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Les Démocrates gagnent leurs primaires, les Républicains gagnent les élections

Par : h16 — 19 août 2026 à 09:00

Le mardi 4 août dernier, les Démocrates du Michigan ont choisi leur candidat au Sénat pour succéder à Gary Peters, qui ne se représentait pas. Surprise : ils ont écarté la protégée de Chuck Schumer au profit d’un progressiste que Donald Trump s’est empressé de saluer comme une « excellente nouvelle pour le Parti Républicain ».

Sur ce point précis, il n’a pas tort.

Ce scrutin n’a rien d’un accident local. Depuis le début de l’année, les candidats soutenus par les Democratic Socialists of America (DSA) enchaînent les victoires en primaire, phénomène désormais surnommé « effet Mamdani », du nom de Zohran Mamdani, actuel maire socialiste de New York. Il redessine les rapports de force internes du Parti Démocrate. Il ouvre surtout un boulevard… aux Républicains.

Au Wisconsin, la primaire démocrate pour le poste de gouverneur voit ainsi Francesca Hong arriver en tête des sondages, avec un passif de prises de position sans ambiguïté : soutien au définancement voire à l’abolition de la police, appel à « annuler Thanksgiving ». À tel point que les Démocrates, pour l’éliminer de la course, ont truqué leurs primaires de façon si flagrante que les commentateurs de NBC News en sont restés sans voix.

Au Michigan, le scrutin opposait deux profils sans grand rapport l’un avec l’autre. D’un côté la représentante Haley Stevens, adoubée par l’appareil : Chuck Schumer et la gouverneure Gretchen Whitmer avaient fait campagne pour elle en la présentant comme la candidate la plus rassurante pour les donateurs « la plus capable de gagner ». De l’autre le progressiste Abdul El-Sayed, ancien directeur de la santé du comté de Wayne et figure de l’aile gauche du parti.

C’est El-Sayed qui l’a emporté, de justesse, avec 735.600 voix (48,6 %) contre 716.200 (47,4 %). 19.400 bulletins d’écart, l’establishment démocrate s’est fait grignoter ce qui, pour un appareil qui distribue les investitures depuis toujours et dans une primaire d’août où la participation ne représente qu’une fraction du corps électoral, est déjà un aveu : Là où les militants pèsent le plus lourd, l’appareil ne tient plus que d’un point.

La géographie du vote mérite qu’on s’y arrête. Detroit et sa région ont, elles, voté pour l’establishment : malgré sa victoire, El-Sayed a perdu le comté de Wayne, qui englobe Detroit, ainsi que ceux d’Oakland et de Macomb, ce qui fait de lui le premier démocrate depuis Bernie Sanders en 2016 à remporter une primaire nationale dans le Michigan sans en gagner un seul. Stevens a par ailleurs remporté 7 des 12 comtés de l’État comptant au moins 11 % de population noire, avec une avance moyenne de 8,5 points. En effet, de nombreux électeurs noirs interrogés à Detroit se méfient d’El-Sayed, en partie à cause de son soutien au mouvement « Uncommitted » (mouvement de protestation de gauche pro-palestinien, très critique de la politique démocrate jugée trop pro-Israël) lors de la primaire présidentielle de 2024, que des responsables comme le révérend Anthony Wendell, président de la section de Detroit de la NAACP, jugent avoir nui aux chances de Kamala Harris.

Autrement dit, le candidat de la gauche radicale a gagné partout sauf dans les quartiers populaires. C’est logique : le socle électoral des Socialistes Américains n’est pas le prolétariat, mais le diplômé.

L’électeur type des candidats DSA a moins de 50 ans, avec un pic chez les 18-34 ans, tranche d’âge où plus de 60 % des Américains déclarent une opinion favorable du socialisme selon un sondage du Cato Institute. Il est le plus souvent passé par le supérieur et vit dans un quartier à revenu élevé ou dans une ville universitaire, très rarement dans une zone rurale ou populaire, où les candidats modérés continuent tranquillement de gagner. Le socialisme américain est un produit de campus et non d’usine.

Parmi les facteurs qui alimentent cette poussée se dégage nettement l’évolution rapide de l’opinion démocrate sur le conflit israélo-palestinien depuis la guerre à Gaza. Selon un sondage Gallup de fin février 2026, davantage d’Américains disent désormais sympathiser avec les Palestiniens qu’avec les Israéliens, 41 % contre 36 %. Le sujet a pris une importance considérable dans la jeunesse américaine, où il nourrit aussi bien les socialistes à gauche que le mouvement des « groypers » à droite (mouvement principalement en ligne critiquant la gestion migratoire et la politique étrangère du mouvement MAGA), et les premiers ont abondamment commenté le poids de l’AIPAC sur les politiciens américains les plus en vue.

Reste une question : tout cela séduira-t-il quiconque en dehors des villes et des diplômés ?

Rien n’est moins sûr. Face à ce socle jeune et éduqué se tient un bloc de modérés et d’indépendants nettement plus large, et c’est lui qui décidera du sort des élections de mi-mandat. Selon Gallup, 43 % des Américains s’identifient comme politiquement indépendants, soit la plus grande catégorie d’identification politique du pays, devant les 31 % de Démocrates et les 26 % de Républicains. Dans un scrutin de mi-mandat, où la participation est structurellement plus faible qu’à la présidentielle, un basculement de quelques points chez ces électeurs pèse bien davantage qu’en année présidentielle. Or ces modérés penchent traditionnellement au centre droit et oscillent d’un establishment à l’autre : les programmes socialistes et les obsessions sur un conflit étranger ont toutes les chances de fonctionner chez eux comme repoussoirs.

Le résultat immédiat, ce sont des tensions internes considérables au Parti Démocrate, quand le Parti Républicain se trouve tenu d’une main ferme par Trump. Pour la première fois depuis longtemps, la droite américaine est plus unie que la gauche.

On objectera que le Parti Républicain a lui aussi connu sa secousse, le Tea Party des années 2010, et que celle-ci a fini par produire Trump et le mouvement MAGA ; les socialistes américains pourraient donc, par le même chemin, finir par l’emporter au niveau national. L’objection a l’air solide et ne l’est pas, car elle méconnaît le sens du courant. Le Tea Party radicalisait son parti dans la direction des valeurs dominantes du pays. La DSA le radicalise à contresens : le capitalisme y reste vu favorablement par 54 % des Américains, contre 39 % seulement pour le socialisme. Et ce n’est pas la première tentative de percée : les mêmes années 2010 avaient vu naître Occupy Wall Street, dont l’échec dit assez ce que la société américaine fait de ces mouvements.

S’y ajoute un détail que l’appareil démocrate connaît mieux que personne : son financement. Beaucoup de grandes entreprises apprécieraient modérément un tournant anti-business et pourraient se tourner vers les Républicains. De fait, il n’est pas déraisonnable de lire la réorientation à droite de dirigeants de la tech comme Bezos ou Zuckerberg courant 2024 comme un calcul de risque une évolution personnelle.

En creux, tout ceci raconte l’incapacité des patrons démocrates à satisfaire à la fois leurs électeurs et le pays. À force d’avoir joué la carte culturelle, la diversité et l’inclusion, ils ont fabriqué une base militante qui exige exactement ce que le reste de l’électorat refuse. Le Parti Républicain n’a donc plus grand-chose à faire, sinon attendre : plus la gauche se focalisera sur les questions sociétales et identitaires plutôt que sur l’économie et la sécurité, qui restent les vraies priorités des électeurs, plus les urnes lui donneront raison.

Chaque victoire les rapproche ainsi davantage de la défaite.

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Midterms 2026 : le mirage démocrate ?

Par : h16 — 15 juillet 2026 à 09:00

Depuis des mois, la presse de grand chemin récite une même antienne évidente : portés par un environnement national qui leur tend les bras, les Démocrates sont favoris pour les élections américaines de mi-mandat en novembre.

Tout ceci est très amusant mais c’est surtout prononcé un brin vite : en face, les Républicains ont des arguments sérieux pour penser qu’ils limiteront la casse, quand ils ne conserveront pas tout bonnement les deux chambres.

C’est au Sénat que l’affaire est la plus limpide.

Sur les 35 sièges en jeu cette année, une vingtaine sont tenus par des Républicains, presque tous dans des États que Trump a remportés avec dix points d’avance ou davantage. Sabato’s Crystal Ball ne recense que deux véritables cibles démocrates, le Maine et la Caroline du Nord, quand les Démocrates doivent eux-mêmes défendre la Géorgie et le Michigan, passés côté Trump. Pour reprendre la majorité, il leur faudrait un gain net de quatre sièges, scénario que même les analystes prudents rangent au rayon des vagues bleues d’ampleur historique, de celles qu’on raconte le soir aux petits stratèges pour les endormir. Ici, le problème démocrate est qu’ils ont simplement trop peu de sièges républicains réellement vulnérables à se mettre sous la dent.

La Caroline du Nord résume ce dilemme : le retrait du sortant Thom Tillis pouvait ouvrir une brèche ; le candidat adoubé par Trump, Michael Whatley, tient pourtant tête à l’ancien gouverneur démocrate Roy Cooper dans une course serrée mais nullement acquise.

Restait le Maine, seul siège véritablement prenable. Susan Collins (R) y brigue un sixième mandat dans un État que Kamala Harris avait remporté de sept points en 2024. Sur le papier, c’est un boulevard… Qui s’est mué en champ de mines avec Graham Platner, vétéran des Marines et ostréiculteur présenté comme la grande révélation du parti, et qui a collectionné les tuiles avec une obstination constante.

Sont d’abord réapparus d’anciens messages Reddit où il minimisait les violences sexuelles dans l’armée et toisait les ruraux du Maine. C’est ensuite l’histoire d’un tatouage évoquant fâcheusement un symbole de gardiens de camps nazis, qu’il a fait recouvrir en pleine campagne en jurant n’y avoir jamais rien compris, version que contredit une ex-compagne citée par le New York Times.

S’y ajoute début juillet 2026 les accusations d’agression sexuelles en 2021 d’une ancienne compagne, Jenny Racicot.

Évidemment, Platner conteste. Mais en quelques jours, Schumer, Gillibrand, Gallego et Khanna (de grandes figures du parti Démocrate) ont retiré leur soutien et prié l’intéressé de libérer la piste, quand Janet Mills, la gouverneure qu’il avait battue en primaire, prévenait que les Républicains ne se priveraient pas de brocarder une candidature aussi sulfureuse.

Or, le Maine n’offre qu’une fenêtre légale minuscule pour remplacer un candidat après une primaire, la date butoir tombant le 13 juillet 2026. Et même si, finalement, Platner a renoncé à sa candidature, les Démocrates abordent la dernière ligne droite lestés d’un boulet là où ils espéraient leur plus belle prise. De quoi conforter l’idée que Collins, déjà rescapée des cycles hostiles de 2008 et 2020, gardera son fauteuil.

Pendant ce temps, à la Chambre des Représentants, on glose sur les sondages génériques nationaux et beaucoup moins sur la structure des 435 circonscriptions, qui désigne pourtant seule le vainqueur.

La carte consensuelle de 270toWin, qui agrège Sabato, le Cook Political Report, Inside Elections et Split Ticket, donne 211 sièges acquis ou penchant républicain contre 205 démocrates, avant même de trancher les 19 circonscriptions réellement indécises. Autrement dit, les Démocrates ne peuvent se contenter des circonscriptions bascule, il leur faut en plus arracher des sièges classés à droite pour atteindre les 218 de la majorité.

Or, une partie du handicap vient du redécoupage récent et l’autre, plus structurelle, d’un électorat démocrate entassé dans quelques districts urbains où il l’emporte avec des scores quasi soviétiques mais autant de voix inutiles pour conquérir ailleurs.

S’ajoute un signal plus discret, mais qui parle directement aux stratèges de terrain : l’inscription des électeurs.

Une analyse du comité de campagne républicain à la Chambre (NRCC), relayée par Spotlight PA, montre que dans 28 circonscriptions-clés pour 2026, les Démocrates ont perdu plus de 275 000 inscrits entre novembre 2024 et mai 2026, quand les Républicains ne reculaient qu’à la marge. Le phénomène n’est pas neuf : à l’échelle nationale, les inscrits démocrates ont fondu de 2,1 millions entre 2020 et 2024 pendant que les Républicains en gagnaient 2,4 millions.

Enfin, d’ici novembre, le SAVE Act pourrait être adopté et entrer en vigueur, imposant aux électeurs comme aux États des règles autrement plus strictes, à commencer par la preuve de citoyenneté.

Pour les machines électorales démocrates habituées à gonfler les listes avec des électeurs fantômes ou des individus sans le moindre droit de vote, l’exercice deviendrait soudain nettement moins confortable. Détail que la grande presse préfère ne pas trop ébruiter, cette exigence est massivement approuvée par les Américains eux-mêmes, ce qui prive ses adversaires de l’argument démocratique habituellement dégainé en pareil cas.

Et quand bien même le texte resterait embourbé au Congrès, il serait naïf d’imaginer Trump les bras croisés : un ordre exécutif pour rogner les pratiques les plus douteuses est plus que probable. Il en a d’ailleurs déjà signé un, contraignant fortement le recours au vote par correspondance, c’est-à-dire précisément le canal par lequel ont transité les fraudes massives dont les Démocrates ont su tirer profit lors de précédents scrutins. De surcroît, l’allocution télévisée qu’il va donner demain devrait vraisemblablement porter sur les bourrages d’urnes et les ingérences étrangères de l’élection de 2020, ce qui pourrait accentuer encore la dynamique en faveur d’une protection renforcée contre la triche et rogner encore la faible crédibilité des Démocrates qui se battent actuellement contre le SAVE Act.

Bref, autant de robinets que l’on ferme les uns après les autres, et autant de voix qui, cette fois, pourraient manquer à l’appel au petit matin du dépouillement.

Le cycle 2025-2026 a par ailleurs vu plusieurs États républicains, le Texas en tête, redessiner leurs cartes pour sécuriser des sièges, auxquels des États démocrates comme la Californie ont répliqué avec les leurs. Ces batailles, largement judiciaires, figent les positions acquises plus qu’elles n’ouvrent de brèches, dans une Chambre où la majorité républicaine ne tient déjà qu’à une poignée de sièges.

Les marchés de prédiction comme Polymarket rappellent que la hausse de l’essence et l’inflation ont pesé lourd au premier semestre. L’histoire invite du reste à la modestie sur les écarts de sondages : en 2018, une avance démocrate proche de huit points s’était traduite par des gains à la Chambre, mais nullement par une prise du Sénat, resté républicain dans un environnement pourtant tout aussi hostile au pouvoir en place. Beaucoup de stratèges républicains y voient le patron transposable à 2026.

Sur le terrain enfin, les levées de fonds compilées par RacetotheWH montrent des candidats républicains toujours compétitifs, voire en progression, en Floride, au Kansas, au Michigan ou au Montana.

Au fond, ces midterms pourraient surtout révéler la peine qu’éprouve le Parti démocrate à redevenir une force conquérante : la défaite cuisante de 2024 l’a visiblement sonné, et il ne semble pas s’en être relevé. La presse lui promet une revanche éclatante mais les urnes, elles, n’ont pas encore voté, et tout laisse penser qu’elles seront d’humeur bien moins généreuse qu’annoncé.

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