Imaginez ce qui rend l’Angleterre si merveilleuse (et décalée, soyons francs), puis traversez la Manche pour retrouver tout cela sur l’île de Wight. Désignée réserve de biosphère par l’UNESCO, l’île, qui est la plus grande du Royaume-Uni, est un microcosme de son héritage. Vous y trouverez des cottages au toit de chaume, des pubs vieux de plusieurs siècles et un paysage vallonné. Certaines des personnalités les plus influentes de l’ère victorienne s’y rendaient pour trouver l’inspiration ou se détendre. Si des vestiges de leur passage demeurent, l’île n’est cependant pas figée dans le temps. Elle regorge aujourd’hui de distilleries primées, d’hôtels coquets et de restaurants étoilés, sans oublier les nombreux festivals.
Le seul moyen de vous y rendre est de prendre le bateau. Vous devez donc lever le pied immédiatement et régler votre montre sur l’heure de l’île. Profitez au maximum du soleil en été ou venez lors de la saison basse pour assister aux festivals de randonnée organisés en mai et en octobre, lorsque les plages sont plus calmes.
Connue des Romains sous le nom de « Vectis », l’île apparaît dans le Domesday Book (le Livre du Jugement dernier) datant du 11e siècle comme « l’île de la présence d’esprit », un superbe surnom pour le lieu où la reine Victoria finirait par y vivre. La résidence royale de cette dernière, Osborne House, est de style italianisant et regorge d’objets fantaisie datant du 19e siècle. Faites un crochet par la Durbar Room, une extravagante salle de banquet de style indien décorée de nombreuses moulures et de suspensions.
Vous croiserez peut-être des acteurs jouant le rôle de Victoria ou d’Albert au détour d’un couloir ou bien un membre de la population d’écureuil roux de l’île, laquelle se porte à merveille, dans le bosquet qui mène à la plage privée du domaine. Pour avoir plus de chances d’apercevoir ce petit rongeur, passez quelques heures à Parkhurst Forest, un havre de paix pour la faune sauvage situé près de Newport.
Plus à l’ouest se trouvent Yarmouth et le village voisin de Freshwater, où Alfred Lord Tennyson aurait autrefois déclaré qu’une pinte d’air valait « une pièce de six pence ». Le poète lauréat (1853-1892) a passé de nombreuses années dans le manoir gothique de Farringford House entouré de jardins d’ornement. Marcheur invétéré, vêtu d’un manteau noir, il était connu pour son élégance. Des sentiers de randonnée et un imposant monument ont été nommés en son honneur sur l’île. Faites également un détour par le musée et les galeries Dimbola, où vous pourrez découvrir des expositions historiques et contemporaines. La photographe pionnière de l’ère victorienne, Julia Margaret Cameron, y a notamment vécu. Avec Alfred Lord Tennyson et Lewis Carroll, cette dernière était membre du « Freshwater Circle », un groupe d’artistes et d’écrivains bohèmes qui se réunissaient dans cette contrée côtière pour discuter de leur travail.
La partie ouest de l’île, où se trouvent les Needles, une série de trois éperons de craie qui ressemblent en tout point à une carte postale, est idéale pour les amoureux de la nature. Surplombant la plage de galets de Freshwater Bay, l’hôtel Albion, récemment rénové, abrite des chambres vert sauge élégantes au style victorien. Le soir, buvez un verre au Travelling Tavern, un bus à l’impériale transformé en bar qui est apprécié des locaux. Vous pouvez également séjourner dans l’une des trois chambres douillettes de The Bay, un bed&breakfast familial où est servi un fabuleux petit-déjeuner anglais.
L’île de Wight jouit d’un microclimat doux et d’un ensoleillement plus important que la moyenne britannique, pour le plus grand bonheur de ses producteurs. The Garlic Farm est l’adresse idéale pour acheter des produits d’épicerie fine et goûter des produits surprenants, comme la glace au chocolat et à l’ail noir (elle n’est pas aussi forte que l’on pourrait penser) tout en observant les écureuils roux mastiquer des noisettes trouvées dans des mangeoires. Et en périphérie de Ryde, vous trouverez la distillerie primée Mermaid Gin, dont les produits sont à déguster au Mermaid Bar attenant. La distillerie se fournit en zestes de citron auprès du Ventnor Botanic Garden, situé sur l’Undercliff, dont l’exposition au soleil permet de faire pousser en extérieur des fruits, fleurs et herbes du monde entier.

La première chose que l’on remarque, ce n’est ni la vapeur qui s’élève de la montagne ni le panneau avertissant les touristes d’une activité volcanique, mais l’odeur. Une brume épaisse, riche en minéraux, s’attarde dans l’air. Un rappel que la terre est tout ce qu’il y a de plus vivant.
Bienvenue à Owakudani, l’une des destinations les plus extraordinaires du Japon. Ici, la terre expire des nuages de soufre, le terrain rocheux est strié d’ocre et de gris et la spécialité culinaire de la région, les œufs noirs ou kuro-tamago prolongeraient la vie de sept ans.
Pour embarquer dans la quête de ces œufs mystérieux, il faut se rendre à Owakudani, qui se traduit par « la grande vallée bouillonnante ». Cette merveille géothermique est le fruit de la dernière éruption du mont Hakone, il y a 3 000 ans.
Aujourd’hui, les touristes s’y rendent pour une bouffée de l’air chargé en minéraux et pour goûter ses fameux œufs noirs. Le paysage témoigne de l’énergie brute de la nature : fumerolles sifflantes, rocs tachés d’un jaune étrange par le soufre et piscines bouillonnantes, pareilles au chaudron d’une sorcière.
Les visiteurs aux yeux les plus affûtés remarqueront également le réseau de tuyaux qui court le long de la montagne, acheminant l’eau renommée d’Owakudani aux ryokans (des auberges traditionnelles) les plus proches. Un reste historique de la région qui est une destination pour les retraites onsen.
Atteindre ce paradis montagneux est une aventure en soi. Les visiteurs peuvent prendre un bus depuis Hakone-Yumoto ou Gora, serpentant sur les routes de montagne. Le moyen le plus exaltant reste cependant celui des airs.
Le funitunnel de Hakone transporte ses passagers bien au-dessus du terrain accidenté, offrant une ascension spectaculaire au travers des panaches de vapeur, ainsi qu’une vue imprenable sur les montagnes. Alors que le funiculaire s’approche du sommet, la végétation luxuriante laisse place aux premières manifestations inoubliables des forces volcaniques brutes.
Lorsque Namiko Chen, cheffe et autrice du livre de recettes japonaises Just One Cookbook, qui n’a pas été traduit en français, s’est rendue pour la première fois à Owakudani avec sa famille, elle ne pouvait pas croire ce qu’elle voyait.
« Alors que le funiculaire grimpait depuis la gare de Sōunzan, nous avons posé les yeux sur la végétation luxuriante de Hakone et l’impressionnant mont Fuji », se rappelle-t-elle. « Mais après le premier pic, la scène que nous contemplions a changé du tout au tout. Nous nous trouvions soudain au-dessus d’un terrain volcanique accidenté, à l’odeur forte de soufre, une vue qui nous prit au dépourvu. »
Il n’y a pas d’endroit plus spectaculaire pour pique-niquer.
Le processus derrière la confection de kuro-tamago se trouve quelque part entre la science et la magie culinaire. Les œufs frais sont placés dans des paniers en fils de fer et immergés dans les sources d’eau bouillonnante, riches en soufre et en fer. Alors que les œufs cuisent, il se produit une réaction chimique : le fer contenu dans l’eau réagit avec le gaz de sulfure d’hydrogène, produisant du sulfure de fer qui donne à la coquille de l’œuf sa couleur noire caractéristique.
Après environ une heure, les œufs sont retirés de l’eau et cuits à la vapeur pendant 15 minutes dans une casserole, pour finaliser la cuisson.
Malgré son extérieur sombre, l’intérieur de l’œuf noir est étonnamment tendre, lisse et blanc. Pour ce qui est du goût, eh bien, il a un goût d’œuf. Même si l’arôme est fort, on ne sent qu’une très légère touche de soufre.
« La plupart des personnes sont choquées par le contraste énorme entre l’apparence et le goût », dit Mamoru Sato, directeur de l’Association de tourisme de Hakone.
Le vrai goût vient de l’expérience, de l’acte de peler la coquille noir d’encre pour révéler l’aspect rassurant d’un œuf dur, tout en se tenant près de la cheminée d’un volcan.
« Nos enfants hésitaient à les goûter », se souvient Namiko Chen. « Notre fille s’est même pincé le nez pour ne pas sentir l’odeur particulière du soufre ! Mais après avoir enlevé la coquille et versé un peu de sel dessus, nous avons tous goûté. Nous avions l’espoir de prolonger notre vie de sept ans, comme le veut la légende. »
À l’extérieur du magasin de souvenirs, des tabourets en forme de kuro-tagamo s’étendent à perte de vue, parfaits perchoirs pour déguster cet œuf et profiter de la vue. Les beaux jours, le mont Fuji se dresse au loin, à l’arrière-plan du paysage vaporeux et à l’odeur de soufre d’Owakudani. Se tenir là semble ralentir le temps lui-même, comme si la légende disait vrai et qu’il vous offrait sept années de vie.
Cette croyance qui veut que manger ces œufs permette de vivre sept ans de plus captive les touristes depuis des décennies. Alors, quelle est l’origine de cette légende ? C’est en 1955 qu’a commencé la production commerciale des œufs noirs bouillis dans les sources chaudes d’Owakudani. La première à le vendre était l’Okuhakone Kanko Company mais pour trouver les racines de la légende, il faut remonter plus loin dans le temps.
Owakudani abrite la statue d’Enmei Jizo, qui aurait été sculptée par le moine bouddhiste Kobo Daishi il y a 1200 ans. Selon Mamoru Sato, ce Jizo serait symbole de longévité et protègerait les enfants, une croyance qui a dérivé et s’est transformée en la légende que l’on connaît aujourd’hui, celle selon laquelle manger des œufs noirs prolongerait la vie.
Et pourquoi sept ans ? Ce chiffre n’est pas choisi au hasard. Il est intimement lié aux croyances culturelles du Japon. Le chiffre sept porte bonheur.
Mamoru Sato avertit les visiteurs : aucune preuve scientifique n’appuie les dires de la légende. Cela n’a cependant pas découragé les visiteurs et les locaux de s’y essayer. « S’imaginer vivre sept ans de plus tout en mangeant les œufs noirs fait partie de l’expérience d’Owakudani. »
Que vous croyiez la légende ou appréciiez les œufs pour leur origine unique, peler la coquille obsidienne des kuro-tagama tout en profitant de la vue sur la vallée bouillonnante fait partie intégrante de l’identité de Hakone, au même titre que ses sources chaudes. Attention cependant, si vous pensiez devenir immortel en dévorant un grand nombre d’œufs, il faut savoir que les effets ne sont pas cumulables après deux œufs.
Il est indéniable que les kuro-tamago ont un charme certain. Il faut cependant, et c’est essentiel, approcher le site d’Owakudani avec respect. La zone est sujette à l’activité volcanique et l’accès peut être restreint si les émissions de gaz sont trop élevées. Avant de se rendre sur le site, il est recommandé aux visiteurs de vérifier les conditions sur place et de respecter toutes les consignes de sécurité.
Après tout, aucun œuf, aussi légendaire soit-il, ne mérite qu’on prenne des risques. Les vapeurs de soufre peuvent s’avérer dangereuses pour les personnes souffrant de troubles respiratoires, soyez prêt à vous replier à l’intérieur si nécessaire.
Les œufs noirs sont disponibles à Owakudani Kurotamagokan, qui vend des œufs frais, préparés le jour même. Pour vous y rendre, empruntez le tramway Hakone Tozan, depuis la gare de Gora, jusqu’à la gare de Sōunzan (un trajet de 10 minutes). Depuis la gare de Sōunzan, montez dans le funitunnel de Hakone, lui aussi durant 10 minutes. Le magasin se trouve au premier étage du bâtiment Owakudani Kurotamagokan et est ouvert tous les jours de 9h à 16h30.

Les champs et les collines verdoyantes ont donné à l'Irlande son surnom d'« île d'Émeraude ». Néanmoins, avec près de 3 200 kilomètres de côtes, de rivières et de lacs, l'État insulaire est également inondé de bleu. Cette nature encore préservée s’accompagne d'anciens châteaux, de villages historiques et de pubs animés par la musique traditionnelle. Voici la meilleure façon de découvrir ce coin coloré de l'Europe.
Sur un peu moins de 2 600 kilomètres, la Wild Atlantic Way est une route qui longe la côte ouest et serpente entre divers sites préhistoriques, phares et criques. La péninsule de Dingle est l'un des meilleurs endroits pour s'imprégner de la beauté sauvage de la région, en particulier depuis l'océan.
Les excursions en petits groupes dans des embarcations pneumatiques organisées par Dingle Sea Safari permettent d'observer de près la faune marine, non loin des îles Blasket, un archipel inhabité depuis 1953 et connu pour ses « Cathedral Rocks », de gigantesques rochers. À proximité, les baies de Brandon et de Tralee, séparées par la flèche de sable de Maharees, sont propices à la plongée, tandis que la forte houle de Castlegregory attire les surfeurs, expérimentés ou non.
Les criques rocheuses du sud-ouest regorgent d’algues qui révèlent un pan méconnu de l'histoire irlandaise. « Pendant le Carême, lorsque les gens ne pouvaient pas manger de viande, ils descendaient sur ces côtes pour se procurer du nori, ou sleabhac, car il est riche en protéines », explique Kerryann O'Farrell d’Atlantic Irish Seaweed, dont les guides organisent des promenades éducatives sur les algues comestibles au port de Derrynane. Dans le comté de Kerry, Sneem Seaweed Baths soutient les prétendus bienfaits thérapeutiques des plantes marines et propose des bains chauffés dans un tonneau de whisky en bois avec vue sur la baie de Kenmare.
(À lire : les algues sont-elles l’aliment de demain ?)
Dans les années 1800, Dublin était le premier producteur mondial d'« eau de vie », ou uisce beatha en irlandais. Celle-ci fait depuis peu son grand retour avec cinq nouvelles distilleries dans la ville, dont Roe and Co, où des dégustations permettent aux visiteurs de goûter différents whiskys, d'apprendre comment ils sont fabriqués et de s'essayer à la préparation de cocktails.
Au Musée du whisky irlandais, découvrez l'histoire de ce spiritueux. Puis, rendez-vous au Whiskey Palace, situé à l'intérieur du Palace Bar. Ouverte en 1823, cette institution de Fleet Street était la préférée d'écrivains comme Flann O'Brien. Aujourd'hui, on y sert plus de 400 whiskys, et le Palace Bar a même sa propre marque.
Située à un peu plus de 12 kilomètres au large de la côte sud, Cape Clear Island (Oileán Chléire) fait partie des Gaeltacht, régions où l’on parle en majorité le gaélique irlandais, que l'on trouve dans sept comtés et sur certaines îles. Il est possible d’y accéder grâce aux Cape Clear ferries, qui partent de Baltimore et passent devant le phare du Fastnet Rock, haut de près de 53 mètres, construit au sommet d'un minuscule rocher en mer.
À Cape Clear Island, l'ancienne école de filles abrite aujourd'hui l’Heritage Centre qui présente des expositions sur l'histoire et la culture maritimes de l'île. Et ne passez pas à côté de la crème glacée au lait de chèvre de chez Cléire Goats.
La rivière Suir était autrefois l'une des principales voies de transport du comté de Tipperary. Aujourd'hui, la Suir Blueway, longue de 53 kilomètres, est l'une des trois « blueways » homologuées d'Irlande, c’est-à-dire des voies navigables dédiées à l'exploration. Vous pouvez participer à une excursion et naviguer le long de châteaux et sous des ponts de pierre, de Cahir à Carrick-on-Suir.
Vous pourrez également emprunter le chemin de halage restauré, long d’un peu moins de 21 kilomètres, qui s'étend de Clonmel à Carrick-on-Suir et passe par des cabanes de pêcheurs, des berges couvertes de fleurs sauvages et les vergers de pommes de Bulmers Cider, également connu sous le nom de Magners. À proximité, à Cashel, passez la nuit à l’hôtel historique Cashel Palace et visitez l’Apple Farm de Cahir, une exploitation familiale depuis 1968, où vous pourrez acheter des tartes et des chips fabriquées à partir de la variété locale Elstar.
Si Shop Street et Eyre Square attirent les foules, le quartier de Westend, de l'autre côté de la rivière Corrib, est l'âme de la ville. Imprégnez-vous de l'ambiance bohème dans des endroits comme Bell Book and Candle, une mine d’or de livres et de vinyles neufs et d'occasion ; le Flea Style Market, un marché aux puces mensuel à l'intérieur du Galway Arts Centre ; et le Crane Bar, qui accueille certains des meilleurs joueurs de violon et de bodhrán traditionnels de la ville.
Des visites guidées réalisées par des habitants vous révèleront l'histoire des origines de la bague de Claddagh. La balade gourmande de deux heures et demie vous permettra de découvrir les points forts de cette destination gastronomique émergente, où des restaurants innovants comme Kai proposent du crabe d'Aran servi avec du chou-rave et des œufs de poisson.
L'Irlande regorge de lieux de premier choix pour faire du kayak, mais une balade nocturne peut montrer la nature sous un jour unique, déclare Jim Kennedy, d’Atlantic Sea Kayaking, qui emmène de petits groupes dans la baie de Castlehaven, dans le comté de Cork. Là, les kayakistes éteignent leurs lampes de poche et contemplent les étoiles par nuit claire ou, parfois, la bioluminescence de la baie.
Les sons de la nature se font plus intenses, du hululement de la chouette effraie au bavardage de la loutre. « Nous utilisons les kayaks comme un moyen d’entrer en contact avec la nature », explique Jim Kennedy. « Il se passe tellement de choses avec les cieux et l'obscurité. »
(À lire : Finlande, un week-end idéal à Punkaharju, au cœur de la région des lacs)
Les galeries de Marble Arch , situées dans les comtés de Fermanagh et de Cavan, constituent le plus long réseau de grottes connu d'Irlande du Nord et font partie des Géoparcs mondiaux UNESCO. Pendant quelque 360 millions d'années, l'eau a sculpté ces grottes de calcaire, ce qui en fait une attraction touristique très prisée depuis le 19e siècle. Aujourd'hui, un cours de yoga d'une heure, dispensé à près de 50 mètres sous terre, permet de découvrir en toute intimité les paysages et les sons souterrains.
Ensuite, explorez les lacs Upper et Lower Lough Erne, parsemés de nombreuses îles, où vous pourrez monter à bord d'un bateau jusqu'à l’île de Devenish, un site monastique et un ancien grand port, dont les ruines remontent au 12e siècle.
Ouvert au public en 1902, le circuit de randonnée Les Gobbins d'Islandmagee, long de presque 5 kilomètres, est accroché à des falaises spectaculaires et emprunte des ponts édouardiens au-dessus de vagues déferlantes. Une visite guidée de quatre heures avec Islandmagee SUP permet d'explorer les grottes des falaises Seven Sisters et d’observer la nidification des macareux qui a lieu de mai à septembre. Ensuite, vous pourrez reprendre des forces à Kings Road, situé à Whitehead, avec du thé en vrac et des kombuchas signature de Craft Tea Brew Co. de Belfast, accompagnés d’un petit-déjeuner anglais.
Great Lighthouses of Ireland propose un guide des phares les plus remarquables du pays. Celui de Saint John's Point, l'un des plus éloignés, se dresse à l'extrémité d'une étroite péninsule dans le comté de Donegal, avec vue sur la baie et le comté de Sligo. Passez la nuit à Clipper ou Schooner, les anciennes résidences des gardiens de phare et faites l'expérience de la solitude en veillant sur le phare. Naturellement, le lieu ne dispose pas de Wi-Fi, alors détendez-vous et lisez un livre au coin du feu, ou explorez le cap au lever du soleil.

Quand Luigi Frizzo a loué la propriété dans laquelle il a établi sa librairie, on l’a averti que la zone pourrait être sujette aux inondations à cause de sa proximité avec l’eau, et la montée du niveau de la mer à Venise, en Italie. C’est de là qu’il a tiré son inspiration pour le nom de son établissement : Acqua Alta, marée haute en italien.
En plus de ce nom original, Luigi Frizzo s’est également montré proactif pour protéger ses plus de 400 000 livres, dont des premières éditions publiées il y a plus d’un siècle, et a créé une infrastructure résistante aux inondations. Il a décidé de stocker des centaines d’ouvrages dans des baignoires et des gondoles, moyens de transport à travers les étroits canaux vénitiens depuis le 11e siècle.
Si vous l’ignoriez, Acqua Alta se trouve à près d’un kilomètre et demi de la place Saint-Marc, la place publique principale de Venise. Étant l’une des zones les plus basses de Venise, elle est facilement inondée mais seule une marche de neuf minutes sépare Saint-Marc de la fameuse librairie. Les visiteurs arrivent en passant par Calle Lunga Santa Maria Formosa, dans le quartier de Castello, une rue étroite où un panneau élève la Libreria Acqua Alta au rang de « plus belle librairie du monde ».
Les visiteurs de la librairie auront le loisir d’observer les évolutions en matière d’infrastructures apportées après l’inondation de 2019, l’une des pires de l’histoire de Venise. L’eau a dépassé de presque deux mètres le niveau de la mer.
Aujourd’hui, des gondoles et des baignoires ont été posées sur de grandes tables en bois afin de protéger les biens les plus précieux de la menace que pose la montée des eaux. Bien qu’elles soient à l’origine là en tant que mesure préventive, les gondoles sont vite devenues des figures emblématiques pour des millions de personnes et ont participé à faire connaître la Libreria Acqua Alta à travers le monde. Ses escaliers sont, par exemple, l’un des lieux les plus photographiés de tout Venise.
« J’ai d’abord créé l’escalier comme moyen de stocker mes encyclopédies. J’avais déjà mis des livres dans la cour, où les deux grandes fenêtres ne pouvaient pas être ouvertes et j’ai commencé à déplacer les encyclopédies dans le jardin pour créer ce qui aller devenir l’escalier », explique Luigi Frizzo. Le propriétaire de quatre-vingt-deux ans est originaire de Trissino, petit village de la région de Vento, au nord de l’Italie.
Il ajoute : « je n’aurais jamais imaginé que ce que je considérais uniquement comme une solution pratique connaîtrait un tel succès. »
En 2002, la Libreria Acqua Alta a ouvert, un lieu pour que les locaux puissent se réunir et profiter d’une sélection éclectique de livres, de l’art vénitien à l’histoire de la république de Venise, en passant par des romans et des bandes-dessinées dans lesquels Venise a une place centrale.
La librairie abrite également des livres de seconde main et des livres anciens, comme une première édition de Le Fiale, un recueil de poèmes écrit par le poète italien Corrado Govoni. Cette rare trouvaille, loin des yeux des clients, a été publiée à Florence en 1903 et est aujourd’hui estimée à 1 500 euros.
Comme beaucoup de villes européennes, Venise n'échappe pas au surtourisme, et sa popularité va croissant sur les réseaux sociaux, comme Instagram et TikTok. La librairie a surfé sur la vague de ce phénomène et on retrouve désormais des milliers de vidéos sur TikTok ainsi que des hashtags sous des plus de 50 000 publications Instagram.
À l’entrée de la librairie, sous le signe proclamant que la Libreria Acqua Alta est la plus belle librairie du monde, les touristes font la queue et progressent lentement vers l’entrée. La file les entraîne près d’une gondole qui se trouve au cœur du bâtiment, puis des baignoires abandonnées pleines de magazines, de piles de livres rares et vieux. Leur chemin croise également celui de Dominique, la chatte de la librairie.
C’est un pèlerinage de dizaines de touristes vers la librairie, avec comme destination finale sa terrasse, où, après une attente pour monter l’escalier de livres, ils ont l’occasion de photographier la rivière Tetta. L’endroit est très prisé sur les réseaux sociaux.
Si Venise tente de pallier le surtourisme et de taxer les voyageurs qui ne dorment pas sur place, la librairie continue d’accueillir les foules. Elle a, selon Diana Zanda, responsable de la librairie depuis 2023, adopté des règles pour organiser le trafic.
« Nous demandons au groupe de dix personnes ou plus de nous appeler en avance », dit-elle. « Quant à l’escalier, nous avons dû demander à un employé de la librairie de dire aux visiteurs de ne pas rester plus de quelques minutes s'ils souhaitent simplement prendre une photo. Cela aide à faire avancer la queue plus rapidement. » Diana Zanda explique que la librairie reçoit chaque jour entre 2 000 et 5 000 visiteurs.
« La plupart sont des touristes qui viennent parce qu’ils ont vu quelque chose sur Instagram ou bien une vidéo de notre librairie sur TikTok », ajoute la responsable. Une cliente se joint à la conversation : « Oui, je vous ai vus sur TikTok ! »
Jorge Carrión est l’auteur de Librairies – Itinéraires d’une passion, un livre qui explore l’importance des librairies en tant qu’espaces culturels et intellectuels, ainsi que leur rôle au sein des communautés. Jorge Carrión croit que, depuis 2013, des lieux tels que la Libreria Acqua Alta ne sont plus de simples librairies mais ont évolué et sont devenus des attractions touristiques populaires.
« Le tourisme culturel, comme tous les tourismes, a commencé à changer en 2010, avec l’émergence d’Instagram. À cette époque, un nouveau type d’attraction touristique a fait son apparition. Un tourisme qui est vite devenu viral et qui encourageait la circulation des selfies. Et TikTok n’a fait qu’amplifier cette mode », explique l’auteur.
Il poursuit : « Jusqu’à il y a quinze ans, les librairies ne faisaient pas partie de ce jeu et elles sont à présent au nombre de quatre : El Ateneo Grand Splendid à Buenos Aires, Lello à Potto, Shakespeare and Company à Paris et la Libreria Acqua Alta. Ce ne sont pas les meilleures, mais ce sont les plus photogéniques. »
Mais alors, comment Acqua Alta reste-t-elle à flots dans une ère où les visiteurs sont plus intéressés par les selfies que par les livres uniques que proposent les boutiques ?
Ils sont nombreux à acheter des marque-pages, des cartes postales, des calendriers, des magnets et autres souvenirs mais ce sont aussi les ventes de livres de seconde-main, des éditions qui ne sont plus imprimées et d’autres trouvailles rares qui aident cette librairie à survivre.

Le mois d’avril marque le grand retour des trains Freciarossa de la compagnie ferroviaire italienne Trenitalia, qui relient Paris et Milan. Les trains ne circulaient plus depuis un glissement de terrain dans les Alpes françaises survenu en 2023. Les locomotives « flèches rouges » transportent les passagers entre les deux capitales de la mode en un peu moins de 6h30. Il n’y a cependant aucune raison de ne pas prévoir un plus long trajet, en s’arrêtant entre les deux villes. La ligne de train passe à travers des paysages montagneux à couper le souffle et marque l’arrêt dans certaines villes aux portes des Alpes ainsi que dans deux villes parmi les plus sous-estimées d’Europe. Le prix de départ d’un billet aller est de 35 €.
Des nouveautés arrivent dans le 19e arrondissement. Le cinéma La Géode, nouvellement rénové, permet de profiter d’une séance de film en IMAX au sein d’une gigantesque boule à facettes. Des musiciens viennent jouer de la musique à l’espace de restauration, le Boom Boom Villette, qui se situe à proximité.
La capitale gastronomique de la France, magnifiquement située à la confluence de deux grands fleuves, abrite une pléthore d’expériences culinaires délicieuses. L’Astral, un nouveau restaurant, propose des menus de haute cuisine, tandis que le restaurant conceptuel 220 BPM emmène ses petits groupes d’hôtes à des festins d’anthologie dans un endroit tenu secret, au cœur d’une forêt. Vous pouvez également vous essayer au « tour apéritif » avec les spécialistes locaux Praline et Rosette.
Auparavant la capitale du royaume d’Italie, cette ville souvent négligée n’a rien perdu de son élégance atemporelle, grâce à son abondance de palazzos et de porticos sur fond d’Alpes italiennes. Pour une température agréable, la meilleure saison est le printemps, vous pourrez en plus profiter de la Nuit européenne des musées, le 17 mai. Cette nuit-là, bon nombre d’institutions culturelles ouvrent gratuitement leurs portes pour des visites nocturnes de leurs collections.
La ville bat son plein durant la Design Week de Milan, du 8 au 13 avril. Des quartiers, comme Brera et Zona, se transforment en galeries en plein air. Ne manquez pas de visiter la Pinacothèque de Brera, qui a rouvert ses portes après cinquante ans. Après cela, le quartier de Citta Studi vous accueillera à bras ouverts, avec ses nombreux cafés et bars. Ou bien prenez la voie des eaux à De Montel, qui sera bientôt le plus grand parc thermal urbain d’Italie, à son ouverture en avril.

Au cours des cinquante dernières années, rares sont les plats à avoir autant défini la cuisine sino-américaine que le poulet du général Tao. Avec son glaçage brillant, collant, sucré-salé, enrobant une panure croustillante, il est devenu un incontournable dans les menus à emporter aux États-Unis, mais aussi en Europe.
Pourtant, ce plat n’a jamais été destiné à refléter la cuisine traditionnelle chinoise. Bien qu’il soit originaire de Taïwan, le poulet du général Tao a été spécifiquement élaboré pour satisfaire le palais des Américains.
La version originale du poulet du général Tao n’avait rien à voir avec la version baignant dans la sauce du plat servi aujourd’hui. Il s’agissait à l’origine d’un plat raffiné méticuleusement créé par Peng Chang-kuei, l’un des chefs chinois les plus expérimentés et les plus respectés de sa génération.
Né en 1919 dans la province chinoise du Hunan, dans le sud du pays, Peng Chang-kuei a commencé sa carrière en tant que commis, devenant ensuite chef de banquet officiel pour le gouvernement national chinois, avant de fuir pour Taïwan avec les nationalistes après la guerre civile chinoise.
« Peng Chang-kuei avait quelque chose de royal », confie Cindy Hsu, journaliste taïwanaise qui a interviewé le chef en 2013. « Il était toujours très vif et dirigeait sa cuisine avec une précision militaire ».
C’est en 1953, à Taipei, que Peng Chang-kuei a eu l’idée de ce plat alors qu’il préparait un dîner d’État en l’honneur de l’amiral américain Arthur W. Radford au cours d’un banquet de trois jours.
« À l’époque, Peng Chang-kuei était le plus grand chef de Taïwan », explique la journaliste. « Trois restaurants différents avaient été invités, mais en réalité, c’est lui qui a tout cuisiné ».
Le troisième jour, Peng Chang-kuei avait déjà épuisé tout son répertoire de plats de banquet classiques et souhaitait impressionner l’invité d’honneur avec quelque chose de nouveau. « Il savait que les Américains étaient friands de poulet frit, alors il a désossé une cuisse de poulet et l’a plongée dans la friture », poursuit Cindy Hsu. « Mais comme le poulet frit nature n’avait rien de nouveau pour eux, il s’est dit qu’ils apprécieraient peut-être quelque chose de salé, sucré et légèrement épicé à la fois ». Des saveurs qui se retrouvaient souvent dans des plats comme le Sloppy Joes et les ailes de poulet en sauce.
Il a donc recouvert le poulet croustillant d’une couche de sauce acidulée, a ajouté de fines tranches de piment pour rehausser le tout, et a nommé le plat en l’honneur du général Tao, célèbre stratège militaire du 19e siècle qui a joué un rôle clé en aidant la dynastie Qing à maintenir la stabilité dans l’ensemble de l’Empire.
Selon Peng Chang-kuei, Zeng avait la réputation d’être frugal, ce qui ne collait pas avec son plat riche et décadent à base de poulet. Le général Tao en revanche, bien que moins connu, avait l’image de quelqu’un de plus audacieux et impressionnant, plus en phase avec les saveurs du plat.
En 1973, Peng Chang-kuei a migré à New York, où il a ouvert un restaurant de cuisine hunanaise appelé Uncle Peng’s Hunan Yuan, qui a rencontré un franc succès. L’établissement, situé à Manhattan, près des Nations Unies, a attiré une clientèle de diplomates. Henry Kissinger, secrétaire d’État des États-Unis, était un habitué.
Mais des versions revisitées du célèbre plat à base de poulet de Peng Chang-kuei figuraient déjà sur les menus de la concurrence, notamment du chef chinois Tsung Ting Wang et du restaurateur David Keh. Celles-ci, plus adaptées au palais des Américains, présentaient une chapelure plus épaisse et une sauce plus sucrée. « Le poulet du général Tao n’est pas censé être sucré », explique Peng Tieh-Cheng, le fils de Peng. « La cuisine hunanaise ne fait pas dans le sucré. Elle est davantage épicée et salée ».
Mais c’était exactement le but recherché. « Nous ne voulions pas vraiment copier le chef Peng », a confié Ed Schoenfeld, ancien associé de David Keh, au magazine Salon en 2010. « Nous voulions apporter notre propre touche au plat. C’est pour cela que notre poulet du général Tao était coupé différemment, en petits cubes, et que nous le servions avec des châtaignes d’eau, des champignons noirs, une sauce hoisin et du vinaigre ».
Mais Peng Chang-kuei n’avait que faire des copieurs. « Mon père savait à quel point il était difficile pour les Chinois de faire des affaires à l’étranger », explique Peng Tieh-Cheng. « Il laissait passer quand d’autres utilisaient son nom pour y parvenir ».
À ce moment-là, le plat créé par Peng l’avait dépassé en notoriété. La visite du président Richard Nixon en 1972 en Chine avait provoqué une vague de curiosité concernant la cuisine chinoise et les restaurants chinois établis aux États-Unis y réagirent immédiatement. Les plats tels que le poulet du général Tao plaisaient particulièrement : salés, sucrés et croustillants, ils étaient toutefois suffisamment exotiques pour donner un goût d'aventure.
« Ces chefs chinois ont pu profiter de ce nouvel intérêt pour la cuisine chinoise », observe David R. Chan, blogueur culinaire basé à Los Angeles qui a mangé dans des milliers de restaurants chinois aux États-Unis depuis les années 1950. « Plein de nouveaux plats faisaient leur apparition à New York, comme le poulet du général Tao, et les gens en raffolaient ».
Le phénomène du poulet du général Tao est principalement resté cantonné à New York jusque dans les années 1990, lorsque les vagues d’immigrés fidjiens ont commencé à dominer l’industrie de la restauration chinoise dans l’est des États-Unis. À leur apogée à la fin des années 1990, les chefs fidjiens se taillaient la part du lion des restaurants chinois à l’est du Mississippi selon les dires de David R. Chan. La plupart ont ouvert des buffets, qui proposaient toujours le poulet du général Tao.
« La recette varie d’une personne à une autre, mais le fait de l’appeler “poulet du général Tao” lui donne déjà du poids », souligne Peng Tieh-Cheng.
Ces restaurants le présentaient toujours de la même façon : servi sur des paniers vapeur, accompagné de plateaux remplis de brocolis sautés vert vif, de rouleaux de printemps frits et de diverses sources de protéines enrobées de sauces collantes et colorées. C’est dans ces restaurants buffets que le poulet du général Tao est passé d’un plat peu connu à un incontournable de la cuisine sino-américaine émergente.
Selon David R. Chan, il n’est cependant pas parvenu à conquérir la côte ouest, où son cousin plus sucré et coloré, le canard à l’orange, domina la scène culinaire sino-américaine grâce à des chaînes comme Panda Express.
Peng Chang-kuei a ensuite ouvert le restaurant Peng Yuan Hunan à Taipei dans les années 1980, qui existe encore aujourd'hui. Il s'agit désormais d'une chaîne de restaurants comptant neuf établissements, spécialisés dans les banquets de mariage et les évènements spéciaux, où les invités mangent autour de grandes tables rondes drapées d'épaisses nappes, sous des luminaires ornementaux suspendus au plafond.
La cuisine reste fidèle à l'essence d'un repas chinois classique et raffiné : équilibre des textures, enchaînement réfléchi des plats et harmonie des saveurs. Plus que de simples restaurants hunanais, les établissements offrent désormais une expérience pan-chinoise intégrant des influences cantonaise, shanghaïenne et sichuanaise.
Le poulet du général Tao figure cependant toujours au menu et n’a rien perdu de son raffinement originel : délicatement frit et moelleux, offrant un équilibre parfait entre des saveurs acidulées et salées. Il est servi dans une assiette en grès brillante, accompagné d'une orchidée reposant sur un délicat lit de persil. Le piquant du plat est à peine perceptible et se manifeste plutôt en léger arrière-goût.
En dehors des établissements Peng Yuan, le poulet du général Tao est rarement proposé dans les restaurants. On en trouve parfois des versions au menu d’établissements servant de la cuisine hunanaise ou sichuanaise à Taïwan, mais il est rarement mis en valeur et n'est presque jamais considéré comme un plat typique.
Le poulet du général Tao est surtout considéré comme une curiosité, un plat qui ne s'est jamais imposé en Chine, mais qui a fait grand bruit à l'étranger. « Il est considéré comme rétro », explique Kuo Chung-Hao, professeur d'histoire de l'alimentation à l'université médicale de Taipei. « Ce n'est pas quelque chose que les gens d'ici mangent souvent ».
S’il porte le nom d’un général chinois, le poulet du général Tao n'a toutefois jamais été imaginé pour un public chinois ou taïwanais, mais bien pour satisfaire les papilles gustatives d’un Américain, avant d’être retravaillé pour s'adapter aux préférences gustatives du grand public américain. Depuis le tout début, ce plat a été élaboré par un chef chinois pour un amiral américain, ce qui fait du poulet du général Tao un plat tout aussi américain que chinois.

Nichée au cœur de l’Europe et frontalière de cinq pays, la Suisse séduit par son incroyable diversité. En prenant le temps de la parcourir en voiture, en train ou en téléphérique, on découvre des villages parmi les plus pittoresques du continent, où traditions locales, architectures variées et spécialités gastronomiques racontent autant d’histoires différentes. Des communautés alpines reliées à d’immenses glaciers aux hameaux hors du temps des régions laitières, en passant par les villages d’inspiration italienne bordant des lacs étincelants, chacun possède une identité propre et un charme singulier.
Pourquoi y aller ? Pour vivre le rêve alpin.
Accroché à des falaises vertigineuses au-dessus de la vallée de Lauterbrunnen et de ses cascades, Mürren semble tout droit sorti d’un décor de cinéma. Que l’on y accède par le téléphérique le plus raide du monde depuis Stechelberg ou par le train longeant les crêtes depuis Grütschalp, l’arrivée offre un panorama exceptionnel sur les trois sommets emblématiques de la région de la Jungfrau : l’Eiger, le Mönch et la Jungfrau.
Les pics glaciaires dominent ce village sans voiture, composé de chalets en bois sombre décorés de géraniums l’été et recouverts de neige l’hiver. À 1 650 mètres d’altitude, les activités de plein air sont omniprésentes. On peut notamment parcourir le Northface Trail, qui traverse des prairies fleuries au départ de l’Allmendhubel, ou emprunter la spectaculaire via ferrata reliant Mürren à Gimmelwald le long des falaises calcaires. Pour encore plus de sensations, prenez le téléphérique jusqu’au Schilthorn, à 2 970 mètres d’altitude. Ce sommet, rendu célèbre par le film de James Bond Au service secret de Sa Majesté (1969), abrite le restaurant Piz Gloria, offrant une vue à 360° sur près de 200 sommets alpins.
Pourquoi y aller ? Pour le calme et les grands espaces.
Loin de la foule, au cœur de la basse vallée de l’Engadine, Guarda s’étire sur un versant verdoyant à 1 650 mètres d’altitude, face à la silhouette acérée du Piz Buin dans les Alpes de la Silvretta. Guarda a conservé tout son caractère : ruelles pavées, chalets aux volets colorés ornés de fresques sgraffito (une technique consistant à gratter une couche de surface pour révéler une couleur sous-jacente) et fontaines de pierre où l’eau s’écoule en permanence.
À l’Ustaria Crusch Alba, les conversations en romanche résonnent dans une ambiance chaleureuse où l’on déguste des spécialités grisonnes comme la soupe d’orge au jambon cru ou la Bündner Nusstorte, une tarte caramélisée aux noix typique de la région. Avec seulement 160 habitants, Guarda offre une parenthèse hors du temps, surtout pour ceux qui s’aventurent dans le Parc national suisse voisin. Les sentiers y traversent des paysages sauvages fréquentés par les bouquetins, les chamois et les aigles royaux.
Pourquoi y aller ? Pour les glaciers.
Perché sur un plateau dominant la vallée du Rhône à 1 950 mètres d’altitude, Bettmeralp évoque l’univers du roman Heidi. Accessible uniquement par téléphérique, le village est composé de chalets en bois et d’une petite chapelle blanche dominant les environs.
En hiver, lorsque la neige recouvre les toits, les habitants se déplacent souvent en luge ou à skis dans le vaste domaine de l’Aletsch Arena. En été, les randonneurs viennent profiter d’une atmosphère paisible et de certains des plus beaux itinéraires de Suisse, le long du glacier d’Aletsch, long d’environ 23 kilomètres. Parmi les incontournables figure la randonnée reliant Bettmerhorn à Bettmeralp en passant par le lac Märjelensee, dont les eaux turquoise offrent des vues spectaculaires sur le glacier.
Pourquoi y aller ? Pour les lacs.
Là où la Suisse rejoint l’Italie, sur les rives du lac de Lugano, Morcote figure régulièrement parmi les plus beaux villages du pays. Entre montagnes boisées, eaux bleu profond et élégantes demeures historiques bordées de portici (galeries couvertes à arcades), le décor est particulièrement séduisant. Les ruelles pavées serpentent entre terrasses viticoles et cyprès.
Le principal attrait du village demeure le Parco Scherrer, un jardin subtropical où s’épanouissent camélias, azalées, palmiers et lauriers-roses. Pour admirer l’un des plus beaux panoramas sur le lac, grimpez jusqu’à l’église Renaissance et baroque Santa Maria del Sasso. Les amateurs de gastronomie pourront également découvrir les vins biologiques du domaine familial Tenuta Castello di Morcote, réputé notamment pour ses merlots primés.
Pourquoi y aller ? Pour les châteaux, le fromage et le chocolat.
Avec son château médiéval perché sur une colline et ses ruelles pavées, Gruyères possède un décor digne d’un film historique. De nombreux sentiers de randonnée et itinéraires cyclables sillonnent la campagne environnante, notamment le Sentier des Fromageries, une boucle d’environ 13 kilomètres traversant pâturages verdoyants et fruitières traditionnelles.
Le parcours relie notamment La Maison du Gruyère, où l’on découvre les secrets de fabrication du célèbre fromage, à l’authentique Fromagerie d’Alpage de Moléson, où le gruyère est encore préparé dans un chaudron de cuivre chauffé au feu de bois. Après une fondue moitié-moitié ou une meringue généreusement servie avec de la crème double de Gruyère, direction le village voisin de Broc pour visiter la Maison Cailler. Fondée en 1825, elle est l’une des institutions chocolatières les plus emblématiques de Suisse.

Située sur l’île de Fionie, dans la mer Baltique, la petite ville d’Odense reste largement méconnue, alors qu’elle ne se trouve qu’à 90 minutes de train de Copenhague. Ville natale du conteur du 19ᵉ siècle Hans Christian Andersen, son centre historique forme un ensemble compact et agréable à parcourir à pied, composé de rues pavées, de maisons à colombages et d’églises gothiques de brique, traversé par des cours d’eau sinueux. L’atmosphère y est résolument féerique, mais loin d’être figée dans le passé : sa jeune population étudiante insuffle un souffle contemporain à la culture danoise du hygge, grâce à ses nombreux cafés indépendants.
Impossible de comprendre Odense sans s’intéresser à son plus célèbre auteur. En descendant vers le sud depuis la gare, cela vaut la peine de faire halte au HC Andersens Hus, le musée consacré à l’écrivain qui a popularisé des contes danois tels que Poucette. Outre des ouvrages originaux et les délicates découpures de papier réalisées par Andersen lui-même, on peut y déguster un café ou des tartines dans le Café Deilig, habillé de bois clair et doté de vastes baies vitrées donnant sur les jardins environnants.
Les amateurs de littérature pourront prolonger l’expérience à proximité, chez StudieStuen. Cette librairie-café de seconde main située au 12 Nedergade propose de généreuses tasses de chocolat chaud onctueux accompagnées d’un assortiment éclectique d’ouvrages vendus à partir de 10 couronnes danoises (environ 1,34 €). Il suffit de choisir un livre dans les rayons, les anciens livres de cuisine ayant un charme tout particulier, avant de s’installer dans un large fauteuil.
Outre Andersen, Fionie a également vu naître le compositeur danois le plus célèbre du 19ᵉ siècle. Le musée Carl Nielsen, à quelques minutes à pied du HC Andersens Hus, propose un parcours interactif où objets et installations retracent les sources d’inspiration de ses compositions teintées de folklore.
On peut écouter plusieurs de ses œuvres un peu plus loin, au RecordPusher Vinyl Bar. Ce disquaire-bar, situé à quelques pas de Flakhaven, l’élégante place médiévale de la ville, encourage ses visiteurs à prendre leur temps entre les bacs de vinyles. On y sert aussi bien du café que des bières brassées à Odense, tandis que des artistes locaux de folk et de jazz s’y produisent régulièrement.
Ce foisonnement créatif n’est qu’un exemple parmi d’autres de l’énergie qui anime les rues médiévales d’Odense, bordées de boutiques de design, de friperies et de galeries d’art. Après avoir découvert les expositions temporaires d’art contemporain du Kunstmuseum Brandts, au cœur de la vieille ville, pourquoi ne pas créer votre propre œuvre juste en face, chez Kunstnær ? Aménagé dans l’esprit d’un atelier d’artiste, ce café a été fondé par la créatrice Louise Bjerkstad, qui y anime des ateliers de gravure sur linoléum, de personnalisation de tote bags et bien d’autres activités. Il est également possible d’y acheter l’une de ses toiles colorées inspirées du pop art.
Kunstnær est aussi un excellent point de départ pour une promenade le long des berges bordées de saules du parc Munke Mose. Celui-ci abrite notamment Nonnebakken, une forteresse viking inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO et dissimulée sous la ville moderne. Un rappel du passé maritime d’Odense, qui se révèle encore davantage à mesure que l’on remonte vers le quartier portuaire.
C’est là que se trouve l’Odense Havnebad, les bains publics où les habitants viennent profiter toute l’année de baignades matinales et de séances de sauna. Les anciens bâtiments industriels du secteur accueillent désormais des lieux comme le Café Lumi, un établissement au bord de l’eau qui organise des ateliers guidés de fabrication de bougies dans sa propre manufacture.
On peut y savourer une part de banana bread et un dirty chai latte relevé d’un expresso avant de confectionner et parfumer sa propre bougie colorée. Un souvenir idéal pour garder un peu de la douceur de cette belle ville danoise.

Le décor est planté. Le casting est au complet : il y aura des couples élégants venant de la France et de l’Espagne ; des familles venues célébrer un évènement important ; ainsi qu’un gentleman moustachu et soigné, qui voyage seul et ressemble comme deux gouttes d’eau à Hercule Poirot. Nous patientons dans le salon de style moderniste italien. Quelqu’un joue au piano et le bar sert gratuitement et à volonté des Bellinis. Le personnel, vêtu d’un uniforme immaculé et portant un foulard en soie autour du cou, passe parmi nous pour procéder à l’enregistrement avec une grande efficacité. Puis vient l’annonce : « Mesdames et messieurs, je suis Mario, votre chef de bord. Veuillez vous rendre à la voie 8 ». C’est l’heure de monter à bord de l’Orient Express.
Synonyme de glamour, d’aventure, mais aussi d’intrigues grâce à Agatha Christie, l’Orient Express est l’un des voyages les plus prestigieux au monde. Inauguré entre Paris et Istanbul en 1883, ce train-couchette de luxe a vécu plusieurs renaissances au cours de ces presque 150 ans d’activité. Chaque nouvelle version a capitalisé sur sa réputation pour le luxe, les petits plaisirs et une certaine théâtralité, si bien que même les paysages traversés ont été relégués au second plan, derrière l’expérience à bord. Faisant partie du portefeuille Orient Express d’Accor, le train La Dolce Vita Orient Express a été inauguré en 2025 et apporte une touche italienne au mythique train-couchette haut de gamme.
Ma valise m’attend déjà dans ma cabine lorsque je monte à bord de la voiture A. Alexia, ma majordome attitrée, me fait entrer dans un couloir tapissé de velours dont les murs sont recouverts de photographies rétro tapageuses. Les voitures inspirées de l’Italie des années 1970 ont été repensées par le studio Dimorestudio de Milan, qui avait en tête le travail des formidables designers italiens Gio Ponti et Gae Aulenti. À bord, les plafonds laqués orange, les miroirs sur toute la hauteur, les fauteuils en cuir et les tissus à motifs créent une ambiance maximaliste assumée. Comme j’ai réservé une suite, ma cabine accueille un lit deux places. Les cabines Deluxe sont quant à elles équipées d’un somptueux canapé convertible.
Alors que je commence à défaire ma valise, la banlieue de Rome (nous avons embarqué à la gare d’Ostiense), avec ses bâtiments historiques, cède doucement la place à la côte parsemée de parasols. Les petites plages de sable bordées de rochers sont prises d’assaut par des familles, les bambins trempant leurs pieds dans l’écume. Puis, les hauts-parleurs crépitent ; Mario nous annonce qu’il est l’heure du déjeuner.
Tous les passagers savent que c’est dans la voiture-restaurant et la voiture-bar attenante, laquelle est décorée d’un piano à queue, de banquettes tout en courbes et de murs recouverts de papier peint à losanges, que tout se passe à bord d’un train-couchette. Je me suis installée à table, laquelle était couverte d’une nappe parfaitement repassée, puis j’ai pris le temps d’enquêter sur les autres voyageurs.
J’ai remarqué les bijoux d’un luxe discret d’un couple écossais ; le duo russo-américain discutant avec un acteur anglais connu quelques tables plus loin. Mais au cours du repas en trois services, qui était associé à d’excellents vins italiens et s’est déroulé au son de la musique jazz, la vraie star s’est avérée être l’Italie. Derrière la fenêtre se dévoilaient lentement une mer bleue d’acier et de petites bourgades, des cyprès bien droits et des oliveraies sur les collines ondoyantes.
J’allais bientôt me retrouver au milieu de ces collines. À bord du La Dolce Vita, le voyage hors du train est tout aussi important que le voyage en train. Chaque itinéraire est différent. Accor propose des voyages en deux ou trois nuits, dont la plupart font une boucle en dehors de Rome avant de retourner dans la capitale italienne, en passant par Venise, Portofino, Matera et la Sicile (après avoir pris un ferry ferroviaire pour traverser le détroit de Messine). J’ai choisi l’itinéraire de la route des vins italiens de deux jours. Notre premier arrêt est prévu pour l’après-midi : il s’agit du vignoble de Montalcino, où est produit l’un des vins rouges les plus connus d’Italie, le brunello.
Nous ne tardons pas à être répartis en petits groupes (les passagers choisissent leur activité préférée au moment de la réservation) et une voiture m’emmène sur le champ jusqu’aux collines recouvertes de vigne de Tenuta Pian delle Vigne, un domaine appartenant à l’estimée famille de vignerons Antinori. Avec deux autres voyageurs du La Dolce Vita Orient Express, je visite le vignoble de la famille avant de déguster du brunello dans la maison des Antinori, avec des fromages et des charcuteries locaux.
J’ai les paupières lourdes sur le trajet du retour, qui se fait sur des routes sinueuses au milieu des vignes baignées dans une lumière dorée. Mais la rêverie est de courte durée. Sur le quai, où le train La Dolce Vita attend, je me laisse porter par une rangée de musiciens affublés d’un nœud papillon et jouant des mélodies entraînantes, et j’en oublie ma fatigue.
Ce train bleu, poli et lustré, qui scintille dans la lumière du soir, est un spectacle anachronique. Je remonte à bord sous le regard des passants momentanément bouche bée, qui doivent se demander s’ils ne sont pas en train de rêver, avant de prendre des photos. Une scène similaire se produit à chaque fois que nous traversons une gare au ralenti ou que le train s’arrête quelques minutes à quai. Les personnes qui prennent chaque jour le train sourient, pointent du doigt et prennent des photos lorsqu’elles repèrent le lettrage en or de l’Orient Express et son intérieur somptueux.
Le théâtre du dîner commence dans la voiture-bar avec un Negroni, même si après plusieurs heures de dégustation au vignoble, je n’en ai pas vraiment besoin, mais qui me semble essentiel. Place ensuite au festin en plusieurs services recherché et imaginé par Heinz Beck, chef étoilé au guide Michelin. En entrée, nous dégustons une génoise au persil, servie avec des amandes et des pickles de radis, du carpaccio de bœuf accompagné d’une gelée à la cerise et au brunello. Puis vient le plat de résistance, des pâtes mezze maniche et leur mousse de champignons. Tandis que je racle mon assiette pour ne rien laisser de mes pêches pochées au Vin Santo, le groupe de musiciens traverse la salle à manger en jouant pour nous inviter à rejoindre le bar, où la lumière a été tamisée, le volume a été augmenté et une troupe de barmans nous attend.
La foule joyeuse des passagers élégamment vêtus tape sur des tambours et chante Mambo Italiano avec le groupe. À un moment donné de cette performance tapageuse, favorisée par un dernier verre j’en suis sûre, le monde extérieur a simplement cessé d’exister.
Avec son style maximaliste, le train La Dolce Vita est un exutoire propice à l’évasion, au mythe et aux histoires. Il est en totale contradiction avec ce qui est proposé dans le secteur du voyage actuellement, dominé par des intérieurs minimalistes, le luxe discret et l’authenticité (quoi que cela signifie réellement). L’Italie qu’il représente peut être réelle ou imaginée, mais ce n’est pas le sujet. Le sujet est la magie.

Située à une latitude de 74°, l’île Devon se trouve à plus de 8 000 km au nord d’Hawaï, État américain dont elle fait cinq fois la taille. Isolée, venteuse et rude, elle est considérée, avec ses montagnes désolées s’élevant au-dessus de plages gelées, où les oiseaux marins remplissent le ciel et les bœufs musqués s’aventurent le long de la côte, comme un désert polaire. Bordant le fameux passage du Nord-Ouest dans le Nunavut, au Canada, l’île Devon demeure inhabitée.
Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Des hommes et des femmes ont tenté, en vain, de vivre sur l’île arctique pendant des siècles ; la dernière fois, c’était en 1951. Les anciens villages inuits y côtoient une ville militaire fantôme, les vestiges d’expéditions vouées à l’échec et même une station de recherche de la NASA, perchée au sommet d’un immense cratère. Les rares visiteurs qui s’aventurent aujourd’hui sur l’île peuvent découvrir l’art très ancien de la survie humaine.
Si le nom de l’île Devon vous évoque quelque chose, c’est sans doute en raison de la disparition de l’expédition Franklin. En 1845, cent vingt-neuf hommes embarquèrent à bord du HMS Erebus et du HMS Terror pour cartographier le fameux passage du Nord-Ouest pour la Grande-Bretagne. Ils ne sont jamais revenus. Les recherches commencèrent en 1848 et le premier indice concernant le sort de l’expédition, un râteau de naturaliste, fut découvert en 1850 sur l’île Devon. S’ensuivit la découverte d’autres objets, comme un bout de toile portant le nom « Terror » dessus, 700 conserves de viande vides et doublées de plomb, ainsi que des vêtements, du fer, des cordes et des pipes.
En 1852, Sir Edward Belcher mena la dernière tentative de sauvetage des hommes disparus. Son équipe, basée sur l’île Devon, érigea dans une petite baie plusieurs cairns et repères d’arpentage, un site désormais connu comme le Lieu historique national du Canada de Port Refuge. Si la mission de sauvetage de Belcher fut infructueuse, l’un de ses navires, le HMS Resolute, connut une belle fin : ses membrures furent utilisées dans la construction d’un des meubles les plus iconiques au monde, le Resolute Desk, qui sert aujourd’hui encore aux présidents américains.
Soixante-dix ans plus tard, une fois le passage du Nord-Ouest cartographié, la Gendarmerie royale du Canada souhaita planter son drapeau sur l’île Devon. En 1924, trois de ses officiers (et cinquante-deux Inuits déplacés de force) furent envoyés pour régner sur le Haut-Arctique à Dundas Harbour, où les falaises dentelées et les plages rocheuses de l’île donnent sur le détroit de Lancaster. « C’était plus pour asseoir leur présence que pour mener des opérations de maintien de l’ordre », explique Kaylee Baxter, archéologue chez Adventure Canada. « Il fallait du monde sur place pour empêcher les autres nations de s’emparer de l’Arctique ».
En l’espace de trois ans, deux officiers sont morts : l’un s’est suicidé, l’autre s’est accidentellement tué avec son arme (c’est tout du moins ce qui se murmurait). Le dernier officier et les familles inuits ne tardèrent pas à quitter cet endroit isolé. La Gendarmerie royale du Canada ferma le poste en 1933, puis le rouvrit en 1945 avant de le fermer pour de bon en 1951.
Les deux officiers, dont les tombes sont régulièrement entretenues, reposent dans le cimetière le plus septentrional au monde, situé sur une colline surplombant l’avant-poste abandonné. La sépulture modeste d’une fille inuite se trouve à quelques pas de là. « C’est une représentation plutôt fidèle de la colonisation dans l’Arctique », souligne Kaylee Baxter.
Comparés aux premiers habitants de l’île Devon, les « Mounties » canadiens et ces explorateurs britanniques étaient des visiteurs modernes. À quelques encablures des cairns de Belcher du Lieu historique du Canada du Port Refuge, les archéologues ont mis au jour des objets vieux de 4 000 ans, qui prouvent que les Inuits et les colonies vikings médiévales du Groenland se sont côtoyés. Des objets asiatiques y ont également été découverts, preuves de l’existence d’immenses routes commerciales du Nord couvrant la moitié de la planète.
À Dundas Harbour, à quelques pas du poste de la Gendarmerie royale du Canada, se trouvent les vestiges d’un ancien village inuit vieux de 1 000 ans environ. Le site de Morin Point Thule livre des informations sur les premiers pionniers à avoir traversé l’Arctique de l’Est, mais il disparaît progressivement sous l’effet de l’érosion. « C’est un excellent exemple de l’érosion côtière que subissent les sites archéologiques », indique Kaylee Baxter, qui aide à l’enregistrement et à l’archivage du site avant sa disparition. « Un excellent exemple du pire des cas ».
La NASA et le Mars Institute sont les derniers en date à affronter les conditions climatiques extrêmes de l’île Devon. C’est dans un froid glacial, avec des systèmes de communication limités ainsi qu’un manque d’ensoleillement et de végétation, que les scientifiques mènent des missions analogues (ou des entraînements) afin de simuler l’exploration sur Mars. Le projet Haughton-Mars permet aux astronautes de s’entraîner dans des conditions incroyablement difficiles, de tester les limites des équipements et de mener des recherches sur les défis liés à la culture des plantes et les vols spatiaux au long cours.
Les conditions climatiques sont toutefois trop rudes pour que l’île devienne une station de recherche permanente. Les tentes d’été modulables sont installées au sommet du cratère d’impact de Haughton d’un diamètre de 23 kilomètres, qui est l’un des cratères les plus septentrionaux sur Terre. Même les équipes les mieux équipées de la NASA ne peuvent se protéger des hivers rigoureux de l’île.
Si l’île Devon est inhabitée, les villes du nord du Nunavut, comme celles de Pond Inlet ou Arctic Bay, sont, elles, bien animées. « Il y a une forte culture ici », confie Jason Edmunds, vice-président de Travel Nunavut et l’un des seuls guides d’expédition inuits du Canada. « Lorsque vous voyagez dans la région, pensez à la culture. Ne vous concentrez pas uniquement sur les impacts qu’une autre culture a eus dessus ».
La plupart des visiteurs qui explorent aujourd’hui sur l’île Devon et les îles arctiques voisines s’y rendent dans le cadre de croisières d’expédition. Des compagnies comme Adventure Canada et Lindblad Expeditions proposent des itinéraires empruntant le passage du Nord-Ouest, où les voyageurs peuvent s’adonner à l’observation de la faune et à la randonnée, mais aussi découvrir les anciens villages inuits et les vestiges des expéditions passées. Attention toutefois à bien comprendre l’essence même d’une croisière d’expédition : votre itinéraire évoluera en fonction de la glace, comme tous les voyages effectués depuis le premier réalisé par un explorateur inuit.

Les voyageurs qui prennent le train de 17 heures reliant Stockholm à Abisko ont un objectif commun : voir des aurores boréales. Cette petite ville, située à 250 kilomètres au nord du cercle polaire arctique, est l'une des localités les plus septentrionales d'Europe, au ciel particulièrement dégagé, ce qui en fait une destinaion de choix pour les chasseurs d'aurores. Le microclimat unique du village produit un phénomène de « trou bleu », des courants-jets dégageant le ciel et augmentant les chances d'observer des aurores.
Installée dans mon siège côté fenêtre, je plonge mon regard dans l'obscurité. Les amateurs d'aurores boréales ont tout intérêt à se rendre à Abisko. En 2024, les experts affirment que l'activité solaire atteindra un pic (appelé « maximum solaire ») qui se produit tous les onze ans environ.
« Quand l'activité solaire est forte, les aurores envahissent le ciel nocturne, un véritable kaléidoscope de couleurs en perpétuel mouvement », décrit l'astronome John Mason.
Le train part de Stockholm à 18 heures tous les jours et arrive au petit matin, quand une douce lumière rose enveloppe les plaines enneigées de Sápmi, le territoire traditionnel du peuple sami, qui englobe le nord de la Norvège, la Suède, la Finlande et la péninsule de Kola, en Russie.
Quelques tour-opérateurs organisent des excursions de jour à partir d'Abisko, notamment pour la pêche et l'escalade sur glace, des expériences culturelles samies, l'observation des élans et des excursions photographiques dans les fjords norvégiens avoisinants.
Mais les activités proposées ne s'arrêtent pas là. La nuit, vous pouvez observer la Voie lactée et tous les autres phénomènes célestes depuis la fenêtre de votre hôtel ou vous rendre dans des zones reculées du village, comme la jetée du lac Torneträsk, pour une visite guidée. « Nous n'avons pas beaucoup de pollution lumineuse », explique Niklas Hjort, directeur de l'Abisko Mountain Lodge. « Il vous suffit d'ouvrir la porte et de regarder dehors pour voir les aurores boréales. »
En passant la porte de mon hôtel, elles étaient bien là, tels des rubans verts iridescents.
Chad Blakley, fondateur de Lights Over Lapland, explique que le phénomène du trou bleu distingue le village des autres destinations où l'on peut observer des aurores. « Le ciel d'Abisko est l'un des plus clairs de la planète », explique-t-il.
Ce petit trou bleu quasi permanent crée un effet coupe-vent, les montagnes dispersant la couche nuageuse pour offrir des nuits claires à la ville située en contrebas. En l'absence de couverture nuageuse, il y a 88 % de chances de voir une aurore boréale lors d'une visite de trois jours à Abisko.
« C'est un exemple de ce que l'on appelle un microclimat, un ensemble de conditions atmosphériques localisées qui diffèrent de celles de la région environnante et créent un modèle météorologique propre à cet endroit », explique John Mason. « Le parc national d'Abisko, dans le nord de la Suède, bénéficie de nuits plus claires que la plupart des autres endroits situés dans l'ovale auroral nord. » Les visiteurs du parc peuvent observer le jeu de lumières au-dessus de la vallée d'Abisko et du lac Torneträsk depuis la grande terrasse extérieure de l'Aurora Sky Station (à environ 900 mètres au-dessus du niveau de la mer).
Ceci étant, la meilleure façon de voir les aurores est sans doute de prendre le train de retour vers Stockholm. À peine une trentaine de minutes se sont écoulées que déjà une annonce retentit dans les haut-parleurs du train : « Chers passagers, si vous observez le paysage par les fenêtres de droite, vous verrez de magnifiques aurores boréales ». La poignée de touristes présents dans le wagon se précipite près des fenêtres, pour assister à ce spectacle qui devait durer plusieurs heures.

Alors que l’été tire doucement sa révérence, les îles européennes se montrent sous un nouveau jour. Leur littoral plus paisible, leurs montagnes luxuriantes et leurs paysages sublimes attendent d’être explorés. Si certaines destinations n’accueillent plus vraiment de touristes à partir d’octobre, d’autres restent ouvertes. Les vacanciers sont partis et les hébergements sont moins chers, mais cela ne veut pas dire qu’il y a moins à faire, au contraire ! Ceux qui cherchent à prolonger l’été peuvent opter pour La Palma et Madère, et leur climat subtropical. Quant à ceux qui aiment les festivités, les paysages sauvages et les baignades dans les sources chaudes apprécieront davantage Guernesey et l’Islande. Découvrez notre sélection de destinations pour une escapade de quelques jours.
Situé à 80 kilomètres au sud de la Sicile, cet archipel connaît des températures diurnes comprises entre 18 et 35 °C entre octobre et mars, et est composé des îles de Malte, de Gozo et de Comino.
En plus de jouir d’un ensoleillement exceptionnel, ces îles possèdent une histoire riche, comme en attestent les catacombes de Saint-Paul, plus grand cimetière romain de Malte. Ses passages et tombes interconnectées constituent l’une des premières traces du christianisme sur l’île, le site ayant servi de lieu d’inhumation pendant les périodes punique, romaine et byzantine. L’archipel accueille également de nombreux festivals en hiver. En janvier, solistes et ensembles jouent à l’occasion du Valletta Baroque Festival dans des lieux historiques, comme la co-cathédrale Saint-Jean et le Palazzo Parisio. En février, La Valette et le faubourg voisin de Floriana sont pris d’assaut par le Il-Karnival ta’ Malta (carnaval de Malte), avec au programme, des défilés de chars immenses accompagnés de troupes de danse et de fanfares maltaises.
Que vous y alliez pour admirer les aurores boréales au-dessus de la péninsule de Seltjarnarnes ou pour partir à la découverte des grottes de glace dans la calotte glaciaire de Vatnajökull, les paysages de l’Islande sont d’une autre dimension en hiver. Libérée des touristes de l’été, la route panoramique du Golden Circle permet d’admirer des cascades à deux niveaux, une vallée du rift spectaculaire et des geysers. Longue de 240 km, elle passe par le parc national de Þingvellir, le champ géothermique de Geysir et Gullfoss. Entre octobre et mars, l’île ne reçoit qu’entre six et huit heures de soleil par jour, il est donc primordial de bien préparer votre itinéraire. Les routes sont généralement en bon état, vous pourrez donc conduire par vous-même. Renseignez-vous sur la météo et prenez la route dès la première lueur du jour à bord d’un véhicule équipé de pneus neige. Pour vous réchauffer, vous pourrez piquer une tête dans les eaux naturellement chaudes des piscines géothermales du pays. Au Sky Lagoon, les visiteurs peuvent se baigner dans une eau à 40°C tout en profitant de la vue sur le glacier Snæfellsjökull, vieux de 700 000 ans.
Les eaux turquoise et les baies de sable doré font de Chypre une destination estivale bien connue, mais la douceur de ses hivers invite les visiteurs à venir découvrir l’île une fois la foule partie. Les températures moyennes en journée comprises entre 16 et 20°C font de la basse saison la période idéale pour l’observation de la faune sauvage au lac salé de Larnaca. Entre novembre et mars, des milliers de flamants roses, de canards et d’autres oiseaux aquatiques en pleine migration s’y rassemblent dans les bassins salifères. Un sentier nature dédié permet de découvrir cette zone humide. Pour en savoir plus sur le passé de l’île, rendez-vous au parc archéologique de Kato Paphos, site d’une ville gréco-romaine dont il subsiste des villas romaines et un amphithéâtre restauré. Sinon, suivez la route des vins Krasochoria-Lemesos (Limassol), qui vous conduira d’un vignoble à l’autre à travers les contreforts du massif de Tróodos pour déguster des vins rouges et blancs locaux.
Surnommé « l’île aux fleurs », l’archipel de Madère se situe au large de la côte nord-ouest de l’Afrique, à un peu plus de trois heures de vol de la France. Propices à la balade, les levadas suivent les canaux d’irrigation construits au 15e siècle et serpentent en douceur à travers la forêt de Laurisilva, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Pour une randonnée plus exigeante, empruntez le sentier de 9,6 km reliant le Pico do Arieiro au Pico Ruivo, les deux sommets les plus élevés de l’île, qui vous emmènera sur les crêtes spectaculaires et dans des tunnels creusés dans la montagne. Mais Madère, ce n’est pas uniquement la montagne. Les surfeurs apprécient l’archipel pour son climat subtropical et le fait qu’il soit possible d’y profiter des vagues toute l’année. Sur la côte sud-ouest de l’île, Jardim do Mar (le Jardin de la mer) attire les surfeurs expérimentés avec ses point breaks et ses reef breaks au pied des collines verdoyantes recouvertes de plantations de bananiers et de fleurs subtropicales.
En octobre, les plages de sable fin de Guernesey se vident tandis que ses sentiers en haut des falaises offrent une vue incroyable sur la Manche. L’histoire complexe de l’île est intimement liée à son littoral, comme en témoignent les fortifications érigées par les Allemands éparpillées le long de la côte. Les expositions du musée de l’occupation allemande donnent un aperçu de la vie sous l’occupation allemande de 1940 à 1945. Envie d’un bon bol d’air ? Suivez le sentier de 2,4 km perché en haut des falaises, qui relie la baie de Germain à celle de Havelet, avant de piquer une tête dans l’eau glacée des bassins de baignade de La Valette. Réchauffez-vous au sauna voisin Hot Haus, qui surplombe les îles voisines de Herm et Sark. En décembre, les chorales et les décorations de Noël envahissent la place du marché (Market Square) de St Peter Port, qui accueille alors des chalets où vous pourrez acheter des cadeaux artisanaux en souvenir.
La Palma sort tous ses atouts de fin janvier à mi-février, lorsque les amandiers fleurissent, tapissant de blanc et de rose les collines du nord-ouest de l’île. Dans la capitale de l’île, Santa Cruz, baladez-vous le long de la plage de sable noir volcanique avant de vous perdre dans les rues colorées bordées d’immeubles aux balcons fleuris ou de visiter le musée de la soie pour en savoir plus sur le patrimoine commercial de la ville. L’hiver, synonyme de ciel dégagé, de pollution de l’air réduite et de températures avoisinant les 15°C la nuit, est la saison idéale pour observer les étoiles. Perché à 2 400 m d’altitude, l’observatoire Roque de Los Muchachos se trouve dans une réserve de ciel étoilé et abrite le Gran Telescopio Canarias, le plus grand télescope optique infrarouge au monde. Des visites guidées en journée sont proposées ; elles donnent également accès au parc national de Caldera de Taburiente de nuit, où il est possible d’apercevoir la Voie lactée et, occasionnellement, des météorites une fois la nuit tombée.

Abritant de nombreuses chaînes de montagnes, l'Europe offre une multitude de sentiers peu fréquentés qui serpentent à travers des forêts à flanc de colline, des falaises côtières et des vignobles en terrasses.
Avec l'arrivée de températures plus fraîches et l'apparition de teintes dorées dans les paysages, l'automne est le moment idéal pour sortir ses chaussures de randonnée et emprunter certains des sentiers les plus pittoresques, mais aussi les plus tranquilles d'Europe.
Sentier de haute altitude dans le Tyrol autrichien, le Nauders High Trail offre des vues panoramiques sur l'Autriche, la Suisse et l'Italie à la fois. Situé à plus de 2 000 mètres d'altitude, le point le plus élevé de la promenade marque la frontière commune aux trois pays. En automne, les températures plus fraîches augmentent les chances d'avoir un ciel dégagé, ce qui permet d'avoir une vue ininterrompue sur les lacs minéraux et la flore aux teintes orangées des vallées et des forêts environnantes.
D'une longueur de 11 kilomètres, cette randonnée peut être effectuée en une journée et convient aux familles et aux débutants. Cependant, avec environ 320 kilomètres de sentiers dans les environs de Nauders, il y a de nombreuses possibilités de prolonger l'aventure si vous le souhaitez.
Ce sentier connecte les châteaux médiévaux de Sigulda et de Turaida aux ruines du château de Krimulda ainsi qu'au fleuve Gauja. Cette randonnée de neuf kilomètres, qui commence dans le parc du Château de Ventspils, est parfaite pour les débutants. De là, des sentiers boisés parsemés de feuilles dorées mènent les randonneurs à travers le parc national de Gauja jusqu'à Turaida, en passant par la myriade de couleurs automnales de la vallée du fleuve Gauja.
Le sentier est bien entretenu et la randonnée dure entre trois et quatre heures, bien que des téléphériques permettent aux visiteurs de raccourcir un peu leur marche s'ils le souhaitent. Des trains et des bus partent fréquemment de chacune de ces villes pour rejoindre la capitale Riga. Prenez le temps d'admirer les vues sur la vallée boisée et de grimper sur la tour du château de Turaida. Si vous avez plus de temps, rendez-vous au belvédère de Painters' Hill (souvent appelé Paradise Hill) pour une vue saisissante sur le château qui se dessine à travers la canopée jaune et rouge.
Avec ses vignobles en terrasses, ses villages à flancs de colline et son fleuve d'un bleu profond qui la traverse de part en part, il n'est pas étonnant que la vallée du Douro soit réputée pour ses paysages saisissants. Parmi les oliveraies et les vignobles, des kilomètres de sentiers vallonnés mènent à des belvédères sur des vignes qui se sont transformées en une brume de rouille et d'ocre.
Le village de Pinhão est un bon point de départ, avec les quintas (domaines viticoles) environnantes qui fournissent des cartes pour des randonnées d'un ou plusieurs jours. Les mois d'octobre et de novembre donnent une teinte ambrée aux vignobles, créant un cadre idyllique pour déguster un verre de porto, la spécialité de Douro, dans une quinta à flanc de colline après votre randonnée.
Couvrant plus de 6 400 hectares dans le comté gallois de Carmarthenshire, les arbres de la forêt de Brechfa, principalement des conifères, offrent un spectacle captivant de feuillage cramoisi à l'automne. En partant du village d'Abergorlech, vous pourrez faire une promenade de 9 kilomètres jusqu'au jardin forestier de Brechfa. Bien qu'il existe des sentiers moins ardus, tels que le Gorlech et le Riverside, cette randonnée enchanteresse de trois heures longe la rivière Afon Gorlech. On peut y admirer quatre-vingt-dix espèces d'arbres plantés dans le jardin forestier, avec notamment des faux hêtres d'Amérique du Sud et des séquoias géants de Californie, qui couvrent le paysage de nuances d'or vibrantes à l'automne. Balisée du début à la fin, la randonnée elle-même est facile à parcourir. Après votre randonnée, rendez-vous à l'auberge Black Lion Inn pour un déjeuner copieux et des vues sur la vallée de Cothi toute proche.
Surnommée « la ville aux sept montagnes », Bergen ne manque pas de sentiers de randonnée. Le Vidden est l'un des plus populaires. Il traverse le plateau entre les monts Ulkriken et Fløyen. Avec un dénivelé de plus de 600 mètres, le sentier laisse place à des vues sur les fjords environnants et les cascades, avec la possibilité d'apercevoir le lointain glacier Folgefonna par temps clair.
Au départ de l'une ou l'autre montagne, le téléphérique d'Ulriken ou le funiculaire de Fløibanen permettent de réduire le temps de marche à moins de cinq heures. Il s'agit d'une option à envisager en automne, lorsque la lumière du jour est limitée en raison de la proximité du cercle polaire arctique. Bien que la randonnée comporte une forte inclinaison, l'affluence réduite et l'atmosphère plus calme à cette époque de l'année vous permettent d'emprunter le sentier à votre rythme et d'observer les couleurs changeantes des saisons.
Le sentier des sorcières du Harz, qui s'étend sur près de 100 kilomètres à travers des forêts à feuilles persistantes, des canyons profonds et des villages médiévaux à colombages imprégnés de folklore, est la randonnée automnale par excellence. Partant d'Osterode am Harz, dans le centre de l'Allemagne, le sentier mène les randonneurs à Thale en traversant le mont Brocken, le point culminant de la chaîne de montagnes du Hartz. Situé à plus de 1 000 mètres au-dessus du niveau de la mer, son sommet est entouré de brume pendant environ 300 jours par an. Il est facile d'imaginer comment sont nés les récits mythiques des terrifiants géants et des princesses fées de la région.
Généralement parcouru en quatre à six jours, l'itinéraire se compose de cinq segments, chaque étape se prêtant bien à des randonnées d'une journée. Le dernier tronçon serpente à travers le terrain sauvage des gorges de Bode, la vallée la plus profonde d'Europe centrale. Surveillez la locomotive à vapeur noire en route, qui accompagne étrangement le paysage mystique enveloppé de brume.

En 1922, les nouveaux propriétaires du manoir de la défunte Sarah Winchester firent de cette demeure de San Jose, en Californie, une attraction destinée aux touristes adeptes de l'étrange. Héritière de la fortune du célèbre fabricant d’armes du même nom, Sarah Winchester eut de son vivant une propension à faire constamment agrandir et rénover son manoir, ce qui suscita un torrent de rumeurs. Elle fit ajouter des chambres tarabiscotées (plus de cent), des escaliers qui ne menaient nulle part et des couloirs qui firent de la maison un dédale déroutant.
Sa fortune était-elle maudite ? Avait-elle fait construire un labyrinthe pour désorienter les esprits ? Organisait-on des séances de spiritisme chaque soir dans le manoir ?
La réponse à la plupart des questions de ce type est non, mais lorsque le célèbre magicien Harry Houdini visita le manoir, il conseilla à ses propriétaires de le renommer « Winchester Mystery House » pour en faire la publicité ; son succès commercial était assuré. La bâtisse vient juste de fêter son centenaire et est, aujourd’hui encore, une attraction populaire dans la baie de San Francisco. Vous pouvez prendre part à un circuit intitulé « Walk with Spirits », participer à une séance de spiritisme ou, nouveauté depuis cet automne, entrer en immersion totale dans le manoir à l’occasion des soirées « Unhinged Housewarming », une visite qui donne la chair de poule.
Le manoir inspira en partie le roman La Maison hantée de Shirley Jackson, classique de la littérature d’épouvante publié aux États-Unis en 1959. Dans le célèbre incipit de ce roman gothique qui dépeint Hill House, une maison pleine d’une énergie maligne, on apprend que la bâtisse, « seule et maladive, se dressait depuis quatre-vingts ans à flanc de colline, abritant en son sein des ténèbres éternelles ». Au cours du récit, un groupe d’enquêteurs du paranormal investissent la demeure qui, ainsi qu’ils finissent par s’en apercevoir, se nourrit d’énergies psychiques dérangées qui font émerger des ressentiments meurtriers bien enfouis.
Depuis le succès du livre, et grâce aux romans de Stephen King, aux « reportages » sur le paranormal et aux films de type found footage comme Paranormal Activity, nous nous sommes habitués à l’idée de lieux maudits, de maisons imprégnées par des traumatismes et atrocités passés qui se répètent indéfiniment.
Aujourd’hui encore, le roman de Shirley Jackson continue d’inspirer le secteur touristique des maisons hantées, qui comporte d’ailleurs bien d’autres lieux maudits évocateurs ouverts à la visite.
Dans la préface de son succès de librairie, Shirley Jackson avoue que l’idée de son histoire glaçante fut inspirée par une véritable enquête de la Société de recherche psychique (SPR) réalisée en 1897. Cette société londonienne, qui existe toujours, fonda un Comité des maisons hantées et envoya Ada Goodrich-Freer, médium douteuse, enquêter sur les allégations selon lesquelles Ballechin House, demeure écossaise, était hantée. Le livre relatant l’enquête, ayant reçu le soutien aristocratique du marquis de Bute, fit des remous dans les pages littéraires du Times, et beaucoup condamnèrent la naïveté des enquêteurs.
Le roman de Shirley Jackson fut adapté au cinéma en 1963 sous le titre La Maison du diable et rencontra un franc succès. Le réalisateur Robert Wise filma les extérieurs troublants du film à Ettington Park Hall, dans le Warwickshire, au Royaume-Uni. Ettington Park Hall était l’ancien domaine d’une certaine famille Shirley, qui l’avait acquis à l’époque du Domesday Book, mais il fut reconstruit au 19e siècle dans le style néo-gothique, tout en arches pointues et en maçonnerie polychromatique. Selon certains, le Hall, vieille bâtisse familiale du comté de Shakespeare, serait hanté. Le fantôme d’un vieil homme victorien y tituberait au crépuscule, tandis que « Lady Emma » glisserait le long des couloirs la nuit venue. Toutefois, en tant qu’hôtel quatre étoiles prisé pour les cérémonies de mariage qu’on y organise, le lieu ne met pas cet aspect en avant.
Également inspiré par le roman de Shirley Jackson, le film La Maison des damnés, sorti en 1973, montre les détails anguleux et baroques de Blenheim Palace, dans l’Oxfordshire. Ce palace fut construit par l’architecte et dramaturge Sir John Vanbrugh pour le duc de Marlborough, héros britannique ayant remporté une victoire célèbre lors de la bataille de Blenheim en 1704. Cette majestueuse demeure vit naître le descendant le plus célèbre du duc, un autre héros de guerre qui n’est autre que Winston Churchill.
Pour la série Netflix The Haunting of Hill House, sortie en 2018 et librement adaptée du roman, le réalisateur Mike Flanagan s’est servi des extérieurs gothiques de Bisham Manor, à Lagrange, dans l’État de Géorgie. Bien que construit il y a moins de trente ans, ce manoir détenu par des particuliers a l’air tout ce qu’il y a de plus gothique.
Pour attirer les férus de romans gothiques et de maisons hantées plus aventureux, le château de Bran, en Transylvanie, revendique avoir inspiré l’incipit menaçant de Dracula, roman de Bram Stoker paru en 1897. Ce dernier n’avait jamais visité la Roumanie, mais il édifia l’antre du vampire à partir de guides de voyage, de conversations avec son frère qui avait séjourné dans les Balkans, et grâce à son imagination enfiévrée.
Le château de Bran est ouvert à la visite, à l’inverse de la Villa Diodati, située sur les rives de lac Léman, à Cologny, en Suisse. C’est là qu’en 1816 les poètes romantiques Lord Byron et Percy Shelley ainsi que leur entourage écrivirent des histoires à faire froid dans le dos lors d’un orage particulièrement virulent afin de se faire peur. Cette réunion incita la jeune Mary Shelley à écrire Frankenstein et John William Polidori, médecin fort sollicité de Byron, à écrire la nouvelle Le Vampire. La villa Diodati est aujourd’hui détenue par des particuliers et des barrières de sécurité maintiennent les curieux à l’écart.
Mais les demeures familiales et les manoirs de campagne démesurés ne sont pas les seuls à jouir d’une atmosphère gothique. Un temps, les usines abandonnées de Détroit ont servi de symboles de l’effondrement de toute un ordre industriel, économique et social. Il n’est pas étonnant que ce paysage urbain figure dans des films d’horreur récents comme It Follows (2014), Don’t Breathe : La Maison des ténèbres (2016) ou Barbare (2022).
Les prisons et les asiles en ruines, ces institutions tentaculaires dont les vestiges nous hantent en anéantissant notre foi optimiste dans le fait qu’un court internement a le pouvoir d’améliorer notre état, semblent également nous ficher la frousse. Le dernier de ces « asiles monstres », comme l’Asile Willard pour les malades chroniques, à Ovid, dans l’État de New York, a fermé ses portes dans les années 1990.
Sigmund Freud, fondateur de la psychanalyse, employa parfois la métaphore de la maison pour parler de la psyché humaine, un lieu recélant nombre de secrets enfermés dans des sous-sols ou dans des chambres oubliées. Selon Freud, fervent lecteur d’histoires gothiques, le gothique inspirait la sensation de l’unheimlich. Souvent traduit par le terme « inquiétante étrangeté », ce mot allemand signifie littéralement « ce qui n’appartient au foyer », ce qui n’est pas familier donc. Et cela reflète précisément ce qui nous perturbe dans les récits de maisons hantées : l’irruption de quelque chose d’horrifique ou de diabolique dans le lieu même qui nous avait toujours paru le plus sûr des endroits.
Le gothique exploite et ré-exploite cette anxiété à l’infini, il essaie de consolider un sentiment douillet et familier tandis que l’inhospitalier est constamment tapi dans l’ombre des pièces poussiéreuses, dans le grincement des marches ou le long des perspectives de couloirs vides.

Situé au pied de l’Acropole, à Athènes, l’Odéon d’Hérode Atticus a été construit en l’an 161 apr. J.-C. Maintenant qu’il est fermé pour un vaste projet de restauration, intéressons-nous à d’autres théâtres prestigieux à travers le monde qui valent vraiment le détour, des merveilles historiques aux chefs-d’œuvre modernes.
Bien que le bâtiment actuel date de 1929, un théâtre se dresse à cet endroit depuis 1610, ce qui en fait le plus ancien théâtre du Japon. Largement considéré comme le premier théâtre kabuki (qui utilise le mime et la musique pour raconter des récits historiques), il se distingue par ses éléments spectaculaires, notamment son magnifique toit à pignon de style Momoyama et son yagura (tour de guet), tandis que l’intérieur est une explosion d’opulence, avec un hall d’entrée aux teintes vermillon et un plafond à caissons. Notre conseil ? Foncez au troisième étage : ce sont les places les moins chères, mais leur position en hauteur garantit une vue imprenable.
Manaus, située sur les rives du Rio Negro, n’était pas l’endroit le plus facile d’accès lorsque ce théâtre fut inauguré en 1896. Cela ne semblait toutefois pas inquiéter les architectes, qui firent venir ses murs en acier de Glasgow, son marbre (utilisé pour l’escalier) et ses lustres d’Italie, ainsi que 36 000 tuiles de France, disposées de manière à former un drapeau brésilien sur le dôme du théâtre. Les références à la région sont également nombreuses, notamment le rideau, créé en 1894 et orné d’une représentation du Rio Negro, ainsi que le plancher en bois, constitué de 12 000 pièces de différentes essences amazoniennes assemblées sans colle. Aujourd’hui, le théâtre accueille divers événements et productions, ainsi qu’un festival annuel d’opéra. Des visites guidées d’une heure permettent d’admirer de plus près l’architecture remarquable du bâtiment.
Voici un théâtre qui a défié tous les pronostics, n’ouvrant finalement ses portes qu’en 1934 après de longs retards causés par la Révolution mexicaine et la nécessité de renforcer sa structure en raison du sol meuble de Mexico. De style art nouveau à l’extérieur, son intérieur art déco intègre des masques mayas et des fresques du célèbre peintre mexicain Diego Rivera. Sa pièce maîtresse est son rideau, en réalité un panneau de 24 tonnes composé d’un million de morceaux de verre Tiffany aux reflets irisés, formant une représentation des volcans mexicains Popocatépetl et Iztaccíhuatl. Aujourd’hui, le théâtre accueille toutes sortes de spectacles, allant de l’opéra aux concerts symphoniques.
La salle Smetana est le théâtre situé au cœur de la Maison municipale, édifiée en 1905 comme un lieu polyvalent comprenant des salles de cérémonie, des espaces d’exposition et des restaurants. Des créateurs tchèques renommés, dont le dessinateur Max Švabinský et le sculpteur Ladislav Šaloun sont à l’origine de ce qui demeure le plus grand édifice art nouveau de Prague. Les éléments les plus somptueux de la salle Smetana incluent ses stucs finement travaillés, ses vitraux et mosaïques magnifiques, ainsi que son dôme en verre orné, tandis que des sculptures inspirées de Vyšehrad, un lieu issu des légendes tchèques, veillent sur la scène.
On peut y assister régulièrement à des représentations de grands classiques, dont les plus belles œuvres de Mozart et les Quatre Saisons de Vivaldi.
Des colonnes romanesques ? Des gradins en pierre ? Minack Theatre, dans les Cornouailles, avec son style d’amphithéâtre, présente plus d’une ressemblance avec l’Odéon d’Hérode Atticus d’Athènes, malgré des cadres bien différents. Creusé dans les falaises de granit dominant la plage de Porthcurno, dans le sud-est de l’Angleterre, le Minack Theatre offre à ses spectateurs des aperçus réguliers de dauphins nageant au large, en plus de spectacles et de concerts prestigieux. Le théâtre est né de l’imagination de Rowena Cade qui, dans les années 1920, l’intégra à son jardin perché sur la falaise et permit à la troupe d’amateurs locale d’y jouer La Tempête. Aujourd’hui, des représentations s’y tiennent tout au long de l’année, les prochaines incluent Hamlet et Le Chien des Baskerville.
Le Citizens Opera House fut conçu par le célèbre architecte de théâtre Thomas W. Lamb et construit en 1928. Lamb fut engagé par la vedette du vaudeville Edward F. Albee II, qui souhaitait ériger un théâtre servant également de mémorial à son ami Benjamin Franklin Keith. Aucun détail ne fut négligé : les moquettes sont des répliques de celles de la Bibliothèque du Congrès américain, et l’on y trouve une profusion de marbre de Carrare, d’or et de soie. Dans les années 1990, le bâtiment tomba en déshérence, ce qui entraîna une restauration de 54 millions de dollars (46 millions d'euros environ). Celle-ci comprit notamment l’application de deux kilogrammes de feuilles d’or et la restauration minutieuse des fresques du théâtre. Pas le temps d’assister à un spectacle ? Des visites historiques du bâtiment, incluant des visites des coulisses, permettent aux visiteurs de découvrir l’envers du décor. Elles sont proposées toute l’année, selon le principe du premier arrivé, premier servi.
L’inspiration de ce théâtre à l’allure d’OVNI provient de la nature sauvage qui s’étend au-delà de la ville, donnant naissance à une structure moderne semblant avoir été modelée par le vent et l’eau. Le sol en marbre blanc du hall et les murs courbes immaculés évoquent les hivers enneigés de Harbin, tandis que l’escalier sculptural, qui se tord jusqu’au jardin sur le toit, s’inspire des pèlerins ayant gravi les cinq montagnes sacrées de Chine. Plus intime, l’auditorium principal se distingue par ses murs ondulants revêtus de frêne mandchou et percés d’espaces circulaires pour les sièges, conçus pour rappeler un bloc de bois lentement érodé.
Parmi les points forts de ce théâtre d’Orlando figurent les rampes en cuivre poli et les finissions en bois de cerisier, mais la décoration cache bien plus qu’il n’y paraît : chaque élément, des matériaux à la forme des sièges, a été pensé pour optimiser l’acoustique. La Steinmetz Hall, intégrée au Dr Phillips Center for the Performing Arts, « flotte » sur 400 coussins de caoutchouc et compte parmi les salles les plus avancées acoustiquement au monde, conçue pour atteindre la note acoustique N1, le seuil le plus bas de perception sonore humaine. « Le meilleur siège de la salle ? C’est le Grand Tier », affirme Spencer Tong, vice-président exécutif du théâtre. « C’est là que vous ressentirez pleinement la richesse et la réverbération du son, qui semble véritablement prendre vie. »
Construit en 1888, le Burgtheater de style néo-renaissance est célèbre pour sa façade baroque, mais son intérieur est encore plus somptueux, abritant des sculptures d’Apollon et de Bacchus, ainsi que de Shakespeare et Goethe. On y trouve également plusieurs peintures de Gustav Klimt, dont le seul autoportrait subsistant de l’artiste autrichien. Ce fut l’un des premiers théâtres au monde à être doté d’un éclairage électrique, mais aussi d’une autre innovation remarquable. « Mon élément préféré est le système de ventilation et de chauffage, intégré dès la conception du bâtiment », explique le directeur Robert Beutler. « L’air est aspiré depuis la roseraie voisine par un tunnel souterrain, puis distribué sous les sièges jusque dans l’auditorium. L’air usé s’échappe ensuite par le lustre en cristal, muni d’une grille en laiton, sous la coupole. »

Tous les temples bouddhistes ne garantissent pas une expérience zen au milieu d’impeccables jardins et d’œuvres propices à la méditation. Dans certains pays, comme la Thaïlande et Singapour, les voyageurs de passage peuvent visiter de véritables « parcs des enfers » bouddhistes. Ces jardins infernaux, qui servaient autrefois à mettre en garde les fidèles quant aux châtiments qui les attendaient au terme d’une vie de péché, ressemblent aujourd’hui davantage à des parcs à thème tout droit sortis d’un film d’horreur de série B.
Les visiteurs passent devant des dioramas en plâtre et des statues macabres à l’effigie de démons torturant des humains réincarnés dans le plus bas des royaumes bouddhistes de l’existence. Certaines représentations montrent des pécheurs hurlant tandis qu’on les fait bouillir vivants dans un wok géant rempli d’huile d’arachide.
De nos jours, on se rend en famille dans ces parcs populaires, au rang desquels figure le Hell’s Museum de Singapour, pour y passer un bon moment kitsch (on peut par exemple y prendre des selfies, les yeux exorbités, tout en faisant semblant d’être coupé en deux). Mais ces représentations effroyables de l’au-delà ont historiquement eu une importance spirituelle, et elles permettent de mieux cerner les perceptions de la mort et de l’au-delà dans les cultures asiatiques.
Le bouddhisme, de même que le christianisme et d’autres religions, n’hésite pas à recourir à l’art afin de relayer des informations aux fidèles, et plus particulièrement à ceux qui ne savent pas lire. Selon John Skutlin, dont le travail anthropologique au Japon aborde la question des représentations des démons et de l’enfer dans différentes cultures, « les conceptions de l’au-delà sont depuis longtemps exploitées par les artistes pour leur riche potentiel imaginatif. Le bouddhisme, avec ses racines ancrées dans l’hindouisme, ne déroge pas à la règle. »
Les textes et les œuvres bouddhistes dépeignent traditionnellement la nature cyclique de l’Univers sous les traits d’une roue composée de six mondes. « Si les mondes les plus élevés sont sans aucun doute splendides, ce sont les représentations épouvantables du plus bas royaume de l’enfer, qu’on appelle Naraka, qui ont suscité les œuvres les plus choquantes et les plus fascinantes », explique John Skutlin.
Les premiers textes bouddhistes décrivent le Naraka comme un enfer sombre sur lequel règne Yama, dieu de la mort et de la justice dans le Veda hindou. Autour du 1er siècle avant notre ère, la notion d’enfers multiples au sein du Naraka s’est implantée à la faveur de descriptions toujours plus créatives et effroyables des agonies que réservait chacun d’entre eux. Le Devadatta Sutta, par exemple, décrit un niveau appelé « enfer des excréments », où des bourreaux à la bouche faite d’aiguilles percent des trous dans la moelle des suppliciés.
Les représentations artistiques de l’enfer bouddhiste sont devenues de plus en plus saisissantes au fil des siècles. Au Tibet, Yama est devenu une figure monstrueuse au visage rouge, avec des crocs et une couronne faite de crânes, tandis qu’un rouleau japonais du 13e siècle montre des démons manier marteaux et pinces dans une mer de feu. « Ces portraits crus faisaient à la fois office de spectacle et d’incitation à vivre une vie morale au risque de subir des conséquences abominables », explique John Skutlin.
Dans la droite ligne de cette tradition, de petits temples du Japon, de Thaïlande, du Laos, du Myanmar et du Vietnam proposent des dioramas édifiants de scènes de l’enfer bouddhiste, souvent accompagnés d’éléments du folklore local concernant les esprits malveillants et les enfers. Mais ces jardins infernaux n’auraient jamais connu un tel essor sans les entrepreneurs birmano-chinois Aw Boon Haw et Aw Boon Par, les deux frères qui ont inventé le baume du tigre.
En 1937, ces hommes d’affaires ont ouvert à Singapour la Villa Haw Par, un des quelques lieux récréatifs destinés à la communauté asiatique durant la période coloniale. Son objectif était de familiariser le public avec l’histoire, la religion et le folklore asiatique de manière divertissante. La section la plus populaire, « Les dix cours de l’enfer », était particulièrement explicite. « Il y avait des dioramas de pécheurs en train d’être décapités, jetés dans une mare de sang, etc., raconte Cherylyn Tok, directrice de recherche à la Villa Haw Par. C’était à la fois répugnant et malgré tout étrangement attrayant. »
Il y a deux ans, la Villa Haw Par a transformé ses « Dix cours » en un Musée de l’enfer (le Hell’s Museum) de 3 800 mètres carrés ; il s’agit du plus grand parc de l’enfer au monde. En plus du gore traditionnel, « des œuvres soigneusement sélectionnées fournissent un aperçu de la façon dont les religions et les communautés du monde entier donnent du sens à la mort et à l’au-delà », indique Cherylyn Tok. Le nouveau Hell’s Museum attire chaque mois 6 500 visiteurs environ et est devenu l’une des attractions les plus populaires de Singapour.
Cela a incité plusieurs temples thaïlandais à construire d’extravagants parcs sur le thème de la Naraka avec une emphase sur le côté sinistre et théâtral pour attirer les foules. En 1986, le Wang Saen Suk, dans la province de Chonburi, a attiré l’attention des médias du monde entier avec ses fantômes imposants et affamés à la langue touchant le sol et avec ses personnages nus en train d’être hachés menu. En 2010, le Wat Mae Kaet Noi, à Chiang Mai, s’est donné pour mission de devenir le parc le plus infernal de tous en proposant notamment une scène d’orgie impliquant un homme bien pourvu, cinq femmes et une banane.

Avez-vous un lac près de chez vous ? Et si oui, savez-vous ce qui se cache dans ses profondeurs ? S’il a déjà fait une apparition dans l’une des nombreuses vidéos virales de Geo Rutherford, artiste et créatrice de contenu sur TikTok, vous ne voulez peut-être pas le découvrir.
« [Les lacs] ont la capacité de conserver des choses que les rivières et les autres étendues d’eau ne gardent pas », révèle Rutherford. « Ils renferment, en quelque sorte, des morceaux d’Histoire, si bien qu’on peut parfois y mettre au jour des épaves de bateaux ou même des corps préservés pendant très longtemps. »
Tous les ans, la créatrice publie une série de vidéos TikTok à l’occasion du mois d’octobre, baptisée « Spooky Lake Month » (littéralement « Mois des lacs effrayants »), qui compile plus de 70 millions de « J’aime » et lui a permis d’accumuler pas moins de 1,7 million d’abonnés sur le réseau social et de sortir un tout nouveau livre sur le sujet.
Plutôt que de chasser des fantômes ou des monstres légendaires des profondeurs, Rutherford explore dans ses vidéos l’histoire de lacs hantés par la présence de composés chimiques toxiques, de curiosités géologiques, ou encore de corps humains étonnamment bien conservés.
« Le monde naturel n’a besoin de personne pour être effrayant. »
Pour célébrer l’arrivée prochaine d’Halloween et le lancement de la saison des horreurs, nous avons demandé à Geo Rutherford de nous partager le top 5 de ses lacs effrayants préférés et de nous expliquer ce qui les rend si uniques.
De tous les lacs, le lac Baïkal, qui est réellement le plus étrange de notre planète, est de loin mon préféré. Il est non seulement le plus ancien, mais aussi le plus profond lac d’eau douce du monde : il atteint, à son point le plus bas, les 1 700 mètres de profondeur. C’est beaucoup, beaucoup plus profond que n’importe quel autre lac, et le plus impressionnant, c’est qu’il soit parvenu à rester aussi profond pendant si longtemps. [Note de la rédaction pour les non-initiés : les lacs ont en effet tendance à devenir de moins en moins profonds avec le temps.]
Plus de 300 rivières se jettent dans le lac Baïkal, et il n’a pourtant pas été submergé par tous les sédiments qu’il accumule. Cela s’explique par son emplacement sur une vallée de rift qui continue de s’agrandir en permanence ; tous les sédiments sont ainsi aspirés directement dans la Terre. Le fond de la vallée de rift qui abrite ce lac compte probablement parmi les plus profonds au monde.
Ce lac se trouve sous 3 kilomètres de glace. C’est un lieu si fascinant qu’il nous est difficile de l’imaginer. L’eau douce qu’il contient se renouvellerait grâce à la combinaison de la pression émise par la glace et de la présence potentielle de certains hydrates de gaz, voire d’une activité géothermique du fond.
Pendant plus de vingt ans, des scientifiques russes ont tenté d’atteindre ce lac en forant dans la glace. Ils n’y sont cependant pas parvenus complètement, car à chaque fois qu’ils arrivaient à percer la glace suffisamment profondément, de l’eau revenait remplir le trou, puis gelait à nouveau. Je trouve cela aussi étrange que curieux.
La composition chimique de ce lac est absolument fascinante. Ses eaux momifient ni plus ni moins les créatures qui tombent dans le lac en les asséchant, tout comme les Égyptiens asséchaient les corps après la mort.
Pour ce faire, les embaumeurs égyptiens avaient recours à du natron, un minéral extrêmement abondant dans ce lac. Du fait de la présence de celui-ci, les eaux du lac Natron sont dites basiques, l’inverse de l’acide. Un volcan situé non loin de là produit un type de lave très particulier, en se déversant dans le lac, contribue à créer cette étrange composition.
Le lac Natron n’est toutefois pas entièrement hostile à la présence de vie. Des millions de flamants nains s’y rendent pour se reproduire et se nourrir des algues qu’il contient.
C’est l’un des endroits les plus pollués sur Terre. Pendant longtemps, une usine de traitement de l’uranium avait la mauvaise habitude d’y déverser tous ses déchets radioactifs. L’histoire de l’usine et de la région environnante est fascinante, car tout y est devenu extrêmement radioactif. Le lac Karatchaï était autrefois considéré comme l’un des endroits les plus radioactifs au monde, mais il s’est lentement asséché au fil du temps, et tous les sédiments qu’il contenait ont donc commencé à se déplacer et à contaminer les villages et les populations de la région.
Le lac n’existe plus aujourd’hui. Il était si dangereux qu’il a fallu le sceller en le remplissant de milliers de blocs de béton.
Le lac Supérieur se distingue des autres Grands Lacs d’Amérique du Nord par ses dangereuses tempêtes automnales. En novembre, des vents violents et des tempêtes de neige provoquent parfois la disparition de navires. Le plus célèbre d’entre eux est le SS Edmund Fitzgerald, qui constitue désormais l’épave la plus emblématique des Grands Lacs. Elle ne se trouve qu’à 12 mètres de profondeur, mais il est interdit de la visiter, car elle est considérée comme le cimetière des personnes qui y ont péri.
D’autres épaves de la région peuvent cependant être visitées, comme celle du SS Kamloops, qui a disparu au large de l’Isle Royale, [une île des Grands Lacs]. Le navire a heurté le rivage rocheux et a coulé dans les profondeurs, et ce n’est que bien plus tard que, le long du rivage de l’île, ont été découverts les corps des membres de l’équipage. Tous étaient morts de froid. L’épave a été retrouvée en 1977 et a commencé à être explorée ; c’est là qu’a été découvert le corps de « Old Whitey », l’un des membres de l’équipe, encore en train de flotter dans la chaufferie du Kamloops. Il donne l’impression de suivre les visiteurs à cause des courants créés par le mouvement de leurs palmes.

C’est au jour de l’an que les requêtes aux divinités s’accumulent le plus dans les sanctuaires shinto et les temples bouddhistes du Japon. Inscrits sur des ema (des plaques de bois) ces vœux sont censés s’élever jusqu’aux cieux.
« Trouve-moi. Aime-moi. Épouse-moi », peut-on lire sur une plaque signée « TXQ » et adressée à « Mister Right » au sanctuaire Jishu-jinja de Kyoto, qui est dédié à Ōkuninushi-no-mikoto, la divinité shinto de l’entremise.
« Prions pour qu’un bébé heureux et en bonne santé arrive bientôt dans notre famille », ont inscrit Andy et Suri sur un ema au temple Hōzen-ji d’Osaka, qui rend hommage à Fudō Myōō, un des cinq gardiens du bouddhisme au Japon.
Depuis plus de mille ans, les Japonais se servent de ces plaques pour que les divinités leur accordent amour, richesse, longue vie et réussite aux examens. Ces deux dernières années, un nouveau souhait a fait son apparition sur les ema : être protégé du Covid-19.
Désormais, beaucoup d’ema comportent un message ayant trait à la pandémie ou bien une image d’Amabie, un être surnaturel du folklore japonais chargé d’éloigner les pestes. Le temple Kasuga-taisha, dans la ville de Nara, propose même des ema anti-coronavirus décorés de personnages d’animation.
La pandémie a renforcé le rôle crucial des ema, selon Jennifer Robertson, anthropologue et professeure émérite d’anthropologie et d’histoire de l’art de l’Université du Michigan qui étudie ces plaques depuis 40 ans. Les ema servent d’exutoire aux peurs et aux angoisses ; plus de 1,7 millions de personnes ont contracté le Covid-19 dans le pays depuis janvier 2020. Ces plaques de bois permettent d’égayer l’âme et d’abandonner un vœu à la brise, non sans rappeler les drapeaux de prière tibétains, les ex-voto bouddhistes et les lanternes flottantes.
Chaque ema coûte environ 3,50 euros et permet de financer les temples et les sanctuaires. Lorsqu’ils se rendent dans ces lieux sacrés, les visiteurs sont invités à accrocher une de ces plaques en l’air et à la recouvrir de leurs espoirs et de leurs ambitions.
D’après Jennifer Robertson, des chevaux étaient à l’origine représentés sur les tout premiers ema (mot qui signifie littéralement « image de cheval »). Cela servait de substitut à la pratique rituelle plus ancienne du sacrifice d’un animal vivant à des divinités ou à des dirigeants décédés.
De nos jours, ces plaques mettent en avant aussi bien des créatures, des fleurs, des geishas, des cœurs, des arbres que des cascades. Elles sont suspendues à des portiques prévus à cet effet. Certains supportent des milliers d’ema. On peut les acheter pré-décorés ou bien vierges et les personnaliser avec des images dessinées à la main avant d’y inscrire son propre message sur la face vierge.
Ces vœux sont ensuite inspectés par le prêtre en chef du temple ou du sanctuaire qui prie pour qu’ils soient exaucés. « La plupart des ema sont brûlés à intervalles réguliers dans les sanctuaires et les temples lors de rites appelés ema kuyō, explique Jennifer Robertson. La combustion libérerait le message ou la prière ou le vœu vers le royaume des Kami [les esprits et divinités du Japon] pour qu’il y soit exaucé. » Elle ajoute que lorsque leur requête est exaucée, certaines personnes viennent accrocher un autre ema en guise de remerciement.
La tradition de l’ema reste un aspect central de la culture japonaise. C’est une pratique qui représente le lien profond qu’entretient le pays avec ses deux religions principales, le shintoïsme et le bouddhisme, qui sont intrinsèquement liées quoique distinctes. D’ailleurs, les Japonais pratiquent bien souvent les deux à la fois.
Mais Jennifer Robertson ne saurait que trop insister sur le fait que les ema ne sont pas destinés qu’aux divinités. Beaucoup ont en fait pour objectif de provoquer une réaction émotionnelle chez d’autres êtres humains. En y inscrivant un nom, un âge et une adresse, les requérants espèrent que le destinataire absorbera leur message et qu’il y réagira avec compassion ou avec empathie.
« Quand elles lisent les ema des autres, beaucoup de personnes s’aperçoivent qu’elles ne les seules dépositaires de leur problème ; nous sommes tous dans le même bateau », commente Jennifer Robertson. C’est « un peu comme aller sur Internet pour se renseigner sur un problème, un conflit familial, un patron égocentrique, des crampes ou des douleurs, et découvrir qu’il y a littéralement des milliers de personnes, voire des millions, qui souffrent de la même chose. »
Selon Donald Saucier, professeur de psychologie de l’Université d’État du Kansas, les ema, les drapeaux de prière, les lanternes flottantes et les ex-voto sont autant de moyens d’apporter une forme de rassurance cruciale aux croyants lorsqu’ils rencontrent de l’adversité. Ces objets sont d’une part une voie vers les divinités, et d’autre part ils rappellent à ceux qui les accrochent qu’ils sont entourés d’un réseau de soutien humain. « Des objets comme les amulettes et les talismans peuvent nous permettre de nous souvenir [qu’il existe] des liens sociaux durables capables de nous réconforter lorsque cela va mal », ajoute-t-il.
La pandémie de Covid-19 n’est que la dernière catastrophe en date à être mentionnée sur les ema. « De tous temps, on a déposé des ema après des épisodes de peste, des famines, des épidémies et d’autres épreuve collectives », précise Jennifer Robertson.
Cette tradition japonaise millénaire n’est pas inaccessible aux touristes, loin de là. En effet, comme le rappelle Takakazu Machi, guide touristique au Japon depuis 18 ans, les voyageurs sont invités à suspendre des ema dans un certain nombre de lieux de culte à travers le pays. Avant la pandémie, il emmenait régulièrement des touristes admirer ou déposer des ema au sanctuaire Kitano Tenman-gū de Kyoto. Il indique qu’on peut tout à fait accrocher sa propre plaque en suivant les instructions placardées près des portiques afin de le faire de manière respectueuse.
C’est au sanctuaire Meiji-jingū de Tokyo, au temple Shi Tennō-ji d’Osaka et au sanctuaire Fushimi Inari de Kyoto que les touristes suspendent le plus d’ema. On peut également opter pour un sanctuaire ou un temple en lien avec un domaine spécifique. Les parents endeuillés à la suite d’une fausse couche vont traditionnellement suspendre un ema au temple Zōjō-ji de Tokyo, où se trouve le Jardins des enfants défunts. Les étudiants qui veulent à tout prix réussir leurs examens se rendent plutôt au Yushima Tenjin, le sanctuaire de l’érudition. Ceux qui espèrent obtenir des grâces romantiques laissent une plaque au sanctuaire Tsuyu no Tenjinja (ou Ohatsu Tenjin), théâtre d’une célèbre histoire d’amour.
D’après Naoki Doi, guide touristique de Kyoto, certaines personnes y inscrivent même des messages à visée politique. Juste avant l’élection présidentielle américaine de 2012, un de ses clients du Texas s’est rendu à Fushimi Inari et y a accroché un ema sur lequel il avait écrit : « Obama, ça suffit ». Un vœu que les dieux ont ignoré, donc.
Naoki Doi affirme avoir eu bien plus de chance avec les ema. Âgé de 76 ans, il se souvient comme si c’était hier de deux vœux envoyés aux divinités dans sa jeunesse. Accablé par le stress et désireux d’un avenir prospère, il suspendait des plaques leur demandant de l’aide pour obtenir les meilleurs résultats au lycée et à l’université. « Ça a très bien fonctionné pour moi », déclare-t-il. Comme des millions de Japonais avant lui, Naoki Doi a placé ses espoirs dans cette tradition millénaire. Aujourd’hui, en plein milieu d’une pandémie qui semble n’en pas finir, nombreux sont ceux qui font de même. Les ema sont plus importants que jamais.

Dans l’Iowa, j’ai dîné avec une vieille dame qui s’est présentée sous le nom de « Mme Alvarez ». Alors qu’il avançait dans l’obscurité, le train se balançait d’un côté à l’autre, et la passagère n’était pas loin de perdre l’équilibre lorsqu’elle s’est assise en face de moi à notre table. Mme Alvarez était petite et corpulente, avec des cheveux gris bouclés coupés en carré. Elle portait une robe sombre avec de gros boutons ronds.
« Est-ce que je vous offenserais en disant le bénédicité ? », m’a-t-elle demandé. « Je crois en Dieu, mais je ne voudrais pas l’imposer à quelqu’un d’autre. »
« Pas du tout, je vous en prie », ai-je répondu, en inclinant la tête pendant que Mme Alvarez disait ses grâces. Lorsque l’on voyage seul à bord du California Zephyr, le train Amtrak qui relie Chicago à San Francisco en deux jours et demi, on prend nos bénédictions comme elles viennent.
Ce n’est que récemment qu’Amtrak a rétabli ce que l’entreprise appelle la « restauration traditionnelle » sur certains trains longue distance, en servant les passagers dans la voiture-restaurant sur des nappes en lin blanc, avec de l’argenterie, de la porcelaine et des serviettes bleues portant le logo de la compagnie ferroviaire.
Pour les repas, les voyageurs étaient mis en groupe avec d’autres passagers, choisis au hasard : des rendez-vous à l’aveugle pour le petit déjeuner, le déjeuner et le dîner. Tout ce qu’on devait faire, c’était espérer bien s’entendre. J’ai déjeuné un après-midi dans le Colorado avec un ancien batteur du groupe Santana, et j’ai mangé du pain perdu au petit-déjeuner dans le désert de l’Utah avec un couple du Dakota du Sud. Dans les Sierras, j’ai dîné avec un vendeur de télévision par câble.
Mais Mme Alvarez se démarquait de mes autres partenaires de repas. Elle avait une façon précise et terre-à-terre de parler que je trouvais très réconfortante.
Après avoir dit le bénédicité, la première chose que Mme Alvarez m’a demandée, c’est si j’avais eu l’occasion de sentir les fleurs. Elle a pointé du doigt un grand vase rempli de roses, posé sur notre table. Je ne l’avais pas remarqué ; j’étais tellement occupé à regarder le paysage qui défilait par la fenêtre. « Elles sont très belles », a-t-elle continué, concentrée, portant maintenant le vase à son nez. « On ne s’attend pas à voir des roses aussi belles sur la table d’un train. »
Je lui ai demandé, à mon tour, si elle passait un bon voyage. « Oh oui, excellent », a-t-elle répondu. « Je n’ai pas besoin de grand chose pour être heureuse. Je prépare un déjeuner simple. J’ai toujours un livre sur moi. » Elle n’utilisait pas son téléphone portable. « Je l’allume quand je veux que mes enfants sachent où je suis. Sinon, je ne veux pas être dérangée par cet appareil. » Elle s’arrêta un instant, et baissa la voix : « je vais être honnête avec vous, je ne sais pas vraiment comment l’utiliser, d’ailleurs. »
Dans le California Zephyr, elle ne ratait pas grand chose à cet égard. Il n’y avait pas de Wi-Fi dans le train, et pratiquement aucun réseau téléphonique le long de son parcours, qui traverse l’Illinois et l’Iowa, les plaines du Nebraska, les montagnes Rocheuses et les déserts de l’Utah et du Nevada avant de traverser la Sierra Nevada et de descendre vers la baie de San Francisco.
Il n’y avait pas grand-chose à faire à part lire, discuter avec les autres passagers et regarder par la fenêtre : de grands déserts vides, de formidables mesas et des forêts dévastées par le feu. Dans les Rocheuses, le grand fleuve Colorado nous suit durant une bonne partie de notre trajet, et les bateaux fluviaux s’approchent du train lorsque nous les croisons.
Mme Alvarez m’a raconté qu’elle était venue de Boston par le train de correspondance et que son arrêt était à Glenwood Springs. « J’ai un frère », m’a-t-elle expliqué. Elle préférait ne pas prendre l’avion pour un certain nombre de raisons, et comme elle était à la retraite, elle avait le temps de faire l’aller-retour (près d’une semaine complète de voyage) sur les rails.
« Et vous, qu’est-ce qui vous amène ici, Jordan ? »
Si j’avais décidé de faire un voyage en train de 72 heures de New York à San Francisco, c’était notamment parce que je souhaitais ralentir le rythme. Cette nouvelle année de pandémie avait été tout aussi étrange, mais très différente de la précédente. 2021 a été marquée par une sorte de va-et-vient entre isolement et retour à la liberté. Dans l’isolement, nous avons continué à parler de l’espoir d’un retour à la « normale », même si nous avons rapidement réalisé qu’il n’y aurait plus grand-chose de « normal » dans nos vies. Du moins, la normalité ne serait pas celle que nous connaissions auparavant.
Mais après plus d’un an de confinement, nous avions également réussi à nous convaincre que nos vies d’avant avaient été, à bien des égards, trop rapides. Il semblait désormais y avoir une grande vertu à ralentir autant que possible, à repenser nos priorités et nos passions, et à promettre de vivre plus intentionnellement une fois que « cette situation » serait terminée.
Pourtant, au moindre soupçon de retour à la liberté, nous semblions collectivement abandonner ce concept. Dans certains quartiers de New York, la ville semblait revenir à une vie normale. Les journaux ont proclamé que l’été 2021 serait le nouvel « été de l’amour », ont suggéré le grand retour des Années folles, et ont même annoncé les potentiels débuts d’une nouvelle Renaissance.
Les moins de 30 ans, comme moi, sortaient tous les soirs dans des bars et des restaurants de l’East Village. Après minuit, Washington Square, tout proche, était si souvent envahi par des foules de fêtards que les riches résidents des tours qui entourent le parc s’en plaignaient, ce qui provoquait des mêlées nocturnes avec la police antiémeute.
Soudain, « l’été de l’amour » est aussi devenu l’été de tous les projets : projets pour voir des amis, avoir des rendez-vous, trouver des appartements ; projets de voyage, projets de retour au bureau. Des projets pour rattraper le temps perdu.
Bien sûr, tout cela renvoie à une idée simple mais essentielle : nous ferions n’importe quoi pour ne pas nous sentir seuls. Tout particulièrement lorsque l’on commence à peine à trouver sa place dans le monde, la pression pour ne pas se sentir seul peut à elle seule s’avérer presque accablante.
Et 2021 sortait de l’ordinaire en termes de solitude. Noyé dans mes propres projets futiles, j’ai réalisé qu’après tous les mois durant lesquels j’avais eu tellement de temps que je ne savais qu’en faire, et tous les autres durant lesquels j’en suis venu à conclusion que je devais mener une vie plus lente et plus tranquille, je me suis soudainement retrouvé dans une course pour me « rattraper ». Désormais, mon temps était tout sauf le mien.
J’étais anxieux, fatigué et je me sentais profondément seul. Je savais que j’avais besoin de faire quelque chose pour m’éloigner de tout cela. Quelque chose uniquement pour moi, que je savais que personne d’autre ne voudrait faire avec moi.
C’est ainsi que je me suis retrouvé à traverser les États-Unis en train. Il faut deux trains pour se rendre vers l’ouest : le premier, le Lake Shore Limited, quitte New York à 15 h 40 à destination de Chicago, où une escale de six heures laisse juste assez de temps pour une marche rapide jusqu’au lac Michigan et pour faire le plein de snacks avant de retourner à bord du second train, le California Zephyr.
J’ai raconté tout cela à Mme Alvarez, et elle a hoché la tête en signe de compréhension. « J’ai été l’une des premières femmes agents de correction dans l’histoire du système pénitentiaire de Floride », m’a-t-elle confié.
Inébranlable, elle a décrit comment, pendant quarante ans, elle a assisté des détenus, certains dans le couloir de la mort et d’autres confrontés à une libération imminente après de nombreuses années d’enfermement. Dans ces moments si chargés d’émotion, ils partageaient souvent ce qui comptait vraiment pour eux, pour la toute première fois de leur vie. Elle comprenait donc pourquoi nous continuons d’essayer, tous et toutes, de mettre les choses en perspective aujourd’hui.
« Il est important de réfléchir à son avenir, mais vous ne pouvez pas laisser la question de l’avenir vous empêcher de prendre de vivre votre vie au jour le jour », a-t-elle ajouté.
(À lire : Les 16 plus beaux voyages en train du monde.)
Le lendemain matin, dans les Rocheuses, je pensais encore à ce qu’elle avait dit lorsqu’une petite fille, qui avait environ 8 ans, est entrée en courant, paniquée, dans la voiture panoramique du train, essoufflée et en larmes. « Je suis perdue », s’écria-t-elle, à personne en particulier, entre deux sanglots étouffés. « Quelqu’un peut m’aider à trouver ma maman ? »
C’est alors qu’est apparue Mme Alvarez, qui a pris calmement la jeune fille par la main et l’a invitée à s’asseoir un moment. À travers les grandes fenêtres, le Soleil illuminait les grands arbres dorés et profonds des hautes collines.
« Là, là », chuchota-t-elle en essayant d’expliquer à la fillette que sa mère ne devait pas être bien loin, que tout allait bien se passer. Que dans le train, on n’avait pas à se soucier de l’endroit où l’on allait, même si on avait l’impression d’avoir perdu son chemin.

La Corée du Nord me fascine depuis des années.
La République populaire démocratique de Corée (RPDC), son nom officiel, est un étrange microcosme d’idéologie communiste dirigé par une dynastie de tyrans aux coiffures improbables. Le pays oscille entre le grotesque et l’inquiétant, menaçant ses voisins de frappes nucléaires tout en qualifiant le président des États-Unis de « vieillard mentalement dérangé ». La difficulté d’y circuler et les rumeurs qui entourent le pays n’ont fait qu’alimenter cette fascination. La seule façon de s’y rendre est de prendre part à un voyage organisé sous étroite surveillance ; le tourisme indépendant n’existe pas.
Une occasion s’est présentée : une agence de voyages organisait un déplacement pour des journalistes étrangers. Dans le cadre d’une timide ouverture vers l’extérieur, la Corée du Nord nous a accueillis.
À notre arrivée dans le terminal flambant neuf de l’aéroport situé à l’extérieur de Pyongyang, nous avons été pris en charge par trois accompagnateurs élégamment vêtus et anglophones : M. Ri, M. Kim et M. Yu. Comme tous les adultes que j’allais rencontrer, ils portaient sur la poitrine un badge à l’effigie de l’un des membres de la famille dirigeante du pays. Ils sont restés constamment à nos côtés, nous saluant chaque matin au petit-déjeuner et ne nous quittant qu’au moment du coucher. Il n’a jamais été question de sortir seuls.
Pyongyang m’a évoqué une version plus fonctionnelle et plus ordonnée de l’Union soviétique des années 1980 : architecture brutaliste, affiches de propagande, piétons avançant comme guidés par un chef d’orchestre invisible. Après avoir tant lu sur les famines, les prisonniers politiques et l’endoctrinement idéologique, j’ai été surpris par cette apparente normalité.
Nous avons visité une ferme piscicole, une bibliothèque, le village ancestral de la dynastie Kim, l’université Kim Il-sung et les immenses statues consacrées aux dirigeants.
Nous avons également gravi la tour du Juche (en coréen : 주체사상탑), officiellement dénommé monument aux Idées du juche, depuis lequel Pyongyang paraissait étrangement belle : un ensemble de bâtiments colorés et géométriques bordant les eaux scintillantes du fleuve Taedong. On aurait dit une utopie socialiste filmée par Wes Anderson.
Nos accompagnateurs avaient un rôle intermédiaire entre des guides touristiques et des geôliers, mais ils se montraient aimables, parfois même taquins. Nous avons partagé avec eux de longs repas dans des restaurants plutôt formels fréquentés par l’élite nord-coréenne.
Un soir, nous sommes allés dans une pizzeria où les serveuses interprétaient des chants patriotiques pendant que nous dégustions des pizzas préparées avec de la mozzarella nord-coréenne. Nous avons porté des toasts au soju. Une autre soirée fut consacrée au karaoké. Les gens ont souvent du mal à le croire, mais le morceau fétiche de M. Ri était Barbie Girl, du groupe Aqua. Pour autant, jamais la moindre fissure n’est apparue dans son adhésion idéologique au régime.
Lors des longs trajets en bus vers la zone démilitarisée à la frontière sud-coréenne ou vers la ville balnéaire de Wonsan, je pouvais apercevoir suffisamment de choses par la fenêtre pour comprendre que la capitale constituait une bulle de prospérité relative réservée à une très petite élite. Une grande partie de l’agriculture demeure non mécanisée. Les habitants sarclent et entretiennent les cultures à la main ; le linge était lavé dans les rivières ; les récoltes étaient transportées en charrettes tirées par des bœufs. Malgré tous les discours patriotiques, il est évident que la RPDC demeure bien plus pauvre que sa sœur technologique du Sud.
Certaines découvertes furent néanmoins surprenantes : l’omniprésence des téléphones portables ; l’existence d’applications locales de commerce en ligne, de partage de vidéos ou de jeux inspirés de Candy Crush ; ou encore la quantité et la qualité des repas qui nous étaient servis. Pourtant, je suis reparti avec le sentiment d’avoir encore de nombreuses zones d’ombre à éclaircir.
Pour combler ces lacunes, j’ai entrepris un autre voyage : à travers les mémoires de transfuges, les rencontres avec les rares Nord-Coréens réfugiés à l’étranger, ainsi que l’univers singulier de la poésie, des romans, des bandes dessinées, des émissions de télévision et de la musique populaire nord-coréennes. À ma grande surprise, cette obsession a fini par donner naissance à un roman, The Sorcerer of Pyongyang, qui n'a pas été traduit en français.
Mais j’ai toujours l’impression qu’il reste quelque chose d’inachevé. La fascination demeure intacte.
J’aimerais retourner en Corée du Nord, entendre chaque matin les étranges accents de Where Are You, Dear General? diffusés par les haut-parleurs de la capitale, manger à nouveau des nouilles froides et faire encore un peu de karaoké avec M. Ri.
Reportage connexe : Ces photos dévoilent la face cachée de la Corée du Nord.

L’arrivée de l’automne offre une autre manière de voyager et de découvrir les paysages. Alors que les journées raccourcissent et que l’air se rafraîchit, une déferlante de couleurs commence à transformer les paysages d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie. On considère souvent la côte est des États-Unis comme le lieu par excellence où s’adonner au leaf-peeping, la pratique qui consiste à voyager pour aller admirer et photographier le feuillage automnal, mais le reste du monde regorge d’itinéraires traversant des forêts aux multiples teintes éclatantes de rouge, d’orange et de jaune. De la déclinaison japonaise de la Route romantique à l’antique sylve de la forêt de Dean, nous avons sélectionné sept itinéraires qui sont la promesse d’escapades automnales véritablement inoubliables.
Longueur : 80 kilomètres
Durée du trajet : 2-3 heures
Situées à la frontière entre l’Angleterre et le Pays de Galles, la forêt de Dean et la vallée de la Wye se transforment alors qu’octobre fait baisser les températures. Châtaignes, chênes, hêtres, aubépines et frênes prennent des teintes dorées, orangées et pourpres. Pour voir la forêt dans ce qu’elle a de meilleur à offrir, embarquez pour une virée à la découverte des feuillages d’automne, conçue pour que vous profitiez des points de vue et sentiers les plus impressionnants de la région. Partez de Symonds Yat Rock, qui surplombe les cimes colorées et les méandres des eaux de la Wye. Prenez le temps de déambuler au sein de l’arborétum Cyril-Hart, qui abrite plus de 200 espèces d’arbres, avant de remonter au château de Goodrich et de profiter des panoramas offerts par la colline de Coppett voisine.
Longueur : 349 kilomètres
Durée de trajet : 7-9 heures
Cet itinéraire est la version japonaise de la Route romantique allemande et s’inspire de ce célèbre parcours qui traverse la Bavière. Avant de quitter Ueda (à une heure et demie de train de Tokyo), allez voir le château d’Ueda ; à l’automne, les érables environnants prennent une teinte rouge éclatante et les ginkgos se dorent. De là, l’itinéraire emmène les voyageurs de la préfecture de Nagano aux montagnes de la préfecture de Gunma, où se nichent notamment des villes thermales comme Kusatsu, avant d’entrer dans la préfecture de Tochigi. À quelques kilomètres à peine à l’ouest de Nikko, se trouve le lac Chuzenji ; ce lac d’altitude est particulièrement beau de la mi-octobre au mois de novembre, quand les érables et les katsuras des environs se parent de rouge et de jaune.
Longueur : 348 kilomètres
Temps de trajet : 5 heures
Au départ de Stamford, ville située à trois heures de route de Boston, la Route 100 du Vermont donne à voir ce que la Nouvelle-Angleterre a de mieux à proposer en matière de feuillage automnal. La plus longue route de l’État longe la chaîne des montagnes Vertes au sein de paysages où les érables rouge orangé et cramoisis se mêlent aux bouleaux et aux hêtres jaunes. Grâce à la présence abondante d’érables à sucre sur son territoire, le Vermont est le premier producteur de sirop d’érable du pays. Les voyageurs peuvent goûter le produit le plus célèbre de l’État à la Great Mountain Sugar House, à Ludlow, ou bien se procurer une multitude d’autres produits fabriqués localement au Vermont Country Store, à Weston.
Longueur : 298 kilomètres
Durée de trajet : 5-7 heures
En remontant vers la côte est du Canada, le Cabot Trail épouse le contour de l’île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse. L’itinéraire commence et s’achève dans la ville de Baddeck (située à trois heures et demie de route environ de la capitale de la province, Halifax), et serpente le long du littoral accidenté de l’Atlantique et du golfe du Saint-Laurent. De la fin septembre à la mi-octobre, les érables à sucre et les érables rouges, les bouleaux et les hêtres d’Amérique jaunes se parent de couleurs flamboyantes. Faites une halte pour une randonnée de 6,5 kilomètres sur le Skyline Trail, près de Chéticamp, pour voir les teintes éclatantes de rouge et de jaune contraster avec le vert des pins et sapins environnants tout en profitant des panoramas sur le golfe.
Longueur : 467 kilomètres
Durée de trajet : 4-5 heures
La Route romantique mène les voyageurs au cœur de la Bavière et du Bade-Wurtemberg. Au départ de Wurtzbourg, célèbre pour ses vins de Franconie et son architecture baroque, l’itinéraire traverse certaines des villes médiévales les plus pittoresques d’Allemagne, dont Rothenburg ob der Tauber, avec ses ruelles étroites et ses maisons à colombages. À l’approche de Füssen, terme du parcours, prenez le temps de vous arrêter au château de Neuschwanstein, particulièrement impressionnant en octobre lorsque les bois alentours, un mélange de sycomores, d’érables et de hêtres, prennent des teintes cuivrées, dorées et écarlates.
Longueur : 114 kilomètres
Durée de trajet : 3-4 heures
Depuis Curtea de Argeș, ville du sud-centre de la Roumanie située au bord d’une rivière, cet itinéraire spectaculaire qui suit la route Transfăgărășan n’est pas recommandé aux âmes sensibles avec ses virages serrés et ébouriffants à travers les monts Făgăraș. Mais le jeu en vaut la chandelle, surtout à l’automne. Les hêtres et les érables des forêts prennent des teintes éclatantes de rouge, de rouille et d’or qui ressortent sur le vert profond des sapins. Faites halte pour une randonnée au point culminant de l’itinéraire, le lac Bâlea, situé à une altitude de 2 034 mètres. La route est à découvrir de préférence au début de l’automne, car la section d’altitude ferme en raison de chutes de neige de la fin du mois d’octobre à la fin du mois de juin.
Longueur : 380 kilomètres
Durée de trajet : 6-7 heures
Surnommée « Route du ciel », la San Juan Skyway serpente entre les monts San Juan, dans le sud-ouest du Colorado. Cet itinéraire en boucle part de Durango (à six heures de route environ de Denver), et inclut des haltes populaires, comme les villes minières historiques de Silverton, de Telluride et d’Ouray. Cette dernière est surnommée la « Petite Suisse américaine » en raison des sommets rocheux qui l’entourent et de ses nombreux sentiers de randonnée. De la fin septembre au début du mois d’octobre, les montagnes offrent un spectacle impressionnant et des trembles, des peupliers et des chênes de Gambel aux couleurs vives bordent la route.

Faire du vélo est un moyen idéal de traverser l’Europe en prenant le temps de s’imprégner des paysages, des sons, des odeurs et des saveurs du continent. Vous croiserez la route de majestueux vestiges de châteaux, de vastes vignobles, de zones humides paisibles, de cafés de front de mer au charme désuet, de villas élégantes, de places de villages pavées et de bien d’autres joyaux à côté desquels vous passeriez si vous voyagiez en car ou en voiture. De l’Espagne à la Suède, vous trouverez des itinéraires très peu, voire pas du tout, empruntés. Vos seules distractions seront le bruissement de la brise dans les arbres, l’envol des oiseaux dans le ciel et, souvent, l’odeur du pain frais émanant d’une boulangerie voisine. Pour la plupart, ces six itinéraires ont un faible dénivelé, ce qui en fait des parcours idéaux pour les cyclistes de tous niveaux.
Le bucolique Carrilet I, l’une des plus de cent voies vertes que compte l’Espagne, longue de près de 60 kilomètres, suit principalement l’axe formé par un ancien chemin de fer à voie étroite. Commencez dans la ville d’Olot, dans le Parc naturel de la zone volcanique de la Garrotxa, où des volcans inactifs enveloppés de forêts parsèment le paysage. Rendez-vous au Museu dels Volcans avant votre départ pour vous tout apprendre de la géologie de la région. L’itinéraire vous conduira le long d’entailles rocheuses ombragées, créées lors du dynamitage du flanc de colline pour faire place à la voie ferrée, puis dans des vallées fluviales ensoleillées et verdoyantes. Faites une halte pour une dégustation de fromages succulents à La Xiquella, artisan-fromager de Sant Esteve d’en Bas. La gare rose rénovée de Sant Feliu de Pallerols est une autre halte culinaire de choix. Son café sert notamment des coques et de la joue de porc. Au terme de ce périple, déambulez le long des remparts du quartier médiéval de Gérone pour profiter d’une jolie vue sur des jardins soigneusement entretenus et des cours majestueuses.
Construite sur une ancienne voie ferrée exploitée par la SNCF, cette voie verte d’un peu plus de 75 kilomètres serpente entre des bois et des pâtures paisibles et le long de coteaux couverts de vignes. Avant de quitter Chalon-sur-Saône, allez jeter un œil aux milliers d’appareils photo et images exposées au Musée Nicéphore Niépce, musée portant le nom de l’un des pères de la photographie et dédié à cet art. Parcourez un peu plus de 38 kilomètres pour rejoindre le château de Cormatin, bâti au 17e siècle, entouré de douves et de jardins splendides. À 14 kilomètres de là, à Cluny, vous attend un autre site historique : les vestiges de l’abbaye de Cluny, monastère bénédictin transformé en musée où l’une des quatre cloches d’origine est encore présente. Entre Cluny et Mâcon, le paysage devient spectaculaire avec ses falaises de calcaire accidentées qui se trouvaient sous l’eau il y a des millions d’années. Une fois descendus de vélo à Mâcon, flânez sur l’esplanade Lamartine, une promenade bordée de cafés le long de la Saône.
Traçant un itinéraire nord-sud de 90 kilomètres de Karlstad à Uddeholm, cette voie verte file sur un remblai ferroviaire où circulaient autrefois les passagers et le bois transportés par la compagnie Klarälven. Partant de l’endroit où la Klarälven rejoint le lac Vänern, à Karlstad, l’itinéraire mêle nature et culture. Cette ville animée est un paradis pour les activités nautiques, comme le kayak, mais aussi pour l’art. Explorez le Sandgrund Lars Lerin, galerie d’art remplie d’aquarelles immenses signée de la main du peintre de paysages suédois. À une petite trentaine de kilomètres au nord, la galerie Gamla Kraftstationen, installée au bord de l’eau, a elle aussi de quoi ravir les amateurs d’art contemporain et un jardin tranquille où s’asseoir avec un café et des pâtisseries. Refaites 8 kilomètres pour arriver à la réserve naturelle d’Edeby, une paisible zone humide qui abrite une riche avifaune. Après Edeby, l’itinéraire devient plus forestier et se borde de saules, de bouleaux et de divers conifères.
Le RAVeL est un réseau de 1 600 kilomètres de pistes destinées aux cyclistes, aux piétons et aux cavaliers qui sillonnent la Wallonie. L’acronyme signifie Réseau Autonome des Voies Lentes. Ces deux lignes, qui suivent deux anciens couloirs désaffectés de la SNCB, filent sur un total de 50 kilomètres à travers le Pays de Herve, région agricole fertile couverte de vergers et de pâtures, d’un point situé à l’intersection des frontières belge, néerlandaise et allemande jusqu’à la ville de Liège. Avant de vous lancer, montez les marches ou prenez l’ascenseur jusqu’à la plateforme d’observation de la Tour panoramique des Trois Frontières, haute de 50 mètres, pour admirer un panorama sur la campagne fertile. En route, faites halte pour déguster un sirop de pommes artisanal à la Siroperie d’Aubel, puis faites une heure de vélo pour atteindre Le Herve du Vieux Moulin, fromagerie réputée du village de Battice où vous devriez vous procurer un Herve, spécialité au goût prononcé.
Cet itinéraire souvent à l’ombre, dont près de la moitié traverse des zones boisées paisibles, réjouira les passionnés d’architecture et d’Histoire. Filant sur 109 kilomètres le long d’une ancienne voie ferrée militaire, celui-ci débute à Trévise, ville fortifiée aux rues pavées, souvent surnommée la « petite Venise » en raison de son réseau de canaux. Déambulez dans le quartier historique et admirez les nombreux palais ornés de fresques qui bordent la Piazza dei Signori et la Via Calmaggiore, rue bordée d’arcades qui conserve encore les vestiges d’une antique voie romaine. En pédalant vers le sud-ouest, quittez la piste pour aller voir des trésors comme la Rotonda di Badoere, place à colonnades du 17e siècle située dans le village de Badoere parsemée de cafés. À moins de deux kilomètres de là se trouve la somptueuse villa Ca’ Marcello de style palladien. À 30 kilomètres de là se trouve la villa Contarini, une propriété encore plus luxueuse entourée d’un vaste parc émaillé d’étangs et de lacs. Des travaux sont en cours pour aménager un tronçon supplémentaire de 16 kilomètres qui permettra à la piste de rejoindre la ville d’Ostiglia.
Cet itinéraire suit le Danube sur plus de 2 700 kilomètres, de sa source dans la Forêt-Noire jusqu’à la mer Noire. Le segment le plus populaire couvre 320 kilomètres entre Passau, en Allemagne, et Vienne, en Autriche, alternant entre les berges au moyen de passerelles ou de bacs. À Passau, assistez à un concert de l’après-midi ou du soir à la cathédrale Saint-Étienne, qui abrite le plus grand orgue d’église du monde. Les œnophiles et amateurs de café seront particulièrement séduits par la vallée de la Wachau qui s’étale le long du fleuve sur plus de 30 kilomètres en Autriche. Vous pédalerez au milieu de paysages composés de coteaux en terrasses couverts de vignes, de vergers d’abricotiers et de charmants villages en bord de fleuve. À Spitz, détendez-vous au Gasthof Prankl autour d’un café accompagné d’un dessert aux notes d’abricot. Ne passez pas à côté de la vieille ville de Krems, enclave historique aux rues pavées et aux portes médiévales dont l’histoire remonte à 995.

Prenez n’importe quelle activité, il est très probable que vous puissiez la pratiquer dans une région du monde à un niveau adapté à votre forme physique. Les personnes les plus en forme peuvent prendre part à une course de 250 kilomètres dans les déserts de Namibie ou gravir les sommets de la Patagonie. Si cela vous semble trop éprouvant, optez plutôt pour une découverte des steppes de Mongolie à cheval ou une excursion en motoneige sur un glacier en Islande. Si vous êtes à la recherche d’une activité encore plus calme, prenez le bateau jusqu’aux Hébrides extérieures ou le train pour atteindre l’une des régions les plus reculées du Canada.
Si le Marathon des Sables, qui a lieu au Maroc, est réputé éprouvant, un autre marathon organisé dans le désert à l’autre bout du continent lui fait concurrence. La Namib Race traverse le territoire namibien sur 250 kilomètres, passant dans l’un des déserts les plus anciens au monde et au pied de ses hautes dunes. Pendant une semaine, les coureurs traversent des paysages primitifs, comme des marais salants inquiétants et des paysages lunaires dans la « Moon Valley » avant d’atteindre la ligne d’arrivée, là où le sable rencontre les vagues de l’Atlantique, près de la ville de Swakopmund.
Le parc national Torres del Paine se trouve à l’autre bout du monde. Ses montagnes, qui s’élèvent à la pointe méridionale de la Patagonie chilienne, sont battues par les vents du Pacifique et surmontées de champs de glace dignes de l’Arctique. Nombreux sont ceux qui viennent admirer ces sublimes sommets d’en bas. Pour sentir leur granite irrégulier sous vos pieds, suivez le sentier « W », ainsi nommé en raison de son tracé qui forme un vague W. Au terme de quatre à cinq jours de marche, les stars du parc national apparaissent à chaque virage. Parmi elles figurent le lac Grey ponctué d’icebergs et les tours semblables à une cathédrale du Mirador las Torres. Les randonneurs qui partent à l’assaut du sentier W peuvent s’abriter des conditions météorologiques extrêmes en passant la nuit dans des refugios.
Le Langjökull est le second plus grand glacier d’un pays qui s’appelle littéralement « terre de glace ». Pour voir ce glacier de 945 km² de près, ne manquez pas l’excursion guidée d’une journée en motoneige au départ du hameau de Skjól. Après être monté à bord d’une grosse Jeep équipée de pneus monstrueux qui lui permettent de traverser les rivières glacées et le terrain volcanique fragile, vous vous équiperez au camp de base des motoneiges. Une fois sur la glace, vous serez libre de zigzaguer sur le désert de glace, en laissant derrière vous des nuages de neige. N’oubliez pas de lever les yeux du guidon pour admirer la chaîne de montagnes de Kerlingafjöll, ainsi que le glacier voisin de Hofsjökull, sous lesquels dort et bouillonne le plus grand volcan actif d’Islande.
À l’été 2024, les épreuves de surf des Jeux olympiques de Paris n’ont pas eu lieu en France métropolitaine, mais dans la houle de Tahiti, en Polynésie française. La discipline, qui ne figurait aux Jeux olympiques que pour la deuxième fois, a une longue histoire avec Tahiti. Les premières observations de ce sport, faites par des visiteurs étrangers, remontent à 1767, mais il existait sans doute déjà depuis plusieurs siècles. Il n’y a pas meilleur endroit pour apprendre à surfer que ce paradis escarpé du Pacifique, sur les eaux bleu ciel du lagon, à côté des pentes verdoyantes du mont 'Orohena. Les moniteurs choisissent les plages en fonction de la température du vent et du comportement des vagues : certaines des meilleures vagues « break » se trouvent à quelques encablures de la capitale, Papeete.
Lorsque l’on mentionne les lions, on pense immédiatement aux plaines d’Afrique, aux clans de la vallée du Grand Rift, aux chansons d’Elton John. Pourtant, le parc national de Gir, en Inde, abrite des lions d’Asie. Cette étendue de tecks et d’acacias est le seul endroit sur Terre, en dehors de l’Afrique, où vivent des lions à l’état sauvage. Vous pourrez les observer dans le cadre d’une excursion de 12 jours consacrée à la faune et la flore de l’état le plus occidental de l’Inde, le Gujarat. Au programme : pistage de loups dans les broussailles du parc national de Velavadar et observation de flamants roses dans les marais du sanctuaire pour oiseaux de Nal Sarovar.
Éperon de montagnes vertes faisant saillie dans la mer, le col de Hải Vân (aussi appelé le col des Nuages) constitue la ligne de démarcation entre le nord et le sud du Vietnam. Il servait autrefois de frontière entre des royaumes médiévaux rivaux et est aujourd’hui encore une barrière pour les systèmes météorologiques. Il donne également du fil à retordre aux cyclistes, avec sa petite route qui slalome jusqu’au sommet avec une pente éprouvante de 7 % sur plus de onze kilomètres. Ceux qui atteignent le sommet sont récompensés par un panorama dont les automobiles dans le tunnel en contrebas ne peuvent que rêver : forêts, plages et îles luxuriantes, enveloppées dans une brume provenant de la mer de Chine méridionale, qui a donné son nom au col. Le col constitue une étape d’un circuit de vélo de 10 jours au Vietnam, au cours duquel vous pédalerez à travers les forêts de pin du parc national de Bidoup Nui Ba et jusqu’aux portes de la cité impériale de Hué.
C’est à mi-chemin entre les îles de Malte et de Gozo que se trouve Comino, ancien repère de contrebandiers d’un peu moins de deux kilomètres de long, dont les côtes sont gardées par de vieilles batteries d’artillerie et des tours d’observation. Si l’île est très charmante, les eaux qui l’entourent sont sans doute encore plus attrayantes. Comino est bordée de lagons, de récifs, de baies et de haut-fonds qui font le bonheur des plongeurs. Participez à une sortie guidée pour nager dans quelques-uns de ses plus beaux recoins, dont les grottes de Santa Maria, une série de cavernes appréciées des bancs de dorades. En prenant une grande inspiration, vous parviendrez peut-être à plonger jusqu’à l’épave d’un patrouilleur de l’Allemagne de l’Est, sabordé il y a une quinzaine d’années pour servir de refuge aux poissons des eaux maltaises.
Vous avez envie de devenir le prochain Wiggins ou Froome ? Alors, réservez votre aventure sur le thème du Tour de France, au cours de laquelle vous roulerez dans les roues des vrais coureurs de l’épreuve, mais avec un vélo électrique qui permet aux communs des mortels de conquérir les cols. Dans le cadre de cette odyssée d’une semaine comportant cinq jours de vélo, les participants s’attaqueront à des pentes dont se souviendront leurs mollets. Ils franchiront des cols impressionnants, comme celui du col d’Izoard, situé à 2 360 mètres, dans les Alpes françaises. Malheureusement, la ligne d’arrivée n’est pas sur les Champs-Élysées. À la place, vous devrez vous attaquer aux 21 virages en épingle de l’Alpe d’Huez.
Figurant dans le livre Guinness des records, les Gorges de Vikos seraient les plus profondes par rapport à leur largeur. Bien que cette distinction soit contestée, elle est particulièrement évocatrice pour ceux qui les traversent, émerveillés par ses majestueux remparts de roche calcaire et les échos qu’ils renvoient. Situé dans le Pinde, un massif du nord-ouest de la Grèce, ce canyon long de près de treize kilomètres se prête à la randonnée toute l’année. L’ombre qu’il offre permet aux randonneurs de rester au frais pendant que le reste du pays souffre de la chaleur estivale. Optez pour une randonnée avec guide et n’oubliez pas de prendre le temps de visiter les villages de pierre voisins ainsi que les ponts ottomans voûtés en amont. Veillez à randonner jusqu’à l’un des lacs « des dragons ». C’est dans ces lacs, perchés au sommet des montagnes, que vivraient les dragons qui auraient créé ce paysage dentelé.
Située dans le canal de Bristol, l’île de Lundy est un petit bout de terre à l’histoire digne d’un roman de cape et d’épée. Elle fut autrefois le repère de négriers et de pirates de Barbarie, ainsi que d’un homme qui, à la fin des années 1920, s’autoproclama roi de Lundy. Aujourd’hui, ses côtes sont un refuge pour les animaux marins. Réservez une excursion d’une journée à bord d’un bateau pneumatique semi-rigide au départ d’Ilfracombe pour faire le tour de l’île. Pendant le trajet, ouvrez les yeux pour tenter d’apercevoir des dauphins et des marsouins, ainsi que la population de phoques gris de l’Atlantique qui se prélasse au pied des falaises de granite de l’île de Lundy.
Nous associons souvent les dromadaires aux déserts d’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient. Mais c’est en Australie que vit la plus grande population de dromadaires sauvages. Ces derniers ont été importés à la fin du 19e siècle, afin d’explorer le Centre Rouge et de construire des voies ferrées. Ils sont depuis devenus emblématiques de la culture de l’Outback. Maîtrisez ces animaux capricieux lors d’un trek de quatre jours à travers le désert Tirari, situé en Australie-Méridionale. Au programme : lever aux aurores pour seller votre dromadaire, balade pendant de longues heures à travers une mosaïque de lacs salés et de spinifex, de systèmes dunaires et d’eucalyptus coolabah, avant de monter le camp et de préparer à manger. Une fois le soleil couché, l’heure est au partage d’histoires autour d’un foyer ouvert.
De nombreuses personnes marchent jusqu’au camp de base de l’Everest, au Népal. Mais rares sont celles qui empruntent le chemin long et pénible qui mène au pied du deuxième sommet le plus haut au monde, le K2, dont l’approche est encore plus spectaculaire. Le point de départ du sentier est le village le plus élevé du Pakistan, Askole. De là, les randonneurs progressent parmi les colosses du Karakoram, chaîne montagneuse qui abrite sept des 20 plus hauts sommets au monde et d’immenses glaciers qui se dressent au-dessus du sentier. Comptez un peu plus d’une semaine pour atteindre le camp de base : si vous êtes à la recherche d’un frisson à haute altitude, emmenez des piolets et des crampons, et prolongez votre séjour avec une traversée du col Gondogoro, situé à 5 650 mètres d’altitude.
Dans les Hébrides, vous ne trouverez pas plus sauvage que l’archipel balayé par les vents de Saint-Kilda. Ces minuscules îles écossaises, pilonnées par la mer, sont situées à environ 75 kilomètres au large des Hébrides extérieures. Une communauté permanente y vivait depuis l’âge de pierre, mais la dernière trentaine d’habitants a choisi d’évacuer les lieux en 1930. Pour visiter Saint-Kilda aujourd’hui, vous devez opter pour une excursion en bateau d’une journée au départ d’Harris. Prévoyez quelques journées devant vous pour espérer bénéficier de conditions favorables. Une fois arrivé sur cette terre reculée, vous pourrez découvrir les éperons d’érosion marine côtiers les plus hauts du Royaume-Uni, où viennent se reproduire près d’un million d’oiseaux marins. Saint-Kilda compte aussi un petit musée et une rangée de cottages en ruines hantés par les fantômes du passé de l’archipel.
Dans l’ensemble, pénétrer dans le Sahara est une véritable expédition, qui demande des années de préparation, plusieurs dizaines de litres d’eau et des nerfs d’acier. Heureusement, dans le sud du Maroc, il est possible d’avoir un avant-goût du plus grand désert aride au monde grâce à ses « Ergs ». Bien que ce mot ressemble à un bruit produit par un dromadaire grincheux, il désigne en réalité des étendues de sable ondulées et balayées par les vents. C’est notamment le cas de l’Erg Chebbi, un mini-désert de 48 kilomètres de long situé non loin de la frontière avec l’Algérie et facilement accessible via des routes pavées. La ville de Merzouga sert de tremplin pour les aventures guidées dans ses dunes. Vous pourrez explorer la région en quad, en sandboard, à dos de dromadaire ou encore sous une tente traditionnelle, pour passer la nuit sous les étoiles du Sahara.
Édimbourg a le siège d’Arthur, Rio a le Sugarloaf, Le Cap a la montagne de la Table et Sofia, la capitale de la Bulgarie, a Vitosha, un sommet culminant à 2 292 mètres d’altitude en bordure de la ville. L’été, c’est une destination populaire pour échapper à la ville. Mais l’hiver venu, elle déploie tous ses atouts dès que la neige s’accroche aux hauteurs et des sorties guidées en raquettes ont lieu dans cette région sauvage mise sous cloche. Participez à une excursion de six jours en raquettes sur les pentes du Vitosha avant de vous aventurer un peu plus au sud, en progressant à travers les congères du parc national de Rila. Vous entrerez alors dans un royaume de cascades gelées, de forêts fantastiques et de glace, où vous rechercherez des empreintes de lièvre variable et de cerf dans la neige immaculée.
Le Canada est le pays des passionnés d’ours : vous pourrez y observer des ours blancs dans l’Arctique, des grizzlis dans le nord-ouest et des ours bruns à peu près partout. Mais l’ursidé le plus rare est l’ours Kermode, ou « ours esprit », dont il n’y aurait pas plus de 150 individus dans le pays. Sa fourrure blanche lui procure un avantage incontestable pour attraper des saumons. Essayez d’apercevoir ces animaux discrets lors d’une visite au Spirit Bear Lodge, un établissement géré par une Première Nation situé au cœur des pentes boisées de la sublime île Swindle. Vous y rendre est déjà une aventure en soi : l’île est à deux heures de bateau d’une piste d’atterrissage reculée située au sud du lodge.
La réserve biologique Indio Maiz est l’un des derniers espaces sauvages d’Amérique centrale. Cette étendue de jungle, qui borde la côte caribéenne, dispose de longues pistes, mais aucune route n’y pénètre et rares sont les humains à s’y aventurer. Pour découvrir cette forêt tropicale vierge, vous devrez vous déplacer en bateau. Montez à bord de l’un d’entre eux en aval, le long du Río San Juan, au port de San Carlos. Tendez l’oreille pour entendre le « plouf » des caïmans qui se mettent à l’eau depuis la berge. Vous finirez par arriver dans la petite ville d’El Castillo, où une forteresse datant du 17e siècle surplombe un coude du fleuve depuis un tertre esseulé. C’est la base idéale pour vous immerger dans la jungle environnante de l’Indio Maiz pendant quelques jours. Enfilez une bonne paire de bottes résistantes aux serpents pour entrer dans les zones habitées par les pumas et les jaguars.
Les chevaux font partie intégrante du tissu de la société mongole : la richesse peut être mesurée en chevaux, les enfants apprennent à monter lorsqu’ils sont petits et la Horde d’or a, il y a longtemps, conquis le monde à cheval, allant aussi loin que les portes de Vienne au 13e siècle. Vous n’aurez pas besoin de monter sur une telle distance pendant cette excursion de cinq jours à dos de cheval dans la Mongolie du 21e siècle ; vous ferez en moyenne 32 kilomètres par jour. Les paysages qui défileront devant vos yeux, le sable du désert de Gobi laissant progressivement place à la steppe montagneuse, seront quand même épiques. En chemin, les groupes descendent de cheval pour rendre visite à des familles nomades, s’arrêtent pour entrer dans des temples bouddhistes et se reposent au bord de lacs bordés de fleurs. Les journées se terminent par l’installation du camp sous le ciel étoilé, votre étalon attaché non loin.
Lorsque nous évoquons l’Amazonie, nous pensons au cœur du Brésil. Mais 10 % de la superficie de la forêt tropicale se trouve en Colombie. Partez pour le coin le plus au sud du territoire colombien pour admirer la faune et la flore colorées de l’Amazonie, dont des papillons aux couleurs vives, des caïmans noirs, des dauphins roses et des Victoria d’Amazonie, l’une des plus grandes espèces de nénuphar au monde, aux fleurs d’un blanc éclatant. Au cours de ces quatre jours dans la jungle, et d’une virée dans la réserve naturelle de Tanimboca où vous grimperez à la corde, vous ferez la connaissance des communautés indigènes qui vivent dans la région. Vous passerez par des villages d’habitations sur pilotis, où, en l’absence de routes et de voitures, vous n’entendrez que le bruissement d’une pagaie sur l’eau.
Aucune voie ferrée n’est plus intrépide que les deux voies ferrées jumelles qui relient Winnipeg et Churchill. Le départ, à l’extrémité sud de la ligne, se fait parmi les gratte-ciels et les banlieusards pressés ; l’arrivée, au nord, au pays des ours blancs, des bélugas et des aurores boréales. Deux jours sont nécessaires pour parcourir les 1 700 kilomètres qui séparent les deux villes. En chemin, vous traverserez quelques-unes des régions les plus sauvages du Canada, vous verrez les prairies céder la place aux forêts boréales puis à la toundra arctique. Les dernières portions de la voie ferrée sont un lien vital aux communautés. Aucune route ne relie l’extrême nord du Manitoba au reste du pays ; les locaux sont donc autorisés à faire signe au train bihebdomadaire de s’arrêter en tendant le bras.
La région des Canyonlands est connue pour avoir été le théâtre du véritable calvaire raconté dans le film 127 heures, dans lequel un alpiniste s’ampute le bras coincé par un rocher. Fort heureusement, la grande majorité des visiteurs quittent ce parc national de l’Utah en un seul morceau. Mais il s’agit toutefois d’une région sauvage qui demande du respect, avec ses canyons profonds, ses mesas semblables à des citadelles et ses buttes isolées qui font fonction de sentinelle au-dessus des étendues desséchées. Découvrez-la à l’occasion d’une randonnée guidée de quatre jours dans le parc, pendant laquelle vous apprendrez à traverser « slickrock », une sorte de dalle rocheuse formée par des dunes pétrifiées, et vous passerez sous des rochers escarpés sculptés en des formes hypnotiques pendant des siècles par l’érosion. La Druid Arch est le point fort de cette excursion : elle a été ainsi nommée en raison de sa vague ressemblance aux trilithes de Stonehenge.
Seule une poignée de visiteurs se rendent au Gabon, ce petit pays situé sur la côte ouest de l’Afrique, entre le Cameroun et la République du Congo. Mais une fois arrivés, ils se retrouvent rapidement dans des régions sauvages. Malgré sa petite taille, le Gabon abrite 13 parcs nationaux. Partez observer les mandrills, ces primates au nez rouge, dans les forêts tropicales et la région vallonnée du parc national de la Lopé ou bien les cascades tumultueuses et les clairières forestières créées par les éléphants dans le parc voisin d’Ivindo. Cerise sur le gâteau : les pistes pour les véhicules sont rares, voire quasi inexistantes. Pour vous déplacer, vous devrez donc marcher ou monter à bord d’une pirogue.
Le parc national des Bieszczady est une sorte de Serengeti européen : ce recoin situé à l’extrême sud de la Pologne abrite des mammifères qui ont disparu depuis longtemps du reste du continent. C’est notamment un refuge pour le bison d’Europe et l’ours brun. Mais ici, le Graal des naturalistes est le lynx boréal, ce félin aux oreilles touffues qui fait la taille d’un labrador et que l’on observe le plus facilement lors de ses chasses nocturnes. Naturetrek organise des excursions de huit jours au début du printemps pour vous donner le plus de chances d’observer ces magnifiques félidés, avant que les feuilles des arbres les rendent difficiles à apercevoir.

Difficile d’imaginer un endroit plus post-apocalyptique que Coober Pedy. Au premier abord, cette petite ville minière de l’Outback australien semble totalement dénuée de vie. Des montagnes de gravats marron et blanc s’y étendent à perte de vue. Seules quelques broussailles éparses s’accrochent à la terre asséchée. La moindre brise soulève un nuage de poussière suffocante. L’été, les températures peuvent facilement dépasser les 50° C.
Mais cela ne me gêne absolument pas dans ma cabine couchette privée à bord de The Ghan, un train de luxe circulant sur les 2 979 km d’une ligne transcontinentale reliant Darwin à Adélaïde. Avec le service Expedition, d’une durée de quatre jours et proposé à partir de 5 290 A$ (3 268 €), vous bénéficiez d’une petite chambre à lits jumeaux aux murs lambrissés, équipée d’un sofa que l’équipage peut transformer en couchette et dotée d’une grande fenêtre depuis laquelle vous aurez peut-être la chance d’observer des chameaux sauvages. Le billet inclut les repas en trois services, inspirés des régions traversées, présentés sur des menus illustrés à la main et servis sur une table dressée d’une nappe blanche et des excursions soigneusement sélectionnées dans quelques-unes des parties les plus reculées du pays.
Si les voyages à bord de The Ghan sont uniques, c’est en partie parce qu’il s’agit du seul train à se rendre à Uluru, ce site qui se trouve à des kilomètres de tout, en plein milieu de la région de Red Centre. Des voyages en train de luxe sont proposés sur tous les continents, à l’exception de l’Antarctique. Malgré un prix élevé (comptez quelques centaines d’euros pour un déjeuner tout en admirant les paysages bucoliques défiler, à plusieurs dizaines de milliers d’euros pour un voyage de plusieurs jours avec suite et majordome), ils sont incroyablement populaires et se réservent souvent plusieurs mois à l’avance. Et la demande ne fait qu’augmenter.
En analysant les données de son réseau de paiement, Visa a découvert que les dépenses en voyages en train de luxe avaient augmenté de 59 % entre 2019 et 2024. La hausse n’est que de 18 % pour les autres types de vacances à l’international. Selon un rapport du cabinet de conseils en gestion des affaires Market Intelo, l’industrie pourrait peser environ 2,3 milliards de dollars (environ 2 milliards d’euros) d’ici 2034, soit le double d’aujourd’hui (1,2 milliard de dollars, soit 1,05 milliard d’euros).
Les opérateurs ferroviaires ont répondu à la demande en faisant monter les enchères. En avril 2026, The Ghan a dévoilé la suite Australis, de style Art déco, la première de son genre en Australie. D’une superficie de 25 m², elle dispose d’un lit fixe et d’une carte d’oreillers, d’un coin salon avec un bar en marbre et d’un majordome disponible à tout moment. Dans le sud de l’Espagne, le train Al Ándalus, aux voitures pourpre et or, a célébré son 40e anniversaire en 2026 avec un nouvel itinéraire de sept jours reliant Madrid à Séville. Des trains flambants neufs font également leur apparition : c’est notamment le cas du Norient Express, en Norvège, qui doit effectuer son premier trajet cette année. Pendant ce voyage de six jours entre Bergen et Trondheim, les passagers pourront profiter de sa voiture salle de sport.
Les préoccupations croissantes en matière de développement durable ont donné un petit coup de pouce au voyage en train. Mais selon Eleanor Hardy, spécialiste des trains de luxe chez Virtuoso, un réseau mondial d’agences de voyages, la demande pour les options premium repose sur la manière dont elles sont perçues. « Pour beaucoup, le train est la destination », explique-t-elle. « Dès le moment où vous arrivez dans une gare où il règne une atmosphère particulière, l’expérience semble cinématographique. Les sacs sont déjà montés dans votre suite, les menus étoilés et le voyage s’apparentent à un spectacle ». Autrement dit : les trains ne sont plus un simple mode de transport, ils sont une expérience en eux-mêmes.
Le voyage en train de luxe trouve son origine au 19e siècle. Des trains comme l’Orient Express, lancé en 1883 sur une ligne transcontinentale reliant Paris à Istanbul, incarnaient parfaitement le confort et le style. Ils étaient équipés de voitures-lits dotées de compartiments, de voitures-restaurants et proposaient un service prestigieux. À partir du milieu du 20e siècle, cette industrie a décliné avec la montée en puissance de l’aviation commerciale et des automobiles. L’Orient Express a cessé de rouler en 2009. Mais son mythe a perduré. « Des documentaires comme The Orient Express: A Golden Era of Travel permettent aux voyageurs de se remémorer l’attrait et le charme des voyages lents sur des itinéraires pittoresques », observe Alison Nicolle, spécialiste du voyage en train pour le voyagiste The Luxury Holiday Company.
De nombreux wagons de luxe modernes évoquent ce sentiment de nostalgie par leur design classique, mais mis au goût du jour. Dans certains cas, les voitures anciennes sont même restaurées, à l’instar de The Blue Jasmine, en Thaïlande. Traversant le pays en neuf jours, de Bangkok à Chiang Mai, ce train est doté de cabines couchettes japonaises des années 1960 dont le lambris en bois de noyer est mis en valeur par des carrés de soie de la marque thaïlandaise Jim Thompson. Enfin, l’une des mises en circulation les plus attendues pour 2027 est celle de l’Orient Express ramené à la vie par le groupe Accor. Ce train sera composé de 17 voitures datant des années 20 et 30.
Plutôt que de se réinventer complètement, le secteur mise plutôt sur la soif d’expériences nouvelles en des destinations inédites. « Nous assistons à une demande croissante pour les lignes ferroviaires et les destinations alternatives en plus des classiques », confie Alison Nicolle. L’année dernière, The Luxury Holiday Company a constaté une hausse de 400 % des demandes pour les trains de luxe en Espagne, pays considéré comme une destination ferroviaire émergente en raison de l’expansion de son réseau national. Bien que plus faible, la demande pour les nouvelles lignes ferroviaires dans d’autres régions du monde a également augmenté de manière significative.
Selon Alison Nicolle, cette tendance s’explique par des considérations tournant autour du surtourisme. « Bon nombre de voyageurs recherchent des destinations qui permettent de lever davantage le pied, tout en profitant d’un confort accru et d’opportunités de découverte de la nature et de la culture davantage en immersion », explique-t-elle. « Ceci contribue à expliquer l’intérêt grandissant dans des villes comme Vienne et Amsterdam, ainsi que dans les voyages en train sur de longues distances comme celui proposé par le Rocky Mountaineer au Canada ».
Résultat : des pays qui n’étaient pas associés au train commencent à avoir leur service de voyage de luxe. La touche finale est actuellement apportée au Dream of the Desert, train qui prendra du service en Arabie saoudite d’ici fin 2026 et dont l’intérieur des voitures sera orné de motifs géométriques arabes. En Égypte, l’opérateur du Guardian of the Nile, dont la mise en roulement est prévue en 2027, décrit l’expérience qu’il proposera comme une « croisière ferroviaire » dans la vallée du Nil. En Ouzbékistan, le Samarkand Express, encore en développement, devrait relier quatre villes de la route de la soie.
En parallèle, la demande pour les voyages en train proposant des expériences telles que des croisières, des soirées à l’opéra et des visites sur mesure a augmenté de 30 % l’année dernière auprès de The Luxury Holiday Company. « Plutôt que de considérer le voyage en train comme une expérience à part entière, les voyageurs organisent de plus en plus leurs vacances autour du train », souligne Alison Nicolle.
Des offres haut de gamme sont déjà en cours de conception pour répondre à cette évolution des mentalités. « Aujourd’hui, le voyage de luxe ne consiste plus à voir le plus de lieux possible ; il vise à mieux comprendre les endroits visités », indique Paolo Barletta, fondateur et PDG d’Arsenale Group, qui crée et gère des voyages en train expérientiels partout dans le monde. La Dolce Vita Orient-Express, en Italie, en est l’exemple parfait. Mis en circulation en 2025, ce train propose des voyages s’inspirant de l’Orient-Express originel qui mettent toutefois l’accent sur la conception de voyages immersifs. Pour les itinéraires sur plusieurs jours, les voyageurs peuvent prendre part à des expériences soigneusement sélectionnées, comme un concert dans les habitations troglodytes de Matera (inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO), un safari en 4x4 autour de l’Etna ou une partie de golf avec vue sur la mer Adriatique.
De retour à bord, les passagers peuvent goûter à la cuisine de Heinz Beck, le chef à la tête de La Pergola, un restaurant situé à Rome ayant obtenu trois étoiles au guide Michelin. Imaginées par Le Dimore Studio, à Milan, les cabines rappellent, avec leurs couleurs, Harlequin, un personnage type de la commedia dell’arte (un genre de théâtre italien populaire). Chaque détail de l’expérience a été soigneusement pensé pour avoir l’impression qu’il n’existe nulle part ailleurs, précise Paolo Barletta. « Lorsque les passagers se souviennent d’un voyage, ils ne doivent pas uniquement se rappeler le train. Ils doivent se remémorer la destination, les personnes rencontrées et les liens émotionnels qu’ils ont tissés tout au long du trajet », ajoute-t-il.
C’est vrai. Je me souviens très clairement des expériences que The Ghan m’a fait vivre dans les régions les plus reculées de l’Australie : le pistage de crocodiles dans les gorges de Nitmiluk et le dîner sous les étoiles à Alice Springs. Même le simple fait de descendre du train pour toucher le sol ocre s’était avéré être un moment précieux qui restera gravé à jamais dans ma mémoire. Comme l’explique Paolo Barletta, les trains de luxe du futur ne seront pas en concurrence avec les autres trains : « ils sont en concurrence avec les hôtels de luxe, les croisières d’expédition et d’autres formes de voyage expérientielles ».

Le mois d’octobre est un temps fort dans le royaume animal : en Afrique, les prédateurs sont en chasse et sur les côtes de la mer Ionienne, les bébés tortues sortent de leur nid. Chez les humains, c’est une période marquée par de somptueuses célébrations en l’honneur des morts. Le soleil est encore là et les chances de voir des aurores boréales augmentent. Découvrez notre sélection de destinations pour les vacances de la Toussaint, qui sauront ravir, émerveiller et inspirer les enfants.
Température maximale moyenne : 30 °C
Temps de vol depuis la France : 10 h 30
Rares sont les pays à avoir autant à offrir sur une superficie aussi petite que le Sri Lanka. L’intérieur de l’île abrite des villes anciennes telles qu’Anuradhapura et Dambulla, ainsi qu’une jungle luxuriante. Vous trouverez des troupeaux d’éléphants dans tout le pays, ainsi qu’une population florissante de léopards dans le sud. Non loin de la côte bordée de sable et de palmiers, des baleines bleues viennent se nourrir dans les eaux riches en plancton, tandis que les dauphins s’amusent dans les vagues. Les enfants adoreront se déplacer d’un endroit à l’autre à bord de tuk-tuks colorés et en train le long de la côte du sud-ouest, les embruns de l’océan Indien venant se poser sur les fenêtres du train.
Y partir : Explore propose une excursion en famille de neuf jours à la découverte des incontournables du Sri Lanka à partir de 1 247 € par personne, vol inclus.
Température maximale moyenne : 20 °C
Temps de vol depuis la France : 1 heure
Enfilez votre gilet de sauvetage et naviguez sur le Canal du Rhône à Sète, un canal qui longe la côte méditerranéenne à l’est de Béziers. Vous pourrez piloter un bateau et dormir à bord de celui-ci, mais aussi profiter en famille des parcs aquatiques de la région, du minigolf et du parc de loisirs sur le thème des dinosaures au Cap d’Agde. Vous pourrez aussi prendre le soleil sur les immenses plages vides de la région, comme celles de Mèze, Vias et La Grande-Motte. Et pour divertir les enfants, rien de tel que de les mettre au défi de trouver en premier des flamants roses et les troupeaux de chevaux blancs natifs de la Camargue.
Y partir : Le Boat propose un séjour tout inclus de 7 nuits, jusqu’à 5 personnes, sur un bateau sans permis (aucune expérience requise) à partir de 800 €, vol non inclus.
Température maximale moyenne : 3 °C
Temps de vol depuis la France : environ 3 heures
L’automne est la période la plus propice pour avoir une chance d’observer les aurores boréales dans la région de la Laponie, en Finlande. Et il n’existe pas de meilleur endroit pour les voir avec des enfants que dans les cabanes en bois et à la toiture en verre de l’Arctic SnowHotel, au nord de Rovaniemi. Fin octobre, la neige pourrait être présente aux alentours de la ville, mais si vous vous aventurez un peu plus dans le cercle arctique, vous trouverez des activités qui réjouiront les enfants de tout âge, comme des balades en chien de traîneau à travers les étendues sauvages boisées du nord. Faites un arrêt dans le village du père Noël pour le rencontrer avant l’arrivée de la foule de décembre.
Y partir : Nordic Visitor propose un séjour de cinq jours en Laponie pour voir les aurores boréales à partir de 1 200 € par personne, vol non inclus.
Température moyenne maximale : 13 °C
Temps de vol depuis la France : 3 heures
Situé au centre de la Roumanie, le château médiéval de Bran stimule l’imagination de manière macabre, en particulier à l’approche d’Halloween, lorsqu’il joue beaucoup de ses liens avec Dracula. Mais loin de la fiction, la Transylvanie est une région bucolique abritant des villages préservés et des vieilles villes aux façades couleur pastel, et regorgeant d’activités pour les enfants. Vous pourrez notamment vous adonner à la randonnée, à l’escalade et à la tyrolienne dans les gorges jurassiques et les cascades du canyon des sept échelles, en périphérie de Brașov. Le plan d’eau de loisirs et les manèges de Turda, qui sont dissimulés dans les chambres caverneuses d’une mine de sel du 13e siècle, valent aussi le détour.
Y partir : Families Worldwide propose un séjour de huit jours sur le thème d’Halloween à partir de 1 105 € par personne, vol non inclus.
Température moyenne maximale : 28 °C
Temps de vol depuis la France : 12 heures
Un million de gnous prennent part à la Grande migration à travers les plaines immenses du nord du Serengeti. Ils quittent le Kenya, au sud, à la recherche d’eau et de pâturage, suivis par les prédateurs. En plus de s’adonner à l’observation de la faune, les familles peuvent apprendre les techniques de survie des Hadzas, les hommes du bush du lac Eyasi, participer à des ateliers de peinture traditionnelle et camper à la belle étoile. Après toutes ces activités, les enfants et les adultes apprécieront de se détendre à Zanzibar, l’île aux épices, au bord des eaux étincelantes de l’océan Indien, les pieds dans un sable si doux qu’il semble fondre sous vos pas.
Y partir : Stubborn Mule Travel propose un séjour safari et plage en Tanzanie de 15 jours à partir de 4 295 € par personne, vol non inclus.
Température maximale moyenne : 26 °C
Temps de vol depuis la France : 15 heures
C’est une explosion de couleurs tapageuses qui se produit dans les rues pavées d’Oaxaca, dans le sud du Mexique, à l’approche du Día de los Muertos (le Jour des morts) les 1er et 2 novembre. Malgré son nom morbide, il s’agit d’une fête célébrant la vie. Au programme : processions dansantes, décors floraux et autels des morts somptueusement décorés, comme dans Coco, le film de Disney. Les familles grignotent des biscuits en forme de crâne recouverts de glaçage tandis que des fêtards déguisés en squelettes paradent dans la ville. Les ruines voisines du Monte Alban, une cité zapotèque abritant d’imposants temples en pierre et perchée au sommet d’une colline, vous feront remonter le temps.
Y partir : G Adventures propose un séjour de sept jours sur le thème du Jour des morts à Oaxaca à partir de 1 830 € par personne, vol non inclus.
Température maximale moyenne : 22 °C
Temps de vol depuis la France : 3 heures
De jour, les eaux turquoise de cette île grecque contrastent avec le sable doré et séduisent les voyageurs, qui s’y adonnent à la plongée avec tuba, au paddle et au kayak. Plus dans les terres, les enfants adoreront faire une balade à cheval sur les sentiers montagneux qui traversent des oliveraies centenaires. À la nuit tombée, l’île voit des bébés tortues caouanne sortir de leur nid dans le sable et rejoindre à toute vitesse la mer. Les familles peuvent participer à une initiative de conservation locale en nettoyant les plages, en recensant le nombre de tortues et en protégeant les nids pour maximiser les chances de survie des couvées.
Y partir : Natucate propose des expériences de bénévolat de six jours en famille à partir de 647 €, vol et logement non inclus.

À Rome, où chaque restaurant promet une « véritable » carbonara ou une pizza « classique », la recherche de l’authenticité peut sembler insaisissable. Les voyageurs s’aventurent rarement au-delà du centre historique de la ville, où ils dégustent de grands classiques de la cuisine romaine dans des trattorias dont le menu est écrit en anglais. Mais pour découvrir réellement les saveurs de la ville, faites comme les locaux et mettez-vous en quête d’adresses de qualité dans les coins les plus calmes de Rome. Entre trattorias contemporaines et cavistes, nous vous avons sélectionné neuf des meilleures adresses où manger à Rome, des établissements appréciés des locaux.
Idéal pour : les plats classiques avec une touche de modernité
Depuis son ouverture en 2017, Santo Palato est devenu l’une des meilleures trattorias de la capitale, un lieu où l’on fait la part belle aux classiques romains, mais aussi aux plats créatifs. L’établissement a changé d’adresse en mars dernier, quittant son petit restaurant de San Giovanni pour un espace plus grand situé à Porta Metronia. Le lieu affiche un style résolument plus design avec ses murs orange vif, ses élégants luminaires suspendus et sa cuisine vitrée. Malgré cette décoration contemporaine, l’esprit du lieu reste le même. Les chaises et les petites tables en bois lui confèrent une allure de bistrot, tandis que le menu met à l’honneur les plats romains. Pour vous ouvrir l’appétit, optez pour l’une des meilleures trippa alla romana de la ville, des tripes à la romaine braisées et servies avec une sauce onctueuse à la tomate et du pecorino. Ne manquez pas non plus les pâtes à la carbonara maison, qui sont absolument décadentes. Les plats du jour valent également le détour, comme les spaghettis alla chitarra servies avec du ragoût de canard ou encore la cervelle de veau frite accompagnée d’une mayonnaise corsée au foie de mulet.
Idéal pour : les petites assiettes
Niché dans une petite rue calme de Trastevere, ce petit bar à vin (ou enoteca) au cadre intime et à l’éclairage tamisé se dissimule dernière de lourdes portes doubles sur lesquelles sont inscrites les lettres « VI » et « NO » pour « vino » (vin). L’établissement ne compte que 16 places assises, au bar ou autour de tables hautes. Les habitués du restaurant viennent saluer le jeune chef Mirko Pelosi au bar avant de s’installer pour dîner, au son des vinyles sélectionnés avec soin. S’appuyant sur ses expériences dans les meilleurs restaurants étoilés et avant-gardistes d’Europe, Mirko Pelosi a concocté un menu de petites assiettes créatives ainsi qu’une carte de vins naturels. Si les plats sont solidement ancrés dans la cuisine italienne, ils s’inspirent aussi d’autres régions du monde. D’inspiration japonaise, le plat à base de thon cru, par exemple, se compose de tranches de sashimi posées sur une vignerola, un ragoût de légumes de printemps romain. Le ragoût d’agneau est lui servi avec d’épais pains pitas grillés originaires du Moyen-Orient. Ne manquez pas la bottarga fumée (poutargue fumée), qui est servie tranchée et surmontée d’amandes crues au vinaigre.
Idéal pour : les amateurs de décontraction
Pour bon nombre d’entre nous, Rome est plutôt évocatrice de trattorias rustiques que d’établissements minimalistes en passe de décrocher des étoiles au Guide Michelin. Pourtant, c’est exactement ce que propose cette adresse située à côté du Panthéon. Ici, les couloirs sont moroses et les chefs travaillent sous des projecteurs derrière des rideaux rouges semi-translucides dans l’une des cuisines les plus enthousiasmantes de la ville. Le menu associe quelques éléments de base, comme la terrine de queue de bœuf ou les spaghettis verts, à des spécialités telles que le risotto à l’ail noir et à l’anguille ou encore le magnifique katsu sando à l’artichaut. Le restaurant est très apprécié des buveurs de vin avertis grâce à sa carte de plus de 90 vins pouvant tous être servis au verre. S’ils proviennent majoritairement d’Italie, il y a aussi quelques bouteilles issues d’autres pays. Si vous recherchez un endroit plus décontracté, rendez-vous au Retrovino, le bar à vin de l’établissement, situé à l’arrière du restaurant. Installez-vous au comptoir ou restez dans la rue, un verre à la main. Les plats du restaurant y sont également disponibles.
Idéal pour : boire un verre dans un lieu décontracté
Situé juste à côté d’une fête foraine qui a subi les affres du temps, Fischio est un bar installé dans un kiosque réputé pour son atmosphère décontractée. Cette adresse secrète du quartier qui s’étend sur le trottoir sert l’un des meilleurs cafés de la ville, en partie grâce à sa dernière recrue : le barista star de LOVE, une boulangerie voisine connue dans tout Rome pour son café et ses pâtisseries. En fin de journée, une ambiance de dolce vita règne chez Fischio. Sa courte carte des vins bien pensée et son emplacement propice à l’observation des passants et de la vie du quartier en font un endroit idéal pour siroter un verre de vin pétillant naturel.
Idéal pour : une part de pizza
Il n’est pas rare de voir les touristes faire la queue pour acheter une part de pizza à Rome. Fort heureusement, la ville compte suffisamment de bonnes adresses pour éviter les foules. Oubliez le célèbre Forno Roscioli et dirigez-vous plutôt vers le cirque Maxime pour essayer les plus fines et plus croustillantes, mais tout aussi bonnes, parts de pizzas de chez Fratelli Trecca. Nos préférées sont la rossa con l’erbetta (marinara avec une sauce au persil) ou la cipolle e cipolle, une pizza blanche garnie de deux types d’oignons finement tranchés et légèrement dorés. Pour le déjeuner ou le dîner, le menu s’élargit pour inclure des garnitures à base de charcuteries italiennes classiques ou d’autres pizzas spéciales, comme celle à la langue de bœuf et à la salsa verde ou encore la rustique coppa di testa (fromage de tête de cochon) à la chicorée. À 2,50 € la part, c’est l’option idéale pour se faire plaisir à moindre coût. Pensez à accompagner votre pizza d’une pinte de Raffo, une bière des Pouilles servie en pression, ou d’un verre de vin naturel.
Idéal pour : les amateurs de terrasses
Ancien quartier ouvrier, Pigneto est devenu la référence chez les jeunes romains souhaitant boire un verre loin de l’agitation des quartiers plus connus comme Trastevere. Au cœur du quartier se trouve Necci, un bar/café décontracté idéal pour un apéritif en plein air. L’établissement sert, dans sa cour aux murs tapissés de jasmins, de très bons vins, des cocktails maison, des plats typiquement italiens comme la bucatini all’amatriciana (un plat simple composé de pâtes à la tomate et au porc) et d’autres originaires d’autres pays comme des escalopes à la viennoise et des cheesecakes aux fruits des bois. Le dimanche, lorsque le soleil est au rendez-vous, nombreux sont les clients à y faire un brunch, sirotant des cappuccinos sous les arbres en mangeant des cornetti, des pâtisseries fourrées à la configure d’abricot, ou des amandiers à la poire et aux pépites de chocolat.
Idéal pour : les fromages locaux
Situé juste au début du quartier juif, ce temple du fromage abrite une poignée de petites tables faisant face à un long comptoir en verre regorgeant de produits. Vous y trouverez des morceaux dorés de Parmigiano Reggiano, des meules de tommes de montagne ainsi que des fromages régionaux moins connus, comme le blu dolce di capra, un bleu de chèvre crémeux au goût acidulé. Vous pourrez également y acheter du vin, dont bon nombre sont issus de variétés à faible intervention. N’hésitez pas à solliciter les fromagers : ils se feront un plaisir de vous composer un plateau de fromages. Il vous suffit de leur indiquer la quantité que vous souhaitez (200 g, 300 g ou plus) et ils choisiront plusieurs options adaptées à vos goûts et au vin de votre choix. Si vous souhaitez rapporter du fromage à la maison, optez pour un morceau de leur pecorino Romano bien affiné.
Idéal pour : faire ses courses
Situé à quelques encablures au nord du Vatican, ce marché alimentaire est le plus grand et le plus enthousiasmant de la ville. À la place des touristes munis de leur appareil photo, vous y croiserez des locaux en train de faire leurs courses. Sur les étals de ce bazar de quartier profondément romain, vous trouverez principalement de quoi préparer de bons petits plats, comme des raviolis artisanaux soigneusement emballés, des tubes de ricotta fraîche et des tresses d’ail. Mais à Il Pescatorio, une poissonnerie sans prétention située à côté de la sortie Via Andrea Doira, vous pourrez vous installer sur un tabouret de bar pour déguster des salades de poulpe épicées, des sashimis de thon et de la parmigiana di melanzane à l’espadon. Testez les maretozzos, la version revisitée aux fruits de mer d’Il Pescatorio des fameuses maritozzi, ces brioches à la crème typiques de Rome.
Idéal pour : un gelato et un café
Otaleg a pendant longtemps été encensé pour ses gelatos follement créatifs, qui associent des ingrédients de saison à la précision d’un chef au génie fou. La plupart des clients viennent pour une glace, mais c’est derrière le comptoir que se cache le secret d’Otaleg. À son adresse de Monteverde, le meilleur barista d’Italie en 2022 et 2023, Gianni Olimpo, sert des cafés très aromatiques coulés à partir de grains soigneusement choisis. Qu’il s’agisse d’un pour-over (café filtre), d’un Chemex ou d’un expresso classique, chaque tasse est préparée avec le plus grand soin. Associez un cappuccino à la mousse parfaite avec un cornetto décadent au sabayon pour un rituel matinal unique.
Situé à quelques pas de la Piazza del Popolo, cet hôtel Relais & Châteaux occupe un bâtiment rénové datant du 17e siècle qui a notamment servi d’établissement scolaire pour filles orphelines. Les chambres sont décorées de velours colorés et de meubles italiens contemporains, tandis que les espaces publics de l’hôtel abritent des œuvres d’artistes comme Andy Warhol et le sculpteur Arnaldo Pomodoro. Mais le clou du spectacle est la nourriture. Le petit-déjeuner se compose de charcuterie en quantité, comme des bouchées fondantes de mortadelle et du prosciutto gras à souhait, ainsi que de viennoiseries, notamment des spécialités italiennes comme les maritozzi, des brioches fourrées à la crème. San Baylon, le restaurant gastronomique dirigé par le chef Christian Spalvieri et mentionné dans le Guide Michelin, propose une cuisine italienne revisitée et raffinée en mettant l’accent sur les produits, comme l’huile d’olive obtenue à partir des propres oliveraies du Palazzo Ripetta situées sur les monts Albains volcaniques, au sud-est de Rome. Vous pouvez aussi dîner sur la piazzetta verdoyante de l’hôtel et prendre l’apéritif tout en admirant la vue sur Rome depuis le bar situé sur le toit de l’établissement, Etere. Chambres doubles à partir de 550 €, petit-déjeuner inclus.

Tranquille, préservée et souvent méconnue, découvrez la facette la plus douce de la Côte d’Azur. Vence arbore l’héritage artistique d’Henri Matisse et de Marc Chagall. La Turbie, quant à elle, porte encore le poids de l’ambition romaine avec son monument antique qui surplombe le paysage. Enfin, à Roquebrune-Cap-Martin, visions modernistes et mythes médiévaux se partagent les mêmes falaises baignées de soleil.
Nichée dans les collines ondoyantes qui s’étendent de la Méditerranée aux Préalpes, Vence n’est pas une ville tape-à-l’œil. Sa périphérie peut sembler peu attrayante, avec pour comité d’accueil une étendue d’immeubles d’habitation ordinaires. Il faut toutefois vous aventurer au-delà du rond-point et pénétrer dans le centre historique, où la ville commence à révéler ses secrets. Enfermés dans des murs médiévaux en grande partie intacts, ses galeries d’art, ses boutiques et ses cafés avec terrasse font partie de la trame tissée par des siècles d’histoire.
Steve Wilkison, originaire de Californie, qui s’est installé à Vence en 2016 et propose désormais des visites guidées de la ville, le comprend bien. « Bien que près de 20 000 personnes vivent ici, on a l’impression d’être dans un village, avec des rues sinueuses, des marchés animés et un riche passé romain », partage-t-il. « Faites une randonnée sur le baou des Blancs, explorez les villages aux alentours ou participez aux fêtes locales qui célèbrent l’héritage profond de Vence. »
L’un des temps forts de la visite de Steve est le passage à la cathédrale Notre-Dame de la Nativité, la plus petite cathédrale du pays, qui a pris sa forme définitive à partir du 11e siècle. Construite sur les ruines d’un temple romain, elle est ornée d’une mosaïque de Marc Chagall. Place Clemenceau, les vestiges sont encore visibles au niveau du mur extérieur ouest de la cathédrale.
Le monument le plus célèbre de Vence, la chapelle du Rosaire, est une petite chapelle conçue et décorée par l’artiste Henri Matisse. En mauvaise santé et craignant l’occupation de Nice par les nazis, il s’est retiré à Vence en 1943. Matisse a vécu à la villa Le Rêve où il a commencé ce qu’il appelait sa « seconde vie », une période prolifique durant laquelle il a expérimenté de nouvelles formes d’art, comme ses désormais célèbres papiers découpés.
Recouverte de tuiles bleues et blanches qui brillent sous les rayons du soleil, la chapelle du Rosaire est considérée comme un chef-d’œuvre de l’art religieux du 20e siècle. Des vitraux aux teintes bleues, vertes et jaunes inondent les murs blancs d’une lumière changeante. Depuis les jardins environnants, la ville se dévoile en petites strates, telle que Raoul Dufy l’a immortalisée dans son tableau Vence.
Voyager vers l’est depuis Vence vous mènera à La Turbie, un village perché bien au-dessus de la Méditerranée et situé au nord de Monaco. L’imposant trophée d’Auguste domine le paysage et offre un aperçu de la majesté et de l’ingénierie de l’Empire romain. Également connu sous le nom de Tropaeum Alpium, ce superbe monument a été érigé entre 7 et 6 avant J.-C. pour célébrer la victoire de l’empereur Auguste sur les peuples alpins et sa Pax Romana, soit littéralement la « paix romaine ».
En partant de ses ruines, une petite marche vous mènera au cimetière de La Turbie, situé au sommet d’une colline. Une fois sur place, celles et ceux qui ne se doutent de rien seront récompensés de leurs efforts par des vues panoramiques sur les Préalpes et la mer Méditerranée. La Monaco glamour, en contrebas, semble assez proche pour être touchée, étincelante avec ses gratte-ciel de verre et d’acier, ainsi que ses yachts de luxe ancrés dans le port Hercule.
Les ruelles pavées du village médiéval de La Turbie sont délicieusement paisibles, avec leurs maisons aux volets couleur miel et leurs chats endormis étendus au soleil. Les foules de touristes qui envahissent des communes comme celles d’Eze ou encore de Villefranche-sur-Mer semblent ne pas avoir conscience du charme de ce village tranquille, ainsi que du réseau de sentiers de randonnée et de pistes cyclables qui serpentent dans les collines aux alentours.
Le village se trouve au point le plus élevé de la Grande Corniche, une route panoramique construite sous le règne de Napoléon Bonaparte au début des années 1800. Le parc naturel départemental de la Grande Corniche offre des sentiers bien entretenus et des points de vue exceptionnels, ce qui en fait un lieu incontournable pour les personnes amoureuses de la nature. La Tête de Chien est un promontoire rocheux qui s’impose comme l’un des sites préférés de la population locale.
À l’est de Monaco, ancrée sur le flanc d’une montagne rocheuse, Roquebrune-Cap-Martin constitue un lieu de pèlerinage pour les personnes amatrices d’architecture. Des guides de Cap Moderne possédant de solides compétences vous emmèneront le long de la promenade du front de mer qui porte le nom du controversé mais brillant architecte Le Corbusier, qui a passé les dernières années de sa vie près de cette eau avant de se noyer tragiquement dans la Méditerranée en 1965.
Son humble lieu de retraite en bord de mer, une cabane en bois d’à peine 15 mètres carrés, appelée le Cabanon, peut être visité. À côté, une structure bien plus élégante s’élève : la villa E-1027, conçue par Eileen Gray, architecte et designeuse mobilier pionnière qui est devenue célèbre au début du 20e siècle.
Cette villa est un symbole des débuts du modernisme. Elle suit les cinq points de l’architecture moderne de Le Corbusier : des pilotis, un toit-jardin, de grandes fenêtres en longueur, un plan libre et une façade libre. Restaurée avec soin et ouverte au public en 2021, elle continue d’attirer architectes, artistes et esthètes près d’un siècle après avoir été achevée.
Le village médiéval de Roquebrune-Cap-Martin est niché dans les falaises qui s’élèvent depuis la mer. Interdit aux voitures, il est accessible en bus ou par un escalier escarpé qui grimpe depuis la route principale, tel un défi lancé à quiconque souhaiterait le visiter. Ses gracieux porches voûtés et ses murs couverts de fleurs constituent le cadre des ruines d’un château datant du 10e siècle, l’un des plus anciens de France. Autrefois propriété de la puissante dynastie Grimaldi, puis vendu à un riche Anglais, il a été restitué à la ville de Roquebrune-Cap-Martin en 1921. Le paysage qui se dévoile depuis ses remparts est sensationnel : Monaco et la France à l’ouest, l’Italie à l’est, et une palette de bleus méditerranéens à perte de vue.

Le folklore, les légendes et les récits inquiétants donnent le ton du mois d’octobre. Qu’il s’agisse des célébrations enflammées du Samhuinn Fire Festival en Écosse (31 octobre) ou de road trips hantés à travers la Roumanie, les expériences qui donnent des frissons ne manquent pas. Alors que les couleurs automnales attirent les voyageurs vers des lieux comme Central Park à New York, les voyages hors saison et les fleurs du printemps attirent vers l’hémisphère Sud. Soyez parmi les premiers à parcourir les sentiers de glace récemment rouverts de Patagonie ou découvrez la scène gastronomique argentine à l’occasion de Bariloche a la Carta (du 5 au 12 octobre). L’Égypte est idéale pour prolonger un peu l’été, de même que Madagascar, qui abrite une nouvelle génération de lémurs cattas.
Température : 15 à 17 °C
Idéal pour : une escapade urbaine
Qu’il s’agisse d’admirer les feuilles dorées des arbres à Central Park, de savourer un café aux épices et un roulé à la cannelle, ou de passer des après-midis cosy à l’intérieur, l’automne à New York est le moment idéal pour découvrir la ville sous un nouveau jour. C’est également la période parfaite pour profiter de prix plus abordables et d’une multitude d’événements.
L’Off-Broadway Week (du 5 au 18 octobre) propose deux billets pour le prix d'un pour de nombreux spectacles et pièces de théâtre, dont la comédie policière à succès The Play That Goes Wrong.
Les voyageurs curieux pourront aussi pousser les portes habituellement fermées au public lors de l’Open House New York Weekend (du 16 au 18 octobre), au cours duquel 300 sites généralement inaccessibles proposent visites et activités : les jardins sur les toits du Rockefeller Center, le River Project Wetlab du Hudson River Park ou encore le New York Sign Museum.
Pour des soirées scintillantes en ville, essayez le New York Burlesque Festival (du 2 au 4 octobre), où les spectateurs peuvent assister à des spectacles de drag et de cabaret.
COMME LES LOCAUX
Découvrez les récoltes d’automne lors d’une visite-dégustation à Brooklyn Grange, l’une des premières fermes sur toit cultivées en pleine terre de New York. Vous pourrez y déguster des carottes et des radis fraîchement récoltés tout en profitant d’une vue imprenable sur la skyline emblématique de la ville à l’heure dorée.
Température : 24 à 33 °C
Idéal pour : l’observation de la faune
Les dernières semaines de la saison sèche font de cette île tropicale située au large de la côte orientale de l’Afrique un havre de paix luxuriant, et ce mois-ci, sa faune en pleine période de reproduction. C'est notamment la période de mise bas pour les lémurs catta : les fiers parents et leurs petits aux grands yeux peuvent être observés dans le parc national de l’Isalo. Les caméléons, les geckos et les grenouilles sortent de leur période de dormance avec l’arrivée du printemps dans des régions comme Andasibe-Mantadia et le parc national de Ranomafana.
Ailleurs, les rues et les hauteurs d’Antananarivo, la capitale malgache, se parent des fleurs des jacarandas en pleine floraison. C’est également la période idéale pour admirer les imposants baobabs se détachant sur de spectaculaires couchers de soleil à l’emblématique allée des Baobabs.
COMME LES LOCAUX
Les tabous, ou fady, régissent de nombreuses interactions de la vie quotidienne. Dans certaines régions, ils peuvent concerner des aliments interdits ; dans d’autres, le simple fait de montrer une tombe du doigt. Renseignez-vous auprès d’un habitant ou d’un guide afin d’éviter les faux pas culturels.
Température : 14 à 23 °C
Idéal pour : la gastronomie et l’observation des oiseaux
Octobre marque l’arrivée du printemps en Patagonie argentine, où les prairies d’altitude se couvrent d’une mosaïque de fleurs sauvages. Les sentiers du parc national Los Glaciares rouvrent pour la saison, offrant des conditions idéales pour la randonnée, tandis que des espèces d’oiseaux comme moucherolle à queue large peuvent être observées dans les marais de l’Iberá, le plus vaste écosystème d’eau douce du pays.
Ailleurs en Patagonie, le plus grand salon gastronomique de la région attire les voyageurs les plus gourmands à San Carlos de Bariloche. Cours de cuisine, dégustations et menus exclusifs imaginés par certains des chefs les plus réputés du pays sont au programme de Bariloche a la Carta (du 5 au 12 octobre), une semaine qui s’annonce paradisiaque pour les gastronomes. Le tout se déroule avec pour décor le lac glaciaire Nahuel Huapi et les sommets andins.
Pendant ce temps, à Buenos Aires, les fleurs en trompette des jacarandas colorent les rues de vives nuances de bleu saphir.
COMME LES LOCAUX
La fête des Mères est célébrée en Argentine le 18 octobre et de nombreux habitants de la capitale se rendent dans la roseraie de la Plaza Holanda pour un pique-nique. Emportez des empanadas de La Cocina, une institution discrète mais légendaire de Buenos Aires, incontournable depuis 1977.
Température : 9 à 13 °C
Idéal pour : les expériences occultes
Alors que l’air se rafraîchit en octobre, l’Écosse se prépare à célébrer Samhuinn (le 31 octobre), la version gaélique d’Halloween. Cette ancienne fête des récoltes marque l’entrée dans les mois les plus sombres de l’année et, selon les croyances locales, ouvre les portes menant vers d’autres mondes. Qu’il s’agisse du Witchy Bazaar de Glasgow (le 4 octobre), un marché couvert consacré à l’occultisme, ou des chasses aux fantômes au château de Fyvie, vieux de 800 ans, les événements à thème ne manquent pas. Le Samhuinn Fire Festival compte parmi les plus grandes festivités et se tient dans la capitale écossaise. C’est sur la colline volcanique de Calton Hill, à Édimbourg, que des centaines de cracheurs de feu, percussionnistes et artistes mettent en scène un spectacle de flammes gigantesques jusque tard dans la nuit.
Autre option : partez explorer les rochers noyés de brume, les lochs et les cascades de l’île de Skye. Avec un peu de chance, vous pourrez même assister à l’une des premières apparitions des aurores boréales de la saison dans des lieux comme Rubha Hunish ou Glendale.
COMME LES LOCAUX
Si la livre sterling est utilisée dans tout le Royaume-Uni, les billets en circulation en Écosse sont émis par la Bank of Scotland. Même s’ils ont cours légal dans l’ensemble du Royaume-Uni, certains commerces, petits restaurants et cafés situés au sud de la frontière, ainsi que certains bureaux de change à l’étranger, peuvent refuser de les accepter. Il est donc préférable d’échanger votre argent liquide avant votre départ.
Température : 26 à 33 °C
Idéal pour : des aventures au cœur de l’Antiquité
En octobre, les chaleurs extrêmes du désert égyptien commencent à s’atténuer, offrant des conditions plus agréables pour explorer les sites archéologiques emblématiques du pays, au Caire, à Louxor et à Assouan. Cette courte période de transition s’accompagne également de tarifs légèrement plus avantageux et d’une fréquentation moindre.
Admirez la plus vaste collection au monde d’objets de l’Égypte antique au Grand Musée égyptien, ouvert en novembre 2025 après deux décennies de travaux.
Vous pouvez également mettre le cap sur le sud de l’Égypte, où le Festival du Soleil d’Abou Simbel, organisé deux fois par an (les 22 octobre et 22 février), invite les visiteurs à découvrir un remarquable exploit d’ingénierie égyptienne. Au lever du Soleil, ses rayons s’alignent parfaitement avec une ouverture menant au sanctuaire intérieur du Grand Temple d’Abou Simbel, baignant la plupart des statues qu’il renferme dans une lumière dorée. Prolongez l’expérience en assistant au défilé de danses et de musiques traditionnelles organisé devant le temple.
COMME LES LOCAUX
L’Égypte a une culture du pourboire appelée baksheesh. Gardez toujours sur vous des petits billets afin de les remettre discrètement de main à main. Déposer un pourboire sur une table ou donner des pièces peut parfois être considéré comme impoli.
Température : 13 à 19 °C
Idéal pour : les road trips culturels
Octobre est le dernier mois durant lequel la Transfăgărășan, une route de 90 kilomètres qui serpente à travers les sommets et les vallées du sud des Carpates, est entièrement ouverte aux visiteurs (le reste de l’année, les moutons et les ours bruns en ont l’exclusivité). C’est à l’automne qu’elle offre les paysages les plus spectaculaires, lorsque les forêts se parent de teintes ambrées.
Pour ceux qui souhaitent s’immerger pleinement dans l’histoire et la culture mystérieuses de la Roumanie, la Transylvanie est un terrain d’exploration idéal. Marchez sur les traces du comte Dracula en visitant le célèbre château de Bran, surnommé le « château de Dracula » en raison de sa ressemblance avec la demeure du vampire transylvanien fictif, avant de rejoindre la ville voisine de Brașov pour découvrir son Église Noire.
Vous pouvez également suivre la Transfăgărășan jusqu’à l’est du pays pour vous promener dans la forêt de Hoia-Baciu, réputée pour ses nombreux sentiers de randonnée accidentés, ses arbres tortueux et les récits paranormaux qui l’entourent.
COMME LES LOCAUX
Le kürtőskalács, ou « gâteau cheminée », est une spécialité incontournable. Disponible toute l’année, il se déguste particulièrement bien lors des fraîches après-midis d’automne. On le trouve facilement sur les marchés de street food ainsi qu’aux stands installés à proximité des principales attractions touristiques.

« C’est une vieille niche pour chien moisie et minable. C’est absolument dégoûtant. Je pense que pas plus de dix personnes s’y rendent par an. »
C’est ainsi que Carol Exton décrit le Jacs Flat Bivvy, une cabane de bois et d’étain installée dans une forêt dense au fond d’une vallée sombre de Nouvelle-Zélande. Elle est si petite qu’il faut se pencher pour pouvoir y rentrer. Pourtant, des 1 000 refuges de randonnée du pays gérés par le gouvernement, celui-ci est son préféré. C’est le genre de lieu qui inspire ses aventures de trekking, et qui incarne les traditions de la culture néo-zélandaise de la randonnée.
En effet, dans ce pays célèbre pour ses montagnes vertigineuses et ses côtes accidentées, la randonnée est un véritable mode de vie. Les refuges bordent près de 15 000 kilomètres de sentiers publics en Nouvelle-Zélande, offrant un cadre idéal pour l’exploration.
Tous les refuges ne sont pas des logements basiques à deux couchettes comme le Jacs Flat. Certains, perchés sur des crêtes alpines surplombant des glaciers, sont de véritables merveilles d’architecture. Nombre d’entre eux ont été construits il y a plus de 100 ans, et sont les sentinelles des forêts tropicales anciennes et des plages dorées de leurs régions. Au travers des noms et des messages des anciens randonneurs gravés sur leurs murs au fil des décennies, ces refuges sont des témoins du passage de l’Histoire.
Il n’est donc pas étonnant que ces lieux, dont beaucoup sont gratuits ou ne coûtent qu’un prix symbolique, motivent le genre de dévotion qui peut encourager des personnes comme Carol Exton à vouloir visiter tous les refuges du pays.
Les refuges sont apparus pour la première fois dans les régions reculées de Nouvelle-Zélande à la fin des années 1880. Les éleveurs de moutons les ont construits dans les contreforts herbeux des Alpes du Sud en utilisant les pierres de la région. Les chercheurs d’or, quant à eux, ont construit des cabanes en tôle sur les berges des rivières. Certains ont même été érigés sur des côtes désolées pour servir de refuges aux naufragés de navires engloutis par les eaux.
Ces abris ont émergé en plus grand nombre encore au milieu du 20e siècle, à la suite des dégâts écologiques causés par les cerfs, les chamois et autres animaux relâchés par les colons européens pour que la Nouvelle-Zélande ressemble davantage à « leur maison ». Dans les décennies qui ont suivi, des abatteurs professionnels ont éradiqué des centaines de milliers de ces animaux et ont laissé derrière eux six cabanes à couchettes dans certaines des zones les plus isolées du pays.
D’autres cabanes ou huttes sont nées de circonstances plus étranges. Le long de la côte sud accidentée du Fiordland, dans une grotte marine située à peine plus haut que la surface, se trouve une cabane à cinq couchettes construite par un homme qui s’appelait Owen West. Surnommé « Westy », il s’est retrouvé à cet endroit au milieu des années 1980 après avoir sauté d’un bateau de pêche suite à une dispute. Selon la légende, il aurait nagé à travers de redoutables vagues pour atteindre le rivage, où il aurait récupéré des débris de la mer pour construire sa nouvelle demeure.
Certains refuges ont également abrité des personnes en cavale. Ellis Hut, dans le parc forestier de Ruahine, porte le nom de Jack Ellis, un meurtrier présumé qui s’y est caché pour fuir les autorités en 1904. Asbestos Cottage, dans le parc national de Kahurangi, était autrefois la maison d’une femme qui avait fui son mari violent. Elle s’est réfugiée dans cette planque de montagne avec son amant en 1914, et y a vécu pendant trente ans.
De nombreux refuges ont servi d’écoles, de cabanes pour des gardiens de phare et de maisons, et tous ont été convertis pour être utilisés par le public. Lorsque le ministère de la Conservation (DOC) a été créé et a ainsi hérité de la totalité du réseau des refuges en 1987, des centaines de ces cabanes étaient déjà éparpillées dans les montagnes de Nouvelle-Zélande.
Les récits de leurs origines, combinés aux caractéristiques architecturales de chacun de ces refuges, participent à l’histoire et au charme qui font de la randonnée en Nouvelle-Zélande une activité aussi attrayante.
Brian Dobbie, 64 ans, a travaillé dans l’équipe chargée de gérer le réseau des refuges depuis la création du DOC. Au cours des trente-quatre dernières années, il a vu toutes sortes de cabanes, dont une peinte en violet vif avec des fleurs orange, où il a passé une nuit mémorable dans les années 1980.
Selon lui, les refuges du DOC étant toujours ouverts et accessibles à tous, ils favorisent une certaine convivialité entre étrangers. Il se souvient d’un voyage au cours duquel une pluie torrentielle l’avait poussé, lui et des dizaines d’autres personnes, à quitter leurs tentes inondées pour se mettre à l’abri dans un petit refuge. « À un moment, nous étions trente dans cette hutte à six couchettes », dit-il. « Nous n’avions même pas un mètre carré chacun. » Ils s’en sont joyeusement accommodés.
Tout cela fait partie du charme, selon Dobbie. Même le plus modeste des refuges peut revêtir une signification qui va bien au-delà de son toit en tôle ondulée et de ses murs en bois. Ils deviennent des lieux de connexion et d’introspection, des endroits où l’on crée des souvenirs et où l’on savoure des plaisirs simples.
Les registres racontent les histoires des randonneurs qui sont passés par là. Dans les refuges moins fréquentés, les plus populaires, les registres peuvent remonter à des années, avec seulement une poignée d’entrées enregistrées sur une période de douze mois. Et ils ne sont pas tous faits de papier. « Le registre du Jacs Flat Bivvy, c’est la porte » sur laquelle les voyageurs ont griffonné leurs noms avec quelques courtes phrases pour décrire leurs destinations et leurs objectifs, décrit Exton.
Grâce à cette tradition, certains refuges donnent lieu à des découvertes surprenantes. Sur un mur de la Double Hut, dans la réserve naturelle de Hakatere, à Canterbury, Dobbie a vu un nom particulièrement célèbre griffonné parmi plusieurs autres. « C’était Sir Edmund Hillary », dit-il. « Bien sûr, [il n’a pas écrit] "Sir Edmund". C’était "Ed Hillary". Cet homme, qui a atteint le sommet de la plus haute montagne du monde, a également séjourné ici et y a laissé son empreinte. »
Le potentiel de découvrir toutes ces histoires cachées est l’une des raisons pour lesquelles certains randonneurs particulièrement zélés se sont donné pour mission de visiter tous les refuges du réseau du DOC. Ces « hut baggers » viennent de tous les horizons et sont souvent passionnés depuis leur enfance.
Exton a grandi dans une banlieue de Wellington, bordée d’un côté par le port et de l’autre par des pentes raides couvertes de buissons. Quand ses camarades de classe rentraient de l’école en marchant le long de la route, Exton passait par les collines. « Pendant deux ou trois heures, entre l’école et l’heure du thé, j’avais l’habitude de partir en exploration », se souvient-elle. Aujourd’hui âgée de 60 ans, elle disparaît souvent dans les collines, se rendant en packraft, en kayak ou encore à pied en randonnée dans certains des refuges les plus reculés du pays. À l’heure actuelle, elle a visité 525 refuges.
Elle adore l’attrait irrésistible des cabanes ou huttes dispersées dans la nature, qui n’attendent que d’être découvertes. Plus l’accès est difficile, plus l’excitation est grande. Il lui a fallu deux tentatives pour atteindre le Jacs Flat Bivvy, un trek de trois jours et « 12 heures de marche difficile », dit-elle.
Benjamin Piggot aime la liberté que lui procure la randonnée de refuge en refuge. « C’est une évasion », confie le jeune homme de 25 ans. « C’est l’occasion de se retrouver avec ses amis, de prendre une tasse de thé autour du feu et de parler de choses qui comptent vraiment. »
Piggot a visité son premier refuge quand il avait 11 ans, ce qui a déclenché en lui une passion de toute une vie. Depuis qu’il s’est lancé il y a 10 ans, il en a visité 312. Son préféré est le East Matakitaki, accessible par une randonnée de six jours dans le parc national des lacs Nelson. « C’était un voyage incroyable, beaucoup de neige, beaucoup d’aventure… Un de ces voyages où on avait froid et on était mouillé la plupart du temps », se souvient-il.
Se sentir lié à la nature, c’est l’essence même de la randonnée de refuge en refuge. « Les Néo-Zélandais aiment le plein air », explique le jeune homme. « Je pense que nous avons un lien profond avec ngahere [en langue maorie], avec la terre et la forêt. »

Un temple au milieu de rizières, voilà tout ce qui subsiste de l’ancienne grande cité de Gangaikondacholapuram, dans l’actuel État du Tamil Nadu, dans le sud de l’Inde. Au Moyen Âge, celle-ci fut l’un des principaux centres de l’Asie du Sud-Est ainsi que la capitale d’une dynastie parmi les plus anciennes et les plus pérennes du monde.
Pendant près de cinq siècles, la dynastie des Chola (qui exista de 300 avant notre ère à 1279) connut une apogée et influença religion, culture et architecture grâce à une maille commerciale maritime sophistiquée qui partait de l’Inde et irriguait l’Asie du Sud-Est jusqu’à la Chine.
Pourtant, malgré leur vaste réseau de routes commerciales et malgré la portée de leur influence, les Chola restèrent enveloppés de mystère durant des siècles, tandis que des envahisseurs plus tardifs comme les Moghols et les Britanniques se faisaient une place de premier plan dans le vaste tableau de l’histoire académique et culturelle de l’Inde.
Des fouilles réalisées à grands renforts de technologie, des circuits personnalisés ayant pour thème l’héritage des Chola et un film indien qui bat tous les records ont ravivé l’intérêt pour cette dynastie et offrent aujourd’hui aux voyageurs l’occasion de résoudre l’un des plus grands mystères de l’Histoire : qu’est-il arrivé à cet empire ?
Au Moyen Âge, les Chola comptèrent parmi les trois royaumes tamouls les plus puissants du sud de l’Inde. À l’apogée de l’empire, les rois chola investirent dans l’art, la littérature, l’éducation et l’architecture. Ils édifièrent ambitieusement des temples de pierre colossaux ornés de sculptures ouvragées et de peintures riches en détails qui faisaient office de pôles culturels et sociaux, et ils construisirent des lacs artificiels pour pallier aux sécheresses et pour s’approvisionner en eau potable.
Mais rien ou presque ne subsiste de leur capitale, Gangaikondacholapuram (qui signifie « Ville des Chola ayant conquis Ganga »). Les seules traces de son héritage sont le Gangaikondacholisvaram (ou temple de Brihadisvara), site inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO, et le lac Cholagangam (aujourd’hui lac Ponneri), qui s’étend sur trois kilomètres.
Selon K. Sridharan, archéologue ayant fait partie de la première équipe à avoir fouillé la cité dans les années 1980, des archéologues ont pour la première fois découvert en 2021 des traces physiques dignes de ce nom révélant la présence d’un grand palais dans l’ancienne capitale.
« Seules des assiettes en cuivre, quelques œuvres littéraires tamoules et des épigraphes inscrites sur les murs des temples érigés par les Chola, dont ceux de Gangaikondacholisvaram, font mention de Gangaikondacholapuram. », déplore K. Sridharan. Selon lui, les détails qui pourraient nous renseigner sur l’agencement de la ville et sur la vie de ses habitants continuent de nous échapper. « La moindre trace physique que l’on découvre suscite l’enthousiasme. »
Si les historiens essaient encore de débrouiller le mystère de la disparition de la ville et de ses habitants au 13e siècle, beaucoup pensent que celle-ci est en partie due à une invasion menée par un royaume rival entre 1250 et 1300.
« Jatavarman Sundara Pandya de la dynastie Pandya avait envahi des contrées voisines de Gangaikondacholapuram. Il a probablement rasé la ville en épargnant seulement le temple », indique Chitra Madhavan, autrice et historienne. Elle ajoute qu’il n’était pas rare que les rois indiens épargnent les édifices religieux lorsqu’ils menaient une guerre. « Alors que les derniers Chola réinstallaient leur capitale à Thanjavur, les habitants se sont très vraisemblablement exilés vers des horizons plus prospères », explique-t-elle.
Bien qu’il ne reste presque rien de la capitale des Chola, divers endroits de par le Tamil Nadu permettent aux voyageurs de découvrir cette dynastie. Plusieurs sites mettent en avant l’influence qu’ont eue les Chola sur le coulage du bronze, sur l’architecture ou encore sur la musique. Comme le rappelle Jayakumar Baradwaj, historien spécialiste des voyages thématiques sur l’héritage des chola, de nouveaux circuits patrimoniaux ont vu le jour grâce au succès national du film Ponniyin Selvan-1.
« Gangaikondacholapuram est peut-être un petit village de nos jours, mais c’est d’ici que les Chola régnaient autrefois sur la quasi-totalité de l’Asie du Sud-Est », fait-il observer.
Le film a également inspiré la création d’un sentier « Ponniyin Selvan ». Ce circuit de trois jours, mis au point par la Corporation pour le développement du tourisme dans le Tamil Nadu, emmène les visiteurs de Chennai, la capitale du Tamil Nadu, vers divers hauts lieux de l’histoire chola comme le temple de Brihadisvara, à Thanjavur, ou le lac Veeranam.
Les voyageurs qui tiennent à tracer leur propre chemin peuvent faire une heure de route vers le sud-ouest au départ de Gangaikondacholapuram pour se rendre dans le village reculé de Swamimalai. Là, des fonderies de bronze millénaires ayant appartenu aux Chola leur permettront de se faire une idée de la façon dont on fabrique les utsava murtis en bronze (des idoles portatives) grâce à la technique de la cire perdue, procédé affiné et popularisé par les Chola.
« Vous tomberez inévitablement sur au moins un ou deux de ces bronzes chola dans des musées internationaux célèbres comme le Metropolitan Museum of Art de New York et l’Ashmolean Museum d’Oxford », affirme S. Vijay Kumar qui, dans le cadre de l’India Pride Project, est à la tête d’une équipe de détectives du net dont le but est de rapatrier des artefacts volés.
Kudavayil Balasubramanian, ancien conservateur de la bibliothèque Saraswathi Mahal, l’une des plus anciennes bibliothèques d’Asie, située à l’intérieur du palais Maratha de Thanjavur, ajoute qu’une importante collection de sculptures chola en bronze et en pierre, produites du 9e au 13e siècle, est visible dans la galerie d’art du palais.
Riches de leurs peintures murales raffinées représentant des récits épiques, de leurs sculptures en granite délicatement ciselées ou encore de leurs tours et de leurs flèches s’élevant dans les cieux (certaines comptent encore à ce jour parmi les plus hautes d’Inde), les temples des 11e et 12e siècles qu’on a regroupés sous le nom de « Grands Temples Vivants chola » offrent une perspective unique sur l’évolution de l’art et de l’architecture chola au fil des siècles.
Inscrits au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 1987, le gigantesque temple de Brihadisvara, à Thanjavur, le temple d’Airavatesvara, à Dharasuram, et le Gangaikondacholisvaram, à Gangaikondacholapuram, demeurent des lieux de culte actifs où l’on s’adonne aux mêmes rituels depuis des millénaires.
À quelques pas du temple de Brihadisvara, à Thanjavur, les voyageurs peuvent visiter l’atelier où est fabriqué l’instrument national de l’Inde, la vina de Sarasvati, qui tire son nom de la déesse de l’érudition, de l’art et de la sagesse et qui descend du yazh, un ancien instrument ressemblant à une harpe et inventé pendant la dynastie chola.
Pour Vijay Kumar, ces expériences ne sont que la partie émergée de l’iceberg.
« L’habileté navale des Chola est un domaine d’étude étonnamment délaissé, alors qu’il est indéniable que les Indiens du sud, et en particulier les Tamouls, ont été des pionniers de la navigation pendant une période encore plus longue, constate-t-il. Des fouilles en Malaisie, en Indonésie et même en Birmanie nous réservent peut-être de nombreuses autres surprises. »

Le Grand Musée égyptien aura nécessité plus de vingt ans de travaux, un exploit de patience qui invite à la comparaison avec sa voisine, la Grande Pyramide de Gizeh. Son inauguration récente prouve, une fois encore, que cette patience n'était pas vaine.
Ouvert intégralement au public en novembre 2025, cet établissement dont la construction a coûté l'équivalent de plus d'un milliard d'euros, situé à la périphérie du Caire, abrite la plus vaste collection au monde d’objets qui nous sont parvenus de l’Égypte antique. Avec une superficie environ deux fois supérieure à celle du Louvre et quelque 50 000 artefacts exposés dans douze galeries couvrant l’histoire, de la préhistoire jusqu’à l’époque romaine, il est quasiment impossible d’en faire le tour en une seule journée.
Mieux vaut donc prendre son temps et se concentrer sur quelques œuvres majeures qui révèlent les merveilles de l’Égypte ancienne au sein de ce musée résolument moderne. Voici les incontournables à ne pas manquer, selon le guide et égyptologue Andrew Shnouda.
Dès qu’ils franchissent la façade du musée ornée de hiéroglyphes et pénètrent dans l’immense hall d’entrée qui s'emplit rapidement des bruits de pas et d'éclats de voix, les visiteurs se trouvent face à la figure colossale de Ramsès II.
Cette statue vieille de 3 200 ans, représentant l’un des pharaons les plus puissants de l’histoire de l’Égypte, mesure 11 mètres de haut. Découverte en 1820 brisée en six morceaux, elle a été restaurée puis exposée pendant des décennies dans le centre du Caire.
Lorsque la construction du Grand Egyptian Museum a commencé, elle a été le tout premier objet transféré sur le site, le musée ayant ensuite été conçu autour d’elle.
La découverte du tombeau de Toutânkhamon en 1922 a déclenché dans le monde entier un immense engouement pour l’histoire et l’art de l’Égypte antique. Plus de 5 000 objets provenant de la sépulture du jeune pharaon sont aujourd’hui exposés au Grand Musée égyptien.
La pièce maîtresse incontestée est son masque funéraire aux yeux soulignés de khôl, déposé auprès de sa momie et réalisé en or massif. Après avoir été accidentellement endommagée en 2014, lorsque sa barbe tressée s’est détachée, cette œuvre a fait l’objet d’une restauration minutieuse. Elle resplendit désormais dans une vitrine devant laquelle serpente une longue file de visiteurs.
Datée d’environ 2500 av. J.-C. et construite en bois de cèdre, la barque du pharaon Khéops a été découverte en 1954 à côté de la Grande Pyramide de Khéops, en 1 200 fragments.
Aujourd’hui exposée dans une vaste galerie de deux étages dotée de plateformes d’observation surélevées, elle a été minutieusement réassemblée à l’aide des archives archéologiques. Les anciens Égyptiens croyaient que le pharaon rejoindrait le dieu solaire Rê dans son voyage cosmique à travers les cieux après sa mort ; c’est pourquoi les archéologues lui ont donné le nom de « barque solaire ».
L’histoire qui se cache derrière cette statue de granit est véritablement remarquable. Hatchepsout, l’une des rares femmes à avoir exercé pleinement le pouvoir pharaonique, a régné durant la XVIIIe dynastie, vers 1470 av. J.-C., à une époque où la royauté était considérée comme un domaine exclusivement masculin.
Afin de légitimer son autorité, Hatchepsout se faisait représenter dans l’art officiel et les inscriptions comme un souverain masculin, adoptant des titres masculins et allant jusqu’à porter une barbe postiche, comme le montre cette statue. Elle est aujourd’hui principalement connue pour avoir régné sur une période largement pacifique.
Si les souverains les plus célèbres de l’Égypte occupent généralement le devant de la scène, les histoires des ouvriers qui travaillaient dans l’ombre des grandes pyramides restent souvent méconnues. Les galeries consacrées au Nouvel Empire renferment pourtant des vitrines remplies d’ostraca, des éclats de poterie brisés couverts d’inscriptions ressemblant à des graffitis.
Bien moins coûteux que les feuilles de papyrus, les ostraca servaient à consigner les événements de la vie quotidienne. Découverts près de Louxor, nombre de ceux conservés au GEM datent de plus de 3 000 ans. La collection comprend des documents administratifs courants, comme des registres signalant l’absence d’ouvriers pour cause de maladie. Elle contient même un fragment sur lequel quelqu’un se plaint de sa belle-mère.

Les vidéos idylliques de Kyoto recouverte de fleurs de cerisiers pastel et des looks street style inspirés des animés que l’on peut trouver à Tokyo ont envahi les réseaux sociaux, plaçant le Japon en tête de liste des destinations où les familles comptant des adolescents doivent absolument se rendre.
Bien que le pays offre de nombreuses attractions touristiques pour tous les âges, du plus abordable Tokyo Disneyland, aux anciens villages de samouraïs, en passant par les parcs aux singes et les châteaux, y planifier un voyage peut être source de stress, explique Tamatha Frederick, spécialiste confirmée du Japon pour le voyagiste Audley Travel.
Une fois hors de Tokyo, il peut être difficile de trouver des sites internet traduits en anglais ou bien des hébergements adaptés aux familles, tels que des chambres communicantes ou des locations de vacances avec kitchenette.
C’est pourquoi nombre de parents optent pour des options plus simples comme une croisière ou un circuit guidé à travers le Japon. Chacune d’entre elles présente des avantages, mais également certains inconvénients. Découvrez les éléments à prendre en compte afin de pouvoir choisir entre une croisière et un circuit, ainsi que l’option la plus avantageuse pour chacun de ces aspects.
Les croisières et les circuits sont tous deux adaptés aux enfants de tous âges. Cependant, les clubs enfants et ados des croisiéristes offrent un répit aux parents épuisés et des divertissements aux enfants qui ont besoin de se dépenser, à condition qu’ils soient propres et âgés d’au moins trois ans.
Les croisières proposent également des menus attrayants pour les enfants, à la fois pour le petit-déjeuner et le dîner, apportant ainsi une touche de simplicité supplémentaire. Cela permet aux personnes à bord de prendre un repas rapide avant de déguster des déjeuners authentiques et des ragoûts en ville. Plus important encore, vous n’avez à défaire vos valises, vos affaires et les jouets des enfants qu’une seule fois.
Votre cabine n’est peut-être pas aussi grande que certaines chambres d’hôtel mais elle est proche des zones où vous prendrez vos repas. Le navire dispose également d’espaces sécurisés tels que des bars à glaces, ainsi que des piscines, pour que les enfants plus âgés puissent s’échapper. Il est aussi possible de regarder des films sur grand écran depuis le pont ou encore d’assister à des soirées spectacle, comme une performance artistique de sculpture de ballons.
Nombre de croisiéristes proposent également des forfaits haut de gamme avec livraison de repas et de boissons dans la chambre, ce qui est somme toute pratique si vous ou votre enfant êtes trop fatigués pour dîner au restaurant après une longue journée de visite.
Bien sûr, profiter de ces commodités vous prive des séjours et de la cuisine authentiques dont vous pouvez faire l’expérience avec les circuits, comme les ryokans, auberges japonaises traditionnelles, avec leurs tatamis, leurs tables basses et leurs onsens, sources chaudes naturelles.
L’avantage certain des circuits sur mesure est qu’ils offrent la possibilité de planifier des itinéraires adaptés aux besoins de chaque famille. Ils peuvent proposer des expériences plus pratiques impliquant les plus jeunes, comme préparer des ramen, jouer des percussions avec l’art du taiko et s’entraîner comme un ninja en dojo, en plus des visites de sanctuaires et de villages de samouraïs qui font partie intégrante des circuits et des excursions en bateau.
Les croisiéristes assurent certes des visites d’attractions touristiques adaptées aux enfants, telles que des aquariums et des sources chaudes, mais elles s’adressent à de grands groupes et ne prétendent pas offrir de solution correspondant aux intérêts spécifiques de votre famille. Le voyagiste InsideJapan Tours, par exemple, peut préparer un itinéraire complet dédié aux personnes amatrices de parcs d’attractions, comprenant Tokyo Disneyland, Sanrio Puroland, consacré à l’univers des personnages de Sanrio, dont Hello Kitty, ainsi que Fuji-Q Highland et ses montagnes russes. Les voyagistes peuvent également se procurer des billets difficiles à obtenir pour des événements ou des attractions touristiques, telles que le musée Ghibli à Tokyo, et proposer des expériences qui sortent des sentiers battus, ce qui peut être très appréciable durant la haute saison, entre avril et juin.
Bethan Grant, dont le mari Simon King a cofondé InsideJapan Tours, affirme que ce sont certaines de ces expériences singulières qui les ont marqués, sa famille et elle, lors de leurs vacances l’été dernier, comme la balade en bateau-taxi près de Tokyo, la visite du bâtiment de la Diète nationale où siège le parlement japonais, le tournoi de sumo ou encore le stand up paddle sur le lac Ashi, près du mont Fuji.
« Il n’existe pas tant de promenades à faire et de choses à observer avant que les enfants ne viennent à s’ennuyer », indique-t-elle.
Les visites proposées par les croisières sont restreintes aux ports d’escale prévus sur les itinéraires couverts par celles-ci. Les circuits, en revanche, sont presque sans limite, grâce aux taxis, aux bus et au système ferroviaire efficace du Japon, notamment le Shinkansen, qui peut parcourir 500 kilomètres en deux heures et demie.
Cela ne signifie pas pour autant que vous ne pouvez pas, au cours d’une croisière, vous rendre dans certains des endroits les plus populaires en dehors de Tokyo, tels que Kyoto, Osaka, Hiroshima, Fukuoka ou le mont Fuji. Charge à vous de choisir le circuit maritime qui convient. Si les dates de vos vacances ne coïncident pas avec une croisière proposant une escale en particulier, vous ne pourrez accéder à ce lieu. Par ailleurs, nombre d’entre elles se limitent à une seule journée par destination.
Il vous est toutefois possible d’ajouter des jours avant ou après votre séjour afin de pouvoir visiter des endroits qui ne sont pas inclus dans votre voyage, comme le carrefour de Shibuya à Tokyo ou un match de la Ligue majeure de baseball près du port de croisière de Yokohama.
Les croisières peuvent constituer l’option la plus abordable en fonction du type d’hébergement choisi. Cependant, dès que vous faites le choix d’ajouter des excursions dans chaque port, de prendre le Wi-Fi et d’inclure des forfaits repas et boissons haut de gamme pour avoir un café latte le matin et un cocktail le soir, le coût commence à grimper.
Le prix de départ, par journée, de ma croisière de onze jours avec Princess Cruises, en compagnie de mon fils adolescent, s’échelonnait de 169 euros pour les cabines intérieures à 608 euros pour celles avec balcon. Les promotions des croisiéristes, allant de la gratuité pour les enfants à des surclassements de cabines, peuvent faire dégringoler ce prix, il est donc important de comparer les offres. Il existe plusieurs autres compagnies de croisière qui s’adaptent aux besoins des familles et naviguent autour du Japon, comme que Celebrity cruises, Royal Caribbean, MSC Croisières et Holland America.
Les circuits sur mesure, tels que ceux proposés par Audley Travel, coûtent en moyenne entre 435 et 615 euros par personne et par jour, et comprennent les transports, soit les billets de train par exemple, les entrées, l’hébergement et les services d’un guide local.
Les croisières et les circuits constituent des options qui peuvent aussi bien l’une que l’autre vous offrir des vacances en famille inoubliables. Il est simplement question de choisir celle qui vous convient davantage, en fonction de votre budget et des centres d’intérêt de votre famille.

« Le règne de Dieu », « Restez humble » ou encore « Trouvez le divin », voilà quelques-uns des messages qui défilent en anglais sur le pare-brise des tuk-tuks à travers les rues de Diani. La route est bordée de petites épiceries et l'air iodé qui nous rappelle que l'océan n'est plus très loin. Pour le moment, il se refuse encore à notre vue, mais les tuk-tuks chargés de vacanciers trahissent eux aussi sa proximité.
Je longe la côte kenyane sur l'océan Indien en suivant la bande d'asphalte qui relie Diani à Watamu pour ensuite rejoindre l'archipel de Lamu et ses îles reculées. Diani est la portion de côte indo-océanique la plus célèbre du Kenya, où les voyageurs se pressent pour admirer les plages bordées de palmiers, leurs fabuleuses marées et leurs eaux turquoises, que ce soit pour conclure un séjour en safari dans le parc national de Tsavo ou la réserve du Masai Mara, ou simplement pour quelques jours de bon temps en bord de mer. Pourtant, derrière les plages, à quelques kilomètres dans les terres, un autre côté de Diani attend les visiteurs avisés.
Au cœur de ces basses terres tropicales se cachent les forêts de kayas : un ensemble sacré de sites forestiers, précieusement conservé par le peuple Mijikenda, qui a fait de ses grands arbres des lieux de prière et de réflexion. Là, à l'ombre des figuiers étrangleurs et des arbres du genre Afzelia ou Combretum, se dressent les vestiges de villages fortifiés construits au 16e siècle et abandonnés il y a bien longtemps. La plupart sont fermés aux visiteurs, mais un projet d'écotourisme lancé par la communauté Digo locale a ouvert Kaya Kinondo aux voyageurs qui souhaitent en faire l'expérience, respectueusement.
Avant d'entrer dans le village, mon guide, Mohammed Danda, me tend un sarong bleu nuit à nouer autour de ma taille et m'explique les règles : ne pas déranger la faune ni la flore et parler à voix basse. Il s'agit d'un lieu profondément spirituel, m'informe-t-il. « C'est la maison de mes ancêtres, il faut à tout prix préserver leur tranquillité. »
Pieds nus, Mohammed m'entraîne sur un chemin recouvert de feuilles, par-dessus les racines sinueuses et quelques fragments de pierres coralliennes, comme autant d'allusions à l'origine du sol sous les arbres. La canopée ne laisse passer qu'un mince filet de lumière et l'air se remplit du parfum de la terre et de l'écorce. Alors que nous approchons, le cri de contestation d'un babouin se fait entendre au plus profond de la forêt.
Pour le peuple Mijikenda, indique Mohammed, la forêt est aussi fournie qu'une pharmacie : ici, les plantes sont utilisées pour soigner tous les maux, de la simple toux aux problèmes d'érection. « Comme nous, chaque arbre possède un esprit, et lorsque l'un d'entre eux meurt, c'est un signe », dit-il, en s'arrêtant auprès d'un arbre tombé. « Nous l'honorons par un rituel, puis nous le laissons se décomposer pour redonner vie à son voisinage. »
En longeant la côte vers le nord, je constate que cette révérence à l'égard de la nature existe sous une autre forme. À mon arrivée à Watamu, un village de pêcheurs, je découvre au large des récifs coralliens grouillants de vie, qui ont eux aussi un sens spirituel aux yeux de Guido Paap, moniteur de plongée pour l'agence Reefo Divers.
Le Kenya fut le premier pays africain à établir une aire marine protégée et cette bande côtière comprend de nos jours les parcs nationaux marins de Kisite-Mpunguti, Mombasa, Watamu et Malindi, ainsi que six réserves marines supplémentaires. Les années passées à plonger dans ces eaux sublimes ont offert à Guido un respect profond envers la fragilité du récif.
Face aux conséquences du blanchissement des coraux alimenté par le climat, des efforts de restauration ont vu le jour. « Ici, les voyageurs peuvent être bien plus que de simples plongeurs », déclare Guido. « Nous avons créé un stage PADI de restauration des récifs coralliens en plongée pour que les visiteurs puissent apprendre à récolter les coraux brisés et à planter les fragments sur des récifs artificiels faisant office de pouponnières. Ensemble, ils donneront à ce récif une seconde vie. »
Les mêmes eaux qui abritent les jardins de coraux de Watamu offrent également un refuge aux tortues vertes, olivâtres et imbriquées. D'avril à septembre, les femelles s'aventurent sur les plages peu inclinées pour déposer leurs œufs, qui éclosent autour de la Nouvelle Année.
Ce soir-là, je rejoins une patrouille qui arpente le rivage. La plage n'est illuminée que par un fin croissant de Lune et les lampes à filtre rouge des bénévoles. La lumière blanche désoriente les tortues, m'apprend-on, c'est pourquoi nous avançons dans la quasi-obscurité, nos voix réduites à des murmures.
Un peu plus loin, une tortue verte femelle creuse déjà son nid, ses nageoires faisant valser de petites mottes de sable à mesure qu'elle progresse. Nous gardons nos distances et attendons patiemment.
« C'est une sensation divine de les regarder comme ça », me souffle Teresiah Njeri, bénévole pour l'organisation à but non lucratif Local Ocean, qui a patrouillé cette plage plus de nuits qu'elle ne peut compter. « À la saison de nidification des tortues, nous sommes ici chaque nuit, pour veiller à ce que chacune de ces mères ait la tranquillité qu'elle mérite et dont elle a besoin. » Il y a quelque chose d'incroyable à observer une créature qui procède si précisément à un rituel ancestral, sans être dérangée.
Ma dernière escale se situe un peu plus au nord, dans l'archipel de Lamu. Ici, ce n'est pas la canopée d'une forêt ou la plage au clair de Lune qui incarne cette révérence, mais l'appel à la prière qui résonne à travers la ville cinq fois par jour.
Dans la vieille ville de Lamu, les habitants attendent avec un enthousiasme discret la fin du ramadan. De jour, les allées sont paisibles, car les commerçants ménagent leur énergie pour affronter les longues heures de jeûne. Vers la fin d'après-midi, la voix des muezzins s'élève d'une dizaine de minarets à la fois, en douceur et de concert. La ville tout entière semble alors reprendre vie. En anticipation du festin prévu pour l'iftar du soir, les haut-parleurs installés sur la place de la ville diffusent une musique islamique enjouée, alors que les étals du marché se remplissent de diverses friandises, comme les kaimati et les visheti, de petits beignets aux arômes de beurre et de cardamome enrobés d'un nappage sucré et croustillant.
Je me trouve dans le plus ancien et le mieux préservé des lieux de peuplement swahili en Afrique de l'Est, comme me l'explique mon guide, Mahmoud Mahmoud, en ajoutant que « swahili » signifie « rivage » en arabe. C'est ici que les Africains de l'Est, les Arabes, les Perses et les Asiatiques se sont rencontrés pour la première fois, en donnant naissance à une nouvelle langue et à une culture à part entière. Grâce à ses eaux profondes et protégées des caprices de la mer, Lamu était un centre de commerce majeur du 14e au 19e siècle, où se succédaient les voiliers chargés d'or et d'épices, mais également acteurs de la traite abjecte de l'ivoire et des esclaves. De nos jours, la vieille ville figure sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO pour son labyrinthe de maisons construites en roches coralliennes et bois de palétuvier qui se dressent les unes à côté des autres en créant des allées ombragées.
Les plus grandes demeures disposent de barazzas, des bancs en pierre installés devant l'entrée, où les invités discutent avec leurs hôtes. Un autre élément leur vole toutefois la vedette : les élégantes portes en bois sculpté et les linteaux qui les surplombent, décorés de motifs botaniques et de versets du Coran. De nombreuses portes originales ont été vendues à l'exportation au fil des années, mais elles ont été remplacées par de somptueuses répliques, qui contribuent à entretenir l'art local de la sculpture sur bois.
Au gré de notre promenade, nous croisons plusieurs ateliers qui dégagent une odeur de bois fraîchement coupé et un bourdonnement d'activité. Nous passons sous l'ylang-ylang qui embaume la cour du musée de la Maison swahilie, avant de pénétrer dans la maison elle-même. Nous découvrons alors un espace modeste, dont la simplicité est contrebalancée par un mur blanchi à la chaux, creusé de niches décoratives où sont exposées des poteries. « Nos maisons restent froides, car nous utilisons des matériaux naturels comme le bois, le corail et le calcaire », m'explique Mahmoud. « C'est une bonne chose, car au 18e siècle, à l'époque de la construction de cette maison, les femmes du foyer passaient l'essentiel de leur temps à l'intérieur. Bien entendu, ce n'est plus le cas aujourd'hui. »
Mahmoud m'emmène vers le sud, au-delà du fort, là où la mosquée Riyadha domine une vaste place recouverte de sable. C'est ici, me dit-il, sous le toit couronné de merlons aux couleurs du Soleil et le simple dôme vert qui reflète les derniers rayons de la journée, que se concentre la vie spirituelle de Lamu.
Bâtie en 1892 par l'érudit comorien Habib Swaleh, la mosquée est devenue un centre d'apprentissage comme il n'en existe aucun autre sur la côte. À une époque où l'éducation religieuse était souvent dépendante du statut social et de la lignée, Habib Swaleh avait scandalisé l'élite conservatrice de la ville en dispensant le savoir islamique aux descendants d'esclaves et aux familles les plus pauvres de l'île, avec la conviction que la dévotion était l'affaire de tous, pas uniquement des bien nés. Ses réformes façonnent encore la ville à ce jour. Pendant Maulidi, la célébration annuelle de la naissance du prophète Mahomet, plusieurs milliers de pèlerins affluent de toute l'Afrique de l'Est et d'ailleurs. Ils se retrouvent alors par centaines à dormir dans la mosquée et les allées environnantes.
Habib Swaleh est enterré juste à l'extérieur, dans une tombe modeste que les pèlerins visitent tout au long de l'année. Mahmoud baisse la voix en passant devant la tombe, plus par habitude que pour m'inviter à en faire de même. « Des gens viennent de partout juste pour s'asseoir ici », raconte-t-il. « Pas seulement pour prier, mais pour être à côté de lui. »
Assise sur un muret de l'autre côté de la place, je regarde le jour s'en aller. Quelques minutes plus tard, l'appel à la prière commence, d'abord lancé par la mosquée Riyadha, puis par les autres minarets, il déferle sur les toits à la manière d'une vague et bientôt, c'est toute la ville qui entre en résonance. Mahmoud ferme les yeux, il tend l'oreille, et je réalise que j'ai consacré ce voyage à la quête du sacré. Ici, inutile de le chercher : il est porté par la brise du soir, toujours à l'heure.

Si l’on devait vous fournir des indications sur la manière de vous rendre à Hyundai-ok, voici ce que l’on pourrait vous dire. Descendez l’allée centrale du marché Nambu, passez devant les boutiques de vêtements bon marché, de paniers en osier et de boites hermétiques alimentaires ; tournez à droite à l’établissement qui propose des cafés chauds et froids ; puis prenez à gauche au croisement où deux femmes coupent des oignons en morceaux, assises juste à côté d’un restaurant qui sert du boudin. Vous pouvez également suivre le bruit des coups de marteau.
Lorsque j’arrive au restaurant, deux cuisiniers se tenant derrière un comptoir métallique martèlent avec enthousiasme des monts d’ail à l’aide d’attendrisseurs à viande, ajoutant la pulpe à des lamelles de poireaux et du piment dans des poêles fumantes derrière eux. Il est à peine neuf heures du matin alors que le service principal est déjà terminé. Seuls quelques clients sont présents à l’intérieur lorsque je prends place au comptoir aux côtés du guide Daniel Lee Gray, que l’on ne peut manquer avec son tee-shirt rouge éclatant. « Du calmar ou pas de calmar ? », demande-t-il. « C’est le seul choix possible ici ». J’opte pour « pas de calmar » et il m’est rapidement servi un petit récipient en métal contenant un œuf légèrement cuit à la vapeur ; un plateau de kimchi, de pâte de crevettes, d’algues et de navets marinés ; ainsi qu’un grand bol de bouillon en céramique noire, avec des pousses de soja et du riz flottant sous la surface.
Suivant l’exemple de deux femmes qui boivent bruyamment et avec enthousiasme à une table voisine, j’entame mon festin en commençant par renverser l’œuf dans le bouillon. Il est si riche en goût que ce dernier frôle celui de la viande et il est assez épicé pour que mon nez commence à couler après quelques cuillerées. « Vous comprenez pourquoi nous l’appelons haejang-guk, la soupe de la gueule de bois », explique Daniel. « La chaleur fait disparaître le mal de tête et la vapeur agit comme un sauna [au niveau du] visage. »
Ouvert de six heures à deux heures du matin sur le marché principal de Jeonju, Hyundai-ok revigore les habitants avec sa soupe aux pousses de soja depuis 1979. La recette n’a pas besoin d’être ajustée, comme l’attestent les files d’attente qui se forment dès sept heures du matin tous les week-ends. Les étals du marché et ce dont elles regorgent témoignent également d’un solide attachement à la tradition : certaines sont consacrés au pak-choï, à la soupe à la tête de porc et aux escargots cuits à la vapeur, tandis que des ateliers produisent de grands blocs de tofu pressé et des cuves d’huile de sésame.
C’est une ville qui ne craint pas de revisiter ses recettes préférées. Jeonju se trouve dans une cuvette où est cultivé le riz du pays, entourée donc de rizières gorgées d’eau et d’énormes tunnels en plastique. Elle est depuis longtemps réputée pour la qualité de ses produits. Daniel, Coréano-Américain, expert en gastronomie et guide pour le voyagiste Intrepid Travel, a pour mission de me montrer de quelle manière la ville aime à utiliser ces produits pour bousculer les codes. « C’est la ville où les Coréens vont pour manger », m’indique-t-il. « Mais elle a toujours été un peu rebelle. Chaque fois qu’il y a des élections, [les habitants] semblent toujours voter différemment du reste du pays. »
À quelques pas du marché principal, Gajok Hoegwan semble en être le parfait exemple. Tout comme Hyundai-ok, ce restaurant maîtrise à la perfection un plat unique qui en devient un véritable chef-d’œuvre : le bibimbap. Il s’agit essentiellement de riz mélangé à des légumes, que l’on mange sous une forme ou une autre depuis des siècles en Corée ; une façon d’utiliser les restes en un repas peu coûteux. Le Gajok Hoegwan a toutefois fait passer ce plat au niveau supérieur. Dans la salle à manger du premier étage, je trouve une table près des fenêtres dont les panneaux sont tapissés de papier traditionnel et je me joins à de petits groupes d’amis dont les conversations couvrent les cliquetis et les tintements qui s’échappent de la cuisine.
Un plateau sur lequel sont posés douze accompagnements apparaît d’abord dont, entres autres, des fleurs d’ail avec des champignons, du navet séché, des prunes vertes marinées, des patates douces confites et des anchois au gochujang, pâte de piment rouge fermenté. Le plat principal arrive dans un bol en laiton légèrement luisant : un ensemble assez artistique de riz, de carottes, de concombres, d’épinards, de têtes de violon, de gochujang et de lamelles de bœuf cru. Le riz a été cuit à la vapeur dans un bouillon de queue de bœuf ; le bœuf a été mariné avec du sésame, du gingembre et de l’ail ; et le gochujang a été préparé selon une recette secrète. Ce plat ne ressemble en rien à ceux que j’ai pu jusqu’à présent concocter avec des restes. Délicatement mélangé avec des baguettes en métal, il s’agit d’un assortiment réconfortant et épicé d’ingrédients parfaitement équilibrés, occupant chacun une place égale.
Ouvert en 1979 par la cheffe Kim Nyun-im, le Gajok Hoegwan est aujourd’hui géré par sa fille Kim Yang-mi, une femme enjouée en jeans et Crocs qui vient bavarder pendant que je mange. Je comprends la subtilité de ce plat lorsqu’elle me raconte que sa mère a été inspirée par la place unique que tient sa ville dans les livres d’histoire du pays. C’est de Jeonju qu’est originaire la dynastie royale Joseon qui a régné sur le territoire entre 1392 et 1910.
Kim Nyun-im s’est inspirée de ce patrimoine culinaire et a ajouté sa propre touche à la recette qu’elle a perfectionnée au fil des ans. « Le bibimbap est un plat traditionnel de la région, mais celui-ci est fait à la façon Joseon », précise Kim Yang-mi, en montrant les accompagnements et les bols en laiton. « Ma mère voulait réintroduire la culture dans la cuisine : servir les bons aliments au bon endroit. »
Depuis que Kim Nyun-im s’y est essayée la première, beaucoup d’autres ont cherché à réinventer ce plat. Si vous souhaitez goûter aux baguettes et aux croquettes de bibimbap, présentées dans des emballages en plastique prêts à être réchauffés au micro-ondes, vous pouvez vous promener sur quelques centaines de mètres jusqu’au sud-est du village Hanok de Jeonju, un ensemble de huit cents bâtiments traditionnels restaurés au cours des quinze dernières années. Pour un bibimbap servi dans une gaufre, vous devrez vous rendre plus à l’est, dans un café situé au milieu des ruelles pentues du village mural Jaman, dont les maisons sont recouvertes d’œuvres d’art allant d’une femme assise avec mélancolie sur un croissant de lune à un dragon remuant une queue impressionnante.
Aucune de ces variations culinaires n’est susceptible d’impressionner un empereur Joseon mais celles-ci plaisent certainement au flot continu de familles locales et de visiteurs qui arpentent les rues du village Hanok, jetant un coup d’œil dans ses temples, ses sanctuaires, ses boutiques et ses musées, tous reconnaissables à leurs tuiles en argile et à leurs chevrons en bois distinctifs. La place importance que la nourriture tient dans la ville saute aux yeux : elle est omniprésente. Des amis discutent sous les branches des pins de Corée, tout en dégustant des sacs de boulettes de persil d’eau. Des enfants se cramponnent à la main de leurs parents, tenant de longs bâtons de guimauve dans leur autre paume collante. Des adolescentes sont assises sur des bancs et essaient de ne pas renverser de poulet sur leurs hanboks, tenues en soie traditionnelles, qu’elles ont loués pour des séances photos informelles dans les ruelles. Les salons de thé traditionnels servent des mélanges aromatiques lors de cérémonies que les Joseon approuveraient et les cafés modernes proposent de grands bols de granité recouvert de glace au matcha, de morceaux de brownie, de feuilles de menthe et de branchettes de pin.
À l’orée du village, j’effectue mon dernier arrêt dans un bâtiment anodin qui ne présente aucun des ornements architecturaux des hanoks. C’est là que Choi In-duk et sa sœur Choi Jeon-won servent une version revisitée d’une autre tradition culinaire précieuse de Jeonju lors d’une dégustation : le makgeolli. Cette activité, qui consiste à boire du makgeolli, un type de vin de riz fermenté titrant entre 6 et 9 % d’alcool, accompagné de petits plats, se déroule dans le quartier Samchun-dong, au sud-ouest de la ville. Celui-ci voit généralement passer des groupes d’amis qui se déplacent de bar en bar en buvant pour la plupart du makgeolli de piètre qualité et en mangeant en règle générale des collations tout aussi bas de gamme. Dans le restaurant Yetchon Makgeolli des sœurs, au style industriel, l’expérience s’ancre toujours profondément dans la convivialité mais la qualité y est tout sauf médiocre.
Replaçant ses cheveux noirs derrière ses oreilles, Choi In-duk soulève une théière en laiton contenant le makgeolli produit sur place et le verse dans des bols, tout en m’affirmant : « Si les gens viennent à Jeonju, ils savent qu’ils doivent boire du makgeolli. L’eau est très pure ici, ce qui permet d’obtenir une meilleure qualité ». La boisson qui en résulte est d’apparence laiteuse et d’un crémeux unique, avec un léger goût de fromage à pâte persillée. Une théière de makgeolli ne coûte que 3 300 won sud-coréens (2,21 euros) et est accompagnée de suffisamment de plats pour tenir tranquille un groupe de quatre personnes pendant un bon moment dont, entre autres : du poulet aux graines de périlla, des moules dans un bouillon de poireaux, du porc braisé, des pancakes de kimchi et du crabe mariné au soja. Cela ressemble davantage à un festin accompagné de vin plutôt qu’à une bière servie avec des amuse-bouche. « Je veux prendre soin de mes invités », poursuit Choi In-duk. « Et je le fais en leur proposant de vrais plats et boissons d’excellente qualité. »
Cela pourrait constituer la philosophie même de Jeonju. Avec une brochette de chefs toujours prêts à perpétuer la tradition, aucun touriste ne risque de repartir avec le sentiment d’avoir été négligé.

Cet article a été produit par National Geographic Traveller (UK).
Aucun kebab turc n'a atteint les sommets de la célébrité culinaire comme le döner. Sa popularité est telle que dans son deuxième pays d'origine, l'Allemagne, elle a récemment dépassé le currywurst en tant que fast-food préféré des Allemands, selon un sondage YouGov. Certains affirment même que le döner kebab est, en fait, une invention allemande.
Le mot « döner » vient du mot turc « dönmek », qui signifie « tourner ». Pour créer le kebab, de nombreuses piles de viande assaisonnée sont enfilées sur une broche et cuites sur un gril vertical. Une fois que les couches extérieures commencent à croustiller, elles sont tranchées finement et servies.
Traditionnellement, l'agneau était incontournable, mais le bœuf et le poulet sont également devenus populaires. Il existe d'innombrables variantes, mais, généralement, la viande est nappée d'une sauce à l'ail et au piment, accompagnée d'une salade, le tout servi dans un pain pita ou un pain plat turc, appelé lavash.
Au début de l'année, la Turquie a demandé à l'UE d'enregistrer le ‘döner kebab’ comme ‘spécialité traditionnelle protégée’, ce qui signifierait que seules les kebabs préparés selon des méthodes et des ingrédients spécifiques pourraient être appelés de la sorte. Cette décision a suscité un vif débat. L'Allemagne aurait déposé une objection formelle et son ministre de l'Alimentation et de l'Agriculture, d'origine turque, a tweeté que « le döner appartient à l'Allemagne ».
L'historienne de l'alimentation Mary Işın, spécialiste de la cuisine turque et ottomane, note que le terme « döner kebap », comme on l'appelle en turc, n'a été consigné à l'écrit qu'en 1908. Cependant, l'évolution du döner remonte presque aussi loin que l'Empire ottoman. « Les premières représentations se trouvent dans deux peintures miniatures d'un artiste d'Istanbul datant de 1616 à 1620 », écrit Işın dans son livre Bountiful Empire.
« Au départ, c'était surtout un plat préparé pour les pique-niques, comme c'est encore le cas dans les provinces du nord-est de la Turquie. À l'origine, la broche était horizontale, mais au 19ᵉ siècle, les restaurants de kebab d'Istanbul ont commencé à utiliser des broches verticales, probablement pour gagner de la place ». Cette méthode permet également à la viande de s'arroser elle-même, le jus des couches supérieurs s'écoulant jusqu'en bas. En outre, la cuisson de piles de viande, par opposition à la cuisson de l'animal entier, permet une répartition plus égale de la graisse et des morceaux les plus fins.
Au fur et à mesure de l'évolution du döner, de nombreuses personnes se sont manifestées pour en revendiquer la conception. En Turquie, au milieu du 19ᵉ siècle, Hamdi Usta, de la ville de Kastamonu, et İskender Efendi, de la ville de Bursa, ont tous deux affirmé avoir inventé la méthode de cuisson verticale, créant ainsi la succulente tour de viande döner, facile à découper, que nous connaissons aujourd'hui.
Il est intéressant de noter qu'une photo prise dans l'Empire ottoman entre 1853 et 1855 par le photographe britannique James Robertson serait la première à montrer un döner kebab. Le vendeur non identifié n'est ni Efendi ni Usta. Faisant fi de l'incertitude, Efendi a été immortalisé en donnant son nom au populaire döner kebab iskender. Il se compose de tranches de viande de döner sur des tranches de pain pide recouvertes d'une sauce tomate et garnie de beurre au lait de brebis.
Quant à savoir qui a transformé le döner kebab en sandwich, c'est encore moins clair. Entre 1960 et 1973, près d'un million de travailleurs invités turcs sont arrivés en Allemagne de l'Ouest. Parmi eux, Kadir Nurman, qui, en 1972, a ouvert un magasin à Berlin vendant des pains plats fourrés à la viande de döner. C'est ainsi qu'est né le sandwich döner kebab. D'après feu Nurman, en tout cas. Sa revendication est contestée par d'autres, mais cette histoire a été soutenue par l'Association des fabricants de döners turcs en Europe en 2011.
Si l'on considère que le pain et les kebabs vont de pair depuis des siècles en Turquie et au Moyen-Orient, il est peu probable que Nurman puisse s'en attribuer l'entière paternité. Toutefois, lui et les autres pionniers du döner en Europe occidentale peuvent se targuer d'avoir déclenché le phénomène du döner en dehors de la Turquie. Aujourd'hui, on estime à 40 000 le nombre de restaurants de kebabs en Allemagne, à environ 20 000 au Royaume-Uni et à 14 000 en France.
Le döner peut avoir mauvaise presse. Il est parfois considéré comme un en-cas salé et gras composé de viande transformée non spécifiée. Cependant, tous les döners ne sont pas égaux. Le marché est divisé : certains restaurants achètent leurs broches de döner auprès de grossistes, tandis que d'autres les préparent eux-mêmes.
Au Divan, lauréat du prix du meilleur restaurant de kebab du nord et de l'ouest de Londres aux british Kebab Awards 2023, le chef Ali Divan utilise une épaule d'agneau entière pour préparer ses döner kebabs maison. « Nous le préparons, le hachons et le faisons mariner ; nous le laissons vingt-quatre heures dans un frigo, puis il est rôti à la broche », explique-t-il. La marinade est composée « d'herbes, d'épices et d'une pâte de poivre spéciale provenant de l'est de la Turquie, dans la région d'où nous sommes originaires ». Ce type de döner, préparé à partir de morceaux entiers, est connu sous le nom de döner « yaprak » ou « feuille ».
Lorsque les cuisiniers souhaitent obtenir un morceau de viande de döner plus uniforme, connu sous le nom de döner « kiyma », ils utilisent des hachis. Pour créer son döner d'agneau kiyma, Hakan Topkaya, gérant de l'Archway Kebab de Londres, également lauréat des British Kebab Awards, hache quarante kilos d'épaule d'agneau pour une seule broche. « On arrive à six heures trente du matin pour le préparer tous les jours. C'est comme construire une Ferrari », déclare Topkaya, ajoutant que, par contraste, « les döner kebabs fabriqués en usine sont souvent composés d'ingrédients de mauvaise qualité comme du soja, de la farine, des viandes bon marché, des colorants artificiels et divers additifs, ce qui les rend à la fois mauvais pour la santé et difficiles à digérer. »
Si le döner kebab est traditionnellement un plat à base de viande, des alternatives végétaliennes ont vu le jour, notamment chez Vöner, à Berlin, et What the Pitta, à Londres, qui proposent des variantes à base de plantes.
Situé dans le Grand bazar d'Istanbul, vous remarquerez la file d'attente avant de voir ce trou dans le mur, mais la file avance relativement vite et l'attente en vaut la peine. De tendres döner d'agneau et de bœuf sont découpés dans du pain pide, accompagnés d'oignons, de persil, de tomates et de sumac. Accompagnez votre wrap d'un verre d'ayran, une boisson traditionnelle à base de yaourt salé.
Fondé en 1947, ce restaurant du quartier d'Ümraniye est réputé pour son bœuf yaprak cuit au feu de bois et sa viande d'agneau döner. Vous ne pouvez pas vraiment vous tromper dans le menu, mais si vous êtes d'humeur à sortir des sentiers battus, essayez le guvecte döner, un ragoût de döner dans une sauce tomate avec des échalotes et des poivrons beurrés, servi dans une tarte de pain plat fraîchement cuite, avec son couvercle, parfait pour saucer.
L'iskender döner figure sur les menus des kebabs du monde entier, ainsi que dans le restaurant familial Iskender Efendi à Bursa, et reste l'une des versions les plus populaires en Turquie. Toutefois, il n'est pas nécessaire de parcourir 150 kilomètres vers le sud pour déguster le vrai kebab. Les chefs gèrent également un restaurant à Istanbul, située dans le quartier animé de Kadıköy, près de la station de métro.

La Route de la soie vit toujours dans la capitale de la région de l’Iméréthie, en Géorgie. Les discussions animées et les odeurs agréables sont charriées par l’air de la mi-automne alors que les locaux déambulent dans le bazar vert de Kutaisi. Ils mâchent des churchkhela, des bâtons de noix enrobés de caramel de jus de raisin, zigzaguent entre les étals d’épices derrière lesquels des matriarches affables vantent leurs produits.
En toile de fond, la douce mélodie du fleuve Rioni se mêle au brouhaha du bazar. Les montagnes du Caucase, les plaines de Colchide et les hauteurs géorgiennes se dressent loin à l’horizon. Bientôt, les acheteurs ramèneront leurs trouvailles chez eux et commenceront la préparation d’un festin frais dont ils profiteront à l’intérieur ou sur les rues pavées, arrosé de boissons fraîches, en riant et s’attardant durant des heures. Après tout, les plats d’Iméréthie sont toujours partagés, savourés et, en plus, végétariens.
Loin des routes touristiques fréquentées de Tbilisi et Khaketi, Kutaisi et ses 180 000 habitants étaient auparavant la capitale administrative de Géorgie. La ville est encore considérée par beaucoup comme étant la capitale culturelle. Ville créative de littérature de l’UNESCO, Kutaisi est la plus vieille zone continuellement habitée au monde, et a la réputation d'être le lieu où Jason et les Argonautes ont commis un faux-pas mémorable à la recherche de la Toison d’or.
La Géorgie est un éternel carrefour. Elle a fait face à un historique tempêtueux d’invasions qui ont résulté en un mélange de saveurs méditerranéennes, mongoles et perses. Kutaisi, isolée de la mer, reste toutefois d’une authenticité géorgienne.
De plus, sa topographie enclavée facilite une histoire d’alimentation végétarienne. « L’Iméréthie est une région intéressante de par ses paysages divers. On peut y retrouver des pentes, des forêts de chênes, des champs d’acacias, des lopins de terre cultivés », décrit Gvantsa Abuldaze, co-propriétaire du vignoble de Baia. « À cause des sols moins cultivés, les habitants ont plus de légumes dans leur alimentation quotidienne que de viande. C’est une caractéristique [prévalente] depuis des siècles qui continue encore aujourd’hui. »
Bien que l’on ne retrouve pas de Toison d’or à Kutaisi, il n’est pas improbable de tomber sur un supra, un festin traditionnel et communal qui dure des heures et ponctué d’innombrables toasts, où l’on atteint le shemomechama. C’est un mot qui n’a pas d’équivalent en français, et qui décrit la sensation que l’on ressent lorsque l’on est repu mais que l’on continue tout de même de manger, comme si une force plus grande que nous nous y poussait.
Dans la Géorgie post Union soviétique, supra et shemomechama offrent une assurance constante d’authenticité culturelle. Le terme illustre l’hospitalité de la Géorgie. Le supra est le « joignez-vous à nous » à l’état pur, proposant festin et bon accueil à table, que l’on soit de la famille, des amis ou des inconnus. Comme le dit un proverbe géorgien : « un invité est un don de Dieu ».
« Je me réjouis que l’on commence à s’intéresser plus à Kutaisi et à l’Iméréthie », déclare Kristine Murusidze, Iméréthienne depuis toujours et directrice de l’hôtel Communal Hotel à Kudaisi. « Il y a tant de cœur et d’histoire ici, dans la gastronomie, les rues et les habitants. »
Les variations végétariennes sont légion durant un supra iméréthien mais on retrouve toujours un plat remarquable sur la table. Le pkhali est un terme général pour désigner un mets géorgien qui utilise les noix comme adhésif comestible afin de conserver l’intégrité du plat. Ces boulettes violettes, vertes et orange peuvent être étalées comme une pâte vegan, dégustées à la cuiller ou combinées avec tout ce qui se trouve sur votre plat pour commencer le repas et garder un bon apport de vitamines.
« Le pkhali est très important dans la gastronomie iméréthienne », explique Kristine Murusidze. « Nous commençons toujours un repas avec un pkhali, du fromage à pâte blanche et du made (un pain de maïs croustillant). » Bien que l’on retrouve le pkhali dans toute la Géorgie, le pkhali iméréthien dégage cette impression d’être plus ancien et plus proche du pays.
Kristine Murusidze partage cette sensation : « De nombreuses personnes se tournent encore vers la nature pour cueillir des herbes sauvages, comme des épinards et des orties, du début du printemps à la fin du mois d’octobre. »
Les paroles Keti Kvichidze, conseillère gastronomique, font écho à celles de Kristine Murusidze. Elle explique que la cueillette à la recherche de légumes sauvages et d’autres produits de la nature est plus qu’une tâche culinaire dans la région. « C’est une tradition aimée de tous qui se transmet de génération en génération », partage-t-elle. « Chaque printemps, des familles s’aventurent dans les prairies et les forêts, guidées par une connaissance ancestrale qui leur indique où trouver les plantes sauvages les plus convoitées. »
Pour les végétariens qui n’apprécient pas les herbes, on retrouve de nombreux délices gastronomiques à Kutaisi, dont ce qui pourrait bien être la première pizza à pâte fourrée au fromage du monde. Mais ce n’est pas le nom qu’on lui donne ici. Le kachapuri iméruli, un pain plat fourré au fromage, est chargé d’une importance nostalgique et d’une dignité gastronomique que n’ont pas les pizzas modernes des chaînes de fast-food.
Cette pâte ronde et fermée, fourrée au fromage iméréthien est servie dans les premiers plats lors d’un supra, tout comme le pkhali. À l’inverse des kachapuri d’autres régions, la version de l’Iméréthie a une pâte plus fine, un fromage plus fort et la pâte couvre le dessus afin que le fromage soit fondu et accroche le plus possible.
« Les trois raisins blancs, Tsolikouri, Tsitska et Krakhuna, dominent le marché du vin de nos jours », intervient Gvantsa Abuldaze. « L’influence du terroir se remarque aisément. Une légère acidité, des arômes de fleurs blanches et d’agrumes », autant de qualités qui se marient parfaitement avec le fromage Iméruli fort.
Ne manquez pas de visiter le bazar vert, qui porte bien son nom, afin de prendre connaissance des produits de la saison. Laissez-vous tenter par des échantillons gratuits de l’eau Laghidze, une boisson pétillante géorgienne inventée à Kutaisi en 1887 qui se décline en plusieurs arômes : poire, estragon, coing et bien d’autres encore à découvrir.
Gala : Après la nomination de Kutaisi en tant que Ville créatrice de littérature de l’UNESCO en 2023, Gala a dédié l’année suivante à Galaktion Tabidze, l’un des poètes les plus renommés de Kutaisi. La poésie se ressent dans l’assiette, dans les céramiques en argile qui entourent le restaurant et, de manière plus littérale, dans la librairie qui se trouve en dessous. Des musiciens se produisent souvent à Gala. Goûtez-y l’ojakhuri aux champignons et aux aubergines avec des noix.
Palaty : Entre ses murs de bois blancs résonnent des notes de jazz jouées par un gramophone ou des musiciens en direct. Palaty est un lieu qui éveille les sens pour profiter d’un long dîner. Cependant, si votre temps est limité, privilégiez ce restaurant pour y prendre votre dessert. Commandez un pelushi, un porridge au jus de raison automnal typique de Géorgie, spécialité de Palaty.
Doli : Situé à l’intérieur du Communal Hotel, Doli propose des plats hupés, variations des classiques géorgiens. La lumière du feu qui brûle dans l’âtre en céramique joue sur les murs couleurs terre du restaurant romantique. Suivant la saison, vous pourrez y déguster des kvari, des raviolis au fromage, un pkhali aux artichauts et des graines de grenade.
Le vignoble de Baia : Le vignoble ne se trouve pas dans la ville-même, mais en périphérie, à 40 minutes de route. Il vaut cependant le détour pour profiter d’un smorgasbord, de pkhali, de ses décorations et d’une bonne conversation.

L’effet « set-jetting », ou cinétourisme en français, est une tendance de voyage qui pousse les touristes à visiter les lieux de tournage de leurs films et séries TV préférés. Il a boosté le tourisme dans des destinations comme la Thaïlande, Hawaï, l’Italie et la Croatie. Les studios à Hollywood ne sont pas les seuls à s’en attribuer le mérite. En Corée du Sud, les dramas coréens, ou K-dramas, ont motivé le tourisme dans plusieurs destinations à travers le monde.
La plupart des réalisateurs de K-dramas ont choisi de filmer en Corée du Sud, et la popularité de la culture coréenne, des K-dramas, de la K-pop et des films, que l’on connaît également sous le nom de « Korean Wave », a déferlé sur le monde entier ces dernières années. Les compagnies de production coréennes ont étendu leur recherche de lieux de tournage en explorant des destinations s’étendant au-delà des frontières de la Corée du Sud. Sans surprise, les dramas coréens ont attisé la soif de tourisme chez les fans pour qu’ils puissent découvrir les lieux de tournage de leurs séries préférées.
Les séries TV coréennes et leurs lieux de tournage bien réels qui sont de spectaculaires toiles de fond ont eu des conséquences inattendues et positives dans certaines destinations spécifiques, bénéficiant notamment aux entreprises locales. Vitali Raietskyi, qui travaille pour l’agence de voyage Open Up Swiss, n’avait jamais vraiment regardé de K-dramas par le passé. Il explique que « les touristes [leur] ont donné l’idée de mettre en place cette visite ».
À la reprise du tourisme en Suisse après la pandémie de COVID-19, Vitali Raietskyi a remarqué une augmentation de touristes en provenance d’Asie. Ils se rendaient dans des destinations comme Interlaken, Grindelwald et Iseltwald grâce à la série TV coréenne Crash Landing on You, diffusée avant la pandémie.
« J’ai regardé les seize épisodes », confie Vitali Raietskyi, motivée par la nouvelle vague de cinétouristes. « Nous avons organisé notre visite signature des lieux les plus emblématiques [de la série] en Suisse. » La visite est rapidement devenue l’une des visites de jour les plus populaires de l’agence. Les fans de K-dramas d’Indonésie, de Singapour, du Vietnam et des Philippines réservent aujourd’hui encore des visites. Les touristes peuvent voir les Alpes suisses et d’autres lieux populaires, comme le le pont panoramique de Sigriswil et le lac de Brienz. C’est là qu’on a filmé la romance impossible entre une héritière sud-coréenne et un soldat nord-coréen.
Carmen Fuchs, responsable des ventes de Jungfrau Railways, explique avoir observé un « gain d’intérêt de la part de la Corée du Sud et des autres marchés influencés par la culture de K-dramas » pour visiter la Suisse. De façon plus spécifique, Carmen Fuchs explique que ces visiteurs demandent des informations ou prennent des photos de lieux de tournage précis, comme le col de montagne de Klein Scheidegg, ou encore Jungfraujoch et Grindelwald. La série montre le couple en visite à Jungfraujoch, que l’on surnomme le sommet de l’Europe. Cette destination touristique populaire abrite la station de tramway la plus haute d’Europe, et d’autres attractions comme l’observatoire du Sphynx et le palais de glace. Les fans aventureux peuvent tenter de faire du parapente comme le personnage féminin de Yoon Se-i, qui se retrouve réunie avec Ri Jeong Hyeok à la fin de la série TV, avec en toile de fond le mont First de Grindelwald.
Après la diffusion du K-drama Goblin, « l’hôtel Fairmont Le Château Frontenac a connu une augmentation de 500 % de réservations de la part de touristes coréens et a même lancé son “Goblin Package” », explique Anna Lee, président de AL Marketing & Communications, qui s’occupe du marketing pour l’agence de voyage Destination Canada, en Corée du Sud.
L’acteur Gong Yoo joue un gobelin immortel (dokkaebi dans le folklore coréen) qui se téléporte entre la Corée du Sud et Québec, où il s’achète un hôtel, le Fairmont Le Château Frontenac. Le personnage magique se sert d’une porte rouge dans le quartier commercial le plus ancien d’Amérique du Nord, Petit-Champlain, comme d’un portail vers la ville. Les boutiques au charme désuet parsèment le quartier, comme La Petite Cabane à Sucre de Québec, où vous pouvez goûter des bonbons au sirop d’érable, une spécialité québécoise. Les fans peuvent se rendre à l’escalier casse-cou, le plus vieil escalier de Québec, pour se rendre à Petit-Champlain, ou bien emprunter le funiculaire pour un trajet aux vues à couper le souffle.
On découvre Québec à travers le K-drama, et des vues magnifiques comme la terrasse Pierre-Dugua de Mons, qui surplombe le fleuve Saint-Laurent et la vieille ville de Québec. Ou encore le parc Samuel-Holland dans le quartier Saint-Sacrement. Et même si les fans ne peuvent pas se rendre dans l’historique Château Frontenac, Québec vaut le détour pour sa vieille ville fantastique.
La blogueuse singapourienne, Nadia Lau, a regardé le K-drama diffusé en 2024, Queen of Tears, à l’instar de la plupart des fans. Six mois après avoir regardé la série, elle s’est rendue en Allemagne pour visiter les lieux où le couple principal de la série est parti en lune de miel. Ces scènes soulignent l’architecture du 19e siècle que l’on retrouve à Berlin et Potsdam, dont la cathédrale de Berlin et le quartier du vieux marché de Potsdam.
La popularité du K-drama a incité l’agence de voyage Visit Berlin à publier une liste des lieux de tournage de Queen of Tears sur son site Internet. Les fans peuvent suivre l’itinéraire de la lune de miel en se baladant le long des berges du Spree, en visitant la fontaine de Neptune et en faisant les boutiques à la recherche de porte-bonheur au Winterfeldmarkt. Le style Rococo du palais Sanssouci du 18e siècle à Potsdam à 40 minutes de train de Berlin. Il s’agit de l’un des lieux les plus importants de la série ; on le voit dans des flashbacks où le couple se trouve sur les marches de grès.
Memories of the Alhambra s’éloigne de la comédie romantique typique et tourne autour d’un jeu vidéo hyper-réaliste de réalité augmentée ayant lieu à Grenade, en Espagne. Partie mystère, partie science-fiction, cette série commence par une rencontre fortuite entre un P.D-G. d’une entreprise de jeu vidéo sud-coréenne et une propriétaire d’hôtel coréenne de Grenade. L’Alhambra, l’attraction touristique la plus connue de Grenade, un palais historique et une forteresse à l’architecture maure, est la véritable star de la série. Les fans se rappellent sans doute que l’affiche promotionnelle de la série montrait une vue du ciel depuis le mirador de San Nicolás.
L’équipe de production a tourné une partie de la série dans la ville espagnole de Girona, mais aussi en Slovénie, une destination pour remplacer Grenade. Cependant, la beauté de l’Alhambra est bien présente alors que le personnage principal explore le site touristique pour accomplir sa quête. La série inspire ses téléspectateurs à visiter les palais nasrides de l’Alhambra, tout particulièrement la cour des Lions, où les gravures et l’architecture en font l’un des éléments les plus frappants de ce site classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO.
Il va sans dire que la meilleure destination pour les fans de K-dramas reste la Corée du Sud. La vie rurale tranquille du pays est sous les feux des projecteurs depuis que des séries telles que Hometown Cha Cha Cha et When Camellia Blooms ont été diffusées. Les compagnies de production ont filmé les deux séries à Pohang, une ville industrielle connue pour ses entreprises de métallurgie.
Des villages de pêcheurs pittoresques, qui entourent Pohang et que l’on retrouve dans les deux séries, montrent la vie rurale et ses communautés qui se serrent les coudes. Les fans de la série peuvent visiter la zone pour profiter de la culture détendue et observer les pêcheurs du village de Seokbyeong, nager à la plage de Wolpo et déguster le plat de fruits de mer populaire, le mulhoe, une soupe froide de poisson cru accompagnée de légumes, d’un bouillon épicé et de sauce au piment ou pâte de piment.
À Cheongha-myeon, vous pourrez observer des peintures murales dédiées aux deux séries. Certains lieux où elles ont été filmées ont conservé les décors, les panneaux et les devantures des boutiques, permettant aux fans de se plonger dans la nostalgie des K-dramas.

L’Europe ne manque pas de destinations populaires, que ce soit pour passer des chaudes vacances estivales ou pour effectuer un périple en train pour aller visiter ses marchés de Noël. Pour les adeptes de randonnée, l’Europe propose une mine d’or de circuits de trekking, entre promenades tranquilles sur les levadas de Madère et pèlerinage sur la route de Compostelle, les choix ne manquent pas. Si l’Écosse, le Portugal et l’Espagne reçoivent beaucoup d’attention, la Slovénie s’impose petit à petit comme une destination de randonnée de premier plan.
Nichée entre l’Italie, l’Autriche et la Croatie et bordée par la mer Adriatique, la Slovénie propose elle aussi les vins de classe mondiale, la gastronomie et les sommets montagneux immenses qui caractérisent la région, mais à des prix moindres et avec moins d’affluence. Que vous soyez en quête d’un trek ardu à faire en solitaire ou d’un itinéraire pour toute la famille, voici où randonner en Slovénie.
Si vous avez déjà vu une photo de la Slovénie, il y a de bonnes chances que vous ayez vu un lac calme et cristallin avec d’imposantes montagnes aux sommets enneigés en arrière-plan. Il s’agit de la destination la plus emblématique de Slovénie, le lac de Bled. Et, si la plupart des visiteurs ont tendance à ne pas s’éloigner du balcon de leur hôtel ou de la promenade située en bord de lac, il s’agit en fait d’une excellente destination pour qui souhaite randonner.
Selon Zuzana Sochorova, guide pour Wilderness Travel en Slovénie, le lac de Bled convient particulièrement aux débutants, car « c’est l’endroit idéal pour incorporer quelques randonnées brèves dans un itinéraire plus vaste ». Selon la description qu’elle en donne, la zone du lac est entourée d’itinéraires pédestres courts et faciles qui, malgré le faible dénivelé, récompensent quand même les visiteurs avec des vues spectaculaires.
Avec son lac digne d’un décor de carte postale et son église insulaire au toit rouge (que l’on va visiter dans une gondole de style vénitien, bien entendu) ont tendance à être sur la liste des choses à voir absolument de la plupart des touristes qui vont en Slovénie. Bled est donc un endroit pratique pour randonner en plus de tout le reste.
Le Parc national du Triglav, qui couvre la majorité des Alpes juliennes, est le seul parc national de Slovénie et il s’agit du meilleur endroit pour s’aventurer sur des itinéraires exigeants. Le parc tire son nom du plus haut sommet slovène, le Triglav, qui culmine fièrement à 2 864 mètres d’altitude. Parcourir ses arêtes est une excellente occasion d’apercevoir des chamois (Rupicara rupicara) et des bouquetins (Capra ibex) et des aigles royaux (Aquila chrysaetos). Zuzana Sochorova explique que « l’ascension représente un défi même pour les randonneurs très expérimentés, car c’est un parcours particulièrement technique, qui nécessite l’utilisation d’une via ferrata ».
Bien qu’il soit techniquement possible de gravir le Triglav en une seule journée, Zuzana Sochorova déconseille vivement d’essayer de faire cela. À la place, elle suggère d’effectuer le trek en deux jours et de passer la nuit dans le refuge de montagne le plus haut de Slovénie, le Triglav Dom na Kredarici.
Pour des randonnées de longue distance, embarquez pour une aventure de refuge en refuge ou bien empruntez l’Alpe-Adria Trail, un sentier pédestre de 740 kilomètres traversant les frontières de slovène, autrichienne et italienne. Les sections slovènes vous emmènent des forêts féériques de la vallée de la Soča à la région vinicole de l’ouest du pays.
Avec 13 000 grottes (nombre qui n’en finit pas d’augmenter), la Slovénie est le pays des grottes. Son paysage souterrain semblable à du gruyère traverse tout le pays et abonde d’itinéraires pédestres pour tous les niveaux. Skocjanske Jame (les grottes de Skocjanske), site inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO comptant parmi les plus grands systèmes de grottes au monde, est une option satisfaisante, même pour les randonneurs ayant un intérêt minimal pour les grottes. Des sentiers, passerelles et escaliers escarpés souterrains conduisent les visiteurs à travers cet immense réseau de grottes de plus de six kilomètres et au-dessus des eaux tumultueuses de la Reka. À un moment donné, sur votre chemin, vous croiserez un pont souterrain enjambant la rivière à bonne hauteur ; cet itinéraire pourrait ne pas convenir à une personne ayant le vertige.
Une autre option est la grotte de Postojna, située près du plus grand château troglodytique du monde, le château de Predjama, un château médiéval encastré dans une falaise. Un train qui siéra aux enfants vous conduira à l’intérieur de la grotte où vous pourrez évoluer à pied, mais les randonneurs plus aventuriers peuvent prendre part à des circuits passant par les profondeurs de la grotte.
Selon Peter Lenarcic de l’association Slovenia Outdoor, cette exploration souterraine peut également constituer une excellente option pour les férus d’Histoire, car « la Slovénie possède de vastes vestiges de fortifications souterraines datant [des deux Guerres mondiales], comme la ligne Rupnik et la ligne de front de la Soča. » Il ajoute que certaines peuvent être visitées en solitaire avec une bonne lampe torche et que beaucoup sont également situées près d’autres sentiers de randonnée.
Pour les amateurs d’Histoire qui préfèrent rester à la surface, Peter Lenarcic recommande le sentier des Trappistes, dont les 12 kilomètres passent par d’anciennes routes du vin, et le Sentier de la paix (Walk of Peace), ponctué de tranchées, de bunkers et d’autres vestiges des guerres éparpillés sur un pan de 107 kilomètres traversant montagnes, rivières et petits villages entre les Alpes et l’Adriatique. Des sections du Walk of Peace sont en train d’être réparés ; rendez-vous ici pour connaître sa praticabilité.
Une option plus courte est le Kobarid Historic Trail, un sentier de 6,5 kilomètres environ qui mélange forêts, cascades, vestiges de bunker de la Première Guerre mondiale et musées historiques nichés dans des petites villes, comme le Musée de Kobarid, qui est consacré à la Grande Guerre.
Les enfants peuvent randonner sur les sentiers autours du lac de Bled et dans les grottes slovènes (et le font), mais pour un peu plus de divertissement, envisagez d’emprunter des sentiers desservis par des télésièges. « Si vous randonnez en famille, et en particulier s’il y a de jeunes pousses ou que vous voyagez avec des personnes à mobilité réduite, j’aime à recommander des zones de randonnée accessibles en téléphérique », recommande Jirí Rohel, guide pour Wilderness Travel en Slovénie.
Il conseille Velika Planina, un plateau alpin situé près de la ville de Kamnik, qui abrite la plus grande communauté de bergers d’Europe et où les éleveurs viennent faire paître leurs vaches dans les prés l’été. Non seulement y trouve-t-on de superbes itinéraires familiaux, mais on y trouve également une expérience culturelle immersive. En effet, certains bergers ouvrent leurs huttes aux visiteurs et proposent des déjeuners traditionnels.

Vous êtes tenté par des vacances faites de randonnées mais craignez de ne pas pouvoir vous reposer ? Découvrez huit itinéraires pour débutants, pensés non pas pour s’essouffler mais pour respirer le grand air. Certaines ne durent que quelques heures tandis que d’autres sont l’affaire de plusieurs jours. Toutes ont été sélectionnées pour leur association entre terrain confortable, sentiers entretenus et environnement spectaculaire. Assurez-vous seulement d’avoir le bon équipement avant de vous lancer : une bonne paire de chaussures qui convient à votre randonnée et qui a été choisie sur les conseils d’un expert vous épargnera bien des ampoules sur le chemin.
Distance : 8 km
Durée : 3 à 4 h
Dans les montagnes, il règne une règle tacite : les meilleures vues s’observent au cours des randonnées les plus longues. Bien sûr, il y a une exception. Sur le circuit des trois cimes de Lavaredo, dans les Dolomites italiennes, vous aurez l’opportunité de poser les yeux sur trois époustouflants murs de roche brisée, tout en arpentant un sentier large et égal, aux douces montées. La balade est une boucle qui commence et se termine près d’un parking au refuge d’Auronzo, dont l’accès est contrôlé et payant. Auronzo est également desservi par un bus. Afin d’éviter les foules de la haute saison en été, les mois de juin et de septembre sont tout indiqués pour cette randonnée. Si vous choisissez de la faire en juin, pensez à emporter avec vous une paire de bâtons de marche, au cas où de la neige s’accroche encore au sentier. Il serait dommage de glisser alors que vous admirez, bouche bée, les extraordinaires vues qui vous entourent.
Distance : 12 km
Durée : 2 à 3 jours
La plupart des randonneurs sont capables de boucler cette marche le long de la côte italienne du sentier Azzuro entre Monteresso et Riomaggiore, en une journée intense. Mais pourquoi vouloir ne faire qu’une bouchée d’un sentier aussi grandiose ? Reliant les cinq villages des Cinque Terre de Liguria, ce sentier étroit est une route que l’on savoure, en commençant tôt le matin pour éviter les foules. On prend ensuite son temps au cours du déjeuner et l’on profite de balades en bateau et de baignades en mer durant le reste de la journée. Les mois à éviter pour entreprendre cette randonnée sont sans aucun doute juillet et août, à cause de la chaleur et du surtourisme. Ce n’est cependant pas un problème car les températures sont déjà clémentes en avril et le restent jusqu’au mois d’octobre. Lors d’une journée ensoleillée, la sensation de grandeur et d’espace est si intense que vous aurez l’impression d’être sur un nuage. Si vous n’êtes pas à l’aise sur vos pieds, des bâtons de marche sont recommandés. N’oubliez pas de vérifier en amont si les parties du sentier que vous souhaitez emprunter sont ouvertes car des glissements de terrain peuvent parfois les rendre impraticables. Un permis de passage, la Cinque Terre card, est également essentiel. Des trains sont en partance de chacun des cinq villages, une fois votre balade terminée.
Distance : 65 km
Durée : 4 jours
Pas d’inquiétude ! Vous n’avez pas besoin de parcourir les 750 km de cette route de pèlerinage qui relie le Puy-en-Velay à Saint-Jacques-de-Compostelle. Nous avons choisi avec soin une section qui passe dans la Gascogne rurale, en partant d’Éauze, au paysage riche et vert. Les collines vallonnées s’abordent avec simplicité et les spécialités gastronomiques locales sont toujours tentantes. Il vous faudra en revanche randonner à rebours du flot des marcheurs, afin que votre destination finale soit le village le plus pittoresque de la route. Les cinq derniers kilomètres avant d’atteindre Lectoure sont pavés de chemins verdoyants et de champs de blé ondulant au gré du vent. Une fois arrivé, attendez-vous à être accueilli par un ensemble de cafés, boulangeries et murs médiévaux. Les autres villages que vous croiserez sur votre route, Montréal-du-Gers, Condom, La Romieu, sont tout aussi historiques et charmants. Et, parce que la Voie du Puy se trouve sur le GR65, la région est très bien cartographiée en ligne. Pour vous y rendre, la gare d’Agen est le départ idéal. De là, vous pourrez prendre un bus ou un taxi vers Éauze ou Lectoure.
Distance : 34 km
Durée : 4 à 5 jours
Pour les plus historiens des randonneurs, la section centrale du mur d’Hadrien, qui s’étend de Bridoswald à Chollerford, est un plaisir qui ne s’arrête jamais. La route est parsemée de tout son long de ruines envoûtantes, de sites archéologiques qui en apprennent beaucoup sur l’époque, le tout accompagné d’une sempiternelle impression de proximité avec les antiques soldats postés le long de cette frontière. Cette marche est considérée comme plutôt facile. Le chemin de grande randonnée qui longe le mur est bien entretenu et, lorsque la ligne de crête serpente et devient trop abrupte, un autre itinéraire, plus plat, n’est jamais loin. Les options ne manqueront pas pour marquer une pause dans votre périple, des gîtes ponctuent le chemin et les bus 681 et AD122 font la navette avec des gares sur la ligne qui va de Carlisle à Newcastle. Essayez de garder vos forces pour pouvoir visiter les sites importants et les musées, ainsi que de prendre le temps de vous rendre au fort de Vindolanda, plus au sud. Il s’agit du plus grand trésor de restes romains de Grande-Bretagne et on y découvre encore des surprises, même après 60 ans de fouilles.
Distance : 10 km
Durée : 2 jours
Au total, ce fantastique chemin de randonnée emmène les marcheurs sur plus de 270 kilomètres à travers 21 îles de l’archipel de Stockholm. Il est cependant aisé, grâce au réseau de ferries, de ne choisir qu’une section ou deux de la liste et s'offrir un moment de pause en dehors de la ville. Pour cela, l’île de Grinda est le choix évident. À environ 1 h 30 des quais de Strömkajen, elle est suffisamment isolée pour décourager la plupart des voyageurs d’un jour, mais abrite tout de même le Wärdshuset, une maison d’hôte pittoresque et un restaurant, pour tous ceux qui désirent prolonger leur séjour. Ainsi, en vous y prenant suffisamment à l’avance, vous aurez l’occasion de profiter du confort scandinave après votre randonnée. Préférez les mois de juin ou juillet et n’oubliez pas vos maillots de bain. Le sentier autour de l’île est jalonné de promontoires mouchetés d’arbres, de rochers à moitié submergés et de petites baies abritées, autant d’excuses pour une baignade.
Distance : 50 km
Durée : 3 jours
Élue plus belle randonnée d’Allemagne en 2014 le « sentier des chèvres de la lande » compte également parmi les plus faciles. Sur près de 220 kilomètres, elle sillonne la section nord-sud de Lunebourg et des Landes du sud. Aucune colline n’excède les 170 mètres et le sentier est large et sablonneux sur une grande partie de la randonnée. La mi-août est la meilleure période pour s’y balader, les landes sont fleuries et transforme le paysage en une mer de lilas. Ne vous sentez pas obligé de parcourir les plus de 200 kilomètres de l’itinéraire, les étapes 3 à 5 de Handeloh à Bispingen sont amplement suffisantes et vous occuperont durant 3 jours. Que ce soit au début ou à la fin, des gares vous permettent d’accéder facilement à la randonnée, et des villages à l’atmosphère reposante ponctuent la route, idéal pour passer la nuit. Aucune n’est cependant plus calme que Wilsede, ce village où il n’y a pas une voiture en vue ; vous vous y arrêterez probablement pour déjeuner lors de votre deuxième journée et, durant un bref et merveilleux moment, vous aurez l’impression d’avoir été transporté vers un autre siècle.
Distance : 125 km
Durée : 8 à 10 jours
Comment passer plusieurs jours à randonner dans les Alpes sans souffrir de courbatures ? C’est très simple : il suffit de descendre le cours d’une rivière. Et ce n’est pas n’importe quelle rivière. Ce sentier de 125 kilomètres suit le Lech, l’un des cours d’eaux les plus sauvages d’Europe, qui chaque année sort de son lit au moment de la fonte des neiges et qui s’est taillé un chemin bordé de berges de gravier et de plaines qui ressemblent plus à un paysage canadien qu’autrichien. Lors de votre aventure, deux murs de montagnes seront vos fidèles compagnons et vous soutiendront lors de votre descente vers la vallée, à travers forêts, prairies et spectaculaires ponts suspendus. Trains et bus vous emmèneront de Zurich ou Innsburck jusqu’à la ville montagnarde de Lech, tandis que la gare de Reutte est l’occasion de sauter dans un train pour Munich avant le retour.
Distance : 1,5 km
Durée : 1 h
Hallin Fell, c’est le choix idéal pour une balade en famille. Situé à la mi-chemin d’Ullswater, dans le parc national du Lake District, ce n’est qu’un monticule comparé au toisant massif d’Helvellyn non loin de là. Il est possible de faire le tiers de son ascension en voiture, mais cela ne fera que renforcer le côté spectaculaire de la balade. Celle-ci commence par un chemin en lacet jusqu’au parking, continue avec une montée, courte mais raide, durant 150 mètres et se termine par un panorama à 360° étourdissant sur les chutes d’eau tonitruantes et le ciel peuplé de Cumbrian. Et, même avec l’arrêt obligatoire pour goûter, vous atteindrez le sommet en une demi-heure. Des baskets ou des chaussures à crampons conviendront tout à fait à son terrain meuble et herbeux. Si vous n’avez pas de voiture, le ferry Ullswater de Pooley Bridge à Howtown propose un accès encore plus exaltant, bien qu’il double le temps de randonnée.

Nous avons été déposés au bout de la plus longue voie sans issue de Grande-Bretagne. C’était comme si nous avions perdu le contact avec le reste du monde. Les terres sauvages de la région écossaise du Knoydart s’étendaient devant nos yeux, primitives, reculées et magnétiques. Quelque part, là-bas, se trouve The Old Forge, le pub le plus reculé de la Grande-Bretagne continentale, situé dans le petit village d’Inverie. Ma partenaire Ines et moi adorons les défis. Deux jours de randonnée nous séparaient des rafraîchissements qui nous attendaient au pub. Les paysages que nous allions traverser comptaient parmi les plus rudes et divers d’Écosse.
Notre périple a commencé à bord du train de nuit Caledonian Sleeper, en partance de la gare de London Euston. La ville frénétique disparaissait alors que nous nous endormions et savoir que nous nous réveillerions dans les Highlands indomptées était déjà une aventure en soi. Nous sommes descendus du train à Fort William, où un taxi nous a emmenés dans le petit village de Kinloch Hourn, et c’est sous le soleil de midi que nous avons commencé notre randonnée de 25 kilomètres.
De Kinloch Hourn, nous avons longé la plage méridionale et escarpée du Loch Hourn, un loch d’eau de mer aux allures de fjord qui divise les péninsules de Glenelg et du Knoydart. Le sentier serpentait entre des terrains vallonnés et ardus, s’accrochant parfois aux rives du loch et ne se transformant que trop fréquemment en chemin marécageux, la boue s’accrochant à nos bottes et salissant nos jambes. Les vues majestueuses du Loch Hourn nous ont cependant fait très vite oublier notre inconfort.
Auparavant une route utilisée par les bergers et les chasseurs, cet ancien sentier a également une histoire plus sombre. Il s’agissait d’une route mortuaire, où les corps étaient emmenés vers le site d’inhumation de Kilchoan, à Inverie. L’isolement était constant. À part nos conversations et la cascade occasionnelle dans les hauteurs, il n’y avait aucun bruit. Un troupeau de vaches des Highlands nous regardait passer d’un œil soupçonneux, apparemment inquiètes de savoir si ce groupe de bipèdes allaient venir perturber leur tranquillité. Un silence serein flottait dans l’air, dans un paysage aussi impardonnable que royal.
En amont de notre randonnée, nous nous étions renseignés sur l’histoire locale fascinante du Knoydart. Cette étendue sauvage de 22 250 hectares se situait entre deux lochs, Nevis et Hourn, signifiant respectivement « paradis » et « enfer » en gaélique. L’ironie ne s’est pas perdue lorsque l’on pense au passé de la région. Le Knoydart était une terre prospère sous le système clanique mais a été dévastée lorsque les fermiers qui l’habitaient ont été déplacés pour laisser place aux moutons durant les Highland Clearances aux 18e et 19e siècles. Des milliers de personnes ont été délogées, causant une migration de masse et un déclin de la culture gaélique.
Seulement 120 personnes vivent aujourd’hui dans cette région, menant une vie qui est rare dans le monde moderne. En hommage au sens de solidarité dans cette région reculée, c’est une communauté qui s’est regroupée pour sauver The Old Forge en mars 2022, ce qui signifie que la plupart des résidents détiennent maintenant des parts du pub.
Après une marche ardue de cinq heures, nous sommes finalement arrivés à notre destination pour la nuit, le cottage de Barrisdale. Nous étions fatigués mais de bonne humeur. Comme la plupart des cottages, il s’agit d’une maison en pierre simple avec une pièce commune et des lits en bois. Mais Barrisdale offre des luxes rares : de l’eau courante fraîche, de l’électricité et des toilettes. Maintenu en état par le propriétaire local des terres, le cottage à un coût de 5,80 € par personne, que l’on verse dans une boîte, en toute honnêteté. Pour les lits, il faut suivre la règle du premier arrivé, premier servi, alors emmenez tout de même un sac de couchage et un matelas. En alternative, le camping est autorisé, pour le même prix.
Après une bonne nuit de repos, nous avons monté la pente de Mam Barrisdale, le plus haut point de la route. Des nuées de moucherons proliféraient dans l’air lourd et humide des environs mais ils n’étaient qu’une irritation mineure comparé à l’exaltation que provoquait un regard en arrière, vers le loch. Nous étions désormais déterminés à continuer notre route vers les pics embrumés, pour arriver au panorama qui culminait à 450 mètres d’altitude. En récompense nous attendait une vue sublime sur Ladhar Bheinn, la plus haute montagne de Knoydart, souvent acclamée comme le Munro le plus sauvage d’Écosse. Un Munro est une montagne écossaise qui dépasse les 914 mètres d’altitude.
Malgré un sentier qui descendait après cela, nous avions toujours à nous débattre dans le terrain le plus marécageux qui, à un moment, a voulu s’approprier ma botte ! En fin de compte, le sol est devenu plus sec, nous permettant d’aller plus vite alors que nous nous dirigions vers les eaux scintillantes de la baie d’Inverie. À un des détours du chemin, nous avons repéré un bureau de poste parmi une poignée de boutiques sur la plus petite des rues principales. Le signe indiquant The Old Forge dominait le « paradisiaque » Loch Nevis. Nous étions arrivés !
Le pub est un bâtiment modeste, aux murs blancs et doté d’un intérieur cozy. De nombreuses personnes se trouvaient à l’intérieur, un mélange vibrant de voyageurs de passage, de locaux et de randonneurs. Alors que nous prenions place à une table pour nous désaltérer, Will O’Neil, le directeur du pub, nous a accueilli avec un sourire chaleureux. « Cela a un peu commencé comme une blague mais après nous voulions acheter notre propre pub », a expliqué Will, qui a souligné l’esprit et la ténacité de ce petit coin d’Écosse. Il a ajouté que « diriger un pub aussi reculé que celui-ci demande beaucoup de travail. Beaucoup de ceux qui en détiennent une part donnent de leur temps précieux pour aider. Il y a tellement à faire mais nous adorons ça. »
La responsable du développement du pub, Stephanie Harris, qui a grandi dans le Knoydart et est à l’origine de l’agence de voyage Visit Knoydart, a capturé de son mieux l’attitude collaborative du village en disant : « La meilleure partie d’être actionnaire, c’est que l’on joue un rôle actif dans le futur du pub. » Elle a ajouté : « Je veux offrir mes talents de toutes les manières pouvant être utiles. »
Alors que nous nous désaltérions et reposions nos jambes endolories, nous avons pondéré les mots de Will et nous sommes demandé si l’histoire d’Invernie ne pourrait pas devenir un modèle pour les communautés en crise. Nous ne pouvions pas en imaginer de meilleur.
Pour entreprendre la randonnée vers The Old Forge, il faut bien se préparer. Il s’agit d’un sentier reculé et exigeant, alors emportez avec vous une carte, un GPS, et suffisamment de nourriture et d’eau. Informez également une personne de votre connaissance de votre itinéraire et de votre date estimée d’arrivée. Si vous comptez passer la nuit dans un cottage, un sac de couchage léger et un matelas sont essentiels.

Pour de nombreux voyageurs, un voyage à Taïwan commence et se termine à Taipei, pour ses marchés nocturnes denses et son thé aux perles sucré. Mais au-delà de l’enchevêtrement de scooters et de gratte-ciel de la capitale, l'île abrite une étonnante biodiversité, qu'il est possible de découvrir.
Plus de la moitié de Taïwan est couverte de forêts avec des écosystèmes allant de la jungle subtropicale aux bosquets de cèdres alpins. En seulement quelques heures, vous pouvez passer de côtes ensoleillées à des sommets couverts de brume. Ces cinq destinations montrent le côté plus sauvage et préservé de Taïwan, des villages autochtones en bord de mer aux forêts de montagne reculées, où traditions et nature sont profondément liées.
À seulement une heure de route au sud-est de Taipei, Pinglin est une ville de montagne et un district façonné par le thé. Niché dans les collines verdoyantes de la ville de Nouveau Taipei, il se trouve en amont du réservoir de Feitsui, la principale source d’eau potable pour plus de six millions de personnes dans la région métropolitaine de Taipei.
Pour protéger le bassin versant, le gouvernement a introduit des réglementations environnementales strictes dans les années 1980, limitant la construction à grande échelle et le développement industriel. Bien que ces restrictions aient frustré certains habitants et promoteurs, elles ont aidé à préserver l’un des paysages ruraux les plus vierges de Taïwan.
« Pinglin est incroyablement riche en fougères arborescentes », explique Phaedra Fang, assistante de recherche au Musée national de Taïwan et guide touristique occasionnelle. « Ce sont des plantes anciennes, présentes depuis l’époque des dinosaures. »
Des champs en terrasses ondulent à travers les pentes des collines, couvertes de buissons de thé cultivés pour produire le baozhong, un oolong légèrement oxydé prisé pour sa douceur. La ville bourdonne de vie toute l’année : les barbus de Formose, les autours huppés et les hirondelles volètent dans le sous-bois. « Les hirondelles aiment construire leurs nids sous les toits des habitants », note Phaedra Fang.
Arrêtez-vous au musée du thé de Pinglin pour un aperçu complet de la manière dont le thé est cultivé, transformé et infusé. En contrebas, la vieille rue de Pinglin est bordée de salons de thé confortables servant la récolte la plus récente, souvent infusée et versée par les cultivateurs eux-mêmes.
Juste au large de la côte sud-ouest de Taïwan, la Petite Liuqiu, une île corallienne administrée par Taïwan sous le nom de canton de Liuqiu, est longée continuellement par des tortues vertes glissant dans l’eau et de bassins de marée scintillants. C’est l’un des sites de plongée les plus accessibles de l’île, à moins de cinq heures de Taipei, y compris un rapide trajet de vingt-cinq minutes en ferry depuis la ville portuaire de Donggang.
Taïwan se situe à la croisée de deux zones géographiques uniques. Sa moitié nord est en grande partie subtropicale, tandis que la moitié sud passe dans une zone tropicale. « Taichung est la ligne de démarcation », explique Dennis Wong, copropriétaire de Fun Divers Taiwan. Le centre de plongée organise des excursions sous-marines autour de l’île depuis 2013. Située au centre de Taïwan, Taichung marque l’endroit où les eaux commencent à se réchauffer et où la vie marine devient plus vibrante. « Au sud de cette ligne, il y a plus de corail, plus de couleurs, et beaucoup plus de variété », souligne Dennis Wong.
Grâce à sa position dans le détroit de Taïwan, sur la côte ouest, Liuqiu est protégée des forts courants qui frappent d’autres sites du sud. La visibilité atteint souvent entre 12 et 20 mètres, et les eaux débordent de vie : raie pastenague à taches bleues, jeunes barracudas, murénidés et pterois indigènes.
Louer un scooter permet d’explorer facilement le terrain volcanique de l’île en surface, mais la plupart des plongeurs partent en bateau pour accéder aux meilleurs sites au large, comme Broken Shipwreck, où l’on peut explorer les restes d’un petit cargo et le récif scintillant qui l’entoure. La haute saison s’étend de mai à septembre, lorsque la mer est lisse et claire.
Avec des plages de sable noir permettant de surfer certaines des meilleures vagues du Pacifique, le comté de Taitung attire les surfeurs toute l’année. Mais ce village de la côte est est plus qu’un spot de surf, c’est aussi le foyer des Amis, le plus grand des groupes autochtones de Taïwan, connu pour ses liens profonds avec l’océan.
À marée basse, les femmes Amis entrent encore dans les eaux peu profondes pour ramasser des coquillages à la main, tout comme le faisaient leurs grands-mères. À l’intérieur des terres, des sentiers serpentent à travers des champs de taro sauvage et des fourrés de légumes comestibles, cueillis en lisière de forêt et intégrés aux repas quotidiens.
Aujourd’hui, c'est aussi un haut lieu de créativité. Une communauté croissante d’artistes, de musiciens et d’expatriés s’est installée ici, attirée par le paysage et l’esprit du lieu. Visitez l’ancienne sucrerie de Dulan reconvertie, vestige de l’ère industrielle de Taïwan, qui bourdonne désormais de concerts le week-end, d’ateliers d’artisans et de galeries éphémères. Ou prenez un déjeuner au Taitung Tea House, un restaurant de fish and chips qui sert du mahi-mahi frit pêché localement.
Parfois, le village accueille le Amis Music Festival, une célébration communautaire de l’identité autochtone qui rassemble des artistes venus de tout Taïwan et d’ailleurs. Les concerts se déploient dans des champs ouverts, avec l’océan d’un côté et les pentes verdoyantes en arrière-plan.
Le comté le plus au sud de Taïwan est souvent appelé le grenier de l’île. Ses plaines baignées de soleil produisent une grande partie des fruits du pays, des pommes de cire et des litchis aux ananas, mangues et bananes, grâce à un climat tropical et une saison de culture s'étirant sur toute l’année. Mais ses montagnes recèlent d'histoires tout aussi riches que ses plaines. La région est riche de sa biodiversité et de son histoire, notamment les anciens sentiers autrefois empruntés par les peuples autochtones et les premiers explorateurs occidentaux pour rejoindre de lointains villages autochtones aux dalles de pierre. La flore tropicale prospère dans ces collines, comme le poivrier du Sichuan et l’hibiscus, et vous pourriez apercevoir des sangliers, des macaques ou le discret serpentaire bacha.
« La panthère nébuleuse a peut-être disparu, mais son esprit demeure dans les forêts », explique Fang. Autrefois sacrée pour les communautés autochtones et considérée comme une gardienne des montagnes, la panthère nébuleuse de Formose n’a pas été officiellement aperçue depuis les années 1980, mais les récits persistent. Des habitants parlent d’ombres fugitives glissant dans les sous-bois, de quelque chose bondissant depuis des falaises ou disparaissant dans les arbres. Qu’il s’agisse d’un mythe ou d’un souvenir, sa présence hante encore les collines.
Ce lien profond avec la terre et la mémoire est encore vivant dans des lieux comme le Nouveau village de Laiyi, une colonie relocalisée des Paiwan, un groupe autochtone originaire des chaînes de montagnes du sud de Taïwan. Au fil des années, les habitants sont revenus à l’agriculture traditionnelle, cultivant du millet, du quinoa rouge, du taro et de l'Alpinia zerumbet à l’aide de méthodes à faible impact. Leur boutique de légumes sert à la fois de marché fermier et de centre culturel, vendant des produits de saison et organisant des ateliers sur des savoirs agricoles autrefois menacés de disparition. Cela fait partie d’un effort plus large dans l’ensemble du comté de Pingtung pour préserver les modes de vie autochtones par l’alimentation, la transmission des savoirs et la gestion durable des terres.
Principalement connu pour les levers de soleil spectaculaires qu'elle offre et le chemin de fer forestier centenaire, Alishan est une région de haute montagne dans le comté de Chiayi, à environ deux heures de route de la grande gare la plus proche. Entrecroisée de sentiers de randonnée, des bosquets anciens de cyprès côtoient des crêtes embrumées et des lys sauvages au printemps. « Alishan est essentiel pour comprendre l’histoire de la foresterie et des transports à Taïwan », souligne Fang.
Le chemin de fer forestier à voie étroite d’Alishan, construit à l’origine sous la domination japonaise pour transporter les troncs de cyprès depuis les profondeurs des montagnes serpente encore, reliant des points de départ de randonnée, des plantations de thé et des villages enveloppés par la brume. Les trains centenaires, certains restaurés avec des intérieurs en bois de cyprès, ressemblent plus à des machines à remonter le temps qu’à des moyens de transport publics. Après des années de dommages causés par des tempêtes et de fermetures partielles, des sections clés ont récemment rouvert, dans le cadre d’un effort plus large de Taïwan pour restaurer ses chemins de fer historiques.
À plus de 2 000 mètres au-dessus du niveau de la mer, la haute altitude d’Alishan et ses crêtes orientées vers l’est en font l’un des meilleurs endroits de Taïwan pour admirer le lever du soleil. À Zhushan, un point de vue populaire, les lève-tôt se rassemblent pour observer le soleil se lever au-dessus d’une mer de nuages, inondant la chaîne de montagnes de lumière dorée. Par temps clair, Yu Shan, le plus haut sommet de Taïwan également connu sous le nom de montagne de Jade, se détache nettement.
À Alishan, les agriculteurs cultivent le célèbre oolong de haute montagne de Taïwan à des altitudes supérieures à 1 000 mètres, où l’air frais et brumeux ralentit la croissance des feuilles et concentre les arômes. Le contraste marqué entre les journées chaudes et les nuits froides intensifie la saveur florale du thé.

Les monuments légendaires, les églises sublimes et les sites emblématiques de Paris ont été façonnés à partir du calcaire extrait d'un vaste labyrinthe de carrières souterraines, et ce dès le Moyen Âge. Désertés au fil du temps, les tunnels s'étendent sur près de 320 kilomètres et sont strictement interdits d'accès. Pourtant, les cataphiles, ou explorateurs urbains, ne peuvent résister à la tentation de s'introduire dans les souterrains par des bouches d'égout et des trappes secrètes.
Les histoires sont devenues des légendes urbaines : les anciennes carrières, dont les murs sont couverts de graffitis, ont été le lieu de rave parties nocturnes, d'expositions d'art illicites et de cinémas secrets.
Le mot « cataphile » provient du mot « catacombes », une portion de carrières abandonnées où se trouvent les plus larges ossuaires au monde. S'étendant sur presque deux kilomètres sous le 14ᵉ arrondissement au sud de Paris, on estime que les catacombes renferment les restes de six millions de Parisiens. Seul endroit où l'on peut explorer les tunnels en toute légalité, elles sont devenues un lieu touristique très prisé.
Les origines des Catacombes de Paris remontent à un dramatique accident en 1774 : un gouffre engloutit les maisons d'une rue située près de l'actuelle place Denfert-Rochereau. Le réseau de carrières se trouvant sous la capitale était instable et risquait de s'écrouler. Pour éviter de nouvelles catastrophes, Louis XVI chargea l'architecte Charles-Axel Guillaumot, inspecteur des carrières, de dresser le plan des galeries et de les sécuriser.
Quelques années plus tard, un drame eut lieu dans la rue de la Lingerie. Un mur de soutien s'écroula à proximité du Cimetière des Innocents, inondant une cave voisine avec les cadavres en décomposition d'un charnier. En effet, le plus grand cimetière de Paris, qui servait de lieu de repos éternel depuis le 10ᵉ siècle, débordait de cadavres.
Les cimetières insalubres et surpeuplés de la ville furent ainsi condamnés et le roi ordonna la construction de nouveaux cimetières en dehors de Paris. Les corps furent exhumés et transférés dans leur nouveau lieu de repos souterrain, inspiré des catacombes romaines. Sous terre, les employés de l'inspecteur général organisèrent les crânes, les tibias et les fémurs en murs bien ordonnés. Des plaques gravées indiquaient le cimetière d'origine et la date de transfert des ossements.
Les Catacombes de Paris ne furent ouvertes aux visiteurs qu'à partir de 1809. L'entrée de la nécropole même est marquée par les mots : « Arrête ! C'est ici l'empire de la mort ! » Les catacombes étaient si populaires que l'empereur François Iᵉʳ d'Autriche et Napoléon III les visitèrent et, en 1897, une large foule assista à l'interprétation par un petit orchestre, qui joua notamment La marche funèbre de Frédéric Chopin.
Le célèbre photographe Gaspard-Félix Tournachon, dit Nadar, y expérimenta les premières photographies réalisées à la lumière artificielle lors d'un séjour de trois mois en 1861. Des scientifiques menèrent des recherches sur la faune et la flore qui s'épanouissent dans l'obscurité totale. Le naturaliste Armand Viré a même découvert des crustacés troglodytiques dans les tunnels.
« Dans des conditions adéquates, les ossements peuvent être conservés pendant longtemps. Ils restent néanmoins fragiles », précise Isabelle Knafou, administratrice générale du site. Pour assurer la pérennité du site, un vaste projet de restauration a été lancé à l'automne 2023 et une nouvelle expérience de visite sera inaugurée en 2026.
Évoluant verticalement dans les souterrains de la ville, le réseau de métro parisien fait partie intégrante de la ville depuis l'ouverture de la première ligne entre Neuilly et Vincennes en 1900. Ce n'est pas seulement un système de transport public rapide et efficace, c'est aussi un bastion du patrimoine préservé par la RATP, la régie des transports parisiens.
Sous la surface, les stations regorgent d'art : la station Pont Neuf est décorée de pièces de monnaie géantes en céramique, à l'image de la Monnaie de Paris toute proche, tandis que la station Louvre-Rivoli présente des reproductions de statues exposées au musée ; la station Arts et Métiers, elle, est tapissée de cuivre et ressemble à l'intérieur d'un sous-marin tout droit sortie des Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne.
En empruntant le métro, vous pourriez apercevoir quelque chose de mystérieux par la fenêtre pendant le trajet sur les rails : une station de métro sombre et apparemment abandonnée, sans la moindre âme en vue. Opérationnelles au début du 20ᵉ siècle, quatre de ces stations fantômes ont été fermées au début de la Seconde Guerre mondiale : Arsenal, Croix-Rouge, Champs de Mars et Saint-Martin.
Depuis la rue près du Théâtre de la Renaissance, un escalier descend jusqu'à une porte ornée de graffitis. C'est le portail banal d'une station fantôme (Saint-Martin) à cheval sur les lignes 8 et 9. Derrière une autre porte verrouillée, les couloirs semblent tout droit sortis de l'après-guerre, les murs étant décorés de céramiques colorées vantant les mérites de l'eau de Javel, de la crème anti-chute Capillogène et de la fécule de maïs Maizena. Après la guerre, cette station désaffectée a servi de salle d'exposition pour tester différents formats publicitaires.
Les quais de la ligne 9 n'ont jamais été fermés. Les passagers de ces lignes peuvent toujours jeter un coup d'œil à la gare fantôme qu'ils traversent au cours de leur trajet. Dans l'obscurité, les phares du train éclairent la guérite où le chef de gare dirigeait autrefois les opérations. Parfois, les passagers peuvent même assister à un spectacle lumineux, lorsque des campagnes publicitaires plus grandes que nature prennent possession des quais et des murs.
Plus proche de la rue, les égouts fascinent depuis longtemps le public. « C'est en mai 1867, à l'occasion de l'Exposition universelle, que les visiteurs se sont rendus pour la première fois dans les égouts », explique Miquel « Mika » Berrichon, égoutier et guide au musée des égouts de Paris. « Ils ont mis des bateaux dans certains canaux ». La demande était si forte que d'élégants wagons ont été construits pour transporter le public curieux dans les souterrains.
Il fut un temps où les égouts traversaient le centre des rues de Paris. En 1832, une épidémie de choléra qui dura six mois fit 19 000 victimes, ce qui conduisit à mettre l'accent sur l'hygiène de l'aménagement urbain. Dans le cadre du programme de modernisation du baron Haussmann au 19ᵉ siècle, le brillant ingénieur Eugène Belgrand transforma le réseau d'égouts en un vaste ensemble ordonné de tunnels et de tuyaux gravitationnels qui est encore utilisé aujourd'hui. Le baron Haussmann considérait Paris comme un organisme métabolique, dont l'eau potable provenait de sources fraîches et dont les déchets étaient évacués, par les bas-fonds de Paris, pour fertiliser les champs de la périphérie.
Dans un passage des Misérables (1862), intitulé « L'Intestin du Léviathan », Victor Hugo écrivit : « Paris a sous lui un autre Paris; un Paris d'égouts; lequel a ses rues, ses carrefours, ses places, ses impasses, ses artères et sa circulation, qui est de la fange, avec la forme humaine en moins. » Le héros du livre et ex-détenu, Jean Valjean, fuit son ennemi juré et les barricades de l'insurrection républicaine de juin 1832, transportant un Marius blessé dans les égouts sinueux, une voie d'évasion également utilisée historiquement par des bandits et des criminels de la vie réelle.
Aujourd'hui, le réseau d'égouts, composé de tuyaux et de tunnels, s'étend sur 2 675 kilomètres, ce qui équivaut, selon Berrichon, à deux allers-retours entre Paris et Marseille. Équipés d'une tenue de protection et d'un capteur pour détecter les gaz nocifs, les agents d'assainissement naviguent dans le labyrinthe souterrain, parcouru de câbles internet et signalé par des plaques correspondant aux rues du haut. Ces héros du quotidien assurent le bon fonctionnement de la ville pour les millions de Parisiens et visiteurs.

Le Vatican est le support territorial du Saint-Siège, enclavé dans la ville de Rome en Italie. Il est devenu indépendant le 11 février 1929. Sa superficie totale est de 0,439 km2, ce qui en fait le plus petit État au monde, ainsi que le moins peuplé. C’est aussi le seul État au monde où l’une des langues officielles est le latin.
Selon les informations du site de l’État du Vatican, les citoyens sont au nombre de 618. Parmi eux, seuls 246 vivent à l’intérieur des murs, et cela inclut 104 membres de la garde suisse, qui prennent la citoyenneté du Vatican pendant leur période de garde. Qui plus est, des femmes pourraient d’ailleurs rejoindre la garde Suisse, historiquement réservée aux hommes, à partir de 2027, d’après un article du journal suisse Le Temps. Plus de la moitié de la population du Vatican vit donc hors des murs de l’État, dans des nonciatures apostoliques, nom qui désigne les ambassades du Saint-Siège dans les pays avec lesquels il entretient des relations diplomatiques.
Le Vatican se compose de deux entités juridiques distinctes, une entité spirituelle, le Saint-Siège, et une entité temporelle, l'État de la Cité du Vatican. Le Pape fait le lien entre ces deux entités. Il est le chef du spirituel et du temporel, et dispose du pouvoir absolu (exécutif, législatif et judiciaire).
Depuis 2013, le Pape est le cardinal argentin Jorge Mario Bergoglio, qui a choisi le prénom de François en référence à Saint-François d’Assise. Il est le premier souverain pontife non-européen depuis plus de 1 200 ans, le premier Latino-Américain et le premier jésuite à accéder au pontificat.
Souvent surnommée « Le Rocher », la principauté de Monaco est une cité-État située au bord de la mer Méditerranée, sur la côte d’Azur et le long de la riviera française. Elle dispose d’un accès aux eaux internationales, elle n’est donc pas un territoire enclavé.
Le territoire appartenait à l'origine à la République de Gênes dont les Grimaldi étaient l'une des familles patriciennes. Relativement indépendante depuis le 8 janvier 1297, en la propriété de François Grimaldi, sa souveraineté est assurée par le traité franco-monégasque de 1861. Devenue monarchie constitutionnelle depuis 1911 après la révolution monégasque, la principauté est dirigée par le prince souverain Albert II depuis 2005. Ce dernier est un descendant de la famille des Grimaldi, l’une des plus anciennes dynasties régnantes au monde.
Au 31 décembre 2022, la population estimée en Principauté était de 39 050 habitants, selon l’Institut Monégasque de la Statistique et des Études Économiques (IMSEE). Parmi eux, moins de 10 000 étaient Monégasques. Cela en fait l’un des pays les plus densément peuplés du monde.
Le Rocher est également célèbre pour sa fortune. Le casino de Monte-Carlo ainsi que la société des bains de mer de Monaco, mis en place par Charles III de Monaco, ont largement contribué à cette richesse. Pour l’anecdote, les citoyens monégasques n’ont pas le droit de jouer dans le célèbre casino depuis son ouverture en 1863, une loi qui est toujours en vigueur aujourd’hui.
Petit État insulaire d’Océanie situé en Micronésie, Nauru est situé à 42 km au Sud de l’équateur. L’île est considérée comme la plus petite république du monde, alors même qu’elle est la plus densément peuplée d’Océanie. C’est également le seul pays à ne pas avoir de capitale officielle.
Nauru a été successivement colonisée par l’Allemagne puis l’Australie. L’île est devenue célèbre sur le plan international pour son exportation massive de phosphate à partir des années 1900, une roche utilisée pour produire du phosphore, qui sert le plus souvent à la fabrication d'engrais ou d'explosifs. À partir de l’indépendance de l’île, le 31 janvier 1968, les Naruans veulent jouir eux-mêmes de leurs ressources naturelles. En trente ans, le pays devient l’un des plus riches du monde grâce à ses exportations, avec un record en 1974 avec un bénéfice de 225 millions d’euros et le deuxième PIB par habitant le plus élevé au monde, trois fois plus élevé qu’aux États-Unis. Dans le but de préparer l’avenir du pays une fois les réserves de phosphate épuisées, le gouvernement investit dans l’immobilier en Australie et aux États-Unis.
Dans les années 1990, tout s’effondre. Les réserves de phosphate s’épuisent, les investissements immobiliers ont été infructueux, et les caisses de l'État ont été vidées par la corruption. Le pays est en faillite nationale. Avec la modification très rapide et drastique de l’hygiène de vie des habitants, de nouvelles maladies sont apparues. À ce jour, le pays a le plus important taux d’obésité et le deuxième taux de tabagisme au monde. Et la situation économique du pays est aussi très compliquée. Les habitants, qui n’avaient plus à travailler durant des années tant l’État pouvait subvenir à leur besoin, se retrouvent massivement au chômage.
Aujourd’hui, Nauru sert de prison pour les migrants illégaux arrivés en Australie, en échange de quoi l’île reçoit 415 millions de dollars australiens par an, soit 284 millions d'euros. Cette mesure est appelée « solution du Pacifique. »
Les Tuvalus sont un État et un archipel polynésien, situé dans l’ouest de l’Océan Pacifique au sud de l’équateur. Ils sont formés de neuf atolls, dont huit habités. Le nom même du pays fait d’ailleurs référence à cette géographie, « Tuvalu » signifiant « huit îles ensemble » en tuvaluan. L’île la plus peuplée est Fongafale, située sur l’atoll de Funafuti, qui habite notamment l’aéroport international. Ce dernier est l’un des lieux principaux de sociabilité du pays, qui s’y rejoignent pour pratiquer des activités sportives. Il est d’ailleurs le lieu d’entraînement de l’équipe de football de Tuvalu.
L’île accède à l’indépendance sous forme de dominion en 1978, après avoir été une colonie britannique depuis 1892. Ainsi, l’île est un royaume du Commonwealth à part entière, sous l’égide du roi Charles III d’Angleterre. Ayant peu de ressources agricoles et économiques, le pays reste relativement dépendant à l’aide étrangère. En 2021, il avait le PIB le plus faible du monde, d’un total de 60 millions de dollars.
Au niveau économique, les Tuvalu possèdent d’ailleurs une source de revenu insolite. Le micro-État possède en effet 20 % du nom de domaine « .tv », qui synthétise le nom de l’archipel. Cette extension est très utilisée, car « TV » désigne la télévision dans de nombreuses langues. En 2016, le nom de domaine rapportait deux millions de dollars au gouvernement des Tuvalu.
La population de Tuvalu était estimée à un peu plus de 11 000 habitants en 2020. Mais avec l’accroissement des effets du dérèglement climatique et notamment la montée du niveau des océans, l’archipel pourrait être totalement submergé d’ici à quatre-vingts ans. Selon un rapport du gouvernement australien datant de 2011, le niveau des eaux a augmenté d'environ 0,5 centimètre par an depuis 1993. En 2002 aussi, Koloa Talake, Premier ministre, a porté plainte devant la Cour internationale de Justice de La Haye contre les États-Unis et l'Australie pour avoir contribué au réchauffement climatique, mais sa non-réélection a effacé la procédure. Aujourd’hui, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont accepté d’offrir l’asile climatique aux habitants de Tuvalu.
Perché au sommet du Mont Titano, Saint-Marin est la plus ancienne république du monde. Le micro-État est enclavé à l’intérieur de l’Italie, entre l’Emilie-Romagne et les Marches. En 2022, il comptait plus de 33 000 habitants, dont plus de 80 % de Saint-Marinais selon les données de The World Bank. Malgré ses deux millions de touristes annuels et le fait qu’une grande partie de son centre historique soit classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, il reste le pays le moins visité d’Europe.
Selon la légende, un modeste tailleur de pierres nommé Marinus se serait réfugié sur le mont Titanos vers l’an 303 pour fuir les persécutions contre les chrétiens lancées par l’empereur romain Dioclétien. Il fut suivi par d’autres persécutés et fondèrent ensemble une communauté chrétienne. L’Édit de Milan de 313 mit fin aux persécutions et la communauté put s’établir définitivement en 366, année du décès de son fondateur. Sur son lit de mort, il aurait prononcé les mots suivants : « je vous laisse libre des deux hommes », soit l’Empereur et le Pape. Ces paroles sont le fondement de l’indépendance de la République de Saint-Marin.
Membre de la zone euro depuis 2002, le petit État ne fait pas partie pour autant de l’Union européenne. Cela a parfois pu poser quelques difficultés aux Saint-Marinais notamment durant la pandémie de Covid-19. « La majorité de la population a dû faire le vaccin russe Spoutnik, mais celui-ci n’a jamais été reconnu par l’Union européenne, donc un Saint-Marinais étudiant ou travaillant dans un pays appartenant à l’UE devait à chaque fois expliquer sa problématique », explique Ludovica Stefanelli, jeune étudiante Saint-Marinaise en littérature et langue française à l’Université de Bologne, en Italie.
Le sport national de Saint-Marin est l’arbalète. En effet, les arbalétriers étaient autrefois chargés de défendre les murs et la liberté de la République de Saint-Marin. Aujourd’hui, les neuf communes de Saint-Marin se rencontrent chaque année dans un tournoi national. À contrario, San Marin brille moins pour ses résultats sportifs en football. Le micro-État n’a gagné qu’un seul match depuis la création de son équipe en 1985 et est actuellement la dernière nation au classement FIA.
