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Venise : découvrez la librairie la plus originale du monde

Par : National Geographic — 23 octobre 2026 à 16:57

Quand Luigi Frizzo a loué la propriété dans laquelle il a établi sa librairie, on l’a averti que la zone pourrait être sujette aux inondations à cause de sa proximité avec l’eau, et la montée du niveau de la mer à Venise, en Italie. C’est de là qu’il a tiré son inspiration pour le nom de son établissement : Acqua Alta, marée haute en italien.

En plus de ce nom original, Luigi Frizzo s’est également montré proactif pour protéger ses plus de 400 000 livres, dont des premières éditions publiées il y a plus d’un siècle, et a créé une infrastructure résistante aux inondations. Il a décidé de stocker des centaines d’ouvrages dans des baignoires et des gondoles, moyens de transport à travers les étroits canaux vénitiens depuis le 11e siècle.

Si vous l’ignoriez, Acqua Alta se trouve à près d’un kilomètre et demi de la place Saint-Marc, la place publique principale de Venise. Étant l’une des zones les plus basses de Venise, elle est facilement inondée mais seule une marche de neuf minutes sépare Saint-Marc de la fameuse librairie. Les visiteurs arrivent en passant par Calle Lunga Santa Maria Formosa, dans le quartier de Castello, une rue étroite où un panneau élève la Libreria Acqua Alta au rang de « plus belle librairie du monde ».

Les visiteurs de la librairie auront le loisir d’observer les évolutions en matière d’infrastructures apportées après l’inondation de 2019, l’une des pires de l’histoire de Venise. L’eau a dépassé de presque deux mètres le niveau de la mer.

Aujourd’hui, des gondoles et des baignoires ont été posées sur de grandes tables en bois afin de protéger les biens les plus précieux de la menace que pose la montée des eaux. Bien qu’elles soient à l’origine là en tant que mesure préventive, les gondoles sont vite devenues des figures emblématiques pour des millions de personnes et ont participé à faire connaître la Libreria Acqua Alta à travers le monde. Ses escaliers sont, par exemple, l’un des lieux les plus photographiés de tout Venise.

« J’ai d’abord créé l’escalier comme moyen de stocker mes encyclopédies. J’avais déjà mis des livres dans la cour, où les deux grandes fenêtres ne pouvaient pas être ouvertes et j’ai commencé à déplacer les encyclopédies dans le jardin pour créer ce qui aller devenir l’escalier », explique Luigi Frizzo. Le propriétaire de quatre-vingt-deux ans est originaire de Trissino, petit village de la région de Vento, au nord de l’Italie.

Il ajoute : « je n’aurais jamais imaginé que ce que je considérais uniquement comme une solution pratique connaîtrait un tel succès. »

 

JE L’AI VU SUR TIKTOK !

En 2002, la Libreria Acqua Alta a ouvert, un lieu pour que les locaux puissent se réunir et profiter d’une sélection éclectique de livres, de l’art vénitien à l’histoire de la république de Venise, en passant par des romans et des bandes-dessinées dans lesquels Venise a une place centrale.

La librairie abrite également des livres de seconde main et des livres anciens, comme une première édition de Le Fiale, un recueil de poèmes écrit par le poète italien Corrado Govoni. Cette rare trouvaille, loin des yeux des clients, a été publiée à Florence en 1903 et est aujourd’hui estimée à 1 500 euros.

Comme beaucoup de villes européennes, Venise n'échappe pas au surtourisme, et sa popularité va croissant sur les réseaux sociaux, comme Instagram et TikTok. La librairie a surfé sur la vague de ce phénomène et on retrouve désormais des milliers de vidéos sur TikTok ainsi que des hashtags sous des plus de 50 000 publications Instagram.

À l’entrée de la librairie, sous le signe proclamant que la Libreria Acqua Alta est la plus belle librairie du monde, les touristes font la queue et progressent lentement vers l’entrée. La file les entraîne près d’une gondole qui se trouve au cœur du bâtiment, puis des baignoires abandonnées pleines de magazines, de piles de livres rares et vieux. Leur chemin croise également celui de Dominique, la chatte de la librairie.

C’est un pèlerinage de dizaines de touristes vers la librairie, avec comme destination finale sa terrasse, où, après une attente pour monter l’escalier de livres, ils ont l’occasion de photographier la rivière Tetta. L’endroit est très prisé sur les réseaux sociaux.

Si Venise tente de pallier le surtourisme et de taxer les voyageurs qui ne dorment pas sur place, la librairie continue d’accueillir les foules. Elle a, selon Diana Zanda, responsable de la librairie depuis 2023, adopté des règles pour organiser le trafic.

« Nous demandons au groupe de dix personnes ou plus de nous appeler en avance », dit-elle. « Quant à l’escalier, nous avons dû demander à un employé de la librairie de dire aux visiteurs de ne pas rester plus de quelques minutes s'ils souhaitent simplement prendre une photo. Cela aide à faire avancer la queue plus rapidement. » Diana Zanda explique que la librairie reçoit chaque jour entre 2 000 et 5 000 visiteurs.

« La plupart sont des touristes qui viennent parce qu’ils ont vu quelque chose sur Instagram ou bien une vidéo de notre librairie sur TikTok », ajoute la responsable. Une cliente se joint à la conversation : « Oui, je vous ai vus sur TikTok ! »

 

LES LIBRAIRIES, ATTRACTIONS TOURISTIQUES

Jorge Carrión est l’auteur de Librairies – Itinéraires d’une passion, un livre qui explore l’importance des librairies en tant qu’espaces culturels et intellectuels, ainsi que leur rôle au sein des communautés. Jorge Carrión croit que, depuis 2013, des lieux tels que la Libreria Acqua Alta ne sont plus de simples librairies mais ont évolué et sont devenus des attractions touristiques populaires.

« Le tourisme culturel, comme tous les tourismes, a commencé à changer en 2010, avec l’émergence d’Instagram. À cette époque, un nouveau type d’attraction touristique a fait son apparition. Un tourisme qui est vite devenu viral et qui encourageait la circulation des selfies. Et TikTok n’a fait qu’amplifier cette mode », explique l’auteur.

Il poursuit : « Jusqu’à il y a quinze ans, les librairies ne faisaient pas partie de ce jeu et elles sont à présent au nombre de quatre : El Ateneo Grand Splendid à Buenos Aires, Lello à Potto, Shakespeare and Company à Paris et la Libreria Acqua Alta. Ce ne sont pas les meilleures, mais ce sont les plus photogéniques. »

Mais alors, comment Acqua Alta reste-t-elle à flots dans une ère où les visiteurs sont plus intéressés par les selfies que par les livres uniques que proposent les boutiques ?

Ils sont nombreux à acheter des marque-pages, des cartes postales, des calendriers, des magnets et autres souvenirs mais ce sont aussi les ventes de livres de seconde-main, des éditions qui ne sont plus imprimées et d’autres trouvailles rares qui aident cette librairie à survivre.

☐ ☆ ✇ National Geographic

Voici pourquoi votre corps résiste à la perte de poids

Par : National Geographic — 22 octobre 2026 à 15:06

Aujourd'hui, près de la moitié des Français sont en surpoids et 33 % de la population est tentée de faire un régime (contre 45 % de la population mondiale). Perdre du poids est difficile. Mais ne pas reprendre du poids est encore plus difficile. Selon des données des Instituts américains de la santé (NIH) et de la Société américaine de l’obésité, 80 à 95 % des individus qui parviennent à perdre du poids le reprennent en l’espace de trois à cinq ans.

Selon les scientifiques, cela n’est pas dû à un manque de volonté. Les hormones, la génétique et même l’évolution poussent le corps à résister : en augmentant la sensation de faim, en ralentissant le métabolisme et en favorisant la reprise de poids. Pour Kimberley Gudzune, directrice médicale du Comité américain de la médecine de l’obésité, il s’agit d’une lutte biologique que la culture populaire ignore la plupart du temps.

« On part du principe qu’une fois qu’on y est, on y reste de façon magique. Mais malheureusement, ce n’est pas vraiment le cas », prévient-elle.

Cela fait des décennies que l’on présente les régimes sous l’angle de la discipline. Mais des chercheurs commencent désormais à comprendre pourquoi le corps résiste avec une telle intensité à la perte de poids et comment les hormones, la chimie cérébrale et même des expériences vécues durant la petite enfance influencent la façon dont le poids va se réguler tout au long de la vie.

 

CE QUE LA TÉLÉ RÉALITÉ NOUS A APPRIS SUR LA PERTE DE POIDS

La culture populaire glorifie depuis longtemps la perte de poids spectaculaire et montre rarement ce qui vient ensuite. Peu d’exemples sont aussi clairs que celui donné par The Biggest Loser, une série de télé réalité diffusée entre 2004 et 2016. On y récompensait les participants qui perdaient le plus de poids possible. Ceux-ci étaient entourés d’entraîneurs, de nutritionnistes et d’une équipe médicale. Mais pour les scientifiques, l’émission a également révélé comment le corps résiste au changement.

Une étude publiée en 2016 dans la revue Obesity s’est intéressée à quatorze participants, tous souffrant d’obésité de grade 3, que l’on appelait auparavant « obésité morbide », et ont comparé leur composition corporelle et leur métabolisme basal entre deux points dans le temps : la fin de la compétition et six ans après.

L’étude a montré que les participants regagnaient une partie considérable du poids qu’ils avaient perdu lors de l’émission. Même ceux qui avaient réussi à maintenir leur perte de poids avaient un métabolisme basal qui tournait au ralenti. Ce ralentissement métabolique complique grandement le maintien du poids. « Quand on perd du poids, le corps ne brûle pas autant de calories », explique Kimberley Gudzune, qui entend par là qu’une personne ayant perdu du poids doit absorber moins de calories qu’une personne de même gabarit qui n’a jamais eu à perdre de poids pour arriver là où elle en est.

Cette différence n’est pas uniquement d’ordre métabolique, elle est aussi hormonale. Après une perte de poids réalisée uniquement par le biais d’un régime, le taux de ghréline (l’hormone de la faim) augmente, tandis que les taux du peptide YY et de la leptine diminuent. Même un an après une perte de poids, on a pu observer ces changements hormonaux.

Selon Andres Acosta, gastro-entérologue et chercheur sur l’obésité à la Mayo Clinic, ce ne sont là que quelques-unes des « adaptations métaboliques » dont se sert le corps humain pour « lutter » quand nous perdons du poids. Des traitements tels que la chirurgie bariatrique ou les médicaments à base de GLP-1 peuvent aider à compenser ces changements en améliorant la communication entre le cerveau et l’intestin concernant la faim et la satiété. Cependant, certains patients ont des craintes vis-à-vis de ces méthodes.

 

LA SCIENCE DU « POIDS D’ÉQUILIBRE DU CORPS »

Une idée souvent évoquée pour expliquer ces défenses biologiques est la théorie du poids d’équilibre. Celle-ci suggère que le corps possède plusieurs mécanismes lui permettant de conserver un certain poids déterminé tôt dans la vie et que la plupart des individus auraient différents poids d’équilibre successifs au cours de leur vie.

Cette théorie est souvent évoquée mais pas unanimement acceptée par les spécialistes de l’obésité. Selon Kimberley Gudzune, celle-ci est susceptible de trop simplifier plusieurs processus, mais pourrait aider le public à comprendre pourquoi le maintien du poids de forme est si difficile. Certains mécanismes sont, selon elle, davantage étayés par la science, comme les variations hormonales ou de la dépense énergétique, deux facteurs allant dans le sens de la théorie du point d’équilibre, tout en ayant également leur logique propre.

 

POURQUOI LA STIGMATISATION COMPLIQUE LE TRAITEMENT DE L’OBÉSITÉ

La stigmatisation liée au poids ne fait pas que conditionner la façon dont on traite les personnes obèses, elle peut aussi avoir des conséquences sur leur santé.

« Il y a cette idée reçue quant à ce que les personnes au poids “normal” font pour stabiliser celui-ci », note Andrew Kraftson, directeur du Programme de gestion du poids et de la Clinique d’endocrinologie post-bariatrique de l’Université Michigan Health.

Les personnes ayant des problèmes de poids pourraient s’imaginer que les individus avec un corps plus petit pèsent leurs aliments et comptent chaque calorie qu’ils consomment. Mais « ce n’est pas du tout vrai », tempère Andrew Kraftson. Comparer les deux, ajoute-t-il, relève du « raisonnement fallacieux » ; leurs expériences ne sont pas comparables.

Faire de telles comparaisons peut produire une honte intériorisée et conduire à l’idée que certains traitements efficaces tels que la chirurgie bariatrique ou des médicaments à prendre sur le long terme, comme les GLP-1, relèvent de la triche ou de la solution de facilité.

Selon Kimberley Gudzune, le traitement contre l’obésité a radicalement changé en très peu de temps. Quand elle a commencé la pratique de la médecine de l’obésité en 2010, Kimberley Gudzune voyait régulièrement des patients qui n’annonçaient pas à leur famille ou à leurs amis qu’ils cherchaient de l’aide.

« La honte et la stigmatisation qui entourent l’obésité étaient si fortes qu’ils ne souhaitaient pas révéler à qui que ce soit qu’ils cherchaient un traitement », explique Kimberley Gudzune.

Les réseaux sociaux ont rendu ces tensions plus visibles. Si certaines plateformes ont aidé à normaliser les conversations concernant les traitements contre l’obésité, d’autres amplifient les idéaux corporels irréalistes et les préjugés contre les personnes obèses.

Une enquête récente réalisée par Reuters a révélé qu’Instagram promouvait régulièrement du contenu « en lien avec les troubles alimentaires » auprès d’adolescents vulnérables. Mais Kimberley Gudzune reconnaît également que certaines personnes sur les réseaux sociaux ont normalisé le fait de traiter l’obésité. « C’est encore un sujet très débattu », admet-elle, mais les patients sont désormais plus enclins à exprimer leur volonté à chercher une aide professionnelle qu’auparavant.

Le jugement relatif à la volonté demeure un obstacle de taille, à la fois socialement et dans le monde de la santé. En sus, rappelle Kimberley Gudzune, les personnes obèses peuvent vivre avec un « biais intériorisé quant au poids », un type de honte et d’auto-stigmatisation associé à plusieurs problèmes de santé (troubles liés à l’image corporelle, dépression et troubles alimentaires notamment).

Kimberley Gudzune a également entendu d’innombrables fois des patients raconter qu’ils étaient allés consulter un médecin pour un mal de gorge pour s’entendre dire qu’ils devaient perdre du poids. « Ce sont des choses que les gens ont entendues de la bouche de leurs médecins et d’autres professionnels de santé, déplore-t-elle. Cela n’inspire pas qui que ce soit à chercher des soins et un traitement quand on est constamment rabaissé. »

Selon elle, le milieu médical prend de plus en plus conscience du biais lié au poids. Elle espère d’ailleurs que cela rendra les traitements plus accessibles.

 

COMMENT LES MÉDECINS PERSONNALISENT LES TRAITEMENTS CONTRE L’OBÉSITÉ

Avant qu’Andres Acosta ne parle de maintien du poids à ses patients, il leur explique que le parcours de perte de poids – s’ils choisissent de s'y engager – comprendra des adaptations métaboliques. En tant que médecin et spécialiste de l’obésité, son rôle est de les accompagner et de les aider à surmonter les défis spécifiques qu’ils rencontrent en chemin.

Comme il le rappelle, chacun réagit différemment à la perte de poids, raison pour laquelle il a mis au point un test de phénotypage clinique pour identifier les facteurs spécifiques les plus présents chez un patient obèse ayant du mal à perdre du poids (ou susceptibles de l’empêcher de perdre du poids à l’avenir). Les patients sont classés en quatre groupes : « cerveau vorace », « intestin vorace », « faim émotionnelle » et « métabolisme lent ». 

Les personnes appartenant au groupe « cerveau vorace » ont besoin de plus de calories pour se sentir rassasiées. Celles appartenant au groupe « intestin vorace » ont faim peu après avoir mangé. « Faim émotionnelle » renvoie à un besoin de manger pour gérer ses émotions, qu’elles soient positives ou négatives. Et « métabolisme lent » aux personnes dont le métabolisme est réduit.

Selon Andres Acosta, si l’on tient compte du phénotype spécifique d’un patient, celui-ci peut recevoir un traitement et des médicaments personnalisés ciblant les mécanismes sous-jacents de l’obésité, ce qui permet un succès à long terme non seulement pour ce qui est de la perte de poids mais également de maintien au niveau désiré.

Consulter un professionnel de santé peut aider à identifier quelles interventions ou médicaments correspondent le mieux aux objectifs et préférences d’une personne. Selon Kimberley Gudzune, il persiste une « idée sous-jacente » suivant laquelle l’obésité ne devrait pas nécessairement être traitée par un professionnel de santé, mais elle œuvre à changer cela. « Nous ne disons pas aux personnes qui ont une tension élevée, de l’hypertension ou du diabète : “Débrouillez-vous seules” », explique-t-elle.

 

L’AVENIR DE LA PRISE EN CHARGE DE LA PERTE DE POIDS

Au fond, souligne Andrew Kraftson, la question n’est pas celle d’un nombre sur la balance, mais bien celle de la santé. Le simple fait d’énoncer ses objectifs peut déjà apporter de la clarté, car certains peuvent venir de soi, tandis que d’autres pourraient nous avoir été imposés subconsciemment.

Selon Andrew Kraftson, dans l’idéal, le bon cadre pour accompagner une personne dans la gestion de son poids repose sur une prise en charge globale. Les médecins n’ont pas toujours le temps, ni le savoir-faire nécessaires pour répondre aux besoins d’un patient et ils gagneraient à s’entourer d’une équipe comprenant diététiciens et professionnels de la santé mentale. « Ce n’est pas qu’une question d’ordonnance », prévient-il. L’obésité est une maladie complexe et chronique sans explication unique. La biologie, l’environnement et la santé mentale sont autant de facteurs qui entrent en ligne de compte.

« Tout notre environnement construit va à l’encontre notre santé, observe Andrew Kraftson. Il faudrait un investissement considérable pour changer cela. »

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FreshRSS 1.30.4

Par : Alkarex — 21 octobre 2026 à 22:45

This is a fourth security release in the continuation of 1.30.x, mostly to address some severe PHP vulnerabilities and update our official alternative Docker images (Alpine) (our default Docker images based on Debian were already fixed).

Note that our rolling-release channel (edge) is recommended for faster security patches.

Bug fixes highlights 🐛:

This release has been made by @Alkarex, @Frenzie and newcomer @icco

Full changelog:

  • Security
    • Docker alternative image (Alpine 3.24) updated with PHP 8.5.12 and Apache 2.4.69 #9475
    • Docker: disable PHP session.upload_progress.enabled for additional security #9476
  • I18n
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FreshRSS 1.30.3

Par : Alkarex — 21 octobre 2026 à 16:30

This is a third security release in the continuation of 1.30.x, mostly to address some severe PHP vulnerabilities and update our official default Docker images (Debian) (but not our alternative Alpine images yet, which are delayed).

Note that our rolling-release channel (edge) is recommended for faster security patches.

Bug fixes highlights 🐛:

This release has been made by @Alkarex, @Inverle and newcomer @Ricardo-Simoes

Full changelog:

  • Deployment
    • Docker default image updated to Debian 13 Trixie with PHP 8.4.27-1~deb13u1 and Apache 2.4.69
  • Extensions
    • New hook: Minz_HookType::AutofillField for auth views #9362
  • I18n
    • Improve Brazilian Portuguese #9473
  • Misc.
    • Translate non-English code comments and identifiers #9383
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Diabète de type 1,5 : une forme méconnue, différente des types 1 et 2

Par : National Geographic — 21 octobre 2026 à 14:15

La plupart des gens savent qu’il existe deux types de diabète : le type 1 et le type 2. Savoir quel type de diabète vous avez est très important, car cela détermine la manière de vous traiter. Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c’est qu'il existe une variation moins connue de la maladie : le diabète auto-immun de l’adulte au développement lent (LADA), parfois appelé de façon informelle diabète de type 1,5.

Souvent confondu avec le diabète de type 2 en raison de son apparition lente à l’âge adulte, le LADA est en réalité une maladie auto-immune, plus étroitement liée au type 1. Ses symptômes ne correspondent pas exactement au modèle du diabète de type 1 ou de type 2, pourtant ces distinctions sont fréquemment ignorées, entraînant un retard diagnostic - et donc une perte de chances, et un traitement parfois inefficace qui pourrait avoir pour conséquences d'autres complications de santé.

Les scientifiques commencent à avoir une meilleure compréhension de ce qui cause cette forme de diabète et de la manière de distinguer ses symptômes. Voici ce que les endocrinologues veulent que vous sachiez, et leurs conseils pour demander les tests appropriés permettant de poser un diagnostic.

 

LE LADA

Les trois formes principales de diabète appartiennent à la grande catégorie du diabète sucré, maladie chronique caractérisée par la présence d'un excès de sucre dans le sang appelé hyperglycémie. Cela peut survenir pour différentes raisons, explique Alexander Turchin, endocrinologue au Mass General Brigham, mais la plupart sont liées à l’insuline, une hormone qui joue un rôle clé dans la régulation du taux de sucre dans le sang.

Le diabète de type 1 apparaît lorsque le pancréas ne produit plus suffisamment d’insuline, précise Turchin. Il s’agit d’une maladie auto-immune : les anticorps du système immunitaire se dérèglent et détruisent progressivement les cellules du pancréas chargées de produire l’insuline. Avec le temps, le nombre de cellules chute et la sécrétion d’insuline devient insuffisante, voire nulle. La génétique joue un rôle central dans le diabète de type 1, le plus souvent diagnostiqué chez les enfants et les jeunes adultes.

Le diabète de type 2, lui, survient lorsque l’organisme devient moins sensible à l’action de l’insuline, un phénomène appelé résistance à l’insuline, poursuit Turchin. « En d’autres termes, il y a suffisamment d’insuline, mais le corps n’y réagit pas comme il le devrait », explique-t-il. Résultat : « le sucre ne peut plus être correctement assimilé. » Si la génétique peut être en cause, des facteurs liés au mode de vie, comme le surpoids ou le manque d’activité physique, sont le plus souvent responsables, car ils exposent l’organisme à des taux de sucre trop élevés sur de longues périodes. Le diabète de type 2 peut toucher des personnes de tous âges, mais il se manifeste généralement après quarante ans et est diagnostiqué à un âge moyen proche de soixante-cinq ans, selon les chiffres de l'Inserm.

Le diabète LADA apparaît plus souvent à partir de trente ans. Cette forme particulière évolue plus lentement que le diabète de type 1.

Les patients présentent des symptômes classiques tels que des mictions fréquentes, une soif intense et une perte de poids rapide, qui s’installent sur quelques jours ou semaines. « Quand ces symptômes apparaissent, le processus auto-immun est déjà en cours depuis un certain temps, mais il atteint enfin un stade où le corps ne peut plus compenser et la glycémie augmente brutalement », explique Alexander Turchin.

Avec le LADA, ce processus est plus progressif. « C’est le même mécanisme [que pour le diabète de type 1], mais au lieu de se produire en deux semaines, il s’étale sur plusieurs années », poursuit-il. « Les mêmes anticorps ciblent les mêmes cellules du pancréas, mais leur action est plus lente. Les niveaux d’insuline chutent progressivement, tandis que la glycémie s’élève tout aussi lentement. »

Comme le diabète de type 1, le diabète LADA comporte une composante génétique. Mais des facteurs environnementaux pourraient également intervenir, comme certaines infections respiratoires basses, selon une étude publiée dans Diabetes/Metabolism Research and Reviews. Cette forme de diabète reste toutefois rare : elle représente environ 2 à 12 % des diagnostics posés chez l’adulte, d’après l’American Diabetes Association.

 

POURQUOI EST-CE SI DIFFICILE À DIAGNOSTIQUER ?

Les symptômes du diabète auto-immun latent de l’adulte (LADA) sont très similaires à ceux des diabètes de type 1 et de type 2. Ils incluent une perte de poids inexpliquée, une soif excessive, des mictions fréquentes, une augmentation des infections ainsi que des lésions cutanées qui ne cicatrisent pas, explique Schafer Boeder, endocrinologue au sein de UC San Diego Health.

On estime qu’environ 5 à 10 % des cas sont mal diagnostiqués. Cela s’explique en partie par le chevauchement des symptômes, mais aussi par la croyance persistante que le diabète auto-immun, comme le diabète de type 1, ne se manifeste que chez les enfants et les adolescents, ajoute-t-il.

« Dans ces situations, les patients suivent généralement les recommandations de leur médecin : ils modifient leur alimentation, essaient d’augmenter leur activité physique et prennent les traitements prescrits. Mais rien de tout cela n’est efficace », observe Schafer Boeder. « Au contraire, ils constatent une élévation rapide de leur glycémie malgré des changements de mode de vie adaptés et la prise régulière de médicaments. C’est précisément à ce moment-là que le diabète LADA commence à se distinguer du diabète de type 2. »

Dans le cas du diabète de type 2, la première approche thérapeutique repose sur l’hygiène de vie, ce qui signifie que les patients n’ont pas nécessairement besoin d’injections d’insuline immédiatement. En revanche, les personnes atteintes de LADA ont besoin d'un traitement par insuline beaucoup plus tôt, et une prise en charge tardive peut s'avérer dangereuse, avertit Kathleen Dungan, endocrinologue au Wexner Medical Center de l’Ohio State University.

Un diabète LADA non diagnostiqué pendant cinq à dix ans peut évoluer vers une acidocétose diabétique et, en l’absence de traitement adapté, entraîner la mort, ajoute Kathleen Wyne, également endocrinologue au Wexner Medical Center. Cette complication résulte d’une hyperglycémie incontrôlée et/ou d’interruptions prolongées de traitement. Lorsque le taux d’insuline est durablement trop faible, l’organisme décompose les graisses trop rapidement et les transforme en un carburant appelé cétones. Conséquence : un sang devenu acide, ce qui peut s’avérer fatal sans prise en charge urgente.

 

COMMENT EN PARLER AVEC VOTRE MÉDECIN ?

Obtenir un diagnostic de diabète LADA reste difficile, tant pour le patient que pour le médecin, insiste Schafer Boeder.

« Le patient passe souvent par une phase de diagnostic erroné ou d’incertitude, ce qui est très frustrant », dit-il. « Pour le praticien, l’erreur est parfois liée à un manque de sensibilisation au fait que le diabète auto-immun peut survenir chez l’adulte. Mais, souvent, c’est tout simplement un diagnostic complexe, surtout aux premiers stades. »

Si vous avez été diagnostiqué avec un diabète de type 2 mais que vous ne répondez pas au traitement, il est recommandé d’évoquer la possibilité d’un diabète LADA avec votre médecin, conseille Schafer Boeder.

Selon Wyne, il faut demander à son équipe médicale (souvent le médecin traitant) un dépistage spécifique du diabète de type 1. « La plupart des cliniques pour adultes ne savent pas comment procéder », dit-elle. « L’important est de doser les cinq anticorps : GAD, ICA, IAA, IA2 et ZnT8. Se contenter de mesurer la glycémie, l’hémoglobine glyquée (HbA1c) ou le peptide C (ou toute combinaison de ces trois marqueurs) n’est pas suffisant. » Si ces anticorps sont positifs, cela « soutient très fortement » le diagnostic de diabète auto-immun latent de l’adulte, précise Schafer Boeder.

Une fois le diagnostic établi, le diabète LADA peut être pris en charge efficacement, insiste Boeder. L’essentiel est de collaborer avec son équipe soignante afin d’adapter la dose d’insuline nécessaire et son mode d’administration, via un stylo ou une pompe à insuline, souvent connectée à un capteur de glucose en continu. Dans certains cas, des agonistes du GLP-1, tels que l’Ozempic ou le Wegovy, peuvent également être utilisés.

« Si le LADA est bien contrôlé, vous pouvez mener une vie longue et en bonne santé, aussi longue - voire plus longue - que celle des personnes non diabétiques », conclut Schafer Boeder.

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Grâce aux réseaux sociaux, le paganisme connaît un nouvel élan

Par : National Geographic — 21 octobre 2026 à 11:43

L’intérêt pour le paganisme et ses rituels, comme les cristaux et les cartes du tarot, l’astrologie et la magie des plantes, a remis les spiritualités païennes au cœur de certaines tendances culturelles, ou tout au moins dans le haut de votre fil d’actualité TikTok.

Autrefois, les Celtes parcouraient la lande balayée par les vents pour vénérer Cernunnos, leur dieu cornu. Les Égyptiens ont traversé des déserts pour invoquer la protection d’Isis et d’Osiris. Quant aux druides, ils voyageaient jusqu’à une clairière pour faire des rituels au clair de lune. Mais au fil du temps, ces dieux et déesses sont devenus des mythes et les rituels de cette religion pré-chrétienne sont entrés dans la clandestinité.

Aujourd’hui, près d’1,5 million de personnes aux États-Unis s’identifient comme païennes, contre 134 000 en 2001. Ce chiffre englobe les Wiccans et les kémites, ainsi que les sorcières et les guérisseuses sur TikTok qui suivent une autre voie spirituelle. 

En France, comme ailleurs en Occident, les mouvements néopaïens et les spiritualités inspirées des religions anciennes gagnent également en visibilité, notamment sur les réseaux sociaux.

« En général, on observe une distanciation avec les religions organisées et un rapprochement avec la spiritualité », indique Helen Berger, autrice et sociologue spécialiste du paganisme et de la sorcellerie modernes. Selon elle, les mouvements d’émancipation des femmes et des droits des homosexuels, la crise climatique et le désir d’une religion davantage axée sur l’affirmation de la vie ont suscité l’émergence d’une communauté spirituelle en plein essor.

Partez à la découverte des traditions culturelles des communautés païennes en prenant part à des rituels d’ensorcellement à Salem, dans le Massachusetts (États-Unis), à des rituels de pleine Lune à Asheville, en Caroline du Nord (États-Unis), ou des pratiques encore visant à dépasser la métaphysique à Sedona, en Arizona (États-Unis).

 

QU’EST-CE QUE LE PAGANISME ?

« Il est très difficile d’expliquer brièvement ce qu’est le paganisme, car il revêt une multitude de formes », explique Sarah Pike, autrice et professeure de religion comparée à l’université d’État de Californie, à Chico (États-Unis). « Pour les païens, le monde naturel est sacré. Ils célèbrent l’interconnectivité de tous les éléments, et perçoivent les humains, la nature et les êtres spirituels comme faisant partie intégrante d’un réseau de vie ».

Traditionnellement, le terme « païen » désigne toute personne qui ne croyait pas aux principes judéo-chrétiens, et qui appartenait souvent aux cultures anciennes grecque, romaine, égyptienne, scandinave et irlandaise.

« La plupart des païens n’employaient pas eux-mêmes le terme de "païen" ni ne se considéraient comme appartenant à un groupe distinct », ajoute Edward Watts, professeur d’histoire à l’université de Californie, à San Diego (États-Unis).

Après des siècles de persécution, le paganisme était majoritairement une pratique à la marge. Ce n’est qu’à partir des années 1960 qu’il est devenu une religion attrayante aux yeux de ceux qui n’acceptaient pas les normes sociales contraignantes.

Au cours de la dernière décennie, l’essor de TikTok (le hashtag #witchtok totalise plus de 35 milliards de vues) et les séries TV populaires ont contribué à alimenter l’intérêt pour ce mouvement spirituel.

 

OÙ VIVRE UNE EXPÉRIENCE PAÏENNE ? 

Assister à un rituel est l’une des meilleures façons d’en savoir plus sur le néopaganisme. Le Samain, célébré dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, marque la fin de la saison des récoltes et le début de l’hiver.

À Salem, les païens célèbrent cette fête en dansant, en se promenant dans la nature et en honorant leurs ancêtres. Les curieux peuvent assister au bal d’Halloween officiel des sorcières de Salem, avec au programme des danses cérémoniales, des rituels d’ensorcellement et autres pratiques païennes.

Selon Dixie Deerman, qui est surnommée « Queen Lady Passion » et est la fondatrice et la grande prêtresse de Coven Oldenwilde, à Asheville, assister à des rituels en direct est une expérience transformatrice. Les participants se trouvent dans un état extatique lorsqu’ils les vivent, ce qui crée un sentiment d’unité avec les autres personnes présentes.

« S’immerger dans un rituel, c’est comme flotter dans une eau aux vertus bienfaisantes pour l’âme », poursuit Dixie Deerman. « N’importe qui peut être emporté dans un rite libérateur qui encourage une passion débridée ».

Les voyageurs peuvent se rendre au Mother Grove Goddess Temple, situé près du centre-ville d’Asheville, pour assister à des rituels publics lors des anciens jours saints (et pour la Journée de la Terre) et participer à des évènements vouant un culte à la nature, comme à l’occasion des cérémonies de la pleine Lune.

Pour les autres fêtes païennes majeures comme Yule (solstice d’hiver), Ostara (équinoxe de printemps) et Litha (solstice d’été), la Witch House de Salem, seule structure permanente en ville ayant des liens directs avec les procès des sorcières de Salem de 1692, propose des démonstrations et des activités permettant d’en savoir un peu plus sur les traditions païennes.

Selon Roger Herson, un magicien, les boutiques New England Magic et Pentagram, situées à Salem, sont les lieux idéaux pour découvrir le paganisme, puisqu’il s’agit « d’un magasin et d’une école de sorcellerie ».

« De nombreuses sorcières sont toujours en activité à Salem et enseignent la « magie » de manière authentique, contrairement à celles qui font plus dans le strass et les paillettes », observe le magicien.

Salem et Asheville ne sont pas les seules villes connues pour leurs rassemblements païens. En Californie du Sud, Pacific Circle Revival organise une retraite communautaire lors de laquelle les campeurs se déconnectent pour mieux se reconnecter à la terre à l’aide de rituels spirituels et d’ateliers pédagogiques.

Tous les ans en juillet, à l’occasion du solstice d’été, WitchsFest USA, l’un des festivals païens les plus importants aux États-Unis, attire des milliers de personnes dans les rues de Manhattan pour des cercles de danse, soixante ateliers de magie différents et des conférences données par des figures païennes mondiales.

Les communautés adeptes du paganisme, qui regorgent de boutiques de voyance, de cours d'astrologie, de guérisseurs naturels et de magasins d'articles métaphysiques, en appellent aux composantes physiques du paganisme. Mais à Sedona, ville connue pour ses vortex et ses sites d’énergie tourbillonnante, ce sont les activités spirituelles qui attirent chaque année des milliers de touristes dans la région des Red Rocks.

« Les guides touristiques expliquent qu’il existe quatre vortex spécifiques autour de la ville : Airport Mesa, Cathedral Rock, Bell Rock et Boynton Canyon. Mais d’après les traditions locales, toute la zone est un vortex qui améliore les pratiques spirituelles, comme la méditation, la clairvoyance et le yoga », explique Susannah Crockford, conférencière en anthropologie à l’université d’Exeter (Royaume-Uni).

Si vous êtes à la recherche d’une expérience transformatrice, Sedonya Conscious Living Retreat permet aux visiteurs de prendre part à une cérémonie d’intention et d’activation de la nouvelle Lune et à une retraite Ritual to Rise en pleine nature.

Green Witch Creations, un apothicaire basé à Sedona, propose des ateliers d’émancipation spirituelle, d’alignement des chakras et de guérison de l’aura. Vous y trouverez également des bijoux et des cristaux liés aux chakras et vous pourrez participer à des lectures de cartes du tarot ainsi que des séances de Reiki (des soins énergétiques).

Dixie Deerman estime que les personnes qui s’intéressent au paganisme devraient d’abord chercher des façons de goûter à cette culture et être prêtes à apprendre.

« Les touristes affluent pour nous rencontrer et voir si ce que nous écrivons dans nos livres est vrai », raconte-t-elle au sujet des païens et du paganisme. « Ils voient que nous vivons ce que nous écrivons et cela les pousse à explorer cette voie », conclut-elle.

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FreshRSS 1.30.2

Par : Alkarex — 19 octobre 2026 à 22:57

This is a second security and bug-fixing release in the continuation of 1.30.x.

Note that our rolling-release channel (edge) is recommended for faster security patches.

Bug fixes highlights 🐛:

  • Fix PHP 8.5+ deprecation warning with SQLite
  • Block data: URI scheme in some cases

Performance highlights 🏎️:

  • Reduce memory consumption of export

This release has been made by @Alkarex, @Inverle and newcomers @abp002, @Arslan-TR, @Emredinho61, @HawkForge, @lordmarrik, @spa77k, @tomac4t, @tpq2030

Full changelog:

  • Security
    • SimplePie sanitizer: block data: URI scheme while keeping data:image for images #9417
    • Mitigate some 404 situations #9435
    • Do not log the Fever API key on authentication failure #9468
    • Fix local DNS leak when fetching feeds through a proxy #9451
  • Bug fixes
    • WebSub fix POST, fix warning, better message #9420
    • Fix PHP 8.5+ deprecation of sqliteCreateFunction for SQLite #9421
    • Preserve explicit sort overrides when searching #9467
    • Fix wrong order of args in extension compatibility check #9445
  • Performance
    • Reduce memory consumption of export #9350
  • Features
    • Better doc and log proxy cases #9436
  • Extensions
  • UI
    • Disallow user page navigation while refreshing feeds #9446
    • Various UI and style improvements #9426, #9441
  • I18n
  • Misc.
    • Update to GT\CssXPath 1.6.0 #9411
    • CI/CD: Fix login to Docker Hub #9433
    • Fix SVGO zero percent filtering in CI #9422
    • Update dev dependencies #9425
☐ ☆ ✇ National Geographic

Au 17e siècle, ces Français ont réussi à mesurer la distance entre la Terre et le Soleil

Par : National Geographic — 19 octobre 2026 à 16:40

Un jour de pluie de mai 1673, dans une forêt tropicale de Guyane française, un scientifique est décédé. Seul son prénom, Meurisse, est connu des historiens. On pourrait imputer sa mort à une maladie ou un accident fatal mais aucune description complète n’en a été retrouvée. La seule personne qui se trouvait avec lui était son partenaire de voyage, l’astronome Jean Richer, alors tombé gravement malade et luttant pour rester en vie. 

L'année précédente, ils avaient été envoyés, depuis Paris vers Cayenne, sur la côte nord-est de l'Amérique du Sud, à 4 400 km de distance. L'Académie française des sciences, à la demande de l'astronome Giovanni Cassini, leur avait confié pour mission d’effectuer une mesure qui révélerait la distance entre la Terre et le Soleil, une valeur qui n'était, à l’époque, pas encore connue.

Depuis que le regard de l'humanité s’était tourné vers le ciel, des tentatives avaient été faites pour déterminer la distance séparant la Terre du Soleil. Les scientifiques de l'Antiquité, tels qu'Ératosthène et Ptolémée, avaient produit des estimations qui variaient considérablement, sous-estimant souvent la valeur réelle.

Dans les années 1670, des instruments astronomiques avaient été nouvellement développés et Cassini était déterminé à s’en servir pour répondre à cette question une bonne fois pour toutes. Il habitait le deuxième étage de l'Observatoire de Paris et travaillait sans relâche sur le problème. « Il n'avait pas de passe-temps », explique Gabriella Bernardi, auteur de Giovanni Domenico Cassini: A Modern Astronomer in the 17th Century (Giovanni Domenico Cassini : Un astronome moderne du 17e siècle). « On perçoit, dans son journal, un homme entièrement dévoué à sa profession ».

À bien des égards, le voyage vers la Guyane française constituait un voyage de routine à la fin du 17e siècle. Il s’inscrivait dans le cadre d'une série d'expéditions scientifiques envoyées par Cassini. Deux ans plus tôt, Richer et Meurisse s'étaient rendus dans le nord-est de l'Amérique du Nord pour mesurer les latitudes et les hauteurs des marées, et des expéditions scientifiques françaises se préparaient à faire de même dans des destinations telles que le Sénégal et l'Équateur.

Ce voyage en Cayenne permit cependant de recueillir l’information clé qui, associée aux prouesses mathématiques de Cassini, produisit la première mesure précise de la vaste distance entre la Terre et le Soleil. 

 

UNE IDÉE RÉVOLUTIONNAIRE

Le 11 janvier 1667, cinq ans avant la mission en Guyane, l'astronome Adrien Auzout se tenait dans la salle de réunion de la somptueuse Bibliothèque du Roi à Paris. Il exposait un audacieux programme de recherche scientifique à une petite assemblée d'hommes portant de longues perruques épaisses.

« Au moment où l'Académie est conçue, on pense déjà à organiser des expéditions astronomiques », explique Nicholas Dew, historien à l'université McGill. « Auzout en était le planificateur... [Il avait] pour idée d'utiliser les réseaux commerciaux coloniaux pour envoyer des observateurs tout autour du globe afin d'effectuer des observations en astronomie ».

Il s’agissait d’un projet vaste et visionnaire. Azout se rendait bien compte que certaines questions astronomiques, notamment les distances entre les planètes et le Soleil, nécessitaient d’effectuer des observations simultanées depuis deux endroits différents, par exemple à Paris et dans un lieu éloigné. Il plaidait en faveur d'un voyage jusqu'à Madagascar, où la Compagnie britannique des Indes orientales devait s'implanter et où la proximité avec l'équateur aurait permis aux astronomes de faire des observations essentielles.

Son audience l’écoutait malgré les bruits et les odeurs d'une ville sale et encombrée, qui s'infiltraient par les fenêtres. À la fin du 17e siècle, Paris était connue pour ses processions religieuses bruyantes, ses fêtes alcoolisées et sa violence armée. Chaque matin, à sept heures sonnantes, les fonctionnaires de la ville descendaient les grands boulevards en faisant sonner de grosses cloches pour réveiller les habitants, leur enjoignant de nettoyer les immondices qui s'étaient accumulées devant leurs maisons sous peine d'amende.

Cette ville animée était le foyer d'une activité intellectuelle et commerciale foisonnante, où une population nombreuse et aisée se mêlait librement aux membres d'une communauté scientifique avant-gardiste. Un grand nombre des fabricants d'instruments scientifiques les plus compétents vivaient alors à Paris et à la périphérie de la ville, la construction d'un nouvel observatoire astronomique de grande envergure commençait.

En avril 1669, deux ans après le discours d'Auzout, Cassini arriva à Paris. Il avait été personnellement invité par le roi Louis XIV et allait rapidement devenir l'une des figures illustres les plus modestes de l'Académie.

« Cassini avait quarante-quatre ans lorsqu'il partit pour Paris. Un célibataire avec un carrosse rempli d'instruments astronomiques », explique Bernardi.

Alors que l'Académie continuait de préparer une expédition astronomique vers l'équateur, l’intérêt des scientifiques passa de Madagascar à Cayenne. Cette colonie française était plus proche et l'Académie devait agir rapidement pour ne pas manquer un évènement notable : à l'automne 1672, Mars et la Terre seraient à leur point le plus proche l'une de l'autre en quinze ans.

Cassini prit conscience que des informations précises au sujet de Mars pouvaient être obtenues à ce moment-là et servir à calculer sa parallaxe, c’est-à-dire la mesure de la différence apparente de la position d’une planète depuis deux points d’observation différents. Cette mesure clé pourrait alors permettre de calculer la distance entre la Terre et le Soleil. La proximité avec Mars était donc une opportunité considérable. 

 

LA PRÉPARATION AU VOYAGE

Richer et Meurisse passèrent des jours et des nuits à travailler aux côtés de Cassini pour se préparer aux observations communes qu'ils allaient devoir effectuer quand ils se trouveraient à des milliers de kilomètres de là. Les deux apprentis savaient qu'ils embarquaient pour un voyage périlleux.

« Tous ceux qui avaient été envoyés sur ces navires à cette époque avaient un statut inférieur », explique Dew. « Les voyages dangereux, effrayants et de longue durée étaient effectués par des personnes de rang inférieur et moins bien payées. »

Richer et Meurisse se rendirent d’abord au port français de La Rochelle, où ils passèrent trois mois à tester et à calibrer méthodiquement leurs instruments, dont un octant, un quadrant, plusieurs télescopes de différentes tailles et quelques horloges à balancier.

Le 8 février 1672, ils mirent les voiles vers Cayenne à bord d'un navire marchand, potentiellement un navire négrier vide dont la destination finale était le Sénégal. Un soir, pendant la traversée, Richer s’installa sur le pont du navire pour observer en détails une comète dont les deux queues brillaient dans le ciel d'un noir d'encre.

Cassini avait donné plusieurs objectifs à Richer : il devait mesurer la position des étoiles australes, la hauteur des marées et la durée du crépuscule, observer les lunes de Jupiter et prendre des notes détaillées sur les mouvements de Vénus, Mars et Mercure. Meurisse et lui avaient également pour mission de prendre des mesures barométriques et d’être attentifs à la faune et à la flore inhabituelles. Le 22 avril 1672, le duo arriva à Cayenne. 

 

LES CONFLITS DU NOUVEAU MONDE 

Fert aurum industria : le travail procure la richesse. Celui qui a inventé la devise officielle de Cayenne devait avoir un sens de l'humour assez sinistre.

La petite colonie désolée ne pouvait pas être un spectacle encourageant pour Richer et Meurisse. Visitée par seulement deux ou trois navires par an, l’« île » de Cayenne était séparée du reste de la Guyane, d'un côté par l'étroit estuaire du Mahury, long de 1.6 kilomètre et de l’autre par la mince rivière de Cayenne. 

Le duo se rendit sûrement compte en descendant du bateau qu’ils avaient choisi la pire période de l’année pour leur voyage. La fin avril est presque l’apogée de la saison des moussons en Amazonie, un climat d’une humidité oppressante où grouillent les moustiques. Le rideau de pluie sans pitié qui leur tombait dessus faisait déborder la rivière mais ne les soulageait pas de la chaleur étouffante. 

Au centre de la colonie se tenait le Fort Cépérou, une structure morne et solitaire, auparavant en bois mais qui avait été reconstruite en pierre après la dernière attaque de la population indigène, signe de la détermination des colons français à rester. À quelques pas du fort se trouvait un magasin général qui approvisionnait la colonie et dont les rayons étaient rarement très garnis.

Une modeste église jésuite et une maison missionnaire se trouvaient également là. Un récit de 1685, cité dans l'ouvrage de Catherine Losier, Approvisionner Cayenne sous l’Ancien régime : Archéologie et histoire des réseaux commerciaux, la décrit comme une habitation occupée par quatre pères et un frère, ainsi que par quatre-vingt-deux esclaves africains dont trente-deux hommes, vingt-trois femmes et vingt-sept enfants, devant travailler les cultures des Jésuites et s'occuper de leur bétail. Les Africains asservis représentaient environ 85 % de la colonie.

Puis, il y avait les Kalina. Ce peuple indigène, également appelé Galibi, résidait dans la région de Cayenne depuis plus de deux mille ans avant l'arrivée des Européens. Comme l’écrivit un colon du nom de Paul Boyer, après une visite vers 1654, ils « ne pensaient qu'à se débarrasser des Français ».

Par le passé, les interactions entre les deux groupes avaient été conflictuelles. Moins de trente ans avant l'arrivée de Richer, en 1644, le gouverneur français Charles Poncet de Brétigny était arrivé à Cayenne avec quelques centaines d'hommes et avait marqué au fer rouge les Kalina qui lui déplaisaient, les avait obligés à porter des vêtements, avait enlevé les femmes indigènes et les avait enfermées dans ses quartiers. Au bout d’un an, un membre de la tribu enfonça une hache dans le crâne de Bretigny, à l'issue d'une embuscade sanglante qui ne laissa qu'une poignée de Français en vie dans un village réduit en cendres.

Les Kalina n’étaient pas la seule source de tourment des Français. Dix ans après le règne de Bretigny, les Hollandais parvinrent à s’emparer de la colonie, avant d'en être chassés par de nouvelles troupes françaises lors d'une attaque surprise. Les colons français furent ensuite chassés par les Britanniques en 1667, qui reprirent le contrôle de la colonie un an plus tard, quatre ans seulement avant l'arrivée de Richer.

Pour Louis XIV, la Guyane constituait une position stratégique permettant à la France de s’implanter sur le continent sud-américain. Ce n’était cependant pas la seule raison pour laquelle les nations européennes étaient attirées par la région. Une autre explication était souvent divulguée à voix basse : l'El Dorado. Les Européens qui se battaient pour contrôler Cayenne pensaient que la légendaire cité d'or se cachait quelque part en Guyane, et que celui qui contrôlerait Cayenne aurait la voie libre vers les richesses.

Richer et Meurisse, eux, étaient partis à la recherche d'un trésor scientifique.

 

L’ASTRONOMIE D’OUTRE-MER

Loin de la colonie, de l'autre côté de l'étroite rivière qui donna son nom à Cayenne, s'étendait le reste de la Guyane, une forêt tropicale dense et primitive, où l’on trouvait des plantes et des animaux que l'on ne voyait nulle part ailleurs dans le monde. L'environnement devait être si étranger à Richer et Meurisse, si différent des rues pavées de Paris, qu'il est difficile d'imaginer quels animaux attirèrent leur regard en premier : les fourmiliers, les iguanes ou les singes-araignées ? Furent-ils étonnés de voir des jaguars tachetés ou des perroquets d'un vert éclatant ?

Selon les archives de l’Académie, Richer et Meurisse prirent des notes détaillées sur la flore et la faune, mais presque toutes furent perdues au fil du temps. À un moment donné, Richer tomba nez à nez avec une anguille électrique (E. electricus) et écrivit plus tard qu'un « simple contact avec un doigt ou le bout d'un bâton [engourdissait] tellement le bras et la partie du corps la plus proche que l'on [restait] environ quinze minutes sans pouvoir bouger ».

Dès son arrivée, Richer se mit à explorer la jungle à la recherche du meilleur endroit pour construire un observatoire. Après quelques semaines, il trouva un endroit adéquat et les deux hommes recrutèrent des travailleurs indigènes qui construisirent une structure composée de branches, d'écorces d'arbres et de feuilles de palmiers, avec un grand trou dans le toit pour leurs télescopes.

L'observatoire fut terminé avant la mi-mai. La première observation de Richer eut lieu le 14 mai, et il calcula la hauteur de l'étoile polaire, un début prometteur pour ce qui allait être une mission très difficile.

La pluie était impitoyable et Richer écrivit à Cassini que le mauvais temps l’avait empêché, pendant plusieurs jours, de faire des observations. « Depuis notre arrivée, il ne s'est pratiquement pas passé un jour sans qu'il pleuve. »

À un moment donné, les fourmis s’introduisirent en si grand nombre dans les horloges à pendule des scientifiques qu’elles bloquèrent la délicate machinerie des rouages, provoquant l'arrêt complet d'au moins une d'entre elles.

Richer et Meurisse dépendaient fortement des fournitures qu’ils avaient apportées de leur pays, même si la nourriture locale était disponible sous forme de gibier, de poissons et de plantes comestibles telles que les bananes, les avocats et les mangues. Les deux Français préfèraient manger des aliments familiers, notamment des paquets de viande séchée, de la farine, du vin de Bordeaux, du café et du fromage, rarement réapprovisionnés par les navires de passage.

L'envoi de nourriture aux colonies était un problème constant, explique Dew. « Les Européens voulaient manger ce qu'ils avaient l'habitude de manger (...). Ils se disaient qu’il leur fallait du pain et du vin ».

La lenteur du courrier et la rareté des navires de passage obligeaient Richer et Meurisse à se débrouiller seuls.

 

QUAND LE CIEL S’ÉCLAIRCIT 

En octobre 1672, la saison des pluies s’arrêta enfin, juste à temps pour observer Mars. Sur plusieurs semaines, Richer s’attela à mesurer la planète et les étoiles alentours. 

De l’autre côté de l’Atlantique, à 7 000 kilomètres, Cassini et l’astronome danois Ole Rømer prirent aussi des mesures aux moments décidés au préalable, en regardant par la fenêtre de l'Observatoire de Paris.

Pendant ce temps, à Londres, l'astronome John Flamsteed, de la Royal Society, mesurait également la parallaxe de Mars afin de déterminer la distance qui la sépare du Soleil, en observant astucieusement Mars une fois en début de soirée, avant d’attendre plusieurs heures que la Terre tourne et d’effectuer une nouvelle mesure. Son calcul final fut proche de celui de Cassini, mais pas aussi précis.

La mort de Meurisse en 1673 était peut-être due à la fièvre jaune, à la malaria, à la pneumonie, ou encore à une malnutrition sévère. « Quand quelqu’un quittait les côtes européennes pour se rendre de l’autre côté de l’océan, les autres partaient du principe que cette personne allait mourir », dit Dew. « On aimerait en savoir plus sur la mort de Meurisse mais il n’est pas inhabituel que la documentation soit si éparse. »

Richer se retrouva alors seul et trop malade pour continuer. Il chercha des spécimens à ramener à l’Académie, comme un crocodile vivant qu’il enchaîna dans la cale du navire. Dévasté par la maladie, il remit les voiles et quitta Cayenne le 25 mai 1673 avec le brouillon de son rapport de mission. Au cours de son long voyage de retour, le crocodile mourut de faim mais Richer se rétablit.

En 1679, Richer publia son rapport officiel, Observations astronomiques et physiques faites en l’isle de Caienne. Grâce aux informations rapportées dans ce dernier, Cassini put enfin effectuer ses calculs et annonça dans une publication en 1684 que le Soleil, qui paraissait pourtant si proche, se trouvait en fait à 140 millions de kilomètres de nous, un résultat remarquablement proche de la véritable distance entre le Soleil et la Terre, environ 150 millions de kilomètres l’un de l’autre. 

Les nouvelles de l’expédition et la révélation de la vraie taille du système solaire se répandirent rapidement, notamment grâce aux écrits de Bernard le Bovier de Fontenelle, dont les écrits scientifiques étaient rédigés dans un style romanesque unique. Pour la première fois, l’astronomie était devenue un sujet à évoquer au dîner.

 

UN HÉRITAGE SCIENTIFIQUE

Le calcul de notre distance avec le soleil n'est pas le seul héritage laissé par l'expédition de Richer à Cayenne. Pendant son séjour en Amérique du Sud, l'astronome a également mesuré la longueur d'un pendule et a comparé les résultats à ses horloges, calibrées avec précision. Quelque chose clochait. Les secondes indiquées par le pendule semblaient plus courtes à Cayenne qu'à Paris.

Bien que Richer ne l'ait pas réalisé à l'époque, cela était dû au fait qu'il y a un peu moins de gravité près de l'équateur, là où la Terre se gonfle en tournant, ce qui explique cette mesure plus courte des secondes. Isaac Newton en découvrit la raison une quinzaine d'années plus tard, en utilisant les mesures de Richer pour étayer ses nouvelles théories sur la gravité. 

« Songez, milord, » écrivait Voltaire en 1740, dans une lettre adressée à Milord Hervey, « que, sans le voyage et les expériences de ceux [envoyés] à Caïenne, en 1672, […], jamais Newton n’eût fait ses découvertes sur l’attraction. »

Selon Bernardi, le succès du voyage est dû à l’approche moderne prise par Cassini. « À l’époque, il s’agissait d’une totale innovation », dit-elle. « Cassini a été le premier à comprendre qu'un plan d'observation régulier, en collaboration avec de nombreux autres collègues, permettait de s'attaquer à des problèmes plus difficiles et d'obtenir des résultats importants, comme c’est le cas aujourd'hui dans les grandes sciences ». 

Alors que le navire marchand qui le ramenait chez lui s’éloignait des rivages verdoyants de Guyane, Richer s’enfonçait dans une forme d’obscurité. Le triomphe du calcul exact de la distance entre le Soleil et la Terre fut presque complètement attribué à Cassini. Une fois arrivé en France, Richer se retira de l’Académie et accepta un poste d'assistant d’un ingénieur militaire.

Lorsque le navire de Richer prit la mer, la saison des moussons était à nouveau à son apogée. La chaleur était probablement inébranlable et le fleuve proche du débordement, la pluie incessante s'abattant sur la terre qu’il laissait derrière lui. 

☐ ☆ ✇ National Geographic

Où est la vraie tête de Jean le Baptiste ?

Par : National Geographic — 16 octobre 2026 à 18:31

Comme tout un chacun, Jean le Baptiste n’avait probablement qu’une seule tête. Pourtant, au moins quatre sites religieux disséminés dans le monde entier affirment être en possession du crâne de cet influent personnage chrétien.

Jean le Baptiste était plus qu’un prédicateur, il fut l’homme qui baptisa Jésus. Souvent considéré comme précurseur du Christ, il aurait été, selon la Bible, le cousin de Jésus. Et à l’instar de son parent prophétique, Jean le Baptiste mourut pour ses croyances.

Les récits de la mort de Jean le Baptiste varient, mais un aspect de sa fin est enraciné dans la tradition chrétienne : sa décapitation. Mais qu’est-il advenu de sa tête ? Cela dépend à qui on pose la question, car au Moyen Âge, les reliques religieuses ont fait l’objet d’un important commerce.

 

LA MORT DE JEAN LE BAPTISTE ET L’ESSOR DU COMMERCE DES RELIQUES

Les trois évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) s’accordent à dire que Jean le Baptiste fut décapité sur ordre d’Hérode Antipas, dirigeant de la Galilée. D’après le chapitre 14 de l’Évangile selon Matthieu, Hérode emprisonna Jean le Baptiste, car ce dernier avait critiqué son mariage avec l’ancienne femme de son frère, Hérodiade. Lorsque cette dernière poussa sa fille Salomé à demander à Hérode la tête du prédicateur sur un plateau, le tétrarque accéda à sa demande.

Après la décapitation de Jean le Baptiste, son corps aurait été enterré à Sebaste de Samarie, en actuelle Palestine. Mais sa tête fut découverte puis enterrée de nouveau à de multiples reprises au cours des siècles qui suivirent et fit son chemin à travers la région sans qu’on ne puisse toutefois s’accorder sur les dates, les endroits et les façons dont cela s’était fait.

Durant l’Antiquité et le haut Moyen Âge, alors que le christianisme se propageait, le commerce de reliques s’est développé : des objets tangibles et sacrés du passé servant de rappels et de symboles de la dévotion chrétienne. Le commerce médiéval de ces objets très demandés était lucratif, comme l’était le simple fait d’en posséder une, car leur présence attirait pèlerins et donations.

Un système de classification des reliques chrétiennes organisé selon leur importance vit alors le jour. Parmi les reliques de l’ordre le plus élevé se trouvait la tête de Jean le Baptiste. Il s’agissait d’un membre d’une figure vénérée, ayant eu un lien avec le plus saint des hommes. L’ambiguïté quant à ce qui est arrivé à la tête de Jean le Baptiste a donné lieu à d’innombrables histoires et traditions concernant son sort. Celles-ci ont à leur tour fait prétendre à de nombreuses personnes qu’elles se trouvaient en sa possession.

Au Moyen Âge, templiers, croisés et fidèles dévots ont tous affirmé être en possession de la tête de Jean le Baptiste. Par la suite, plusieurs têtes ne tardèrent pas à exister simultanément. C’est encore le cas de nos jours où l’on ne dénombre pas moins de quatre revendications principales se disputant l’hégémonie.

 

QUATRE TÊTES À TRAVERS LA CHRÉTIENTÉ

La première des quatre « têtes » de Jean le Baptiste se trouve à Damas, en Syrie, dans la mosquée des Omeyyades, construite sur une église chrétienne qui portait autrefois le nom du martyr. Selon les traditions chrétienne et islamique, sa tête aurait été enterrée dans l’église originelle dont la construction remonte à la fin du 4e siècle. Quand Al-Walid Ier, un calife omeyyade, fonda la mosquée au même endroit au début du 8e siècle, le chef aurait été incorporé dans une de ses colonnes.

À Munich, au Musée de la Résidence, un reliquaire abriterait lui aussi la tête de Jean le Baptiste. Cette relique fait partie d’une vaste collection autrefois détenue par Guillaume V de Bavière et par son fils Maximilien Ier. Selon le musée, le pape aurait donné à Guillaume V la permission d’acquérir des reliques en 1577, mais on ignore si cette tête sainte en particulier est véritablement entrée en sa possession.

San Silvestro in Capite, basilique catholique de Rome, prétend détenir le haut du crâne de Jean le Baptiste, sans la mâchoire. Au 9e siècle, l’église devint un lieu de conservation de reliques de saints et de martyrs des catacombes romaines et la tête de Jean le Baptiste serait l’une des nombreuses reliques présentes sur le site depuis la fin du 12e siècle au moins.

La quatrième tête de Jean le Baptiste est l’une des pierres angulaires de la cathédrale d’Amiens. Elle est arrivée par une route relativement empruntée au Moyen Âge : quand Walon de Sarton, prêtre officiant dans une église de Picardie, revint de croisade en 1206, il rapporta avec lui plusieurs reliques saintes, et notamment la tête de Jean le Baptiste qu’il aurait trouvée à Constantinople.

Une balafre au-dessus du sourcil droit du crâne donna du crédit aux affirmations de Walon de Sarton, car Hérodiade avait infligé une blessure comparable au visage du martyr.

En 1206, Walon de Sarton remit la tête à l’évêque Richard de Gerberoy. Quand la cathédrale telle que nous la connaissons fut achevée bien des années plus tard, le chef de Jean le Baptiste servit de pièce centrale dans le nouvel édifice ; une nécessité étant donné que dès 787, l’Église avait décrété que « tout évêque surpris à consacrer une église sans reliques devait être déposé comme quelqu’un qui a bafoué les traditions ecclésiastiques ».

La présence du chef de Jean le Baptiste à Amiens était non seulement essentielle, mais ce fut également une aubaine pour l’église locale. En possession d’une relique aussi estimée, Amiens devint un important lieu de pèlerinage ainsi qu’un endroit visité par des membres de l’élite sociale.

 

AUTRES REVENDICATIONS

Il existe encore d’autres revendications, plus récentes, concernant certaines parties de la tête et du corps de Jean le Baptiste. Le palais de Topkapi, à Istanbul, affirme détenir le bras droit de Jean le Baptiste, dont il se serait servi pour baptiser Jésus, et possiblement une partie de son crâne. La chapelle dédiée à Jean le Baptiste à la cathédrale de Sienne affirme également être en possession du bras droit de l’homme vénéré.

Les revendications contestées concernant le chef de Jean le Baptiste ne sont qu’un exemple de la façon dont la foi et les mythes entourant les vestiges sacrés se développèrent au Moyen Âge. Sans données génétiques issues d’une figure biblique ou sainte, il est vraisemblablement impossible de jamais authentifier avec certitude une relique, quelle qu’elle soit, y compris celles attribuées à Jean Baptiste. Dans son cas, la difficulté de retracer l’itinéraire emprunté par sa tête à partir du moment où elle fut détachée de son corps ajoute une nouvelle couche d’incertitude ; et il est tout à fait possible qu’aucune des prétendues têtes de Jean le Baptiste ne soit celle d’un homme saint.

☐ ☆ ✇ National Geographic

États-Unis : à mesure que le lac Powell s'assèche, la boue progresse

Par : National Geographic — 15 octobre 2026 à 16:32

« Ne restez pas derrière moi », lance Cari Johnson. Elle tente de grimper une pente abrupte surplombant le fleuve Colorado, dans le reculé Cataract Canyon, dans l’Utah, en s’aidant d’une petite binette. « Le sol est complètement meuble ».

Son avertissement est fondé. La terre s’effrite sous la professeure de géologie de l’université de l’Utah tandis qu’elle pose un pied sur la marche qu’elle vient de créer. « Celui-ci va tomber », crie-t-elle alors qu’un bloc d’argile de la taille d’un ballon de basket commence à rouler dans un nuage de fine poussière.

Cette pente n’est pas constituée du grès durci qui forme les immenses falaises du canyon désertique environnant. Cari Johnson étudie un composite instable digne du monstre de Frankenstein, composé de sable meuble, de limon fin, de pierres, d’argilite et d’argile. Poser un pied sur ce mélange s’apparente à faire la traversée d’un glacier ; un faux pas sur cette surface en apparence stable peut conduire à une catastrophe, à une chute dans des ravines profondes et des crevasses cachées.

La dangerosité de ce matériau s’explique par le fait qu’il y a 10 ans, se trouvait, à cet endroit même, le fond du lac Powell, le deuxième plus grand réservoir des États-Unis. Cela fait plus d’un demi-siècle, depuis la construction du barrage Glen Canyon, que l’immense lac a submergé des parties du Cataract Canyon, transformant ce dernier en un gigantesque bassin de décantation pour les 18 millions de tonnes de sédiments environ que le fleuve déplace chaque année. En septembre 2026, le réservoir a atteint son niveau le plus bas depuis 2023, avec un mètre d’eau de moins qu’un an auparavant. Si son niveau venait à diminuer d’encore neuf mètres, le barrage cesserait de produire de l’hydroélectricité. Les rampes de lancement de nombreux bateaux n’atteignent pas le bord de l’eau dans ce lieu très apprécié l’été. Et sur les parois du canyon, les traces laissées par l’eau aujourd’hui évaporée n’ont jamais été aussi larges.

Le lac manque tellement d’eau que le fleuve Colorado coule désormais dans des passages rectilignes par lesquels il n’a pas fait de méandres depuis les années 1960. Mais il ne suit pas exactement le même chemin qu’à l’époque. Au lieu de s’écouler sur la roche mère, il creuse à travers un énorme banc de boue, parfois jusqu’à 30 mètres de profondeur. Cette zone pourrait facilement être surnommée « Mudtopia » (de « mud », qui signifie boue en français, et d’« utopie »). Le fleuve coule au-dessus de rapides de boue, brassant les eaux vives avec de l’argile durcie. De véritables « mudbergs » ou icebergs de boue surgissent à la surface et endommagent facilement les hélices des plaisanciers inattentifs. Des volcans de boue, qui ressemblent à une réplique de trois mètres de large du Mauna Loa à Hawaï, crachent du méthane produit par la végétation en décomposition ensevelie sous les strates en quantités suffisamment importantes pour pouvoir les transformer en lance-flammes. Un énorme glacier de boue, qui s’est formé dans le delta du réservoir, se rapproche lentement et dangereusement du barrage.

Et puis il y a des éboulements de terrain, des avalanches de boue si vous préférez. L’un d’eux commence à se produire sous les pieds de Cari Johnson. Les plateaux de sédiments montant plus haut à mesure que le fleuve entaille son nouveau sillon boueux, la gravité finit par l’emporter et les sédiments sont renvoyés dans l’eau. Tous les éboulements ne sont pas sans gravité. En 2024, l’un d’eux est tombé dans le fleuve, l’endiguant temporairement, et créant de nouveaux et dangereux rapides boueux. En 2023, l’éboulement surnommé « Space Slump » (l’éboulement de l’espace) a été suffisamment conséquent pour que les nouveaux contours du fleuve soient visibles sur les images satellites.

Depuis 2017 environ, la zone attire les casse-cous et les scientifiques, qui viennent y étudier ce monde nouvellement révélé. Mais alors que le fleuve retrouve son ancien lit, la boue qu’il déplace pose problème. Les sédiments pourraient obstruer les infrastructures hydroélectriques du barrage, tandis que l’accumulation de boue sur son fond limite les capacités de stockage du réservoir. Le lac Powell a ainsi déjà perdu près de 7 % de sa capacité totale de stockage pour cette raison, soit plus de 2 milliards de mètres cubes d’eau. Cela représente environ neuf fois la quantité d’eau que le Nevada puise dans le fleuve chaque année. Ces pertes de stockage pourraient s’accélérer encore davantage si le niveau du réservoir demeurait critiquement bas et si une superficie plus importante de son ancien fond devait se recouvrir de boue, explique Cari Johnson.

Alors que ces importants éboulements de terrain surchargent le fleuve Colorado avec encore plus de sédiments qu’il n’en transporte naturellement, la question est de savoir où toute cette matière finit par se trouver. Comme le barrage empêche son passage, « elle s’accumule », poursuit la géologue.

C’est pour cette raison qu’un consortium de kayakistes et de scientifiques, dont Cari Johnson, a entrepris de suivre et de surveiller ce paysage changeant. La disparition des volumes d’eau dédiés à l’irrigation et à la consommation humaines n’est pas leur seule crainte. « Nous essayons de faire la lumière sur l’aspect sédimentaire de cette histoire », déclare la géologue. « C’est quelque chose qui est facilement ignoré », ajoute-t-elle. Elle souhaite étudier ce paysage pour aider les scientifiques à apporter des réponses aux questions souvent politiques qui entourent la gestion du fleuve Colorado. C’est aussi l’occasion d’observer des processus géologiques qui se jouent généralement sur des millénaires.

Comprendre tout cela est une tâche monumentale. « Vous devez vraiment aller sur le terrain », lance Cari Johnson alors qu’elle s’approche du sommet d’une pente de neuf mètres. Quelques instants plus tard, un autre éboulement se produit.

L’effort scientifique actuel consistant à étudier les coulées de boue trouve son origine dans un lieu inédit : un atelier de soudage situé à Moab, dans l’Utah. Ouvert en 2012 par Mike DeHoff, un kayakiste de longue date, Eddyline Welding est devenu une adresse incontournable pour les locaux souhaitant construire des cadres de rame sur mesure ou réparer leur chariot de mise à l’eau. « Cet atelier de soudage, c’est l’équivalent pour les kayakistes de la lumière pour les insectes », compare Meg Flynn, épouse de Mike DeHoff, collaboratrice et documentaliste. Les aventuriers qui se rendaient à l’atelier parlaient des changements rapides, parfois effrayants, qui survenaient dans le Cataract Canyon et comparaient leurs observations.

Le Cataract Canyon est réputé difficile et intimidant parmi les kayakistes, mais la baisse du niveau de l’eau dans le réservoir a révélé sa nature complexe. « C’est à la fois un musée d’art, de science, un terrain de jeu et un sanctuaire », explique Meg Flynn.

Dans un premier temps, la documentaliste et son mari ont compilé un guide pratique du paysage en constante évolution. Les cartes du Cataract Canyon n’étaient plus à jour : des éboulements de terrain avaient remodelé le lit du fleuve et des rapides s’étaient formés. Le dernier en date, Gypsum Canyon, n’était qu’une vaguelette en 2022. Vous y trouverez désormais des eaux vives, le fleuve ayant creusé dans la roche couverte de boue. Les guides qui n’ont que quelques années ne le mentionnent pas.

Ce qui a commencé comme de la simple curiosité s’est transformé en obsession. En 2019, le couple et quelques amis kayakistes ont officialisé leurs efforts avec la création du projet Returning Rapids. Le groupe s’est fixé pour objectif de documenter les changements qui se produisent dans la zone de transition entre le fleuve Colorado et le lac Powell, en s’appuyant sur la rephotographie, les images d’archives, les cartes du fleuve et les observations sur le terrain faites avec les scientifiques. Les membres du projet emmènent régulièrement des groupes de scientifiques et des experts politiques sur le fleuve Colorado et le San Juan, autre affluent qui se déverse dans le lac Powell. « Je suis toujours impressionnée par la manière dont ils lisent le fleuve », confie Cari Johnson. « Ils signalent des changements géomorphologiques que je ne remarquerais même pas ». Tous les ans, ils publient un rapport contenant leurs conclusions dressées lors de leurs excursions, qu’ils remettent aux décideurs du Service des parcs nationaux ou d’autres agences fédérales chargées de la supervision du fleuve et du réservoir.

Mike DeHoff et les membres du projet Returning Rapids ne sont plus seulement des guides de rivière. Ils essaient « d’aider à trancher le nœud gordien qu’est la gestion du fleuve Colorado », estime Mike DeHoff.

Un peu plus tôt dans la journée, l’équipe de Returning Rapids a mis à l’eau deux petits bateaux à moteur métalliques depuis une rampe située à proximité de Hite, dans l’Utah, d’où nous pouvions voir une marina laissée à l’abandon, conséquence de la diminution du niveau de l’eau dans le réservoir.

Les embarcations ont viré en amont le long du fleuve Colorado, avant de s’enfoncer dans le Cataract Canyon, envoyant de petites vagues s’écraser contre les plateaux de sédiments qui bordent le fleuve. Des morceaux de boue sont tombés dans l’eau sous l’effet de l’impact.

Pour prendre des mesures dans un tel environnement, il faut de la patience et un capitaine réfléchi. Depuis le minuscule bateau, Cari Johnson fixe une GoPro à l’extrémité d’une perche de peinture télescopique. Elle la déploie ensuite à quatre mètres de hauteur, juste à côté du plateau sédimentaire. Le bateau zigzague parallèlement à la corniche qui s’effondre, faisant osciller la caméra tandis qu’elle prend des milliers de photographies. La géologue importe ensuite les clichés dans un modèle qui lui donne une idée de la hauteur et du volume du plateau. Avec suffisamment de ces images, les scientifiques pourraient prédire le moment et la manière dont les sédiments avancent dans le réservoir et où la nouvelle boue va s’accumuler, explique-t-elle.

Plus tard, au niveau d’un seuil nouvellement exposé, Cari Johnson descend du bateau et grimpe sur un banc de gravier au milieu du fleuve pour effectuer un prélèvement. Lorsque le fleuve sculpte suffisamment la boue, il peut atteindre la roche mère et former subitement une cascade, un obstacle dangereux pour n’importe quel bateau. À l’aide de sa binette en métal, la géologue fend une portion de roche pour essayer de comprendre la vitesse à laquelle elle pourrait s’éroder si le débit du fleuve venait à augmenter.

Ces recherches peuvent servir à la gestion du réservoir et assurer la protection des plaisanciers. Il est également fascinant de voir qu’une cascade peut se former en temps réel, souligne Cari Johnson. Elle qui fait carrière dans l’étude des couches rocheuses du temps profond de la Terre constate que la plupart des dépôts sédimentaires du lac Powell se sont formés en un clin d’œil à l’échelle géologique, en environ 60 ans. Ils sont remontés ici, dans la zone de transition entre le fleuve Colorado et le lac, principalement en raison de décisions humaines et de la construction d’infrastructures, et non simplement sous l’effet de forces naturelles. L’étude du déplacement des sédiments dans les réservoirs pourrait donner un aperçu de la manière dont les eaux doivent être gérées partout dans le monde, explique la géologue, la rareté de la ressource en eau et le changement climatique mettant les infrastructures humaines à l’épreuve.

« Je vois tout ce système comme la meilleure expérience à laquelle je participerais », déclare la géologue. « Et je dis “la meilleure” dans le sens où elle est passionnante, pas forcément parce que c’était une bonne chose à faire ».

Le fleuve Colorado a besoin de sédiments. Ces derniers forment des plages dans le Grand Canyon, créent des habitats et transportent des nutriments en aval. Une partie des sédiments désormais piégés dans le lac Powell aurait voyagé jusqu’au golfe de Californie, au Mexique. « C’est un sous-produit que nous ne gérons pas », souligne Mike DeHoff, au sujet des montagnes de boue devant lesquelles nous passons.

Ceci soulève une question qu’il devient de plus en plus difficile d’éviter avec la baisse du niveau du lac Powell : comment serait-il possible de mieux gérer toute cette boue ? Une option serait de continuer à utiliser le barrage du Glen Canyon comme piège géant à sédiments, même si le réservoir situé derrière lui perd en volume. Mais pour Mike DeHoff, cela consisterait à reproduire l’erreur à l’origine du problème. « Même malgré la disparition du lac Powell, certaines personnes pourraient choisir de faire du barrage Glen Canyon un immense butoir à boue », déclare-t-il.

Mike DeHoff préfère une approche plus simple, tout du moins en principe : gérer le Colorado comme un fleuve, et non pas comme un système de plomberie, pour « laisser passer les sédiments » en contournant le barrage Glen Canyon. « Mais cela ne fonctionne que si vous vidangez le lac Powell », remarque Anne Castle, ancienne représentante fédérale à la Commission fluviale du Haut-Colorado.

Cette dernière a participé à deux excursions du projet Returning Rapids dans le Cataract Canyon. Selon elle, le barrage Glen Canyon n’a pas été pensé pour la situation dans laquelle se trouve actuellement le lac. Avec l’augmentation des températures, le volume d’eau issue de la fonte des neiges qui alimente le cours supérieur du fleuve diminue, et les officiels devraient sérieusement se demander si la poursuite de l’exploitation du lac Powell est judicieuse. Le fermer signifierait supprimer une source de production hydroélectrique et un lieu de stockage en eau potable qui alimente des dizaines de millions de personnes. La capacité de stockage du lac constitue un élément clé des accords sur l’eau de longue date parmi les États américains qui dépendent du fleuve Colorado. Mais « la situation à laquelle nous sommes désormais confrontés nécessite que nous réexaminions certaines de nos hypothèses ainsi que la manière dont nous pouvons utiliser au mieux les infrastructures avec le fleuve que nous avons aujourd’hui », conclut Anne Castle.

L’administration fédérale actuelle n’est pas prête à réfléchir à l’avenir. Elle a récemment publié un nouveau plan de gestion du fleuve Colorado et s’intéresse essentiellement à conserver autant d’eau que possible dans le lac Powell. Les représentants fédéraux n’ont pas procédé à d’importantes libérations d’eau du barrage Glen Canyon depuis 2023, lesquelles sont destinées à reconstruire les plages asséchées du Grand Canyon.

Si l’accumulation de neige continue de chuter dans le cours supérieur du fleuve comme les modèles climatiques le prédisent, de plus grandes quantités de boue seront exposées et finiront dans le réservoir. L’avenir du fleuve dépendra partiellement de la quantité d’eau issue de la fonte des neiges et de la façon dont le Colorado est géré. Après un été qui a battu tous les records de chaleur et de sécheresse, tous les regards sont braqués sur l’hiver à venir et ce qu’il apportera. Le « super El Niño » fait espérer une renaissance du lac Powell. Mais les volumes d’eau nécessaires pour le remplir ne pourraient être atteints en un seul hiver arrosé et demanderaient des années de changement durable.

Une année sèche suffirait à durcir davantage encore la position des décisionnaires et à conduire à des choix difficiles en matière de répartition et d’utilisation de la ressource en eau rare de la région. « D’une façon ou d’une autre, je pense que le fleuve va gagner », confie Mike DeHoff. « Et nous serons au premier rang pour voir ce qui se passera ».

Lorsque Cari Johnson atteint finalement la crête des sédiments du lac Powell, elle est enfoncée dans la boue jusqu’aux chevilles. Son visage et ses mains sont recouverts de fins sédiments, provenant de l’érosion des Rocheuses, transportés ici par un fleuve avant d’être piégés par un réservoir et un barrage.

La géologue a commencé à se dire dernièrement que cette étrange anomalie sédimentaire dans l’histoire de la Terre finirait par apparaître dans les registres géologiques. Si dans 10 millions d’années, un géologue tombait sur une couche de sédiments du lac Powell, saurait-il ce qu’il s’est passé ? Pourrait-il savoir avec exactitude ce qu’il a sous les yeux ?

« J’ai devant moi une nouvelle échelle des temps géologiques », constate Cari Johnson avant de conclure « Je n’en reviens pas. C’est en quelque sorte la pierre de Rosette. Nous avons beaucoup d’enseignements à en tirer ».

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Comment adapter son style de marche à ses objectifs ?

Par : National Geographic — 16 octobre 2026 à 14:29

Les humains ont toujours marché, pour chasser et cueillir, pour traverser des parcs, des rues et se rendre à l’arrêt de bus. « Être humain, c’est marcher », clame Catrine Tudor-Locke, doyenne du College of Health Science de l’Université des Femmes du Texas, qui a consacré sa carrière à l’étude du comptage des pas et des comportements liés à l’activité physique. « Nous sommes câblés pour cela. »

Depuis peu, ce geste parmi les plus anciens de l’humanité connaît un moment résolument moderne. Sur TikTok et sur Instagram, des hashtags comme #hotgirlwalk et #12330 cumulent des millions de vues, tandis que des scientifiques continuent de publier des études sur les bienfaits pour la santé physique et mentale d’une balade quotidienne.

« La marche est l’un des modes d’exercice physique les plus simples et les plus pratiques qui soient pour la plupart des personnes », ajoute Joey Masri, kinésithérapeute et spécialiste de Miami certifié en force et en conditionnement. « Ces tendances peuvent constituer une porte d’entrée vers un mode de vie sain et actif sur le plan physique. » Mais ainsi qu’il le fait observer, les bienfaits ne proviennent pas de la tendance en elle-même, mais de la régularité.

Des recherches montrent que des balades régulières peuvent améliorer la santé cardiovasculaire, faire baisser le stress, stimuler la créativité, renforcer les os et même accroître l’espérance de vie. Mais la beauté de la marche réside dans son adaptabilité : le même mouvement de base peut être modifié pour mettre l’accent sur l’endurance, la force ou la santé mentale. De l’entraînement japonais en fractionné aux hot girl walks, voici comment adapter un style de marche à un objectif spécifique.

 

OBJECTIF : AMÉLIORER LA SANTÉ DU CŒUR ET LA FORME CARDIO-RESPIRATOIRE

ESSAYEZ : LA MARCHE FRACTIONNÉE

Mise au point par des chercheurs japonais au début des années 2000, la marche fractionnée (IWT) consiste à alterner trois minutes de marche rapide et trois minutes de récupération plus lente. Lors des phases rapides, il faut fournir 70 % environ de son effort maximal ; lors des phases de récupération, 40 % environ.

Selon l’étude originelle sur le sujet, publiée en 2007, les participants âgés qui pratiquaient l’IWT trente minutes par jour constataient des améliorations significatives de leur capacité cardio-respiratoire ainsi qu’une baisse de la tension artérielle. Une petite étude publiée en 2024 a également mis en évidence le fait que l’IWT pouvait aider les personnes atteintes de diabète de type 2 à gérer leurs niveaux de glucose.

« Le fractionné est une manière de développer la santé cardiovasculaire sans avoir besoin de courir », explique Sara Hayes, coach mental qui travaille avec des femmes dans les domaines de la course et de la remise en forme. « Alterner les rythmes stimule le système aérobie, développe l’endurance et rend l’entraînement plus intéressant. Varier les allures donne un côté ludique à la marche et aide à ne pas s’ennuyer. »

 

OBJECTIF : DÉVELOPPER LA FORCE ET RENFORCER LES MUSCLES

ESSAYEZ : LE RUCKING

Le rucking, c’est-à-dire la marche avec un sac à dos ou un gilet lestés, a gagné en popularité grâce à des groupes de fitness s’inspirant d’entraînements militaires. Beaucoup commencent avec cinq kilogrammes et augmentent progressivement jusqu’à quinze, voire davantage. Mais l’intérêt de la pratique réside dans son caractère infiniment modulable.

« On peut mettre autant de poids qu’il est possible d’en porter dans un sac à dos ou dans un gilet et aller aussi loin qu’on le souhaite à la vitesse qu’on veut, et ce sur différents terrains », fait observer Joey Masri. Cependant, il recommande de commencer avec un poids léger et une courte distance et d’augmenter progressivement.

Le poids supplémentaire ne sollicite pas seulement les muscles du bas du corps ; il exerce également une tension bénéfique sur le reste du squelette. « Cela ajoute ce que l’on appelle une charge axiale sur le squelette, c’est-à-dire que le poids du sac à dos se répartir verticalement le long de votre colonne, de vos jambes et de votre bassin », explique-t-il. Cela favorise la densité osseuse, ce qui peut s’avérer particulièrement important pour les femmes, car la perte osseuse s’accélère après la ménopause.

 

OBJECTIF : AMÉLIORER LA SANTÉ MENTALE ET RÉDUIRE LE STRESS

ESSAYEZ : MARCHE CONSCIENTE EN PLEINE NATURE

Également connue sous le nom de shinrin-yoku ou « bain de forêt », cette pratique japonaise invite à une marche lente et consciente dans la nature, le tout sans distractions. Cela peut se traduire par une promenade sur un sentier forestier ou au bord d’une rivière.

Des recherches ont montré que les bains de forêt peuvent faire baisser le taux de cortisol, la tension artérielle et améliorer l’humeur générale. Une étude publiée en 2022 portant sur 155 participants suggère que les bienfaits peuvent être plus prononcés chez les personnes ayant des tendances dépressives.

Catrine Tudor-Locke fait remarquer que même les marcheurs urbains peuvent en profiter. « Traverser un parc en allant au travail procure également des bénéfices pour la santé mentale », affirme-t-elle.

L’une des clés est la déconnexion. « Je mets au défi les gens de lâcher leur téléphone ou, du moins, de passer en mode “Ne pas déranger”, déclare Sara Hayes. Traitez votre randonnée comme une occasion de faire attention à vos pensées, à votre environnement, à votre corps. J’adore faire l’exercice des cinq sens : qu’est-ce que je vois, entends, sens, goûte et ressens ? »

 

OBJECTIF : BRÛLER EFFICACEMENT DES GRAISSES

ESSAYEZ : LA MARCHE RAPIDE

Le fait d’accélérer le rythme de votre marche accroît considérablement la dépense énergétique. La marche rapide consiste à se déplacer à une allure soutenue (de 5 à 8 km/h), les bras en mouvement, le dos droit et le corps engagé. Vous ferez grimper votre rythme cardiaque et votre respiration sans toutefois basculer dans le jogging.

Une étude publiée en 2022 a montré que 180 minutes de marche rapide par semaine sur une période de douze semaines faisait diminuer le taux de graisse, le poids et la circonférence de la taille chez les étudiants d’université sédentaires avec un effet notable chez les femmes. D’autres études, dont un essai datant de 2012 et portant sur des patients en rééducation cardiaque, montre que la marche rapide améliore la VO2 max davantage que la marche classique.

« Une marche plus rapide sollicite davantage de muscles, fait grimper le rythme cardiaque et peut donner l’impression d’un véritable entraînement », explique Sara Hayes. Et c’est efficace : vous parcourrez une distance plus grande en moins de temps, ce qui en fait une bonne option pour ceux qui ont un emploi du temps chargé, ajoute Catrine Tudor-Locke.

 

OBJECTIF : RENDRE L’ACTIVITÉ PHYSIQUE AMUSANTE ET S’Y TENIR

ESSAYEZ : LES HOT GIRL WALKS (HGW)

Le hot girl walk a commencé comme une mode virale sur TikTok mais est devenu un mouvement à part entière. Se déroulant sur six kilomètres environ (quoique l’on puisse toujours parcourir une distance moindre), les HGW tournent autour de la réflexion personnelle : les affirmations, la gratitude et la définition d’intentions, soit en solo, soit avec des amis. Lancez une playlist pour rendre l’expérience encore plus amusante ; des recherches montrent que la musique peut améliorer l’endurance, distraire de la fatigue et augmenter le plaisir général procuré par l’exercice.

Faire vos HGW à l’extérieur amplifie les bénéfices. « L’exposition à la nature réduit le taux de cortisol et améliore l’humeur, affirme Sara Hayes. La lumière du soleil, l’air frais, une pause loin des écrans et le mouvement créent, ensemble, une véritable réinitialisation pour le système nerveux. »

 

OBJECTIF : ACTIVER SES MUSCLES ET AMÉLIORER SON ENDURANCE

ESSAYEZ : LE 12-3-30

Si l’on veut renforcer le bas du corps et améliorer sa condition physique dans le même temps, la marche en pente sur un tapis roulant peut constituer une excellente façon de le faire sans solliciter les genoux. La formule de l’entraînement 12-3-30, devenu viral sur TikTok, est simple : marchez avec une pente de 12 %, à 5 km/h, pendant trente minutes. « Ce qui le rend si populaire est qu’il est facile à retenir et semble structuré, explique Sara Hayes. Notre cerveau aime la prévisibilité et la routine. Avoir cette structure permet de rompre la monotonie et donne toujours quelque chose de nouveau sur quoi se concentrer. »

Mais si ces nombres confèrent à cet entraînement son attrait viral, Joey Masri suggère de l’adapter à son niveau de forme actuel. « Il peut s’avérer trop facile pour une personne et impossible pour une autre, il est donc vraiment important de comprendre que l’activité est relative », précise-t-il. Ajustez l’inclinaison, le rythme, la vitesse ou la durée selon vos besoins. Vous devriez avoir l’impression de travailler dur, mais le rythme doit rester supportable pendant toute la séance.

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Punaises de lit, tiques, vers : comment éviter les parasites pendant vos voyages ?

Par : National Geographic — 16 octobre 2026 à 10:58

Du fait des nombreux cas d’infestations en France, les punaises de lit font les gros titres depuis quelque temps, pourtant, bien que répugnantes, ces petites bêtes hématophages ne présentent pas de réel danger pour notre santé. En réalité, selon Molly Keck, entomologiste spécialisée dans la lutte contre les parasites au Texas A&M AgriLife, « l’animal le plus mortel au monde est le moustique ».

Les insectes peuvent être porteurs d’agents pathogènes tels que des bactéries, des nématodes, des protozoaires et des virus susceptibles de transmettre aux humains des maladies difficiles à diagnostiquer. Nombre de ces affections, telles que la dengue et la maladie de Lyme, peuvent commencer sous la forme de symptômes vagues comme des maux de tête, de la fatigue ou de la fièvre, et les traces de piqûre ou de morsure ne sont pas toujours apparentes.

Lorsque vous tombez malades en voyage, il est compréhensible de vouloir rentrer immédiatement chez vous pour vous soigner. Cependant, selon William Spangler, médecin urgentiste et directeur médical mondial de la compagnie d’assurance AIG Travel, « il est probablement préférable de se faire soigner sur place, où les professionnels de santé connaissent la maladie endémique et savent comment la traiter. »

Avant de partir en voyage, envisagez de vous rendre dans une clinique de médecine des voyages, qui saura vous recommander des médicaments et vaccins adaptés aux différents risques de votre destination. En attendant, voici quelques conseils pour vous aider à éviter au mieux certains des parasites les plus répandus dans le monde.

 

LES PUNAISES DE LIT

Espèces : Cimex lectularius (punaise de lit commune) et Cimex hemipterus (punaise de lit tropicale).

Où se trouvent-elles ? Meubles, tapis et valises dans le monde entier.

Quelle menace présentent-elles, et comment les éviter ? « Vous pouvez attraper des punaises de lit même sans voyager », révèle Keck. « Vous pouvez les attraper à l’école, dans une salle d’attente ou encore par l’intermédiaire d’un ami qui vient vous rendre visite. »

Bien qu’elles puissent être porteuses de virus, les punaises de lit transmettent rarement des agents pathogènes aux humains. Leurs piqûres sont indolores ; les boutons qui démangent sont en réalité une réaction allergique qui peut apparaître jusqu’à neuf jours après la morsure. « Les morsures ne peuvent être traitées que par des antihistaminiques, et le soulagement sera limité », affirme Spangler.

Bonne nouvelle, cependant : les punaises de lit ne peuvent pas voler. Lorsqu’elles ne vous sucent pas le sang, elles préfèrent donc se cacher dans des endroits sombres comme les plis des matelas.

« Pour éviter de ramener des punaises jusque chez vous, placez vos sacs dans la baignoire de l’hôtel, où elles ne pourront pas grimper », recommande Keck. « Inspectez ensuite le lit en remontant les draps et la housse de matelas, en regardant les zones élastiques et en vérifiant tout autour du lit. » Si vous voyez des punaises de la taille d’un pépin de pomme, de couleur brun rougeâtre, des œufs jaune pâle ou des taches de sang, « demandez une autre chambre qui n’est pas en contact avec celle où vous vous trouvez », c’est-à-dire ni à côté, ni au-dessus, ni au-dessous.

Les punaises de lit préfèrent les bagages en tissu à ceux qui sont en plastique ou en métal, et il est plus facile de les repérer sur les couleurs claires si vous les cherchez à l’aide de la lampe de poche de votre téléphone. Si les températures sont basses lorsque vous rentrez chez vous, c’est une bonne chose : stockez votre valise à l’extérieur pendant 80 heures si la température est inférieure à 0 °C, car cela permettra de tuer les parasites. Vous pouvez également laver vos vêtements à l’eau chaude, puis les passer pendant une demi-heure au sèche-linge à haute température.

 

LES MOUSTIQUES

Espèces : les moustiques du genre Aedes transmettent le chikungunya, la dengue, la fièvre jaune et le virus de Zika ; ceux du genre Culex provoquent la fièvre du Nil occidental ; et ceux du genre Anopheles propagent le paludisme.

Où se trouvent-ils ? Partout dans le monde, à l’exception de l’Islande et de l’Antarctique ; les espèces porteuses de maladies préfèrent les climats tropicaux, subtropicaux et certains climats tempérés.

Quelle menace présentent-ils, et comment les éviter ? « Les maladies transmises par les moustiques tuent environ un million de personnes dans le monde chaque année », révèle Spangler. Ces insectes sont à l’origine de 200 millions de cas de paludisme par an, avec environ 625 000 décès, et de 100 à 400 millions de cas de dengue, avec environ 40 000 décès. Bien que 80 % des cas d’infection par la dengue soient asymptomatiques, cette maladie est parfois surnommée « fièvre des os brisés » en raison de la douleur particulièrement intense qu’elle peut provoquer.

Les personnes les plus touchées sont celles qui vivent dans les pays dans lesquels les moustiques sont porteurs de maladies, mais les voyageurs ne sont pas à l’abri pour autant. En outre, le changement climatique provoque également une expansion du territoire des moustiques : bien que la France métropolitaine ne soit pas concernée à ce jour, les États-Unis ont par exemple connu des cas de paludisme d’origine locale en 2023. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) prévient qu’au cours de cette décennie, la dengue deviendra une menace majeure dans davantage de régions d’Europe et des États-Unis.

Lorsque vous préparez un voyage, n’hésitez pas à consulter les cartes mises à disposition par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) des États-Unis ou à vous rendre dans des cliniques de médecine des voyages, qui sauront vous indiquer si vous avez besoin de médicaments de prévention contre le paludisme ou de vaccins contre la fièvre jaune. Un deuxième vaccin contre le paludisme a par ailleurs été approuvé début octobre par l’OMS : celui-ci, ainsi qu’un vaccin à usage limité contre la dengue, sont prometteurs pour l’avenir de la lutte contre ces maladies.

Le plus efficace reste cependant de faire tout son possible pour éviter de se faire piquer. Pour ce faire, utilisez un insectifuge contenant de la picaridine ou du DEET et portez des pantalons et des manches longues, idéalement traités à la perméthrine. Dormez avec une moustiquaire, mais sachez que de nouvelles recherches remettent en cause d’anciennes théories selon lesquelles les moustiques responsables du paludisme ne piqueraient que la nuit. Une étude réalisée en 2022 a montré que 20 à 30 % des piqûres de moustiques anophèles ont lieu pendant la journée.

 

LES CÉRATOPOGONIDÉS

Espèces : environ 4 000 espèces de la famille des Ceratopogonidae.

Où se trouvent-ils ? Dans le monde entier, en particulier près des côtes, des lacs et des rivières, à l’exception de l’Antarctique et de l’Arctique.

Quelle menace présentent-ils, et comment les éviter ? Ces insectes, qui peuvent mesurer de 0,8 à 3 millimètres, sont des sortes de mouches connues sous plusieurs noms en fonction des régions du monde, tels que « brûlot » au Canada,  ou « arabis » et « alambic » dans le sud de la France métropolitaine.

Ces insectes sont gênants, mais relativement peu dangereux (bien qu’ils puissent propager des maladies rares comme la fièvre d’Oropouche en Guyane française, en Amérique centrale et en Amérique du Sud). Keck précise que « les vrais [Ceratopogonidae] sont en fait très faciles à reconnaître, car leur piqûre est douloureuse ». Certaines personnes ont une réaction allergique encore plus douloureuse, qui se traduit généralement par des rougeurs et des gonflements qui démangent.

Les insecticides, même s’ils contiennent du DEET, n’offrent qu’une protection limitée. Pour vous protéger des piqûres, portez des manches longues et des pantalons (encore plus efficaces si vous les rentrez dans vos chaussettes). Les chapeaux munis d’un filet fin pourront également protéger votre visage.

 

LES TIQUES

Espèces : Ixodidae (tiques dures) et Argasidae (tiques molles) ; environ 60 des 900 espèces, notamment Ixodes scapularis, peuvent transmettre des maladies aux humains.

Où se trouvent-elles ? Dans les zones herbeuses et broussailleuses, même dans les villes, sur tous les continents à l’exception de l’Antarctique, et dans tous les États américains à l’exception de l’Alaska.

Quelle menace présentent-elles, et comment les éviter ? Également hématophages, ces arthropodes à huit pattes sont techniquement des arachnides. Les tiques ne peuvent ni voler ni sauter, mais certaines attendent parfois à l’extrémité d’arbustes situés sur des chemins fréquentés afin de grimper sur les personnes (ou animaux de compagnie) qui passent à proximité.

Lorsqu’elles se nourrissent, les tiques s’accrochent en plantant une sorte de harpon barbelé dans la peau de leur hôte. Il est donc difficile de les retirer, et il leur faut parfois un jour ou deux pour terminer leur repas. Les morsures de tiques, généralement indolores, passent souvent inaperçues ou sont prises à tort pour des piqûres de moustiques.

« Différentes espèces de tiques véhiculent différents agents pathogènes infectieux », explique Lin H. Chen, présidente de l’International Society of Travel Medicine. Chaque année, environ 25 000 à 68 000 cas de maladie de Lyme (ou borréliose de Lyme) sont diagnostiqués en France ; et le taux d’incidence annuel tend à augmenter depuis 2009. Les tiques peuvent également transmettre d’autres maladies moins répandues, telles que la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, des rickettsioses ou encore des encéphalites à tiques ; des cas de tularémie, d’anaplasmose et de fièvre pourprée des montagnes Rocheuses sont aussi observés, notamment en Amérique du Nord. Les voyageurs souhaitant pratiquer de nombreuses activités de plein air en Europe et en Asie sont davantage exposés au risque d’encéphalites à tiques et peuvent donc envisager de se faire vacciner.

« Un certain nombre de répulsifs présentant une certaine efficacité sont disponibles facilement à l’achat », affirme Spangler, « mais dans les zones particulièrement sujettes à la présence de tiques, il est recommandé de réduire l’exposition de votre peau au maximum en portant de bonnes chaussures, des pantalons longs et des manches longues. Si vous rentrez d’une balade près d’herbes hautes ou d’autres feuillages, inspectez tout votre corps à la recherche de tiques. Il est possible d’en repérer une sur vos vêtements (ou même sur votre peau) avant qu’elles ne s’accrochent. » Prendre une douche dans les deux heures qui suivent votre sortie peut également aider à éliminer les tiques qui ne se sont pas encore accrochées.

 

LES VERS PARASITAIRES

Espèces : les schistosomes (Schistosoma) et les ankylostomes (Ancylostoma duodenale et Necator americanus).

Où se trouvent-ils ? Dans les pays tropicaux et subtropicaux, en particulier lorsque les conditions sanitaires sont mauvaises, y compris sur les plages où les chiens et les chats se promènent librement.

Quelle menace présentent-ils, et comment les éviter ? Bien que les cas d’infections par des vers parasitaires soient rares chez les voyageurs, il est tout de même important de tout faire pour les éviter. Les symptômes peuvent être mineurs (douleurs d’estomac) ou graves (crises d’épilepsie). Les vers ou leurs œufs peuvent par exemple être ingurgités lors des repas, notamment dans de la viande mal cuite ou des légumes mal lavés. Cela peut entraîner une trichinose (causée par des vers ronds), une infection par des cestodes, ou même des cas impressionnants tels que celui d’un vers vivant retiré du cerveau d’une patiente en Australie. Les enfants sont également susceptibles de propager l’oxyurose, surtout s’ils ne se lavent pas bien les mains après être allés aux toilettes.

En voyage, soyez attentifs aux « expositions environnementales, comme lorsque vous pataugez dans de l’eau douce » qui présente « des risques potentiels de schistosomiase et de leptospirose », et lorsque vous marchez pieds nus sur un sol et un sable contaminés par des ankylostomes ou des strongyloïdes, explique Chen.

Dans le monde, environ 230 millions de personnes sont atteintes d’une schistosomiase (également appelée bilharziose) et 200 000 personnes en meurent chaque année, principalement, mais pas exclusivement, en Afrique. Selon les CDC, la seule maladie parasitaire plus dévastatrice que la schistosomiase est le paludisme. Les schistosomes se reproduisent dans des escargots d’eau douce, trouvés à ce jour dans soixante-dix-huit pays, et se propagent principalement par le biais de l’urine ou des excréments des individus infectés. Le parasite peut survivre pendant 48 heures après avoir quitté l’escargot et peut pénétrer dans la peau humaine lorsque celle-ci entre en contact avec de l’eau contaminée. 

Les mauvaises conditions d’hygiène peuvent également favoriser des infections par la plante des pieds, en particulier par le biais de la terre et du sable où des chats et des chiens font leurs besoins. Garder ses chaussures est le meilleur moyen d’éviter les larves de vers comme les ankylostomes et les trichocéphales, ainsi que les lésions, la diarrhée, l’anémie et le prolapsus rectal qu’elles peuvent provoquer. Les médicaments prescrits sont efficaces dans la lutte contre de nombreux vers, à condition que le diagnostic soit correct.

Si vous êtes mal à l’aise après la lecture de cet article, c’est une bonne chose : cette émotion pourra vous inciter à prendre les précautions nécessaires pour éviter les infections, comme en appliquant un répulsif anti-insectes ou en couvrant votre peau dans les zones à risque. De plus, comme le recommande Keck, « n’oubliez pas qu’il y a beaucoup plus d’insectes bénéfiques que d’insectes nuisibles. La plupart d’entre eux ne vous piqueront pas, ne vous mordront pas, ne vous transmettront pas de maladie et, de manière plus générale, ne vous feront aucun mal. »

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Le renforcement musculaire est un allié sous-estimé pour bien veillir

Par : National Geographic — 16 octobre 2026 à 09:44

Peut-être avez-vous encore l’impression d’avoir de la force. Peut-être que vous faites de la musculation, que vous marchez régulièrement ou bien que vous faites du Pilates plusieurs fois par semaine. Mais si certains gestes du quotidien, comme se lever d’une chaise basse ou monter sur un trottoir, vous semblent plus lents et demander plus d’efforts, il y a malheureusement une raison à cela. À mesure que nous vieillissons, nous ne faisons pas que perdre en force. Nous perdons notre aptitude à bouger de manière dynamique.

On appelle puissance musculaire cet aspect souvent négligé de la santé physique que l’on pourrait définir par la capacité à générer de la force rapidement. Cela ne concerne pas que les haltérophiles des Jeux olympiques et les athlètes d’élite. Ce type de mouvement aide par exemple à se stabiliser lorsque l’on trébuche, à éviter les portes du métro qui se ferment ou encore à soulever ses sacs de courses pour les mettre dans la voiture sans demander trop de réflexion.

Le problème est que la puissance musculaire commence à décliner dès la trentaine, soit plusieurs décennies avant que la plupart des personnes ne remarquent une véritable perte de force. « Vous perdez de la vitesse dans le muscle avant de perdre cet élément de force », prévient Stephen Sayers, chercheur spécialiste de la performance et de la fonction musculaire chez les séniors à la Faculté des sciences de la santé de l’Université du Missouri. Cela signifie qu’après l’âge de cinquante ans, la force musculaire décline généralement d’un à deux pourcents par an. Des études suggèrent que la puissance musculaire, chez les adultes âgés notamment, peut diminuer encore plus vite (jusqu’à 3-4 % par an), en particulier lorsque les muscles ne sont pas souvent mobilisés.

Il y a une bonne nouvelle toutefois : le travail de puissance est relativement simple à intégrer à une routine hebdomadaire et peut protéger la mobilité, l’indépendance et même la force à mesure que l’on vieillit. Selon la conclusion d’une étude publiée en 2007 dans la revue Journal of Aging and Physical Activity, l’entraînement en résistance à vitesse élevée était plus efficace que l’entraînement de force traditionnel pour améliorer les mouvements fonctionnels chez les personnes âgées. « J’ai vu des gens dans mes laboratoires qui auparavant ne faisaient rien, puis qui se sont mis à faire du travail en puissance musculaire et, alors, nous avons constaté des augmentations de la force de 25 à 30 % », ajoute Stephen Sayers.

Voici comment s’entraîner pour gagner en puissance musculaire et pourquoi intégrer un tel entraînement à votre routine pourrait changer la façon dont évoluez au quotidien.

 

LA PUISSANCE MUSCULAIRE EST ESSENTIELLE DANS LA PRÉVENTION DES CHUTES

Le mouvement repose sur deux éléments : la force et la vitesse. « Imaginez que vous êtes en train de traverser une intersection, commence Stephen Sayers. Vous pouvez bien avoir suffisamment de force dans vos muscles. Vous pouvez bien être assez fort, mais si vous n’avez pas une certaine vitesse, vous n’allez pas arriver à traverser la route dans le temps imparti par le feu. »

La puissance musculaire provient de fibres musculaires à contraction rapide, celles qui permettent des mouvements rapides et explosifs, et qui déclinent plus vite avec l’âge que les fibres à contraction lente qui, elles, assurent l’endurance. « Le problème avec ces fibres est qu’on ne les sollicite pas beaucoup dans la vie quotidienne », affirme Stephens Sayers. Pour les préserver, il faut les entraîner délibérément.

La vitesse explosive dépend également du système nerveux. Au fil du temps, le cerveau communique moins efficacement avec les muscles. « Quand vous atteignez soixante ans, vous perdez près de la moitié des nerfs qui innervent ces muscles, poursuit le chercheur. Quand le nerf disparaît, le muscle meurt. »

Ce ralentissement dans la transmission des signaux signifie concrètement que des mouvements autrefois automatiques (marcher rapidement, monter des escaliers ou se rattraper en cas de chute) commencent à nécessiter davantage d’efforts conscients.

« Quand on parle du vieillissement, l’idée de la vitesse est en fait vraiment importante pour l’équilibre et la prévention des chutes », affirme Claire Morrow, physiothérapeute chez Hinge Health. « L’un des principaux indicateurs du risque de chute est en fait la vitesse à laquelle marche une personne, son allure. »

Un faible temps de réaction, voilà ce qui maintient debout. On a beau être fort, prévient Stephen Sayers, si l’on trébuche et que l’on ne parvient pas à stabiliser le corps, on tombe. Si les muscles sont assez vifs, on peut arriver à mettre une jambe en avant et à arrêter de tomber.

À l’appui, il cite des recherches qu’il a menées en laboratoire en simulant des chutes. Les participants qui avaient travaillé leur puissance musculaire parvenaient à bouger leurs membres plus rapidement et à retrouver leur équilibre avant de toucher le sol. « La différence est réelle, indique-t-il. Surtout quand on arrive à soixante, soixante-dix ans, et au-delà. »

 

SIGNES ANNONCIATEURS D’UNE PERTE DE PUISSANCE MUSCULAIRE

Il n’existe pas de test universel à faire domicile pour mesurer la puissance musculaire, mais il y a des signes subtils indiquant que la vôtre diminue. 

« Est-il facile pour vous de soulever votre valise et de la placer dans le compartiment supérieur dans un avion ? demande Claire Morrow. Avec quelle facilité pouvez-vous monter et descendre les escaliers ? Avez-vous l’impression d’avoir besoin d’utiliser la rampe ? »

Elle propose un autotest simple : essayez de faire des élévations du talon sur une jambe. « Vous devriez pouvoir en faire trente sur une jambe, indique-t-elle. La force des mollets est une des premières choses à disparaître après une blessure aux membres inférieurs, et elle est aussi très importante pour l’équilibre. »

 

COMMENT DÉVELOPPER SA PUISSANCE MUSCULAIRE EN TOUTE SÉCURITÉ EN VIEILLISSANT

Nul besoin d’être athlète pour faire travailler en puissance. En réalité, cela peut rendre les activités quotidiennes moins pénibles et améliorer la performance dans les sports récréatifs, comme la randonnée et la danse, ou même lorsque l’on joue avec ses enfants.

Si vous pratiquez déjà la musculation, la façon la plus simple est d’utiliser des charges plus légères et d’exécuter la phase concentrique (la partie du mouvement où l’on soulève la charge) de manière plus explosive. La phase excentrique (la descente de la charge) doit rester lente et contrôlée.

Avec une presse à cuisses, par exemple, au lieu de charger la machine avec des poids lourds, n’utilisez que 40 % de votre maximum, conseille Stephen Sayers. Ce poids devrait sembler gérable et relativement facile à soulever. Descendez lentement, puis poussez la plateforme aussi vite que possible. Répétez l’effort. La même approche vaut pour le développé couché, les squats avec une haltère ou les extensions de mollets.

Si vous vous entraînez dans une salle de sport, Stephen Sayers recommande de commencer avec des machines et non avec des poids libres. « Il est plus facile de contrôler la vitesse sur une machine et l’amplitude de mouvement reste très constante, elle est en quelque sorte déterminée à votre place, ajoute-t-il. Donc, il est plus sûr et plus facile de se concentrer sur la rapidité des mouvements sans se soucier de la stabilité. »

Cependant, Stephen Sayers précise que même si l’entraînement en puissance peut sembler intimidant, il ne comporte pas plus de risques de blessure que les entraînements de musculation traditionnelle, à condition que la charge soit appropriée et que la forme soit bonne. Cela peut selon lui également sembler plus facile et l’on est susceptible de récupérer plus vite, car on ne déplace pas un poids trop lourd sur soi.

Il est également possible de s’entraîner en puissance à la maison. Claire Morrow recommande des squats à poids de corps réalisés plus rapidement que d’ordinaire. Pour aller plus loin, Stephen Sayers recommande de porter un gilet lesté tout en faisant des mouvements fonctionnels, comme monter les escaliers. Même des squats rapides effectués sur une chaise (dix à douze répétitions) peuvent être bénéfiques. « Tout ce qui ajoute de la résistance au mouvement constitue un entraînement en résistance, conclut-il. Il suffit de l’effectuer rapidement. »

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L’eau de rose, remède miracle antioxydant et antirides ? Ce qu'en dit la science

Par : National Geographic — 15 octobre 2026 à 10:54

L'amour des humains pour les roses est vieux de plusieurs siècles. Les roses sont citées dans la mythologie et les légendes religieuses, on peut trouver leurs pétales sur des tombes anciennes, et la fleur a été adoptée par deux camps opposés pendant la sanguinaire guerre des Deux-Roses en Angleterre. Il n'est donc pas étonnant que la fleur soit encore appréciée aujourd'hui, surtout au Maroc, où se déroule chaque année un festival des roses pendant trois jours.

Mais les roses ne sont pas seulement connues pour leur parfum ou leurs jolis pétales. L'eau de rose, un liquide à l'odeur sucrée dérivée des pétales de rose distillés que l'on trouve autant dans les desserts que dans les produits de beauté, a longtemps fait l'objet de rumeurs quant à ses effets bénéfiques sur la santé et dans les produits de beauté. Selon d'anciennes croyances, l'eau de rose pouvait guérir les problèmes de mémoire et inverser les effets du vieillissement.

Mais cette concoction est-elle miraculeuse ? Voici comment l'eau de rose a acquis une renommée internationale et pourquoi il convient de faire preuve de prudence. Mais retenez ceci : le jury n'a pas encore rendu son verdict.

L'HISTOIRE DE L'EAU DE ROSE

L'eau de rose est utilisée comme remède populaire naturel pendant des milliers d'années. Les descriptions des concentrés et des huiles fabriquées à partir des fleurs odorantes et des gousses de graines ou cynorrhodons, laissées par les fleurs après leur mort, remontent à la Mésopotamie, avec des mentions sur des tablettes cunéiformes datant des années 2630 avant Jésus-Christ.

Mais le personnage historique qu'on associe le plus à l'eau de rose est Ibn-i Sina, aussi connu sous le nom d'Avicenne, médecin et philosophe persan et un personnage incontournable des cours persanes au 11ᵉ siècle avant J.-C. Il recommanda l'eau de rose pour tout, de la gueule de bois aux problèmes de mémoire, aux maladies des yeux et aux migraines, et est considéré comme le premier à avoir utilisé la vapeur pour distiller l'essence de roses dans une concoction plus efficace.

Dès lors, l'eau de rose est devenue un remède populaire qui a perduré jusqu'à l'époque moderne en tant qu'additif parfumé pour les routines de soins et de beauté. Les femmes du 19ᵉ siècle, par exemple, se faisaient prescrire des masques faits maison et des produits de maquillage, y compris « Bloom of Roses », un mélange d'eau de rose, d'ammoniac liquide, de carmin et d'alcool. « De nombreuses personnes, en dépit des arguments, l'appliquent pour remplacer leurs fleurs fanées », nota Mme. John A. Logan dans un manuel populaire de 1889.

 

QUELS SONT LES VRAIS AVANTAGES SANITAIRES DE L'EAU DE ROSE ?

L'eau de rose a surmonté l'épreuve du temps. Mais sa réputation sanitaire est-elle bien méritée ?

Malgré les siècles de disponibilité et de preuve anecdotique concernant ses nombreuses utilisations, le jury n'a pas encore rendu son verdict quant aux avantages empiriques de l'eau de rose. La plupart des recherches sur ses bienfaits potentiels, comme sa capacité supposée à apaiser l'anxiété et à éclaircir ou lisser sa peau, ont été menées dans le domaine des médecines alternatives ou complémentaires, y compris l'aromathérapie, des approches qui restent controversées au sein de la communauté scientifique.

Cela n'a pas empêché les chercheurs d'essayer de mieux comprendre les roses. Une revue de la littérature scientifique de 2021 sur les potentiels avantages sanitaires des roses analysait des dizaines d'articles scientifiques publiés dans la littérature médicale qui se concentrent sur la médecine alternative. Cette revue a conclu que les extraits de rose avaient en effet des propriétés antivirales, antimicrobiennes et anti-inflammatoires, les effets variant en fonction de la production et de la concentration des huiles de rose.

Cependant, peu d'études examinées portaient sur des cellules humaines, ce qui permettrait d'en savoir plus sur l'action de l'eau de rose et d'autres produits dérivés de la rose dans le corps humain et sur la manière dont ils agissent. Pendant ce temps, la majorité des expériences se concentrant sur les cellules humaines ont eu lieu en laboratoire, sur des cellules cultivées en laboratoire.

« Alors que les études animales nous permettent de savoir si un produit est ou non totalement toxique, les dosages utilisés dans les études animales et les méthodes employées ne sont pas transposables à la vie réelle », explique Lauren Plogh, dermatologue et membre de l'American Academy of Dermatology.

Étant donné que les études citées ont pour la plupart été réalisées sur des cellules animales, et non humaines, il est impossible de dire si les humains ressentiront les mêmes effets s'ils utilisent de l'eau de rose. Par exemple, une étude de 2019 a montré que l'eau de rose protégeait contre les dommages causés à l'ADN chez les rats, et non chez les êtres humains.

Cependant, de nombreuses substances chimiques contenues dans les roses ont été bien étudiées. Il s'agit notamment du citronellol et du tricosane, ingrédients utilisés comme parfums dans les préparations cosmétiques, ainsi que de l'alcool phényléthylique, qui est utilisé comme conservateur ou parfum dans certaines préparations cosmétiques.

« De nombreux produits chimiques ont une certaine activité antibactérienne », explique Plogh. Les auteurs de la revue de littérature de 2021 ont d'ailleurs écrit que, bien que des recherches pharmacologiques supplémentaires soient nécessaires, les extraits de roses « ont un potentiel biologique prometteur pour agir en tant que guérisseurs naturels. »

Toutefois, ces chercheurs ont constaté que l'eau de rose contient généralement un « minimum » d'huiles d'extraits de rose et une forte concentration d'alcool, ce qui ne permet pas de déterminer si l'eau de rose a réellement des effets curatifs.

 

L'EAU DE ROSE PEUT-ELLE ÊTRE UTILISÉE SANS DANGER ?

Malgré l'absence de preuves concrètes que l'eau de rose présente des avantages mesurables pour l'homme, les recherches se poursuivent sur ses applications potentielles dans tous les domaines, des bains de bouche aux gouttes pour les yeux. Et son utilisation dans les régimes de soins de la peau, généralement comme tonique parfumé, continue d'intriguer les chercheurs. Une étude réalisée en 2020, par exemple, a révélé que l'eau de rose « évoque un potentiel éclaircissant et antirides » et agit comme un antioxydant chez les sujets humains, probablement en inhibant l'inflammation.

D'autres études ont conclu que l'eau de rose est, au mieux, un ajout inoffensif aux produits cosmétiques et aux médicaments naturels.

Mais il y a quelques points à surveiller lorsqu'il s'agit de l'eau de rose. Tout d'abord, les allergies à la rose existent. Les experts suggèrent donc aux nouveaux adeptes de commencer par un test ponctuel afin d'exclure toute réaction allergique.

Il est également important de vérifier l'étiquette de tout produit que vous utilisez pour vous assurer qu'il est sûr, en particulier en ce qui concerne l'alcool phényléthylique, précise Plogh. Ce composé, qui est associé à des doses élevées de toxicité pour les fœtus, n'est autorisé dans les cosmétiques que jusqu'à une concentration de 1 %. 

« Il est préférable de s'en tenir à des produits dont l'efficacité et la sécurité ont été prouvées », explique Plogh, qui précise que de nombreux produits contiennent déjà des ingrédients dérivés de plantes bénéfiques à des « doses sûres et prouvées ». Les eaux de rose faites maison peuvent être dangereuses, dit-elle, car on ne connaît pas la concentration de ces produits chimiques dans les préparations maison. « Il est plus sûr de rechercher une préparation contenant un pourcentage connu de l'ingrédient actif que l'on recherche que d'improviser avec une préparation maison », prévient-elle.

Pourtant, il n'y a rien de tel que de s'arrêter pour sentir les roses. Le marché mondial de l'eau de rose devrait atteindre 921 millions de dollars (environ 849 millions d'euros) d'ici à 2032, signe que notre obsession séculaire pour les roses n'est pas prête de s'arrêter.

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Ces aliments réduiraient le risque de tomber malade

Par : National Geographic — 13 octobre 2026 à 19:40

Il est impossible de prédire les nombreux obstacles auxquels notre corps sera confronté au cours de notre vie, c’est pourquoi il est important d’adopter un mode de vie sain qui minimise les risques de maladie.

Nos habitudes alimentaires, qu’il s’agisse de ce que nous mangeons ou du moment où nous mangeons, peuvent en effet avoir une influence considérable sur notre organisme en aidant à prévenir ou à atténuer des problèmes de santé, tels que certains types de cancers, des maladies cardiaques ou des déséquilibres hormonaux.

Voici quelques conseils pour utiliser au mieux votre alimentation pour préserver votre santé, et ce tout au long de votre vie.

 

RÉDUIRE LES RISQUES DE CANCER

Tout le monde a déjà directement ou indirectement subi les effets du cancer. Nous savons donc tous que cette maladie peut très rapidement ou très lentement changer notre vie du tout au tout. Le cancer est une maladie complexe, et de nombreux facteurs liés à la génétique ou au mode de vie, comme le tabagisme et l’exposition excessive au soleil, peuvent jouer un rôle dans son développement.

Nous ne pouvons pas affirmer avec certitude que certains aliments ont la capacité de guérir ou de prévenir le cancer. Néanmoins, certaines mesures peuvent indéniablement contribuer à réduire les risques, et de nombreux nutriments ont pu être associés à des taux de cancer plus faibles en raison des effets qu’ils exercent une fois dans l’organisme.

Selon une analyse des recherches menées par Cancer Research UK, quatre cancers sur dix pourraient être évités en intégrant les bonnes habitudes suivantes à notre mode de vie : maintenir un poids santé, choisir une alimentation saine, réduire sa consommation d’alcool, ne pas fumer, se protéger du soleil et exercer une activité physique.

Du fait des nombreux nutriments bénéfiques qu’ils contiennent, les légumes constituent les meilleurs médicaments protecteurs de la nature, surtout lorsqu’ils sont servis crus ou légèrement cuits (notre préférence : les faire sauter dans de l’huile d’olive extra-vierge). Le café et le thé, qui contiennent des antioxydants, des polyphénols et des flavonoïdes, peuvent également aider à diminuer les risques de cancer.

La viande rouge et la viande transformée (jambon, bacon, salami et saucisse), en revanche, entraîneraient une forte augmentation des taux de cancer, principalement en raison des produits chimiques qu’elles contiennent.

 

RENFORCER NOS OS ET NOS ARTICULATIONS

Pour bouger, le corps nécessite une collaboration complexe d’os, d’articulations, de muscles, de tendons et d’autres tissus mous, dont notre cerveau est le chef d’orchestre. Il est important de tenir compte de chacune de ces parties, car tout compromis peut déterminer la facilité avec laquelle nous nous déplaçons, mais aussi le niveau de douleur qui accompagne ces mouvements.

L’action des os ne se limite pas à nous maintenir debout et à protéger nos organes vitaux. Ils jouent également un rôle chimique essentiel : ils stockent les nutriments et contribuent à la production de sang et de cellules souches. Cependant, du fait de leur structure alvéolaire, que l’on peut comparer à celle de la tour Eiffel, leur densité se dégrade avec le temps.

Les articulations, quant à elles, agissent comme des charnières : ce sont elles qui permettent aux os de bouger. Lorsqu’elles se dégradent, elles perdent le tissu mou et l’effet de lubrification qui leur permettent de glisser correctement, et le frottement qui en résulte déclenche une réaction inflammatoire, car l’organisme s’empresse de guérir.

La part de l’alimentation dans le fonctionnement de ce système complexe n’est pas à négliger. Lorsque nous ingérons les bons nutriments, tels que le calcium, les vitamines D et K, et de bonnes graisses, nous envoyons des renforts dans notre organisme pour augmenter la densité osseuse, ce qui permet aux os de devenir plus solides avec l’âge (et de mieux guérir s’ils sont cassés).

PRÉSERVER LE CERVEAU

Le cerveau demeure un grand mystère, mais nous comprenons de mieux en mieux le processus qui provoque le déclin de notre mémoire avec l’âge. Pour se souvenir d’une information, les neurones doivent communiquer : un neurone envoie un message, le récepteur d’un autre neurone le reçoit, et cette connexion construit des ponts d’informations que nous pouvons utiliser et mémoriser.

Si nous n’envoyons et ne recevons pas de messages en permanence, ces connexions neuronales faiblissent. Des éléments extérieurs peuvent également les affecter : par exemple, une alimentation inadaptée (raffinée et transformée) agit comme une tempête qui viendrait rouiller les poutres d’un pont. Ainsi, l’inflammation détruit les ponts et il est plus difficile pour les informations de circuler d’un neurone à l’autre.

Pour construire, nettoyer et protéger ces ponts, il est essentiel de choisir les bons types d’aliments, mais aussi les bons moments de la journée où nous les ingérons. Des études épidémiologiques ont démontré que le fait de manger tôt entraînait une diminution du déclin cognitif : un avantage qui, selon certaines études menées sur des animaux, serait également favorisé par la pratique du jeûne intermittent.

 

PRÉVENIR LE DIABÈTE DE TYPE 2

Le diabète de type 2, une maladie qui entraîne un taux élevé de glucose dans le sang en raison d’une résistance accrue à l’insuline, compte parmi les principaux effets de l’obésité sur la santé. Environ 4,5 % de la population française est atteinte de ce type de diabète, et beaucoup sont à risque de le développer.

Cette maladie chronique peut nuire à la santé de nombreuses façons, en provoquant par exemple des lésions oculaires, nerveuses et rénales, mais aussi en augmentant les risques de problèmes cardiaques et cérébraux, ce qui est particulièrement préoccupant.

Manger plus sainement constitue une solution efficace pour prévenir le développement du diabète. La perte de poids contribue à diminuer le taux d’insuline, et les aliments de meilleure qualité permettent de réduire l’excès de sucre et de graisses saturées qui doivent être traitées par l’organisme. Les viandes rouges et tous les aliments transformés, en particulier s’ils sont chargés de sucre, doivent donc être évités à tout prix.

L’activité physique est également un outil indispensable puisqu’elle permet aux muscles de travailler davantage, et améliore ainsi leur capacité à utiliser l’insuline et à absorber le glucose, limitant les risques de diabète lié au surpoids. La gestion du stress peut aussi être d’une grande aide puisqu’elle permettra d’éviter de chercher du réconfort dans la nourriture, et ainsi de consommer des calories superflues ou de mauvaise qualité.

 

POUR DES POUMONS EN BONNE SANTÉ

Nos poumons remplissent une fonction immunitaire importante pour notre corps : ils nous protègent du monde extérieur grâce aux cils bronchiques, de petites brosses dont le rôle est de retirer les éléments polluants que nous respirons. Certains facteurs, tels que la fumée, peuvent cependant endommager ces barrières indispensables et les rendre moins efficaces à long terme.

Pour favoriser le bon fonctionnement de nos poumons et prévenir les maladies pulmonaires, il est primordial d’adopter un mode de vie qui évite à tout prix le tabac et privilégie l’exercice physique. L’alimentation joue également un rôle important : il est recommandé de supprimer les aliments frits et de maintenir un poids santé. Un excès de graisse dans le ventre peut en effet empêcher le corps de respirer profondément, et causer une pression excessive sur les poumons, les obligeant à travailler plus intensément à chaque respiration.

Épicer vos aliments peut aussi contribuer à réduire les inflammations et à améliorer la fonction pulmonaire. Boire beaucoup d’eau aide à maintenir la circulation du sang dans les poumons et permet au mucus qui s’y accumule de circuler librement.

 

RÉDUIRE L’INFLAMMATION

L’inflammation, sous sa forme la plus chronique, est l’un des concepts les plus fondamentaux lorsque l’on parle de santé. Elle peut être chronique et persistante, et mettre votre organisme à rude épreuve jour après jour.

Au début, l’inflammation est un processus positif pour l’organisme : elle indique que nous luttons contre quelque chose qui ne devrait pas être là. Elle apparaît en cas de rhume, d’allergie, et même lorsque nous nous faisons mal ou lorsque nous respirons une toxine, comme celles que l’on trouve dans de nombreux produits de nettoyage. L’organisme sait identifier une blessure, et lorsque c’est le cas, il sonne l’alarme anatomique pour envoyer des cellules immunitaires dans la zone concernée afin de la réparer. Ces dernières viennent alors se heurter aux cellules envahissantes, et l’inflammation est le résultat de ce combat pour notre protection.

Le même principe s’applique au choc chronique que subissent nos cellules lorsqu’elles sont attaquées en permanence. C’est notamment le cas lorsque nous avons trop de sucre dans le sang, ou lorsque nous consommons trop de graisses saturées ou de protéines animales. Notre corps envoie des signaux pour indiquer qu’il a besoin d’aide, et appelle des renforts : il entre alors en mode combat, et active un état constant d’inflammation.

Si le nombre d’inflammations commence à s’accumuler, notre organisme se retrouve exposé au risque de poursuivre un cercle vicieux qui contribue à provoquer encore plus d’inflammations. À long terme, cela implique un risque accru d’être confronté à des maladies cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux, des cancers, de l’arthrite, des troubles de la mémoire, des douleurs, des problèmes hormonaux, des lésions, etc.

La clé pour calmer ces inflammations est d’éviter certains comportements. Les cigarettes et les aliments transformés (y compris la viande) comptent parmi les principaux éléments à proscrire.

Il est possible de calmer l’inflammation en choisissant des aliments qui aident à réduire la réponse immunitaire, mais aussi en mangeant à des moments adaptés. Lorsqu’il est en mouvement, le corps peut ralentir l’inflammation ; à l’inverse, lorsqu’il est au repos, le mécanisme inflammatoire est plus susceptible de se déclencher. C’est pourquoi il est particulièrement déconseillé de manger des aliments inflammatoires (transformés ou contenant des sucres ajoutés) le soir. Les fruits, les légumes, ainsi que les bonnes graisses contenues dans le poisson et les noix, comptent parmi les meilleures armes nutritionnelles pour lutter contre l’inflammation.

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Manger des os serait bon pour la santé

Par : National Geographic — 12 octobre 2026 à 19:09

Il y a quelques années, une amie m'a parlé d'un repas qu'elle avait partagé avec des locaux alors qu'elle travaillait en Afrique subsaharienne. Au départ, rien d'extraordinaire : le village qui l'accueillait avait tué un poulet pour en faire un ragoût. Puis, après avoir mangé la viande, ses compagnons s'étaient ensuite attaqués aux os, pas uniquement en les rongeant pour ne laisser aucune trace de cartilage ou de tendons, comme le font de nombreuses cultures à travers le monde, mais bien en croquant l'os en lui-même.

Son histoire a piqué ma curiosité. Grâce à la récente obsession de l'Amérique pour les régimes carnivore et paléo, bon nombre de mes concitoyens sont désormais familiers avec la pratique qui consiste à bouillir des os pour élaborer bouillons et gélatines riches en collagène, une protéine qui représente 25 à 33 % de la masse protéique d'un animal, en majorité contenue dans les os, la peau et les tissus conjonctifs. Nous sommes également nombreux à découper ces os pour accéder à leur moelle riche et savoureuse, mais ni moi ni les autres inconditionnels des abats de mon entourage n'avions encore jamais entendu parler d'une personne qui dévorait les os tout entiers.

J'ai toujours faim de nouvelles techniques, textures et saveurs culinaires. Je me suis donc donné comme mission d'en apprendre plus sur les os comestibles. Au cours de mes recherches, j'ai découvert que de nombreuses cultures cuisinaient et mangeaient les os, pour une multitude de raisons convaincantes. La pratique est simplement moins visible dans les pays occidentaux.

 

ENTRE PÉRILS ET PROMESSES

D'après Joe Regenstein, nutritionniste à l'université Cornell, les os ont bien plus à offrir que le collagène et la moelle. Ils sont avant tout composés de calcium et de phosphate, mais aussi riches en minéraux comme le fer, le magnésium et le potassium. Leur profil nutritionnel varie selon l'espèce, le type d'os, l'âge et la santé de l'animal ou encore la façon dont ils sont préparés.

Le nombre restreint d'études sur le sujet ne permet pas d'identifier l'os le plus susceptible de combler un besoin alimentaire donné. Les os constituent entre 10 et 20 % de la masse d'un animal et ce sont souvent les tissus les plus denses en nutriments. Pourtant, comme le fait remarquer Jogeir Toppe, chercheur au sein de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, le secteur agroalimentaire relègue souvent cette matière nutritive au rang des déchets.

Contrairement aux chiens, notre mâchoire et nos dents ne sont pas conçues pour broyer des os solides et accéder à cette abondance de minéraux. Si nous essayons de mâcher un os rigide, nous risquons de créer des échardes qui pourraient bien érafler ou percer notre appareil digestif. Aïe. C'est peut-être la raison qui a poussé nos ancêtres à se concentrer sur l'extraction de graisse et de protéines de la moelle de certains os, en réservant le reste du squelette d'un animal à la fabrication d'objets plutôt qu'à l'alimentation. Comme nous l'explique Jennifer McLagan, auteure et chef spécialiste des abats, l'os est facile à sculpter, c'est pourquoi il était traditionnellement utilisé pour fabriquer toutes sortes d'objets du quotidien, des boutons aux patins à glace de certains peuples autochtones.

Néanmoins, l'analyse des coprolithes, les excréments fossilisés de nos ancêtres, suggère que certains peuples préhistoriques consommaient de petits animaux entiers, avec leurs os. La pratique était encore présente il y a peu dans certains pays, notamment la France avec la consommation de l'ortolan, interdite depuis 1999. De nos jours, il nous arrive encore de rogner l'extrémité des petits os de poulet bien cuits ou de manger entiers les poissons frits, sans se soucier de leurs arêtes. Ces pratiques sont particulièrement répandues en Afrique et en Asie, mais il n'est pas rare de voir les Occidentaux s'y essayer.

« Je pense que c'est arrivé naturellement », explique Regenstein de sa propre inclination à grignoter les os de poulet. « Sur le poulet frit, ils sont très faciles à manger. » 

Cela dit, tout le monde ne se limite pas aux petits os. Divers témoignages suggèrent que dans les régions frappées par l'insécurité alimentaire, comme le Zimbabwe rural, certaines communautés consomment également des os longs, comme les fémurs. À l'instar de nombreuses traditions nées en temps de pénurie, la pratique semble persister comme habitude culturelle, même lorsque les communautés ont de nouveau accès à une nourriture abondante. Cependant, compte tenu des risques pour la santé dentaire et des dangers associés aux éclats d'os, l'habitude dépasse rarement les frontières de la zone où elle a vu le jour.

 

COMMENT MIEUX MANGER LES OS ? 

Comme nous l'explique Regenstein, ces pratiques de consommation des os nous montrent que, même s'il nous est impossible de manger tel quel ce tissu dur en toute sécurité, nous pouvons le rendre plus sûr à consommer en l'attendrissant ou en le réduisant en poudre, ce qui nécessite également quelques précautions.  

Selon des témoignages historiques, pour utiliser les os sans se soucier de leur taille, certains peuples les broyaient pour en faire une fine poudre. En Amérique, l'utilisation de poudre d'os comme complément alimentaire s'est poursuivie jusqu'à la fin du 20e siècle, jusqu'au décès de l'actrice Allison Hayes par empoisonnement au plomb lié à la consommation de pilules contenant de la poudre d'os. Au cours de leur vie, les grands animaux accumulent et concentrent dans leur organisme les métaux lourds issus de leur environnement, c'est pourquoi il est préférable de ne pas consommer trop de poudre d'os, un peu comme le thon avec le mercure.

En Occident, la prévalence des aliments riches et fortifiés en vitamine, associée à ce risque de contamination, a diminué l'intérêt pour le potentiel nutritionnel de la poudre d'os.

Si vous avez déjà utilisé des os pour confectionner un bouillon, vous savez que la chaleur et la pression suffisent à elles seules à ramollir ces tissus durs. Utilisez les mêmes os à plusieurs reprises et vous les verrez passer d'une matière solide comme la roche à une véritable bouillie. Dans certaines recettes modernes, les auteurs recommandent même de mixer cette bouillie d'os dans votre brouillon, puis d'en filtrer les morceaux pour créer une sauce ou une pâte riche en nutriments. C'est aussi pour cette raison que vous pouvez manger de petits poissons, comme les sardines qui subissent une chauffe extrême pendant le processus de mise en conserve, sans même remarquer que vous venez d'avaler leur squelette ramolli, indique Regenstein.

Grâce en partie aux scientifiques qui ont consenti à avaler des musaraignes entières pour la recherche, nous savons également que si un os est suffisamment petit et malléable, notre appareil digestif est capable de le digérer, ce qui nous permet d'extraire tant de calcium et de phosphore du poisson en conserve.

Plus l'os est grand et épais, plus il est difficile de le ramollir, ou de le croquer sans créer de dangereuses échardes. C'est là que le broyage de l'os en un repas dénué d'éclats entre en jeu.

L'exposition au plomb et à d'autres métaux lourds est un risque réellement associé à la consommation d'os, mais ce risque n'est pas nécessairement plus élevé que ceux associés à d'autres aliments communs. Pour Regenstein, les quelques pays qui ont restreint les possibilités de préparation des os pour la consommation humaine en s'appuyant sur les risques pour santé « sont allés un peu loin. »

Quoi qu'il en soit, il faut du temps et un certain coup de main pour ramollir ou réduire en poudre des os jusqu'à les rendre comestibles. Dans les pays développés où tout n'est que commodité, c'est peut-être dans cette dépense de temps et d'énergie plus que dans les enjeux sanitaires, suggère McLagan, qu'il faut chercher la véritable raison à la disparition de l'intérêt pour l'utilisation culinaire des os.

« Nous ne voyons plus l'utilité des os », insiste-t-elle. « Nous les voyons plutôt comme un désagrément, quelque chose dont il faut se débarrasser. »

 

VAINCRE LES TABOUS

Ces dernières années, un éventail d'universitaires et de start-ups ont commencé à explorer de nouvelles techniques pour transformer les os en ingrédient prêt à utiliser. J'ai notamment trouvé des sources attestant de l'utilisation des os dans les saucisses et le pâté, les nuggets ou les croquettes de poisson et même dans certains pains.

En Europe et en Asie, une poignée d'acteurs de l'agroalimentaire ont déjà commercialisé des produits contenant des os attendris, indique Toppe, sans que cela semble perturber les consommateurs. McLagan se montre sceptique face à ces start-ups qui vendent les os comme une pâte ou une poudre fortifiante invisible plutôt qu'un ingrédient nutritif à part entière. Cependant, comme le souligne Toppe, à grande échelle et pour le confort des consommateurs, une poudre stable est tout simplement plus facile d'utilisation.

Toujours est-il qu'en passant suffisamment de temps sur les forums dédiés à la cuisine, vous ne manquerez pas de croiser des âmes intrépides qui s'essaient à la cuisson des os entiers, que ce soit par éthique anti-gaspillage ou simple curiosité. Certains s'inspirent des traditions de leurs propres cultures, alors que d'autres – comme moi – improvisent avec un nouvel ingrédient juste pour l'amour du jeu.

À tous ceux qui souhaitent mettre un pied dans l'univers gastronomique du squelette, je recommande de commencer par les os de poissons frits. Ils sont faciles à préparer, gorgés de saveurs et se dégustent aussi bien à l'apéritif qu'au repas, seuls ou en accompagnement. Les grands amateurs de croquant pourront ensuite explorer d'autres options d'os comestibles plus chronophages.

À force de temps, de persistance et d'éducation, Toppe espère un jour assister au retour triomphal de la consommation des os à travers le monde.

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Calvitie : pourquoi perd-on ses cheveux ?

Par : National Geographic — 11 octobre 2026 à 09:41

On ne meurt pas de perdre ses cheveux. En revanche, cela peut être un tournant dans l’existence. Pour beaucoup de personnes, perdre ses cheveux, c’est se perdre.

« Les gens traversent une phase de deuil », explique Angela Christiano de l’Université Cornell. « On fait le deuil de son apparence […] et nombreux sont ceux qui font le deuil de leur identité. »

La chute des cheveux est un phénomène tout ce qu’il y a de plus courant. Selon l’Association américaine de la calvitie, deux tiers des hommes américains verront leurs cheveux se clairsemer ou chuter de manière claire avant l’âge de 35 ans. À 50 ans, cette statistique monte à 85 %. Et bien que l’on en parle moins, nombreuses sont les femmes qui, elles aussi, perdent leurs cheveux : 20 % environ des personnes victimes d’alopécie en France sont des femmes.

Malgré son universalité, la chute des cheveux n’est pas aussi bien comprise que l’on pourrait le penser ; en particulier en ce qui concerne les personnes qui ne sont pas des hommes, ces derniers ayant été les sujets de la majorité des recherches effectuées jusqu’à ce jour. 

 

TESTOSTÉRONE ET PERTE DE CHEVEUX

Il y a des millénaires déjà existaient des indices que la perte de cheveux avait quelque chose à voir avec le développement sexuel masculin ; philosophes et médecins grecs de l’Antiquité remarquaient en effet déjà dans leurs écrits médicaux que les eunuques ne devenaient pas chauves.

Les scientifiques comprennent désormais que la calvitie, de loin la cause la plus fréquente de perte des cheveux chez les hommes, se produit à cause des androgènes, les hormones sexuelles masculines. La recherche doit malheureusement cette connaissance à une période cruelle de l’histoire américaine. En 1942, l’anatomiste James Hamilton étudia des personnes souffrant de troubles mentaux qu’on avait décidé de castrer sous l’influence du mouvement eugéniste. Le scientifique s’aperçut que les hommes castrés avant la puberté n’étaient jamais atteints de calvitie masculine, sauf s’ils suivaient un traitement à base de testostérone.

Les études de James Hamilton donnèrent également naissance à un système de classification de la calvitie masculine encore en usage de nos jours pour évaluer les degrés de l’alopécie androgénétique.

 

COMMENT FONCTIONNE L’ALOPÉCIE ANDROGÉNÉTIQUE

Les scientifiques pensent que l’alopécie androgénétique pourrait avoir un lien avec une hormone : la dihydrotestostérone ou DHT (chaque jour, le corps convertit 10 % environ de sa testostérone en cette forme plus puissante). Selon Andrew Messenger, dermatologue retraité de l’Université de Sheffield, les follicules capillaires hypersensibles du cuir chevelu réagissent à la DHT en rétrécissant et en passant moins de temps dans la phase de croissance du cycle du cheveu. Cela a pour effet de faire se clairsemer les cheveux et de provoquer leur chute.

De manière curieuse, les follicules présents à l’arrière et sur les côtés du cuir chevelu ont tendance à ne pas réagir à la DHT de cette manière. C’est ce qui donne lieu au « motif » caractéristique que l’on connaît : un dégarnissement et une chute des cheveux au niveau du sommet du cuir chevelu.

En outre, les androgènes ont l’effet inverse pratiquement partout excepté sur le cuir chevelu : chez les humains et d’autres animaux, les androgènes disent aux cheveux de s’épaissir, de foncer et de s’allonger. C’est pour cette raison que les hommes ont tendance à développer une pilosité corporelle et une barbe plus visibles après la puberté.

 

CHUTE DES CHEVEUX CHEZ LES FEMMES ET LES ENFANTS

Entre un tiers et la moitié des femmes verront leur crâne se dégarnir plus ou moins au cours de leur vie. La cause la plus commune est là aussi l’alopécie androgénétique.

Chez les deux sexes, la calvitie présente des aspects semblables. D’ailleurs on désigne par le même nom les calvities féminine et masculine : alopécie androgénétique. Cependant, on ne sait pas encore vraiment si les androgènes jouent un rôle dans la calvitie féminine et, si c’est le cas, comment ils agissent. Selon la généticienne Stefanie Heilmann-Heimbach, scientifique de l’Université de Bonn qui étudie les processus génétiques à l’œuvre dans la calvitie, les chercheurs en savent globalement moins sur la calvitie féminine.

« C’est un exemple typique de domaine dans lequel quasiment toutes les études cliniques entreprises l’ont été sur des hommes », déplore Angela Christiano. Et pour être plus exact encore, la recherche s’est focalisée sur des hommes blancs, un biais lié à la phrénologie, une pseudoscience.

À l’instar de la calvitie masculine, la calvitie féminine entraîne la chute de poils terminaux sur le cuir chevelu. Mais au lieu de voir leurs tempes et le sommet de leur crâne se dégarnir, les femmes ont tendance à perdre leurs cheveux de manière diffuse sur l’ensemble du cuir chevelu. Cette raréfaction a tendance à d’abord paraître au niveau de la raie des cheveux, puis à s’étendre vers l’extérieur.

Si les hommes sont autant que les femmes sujets à la calvitie l’âge venant, celle-ci a tendance à apparaître plus tard chez ces dernières (vers l’âge de 40 ans ou plus tard, tandis que les hommes remarquent que leurs cheveux se clairsèment dès la trentaine, voire avant). Mais les adolescents et les enfants peuvent eux aussi perdre leurs cheveux. L’alopécie areata (ou pelade), une maladie auto-immune qui attaque les follicules pileux du cuir chevelu, en est une des principales causes. Elle affecte une personne sur cinquante environ.

Parce que les enfants, les adolescents et les jeunes femmes ont tendance à ne pas perdre leurs cheveux aussi souvent que les hommes, cela peut s’avérer particulièrement traumatique pour elles et eux, selon Angela Christiano, qui a s’est mise à étudier la génétique de la perte de cheveux après avoir elle-même souffert d’alopécie areata.

 

CALVITIES HÉRÉDITAIRES

Selon Stefanie Heilmann-Heimbach, le facteur génétique joue pour beaucoup dans la calvitie masculine. « D’après les estimations d’études gémellologiques, elle serait héréditaire à 80 % au moins. »

L’on a pu entendre que la calvitie masculine est transmise par la mère. Mais c’est une simplification excessive, prévient Andrew Messenger.

D’après Stefanie Heilmann-Heimbach, bien qu’un gène important dans le processus de dégarnissement du cuir chevelu (le gène récepteur des androgènes) se trouve sur le chromosome X, plus de 350 points du génome y prennent part. Et pour la plupart, ils ne se trouvent pas sur les chromosomes sexuels.

La génétique de la calvitie féminine est plus opaque, de même que la relation, s’il en existe une, entre calvities féminine et masculine.

 

PEUT-ON RALENTIR LA CALVITIE ?

Les personnes préoccupées par le fait de perdre leurs cheveux ne sont pas sans recours. « Il existe un traitement médicamenteux, et un traitement chirurgical », rassure Christine Shaver, chirurgienne du Centre de greffe capillaire Bernstein, à New York.

De nos jours, deux méthodes existent en ce qui concerne la greffe de cheveux : la transplantation d’unités folliculaires (FUT) et l’extraction d’unités folliculaires (FUE). Les deux méthodes consistent à déplacer des follicules pileux depuis un site donneur, en général l’arrière de la tête, vers d’autres endroits du cuir chevelu ; des procédés qui fonctionnent rarement pour autre chose que pour la calvitie masculine.

Selon Christine Shaver, les médicaments peuvent être aussi s’avérer utiles pour les patients qui envisagent une greffe, car le fait d’avoir plus de cheveux facilite l’opération. Toutefois, si la plupart des médicaments contre la perte de cheveux empêchent la calvitie de progresser, ils ne font pas repousser les cheveux.

Il existe actuellement deux médicaments approuvés par l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) pour combattre la calvitie masculine : le minoxidil, également connu sous le nom de Rogaine, et le finastéride, qui entrave la conversion de testostérone en DHT.

Le finastéride peut avoir des effets secondaires psychologique et sexuels graves et potentiellement durables. Le Royaume-Uni a d’ailleurs émis cette année un avertissement conseillant aux médecins de bien informer et surveiller les patients prenant ce médicament. Selon Christine Shaver, le finastéride peut fonctionner chez les femmes mais n’est pas approuvé par la FDA pour cet usage. Sa consommation comporte également des risques importants pour elles, elle présente notamment un risque élevé de déboucher sur un cancer du sein. « De nombreuses femmes ménopausées prennent du finastéride et y trouvent des bénéfices, tout en reconnaissant les risques », précise-t-elle.

Selon elle, la première étape lorsque l’on est demandeur d’un traitement devrait toujours être de chercher à obtenir un diagnostic formel de la part d’un dermatologue. Bien que la calvitie masculine soit la cause la plus fréquente de dégarnissement du cuir chevelu, plusieurs raisons expliquent la chute des cheveux ; la plupart des causes ne peuvent être contrées efficacement avec la FUT ou la FUE. Christine Shaver préconise également aux personnes qui souhaiteraient subir une intervention chirurgicale de bien faire attention à choisir un praticien expérimenté et responsable.

« Je vois beaucoup de personnes arriver dans mon cabinet et penser que leur calvitie est génétique et qu’elles vont faire une greffe capillaire », prévient-elle. Mais après le diagnostic, « je dois malheureusement leur annoncer que la greffe capillaire n’est pas la meilleure approche ».

Malgré tout, toutes les personnes atteintes de calvitie ne décident pas d’y remédier. D’ailleurs, les assurances couvrent rarement ce risque. « Les sceptiques diront : ‘Mais comment pouvez-vous parler de maladie [en ce qui concerne la calvitie] ? En quoi ne s’agit-il pas simplement du schéma typique de miniaturisation capillaire qui apparaît avec l’âge ?’ », commente Angela Christiano. Quoiqu’il en soit, de nombreuses personnes font la paix avec leur calvitie, voire apprennent à aimer leur nouvelle apparence.

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Supprimer certains aliments peut favoriser l’apparition de nouvelles allergies

Par : National Geographic — 10 octobre 2026 à 16:48

Les régimes d’exclusion sont partout. Des parents qui tentent de calmer les crises d’eczéma de leurs enfants aux influenceurs qui arrêtent de consommer du gluten et des produits laitiers à la poursuite du « clean eating ».

Mais les chercheurs montrent qu’exclure des aliments de votre régime alimentaire peut subtilement changer votre réponse immunitaire lorsque que vous les consommez à nouveau. Chez certaines personnes, en particulier chez celles souffrant d’eczéma ou ayant eu des allergies alimentaires par le passé, cette perte de tolérance peut engendrer des réactions dangereuses, même des anaphylaxies, manifestations allergiques sévères pouvant être très graves, au moment de la réintroduction de l’aliment banni.

Ce risque est souvent négligé avec la popularité grandissante des régimes d’exclusion. Aux États-Unis par exemple, le Centre national de statistiques de santé des CDC (Centers for Disease Control and Prevention, Centre de contrôle et de prévention des maladies) déclarent que les Américains suivent plus de ces régimes que jamais. Certains le font parce qu’ils sont cœliaques ou souffrent du syndrome du côlon irritable, d’autres pour réduire les ballonnements, la fatigue ou les douleurs articulaires. Les tendance sur les réseaux sociaux comme le #cleaneating, n’ont fait qu’intensifier l’attrait de tels régimes. En 2024, plus de la moitié des Américains ont confié suivre un régime particulier, contre 38 % en 2019.

Cependant, pour le système immunitaire, une exposition régulière aux protéines alimentaires permet de maintenir un état de tolérance. Cet état peut être perturbé lorsque ces aliments disparaissent du menu pendant trop longtemps. Comprendre comment et pourquoi ce changement se produit est essentiel afin de savoir quand les régimes d’exclusion peuvent aider, et quand ils sont dangereux.

 

LA TOLÉRANCE ORALE ET LES ALLERGIES ALIMENTAIRES

« Le rôle de l’intestin n’est pas enviable », déclare Brian Vickery, responsable du département d’allergies et d’immunologie et directeur du programme sur les allergies alimentaires au sein de l’hôpital pour enfants Emory d’Atlanta. « Il doit identifier et répondre à un déluge constant de stimuli environnementaux qui peuvent être à la fois dangereux et sains. »

Le tube digestif, qui contient plus de lymphocytes immunitaires qu’aucune autre partie du corps, est confronté à des centaines de milliards de microbes et à plus de 30 kilogrammes de protéines alimentaires chaque année. Et pourtant, il parvient à se défendre contre des envahisseurs néfastes tout en ignorant les aliments qui ne présentent aucun danger et les bactéries bénéfiques.

Ce numéro d’équilibriste repose sur la tolérance orale, un procédé durant lequel les réponses immunitaires aux protéines alimentaires ingérées sont activement supprimées, ce qui enclenche les réactions néfastes, telles que les allergies alimentaires. Bien que l’on ne comprenne pas totalement les mécanismes immunitaires sous-jacents, cette dernière étude indique qu’ils commencent avec des cellules présentatrices d’antigène, qui capturent les antigènes alimentaires dans l’intestin et inhibent la réaction des lymphocytes T proches. Ce signal engendre des lymphocytes T régulateurs d’antigènes spécifiques, qui apaisent la réponse du système immunitaire aux protéines alimentaires.

« L’intestin est important à l’établissement initial de la tolérance », explique Michael Pistiner, directeur du département des allergies alimentaires, de leur prévention, explication et traitement au sein de l’hôpital pour enfants MassGeneral. « Si vous n’êtes pas déjà allergique, une introduction précoce aux aliments peut aider à soutenir la tolérance chez les nourrissons et prévenir chez eux le développement d’allergies alimentaires. »

Cette protection ne disparaît pas au sortir de l’enfance. Une exposition continue et régulière aux aliments participe au maintien de la tolérance orale tout au long de la vie. Des recherches récentes ont été menées chez des patients souffrant d’allergies alimentaires suivant un traitement d’immunothérapie orale. Il s’agit d’un traitement au cours duquel des doses toujours plus grandes d'aliments allergènes sont consommées par voie orale. Ces études soulignent que l’ingestion continue est souvent nécessaire au maintien d’un état désensibilisé. Inversement, il existe des preuves que les régimes d’exclusion chez certains peuvent déstabiliser la tolérance orale et encourager le système immunitaire à développer des allergies.

 

QUAND LES RÉGIMES D’EXCLUSION PROVOQUENT DES ALLERGIES

Pour les parents d’enfants souffrant d’eczéma, il est commun de suspecter que certains aliments empirent les crises. Beaucoup se tournent vers les régimes d’exclusion avec l’espoir de découvrir l’aliment responsable. Mais des études ont révélé un risque caché. Anne Marie Singh, professeure et cheffe de la division des allergies, d’immunologie et de rhumatologie de l’université Wisconsin-Madison, et ses collègues, ont évalué environ 300 enfants souffrant d’eczéma et suivant un régime d’exclusion.

« Nous avons découvert que, si l’on supprimait l’aliment de leur régime, sa réintroduction provoquait une augmentation significative des risques de réactions allergiques, y compris des réactions immédiates et potentiellement sévères », explique la scientifique. Les résultats étaient sans conteste : près d’un enfant sur cinq (soit 19 %) développait de nouvelles réactions allergiques immédiates lorsque les aliments exclus étaient réintroduits, même s’il n’avait aucun historique de telles réponses immunitaires. La plupart étaient bénignes, mais un pourcentage alarmant de 30 % des réactions étaient sévères et classifiées d’anaphylaxies.

Le danger n’est pas restreint aux enfants. Au cours d’une étude séparée menée sur trente adultes qui avaient développé des allergies alimentaires à des aliments qu’ils toléraient par le passé, 70 % suivaient des régimes d’exclusion au préalable. La moitié expérimentait des anaphylaxies, et la grande majorité d’entre eux (80 %) souffrait d’allergies préexistantes : allergies environnementales, asthme ou eczéma. Pour les patients sans historique allergique, le risque était beaucoup plus faible.

 

CE QU’IL FAUT SAVOIR AVANT DE SUIVRE UN RÉGIME D’EXCLUSION

Si vous pensez commencer un régime d’exclusion, les experts expliquent que l’approche la moins risquée dépend de votre niveau de risque. Si vous êtes une personne rentrant dans une catégorie à risque (enfant ou allergies préexistantes), consultez un professionnel de santé avant de commencer ce régime.

« Plus vous êtes allergique, plus un régime d’exclusion pourrait poser un problème », explique Anne Marie Singh. Michael Pistiner ajoute que « chez les nourrissons souffrant d’eczéma, les régimes d’exclusion peuvent être néfastes, surtout lors de cette période importante de leur vie, au moment de la diversification ». Les experts recommandent également que les enfants suivant des régimes d’exclusion soient suivis de près par des médecins afin d’assurer une adéquation nutritionnelle et une croissance normale.

La durée est également importante. Une phase d’exclusion plus courte laisse moins de temps à la tolérance orale de disparaître. Anne Marie Singh fait remarquer que « deux à quatre semaines d’exclusion pourraient être suffisantes pour observer une réelle différence, tout en étant assez court pour ne pas risquer de réaction allergique à la réintroduction de l’aliment ».

Dans certains cas, exclure totalement un aliment n’est pas nécessaire. Si les symptômes sont modérés, conserver une petite proportion tolérable de l’aliment dans son alimentation peut aider à maintenir la tolérance tout en apaisant l’inconfort, ajoute Anne Marie Singh.

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Les troubles du comportement alimentaire sont en hausse chez les femmes ménopausées

Par : National Geographic — 10 octobre 2026 à 09:31

Les troubles du comportement alimentaire (ou TCA) sont en hausse chez les femmes de plus de quarante ans, mais personne n’en parle.

Les médecins et les spécialistes confient avoir remarqué une certaine augmentation de femmes âgées de quarante à soixante-dix ans qui cherchent de l’aide à cause de troubles de l’alimentation. Et comme ces femmes ne correspondent pas au stéréotype d’une personne souffrant de TCA, elles sont souvent victimes de mauvais diagnostics ou d’une prise en charge tardive.

« Rien n’est plus invalidant que votre médecin qui vous dit que vous être trop vieille pour avoir des TCA », déplore Cynthia Bulik, directrice et fondatrice du Centre des troubles du comportement alimentaire de l’université de Caroline du Nord. « Et pourtant, c’est le vécu d’innombrables femmes en périménopause. »

Ces observations ne sont pas simples à quantifier. Certaines études estiment qu’entre 2 et 7 % des femmes de plus de quarante ans correspondent aux critères de diagnostic formel d’un trouble du comportement alimentaire. D’autres recherches suggèrent que 13 % des femmes de plus de cinquante ans bataillent contre certaines formes de troubles liés à l’alimentation. Et encore d’autres recherches montrent que ces nombres pourraient n’être que la face visible de l’iceberg car « près de 30 % des femmes d’âge moyen pourraient présenter des symptômes de TCA », explique Elizabeth Wassenaar, spécialiste certifiée des troubles de l’alimentation et directrice médicale régionale du Centre de traitement des TCA du Colorado. « Et nous avons sans conteste observé une augmentation. »

L’hyperphagie incontrôlée est l’un des troubles les plus prévalents chez les femmes âgées de quarante à soixante ans, suivie par une boulimie nerveuse. « Et nous observons également de plus en plus de comportement de “purge” moins discutés, comme un mauvais usage des laxatifs dans cette tranche d’âge », ajoute Jason Nagata, médecin spécialiste des TCA au sein de l’hôpital pour enfants Benioff de l’université californienne de San Francisco.

Les femmes d'une quarantaine d'années peuvent également souffrir d’anorexie nerveuse, bien que ce soit beaucoup plus rare, ainsi que d’une affliction moins connue, l’orthorexie. Il s’agit de comportements obsessifs qui tournent autour de l’exercice physique et de manger des aliments « sains ». Ce mal est parfois spécifiquement associé à la périménopause, explique Elizabeth Wassenaar, et peut « dans les faits, mener à une malnutrition ».

Effectivement, les symptômes de la périménopause et de la ménopause sont souvent au cœur de tous les diagnostics des TCA de milieu de vie car toutes deux introduisent une cascade de changements physiologiques et psychologiques qui s'entrelacent de manière complexe.

 

LES HORMONES PRODUISENT UN CHANGEMENT DANS LA COMPOSITION CORPORELLE

La ménopause peut conduire à des TCA de la même façon que la puberté affecte les adolescentes. « La puberté et la ménopause sont, respectivement, le début et la fin du livre métabolique de la vie », explique Cynthia Bulik.

Au cours de la puberté, comme au cours de la ménopause, les femmes vivent de longues fluctuations de leurs taux d’œstrogène. Cette hormone joue un rôle crucial dans la production de sérotonine, un neurotransmetteur qui affecte l’humeur. Ces changements peuvent jouer sur le bonheur d’une personne et les sentiments d’amour-propre. Et ils affectent directement la composition corporelle.

Durant la périménopause et la ménopause, les femmes remarquent souvent une augmentation de la masse graisseuse de tout leur corps, surtout au niveau de l’abdomen », explique Jason Nagata. « C’est en grande partie dû à la base des niveaux d’œstrogènes, qui affectent le stockage des graisses du corps et qui régule l’appétit et l’humeur. »

La baisse des taux d’œstrogènes est également liée à une diminution du métabolisme de base, la quantité d’énergie consommée par notre corps au repos : le corps brûle moins de calories par jour. Ces changements hormonaux peuvent également mener à la sarcopénie, un mal qui conduit à une perte musculaire et un stockage accru des graisses.

Ces deux changements peuvent également baisser les niveaux d’énergie. On devient moins active et donc encore moins satisfaire de son corps en pleine évolution.

 

REGAGNER UNE IMPRESSION DE CONTRÔLE

Au-delà des fluctuations hormonales, la ménopause survient souvent durant des perturbations importantes au cours de la vie : des enfants qui quittent le foyer, des problèmes de couple ou un divorce, un changement de carrière ou des parents qui demandent des soins. Autant de perturbations qui exercent une influence profonde sur les choix diététiques.

De plus, « les femmes en milieu de vie portent le plus gros des fardeaux familiaux », intervient Robyn Kievit, infirmière praticienne et spécialiste certifiée en TCA du Massachussetts. Toutes ces pressions peuvent pousser au développement de TCA pour « retrouver un contrôle que l’on a perdu », explique Elizabeth Wassenaar.

Ce désir de chercher à regagner une forme de pouvoir et de prédictibilité « est un moteur psychologique connu des TCA dans toutes les tranches d’âge mais particulièrement observé en milieu de vie », ajoute Jason Nagata.

Ainsi que l’a dit une patiente à des chercheurs dans le cadre d’une étude menée en 2009 : « Contrôler ce que je mangeais était une façon de contrôler au moins une partie de ma vie […]. J’avais l’impression que si je pouvais contrôler ce qui entrait et ce qui sortait, l’exercice que je faisais, alors je pourrais contrôler d’autres aspects de ma vie. »

 

LES PRESSIONS DU « SKINNYTOK » ET DE LA SOCIÉTÉ

De tels facteurs coïncident avec une double contrainte à laquelle les femmes sont souvent confrontées : la pression culturelle de rester fine et jeune dans un corps vieillissant qui, par nature, s’éloigne des proportions idéalisées par les médias. Les pressions sont fortes : les recherches montrent que 73 % des femmes d’âge moyen confient ne pas être satisfaites de leur poids. Cela montre clairement que ces troubles ne sont pas simplement personnels, ils sont systémiques.

Cette dynamique n’a fait que s’intensifier avec l’apparition de médicaments faisant prétendument perdre du poids, comme l’Ozempic, ou des régimes néfastes que les tendances sur les réseaux sociaux promeuvent, comme le #SkinnyTok. « Demander à une femme de quarante-cinq à cinquante-cinq ans de porter la même taille de vêtements qu’à quinze, vingt, ou même trente ans, est une aberration », déclare Robyn Kievit.

Après tout, les femmes en périménopause ou en ménopause vivront avec certitude des « changements de forme, de répartition du poids, de texture de cheveux, de densité osseuse et plus encore », explique Cynthia Bulik. Cette combinaison de changements peut souvent pousser les femmes « à se sentir de plus en plus déconnectées du corps qu’elles avaient l’habitude de connaître ; et cela ne fait qu’intensifier les TCA comme moyen de défense », ajoute Jason Nagata.

UN HISTORIQUE DE TCA, D’ANXIÉTÉ ET DE DÉPRESSION

Les femmes qui ont déjà souffert de TCA au cours de leur adolescence ou de leur vingtaine sont les plus susceptibles de rechuter lors de la ménopause, au moment où ces sentiments d’insatisfaction corporelle ou de bouleversements émotionnels refont surface. En effet, « les recherches montrent que de nombreuses femmes souffrant de TCA au milieu de leur vie n’en souffrent pas pour la première fois », explique Jason Nagata.

Jennifer Wildes, directrice du programme de TCA à l’université de médecine de Chicago, explique que c’est un schéma qu’elle a déjà observé chez ses patientes : « Certaines n’avaient jamais été traitées ou bien leurs symptômes s’étaient estompés, tout cela pour revenir avec la ménopause. »

Parfois, d’autres conditions préexistantes de santé mentale peuvent également jouer un rôle, comme l’anxiété ou la dépression. Ces défis sont des moteurs de TCA avérés et empirent leurs symptômes.

« Les TCA sont des maladies biologiques complexes qui impliquent notre santé mentale et qui peuvent survenir en même temps que des abus de substances et d’autres diagnostics de maladies mentales », explique Doreen Marshall, psychologue et directrice générale de l’Association nationale des TCA aux États-Unis.

 

COMMENT RECONNAÎTRE ET SE REMETTRE DE SES TCA

Peu importe ce qui les provoque, le traitement des TCA chez les femmes en périménopause et en ménopause est un défi. Et le plus grand est d’admettre qu’on en souffre. Cela peut s’avérer être une tâche ardue, surtout que les TCA peuvent être masqués par des régimes, des tendances de bien-être ou tout simplement des signes de vieillissement.

Bien qu’il existe des moyens sains de perdre du poids, en suivant des recommandations médicales, il existe plusieurs signaux d’alarme. Une intense préoccupation de ce que l’on mange et de son poids. Des détox ou des « purges » fréquentes. Des restrictions caloriques extrêmes. Le fait d’éviter des situations sociales impliquant des repas, ou d’avoir recours à des mesures compensatoires après avoir mangé, comme l’exercice, l’usage de laxatif, se faire vomir ou manquer les repas qui suivent.

Savoir reconnaître ces signes est essentiel car « les TCA traités dans les six premiers mois ont le plus de chances de mener à un rétablissement complet », affirme Robyn Kievit.

Cependant, beaucoup de personnes pensent que les TCA ne sont qu’une « phase » dont on sortira avec le temps. « C’est un mythe que de penser que les troubles alimentaires se résolvent d’eux-mêmes », déclare Cynthia Bulik. « Les TCA ne sont ni des choix ni des phases. Ce sont des maladies sérieuses qui requièrent de l’attention. »

La bonne nouvelle, c’est qu’une fois les TCA identifiés et diagnostiqués, les traitements fondés sur des bases factuelles peuvent être très efficaces, et il existe un large éventail de psychothérapies. « Il y a toutes les raisons de croire que si les femmes ménopausées ont accès à un traitement, leur condition s’améliorera », affirme Jennifer Wildes.

Les femmes d'une quarantaine ou d'une cinquantaine d'années qui souffrent de TCA peuvent se tourner vers des psychologues certifiés, des diététiciens, des membres du corps médical et des organisations comme la Fédération nationale des associations liées aux troubles des conduites alimentaires, la Fédération française anorexie boulimie, le Réseau TCA Francilien ou la Fondation Sandrine Catellotti.

Peu importe vers qui vous vous tournez pour trouver de l’aide, Elizabeth Wassenaar insiste sur le besoin d’en chercher le plus tôt possible. « Il n’est jamais trop tard pour se faire traiter pour des TCA, ni pour développer une relation saine avec votre corps », affirme-t-elle. « Qu’il s’agisse de la première fois que vous souffrez de TCA ou que vous viviez avec depuis des années, il est temps pour vous de trouver de l’aide. »

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Virée macabre dans les "jardins de l’enfer" bouddhistes

Par : National Geographic — 9 octobre 2026 à 11:21

Tous les temples bouddhistes ne garantissent pas une expérience zen au milieu d’impeccables jardins et d’œuvres propices à la méditation. Dans certains pays, comme la Thaïlande et Singapour, les voyageurs de passage peuvent visiter de véritables « parcs des enfers » bouddhistes. Ces jardins infernaux, qui servaient autrefois à mettre en garde les fidèles quant aux châtiments qui les attendaient au terme d’une vie de péché, ressemblent aujourd’hui davantage à des parcs à thème tout droit sortis d’un film d’horreur de série B.

Les visiteurs passent devant des dioramas en plâtre et des statues macabres à l’effigie de démons torturant des humains réincarnés dans le plus bas des royaumes bouddhistes de l’existence. Certaines représentations montrent des pécheurs hurlant tandis qu’on les fait bouillir vivants dans un wok géant rempli d’huile d’arachide.

De nos jours, on se rend en famille dans ces parcs populaires, au rang desquels figure le Hell’s Museum de Singapour, pour y passer un bon moment kitsch (on peut par exemple y prendre des selfies, les yeux exorbités, tout en faisant semblant d’être coupé en deux). Mais ces représentations effroyables de l’au-delà ont historiquement eu une importance spirituelle, et elles permettent de mieux cerner les perceptions de la mort et de l’au-delà dans les cultures asiatiques.

 

L’ENFER BOUDDHISTE

Le bouddhisme, de même que le christianisme et d’autres religions, n’hésite pas à recourir à l’art afin de relayer des informations aux fidèles, et plus particulièrement à ceux qui ne savent pas lire. Selon John Skutlin, dont le travail anthropologique au Japon aborde la question des représentations des démons et de l’enfer dans différentes cultures, « les conceptions de l’au-delà sont depuis longtemps exploitées par les artistes pour leur riche potentiel imaginatif. Le bouddhisme, avec ses racines ancrées dans l’hindouisme, ne déroge pas à la règle. »

Les textes et les œuvres bouddhistes dépeignent traditionnellement la nature cyclique de l’Univers sous les traits d’une roue composée de six mondes. « Si les mondes les plus élevés sont sans aucun doute splendides, ce sont les représentations épouvantables du plus bas royaume de l’enfer, qu’on appelle Naraka, qui ont suscité les œuvres les plus choquantes et les plus fascinantes », explique John Skutlin.

Les premiers textes bouddhistes décrivent le Naraka comme un enfer sombre sur lequel règne Yama, dieu de la mort et de la justice dans le Veda hindou. Autour du 1er siècle avant notre ère, la notion d’enfers multiples au sein du Naraka s’est implantée à la faveur de descriptions toujours plus créatives et effroyables des agonies que réservait chacun d’entre eux. Le Devadatta Sutta, par exemple, décrit un niveau appelé « enfer des excréments », où des bourreaux à la bouche faite d’aiguilles percent des trous dans la moelle des suppliciés.

Les représentations artistiques de l’enfer bouddhiste sont devenues de plus en plus saisissantes au fil des siècles. Au Tibet, Yama est devenu une figure monstrueuse au visage rouge, avec des crocs et une couronne faite de crânes, tandis qu’un rouleau japonais du 13e siècle montre des démons manier marteaux et pinces dans une mer de feu. « Ces portraits crus faisaient à la fois office de spectacle et d’incitation à vivre une vie morale au risque de subir des conséquences abominables », explique John Skutlin.

 

L’ÉMERGENCE DES JARDINS DE L’ENFER

Dans la droite ligne de cette tradition, de petits temples du Japon, de Thaïlande, du Laos, du Myanmar et du Vietnam proposent des dioramas édifiants de scènes de l’enfer bouddhiste, souvent accompagnés d’éléments du folklore local concernant les esprits malveillants et les enfers. Mais ces jardins infernaux n’auraient jamais connu un tel essor sans les entrepreneurs birmano-chinois Aw Boon Haw et Aw Boon Par, les deux frères qui ont inventé le baume du tigre. 

En 1937, ces hommes d’affaires ont ouvert à Singapour la Villa Haw Par, un des quelques lieux récréatifs destinés à la communauté asiatique durant la période coloniale. Son objectif était de familiariser le public avec l’histoire, la religion et le folklore asiatique de manière divertissante. La section la plus populaire, « Les dix cours de l’enfer », était particulièrement explicite. « Il y avait des dioramas de pécheurs en train d’être décapités, jetés dans une mare de sang, etc., raconte Cherylyn Tok, directrice de recherche à la Villa Haw Par. C’était à la fois répugnant et malgré tout étrangement attrayant. »

Il y a deux ans, la Villa Haw Par a transformé ses « Dix cours » en un Musée de l’enfer (le Hell’s Museum) de 3 800 mètres carrés ; il s’agit du plus grand parc de l’enfer au monde. En plus du gore traditionnel, « des œuvres soigneusement sélectionnées fournissent un aperçu de la façon dont les religions et les communautés du monde entier donnent du sens à la mort et à l’au-delà », indique Cherylyn Tok. Le nouveau Hell’s Museum attire chaque mois 6 500 visiteurs environ et est devenu l’une des attractions les plus populaires de Singapour.

Cela a incité plusieurs temples thaïlandais à construire d’extravagants parcs sur le thème de la Naraka avec une emphase sur le côté sinistre et théâtral pour attirer les foules. En 1986, le Wang Saen Suk, dans la province de Chonburi, a attiré l’attention des médias du monde entier avec ses fantômes imposants et affamés à la langue touchant le sol et avec ses personnages nus en train d’être hachés menu. En 2010, le Wat Mae Kaet Noi, à Chiang Mai, s’est donné pour mission de devenir le parc le plus infernal de tous en proposant notamment une scène d’orgie impliquant un homme bien pourvu, cinq femmes et une banane.

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Les punaises d'eau géantes se nourrissent de tortues, de canetons et même de serpents

Par : National Geographic — 8 octobre 2026 à 12:20

Les punaises d'eau géantes sont des prédateurs voraces qui s'attaquent à tout, des canetons aux serpents venimeux en passant par les tortues, selon une étude qui rassemble des décennies de recherche sur ces insectes aquatiques.

Ce sont des « prédateurs qui se couchent et attendent [leurs proies] », explique Charles Swart, maître de conférences au Trinity College, dans le Connecticut, qui a étudié les punaises d'eau géantes.

« Ils s'accrochent à une plante dans l'eau, et attrapent et essaient de manger tout ce qui bouge devant eux. »

La recherche, publiée en mars 2019 dans la revue Entomological Science, examine de plus près l'écologie des punaises d'eau géantes, que l'on trouve presque partout dans le monde et qui comptent environ 150 espèces connues. Les plus grandes, Lethocerus grandis et Lethocerus maximus, vivent en Amérique du Sud et peuvent atteindre une longueur supérieure à 10 cm.

L'auteur de l'étude, Shin-ya Ohba, professeur associé d'entomologie à l'université japonaise de Nagasaki, est fasciné par ces insectes depuis qu'il en a vu un pour la première fois dans une animalerie à l'âge de sept ans.

« Les entomologistes japonais aiment les punaises d'eau géantes parce qu'elles ont une morphologie intéressante », explique-t-il.

 

UN PRÉDATEUR OPPORTUNISTE

Pour les besoins de son étude, Shin-ya Ohba a consulté la littérature existante sur les punaises d'eau, dont il a étudié un grand nombre d'individus au Japon, où les quatre espèces indigènes - y compris Kirkaldyia deyrolli, qui a fait l'objet de nombreuses études - sont des prédateurs de premier plan dans les rizières et les zones humides.

Un thème récurrent s'est dégagé : ces insectes semblent intrépides dans leur prédation. Par exemple, en 2011, Ohba a rapporté la première observation d'une punaise d'eau géante s'attaquant à une tortue.

Malgré leur taille, ces insectes brunâtres se fondent parmi les plantes sur lesquelles ils se perchent, se balançant la tête en bas pour pouvoir respirer grâce à un « tuba » qui dépasse de leur derrière.

Lorsqu'une proie arrive à leur portée, ces prédateurs serrent rapidement leurs pattes avant et saisissent la créature avec leurs autres pattes. Les punaises transpercent ensuite leur proie avec une trompe en forme de poignard, injectant des enzymes et peut-être des produits chimiques anesthésiants.

Charles Swart, qui n'a pas participé à l'étude en question, note qu'on ne sait pas exactement ce qui compose les toxines des punaises d'eau géantes, ni si elles sont vraiment venimeuses.

« Elles décomposent les tissus et les aspirent à nouveau », explique-t-il, ajoutant que pour les proies les plus grosses, cette opération peut durer quelques heures, pendant lesquelles leur victime peut rester en vie, du moins en partie.

Swart ajoute que ces nouvelles recherches constituent un « examen très complet de tout ce que l'on sait sur ces animaux ».

 

DES MÈRES INFANTICIDES

Les punaises d'eau géantes détonnent parmi les insectes en ce sens que les mâles assument la majeure partie de la responsabilité des soins apportés aux œufs.

Chez certaines espèces, les mâles gardent les coquilles d'œufs - jusqu'à cinq à la fois - en les protégeant des prédateurs tels que les fourmis. Chez d'autres, les femelles collent leurs œufs directement sur le dos des mâles, qui les transportent jusqu'à ce qu'ils éclosent en nymphes.

L'étude d'Ohba note également que chez certaines espèces, comme K. deyrolli, les femelles sont tellement désireuses de trouver un partenaire qu'elles mangent les œufs d'autres femelles.

« En détruisant les œufs de sa concurrente, une femelle peut s'assurer que le mâle prendra soin de ses œufs à elle » explique Ohba. 

De plus, les larves de punaises d'eau, dont le stade de vie dure jusqu'à soixante jours, doivent être aussi résistantes que les adultes. Chez la plupart des espèces, elles éclosent à une saison où les petites proies sont moins abondantes, ce qui les oblige à s'attaquer à des proies de prime abord impossibles à attraper, comme les têtards ou les petits poissons.

Les larves sont armées de pattes avant très recourbées, ce qui leur permet d'agripper plus facilement leurs proies.

En ce qui concerne la chaîne alimentaire, Swart ajoute que les punaises d'eau géantes sont souvent la proie de poissons plus gros, de canards, voire de ratons laveurs ou de tortues. Certaines personnes les mangent également frites ou bouillies en Asie du Sud-Est.

 

DES PRÉDATEURS NÉCESSAIRES

Aussi effrayantes que puissent paraître les punaises d'eau géantes, leur statut de prédateurs de premier ordre les rend essentielles au maintien d'un écosystème sain.

La pollution de l'eau peut nuire à leurs populations, et les espèces exotiques telles que les écrevisses et les grenouilles-taureaux peuvent s'attaquer aux punaises d'eau. 

Il apparaît nécessaire de garantir une eau douce propre et exempte d'invasions pour ces espèces cruciales, explique M. Ohba.

« Nous pouvons préserver des écosystèmes entiers grâce à la conservation des punaises d'eau géantes. »

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Animaux : comment différencier un mâle d'une femelle ?

Par : National Geographic — 7 octobre 2026 à 14:57

« Comment un œil non expert peut-il distinguer une hyène femelle d'un mâle ? » est une question que nous recevons régulièrement.

Les femelles hyènes tachetées « ont un clitoris allongé qui ressemble beaucoup au pénis d'un mâle », explique Sarah Benson-Amram, zoologiste à l'université du Wyoming.

Ces pseudo-pénis ou pseudophallus, comme on les appelle, sont associés à des « testicules », qui sont en fait des lèvres fusionnées remplies de tissu adipeux.

Alors, comment un non-averti peut-il distinguer les hyènes tachetées femelles des mâles ? Voici un conseil.

Les hyènes des deux sexes ont des érections lorsqu'elles se saluent dans une parade amoureuse, explique Benson-Amram. « Si l'extrémité du phallus en érection est pointue, il s'agit d'un mâle ; si elle est émoussée et droite, il s'agit d'une femelle. »

Heribert Hofer, de l'Institut Leibniz pour la recherche sur les zoos et les animaux sauvages, note qu'il existe une autre manière de les distinguer. « Les femelles peuvent également être reconnues sans ambiguïté lorsqu'elles donnent naissance à des petits, car elles présentent des mamelles proéminentes. »

La taille du corps peut parfois aider, ajoute Benson-Amran. Les femelles sont plus grandes et l'estomac des mâles se courbe vers le haut à la jonction des pattes arrière.

Et puis, ces pseudo-pénis ne sont pas là pour faire joli : les femelles donnent naissance par cet appendice, qui « doit se déchirer lorsque le premier petit passe », explique Benson-Amran. Une cicatrice rose due à une déchirure indique également qu'il s'agit d'une femelle.

 

TENDRE L'OREILLE

Le sexe peut être difficile à déterminer chez de nombreux animaux, et la taille n'est généralement pas « un indicateur très fiable », explique Hofer. Par exemple, chez de nombreuses espèces monogames, comme les canidés ou les équidés, les mâles et les femelles sont de la même taille.

Les couleurs vives ou les ornements se retrouvent souvent chez les espèces où les mâles sont en compétition pour obtenir les faveurs d'une femelle, notamment les élans ou les paons.

Étant donné que les espèces vivant en couple ne se font pas autant concurrence, « il est moins nécessaire, du point de vue de l'évolution, de montrer des traits sexuels spécifiques », explique Amiyaal Ilany, chercheur postdoctorant à l'université de Pennsylvanie.

Ilany étudie le daman du Cap, un mammifère africain ressemblant à un rongeur, qui n'est pas monogame mais dont les sexes se ressemblent. La seule différence physique est que les mâles sont légèrement plus grands, explique Ilany.

Mais l'apparence ne fait pas tout. Pour savoir qui est qui chez les damans du Cap, il faut tendre l'oreille : les mâles chantent pour attirer les femelles, tandis que les femelles ne chantent pas du tout.

Les femelles peuvent choisir les mâles en écoutant leurs chants, une façon pour les mâles de se montrer sans avoir besoin de couleurs voyantes.

 

SE FIER À L'ODORAT

La plupart des serpents sont difficiles à distinguer sexuellement, explique par courriel Robert Espinoza, biologiste à l'université d'État de Californie à Northridge.

« C'est peut-être parce qu'ils se fient davantage à leur odorat pour trouver un partenaire qu'à des indices visuels », explique-t-il.

Pour de nombreux lézards également, il « peut être presque impossible ou du moins très difficile de différencier un mâle d'une femelle ». 

Chez d'autres espèces, cependant, ils sont si différents que l'on pensait à l'origine que les mâles et les femelles appartenaient à des espèces différentes. C'est le cas du lézard de lave d'Amérique du Sud.

Les femelles de cette espèce sont colorées, mais les mâles semblent sortir d'une soirée de peinture corporelle.

De nombreuses espèces changent également de sexe au cours de leur vie, en particulier chez les poissons. C'est le cas du mérou rayé, qui naît femelle avant de devenir mâle.

En résumé : si vous rencontrez un animal sauvage, ne dites pas « Bonjour monsieur » ou « Bonjour madame ». Dites simplement « Salut ! ».

Sauf s'il s'agit d'un taureau. Vous voyez ? C'est un peu compliqué.

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Au Japon, ces prières sont devenues des symboles d'espoir

Par : National Geographic — 7 octobre 2026 à 09:36

C’est au jour de l’an que les requêtes aux divinités s’accumulent le plus dans les sanctuaires shinto et les temples bouddhistes du Japon. Inscrits sur des ema (des plaques de bois) ces vœux sont censés s’élever jusqu’aux cieux.

« Trouve-moi. Aime-moi. Épouse-moi », peut-on lire sur une plaque signée « TXQ » et adressée à « Mister Right » au sanctuaire Jishu-jinja de Kyoto, qui est dédié à Ōkuninushi-no-mikoto, la divinité shinto de l’entremise.

« Prions pour qu’un bébé heureux et en bonne santé arrive bientôt dans notre famille », ont inscrit Andy et Suri sur un ema au temple Hōzen-ji d’Osaka, qui rend hommage à Fudō Myōō, un des cinq gardiens du bouddhisme au Japon.

Depuis plus de mille ans, les Japonais se servent de ces plaques pour que les divinités leur accordent amour, richesse, longue vie et réussite aux examens. Ces deux dernières années, un nouveau souhait a fait son apparition sur les ema : être protégé du Covid-19.

Désormais, beaucoup d’ema comportent un message ayant trait à la pandémie ou bien une image d’Amabie, un être surnaturel du folklore japonais chargé d’éloigner les pestes. Le temple Kasuga-taisha, dans la ville de Nara, propose même des ema anti-coronavirus décorés de personnages d’animation.

La pandémie a renforcé le rôle crucial des ema, selon Jennifer Robertson, anthropologue et professeure émérite d’anthropologie et d’histoire de l’art de l’Université du Michigan qui étudie ces plaques depuis 40 ans. Les ema servent d’exutoire aux peurs et aux angoisses ; plus de 1,7 millions de personnes ont contracté le Covid-19 dans le pays depuis janvier 2020. Ces plaques de bois permettent d’égayer l’âme et d’abandonner un vœu à la brise, non sans rappeler les drapeaux de prière tibétains, les ex-voto bouddhistes et les lanternes flottantes.

Chaque ema coûte environ 3,50 euros et permet de financer les temples et les sanctuaires. Lorsqu’ils se rendent dans ces lieux sacrés, les visiteurs sont invités à accrocher une de ces plaques en l’air et à la recouvrir de leurs espoirs et de leurs ambitions.

 

TOUT SAVOIR SUR LES EMA

D’après Jennifer Robertson, des chevaux étaient à l’origine représentés sur les tout premiers ema (mot qui signifie littéralement « image de cheval »). Cela servait de substitut à la pratique rituelle plus ancienne du sacrifice d’un animal vivant à des divinités ou à des dirigeants décédés.

De nos jours, ces plaques mettent en avant aussi bien des créatures, des fleurs, des geishas, des cœurs, des arbres que des cascades. Elles sont suspendues à des portiques prévus à cet effet. Certains supportent des milliers d’ema. On peut les acheter pré-décorés ou bien vierges et les personnaliser avec des images dessinées à la main avant d’y inscrire son propre message sur la face vierge.

Ces vœux sont ensuite inspectés par le prêtre en chef du temple ou du sanctuaire qui prie pour qu’ils soient exaucés. « La plupart des ema sont brûlés à intervalles réguliers dans les sanctuaires et les temples lors de rites appelés ema kuyō, explique Jennifer Robertson. La combustion libérerait le message ou la prière ou le vœu vers le royaume des Kami [les esprits et divinités du Japon] pour qu’il y soit exaucé. » Elle ajoute que lorsque leur requête est exaucée, certaines personnes viennent accrocher un autre ema en guise de remerciement.

La tradition de l’ema reste un aspect central de la culture japonaise. C’est une pratique qui représente le lien profond qu’entretient le pays avec ses deux religions principales, le shintoïsme et le bouddhisme, qui sont intrinsèquement liées quoique distinctes. D’ailleurs, les Japonais pratiquent bien souvent les deux à la fois.

Mais Jennifer Robertson ne saurait que trop insister sur le fait que les ema ne sont pas destinés qu’aux divinités. Beaucoup ont en fait pour objectif de provoquer une réaction émotionnelle chez d’autres êtres humains. En y inscrivant un nom, un âge et une adresse, les requérants espèrent que le destinataire absorbera leur message et qu’il y réagira avec compassion ou avec empathie.

« Quand elles lisent les ema des autres, beaucoup de personnes s’aperçoivent qu’elles ne les seules dépositaires de leur problème ; nous sommes tous dans le même bateau », commente Jennifer Robertson. C’est « un peu comme aller sur Internet pour se renseigner sur un problème, un conflit familial, un patron égocentrique, des crampes ou des douleurs, et découvrir qu’il y a littéralement des milliers de personnes, voire des millions, qui souffrent de la même chose. »

Selon Donald Saucier, professeur de psychologie de l’Université d’État du Kansas, les ema, les drapeaux de prière, les lanternes flottantes et les ex-voto sont autant de moyens d’apporter une forme de rassurance cruciale aux croyants lorsqu’ils rencontrent de l’adversité. Ces objets sont d’une part une voie vers les divinités, et d’autre part ils rappellent à ceux qui les accrochent qu’ils sont entourés d’un réseau de soutien humain. « Des objets comme les amulettes et les talismans peuvent nous permettre de nous souvenir [qu’il existe] des liens sociaux durables capables de nous réconforter lorsque cela va mal », ajoute-t-il.

La pandémie de Covid-19 n’est que la dernière catastrophe en date à être mentionnée sur les ema. « De tous temps, on a déposé des ema après des épisodes de peste, des famines, des épidémies et d’autres épreuve collectives », précise Jennifer Robertson.

 

COMMENT SUSPENDRE SON EMA ?

Cette tradition japonaise millénaire n’est pas inaccessible aux touristes, loin de là. En effet, comme le rappelle Takakazu Machi, guide touristique au Japon depuis 18 ans, les voyageurs sont invités à suspendre des ema dans un certain nombre de lieux de culte à travers le pays. Avant la pandémie, il emmenait régulièrement des touristes admirer ou déposer des ema au sanctuaire Kitano Tenman-gū de Kyoto. Il indique qu’on peut tout à fait accrocher sa propre plaque en suivant les instructions placardées près des portiques afin de le faire de manière respectueuse.

C’est au sanctuaire Meiji-jingū de Tokyo, au temple Shi Tennō-ji d’Osaka et au sanctuaire Fushimi Inari de Kyoto que les touristes suspendent le plus d’ema. On peut également opter pour un sanctuaire ou un temple en lien avec un domaine spécifique. Les parents endeuillés à la suite d’une fausse couche vont traditionnellement suspendre un ema au temple Zōjō-ji de Tokyo, où se trouve le Jardins des enfants défunts. Les étudiants qui veulent à tout prix réussir leurs examens se rendent plutôt au Yushima Tenjin, le sanctuaire de l’érudition. Ceux qui espèrent obtenir des grâces romantiques laissent une plaque au sanctuaire Tsuyu no Tenjinja (ou Ohatsu Tenjin), théâtre d’une célèbre histoire d’amour.

D’après Naoki Doi, guide touristique de Kyoto, certaines personnes y inscrivent même des messages à visée politique. Juste avant l’élection présidentielle américaine de 2012, un de ses clients du Texas s’est rendu à Fushimi Inari et y a accroché un ema sur lequel il avait écrit : « Obama, ça suffit ». Un vœu que les dieux ont ignoré, donc.

Naoki Doi affirme avoir eu bien plus de chance avec les ema. Âgé de 76 ans, il se souvient comme si c’était hier de deux vœux envoyés aux divinités dans sa jeunesse. Accablé par le stress et désireux d’un avenir prospère, il suspendait des plaques leur demandant de l’aide pour obtenir les meilleurs résultats au lycée et à l’université. « Ça a très bien fonctionné pour moi », déclare-t-il. Comme des millions de Japonais avant lui, Naoki Doi a placé ses espoirs dans cette tradition millénaire. Aujourd’hui, en plein milieu d’une pandémie qui semble n’en pas finir, nombreux sont ceux qui font de même. Les ema sont plus importants que jamais.

☐ ☆ ✇ FreshRSS.org

FreshRSS 1.30.1

Par : Alkarex — 5 octobre 2026 à 21:40

This is a security-oriented release with several security patches and bug fixes in the continuation of 1.30.0.

Note that our rolling-release channel (edge) is recommended for faster security patches.

Bug fixes highlights 🐛:

  • Some security attack scenarios patched
  • Fix domain-wide Retry-After
  • Fix muting of feeds gone with HTTP 410

Feature highlights✨:

  • CLI: Add optional feed argument to actualize-user.php

This release has been made by @Alkarex, @andris155, @fzlzjerry, @Inverle, @jamalkamaladdin, @jtracey, @Otolock and newcomers @akine, @colons, @ethanstoner, @gigioneggiando, @Juice-de-Orange, @pavel-miniutka, @qwist1233-cpu, @Sharawey74, @shcheglovnd, @TapuGithub, @yuchenshi, @ZainnQureshii

Full changelog:

  • Deployment
    • Reword recommendations and explanations for edge (rolling release) vs. latest (versioned release) channels #9270
  • Security
    • Config + increase default values for search max length and depth #9280
    • Accept a trusted proxy address given without a subnet #9301
    • Warn during session regenerate fail #9311, #9376
    • CI/CD add zizmor workflow for action security checks #9228, #9331
    • Use PHP #[\SensitiveParameter] #9322
    • Reject token access (RSS/OPML export, feed refresh) for disabled accounts #9336
    • Require POST+CSRF for self-update mutations #9335
    • Make the login challenge nonce one-time #9334
    • Bound ZIP import against decompression bombs #9332
    • Rotate session ID on all authenticated transitions #9333
    • Minz: Remove vulnerable and unused code path for displaying errors #9395
    • Fix NAT64 feed fetching on IPv6-only hosts #9372
  • Bug fixes
    • Fix domain-wide Retry-After #9390
    • Fix muting of feeds gone with HTTP 410 #9391
    • Fix infinite redirect loop due to SCRIPT_NAME in PATH_INFO #9282, #9287
    • Restore the automatic reading view after marking articles as read, while preserving explicit filters #9288
    • Fix adaptive reading state after marking articles read #9290
    • Fix regression sharing links #9303
    • Don’t disable anonymous refresh when anonymous feed access is disabled #9354
    • Fix regression with HTTPS proxies due to wrong TLS SNI resolution #9341
    • Better enforce limits for feeds and categories #9357
    • Fix JavaScript error when opening a label menu in sidebar #9377
    • Fix custom favicon with GReader API #9409
  • CLI
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Pourquoi aimons-nous tant nous faire peur ?

Par : National Geographic — 3 octobre 2026 à 16:53

L'année dernière, plus de 1 300 personnes ont participé à un tirage au sort pour passer une nuit dans une chambre d'hôtel à Chattanooga, dans le Tennessee, et plus précisément dans une chambre soi-disant hantée, où Annalisa Netherly a été décapitée en 1927 par son amant.

La popularité de cette loterie n’est qu’un exemple de l’engouement généralisé pour l'épouvante, dont l'expérience nous anime pour des raisons psychologiques et physiques.

Selon le Dr Elias Aboujaoude, professeur de psychiatrie et de sciences du comportement à la faculté de médecine de Stanford et chef de la section des troubles anxieux, notre réaction biologique à la peur est incroyablement complexe et fait intervenir des neurotransmetteurs et des hormones qui affectent des zones du cerveau allant de l’amygdale au lobe frontal. Cette réponse complexe active d’autres émotions à la fois désagréables, comme le stress, et agréables, comme le soulagement.

Notre corps a évolué pour se préparer à combattre ou à fuir face à une menace, en dilatant nos pupilles pour mieux voir, en élargissant nos bronches pour absorber plus d’oxygène et en détournant le sang et le glucose vers les organes vitaux et les muscles squelettiques, explique Aboujaoude. 

L’effet de la peur sur l’ensemble du corps peut être exaltant et, sur le plan psychologique, être source de satisfaction voire de triomphe lorsque l’objet de la peur disparaît. 

 

LA BIOLOGIE DU FRISSON

L’adrénaline, la dopamine et le cortisol sont trois importantes substances chimiques que notre corps s’est mis à libérer en cas de menace au cours de l’évolution.

Lorsque nous détectons un danger, notre corps libère de l’adrénaline pour éveiller notre instinct de combat ou de fuite. Selon David Spiegel, professeur de psychiatrie et de sciences du comportement à la faculté de médecine de Stanford et directeur du Stanford Center on Stress and Health, l’adrénaline augmente les fonctions corporelles telles que le rythme cardiaque, la pression artérielle et la fréquence respiratoire. « Le stress peut nous procurer un sentiment d’ivresse un peu comme après une bonne séance de course à pied. On se sent vigoureux et énergique. »

Le cortisol, l’hormone du stress, est libéré en permanence pour réguler un certain nombre de fonctions corporelles, mais son taux peut aussi monter en flèche lorsque l'on est surmené par une situation ou une expérience difficile.

Le cortisol peut nous aider à rester alertes après la première libération d’hormones de « combat ou de fuite », dont l’adrénaline, et même déclencher la libération de glucose par le foie pour servir de source d’énergie en cas d’urgence.

Lorsque l’on présente de façon chronique des niveaux élevés de cortisol, « l’organisme en pâtit », souligne Spiegel. « Il est en état de guerre chronique, ce qui est anormal. »

L’adrénaline et le cortisol sont deux hormones associées au stress, lequel peut entraîner des symptômes physiques tels que des douleurs thoraciques, des maux de tête ou des tremblements, de l’épuisement, des tensions musculaires, ainsi que des symptômes émotionnels comme de l’irritabilité, des crises de panique et de la tristesse.

La dopamine quant à elle est un neurotransmetteur qui participe à notre bien-être général. Elle est associée au plaisir et au fait d'attendre et de recevoir une récompense. Cela englobe le fait de maîtriser une menace ou, pourrait-on dire, de « vaincre sa peur, de gagner une course ou encore de recevoir le respect et l’approbation des autres », explique Spiegel. 

Ça ne signifie pas pour autant que la dopamine n'intervient qu'une fois l’objet de la peur disparu : notre organisme en libère à partir du moment où nous sommes dans l'anticipation de la récompense, précise Spiegel. Chez les toxicomanes, la dopamine procure un état d’euphorie pendant qu'ils recherchent de la drogue, avant même donc qu’ils en aient en leur possession.

 

QUAND LA PEUR DEVIENT AGRÉABLE

Aboujaude affirme que la peur peut procurer une sorte d’exaltation quand on est conscient du fait qu'on en sortira sain et sauf, comme dans le cas des maisons hantées ou des montagnes russes. 

« Certaines expériences peuvent nous donner l’illusion de maîtriser des situations menaçantes et d’y survivre », explique-t-il. « Faire face à une menace ressemble à une victoire, et il est vrai qu'affronter ses peurs peut être une bonne chose. »

En se confrontant à leurs peurs, certaines personnes peuvent se désensibiliser et, par conséquent, ne plus réagir à leurs déclencheurs émotionnels. D’autres, en revanche, peuvent se mettre inutilement en danger.

« Certaines personnes tirent plus de plaisir ou de soulagement que d’autres de ces expériences et peuvent finir par jouer avec le feu », explique Spiegel. On peut aller faire du ski en étant conscient des risques et ainsi rester prudent. Ou chercher des sensations fortes et aller jusqu’à dépasser ses limites et se mettre volontairement en danger. « Le danger comporte son lot de risques, et y survivre peut être exaltant. »

Si les maisons hantées et les films d’horreur ciblent souvent les adolescents et les jeunes adultes, c’est pour une bonne raison.

« Il s’agit d’une tranche d’âge qui s’interroge beaucoup sur la mort, sur ses craintes et son courage », explique Tok Thompson, professeur d’anthropologie à l’USC Dornsife, qui dispense un cours sur les histoires de fantômes. Il explique par ailleurs que le fait d’affronter ses peurs fait partie intégrante de l’âge adulte dans toutes les cultures.

« C’est bien souvent une expérience sociale, une expérience de jeunes qui se testent en allant voir si une maison est vraiment hantée », explique-t-il.

 

QU’EST-CE QUI NOUS FAIT PEUR ?

Certaines peurs humaines sont « préprogrammées » par l’évolution, explique Alice Flaherty, professeure agrégée de neurologie et de psychiatrie à l’université de Harvard. Nos ancêtres ont appris à éviter les stimuli effrayants, ce qui les a aidés à survivre et à nous transmettre ces instincts. 

« Les enfants n’ont pas besoin d’apprendre à avoir peur des bruits forts, des araignées, des serpents, du sang et des objets qui s’approchent rapidement », explique Flaherty, en référence à ce que l’on appelle les peurs innées, qui sont, selon elle, « profondément ancrées ».

Mais la plupart des autres peurs apparaissent avec l’expérience. Il y a autant de peurs que d’individus : on peut avoir une peur bleue des chiens après s’être fait mordre quand on était enfant, ou avoir peur des abeilles après avoir fait une réaction allergique à une piqure. 

Les recherches montrent que ces stimuli n’ont pas besoin d'être réels pour nous effrayer, mais que plus ils sont réalistes, plus ils font peur.

« Un vrai serpent fera sûrement plus peur qu’une simulation en réalité virtuelle, qui fera elle-même plus peur qu’une photographie », explique Aboujaoude. 

Nous savons également que la peur peut varier d’un genre à l’autre, ajoute Flaherty. « On dit que les hommes aiment plus les films d’horreur que les femmes, mais il semble bien établi que les hommes tendent à s’identifier au prédateur et les femmes aux victimes », ajoute-t-elle. 

Nos peurs sont extrêmement variées, c’est pourquoi le Scream-a-Geddon, un parc d’horreur de 24 hectares situé à Dade City, en Floride, emploie un large éventail de tactiques d’épouvante, explique Jon Pianki, directeur du marketing. Dans ce parc où l’on trouve des clowns, des sorcières, la réplique d'une prison et d'une expérience bioscientifique qui aurait mal tourné, la plupart des visiteurs arrivent en couple ou en groupe d’amis.

« Je ne pense pas que les gens ont peur comme ils auraient peur s’ils tombaient sur un individu louche dans une ruelle mal éclairée », explique Jon Pianki, qui ajoute que le parc a pour but d’être « anxiogène », mais qu’il offre aussi des moments de répit. « Les visiteurs entrent d’un pas mal assuré, en un groupe bien compact, puis quand la peur est passée, ils repartent tout excités et en riant. »

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La quarantaine, une étape différente pour les millenials

Par : National Geographic — 2 octobre 2026 à 14:05

Si vous voulez vous faire une idée de l'évolution de la quarantaine, ne cherchez pas plus loin. La comédie « Le Père de la mariée », sortie en 1991 aux États-Unis est un exemple parfait : les acteurs Steve Martin et Diane Keaton jouent le rôle de parents quarantenaires dépassés qui apprennent que leur fille de vingt-deux ans va se marier. La manière dont le film représente les quarantenaires fait question, tant elle semble éloignée des personnes atteignant aujourd'hui ce cap de la quarantaine.

Oui, les quarantenaires des années 2020 ne ressemblent pas aux quarantenaires des années 1990, et ce quel que soit l'angle que l'on choisit d'adopter pour les comparer. La plupart du temps, puisque je n'ai ni enfant, ni mari, ni emprunt immobilier, je ne me considère pas comme une « vraie » adulte malgré mes trente-sept ans ou, du moins, pas de la trempe des parents joués par ces deux acteurs. Bien sûr, la majorité des gens de ma génération aura bientôt des enfants assez vieux pour se marier. Mais beaucoup viennent à peine d'avoir leur premier enfant, sachant que l'âge moyen des mères à l'accouchement en France est passé de vingt-quatre ans en 1967 à trente-et-un ans en 2023. Une autre partie, représentant un cinquième des adultes, ne prévoient pas du tout d'en avoir.

Lorsque les millennials arrivent à la quarantaine, les réalités financières et culturelles suscitent chez beaucoup d'entre eux le même sentiment de ne pas être à la hauteur des normes de l'âge adulte moderne. Cependant, la façon dont nous considérons le vieillissement influence notre comportement à la quarantaine de manière nouvelle, laissant plus de place à la vie professionnelle et à l'aventure.

 

LA PRESSION FINANCIÈRE REPOUSSE LA POSSIBILITÉ DE FONDER UNE FAMILLE ET DE DEVENIR PROPRIÉTAIRE

Réécrire les règles n'a rien de nouveau pour les millennials. Même au début des années 2000, les sociologues avaient remarqué que les premiers millennials (ceux nés aux alentours de 1981, bien que l'on débatte encore du seuil exact) n'atteignaient pas les objectifs habituels que sont la réussite des études, l'obtention d'un emploi, le mariage et la naissance d'un enfant, révèle Karen Fingerman, professeure dans le domaine du développement humain à l'UT Austin et directrice du Texas Aging and Longevity Consortium.

Vingt-quatre ans plus tard, on continue de repousser l'âge auquel l'on se marie ou l'on devient parent, souligne Carolina Aragão, qui étudie les tendances sociales et démographiques au Centre de Recherche Pew. Ses recherches démontrent que le pourcentage d'adultes ayant aujourd'hui entre trente et trente-quatre ans qui sont mariés n'a pas dépassé les 10 % durant ces deux dernières décennies. En France, l'âge moyen pour la première maternité en 2021 était de vingt-neuf ans, l'âge le plus élevé jamais atteint. Un autre sondage Pew récent explique que 44 % des adultes âgés de dix-huit à quarante-neuf ans n'ayant pas encore d'enfants ont prévu de ne pas en avoir.

Il apparaît par ailleurs que les pressions financières influent sur ces décisions. Entre les emprunts immobiliers, les frais de garde des enfants et la prise en charge des ascendants, la quarantaine a toujours été coûteuse mais pour les millenials, les coûts sont exhorbitants. Selon un article publié par des chercheurs du Center for Household Financial Stability, les économies moyennes des millennials en 2016 s'élevait à 23 200$ (environ 21 700€), soit 34 % de moins que les tendances historiques.

 

DES ATTENTES D'UNE ÉPOQUE RÉVOLUE

La théorie concernant la fameuse « crise de la quarantaine » a été discréditée il y a longtemps, explique Margie Lachman, professeure en psychologie à l'Université de Brandeis qui s'est spécialisée sur la quarantaine. En réalité, seulement un petit pourcentage de personnes a avoué avoir expérimenté cette crise, qui peut d'ailleurs arriver à n'importe quel âge. Au contraire, la quarantaine a toujours été une période où l'on se recentre sur les autres, où l'on trouve un sens à sa vie par le biais du mentorat ou de l'activisme.

Se recentrer sur les autres signifie aussi jongler avec les priorités et augmenter le stress, explique Margie Lachman. Pendant cette période, une personne est susceptible de jouer une multitude de rôles : parent, conjoint, frère ou sœur, collègue de travail ou patron, bénévole dans une association, ami, et parfois même grand-parent. « Les gens dépendent vraiment de vous et vous tirent parfois dans différentes directions. » 

Mais la double tendance des millennials à avoir des enfants plus tard et des parents qui vivent plus longtemps intensifie le phénomène de « génération sandwich ». Selon Margie Lachman, si le sentiment de contrôle de sa vie atteint généralement son apogée à la quarantaine, les générations nées plus récemment se sentent progressivement moins maîtresses de leur destin que les générations précédentes.

De plus, ajoute-t-elle, les millennials ne doivent pas seulement équilibrer ces rôles, ils doivent aussi gérer l'instabilité du monde du travail, les bouleversements géopolitiques, le coût de la vie et l'inflation, sans compter sur la place toujours plus grande des réseaux sociaux.

Comment se fait-il que les millennials continuent à mesurer notre croissance à l'aune de critères datant d'un autre siècle ? Karen Fingerman et d'autres sociologues appellent ça le « décalage culturel ». « Ce n'est pas que vous avez "échoué" ou n'avez pas saisi d'opportunité », explique-t-elle. « C'est juste que ces points de repère ont disparu et le monde est devenu moins structuré. »

Sans structure pour nous soutenir, en plus d'avoir ces normes décalées, de nombreux millennials ont le sentiment de vivre une adolescence prolongée. Prenons Anna Schumann. Elle a trente-huit ans et est frustrée car sa vie n'est pas assez stable pour, de son point de vue, avoir des enfants. Le fait de ne pas pouvoir atteindre des objectifs financiers « me donne l'impression que mon développement personnel s'est également arrêté », dit-elle. « À bien des égards, je me sens encore comme une enfant ; je me demande si cela changera un jour. »

 

CHANGER LES NORMES DE LA QUARANTAINE POURRAIT ÊTRE BÉNÉFIQUE

Cependant, avec le manque de structure vient aussi une flexibilité naissante. Certains millennials sont enthousiastes à l'idée de rester « jeunes » plus longtemps. Les progrès de la biotechnologie ont permis d'augmenter le taux de fécondité des mères âgées de quarante à quarante-cinq ans de 132 % entre 1990 et 2019, ce qui donne aux femmes plus de temps que jamais avant la maternité. Les récentes données nationales sur les tendances en matière de santé montrent que l'autonomie des personnes âgées est en hausse, avec moins d'adultes de plus de soixante-douze ans déclarant des besoins non satisfaits en matière d'autonomie et de mobilité et ayant une « capacité physique élevée » dans ce groupe d'âge pour atteindre près d'un tiers entre 2011 et 2019. Il en résulte un vaste paysage que les millennials remplissent d'une multitude de nouvelles manières.

L'une d'entre elles étant le voyage. Radha Vyas, PDG et cofondatrice de Flash Pack, une société de voyages en groupe pour les personnes quarantenaires et cinquantenaires, estime que la popularité de son entreprise s'explique en partie par le fait que les millennials utilisent l'argent qu'ils ont économisé pour se consacrer à de nouvelles priorités. Les Flash Packers sont souvent célibataires et sans enfants ; beaucoup voyagent après un licenciement. « La société est un peu décalée », déclare-t-elle. « Il n'y a plus d'emploi sûr ; peut-être ne voudront-ils jamais s'installer et peut-être ne voudront-ils jamais avoir d'enfants ». Ils se demandent alors : « Et maintenant ? »

En perdant les structures traditionnelles de l'âge adulte, les millennials ont également acquis une nouvelle liberté, explique Karen Fingerman. Ils laissent place à une version de l'âge adulte où « il n'est pas nécessaire de quitter le domicile parental pour être adulte ; il n'est pas nécessaire de se marier pour être adulte ». Prenons l'exemple de la popularité croissante de la colocation, des nouvelles tendances en matière de polyamour ou de l'essor du nomadisme numérique. « Si votre identité est moins contrainte par la nécessité d'atteindre un objectif sociétal spécifique, vous êtes plus libre de donner du sens à d'autres expériences », explique-t-elle.

Et si la maturité était synonyme de renouveau ? demande Karen Fingerman. Plutôt que de poursuivre des objectifs qui peuvent sembler impossibles à atteindre, il s'agit peut-être de « voir les contraintes qui pèsent sur notre vie et de s'y adapter », utiliser ces limites pour déclencher un processus d’auto-définition et d'exploration.

« Si le scénario n'est plus aussi clair qu'avant, autant en profiter, non ? » relève Margie Lachman. « Cela pourrait être excitant. C'est à vous de déterminer à quoi ressemblera votre quarantaine. »

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Qu’est-ce que le syndrome du vomissement cyclique ?

Par : National Geographic — 30 septembre 2026 à 13:47

Lorsqu'une personne est soudainement prise de nausées intenses, de vomissements, de douleurs à l'estomac qui durent un jour ou deux, voire plus, elle peut soupçonner une intoxication alimentaire ou un virus gastro-intestinal. Mais si cela se produit plusieurs fois par an, cela pourrait être un signe de syndrome du vomissement cyclique, un trouble méconnu qui toucherait approximativement 0,04 % à 1,9 % de la population française.

En juillet, en partie parce que le trouble reste sous diagnostiqué et insuffisamment traité, l'American Gastroenterological Association a publié de nouvelles orientations cliniques pour aider les médecins et leurs patients à reconnaître les signes et les symptômes du syndrome du vomissement cyclique, aussi appelé SVC. En quelques mots, le SVC est une maladie chronique liée à une interaction entre l'intestin et le cerveau et caractérisée par des épisodes récurrents de nausées, de vomissements et de haut-le-cœur, séparés par des périodes sans symptômes.

« On reconnaît de plus en plus que ce trouble est plus répandu qu'on ne le pensait », déclare David Levinthal, gastro-entérologue et neuroscientifique, directeur du Neurogastroenterology and Motility Center du Centre médical de l'Université de Pittsburgh. « Ce n'est pas une maladie à laquelle pensent beaucoup de gastro-entérologues. Il existe de nombreux patients qui souffrent et ne sont ni diagnostiqués ni traités. »

C'est certainement en partie parce que, tout comme les autres maladies causées par l'interaction entre le cerveau et l'intestin, c'est une maladie qui n'est pas prioritaire dans l'enseignement médical, explique Christopher Vélez, gastro-entérologue et directeur associé du programme d'études avancées sur la motilité gastro-intestinale et les maladies fonctionnelles au Massachusetts General Hospital Center for Neurointestinal Health à Boston, aux États-Unis.

« C'est un peu comme une migraine abdominale, une série d'événements anormaux, incontrôlés et à médiation neurologique. Mais comme les diagnostics modernes ne permettent pas de mettre en lumière ce qui ne va pas, « on considère parfois que c'est psychologique. Et quelques fois, on blâme les patients pour leurs symptômes, même si leur qualité de vie en est fortement affectée. »

 

QUI EST SUSCEPTIBLE D'EN SOUFFRIR ?

Bien que ce syndrome puisse toucher n'importe qui, il est plus commun chez les enfants, les femmes et les jeunes adultes.

« Un pourcentage élevé d'enfants atteints de ce syndrome finissent par s'en débarrasser », déclare Anthony Lembo, gastro-entérologue et directeur de recherche au Digestive Disease Institute de la Cleveland Clinic, aux États-Unis. « Pour les adultes, ce n'est pas si simple. »

Parmi les adultes, l'anxiété, la dépression et/ou trouble panique coexistent souvent avec le syndrome du vomissement cyclique, tout comme les migraines. Et, comme les migraines, ce syndrome est parfois héréditaire. De plus, le trouble est légèrement plus fréquent parmi les personnes épileptiques. « Chaque personne a un déclencheur différent », relève David Levinthal, et il peut être difficile d'identifier les déclencheurs. Le stress est un déclencheur courant, tout comme le manque de sommeil, les fluctuations hormonales liées au cycle menstruel, les voyages, le mal des transports, les périodes d'exercice intense et les sources physiologiques de stress telles qu'une maladie ou une intervention chirurgicale.

« Si vous avez toujours eu un système digestif sensible, vous êtes prédisposé·e à ce syndrome », déclare Christopher Vélez. « Cela rend plus sensible aux déclencheurs psychosociaux. »

Marissa Cohen a commencé à avoir des poussées régulières du syndrome du vomissement cyclique à l'âge de deux ans. Parfois, les vomissements étaient si abondants qu'elle n'avait plus rien dans l'estomac et que la bile remontait. Après des années d'errance médicale, un diagnostic a été posé à l'âge de huit ans.

« C'était frustrant pour mes parents et moi parce qu'on savait que quelque chose n'allait pas, mais on ne pouvait pas faire grand-chose sans un diagnostic officiel », révèle Marissa.

Souvent, elle se retrouvait aux urgences d'un hôpital où elle recevait des fluides par intraveineuse et des médicaments pour arrêter les vomissements. Les médicaments l'endormaient généralement et elle « se réveillait comme si rien ne s'était passé, c'était tellement fou », se souvient celle qui est aujourd'hui âgée de vingt-et-un ans.

La majorité des personnes atteintes de ce syndrome ont souvent deux à quatre crises par an. « Il existe des symptômes plus ou moins graves » précise David Levinthal.

Selon, l'AGA, si une personne présente moins de quatre crises par an, chacune durant moins de deux jours, elle est considérée comme souffrant d'un syndrome du vomissement cyclique léger. Si une personne présente quatre crises ou plus par an, chacune durant plus de deux jours et nécessitant une visite aux urgences ou une hospitalisation, elle est diagnostiquée comme souffrant d'un syndrome du vomissement cyclique modéré à sévère.

 

DIAGNOSTIC ET TRAITEMENT

Afin d'exclure des pathologies graves comme une obstruction, qui pourraient produire des symptômes similaires, une endoscopie et/ou des examens d'imagerie, tels qu'un scanner ou une échographie du tractus gastro-intestinal supérieur sont parfois demandés.

Les analyses de sang, y compris une numération globulaire complète et des tests pour mesurer les niveaux d'électrolytes, de glucose et d'enzymes hépatiques dans le sang, et les analyses d'urine font également partie du diagnostic. Mais le diagnostic repose avant tout sur un examen approfondi des antécédents médicaux.

« C'est la reconnaissance d'un schéma [symptomatique] qui constitue l'étape critique », déclare Levinthal. Bien que les poussées du SVC puissent survenir à tout moment, la plupart d'entre elles se produisent tôt le matin.

Les personnes à qui l'on a diagnostiqué un syndrome du vomissement cyclique modéré à sévère prennent souvent des médicaments préventifs, tels que des antidépresseurs tricycliques, comme l'amitriptyline ou la notriptyline, ou des médicaments contre les crises d'épilepsie, comme le topiramate, le Zonisamide ou le Lévétiracétam, sur une base quotidienne. Ces médicaments n'éliminent pas les poussées ; l'objectif est de les espacer et/ou d'en réduire la durée et la gravité.

« L'un des avantages du syndrome du vomissement cyclique est qu'il permet de choisir la situation que l'on accepte de vivre », explique Vélez, en faisant référence au fait que différents traitements peuvent être testés ou combinés.

De nombreuses personnes atteintes de cette maladie présentent des symptômes prodromiques, tels que des douleurs abdominales, des maux de tête, un brouillard mental, des tremblements ou de l'anxiété, une heure ou deux avant de commencer à vomir.

« Environ 70 % des patients peuvent anticiper l'arrivée d'une crise », déclare David Levinthal. « Si vous prenez un traitement au moment même où vous la sentez arriver, vous aurez de meilleures chances de l'éviter. »

Pour les personnes souffrant d'un syndrome du vomissement cyclique léger ou d'une forme modérée à sévère, des traitements tels que des triptans, utilisés pour les migraines, des antiémétiques, médicaments contre les nausées tels que l'ondansétron, la prométhazine ou la prochlorpérazine, ou des sédatifs, tels que l'alprazolam ou la diphénhydramine, sont prescrits pour tenter d'arrêter la crise dans son élan.

Puisqu'il peut être difficile d'avaler un médicament pendant une crise, il est possible de les prendre par d'autres voies : par voie sublinguale (sous la langue), par pulvérisation nasale ou par suppositoire.

De nombreuses personnes, comme Marissa Cohen, ont recours à deux médicaments ou plus pour traiter le SVC. Aujourd'hui, elle prend un antidépresseur tricyclique chaque jour pour essayer d'empêcher les crises et elle a à portée de main des médicaments de secours si elle se réveille avec des nausées, par exemple. Bien qu'elle se rende moins souvent aux urgences qu'auparavant, elle a toujours une à cinq poussées de syndrome du vomissement cyclique par an et doit faire attention à ses déplacements, au cas où elle aurait besoin d'une assistance médicale.

« Le plus difficile », dit-elle, « c'est que je ne sais pas vraiment ce qui va déclencher une crise. »

Si les personnes ne parviennent pas à maîtriser leurs symptômes ou si elles se déshydratent à domicile, elles doivent se rendre au service d'urgences de l'hôpital le plus proche pour recevoir des fluides et un traitement par voie intraveineuse.

Certaines personnes atteintes de ce syndrome utilisent du cannabis, soit à titre récréatif, soit pour soulager leurs symptômes. Le problème, c'est qu'il est parfois difficile de distinguer le syndrome d'hyperémèse cannabinoïde (SHC) du SVC. Dans le cas du SHC, la consommation chronique de cannabis - plus de quatre fois par semaine pendant plus d'un an - peut être associée à des nausées, des vomissements et des douleurs abdominales récurrentes.

C'est pourquoi certains gastro-entérologues recommandent aux consommateurs de cannabis atteints de SVC de s'abstenir pendant trois à six mois pour voir si cela fait une différence, explique Vélez. S'ils continuent à avoir des crises de nausées et de vomissements après cela, on peut exclure le SHC.

Pour soulager les symptômes, les personnes atteintes de SVC prennent souvent des bains ou des douches chaudes, parfois plusieurs fois par jour. Il leur est conseillé de dormir régulièrement, d'éviter les jeûnes prolongés et d'adopter des techniques de gestion du stress telles que la méditation, dont l'utilité a été démontrée.

« Il y a beaucoup de gens qui souffrent de cette maladie et il est possible de le traiter », souligne David Levinthal. « Il faut que les patients fassent entendre leur voix, car on peut leur venir en aide. »

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Cancer, grossesse, immunodépression : les compléments probiotiques ne sont pas bons pour tout le monde

Par : National Geographic — 30 septembre 2026 à 09:52

Ces dernières années, les compléments probiotiques ont été présentés comme un remède miracle à tout, des troubles digestifs aux affections de santé mentale et aux déséquilibres hormonaux. L’idée est séduisante : avaler quelques « bonnes » bactéries et transformer son intestin en un écosystème heureux et harmonieux.

Mais si l’enthousiasme autour des probiotiques repose sur notre compréhension croissante du microbiome et de ses effets sur la santé, pour certaines populations, comme les patients atteints de cancer et les personnes immunodéprimées, ces compléments peuvent nuire plus qu'autre chose.

Comme beaucoup de ses collègues, Suzanne Devkota, directrice de l’Institut de recherches sur le microbiome humain du Cedars Sinai, a longtemps pensé que les probiotiques en vente libre étaient, au pire, une perte de temps. Et pour la plupart des personnes en bonne santé, c’est toujours vrai : « Votre microbiome naturel éclipsera probablement le probiotique, donc vous pourriez jeter votre argent par les fenêtres, mais cela ne sera pas nocif », dit-elle.

Mais deux articles publiés en 2018 ont apporté « des données si convaincantes qu’elles ont complètement changé notre façon de parler des probiotiques », se souvient Suzanne Devkota. La recherche a étudié un scénario dans lequel la prise de probiotiques était universellement considérée comme bénéfique (après une cure d’antibiotiques) et a démontré l’inverse. Les chercheurs ont étudié d’autres situations, comme chez les personnes immunodéprimées ou chez les patients traités avec une immunothérapie anticancéreuse, chez qui les compléments probiotiques peuvent poser problème.

Les compléments probiotiques ne sont pas toujours mauvais. Les ennuis commencent, disent les experts, quand une solution standardisée est proposée à un problème qui exige de la nuance. Le mélange microbien optimal pour une jeune personne en bonne santé, par exemple, pourrait être différent de la préparation idéale pour un adulte d’âge moyen atteint d’une maladie chronique. « Théoriquement, vous pourriez séquencer votre microbiome, déterminer ce qui est déjà présent et ce qui vous manque, puis sélectionner un probiotique pour combler les lacunes », avance Suzanne Devkota. Malheureusement, c’est précisément là que les probiotiques commerciaux font défaut.

 

APRÈS UN TRAITEMENT ANTIBIOTIQUE, CE N'EST PAS TOUJOURS LA SOLUTION

Prendre des antibiotiques perturbe le microbiome en tuant les bonnes bactéries en même temps que les mauvaises. Les conséquences sur la santé peuvent être grave et durable, entraînant des problèmes comme l’obésité, le diabète, l’asthme et d’autres affections auto-immunes.

Pour beaucoup d'entre nous, il peut sembler logique de se tourner vers des compléments probiotiques après une cure d’antibiotiques pour rétablir un microbiome sain, puisqu’on pense qu’ils favorisent les « bonnes » bactéries dans l’intestin — une logique que Suzanne Devkota et beaucoup de ses collègues suivaient jusqu'à il y a peu. Mais la science prouve aujourd'hui le contraire.

Pour tester la vitesse à laquelle le microbiome peut se rétablir après la prise d’antibiotiques, des chercheurs ont dans le cadre d'une étude administré un traitement de sept jours d’antibiotiques à vingt-et-un participants puis les ont répartis en trois groupes. Un groupe a adopté une approche attentiste, un autre a reçu une transplantation fécale à partir de leurs propres selles avant antibiotiques, et un troisième a pris un probiotique commercial de onze souches pendant quatre semaines.

À la surprise des chercheurs, les microbiomes du groupe ayant ingéré des probiotiques ont été les plus lents à revenir à leur état d’avant antibiotiques. Même cinq mois après la dernière dose, les microbiomes de ce groupe n’avaient pas encore récupéré.

En comparaison, les microbiomes du groupe attentiste sont revenus à la normale en vingt-et-un jours, tandis que le groupe de transplantation fécale a récupéré en un jour à peine. Les scientifiques ont confirmé ces résultats chez la souris ainsi que dans des études in vitro, où les bactéries probiotiques ont inhibé la croissance des bactéries issues d’échantillons de selles humaines.

« Ces résultats suggèrent que, dans le contexte post-antibiotique, les probiotiques peuvent être contre-productifs », explique Eran Elinav, immunologiste à l’Institut Weizmann des sciences en Israël, qui a dirigé cette étude.

Il s’avère que les souches limitées dans les probiotiques commerciaux peuvent évincer la grande variété de bactéries dans l’intestin d’une personne, qui contient généralement des milliers de souches.

Eran Elinav note également que le degré de colonisation de l’intestin par les espèces probiotiques « variait considérablement d’un individu à l’autre ». Chez certaines personnes, les bactéries probiotiques passaient rapidement, tandis que chez d’autres, elles s’installaient et prospéraient. Ainsi, l’approche universelle du marché des compléments probiotiques actuel n’a pas beaucoup de sens.

 

LES POPULATIONS À RISQUES

Non seulement ces résultats sont vérifiés pour les personnes en bonne santé, mais ils sont particulièrement pertinents pour les personnes atteintes d'un cancer et suivant une immunothérapie.

Les scientifiques étudient encore quels profils microbiens correspondent à la santé et au bien-être, mais avoir une grande variété de bactéries semble être la clé. Des microbiomes diversifiés sont plus résilients, comme le souligne Suzanne Devkota, et nous aident à encaisser les coups de la vie. « Si un type de microbe disparaît de votre microbiome, vous en avez d’autres qui peuvent compenser une fonction importante », dit-elle.

« Mais les probiotiques sont comme les rascasses dans la mer », relève Rekha Chaudhary, oncologue à l'UC Health, dans l’Ohio, aux États-Unis. « Ce sont des espèces envahissantes et destructrices et votre diversité microbienne peut chuter considérablement lorsque vous prenez des [compléments] probiotiques. »

Chez les patients atteints de cancer, l’immunothérapie aide le système immunitaire du patient à rechercher et détruire les cellules tumorales. Malheureusement, selon le type de cancer, seulement environ 20 à 50 % des personnes répondent bien à la thérapie. Mais ceux qui ont le plus de chances de bien répondre tendent à avoir des microbiomes diversifiés, ce qui correspond généralement à des systèmes immunitaires plus sains.

Encore une fois, les probiotiques peuvent jouer un rôle défavorable ici. Dans un article paru dans Science en 2021, des études sur des humains et des souris ont révélé que les patients atteints de mélanome ayant un régime riche en fibres sans complément probiotique réagissaient le mieux à l’immunothérapie — ils avaient jusqu’à cinq fois plus de chances de répondre au traitement que leurs pairs suivant un régime pauvre en fibres.

Plus intriguant encore, les patients qui consommaient suffisamment de fibres mais prenaient aussi un complément probiotique ne faisaient guère mieux que le groupe à faible teneur en fibres. Les compléments probiotiques, semble-t-il, annulaient les bénéfices d'un régime riche en fibres, selon Jennifer Wargo, professeure d’oncologie chirurgicale au MD Anderson Cancer Center de l’Université du Texas et chercheuse principale de l’étude.

Bien que la plupart des recherches aient été menées sur des patients atteints de mélanomes, « les probiotiques en vente libre pourraient potentiellement nuire aux réponses [immunitaires] pour différents types de cancer », souligne Jennifer Wargo. Elle note également que certaines études ont montré que des formulations spécifiques de probiotiques avaient aidé certains patients atteints de cancer, comme ceux atteints de cancer du poumon non à petites cellules. « Mais nous ne savons pas exactement comment elles fonctionnent et si elles fonctionnent pour tous les types de cancer, ou si elles sont très spécifiques à certains cancers ».

Bien que l’engouement pour les microbiomes soit séduisant, Jennifer Wargo nous met en garde contre le fait d'essayer de modifier sa flore intestinale avec des probiotiques en vente libre sans avis medical.

Le rôle du microbiome pendant la grossesse n'est pas encore bien défini. Certaines études isolées suggèrent que les compléments probiotiques, en réduisant l’inflammation et en améliorant la sensibilité à l’insuline, pourraient aider à prévenir le diabète gestationnel ou la prééclampsie, une complication de la grossesse caractérisée par une hypertension.

« Mais nous ne savons pas quel type exact de supplémentation, ni comment influencer le microbiome de manière bénéfique », reconnaît Ammar Joudeh, obstétricien et gynécologue à l’Université de Californie, à San Francisco. De plus, les méta-analyses examinant des résultats combinés ne confirment pas ces conclusions, et une analyse montre que leur utilisation pourrait au contraire augmenter le risque de prééclampsie.

Contrairement aux médicaments, contrôlés par l'Agence nationale de sécurité sanitaire, la commercialisation des compléments alimentaires ne nécessite pas d'autorisation de mise sur le marché. Leur qualité peut donc grandement varier. Compte tenu de la grande incertitude qui en résulte, mieux vaut éviter les probiotiques en vente libre quand on est enceinte.

 

ALORS QUE FAIRE ? QUE PRENDRE ?

Dans certains contextes spécifiques, comme lorsqu’une diarrhée infectieuse survient, les probiotiques en vente libre peuvent être très utiles, souligne Rekha Chaudhary. Pour ces affections, l’objectif est d’éliminer les microbes toxiques par tous les moyens nécessaires. Mais dans bien des cas, la réalité des probiotiques en vente libre n'est pas encore au niveau des promesses marketing.

Suzanne Devkota et d’autres experts recommandent d'avoir une alimentation variée et riche en fibres, plein de fruits, de légumes et d’aliments complets. Le yaourt, le kombucha et d’autres sources naturelles de cultures probiotiques sont aussi recommandables, bien que leurs effets soient temporaires. « Une fois que vous arrêtez de manger du yaourt, vous perdez ces microbes », insiste Suzanne Devkota.

Les experts prévoient toutefois que dans un proche avenir, il y aura une révolution des probiotiques. « Nous pouvons concevoir et tester des probiotiques bien plus efficaces », assure Jennifer Wargo.

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Coupée du monde : au cœur de l’hiver antarctique, la vie d’une hivernante

Par : National Geographic — 22 septembre 2026 à 18:24

Le bateau avait mis dix-huit jours pour venir de Paris, dont onze passés immobile, pris dans la banquise, à quelques dizaines de kilomètres du but. Début novembre, le printemps austral commençait à peine et la glace tenait encore tout autour du continent, si bien qu'un brise-glace lui-même n'y avançait qu'au prix de longues manœuvres. 

Quand Amandine Barles posa enfin le pied sur l'île des Pétrels, en Terre Adélie, il n'y avait plus une minute à perdre pour commencer sa mission. « C'était le branle-bas de combat. Pour moi, pas de visite de la base, pas le temps de déballer mes affaires. Les oiseaux n'attendent pas ! »

Écologue de formation, elle venait d'être recrutée comme volontaire de service civique par le Centre d'études biologiques de Chizé, un laboratoire du CNRS, et employée par l'Institut polaire français pour récolter, pendant plus d'un an, les données de terrain d'un observatoire ornithologique vieux de soixante ans. « Ma prédécesseure m'a emmenée à Biomar, le bâtiment de biologie marine. Nous avons chargé des pulkas, et nous sommes dirigées vers le Nunatak du bon Docteur, là où niche la colonie de Manchots empereurs, pour effectuer les premières manipulations sur les poussins qui commençaient déjà à être gros à cette période. Ils ont pris la mer un mois plus tard ».

Avant d'être admise et de faire ses valises, il lui avait fallu passer une batterie de tests médicaux et psychologiques. « Au total, on a le droit à 120 kg d'affaires. Sous-vêtements thermiques, maillot de bain, jeux de société, crème solaire, tenues de soirée, gâteaux apéritifs, tampon philatélique… Il vaut mieux ne rien oublier ! »

 

LA PRÉSENCE FRANÇAISE EN ANTARCTIQUE

La France s'était d'abord installée soixante kilomètres plus à l'est. Le 23 janvier 1952, un incendie accidentel ravagea Port-Martin, la première station française de la côte antarctique, ouverte deux ans plus tôt et occupée par onze hivernants. Personne ne fut blessé, mais tout était perdu. Sept des occupants rejoignirent alors une petite annexe située plus à l'ouest, sur l'île des Pétrels, qui avait été bâtie pour observer une colonie de manchots empereurs (Aptenodytes forsteri), pensée pour quatre personnes. Ils y hivernèrent à sept, avec pour figure de proue l'opérateur radio et cinéaste Mario Marret, dont la cabane porte encore le nom. Ils repartirent en janvier 1953, et la Terre Adélie retrouva le calme des terres sans hommes.

Trois ans plus tard, la France choisit à nouveau ce même site pour l'Année géophysique internationale de 1957-1958, qui avait pour but d'avoir une meilleure connaissance des propriétés physiques de la Terre et de ses interactions avec le Soleil. Les préfabriqués métalliques érigés en 1956 reçurent le nom de base antarctique Dumont-d'Urville. Prévus pour vingt personnes et trois ans d'occupation, ils sont toujours debout, et soixante-dix ans plus tard, une partie des installations servent encore.

La première des trois expéditions fut consacrée à la poursuite des observations sur les manchots empereurs, les deux suivantes aux sciences de la Terre. La colonie que les sept hommes de la base Marret étaient venus observer se trouve toujours là, à quelques centaines de mètres des bâtiments.

La base antarctique Dumont-d'Urville occupe aujourd'hui près de cinq mille mètres carrés de bâtiments, à cinq kilomètres du continent. De mars à novembre, une trentaine de personnes y vivent, réparties entre services généraux et services scientifiques ; une centaine de personnes peuvent y séjourner l'été. Le programme d'Amandine Barles n'est que l'un des programmes autorisés. Il existe une dizaine d'abris disséminés sur l'île - ils abritent des capteurs de magnétisme, de sismologie et d'ozone, un marégraphe mesure le niveau de la mer à la minute près, et c'est de là que partent les raids en tracteurs vers la station franco-italienne Concordia, 1 200 kilomètres plus loin sur le plateau.

 

DES SENTINELLES DE L'OCÉAN AUSTRAL

La mission d'Amandine Barles portait un numéro : programme 109, dit Ornithoéco. « Un observatoire à long terme des populations d'oiseaux et de mammifères marins des Terres australes et antarctiques françaises », résume-t-elle. Trente-deux espèces de prédateurs supérieurs y sont suivies sur quatre observatoires, de l'Antarctique jusqu'aux zones subtropicales, certaines depuis plus de soixante ans.

« Ces espèces sont des superprédateurs, situés en bout de chaîne alimentaire. Ils accumulent donc les perturbations qui affectent les écosystèmes dans lesquels ils évoluent, et sont par conséquent des sujets d'études particulièrement intéressants pour quantifier les effets des changements globaux sur l'océan Austral », explique-t-elle.

Neuf espèces lui incombaient dont huit espèces d'oiseaux : le manchot empereur, le manchot Adélie (Pygoscelis adeliae), le pétrel des neiges (Pagodroma nivea), le damier du Cap (Daption capense), le fulmar antarctique (Fulmarus glacialoides), le pétrel géant (Macronectes giganteus), l'océanite de Wilson (Oceanites oceanicus) et le labbe de McCormick (Stercorarius maccormicki), auxquels s'ajoutait le phoque de Weddell (Leptonychotes weddellii). « J'assurais le suivi démographique des populations nicheuses par des dénombrements et des méthodes de suivi individuel, notamment par le baguage des oiseaux », détaille-t-elle. « Nous avons aussi étudié certains comportements chez le manchot empereur, son régime alimentaire ou encore la répartition en mer des oiseaux grâce au déploiement de GPS et de GLS. » Concrètement, il s'agit de recenser les couples reproducteurs, d'identifier les adultes par la lecture des bagues, de déterminer les dates de ponte puis d'éclosion, de baguer les poussins, et enfin de quantifier leur capacité d'envol. Trois cents poussins de manchots empereurs au maximum peuvent être manipulés chaque saison.

Cette espèce est la seule à se reproduire en plein hiver antarctique, le mâle couvant l'unique œuf posé sur ses pattes pendant plusieurs mois de jeûne, tandis que la femelle part se nourrir en mer. Les poussins éclosent au cœur de l'hiver et ne prennent la mer qu'en décembre, une fois leur plumage imperméable acquis. Tout ce calendrier repose sur la banquise côtière, cette glace fixée au rivage ou à des icebergs échoués. Si elle se disloque trop tôt, les poussins tombent à l'eau sans savoir nager.

« Tous ces protocoles sont répétés à l'identique d'année en année à des dates précises, afin de pouvoir analyser les variations observées au cours du temps et les relier aux conditions environnementales », précise l'écologue. Le suivi des empereurs de Pointe-Géologie remonte aux années 1960, celui des pétrels des neiges à 1963, « ce qui fait de ce suivi par le baguage l'un des plus anciens au monde ».

La colonie est ainsi la seule au monde à disposer d'une série démographique ininterrompue sur un demi-siècle. « La colonie de manchots empereurs de Dumont-d'Urville a subi un fort déclin entre 1975 et 1982, passant d'environ 6 000 couples reproducteurs à moins de 3 000. Ce nombre s'est stabilisé jusqu'au début des années 2000. Depuis lors il augmente modérément », rapporte Amandine Barles. « Durant mon hivernage en juin 2025, j'ai compté environ 5 200 couples reproducteurs, soit l'effectif le plus important depuis 1975. »

Dans un contexte de réchauffement climatique, cette augmentation de taille de population peut s'expliquer par un meilleur succès reproducteur dû à une réduction de la distance à l'eau libre en hiver, au moment de l'élevage des poussins. « Cependant, le réchauffement des eaux impacte la productivité primaire des océans et par ce biais réduit la survie des adultes. D'après les derniers modèles, la population est vouée, à terme, à décliner. 

L'Union internationale pour la conservation de la nature a d'ailleurs fait passer le manchot empereur, le 9 avril 2026, de la catégorie « quasi menacé » à « en danger » sur sa liste rouge, en s'appuyant sur des projections annonçant une population divisée par deux d'ici les années 2080.

Les balises, elles, ont retracé des trajets presque impossibles à observer directement en dehors de la saison de reproduction. « Les fulmars antarctiques de Terre Adélie se déplacent vers l'ouest durant l'hiver et s'alimentent principalement dans la zone du front polaire, alors que les damiers du Cap se concentrent près des côtes de la Nouvelle-Zélande, de la Tasmanie et de Macquarie. Les pétrels des neiges restent quant à eux plus au sud, dans la zone de banquise et de glace de mer », rapporte-t-elle. « Ces données sont précieuses pour identifier les zones à enjeux de conservation pour ces espèces d'oiseaux marins. »

 

LE SYNDROME D'HIVERNAGE

« La proximité et l'isolement rendent les relations humaines très fortes et intenses. Les émotions peuvent être décuplées et il est parfois difficile de prendre du recul et de se rappeler qu'il existe une vie au-delà de notre base, de notre petit cercle fermé de co-hivernants. Il faut composer avec toutes sortes de situations et de personnalités, composer avec ses propres émotions, aussi. Être là pour les gens qu'on apprécie et rester bienveillant avec ceux que l'on aime moins. On apprend à se connaître vraiment les uns les autres, indépendamment de ce que l'on a pu être et vivre jusqu'alors. Il n'y a que le présent qui compte. »

Baisse de moral, sommeil perturbé, émotions amplifiées, intolérance au bruit sont regroupés sous le terme de syndrome mental d'hivernage, que les hivernants ont raccourci à leur usage. « Quand ça n'allait pas trop, on avait l'habitude de dire qu'on était syndromed », s'amuse l'écologue.

Les saisons jouent aussi sur l'état de santé des hivernants. « J'avais énormément d'énergie durant l'été, quand il ne faisait jamais nuit. Je pouvais me coucher très tard et enchaîner des journées de travail en me levant tôt le matin. Et au contraire l'hiver la fatigue était grande, même en dormant beaucoup, et avec une activité réduite. » Le manque de produits frais et de lumière naturelle finit par créer des carences en vitamines C et D.

Sans oublier le froid, qui régit le quotidien. « Le corps ne devient pas plus résistant avec l'exposition. Au contraire, l'accumulation de microlésions rendrait le corps plus fragile peu à peu. En revanche, on s'habitue à la sensation de froid et on le tolère plus facilement. Ça fait partie du quotidien d'avoir froid, de ne plus sentir des doigts au bout d'un certain temps passé dehors, d'essayer de faire revenir du sang dans ses membres, de rentrer et d'avoir des onglées. »

Avant la Terre Adélie, Amandine Barles avait surtout travaillé avec d'autres écologues. « La récolte des données sur le terrain serait impossible sans l'appui quasi quotidien de manipeurs pour nous assister », souligne-t-elle. Sur l'île des Pétrels, un plombier, un médecin, un menuisier, des cuisinières, des prévisionnistes météo, des mécaniciens, un chimiste, un informaticien, des militaires et des électriciens se sont relayés pour l'accompagner sur le terrain, sans quoi rien n'aurait pu être compté ni bagué. À la base antarctique Dumont d'Urville, « la science est l'affaire de tous », conclut-elle.

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Le mythe de la fondation de Rome, entre fables et incertitudes historiques

Par : National Geographic — 28 septembre 2026 à 17:23

Il est assez rare pour une ville de voir le jour à la suite d’un authentique événement fondateur. La plupart du temps, il s’agit d’un conquérant qui décide de créer une ville qui porte son nom. C'était notamment le cas d'Alexandre le Grand, auquel nous devons une vingtaine de villes fondées au 4e siècle avant notre ère. Pour Rome, comme pour Athènes, l'histoire est différente, leur naissance résulterait plutôt du synœcisme : l'agrégation progressive de villages voisins qui, poussés par un besoin militaire et commercial, choisissent finalement de se fondre en une seule communauté guidée par un monarque. Cela dit, les légendes de la fondation de Rome sont bien plus captivantes.

Les lignes les plus sages à ce sujet nous viennent de l'historien romain Tite-Live, dans la préface de son œuvre monumentale Ab Urbe Condita (L'Histoire de Rome depuis sa fondation) : « Les faits qui ont précédé ou accompagné la fondation de Rome se présentent embellis par les fictions de la poésie, plutôt qu'appuyés sur le témoignage irrécusable de l'histoire : je ne veux pas plus les affirmer que les contester. On pardonne à l'antiquité cette intervention des dieux dans les choses humaines, qui imprime à la naissance des villes un caractère plus auguste. Or, s'il est permis à un peuple de rendre son origine plus sacrée, en la rapportant aux dieux, certes c'est au peuple romain ; et quand il veut faire du dieu Mars le père du fondateur de Rome et le sien, sa gloire dans les armes est assez grande pour que l'univers le souffre, comme il a souffert sa domination. »

Les premiers à avoir exprimé leur scepticisme vis-à-vis des légendes entourant la naissance de Rome étaient en fait les historiens grecs et romains, ceux-là mêmes qui nous ont transmis ces récits. Ces érudits vivaient à une époque où l'écrivain pouvait s'inspirer de la multitude de légendes orales qui avaient germé pour justifier et glorifier le pouvoir conquis par Rome au fil des siècles.

Si l'on souhaite reconstruire l'histoire de la fondation de la ville, nous devons précisément partir de cette mythologie pour comparer les divers récits parvenus à nos oreilles et ainsi discerner la vérité dans le tissu folklorique, qui semble nous suggérer une sorte de guerre civile entre deux frères, Romulus et Rémus, jadis unis dans leur quête de justice pour leur famille.

 

NAISSANCE D'UN MYTHE

Même si elle fait référence à des événements survenus près de trois siècles plus tôt, l'histoire de Romulus et Rémus aurait commencé à circuler au 1er siècle avant notre ère dans les cercles grecs impressionnés par l'extraordinaire ascension de celle qui, il n'y a pas si longtemps, n'était encore qu'une ville sans éclat nichée sur les berges du Tibre. À l'époque, la rumeur attribuait sa fondation à un certain Rhomos, connu sous le nom de Romulus pour les Romains. Pendant un siècle, les deux personnages ont coexisté puis, au fil du temps, Romulus est devenu le grand-père de Rhomos dans les récits. La transformation s'est achevée à nouveau un siècle plus tard : Rhomos avait disparu de la légende pour céder sa place à Rémus, le frère jumeau de Romulus. Selon Plutarque, philosophe et historien grec des 1er et 2e siècles, auteur d'une biographie de Romulus, la première personne à avoir assemblé un récit cohérent de l'histoire de Rhomos et de ses descendants fut Dioclès de Péparèthe au 3e siècle avant notre ère, suivi par l'un de ses contemporains, Quintus Fabius Pictor, dont seuls quelques fragments de l'œuvre, les Annales, ont traversé les âges.

Quant à l'existence des jumeaux et leur histoire tumultueuse, le plus ancien témoignage dont nous disposons est un ensemble de statues représentant une louve qui allaite deux nourrissons. Ces statues ont été érigées en 296 avant notre ère, pendant la guerre des samnites, pour commémorer la nomination de deux frères, Quintus et Gnaeus Ogulnius Gallus, au poste d'édile, les magistrats de la Rome antique.

La création des deux personnages Romulus et Rémus s'est donc déroulée dans un contexte culturel grec. Il était donc inévitable de retrouver dans ces légendes des références aux dieux de l'Olympe et à un événement légendaire de la période pré-classique, la guerre de Troie. Sous le règne de l'empereur Auguste, plusieurs auteurs ont tenté de reconstituer la saga épique, allant de Marcus Terentius Varro, dit Varron, dont l'ouvrage historique Antiquitates rerum humanarum et divinarum est aujourd'hui perdu ; à Denys d'Halicarnasse, avec ses Antiquités romaines, dont seul le premier des neuf livres nous est parvenu ; et enfin Tite-Live, dont 35 des 142 volumes de l'œuvre Ab Urbe Condita, qui signifie en latin « depuis la fondation de la Ville », ont été intégralement préservés. Les dix premiers volumes de l'historien romain, qui a vécu à l'aube du premier siècle, relatent un récit cohérent de la légende entourant la fondation de Rome. Varron est souvent crédité de la proposition d'une date officielle pour la fondation de la ville, ou urbs en latin : le 21 avril 753 avant notre ère, date de l'affrontement final entre Romulus et Rémus. Cette date a été calculée en attribuant 35 ans de règne à chacun des sept rois de Rome avant l'établissement de la République en 509 avant notre ère, toujours selon le savant romain. D'autres auteurs proposent différents calculs, mais c'est en général la chronologie de Varron qui fait foi.

 

DES ANCÊTRES TROYENS

Tout a commencé avec Énée, l'un des héros de la guerre de Troie qui aurait fui la cité en flammes avec son père Anchise sur les épaules et son fils Ascagne, ou Iule (Jules), à ses côtés. Sa fuite remonte à 1184 avant notre ère, soit plus de quatre siècles avant le mythe de Romulus et Rémus, mais le temps des légendes s'écoule à la hâte… ou ne s'écoule pas. Lorsque l'empereur Auguste a confié à l'illustre poète Virgile la tâche de composer une œuvre célébrant les origines de la gens Iulia et la restauration augustéenne, l'écrivain a rédigé les chroniques des errances du héros troyen, de façon similaire à celles d'Ulysse. À la fin de son odyssée, Énée aurait accosté sur les rivages de l'Italie où il aurait affronté les peuples natifs d'une région correspondant au Latium. Après avoir fait la paix avec ces derniers, il aurait scellé le pacte par son mariage avec Lavinia, la fille du roi Latinus, et par la fondation d'une nouvelle colonie, Lavinium. La légende se poursuit avec les exploits d'Ascagne, ou d'Iule, ou des deux, car l'histoire ne permet pas d'affirmer s'il s'agissait de la même personne ou des deux fils d'Énée, l'un né de Creusée à Troie et l'autre de Lavinia au Latium. Toujours est-il que trente ans plus tard, Ascagne (ou Iule) aurait donc fondé sa propre cité, Albe la Longue, située à proximité de l'actuelle ville de Castel Gandolfo, même si là encore les historiens et les archéologues ne sont pas en mesure de déterminer précisément son emplacement.

Quoi qu'il en soit, le fils d'Énée aurait fondé une longue dynastie qui s'est étalée sur une multitude de générations. Quelques siècles plus tard, le onzième ou douzième descendant d'Ascagne, Proca, imagine un stratagème aussi curieux qu'illusoire pour diviser le règne de son royaume entre ses deux fils. Il lègue au premier, Numitor, le royaume et au second, Amulius, le trésor royal. Si un royaume ne vaut rien sans argent, l'argent peut en revanche acheter un royaume. Le stratagème a donc inévitablement conduit à la guerre civile que Proca avait si désespérément tenté d'éviter. Amulius est parvenu à s'emparer du trône, reléguant son frère à un rôle secondaire. Pour se protéger d'une éventuelle menace dynastique, Amulius décide d'assassiner le fils de son frère, Lausus, et de forcer sa nièce, Rhéa Silvia, à se faire vestale, la condamnant ainsi à la chasteté.

 

DESCENDANTS DE MARS

Les vestales faisaient vœu de chasteté pendant trente ans, trente longues années durant lesquelles ces prêtresses entretenaient le foyer public du temple de Vesta, déesse romaine de la famille et de la maison. À en croire Tite-Live, le plan d'Amulius ne se passe pas comme prévu. Clamant une union avec le dieu Mars, Rhéa Silvia donne naissance à des jumeaux. Certaines versions suggèrent qu'elle aurait été victime d'un viol. Selon Tite-Live, « ni les dieux ni les hommes ne peuvent soustraire la mère et les enfants à la cruauté du roi ». L'histoire raconte que, dans un accès de colère, Amulius aurait décidé de tuer sa nièce pour son crime odieux, celui d’avoir brisé le vœu de chasteté des vestales.

La punition était une pratique bien établie dans la République romaine, mais certainement pas du temps d'Amulius et de Numitor. Selon la légende, le roi finit par céder aux supplications de sa propre fille et fait emprisonner Rhéa Silvia. Il ordonne ensuite de noyer les jumeaux, mais les bourreaux qu'il désigne échouent à leur mission en se contentant de placer les nourrissons dans un panier abandonné à la dérive sur les eaux laissées par le Tibre lors d'une crue récente. Cette image est une scène récurrente de l'antiquité qui symbolise la divine protection et la prédestination. Avant les jumeaux, Moïse et Sargon d'Akkad avaient connu un sort similaire.

Là encore, les enfants survivent, après que le panier eut calmement fini sa course au pied du légendaire Ficus Ruminalis. D'après certains auteurs, ce figuier aurait reçu son nom en référence aux animaux qui ruminaient sous son feuillage ; d'autres indiquent que le nom provient de ruma, la « mamelle » en latin, ce qui aurait également inspiré le prénom des jumeaux. Situé au pied du mont Palatin, l'arbre a servi de décor à l'histoire de la louve qui s'est approchée des enfants pour les allaiter. Plus tard, l'animal aurait emmené les jumeaux dans la grotte du Lupercal, où ils auraient également été surveillés par un pic vert, l'oiseau sacré de Mars, leur divin géniteur.

Témoins de la scène, les bergers des environs l'interprètent comme un présage des dieux. Parmi eux se trouve Faustulus, un porcher au service d'Amulius qui décide de prendre les enfants pour les confier à sa femme, Acca Larentia. En racontant cette version, Tite-Live indique que le mythe de la louve pourrait être une métaphore dissimulant le véritable rôle de cette femme, une prostituée. À Rome, les travailleuses du sexe installées dans les lupanars étaient connues sous le nom de lupae, ou louves.

Une autre version, rapportée par Denys d'Halicarnasse, suggère que les jumeaux auraient été confiés à Faustulus par Numitor en personne. D'après cette source, Numitor aurait en fait remplacé les fils de Rhéa Silvia par d'autres enfants afin de tromper Amulius qui avait ordonné leur mort.

Quelle que soit la version, Romulus et Rémus ont grandi pour devenir des hommes forts et courageux, connus pour leurs raids dans les villages voisins, une activité fréquente dans la vie des villages du Latium à l'époque. Ils étaient souvent en première ligne des affrontements qui opposaient les bergers loyaux à Amulius aux fidèles de Numitor, qui se disputaient tantôt des terres, tantôt du bétail. Un jour, Rémus est pris au piège et capturé par les hommes de Numitor. Alors que les bergers sont censés amener le prisonnier devant Amulius pour son jugement, le roi décide de le renvoyer à Numitor pour recevoir sa punition. Numitor décide toutefois de saisir l'occasion pour en apprendre plus sur les origines du jeune homme. Selon Plutarque, Rémus aurait partagé le peu qu'il connaissait de sa propre histoire avec ces mots : « Je ne te cèlerai rien, car tu me parais plus digne de régner qu’Amulius. Tu écoutes du moins, et tu juges, avant de punir : lui, il livre, sans les juger, les accusés au supplice. »

 

LA REPRISE DE ROME

Bien qu'encore incertain de l'identité du jeune homme, Numitor reconnaît en lui un esprit déterminé capable de contribuer à la reprise de son royaume. Parallèlement, après avoir assemblé une armée de bergers, d'esclaves et de fugitifs pour secourir son frère, Romulus décide d'approcher Numitor. Avec sa confirmation du récit de Rémus, Romulus aide Numitor à mettre sur pied un plan d'attaque. Le roi déchu finit par reconnaître ses petits-fils qui s'apprêtent à entreprendre le plus prestigieux des raids en son nom : attaquer la forteresse d'Amulius. Cependant, Amulius avait déjà soutiré la vérité à Faustulus et essayé en vain de faire arrêter Numitor et les jumeaux. Imperturbables, les jeunes hommes mènent leur modeste armée en bataille. Leurs manœuvres coordonnées ont raison de l'ennemi, ils s'emparent du palais royal, exécutent l'usurpateur, remettent leur grand-père sur le trône et libèrent leur mère qui était toujours prisonnière.

Si une version représente Numitor comme le sauveur des jumeaux dès leur naissance, une autre suggère que le roi déchu aurait intentionnellement provoqué le conflit entre les bergers pour orchestrer la rébellion menée par ses petits-enfants. Ainsi, l'une de ces histoires prête à Numitor le rôle de simple conseiller et l'autre celui de fin stratège qui aurait organisé dans l'ombre sa propre vengeance.

Quoi qu'il en soit, les deux jeunes hommes n'avaient aucun intérêt à attendre le décès de leur grand-père pour hériter de son trône. En outre, les habitants d'Albe la Longue ne voyaient pas d’un bon œil la masse turbulente réunie par les deux frères pour renverser Amulius. Parallèlement, Romulus et Rémus avaient acquis une réputation de héros et ils étaient nombreux à se dire prêts à les suivre, séduits par la perspective de généreux pillages, de foyers plus cossus que leur actuelle cahute et de terres propices à la culture ou à l'élevage. Dans l'interprétation de la légende où Numitor est présenté comme le deus ex machina, il aurait fondé une colonie et envoyé ses petits-fils la gouverner avec le soutien des indésirables d'Albe la Longue et des environs. Autre théorie, le scénario pourrait également concorder avec une pratique courante à l'époque, celle de dépêcher ici et là des groupes de jeunes villageois pour établir de nouvelles colonies pendant la belle saison.

 

UN ROI UNIQUE

C'est à partir de là que les ennuis commencent. Au Latium, il n'existait pas de dyarchie comme à Sparte, il ne pouvait donc y avoir qu'un seul roi. « Ils étaient jumeaux, et la prérogative de l'âge ne pouvait décider entre eux » de celui qui hériterait de la couronne, nous explique Tite-Live. Il fallait donc s'en remettre aux dieux, s'ensuit alors une scène animée et flamboyante qui masque probablement la guerre civile inévitable qui éclate entre les deux prétendants au trône, revendiquant tous deux des droits égaux. Selon la tradition, la décision est confiée aux augures, l'interprétation des présages fondée sur l'observation des oiseaux, l'un des moyens les plus répandus de discerner la volonté divine. D'après une autre version, c'est Numitor lui-même qui établit la prophétie après avoir été consulté par les jumeaux pour régler leur différend. Dans les deux cas, chacun des deux frères se retire alors sur la colline où il souhaite fonder sa cité : Romulus choisit le Palatin et Rémus l'Aventin. Rémus fait creuser un sillon à la charrue dans le sol par l'augure, l'interprète des présages divins, afin de matérialiser la frontière sacrée dans laquelle les présages doivent être observés. Le premier à apercevoir les oiseaux, une volée de six vautours, est Rémus, qui célèbre déjà sa victoire lorsque Romulus aperçoit à son tour douze oiseaux. Une nouvelle dispute éclate alors pour savoir lequel des deux frères vient d’être désigné roi par les dieux : celui auquel les oiseaux se sont présentés en premier ou celui qui en a vu le plus.

Certains auteurs de l'antiquité avancent même que Romulus aurait menti sur le nombre d'oiseaux qu'il avait aperçu, ou c'est du moins ce que pensait Rémus. Denys d'Halicarnasse raconte que Romulus aurait tenté de tromper son frère en l'appelant au mont Palatin pour lui annoncer qu'il avait vu les vautours en premier. En chemin pour rejoindre son frère, Rémus croise six vautours. Douze oiseaux apparaissent au moment même où il demande à Romulus combien il en avait réellement aperçu et Romulus affirme que c'était précisément ces oiseaux-là qu'il avait vus plus tôt. Les factions des deux jumeaux se livrent alors un combat sans merci et c'est dans la mêlée qui s'ensuit que Rémus passe de vie à trépas.

Dans une autre version de l'histoire, également reprise par Tite-Live et, avec de légères variations, par Denys d'Halicarnasse, la mort de Rémus est attribuée à sa propre instigation. Rémus aurait ainsi enjambé le fossé creusé par son frère pour marquer la frontière de sa cité, ou simplement le sillon tracé à la charrue dans le sol, et Romulus n'aurait pas hésité à le tuer, avant de déclarer : « Ainsi périsse quiconque franchira mes murailles. » Néanmoins, d'autres sources citent le contremaître de Romulus, un certain Celer, comme assassin de Rémus, et la rapidité avec laquelle il aurait ensuite fui à Étrurie serait à l'origine du concept même de vitesse, en donnant naissance aux termes « célérité », « accélérer », issus du latin celer. Pendant le conflit, probablement une guerre civile, comme le suggère plus clairement Denys d'Halicarnasse, Faustulus aurait également trouvé la mort après avoir essayé d'amener les deux frères à faire la paix.

Après avoir enterré son frère sur la colline de l'Aventin, Romulus était libre d'achever les fortifications du mont Palatin, le cœur même de la cité qui aujourd'hui encore porte son nom. Peu importe qu'il s'y soit consacré immédiatement ou, comme le suggère Denys, après une longue période de deuil dont il n'a pu échapper qu'avec l'aide d'Acca Larentia.

 

AUTRES ORIGINES DE ROME

Voilà donc l'histoire des origines de la Ville éternelle la plus largement acceptée, celle qui a éclipsé toutes les autres par sa nature épique et son abondance d'épreuves et de rivalités. Néanmoins, Plutarque et avant lui Denys d'Halicarnasse ont tous deux fait état d'autres légendes qui circulaient à leur époque, d'après lesquelles le nom de la Ville éternelle ne proviendrait pas de Romulus mais d'une réfugiée troyenne, une femme du nom de Roma, qui aurait persuadé les siens de s'établir sur la côte du Latium. Elle aurait même convaincu les femmes de brûler les bateaux pour empêcher les hommes de reprendre la mer. Selon Denys d'Halicarnasse, Roma aurait épousé Latinus et porté Romulus et Rémus, qui auraient ensuite baptisé la cité en l'honneur de leur mère. Le nom pourrait aussi dériver de rhome, un mot utilisé par les Pélasges, un peuple autochtone de la mer Égée et conquérant du Latium, pour exprimer le concept de « force ».

Plutarque recense également diverses traditions affirmant que Romulus et Rémus étaient en fait les fils ou petits-fils d'Énée. Une autre histoire relate l'enlèvement des Sabines par Romulus et ses soldats pour accroître le nombre de femmes à Rome. Le plus étrange des récits relie les origines des jumeaux à la cruauté du roi Tarquin d'Albe la Longue, qui aurait aperçu le fantôme d'un phallus géant émerger d'une cheminée de son palais. Selon le récit livré par Plutarque de la curieuse interprétation, une prophétie affirmait que la vierge qui s'unirait à cette entité porterait un fils illustre, « renommé pour sa vertu, sa fortune et sa force. » Le roi ordonna alors à sa propre fille de s'offrir au fantôme, mais celle-ci préféra céder le prétendu honneur à sa femme de chambre. Averti du fait, Tarquin était sur le point d'exécuter les deux femmes lorsque la déesse Vesta intervint. Les femmes furent alors enfermées chez elles et condamnées à tisser une tapisserie qu'elles ne pourraient jamais terminer, puisque la déesse défaisait chaque nuit leur travail. À ce stade, l'histoire rejoint les autres versions : à la naissance des jumeaux, le roi les arracha à leur mère avec l'ordre de les tuer, mais un homme les abandonna sur les berges du Tibre, une louve les recueillit en leur offrant la possibilité d'un jour se venger du roi Tarquin.

Bien que la légende de Romulus et Rémus ait traversé les siècles, l'histoire et l'archéologie peinent à fournir des preuves concrètes de leur existence. Le succès et la longévité d'un peuple, d'une civilisation ou d'un personnage donnent inévitablement lieu à des légendes, façonnées de manière à instiller dans leurs origines une idée de prédestination et à légitimer leur droit à la domination et à la gloire. Le phénomène se révèle particulièrement vrai pour des entités politiques comme Rome, qui a survécu à une multitude d'incarnations : monarchie, république, principauté, Empire romain, Empire Byzantin sur plus de deux millénaires, de 753 avant notre ère, lorsque les Assyro-Babyloniens régnaient sur l'Orient, à 1453, année de la chute de Constantinople.

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Le corset, une mode victorienne qui contraint toujours le corps des femmes

Par : National Geographic — 25 septembre 2026 à 11:27

En 2014, dans un épisode de RuPaul’s Drag Race, la juge Michelle Visage mesurait du regard la robe à paillettes sans bretelles d’Adore Delano. « T’es serrée à la taille ? », demande la juge, manifestement mécontente, remarquant la laxité du corsage de sa tenue. La caméra se déporte alors vers la taille fine et au naturel d’Adore Delano. « Non, répond la candidate, je suis gaulée comme un pourceau [hog body en version originale] », dit-elle en se référant à sa silhouette naturelle, loin des proportions exagérées qu’un corset produirait. L’expression est aussitôt devenue un incontournable du vocabulaire de Drag Race signifiant l’inverse du mot snatched, autre terme populaire dans l’émission, issu de la culture des ballrooms des années 1980 et 1990, qui désigne une silhouette impeccable, régulière et en huit. Dans les premières saisons de l’émission, les juges manifestaient peu d’enthousiasme vis-à-vis des tailles laissées au naturel et des queens qui évitaient le rembourrage au niveau des hanches.

Depuis que Drag Race a popularisé le terme snatched, le concept a suivi son propre chemin. En Amérique du Nord, le marché des vêtements gainants est en plein essor, avec des ventes qui devraient dépasser les 11 milliards d’euros en 2033. Dans la seconde moitié des années 2000, des célébrités comme Kim Kardashian ont ravivé la popularité de la robe bandage d’Hervé Léger. Au début des années 2010, l’ère du bodycon battait son plein et a créé une demande en sous-vêtements ajustés et galbants susceptibles de créer l’illusion d’une taille de guêpe. Mais même lorsque les robes moulantes sont passées de mode, l’intérêt pour les vêtements gainants est demeuré. En 2019, Kim Kardashian a lancé sa propre ligne de vêtements gainants, SKIMS, aujourd’hui valorisée à près de 3,5 milliards d’euros. Récemment, la mode de la compression a migré de la taille vers le visage avec des produits comme le « jaw bra » de SKIMS (littéralement le « soutien-gorge de mâchoire ») qui promettent de sculpter le corps de la tête aux pieds, même si les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous.

Mais notre obsession culturelle pour le modelage du corps date de plusieurs siècles. Le fait de garder un visage et un corps fermes par le biais de moyens socialement acceptables, comme l’exercice physique, les sous-vêtements de maintien, voire la chirurgie esthétique lorsqu’elle est discrète et de bon goût, est depuis longtemps un symbole à la fois de respect de soi et de respectabilité. L’idée qu’une femme bien élevée doive modifier son corps au moyen d’un corset remonte au 16e siècle, époque à laquelle il était de coutume, pour les femmes et les filles de l’aristocratie, comme Catherine de Médicis ou encore Élisabeth Ire, de porter des corps à baleines ou « bodies ». Dans toute l’Europe et dans les Amériques, les corsets remplissaient maintes fonctions. Il existait des corsets pour corriger la posture des enfants, des corsets pour maintenir le corps lors de travaux physiques, des corsets modifiés pour les femmes enceintes ou allaitantes, et même des corsets pour les militaires et les dandys du début du 19e siècle. En 1745, un Suisse s’étant rendu en Angleterre remarqua que même à la campagne « tout le monde portait le corset ». En effet, en Angleterre notamment, un corset lâche était vu comme le signe de mœurs relâchées.

Comme l’observe Valerie Steele dans son livre The Corset: A Cultural History, les corsets étaient symboles de « statut social, de discipline personnelle, de sens artistique, de respectabilité, de beauté, de jeunesse et d’attrait érotique ». Pour les femmes de la haute société, il était crucial d’afficher ses traits pour montrer son rang. Pour les femmes des classes populaires, l’imitation des élites devenait un moyen de tenter d’accéder à la mobilité sociale, que ce soit par le mariage ou par l’emploi.

Même lorsque les corsets passèrent de mode dans les années 1920, le fait d’avoir une présentation soignée, ciselée, snatched donc, a conservé son importance. Pour y parvenir, on surveillait son alimentation, on faisait de l’exercice et l’on recourait à d’autres techniques de modelage du corps, comme les vêtements gainants ou la chirurgie esthétique. Mais si ces standards ont longtemps été socialement imposés, on jugeait toutefois artificielles, dangereuses et ostentatoires les modifications excessives du corps, par exemple par un laçage trop serré ; sans parler des procédures modernes telles que la liposuccion, les liftings ou les injections. L’histoire du snatching est à double tranchant : d’un côté, celles qui ne portaient pas de corset étaient vues comme débauchées et négligées, et de l’autre, celles dont le corset était trop serré – qui modifiaient leur corps de manière trop manifeste – étaient vues comme superficielles et vaniteuses.

 

LES « FEMMES RIDICULES » QUI SERRAIENT TROP LEUR CORSET

L’image la plus durable que nous ayons de la corseterie est celle de la taille de guêpe corsetée à l’extrême, source de nombreuses controverses. Selon Rebecca Gibson, maîtresse de conférences en anthropologie à l’Université du Commonwealth de Virginie et autrice de The Corseted Skeleton: A Bioarcheology of Binding, l’indignation et l’affolement du public autour du corsetage excessif était un phénomène victorien et ciblait les personnes, la plupart du temps des femmes (parfois des hommes), qui poussaient « trop loin » la pratique courante de la modification corporelle par la corseterie. Tandis qu’un corset standard pouvait réduire la taille de 2,5 à 5 centimètres, ce qui avait pour effet de réduire le tour de taille naturel au fil du temps, un processus que Rebecca Gibson compare au port d’appareils dentaires ; le laçage extrême contraignait les tailles à prendre des dimensions on ne peut moins naturelles. Des critiques dénonçaient ces tailles de guêpe artificielles et affirmaient en avoir vu certaines mesurant à peine 38 à 41 centimètres. Dès 1848, un numéro de l’hebdomadaire The Family Herald, mettait en garde : « Les femmes devraient avoir un tour de taille de 69 à 74 centimètres […], des milliers se corsètent jusqu’à atteindre 53 centimètres, et certaines moins de cinquante. »

Dans la seconde moitié du 19e siècle, les adeptes du corsetage extrême furent les « bad girls » de leur époque. On les voyait alors soit comme des écervelées prêtes à mutiler leurs corps pour suivre la mode, soit comme des femmes dangereuses resserrant leur taille pour le plaisir sexuel, ou bien les deux à la fois. Valerie Steele écrit que « la littérature anti-corsets était semblable de par son ton et son argumentation aux diatribes sur les effets terribles de la masturbation et de la boisson ». L’indignation contre les femmes qui pratiquaient le corsetage extrême provenait de tous les côtés : des auteurs conservateurs effrayés par les personnes exprimant leur agentivité sexuelle à travers leurs vêtements autant que des réformatrices vestimentaires féministes exigeant des tenues plus égalitaires pour les femmes.

De 1867 à 1874, The Englishwoman’s Domestic Magazine publia plus de 150 lettres sur le sujet du corsetage extrême, à la fois en défense et en opposition à cette pratique. Selon Valerie Steele, bon nombre de ces lettres étaient en fait de la pornographie à peine voilée, avec des auteurs anonymes décrivant des rencontres sadomasochistes dans des écoles de laçage. Les rédactrices de ces lettres, qui affirmaient dans leur vaste majorité être des adolescentes, décrivaient comment on les avait envoyées dans des écoles de laçage à Londres, Paris ou encore Vienne en guise de punition pour avoir été trop turbulentes. Sur place, elles affirmaient avoir été corsetées de force par des directeurs et des maîtresses. Bien que ces écoles aient, selon les historiens, été purement fictives, les lettres de ce type circulaient largement dans les périodiques respectables de l’époque, prétendument lus par des lectrices elles-mêmes corsetées. La fascination pour le corsetage extrême et sa fétichisation soulignent la manière dont la modification excessive du corps pouvait à la fois être une source de divertissement et une limite de ce qui était acceptable culturellement.

Certaines femmes acquirent une grande renommée pour leur tour de taille délibérément exagéré. Polaire, artiste de cabaret française et l’une des premières stars du cinéma, devint un phénomène international, notamment en raison de sa taille de guêpe. À l’apogée de sa carrière, à la fin du 19e siècle, elle se corsetait tant que sa taille atteignait tout juste 40 centimètres et il n’était pas rare qu’on la présente comme une sorte de curiosité pour attirer les foules. Mais même si le laçage extrême était une « pratique associée aux classes populaires », ainsi que l’écrit David Kunzel dans Fashion and Fetishism, les photographes victoriens avaient régulièrement recours à des techniques de retouche et à des illusions d’optique pour donner aux modèles la taille de guêpe popularisée par Polaire. Dans un numéro de Photography Annual daté de 1865, le photographe S. Herbert Fry expliquait qu’il utilisait des techniques de retouche pour créer « la taille exagérée d’une dame dont le tour n’était que de 46 centimètres ».

La taille de guêpe, et la peine que certaines se donnent pour l’atteindre, demeure à la fois une source de mépris et d’admiration. En 2019, lors du Met Gala, Kim Kardashian a fait les gros titres pour sa silhouette spectaculaire en forme de huit dans une robe Thierry Mugler couleur chair ornée de gouttes de cristal. Sa taille fine a suscité à la fois colère et envie sur les réseaux sociaux ; certains se sont même inquiétés qu’elle se soit fait retirer des côtes pour obtenir ce résultat. Mais sa taille ultra-modelée était due à un corset sur mesure réalisé par le célèbre corsetier Mr. Pearl (il a fallu trois personnes pour que Kim Kardashian puisse enfiler le corset et elle aurait même pris des « cours de respiration avec corset »).

Une grande partie des réactions à sa tenue avaient un ton victorien. Plusieurs médias ont souligné son « anxiété » face au port du corset. « Kim Kardashian déplore la douleur causée par sa robe lors du Met Gala », titrait l’un d’eux. De même, en 1887, le critique beauté Henry T. Finck se plaignit du fait que « la seule satisfaction qu’une femme peut tirer d’une taille de guêpe est la jalousie d’autres femmes ridicules ». Les réformatrices vestimentaires de l’époque partageaient ce point de vue, plaidant pour l’abolition, ou du moins l’assouplissement, du port des corsets. Leur opposition faisait d’elles des alliées inattendues de prétendus hommes de science qui croyaient que les corsets éloignaient les femmes de leur état maternel « naturel » :

« Cela n’est plus une métaphore de dire que [la femme] est dressed to kill [littéralement « habillée pour tuer », c’est-à-dire « tirée à quatre épingles »]. Votre père ou votre époux pourraient-ils vivre dans vos vêtements ? », écrivait en 1873 la critique de la féminité domestique Elizabeth Stuart Phelps. « Pourrait-il mener ses affaires et subvenir aux besoins de sa famille dans vos corsets ? »

Bien qu’opposés sur la plupart des sujets ayant trait aux femmes, les partisans des rôles de genre traditionnels, comme le phrénologue américain O.S. Fowler, s’opposaient également au corset. « Cela pervertit le caractère féminin, détourne son charme pur en un amas d’apparences artificielles, physiquement et mentalement, laissant désolé le cœur de l’homme faute d’avoir une véritable femme à aimer et pour qui vivre ; il profane même le temple de la chasteté féminine », écrivait O.S. Fowler en 1870.

Mais selon Rebecca Gibson, la plupart des critiques n’étaient pas aussi extrêmes dans leurs positions sur le corset que les réformatrices vestimentaires ou que ceux qui accusaient le corset de faire des femmes qui donnaient des formes artificielles à leur corps des menteuses. « Dans la société occidentale, nous aimons trouver des façons de punir les femmes pour des décisions qui sont influencées par la culture et presque inévitables si elles veulent conserver leur pouvoir et leur popularité au sein de leur propre milieu », explique Rebecca Gibson.

Tout au long des 18e et 19e siècles, la littérature et l’art moquèrent les femmes aux corsages extrêmes. Une illustration de 1777 intitulée Tight-Lacing figure une femme âgée et laide tenant un montant de lit tandis qu’une servante lace son corset et prenant appui du pied contre sa tournure. Une autre illustration, publiée dans en 1879 dans le magazine pour hommes La Vie Parisienne et intitulée Considérations sur le Corset, montre une maîtresse de maison s’appuyant contre une cheminée, tandis que son époux, ses domestiques et même un chien tirent sur les lacets d’un côté, pendant qu’une armée de cupidons tire de l’autre côté. Une illustration de 1898 dépeint un mari et une bonne serrant le corset d’une femme à tel point que celle-ci se fend en deux. Ces caricatures laissaient entendre que les femmes qui pratiquaient le corsetage extrême ne le faisaient pas pour des raisons de respectabilité, mais plutôt pour obtenir l’approbation d’autres femmes ou, pis encore, pour attirer l’attention. Dans The Complete Beauty Book of 1906, Elizabeth Anstruther se remémore ainsi une jeune adepte du corsetage extrême qu’elle affirmait avoir aperçue dans un célèbre café :

« La fille, dont la taille devait naturellement faire cinquante centimètres, avait réduit celle-ci à un tour qui paraissait ne pas en dépasser trente mais en faisait probablement quarante. L’effet était si grotesque que l’on riait de façon audible sur son passage. »

 

DES CORSETS À LA CHIRURGIE ESTHÉTIQUE

Les ourlets plus courts et les tailles plus amples des années 1920, conjugués aux progrès des matériaux utilisés pour les gaines et les sous-vêtements, entraînèrent le déclin du corset, du moins en ce qui concerne son port quotidien, mais le désir d’avoir une silhouette sculptée demeurait. La médecine se professionnalisant et la chirurgie esthétique devenant un domaine à part entière, la modification corporelle se transposa au bloc opératoire, les chirurgiens promettaient une apparence sculptée de la tête aux pieds.

Au début du 20e siècle, les médecins vantaient les mérites de la cire de paraffine pour corriger l’affaissement de la cloison nasale, l’un des effets de la syphilis, une maladie courante jusque dans les années 1940, lorsque l’on a découvert que la pénicilline constituait un remède efficace. On injectait de la paraffine liquide dans le creux des nez atteints, donnant aux patients le même aspect repulpé que promettent aujourd’hui les injections de collagène. Bien qu’éphémères en tant que mode en raison de la tendance de la paraffine à migrer quand elle est exposée à la lumière du soleil, ces injections furent également vantées pour leur capacité à lisser les rides et ridules, ce qui éveilla l’intérêt du public. Après des progrès rapides et décisifs dans le traitement de l’apparence des visages mutilés pendant la Première Guerre mondiale, des médecins, américains notamment, rapportèrent ces innovations chez eux, et mirent au point les premières chirurgies esthétiques, bien souvent des rhinoplasties et des liftings. À mesure que se répandait cette nouvelle forme de modification corporelle, des voix critiques s’élevèrent pour dénoncer celles et ceux, mais surtout celles, qui allaient trop loin.

« Je suis simplement folle de joie », confiait au New York Times en 1920 une Parisienne venue à New York pour un lifting bien qu’elle fût quelque peu inquiète pour son visage fraîchement retendu. « Je n’ose sourire, concède-t-elle. Cela ferait revenir les rides. » Le Times invoque aussi Hamlet, rappelant que la raison « méprise ceux qui, s’étant vu donner un visage par Dieu, s’en font un autre ».

Tout au long du 20e siècle, les débats sur la moralité, les implications féministes et la portée culturelle de la chirurgie esthétique devaient faire passer les querelles de la fin de l’ère victorienne sur le corsetage extrême pour désuètes. Les premiers chirurgiens esthétiques avancèrent que les hommes blessés au combat auraient besoin de chirurgie pour trouver un emploi. Les artistes s’y intéressèrent vite également, espérant qu’une retouche physique leur faciliterait l’accès à certains rôles, notamment en ce qui concerne les actrices vieillissantes. Bientôt, des personnes de tous les horizons soutinrent qu’un visage plus jeune pouvait favoriser leur carrière ou leur mariage, bien que la stigmatisation entourant la chirurgie esthétique à visée rajeunissante perdure. À la fin des années 1990 et dans les années 2000, des célébrités soupçonnées d’avoir modifié leur visage par la chirurgie faisaient la Une des magazines. « Chirurgie esthétique : et alors ? » pouvait-on lire en 2004 sur une couverture du magazine Jane où figurait Meg Ryan.

Et effectivement, cela ne laissait pas indifférent : plus les produits injectables et les produits de comblement devenaient abordables, plus l’idéal du visage sculpté gagna les classes moyennes. Selon la Société américaine des chirurgiens esthétiques, ses membres affiliés ont réalisé 25,4 millions de procédures cosmétiques « minimalement invasives » en 2023, un nombre en augmentation de 9 % par rapport à l’année précédente. Les stars de télé-réalité et les influenceuses sont devenus les « bad girls » des procédures cosmétiques en restructurant leurs visages aussi volontairement que leurs tailles et en prouvant par là-même que des empires valant des milliards de dollars pouvaient se bâtir sur des modifications corporelles.

Comme l’observe Victoria Pitts dans In The Flesh, une histoire contemporaine des modifications corporelles, « les corps humains sont entièrement façonnés et transformés par les pratiques culturelles ». Cependant, quand elles sont subies par des femmes, ces procédures sont souvent vues comme des formes genrées d’automutilation jusqu’à ce qu’elles soient plus largement acceptées. Ce seuil semble avoir été atteint en ce qui concerne le visage saturé d’injections qui caractérise la période récente. Dans des vidéos virales, célébrités et influenceuses expliquent quels actes chirurgicaux elles ont subis, et n’ont pas subis, tandis que d’autres racontent avoir fait inverser des procédures chirurgicales.

Michelle Visage elle-même, autrefois peu enthousiasmée par les candidats de Drag Race boudant le look « snatched », anime aujourd’hui une émission intitulée Botched Presents: Plastic Surgery Rewind, où les participants sont accompagnés dans le processus d’inversion de procédures passées. Le snatching a de nouveau changé de sens. L’heure n’est plus au canon de beauté complètement sanglé, mais aux silhouettes redessinées, plus naturelles en apparence. La promesse du « jaw bra » de SKIMS repose sur une approche justement plus naturelle du snatching : un remodelage chez soi en portant les mêmes vêtements de compression utilisés après un acte de chirurgie esthétique pour réduire les gonflements, mais sans la douleur et les coûts de l’acte lui-même.

« Il y a quelques années, c’était “plus c’est gros, mieux c’est”. De plus grosses lèvres, de plus grosses fesses, de plus grosses poitrines », explique David Rosenberg, chirurgien esthétique chez Rosenberg Plastics, à Beverly Hills, en Californie. « Aujourd’hui, j’entends le mot “snatched” tout le temps. Les patientes veulent des seins plus petits et plus naturels, des lèvres plus douces et une silhouette plus harmonieuse. On ne donne plus dans le “Regardez-moi”, mais plutôt dans le “Elle a simplement l’air comme ça au réveil”. »

Peut-être que ce nouveau look épuré et plus sculpté est une réaction au passé récent où les joues, les lèvres et les fesses généreuses étaient de rigueur. Rebecca Gibson observe que ces changements ont tendance à être cycliques, avec des vagues suivies de retours de bâton : « La mode elle-même suit généralement un cycle de dix ans. Vous avez un retour de bâton et ensuite un retour de bâton au retour de bâton. Je pense que nous sommes actuellement confrontés à une réaction aux dix dernières années. » Alors que les modifications corporelles culturellement acceptées reviennent à une beauté sans effort, seul l’avenir dira qui sera pointé du doigt pour être allé trop loin, soit par négligence désinvolte, soit par vanité tapageuse.

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Pourquoi tolère-t-on moins bien l'alcool avec l'âge ?

Par : National Geographic — 25 septembre 2026 à 10:28

Si vous avez remarqué que la consommation d'un ou deux cocktails a plus d'effet aujourd'hui que lorsque vous étiez plus jeune, ce n'est pas votre imagination.

Beaucoup ne réalisent pas que les hommes et les femmes développent une sensibilité croissante et une tolérance réduite à l'alcool à mesure qu'ils vieillissent. Il est important d'y faire attention, car une étude démontre que la consommation d'alcool augmente chez les personnes de soixante-cinq ans ou plus ces dernières années. De plus, la population des personnes âgées augmente rapidement du fait de l'allongement de la durée de vie, note George Koob, neuroscientifique et directeur du National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism. « Il y a beaucoup de personnes qui ne connaissent pas les changements physiologiques liés à l'âge qui conduisent à des taux d’alcool plus élevés et à des altérations plus importantes du comportement et la cognition. »

« Les effets peuvent être furtifs dans le sens où on va souvent penser, Eh bien, je pouvais boire X verres, mais on ne peut pas nécessairement reprendre là où on s'est arrêté car on est plus âgés », explique Michael Weaver, directeur médical du Centre de recherche neurocomportementale sur la toxicomanie de l'Université du Texas Health Science Center à Houston, aux Etats-Unis. « Il y a énormément de changements physiologiques quand on vieillit. »

La vérité, c'est que prendre un verre lorsqu'on a soixante ou soixante-dix ans pourraient avoir l'effet de deux ou trois cocktails.

 

CE QUI SE CACHE DERRIÈRE CETTE TOLÉRANCE RÉDUITE

Alors que l'on vieillit, le corps change. Au cours des décennies, par exemple, la composition du corps d'une personne change. Le pourcentage de graisse dans le corps a tendance à augmenter lorsque l'on vieillit, et ça même si le poids ne change pas et la quantité d'eau dans le corps diminue.

Une étude de 2023 issue du journal Kidney Research and Clinical Practice a mis en exergue que chez les personnes de poids est normal, la quantité d'eau représente 62 % entre trois et dix ans. Suite à cela, la quantité d'eau reste sable chez les hommes et baisse jusqu'à 55 % chez les femmes entre onze et soixante ans. À l'âge de soixante-et-un ans, la quantité d'eau dans le corps diminue pour les deux sexes : jusqu'à 57 % chez les hommes et 50 % chez les femmes.

La réduction de la quantité d'eau dans le corps est significative, car « l'alcool est une substance soluble dans l'eau », explique Alison Moore, directrice de l'Institut Stein pour la recherche sur le vieillissement et du Centre pour le vieillissement en bonne santé de l'université de San Diego. Comme nous avons moins d'eau dans le corps en vieillissant, « si vous buvez la même quantité d'alcool à quatre-vingts ans que ce que vous buviez à trente, votre taux d'alcool sera bien plus élevé » et vous vous sentirez enivré bien plus tôt.

Gardez à l'esprit que les femmes, à n'importe quel âge, sont plus sensibles aux effets de l'alcool car, à poids égal, elles ont moins d'eau dans leur corps que les hommes. Les femmes ont également moins d'enzymes digestives qui contribuent au métabolisme de l'alcool, déclare Moore. Résultat, si un homme et une femme pesant chacun soixante-huit kilos boivent la même quantité d'alcool, la femme aura un niveau d'alcool plus élevé que l'homme. Et bien que ce soit vrai pour n'importe quel âge, ça veut aussi dire que les femmes seront encore plus sensibles aux effets de l'alcool en vieillissant.

Par ailleurs, la capacité des personnes à métaboliser l'alcool change avec l'âge, car l'activité des certaines enzymes, telles que l'alcool déshydrogénase, l'aldéhyde déshydrogénase et le cytochrome P450 2E1 qui traitent l'alcool, diminue avec l'âge, explique Olivera Bogunovic, professeure adjointe de psychiatrie à la Harvard Medical School et directrice médicale du programme ambulatoire sur l'alcool, les drogues et la toxicomanie à l'hôpital McLean.

En conséquences, « les effets de l'alcool s'accumulent plus rapidement et durent plus longtemps », explique Stephen Holt, spécialiste de la médecine des addictions et professeur associé de médecin à la Yale School of Medicine.

Le cerveau devient également plus sensible aux effets de l'alcool lorsque l'on vieillit, déclare Moore. « Cela peut rendre les personnes plus enclines à développer des problèmes de coordination ou d'équilibre », augmenter les risque de chutes. Cela peut aussi affecter votre jugement, le temps de réaction et la capacité à conduire.

Pris ensemble, « tous ces changements physiologiques s'additionnent », déclare Weaver. « C'est un changement progressif au cours de l'âge adulte. »

En d'autres mots, le changement n'est pas brutal. Les changements physiologiques commencent à la quarantaine et s'accentuent nettement à partir de la soixantaine, explique Moore.

 

LE RISQUE DE PRÉJUDICE

On néglige souvent le fait que les adultes les plus âgés prennent souvent plus de médicaments que les plus jeunes, et de nombreusx médicaments sous prescription, y compris certains anticoagulants, sédatifs et traitements du diabète, ainsi que des médicaments en vente libre, comme les analgésiques et les somnifères, peuvent avoir des effets problématiques s'ils sont combinés avec l'alcool.

Ce risque existe surtout avec les médicaments qui sont métabolisés par le foie, explique Holt. « L'alcool peut ralentir le métabolisme des médicaments ou les médicaments peuvent altérer le métabolisme de l'alcool. »

Ces effets pourraient rendre les médicaments plus ou moins efficaces. Ou alors, ils pourraient créer des effets secondaires comme une somnolence accrue ou un risque accru d'hémorragie digestive, précise Moore. Si vous prenez des médicaments, lisez attentivement la notice et demandez conseil à votre médecin ou pharmacien pour savoir si vous devez vous abstenir de boire de l'alcool.

On pensait autrefois qu'une consommation d'alcool modérée était bénéfique pour la santé, mais les experts reconnaissent aujourd'hui qu'une consommation régulière d'alcool peut avoir diverses conséquences néfastes pour la santé. « Elle peut exacerber la dépression, augmenter la tension artérielle et entraîner des troubles du rythme cardiaque », explique Koob.

L'alcool perturbe également le sommeil. Parfois, les gens prennent un digestif pour parvenir à s'endormir. Selon Bogunovic, « souvent, ils ne réalisent pas que l'alcool perturbe le sommeil, ce qui les amène à passer moins de temps en sommeil profond et à avoir un sommeil plus fragmenté ». Cela peut devenir particulièrement problématique avec l'âge quand on sait que l'insomnie et autres troubles du sommeil deviennent plus communs à un âge plus avancé.

Par ailleurs, les risques de développer de nombreuses maladies chroniques augmentent avec l'âge, et la consommation d'alcool peut amplifier certains de ces risques. La consommation régulière d'alcool présente un risque majeur pour les maladies du foie et le cancer de la tête et du cou, et la consommation chronique d'alcool a été associée à une accélération du déclin cognitif lié à l'âge et à l'atrophie du cerveau. Des recherches démontrent que boire ne serait-ce qu'une boisson alcoolisée par jour augmente le risque pour une femme de développer le cancer du sein, en particulier pour les tumeurs à récepteurs d'œstrogènes positifs.

De plus, avec l'âge, on souffre souvent de pathologies telles que l'insuffisance cardiaque, les maladies hépatiques ou rénales, l'apnée obstructive du sommeil ou des maladies pulmonaires, explique Holt, et « lorsque vous ajoutez de l'alcool à ces pathologies, elles deviennent plus dangereuses. »

 

JOUER LA CARTE DE LA SÉCURITÉ

En fin de compte, le calcul risque/plaisir de la consommation d'alcool doit être envisagé au cas par cas, en fonction de votre état de santé actuel, votre consommation de médicaments, parmi d'autres facteurs, affirment les experts. « Je ne pense pas que l'alcool soit mauvais, mais c'est une consommation plus risquée en vieillissant, et il faut faire plus attention », déclare Moore.

Si vous buvez de l'alcool, « assurez-vous de contrôler ce que vous faites », déclare Koob, et « de savoir ce que représente un verre ». En fonction de l'endroit où vous allez et de la personne qui vous sert, une boisson alcoolisée peut paraître différente. Mais la définition d'une « boisson standard » est cohérente : 350 mL de bière, 145 mL de vin ou 14 mL de boisson alcoolisée distillée, comme la vodka, le gin ou la tequila.

La recommandation pour une consommation modérée d'alcool est de deux verres maximum par jour pour les hommes et d'un verre par jour pour les femmes. Compte tenu des changements physiologiques liés à l'âge dans la façon dont les gens réagissent à l'alcool, certains experts estiment que les critères devraient être modifiés pour les adultes plus âgés, peut-être en limitant la consommation à un verre par jour après l'âge de soixante-cinq ans.

Lorsque vous buvez, essayez de prendre un repas ou une collation avant de prendre un cocktail ou de boire un verre de vin avec un repas, ce qui ralentira l'absorption de l'alcool, explique Weaver. Veillez également à boire beaucoup d'eau ou des boissons non-alcoolisées, peut-être en les alternant avec les boissons non-alcoolisées, afin de rester hydraté.

« Le fait d'être entouré d'amis et de membres de la famille est très important lorsque l'on prend de l'âge », explique Holt. « Faites simplement attention lorsque vous essayez de continuer à boire avec des amis plus jeunes et des membres de la famille. »

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Une faille juridique a permis aux femmes du New Jersey de voter un siècle avant le droit de vote

Par : National Geographic — 24 septembre 2026 à 11:36

Le 10 octobre 1797, les journaux nord-américains rapportèrent les résultats de ce qui aurait pu être considéré comme une élection ordinaire dans le New Jersey, à une exception près : des femmes avaient voté aux côtés des hommes.

« Dans le comté d’Essex », écrivait le New London Bee, « trois candidats à la législature de l’État du New Jersey ont été élus malgré une violente opposition des deux sexes. À Elizabethtown, les dames fédéralistes, jeunes filles comme matrones, partisanes de la démocrate [Mary] Wollstonecraft et de son essai Défense des droits de la femme, sont sorties soutenir leur candidate et soixante-quinze d'entre elles ont déposé un bulletin dans l'urne. »

De fait, aux États-Unis, les femmes pouvaient voter, mais seulement dans certains endroits et pendant un certain temps, bien avant la ratification, en 1920, du 19ᵉ amendement à la Constitution des États-Unis, qui ouvrit le droit de vote aux femmes au niveau fédéral. Il en allait de même pour les personnes de couleur, dans certains lieux, à certaines époques, bien avant l’adoption du 15ᵉ amendement en 1870. Dans un premier temps, chaque État établissait ses propres lois électorales, avec un ensemble changeant d’exigences liées au lieu de résidence, à la couleur de la peau, au genre, à l’état civil, à la propriété, à la religion, et plus encore. Si vous étiez un homme blanc, riche, protestant et citoyen, vous aviez pratiquement la garantie de pouvoir voter partout. Mais pour les autres, les règles étaient fluctuentes.

Entre 1776 et 1789, par exemple, seuls trois États, la Virginie, la Caroline du Sud et la Géorgie, exigeaient que les électeurs soient blancs. Quatre autres - le Connecticut, le Delaware, le New Jersey et le Rhode Island - ne précisaient pas le genre des votants. En 1789, un cinquième, la Géorgie, les rejoignit. Cependant, il semble que ces règles ne précisaient pas le genre simplement parce que leurs rédacteurs supposaient que tous les électeurs seraient des hommes. À notre connaissance, les femmes ne votèrent pas dans ces États. 

Puis, en 1790, le New Jersey apporta un petit mais radical changement aux pronoms employés dans sa constitution : on pouvait y lire que « nul individu ne pourra voter dans un autre canton ou district que celui où il ou elle réside effectivement au moment de l’élection ». L’État reconnut ainsi, intentionnellement et explicitement, le droit de vote des femmes.

 

LE DIABLE EST DANS LES DÉTAILS

Un obstacle demeurait. Presque tous les États du pays au 18ᵉ siècle exigeaient que les électeurs soient propriétaires ou s'acquittent d’impôts. Cette condition excluait presque toutes les femmes, même dans les États qui ne leur interdisaient pas explicitement de voter, car à cette époque, la plupart des femmes mariées ne pouvaient pas posséder de biens à leur nom. Presque tout ce qu’elles apportaient à leur mariage devenait la propriété de leur époux.

En 1797, une légère révision de la formulation des règles prévalant dans le New Jersey concernant les droits de propriété ouvrit cette porte : les propriétaires n’avaient plus besoin d’une « propriété franche » (clear estate), c’est-à-dire d’une possession entièrement reconnue, exigence qui avait jusque-là exclu de nombreuses épouses et veuves. Cette année-là, des femmes du New Jersey se rendirent aux urnes (leur nombre exact est difficile à déterminer), y compris lors des élections des grands électeurs. L’année suivante, les femmes se mobilisèrent à nouveau pour tenter (sans succès) d’empêcher l’élection d’un candidat républicain. Les journaux les ridiculisèrent, et ils le firent même en vers : « Bien que renforcées par la bande des jupons, La véritable vaillance républicaine, elles ne purent lui résister, Et de leurs désastres nous chanterons triomphants, Car la faction des jupons est une chose dangereuse. »

À mesure que la vie politique devenait plus polarisée dans la jeune démocratie américaine, les décideurs politiques cherchèrent à façonner le corps électoral à leur avantage, une pratique qui perdure encore aujourd’hui. En 1807, le New Jersey révisa sa constitution pour restreindre le vote aux contribuables blancs de sexe masculin. Ce jour-là, les femmes cessèrent de voter partout aux États-Unis. Elles allaient devoir mener une longue lutte pour reconquérir ce droit, une lutte qui ne fut finalement remportée qu’au 20ᵉ siècle, en 1920.

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Cette bague a-t-elle appartenu à Ponce Pilate ?

Par : National Geographic — 23 septembre 2026 à 09:03

En 2018, une bague mise au jour voilà déjà quelques décennies dans le palais fortifié d’Hérodion a commencé à provoquer des remous dans les médias. Un nettoyage de la bague a révélé l’image d’un récipient ainsi que des lettres grecques formant le mot « ΠIΛATO » (Pilato), un nom romain surtout connu pour être celui de Ponce Pilate, célèbre préfet romain de Judée qui condamna à mort Jésus de Nazareth. De là l’hypothèse suivante : peut-être cette bague du premier siècle de notre ère avait-elle appartenu à l’administrateur romain lui-même ?

Dès le départ, les chercheurs se sont opposés sur la question. Pour le dire simplement, la bague était de facture assez médiocre et la formulation de l’inscription très inhabituelle. Il était difficile de croire qu’un préfet romain fortuné l’ait jamais portée. Pourtant, ce nom latin était peu courant en Judée, et la bague a été découverte dans un centre administratif romain au sein d’une forteresse militaire. La question n’a jamais été tranchée et a peu à peu été laissée de côté.

Désormais professeure à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), Catherine Bonesho présente une nouvelle solution dans un article publié ce mois-ci dans la revue Palestine Exploration Quarterly. Selon elle, la bague aurait pu appartenir à un ouvrier subalterne de l’administration romaine, possiblement réduit en esclavage, qui se serait servi de la bague pour marquer des biens destinés à Pilate, pour authentifier des communications et pour officialiser des ventes.

 

UNE BAGUE POUR PILATE ?

Le problème initial que pose l’hypothèse d’un lien entre la bague et Pilate est la qualité de l’objet. La bague est composée d’un alliage de cuivre bon marché, le type de métal utilisé dans la fabrication des bagues de sceau destinées aux artisans de condition modeste et aux affranchis, et l’ouvrage est loin d’être soigné. L’analyse initiale a conclu qu’elle n’avait « pas été fabriquée par un maître forgeron ». En outre, m’explique Catherine Bonesho, le récipient représenté au centre de la bague ressemble aux cratères en calice figurant sur d’autres objets juifs des premiers et deuxième siècles. Cela suggère, ajoute-t-elle, que la bague a été fabriquée localement. Dans l’ensemble, elle semble trop rudimentaire pour avoir été portée par une personne du rang social de Pilate.

Puis vient le problème de l’inscription en grec. Trois lettres figurent de chaque côté du récipient figurant au centre de la bague. Lues dans le sens horaire, elles forment le mot ΠIΛATO. Normalement, le nom latin Pilatus, traduit en grec, devrait donner Pilatos, ou peut-être Pilatou, pour signifier « appartenant à Pilate ». Ce sont les formes grammaticales habituelles que l’on retrouve sur les bagues de sceau ou sur les cachets. Cette graphie n’apparaît nulle part ailleurs et, de ce fait, les chercheurs sont restés perplexes. 

Devant ces éléments déroutants, les chercheurs ont émis l’hypothèse que l’inscription devrait peut-être être lue comme deux mots abréviés plutôt que comme un unique mot. Trois reconstructions différentes ont été proposées mais toutes aboutissent à des expressions très rares et les exemples qui peuvent leur être assimilés proviennent d’époques différentes. Aucune de ces hypothèses ne permet d’expliquer comment la bague s’est retrouvée à Hérodion.

Pour déchiffrer l’inscription de la bague, Catherine Bonesho renvoie à une troisième option. Selon elle, il faudrait la lire au datif et lui donner le sens de « pour / à Pilate ». Si l’on n’a pas pris cette hypothèse au sérieux plus tôt c’est que la forme dative devrait s’orthographier ΠIΛATΩ avec un oméga long (Ω), tandis que cette inscription donne à lire ΠIΛATO avec un omicron court (O). Selon Catherine Bonesho, il s’agirait d’une faute dans la translittération grecque du datif latin, une erreur apparemment très fréquente à cette époque. Le latin était encore une langue émergente utilisée principalement par les membres de l’administration et de l’armée romaines, tandis que le grec était largement parlé dans toute la Judée. Comme l’explique Catherine Bonesho, la translittération du latin en grec était importante, car « cela augmentait les chances que quelqu’un comprenne l’inscription une fois apposée sur un objet ». On trouve de nombreux autres exemples de cela dans des inscriptions datant du premier siècle à Jérusalem.

Cependant, des études portant sur le bilinguisme de cette période montrent que les formes des lettres latines s’immisçaient dans l’écriture grecque. Ainsi, la personne qui a translittéré le « o » latin dans ce cas-ci est peut-être partie du principe qu’il fallait l’écrire comme l’omicron grec.

Si l’inscription sur la bague signifie « pour / à Pilate », alors se pose la question de l’identité de son propriétaire et de son utilité. Ici, Catherine Bonesho se tourne vers le site où l’on a découvert la bague. Au premier siècle de notre ère, Hérodion, palais fortifié situé à 14 kilomètres au sud de Jérusalem était un site administratif romain. Dans son livre Class and Power in Roman Palestine, Anthony Keddie, historien du christianisme primitif de l’Université du Texas, montre que les sites qui étaient proches de Jérusalem, comme Hérodion, étaient chargés d’une part importante du travail administratif. Catherine Bonesho ajoute que de nombreux éléments attestent de l’utilisation par des administrateurs de bagues de sceau pour authentifier des lettres et des documents officiels. Selon elle, cette bague était peut-être utilisée pour marquer des biens destinés à (ou provenant de) Pilate.

Puisque la bague a été découverte dans un centre administratif romain, qu’il y figure une inscription latine translittérée et le nom Pilate, historiquement et administrativement important, Catherine Bonesho pense que celle-ci était utilisée par « un employé subalterne participant à la gestion de cette province romaine pour le compte de Pilate ». Elle ajoute que l’utilisateur de la bague pourrait ne pas avoir été directement employé par Pilate, ni l’avoir jamais rencontré, mais qu’il participait à l’administration de la région tout entière. Il est probable, ajoute-t-elle, que cette personne anonyme ait compté parmi les nombreux esclaves sur lesquels reposait la machine bureaucratique romaine.

D’autres chercheurs trouvent convaincants les arguments de Catherine Bonesho. Jeremiah Coogan, historien de l’École de théologie jésuite de l’Université de Santa Clara, en Californie, qualifie l’hypothèse de « pénétrante » et reconnaît que « l’examen fait par [Catherine] Bonesho des éléments témoignant du fonctionnement quotidien des finances et de l’administration dans la Palestine romaine nous aide à ne plus nous focaliser uniquement sur “Pilate” lui-même et à nous intéresser à toutes les personnes, souvent réduites en esclavage, qui travaillaient en son nom ». La bague n’a peut-être pas appartenu à Pilate mais elle offre un éclairage sur son administration.

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La génétique explique-t-elle votre résistance à l’alcool ?

Par : National Geographic — 22 septembre 2026 à 14:21

Lorsque des amis me proposent de les accompagner dans un bar, ils savent que je ne finirai même pas un demi de bière. Ce n’est pas que je n’aime pas le goût de la bière : c’est simplement qu’une telle quantité suffit à provoquer chez moi une forte sensation d’ivresse. Si j'en buvais davantage, la pièce commencerait à tourner. Pendant ce temps, eux enchaînent une dégustation complète de bières et se sentent parfaitement bien.

Il s’avère que ma faible tolérance à l’alcool est probablement dictée par mes gènes. Les scientifiques savent depuis longtemps que la consommation excessive d’alcool comporte une forte composante héréditaire. Mais ces dernières années, ils ont mieux identifié certains des nombreux gènes impliqués et compris comment certaines de ces voies génétiques influencent plus particulièrement notre cerveau.

Ces recherches ont d’importantes implications pour comprendre pourquoi certaines personnes sont davantage susceptibles de développer un trouble lié à la consommation d’alcool, l’alcoolodépendance, tandis que d’autres semblent quasiment en être protégées.

Des études menées sur des jumeaux suggèrent qu'environ 50 % du risque de développer un trouble lié à la consommation d'alcool est d'origine génétique. « Cela rend d’autant plus frappante la quantité de culpabilité et de stigmatisation que nous faisons peser sur les personnes souffrant d’addictions », souligne Stephen Holt, spécialiste en médecine des addictions à la Yale School of Medicine. À mesure que le rôle de gènes spécifiques est mieux compris, de nouvelles cibles thérapeutiques peuvent être identifiées afin de mettre au point de futurs traitements.

Cette compréhension plus fine de l'aspect génétique de la consommation d’alcool intervient alors que de nombreuses études montrent que l’alcool peut être nocif, même lorsqu’il est consommé en quantités modérées.

À l’inverse, les personnes génétiquement prédisposées à résister à l’attrait de l’alcool tendent également à jouir d’une meilleure santé globale, ce qui suggère que les bénéfices associés à certains de ces gènes pourraient aller bien au-delà d’une moindre consommation d’alcool.

 

NOS GÈNES INFLUENCENT LES EFFETS DE L’ALCOOL SUR LE CERVEAU

Au cours des années 1980, les scientifiques ont découvert que les personnes ayant des antécédents familiaux d’abus d’alcool et dont les effets moteurs de l’alcool apparaissent plus tardivement après avoir bu peuvent consommer des quantités importantes d’alcool, augmentant ainsi leur propre risque d’abus. Cela est logique, car une personne qui boit une bière et peut à peine marcher aura moins tendance à boire qu’une personne qui se sent très bien après deux pintes de bière, explique David Rossi, neuroscientifique et chercheur spécialisé dans l’alcool à l’université d’État de Washington.

Peu après la première gorgée, l’alcool commence à pénétrer dans le sang jusqu'à atteindre le cerveau à des vitesses similaires chez tout le monde. Nos réactions dépendent donc de « la manière dont les cellules y répondent et du fait qu’elles y répondent », et les gènes jouent un rôle important dans ces réactions, explique David Rossi. Plus d’une centaine de gènes seraient impliqués, et les chercheurs tentent encore de comprendre comment chacun d’eux influence le cerveau, principalement dans le cadre d'études expérimentales chez l'animal.

L’année dernière, des chercheurs travaillant sur le poisson-zèbre ont découvert qu’un gène appelé CHRNA3 pourrait être un régulateur majeur de la sensibilité à l’alcool. Parce qu'il fait partie des gènes dits des récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine, il avait déjà été associé à la dépendance aux substances dans différentes études.

Les chercheurs ont placé des poissons dans un aquarium dont l’eau était mélangée à de l’alcool, et ceux-ci ont rapidement commencé à ressentir ses effets relaxants. Après un certain temps, les poissons possédant une version normale du gène CHRNA3 ont choisi de rejoindre un bassin contenant uniquement de l’eau. Mais ceux porteurs de la mutation ressentaient les effets de l’alcool plus lentement et continuaient à en consommer plus longtemps.

Selon Ajay Mathuru, neuroscientifique à l’Université nationale de Singapour qui a dirigé cette recherche, ces poissons « ne semblaient pas recevoir les mêmes signaux d’alerte leur indiquant d’arrêter ». Au lieu de quoi, précise l’étude, ils adoptaient un comportement plus « grégaire » en nageant dans leur environnement.

Cette recherche a été menée sur des animaux de laboratoire, mais « si un phénomène similaire se produit chez l’être humain, certaines versions de ce gène auraient pour résultat qu’une personne ressent moins fortement les effets d’une même quantité d’alcool et boit donc davantage pour atteindre un effet que d’autres ressentent plus rapidement », souligne Ajay Mathuru.

 

LE CERVELET JOUE UN RÔLE CLÉ

Il s’avère que le cervelet, situé dans la partie inférieure de l’arrière du crâne, constitue un lieu clé pour ce type de réponse. Cette région est depuis longtemps associée au contrôle moteur, raison pour laquelle les forces de l’ordre vérifient l’alcoolémie en demandant à une personne de toucher son nez ou de marcher en ligne droite.

Mais grâce aux analyses génétiques et à d’autres travaux, les scientifiques ont compris qu’il joue un rôle bien plus large. Il y a environ dix ans, des études menées sur des rongeurs dans le laboratoire de Rossi ont révélé l’influence génétique derrière la réponse du cervelet à l’alcool.

Les recherches reposaient sur deux lignées de souris consanguines : l’une présentant une faible tolérance à l’alcool, l’autre une tolérance élevée. Lorsque les souris les moins tolérantes consommaient de l’alcool, les signaux de certains neurones du cervelet étaient atténués, accélérant les troubles de la coordination. Mais lorsque les souris les plus résistantes à l’alcool en consommaient, ces mêmes cellules étaient au contraire stimulées, ce qui augmentait potentiellement la sensation de plaisir. Leurs différences génétiques déterminaient la réaction observable.

Ces résultats ont mis en évidence la complexité des interactions génétiques lorsque les neurones du cervelet sont exposés à l’alcool. L’équipe de Rossi cherche désormais à identifier précisément les gènes impliqués, probablement dix ou davantage, et à déterminer dans quelle mesure ce mécanisme est similaire chez les humains.

Selon Stephen Holt, l’identification de ces gènes pourrait permettre de repérer des cibles thérapeutiques pour de futurs traitements des addictions, capables de supprimer la sensation d’euphorie que certaines personnes ressentent après avoir bu.

 

LES GÈNES QUI DÉTERMINENT LA TOLÉRANCE À L’ALCOOL

Au-delà du cerveau, un autre ensemble de gènes détermine la quantité d’alcool qu’une personne peut consommer avant de ressentir des effets physiques délétaires provoqués par la dégradation de l'alcool par le foie. La première étape de ce processus métabolique produit de l’acétaldéhyde, une substance toxique pour de nombreuses cellules.

Lorsque suffisamment d’acétaldéhyde circule dans le sang, les personnes ressentent des nausées ou des vertiges, leur peau rougit ou leur humeur se dégrade. Par la suite, cette molécule est transformée en acétate, une substance inoffensive que l’organisme élimine.

On sait depuis longtemps que certaines variantes des gènes ALDH2 ou ADH1B accélèrent cette première étape de dégradation, chez certaines personnes après seulement quelques gorgées. Cette variante est plus fréquente chez les personnes d’origine japonaise, coréenne ou chinoise, qui sont donc moins susceptibles de développer un trouble lié à l’usage de l’alcool. Une réaction comparable, bien que moins marquée, est observée chez certains Juifs ashkénazes.

« En pratique, vous disposez d’une fenêtre beaucoup plus réduite entre ce qui procure du plaisir et ce qui provoque de l’inconfort », explique Susan Luczak, psychologue à l’université de Californie du Sud qui étudie ces gènes. « Une seule mutation génétique peut avoir des conséquences fonctionnelles très importantes. »

 

L’ENVIRONNEMENT COMPTE AUSSI

Les gènes liés à l’alcool, bien entendu, ne sont qu'une partie de l'histoire. Les personnes porteuses d’autres gènes les prédisposant au trouble de stress post-traumatique ou à l’anxiété sociale peuvent également être davantage enclines à boire. Des facteurs sociaux, comme l’appartenance à des groupes sociaux au lycée puis à l’université, peuvent eux aussi neutraliser certaines prédispositions génétiques.

Par exemple, même lorsque des étudiants américano-asiatiques possèdent la variante problématique de l’allèle ALDH2, ils peuvent malgré tout augmenter leur consommation d’alcool pendant leurs études, et certains développent par la suite un trouble lié à l’usage de l’alcool à l’âge adulte. « Ce ne sont pas seulement les gènes qui comptent, mais les effets cumulés de l’environnement », insiste Susan Luczak.

D’autres facteurs environnementaux ont au contraire un effet protecteur contre l’abus d’alcool, quelles que soient les prédispositions génétiques. Les chercheurs ont notamment constaté que disposer d’un solide cercle d’amis peut jouer ce rôle, peut-être parce que cela réduit le sentiment de solitude qui pousse certaines personnes à se tourner vers l’alcool. Le processus est donc manifestement plus complexe que l’idée selon laquelle « l’addiction est inscrite dans vos gènes », souligne Mathuru.

Certaines variantes génétiques « peuvent rendre certaines personnes plus vulnérables en atténuant les signaux d’alerte naturels de l’organisme, tandis que l’environnement et les circonstances façonnent tout le reste ». 

Quant à moi, mes gènes, quelles que soient les variantes qu’ils contiennent, m’empêchent généralement de trop boire. Ils me permettent aussi de faire de sérieuses économies.

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Lipœdème : pourquoi cette maladie reste si mal comprise

Par : National Geographic — 21 septembre 2026 à 18:20

Pendant des années, les personnes atteintes de lipœdème ont eu du mal à comprendre l’accumulation disproportionnée de graisse dans leurs jambes, souvent accompagnée de douleurs, de sensibilité et d’ecchymoses rapides. Ces douleurs étaient soit mal diagnostiquées, soit tout simplement ignorées.

Le lipœdème, une affection chronique caractérisée par une accumulation symétrique de tissu adipeux principalement dans les jambes, a été décrit pour la première fois dans les années 1940, mais elle commence seulement à être largement reconnue.

Ces dernières années, la mobilisation des patientes a contribué à susciter un intérêt croissant pour ces maux longtemps ignorés. Selon certaines estimations, le lipœdème pourrait concerner jusqu’à 12 % des femmes, même si sa prévalence réelle reste inconnue. L’Organisation mondiale de la santé a introduit un code diagnostique spécifique au lipœdème en 2019, dans le cadre d’une classification internationale entrée en vigueur en 2022. 

Alors que les chercheurs s’efforcent de répondre à la demande croissante des patientes, nombre d'entre elles utilisent les réseaux sociaux pour partager leur expérience et recueillir des conseils. 

 

QUE SAIT-ON DU LIPŒDÈME ?

Au niveau le plus fondamental, le lipœdème se caractérise par une accumulation disproportionnée de tissu adipeux sous la peau, principalement dans les jambes et parfois dans les bras ainsi que la partie inférieure du tronc.

Bien que la maladie soit considérée comme progressive, elle ne s’aggrave pas systématiquement avec le temps, comme l'explique Vincenza Cifarelli, professeure adjointe à la faculté de médecine de l’université Saint Louis.

En raison de son apparence, le lipœdème est souvent confondu avec des maladies telles que le lymphœdème et l’obésité. 

Le lymphœdème correspond à un gonflement provoqué par une altération du drainage de la lymphe, le liquide qui circule dans le système lymphatique. Le lipœdème touche généralement les deux côtés du corps de manière symétrique, avec une accumulation disproportionnée de graisse qui épargne le plus souvent les mains et les pieds. Le lipœdème peut également coexister avec l’obésité, ce qui complique encore davantage le diagnostic.

Les chercheurs s’accordent sur le fait qu’il n’existe pas une cause unique au lipœdème. Bien que la maladie ait tendance à être plus fréquente dans certaines familles, aucun gène n’a encore été identifié comme responsable de la maladie. D’autres facteurs physiologiques semblent également intervenir. Des dysfonctionnements vasculaires, notamment des vaisseaux fragiles et perméables, semblent contribuer au gonflement caractéristique du lipœdème. On sait par ailleurs que les symptômes apparaissent souvent lors de transitions hormonales, comme la puberté ou la ménopause. 

Le manque de recherches a laissé d’importantes zones d’ombre dans la compréhension du lipœdème ainsi que dans la prise en charge des patientes. Jusqu’à il y a peu, la plupart des critères diagnostiques et des recommandations de soins reposaient sur des données anciennes qui ne tenaient pas compte de l’expérience vécue par les personnes concernées.

« Tant de femmes disaient : “Je souffre d’une augmentation incontrôlable de la graisse dans les jambes, de douleurs, d’ecchymoses fréquentes, et je ne sais pas pourquoi” », explique Rachelle Crescenzi, professeure associée de radiologie et d’imagerie médicale à l’université de Virginie. « Et il n’existait aucun endroit où elles pouvaient trouver des réponses. »

Pour les patients en quête d’explications, les réseaux sociaux sont devenus un lieu où partager des expériences et trouver des informations. Mais ces dernières ne sont pas toujours fiables. Rachelle Crescenzi souligne que l’intérêt croissant pour le lipœdème peut également permettre à des solutions non éprouvées et d’autres traitements prétendument efficaces de faire surface. « Nous savons qu’il y aura des acteurs mal intentionnés qui profiteront de l’engouement autour de cette maladie », explique-t-elle, « et nous pensons que cela pourrait constituer un obstacle majeur à l’accès des patientes aux soins dont elles ont réellement besoin. »

 

UN DIAGNOSTIC ENCORE DIFFICILE À POSER

Même si la sensibilisation progresse, trouver un clinicien capable d’identifier de manière fiable un lipœdème demeure difficile. « C’est une maladie difficile à diagnostiquer », explique Thomas Wright, directeur médical du Laser, Lipo and Vein Center et spécialiste de la liposuccion qui reçoit régulièrement des patientes présentant des signes de lipœdème.

En l’absence de test diagnostique objectif - aucun examen sanguin ni aucune IRM ne permettent aujourd’hui de confirmer le diagnostic, Thomas Wright explique qu’il s’appuie sur un examen clinique tenant compte d’un ensemble de symptômes, notamment la sensation de lourdeur, la sensibilité, les gonflements et les accumulations disproportionnées de graisse. « Cela peut avoir des conséquences dévastatrices sur la mobilité et la qualité de vie », explique-t-il.

Même s’il n’existe aucun traitement curatif du lipœdème, certaines approches peuvent être efficaces. Certains cliniciens recommandent d’adopter une alimentation anti-inflammatoire, de rester physiquement actif et de porter des vêtements de compression pour gérer les symptômes au quotidien, bien que les données scientifiques demeurent limitées. Dans les cas les plus sévères, une liposuccion peut être nécessaire.

Le lipœdème « n’est pas simplement un manque de volonté pour perdre du poids », rappelle Cifarelli. « C’est une maladie importante. »

La mobilisation des patientes et les financements de la recherche accordés par des organisations telles que la Lipedema Foundation aident les scientifiques à étudier certaines des questions encore sans réponse.

Rachelle Crescenzi a récemment obtenu un financement des National Institutes of Health, l'agence fédérale américaine responsable de la recherche médicale et biomédicale, pour étudier le lipœdème et d’autres maladies lymphatiques chroniques. Elle développe actuellement des techniques d’IRM destinées à mieux comprendre les niveaux de sodium et la structure des tissus atteints. Ces techniques restent expérimentales et ne sont pas encore utilisées en pratique clinique.

Son équipe a constaté que les niveaux de sodium et de graisse mesurés par IRM diffèrent entre les membres inférieurs des patientes atteintes de lipœdème et ceux de participantes non atteintes mais présentant un indice de masse corporelle comparable.

Les chercheurs tentent désormais de déterminer si ces mesures pourraient, à terme, aider les médecins à diagnostiquer le lipœdème de manière plus fiable. « Le fait que la majorité des recherches originales aient été publiées au cours des cinq dernières années constitue pour moi un très fort indicateur de la direction prise dans ce domaine », explique-t-elle.

Elle espère que de meilleures méthodes de mesure permettront bientôt d’améliorer le diagnostic et les résultats pour les patientes. « Je pense que cela pourrait devenir une réalité au cours des dix prochaines années. »

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Quand l’archéologie nous éclaire sur le handicap

Par : National Geographic — 21 septembre 2026 à 09:38

Il y a tout juste vingt ans, sous la présidence de Jacques Chirac, la loi du 11 février 2005 transformait en profondeur la politique du handicap en France. Elle définit et reconnaît cinq grandes familles de handicaps : moteur, sensoriel, cognitif, psychique et mental, ainsi que les maladies chroniques invalidantes. Connu sous le nom de « loi handicap », ce texte reposait sur quatre priorités : l’accessibilité, le droit à compensation, l’école pour tous et l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap.

En 2022, en France, le nombre d’enfants et d’adultes handicapés âgés de 5 ans ou plus, vivant à domicile ou en établissement, était estimé entre 5,7 et 18,2 millions de personnes, selon la définition retenue. Environ 80 % d'entre eux présentent un handicap invisible. Malgré les efforts déployés, l’intégration des personnes handicapées dans nos sociétés contemporaines demeure en deçà des progrès réalisés dans d’autres domaines.

Depuis une quinzaine d’années, l’archéo-anthropologie s’est emparée de la différence physique comme d’une thématique majeure de recherche, notamment à travers l’exploration de la paléo-pathologie. Bien que cette approche demeure encore peu connue, elle résonne pleinement avec des enjeux contemporains tels que l’inclusion, la place des personnes handicapées dans nos sociétés et le regard porté sur la différence.

 

À LA CROISÉE DE L’ARCHÉOLOGIE ET DE L’ANTHROPOLOGIE

Valérie Delattre, archéo-anthropologue à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), est spécialiste des pratiques funéraires et culturelles de la Protohistoire au Moyen Âge. Il y a une quinzaine d’années, alors qu'elle s’interrogeait sur le sens de son travail, elle rencontre dans un cadre associatif le champion paralympique Ryadh Sallem, amputé des deux jambes. Celui-ci lui demande alors à quoi pouvait ressembler dans le passé la vie quotidienne d’une personne comme lui, en situation de handicap.

Cette question marque un tournant dans la carrière de l’archéo-anthropologue, qui se consacre dès lors à un nouveau champ de recherche : l’archéologie du handicap. Depuis, Valérie Delattre a publié plusieurs ouvrages sur l’histoire du handicap et de la différence, dont Handicap : quand l’archéologie nous éclaire, paru en 2018.

Concrètement, l’archéologie du handicap permet de poser un diagnostic rétrospectif individuel et de caractériser les affections observées. Dans Construire une archéologie éclairée des handicaps, Valérie Delattre précise que le handicap « archéologique » doit être visible sur la partie osseuse et avoir constitué un empêchement pour l’individu. Certains, comme les handicaps psychiques ou mentaux, échappent néanmoins à toute identification par l’archéo-anthropologie. L'étude du passé éclaire également sur les comportements humains face à la vulnérabilité des leurs, et cherche à déterminer si les individus handicapés étaient pris en charge, rejetés, soignés, accompagnés ou appareillés.

La double casquette de Valérie Delattre, à la fois archéologue et anthropologue, est essentielle pour éclairer l’histoire du handicap. D’une part, la spécialiste explique que « l'archéologie funéraire nous permet d'accéder à la composante culturelle : les pratiques funéraires, les objets déposés dans une tombe, les rituels, la liturgie… ». Selon elle, « le monde des morts reflète le monde des vivants » et, à ce titre, l’archéologie funéraire « va permettre de comprendre l’inclusion, l’exclusion ; tous ces thèmes qui sont très contemporains ».

L’anthropologie, quant à elle, englobe la biologie, l’ostéologie et permet, avec l’appui de paléo-pathologues, d’établir et d’interpréter le diagnostic d’une pathologie. En effet, dans son travail, Valérie Delattre a besoin « du diagnostic précis d’un médecin pour pouvoir dire de quelle pathologie il s’agit et si, oui ou non, il y a des séquelles ».

« On travaille aussi maintenant avec des paléogénéticiens et des archéogénéticiens, qui nous aident à étudier des pathogènes non visibles sur l’os », ajoute-t-elle. Les récentes avancées en génétique permettent en effet d’identifier certaines pathologies ne laissant aucune trace osseuse, comme la trisomie 21. Les progrès de l’imagerie médicale, « avec la numérisation en 3D, la tomographie, les scanners, etc. », offrent eux aussi la possibilité de détecter des affections qu’une analyse anthropologique seule ne pourrait révéler.

En archéologie, Valérie Delattre souligne qu’il est impossible de reprendre la définition du handicap proposée par l’OMS, jugée trop récente et inadaptée aux sociétés du passé, « dans la mesure où de très nombreux handicaps ou familles de handicaps sont illisibles archéologiquement ». Avec son équipe, elle a ainsi dû repenser la définition même de la notion de handicap.

« Quelqu’un est handicapé quand il est empêché dans son quotidien », explique la spécialiste. Les chercheurs de l’Inrap ont ainsi défini leurs propres catégories de handicaps, susceptibles de varier selon les époques, et ont retenu cette idée « d’empêchement » afin d’évaluer dans quelle mesure une pathologie pouvait limiter la vie d’un individu. « On n'est pas empêché de la même manière à la Préhistoire que maintenant. Cela dépend des avancées médicales, des avancées technologiques, chirurgicales, etc », précise Valérie Delattre.

 

PRENDRE SOIN DE SES SEMBLABLES

« Plus on [remonte] dans la profondeur du temps, plus c'est stupéfiant de voir comment les groupes et les communautés ont pu gérer des personnes vulnérables, fragiles ou très lourdement handicapées », observe l’archéo-anthropologue. Elle explique se passionner particulièrement pour « tous les appareillages compensatoires, qui sont souvent des bidouillages improbables, et qui sont faits avec les talents et les matériaux de l'époque ».

À ce sujet, Valérie Delattre cite l'exemple d'une prothèse d’avant-bras mise au jour en Meurthe-et-Moselle. Datant de l’époque mérovingienne, elle avait été fixée à un homme adulte auquel les deux mains avaient été amputées. Pour la chercheuse, ce cas illustre « une forme d’appétence pour le soin et l’espoir de guérison ». Ce n’est pas tant l’objet en lui-même qui retient l’attention des archéologues que le témoignage, pour l’époque, d’une volonté de soigner, de soutenir et de redonner une place dans la communauté à ceux qui avaient perdu une part essentielle de leur autonomie. « Cet objet-là, tout simple, qui n’est ni spectaculaire, ni beau au sens esthétique, historique ou muséographique, dit tout et est extrêmement émouvant », souligne la spécialiste.

Cette attention portée aux plus fragiles se retrouve également dans une autre découverte, remontant à plusieurs dizaines de milliers d’années. En 1989, des ossements appartenant à une petite fille atteinte de trisomie, qui avait vécu à l’époque néandertalienne, avaient été mis au jour dans la grotte de la Cova Negra, en Espagne. À l’époque, l’archéologie « ne s’intéressait pas [encore] au handicap, aux soins et à l’incidence que cela pouvait avoir sur le groupe », constate la spécialiste. Ce n’est que récemment que l’imagerie médicale réalisée sur cette collection ostéologique a permis de confirmer la trisomie de cette enfant, notamment grâce à l’analyse d’un petit os de son oreille interne.

La pathologie de l’enfant, impliquant un manque d’autonomie et une attention quotidienne particulière, a amené « les chercheurs, de façon totalement inédite, à s’intéresser à sa place au sein du groupe ainsi qu’à celle de sa mère », explique la chercheuse. Les résultats montrent que « sa mère s'est totalement dédiée à elle, au point que le groupe a dû se réorganiser pour lui laisser le temps d'élever cette petite et [assumer à sa place] toutes les tâches qui lui incombaient probablement ». Ainsi, « cette solidarité pré-humaine s’est mise au service de cette petite vulnérable », expression d’une forme de « paléo-compassion ».

Depuis, « des mots comme inclusion, solidarité, etc, qui ne [relèvent] pas de la science mais de l’humain » ont trouvé leur place dans le champ de la recherche archéologique. « L’anthropologie reprend ici tout son sens », insiste Valérie Delattre. La découverte de cette petite fille a été réexaminée à travers une nouvelle grille de lecture, à la fois interdisciplinaire et tournée vers l’intime : « qui s’en est occupée ? Comment a-t-on fait ? Quel était le lien avec la mère ? ». De telles découvertes, souligne la chercheuse, « en disent long sur les groupes humains », leur organisation, leurs valeurs et la force de leurs liens.

 

ÉCLAIRER NOS ENJEUX CONTEMPORAINS D’INCLUSION

Selon Valérie Delattre, l’archéologie du handicap permet « d’introduire la profondeur du temps : que ce soient des dizaines de millénaires ou des siècles, cela montre que notre 21e siècle n’a rien inventé et que, même s’il se veut inclusif, […] il ne l’est pas tant que ça ». L’étude du passé montre ainsi que l’inclusion n’est pas une idée nouvelle et que des sociétés très anciennes, malgré des moyens techniques limités, savaient déjà intégrer et protéger leurs membres les plus fragiles.

Même si ces sociétés du passé étaient loin d’être idéales, chaque vie y était considérée comme précieuse, quelle qu’elle soit. « La mortalité infantile, avant l’arrivée des vaccins, était colossale. Alors, amener un enfant à l’âge adulte, même un peu [fragilisé], c’était toujours assurer la génération d’après. […] Nous, archéologues, on le voit parce qu’à la Préhistoire, les Hommes réparaient, soignaient leurs semblables. Cela veut dire qu'on voulait laisser [les individus les plus fragile] intégrer le groupe », souligne la chercheuse.

L’analyse historique du handicap nous invite également à nous interroger sur nos propres façons de considérer un groupe humain. « Nos sociétés [actuelles] sont extrêmement clivantes : il faut être beau, grand, jeune, faire une taille 36, et le reste est relégué à la marge. […] Mais ce n’est pas du tout ça, une société. Une société, ce sont des différences, des gens d’âges, de sexes, d’anatomies différents », précise la spécialiste. Selon elle, « le 21e siècle, malgré toute sa prétention à le faire, ne prend pas en compte ces différences » et continue de marginaliser ceux qui ne correspondent pas aux standards dominants. « Je trouve que l'éclairage qu'apporte le passé nous montre nos limites, nos prétentions, nos ratés actuels », ajoute l'archéo-anthropologue. 

« Cela nous invite à être un peu moins arrogants et à éviter de se dire : “super, il y a les Jeux paralympiques tous les quatre ans, c’est génial”, puis, le reste du temps, trouver pénible, par exemple, de devoir sortir une rampe dans le bus pour une personne en fauteuil ».

« Lorsque j’interviens dans des ESAT (Établissements et services d'accompagnement par le travail) ou des IME (Instituts médico-éducatifs), […] je vois toujours beaucoup d’émotions, beaucoup de gratitude à se dire que nos enfants, nos frères, nos sœurs, etc., ne sont pas des "ovnis" dans une époque qui ne s’y intéresse pas, mais des citoyens à part entière, [étudiés] au même titre que les autres. Cela redonne une normalité [...], une manière de se dire “nous aussi, on est comme les autres”, qui fait tant de bien aujourd’hui », conclut Valérie Delattre.

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Magnésium : bienfaits et limites de la supplémentation

Par : National Geographic — 20 septembre 2026 à 19:08

Si vous avez régulièrement du mal à vous endormir, les suppléments à base de magnésium ne vous apporteront pas le soulagement que promettent de nombreux articles ; à moins que ce ne soit une anxiété toute modérée qui vous maintienne en état d’éveil la nuit. Dans ce cas, le magnésium peut être utile. Mais d’après les recherches menées jusqu’à ce jour, il ne faut pas s’attendre à dormir beaucoup plus une fois que vous serez tombé dans les bras de Morphée.

À la suite d’un déferlement de vidéos publiées sur TikTok faisant la promotion du magnésium pour guérir à peu près n’importe quelle maladie imaginable, on a vu surgir partout des articles parlant de supplémentation en magnésium. Le hashtag #magnésium compte plus de 552 millions de vues et #supplémentsmagnésium plus de 35 millions, mais les arguments avancés dans ces vidéos ne sont pas toujours étayés par des preuves.

Le magnésium joue un rôle important dans notre corps. En obtenir suffisamment peut prévenir les crampes musculaires, les migraines, une tension artérielle trop élevée et l’ostéoporose, et peut-être même réduire les risques de fractures, de cardiopathie et d’AVC.

 

DU MAGNÉSIUM CONTRE L’ANXIÉTÉ ?

Le magnésium est crucial pour la santé humaine et joue un rôle dans une grande variété de fonctions, par exemple dans l’absorption de la vitamine D. Les carences en magnésium sont rares, bien qu’elles soient plus fréquentes chez les personnes atteintes de maladies gastro-intestinales, de diabète de type 2 et d’alcoolisme. En quantités inadéquates, le magnésium peut accroître le risque de cardiopathie et d’AVC. Toutefois, il peut être compliqué de savoir si une personne en absorbe assez, car la mesure du taux de magnésium par prise de sang ne reflète pas précisément la quantité réellement présente dans le corps.

Cependant, des études ont montré que 45 à 50 % des Américains n’obtiennent pas l’apport journalier en magnésium recommandé : 310  à 360 mg par jour pour les femmes et 400 à 420 mg pour les hommes. Les aliments les plus riches en magnésium sont, entre autres, les légumes verts à feuilles (épinards), les avocats, le cacao (en particulier le chocolat noir), les graines et les noix (amandes, graines de courges, cacahuètes, graines de tournesol, noix de cajou, noisettes et même popcorn).

Une alimentation sans aliments riches en magnésium peut donner lieu à une prise de suppléments. Mais cela apaisera-t-il les symptômes anxieux ? C’est possible, si toutefois ladite anxiété est relativement modérée, selon Gregory Scott Brown, psychiatre et auteur de The Self-Healing Mind.

« Il est certain que nous avons besoin d’études plus nombreuses et plus importantes, mais il y a des preuves que le magnésium peut aider à faire passer une anxiété modérée et même des formes modérées de dépression », explique Gregory Scott Brown, affilié au corps enseignant de l’École de médecine Dell de l’Université du Texas. « Si une personne se sent tendue et un peu remontée et qu’elle veut essayer quelque chose de « naturel » ou prendre un supplément, le magnésium ne serait pas un mauvais point de départ. » 

En s’appuyant sur de précédentes recherches ayant révélé un impact positif sur l’humeur, un essai randomisé contrôlé réalisé en 2017 a montré que les suppléments de magnésium amélioraient les symptômes dépressifs et anxieux modérés. Une revue systématique réalisée en 2017 a permis de conclure que la moitié environ des études sur le magnésium et l’anxiété avaient décelé un effet positif. Toutefois, ces dernières étaient de piètre qualité. Un essai légèrement plus important a lui aussi conclu à une amélioration des symptômes de l’anxiété et du stress, tandis qu’une revue systématique de 2020 a permis de découvrir des bénéfices concernant les symptômes dépressifs et anxieux modérés. Mais ces bienfaits n’apparaissaient pas dans les études prenant pour sujets des personnes atteintes de trouble panique ou de trouble anxieux généralisé, deux pathologies qui requièrent un suivi par un médecin.

« Pour quiconque éprouve des pensées suicidaires ou de graves gênes fonctionnelles, [comme] une anxiété si importante que la personne a du mal à quitter son domicile ou à engager le dialogue avec sa famille ou ses amis ou à se rendre au travail, je ne commencerais pas forcément par prendre du magnésium, affirme Gregory Scott Brown. À ce stade, il est crucial de vous faire accompagner par un professionnel de la santé mentale, thérapeute ou psychiatre. » 

 

LE MAGNÉSIUM FAIT-IL MIEUX DORMIR ?

Bien que les preuves en faveur des bienfaits du magnésium pour traiter l’anxiété modérée semblent encourageantes, ses bienfaits pour le sommeil demeurent à prouver. Selon Gregory Scott Brown, le magnésium pourrait permettre d’atténuer les insomnies causées principalement par une anxiété modérée, mais cela ne signifie pas que le magnésium peut guérir l’insomnie de manière générale.

« Les preuves sont faibles », souligne Muhammad A. Rishi, maître de conférences en médecine à l’École de médecine de l’Université de l’Indiana à Indianapolis. « Les études qui montrent surtout un lien positif avec une amélioration du sommeil sont observationnelles, ce qui nous informe en substance qu’il peut y avoir un lien, mais pas forcément de lien de cause à effet. » D’après ce professeur, qui est également vice-président du Comité de sécurité publique de l’Académie américaine de la médecine du sommeil, les études suggérant que les personnes qui ont une alimentation riche en magnésium dorment mieux signifient peut-être tout simplement que ces personnes ont d’autres habitudes saines comme le fait de faire de l’exercice tous les jours.

Une revue systématique de 2021 a par exemple découvert qu’il n’existait que trois essais randomisés contrôlés (réalisés sur un total de 151 participants) évaluant les effets du magnésium sur le sommeil. Leurs résultats suggèrent que le magnésium aide les personnes à s’endormir dix-sept minutes plus rapidement, mais ils n’indiquent aucunement que celles-ci dormaient plus longtemps. Ces essais étaient de toute façon peu sérieux.

En 2022, une étude réalisée sur près de 4 000 participants a montré une amélioration marginale de la qualité du sommeil, mais il s’agissait là encore d’un essai observationnel, et les personnes atteintes de dépression n’ont constaté aucun bénéfice. La revue systématique la plus récente, publiée en janvier dernier, a également révélé des bénéfices lors d’essais observationnels mais a dû se contenter de résultats contradictoires lors d’essais randomisés contrôlés. Ces derniers ne comptaient, eux aussi, que peu de participants et leur durée était trop courte pour apporter de quelconques réponses dignes de ce nom.

« La plupart des médecins du sommeil ne prescriront pas de magnésium à une personne qui dort mal, car nous n’avons tout simplement pas assez de données, donc la plupart des patients qui prennent du magnésium pour améliorer la qualité de leur sommeil en prennent sans surveillance », fait observer Muhammad A. Rishi. Un sommeil de mauvaise qualité peut également inclure un éventail de problèmes plus large : des difficultés à s’endormir, des difficultés à rester endormi, bien dormir mais se réveiller trop tôt et ne pas réussir à se rendormir, etc. « À l’évidence, chacun d’entre eux nécessite un type de traitement différent », fait-il observer.

 

CONSEILS SUR LA PRISE DE SUPPLÉMENTS DE MAGNÉSIUM

Ceux qui veulent essayer les suppléments de magnésium devraient être conscients qu’il en existe différentes formes, prévient Gregory Scott Brown. Le citrate de magnésium est d’ordinaire prescrit comme laxatif pour traiter la constipation ou en amont de procédures liées à l’intestin telles que les coloscopies. L’oxyde de magnésium est la plupart du temps indiqué dans le traitement des migraines, mais des études suggèrent qu’il est mal absorbé. Le malate de magnésium est le plus souvent pris pour traiter les douleurs musculaires et la fatigue. Gregory Scott Brown recommande le glycinate de magnésium, qui est semblable au gluconate de magnésium, car ses effets sur l’anxiété sont les plus documentés, et parce que son effet laxatif est moindre et qu’il est mieux absorbé.

Gregory Scott Brown recommande de « commencer avec une faible dose et d’y aller petit à petit », par exemple de commencer par en prendre 100 mg et de voir comment votre corps réagit avant d’augmenter la dose, en particulier à cause de cet effet laxatif. Il peut y avoir d’autres effets secondaires comme une envie de dormir ou de l’apathie ou encore une baisse de la tension artérielle. Les personnes qui prennent des médicaments pour faire baisser la tension artérielle devraient consulter un médecin pour s’assurer qu’elles ne la font pas baisser à un niveau dangereux.

Le magnésium est également parfois indiqué en cas de palpitations cardiaques, mais les personnes dont la pulsation cardiaque est irrégulière ou qui voient un cardiologue devraient lui en parler avant de prendre des suppléments. Le magnésium peut en outre interagir avec d’autres médicaments : certains antibiotiques, les inhibiteurs de la pompe à proton, les diurétiques et des médicaments utilisés dans le traitement de l’ostéoporose.

Bien que les reins éliminent l’excès de magnésium consommé dans l’alimentation, la prise de suppléments à hautes doses peut comporter des risques. Ainsi, l’Institut de médecine recommande de ne pas prendre plus de 350 mg de suppléments par jour (en dehors des quantités absorbées dans l’alimentation régulière).

« Quels que soient les suppléments que vous prenez, prévient Gregory Scott Brown, votre médecin devrait toujours être mis au courant, car ils peuvent interagir avec certains médicaments. »

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Ces sept créatures sous-marines extraordinaires existent bel et bien

Par : National Geographic — 19 septembre 2026 à 20:52

Les hommes sont depuis longtemps fascinés par les créatures des mers : Aristote décrivait déjà des crustacés et des mollusques sur des rouleaux de papyrus et aujourd'hui, des chercheurs ont recours à la science participative et à des tests génétiques pour identifier la dernière espèce de poisson-lune.

« C'est l'inconnu », explique Erich Hoyt, auteur d'un livre sur les créatures sous-marines. « Quand vous observez l'océan, vous verrez peut-être un dauphin ou une baleine, mais vous ne verrez pas ce qui se trouve plus bas », ajoute-t-il. « On ne connait qu'une partie du nombre d'espèces vivant dans les profondeurs. »

Qu'il s'agisse de leur apparence étonnante ou de leur quête impitoyable de survie, ces espèces d'animaux marins comptent parmi les plus captivantes que les explorateurs et biologistes aient identifiées.

 

LE VAMPIRE DES ABYSSES

La première chose à savoir sur les vampires des abysses, dont le nom anglais signifie littéralement « vampires calmars », c'est que ce ne sont ni des vampires, ni des calmars, explique Bruce Robison, scientifique à l'institut de recherche de l'aquarium de la baie de Monterey, qui traque les céphalopodes depuis des décennies.

Alors comment ce charognard des abysses a-t-il hérité de ce nom effrayant ? Le teuthologue Carl Chun l'a nommé vampire des abysses en 1903. Il lui a donné pour nom scientifique Vampyroteuthis infernalis, qui veut dire « calmar vampire des enfers ».

« J'imagine que les yeux rouges et la cape l'ont amené à dire "On dirait un vampire" », déclare Robinson. « Alors, il s'est amusé avec le nom. »

Plutôt que du sang, les vampires des abysses se nourrissent de ce qu'on connait aujourd'hui sous le nom de neige marine, des débris comme les algues, du plancton mort et de la matière fécale. Mais sous-estimer ce petit céphalopode serait une erreur. Les vampires des abysses peuvent cracher un mucus contenant des particules phosphorescentes depuis les pores se trouvent aux extrémités de leurs branches, s'enveloppant d'un nuage luminescent pour éviter les prédateurs.

 

LE POISSON-LUNE TROMPEUR

Contrairement aux vampires des abysses, le poisson-lune trompeur est une espèce découverte récemment. Classifié sous le nom scientifique de Mola tecta, ce poisson élusif a été identifié pour la première fois en 2017 pour la doctorante Marianne Nygaard et son équipe en Nouvelle-Zélande. « Tecta » est un dérivé de mot latin tectus, qui signifie confiné ou caché.

« J'ai été plutôt impressionnée par le fait que ce poisson ait réussi à échapper à nos radars pendant toutes ces années, malgré l'intérêt énorme qu'il suscite, les nombreuses espèces décrites et une taxonomie désordonnée », déclare Nygaard.

Connu pour évoluer dans les eaux froides de l'hémisphère sud, le long des côtes de la Nouvelle-Zélande, de l'Australie, du Chili, du Pérou et de l'Afrique du Sud, mola tecta, dont certains spécimens peuvent peser jusqu'à 900 kilos, a depuis été repéré le long de la côte californienne et jusqu'au nord de l'Alaska.

L'apparence du poisson-lune peut varier considérablement au sein d'une même espèce et changer de morphologie au cours de sa croissance, ce qui rend l'identification délicate. La dernière observation en date remonte au 3 juin dernier, lorsqu'un poisson-lune mesurant 2,2 mètres de long s'est échoué sur une plage de l'Oregon. Marianne Nygaard a été alertée et a confirmé que ce spécimen, d'abord confondu avec le poisson-lune commun, appartenait bien à l'espèce Mola tecta qui se cachait une fois de plus à la vue de tous.

 

LE TONNELIER DE MER

Les tonneliers de mer, connus sous le nom scientifique de Phronima sedentaria, habitent la zone crépusculaire des océans dans le monde entier, le plus souvent situé de 200 à 1 000 mètres de profondeur.

Mesurant généralement moins de deux centimètres de long, les tonneliers de mer chassent les salpes, des créatures gélatineuses ressemblant à des méduses. La maman tonnelier utilise ses pinces avant, semblables à celles des crabes, pour manger l'intérieur de la salpe, habiter sa peau vide et y pondre ses œufs. Une fois sortie, elle fait avancer la salpe comme un landau.

Lorsque ses œufs éclosent, ils perpétuent le cycle en consumant la salpe de l'intérieur, en compagnie de leur mère. « La tuerie et le vol de la peau d'une autre créature constitue un très beau contraste avec la dévotion maternelle », estime Erich Hoyt.

 

OLINDIAS FORMOSA

Découvert le long des côtes du Japon, du Brésil et de l'Argentine, l'éclatant Olindias formosa utilise ses tentacules muticolores brillantes pour attirer les petits poissons, explique Erich Hoyt. D'un diamètre maximal de quinze centimètres, cette méduse alterne entre les fonds marins et les eaux côtières, d'après l'aquarium de la baie de Monterey.

Olindias formosa, bien que rare, apparaît parfois par groupe. Ce phénomène se produit lorsque l'augmentation de la température de l'eau attire ou plutôt crée plus de nourriture pour les méduses, ce qui entraîne une augmentation de la population. Bien que la piqûre de Olindias formosa ne soit pas mortelle pour les humains, elle reste plutôt douloureuse et peut provoquer une éruption cutanée. Ces créatures, à la fois belles et dangereuses, ont inspiré des œuvres d'art et des mises en garde à l'intention des nageurs au large des côtes de l'Argentine.

 

LE GRANDGOUSIER-PÉLICAN

Avec leur queue noire et sinueuse, les grandgousiers-pélicans nagent promptement dans la zone pélagique de l'est de l'océan Pacifique. Cependant, ce qui distingue vraiment le grandgousier-pélican, et qui a inspiré la première partie de son nom, est son énorme bouche.

Malgré son corps mince, la bouche du grandgousier-pélican peut soudainement se dilater comme une bulle de savon, ce qui lui permet d'attraper des proies beaucoup plus grosses. Cette adaptation sert de plan de secours en cas de pénurie de nourriture. Cependant, le grandgousier-pélican, qui a une manière de se nourrir semblable à celle des pélicans, consomme principalement des petits crustacés.

 

LE CALMAR COLOSSAL

Le calmar colossal, à ne pas confondre avec le calmar géant, est le plus gros invertébré connu à ce jour. Connue sous le nom scientifique de Mesonychoteuthis hamiltoni, cette créature des abysses a été identifiée pour la première fois en 1925 par le zoologue Guy Robson, juste après qu'il a trouvé deux de ses tentacules dans l'estomac d'un cachalot s'étant échoué sur les Îles Falkland.

En février 2007, des pêcheurs de la mer de Ross, située au sud de l'Antarctique et souvent appelée « le dernier océan » en raison de son éloignement, ont accidentellement attrapé l'une de ces créatures. Selon Hoyt, ce calmar colossal pesait environ 495 kilos et était l'un des plus gros jamais découverts.

Avant cet incident, aucun spécimen vivant n'avait encore été observé dans son habitat naturel. Cependant, en 2023, l'explorateur des fonds marins Matthew Mulrennan a capturé des images vidéo qui pourraient représenter un bébé calmar colossal vivant dans l'océan Austral, à des centaines de kilomètres des côtes de l'Argentine. Des analyses sont en cours pour confirmer cette observation.

 

TOXOTIDAE

Toxotidae, généralement trouvé en Asie du Sud-Est et au nord de l'Australie, est réputé pour ses capacités de chasse uniques, tant dans l'eau que hors de l'eau. Dans l'océan, ces poissons tropicaux poursuivent des crustacés, mais ils adaptent également leurs techniques de chasse sous l'eau pour repérer et abattre des araignées, des punaises et d'autres insectes présents sur les branches et les feuilles des mangroves.

« Ils peuvent faire descendre la nourriture en faisant entrer de l'eau dans leur bouche par leurs branchies », explique Eileen Caro, biologiste à l'Aquarium de Floride. « Ils ont une échancrure sur le toit de leur bouche pour pouvoir expulser l'eau. »

Bien que d'autres poissons puissent également expulser de l'eau, Toxotidae est connu pour sa précision. D'une taille allant généralement de dix à vingt-sept centimètres, ces poissons peuvent également bondir jusqu'à une distance de trente centimètres hors de l'eau pour capturer leur proie.

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Compléments alimentaires : à quelques exceptions près, peu d’effets prouvés sur le moral

Par : National Geographic — 16 septembre 2026 à 18:31

Autrefois destinés à combler les carences nutritionnelles, les compléments alimentaires se sont invités sur le marché florissant du bien-être mental. 

Dans le monde, 5,7 % des adultes souffriraient de dépression et de plus en plus de personnes se tournent vers des compléments en vente libre comme les vitamines, les minéraux, les extraits de plantes, les acides aminés et les probiotiques dans l’espoir de trouver un peu de soulagement. Pour beaucoup, leur attrait ne tient pas uniquement à leur accessibilité, mais aussi à l’image qu’ils véhiculent.

« Avec les médicaments, il y a encore beaucoup de stigmatisation autour de la santé mentale, et les gens peuvent être très effrayés par ce que cela implique », affirme Nicholas Fabiano, chercheur du département de psychiatrie de l’Université d’Ottawa. « Cela fait que les gens ont envie d’essayer d’autres choses, perçues comme plus sûres, ou moins lourdes, ou nécessitant peut-être une durée de traitement moins longue. »

Mais ces remèdes « naturels » sont-ils vraiment efficaces ? De nouvelles recherches commencent à distinguer les compléments réellement prometteurs de ceux qui ne résistent pas à l’examen scientifique.

 

QUELS COMPLÉMENTS CONTRE LA DÉPRESSION NE FONCTIONNENT PAS

On présente souvent la nature comme pourvoyeuse de remèdes pour contrer les symptômes de la dépression, mais selon une nouvelle analyse publiée dans la revue Frontiers in Pharmacology, la plupart des compléments commercialisés contre la dépression présentent peu ou pas d’effets bénéfiques.

Prenons les plus courants : les multivitamines, les vitamines B, les mélanges apaisants à base de plantes et la mélatonine. Souvent utilisés aussi pour réguler le sommeil, leur usage est très répandu, mais la science ne suit tout simplement pas.

« Il existait quelques essais, mais pas suffisamment pour en tirer des conclusions solides », explique Rachael Frost, chercheuse de l’École de santé publique et des professions apparentées de l’Université de Liverpool John-Moores qui a dirigé l’analyse en question.

Les compléments oméga-3, dont on a longtemps cru qu’ils amélioraient l’humeur, ne s’en sortent guère mieux. Sur les trente-neuf études que Rachael Frost a analysées, vingt-trois ne mettaient en évidence aucun bénéfice réel par rapport à un placebo. Dans le cadre d’un essai, les participants ont pris trois capsules par jour pendant douze semaines et n’ont constaté aucune amélioration de l’humeur. Selon elle toujours, si quelques études rapportent des effets positifs, les éléments de preuve demeurent dans leur ensemble trop faibles pour considérer les oméga-3 comme un traitement fiable contre la dépression.

 

LES COMPLÉMENTS PROMETTEURS

Une poignée de compléments montrent des signes prometteurs quoique les preuves demeurent limitées. Des compléments à base de plantes telles que la lavande, la rhodiole ou la mélisse ainsi que des micronutriments, comme le tryptophane, l’acide folique et le zinc, ont donné des résultats encourageants dans de petites études.

Le problème ? La plupart de ces essais sont minuscules. La plupart des expériences sur la lavande ne portent par exemple que sur des groupes de 150 personnes au maximum. « Ce n’est pas énorme », fait remarquer Rachael Frost en ajoutant que lorsque les essais sont restreints, il devient difficile d’extrapoler des résultats à des populations plus larges ou plus diverses.

En outre, les compléments s’administrent sous différentes formes, ce qui complique la comparaison de leur efficacité. « Certains ont été testés sous forme de thé, d’autres sous forme de capsules et d’autres de teinture, révèle Rachael Frost. Ce qu’il nous faut, c’est un peu plus d’essais pour comprendre quelle forme est la plus efficace, ce que les gens doivent réellement prendre et à quelle dose. »

 

CE QUI FONCTIONNE VRAIMENT

Quelques compléments semblent produire un effet mesurable. Les preuves les plus solides concernent l’extrait floral de millepertuis perforé (Hypericum perforatum), les probiotiques, la vitamine D et le safran.

Rachael Frost a relevé que seize des vingt-six essais donnaient des résultats positifs pour le millepertuis perforé. Par exemple, une étude a montré que les participants prenant 600 mg d’extrait de millepertuis une à deux fois par jour voyaient leur état s’améliorer presque deux fois plus que les personnes prenant un placebo. Toutefois, la majorité des données portant sur le millepertuis concernent une dépression légère à modérée ; son efficacité contre la dépression grave est moins bien établie.

Rachael Frost a également découvert que neuf études sur seize sur les probiotiques suggèrent que ceux-ci aident à atténuer les symptômes de la dépression. Dans l’une d’elles, les participants ont pris une gélule contenant 900 milliards de microbes vivants chaque jour pendant trente-et-un jours en complément de leur traitement habituel contre une dépression grave et se sont aperçus qu’ils se sentaient considérablement mieux par rapport au groupe qui n’en prenait pas.

De même, Rachael Frost a découvert que six des neuf études sur la vitamine D montraient des résultats prometteurs. Dans un cas, des personnes souffrant de dépression légère à modérée ayant pris une forte dose de vitamine D pendant huit semaines ont vu leurs scores de dépression chuter par rapport à ceux qui n’en prenaient pas.

 

COMMENT LA CROYANCE AFFECTE LES RÉSULTATS DES COMPLÉMENTS

Même lorsque les compléments semblent efficaces, certains de leurs effets peuvent relever moins de la biologie que de la croyance. Une étude publiée en 2022 montre que le fait de se sentir acteur de sa propre santé peut conduire à de véritables améliorations, même si celles-ci ne sont pas le fruit d’un effet cliniquement prouvé. Dit autrement, les attentes comptent ; croire qu’une supplémentation va fonctionner peut bel et bien influencer le niveau de dépression.

Selon Nicholas Fabiano, il est très difficile de quantifier l’effet placebo, car il varie selon les substances et n’est pas facile à mesurer. « C’est un facteur qu’il faut tout simplement prendre en compte, et il ne faut pas se contenter de dire que ce sont uniquement les changements biologiques dus aux compléments qui provoquent cette amélioration », explique Nicholas Fabiano.

 

POURQUOI LA RÉGULATION DES COMPLÉMENTS RESTE INSUFFISANTE

Malgré des résultats initiaux positifs sur certains fronts, les compléments alimentaires ne sont pas réglementés comme les médicaments et ce vide soulève de sérieuses interrogations en matière de sécurité, d’efficacité et de confiance des consommateurs.

« J’aimerais voir bien plus de recherches sur la sécurité et sur les effets à long terme, surtout que de plus en plus de personnes achètent et utilisent ces produits », commente Rachael Frost, qui insiste sur le fait que les étiquettes devraient clairement indiquer les possibles interactions et risques. Les régulations diffèrent considérablement selon les pays et cette absence de supervision constante peut entraîner des problèmes allant d’une contamination à des doses excessives en passant par la non-déclaration d’ingrédients.

Même ce qui est imprimé sur une bouteille n’est pas toujours garanti. « Les médecins ne savent pas si ce que le patient a absorbé est effectivement ce qui est sur l’étiquette », prévient Nicholas Fabiano.

Ce sont autant de facteurs qui expliquent pourquoi les compléments ne sont généralement pas recommandés en contexte clinique à moins que le médecin possède une expérience ou un bagage spécifique dans ce domaine, explique Nicholas Fabiano.

Et bien qu’ils soient souvent présentés comme « naturels », cela ne signifie pas qu’ils soient sans risque, surtout lorsqu’ils sont pris en même temps que des médicaments sur ordonnance dont ils peuvent amplifier ou inhiber les effets. Par exemple, le millepertuis perforé peut interagir dangereusement avec les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS). « C’est une chose importante dont il faut être conscient et dont il faudrait toujours parler ouvertement avec son médecin », prévient-il.

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Mystère : ces pumas qui piègent et tuent des loups

Par : National Geographic — 14 septembre 2026 à 10:44

À l’été dernier, une louve s’est aventurée à pas feutrés le long d’une ancienne route de débardage du nord-est de l’État de Washington. Cette louvette d’un an ne faisait probablement aucun bruit ou presque pendant qu’elle trottinait à travers broussailles et aiguilles de pins sèches sur ce chemin envahi par la végétation qui se dénivèle en un canyon abrupt. Quelque part dans l’ombre, possiblement dissimulés dans les buissons ou bien tapis derrière un rocher, des yeux d’ambre la guettaient. Les yeux d’un puma, qui a bondi.

Les deux animaux se sont mêlés dans un enchevêtrement de fourrure, de griffes et de dents, et tout montre que la lutte a pris abruptement fin, 100 mètres plus bas environ, quand la morsure acérée du puma a percé le crâne de la louve. Le félin s’est repu de quelques petites bouchées de loup, puis il a caché la carcasse en vue d’un repas ultérieur avant de se fondre dans la forêt.

Les équipes du Département de la pêche et de la faune de l’État de Washington (WDFW) ont documenté la mise à mort de six loups équipés d’un collier par des pumas depuis 2013, soit près de 30 % des vingt-et-une morts naturelles de loups dans l’État. « C’est énorme si cette tendance se confirme et qu’elle est représentative de l’ensemble de la population [de l’État] », s’étonne Trent Roussin, biologiste au WDFW. Ces morts concernent d’ailleurs plusieurs meutes de loups de différentes régions de l’État de Washington.

Ces morts demeurent rares dans le reste de l’Ouest américain, où l’on trouve davantage de loups depuis leur réintroduction dans le Parc national de Yellowstone, qui se situe majoritairement dans le Wyoming, et dans le centre de l’Idaho en 1995. Désormais, le Montana et l’Idaho comptent cinq fois plus de loups que l’État de Washington. 

Les biologistes de Yellowstone n’ont recensé que deux cas de pumas tuant des loups au cours des vingt-huit dernières années (le dernier remonte à 2003). L’Idaho aussi n’a recensé que deux mises à mort (la dernière remonte à 2012).

Dans le Montana, cinq morts de loups dues à des pumas ont été documentées entre 2009 et 2012. « Nous n’avons rien observé de tel depuis cette époque à ma connaissance », confie par e-mail Brian Wakeling, chef du Bureau de gestion du gibier.

« Cela ne fait que souligner combien c’est rare dans ces États, explique Trent Roussin. Nous avons une population bien moindre, mais nous en avons recensé bien plus. » À l’été 2008, les loups s’étaient naturellement dispersés dans l’État de Washington ; selon des recensements récents il y aurait deux cent seize loups répartis en trente-sept meutes, pour la plupart dans la chaîne des Cascades et dans la région boisée du nord-est de l’État.

 

LE FACTEUR « LOUP SOLITAIRE »

Tandis qu’une meute de loups a tendance à avoir l’avantage sur un puma solitaire – elle l’accule contre un arbre ou lui vole une carcasse pour s’en repaître elle-même –, le puma excelle dans les embuscades en tête-à-tête. Toutes les morts de loups enregistrées dans l’État de Washington, à l’exception d’une, ont concerné des loups solitaires.

« Tout le monde part toujours du principe que les loups ont le dessus, explique l’écologiste Mark Elbroch, directeur du Panthera’s Puma Program. Mais ce n’est pas toujours le cas. » (Les noms vernaculaires pumas, pumas et lions de montagne peuvent être utilisés de manière interchangeable et désignent la même espèce : Puma concolor).

La première mort de loup due à un puma recensée dans l’État de Washington date de 2013 : celle d’une femelle d’un an sous-alimentée qui arpentait une crête dans la chaîne des Cascades. En 2014, un puma a tué un autre loup de la même meute (dite de « Teanaway ») près d’un ruisseau : un jeune mâle de deux ans. Cela s’est produit de nouveau un mois plus tard : un mâle reproducteur de six ans de la meute de Smackout est mort alors que sa tanière était en vue. Plus récemment encore, les chercheurs ont également documenté de nouvelles morts dues à des pumas : celle d’une femelle de sept ans en 2019, celle d'une femelle d’un an en septembre dernier, et celle d’un louveteau plus tard le même mois.

 

UNE PISTE FOURNIE PAR DES COLLIERS DE TRAÇAGE

Ce sont des colliers radios qui ont alerté les biologistes de l’existence de cette tendance. « L’utilisation de colliers permet sans aucun doute de mettre en lumière ces histoires », affirme Dan Stahler, biologiste en charge des recherches sur les loups et les pumas dans le Parc national de Yellowstone. Quand un animal ne bouge pas pendant huit heures, son collier envoie un signal. Les scientifiques se démènent alors pour récupérer le collier et pour reconstituer le fil des événements.

Les enquêteurs cherchent d’abord des signes de braconnage humain, une cause fréquente de mort dans la région. Ils examinent ensuite la scène en quête de traces de pas animales et d’excréments et étudient la posture du loup. Une carcasse soigneusement dissimulée trahit l’œuvre d’un puma, tandis que de membres éparpillés en désordre peut être le fait d’un autre loup. Les biologistes emmènent ensuite la carcasse de loup, ou parfois juste la tête, au laboratoire pour effectuer des tests complémentaires. Les nécropsies révèlent parfois la mise à mort distinctive du puma : deux trous dans le crâne.

Quand deux espèces interagissent, c’est généralement pour se disputer une proie. Toutefois, dans un cas, une mort de loup due à un puma, recensée dans l’État de Washington, a impliqué une carcasse d’élan ; une situation difficile dans laquelle, selon les chercheurs, un puma aurait tué un louveteau pendant que sa meute se nourrissait d’un élan.

 

LE TERRAIN EST-IL LA CLÉ DE L’ÉNIGME ?

Les interactions entre loups et pumas semblent varier selon l’habitat. Des chercheurs ont découvert que des loups tuent un grand nombre de bébés pumas dans la chaîne Teton. En 2020, une étude réalisée dans cette chaîne de montagnes a mis en évidence le fait que les loups ont plus d’impact sur les populations de pumas qu’ils n’en auraient en simple contexte de chasse récréative ou de plus grande disponibilité des proies. Selon Mark Elbroch, auteur principal de l’étude, les attaques fatales de pumas sur des loups représentent « l’issue la plus rare des deux options possibles ».

Toutefois, les biologistes n’ont pas documenté les morts de pumas dues à des loups dans l’État de Washington. Et si les loups ont bel et bien tué quelques pumas ainsi que leurs petits dans le Yellowstone voisin, les chercheurs ont découvert qu’ils n’avaient pas d’effet majeur sur les populations de pumas qui y vivent. En réalité, le nombre de pumas a continué à augmenter après la réintroduction des loups.

Les données récoltées à Yellowstone avant, pendant et après la réintroduction des loups offre un aperçu de la façon prudente dont l’espèce est parvenue à coexister en divisant le paysage. Les pumas ont vu leur domaine vital rétrécir tandis que les loups se sont dispersés dans le parc, et ces premiers ont choisi des zones plus escarpées, plus abruptes et plus densément boisées.

« C’est ce qui leur permet d’être plus furtifs, de se faufiler et de continuer à survivre dans ce paysage dominé par les loups et les ours », explique Toni Ruth, biologiste qui a étudié les pumas dans le parc de 1998 à 2006 pour l’Institut Hornocker de la faune et de la flore. Les loups qui chassent en meute préfèrent les terrains dégagés où ils peuvent distancer, fatiguer et entourer leurs proies.

En attendant d’avoir un échantillon assez grand pour pouvoir tirer des conclusions plus définitives, Trent Roussin suggère que les différences d’habitat pourraient expliquer en partie la mortalité supérieure des loups due aux pumas dans l’État de Washington. L’État possède des montagnes abruptes, des ravins étroits et moins de prairies vallonnées et dégagées, ce qui confère peut-être un avantage aux pumas. Selon les spécialistes, d’autres facteurs pourraient être en jeu également, comme la densité des populations de pumas, la taille des meutes de loups, voire même la relative inexpérience des loups dans la région. Trent Roussin prévoit d’effectuer une analyse formelle si de nouveaux incidents viennent à se produire.

Pendant ce temps, loups et pumas continueront à se marcher dessus, comme c’est le cas depuis des milliers d’années. « Ces deux espèces ont commencé à coexister bien avant que nous ne nous mettions à interférer avec les choses », tempère Mark Elbroch.

Alors que les loups commencent tout juste à repeupler des régions comme l’Oregon et la Californie, il est crucial de mieux comprendre comment ils interagissent avec d’autres espèces, nous compris. « Nous traversons une époque de restauration d’espèces carnivores inédite dans l’Ouest américain, déclare Dan Stahler. La grande question qui reste sans réponse c’est la façon dont nous, en tant qu’humains, nous insérons dans cette histoire. »

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Cuisiner au gaz peut vous rendre malade

Par : National Geographic — 12 septembre 2026 à 16:00

La cheffe Amanda Cohen a toujours voulu cuisiner au gaz. Elle a toutefois dû se rabattre sur des plaques à induction lorsqu’elle a ouvert son restaurant Dirt Candy dans un petit local non raccordé au gaz et situé à Manhattan.

Elle en était si satisfaite qu’elle n’a jamais regretté ce choix. Si bien que lorsque son restaurant a déménagé à une adresse plus grande alimentée en gaz, la cheffe est restée fidèle aux plaques à induction et aux fours électriques.

Amanda Cohen n’est pas la seule à avoir fait ce choix. Le chef Eric Ripert a installé une cuisinière à induction à son domicile, tout comme les cuisiniers stars des réseaux sociaux Alison Roman et Jon Kung. L’équipement est aussi un incontournable des cuisines professionnelles, du centre de formation londonien Cordon Bleu aux traiteurs de tous les États-Unis.

L’induction séduit par sa précision et sa facilité d’utilisation, mais aussi parce que les plaques, dont les champs magnétiques chauffent uniquement le fond des casseroles, permettent de limiter la température en cuisine. Une autre raison pousse également les professionnels et les particuliers à adopter cette technologie : la protection de leur santé et du climat.

Un corpus de recherche remontant aux années 1970 a mis en évidence les dangers respiratoires associés à la pollution de l’air intérieur générée par les gazinières. De plus, comme les tables de cuisson au gaz fonctionnent pour certaines au méthane, un puissant gaz à effet de serre, réduire son utilisation chez les particuliers et dans les espaces commerciaux pourrait avoir un impact modeste, mais tangible sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. L’U.S. Consumer Product Safety Commission (Services américains de sécurité des produits de consommation) examine actuellement les risques des émissions des gazinières chez les 38 % de ménages américains qui en sont équipés et cherche des solutions visant à minimiser la pollution de l’air intérieur résultant de leur utilisation.

« Cela présente un triple bénéfice » du point de vue du climat, de la santé et de la facilité d’utilisation, remarque Brady Seals. Ce chercheur a récemment réalisé une étude qui suggère que plus de 12 % des cas d'asthme chez les enfants pouvaient être associés au fait de respirer des polluants émis par les gazinières. L'asthme touche environ 4 millions de personnes en France, y compris les enfants.

 

DE « PETITES CENTRALES ÉLECTRIQUES »

Drew Michanowicz, scientifique à PSE Healthy Energy, une organisation à but non lucratif axée sur la santé publique et basée en Californie, décrit les gazinières comme de « petites centrales électriques à gaz installées dans votre domicile ». Nous passons 90 % de notre temps à l’intérieur ; nous y sommes donc fortement exposés. Lorsque le gaz brûle, il libère de nombreux irritants pulmonaires, comme du dioxyde d’azote (NO2), de petites particules et bien d’autres éléments.

C’est dans les années 1970 que des chercheurs du monde entier ont découvert que le gaz inhalé pénétrait profondément dans les poumons et provoquait des inflammations. Ils ont commencé à prouver que l’exposition sur le long terme au NO2 se traduisait par une hausse de la probabilité chez les enfants de souffrir d’asthme et qu’à court terme, l’exposition à des concentrations élevées du gaz en aggravait les symptômes.

« Lorsque vous avez de l’asthme, vos voies respiratoires sont déjà très réactives et enflammées. Une exposition régulière au gaz exacerbe vos symptômes », explique Rima Habre, spécialiste de la qualité de l’air intérieur à l’université de Californie du Sud.

L’Agence américaine de protection de l’environnement (U.S. Environmental Protection Agency, ou EPA) a promulgué sa première règlementation en matière de concentrations de dioxyde d’azote en extérieur en 1971. Celle-ci limitait l’exposition au gaz à 53 parties par milliard en moyenne sur une année. En 2010, l’EPA a ajouté une nouvelle norme : l’exposition ne doit pas dépasser 100 parties par milliard à n’importe quel moment.

Le dioxyde d’azote n’est pas uniquement problématique en extérieur ; il peut aussi s’accumuler en intérieur. Pourtant, ses concentrations ne font alors l’objet d’aucune règlementation, que ce soit aux États-Unis ou en Europe.

« Si vous cuisinez pendant une heure avec une gazinière, et que toutes vos fenêtres sont fermées parce qu’il fait froid dehors, votre exposition au NO2 sur 24 heures pourrait augmenter d’environ 25 parties par milliard », explique Laura Paulin, physicienne et scientifique à l’école de médecine Geisel de Dartmouth. La chercheuse a toutefois constaté que dans certains foyers étudiés, les concentrations dépassaient les 500 ppm lorsque les familles cuisinaient.

Patricia Fabian, spécialiste en santé publique à l’université de Boston, estime que ce problème est souvent plus grave chez les groupes vulnérables, comme les locataires, les personnes vivant dans des logements sociaux ou dans des quartiers défavorisés et habités par les minorités, ou tout autre individu n’étant pas en capacité financière de changer sa cuisine.

« Nous sommes réellement inquiets au sujet des gazinières pour les personnes dans ces situations », explique-t-elle. « Ouvrir une fenêtre donne de bons résultats si vous ne vivez pas à côté d’une autoroute polluante. Nous devons tenir compte du contexte plus large ».

 

LES ENFANTS PARTICULIÈREMENT EXPOSÉS

Une analyse menée en 1992 puis à nouveau en 2013 a ainsi fait le lien entre des dizaines d’études sur les gazinières, la pollution de l’air intérieur et les problèmes respiratoires. Celle réalisée en 2013 a démontré que les enfants vivant dans des foyers équipés de gazinière présentaient un risque 32 % plus élevé de souffrir d’asthme ou de développer une maladie à l’avenir.

« En tant que spécialistes, nous avons le sentiment de savoir cela depuis des années », confie Ulrike Gehring, spécialiste en santé publique et autrice de l’analyse de 2013. « À certains égards, c’est comme fumer ; nous savions que cela présentait un risque et nous avons fait attention. Mais personne ne s’était intéressé aux gazinières jusqu’à présent ».

Des chercheurs en santé ont récemment mesuré avec une plus grande précision l’exposition au NO2 à l’aide de détecteurs personnels ou de détecteurs à domicile assurant un suivi en continu. Une étude réalisée à Baltimore a découvert des concentrations atteignant plusieurs centaines de parties par milliard, souvent associées au fait de cuisiner. Ces périodes de forte exposition étaient en corrélation avec une utilisation cinq fois plus importante de l’inhalateur plus tard durant la journée ou la nuit. Ces études, et une autre menée à New York, permettent d’isoler l’impact des gazinières parmi le cocktail d’autres polluants que nous respirons au quotidien, qu’ils soient dégagés par des bougies, la fumée d’un feu de bois ou la pollution due à la circulation.

Dans une étude parue en 2014, Laura Paulin et ses collègues ont remplacé la vieille gazinière de certains domiciles par une plaque électrique, installé un filtre à air sur l’appareil ou encore une hotte aspirante au-dessus de la gazinière. Ils ont constaté que la solution la plus efficace pour réduire les concentrations de NO2 était de remplacer la gazinière : cela permettait de réduire les concentrations du gaz de moitié environ.

Pour Meyer Kattan, pédiatre et spécialiste de la qualité de l’air à l’université de Columbia, la question n’est pas de dégager des statistiques précises sur le niveau de dangerosité que les gazinières présentent pour les poumons des enfants et des adultes.

Nous savons qu’elles présentent un danger, dit-il. « Combien d’études supplémentaires démontrant que les recommandations sont insuffisantes nous faut-il encore ? »

 

UNE MENACE POUR LE CLIMAT

Les gazinières représentent un faible pourcentage de la consommation en gaz naturel de la plupart des foyers. Mais si vous prenez en compte que trois quarts des ménages utilisent l'électricité et le gaz pour se chauffer en France métropolitaine, cela représente des émissions annuelles de gaz à effet de serre conséquentes.

« Nous sommes en bout d’oléoduc », constate Drew Michanowicz. « Il est enterré, caché, conçu pour ne pas être vu, pour être oublié. C’est une incroyable forme de dépendance au système des énergies fossiles ».

De nombreuses analyses démontrent en effet que sortir des énergies fossiles et électrifier nos maisons et bâtiments est essentiel pour atteindre la décarbonation à l’échelle mondiale.

 

FAUT-IL REMPLACER VOTRE GAZINIÈRE ?

Si vous n’êtes pas asthmatique ou que vous ne souffrez pas d’une autre pathologie respiratoire, vous n’avez sans doute rien à craindre des polluants dégagés par votre gazinière, en particulier si vous l’utilisez correctement, souligne Rima Habre.

Les bons réflexes à adopter sont d’ouvrir la fenêtre lorsque vous cuisinez, d’utiliser les brûleurs les plus éloignés de soi et d’allumer la hotte aspirante dès que vous allumez un brûleur, et d’éviter de cuisiner trop longtemps sur la table de cuisson ou avec un four au gaz.

Des gestes que nous sommes néanmoins trop peu nombreux à mettre en pratique. Des tests menés au sein de foyers californiens ont ainsi démontré que même les hottes conformes n’éliminaient qu’environ la moitié de la pollution au NO2 causée par les gazinières. En outre, nous n’allumons pas systématiquement, pour la plupart, notre hotte dès que nous cuisinons.

Pour ceux qui veulent changer leur gazinière, la liste des alternatives ne cesse de s’allonger. Et aux États-Unis par exemple, l’Inflation Reduction Act (loi américaine pour lutter contre l’inflation) prévoit des mesures incitatives pour aider à financer les tables de cuisson qui ne fonctionnent pas au gaz.

Rachelle Boucher, spécialiste des plaques de cuisson à induction et ancienne cuisinière personnelle, a un tour dans son sac : le test de « l’eau des pâtes ». Elle emmène les acheteurs potentiels dans un magasin d’exposition de plaques à induction et met une casserole d’eau à bouillir.

Elle bout « si vite qu’ils en restent comme deux ronds de flan », raconte-t-elle.

Le chef Jon Kung adore l’induction, même pour cuisiner au wok à très haute température, un style de cuisson que certains pensaient impossible sans gaz. C’est lorsqu’il travaillait en Chine qu’il a vu des tables à induction partout, une technologie qui offrait « plus de sécurité, plus de confort et qui était plus fiable et plus propre », décrit-il.

Il est récemment passé au tout électrique dans la cuisine de sa maison. « J’adore », confie-t-il.

☐ ☆ ✇ Gilbert Doctorow

CNN 18 (India) and Sputnik Live: Morning panel discussion this morning ahead of Xi -Modi bilateral

Par : gilbertdoctorow — 12 septembre 2026 à 13:06

#BRICS2026 | A packed bilateral schedule, a high-stakes summit and India at the centre of global diplomacy. From strengthening strategic partnerships to engaging key powers, PM Modi’s BRICS agenda signals India’s growing role in shaping the global conversation

Gilbert Doctorow… pic.twitter.com/wetN9NY8NI

— News18 (@CNNnews18) September 12, 2026

gilbertdoctorow

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Les humains auraient atteint leur espérance de vie maximale

Par : National Geographic — 11 septembre 2026 à 18:07

Les graphiques ont de quoi refroidir les espoirs des transhumanistes, qui veulent la « mort de la mort ». Selon une nouvelle étude parue dans Nature Aging, nous aurions atteint le plafond de verre de l’espérance de vie humaine. Au cours du siècle à venir, peu de personnes dépasseront cent ans d’existence sur Terre.

Le 20e siècle avait pourtant nourri certains espoirs. L’espérance de vie a augmenté de manière spectaculaire : en France par exemple, elle a quasiment doublé. Une question taraudait les scientifiques : cette courbe incroyable allait-elle durer ? Certains pensaient même voir éclore un monde peuplé de centenaires au siècle suivant. Mais selon cette nouvelle étude, c’est hautement improbable. « Nos recherches suggèrent que pas plus de 15 % des femmes et 5 % des hommes dépasseront l'âge de cent ans ». Et ces conclusions ne résultent pas de prédictions sorties tout droit d’une boule de cristal, mais plutôt d’une rigoureuse analyse des données disponibles. 

Pour prédire cet avenir, les chercheurs ont fouillé dans le passé. Ils ont étudié les neufs pays et régions où l’on vit le plus vieux, de 1990 à 2019  : France, Italie, Suisse, Suède, Espagne, Japon, Australie, Hong-Kong et États-Unis. Pendant ces trois décennies, l’espérance de vie a certes augmenté, mais beaucoup moins rapidement que lors du début et milieu du 20e siècle. Alors qu’au cours du 20e siècle, hors périodes de guerre, elle progressait d’environ 3,6 mois chaque année, cette hausse n’était plus que de deux mois par an dans les années 2010. Pour les chercheurs, cette tendance va se poursuivre, jusqu’à stagner complètement et atteindre 0 mois par an. 

Les raisons sont simples. D’abord, l’espérance de vie au 20e siècle a en réalité surtout augmenté parce que les décès d’enfants sont devenus de plus en plus rares, l’espérance de vie étant calculée en fonction du nombre de décès sur une année d’une population donnée. En France, en 1900, 15 % des enfants mouraient avant leur premier anniversaire, contre 0,3 % aujourd’hui. Autant dire qu’il n’est plus vraiment possible de progresser sur ce volet-là.

Dans les pays et régions étudiés, augmenter l’espérance de vie revient donc aujourd’hui à faire en sorte que les personnes âgées vivent plus longtemps. Les médecins ont beau avoir beaucoup progressé au cours du 20e siècle dans le traitement des maladies cardio-vasculaires, avec de meilleurs procédés opératoires et des médicaments adaptés, ils butent aujourd’hui sur le vieillissement. « Au fil des ans, les tissus cellulaires s’abîment jusqu’à ne plus fonctionner du tout. Et pour le moment, on n’y peut rien. Nos cellules neuronales, par exemple, ne se renouvellent jamais. Au bout d’un certain temps, notre cerveau finit par lâcher. Notre colonne vertébrale, aussi, s’effrite sous le poids des ans, sans possibilité de se régénérer. 

Certes, nous pouvons aujourd’hui remplacer des parties du corps défectueuses, comme dans une voiture. Mais ces « réparations » sont de moins en moins efficaces à mesure que l’on vieillit. « Le corps n’est simplement pas fait pour vivre au-delà d’un certain temps » insiste Stuart Jay Olshansky, l’auteur principal de l’étude, qui précise aussi que vivre toujours plus longtemps en soi n’est pas spécialement désirable. Encore faut-il le faire en bonne santé.

Un autre point mérite d’être souligné : à rebours des autres populations étudiées, les Américains ont quant à eux perdu des années d’espérance de vie à chaque nouvelle décennie entre 1990 et 2019. La faute, notamment, aux inégalités et aux conditions de vie des plus démunis. « Une grande partie de la population est pauvre, souffre d’obésité, sans accès à une alimentation correcte ni aux soins de santé. Et les populations pauvres augmentent plus rapidement que les riches » explique Stuart Jay Olshansky.

Dans tous les cas de figure, la fin est inéluctable. Et en l’absence d'une technologie miracle, pour prolonger la vie en bonne santé, rien ne vaut ces quelques habitudes maintes fois recommandées : faire du sport, manger sainement, ne pas fumer, boire peu d'alcool et aller voir régulièrement son médecin.

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Les macroalgues, un superaliment à portée de main

Par : National Geographic — 11 septembre 2026 à 09:33

Casque vissé sur la tête, les cueilleurs s'avancent vers la zone intertidale sur une plage de l'East Neuk de la côte de Fife, en Écosse. Au bord de l'eau, Jasyon Byles, guide et propriétaire de l'East Neuk Seaweed Foraging, attire leur attention sur les macroalgues variées qui recouvrent les roches ou flottent dans les mares résiduelles ; on y découvre de longs spaghetti de mer couleur olive et de petites « laitues » vert prairie, l'idéal pour festoyer cet après-midi.

Après quelques heures de cueillette, les participants se retrouvent avec leur butin sur la plage, où Byles allume un feu et confectionne une sauce pour les spaghetti de mer, dont la douceur s'accorde parfaitement avec un pesto végan, une carbonara ou une crème champignons et lardons, selon la préférence de ses invités. Quant à la laitue de mer, au goût légèrement salé, elle enveloppera un morceau de poisson frais qui ira rissoler au coin du feu. Chaque algue a un profil gustatif différent, nous explique Byles. Un type d'algue rouge, appelé dulse, peut même avoir le goût de bacon dans certaines préparations.

En tant que cueilleur de longue date, Byles aime faire découvrir ce type de cuisine durable. Ce qu'il préfère, nous dit-il, c'est le partage de l'expérience. « C'est une très belle façon de créer une sorte de communauté où nous partageons la nourriture ramassée ensemble, » explique-t-il. « Il y a quelque chose de primitif dans ce rapport. »

À travers le monde, il y a bien longtemps que les algues sont récoltées par l'Homme. Ces dernières années, l'activité a connu un regain de popularité avec la prise de conscience des vertus pour la santé de ce superaliment. Utilisé en soupe, associé à une vinaigrette ou séché, c'est un ingrédient phare de la cuisine asiatique, notamment au Japon, où la préfecture d'Okinawa se classe parmi les zones bleues de longévité. Qui plus est, la récolte en pleine nature peut faire naître de profondes relations avec la conservation des zones côtières, surtout lorsque le point d'orgue est un délicieux repas.

Même si les algues comestibles sont nombreuses, il y a quelques règles à suivre lors des cueillettes en bord de mer. Outre les précautions à prendre au milieu des roches glissantes, surtout face aux vagues puissantes et imprévisibles de l'océan, Byles insiste sur la nécessité d'être délicat envers la terre, en ne récoltant qu'une petite partie de chaque plante et en coupant toujours au-dessus du crampon : ne jamais arracher les algues de la roche. Dans la suite, vous découvrirez quelques conseils pour une cueillette sans pépin.

 

INTRODUCTION À LA CUEILLETTE

Pour une séance fructueuse et sans danger, plusieurs facteurs doivent être réunis et le recours à un guide expérimenté peut faire une grande différence. Il pourra éduquer les participants sur différents sujets, du fonctionnement de l'écosystème local à la tenue à enfiler pour vadrouiller en toute sécurité entre les roches glissantes.

Il est essentiel de savoir lire les prévisions météorologiques et la prédiction des marées tout en connaissant l'heure de coucher du soleil pour s'assurer une visibilité maximale. Des facteurs comme une forte houle, une mauvaise météo, la qualité de l'eau et un ruissellement suite à des précipitations récentes peuvent annuler ou retarder la cueillette. Les guides procurent également des informations sur la réglementation locale, variable selon la période et la région. Enfin, ils apprennent aux participants à récolter, nettoyer et préparer les algues de façon responsable.

Adopter un comportement responsable dans la récolte des algues est essentiel pour Melissa Hanson, cofondatrice de Kelpful, une société organisatrice de sorties cueillette pour adultes et enfants près de San Luis Obispo, en Californie. « Cet espace sauvage à la fois splendide et fragile n'est pas un supermarché. On n'y entre pas pour prendre ce que l'on veut, » explique-t-elle. « Il s'agit d'établir une relation de réciprocité, de faire preuve de gratitude et de respect pour cette abondance, tout en reconnaissant qu'elle n'existe pas uniquement pour servir nos besoins. »

Cette philosophie exige de l'attention pendant la récolte, explique Hanson. « Nous ne cueillons que les variétés d'algues en abondance au moment et sur le lieu de la cueillette. Nous ne prenons qu'une petite quantité par rapport à ce qui est présent, » indique-t-elle. « Notre objectif, une fois la récolte terminée, c'est de ne laisser aucune trace de notre passage. »

 

CONNEXIONS CULTURELLES

La récolte des algues est une pratique culturelle importante dans de multiples communautés à travers le monde. Au Pays de Galles, les cueilleurs d'algues préparent depuis plusieurs siècles le laverbread. En Australie, sur le littoral tasmanien appelé lutruwita par le peuple aborigène local, les Palawa, le wukalina Walk propose aux visiteurs un voyage de quatre jours et trois nuits mêlant randonnée, expériences culturelles et cuisine traditionnelle faisant la part belle aux algues et aux crustacés.

En cours de route, les guides palawa exposent leur savoir-faire pour tailler et sécher le kelp en forme de récipient traditionnel. Dans leur cuisine, ils utilisent la salicorne, la laitue de mer et bien d'autres algues savoureuses.

Selon la tradition, comme nous l'explique Melissa West, responsable des opérations pour le sentier wukalina, les femmes palawa plongent pour récolter des algues, de la nourriture et les coquilles des mollusques endémiques habitant le kelp, les maireeners, qu'elles transforment ensuite en bijoux. « J'ai deux filles, c'est donc très important pour moi de leur transmettre ce savoir, » ajoute West.

Byles est lui aussi convaincu de l'importance de transmettre son savoir, en grande partie hérité de ses ancêtres maoris. Selon lui, cette transmission est particulièrement bénéfique pour les plus jeunes, afin d'éveiller le sens de la responsabilité environnementale. « J'aime travailler avec les enfants, il est essentiel de leur faire découvrir ce domaine et de les amener à tomber amoureux de la plage et de la côte, » indique-t-il.

 

CÔTÉ CUISINE

L'une des principales qualités des algues est leur polyvalence, ce qui est très utile face aux plus difficiles des gourmets : les enfants. Au menu de son restaurant dans l'État de Washington, l'Orchard Kitchen à Langley, Vincent Nattress affiche diverses espèces d'algues.

Certaines agrémentent des mélanges d'herbes, comme le furikake japonais, alors que d'autres sont servies en pickles ou incorporées dans une sauce. « Les algues apportent la saveur umami que l'on obtient habituellement des champignons, » ajoute Nattress.

À la maison, il prépare des algues sauvages, cueillies grâce à un permis de pêche spécifique, et le résultat plaît beaucoup à ses enfants. Dorénavant, ils sont toujours partants pour une aventure culinaire, même lors d'un voyage. « Ils mangent de tout, car ils ont été exposés à tout. »

Peu importe la recette, l'algue en cuisine est une expérience à part entière. « Offrir un moment de reconnexion à nos racines et à la nature, pour moi, c'est un aspect essentiel de la cueillette, » déclare Byles. « Il n'y a pas que les algues qui comptent, il y a l'environnement, le lien avec la terre, la mer et l'humain. »

☐ ☆ ✇ National Geographic

La secte des Assassins a-t-elle vraiment existé ?

Par : National Geographic — 10 septembre 2026 à 12:04

Un ordre secret d'assassins contrôlait-il secrètement le Moyen-Orient du temps des croisades ? C'est en tout cas une légende réécrite et pensée pour les jeux vidéo et les chroniques de l'ère des Croisés. Mais le mot « assassin » dérive en fait d'un terme péjoratif pour désigner l'État nizârite ismaélien, un groupe secret mais éphémère de musulmans chiites.

Les origines des Nizârites remontent au schisme originel de l'islam en l'an 632 de notre ère, lorsque la succession du prophète Mahomet a divisé la communauté musulmane en Chiites et Sunnites. Puis, au IXe siècle, un autre désaccord a éclaté parmi les Chiites. Les adeptes d'Ismaël, prophète de l'islam et patriarche biblique, ont formé la communauté chiite ismaélienne.

En 1095, Nizar, un prince ismaélien, devait assurer la gouvernance du Caire. Lorsqu'on lui a préféré son frère cadet, Nizar s'est brièvement emparé d'Alexandrie, avant d'être exécuté. Ses partisans ont fui en Perse, où ils ont fondé leur propre branche de l'ismaélisme et établi leur propre ligne de succession. Le missionnaire ismaélien Hassan ibn al-Sabbah est devenu leur chef.

Dépeints comme des hérétiques décadents, les Nizârites étaient détestés par les musulmans chiites et sunnites. En infériorité numérique et entouré d'ennemis de toutes parts, l'État nizârite, assiégé, a fait ce qu'il fallait pour survivre. La secte a créé des bastions dans les montagnes perses et syriennes et a formé un petit groupe de combattants appelés fedayins, ou « ceux qui se sacrifient ». Les fedayins étaient connus pour leur dévouement total, qui allait jusqu'à la mort.

Les tactiques militaires traditionnelles auraient été inutiles pour les Nizârites, qui se étaient en infériorité numérique. Au lieu de cela, les fedayins ont mené des frappes presque chirurgicales contre des cibles politiques bien précises. Formés à infiltrer les milieux cibles, tuer et se soumettre à la torture et à la mort si nécessaire, les fedayins nizârites ont rapidement acquis une réputation démesurée. Les croisés chrétiens, récemment arrivés en Terre Sainte, ont également appris à les craindre, bien que les Nizârites aient ponctuellement formé des alliances avec les croisés. 

Les historiens pensent que les observateurs occidentaux, qui ne comprenaient pas pourquoi les Nizârites avaient recours à de telles pratiques guerrières, supposaient qu'ils étaient sous l'emprise d'une sorte de drogue comme le haschich. Le mot arabe Hashishin, ou « consommateur de haschisch », a été associé aux Nizârites par d'autres groupes musulmans, puis adopté par les croisés et occidentalisé pour donner assassins. Finalement, le terme impropre a fini par désigner l'auteur d'un meurtre avec préméditation, dans certains cas rémunéré.

Marco Polo et bien d'autres ont fait circuler toutes sortes d'effroyables rumeurs sur les Assassins, y compris des allégations selon lesquelles les fedayins étaient sous l'emprise du Vieux de la montagne, un successeur de Hassan qui, dit-on, consommait de la drogue pour intoxiquer les jeunes hommes, puis les incitait à se battre en leur faisant miroiter un faux paradis décadent créé au sein de sa forteresse. « Enracinés dans la peur, l'hostilité, l'ignorance et la fantasme, les mythes sur les Ismaéliens ont enflammé l'imaginaire populaire d'innombrables générations », écrit l'historien Farhad Daftary.

L'État ismaélien nizârite a réussi à survivre pendant 166 ans. Mais il ne put résister aux Mongols, qui commencèrent leur conquête du monde islamique en 1219 et repoussèrent les Nizârites toujours plus loin. Suite à la perte de tous leurs bastions, les Nizârites survivants ont dû se résoudre à fuir.

Des siècles après la chute de l'État nizârite, la communauté religieuse ismaélienne perdure. Aujourd'hui, jusqu'à 15 millions d'Ismaéliens vivent dans plus de 25 pays à travers le monde, et constituent le deuxième plus grand groupe de musulmans chiites. Pour la majorité d'entre eux, les Ismaéliens sont toujours nizârites.

Alors que le temps des assassinats ciblés est révolu depuis longtemps, les légendes salaces et fallacieuses sur les Nizârites perdurent dans la culture populaire : la série de jeux vidéo Assassin's Creed est devenue l'une des franchises de jeux vidéo les plus vendues de tous les temps - mais l'image sensationnaliste qu'elle donne des Assassins n'a aucun fondement historique.

☐ ☆ ✇ FreshRSS.org

FreshRSS 1.30.0

Par : Alkarex — 9 septembre 2026 à 16:43

This is a security-oriented major release with several important security patches, so users are encouraged to update without delay.

From this release, we are also making it clear that our rolling-release channel (edge) is recommended for faster security patches.

Breaking change 💥:

  • Disallow access to local networks such as 127.0.0.1 by default, for security reasons

Feature highlights✨:

  • Filter global view feed list by state and search
  • New option to hide badges showing number of unread articles (Phantom Obligation)
  • Refresh only feeds in the current view
  • Offer to add a prefix when re-sharing user labels

Bug fixes highlights 🐛:

  • Several security attack scenarios patched
  • Fix lost elements while parsing search query
  • Fix “mark as read older than…” widening the active search
  • Fix saving user queries
  • Fix SQL errors breaking some regex searches with MySQL / MariaDB

This release has been made by @Alkarex, @andris155, @ColonelMoutarde, @Frenzie, @IEEE-754, @Inverle, @math-GH, @nykula, @polybjorn, @Stunkymonkey and newcomers @0xdeadrelay, @AdamKorcz, @aligundogar, @bossaarebecca-alt, @Cactys12, @chrislongros, @Divinelink, @Elgeryy1, @featurecreep-cron, @Fripix, @fzlzjerry, @georatas, @gshimo, @iatman ,@ihsanarifr, @jamalkamaladdin, @JamBalaya56562, @jbrayton, @jeremy-code, @juherr, @kobihikri, @LeeXiaolan, @masskrdjn, @mohammadlashkari, @nathanpixodeo, @Otolock, @payaci, @salvador-castro, @SamCyber001, @satyvm, @senti-man, @simitana, @ThomasVermeer, @Totara-thib, @TowyTowy, @utkutibet, @XiaoSong1223

Full changelog:

  • Security
    • 💥 Disallow access to local networks such as 127.0.0.1 by default, for security reasons (breaking change) #8400,
      #9195
      • Selected local networks can be allowed under System configuration or using the INTERNAL_HOST_ALLOWLIST environment variable
      • Passing * allows all networks like before (unsafe)
    • Improve SSRF mitigations by restricting CURLOPT_PROXY #8950
    • Fix auth CSRFs (login and register actions) #9171
    • Log invalid challenge and ignore JSON error during login #9278
    • Disallow fetching of non remote URI #9215
    • Only allow HTTP/HTTPS schemes for enclosure and thumbnail URLs #9272
    • Fix access control in rss and opml actions #8912
    • Refactor to use CSRF field directly instead of borrowing it from a form #9169, #9205
    • Cleaner limit anonymous mode to default user #9235
    • Fix HTML ingestions in templates #9146, #9170
    • Fix bad header filtering bypass #8964
    • Sanitize all fields during JSON import #9168
    • Gate greader (JSON) user query share format behind Share by OPML #9248
    • Public OPML should not contain cURL parameters #9070
    • Ignore security-relevant OPML attributes for dynamic OPML sources #9276
    • Strip feed URL credentials from anonymous user query output #9246
    • Set limits for regex during search #8913
    • Fix path disclosure in cache error message #9206
    • Limit the length and parentheses nesting depth of a search query #9277
    • Use timing-safe comparison for tokens #8945
    • Use hash_equals() for GReader API token comparison #9183
    • Mailer: allow disabling SMTPAutoTLS via config #9026
    • Warn during install if document root does not point to ./p/ #9010
    • Stop the unread-count poller after the session ends #9065
    • Add remote IP address to warning on form login #8942
    • Pin the GitHub actions using SHA #9200
    • Harden cache and SimplePie cache deserialization #9273
  • SimplePie
    • Security: Disallow javascript: URI scheme (protocol) #8263
    • Fix wrong player parent logic leading to invalid type #8893, simplepie#978
    • Consistently enable XML_OPTION_PARSE_HUGE #8894, simplepie#977
    • Fix null warning in IRI for PHP 8.5+ #8918, simplepie#979
    • Fix sanitizer whitelist stripping order #9066
    • Show only one representation per media:group #9009
    • Bump upstream SimplePie #8947
  • Features
    • Filter global view feed list by state and search #9132
      • Use global view when searching from subscription page #9144
    • New option to hide badges showing number of unread articles (Phantom Obligation) #8844
    • Refresh only feeds in the current view #9060
    • Offer to add a prefix when resharing user labels #9236
    • Add log search to the logs page #9059
    • Add configurable log_level system setting #9185
    • New option to keep or not the custom sort order when navigating between categories and feeds #8969
    • New per-feed option to show or hide enclosures (attachments) #9015
    • Detect JSON feeds from URLs containing json #9058
      • Also when subscribing via the API #9167
    • Order categories during OPML import/export according to position #9203
    • OPML: include each feed’s refresh interval (TTL) in export/import #8982
    • Log failed CSS content retrieval (Web scraping) #9077
    • Allow providing a category when adding a feed by bookmarklet #9047
    • Add LinkAce sharing service #9024
    • Add Nextcloud Bookmarks sharing service #9032
  • Bug fixing
    • Fix lost elements while parsing search query #8884
    • Fix “mark as read older than…” widening the active search #9173
    • Fix saving user queries #9190
    • Fix SQL errors breaking some regex searches with MySQL / MariaDB #9036
    • Fix marking filtered label articles as read in SQLite and PostgreSQL #9264
    • Fix tagging an already-tagged entry on PostgreSQL raising a SQL error instead of being a no-op #9136
    • PostgreSQL: make committing new entries resilient to duplicate keys #9231
    • Preserve negative timezone offsets in date intervals #9071
    • Fix feed dropdown bugs due to hash desync #8949
    • Fix slider not reinitializing after form submit #8973
    • Minz: Skip loading duplicated JS/CSS assets #9000
    • Respect simplepie_syslog_enabled for the uses cache logs #8986
    • Fix statistics repartition averages #8996
    • Fix article hover date visibility #8997
    • Keep search and state filters when marking articles as read #9007
    • Fix --db-prefix silently drops following CLI flags #9042
    • Remove stale dynamic favicon links #9127
    • Fix desync between favicon and title unread counters #9262
    • Fix outdated username length hint on registration and install forms #9013
    • Redirect away from wrong URL paths #9075
    • Fix auto-share shortcut on first use #9072
    • Exclude hidden feeds from global view counts #9152
    • Fix only the last <media:credit> being written to the RSS output #9174
  • CLI
    • New cli/reconfigure-user.php to read/write per-user config attributes #8873
    • Report new articles count per feed in app/actualize_script.php output #8948
    • Output a diagnostic when the cli/health.php check fails #8980
  • API
    • Add a warning message to the API password section and a log warning when a client uses GET instead of recommended POST #8845
    • Fever API: log the client IP address on authentication failure #8981
    • WebSub: ignore HTTP/HTTPS scheme difference in Self URL comparison #9005
  • Deployment
    • Docker alternative image updated to Alpine 3.24 with PHP 8.5.7 and Apache 2.4.67 #8916
    • Start supporting PHP 8.6+
      • Docker dev :newest with PHP 8.6 #9155
    • Docker: attach provenance and SBOM attestations to the published image #9150
    • Apache use only CONN_REMOTE_ADDR in logs when mod_remoteip is available, for compatibility with LiteSpeed Web Server #8890
    • Fix .dockerignore being ignored during build in CI #9001
    • New ENABLE_ACCESS_LOG environment variable to disable access logs #9191
    • Check GMP during 32-bit installation #9046
    • Improve actualize mutex to allow multiple instances #9045
    • OIDC: redirect to a default URL on expired auth state instead of 400 #9143
  • UI
    • Always jump article to top when header is offscreen, also when Stick the article to the top when opened is disabled #8870
    • Move article header/footer options (feed title, authors and date, icons position, tags) from Reading to Display configuration #9139
    • Move disable button before remove button in user management #8944
    • Keep scroll position of slider after form submit #8974
    • Group export feeds by category #9079, #9154
    • Sort feed names with locale-aware collation #8985
    • Sort labels with locale-aware collation #9023
    • Format unread counter in title on page load #9263
    • Display slider after submit for all buttons in feed update UI #8999
    • Improve aside keyboard navigation #9202
    • Allows usage of Ctrl/Shift keys with the open website shortcut #9186
    • Fix padding for .nav_menu in Alternative-Dark, Flat, and Nord themes #8901
    • Fix typo in alert error border color variable #9266
    • Use JavaScript Event() constructor instead of deprecated initEvent() #9035
    • Use :user-invalid instead of :invalid for CSS form field styling #9025
    • Remove unused simple layout #8998
    • Various UI and style improvements: #8823, #8824,
      #9140, #9145
  • Extensions
    • Minor Minz_Extension typing #8952
    • Improve extension list fetch diagnostics #9055
    • Fix a PHP warning in Serve action #9267
    • Fix extension settings cancel action #9053
    • Fix sharing menu conflicts with extensions #9074
    • Add read status hook for entries #8995
    • Dispatch a new JavaScript event freshrss:entryStateChange when an entry finishes being marked read/unread #9031
    • Redirect after saving user CSS/JS so changes apply immediately #9006
  • I18n
  • Misc.
☐ ☆ ✇ National Geographic

La cinquantaine, période de tous les défis de santé pour les femmes

Par : National Geographic — 8 septembre 2026 à 10:49

L'âge moyen pour la ménopause en France est de cinquante ans. La ménopause et les années qui la précèdent entraînent des changements à presque tous les niveaux de l'organisme féminin. Cependant, de nombreuses femmes sont surprises par les changements qui surviennent et s'interrogent sur la meilleure façon de les gérer.

« La majorité des femmes ne savent pas à quoi s'attendre avant que ça n'arrive », explique Asima Ahmad, endocrinologue, spécialiste de la reproduction et de la fertilité et médecin-chef de Carrot Fertility, en Pennsylvanie. « Quand les symptômes surviennent, elles ne comprennent pas complètement les différences entre la périménopause et la ménopause. »

On parle de ménopause quand une femme n'a pas eu ses règles depuis au moins un an. La périménopause, c'est ce qui mène à la ménopause, lorsque les femmes commencent à ressentir des symptômes liés à la décélération progressive de la production d'œstrogènes dans le corps.

« L'expérience sera un peu différente pour chacune », souligne Asima Ahmad. Le nombre médian d'années pendant lesquelles une personne est touchée par ces symptômes est de 7,4 ans, mais il peut aller jusqu'à quatorze à vingt ans pour certaines femmes. Plus important, il s'agit également d'une période de transformation clé pour la santé cardiaque et métabolique des femmes.

« La ménopause est une période inévitable, et je préfère la voir comme une fenêtre sur la santé cardiovasculaire à venir », explique Kathryn Lindley, cardiologue au Vanderbilt University Medical Center. Les femmes pourraient chercher des soins aux symptômes de périménopause et de ménopause, « mais c'est aussi à ce moment que les facteurs de risques cardiovasculaires commencent vraiment à croître », déclare Lindley. « On commence à voir la pression artérielle, le poids et les taux de glycémie et de cholestérol augmenter, et il y a vraiment une augmentation des risques de maladies cardiaques comme un infarctus, une défaillance cardiaque ou un accident vasculaire cérébral (AVC). »

Les infarctus peuvent être ressentis différemment chez les femmes et chez les hommes, alors il est important de se familiariser avec les symptômes d'un infarctus chez les femmes. Il y a cependant bien plus de risques de faire un AVC qu'un infarctus chez les femmes, alors retenez bien ces signes également.

Heureusement, il existe de nombreux traitements pour la majorité des symptômes de ménopause ou pour faire chuter les facteurs de risque des maladies cardiovasculaires.

« Ce n'est pas comme si une seule chose allait fonctionner pour tout le monde », déclare Asima Ahmad. « Il faut parfois procéder par essais et même se tromper. Ce qui est vraiment important, en ce qui concerne les options de traitements, c'est de trouver le bon personnel de santé. »

De nombreuses femmes ont la chance d'être déjà à l'aise pour parler des symptômes de périménopause avec leur médecin traitant. Mais la société d'Ahmad, Carrot Fertility, a découvert l'année dernière qu'une femme sur trois interrogées déclarait n'avoir jamais abordé la question de la ménopause avec son médecin. Pourtant, entamer ces discussions dès le début serait salutaire, afin de pouvoir déterminer si votre médecin répondra à vos besoins.

« Si vous avez un médecin qui n'est pas à l'aise avec le fait de traiter une ménopause, ou si vous cherchez quelqu'un ayant plus d'expérience personnelle, alors il va falloir chercher quelqu'un au préalable », déclare Ahmad.

Malgré tous les changements auxquels les femmes dans la cinquantaine sont confrontées, il est utile de rappeler que cette période ne dure pas éternellement.

« J'essaie de faire comprendre à mes patientes que, pour la plupart des femmes, la périménopause est une période longue, mais limitée », explique Angela Wilson, gynécologue-obstétricienne au Montefiore Einstein Advanced Care. « À un moment donné, on arrive de l'autre côté et les choses commencent à se stabiliser un peu. »

 

TRAITER LA MÉNOPAUSE ET LA SANTÉ SEXUELLE

La première chose qui traverse l'esprit des femmes lorsqu'elles entendent le mot « ménopause », c'est « bouffée de chaleur ». Mais la périménopause et la ménopause peuvent inclure un éventail de symptômes beaucoup plus larges.

« On parle de changements dans les niveaux d'énergie et de fatigue, un brouillard cérébral et des difficultés de concentration, des difficultés à s'endormir et à rester endormie, de dépression, de changements dans la répartition des graisses dans le corps, une perte de cheveux, des changements cutanés et des changements dans la densité osseuse », explique Ahmad.

Les symptômes d'humeur peuvent résulter des autres symptômes ou se manifester indépendamment.

« La ménopause peut s'accompagner de nombreux symptômes émotionnels, tels qu'une irritabilité accrue et un risque accru de dépression et d'anxiété », explique Wilson. En outre, la perte d'œstrogènes dans l'organisme peut également entraîner une sécheresse vaginale, ce qui a des répercussions sur les rapports sexuels. Entre 17 et 45 % des femmes signalent des douleurs lors des rapports sexuels pendant cette période, et la sous-déclaration est importante sur ces sujets, de sorte que les chiffres pourraient être bien plus élevés. La sécheresse vaginale touche tout le monde », explique Wilson, « mais les femmes sont souvent surprises lorsqu'elles commencent à en souffrir ».

Toutes les femmes ne présentent pas l'ensemble de ces symptômes, mais ils sont communs à des millions de femmes.

Étant donné que de nombreux changements surviennent en raison de la diminution progressive d'œstrogènes dans l'organisme, l'hormonothérapie peut constituer une option thérapeutique importante. Malheureusement, l'interprétation erronée d'une étude influente réalisée en 2002 a entraîné des années de confusion, de désinformation et de craintes infondées au sujet de l'hormonothérapie. Il est vrai que l'hormonothérapie ne convient pas à toutes les femmes et qu'elle comporte des risques et des avantages, comme tout traitement, mais pour la grande majorité des femmes, les avantages l'emportent sur les risques tout au long de la cinquantaine.

Mais l'hormonothérapie n'est pas non plus une panacée. « Pour de nombreuses personnes, on combinera d'hormonothérapie à d'autres traitements », explique Ahmad. Il peut s'agir de lubrifiants vaginaux, de thérapies alternatives pour les bouffées de chaleur, comme les inhibiteurs sélectifs de recapture de la sérotonine (ISRS) ou des changements de style de vie, comme le fait de porter des vêtements plus légers et de limiter les aliments qui accentuent vos symptômes.

Les symptômes cognitifs peuvent particulièrement inquiéter les femmes au début, surtout si elles ont des antécédents familiaux de démence. Alors, comment savoir si vos difficultés de concentration ou de mémorisation sont dues à la ménopause ou aux premiers signes d'une démence précoce ?

« Si cela affecte leur vie quotidienne, leur travail, leur vie de famille ou leur capacité à effectuer des activités quotidiennes, il y a peut-être un problème à régler », explique Jorge Ruiz, gériatre au Memorial Healthcare System à Hollywood, en Floride. « Si c'est gênant, mais que vous pouvez faire tout ce que vous avez à faire, il n'y a pas lieu de s'inquiéter. »

Enfin, les femmes ménopausées commencent à perdre de la masse osseuse et musculaire tout en prenant de la graisse, explique Lindley. « Il est donc important de continuer à faire des exercices avec des poids et des charges, à la fois pour maintenir votre tonus musculaire et votre masse osseuse ». Mais il faut aussi être conscient du risque de blessure, ajoute-t-elle. Lindley recommande aux patientes d'utiliser des poids plus légers et de faire plus de répétitions pour réduire le risque de blessure, et certaines femmes devront certainement opter pour le vélo ou la natation au lieu de la course à pied pour leur santé cardiovasculaire.

Ahmad recommande de procéder à un examen de base de la densité minérale osseuse au début de la périménopause afin de pouvoir observer les changements qui commencent à se produire au fil du temps. Les femmes peuvent aussi renforcer la santé de leurs os en faisant de la musculation et en veillant à consommer suffisamment de vitamine D et de calcium.

 

SANTÉ CARDIOVASCULAIRE, MÉTABOLIQUE ET CÉRÉBRALE

Wilson explique que sa priorité, lorsqu'elle discute avec des femmes dans la cinquantaine, est de vérifier leur santé cardiovasculaire et d'effectuer des dépistages du diabète, de l'hypertension artérielle et des taux élevés de cholestérol.

« Je conseille à mes patientes d'examiner attentivement leur mode de vie à ce moment-là », explique Lindley. « Si vous ne faisiez pas d'exercice avant, il faut vous y mettre. Si vous ne mangiez pas bien avant, il va falloir changer de régime alimentaire ». Elle recommande typiquement un régime méditerranéen riche en fruits et légumes, en céréales complètes et en volailles, et pauvre en graisse, en sucres et en aliments transformés.

Bien que de nombreuses femmes soient au courant que la ménopause s'accompagne souvent d'un gain de poids, Wilson insiste sur le fait qu'il s'agit d'un changement global du métabolisme qui se produit dans leur corps. C'est pourquoi faire de l'exercice et manger sainement deviennent bien plus importants.

« Nous savons qu'un régime sain et de l'exercice peut contribuer au maintien d'une bonne santé cardiaque, alors même si la balance ne bouge pas, ces habitudes contribuent à maintenir notre taux de cholestérol, notre glycémie et notre tension artérielle et à prolonger notre espérance de vie », explique Lindley.

La santé cardiovasculaire est également inextricablement liée à la santé cérébrale, de sorte que le maintien d'une tension artérielle saine protège également le cerveau à long terme, selon Lindley.

Les modifications du mode de vie qui contribuent à maintenir la tension artérielle à un niveau bas consistent à éviter l'excès de sel dans l'alimentation, à faire de l'exercice régulièrement, à perdre l'excès de graisse et à traiter l'apnée du sommeil si elle a été diagnostiquée.

« Si ces modifications de style de vie ne permettent pas de ramener la tension artérielle à son niveau normal, il est très important de traiter avec des médicaments, car l'hypertension artérielle non traitée, même si vous vous sentez bien, a des effets cumulatifs assez graves sur votre cœur, votre cerveau et vos reins », explique Lindley.

 

DÉPISTAGE DES CANCERS

Les dépistages des cancers effectués au cours des décennies précédentes se poursuivent, avec un ou deux dépistages supplémentaires, en fonction des facteurs de risques :

1) Le dépistage du cancer du col de l'utérus se poursuit avec un frottis tous les trois ans, un test de dépistage du papillomavirus humain à haut risque (hrHPV) tous les cinq ans, ou les deux tous les cinq ans.

2) Le dépistage du cancer colorectal se poursuit par une coloscopie tous les dix ans ou par l'un des divers dépistages non invasifs mais non préventifs qui permettent de détecter un cancer du côlon à un stage précoce.

3) Le dépistage du cancer du sein par mammographie, ou éventuellement par IRM pour certaines populations, se poursuit tous les deux ans.

4) Le dépistage du cancer du poumon commence à l'âge de cinquante ans pour les personnes qui fument ou qui ont arrêté de fumer au cours des quinze dernières années et qui ont au moins vingt ans d'antécédents de tabagisme, par exemple un paquet par jour pendant vingt ans ou deux paquets par jour durant dix ans.

5) En ce qui concerne les cancers de la peau, April Armstrong, dermatologue à l'université de Californie à Los Angeles, conseille un examen tous les ans ou presque, car la cinquantaine est le moment où les lésions cutanées précancéreuses et cancéreuses peuvent commencer à apparaître, en particulier chez les patients ayant la peau claire.

 

BIEN-ÊTRE GÉNÉRAL ET VACCINATIONS

Malheureusement, la ménopause peut interférer avec un grand nombre de besoins fondamentaux en matière de bien-être, comme un bon sommeil et la gestion du stress. La prise de poids liée à la ménopause, par exemple, peut parfois conduire les femmes à développer une apnée obstructive du sommeil. Si vous ne vous sentez pas fraîche après une nuit complète de sommeil, si vous ronflez ou si vous vous réveillez avec des maux de tête, envisagez de faire évaluer votre apnée du sommeil.

Voici d'autres habitudes à prendre pour maintenir un bien-être général :

1) Demandez à votre ophtalmologiste à quelle fréquence vous devez vous faire examiner si vous ne présentez pas de symptômes ou si vous ne portez pas de verres correcteurs.

2) Continuer à pratiquer des détartrages et des dépistages dentaires deux fois par an.

3) Outre le vaccin contre la grippe saisonnière et le vaccin COVID, les adultes de cinquante ans et plus devraient se faire vacciner contre le zona afin de réduire le risque de contracter cette maladie, qu'une personne sur trois développera au cours de sa vie.

Les changements hormonaux de la ménopause peuvent également entraîner une sécheresse et une perte d'élasticité de la peau des femmes, ainsi qu'une accentuation des rides, explique Armstrong. Si vous n'avez pas encore commencé à utiliser un rétinol ou rétinoïde dans votre routine de soins du soir, c'est le moment de commencer à réparer certains des dommages causés par le soleil.

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Randonnée : la Slovénie, le secret le mieux gardé d’Europe

Par : National Geographic — 7 septembre 2026 à 18:51

L’Europe ne manque pas de destinations populaires, que ce soit pour passer des chaudes vacances estivales ou pour effectuer un périple en train pour aller visiter ses marchés de Noël. Pour les adeptes de randonnée, l’Europe propose une mine d’or de circuits de trekking, entre promenades tranquilles sur les levadas de Madère et pèlerinage sur la route de Compostelle, les choix ne manquent pas. Si l’Écosse, le Portugal et l’Espagne reçoivent beaucoup d’attention, la Slovénie s’impose petit à petit comme une destination de randonnée de premier plan.

Nichée entre l’Italie, l’Autriche et la Croatie et bordée par la mer Adriatique, la Slovénie propose elle aussi les vins de classe mondiale, la gastronomie et les sommets montagneux immenses qui caractérisent la région, mais à des prix moindres et avec moins d’affluence. Que vous soyez en quête d’un trek ardu à faire en solitaire ou d’un itinéraire pour toute la famille, voici où randonner en Slovénie.

 

MEILLEURES RANDONNÉES POUR LES DÉBUTANTS

Si vous avez déjà vu une photo de la Slovénie, il y a de bonnes chances que vous ayez vu un lac calme et cristallin avec d’imposantes montagnes aux sommets enneigés en arrière-plan. Il s’agit de la destination la plus emblématique de Slovénie, le lac de Bled. Et, si la plupart des visiteurs ont tendance à ne pas s’éloigner du balcon de leur hôtel ou de la promenade située en bord de lac, il s’agit en fait d’une excellente destination pour qui souhaite randonner.

Selon Zuzana Sochorova, guide pour Wilderness Travel en Slovénie, le lac de Bled convient particulièrement aux débutants, car « c’est l’endroit idéal pour incorporer quelques randonnées brèves dans un itinéraire plus vaste ». Selon la description qu’elle en donne, la zone du lac est entourée d’itinéraires pédestres courts et faciles qui, malgré le faible dénivelé, récompensent quand même les visiteurs avec des vues spectaculaires.

Avec son lac digne d’un décor de carte postale et son église insulaire au toit rouge (que l’on va visiter dans une gondole de style vénitien, bien entendu) ont tendance à être sur la liste des choses à voir absolument de la plupart des touristes qui vont en Slovénie. Bled est donc un endroit pratique pour randonner en plus de tout le reste.

 

TREKS EXIGEANTS SUR PLUSIEURS JOURS

Le Parc national du Triglav, qui couvre la majorité des Alpes juliennes, est le seul parc national de Slovénie et il s’agit du meilleur endroit pour s’aventurer sur des itinéraires exigeants. Le parc tire son nom du plus haut sommet slovène, le Triglav, qui culmine fièrement à 2 864 mètres d’altitude. Parcourir ses arêtes est une excellente occasion d’apercevoir des chamois (Rupicara rupicara) et des bouquetins (Capra ibex) et des aigles royaux (Aquila chrysaetos). Zuzana Sochorova explique que « l’ascension représente un défi même pour les randonneurs très expérimentés, car c’est un parcours particulièrement technique, qui nécessite l’utilisation d’une via ferrata ».

Bien qu’il soit techniquement possible de gravir le Triglav en une seule journée, Zuzana Sochorova déconseille vivement d’essayer de faire cela. À la place, elle suggère d’effectuer le trek en deux jours et de passer la nuit dans le refuge de montagne le plus haut de Slovénie, le Triglav Dom na Kredarici.

Pour des randonnées de longue distance, embarquez pour une aventure de refuge en refuge ou bien empruntez l’Alpe-Adria Trail, un sentier pédestre de 740 kilomètres traversant les frontières de slovène, autrichienne et italienne. Les sections slovènes vous emmènent des forêts féériques de la vallée de la Soča à la région vinicole de l’ouest du pays.

 

RANDONNÉE SOUTERRAINE EN SLOVÉNIE

Avec 13 000 grottes (nombre qui n’en finit pas d’augmenter), la Slovénie est le pays des grottes. Son paysage souterrain semblable à du gruyère traverse tout le pays et abonde d’itinéraires pédestres pour tous les niveaux. Skocjanske Jame (les grottes de Skocjanske), site inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO comptant parmi les plus grands systèmes de grottes au monde, est une option satisfaisante, même pour les randonneurs ayant un intérêt minimal pour les grottes. Des sentiers, passerelles et escaliers escarpés souterrains conduisent les visiteurs à travers cet immense réseau de grottes de plus de six kilomètres et au-dessus des eaux tumultueuses de la Reka. À un moment donné, sur votre chemin, vous croiserez un pont souterrain enjambant la rivière à bonne hauteur ; cet itinéraire pourrait ne pas convenir à une personne ayant le vertige.

Une autre option est la grotte de Postojna, située près du plus grand château troglodytique du monde, le château de Predjama, un château médiéval encastré dans une falaise. Un train qui siéra aux enfants vous conduira à l’intérieur de la grotte où vous pourrez évoluer à pied, mais les randonneurs plus aventuriers peuvent prendre part à des circuits passant par les profondeurs de la grotte.

 

LES MEILLEURES RANDONNÉES POUR LES FÉRUS D’HISTOIRE

Selon Peter Lenarcic de l’association Slovenia Outdoor, cette exploration souterraine peut également constituer une excellente option pour les férus d’Histoire, car « la Slovénie possède de vastes vestiges de fortifications souterraines datant [des deux Guerres mondiales], comme la ligne Rupnik et la ligne de front de la Soča. » Il ajoute que certaines peuvent être visitées en solitaire avec une bonne lampe torche et que beaucoup sont également situées près d’autres sentiers de randonnée.

Pour les amateurs d’Histoire qui préfèrent rester à la surface, Peter Lenarcic recommande le sentier des Trappistes, dont les 12 kilomètres passent par d’anciennes routes du vin, et le Sentier de la paix (Walk of Peace), ponctué de tranchées, de bunkers et d’autres vestiges des guerres éparpillés sur un pan de 107 kilomètres traversant montagnes, rivières et petits villages entre les Alpes et l’Adriatique. Des sections du Walk of Peace sont en train d’être réparés ; rendez-vous ici pour connaître sa praticabilité.

Une option plus courte est le Kobarid Historic Trail, un sentier de 6,5 kilomètres environ qui mélange forêts, cascades, vestiges de bunker de la Première Guerre mondiale et musées historiques nichés dans des petites villes, comme le Musée de Kobarid, qui est consacré à la Grande Guerre.

 

RANDONNÉES FAMILIALES

Les enfants peuvent randonner sur les sentiers autours du lac de Bled et dans les grottes slovènes (et le font), mais pour un peu plus de divertissement, envisagez d’emprunter des sentiers desservis par des télésièges. « Si vous randonnez en famille, et en particulier s’il y a de jeunes pousses ou que vous voyagez avec des personnes à mobilité réduite, j’aime à recommander des zones de randonnée accessibles en téléphérique », recommande Jirí Rohel, guide pour Wilderness Travel en Slovénie.

Il conseille Velika Planina, un plateau alpin situé près de la ville de Kamnik, qui abrite la plus grande communauté de bergers d’Europe et où les éleveurs viennent faire paître leurs vaches dans les prés l’été. Non seulement y trouve-t-on de superbes itinéraires familiaux, mais on y trouve également une expérience culturelle immersive. En effet, certains bergers ouvrent leurs huttes aux visiteurs et proposent des déjeuners traditionnels.

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Asthme : pourquoi les femmes sont-elles plus durement touchées ?

Par : National Geographic — 7 septembre 2026 à 13:53

Avant la puberté, les garçons sont plus susceptibles que les filles de souffrir d’asthme et présentent également plus souvent des symptômes sévères. Mais par la suite, la tendance s’inverse.

Les spécialistes ne savent pas encore exactement ce qui explique ce basculement. Selon les données de Santé publique France, l'asthme est souvent plus sévère chez les femmes adultes : le taux de mortalité liée à l'asthme est de 1,7 pour 100 000 chez les femmes contre 0,9 pour 100 000 chez les hommes. Elles sont également plus susceptibles de connaître des crises nécessitant un passage aux urgences ou une hospitalisation. En outre, certaines formes d’asthme plus fréquentes chez les femmes répondent mal aux traitements habituels, explique Patricia Silveyra, professeure à l’École de santé publique de l’université de l’Indiana à Bloomington.

La situation se complexifie encore avec l’âge. Les symptômes peuvent s’améliorer ou, au contraire, s’aggraver au cours de certaines phases du cycle menstruel, pendant la grossesse ou lors de la ménopause, explique Dawn DeMeo, pneumologue et spécialiste des soins intensifs au sein de Mass General Brigham.

Si les différences entre les hommes et les femmes présentant de l'asthme sont observées depuis plusieurs décennies, les chercheurs commencent seulement à comprendre les mécanismes qui les sous-tendent, souligne Patricia Silveyra. « Ce n’est pas propre à l’asthme. Cela reflète une histoire plus large de la recherche biomédicale, dans laquelle les femmes ont longtemps été sous-représentées ou n’ont pas fait l’objet d’analyses distinctes », explique-t-elle.

Pendant des décennies, de nombreux essais cliniques consacrés aux traitements de l’asthme aux États-Unis ont principalement été menés sur des hommes, rappelle Ayobami T. Akenroye, professeur adjoint d’allergologie et d’immunologie à la Harvard Medical School. Mais en 2016, les National Institutes of Health (NIH) ont mis en place leur politique Sex as a Biological Variable (SABV). « Cette politique a formalisé l’idée que le sexe biologique devait être pris en compte dans la conception, l’analyse et la publication des études. Depuis, l’attention portée aux différences entre les sexes a considérablement augmenté », explique Patricia Silveyra.

La bonne nouvelle, c'est que les progrès thérapeutiques se multiplient pour les hommes comme pour les femmes, avec l’arrivée de nouveaux traitements biologiques et des recherches explorant la possibilité que les médicaments de type GLP-1 puissent un jour faire partie de l’arsenal contre l’asthme.

 

HOMMES ET FEMMES NE SONT PAS ÉGAUX FACE À L'ASTHME

L’asthme n’est pas une maladie unique. Il s’agit d’un terme générique regroupant plusieurs formes de maladies pulmonaires chroniques caractérisées par un rétrécissement des voies respiratoires. Les chercheurs ont identifié plusieurs facteurs expliquant pourquoi les symptômes diffèrent selon le sexe : génétique, environnement, mode de vie et hormones sexuelles jouent tous un rôle distinct.

Certaines variantes génétiques, certains gènes spécifiques et certains microARN sont directement associés à la fonction pulmonaire, à l’inflammation des poumons et à l’asthme, selon une étude co-dirigée par Patricia Silveyra. « Cela ne signifie pas que les femmes possèdent des gènes de l’asthme entièrement différents », précise la professeure. « Cela signifie plutôt qu’un même gène ou une même variante génétique peut se comporter différemment dans un organisme masculin ou féminin. »

La génétique n’explique toutefois pas tout. Il pourrait également exister des différences dans le développement pulmonaire. Chez les filles, le rapport entre le diamètre des voies respiratoires et le volume pulmonaire total est plus faible que chez les garçons. À mesure qu’ils grandissent, les poumons des garçons augmentent davantage, ce qui peut contribuer à atténuer l’asthme infantile, indique Ayobami Akenroye. Chez les femmes, les poumons demeurent relativement plus petits.

Les facteurs environnementaux entrent également en jeu. Selon Akenroye, les femmes sont davantage exposées à certains irritants comme les fumées de cuisson ou les produits ménagers. Une importante étude de cohorte a montré que 13,7 % des femmes exerçant un métier impliquant le nettoyage avaient reçu un diagnostic d’asthme, contre 12,3 % de celles effectuant uniquement le ménage à domicile et 9,6 % de celles ne réalisant pas d’activités de nettoyage régulières.

Les hormones sexuelles constituent un autre élément majeur. « Les hormones féminines comme l’estradiol tendent à favoriser l’inflammation, tandis que les androgènes, souvent qualifiés d’hormones masculines, ont plutôt un effet anti-inflammatoire », explique Patricia Silveyra. Selon une étude publiée dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology, l’estradiol et la progestérone augmentent la production, par certaines cellules immunitaires, d’une molécule inflammatoire appelée IL‑17A, associée aux formes sévères d’asthme.

« Les variations des taux d’œstrogènes et d’androgènes qui apparaissent à la puberté, mais aussi au cours de la grossesse ou de la ménopause, jouent un rôle important dans la régulation de l’inflammation des voies respiratoires », explique Dawn Newcomb, professeure associée à l’université Vanderbilt, qui a mené l'étude en question.

Les hormones sexuelles peuvent également amplifier un autre facteur de risque : l’obésité. « L’obésité modifie fortement l’expression de l’asthme, particulièrement chez les femmes », souligne Patricia Silveyra, notamment parce que le tissu adipeux influence la signalisation des œstrogènes. L’obésité augmente non seulement le risque de développer une forme d'asthme, mais complique également son évolution en modifiant la mécanique respiratoire, les réponses immunitaires et l’efficacité des traitements, selon une étude parue en 2025 dans The Journal of International Medical Research.

 

LES SYMPTÔMES VARIENT AU COURS DE LA VIE

Pour compliquer encore les choses, les symptômes de l’asthme chez les femmes peuvent fluctuer au fil du temps, en fonction des différentes étapes de leur vie hormonale, notamment le cycle menstruel, la ou les grossesses, et la ménopause.

Ces fluctuations hormonales « peuvent influencer l’inflammation des voies respiratoires, l’hyperréactivité bronchique ou encore l’irritabilité des voies aériennes », explique Dawn DeMeo.

Selon une étude parue dans Journal of Allergy and Clinical Immunology, jusqu’à 40 % des femmes asthmatiques déclarent que leur cycle menstruel influence leurs symptômes. Patricia Silveyra estime même que cette proportion pourrait être sous-évaluée. En général, l’aggravation se produit quelques jours avant les règles ou au tout début de celles-ci. Les scientifiques pensent que cela est lié aux variations des taux d’œstrogènes et de progestérone après l’ovulation puis à leur chute avant les menstruations.

Certains experts avancent l’hypothèse que les fluctuations hormonales sont également responsables du fait qu’environ 40 % des femmes voient leurs symptômes d’asthme s’aggraver pendant la grossesse. « C’est au cours du deuxième et du troisième trimestre que survient la majorité des exacerbations de l’asthme », explique Patricia Silveyra. « Et cela coïncide avec des taux hormonaux plus élevés, des niveaux de cortisol plus importants, un abdomen plus volumineux et une prise de poids. »

Mais d’autres facteurs peuvent également entrer en jeu. Une étude publiée en 2025 dans l’European Respiratory Journal souligne que certaines femmes interrompent leur traitement contre l’asthme lorsqu’elles tombent enceintes ; l’aggravation observée chez certaines patientes pourrait donc être liée à cette rupture de traitement.

D’autres phénomènes associés à la grossesse sont également susceptibles d’aggraver l’asthme, ajoute Dawn DeMeo, notamment les modifications du système immunitaire, le reflux gastro-œsophagien et même la congestion nasale.

Malgré cela, 30 % des femmes asthmatiques qui tombent enceintes ne constateront aucun changement de leurs symptômes, et 30 % observeront même une amélioration, indique Patricia Silveyra. 

De manière générale, les femmes qui présentent déjà des symptômes plus sévères avant leur grossesse sont davantage susceptibles de voir leur état se dégrader pendant celle-ci. Toutefois, les raisons précises de ce phénomène restent encore mal comprises. À mesure que les femmes avancent vers la ménopause et que leurs niveaux hormonaux continuent de fluctuer, les chercheurs observent généralement une diminution de l’asthme. Cependant, l’obésité, qui tend à augmenter au moment de la ménopause, ainsi que le recours à un traitement hormonal, compliquent considérablement l’interprétation des données.

Le traitement hormonal en particulier constitue une « arme à double, voire à triple tranchant », explique Dawn DeMeo, certaines études suggérant que ces traitements contenant des œstrogènes pourraient accroître le risque d’asthme ou aggraver les symptômes.

Une étude menée par la Mayo Clinic et publiée en 2025 a même suggéré qu’il n’existait aucun lien entre la ménopause et l’asthme, et que les associations rapportées auparavant étaient en réalité influencées par l’âge, l’obésité et les traitements hormonaux. « La littérature scientifique est vraiment déroutante, même pour nous, chercheurs et cliniciens », reconnaît Dawn DeMeo.

De fait, « certaines femmes n’ont jamais souffert d’asthme et commencent à en développer plus tard dans leur vie, tandis que d’autres sont asthmatiques et voient leur asthme disparaître à l’arrivée de la ménopause », explique Patricia Silveyra.

 

POURQUOI LES FEMMES RÉPONDENT MOINS BIEN AUX TRAITEMENTS

Parce que les femmes sont davantage susceptibles de présenter des formes plus sévères d’asthme, elles ont souvent besoin de traitements plus lourds que les hommes, ajoute Dawn Newcomb. Mais c’est précisément là qu’apparaît un problème. « Nous savons que les femmes peuvent moins bien répondre aux corticoïdes inhalés », explique Dawn DeMeo. Les inhalateurs à base de corticoïdes constituent l’un des piliers du traitement de l’asthme et sont utilisés pour réduire l’inflammation à l’échelle cellulaire. Or les œstrogènes pourraient aggraver l’inflammation des voies respiratoires et modifier la manière dont les cellules réagissent à ces médicaments.

Comme alternative aux corticoïdes, sept biothérapies sont actuellement disponibles sur le marché. Ces traitements ciblent et bloquent certaines cellules ou molécules responsables de l’inflammation, mais ils visent un type d’asthme qui n’est pas particulièrement plus fréquent chez les femmes. « Je suis enthousiaste à l’idée de voir arriver les autres biothérapies actuellement en développement, car elles ciblent des patients susceptibles de moins bien répondre aux traitements déjà disponibles », explique Ayobami Akenroye.

Malheureusement, jusqu’à présent, les études consacrées aux biothérapies n’ont pas été conçues pour évaluer les différences d’efficacité entre les sexes. Les chercheurs restent néanmoins optimistes. « La prise de conscience des différences de présentation entre les sexes a considérablement progressé. Nous ne sommes peut-être plus très loin du moment où les essais cliniques seront dimensionnés pour détecter ces différences », estime Dawn DeMeo.

Une autre catégorie de médicaments suscite également un intérêt croissant : les agonistes du GLP‑1, couramment utilisés dans le traitement du diabète et de l’obésité. « Si nous avons la possibilité de traiter simultanément l’obésité, qui est une comorbidité très fréquente chez les personnes asthmatiques, cela pourrait également bénéficier aux femmes », explique Ayobami Akenroye. Même si les médicaments de type GLP‑1 ne sont pas encore approuvés par les autorités de santé dans le traitement de l’asthme, Dawn DeMeo souligne que médecins et chercheurs suivent de très près les nouvelles données scientifiques.

Pour les femmes qui n’ont jamais reçu de diagnostic d’asthme, les spécialistes recommandent de prendre au sérieux tout symptôme respiratoire. « Il ne faut pas attribuer automatiquement un essoufflement survenant pendant la ménopause à de l’anxiété », insiste Dawn DeMeo. « Il faut consulter un médecin. » En matière de prévention, les experts soulignent l’importance d’éviter le tabac et le vapotage, de limiter les expositions professionnelles à la poussière ou aux fumées, et de lutter contre l’obésité. Ayobami Akenroye rappelle également que la santé mentale joue un rôle important, le stress psychosocial pouvant constituer un facteur déclenchant de l’asthme.

Les spécialistes s’accordent aussi sur l’intérêt du suivi des symptômes. Celui-ci peut aider les patientes, mais aussi leurs médecins, à mieux comprendre leur fonctionnement biologique individuel et à adapter leur prise en charge de manière personnalisée, qu’il s’agisse d’utiliser plus fréquemment un inhalateur, de redoubler de vigilance face à certains déclencheurs pendant la phase lutéale du cycle menstruel ou encore d’envisager le recours à des contraceptifs hormonaux ou à des traitements stabilisant les niveaux hormonaux.

À mesure que les recherches tenant compte des différences entre les sexes se développent, les experts espèrent que nous saurons bientôt pourquoi les femmes sont plus fréquemment touchées par l’asthme, et comment mieux traiter leurs symptômes.

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