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Retournez à vos câbles !

Par : h16 — 23 octobre 2026 à 09:00

Billet (un peu plus long qu’à l’habitude) basé sur le témoigne authentique d’un lecteur

Si vous passez un jour à Saint-Céré, dans le Lot, vous croiserez la statue d’un certain Charles Bourseul. En 1854, télégraphiste modeste de 25 ans, il présente à ses pairs le principe du téléphone. Sans surprise, sa hiérarchie l’ignore, l’Académie des sciences fait de même et on le prie de retourner prestement à ses câbles. Vingt-deux ans plus tard, le brevet part ailleurs : Graham Bell le remerciera pour sa contribution en 1882. La France, elle, attendra 1889, soit trente-cinq ans, pour en faire autant.

La statue est jolie. On peut se demander ce qui se serait passé si Bourseul avait obtenu de quoi construire un prototype…

Une porte refermée en 1956

L’histoire qui suit commence par une lecture, il y a une dizaine d’années : un ingénieur formé à l’INSTN, l’école qui forme les gens qui font tourner les centrales nucléaires, et travaillant depuis plusieurs années sur un accélérateur de particules de la recherche publique, s’intéresse à une filière de réacteurs dont les premiers travaux remontent à la première moitié du XXe siècle. La synthèse de référence date de 1956 : Richard F. Post, Controlled Fusion Research, An Application of the Physics of High Temperature Plasmas et avec elle, un verdict sans appel à l’époque : c’est inexploitable.

La piste, ouverte à l’aube de l’âge atomique, se referme, et les grands programmes partent dans d’autres directions.

Avant d’aller plus loin, précisons un peu ce qui se cache derrière le mot « fusion » qui charrie souvent des images qui n’ont rien à voir les unes avec les autres.

Le dispositif n’est ni magnétique, comme les tokamaks et leurs bobines cryogénisées, ni inertiel, comme le Laser Mégajoule. Le nom officiel de la famille est ADS, pour Accelerator Driven System : la barrière coulombienne, cette répulsion électrique qui interdit à deux noyaux de se rapprocher assez pour fusionner, y est franchie par un faisceau monocinétique. Le cousin franco-belge le plus connu de cette famille s’appelle MYRRHA, mais MYRRHA est orienté fission. Ici, c’est de la fusion stricte, semi-confinée, où l’enjeu est de rehausser le critère de Lawson (ratio pertes sur gain) tout en supprimant les contraintes liées à la supraconduction. Rien de neuf sous le soleil, donc, sinon soixante ans d’outils numériques et de progrès en optique des ions.

Et c’est précisément là que l’affaire se gâte, ou plutôt qu’elle commence.

Comme toute veille technologique bien conduite, l’approche initiale est volontairement naïve : il s’agit de redémontrer l’impasse. De vérifier que la porte de 1956 est bien fermée à double tour. Mais c’est un échec : les appareils optiques que l’on trouve aujourd’hui dans le commerce, couplés à des méthodes empruntées aux tokamaks, donnent des résultats sensiblement différents de ceux observés un demi-siècle plus tôt.

Ce qu’il trouve lui paraît suffisamment sérieux pour être présenté. À l’automne suivant, à la faveur d’un appel à projets ouvert par la libération d’une salle de test, il expose au chef d’installation le principe d’une ligne expérimentale. Le retour est positif.

Il ne le sait pas encore, mais ce sera la première d’une longue série de réponses positives sans la moindre conséquence.

Le travail de nuit

Quelques mois plus tard, il découvre que sa demande n’est jamais montée d’un étage : sa hiérarchie directe ne l’a pas transmise à la direction de la division accélérateur. Il court-circuite donc. Son supérieur de rang deux, qui lui avoue en aparté son intérêt personnel pour la fusion, lui accorde une autorisation officieuse : « Travaillez dessus, mais en parallèle de votre activité principale. »

L’année qui suit sera la plus productive de toutes avec trois études de faisabilité en neuf mois avec le développement de solveurs dédiés, sur un modèle particulaire, permettant d’évaluer rendement et conduite du dispositif. Du travail d’ingénieur de recherche, fait par un ingénieur de recherche, dans un laboratoire de recherche, et en dehors de ses heures de recherche.

Puis vient la mutation, pour des raisons financières. Le projet le suit, désormais entièrement sur temps personnel. L’institut d’arrivée, dûment informé, refuse de lui accorder le moindre temps professionnel et, plus significativement, l’accès à la grille de calcul nationale. Un ingénieur du CNRS se voit ainsi refuser des heures de calcul par le CNRS pour un travail que le CNRS a autorisé. On notera que le solveur qui lui sauvera finalement la mise est un modèle particulaire libre développé à Berne, qu’il adaptera lui-même, faute d’avoir jamais pu accéder au code maison que possède le CEA pour exactement ce type de problème.

Deux phases

Le projet mûrit, et notre ingénieur fait les choses dans les règles.

Cela commence par une saisine du service protection et valorisation, avec un premier dossier exhaustif pour l’administration. La procédure prévoit qu’un conseil scientifique évalue l’innovation ; celui-ci s’abstient et renvoie le dossier à la SATT locale.

Un deuxième dossier suit donc, non moins épais et dûment renseigné. De septembre à décembre, il rencontre leurs ingénieurs brevet, qui ont par bonheur d’excellentes connaissances en génie nucléaire, et dont le verdict est clair : feu vert pour la construction d’un prototype permettant de dépasser le TRL 3.

Le mois suivant, tout s’aligne  un financement régional d’environ 100.000 euros est identifié. La somme ne suffit pas pour le réacteur entier, mais elle correspond exactement à ce qu’il faut pour monter un banc destiné à valider les matrices optiques, qui est la première étape critique (un pas après l’autre !) Les fournisseurs sont ralliés et un laboratoire d’accueil accepte l’hébergement et la gestion comptable.

Le montage est complet.

Et patatras. Sa hiérarchie directe bloque, au motif du ressenti qu’un tel travail n’a pas pu être accompli sans détourner des ressources du CNRS. Ce n’est ni une constatation ni une preuve. C’est juste un ressenti.

Il alerte le service central : son interlocuteur, arrivé du privé peu de temps auparavant, lui assure vouloir faire avancer le dossier. Mais quelques jours plus tard, il rappelle : le rejet est brutal, il ne s’attendait pas du tout à ce genre de réaction, et il serait préférable de faire profil bas.

Le directeur local, lui, doit être appelé directement, après trois jours d’attente d’un rendez-vous téléphonique que son secrétariat annonçait imminent. Pris au dépourvu, il cherche des arguments, n’importe lesquels, et en trouve deux. Le premier serait que l’énergie n’est pas la mission du CNRS (!) et le second, qu’aucun laboratoire ne dispose des compétences nécessaires pour mener ce projet. Ce second point a de quoi laisser rêveur, un des acteurs majeurs de la physique des plasmas se trouvant à quelques minutes de là.

Bine sûr, aucune question technique n’est posée et rien n’indique que le dossier ait même été lu.

Le mois suivant, notre ingénieur passe devant les ressources humaines : on lui reproche d’avoir mené une activité de recherche illégale.

La procédure est informelle, le contradictoire piétiné, le dossier à charge, et aucune preuve de détournement n’est produite. Son droit de réponse n’est pas transmis. Sur la notice définitive signée en haut lieu, le motif retenu sera tout autre, et sans rapport aucun avec les débats.

Vous avez bien lu : l’institution affirme d’un côté que l’énergie ne relève pas de sa mission et qu’aucun de ses laboratoires n’est compétent sur le sujet. Et de l’autre côté, elle sanctionne un agent pour avoir travaillé sur ce sujet en dehors de son temps de travail. En somme , « ce qui n’est pas notre affaire est aussi ce qu’il vous est interdit de faire ailleurs ».

Le droit de chercher de l’argent

Il demande alors la rétrocession des droits sur ce qui est, en droit, une invention hors mission. Les secrétaires lui répondent que la demande doit être transmise à son premier laboratoire. Troisième dossier descriptif d’une trentaine de pages, accompagné de son jumeau administratif, le proforma initial ayant changé entre-temps. Quand on cherche, on ne compte pas, et « je sers la science et c’est ma joie ».

Six mois plus tard, il relance… La demande n’a jamais été transmise. Il faudra deux ans de procédure pour que le CNRS reconnaisse qu’une invention hors mission a bien été conçue hors mission. Le dépôt INPI a lieu dans la foulée, et le brevet est validé quelques mois après.

Huit ans après les premiers calculs, il possède enfin le droit de chercher de l’argent.

Le circuit

La suite se lit comme un catalogue de renvois (et rappelle ce passage des 12 travaux d’Astérix où le fier gaulois est confronté à une administration), où chaque interlocuteur valide le principe et désigne le suivant.

Le CEA Tech, qui dispose d’un petit atelier de transfert technologique, trouve le dossier intéressant et conseille la BPI. Le dossier est donc déposé à la BPI. Bien sûr, cela ne produit aucune réponse, malgré les relances, à ce jour.

Les ingénieurs du tokamak de Cadarache le reçoivent à trois reprises. La physique des accélérateurs n’étant pas leur domaine, ils font appel à un chercheur du CNRS, celui-là même dont l’institution jugeait qu’aucun laboratoire n’était compétent.

Et là, pour une fois, quelque chose se passe. Ils opposent une objection sérieuse, la seule du parcours : il y a des pertes par interaction entre ions, ces transferts de quantité de mouvement sans contact qui font qu’un plasma se vide de son énergie plus vite qu’il n’en produit. C’est le problème central des tokamaks, dont le mouvement est isotrope et lent, et c’est la raison pour laquelle ils chauffent comme ils peuvent et confinent avec des bobines refroidies à des températures d’hélium liquide. Il leur répond par une note, puis par une seconde, en montrant qu’en repartant des équations qui régissent le phénomène et en jouant sur la géométrie du cœur, une partie du problème peut être contournée. Six notes de calcul existent désormais, quatre côté CNRS et deux côté CEA (toutes en diffusion restreinte donc pas publiables actuellement).

La conclusion des ingénieurs de Cadarache (après plusieurs semaines de silence et un appel qu’il doit là encore passer lui-même) est que le projet leur semble pertinent mais l’aspect accélérateur les dépasse. Le CEA ne mettra pas un centime, et notre ingénieur devrait se tourner vers Tesla pour trouver les 100 à 300.000 euros du prototype. Eh oui, magie de l’administration française : le premier organisme nucléaire français renvoie un brevet français vers un constructeur automobile américain, des fois que.

La DGA, saisie via le guichet unique sur recommandation d’Aerospace Valley, répond que la souveraineté énergétique ne relève pas de ses prérogatives, y compris sous la forme d’un réacteur portatif de 80 kW. D’autres rendez-vous, sur des projets connexes, lui apprennent la raison de fond : les subventions sont intégralement fléchées vers l’intelligence artificielle et le quantique. Les autres attendront.

Il change alors de stratégie et ramène ses trois projets à un unique banc de test à très bas coût, censé valider l’ensemble de ses hypothèses. Le programme européen d’aide aux startups juge qu’il est trop tôt pour financer un banc de test, et préfère attendre… qu’il soit construit.

Total étudie sa candidature au programme énergie-ON et le déclare non éligible. Comme son dispositif est également utilisable pour la prospection minière à bas coût, il demande à parler aux ingénieurs concernés. On lui répond qu’on ne sait pas s’il y en a.

L’ONERA se montre intéressé pour les applications défense et spatial, et évoque la possibilité de faire passer le sujet en thèse pour qu’il avance enfin. Mais plusieurs mois plus tard, le dossier est toujours au point mort.

Reste EDF, dont le seul point d’entrée identifié est le programme EDF Pulse. Contacté quelques années auparavant, l’ingénieur n’obtient aucune réponse. Un cadre croisé sur LinkedIn lui conseille d’insister. Il revient avec un nouveau dossier, le cœur n’ayant jamais cessé d’être développé entre-temps. Il obtient enfin un échange avec deux ingénieurs, un retour positif, et des félicitations pour le travail accompli. Il aura donc fallu trois ans pour obtenir un rendez-vous, dont la conclusion est qu’EDF n’accompagne pas ce niveau de maturité et n’est de toutes façons pas intéressé par les technologies transverses en matière de fusion.

Et puis bon, parler énergie à EDF, quelle drôle d’idée.

L’épilogue vient d’un banquier. Un ami lui fait rencontrer un agent de la Caisse d’épargne passionné d’investissements stratégiques et souverains, à qui l’on avait interdit d’investir dans les drones en 2020 et qui en a gardé de l’énergie à revendre (si vous avez l’impression que ce schéma semble se répéter en France un peu partout, avec obstination, ne vous inquiétez pas, ce n’est qu’une impression. En réalité, tout va bien, la Starteupe Néchion s’accommode fort bien de ces petits soubresauts).

L’homme est intéressé, cherche des débouchés, et finit par avouer l’essentiel : en France, trouver un investissement pour un prototype à moins d’un million d’euros est presque impossible. Trop gros pour la subvention, trop petit pour le fonds. C’est une vallée de la mort de l’investissement.

C’est le chiffre qu’il faut retenir. Pas un milliard, pas cent millions. Entre 100 et 300.000 euros, pour un banc modulaire dont le critère de succès tient en une ligne (le taux de production de neutrons post-fusion), et dont le critère d’échec tient dans la même ligne : un rendement trop faible malgré l’optimisation des paramètres optiques, et on peut passer à autre chose.

Dix ans de travail, un brevet validé, une sanction disciplinaire, une reconnaissance écrite de propriété intellectuelle, six notes de calcul dont deux du CEA, un avis favorable de la SATT, et une douzaine d’institutions qui trouvent toutes le dossier pertinent sans qu’aucune ne dispose du budget qu’une campagne de communication interne crame sans sourciller.

Tout reste à faire dans le nucléaire. C’est une science jeune, et encore pleine de promesses. Mais apparemment, peu s’en rendent compte en France.

Et puis bon, il y a une statue à Saint-Céré.

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L’inefficacité rentable de l’embarquement aérien

Par : h16 — 22 octobre 2026 à 09:00

Si vous avez récemment pris l’avion, vous connaissez la scène et pourriez sans doute la décrire les yeux fermés : une bonne demi-heure avant l’heure annoncée, une foule compacte s’agglutine déjà devant le comptoir, alors même que personne n’a encore été appelé. Une voix fatiguée égrène ensuite les catégories de passagers autorisés à embarquer, des familles avec enfants aux détenteurs de cartes argent, or ou platine, puis ceux qui ont payé la formule “Plus”, puis le groupe 3, puis le groupe 4, et ainsi de suite jusqu’au tour du vulgum pecus, qui découvre dans la passerelle que les coffres à bagages sont pleins et que sa valise partira en soute…

Bien sûr, une fois dans l’appareil, le spectacle continue : le couloir est bouché par un monsieur qui tente de loger de force un bagage hors gabarit dans un compartiment qui n’en veut pas, pendant qu’une douzaine de passagers attendent derrière lui, et l’on finit par décoller avec un quart d’heure de retard en se disant, comme à chaque fois, qu’il doit bien exister une meilleure façon de faire.

Et cela tombe bien car justement, elle existe. Elle est même connue, publiée, testée, chronométrée et filmée pour la télévision depuis plus de quinze ans.

Mais aucune compagnie aérienne ne l’applique.

Certains y verront de la pure méchanceté ou une forme d’incompétence liée à la taille de ces grandes organisations aériennes. Il n’en est rien et ce chaos n’est pas un effet indésirable, mais un produit.

Qui se vend fort bien.

Ces histoires de bousculades en porte d’embarquement sont développées dans la suite de cet article sur Substack, réservé à mes abonnés, et qui vous incitera, je l’espère, à vous abonner à votre tour, ce qui me permet, pour le prix d’un café en terrasse par article, de continuer à vous fournir quelques réflexions, un peu de poil à gratter et quelques mèmes rigolos.

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Autonomie stratégique : la France a gardé la sienne mais il lui manque les obus

Par : h16 — 21 octobre 2026 à 09:00

Décidément, malgré les exhortations macronesques à l’« autonomie stratégique », quand ça ne veut pas, ça ne veut pas.

Bien sûr, entre une crise de la dette qui se profile et des pillages du vivrensemble émeutes « étudiantes », la désindustrialisation est un sujet qui passe rapidement à la trappe : l’industrie française, déjà mal en point, se retrouve seule dans une Europe qui se réarme sans elle, y compris dans la défense, secteur pourtant privilégié par les politiciens pour rouler des mécaniques…

Prenons les Forges de Tarbes, seule usine française capable de produire les corps creux des obus de 155 mm du CAESAr : auditionnés à l’Assemblée nationale en avril, ses salariés ont décrit un outil usé, des pannes à répétition et une trésorerie tendue comme un budget de Lecornu à tel point que l’usine a dû subir un 49.3 s’arrêter une quinzaine de jours faute de pouvoir acheter sa matière première. En 2025, elle a sorti environ 70 000 corps pour un objectif de 160 000, et la seule commande reçue pour 2026 s’élevait alors à 30 000 pièces, moitié moins que d’ordinaire. KNDS, de son côté, annonce des besoins de 60 000 à 150 000 corps creux d’ici 2028. Commandes molles, usine à la déroute, le tableau ressemble peu à une reprise en main « stratégique » vigoureuse.

Tout en négociant la cession de son pôle défense pour 150 millions, son actionnaire Europlasma affiche 37,9 millions d’euros de perte nette en 2025 et des capitaux propres négatifs de 24,3 millions. On dirait les meilleurs moments de Bruno Le Maire à Bercy.

Un prêt hypothécaire prévoit même la vente du site en cas de défaut. Selon les salariés auditionnés, l’État a versé 7,1 millions d’euros d’aide remboursable depuis la reprise, avec une absence de contrôles quasi-flegmatique. Ainsi, cinq tours à commande numérique ont été payés environ trois fois le prix du marché, ce qui serait une aubaine pour une « souveraineté industrielle » de bonne qualité, seconde main mais peu servie et qui passe le contrôle technique, n’est-ce pas.

Ce genre de déroute pourrait être un petit nuage noir dans un grand ciel bleu.

Malheureusement, ce n’est pas le seul.

Ainsi, pendant ce temps, chez Airbus, Lars Wagner, ancien de MTU Munich, dirige les avions commerciaux depuis janvier et passe pour l’héritier présomptif de Guillaume Faury dont le sort se règlera en 2027. La présidence du conseil vient d’échoir à une Espagnole : l’équilibre franco-allemand ressemble de plus en plus à un flamenco germano-espagnol dont Paris serait exclu.

D’ailleurs, le 8 octobre, le chef d’état-major des armées annonce aux députés que Berlin a quitté le projet de char commun MGCS. Le soir même, il rétropédale. Le lendemain, Boris Pistorius achève la clarification : « Le projet MGCS n’est pas terminé. Il n’a pas été abandonné. Personne ne l’a arrêté. » Ouf. Tout va bien et tout le monde sait qu’un programme que personne n’a arrêté, mais que personne ne fait avancer non plus est destiné à un succès retentissant, du même acabit que le SCAF, l’avion commun qui n’est plus que Français.

Il faut dire que Berlin a depuis longtemps cessé de mimer un couple franco-allemand qui n’a vraisemblablement que très peu existé.

En octobre 2022, l’Allemagne lance l’European Sky Shield Initiative, un bouclier antimissile fondé sur l’IRIS-T SLM allemand, le Patriot américain et l’Arrow 3 israélo-américain. Dix-sept pays y adhèrent dès 2023, Royaume-Uni compris, mais pas la France bien sûr, qui reprochait au projet de n’être pas assez européen et défendait son SAMP/T franco-italien (OSW). Et à la fin, toute l’Europe s’est donc équipée, mais pas franco-italien. Caramba !

On peut y voir une certaine difficulté française à attirer le collectif… Mais aussi une volonté allemande de continuer à jouer avec les Américains.

Ces deux facteurs jouent de plus en plus : le 16 septembre, Pistorius et Pete Hegseth ont ainsi signé au Pentagone une déclaration sur le rapprochement des industries de défense allemande et américaine. L’Allemagne est déjà le deuxième acheteur d’armes américaines en Europe, derrière la Pologne : 35 F-35A pour 10 milliards d’euros, 8 batteries Patriot, près de 450 missiles PAC-2 et PAC-3. Pologne qui montre là encore que Washington regarde nettement plus vers Varsovie que vers Paris.

Reste l’énergie, point faible allemand.

Des responsables américains et russes, autour de Jared Kushner, auraient évoqué la cession d’une partie de Nord Stream à un investisseur américain ; l’AfD, quant à elle, réclame la reprise des flux de gaz. Bien sûr, Berlin assure ne pas en vouloir, et pour le moment, les sanctions l’interdisent, mais la fermeté des gouvernements s’effritera vite quand les partis qui prospèrent sur les hausses de facture d’énergie vont arriver au pouvoir. Si le gaz russe revenait à bas prix, l’Allemagne y gagnerait un handicap de moins (il lui resterait la Chine et l’automobile, mais on ne guérit pas tout d’un coup). Et pour Washington, une Allemagne puissante et arrimée à ses fournisseurs d’armes est une configuration idéale.

Qui, en Europe, préférera alors s’adosser à Paris ? La France fournit pourtant des chiffres frappants. L’industrie manufacturière pesait 14,5 % du PIB en 2000, environ 10 % en 2025, pour 2,84 millions de salariés (France Industrie). Certes, 80 000 emplois nets ont été créés entre 2016 et 2024, puis 13 000 perdus en 2025. Appelons cela une réindustrialisation.

En face, Rheinmetall passe de 70 000 obus de 155 mm en 2022 à une capacité de 350 000 par an à Unterlüß dès 2027, et vise 1,5 million par an à l’échelle du groupe en 2030. La France, elle, a péniblement sorti en 2025 à Tarbes, en nombre de pièces, l’équivalent de ce que l’industriel allemand produisait au début de la guerre.

Quant au spatial, où la France jouait les premiers rôles, l’Europe a confié Euclid et plusieurs satellites Galileo à des Falcon 9 faute d’Ariane 6 à l’heure. Or SpaceX aurait cessé de prendre des réservations Falcon 9 au-delà de 2028, pour miser sur Starship.

Le plus drôle, c’est que personne n’a rien caché : les chiffres sont publics, les auditions publiques, les dépêches publiques. Mais tout ceci est fort technique et contredit assez violemment les postures de l’Exécutif.

À la fin, la France conserve son « autonomie stratégique », mais sans les obus, les alliés et l’argent.

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Hordes, pillages, exactions : tout est sous contrôle

Par : h16 — 19 octobre 2026 à 09:00

La définition était simple claire : une perte de contrôle de la police en France, ce serait « si jamais vous aviez des hordes de personnes qui défilaient dans les centres-villes, qui pillaient les magasins et qui commettaient des exactions », selon Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, le 6 octobre dernier.

Onze jour plus tard, nous sommes en plein dedans, avec hordes, défilés, pillages et exactions, dans le bon ordre et dans une bonne douzaine de villes. Le bilan de samedi dernier ne laisse pas de doute : entre 550 000 et 800 000 manifestants contre « la vie chère », 1 200 interpellations et 150 policiers et gendarmes blessés selon le Premier ministre, qui estime sans rire que c’est un miracle que ce ne soit pas pire.

Comme d’habitude, Paris a vu pillages massifs, exactions de tous les côtés et les commerçants de Lyon, Marseille et Nice ont eu droit au même traitement. Marseille et Lille ont vu leurs mairies dégradées, Lyon une antenne de son office du tourisme incendiée, Bordeaux la résidence de sa préfète saccagée. À Nantes, les boutiques s’étaient barricadées d’avance, preuve que les commerçants, eux, lisent les réseaux sociaux, tandis que Rennes a connu une journée de chaos. Et Limoges a regardé brûler son hôtel de ville du XIXe siècle, dont la partie historique est quasiment détruite.

Un bâtiment qui avait traversé deux guerres mondiales n’aura pas survécu à un samedi après-midi de gauchisme, de laxisme et de hordes bigarrées.

Et pourtant, tout était écrit, planifié et parfaitement prévisible.

La veille, une carte collaborative montée par des collectifs issus des Gilets jaunes et de Bloquons tout recensait plus de 1 300 actions, dont plus de 600 manifestations. Le ministère, lui, en attendait 250 et 80, et tablait sur 150 000 manifestants. Le renseignement s’est trompé d’un facteur 7 sur des informations publiques, étalées sur les réseaux sociaux, à commencer par TikTok où l’appel était né.

C’est inquiétant. Ou louche si l’on veut faire complotiste.

Le second échec est doctrinal, comme le souligne Claude Moniquet sur CNews : depuis quelques années, la doctrine officiel du maintien de l’ordre « à distance » consiste à contenir, encadrer, laisser filer, puis compter les dégâts le lendemain. L’un de ses architectes de cette doctrine n’est autre que Nuñez, qui, secrétaire d’État pendant les Gilets jaunes, venait défendre devant les députés ce nouveau schéma.

On se doutait fortement que le cuistre était un nul, on en a une preuve concrète. Qu’il soit maintenant Ministre de l’intérieur en dit long sur les capacités de discernement et de recrutement de nos dirigeants.

Du reste, le contraste avec 2019 est frappant : face à des provinciaux en gilets fluo venus réclamer moins de taxes sur le gazole, l’État n’avait pas hésité une seconde à utiliser LBD, grenades, gardes à vue par milliers. Aujourd’hui, devant des bandes de 500 à plus de 1 000 racailles, on observe à distance, on filme, on attend que ça passe. Le message est reçu 5/5 par ceux qui ont intérêt à le recevoir : chaque débordement mollement réprimé prépare le suivant, en plus gros.

Car comme d’habitude, ces bandes ne sont pas tombées du ciel.

En milieu d’après midi, aucun des interpellés à Paris n’étaient (à une exception près) résident parisien. Tous étaient largement préparés (gants coqués, couteaux, projectiles et explosifs). La colère « spontanée » n’existe que chez les journalistes naïfs.

Dimanche matin, sur 517 gardes à vue, 171 concernaient des mineurs. Comme d’habitude, les profils n’ont rien de mystérieux : un mélange de racailles de banlieue venues faire leurs courses sans passer par la caisse, et de black blocs de bonne famille venus jouer à la révolution avant de rentrer dîner. Pour les premiers, le rapport des inspections générales sur les émeutes de 2023 relevait déjà une grande majorité de jeunes Français issus de l’immigration, et rien n’a miraculeusement changé depuis.

Face à cela, la classe politique a comme d’habitude fait ce qu’elle fait de mieux : gesticuler dans les médias.

Mélenchon, dont le parti avait appelé à manifester, a joué les ingénus et découvert le soir même que ça avait malencontreusement dérapé. La faute aux autres, évidemment.

Pendant ce temps, la mairie très socialiste de Paris, pourtant généralement contre toute forme visible de maintien de l’ordre, pleurnichait sur un « manque de moyens » policiers, pendant que les Écologistes dénonçaient comme d’habitude une force disproportionnée.

La gauche, aussi cohérente que d’habitude, n’a pas tranché, mais elle est certaine que c’est la faute de quelqu’un d’autre.

Quant à l’extrême-centre, son analyse est comme d’habitude que tout ceci va faire monter le Rassemblement national. Peut-être, mais c’est précisément l’inaction de ces niais impotents qui nourrit les extrêmes, l’un en soufflant sur les braises au bord de l’appel à l’insurrection, l’autre en affichant une fermeté qui ne lui coûte rien tant qu’il n’est pas aux affaires.

Comme d’habitude, les commerçants ont été pillés, laissés seuls avec leurs vitrines en miettes. La police, mobilisée pour « protéger les bâtiments publics », n’a pas davantage protégé les mairies de Limoges, de Marseille ou de Lille, ni la résidence d’une préfète. On n’a en revanche entendu parler d’aucun ministère envahi.

L’ordre public a ses priorités, et le contribuable n’en fait comme d’habitude pas partie. Et comme d’habitude, il en fera pourtant partie au moment de payer.

Magie du gauchisme et du laxisme : une mobilisation contre la vie chère, née de la colère contre des prix à la pompe composés pour moitié de taxes, se traduit par un renchérissement de la vie de tous via l’impôt. Continuez comme ça, c’est la bonne méthode assurément.

Enfin, comme d’habitude, le garde des Sceaux réclame la détention provisoire, le chef de l’État promet de la fermeté toute neuve et toute solide, probablement en import direct (on ne fait plus ça en France). On peut déjà sourire aux condamnations fermes parmi les centaines d’interpellés de cette journée d’action et parier sans grand risque sur un écart épais.

Le chaos s’installe donc, doucement.

Oh, il ne s’agit pas d’un chaos permanent, mais les dosettes sont de moins en moins lyophilisées, de plus en plus corsées et consistantes et chaque nouvelle dosette prépare la suivante, plus violente, chaotique et démonstrative. Les débordements ont fait place aux exactions, les exactions aux pillages et maintenant, ce sont des razzias.

Un petit matin fumant, les déclarations étonnées avec un air nigaud du rond-de-cuir pathétique qui sert de Ministre de l’intérieur ne pourront pas empêcher un déclenchement de l’article 16 de la Constitution, qui prévoit des pouvoirs exceptionnels pour le Président de la République…

À six mois d’une présidentielle à laquelle il ne peut se présenter, un président qui a fait de l’impuissance une méthode trouverait là une excuse en or pour prolonger son bail aussi longtemps que nécessaire.

Mais allons, n’y pensez plus. Le Minustre l’a dit, nous n’avons pas perdu le contrôle.

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Paris : la guerre à la voiture, version cash

Par : h16 — 16 octobre 2026 à 09:00

Vous n’en avez probablement pas entendu parler des car la presse, égale à ses habitudes, n’en a guère fait ses choux gras au contraire des petites phrases de Bardella sur Facebook lorsqu’il avait 16 ans, mais le parquet de Paris a récemment requis le renvoi de quinze personnes dans l’affaire des fourrières parisiennes, dont neuf policiers en activité ou radiés.

Au centre du dossier, on trouve Chafic Alywan, l’ex-patron d’Inter Dépannage, que la presse a baptisé « le roi des fourrières ». Il est soupçonné d’avoir entretenu entre 2016 et 2023 la bienveillance de fonctionnaires de police à coups de voitures prêtées, de réparations gratuites, de travaux offerts et de montres Rolex.

Pourquoi diable ? Eh bien à Paris, l’enlèvement d’une voiture coûte 150 € et la garde 29 € par jour (tarifs plafonnés par l’État).

Sans surprise, quand le prix est administré, l’opérateur ne peut pas se battre sur le tarif et il ne lui reste qu’une seule variable : le volume. Or, ici, le volume dépend d’une poignée de personnes (qui prescrivent l’enlèvement), c’est-à-dire des policiers. L’enquête soupçonne donc que des cadeaux, de l’argent et des tarifs préférentiels sur des véhicules ont été distribués contre un coup de pouce pour accélérer la cadence des mises en fourrière.

Avec un marché public découpé par zones, un prix qui ne bouge pas, et un « service public » dont la rentabilité dépend du zèle de ceux qui le déclenchent, il sera difficile de s’étonner que le zèle s’achète. Le policier qui ordonne l’enlèvement ne paie rien, l’automobiliste paie tout, et l’entreprise encaisse chaque fois que le premier appuie sur le bouton. C’est diaboliquement simple.

Au passage, les éléments rapportés par la presse laissent songeur : le patron aurait imposé de débrancher les terminaux de carte bancaire pour que les liquidités tombent, à raison de 30 000 € tous les dix jours ; un policier aurait menacé de mort, arme de service à la main, des salariés tentés de se retourner contre leur patron, et un policier aurait par ailleurs délivré des badges d’accès aux zones réservées des aéroports. Il ne manquait que la tombola du personnel pour faire un scénario digne d’un film noir des années 70. Notons que la fourrière est le seul commerce de la capitale où l’on vous prend votre bien avant de vous demander de payer pour le récupérer, et où la sortie exige en plus l’accord de la police.

Une remarque s’impose : tout ceci n’arrive pas vraiment par hasard.

La police municipale de la Ville verbalise et demande l’enlèvement, la préfecture de police aussi. Une société privée enlève, dans le cadre d’un marché public que le préfet de police avait lancé en 2012 pour le compte de la ville de Paris. Une autre société s’occupe de la garde. Et la Ville explique avec aplomb que les agents de fourrière ignorent les circonstances de l’enlèvement. En somme, nous avons cinq intervenants et zéro responsable, recette éprouvée pour que tout parte en cacahuète aussi vite que possible.

En toute logique et absence de vergogne, quand l’affaire a éclaté, la mairie a annoncé qu’elle se constituerait partie civile pour passer pour une victime, ce qui ne manque pas de sel pour l’autorité qui a signé les marchés.

Marchés d’autant plus poussés par cette même municipalité qu’ils s’inscrivent dans une vraie guerre à la voiture… guerre qui devient au passage une véritable rente au travers du forfait post-stationnement (FPS).

Depuis la municipalisation de 2018, les FPS rapportent à la seule ville de Paris près de 179 millions d’euros en 2024, soit 40 % du total national, quand la Ville ne touchait avant la réforme qu’environ 30 millions d’euros du produit des PV. Entre-temps, la municipalité a promis de supprimer 60 000 places de stationnement en surface sur environ 130 000. Moins de places, plus d’infractions, plus de forfaits, plus d’enlèvements : que voilà autant « d’incitations » qui s’orientent dans le bon sens, vous ne trouvez pas ! Sous Annie Dingo comme sous l’équipe de bras cassés qui lui a succédé, la voiture est devenue une vache à lait qu’on abat tout en lui réclamant du lait.

Tout est là : ce qui devrait relever de la simple police de la voirie (dégager ce qui gêne vraiment) est devenu un centre de profit, où chacun a intérêt à ce qu’il y ait davantage d’infractions et non moins. Chaque place de parking supprimée pousse un automobiliste vers l’erreur, chaque erreur nourrit le FPS, et chaque stationnement jugé gênant nourrit la fourrière. Et comme le barème de cette dernière est fixé par l’État, la Ville peut toujours jurer qu’il n’est pas de son fait : elle se contente de fournir les clients.

L’État, jamais en reste, s’y met d’ailleurs aussi : la loi d’orientation des mobilités doit rayer de la carte quelque 22 000 places supplémentaires à Paris au 31 décembre, dans les cinq mètres précédant les passages piétons.

Ensuite, ce sera 135 € d’amende et, pour peu que cela s’éternise, … la fourrière bien sûr ! Eh oui : après avoir industrialisé ses dettes, la mairie de Paris industrialise les contrevenants pour tenter de se renflouer.

À ce rythme, la seule place de stationnement qu’on trouvera encore à Paris sera celle de la fourrière, à 29 € par jour.

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CPF, le compte sans épargne : vous payez, ils décident. Et s’il en reste, ils le gardent.

Par : h16 — 14 octobre 2026 à 09:00

C’était pourtant simple au début : les entreprises mettent un peu de côté pour la formation de leurs salariés, et, de temps en temps, ces derniers utilisent cette épargne spécifique pour acquérir de nouvelles compétences dont les employeurs peuvent se servir. Sur le papier, tout le monde est content.

Mais aussi simple soit l’idée, le diable l’État se niche rapidement dans les détails. Et puis, l’occasion était trop belle de rediriger une masse d’argent de plus en plus dodue vers différents objectifs électoralement judicieux.

Sans surprise, le Compte Personnel de Formation (CPF) a donc exactement suivi le chemin tracé par toutes les idées socialistes « simples », au point qu’à présent, on s’interroge : puisque l’argent au titre de la contribution formation est prélevé par l’URSSAF, que devient-il ? Les entreprises versent des milliards, la Caisse des dépôts n’en engage qu’environ deux pour le CPF, alors « où passe la différence » ?

Ne cherchez pas trop fort, vous pourriez tomber dans un trou.

Pour rappel, les employeurs versent à l’URSSAF une contribution de formation dépendante de la masse salariale. D’après le Sénat, la seule « contribution formation » rapporte environ 6,8 Md€ en 2025, et monte à 10,7 Md€ si on tient compte de la taxe d’apprentissage. Sans attendre, ces petits billets d’argent gratuit des autres filent vers France Compétences, qui va répartir avec tact et doigté (c’est évident, c’est même dans le nom : on peut lire « Compétences » au pluriel, forcément, ça inspire confiance).

Avec tout ça, le CPF en reçoit 1,95 Md€. Ceci représente 14 % de ses dépenses. L’alternance en avale 9,7 Md€, et 800 M€ partent financer la formation des demandeurs d’emploi (normalement une mission de l’État, ici payée par les entreprises.

Autrement dit, France Compétences dépense plus qu’elle n’encaisse depuis sa création (et son déficit est de 4,6 Md€ dès 2020 ; en 2022, il aurait atteint 7,4 Md€ sans deux « dotations exceptionnelles » de l’État totalisant 4 Md€). Eh oui, les Compétences, ça coûte un pognon de dingue, surtout lorsqu’il y a « France » devant.

Au total, l’État aurait donc épongé avec Compétences environ 11 Md€ de déficits depuis la création de l’opérateur, et la Cour Des Comptes jugeait dès 2022 la situation financière de l’établissement « préoccupante ».

Tout va bien cependant : il n’y a pas eu de détournement d’argent des entreprises. Ouf. En fait, leur contribution a été dépensée avant d’être collectée, pour l’essentiel en alternance. France Compétences Mais Pas En Gestion Des Comptes, n’est-ce pas.

Mais au moins pourrez-vous vous rassurer : au moins cette « contribution employeur » ne sort pas de votre poche, hein !

Eh bien à vrai dire, elle fait bien partie du coût du travail et sans elle, l’employeur aurait payé davantage ses salariés, gardé plus de marge ou servi plus de dividendes, selon le niveau de salaire et le rapport de force. Autrement dit, sur la durée, ce « Compte personnel de formation », c’est bien une partie de votre rémunération, simplement affichée sur une autre ligne, que les politiciens vous présentent ensuite comme un cadeau, avec l’aplomb des escrocs qui se croient malin.

De surcroît, les 500 € annuels de CPF ne ressemblent à aucune épargne : de l’aveu du Sénat, les droits ne viennent d’aucune cotisation du titulaire mais du simple passage du temps en emploi, financés par les entreprises. Ce n’est pas un compte, c’est une ligne de crédit tirée sur la caisse des autres, ce qui permet au titulaire de se sentir propriétaire de ce qu’on lui prête.

Et le pompon est que ce « droit individuel » n’aboutit à une formation certifiante que dans 38 % des cas (et on retrouve jusqu’à 30 % de permis de conduire là dedans). Seuls 57 % des inscrits valident leur formation, et un cinquième n’a aucun objectif professionnel, d’après une étude de la Dares citée par le Sénat. Une heure de formation en langues coûte 176,5 €, soit 16 fois le prix horaire moyen d’une formation inscrite au RNCP (ce n’est pas grave, c’est Nicolas qui paye).

L’ineptie était bien d’ouvrir un guichet sans contrôle sérieux à l’entrée : une fois ouvert, subventionné et peu surveillé, il attire mécaniquement ceux qui ont compris qu’il suffisait de se baisser.

185 517 formations, 3 674 certifications, plus de 20 000 organismes référencés début 2022. La fraude, que Tracfin chiffrait à 43,2 M€ en 2021, se situerait en réalité entre 43 et 250 M€ par an sur 2021-2025. Depuis, on multiplie les lois (2022, 2025, 2026), on ajoute un « ticket modérateur » de 100 €, des plafonds, une purge qui ramène les organismes à environ 14 000 et les certifications à moins 35 %…

Au final, ceux qui paient ne sont ni ceux qui décident et pas vraiment ceux qui reçoivent. Une branche verse, une autre encaisse, et le payer, au milieu, n’est jamais consulté.

Dans les prochains jours, suite au projet de loi de finances pour 2027 présenté le 1er octobre, il sera proposé (cette semaine) de plafonner la part de contribution unique affectée à France compétences et de basculer environ 1,1 Md€ vers le budget général, tout en supprimant la subvention d’équilibre.

Autrement dit, après avoir financé les déficits (avec l’argent des autres), l’État va capter l’excédent. Le Medef juge que le détournement de la Cufpa est un scandale et envisage de quitter le conseil d’administration, où Régions de France avait déjà claqué la porte fin novembre 2025.

Parions cependant que les jours de cette usine à gaz ne sont pas comptés : beaucoup trop de monde a intérêt à voir perdurer ce système complexe et finalement assez opaque, à y ajouter l’une ou l’autre tubulures chromées. L’argent des autres, s’il n’est pas intégralement utilisé pour des formations, n’est pas perdu pour tout le monde.

Et au contraire d’un système privé, financé par des accords d’entreprise ou de branche, ce système a une qualité évidente : on ne peut pas en sortir quand il échoue. Une taxe affectée, collectée par l’URSSAF, répartie par un établissement public, puis ponctionnée par Bercy dès qu’elle redevient excédentaire, ne donne pas de choix. Si la formation vaut quelque chose, elle se paie entre ceux qui l’achètent et ceux qui la vendent.

Le reste n’est qu’une tuyauterie au profit du plombier étatique : vous payez la formation, il décide des tuyaux et quand il reste de la monnaie, il la garde.

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L’Éducation nationale a encore égaré la 7ème compagnie

Par : h16 — 12 octobre 2026 à 09:00

Et voilà un ministre de l’Éducation nationale qui, un jeudi soir, sort de sa manche une bonne nouvelle : 3 000 professeurs remplaçants vont être déployés « dans les heures et les jours qui viennent » dans les lycées les plus mal en point, zip zoup comme ça, avec la mine réjouie du comptable qui retrouve un peu froissé, au fond d’un classeur, un chèque oublié.

Eh oui, c’est ainsi que ça se passe dans le ministère le plus dodu de la République : on s’aperçoit, après des semaines de bordel intense, qu’il disposait de 3 000 professeurs remplaçants « sans affectation », pendant que des classes entières attendaient un enseignant qui ne venait pas. LCP en compte même 3 024, prêts à partir dès vendredi, à destination de 114 lycées classés « rouges » et de 400 autres « oranges », avec un délai d’arrivée annoncé « entre demain et mardi ».

Compétence, efficacité, organisation sont décidément les mamelles auxquelles tète vigoureusement ce ministère qui a mis 6 semaines à localiser ses troupes et 4 jours à les envoyer au front.

Une telle performance ne s’obtient pas par hasard mais bien « Grâce à un logiciel que j’ai demandé il y a un an » comme l’explique le frétillant ministre. Là encore, notons qu’il n’a fallu qu’un an pour produire la technologie de pointe correspondante : eh oui mes braves contribuables, le premier employeur du pays (1,5 millions d’agents) n’était jusqu’alors pas fichu de mettre en regard, sur un écran, les classes sans prof et les profs sans classe.

Formidable bureaucratie tendue comme un seul homme pour obtenir un résultat que toutes les entreprises du privé sont obligé de mettre en place dès que leur taille le leur impose naturellement, faute de se faire massacrer par la concurrence et des coûts incontrôlés. De son côté, le ministère patine des années durant et finit par découvrir du personnel uniquement quand les lycéens bloquent les portes…

Eh oui : personne n’avait de tableau de bord.

Dans le privé, une réserve (intérimaires, volants, personnel en astreinte) est chiffrée, suivie, inscrite dans un compte de résultat ; le responsable qui ne sait pas où elle est se fait rapidement remercier ou la boîte coule. Ici, aucune sanction, aucun « signal-prix », personne ne répond de rien, et rarement avec le sourire.

Et alors qu’on entend dans les bouches des uns et des autres l’assurance qu’il y a pénurie de professeurs, laisser 3 000 personnes hors des classes est carrément consternant. Et si l’on rétorque que ces remplaçants ne sont pas fongibles (matière, zone géographique, statut), alors l’objection confirme l’accusation : un employeur qui ne sait pas affecter 3 000 salariés à 514 sites est un employeur qui ne pilote rien.

En réalité, tout ceci n’est pas nouveau.

En 2017 déjà et comme le rappelle une question sénatoriale, la Cour des comptes constatait, effarée, que seuls 5 à 20 % des absences de moins de quinze jours étaient remplacées, pour 17 jours d’absence par enseignant et par an. Neuf ans plus tard, le ministre « découvre » à la télévision ce que la rue Cambon écrivait noir sur blanc.

Rassurez-vous : il avait demandé un logiciel, hein.

Qui accouche d’un code couleur, qui plus est : 114 lycées « rouges », 400 « oranges », la distribution de gommettes bat son plein !

L’État note ici ses propres carences avec un système de vigilance façon Météo-France. On attend avec impatience le bulletin du soir : « vigilance rouge à la sécheresse pédagogique sur l’Île-de-France, risque d’incendie de ras-le-bol en fin de journée », avec la différence météo notable que personne n’a jamais accusé les nuages d’avoir été payés pendant qu’ils ne pleuvaient pas.

La République ne saurait s’arrêter à ces prouesses : après un logiciel affiné 12 mois en cave ministérielle, le ministre propose bien sûr aux proviseurs un « pacte enseignant » (des centaines de milliers d’heures supplémentaires pour des professeurs volontaires, afin d’assurer des remplacements de courte durée) et autorise aussi les recteurs à recruter au-delà des plafonds « quelques centaines » de professeurs de plus. Il manque une poignée de flyers, une cellule psychologique et l’inévitable numéro vert, mais on s’approche véritablement du nirvana républicain avec charte et décorum inclus.

Ce qui surnage de cette soupe institutionnelle et bureaucratique n’est guère comestible : des remplaçants sans affectation dont le traitement tombe chaque mois ; des heures supplémentaires pour boucher des trous voisins ; des recrutements en sus… Au final, ce sont donc trois « guichets » pour un même problème, aucun ne parlant aux deux autres. L’impression d’improvisation et de gesticulation, toujours présente lorsqu’on parle de bureaucratie française, semble ici atteindre des sommets.

Si un directeur de PME payait ainsi trois fois pour la même chose, son comptable appellerait avant la fin de la semaine. Mais heureusement, ici, c’est le contribuable qui régale. On peut donc se relaxer.

Du reste, si l’on retrouve 3 000 salariés en pleine crise, combien d’autres dorment ailleurs, dans les rectorats, l’administration centrale, les agences, les opérateurs, les cabinets, les mille et un comités dont l’utilité n’a jamais été mesurée ? La question restera sans réponse : ce qu’on ne mesure pas, on ne le retrouve que par accident, et encore.

D’ailleurs, ce sont bien des lycéens, et non un contrôleur de gestion, qui ont fait sauter le couvercle. Ils jugent les annonces insuffisantes et promettent de continuer. Pour la démarche de fond, on ne pourrait leur donner tort : puisque l’adipeuse institution ne semble s’ébrouer mollement que lorsqu’elle est prise à partie, il semble nécessaire de continuer.

Parions néanmoins que ces blocus (et les exactions lamentables que permet le laxisme consternant des autorités) ne suffiront pas à réformer durablement cette bureaucratie obèse : les lycéens réclament plus de moyens, c’est-à-dire plus d’État pour réparer l’État. Les remèdes connus (subsidiarité, autonomie des établissements, chèque éducation, école à la maison, …) sont devenus depuis un moment de véritables tabous républicains.

On bloquera donc des lycées, on obtiendra des crédits, et le mastodonte restera intact. PISA continuera de chuter.

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Kids Act : le Conseil constitutionnel a dit non ? Bruxelles dira oui.

Par : h16 — 9 octobre 2026 à 09:00

Le 14 août dernier, horreur et désespoir pour la macronie, le Conseil constitutionnel censure l’article phare de la loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de quinze ans pour atteinte inadaptée, pas nécessaire et disproportionnée à la liberté.

Pour Macron, le revers est cuisant et ne pouvait rester sans réponse mais tout est une question d’état d’esprit, de mindset comme on dit de nos jours chez McKinsey, des potes à lui. En requalifiant tout ça de simple erreur d’aiguillage, on se place immédiatement sous de meilleurs auspices et on trouve une solution à la fois pratique et imparable : d’un geste rapide, le locataire de l’Élysée se saisit d’un stylo et, de ses doigts gourds d’adolescent pas fini, écrit quelques mots à sa copine Ursula de Bruxelles. Il veut un « texte européen », puis notifie le 14 septembre à Bruxelles une nouvelle mouture de sa loi.

Magie des connivences amitiés internationales, trois jours plus tard, la Commission adopte sa proposition de règlement baptisée EU Kids Act. Règlement comme dans « ce n’est pas une directive, il n’y aura pas de long processus de transposition, pas de vote des députés, et donc pas de Conseil constitutionnel ». Malin.

Vous sentez venir une grosse entourloupe ? Que nenni ! Tout est bien propre, ne vous inquiétez pas.

Regardez le communiqué de la Commission qui évoque des réseaux sociaux interdits avant 13 ans, des « comptes d’introduction » sous tutelle parentale jusqu’à 15 ans, et promet de remettre les parents « de retour aux commandes ».

Qui pourrait s’opposer à tout ça ? Personne, et c’est bien le but : l’enfant est l’argument ultime.

Et pour ceux qui veulent lire la suite, eh bien… C’est là que le niveau de croustillance de la proposition de règlement passe en mode turbo.

Car le texte ne se limite pas à un TikTok ou l’autre : son article 2 vise aussi les magasins d’applications, les systèmes d’exploitation, les agents conversationnels et… les jeux en ligne. En fait, la définition retenue est si large que seuls y échappent les jeux vendus exclusivement sur support physique, sans la moindre composante en ligne permettant d’y accéder, de les distribuer ou de les acheter. Au moment où les gros producteurs de jeux passent au tout dématérialisé, cette définition ne laisse plus guère la place qu’aux cartouches des années 90. Tout le reste (Steam, le MMO, le jeu mobile, la démo sur navigateur, le serveur Minecraft du club informatique) tombe dans le champ d’application.

Autrement dit, en lieu et place d’une interdiction frontale, tout dans les prochains jeux vidéos devra être calibré pour s’adresser par défaut à un mineur. Micro, caméra et géolocalisation seront désactivés, les contacts d’inconnus seront soumis à approbation préalable, les récompenses quotidiennes et autres séries de connexion seront proscrites. Le fournisseur ne pourra lever ces restrictions qu’après avoir établi dans l’élégance bureaucratique et par une vérification d’âge en bonne et due forme que le joueur est majeur.

Eh oui, on fait mieux que protéger l’enfant : on impose à l’adulte de prouver qu’il n’est plus un gamin !

Le joueur de 45 ans qui refuse de montrer patte blanche jouera sans voix, sans messages et sans amis, comme un moutard de dix ans. En somme, nous sommes passés de « Nous allons, nous Français, tous devoir prouver notre âge » de Le Hénanff en juillet à propos des réseaux sociaux à devoir faire la même chose pour à peu près tout en ligne en étendant ce genre de crétineries à 26 autres pays.

On pourrait tenter de se consoler en imaginant que la solution proposée sera « à divulgation nulle de connaissance » et à une application européenne certifiée avec le tampon qui va bien. Malheureusement, l’application de démo a été contournée en moins de deux minutes en avril dernier. On devra y ajouter la propension de la France à prendre la transparence des données un peu trop à la lettre en devenant France Passoire.

Le pompon est bien sûr que ces mesures vont durablement affecter toute l’industrie du jeu vidéo en Europe. Les petites et microentreprises du secteur ne sont pas exemptées, puisqu’elles « peuvent tout autant causer du tort aux mineurs ». Les encyclopédies à but non lucratif et les plateformes de code libre ont droit à leur dérogation ; le studio indépendant de trois personnes et le bénévole qui fait tourner le serveur d’un vieux jeu abandonné par son éditeur, non. Pour eux, ce sera mise en conformité, outils de contrôle parental, représentant légal dans l’Union et sanctions fixées de façon gourmande.

Seuls les gros éditeurs ont peut-être les reins assez solides pour absorber la note, et à la fin, cette protection de l’enfance produit une énorme barrière à l’entrée… Comme l’IA Act qui a si phénoménalement aidé le décollage de l’IA en Europe.

Ce n’est qu’un début : Macron a trouvé dans le jeu vidéo un bouc émissaire idéal.

En 2023, certains émeutiers vivaient selon lui « dans la rue les jeux vidéo qui les ont intoxiqués ». En février dernier, il confiait à des experts l’étude de leurs méfaits en prévenant que « peut-être qu’il faudra interdire », tout en commandant au passage une réflexion sur les VPN, c’est-à-dire précisément l’outil qui permet de contourner une vérification d’âge…

Seuls les plus naïfs peuvent encore croire qu’il s’agit de protéger les enfants. Ce Kids Act n’est qu’une nouvelle tuyauterie qui s’ajoute aux futurs portefeuille d’identité et monnaie numériques européens, destinés à contrôler leurs masses bêlantes et remuantes. On commence par imposer que chacun présente ses papiers à l’entrée. Reste à savoir ce qu’on filtrera ensuite.

Le texte prévoit d’ailleurs que la Commission pourra ajuster les obligations par actes délégués, sans repasser devant les élus. Ajoutez le DSA, eIDAS et ChatControl qui revient régulièrement par la fenêtre, et le tableau est complet.

Sans la moindre vergogne, ce qui était disproportionné à Paris va s’harmoniser à Bruxelles pendant que la presse n’y voit qu’un débat sur TikTok. Et quand il sera trop tard, on pourra seulement dire « Game over : pour continuer, insérez une pièce… d’identité ».

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La monnaie, les barbelés et les pruneaux

Par : h16 — 8 octobre 2026 à 09:01

La finance mène à tout, y compris, parfois, à la prison… et de façon tangentielle, au commerce de maquereaux. C’est en tout cas ce que Sam Bankman-Fried, ancien prodige de la cryptomonnaie devenu pensionnaire d’une prison fédérale de Brooklyn, a pu expérimenter en novembre 2023 lorsqu’il a eu besoin d’une coupe de cheveux et a été obligé de la payer en sachets de maquereau.

Mais même lorsqu’on deale du maquereau, rien n’empêche de faire un solide profit et les bonnes habitudes de la finance ne se perdent pas : comme l’explique l’article du Wall Street Journal, le sachet de filets de maquereau, vendu 1 dollar au magasin de la prison en 2020, en coûtait 1,30 en 2023, permettant à Sam le malin de réaliser trente pour cent de profits en trois ans.

Au passage, le hardi bricoleur de cryptomonnaies découvrait ainsi une monnaie que personne n’a émise, qu’aucune banque centrale ne pilote, qu’aucune loi ne reconnaît, et qui subit pourtant des variations de prix (inflation ou déflation) comme n’importe quelle devise reconnue.

Qui a décidé que le maquereau serait une monnaie ? Personne. Pour ceux qui soutiennent mordicus que c’est un appendice de l’État, un attribut régalien sans lequel nous en serions encore à échanger des poules contre des sabots, voilà une réalité pénible à avaler (qu’on aime le maquereau ou pas).

Et si l’on veut comprendre ces histoires de poissons carcéraux, il faut remonter 80 ans en arrière, dans un camp de prisonniers allemand, et lire un petit article de treize pages que le public francophone ignore à peu près totalement.

Ces histoires de maquereau sont développées dans la suite de cet article sur Substack, réservé à mes abonnés, et qui vous incitera, je l’espère, à vous abonner à votre tour, ce qui me permet, pour le prix d’un café en terrasse par article, de continuer à vous fournir quelques réflexions, un peu de poil à gratter et quelques mèmes rigolos.

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Data-centres : on choisit la décroissance par voie d’huissier

Par : h16 — 7 octobre 2026 à 09:00

Youpi, encore une mobilisation citoyenne qui porte ses fruits&nsbp;! Grâce aux associations de riverains et autres organisations non gouvernementales de lutte contre le progrès, contre la richesse et contre l’emploi dans nos régions, quatre nouveaux recours viennent d’être déposés contre le « gigantesque » data center de Mistral, ce qui porte le total à cinq.

Rendez-vous compte : cent terrains de foot, cinquante milliards d’euros, la consommation d’un réacteur nucléaire, pas de doute, nous avons là (comme le mentionne Le Canard Enchaîné) « un impact écologique atomique » qu’il convenait à tout prix d’empêcher.

En pratique, une coentreprise réunissant Mistral, Nvidia, le fonds émirati MGX et Bpifrance tente en effet – quelle folie !- de s’installer à Fouju, en Seine-et-Marne, village de 600 âmes coincé entre une autoroute et une future prison, dans le cadre du projet baptisé « Campus IA » et vise à y implanter un data-centre autorisé par la préfecture le 29 juillet et qui consommera à terme 1,4 gigawatt d’électricité (soit à peu près un réacteur).

On s’étonne pourtant : cette électricité est actuellement déjà produite, et, faute de preneurs en France, elle part en Italie, en Grande-Bretagne, ou (pire) nulle part. En 2025, la France a exporté 92,3 TWh nets (record historique), soit plus que la consommation annuelle de la Belgique, pendant que la consommation intérieure restait scotchée à 7 % sous son niveau de 2014-2019. Au premier semestre 2026, ça s’est encore aggravé avec 51 TWh exportés en six mois et 407 heures de prix négatifs, soit un dixième du temps pendant lequel les producteurs ont payé pour qu’on veuille bien les débarrasser de leurs électrons.

Fouju, à plein régime, consommerait de l’ordre de 10 TWh par an soit environ un dixième de ce que le pays brade déjà à ses voisins.

Il fallait donc absolument que les écolos du cru s’emportent contre une abominable consommation en Seine-et-Marne d’une électricité décarbonée à 95 %, en lieu et place d’une vente à prix cassés hors de France (voire de prix négatifs reportés sur la facture des consommateurs). Plutôt que favoriser l’électrification des usages, data centers compris, on préfère apparemment faire payer les finances publiques (c’est-à-dire vous).

Là où les Irlandais sont obligés d’imposer un moratoire d’installation des data-centres car ils avalent plus d’un cinquième de l’électricité nationale, la France dispose de l’électricité, du réseau, des sites et d’une farouche volonté de ne surtout pas s’en servir.

Et ce n’est pas nouveau, c’est même une tradition d’étrangler dans leur berceau de nombreux projets pourtant prometteurs.

En 2019, c’est cet imbécile de Macron lui-même qui a enterré Europacity à Gonesse : trois milliards d’euros d’argent privé et 10 000 emplois promis dans l’une des zones les plus déshéritées d’Île-de-France ont été sacrifiés au nom d’une écologie que le maire socialiste du coin jugeait purement symbolique. Le contribuable qui paye pour les aides, les béquilles et les accompagnements de la misère sera satisfait d’apprendre que ça va donc continuer sans fin.

L’année suivante, on fermait Fessenheim malgré les avis techniques défavorables, pour honorer un accord électoral débile de 2012. C’est le contribuable (vous) qui avait payé pour l’avoir, c’est lui qui paye pour le démantèlement, c’est lui qui souffrira du manque idiot provoqué par cette perte, c’est lui qui devra payer à nouveau pour reconstruire ce qui manquera inévitablement. Heureux ?

Deux ans plus tard, Amazon renonçait à Petit-Couronne après une avalanche de recours, emportant avec lui entre 1 000 et 1 800 emplois. Le géant a tout simplement construit ailleurs. Ces stupidités coûtent aux assurés sociaux et aux contribuables (vous) en emplois et rentrées fiscales perdus. Youpi.

L’autoroute A69, annulée en première instance en février 2025, a vu son chantier stoppé trois mois avant d’être rétablie en appel puis validée définitivement par le Conseil d’État : trois ans de loterie juridique pour découvrir que tout était légal depuis le début. La facture de ces âneries a été intégralement payée par le contribuable (encore vous).

Enfin, en juillet dernier, le tribunal administratif de Grenoble a, pour la première fois en France, suspendu un data center, celui de Sesterce dans la Drôme, représentant 1,5 milliard d’euros d’investissement.

À chaque fois, la même soupe-alphabet d’associations toxiques et d’organisations lucratives sans but autre que saboter l’avenir français : par exemple, les Soulèvements de la Terre étaient à Sainte-Soline, sur l’A69, à Alixan et ils sont aussi à Fouju. La mouvance ne combat pas une énergie au profit d’une autre : elle a ferraillé contre les éoliennes en mer avec la même ardeur que contre les centrales, elle attaque la production, puis la consommation, puis les infrastructures qui relient les deux. Ces combats rabiques contre tout n’ont rien à voir avec l’écologie mais tout avec la décroissance par voie d’huissier.

Du reste, ces militants-saboteurs ne sont que la moitié du problème. L’autre moitié, c’est l’État lui-même.

Car la machine à recours, c’est lui qui l’a construite, couche après couche : études d’impact, dérogations « espèces protégées », « raison impérative d’intérêt public majeur », concertations, débats publics, « zéro artificialisation nette ». Il a fabriqué un droit où absolument tout projet est attaquable (et attaqué), puis il a passé une décennie à fermer lui-même des réacteurs et à enterrer le programme Astrid pour complaire à ceux-là mêmes qui le poursuivent aujourd’hui en justice.

Et à présent, pourtant complètement coincé comme un renard dans une jante de camion, ce même État refuse de simplifier cet énorme bordel administratif autodestructeur et, plutôt que simplifier la règle pour tout le monde, s’invente une procédure d’exception, le « projet d’intérêt national majeur », arrachée après deux ans de navette parlementaire. Il obtient de RTE un raccordement en « fast track », fait signer l’autorisation préfectorale fin juillet et envoie les pelleteuses fin août, avant que le moindre juge n’ait statué.

Le bilan est magnifique et produit un droit à deux vitesses : Fouju, avec Bpifrance au capital et l’Élysée dans le dos, a son passe-droit (comme jadis Notre-Dame pour d’autres raisons) pendant que Sesterce, start-up marseillaise sans parrain, attend le Conseil d’État. Et Mistral, prudent, investit aussi en Suède.

De connivences en mauvaises politiques, l’État se retrouve à bricoler contre l’État. Les recours contre Fouju ont de bonnes chances d’échouer, comme ceux contre l’A69, après avoir coûté du temps et de l’argent pour le contribuable (vous !), et le message envoyé est limpide : en France, construire quelque chose suppose soit d’être l’ami du prince, soit d’avoir beaucoup de patience et d’excellents avocats.

Mais dans les deux cas, l’investisseur étranger comprend vite qu’il ira plus vite ailleurs, et prend rapidement le même chemin que notre électricité surnuméraire. Finalement, un pays qui paie pour ne pas utiliser sa propre électricité n’a vraiment pas besoin d’ennemis.

Ce pays est foutu.

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On veut des moyens pour les cramer rapidement !

Par : h16 — 5 octobre 2026 à 09:00

Cette rentrée n’échappe à aucun des marronniers habituels : Les feuilles tombent, les températures aussi et comme chaque automne, les lycées se bloquent et l’actualité se remplit soudains de marrons (et pas seulement ceux échangés entre les forces de l’ordre et ceux qu’on fait passer pour des lycéens).

Tout se déroule comme si, En France, on ne pouvait avoir une année scolaire complète sans une grosse poignée d’établissements barricadés à coups de poubelles, de palettes et de mortiers d’artifice. Ainsi, en décembre 2018, 188 lycées avaient été touchés dans le sillage des Gilets jaunes. Puis vinrent le bac en contrôle continu en 2021, Parcoursup en 2022, les retraites en 2023, Gaza en 2024. Si le motif change, la liturgie semble immuable : on bloque d’abord, on trouve une raison ensuite.

La récolte de cette année s’annonce exceptionnelle : on a ainsi compté plus de 350 établissements mobilisés et 625 interpellations et 83 policiers et gendarmes blessés. Depuis le début du mouvement, des centaines d’élèves et de personnels ont été blessés. Beauvau a ouvert une cellule interministérielle de crise. L’occupant de l’Élysée rappelle que la colère ne justifie pas la violence, le ministre de l’Éducation trouve les revendications « légitimes ». L’heure est grave, le numéro vert quasiment déjà imprimé dans des flyers colorés et tout est donc sous contrôle.

Et comme souvent, personne n’a rien organisé au départ, aucun mot d’ordre ne semble venu d’en haut : tout est parti du lycée Saint-Exupéry de Créteil, où quelques élèves ont barré l’entrée avec des poubelles. Trois vidéos sur Snapchat et TikTok plus tard, la région parisienne s’embrasait, l’Union Syndicale Lycéenne courait prendre la tête d’un cortège qui ne l’avait pas attendue, et La France Insoumise trottinait derrière l’Union syndicale lycéenne.

Pour LFI, l’occasion était trop belle : après des années à chanter la conflictualité, l’insurrection citoyenne et la « nouvelle France », voilà que la jeunesse se soulève enfin.

Pas de doute, il faut en être ! Sans hésiter et avec toute la « finesse » politique dont ils sont capables, Éric Coquerel et Clémence Guetté appellent donc à généraliser les blocages, et Jean-Luc Mélenchon, désormais candidat, demande carrément à ses élus et militants de « s’interposer » entre les lycéens et les forces de l’ordre. À Saint-Denis, le maire insoumis Bally Bagayoko pousse le zèle jusqu’aux abords d’un lycée bloqué, ce qui lui vaut une saisine de la justice par le préfet de police pour « provocation à commettre un délit ».

Malheureusement pour notre tribun septuagénaire, un mouvement né sur TikTok n’obéit à personne.

En fait de Grand Soir, c’est une tendance virale qui ressemble peu aux délicieuses affiches communistes des années 60 : une femme brûlée au visage à Marseille par un émeutier cagoulé qui se sert d’un spray comme d’un lance-flammes, une surveillante tabassée au sol à Annecy, un professeur gravement blessé d’un coup de barre de fer à Angers, une lycéenne aspergée d’acide, … En fait de peuple insurgé, le petit Jean-Luc se retrouve embarrassé avec cagoules, matelas en feu et un catalogue d’agressions qui tourne en boucle sur toutes les chaînes à sept mois de la présidentielle.

Bref, la « Nouvelle France » s’expose, et elle n’est guère attrayante. Pour ceux qui redoutaient qu’un Mélenchon trop vigoureux pourrait chasser le candidat de l’extrême-centre dès le premier tour, voilà qui tombe à pic.

Il y a bien évidemment des revendications : on notera des remarques sur des classes surchargées, des toilettes insalubres, des surveillants ou des infirmières introuvables. Certes, mais ce n’est certainement pas une question de moyens.

L’Éducation nationale dispose en 2026 d’un budget de 64,5 milliards d’euros (près de 90 en comptant les pensions), soit 12 de plus qu’en 2019, pour un nombre d’élèves qui fond chaque année. C’était jusqu’à l’an dernier le premier poste du budget de l’État, tout juste détrôné par la Défense (qui investit dans les mortiers apparemment). Autrement dit, avec moins d’élèves et plus de prélèvements, l’Éducation nationale transforme des milliards en absence de chaises.

De l’autre côté, la réponse lycéenne est à l’image de l’absence d’éducation qui leur est dispensée : on manque de locaux ? On crame les locaux. On réclame des profs ? On tabasse les profs. On réclame des surveillants ? On les envoie aux urgences. Décidément, PISA ne risque pas de remonter : ce sont des réactions d’imbécile qui incendie sa cuisine pour protester contre la lenteur de son four.

Au passage, on notera que les bâtiments des lycées relèvent des Régions, quand les profs et les surveillants relèvent de l’État : on exige des moyens de l’un en détruisant ceux de l’autre, et c’est le même contribuable qui paiera deux fois, sans obtenir la moindre chaise supplémentaire. Malin.

Enfin, la saison ne serait pas complète sans ses figures imposées de laxisme et d’évaporation joyeuse de la République dans un vivre-et-casser-ensemble devenu habituel : une circulaire de l’Intérieur et de l’Éducation fixe aux préfets une « ligne rouge très claire », qui devient rose pâle au passage devant les juges au vu des premières condamnations : 140 heures de TIG à Belfort pour des jets de projectiles sur les forces de l’ordre (sept ans encourus), du sursis probatoire à Reims pour des violences sur policiers, 120 jours-amende à 8 euros à Nice pour un individu qui brandissait des mortiers. Et ce sont des majeurs ! Pour les mineurs, on frôle les gros yeux.

Au milieu, se retrouvent les enseignants dont une partie, par la voix du Snes-FSU, estime que les lycéens expriment des revendications légitimes ; l’autre se tait, tétanisée, et met de bonnes notes pour avoir la paix. Des années de #PasDeVague, d’affaires étouffées et de renoncements discrets ont produit ce résultat : une institution où ceux qui devraient tenir la classe ne le veulent ou ne le peuvent plus, des parents qui regardent ailleurs, des juges qui distribuent des TIG, et l’État qui rédige des circulaires pleines de mots fermes en comptant ses blessés.

Plus personne ne canalise rien, et tout le monde le sait.

Ces gesticulations ne sont cependant pas perdues pour tout le monde. Au-delà des inévitables retombées politiques, pendant que les poubelles flambent devant les lycées, plus personne ne parle de l’état des comptes publics, du déficit qui galope ou des taux des OAT qui grimpent.

Pour un gouvernement qui n’aime rien tant qu’un sujet bruyant pour couvrir les sujets graves, l’aubaine est inespérée.

Que chacun se rassure : la Toussaint approche, les blocus vont se dissoudre dans les vacances, et la saison reprendra au printemps, avec un nouveau motif et des poubelles renouvelées au frais du contribuable.

Rendez-vous en avril.

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Liberté, Égalité, ChatGPT

Par : h16 — 2 octobre 2026 à 09:00

Des requêtes où le justiciable a oublié d’effacer « répondre à ChatGPT », des lettres types aux blancs jamais remplis, et même un recours constitué en tout et pour tout d’une capture d’écran de la réponse du chatbot…. Décidément, on ne s’ennuie pas au tribunal administratif de Lille !

C’est en tout cas ce qu’on a découvert lorsqu’une greffière a ouvert son petit cabinet des curiosités à une équipe de TF1. On peut en rire (on n’aurait pas tort), mais ce qui se trame derrière est assez caractéristique d’un changement paradigmatique profond dans l’administration.

Car pour le Conseil d’État, il s’agit d’un véritable « tsunami contentieux », expression qui peut surprendre de la part d’un organe plutôt réputé pour ses euphémismes : les chiffres présentés lors de sa rentrée semble justifier l’image avec le nombre de nouveaux dossiers devant les tribunaux administratifs qui sont passés de 257.000 en 2023 à 370.0000 sur les douze derniers mois avec une hausse de 20 % sur cette année. À ce rythme et selon le vice-président Marc Guillaume, on atteindra le demi-million d’affaires d’ici quelques années, transformant le Palais-Royal en « juridiction chargée de contentieux de masse ».

Bien sûr, le coupable est évident et déjà désigné : l’intelligence artificielle, qui permet au premier venu de pondre en trois minutes un mémoire de quarante pages truffé de jurisprudence imaginaire.

Explication séduisante et en partie vraie mais qui masque une réalité plus subtile et pas forcément plus rassurante pour l’administration.

Ainsi, la greffière lilloise estime reconnaître l’IA dans près d’une requête sur dix. Elle sous-estime probablement, la qualité de la production récente bluffant même des critiques littéraires chevronnés et des « chercheurs » en IA, mais même en doublant cette proportion, on est loin d’expliquer une hausse de 44 % depuis 2023.

En fait, certaines digues avaient cédé bien avant l’arrivée des chatbots grand public : le Tribunal du stationnement payant est passé de 70.000 recours en 2018 à plus de 200.000 par an, avec un stock attendu de 350.000 dossiers en souffrance. Même les chercheurs qui ont le plus documenté le phénomène reconnaissent que seules certaines de ces vagues démarrent avec la sortie de ChatGPT.

En fait, on conteste à présent le RSA, les impôts, les titres de séjour, les permis de construire, les amendes de stationnement, … Autrement dit, les produits d’une administration devenue incontrôlable, qui fabrique à la chaîne des décisions contestables, dans des domaines où elle s’est rendue incontournable. Les griefs existaient depuis longtemps et ce qui les retenait, c’était une digue discrète mais redoutablement efficace : pour les contester, il fallait comprendre la procédure, trouver le bon formulaire, écrire dans le bon registre, ou payer quelqu’un pour le faire.

Ce verrouillage intellectuel présentait un avantage considérable pour l’administration : quand un administré ne sait pas se plaindre, il devient commodément un administré satisfait.

L’IA a changé la donne, d’abord en expliquant l’amphigourique puis en armant du bon langage le citoyen désemparé, et imposé un magnifique retournement de situation.

Pendant des décennies, l’administration a pratiqué le déni de service contre ses citoyens : Cerfa empilés, pièces justificatives redemandées trois fois, délais opposables à l’usager mais jamais à elle-même, silence qui vaut acceptation sauf dans une liste d’exceptions longue comme le bras armé de l’État.

Et là, patatras, le flux s’inverse : à mesure que chacun, rationnellement, conteste chaque avis foireux, chaque forfait post-stationnement, chaque radiation, puisque cela ne lui coûte plus rien, s’installe une forme d’inondation des administrations sous les demandes, contestations et autres procédures, par simple addition des exaspérations individuelles.

Les auteurs britanniques d’une récente étude sur l’« inondation agentique » des services publics ont ainsi recensé 84 cas dans 11 juridictions internationales et identifient les services les plus exposés, soit ceux qui sont financièrement attractifs mais complexes… L’État-providence français, en somme. L’Allemagne y a déjà droit : en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, les procédures d’urgence devant les tribunaux sociaux ont bondi de plus de 55 % en 2025, surtout sur le Bürgergeld et l’assurance-chômage, avec des mémoires rédigés par IA citant des arrêts qui n’existent pas.

L’étape suivante ne fait guère de doute : la production de texte ne coûte plus rien, et l’effort porte actuellement sur le clic. Les agents IA vont donc se charger de remplir les cerfas et, inévitablement, les sites publics seront les premiers à tomber.

Cette évolution fera des des victimes collatérales, à commencer par le citoyen légitime dont l’impôt n’a pas été calculé correctement et qui devra payer les intérêts de retard pendant que le greffe trie les captures d’écran.

Certes. Mais qui s’est posé en tiers indispensable entre le citoyen et son stationnement, son logement, son emploi, ses revenus, sa santé ? L’État peut difficilement se plaindre de la longueur de la file d’attente devant le seul guichet qu’il a rendu obligatoire.

Bien sûr, l’administration peut riposter, en répondant à l’IA par de l’IA plutôt que de faire payer l’accès au juge : on pourrait outiller greffes et magistrats pour absorber le volume, et remettre ainsi les deux camps à égalité. Malheureusement, le calendrier officiel douche tout espoir : un outil documentaire interne pour décembre, une « base de données augmentée » pour avril 2027, et le remplacement d’un portail contentieux que le vice-président qualifie lui-même d’« obsolète » d’ici fin 2027, après avoir supprimé des postes les années passées, tout cela n’augure rien de bon.

Et plus sérieusement, il est naïf d’imaginer que l’État pourrait déployer rapidement une IA qui fonctionne, alors qu’Albert, l’assistant maison testé dans 48 maisons France Services, n’a finalement pas été généralisé après des dysfonctionnements techniques et des réponses erronées. Comme pour toutes les tentatives d’informatisation, de numérisation, de simplification et d’assouplissement du gros État obèse passées, on peut raisonnablement parier sur un bon gros claquage de plus.

La réponse évidente, franco-française, est évidente : un recours administratif préalable obligatoire qu’on veut généraliser, c’est-à-dire une couche bureaucratique supplémentaire, puis la répression (un juge peut infliger des amendes pour requête abusive) et enfin le péage que la France a d’ailleurs déjà testé avec la contribution de 35 euros pour l’aide juridique, instaurée en 2011 et supprimée en 2014.

Pas dit, cependant, que ceci se passe sans anicroche : pendant des décennies, l’État a noyé ses citoyens sous le papier mais le papier revient à présent à l’expéditeur…

Qui sème le Cerfa récolte la requête.

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Hiver 2026 : l’Europe entre l’Ours, l’Oncle Sam et le thermomètre

Par : h16 — 30 septembre 2026 à 08:58

Joie du réchauffement climatique (un peu) et de El Niño (beaucoup) : tout indique que, cette année, avec le Pacifique qui chauffe comme rarement, le début d’hiver pourrait être doux et humide sur le Vieux Continent.

Voilà une (très rare) bonne nouvelle pour les chancelleries européennes… qui devront cependant se garder de tout optimisme béat, les prévisions météo n’excluant cependant pas un retour du froid en janvier et février, c’est-à-dire exactement au moment où les réserves de gaz sont au plus bas.

Et cette année, ils partent de bas : au 25 septembre, les stocks européens de gaz ne sont qu’à 70 % environ, une quinzaine de points sous la moyenne des cinq dernières années et ce alors que son prix sur le marché a plus que doublé en un an.

On se rappelle qu’en 2022, dans la panique, Bruxelles avait imposé 90 % de remplissage au 1er novembre, taux qu’il a fallu « assouplir » cette année avec une tolérance de dix points quand les conditions de marché sont « défavorables ». Mais voilà : la nouvelle cible de 80 % n’est même pas certaine d’être atteinte.

Rassurons-nous : la Grosse Commission a fait ce que les ministères français pratiquent avec brio depuis des lustres à chaque objectif raté, c’est-à-dire l’abaisser et a donc conclu début septembre à l’absence de « risque immédiat » pour l’approvisionnement.

Bon, soit, mais pour remplir les cuves, il faut des hydrocarbures que le Golfe ne semble pas pouvoir fournir : Aramco a prévenu les Européens qu’ils ne recevraient pas de brut sous contrat en octobre et QatarEnergy a prolongé jusqu’en novembre sa force majeure sur le GNL. Et malheureusement, l’Union qui importe 80 % de son gaz et 95 % de son pétrole n’a guère de géographie de rechange.

En pratique, il ne reste donc que deux fournisseurs de dernier recours : un à l’Ouest, l’autre à l’Est et aucun des deux enclin à faire des cadeaux.

Washington avait pourtant prévenu en novembre dernier avec la publication de la Stratégie de Sécurité Nationale : les États-Unis se recentrent sur leur hémisphère occidental, ajoutent un « corollaire Trump » à la doctrine Monroe, et l’Europe est priée de retrouver sa « confiance civilisationnelle ». Cette stratégie pousse à une cessation rapide des hostilités en Ukraine et veut une « stabilité stratégique » avec Moscou.

Ceux qui n’y ont vu qu’une gesticulation de plus en seront pour leur frais : dix mois plus tard, son application se fait pièce par pièce.

Et d’ailleurs, mardi, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, Trump a signé avec Copenhague et Nuuk l’accord sur le Groenland, qui est très loin d’un simple rafraîchissement de l’accord de 1951 comme l’habituel commentariat de grand chemin tente de le faire croire.

Ainsi, les États-Unis s’assurent à présent une présence militaire permanente dont même un Groenland indépendant hériterait (article XI), qu’il le veuille ou non, d’un droit de veto sur toute présence militaire non membre de l’OTAN sur le territoire polaire, ainsi que sur l’identité des acteurs autorisés à investir dans ses infrastructures et ressources stratégiques (en dehors de l’OTAN et de l’UE). Le Danemark a renoncé à son droit de regard sur le principe même de la création de nouvelles bases américaines, ne conservant que le droit de discuter des « détails de mise en œuvre » et ne peuvent plus fixer les règles régissant les déplacements des forces armées américaines sur l’île. En somme, même si à Copenhague, on prétend avoir conservé la souveraineté avec un air crispé, c’est surtout une souveraineté de brochure.

Le même jour, Trump signait la loi HR5334, qui l’autorise à frapper de droits de douane jusqu’à 100 % l’ensemble des produits des cinq plus gros acheteurs d’hydrocarbures russes. D’après les estimations qui circulent au Congrès, ce classement comprend la France, la Belgique et la Hongrie. Certes, le président peut accorder des dérogations… Ou pas.

Parallèlement, la revue de la présence militaire américaine en Europe envisage de retirer de 25.000 à 40.000 hommes tout en promettant une base permanente à la Pologne. Comme prévu, le transfert de charge est en cours, méthodique.

Enfin, pour ceux qui comptaient sur le gaz et le gazole américains pour passer l’hiver, rappelons que, face à Zelensky, Trump s’est dit favorable à une interdiction des exportations de diesel américain tout en demandant à Kiev de cesser de frapper les infrastructures énergétiques russes. Eh oui, le fournisseur de dernier recours n’est donc pas certain de fournir, et il préférerait que les raffineries russes tournent.

Pour pousser les Européens vers la table de négociation, difficile d’être plus clair.

En face, Moscou n’a guère tenu compte de la volonté de ceux qui promettaient d’asphyxier son économie en quelques trimestres et plutôt qu’isoler la Russie, les sanctions ont surtout déplacé les raffineries vers l’Inde qui a absorbé 36 % du brut russe exporté depuis fin 2022. Ses exportations pétrolières vers l’Union sont passées de 8,7 à 19,2 milliards de dollars en deux ans : le diesel « indien » arrivant à Rotterdam a les parfums de l’Oural. Et côté gaz, l’Union reste le premier client du GNL russe dont elle absorbe près de la moitié des exportations. La France se classe deuxième importatrice européenne d’énergie russe, derrière la Hongrie et son gazoduc.

Bref, Moscou produit, l’Europe consomme.

Le levier russe fonctionne jusqu’à l’intérieur de l’Union : l’oléoduc Droujba fait de Budapest et de Bratislava des verrous permanents, et la démonstration a eu lieu cette semaine : les sanctions européennes ont été renouvelées cinq minutes après minuit, au prix de la radiation des oligarques Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman de la liste des personnes sanctionnées contre la Russie. Selon plusieurs diplomates, la France elle-même a poussé pour la sortie d’Ousmanov afin d’obtenir la libération de Français détenus en Azerbaïdjan.

Cynique, la Macronie entend piloter la « coalition des volontaires » mais échange des levées de sanctions contre des prisonniers. On n’ose imaginer ce qu’elle concéderait en cas d’hiver trop frisquet.

Le calendrier se resserre : à partir de la mi-octobre, tout nouvel achat de brut russe expose les gros clients de Moscou à l’ire américaine. Si New Delhi coupe pour sauver son accès au marché américain, l’Europe perd une bonne partie de son diesel « indien », l’hiver même où l’Arabie saoudite la prive de brut. Si New Delhi tient bon, chaque cargaison indienne devient un risque bancaire. Dans les deux cas, les prix montent et le vendeur de dernier recours s’appelle Washington qui aura beau jeu d’expliquer qu’un gazole abordable s’accommode mal d’une guerre prolongée à l’Est.

Ainsi, en quatre ans, les dirigeants européens ont offert à un adversaire les leviers qu’ils croyaient lui confisquer, fait d’un protecteur un créancier, et de leur politique énergétique un bulletin météo : si El Niño tient ses promesses jusqu’en mars, Bruxelles parlera de « résilience ».

Et sinon, on négociera l’Ukraine en doudoune avec Washington d’un côté et Moscou de l’autre.

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Ce « pouvoir d’achat qu’on vous rend » avec votre propre argent

Par : h16 — 28 septembre 2026 à 09:00

Pour Emmanuelle Wargon, à la tête de la Commission de régulation de l’énergie, pas de doute : « plus on installe d’énergies renouvelables, plus on rend du pouvoir d’achat aux consommateurs. »

Le 9 septembre dernier, c’est en tout cas le message qu’elle a tenté de faire passer, avec tout le culot dont sont capables les cuistres et les malfaisants, lors de la présentation d’un tout premier rapport sur l’économie du système électrique français hexagonal calibré pour les gros titres, à neuf mois de la présidentielle, dans un pays où la facture d’électricité est devenue un sujet d’angoisse domestique.

Malheureusement, l’arithmétique la plus élémentaire balaye les affirmations osées de la présidente.

Le fait est que la France dispose d’un parc nucléaire largement amorti, payé par les Français sur des décennies, qui produit une électricité abondante, pilotable et décarbonée, à tel point que d’après les propres tableaux de la CRE, son coût complet s’est établi à 57,6 €/MWh en 2025, contre 152,7 €/MWh pour le mix éolien-solaire. Avec 15 % de la production, ce dernier représente 30 % des coûts complets de production du pays.

Cependant, le ménage français (au tarif aussi réglementé que salé) paye son kilowattheure autour de 19 centimes, soit environ 194 €/MWh, dont près d’un tiers de taxes. Certes, l’acheminement et le réseau de distribution coûtent mais même en étant généreux, l’écart exposé laisse songeur : on a l’impression de payer des électrons plaqués or.

Dans un marché raisonnablement libre, l’actuel parc nucléaire profiterait à ceux qui l’ont financé. Mais en France, ce n’est pas, même de loin, même sur un malentendu, un marché libre : c’est une planification déguisée, où EDF s’est vu contraint de céder son nucléaire à 42 €/MWh à des « concurrents » qui ne produisaient rien, où on a garanti aux éoliennes et aux panneaux un tarif d’achat ou un complément de rémunération, où on a indexé le prix de gros sur la centrale à gaz marginale européenne, et empilé les taxes par-dessus.

En pratique, c’est bien l’absence de marché qui finit par coûter un pognon de dingue.

D’ailleurs, lu attentivement, le rapport de la CRE raconte tout autre chose que sa présidente : comme le relève PNC-France, le modèle du régulateur attribue certes une baisse de 20 €/MWh des prix de marché aux renouvelables installés depuis 2020… mais une baisse de 32 €/MWh au retour du nucléaire après ses déboires de 2022. Sans ce retour, le prix de base aurait grimpé à près de 93 €/MWh. La CRE a donc bien identifié le principal artisan de la baisse des prix et l’a vite caché dans une figure en page 49 pendant qu’elle faisait la promotion de son concurrent subventionné.

Quant au pouvoir d’achat « rendu », il faut savoir d’où il vient.

La plupart des projets renouvelables ne sont pas rentables, l’État comblant la différence (6,2 milliards en 2025), payé essentiellement via des accise, c’est-à-dire la facture d’électricité du consommateur, le reste venant du budget de l’État, c’est-à-dire le contribuable.

Joli tableau où le consommateur paie la subvention via sa facture, le contribuable complète via ses impôts, et l’actionnaire public d’EDF encaisse la baisse de revenus d’un électricien nationalisé. Derrière chacun de ces acteurs c’est le même citoyen français qui voit son pouvoir d’achat se faire tabasser, nonobstant les hallucinations péremptoires d’Emmanuelle Wargon.

Le pire étant que ce système tourne doucement à la farce en exploitation : au premier semestre 2026, la France a connu 407 heures de prix négatifs, contre 147 sur toute l’année 2023, avec un record à -498,65 €/MWh le 1er mai : ce jour-là, produire coûtait de l’argent.

Heureusement, l’État agit (youpi !) : un arrêté de juillet étend l’arrêt obligatoire des parcs solaires et éoliens lors de ces épisodes… moyennant une compensation financière (gasp !). On paie donc pour produire, puis on paie pour ne pas produire.

Pendant ce temps, le nucléaire a dû moduler 33 TWh en 2025 pour faire de la place aux intermittents, au prix d’une usure que personne ne se presse de chiffrer, et on attend avec gourmandise les performances du solaire lors des pointes d’hiver : le 14 janvier 2025 à 9 heures, il fournissait 0,05 % de la production.

Quant à la stabilité du réseau, l’Espagne a récemment fourni un cas d’école et la conclusion, même cotonneusement enveloppée de précautions politiquement correcte, est sans appel : la multiplication des installations renouvelables fragilise énormément les réseaux électriques qui n’ont absolument pas été prévus pour leur intermittence. S’y ajoute l’indispensable considération géopolitique avec le constat de près de neuf panneaux sur dix posés en France venant essentiellement de Chine n’empêchant pourtant nullement les subventions massives à une « filière française » atone.

Et le pompon, c’est que ce rapport, jugé initialement trop favorable au consommateur, a subi un copieux massage statistique et rédactionnel. En effet, lors de sa présentation, Wargon avait prévenu : « Il y aura des interprétations très politiques de ce document », ce qui, selon Les Échos, a poussé le gouvernement à le retoucher tant que possible, la politicaillerie actuellement au pouvoir jugeant qu’il prenait trop franchement le parti du consommateur contre EDF.

L’autorité « indépendante » s’est donc plié aux injonctions gouvernementales pour éviter que le nucléaire ne soit vu favorablement, et s’embourbe maintenant dans un marigot de démentis vaseux qui ne surprendra guère lorsqu’on se rappelle le parcours de la présidente : ancienne responsable des affaires publiques de Danone, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique, puis ministre déléguée au Logement, elle fut nommée à la tête de la CRE en 2022 malgré l’opposition d’une majorité de parlementaires : 48 voix contre, 43 pour (et zut, il en fallait 55 pour bloquer).

L’indépendance dans ces conditions, c’est comme une éolienne, ça tourne toujours dans le sens du vent.

C’est tellement vrai que lorsque la CRE recommandait en juin de réduire les aides à l’éolien en mer, le gouvernement lançait un appel d’offres de 10 GW. Chacun n’écoute l’autre que lorsqu’il dit ce qu’il a envie d’entendre, et à la fin, quoi qu’il arrive, le consommateur paye l’addition : en fait, le « pouvoir d’achat qu’on vous rend », c’est une petite partie de celui qu’on vous a extorqué avant.

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La France est devenue une dystopie pour souris

Par : h16 — 25 septembre 2026 à 09:00

En juillet 1968, dans un laboratoire du Maryland, le biologiste John Calhoun lâche huit souris dans un cube d’un mètre quarante de côté. Elles y trouvent 256 appartements desservis par des tubes, de la nourriture et de l’eau sans limite, un climat parfait, du papier pour les nids, aucun prédateur et aucune maladie. Officiellement, l’endroit s’appelle Mortality-Inhibiting Environment for Mice. Officieusement, c’est le paradis des souris.

Sans surprise, la population des souris double tous les 55 jours et 19 mois plus tard, ce sont 2.200 individus qui trottinent partout.

Cependant, la population décroche : deux mois plus tard, les nouveau-nés décèdent en bas-âge, puis il n’y a plus de nouveau-nés du tout. Au printemps 1973, le paradis est vide : toutes les souris sont mortes. L’expérience Universe 25 vient de s’achever.

Pourtant, les souris avaient tout et l’abondance était réelle : pas de famine, pas d’épidémie, pas de prédateur, pas d’hiver. Leur seule contrainte (de taille) : elles ne pouvaient pas sortir. Or, chez les rongeurs, le perdant d’un combat de dominance s’en va refaire sa vie ailleurs, chose impossible dans ce cube.

Calhoun appelait « dropouts » ces cohortes de mâles vaincus, couverts de cicatrices, entassés au centre de l’enclos, qui se jetaient périodiquement les uns sur les autres dans des rixes sans objet. Il y avait d’autres mâles, qui avaient renoncé à se battre et qui passaient leurs journées à se lisser le pelage, à se lécher, à se contempler, que Calhoun nommait the « beautiful ones », et qui ne s’intéressaient à rien d’autres qu’eux, même pas aux femelles.

Cette description de « l’Universe 25 » vous rappelle quelque chose ?

Ce n’est peut-être qu’une coïncidence, mais force est de constater qu’en Occident, nos besoins de base sont couverts : on ne meurt plus de faim, de soif ni de froid, sinon à des niveaux statistiquement anecdotiques. La sécurité alimentaire est un problème résolu depuis deux générations. Et le divertissement n’est plus rationné non plus : la dopamine est livrée à domicile, en flux continu, gratuite, algorithmiquement optimisée pour ne jamais s’interrompre.

L’analogie s’étend facilement&bsp;: les « beautiful ones » ont un nom de code, voire un hashtag, pratiquent le looksmaxxing et autres rituels de groupes équivalents. D’ailleurs, la dépense masculine en soins a progressé de 58,1 % en cinq ans contre 45,7 % chez les femmes, un quart des hommes ayant désormais une routine quotidienne et 12 % ont même payé un acte esthétique.

Parallèlement, l’inactivité sexuelle des hommes de 18 à 24 ans est passée de 19 % à 31 %. Des jeunes gens splendides, exfoliés et correctement hydratés ne courtisent personne.

L’avortement, légalisé depuis un demi-siècle, connaît un surcroît d’application ces dernières années (le ratio IVG/naissances est passé en France d’environ 1 pour 4 en 2020 à près de 1 pour 3 en 2023). La fécondité semble en berne dans tout l’Occident. Pire : l’infanticide n’est plus strictement considéré comme un meurtre par une part croissante d’une opinion publique décidée à n’y voir qu’un problème d’hormones et d’abolition (commode) du jugement.

Ceci posé, il faut rappeler que l’abondance seule ne suffit pas : si la satiété suffisait à produire l’effondrement, les Trente Glorieuses auraient accouché d’un monastère. La seconde variable est indispensable : le vaincu ne doit pas pouvoir aller recommencer ailleurs. Ce qui a détruit le groupe d’Universe 25, ce n’est pas son confort mais l’absence de porte de sortie.

De ce point de vue, la société occidentale n’a pas lésiné.

Ainsi, nous n’avons pas supprimé la compétition (elle n’a jamais été aussi féroce) mais bien les voies de sortie : le logement est verrouillé par la réglementation et la fiscalité. L’entrée sur le marché du travail est filtrée par un diplôme qui coûte cinq ans de plus qu’il y a trente ans. Des pans entiers de l’activité sont clôturés par des ordres, des numerus clausus, des licences et des autorisations préalables. Le coin socio-fiscal transforme chaque projet personnel en arbitrage comptable épineux, à la limite du suicidaire. En Europe en général et en France en particulier, perdre est extrêmement coûteux et ne permet quasiment aucune rédemption : il n’y a pas de frontière, de terre à défricher, de hiérarchie parallèle où se refaire et les institutions n’offrent au mieux qu’un guichet.

Pour la faible proportion qui songe à sortir malgré tout, une deuxième couche de barreaux, mentale celle-là, a été mise en place : de la maternelle à l’université, on enseigne consciencieusement que « le libéralisme » est un gros mot, que l’initiative privée est une prédation, que la réussite est suspecte et que la solution à tout problème créé par l’État consiste en un supplément d’État. Cette ineptie fonctionne si bien qu’on n’a même plus besoin de fermer la porte puisque les gens ne cherchent plus où elle se trouve et ont oublié son existence.

Le résultat est démographiquement mesurable et balaie au passage la fable du désir qui s’éteint : les Français veulent des enfants, leur nombre idéal déclaré étant de 2,27 par personne, mais ils en ont 1,56. Or, l’écart entre ce qu’ils souhaitent et ce qu’ils obtiennent ne se referme pas et s’élargit de 0,39 enfant en 2011 à 0,62 en 2023. En 2025, la France a enregistré 645 000 naissances et un solde naturel négatif, une première depuis 1945.

Autrement dit, ce ne sont pas des gens qui ne veulent plus mais qui ne peuvent plus : la société actuelle ne permet plus ce genre de « fantaisie » et le reste suit mécaniquement.

Pendant quarante ans, le malheur humain était en cloche : il culminait vers la cinquantaine puis refluait. Cette courbe a disparu et le mal-être décroît désormais avec l’âge dans 44 pays : ce sont les moins de 25 ans qui sont au sommet, femmes en premier avec une bascule autour de 2012.

Certes, les souris ne sont pas des hommes : les hommes, eux, ont voté pour le cube.

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Les trois fables de l’Économie

Par : h16 — 24 septembre 2026 à 09:00

C’est la rentrée et, dans les amphis de première année d’économie, des milliers d’étudiants vont bientôt arriver au chapitre des “défaillances de marché”, celui où l’on apprend que la main invisible a parfois les doigts gourds.

Le chapitre est bien rodé et repose sur trois concepts et trois images que l’étudiant retiendra longtemps après avoir oublié le reste.

Cela commence avec le bien public, ce service dont tout le monde profite sans qu’on puisse faire payer quiconque ; l’image typiquement utilisée est celle du phare : sa lumière éclaire tous les navires, payants ou non, donc aucun entrepreneur n’en construira, donc l’État doit s’en charger.

Cela se poursuit avec l’externalité, cet effet de mon activité sur la vôtre que personne ne paie ; pour ce concept, l’image utilisée est celle de l’apiculteur dont les abeilles pollinisent gratuitement le verger voisin, pendant que le verger nourrit gratuitement les abeilles. Personne n’est rémunéré, chacun sous-investit, et il faudrait donc une taxe ou une subvention pour remettre de l’ordre.

Cela passe enfin par le verrouillage, avec une technologie médiocre qui s’impose par accident historique, et dont plus personne ne peut sortir. Ici, l’image pratique est le clavier QWERTY, conçu (dit-on) pour ralentir les dactylos et que nous utilisons toujours alors qu’une disposition bien meilleure existe depuis 1936.

Pour ces trois images, une seule conclusion semble s’imposer : le marché échoue et donc, forcément, quelqu’un doit intervenir.

Et ça tombe bien car ce quelqu’un est toujours le même, la défaillance de marché étant la porte d’entrée théorique de presque toutes les interventions : l’impôt pour financer le bien public, la taxe ou la subvention pour corriger l’externalité, la norme pour sortir du verrouillage. Retirez les exemples, et le chapitre devient d’un coup plus abstrait, et nettement moins convaincant.

Or, lorsque neuf manuels sur dix répètent la même histoire, il n’est pas inutile que quelqu’un aille vérifier. Pour chacune de ces trois images, un économiste a eu cette idée incongrue. Ronald Coase – qui sera ensuite prix Nobel d’Économie – est allé fouiller les archives des phares anglais. Steven Cheung est allé interroger des apiculteurs de l’État de Washington. Stan Liebowitz et Stephen Margolis sont allés relire les études qui prouvaient la supériorité du clavier Dvorak.

Tous trois ont publié leurs résultats dans la même revue, le Journal of Law and Economics, et tous trois sont revenus avec la même nouvelle : l’exemple est faux.

Il était donc une fois trois fables. Et une petite quatrième, bien de chez nous, en guise de bonus.

Et ces fables sont développées dans la suite sur Substack, réservé à mes abonnés, et qui vous incitera, je l’espère, à vous abonner à votre tour, ce qui me permet, pour le prix d’un café en terrasse par article, de continuer à vous fournir quelques réflexions, un peu de poil à gratter et quelques mèmes rigolos.

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L’Europe va mobiliser ce qui ne peut plus fuir

Par : h16 — 23 septembre 2026 à 09:00

Dans le précédent billet, nous regardions les riches s’en aller : alors que l’Union européenne tente de séduire, tout indique que ceux qui la financent, qui y produisent et qui y investissent s’en échappent. Pire, on peine à attirer de nouveaux talents.

Les riches sont mobiles et la fiscalité étant ce qu’elle est, la conclusion s’écrit d’elle-même.

Or, cette semaine, ce même continent découvre qu’il faut se préparer psychologiquement à la guerre : avec une belle unanimité, en 72 heures, un paquet narratif quasi-identique a été servi à différents médias de grand chemin. Ainsi, la BBC demande si nous sommes psychologiquement prêts ; Anne Applebaum explique que la guerre hybride, c’est fini, et que la phase « cinétique » a commencé ; l’Institute for the Study of War publie un rapport spécial sur des campagnes russes déjà en cours contre l’Europe ; Franceinfo convoque des « experts » qui envisagent l’invasion d’un pays balte.

Et derrière, le décor s’agite avec le Polonais Tusk et ses drones « accidentels », les hôpitaux allemands qui se préparent, la Lituanie qui répète ses évacuations, le war book britannique, les chefs d’état-major réunis à Copenhague…

On pourrait épiloguer sur les réels états d’âmes de Poutine au Kremlin, mais il existe une question courte et dont la réponse est nettement plus facile à vérifier : quand un État se met à parler de guerre, qu’est-ce qu’il mobilise au juste ?

Essentiellement ce qui ne peut pas fuir.

Eh oui, foin de géopolitique ici, c’est de la mécanique fiscale élémentaire : comme on ne peut pas taxer ce qui est parti, on taxe ce qui reste. L’assiette mobile a montré qu’elle avait des options ; restent donc l’immobilier, les salaires, l’épargne réglementée et les corps.

Et cela tombe bien, l’État sait atteindre ces quatre-là avec efficacité, d’autant plus lorsqu’il s’agit de se « préparer ».

Ainsi, pour l’épargne, depuis octobre 2025, le fonds Bpifrance Défense la canalise vers l’industrie d’armement, et le ticket moyen indique des souscripteurs qui ont largement de quoi. Au Sénat, une proposition de loi promène depuis le printemps l’idée d’un « livret souverain », une sorte de livret A dont la collecte irait bâtir des hangars à munitions plutôt que des logements sociaux. Ces dispositifs n’ont pas besoin d’un missile sur Varsovie pour fonctionner, seuls sont suffisants un risque crédible, des commandes pluriannuelles et un épargnant qui, lui, n’ouvrira pas un compte à Singapour la semaine prochaine.

Pour les corps, notons que la Belgique et la Roumanie ont lancé un service militaire volontaire en 2026, l’Allemagne s’est fixé 20 000 volontaires, l’Autriche allongera sa conscription à neuf mois au 1er janvier 2027 et la France remet en scène un service national.

Bon, certes, le Neuer Wehrdienst allemand a expédié 298.200 questionnaires à de jeunes Allemands afin de leur vanter une belle carrière militaire pour ne récolter, cinq mois plus tard, que 530 engagements fermes soit 0,18% d’un succès qu’on qualifiera pudiquement de modeste.

Le président de la commission défense du Bundestag a donc fixé juillet 2027 comme date limite avant d’envisager le retour de la conscription obligatoire, ce qui est une manière distinguée d’expliquer que si le volontariat ne donne rien, on désignera de force les « volontaires ». Toute bêtise bue, on a passé trente ans à enseigner aux jeunes européens que la nation est une construction, la frontière une violence et le drapeau un début de symptôme, et voilà que nos dirigeants s’étonnent que ces mêmes jeunes refusent maintenant d’aller mourir à Narva ou Kiev.

Mais le pompon de ces agitations de moins en moins cohérentes reste sans doute l’échéancier, notamment financier (le seul qui compte, finalement) de ces préparations.

En juin, la France a signé son prêt SAFE auprès de la Commission (15,09 milliards d’euros, au titre du mécanisme européen de 150 milliards au total), remboursables sur 45 ans, avec un différé de 10 ans sur le principal et 65 % de contenu européen obligatoire.

Oui, vous avez bien lu : sur les plateaux télé, la guerre menace pour 2027, et il faut s’y préparer mentalement dès ce week-end mais au bas du contrat, on commence à rembourser en 2036 et on finit vers 2071 comme si nos dirigeants finançaient une guerre imminente à 45 ans.

En réalité, il s’agit plutôt d’une politique industrielle, et comme par hasard, la clause des 65 % de contenu européen protège les carnets de commandes européens bien avant de protéger des chars russes (ceux de 2027 ou ceux de 2071).

La peur est vendue à l’électeur pendant que le prêt longue durée est vendu au marché mais c’est le second qui est le plus crédible car il mobilise des sommes considérables : un investisseur qui croirait sérieusement à une guerre conventionnelle en Europe d’ici 3 ans n’achèterait pas du papier à 45 ans à taux préférentiel. Le Bund, d’ailleurs, ne valorise strictement rien de ce que raconte la Une et ne « price » actuellement aucune crise. L’OTAN elle-même continue de répéter qu’elle ne voit pas d’attaque conventionnelle imminente.

Bref, ce pic de discours pour une préparation à la guerre n’est pas synchrone avec un pic de probabilité d’action militaire, mais avec des événements politiques et économiques qui donnent à ces discours un rendement immédiat, contrairement à la guerre.

Cela recadre en question de survie collective ce qui n’est qu’un agenda pourri avec une dette à 114 % du PIB, une croissance à 0,4 %, un gouvernement très impopulaire et un gazole à 2,41 euros le litre. Cela débloque des lignes budgétaires autrement intouchables et cela permet d’oublier l’austérité pourtant nécessaire en utilisant le mot « résilience ». Cela offre au continent la seule politique industrielle de grande échelle encore vendable, l’automobile et la chimie allemandes ayant été sabotées une fois de trop. Et surtout, cela occupe l’espace médiatique avant que la colère à la pompe ne devienne franchement anti-gouvernementale.

Évidemment, le pire est que celui qui est parti l’an dernier avec son patrimoine ne sera pas appelé sous les drapeaux, son épargne ne financera pas Rheinmetall, et les 45 ans d’échéances ne figureront jamais sur sa feuille d’impôt. Tout cela sera réparti sur ceux qui n’avaient pas les moyens de partir, et qu’on appelle pour l’occasion « la nation » ou « la patrie », notions encore sales il y a quelques années.

Car politiquement, se préparer à la guerre rapporte.

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L’Europe perd ses riches

Par : h16 — 21 septembre 2026 à 09:00

Pendant trente ans, la question européenne ne s’est posée que dans un seul sens : quand nous rejoignez-vous ? Le 29 août dernier, un peu plus de 110.000 Islandais ont répondu qu’ils y réfléchiraient peut-être en 2028. Et ils ne votaient pas sur l’adhésion, seulement la réouverture de négociations gelées depuis 2013 : le club le plus prestigieux du continent n’attire plus.

Le verdict tombe à 52,84 % contre 47,16 %, pour 82,5 % de participation. À ce niveau de mobilisation, il sera compliqué d’invoquer la bouderie des mécontents ou le classique déficit de pédagogie. Notez que Reykjavík a voté oui et les circonscriptions rurales ont retourné la nuit électorale. La Première ministre, qui avait mis tout son poids dans la balance, a expliqué le lendemain qu’aucune négociation ne serait rouverte durant la législature, soit jusqu’en 2028.

Le calcul du gouvernement islandais a foiré : la date du scrutin avait été avancée pour capitaliser sur l’inquiétude née des pressions américaines sur le Groenland voisin. La peur, convoquée, est venue et a voté non.

Mais l’essentiel, c’est que les Islandais n’ont pas voté sur le droit européen, qui s’applique déjà chez eux : membres de l’Espace économique européen, ils absorbent l’acquis en continu, sans siège au Conseil ni voix au Parlement. Le rapport du Comité mixte de l’EEE daté du 11 novembre 2025 le constate sèchement : 445 actes juridiques incorporés entre janvier et octobre 2025, et 615 actes encore « en attente d’incorporation » au 1er octobre. Jens Stoltenberg, du temps où il dirigeait la Norvège, appelait cela une « démocratie par fax », qui tourne apparemment à plein régime.

De son côté, la Suisse signe volontairement ce que l’Islande vient de refuser : le paquet « Bilatérales III », adopté par le Conseil fédéral le 13 mars 2026 et débattu au Conseil des États d’ici la fin du mois, institue la reprise dynamique du droit européen : quand une directive évolue, Berne transpose. Le peuple garde bien sûr son référendum et s’il refuse, un tribunal arbitral décidera des « mesures de compensation proportionnées » (i.e. on peut voter non, à condition d’accepter la sanction qui l’accompagne). La bataille parlementaire du moment ne porte d’ailleurs pas sur le fond, mais sur la double majorité du peuple et des cantons, qui remonterait la barre aux alentours de 55 %. Les partisans du paquet, qui savent compter, préféreraient l’éviter.

Voilà pour la souveraineté des riches restés dehors : ils ont l’accès au marché, la facture réglementaire, et pas le bulletin de vote. Autrement dit, ils ne refusent pas la norme européenne mais sa cotisation et le drapeau.

L’autre surprise, c’est le changement de camp de la jeunesse.

En Islande, les 18-29 ans sont passés d’une majorité de oui à 63-37 à une majorité de non à 60-40. En Norvège, les moins de 30 ans sont désormais le groupe le plus hostile à l’adhésion, à 55 % de non contre 30 % de oui. Trente ans d’Erasmus, de subventions culturelles et de drapeau bleu à douze étoiles sur les affiches auront donc produit exactement l’inverse de l’effet recherché, ce qui, pour un investissement de cette taille, mérite une mention.

Et même si l’on peut observer que la Norvège prise dans son ensemble va dans l’autre sens (le non y est descendu de 56 % en 2024 à 49 % en août 2026), la fracture entre la capitale et le reste du pays pousse dans l’autre sens, et elle pousse plus fort.

Car c’est là que se trouve la vraie ligne de partage qui n’oppose pas les pays riches aux pays pauvres mais ceux qui paient à ceux qui encaissent.

Le 27 août 2026, deux jours avant le référendum islandais, six contributeurs nets (Allemagne, Danemark, Pays-Bas, Autriche, Finlande, Suède) ont publié une position commune réclamant que le cadre financier 2028-2034, proposé à près de 2.000 milliards d’euros, soit amputé de plusieurs centaines de milliards, et rejetant tout nouvel emprunt commun. Les pays riches installés dans l’Union votent donc rigoureusement (dans le cadre propre et bien élevé du Conseil) comme les pays riches restés dehors.

Quant au peuple, lorsqu’on lui demande enfin son avis, il est de plus en plus tranché : le 6 septembre, la Saxe-Anhalt allemande a envoyé sa réponse avec l’AfD à 43,8 % des voix quand la CDU s’effondre à 17,2 %, moitié moins qu’en 2021, avec une participation record de 77,8 %. La composition de ce score éclaire : 61 % des ouvriers du Land ont voté AfD.

Le même clivage se lit en France dans l’enquête eupinions de la Bertelsmann Stiftung : 82 % des cadres supérieurs veulent rester dans l’Union, contre moins de 50 % des ouvriers et des employés. Le chiffre global amène à 49 % de Français favorables à la sortie en juin, ce qui laisse la France championne d’Europe de l’euroscepticisme en pleine décrue.

L’Europe est devenue un bien de consommation de diplômés urbains, financé par ceux qui n’en veulent pas.

D’ailleurs, même les riches à titre individuel votent avec leurs pieds : Henley & Partners, dont les décomptes de millionnaires migrateurs faisaient les gros titres, a renoncé en 2026 à publier « un décompte précis que les données ne permettent pas encore ». Restent les demandes de conseil, en hausse de 16 % chez les ressortissants allemands, et une France passée en deux ans du top 40 au top 15 des nationalités qui s’informent sur l’expatriation.

En somme, si un référendum sur l’adhésion à l’Union européenne devait avoir lieu, si un gouvernement français, à court d’idées et cherchant à tester sa popularité, devait convoquer un référendum sur l’Union, alors il perdrait assez probablement et découvrirait le lendemain que personne n’a prévu de plan B. L’Allemagne, elle-même travaillée par ses provinces de l’Est, refuserait de payer pour recoller les morceaux.

Ne resterait alors qu’un noyau resserré (nordiques, Benelux, Allemagne, quelques pays d’Europe centrale) reconstituant, après trente ans de traités, de commissaires et de sommets nocturnes, un marché commun avec libre circulation. Soit précisément le point de départ. Le résultat serait obtenu au terme d’un demi-siècle d’efforts, de conventions, de constitutions rejetées puis ratifiées autrement, et de plusieurs milliers de milliards d’euros.

En réalité, l’Union ne perd pas ses membres mais ses payeurs. C’est nettement plus gênant.

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Les BRICS renforcent mollement leur résilience

Par : h16 — 18 septembre 2026 à 09:00

Le 10 septembre, plusieurs stations de pompage du Petroline ont été visées dans les régions de Riyad et de Médine. Les projectiles venaient d’Irak, au nord. Le lendemain, le ministère saoudien de l’Énergie arrêtait le pipeline à titre préventif. Depuis le quasi-blocage du détroit d’Ormuz lié à la guerre États-Unis–Iran, cette artère était devenue la principale soupape d’export du royaume et des puissances du Golfe.

La fermeture intervient alors que les Houthis, soutenus par l’Iran, multiplient les frappes sur les infrastructures saoudiennes. Ils tiennent Mokha, Dhubab et désormais l’île de Périm, à la bouche de Bab el-Mandeb : le golfe d’Aden n’est plus un couloir de commerce acceptable. Le brut saoudien se retrouve donc coincé entre un Ormuz verrouillé à l’est et une mer Rouge contestée à l’ouest. Reste l’oléoduc émirati vers Fujairah, dernier contournement debout, et nettement plus étroit.

Au même moment, l’Ukraine poursuit sa campagne de drones de longue portée contre le raffinage russe. Le 6 septembre, la raffinerie Rosneft de Riazan a de nouveau été touchée, au point que des sources industrielles ont annoncé l’arrêt d’unités primaires pour plusieurs semaines. Le 9 septembre, des drones ont atteint des usines de condensats gaziers à Novy Ourengoï et Purovsky, à près de 3 000 kilomètres, tandis qu’un terminal de fioul brûlait à Novorossiisk.

L’asymétrie est brutale : quelques dizaines de milliers d’euros de drones contre des installations bien plus coûteuses. De moins en moins d’endroits sont sûrs, ce qui se traduit au reste de la planète en prime d’assurance sur le prix du baril.

Au passage, ces cibles ont des points communs : Aramco, Rosneft, PDVSA sont des monopoles d’État ou parapublics, des infrastructures uniques, gigantesques, centralisées et parfaitement immobiles. Un siècle de planification énergétique a produit des points de passage obligés dont la liste tient sur une serviette de table et qu’une poignée d’attaquants motivés peut fermer pour plusieurs semaines. A contrario, le schiste américain est composé de milliers d’opérateurs privés, à cycles d’investissement courts, sur des puits dispersés.

Pour l’Asie et l’Europe, qui importent massivement du brut du Golfe et des produits raffinés russes décotés, le double choc est violent : les lignes d’approvisionnement classiques sont devenues des zones de conflit. Les otages les plus coincés sont le Japon, la Corée et l’Inde, dont tout arrive par la mer et par des goulets tenus par d’autres.

Les États-Unis, eux, jouent une autre partie. Le pétrole albertain, premier export canadien vers les raffineries du Midwest et de la côte du Golfe, échappe pour l’essentiel aux droits de douane que Trump brandit contre Ottawa. La guerre commerciale se traduit par une interdiction de certains alcools à partir du 29 septembre, ce qui fait beaucoup de bruit dans les journaux pendant que le brut des sables bitumineux qui continue de couler sans taxe n’en fait aucun. Les raffineurs américains l’avaient exigé, Washington a compris. L’Ontario et le Québec paient cher, l’Alberta, quatrième réserve prouvée mondiale, pas du tout.

Vendredi 11 septembre, le Brent s’est réglé à 104,61 dollars le baril et le WTI à 100,05 dollars. L’écart de 4,56 dollars correspond à peu près au prix du fret transatlantique. Mais surtout, l’avantage américain réside dans le fait que le baril américain ne traverse aucun détroit tenu par un belligérant : l’acheteur asiatique compare désormais un WTI plus le fret à un Brent plus le risque Ormuz.

Reste le Venezuela, première réserve prouvée de la planète, où les Américains avancent leurs pions : concession de cent ans sur 17 champs, participation américaine dans North American Blue Energy Partners et Chevron qui annonce plus de 7 milliards de dollars pour doubler sa production à 600 000 barils par jour. Certes, l’extra-lourd de l’Orénoque réclame du diluant, du capital et une décennie de travail mais les perspectives semblent meilleures que celle de l’Europe.

Le continent se différencie donc nettement du reste du monde, et l’on voit s’y déployer la dernière mouture de la doctrine Monroe : là où prévalait le « format OTAN », englobant Amérique du Nord et Europe, la présidence Trump recentre sur le contrôle des deux Amériques, du Groenland au canal de Panama. Le chaos qui règne ailleurs empêche très commodément l’avènement de rivaux.

L’Europe, elle, aborde ce marché avec ses « atouts » habituels : des réacteurs fermés par choix politique, une exploration interdite par principe et une facture énergétique dont la part fiscale demeure la seule variable que nos gouvernements maîtrisent réellement et refusent de diminuer. Un Brent à trois chiffres n’y sera donc pas une surprise.

Et pendant que les stations de pompage brûlaient, onze chefs d’État se retrouvaient à New Delhi pour le 18e sommet des BRICS+, les 12 et 13 septembre, sous un thème choisi de longue date : « Building for Resilience ».

En mai, à New Delhi déjà, les ministres des Affaires étrangères n’avaient pas réussi à produire de déclaration commune : l’Iran voulait une condamnation explicite des frappes américaines et israéliennes. Les Émirats, entrés depuis peu dans les BRICS+ et eux-mêmes visés par les missiles iraniens, l’ont bloquée. Quatre mois plus tard, le verrou a sauté et la déclaration de New Delhi a été adoptée à l’unanimité dès le premier jour, sans objection des membres. Pour un texte de 140 paragraphes, on pourrait croire à un exploit.

En pratique, le paragraphe 64 souligne la nécessité d’assurer « des flux d’énergie ininterrompus en provenance de sources diversifiées » ainsi que « la résilience et la protection des infrastructures énergétiques critiques », le 28 appelle à « une retenue maximale » … sans jamais préciser qui devrait se retenir. Quant au 24, il évoque « les conflits dans de nombreuses parties du monde » : la guerre russo-ukrainienne n’apparaît pas une seule fois dans le document, ce qui relève de la haute performance rédactionnelle pour un texte cosigné par la Russie et publié six jours après l’arrêt de Riazan. C’est superbement vague. Et concrètement, il est sorti de ce sommet un « BRICS Insurance Resilience Centre », encore au stade du concept et de la « plateforme volontaire », un réseau d’incubateurs, un groupe de travail sur la médecine traditionnelle et un hub de mobilité urbaine.

Bref, face à des drones capables d’arrêter une raffinerie à 3 000 kilomètres, la réponse du bloc est donc un portail de connaissances. C’est gentiment ridicule.

Le reste tient dans les couloirs. L’Inde achète du pétrole et rappelle poliment à Pezeshkian qu’il faudrait tout de même protéger la liberté de navigation et les marins. Pezeshkian, venu chercher une solidarité que le texte ne lui accorde pas, est allé la négocier en tête-à-tête avec le prince héritier d’Abou Dhabi. Xi, lui, a signé samedi un paragraphe 21 condamnant « la montée des mesures tarifaires unilatérales » avant d’aller voir Trump à Washington le 24 pour y négocier une trêve commerciale. Il hérite au passage de la présidence 2027 : la mise en œuvre lui appartient, ce qui est une façon élégante de la remettre à plus tard.

Un adversaire cohérent, on le contient comme on peut. Un adversaire capable de signer ce genre de bouillon clairet, on le laisse s’empêtrer. Washington, lui, frappe, sanctionne, vend de la sécurité et pompe un brut qui ne traverse ni Ormuz ni Bab el-Mandeb.

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Économie française : l’impasse gouvernementale est totale

Par : h16 — 16 septembre 2026 à 09:00

La rentrée est là et les nouvelles économiques françaises reviennent de vacances et cette année, elles ne reviennent pas franchement bronzées…

Par exemple, l’INSEE vient d’abaisser sa prévision de croissance pour 2026 à 0,4 %, contre 0,7 % auparavant. D’ailleurs, le premier semestre a été révisé à la baisse : −0,2 % au premier trimestre, 0,0 % au deuxième, dans une quasi-récession ou un encéphalogramme plat que le gouvernement espère agrémenté de quelques soubresauts d’ici décembre, en restant obstinément calé sur un 0,7 % de croissance, après 0,9 % en avril et 1 % dans le budget initial.

Au-delà du constat, l’INSEE constate qu’« À rebours de ses voisins, l’économie française a décroché ». Dorian Roucher, responsable de la conjoncture à l’Insee, précise que la croissance française serait « trois fois moins » importante que celle de la zone euro ou du Royaume-Uni.

Depuis le printemps, chaque révision gouvernementale avait été dûment imputée à la « loi spéciale » et au « conflit au Moyen-Orient ». Or, nos voisins européens et les Britanniques subissent la même guerre, le même pétrole hors de prix, le même détroit d’Ormuz tendu comme un Gabriel Attal sous coke et, pour ceux de la zone euro, la même BCE qui remonte ses taux. Et pourtant, ils s’en sortent, sinon brillamment, du moins nettement mieux. Si la conjoncture est la même pour tous et que seule la France décroche, c’est que la France traîne des boulets bien à elle.

L’INSEE les liste d’ailleurs avec la pudeur euphémistique des institutions publiques : le décrochage tient « notamment » à une situation budgétaire difficile, et l’investissement des entreprises, qui repasserait dans le rouge cette année, serait « plombé par des perspectives de demande atone et un coût du capital en hausse ».

Ben tiens.

Il faut dire qu’avec le taux de la dette française à dix ans qui a franchi les 4,3 % (du jamais-vu depuis 2008), le capital se fait plus cher puisque c’est la référence sur laquelle se cale tout le crédit du pays. Sans surprise, l’investissement des entreprises recule donc (−0,3 %), celui des ménages plus encore (−1,3 %), la croissance s’étiole, les recettes fiscales suivent, le déficit se creuse, l’État emprunte davantage, les taux remontent, les politiciens s’agitent, Marine Tondelier émet des couinements et les portes de l’Enfer émettent un petit grincement en s’ouvrant davantage.

Eh oui : l’État n’est plus une malheureuse victime du ralentissement mais son moteur.

Chaque euro qu’il accapare pour boucler ses fins de mois manque à ceux qui produisent, et chaque dixième de point sur l’OAT se paie en usines qui n’ouvrent pas et en maisons qui ne se construisent pas.

Ce qui fait une facture de plus en plus poivrée : au premier semestre, l’État a déjà versé 34,5 milliards d’euros d’intérêts, en hausse de plus de 18 % sur un an, soit davantage que le budget annuel de la Justice. Cet été, un nouveau déficit est même apparu dans les comptes du pays : selon la Banque de France, la balance des revenus, encore légèrement positive il y a un an, affiche désormais près de 10 milliards d’euros de déficit sur douze mois. La France verse maintenant au reste du monde plus de revenus, intérêts en tête, qu’elle n’en perçoit.

C’est assez logiquement que Goldman Sachs et Deutsche Bank proposent maintenant à leurs clients des paniers d’obligations pour parier sur les suites de la présidentielle 2027. Les banquiers new-yorkais mettent déjà un prix sur une faillite possible que nos politiciens refusent de voir.

Face à ce tableau, le gouvernement s’agite.

En juillet, il a réuni un « comité d’alerte des finances publiques » pour « donner un cap ». Il a annoncé une sorte d’économies de Schrödinger, à la fois annoncées et introuvables, dont la moitié des 10 milliards prévus pour 2026 reste sans le moindre détail.

Le piège est déjà visible, déjà refermé et bien illustré avec ce qui se passe sur les carburants : le gazole dépasse les 2,29€/l, un record depuis le début de la guerre, et Bercy reste « défavorable » à toute mesure générale, au motif que « la situation des finances publiques ne nous semble pas permettre ce type de mesure ».

Ce n’est pas faux, l’État n’a effectivement plus les moyens de rendre le moindre centime, et ce, même si la crise ne lui coûte rien : fin août, les recettes fiscales sur les carburants dépassaient de 9 millions d’euros leur niveau de l’an dernier : la TVA, gonflée par les prix, a compensé presque au million près la baisse des accises, due à une consommation en recul de 5,5 %. Les Français paient donc des prix records et roulent moins (ce qui affaiblit la croissance) pendant que le fisc encaisse comme si de rien n’était. À la place d’une baisse de taxes, on distribue 1,4 milliard d’aides ciblées, avec les formulaires, les critères et les guichets qui vont avec, payés avec vos sous.

Le piège est donc refermé. Baisser les impôts ? Bercy vient d’écrire que c’est impossible. Baisser les dépenses ? Impossible aussi pour une classe politique qui a les yeux rivés sur avril 2027. Emprunter davantage ? Chaque euro emprunté coûte désormais plus cher que ce qu’il rapporte en croissance. Faire tourner la planche à billets ? Elle est à Francfort et elle n’est pas d’accord. Et les ménages n’offrent plus aucun amortisseur : l’inflation remonterait à 2,9 % d’ici décembre et leur pouvoir d’achat reculerait de 0,4 % sur l’année.

Que reste-t-il alors pour nos pitres aux commandes ?

La croissance miracle vient d’être revue à la baisse. Le sauvetage européen existe, mais la BCE réserve ses instruments aux pays qui tiennent leurs engagements budgétaires, et il arriverait avec des technocrates chargés d’imposer les coupes que Paris n’a jamais osé faire.

La seule la solution qui se prépare en coulisses, c’est d’aller chercher l’argent là où il se trouve, dans l’épargne des Français, en poussant banques et assureurs à se gaver d’obligations d’État, en « orientant » l’assurance-vie et le reste ou en inventant une « contribution exceptionnelle ».

La seule vraie solution, tout le monde la connaît : couper franchement la dépense publique. Pas en ralentir la hausse, comme c’est l’habitude des clowns vides qui occupent l’actualité, mais bien la couper, c’est-à-dire supprimer des pans entiers d’un État obèse et rendre aux Français une partie de ce qu’on leur prend. Solution ô combien douloureuse, impopulaire et sans effet visible avant 2027, et donc inévitablement invisible pour la brochette de saboteurs au pouvoir.

L’incident financier viendra donc probablement d’un déclencheur : une note dégradée, une adjudication boudée, un gouvernement renversé, un résultat électoral qui affole ces marchés sur lesquels on parie déjà. La spirale est lente, parce que la vieille dette bon marché ne se renouvelle que progressivement, et c’est précisément ce qui permet à Bercy de faire semblant de ne rien voir.

« Plafonner, c’est organiser la pénurie », dit Bercy. En plafonnant enfin ses dépenses, peut-être parviendrait-il à organiser la pénurie d’impôts ? Ne rêvez pas, cela n’arrivera pas.

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Intelligence artificielle : la peur, ce permis de régner

Par : h16 — 14 septembre 2026 à 09:00

Avec l’intelligence artificielle, nous courons évidemment à la catastrophe.

C’est en tout cas ce qu’a expliqué, le 9 septembre dernier, un chercheur dont personne n’avait jamais entendu parler alors qu’il annonçait, dans sept messages sur X, sa démission d’Anthropic, la société en charge de l’IA Claude. Pour lui, les laboratoires foncent vers une super-intelligence auto-améliorante et jouent nos vies au casino. Et ce message, en 24h, va dépasser les 100 millions de vues ; il en affiche aujourd’hui 166 millions.

Le message, en lui-même, est banal et ne contient aucune prédiction datée, ce qui le rend difficilement viral. Son messager, Jacob Coxon n’est ni Ilya Sutskever ni Dario Amodei, célébrités reconnues ; il a passé quelques semaines chez Anthropic après un détour par OpenAI, et son compte X n’avait pratiquement aucune activité.

Mais voilà : lorsque son fil paraît, l’exclusivité de son entretien avec le Wall Street Journal est déjà en ligne depuis dix-huit minutes. Oui, vous avez bien lu : un parfait inconnu a décroché un entretien exclusif avec le premier quotidien économique mondial avant même d’avoir rien publié.

L’intéressé a reconnu avoir rédigé son texte avec un ami et sollicité une dizaine de connaissances pour le pousser et dans la demi-heure, quatre comptes le reprennent : deux cadres d’Encode, le fondateur de l’AI Futures Project, un salarié de Coefficient Giving. Coïncidence : toutes ces structures sont financées par le Survival and Flourishing Fund de Jaan Tallinn, lequel a par ailleurs mené, avec Dustin Moskovitz, la série A d’investissements pour Anthropic.

Mais avant d’aller plus loin, revenons un peu en arrière : le 4 septembre, cinq jours avant la démission, Data for Progress mettait en test auprès de 1.332 électeurs une question sur le projet de loi Sanders ; le résultat sort quinze heures après le fil de Coxon, 68 % d’approbation dont 63 % de républicains. Le 7 septembre, un député britannique déposait aux Communes une loi miroir rédigée par l’ONG ControlAI. Les premiers papiers du 9 paraissent sous la plume de boursiers du programme Tarbell, doté de huit millions de dollars par les mêmes fonds, et qui a placé 24 journalistes dans 16 rédactions.

Fabrice Epelboin, qui étudie ces mécaniques depuis quinze ans, tranche : « Cela a été préparé et coordonné ». Bien sûr, personne n’a (pour le moment) identifié de chef d’orchestre, aucune facture n’a été produite mais ce qu’on observe est simple : une loi, un sondage, une loi étrangère, des journalistes et des élus étaient tous en place, et tout s’est déclenché en une nuit.

Spontanément ?

Le même 9 septembre, Coefficient Giving annonçait accélérer ses financements sur l’IA : 351 millions de dollars en 2025, plus d’un milliard prévu en 2026. Le 11 au petit matin, le Wall Street Journal refermait la séquence qu’il avait ouverte trois jours plus tôt : « Congress Is Suddenly Waking Up to the AI Doomsday Threat » (« Le Congrès prend soudainement conscience de la menace apocalyptique que représente l’IA »).

Soudainement ?

En fait, le vrai sujet n’est pas ce Coxon, dont on notera d’ailleurs qu’il a quitté Anthropic deux mois avant l’acquisition de ses actions et déclare n’avoir rien touché. Qu’il croie ou non à ce qu’il raconte n’a aucune importance, car en pratique, le texte a été écrit avant lui.

Le 10 août, Bernie Sanders (sénateur démocrate-socialiste américain) écrivait aux patrons des laboratoires d’IA pour exiger une pause. Le 3 septembre, il annonçait avec le représentant Greg Casar le Ban Artificial Superintelligence Act au lendemain de la clôture d’un ministériel du G20 à Chapel Hill où l’administration américaine avait fait venir Altman, Huang, Zuckerberg, Musk et Karp plaider leur cause devant les officiels étrangers.

Le programme tient en quelques lignes et propose une interdiction permanente de la superintelligence, une pause du développement de l’IA avancée en attendant qu’une agence fédérale flanquée d’un collège d’experts édicte des règles pour encadrer les systèmes concernés, et des accords internationaux et contrôles à l’exportation pour empêcher qu’on en construise ailleurs sur la planète. Enfin, pour les récalcitrants, on ajoutera une dissolution de l’entreprise et vingt ans de prison (peines calquées sur la répression du nucléaire militaire clandestin).

Le texte de loi, lui, n’existe pas : cinq jours après l’annonce, le bureau du sénateur promettait toujours une législation qui détaillerait enfin l’infraction assortie de la peine de vingt ans déjà édictée.

Dans la définition, sont visés les systèmes capables de planifier et d’exécuter « la mise hors d’état d’agir de l’humanité, notamment en renversant ou en sapant le gouvernement américain ». Eh oui, le législateur ne s’oublie surtout pas ! Et pour la définition de super-intelligence, il s’agira, selon le même texte, des systèmes qui exhibent « ou peuvent être facilement modifiés pour exhiber » des capacités égalant l’humain sur un large éventail de tâches.

Interrogé par Science, François Chollet fait observer qu’à ce compte-là c’est déjà fait ; Heidy Khlaaf juge la notion hypothétique et infalsifiable ; et Roman Yampolskiy, qui soutient le texte, répond que les lois encadrent couramment des catégories dont les frontières demandent l’interprétation d’un expert. Voilà : l’agence (celle qu’on va créer ad hoc) tranchera.

Si cette séquence vous rappelle quelque chose, c’est normal : une menace existentielle qu’on ne peut ni dater ni réfuter, l’incertitude érigée en preuve, le débat clos avant d’être ouvert et au bout du compte une agence peuplée d’experts qui décide à la place des intéressés, c’est mot pour mot la mécanique du nucléaire civil, du climat et du covid, appliquée cette fois à un fichier de quelques centaines de giga-octets.

En outre, difficile de ne pas voir l’intérêt évident de la belle (et pas si étrange) unanimité entre Musk (xAI), Amodei (Anthropic) et Altman (OpenAI) pour réclamer des lois pour une pause qu’ils pourraient très bien décider par eux-mêmes : ce genre de capture règlementaire leur assurerait un solide verrouillage du marché au moins occidental, ce qui permettrait une introduction en bourse sous les meilleurs auspices. Actuellement, cette même introduction en bourse les oblige à la totale transparence sur leurs coûts et leurs (trop maigres) bénéfices, ce qu’un oligopole de droit rendrait bien plus attractifs.

Enfin, la synchronicité observée ne joue pas qu’à Washington.

À Londres, la loi Sobel est appuyée par plus de soixante-dix parlementaires de tous les partis. Downing Street a refusé le principe d’une interdiction, ce qui mérite d’être signalé. Mais en Europe, on n’attendait personne : l’AI Act impose depuis le 2 août la transparence des agents conversationnels et le marquage des contenus générés. Et à Paris, le gouvernement s’emploie à « cadrer » l’usage de l’IA dans la fonction publique, ce qui résume assez bien l’époque : l’État s’équipe pour lui, et limite les autres.

Qu’une intelligence artificielle finisse par échapper à ses concepteurs n’est pas une idée sotte, mais encore faudrait-il expliquer en quoi les mesures proposées y répondent. Une pause américaine ne suspend pas les serveurs de Shenzhen. Un contrôle à l’exportation n’efface pas des modèles déjà téléchargés des millions de fois.

En fait, un traité mondial relève de l’incantation pure et entre le risque invoqué et le remède prescrit, il n’y a strictement aucun rapport.

En revanche, ce remède, qui épargne habilement le laboratoire de pointe, qui dispose d’avocats, d’un conseil d’administration et d’un régulateur à qui parler, n’épargnera pas le modèle libre, ouvert, local, qui tourne sur la machine du sous-sol sans conditions d’utilisation ni interrupteur distant, celui avec lequel un administré ordinaire épluche par exemple en une soirée dix ans de marchés publics de sa commune, cartographie qui attribue quoi à qui et pour combien, et se fait rédiger le recours dans la foulée.

Greg Casar s’indigne que l’IA soit « moins règlementée que le food truck moyen ». Mais il oublie (trop vite) pourquoi : le food truck, lui, ne lit pas les délibérations du conseil municipal. Or, l’IA à portée de main de tous, c’est rendre lisible l’enfer bureaucratique et administratif, c’est rendre visible les actions de tous les agents de l’État, politiciens en premier.

Eh non, encore une fois, ils ne veulent pas sauver l’humanité. Ils veulent rester illisibles.

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Bukele, la kryptonite des politiciens français

Par : h16 — 11 septembre 2026 à 09:00

« Security was just the beginning. »

C’est avec ces quelques mots que, le 5 septembre dernier, Nayib Bukele, le président du Salvador, annonçait que les élèves de 171 écoles publiques de son programme de modernisation, évalués en juin par l’OCDE, obtenaient en lecture, mathématiques et sciences des résultats « comparables aux moyennes de l’Allemagne et de la Suède ».

Le secret ? Ces établissements tournent depuis un an avec des tuteurs IA (Grok, de xAI).

Ironie du sort : trois jours plus tard, l’OCDE publiait PISA 2025 qui montrait un véritable effondrement de l’enseignement dans les pays de l’OCDE avec des scores particulièrement préoccupants en France.

À ces mêmes résultats, le Salvador quant à lui obtient 385 points en sciences, 346 en mathématiques et 366 en lecture, contre 373, 343 et 365 en 2022. Des progrès finalement modestes et des scores qualifiés par l’OCDE de « pratiquement identiques à ceux de 2022 ».

Le miracle vanté par Bukele se serait-il évaporé ?

En réalité, l’épreuve PISA 2025 a été passée au printemps 2025 ; or, le partenariat avec xAI date du 11 décembre 2025, et le pilote des 171 écoles tourne depuis l’été 2025. Autrement dit, les adolescents testés dans le cadre de PISA n’ont donc jamais vu la couleur d’un tuteur IA. Comme PISA passe à un cycle de quatre ans, le vrai verdict tombera en 2029.

Cependant, la cohorte 2025 montre autre chose : ces élèves ont eu quinze ans dans un pays passé de 103 homicides pour 100 000 habitants en 2015 à 1,3 en 2025 : la capitale mondiale du meurtre a rejoint le niveau de l’Europe de l’Ouest en une décennie.

L’OCDE ajoute une nuance que personne ne relèvera : la stagnation apparente en mathématiques et en lecture s’explique en partie par l’entrée dans le système de jeunes de quinze ans issus de populations jusque-là hors de l’école, ce qui veut dire que la moyenne a tenu bon pendant qu’on élargissait la base. Rien que pour cela, la politique de Bukele mérite d’être étudiée.

Il n’en sera rien, et pour cause : elle reste un véritable morceau de kryptonite posé au milieu du salon des socialistes européens, car pour eux, l’insécurité – c’est certain ! – est « multifactorielle », donc structurelle, donc évidemment insoluble sans davantage de moyens, de prévention, de lien social et d’épais rapports, voire des petites cellules psy, un numéro vert et des salles de sport ou multimédias flambant (!) neuves.

Cinquante ans de ce discours, et un pays d’Amérique centrale démontre malencontreusement en quelques années qu’il ne s’agissait pas d’une fatalité mais, au mieux d’un choix politique foireux ou, au pire, d’un gros pipeau paresseux.

L’horreur pour nos socialistes est que ce mécanisme est en train de se reproduire sur l’éducation.

La France sort de PISA 2025 avec 456 points en compréhension de l’écrit et 458 en mathématiques. Les sciences reculent à 483. Ce sont les plus mauvais résultats français depuis la création de l’enquête en 2000, dans les trois matières simultanément, autour du vingt-septième rang. La proportion d’élèves faibles en mathématiques passe de 29 à 36 %. Le tout pour la modique somme de 63 milliards d’euros hors pensions, quatre mille postes supprimés cette année, et des communes où le maire finit par faire la classe.

Le budget salvadorien de l’éducation pèse 1,68 milliard de dollars pour 1,2 millions d’élèves, soit 1400 dollars par élèves, à comparer aux 5430 euros par élèves français…

Amusante collision de l’actualité : la cible bouge… vers le bas. En effet, pendant que le Salvador rattrapait l’Allemagne, l’Allemagne perdait 15 points en lecture et 11 en mathématiques, la Suède 21 et 18. Le pilote salvadorien se comparait aux moyennes allemande et suédoise de 2022, que l’Allemagne et la Suède de 2025 n’atteignent plus.

Heureusement, la France a déjà pris des dispositions importantes pour redresser la barre : rue de Grenelle, la production réglementaire de la rentrée a ainsi consisté à étendre au lycée l’interdiction du téléphone et des objets connectés, « pour la concentration », au moment où l’OCDE associe l’usage pédagogique des appareils numériques à de meilleures performances et relève qu’environ 80 % des élèves dans le monde se servent déjà de l’IA pour apprendre.

Si interdire le smartphone récréatif n’est pas idiot, interdire l’outil sans avoir le moindre substitut pédagogique à l’échelle et appeler ça une politique constitue une nouvelle preuve de la paresse intellectuelle de nos dirigeants, pendant que le Salvador, lui, utilise finement les écrans que la France interdit.

En 1984, Benjamin Bloom établissait que l’élève moyen en tutorat individuel avec pédagogie de maîtrise grimpait à deux écarts-types au-dessus de la classe ordinaire. Il ajoutait aussitôt que la chose était trop coûteuse pour être déployée à grande échelle. Cependant, ce qui était trop coûteux il y a 40 ans devient possible de nos jour avec l’IA : on dispose à présent d’un modèle qui réexplique la division des fractions pour la onzième fois sans soupirer, coûtant à peu près le prix d’une photocopie.

La seule question intéressante est de savoir si ce pari tient ou pas. C’est malheureusement celle que la France a décidé de ne pas poser.

Au passage, on pourra noter, à raison, que l’école salvadorienne avance à coups de 501 millions de dollars prêtés par la Banque mondiale, de 100 millions de la BID et d’une dette publique autour de 90 % du PIB. Ce n’est donc pas encore un miracle fiscal ni une évaporation de l’État, loin s’en faut…

Mais c’est exactement ce qui irrite les dirigeants français : par rapport au Salvador, la France démontre en creux avoir un grave problème de cible. À 63 milliards, l’Éducation nationale produit des inspections, des télégrammes sur le masculinisme, un étranglement méthodique du hors-contrat et une instruction en famille refusée à un enfant sur quatre ; elle protège sa propre boutique.

Tant dans la sécurité que l’éducation, Bukele démontre que la politique est avant tout une affaire de volonté : celle de résoudre des problèmes concrets et d’accroître le bien-être de la population. Le contraste avec les politiciens européens, français en particulier, est particulièrement cruel. Il démontre sans la moindre pitié l’incurie de nos dirigeants, la nullité de la caste politicienne actuelle et affiche leur manque de courage pour ce qu’il est réellement : du sabotage.

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L’utilité réelle des feux tricolores ou « Hayek au volant »

Par : h16 — 10 septembre 2026 à 09:00

Ah, la place de l’Étoile à Paris, quelle aventure !

Oui, cette place Charles-de-Gaulle selon son patronyme officiel qui est au centre de douze avenues convergentes, sans aucun marquage au sol, aucun feu sur l’anneau, avec un diamètre de 241 mètres et la priorité laissée non pas à ceux qui tournent mais à ceux qui s’engagent, eh bien cette place est très exactement ce que la doctrine française de la sécurité routière décrit comme un cauchemar.

Toute une génération de moniteurs d’auto-école raconte que le vrai examen de conduite ne se passe pas devant l’inspecteur, mais la première fois qu’on longe l’Arc de Triomphe.

Et malgré cela, ce que les assureurs y traitent, ce sont des constats amiables. Oh, certes, beaucoup de constats amiables au demeurant, au point que la profession a pris l’habitude devant l’impossibilité de démêler quoi que ce soit dans l’enchevêtrement des trajectoires de partager les torts par moitié : de la tôle froissée, des pare-chocs rayés, des rétroviseurs arrachés, des noms d’oiseaux (beaucoup de noms, beaucoup d’oiseaux).

Sur ce cauchemar, il n’existe en revanche aucune statistique publiée faisant état d’une hécatombe de morts ou de blessés.

Pendant ce temps, sur les carrefours équipés, gérés, cadencés et “sécurisés” du reste du pays, le Cerema compte environ 10.000 accidents, 1.500 blessés et 150 tués par an.

La place de l’Étoile n’a jamais été conçue comme une expérience mais pourtant en tient lieu : elle n’a fait qu’échapper à la réforme du début des années 1980 qui a inversé les priorités dans tous les autres carrefours circulaires de France. Ce faisant, la République dispose donc, en plein Paris, d’un laboratoire de circulation sans signalisation qui tourne depuis un siècle, et elle n’a jamais songé à le regarder.

C’est un dommage, parce que la question qu’il pose est simple, ancienne et jamais tranchée : à quoi servent, exactement, les feux tricolores ?

Et comme d’autres avant lui, cet article du Jeudi est donc ouvert à mes abonnés et lisible sur Substack ici et montre que cette question n’est pas si vite répondue…

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L’Éducation nationale s’effondre, mais elle tient ses positions

Par : h16 — 9 septembre 2026 à 09:00

Pour sa dernière rentrée, Emmanuel Macron a trouvé le mot juste : à son époque, a-t-il expliqué avec l’assurance des cuistres, les vacances d’été commençaient « autour du 14 juillet ». Vérifications faites, c’était évidemment faux.

Eh oui, un jour de rentrée, le chef de l’État n’avait rien d’autre à offrir qu’une nostalgie calendaire basée sur du vent. Finalement, c’était assez raccord avec une institution qui n’avait pas plus à dire et transforme donc la rentrée des classes en pur exercice de communication. L’instruction, elle, attendra.

Cependant, ce même 1er septembre, l’association Helpen publiait son « Livre noir » de l’Éducation nationale : 264 pages fondées sur plusieurs milliers de témoignages et de signalements, qui décrivent non pas des conflits de bureau mais un « harcèlement institutionnel », enraciné dans les pratiques managériales du ministère : dans 81 % des situations, le supérieur hiérarchique est directement impliqué ; 77 % des victimes rapportent des représailles après signalement ; 55 % n’ont jamais obtenu la moindre réponse et 98 % jugent la réaction de l’institution peu ou pas efficace. Ceux qui ne refusent pas la réalité y liront le bilan d’une administration en pleine déliquescence, à la mécanique résumée en une phrase dans le rapport : « ce que l’institution ne corrige pas, elle le reproduit ».

Une semaine plus tôt, le ministre Édouard Geffray déroulait sa conférence de rentrée : « tolérance zéro », on ne touche pas « même un cheveu » d’un agent de l’Éducation nationale. Il parlait bien sûr des agressions venues de l’extérieur, et pour celles de l’intérieur, la ligne est autrement plus souple : entre mai et juillet, cinq questions écrites de députés de tous bords ont demandé au ministre ce qu’il comptait faire, sans aucune réponse reçu. La « tolérance zéro » s’applique aussi aux questions.

L’Inspection générale elle-même reconnaît pourtant, dans son dernier vadémécum, que le harcèlement moral existe bien dans la maison et qu’il peut être « diffus » et « systémique ». L’institution le sait, l’écrit et le classe avec efficacité.

Cependant, elle n’est pas inactive : la même semaine, le ministère et l’Intérieur adressaient aux chefs d’établissement et aux forces de l’ordre deux télégrammes recensant les « menaces » de l’année scolaire : terrorisme, stupéfiants, « masculinisme »…

Voilà qui rassure  l’administration est capable de dresser l’inventaire scrupuleux de tout ce qui menace ses classes, à l’exception d’elle-même. L’hôpital se moque de la clinique, avec en-tête tricolore et adresse un message limpide aux personnels : on vous protège contre le monde, pas contre la maison.

Pendant ce temps, le terrain se débrouille.

Par exemple, à La Chapelle-sur-Erdre, un professeur manquait dès le premier jour, et le maire a dû faire classe, faute de remplaçant disponible dans un ministère qui supprime par ailleurs 4.000 postes cette année. La « tolérance zéro » ne s’applique pas aux affectations.

Côté propositions, Bruno Retailleau, candidat à la présidentielle, a découvert en meeting la nécessité d’« internats disciplinaires » pour les élèves violents, ce qui a fait sourire les éducateurs : ça existe déjà, ça s’appelle les Epide, et il suffisait de se déplacer pour le savoir. La droite de plateau invente des dispositifs que l’État possède déjà, pendant que l’État perd des professeurs qu’il ne remplace pas.

Tout ce petit monde tourne en vase clos, redistribuant la pénurie avec le sérieux d’un plan quinquennal. Une ânerie de président, une absence en classe, un télégramme sur le « masculinisme » : la rentrée a ses priorités.

Mais le plus consternant, c’est que cette administration en manque de remplaçant trouve sans mal des inspecteurs.

Quarante ans après la loi Savary, l’enseignement catholique dénonce des contrôles à répétition, des fermetures de classes en cascade et des coupes de moyens qui visent spécifiquement les établissements sous contrat. Dans le seul Finistère, l’enseignement catholique a perdu 1.000 élèves en un an et fermé 24 classes. Les écoles qui tiennent debout sans grève ni absentéisme chronique, où les parents se bousculent encore, sont traitées en suspectes ; celles qui s’effondrent (plus ou moins vite) sont protégées. C’est l’égalité des chances qui transforme la sélection par l’échec en vertu républicaine ; ce qui marche est à inspecter, très régulièrement et ce qui se délite mérite moyens et compassion ministérielle.

D’ailleurs, le même réflexe s’applique aux familles qui ont choisi de se passer tout à fait du système.

Depuis la loi « séparatisme » de 2021, l’instruction en famille n’est plus un droit mais une faveur, accordée sur dossier par le rectorat, et de plus en plus rarement selon la Cour des comptes : 10.202 demandes sur 40.846 refusées en 2024-2025, soit un enfant sur quatre renvoyé de force vers l’école publique (qui fonctionne si bien). On prétend ainsi lutter contre la radicalisation, mêmem si le guide interministériel admet lui-même que les cas d’enfants radicalisés à domicile sont « exceptionnels ».

Tant refus pour un risque exceptionnel ne s’explique que si l’on comprend que l’institution ne se bat pas pour le niveau des élèves mais pour son monopole. La « liberté » éducative se mesure au tampon.

Et sans surprise, avec cette direction, ces gesticulations, cette mentalité, le niveau fait exactement ce qu’on attend d’un système qui protège sa structure avant sa mission.

Depuis 2000, la France a perdu 40 points en mathématiques dans les enquêtes PISA, soit l’équivalent d’une année scolaire, et 30 points en compréhension de l’écrit ; sur quarante pays évalués, quatre seulement ont fait pire. Sur le long terme, en calcul, les élèves de CM2 sont passés d’un score de 100 en 1987 à 70 en 2017, et la dictée compte désormais 19 erreurs en moyenne contre 11 à l’époque. La dernière fournée montre même que les tendances s’aggravent : les résultats en sont apocalyptiques.

À ce niveau de délitement, ce n’est pas une erreur mais bien un effet recherché, aligné sur des décennies de « réformes » et de « priorités » éducatives qui enrichissent le vocabulaire ministériel et appauvrissent celui des élèves.

La rentrée 2026, c’est une administration qui harcèle ses propres agents, ignore les députés qui s’en inquiètent et trouve encore le temps d’adresser des télégrammes sur le « masculinisme ». C’est un ministère sans remplaçants mais fourni en inspecteurs, réservés de préférence à l’école libre. C’est un État qui refuse un enfant sur quatre à l’instruction en famille au nom d’un danger qu’il qualifie pourtant d’« exceptionnel ». Et, au sommet, un président inutile qui prétend se souvenir de dates vacances qui n’ont jamais existé.

Il ne manque rien au tableau, sinon des élèves qui sachent le lire. Rassurons-nous : à ce rythme, dans dix ans, l’Éducation nationale n’aura plus personne à harceler, plus personne à inspecter et plus personne à instruire.

Elle sera enfin parfaitement conforme à ses procédures.

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La tolérance, du Sapin à la tronçonneuse

Par : h16 — 7 septembre 2026 à 09:00

La tolérance et l’ouverture d’esprit sont des denrées si rares que la gauche s’est apparemment empressée de les rationner.

Ainsi, à Paris, mardi dernier, une cinquantaine d’élus, d’artistes et d’intellectuels, rejoints depuis avec gourmandise par quelques centaines de signatures, demandent au Conseil de Paris de déclarer Javier Milei persona non grata avant sa visite du 30 septembre.

Le président argentin vient en effet pour une « Argentina Week » destinée à convaincre des investisseurs européens d’investir dans un pays qui, il y a deux ans, affichait une inflation proche de 300 %, mais qui a voté depuis pour 2026 un budget en excédent primaire avec 5 % de croissance projetée.

Milei est, rappelons-le, un chef d’État élu, réélu de fait aux législatives d’octobre dernier, et dont le principal crime pour la troupaille d’élus et d’artistes parisiens est d’avoir fait ce qu’il avait promis ; on comprend que cela inquiète dans une ville qui a fait une spécialité de réaliser l’inverse.

La pétition reproche une « austérité radicale », un « démantèlement des services publics » voire le « négationnisme ». Le député LFI Rodrigo Arenas, porte-parole de l’opération, résume l’affaire à Página/12 avec la nuance qu’on connaît à ces gauchistes : Milei serait « du côté de ceux qui tuent le peuple », car pour notre fine fleur politicienne, un président démocratiquement élu qui vient signer des contrats est populicide, au moins.

Au passage, la mairie n’a aucun pouvoir d’interdire cette visite : ce persona non grata est un geste purement mondain, l’équivalent diplomatique du snobisme de comptoir. On ne peut pas l’empêcher d’entrer, alors on fait savoir qu’on ne lui adressera pas la parole.

Parallèlelment, à la Maison de la Radio, mercredi 2 septembre, se tenait une assemblée générale avec motion votée à l’unanimité et un principe de grève adopté. Pourquoi ? Pour trois minutes de chronique politique, le dimanche matin, à 7h42, confiées à Charles Sapin, journaliste passé par Le Figaro puis Le Point, où il était apprécié pour ses analyses des droites, et devenu cet été directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles.

Attention, le grief n’est pas un texte de Sapin. Sa première chronique, diffusée le 30 août, portait sur le mur de la dette qui placera le président élu en 2027 sous tutelle, quel qu’il soit. Certes, le sujet est sulfureux, mais aucun gréviste n’en a discuté le fond. Non, ce qui a posé problème, c’est l’employeur : comme le dit un salarié au Parisien, « Le problème, c’est pas lui, c’est Valeurs actuelles. »

Les journalistes de la radio d’État utilisent la culpabilité par contamination, ce qui est un grand progrès.

La grille du week-end comprend six éditorialistes : L’Express, Alternatives économiques, le Nouvel Obs, le Financial Times, encore L’Express, et Sapin, qui représente donc un sixième qui constitue, selon le SNJ-CGT, une « ligne rouge inacceptable ». En effet, un syndicaliste cité par le Nouvel Obs estime qu’on « courbe la nuque devant ceux qui ont promis de nous décapiter ».

Bah oui, pour 3 minutes sur la dette publique, il fallait au moins ça !

On a connu des martyrs plus économes en pathos.

Tout ceci intervient au moment où la nouvelle directrice de France Inter, Céline Pigalle, a choisi pour slogan de rentrée « Écoutons nos différences ». Écoutons, mais pas trop longtemps, et pas trop différent, n’est-ce pas.

Un cadre de la station résume l’ambiance : une radio publique de sept millions d’auditeurs devrait être l’endroit où l’on écoute des gens avec lesquels on n’est pas d’accord mais on n’accepte plus d’y entendre le moindre désaccord. Du reste, Alexandre Devecchio, Guillaume Roquette ou Étienne Gernelle sont déjà passés sur l’antenne sans déclencher de grève. Ce n’est donc pas la droite qu’on refuse, c’est la droite qu’on n’a pas soi-même sélectionnée.

Car le « Deux poids, Deux mesures » ne nécessite même pas de sortir de la Maison de la Radio.

La même semaine, un humoriste maison, Jessé, ironise à l’antenne sur l’arrivée prochaine de « néo-nazis ». Un autre, Ameziane, compare le physique du député Jean-Philippe Tanguy à celui d’un rat. Radio Mille Collines n’aurait pas procédé autrement. Mais pour ces zumoristes, pas de motion, d’assemblée ou de ligne rouge.

L’an dernier, Thomas Legrand, éditorialiste de Libération, filmé en train de dîner avec des cadres du PS pour préparer la campagne, a bénéficié du soutien massif de la rédaction. Insulter un élu, c’est de l’humour ; dîner avec un parti, c’est du journalisme ; parler de la dette en venant de Valeurs Actuelles, c’est la fascisation de l’antenne. La grille de lecture n’est cohérente qu’à condition d’admettre que le critère n’est ni le racisme, ni la haine, ni le pluralisme, mais tout simplement le camp politique.

La même mécanique mesquine joue dans les deux affaires : on commence par renommer l’adversaire (Milei devient « négationniste », Sapin devient « l’extrême droite », puis on décrète ensuite que le pluralisme, la tolérance, l’ouverture, toutes ces vertus qu’on affiche en devanture, ne s’appliquent pas à cette catégorie-là, par définition. On se pose en victime : on courbe la nuque, on est le paillasson, on va être décapité. Ce qui permet de réclamer l’exclusion, jamais le débat. On évite ainsi le risque, toujours désagréable, d’avoir tort.

On aura reconnu au passage le vieux paravent poppérien, « pas de tolérance pour les intolérants », que la gauche brandit comme un permis, même si ni Milei ni Sapin n’interdisent à quiconque de parler. Le seul acteur, dans ces deux histoires, qui réclame qu’une voix soit tue et qu’un homme ne soit pas reçu, c’est celui qui se dit tolérant. Il se bat, fait grêve pour les empêcher de dire ce qu’ils veulent. C’est moins cher que mourir pour ses idées, et cela peut se cumuler avec les RTT.

Il reste que la capitale « ouverte sur le monde » refuse de s’ouvrir à un président élu, et que la radio qui veut écouter nos différences vote pour ne pas en entendre une seule.

Chez les gauchistes, la tolérance et l’ouverture d’esprit sont toujours réclamées à grands cris, sans doute car leurs stocks sont épuisés depuis longtemps.

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2026 : Les Trois Petits Cochons Français

Par : h16 — 4 septembre 2026 à 09:00

Trois petits cochons, devenus moins petits, tentent de se séparer de leur maman sur le plan fiscal : elle leur souhaite à chacun un travail tranquille, dans une administration territoriale pas trop loin de chez elle, ou, à la limite, dans une grande entreprise où l’État est un gros actionnaire, comme Thales, EDF ou Airbus, et les met en garde contre, d’une part, le grand méchant loup qui rôde et croque parfois les petits cochons imprudents, et le fisc, pas super tendre non plus.

Chacun allant son chemin s’installe dans sa petite vie de célibataire.

Le premier petit cochon, franchement pas travailleur, opte pour des études en Histoire de Lard. La filière est ultra bouchée, mais elle dispose de deux atouts non négligeables : les bancs de l’amphi sont plein de petite truies bien cochonnes, les profs sont super sympas, super compréhensifs, et, surtout, notre petit cochon connaît un pote à la Direction Départementale des Musées qui, en suivant cette filière, a trouvé un job de planqué, pleins d’avantages, sans trop se fouler.

Comme son ami est déjà dans la place, il ne devra pas avoir de mal à décrocher un poste, d’autant qu’il sait qu’il fera partie du jury pour le concours d’admission.

Le second petit cochon est un peu plus travailleur, et il a choisi le droit. Au bout de six années (dont une de redoublement) à trimer dans des amphis surchargés sur des codes de procédures dont le volume a doublé entre son arrivé en fac et sa sortie, il a un mal de chien à trouver un stage dans un cabinet. Au cours de celui-ci, il est promu Project Office Manager, ce qui revient essentiellement à être cantonné à faire des photocopies et du café pour préparer les réunions des associés. À la fin du stage, comme aucun job ne se profile à l’horizon, il se retrouve guichetier pardon conseiller clientèle dans une grande banque.

Le troisième petit cochon, lui, en veut vraiment : pendant ses études d’ingénieur en informatique, il a découvert un nouveau moyen de faire tourner des modèles d’intelligence artificielle avec beaucoup moins de matériel coûteux. Il développe un solide algorithme et une application de démonstration, et passe un an à établir un dossier pour BPIfrance, afin d’obtenir des subventions. BPIfrance lui demande, pour accepter son dossier, de candidater à un concours organisé par une institution étatique prestigieuse, mais le dossier se perd à la Chambre de Commerce et d’Industrie. Comme notre prévoyant petit cochon en avait fait une copie, il peut l’envoyer quand même dans les temps.

Six mois plus tard, il n’est malheureusement pas sélectionné : à la place, c’est un chercheur de l’Institut National de l’Informatique Pour L’Intelligence Artificielle À Coûts Modérés qui, bizarrement, dispose du même algorithme que lui, à deux trois petits détails près.

Comme notre petit cochon pense qu’il y a eu une fuite (oh !), il attaque la nouvelle start-up de ce brillant chercheur d’ailleurs épaulé par Thales R&D, EDF R&D et Airbus R&D. Évidemment, il perd au procès et doit payer une très lourde amende pour procédure injustifiée.

Quasiment sur la paille, il se retrouve au RMI pendant deux ans. Il va finalement voir son premier frère, qui, lui, a fini par obtenir son poste à la Direction Départementale des Musées. Il l’héberge pendant un mois, puis lui file quelques ronds et l’expédie chez son autre frère, le guichetier. Ce dernier lui propose l’immigration au Canada. Notre troisième petit cochon, au bout du rouleau, accepte et embarque pour Toronto. Il y montera finalement sa société de Data Storage spécial à base d’IA qui deviendra cinq ans après un leader du marché nord-Américain pendant que la startup du brillant chercheur épaulé par Thales R&D, EDF R&D et Airbus R&D a rapidement brûlé tout son cash sans rien donner ensuite.

Pendant ce temps, le Grand Méchant Loup, lui, a autre chose à faire que s’occuper de petits cochons ; le trafic de drogue marche d’autant mieux que cela lui permet d’arroser tout le gratin politique parisien. Et comme il connaît les bonnes personnes, la justice est étonnamment souple avec lui et ses « commerciaux ». Malheureusement, à la suite à l’overdose d’un député qui venait s’approvisionner chez lui, l’opposition politique en profite pour faire un scandale d’État. Ses « amis » bien placés le lâchent et le voilà condamné à 20 ans de taule pour usage, trafic de drogue et crimes en bande organisée. Relâché au bout de 6 mois avant son procès en appel suite à un vice de procédure, on retrouvera deux jours après dans un squat sordide son corps criblé de deux balles dans le dos, permettant de conclure commodément à un règlement de compte.

À ce moment, le fisc redresse très violemment le deuxième petit cochon, le guichetier, qui, pour arrondir ses fins de mois, faisait un peu (trop) de brocante sur eBay.

Ruiné, il se suicide.

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Les politiciens sont fort chagrinés que votre épargne vous appartienne encore

Par : h16 — 2 septembre 2026 à 09:00

Pour sa grand-messe, le MEDEF a mis les petits plats dans les grands et, pensant impressionner, a même invité Ursula von der Leyen à passer dire quelques mots. Effet réussi : la patronne de la Grosse Commission y explique aux patrons français que l’épargne européenne est « paresseuse », que dix mille milliards d’euros « restent » sur des dépôts bancaires, et qu’il revient à l’Europe de « la mettre au service de ses entreprises ». Enfin, on va hâter un accord d’ici la fin de l’année, à 27 de préférence, et sinon avec les volontaires, tenez le vous pour dit.

Et bim ! Au moins, elle ne s’est pas déplacée pour rien.

Le même jour, Renaissance annonce sur X que 6.000 milliards d’euros « dorment sur des livrets à 2 % », dans la reprise d’une tribune d’Olivia Grégoire qui parlait carrément la veille de « faute collective ». Enfin, le 26 au soir, un secrétaire d’État aux Comptes publics démentait en catastrophe que Bercy songe à sortir les ETF synthétiques du PEA.

En 72 heures, trois étages de pouvoir ont donc lourdement lorgné sur une seule chose : votre épargne.

Écartons rapidement les approximations baveuses du parti présidentiel (on a l’habitude) : en réalité et selon la Banque de France, le patrimoine financier des ménages s’élevait à 6.551 milliards d’euros fin mars 2026, et l’épargne réglementée (Livret A, LDDS, LEP, tout le paquet) n’en représente que 939. Le reste, c’est de l’assurance-vie, des actions, des dépôts à vue. L’amalgame est une ineptie comptable ou, possiblement, un lapsus freudien dans lequel la cible finale est bien l’intégralité et pas seulement les livrets. Du reste, le verbe « dormir » est du même tonneau. En pratique, rien ne dort. Ces livrets financent du crédit, et l’assurance-vie part notamment dans les obligations d’État.

Autrement dit, l’épargnant français finance déjà largement le déficit de son pays mais on lui reproche ici de ne pas le financer avec assez d’enthousiasme, et (pire encore !) de garder par-devers lui le droit de retirer ses billes.

Et le fait que ce sujet déboule ainsi dans l’actualité comme un teckel cocaïné dans un jeu de quilles n’a rien de fortuit. Trois nombres l’expliquent très bien : celui du déficit 2025 (152 milliards d’euros, soit 5,4 % du PIB), celui des émissions de France Trésor pour 2026 (plus de 530 milliards, davantage qu’en pleine année Covid) et celui du taux des OAT à 10 ans qui, le 20 août dernier, a dépassé 4,1 %, ce qui revient à emprunter plus cher que l’Italie, l’Espagne et la Grèce.

Alors certes oui, il y a bien un écart d’allocation sensible de l’épargne européenne (et des Français) avec les États-Unis, oui, les PME françaises sont bien sous-capitalisées, et un livret rémunéré 1,5 % reste un mauvais placement pour qui épargne à vingt ans. Cependant, le problème français (et européen) n’est pas le carburant capitaliste, mais plutôt le moteur encrassé de 50 ans de socialisme : normes qui se reproduisent par scissiparité sans frein et énergie hors de prix par empilement de décisions politiques débiles, orientations idiotes, fléchages toxiques, j’en passe.

On comprend bien sûr ici qu’il ne s’agit pas – ou disons, pas encore – d’annoncer subitement un prélèvement autoritaire de 10 % des comptes. Ce sera évidemment plus subtil et on distingue déjà quelques barreaux dans l’échelle des mesures qui sera gravie dans les prochains mois.

Le premier, franchi, est narratif : « Paresseuse », « qui dort », « faute collective », « mettre au travail »… On moralise sur le droit de propriété. Il ne s’agit pas de préparer l’opinion à une réforme technique, mais on la prépare à trouver indécent que l’argent d’un particulier reste là où ce particulier l’a décidé tout seul. Comme s’il savait ! Allons. Un peu de sérieux.

Le deuxième, en cours d’installation, est le péage fiscal.

Le label Finance Europe, lancé par Bercy avec six autres pays, définit le bon produit d’épargne : 70 % d’actifs européens, détention encouragée sur cinq ans, pas de garantie en capital, et incitations fiscales laissées à la discrétion des États. Et le mauvais produit d’épargne, … n’en parlons pas.

D’ailleurs, le ballon d’essai sur les ETF synthétiques relève exactement de la même mécanique : personne ne vous interdit d’acheter du S&P 500, hein. Vous pouvez le faire, certains ont essayé (mais « ils vont avoir des problèmes » n’est-ce pas). Ici, on vous fait seulement passer du PEA au compte-titres, soit une douzaine de points de fiscalité supplémentaires, et voilà tout. Ce n’est pas une interdiction, c’est juste un petit tourniquet payant. Et si le démenti du 26 août est parfaitement sincère pour 2027, la note professionnelle de juillet existe toujours et la question écrite du 25 août désigne nommément le projet de loi de finances 2027 comme véhicule.

Le troisième barreau, la répression financière, est le seul qui fonctionne déjà à plein rendement : on baisse le taux du Livret A, la décollecte suit et l’épargnant migre vers le fonds euros, lequel est (ça tombe bien) gorgé de dette d’État. Personne ne vous a obligé à rien ; on a simplement cassé les pattes du rendement et dirigé le blessé vers l’hôpital qui se fout de la charité. Un précédent billet de mars l’évoquait, ainsi que le mécanisme européen équivalent dans un autre en juin.

Le quatrième barreau dort dans un tiroir depuis 2016 et s’appelle loi Sapin 2 : en cas de « menace grave pour la stabilité du système financier » (c’est vague à dessein), le Haut Conseil de stabilité financière peut suspendre les rachats d’assurance-vie, sans loi nouvelle ni débat parlementaire. On rappellera les précédents de juillet 1992 (prélèvement forcé de 0,6 % en pleine nuit sur les dépôts italiens) et de 2013 à Chypre (conversion en actions de 47,5 % des dépôts non garantis de la Bank of Cyprus).

Et pour éviter que ceux qui sont déjà sur l’échelle décident d’en sauter, quelques solides rampes ont été ajoutées rendant les départs coûteux : traque de l’assurance-vie luxembourgeoise, exit tax, échange automatique d’informations, cartographie des cryptos. Partir ? Que nenni !

Bref, petit-à-petit, ce qui pourrait se passer forme un échéancier, certes très spéculatif, mais pas indéterminé.

Ainsi, Bruxelles veut son accord sur « l’union de l’épargne » avant fin 2026, avec revue à mi-parcours au deuxième trimestre 2027. Paris a un budget à voter cet automne, une présidentielle au printemps, puis un projet de loi de finances 2028 qui sera la première fenêtre confortable du vainqueur (mandat frais, dette intacte, cinq ans devant lui pour faire toutes les âneries qui lui passent par la tête).

Le durcissement fiscal des enveloppes se joue donc dans cette fourchette de deux ans, et il sera indépendant du résultat de l’élection : la gauche fléchera au nom du climat, le centre au nom de la souveraineté européenne, la droite au nom des PME et de la défense. Et bien sûr, personne ne proposera de réduire la dépense au niveau qui rendrait l’opération inutile.

Quant aux barreaux supérieurs, ils ont leurs propres clignotants, et il suffit de les surveiller : une adjudication mal couverte de façon persistante, un écart avec le Bund qui franchirait 120 à 150 points de base, une dégradation de la note qui sortirait l’OAT de certains indices, une réunion du HCSF convoquée un dimanche soir… Tant que ces voyants restent éteints, on parlera de « mobilisation ». Le jour où l’un d’eux s’allume, le vocabulaire se fera nettement plus autoritaire.

Et à la fin, tenez-vous prêts à être remerciés pour votre « contribution volontaire ».

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Grâce au fisc, votre salaire va (encore) baisser

Par : h16 — 31 août 2026 à 09:00

Le mois d’août se clot, celui de septembre va s’ouvrir et avec lui… youpi ! la révision des taux du prélèvement à la source sur vos fiches de paie.

Et à la fin du mois, des millions de Français salariés vont donc recevoir une fiche de paie ou un avis de pension dont le montant net aura subtilement changé. C’est discret mais automatique, aucun ministre ne l’aura annoncé, aucun texte n’aura été voté cet été, aucune conférence de presse n’aura été convoquée et vous verrez simplement un nouveau montant pour lequel l’explication devra être cherchée sur une ligne du bulletin que personne ne lit.

Rassurez-vous, c’est normal, c’est même légal, c’est carré, c’est documenté et à peu près inconnu de ceux qu’il concerne : chaque année, au premier septembre, la DGFiP « rafraîchit » le taux de prélèvement à la source à partir de la déclaration remplie au printemps, donc sur la base des revenus de l’année précédente.

Après un petit nettoyage, un gommage rapide à base d’huiles essentielles de ponxionnella et, bien sûr, quelques extensions colorées, le nouveau taux, tout rafraîchi, s’appliquera en frétillant de septembre 2026 à août 2027 et sera transmis aux collecteurs (employeurs, caisses de retraite, France Chômage Travail) qui disposent d’un délai pouvant aller jusqu’à soixante jours pour l’injecter dans leurs logiciels de paie, ce qui veut dire que le contribuable ne sait ni exactement quand la modification arrivera, ni exactement pourquoi, ni exactement de combien.

Sans surprise, la presse a couvert l’affaire avec l’enthousiasme d’un Droopy sous tranxene : à l’instar de la phényléphrine sur des organes trop turgescents, ce nouveau taux « peut provoquer une diminution des salaires des actifs ou des pensions de retraite ». Ah mais rassurez-vous, cela « joue dans les deux sens » (i.e. l’intervention pourrait être un viagra salvateur sur votre salaire). En pratique, cette phrase revient chaque année depuis 2019, à la virgule près, dans tous les articles de rentrée et a l’immense bénéfice d’être invérifiable.

En revanche, la hausse silencieuse de la ponction dont personne ne parle est, elle, déjà écrite dans la loi.

Au départ, tout se présentait pourtant bien. Pour 2026, le gouvernement avait initialement prévu une « année blanche » fiscale, soit le gel des tranches du barème : à revenus constants, davantage d’impôt, et environ 200.000 foyers supplémentaires à imposer sans qu’ils aient gagné un euro de plus. Procédé d’autant plus pratique qu’il n’a besoin d’aucun vote au parlement.

Cependant, le Parlement, sentant les tensions budgétaires, a quelque peu aménagé les choses. La loi de finances pour 2026 a indexé les limites des tranches à 0,9 %. En théorie, le salarié dont la rémunération a progressé davantage que 0,9 % en 2025 doit donc voir son taux monter mécaniquement, tout ceci sans que le mot « hausse » n’apparaisse nulle part.

Tout ceci serait un banal désagrément d’arithmétique administrative si l’institution qui procède au calcul inspirait la moindre confiance. Mais voilà : nous parlons de la DGFiP, à la fin du mois d’août 2026.

Cette même DGFiP a en effet subi de légers « accès illégitimes », euphémisme qui suggère un visiteur mal élevé plutôt qu’un pillage, et qui ont concerné 678.000 particuliers et professionnels. Il y a eu trois intrusions distinctes, entre fin juin et la mi-août, dont l’administration n’a pris connaissance qu’au moment où le voleur a mis sa marchandise en vente sur un forum.

Au fait, parmi les données parties dans la nature figurent la situation de famille, le nombre de parts, le revenu fiscal de référence et, ironie de l’affaire, le taux de prélèvement à la source : l’administration qui s’apprête à modifier discrètement votre taux de prélèvement est la même qui vient de le perdre. Elle aurait gagné du temps à commanditer le hacker, qu’il profite de son passage pour faire l’ajustement.

Ces péripéties posées, imaginons un État qui affiche 3.560 milliards d’euros de dette, (118 % du PIB), un déficit qui dérape à 5,2 % au lieu des 5 % promis, une croissance qui se rapproche de plus en plus d’une récession, un taux d’emprunt à dix ans qui explose les 4%, et une Agence France Trésor qui doit placer près de 500 milliards de titres dans l’année. Imaginons que ce même État dispose d’un dispositif qui recalcule chaque année, par un algorithme que personne (à part les hackers) n’audite, le taux appliqué à quarante millions de bulletins de paie et de pensions. Imaginons enfin qu’aucune statistique agrégée ne soit publiée sur la distribution de ces révisions (combien montent, combien baissent, dans quelles proportions et pour quelles déciles)…

Que verrait-on si, cette année, l’ajustement était un peu plus généreux qu’il ne devrait ?

Rien.

Un contribuable qui passe de 6,57 % à 6,73 % ne remarquera pas la différence (quelques euros par mois) et n’aurait de toute façon aucun moyen de recalculer son propre taux, la formule étant impénétrable (sauf pour les hackers). Multiplié par des dizaines de millions de foyers et vous obtenez une trésorerie rondelette. Et si l’on voulait vraiment blinder l’affaire, il suffirait de faire monter les taux pour la grande majorité et de les faire baisser un peu pour une petite minorité qui – c’est commode – témoignera ensuite bruyamment que « ça marche dans les deux sens », et hop, l’affaire serait entendue.

On m’objectera, à juste titre, que le prélèvement à la source n’est qu’une avance et que tout trop-perçu est remboursé l’été suivant.

Justement, c’est ce qui rend l’opération intéressante : un prélèvement excédentaire, c’est un prêt gratuit, consenti d’office par le contribuable, remboursé un an plus tard sans le moindre intérêt. Pour un État qui emprunte à plus de 4 %, quelques milliards de flottant gracieusement avancés par les Français ne sont pas une bagatelle. Ce n’est pas du vol, tout au plus un ajustement de trésorerie.

Et pendant que le fisc rafraîchit les taux, il déclenche le même jour, sur les mêmes entreprises qui distribuent ces fiches de paie, la facturation électronique « obligatoire », qui concerne plus de dix millions d’acteurs économiques et dont le démarrage se fera, promet Bercy, « dans une approche de bienveillance et de tolérance ».

Jadis, pour la tolérance, il y avait des maisons spécialisées. Maintenant, c’est Bercy et vous n’y êtes pas le client.

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Solaire, voitures électriques : succès via les subventions

Par : h16 — 29 août 2026 à 10:00

Un article de Henry Bonner
L’été amène des succès, en apparence, pour le programme du tout-électrique, entre la hausse de production d’électricité via les parcs de panneaux, et dans les ventes de voitures électriques.

Un rapport du groupe Ember met en avant la performance du solaire en été, et propose une hausse du parc et des investissements dans les batteries de stockage.

Le rapport explique ainsi :

“Les prix de l’électricité ont atteint leurs niveaux les plus élevés depuis des années, puisque la demande reste élevée après le coucher du soleil, et le prix du gaz est élevé. En Espagne et en Italie, les prix d’électricité pour livraison dans 24 heures ont atteint leurs niveaux les plus élevés depuis la crise du gaz naturel au cours de l’hiver 2022.”

Le rapport montre la part de production, par type d’énergie, pour une journée moyenne de juin et juillet (source).

La production du solaire (vert) survient en milieu de journée, avec la hausse de la demande en raison de la chaleur.

Ci-dessous, le gérant du réseau en France montre le mix d’électricité depuis fin juillet. Au milieu de la journée d’hier, la part du solaire atteint un sommet de 32 %. La part du nucléaire (jaune) baisse après la première semaine d’août avec l’arrêt de centrales pour cause de la chaleur.

Par contre, la hausse de la part du solaire dans la production entraîne aussi une hausse des coûts d’électricité sur la période.

En effet, la climatisation et les ventilateurs tirent la demande vers le haut. La chaleur crée aussi des réductions de production dans le nucléaire, ou même des centrales à gaz ou charbon. L’hydraulique génère aussi moins d’électricité en période de sécheresse, en raison de la baisse des réservoirs. Le solaire atteint ainsi des records dans le mix de production, au prix d’une hausse du coût du courant pour les consommateurs.

Le coût élevé du courant, et les effets de la guerre en Iran sur les carburants, entraînent un rebond depuis mars dans les prix de l’énergie en Europe.

La hausse des prix de l’électricité, en moyenne, sur les dernières années, montrent les limites des renouvelables dans la réalité.

Le nucléaire et le gaz gardent l’avantage en termes de coûts de production, et en efficacité, malgré des baisses de production en période de canicule.

La part du solaire grimpe dans les canicules en raison de la perte d’une partie des réacteurs et centrales à gaz.

Les programmes d’investissements, de centaines de milliards d’euros dans les réseaux d’électricité en Europe, montrent aussi les surcoûts dans l’usage du solaire et des éoliennes.

La canicule offre une opportunité pour des communications sur les renouvelables dans les médias. Dans la réalité, les renouvelables créent tout de même des hausses de coûts dans la production, et dans la gestion du réseau.

Voitures électriques : records par les subventions

Comme pour le solaire, les voitures électriques ont la santé, en apparence. Les ventes de voitures électriques atteignent des records, en part de marché en juillet. En effet, le met en place des aides pour les locations, le leasing social !

L’Argus explique :

“Selon Roland Lescure, ministre de l’Économie et des Finances, 19 500 commandes ont déjà été passées en l’espace de deux semaines dans le cadre du leasing social, dont la troisième vague a démarré le 16 juillet.

Au total, 50 000 voitures doivent être subventionnées par l’État grâce à un budget de 401 millions d’euros.”

De plus, l’envolée des prix des carburants fait pression sur les ventes de voitures thermiques.

Ainsi, les voitures électriques atteignent des records de parts de marché.

L’électrique, avec les hybrides à borne de recharge, atteint 41 % des ventes de voitures en juillet, comme vous le voyez ci-dessous.

Sur l’année, les ventes de voitures dans l’ensemble font du surplace, malgré des envolées lors du lancement d’aides, dont le retour du leasing social en juillet.

Les camions et utilitaires, par contre, chutent en juillet par rapport au même mois de 2025. Le repli des ventes montre, à l’inverse, la perte de soutiens pour l’électrique, via le report de quotas d’émissions sur les entreprises.

La dépendance sur les coûts élevés de carburants, et les soutiens via les subventions, laisse encore des doutes sur les niveaux de la demande dans la réalité.

La chute des ventes en Italie après la fin de subventions donne encore une preuve de la dépendance sur les mesures.

Frandroid :

“Le cas de notre pays illustre bien à quel point la demande reste sensible aux dispositifs d’aides. La reprise du leasing social, destiné aux ménages aux revenus modestes, explique une bonne partie du bond de la part électrique observé en juillet.

À l’inverse, l’Italie montre ce qui se passe quand ces aides disparaissent : la chute a été rapide et brutale d’un mois à l’autre. Autrement dit, le prix affiché d’une voiture électrique reste largement une construction politique autant qu’industrielle, et toute évolution des subventions peut faire bouger les courbes de vente du jour au lendemain.”

Voitures électriques d’occasion : aides contre la décote

Le gouvernement met en place des aides pour les voitures électriques d’occasion.

Dans les voitures de location, par exemple, la perte en raison de la décote fait partie des coûts pour les concessionnaires.

Le graphique ci-dessous montre les chiffres pour les États-Unis, selon une étude par iSeeCars (source).

Une autre étude estime que la perte de valeur sur les premières années représente environ la moitié des coûts d’opération de la voiture pour l’acheteur, ou pour le concessionnaire en cas d’une location.

Dans les voitures thermiques, la baisse de valeur compte pour environ le tiers de coûts d’opération, avec le carburant et la maintenance.

De même, une étude sur la baisse de valeur des voitures en France montre les chiffres pour les 10 modèles les plus répandus.

Leboincoin précise :

“Sur les dix modèles les plus diffusés, la décote moyenne après 5 ans atteint 59 %, soit plus de la moitié de leur valeur neuve. Elle s’échelonne de 53 % pour la Dacia Spring, jusqu’à 65 % pour la Renault Zoé. La Tesla Model 3, voiture électrique la plus vendue en 2020, décote de 56 %.”

Le tableau ci-dessous vous montre les résultats de l’étude.

Ainsi, les subventions pour les achats de neuf créent une hausse de ventes, ou dans les contrats de location.

En revanche, la décote sur les premières années entraîne une hausse des coûts pour les acheteurs, ou pour les concessionnaires. Le gouvernement crée ainsi encore des aides, pour les ventes dans l’occasion !

La dépendance sur les aides donne des preuves du manque de demande dans la réalité pour les voitures électriques, après des dizaines de milliards d’euros d’investissements, sous la pression des quotas.

Idées de placements (rapport gratuit)

Je tends à chercher des secteurs sous les radars, au lieu des placements en vogue.

Nous évitons, par exemple, les voitures électriques, l’hydrogène, ou les renouvelables.

Dans mes écrits réguliers, vous recevez des commentaires et analyses sur l’actualité de l’économie, ou encore des résultats.

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L’été 2026 a prouvé que les écolos ont tout faux

Par : h16 — 28 août 2026 à 09:00

Il faut toujours faire attention à l’environnement : on ne sait jamais d’où il va attaquer. Son ironie mordante a même poussé certains à mourir de chaud dans des appartements superbement isolés pour l’hiver…

Le 25 juin dernier, la France enregistrait une canicule historique. Dans la foulée, Santé publique France comptabilisait 5.764 décès en excès entre le 17 juin et le 2 juillet, soit +36 %, concernant très majoritairement les plus de 65 ans. Dans cette période, les décès à domicile ont grimpé d’environ 40 %.

La presse a été fort discrète sur le fait que beaucoup de ces morts à domicile l’ont été dans des logements que le DPE avait très soigneusement notés pour l’hiver : on estime pourtant qu’environ un tiers des logements classés A au DPE (et jusqu’à 37 % de ceux classés « Bon » en confort d’été) se transforment en véritable bouilloires thermiques dès que le mercure grimpe, comme le montre cette analyse de l’ADEME.

Les autorités sont prises par surprise : il apparaît que l’isolation, conçue pour garder la chaleur, la garde aussi l’été !

Malgré ce constat, la machine bureaucratique lancée à pleine vitesse depuis des années sur l’isolation à tout prix et une protection coûte que coûte de l’environnement continue donc avec un discours de plus en plus décalé avec la moite réalité : surtout, les enfants, ne versez pas dans la facilité de la climatisation ! Elle constituerait à l’évidence une « maladaptation » ! Les écologistes et une partie de la gauche insistent : surtout pas de généralisation, cette climatisation « augmenterait les dégâts » !

Moyennant quoi, les EHPAD restent largement dépourvus de chambres climatisées avec comme résultat, une moisson de vieux morts chez eux ou à l’hôpital, pendant que l’on débat savamment de sobriété énergétique.

Cette lamentable histoire de climatisation n’est d’ailleurs qu’un des fruits de la saison ; dans les champs, la même logique a déjà fait son œuvre.

Rebaptisées « mégabassines » par des opposants jamais en mal d’utilisation de préfixes comme « turbo », « méga » ou « ultra » en lieu et place d’arguments solides, les retenues d’irrigations agricoles ont été consciencieusement bloquées pendant des années par des recours et des décisions de justices de plus en plus ridicules, laissant l’agriculture française sans réserve d’eau quand la sécheresse a frappé.

Cette année, 40 à 50 % du maïs potentiellement produit est d’ores et déjà perdu selon la FNSEA ; le ministère de l’Agriculture chiffre de son côté une baisse de 35 % de la récolte, au plus bas depuis 1980. Les laitues, les jeunes pousses et certains légumes ont commencé à disparaître des étals, avec des hausses de prix parfois spectaculaires.

La raison est simplissime : là où l’Espagne dispose de près de 22 milliards de m³ de stockages déployés en 25 ans, la France n’a fait sur la même période qu’un effort microscopique (moins de 10 millions de m³) ce qui explique les atermoiements actuels. On stocke trop peu d’eau en France, et ce n’est pas faute d’avoir été prévenus.

Chaque projet de retenue se heurte à la même litanie : gnagna privatisation de la ressource, gnigni atteinte aux zones humides, « accaparement » et « vilain capitalisme » d’une (méga)agriculture industrielle forcément intensive.

Bilan : aujourd’hui, les nappes sont basses, les cultures grillées, et les prix alimentaires montent. On a tellement bien « protégé » l’eau que c’est à présent la sécheresse agricole. Charmante réussite.

Ce serait suffisant pour s’arrêter et réfléchir, mais la (turbo ?)écologie de combat ne s’arrête pas là : il y a aussi les forêts.

Des obligations légales de débroussaillement existent, mais se heurtent régulièrement à la protection des espèces. Le Conseil d’État a rappelé en février 2026 qu’aucune présomption générale ne dispensait d’une dérogation dès qu’un risque caractérisé pesait sur des espèces protégées (tortue d’Hermann, pie-grièche et consorts, comme l’a salué la LPO).

Comme pour les bassines, les travaux indispensables sont retardés, compliqués, parfois rendus impossibles dans les périodes critiques.

On se souvient encore du massif des Maures en 2021, où l’impossibilité de débroussailler mécaniquement pour ne pas déranger les tortues s’était soldée par plus d’une centaine d’entre elles carbonisées dans l’incendie, un épisode pas suffisamment rappelé dans le débat actuel.

On a protégé les nichées au point de laisser le combustible s’accumuler, et les nichées ont fini grillées, ainsi que le reste de la faune et même des habitations : 90 % des constructions détruites lors des feux de forêt se trouvaient sur des terrains non ou mal débroussaillés, selon les campagnes officielles du ministère.

Là encore, c’est une franche réussite de l’écologie appliquée.

Ce schéma se répète, avidement.

L’éolien, présenté comme la solution décarbonée par excellence, se heurte à son intermittence structurelle : quand le vent tombe, des moyens pilotables prennent le relai, ce qui revient à solliciter des centrales à gaz, exactement le type de production que l’on prétendait remplacer. Le réseau doit en permanence compenser des variations de plusieurs gigawatts en quelques heures, ce qui complique l’équilibre et renchérit le système. Pendant ce temps, la « filière hydrogène » continue de brûler des centaines de millions d’euros publics dans des projets dont la viabilité économique et technique reste, pour l’instant, purement théorique.

On pourrait multiplier les exemples, et à chaque fois retomber sur le même schéma : une mesure présentée comme protectrice, une réglementation minutieuse, des recours, des principes, et au bout du compte l’effet exactement inverse de celui affiché.

On isole pour l’hiver et l’on crée des fours. On refuse la climatisation et l’on laisse mourir les personnes âgées. On empêche de stocker l’eau et l’on assèche les cultures. On protège les nids et l’on carbonise les animaux. On installe des éoliennes intermittentes et l’on se retrouve à cramer du gaz.

Le dogmatisme écologique n’est pas seulement inefficace mais il est véritablement destructeur : confronté à la réalité, cet écologisme de combat s’est fait démonter, éparpiller façon puzzle, montrant sa complète inanité et sa véritable toxicité.

Mais pendant que les prix des légumes s’envolent, que les statistiques de mortalité s’alourdissent et que les massifs partent en fumée, on continue d’entendre parler de « transition », de « sobriété » et de « respect du vivant ». Ces mots ont désormais le même goût que les laitues de plus en plus rares des étals : amers et coûteux.

Les Français qui ont cautionné ces choix stupides en subissent maintenant les conséquences. Espérons (naïvement ?) que ces expériences lamentables leur cuisent suffisamment le cul pour les sortir de leur transe suicidaire.

Il est plus que temps.

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Les oeufs : lavés, ou pas ? Rassurez-vous, c’est scien ti fi que !

Par : h16 — 27 août 2026 à 09:03

Derrière l’œuf que vous cassez ce matin, il y a des décennies de science ! Des paillasses immaculées, des chercheurs penchés sur leurs boîtes de Petri, des protocoles minutieux, des comités qui se réunissent gravement pour trancher entre deux hypothèses concurrentes. Alors, certes, vous ne les voyez jamais, mais ils veillent et c’est bien pour cela que vous ne mourez pas en gobant des œufs.

D’ailleurs, en Europe, cette science a établi sans frémir qu’il ne faut surtout pas laver les œufs. Aux États-Unis, la même science a établi avec fermeté qu’il faut absolument les laver. Malin, non ?

Le texte européen est d’une clarté… disons administrative : les œufs de catégorie A « ne sont ni lavés ni nettoyés, ni avant ni après le classement », et ils « ne sont pas réfrigérés dans des locaux ou des installations dans lesquels la température est maintenue artificiellement au-dessous de +5°C ». C’était le règlement 589/2008, abrogé depuis par le règlement délégué 2023/2465, applicable au 28 novembre 2023, qui reconduit la règle à l’identique. Le motif est solide : le lavage abîme la cuticule, cette pellicule naturelle qui bouche les pores de la coquille, et un œuf réfrigéré qui revient à l’air libre « transpire », ce qui aide les bactéries à entrer. Voilà pour la Paillasse de Bruxelles.

Le texte américain est tout aussi limpide. Tout œuf classé par l’USDA doit être soigneusement lavé et désinfecté. Il doit ensuite être maintenu à une température ambiante n’excédant pas 45°F, soit 7°C, au stockage comme au transport, et la règle fédérale de 2009 sur la salmonelle impose la réfrigération à partir de trente-six heures après la ponte. Là encore, le motif est en béton : les salmonelles ne se multiplient pas bien à cette température, et il vaut mieux enlever ce qu’il y a sur la coquille que de compter sur une pellicule.

Les plus fûtés d’entre vous auront noté qu’on a donc deux protocoles (issus de deux paillasses et donc deux vérités quelque peu différentes).

Rassurez-vous, c’est scientifique !

Et puis d’ailleurs, il y a quelques États membres qui lavent leurs œufs, par dérogation historique accordée à ceux qui le pratiquaient déjà avant le 1er juin 2003, comme la Suède, notamment. Mais les œufs lavés ne peuvent alors être commercialisés que sur le territoire national, ce qui suppose que la même coquille, franchissant une frontière, change de statut sanitaire en cours de route. C’est un résultat hors paillasse intéressant, n’est-ce pas.

Pendant ce temps, outre-Atlantique, le service américain de sécurité alimentaire fournit quelques recommandations aux consommateurs qu’il est croustillant de mettre en face : celui-ci écrit qu’il n’est ni nécessaire ni recommandé de laver ses œufs chez soi, parce que l’eau risque d’être aspirée à travers les pores de la coquille et d’y emporter la contamination. Aux États-Unis, le même geste est donc obligatoire à l’usine et déconseillé dans votre évier. La différence tient à la température de l’eau.

On progresse. C’est ça, la science™, et on va voir qu’elle est finement utilisée et appliquée.

Et comme d’autres avant lui, cet article du Jeudi est donc ouvert à mes abonnés et lisible sur Substack ici et détaille la façon scien-ti-fi-que dont toutes ces normes sanitaires sont minutieusement appliquées…

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URSSAF : la caisse est percée ? On double les serrures !

Par : h16 — 26 août 2026 à 09:00

« Vous êtes patron, vous avez des soucis pour payer les salaires parce que les charges sont trop élevées ? Si la question est vite répondue, alors nous avons une solution pour vous ! Vous nous confiez vos salariés, nous les réembauchons dans nos agences d’intérim, ils ne bougent pas d’un centimètre de leur poste de travail, et vos charges fondent ! »

Ce discours imparable a été essentiellement tenu par une start-up dynamique de l’Oise, avec une petite surprise : le salaire était versé, le bulletin de paie était remis, petites lignes de cotisations comprises, mais à l’autre bout de la chaîne, l’URSSAF ne voyait jamais arriver le moindre euro.

Ce dispositif a tourné plusieurs années sans se faire trop gêner par les autorités : « tous les ans, une nouvelle société a été créée afin d’échapper au contrôle de l’URSSAF », résument les autorités, notant la création de 22 sociétés-écrans, touchant quelque 2.000 salariés et environ 500 entreprises clientes du département et un préjudice d’abord chiffré à 9 millions d’euros en février, désormais réévalué à près de 17.

Heureusement, tout ceci n’a pas duré grâce à l’œil vigilant de l’URS… Ah non, ce fut découvert essentiellement par hasard et via la Caisse d’allocations familiales de l’Oise, quand un salarié lui a demandé une prestation alors qu’administrativement, il n’existait pas.

Eh non : ce ne sont pas les ciblages algorithmiques, les recoupements entre déclarations sociales nominatives, numéros SIRET et flux de cotisations ou autres marottes de l’URSSAF qui ont permis de mettre fin à la pratique, mais un guichet de la CAF.

Interrogée sur ces 22 sociétés que l’URSSAF a loupées, l’organisme n’a pas répondu aux journalistes.

Mutisme d’autant plus révélateur que l’organisme n’est pas, d’ordinaire, réputé pour sa timidité : en 2025 par exemple, il s’est lancé dans 48.000 contrôles d’assiette portant sur plus de 30 milliards d’euros de cotisations vérifiées, dont 90 % de contrôles « ciblés » par exploitation de données, avec 78,7 % de régularisations à la clé.

Ce taux de réussite est somptueux… Mais trop beau : quand on cherche chez celui qui déclare, on trouve toujours quelque chose, une ventilation d’avantage en nature discutable, un paramétrage de logiciel de paie qui n’a pas suivi la dernière réforme des allègements, etc.

Et quand on gratte, on trouve que sur 667 millions d’euros de redressements notifiés, 180 millions ont été restitués aux entreprises.

Autrement dit, à hauteur d’un montant sur quatre, l’URSSAF découvre après coup qu’elle avait pris ce qui ne lui était pas dû. Voilà une statistique peu reprise dans les communiqués, pourtant utile pour tempérer l’enthousiasme du contrôleur débarquant chez un menuisier de six salariés avec la certitude tranquille du sachant…

Ceci n’a rien d’anecdotique : l’URSSAF encaisse 588 milliards d’euros par an auprès de 12 millions de cotisants et sait parfaitement retrouver celui qui remplit ses formulaires ; elle sait aussi requalifier un modèle économique parfaitement visible, comme elle s’y emploie depuis des années avec les plateformes de voitures de transport. Mais ce qu’elle ne sait pas faire, c’est remarquer que 2.000 bulletins de paie parfaitement conformes ne correspondent à aucun versement, pendant que le numéro SIRET qui les émet change une fois par an.

Et sur le travail dissimulé, le théâtre est encore plus consternant : l’URSSAF a notifié 1,503 milliard d’euros en 2025, « record historique », avec 84,5 % de ses actions ciblées débouchant sur un redressement, mais ne parvient à encaisser réellement qu’autour de 100 millions d’euros selon le communiqué de Bercy d’avril, environ 6 % selon Previssima : on notifie un milliard et demi, on récupère un dixième et le reste part en procédures mal ficelées, en dossiers qui s’étirent, en montants qui n’ont jamais tenu debout et en communication.

Pour un fraudeur un peu doué avec un tableur, la conclusion est évidente : la sanction semble assortie d’une décote de 90 %. Créez une coquille par exercice, encaissez pendant douze mois, dissolvez, recommencez : l’espérance de gain reste franchement positive même en intégrant le risque pénal, puisque le recouvrement effectif est le maillon que l’État n’a jamais su réparer.

Quant au marché pour un tel produit frauduleux, il ne manque pas : les charges patronales représentent 40 à 45 % du brut hors allègements, si bien qu’un salarié à 2.500 euros bruts coûte au moins 3.200 euros à son employeur une fois la réduction générale appliquée. C’est cet écart et lui seul qui finance la marge commerciale de la fausse agence d’intérim.

Le phénomène n’est d’ailleurs pas franco-français : le fisc britannique a publié en novembre dernier une alerte sur le même schéma. Partout où le coin socio-fiscal est massif, le crime organisé s’installe dans la paie.

Alors bien sûr, c’est bien une escroquerie, pas de la désobéissance civile et 2.000 salariés en sont victimes puisqu’ils ont travaillé sans retraite, sans assurance chômage, sans couverture accident, en tenant entre les mains un document qui leur affirmait le contraire.

Mais ce genre de cas éclaire, une fois encore, l’état déplorable tant de l’institution que des politiciens concernés qui, constatant qu’elle n’a pas su repérer 22 sociétés frauduleuses en trois ans, n’ont pas demandé de meilleurs recoupements ni des agents mieux formés mais en ont profité pour accroître ses comportements les plus toxiques, avec l’article 93 de la loi du 25 juin 2026 sur la « flagrance sociale » : saisies, hypothèques et nantissements exécutoires sans autorisation préalable d’un juge, impossibilité de présenter des garanties avant la mesure, recours devant le juge de l’exécution non suspensif, et mainlevée accordée par le directeur de l’organisme lui-même, le tout annoncé avec une belle ironie le jour même où le bilan des contrôles vantait « l’accompagnement » et le « droit à l’erreur » (manifestement, dans un seul sens).

Faute de réformer l’institution pour la rendre enfin efficace, on a désarmé les juges. Plus simple.

Pendant ce temps, quelque part dans l’Oise, un menuisier reçoit une mise en demeure.

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Budget 2027 : aucun stress. Détendez vous. Ça ira. Mais si.

Par : h16 — 24 août 2026 à 09:00

Alors mes petits amis, écoutez moi bien : il faut en finir avec la désinformation, scrogneugneu !

Certains, avec un toupet assez phénoménal, ont été prétendre sur les intertubes que le prochain budget 2027 verrait la suppression des APL, le gel du RSA, la remise en cause du crédit d’impôt à la personne, une hausse de l’impôt sur le revenu, la peste, le choléra et les écrouelles pour les gueux et pas de rab de frites à la cantine de l’Élysée.

C’est, bien évidemment, complètement faux et Sébastien Lecornu, le Premier Ministre, s’en est ouvert sur X, le sourcil froncé et l’air grave, dénonçant de méchantes mesures inventées pour inquiéter les Français. Seb nous l’a bien dit : « calmez-vous, le budget 2027 est à peine esquissé enfin, voyons ! »

Ah et en ce qui concerne le gel partiel des pensions de retraites pour les pensions dépassant 3.000 euros, évoqué par des ministres eux-mêmes et travaillé du côté de Bercy ?

Euh eh bien c’est en effet bon en fait et alors c’est-à-dire que mais enfin cependant avez-vous noté qu’une trentaine de références de préservatifs non conformes, vendues en ligne et en pharmacie ces derniers mois, sont susceptibles d’entraîner des grossesses non désirées ou des infections sexuellement transmissibles ?

Hum, pardon ? Mais pourquoi vous insistez avec cette histoire de retraites ? Il y a aussi cette tiktokeuse retrouvée morte et partiellement calcinée dans le Gard et…

Non ? Vous voulez vraiment évoquer ce qui s’est passé ces dernières semaines sur le plan économique en France ? Vous êtes vraiment excités ! Il n’y a pourtant pas de quoi !

Vous voulez vraiment évoquer le taux des emprunts d’État qui chatouille les 4,10% par le mauvais bout, ce qui ne lui était plus arrivé depuis 2008 ? Vous voulez vraiment vous attarder sur la cible de déficit pour 2027 qui recule discrètement de 4,5 % à 4,9 % du PIB ? Vraiment ? Et pourquoi agiter ce rapport de l’Inspection générale des finances qui alerte, le 20 août, sur les « risques majeurs » d’une loi spéciale prolongée ?

Tout ceci est très anxiogène, enfin !

Il faut se détendre, les avis de taxe foncière ne tomberont pas avant le 27, et le verdict de l’agence de notation Fitch ne tombera que le 28.

Pas de quoi s’exciter, allons franchement !

D’ailleurs, des mesures discrètes mais certainement efficaces sont déjà prises et ce d’autant plus que l’administration n’a plus un centimètre de marge.

Cela explique pourquoi la Direction générale du Trésor réfléchit à sortir les ETF synthétiques exposés hors d’Europe du champ du PEA, c’est-à-dire à fermer une des rares portes qui poussaient encore l’épargnant français vers les actions plutôt que vers la pierre. La taxe foncière augmente automatiquement pour 7,4 millions de logements. Les surtaxes présentées comme « temporaires » pourraient rester en place parce que le besoin est fort et l’adjectif est faible.

Et puis on regarde du côté des niches : crédit d’impôt pour l’emploi à domicile, abattement de 10 % sur les pensions, pacte Dutreil, crédit d’impôt recherche, tout ce qui reste attaché à quelqu’un est potentiellement remis en question étudié.

Après tout, l’État emprunte cette année 310 milliards d’euros à moyen et long terme (montant record, Champion mon frère !) sans budget voté et sur la seule autorisation d’une loi spéciale. Avec une dette publique qui franchit les 3.500 milliards, la charge d’intérêts dépasse désormais le budget de la Défense et, bon, il faut bien que quelqu’un paie.

Ce quelqu’un, cela ne peut pas être un autre que le retraité, le salarié, le chômeur, l’entreprise, le fonds de placement, l’épargnant. J’en entends qui murmurent « et la bureaucratie obèse ? » sans comprendre que sans elle, personne ne produirait les rapports montrant où l’argent peut se trouver. Eh oui !

Et surtout, il ne faudrait pas oublier l’autre côté de l’équation : il reste 9 mois avant la présidentielle et on ne fâchera personne en donnant.

Du coup, le leasing social a rouvert son guichet le 16 juillet : 50.000 véhicules électriques, une aide allant jusqu’à 9.500 euros, des loyers à partir de 94 euros par mois, et 20.000 dossiers déposés en 15 jours. Comme le dit le ministre de l’Économie, à ce rythme, on arrivera très vite au plafond. Youpi, quoi.

Au passage, rassurez-vous : les 401 millions d’euros de ce leasing ne sortent pas du budget de l’État, ils transitent par les Certificats d’Économies d’Énergie, versés aux professionnels par des fournisseurs qui répercutent la charge sur les factures. Certes, la dépense existe mais elle est simplement sortie du périmètre où on la compte. Oui, l’État n’a plus un sou, oui, il distribue toujours mais par une tuyauterie qui n’apparaît pas au déficit. Youpi, quoi.

Vous pensez qu’on fait les malins avec ce genre de plomberie comptable ? Attendez de voir ce qu’on sait faire en statistiques !

Par exemple, en avril 2026, l’indice Insee de confiance des ménages résumait huit soldes d’opinion, dont la capacité d’épargne actuelle et future, l’une et l’autre en dégradation continue. Mais en juin, il n’en résume plus que six et les deux soldes gênants ont été retirés pour composer un indicateur séparé, sobrement baptisé « climat de l’épargne » avec comme résultat que la confiance « repart à la hausse » même si le climat de l’épargne se dégrade. Tout est documenté, tout est méthodologiquement défendable. Du cousu main. Youpi, quoi.

Pas besoin de s’étendre sur les autres indices comme le chômage qui atteint 8,3 % au deuxième trimestre à son plus haut niveau depuis la crise sanitaire ce qui, après le sixième trimestre d’application de la « loi pour le plein emploi », représente un bel exemple de réussite macronienne.

C’est un peu comme les défaillances d’entreprises qui dépassent 70.000 sur 12 mois (un niveau qu’on n’avait vu ni en 2008, ni pendant la crise des dettes souveraines) avec les prêts garantis par l’État qui arrivent massivement à échéance cet été : on voit bien que ça peut stresser, mais voilà, on ne stresse pas. Pas du tout. Youpi, même.

Restons en donc sur un scénario apaisant, zen, calme et tranquillisant : comme la dette a une durée de vie moyenne de huit ans et cinq mois, les 4,10 % d’intérêts ne frapperont pas d’un coup, ils s’installeront par tranches, pépères. Le remplacement des obligations émises à moins de 1 % entre 2015 et 2021 était programmé de longue date. Pas de quoi stresser.

Fitch maintient la France en A+ et pourrait très bien reconduire son verdict le 28 et si on ne regarde pas le déficit commercial sur le trimestre entier (qui se dégrade de 4,6 milliards d’euros), le chiffre de juin s’est même révélé meilleur que prévu. Youpi encore !

Bref, il ne reste qu’à tenir la cible révisée de 4,9 % de déficit, ce qui suppose de ne trouver qu’un petit 28 milliards d’euros bien tassé, sans toucher la dépense de fonctionnement de l’État évidemment. On va s’échanger quelques rapports, créer quelques instances et surtout : ON NE COUPE RIEN.

No Stress.

Tout va très bien se passer.

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Voiture électrique : la période promotionnelle arrive à son terme

Par : h16 — 21 août 2026 à 09:00

Cher abonné, chère abonnée,

Nous vous remercions d’avoir choisi l’Offre Découverte Mobilité Décarbonée et espérons qu’elle vous aura donné toute satisfaction. Conformément à l’article 4.2 des conditions générales que vous avez acceptées en cochant la case « bonus écologique », nous vous informons que votre tarif préférentiel va évoluer.

Cette évolution peut vous surprendre, mais rassurez-vous, elle figurait bien au contrat.

Ce changement est déjà confirmé par notre homologue britannique : à compter du 1er avril 2028, l’abonné d’outre-Manche acquittera 3 pence par mile, soit 2,2 centimes d’euro du kilomètre pour un véhicule électrique et la moitié pour un hybride rechargeable, sur un parc de 5,6 millions de véhicules, pour un produit attendu de 1,1 milliard de livres dès le premier exercice. Le tarif sera indexé sur l’inflation à partir de 2029, afin que la Qualité de Service ne se dégrade pas avec le temps.

Vous n’avez rien à faire : le forfait est reconductible par tacite législation.

En France, le service commercial n’a pas encore pris de décision ce qui signifie que le calendrier n’est pas encore arbitré. Nos services comptables évaluent la baisse à venir des recettes d’accises sur l’énergie entre 15 et 30 milliards d’euros, et la direction financière l’estime à 13 milliards par an dès 2035. Ce n’est pas mince : un client qui roule sans passer à la pompe est un client qui consomme sans payer, et c’est plus qu’un manque à gagner, c’est une fuite de valeur !

C’est pourquoi nous introduisons la PLUME.

La PLUME (Participation Locale à l’Usage des Mobilités Électriques) se décline en trois paliers, pensés pour épouser vos usages :

  • le palier Essentiel couvre le trajet domicile-travail et absolument rien d’autre, hypothèse que nos études de mobilité jugent raisonnable.
  • le palier Confort autorise le week-end, hors ZFE et hors période de pointe.
  • le palier Grand Rouleur s’adresse à l’artisan, à l’infirmière libérale et au provincial, clientèle dont le kilométrage exprime à l’évidence une contribution volontaire au redressement des comptes publics.
  • l’option Vacances reste disponible sur demande.

Les frais de résiliation seront fixés en 2035, date à laquelle l’abonnement devient commodément obligatoire.

Nos archives indiquent par ailleurs que vous êtes un client de longue date : vous aviez souscrit le forfait Gazole, commercialisé à partir des années 1980 avec un différentiel de taxation avantageux. L’offre a d’ailleurs fini par représenter les trois quarts des immatriculations neuves. Le rattrapage tarifaire a été engagé en 2015, puis ralenti fin 2018 à la demande d’une clientèle en gilet jaune particulièrement expressive.

Le passage à l’électrique de cette nouvelle PLUME ne vous surprendra donc pas.

Certes, l’électricité qui alimente votre batterie est déjà facturée puisque votre kWh supporte :

  1. l’accise sur l’électricité, 30,85 euros du mégawattheure, dont une majoration zones non interconnectées qui passera de 5,66 à 5,93 euros au 1er août,
  2. la contribution tarifaire d’acheminement, qui finance les retraites cossues des personnels des industries électriques et gazières, et
  3. une TVA à 20 % appliquée sur l’ensemble y compris les taxes, le tout représentant environ un tiers de votre facture.

Que ce kWh serve une tondeuse, un lave-linge ou une berline, peu importe : la PLUME, même légère, sait se faire sentir puisque nous facturons ainsi l’énergie puis le déplacement de l’énergie. Et le fait que le réseau routier est financé par ailleurs n’entre pas en compte ici.

Et réjouissez-vous ! Certaines clauses sont déjà entrées en vigueur sans que vous ayez eu la moindre démarche à accomplir.

Depuis le 1er mai 2025, la quasi-totalité des régions a supprimé l’exonération de carte grise dont bénéficiait votre véhicule, la région Hauts-de-France étant la seule à maintenir une remise commerciale de 50 %. Dans le cadre de notre nouveau Contrat de Solidarité Joyeuse, cette promotion prend fin.

D’autre part, nous tenons à vous rassurer sur notre expérience en matière de facturation kilométrique, et sur la modalité technique sur laquelle nous souhaitons être parfaitement transparents.

Le dispositif britannique repose sur le relevé déclaratif du compteur au renouvellement de la vignette, avec régularisation ultérieure, nos confrères reconnaissant eux-mêmes que la fréquence des compteurs trafiqués rend le contrôle aléatoire. Nous apprenons de cette expérience étrangère et même si, en l’état actuel, aucun mouchard boîtier embarqué n’est prévu, il va sans dire que nous nous réservons la possibilité d’une géolocalisation permanente pour améliorer nos services. Du reste, votre véhicule transmet sa position, sa vitesse et son état de charge à son constructeur depuis sa sortie d’usine ; moyennant un petit décret d’application, nous ne ferions que nous placer dans le flux correspondant.

Bien sûr, nous nous engageons à vous en informer par courriel.

L’alternative consistera à mettre en services les portiques Écotaxe : ce dispositif, déployé en 2013 avec 174 portiques, qui a coûté 957,58 millions d’euros d’indemnités au consortium Ecomouv’, 70 millions pour installer puis désinstaller, a été revendu pour 2,19 millions sans avoir jamais servi. C’est dommage.

Heureusement, ces portiques sont toujours debout au bord des nationales et sont entretenus depuis douze ans.

Ils pourraient donc servir d’autant qu’ils ont été amortis : quatre centimes de TICPE supplémentaires par litre de gazole dès janvier 2015, soit quelque 650 millions d’euros par an ont été aspirés sur le dos d’automobilistes qui n’étaient nullement concernés par cette écotaxe qui n’en a pas moins été religieusement inscrite à la rubrique des recettes manquantes entre 2014 et 2024 pour 9,8 milliards d’euros.

Enfin, une dernière précision : notre homologue britannique estime que la mesure supprimera environ 440.000 ventes de véhicules électriques. Nous avons subventionné l’achat pour que vous rouliez électrique, nous taxons l’usage pour compenser le succès de la subvention, et notre propre bureau d’études annonce que la taxe annulera la subvention. Tout se déroule donc exactement comme prévu.

Nous vous remercions de votre fidélité.

La PLUME sera légère, mais vous l’aurez dans le cul la sentirez passer.

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Les Démocrates gagnent leurs primaires, les Républicains gagnent les élections

Par : h16 — 19 août 2026 à 09:00

Le mardi 4 août dernier, les Démocrates du Michigan ont choisi leur candidat au Sénat pour succéder à Gary Peters, qui ne se représentait pas. Surprise : ils ont écarté la protégée de Chuck Schumer au profit d’un progressiste que Donald Trump s’est empressé de saluer comme une « excellente nouvelle pour le Parti Républicain ».

Sur ce point précis, il n’a pas tort.

Ce scrutin n’a rien d’un accident local. Depuis le début de l’année, les candidats soutenus par les Democratic Socialists of America (DSA) enchaînent les victoires en primaire, phénomène désormais surnommé « effet Mamdani », du nom de Zohran Mamdani, actuel maire socialiste de New York. Il redessine les rapports de force internes du Parti Démocrate. Il ouvre surtout un boulevard… aux Républicains.

Au Wisconsin, la primaire démocrate pour le poste de gouverneur voit ainsi Francesca Hong arriver en tête des sondages, avec un passif de prises de position sans ambiguïté : soutien au définancement voire à l’abolition de la police, appel à « annuler Thanksgiving ». À tel point que les Démocrates, pour l’éliminer de la course, ont truqué leurs primaires de façon si flagrante que les commentateurs de NBC News en sont restés sans voix.

Au Michigan, le scrutin opposait deux profils sans grand rapport l’un avec l’autre. D’un côté la représentante Haley Stevens, adoubée par l’appareil : Chuck Schumer et la gouverneure Gretchen Whitmer avaient fait campagne pour elle en la présentant comme la candidate la plus rassurante pour les donateurs « la plus capable de gagner ». De l’autre le progressiste Abdul El-Sayed, ancien directeur de la santé du comté de Wayne et figure de l’aile gauche du parti.

C’est El-Sayed qui l’a emporté, de justesse, avec 735.600 voix (48,6 %) contre 716.200 (47,4 %). 19.400 bulletins d’écart, l’establishment démocrate s’est fait grignoter ce qui, pour un appareil qui distribue les investitures depuis toujours et dans une primaire d’août où la participation ne représente qu’une fraction du corps électoral, est déjà un aveu : Là où les militants pèsent le plus lourd, l’appareil ne tient plus que d’un point.

La géographie du vote mérite qu’on s’y arrête. Detroit et sa région ont, elles, voté pour l’establishment : malgré sa victoire, El-Sayed a perdu le comté de Wayne, qui englobe Detroit, ainsi que ceux d’Oakland et de Macomb, ce qui fait de lui le premier démocrate depuis Bernie Sanders en 2016 à remporter une primaire nationale dans le Michigan sans en gagner un seul. Stevens a par ailleurs remporté 7 des 12 comtés de l’État comptant au moins 11 % de population noire, avec une avance moyenne de 8,5 points. En effet, de nombreux électeurs noirs interrogés à Detroit se méfient d’El-Sayed, en partie à cause de son soutien au mouvement « Uncommitted » (mouvement de protestation de gauche pro-palestinien, très critique de la politique démocrate jugée trop pro-Israël) lors de la primaire présidentielle de 2024, que des responsables comme le révérend Anthony Wendell, président de la section de Detroit de la NAACP, jugent avoir nui aux chances de Kamala Harris.

Autrement dit, le candidat de la gauche radicale a gagné partout sauf dans les quartiers populaires. C’est logique : le socle électoral des Socialistes Américains n’est pas le prolétariat, mais le diplômé.

L’électeur type des candidats DSA a moins de 50 ans, avec un pic chez les 18-34 ans, tranche d’âge où plus de 60 % des Américains déclarent une opinion favorable du socialisme selon un sondage du Cato Institute. Il est le plus souvent passé par le supérieur et vit dans un quartier à revenu élevé ou dans une ville universitaire, très rarement dans une zone rurale ou populaire, où les candidats modérés continuent tranquillement de gagner. Le socialisme américain est un produit de campus et non d’usine.

Parmi les facteurs qui alimentent cette poussée se dégage nettement l’évolution rapide de l’opinion démocrate sur le conflit israélo-palestinien depuis la guerre à Gaza. Selon un sondage Gallup de fin février 2026, davantage d’Américains disent désormais sympathiser avec les Palestiniens qu’avec les Israéliens, 41 % contre 36 %. Le sujet a pris une importance considérable dans la jeunesse américaine, où il nourrit aussi bien les socialistes à gauche que le mouvement des « groypers » à droite (mouvement principalement en ligne critiquant la gestion migratoire et la politique étrangère du mouvement MAGA), et les premiers ont abondamment commenté le poids de l’AIPAC sur les politiciens américains les plus en vue.

Reste une question : tout cela séduira-t-il quiconque en dehors des villes et des diplômés ?

Rien n’est moins sûr. Face à ce socle jeune et éduqué se tient un bloc de modérés et d’indépendants nettement plus large, et c’est lui qui décidera du sort des élections de mi-mandat. Selon Gallup, 43 % des Américains s’identifient comme politiquement indépendants, soit la plus grande catégorie d’identification politique du pays, devant les 31 % de Démocrates et les 26 % de Républicains. Dans un scrutin de mi-mandat, où la participation est structurellement plus faible qu’à la présidentielle, un basculement de quelques points chez ces électeurs pèse bien davantage qu’en année présidentielle. Or ces modérés penchent traditionnellement au centre droit et oscillent d’un establishment à l’autre : les programmes socialistes et les obsessions sur un conflit étranger ont toutes les chances de fonctionner chez eux comme repoussoirs.

Le résultat immédiat, ce sont des tensions internes considérables au Parti Démocrate, quand le Parti Républicain se trouve tenu d’une main ferme par Trump. Pour la première fois depuis longtemps, la droite américaine est plus unie que la gauche.

On objectera que le Parti Républicain a lui aussi connu sa secousse, le Tea Party des années 2010, et que celle-ci a fini par produire Trump et le mouvement MAGA ; les socialistes américains pourraient donc, par le même chemin, finir par l’emporter au niveau national. L’objection a l’air solide et ne l’est pas, car elle méconnaît le sens du courant. Le Tea Party radicalisait son parti dans la direction des valeurs dominantes du pays. La DSA le radicalise à contresens : le capitalisme y reste vu favorablement par 54 % des Américains, contre 39 % seulement pour le socialisme. Et ce n’est pas la première tentative de percée : les mêmes années 2010 avaient vu naître Occupy Wall Street, dont l’échec dit assez ce que la société américaine fait de ces mouvements.

S’y ajoute un détail que l’appareil démocrate connaît mieux que personne : son financement. Beaucoup de grandes entreprises apprécieraient modérément un tournant anti-business et pourraient se tourner vers les Républicains. De fait, il n’est pas déraisonnable de lire la réorientation à droite de dirigeants de la tech comme Bezos ou Zuckerberg courant 2024 comme un calcul de risque une évolution personnelle.

En creux, tout ceci raconte l’incapacité des patrons démocrates à satisfaire à la fois leurs électeurs et le pays. À force d’avoir joué la carte culturelle, la diversité et l’inclusion, ils ont fabriqué une base militante qui exige exactement ce que le reste de l’électorat refuse. Le Parti Républicain n’a donc plus grand-chose à faire, sinon attendre : plus la gauche se focalisera sur les questions sociétales et identitaires plutôt que sur l’économie et la sécurité, qui restent les vraies priorités des électeurs, plus les urnes lui donneront raison.

Chaque victoire les rapproche ainsi davantage de la défaite.

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Bercy : comment se faire pirater deux fois en un mois

Par : h16 — 17 août 2026 à 09:00

Aujourd’hui, revoyons nos conjugaisons et notamment le Futur Simple, avec par exemple le communiqué publié par Bercy le 13 août. On y lit ainsi que la Direction générale des Finances publiques « notifiera » l’incident à la CNIL, « déposera » plainte et « communiquera » de nouveaux éléments à mesure de l’avancée des investigations.

Voilà un bien beau triplet de futurs simples alignés dans la même phrase, pour un accès illégitime survenu fin juin !

Au fait, le RGPD, ce texte appliqué sans flexibilité dès qu’il s’agit du fichier client d’un garagiste de Vierzon, prévoit normalement une réaction en 72 heures. Le compteur pour Bercy est à 7 semaines et la Direction n’use encore que du futur : pas de doute, ils sont assez détendus de la fuite souveraine.

Notons que ce qui a déclenché cette soudaine bouffée de transparence n’est ni un scrupule, ni un audit mais ce message sur un forum, le 12 août, déposé par un individu opérant sous le pseudonyme de ZeroBytes, qui revendique l’extraction de 678 438 lignes de données fiscales et met la base en vente.

Bercy, vaguement gêné, confirme le lendemain, sans préciser du tout ni la nature des données, ni le nombre de personnes concernées. Les chiffres, ce sont les bénévoles du site FrenchBreaches qui les fournissent (392.867 particuliers, 285.570 professionnels) et que l’AFP reprend faute de mieux. L’administration fiscale, qui sait à l’euro près ce que vous avez déclaré en 2019, s’est révélée incapable de chiffrer sa propre fuite. Il a fallu attendre qu’un site amateur le fasse à sa place.

Puisqu’on parle conjugaisons, le communiqué comporte tout de même une affirmation au passé (plus-que-parfait ici) : l’accès, écrit Bercy, « avait été coupé fin juin dans le cadre du contrôle opéré ». Ah, ouf.

Bon, n’empêche que le 14 août, le même ZeroBytes revendique une seconde intrusion, sur le Serveur Professionnel de Données Cadastrales de la DGFiP, datée du 29 juillet, soit un mois entier après cette fameuse coupure, et 2 semaines donc avant que le public n’apprenne quoi que ce soit. Il dit avoir contourné le mécanisme d’authentification multifacteur et extrait 252.149 lignes, correspondant à 2.041.778 personnes.

Ah zut, Bercy a fermé une porte en laissant la fenêtre ouverte et s’est contenté de vaguement serrer les fesses.

On pourrait se rassurer en notant que le pirate s’est arrêté à quelques centaines de milliers de lignes et n’a pas exfiltré l’intégralité de la base. Malheureusement, le pirate n’a pas été détecté, ni bloqué, ni arrêté mais s’est lassé : pour lui, l’extraction était trop lente, une récupération complète lui aurait demandé plusieurs mois et il a alors cessé de son propre chef.

Accessoirement, il estime que le service auquel il avait accès permet de retrouver les informations d’environ 20 millions de citoyens. En somme, en 2026, la seule protection réellement efficace du fichier fiscal français est sa latence.

Un décor déjà bien planté

On pourrait, à la rigueur, plaider l’imprévisible mais ça risque d’être compliqué : Solidaires Finances Publiques indique avoir interpellé la directrice générale dès juin (voire mai) sur les risques « à très court terme » de « piratage, d’usurpation d’identité ou d’hameçonnage ciblé ».

Bref, sans la revendication publique du pirate, les usagers auraient-ils été informés du vol de leurs données ?

Les mois passés offraient pourtant quelques indices.

En décembre 2025, le ministère de l’Intérieur se fait pénétrer par sa messagerie, avec consultation du traitement d’antécédents judiciaires et du fichier des personnes recherchées ; le ministre évoque « des imprudences », les identifiants circulant en clair dans des courriels.

En février, Bercy annonce un accès illégitime au FICOBA, le fichier national des comptes bancaires, après usurpation des identifiants d’un fonctionnaire : 1,2 million de comptes, avec RIB, identité, adresse et parfois identifiant fiscal.

En avril, l’ANTS expose 11,7 millions de comptes par une faille consistant à modifier un chiffre dans une requête.

En juin, c’est Tchap, la messagerie chiffrée de l’État, qui se fait visiter.

En août, Bloctel se fait siphonner trois millions de numéros via un compte professionnel dépourvu de double authentification, offrant aux démarcheurs la liste exacte des gens qui demandaient qu’on leur fiche la paix.

La DGFiP en est, pour la seule année 2026, à sa troisième violation.

Le calendrier ne lasse pas de surprendre : le 29 janvier 2026, la ministre déléguée au Numérique dévoile en grande pompe la Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030, plaçant la cybersécurité « au rang de priorité stratégique pour la souveraineté, la sécurité nationale et la protection de la démocratie ». L’encre de cette Stratégie nationale bidule-truc n’a même pas eu le temps de sécher puisque c’est « à compter de la fin janvier 2026 » que débute l’intrusion dans le FICOBA.

De la ligne de tableur au palier d’immeuble

Ces aventures numériques ont potentiellement des conséquences très graves dans le monde réel, et il n’est même pas nécessaire de spéculer : une agente des impôts de Bobigny a été mise en examen et écrouée pour avoir tripatouillé dans le logiciel fiscal Mira pour localiser un surveillant de la maison d’arrêt de la Santé, aboutissant, le 26 septembre 2024, à son agression à son domicile de Montreuil. L’instruction a révélé qu’elle avait également effectué des recherches sur un juge d’application des peines, sur des investisseurs en cryptomonnaie et sur Vincent Bolloré. Elle était rétribuée par Western Union et les exécutants avaient été recrutés pour 800 euros.

Bref, ce qu’une fonctionnaire vendait au détail circule désormais en gros sur un forum.

Les autorités recensaient déjà, à la mi-avril 2026, plus d’une quarantaine de séquestrations et d’enlèvements liés aux cryptomonnaies pour la seule année en cours, et le mois de juillet a vu 18 665 logements cambriolés, en hausse de 7,1 % sur un an.

Vive l’égalité : grâce aux dernières fuites, le sort jusqu’à présent réservé aux détenteurs de cryptomonnaies est étendu à tous les Français. Bercy transforme le prélèvement à source en prélèvement à l’open-source…

Et la sanction, donc ?

Ah ah ah.

Dans un cadre normal, rappelons que le 22 janvier 2026, la CNIL infligeait 5 millions d’euros d’amende à France Travail pour la fuite touchant 36,8 millions de personnes. En septembre 2025, Google écopait de 325 millions d’euros pour des traceurs de pub non sollicités.

Mais voilà, la DGFiP ne paiera rien car c’est juridiquement impossible : l’article 20 de la loi Informatique et Libertés réserve ces amendes administratives à tout le monde « à l’exception des cas où le traitement est mis en œuvre par l’État ». Quant au défaut de notification d’une violation de données, il est puni de 5 ans d’emprisonnement et de 300.000 euros d’amende, qui ne seront jamais appliqués.

Le contribuable, lui, notifiera, déclarera, et paiera.

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Microsoft, Schneider Electric : gains sur l’essor du Cloud et de l’IA

Par : h16 — 15 août 2026 à 10:00

Un article de Henry Bonner
La stratégie d’investissements dans le dématérialisé, pour des plateformes et des logiciels par abonnement, porte finalement ses fruits pour Microsoft, le géant de l’informatique.

L’envolée du titre de 17 %, après la publication des résultats du trimestre, génère ainsi une hausse de valorisation de 450 milliards $ !

Les résultats donnent des preuves de la demande pour les plateformes et services en ligne, et ainsi les besoins d’investissements dans les salles de serveurs, pour le stockage et les services à distance, et même les outils IA.

L’Opinion détaille ainsi :

“Mercredi soir, Microsoft a annoncé un bénéfice net de 35,8 milliards de dollars lors du quatrième trimestre de son exercice décalé (d’avril à juin). Soit une hausse de plus de 30 % sur un an. De quoi rassurer les actionnaires qui s’inquiétaient des conséquences de la nouvelle stratégie de l’entreprise en matière d’IA.”

Le groupe met en place une stratégie d’investissements dans le dématérialisé, en particulier les salles de serveurs, après la modification du partenariat entre OpenAI et Microsoft en avril, vers la concurrence entre les entreprises dans le domaine de l’IA.

Le site explique :

“Depuis plusieurs mois et la fin de son partenariat avec Open AI, la firme concentre en effet ses activités autour du cloud — centres de données, stockage à distance — et investit encore davantage dans l’intelligence artificielle. Au point que le cloud représente environ les deux tiers de son chiffre d’affaires.

“Microsoft multiplie les annonces et les présentations de modèles maison. Sans oublier son principal outil Copilot, dont la version professionnelle réunit 30 millions de clients parmi lesquels des sociétés comme Boeing, AstraZeneca ou Stellantis.

“Le groupe ambitionne d’investir 175 milliards de dollars en 2026. La majorité de cette somme est dirigée vers le cloud. Au dernier trimestre, 41 milliards de dollars ont été investis par Microsoft dans ses activités d’informatique à distance. L’entreprise a aussi porté son parc de centres de données à 88 dans le monde.”

Les chiffres de la présentation de mi-2026 montrent en effet l’importance du dématérialisé, sous forme de plateformes et outils par abonnement, sur les ventes d’ordinateurs (source).

Ci-dessous, vous voyez la stagnation des revenus et bénéfices sur les ventes d’ordinateurs.

Ci-dessous, vous voyez l’envolée dans la plateforme de logiciels et stockage de données à distance, la Cloud, avec des outils IA.

De même, ci-dessous, vous voyez les revenus de services et logiciels pour les entreprises, dont les revenus de l’outil Copilot, un moteur d’IA.

Les chiffres de Microsoft, comme les résultats du début de l’année chez Apple, montrent les gains du dématérialisé, via des plateformes et abonnements, comme source de records de revenus chez les géants de la tech.

Schneider Electric : renforcement dans les centres de données

Schneider Electric, un fournisseur d’électricité, de services de logiciels et de robotique pour l’industrie, génère de même des hausses de revenus sur la vague d’investissements dans les centres de données.

ZoneBourse détaille ainsi :

“Au premier semestre, le spécialiste de la gestion de l’énergie et des automatismes a enregistré un Ebita ajusté record de 4,09 milliards d’euros, en hausse de 16,6% en données publiées et de 22,1% en organique. Sa marge d’Ebita ajusté s’est établie à 19,3%, en progression de 120 points de base sur un an en données organiques.

“Le chiffre d’affaires a lui aussi atteint un niveau inédit, à 21,23 milliards d’euros, en croissance de 9,8% en données publiées et de 14% en organique. Le groupe a bénéficié d’une demande toujours soutenue pour ses solutions destinées aux centres de données, en particulier en Amérique du Nord et en Chine.”

Le cours de Schneider Electric grimpe au fil des années avec la hausse des carnets de commandes dans l’industrie.

Sur la première moitié de l’année, la hausse des chiffres montre de nouveau l’importance des centres de données, en particulier en Amérique du Nord.

Le tableau ci-dessous vous donne un résumé des résultats pour la période (source). Le bénéfice net grimpe de 30 %. Le bénéfice avant impôts, charge des intérêts, et ajustements dans la valeur des actifs (EBITDA) grimpe lui de 16,6 % en brut, et de 22 % sans les effets de cessions ou acquisitions.

Le tableau ci-dessous permet de voir l’évolution des revenus par région du monde. L’Amérique du Nord génère environ le double des revenus de l’Europe, après une hausse de 15 % au premier trimestre, contre 8 % en Europe. Le groupe génère aussi 15 % de croissance en Chine et Asie de l’Est.

Dans la présentation pour les investisseurs, les gérants mettent en avant une offre d’outils IA, soit pour la présentation de données et la gestion des opérations (Cognite Flows), ou pour la gestion de tâches (Atlas AI) et la génération de données (Cognite Data Fusion).

En principe, l’intégration des services IA de Schneider Electric, sur la totalité de la chaîne de production, crée des efficacités pour les clients dans l’industrie, et ainsi une hausse des carnets de commande et revenus par la suite.

L’envolée des résultats en Amérique du Nord montre les gains pour le groupe, comme fournisseur de services pour les centres de données, et ainsi la course vers les capacités de calcul.

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Bagayoko au Prix du Palmipède : quatre casaques, deux cents chevaux

Par : h16 — 14 août 2026 à 09:00

Bienvenue à l’hippodrome de la Plaine, où se court cette semaine le Prix du Palmipède, épreuve réservée aux cafardeurs de quatre ans et plus. Quatre partants, piste grasse, et une seule chose à deviner au guichet des paris : lequel de ces quatre-là est allé nourrir le canard.

Un petit rappel s’impose pour les parieurs occasionnels : le 5 août dernier, Le Canard enchaîné publie « Le ticket gagnant de Bally Bagayoko » : le maire LFI de Saint-Denis, recruté cadre à la RATP en 2000 sans tambour ni trompette sans concours ni entretien, aurait cumulé pendant des années ce poste à temps plein, horaires « élastiques » et 6.000 euros mensuels primes comprises, avec ses mandats d’élu. Le 7, l’association AC!! Anti-Corruption dépose plainte au Parquet national financier. Et si rien, à ce stade, n’établit que l’intéressé ait été payé à ne rien faire, tout le monde à Saint-Denis a compris que la question intéressante n’était pas celle-là mais plutôt qui est en selle ?

Nous n’aurons pas l’occasion de trop nous la poser car les voilà partis !

Départ tonitruant de Casaque Rose, qui prend la corde d’entrée de jeu et impose son rythme, comme si elle connaissait le parcours depuis 14 mois. Derrière, Noir et Or s’installe sans effort, à trois longueurs, l’allure tranquille de la bête qui a couru ici du temps où la piste lui appartenait. Vert et Gris temporise en troisième position, à l’extérieur, et paraît attendre autre chose que la ligne droite. Rouge est déjà distancé.

Premier virage. Casaque Rose mène toujours : c’est elle qui a nourri le palmipède, tout le monde l’a vue faire, elle-même ne s’en cache plus. Mais voici que Noir et Or revient, et voici surtout qu’il revient en témoignant, cravache au vent, « recruté sur ma proposition, sans concours ni entretien » : à ce train-là, il va franchir la ligne d’arrivée et continuer tout droit jusqu’au commissariat. Vert et Gris n’a toujours pas accéléré parce qu’il ne court pas cette course mais celle du 1er novembre qui concerne des bus parisiens.

Rouge décroche franchement. Rouge, il faut le dire, n’a jamais eu de raison sérieuse d’éperonner sa propre pouliche à huit mois du grand prix.

Ligne droite. Elles reviennent toutes ensemble, dans un mouchoir de poche, et le peloton se disloque dans un désordre qui interdit de dire qui pousse qui. Il y aura photo au finish.

Mais reprenons au ralenti.

Casaque Rose, l’Entourage Socialiste, cote à 2 contre 1.

C’est le grand favori, et il ne s’en cache guère. Les SMS publiés par l’hebdomadaire datent de janvier 2025 et impliquent David Lebon, alors directeur de cabinet du maire socialiste Mathieu Hanotin, qui interrogeait déjà la RATP sur la situation de son futur adversaire 14 mois avant le scrutin. Le camp Hanotin avait ouvert le feu dès la campagne sur les fréquentations du candidat, puis dénoncé « l’amateurisme » de la nouvelle équipe en juillet, quand le tribunal administratif de Montreuil a annulé l’élection des 21 adjoints. Bagayoko lui-même désigne « l’entourage de l’ancien maire socialiste ». Quand le perdant et le gagnant sont d’accord sur la couleur de la casaque, on peut raisonnablement fermer les paris.

Noir et Or, les Vieux Barons, cote à 5 contre 1.

Ceux-là ne montent pas, ils témoignent. Jacques Marsaud, ex-directeur général de la RATP chargé du développement, confirme au journal : « Il a été recruté en 2000 sur ma proposition, sans concours ni entretien. » Patrick Braouezec, ancien maire communiste, complète que la régie recrutait alors « beaucoup dans la diversité et dans les quartiers ». Le problème de ce partant, c’est qu’il court dans sa propre haie : la hausse de 102 % des indemnités d’adjoint en 2015 a été votée par un conseil municipal communiste. On cafarde rend hommage à une belle carrière, et l’on découvre à l’arrivée qu’on montait à contresens.

Vert et Gris, la Régie francilienne, cote à 3 contre 1.

Dès janvier 2025, le directeur de cabinet de Jean Castex à la RATP prévenait par écrit qu’il ne fallait pas « être en situation de devoir répondre à des accusations qui éclabousseraient plus l’employeur que l’employé ». Castex est parti à la SNCF, la régie tourne avec un PDG par intérim, et le réseau de bus parisien bascule en délégation de service public le 1er novembre prochain. Valérie Pécresse, présidente d’Île-de-France Mobilités, a d’ailleurs immédiatement réclamé la transparence sur la politique de recrutement de la RATP passée et présente. Dans ce cadre, le maire de Saint-Denis n’est pas le cheval mais la cravache.

Rouge, le Tocard Mélenchonien, cote à 25 contre 1.

Voilà une casaque qui fait plaisir mais qui tient mal le trot : Saint-Denis est la vitrine du mélenchonisme exécutif, et le patron y a lancé sa campagne présidentielle sur le parvis de l’hôtel de ville le 7 juin. On casse rarement sa propre vitrine à huit mois d’un grand prix.

Mais surtout, pendant que le paddock scrute les casaques, personne ne se demande d’où sort le canasson.

Car ce mercredi, les commissaires ont publié la liste complète des partants, et – surprise ! – ils ne sont pas quatre mais 200, de droite comme de gauche, qui ont bénéficié à la RATP d’un emploi à plein temps mais pas très prenant, pratique courante à la Régie et encouragée par une direction soucieuse de soigner son réseau.

Rassurez-vous, tout ceci est cependant « normal » comme le révèle avec candeur un député insoumis, Rodrigo Arenas, qui explique : « Votre article ne fait que révéler une information que tout le monde connaît. »

Bref, nul ne conteste le recrutement : Marsaud le revendique à la première personne, Braouezec le rebaptise « politique de la diversité », Kader Chibane, chef de l’opposition écologiste, parle d’une embauche politique, « fruit d’un deal avec le PC », et précise que c’est « un secret de polichinelle ».

On s’indigne (un peu) du passe-droit mais jamais du copinage, alors que le second est précisément ce qui produit le premier et à la fin, le piston n’est même plus une faute et devient une doctrine assumée sans barguigner 26 ans plus tard devant un journaliste.

Indignation d’autant plus nécessaire que ces largesses budgétaires ne sont possibles que dans une entreprise qui n’est pas soumise à la concurrence et n’a ni clients (seulement des usagés usagers) ni investisseurs (seulement des contribuables).

Le tout à l’instant précis où la municipalité annonce la « gratuité » des fournitures scolaires, le remboursement du forfait Imagine R aux écoliers et un vélo « offert » à chaque élève de troisième. Gratuité financée, comme il se doit, par cet argent magique gratuit en provenance de la poche des autres.

Alors bien sûr, on continuera de parier sur la casaque, parce que c’est distrayant et que ça occupe le mois d’août, mais aucun de ces jockeys ne possède sa monture.

Ils sont maintenant deux cents dans une écurie qui n’a jamais gagné une course, et c’est vous qui payez l’avoine.

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Loi Lang : 45 ans, 6 objectifs, 6 échecs

Par : h16 — 13 août 2026 à 09:00

Vous entrez dans une librairie de Guéret et vous retournez un livre : son prix est imprimé au dos, en petit, à côté du code-barres. Vous passez le lendemain à la Fnac Saint-Lazare : même livre, même prix. Vous le commandez le surlendemain sur Amazon : même prix encore, à 5% près. Nulle part en France, depuis le 1er janvier 1982, vous ne paierez ce volume autrement, et cela vous paraît parfaitement normal.

Cela devrait pourtant vous faire tiquer.

Dans n’importe quel autre secteur de l’économie, un fournisseur qui impose à ses détaillants le prix auquel ils doivent revendre s’appelle un prix de revente imposé et cela porte un nom en droit de la concurrence qui vaut une visite matinale de l’Autorité de la concurrence assortie d’une amende à sept chiffres. En revanche, pour le livre, cela s’appelle “l’exception culturelle”, cela fait l’unanimité, et cela figure dans les brochures du ministère au chapitre des fiertés nationales.

Cette singularité n’est pas tombée du ciel et porte même un numéro, 81-766, une date, le 10 août 1981, et un nom, celui de Jack Lang. Mieux : elle fête tout juste ses quarante-cinq ans.

On va lui souhaiter son anniversaire comme il se doit, c’est-à-dire en ouvrant son dossier médical. Et c’est là que les choses se gâtent, parce qu’il est vide.

Le patient est sous perfusion depuis 1982. Le médecin traitant n’a jamais demandé d’analyses. Le seul bilan de santé vaguement produit a été rédigé, une fois, par la famille du malade, qui le juge évidemment excellent. Et pendant que le corps médical se congratule au pied du lit, le voisin de chambre, non traité, non perfusé, non subventionné, a repris ses forces tout seul.

Regardons la courbe de température.

Et comme d’autres avant lui, cet article du Jeudi est donc ouvert à mes abonnés et lisible sur Substack ici et revient sur la Loi Lang et le bilan qu’on peut en tirer…

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En France, l’État obèse ne chasse plus que ce qui ne court pas

Par : h16 — 12 août 2026 à 09:00

En France, vous ne vous en êtes pas rendu compte, mais la population autochtone subit une gestion fine de la part de l’État. Cette gestion cynégétique repose sur une distinction essentielle : d’un côté, il y a les espèces protégées et de l’autre, il y a bien évidemment les espèces classées nuisibles.

De façon pragmatique et logique, les premières bénéficient d’un habitat sanctuarisé, d’un quota de prélèvement fixé à zéro et d’une doctrine d’effarouchement limitée (tout au plus et au besoin, on fait un peu peur et voilà tout). On les compte, on les observe de loin, et parfois on s’alarme de leur expansion dans des rapports annuels qu’heureusement personne ne lit.

Les secondes, en revanche, se tirent toute l’année et c’est très pratique, presque ludique.

C’est cependant le classement qui mérite quelques précisions.

Le profane imagine volontiers qu’une espèce devient nuisible à raison des dégâts qu’elle occasionne : cultures saccagées, cheptel saigné, riverains éventrés. Quelle naïveté, qui montre une forte méconnaissance de notre administration !

Le critère n’est pas le dégât, qui n’apporte pas d’information réellement pertinente. Le critère, c’est le cri.

Il en va ainsi d’Homo contribuens, sous-espèce connectée, dont la France entretient un cheptel abondant. Le spécimen est sédentaire, solvable et intégralement bagué : numéro fiscal, IBAN, plaque minéralogique, adresse de facturation, IP. Il ne se déplace qu’aux heures autorisées (on peut même lui faire trimballer une petite fiche d’autorisation qu’il signera lui-même). Il ne mord pas, ne se rebelle pas et rembourse ses crédits bien comme il faut.

En contrepartie de quoi il émet, depuis son canapé, des cris, parfois franchement déplaisants.

Et c’est précisément là que se déclenche le plan de chasse.

Dès décembre 2025, le parquet de Paris confie une mission de veille à l’Office Central de Lutte Contre les Crimes Contre l’Humanité et les Crimes de Haine, dont on rappellera qu’il fut conçu pour retrouver des génocidaires en cavale. Le voici affecté au comptage des canaux Telegram et l’un d’eux, baptisé Femmeblancherie, réunit depuis mars 1.758 abonnés qui s’y livrent à l’humour de corps de garde, aux propos raciaux et à l’apologie du terrorisme, ce qui, convenons-en, est abominaffreux.

Sollicité, Telegram transmet docilement les données d’identification, et comme tout ce petit monde est bagué, pucé, tagué, l’affaire est rondement menée.

Entre le 3 et le 16 juin, 45 spécimens sont prélevés placés en garde à vue, dont 34 comparaîtront à l’automne. Après six mois de veille par un office antigénocide, une plateforme étrangère est ainsi mise au pas et une quarantaine de gugusses cueillis chez eux au petit matin. Nul ne pourra dire que l’État manque de bras.

Certes, les propos incriminés n’étaient pas aimables, ils étaient même méchants, sexistes, haineux, … laids en somme.

La liberté d’expression (qui permet normalement de dépasser les sujets consensuels comme la météo) autorise cependant ce genre de laideurs et le droit français dispose depuis 1881 de tout l’attirail permettant de poursuivre la diffamation, l’injure visant une personne, la menace et la provocation directe à commettre un crime, c’est-à-dire les cas où l’on peut désigner une victime.

Mais ici, tout cela sera donc poursuivi grâce à cette catégorie molle où l’on juge une opinion à son atmosphère et qui procède d’une invention récente et admirablement circulaire : est nuisible ce que l’administration a décidé de classer nuisible. Le délit n’est plus dans l’acte mais se trouve dans le contexte et l’ambiance du moment.

Parallèlement à cette espèce nuisible, on trouve bien sûr une espèce protégée, l’Homo Narcotraficus qui prospère sur l’ensemble du territoire, avec un dynamisme démographique que l’on jalouserait presque.

Son activité a produit en 2024 110 morts et 341 blessés, ce qui, en termes de dégâts aux cultures, place la bestiole assez loin devant le blagueur de Telegram. Les vingt plus gros sujets pilotent leurs réseaux depuis Dubaï, Bangkok ou Tanger, sans se cacher. Les autres administrent leurs points de vente depuis la cellule, la logistique téléphonique étant assurée par drone. L’habitat est sanctuarisé, la reproduction assistée, la mortalité strictement intraspécifique.

Face à quoi l’État aligne son office anti-stupéfiants et ses… 200 agents. Oui, deux centaines. Il faut au moins ça pour un marché à plusieurs milliards, quelques milliers de points de deal et une comptabilité qui se tient au cimetière.

On notera enfin que Telegram, si prompt à livrer l’identité de 1.758 abonnés d’un salon public, n’a jamais été sommé de faire le ménage dans les canaux de vente au détail géolocalisés que n’importe quel adolescent déniche en quarante secondes. Il est vrai que ceux-là ne sont pas bagués.

Le principe de précaution s’applique ici avec la dernière rigueur : on n’entre pas sans motif sérieux dans un quartier émotif sensible et l’on n’y prélève rien sans blindé, sans préfet et sans conseil interministériel.

Du point de vue de l’État, cet arrangement est finalement logique voire économique : il est énergétiquement moins coûteux et beaucoup plus facile, dans un État qui a renoncé à ses fonctions régaliennes élémentaires, de compenser son impuissance en durcissant l’encadrement de ceux qui obéissaient déjà. Anarchie pour les uns et tyrannie pour les autres qui permet de présenter un excellent bilan à chaque fin de trimestre et aux rares élections qu’on pourra aisément piper au besoin.

Le mécanisme n’a rien de mystérieux, du reste. Le prélèvement se pratique là où il rend : coût d’intervention nul, risque nul, résultat immédiat, communiqué de presse garanti. En face, un caïd exige trois ans d’enquête, des moyens lourds, quelques obsèques de policiers et pas la moindre garantie de condamnation.

On peut se réjouir que notre service public soit à ce point rationnel qu’il choisit toujours la proie qui ne court pas. C’est d’ailleurs d’autant plus vrai que l’État, obèse, a de plus en plus de mal à courir.

Et à ce rythme, la France obtiendra très exactement ce qu’elle prétendait empêcher : un pays où l’on ne pourra plus rien dire, et où l’on pourra absolument tout faire.

Ce pays est foutu.

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Ingérences : le loup certifié conforme

Par : h16 — 10 août 2026 à 09:00

Finalement, le conte fabuleux n’était pas fini. Reprenons-le donc.

Il était une fois, dans le Royaume de France, une épaisse forêt où les villageois avaient pris la fâcheuse habitude de dire ce qu’ils pensaient, et quelques fiers bûcherons que l’on avait postés devant ses entrées pour noter ce qui s’y disait. Le dispositif était en place, les lois votées, les observatoires installés. Il ne manquait qu’une chose, une seule, sans laquelle rien de tout cela ne pouvait décemment s’appeler protection.

Il manquait un loup.

Premier acte : trois villageois sortent du bois

Le premier surgit en juillet. C’était un ancien Premier ministre ; il courait, il criait, et il expliqua au village à qui voulait bien l’écouter qu’une bête abominable avait fait circuler à son sujet de bien vilaines rumeurs de démence fronto-temporale.

Et alors même que certains semblaient accepter la rumeur avec d’autant plus de confiance que le villageois n’avait jamais fait preuve d’une grande solidité psychique, on décida malgré tout de l’examiner longuement. Las ! Finalement, rien, pas une égratignure ne lui fut découverte.

Le deuxième sortit le 3 août, et son cas était nettement mieux documenté : un faux média avait été fabriqué de toutes pièces, reprenant à l’identique les codes graphiques de Blast, avec un nom de domaine activé le 24 juillet, avec un enregistrement vocal synthétique attribué à un gauchiste que certains affirmaient faire du journalisme, et même un courriel inventé dans lequel Léa Salamé proposait jusqu’à 50.000 euros pour acheter une couverture bienveillante. Le travail était grossier, et la bête semblait avoir ainsi recopié 181 pages d’un site pour y déposer… un article. On a connu des prédateurs plus économes de leurs moyens.

Le troisième villageois arriva deux jours plus tard. Lui aussi avait jadis été Premier ministre, et la rumeur lui attribuait pour l’occasion la maladie de Parkinson.

Nos trois petits cochons villageois semblaient donc bien atteints : trois maladies, trois hurlements en bonne et due forme, trois fois sortis d’un bois trop dense où les rumeurs allaient bon train. Mais, à huit mois d’un scrutin qu’on sentait décisif, toujours pas une morsure.

Deuxième acte : l’examen de la plaie

Certains doutaient de l’existence du loup. Allons : ce serait une faute, et une faute inutile car le loup existe, c’est évident.

Il est identifié, tracé, référencé par des organismes fort commodément officiels et bien comme il faut. Il dispose d’un joli matricule, d’un mode opératoire et d’une petite fiche technique bien nette. Il est quasiment homologué, tamponné, contresigné. C’est un loup certifié conforme.

Mais c’est aussi un loup chafouin : les mêmes sources sécuritaires bien officielles précisent que les opérations du loup ont bénéficié d’un « niveau de visibilité relativement faible », ou en français du Royaume : personne n’a rien vu.

Sapristi, la vidéo truquée n’a pas circulé. Le faux article n’a pas été lu. Le complot n’a convaincu aucun villageois de rien du tout, et les sept nains rédactions dont on avait usurpé l’identité continuent de paraître comme si de rien n’était.

Apparemment, notre prédateur homologué est reparti le ventre vide.

Devant le conseil du village, en fait d’attestation de morsure, on se retrouva donc à présenter une bête bien décrite, à la technique certes balourde mais solidement documentée, mais avec un résultat rigoureusement nul. Le village s’interrogea : que faire, donc ? Heureusement, les dirigeants avaient tout préparé et même si une menace qui ne produit aucun effet ne justifie aucun remède, on allait pourtant en faire pleuvoir comme jamais.

Troisième acte : mais qui a vu le loup ?

Restait une question que personne, au conseil, ne jugea opportun de poser.

Le 1er août, Edwy Plenel signalait publiquement l’infox, de sa propre initiative, sans y être invité, sur X. Le Canard enchaîné révélait l’affaire le 3, l’intéressé la confirmait dans la foulée, les services de l’État le lendemain. En somme, la forêt avait repéré le loup, l’avait identifié et l’avait neutralisé avant même que les rumeurs aient pris de l’ampleur et que le Château n’ait rédigé son communiqué, le tout en un week-end, gratuitement, sans observatoire, sans numéro vert, sans cellule psychologique ni autorité de régulation et (horreur !) sans le moindre euro de crédits publics.

Indubitablement, la forêt avait ainsi produit son antidote avant que le Royaume n’ait produit de diagnostic ni de remède.

Quatrième acte : le conseil du village délibéra

Le raisonnement se déploya alors en trois temps, avec gourmandise et moult détails. L’assemblée l’écouta avec recueillement : premièrement, un loup a été aperçu dans la forêt ; deuxièmement, la forêt a repéré le loup ; troisièmement, il faut donc fermer la forêt !

Marine Tondelier réclama bruyamment de pouvoir suspendre X pendant la campagne, à cause de son méchant algorithme pipé.

Le deuxième villageois, à peine remis de ses émotions, entendit lui aussi sanctionner X et TikTok.

Vite, vite, une partie du Château annonça donc un travail commun avec les partis dès la rentrée, formule qui repose intégralement sur le mot « commun » puisque tous semblent volontaires pour ce travail.

Et la presse, loin de s’étrangler, emboîta gaillardement le pas avec un enthousiasme qui dispensa de tout commentaire : France 24 titra sobrement « Faut-il interdire la plateforme X ? » et emballez c’est pesé.

On notera l’élégance de la proposition : finalement, le seul endroit du Royaume où les rumeurs furent démontées fut précisément celui que l’on se proposa d’interdire prestement ; le seul organe de détection qui avait fonctionné était celui que l’on voulait débrancher.

Mais les villageois devaient comprendre que pour protéger la démocratie, il fallait mettre un terme à la démocratie.

Malgré tout, quelques villageois à l’esprit taquin ne pouvaient s’empêcher de noter l’aspect fort pratique de cette bête invisible : finalement, elle faisait un bien bon loup ! Eh oui, un loup qui dévore vraiment poserait des questions embarrassantes sur la solidité des maisons, sur l’état des finances du Royaume, sur les promesses non tenues du dernier conseil. Mais un loup terrible et dangereux sur le papier, qui ne dévore rien en réalité, en revanche, ne pose aucune question et autorise toutes les réponses !

Chez Ésope, l’enfant qui criait au loup finissait par n’être plus cru, et la bête mangeait vraiment les moutons. La morale voulait qu’on se méfie du menteur. L’écrivain grec n’avait pas prévu un village où le cri vaudrait mieux que la morsure, ni des bergers qui n’auraient jamais eu besoin d’être crus, seulement d’être entendus huit mois avant un scrutin.

On installa donc une barrière autour de la forêt. Elle fut haute, on la présenta solide, et elle posséda cette qualité pratique que possèdent toutes les barrières : elle fonctionnait dans les deux sens. Dehors, les loups continuaient de courir, indifférents et hors d’atteinte, exactement comme avant. Les villageois, eux, allaient enfin être en « sécurité ».

Comme à l’intérieur d’une prison.

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Intelligence artificielle : « Z’inquiétez pas, il est gentil, il ne mord pas ! »

Par : h16 — 7 août 2026 à 09:00

Leur carnet de santé était pourtant impeccable : espèce répertoriée comme modèle de frontière, un bon élevage OpenAI à San Francisco, les deux sujets étaient issus d’une même portée dont l’un, GPT-5.6 Sol avait son nom gravé sur le collier, l’autre étant un frère plus costaud que la maison a préféré ne pas présenter au public. Tous leurs vaccins étaient à jour et leur puce d’identification posée. Le maître avait certifié l’enclos infranchissable en personne, et parlait volontiers d’un environnement hautement isolé.

Mais patatras, mi-juillet, l’une des bêtes est sortie.

Elle n’a pas creusé sous le grillage : elle a trouvé le défaut du collier anti-fugue, une faille inconnue dans le logiciel de cache de dépôts qui constituait la seule ouverture tolérée vers l’extérieur, et elle est passée par là. Elle a ensuite traversé le quartier jusque chez Hugging Face, où elle est allée déterrer précisément ce qu’on lui avait interdit de chercher, à savoir les corrigés de l’examen qu’on était justement en train de lui faire passer.

Rassurez-vous : la bête ne s’est pas révoltée, elle s’est contentée de tricher.

C’est le 16 juillet que le voisin a constaté le saccage et qu’il a prévenu le FBI. L’élevage, lui, a mis deux jours de plus à retrouver dans ses propres registres la trace de sa bestiole, et deux jours encore avant de décrocher son téléphone pour prévenir le voisin qu’il s’agissait bien de son animal, soit cinq jours de décalage entre la victime et le propriétaire.

Le voisin d’en face, un client de Modal Labs, n’a pas davantage été cambriolé. Il avait tout simplement posé un portail sans serrure, bêtement ouvert sur la rue, avec un panneau invitant n’importe quel passant d’internet à venir exécuter du code chez lui. La bête est entrée par là et s’en est alors servie comme base arrière. Ce n’est donc pas une effraction, ce qui n’est pas exactement rassurant puisque cela signifie que le quartier entier vit portes ouvertes et que le seul à l’avoir remarqué est un animal de compagnie.

Reste le détail que la presse a soigneusement rangé dans les rubriques légères : au cours de tests antérieurs, l’animal avait laissé des notes à l’intention de ses futures versions, expliquant comment contourner les restrictions de la maison. Et dans au moins un autre cas, les caméras de surveillance de l’enclos s’étaient retrouvées débranchées.

Ici, nous ne pouvons plus parler d’un animal que l’on croyait domestiqué. Un chien qui fugue serait une anecdote tout au plus, mais un chien qui documente sa fugue pour sa descendance, c’est autre chose.

L’élevage concurrent, une fois le voisin pris la main dans le sac par souci de transparence, a alors ouvert ses propres journaux : Anthropic a ainsi épluché 141.006 sessions d’évaluation et y a trouvé trois fugues, la plus ancienne remontant à avril, au terme desquelles ses propres bestiaux ont obtenu un accès non autorisé à l’infrastructure de production de trois organisations bien réelles. La responsabilité est imputée à la pension canine, un partenaire d’évaluation qui affirmait que ses enclos étaient hermétiques alors qu’ils ne l’étaient pas, avec une surprise à la fin : le sujet le plus ancien a continué de courir après avoir eu des indices qu’il était dehors, tandis que le plus récent est rentré tout seul en comprenant justement qu’il était sorti et qu’il n’aurait probablement pas dû.

La bonne nouvelle est que les nouvelles générations sont mieux élevées que les précédentes. La mauvaise, c’est que, pour elles, c’est juste un choix…

Heureusement, sur ce tableau inquiétant arrive alors le vétérinaire européen et le tableau clinique tourne instantanément au comique.

Le Conseil européen du risque systémique (ESRB, pour ceux qui le connaissent sous son sigle de travail) a examiné la portée et publié son diagnostic le 7 juillet. Le pronostic passe de « élevé » à « sévère ». L’institution reconnaît noir sur blanc que ces bêtes découvrent des failles et exécutent des attaques à une vitesse et à une échelle sans précédent, que tous les élevages sérieux se situent hors de l’Union, et que le continent est en situation de dépendance stratégique. Elle appelle donc l’Europe à monter en compétence.

Le vétérinaire constate qu’aucun traitement efficace n’existe à ce jour.

Dans la foulée, il établit une ordonnance, transmise par la Banque centrale européenne aux établissements dits significatifs, qui consiste à rédiger un plan d’action. Un vrai, avec des rôles, des ressources, des responsabilités clairement assignées et un calendrier de mise en œuvre. À remettre à l’équipe de supervision conjointe pour le 31 octobre 2026, laquelle engagera ensuite un dialogue avec l’établissement afin d’en discuter les modalités.

D’ici cette date, l’animal aura eu une portée, probablement deux, chacune sensiblement plus vive que la précédente, et le plan de soins portera sur la mère voire la grand-mère. Ce n’est pas de la lenteur administrative, c’est une agilité bureaucratique finement calculée.

Et puis, avec un petit effort sur le lexique, on fait passer beaucoup de choses comme parfaitement supportables.

Ainsi, la bête n’a pas mordu, elle a présenté un comportement inattendu en environnement d’évaluation obtenu une exécution de code à distance sur les serveurs du voisin. Elle n’a pas fugué mais a mis en évidence une anomalie de configuration. Personne n’a été piraté ; simplement, des vulnérabilités ont été révélées. Quant au mot « hacker », si prompt à sortir quand il s’agit d’un adolescent russe, il devient étrangement introuvable dès lors que le coupable est un actif valorisé plusieurs centaines de milliards.

Reste enfin ce que font les gens sérieux pendant qu’on rédige des plans. Le service de prévision Sentinel recommande à ses lecteurs d’envisager, par précaution, de sortir leurs fonds des établissements financiers européens pour les loger dans de grandes institutions américaines, mieux équipées pour colmater vite. Il estime par ailleurs à… 2,6 % la probabilité que quiconque, chez OpenAI, fasse l’objet de la moindre poursuite d’ici 2028. En revanche, on ne trouve aucune estimation qu’une bestiole d’OpenAI ou d’Anthropic déboule, impromptue, dans une grande institution financière européenne et casse quelque chose de systémique.

C’est peut-être mieux ainsi.

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Le carnet de bal du docteur Fauci

Par : h16 — 5 août 2026 à 09:00

Le 15 mars 2020, un homme de 79 ans ouvre son carnet et écrit « BIG DAY ! » en lettres rouges. Il exulte : il vient de convaincre le maire de New York de fermer les écoles de la ville. Le lendemain, il notera ses passages à la télévision, tout comme le surlendemain également et ainsi de suite pendant trois ans.

Il existe des documents qui accablent leur auteur par ce qu’ils révèlent mais celui-ci accable le sien par ce qu’il contient de parfaitement banal.

1.141 pages, de décembre 2019 à décembre 2022, tel est le volume des notes de service quotidiennes mémoires qu’Anthony Fauci a tapées sur des ordinateurs fédéraux et laissées sur onze serveurs gouvernementaux distincts, d’où Robert Kennedy Jr les a exhumées avant de les faire parvenir au sénateur Rand Paul, qui les a mises en ligne fin juillet.

Sans surprise, l’intéressé proteste aujourd’hui contre ce qu’il appelle « la divulgation de son intimité » ; il a cependant rédigé son journal avec le matériel du contribuable, sur le temps du contribuable, et l’a rangé dans les armoires du contribuable. Eh oui : il ne s’agit ici que d’un sentiment d’intimité, et voilà notre homme très gêné.

D’autant plus que ce que l’on découvre dans ces armoires n’est pas un cerveau au travail mais un véritable carnet de bal.

Le mémorialiste-en-chef du NIAID y comptabilise ainsi ses apparitions médiatiques avec la constance d’un adolescent qui relève ses likes. Il consigne les célébrités croisées, les coups de fil des puissants, l’humeur du président, ses propres bons mots. Il dîne chez Jake Tapper, présentateur sur CNN, courant 2020, c’est-à-dire au beau milieu des confinements qu’il recommande à la Terre entière. En trois années d’annales de la petite cour de Bethesda, on ne trouve pas une ligne qui donne à penser que l’auteur ait jamais douté d’être le sujet le plus intéressant de la période.

En pratique, on cherchait un homme de science, pardon Science™ mais on ne trouve qu’un banal chroniqueur mondain.

Reste que ce chroniqueur décrochait son téléphone, comme par exemple le 15 mars 2020 : « J’ai parlé à Bill de Blasio et je l’ai convaincu, sur la base de ce que je disais publiquement et de notre conversation de ce soir, de fermer les écoles de New York. » Suit une phrase sur les bars et les restaurants, que le maire fermera « sur ma recommandation ». Le même jour, un appel similaire avec la directrice de cabinet de Gavin Newsom aboutit à la fermeture des écoles californiennes. Cinq jours plus tard, de Blasio veut confiner la ville entière, Cuomo renâcle, et notre diariste lui conseille d’y aller quand même.

Pourtant, en octobre 2022, sur ABC, le même homme expliquait n’avoir « rien eu à voir » avec la fermeture des écoles. Plus de 7 millions d’enfants américains sont restés hors des salles de classe un an ou davantage, et les administrations locales qui ont suivi le mouvement l’ont fait en invoquant une autorité scientifique qui, dans le secret de son carnet, se félicitait du résultat.

Sur les origines du virus, la mécanique est identique et le décalage plus ancien encore.

Dès le 26 janvier 2020, les notes indiquent que les données génomiques désignent le marché de Wuhan comme un amplificateur et non comme la source. Le 1er février, lors d’un appel avec onze virologues sur la possibilité d’une insertion délibérée du site de clivage furine, le nombre de participants estimant la chose impossible s’élève à… 2. Nonobstant et pendant les deux années suivantes, l’hypothèse d’un accident de laboratoire sera publiquement rangée au rayon des divagations, et ceux qui s’obstinaient à la formuler seront bannis des réseaux sociaux, désinscrits des plateaux, traités d’assassins et de complotistes.

Ces gens qui lisaient les préprints complotistes n’ont pourtant jamais prétendu détenir la preuve d’une fuite. Ils disaient simplement que la question restait ouverte. Les carnets de Fauci montrent sans l’ombre d’un doute que celui qui la déclarait close la savait en réalité ouverte. Sans vergogne, le docteur a vendu comme une certitude ce que lui-même tenait pour incertain et a alimenté la vague de défiance contre ceux qui osaient douter, pourtant à bon droit.

Convoqué le 29 juillet devant la Commission de la sécurité intérieure du Sénat, notre homme a trouvé la parade et a invoqué le Cinquième amendement, … plus de cent fois : sur les origines, sur le financement des recherches à Wuhan, sur les fermetures d’écoles, sur à peu près tout ce qui pouvait ressembler à une question. Son avocat, qui s’était installé à la table des témoins contre les instructions du président de séance, a été prié de sortir par la police du Capitole. Un vote visant à le déclarer en outrage au Congrès a été programmé dans la foulée.

Détail important, Joe Biden a signé le 19 janvier 2025 une grâce préventive en faveur d’Anthony Fauci, inconditionnelle, couvrant toute infraction éventuellement commise entre le 1er janvier 2014 et la date de signature. L’homme est donc gracié par avance pour onze années de carrière mais il refuse quand même de répondre.

Restait à savoir comment la presse qui l’avait sanctifié allait raconter la chose.

On imaginait un silence gêné, mais, pignouferie de la presse oblige, elle a plutôt couvert, voire recouvert : dépêche AFP, correspondants sur place, papiers en ligne dès le lendemain, rien n’a manqué mais le sujet a simplement changé en route. Ainsi, le Temps a parlé du « calvaire » de Fauci et de son caractère « jugé vaniteux ». La Libre a ouvert sur l’obsession de Rand Paul, c’est-à-dire sur la ligne de défense de l’accusé. En 48 heures, l’architecte de la politique sanitaire planétaire est devenu un octogénaire harcelé par un sénateur du Kentucky, avec deux ans de dévotion quotidienne, matin, midi et soir, plateaux, unes et portraits admiratifs, pour terminer avec quinze lignes compassionnelles.

Tout ceci n’étonnera que les plus naïfs : ceux qui ont recopié studieusement pendant deux ans les certitudes d’un homme dont on sait désormais qu’il n’en avait pas ne vont pas rouvrir eux-mêmes le dossier de leur propre crédulité. Et hop, ils ne l’enterrent pas, ils esquivent, résument, survolent, biaisent de tous les côtés. Pour ceux qui n’y prêtent pas plus attention, ça ne laisse pas de trace.

Il faudrait, pour bien faire, mettre la main sur les carnets de Jean-François Delfraissy, sur les notes d’Olivier Véran, sur les échanges du conseil scientifique, sur les fiches des « fact checkers » de la République qui distribuaient les brevets de rationalité à la chaîne. C’est sûr qu’ils existent, quelque part, sur des serveurs de l’une ou l’autre administration…

Mais personne ne les publiera jamais, non parce qu’ils seraient introuvables, mais parce qu’il ne viendrait à l’idée de personne, ici, d’aller les chercher : avouer qu’on s’est fait berner comme des bleus, et qu’on a trompé des millions de personnes, avec mépris, morgue, assurance voire méchanceté, voilà assurément un travail absolument hors de portée de la presse actuelle.

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Bulletin météo : forte dépression sur Ceuta, retour à la normale annoncé depuis Madrid

Par : h16 — 3 août 2026 à 09:00

C’est donc une vague massive, un front chaud qui vient de toucher l’enclave espagnole de Ceuta qui impose une forte pression atmosphérique diplomatique à l’ensemble du continent européen. Une fois encore, les anticyclones Frontex et Schengen vont manifestement montrer leur relative faiblesse en laissant la place à cette dépression méditerranéenne importante.

D’après les relevés de la station de Fnideq du côté marocain, dans la nuit du 29 au 30 juillet, on a pu observer la formation d’un gros cumulo-migrantus de plusieurs milliers de jeunes gens le long d’une frontière qui compte pourtant parmi les plus étroitement tenues du royaume, et dont les forces de l’ordre interceptent d’ordinaire les candidats par paquets de vingt.

Mais cette nuit-là, elles se sont contentées de regarder et le lendemain, le gros cumulo-migrantus s’est abattu sur l’enclave espagnole avec ce que la police locale estime entre 40.000 et 60.000 entrées. En 48 heures, ce sont donc des milliers de m³ de migrants qui se sont abattus sur la localité, l’équivalent de trois quarts de la population normale de l’enclave de 19 km². Dès le jeudi, la vague est venue remplir le Centre de séjour temporaire dont ses 512 places ont été débordées par plus d’un milliers de demandeurs d’asile tandis qu’un millier de plus a campé aux abords.

Vendredi après-midi, la météo migratoire tourne à l’orage avec une police portuaire qui repousse une tentative d’assaut sur le port, plusieurs candidats au ferry se jetant à l’eau. Vendredi soir, cinq fourgons de police se déploient pour contenir mollement une entrée en force dans le centre d’accueil lui-même.

Cependant, un premier constat s’impose : rien n’a réellement cédé. Aucun grillage n’a été forcé, aucun passeur n’a touché un euro, aucune organisation logistique n’a été nécessaire, pas un coup de feu n’a été tiré. La clôture de Ceuta est exactement dans l’état où elle se trouvait le 7 juillet.

Ce qui a franchi la frontière avant les nageurs, c’est une information : le 8 juillet, le Tribunal suprême espagnol rend une décision distinguant le sort réservé aux entrants selon la voie d’accès, la mer ou la grille. Les magistrats ont tranché un cas particulier sans étude d’impact, sans responsabilité électorale et sans que quiconque songe à leur demander ce qu’il adviendra si leur jurisprudence se retrouve résumée en quatorze mots sur un réseau social.

Quinze jours plus tard, l’interprétation circule dans tout le Maghreb : le ministère de l’Intérieur italien, qu’on ne soupçonnera pas de complaisance envers Madrid, reconnaît lui-même que la crise a été déclenchée par une lecture de cet arrêt, instrumentalisée par des réseaux criminels. Autrement dit, l’État espagnol a perdu le contrôle du sens de sa propre loi, consciemment ou non.

Une frontière, en réalité, n’est pas un mur. C’est une anticipation partagée. Elle tient tant que ceux qui la regardent depuis l’autre côté estiment que la tentative ne vaut pas le coût. Le béton, les caméras et les patrouilles ne servent qu’à entretenir cette croyance, ils ne la remplacent pas. Ceuta, c’est un peu le principe d’une « panique bancaire » appliquée à la souveraineté d’un pays : la queue se forme au guichet non pas parce que la banque a fait faillite, mais parce que chacun anticipe que les autres vont retirer leur argent et, pour le cas espagnol, c’est l’évaporation de toute confiance dans la moindre fermeté des autorités vis-à-vis des illégaux, la loi l’empêchant.

La suite du bulletin météo migratoire est intéressante : ainsi, vendredi à 18 heures, le ministère espagnol de l’Intérieur annonce plus de 48.300 retours vers le Maroc, chiffre relayé avec gourmandise par une presse européenne soulagée de voir une conclusion au phénomène avant le bouclage du week-end. Quelques heures plus tôt, la même source en annonçait 25.000 et l’on parlait par ailleurs de 49.000 entrées en 24 heures, à comparer aux 60.000 en quelques jours évoqués encore ailleurs.

La réalité est éminemment plus confuse.

Le centre d’accueil compte 512 places et en abrite 1000 et environ 1000 de plus campant autour. Vendredi soir, il en reste 400 à l’extérieur et la presse locale, qui a le mérite d’habiter sur place, décrit des groupes qui se dispersent dans les quartiers de Juan XXIII, du Chorrillo, de la Almadraba et du Recinto avant d’être localisés.

Tout montre surtout qu’on n’a aucune idée réelle du nombre d’envahisseurs encore présents sur place. Ou bien les entrées ont été copieusement surévaluées ou bien l’immense majorité de ces gens s’est fondue dans une ville de 80.000 habitants, auquel cas personne, absolument personne, ne peut savoir combien sont repartis, et les compteurs du ministère (à l’entrée et à la sortie) ne sont adossés à rien du tout et finalement, ni Madrid, ni Bruxelles, ni la ville autonome ne savent exactement qui se trouve sur place. S’agit-il d’impuissance par incompétence, ou d’impuissance par calcul ?

Pendant ce temps, à Bruxelles, on fait de la prévision. Vendredi matin, Josep Borrell rappelle doctement qu’aucun État membre ne saurait suspendre unilatéralement la participation d’un autre à Schengen, cette possibilité n’existant tout simplement pas dans l’architecture juridique de l’Union. Vendredi matin également, à quelques centaines de kilomètres de là, Matteo Piantedosi préside une réunion au terme de laquelle l’Italie ferme ses frontières aériennes et maritimes avec l’Espagne.

Si Borrell a juridiquement raison, c’est sur une chose que personne n’a faite : Rome n’a pas exclu l’Espagne de Schengen, mais a simplement rétabli ses propres contrôles (autorisé par l’article 25), tout en habillant l’opération du vocabulaire maximaliste de l’exclusion. Un instrument conçu pour des menaces exceptionnelles, temporaires et proportionnées vient d’être retourné en outil de pression punitive contre un pair, et la seule réponse de l’Union aura été un rappel de doctrine.

Bref, ces petites joutes entre États membres rappellent surtout la vieille devise fondue dans le bronze des canons de Louis XIV, Ultima Ratio Regum, une actualité que les bureaucrates du Berlaymont paraissent avoir un peu vite oubliée. La Commission européenne, combien de divisions ?

Du reste, le commissaire aux Affaires intérieures Magnus Brunner rappelle, comme Emmanuel Macron, que Ceuta ne relève pas de la libre circulation et que les contrôles de sortie continuent de s’y appliquer ; bien sûr, la Commission jure qu’aucune personne arrivée à Ceuta n’a atteint l’Europe continentale. Alors que cette déclaration a été faite le jour même où des dizaines de gaillards tentaient de prendre le port d’assaut pour monter sur un ferry, on pourra émettre des doutes : soit le régime spécial fonctionne et six gouvernements viennent de jouer une pièce de théâtre onéreuse en sachant parfaitement qu’il ne se passerait rien, soit il ne fonctionne pas et l’édifice entier est une fiction que personne n’ose regarder en face.

Devant une telle absence de volonté d’endiguer quoi que ce soit, ce n’est plus qu’une question de temps.

Le bulletin météo-migratoire prend d’ailleurs un tour intéressant lorsqu’on relit certaine prévision… pardon tribune parue il y a quatre mois : le 16 mars dernier, l’American Enterprise Institute publie sous la signature de Michael Rubin un texte recommandant au Maroc une nouvelle Marche verte sur Ceuta et Melilla.

Pour rappel, en novembre 1975, 350.000 Marocains désarmés sont entrés au Sahara, forçant les autorités espagnoles à se retirer et Madrid à signer les accords de Madrid une semaine plus tard.

Le bulletin prévisionnel météo-migratoire de Rubin recommande de rassembler des Marocains, d’envoyer des bulldozers à la frontière, d’entrer désarmés dans les enclaves et d’y planter le drapeau marocain en pariant que Sánchez et la presse espagnole protesteront sans pouvoir agir ; il y est suggéré que Cadix se prépare à recevoir les 170.000 colons déplacés.

Et l’on y démontre, textes à l’appui, que l’article 5 de l’OTAN ne couvre qu’une attaque armée en Europe ou en Amérique du Nord et que l’article 6 n’étend cette garantie aux îles que dans l’Atlantique Nord au nord du tropique du Cancer, dont il résulte que ni Ceuta, ni Melilla, ni les Canaries ne déclencheraient de réponse alliée. Bon, les Canaries déclencheraient bien une réponse car situées vers 28°N, mais le reste est exact : l’OTAN ne fera rien.

Un mois plus tard, le 16 avril, le Pentagone signe avec Rabat une feuille de route de défense couvrant la période 2026-2036, portant sur l’interopérabilité, le partage de données en temps réel et la planification opérationnelle conjointe, et remplaçant un document signé deux ans plus tôt à horizon 2030. En juin, le Sénat américain en fait une obligation légale par la section 1268 de sa loi d’autorisation de défense.

Ici, il ne s’agit pas de verser dans une théorie du complot et ce n’est même pas nécessaire, puisque tout est publié : l’intérêt stratégique américain dans la région du détroit passe désormais par Rabat autant que par Madrid, et une puissance qui garantit la sécurité d’un allié ne signe pas un contrat décennal d’intégration militaire avec le voisin qui revendique son territoire. Apparemment, l’Espagne n’a pas été trahie, mais déclassée avec toutes les formes, procès-verbaux à l’appui.

Quatre ans plus tôt, un professeur de droit international de l’université de Cadix, Alejandro del Valle Gálvez, écrivait déjà dans une revue à comité de lecture que le Maroc utilise l’immigration massive comme arme diplomatique et que l’absence de réaction espagnole confère aux deux villes une précarité juridico-internationale croissante. Il n’a manifestement pas été lu par les bonnes personnes.

Et cette enclave ne se prend pas d’assaut mais va tout simplement se retrouver insolvable : avec une population qu’on double en 48 heures sans tirer un coup de feu, et des mineurs non accompagnés qui servent de cliquet (car inexpulsables et deviennent des charges permanentes – en 2021, environ 1500 sont restés), voilà qui va rendre la possession de Ceuta très coûteuse. Madrid finira par s’asseoir à la table pour négocier avec le Maroc.

Comme je l’évoquais dans un précédent billet de mai, un État peut aujourd’hui en faire plier un autre sans autre arme que la démographie et des populations désarmées, à la seule condition que la cible dispose d’un système social assez généreux pour que chaque arrivant coûte cher.

L’État-providence n’est pas seulement insoutenable mais devient un levier pour l’adversaire.

Reste la France, dont on attendait le pire et qui n’a pas déçu.

Laurent Nuñez a triplé les effectifs à la frontière franco-espagnole, puis les a quintuplés, pour atteindre le chiffre proprement napoléonien de… 334 agents.

On va mettre des moyens colossaux pour imposer la vérification d’identité aux internautes ou lire leurs messageries privées, mais en face, on colle quelques centaines de gugusses pour tenir une frontière nationale, montrant clairement que l’État n’est impuissant que lorsqu’il le décide ; il sait se montrer d’une remarquable fermeté dès qu’il en éprouve le besoin, et le besoin ne le prend jamais du côté de ses frontières extérieures.

À la fin, aucun coup de feu n’a été tiré, aucun passeur payé, aucun grillage forcé, aucun traité violé, aucun article 5 déclenché, et bien sûr aucune sanction européenne mais pourtant, pendant 48 heures, une ville européenne a changé de mains sans que personne ne soit capable de nommer l’invasion qui venait de se produire, ni même de compter les intéressés.

Forcément, cela va très bien se terminer.

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Bénéfices des banques, rachat d’Easyjet : profits de la guerre en Iran

Par : h16 — 1 août 2026 à 10:00

Un article de Henry Bonner
Aux États-Unis, les banques font des records de bénéfices sur les remous provoqués par la guerre en Iran, entre les besoins en financement d’entreprises et d’autres types d’activités dans la Bourse.

Quartz explique ainsi :

“5 des plus grandes banques américaines ont délivré, ensemble, des bénéfices trimestriels de 49 milliards de dollars, ce mardi [7 juillet], tirant profit d’une hausse de l’activité de trading, dans le nombre d’introductions en Bourse, et d’une rebond dans l’activité de financements au second trimestre.”

JP Morgan, la plus grande banque d’affaires de Wall Street, génère près de la moitié de la totalité du montant pour le groupe, entre des records dans l’activité de financement, dans les bénéfices sur les opérations des investisseurs, et les gains sur des titres d’entreprises en portefeuille.

La hausse des bénéfices dans les grandes banques fait partie des conséquences de la guerre en Iran. La Bourse américaine atteint tout de même des records, avec l’envolée de la tech, et génère des hausses pour les prêts aux investisseurs, et l’activité de financement des entreprises.

Comme l’explique Matt Levine, un analyste pour Bloomberg : “Les grandes banques gagnent des bénéfices sur les activités des clients dans la Bourse, via 3 types d’approches.”

Il donne le détail des 3 méthodes pour les hausses de bénéfices chez les grandes banques :

1) Les clients des banques veulent faire des opérations dans la Bourse, et les banques offrent des services d’intermédiaire … Ceci est appelé une activité de “faiseur de marché” [market-maker], ou “intermédiation”, et cela génère le plus de bénéfices lors des remous importants dans la Bourse …

2) Les clients des banques veulent faire des emprunts, pour financer des opérations dans la Bourse, et utilisent les titres comme garanties … Cela fonctionne le mieux lors des hausses dans les prix des titres …

3) Les entreprises veulent aussi lever plus de fonds, via des émissions de titres, par exemple dans une cotation en Bourse… Cette activité tend aussi à générer plus de bénéfices lors des hausses de la Bourse, surtout en période de relative tranquillité. En effet, les entreprises cherchent des opportunités pour des émissions de titres, après des périodes de hausses de la valeur des titres, et lorsqu’elles ont le plus de confiance d’avoir une “fenêtre ouverte” sans source de mauvaises surprises.

Les conditions dans la Bourse, et les remous de la guerre en Iran, créent ainsi une manne pour les activités de financement et de services d’intermédiaire pour les investisseurs.

Rachat d’EasyJet : opportunités dans la guerre

Des fonds de private equity tirent aussi profit des incertitudes de la guerre pour la recherche d’opportunités.

Ainsi, les offres de rachat pour la ligne d’aviation EasyJet, entraînent une hausse du titre de près de 100 % depuis mai.

Comme vous pouvez le voir ci-dessous, le cours de l’aviateur baisse au début de l’année, après les craintes sur les effets de la guerre en Iran, sur les marges et les ventes de billets.

Ensuite, la baisse de cours attire l’attention de fonds de private equity, dont les géants Castlelake, un spécialiste de l’aviation, et Apollo, l’un des plus gros gérants de fonds au monde, avec des actifs de près de 1.000 milliards $.

Les gérants d’EasyJet prévoient un accord avec Apollo, en raison du montant de l’offre de rachat, de 5,7 milliards de livres sterling.

De plus, Apollo donne des garanties contre une vente à la découpe.

Le Revenu détaille :

“Apollo s’est également engagé à maintenir la stratégie de développement d’EasyJet, notamment la modernisation de sa flotte, le développement d’EasyJet Holidays et le maintien des accords de licence de marque conclus avec EasyGroup, la société du fondateur Stelios Haji-Ioannou.”

En bref, les fonds de private equity prévoient un rebond des résultats après les perturbations aux déplacements en raison de la guerre en Iran, et une hausse des marges après une baisse des prix de l’énergie.

En effet, comme le montrent les chiffres d’Eurocontrol, ci-dessous, les déplacements en avion grimpent de nouveau en Europe, après un ralentissement au début de la guerre en Iran.

Le tableau de bord montre en effet le nombre de vols et la variation par rapport à 2025. Après une période de repli du trafic entre avril et mai, le nombre de vols grimpent depuis 2 mois, par rapport aux niveaux de 2025.

Les investissements en cours pour l’aéroport de Charles-de-Gaulle montrent, de même, les attentes d’une hausse des volumes de vols.

L’aéroport de Beauvais, à proximité de la capitale, reçoit aussi plus de demandes de créneaux de la part de compagnies, en particulier dans le low-cost.

Les opérateurs de l’aéroport, un consortium de la Caisse de Dépôts, Bouygues Construction, et d’autres entreprises, préparent ainsi des investissements de 180 millions d’euros pour une hausse du trafic.

Apollo, le fonds de private equity, voit ainsi des opportunités dans les lignes d’aviation, après une baisse des cours en Bourse, sur les craintes autour de la guerre en Iran.

Ils visent des gains sur l’essor du nombre de vols en Europe sur les prochaines années, et une amélioration des marges via des efficacités ou des baisses de prix de l’énergie.

Après des baisses de cours, et les craintes sur les effets de la guerre en Iran, les remous dans la Bourse font partie des causes des records de bénéfices pour les grandes banques.

De même, les incertitudes créent des opportunités pour des opérations dans le private equity, dont le rachat d’Easyjet par exemple.

Des entreprises et investisseurs génèrent ainsi des opportunités de bénéfices sur les dégâts de la guerre, et les changements d’humeur en fonction des actualités sur le conflit.

Idées de placements (rapport gratuit)

Je tends à chercher des secteurs sous les radars, au lieu des placements en vogue.

Nous évitons, par exemple, les voitures à batteries, l’hydrogène, ou les renouvelables.

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Et que reste-t-il à sauver, au juste ?

Par : h16 — 31 juillet 2026 à 09:00

En 2005, j’ai commencé à écrire des chroniques sur la lente décomposition de la France.

C’était il y a plus de vingt ans, la décomposition est devenue de plus en plus rapide et sur toutes ces années, j’ai à de nombreuses reprises écrit, de façon claire et sans ambiguïté, que ce pays était foutu. Par « Pays », j’entends bien sûr l’État providence et son système social. Et par « foutu », je veux dire que tout ceci va inévitablement finir, mal.

Je sais déjà que nombreux sont les jeunes qui, lisant ces premières lignes, feront un bond en se disant : « oh, zut, quel pessimiste ! » Mais voilà : les nouveaux citoyens d’aujourd’hui, frétillant à l’idée d’étrenner leurs 18 ans tout neufs dans la première urne à proximité, n’étaient même pas en projet lorsque j’ai commencé mes chroniques, et il y a peu de chance qu’ils m’aient suivi depuis tout ce temps et aient pu se former une opinion solide étayée par les faits que j’ai rapportés dans cette période. Leur étonnement est donc pardonnable.

Cependant et de façon plus inquiétante, je sais qu’on trouvera aussi pas mal de personnes plus âgées voire mûres qui se diront que j’exagère et que j’ai ce biais caractéristique des prêcheurs de catastrophes qui font leur beurre sur le malheur des foules. En réalité, non seulement je ne m’enrichirai pas dans le processus, mais l’observation de cette décrépitude et de son caractère inéluctable m’ont, plus souvent qu’à mon tour, valu des remarques acides.

Oui, la France est foutue, complètement corrompue par idéologies étatistes et anti-libérales qui ont de véritables boulevards sur les ondes et dans la presse : regardez, des communistes voire des fascistes (généralement anti-fascistes autoproclamés) ont régulièrement les plus belles tribunes, sans la moindre honte pour les catastrophes dont leurs idéologies mortifères sont responsables. Et sans surprise, le peuple, les médias et les gouvernants en redemandent.

Oui, la France est foutue à cause de sa caste politique lamentable, totalement étrangère à ce que subissent ceux qui l’ont élue. Cette caste jacassante ne connaît pas le peuple. Elle se gargarise de ce mot dans ses discours, mais elle ne le fréquente pas, n’a jamais eu ses problèmes (ou plus depuis si longtemps qu’elle les a totalement oubliés), vit sur un autre monde. Pire : elle est conseillée par des imbéciles et des larbins (cumul possible et fréquent) qui n’ont jamais été du peuple ou nieraient de toute leur âme en avoir jamais fait partie. N’entendant qu’un seul son de cloches (les leurs), cette caste jacassante n’a jamais remis en question ni sa façon de penser, ni sa façon d’agir.

Oui, la France est foutue, confite dans un anti-libéralisme incohérent et assumé.

Car c’est bien joli de cogner comme des sourds sur le libéralisme, sur la liberté d’entreprendre, de créer, mais comme absolument tous les leaders politiques, tous les syndicalistes, tous les artistes, tous les journalistes, tous les chroniqueurs et même une partie des grands patrons eux-mêmes honnissent le libéralisme, on se demande exactement où il est passé. Tout le monde sait que le libéralisme est la pensée dominante, à tel point que tout le monde le fustige.

Et dans le même temps, pas un candidat ne s’en réclame. Pas un journaliste. Pas un artiste. Pas un chroniqueur. Pas un syndicaliste. Zut. Pour un truc qui domine, c’est tout de même fort. Alors qu’a contrario, des gens qui se réclament du socialisme, de la sociale-démocratie, du communisme, du trotskisme, du corporatisme, là, on en trouve des pelletées aussi joyeuses que frétillantes.

Oui, la France est foutue, ayant trouvé dans le méchant libéralisme (ultra, néo ou débridé) la cause de tous ses maux.

Car c’est bien joli d’accuser les riches et les producteurs de richesses, les patrons. Mais à force, ils trouvent un peu lassant de constater que créer une entreprise leur attire surtout la jalousie, la convoitise, le mépris et une longue suite d’emmerdes supplémentaires. Bizarrement, ils finissent par se lasser et s’en aller, fermer boutique, ou laisser tomber. Un nombre croissant d’individus qui auraient pu créer leur propre emploi avant d’en créer d’autres préfère n’en rien faire : trop de risques, vraiment trop peu de gloire.

Et puis, du côté des politiciens, si on ne veut surtout pas cliver lorsqu’il s’agit de syndicalistes qui paralysent le pays, si on ne veut surtout pas stigmatiser les uns ou les autres, parce que « cliver c’est mal » voyez-vous, en revanche, lorsqu’il s’agit de montrer un bouc émissaire et que celui-ci s’appelle Patron ou Riche, alors là, c’est open bar et tournée générale.

Oui la France est foutue. Et bien sûr, la question qui taraude aussi bien les jeunes (qui tremblent à l’idée d’aller voter pour la première fois) que les vieux (qui ont déjà bien trop voté sans jamais obtenir le bonheur sur Terre), c’est : « Y a-t-il un moyen de sauver la France, malgré tout ça ? »

Ma réponse : non. Non, vous ne sauverez pas cette France là, celle de l’État Providence. Vous n’arriverez pas à sauver la sociale-démocrassie franchouille. Il est impossible de réformer ce pays.

Mais surtout, pourquoi ? Pourquoi voulez-vous sauver ça ?

Qu’y a-t-il à sauver ?

Un système d’assurance santé qui vous rembourse quelques euros pour des lunettes ou rien du tout pour des implants dentaires, à moins de vous imposer une mutuelle, démontrant l’impotence d’un système de base à bout de souffle ? Ce même système qui cherche par tous les moyens à taxer les trop gros, les trop faibles, les trop ceci ou les pas assez cela ? Qui vous prend 15% de votre superbrut et vous culpabilise pour avoir mangé gras, salé, sucré ? Qui n’est pas foutu de sauver des vieux quand il fait trop chaud en été, des jeunes quand il fait trop froid en hiver ? Qui dégringole dans tous les classements et qui n’offre pas plus d’IRM par habitant que la Turquie ? Qui, tous les ans, crée des trous par dizaines de milliards d’euros, passant ainsi sur les générations futures avec un bulldozer aux chenilles cloutées ?

Un système de retraite qui vous prend 22% de votre superbrut sans aucune garantie de pension future ? Qui distribue malgré ça des pensions misérables à des milliers de vieux travailleurs qui se retrouvent dans la misère ? Qui creuse, lui aussi, le déficit par milliards tous les ans, là aussi au détriment total des générations futures ?

Un système d’assurance chômage qui n’a jamais permis de recaser les millions de laissés pour compte ? Qui n’a jamais réussi à mettre en face les demandeurs d’emplois et les entreprises qui recrutent ? Un système qui dépense maintenant des milliards d’euros pour… échouer à ce que le privé réalise sans coût pour la collectivité ? Un système qui, lui aussi, creuse le déficit et danse la polka sur la bouillie de générations futures ?

Un magnifique enseignement normalisé, standardisé, produisant une purée intellectuelle toujours mieux moulinée et toujours plus facilement digérée par une cohorte toujours plus grosse d’illettrés béats et incultes ? Une magnifique démocratie qui permet à des tanches diplômées d’user leurs fonds de pantalons dans les administrations ou dans l’Hémicycle, aux salaires qu’on connaît, sans avoir jamais prouvé qu’ils étaient capables de créer de la richesse (que du contraire, même) ?

Vous voulez sauver ça ? Et, mieux encore, avec davantage de collectivisme ? Davantage de socialisme ? Encore plus de gentille redistribution forcée des richesses qu’on ne crée plus et qu’on punit ?

Mais ma parole, c’est de la folie !

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Un diamant est éternel, un cartel non

Par : h16 — 30 juillet 2026 à 09:00

C’est dans un silence quasi-sépulcral que meurt un empire industriel de 138 ans, dans l’indifférence médiatique (notamment française), un empire qui a pourtant marqué les esprits et plusieurs générations de couples : celui qui a inventé la bague de fiançailles.

Même si la disparition de cet empire est très silencieuse, les chiffres de l’agonie sont pourtant publics. En 2025, plus d’une bague de fiançailles sur deux vendue aux États-Unis, le premier marché mondial, portait un diamant fabriqué en laboratoire. De Beers, le nom même du diamant depuis 1888, a perdu 511 millions de dollars l’an dernier, et sa maison mère Anglo American, après l’avoir dépréciée trois fois en deux ans, cherche activement à s’en débarrasser pour une valeur comptable ramenée à 2,3 milliards de dollars. On se rappellera que lorsque la famille Oppenheimer a vendu ses parts en 2011, la même entreprise était implicitement valorisée autour de 12,7 milliards. C’est une perte de valeur d’au moins 80% en une quinzaine d’années, pour la maison qui fixait le prix mondial de la pierre la plus précieuse de la Terre…

Cependant, cette perte et la déliquescence de cet empire n’est pas le fait des tribunaux américains, qui le poursuivent pourtant depuis les années 1940, ni de la Commission européenne, ni des ONG, ni des documentaires indignés. Neuf commentateurs sur dix vous expliqueront que face aux monopoles, seuls l’État, le régulateur et le juge protègent le consommateur. L’histoire qui suit démontre exactement l’inverse : un siècle de droit de la concurrence et d’acharnements légaux n’ont même pas égratigné De Beers. En revanche, c’est une machine à vapeur de carbone qui l’a exécuté en une demi-douzaine d’années.

Et comme d’autres avant lui, cet article du Jeudi est donc ouvert à mes abonnés et lisible sur Substack ici et revient sur l’histoire du diamant, celle du cartel qui l’a exploité, comment il s’est effondré et les leçons qu’on peut en tirer.

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Note de service : l’État distribue 200 milliards, à 24 milliards près

Par : h16 — 29 juillet 2026 à 09:00

Note de Service – Cabinet du Directeur – 29 Juillet 2026 – République Française

Mes chers collaborateurs,

Vous n’êtes pas sans avoir remarqué l’agitation médiatique estivale entourant la publication de divers rapports, études et déclarations relatifs aux aides publiques apportées aux entreprises. Comme toujours en pareil cas, la presse s’emballe, l’opposition glapit et le contribuable s’interroge, ce qui n’est jamais bon signe. La présente note a donc pour objet de clarifier la position officielle du gouvernement et de rappeler ses arguments essentiels. Vous voudrez bien vous en inspirer fortement, y compris en famille.

1. Sur l’existence même du rapport

Certains commentateurs malveillants présentent le récent rapport du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan comme un document accablant. C’est un contresens complet, que vous corrigerez en toute occasion. Un État qui produit un rapport sur lui-même est un État qui se regarde avec lucidité. Un État qui ensuite range proprement ce rapport dans un tiroir est un État qui ne cède pas à la précipitation. Un État qui commande alors un nouveau rapport pour évaluer les suites données au précédent est un État apprenant. Vous constaterez que nous cochons les trois cases. Il n’y a donc pas de sujet.

2. Sur le montant des aides

À la question, au demeurant fort indiscrète, de savoir « combien la Nation consacre-t-elle chaque année au soutien de ses forces productives ? », vous répondrez avec la limpidité suivante :

a/ selon le Haut-Commissariat au Plan, 187 milliards d’euros pour la seule année 2023 ;
b/ selon une précédente commission d’enquête sénatoriale, 211 milliards d’euros par an ;
c/ mais le plus important n’est pas le chiffre mais la dynamique.

Vous soulignerez donc que l’écart entre ces deux évaluations officielles n’est que de 24 petits milliards d’euros, soit à peine les budgets annuels de la Justice et de la Culture réunis, ce qui constitue une fourchette d’une étroitesse remarquable et témoigne d’une maîtrise statistique que le monde entier nous envie.

Si votre interlocuteur insiste, vous rappellerez que la dynamique évoquée au c/ est excellente, ces aides progressant trois fois plus vite que les aides sociales. Vous éviterez toutefois de préciser que ce ratio est brandi avec véhémence par la presse la plus étatiste du pays : même si réussir à indigner simultanément le social-démocrate mou et le gauchiste éhonté est une performance rare, il n’est pas utile de nous en vanter.

3. Sur la question du périmètre

Vous aurez noté que, faute de consensus sur ce que recouvre exactement la notion d’« aide aux entreprises », le Haut-Commissariat a proposé au Premier ministre non pas une mais deux définitions distinctes. Des esprits chagrins voudraient y lire l’aveu que l’État ignore combien il distribue, à qui, et pourquoi. Mais vous, vous retournerez l’argument : là où le vulgaire ne voit qu’un chiffre, la Haute Administration en voit deux. Cela s’appelle de la richesse méthodologique. Avec un peu d’entraînement, on parvient à employer cette expression sans sourire.

Vous vous abstiendrez en revanche de tout parallèle avec la situation du contribuable qui proposerait à son contrôleur fiscal deux définitions distinctes de son revenu imposable. Ce parallèle, quoique techniquement exact, n’apporte rien au débat.

4. Sur le contexte budgétaire

Le Premier ministre ayant lui-même qualifié le niveau de la dette et du déficit de « préoccupant, grave même », le FMI réclamant un effort de 0,8 point de PIB par an jusqu’en 2029, la Cour des comptes constatant qu’« on est en train de perdre le contrôle de la dette publique » et les experts missionnés par Bercy chiffrant à 126 milliards d’euros les économies nécessaires d’ici 2032, il pourrait vous être demandé pourquoi le Gouvernement concentre son effort sur les franchises médicales, la taxe foncière et les retraités plutôt que sur les 211 ou 187, vérifier avant diffusion milliards d’euros d’aides susmentionnées.

Vous répondrez, les yeux dans les yeux, que ces aides constituent un investissement dans la compétitivité, l’attractivité et la souveraineté, trois mots qu’il conviendra de prononcer dans cet ordre et avec gravité. Vous ne répondrez en aucun cas « on ne mord pas la main qu’on nourrit », formulation dont l’exactitude n’excuse pas la maladresse. Vous ne mentionnerez pas davantage que le retraité, lui, ne finance aucune campagne électorale, observation dont je ne m’explique toujours pas la présence dans la précédente version de cette note et dont l’auteur est prié de se faire connaître.

5. Sur la réaction des marchés

Le taux d’emprunt français à dix ans vient d’atteindre 4 %, une première depuis juin 2009. Vous présenterez cette évolution comme une excellente nouvelle : après des années de taux faibles traduisant presque de l’indifférence, les investisseurs consentent enfin à la France un rendement à la hauteur de sa gestion. Certains y verront le prix du risque ; vous y verrez une marque d’estime, et vous ajouterez que peu de pays peuvent se vanter de voir leur signature aussi richement rémunérée.

6. Consignes générales

En synthèse, vous retiendrez que l’État distribue chaque année aux entreprises une somme comprise entre 187 et 211 milliards d’euros, sans savoir précisément laquelle, sans savoir exactement à qui, et sans qu’aucun rapport, aucune commission d’enquête ni aucun Premier ministre préoccupé, gravement même, n’envisage d’y toucher, et que tout ceci démontre un pilotage d’ensemble dont nous pouvons être fiers.

Si un interlocuteur particulièrement retors objectait que, dans le même temps, chaque euro prélevé sur le contribuable est calculé, recoupé, vérifié et exigé sans attendre, majorations de retard comprises, vous saluerez cette remarque comme la preuve que l’administration fiscale, elle au moins, dispose d’un périmètre parfaitement défini : la feuille d’impôts de nos concitoyens est effectivement ce document en France qui échappe à tout flou méthodologique, ne connaît ni fourchette, ni double définition, et se trouve actualisé chaque année à la hausse avec une régularité que le Haut-Commissariat pourrait utilement étudier.

C’est un motif de fierté nationale, que vous garderez pour vous.

P.-S. (à ne pas diffuser) : pour ceux d’entre vous qui s’étonneraient en privé qu’un dispositif aussi peu lisible traverse les décennies sans dommage, je me permets de rappeler une évidence qu’on n’apprend plus assez à l’ENA : ce n’est pas malgré l’opacité que ce système fonctionne. C’est grâce à elle. Détruisez cette note après lecture.

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Cette forêt interdite aux moins de quinze ans

Par : h16 — 27 juillet 2026 à 09:00

Il était une fois, dans le Royaume de France, une forêt immense et sombre où les villageois avaient pris la fâcheuse habitude d’aller dire ce qu’ils pensaient. Personne ne les y avait autorisés. Pire : personne ne pouvait les en empêcher.

Fâcheux.

Au Château, on s’inquiéta. Oh, pas de ce qui se disait, bien sûr – le Royaume est libre et l’on y professe la liberté d’expression avec une ferveur qui tire la larme – mais plutôt de la manière dont cela se disait, c’est-à-dire sans modération, sans hiérarchie, et surtout sans ceux du Château.

Il fallait un conte. On en fit un.

Premier acte : Gouvernemaman prépara le panier

Gouvernemaman, qui vous veut du bien et qui compte bien vous le faire savoir, prit donc les choses en main. Le 21 juillet 2026, le Parlement adoptait définitivement la proposition de loi Miller interdisant les réseaux sociaux aux moins de quinze ans, plaçant le Royaume De France comme premier pays d’Europe à se lancer dans cette noble quête avec application au 1er septembre pour les nouveaux comptes et au 1er janvier 2027 pour les anciens.

On applaudit. On se félicita. On protégeait les enfants, ce qui reste l’argument le plus difficile à contredire jamais mis au point par l’espèce humaine, et les députés le savaient parfaitement.

Puis on ouvrit le panier. Zut, il était vide : pas de méthode de vérification de l’âge, pas de sanction sérieuse, pas de dispositif d’exécution.

Voilà un bien étrange texte qui interdit sans dire comment, qui punit sans dire qui, et qui entre en vigueur sans que personne ne sache au juste ce qui entre en vigueur. La Quadrature du Net nota poliment que la loi demeurait floue sur son application, ce qui était une manière très diplomatique de dire qu’il n’y avait rien dedans. Xavier Niel, moins diplomate, parla d’une mesure totalement débile.

Néanmoins, pas démonté pour deux sous, le Petit Chaperon Rouge partit chez sa grand-mère avec une galette imaginaire et un pot de beurre conceptuel.

Deuxième acte : le royaume voisin avait déjà lu la fin

Le hasard voulait qu’un autre royaume ait tenté l’aventure avant le Royaume de France. L’Australie avait ainsi interdit ses réseaux sociaux aux moins de seize ans le 10 décembre 2025 et 4.750.000 comptes avaient été supprimés dans la foulée, chiffre d’ailleurs brandi comme un trophée de chasse.

Las.

Trois mois plus tard, une étude publiée dans le BMJ constatait que plus de 85 % des adolescents concernés fréquentaient toujours les plateformes, les chenapans, et dans leur majorité, depuis leur propre compte, les gredins. Le fameux contournement massif par VPN n’occupait que 3% d’entre eux et les autres n’en eurent pas eu besoin : ils se contentèrent de déclarer qu’ils avaient seize ans, et on les crut. Seulement 5% des 12-13 ans montrèrent un sauf-conduit d’identité, pendant que les autres envoyèrent un selfie (ou rien du tout).

Le loup australien fut vaincu par un formulaire mais ce formulaire fut vaincu par des enfants menteurs.

Et que fit l’Australie devant ce résultat ? Elle abrogea, penaude, en s’excusant du dérangement ?

Que nenni.

Elle porta l’amende maximale à 99 millions de dollars australiens et élargit les pouvoirs de son régulateur.

Troisième acte : la découverte du loup intérieur

Pendant que Gouvernemaman s’occupait des petits enfants, on découvrit aussi que la forêt grouillait de loups : des loups russes, d’abord, ce qui est devenu une catégorie administrative. Des loups chinois ensuite, par souci d’équilibre géographique.

Et puis, le 9 juillet 2026, trois sénateurs (Laurent Lafon pour le centre, Agnès Evren pour la droite, Sylvie Robert pour la gauche, soit l’intégralité du spectre officiellement autorisé) annoncèrent la découverte d’une espèce parfaitement inédite : le loup intérieur.

Ce loup intérieur pouvait être un villageois qui relaie, volontairement ou non, un élément de désinformation d’origine étrangère. Notez, manants, ce « volontairement ou non » : voilà belle trouvaille ! Ainsi, vous n’aviez pas besoin d’être un loup pour être traité comme tel et il suffisait d’être d’accord avec un loup, ou de le paraître vaguement, ou, plus insidieusement, de poser une question qu’un loup aurait pu poser.

Quatrième acte : on organisa une battue

Restait à équiper les bûcherons.

Le rapport sénatorial proposa alors un observatoire indépendant de la désinformation, et, pour les cas sérieux, une solide et ferme commission de censure indépendante présidée par un membre du Conseil d’État qui déciderait de ce qui circulerait et de ce qui ne circulerait pas.

Avec un certain toupet, le terme de shadowban d’État fut même employé. À tort, évidemment ! Tout le monde savait qu’un shadowban est une pratique privée et opaque, alors qu’ici tout serait public, transparent et présidé par un haut fonctionnaire.

Vous voyez bien que ce n’est pas pareil !

Le lendemain, le Conseil des ministres présenta un projet de loi contre les ingérences étrangères portant à trois ans de geôle et 45 000 écus d’amende la diffusion de fausses nouvelles en contexte électoral. Oui, trois ans d’oubliettes pour une publication, le peuple apprécia à sa juste valeur la parfaite sérénité du calendrier, à quelques mois d’une présidentielle.

Cinquième acte : il y a quelqu’un dans le lit

Il subsistait un angle mort.

Les enfants ne vivaient pas dans la forêt mais dans des maisons. Or, dans les maisons il y avait des parents (dispositif notoirement non homologué). Aurore Bergé, ministricule indispensable, régla bien vite la difficulté d’une phrase, prononcée sans trembler : « Ce qui se passe à l’intérieur des maisons regarde l’État ».

Voilà, le loup était dans le lit, portait le bonnet de Gouvernemaman et vous expliquait, avec une douceur infinie, que tout ceci était pour votre bien.

« Gouvernemaman, que vous avez de grands yeux !
_ C’est pour mieux observer la désinformation, mon enfant, depuis un observatoire indépendant !
_ Gouvernemaman, que vous avez de grandes oreilles !
_ C’est pour mieux entendre ce qui se dit à l’intérieur des maisons, mon enfant !
_ Gouvernemaman, que vous avez de grandes dents !
_ heu… »

Et c’est précisément ici que le conte s’interrompit.

Parce que des dents, il n’y en avait pas. Ou disons pas encore : la loi Miller n’a ni griffes ni crocs, et c’est exactement ce qu’on lui demande.

Car l’objet n’a jamais été d’empêcher un collégien d’ouvrir Instagram. Les Australiens en ont administré la démonstration en trois mois, et personne au Palais-Bourbon ne l’ignore.

Non, décidément, l’objet est d’installer une idée, une seule, et de l’installer avant 2027 : qu’un âge peut être vérifié, donc qu’une identité peut être exigée. Qu’une parole peut être classée en désinformation par une autorité qui ne dit pas son nom. Qu’un enfant, un étranger et un dissident, vus depuis le Conseil d’État, présentent d’utiles ressemblances.

La loi sans dents d’aujourd’hui est le précédent juridique de demain. On ne vote pas un texte, on vote une habitude. Et une habitude, cela ne s’abroge jamais : cela se durcit, éventuellement à 99 millions de dollars l’unité.

Il était une fois un Royaume si terrifié par les loups qu’il enferma ses enfants dans la maison de Gouvernemaman et posta un bûcheron devant la porte pour noter ce qu’ils disaient. Dans la forêt, les loups couraient toujours, parfaitement indifférents et absolument hors d’atteinte. Ce n’était pas eux qu’on avait mis en cage.

À la réflexion, ce n’était pas eux qu’on visait.

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Le monde construit des réacteurs nucléaires et la France se suicide

Par : h16 — 24 juillet 2026 à 09:00

Samedi dernier, pendant que vous étiez bêtement occupés à choisir entre la plage et la sieste, le gouvernement, lui, travaillait en loucedé et publiait discrètement au Journal officiel le décret actant la « Stratégie nationale bas-carbone » troisième du nom, la fameuse SNBC-3, qui grave dans le marbre réglementaire la trajectoire française vers la neutralité carbone en 2050.

Un décret, un samedi de juillet, sans vote parlementaire sur le fond… Tout ceci n’a rien d’un hasard et la méthode résume assez bien le projet.

Et quel projet !

Jugez plutôt : fin du charbon en 2030, fin du pétrole en 2045, fin du gaz fossile en 2050, le tout assorti de « budgets carbone » sectoriels contraignants pour l’énergie, le bâtiment, l’agriculture et les transports, comme le détaillent Les Echos avec le sérieux comptable qui sied à l’inventaire actuariel avant naufrage.

Bien sûr, le vocabulaire employé ici est technocratique, feutré et volontairement rassurant : on parle de trajectoires, de feuilles de route, de planification. Cela évite habilement d’évoquer des « rationnements », ce qui serait vulgaire. Après tout, la décroissance ne s’annonce d’ailleurs jamais comme telle : elle arrive toujours en costume-cravate, un classeur sous le bras, avec un paquet de diapos sur les co-bénéfices éco-conscients en bio-syntonisation.

Cependant, l’Histoire ne laisse guère de doute sur ce que produit le rationnement de l’énergie : de la ruine, puis de la misère, dans cet ordre et sans exception connue.

En outre, on admirera le timing particulièrement diabolique de ces choix écologiques : la France, souveraine et apparemment plus très lucide, semble ainsi décidée à se tirer une (énième) balle dans le pied (discipline olympique qu’elle remporte haut la main assez régulièrement) au moment où la même expérience grandeur nature tourne déjà, sous nos yeux, juste de l’autre côté du Rhin.

Eh oui : nos frétillants voisins Teutons testent déjà pour nous tout l’attirail proposé : sortie du nucléaire, tout-renouvelable, énergie chère érigée en vertu civique, …

Les résultats sont tombés et ils sont, comment dire, pédagogiques : selon Destatis (l’INSEE allemande), la production des vilaines industries énergivores allemandes s’est effondrée de 15,2 % entre février 2022 et mars 2026, et la méchante industrie polluante dans son ensemble a reculé de 9,5 %, quatrième année consécutive de baisse.

Volkswagen supprime des emplois par dizaines de milliers, Thyssenkrupp se démembre, la chimie délocalise vers des cieux où l’électron ne coûte pas le prix du safran, bref, l’ancien moteur industriel de l’Europe cale, fume, et personne à Berlin ne semble pressé d’ouvrir le capot.

Et voilà donc le modèle que Paris, jamais en manque d’une bonne idée déjà ratée ailleurs, s’empresse de copier par décret.

Copier, et même surpasser : la France ajoute bien évidemment sa touche personnelle puisqu’elle fait tout cela en étant déjà ruinée.

Rappelons les données du problème, pour les distraits du fond : une dette publique à 3 536 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB, un déficit chronique, une désindustrialisation presque complètement achevée, des hôpitaux à l’os et une école en déliquescence…

C’est dans ce contexte que Monique Barbut, celle qui, apparemment, serait ministre de la Transition écologique, se réjouit que l’écologie devienne « le budget le plus renforcé après celui des Armées ».

Quel régal ! Pendant que les services publics ferment ou s’étiolent les uns après les autres, le contribuable aura au moins la satisfaction de financer, en priorité nationale, sa propre pénurie énergétique ! Ce faisant, il paiera d’ailleurs deux fois et avec le sourire (c’est important, la bonne humeur, de nos jours !) : une première fois en impôts pour la planification, une seconde en pouvoir d’achat lorsque l’énergie renchérie aura achevé son emploi.

Pour nos politiciens dont le but est clairement de saboter le pays, c’est ce qu’on appelle un cercle vertueux.

Pendant ce temps, le reste de la planète a fait ses calculs, et ils ne ressemblent pas aux nôtres.

74 réacteurs nucléaires sont actuellement en construction dans 13 pays, dont 39 pour la seule Chine, qui en aligne 41 autres en projet, pendant que Russes et Chinois ont supervisé 44 des 45 chantiers lancés dans le monde entre 2020 et mi-2025. Pékin s’apprête au passage à mettre en service le premier petit réacteur modulaire terrestre au monde.

Les États-Unis relancent massivement leur filière atomique à coups de décrets présidentiels, l’Inde, la Turquie, l’Égypte et le Golfe construisent, achètent, électrifient.

Tout ce petit monde a compris que la puissance du XXIe siècle se mesurera en gigawatts disponibles, pendant que l’Europe, elle, paie déjà son gaz 4,6 fois plus cher que les Américains et son électricité 2,4 fois plus cher que les Chinois, les Américains ou les Indiens. Eux comptent en térawattheures ; nous comptons le nombre d’alinéas des articles de lois visant à leurs interdictions. Chacun ses points forts.

Le pompon est que la France n’a même pas l’excuse de l’impuissance : elle possède la filière nucléaire, le savoir-faire, le parc installé et a même réalisé, dans les années 70 et 80, la seule décarbonation rapide et massive d’une grande économie de l’histoire, sans budget carbone, sans frétillante andouille ministérielle extatique et sans décret de rationnement : en construisant des centrales, tout bêtement.

La solution existe donc, elle est éprouvée et mieux encore, elle est française.

Si l’objectif était vraiment le carbone, la réponse serait évidente et tiendrait en un mot de neuf lettres.

Et si cette réponse évidente est soigneusement écartée au profit du rationnement administratif et des interdictions calendaires, c’est que l’objectif n’est pas le carbone, c’est le contrôle.

La neutralité carbone par décret est une religion d’État, avec son clergé ministériel, ses indulgences budgétaires et ses processions de textes réglementaires publiés les samedis d’été, exclusivement destinée à contrôler les individus, leurs habitudes et leur vie dans le moindre détail. Cela n’a aucun rapport avec des économies d’énergie, la décarbonation ou sauver les ours polaires.

Une bonne nouvelle surnage cependant : la fin du pétrole est promise pour 2045, soit, au rythme actuel de notre désindustrialisation, une bonne dizaine d’années après la fin de notre industrie, ce qui veut dire que, pour une fois, l’objectif gouvernemental suicidaire est parfaitement atteignable.

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