été modulables sont installées au sommet du cratère d’impact de Haughton d’un diamètre de 23 kilomètres, qui est l’un des cratères les plus septentrionaux sur Terre. Même les équipes les mieux équipées de la NASA ne peuvent se protéger des hivers rigoureux de l’île.

 

VISITER L’ÎLE DEVON

Si l’île Devon est inhabitée, les villes du nord du Nunavut, comme celles de Pond Inlet ou Arctic Bay, sont, elles, bien animées. « Il y a une forte culture ici », confie Jason Edmunds, vice-président de Travel Nunavut et l’un des seuls guides d’expédition inuits du Canada. « Lorsque vous voyagez dans la région, pensez à la culture. Ne vous concentrez pas uniquement sur les impacts qu’une autre culture a eus dessus ».

La plupart des visiteurs qui explorent aujourd’hui sur l’île Devon et les îles arctiques voisines s’y rendent dans le cadre de croisières d’expédition. Des compagnies comme Adventure Canada et Lindblad Expeditions proposent des itinéraires empruntant le passage du Nord-Ouest, où les voyageurs peuvent s’adonner à l’observation de la faune et à la randonnée, mais aussi découvrir les anciens villages inuits et les vestiges des expéditions passées. Attention toutefois à bien comprendre l’essence même d’une croisière d’expédition : votre itinéraire évoluera en fonction de la glace, comme tous les voyages effectués depuis le premier réalisé par un explorateur inuit.

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Vatican : saint Pierre est-il vraiment enterré dans la basilique qui porte son nom ?

Par : National Geographic — 19 octobre 2026 à 09:39

Selon l’histoire de l’Église, les apôtres Pierre et Paul arrivèrent à Rome à l’époque de Néron (r. 54-68 ap. J.-C.). Ils y trouvèrent un groupe de chrétiens, restreint mais dévoué, évoluant parmi les communautés juives de la cité. Les samedis, Pierre et Paul visitaient les synagogues. Les dimanches, ils prêchaient dans diverses maisons de la cité qui devenaient de facto des églises. Mais en l’an 64, ce mode de vie prit fin avec le grand incendie de Rome : Néron accusa les chrétiens de l’avoir provoqué et fit condamner à mort nombre d’entre eux. On les exécuta par crucifixion, en les brûlant vifs ou en les faisant dévorer par des animaux sauvages en public. Pierre et Paul figuraient probablement parmi ceux qui furent assassinés lors de ces spectacles macabres. Selon Tacite, éminent historien romain, ces exécutions furent mises en scène dans le cirque qu’avait commandité Caligula (r. 37-41 ap. J.-C.) sur la via Cornelia. Cette voie se trouvait en dehors des murs de la ville, à l’ouest, et traversait un lieu que l’on nommait déjà Vatican. Un autre récit rapport que Pierre aurait été mis à mort par crucifixion, placé tête en bas à sa demande, pour signifier qu’il n’était pas digne de mourir de la même manière que le Seigneur. Quels que soient les détails exacts de la mort de Pierre, la question de ce qui advint de son corps ensuite demeure une question épineuse.

Une piste émerge toutefois d’une source du christianisme des premiers siècles. Selon un texte apocryphe du Pseudo-Marcellus intitulé Les Actes de Pierre et Paul et écrit autour de l’an 400, des hommes de Jérusalem « glorieux et étranges en apparence » se seraient joints à ce dernier, qui était un fidèle de Pierre, et auraient « récupéré secrètement le corps de [l’apôtre] avant de le placer sous le térébinthe près de la naumachie [l’endroit où l’on faisait jouer des représentations de combats navals] en un lieu nommé Vatican. » Cela suggère que Pierre aurait été enterré près de l’endroit de son martyre, dans une nécropole païenne située sur la via Cornelia, près du cirque de Caligula, une zone connue sous le nom de nécropole du Vatican.

 

VÉNÉRATION DE L’APÔTRE

Bien que la tombe de Pierre ne fût probablement à l’origine qu’une tombe simple et quasiment anonyme, elle devint bientôt un point de fixation pour la communauté chrétienne de Rome, alors en plein essor. Afin de préserver la tombe, on la couvrit de nouvelles dalles de pierre au fur et à mesure que le site s’élevait. Puis au milieu du deuxième siècle, on construisit un petit monument commémoratif par-dessus. Une chose similaire se produisit avec la tombe de Paul située, à en croire les témoignages historiques, au sud de la ville, dans la nécropole de la via Ostiense.

La plus ancienne allusion écrite aux monuments funéraires de Pierre et Paul date de l’an 200 environ, époque à laquelle Gaïus, prêtre ou évêque de l’Église de Rome, affirma que les « trophées » des deux apôtres étaient visibles à Rome, l’un au Vatican et l’autre sur la via Ostiense. Le mot « trophée » servait à désigner les tombes érigées pour les martyrs chrétiens, car on considérait qu’endurer le martyre était un triomphe de la foi sur la mort.

L’intérêt porté à la tombe de saint Pierre grandit à mesure que s’affirmait la prééminence de l’Église de Rome sur toutes les autres Églises chrétiennes. Selon la doctrine pétrinienne, développée au deuxième siècle, Pierre avait reçu de Jésus Christ en personne les clés du Royaume des Cieux. Puisqu’il était le premier évêque de la ville, on pensait qu’il avait transmis à ses successeurs le plus haut degré possible d’autorité sur l’ensemble de la communauté chrétienne. Toutes les Églises n’acceptèrent pas cette revendication, mais cela n’en ajouta pas moins de puissance à la dernière demeure de Pierre.

Ainsi, quand l’empereur Constantin Ier (r. 306-337) ordonna la construction d’une grande basilique chrétienne à Rome dans le cadre de sa politique de promotion du christianisme comme religion dominante de l’Empire, il choisit le lieu où Pierre était enterré, conscient du fait que la construction d’un nouveau temple autour de la tombe d’une figure aussi importante de la tradition chrétienne ne manquerait pas d’attirer les croyants. L’évêque Eusèbe de Césarée, dans un texte intitulé Sur la théophanie (333 ap. J.-C.), écrivit que l’apôtre avait été honoré par « une splendide tombe aux portes de la ville, une tombe sur laquelle affluent les hordes innombrables depuis toutes les parties de l’Empire romain, un grand Sanctuaire et temple de Dieu ».

 

UNE BASILIQUE COLOSSALE

La décision de construire la basilique au-dessus des tombes qui se trouvaient là eut des conséquences sur les méthodes qu’on employa pour l’édifier. Comme le Vatican était un terrain irrégulier et vallonné, une plateforme gigantesque de près de 250 mètres de long par 100 mètres de large fut posée sur l’antique nécropole du Vatican, sur la via Cornelia, afin de soutenir la basilique. Il fallut déplacer un volume ahurissant de terre pour créer cette plateforme qui s’enfonce à près de dix mètres de profondeur. Malgré l’ambition de ces travaux, la nécropole environnante ne pouvait être détruite, car ses tombeaux et mausolées étaient protégés par la loi sacrée. Plutôt que de supprimer les tombeaux purement et simplement, Constantin Ier ordonna donc à la place le retrait de leurs plafonds, la destruction de leurs voûtes et leur remplissage avec de la terre. Ainsi, les os demeureraient enfouis sous la nouvelle basilique.

L’édifice fut construit de sorte qu’un monument, que l’on nomma plus tard « trophée de Gaïus », soit placé sur la tombe originelle sous l’abside. Son emplacement était indiqué dans le temple par une structure carrée en marbre surmontée d’un ciborium et de quatre colonnes salomoniques. Mais le trophée lui-même fut enfoui sous la plateforme de la basilique. Le trophée et la tombe de saint Pierre sous celui-ci furent ensevelis encore davantage au 16e siècle lorsque l’ancienne basilique fut détruite et reconstruite au goût de la Renaissance.

Le nouvel édifice fut érigé sur une seconde plateforme, située trois mètres au-dessus de la première, et soutenu par un système de voûtes. Ces dernières forment un espace entre la basilique du quatrième siècle et celle de la Renaissance ; les « grottes vaticanes », ainsi que l’on surnomma cet espace, servirent de lieu de sépulture pour les papes. Les ossements de saint Pierre, que l’on pensait enterrés au-dessous, furent laissés en paix à ce moment-là. En 1626, les restes de plusieurs tombes et tumulus furent déplacés par mégarde lors de travaux visant à installer les colonnes de bronze du célèbre baldaquin conçu par le sculpteur et architecte Gian Lorenzo Bernini. Mais sur ordre du pape Urbain VIII, l’on n’ébruita pas la mise au jour de ces tombes, car les restes appartenaient à des païens enterrés dans l’ancienne nécropole.

 

LE TRAVAIL DES ARCHÉOLOGUES

Il fallut attendre le 20e siècle que la plus ancienne strate de la basilique Saint-Pierre revoie enfin le jour. En 1939, le pape Pie XII décida d’ouvrir les grottes vaticanes au public. Par souci de commodité, il fut nécessaire d’agrandir la hauteur de l’espace intérieur en abaissant le niveau du dallage originel de 75 centimètres environ. À peine les ouvriers eurent-ils commencé à creuser qu’ils tombèrent sur plusieurs tombes romaines appartenant à la nécropole antique du Vatican. Pour l’Église, l’étude archéologique de ces restes représentait une entreprise hautement sensible. Cela impliquait de découvrir si la tombe de saint Pierre, et de ses vestiges mortels, se trouvait bel et bien sous l’autel de la basilique. Cette croyance, si importante pour l’identité de l’Église de Rome, avait été remise en question par les protestants au 16e siècle. Martin Luther écrivit que selon des sources romaines, « on ne sait pas où dans la ville les corps de saint Pierre et de saint Paul se trouvent, ni même s’ils y sont du tout. Même le pape et les cardinaux savent pertinemment qu’ils ne le savent pas. »

En dépit de la controverse, Pie XII ordonna d’importantes investigations archéologiques. Les fouilles, dirigées par l’archéologue Antonio Ferrua sous la supervision de Monseigneur Ludwig Kaas, durèrent plus d’une décennie et permirent l’identification et la restauration de vingt-deux tombes de la nécropole de la via Cornelia, adjacente au cirque de Caligula. Ces tombes, restées intactes et enfouies pendant des siècles étaient extraordinairement bien préservées, et leurs stucs et peintures se trouvaient dans un remarquable état de préservation.

Mais c’est une structure découverte juste sous l’axe vertical de l’autel, dans la basilique, qui attira le plus l’attention. Il s’agissait d’une structure composée de deux niches, l’une située au-dessus de l’autre, adossées à un mur en stuc rouge. Les archéologues établirent qu’il s’agissait du trophée de Gaïus, le monument qui, selon les sources, avait été construit au deuxième siècle pour marquer l’emplacement de la tombe de Pierre. Le 23 décembre 1950, dans un discours de Noël radiodiffusé, Pie XII annonça la découverte en des termes sans équivoque : « Vient-on vraiment de découvrir la tombe de saint Pierre ? À cette question, la réponse est sans aucun doute : Oui. La tombe du Prince des apôtres a été découverte. »

 

ANNONCES PAPALES

Cependant, les rapports scientifiques relatifs à cette campagne de fouille furent plus prudents. Ils décrivent la découverte d’une petite « tombe vénérée » presque complètement détruite. Bien que des symboles et graffitis chrétiens y furent découverts, ils étaient difficiles à lire et à interpréter. Toujours est-il qu’ils semblaient dater de l’époque où Constantin avait ordonné la construction de la basilique.

Les fouilles commanditées par Pie XII visaient à découvrir le tombeau de saint Pierre et, surtout, ses ossements. Étant donnée l’importance des reliques au sein de l’Église catholique, le fait d’être en mesure d’identifier les restes du bras droit de Jésus serait nécessairement un événement extraordinaire. Alors qu’ils travaillaient sous les deux niches formant le trophée de Gaïus, les archéologues découvrirent une cavité souterraine d’un mètre de profondeur environ. Si des ossements se trouvaient à l’intérieur, alors il existait à n’en pas douter une chance qu’il s’agisse de ceux de l’apôtre… ? Mais initialement, les archéologues n’y trouvèrent qu’un grand nombre de pièces, probablement déposées par des pèlerins. Lors des fouilles, certains restes squelettiques furent mis au jour, mais pas à l’intérieur de la tombe. À l’époque, les ossements ne suscitèrent pas d’intérêt particulier et furent extraits, puis rangés dans une boîte en bois dans l’entrepôt des grottes vaticanes.

Dans son adresse radiodiffusée de décembre 1950, le pape Pie XII fit mention de ces ossements mais n’alla pas jusqu’à affirmer qu’ils avaient appartenu à Pierre : « Au côté de la tombe, les restes d’ossements humains ont été découverts. Cependant, il est impossible de prouver avec certitude qu’ils appartiennent au corps de l’apôtre. Cela n’en laisse pas moins intacte la réalité du tombeau. »

Les études réalisées subséquemment sur ces ossements furent menées par Margherita Guarducci. Elle demanda personnellement la permission au pape d’entreprendre une étude de l’ensemble des graffitis associés au trophée de Gaïus. Ces inscriptions, griffonnées au charbon de bois ou gravées à l’aide d’un stylet sur les ruines du monument, étaient concentrées sur un mur qui, tel un contrefort, était construit perpendiculairement au mur en stuc rouge du trophée de Gaïus pour l’étayer.

Sur ce mur (appelé « mur G » ou « mur des graffitis »), Margherita Guarducci remarqua un petit loculus (ou cavité) qui n’avait pas été exploré. Durant leur travail dans les grottes, l’un des ouvriers de l’expédition dit à Margharita Guarducci que ce loculus était l’endroit où les ossements mentionnés par le pape avaient été découverts. Elle parvint à les retrouver dans l’entrepôt et demanda au pape si elle pouvait les faire analyser par un médecin légiste renommé. Les résultats, obtenus en 1963, indiquent que les restes squelettiques appartiennent tous au même homme.

Selon l’analyse, il était corpulent et mourut à un âge avancé, entre 60 et 70 ans. L’analyse révèle également des traces d’une étoffe de laine teinte en violet et entrelacée de fils d’or. Ceci suggère que les ossements furent soigneusement enveloppés avant d’être placés dans le loculus. La conclusion semble évidente, du moins pour Margharita Guarducci : les ossements appartiennent bel et bien à saint Pierre. En 1968, sur la foi de ces résultats, le pape Paul VI annonça solennellement que les ossements de l’apôtre avaient été trouvés.

 

VOICI PIERRE

Durant les fouilles, Antonio Ferrua remarqua qu’un fragment du mur des graffitis s’était détaché. Sur celui-ci il distingua des lettres grecques. Bien que le texte fût incomplet, l’archéologue le restaura de sorte que l’on puisse y lire : PETROS ENI (Ici se trouve Pierre). Il s’agissait du premier indice textuel que le trophée de Gaïus était effectivement la tombe de Pierre. Cependant, tous les spécialistes ne sont pas d’accord avec l’interprétation d’Antonio Ferrua. Par exemple, lorsqu’on lit l’inscription, il est possible de comprendre l’inverse : PETROS ENDEI (Pierre n’est pas là).

Margharita Guarducci réussit par la suite à déchiffrer d’autres graffitis sur le mur et, après une longue étude, parvint à la conclusion qu’il s’agissait de messages de chrétiens fidèles, écrits sous forme de code à l’époque des persécutions contre les chrétiens. Elle identifia et interpréta une vingtaine de symboles comme des références à saint Pierre. Des décennies plus tard, l’identification des ossements et l’interprétation des graffitis ne font toujours pas consensus, loin de là. Étant donné que Pierre mourut en martyr quelque part dans la zone où une basilique lui fut plus tard consacrée, il semble logique que le trophée de Gaïus fût construit sur le modeste mémorial dédiée à un apôtre. Au fil des siècles, cette enclave spéciale de la nécropole du Vatican se transforma en espace de vénération chrétienne. Il est en revanche plus difficile d’affirmer avec certitude que les ossements qui y furent découverts appartenaient réellement à Pierre.

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Cet animal est doté d’un taser intégré pour neutraliser les requins

Par : National Geographic — 18 octobre 2026 à 18:57

Les grands requins, avec leurs mâchoires puissantes et leur grande résistance aux toxines, comme les grands requins blancs ou les requins tigres, dévorent tout ce qu’ils trouvent. Des serpents de mer assez venimeux pour tuer un humain en une morsure et des raies aux pics dorsaux de 15 centimètres ne sont que de petits en-cas pour les super-prédateurs des océans.

Les scientifiques ont longtemps cru qu’aucune créature marine n’était à l’abri face à un énorme requin affamé mais au moins un groupe animal est parvenu à développer un moyen efficace d’échapper à la digestion des dents de la mer : les torpilles.

Au cours d’une étude publiée le mois dernier dans la revue scientifique Ethology, les chercheurs ont découvert que les raies électriques, aussi appelées torpilles, pouvaient tenir à distance à la fois les requins tigres et les grands requins blancs, en leur envoyant de puissantes décharges électriques. Les torpilles sont connues pour avoir une sorte de taser intégré qu’elles utilisent pour chasser. Il s’agit de la première étude à montrer qu’elles les utilisent également pour se défendre.

« Je n’aurais jamais cru que les décharges électriques de ces animaux auraient un effet aussi dissuasif sur les prédateurs. Mais à présent, je suis convaincue qu’elles pourraient être un très bon moyen de défense », explique Yannis Papstamatiou, écologiste de l’université internationale de Floride, qui étudie les requins et les autres prédateurs marins. Le scientifique a dirigé cette nouvelle analyse.

 

UN POUVOIR DE CHOC

Les torpilles habitent les océans tempérés et tropicaux du monde, et la plupart ne mesurent pas plus de 90 centimètres. Mais certaines, comme la torpille noire, qui habite l’Atlantique, peuvent atteindre 1,80 mètre de long et peser plus de 90 kilogrammes.

Parmi ces raies, les plus grandes peuvent délivrer des chocs de plus de 200 volts, plus que suffisant pour qu’un humain tombe à la renverse. Les organes en forme de haricot qui se trouvent sur les deux côtés de la tête des torpilles, lorsqu'ils sont stimulés par le système nerveux de la raie, relâchent des ions chargés habituellement pour étourdir un plus petit animal avant de le manger.

Les torpilles sont également connues pour ne pas craindre les humains et les grands requins, remarque Yannis Papastamatiou, Explorateur National Geographic. « En général, pour ne pas avoir froid aux yeux comme cela, c’est que l’on est assez confiant dans ses capacités défensives. »

 

LE COMPORTEMENT AUDACIEUX DES TORPILLES

Yannis Papastamatiou a pu observer toute l’audace des torpilles pour la première fois alors qu’il étudiait le comportement alimentaire du grand requin blanc au large des côtes de l’Île Guadalupe, au Mexique, en 2018. Ses collègues et lui avaient attaché des caméras aux nageoires dorsales de six requins.

Sur l’une des vidéos, un grand requin blanc s’approchait d’une torpille du Pacifique dans une colonne d’eau. Alors que le requin se trouvait à distance de frappe, la torpille a eu l’air de recourber ses nageoires pectorales, une position qu’elle adopte habituellement avant de choquer ses proies.

« Le requin est soudain devenu comme fou, et s’est précipité vers le haut », se souvient l’écologiste. « Quelque chose semblait l’avoir perturbé. » Deux minutes plus tard, le requin est revenu mais il a cette fois ignoré la raie ; il avait retenu la leçon.

Tous les requins ont un système sensoriel unique qui leur permet de détecter les faibles champs électriques générés par les organismes vivants. Cela les rend très sensibles à l’électricité. Leur tendance à se nourrir de tout ce qu’ils trouvent, malgré le danger, a rendu les scientifiques sceptiques. Ils ne semblaient pas croire que ce qu’ils avaient vu était une coïncidence.

Ensuite, en 2024, un moniteur de plongée du nom d’Ali Ansaar a filmé une scène similaire à Fuvahmulah, dans les Maldives, entre une torpille du Golfe et un requin tigre. Cette vidéo, dit Yannis Papastamatiou, l’a convaincu que ce qu’il avait vu n’était pas qu’un tour que lui avaient joué ses yeux.

Dans le cadre de cette étude, Yannis Papastamatio et ses collègues ont réexaminé d’anciennes vidéos, dont une expérience qu’ils avaient menée à la fin des années 1990 sur les raies électriques du Pacifique au large de Palos Verdes, en Californie, et ont découvert plus d’exemples de ce comportement. Afin d’observer les différences entre les chocs délivrés aux prédateurs et aux proies, l’équipe a présenté aux raies des poissons qui venaient d’être pêchés au harpon ou leur donnait un petit coup sur le dos à l’aide d’une tige. Dans les deux cas, les raies ont émis des décharges électriques de force similaire en réponse. Mais les décharges provoquées par les coups donnés aux raies étaient plus courtes et plus rapides.

« Si elles le font pour se défendre, il semble logique d’émettre un choc très rapide », remarque Yannis Papastamatiou. « Ces animaux ont comme qui dirait une batterie et, comme toute batterie, il faut un certain temps pour la recharger. »

 

COMMENT DONNER UNE BONNE LEÇON AUX REQUINS

La présente étude ne concernait que les raies électriques du Pacifique et les torpilles du Golfe, il est nécessaire de mener plus de recherches afin de déterminer si toutes les raies électriques sont en mesure de faire fuir de grands requins. La capacité qu’a une torpille à effrayer les dents de la mer repose probablement sur sa taille, intervient Dave Ebert, scientifique spécialisé en requin de l’université publique de San Jose, qui n’a pas pris part à la présente étude.

Dave Ebert a découvert d’autres espèces de torpilles dans les estomacs de grands requins. « Je pense que, si elles sont [suffisamment petites], les requins peuvent probablement les manger », dit-il. Les petites raies ou les juvéniles pourraient ne pas produire assez d’électricité pour repousser les requins, tandis qu’une décharge envoyée par une raie plus grande pourrait suffire à échapper aux dents de la mer, littéralement. Dave Ebert a également observé des raies qui présentaient des marques de morsures de requins. « Les marques montrent que le requin les a lâchées. »

Les auteurs de l’étude pensent que leurs découvertes changent non seulement ce que l’on pense des capacités défensives des torpilles, mais étoffent aussi l’idée selon laquelle choquer les grands requins avec des courants électriques est un moyen efficace de les repousser. Une leçon qui pourrait aider les humains à concevoir de meilleures méthodes pour éloigner les requins.

Mais ce comportement suggère surtout que les torpilles ne doivent pas être sous-estimées. « Les raies électriques ont une grande force de frappe », continue Dave Ebert. « Elles ne sont généralement pas agressives mais si vous les embêtez, elles vous choqueront. »

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Cette espèce de félin vient d'être découverte... et affole déjà Internet

Par : National Geographic — 18 octobre 2026 à 14:11

L’été dernier, Vicky Ossio a passé sept semaines sans savoir si le moindre des 1 200 animaux dont elle s’occupait allait survivre.

Elle est la cofondatrice de Senda Verde, un sanctuaire bolivien pour la faune situé à deux heures et demie de la capitale, La Paz. Senda Verde se trouve dans l’une des régions les plus durement touchées par les barrages routiers installés par l’opposition au gouvernement qui ont interrompu l’approvisionnement en carburant et en nourriture dans le pays cet été. Chaque semaine, elle a besoin de se procurer plus de 225 kilogrammes de viande pour nourrir tous les ours à lunettes (Tremarctos ornatus), tous les jaguars (Panthera onca) et les autres félins sauvages dont elle a la charge. « Je me réveillais, et la seule chose que je faisais toute la journée, c’était d’essayer de trouver de la nourriture », raconte-t-elle.

Miraculeusement, Senda Verde a survécu aux blocages en se procurant des fruits de saison auprès de voisins et en s’appuyant sur un cheptel de soixante poules pondeuses. Mais cette épreuve était encore bien présente dans l’esprit de Vicky Ossio lorsque la nouvelle est tombée le mois dernier : des scientifiques venaient de confirmer que l’un des félins sauvages du sanctuaire appartenait en fait à une nouvelle espèce, Leopardus tilcayo. Des analyses génétiques ont révélé que ce petit félin au pelage tacheté originaire de Bolivie avait divergé d’autres membres du complexe d’espèces des chats-tigres il y a 1,4 million d’années.

Dire que Vicky Ossio n’était pas préparée au raz-de-marée médiatique qu’allait générer cette découverte serait un euphémisme. Des journalistes du monde entier faisaient sonner son téléphone toutes les dix minutes, même lorsqu’elle traversait des régions reculées du pays. Peu après, on a informé Vicky Ossio que plus de 130 000 euros avaient été donnés au sanctuaire par le biais d’une campagne de dons de cryptomonnaie. « Vous n’avez pas idée de la paix d’esprit que ça nous a apportée », confie-t-elle. L’argent devrait garantir au sanctuaire de pouvoir subvenir aux besoins alimentaires de ses pensionnaires quoi qu’il arrive à l’avenir.

« Il est si difficile d’obtenir des fonds pour les petits félins », explique Paola Nogales-Ascarrunz, biologiste bolivienne et co-autrice principale de l’étude qui a décrit le tilcayo. « Mais aujourd’hui, on ne sait comment, nous avons fait exploser Internet avec un petit félin. » Près d’un mois après l’annonce de la découverte, cette attention extrême a fait émerger des perspectives encourageantes pour l’étude et la protection de cette nouvelle espèce de félins, ainsi que quelques conséquences étranges dues à cette célébrité soudaine et virale.

Après l’annonce de la découverte, Paola Nogales-Ascarrunz, qui est également exploratrice National Geographic, a enchaîné les entretiens pendant des heures, puis regardé avec stupéfaction les publications consacrées au tilcayo envahir ses fils sur Facebook, Instagram, TikTok et même LinkedIn. Des amis en Allemagne, en Pologne et en Inde l’ont tous contactée pour la féliciter. « Je n’en peux plus de voir mon visage », plaisante-t-elle.

Sauf qu’il ne s’agissait pas toujours du visage de Paola Nogales-Ascarrunz. Dans de nombreuses publications sur le tilcayo générées par l’IA, la chercheuse bolivienne dit avoir constaté que ses traits avaient une apparence plus caucasienne. « Ils m’ont rendue blanche et blonde », raconte-t-elle. Dans d’autres publications générées par l’IA, les seuls scientifiques montrés étaient des hommes qui n’existaient pas.

À un moment donné, dans tout cet emballement médiatique, le site Internet du sanctuaire de Vicky Ossio aurait subi 137 tentatives de piratage toutes les dix minutes. Elle a également reçu des appels téléphoniques préoccupants. Quelqu’un, à Seattle, lui proposait d’acheter le tilcayo, raconte-t-elle. Un autre importun, cette fois-ci d’une région de Bolivie connue pour ses liens avec les producteurs de drogue, souhaitait que Vicky Ossio l’aide à établir si un félin aux traits semblables qu’il détenait était également un tilcayo. Aux yeux de Vicky Ossio, ces deux incidents soulèvent la question du mascotisme, phénomène par lequel la popularité soudaine d’animaux sauvages entraîne une hausse des tentatives de les retrouver dans leur milieu naturel, puis de les garder ou de les vendre comme animaux domestiques. « Nous ne voulons pas mettre les tilcayos en danger, cela va de soi », indique Vicky Ossio.

Heureusement, la plupart des suites de l’emballement médiatique autour du tilcayo ont été positives. Dans les semaines qui se sont écoulées depuis que le tilcayo est devenu viral, Paola Nogales-Ascarrunz a pris plaisir à découvrir les illustrations du félin réalisées par des fans du monde entier. Avec le co-auteur de son étude, Enzo Aliaga-Rossel, elle a également reçu un prix du gouverneur de La Paz. Mais l’un des développements les plus curieux ayant suivi cet engouement concerne le nom même du tilcayo.

Dans leur étude, les scientifiques ont donné au félin le nom « tilcayo », car c’est ainsi que certains habitants de la région s’y référaient quand on pensait encore qu’il s’agissait d’une autre espèce. Toutefois, en cherchant à savoir si le mot avait une quelconque signification, Paola Nogales-Ascarrunz a fait chou blanc, que ce soit en espagnol ou en quechua, langue autochtone parlée dans la région.

Cependant, elle est désormais en contact avec un linguiste qui pense que le mot pourrait venir d’une autre langue autochtone sud-américaine, l’Aymara. La traduction ? Til vient d’un mot qui signifie « petit » et cayo d’un autre qui signifie « patte » ou « pied ».

Selon elle, tout cela aurait du sens, car l’empreinte du tilcayo est plus petite que celle des ocelots (Leopardus pardalis) et des margays (Leopardus wiedii).

De la même façon, plusieurs citoyens ayant rejoint un programme de science participative ont commencé à envoyer des photos de petits spécimens de félins tachetés aux chercheurs, en se demandant s’ils n’avaient pas, eux aussi, découvert un tilcayo. Selon Paola Nogales-Ascarrunz, jusqu’à présent, il semblerait qu’il s’agisse pour la plupart de margays. Cet intérêt n’en est pas moins inspirant, ajoute-t-elle.

Parallèlement, la notoriété du tilcayo est également susceptible d’engendrer la pression politique nécessaire pour protéger les habitants et les animaux de la région des activités d’orpaillage illégales qui menacent une grande partie de la Bolivie. Ces opérations font remonter les sédiments des cours d’eau et utilisent le mercure comme un aimant pour extraire de minuscules paillettes d’or que le lavage à la batée ne permet pas d’obtenir. Une partie de ce mercure se déverse dans les cours d’eau et finit par contaminer les poissons et d’autres animaux. Les populations locales dépendent de ces animaux pour se nourrir, ce qui les expose à leur tour à un risque d’intoxication aux métaux lourds.

Selon Vicky Ossio, l’orpaillage illégal est fréquent dans la région et affecte la qualité de l’eau à proximité du sanctuaire.

« L’eau ressemblait à du lait chocolaté et c’était dû à l’activité minière », raconte Joel Sartore, explorateur National Geographic et photographe qui s’est rendu à Senda Verde pour filmer le tilcayo. « Trois jours plus tard, après l’intervention de la police pour les faire s’arrêter, l’eau était beaucoup plus claire. Pas cristalline, mais la différence sautait aux yeux. »

L’exploitation minière illégale a toujours été difficile à éradiquer. Mais aujourd’hui, les élus locaux, régionaux et nationaux sont tous désireux de protéger le tilcayo et la tendance pourrait être en train de commencer à s’inverser.

« Nous utilisons le tilcayo comme étendard dans l’espoir de débarrasser Coroico [la localité voisine] de l’activité minière », explique Vicky Ossio.

En ce qui la concerne, Paola Nogales-Ascarrunz espère que la notoriété internationale du félin permettra de trouver des financements plus facilement pour l’étape suivante : plus de science pour en savoir davantage sur le tilcayo et sur les façons de le protéger.

La Bolivie n’est pas réputée pour son équipe de football en Coupe du monde et n’a jamais remporté aucun des quatre grands concours internationaux de beauté, plaisante-t-elle, « mais en ce moment, pour ce qui est de la science et de la biodiversité, le monde entier parle de la Bolivie ».

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Le timbrage au balancier : cette papeterie parisienne a sauvé un savoir-faire de 400 ans

Par : National Geographic — 18 octobre 2026 à 11:01

Avant que nos messages n’arrivent dans un nuage de notifications, les lettres revêtaient une grande importance. Sans même apercevoir l’écriture qu’elle contenait, le papier révélait déjà un nom de famille, une profession, un blason familial ou le symbole d'un événement marquant. Ce n'était pas un simple ornement, mais une véritable déclaration.

À Paris, l’une des manières les plus raffinées de produire cet effet était le timbrage au balancier. Héritier d’une tradition de gravure et d’ornementation remontant à plusieurs siècles, le timbrage au balancier s’est imposé dans l’univers de la correspondance au 19e siècle. Ce procédé conférait aux cartes de visite, faire-part, papiers à en-tête et rabats d’enveloppe quelque chose qu’une simple encre ne pouvait offrir : une sensation. Armoiries, initiales ou monogrammes pouvaient ainsi émerger du papier grâce à des couleurs denses et des reliefs de profondeurs variables.

Mais à mesure que la correspondance s'est numérisée et que l’imprimerie de luxe s’est tournée vers des procédés toujours plus mécanisés, cet artisanat a progressivement perdu en popularité. En 2022, ce savoir-faire ne reposait plus que sur une seule personne : Éric Lejeusne, dernier timbreur au balancier manuel de France, qui s’apprêtait à prendre sa retraite après quarante années de métier. Faute de filière de formation officielle à cette technique, son avenir paraissait alors bien incertain.

Préserver le timbrage au balancier impliquait bien davantage que de maintenir une ancienne presse en état de fonctionnement. Il fallait transmettre une connaissance de l’encre, de la pression, du papier et du geste qui ne pouvait être simplement consignée dans des archives.

« Un métier d’art ne devrait pas exister uniquement comme une démonstration muséale », estime Olivier de Sercey, papetier parisien dont l’entreprise possédait autrefois l’atelier A. Georges, où Lejeusne a appris son métier. « À mes yeux, la préservation n’a de sens que si une technique demeure vivante. »

À l’approche de la retraite de Lejeusne, une question préoccupait le monde de l’imprimerie et de la papeterie : si la dernière personne capable de pratiquer l’art du timbrage manuel au balancier disparaissait, des siècles d’histoire française disparaîtraient-ils avec elle ?

Le langage visuel qui sous-tend le timbrage au balancier est plus ancien que les machines elles-mêmes. Charles Mavelot, graveur français du 17e siècle, fut l’un des premiers à codifier un univers d’initiales, de monogrammes et d’alphabets finement ouvragés grâce à ses recueils ornementaux. Le département des Arts graphiques du Louvre conserve notamment des feuillets du Nouveau livre de chiffres, publié en 1680, un ouvrage consacré aux noms et initiales entrelacés.

Bien que son œuvre soit antérieure de plus d’un siècle à l’apparition de la presse à balancier, elle a posé les bases de la tradition ornementale qui influença la papeterie de prestige. Ses monogrammes élaborés sont devenus indissociables de l’aristocratie et de la culture de cour, incarnant un marqueur d’élite et de distinction sociale.

Le procédé de timbrage manuel au balancier repose sur une presse actionnée à la main, appelée balancier, qui comprime une feuille de papier entre deux formes : d’un côté, une contre-forme en carton sculptée à la main ; de l’autre, un bloc d’acier gravé de motifs décoratifs et enduit d’encre. La technique offre « une profondeur de couleur et un léger relief qui confèrent à l’impression une véritable présence physique sur le papier », explique Olivier de Sercey.

Le résultat n’est ni une simple impression à plat ni un simple gaufrage. C’est un travail lent, répétitif et physique, le type même de savoir-faire qui devient vulnérable dès lors que la vitesse devient le principal critère de rentabilité.

Bien avant que le courrier électronique ne fragilise la correspondance formelle, une grande partie du secteur s’était déjà tournée vers des presses automatiques, semi-automatiques ou mécanisées dès le début du 20e siècle. Lorsque les métiers qui soutenaient cet artisanat, comme les marchands de papier, les fabricants d’enveloppes et les papetiers de luxe, ont commencé à disparaître à la fin du 20e siècle, le timbrage au balancier a lui aussi connu un fort déclin.

Cette technique manuelle était déjà en recul lorsqu’Éric Lejeusne l’a découverte presque par hasard à l’âge de dix-neuf ans. À son retour à Paris en 1982, alors qu’il cherchait un emploi, on lui indiqua qu'il y avait un poste vacant chez A. Georges. Là, alors que d’autres ouvriers travaillaient sur des machines automatiques ou semi-automatiques, il y apprit le métier à la main.

« Je ne savais pas encore que j’exercerais ce métier toute ma vie », raconte-t-il.

Éric Lejeusne apprit qu’il existait autrefois une quinzaine de balanciers à Paris ; lorsqu’il rejoignit l’entreprise, seuls deux étaient encore en activité. À cette époque, le déclin ne provenait pas encore de la disparition des lettres au profit des écrans, mais plutôt de la transition vers des machines capables de produire des travaux similaires plus rapidement et avec moins d’efforts physiques.

Malgré cela, la version parisienne et entièrement manuelle de cette technique subsistait comme une spécialité rare, et Lejeusne ne connaissait alors aucun autre atelier, à Paris ou ailleurs, qui pratiquait encore le timbrage au balancier à la main. Pierre-Antoine Lebel, du Musée de l’Imprimerie et de la Communication graphique de Lyon, souligne d’ailleurs que la documentation sur cette technique et son développement en France demeure très limitée.

Ce qui a survécu, en revanche, c’est une discrète chaîne de savoir-faire. Des maisons de papeterie de luxe et de gravure parisiennes telles qu’Agry, Benneton, Boisnard ou Armorial servaient une clientèle désireuse de disposer de cartes de correspondance exclusives, de faire-part, de papiers à en-tête et d’autres articles personnalisés. Mais des ateliers comme A. Georges, puis ultérieurement l’Atelier Lejeusne, assuraient la fabrication spécialisée et manuelle de ces commandes, pour lesquelles des séries de cent ou deux cents exemplaires faisaient partie du quotidien du métier.

A. Georges était un petit atelier de production d’environ huit personnes. Parmi ses clients figuraient des particuliers, des administrations françaises, des ambassades installées dans le 7e arrondissement de Paris ainsi que des institutions telles que le barreau de Paris, explique de Sercey. Ceux-ci ne demandaient pas nécessairement du timbrage au balancier en tant que tel. « Ils venaient parce qu’ils souhaitaient une papeterie élégante, distinctive et réalisée spécialement pour eux », résume-t-il.

Au début des années 2000, l’univers qui entourait la presse a de nouveau changé. Le courrier électronique a réduit le besoin de correspondance formelle. Les clients restés fidèles à la papeterie de luxe souhaitaient de plus en plus faire figurer leur propre nom, leur adresse, leurs armoiries, leur logo ou leur monogramme, plutôt que de choisir parmi des modèles issus de collections historiques, comme le proposaient encore de nombreux ateliers.

Il était toujours possible de faire réaliser de nouvelles gravures, mais pour une petite structure artisanale, cela représentait un coût important. Lejeusne avait bien commandé quelques matrices originales, mais chaque nouveau motif dépendait du travail de graveurs, de l’acier, du temps nécessaire à sa réalisation et de clients prêts à payer pour toutes les heures de travail qui permettaient d'aboutir à une marque à peine plus grande qu’une signature.

En 2003, Éric Lejeusne quitta A. Georges, acheta un balancier inutilisé et fonda l’Atelier Lejeusne. L’année suivante, avec son épouse et associée Laurence Lejeusne, il s’installa rue Eugène-Varlin, dans le 10ᵉ arrondissement de Paris, avant d’ouvrir une boutique-atelier de l’autre côté de la rue. Lorsque A. Georges ferma quelques années plus tard, Lejeusne racheta la presse sur laquelle il avait appris le métier, ainsi que sa collection de matrices gravées. À mesure que le savoir-faire se raréfiait, l’Atelier Lejeusne devint son dernier bastion.

Malgré plus d’une décennie passée à faire vivre son atelier et cet artisanat, Lejeusne s’inquiète chaque année davantage de la difficulté à transmettre un métier aussi exigeant à une nouvelle génération. Il n’a ni enfant ni apprenti, et aucun manuel écrit ne consigne les gestes du métier : seule sa mémoire, guidée par l’expérience de ses mains, conserve les étapes et la chorégraphie précise du balancier.

Finalement, le savoir-faire trouva un héritier. Dans les années 1990, Ramdane Touhami habitait rue Chabanais et observait la fermeture progressive des ateliers de gravure du quartier. Des années plus tard, sans le savoir, il a fait imprimer ses propres faire-part de mariage chez Lejeusne en recherchant un spécialiste de la gravure. Lorsqu’il apprit que cette technique risquait de disparaître, il racheta l’entreprise de Lejeusne, ses presses à balancier et sa collection de matrices gravées, puis relança l’activité sous le nom de Papier Royal, aujourd’hui la seule maison de papeterie connue pour travailler activement à la renaissance de cet artisanat.

Niché sous les arcades historiques du Palais-Royal, Papier Royal donne l’impression de pénétrer dans un véritable atelier d’artiste du 19ᵉ siècle : une lumière chaleureuse baigne les lieux, les sols sont ornés de mosaïques du 18ᵉ siècle, des armoires en bois sculpté bordent les murs et des vitrines exposent une multitude de monogrammes.

Dans la boutique, plus de 12 000 matrices gravées en acier constituent une archive vivante du timbrage, dont certaines remontent au 19ᵉ siècle. Les anciens ateliers dont les presses et les matrices font aujourd’hui partie de l’héritage de Papier Royal réalisaient autrefois les papiers à en-tête et invitations officielles des présidences de Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand. Ces matrices continuent d’être sélectionnées, encrées, pressées puis soigneusement rangées après chaque commande. Benoist Dallay, maître imprimeur chez Papier Royal, qualifie cette collection de « trésor témoignant du savoir-faire parisien de la gravure ».

Chez Papier Royal, Éric Lejeusne a consacré six mois à former Benoist Dallay ainsi qu’un second imprimeur. « Pour moi, c’était toute une vie de travail », confie-t-il. Les enseignements les plus difficiles à transmettre ne relevaient pas des connaissances théoriques mais des sensations : la juste quantité d’encre à déposer sur la matrice, la manière dont la température modifie le comportement du pigment ou encore la façon dont le papier réagit à la pression.

« Il faut répéter le geste encore et encore pour obtenir de la régularité », explique Benoist Dallay. Depuis, celui-ci a lui-même formé une dizaine d’autres personnes.

Papier Royal a transformé un service autrefois réservé aux ateliers spécialisés et aux papetiers de luxe en une expérience accessible aux visiteurs. La question est désormais de savoir si cet artisanat suscitera un intérêt suffisant chez un public encore désireux de ressentir ce que la presse à balancier peut offrir.

Selon Benoist Dallay, les clients viennent du monde entier à la recherche « d’un morceau d’histoire et de Paris ». Ramdane Touhami indique quant à lui qu’une dizaine d’entreprises parisiennes dépendent encore du travail de Papier Royal pour servir leur propre clientèle en cartes de visite.

Ce qu’il perpétue n’est pas un simple exercice de nostalgie, mais une forme de résistance à l’ère numérique : une manière de redonner une matérialité à la communication.

« Avec le timbrage au balancier, nous proposons une relation tactile avec la page », explique Benoist Dallay. « Dans ce monde numérisé, nous faisons acte de résistance. »

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Un "pied de zombie" aide les scientifiques à prévenir les piqûres de raies

Par : National Geographic — 18 octobre 2026 à 09:08

Les raies pastenagues nagent régulièrement le long de la côte californienne. Mais cette année, elles étaient si nombreuses qu’elles formaient un tapis vivant sur le fond marin. L'une des principales explications est le phénomène El Niño, qui a provoqué la hausse de la température de l’eau sur les plages de la côte Ouest. Sur les plages californiennes de Bolsa Chica et de Huntington State, 3 100 incidents liés à des raies pastenagues ont été signalés entre janvier et août, soit environ le double du nombre total d’incidents recensés pour l’ensemble de l’année 2025.

« Le nombre de blessures causées par les raies pastenagues augmente avec la hausse de la température de l’eau, en particulier lors des années concernées par le phénomène El Niño », observe Chris Lowe, qui est à la tête du Shark Lab de l’université de l’État de Californie à Long Beach. Son équipe de recherche étudie l’augmentation du taux de blessures en Californie du Sud sur les quatre dernières années. « Sur la base de nos échanges avec les sauveteurs en mer, les signalements de blessures sont en augmentation pour cette année à cette période », poursuit-il.

Les personnes allant à la plage, qui sont tombées sur des plages où la mer était plus chaude que d’ordinaire, ont été piquées par une espèce de raie pastenague de petite taille, appelée « raie ronde ».

« Cette espèce aime les eaux chaudes et calmes, comme les humains », explique Ben Perlman, qui dirige le laboratoire STABB (Stingray and Butterfly Biomechanics, ou biomécanique des raies pastenagues et des papillons en français), également situé à l’université de l’État de Californie de Long Beach. Avec la hausse de la température des mers provoquée par El Niño, « un nombre plus élevé de personnes se rendent à la plage pour se rafraîchir, à l’endroit exact où se trouvent les raies ».

Les raies rondes ne sont pas la seule espèce à étendre leur habitat à mesure qu’El Niño réchauffe les eaux californiennes. Des tortues de mer, un requin-baleine, des requins-marteaux et des coryphènes ont également été observés cette année. Mais les raies sont celles qui ont provoqué le plus de blessures. Et rien ne dit que la situation s’améliorera cet hiver ou lorsque la température des mers finira par diminuer. Celle-ci a battu des records établis lors de précédents phénomènes El Niño. « Nous sommes en terra incognita », déclare Nate Jaros, vice-président de la section Soins animaliers à l’Aquarium of the Pacific, situé à Long Beach.

Lorsque les mers sont plus chaudes, les animaux qui préfèrent les températures plus élevées ont tendance à être plus nombreux. « Les raies rondes font justement partie de ces espèces qui se portent bien lorsque les températures augmentent. Elles sont alors plus nombreuses », souligne Nate Jaros.

La Terre va continuer à se réchauffer au cours des années à venir, et la vague de chaleur marine de cette année pourrait bien devenir la norme. Ben Perlman s’attend donc à ce que les raies rondes remontent. C’est pour cette raison qu’il est à la recherche d’une façon d’aider les baigneurs actuels et futurs à éviter ces piqûres douloureuses.

Ben Perlman est à la tête d’un groupe de chercheurs de premier cycle au laboratoire STABB. L’équipe a étudié les mécanismes rapides de coup de queue et d’injection du venin des raies pastenagues. Elle cherche désormais à savoir en quoi les eaux plus chaudes pourraient avoir une influence sur leurs attaques. Pour le savoir, les chercheurs ont déployé deux de leurs outils incontournables le mois dernier : une caméra grande vitesse et un pied en silicone fixé à une perche en bois. Pour recueillir des informations, ils ont regardé des enregistrements du pied s’enfonçant lentement dans l’aquarium. Il progresse avec assurance et soudain il se pose sur sa cible, une raie pastenague dissimulée sous le sable. Acheté dans un magasin d’articles d’Halloween, le pied de zombie reproduit la démarche d’un pied humain dans les eaux peu profondes qui bordent le littoral.

Ben Perlman compare la manière dont les raies réagissent dans une eau comprise entre 12 et 13°C, des températures typiques en hiver, et entre 20 et 22°C, plus courantes l’été. Des tests complémentaires sont nécessaires pour montrer une tendance claire, mais le responsable du laboratoire STABB pense que les raies se défendent davantage lorsque la température de l’eau est plus élevée. « Lorsque l’eau est plus chaude, il se peut qu’elles puissent contracter leurs muscles plus rapidement, ce qui devrait se traduire par un coup de queue plus rapide ».

Lorsqu’une raie ronde pique, elle arque sa queue avant d’enfoncer un aiguillon dans le corps de son attaquant. Cet aiguillon est recouvert d’un fourreau produisant du venin, qui pénètre dans la piqûre. Les personnes qui se sont déjà fait piquer décrivent la douleur comme se situant entre la piqûre d’abeille et la pire douleur qu’elles aient jamais ressentie. Le traitement le plus efficace consiste à immerger la zone piquée dans de l’eau chaude, laquelle décompose le venin en une heure.

Ben Perlman s’appuie sur les données obtenues en laboratoire pour collaborer avec une société appelée DragonSkin et ainsi créer des chaussons de plongée résistant aux piqûres. Les surfeurs susceptibles de les porter figurent parmi les personnes les plus à risque d’être blessées par les raies. Au laboratoire STABB, des machines enfoncent des aiguillons dans diverses versions de ces chaussons pour déterminer quelle quantité de venin pourrait pénétrer dans le pied d’un nageur et la force nécessaire à cet aiguillon pour transpercer la peau. « Si nous pouvons démontrer que la majeure partie du fourreau ne rentre pas dans le matériau du chausson de plongée résistant aux piqûres de raie ou même un chausson de plongée en néoprène classique, cela montrera au moins qu’une quantité moindre de venin est libérée », précise-t-il.

Outre ces chaussons résistant aux piqûres de raie, les chercheurs s’intéressent aussi aux zones où les baigneurs ont tendance à être piqués. S’ils parviennent à savoir quand et où le risque est le plus élevé, ils pourront avertir plus précisément les visiteurs.

Jusqu’à présent, les chercheurs savent que la probabilité d’être piqué est plus élevée sur les plages à fond sableux ou situées à proximité d’estuaires, indique Felicity Erikkson, étudiante en master à l’université de l’État de Californie de Long Beach. Avec Chris Lowe, elle passe en revue les registres des sauveteurs  des soixante dernières années qui recensent les incidents en lien avec des raies pastenagues. Si ces registres s’appuient sur des données comme les noms des parkings et des photos aériennes, ils ne donnent pas un nombre exact de visiteurs. « C’est l’un des aspects les plus compliqués de l’étude des blessures causées par les raies pastenagues. Nous n’avons pas beaucoup de données sur le nombre de personnes présentes sur une plage à un moment donné », déplore-t-elle.

En attendant, Ben Perlman recommande aux baigneurs de faire la « danse de la raie », dont l’efficacité a été prouvée en laboratoire. Les raies s’enterrent dans le sable et peuvent ressentir les mouvements dans le sable autour d’elles. En faisant de petits pas sur le côté, un surfeur peut avertir une raie de son arrivée et réduire le risque de piqûre.

Pour aider les humains et les raies à partager la plage, le laboratoire de Ben Perlman continuera à prélever des raies sur les plages voisines et à utiliser un pied en silicone pour leur marcher dessus afin de dévoiler leurs secrets. « Nous craignons le [grand] requin blanc, mais c’est de la raie ronde dont il faudrait se méfier », met-il en garde.

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Suède : ce train de nuit vous emmènera tout droit aux aurores boréales

Par : National Geographic — 17 octobre 2026 à 21:50

Les voyageurs qui prennent le train de 17 heures reliant Stockholm à Abisko ont un objectif commun : voir des aurores boréales. Cette petite ville, située à 250 kilomètres au nord du cercle polaire arctique, est l'une des localités les plus septentrionales d'Europe, au ciel particulièrement dégagé, ce qui en fait une destinaion de choix pour les chasseurs d'aurores. Le microclimat unique du village produit un phénomène de « trou bleu », des courants-jets dégageant le ciel et augmentant les chances d'observer des aurores.

Installée dans mon siège côté fenêtre, je plonge mon regard dans l'obscurité. Les amateurs d'aurores boréales ont tout intérêt à se rendre à Abisko. En 2024, les experts affirment que l'activité solaire atteindra un pic (appelé « maximum solaire ») qui se produit tous les onze ans environ.

« Quand l'activité solaire est forte, les aurores envahissent le ciel nocturne, un véritable kaléidoscope de couleurs en perpétuel mouvement », décrit l'astronome John Mason. 

 

LUMIÈRE NATURELLE

Le train part de Stockholm à 18 heures tous les jours et arrive au petit matin, quand une douce lumière rose enveloppe les plaines enneigées de Sápmi, le territoire traditionnel du peuple sami, qui englobe le nord de la Norvège, la Suède, la Finlande et la péninsule de Kola, en Russie.

Quelques tour-opérateurs organisent des excursions de jour à partir d'Abisko, notamment pour la pêche et l'escalade sur glace, des expériences culturelles samies, l'observation des élans et des excursions photographiques dans les fjords norvégiens avoisinants.

Mais les activités proposées ne s'arrêtent pas là. La nuit, vous pouvez observer la Voie lactée et tous les autres phénomènes célestes depuis la fenêtre de votre hôtel ou vous rendre dans des zones reculées du village, comme la jetée du lac Torneträsk, pour une visite guidée. « Nous n'avons pas beaucoup de pollution lumineuse », explique Niklas Hjort, directeur de l'Abisko Mountain Lodge. « Il vous suffit d'ouvrir la porte et de regarder dehors pour voir les aurores boréales. »

En passant la porte de mon hôtel, elles étaient bien là, tels des rubans verts iridescents.

Chad Blakley, fondateur de Lights Over Lapland, explique que le phénomène du trou bleu distingue le village des autres destinations où l'on peut observer des aurores. « Le ciel d'Abisko est l'un des plus clairs de la planète », explique-t-il. 

Ce petit trou bleu quasi permanent crée un effet coupe-vent, les montagnes dispersant la couche nuageuse pour offrir des nuits claires à la ville située en contrebas. En l'absence de couverture nuageuse, il y a 88 % de chances de voir une aurore boréale lors d'une visite de trois jours à Abisko.

« C'est un exemple de ce que l'on appelle un microclimat, un ensemble de conditions atmosphériques localisées qui diffèrent de celles de la région environnante et créent un modèle météorologique propre à cet endroit », explique John Mason. « Le parc national d'Abisko, dans le nord de la Suède, bénéficie de nuits plus claires que la plupart des autres endroits situés dans l'ovale auroral nord. » Les visiteurs du parc peuvent observer le jeu de lumières au-dessus de la vallée d'Abisko et du lac Torneträsk depuis la grande terrasse extérieure de l'Aurora Sky Station (à environ 900 mètres au-dessus du niveau de la mer).

Ceci étant, la meilleure façon de voir les aurores est sans doute de prendre le train de retour vers Stockholm. À peine une trentaine de minutes se sont écoulées que déjà une annonce retentit dans les haut-parleurs du train : « Chers passagers, si vous observez le paysage par les fenêtres de droite, vous verrez de magnifiques aurores boréales ». La poignée de touristes présents dans le wagon se précipite près des fenêtres, pour assister à ce spectacle qui devait durer plusieurs heures.

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Ces rameuses octogénaires s'apprêtent à entrer dans l'histoire de l'aviron

Par : National Geographic — 17 octobre 2026 à 10:41

« Allez, les mamacitas ! Vous avez encore de la puissance ! » lance Rodrigo Rodrigues, responsable de l’entraînement des rameurs masters à la Marin Rowing Association. Les femmes poussent plus fort sur leurs cale-pieds et, peu à peu, leurs mouvements se synchronisent. Elles trouvent leur rythme : les sièges glissent vers l’avant, les pagaies entrent dans l’eau et une poussée collective propulse l’embarcation.

Si Rodrigo Rodrigues les appelle affectueusement ses mamacitas, sept des huit femmes sont en réalité des abuelitas, des grands-mères. Et cet équipage singulier, composé en majorité de sportives aux cheveux poivre et sel, ambitionne d’entrer dans l’histoire.

En ce matin d’octobre, elles s’entraînent sur le Corte Madera Creek, un bras d’eau calme qui rejoint la baie de San Francisco. C’est leur dernière séance avec Rodrigo Rodrigues avant de s’envoler pour Boston afin de participer à la Head of the Charles Regatta, l’une des plus grandes compétitions d’aviron au monde. Parmi les 12 000 athlètes attendus à Boston à partir du 16 octobre, ces huit femmes ne passent pas inaperçues. Leur moyenne d’âge est de 80 ans et elles s’apprêtent à devenir la première équipe féminine octogénaire à prendre le départ de la Head of the Charles.

Toutes s’entraînent dans le même club d’aviron du comté de Marin, celui-là même où je m’entraîne également. « Ce n’est pas un bateau composé à partir d’un carnet d’adresses », souligne Carol Keller, 81 ans, autrement dit personne n’a été recruté parmi les octogénaires les plus performantes du pays.

Ces femmes appartiennent aussi à une catégorie que certains chercheurs qualifient de « sportives invisibles » : des athlètes âgées qui font preuve d’une force et d’une longévité remarquables mais qui ont longtemps été négligées par la recherche scientifique, davantage centrée sur les hommes. Au fil des années, elles ont trouvé des moyens de préserver leur force et leur agilité, s’entraînant souvent ensemble trois à quatre fois par semaine.

Une grande partie de ce que nous pensons savoir sur le corps à 80 ans repose sur l’observation de personnes qui ont cessé toute activité physique depuis des décennies, rappelle Lorcan Daly, maître de conférences en sciences du sport à la Technological University of the Shannon, en Irlande. Il étudie les athlètes âgés comme modèle du vieillissement en bonne santé.

Les femmes qui continuent à s’entraîner et à concourir à 80 ans ont, selon lui, retiré de l’équation une bonne partie des effets liés à la sédentarité. Elles permettent ainsi aux chercheurs de mieux distinguer ce qui relève réellement du vieillissement de ce qui pourrait être évité.

Par exemple, une étude publiée en 2018 portant sur plus de 122 000 adultes a montré que les personnes présentant les niveaux de forme cardiovasculaire les plus élevés avaient un risque de mortalité nettement inférieur à celui des moins entraînés.

Même à 80 ans, la capacité aérobie, la force et la puissance peuvent encore être améliorées par l’entraînement, souligne Lorcan Daly. Il compare cela à l’hygiène dentaire : « Imaginez que vous ne vous brossiez pas les dents pendant 40 ans puis qu’à 80 ans vous vous regardiez dans le miroir en déclarant : “Eh bien, c’est le vieillissement.” »

Pourtant, les athlètes féminines de cet âge restent rares, aussi bien dans les laboratoires que sur l’eau. Dans un article publié en 2024, Lorcan Daly indiquait que les femmes représentaient moins de 12 % de la catégorie des plus de 80 ans dans les classements mondiaux du fabricant d’ergomètres Concept2. Un écart qu’il attribue en partie à une génération de femmes découragées de pratiquer un sport dans leur jeunesse.

Arlene Killpack, 85 ans, la doyenne de cet équipage historique, en est un bon exemple. Elle découvre l’aviron au début des années 1990 alors qu’elle se rend à vélo de San Francisco à son travail dans le comté de Marin. En longeant le Corte Madera Creek, elle aperçoit des bateaux glissant sur l’eau.

Ayant été scolarisée dans les années 1950, bien avant l’adoption en 1972 du Title IX, qui interdit les discriminations fondées sur le sexe dans les programmes éducatifs financés par l’État fédéral, elle n’avait « jamais imaginé pouvoir un jour faire partie d’une équipe ». Séduite par le rythme et l’élégance des rameurs, elle s’inscrit à un stage d’initiation à l’aviron.

Les rameurs âgés peuvent aussi être négligés au sein même des clubs. « En général, les entraîneurs traitent les personnes âgées comme des citoyens de seconde zone », affirme Corrie Sias, 79 ans, qui faisait partie il y a près de 20 ans du premier équipage féminin de plus de 60 ans à remporter l’or à la Head of the Charles.

Marta Osterloh, 78 ans, ancienne avocate, a rejoint quant à elle l’équipe de Marin après avoir été évincée de son équipage de niveau A. « Tous ceux qui avaient les cheveux gris ont été remerciés », se souvient-elle. Rodrigo Rodrigues fait figure d’exception. Pour la régate, il a choisi d’être le barreur de cet équipage féminin plutôt que de l’équipe masculine des plus de 70 ans du club.

« La puissance et l’énergie que ces femmes apportent chaque jour sont profondément inspirantes. Je voulais les aider à accomplir quelque chose de plus grand que chacun d’entre nous individuellement », explique-t-il.

S’il leur faut davantage de temps pour s’échauffer et si elles n'ont plus la puissance qu’elles avaient à 60 ans, Sandy Armstrong, directrice historique du club, a remarqué qu’elles rament aujourd’hui avec davantage de synchronisation qu’autrefois.

Mais de quoi les sportives de cet âge ont-elles réellement besoin pour donner le meilleur d’elles-mêmes ?

Dans une revue publiée en 2026, le laboratoire Doyle-Baker de l’université de Calgary n’a recensé que 29 études portant sur les effets de l’âge sur l’endurance des sportives, la plupart concernant des femmes dans la quarantaine, la cinquantaine ou la soixantaine.

« Les femmes de 70 et 80 ans et plus demeurent très peu étudiées », explique l’autrice principale, Danica Vangsgaard. « Nous devons également nous garder de supposer que les résultats observés chez des athlètes plus jeunes s’appliquent directement aux femmes de 70 ou 80 ans. »

Ces rameuses s’appuient donc surtout sur leur propre expérience. Elles échangent conseils nutritionnels et stratégies de récupération, et réalisent souvent leurs entraînements ensemble.

« Je constate que mon énergie est plus limitée, que mes réactions sont plus lentes et que ma concentration est moins soutenue », explique Kim Coggin, 77 ans, qui occupe le siège de nage, celui qui donne le rythme à l’équipage. « L’aviron est une priorité dans ma vie, alors je me couche tôt pour être reposée au réveil. »

Après cette dernière séance avec leur barreur, Coggin sort le petit-déjeuner qu’elle a préparé : un œuf dur pour les protéines, accompagné de fromage frais et de fruits.

Les rameuses essaient de consommer davantage de protéines, plusieurs études suggérant que cela aide les athlètes âgés à préserver leur masse musculaire et leurs capacités physiques, tout en limitant les sucres ajoutés, même si biscuits et roulés à la cannelle restent des plaisirs incontournables post-entraînement.

Comme beaucoup de ses coéquipières, Coggin fait régulièrement la sieste et a presque totalement renoncé à l’alcool. Des études récentes établissent en effet un lien entre une consommation même modérée chez les personnes âgées et un risque accru de mortalité liée au cancer.

L’exception se nomme Arlene Killpack. Chaque soir, elle aime toujours accompagner son dîner d’un verre de vin, parfois allongé d’un glaçon. Parmi ses souvenirs les plus précieux figure un séjour en Irlande, durant lequel elle a ramé avec une équipe féminine de Galway. Après les sorties sur l’eau, elles rejoignaient leurs coéquipières irlandaises au pub pour savourer une pinte de Guinness.

Ce sont précisément ces amitiés nouées grâce à l’aviron qui les ont aidées à persévérer. Vieillir ensemble, comparer douleurs et blessures, adapter leurs entraînements au déclin progressif de la force et de l’endurance, s’encourager après chaque revers : tout cela les a aidées à accepter le vieillissement.

« Il est difficile d’accepter que son corps vieillisse et ne fonctionne plus comme avant, sans que l’on puisse y faire grand-chose », confie Lindy Edward, 81 ans, ancienne marathonienne. « Aujourd’hui, je l’accepte sereinement et je suis reconnaissante de ce que je peux encore accomplir. »

Comment les huit mamacitas célébreront-elles leur exploit si elles terminent leur parcours à la Head of the Charles et inscrivent leur nom dans l’histoire de l’aviron ? Peut-être, pour certaines, en dégustant du homard et en levant une coupe de champagne à Boston.

Mais ce matin-là, après l’entraînement, l’équipe forme un cercle devant le hangar à bateaux. Beth Cook, 74 ans, qui ne participera pas à la régate cette année, remet à chacune des rameuses un petit porte-bonheur gravé des mots « Believe »  et « Love » (« croire » et « amour » en français).

La voix chargée d’émotion, elle conclut : « C’est là que les larmes me montent aux yeux. Vous ne faites pas cela seulement pour vous-mêmes. Vous le faites pour l’équipe. Vous le faites pour notre club. Vous le faites pour nos filles. Et vous le faites pour nos petites-filles. »

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En 897, le corps de ce pape a été exhumé... pour être jugé

Par : National Geographic — 17 octobre 2026 à 08:58

Imaginez la surprise du pauvre pêcheur romain qui, selon la légende, a repêché le corps d'un pape dans les eaux du Tibre. Peu alors s'attendaient à voir réapparaître les restes du souverain pontife neuf mois après sa mort. La dépouille dudit pape avait été au centre d'un des épisodes les plus singuliers de l'histoire de la papauté : le procès posthume d'un cadavre. L'histoire du pape Formose et les indignités infligées à sa dépouille font montre des calculs politiques propres à l'Europe de la fin du 9e siècle.

La longue liste des papes qui ont pris la tête du Vatican à cette époque est l'un des signes les plus visibles du chaos qui régnait alors à Rome et au sein de l'Église. Entre 872 et 965, pas moins de vingt-quatre papes se sont succédé (entre 896 et 904, il y avait à peu près un pape nommé chaque année !). Chaque nouveau pape prenait de fait le risque d'être destitué, jeté en prison ou assassiné sur fond d'intrigue politique et d'instabilité gouvernementale.

 

DUCS, MARQUIS ET ROIS

À la fin du 9e siècle, la papauté joua un rôle central dans les violentes luttes qui agitaient la péninsule italienne. Intervenant ouvertement dans les querelles familiales des dirigeants de Rome, les pontifes jouèrent également un rôle central dans la lutte régionale pour la suprématie. Ce conflit opposait, d'une part, les empereurs carolingiens qui, tout au long du 9e siècle, avaient la mainmise sur les royaumes d'Italie et se sont positionnés comme protecteurs de l'Église catholique. Leur suprématie a été de plus en plus contestée par les dynasties locales. Sous le règne du Carolingien Louis II d'Italie (850-875), titulaire de la dignité impériale, le pouvoir royal a un temps semblé renforcé. Mais à la mort de ce dernier sans héritier, le pouvoir tomba sous la dynastie des Widonides, qui détenait la charge du duc de Spolète et la dynastie des Unrochides, dont le représentant détenait la charge de marquis de Frioul.

Dès le début de sa carrière, Formose s'est empêtré dans ces conflits complexes. Après sa consécration comme évêque de Porto - diocèse situé à l'embouchure du Tibre - il a effectué de nombreuses missions diplomatiques au nom de la papauté, qui l'ont conduit en Bulgarie, à Constantinople et à la cour carolingienne. Formose a gagné les faveurs d'Arnulf de Carinthie, un roi franc de la dynastie impériale carolingienne qui aspirait à prendre le trône d'Italie.

La diplomatie menée par Formose déplaisait fortement à ses supérieurs. Le pape Jean VIII craignait que Rome perde son indépendance si d'aventure un roi d'une dynastie impériale aussi puissante devenait roi d'Italie. Le pape Jean fit excommunier Formose en 876 et le chassa de son diocèse. Lui et ses partisans furent contraints de fuir Rome sous la menace d'un procès pour corruption et immoralité. Ils trouvèrent refuge à la cour de Guy III de Spolète.

Formose fit profil bas pendant plusieurs années dans le nord de la Lombardie, attendant que la situation à Rome s'améliore. En 883, sous le bref pontificat de Marin Ier, l'excommunication de Formose fut levée et il fut réintégré à la tête de son ancien diocèse de Porto. Et quelques années plus tard, à la mort du pape Étienne V en 891, Formose devint pape.

 

ALLIÉ DE L'EMPEREUR

Formose devint pape dans un contexte politique dangereux. Peu de temps avant la nomination de Formose, Guy III de Spolète - son ancien protecteur - avait été couronné roi d'Italie à Pavie. Il s'était alors rendu à Rome pour forcer le pape Étienne V à le couronner roi d'Italie et empereur d'Occident. Après la mort d'Étienne V, Formose dut confirmer le couronnement de Guy III de Spolète et reconnaître son fils Lambert comme successeur légitime. Formose, cependant, se méfiant du nouveau roi d'Italie, repris des relations diplomatiques avec Arnulf de Carinthie, l'invitant à confronter Guy III de Spolète en Italie.

Pour faire main basse sur des terres qu'il pensait lui revenir de droit, Arnulf de Carinthie fit une première incursion à Milan et à Pavie en 893. Trois ans plus tard, Guy III de Spolète était mort et son fils Lambert de Spolète avait été couronné roi d'Italie et empereur d'Occident. En réponse, Arnulf assiégea la Ville éternelle. À l'intérieur de Rome, la faction Spolète fidèle à Lambert se rebella et fit emprisonner le pape Formose au château Saint-Ange. Mais ils ne purent repousser les envahisseurs. Formose fut libéré et quelques jours plus tard, il couronna l'empereur Arnulf dans la basilique Saint-Pierre. Quelques mois plus tard, le pape Formose mourut. Était-ce empoisonné ou simplement de vieillesse (il avait 80 ans) ? Nul ne le sait. Certains louèrent alors ce pape considéré comme juste et pieux quand d'autres ne pouvaient lui pardonner d'avoir favorisé l'allemand Arnulf au détriment du clan italien Spolète.

LA VENGEANCE DE LAMBERT

L'histoire, cependant, ne s'arrête pas là. Même la mort n'a pas exempté Formose du cycle apparemment éternel d'intrigues et de luttes intestines. Formose fut remplacé par Boniface VI, qui ne vécut que 15 jours après son mandat. À Boniface succéda Étienne VI, un ancien disciple de Formose qui a également initialement soutenu l'empereur Arnulf.

À peine Arnulf avait-il quitté l'Italie, cependant, qu'Étienne VI s'aligna sur les intérêts de la famille Spolète. Lambert de Spolète se rendit à Rome, qui avait déjà été reprise par ses partisans, pour convaincre le nouveau pape de condamner les actions de Formose et de ternir sa réputation à titre posthume.

Cette condamnation, insistait Lambert, devait être faite en public pour jeter l'opprobre sur les partisans de Formose. Ce procès posthume serait conduit sous la solennité du droit canonique et tenu devant la curie papale et la noblesse romaine. Mais le plus étrange dans cette mise en scène, c'est qu'il a été décidé que le corps de Formose serait présent à son propre procès posthume.

 

UN HOMME MORT PEUT-IL PARLER ?

Le concile a été soigneusement préparé dans les moindres détails. Au début de l'année 897, le pape Étienne VI et Lambert de Spolète ordonnèrent que le cadavre de Formose soit exhumé et amené à San Giovanni in Laterano pour la procédure. Le concile réunit tous les cardinaux, évêques et autres dignitaires ecclésiastiques.

Vêtu de ses vêtements papaux officiels, le pape défunt fut assis sur une chaise. Le cadavre accusé se vit attribuer un avocat de la défense et les chefs d'accusations lui furent lus. Parmi ceux-ci, celui stipulant que sa nomination en tant que pape était illégale, car il était à l'époque évêque de Porto, bafouant soi-disant le droit canonique. S'adressant directement au cadavre, le conseiller d'Étienne VI lui demanda : « En tant qu'évêque de Porto, pourquoi avez-vous, avec une grande ambition, usurpé ce Siège de l'Apôtre ? » Un diacre fut nommé pour parler au nom du défunt. Des sources disent qu'il lisait principalement des déclarations préparées.

On ne sait pas si l'avocat de Formose osa réellement prendre sa défense. En tout état de cause, la sentence ne pouvait être soumise à un appel. Le synode signa l'ordre de destituer Formose, puis le condamna et révoqua toutes ses nominations, de sorte que tous les clercs ordonnés par lui furent forcés de renouveler leurs démarches de nomination.

Le cadavre de Formose fut ensuite délaissé de ses vêtements papaux. Les trois doigts qu'il avait utilisés pour les consécrations et les bénédictions furent coupés. Le corps fut ensuite vêtu de vêtements ordinaires et enterré dans la tombe d'un homme du commun. Non content de cette victoire, Étienne VI fit à nouveau déterrer le corps pour le jeter dans le Tibre.

Même pour les Romains de l'époque, habitués à des bouleversements politiques interminables, cette décision fut jugée inacceptable. Étienne VI fut emprisonné et étranglé à mort en prison quelques mois après le Concile cadavérique. Deux ans plus tard, le pape Jean IX rétablit le pape Formose et interdit toute forme de nouveaux procès contre les papes décédés.

Le procès de Formose reste l'un des chapitres les plus étranges de la longue histoire de l'Église catholique. L'histoire de l'humble pêcheur tirant les restes du pape Formose du Tibre est peut-être un mythe, mais nous savons que le corps déshonoré de Formose put finalement reposer en paix : en 897, il a été enterré de nouveau avec tous les honneurs chrétiens.

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Où est la vraie tête de Jean le Baptiste ?

Par : National Geographic — 16 octobre 2026 à 18:31

Comme tout un chacun, Jean le Baptiste n’avait probablement qu’une seule tête. Pourtant, au moins quatre sites religieux disséminés dans le monde entier affirment être en possession du crâne de cet influent personnage chrétien.

Jean le Baptiste était plus qu’un prédicateur, il fut l’homme qui baptisa Jésus. Souvent considéré comme précurseur du Christ, il aurait été, selon la Bible, le cousin de Jésus. Et à l’instar de son parent prophétique, Jean le Baptiste mourut pour ses croyances.

Les récits de la mort de Jean le Baptiste varient, mais un aspect de sa fin est enraciné dans la tradition chrétienne : sa décapitation. Mais qu’est-il advenu de sa tête ? Cela dépend à qui on pose la question, car au Moyen Âge, les reliques religieuses ont fait l’objet d’un important commerce.

 

LA MORT DE JEAN LE BAPTISTE ET L’ESSOR DU COMMERCE DES RELIQUES

Les trois évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) s’accordent à dire que Jean le Baptiste fut décapité sur ordre d’Hérode Antipas, dirigeant de la Galilée. D’après le chapitre 14 de l’Évangile selon Matthieu, Hérode emprisonna Jean le Baptiste, car ce dernier avait critiqué son mariage avec l’ancienne femme de son frère, Hérodiade. Lorsque cette dernière poussa sa fille Salomé à demander à Hérode la tête du prédicateur sur un plateau, le tétrarque accéda à sa demande.

Après la décapitation de Jean le Baptiste, son corps aurait été enterré à Sebaste de Samarie, en actuelle Palestine. Mais sa tête fut découverte puis enterrée de nouveau à de multiples reprises au cours des siècles qui suivirent et fit son chemin à travers la région sans qu’on ne puisse toutefois s’accorder sur les dates, les endroits et les façons dont cela s’était fait.

Durant l’Antiquité et le haut Moyen Âge, alors que le christianisme se propageait, le commerce de reliques s’est développé : des objets tangibles et sacrés du passé servant de rappels et de symboles de la dévotion chrétienne. Le commerce médiéval de ces objets très demandés était lucratif, comme l’était le simple fait d’en posséder une, car leur présence attirait pèlerins et donations.

Un système de classification des reliques chrétiennes organisé selon leur importance vit alors le jour. Parmi les reliques de l’ordre le plus élevé se trouvait la tête de Jean le Baptiste. Il s’agissait d’un membre d’une figure vénérée, ayant eu un lien avec le plus saint des hommes. L’ambiguïté quant à ce qui est arrivé à la tête de Jean le Baptiste a donné lieu à d’innombrables histoires et traditions concernant son sort. Celles-ci ont à leur tour fait prétendre à de nombreuses personnes qu’elles se trouvaient en sa possession.

Au Moyen Âge, templiers, croisés et fidèles dévots ont tous affirmé être en possession de la tête de Jean le Baptiste. Par la suite, plusieurs têtes ne tardèrent pas à exister simultanément. C’est encore le cas de nos jours où l’on ne dénombre pas moins de quatre revendications principales se disputant l’hégémonie.

 

QUATRE TÊTES À TRAVERS LA CHRÉTIENTÉ

La première des quatre « têtes » de Jean le Baptiste se trouve à Damas, en Syrie, dans la mosquée des Omeyyades, construite sur une église chrétienne qui portait autrefois le nom du martyr. Selon les traditions chrétienne et islamique, sa tête aurait été enterrée dans l’église originelle dont la construction remonte à la fin du 4e siècle. Quand Al-Walid Ier, un calife omeyyade, fonda la mosquée au même endroit au début du 8e siècle, le chef aurait été incorporé dans une de ses colonnes.

À Munich, au Musée de la Résidence, un reliquaire abriterait lui aussi la tête de Jean le Baptiste. Cette relique fait partie d’une vaste collection autrefois détenue par Guillaume V de Bavière et par son fils Maximilien Ier. Selon le musée, le pape aurait donné à Guillaume V la permission d’acquérir des reliques en 1577, mais on ignore si cette tête sainte en particulier est véritablement entrée en sa possession.

San Silvestro in Capite, basilique catholique de Rome, prétend détenir le haut du crâne de Jean le Baptiste, sans la mâchoire. Au 9e siècle, l’église devint un lieu de conservation de reliques de saints et de martyrs des catacombes romaines et la tête de Jean le Baptiste serait l’une des nombreuses reliques présentes sur le site depuis la fin du 12e siècle au moins.

La quatrième tête de Jean le Baptiste est l’une des pierres angulaires de la cathédrale d’Amiens. Elle est arrivée par une route relativement empruntée au Moyen Âge : quand Walon de Sarton, prêtre officiant dans une église de Picardie, revint de croisade en 1206, il rapporta avec lui plusieurs reliques saintes, et notamment la tête de Jean le Baptiste qu’il aurait trouvée à Constantinople.

Une balafre au-dessus du sourcil droit du crâne donna du crédit aux affirmations de Walon de Sarton, car Hérodiade avait infligé une blessure comparable au visage du martyr.

En 1206, Walon de Sarton remit la tête à l’évêque Richard de Gerberoy. Quand la cathédrale telle que nous la connaissons fut achevée bien des années plus tard, le chef de Jean le Baptiste servit de pièce centrale dans le nouvel édifice ; une nécessité étant donné que dès 787, l’Église avait décrété que « tout évêque surpris à consacrer une église sans reliques devait être déposé comme quelqu’un qui a bafoué les traditions ecclésiastiques ».

La présence du chef de Jean le Baptiste à Amiens était non seulement essentielle, mais ce fut également une aubaine pour l’église locale. En possession d’une relique aussi estimée, Amiens devint un important lieu de pèlerinage ainsi qu’un endroit visité par des membres de l’élite sociale.

 

AUTRES REVENDICATIONS

Il existe encore d’autres revendications, plus récentes, concernant certaines parties de la tête et du corps de Jean le Baptiste. Le palais de Topkapi, à Istanbul, affirme détenir le bras droit de Jean le Baptiste, dont il se serait servi pour baptiser Jésus, et possiblement une partie de son crâne. La chapelle dédiée à Jean le Baptiste à la cathédrale de Sienne affirme également être en possession du bras droit de l’homme vénéré.

Les revendications contestées concernant le chef de Jean le Baptiste ne sont qu’un exemple de la façon dont la foi et les mythes entourant les vestiges sacrés se développèrent au Moyen Âge. Sans données génétiques issues d’une figure biblique ou sainte, il est vraisemblablement impossible de jamais authentifier avec certitude une relique, quelle qu’elle soit, y compris celles attribuées à Jean Baptiste. Dans son cas, la difficulté de retracer l’itinéraire emprunté par sa tête à partir du moment où elle fut détachée de son corps ajoute une nouvelle couche d’incertitude ; et il est tout à fait possible qu’aucune des prétendues têtes de Jean le Baptiste ne soit celle d’un homme saint.

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