Lateo.net - Flux RSS en pagaille (pour en ajouter : @ moi)

🔒
❌ À propos de FreshRSS
Il y a de nouveaux articles disponibles, cliquez pour rafraîchir la page.
☐ ☆ ✇ National Geographic

Wildlife Photographer of the Year : les images qui ont marqué l'édition 2026

Par : National Geographic — 15 octobre 2026 à 18:04

Un matin, dans la vallée fluviale de la Huab, en Namibie, Federico Veronesi est parti sur les traces d’un groupe d’éléphants qu’il avait aperçu alors qu’il conduisait un safari. Il a remonté leur piste jusqu’au lit asséché d’une rivière où il a remarqué une étrange marque dans le sable, comme si l’on y avait traîné quelque chose. Il a pensé qu’il pouvait s’agir d’une trace laissée par un mâle ayant tiré un tronc d’arbre pour faire étalage de sa force. Mais en rattrapant la famille, il en a découvert la véritable origine : une femelle transportait le corps d’un éléphanteau mort, dont une patte était coincée entre sa trompe et sa défense.

Dans « The Aftermath », Federico Veronesi immortalise ce moment tragique dans un cliché qui lui a valu le titre de Photographe animalier de l’année lors de la 61e édition du concours, décerné le 13 octobre par le Musée national d’histoire naturelle de Londres. « C’était un moment si intime que je me suis presque dit que je ne devrais peut-être pas prendre ces photos, raconte-t-il. Mais ensuite, je me suis rendu compte qu’il s’agit là d’un aperçu fascinant de la profondeur de l’âme de ces créatures. »

Cette année, le concours a reçu un nombre record de 65 403 candidatures de 121 pays et territoires. La compétition a récompensé des lauréats dont les photographies mettent en avant des histoires saisissantes issues du monde naturel. Le grand prix a été décerné au portrait de Federico Veronesi, que le jury a salué comme un témoignage à la fois troublant et puissant de la complexité des comportements animaux.

« Cette photo fonctionne sur tant de niveaux », a déclaré la directrice du concours, Kathy Moran, à l’occasion d’une conférence de presse. « Sur le plan émotionnel, c’est un véritable coup de poing, c’est déchirant. Sur le plan intellectuel, c’est la preuve que les animaux sont doués de conscience. Cette photographie dit tout ! »

Les éléphants d’Afrique comme les éléphants d’Asie font preuve de comportements complexes en réaction à la mort. On a notamment observé des individus, apparentés ou non aux défunts, veiller, transporter et inspecter les morts d’une façon qui a conduit les scientifiques à se demander si ces comportements pouvaient être des rites funéraires.

Après avoir immortalisé ce cliché, Federico Veronesi a regardé la femelle gravir une colline rocailleuse en portant l’éléphanteau, le déposant de temps en temps pour brouter un petit buisson avant de le reprendre. Fait curieux, elle ne semblait pas avoir mis bas récemment. Le photographe a donc contacté un programme de recherche local sur les éléphants pour tenter d’en savoir davantage. Les chercheurs lui ont appris que cette femelle avait perdu un bébé quelques années auparavant et qu’on l’avait depuis observée en train de ramasser des éléphanteaux morts. « C’est probablement une façon pour elle d’essayer de revivre ce lien, d’une certaine manière, explique Federico Veronesi. Cela montre un niveau de complexité des émotions et des réactions encore plus élevé. »

Avec cette image, Federico Veronesi a l’intention d’exprimer la complexité intérieure des éléphants, même si nous ne la comprenons pas encore totalement. « Il est très clair que sur le plan émotionnel nous leur ressemblons bien plus qu’on ne l’admet », affirme-t-il.

Il explique que la prise de vue a été difficile, qu’elle a nécessité une réaction rapide sur le moment et, comme toujours, d’avoir son appareil photo prêt. « J’essaie de rendre ce flux, ce lien entre l’instant et la prise de vue aussi direct que possible, car ces instants sont fugaces, éphémères », indique-t-il.

La présentation de l’image en noir et blanc sert également à renforcer le lien entre l’animal et le spectateur, explique-t-il. À travers ce lien, il invite le public à voir les éléphants comme des individus, d’une manière telle que cela puisse influer positivement sur les décisions prises en matière de conservation de l’espèce. « À terme, cela contribuera à façonner notre rapport aux animaux et à la nature », déclare-t-il.

☐ ☆ ✇ National Geographic

Dans les Everglades, les dômes de cyprès cachent un monde secret

Par : National Geographic — 28 août 2026 à 16:19

Quand je les ai vus pour la première fois, surgissant de l'horizon, les arbres au loin ressemblaient à un stade vert citron. Cette formation imposante constituait le signe annonciateur d'une zone humide isolée et presque secrète, vestige d'un cycle vieux de 6000 ans qui se poursuit encore dans le sud de la Floride. Généralement aperçus depuis la route, ces curieux ensembles appelés cypress domes, ou dômes de cyprès, marquent les contours du système nerveux central des Everglades, un cours d'eau pouvant atteindre 80 kilomètres de large qui descend du lac Okeechobee jusquà la pointe sud de la Floride. Ces dômes forment un archipel largement inconnu, enfoui au cœur des confins subtropicaux. Ceux qui s'y sont aventurés vous diront qu'ils ont quelque chose d'inquiétant, presque d'un autre monde. En mars, je marchais sur le sentier de Gator Hook, à 80 kilomètres à l'ouest de Miami. Après m'être frayé un chemin à travers des bosquets de petits arbres, je me suis aventuré au cœur d'un cypress dome, un mystère écologique qui me hante depuis des décennies. 

Je connaissais leur forme de donut depuis l'enfance, repérant les dômes au loin au cours de nos trajets avec mes parents entre Sarasota et Key West. J'apercevais ces curieux ensembles d'arbres à l'horizon et je me demandais à quoi cela pouvait ressembler de l'intérieur. Plus tard, j'ai fait mes propres pèlerinages réguliers dans l'archipel des Keys. J'ai commencé à pêcher à Chokoloskee, dans l'ouest des Everglades, et à me familiariser avec l'arrière-pays au nord de la côte en marchant jusque dans les bras reculés du bassin-versant à la recherche d'orchidées. Il y a dix ans, j'ai commencé à écrire sur cet endroit, mais même si je suis devenu familier des lieux, ces dômes lointains gardaient pour moi quelque chose de mystique.

Aujourd'hui, un incendie faisant rage à proximité, dans la réserve nationale de Big Cypress, me pousse vers l'est, sur une bande de calcaire concassé appelée Loop Road. Même en saison sèche, cette zone peut être recouverte d'une nappe d'eau qui s'écoule lentement, mais avec la sécheresse extrême qui frappe le sud de la Floride, je me retrouve bien plus loin dans l'arrière-pays que je n'aurais pu le faire à pied en temps normal.

En me dirigeant vers le sud, en direction du dôme, j'aperçois des orchidées papillons et des plantes épiphytes [qui poussent sur d'autres végétaux, sans être un parasite] perchées sur les arbres qui en bordent le pourtour. Je pénètre dans cette zone humide ombragée d'un quart d'hectare par une brèche entre les cyprès nains qui en marquent la limite. Je me retrouve entouré de gigantesques cyprès chauves aux troncs évoquant d'antiques séquoias géants, parsemés de lichens cyan et magenta, leur écorce ruisselant de plantes épiphytes qui commencent à peine à fleurir en délicates grappes fuchsia, vert chartreuse et lavande. La première fois où j'ai marché seul dans un dôme au nord de la réserve de Big Cypress, j'ai ressenti à la fois de l'émerveillement et de la terreur, ce sentiment d'être observé par une panthère ou un mocassin d'eau. Cette étendue d'eau verte, illuminée d'orchidées et de broméliacées, est restée en moi comme un secret bien gardé.

Une pluie légère se met à tomber, et la mare peu profonde au centre du dôme, à peu près de la taille d'un garage, reflète les nuages. Tout autour, un bosquet de pommiers des marais paraît flotter dans le vent, et je me demande combien d'alligators se cachent dans l'eau. Je suis dans un autre monde, presque sacré. Tandis que le tonnerre gronde au loin à l'ouest, je commence enfin à comprendre pourquoi ces poches complexes et isolées des Everglades m'ont toujours paru aussi mystérieuses.

Bientôt, à mesure que je découvre leurs merveilles, cette fascination se transforme en tout autre chose. Les Everglades, un territoire qui couvre plus de 15000 kilomètres carrés, sont composés de près d'une douzaine d'habitats différents. On y trouve des poissons préhistoriques qui en parcourent les confins depuis des millénaires. Des orchidées fascinantes, nommées fantômes et cigares en anglais. C'est aussi l'un des rares endroits où alligators et crocodiles cohabitent. Les dômes de cyprès, en revanche, attirent rarement autant l'attention que les autres éléments de cette oasis.

Ces dernières années pourtant, une série de découvertes sur les dômes a permis d'en clarifier l'importance. Ils jouent des rôles physiques, biologiques et chimiques majeurs, et offrent un refuge à des espèces menacées. Bien qu'ils apparaissent dans plusieurs régions du sud-est des États-Unis, ils se concentrent fortement dans le sud de la Floride. Plus que leurs homologues de plus grande taille, ces «petites zones humides sans nom sont d'une importance écologique [...] supérieure de plusieurs ordres de grandeur», explique Matt Cohen, écohydrologue et directeur de l'Institut de l'eau de l'université de Floride. Il y a environ 6000 ans, après le retrait définitif des eaux marines qui recouvraient autrefois le sud de la Floride,l'écosystème des Everglades commence à prendre forme. Les premiers signes d'apparition du cyprès se sont manifestés peu avant.

Leur nom provient du mythe antique de Cyparisse, ce jeune homme, mort de chagrin après avoir tué accidentellement son cerf apprivoisé et métamorphosé en cyprès. Cette légende a fait de l'arbre un symbole de deuil et d'immortalité - il compte parmi les plus anciens vivant sur la planète: les plus vieux cyprès encore en vie dans le sud-est des États-Unis seraient âgés d'au moins 2000 ans.

Le peuple Timucua utilisait cet arbre pour fabriquer des pirogues, et les Séminoles ainsi que les Miccosukee y avaient recours pour leurs maisons. Prisé pour son bois de cœur, il fut exploité avec une telle voracité qu'au début du XX° siècle, la plupart des forêts de cyprès anciens de Floride avaient disparu. 

Matt Cohen, qui étudie ces zones humides depuis plus de vingt ans, me raconte comment, au fil des saisons, les pluies vont et viennent tandis que se noue un long dialogue entre les arbres et le sol. Les feuilles tombées des cyprès se décomposent dans l'eau, générant de l'acide carbonique qui ronge peu à peu le calcaire, creusant le sol...

☐ ☆ ✇ National Geographic

Reportage : la charge des cavalières marocaines

Par : National Geographic — 27 août 2026 à 13:36

Lorsque Zahia Aboulait était petite, son plus grand bonheur était d'accompagner son père dans les festivals ruraux marocains, les moussems, pour le voir se produire avec sa troupe de tbourida. Cette tradition équestre plusieurs fois centenaire consiste à simuler une charge de cavalerie, la plus parfaite possible, sur une piste en terre. La chevauchée s'achève lorsque les cavaliers - agissant à l'unisson, leurs chevaux au galop - lèvent leurs fusils pour tirer ensemble une seule et même salve tonitruante. Ce rituel tire son nom du mot arabe désignant la « poudre à canon » ; s'il se pratique dans tout le Maghreb, c'est au Maroc qu'il est particulièrement chéri. Le père de Zahia Aboulait était agriculteur et pratiquait la tbourida en amateur au sein d'une troupe; Zahia, qui ne ratait presque aucun moussem, en aimait chaque instant: l'odeur des chevaux, le claquement des mousquets, les djellabas finement brodées des hommes.

À cette époque, les cavaliers de tbourida étaient presque exclusivement des hommes. Mais un jour de 1999, l’un des membres de la troupe de son père ne se présente pas, et Zahia, alors âgée de quatorze ans, demande à le remplacer. Elle monte à cheval depuis l'âge de six ans, observe et apprend la tbourida depuis presque aussi longtemps. Son père, qui encourage la passion de sa fille, ne s'oppose pas à la laisser monter. Il lui prête l'une de ses longues robes traditionnelles, la djellaba, qu'elle enfile par-dessus son jogging et ses baskets. Enhardie par ce premier succès, elle ose réclamer un fusil ; il lui en donne un et lui montre comment charger la poudre noire (sans balles). Ce que Zahia retient de cette journée, c'est la façon dont les spectateurs - qui n'ont sans doute jamais vu de cavalière - la mitraillent de photos.

Au cours des vingt-sept années qui suivent, les femmes conquièrent une place dans la tbourida. Aujourd'hui, Zahia est l'une des cavalières les plus connues du pays: elle dirige sa propre troupe entièrement féminine - elles sont une douzaine tout au plus sur environ un millier de troupes au Maroc - et fait partie d'un petit cercle d'« anciennes » qui ont contribué à changer les mentalités pour incarner cette tradition. Alors que les vidéos de tbourida déferlent sur les réseaux sociaux et exposent cette activité à de nouveaux publics à travers le monde, Zahia est passée du statut de pionnière à celui de mentor, formant la prochaine génération de jeunes femmes prêtes à perpétuer une pratique aux racines ancestrales.

La tbourida est pratiquée au Maroc depuis au moins le XVI siècle; cet exercice militaire a évolué pour devenir un sport mêlant les traditions équestres des populations arabe et amazighe du pays. Reconnue par l'UNESCO comme élément essentiel du patrimoine culturel immatériel, elle est parfois appelée « fantasia », surnom exotique inventé par les Français au XIXe siècle, mais largement rejeté au Maroc. Cavaliers et chevaux arborent des tenues traditionnelles élaborées, et les participants portent de fins fusils - chargés par la bouche du canon - qui évoquent une époque révolue. Chaque prestation ne dure que quelques secondes, une cavalcade de sabots et une tension croissante convergent vers une unique salve. Lorsque la synchronisation entre chevaux, cavaliers et fusils est parfaite, la foule explose. Les troupes sont jugées sur leur précision, leur panache et leur maîtrise équestre.

Pendant des siècles, explique Zakia Salime, sociologue à l'université Rutgers (États-Unis), la tbourida était considérée comme « une performance masculine », une démonstration de prouesses guerrières dont les femmes étaient traditionnellement exclues. Les premières troupes féminines, selon elle, ont commencé à se former au milieu des années 2000. Ce tournant représente ce qu'elle appelle «une révolution silencieuse», non le fruit de protestations ou de revendications. Il n'a pas non plus été provoqué par un changement de règles ou de politique particulier, précise Gwyneth Talley, anthropologue à l'université du Nebraska-Lincoln et Exploratrice National Geographic ayant étudié les troupes féminines de tbourida. L'émergence des cavalières a toutefois coïncidé, souligne Gwyneth Talley, avec la campagne menée par la première femme présidente (et membre de la famille royale) de la Fédération équestre nationale marocaine en faveur de la participation des femmes aux sports hippiques.

Zahia a continué de monter avec la troupe (ou sorba) de son père jusqu'à la vingtaine. Mais elle est encore adolescente lorsqu'elle fonde sa propre sorba, composée exclusivement de femmes (les troupes mixtes restent rares). Elles ne rencontrent que peu d'hostilité franche, ditelle; si quelques cavaliers se montrent parfois agressifs, beaucoup sont bienveillants et courtois, proposant de prêter des fusils ou de laisser sa sorba passer en premier.

Zahia vit aujourd’hui à Casablanca, où elle travaille dans l'administration des affaires et élève trois enfants. L'été, elle parcourt le circuit des moussems à la tête d'un groupe de jeunes femmes qu'elle a elle-même sélectionnées et formées à la tbourida. En tant que cheffe de troupe, ou muqadema, ses responsabilités vont bien au-delà du fait de chevaucher en tête de ligne. Elle se charge de trouver des chevaux d'emprunt adaptés à chaque cavalière qui n'en possède pas. Elle gère la garde-robe et les finances du groupe.Elle dirige les séances d'entraînement et d'échauffement, veillant à ce que ses cavalières apprennent à manier chevaux et fusils en parfaite synchronie.

La tbourida, insiste Zahia, est avant tout une question de discipline - et la rigueur de sa sorba se reflète dans ses scores régulièrement élevés. « Nous avons une très bonne réputation, dit-elle. Nous devons la préserver. »

Pour Ghita Jhiate, vingt-six ans, qui chevauche aux côtés de Zahia depuis deux ans, la muqadema est bien plus qu'un simple modèle: elle est une légende. Ayant grandi à Marrakech, Ghita monte à cheval lorsqu'elle séjourne dans sa famille à la campagne, mais son père refuse de lui payer des cours quand elle est adolescente. Sa fascination pour la tbourida, qu'elle admirait lorsque sa famille se rendait aux moussems aux alentours de la ville, perdure pourtant. Et bien qu'elle ne l'ait jamais vue monter, elle connaît l'existence de Zahia Aboulait, première muqadema de la région. « Je me disais : "Je veux devenir Zahia” », se souvient-elle.

À la vingtaine, Ghita achète son propre moukahla, le fusil utilisé lors des thourida. Elle prend enfin des cours d'équitation, puis économise suffisamment pour acquérir son propre cheval, qu'elle met en pension aux portes de Marrakech. Elle le baptise Zher, ce qui signifie « chance ». Une connaissance en ligne lui communique le numéro de Zahia, mais Ghita n'ose pas l'appeler. Puis un jour, son téléphone vibre; en baissant les yeux, elle se fige - c'était la muqadema. Zahia a entendu parler d'elle par une cavalière qu'elles connaissent toutes les deux. La jeune femme accepterait-elle de rejoindre sa sorba pour l'un des festivals les plus importants et les plus prestigieux du Maroc ?

☐ ☆ ✇ National Geographic

Quinze photos iconiques des archives National Geographic

Par : National Geographic — 26 août 2026 à 14:45

Aujourd’hui, les mots « National Geographic » et « photographie » ne font presque qu’un.

Pourtant, la première édition du magazine ne comportait aucune photo. Le premier numéro a été publié en 1888 mais ce n’est qu’en 1905 que la première composition photographique est apparue, lorsque l’éditeur Gilbert H. Grosvenor s’est lancé au défi de remplir onze pages de clichés du Tibet. Deux membres du comité d’administration ont démissionné. Révoltés, pour eux le magazine devenait un « livre d’images ». Toutefois, les réactions au nouveau média ont été positives et le nombre de membres a été multiplié par six.

M. Grosvenor n’est jamais revenu sur sa décision. En 1906, il a dédié un numéro entier à la photographie de la faune sauvage de nuit, une prouesse réalisée à l’aide des avancées technologiques du photographe George Shiras III, pionnier de la photographie au flash. À l’instar de la photographie, l’innovation s’est positionnée comme une force cruciale de notre histoire.

Dans les années 1940, Harold « Doc » Edgerton a inventé le flash stroboscopique électronique. Il a permis de capturer les mouvements sur pellicule. Plus tard, il a collaboré avec Jacques Cousteau, explorateur National Geographic, afin de développer de nouvelles techniques de photographie sous-marine. De nombreuses premières sont attribuées à nos photographes et ingénieurs.

L’innovation est encore essentielle au partage des histoires d’aujourd’hui. Anand Varma combine la biologie et la technologie pour rendre l’invisible visible dans son laboratoire californien. Traversons le globe et passons du microscopique à l’épique. Renan Ozturk utilise la technologie de pointe des drones au nord du mont Everest pour créer une image du sommet que peu d’entre nous auraient pu voir de leurs propres yeux. Enfin, Reuben Wu nous fait voir le Stonehenge, un site historique qui a fait sa première apparition dans nos pages en 1922 et qui a été photographié des millions de fois, d’une toute nouvelle manière.

M. Edgerton aurait déclaré, « Ne me faites pas passer pour un artiste. Je suis un ingénieur. Je suis à la poursuite des faits. Seulement les faits. » C’est exactement cela. Jusqu’à aujourd’hui, nos conteurs d’histoire visuels mettent la technologie au service de l’Histoire.

Toutefois, ce n’est pas seulement la manière dont sont présentées les histoires qui a changé. Notre définition de ce qu’est un photographe s’est élargie, grâce à des conteurs visuels issus d’expériences diverses qui partagent les histoires qui comptent le plus pour leurs communautés. On ne le dira jamais assez : la diversité stimule la créativité.

Tout comme la narration a radicalement changé chez National Geographic depuis sa première publication en 1888, elle continuera de changer drastiquement dans les 135 prochaines années. Même si la science-fiction ne fait que présager l’évolution de la technologie et du partage d’informations, je pense sincèrement que nous devons saisir tout ce qu’elle a à nous offrir pour faire progresser notre narration visuelle. Nos audiences futures nous remercieront.

J’espère qu’une chose ne changera pas pour les rédacteurs de National Geographic du futur : cette animation, qui peut-être a poussé M. Grosvenor à publier ce premier article photographique en 1905 et qui nous a poussé plus d’un siècle plus tard à emmener des téléspectateurs à bord d’un kayak accompagnés de scientifiques en Antarctique grâce à la réalité virtuelle. Il s’agit là de partager des histoires qui en valent la peine grâce à des approches innovantes et des conteurs hors pair.

☐ ☆ ✇ National Geographic

Nos conseils pour prendre de belles photos avec votre smartphone

Par : National Geographic — 24 août 2026 à 11:47

Il y a des dizaines de milliers d’années, bien avant l’invention de l’appareil photo, nos ancêtres avaient recours à des moyens bien plus rudimentaires pour représenter le monde qui les entourait. L’une des plus anciennes traces connues de cette volonté de cristalliser le réel a été mise au jour sur la paroi d’une grotte de Sulawesi, en Indonésie. Datée d’environ 50 000 ans, elle représente un cochon sauvage entouré de trois figures humanoïdes. Le désir de communiquer par l’image est profondément ancré dans la nature humaine. Aujourd’hui, cela passe par l’objet même que la plupart d’entre nous emportent partout avec eux : leur téléphone portable.

De nos jours, réaliser une photographie en haute définition ne demande qu’une simple pression sur un bouton numérique et prend moins d’une seconde. Même s’ils ne peuvent pas encore rivaliser avec la qualité d’image et le niveau de contrôle offerts par les reflex numériques ou les appareils hybrides, les progrès technologiques récents ont considérablement amélioré les performances des appareils photo intégrés aux smartphones. Des fabricants comme Apple, Samsung, Google ou Xiaomi proposent régulièrement de nouveaux modèles dotés de fonctionnalités toujours plus avancées, réduisant les limites qui caractérisaient autrefois ce type de photographie.

Pourtant, réaliser une image véritablement marquante exige toujours de la pratique, des connaissances techniques et une part de créativité. Il existe de nombreuses façons d’y parvenir, mais la première étape consiste toujours à comprendre les caractéristiques et les réglages de son appareil photo. Les modèles disponibles sur le marché se distinguent par les fonctions qu’ils proposent : taille du capteur, nombre de mégapixels, choix des objectifs, modes de prise de vue, capacités d’intelligence artificielle ou encore outils de retouche varient d’un appareil à l’autre. Une fois que vous connaissez les capacités de votre téléphone, votre prochaine mission est, tout simplement, de prendre des photos. Examinez ensuite vos images et essayez d’identifier ce qui pourrait être amélioré. Tout photographe professionnel vous dira que le meilleur moyen de progresser est de prendre des photos chaque jour.

Il existe également quelques fonctions pratiques et certaines considérations techniques à garder à l’esprit pour vous aider dans votre progression.

 

MAINTENEZ VOTRE TÉLÉPHONE BIEN STABLE

Les smartphones sont compacts et équipés de capteurs relativement petits, ce qui signifie qu’ils doivent souvent redoubler d’efforts par rapport à un appareil photo numérique pour capter et traiter la lumière. C’est particulièrement vrai dans les environnements peu éclairés, où le moindre tremblement peut suffire à produire une image floue ou manquant de netteté.

Pour obtenir une photo parfaitement nette, tenez votre téléphone fermement à deux mains ou reposez-le sur une surface stable. Vous pouvez aussi faire le choix d'un trépied : on trouve aujourd’hui de nombreux modèles à des prix abordables. Des marques comme Joby ou Benro proposent des trépieds dotés de fonctions supplémentaires, notamment des pieds flexibles capables de s’enrouler autour de différents supports.

 

LES RÈGLES DE COMPOSITION

Comprendre les principes de la composition transforme le monde qui vous entoure en une véritable toile, vous permettant de construire un récit et de susciter des émotions au sein d’un cadre équilibré.

L’une des règles les plus simples à appliquer est la règle des tiers, une grille que vous pouvez généralement afficher ou masquer dans les réglages de l’appareil photo de votre téléphone. Elle divise l’image à l’aide de deux lignes horizontales et de deux lignes verticales. En plaçant votre sujet le long de ces lignes ou à leurs intersections, vous pouvez souvent obtenir une photographie plus harmonieuse et visuellement plus attrayante.

 

AU PLUS PRÈS DE VOTRE SUJET

Des capteurs plus petits signifient également une qualité d’image plus limitée. Lorsque vous utilisez le zoom numérique, vous réduisez en réalité le nombre de pixels utilisés pour créer l’image, ce qui dégrade davantage sa qualité. Dans la mesure du possible, rapprochez-vous simplement de votre sujet. Si cela n’est pas envisageable, il est généralement préférable de prendre la photo à distance puis de la recadrer ultérieurement.

Si vous êtes en safari ou en excursion ornithologique, essayez de placer l’appareil photo de votre téléphone devant l’oculaire de vos jumelles, sans contact direct afin de limiter les risques de rayure des lentilles. Le résultat ne sera probablement pas parfait. Il pourra par exemple comporter des coins assombris. Mais la proximité obtenue avec le sujet compensera généralement ces défauts.

 

JOUEZ AVEC LA LUMIÈRE

Apprendre à utiliser ou à maîtriser la lumière permet de conserver davantage de détails dans les hautes lumières comme dans les zones d’ombre, notamment lorsque les conditions d’éclairage sont difficiles ou très contrastées. Même si les smartphones sont conçus pour effectuer automatiquement une grande partie du travail, ajuster manuellement la lumière peut faire une différence considérable.

La méthode la plus simple consiste à modifier l’exposition, généralement représentée par une icône en forme de soleil qui apparaît lorsque vous touchez l’écran pour faire la mise au point. Vous pouvez ainsi éclaircir ou assombrir votre photo. Certains modèles permettent également de photographier en mode manuel ou Pro, offrant la possibilité de régler la sensibilité ISO et la vitesse d’obturation.

Si votre téléphone ne propose pas ces options, vous pourrez souvent effectuer des corrections d’exposition par la suite à l’aide d’applications comme Lightroom Mobile.

 

TROUVEZ VOTRE SIGNATURE

La retouche fait partie intégrante du processus photographique. Elle vous permet de concrétiser votre vision créative et de façonner l’image finale telle que vous l’aviez imaginée. Vous pouvez ajuster les couleurs ou les supprimer entièrement, éclaircir ou renforcer les ombres, ou encore jouer sur le contraste et les hautes lumières afin d’obtenir le rendu souhaité.

De nombreux outils sont disponibles. Snapseed par exemple est une solution gratuite, simple et efficace. Pour les amateurs plus expérimentés, Lightroom Mobile offre davantage de possibilités et peut être synchronisé avec une version pour ordinateur.

☐ ☆ ✇ National Geographic

Reportage : la campagne japonaise telle qu’on la photographiait il y a plus d’un siècle

Par : National Geographic — 13 août 2026 à 17:01

De tous les titres poétiques que les Japonais ont attribués à leur pays, le plus ancien est sans doute Tokyo-ashiwara-mizuho no-kuni ou « le pays fertile parsemé de roseaux et riche en céréales ». Ce surnom souligne la place prépondérante que l’agriculture avait pour la majorité des Japonais occupant ces régions ; elle était leur source de revenus la plus fructueuse.

Avec l’émergence soudaine du Japon moderne, ses habitants sont passés d’un mode de vie quasi érémitique à une course à la communication et à la compétition avec le monde occidental. Une transition qui a fait oublier à beaucoup d’observateurs l’âme véritable de la prospérité nationale.

Ce n’est que dans le Japon rural que l’on peut prendre conscience des aspects les plus caractéristiques du quotidien de ses habitants. Malgré les avancées rapides accomplies dans le secteur de la production industrielle et minière ces dernières années, l’agriculture reste la principale source de revenus et de pouvoir du peuple japonais.

Au Japon, près de 60 % de la population habite dans les campagnes. Ce sont ces fermiers qui nourrissent l’empire et qui lui fournissent la plus grande partie des matériaux bruts que demande l’industrie.

 

DES MACHINES PRESQUE ABSENTES

Les grandes exploitations agricoles sont rares, et le labour de petites exploitations reste une caractéristique de l’agriculture. Une tâche accomplie par toute la maisonnée de la ferme. Ce n’est donc pas une surprise que l’homme « de la terre » travaille comme peu de paysans ont jamais travaillé.

Sur toute la superficie du Japon, on ne compte que près de 12 % de terres cultivables. Et, même là, le sol n’est pas naturellement fertile. Seul le travail le plus méticuleux et le plus rigoureux des sous-sols, des engrais, des terrasses et de l’irrigation peut en tirer quoi que ce soit de significatif. Un système qui demande une rigueur qui frise le jardinage plutôt que l’exploitation fermière.

Les fermiers n’utilisent presque aucune sorte de machinerie. Le travail de la terre se fait essentiellement à la main, la houe et la bêche, avec l’aide occasionnelle de bœufs ou de chevaux. En dominant la terre pour la mettre au service de l’homme, le peuple japonais a développé ses meilleures qualités. Sa patience infinie et sa persévérance. Son intelligence, son ingéniosité et son contrôle. Sa constitution forte et ses habitudes tempérées.

 

LES PAYSANS FONT DE PARFAITS SOLDATS

L’armée recrute certains de ses meilleurs combattants parmi les paysans : ils sont robustes, flegmatiques et ont des nerfs d’acier. La plupart viennent des régions montagneuses et leur environnement a modelé leurs caractères et habitudes.

Pendant le conflit russo-japonais, des officiers britanniques ont observé un phénomène intéressant. Lorsque l’armée empruntait des voies ressemblant davantage à des sentiers pour chèvres, escaladant des précipices et contournant des rochers abrupts, chaque soldat devait trouver son propre chemin pour rejoindre sa compagnie. Et les montagnards, sélectionnés parmi les classes sociales les plus basses, s’avéraient les plus habiles pour dénicher les meilleurs passages.

Lors des combats en montagne, les hommes de l’infanterie japonaise qui avaient grandi dans ces régions faisaient montre, par rapport aux autres fantassins, d’attributs et de mobilité dignes de la cavalerie. De plus, comme de nombreux campagnards habitués à une vie communautaire très ouverte, ils se montraient particulièrement prompts, attentifs et solidaires. Ils ignoraient tout de la vie privée, qui les rendait prompts et attentifs. Des qualités qui témoignent d’une ressource et d’une entraide qu’il faut observer pour comprendre.

C’est parmi ces hommes que l’on retrouve une nature humaine sans fioritures, intacte, une humanité qui n’est ni artificielle ni matérialiste dans notre civilisation tant vantée du 20e siècle. Une perversion qui n’a pas encore planté ses griffes dans cette simplicité innée et cette courtoisie qui, autrefois, justifiaient si bien le nom que les Japonais étaient fiers d’attribuer à leur pays : Kunshi no Koku, le pays des gentilshommes.

Les montagnes s’élèvent abruptement des plaines alluviales et du littoral. Le soin méticuleux et remarquable avec lequel elles sont organisées en terrasses, de la base au sommet, exploitant chaque centimètre carré susceptible d’accueillir du maïs ou du riz, constitue une des caractéristiques les plus frappantes des paysages japonais. Il en résulte un horizon qui ne pourrait pas plus ressembler à un échiquier où s’alternent jaunes, ors et verts, dans toutes les teintes.

L’utilisation des plus primitifs des instruments ne fait que rendre ces prouesses d’agriculture plus impressionnantes. Les paysans japonais constituent la classe la plus conservatrice de la nation. Les Japonais ont emprunté l’ensemble de leur système agricole à la Chine il y a près de deux mille ans et il n’a pratiquement pas évolué depuis. Les charrues de leurs champs sont les mêmes que les Égyptiens des pharaons utilisaient, et les bêches, les houes, les faucilles, les herses et les fléaux ne diffèrent en quasi rien. Wagons et brouettes sont presque inconnus.

De tous les festivals anciens et populaires du Japon, ceux qui sont célébrés avec le plus d’enthousiasme et d’entrain sont sans conteste ceux qui honorent la campagne. Ils forment un ensemble de témoignages à la signification primitive et absolue de l’agriculture à travers toute la nation. Les festivals dits « nationaux », liés aux supposés événements historiques, sont d’origine officielle et sont assez modernes. Seules les grandes villes les respectent et l’influence qu’ils exercent sur l’imagination et l’opinion populaire est bien moindre que les autres. Pour le monde extérieur, les anciennes célébrations ne sont pas assez habituelles et revêtent une trop grande importance pour ne pas être consignées à titre d’illustration.

 

LE FESTIVAL DE LA DÉESSE RENARD

L’un des premiers festivals de l’année est celui d’Inari-Sama, la divinité des céréales. On la vénère dans des sanctuaires gaiement décorés le premier jour du deuxième mois (selon l’ancien calendrier), c’est-à-dire en mars. À cette occasion, on souhaite des récoltes de riz prolifiques plus tard dans l’année. Inari-Sama, dont le sexe est ambigu, est parfois appelée la déesse renard, et est souvent associée à son servant, le renard.

Compte tenu de l’importance du riz pour toute la nation, cette divinité est tenue en très haute estime, pour ne pas dire qu’elle est crainte. Ces rassemblements festifs revêtent un caractère à la fois communautaire, eucharistique et convivial. Des papiers portant le symbole du renard sont collés aux portes des cottages : ce sont des talismans d’une puissance exceptionnelle.

On associe à cet animal des pouvoirs d’enchantement surnaturels, et d’aucuns croient que le Kitsune tsuki, la possession par le renard, est bien réelle et répandue. Cela fait partie du folklore et des croyances populaires qui sont peu connues hors du Japon, et dont la plupart des Japonais instruits se moquent. Elles sont toutefois d’un grand intérêt psychologique et scientifique pour ceux qui les étudient, ainsi que pour les médecins.

 

HONNEUR À LA PUISSANTE DÉESSE DE LA RIVIÈRE

Le Japon est l’un des pays comptant le plus de cours d’eau au monde. Comme presque chaque rivière rapide ou torrent impétueux de montagne a sa propre divinité associée, ce n’est pas une surprise que celles-ci aient le pouvoir de détruire ou d’aider les terres qu’elles traversent.

Dans les districts sujets aux dégâts causés par les inondations, des services d’intercession ont lieu le troisième mois de l’année, en avril, dans les grands sanctuaires. C’est le cas de celui de Kofu, la déesse de la rivière de la grande plaine fertile, et de Koshu, dans le centre du Japon.

La déesse est embarquée dans un voyage sacré et des supplications sincères lui sont adressées. On espère ainsi qu’elle protègera les champs et les fermes des paysans dans les jours qui suivront. En effet, la fonte des neiges d’hiver et les tempêtes du début de l’année et de l’automne viendront grossir les torrents de montagne qui se jettent dans les rivières. Ces dernières tracent leur route, impitoyables, à travers les plaines cultivées, avant de se jeter dans la mer.

Au mois de mai, la campagne se drape de ses aspects les plus lumineux, colorés et variés, et presque tous, jeunes ou vieux, ont un rôle à jouer. L’orge, le blé et, surtout, le millet sont prêts à être récoltés, tout comme l’« honorable » thé.

Les céréales citées sont les véritables aliments essentiels des districts ruraux. Car, bien que tous ceux qui le peuvent consomment du riz, la plupart des paysans, surtout dans les régions les plus reculées, ne peuvent pas se le permettre. Ils ne se l’autorisent que lors des grandes occasions, des fêtes ou en cas de maladie.

Un de mes amis m’a un jour raconté une histoire. Il avait entendu une vieille femme parler d’une voisine malade dans un hameau de campagne. Elle aurait dit, en secouant la tête d’un air grave : « Et donc ! Veux-tu dire qu’ils en sont arrivés à lui donner du riz ? » Traduction : « La pauvre chose doit décidément souffrir. »

 

SUPPLICATIONS AU DIEU DE LA GRÊLE

Le festival le plus important de la saison est celui du dieu de la grêle. Et bon nombre de fermiers inquiets des régions productrices de soie, dans les provinces intérieures de Shinano et de Kai, se rendent au vieux sanctuaire du village pour prier. Ils prient pour que ce fléau épargne leurs précieux mûriers, pour qu’ils soient préservés.

Et pourtant, étonnamment, on dit que ces arbres sont presque immunisés contre le tonnerre. Selon la croyance populaire, si l’on venait à être pris au piège par un orage, il suffit de crier kuwabara (« mûrier ») pour que les propriétés prophylactiques de cet arbre nous soient offertes, et nous évitent ainsi tout danger.

Le fermier japonais, s'il est chrétien, peut lire l’histoire du fléau de la grêle d’un œil compatissant, dans l’Exode 9, où il est dit : « Le lin et l’orge avaient été frappés, parce que l’orge était en épis et que c’était la floraison du lin. »

Presque tous les aliments et outils domestiques ont leur propre divinité gardienne. Un écrivain japonais a constaté que, si les intérêts des paysans ne sont pas protégés par des pouvoirs cachés, ce n’est pas par manque de supplications adressées aux divinités. Des supplications qui se font à toutes les saisons, et pour toutes les faveurs possibles.

Le festival de la récolte du riz revêt une grande importance. Il comprend deux célébrations, à l’instar de celles des Hébreux de l’Antiquité, la première consiste à offrir les premières récoltes, en octobre, que l’on appelle Kannamesai. La deuxième célébration, appelée Niinamesai, se tient en novembre. À ce moment, l’empereur goûte le nouveau riz qui vient d’être présenté dans le plus sacré de tous les sanctuaires du Japon, celui des ancêtres impériaux à Ise, au point culminant de la récolte.

Ce dernier est un festival extrêmement populaire, et les meilleurs grains de cette précieuse céréale sont présentés à des milliers d’autels de villages dans tout le pays.

Non loin, sur les scènes que l’on trouve souvent à proximité des plus anciens sanctuaires, et dressées là pour ce dessein spécifique, a lieu une danse de pantomime, O Kagura, le Siège des dieux. Elle a lieu pour divertir la divinité gardienne en signe de reconnaissance pour ces bienfaits. Une fête dont l’importance est d’autant plus teintée de joie pour les enfants que les écoles sont fermées, afin de leur permettre de participer à la fête.

Les règles qui autorisent les hameaux proches à planifier leurs festivités à des moments distincts, tout comme cela se produit dans les paroisses anglaises pendant la période estivale des récoltes, contribuent à renforcer un esprit de camaraderie et de bons rapports entre voisins.

 

EBISU, UN DIEU SOURD PARMI LES HUIT MILLIONS DE DIVINITÉS JAPONAISES

Chaque automne, un festival très apprécié des agriculteurs est organisé en l’honneur d’Ebisu, dieu du travail acharné et honnête, et de la prospérité. C’est un festival que l’on suit avec une énergie redoublée. En partie parce que tout le monde souhaite devenir riche, mais aussi, car, selon l’idée d’une « magie compatissante », on pense que celui qui détient la prospérité devrait être courtisé avec ferveur. 

Pendant ce festival qui se tient dans la région de Kii, lorsque la parade transportant les présents adéquats approche du temple, le dirigeant du village s’écrie : « Rions tous ensemble, comme le veut la coutume annuelle. »

La raison derrière cette pratique est que seul Ebisu, parmi les huit millions de divinités du Japon, ne s’est pas rendu au grand sanctuaire d’Izumo lors de la fête annuelle sacrée. Sourd, ce dieu n’a pas entendu les invocations qui l’y invitaient. Et ainsi, par leur joie contagieuse, ses fidèles cherchent à lui redonner le sourire dans sa solitude.

 

LES 4 000 VARIÉTÉS DE RIZ QUE PRODUIT LE JAPON

Il est impossible de se faire une représentation claire de la vie du Japon rural tant que l’on ne réalise pas l’immense importance qu’a le riz à travers la nation. Deux tiers des terres cultivables sont dédiés à sa production, et on dénombre pas moins de 4 000 sortes de riz. Comme nous l’avons dit, la semaison, le repiquage et la récolte du riz comptent parmi les principales raisons de sollicitude et de réjouissance pour les Japonais.

Jusqu’à la Restauration, en 1868, quand les daimyos, les anciens seigneurs féodaux, se retiraient de la société pour vivre leur vie privée, leurs revenus leur étaient payés en riz. Et, aujourd’hui, les paysans payent leur loyer en utilisant la même devise.

Si l’on s’éloigne suffisamment des sentiers battus, en été, et que l’on tend l’oreille, il se peut que l’on surprenne une conversation entre campagnards. C’est uniquement en constatant que la grande partie porte sur l’état des plantations, sur les prix qu’il sera possible d’en tirer, que l’on comprendra l’importance de la précieuse céréale pour le peuple du Japon. Même à une époque où l’industrialisation est en plein essor.

Le Japon n’est pas seulement le troisième plus gros producteur de riz au monde ; en matière de qualité, il arrive en première place. Quand la céréale est cultivée, des règles strictes sont observées : un conservatisme né de l’expérience. La semaison, par exemple, doit avoir lieu le quatre-vingt-huitième jour du printemps. Et ce premier jour marque le passage à la nouvelle année.

Avant de semer la graine, elle est trempée dans une eau salée durant une semaine, avant d’être lavée dans une eau fraîche et séchée. Après quoi, elle est plantée dans des lits de « nurserie » bien irrigués. Vers la fin du mois de mai, la graine est repiquée dans des champs de rizière, en petits bouquets espacés d’environ 30 centimètres. Cette opération demande l’intervention de centaines de milliers d’hommes et de femmes qui triment dans de l’eau boueuse qui leur arrive aux genoux.

C’est une occasion de grande réjouissance célébrée par des chants particuliers, les ta-ue-uta, les chants des rizières.

 

LA PÉRIODE LA PLUS MOUVEMENTÉE DE L’ANNÉE 

La période la plus animée de l’année se déroule en août ou en septembre, quand on approche du ni-hyaku-toka. Le « deux-cent-dixième jour » et les dix jours qui le suivent marquent le début de la période la plus anxiogène de l’année au Japon. C’est une saison où l’espoir et l’inquiétude se mêlent, et à laquelle la population doit faire face chaque année.

À cette période, le riz arrive vite à maturité, une douce brise pour laquelle on se montre reconnaissant. Mais c’est justement à ce moment précis que le plus grand danger menace : les redoutés typhons.

Avec l’arrivée à maturité des différentes céréales, en leur temps propre, viennent des oiseaux et des insectes, ces derniers, en variétés innombrables, dont le Japon se vante. Ils ont grande hâte de se repaître des récoltes. Les champs se parent alors de petits drapeaux de bambou et de papier sur lesquels sont inscrites des incantations repoussant ces petits prédateurs. Ce sont les mushi-yoke, des « repousse-vermines », on les achète dans des sanctuaires réputés dans tout le pays.

 

L’HONORABLE PETIT GENTILHOMME, LE VER À SOIE

En ordre d’importance, juste derrière le riz, se trouvent les industries de la soie et du thé. Elles valent respectivement 100 millions et 25 millions de dollars américains [soit 2,61 milliards de dollars actuels, ndlr]. La soie est principalement produite dans les régions centrales, et le thé dans le centre et le sud du Japon.

La culture de la soie s’accompagne de nombreuses caractéristiques particulièrement intéressantes. Et l’une des plus importantes est le traitement réservé au précieux ver lui-même. On le connaît surtout sous le doux sobriquet de O ko sama, l’honorable petit gentilhomme. Durant la période de sa « culture intensive » (c’est-à-dire en août), satisfaire son appétit vorace occupe les journées et les nuits de nombreux foyers, au détriment de toute autre tâche.

Les corbeilles tissées à partir de feuilles, partagées en quartiers, emplissent presque toutes les pièces de la maison. Le son, qui semble ne connaître aucune fin, témoin du festin de la multitude de vers, ressemble à s’y méprendre au bruit que font des milliers de crayons dans les grandes salles d’une université un jour d’examen.

La croyance veut que toute conduite brutale, bruyante ou malavisée de la part de quiconque se trouve à proximité des petites créatures affecte la qualité de la soie produite.

 

UN THÉ SANS SUCRE

On ne peut parler en détail du thé, la boisson nationale du Japon, que l’on ne boit jamais avec du sucre ou du lait. Le thé a été importé de Chine vers 800 apr. J.-C., et, durant ses mille ans de consommation, son usage était presque restreint à la seule aristocratie et à la cour. On le récolte après trois ans de pousse et la quasi-totalité de la production est consommée par le Japon, à l’exception d’environ 23 000 tonnes qui sont exportées au Canada ou aux États-Unis.

Le policier du Japon rural compte parmi les rencontres les plus intéressantes que l’on puisse faire : toujours prêt à l’action, que l’on ait besoin de ses services de guide, de philosophe ou d’ami lors de ses rondes solitaires. Quelques années auparavant, il a reçu les conseils suivants, entendus au quartier général de la police, pour traiter avec la population sans sophistication de la campagne. L’humour involontaire de certaines de ces admonestations suggère que la personne qui les a inventées l’a fait en connaissance de cause.

« Aucune critique ne doit être émise, que ce soit par les gestes ou par les mots, sur le langage, l’accoutrement ou les actions des étrangers. » 

« Les étrangers sont des plus sensibles à la cruauté animale ; aussi une attention toute particulière doit y être accordée. »

« Si un étranger sort sa montre pour la regarder, c’est qu’il a une occupation autre part, et qu’il est temps pour vous de partir. »

« C’est une erreur que de penser qu’un étranger répondra toujours à une requête en échange d’argent . »

Lors de l’une de mes explorations des Alpes japonaises, j’ai fait la rencontre d’un policier. Il est inutile de connaître les raisons qui ont mené à cette rencontre. Il a insisté pour que nous partagions la petite chambre de ma hutte primitive où nous avons passé plusieurs nuits. Il a également insisté pour dormir sur le sol, sous mon hamac que j’avais accroché à une poutre bien placée du plafond. Et pourtant, si je venais à tomber de mon perchoir au cours de la nuit, il ne manifestait aucune réaction à cette brutale interruption autre qu’un murmure poli : « O jama wo itashima shita ! » (« Je m’excuse de m’être trouvé sur votre honorable chemin. »)

À la fin de l’article auquel j’avais contribué pour le numéro de juillet 1921 du National Geographic, je parlais des contrastes étranges que l’on peut souvent rencontrer dans le Japon moderne. Des contrastes qui pourraient susciter le besoin de se pincer pour s’assurer que l’on se trouve toujours au 20e siècle et non au 10e siècle.

Depuis que j’ai écrit ces lignes, une illustration curieuse m’est apparue. Près du célèbre chantier naval de Kure, dans le sud du Japon, une cérémonie a eu lieu récemment pour honorer les âmes de bœufs décédés. Une centaine de bêtes se tenaient en rangs solennels devant l’un des plus grands temples bouddhistes, où des prières furent prononcées pour leurs camarades disparus. Cette cérémonie a été suivie par une instruction des pratiques bouddhistes, et, enfin, un grand festin a été dressé pour les bœufs, de la part de leur maître. Ils se sont ensuite excusés pour tous les mauvais traitements qu’ils leur avaient infligés.

À plus d’un kilomètre de là, le Japon bâtissait l’un des plus grands navires de guerre du monde.

☐ ☆ ✇ National Geographic

À travers ses images, Paul Nicklen rappelle tout ce que nous risquons de perdre

Par : National Geographic — 9 août 2026 à 16:59

Depuis trente ans qu’il est photographe et réalisateur, Paul Nicklen a tout vu ; il a vécu sur la banquise, survécu à des accidents d’avion, à des épaules déboîtées et à d’innombrables nuits à la belle étoile. C’est dans cette nature sauvage et imprévisible qu’il trouve le sentiment de paix le plus total. « J’ai toujours éprouvé de la révérence envers la nature. Je veux dire, je ne veux pas paraître trop religieux ou antireligieux, mais c’est mon église, et c’est là que je trouve que tout prend son sens, confie-t-il à National Geographic. Je n’ai jamais ressenti autre chose qu’un profond respect pour la nature depuis mon plus jeune âge. »

Paul Nicklen a voué sa vie à la documentation de la beauté extraordinaire de notre planète bleue, et ce 28 juillet, il publie son tout dernier livre de photos, Reverence, aux éditions Hemeria, date qui coïncide avec la Journée mondiale de la conservation de la nature. Qu’il s’agisse d’images d’espèces d’ours rares prises en Colombie-Britannique ou de calamars pouvant changer de couleur en Indonésie, l’ouvrage de Paul Nicklen résume sa carrière de photographe et témoigne de son amour authentique de la nature.

Paul Nicklen a bon espoir que sa passion suscite chez son lectorat un amour de la conservation environnementale. « Si seulement ce travail pouvait être assez fort pour provoquer un réveil soudain et que l’on sente quelque chose et que l’on prenne conscience de tout ce que nous avons perdu sur cette planète, […] 70 % de la biodiversité a disparu, mais il reste tant de choses qui valent la peine d’être défendues, explique-t-il. Et puis, le fait de créer ce lien émotionnel pour les gens, c’est souvent suffisant pour les pousser à s’engager. »

Par-dessus tout, Paul Nicklen insiste sur la chance que nous avons, en tant qu’humains, de partager le monde avec des créatures, grandes et petites, mais aussi sur le fait que nous devons cesser de « saccager la planète ».

« Quand on passe 300 jours par an dans la nature, on sait que lorsque l’on est témoin de toute cette complexité et que l’on voit des milliers d’espèces, quand on plonge sur les récifs coralliens ou que l’on regarde droit dans l’œil d’un grand cachalot ou d’une baleine grise et quand on est témoin de toute cette beauté, on se rend compte que l’on ne pourrait pas fabriquer, ni même rêver, d’un paradis qui soit si parfait et plus beau que celui que nous avons sous les yeux. »

☐ ☆ ✇ National Geographic

Voici comment les doulas de fin de vie accompagnent leurs patients vers la mort

Par : National Geographic — 27 juin 2026 à 16:15

En janvier 2017, à l’âge de soixante-quatre ans, Jerry Creehan a appris qu’il était atteint de sclérose latérale amyotrophique (SLA). Sa femme Sue et lui savaient qu’ils s’apprêtaient à traverser des moments difficiles. Cela faisait plus d'un an que Jerry rencontrait des problèmes d'équilibre et tombait, incapable de se relever. La SLA, également connue sous le nom de maladie de Charcot, est une maladie neurologique progressive qui affecte les cellules nerveuses du cerveau et de la moelle épinière, chargées de réguler les mouvements musculaires volontaires, la respiration et d'autres fonctions corporelles. Elle conduit finalement à la paralysie et à la mort.

En 2020, l’état de Jerry a commencé à se dégrader et il a fini par être dépendant de la technologie de suivi oculaire pour déplacer son fauteuil roulant et d'un ventilateur non invasif pour respirer. Lors d’une réunion avec un groupe de soutien à la clinique spécialisée dans la SLA de l'université du Commonwealth de Virginie, Sue a fait la rencontre de Shelby Kirillin, une doula de fin de vie. Ancienne infirmière spécialisée en neurotraumatologie, Shelby Kirillin a travaillé pendant vingt ans dans des unités de soins intensifs, où elle a pu constater « à quel point nous sommes mal préparés à la fin de vie. Peu de personnes savent comment s'adresser à ceux qui sont en phase terminale. J'ai pensé qu’il était possible de remédier à cela. » En 2015, elle est donc devenue doula de fin de vie. 

« Nous savions que la SLA était en phase terminale, et même si Jerry n'avait pas peur de mourir, nous avions besoin de quelqu'un pour nous aider à en parler », se souvient Sue, infirmière à Richmond, en Virginie. « Il voulait que sa mort soit la plus douce possible, sans douleur et sans angoisse. »

De nombreuses personnes ont connaissance des doulas qui accompagnent l’accouchement, le post-partum et parfois l’avortement, où elles apportent un soutien à des personnes confrontées aux difficultés liées à l'interruption d'une grossesse. Les doulas de fin de vie travaillent avec les personnes sur le point de mourir et avec leur famille. Bien qu'il existe des doulas hommes, ce domaine est essentiellement féminin. Également appelées thanadoulas, ces professionnelles étaient peu nombreuses auparavant, mais cela a changé lors de la pandémie de COVID-19. En effet, si la pratique est encore relativement méconnue en France, depuis que le virus a commencé à faire des ravages, les institutions qui soutiennent et forment les doulas de la mort se sont multipliées aux États-Unis. En 2019, la National End-of-Life Doula Alliance (NEDA) comptait 260 membres aux États-Unis, nombre qui est passé à 1 545 doulas en janvier 2024. Les recherches ont montré que les pays dans lesquels les doulas de fin de vie sont plus présentes sont l’Australie, le Canada, le Royaume-Uni et les États-Unis.

« Plus que jamais, la pandémie nous a confrontés à la mortalité en raison des nombreux décès et deuils », explique Ashley Johnson, présidente de la NEDA, dont le siège est à Orlando.

 

UN ACCOMPAGNEMENT QUI PREND DIFFÉRENTES FORMES

Généralement, les doulas de fin de vie apportent un soutien et des conseils non médicaux ainsi qu’une certaine bienveillance aux personnes mourantes et à leurs familles. Cela implique de les réconforter, de leur tenir compagnie et de leur offrir un soutien social, émotionnel, spirituel et pratique, notamment en faisant le ménage ou les courses, en fonction des points forts de l'intervenant et des besoins du patient. Certaines doulas aident à planifier la succession, les soins de fin de vie ou l'héritage. D'autres aident les gens à créer l'ambiance qu'ils souhaitent pour leurs derniers jours, facilitent les conversations difficiles entre les clients et leurs proches et aident les survivants à faire leur deuil.

« La plupart de gens ne veulent pas parler de la mort, ils en ont tellement peur », explique Elizabeth « Like » Lokon, gérontologue sociale qui a récemment pris sa retraite du centre de gérontologie Scripps de l'université de Miami, dans l'Ohio, et qui suit actuellement une formation pour devenir doula de la mort. « En tant que gérontologue sociale, je veux éliminer le tabou de la mort et aider les gens à l'accepter. Dans certaines cultures, le déni de la mort et la séparation entre les mourants et les vivants ne sont pas aussi importants que dans certains pays occidentaux », ajoute Lokon, qui a grandi en Indonésie.

« Nous travaillons pour naître et nous travaillons pour mourir », déclare Kirillin. « La vie et la mort accompagnent chacun d’entre nous depuis notre naissance. »

 

UNE AUTRE APPROCHE DE LA MORT

Depuis sa création en 2015, l'International End-of-Life Doula Association (INELDA) a formé plus de 5 600 doulas partout dans le monde, mais les pratiques et la formation des doulas de fin de vie varient considérablement. Il n'existe pas de description universellement acceptée de ce type de soins, ni de réglementation pour devenir doula de fin de vie ou pour superviser leur travail. Une étude publiée dans la revue Health & Social Care in the Community a conclu que l'absence d’un modèle commercial pour les doulas de fin de vie crée des incohérences entre les services qu’offrent ces accompagnants et les attentes des patients et de leurs familles.

L'INELDA propose par exemple une formation de quarante heures aux fondements du travail des doulas et l'accompagnement des mourants. En revanche, la NEDA est une organisation de membres qui offre des micro-crédits après que les doulas ont démontré leurs connaissances et leur maîtrise des compétences demandées. D'autres programmes de formation proposent des cours en personne de quatre semaines, des cours en ligne de douze semaines, des programmes de six semaines, entre autres formats.

Il n'existe pas non plus de structure tarifaire normalisée pour les doulas de fin de vie. Leurs tarifs varient généralement entre 20 et 100 dollars de l'heure, soit entre 18 et 90 euros, en fonction de l'endroit et de la gamme de services offerts, selon Johnson. Certaines doulas de fin de vie proposent des tarifs dégressifs ou le font volontairement, à titre bénévole. Leurs services ne sont pas couverts par les assurances.

Quel que soit leur mode de formation ou de rémunération, de nombreuses doulas de la mort trouvent cette pratique enrichissante et gratifiante.

« Certaines personnes trouvent [cette pratique] profondément émouvante et parlent même d'honneur ou de sacré », explique Douglas Simpson, doula de fin de vie et directeur général d'INELDA. « Les doulas de fin de vie aident les gens à avoir le contrôle sur leur mort... C'est très gratifiant et pas aussi déprimant qu’on pourrait le penser. »

Julia Whitty est écrivaine et vit dans le comté de Sonoma, en Californie et avait déjà travaillé bénévolement dans un hospice. Pendant la pandémie, elle a suivi une formation pour devenir doula de fin de vie parce que sa mère et une de ses amies étaient sur le point de mourir. Elle voulait être mieux préparée sur le plan personnel et aider d'autres personnes en phase terminale dans sa sphère sociale.

« Il s'agit d'une relation à double sens : vous apprenez quelque chose d'une personne qui arrive à la fin de sa vie, et vous l'aidez à mettre en place ce qu'elle souhaite pour ses derniers jours, sur le plan physique, émotionnel, social et spirituel », explique-t-elle.

Les doulas de fin de vie n’administrent pas leurs médicaments aux patients, ne surveillent pas les signes vitaux, ne prennent pas de décisions médicales ni ne conseillent leurs patients à ce sujet, n’imposent pas leurs valeurs ou leurs jugements et ne font pas le travail que feraient des thérapeutes.

« Nous tentons de répondre aux besoins des patients. Nous intervenons de manière holistique et les aidons à traverser les dernières étapes de la vie », explique Johnson. « Il s'agit d'aider les gens à affronter leur propre mort avec dignité. »

 

POUR UNE FIN DE VIE LA PLUS AGRÉABLE POSSIBLE

Onze mois avant son décès, Jerry Creehan a été placé en soins palliatifs et sa femme Sue a contacté Kirillin. Celle-ci a travaillé avec eux une ou deux fois par mois pendant une heure, puis plus souvent au fur et à mesure que son état se détériorait.

Au début, Kirillin les a aidés à parler de la mort et de la façon dont Jerry pouvait se l’« approprier ». Elle passait parfois du temps uniquement avec Jerry, d'autres fois uniquement avec Sue, et parfois avec les deux. Au fur et à mesure que Jerry s'affaiblissait, Kirillin l'a aidé à trouver des rituels à faire avec ses proches. Elle a parlé à Jerry de l’héritage qu’il allait laisser derrière lui et l'a aidé à écrire des lettres à ses proches. Grâce à ses conseils, ils ont élaboré un plan détaillé pour ses funérailles et il a désigné des effets personnels à remettre aux personnes qu'il aimait lors de sa dernière nuit. Kirillin leur a suggéré d'envoyer un courriel à leurs amis et aux membres de leur famille pour leur demander de partager des souvenirs et des photos des moments passés avec Jerry.

« Nous avons reçu des réponses formidables et avons créé un journal de l'héritage », se souvient Sue, qui a trois enfants avec Jerry, aujourd’hui adultes, et six petits-enfants. « Je le lui lisais et cela le consolait de savoir qu'il avait eu un impact sur la vie des gens. »

Lors de sa dernière soirée, le 2 mai 2022, Jerry respirait très difficilement. Dix-neuf personnes étaient présentes dans la chambre, et quelqu'un a ouvert une bouteille de pinot noir très prisée pour la communion avec toutes les personnes présentes. Jerry était professeur en vin certifié, passionné de gastronomie, golfeur avide, voyageur et chrétien fervent, selon son épouse depuis quarante-six ans.

« Il s'est tourné vers moi et m'a dit : "Chérie, je crois que c'est le moment" », se souvient-elle. Ils se sont embrassés et serrés l'un contre l’autre, des membres de la famille l'ont aidé à mettre ses bras autour d’elle, et Jerry a dit à Sue : « Je t'aime. Je t'ai toujours aimée et je t'aimerai toujours. Je te reverrai bientôt. » Puis il lui a fait un clin d'œil et a fermé les yeux, se souvient-elle. Son respirateur a été débranché et Jerry s'est éteint.

Kirillin et l'infirmière de l'hospice sont ensuite restées avec lui, l'ont lavé, habillé et ont préparé son corps pour le funérarium.

« Nous avons tout fait comme il le souhaitait, ce qui a été un immense cadeau pour ma famille », dit Sue.

L'expérience de cette famille n'est pas un cas isolé. Dans une étude publiée l'année dernière dans la revue Palliative Care and Social Practice, des chercheurs ont interrogé dix membres de familles endeuillées sur leur expérience avec une doula de fin de vie. L'avantage le plus important pour les familles était d’avoir obtenu une plus grande compréhension de la mort, la capacité à en parler ouvertement, ce qui les a aidées à se sentir capables de prendre soin de leurs proches à la fin de leur vie. Cela a également eu un effet domino positif lorsque les familles ont parlé à d’autres des avantages d'avoir recours à une doula de fin de vie.

« La plupart des personnes ne veulent pas attendre que la mort vienne les chercher, ils veulent profiter de ce qu'on leur a donné du mieux qu'ils peuvent », explique Kirillin. « Nous allons tous mourir. Je ne peux rien y changer, mais je peux aider quelqu'un à terminer le dernier chapitre de sa vie comme il l'entend et m’assoir à ses côtés pendant qu’il se l'approprie. »

☐ ☆ ✇ National Geographic

Les archives de National Geographic célèbrent les mères du monde entier

Par : National Geographic — 31 mai 2026 à 21:45

Tenir en équilibre sur sa hanche un bébé. Bercer un enfant tout en tenant la main d'un autre. Surveiller son bébé tandis que l'on termine son ouvrage.

Les mères immortalisées dans ces photos vintage prennent des poses familières, qui dépassent les frontières culturelles et géographiques. Leurs atours et leur mise en beauté sont certes différents de ceux que l'on observe aujourd'hui, mais leurs actions ressemblent aux nôtres, démontrant une nouvelle fois que l'amour d'une mère est universel.

La fête des mères a d'abord été fêtée aux États-Unis, il y a plus de 100 ans. Créée par Anna Jarvis pour honorer les femmes en deuil pleurant les soldats tombés au front.

« Pour Jarvis, c'était une journée pensée pour rester chez soi avec sa mère et la remercier pour tout ce qu'elle avait fait pour nous, » explique Katharine Antolini du West Virginia Wesleyan College. « Ce n'était pas pour célébrer toutes les mères du monde mais pour célébrer la meilleure mère que l'on connaisse - la sienne - en tant que fils ou fille. » 

Ces images montrent les différentes manières qu'avaient les femmes de par le monde de subvenir aux besoins des enfants - les leurs, ceux de leurs voisins, ou même ceux d'étrangers.

☐ ☆ ✇ National Geographic

La catastrophe de Tchernobyl au fil des années

Par : National Geographic — 26 avril 2026 à 09:25

« En plein cœur de la centrale, nous nous sommes arrêtés devant une grosse porte en métal située dans un couloir sombre. L’ingénieur m’a alors annoncé que je ne disposais que de quelques secondes pour réaliser mes photos. Il lui a ensuite fallu une minute pour ouvrir la porte, qui était bloquée. La montée d’adrénaline qui a suivi fut extraordinaire. La pièce était entièrement sombre et seules nos lampes frontales l’éclairaient. Des câbles obstruaient ma vue. Je devinais cependant une horloge tout au fond de la pièce. Je n’ai pu prendre que quelques photos et je souhaitais attendre encore un peu, afin que mon flash se recharge. Mais l’ingénieur m’avait déjà tiré en dehors de la pièce. J’ai jeté un œil à mes clichés. Horreur, ils étaient tous mal-cadrés ! Je l’ai alors supplié de me laisser entrer de nouveau dans la pièce. Il m’a accordé quelques secondes afin de photographier l’horloge qui affichait 01h23 et 58 secondes, l’heure à laquelle le temps s’est arrêté le 26 avril 1986, dans le bâtiment qui abritait le réacteur n°4 ». Gerd Ludwig à propos de ses photos réalisées à l’intérieur du réacteur n°4, là-même où une explosion a provoqué une fusion nucléaire aux conséquences catastrophiques. Le photographe décrit cette expérience comme l’une des situations les plus délicates qu’il ait dû affronter.

En mars 2011, peu après qu’un tsunami a provoqué des dégâts désastreux au sein de la centrale nucléaire japonaise de Fukushima Daiichi, les responsables du service photo du Time tentent de contacter l’Institute, l’agence du photographe Gerd Ludwig, afin que ce dernier couvre l’événement. L’Allemand est cependant injoignable, car il se trouve dans un hôtel dépourvu d’accès à Internet, situé sur un site ayant été touché par une autre catastrophe 25 ans auparavant : Tchernobyl.

Gerd Ludwig photographie Tchernobyl depuis 1993 et s’est rendu trois fois sur place depuis cette date - en 1995, en 2011 et en 2013 plus précisément. Au final, il se sera aventuré à l’intérieur du réacteur plus que n’importe quel autre photographe occidental.

Voici ses propos : « De toutes les catastrophes environnementales provoquées par l’homme, l’impact de Tchernobyl est considéré comme étant le plus durable. Au vu de l’étendue des dégâts, et de toutes les conséquences de santé constatées non seulement en Ukraine, mais aussi en Biélorussie, pays limitrophe, j’ai ressenti le besoin de revenir régulièrement à Tchernobyl ».

Le photographe travaille actuellement sur un livre de photographies, intitulé "Long Shadow of Chernobyl", qui couvre la relation qu’il entretient depuis 20 ans avec ce qu’Alexei Okeanov, un célèbre scientifique. Récemment, Gerd Ludwig s’est entretenu avec Proof :

Alexa Keefe : « Quel est l’élément le plus important qui vous pousse à raconter cette histoire ? »

Gerd Ludwig : « Ces images nous rappellent que des accidents comme Tchernobyl sont une conséquence possible de l’énergie nucléaire et ce, quels que soient l’endroit et le moment. Je veux que mon projet documente cette catastrophe causée par l’homme, qu’il rappelle le nombre incalculable de victimes causées par l'accident nucléaire de Tchernobyl. Je souhaite également qu’il mette en garde les générations futures sur les conséquences mortelles de l’orgueil démesuré des hommes ».

Alexa Keefe : « Vous êtes-vous déjà senti en danger ? »

Gerd Ludwig : « Le fait d’exposer son corps à la radiation présente à l’intérieur du réacteur ne constitue qu’une partie du danger. Il y a aussi les poussières radioactives, qui s’incrustent facilement dans les matières souples. En effet, ces dernières peuvent rester dans l’organisme et provoquer un cancer en cas d’ingestion.

À chaque fois que je suis entré dans le réacteur, j’ai dû respecter un processus de nettoyage méticuleux : je devais quitter ma combinaison de protection, prendre une longue douche chaude et mettre des vêtements propres. Suite à ma dernière visite du réacteur, j’ai demandé à une spécialiste d’inspecter mon équipement. Au départ, je pouvais voir à son visage qu’elle me prenait pour un parano. Elle a donc vérifié mon équipement à contrecœur. Puis elle a complètement changé d’expression, avant de répéter plusieurs fois : « Oh mon Dieu ! Vous devez impérativement nettoyer vos appareils. Vous devez les laver ! ».

En fait, les sangles de mes appareils étaient contaminées. Ce soir-là, j’ai nettoyé mes appareils minutieusement, jusqu’à ce que mon compteur Geiger indique qu’ils ne représentaient plus aucun danger. Puis je me suis acheté de nouvelles sangles ».

Alexa Keefe : « Une section de votre livre est consacrée aux victimes humaines, notamment aux enfants nés deux ou trois ans après la catastrophe. Parlez-moi de l’expérience que vous avez vécue en leur compagnie ».

Gerd Ludwig : « La plupart des particules radioactives se sont déplacées en Biélorussie, dans les environs de Homiel plus précisément. En 2005, alors que je travaillais pour National Geographic, j’ai souhaité photographier les enfants d’un orphelinat. Dans l’un des orphelinats, j’ai réalisé des photos d’Igor, cinq ans, handicapé sur les plans physique et mental. Il avait été abandonné par ses parents et vivait dans une maison où étaient traités des enfants abandonnés et orphelins qui souffraient de handicaps. Igor a attiré mon attention car, la plupart du temps, il restait prostré, appuyé contre un mur. Sa vue et son audition étaient très mauvaises, à tel point qu’il était incapable d’avoir la moindre interaction avec les autres enfants. Parfois, son regard vide s’arrêtait sur les autres enfants présents dans la pièce. Mais lorsque ces derniers essayaient de lui faire un câlin, il se mettait à pleurer. Après l’avoir pris en photo, j’ai serré sa main et il m’a souri. J’en avais presque les larmes aux yeux ».

Alexa Keefe : « Un autre groupe de photographes a réalisé des clichés de personnes retournées vivre dans la zone d’exclusion. D’ailleurs, vous avez dit de ces personnes qu’elles préféraient mourir sur un sol contaminé plutôt que de tristesse dans une banlieue anonyme. Quel comportement ont-elles adopté à votre encontre, vous qui veniez raconter leur histoire ? »

Gerd Ludwig : « Aucun journaliste ne pouvait se déplacer librement dans la zone de contamination. On devait être accompagné d’un guide, qui travaillait pour l’administration et qu’il fallait payer. Les guides connaissent la plupart des personnes retournées vivre dans la zone, vu qu’on n’en compte que quelques centaines à l’heure actuelle. Les seuls véhicules pouvant circuler dans la zone sont contrôlés par l’administration. C’est la raison pour laquelle bon nombre de ces personnes aiment que les journalistes leur rendent visite. Les journalistes représentent un changement bienvenu, qui rompt avec le train-train quotidien. Les guides recommandent aux journalistes d’apporter des produits, comme du pain frais, du fromage ou des bonbons. Ce sont des choses dont manquent ces personnes, car elles n’ont pas vraiment l’occasion de quitter leur village.

Un grand nombre des personnes étant retournées dans la zone sont très chaleureuses. Elles proposent tout ce qu’elles cultivent et produisent sur leurs terres, des tomates aux baies, en passant par du poisson pêché illégalement et de l’alcool de contrebande. Je me suis parfois senti mal à l’aise face à des aliments cultivés sur un sol contaminé. Mais vous savez, on a toujours un peu « le cul entre deux chaises » lorsqu’on est photographe : d’un côté, on veut être en sécurité, de l’autre, on a besoin de la confiance et de la coopération des gens pour réaliser des photos.

Alexa Keefe : « Le paysage de Tchernobyl évolue. Voyez-vous ce changement comme une histoire que vous continuerez de raconter, ou plutôt comme une histoire que vous êtes en train de capturer avant qu’elle ne devienne un souvenir ? » Gerd Ludwig : « Même si le réacteur disparaît sous un dôme high-tech, les bâtiments de Pripiat s’écrouleront et les personnes âgées qui sont retournées dans leur village décéderont. Cependant, j’ai peur que l’histoire de Tchernobyl ne se poursuive bien après notre mort. Une fois, à Tchernobyl, un scientifique m’a dit la chose suivante : « On pourrait ériger des grillages dans certaines zones, avec une pancarte indiquant que toute habitation est déconseillée durant les 24 000 prochaines années. Et encore, cela ne représente que la demi-vie du plutonium 239 ».

Le prochain livre a beau représenter une césure, une pause, il ne marquera pas la fin de ma couverture. Je suis curieux de savoir ce que l’avenir nous réserve ».

Alexa Keefe : « Pourquoi cette partie du monde vous attire tant ? »

Gerd Ludwig : « Mon histoire avec la Russie a débuté lors de mon enfance dans l’Allemagne d’après-guerre. Mon père avait été muté dans la sixième armée allemande, qui a envahi l’Union Soviétique en 1942 jusqu’à Stalingrad, au sud de la Russie, avant d’être décimée par les Soviétiques. Il a eu la chance de faire partie des derniers soldats évacués.

Dans la pénombre de notre petite chambre de réfugiés – mes parents avaient été expulsés de Bohème, leur région natale – j’écoutais la voix triste et apaisante de mon père, qui nous narrait les paysages hivernaux interminables, jonchés de soldats avançant tant bien que mal face aux tempêtes de neige, et de gens qui se cachaient dans des granges et des écuries. Je n’ai saisi la noirceur qui se cachait derrière ces histoires que bien plus tard : ces paysages étaient maculés de sang, les soldats mourraient et les gens qui tentaient d’échapper aux Russes étaient apeurés. Mon père me racontait ces souvenirs avant que je m’endorme afin d’exorciser ces histoires de guerre affreuses.

Au milieu des années 60, alors que j’étais tout juste adolescent, je faisais partie de la première génération allemande d’après-guerre. Vu que je me sentais coupable des actes perpétués par mes aînés, j’ai tenté de compenser en rendant gloire à tout ce que l’Allemagne avait tenté de détruire. J’idéalisais notamment la Russie et le système communiste soviétique. Enfin, la politique de transparence de Gorbatchev m’a mis face aux réalités sociales et politiques d’un pays qui était sous l’égide d’un régime totalitaire depuis 70 ans.

Alexa Keefe : « Souhaitez-vous ajouter quelque chose ? »

Gerd Ludwig : « En tant que photographes engagés, nous traitons souvent des tragédies humaines face au désastre et nous emmenons nos appareils dans des endroits inexplorés, en sachant que nos explorations ne sont pas dénuées de risques personnels. Nous agissons de la sorte, car nous nous sommes profondément engagés à raconter des histoires au nom de victimes qui n’ont aucun moyen de s’exprimer. Lors de cette mission, j’ai rencontré de nombreuses personnes attentionnées et courageuses, qui m’ont autorisé à montrer leur souffrance dans le seul espoir que des tragédies comme celle de Tchernobyl soient évitées à l’avenir ».

Ludwig a réalisé la couverture de cette histoire, intitulée The Long Shadow of Chernobyl, pour la première fois en 2011, grâce à une application pour iPad. Aujourd’hui, il travaille sur un livre de photos du même nom. Cette rétrospective a pu voir le jour grâce à une campagne Kickstarter.

☐ ☆ ✇ National Geographic

Photographie : les plus beaux motifs de la nature

Par : National Geographic — 20 avril 2026 à 17:41

Par une fraîche matinée d'automne, lors d'un séjour en camping dans le nord-ouest du Pacifique, je suis allé me promener sur la plage. Des vagues de brouillard masquaient une grande partie du paysage, alors j'ai commencé à examiner le sable à mes pieds, espérant trouver un caillou ou un coquillage intéressant. Rapidement, ce n'est plus un objet unique qui a captivé mon attention mais une fresque de motifs curieux qui s'étendait à perte de vue sur la plage. 

J'ai découvert des amas de petites dépressions rondes qui rappelaient les cratères de la Lune, ainsi que des taches d'écume persistante à la structure presque alvéolaire. J'ai remarqué des sentiers étroits et sinueux sculptés dans le sable et des tunnels tortueux, semblables à des nouilles udon, qui surgissaient du sol. Les crêtes et les creux présents sur certaines parties de la plage ressemblaient aux dunes d'un désert en miniature. D'autres parties présentaient des motifs dégradés, ondulés ou parsemés de chevrons, de paraboles ou de demi-lunes. À quelques endroits, quelque chose avait tracé des cercles concentriques parfaits autour d'une plante isolée. 

Après ce voyage, je ne cessais de penser aux motifs que j'avais observés : ces formes complexes, magnifiques et manifestement loin d'être aléatoires. Qu'est-ce qui expliquait leur existence ? Comment s'étaient-elles formées ? J'ai commencé à mener l'enquête. J'ai appris que le va-et-vient des vagues déferlantes crée des motifs en forme de V appelés rides rhomboidales. Si une vague vient lécher le rivage et heurte un caillou ou un autre objet, elle érode le sable qui l'entoure, formant ainsi des croissants plus marqués. 

Des grains de sable, emportés par le vent, s'envolent de la plage avant d'y retomber, projetant ainsi d'autres grains dans les airs. Au fil du temps, les mouvements répétés de déplacement des particules accentuent naturellement les crêtes et les creux, créant des ondulations semblables à des dunes. 

Certains animaux, tels que les escargots, forment des traces sur le sable lorsqu'ils cherchent de la nourriture, tandis que les mollusques fouisseurs forment des réseaux de tunnels sinueux et légèrement surélevés. Et lorsque le vent aplatit et tord les tiges de plantes bien enracinées, il peut tracer des arcs et des cercles sur la plage, comme s'il maniait un compas. La plage était une page blanche sur laquelle le vent, les vagues, le courant et les créatures écrivaient dans une langue secrète qui ne demandait qu'à être déchiffrée. Chaque motif que j'avais observé était une rune, mystérieuse mais pleine de sens. 

C'est également sur le bord de la mer que Jon McCormack a développé un nouvel intérêt pour les motifs de la nature et leur signification cachée. Photographe de renom, écologiste et vice-président chargé des appareils et logiciels photo chez Apple, Jon McCormack s'est installé en Californie avec sa femme au début de la pandémie de COVID-19, en quête de réconfort et d'un refuge. Tous les soirs, il se rendait sur la plage d'Asilomar State, appareil photo à la main, où il était attiré par les « harmonies de la nature », comme il les appelle. « Ce que j'ai vraiment trouvé fascinant, ce sont ces petits moments où la marée, la lumière et les pierres se combinent pour créer ces motifs éphémères » explique-t-il. « C'était bien plus intéressant que le reste de la splendeur de la plage. J'avais toujours été intéressé par l'environnement. C'est ce qui m'a poussé à principalement m'intéresser, en tant que photographe, aux motifs et à la structure du monde naturel ».

En parcourant ses archives, il s'est rendu compte que les motifs de la nature guidaient ses compositions pendant des années, même s'il ne s'en était pas totalement rendu compte. Désormais, il voulait les photographier intentionnellement et examiner les parallèles qui existent entre eux. Parfois, cela l'amenait à se rendre dans le jardin d'un voisin pour observer les pétales d'un hibiscus en fleur ou à apprendre à photographier un plancton minuscule, comme un joyau, à travers un microscope. D'autres fois, il s'aventurait jusqu'à l'archipel norvégien de Svalbard, dans l'Arctique, pour immortaliser la beauté éthérée des grottes de glace. Le résultat : un nouvel ouvrage, Patterns: Art of the Natural World, qui présente des formes intrigantes à toutes les échelles, des micro-organismes aux chaînes de montagne. Cette galerie d'images magnifiques est ponctuée de courts essais contemplatifs rédigés par des écrivains et penseurs de renom, notamment le biologiste David George Haskell, ainsi que les explorateurs National Geographic Wade Davis et Sylvia Earle.

Les motifs de la nature fascinent notre espèce depuis bien plus longtemps qu'il n'existe de traces écrites, comme le démontrent les peintures rupestres préhistoriques et les haches décorées de coquillages. Les philosophes et scientifiques s'y intéressent depuis des millénaires. Pendant une grande partie de l'histoire humaine, des phénomènes tels que les éclairs, les phases de la Lune, ainsi que les taches et rayures enchanteresses des animaux, étaient expliqués par le folklore ou de simples récits. À l'heure actuelle, les scientifiques ont fait des avancées considérables dans l'explication de ces phénomènes, même si de nombreux mystères persistent. À maintes reprises, les chercheurs ont découvert qu'il existait une logique secrète derrière les motifs les plus stupéfiants et complexes de la nature. 

Prenons l'exemple du flocon de neige, l'un des symboles de la symétrie les plus appréciés dans la nature. La beauté ensorcelante du flocon de neige commence à prendre forme au niveau atomique. Chaque molécule existante est composée d'atomes individuels qui s'assemblent selon des angles spécifiques. C'est cette géométrie qui détermine la forme que prennent ces molécules lorsqu'elles s'assemblent pour former des structures plus grosses. Lorsque des molécules d'eau en suspension dans l'air gèlent, les angles entre leurs atomes donnent naissance à des cristaux de glace de forme hexagonale. Ainsi, tous les flocons de neige naissent sous la forme de simples hexagones flottants. 

À mesure que ces cristaux hexagonaux tombent dans l'air, ils grossissent en accumulant et en gelant davantage de molécules d'eau. Les pointes saillantes du cristal ont davantage accès à la vapeur présente dans l'air et ont donc tendance à se développer plus rapidement, résultant souvent en fines extensions qui peuvent se ramifier à plusieurs reprises pour façonner des formes plus complexes. Les légères variations d'humidité et de température déterminent les trajectoires de croissance propres à ces branches et la forme finale d'un flocon de neige. Ce processus est si variable qu'il est très peu probable que deux flocons de neige soient identiques. Pourtant, chaque flocon de neige obéit aux mêmes lois, résulte des mêmes processus atmosphériques et présente la même symétrie radiale. 

L'hexagone est l'une des formes les plus répandues dans la nature. On le retrouve notamment dans les ruches d'abeilles, les yeux des insectes, les carapaces de tortues, la peau des ananas, les cristaux, les colonnes basaltiques et les amas de bulles de savon qui flottent sur l'eau. Les hexagones constituent un moyen très efficace de remplir un espace. Seules trois formes à côtés égaux peuvent recouvrir entièrement une surface plane : les carrés, les triangles et les hexagones. Parmi ces formes, c'est l'hexagone qui se rapproche le plus du cercle, il couvre la plus grande surface avec le plus petit périmètre et a donc besoin de moins de matière pour une couverture maximale. Les angles formés par les hexagones offrent aussi une excellente stabilité structurelle. 

Des explications similaires sont probablement à l'origine de l'omniprésence des fractales et des spirales dans tout ce qui nous entoure : des feuilles et des coquillages aux ouragans et aux galaxies. Les rivières et les éclairs se ramifient de façon fractale car tous deux cherchent le chemin le plus efficace pour avancer : celui de la moindre résistance. Comme les fractales excellent à se répandre dans un espace donné sans pour autant le remplir complètement, elles sont particulièrement utiles pour former des réseaux ramifiés qui transportent de manière efficace l'air ou les fluides dans un organisme vivant. De la même façon, les spirales semblent aider les organismes à maximiser leur efficacité. On pense par exemple que les spirales entrecroisées présentes dans les têtes de tournesol permettent un agencement optimal des fleurons et des graines. Ainsi, par leur réciprocité et leur ordre frappants, ces motifs sont l'expression de la poésie intrinsèque de la nature. 

« Je voulais que les gens voient ce que je vois dans la nature » indique Jon McCormack à propos de son nouveau livre. « Je voulais que les autres découvrent les merveilles que je vois et je voulais le faire d'une manière accessible. Je ne voulais pas que ce soit un livre d'art sophistiqué, un manuel scolaire ou un traité. Ce livre est mon poème visuel dédié à notre planète ».

❌