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Aujourd’hui — 21 juillet 2019Dedefensa.org

Ron Paul : Trump ne veut pas la guerre

Par info@dedefensa.org

Ron Paul : Trump ne veut pas la guerre

On connaît la thèse depuis un certain temps, et toute une partie des commentateurs la soutient : malgré les apparences, les rodomontades, les menaces, Bolton, & Cie, en réalité Trump ne veut pas de conflit avec l’Iran. Il y a principalement l’argument électoral : s’il s’engage dans une guerre, Trump pourrait bien perdre l’avantage qu’on lui donne en général pour une réélection. Il y a aussi l’argument de la conviction, ou plutôt, avec Trump, l’argument “des tripes” : “intuitivement, il serait contre une guerre.

Les Iraniens, notamment, semblent croire cela, et en jouer en déployant une attitude particulièrement dure comme on l’a vu encore ces deux derniers jours avec l’arraisonnement de deux pétroliers (un relaxé), dont un d'une sociétés britannique. (Par ailleurs, riposte à la saisine d’un pétrolier transportant du brut iranien par les Britanniques.) Une autre prise de position dans ce sens (Trump ne veut pas la guerre) doit être signalée : celle de Ron Paul, l’ancien leader libertarien, trois fois candidats à la présidence (dont en 2008 et en 2012) et “vieux sage” de la politique US quand elle est plus américaine qu’américanisteInterviewé dans le cadre de l’émission ‘Going Underground’ programmée le 20 juillet sur RT.com, Ron Paul a été catégoriquement optimiste (bien entendu, c’est un anti-interventionniste encore plus qu’un non-interventionniste, et partisan du retrait de toutes les forces et engagements US à l’étranger).

« L'administration de Trump est pleine de bellicistes qui veulent l’attaque de l’Iran, avec des gens comme le secrétaire d'État Mike Pompeo et le conseiller à la sécurité nationale John Bolton qui développent de longs et péremptoires argumentaires pour une action militaire contre Téhéran. On craint que le président ne donne le feu vert à un conflit militaire à grande échelle avec l'Iran dans l'espoir de rallier un soutien interne avant les élections de 2020 ; on rappelle qu’il avait accusé en 2013 son prédécesseur, Barack Obama, de faire le même type de calcul. 
» Ron Paul, un politicien libertarien chevronné, a répondu à cela, lors de l’émission de RT ‘Going Underground’, qu’il ne croyait pas qu’un tel calcul marcherait, et que Trump le sait probablement intuitivement.
» “Bien qu’il y ait bien des points sur lesquels je critique le président, je pense sur ce point que son instinct ne le pousse pas à envisager un conflit. Je pense que s'il y avait une guerre d’ici novembre [2020], il aurait beaucoup plus de mal à gagner les élections ", a dit Ron Paul.
» “J’ai la conviction qu’un candidat partisan de la paix, lorsqu’il y en a un, a toutes les chances de gagner. Trump était déjà un candidat partisan de la paix lors de l’élection de 2016. Je suis optimiste, et je pense même qu’il est capable de chasser Bolton”. »

Pourquoi faut-il accorder de l’importance à l’avis de Ron Paul, comme nous le recommandons ? Certes, c’est un “vieux sage” de la politique aux USA quand elle parvient à se dégager de la gangue de pourriture de l’américanisme ; mais il n’est nullement assuré que la sagesse soit, aujourd’hui aux USA, la façon la plus juste de juger de la politique en cours et à venir. Par contre, il peut y avoir des occurrence certes rarissimes où, même aux USA, la sagesse peut rencontrer une situation politique selon les intérêts des acteurs (ce qui rejoint le jugement de De Gaulle dans ses Mémoires de guerre, si l’on accepte que la sagesse fait une place de choix à l’honneur et à l’honnêteté : « Tout peut, un jour arriver, même ceci qu’un acte conforme à l’honneur et à l’honnêteté apparaisse, en fin de compte, comme un bon placement politique »).

Mais l’essentiel n’est pas là car cet argument seul nous paraîtrait assez faible avec une personne aussi étrange de notre “étrange époque” tel que Trump nous apparaît, mi-bouffon, mi-héros de la téléréalité. Il y a surtout que Ron Paul est le père de Rand Paul, sénateur républicain du Kentucky, et comme son père hostile aux intervention extérieures. Rand Paul est devenu assez proche de Trump, et les deux hommes ratent rarement leur partie de golf commune du dimanche.

• Il y a longtemps qu’on parle de Rand Paul comme d’un conseiller occulte de Trump en matière de politique extérieure. Le 13 août 2018, Justin Raimondo consacrait une de ses dernières colonnes au rôle de Rand Paul, sur lequel il rapportait ce jugement de Politico :

« Rand Paul a l’oreille et l’affection de la personne la plus importante de la Maison Blanche : le Président Donald Trump.
» Le sénateur du Kentucky et le commandant en chef ont certes connu les tensions d’être des rivaux lors de la campagne des primaires républicaines mais ils se sont depuis liés d'un plaisir commun à se moquer des experts que le président aime à tourner en dérision, y compris ceux qui travaillent dans sa propre administration. »

• ... Parmi ces derniers « experts qui travaillent dans [l’]administration » et dont se moquent Trump et Rand Paul, il y a certainement Bolton. Lorsque l’on parlait de Bolton comme secrétaire d’État, en 2016, c’était encore le temps où Rand Paul et Trump ne s’appréciaient guère et Rand Paul avait promis qu’il ferait tout pour empêcher cette nomination de Bolton, à ce poste ou à n’importe quel autre. Au printemps 2018, lorsque Bolton fut nommé, Paul ne s’est manifesté en rien, comme s’il avait “certaines garanties” ; de qui, ces “garanties” ? De son partenaire de golf, certes, Trump devenu son ami et lui promettant qu’il ne laisserait pas Bolton conduire ses délires jusqu’à leur terme.

• Et voici qu’il se trouve que le même Politico annonçait le 17 juillet que Trump avait discrètement, sinon secrètement nommé Rand Paul à la délicate fonction d’“envoyé spécial” (permanent ?) auprès de l’Iran, pour rechercher une solution négociée à la crise entre les deux pays. Peut-être cette “nomination” (?) compte-t-elle au moins pour conduire (comme première mission ?) une rencontre secrète avec le ministre iranien des affaires étrangères de passage à l’ONU (la seule portion du territoire US où il a le droit de se déplacer). Personne n’a confirmé ni démenti, ce qui tout de même une façon de replacer lourdement et sans grâce le lieu ultra-commun qu’il n’y a pas de fumée dans feu... Là-dessus, Politico termine : 

« Lorsqu'on lui a dit que le président avait adoubé une personne d’en-dehors de l’administration pour tendre la main à Zarif, un fonctionnaire de l'administration Trump qui travaille sur les questions iraniennes a bien ri en remarquant : “Il nous l’a bien mis !”. »

• Mais d’une certaine façon, on dirait que, finalement, ce sont les réponses de Ron Paul à RT.com qui constituent presque la confirmation la plus sûre du rôle secret confié à son fils. Nous voulons dire par là que la certitude affichée par Ron Paul du bien-fondé de la politique de Trump ne peut venir que d’une source sûre et bien placée, parce que Ron Paul n’a certainement pas l’habitude d’avancer à la légère de telles affirmations sur un problème d’une importance si brûlante. Et quelle meilleure source pourrait-il avoir que son fils ? Les deux Paul jugeraient, peut-être avec l’accord de Trump, qu’il s’agit là du meilleur moyen de confirmer cette nouvelle orientation Trump-Paul sans sortir du bois, sans confirmer rien d’officiel, sans brûler inutilement des cartouches dans la bataille de la communication à ciel ouvert, tout en faisant savoir d’une façon doublement indirecte et sans en dire un mot, mais à qui de droit (pensons à la doublette Bolton-Pompeo, mais aussi et à l'inverse à nombre d'observateurs étrangers), quelle orientation prend désormais la politique iranienne de Trump.

Quoi qu’il en soit, et admettant que nombre de ces éléments permettent de composer une vérité-de-situation de l’administration Trump et de la “politique” de Trump, on en arrive à l’étrange situation où ce président choisit des collaborateurs directs et officiels qui lui sont en général de tendance opposée et des collaborateurs “secrets” comme compléments de ses propres humeurs, et d’une orientation similaire à ce que ses “tripes” le poussent à faire dans certains domaines de la politique étrangère. Peut-être procède-t-il de la sorte pour “désarmer” l’opposition du DeepState, mais on a déjà observé combien cette “technique” est contestable simplement au vu de l’inefficacité, du désordre, de la grossière désorganisation du susdit DeepState (après tout, le DeepStatese se trouve, comme les USA eux-mêmes, en pleine décadence, sinon en cours d’effondrement)... Et nous voilà revenus à la case-départ de la technique Trump : désordre, insaisissabilité et tout ce qui va avec.

Il faut au moins cela pour entendre Ron Paul qui, depuis des années, tonitrue contre toutes les administrations qui se succèdent, vouent aux gémonies idem les présidents les uns après les autres, se montrer aussi indulgent, sinon sûr de sa bonne orientation, avec un personnage de la trempe-de-Trump. Étrange paradoxe : Ron Paul, homme honnête, indépendant, modeste, légaliste à la mode ancienne, soutenant un pirate, faiseur de simulacres, branquignol du fric. Il faut dire que tout ce monde paradoxal se trouve dans une contrée, dans notre “étrange-époque” qui ne ressemble à rien dans ce qui précéda, dont les progressiste-sociétaux sont en train de détruire tout ce qui rappelle son passé, des statues abattues aux grands œuvres littéraires caviardées a posteriori, pour nous offrir en guise de remplacement la folie à la vitesse de la lumière qu'on éteint. Ce qui fait l’étrangeté de certains rapprochements dans cette époque de Système-vs-antiSystème, c’est l’étrangeté encore plus grande de ce que nous offre notre destin officiel, au son martial des noces de la bienpensance et du Politiquement-Correct, – un festin de roi où le Roi est nu...

Par conséquent, toutes les supputations développées sont possibles, au nez et aux moustaches de John Bolton.

 

Mis en ligne le 21 juillet 2019 à 15H27

  • 21 juillet 2019 à 00:00

Leur fascination les fascine

Par info@dedefensa.org

Leur fascination les fascine

Je ne parviens pas à me défaire de cette stupéfaction sans fin devant la grande majorité du système de la communication en Europe, – presseSystème évidemment en tête, et comment ! –, ignorant à ce point l’importance des événements en cours aux USA, à Washington D.C, à “D.C.-la-folle”, – comme il vous plaira. On dira que je me répète, et le site idem, car il y a eu beaucoup déjà là-dessus, mais les choses avancent et il s’agit de les suivre, de les mesurer, de les peser.

On a eu des échos, ces derniers jours, de l’affrontement désormais frontal, furieux, absolument déchaîné, entre Trump-tweets et les quatre jeunes « femmes de couleur nouvellement élues » qui se nomment The-Squad, les quatre Représentantes (députée) démocrates élues pour la première fois, les “Quatre cavalières de l’Apocalypse” selon le président-tweet. Ce qui est absolument remarquable, je trouve, c’est le déséquilibre apparent des choses ; à mesure que se précisent les conditions de l’affrontement, c’est le nombre réduit des acteurs par rapport aux conséquences possibles et même probables, et c’est la disproportion apparente par rapport aux fonctions exercées.

Je me souviens avoir écrit ceci, le 26 février 2019, alors que la crise qui laissait voir ses prémisses le 7 janvier 2019 commençait à prendre ses aises, et ceci contenant par rapport à ce que l’on voit aujourd’hui une lourde erreur, laquelle se comprend parce que la scène décrite est vraiment trop extraordinaire et hors des standards pour l’avoir vue venir : 

« Je suis en train de décrire une extrême radicalisation de l’entièreté du parti démocrate en passe de devenir majoritaire, car cette fois il n’y aura pas une Wasserman Schultz pour faire entrer dans le rang toute cette volaille qui recrute pour lui les vagues migratoires des “nouveaux Américains”. On l’a vu depuis le début de l’année : lorsque la vieille démocrate pourrie Pelosi, qui préside la Chambre (Speaker), essaie de faire taire les jeunettes, elle n’y parvient pas, et c’est elle qui est obligée de s’aligner sur les jeunettes. Ce qui m’importe, c’est que cette radicalisation soit en train de dévorer le parti démocrate, prenant à leur propre piège les mandarins qui ont lancé cette machine infernale en 2016 dans l’espoir de dégommer Trump. Comme Hopkins, si vous voulez, j’“exulte sardoniquement”, car cette proclamation du socialisme aux USA est un événement extraordinaire. »

L’erreur est dans cette phrase souligné en gras : « ...une extrême radicalisation de l’entièreté du parti démocrate en passe de devenir majoritaire », – précisément dans le mot “majoritaire”. D’une façon symbolique certes, mais aussi d’une façon opérationnelle car l’on ne voit qu’elles, car l’on ne parle que d’elles comme si elles étaient à elles seules la “majorité” du parti démocratique en train de basculer vers l’extrémisme radical, il n’est question que des quatre filles du Squad.

Tout se déroule exactement à l’inverse, – comme cette inversion qui est le signe de notre “étrange époque” par conséquent, – de ce qui se fait à l ‘habitude dans les arcanes et couloirs du Congrès. Les têtes brulées, les Jeunes Turcs, les révolutionnaires en herbe, les populistes hors-système, lorsqu’ils sont élus dans une des deux ailes du “Parti unique”, –en général une poignée, et effectivement à la Chambre comme les quatre du Squad, – ils ne tiennent que quelques semaines. Ils sont très vite absorbés, gobés, mâchés, digérés par les mécanismes des partis, les allégeances, les coutumes, les pressions, les lobbyistes qui opèrent en marge, et tout rentre très vite dans l’ordre. Ils peuvent rester groupés en un caucus, ou un mini-caucuss’ils veulent, du moment que ce regroupement se fait selon les lignes du parti, et conformément à “la ligne du Parti”.

Déjà, dans l’article cité du 26 février 2019, j’observai quelque chose qui mettait en évidence le caractère extraordinaire de la situation et tendait à se trouver déjà en contradiction selon l’observation concernant la “majorité” : « On l’a vu depuis le début de l’année : lorsque la vieille démocrate pourrie Pelosi, qui préside la Chambre (Speaker), essaie de faire taire les jeunettes, elle n’y parvient pas, et c’est elle qui est obligée de s’aligner sur les jeunettes. » Ce jeu-là continue à fond, comme on l’a vu ces derniers jours (voir l’article du 16 juillet, également déjà cité) ; on entend Pelosi observer avec satisfaction pour le New York Times que les filles du Squad n’ont rien pu faire pour empêcher les démocrates de voter en majorité (la majorité comptable), et qu’elles ne représentent qu’elles : « Tous ces parlementaires ont leur public et leur monde Twitter, a dit le démocrate de 79 ans au New York Times, mais elles n’ont guère de followers. Elles sont quatre et c'est le nombre de voix qu’elles ont obtenues… » Il n’empêche : une semaine plus tard, la Pelosi est obligée de virer complètementet de les défendre contre les tweets de Trump, après une contre-attaque de AOC fondée sur une seule remarque électrisante :   « Ocasio-Cortez a joué la carte de la diversité et a insisté sur le fait que Pelosi visait injustement les “femmes de couleur nouvellement élues”, tandis que son porte-parole et militant progressiste, Corbin Trent, a déclaré au Washington Post que le Parti démocrate est saisi par la “lâcheté” et dirigé “dans la peur” par une génération plus âgée. »

Dévastateur, bien entendu, et l’on peut citer à nouveau ma remarque du 26 février : « Ce qui m’importe, c’est que cette radicalisation soit en train de dévorer le parti démocrate, prenant à leur propre piège les mandarins qui ont lancé cette machine infernale en 2016 dans l’espoir de dégommer Trump. »

Vous comprenez alors la différence énorme, abyssale, le gouffre qui existe entre la majorité comptable dans laquelle les quatre du Squad ne sont rien, et la majorité symbolique, appuyée sur toutes les valeurs sociétales dont elles se sont faites les icônes, et qui exerce sur le parti un empire fascinatoire. La machinerie politique de Washington D.C., qui fonctionnait si bien depuis plus de deux siècles, celle qu’on voit démontrée et démontée à la perfection dans House of Cards après divers films et séries du domaine, aujourd’hui est totalement désintégrée par une force nouvelle que je nommerais donc volontiers : la fascination...

(L’Amérique qui exerce depuis plus de deux siècles une fascination maléfique sur le monde, aujourd’hui, dans sa dernière pente de décadence qui ressemble à une chute de l’effondrement, est fascinée par elle-même, jusqu’à croire à ses narrative, à ses extrémismes, à ses simulacres. Sa propre fascination la fascine, comme par un jeu de miroirs déformants et faussaires. L’Amérique fascinée par sa chute et son effondrement...)

Les quatre filles du Squad exercent aujourd’hui sur le parti démocrate un empire symbolique et fascinatoire qui vaut toutes les majorités du monde. En un sens, elles ont introduit dans le parti démocrate, ou “aile gauche du Parti unique”, le même désordre-chaos que Trump a introduit dans le parti républicain, ou “aile droite du Parti unique”. Les deux s’équivalent, pour cette raison ils se haïssent jusqu’à la mort. Ces deux désordres-chaos sont désormais face à face, nécessairement campés à l’extrême, absolument irréconciliables parce que c’est leur raison d’être et par conséquent absolument complémentaires et nécessaires l'un à l'autre, tenant tout le reste sous l’empire de leurs fascinations antagonistes, et chacun de ces désordres-chaos, chacun de ces acteurs de ces désordres-chaos, eux-mêmes sous l’empire de leur propre fascination pour cet empire de la fascination qu’ils ont installés au cœur de la cohorte sur lesquelles pèsent leurs influences.

Bien entendu, n’attendez de moi ni un avis prospectif, ni mes préférences, – d'ailleurs sans aucun intérêt pour la victoire de ou de l'autre, puisque la victoire selkon mon âme poétique et ma raison se trouvera nécessairement dans la manifestation de ce désordre-chaos. Les filles du Squad sont aussi insaisissables que Trump, tantôt alliées absolues du Système, tantôt radicalement antiSystème. Elles se disent radicalement progressistes-sociétales, c’est-à-dire hypermodernistes, ce qui ne suscite aucune sympathie particulière chez moi, sinon en sourire compatissant. En même temps, l’une ou l’autre est violemment opposée à tel aspect de la politiqueSystème, – notamment l’antagonisme contre l’Iran. Par exemple, l’ Institute for Policy Studies, que j’ai souvent apprécié dans les temps anciens où il fallait s’unir contre GW Bush, le commis du Système de l’époque, vous envoie aujourd’hui des courriels intitulés « We're with the Squad », avec un long et ennuyeux argumentaire au nom de la narrative-Système sur l’antiracisme et le PC le plus politiquement correct du monde ; tout en publiant sur son site, signe heureux et important, un article intitulé : « Iran Is Not the Agressor, US Is ».

Il est assuré pour mon compte que, d’une façon ou d’une autre, ce sont ces deux forces, et plus généralement les forces de cette sorte nouvelle qui génère le désordre-chaos de “D.C.-la-folle”, qui seront les principaux acteurs de USA-2020. Imaginez-vous le potentiel explosif qu’implique cette situation ? A côté de USA-2020, USA-2016 aura été une petiote et sympathique promenade de santé sans trop de soubresauts ni de surprises extraordinaires. Ce qui nous attend aux USA, l’année prochaine, est un événement effectivement extraordinaire.

  • 20 juillet 2019 à 00:00
Hier — 20 juillet 2019Dedefensa.org

Archives-dd&e : la guerre enchaînée

Par info@dedefensa.org

Archives-dd&e : la guerre enchaînée

Nous avons vu  le 10 juillet le premier d’une série de deux articles extraits des Archives-dd&econsacrés aux conceptions métahistoriques de l’Italien Guglielmo Ferrero. Cet article exposait ces conceptions de Ferrero, selon la référence essentielle de la campagne d’Italie du Général Bonaparte, jusqu’à la clôture de la période de “La Grande Peur” avec le Congrès de Vienne. Ainsi étaient opposés deux types d’hommes : l’“aventurier” (Bonaparte) et le “reconstructeur” (Talleyrand au Congrès de Vienne).

Cette opposition, – l’“aventurier” étant identifié comme un “déconstructeur”, – reste évidemment d’une actualité fondamentale en plus de définir la période 1789-1815, jusqu’au point de correspondre absolument et décisivement à notre “étrange époque”. La période depuis 9/11 ne peut être mieux définie selon cette méthode d’appréciation de Ferrero que par l’opposition entre la structuration et la déstructuration, peut-être mieux encore que la période qu’il analysait. C’est ce que tentait de montrer le second article (Volume 23, n°6 du 11 novembre 2007 de la Lettre d’Analyse dedefensa & eurostratégie) que nous reprenons ci-dessous. Pour compléter cette appréciation, pour notre part, il faut examiner dans quelle mesure les conclusions de 2007 peuvent être prolongées, confirmées ou infirmées c’est selon, par la période de douze années qui a suivi... Nous reprenons ici les aspects de notre conclusion de 2007 qui nous intéressent.

« Une réaction a pris corps contre cette poussée dévastatrice[de la guerre “déréglée”/“révolutionnaire” venue jusqu’à notre époque] : la guerre de quatrième génération (G4G). Rien n’est vraiment original dans ce concept qui marie résistance, guérilla, terrorisme, action psychologique et sociale et ainsi de suite. C'est le schéma classique de la guerre asymétrique, la riposte du faible au fort dans le domaine conventionnel. La G4G a aussitôt investi tous les domaines abordés par la guerre conventionnelle “sans règles” et “révolutionnée”. Ces [...] facteurs antagonistes de la guerre ont, à eux deux, redéfini la guerre. Ils ont définitivement envoyé aux oubliettes la “guerre révolutionnaire” et ses prétentions fausses d'agir grâce à ses idées. Le concept même que combattait Ferrero selon lequel les idées produisaient les effets principaux des “guerres sans règle” est désormais complètement obsolète après s'être révélé infondé et faussaire. Aujourd’hui, la bataille porte sur la déstructuration contre la résistance structurelle. [...] Il y a une agression déstructurante et, contre cela, la réaction de la G4G.
» C’est dire que notre définition de la G4G dépasse largement le champ de bataille, parce que ces concepts de “guerre” ont rejoint les poussées plus générales du système et de la globalisation. Chaque résistance fait du G4G à sa manière. Sur le terrain de la guerre certes, mais aussi lorsque l’opinion publique française impose un “non” au référendum ou lorsque l'opinion publique américaine soutient massivement le candidat Ron Paul, marginal et détesté par le système. Il n’est plus question ni de morale, ni d’idéologie, ces faux-nez du système et de ses serviteurs pour tenter de donner un vernis de cohérence à une dynamique déchaînée qui n'a plus comme but instinctif que la destruction nihiliste.
» Ainsi la boucle est-elle bouclée, dont Ferrero avait identifié l’origine. La “guerre sans règles” est arrivée au terme de ses ambitions et de sa transformation. Cela correspond parfaitement à tous les autres événements catastrophiques en cours d'une civilisation systémique au terme de sa logique, et qui se montre nue... » 

Depuis 2007, les événements n’ont fait que confirmer ce bilan que nous fixions en 2007. A cette époque, la dénomination G4G (pour Guerre de 4èmeGénération) était largement répandue et s’inscrivait encore dans un cadre essentiellement militaire, indicatif de l’évolution des types de guerre. Nous-mêmes, comme nous l’indiquons dans le texte ci-dessous, étions déjà de l’avis de lui donner une signification de la plus grande diversité possible, débordant dans tous les sens le strict cadre militaire. Nous n’avons cessé d’évoluerselon cette logique orientée depuis 2007, laissant de plus en plus jusqu’à ne plus guère le mentionner l’aspect militaire au profit de la fonction générale d’acte structurant, comme résistance au courant déstructurant.

Notre jugement est effectivement que, depuis les deux dernières “guerres” déclenchées en tant que telles par les USA en 2001 et en 2003, – l’Afghanistan et l’Irak, – il n’y a effectivement plus eu de guerre “en tant que telle”. Il y a eu des agressions momentanées, des incursions illégales, des tueries à distance, des interventions subversives, des pressions économiques (blocus, sanctions, etc.), des affrontements larvés avec des pics d’intensité variés, etc. Des crises comme la Libye, la Syrie, le Donbass en Ukraine, l’aventure-montage de Daesh,etc., ne sont en aucune façon des guerres : il s’agit de zones crisiques à la fois géographiques et temporelles à très haute intensité, avec de très rares mouvements s’apparentant à une opération de guerre et une utilisation à un très haut niveau de divers simulacres, dissimulations, narrative, etc., qui dénature complètement ce qu’on croirait au premier abord être une évolution conflictuelle stricto sensu. (Le seul argument limitatif à considérer selon ces constats serait, selon nous, la possibilité d'une guerre “en tant que telle” déclenchée par accident ou par absence totale de contrôle de toutes les autorités convernées, ou encore par totale irresponsabilité et/ou complète stupidité par ignorance de l'histoire militaire, du pouvoir agresseur comme dans le cas de l'attaque du Yémen.) 

On observera pourtant deux cas particuliers qui sembleraient contredire cette évolution et être du domaine de la “guerre”, mais qui en réalité confirment plutôt le “désordre”, sinon la désintégration de la notion de guerre telle que la présentait Ferrero :

• A l’intérieur de la “non-guerre” (dite improprement “guerre civile”) qu’est l’affreuse boucherie de Syrie, la seule action qui s’approcherait du modèle de la “guerre sans règles” (“déchaînée”) issu des guerres “révolutionnaire” et napoléoniennes selon le jugement de Ferrero fut l’opération de projection de forces russe en Syrie en septembre 2015. Le paradoxe est que ce fut une action structurante contre une activité déstructurante constituant, elle, une forme complètement dégénérée de legs de la même “guerre sans règles” telle qu’elle avait été pratiquée au moins jusqu’en 1939, et à plusieurs reprises jusqu’en 1973 entre Israël et les pays arabes.  

• La “guerre du Yémen”, également contre-exemple puisque exemple-type de l’inefficacité sanglante de la “guerre sans règles”. L’attaque lancée par l’Arabie avait en effet bien des aspects des guerres lancées par les révolutionnaires français contre des pays voisins. (Ce jugement, au grand dam des rangements idéologiques et autres, – mais l’on sait bien que l’Arabie hyper-conservatrice et hypercapitalistes à la mode du Golfe et de La Mecque, est en fait tout à fait “révolutionnaire” par tout ce qu’elle suscite d’actions déstabilisatrices et structurantes des divers terrorismes islamistes ; au reste, le fait d'être hypercapitaliste “à la mode de...” implique d'être “révolutionnaire dans le sens de la déstructuration.) Le résultat est de plus en plus un embourbement sanglant et un affaiblissement constant de l’Arabie, jusqu’à susciter chez ses adversaires des actions qui menacent la stabilité intérieure de l’attaquant : le déstructurateur menacé d’être déstructuré...

Si l’on observe l’évolution depuis 9/11 et depuis 2007 (date de parution des articles), on voit une époque qui est devenue dans sa substance même, hors du choc initial (9/11), cette “époque étrange” telle que nous la désignons... Cette “époque étrange” qui n’a jamais, du côté du Système et à son complet service, discouru autant de guerre, de pratiques d’illégalités et de pressions agressives pour aller au conflit, de montages et de simulacres provocateurs chargées d’évocations de conflits brutaux voire décisifs et définitifs, d’agitation implicite ou explicite constante du spectre de la troisième Guerre mondiale et nucléaire, de la “guerre sans fin”, et tant de choses de cette sorte ; et le fait de cette même “époque étrange” toute entière liée au Système qui, par ailleurs, dans ce qui est la réalité que nous désignons vérité-de-situation, s’affirme chaque jour davantage comme étant dans une sorte d’incapacité de déclencher un conflit. Les plus terribles fauteurs de guerre sont à la tête de la plus formidable hyperpuissance qui se juge quitte de toutes les obligations internationales, bras armé impitoyable du Système, et pourtant rien de décisif ne se produit dans ce domaine de la guerre.

C’est alors qu’il faut développer l’hypothèse que la G4G, ou bien disons ce qui forme “la Résistance”, l’antiSystème dans ce qu’il a de plus significatif comme forme structurante, a complètement annihilé la dynamique volontariste de cette “guerre déréglée” que dénonçait Ferrero ; la Résistance antiSystème a transporté la bataille suprême, l’Armageddon de la Grande Crise d’Effondrement du Système, dans d’autres domaines, sur des champs de la bataille autres que celui de la “guerre déréglée”, sur les terrains sociaux et sociétaux, culturels, sur le terrain fondamental de la psychologie elle-même. Le désordre et le chaos dont la “guerre déréglée” du Système entendait recueillir les fruits d’une victoire décisive sur toutes les formes structurées, ont finalement dépassé la guerre elle-même et se sont installé dans toutes les autres formes d’affrontement... Quelle différence entre la résolution organisée et irrésistible avant d’attaquer l’Irak en 2003 et les bouffonneries, les poses bombastiques et pleines de vide,  les ronds dans l’eau  du Golfe dans  l’actuelle crise avec l’Iran, du Système et de la vaniteuse puissance US réduits aux acquêts du seul spectacle et se contorsionnant devant les côtes iraniennes ; seul un accident pourrait mettre le feu aux poudres, et alors le principal acteur et responsable (les USA) se trouverait entraîné dans une spirale qui lui coûterait pêut-être bien son existence même, c'est-à-dire sa structure historique toujours menacée d'éclatement.

La cause principale de cette transmutation des antagonismes, – sorte de “transmutation des valeurs” dans cette “époque étrange” qui ne jure que par l’“idéal de puissance”, – est évidemment cette force que nous désignons continuellement comme la force principale aujourd’hui, le système de la communication. Lui que nous avions identifié comme le facteur semblant travailler pour le Système lorsqu’il apparut comme le  premier et décisif obstacle aux révoltes populaires, a manifesté à plein  son effet-Janus  en fournissant aux adversaires du Système des moyens inédits de s’opposer à lui et de paralyser sa puissance, de transmuter sa surpuissance en impuissance, en attendant son autodestruction. On  a vu alors et dans le même sens combien le technologisme dont se sert le système de la communication achève le processus de “zombification” des élites et conduit désormais à la production d’une autre sorte de révolte dont on voit partout les signes aujourd’hui...

« Le paradoxe des réflexions que nous offre le professeure Reynolds, et que nous retrouvons aisément dans les agitations des politiques qui montrent leur néantisation et nullement leur supériorité, rendant ainsi insupportable leur arrogance (arrogance parce que néantisation), c’est bien que la “zombification” produite par le phénomène ainsi décrit touche d’abord les élites, et nous dirions presque “exclusivement”, car cette zombification si visible, si choquante, loin de “zombifier” la population, provoque au contraire un ressentiment, une colère extraordinaire contre ces élites. A notre sens, nous avons là une explication acceptable des phénomènes qui s’accumulent aujourd’hui, des Gilets-Jaunes aux divers populismes. Cette évolution est largement renforcée par des politiciens hors-normes (des non-politiciens, en fait), dont Trump est l’archétype, qui, par leur comportement, par ce qu’ils sont eux-mêmes, par leur côté bouffon, ridiculisent la politique et donc toute la classe politique ; finalement, les Trump divers, qui choquent tant les élites néantisées, ne cessent de montrer par l’absurde que la politique peut être réduite à une « ...nature primaire, tribale et basée sur des slogans de surface », et participent donc avec une exceptionnelle efficacité à la démythification de la classe politique en la montrant dans toute sa zombification...[...]
» .... L’empire pourrit par la tête, non seulement parce que c’est de bonne tradition, mais surtout parce qu’il s’est inventé les moyens de ce pourrissement et qu’il en use à la folie, emporté par l’ivresse de l’expérience ; et le fait est que ce qu’il suscite finalement chez les populations diverses alertées par l’odeur n’est pas une extension à elles-mêmes du pourrissement mais une colère contre ce pourrissement. »

Où voit-on là-dedans que la guerre ait encore sa place, dans ce bal des impuissances de l’hyper-surpuissance du Système ? Nulle part elle n’est mentionnée, sinon par le ridicule où la plongent ceux qui menacent sans cesse de la faire contre tous les adversaires possibles, et chaque fois reculent au premier prétexte ou au dernier moment parce qu’il leur faut d’abord et prioritairement s’occuper des fureurs intérieures qui grondent et menacent les prochaines élections autant que l’indice de popularité, et les rendent d’une infinie fragilité, et minent leurs psychologies en une représentation théâtrale ne retenant que le bouffe de  la tragédie-bouffe.

La “guerre déréglée” qui n’avait pour but que la déstructuration totale a fini par s’installer elle-même dans une sorte de structure de la déstructuration qui implique pour elle une contradiction insupportable. Ainsi a-t-elle favorisé ce qu’elle voulait détruire jusqu’à la néantisation : les forces structurantes ont plus que jamais leur place et leur mot à dire, et elles se font à la fois un devoir et un plaisir d’agir dans le but de détruire (“déstructurer” !) le Système qui voulait les réduire au néant de l’entropie. Même les causes les plus inoffensives et qui semblaient devoir servir le Système se transforment en radicalités antiSystème, – comme l’exemple de l’écologie dont la logique, pour ceux qui la pensent de façon sérieuse et hors des politicailleries politiciennes,  conduit désormais de l’ancien programme qui tombe de plus en plus en désuétude de la “réforme du Système”, à l’inéluctable “destruction du Système”.

Ainsi la “guerre déchaînée” s’est-elle trouvée enchaînée par ses propres forces et ses propres méthodes,  définitivement emprisonnée par ses contradictions. Ce n’est plus de la guerre qu’il s’agit, mais bien du Système, c’est-à-dire de sa destruction

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L’aventure c’est l’aventure

Nous poursuivons ici l'exploration des concepts extraordinairement riches que nous a légués l'historien italien Guglielmo Ferrero, dont nous avons tenté de faire l'analyse dans notre précédente rubrique (Analysedu 10 novembre 2007). Alors que nous explorions ces concepts dans leur temps, tels que les avait déterminés Ferrero, nous tentons aujourd'hui d'en faire une adaptation à notre temps, à partir de leur origine (à partir de la campagne d'Italie du général Bonaparte, en 1796-1797, telle que Ferrero la décrit et l'interprète).

Les trois principales idées de Ferrero que nous avons retenues, parce que nous les croyons profondément adaptables à notre temps, dans la perspective depuis la Révolution française jusqu'à nous, et d'une façon prodigieusement féconde, – ces trois idées sont les suivantes:

• L'effet fondamental de la psychologie. Ferrero explique la période de 1789 à 1815, période de guerre et de sauvagerie au travers de l’Europe, par la peur. C'est la peur qui guide les révolutionnaires sur la voie de la guerre et Bonaparte sur celle de ses conquêtes. C'est la peur qui guide les coalitions contre la France et contre Bonaparte.

• Le partage que fait Ferrero entre l'‘aventurier” et le “reconstructeur”, entre celui qui brise les formes et les structures et celui qui les reconstruit. Les deux personnages qui représentent à son zénith chacune de ces tendances, ce sont Napoléon et Talleyrand.

• La “révolution” en tant que déstructuration se fait par la guerre et non par les idées. C’est “la guerre sans règles” qui répand la révolution et non les idées de Voltaire-Rousseau.

C'est ce dernier point (la “guerre révolutionnaire” ou la “guerre révolutionnée”), que nous avons analysé principalement dans notre premier article, qui va nous servir de fil rouge pour le second. Nous allons progresser en examinant si les guerres depuis 1815 ont été ou pas de cette sorte.

Comment “la guerre sans règles” née avec la Révolution française a imposé la modernité au monde occidental : l'exemple de la Grande Guerre

L'idée de “guerre sans règles” proposée par Ferrero à l'occasion de son analyse de la campagne d'Italie de Bonaparte va conduire notre analyse. Elle est extrêmement enrichissante pour transformer l'appréciation que nous pouvons avoir de l'Histoire, peut-être même au-delà de ce que Ferrero lui-même envisageait.

(C'est de ce point de vue qu'on peut comprendre la fécondité du propos. Nous allons exploiter l'idée de Ferrero dans ses prolongements modernes, à la lumière des événements les plus récents, notamment ceux qu'il n'a pas connus [Ferrero est mort en 1942].) Il est essentiel de rappeler que Ferrero considère la question de “la guerre sans règles” comme décisive dans le déchaînement révolutionnaire en Europe, et cela à partir d'une évolution structurelle dans la façon d'aborder les questions tactiques et stratégiques. C'est littéralement parce que la guerre qui s'affranchit des règles établies au XVIIIème siècle (ce qu'on nommait ironiquement “la guerre en dentelles”) brise les structures qui tentaient d’en contenir la barbarie et les excès, tout cela au nom de l'efficacité, que la guerre devient “révolutionnaire”. Elle devient “révolutionnaire” non dans ses buts, non par les idées qu'elle véhicule, mais parce qu'elle impose une situation, donc parce qu'elle influence la psychologie dans un sens révolutionnaire. Ce que nous désignons par l'expression “dans un sens révolutionnaire” implique qu'elle rend la situation propice à des désordres divers et déstructurants.

Ces constats, avec le lien que nous faisons avec la psychologie, sont eux-mêmes directement liés au constat psychologique que Ferrero fait de la période. C'est une période caractérisée par la peur, nous dit-il. La peur conduit à la guerre autant qu’elle caractérise la crainte de la guerre. La peur nous fait quittes de toutes nos entraves civilisatrices, elle suscite une attitude caractéristique de “fuite en avant” avec l'idée implicite et complètement paradoxale que cette impulsion brisera le cercle vicieux “la peur conduisant à la guerre, – la guerre qui suscite la peur”. L’idée est celle d’une sorte de “rupture vertueuse” rompant le cercle vicieux. 

Dans l'enchaînement de 1789 et dès lors qu'elle est apparue comme débarrassée de ses règles, donc “révolutionnaire”, la guerre semble être devenue un moyen de rompre le blocage des situations politiques qui s'enchaînent dans des orientations révolutionnaires à cause de la guerre. Elle semble libérer de la peur qui vous liait ; qu'il s'agisse d'une funeste erreur n'empêche pas qu'elle a effectivement cet effet sur la psychologie, et qu'il s’agit, si l’on ose dire, d’un effet “révolutionnaire”. Le paradoxe réduit également les orientations politiques supposées. Même Bonaparte, que Ferrero tient pour l'archétype dans la période de l'homme de l'aventure, pour le “révolutionnaire” par la guerre, même lui en est la victime. Il est entraîné dans la guerre comme dans une fuite en avant, pour tenter de rompre ce même cercle vicieux.

Ce processus s'est compliqué et s'est dramatisé avec la technologie de la destruction, ou plutôt la technologie appliquée à la destruction. On a toujours considéré que la technologie était un apport naturel à la guerre, exactement comme le développement du progrès nous paraît une chose devenue naturelle à cause du caractère inéluctable dont on a chargé le progrès. Les conceptions de Ferrero permettent de renforcer une appréciation alternative qu'on pourrait offrir, en renversant la proposition à partir de l'idée de la “guerre sans règles”. Ce concept est  aussi l’idée de la guerre devenue, après sa “pacification” temporaire du XVIIIème siècle, le moyen extrême et absolu de poursuivre la politique de l'aventure née dans la période de la Révolution, avec la victoire la plus écrasante possible comme but et non plus la paix de compromis préparant la paix tout court. L'absence de règles dans la guerre expliquerait, plus que la fatalité du progrès, ce recours systématique à la technologie. Mais ce recours détient lui-même une clef pour accentuer le caractère révolutionnaire de la guerre.

La Grande Guerre de 1914-1918 est le type même de cette (r)évolution. Le paradoxe est également très grand. Ce conflit apparaît pour sa plus grande partie comme bloqué par les technologies nouvelles. L'artillerie et la mitrailleuse notamment, ainsi que, dans une moindre mesure, l'usage des gaz, contribuent à “fixer” la guerre dans des fronts statiques, dans des conditions épouvantables conduisant à des tueries qui semblent sans but réel, et, surtout, sans dynamique. La réalité est tout autre. Au contraire, la Grande Guerre est le conflit où les situations générales ont le plus évolué dans un sens “révolutionnaire”. Le soi-disant “ordre ancien” a été complètement brisé, avec la Russie sombrant dans la révolution, les empires centraux transformés en républiques ou démantelés, la question sociale évoluant décisivement vers une situation de “lutte des classes”, les deux principales nations combattantes et victorieuses (France et UK) perdant leur prépondérance au profit d'un participant tardif (les USA) et ainsi de suite. Pire encore, la Grande Guerre ne cesse que pour enclencher une nouvelle dynamique révolutionnaire de la guerre, vers la Deuxième Guerre mondiale.

Cela se fait alors que les peuples et leurs dirigeants sont épuisés par la guerre et ne songent qu'à s’en détourner (la mystique de “la der des ders”). Les années 1920 sont une période d’apaisement paradoxal, où le seul véritable danger de guerre importante, en 1926-1928, est entre les deux puissances maritimes, l'empire britannique et les USA. On dirait pourtant que la dynamique de la guerre, au travers des sentiments qu'elle a semés, des situations instables qu'elle a créées, des progrès technologiques qu'elle a engendrés, rend la perspective d’un nouveau conflit irrésistible. C'est au point où l'on parle des deux Guerres mondiales comme des deux phases d'une seule guerre, également identifiée comme une grande guerre civile européenne.

Qu'y-a-t-il de révolutionnaire dans la “guerre révolutionnaire” moderne ? On y a vu les idées alors que c’est la méthode qui fait tout.

Lénine, le vainqueur révolutionnaire de la Russie transformée en Union Soviétique, accordait une immense importance à la guerre. Instruit par sa propre expérience, il la voyait comme le moyen idéal de susciter des révolutions dans les pays belligérants. D'une certaine façon, ce caractère révolutionnaire de la guerre avait été mis en évidence, par l'absurde, en France lors des mutineries de 1917. Il est aujourd’hui reconnu que ces mutineries, qui menacèrent l'existence même de l’armée française (plus de cinquante régiments furent touchés), ne durent rien à l’action subversive. Elles constituèrent un réflexe naturel de l'épuisement psychologique devant l'horreur du conflit. La facilité et la rapidité avec laquelle Pétain résolut ce problème, avec de faibles mesures répressives compte tenu de l'ampleur du drame, montrent bien que les Français n'étaient absolument pas disposés à la révolution (un peu comme l'Italie lorsque Bonaparte l’envahit en 1796). Au contraire même, comme l'immédiat après-guerre le prouva, la France était le pays le moins révolutionnaire parmi les belligérants.

Même l'Allemagne, plongée dans un désordre intérieur considérable avec l'abdication de l’empereur, la fin de l'Empire et la défaite en quelques jours de novembre 1918, résista à la révolution. C’est en Allemagne que Lénine espérait la première grande révolution pour sa cause, et il fut déçu. En un sens, ces deux exemples confirment l'hypothèse de Ferrero que les idées n'ont guère d'influence, alors que la guerre elle-même est au contraire déstructurante et révolutionnaire par son action. Mais c'est une action aveugle, qui brise et révolutionne sans savoir pourquoi, vers quoi et au profit de qui. La puissance des technologies, qu'elle paralyse la guerre (comme en 1914) ou qu'elle lui donne au contraire une dynamique extrême (comme en 1939), accentue ces effets. Ce constat pose la question de ce que nous avons nommé au XXème siècle “La guerre révolutionnaire”.

Au contraire de l’idée de Ferrero, la guerre révolutionnaire comme l’entendent les modernes est bien la guerre des idées. Le fait de la guerre n'y apparaît que comme un véhicule des idées, un détonateur d’une révolution potentielle qui sera enflammée par les idées importées par la guerre. C'est bien ainsi que l'entend Lénine, par exemple lorsqu'il déclenche la guerre contre la Pologne. Non seulement espère-t-il que la Pologne sera vaincue et deviendra bolchevique, mais il espère surtout que cette guerre plongera l'Allemagne voisine et tragiquement affaiblie par la défaite dans sa propre révolution bolchevique.

Pour cette raison, il accorde une importance toute particulière à l’une des deux armées (celle de Boudienny, avec Staline comme “commissaire politique en chef”) qui, contournant Varsovie par le Sud, a comme véritable objectif d'aller vers la frontière pour faire pression sur l’Allemagne et y favoriser par un soutien effectif les éléments révolutionnaires dans leur but de prise du pouvoir. C’est un échec total, qui révèle même une profonde “fatigue révolutionnaire” en Russie même. Lénine est contraint d'y lancer, aussitôt le conflit terminé par une victoire polonaise, une politique de retour à un semi-capitalisme (la NEP, ou “Nouvelle Politique Économique”), qui est une véritable pause dans le processus révolutionnaire. La Pologne installe un régime très conservateur, la république de Weimar s’installe en Allemagne. La guerre a échoué malgré le climat qui semblait si favorable aux idées qu’elle prétendait véhiculer. La guerre de Lénine ayant échoué, la révolution a reculé décisivement. Les idées révolutionnaires jonchent les champs de bataille autant que les cadavres.

L'idée qui vient alors est que ce que nous nommons “guerre révolutionnaire” répond plus, effectivement, à la définition de Ferrero. C’est l'acte de la guerre qui est révolutionnaire, et il l’est dans la mesure où la guerre est révolutionnée, où elle est “la guerre sans règles“, - comme elle l'est notamment sous la dictature grandissante des technologies. Lorsque l’acte de la guerre échoue, les intentions révolutionnaires qu’on y a mises, les idées révolutionnaires reculent décisivement. Ce constat devrait permettre d'observer différemment les différents conflits prétendument révolutionnaires, où des idées révolutionnaires constituèrent la principale cause du conflit.

Le cas de la Seconde Guerre mondiale devrait être analysé avec un oeil neuf à cette lumière, notamment en Europe. À l'Est, une prétendue “victoire révolutionnaire” (victoire communiste) a abouti à des régimes dont la caractéristique réelle fut plus un conservatisme oppressif que les définitions idéologiques révolutionnaires dont on voulut les affubler. La guerre faite par l'URSS était défensive et nationale, et basée sur l'idée russe aux dépens de l'idée idéologique du communisme. La quasi-annexion de l'Europe de l'Est par l'URSS qui accompagna la victoire soviétique de 1944-1945 répondait à une préoccupation de sécurité (glacis protégeant la Russie) bien plus qu'à une volonté révolutionnaire, malgré les idées affichées.

À l'Ouest, la victoire fut en apparence de type “non révolutionnaire”, sans intention idéologique apparente par rapport aux pays libérés, tandis que le traitement des vaincus relevait des pratiques de la “guerre totale” désormais en cours au XXème siècle, fortement aggravées par des technologies de destruction d'une immense efficacité. Mais on ne peut échapper à une autre appréciation si l'on s'appuie sur les conceptions de Ferrero. L'effet de la victoire en Europe de l'Ouest, en 1945, fut totalement “révolutionnaire”, dans le vrai sens du terme, qui est le bouleversement.

L’Europe occidentale sortit bouleversée de cette guerre, par rapport à ce qu’elle était en 1939. La plupart des pays ouest-européens perdirent leur réelle autonomie de décision politique dans les domaines essentiels de la sécurité, de la politique étrangère et de la défense. À part l'un ou l’autre rebelle (un seul d’ailleurs, la France), ils furent regroupés dans une alliance d'inspiration US qui tient toujours ferme aujourd’hui (y compris avec la France, qui a regagné le bnercail). Si ce n’est pas “révolutionnaire”...

La “guerre révolutionnée” à la lumière de l'affrontement entre la RMA et la Guerre de 4èmeGénération (G4G)

La “guerre révolutionnaire” tant célébrée durant la Guerre froide, notamment les guerres de libération anticolonialistes (souvent sous forme de guérillas), aboutirent en général à des situations fort peu révolutionnaires, à des régimes marqués à la fois par la corruption et la bureaucratie. Au reste, ce n'était que suivre le modèle communiste qui, effectivement, aboutit très vite (dès 1921-1922, avec la NEP suivant la guerre contre la Pologne) à la formule duale bureaucratie-corruption, avec une pression policière plus ou moins intense, atteignant parfois une intensité paroxystique presque pathologique qui relève plus d'une bureaucratie malade que d'une idéologie exacerbée. L'effet “révolutionnaire” des “guerres révolutionnaires” se marquait essentiellement par la guerre elle-même lorsqu’elle se faisait, lorsqu'elle brisait les cadres anciens (le régime tsariste pour l'URSS, les régimes coloniaux pour les “guerres révolutionnaires” anticolonialistes). On retrouve le schéma de Ferrero : la “guerre révolutionnaire” révolutionne par la guerre elle-même, pas par les idées, et par la guerre elle-même parce que la “guerre révolutionnaire” est par essence une “guerre sans règles”. 

Mais l'appréciation du caractère révolutionnaire de l'acte de la guerre lui-même (la “guerre sans règles”) nous a conduit à observer que la guerre classique, occidentale, avait acquis elle aussi, d'une autre façon, un caractère de “guerre sans règles“, notamment par l'apport massif des technologies qui déchaîne des conditions de puissance et de férocité sans précédent dans le conflit. Ainsi la guerre classique est-elle aussi “révolutionnée” que la soi-disant “guerre révolutionnaire”, et donc bien aussi “révolutionnaire” dans ses effets immédiats (et non par ses idées), – et même au-delà, on va le voir.

On comprend qu'on en vienne alors aux développements les plus récents: la guerre irakienne, telle qu’elle fut lancée par les USA et développée lors de l'occupation du pays, répond à cette définition d’une “guerre révolutionnée” qui révolutionne le pays conquis par la seule application d'elle-même. C'est d’ailleurs rejoindre les conceptions américanistes les plus extrêmes, que ce soit la doctrine militaire de frappe aérienne dite “schock & awe” ou la doctrine capitaliste de la “destruction créatrice”. Ces thèses semblent tout droit sorties des conceptions de Ferrero (mais lui pour s'élever contre elles, bien sûr). Il s'agit bien entendu d’une “guerre révolutionnée” dont la nature même de l'effet est devenue bien plus la déstructuration que la destruction, allant même jusqu'à des agressions affectant la culture, la sociologie, la psychologie bien sûr, voire l'archéologie (l'Histoire) et la corruption du territoire agressé. C’est sans aucun doute une “avancée” de la “guerre révolutionnée” dans son effet sur les champs de bataille où elle s'installe et où elle frappe. Grâce à la technologie, désormais les champs de bataille dépassent largement la définition initiale, il s'agit de régions entières, de nations, de communautés, en un mot des structures fondamentales de la civilisation. C’est sans aucun doute une définition qui se marie si bien avec notre concept de globalisation, – une réussite à cet égard.

Si dans sa substance, la guerre classique a atteint le niveau de “révolution” de la forme des “guerres révolutionnaires”, elle les a largement dépassées dans sa forme et dans ses effets. Par une voie différente et d’une façon beaucoup plus subreptice, la guerre classique conventionnelle tend à se rapprocher dans ses “buts de guerre” implicites de l'arme nucléaire.

Une réaction a pris corps contre cette poussée dévastatrice : la guerre de quatrième génération (G4G). Rien n’est vraiment original dans ce concept qui marie résistance, guérilla, terrorisme, action psychologique et sociale et ainsi de suite. C'est le schéma classique de la guerre asymétrique, la riposte du faible au fort dans le domaine conventionnel. La G4G a aussitôt investi tous les domaines abordés par la guerre conventionnelle “sans règles” et “révolutionnée”. Ces deux facteurs antagonistes de la guerre ont, à eux deux, redéfini la guerre. Ils ont définitivement envoyé aux oubliettes la “guerre révolutionnaire” et ses prétentions fausses d'agir grâce à ses idées.

Le concept même que combattait Ferrero selon lequel les idées produisaient les effets principaux des “guerres sans règle” est désormais complètement obsolète après s'être révélé infondé et faussaire. Aujourd’hui, la bataille porte sur la déstructuration contre la résistance structurelle. Entre guerre classique “révolutionnée” et G4G, il n'y a plus de bataille d'idées, malgré les affirmations prétentieuses et virtualistes des idéologues occidentaux (liberal hawkset néo-conservateurs) qui prétendent encore identifier une idéologie ou l’autre (le fantasme de l'“islamo-fascisme”, par exemple). C'est l'affrontement pur de survivance autour des structures de vie communautaires et nationales les plus diverses et les plus variées. Il y a une agression déstructurante et, contre cela, la réaction de la G4G.

C'est dire que notre définition de la G4G dépasse largement le champ de bataille, parce que ces concepts de “guerre” ont rejoint les poussées plus générales du système et de la globalisation. Chaque résistance fait du G4G à sa manière. Sur le terrain de la guerre certes, mais aussi lorsque l'opinion publique française impose un "non" au référendum ou lorsque l'opinion publique américaine soutient massivement le candidat Ron Paul, marginal et détesté par le système. Il n’est plus question ni de morale, ni d’idéologie, ces faux-nez du système et de ses serviteurs pour tenter de donner un vernis de cohérence à une dynamique déchaînée qui n'a plus comme but instinctif que la destruction nihiliste.

Ainsi la boucle est-elle bouclée, dont Ferrero avait identifié l’origine. La “guerre sans règles” est arrivée au terme de ses ambitions et de sa transformation. Cela correspond parfaitement à tous les autres événements catastrophiques en cours d'une civilisation systémique au terme de sa logique, et qui se montre nue. 

La “guerre sans règles” identifiée avec horreur par Ferrero n’est pas la guerre révolutionnaire mais “the Road To Hell”, – la marche vers le chaos

Au départ était l“aventure” (Bonaparte en Italie) contre la “reconstruction” (Alexandre, Louis XVIII et Talleyrand au Congrès de Vienne). C'était encore la civilisation. C'était pourtant l'ouverture d’une marche guerrière qui pourrait répondre à l'image de la chanson de Chris Rhea, souvent présentée pour illustrer le conflit de l’ex-Yougoslavie: “The Road to Hell’, – ou, dit autrement, dans une expression équivalente, la marche vers le chaos.

Chaque événement, chaque crise nouvelle s'impose alors qu'aucune des crises précédentes ne se résout. Notre catalogue de crises semble ainsi sans fin et, surtout, ne jamais devoir résoudre aucune d'entre elles, — la crise de la démocratie entre élites et opinions publiques, la crise du soi-disant néo-colonialisme occidental, la crise du désordre du tiers-monde, la crise des ressources, la crise de la dégradation de l'environnement issue de notre système de développement et qui enfante la crise climatique, – en un mot, la crise de la civilisation occidentale et universelle.

Face à tout cela, la raison chancelle. Elle ne parvient pas à trouver d'explications rationnelles à cette convergence de crises, à notre entêtement à ignorer cette convergence et les effets de l'écroulement d'une civilisation. Effarée, elle constate sans comprendre et se discrédite elle-même en repoussant le fondement même de la raison, l’enchaînement de cause à effet. Pour comprendre notre époque, la raison doit accepter des hypothèses irrationnelles et les considérer avec ses instruments et sa méthode.

Guglielmo Ferrero faisait partie de cette race d’historiens prophétiques qui nous manque cruellement, aujourd’hui, dans notre époque de tâcherons attachés aux faits les plus réduits et les plus réducteurs possibles. L'Histoire n'a que faire de ces résistances. La prison conformiste (Politiquement Correct) qui enferme l'esprit n'empêche pas les événements de progresser.

  • 20 juillet 2019 à 00:00
À partir d’avant-hierDedefensa.org

Sans enracinement un peuple disparaît

Par info@dedefensa.org

Sans enracinement un peuple disparaît

À une époque où nationalisme et mondialisme s’affrontent dans l’arène de la guerre des communications, il importe de mettre de côté les idéologies mortifères qui nous empêchent de reprendre contact avec la réalité de toute citoyenneté qui se respecte. Est citoyen celui ou celle qui fait partie d’une collectivité enracinée sur un territoire donné. Penser la nation, par-delà les débats idéologiques, c’est poser la question incontournable de l’enracinement.

Nous reprenons un article composé en 2016 avec l’intention de poursuivre cette réflexion critique portant sur la naissance d’une véritable doctrine d’état susceptible de permettre au Québec de sortir de sa léthargie politique et sociale.

 I – La question du territoire

 L’espace de la collectivité

La citoyenneté est à la collectivité ce que l’indépendance est à l’enfant qui devient adulte. La citoyenneté est fédératrice, c’est-à-dire qu’elle agrège les habitants d’un territoire donné au gré d’un modus vivendi qui prend la forme d’une constitution ou de ce qui peut en tenir lieu. Celui qui est déchu de sa citoyenneté devient un apatride et doit, conséquemment, se retirer de la cité puisqu’il ne respecte pas le pacte social. La citoyenneté permet au « vivre ensemble » d’être plus qu’une vague pétition de principe à partir de l’aménagement d’un territoire, du ménagement des forces vives en présence. Le philosophe Martin Heidegger a longuement réfléchi sur la problématique de l’enracinement et pose la question identitaire en termes de ménagement des espaces de vie que nous partageons par la force des choses avec nos proches et … nos moins proches.

Il faut prendre la peine de lire (ou de relire) « Essais et conférences » (*), une œuvre-phare du grand philosophe allemand. Son texte intitulé « Bâtir habiter penser » traite de l’habitation en tant qu’elle constitue l’acte fondamental d’occupation du sol. Habiter un espace c’est se projeter à travers un vécu qui ambitionne de transformer nos forces vives pour faire éclore nos potentialités en gestation. Voilà pourquoi Heidegger parle de «ménagement», dans le sens de labourage, puisqu’un espace de vie est tout sauf un espace concentrationnaire. Il s’agit d’enclore et de protéger les «forces de la vie» pour qu’elles puissent prendre appui sur un espace de réalisation tangible.

Voilà près d’un demi-millénaire que le peuple Canadien-français – ou Français d’Amérique – occupe de façon dynamique un territoire grand comme l’Europe centrale. La nation Canadienne-française (Québécoise) s’est enracinée sur les deux rives qui bordent le Fleuve Saint-Laurent et elle a donné vie à d’innombrables surgeons qui ont porté à bout de bras le projet de nos ancêtres à travers l’arrière-pays, bien au-delà des voies de pénétration du continent. Cette nation occupe un territoire immense qu’elle a défriché, labouré et ensemencé à travers le processus de gestation du pays. Nous sommes enracinés à même le socle d’un territoire qui porte en lui les potentialités du pays réel et notre résilience témoigne de la force de cet enracinement graduel.

Bâtir le pays réel

Heidegger poursuit sa réflexion en nous prévenant que « c’est seulement quand nous pouvons habiter que nous pouvons bâtir ». Habiter signifie donc occuper un espace de vie, de la même manière que l’on puisse dire que quelqu’un est habité par une idée, un désir ou un sentiment. Dans le sens où l’entendaient les anciens penseurs grecs, la résidence est le lieu où l’existence humaine est en mesure de s’enraciner, de se développer. C’est tout le sens de résider.

Heidegger poursuit de plus belle : « Habiter, être mis en sûreté, veut dire : rester enclos dans ce qui nous est parent, c’est-à-dire dans ce qui est libre et qui ménage toute chose dans son être. Le trait fondamental de l’habitation est ce ménagement ». Il faut, donc, comprendre qu’un abri sert à nous protéger des intempéries et nous permet de nous y ménager, d’y ménager nos forces vives. Voilà pourquoi la nation peut-être comparée à cet abri, cet habitus fondamental qui est nécessaire pour qu’une collectivité puisse s’épanouir en définitive. Le mondialisme travaille comme une centrifugeuse qui pulvérise les assises de la nation, emportant les sédiments de la mémoire collective, alors que les citoyens sont dépossédés de leurs prérogatives. C’est le processus de l’aliénation de toute citoyenneté qui est en jeu dans ce débat qui nous occupe.

Le « pays réel » représente la sommation des entreprises d’occupation de la terre. Celui qui cultive la terre peut, à juste titre, ambitionner de la posséder afin d’y ériger un espace de vie. Le Canada, au moment de composer notre analyse, n’est pas un pays, mais bien plutôt le dominion d’une puissance néocoloniale toujours aux commandes. Le fait que le Gouverneur général – mandataire de la Reine d’Angleterre – puisse dissoudre l’Assemblée nationale à tout moment constitue la preuve irréfragable de notre servitude de colonisés dans un contexte où le parlementarisme britannique n’est qu’un écran de fumée en définitive. Vaste amalgame de territoires conquis, le dominion du Canada aspire les flots incessants d’une immigration destinée à servir d’« armée de réserve » pour le grand capital apatride qui dirige l’activité économique au nord des États-Unis. Ce dominion ressemble à un vaste camp de travail et l’immigration massive fait en sorte d’empêcher toute forme d’enracinement : c’est ce qui explique l’extraordinaire puissance d’un multiculturalisme promu au rang de véritable doctrine d’état.

 La culture de la terre : l’identité d’un peuple

Utilisant la figure du pont comme une puissante métaphore, Martin Heidegger envisage l’aménagement de l’espace vital en tenant compte du besoin de communication essentiel à toute entreprise de construction du « pays réel ».

Ainsi, « avec les rives, le pont amène au fleuve l’une et l’autre étendue de leurs arrière-pays. Il unit le fleuve, les rives et le pays dans un mutuel voisinage. Le pont rassemble autour du fleuve la terre comme région. Il conduit ainsi le fleuve par les champs ». Le pont c’est la culture qui réunit les régions et les époques d’un Québec qui se construit vaille-que-vaille, avec l’aide d’une langue française qui est toujours vivante. La culture québécoise, sans pour autant se cantonner dans un folklore sclérosant, parvient à faire la preuve qu’il est possible de faire confluer l’héritage des anciens avec la création de nouveaux univers toujours en prise sur le « pays réel ».

La culture québécoise, comme celle de toutes les autres nations du monde, se confond avec celle de la terre. La terre c’est le réceptacle de la civilisation, la mesure de toutes choses bâtie pour durer. Le nomadisme n’a jamais produit une quelconque civilisation ayant été en mesure de perdurer jusqu’à nous. Le nomadisme génère une culture d’emprunt qui ne parvient pas à former des archétypes, des universaux susceptibles de marquer la mémoire collective de manière indélébile. Le nomadisme spolie les cultures qu’il rencontre sur son chemin afin d’utiliser leurs signes et leurs conventions comme autant de monnaies d’échange. C’est une politique de la « terre brûlée » qui en résulte en bout de ligne. C’est ainsi que le néolibéralisme apatride est une forme de nomadisme financier qui ambitionne d’abattre les frontières afin de mieux spolier les populations locales.

Il faut pouvoir occuper une position sur la terre si nous voulons être en mesure de définir un point de fuite, une mise en perspective de l’horizon de tous les possibles. L’Empire anglo-américain est une thalassocratie en ce sens qu’il règne à partir de la maîtrise des mers, espaces qui n’appartiennent à personne en propre. Le totalitarisme de la globalisation des marchés – via les nouveaux traités transfrontaliers – génère une situation qui fait en sorte que les élites adoptent une fuite en avant, à défaut de pouvoir compter sur des assises nationales permettant de maîtriser les points de fuite : la mise en perspective de la géopolitique se dissolvant conséquemment.

L’ordre pérenne de la terre

Le Québec – Nouvelle-France – est un territoire charnière puisqu’il permet la rencontre du continent nord-américain avec l’hémisphère nord et, partant, avec les vastes étendues de l’espace eurasien. Extraordinaire socle terrien, irrigué par le majestueux fleuve Saint-Laurent, le pays du Québec possède et génère des perspectives inouïes en direction de la Nouvelle-Angleterre, de l’Europe et tout l’espace géostratégique d’un hémisphère nord appelé à jouer un rôle majeur d’ici quelques décennies. La géographie du Québec isole et connecte, tout à la fois, cet immense territoire avec des ensembles territoriaux qui débordent les strictes délimitations continentales. Pourtant, nos horizons sont bouchés à cause de notre « servitude volontaire », cet état d’impuissance qui nous empêche de nommer le pays réel.

Félix Leclerc, grand chansonnier de la nation québécoise, nous met en garde contre le danger d’un déracinement qui peut nous mener à l’extinction en bout de ligne. Un passage de « l’Alouette en colère », un chanson-testament, nous livre le fond de la pensée du poète :

« J’ai un fils dépouillé
Comme le fût son père
Porteur d’eau, scieur de bois
Locataire et chômeur
Dans son propre pays
Il ne lui reste plus
Qu’la belle vue sur le fleuve
Et sa langue maternelle
Qu’on ne reconnaît pas
»

 Par-delà la servitude du néocolonialisme, c’est l’incapacité de nommer le « pays réel » qui soulève la colère de Félix Leclerc dans un contexte où nous pouvons toujours nous appuyer sur le socle de la terre et les ferments de la langue pour nous épanouir. Malheureusement, l’état de notre « servitude volontaire » nous empêche de prendre pleinement possession du « pays réel » alors qu’il suffirait de reprendre contact avec notre fibre patriotique pour nous libérer du joug de l’esclavage. Toutefois, à force de nous gaver de divertissements à l’américaine, à une époque où la « réalité virtuelle » efface les contours du « pays réel », nous avons fini par intérioriser la doxa délétère de nos maîtres. Nous n’avons plus les moyens de nos ambitions, trop occupés à « performer », histoire d’occuper des niches de marché et de prendre notre place dans le peloton de la mondialisation galopante. Des cohortes de traîtres font office de prête-noms afin de permettre à de puissants intérêts apatrides de faire main basse sur nos meilleures terres agricoles. D’habiles ventriloques nous encouragent à bâtir les citadelles d’une « cité virtuelle » appelées à nous arracher à la terre-mère. Nous consommons des « produits du terroir » made-in-China et courrons les soldes des grandes surfaces de distribution américaines.

Véritable fuite en avant, notre « servitude volontaire » témoigne de l’inexorable déracinement qui se met en branle malgré les cris d’alarme poussés par nos poètes. Martin Heidegger nous avait pourtant prévenus dans le cadre d’un entretien offert au Spiegel, en 1966 : « D’après notre expérience et notre histoire humaine, je sais que toute chose essentielle et grande a pu naître seulement du fait que l’homme avait une patrie et était enraciné dans une tradition. » Qu’attendons-nous pour reprendre notre pays, cette maison commune qui permettra à la nation de faire face aux décennies qui s’en viennent ? Ne l’oublions pas : c’est la tradition qui a forgé le métier des bâtisseurs de cathédrales, cet enracinement profond et durable qui aura permis à la civilisation chrétienne de mettre en valeur les semailles des anciennes sociétés païennes. Quelques fois on se demande si notre « Révolution tranquille » québécoise ne fut, en définitive, qu’une vaste fumisterie destinée à nous couper de nos racines, à faire de nous les parfaits citoyens du mondialisme en cours.

 Nous aborderons la question de la constitution dans le cadre du deuxième volet de cette série d’articles.

 

Référence 

(*) Essais et conférences, une oeuvre incontournable parue en 1954. Écrit par Martin Heidegger, 349 pages – ISBN : 978-2-07-022220-9. Édité par Gallimard, 1958.

  • 19 juillet 2019 à 00:00

Woodrow Wilson et le messianisme gnostique des USA

Par info@dedefensa.org

Woodrow Wilson et le messianisme gnostique des USA

L’effarante attitude US a des fondements gnostiques et théologico-politiques. La démocratie c’est Dieu et les USA c’est Dieu sur terre, dont la mission est de soumettre. L’historien Richard Gamble qui a participé à un bel ouvrage libertarien sur la montée du fascisme présidentiel/mondialisé made in USA, va nous aider à nous y retrouver. Il a étudié Woodrow Wilson dont la folie théologique fut incomparable :

« Typique de l'esprit progressiste qui a persisté jusque dans les années 1920, Alderman a félicité Wilson pour avoir redéfini l'Amérique « comme serviteur, ministre, ami ... parmi les nations » et pour avoir établi sa politique étrangère sur le principe du service à l'humanité plutôt que sur des intérêts nationaux égoïstes. En effet, Wilson avait convoqué l’Amérique à une croisade et non à une guerre ».

Un rappel : cette mentalité d’excité du logos, de guerrier du droit et de croisé démocratique, nous ne la devons pas en France aux américains mais à un mélange abscons de d’illuminisme thaumaturge et d’excitation révolutionnaire.Même Robespierre dénonça les missionnaires armés. Voyez mon livre Le Coq hérétique (1997) publié aux Belles Lettres par mon ami libertarien Michel Desgranges.

Mais la pathologie américaine est plus dangereuse et durable que la française, qui joue, comme la britannique, au peu brillant second des ricains maintenant.

 Gamble poursuit en citant Rothbard :

 «Rothbard avait raison de voir ce lien avec les présupposés théologiques guidant le clergé de l’évangile social et ses alliés politiques et universitaires dans la construction de l’État interventionniste moderne. Mais dans le cas de Wilson, l’effort de créer un paradis sur terre s’inscrit dans le problème théologique plus vaste du gnosticisme politique identifié par Eric Voegelin. »

Qu’est-ce que ce gnosticisme politicien alors ?

 « Wilson caractérise le profil du prophète gnostique. Le gnosticisme, dans l'utilisation du mot par Voegelin, est la tentative moderne d'infuser une histoire humaine profane et séculaire à la mission transcendante du royaume de Dieu.Le prophète gnostique est un dirigeant, un saint, convaincu de sa propre commande divine, qui prétend connaître avec une certitude absolue la direction et la résolution de l'histoire, le mouvement inexorable des affaires humaines vers une réalisation apocalyptique. Le prophète gnostique promet de s'émanciper des contraintes du passé, promet l'abolition de la guerre et de l'oppression, ainsi que le grand avènement de la paix, de la justice et de la justice universelles et éternelles.Voegelin a écrit que les gnostiques "ne laisseront pas la transfiguration du monde à la grâce de Dieu au-delà de l'histoire, mais feront l'œuvre de Dieu lui-même, ici et maintenant, dans l'histoire".

Ce prêchi-prêcha cache comme on sait de sordides intérêts matériels. L’ami de Tocqueville Gustave de Beaumont avait déjà dénoncé le professionnalisme missionnaire US : 

« Le ministère religieux devient une carrière dans laquelle on entre à tout âge, dans toute position et selon les circonstances. Tel que vous voyez à la tête d'une congrégation respectable a commencé par être marchand ; son commerce étant tombé, il s'est fait ministre ; cet autre a débuté par le sacerdoce, mais dès qu'il a eu quelque somme d'argent à sa disposition, il a laissé la chaire pour le négoce. Aux yeux d'un grand nombre, le ministère religieux est une véritable carrière industrielle. »

Notremissionnaire industrielveut alors refaire le monde, quitte à le détruire, comme un manichéen ou un anabaptiste (Murray Rothbard en a bien parlé aussi de ce millénarisme protestant/communiste qui avat mis le feu à l’Europe) :

«Ils prennent en main la refonte du monde. De plus, ils ont tendance à diviser le monde en deux camps - clair et obscur - et à interpréter tous les désaccords politiques et les guerres comme des luttes absolues entre le royaume de Dieu et les forces de Satan. La guerre ordinaire devient le Jugement dernier, chaque bataille devient l'Armageddon.

Wilson n'était pas le premier des prophètes gnostiques américains. Le gnosticisme d'Abraham Lincoln, par exemple, est évident dans tous ses discours. "

Problème, un président belliqueux est un président célèbre et célébré par les livres d’histoire : Lincoln, Roosevelt I et II, Wilson, Bush I et II, Truman…

Richard Gamble rappelle que Wilson adorait la guerre :

 «Et lors de son premier mandat, Wilson a montré sa foi par ses œuvres en intervenant militairement au Mexique (1914), en Haïti (1915) et en République dominicaine (1916). Ses discours de guerre, tels que le discours extravagant "Paix sans victoire" (22 janvier 1917), le Message de guerre (2 avril 1917) et les quatorze Points (8 janvier 1918), font écho avec l'attente millénariste de la guerre finale et de la dernière croisade. Wilson brûle avec des aspirations gnostiques hyper-spiritualisées, pour échapper à l’histoire, à la matérialité et à la contingence. Wilson a déformé une guerre plutôt conventionnelle, menée pour des objectifs territoriaux et dynastiques conventionnels, en quelque chose de méconnaissable, en une transformation apocalyptique de la nature et de la réalité humaines. ”

Et Gamble de donner la finalité du délire politico-théologique en citant le fameux colonel House, Saint-Jean-Baptiste du mondialisme :

 «De son propre aveu, Wilson a mené la guerre de 1917 à 1918, non par crainte pour la sécurité américaine ou pour défendre les intérêts ou l’honneur des États-Unis, mais plutôt par sens de la mission et du service rendu à l’humanité pour obéir à une autocratie au nom de la démocratie et de la paix, pour mettre fin aux empires multinationaux au nom de l'autodétermination de tous les peuples et pour transcender les politiques d'équilibre des pouvoirs au nom de la bienveillance et de la fraternité. Sous les conseils de son plus proche conseiller officieux, le colonel Edward M. House, Wilson a toujours différencié le peuple allemand de son gouvernement afin de saper la légitimité de la monarchie allemande. "

On sait que la folie de Wilson fit de ce prêcheur des ondes très courtes l’oncle des bolchéviques et de Hitler: il refusa la paix du pape Benoît XV en 1917. Et :

"Si le Kaiser avait abdiqué en faveur de son fils et d'une monarchie constitutionnelle, Adolf Hitler aurait pu rester inconnu du monde." Malheureusement, une réflexion claire sur les conséquences de l'entrée de l'Amérique dans la Grande Guerre semble impossible. C'est devenu une orthodoxie inattaquable. En particulier chez les néo-conservateurs, il s’agissait du retrait des États-Unis d’Europe après 1918 - toujours considéré comme un "repli" ou "la chute" dans l’isolationnisme - et du refus des États-Unis de rejoindre la Société des Nations qui ouvrit la voie à Hitler et précipita la deuxième guerre mondiale.On a toutefois démontré de façon plus convaincante que l’entrée de l’Amérique en Europe en 1917 et la «guerre populaire» révolutionnaire de Wilson, comme il l’appelait autrefois, en sont les principaux coupables.

Wilson a semé les germes de la Seconde Guerre mondiale en garantissant l'instabilité politique et en créant un vide de pouvoir au cœur de l'Europe. 

La haine impériale ne frappait pas alors l’empire britannique (Franklin Roosevelt, incapable de vaincre la crise de 29, poussera à la guerre et liquidera les héritages britannique et français – lisez de Gaulle) :

«Wilson s’est efforcé de démanteler systématiquement les empires allemand, autrichien et hongrois, ainsi que les Turcs ottomans, tout en défendant les vertus de l’impérialisme progressif" éclairé "de la Grande-Bretagne et des États-Unis."

L’illuminé Wilson veut libérer le monde – à la manière de Lincoln, qui tua 600 000 américains pour sauver l’Union. Gamble commente les fameux quatorze points :

«Les implications révolutionnaires des Quatorze Points étaient bien comprises à l'époque, même par la presse américaine. Le New York Tribune, par exemple, avait réagi le lendemain du discours en qualifiant les Quatorze Points de Wilson de "seconde proclamation d'émancipation". "Comme Lincoln a libéré les esclaves du Sud il y a un demi-siècle", ont écrit les rédacteurs, faisant l'analogie inévitable des Progressistes, "M. Wilson engage maintenant son pays à lutter pour la libération du Belge et du Polonais, du Serbe et du Roumain. «Les Quatorze Points étaient un effort direct pour réorganiser l’Europe, marquant une entrée sans précédent des États-Unis dans les affaires européennes…»

Rendre l’homme esclave des idéaux, telle est alors la mission américaine. La fin des races, des sexes, des peuples, l’avènement du robot pour oligarque accomplissent actuellement l’idéal américain.

Gamble écrit lui sur cette guerre éternelle :

 «Les historiens qui excusent l'excès rhétorique de Wilson et le caractère irréalisable de ses projets millénaires ont tendance à faire appel à son idéalisme. Mais Wilson était dangereux précisément à cause de son idéalisme. À cet égard, le président de l'université de Virginie, Alderman, a déclaré qu'il ne se rendait pas compte de son éloge funèbre lorsqu'il a observé que Wilson était "un maître et n quelque sorte un esclave d'idées et de slogans. »

Gamble ajoute :                                                            

"La tragédie de l'histoire ultérieure de l'Amérique est que Wilson asservit son pays à ces mêmes idées et idéaux. De telles illusions conduisirent inévitablement à la" guerre perpétuelle pour la paix perpétuelle " que Charles Beard avait prophétisée. Wilson provoqua la révolution en Europe, mais plus important encore, il a mené à bien une révolution en Amérique - une révolution dans la façon dont nous nous comprenons et assumons notre responsabilité envers le reste du monde. "

Et Gamble de conclure – un peu à la manière du Dostoïevski des Démons – que Wilson fut plus révolutionnaire que Lénine :

"Nous devons réévaluer la place de Wilson dans le Panthéon américain et reconnaître, selon les mots de John Lukacs, que Wilson, et non Lénine," s'est avéré être le véritable révolutionnaire ".

En effet : l’américanisme est un stupéfiant moins soluble que le communisme… Demandez aux yéménites, aux iraniens ou aux vénézuéliens ce qu’ils en pensent.

Tout cela ne doit pourtant pas nous faire négliger l’essentiel :c’est en faisant les fous que les Américains sont devenus les maîtres d’un monde qui continue pour l’essentiel à leur obéir : chapeau les artistes !

Et comme nous évoquions Dostoïevski, qui a génialement évoqué le charisme américain dans son livre le moins compris, nous citerons une modeste étude :

« Dans Les Possédés aussi, Dostoïevski envoie son équipe d’illuminés en Amérique où ils effectuent un stage. Cela donne la perle suivante où des apprentis célèbrent un millionnaire : 

« Il a légué toute son immense fortune aux fabriques et aux sciences positives, son squelette à l’académie de la ville où il résidait, et sa peau pour faire un tambour, à condition que nuit et jour on exécuterait sur ce tambour l’hymne national de l’Amérique. Hélas ! Nous sommes des pygmées comparativement aux citoyens des États-Unis… » 

Car l’Amérique est la puissance mimétique de René Girard, celle que tous doivent imiter. Les illuminés expliquent leur complexe d’infériorité et leur relation hypnotisée : 

« …nous avions posé en principe que nous autres Russes, nous étions vis-à-vis des Américains comme de petits enfants, et qu’il fallait être né en Amérique ou du moins y avoir vécu de longues années pour se trouver au niveau de ce peuple. »

 

Sources

Woodrow Wilson's revolution within the form by Richard M. Gamble, – Reassessing the presidency (Mises.org) 

Fiodor Dostoïevski – Les Démons  (ou les possédés, ebooksgratuits.com)

Gustave de Beaumont – Marie, ou de l’esclavage (Classiques.uqac.ca)

Nicolas Bonnal – Dostoïevski et la modernité occidentale (Amazon.fr) ; le coq hérétique (les Belles Lettres)

  • 19 juillet 2019 à 00:00

Extension israélienne de la crise des S-400 turcs

Par info@dedefensa.org

Extension israélienne de la crise des S-400 turcs

Il est remarquable de constater le contraste entre le silence de communication presque complet où se sont tenus les Israéliens durant les divers soubresauts du processus conduisant la Turquie à l’acquisition et au déploiement désormais commencé des S-400 russes, et l’intérêt soudain et inquiet qu’ils accordent à la chose et qu’ils devraient lui accorder plus encore. Sans doute estimaient-ils que les pressions US pour décourager la Turquie étaient bien suffisantes, ne doutant pas qu’Erdogan finirait par céder et abandonnerait son projet d’acquisition des S-400.

Soudain apparaît l’analyse que la présence des S-400 en Turquie crée « un “nouvel ordre” dans le contrôle de l’espace aérien »d’une zone (hors-Turquie) comprenant essentiellement la Syrie et certaines portions de l’espace aérien des pays limitrophes. Il s’agit d’un article significatif du 16 juillet 2019, du site US Breaking Defense, en général bien informé sur les matières militaires israéliennes et autour d’Israël, avec des correspondants israéliens sur place (Arie Egozi dans ce cas). On tiendra donc les nouvelles qui sont données ici comme exprimant sans aucun doute l’opinion d’une partie importante de la communauté de sécurité nationale d’Israël. 

« Dans la situation nouvelle créée par le déploiement par la Turquie de systèmes antiaériens russes S-400, Israël a déjà modifié ses schémas opérationnels dans les vols de reconnaissance et les raids armés qu’il effectue dans l’espace aérien de la Syrie.
» La livraison par la Turquie de missiles surface-air S-400 de fabrication russe créera un “nouvel ordre” dans l'espace aérien du Moyen-Orient, selon des sources israéliennes.
» Un expert israélien a déclaré que la question essentielle est de savoir où les Turcs vont déployer le système russe. “Si les S-400 sont déployée près de la frontière avec la Syrie, ils pourraient mettre en danger les forces aériennes qui attaquent les milices contrôlées par l'Iran en Irak”, indique cette source.
» L'expert a ajouté que l'armée de l'air israélienne et toutes les autres forces aériennes susceptibles d'être impliquées dans des opérations contre l'Iran ou ses mandataires devront désormais s'entraîner pour faire face au S-400, largement considéré comme l'une des armes surface-air les plus redoutables du monde.
» Les experts israéliens qui ont parlé sous couvert de l'anonymat ont déclaré que la situation deviendrait critique quand les forces russes quitteront la Syrie, si la Russie décide un retrait. “Le S-400 opéré par la Turquie sera capable de suivre n'importe quelle activité de l’IAF au-dessus de la Syrie, et c'est une situation totalement nouvelle”, a déclaré un des experts.
» Sur un plan plus général, l’achat des S-400 crée des problèmes très complexes pour les États-Unis, estiment les experts consultés. “La Turquie a craché aujourd'hui au visage des États-Unis”, a résumé l’une des sources, en donnant une appréciation symbolique de l’acte. »

Il y a dans ce texte pourtant court beaucoup d’indications tendancielles (probablement fondées), à défaut d’informations précises (qui seraient nécessairement suspectes). Cela vaut au moins autant de remarques de commentaires de notre part.

• D’une façon générale, que le fait de l’achat des S-400 par la Turquie soit une nouvelle sinon inquiétante, dans tous les cas très déstabilisante pour Israël, est une indication tout à fait nouvelle dans son caractère abrupt et si nettement affirmé. Elle l’est pour nous, en nous ramenant à une des réalités qui composent la situation de la crise des S-400 turcs. Alors que nous avons surtout, sinon exclusivement envisagée cette crise comme une crise turco-américaniste, comme une crise de l’OTAN, comme une crise impliquant un rapprochement de la Turquie vers la Russie, voilà qu’elle nous apparaît également comme une crise dans une autre dimension conflictuelle, dans un autre tourbillon crisique : la crise syrienne et tout ce qui l’accompagne.

• ... Et cela nous apparaît à l’occasion d’une affirmation implicite d’un très grand antagonisme entre Israël et la Turquie, en nous rappelant que ces deux pays ont des rapports tendus depuis 2009-2010. Les remarques contenues dans le texte sonnent d’une façon si affirmée qu’on n’en entendrait pas de différentes si des S-400 étaient livrés à la Syrie, – et même, qu’on en entendrait moins en fait d’inquiétude et d’agressivité, selon l’idée que la Russie contrôle complètement la Syrie pour ce qui concerne les armements russes de défense aérienne nouveaux qu’elle reçoit.

• C’est en effet à ce propos qu’un passage apparaît assez énigmatique, mais qu’il peut s’éclairer selon cette perception nouvelle d’une tension agressive entre Israël et la Turquie. C’est cette affirmation que « la situation deviendrait critique quand les forces russes quitteront la Syrie, si la Russie décide un retrait ». (Disant cela, il s’entend à notre sens qu’il s’agit du départ du corps expéditionnaire russe intervenant dans les combat, de l’arrêt des interventions directes de la Russie, mais les bases syriennes russes restant aux Russes.) L’idée est que, comme dans le cas de la Syrie, mais d’une façon beaucoup moins affirmée, la présence russe en Syrie constitue un frein à une action autonome de la Turquie, que ce frein disparaîtrait si la Russie retirait son corps expéditionnaire et cessait ses interventions dans la bataille, enfin que “l’action autonome de la Turquie” prendrait une forme menaçante pour Israël, essentiellement à cause des capacités d’interdiction et d’interception des S-400 par rapport aux missions de pénétration d'Israël en Syrie, et plus éventuellement.

• ... Car le champ d’action envisagé est très vaste puisque les experts israéliens désignent des capacités d’interception par les S-400 turcs d’attaques contre des milices pro-iraniennes en Irak. (Cette remarque semblerait confirmer l’intention, évoquée récemment par différentes sources israéliennes, qu’aurait Israël d’attaquer également les forces soutenues par l’Iran en Irak.)

• Enfin, un signal opérationnellement inquiétant dans toutes ces supputations concerne la localisation des S-400 turcs : « ...la question essentielle est de savoir où les Turcs vont déployer le système russe. “Si les S-400 sont déployée près de la frontière avec la Syrie... ». Or, il semble qu’une réponse soit d’ores et déjà apportée, allant dans ce sens, par des déclarations de parlementaires et experts turcs, répondant à des questions de Spoutnik-français... Effectivement, les S-400 devraient surtout servir à protéger les frontières Sud de la Turquie et “les nuits d’insomnie” dont parle l’un des parlementaires pourraient notamment être israéliennes.

« “Nous sommes persuadés que l’acquisition de ce système de défense contribuera largement au développement du potentiel défensif de notre pays. Notre principal objectif consiste à garantir la sécurité de notre territoire, de nos frontières, et les S-400 ne seront utilisés qu’exclusivement à ces fins”, a souligné le député [Ismet Yilmaz, président de la commission pour la défense nationale au parlement turc et membre] du Parti de la justice et du développement (AKP), parti au pouvoir.
» Un autre député de l’AKP, Celalettin Guvenc, président de la commission parlementaire pour la politique intérieure, a relevé à cette occasion l’attitude indépendante de la Turquie sur la scène internationale.
» “Par chacune de ses démarches politiques à l’extérieur, la Turquie démontre à la communauté internationale son attitude indépendante d’État souverain”, a-t-affirmé.
» Hasan Turan, autre député représentant l’AKP, a estimé pour sa part que les S-400 seraient utilisés en premier lieu pour protéger les frontières turques au sud du pays contre d’éventuelles menaces et attaques.
» “L’acquisition par la Turquie de S-400 qui ne manqueront pas de renforcer considérablement sa puissance militaire et de faire passer des nuits d’insomnie à certains. Pourtant, il faut garder en tête que ces systèmes ne sont pas offensifs, mais défensifs. […]D’autre part, nous n’entendons pas nous plier face à des menaces, et les livraisons de S-400 l’ont montré une fois de plus”, a noté M. Turan. »

Bien entendu, toutes ces supputations renvoient aux préoccupations de sécurité des Israéliens qui sont souvent exacerbées sinon excessives par tactique de communication toujours actives d’une part, mais d’autre part et plus fondamentalement, par la conviction née d’une psychologie exacerbée, à la fois de type biblique et de type américaniste par influence, – mais les deux psychologies, israélienne et américaniste, s’équivalant à cet égard pour ce qui concerne l’obsession sécuritaire.

Comme toujours dans l’“étrange époque”, il s’agit d’abord de communication (spéculation, supputation, etc.), ce qui ne fait ni une politique ni une guerre éventuelle mais qui pèse néanmoins énormément sur les analyses qui déterminent les politiques et conduisent parfois à des guerres. Ces points de vue tels qu’ils sont rapportés ouvrent sans aucun doute un nouveau champ qui pourrait s’avérer très important à la “crise des S-400 turcs” qui tend à se “régionaliser” dans une crise régionale fondamentale après avoir été perçue essentiellement sur des bases bilatérales (Turquie-USA, Turquie-Russie) et dans le cadre Est-Ouest selon l’ancienne appellation.

Désormais elle s’inscrit dans une autre crise, la crise générale du Moyen-Orient (“tourbillon crisique” autour de la Syrie), et apparaît pouvoir s’ouvrir à d’autres domaines crisiques de la région : quel effet les S-400 turcs auront-ils par rapport à la tension avec l’Iran (alors que persistent des spéculations sur la vente de S-400 à l’Iran) ? Existe-t-il un accord secret/tacite entre la Russie et la Turquie pour la présence des S-400 turcs par rapport à la crise syrienne et, justement, par rapport aux incursions israéliennes ? Quel effet “le crachat au visage des USA” de la Turquie et des S-400 aura-t-il dans la région, par rapport  à l’influence des USA, par rapport aux fournitures en armements, etc. ?

 

Mis en ligne le 18 juillet 2019 à 13H25

  • 18 juillet 2019 à 00:00

Gabbard & Twitter : qui est le traître de qui ?

Par info@dedefensa.org

Gabbard & Twitter : qui est le traître de qui ?

17 juillet 2019 – Les uns ne manqueront pas de s’exclamer qu’“ils l’avaient bien dit”, que Gabbard est un falseflag en vérité complètement acquise et manipulée par le Système, par l’intermédiaire de ses accointances secrètes. Les autres, ceux d’en face hurlent à la mort et à la trahison commise par l’un des grands des GAFA, Jack Dorsey, le grand chef de Twitter, qui soutient une candidate “amie d’Assad” et “soutenue par les Russes et Poutine”... Pour tout dire, pour moi un moment d’une joie intense devant le spectacle du désordre-Système et des enfermements antiSystème.

Mais bon, j’en viens aux faits, qui sont  justement détaillés par Danielle Ryan, de RT, à partir du fait bien inattendu pour beaucoup d’un soutien financier conséquent de Dorsey à la campagne présidentielle de Gabbard.

« Dorsey a donné le don maximum de 5 600 $ à la campagne de Gabbard un jour après sa prestation lors de la première présentation publique des candidats démocrates aux présidentielles, selon les rapports de la Commission électorale fédérale (FEC), dont BuzzFeed a fait état.
» De tous les candidats démocrates à l'investiture de 2020, la congressiste hawaïenne a été la cible favorite des journalistes américains, qui l’accusent d’être “pro-Russie”[et soutenue par les Russes]en raison de sa position anti-interventionniste en politique étrangère. Elle a également été régulièrement prise pour cible pour avoir rencontré le président syrien Bachar Assad lors d'un voyage en 2017 dans ce pays déchiré par la guerre, les médias l’identifiant aussitôt comme “une apologiste d’Asssad”. [...]
» Inutile de dire que la propre machine conspirationniste de Dorsey, – aussi connue sous le nom de Twitter, – s'est emballée, les gens l'accusant d'être un apologiste d’Assad russe qui roule au rythme des bruits de botte russes... » 

... Vous pouvez en effet lire le déchaînement en ouragan de tweet décortiquant ce soutien jugé insolite-étrange, traître, diabolique, anti-progressiste et “homophobe” (pourquoi pas ?) de Jack Dorsey à Tulsi Gabbard... Comme par exemple, exemple entre mille mais touchant le point essentiel du complot, un Ryan Herras’interrogeant, – sur Twitter, of course : « Peut-être [ce soutien de Gabbard par Dorsey] est-il un indice que Twitter est une organisation frontiste du GRU ? »

Parlons maintenant de ma “joie intense” signalée plus haut, et justifiée par le désordre extraordinaire des étiquettes, des jugements-PC (Politiquement Corrects) confrontés à des vérités-de-situationapparaissant dans une fulgurance, du désarroi qui en découle de tous ceux qui ont une position bien établie et dont ils ne démordent pas, que ce soit (en très grande majorité dans ce cas) dans l’ombre du Système sous prétexte de vertu, ou en antiSystème qui ont identifié une fois pour toute de quelle côté se trouve la vertu ; et le tout, dans cette soupe et pour trouver une explication de raison qui n’entame pas leur conviction affectiviste, les multiples montages complotistes dans tous les sens.

Mais quoi... Il reste le fait tout simple et dévastateur qu’une candidate antiguerre, donc absolument et héroïquement antiSystème pour ce qui concerne l’acte fondamental du Système (la politiqueSystème) est soutenue par un des patrons des très grands parmi les géants de Silicon Valley, ce Twitter dont l’initiale aurait mérité d’être glissée dans l’acronyme GAFA. (GAFTA aurait très bien fait l’affaire, je le trouve même encore plus significatif et utilisable dans un langage argotique un peu leste, comme “Gaffe-Ta-Gueule”.)

Il y a beaucoup de leçons à tirer de cette réjouissance circonstance. Mais l’une d’entre elles écrase et résume toutes les autres, et l’on retrouve ma position favorite :aujourd’hui, le désordre mène le monde, et l’empire du Système qui y règne en maître absolu exerce ce pouvoir en vain parce que ce pouvoir s’est vidé, qu’il est totalement privé de son autorité comme une puissance totalitaire qui n’a plus aucune légitimité. La conséquence est que les classements, les étiquettes, les obligations, sont continuellement bouleversées et transgressées, aussi bien au gré du tourbillon crisiquequ’est devenue notre “étrange époque” que des choix de circonstance des êtres humains secoués par cette tempête et sentant bien que s’effritent les structures malignes du simulacre que nous impose le Système.

Là-dedans ce désordre, certains sont plus solides que d’autres, parce qu’ils recherchent et trouvent parfois, d’instinct et d’intuition, ce que je désigne comme les vérités-de-situation. Leur force est celle de la Vérité face au simulacre. Les mêmes “certains”, pour manifester une telle position dans un milieu qui est absolument hostile à toute vérité-de-situation, font montre véritablement d’héroïsme en maintenant leur position ; cet héroïsme est celui de la conviction, pour ne pas dire de la foi. Ils tiennent et ils maintiennent.

On voit de qui je parle en la circonstance.

  • 17 juillet 2019 à 00:00

Crise de nerfs civilisationnelle

Par info@dedefensa.org

Crise de nerfs civilisationnelle

17 juillet 2019 – Nous avons mis en ligne hier un texte sur une bataille entre les habituels compétiteurs à “D.C.-la-folle” (Trump et Trumphaters), où le tweet joue un rôle essentiel. Bien entendu, nous avions à l’esprit le développement que constitue ce F&C...L’idée centrale de ce texte est de cerner, d’identifier, de comprendre, non seulement l’usage du tweet en politique, mais toute la problématique des “réseaux sociaux” en général. Nous commençons en en parlant  principalement pour les élites, mais en passant plus largement à pour tout ce qui constitue la société quasi-globalisée (le “village global”, disons). Nous considérons le problème  dans son sens d’abord politique, mais nullement en isolant ce domaine, au contraire en l’offrant comme base de départ du théâtre d’un véritable effondrement intellectuel qu’on pourrait désigner comme une “zombification”.

Essentiellement du fait de l’intrusion de Trump sur la scène politique, comme président des États-Unis, le tweet joue désormais un rôle essentiel, d’abord dans le domaine du système de la communication dont nombre de personnes oublient, sinon ignorent qu’il est beaucoup plus vaste que le seul champ du “spécialiste de la com’”, ou “communiquant”,  faux-nez pour donner un aspect honorable à la fonction de propagandiste. En fait, le système de la communication tel que nous l’entendons, et tel qu’il doit être entendu à notre sens en fonction de l’importance considérable de son rôle, comporte aussi bien la création de narrativeque la recherche des vérités-de-situation, que l’information elle-même, lorsqu’elle est perçue comme une “matière” neutre sinon inerte (plutôt qu’objective, ce qu’elle n’est pas) une fois qu’elle s’est incarnée pour être perçue.

Lorsque Trump est apparu et a commencé à manier le tweet, la réaction de rejet a été général, – aussi bien du nouveau président lui-même que de sa manie des tweets, considérés avec mépris comme objet de communication, sinon objet de caprices d’humeur, appelé à disparaître peu à peu et, dans tous les cas, à ne rien signifier de fondamental dans l’ordre du politique. L’idée était que “la fonction créerait l’organe”, c’est-à-dire ferait de Trump un président, certes médiocre mais dans tous les cas maîtrisés et devant suivre les us et coutumes de la présidence. Il n’en fut rien : il apparut peu à peu que Trump fonctionnait “aux tweets”, qu’il transmettait des décisions, des penchants, des intentions, des soupçons, des satisfactions, etc., pour en obtenir des effets politiques d’autant plus assurés qu’ils étaient bruyants, bref qu’il déroulait sa vraie politique trumpiste avec tout ce que qualificatif contient d’aléatoire et de simulacre de téléréalité.

L’ère du tweet était donc née.

A ce point, précisons le plus clairement possibles les choses pour la question étudiée : nous n’applaudissons pas Trump ni ne le maudissons, nous constatons un fait. Tout le monde jurait que ce bouffon abandonnerait le “tweetisme” pour rentrer dans le rang de la politique-pépère (ou disons la face d’apparat de la politiqueSystème que représente un président “normal”), mis au pas par le DeepState et la confédération des dirigeants-BAO. Il n’en fut rien. Le bouffon était bien un bouffon mais il fit de plus en plus usage du tweet et, bientôt, fit bien sa politique d’abord par le “tweetisme”. Cela ne signifie certainement pas qu’il s’agisse de la panacée, d’une nouvelle sorte “géniale”, “postmoderne”, de politique mais plus simplement et dirions-nous au contraire qu’il n’y a plus rien de structuré, plus aucune politique élaborée humainement pour résister à quoi que ce soit, et notamment au “tweetisme” du bouffon.

On s’en est aperçu clairement, notamment au fait que le DeepState s’est dégonflé comme une vieille baudruche usée et n’a eu ni la peau, ni la conduite selon les normes-marionnette du président-bouffon. Pour le reste, on a compris que les hommes politiques du club-BAO, ceux qui entendaient faire rentrer Trump dans le rang, ne sont que l’ombre de l’ombre médiocre d’une politique à l’agonie, véritables zombieSystème sans aucune capacité. Voilà pourquoi l’homme aux tweets les a vaincus, sinon convaincus : le triomphe du tweet dans la politique, essentiellement via Trump, est d’abord et essentiellement une mesure de l’effondrement absolu de la politique dans le bloc-BAO au profit de la dictature du politiquement correct et de la bienpensance. Cette dictature est d’autant plus totalitaire qu’elle est totalement vide et stupide, et réduite effectivement à une « nature primaire, tribale et basée sur des slogans de surface » (nous empruntons justement et volontairement une définition des réseaux sociaux qu’on retrouve plus loin).

Effectivement donc, aujourd’hui la politique se fait notablement par les tweets. On a pu le voir encore hier où l’ouragan de tweet de Trump du week-end a provoqué un énorme chaos à la Chambre des Représentants US avant que la pitoyable direction démocrate fasse voter une motion accusant personnellement le président de “racisme”, – une démarche législative sans guère de précédent et à la limite de la légalité ; ce qui conduisit Trump à comparer (en tweet) les quatre députées démocrates impliquées dans cette tragédie-bouffe aux “Quatre cavali(è)r(e)s de l’Apocalypse”. On voit également, avec un échange acerbe entre l’ancienne conseillère pour la sécurité nationale d’Obama Susan Rice et un diplomate chinois, que Trump n’est pas du tout seul à faire de la politique-tweeteuse, et que cette “politique” est effectivement réduite à une « nature primaire, tribale et basée sur des slogans de surface » (accusations réciproques de “racisme”, bien entendu, à l’initiative de Rice, les américanistes-occidentalistes étant des maîtres de la stupidité sociétale).

Ce phénomène élargie à la question des réseaux sociaux est analysé dans un article du professeur de droit Glenn Reynolds, que nous citions dans le texte déjà référencé, dans ces termes :

« Dans un article sur lequel nous reviendrons, le professeur de droit de l’Université du Tennessee Glenn Reynolds analyse l’extraordinaire appauvrissement de la pensée qu’implique l’usage intensif des réseaux sociaux, “avec [leur] nature primaire, tribale et basée sur des slogans de surface”. Il donne une place particulière, – la pire, et de loin, – à Twitter, dont il remarque qu’il « semble être le plus utilisé par les personnes mêmes, – les experts, les journalistes politiques, l'intelligentsia, – les plus importantes pour le type de débat qu’Emerson considérait comme essentiel [‘pour examiner la connaissance et découvrir la vérité’].
» En fait, la corruption de la classe politique/intellectuelle par les médias sociaux est particulièrement grave, car leur descente dans une polarisation irréfléchie peut ensuite s'étendre au reste de la population, même à la grande partie qui n’utilise pas elle-même les médias sociaux, par les canaux traditionnels. »

Nous allons reprendre deux passages de cet article, – la première partie introductive et la conclusion, – qui nous conduiront à structurer et à développer une réflexion sur l’état de la politique aujourd’hui, notamment de la politique par le biais des réseaux sociaux, principalement “le pire d’entre eux” (Twitter) pour ce raisonnement, et au-delà l’état “de la civilisation” si l’on veut, ou encore l’état de la Crise Générale d’Effondrement du Système. Nous devons aussitôt préciser dans une sorte d’avertissement que nous ne considérons pas les réseaux sociaux comme responsable de cet abaissement extraordinaire de la politique et de la psychologie que l’on constate, dans cet article mais également pour notre compte et depuis si longtemps, mais bien comme des outils dont on use parce que l’esprit de la civilisation en cours d’effondrement s’est abaissée à tel degré dans les abysses que cette situation permet d’employer de tels outils

(L’article du professeur Glenn Reynolds est publié d’abord dans TheCollegeFixle 15 juillet 2019, repris par ZeroHedge.com le même 15 juillet 2019. Le titre en est : « Technologies toxiques : comment les médias sociaux nous rendent idiots, furieux, – et dépendants ». Il s’agit d’une adaptation évidemment résumée du livre L’Insurrection des Médias Sociauxdu même auteur.)

« Il y a quelques années, j'ai remarqué que j'aimais beaucoup lire dans les avions et je me suis demandé pourquoi. Après réflexion, j'ai réalisé que c'était parce que je n'étais pas distrait par la tentation de vérifier un appareil de temps en temps, permettant à la lecture d'être le genre d'expérience immersive que je considérais autrefois comme acquise.
» Aujourd'hui, je me fais un point d'honneur de me déconnecter tous les soirs, assis avec un roman et un verre de vin, l'ordinateur et le téléphone hors de portée. J'essaie de faire la même chose quand je lis pour le travail plutôt que pour le plaisir, en mettant mes appareils de côté pour que je puisse lire profondément et vraiment penser aux choses, mais c'est toujours une lutte. Et je ne pense pas que je suis seul.
» Je ne suggère pas quelque chose d'aussi simpliste que les livres sont bons et qu’Internet est mauvais. Il n'y a rien de fondamentalement bon dans les livres en tant que tels,  – Das Kapital et Mein Kampf sont à la fois des livres aux conséquences meurtrières, et des livres qui n'ont évidemment rien fait pour améliorer la pensée critique de leurs lecteurs.
» Mais la capacité de lire et de réfléchir en profondeur est précieuse, et elle est aujourd’hui mise de côté sans raison particulière. Comme le fait remarquer Fulford, “les universités signalent que les étudiants évitent maintenant de s'inscrire à des cours de littérature du XIXe siècle. Ils réalisent qu'ils ne peuvent plus travailler avec Dickens ou George Eliot”.
» Dans son classique ‘The System of Freedom of Expression’, Thomas Emerson, spécialiste du  Premier Amendement à Yale, a écrit :
» “La liberté d'expression est un processus essentiel pour examiner la connaissance et découvrir la vérité. Un individu qui cherche la connaissance et la vérité doit entendre toutes les facettes de la question, considérer toutes les alternatives, tester son jugement en l'exposant à l'opposition, et faire pleinement usage des différents esprits.”
» Le genre de débat communautaire multipolaire, vaste et profond qu'Emerson considérait comme la clef de notre système de liberté d'expression est en contradiction totale avec la nature primaire, tribale et basée sur des slogans de surface des médias sociaux.
» Il est malheureux que les médias sociaux non seulement rendent un tel débat plus difficile sur leurs plates-formes, mais aussi, semble-t-il, connectent les cerveaux des gens d'une manière qui rend ce débat plus difficile que dans n’importe quelle autre condition. Cela est aggravé par le fait que Twitter, en particulier, semble être le plus utilisé par les personnes mêmes, – les experts, les journalistes politiques, l'intelligentsia, – les plus importantes pour le type de débat qu’Emerson considérait comme essentiel.
» En fait, la corruption de la classe politique/intellectuelle par les médias sociaux est particulièrement grave, car leur descente dans une polarisation irréfléchie peut ensuite s'étendre au reste de la population, même à la grande partie qui n’utilise pas elle-même les médias sociaux, par les canaux traditionnels.
» Twitter est aussi la plus dépouillée des plateformes de médias sociaux, et donc la plus illustrative des failles de base des médias sociaux. Tout comme les gens tristes qui tirent à répétition sur les leviers des machines à sous des stations-service illustrent l'essence du jeu sans le glamour distrayant des casinos et des hippodromes, Twitter, sans se concentrer sur les “amis” ou les photos, ou autres accessoires, affiche la nature politique humaine telle qu’elle se manifeste dans les réseaux sociaux dans la pire situation possible. »

Dans la suite, Reynolds examine la question de la dépendance, l’addiction extraordinaire aux réseaux sociaux, d’une façon totalitaire qui (c’est notre réflexion) renforce décisivement l’individualisme et enferme l’individu dans une “bulle” en débouchant sur le paradoxe qu’une connexion maximale sur le système de la communication implique une rupture totale avec la vérité-du-monde. Ce point est surtout acquis grâce à l’arrivée massive des “téléphones intelligents” avec toutes les fonctions d’un ordinateur, qui enferme l’individu, quasiment d’une façon continue, dans une sorte d’univers fermé, fait de lui et de son portable.

Ayant montré cette addiction extraordinaire que la technologie (“téléphones intelligents”) suscite par rapport aux réseaux sociaux, – ou “médias sociaux”, – le professeur Reynolds conclue d’une façon plus générale, élargissant le champ de la réflexion au-delà de la politique qui est le biais que nous avons choisi pour aborder ce sujet, pour embrasser la question générale de la psychologie des êtres humains confrontés à cette pression et à cette addiction. (Nous avons marqué en gras les passages qui retiennent surtout notre attention.)

« J'ai trouvé cette observation sur Twitter : “L’Internet reconnecte les cerveaux et les relations sociales. Cela pourrait-il produire une dépression nerveuse civilisationnelle ?” Et j'ai lu un autre article dans lequel il est dit que la dépression chez les adolescents a monté en flèche entre 2010 et 2015, lorsque les téléphones intelligents ont pris le dessus. Je me suis demandé si nous ne serions pas dans la même dynamique que les villes néolithiques [qui étaient détruites par des épidémies], mais du fait de la menace d’une autre sorte de virus, que l'on pourrait appeler des virus de l'esprit : des idées toxiques et des émotions qui se propagent comme des feux de forêt.
» Ces dernières années, nous sommes passés d'une époque où les idées se répandaient relativement lentement à une époque où les médias sociaux, en particulier, leur permettent de se propager comme des feux de forêt. Il y a quelques centaines d'années, les idées se répandaient principalement de bouche à oreille, ou par les livres, qui devaient voyager physiquement. Ensuite, ils se sont répandus par le biais des journaux. Désormais, ils se répandent à la vitesse de la lumière, et sont partagés presque aussi rapidement, d'un simple clic de souris.
» Parfois c'est bien, quand ce sont de bonnes idées. Mais la plupart des idées sont probablement mauvaises. Peut-être ne connaissons-nous pas les vecteurs de maladies mentales que nous libérons par inadvertance, tout comme ces premières civilisations ne comprenaient pas les vecteurs de maladies physiques dont elles faisaient la promotion. Dans la société d'aujourd'hui, cela semble certainement plausible. »

Pourrissement par manque d'hygiène

... Nous dirions plus encore, et différemment bien entendu, à propos des « vecteurs de maladies mentales que nous libérons par inadvertance » : “Dans la crise d’aujourd’hui, cela semble tout simplement inévitable”. Ici, il nous paraît important d’apporter une précision qui nous démarque de ce qui nous paraît une ambiguïté sinon une voie contestable selon nous dans le texte du professeur Reynolds : « ...des idées toxiques et des émotions qui se propagent comme des feux de forêt... [...]  Parfois c'est bien, quand ce sont de bonnes idées. Mais la plupart des idées sont probablement mauvaises. » La même remarque vaut quand il semble prendre à son compte cette remarque trouvée sur Twitter : “L’Internet reconnecte les cerveaux et les relations sociales... »

Cette dernière phrase citée est suivie, toujours du même message trouvé sur Twitter, de cette remarque fondamentale (souligné en gras par nous) : « Cela pourrait-il produire une dépression nerveuse civilisationnelle ? » ; et certes renforcée plus loin par cette question quasiment en conclusion : « Peut-être ne connaissons-nous pas les vecteurs de maladies mentales que nous libérons par inadvertance... » Il y a dans ces deux remarques l’idée d’une crise collective de la psychologie, d’une pathologie pouvant prendre une dimension civilisationnelle. Et là-dessus, nous pensons que ce ne sont pas les “idées” qui sont communiquées, non plus que “l’internet” lui-même, avec les idées qu’il véhicule, qui sont la cause de la pathologie. Nous pensons que ce qui est évoqué ici comme cause générale de cette “maladie de la psychologie” (et par conséquent, mais indirectement, “maladie de l’esprit”) peut-être décomposé sous la forme de deux phénomènes, en engendrant un troisième :

• la puissance du phénomène technologique des “téléphones intelligents”, avec la dépendance terrifiante que ce phénomène impose (qui peut être effectivement la cause de dépression), la forme paradoxale de solitude et d’enfermement qu’il crée en créant une “bulle”, ou simulacre d’univers fermé, et en réduisant à rien les rapports humains, en les remplaçant par des connexions automatiques et technologiques qui déshumanisent l’environnement et suscitent angoisse, dépression, etc. ;
• la rapidité extraordinaire de la diffusion des objets et choses de communication, qui produit un effet par sa dynamique et nullement par son contenu, d’autant qu’effectivement le contenu (les “idées”) est réduit à une sorte de néantisation de la pensée (« ...nature primaire, tribale et basée sur des slogans de surface ») qui accentue tous les effets détaillés par ailleurs.
• L’effet des deux phénomènes est évidemment la néantisation de la pensée, par l’incapacité pour l’esprit d’apprécier les circonstances, et moins encore les “idées” transmises s’il y en a, c’est-à-dire cette impuissance à se ménager ces « expérience immersive », cette précieuse « capacité de lire et de réfléchir en profondeur » dont parle le professeur Reynolds.

Bien entendu, le fait remarquable est que les tranches de la société les plus sensibles à ces effets catastrophiques sont justement les élites, qui s’imaginent avoir leur temps compté par l’importance qu’elles s’attribuent, qui sont toujours à la pointe de la progression des technologies de communication, qui tiennent de toutes les façons pour acquis qu’elles savent et comprennent tout sans nécessité d’expérimentation, de vérification et surtout de méditation. Effectivement comme Reynolds l’observe, cette affection des élites, qui est une affection psychologique beaucoup plus qu’intellectuelle (les élites n’ont plus aucune pensée qu’on puisse vraiment critiquer puisqu’elles se contentent de réciter le Politiquement Correct), fait de graves dégâts en descendant vers le bas, mais peut-être pas dans le sens où il le suggère. Ces dégâts sont, au contraire de la contagion de la néantisation de l’esprit, une forme de plus en plus extrême de colère et de fureur des populations engendrant une véritable haine à l’encontre de leurs élites, dont le vide et la nullité de l’esprit leur sont ainsi exposés quasi-automatiquement, comme sous la forme classique, – “le Roi est nu”.

Le paradoxe des réflexions que nous offre le professeure Reynolds, et que nous retrouvons aisément dans les agitations des politiques qui montrent leur néantisation et nullement leur supériorité, rendant ainsi insupportable leur arrogance (arrogance parce que néantisation), c’est bien que la “zombification” produite par le phénomène ainsi décrit touche d’abord les élites, et nous dirions presque “exclusivement”, car cette zombification si visible, si choquante, loin de “zombifier” la population, provoque au contraire un ressentiment, une colère extraordinaire contre ces élites. A notre sens, nous avons là une explication acceptable des phénomènes qui s’accumulent aujourd’hui, des Gilets-Jaunes aux divers populismes. Cette évolution est largement renforcée par des politiciens hors-normes (des non-politiciens, en fait), dont Trump est l’archétype, qui, par leur comportement, par ce qu’ils sont eux-mêmes, par leur côté bouffon, ridiculisent la politique et donc toute la classe politique ; finalement, les Trump divers, qui choquent tant les élites néantisées, ne cessent de montrer par l’absurde que la politique peut être réduite à une « ...nature primaire, tribale et basée sur des slogans de surface », et participent donc avec une exceptionnelle efficacité à la démythification de la classe politique en la montrant dans toute sa zombification. Au fond, Trump nous dit : “Regardez, je ne connais rien à la politique, je m’en fous, j’agis sans le moindre respect des règles, et pourtant je me les fais tous sans qu’ils ne puissent rien faire ; c’est donc qu’ils ne valent plus rien, puisqu’ils valent moins que moi...”

Si tous ces phénomènes renvoient aux diverses anticipations pessimistes (Le meilleur des mondes, 1984Fahrenheit 451, etc.) dans leur orientation, les effets sont exactement inverses malgré l’univers concentrationnaire qu’on nous promet d’une façon quasiment ouverte depuis 9/11 : le totalitarisme qui s’installe, qui se voudrait “doux”, est identifié comme tels par ceux qui le subissent, le forçant à tenter de se durcir, – chose encore plus difficile quand le Politiquement Correct ne cesse de marmonner et de balbutier à propos de la démocratie et du reste, – l’ensemble accentuant la sensation de ressentiment et de colère contre les élites. L’empire pourrit par la tête, non seulement parce que c’est de bonne tradition, mais surtout parce qu’il s’est inventé les moyens de ce pourrissement et qu’il en use à la folie, emporté par l’ivresse de l’expérience ; et le fait est que ce qu’il suscite finalement chez les populations diverses alertées par l’odeur n’est pas une extension à elles-mêmes du pourrissement mais une colère contre ce pourrissement.

Tout cela n’a rien à voir avec les idées, les idéologies, les conceptions intellectuelles, mais avec les simples processus psychologiques que ces divers événements et phénomènes ne cessent de susciter, d’exciter, d’accroitre, d’accélérer. C’est dans ce sens que les remarques déjà relevées nous conviennent tout à fait et rejoignent des hypothèses que nous avons déjà présentées, sur le caractère collectif de phénomènes psychologiques, les « maladies mentales que nous libérons par inadvertance... », c’est-à-dire peut-être « une dépression nerveuse civilisationnelle » constituant le facteur décisif du paroxysme décisif et libérateur de la Grande Crise d’Effondrement du Système. En effet, le Système s’effondrera simplement par manque d’hygiène des fonctions vitales.

  • 17 juillet 2019 à 00:00

Règlement de compte à TwitterLand

Par info@dedefensa.org

Règlement de compte à TwitterLand

Depuis deux-trois jours, – et sans doute la chose se poursuivra-t-elle sous une forme ou l’autre, – le président Trump et quelques représentantes des “minorités” qui occupent une place de très grande influence à la Chambre des Représentants ont échangé directement ou indirectement anathèmes et insultes. La chose n’est pas nouvelle mais elle est plus vigoureuse qu’à l’habitude parce que nous allons versv USA-2020 et que nous sommes dans une phase de montée de tension, pour ce qui concerne notamment sinon principalement la question de l’immigration

(Les cibles des tweets de Trump sont connues et regroupées dans une proximité informelle connue sous le surnom de “The-Squad” : Alexandria Ocasio-Cortez [AOC] de New York, Rashida Tlaib du Michigan, Ilhan Omar du Minnesota et Ayanna Pressley du Massachusetts. Toutes quatre sont démocrates, jeunes, radicales de la gauche extrémiste US, progressistes-sociétales et bien entendu “issue des minorités” comme l’on dit dans les salons [mais à part Omar née au Soudan et immigrée aux USA à l’âge de 12 ans, les trois autres nées aux USA]. On y reconnaît quelques-unes de celles que nommions “les filles du Congrès” qui, à l’instar de Trump lui-même dans l’autre extrême, sont alternativement d’actives complices et exécutantes du Système et d’efficaces antiSystème selon les circonstances... Bien entendu, Tulsi Gabbard, bien que nous l’ayons placé parmi “les filles du Congrès”, n’est pas incluse dans The-Squad ni dans l’épisode actuel parce que trop sérieusement antiSystème [puisqu’antiguerre] pour qu’on lui accorde la moindre place dans les facilités de communication qui lui feraient gagner en notoriété..)

Après diverses actions de ces parlementaires (notamment AOC) à la frontière, pour dénoncer les conditions faites aux immigrants illégaux, une polémique s’est engagée, essentiellement alimentée par les tweets de Trump, – de cette sorte désormais bien identifiable : 

« Il est si intéressant de voir des congressistes démocrates “progressistes”, originaires de pays dont les gouvernements sont une catastrophe complète et totale, les pires, les plus corrompus et les plus ineptes du monde (s'ils ont même un gouvernement qui fonctionne), proclamant haut et fort...
» ...expliquant vicieusement au peuple des États-Unis, la nation la plus grande et la plus puissante du monde, comment notre gouvernement doit être dirigé. Pourquoi n’y retournent-elles pas pour aider à remettre sur pied ces pays qui sont totalement brisés et infestés de crimes ? » 

Ou bien encore, Trump précisant son attaque en la situant idéologiquement, contre la “vague socialiste“ qui est en train de secouer la gauche américaniste et cela que ses adversaires désignent comme du “marxisme-culturel” trempé au bain postmoderne du progressisme-sociétal, avec les armes de la bienpensance et du “politiquement correct”. 

Trump passe outre, bien entendu, bien conscient que son arme principale est de tirer dans le tas, et à boulets rouges si possible, et bien entendu toujours dans ce langage morcelé et chaotique des tweets où les constantes outrances sont constamment équilibrées par de constantes référence de “politiquement correct” (selon une technique de verbiage universellement utilisée par tous les pôles et partisaneries des élites-Système, permettant ainsi de produire régulièrement de l’antiSystème par appel régulier à une logique inversée) : 

 « Nous savons tous que AOC et sa bande sont des communistes, qu'ils détestent Israël, qu'ils détestent notre propre pays, qu'ils appellent nos gardes-frontières des gardiens de camps de concentration,  qu'ils accusent les gens qui soutiennent Israël de le faire pour les Netanyahou...
» ...ils sont antisémites, ils sont anti-américains, nous n'avons pas besoin de savoir quoi que ce soit sur eux personnellement, ni de discuter de leurs politiques. Je pense que ces citoyens américains dûment élus suivent leur propre programme subversif, et que le peuple américain les rejettera... »

L’intervention de Trump se fait au sein d’un camp démocrate lui-même divisé, sinon déchiré, entre les mandarins qui ont pourtant choisi de s’appuyer, histoire de se rajeunir, sur une “nouvelle” gauche-radicale, progressiste-sociétale, et les quelques membres colorées médiatiquement très affirmée de cette gauche-radicale. Cela nous vaut deux épisodes rapprochées concernant la vénérable Nancy Pelosi (Speaker de la Chambre et 79 ans), une fois répliquant aux citriques de sa gauche-radicale, une autre fois défendant cette gauche-radicale contre les attaques de Trump...

• Pour répliquer aux attaques des filles du Squad contre la décision du parti démocrate de soutenir certains aspects de la politique anti-immigration de l’administration, rapide rappel des événements qui ont suivi le vote des démocrates de la Chambre en faveur de la loi sur les frontières, vote violemment dénoncée par The-Squad

« Pelosi a riposté avec fermeté : “Tous ces parlementaires ont leur public et leur monde Twitter, a dit le démocrate de 79 ans au New York Times, mais elles n’ont guère de followers. Elles sont quatre et c'est le nombre de voix qu’elles ont obtenues”, dans leur tentative de bloquer le projet de loi sur la frontière.
» Ocasio-Cortez a joué la carte de la diversité et a insisté sur le fait que Pelosi visait injustement les “femmes de couleur nouvellement élues”, tandis que son porte-parole et militant progressiste, Corbin Trent, a déclaré au Washington Post que le Parti démocrate est saisi par la “lâcheté” et dirigé “dans la peur”par une génération plus âgée.
» Le fossé s'élargissant dans le parti, Trump a lancé l'une de ses vannes habituelles. “Je suis sûr que Nancy Pelosi serait très heureuse d'arranger rapidement des voyages de retour gratuits dans leurs pays”, pour les quatre progressistes. »

• Pour répliquer aux attaques de Trump contre les filles du Squad :

« Plus tard, Mme. Pelosi a qualifié de “xénophobe” l’ouragan de tweets [anti-Squaddu président. Elle a affirmé que Trump avait l'intention de “rendre l'Amérique blanche à nouveau”[‘Make America White Again’], formule paraphrasant le MAGA de Trump et déjà utilisée par Pelosi pour critiquer le programme anti-immigration. Bien que les insultes et les invectives de Trump suscitent souvent des réactions négatives, les commentateurs ont particulièrement critiqué son dernier accès de colère, soulignant que l'Amérique a été un foyer pour les immigrants depuis la fondation du pays. »

• Pendant ce temps et plus récemment, et pour suivre... « Les quatre parlementaires démocrates à qui Trump a conseillé de quitter les USA si ce pays ne leur plaît pas ont répliqué par une conférence de presse solennelle où elles ont affirmé que leur mouvement #Resistance reviendrait aux points essentiels qu’elles défendent.
» Dénonçant “les remarques xénophobes les plus récentes de l'occupant de la Maison-Blanche” –  et soulignant que “je l’appellerai toujours l’occupant, parce qu’il n’occupe que l’espace”, – la parlementaire Ayana Pressley (D-Mass.) a exhorté les Américains “à ne pas mordre à l’hameçon”, qualifiant les commentaires de Trump “de diversion perturbatrice pour ne pas aborder les grandes questions des soins de santé, les préoccupations et les conséquences pour le peuple américain”. »

• ... Tout cela reste dans les limites désormais connues du cirque extraordinaire mais désormais bien codifiées dans “D.C.-la-folle” de l’affrontement entre Trump et les Trumphaters à coups de “racistes”, “xénophobes”, “occupant de la Maison-Blanche”, “anti-américains”, “antisémites”, “Retourne chez toi”, etc. Bien plus sensationnelle par contre, tout à fait inédit et sans guère de précédent, est l’intervention de la Première Ministre britannique Theresa May dans le charmant dialogue Trump-Squad. Sans doute attentive à laisser sa trace dans l’Histoire et à améliorer les special relationships USA-UK pour l’arrivée de Boris Johnson, May a fait savoir très officiellement, par son porte-parole, qu’elle jugeait absolument “inacceptables” les propos du président contre les quatre parlementaires “dont au sujet desquelles” il est question...

« Le Premier ministre britannique Theresa May a qualifié les propos du président américain Donald Trump d’“absolument inacceptables”, après qu'il eut suggéré sur Twitter que quatre femmes démocrates “progressistes” du Congrès américain devraient “retourner” dans leurs pays d’origine.
» Lundi, un porte-parole de Downing Street a insisté sur le fait que “le premier ministre est d'avis que le langage utilisé pour parler de ces femmes était totalement inacceptable”. »

Il s’agit d’un épisode particulièrement rare et significatif de la vie politique dans le bloc-BAO, aux USA et dans les relations transatlantiques, par rapport au carcan incroyable de bienpensance que les élitesSystème se sont imposées, et par rapport à l’inconscience et à l’irresponsabilité du mode de communication qui se fait désormais par le moyen favori du tweet. Bien entendu, le grand “responsable” (connotation sans jugement de valeur) de cette évolution n’est autre que Trump, que tout le monde déteste et dénonce, mais qui force tout le monde à agir comme lui-même le fait, à sa façon, là encore accentuant le désordre et l’incontrôlabilité d’une situation qui échappe ainsi, par l’évidence du fait même, au contrôle du Système.

En réagissant comme elle l’a fait, même si elle le fait par calcul ou par amertume, May “fait du Trump”, elle agit un pleine ingérence, sans la moindre considération pour la souveraineté nationale des USA, qui plus est dans des relations cruciales pour le Royaume-Uni qui ne peut imaginer sa vie internationale sans sa soumission complète à la politique US. Venant après l’affaire de l’ambassadeur britannique et ses jugements sur Trump, on mesure le désordre extraordinaire et contradictoire qui caractérise aujourd’hui la politique britannique. On doit envisager que ces interventions vont lourdement peser sur l’attitude de Trump vis-à-vis du Royaume-Unis, par exemple dans l’accord de libre-échange actuellement négocié entre USA et UK, – et cela quelles que soient ses relations personnelles (très bonnes) avec le probable successeur de May, Boris Johnson.

L’épisode donne une dimension supplémentaire à la querelle entre Trump et The-Squad, et à la situation fracturée du parti démocrate. May implique par son intervention que la question de l’immigration est transnationale et que tout le monde, à l’intérieur du bloc-BAO, a un droit de regard sur la politique d’immigration de tout le monde, en arguant des références du politiquement correct avec son poids accablant. Avec un Trump dans la dynamique qu’il a adoptée sur cette question en vue des élections USA-2020, avec un parti démocrate totalement emporté sur sa gauche par le progressisme-sociétal qui s’appuie sur l’agressivité de Trump pour réclamer des positions antagonistes encore plus extrémistes, la situation intérieure US ne va cesser de continuer à se polariser et à se radicaliser toujours plus. L’intervention de May étant ce qu’elle est, le débat intérieur US va avoir des effets directs sur les affrontements en Europe concernant la politique de l’immigration. L’usage intensif du tweet pour faire évoluer la politique selon les caractères primaires de ce moyen de communication implique une aggravation continuelle de tous ces facteurs.

Dans un article sur lequel nous reviendrons, le professeur de droit de l’Université du Tennessee Glenn Reynolds analyse l’extraordinaire appauvrissement de la pensée qu’implique l’usage intensif des réseaux sociaux, « avec [leur] nature primaire, tribale et basée sur des slogans de surface ».  Il donne une place particulière, – la pire, et de loin, – à Twitter, dont il remarque qu’il « semble être le plus utilisé par les personnes mêmes, – les experts, les journalistes politiques, l'intelligentsia, – les plus importantes pour le type de débat qu’Emerson considérait comme essentiel [“pour examiner la connaissance et découvrir la vérité”].
» En fait, la corruption de la classe politique/intellectuelle par les médias sociaux est particulièrement grave, car leur descente dans une polarisation irréfléchie peut ensuite s'étendre au reste de la population, même à la grande partie qui n’utilise pas elle-même les médias sociaux, par les canaux traditionnels. »

Nous sommes donc en train de voir s’amonceler les situations où la catastrophique action des médias sociaux (Twitter essentiellement) sur les élitesSystème transforme les diverses politiques en bouffonnerie catastrophique. En d’autres temps, nous déplorerions entièrement cet état de fait ; pour la situation que nous connaissons, nous n'avons aucune estime ni aucun penchant pour la forme de la chose mais, sur le fond, nous constatons que nous pourrions bien nous réjouir complètement du processus en cours. En effet, il s’agit d’un massacre catastrophiques des élitesSystème qui ne cessent ainsi d’aggraver une situation générale et de la pousser vers un point de conflagration inévitable. Cette conflagration-là n’est pas celle d’une civilisation à l’agonie sinon déjà morte, mais bien celle du Système qui a lui-même fait évoluer le civilisation de cette façon, alors que lui-même (le Système) a besoin de cette civilisation ne serait-ce que pour continuer à exister... Toujours surpuissance-autodestruction.

 

Mis en ligne le 16 juillet 2019 à 15H55

  • 16 juillet 2019 à 00:00

Thucydide, Athènes et notre empire anglo-américain

Par info@dedefensa.org

Thucydide, Athènes et notre empire anglo-américain

Après beaucoup d’autres, la Turquie membre de l’OTAN et deuxième armée du vieux débris n’obéit plus à l’empire sémiotique et thalassocratique anglo-saxon, et elle se réunit au grand projet eurasien. Petit cap de l’Asie occupé depuis 1945, l’Europe libérale poursuivra peut-être sa voie dans l’anéantissement. 

Mais voyons Thucydide. 

Rien ne ressemble à nos Etats-Unis bien-aimés comme l’Athènes de Thucydide, si enjolivée par les historiens, et qui dévasta et terrorisa la Grèce pendant presque un siècle après les trop célébrées « guerres médiques » (cf. la victoire en solo contre l’Allemagne ou le « jour du débarquement »). Aucun tribut, aucune brutalité ne furent épargnés aux habitants de Mytilène, de Chio ou de Mélos, par nos démocrates devenus fous, et qui ne s’arrêtèrent pas en si bon chemin, même après la raclée de Syracuse. 

L’arrogance messianique américaine (« la nation indispensable ») trouve aussi un original dans le discours de Périclès : « nous sommes la nation modèle, nous sommes la seule démocratie, vous n’êtes rien ou pas grand-chose », etc. Périclès innove aussi en imposant à ses auditeurs rétribués (le peuple se fait payer en effet pour accomplir sa tâche démocratique)la guerre préventivecontre Sparte, et il montrera aux malheureux hellènes que les démocrates n’ont rien à envier aux barbares pour les raffinements de cruauté. Périclès déclare même (livre I, CXLIII.) : « Ne laissez pas subsister en vous le remords d'avoir fait la guerre pour un motif futile. Car c'est de cette affaire soi-disant sans importance que dépendent l'affirmation et la preuve de votre caractère… »

Et d’ajouter avant nos anglo-américains : « La maîtrise de la mer (thalasses kratos ) est fondamentale (mega gar) »

Mais on reprendra les discours des athéniens et des méléiens, sommet de Thucydide et sans doute de l’histoire-matière ; c’est La Fontaine expliqué enfin aux grandes personnes.

Livre V de la Guerre du Péloponnèse :

LXXXIX. - Les Athéniens. De notre côté, nous n'emploierons pas de belles phrases ; nous ne soutiendrons pas que notre domination est juste, parce que nous avons défait les Mèdes ; que notre expédition contre vous a pour but de venger les torts que vous nous avez fait subir. Fi de ces longs discours qui n'éveillent que la méfiance ! Mais de votre côté, ne vous imaginez pas nous convaincre, en soutenant que c'est en qualité de colons de Lacédémone que vous avez refusé de faire campagne avec nous et que vous n'avez aucun tort envers Athènes. »

Nietzsche admirait la dimension sophiste de Thucydide. Je ne suis pas d’accord. Thucydide n’aimait pas Cléon, qui était leur disciple. Thucydide comprend surtout que les Athéniens deviennent des gangsters comme l’empire finissant américain, gangsters qui ont la bombe, que n’avaient pas les Grecs, je ne l’oublie pas. Les Athéniens se sentent protégés et invincibles :

XCI. - Les Athéniens. En admettant que notre domination doive cesser, nous n'en appréhendons pas la fin. Ce ne sont pas les peuples qui ont un empire, comme les Lacédémoniens, qui sont redoutables aux vaincus (d'ailleurs, ce n'est pas contre les Lacédémoniens qu'ici nous luttons), mais ce sont les sujets, lorsqu'ils attaquent leurs anciens maîtres et réussissent à les vaincre. Si du reste nous sommes en danger de ce côté, cela nous regarde ! Nous sommes ici, comme nous allons vous le prouver, pour consolider notre empire et pour sauver votre ville. Nous voulons établir notre domination sur vous sans qu'il nous en coûte de peine et, dans notre intérêt commun, assurer votre salut. »

On menace méchamment comme Bolton :

XCII. - Les Méliens. Et comment pourrons-nous avoir le même intérêt, nous à devenir esclaves, vous à être les maîtres ?

XCIII. - Les Athéniens. Vous auriez tout intérêt à vous soumettre avant de subir les pires malheurs et nous nous aurions avantage à ne pas vous faire périr.

XCIV. - Les Méliens. Si nous restions tranquilles en paix avec vous et non en guerre sans prendre parti, vous n'admettriez pas cette attitude ?

XCV. - Les Athéniens.Non, votre hostilité nous fait moins de tort que votre neutralité ; celle-ci est aux yeux de nos sujets une preuve de notre faiblesse ; celle-là un témoignage de notre puissance. »

Retenez-la celle-là : votre hostilité nous fait moins de tort que votre neutralité. Jusqu’où faudra-t-il se soumettre ?

Emmanuel Todd a rappelé que l’empire s’attaque à des petits pays périphériques. Idem pour Athènes :

XCIX. - Les Athéniens. Nullement ; les peuples les plus redoutables, à notre avis, ne sont pas ceux du continent ; libres encore, il leur faudra beaucoup de temps pour se mettre en garde contre nous. Ceux que nous craignons, ce sont les insulaires indépendants comme vous l'êtes et ceux qui déjà regimbent contre une domination nécessaire.Ce sont eux qui, en se livrant sans réserve à des espérances irréfléchies, risquent de nous précipiter avec eux dans des dangers trop visibles. »

Le discours est superbe et les athéniens presque généreux. Evitez le martyre, vous afghans, irakiens, libyens, iraniens, yéménites :

CIII. - Les Athéniens. L'espérance stimule dans le danger ; on peut, quand on a la supériorité, se confier à elle ; elle est alors susceptible de nuire, mais sans causer notre perte. Mais ceux qui confient à un coup de dés tout leur avoir - car l'espérance est naturellement prodigue - n'en reconnaissent la vanité que par les revers qu'elle leur suscite et, quand on l'a découverte, elle ne laisse plus aucun moyen de se garantir contre ses traîtrises. Vous êtes faibles, vous n'avez qu'une chance à courir ; ne tombez pas dans cette erreur ; ne faites pas comme tant d'autres qui, tout en pouvant encore se sauver par des moyens humains, se sentent sous le poids du malheur trahis par des espérances fondées sur des réalités visibles et recherchent des secours invisibles, prédictions, oracles et toutes autres pratiques, qui en entretenant leurs espérances causent finalement leur perte. »

Rassurons les bourgeois du Monde, du Figaro et de BFM. Dieu est bourgeois, et il est aussi américain qu’athénien. On en veut pour preuve cette envolée suivante :

CV. - Les Athéniens. Nous ne craignons pas non plus que la bienveillance divine nous fasse défaut. Nous ne souhaitons ni n'accomplissons rien qui ne s'accorde avec l'idée que les hommes se font de la divinité, rien qui ne cadre avec les prétentions humaines. Les dieux, d'après notre opinion, et les hommes, d'après notre connaissance des réalités, tendent, selon une nécessité de leur nature, à la domination partout où leurs forces prévalent.Ce n'est pas nous qui avons établi cette loi et nous ne sommes pas non plus les premiers à l'appliquer. Elle était en pratique avant nous ; elle subsistera à jamais après nous. Nous en profitons, bien convaincus que vous, comme les autres, si vous aviez notre puissance, vous ne vous comporteriez pas autrement. Du côté de la divinité, selon toute probabilité, nous ne craignons pas d'être mis en état d'infériorité. »

Dans la tyrannie un seul homme se prend pour Dieu. Dans la démocratie, tout le système politique.

Les méléiens finissent martyrs :

Vers la même époque les Méliens enlevèrent une autre partie de la circonvallation, où les Athéniens n'avaient que peu de troupes. Puis arriva d'Athènes une seconde expédition commandée par Philokratès fils de Déméas. Dès lors le siège fut mené avec vigueur ; la trahison s'en mêlant, les Méliens se rendirent à discrétion aux Athéniens. Ceux-ci massacrèrent tous les adultes et réduisirent en esclavage les femmes et les enfants. Dès lors, ils occupèrent l'île où ils envoyèrent ensuite cinq cents colons. »

Athènes est tellement insupportable qu’on se range autour de Sparte et qu’on rappelle même les perses. Note du traducteur Talbot :

« Sparte, soutenue par les Perses, confia le commandement de ses troupes à Lysandre. Elle fut d'abord vaincue à la bataille des îles Arginuses, mais Lysandre infligea aux Athéniens la défaite décisive d'Ægos-Potamos ; puis il s'empara du Pirée et d'Athènes. Athènes dut signer la paix. Son empire fut entièrement détruit (404). Le récit de ces événements se trouve dans les Helléniques de Xénophon, dont l'œuvre était considérée dans l'antiquité comme un supplément à celle de Thucydide. »

Justement on va vous le citer Xénophon toujours grâce à Wikisource (ou à Remacle.org). C’est dans les Helléniques, livre 2 :

6. Toute la Grèce aussi, immédiatement après le combat naval, avait abandonné le parti des Athéniens, à l'exception des Sauriens, qui, après avoir massacré les notables, se maintinrent maîtres de la ville. 

7. Après cela, Lysandre envoya des messagers à Agis, à Décélie, et à Lacédémone, pour annoncer qu'il revenait avec deux cents navires. Alors les Lacédémoniens sortirent en masse avec les autres Péloponnésiens, sauf les Argiens, sur l'ordre de Pausanias, l'autre roi de Sparte. 

8. Quand ils furent tous réunis, Pausanias les conduisit contre Athènes et campa dans le gymnase appelé Académie. 

9. Lysandre étant venu à Égine, rendit la ville aux Éginètes, après en avoir assemblé le plus qu'il put. Il en fit autant pour les Mèliens et pour tous les autres qui avaient été chassés de leur patrie. Ensuite, ayant ravagé Salamine, il vint mouiller près du Pirée avec cent cinquante vaisseaux et il empêcha les transports d'y entrer. 

10. Les Athéniens, assiégés par terre et par mer, ne savaient que faire, n'ayant ni vaisseaux, ni alliés, ni blé. Ils ne voyaient pas d'autre moyen de salut que de se résigner à subir ce qu'ils avaient fait, non par vengeance, mais par une arrogance criminelle, aux citoyens des petits États, sans autre grief que leur alliance avec Lacédémone. »

Mais les Spartiates seront moins cruels que les Athéniens. Toujours Xénophon :

« 20. Mais les Lacédémoniens déclarèrent qu'ils ne réduiraient pas en servitude une ville grecque qui avait rendu un grand service à la Grèce, quand elle était menacée des plus grands dangers, et ils firent la paix à condition que les Athéniens abattraient les Longs Murs et les fortifications du Pirée, qu'ils livreraient leurs vaisseaux, sauf douze, rappelleraient les exilés, reconnaîtraient pour ennemis et pour amis ceux de Lacédémone et suivraient les Lacédémoniens sur terre et sur mer partout où ils les conduiraient. 

21. Théramène et ses collègues rapportèrent ces conditions à Athènes. À leur entrée, ils se virent entourés d'une foule immense, qui craignait de les voir revenir sans avoir rien conclu; car il n'était plus possible de tenir, vu le nombre de ceux qui mouraient de faim. 

22. Le lendemain, les ambassadeurs annoncèrent à quelles conditions les Lacédémoniens accordaient la paix. Théramène porta la parole et déclara qu'il fallait se soumettre aux Lacédémoniens et abattre les murs. Quelques-uns protestèrent; mais l'immense majorité l'approuva et l'on décida d'accepter la paix. 

23. Après cela, Lysandre pénétra dans le Pirée, les exilés rentrèrent et l'on sapa les murs au son des flûtes avec un enthousiasme extrême, s'imaginant que ce jour inaugurait pour la Grèce une ère de liberté. »

La démocratie, cela finira par se savoir un jour, n’assure ni la liberté de sa population ni celle des pays lointains, surtout quand elle devient impérialiste : voyez l’Angleterre où la démocratie parlementaire fut toujours un self-service oligarchique, ploutocratique, impérial. 

La suite à la prochaine croisade démocratique, et la conclusion à Périclès qui voyait la gaffe venir dans le discours cité plus haut : « Car je redoute nos propres fautes plus que les desseins de nos ennemis. »

Le monde libre peut se féliciter aujourd’hui que l’Amérique ait au pouvoir des zélotes tératologiques tels que Trump, Bolton et le pompeux Pompeo – si bien nommé. Encore un effort, camarades, et nous dormirons tranquilles...

 

Sources

Thucydide – La Guerre du Péloponnèse (Wikisource.org)

Xénophon – Helléniques (Remacle.org)

Emmanuel Todd – Après l’empire  (Gallimard)

  • 16 juillet 2019 à 00:00

Epstein et la décadence de l'Empire

Par info@dedefensa.org

Epstein et la décadence de l'Empire

Qui se souvient de l’“affaire Dutroux” qui, en 1996, avait failli faire littéralement exploser le royaume de Belgique ? Moi, je m’en souviens épisodiquement, sinon fortement par instant, cette sensation effectivement de la potentialité de l’explosion, de la possibilité de tout... Jeffrey Epstein est-il le “Dutroux-globalisé”, est-il au XXIème siècle commençant ce que Dutroux fut au XXème finissant ?

Rien à faire, depuis presque cinq-six jours, je n’arrive pas à me faire une religion sur la façon d’aborder cette affaire, et autant de difficultés par conséquent à prendre la plume pour aller au-delà de ce qui lui vient trop facilement dans l’encrier et qu’on retrouve un peu partout dans le système de la communication... Juste quelques paragraphes le 9 juillet 2019, on s’en rappelle, quelques images d’atmosphère :

Effectivement, atmosphère... « Le roi des “complotistes”, Alex Jones, se fait un délice sur Infowars.com de ressortir ses archives, lui qui a suivi Epstein depuis des années et en a fait, durant la campagne présidentielle de 2015-2016, un des arguments de son accusation concernant la dépravation satanique des élites progressistes et démocrates. La chose avait fait partie effectivement de la fiesta des rumeurs de USA-2016, notamment autour de Hillary Clinton et de ses supposées tendances sataniques, comme cela état rapporté le 6 novembre 2016 :
» “Drôle d’atmosphère, agrémentée de  détails déplorables  (The Deplorable, selon Hillary) sur les déplacements de Bill (une vingtaine) et même d’Hillary (six) vers une sorte de Sex Island (Orgy Island ou Sex Slaves Island, selon d’autres sources) fournie en mineures de bas âge et tenue par un pédophile notoire  et confirmé puisque déjà condamné pour ce délit, Jeffrey Epstein ; la petite île faisant partie semble-t-il, – cela ne s’invente pas quoique restant à confirmer, – des Virgin Islands, ou Îles Vierges...” »

Il est vrai que cette affaire semble à la fois si sordide, si monstrueuse, si incroyable, si “globalisée”, si complètement “fait-divers” et si complètement “ultime décadence du simulacre de l’Empire” ; je l’avoue, je ne sais comment la prendre ; j’hésite, j’envisage une orientation, puis une autre, sans rien décider sinon décider qu’il va bien falloir me décider. S’il s’agit d’une “affaire Dutroux globalisée”, il s’agit aussi d’une “affaire Dutroux-bouffe”, et il s’agit encore d’une affaire qui pèse mille fois le poids de l’“affaire Dutroux”, de la différence qu’il y a entre la Belgique et les USA, de la différence qu’il y a entre ces années 1990 et notre si “étrange époque”.

Imaginez Dutroux, ce minable, ce petit voyou dans sa maison à deux-balles, détenant de pauvres petites gosses innocentes et saisies, terrorisées et martyrisées jusqu’à une mort effroyable dans une cellule puante de sa cave ; comparez avec Epstein, son île personnelle, son Boeing 727 personnel baptisé Lolita Express (tiens il l’a vendu la veille de son arrestation, cette “pièce à conviction n°1”), ses maisons luxueuses, les billets de $100 qu’il glissait “avec une grande générosité” aux filles après entourloupettage et usage, histoire de noyer le poisson. Mais oui c’est la même démarche, mais non c’est une autre dimension ; avec Epstein, une fois de plus, nous sommes passés de l’autre côté du miroir.

Tout est à la fois mystérieux et évident chez Epstein, insaisissable et écrit dans le marbre comme s’il s’agissait d’une annonce au néon sur Broadway. Cet homme n’est pas un petit voyou grandi, un paria, un parasite, un rejeton de la société des nantis dont il sert les instincts les plus vils. Il est dans cette société ; il en fait partie, il en est la substance même, il en est même sa gloire ; comme une lumière faussaire, il attire à lui tout ce qui brille faussement et que la moindre lumière extérieure à soi fascine. Nul ne sait précisément d’où lui vient sa fortune et s’il y a fortune en propre. Comme le père de son ex-compagne Ghislaine Maxwell devenue une amie très chère et très proche, et également sa mère-maquerelle et rabatteuse en chef(fe), peut-être est-il un espion double, sinon triple. (On parla beaucoup, s’il m’en souvient, du milliardaire Robert Maxwell mort mystérieusement d’une étrange noyade, tombé nu dans la mer une nuit alors qu’il se trouvait en croisière sur son yacht fastueux, comme d’un “agent double”, ou même d’un “agent triple”.)

Bien entendu, le carnet d’adresse d’Epstein est également fastueux, où l’on trouve, comme une obsession, un peu comme les Dupont-Dupond, le nom des Clinton-Clinton, et puis ceux de princes royaux, de milliardaires, de fortunes du monde hyperprogressiste-sociétal de Hollywood... Comme on trouve, dans un autre registre, cette rocambolesque l’histoire de sa première inculpation/condamnation de 2008 pour les charges habituelles tournant autour de la prostitution, valant pour des dizaines d’années (45) en prison qu’il méritait se transformant en quelques mois passés, pour le logement, à l’hôtel de police de Palm Beach County en Floride, tandis qu’il était “libre” 12 heures par jour pour continuer à travailler dans sa luxueuse maison du coin. Le procureur qui avait “‘négocié” cet incroyable arrangement, Acosta, était ministre du transport de Trump jusqu’à vendredi dernier, jour où il a donné sa démission. C’est Philip Geraldi qui a développé l’explication donnée par Acosta à l’équipe Trump de son attitude vis-à-vis d’Epstein : on avait fait savoir au procureur Acosta qu’Epstein était intouchable, parce qu’agent de renseignement ; Giraldi croit fermement qu’il s’agit du Mossad, mais la CIA et le FSB russe sont également cités.

Quel intérêt pour un SR, ce type ? Tous les moyens de chantage possible contre tant de personnalités. D’ailleurs et en attendant, parce que nous sommes dans une société de consommation de la communication, les révélations volent et tombent déjà chaque  jour, et le cirque ne fait que commencer. Un commentateur dit que Trump, qui a connu Epstein mais qui, – une fois n’est pas coutume, – serait plutôt dans la case “assez peu compromis”, – entend pousser l’affaire jusqu’où cela est possible, parce qu’il sait qu’elle implique un lot important des milliardaires-progressistes-démocrates de Wall Street, de Hollywood, de “D.C.-la-folle” autour des terrifiants Clinton. There will be blood” est-il ainsi inscrit sur le mur.

Mais enfin, ce qui me frappe tout en ne me donnant aucune envie d’écrire là-dessus précisément et dans le détail, et expliquant d’ailleurs cette volonté de restriction par l’évidence du constat, c’est l’observation de cette évidence justement que cette affaire correspond si bien à la pente des Derniers Temps, au tourbillon crisique, à la couleur et à l’atmosphère de cette “étrange époque” que nous vivons. Il ne manquait plus que cela pour que la globalisation soit achevée pour ce qu’elle est, et nous l’avons, – la globalisation structurée, au plus haut niveau, avec tous les moyens d’une mise en scène hollywoodienne et pornographique à la fois. A côté de cela, Satyricon fait pâle figure et Eyes Wide Shut figure de hors d’œuvre. 

Epstein nous révèle dans toute sa lumière la dernière face de la Grande Crise de l’Effondrement du Système : la dépravation des mœurs et des psychologies, un classique de la décadence des grands empires, mais avec une touche de paroxysme et des capacités à nulle autre pareilles ; je veux dire, “un classique” mais revu-moderniste, moulé et authentifié dans le style moderniste de l’effondrement, organisé avec méthode et brio, et l’aide des technologies les plus luxueuses et grâce à la mobilité et à la souplesse des $millions ; et aussi comme un pendant sardonique et méprisant pour les multiples hystéries et croisades paroxystiques des féministes et autres vertueux radicaux sortis de la modernité pour créer l’être nouveau et montrer que “la femme est l’avenir de l’homme”, – en attendant, avec Epstein, elle déguste...

Tout cela dit et admis, avec les diverses choses qui vont avec, je reviens à ceci que cet homme est un mystère. Son visage lui-même est mystérieux, plutôt classique et presque austère, et le rôle de gourou lui irait bien. Les sites spécialisés se sont précipités sur cet aspect des choses qu’ils affectionnent et autour desquelles ils bâtissent des narrative souvent très surprenantes, mais cette fois en donnant toutes les références présentes renforçant notablement leurs affirmations. C’est le cas de notre site déjà-vu et bien-connu WhatDoesItMeans, par exemple le 13 juillet 2019  (mon conseil étant qu’il est à consulter avec les réserves d’usage): 

« Un nouveau rapport étonnant du ministère des Affaires étrangères (MoFA) circulant aujourd'hui au Kremlin présentant l'ordre du jour des pourparlers stratégiques,de stabilité entre le vice-ministre des Affaires étrangères Sergey Ryabkov et le secrétaire d'État adjoint américain John Sullivan, qui se tiendront les 17 et 18 juillet à Genève en Suisse, cite comme l'un de ses principaux sujets de discussion une demande de licence d'exportation présentée par le Federal Bureau of Investigation (FBI) pour l'utilisation de Logis-Geotech, la technologie la plus avancée de l'industrie de la défense russe pour le développement et la fabrication de matériel géophysique (radar souterrain). Le numéro de référence du FBI pour cette demande est “19 CRIM 490”, – qui est le document du 8 juillet 2019 signifiant l’arrestation du prédateur pédophile Jeffrey Epstein, – avec pour seul objet que le FBI utiliserait cette technologie russe hautement secrète pour ce qui semblerait être un examen radar souterrain de l'étrange structure en forme de temple découverte sur l’île privée d’Epstein dans les Caraïbes, dont les portes massives sont verrouillées de l'extérieur,et non de l'intérieur. »

Le même site reprend et élargit le thème le lendemain 14 juillet 2019, parlant de rien moins que de “l’Empire Pédophile du parti démocrate” (« FBI Blacks Out New York City During Raid On Clinton Office As Democrat Party Child Sex Empire Crumbles »). L’on y retrouve nombre de rumeurs qui avaient couru durant la campagne présidentielle USA-2016, et divers personnages de première dimension et officiellement de la meilleure compagnie du monde (voir le 6 novembre 2016). Je ne peux que constater combien le cas Epstein, encore plus que l’“affaire Epstein” qui reste à développer, et qui se développera, s’insère parfaitement dans un schéma où la politique la plus vicieuse et la plus agressive interfère considérablement avec des sortes d’organisation pornographique matinée d’ésotérisme de circonstance et de rencontre, – notamment à Hollywood, où veillent des fortunes sociétales-progressistes, également versées dans cette sorte d’activité : 

« [Le développement du Complexe Militaro Industriel] fut marqué, outre ses aspects matériels, industriels, financiers et politiques, par des dimensions nettement idéologiques, mystiques, voire ésotériques. [...] D’autre part, il y a les accointances de cette entreprise avec le milieu général de Los Angeles, que ce soit le cinéma, que ce soit, surtout, certaines tendances spiritualistes et ésotériques qui trouveraient leur relais dans l’Église de Scientologie de 1952 (très populaire dans le cinéma US, comme on le voit aujourd’hui avec l’affiliation scientologique d’acteurs tels que Tom Cruise et John Travolta). »

Ces diverses remarques, qui ne sont pas toutes d’actualité mais définissent un puissant courant irrationnel dans l’américanisme, sinon constitutif pour une part non négligeable de l’américanisme, débouchant autant sur des croyances exotiques et diverses que sur des pratiques allant jusqu’au satanisme et à la pornographie satanique, montrent combien le cas Epstein, multiplié dans l’actualité du système de la communication par l’“affaire Epstein”, s’inscrit parfaitement dans la situation générale de la crise où se trouvent plongés les USA. Le “fait-divers”, le “Dutroux globalisé” qu’on offrait au départ comme références simplistes ont donc complètement dépassé ces domaines...

Je ne peux m’empêcher de répéter qu’avec Epstein, nous sommes passés, dans un domaine que l’on croirait réservé aux plus bas instincts et à la perversité la plus avérée, de l’autre côté du miroir. L’“affaire Epstein” a complètement sa place dans la Grande Crise d’Effondrement du Système ; si certains y voient la répétition à une échelle industrielle, technologique et d’une organisation sans faille de pratiques souvent rencontrées dans l’histoire des mœurs dépravés, j’y vois en plus, moi, le signe d’une décadence assumée, volontaire, arrogante sinon provocatrice, et accélératrice de l’effondrement.

On pourrait alors adapter ces paroles fameuses, ce qui donnerait aussi bien ceci, qu’Epstein pourrait dire à la place de Karl Rove (*) : “Nous sommes un empire en décadence surpuissante maintenant et quand nous agissons nous créons notre propre effondrement. [...] Nous sommes [les créateurs] de l’effondrement... Et vous, vous tous, il ne vous restera qu’à étudier ce que nous avons [créé].”

 

Note

(*) Karl Rove parlant à Ron Suskind à l’été 2002 : « Nous sommes un empire maintenant et quand nous agissons nous créons notre propre réalité. Et alors que vous étudierez cette réalité, – judicieusement, si vous voulez, – nous agirons de nouveau, créant d’autres nouvelles réalités, que vous pourrez à nouveau étudier, et c’est ainsi que continuerons les choses. Nous sommes [les créateurs] de l’histoire... Et vous, vous tous, il ne vous restera qu’à étudier ce que nous avons [créé]. »

  • 15 juillet 2019 à 00:00

Le S-400, garde prétorienne d’Erdogan

Par info@dedefensa.org

Le S-400, garde prétorienne d’Erdogan

14 juillet 2019 – “Quelle serait la véritable motivation d’Erdogan pour acquérir des S-400 russes ?”, interroge fort à propos Spoutnik-français en présentant une interview de Mark Sleboda ; et je dirais plus volontiers : “quelle est la véritable motivation d’Erdogan, qui lui a donné assez de force pour résister aux pressions US, épouvantables et écrasantes depuis 2015-2016”, –et puis enfin, je dirais encore plus volontiers, “depuis août 2016, un mois après juillet 2016”... 

(La source est des plus acceptables pour mon compte... Sleboda a fait l’objet en mai 2018 d’une colonne du Guardian l’accusant d’être un propagandiste pro-Kremlin, ce qui serait un bon signe, presqu’une décoration Pour le Méritede la loyauté journalistiquepar simple logique négative puisque l’accusateur est comme d’habitude embourbé dans son habituel simulacre, et ainsi ne trouve-t-on guère de source plus faussaire que le Guardian dans ce domaine. Il ne fait aucun doute que Sleboda, un expert très international [né aux USA, d’origine russe, aujourd’hui habitant Moscou, un proche de Douguine], est plutôt du côté de Poutine que du côté des FEMEN et des Pussy Riot ; de ce fait plus instruit, mieux informé, d’un intérêt infiniment plus élevé et d’un professionnalisme à mesure, plus fin et nuancé même quand il plaide sa cause et défend effectivement la politique russe. On peut donc bien mieux entendre ce qu’il nous dit, faire éventuellement le tri si nécessaire, et en apprendre là-dessus ; c’est ma préférence, plutôt que de supporter le fardeau des geignements affectivistes et les proclamations terroristes de la moraline hystérique des milieux sociétaux-progressistes-modernistes.)

Sleboda a une thèse sur les S-400 livrés à Erdogan. Parlant donc à Spoutnik, il dit à l’intention des braves et inquiets experts américanistes et technologistes du Pentagone qui tremblent pour leurs magnifiques F-35 : “Ne craignez rien”... (Nous ajouterions à l’intention des Turcs, car vous connaissez notre affaire-JSF : “Et vous, Turcs, ne regrettez rien, et surtout pas, surtout pas le F-35”.) 

« [Sleboda] a rappelé que les États-Unis avaient cherché à dissuader les Turcs de faire cet achat [des S-400]. Des responsables du Pentagone redoutent que les S-400, fonctionnant sur le même réseau que celui du F-35 Lightning II, n’exposent les faiblesses de cet avion furtif américain à d'autres exploitants de S-400, comme la Russie et la Chine, qui pourraient se retrouver un jour menacés par une frappe aérienne de F-35... [...]
» Selon Mark Sleboda, ces craintes de Washington seraient sans fondement... »

(Certes, parler de la menace d’“une frappe aérienne de F-35, c’est déjà évoluer dans “Alice au Simulacre des Merveilles”... Mais je passe, car là n’est pas le propos.)

La véritable raison de l’achat de S-400, qui ne peuvent pas être intégrés dans le circuit OTAN, c’est que justement ils ne le seront en aucune façon (et donc, non liés à d’éventuels F-35 que les Turcs ne recevront sans doute pas, pour leur plus grand bonheur inconscient). Selon Sleboda, c’est effectivement cet argument qui, parmi d’autres dont simplement les excellentes capacités anti-aériennes du S-400, ont conduit le président turc a tenir une ligne aussi dure face aux pressions des USA...

« ...[L]a véritable motivation d’Erdogan à acquérir des S-400 russes serait de se prémunir contre une situation où ses propres militaires puissent se retourner contre lui”, explique Sloboda.
» “Le S-400 a des capacités que la Turquie n’a pas pour le moment. […] Par ailleurs, le S-400 ne s'intègre pas aux systèmes de l'Otan qui ne pourrait pas non plus le désactiver, comme ce fut le cas lors de la guerre du Golfe avec Saddam Hussein, qui avait acheté des systèmes de défense antiaériens français qui furent tous désactivés sur un signal des États-Unis, (*) – à distance”, a rappelé l’interlocuteur de Sputnik. » 

Sleboda expose à partir de là sa théorie, qui s’appuie essentiellement sur les circonstances de la tentative de coup d’État contre Erdogan d’il y a trois ans quasi-exactement, à deux-trois jours près. (On va voir que cette date quasiment d’anniversaire n’est pas un fait sans importance, ni peut-être même un fait dû au hasard...)

Et Sleboda « d’expliquer que si les États-Unis et les autres pays de l'Otan prenaient une position politique contre la Turquie et décidaient d’un ‘regime change’ dans le pays, cela permettrait au Président en place “une défense limitée contre cette attaque”.
» “L’essentiel du coup d'État militaire en Turquie contre Erdogan qui a échoué il y a plusieurs années [en juillet 2016]a été réalisé par l'armée de l'air du pays... […] Pilotant des avions de fabrication occidentale, des pilotes turcs ont tenté d'abattre l’avion d’Erdogan dans le ciel, et la défense aérienne turque n’est pas intervenue [...] parce que c’était un “système de systèmes” entièrement OTAN ; ne fonctionnant pas contre ces avions[F-16 turcs]contrôlés par l’OTAN. Un système aérien russe fonctionnerait, lui”, a estimé l’expert.
» [Sleboda] ajoute que l'armée de l'air est l'une des branches les plus occidentalisées des forces armées turques. Elle utilise non seulement plus d'équipements de fabrication occidentale que les autres armées, mais reçoit aussi en grande partie une formation dispensée par les nations occidentales, ce qui est sans doute, selon l’analyste, le plus grand danger politique pour le pouvoir de Recep Tayyip Erdogan.
»“Donc, non seulement il est théoriquement possible d'utiliser un système de défense antiaérienne russe contre des pays membres de l'Otan et d'autres pays tels qu'Israël par exemple, armés d'armes américaines, mais il est également possible de l'utiliser en cas d’insurrection impliquant l'armée turque, armée équipée de matériel américain. […]. C’est donc une façon [pour le Président turc]de se protéger de ses propres militaires», a résumé l’analyste. »

Voilà la thèse... Il y a quelque chose de profondément juste dans le cadre général où elle se place, qui concerne l’“occidentalisation” extrême de la Force Aérienne turque, c’est-à-dire son américanisation. (Et dans ce cas, effectivement, il est complètement logique d’envisager qu’une tentative deregime changese fasse, comme ce fut déjà le cas en juillet 2016, par l’intervention de l’aviation turque, et alors la présence de S-400 échappant au contrôle de cette aviation et de l’OTAN, et sous contrôle exclusif du pouvoir civil turc, devient effectivement une défense efficace, sinon même à servir de force dissuasive contre un nouveau coup d’État.)

Je rappelle avec force ce qui a déjà été rappelé dans les Notes d’analyse du 12 juillet 2019, qui vient d’un texte de ce Journal-dde.crisis du 22 juillet 2016, et ce texte venant lui-même à partir d’une source dont je répète avec une force égale qu’elle était extrêmement crédible, extrêmement bien informée sinon expérimentée sur ce thème, et dans des circonstances tragique où un être qui sait sa mort proche n’aspire plus qu’à faire connaître ce qu’il sait d’une vérité-de-situation. (“DD”, la source, malade et voyant sa mort venir, cherchant  le moyen d’écrire un livre sur son expérience et l’infamie qu’il avait rencontrée).

Cet avis donne rétrospectivement une très grande force à l’interprétation d’une Force Aérienne turque restée plus ou moins sous contrôle US, et techniquement liée à l’OTAN bien entendu, et donc toute désignée pour accomplir la besogne...

« Pour DD, les Forces Aériennes Turques étaient une extension directe de l’USAF, à un degré absolument inconnu en Europe ; lui-même en témoignait avec des arguments, ayant été dans la Force Aérienne Belge, puis avec GD négociant avec la Force Aérienne. A cette lumière, on comprend qu’une telle structure, renforcée à partir de 1999 par d’autres structures dites de l’“État parallèle” [l’“État profond”] de Gülen et de son mouvement transnational et islamiste Hizmet, activé et soutenu par la CIA, ait largement perduré, Erdogan ou pas Erdogan ; et l’on comprendrait sans trop être contraint que[la base aérienne US d’] Incirlik ait été le centre de coordination du putsch de la semaine dernière, tout comme ne paraît plus si folle ni grotesque l’idée que le pilote de F-16 qui a abattu un Su-24 russe en novembre dernier l’ait fait sans passer nécessairement par l’approbation d’Erdogan... »

Le plus drôle, dirais-je, moi qui suis parfois d’humeur badine et farfouille pour trouver les toutes petites (mais très-profondes) faiblesses et bassesses humaines dans les colossales assemblages crisiques qui se font pour mieux exploser en tourbillons crisiques, le plus drôle disais-je donc c’est dans cette circonstance l’attitude US dans le domaine où ils excellent de la communication. Les Russes, et en plus dans le chef de ces vipères lubriques de RT crachant leur venin fait d’une substance nommée “FakeNewsisme”, n’ont donc pas manqué de remarquer l’absence étrange de colère et de fureur antiturque, assorties de menaces instantanées qui n’auraient pas dû  manquer, elle non plus, d’exploser immédiatement à la nouvelle de la livraison des S-400.

Depuis, RT s’est informé, – façon de parler, hein ! – et nous donne les dernières nouvelles. D’abord, certes, qu’on se rassure et que je vous rassure, les Ricanistes (pourquoi pas comme abréviation d’“américanistes”, pour en faire une identité légale ?) travaillent d’arrache-pied à la mise au point de leur héroïque riposte marqué de l’audace de leur légendaire courage, –des sanctions, encore des sanctions, toujours des sanctions ! Ensuite, il y a une kooolooossal finesse de communication qui a tout à voir avec l’empire de la finesse et de la nuance,  – l’administration Trump et son Pentagone, pour ne rien vous cacher, – et qui a aussi tout à voir avec un anniversaire, pour que cela ne se fasse pas en même en même temps, pour qu’on n’aille surtout pas croire ce que tout le monde sait déjà, et tout cela nous étant aimablement expliqué comme l’on parle à des demeurés mentaux (moi, en l’occurrence)...

Voici un passage du texte de RT à ce propos, avec de mon fait un usage insolent du caractère gras sur les remarques qui feront en sorte qu’on ne pourra pas croire “ce que tout le monde sait déjà” :

« Malgré l'absence de réaction immédiate de Washington, la Maison-Blanche travaille actuellement à l'élaboration d'un ensemble de sanctions [contre la Turquie]qui seront invoquées en vertu de la loi intitulée Countering America's Adversaries through Sanctions Act (CAATSA), selon des sources familières du dossier. Le contenu et l'ampleur des mesures punitives auraient déjà fait l'objet d'un débat approfondi entre des responsables du département d'État et du Conseil de sécurité nationale, avec le Pentagone.
» C’est maintenant à Trump de signer le texte sur l’ensemble des sanctions, qui ne devrait pas arriver avant la fin de la semaine prochaine, car l'administration voudrait “attendre après l'anniversaire du coup d'État militaire turc”,  de demain lundi, pour “éviter d'alimenter d'autres spéculations” sur l'implication possible de Washington. »

Dans cette extraordinaire démarche de la non-célébration de l’anniversaire-où-rien-de-ce-qu’on-dit-ne-s’est-passé, je ne trouve pas une meilleure confirmation de l’hypothèse de Sleboda que dans cette explication américaniste, avec les détails qu’on nous donne démentant l’implication US dans le coup de juillet 2016, dont personne ne parlait plus. J’en suis même à me demander si les Russes et les Turcs, eux, n’ont pas choisi cette période pour la livraison des premiers S-400, pour fêter l’anniversaire... Tout cela, pour admettre qu’il n’y a pas de meilleure manœuvre, si l’on considère le tout, pour jeter définitivement l’ondoyant et changeant président turc, définitivement dans les bras des Russes et du bloc eurasiatique, sinon bientôt dans  l’Organisation de Coopération de Shanghai.

C’est drôle, tout de même, – phoney plutôt quefunny, si vous voyez la différence, – combien cette civilisation mondiale et globalisée, celle du bloc-BAO, bâtie sur la certitude hubryssime d’être basée sur une intelligence humaine sans limite jusqu’à faire pâlir les dieux sinon Dieu Himself, parvient, dans un processus complet d’inversion, à atteindre les abysses les plus remarquables par leur insondable profondeur de la stupidité.

 

Note

(*) Je crois que, sur ce point, Sleboda a été un peu trop vite et trop loin. Seuls les Français, – c’est un des rares privilèges de leur indépendance qui leur reste, – sont capables de “désactiver” en toute discrétion chaleureuse certains matériels électroniques français livrés à certaines puissances étrangères, si possible sans les en aviser. Mais ils l’ont certainement fait avec Saddam car, passé leur coup d’audace du discours de Villiers à l’ONU, qui était plus légaliste qu’antiaméricaniste, Chirac & Cie n’ont plus cherché qu’une chose : comment faire pour adoucir par tous les moyens la fureur anti-française de l’hyperpuissance qui devait rester malgré tout “notre plus grand allié” avec lequel-nous-n’avons-jamais-été-en-guerre.

  • 14 juillet 2019 à 00:00

La Chambre contre une guerre contre l’Iran

Par info@dedefensa.org

La Chambre contre une guerre contre l’Iran

C’est un bon signe des temps que la Chambre des Représentants aient voté par une majorité très significative, – 251 voix contre 170, – l’ajout d’une disposition au texte de loi sur le budget du Pentagone pour l’année fiscale 2020 (FY2020), laquelle disposition restreint radicalement la possibilité pour les président des États-Unis de déclencher une guerre contre l’Iran. Le vote est particulièrement significatif, dans la mesure où il a lieu dans une atmosphère de confrontation générale dans le Golfe, avec des bruits de conflit avec l’Iran, qui est une de ces atmosphères qui auraient conduit à un soutien bipartisan de pouvoirs de guerre donnés au président dans les temps anciensin illo tempore, lorsque le pouvoir du système de l’américanisme fonctionnait encore. Mais l’on sait bien que nous ne sommes plus dans ces “temps anciens”, plus du tout même, que Washington D.C. est devenu “D.C.-la-folle”, et que la Chambre, qui est aux mains des démocrates, a d’une certaine façon plus voté contre Trump que pour la paix, –  selon l’argument supposé, et d’ailleurs contestable terriblement, que Trump veut la guerre contre l’Iran.

Quoi qu’il en soit des arrière-pensées sans nom et des imbroglios juridiques qui séparent un tel voter d’une restriction/d’une interdiction effective de faire la guerre, il reste que le vote a eu lieu, et qu’il porte quoi qu’il en soit sur une telle restriction. Au reste, cela permet de rendre les affaires encore plus compliquées, notamment pour le parti démocrate, dont tous les candidats (une vingtaine et le reste) à la désignation du parti pour les présidentielles de 2020 (USA-2020) sont tous pro-guerre, conformément aux consignes... Sauf Tulsi Gabbard, bien entendu, ce qui fait de ce vote de la Chambre une sorte d’investiture indirecte de la candidate TulsiGabbard !

Quelques indications données par RT-France :

« La Chambre des représentants américaine a adopté une mesure destinée à restreindre la possibilité pour Donald Trump d'attaquer l'Iran, s'inquiétant du fait que les positions du président républicain pourraient déclencher une guerre inutile.
» La chambre basse du Congrès, la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates, a approuvé le 12 juillet un amendement à un projet de loi sur le budget de la défense FY2020 interdisant le financement d'opérations militaires contre l'Iran, à moins qu'il ne s'agisse d'autodéfense ou qu'il ait été approuvé explicitement par les parlementaires.
» Une initiative similaire a échoué au Sénat, aux mains des républicains. Les deux chambres vont devoir négocier pour parvenir à une version du projet de loi sur laquelle ils seront d'accord. Le représentant démocrate Ro Khanna, à l'origine de l'amendement, a estimé que cette mesure démontrait que les États-Unis en avaient assez des guerres.
» “En vérité, ce que cette loi va empêcher c’est d’engager une autre guerre sans fin et coûteuse au Moyen-Orient, et c’est justement ce que ce président a promis au peuple américain qu'il ne ferait pas”, a-t-il affirmé dans l'hémicycle. [...]
» Michael McCaul – plus haut responsable républicain au sein de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants – a qualifié l'amendement d’“irresponsable” car l'action de l'armée ne devrait pas, selon lui, être suspendue à un processus législatif potentiellement prolongé.
» “Cela va lier les mains de notre armée dans une période périlleuse. Nous avons besoin que l'Iran et ses affiliés terroristes y pensent à deux fois avant d'attaquer les Américains, nos amis et nos intérêts”, a-t-il ajouté. Reste que 27 représentants républicains ainsi que l'ancien républicain devenu indépendant, Justin Amash, ont apporté leurs voix à l'écrasante majorité des démocrates pour soutenir cet amendement. Ce dernier a été co-présenté – avec Ro Khanna – par le représentant républicain Matt Gaetz qui a accusé ses collègues “assoiffés de guerre” de ne pas être honnêtes envers les troupes américaines sur les raisons pour lesquelles elles devraient être envoyées au combat. »

Cela fait plusieurs mois, bientôt un an, en octobre 2019, que le Congrès a pris une attitude tout à fait inhabituelle sur ces questions des conflits au Moyen-Orient. Cela a commencé avec l’assassinat du journaliste américano-iranien Khashoggi, dans des conditions atroces à un consulat saoudien en Turquie, et du fait du prince MbS, ordonnant directement cette exécution et les conditions dans lesquelles elle eut lieu. A partir de là, le Congrèsa développé une rage anti-saoudienne considérable, passant notamment par une poussée continue contre l’“engagement” US dans la tuerie du Yémen ... Cela aboutissant, par exemple car il y aura d’autres tentatives, par un vote, en avril 2019, du Congrès [Sénat & Chambre] pour faire cesser l’aide en logistique, en armements et en “services” divers que les USA apportent à l’Arabie dans son agression contre le Yémen. Bien entendu, le vote a été liquidé par une menace de veto du président,mais là aussi il faut considérer l’acte symbolique et d’autre part admettre que le Congrès peut revenir à l’attaque.

Le Congrès se place dans la logique de la restauration, ou de la réaffirmation du War Powers Act, lui-même réaffirmation d’une loi fondamentale de la Constitutionselon laquelle c’est le Congrès qui décide de l’entrée en guerre des États-Unis. C’est pourquoi, les législateurs sont passés de la question du Yémen, directement anti-saoudienne, à la question de l’Iran qui l’est beaucoup moins directement, mais qui se voudrait plutôt clairement anti-Trump, (bien qu’il soit très probable qu’au fond de lui-même, Trump ne souhaite aucune guerre contre l’Iran) – et qui se trouve être, en passant, surprise surprise, clairement anti-israélienne.

Rien n’est fait de décisif en aucune façon, surtout pas une législation ordonnant (à nouveau, rengaine du War Powers Act) au président d’en passer par le Congrès pour décider d’une action de guerre. Ce qui doit plus nous arrêter, comme d’habitude, c’est le désordre que dénotent ces attitudes et ces comportements divers, et notamment ce fait de l’incontrôlabilité du Congrès par ceux qui, d’habitude, détiennent tous les leviers d’influence à Washington D.C. ... A “D.C.-la-folle”, où tout devrait être irrésistiblement pro-guerre, il semble bien que des poussées d’antiguerre se manifestent au cœur même de la machinerie du pouvoir, parce que les fils des marionnettes sont terriblement usés, et les impulsions électriques déclenchant les réflexes pavloviens et pro-guerre de trop faible intensité.

L’essentiel est de comprendre qu’il ne s’agit, dans le chef du vote de la Chambre, que d’une partie d’un épisode d’un feuilleton maintenant bien lancé, notamment depuis octobre 2018. Il recèle, en sous-jacence une poussée potentielle contre les conflits extérieurs, que les parlementaires pourraient un jour prendre à leur compte de manière décisive, qui pourrait un autre jour ou un jour plus tard faire la fortune d’un candidat à l’élection présidentielle (on voit de qui l’on veut parler)

Il suffit de comprendre qu’à “D.C.-la-folle“, actuellement, beaucoup de choses, sinon à peu près tout est possible. La raison fondamentale de cette situation et de ces dynamiques est la présence extrêmement forte de l’affectivisme qui ne cesse de croiser et d’influencer les politiques diverses, et l’affectivisme principal (chez les démocrates massivement, bien entendu) étant la haine de Trump... Ainsi, lorsque l’affectivisme de cette sorte conduit à épouser un courant de pression antiguerre, il devient à la fois vertueux et antiSystème à nos yeux.

  • 13 juillet 2019 à 00:00

Poutine face au fascisme libéral en occident

Par info@dedefensa.org

Poutine face au fascisme libéral en occident

Voyons Poutine et sa fameuse interview… Pour Poutine « le libéralisme est obsolète », pour moi non puisque le libéralisme est un fascisme séculaire, sociétal, nihiliste qui ira jusqu’au bout et s’accrochera au pouvoir en Europe et en Amérique, quelle que soit la coloration politique du guignol ou de la folle en place. La population est devenue le troupeau hébété tocquevillien et elle est trop vieille, trop résignée, ou trop conditionnée pour réagir. Il y a aussi un certain nombre de bourgeois satisfaits, ceux qui écœuraient Flaubert ou Bernanos.

Je renverrai au livre de Jonah Goldberg qui retrace l’historique de ce fascisme libéral depuis Woodrow Wilson, les guerres, les Roosevelt. Goldberg voyait le diktat se mondialiser et s’universaliser sous l’ère Clinton-Obama.

Tout cela n’a fait que se renforcer pour accomplir enfin la prophétie de Tocqueville :

« Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sut leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages, que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? »

Oter le trouble de penser (BFM) et la peine de vivre (euthanasie), cela se fait aujourd’hui dans la joie et dans la bonne humeur. La situation est encore plus désespérée qu’à l’époque romantique, avec nos peuples vieillis, ruinés, asexués et remplacés.

Mais restons sur Poutine qui explique inutilement aux journalistes que ce n’est pas la Russie mais la crise qui a fait élire Trump (lequel a aggravé la crise et l’arrogance US depuis) :

« La classe moyenne aux États-Unis n'a pas bénéficié de la mondialisation ; elle a été laissée de côté lorsque ce gâteau a été partagé. L’équipe Trump a senti cela très fortement et clairement, elle l’a utilisé lors de la campagne électorale. C’est là que vous devriez rechercher les raisons de la victoire de Trump plutôt que de toute ingérence étrangère présumée. »

Poutine souligne le crétinisme irresponsable des américains et de leurs vassaux :

« Lorsque nous avons discuté de cette question récemment avec l’administration américaine précédente, nous nous sommes dit, supposons qu’Assad démissionne aujourd’hui, que va-t-il se passer demain ?

Votre collègue a bien ri, car la réponse que nous avons obtenue était très amusante. Vous ne pouvez même pas imaginer à quel point c'était drôle. Ils ont dit: "Nous ne savons pas."Mais quand vous ne savez pas ce qui se passera demain, pourquoi dégainer et tirer aujourd'hui sans même viser la cible ? Cela peut sembler primitif, mais c'est comme ça. »

Et de tacler l’ineptie française au passage :

« Incidemment, le président de la France a récemment déclaré que le modèle démocratique américain était très différent du modèle européen. Il n'y a donc pas de normes démocratiques communes. Et vous, eh bien, pas vous, mais nos partenaires occidentaux, souhaitez qu'une région comme la Libye applique les mêmes normes démocratiques que l'Europe et les États-Unis ? »

C’est que le fascisme libéral adore imposer sa conception de la liberté :

« Et ils ont essayé de leur imposer quelque chose comme ça. Ou ils ont essayé d'imposer quelque chose qu'ils n'avaient jamais connu ou dont ils n'avaient même jamais entendu parler. Tout cela a conduit à des conflits et à des discordes entre tribus. En fait, la guerre se poursuit en Libye. »

Remarquez que c’est ce qu’écrit Hobson dans son classique sur l’impérialisme en 1902, livre pillé par Lénine dans son Impérialisme comme stade suprême.

Poutine rappelle que nos élites sont devenues hostiles, pour reprendre une expression célèbre : elles veulent simplement nous éliminer… On polluera moins ! Il déclare :

« Que se passe-t-il également en Europe ? Les élites dirigeantes se sont éloignées du peuple.Le problème évident est l’écart entre les intérêts des élites et l’énorme majorité du peuple. »

Un gouvernement normal devrait faire cela :

« Bien sûr, nous devons toujours garder cela à l'esprit. Une des choses que nous devons faire en Russie est de ne jamais oublier que le but du fonctionnement et de l’existence de tout gouvernement est de créer une vie stable, normale, sûre et prévisible pour le peuple et de travailler pour un meilleur avenir. »

Et de rappeler le désastre lié aux migrants :

« Il y a aussi la prétendue idéologie libérale, qui a outrepassé son objectif.Nos partenaires occidentaux ont admis que certains éléments de cette idéologie, tels que le multiculturalisme, ne sont plus tenables.

« Quand le problème de la migration a pris de l'ampleur, beaucoup de gens ont admis que la politique du multiculturalisme n’était pas efficace et que les intérêts de la population de base devaient être pris en compte. Bien que ceux qui ont connu des difficultés à cause de problèmes politiques dans leur pays d’origine aient également besoin de notre aide. C’est très bien, mais qu’en est-il des intérêts de leur propre population lorsque le nombre de migrants qui se dirigent vers l’Europe occidentale n’est pas une poignée de personnes mais bien des milliers, voire des centaines de milliers ?... »

Ici encore Poutine est en retard sur la folie ambiante : on dit en Allemagne que les Allemands ne sont plus des citoyens mais des résidents. Donc si la mémère foldingue ou le dandy BCBG-LGBTQ en place veut faire entrer quarante millions de résidents supplémentaires, tout le monde se la fermera. Remarquez, comme elle est réélue depuis quinze ans, qui va plaindre les chers Allemands ? S’ils veulent eux aussi devenir une « superpuissance humanitaire » de type suédois…

Les migrants auraient de toute façon  tort de se gêner. Poutine :

« Tandis que l'idée libérale présuppose que rien ne doit être fait. Les migrants peuvent tuer, piller et violer en toute impunité car leurs droits en tant que migrants doivent être protégés. Quels sont ces droits ? Chaque crime doit avoir sa punition. »

Il mérite vraiment une bombe nucléaire sur la tête ce leader russe.

Et il rajoute même, dans un élan exagérément optimiste :

« Ainsi, l'idéologie libérale est devenue obsolète. Elle est entrée en conflit avec les intérêts de l'écrasante majorité de la population et les valeurs traditionnelles. Je n'essaie pas d'insulter qui que ce soit, car nous avons été condamnés pour notre prétendue homophobie. Mais nous n'avons aucun problème avec les personnes LGBT. Dieu nous en préserve, laissez-les vivre comme ils le souhaitent. Mais certaines choses nous semblent excessives. »

Le problème est qu’on ne veut plus laisser survivre la majorité :

« Ils affirment maintenant que les enfants peuvent jouer cinq ou six rôles de genre. Je ne peux même pas dire exactement de quel genre il s'agit, je n'en ai aucune idée. Que tout le monde soit heureux, cela ne nous pose aucun problème. Mais cela ne doit pas occulter la culture, les traditions et les valeurs familiales traditionnelles des millions de personnes constituant le noyau de la population. »

Comme on sait il n’y a plus de père et mère en France. Pour Tocqueville on n’avait plus de patrie mais encore la famille…

Tout cela est bien sûr lié au fascisme du diktat humanitaire (car l’enfer n’est pavé que de bonnes intentions – notamment et surtout au Vatican qui a accéléré ce processus) :

« Ils ne peuvent tout simplement pas dicter quoi que ce soit à qui que ce soit, tout comme ils ont essayé de le faire au cours des dernières décennies.On voit des diktatspartout: dans les médias et dans la vie réelle. Il est même jugé indigne de mentionner certains sujets. Mais pourquoi ? »

L’important c’est que les gens soient contents comme ça.

Comme dira Nietzsche un demi-siècle après Tocqueville :

« Un peu de poison de-ci de-là, pour se procurer des rêves agréables. Et beaucoup de poisons enfin, pour mourir agréablement. On travaille encore, car le travail est une distraction. Mais l’on veille à ce que la distraction ne débilite point.

On ne devient plus ni pauvre ni riche : ce sont deux choses trop pénibles. Qui voudrait encore gouverner ? Qui voudrait obéir encore ? Ce sont deux choses trop pénibles.

Point de berger et un seul troupeau ! »

 

Sources

Lesakerfrancophone.fr

Nicolas Bonnal – comment les Français sont morts

Ainsi parlait Zarathoustra, prologue, § 5, (ebooksgratuits.com)

Jonah Goldberg, le fascisme libéral (non traduit bien sûr)

De la démocratie en Amérique, II, p. 403 (ebooksgratuits.com)

  • 13 juillet 2019 à 00:00

Les S-400 sont en Turquie

Par info@dedefensa.org

Les S-400 sont en Turquie

12 juillet 2019 – Des déclarations officielles sans doute coordonnées, des Russes et des Turcs, ont annoncé que les livraisons des systèmes de défense aérienne russe S-400 à la Turquie ont commencé. Il s’agit bien entendu des premières infrastructures, des premiers systèmes, pour l’instant n’ayant aucune capacité opérationnelle, et d’autre part avec la nécessité d’un écolage du personnel turc qui va contrôler ce système. Il est possible qu’une première unité de S-400 turcs soit opérationnelle en octobre prochain

Constat de l’événement selon ZeroHedge.com : « Des sources russes et turques ont confirmé mercredi que les livraisons de systèmes de missiles antiaériens S-400 sont en cours, les pièces détachées des systèmes russes avancés étant déjà arrivées en Turquie par avion de transport avec une équipe de spécialistes russes, apparemment dans la ville de Malatya en Anatolie orientale ainsi que dans la capitale Ankara.
» Dimitri Pechkov, le porte-parole du président russe, a annoncé le transfert qui est considéré comme une provocation par les USA, qui l’ont condamné l’année dernière, condamnation assortie de la menace de sanctions et du  blocage de la livraison des F-35 à la Turquie. Pechkov a déclaré que “les livraisons des complexes russes S-400 en Turquie sont effectuées comme prévu”. »

Bien entendu, c’est un événement annoncé, mais c’est aussi un événement dénoncé (par les USA) au moins autant de fois qu’il fut annoncé, et sans doute plus encore. On avait coutume de penser en général, ajoutant les manigances et l’absence de rectitude d’Erdogan, son habileté à transformer des affaires courantes ou des corrections de posture stratégique en moyens de pression ou de chantage, enfin ajoutant encore la puissance qu’on juge souvent irrésistible des capacités de pression US, qu’au dernier moment Erdogan rentrerait dans le rang de l’OTAN, c’est-à-dire des consignes-USA. Ce n’est pas le cas, il faut se rendre à l’évidence.

C’est une affaire qui remonte loin : nous-mêmes parlâmes pour la première fois de l’intérêt de la Turquie pour le S-400 Triumf russe il y a plus de dix ans, le 29 avril 2009. Politiquement, c’était la première période de rapprochement diplomatico-stratégique de la Turquie vers la Russie, la Turquie ayant été un, des rares sinon le seul pays de l’OTAN à clairement se montrer très ouvert aux thèses russes dans le conflit entre la Russie et la Géorgie d’août 2008. Les premières réactions US à ces perspectives turco-russes furent du type standard, quand il y en eut. Manifestement, les bureaucraties US/atlantistes ne pouvaient croire que la Turquie puisse prendre une telle orientation du point de vue des armements, concernant un domaine et un système de cette importtance. On peut penser qu’une longue habitude de totale vassalisation./corruption US des élites turques jusqu’à l’ère Erdogan avait figé les bureaucrates du renseignement US dans leurs certitudes que ce “terrain conquis”  (la Turquie) l’était à jamais.

Il est intéressant de rappeler cette situation de la Turquie dans le jusqu’au début du XXIème siècle. On peut avoir un témoignage personnel (de PhG) sur l’importance de la Turquie dans le dispositif d’infiltration global des USA/du Complexe Militaro-Industriel (CMI) dans la deuxième partie du XXème siècle avec cet extrait du Journal-dde.crisis, (le 22 juillet 2016), où PhG retrouve une ancienne relation, passée de la Force aérienne Belge à General Dynamics (GD), à Bruxelles puis à Ankara à partir de 1980. La source de PhG est identifiée comme “DD” et, dans les circonstances rapportées, est atteinte d’une maladie mortelle à courte échéance... 

« Puis le F-16 fut choisi [par la Belgique et trois autres pays de l’OTAN], puis le temps passa, et DD avec lui, que je ne revis plus avant longtemps. Effectivement, je le rencontrai une fois encore, près de vingt ans plus tard, parce qu’il avait vu un de mes livres à la Foire du Livre de chaque mars à Bruxelles, qu’il s’était souvenu de moi, etc. ; il voulait lui-même écrire, ses souvenirs à propos de GD, et il avait pensé qu’il pourrait s’informer auprès de moi sur les procédures à suivre, voire pour un contact avec un éditeur, voire même pour une collaboration éditoriale. Je me rappelle notre déjeuner, rapidement conclu après un coup de téléphone, dans un petit restaurant d’une sorte d’amicale des anciens aviateurs militaires dans le “quartier européen”, Les Ailes. Je reconnus à peine DD : il avait terriblement vieilli et paraissait épuisé, et j’appris dans le cours du déjeuner, une confidence qui lui échappa, qu’il était très malade (cancer, sans nul doute), – et il dit cela, presque gêné, comme s’il pensait qu’il n’en avait plus pour très longtemps et qu’il voulait qu’on l’excusât de ce prochain départ intempestif... Alors, il était pressé d’écrire ce livre.
» DD m’apprit qu’une fois l’affaire des F-16 européens bouclée, vers 1979-1980, il avait été nommé à Ankara, à un poste stratégique à l’antenne GD. Il passa sur les détails, mais il était assez clair que des difficultés considérables avaient surgi entre GD et lui, qui l’avaient mis dans une position très difficile, presque au risque de sa vie. Il m’expliqua qu’il avait disposé et travaillé sur le logiciel des diverses activités secrètes de GD “et du reste” en Turquie et dans de vastes régions stratégiques, au Moyen-Orient et en Extrême-Orient, qu’il avait percé les protections et codes divers de l’entièreté du programme grâce à une jeune fille, étudiante qu’il avait connue comme stagiaire, qui était une spécialiste en informatique. A deux, ils avaient mis à jour toutes les données avec capacités d'interférences, et DD laissait entendre que c’étaient la disposition de ces informations et de ces capacités qui lui avaient attiré tous ses ennuis, mais également lui avaient permis d’échapper à de plus graves ennuis encore ; de ce qu’il possédait, et d’ailleurs qu’il avait pu suivre en réactualisant pendant un laps de temps non négligeables avant que GD ne découvre la chose, il s’avérait que la Turquie était la plaque tournante des exportations US dans la région, et éventuellement d’autres opérations connexes.
» On a vu que bientôt, GD/Fort Worth [F-16] passerait à Lockheed, puis à Lockheed Martin, – transactions faites quand je revis DD, – mais cela n’importait guère. DD m’expliqua que ce matériel d’information et de gestion de ventes et de corruption, sans oublier les contacts avec des organisations comme les réseaux Gladio/Loups Gris qui pouvaient avoir leur utilité à l’occasion, était partagé par tous les exportateurs du complexe militaro-industriel, sous gestion et coordination de l’office-export du Pentagone avec les antennes des ambassades, et des différentes agences de renseignement [CIA, DIA, etc.].) DD était effrayé du contenu de ce qu’il possédait mais, d’autre part, sentant sa fin proche, il avait voulu laisser une trace, – et peut-être dénoncer le système (Système...) en écrivant un livre ; c’est mon hypothèse à moi, toujours optimiste. Nous nous quittâmes sur sa promesse de m’envoyer son manuscrit ou du matériel pour faire un livre, pour que je le guide vers l’un ou l’autre éditeur, et que l’on collabore éventuellement ; bien entendu, j’étais fasciné par avance, en attendant cette lecture, et puis également un peu troublé. Je n’eus plus jamais de nouvelle sinon, un jour, je ne sais par quel canal, celle de sa mort. Je n’ai jamais su s’il avait eu la force d’écrire ce livre, dans tous les cas je n’ai jamais eu le moindre écho d’une édition quelconque qui s’en rapprochât.
» C’était un jour assez sinistre, celui de notre dernière rencontre. On venait d’apprendre, quelques jours plus tôt, le suicide du général Lefebvre, ancien de la Force Aérienne, qui avait travaillé pour Dassault dans la campagne de vente du Rafale en Belgique. (Docu abondante sur la chose, largement par expérience personnelle, le 10 octobre 2009, le 24 octobre 2014 et le 13 avril 2015.) Ce suicide, des années après l’affaire du Rafale, alors qu’on avait déterré quelques à-côtés divers de soupçons et autres affirmations de corruption, jetait rétrospectivement une lumière sinistre sur une période qui annonçait notre temps des soupçons, des narrative, des manigances et des diffamations-Système... Je crois que Lefebvre avait mis fin à ses jours parce qu’on l’accusait à mots à peine couverts d’avoir été un corrupteur, ce qu’il n’avait pas supporté ; l’avait-il été ? On ne sait pas mais ce que je sais, moi, de science certaine, c'est que de leur côté, les autres, eux, avaient été sans aucun doute corrupteurs de toutes les façons du monde...
» “Les autres”, c’est-à-dire la partie US, les américanistes, et j’en reviens en conclusion à DD et à ce qu’il m’avait dit à mots couverts. Il avait parlé abondamment de la Turquie et de l’extraordinaire tissu de corruption américaniste dans le pays (GD avait directement fait transiter $40 millions dans les caisses de je ne sais quel parti conservateur turc pour je ne sais quelle élection présidentielle turque des années 1980, le tout saupoudré de diverses commandes de F-16). Pour DD, les Forces Aériennes Turques étaient une extension directe de l’USAF, à un degré absolument inconnu en Europe ; lui-même en témoignait avec des arguments, ayant été dans la Force Aérienne Belge, puis avec GD négociant avec la Force Aérienne. A cette lumière, on comprend qu’une telle structure, renforcée à partir de 1999 par d’autres structures dites de l’“État parallèle” (*) de Gülen et de son mouvement transnational et islamiste Hizmet, activé et soutenu par la CIA, ait largement perduré, Erdogan ou pas Erdogan ; et l’on comprendrait sans trop être contraint que Incirlik ait été le centre de coordination du putsch de la semaine dernière, tout comme ne paraît plus si folle ni grotesque l’idée que le pilote de F-16 qui a abattu un Su-24 russe en novembre dernier l’ait fait sans passer nécessairement par l’approbation d’Erdogan... »

On a sans doute remarqué que l’achat de S-300 (système de même catégorie que le S-400) par la Grèce, bien avant (en 1996 !) l’affaire S-400/Turquie, ainsi par deux pays ex-communistes devenus membres de l’OTAN (Bulgarie et Slovaquie), ne souleva guère de vague, bien qu’il s’agisse également d’un pays de l’OTAN de la Guerre froide. Ce qui précède, entre autres faits et situations, montre pourquoi la Turquie, outre sa position stratégique, sa puissance militaire, etc., était un sujet extrêmement sensible pour les USA et le CMI, et qu’il y ait eu ces réactions à ces proijets de faire emplette de S-400. Ce point a évidemment pesé lourd dans la réaction négative, puis furieuse des USA, à partir des années 2015-2016, – et cette attitude étant sans doute “opérationnalisée” par le soutien actif de ce qu’oin peut deviner être l’OTAN et la CIA, au putsch anti-Erdogan de juillet 2016.

Depuis 2015-2016, et, d’une manière infernale d’insistance et de menace, depuis l’arrivée de Trump, la Turquie est l’objet de pressions extraordinaires de la part des USA, spécifiquement sur ce point de l’achat des S-400.Voilà qui justifie largement qu’on attache une importante particulière à la concrétisation de cet achat de S-400, qu’on s’en explique plus avant et qu’on le considère comme une défaite majeure des USA. Nous avons attendu pour un tel commentaire la livraison des premiers éléments de la commande turque (qui devrait être suivie d’une commande de S-500), qui opérationnalisent la transaction de manière irréversible. Nous sommes dans le domaine de la quincaillerie à l’origine, mais nous sommes aussi et d’abord bien au-delà : domaine de la communication, et du symbolisme du fait que les USA ont fait de l’affaire un enjeu colossal ; domaine de la stratégie fondamentale de l’hégémonisme US en crise profonde, avec peut-être à la clef, sans doute, et même très probablement, – l’appartenance de la Turquie à l’OTAN, sa mise en cause, un possible départ de la Turquie, mais qui ne serait plus une crise limitée à un pays, mais l’amorce d’une crise centrale du système de l’américanisme et de l’existence de l’OTAN.

L’idéal du simulacre par les armes

Il est donc clair que les S-400 et la Turquie constituent pour les États-Unis un cas très particulier, et même un événement à la fois stratégique et métahistorique, donc fondamental. Pour quelles raisons, un tel jugement ?

Expédions rapidement l’aspect de la quincaillerie, tout en notant qu’il est, pour la bureaucratie du CMI et du Pentagone, d’une importance absolument considérable. Il est évident que les S-400 posent un problème préoccupant par rapport aux F-35 théoriquement destinés à la Turquie, notamment par les interférences électroniques et l’identification des caractères d’une soi-disant invisibilité (on dit “furtivité”, pour faire chic et stealthy) de l’avion. Même si l’on est en droit de se demander pourquoi la bureaucratie US s’inquiète tant de la vulnérabilité électronique d’un tel fer à repasser (le F-35) qui n’a besoin de personne pour connaître tous les ratages du monde, on conviendra qu’il suffit de restreindre l’accès des Turcs au F-35 jusqu’à ne pas leur livrer, – ce qui va sans doute être fait, – pour protéger la virginité de l’oiseau rare. Le problème second de la non-intégration du S-400 dans le système de défense de l’OTAN, s’il ne peut être résolu, ne sera pas résolu et deviendra, si l’on s’en tient au point de vue de l’OTAN sur sa propre gloire et sur sa puissance, un problème pour la Turquie plus que pour l’OTAN... En attendant, on verra si la Turquie fait toujours partie de l’OTAN.

Dans tout cela, rien d’insurmontable, rien qui justifie l’extraordinaire fureur, les pressions incroyables, que la perspective du S-400 suscite aux USA à l’encontre de la Turquie. Il y a donc autre chose.

L’attitude actuelle des États-Unis, faisant du choix du S-400 par la Turquie une calamité de l’ordre de la Fin des Temps, commença à s’affirmer en 2014-2015. C’est alors que se produisirent plusieurs évènements.

• Avec la crise ukrainienne, le “coup de Kiev”, etc., se développa une activité de communication tendant à effacer tous rapport avec la réalité au profit du développement de narrative dans le cadre de la construction de simulacres. Nous parlons bien là, exclusivement et avec force, des pays du bloc-BAO, et nous avons défini ce phénomène notamment au travers de concepts tels que “déterminisme-narrativiste” et “vérité-de-situation”. Il s’agit à partir de là de la reconstruction complète d’une “réalité” fictive, rendue possible grâce à la puissance du système de la communication.

• En même temps, dans cette même époque, notamment avec la prise de contrôle de la Crimée par les Russes qui prit totalement l’OTAN par surprise, il apparut que la puissance militaire russe s’était notablement améliorée, notamment du point de vue qualitatif, et menaçait très sérieusement, sinon surpassait les capacités manœuvrières et guerrières du bloc-BAO.

• Ainsi la création de narrative et d’un simulacre devait avoir pour but, d’une part de dissimuler la puissance russe afin de ne pas la faire supérieure qualitativement à celle de l’Ouest (celle des USA), tout en lui reconnaissant un degré de malfaisance s’accordant avec l’état d’esprit russe (poutinien) et désignant la Russie comme l’ennemi public, sinon métaphysique n°1. Le diable, en somme, était invité à cautionner le simulacre...

A côté des diverses mesures conjoncturelles contre la Russie-diable, telles que les sanctions, les manipulations du dollar, les guerres commerciales, qui pouvaient être prises, – surtout à partir de l’administration Trump, – pour entretenir ce simulacre, la mesure structurelle fondamentale qui devait être envisagée était une domination absolue de la production et de l’exportation d’armement, entretenant une mythique absolute dominance du point de vue militaire dans le sens le plus large. Cette domination ne devait et ne pouvait s’opérationnaliser que contre le principal concurrent politique des USA, la Russie-diable. C’était appliquer à toutes les catégories d’armements essentiels la recette technique de marketing impératif et comminatoire du JSF : présenté à la fin des années 1990 comme l’avion du XXIème siècle, dont toutes les forces aériennes qui comptent seraient équipées, sous contrôle US, il n’était pas question que les pays désignés, comme vassaux obéissants des USA, songeassent à un autre achat que celui du JSF

(Que le JSF soit un sabot, un fer à repasser, une innommable catastrophe extrêmement coûteuse, n’a strictement aucune importance. De même pour toutes les autres catégories d’armement, où les USA sont dépassés dans divers domaines... Nous sommes dans un simulacre et ce qui compte est que la bannière étoilée claque au vent des $milliards et des exportations.)

Le principal concurrent à cet égard, le démolisseur de simulacre, encore plus que la Chine, ne pouvait être que la Russie, – elle l’a montré depuis avec le développement extrêmement rapide et efficace des armes automatiques (missiles) hypersoniques. Il était donc absolument nécessaire de mettre en place un contrôle absolu de toutes les exportations d’armement de puissance significative, au profit (dans tous les sens du mot) du CMI. Cela serait fait par les moyens les plus brutaux, les plus crus, bien dans les façons du président Trump : des pressions, des menaces proches de la force, des sanctions économiques pour les pays stratégiques qui achèteraient des armements russes, et non des armements américanistes.

Ainsi se comprend la campagne effrénée lancée depuis 2-3 ans, et dont la Turquie avec ses S-400 est l’une des victimes expiatoires favorites pour toutes les raisons qu’on a déjà détaillées ; et plus encore si la démarche traîtresse s’exerce dans un domaine que les Russes dominent de la tête et des épaules, qui est la guerre anti-aérienne ; c’est une raison supplémentaire pour partir en guerre contre les faux-frères qui mettent en péril le simulacre de la mythique absolute dominance. Le simulacre est d’une telle puissance, et si grande la croyance quasiment mystique dans la supériorité américaniste, dans la nécessité des “gentils“ de se regrouper sous la bannière étoilée dans des “systèmes“ divers, qu’on en vient à regrouper théoriquement et “à l’insu de leur plein, gré” les “méchants”, ceux qui choisissent le S-400 par exemple, dans des ensembles contre-système (ou dura-t-n antiSystème ?) qui deviennent des organisations ennemies de la civilisation. Certes, ce faisant l’on renforce les choix de systèmes russes en leur donnant une dimension politique qu’ils n’avaient peut-être pas au début, on donne aux “méchants” des arguments et des moyens pour se regrouper effectivement au niveau politique et stratégique, et se renforçant d’autant... C’est l’habitude du système de l’américanisme d’ainsi se fabriquer des ennemis, et qui a dit que la surpuissance du Système ne nourrissait pas son autodestruction ?

... Ainsi avons-nous appris il y a peu (le 27 juin 2019) que la Turquie, comme l’Inde si l’Inde persiste dans sa démarche sacrilège, devient membre apostat d’un système dit-Full Spectrum Defense érigé contre l’organisation vertueuse de la Full Spectrum Dominance qui témoigne de la supériorité et de l’exceptionnalisme américaniste :

« Mais dans ce cas des S-400, le “plan” systématique et immuable de la bureaucratie technologique américaniste se retourne contre elle en prenant une dimension inattendue. Pour notre compte, c’est la première fois 1) que nous entendons parler de la Full-Spectrum Defense ; et 2) que nous réalisons par conséquent combien ceux qui choisiraient/choisissent (?) le S-400 (l’armement anti-aérien russe), dans ce cas la Turquie et l’Inde, se trouvent nécessairement destinés à devenir des adversaires de la Full-Spectrum Dominance qui est nécessairement la doctrine qu’exsude toute la bureaucratie de sécurité nationale. Cette production de la bureaucratie est impérative dans la mesure où elle implique symboliquement une domination totale des USA dans tous les domaines de la bataille et qu’il s’agit du credo absolument imparable, indestructible de la susdite bureaucratie. [...]
» ...Du coup, le domaine de la réflexion dans le cadre du simulacre où évolue la puissance des USA vue par eux-mêmes (les USA) s’élargit et l’affaire prend une toute autre dimension puisqu’on apprend, – la Turquie et l’Inde en premier, – que ces deux pays font partie de l’ensemble Full-Spectrum Dominance, ou plutôt qu’ils en feraient partie s’ils décidaient finalement au profit d’une quelconque quincaillerie US de ne pas acheter des S-400 (mais, au fait, ils vont l’acheter si ce n’est déjà fait, non ?) ; ainsi, s’ils n’en font plus partie (du Full-Spectrum Dominance), ils apprennent qu’ils en faisaient partie... C’est de la métaphysique-simulacre pure du domaine militaro-industriel qu’il s’agit.
» On comprend alors que l’hostilité qu’engendrerait le refus éventuel d’abandon du S-400 par la Turquie et l’Inde est un événement catastrophique absolument considérable, et pour des raisons stratégiques non moins formidables. Ce refus constituerait du point de vue de la bureaucratie un acte d’hostilité volontaire et impardonnable à l’encontre des USA. C’est le principe du “qui n’est pas avec nous est contre nous” multiplié d’abord par la haine de la Russie, ensuite par la croyance en la technologie US, enfin par la justesse absolument métaphysique de la doctrine de la ‘Full-Spectrum Dominance’. »

Ainsi la Turquie est-elle entrée dans le cercle du diable, dès l’heure où les premiers éléments du système S-400 furent débarqués sur son sol, et toute l'habileté louvoyante et ondulante d'Erdogan n'y pourra plus rien...

 

Note

(*) Dans le texte initial, PhG emploie effectivement l’expression “État parallèle”. En fait, on pourrait employer l’expression devenue depuis fameuse d’“État profond”, car c’est effectivement en Turquie, dans les années 1990, qu’elle est apparue.

  • 12 juillet 2019 à 00:00

La Route de la Soie et les poux

Par info@dedefensa.org

La Route de la Soie et les poux

La Route de la Soie originelle était une route commerciale qui reliait l’Empire romain à la Chine, d’où venait la soie. On l’appelait ainsi parce que la soie était au cœur du commerce. La soie arrivait en Europe, l’or et les produits de luxe en partait. La soie était importante parce que les vêtements de soie portés contre la peau empêchaient les poux sur le corps, et les riches citoyens romains étaient prêts à payer avec de l’or pour cette soie, parce que l’alternative était de regarder leurs femmes et concubines se gratter. En plus de porter de la soie, les Romains construisaient des bains, ainsi que des aqueducs pour les approvisionner. La procédure romaine d’épouillage consistait à se faire épiler tous les poils de son corps (ouch !), à se huiler, à transpirer en faisant semblant de se reposer, puis à se gratter la peau avec un outil en forme de faucille appelé  strigile. Ensuite, ils trempaient dans un bain chaud, enfilaient des sous-vêtements de soie et restaient exempts de démangeaisons jusqu’au lendemain du bain.

Les Romains dépensaient tellement d’or pour la soie chinoise qu’il ne leur resta plus assez d’or pour payer leurs légionnaires, ce qui provoqua de nombreuses révoltes et révolutions, et finalement ils durent diluer leur monnaie, qui, à la fin de l’Empire, contenait surtout du cuivre. L’or a fini en Chine, où il a causé une corruption sans fin, parce que les fonctionnaires impériaux, qui recevait l’or en échange de la soie, qu’ils obtenaient de la paysannerie qui élevaient eux le ver à soie, l’utilisaient pour s’enrichir plutôt que pour augmenter le trésor impérial. Après avoir développé l’exécution de fonctionnaires corrompus, on a découvert qu’ils enterraient toujours leur trésor par anticipation, afin que leurs familles puissent le récupérer après leur exécution. Le plan B a donc été d’exécuter tous les membres des familles de ces fonctionnaires. Cette situation a entraîné à son tour une grave pénurie de fonctionnaires impériaux. Ainsi, le commerce de la soie provoqua l’effondrement de deux empires – le Romain et le Chinois – le premier par manque d’or, le second par excès, et tout cela à cause d’un certain parasite de la peau.

La Route de la Soie originale, établie entre la dynastie Han en Chine et l’Empire romain en Europe vers 130 av. J.-C., avait les  Sogdiens  comme intermédiaires. Finalement, l’empire sogdien s’effondra et les Sogdiens furent remplacés par des  Juifs khazariens, qui finirent aussi par avoir une fin difficile vers 965 après J.-C. des mains de Sviatoslav, prince de la  Rus’ de Kiev. Plus tard, une percée technologique dans le domaine des voiliers océaniques a permis d’éviter la nécessité d’une route commerciale terrestre et les caravanes traversant le continent eurasiatique ont pris fin.

Aujourd’hui, la Route de la Soie est ressuscitée en tant que Nouvelle Route de la Soie, qui reliera à nouveau la Chine à l’Europe, avec l’Union européenne à la place de l’Empire romain et la Fédération de Russie à la place des Sogdiens ou des Khazars. Elle n’aura plus grand-chose à voir avec la soie, puisqu’il existe désormais des moyens beaucoup plus efficaces de lutter contre les poux que les sous-vêtements en soie, un traitement quotidien avec un strigile et une plongée dans le  caldarium. Mais, comme auparavant, la Nouvelle Route de la Soie aura pour but de contrôler l’infestation d’un certain parasite – ou, dans ce cas-ci, de tout un pays de parasites : les États-Unis.

Certains disent que les États-Unis sont la plus grande économie du monde, mais je ne suis pas d’accord. Faisons quelques calculs simples pour trouver un déflateur raisonnable du PIB pour l’économie américaine. Une appendicectomie (l’opération la plus courante) coûte environ 60 000 $ aux États-Unis. Elle coûte environ 8000 roubles, soit 123 dollars en Russie. La différence est un facteur de 60 000/123 soit environ 500. En supposant que tout le reste aux États-Unis – non seulement la médecine, mais aussi l’éducation, les services juridiques, les services professionnels, l’immobilier, les dépenses de défense, les campagnes électorales et toutes les autres escroqueries et rackets américaines combinés – est tout aussi ridiculement surévalué, le PIB américain en 2019 serait estimé à 42 milliards de dollars, bien plus petit que celui de la Russie avec 1 649 milliards.

Certains disent que les États-Unis représentent une part importante de l’économie mondiale avec de nombreuses exportations essentielles. Si l’on examine le commerce entre les États-Unis et la Chine, la Chine tire l’essentiel de ses bénéfices de l’exportation d’ordinateurs, de matériel électrique, de chaussures, de meubles, de vêtements, de plastiques et de métaux, de voitures et de matériel optique et photographique. Pendant ce temps, les exportations américaines les plus rentables vers la Chine sont le soja, le blé, les aliments pour animaux, la viande, le coton, le minerai métallique, la ferraille, les peaux animales, la pâte, les cigarettes, l’or, le charbon, le carburant, le riz, le tabac, les engrais et le verre. Vis-à-vis de la Chine, les États-Unis ressemblent à une possession coloniale européenne typique du XIXe siècle. Les États-Unis ont un déficit commercial permanent et très important avec la Chine, et tout comme une colonie serait obligée d’emprunter la différence, les États-Unis sont obligés d’en faire autant. Ce qui lui permet d’être un parasite, c’est de le faire dans sa propre monnaie, qu’il peut imprimer à volonté, et de forcer d’autres pays à y investir à bas taux d’intérêt, tout cela parce qu’il a su dominer militairement les routes commerciales maritimes et punir ceux qui refusaient de jouer ce jeu, soit financièrement (par la destruction de leur monnaie), soit politiquement (en renversant leurs gouvernements et en y mettant quelqu’un qui ne peut rien leur refuser), soit militairement (en les pulvérisant).

Pendant ce temps, un peu comme sur la Route de la Soie originale, l’or a coulé des États-Unis vers la Chine. Les États-Unis prétendent toujours avoir les plus grandes réserves d’or sur terre sur le papier, mais les pays qui ont stocké leur or aux États-Unis et qui ont demandé qu’il le leur soit rendu ont été soit déboutés, soit forcés d’attendre, pour que leur l’or leur soit rendu. Il ne serait donc pas surprenant de découvrir, lorsque toutes les autres options seront épuisées et qu’il faudra ouvrir les chambres fortes où l’or est stocké, que l’or qu’elles sont censées contenir n’est plus là.

Il est facile de s’arrêter à l’analogie géographique entre la Route de la Soie originale et la nouvelle : elles traversent toutes les deux la même étendue géographique. Mais pourquoi s’arrêter là, alors qu’il y a une analogie plus profonde évidente qui se cache juste sous la surface : ces deux Routes de la Soie étaient ou sont des efforts pour contrôler un parasite. Pourquoi la nouvelle Route de la Soie est-elle une Route de la Soie alors que la soie elle-même n’est qu’une petite partie du commerce ? Parce que ça sonne bien ? Ou parce que la soie contrôle les parasites ?

 

(Le 4 juillet 2019, Club Orlov, – traduction du Sakerfrancophone.)

  • 12 juillet 2019 à 00:00

Notes sur des urgences sans se presser

Par info@dedefensa.org

Notes sur des urgences sans se presser

11 juillet 2019 – Il semble que, dans la crise iranienne, on découvre chaque fois, comme on dirait chaque jour, un nouveau sommet dans l’art rocambolesque de fabriquer des simulacres, dont tout le monde, qu’il s’agisse des protagonistes, des acteurs, des critiques, des coupables désignés et ainsi de suite, – dont littéralement tout le monde sait qu’il s’agit de simulacres.

Tout se déroule dans la plus complète illégalité, à commencer par la démonstration faite par les Britanniques, obligeants exécutants des ordres qui fusent en ordre dispersé de l’attelage fou Trump-Bolton, avec l’investissement d’un pétrolier portant du brut iranien par des fusiliers-marins britanniques. C’est une spécialité des USA de lancer (directement ou par UK interposé) des coups fourrés, illégaux, inadmissibles, piraterie et crime organisé, etc., et d’aussitôt se mettre à geindre en avertissant que celui qui a été frappé pourrait avoir l’inconvenance de chercher à frapper le coupable. La conséquence de cela est bien entendu une alerte générale lancée par les USA vers tous les établissements des extrêmement-puissantes forces militaires du bloc-BAO contre une tentative des Iraniens de riposter, avec déplacement préventif de frégates d’accompagnement de pétroliers. Le cas est déjà signalé...

(Mais pour ce dernier cas, agitation uniquement britannique comme il se doit, décidément les Britts décidés à jouer ce rôle de l’extrême servilité, de la vassalisation sans aucune mesure jusqu’à l’instabilité psychologique activée par l’imbroglio des simulacres. UK est semble-t-il en passe de rejoindre son grand modèle d’outre-Atlantique dans le cas des schizophrénie-paranoïaque et la démission de l’ambassadeur Kim Darroch devrait éventuellement permettre de placer un homme-UK plus convaincu de la validité du simulacre-Trump. [Mais d’autre part et en sens contraire, homme-UK en ambassade moins proche des neoconcomme semble l’avoir été Darroch, ce qui, disent certains chroniqueurs qui aiment à rêver que les vessies sont bien des lanternes, tel dedefensa.orgpourrait accidentellement nuancer la vassalisation].).

Cette valse des pétroliers introduit un amusant élément de mouvement et d’originalité dans les positions des uns et des autres, et finalement dans la situation générale... Ainsi, avant même que les Iraniens aient frappé dans le détroit d’Ormouz et le Golfe comme l’on craint qu’il fasse, sous l’empire d’une injuste colère puisqu’on ne peut concevoir de rancœur (iranienne) contre l’exceptionnaliste Amérique, la confusion et les glous-glous des tankersapeurés règnent dans le Golfe. Est-il bien nécessaire que l’Iran frappe pour que le désordre s’installe puisqu’on est en train de l’installer avant qu’aucune frappe  ne se soit signalée, comme si la frappe avait déjà eu lieu ?

Simulacre, simulacre, et quelques ronds dans l’eau...

Le prurit de la coalition

Il y a une intéressante interview de Massoud Shadjareh, fondateur de la Commission islamique des droits humains, le 10 juillet sur l’émission Loud & Clear de Sputnik-USA. Cette émission nous permet d’avoir une vision assez large de l’extraordinaire complexité du désordreque le comportement US est en train de semer autour et en marge de l’affrontement avec l’Iran. Ils ont un projet de coalition urgentissime rassemblant les pays qui peuvent déléguer des moyens navals pour protéger leurs propres tankers dans le Golfe et dans le détroit. Les USA, eux, ne fournissent aucun moyen naval mais ils veulent bien assurer la coordination et la direction de la coalition ; les USA sont vraiment épatants et ils ne changeront jamais, avec la charge divine qui leur a été assignée de tout décider et de tout commander, sans nécessairement prendre un risque exagéré et coûteux ... D’ailleurs, il ne faut surtout pas qu’ils changent, parce qu’ainsi maîtres dans l’art de créer des tourbillons crisiques là où la mer est calme, et d’installer le désordre là où l’ordre tente de se faire une place.

Au reste, on signalera, pour la chronique, que cette idée de coalition est urgentissime certes, mais 1) que personne ne semble pour l’instant intéressé d’y participer, et 2) que les USA qui clament que ce rassemblement est “urgent” ne se pressent aucunement pour le susciter. Surtout, surtout, qu’ils ne changent rien dans leur démarche, semble-t-on soupirer dans les gouvernements amis...

Cette même interview de Massoud Shadjareh nous signale par ailleurs que le front des pays du Golfe derrière l’Arabie commence à se fissurer, et cela sur un autre théâtre que l’Iran lui-même, mais directement lié à l’Iran, qui est le conflit yéménite. Il s’agit donc des Émirats Arabes Unis (EAU), jusqu’ici pourtant perçus comme “très durs” au côté de l’Arabie, qui ont annoncé qu’ils quittaient la coalition qui attaque le Yémen avec principalement l’Arabie et les USA en soutien très actifs (soutien que le Congrès des États-Unis voudrait interdire).

De quelle urgence parle-t-on ?

Voici  un compte-rendu  de l’interview de Shadjareh, résumée par une de ses remarques : « Je ne vois pas où se manifeste l’urgence annoncée par les USA... »

« “Alors que Washington a de grands projets pour une force multinationale chargée de patrouiller dans les eaux stratégiques près de l'Iran et du Yémen, aucun pays n'a encore accepté d'y participer et il apparaît que les sanctions US contre Téhéran sont vouées à l'échec”, a déclaré Massoud Shadjareh, fondateur de la Commission islamique des droits humains, mercredi à Sputnik.
» Selon la proposition américaine, une coalition de nations patrouillerait dans le golfe Persique et le détroit d'Ormuz, près de l'Iran, ainsi que dans l'étroit détroit de Bab al-Mandab qui sépare le Yémen d'Afrique.
» “Nous nous engageons maintenant avec un certain nombre de pays pour voir si nous pouvons former une coalition qui garantirait la liberté de navigation tant dans le détroit d'Ormuz que dans le Bab al-Mandab ", a déclaré mardi le général du Marine Corps  Joseph Dunford, président des chefs d'état-major interarmées ;
» “Je pense donc qu'au cours des deux prochaines semaines, nous déterminerons probablement quelles nations auront la volonté politique d'appuyer cette initiative, puis nous travaillerons directement avec les militaires de ces nations pour déterminer les capacités spécifiques qui appuieront cette initiative ”, a ajouté Dunford. Toutefois, selon M. Shadjareh, aucun pays n'a encore pris cet engagement envers les États-Unis.
» “C'est extrêmement troublant. Il n'y a personne politiquement prêt à s'engager ”, a déclaré M. Shadjareh aux présentateurs John Kiriakou et Brian Becker de l’émission Loud & Clear. Shadjareh a dit qu'ils “ne voient nulle part se manifester l'urgence que l'administration Trump exprime, et même quand on regarde ce que le président américain Donald Trump suggère, ce n'est pas quelque chose d'immédiat. C'est quelque chose à faire en quelques semaines. Donc, [lui-même, Trump]dit très clairement qu'il n'y a aucune urgence. Et il n'y a personne qui veut s’embarquer dans cette aventure.”
» “Et il semble que les États-Unis eux-mêmes ne soient pas prêts à s'engager. Tout ce qu'ils disent, c'est qu'ils vont coordonner [et que]d'autres pays devraient participer et escorter leurs propres navires marchands”, a dit M. Shadjareh, notant que le plan semble proposer que les pays arabes du Golfe, plutôt que les pays européens, rejoignent la coalition.
» “Il semble absolument étrange qu'il ne s'agisse pas d'un appel aux nations européennes à se manifester. Il semble s'agir d'un appel aux dirigeants arabes du Golfe à se manifester et à être coordonnés par les États-Unis... D’autre part, nous devrions également tenir compte de ce qui se passe au sein des Émirats Arabes Unis (EAU). Les Émirats arabes unis se sont retirés de la coalition contre le Yémen”, a noté M. Shadjareh, se demandant si la coalition proposée pourrait être destinée à combler les lacunes laissées par le retrait des Émiratis
» “Ici, les États-Unis disent qu'ils vont utiliser leur puissance et qu'ils vont inviter d'autres pays à se joindre à eux pour causer des dommages économiques à l'Iran au nom de l'ouverture des voies économiques pour tous les autres”, a-t-il expliqué.
» Lundi, un haut responsable émirien a annoncé que les Émirats Arabes Unis avaient réduit leurs forces au Yémen, où ils ont apporté leur soutien à la coalition dirigée par les Saoudiens et soutenue par les États-Unis, qui se bat contre la faction d'opposition politique Houthi depuis 2015.
» Lundi, M. Trump a également indiqué sur Twitter que les sanctions contre l'Iran allaient être renforcées “substantiellement”, accusant le pays d’avoir violé les dispositions du Plan d'action global conjoint (JCPOA) de 2015 bien avant d'annoncer, ces dernières semaines, un recul progressif de ses engagements au titre de l'accord nucléaire international.
» “Je pense que, sur le plan international, tout le monde est d'accord pour dire que les sanctions ne fonctionnent pas. Le fait d'essayer de mettre l'Iran à genoux n'a pas fonctionné, et cette politique s'est retournée contre ses initiateurs ; la politique générale d'intimidation s'est retournée contre  [les USA] et malheureusement... ces actions nous disent que [les États-Unis n'ont]  aucun autre plan à proposer,[aucun ‘plan  B’]”, a dit Shadjareh. Son jugement est que la menace américaine pour augmenter les sanctions est “pathétique”.
» “Je ne sais pas ce qui peut être sanctionné qui ne l'ait déjà été, [s’il reste encore quelque chose à sanctionner]. La réalité est que, bien que la vie soit devenue très difficile pour les gens ordinaires en Iran, elle n'a pas vraiment eu l'effet escompté que les États-Unis attendaient”, a-t-il dit.
» Selon M. Shadjareh, des pays comme la Chine, la Russie et l'Inde continuent de commercer avec l'Iran, tandis que les pays européens sont “en quelque sorte coincés au milieu” des tensions croissantes entre Téhéran et Washington.
» "D'un côté, a-t-il dit, les pays européens veulent faire du commerce avec l'Iran. D'un autre côté, ils s'inquiètent des sanctions secondaires et de leurs entreprises, inquiètes qu’ils puissent être... punies par [les États-Unis]”. »

“Vous n’auriez pas une coalition à former ?”

Il faut noter que cet appel à une coalition est le second en une quinzaine, de la part des USA, toujours avec le même succès... Le premier appel dans ce sens a eu lieu après l’attaque contre des pétroliers, à la mi-juin. Nebojsa Malic nous rappelle l’épisode, dans RT.com, en quelques lignes qui concluent un texte sur la saga des pétroliers arraisonnés ou piratés, ou bien protégés par des navires de guerre (tout cela, uniquement du fait des Britanniques, qui semblent à la fois jouer le rôle de pirate contre les Iraniens, et de valet de pied pour les USA, exposant l’étrange folie où les conduisent l’obsession complètement absurde des special relationships.

Dans l’extrait ci-dessous du texte de Malic, on se contentera pour notre compte de diverger de la dernière phrase selon lequel le “consensus” est “fabriqué” et que “la guerre avec l’Iran n’est qu’une question de temps”. Au contraire, Malic montre involontairement un épisode de plus de l’impuissance des USA à cet égard, qui semble devoir se poursuivre avec l’appel à une “coalition” pour la protection des naviresdans les détroits et le Golfe Persique : on ne voit pas en quoi un “consensus” est en train d’être “fabriqué” dans ce deuxième appel à la coalition auquel personne ne répond et dans lequel les USA eux-mêmes ne sont guère pressés de s’impliquer malgré l’urgence qu’ils proclament... Totalement impuissants, les USA n’ont plus aucune capacitéde fabriquer quelque “consensus” que ce soit, comme le montre Shadjareh, y compris à l’intérieur de leur administration comme on le voit plus loin... Alors, la guerre !

Malic : « Il convient de rappeler que Washington a accusé l'Iran d'être à l'origine des mystérieuses attaques contre deux pétroliers dans le golfe d'Oman, ainsi que deux autres navires dans le golfe Persique, le mois dernier. Téhéran a nié ces accusations et les pays dont les navires ont été endommagés n'étaient pas non plus convaincus.
» L'annonce par le Pentagone qu'il allait “construire un consensus mondial” contre Téhéran est passée largement inaperçue dans la frénésie suscitée par la destruction par l'Iran d'un drone espion américain, qui semblait certain de déclencher une guerre jusqu'à ce que le président américain Donald Trump annule une frappe prévue, invoquant la crainte de pertes éventuelles en Iran.
» Ce que la récente piraterie des pétroliers et les appels à une coalition maritime suggèrent, cependant, c'est que le “consensus” est bel et bien fabriqué et que la guerre avec l'Iran n'est qu'une question de temps. »

Une orgie de logique et de courage

Comme nous remarquions plus haut, “les USA n’ont plus aucune capacitéde fabriquer quelque “consensus” que ce soit, comme le montre Shadjareh, y compris à l’intérieur de leur administration...” On en a donc un exemple de plus...

En effet et pendant ce temps, la situation du côté US, ou plutôt des divers côtés US au sein de l’administration qui se manifestent dans des rapports confus sinon antagonistes, n’est pas plus simple que les complications plus générales que nous signale Mr. Shadjareh. Ainsi enregistre-t-on, du côté de la délégation US à l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA), une déclaration qui expose le simulacre de sembler extrêmement arrangeante, proposant une reprise sans conditions des négociations entre les USA et l’Iran, dans une orientation qui n’est pas loin d’être celle du traité JCPOA... 

« Les États-Unis ont offert à l'Iran la pleine normalisation de leur relations en échange de l'engagement de Téhéran d'annuler ses récentes mesures nucléaires et de cesser tout projet d'enrichissement de l'uranium, a déclaré mercredi l'ambassadeur Jackie Wolcott, représentant des États-Unis auprès de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), dans un communiqué de presse.
» “Les États-Unis ont clairement indiqué qu'ils étaient ouverts à des négociations sans conditions préalables et qu'ils offraient à l'Iran la possibilité d'une normalisation totale de ses relations”, a dit M. Wolcott. »

... Tout cela, en contradiction à peu près complète dans l’esprit et dans les perspectives, avec une conférence de Bolton il y a deux jours, au cours de laquelle le conseiller pour la sécurité nationale du président a réaffirmé pour la nième fois, pour son propre chef, que les USA accentueront leurs pressions (sanctions) sur l’Iran tant que ce pays ne cessera pas son programme nucléaire et ses activités subversives dans la région. Bolton parlait clairement dans le sens de la certitude d’une guerre avec l’Iran, devant le public sélectionné et enthousiaste de la conférence du groupe The Christians United for Israel, soit les évangélistes chrétiens intégristes et millénaristes (“les Sionistes-Chrétiens”, comme ils sont désignés) qui soutiennent Israël selon le schéma biblique d’Armageddon & le reste, – tout cela, haute et subtile schéma stratégique impliquant d’écarter la moindre concession, le moindre “arrangement” qui ne soit la capitulation complète de l’Iran puisque les protagoniste de cette version de la crise sont Dieu, le Messie & leurs œuvres ; des gens avec lesquels on ne faiut pas de compromis...

Tout de même... Pour nous rassurer, on précisera que madame Wolcott, en séance plénière de l’AIEA, avait tracé le cadre de la narrative où devrait se dérouler les négociations sans préalable qu’elle propose. A savoir, d’une part des accusations sur la politique constante de l’Iran pour développer l’arme nucléaire, d’autre part le fait que le “sans-préalable” signifie aussi bien que les sanctions sans fin imposées par les USA à l’Iran restent pleinement “opérationnelles”.

Ajoutons en passant, pour la bonne forme, que la même réunion de l’AIEA a permis également de mesurer la loyauté et la lucidité des grands acteurs européens, signataires et garants de l’accord JCPOA. Dans un communiqué commun, Allemagne, France & UK critiquent vertement l’Iran pour esquisser des mesures symboliques de sortie du cadre de l’accord. Il s’agit d’un document signé, qui ne dit pas un mot du retrait US du JCPOA en 2017, qui est la cause première, centrale et unique de la séquence actuelle et de son paroxysme de ces dernières semaines.

Des ronds dans l’eau

Finalement, le spectacle ainsi esquissée n’apporte aucune satisfaction à l’esprit, aucun apaisement à la raison. Le spectacle de l’immense puissante américaniste, fermement appuyée sur son principe de l’America First & Alone du président Trump, cherchant des candidats pour former une “coalition”, dans une évolution qui la place de plus en plus en position de défensive contre des rapines et des attaques qu’elle a elle-même suscitées, sinon montées en simulacre, ce spectacle illustre l’acte d’accomplir un pas de plus dans le sens de la déliquescence de son appareil militaire, de l’effondrement structurel de la puissance.

La stratégie de l’encerclement et de l’étranglement de l’Iran a été préparée et rodée depuis des années, sinon des décennies depuis la Révolution islamique de1979, à l’aide d’une multitude de bases, de couverture navale et d’alliances diverses. Actuellement, selon les règles étranges de dissolution de la puissance à laquelle sont parvenues les USA, cette stratégie se transforme peu à peu en une inversion d’elle-même, se débattant entre les appels à la coalition, les fausses offres de pourparlers, les actes de piraterie aussitôt présentées comme des simulacres d’une légalité qui ne joue plus aucun rôle dans l’évolution de la situation, – là aussi, et encore et toujours, du fait de l’action de la puissance américaniste... Cette stratégie se transforme peu à peu en une inversion d’elle-même , comme si les acteurs-stratèges finissaient par s’encercler eux-mêmes dans la confusion, dans la velléité, dans les menaces nécessairement non suivies d’effetspuisque chacun sait bien que ni le président, ni les généraux et amiraux du Pentagone ne veulent se risquer dans un conflit avec l’Iran.

Cela s’appelle “faire des ronds dans l’eau”, et c’est ainsi, dans la tragédie-bouffe de la forme navale, que les empires suivent de plus en plus obligeamment la voie sacrée ouverte par le Titanic. On attend avec impatience de voir comment Trump et ses gens parviendront à sortir de ce guêpier dont ils ne veulent en aucun cas risquer les piqûres, parce qu’il y a le public qui vote, qu’il y a les élections demain, qu’il importe d’entretenir la vibrante démocratie de l’américanisme et de défendre l’Amérique et l’administration-MAGA (Make America Great Again) autant contre les migrants que contre l’aile gauche socialiste du parti démocrate.

James Howard Kunstler écrit le 8 juillet : « Voilà les dynamique à l’œuvre à l'aube de la campagne pour les élections de 2020. Il ne s'agit pas seulement de savoir si ces deux vieux partis politiques survivront, mais si les États-Unis pourront rester intacts lorsque ces tensions se déchaîneront. »

  • 11 juillet 2019 à 00:00

L’ambassadeur qui en faisait trop

Par info@dedefensa.org

L’ambassadeur qui en faisait trop

La “liquidation” de l’ambassadeur britannique à Washington, Kim Darroch, démissionnaire après la révélation de dépêches confidentielles envoyées à son gouvernement, et extrêmement dures mais aussi exotiques pour l’administration Trump et Trump lui-même, est l’objet d’intenses spéculations sur le coupable et la cause de ces fuites. D’une façon générale, il y a de nombreuses hypothèses de complots et de traquenards de type politique pour mettre Darroch dans le plus grand embarras, et empêcher le renouvellement de son mandat à Washington. L’annonce de sa démission par l’ambassadeur a mis un terme aux spéculations sur son avenir, mais pas à celles qui concernent la signification politique de l’affaire

Parmi ces réactions, celles d’un ancien de l’administration Trump, Anthony Scaramucci, ami de Darroch qui affirme que l’ambassadeur a été victime d’un “complot politique” dans son propre ministère, alors qu’il occupait une position très favorable à Washington où il était très appréciée. (Ces réactions ont été enregistrées avant la démission de Darroch.)

« L'ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis, Kim Darroch, dont les critiques du président Donald Trump ont fait l'objet d'une fuite qui l'a rendu persona non grata, a été victime d'un “coup politique” d'un fonctionnaire du Foreign Office, a déclaré à RT un ancien fonctionnaire de la Maison Blanche.
» “Quelqu'un voulait l'embarrasser et le faire tomber de ce poste”, a déclaré Anthony Scaramucci, ancien directeur de la communication de la Maison-Blanche, à Afshin Rattansi, l'animateur de l’émission de RT ‘Going Underground’.
» En raison de la réaction “prévisible” de Trump à ces fuites embarrassantes, – qui qualifient son administration de “dysfonctionnelle” et “incompétente”, – Darroch ne recevra probablement pas de prolongation de mandat, même s'il est “très-très apprécié à Washington”, a dit M. Scaramucci. »

Une seule appréciation dénote par rapport à ces rumeurs de complots et de manigances politiques. Elle émane d’un ancien ambassadeur britannique qui démissionna pour entrer en dissidence par rapport à la ligne officielle de son ministère et pour protester contre certaines pratiques britanniques, notamment de favoriser des régimes notoirement oppressifs et corrompus.

Craig Murray a lancé un site, après sa démission, qui est évidemment réputé pour le sérieux de ses informations diplomatiques. Avantage encore plus affirmée : Murray a travaillé avec Darroch et il le connaît donc personnellement, il connaît ses méthodes, la façon dont il était considéré dans la bureaucratie du Foreign Office, etc.  La thèse de Murray est effectivement très “personnelle”, sans nécessairement rien de précisément politique à l’origine... (Dans le texte : FCO pour Foreign Office.)

« Les médias sont pleins de théories trop compliquées sur les personnes qui auraient pu divulguer les télégrammes diplomatiques de Kim Darroch donnant son opinion franche sur l'administration Trump. Je devrais commencer par expliquer le système de télégramme du FCO (Foreign Office). Les communications sont aujourd'hui des courriels effectivement cryptés, bien qu'encore connus sous le nom de "télégrammes", – “cables” pour les Américains. Ils sont largement diffusés. Ces télégrammes de Darroch sont officiellement adressés au ministre des Affaires étrangères, mais il y a des centaines d'autres destinataires, au FCO, au Premier ministre, au cabinet du ministre, au MOD, au DFID, vers d'autres ministères, au MI6, au GCHQ, et vers de nombreuses autres ambassades britanniques à l'étranger. Le champ des suspects est donc immense.
» Il est très important de noter qu'il s'agit d'un type de fuite démodé qui a été donné aux médias grand public sans que les documents soient publiés en ligne. C'est donc assez faible en termes d'information du public. Nous n'avons pas vu les documents, nous en savons seulement autant qu'Isabel Oakeshott et le Daily Mail ont bien voulu nous dire. Il n'est pas possible d'imaginer un filtre plus indigne de confiance ou orienté idéologiquement que celui-là. Nous pouvons donc être certains qu'il ne s'agissait pas d'une divulgation de type WikiLeaks dans l'intérêt de la liberté d'information sur les fonctionnaires et leurs activités ; le but de la fuite était beaucoup plus précis.
» L'évaluation cinglante que fait Darroch de Trump n'a rien à envier au récit médiatique dominant et il est intéressant, – mais sans étonnement de ma part par rapport à lui, – que Darroch partage le jugement neocon que l'échec de Trump à déclencher une guerre avec l'Iran après la destruction  du drone a été une catastrophe. Les fuites ne nous apprennent rien de nouveau et ne profitent évidemment à aucune faction politique au Royaume-Uni. Alors quel était le mobile?
» Je crois que la réponse la plus probable est beaucoup plus simple que tout ce que vous trouverez dans la vaste quantité d'articles de presse imprimés sur le sujet ces deux derniers jours par des gens sans connaissance du fonctionnement des services.
» Kim Darroch est une personne grossière et agressive, qui est d’un commerce très désagréable pour ses subordonnés. Il a pris de l'importance au sein du FCO sous le régime du New Labour [de Blair], à une époque où la droite, la politique étrangère pro-israélienne et le soutien à la guerre en Irak étaient des options essentielles pour l'avancement professionnel, tout comme l'adoption d'une étrange culture “macho” inspirée par Alastair Campbell, à partir de Downing Street, où les gens juraient, portaient des sweet-shirts de footballeurs et se prétendaient d’extraction ouvrière (Darroch avait fait des études privées). La posture macho, c'était soudain la chose à faire.
» A une époque où la gestion de l'information était le mot d'ordre de l'administration Blair, Darroch était en charge du département médias du FCO. Je me souviens d'avoir été étonné quand, au téléphone, il m’avait traité de “putain de connard” parce que je n'étais pas d'accord avec lui sur une question politique mineure. Je n’avais tout simplement jamais rencontré ce genre d'agressivité au sein du FCO auparavant. Les gens qui travaillaient directement pour lui devaient supporter ce genre de choses tout le temps.
» La plupart des ambassadeurs de haut rang s'intéressent à la littérature chinoise et à Chostakovitch. Pour les gens type-Darroch, c’est plutôt le squash et la voile. C'est un type qui roule des mécaniques. À mon avis, la source la plus probable des fuites est un ancien subordonné qui se venge d'années d'intimidation et de frustration ou un subordonné actuel qui essaie de se débarrasser d'un patron désagréable. »

Voilà une thèse dont la simplicité est d’une fraîcheur inattendue dans l’univers incertain et déstructuré de cette étrange époque où les manigances, les simulacres, les complots, semblent s’agiter et se tordre dans d’interminables tourbillons crisiques. Nous ne cacherons pas que cette thèse nous paraît très acceptable, très plausible compte tenu notamment de la valeur professionnelle et de l’expérience considérable de la source, plus encore en prenant en compte ses rapports personnels avec Darroch, et tout cela démontrant que nous cherchons si souvent des causes tellement complexes à des actes remarquablement simples dans les attitudes humaines qui les suscitent. Par contre, il y a deux choses à observer qui tiennent à notre époque étrange et donnent la probabilité d’un prolongement très complexe à partir d’un acte si simple :

• La prolifération des fuites, la puissance du système de la communication, la facilité de diffusion des questions soi-disant “secrètes”, etc., ont constitué sans aucun doute un cadre extrêmement favorable à ce qu’un “inconnu” dans les services du Foreign Office décide d’agir ainsi. Dans une autre époque, la même personne X n’aurait peut-être pas osé, ou plus simplement n’en aurait pas eu l’idée. Ainsi l’“acte simple” devient-il un acte conséquent dans la complexité de l’“étrange époque” et suscite-t-il des effets complètement inattendus par rapport à cette cause. (On le voit déjà avec le nombre d’hypothèses sur les possibles manœuvres, coups tordus, etc. qui figurent dans les divers commentaires dans cette affaire.)

• Outre les hypothèses déjà signalées, la fuite qui serait donc très simplement explicable selon Craig Murray suscite des réactions disproportionnées, partant dans toutes les directions, éminemment politiques et polémiques, et créent une crise entre USA et UK aboutissant à la démission de l’ambassadeur. Du coup, des factions opposées (britanniques mais aussi US, et notamment avec l’implication de Trump lui-même) se trouvent devant l’opportunité de faire pression pour telle ou telle nomination, pour modifier de façon peut être importante les relations entre USA et UK, surtout au moment où Boris Johnson va très probablement s’installer au 10 Downing Street à la place de Theresa May. (Ce sont évidemment ces dernières circonstances qui ont favorisé les thèses de “complot politique” que repousse Craig Murray.)

Le portrait que Murray, qui s’y connaît, fait de Darroch nous décrit l’ex-ambassadeur comme un homme de l’époque Blair, un véritable neocon à l’anglaise. (Cela explique l’exclamation de Scaramucci, personnage douteux qui est resté quatre jours à son poste de directeur de la communication dans l’administration Trump, et personnage proche des neocons qui n’aiment pas Trump mais tentent de s’en arranger avec des succès divers dans le sens de leur politique : Darroch était « très-très apprécié à Washington ».) Cela implique que la principale courroie de transmission des special relationships du point de vue britannique, véhiculait une appréciation absolument extrémiste et belliciste (neocon), avec une influence à mesure au Foreign Office. La réaction violente de Trump et l’absence de défense de Darroch par le très-probable futur Premier ministre Boris Johnson, signifieraient, avec la démission de Darroch, une certaine satisfaction des deux hommes (Trump et Johnson) qui se veulent plus proches à cause de leurs options (pseudo-populiste, Brexit). On verra ce qu’il en sera lors de la prochaine nomination du nouvel ambassadeur UK aux USA.

Beaucoup de commentateurs européistes, qui sacrifient au Grand Mythe de l'indépendance de l'UE, se plaisent à mettre en garde contre la complète vassalisation de UK par les USA, avec un Johnson assumant à fond le Brexit et la rupture avec l’UE, et très proche de Trump dont il reçoit constamment force compliments. (Pour la beauté et l'originalité de l'image, on signalera que certains critiques avertissent qu’avec Johnson, UK « va devenir le 51ème État de l’Union ».) Comme si la présence dans l’UE garantissait contre une vassalisation aux USA, alors que l'UE est le centre même de la coordination de la vassalisation américaniste des Européens ! Comme si le gouvernement britannique, depuis MacMillan en 1956, et plus que jamais depuis Blair (1995), n’était pas d’ores et déjà en état de complète vassalisation ! Au contraire, la confluence des deux personnalités (Trump et Johnson) fait que l’Anglais pourrait être invité à jouer un rôle actif dans la lutte politique en cours aux USA (et ailleurs) entre populistes et pseudo-populistes d’une part, globalistes d’autre part. Dans ce cas, le vassal aurait une fonction différente d’allié d’une faction (Trump) en lutte aux USA, qui lui donnerait plus de poids, notamment auprès de l’administration, contre les ennemis jurés de Trump.

Dans ce cadre, Darroch était plutôt un obstacle à l’arrivée de Johnson avec ses liens avec Trump, puisqu’allié plutôt aux adversaires (néanmoins extrémistes bellicistes) de Trump. On dirait alors que son élimination tombe à pic, ce qui renforcerait le scepticisme de ceux qui ne croient pas à l’explication de Murray. Nous, nous serions tentés d’y croire plus que jamais car, dans cette “époque étrange”, les batailles sont de moins en moins conditionnées par les conditions politiques strictes et les habiletés platement humaines des comploteurs, et les meilleures manœuvres de la part d’une faction, viennent en général à partir d’incidents fortuits, presque “par hasard”, c'est-à-dire par la volonté des dieux. On n’a jamais tant comploté et jamais tant raté de complots, si bien qu’une “innocente vengeance” contre Darroch pourrait réussir là où les complots échouent en général.

 

Mis en ligne le 11 juillet 2019 à 12H45

  • 11 juillet 2019 à 00:00

Emmanuel Todd et le micro-théâtre militaire US

Par info@dedefensa.org

Emmanuel Todd et le micro-théâtre militaire US

Ce texte avait été rédigé il y a deux ou trois ans quand un autre danger de guerre menaçait. Todd l’avait déjà commenté.

Vite la guerre (lisez Ralph Raico pour comprendre) pour remonter dans les sondages. Le clown Trump sait à quoi se raccrocher, avec la bénédiction des faux sites comme Infowars.com !

Reprise de la quadruple troisième guerre mondiale, avec la bénédiction des bureaucraties mondialistes, de la gauche sociétale et des humanistes néocons.

Ceci dit, il va être dur de flanquer une raclée à tout le monde en même temps. Syrie, Russie, Iran, Corée, Chine, Venezuela… L’empire du bien ne sait plus où donner de la fête !

Or le plus marrant, comme le rappelle Fred Reed ce matin dans Unz.com, c’est que l’empire ne fait plus peur à personne. La Corée se fout du Donald, l’Iran hausse les épaules, la Chine rebâtît sa route de la soie. C’est quoi ce cirque alors ?

Un qui avait tout dit en 2002 est Emmanuel Todd. Je le cite presque sans commenter :

« Nous assistons donc au développement d’un militarisme théâtral, comprenant trois éléments essentiels :

— Ne jamais résoudre définitivement un problème, pour justifier l’action militaire indéfinie de l’« unique superpuissance » à l’échelle planétaire.

— Se fixer sur des micro-puissances — Irak, Iran, Corée du Nord, Cuba, etc. La seule façon de rester politiquement au cœur du monde est d’« affronter » des acteurs mineurs, valorisant pour la puissance américaine, afin d’empêcher, ou du moins de retarder la prise de conscience des puissances majeures appelées à partager avec les États-Unis le contrôle de la planète : l’Europe, le Japon et la Russie à moyen terme, la Chine à plus long terme.

— Développer des armes nouvelles supposées mettre les Etats-Unis « loin devant », dans une course aux armements qui ne doit jamais cesser. »

Todd aime cette métaphore théâtrale, et il la file durant tout son livre. L’empire des transformers développe un cirque planétaire sous les acclamations de tous les Slate.fr, lemonde.fr et liberation.fr de cette belle planète de gauche, de droit et de démocratie :

« Il y a une logique cachée dans le comportement apparent d’ivrogne de la diplomatie américaine. L’Amérique réelle est trop faible pour affronter autre chose que des nains militaires. En provoquant tous les acteurs secondaires, elle affirme du moins son rôle mondial. Sa dépendance économique au monde implique en effet une présence universelle d’un genre ou d’un autre. L’insuffisance de ses ressources réelles conduit à une hystérisation théâtrale des conflits secondaires. »

Le pompier pyromane agite et fait des bulles :

« Un nouveau théâtre s’est récemment ouvert à l’activité de pompier pyromane des États-Unis : le conflit entre l’Inde et le Pakistan. Largement responsables de la déstabilisation en cours du Pakistan et de la virulence locale de l’islamisme, les États-Unis ne s’en présentent pas moins comme médiateur indispensable. »

Quinze ans près, plus personne ne veut de ce cirque US, sauf les médias sous contrôle et lus par les robots et les bobos qui surnagent.

Sur l’Afghanistan, Todd écrit :

« La guerre d’Afghanistan qui a résulté de l’attentat du 11 septembre a confirmé l’option. Une fois de plus, les dirigeants américains se sont engouffrés dans un conflit qu’ils n’avaient pas prévu, mais qui confortait leur technique centrale que l’on peut nommer le micro-militarisme théâtral : démontrer la nécessité de l’Amérique dans le monde en écrasant lentement des adversaires insignifiants. Dans le cas de l’Afghanistan, la démonstration n’a été qu’imparfaite. »

On parodiera un titre célèbre de l’âge d’or hollywoodien : il n’y a pas de show business comme le business de la guerre.

“There no show business like war-business! »

A propos de l’OTAN et de ses gesticulations en pays balte, un colonel français, le colonel Lion je crois, a parlé d’opérations de « communication ». On verra. Mais malgré Libération et le NYT, l’Allemagne je crois préfèrera le gaz russe au nucléaire russe.

Emmanuel Todd montrait comme les nord-coréens ou les iraniens son absence de peur face à l’abrutissement impérial :

« Le gros de l’activité militaire américaine se concentre désormais sur le monde musulman, au nom de la « lutte contre le terrorisme », dernière formalisation officielle du « micro-militarisme théâtral ». Trois facteurs permettent d’expliquer la fixation de l’Amérique sur cette religion qui est aussi de fait une région. Chacun de ces facteurs renvoie à l’une des déficiences — idéologique, économique, militaire — de l’Amérique en termes de ressources impériales. »

Le délirium transsexuel et féministe de l’empire est ainsi souligné par Emmanuel Todd :

« Ce conflit culturel a pris depuis le 11 septembre un côté bouffon et à nouveau théâtral, du genre comédie de boulevard mondialisée. D’un côté, l’Amérique, pays des femmes castratrices, dont le précédent président avait dû passer devant une commission pour prouver qu’il n’avait pas couché avec une stagiaire ; de l’autre, Ben Laden, un terroriste polygame avec ses innombrables demi-frères et demi-sœurs. Nous sommes ici dans la caricature d’un monde qui disparaît. Le monde musulman n’a pas besoin des conseils de l’Amérique pour évoluer sur le plan des mœurs. »

Sautons quelques références et concluons sévèrement :

« Le cauchemar caché derrière le rêve de Brzezinski est en cours de réalisation : l’Eurasie cherche son équilibre sans les États-Unis. »

C’est la fin de McKinder et du rêve impérial anglo-saxon de contrôler l’île-monde à coups de trique.

Je terminerai avec Plaute, qui dans son Miles Gloriosus, avait écorné l’image du militaire fanfaron (Remacle.org) :

« Soignez mon bouclier; que son éclat soit plus resplendissant que les rayons du soleil dans un ciel pur. Il faut qu’au jour de la bataille, les ennemis, dans le feu de la mêlée, aient la vue éblouie par ses feux. Et toi, mon épée, console-toi, ne te lamente pas tant, ne laisse point abattre ton courage, s’il y a trop longtemps que je te porte oisive à mon côté, tandis que tu frémis d’impatience de faire un hachis d’ennemis. »

  • 11 juillet 2019 à 00:00

Le 737MAX menace réellement Boeing

Par info@dedefensa.org

Le 737MAX menace réellement Boeing

La situation de Boeing ne s’améliore pas du tout quatre mois après la seconde catastrophe touchant le 737MAX, suivie par une décision de très nombreux pays et de très nombreuses compagnies aériennes d’interdire de vol l’avion jusqu’à ce que soit corrigée la défaillance technique repérée dans le chef de dispositif de changement de vol automatique dont les pilotes n’avaient pas été instruits et sur lequel ils ne pouvaient pas agir. Depuis, d’autres problèmes sont apparus et l’organisme national le plus favorable à Boeing, la FAA fédérale des USA qui gèrent la certification des avions, ne prévoit pas la levée de l’interdiction avant octobre au mieux. Même cette date est très incertaine, du fait que ces nouveaux problèmes ont été mis à jour entretemps, indiquant une baisse sensible de la qualité de travail de Boeing en vue de renforcer ses profits. La question de la confiance de ses clients dans la qualité du travail de Boeing est aujourd’hui centrale, sinon décisive.

Les chiffres ci-dessous indiquent que la production de Boeing est très fortement en baisse par rapport à 2018, et pour la première fois en huit ans Airbus a dépassé son rival US. La première annulation de commande a été annoncée lundi, venue de Flyadeal, une compagnie aérienne constituée sur des investissements saoudiens ; elle porte sur 50 737MAX et $5,9 milliards. Flyadeal a conjointement annoncé qu’il passait une commande équivalente à Airbus pour pouvoir continuer ses opérations. Le fait que le premier client de Boeing à annuler sa commande soit financé par l’Arabie est ressenti comme un événement  très important et inquiétant. Politiquement, Boeing pouvait espérer que l’Arabie, très proche des USA, le soutiendrait dans cette période difficile. On peut même se demander si Trump, qui a beaucoup misé sur ses liens avec l’Arabie, n’a pas laissé tomber Boeing en n’insistant pas auprès des Saoudiens pour qu’ils n’annulent pas la commande.

Il est désormais du domaine du possible que la catastrophe du 737MAX affecte l’équilibre de l’entreprise et hypothèque son avenir. Les propos du journaliste David Lindorff que nous rapportions en avril 2019 sont d’actualité et peuvent conduire à l’hypothèse de faire un lien entre la démission du secrétaire à la défense sur le point d’être confirmé, Patrick Shanahan, et la situation de Boeing : « ...laquelle mise en cause [de Shanahan] conduit à la situation de Boeing dont Shanahan a été l’un des principaux directeurs pendant trente ans, et cette situation se caractérisant par l’affaire du 737Max qui est bien loin d’être terminée, et à propos de laquelle Lindorff ne mâche pas ses mots : « Cela pourrait tuer Boeing. »

D’ores et déjà, deux pistes de réflexions, ou de rumeurs, se diffusent : la première porte sur les possibilité d’intervention du gouvernement fédéral dans certaines circonstances, si Boeing rencontrait de réelles difficultés d’équilibre financier. (On rappelle le précédent de Lockheed avec son triréacteur Tristar subissant les effets catastrophiques du développement du moteur Rolls Royce RB211, et sauvé par une intervention fédérale au début des années 1970.) La seconde porte sur l’attitude du Pentagone, dont Boeing est un important fournisseur, et qui pourrait vouloir sinon exiger, à un certain moment si la crise s’aggrave, de mettre la production militaire de la firme à l’abri, éventuellement en détachant les deux départements (civil et militaire).

Ci-dessous, quelques notes de RT.com sur la situation très préoccupante de Boeing.

« L'avionneur américain Boeing a fait état d'une baisse de 37% des livraisons pour le premier semestre de l'année en raison de l'immobilisation prolongée de ses 737MAX, son avion le plus vendu jusqu’aux deux catastrophes d’octobre 2018 et de mars 2019.
» La compagnie a livré 239 avions de janvier à juin, comparativement à 378 avions à réaction à la même période en 2018. Les livraisons pour le deuxième trimestre de 2019 ont diminué de 54 % par rapport à la même période l'an dernier, pour s'établir à 90 appareils.
» Selon les analystes, les livraisons en année pleine de l'entreprise devraient accuser un retard par rapport à son concurrent européen Airbus pour la première fois en huit ans.
» Airbus a annoncé mardi 389 livraisons au cours des six premiers mois de l'année, en hausse de 28% par rapport à la même période en 2018. Le constructeur d'avions rival a également enregistré 213 commandes, soit environ le double de ce que Boeing a déclaré.
» Très peu de compagnies aériennes ont continué faire confiance au 737 MAX de Boeing, après les accidents en Indonésie et en Éthiopie, qui ont fait 346 victimes. [Outre les ordres d’immobilisation par nombre d’autorités nationales], l’avion a été immobilisé par un grand nombre de compagnies aériennes internationales depuis mars.
» Lundi, le transporteur budgétaire saoudien Flyadeal a annulé une commande de 50 Boeing 737 Max d’une valeur de 5,9 milliards de dollars en faveur d'un accord avec Airbus. Elle est devenue la première compagnie aérienne à annuler officiellement sa commande depuis l’interdiction, de vol du MAX. »

  • 10 juillet 2019 à 00:00

La mort de l’idée libérale

Par info@dedefensa.org

La mort de l’idée libérale

Le sommet du G20 qui s’est tenu la semaine dernière à Osaka a été un événement marquant : il a montré à quel point le monde avait changé. Les pièces maîtresses de la nouvelle configuration sont la Chine, la Russie et l’Inde, l’UE et le Japon étant des partenaires enthousiastes et l’intégration eurasienne étant la priorité absolue. L’ordre du jour était clairement établi par Xi Jinping et Poutine. May, Macron et Merkel – les dirigeants européens ne méritant pas vraiment ce titre – étaient clairement relégués en périphérie ; deux d’entre eux sont en train de s’en aller tandis que celui qui garde sa place (pour l’instant) ressemble de plus en plus à un  toyboy. Les Européens ont perdu leur temps à marchander sur la question de savoir qui devrait diriger la Commission européenne, pour ensuite faire face à une rébellion ouverte sur leur choix dès leur retour au pays.

Et puis il y a eu Trump, qui se lâche maintenant que la farce de Robert Mueller est arrivée à son inévitable conclusion. Il courait dans tous les sens pour savoir lequel des “partenaires” de l’Amérique peut encore être jeté sous le bus avant que le toit ne s’écroule sur la Pax Americana. C’est un vœux pieux parce qu’il n’a plus de munitions. Il a déjà menacé deux fois, une fois la Corée du Nord, une fois l’Iran, mais, étant donné les catastrophes en Afghanistan, en Irak, en Syrie et en Libye, sa raison l’a poussé à garder son jouet militaire bien à l’abri.

Trump n’a pas encore complètement renoncé à la guerre commerciale, mais là encore, il rencontre des problèmes et il est contraint de faire marche arrière : Huawei a été sorti de la niche à sanctions. Trump doit maintenant sortir du jeu un autre acteur majeur – la Chine, la Russie ou l’UE – avant que l’Eurasie ne soit cimentée par des routes commerciales terrestres contrôlées par la Chine, la Russie et l’Iran au lieu de routes maritimes patrouillées par la marine américaine ; s’il échoue, les États-Unis seront hors jeu, leur puissance militaire et le dollar américain devenant tous deux hors sujet. De cette petite liste, l’UE semble être la cible la plus douce, mais même les Européens ont réussi, d’une manière ou d’une autre, à lancer un mécanisme qui leur permet de contourner les sanctions américaines contre l’Iran. Trump est définitivement dans une situation difficile. Que doit faire l’auteur de “The Art of the Deal”quand plus personne ne veut négocier d’autres accords avec les États-Unis, sachant maintenant très bien que les États-Unis trouvent toujours le moyen de revenir sur leurs obligations ?

Et puis est venu le coup de massue. Dans une  interview  accordée au Financial Times, Poutine a déclaré que « l’idée libérale… a finalement perdu de son utilité »parce qu’elle ne répond plus aux besoins de la majorité des peuples. Il ne parle pas de “gens”, mais de “peuples” – tous différents, mais tous les peuples viables unis dans leur adhésion inébranlable au principe que la famille et la nation (du verbe latin nasci – être né) sontüber alles. Certains pourraient percevoir des indices de fascisme dans cette suite de pensées, mais cela reviendrait à dire que puisque les fascistes sont connus pour utiliser des brosses à dents, alors les brosses à dents ipso facto sont des outils fascistes interdits et chacun doit retourner se laver les dents avec des brindilles et des bâtons. Ce que Poutine a été capable de dire au sujet de l’idée libérale qui serait morte – ce qu’aucun dirigeant occidental n’oserait dire – montre à quel point le monde a changé.

Ce n’est pas que certains dirigeants occidentaux ne le diraient pas, si seulement ils le pouvaient. « Nos partenaires occidentaux, a dit M. Poutine, ont admis que certains éléments de l’idée libérale ne sont tout simplement pas réalistes… comme le multiculturalisme. Beaucoup d’entre eux ont admis que oui, malheureusement ça ne marche pas (on rigole …)et qu’il faut se rappeler des intérêts de la population autochtone. »Non pas que la Russie n’ait pas sa part de problèmes liés aux migrants, en raison de sa politique d’ouverture des frontières avec certaines anciennes républiques soviétiques, mais elle s’efforce de les résoudre en exigeant des compétences en russe et le respect de la culture et des traditions russes, alors que  « l’idée libérale présuppose que rien n’a besoin d’être fait, que les migrants peuvent tuer, piller et violer, mais que nous devons défendre leurs droits… Quels droits ? Vous avez enfreint une règle, vous êtes puni ! »

La crise des migrants est un parfait exemple de la façon dont le libéralisme a dépassé son utilité. Le libéralisme offre deux voies pour aller de l’avant, qui lui sont fatales. Une approche est clairement antilibérale : arrêter l’afflux de migrants par tous les moyens nécessaires ; insister pour que les migrants déjà présents dans le pays se conforment à un ensemble strict d’exigences, y compris une connaissance approfondie de la langue de la nation, une connaissance détaillée de ses lois et systèmes administratifs, une stricte obéissance à ses lois et une préférence et un respect manifestes pour les coutumes et la culture des populations autochtones – ou soient expulsés ou au moins déportés. L’autre approche est avant tout libérale : permettre à l’afflux de continuer, ne pas entraver la formation de ghettos et d’enclaves d’étrangers dans lesquels les citoyens et les fonctionnaires autochtones n’osent pas entrer, et finalement se soumettre à la charia ou à d’autres formes de dictature étrangère, garantissant ainsi la mort éventuelle de l’idée libérale avec une grande partie de la population autochtone. Ainsi, le choix est entre tuer l’idée libérale mais sauver la population indigène ou laisser mourir l’idée libérale bon gré mal gré, en emmenant la population indigène avec elle. Il n’y a aucune autre solution.

« Nous vivons tous dans un monde fondé sur les valeurs bibliques traditionnelles, a dit Poutine.  Nous n’avons pas besoin de les démontrer tous les jours … mais nous devons les avoir dans notre cœur et dans notre âme. Ainsi, les valeurs traditionnelles sont plus stables et plus importantes pour des millions de personnes que cette idée libérale qui, à mon avis, est en train de cesse d’exister. » Cela est vrai non seulement pour les croyants – qu’ils soient chrétiens, musulmans ou juifs – mais aussi pour les athées. Pour le dire en des termes qui peuvent choquer et étonner certains d’entre vous, vous n’avez pas besoin de croire en Dieu (bien que cela vous aide à éviter toute dissonance cognitive) mais si vous aspirez à une quelconque adéquation sociale dans une société traditionnelle, vous n’avez d’autre choix que de penser et agir sincèrement comme si Dieu existait, et qu’Il est le Dieu de la Bible, qu’Il soit Yahweh, Elohim, Jésus et la Sainte Trinité ou Allah (mot arabe pour “Dieu”).

Poutine a mis fin à son argumentation en mettant les pieds dans le plat toujours si gentiment et poliment. Il a dit qu’il n’avait aucune idée de tout ce qui se passe avec le  « transgenrisme-trans… tout ce que vous voulez ». Combien y a-t-il de genres ? Il a perdu le compte. Il n’est pas contre le fait de laisser les membres adultes consentants de divers groupes sexuels minoritaires faire ce qu’ils veulent entre eux – « Que tout le monde soit heureux ! » – mais ils n’ont pas le droit de dicter leurs règles aux autres. Plus précisément, la loi russe rend illégale la propagande homosexuelle parmi les mineurs. Les précieux pro-LGBT d’Hollywood doivent être mécontents : leur choix est soit de censurer la propagande LGBT du scénario, soit de censurer le film fini avant sa sortie en Russie (et en Chine).

Ici, Poutine puise dans quelque chose qui est en train de vite devenir une tendance politique partout, y compris dans cet ancien bastion du libéralisme, l’Occident. C’est dans la nature des démocraties que les minorités auparavant réprimées aient tendance à réclamer de plus en plus de droits jusqu’au point où elles commencent à empiéter sur les droits de la majorité, et souvent bien au-delà, mais à un moment donné, la majorité commence à les repousser. Aujourd’hui, on peut affirmer avec une certaine certitude que, de l’avis de la majorité, le mouvement LGBT est allé trop loin. Les sondages d’opinion  [aux USA]  en témoignent : le soutien aux LGBT a atteint un sommet de plus de 50 %, mais a chuté d’environ 10 % par année depuis plusieurs années maintenant.

Jusqu’à quel point le mouvement LGBT est-il allé trop loin ? Dans certains pays occidentaux, des enfants d’à peine trois ans sont soumis à un “changement de sexe” qui suit une séquence d’endoctrinement, de castration chimique et de castration physique, même contre la volonté de leurs parents, qui aboutit à un individu stérile. Je vous en prie, pourquoi un parent sain d’esprit accepterait-il de faire stériliser sa progéniture, mettant ainsi fin à sa lignée ? La grande majorité de la population sur la Terre trouve de telles pratiques épouvantables, et cela commence à inclure l’épicentre de l’idée libérale désormais morte – l’Occident lui-même. Voici une première étape timide de l’écrasante réplique qui semble s’ensuivre, un « défilé de la fierté hétérosexuelle »est prévu à Boston.

Notez que l’élément en question n’est pas “genre” mais “sexe”. Le mot “genre” existe, mais le sens dans lequel les militantes et les féministes LGBT l’utilisent est un exemple de surcharge de la violence linguistique. Le seul sens dans lequel le terme est valable est le genre grammatical, qui est une caractéristique de la plupart des langues indo-européennes. Dans ces langues, tous les noms sont assignés à l’un des trois sexes – homme, femme et neutre – en anglais, identifiés par les pronoms“he”, “she” et “it”, tandis qu’en russe, ils sont “oná” et “onó”et, très typiquement, “he” (“on”) est le genre par défaut ou non marqué tandis que les deux autres requièrent des fins spécifiques (“-a”, “o”). Les noms et pronoms masculins et féminins peuvent désigner des objets animés ou inanimés, qui répondent soit à “Qui”, soit à  “Quoi”, alors que les noms et pronoms neutres ne peuvent désigner que des objets inanimés, qui répondent à “Quoi ?”(sauf en poésie, comme le permet la licence poétique). D’ailleurs, cela dissipe la confusion sur les pronoms alternatifs “sexospécifiques”, qu’ils soient “ze”, “hir” ou “ququuuxxx” : pour fonctionner grammaticalement, ils doivent encore faire un choix entre masculin et féminin, ou ils indiquent qu’une personne est un être inanimé – un “quoi” plutôt qu’un “qui”.

L’emploi grammatical du terme “genre” est justifié ; tous les autres sont des efforts fantaisistes pour surcharger le terme d’une manière qui ne correspond pas à la réalité physique. Et la réalité est la suivante : des échantillons de tissus de n’importe quel spécimen de l’espèce humaine permettent de trouver facilement le sexe du spécimen en recherchant une paire de chromosomes XX ou XY et en lui attribuant un symbole “F” ou “H” correspondant. Dans la grande majorité des cas, le spécimen lui-même peut s’être vu attribué un sexe par inspection visuelle, tout comme un poulet, mais beaucoup plus facilement en examinant les organes génitaux. Pour la survie de l’espèce, il est crucial qu’un spécimen “F” devrait généralement être capable de donner naissance après l’accouplement avec un spécimen “H”. Il y a diverses anomalies et pathologies qui se situent en dehors de ce schéma de base, mais elles sont suffisamment rares pour être considérées “comme du bruit”  la plupart du temps.

Les gens aux marges méritent certainement la liberté de s’engager dans n’importe quelles parties fines qui chatouille leur imagination, mais prétendre qu’ils appartiennent à un arc-en-ciel de “genres” fictifs n’aide pas du tout le reste d’entre nous. Peut-être les appelle-t-on tous des “pidors”, comme le font souvent les Russes, ce qui simplifie un peu trop les choses. (Le mot est un raccourci pour “pédéraste” qui vient des anciens Grecs, qui étaient célèbres pour la pédérastie, et qui signifie littéralement « l’amour des jeunes garçons »). D’un autre côté, avec la plupart des Russes, ce serait probablement une erreur d’essayer de leur expliquer la différence entre Q1 et Q2 dans LGBTQ1Q2 car pour eux cette question est  siiii intéressante !(La phrase en italique doit être lue avec un gémissement, un visage à la mâchoire relâchée et un roulement des yeux.)

Cela dit, vous pouvez certainement continuer à croire en un arc-en-ciel de genres, aux elfes, ou aux licornes et ceux qui sont gentils et polis souriront de vos slogans libéraux tandis que ceux qui sont grossiers et impolis vous riront au nez ou même vous bousculeront un peu dans un effort vain pour vous mettre du plomb dans la tête. Mais nous devons être gentils et polis et, comme Poutine l’a dit,« Que tout le monde soit heureux ». En retour, nous devrions probablement essayer d’éviter d’être bousculés et giflés par des gens dont la tête est pleine d’idées dépassées et confuses. Certaines de ces têtes, notamment celles des  “flocons de neige”, qui semblent incapables congénitalement d’accepter tout désaccord, vont exploser d’elles-mêmes.

Plus important encore, nous devrions refuser à ces personnes tout accès à nos enfants. Ici, Poutine a lancé un appel au clairon qui devrait résonner dans le monde entier :« Laissez les enfants tranquilles ! » Son appel devrait résonner chez la grande majorité des humains, de toutes ethnies, cultures et religions, qui prennent l’exhortation divine à « être féconds et à se multiplier » au sens littéral et souhaitent que leur progéniture en fasse de même. Lorsque les conditions se détériorent, comme c’est souvent le cas, ils tomberont comme des mouches à l’automne, mais la mort sera alors un élément essentiel de la vie, et ils finiront par se régénérer et vivre pour essaimer à nouveau une fois que les conditions se seront améliorées.

Soit dit en passant, maintenant que le libéralisme est mort, ceux qui pensent que la planète est surpeuplée n’ont que le droit de parler pour eux-mêmes. C’est-à-dire qu’il se peut très bien que la Terre soit surpeuplée avec vous, mais c’est à vous seul, bien sûr, d’en décider. Si cette question vous tient suffisamment à cœur, vous devriez peut-être prendre les choses en main et débarrasser la planète de votre si bonne personne, mais permettez que le reste d’entre nous attendions de quitter ce monde d’une autre manière, plus naturelle et moins idéologiquement motivée. En attendant, le reste d’entre nous devrait pouvoir avoir autant d’enfants que les conditions locales le justifient. Poutine n’avait rien à dire sur cette question ; il est le président de la Russie, la Russie n’est pas surpeuplée, et le reste de la planète ne l’a pas élu. De même, maintenant que le libéralisme est mort, votre opinion sur la démographie de la Russie n’a plus aucune importance, à moins que vous ne soyez russe.

Il y a beaucoup plus à dire sur la mort de l’idée libérale, et ce n’est que le premier épisode – nettoyer les ponts en jetant quelques bagages inutiles par-dessus bord, si vous voulez. Bien plus importante est la question de savoir ce qui va remplacer l’idée libérale maintenant qu’elle est morte. Le capitalisme de marché libre est mort lui aussi (il suffit de regarder toutes les manigances financières, les sanctions et les barrières douanières !) et les conservateurs et libertariens du marché libre occidental devraient noter qu’idéologiquement, ils sont toujours des libéraux et que leur idéologie est morte maintenant, elle aussi.

Mais qu’y a-t-il pour remplacer le libéralisme ? Il semble que le choix soit entre le marxisme-léninisme artificiellement ressuscité (avec Léon Trotski qui rôde, menaçant et Pol Pot assis comme un Bouddha sur un tas de cadavres en décomposition) et le stalinisme moderne, high-tech et brillant (avec des caractéristiques chinoises distinctes). Les garçons et les filles intelligents, lorsqu’on leur propose un faux choix en leur demandant “Voulez-vous une pomme ou une banane”, répondent généralement “Non !” J’aimerais faire la même chose. Mais alors quels autres choix reste-t-il ? 

 

(Le 02 juillet 2019,  Club Orlov, – Traduction du Sakerfrancophone)

  • 10 juillet 2019 à 00:00

Archives-dd&e : La guerre “déchaînée”

Par info@dedefensa.org

Archives-dd&e : La guerre “déchaînée”

C’est avec un réel bonheur que nous avons retrouvé ces deux textes (le premier publié aujourd’hui) qui s’appuient sur le travail de l’historien italien Guglielmo Ferrero sur la période de “la Grande Peur”, de la Révolution Française au Congrès de Vienne. C’est avec une grande satisfaction que nous avons retrouvé Guglielmo Ferrero (bien qu’il ne nous ait jamais vraiment quitté), que nous citions moins depuis l’exploitation considérable que nous fîmes de son apport dans la première période de notre découverte de lui.

(Resté proche de nous, Ferrero, notamment grâce à l’emprunt fondamental que nous fîmes de son travail, dans le chef des concepts antagonistes qu’il présenta de “l’idéal de la perfection” et de “l’idéal de la puissance”. La présence dans notre Glossaire.dde de “l’idéal de la puissance” en témoigne, ainsi qu’un texte ou l’autre notamment sur la Grande Guerre. [C’est à propos de la Grande Guerre, et en plein milieu de celle-ci qu’il définit ces deux concepts, notamment dans une conférence dont le texte fut repris encore récemment, le 4 novembre 2018.].)

Il est manifeste que Ferrero nous aida considérablement à identifier et à définir quelques-uns de nos concepts essentiels, et notamment, celui, fondamental pour nos travaux, du “déchaînement de la Matière”. C’est à cette même époque, avec Ferrero à l’esprit sinon dans l’“âme poétique” (expression essentielle chez PhG), que nous fîmes plusieurs séjours à Verdun, lesquels débouchèrent sur Les Âmes de Verdun, et il est évident que cette présence de Ferrero joua un rôle important dans ce que PhG nomme “l’intuition de Verdun”.

Ferrero fait partie de notre « chaîne de la connaissance », que nous citons dans le début du texte ci-dessous, qui se définit comme « la découverte de compagnons d’esprit qui, en vous livrant leurs propres réflexions novatrices, enrichissent votre propre processus de novation de la pensée ». Avec lui, nulle compétition, nulle mesure relative, nulle comparaison de valeurs antagonistes des esprits, nulle mesure inquiète sur les droits d’auteur, enfin nul individualisme exacerbé de l’un ou l’autre suscitant nécessairement une tension déstructurante (le mot est déjà là !) ; mais un compagnonnage confiant, une estime de l’esprit et de “l’âme poétique” qui permettent de parler d’une sorte de collectivité historique de la pensée, cette sensation d’appartenir à une chevalerie commune de l’esprit qui transcende le temps, qui est installé dans un passé commun caractérisé par la hauteur, qui effleure l’éternité.

Ainsi en 2006-2007 apprîmes-nous à connaître Ferrero et très vite à le tenir comme indispensable dans notre bibliothèque secrète et sacrée. Comment aurions-nous pu faire autrement, lui qui définit si parfaitement ce qui va devenir pour nous, ce qui est déjà pour nous la métahistoire dont nous jugeons que son intervention se retrouve quotidiennement dans les événements-simulacre, dans les tragédies-bouffe de cette si étrange époque ? Cet extrait de lui, effectivement, n’est-ce pas la définition “opérationnelle” de la métahistoire au-dessus de l’Histoire et hors d’atteinte des pensées trop vite ficelées des sapiens qui croient si vite tenir dans leurs mains pressées le destin du monde ? Car “la métaphysique triomphe sur la physique”

«…[L’]homme ne conçoit la force que comme une physique de causes et effets voulus, visibles et tangibles : les violences extérieures d'un côté, les actes et mouvements extérieurs que la force peut provoquer. Mais il y a aussi une métaphysique de la force : les ébranlements, les réactions, les tumultes intérieurs et ultérieurs qui ne se voient pas et que la force provoque sans le vouloir et le savoir. Les hommes qui ne croient qu’à la logique de la force s’imaginent facilement qu’elle est leur docile servante, et qu’ils la feront toujours agir dans la direction choisie par eux. Et puis, tout à coup, les résultats tangibles et visibles disparaissent, emportés par l’explosion inattendue des réactions et des tumultes invisibles. La métaphysique triomphe sur la physique. Le drame se répète depuis le commencement des temps, toujours le même et toujours si surprenant, que chaque fois il paraît inédit. »

Mais venons-en au sujet du premier texte plus précisément, – sur lequel nous aurons à en dire plus encore dans la présentation du second texte que nous publierons dans les jours suivants, sur le sujet, puisqu’il s’agit à l’origine d’une série de deux articles de la rubrique Analyse parues dans les numéros du 10 et du 25 novembre 2007 de la Lettre d’Analyse dedefensa & eurostratégie (dd&e), Volume 23, numéros 5 et 6. Le texte ci-dessous porte précisément sur la transformation radicale de la guerre qui eut lieu à l’occasion et du fait de la Révolution Française continuée dans les guerres napoléoniennes. Ferrero s’attache surtout, et d’une façon originale, à ce qu’il considère comme la première application surpuissante de cette “guerre révolutionnaire” qu’il désigne plutôt comme la “guerre déréglée” (la guerre ayant perdu ses règles), c’est-à-dire la campagne d’Italie du Général Bonaparte.

Loin d’en faire le premier éclair du génie militaire que fut Napoléon, il présente au contraire un Bonaparte prudent, et surtout très attentif à “se couvrir”, à suivre les directions du Directoire, qui apparaît ainsi comme le véritable créateur de la “guerre déréglée”, notamment avec l’une des trois plus importantes batailles de ce qui est devenu la légende de l’épopée napoléonienne : « Rivoli est la première des trois grandes victoires de Napoléon, – Austerlitz sera la seconde, léna la troisième, – qui n'ont pas fait seulement du bruit mais de l'histoire, parce qu'elles ont été, en Italie, en Allemagne, trois coups de bélier contre l'Ancien Régime. »

L’idée fondamentale de Ferrero, – qui rencontre complètement notre adhésion, – est que les idées, justement, ne comptent guère dans la soi-disant “guerre révolutionnaire”. Ferrero parle en termes de rupture des structures existantes de l’ordre, qui sont provoquées par les armées révolutionnaires. C’est la force et la décision inéluctable de mener une guerre “totale” qui brisent ces structures, et cette conceptions nous renvoit nous-mêmes à nos propres concepts de l’opposition entre les forces structurantes et les forces déstructurantes, entre structuration et déstructuration. La force brise les structures, elle est déstructurante, – et là, “c’est l’aventure”, qui peut déboucher sur on ne sait quoi, et sur laquelle bien entendu on peut greffer les idées révolutionnaires et ainsi proclamer que les idées l’ont emporté, qu’elles constituent des forces bien plus grandes que les armées. Pirouette du théoricien, puisqu’inversion du processus de la vérité-de-situation, effet devenant cause et ainsi de suite… Ferrero nous montre un Bonaparte (et un Directoire par conséquent) hésitant, tantôt trop prudent, tantôt trop audacieux, et fort peu intéressé à diffuser les idées révolutionnaires. Les historiens-Système feront plus tard un récit différent, surtout intéressés par la légende napoléonienne. Ferrero, lui, cherche la vérité du monde, et il la trouve dans le fracas de la guerre qui s’est “libérée” (!), qui s’est affranchie des règles que lui avaient appliquée les usages du XVIIIème siècle.

Tout cela correspond parfaitement à notre conception du “déchaînement de la Matière”, et nous avons choisi le titre de “la guerre déchaînée” pour marquer cette intime connivence. La guerre de la modernité est née (plus que la “guerre moderne” qui se développe et se développera au rythme du développement du technologisme) ; comme un diable, elle est sortie de sa bouteille et plus rien ne l’y fera rentrer, sinon l'autodestruction de la modernité (en bonne voie, merci). La guerre de la modernité, comme une prémonition d’autres atours de la modernité, est une guerre “déréglée”, qu’on pourrait qualifier également de “guerre dérégulé”, – à l’image du marché libre et du libre-échange qu’enfante la modernité, à l’image des déstructurations sociales et sociétales qui prennent aujourd’hui un rythme de démence. C’est une guerre qui échappe volontairement et avec arrogance aux règles de la souveraineté et détruit la souveraineté des autres, rendant ainsi impossible des paix durables, c’est-à-dire réinstallées dans des règles acceptées par tous.

Bien entendu, la modernité, qui s’y entend en fait de simulacres, ne manquera pas, dans la foulée vertueuse de son entreprise de déstructuration du monde, de se caparaçonner dans une cuirasse de vertus en fabriquant des faux-nez divers pour faire oublier le péché originel de la déstructuration qui la caractérise (la déstructuration qui s’attaque bien entendu aux principes, et par conséquent aux règles). Elle inventera donc, en en faisant une panacée universelle, “les lois de la guerre”, avec ses crimes (“crime de guerre”), ses “tribunaux” (de Nuremberg à La Haye), en espérant nous faire éventuellement oublier que le concept de “loi de la guerre” débouche toujours sur la “loi du vainqueur”.

(Mais ce dernier point est d’assez peu d’importance puisqu’en général, ceux qui se targuent de respecter absolument les “lois de la guerre”, – en général les gouvernements US et du bloc-BAO, – sont à la fois eux-mêmes le Droit, la Vertu, et par conséquent les “lois de la guerre” ; et comme ils attaquent en général beaucoup plus faibles qu’eux, et qu’ils l’emportent, ou dans tous les cas le proclament, “lois de la guerre” et “loi du vainqueur” chez eux se confondent. C’est ainsi que fonctionne la modernité, ou plutôt qu’elle pétrole, depuis que la guerre a été “déréglée”/“dérégulée” pour être “légiférée”, – faut voir comme…)

 Nous terminons cette analyse de la guerre “déréglée”/“dérégulée” qui nous apparaît comme un phénomène si fortement resurgi dans notre époque étrange au moins depuis 9/11, – comme si nous relancions deux siècles plus tard, dans un effort final vers l’autodestruction, la machine infernale mise en place par la Révolution et le “déchaînement de la Matière”, – nous terminons donc en signalant que, bien entendu, face à Bonaparte le déconstructeur de la campagne d’Italie, Ferrero place Talleyrand le reconstructeur du Congrès de Vienne. L’historien italien professe une profonde admiration pour l’évêque-diplomate boiteux qu’il tient aisément pour le plus grand diplomate des trois derniers siècles, et peut-être plus encore, parce que certainement le seul à son sens à s’être opposé au courant destructurant du Bonaparte du “déchaînement de la Matière” en comprenant parfaitement de quoi il s’agissait. Ferrero se fiche bien des tares morales du Prince de Bénévent qui dictent pour l’essentiel sa très-mauvaise réputation chez la plupart des historiens français. (Les historiens étrangers ont bien plus admiré Talleyrand que les historiens français, qui sont souvent des modernes, qui tiennent la vertu morale politiquement correcte, fille de l'hypocrisie, comme référence fondamentale.) Seule lui importe, quelle que soit l’étiquette qu’on lui colle et le jugement qu’on porte sur l’homme, la fonction extraordinaire et absolument métahistorique de son action structurante.

Mais bien entendu, Talleyrand ne pouvait fondamentalement et décisivement dévier le cours de la Grande métaHistoire du monde. Il suscita un répit qui dura jusqu’un 1848 après la “Grande Peur” de 1789-1815. Ensuite, le “déchaînement de la Matière” et la cavalcade des “déconstructeurs” reprirent le dessus ; tant il est vrai que nous devons, comme Maistre le pensait de la Révolution Française dont il jugeait qu’il était du dessein divin qu’elle allât jusqu’à son terme et rendît tous ses effets, subir l’entièreté de cet épisode maléfique pour espérer réunir les conditions d’un redressement qui constituerait en termes théologiques et de la Tradition une rédemption ouvrant un nouveau cycle.

 

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Le choc profond des armes

A partir de certaines remarques de l'historien Guglielmo Ferrero, une réflexion sur “le choc des armes”, — ou comment la guerre traduit bien plus que les idées, dans notre époque moderniste, les grands courants de l'Histoire.

 

Il nous est souvent arrivé, ces derniers temps, de citer l'historien italien Guglielmo Ferrero, mort en 1942. Il faut dire que nous l'avons “découvert” et que nous ne cessons de trouver chez cet auteur un enrichissement considérable pour nous-mêmes. Ferrero possède ce don si rare, qui est la vraie vertu de la connaissance, de nous livrer des réflexions et des idées dont l'originalité intrinsèque est avérée et dont la puissance provoque chez le lecteur ses propres réflexions. Ainsi doit-on concevoir la chaîne de la connaissance. Il ne s'agit pas d'une prosternation devant quelque idole classée dans la catégorie des “génies”, inatteignables et inégalables par définition, et dont on réédite régulièrement les œuvres complètes (ce qui n’est pas le cas de Ferrero) mais bien de la découverte de compagnons d’esprit qui, en vous livrant leurs propres réflexions novatrices, enrichissent votre propre processus de novation de la pensée.

(Guglielmo Ferrero eut une famille superbe. Sa femme, Gina Lombroso, a laissé des ouvrages magnifiques sur L’âme de la femme ou sur La rançon du machinisme. Leur fils, Leo Ferrero, disparu prématurément en 1936, était un magnifique auteur, poète et moraliste, notamment avec L’Amérique, miroir grossissant de l’Europe.)

Ferrero est un historien des profondeurs, proche de ce qu'on nomme en France l’“historien prophétique”. S'il a des sujets de prédilection (l'empire romain, la période de la Révolution française jusqu’à la fin de l'Empire, Bonaparte et Talleyrand, le pouvoir, etc.), sa réflexion est évidemment universelle. Elle n’explique pas tout mais elle peut servir à tout ce qui est humanité historique. Elle constitue un outil précieux dans la panoplie que chaque esprit se constitue pour forger à son tour son propre outil qu'il transmettra à ceux qui le suivront.

Nous allons examiner d’abord l’outil que nous donne Ferrero, le découvrir et le définir. Puis nous le lui empruntons pour en faire bon usage pour notre propre démarche, pour forger notre propre outil.

Bonaparte en Italie... La guerre révolutionnaire ou la guerre révolutionnée (“la guerre sans règles”) ?

Nous rappelons ici une citation déjà faite, dans notre précédent numéro, dans notre rubrique de defensa, extraite de la superbe étude de Ferrero, Aventure – Bonaparte en Italie, 1796-1797. Ce qui est en cause ici (avec une référence au général Jacques Antoine comte de Guibert et son Essai général de tactique, paru à Londres en 1773), c'est le caractère même de la guerre, apprécié dans sa structure, dans sa forme, dans sa dynamique essentiellement ; nullement dans son contenu éventuel ni dans sa définition conceptuelle. (Au passage, comme nous l'avions signalé, Ferrero s’attaque également au mythe du génie napoléonien apparaissant lors de la campagne d'Italie.)

« En Italie d’abord, en Allemagne un peu plus tard, l’Ancien Régime a été démoli par Guibert et ses disciples, beaucoup plus que par Voltaire ou Rousseau et leur école ; par la guerre sans règles plus que par les idées et les principes de la Révolution. À l'origine du dix-neuvième siècle, il n’y a non pas la révélation d’une doctrine nouvelle mais un acte de force déréglée. C'est ce qui justifie le dix-huitième siècle d’avoir voulu régler la guerre. Il avait découvert que la guerre sans règle est la subversion totale de l'ordre social, un cataclysme de la civilisation. La Révolution d'abord, le dix-neuvième siècle ensuite, ont méconnu cette grande découverte, et le monde expie depuis vingt ans l’erreur mortelle. » (Le texte est publié en 1936 et le “depuis vingt ans” caractérisant “l’erreur mortelle” renvoie évidemment à la Première Guerre mondiale. Nous y reviendrons nous-mêmes.)

L'exceptionnelle originalité de Ferrero, dans laquelle nos lecteurs retrouveront un de nos penchants préférés, est qu’il fonde toute son analyse sur un facteur psychologique dominant, universel, déclenché par un événement dont personne n’a pu prévoir par avance la force et la dynamique. Dans son autre livre, complétant celui sur Bonaparte, Reconstruction, Talleyrand au Congrès de Vienne, 1814-1815, Ferrero commence par un chapitre consacré à “La Grande Peur”, née dans cette année 1789 que les paysans français vont nommer l’“annado de la paou”. Rarement [sinon jamais] un événement fut aussitôt perçu dans sa fantastique dynamique déstabilisatrice que la Révolution de 1789, en cette année précisément de 1789. Nous ferons même, – bien évidemment... – l’hypothèse que c’est cette force psychologique de la perception, qui engendre aussitôt la “Grande Peur” de 1789, qui alimente en retour l'événement, et ainsi de suite, et ce tourbillon en spirale donnant à l'événement son énergie monstrueuse, sa dynamique irrésistible. Il y a là un mystère sorti des entrailles d’une Histoire profonde, qui nous amène, – bien évidemment, à nouveau. – à rapprocher Ferrero de Joseph de Maistre.

Dans tous les cas, nulle place pour l'idéologie, pour les idées de Rousseau et de Voltaire. Cela, les idées et “les Lumières”, c'est très beau, très bon sujet de thèse et argument fleuri de discours, bon pour les bateleurs à la tribune de la Convention, mais ce n’est qu’accessoire. L’essentiel, c’est que cette peur souleva les âmes d'angoisse et arma les bras, qu'ils fussent progressistes ou conservateurs. (Vanité des étiquettes : là-dessus, également, nous reviendrons.) Dès 1791-1792 s'amorce une “longue guerre” (The Long War), particulièrement à partir de Valmy, à l’automne 1792, entre tous et toutes, les monarchies, les piliers de l'Ancien Ordre, paralysés de peur devant les révolutionnaires soi-disant en marche ; les révolutionnaires, transis de peur devant les armées des dynasties coalisées. Ferrero ne cesse de le répéter : la Révolution Française est un événement politique d’abord pour ses effets extérieurs, pour ses effets européens.

C'est de tout cela que naît l’“aventure” italienne. La peur est toujours là, – d’ailleurs elle ne cessera plus jusqu'en 1815 et, selon Ferrero, c’est elle qui pousse Napoléon dans sa quête insatiable et sans espoirs de conquêtes.

Par conséquent, les arguments idéologiques si souvent mis en avant pour expliquer ces guerres sont, selon Ferrero, souvent de convenance ou bien ils viennent après coup justifier une guerre déjà lancée. Ferrero décrit un Bonaparte inhabituel en Italie ; souvent hésitant, toujours inquiet, systématiquement attentif aux consignes du Directoire et prenant bien garde d’informer le Directoire de tous ses actes. Il effectue son périple au milieu d'un pays qui n'en est pas un, qui est fait d'une multitude de petits pouvoirs régionaux, avec quelques joyaux évidents comme la République de Venise, au Nord un tuteur à la fois bonhomme et discret (l’Autriche), et le tout dominé (influencé) par une structure spirituelle d'une incomparable puissance. La papauté tient la botte italienne, ce “pays” d’une richesse prodigieuse, dans la lignée centrale de ce que Ferrero nomme l'Ancien Régime. (Pour Ferrero, les quatre colonnes de l'Ancien Régime en Europe, ce cœur du monde, sont en 1789 la Cour de Versailles, la Cour de Vienne, la République de Venise et la papauté.)

La confrontation des deux phénomènes, – la dynamique statique de l'Ancien Régime et la dynamique en fusion de l'armée de la Révolution française, – va conduire à un effet explosif. Mais ce ne sont pas les idées qui vont triompher. L’Italie n'est pas une masse déjà gagnée par le virus de la Révolution, qui attend son inspirateur suprême. « L’Italie, écrit Ferrero, n’a pas résisté à l’invasion non pas parce qu’elle était affaiblie par l’esprit révolutionnaire, mais parce qu'elle avait trop d’ordre et n’avait pas d’esprit révolutionnaire. »

Après la victoire de Rivoli, brusquement l’Italie se défait, devient un chaos incontrôlable. « Rivoli est la première des trois grandes victoires de Napoléon, – Austerlitz sera la seconde, léna la troisième, – qui n'ont pas fait seulement du bruit mais de l'histoire, parce qu'elles ont été, en Italie, en Allemagne, trois coups de bélier contre l'Ancien Régime. »

Les idées n'y sont pour rien. C'est l'obscur et terrible fracas des armes qui dirige le destin. La guerre révolutionnaire n’est pas une guerre des idées mais une guerre de la déstructuration.

Dans un autre de ses ouvrages (Les deux révolutions françaises), Ferrero donne cette définition : « Par esprit révolutionnaire, il faut entendre le désir et l’espoir de s’emparer du pouvoir en dehors de tout principe de légitimité, de s’en emparer par la force et de l’exercer par la terreur. » L'idée importante est l'absence de légitimité. C’est la même chose pour la soi-disant “guerre révolutionnaire", celle qui déferle sur l'Italie. Elle imprime sa marque, elle “triomphe” en un sens, moins par ses victoires militaires que par les effets de ses soi-disant victoires. Elle brise, elle affole, elle déclenche chez les hommes, dans le pays qu’elle parcourt une sorte de perte de sens. Elle n’instaure pas la Révolution ni n’impose les idées révolutionnaires ; elle déstructure l’ordre existant, – d’ailleurs sans chercher cela, sans le vouloir si l’on veut. Les cas sont nombreux, qui montrent Bonaparte ou le Directoire, ou les deux à la fois, reculant devant le soutien à tel ou tel parti se réclamant des idées révolutionnaires, craignant le désordre, etc. ; comme, à d'autres moments, l'un ou/et l’autre cédant à un vertige soudain, par exemple lorsque le Directoire donne à Bonaparte la consigne d’envisager la destruction pure et simple de la papauté qui est ce bastion fondamental de l’ordre et de la légitimité spirituelle.

Ces hésitations, ses vaticinations contradictoires de la volonté et du dessein, montrent bien que les conquérants révolutionnaires sont emportés par les événements plus qu’ils ne les dirigent. Et ces événements, c’est d’abord la guerre. Les conquérants sont emportés par la dynamique et le fracas des armes et l’idéologie n’est qu’un facteur accessoire, ici utilisé, là tenu à distance avec décision. La guerre révolutionnaire n’attaque pas une idéologie, elle attaque l’ordre existant et rencontre ainsi son premier et principal handicap. Elle porte avec elle l'absence de légitimité. Aux yeux de la civilisation, elle est illégale.

On observera que cela ne signifie rien des idées révolutionnaires qui apparaissent ici, qui sont repoussées là. On dirait que ces idées sont à part, qu’elles font partie d'une autre narrative, qu’elles concernent une autre histoire, parallèle si l’on veut, de la vraie histoire qu’oriente le fracas des armes. Ces idées sont nécessairement accessoires parce qu'elles ne sont pas la vraie histoire. Plus encore, la “guerre révolutionnaire” est déstructurante (“révolutionnaire”) par son action, ses victoires qui sont d’abord obtenues par l’abandon des règles du XVIIIème siècle de ce qu'on nomma avec un mépris significatif “la guerre en dentelles” – « A l’origine du dix-neuvième siècle, il y a non la révélation d’une doctrine nouvelle mais un acte de force déréglée. » C'est là l'essentiel de l’acte révolutionnaire, qui concerne effectivement l’acte de la guerre, le choc obscur et le fracas des armes, et toujours rien des idées elles-mêmes. De ce point de vue qui nous apparaît si puissant dans la perspective actuelle (nous y viendrons plus en détails), Guibert est l’inspirateur de la Révolution, et nullement Rousseau ni Voltaire.

Encore n’a-t-on rien résolu avec ces constats qui concernent la surface des choses, l'apparence, l’“écume des jours” de cette guerre (la guerre en Italie en l'occurrence). Un autre aspect de l’événement doit impérativement être pris en compte. La “guerre révolutionnaire” aboutit à un résultat apparent et, d’autre part, de façon beaucoup plus profonde mais qui n’est pas immédiatement distinguée, et qui n'est même que très rarement distinguée, à un résultat dans les profondeurs. Il faut l'historien prophétique pour comprendre et expliciter cela, en offrant une appréciation prodigieusement riche de l’usage de la force, et précisément de cette “force déréglée”, – car elle seule, derrière sa prétention faussaire d’être révolutionnaire dans le sens des idées (l’interprétation faussaire que lui plaquent les idéologues), est prisonnière de ses effets profonds et contradictoires qui sont la revanche de l'Histoire profonde, métaphysique :

«…[L’]homme ne conçoit la force que comme une physique de causes et effets voulus, visibles et tangibles : les violences extérieures d'un côté, les actes et mouvements extérieurs que la force peut provoquer. Mais il y a aussi une métaphysique de la force : les ébranlements, les réactions, les tumultes intérieurs et ultérieurs qui ne se voient pas et que la force provoque sans le vouloir et le savoir. Les hommes qui ne croient qu’à la logique de la force s’imaginent facilement qu’elle est leur docile servante, et qu’ils la feront toujours agir dans la direction choisie par eux. Et puis, tout à coup, les résultats tangibles et visibles disparaissent, emportés par l’explosion inattendue des réactions et des tumultes invisibles. La métaphysique triomphe sur la physique. Le drame se répète depuis le commencement des temps, toujours le même et toujours si surprenant, que chaque fois il paraît inédit. »

Ainsi la “guerre révolutionnaire” est-elle un moyen, un instrument, donné à des hommes inconscients des effets de l'instrument. En ce sens, fussent-ils des génies, les hommes que Ferrero classe dans la catégorie des “aventuriers” sont les jouets de la force métaphysique qu'ils ignorent en s’en tenant à la seule force physique qu'ils manipulent, qu'ils imaginent ensuite être idéologique. C’est le cas pour le grand génie qu’est Napoléon Bonaparte.

Ferrero a une attitude assez complexe vis-à-vis de la Révolution française, puisqu'il en voit deux (d’où le titre déjà cité de son livre sur l'événement). Il y a l’événement des idées qu’a véhiculées la Révolution, qu’il juge comme un apport évidemment positif, et puis cette brutalité, cette “force déréglée”, cette illégalité et cette illégitimité fondamentales, d’autre part. Il s’agit de deux “Révolutions” contraires, antagonistes. Il est manifeste que la seconde, la Révolution de la “force déréglée” qui ne s’exprima pas plus fortement que dans la campagne d'Italie de 1796-1797, portant à un premier paroxysme cette guerre constante qui violenta l'Europe pendant presque un quart de siècle, l’emporta évidemment sur la première.

“Aventuriers” contre “reconstructeurs”, ou Napoléon contre Talleyrand : une bataille vieille comme le monde, aussi profonde que l'Histoire.

Pour poursuivre l'étude de la pensée de cet historien sur ce cas particulier de l’identification des forces fondamentales de l'Histoire à partir de l'examen de la période 1789-1815, il faut lier au livre Aventure .., le livre Reconstruction, Talleyrand à Vienne, 1814-1815, du même Ferrero évidemment, qui le complète manifestement. Les deux livres se suivent (Aventure en 1936, Reconstruction en 1940) et ils précèdent de peu la mort en 1942 de l'historien en Suisse, où il s'était établi après avoir fui l’Italie fasciste.

Ferrero ne cache pas l'admiration profonde qu'il éprouve pour Talleyrand. Son interprétation du Congrès de Vienne est très originale. Il en fait le triomphe d'un trio inattendu formé du tsar Alexandre, de Louis XVIII et, bien sûr, de Talleyrand. Mais il ne s’agit pas du triomphe d’une ou de plusieurs nation(s), ou d’intérêts donnés, ou même d’une idéologie ; il ne s’agit pas d'une issue dépendant de la guerre qui y a conduite, prisonnière de cette guerre en quelque sorte (et alors le vaincu l’aurait payé cher tandis que les vainqueurs se seraient servis). Le propos est bien plus vaste et, surtout, d'une substance absolument étrangère à ces décomptes de force qui ressemblent à des calculs d’épicier. Si nous le transcrivions en termes modernes, et plus précisément dans les termes de notre jargon pour décrire notre époque, nous dirions qu’il s’agit du triomphe des forces structurantes sur les forces déstructurantes en action depuis 1789. C'est une sorte de “miracle” puisqu’au contraire triomphaient jusqu'alors toutes les forces déstructurantes. Il s'agit aussi d’une victoire sur la peur qui s’était emparée de l’Europe en 1789, -— et, alors, le “miracle” s'explique peut-être. La psychologie, soudain habituée par les nécessités de la sauvegarde, a brusquement modifié la structure et l’ordre des dynamiques en action, au profit des forces structurantes. Ferrero en donne le crédit notamment [et essentiellement] à Alexandre et à Talleyrand lors de leur rencontre du 31 mars 1814, plus de 7 ans après s’être beaucoup vus lors de la négociation de la paix d’Erfurt. L’on comprend d'autant mieux, à la lumière de cette interprétation, l’importance que nous attachons à cet aspect psychologique, que nous plaçons au-dessus de tout comme le moteur fondamental de l’action des hommes dans l'Histoire.

… Mais triomphe temporaire, bien entendu, ou simple étape en forme de coup d'arrêt temporaire sur la voie d'une évolution inéluctable. Ferrero situe bien sûr à 1848 la fin de la période, avec le retour en force du courant déstructurant. Ces diverses dates rappellent à notre esprit l’interprétation idéologique conformiste de tous ces événements (conservatisme ou “réaction” contre progressisme ou “libéralisme” avec toutes les variantes autour de ces deux grands thèmes). Si Ferrero accepte évidemment la chronologie, il repousse résolument l’interprétation qui en est faite, justement cette interprétation idéologique. Les psychologies personnelles (justement) renforcent sa démarche.

Talleyrand, qu'on situerait selon l’interprétation idéologique conformiste dans le camp conservateur ou réactionnaire, est tout sauf un conservateur. Dans sa vie personnelle, cet homme fut un révolté presque constamment. Sa première révolte, la plus fondamentale, est sa révolte contre l'Église que sa famille l’obligea à embrasser puisqu’elle en fit un abbé promis à devenir évêque, qu’il ne cessa jamais de défier cette puissance, parfois d'une manière qu'on pourrait juger gratuite et très inattendue de la part de cet homme mesuré et calculateur (lorsqu'il épousa une femme divorcée parce que Bonaparte le Premier Consul l’aurait pressé de résoudre le cas de sa vie personnelle, alors qu’il aurait pu conserver cette femme comme maîtresse sans aucune gêne de personne).

Politiquement, Talleyrand savait parfaitement s'arranger des circonstances pour introduire par réalisme de situation des éléments idéologiques que d'autres jugent fondamentaux, sans pour cela proclamer une orientation idéologique mais pour conforter un pouvoir et sa légitimité, – et pour conforter ce pouvoir parce qu'il avait la légitimité. Effectivement, c'est ce dernier mot qui doit nous arrêter, –  “légitimité”.

Dans le trio identifié par Ferrero, Talleyrand est le philosophe de l’action. Il n’est pas fondamentalement royaliste ou légitimiste (au sens idéologique). Il est “constructeur”, et plus précisément “reconstructeur” puisqu'il s'agit toujours de reconstruire dans une bataille décrivant la résistance et la réaction permanente de forces de reconstruction contre les destructions provoquées par les forces aventurières (ou déstructurantes). Ferrero explique dans son livre Pouvoir ce que fut pour lui cette révélation qu’il connut en novembre 1918, – période prémonitoire, – alors qu'il était cloué au lit pendant plusieurs semaines par une affection stomacale, — révélation des « génies mystérieux qui, à mon insu, m’aidaient ou me persécutaient. [...] Pour passer le temps, je m’étais mis à lire de vieux livres, plus ou moins dans la couleur du temps. Un jour, en lisant les ‘Mémoires’ de Talleyrand, je tombai sur sept pages du second volume (page 155 à 162) qui m’apprirent qu’il existait au monde des principes de légitimité. La révélation était décisive. Depuis ce jour, je commençai à voir clair dans l’histoire du monde et de ma destinée. »

Effectivement, avec l’aide du principe de la légitimité trempé aux fers de la réalité dévastée de l'Europe, Talleyrand va réduire l'épouvantable déchaînement de la “force déréglée” de la guerre révolutionnaire, il va repousser la peur qui paralysait le continent depuis 1789. Il va apaiser les événements et les psychologies. La démarche est bien entendu politique mais elle concerne moins le contenu politique des choses (l'idéologie) que la structure de la politique. Dans ce cas, effectivement, le principe de légitimité est un formidable moyen qui permet de soumettre tous les facteurs de la crise de la déstructuration aux exigences de la structuration, de la reconstruction du monde.

Pourquoi Ferrero, pourquoi Bonaparte, pourquoi Talleyrand ? Une perspective qui oriente une réflexion régénérée vers notre époque

C'est dans la deuxième partie de sa vie d'historien que Ferrero s'est intéressé d'une façon intensive à la période de la Révolution française et de l'Empire. C'est, d’une façon à la fois naturelle et évidente, après la révélation que fut pour lui la découverte de la définition du principe de la légitimité par Talleyrand. (Le premier objet de sa vie d'historien avait été essentiellement l'empire romain.) Pour Ferrero, la perception brutale de l'apport fondamental que constitue la légitimité lui parut effectivement la clef du mystère de l'Histoire ; et, dans le cas qu'il allait étudier, elle constituerait la réponse fondamentale à la déstructuration que la “force déréglée” de la guerre révolutionnaire imposait à la civilisation. Pour Ferrero, l'analogie avec l'époque qu'il vivait apparut également évidente.

Préfaçant Les deux révolutions françaises en 1951, Luc Monnier écrivait, à partir d'une citation de Ferrero :

« Ce furent donc les événements dont Ferrero avait été le témoin et dont il devait être la victime, qui lui rendirent intelligible le drame de 1789 et qui lui firent découvrir ses significations profondes. La Révolution Française devint alors l'objet de ses méditations profondes. Il y chercha une explication au désordre de notre monde contemporain. »

On pourrait reprendre cette remarque mot pour mot, et notamment sa fin concernant notre “monde contemporain”. C'est en effet dans cet esprit que nous nous sommes attachés aux idées de Ferrero et avons exposé ce qu'elles suscitent pour notre réflexion. Il nous paraît assez naturel de prolonger cette réflexion (la nôtre) en la faisant évoluer vers notre monde contemporain. Il s'agit évidemment de comprendre qu'il existe un enchaînement événementiel et une chaîne de causalité similaire. L'enseignement du passé devient impératif pour comprendre le présent.

  • 10 juillet 2019 à 00:00

T.C.-77 : La Crise d’Effondrement-bouffe

Par info@dedefensa.org

T.C.-77 : La Crise d’Effondrement-bouffe

9 juillet 2019 – Lors de sa conférence de presse en fin de G20 à Osaka, Poutine répondit à une question sur son interview donné au Financial Times (FT), au cours duquel il constatait sur un ton assez “badin” que l’hyperlibéralisme était “obsolète”. Il admit que la chose (l’interview) avait été discutée comme s’il s’agissait d’une très importante matière avec plusieurs de ses interlocuteurs lors des rencontres bilatérales en marge du G20, avec présidents, premiers ministres divers, etc., du bloc-BAO pour le cas, et que cela fut pour lui une complète surprise : « Cela a été une complète surprise pour moi qu’une interview où j’ai dit ce qui me semble être un constat de routine...[...] ait pu soulever tant d’intérêt... »

Là-dessus, sans sollicitation du journaliste qui l’interrogeait, il enchaîna de lui-même sur la question des mœurs, notamment liées à la question du sexe (ou disons du “genre” pour bien se conduire), bien plus que sur les problèmes économiques et politiques liés à cet “ultralibéralisme” ;

« Le chef d'État a évoqué, une nouvelle fois, ce qu'il considère être les limites de l’“idée libérale”, en prenant pour exemple des thématiques précises : “Comment peut-on s’imaginer que, dans certains pays européens, dans les écoles on dise aux parents : ‘Les filles ne devraient pas porter de jupes à l'école’. [...] ‘Pour des raisons de sécurité’.[...]  Pourquoi cela devrait-il être ainsi ?[...] A mon avis, on va trop loin avec cette idée disons ‘libérale’ qui commence à ‘se dévorer’ elle-même.. [...] J’ai dit dans cet interview : on a inventé cinq ou six genres. Je ne comprends même pas ce que cela veut dire”[...] “Il faut respecter tout le monde, c’est vrai, mais on ne peut pas imposer sa position par la force. Ces derniers temps, les partisans de la soi-disant idée libérale l’imposent, ils insistent sur la nécessité d’une certaine éducation sexuelle à l’école. Les parents s’y opposent, et ils sont presque mis en prison pour ça” ».

Puis Poutine quitta son pupitre, repoussant l’avalanche de question d’un geste de la main par-dessus l’épaule qu’on traduira audacieusement et directement par un “Bullshit ! Y en a marre...” extrêmement polyglotte. Quoi qu’il en soit de ma traduction également audacieuse, il reste qu’il est remarquable et significatif que le président russe, à partir d’une question sur l’idéologie écrasante de l’hyperlibéralisme, concrétise son propos en s’étendant sur les questions des mœurs postmodernisés, essentiellement à connotation du labyrinthe sexe-genre qui marque notre époque très-étrange.

La Grande Crise d’Effondrement du Système a aujourd’hui une connotation nettement liée aux mœurs de type “diversité” et au sexe du type “genre” pris dans leur sens le plus confusément égalitaire, sorte par exemple de sexe rock’n’roll si vous voulez. La politique, aujourd’hui, et même des questions essentielles de politique, se trouvent là, au cœur de notre Grande Crise, et ainsi soit-il de notre civilisation, ou contre-civilisation.

D’où l’émoi extraordinaire autour de l’arrestation, le 6 juillet à New-York, du milliardaire Jeffrey Epstein. Sa principale occupation semble être d’organiser, déplacement aérien privé à l’appui, d’immenses partouzes globalisées avec des mineures sur une mignonne petite île des Caraïbes qui lui appartient, – “paradis sexuel” comme il y a des paradis fiscaux dans la zone, – pour lui-même et quelques-uns de ses riches et influents amis. C’est sa spécialité, la pédophilie de luxe, pour laquelle il a déjà été condamné en 2008 à 18 mois de prison alors qu’il méritait au moins 20 ans, essentiellement avec de jeunes mineures rabattues par quelques spécialistes de son entourage, grassement payés pour cette rude tâche.

(Détail passionnant : le procureur avec lequel il parvint à ce marché si scandaleusement avantageux, – on parle de la peine de prison, qui plus est dans une prison confortable, – est aujourd’hui ministre des transports de Trump.)

ZeroHedge.com, qui se précipite sur le cas qui passionne “D.C.-la-folle”, ressort l’affaire du soi-disant “carnet noir” d’Epstein, détaillée en 2015 par Gawker.com, où l’on trouve cités divers noms (une cinquantaine) et dates de déplacement qu’on pourrait, selon la tournure de l’esprit qu’on a et les notes d’appréciation qu’on trouve, associer dans des rôles différents aux entreprises courantes de Epstein ; il s’agit de gens du show-business, d’hommes politiques, de copains-milliardaires, etc. : notamment Ted Kennedy, David Koch, Ralph Fiennes, Alec Baldwin, Courtney Love, Barbara Walters, Ehud Barak, Tony Blair, le prince Andrew, Peter Soros (neveu de George), – « And of course, poursuit l’article, Bill Clinton and Donald Trump ». Les Clinton, surtout, sont réputés pour leurs liens avec Epstein.

Le roi des “complotistes”, Alex Jones, se fait un délice sur Infowars.com de ressortir ses archives, lui qui a suivi Epstein depuis des années et en a fait, durant la campagne présidentielle de 2015-2016, un des arguments de son accusation concernant la dépravation satanique des élites progressistes et démocrates. La chose avait fait partie effectivement de la fiesta des rumeurs de USA-2016, notamment autour de Hillary Clinton et de ses supposées tendances sataniques, comme cela était rapporté le 6 novembre 2016 : 

« Drôle d’atmosphère, agrémentée de  détails déplorables  (The Deplorable, selon Hillary) sur les déplacements de Bill (une vingtaine) et même d’Hillary (six) vers une sorte de Sex Island (Orgy Island ou Sex Slaves Island, selon d’autres sources) fournie en mineures de bas âge et tenue par un pédophile notoire  et confirmé puisque déjà condamné pour ce délit, Jeffrey Epstein ; la petite île faisant partie semble-t-il, – cela ne s’invente pas quoique restant à confirmer, – des Virgin Islands, ou Îles Vierges... »

... Tout cela retrouvant par ce biais des rapports avec USA-2016 un aspect politique que cette situation n’a d’ailleurs jamais perdu, et plus encore lorsqu’on sait qu’une offensive dévastatrice pourrait avoir lieu contre le DeepState, notamment le FBI et la CIA, – et le Russiagate pourrait alors se transformer en  DeepStateGate  exulte  ZeroHedge.com.  C’est Ray McGovern, dissident de la CIA et auteur confirmé, qui détaille la chose dans  ConsortiumNewsdans ses possibilités explosives : « Le DeepState gagne presque toujours. Mais si le procureur général Barr obtient l’appui de Trump pour s’en prendre à des enquêteurs [de la CIA et du FBI sur le Russiagate contre Trump], c'est l’enfer qui risque de se déchaîner [contre le DeepState], car les preuves contre ceux qui ont pris de sérieuses libertés avec la loi pourraient bien leur éclater à la figure.... » Si un tel DeepStateGate avait effectivement lieu, il ne fait aucun doute que le scandale sexuel “de genre” Epstein y aurait sa place, d’une façon ou l’autre.

Peut-on ranger dans la même catégorie l’affaire sans précédent de l’amiral William Moran, choisi en avril par Trump pour devenir CNO (Chief of Naval Operations, chef d’état-major de la Marine), confirmé par le Sénat en mai, et qui décide brusquement de démissionner, de partir à la retraite et de laisser l’US Navy dans l’improvisation de trouver un autre amiral pour cette prestigieuse fonction stratégique ? C’est un événement sans précédent dans l’histoire militaire des forces armées US, pour un chef d’état-major nommé et confirmé ; la démission de Moran est la conséquence d’une pression irrésistible du ministre de la Marine Richard Spencer, qui vient d’être mis au courant d’une implication indirecte de Moran dans des occurrences embarrassantes, par le fait et le biais d’un de ses collaborateurs compromis dans des affaires de polissonneries, sans doute “de genre”, sans doute de type orgies homosexuelles, etc.

On comprend alors que, dans cette époque si étrange, on juge impérativement et stratégiquement que ce choix d’un collaborateur au comportement social et hiérarchique douteux aurait certainement compromis la capacité de l’amiral Moran à ordonner et à suivre le déplacement de ses porte-avions. (Ou bien, est-ce dire n’importe quoi ?) Et l’on comprend aussi bien que sa démission brutale et sans précédent accroit vertigineusement la crise à la fois du vide et du désordre du Pentagone, marqué précédemment par la démission du faisant fonction de secrétaire à la défense Shanahan il y a un mois, avec remplacement par un nouveau “faisant fonction”, Mark Esper.

« Drôle d’atmosphère », tout cela, qui est poursuivie et renforcée, en basculant dans une autre dimension de la Grande Crise des sexes et des genres, autant que de la diversité qui l’accompagne, tout cela qui paraît être l’essence de cette époque étrange, celle qu’évoquait avec accablement Poutine : l’affaire de la victoire de l’équipe des USA dans la Coupe du monde du football féminin. La grande vedette de l’équipe, Megan Rapinoe, « homosexuelle affichée depuis 2012, défend les droits de la communauté LGBT et a récemment affirmé: “vous ne pouvez pas gagner sans les gays dans votre équipe”. » Qui plus est et pour renforcer son dossier, Rapinoe est si complètement antitrumpiste qu’elle ne répondra certainement pas à la “fucking invitation” à la Maison-Blanche adressée par Trump à l’équipe de football ... « Drôle d’atmosphère » et étrange époque, car tout cela, de Epstein à Rapinoe, est fondamentalement politique, peut-être bien plus que la tension entre les USA et l’Iran qui ne cesse de s’afficher comme un vrai simulacre.

Et l’on ne s’arrête pas là ! Car si elle est certes vertueuse puisque femme et LGTBQ, Rapinoe, elle est aussi blanche, ce qui est nettement, nettement moins glorieux sinon “frankly suspicious”. D’où l’article du Monde de Stephanie Le Bars (femme certes, mais black je ne sais pas) qui se scandalise d’une équipe première US très-trop majoritairement blanche (« Coupe du monde féminine : les États-Unis en manque de diversité. Alors qu’elle rencontre les Pays-Bas en finale dimanche, la sélection américaine, symbole de la défense de minorités, est majoritairement composée de joueuses blanches. ») Cela suscite un autre article, à la fois profondément accablé et ironiquement furieux, du commentateur de Figaro-Vox Gilles William Goldnadel (certes juif, mais Français et blanc...). Goldnadel termine par cette conclusion ironique et désabusée, qui mesure bien la catastrophe intellectuelle qui embrase la civilisation régnante, contre-civilisation et civilisation de la néantisation de l’esprit :

« De même, mon imagination est impuissante à décrire la réaction du journal du soir, si un beau matin, me prenait l’idée de considérer qu’il y a trop de noirs dans l’équipe de basket-ball olympique américaine. Ou que j’en vins à m’étonner de la sous-représentation des blancs parmi les sprinteurs.
» Mon compte serait bon. Autrement dit mauvais.
» On voit bien où je veux en venir: l’antiracisme devenu fou incarne une schizophrénie chromatique de la pensée : vous trouvez qu’il y a trop de blancs de peau, votre esprit est blanc comme neige. Vous considérez qu’il y a trop de noirs, votre âme l’est tout autant.
» Jusqu’à quel sous-sol de l’obsession racialiste et de l’anti-occidentalisme bêtifiant certains vont-ils descendre ? »

En effet et contrairement à ce que la raison qui échappe à la subversion, extrêmement rare dans ces temps étranges j’en conviens, vous inviterait à croire, tout cela n’est nullement accessoire mais au contraire profondément politique, et l’essence même (quoique frelatée à très faible octane) de la Grande Crise en cours, la Crise de l’Effondrement devenue bouffe. C’est bien sur ce point que se dresse la plus grande difficulté pour l’esprit de peser et de mesurer les évènements les uns par rapport aux autres, et l’importance de leur poids et de leur rôle dans cette même Grande crise d’Effondrement du Système.

Comment accepter que la mesure de la destruction du monde, et de l’éventuelle rédemption qui pourrait naître, si “les forces de l’esprit” auxquelles croyait Mitterrand, ou les forces d’au-dessus de l’esprit qu’elles inspirent voudraient bien à nouveau nous inspirer, passent d’abord par ce sas de la folie des psychologies déclenchant une explosion des mœurs à destination, à consommation et à connotation toutes liées à l’explosion sociétale (sexe-genre, racialisation de tout, etc.), dont le but est l’uniformisation-totale et entropique de l’être réduit à ses caractéristiques les plus sommaires et éventuellement les plus pervers, et à la bassesse, à la primitivité de la pensée réduite au slogan de l’idiot et à l’anathème du fou ?... Comment accepter cela ? Au contraire, comment ne pas l’accepter puisque cela est et s’impose absolument, et qu’il faut en passer par là ? 

Cette Grande Crise d’Effondrement, en quelques années, a été investie pour une très grande part, peut-être pour sa plus grande part, par cet extraordinaire désordre des mœurs concentrés sur l’aspect du sexe-genre et de ses compléments d’uniformisation égalitaire rejetant tout ce qui a précédé, comme dans une volonté de génocide du passé et de transmutation invertie et subversive de la grande mémoire métahistorique. C’est, du point de vue de l’“Idée” et de l’opérationnalisation de l’“Idée”, une complète inversion, une sorte de Révolution par le plus bas de l’être, transformé comme on s’imagine transcender le monde en domaine d’exception et presque métaphysique d’un esprit qu’on aurait logé dans le confort de nos phantasmes les plus vils et les plus fous, et de nos conceptions les plus barbares... Il s’agit d’une barbarie pire que celle qu’on a coutume de désigner, il s’agit de cette barbarie de la postmodernité, une barbarie-bouffe et rock’n’roll ; il s’agit, considéré plus gravement, de la Barbarie intérieure dont parlait Jean-François Mattei, arrivée à son terme catastrophique et entropique.  

Eh bien certes, il faut en passer par là...

  • 9 juillet 2019 à 00:00

Le dissident et son dilemme

Par info@dedefensa.org

Le dissident et son dilemme

8 juillet 2019 – La chronique de Patrick Buchanan du 5 juillet 2019 est révélatrice des contradictions terribles où le Système à l’agonie plonge nombre de personnesengagées le plus souvent selon les axes de la dissidence à tournure antiSystème. Dans cet article, Buchanan en vient à se tourner vers le criminel larbin du Système qu’est le New York Times et la propagande-simulacre qu’il célèbre (celle du NYT lui-même, et celle de Trump selon l’orientation du vent avec les mandarins républicain) pour pouvoir célébrer, lui-même Buchanan, ce qu’il nomme le “patriotisme de Trump”. En l’occurrence, ce “patriotisme” de Trump que décrit Buchanan est défini selon le commentateur par la première partie du discours du président, lors de la cérémonie du Fourth-of-July, comme extrêmement vertueux. Buchanan ne voit-il pas que ce ne fut qu’une orgie absolument caricaturale à force d’emphase bombastique de militarisme de type déterministe-narrativiste célébrant indirectement, sinon directement, ce que ce même Buchanan et la droite paléoconservatrice, libertarienne et populiste, ont toujours haï : l’interventionnisme, les guerres-neocons extérieure et toute cette agitation belliciste, mortifère et entropique depuis 9/11 ?

Lisez un extrait de la prose enthousiaste et lyrique de Buchanan devant le spectacle de la célébration du 4 juillet, spectacle monté de toutes pièces, grand show de téléréalité recouvrant le désarroi et le vide d’un Empire en processus désordonné et précipitamment fardé d’effondrement, succès populaire indéniable d’une population désespérée et ne sachant plus à quel simulacre de saint se vouer, et se raccrochant au dernier truc du saltimbanque de la Maison-Blanche pour pouvoir “y croire” encore. Le désespoir ainsi étalé sans que ceux qui en sont porteurs en soient conscients est pathétique et profondément débilitant. Le jugement de l’honnête homme oscille entre “ah, les imbéciles” et “oh, les pauvres gens”...

« Ce n'était pas une célébration de Trump mais de l'Amérique.
» “Quel grand pays !” a déclaré le président. “Rien n'est impossible aux Américains.” Notre nation est “la plus exceptionnelle de l'histoire du monde”.
» La deuxième partie du discours de Trump a été consacrée à l’hommage aux cinq branches des forces armées, – la Garde côtière, l’USAF, la Navy, les Marines, l’US Army, – et chaque hommage se terminait par une démonstration de la puissance aérienne correspondante à l’arme.
» La célébration de la force militaire américaine avait suscité nombre de hurlements de protestation. Mais les survols des F-22 et F-35, le bombardier furtif B-2 et les Ospreys, et l'apogée des acrobaties aériennes de la patrouille des Blue Angels de la Navy, alors que l'orchestre des Marines jouait “The Battle Hymn of the Republic”, étaient exaltants, voire émouvants.
» C’était positif, encourageant, patriotique. Et on imagine qu’il n’y avait pas, dans la foule si nombreuse, que les “Deplorables” de Trump pour clamer leur amour. »

Avec d’une part cette description enthousiaste d’un patriotisme de pacotille comme seul Trump peut susciter parce qu’il est ce qu’il est, personnage de pacotille lui-même ; avec d’autre part la description aussi enthousiaste d’un appareil militaire à la fois pourri et dépassé, criminel à la façon du crime organisé et des milices paramilitaires, avec ses généraux carriéristes, incompétents sinon pour s’assurer une place en or dans les Conseils d’Administration des fabricants d’armements ou comme “consultants” de la presseSystème après leur retraite ; avec tout cela, Buchanan croit avoir assuré une bonne base intellectuelle sinon “spirituelle” pour partir à l’assaut. La deuxième partie de son article est en effet un assaut contre la gauche et les démocrates, ou plutôt l’assaut contre les démocrates avec leur gauche devenue ultragauche, des démocrates ainsi devenus marqueurs politiques du dégoût paradoxal de nombre d’Américains pour l’Amérique

Le pauvre Buchanan et son dilemme de contradiction rejoignent dans mon esprit ce que j’avais tristement observé en un autre temps pas si lointain et à plusieurs reprises à propos de Justin Raimondo, avant que son décès et l’honneur qui lui est incontestablement dû m’imposassent le silence. Même s’ils s’en doutent ces antiSystème compromis par le trumpisme, ils ne purent et ils ne peuvent accepter pour du comptant le constat terrible et impératif qu’il est absolument impossible de fonder un sentiment d’une certaine force et d’une réelle hauteur sur un homme tel que Trump ; mais Trump n’est rien d’autre que l’aboutissement ultime et inévitable, quasiment ontologique et déterministe, comme une fatalité épouvantable et diabolique, de l’Amérique elle-même, cette Amérique qu’ils célèbrent avec nostalgie.

Cette espèce de “particule élémentaire”, Trump, avec la pensée molle et parée d’un flou insaisissable qui introduit par bonheur un formidable désordre à “D.C.-la-folle”, reste ce filou de la vertu politique, ce saltimbanque de cirque, qui fait défiler son armée comme Buffalo Bill faisait galoper en boucle Sitting Bull et les restes des Lakotas en cours d’américanisation dans l’arène façon-Médrano à deux dollars l’entrée, bourrée d’une foule vulgaire et puante. Je le dis et le répète pour qu’on comprenne bien la perception que j’en ai, à la fois dégoût bien identifié et ironie amusée devant le spectacle-bouffe, et aussi une bonne mesure du cadeau-surprise que nous fait le Ciel : c’est parce qu’il est ce personnage de bas étage, cet hercule de caniveau, par ailleurs narcissique ébouriffant et inventeur de simulacres à deux balles, que Trump crée la paradoxale et formidable vertu d’introduire le ferment du désordre à “D.C.-la-folle”, et pour durer jusqu’au bout, spectacle prévu sans relâche jusqu’au terme catastrophique.

Qu’on se félicite qu’il soit entré dans la danse pour complètement déstabiliser “D.C.-la-folle”, cela ne peut supporter la moindre hésitation ! Mais qu’on en fasse l’inspirateur du renouveau du patriotisme, non, mille fois non...

Qu’importe, Buchanan tombe dans ce piège qu’il a pourtant reconnu mais qu’il ne peut éviter... Suit donc dans son article, sa critique acerbe et complètement vaine en fait même si elle est justifiée, contre les démocrates et leur ultragauche des caviars néo-marxistes devenus fous, qui attaquent le système de l’américanisme au nom des “lendemains qui chantent”... Les responsabilités sont bien partagés, avec l’aveuglement et la psychologie invertie partout présents !

« ...Pourtant, on peut se demander : Où va mener toute cette négativité, ces geignements et ces grognements constants de la gauche ? Ces gens pensent-ils que l'Amérique se tournera avec espoir vers un parti qui recule horrifié et comme poussé par un réflexe de Pavlov devant tout ce qui est patriotique ?
» Partout, il semble que la gauche s'attaque à l'histoire de l'Amérique et à ses héros jugés imparfaits. Lundi, le conseil municipal de Charlottesville a voté par 4 voix contre 1 pour supprimer le 13 avril, date de naissance de Thomas Jefferson, comme jour férié payé.
» Pourquoi ? Parce que notre troisième président était un esclavagiste. Au cours de la période de consultation publique du conseil, des manifestants ont accusé l'auteur de la Déclaration d'indépendance des États-Unis d'avoir été un raciste et un violeur.
» La semaine dernière, l'ancien quarterback de la NFL Colin Kaepernick a exhorté son sponsor, Nike, à retirer du marché ses nouvelles baskets Air Max 1 Quick Strike Fourth of July avec la première version du drapeau américain de l’indépendance imprimé sur les chaussures. Selon Nike, M. Kaepernick a déclaré à la société qu'il trouvait le drapeau colonial offensant, car il flottait alors que l'esclavage était encore légal.
» La semaine dernière encore, les résultats surprenants d'un nouveau sondage ont mis en évidence à quel point le Parti démocrate va vite et loin vers la gauche.
» Selon Gallup, alors que 76 % des républicains se disent “extrêmement fiers” d'être Américains, seuls 22 % des démocrates disent la même chose, ce qui représente une forte baisse par rapport à l'année dernière. En 2013, au début du second mandat d'Obama, 56% des démocrates se disaient “extrêmement fiers” d'être Américains.
» Un autre résultat qui secoue : alors que la grande majorité des Américains, – 9 sur 10, – sont extrêmement fiers des réalisations militaires et scientifiques des États-Unis, plus des deux tiers de tous les Américains disent maintenant qu’ils ne sont plus fiers du tout du système politique américain.
» C'est particulièrement vrai pour les démocrates. Seulement 25 pour cent, soit 1 démocrate sur 4, se dit fier de notre système politique, de notre démocratie.
» Un spectre d'anti-américanisme semble se lever à gauche.
» En écoutant les débats démocrates, et la représentation de la nation et de son économie par les candidats, on pourrait penser que nous vivons dans le Paris des Misérables ou le Londres de Charles Dickens.
» La démographie favorise indéniablement un parti démocrate à prédominance de la génération-millenium par rapport au parti d'âge moyen et des personnes âgées qu'est le GOP.
» Mais comment un parti, dont les trois-quarts de ses adhérents ne professent aucune fierté à l'égard de son système politique, persuaderait-il la nation de lui confier la responsabilité de ce système ? Comment un parti, dont un quart seulement de ses membres est “extrêmement fier” d'être américain, peut-il convaincre une majorité d'Américains de lui confier le leadership de leur nation ?
» De la part des libéraux et des progressistes, nous entendons constamment des geignements, des grognements et des doléances. Quand entendrons-nous de la gratitude, – pour l'Amérique ?

Comment cela ? De « la gratitude, – pour l'Amérique » ? Est-ce bien raisonnable ? C’est certes à ce point que le bât blesse, et il blesse pour eux et non pour nous, – ou plutôt, dirais-je, pour lui Buchanan et nullement pour moi qui ait choisi comme ennemi quelque chose qui nous surpasse tous, nous emprisonne, nous persécute et nous tourmente, – et de ce fait, parfaitement conforme en fait à la vérité-de-situation qui écrase le monde, car l’ennemi “choisi” fut d’abord parfaitement identifié et devrait absolument s’imposer à nous. Comme Raimondo lui-même l’avait manifesté involontairement, et d’autres encore avec lui, Buchanan a deux ennemis et non pas un seul comme moi : d’une part, la politique extérieur (de sécurité nationale) développée au moins depuis 1945, portée à son paroxysme d’interventionnisme depuis 9/11 ; d’autre part, son adversaire partisan, le parti démocrate, “la gauche” en général. (De même, le dissident de gauche a-t-il deux ennemis : la politique de sécurité nationale d’une part, son adversaire partisan, “la droite” en général d’autre part.)

Comment parvenir à dire « Quel grand pays ... Rien n'est impossible aux Américains... Notre nation est la plus exceptionnelle de l'histoire du monde” » alors que les USA plongent le monde dans le chaos, se conduisent comme des bandits de grand chemin et des tueurs d’un Syndicat du Crime postmoderne, défiant toutes les lois qu’ils ont eux-mêmes imposées et ne cessant de mentir, tandis que l’état de leur intérieur ne cesse, lui, d’empirer, les déclassés de s’empiler, les infrastructures de pourrir, la psychologie de tourner à la folie et à l’hallucination zombifiée ? Comment peut-on se faire assez durablement illusion, se tromper soi-même, pour dire cela alors qu’une des deux ailes du parti unique dit ne plus “être extrêmement fier de l’Amérique” dans le chef des trois-quarts de ses membres, exact contraire de l’aile d’en face, mesure extrême de la division, de la scission, de la fracture de ce pays ?

Le sort des dissidents antiSystème aux USA est bien pénible, qu’ils soient de droite ou de gauche d’ailleurs. D’un côté, ils s’opposent farouchement à la politiqueSystème que mène l’administration en place, qu’elle soit d’un parti ou de l’autre, qu’elle porte sur tel ou tel domaine de façon plus spécifique ; d’un autre côté, ils continuent à proclamer leur foi dans l’Amérique des Pères Fondateurs parce qu’ils jugent que c’est leur origine, leur identité et leurs racines, alors que c’est cette Amérique-là et aucune autre qui a accouché du monstre épouvantable qu’est l’Amérique aujourd’hui.

(Les plus à l’aise de ces “dissidents” aux USA furent les écrivains américains [et je ne dis pas “écrivains américanistes”] quand ils se manifestaient en tant que tels, parce qu’un écrivain peut aisément se faire grand politique en se passant de parler de la politique coutumière et partisane, au contraire d’un Buchanan à droite ou d’un Chis Hedges à gauche. Il peut alors affirmer des choses terribles dont le thème principal est finalement que l’Amérique, celle qu’on nous vante et qu’on nous vend comme le fait Trump, cette Amérique-là n’existe pas et n’a jamais existé...) (*)

Pour autant, écrivant plus haut “pour eux et non pour nous”, puis me reprenant pour personnaliser la remarque en fonction de mon attitude d’hostilité au Système et rien de moins (« C’est bien à ce point que le bât blesse, et il blesse pour eux et non pour nous, – ou plutôt, dirais-je, pour lui Buchanan et nullement pour moi  qui ait choisi comme ennemi... »), je dois ajouter que le dilemme de Buchanan a toutes les malchances calamiteuses de devenir celui de tous les dissidents antiSystème (hors-USA dans ce cas) qui ont choisi “un camp” pour appuyer leur bataille. Certes, ils ont une référence, mais cette référence peut, du jour au lendemain dans l’étrange époque qui swingue, devenir incompatible avec leur combat jusqu’à l’insupportabilité et l’angoisse. 

Le problème se pose pour tout dissident qui a fait un choix stratégique dans l’histoire humaine actuellement en cours, comme s’il croyait, ou parce qu’il croit vraiment que la crise est historique et peut être résolue par le facteur humain. Quant à moi, mes positions dans l’histoire humaine actuelle sont purement tactiques et peuvent changer du jour au lendemain ; mes références fondamentales (stratégiques) sont de l’ordre de la métahistoire, prenant en compte l’existence tout à fait possible sinon bien probable de forces suprahumaines, et me situant simplement par rapport au but de la destruction du  Système (Delenda Est Systemum). Je conseille vivement d’essayer la formule...

 

Note

(*) En 1948, un historien et critique américaniste (-iste, certes), parfait représentant du système de l’américanisme au moment où Washington D.C. célébrait “le siècle américain”, pouvait écrire ceci de la génération des Faulkner, Steinbeck, Dos Passos, Hemingway, Sinclair Lewis, Fitzgerald, Henry Miller et ainsi de suite... (Dans Frederick Lewis Allen, “Le grand Changement de l'Amérique”, traduction française chez Amiot Dumont, Paris 1953, – et l’on passera sur l’affirmation que la littérature américaine surpasse toutes les autres dans l’entre-deux guerres, notamment la française, allant de Proust à Céline.) :

« Les romanciers américains contemporains doivent être extrêmement gênés (du moins je l'espère) quand on leur dit qu'ils ont produit la seule littérature significative d’entre les deux guerres. Rentrant d'Europe, ma première, ma plus forte et ma plus durable impression fut qu'aucun ensemble d'œuvres littéraires, à aucune époque et en aucun pays, n'a été aussi uniformément déprimant. C'est pour moi une source d'étonnement perpétuel que la nation qui a dans le monde la réputation d'être la plus optimiste, la plus unanime et la plus libre sur la terre puisse se voir elle-même, à travers les yeux de ses représentants les plus sensibles, comme une collection de victimes sans espoir, de gens tristes et louches, de personnes déchues. De roman en roman, on ne rencontre que des héros sans honneur et sans éclat ; [...] des héros dont la seule vertu est une stoïque endurance devant les souffrances et les désastres .»

  • 8 juillet 2019 à 00:00

Trump et le stressant théâtre crépusculaire US

Par info@dedefensa.org

Trump et le stressant théâtre crépusculaire US

Trente menaces de quadruple troisième guerre mondiale par an… Et on n’a pas fini. Le Donald est décidément un EGM, un être généré médiatiquement, un Captain America obèse et clown braillard, en mode troll et postmoderne. Produit caméo remixé du cinoche postmoderne et de la télé irréalité, notre marionnette incarne à la perfection (à l’imperfection plutôt) la cohorte de personnages gluants issus des comics des années trente. Comptez sur lui pour dénicher aux quatre coins de la planète unifiée des Hitler à moumoute et pour déclencher un brasier final bon à dégoûter les hippopotames – disait Léon Bloy déjà familiarisé avec l’eschatologie démocratique ; car comme on sait un monde plus sûr pour la démocratie est un monde moins sûr pour l’humanité. Que reste-il pour nous de notre Tradition sinon ce patrimoine profané par les conservateurs et les touristes ?

Notre éléphant dans un magasin de porcelaine de Chine n’a donc pas fini de nous casser les pieds et d’affoler les rombières rivées devant leur plateau télé. L’histoire nous dira s’il coulera l’empire (il serait temps en effet) ou s’il était au sens marxiste cette répétition en comique de la tragédie américaine, – 200 guerres par siècle ou par an pour rendre le monde plus sûr pour la démocratie, c’est-à-dire pour l’actionnaire et la marchandise. Pessimiste ? « Le destin du spectacle n’est pas de finir en despotisme éclairé », – dixit la pythie Debord.

Si vous voulez comprendre le manège de ce diable de gros bonhomme, revoyez le drolatique Nicholson dans les sorcières d’Eastwick. Mi-séducteur mi-destructeur, mi-Tartarin mi-Tartempion…  Car on ne sait jamais si c’est du lard (de l’art) ou du cochon. Dans Célébrité de Woody Allen, le Donald en caméo se propose de détruire la cathédrale Saint Patrick pour bâtir une tour. Dans l’associé du diable, Pacino-Satanas attend le Donald qui ne vient pas lors d’une soirée mondaine… Mais dans l’excellent Wolfen (1981), le promoteur immobilier se faisait déchiqueter par un indien loup-garou.

Alors voyons son agenda débile et belliqueux à ce gros Picrochole :

Lundi, Donald déclare la guerre à la presse ; mardi, à Twitter ; mercredi, à la Chine ; jeudi, à l’Iran ; vendredi, à l’Allemagne ; samedi, à la Russie. Puis il observe le shabbat, grenouille avec l’ectoplasme nord-coréen (certains me disent que c’est un double, qu’il a été remplacé par la CIA – au point où on en est…) et nous promet le 4 juillet d’aller sur la lune et sur mars. On tournera sur un plateau télé et les jobards goberont comme la première fois. C’est le président présentateur qu’il fallait à un monde d’anesthésiés/hypnotisés/hypothéqués.

Un qui a bien craqué sur cette infantile guerre des nerfs yankee (« retenez-moi ou je ne fais pas un malheur ») est notre ami Orlov qui souligne ce remake de troll de drameeffectué par le Joker de Washington (découvrez Victor Hugo et son magnifique Homme qui rit, qui aura été l’inspirateur du Joker de Batman). Il écrit Orlov :

« Le monde est de nouveau au bord de la guerre, encore une fois. Et, oui, encore une fois. Et puis il n’est plus au bord de la guerre…. mais attendez, il y a plus ! Bien sûr qu’il y a plus, il y a toujours. Les groupes aéronavals américains se dirigent vers la Corée du Nord … ou pas. Ils se promènent sans but, loin de la Corée du Nord, mais d’une manière très menaçante. Puis Trump et Kim Jong Un se rencontrent, s’entendent bien, signent un bout de papier qui ne veut rien dire et se séparent en amis. »

Oui, ces bagarres de vieux couple acariâtre commencent à nous gaver, sauf si Kim n’est plus celui qu’on croit…

Orlov ajoute :

« Remarquez-vous le refrain ? Ce qui se passe, c’est qu’un pays has-been, qui ne peut s’empêcher de gaspiller le peu de ressources qu’il lui reste pour enrichir un complexe militaro-industriel inutile mais ridiculement surdimensionné, essaie de générer de l’activité afin de justifier des dépenses de défense toujours plus importantes. Toutes sortes d’experts et de spécialistes jouent le jeu, affirmant que la menace de telle ou telle guerre est bien réelle et que, par conséquent, nous devrions tous être attentifs à ce qui se passe. Mais ce qui se passe, c’est qu’on vous ballade. »

ptimiste de tempérament, Vladimir Orlov explique :

« Comme il n’y a rien de mieux à faire, les États-Unis s’efforcent de troller le monde entier, mais de plus en plus le monde refuse de se laisser troller ou trolle les États-Unis en retour.

Lorsque les États-Unis menacent de couper l’accès au système financier américain, le monde s’efforce de le contourner.

Lorsque les États-Unis imposent des barrières douanières et des sanctions, le monde réagit en remaniant ses relations commerciales pour exclure les États-Unis.

Lorsque les États-Unis menacent des pays d’une intervention militaire, le monde réagit en forgeant de nouvelles alliances et en prenant des dispositions de sécurité qui isolent les États-Unis. »

Cette gesticulation pathétique serait, selon Orlov, annonciatrice de la chute impériale (depuis le temps que le camp antisystème nous la promet celle-là…) :

« Mais le plus important, c’est que le monde attend. Les États-Unis enregistrent actuellement un déficit budgétaire de plus de 1 000 milliards de dollars par an et s’endettent à peu près au même rythme qu’au plus fort de l’effondrement financier précédent. Selon vous, que se passera-t-il lorsque le prochain effondrement financier frappera (selon de nombreuses voix autorisées, il devrait frapper soit cette année, soit l’année prochaine) ? En attendant, j’espère que vous apprécierez d’être trollé, parce que je suis sûr qu’il y aura plus de trollage en provenance des États-Unis, juste pour vous tenir occupé, mais je suppose que vous le savez. »

Il a raison Orlov. La seule info c’est le crépuscule impérial en mode hystérique-accéléré : le reste est du purin pour la presse subventionnée…

Thoreau dit déjà dans Walden :

« Pour le philosophe, toute nouvelle, comme on l’appelle, est commérage, et ceux qui l’éditent aussi bien que ceux qui la lisent ne sont autres que commères attablées à leur thé. Toutefois sont-ils en nombre, qui se montrent avides de ces commérages…S’il est permis à qui rarement regarde les journaux de porter un jugement, rien de nouveau jamais n’arrive à l’étranger, pas même une Révolution française… »

  • 8 juillet 2019 à 00:00

Trump, phénix-Terminator du Système

Par info@dedefensa.org

Trump, phénix-Terminator du Système

Il y a un intéressant portrait de Trump et de sa non-politique de sécurité nationale dans le Daily Mail de Londres, à partir de courriers diplomatiques pour son gouvernement de l’ambassadeur britannique à Washington (en poste depuis début 2016). (Adaptés d’après une reprise par RT.com.) Ce qui est remarquable, c’est que ces courriers exprimant l’avis de l’ambassadeur d’un pays très proche des USA, dans la capitale US et donc nécessairement bien informé, rencontrent ce qu’on peut raisonnablement présenter, d’une part à partir des quelques sources et commentaires bien choisis sur l’internet, essentiellement dans les publications antiSystème également bien choisies ; et d’autre part également et surtout, à partir d’analyses personnelles prenant en compte la psychologie particulière de Trump, pour un observateur qui ne s’inquiète ni ne s’embarrasse des remarques officielles et des avis rationnellement alambiqués et politiquement très-très-corrects des experts-Système courants.

L’avis selon lequel  « la politique erratique du président américain Donald Trump à l'égard de l'Iran pourrait conduire à la guerre à la moindre provocation » ne nous surprend certainement pas, non plus que la description qui est faite de cette politique, de l’implication à peu près nulle de Trump dans son élaboration et son exécution, jusqu’à ses interventions intempestives, soudaines et complètement imprévisibles, renversant complètement la dite-politique.

« Un “trésor” est parvenu au Daily Mail sous la forme de fuites d’un ensemble de câbles diplomatiques envoyés à Londres par l'ambassadeur britannique aux États-Unis, Kim Darroch, avec des remarques cinglantes sur le tempérament et la politique du président américain Donald Trump.
» Les dossiers les plus anciens remontent à 2017 et les plus récents ont été rédigés le mois dernier, y compris un message du 22 juin, dans lequel Darroch décrit la politique erratiques que mène le président Trump vis-à-vis de l’Iran.
» Il parle de l'affirmation de Trump selon laquelle il a annulé au dernier moment une frappe contre l'Iran en représailles à la destruction par d’un drone américain. Trump avait twitté qu’il avait agi parce qu'on lui avait dit qu'environ 150 Iraniens mourraient s'i l’attaque avait lieu, – mais la note interne de Darroch attribue cette décision à la perspective de l’élection de 2020.
» “Il est plus probable qu'il n’a jamais pleinement géré la direction de cette affaire et qu’il s’est soudain inquiété de la tournure que prendrait cette contradiction de ses promesses de 2016 pour la campagne de 2020 ”, aurait écrit Darroch.
» Darroch décrit la politique de Washington à l'égard de l'Iran comme affreusement mal conçue et estime qu'il est peu probable qu'elle devienne plus cohérente dans un proche avenir. S’il est vrai que Trump a une “aversion pour les nouvelles aventures militaires”, ses conseillers de sécurité nationale sont devenus de plus en plus faucons avec le temps et il est possible qu’“une seule attaque iranienne de plus quelque part dans la région” pourrait devenir le catalyseur d’“un autre demi-tour de Trump”. »

Les extraits les plus intéressants, selon nous, concernent une autre partie de la communication, où est abordée la personnalité de Trump. La description qui en est faite est très postmoderne, très imagée, avec des emprunts directement faits aux domaines de l’entertainment et de la fiction cinématographique, comme si le côté téléréalité et hollywoodien du personnage était la considération et la référence centrales du jugement, y compris dans le secret du langage confidentiel de certains dirigeants. Notre jugement intuitif est qu’on ne peut être plus juste...

Ainsi Trump est-il qualifié par l’ambassadeur de “phénix” renaissant de ses cendres, à la manière de Schwarzenegger-Terminator à la fin du film original sur le sujet. On y voit ainsi mêlées la stupéfaction horrifiée des circonstances et une sorte d’admiration fascinée pour ce personnage qui parvient à se tirer de toutes les situations catastrophiques où il se met après les avoir suscitées. L’ambassadeur va jusqu’à évoquer l’atmosphère quasi-magique que Trump parvient à créer dans ses grands meetings, décrivant implicitement l’enthousiasme sans faille de ses partisans comme une sorte d’envoûtement exercé par le président US, ainsi catapulté au rang de gourou d’une sorte de secte à l’échelle des États-Unis d’Amérique.

 (Il est intéressant [et également étrange pour les esprits impressionnables ou sensibles aux convergences irrationnelles] de noter qu’Obama, durant sa campagne électorale de 2008, avait également été perçu dans ce sens, – le gourou d’une secte nouvelle mais, disons dans un style différent quoiqu’aboutissant effectivement à l’établissement d’un état de transe dans ses audiences. On peut considérer que cette étrange attraction du prédécesseur de Trump perdura durant ses deux mandats mais qu’Obama n’en usa plus du tout dans le sens d’un gourou d’une secte, construisant au contraire l’image d’un président rationnel, très contrôlé et réfléchi, jusqu’à l’absence d’esprit de décision dans certains cas. Il est pourtant possible, à voir le comportement de certains de ses partisans, que la transe ait perduré durant ces huit années et même jusqu’à nous...)

« En général, les télégrammes de Darroch parlent de Trump comme d'un leader “inepte”, “dysfonctionnel” qui “répand autour de lui l’insécurité”, et dont la présidence pourrait aisément “s’effondrer ou se consumer”, – mais en lui rendent hommage pour sa capacité à sortir indemne de ses manigances et de sa brutalité, et demandant à Londres de ne pas “le laisser tomber”.
» En parlant des pouvoirs de Trump à la manière d’un phénix, Darroch le compare au portrait du Terminator à la fin du film original.
» “Trump  peut émerger des flammes, meurtri mais intact, comme Schwarzenegger dans les dernières scènes du Terminator”, écrit-il. Tout en décrivant la rhétorique utilisée par Trump pour enflammer les foules lors de ses rassemblements de campagne comme “incendiaire” en “un mélange de faits et de fiction”, le diplomate s'émerveille du zèle avec lequel les partisans de Trump continuent à soutenir leur candidat, comparant l'atmosphère d'un rassemblement MAGA à une “grande messe d’une religion” ou à un “événement sportif majeur”. »

Il ne faut pas s’y tromper, si ces dépêches fuitées sont vraies, – et il faut qu’elles soient vraies en vérité, – on détient une preuve de plus, une preuve comme dans une enquête de police, que les simulacres auxquels nous sommes confrontés sont aussi eux-mêmes vrais, – de vrais-simulacres, comme l’on dirait des mensonges-vraies (des mensonges qui nous disent indirectement la vérité).

Sa qualité de Terminator, de phénix qui renaît de ses cendres, conduit à concevoir un sort identique pour la vérité chez Trump : absorbée par lui qui n’est que mensonges et simulacres, la vérité disparaît comme dans un trou noir, comme le phénixsemble mourir ; mais elle réapparaît ensuite, comme “le phénix renaît de ses cendres”, par la description des aventures et des comportements extraordinaires du président, et cette vérité dans une dimension beaucoup plus instructive que celle qu’elle avait à l’origine. Sans le vouloir bien entendu, – surtout pas, rien de stratégiquement calculé chez lui, – Trump nous donne, à plus d’un égard, en plus d’une occasion, l’une ou l’autre clef qui nous ouvre la porte de tel ou tel domaine du Système et nous laisse à voir son fonctionnement.

Effectivement, nous n’en avons jamais autant appris sur le fonctionnement du système de l’américanisme que depuis l’arrivée de Trump, – et désormais confirmés par des dépêches confidentielles d’un ambassadeur de haut niveau. Ses mensonges, ses simulacres, ses foucades, son insaisissabilité, son inculture, sa brutalité et sa grossièreté, nous révèlent par contraste et par simple équivalence des contraires, toutes les insupportables vérités du Système (le système de l’américanisme étant la principale courroie de transmission du Système). Certes, nous nous en doutions, mais là c’est bel et bien confirmé, quasiment comme sous serment devant un officier de police ou devant un juge.

Les notes certainement élégantes mais non sans audace de l’ambassadeur de Sa Majesté, special relationships obligent, nous confirment que rien du Trump extravagant des présidentielles USA-2016 n’a changé. Au contraire de tous les pronostics des experts et affidés du Système, spécialistes en dissimulation et en simulacres, la fonction (POTUS) n’a nullement créé l’organe (Trump), ni même ne l’a modifié. A plus de la moitié de son mandat, Trump est plus que jamais Trump et le reste doit suivre ; la fonction suprême doit s’en accommoder, son administration rester baignée dans le même désordre, sa base électorale se rouler dans sa fascination magique pour son gourou, son opposition s’emporter dans des folies à la mesure de ses extravagances ; quant à la politique, notamment extérieure, c’est celle du capitaine de piraterie qu’il était “dans le civil”, illégale, faite de pressions grossières, massacrant la réputation des USA partout en transformant cette puissance en “hyperpuissance-voyou”, et en cela accélérant le processus d’effondrement des USA et de leur puissance.

L’ambassadeur nous laisse entendre, ce qui  nous apparaît de plus en plus évident, que tout cela se poursuivra jusqu’au terme du début 2021, avec l’éventuel bonus d’une réélection qui nous conduirait en 2025. Il est difficile de penser que le système de l’américanisme tiendra jusque-là, à ce rythme.

Trump est donc bien Terminatormais peut-être bien encore plus, pour des raisons supplémentaires, que le Terminator-Schwarzenegger. Trump pourrait bien être, s’il continue, s’il parvient à être réélu dans un tonnerre de fureur et de contestation, le Terminator du système de l’américanisme. L’éventuelle seconde performance (sa réélection), – si “D.C.-la-folle” tient jusque-là et n’éclate pas à l’occasion de l’élection, – “terminera” de mettre à jour la substance de l’incroyable faiblesse de ce système de l’américanisme (et du Système par conséquent). Ainsi sera signée la victoire définitive de sa tendance à l’autodestruction, – non pas victoire de l’autodestruction sur la surpuissance, mais victoire de l’autodestruction grâce à la surpuissance. Le gourou aura achevé son travail : il aura amené son troupeau de moutons fascinés jusqu’au bord de l’abîme où tous sauteront, les uns en pleine extase trumpiste, les autres en état de fureur antitrumpiste, et le tout dans le désordre.

 

Mis en ligne le 7 juillet 2019 à 14H59

  • 7 juillet 2019 à 00:00

Vous êtes en train d’être trollés

Par info@dedefensa.org

Vous êtes en train d’être trollés

Le monde est de nouveau au bord de la guerre, encore une fois. Et, oui, encore une fois. Et puis il n’est plus au bord de la guerre…. mais attendez, il y a plus ! Bien sûr qu’il y a plus, il y a toujours “plus”. Les groupes aéronavals américains se dirigent vers la Corée du Nord … ou pas. Ils se promènent sans but, loin de la Corée du Nord, mais d’une manière très menaçante. Puis Trump et Kim Jong Un se rencontrent, s’entendent bien, signent un bout de papier qui ne veut rien dire et se séparent en amis. Aujourd’hui, les porte-avions sont beaucoup moins menaçants. Puis Trump et Kim se rencontrent à nouveau, pour signer un autre bout de papier insignifiant, mais John Bolton la ramène et le marché est rompu. Mais Trump et Kim continuent d’échanger des lettres d’amour, donc leur  bromance  n’est pas morte. Quoi qu’il en soit, la guerre entre les États-Unis et la Corée du Nord n’est pas seulement impossible à gagner, mais aussi à imaginer. La capitale de la Corée du Sud est à portée de tir de l’artillerie nord-coréenne et toutes les bases militaires américaines de la région sont à portée des roquettes nord-coréennes. La guerre avec la Corée du Nord est définitivement impensable. Donc en résumé : rien ne se passe. Alors, c’était quoi tout ça ?

Maintenant, parlons du Venezuela. Son chef démocratiquement élu est déclaré usurpateur et un remplaçant approprié est trouvé sous le nom de “Guido-hasard”. Les États vassaux américains du monde entier sont contraints de lui accorder une reconnaissance diplomatique en tant que président du Venezuela, même si ce n’est qu’un type pris au hasard dans un appartement à Caracas. Des camions sont incendiés sur un pont entre la Colombie et le Venezuela. Ils transportaient des marchandises humanitaires telles que des bobines de fil de fer. On parle d’intervention militaire, mais ce ne sont que des paroles. La Banque d’Angleterre confisque l’or vénézuélien, les États-Unis gèlent les comptes bancaires de la compagnie pétrolière vénézuélienne aux États-Unis et les remettent à une bande de Vénézuéliens louches qui le volent. Cette partie a du sens ; le reste ? Euh... Quoi qu’il en soit, une incursion militaire américaine au Venezuela n’est pas envisageable : Le Venezuela possède des systèmes de défense aérienne russes qui en font une zone d’exclusion aérienne pour l’armée de l’air américaine ; en outre, la lutte contre une guérilla dans la  Selva  vénézuélienne n’est pas quelque chose dont l’armée américaine est capable. Résumé : il ne se passe rien, encore une fois.

Maintenant, parlons de l’Iran. Trump se retire de l’accord international soigneusement négocié avec l’Iran et dit qu’il veut en négocier un autre. Si vous le remarquez, c’est vraiment un geste idiot : “Je ne te rembourserai jamais, alors prête-moi plus d’argent”. Si un pays n’honore pas les accords qu’il a déjà signés, pourquoi se donner la peine de négocier d’autres accords avec lui ? (C’est une question rhétorique.) L’Iran annonce que puisque les États-Unis ne respectent pas l’accord, l’Iran non plus. Un tas de pétroliers sont endommagés et les États-Unis essaient de blâmer l’Iran pour cela, mais personne ne croit les États-Unis. Ainsi, quelques pétroliers de plus sont endommagés et les États-Unis tentent de blâmer à nouveau l’Iran pour cela, mais à nouveau personne ne croit les États-Unis. C’est ainsi que les États-Unis font voler un drone dans l’espace aérien iranien, à l’ombre d’un avion de reconnaissance avec à son bord un équipage international, espérant que l’Iran commettra une erreur et abattra l’avion de reconnaissance. Mais l’Iran abat le drone et il tombe dans les bas-fonds, dans les eaux territoriales de l’Iran, plutôt que dans les eaux internationales à 30 mètres de profondeur. C’est ce que les États-Unis prétendent, mais personne ne les croit. L’Iran repêche rapidement et montre fièrement l’épave du drone qui n’est plus top secret. Les Américains disent qu’ils veulent attaquer l’Iran mais ils annulent l’attaque à la dernière minute. Le prix du pétrole augmente un peu. Le surplus de pétrole américain est encore produit depuis ces champs de schiste mais il s’agit tout au plus d’encre rouge à l’état pur, comme une hémorragie. Il a besoin de prix du pétrole plus élevés pour éviter une énorme vague de faillites. Cette partie a du sens ; le reste ? “Euh...” encore Quoi qu’il en soit, une attaque militaire contre l’Iran est impensable : L’Iran a la capacité de fermer le détroit d’Ormuz à tous les navires, coupant un tiers de toutes les exportations mondiales de pétrole et faisant exploser l’économie mondiale, y compris les États-Unis. Résumé : rien ne se passe, encore une fois.

Il y a d’autres non-événements dans d’autres parties du monde. Les navires de l’OTAN naviguent pépères sur les mers Noire et Baltique, où ils sont en pratique des cibles faciles au cas où les hostilités avec la Russie tourneraient au vinaigre. Donc, ce que cela nous dit, c’est que les hostilités ne deviendront pas violentes parce que ces navires sont coûteux et qu’il n’y a pas d’argent pour les remplacer. Il y a aussi des exercices de l’OTAN dans les pays baltes, qui se trouvent juste à la frontière russe. Ils s’exercent à l’invasion et l’abattage de civils dans des villages médiévaux pittoresques dotés de figurants russophones qui se font passer pour des paysans désireux de se rendre. (Techniquement, cela devrait être classé comme un jeu d’heroic-fantasy  plutôt que comme un exercice d’entraînement.) Les Russes ne sont pas impressionnés. Ils ne veulent rien avoir à faire avec les pays baltes, qui étaient autrefois des États de transit pour les exportations russes, mais maintenant, ils n’ont plus utiles à personne (sauf comme terrain d’intervention de l’OTAN). Quoi qu’il en soit, parler de faire la guerre à la Russie sans détour est une chose que seules des personnes extrêmement stupides sont capables de faire. Résumé : rien ne se passe.

Remarquez-vous le refrain ? Ce qui se passe, c’est qu’un pays has-been, qui ne peut s’empêcher de gaspiller le peu de ressources qu’il lui reste pour enrichir un complexe militaro-industriel inutile mais ridiculement surdimensionné, essaie de générer de l’activité afin de justifier des dépenses de défense toujours plus importantes. Toutes sortes d’experts et de spécialistes jouent le jeu, affirmant que la menace de telle ou telle guerre est bien réelle et que, par conséquent, nous devrions tous être attentifs à ce qui se passe. Mais ce qui se passe, c’est qu’on vous ballade.

Comme il n’y a rien de mieux à faire, les États-Unis s’efforcent de troller le monde entier, mais de plus en plus le monde refuse de se laisser troller ou trolle les États-Unis en retour.

• Lorsque les États-Unis menacent de couper l’accès au système financier américain, le monde s’efforce de le contourner.

• Lorsque les États-Unis imposent des barrières douanières et des sanctions, le monde réagit en remaniant ses relations commerciales pour exclure les États-Unis.

• Lorsque les États-Unis menacent des pays d’une intervention militaire, le monde réagit en forgeant de nouvelles alliances et en prenant des dispositions de sécurité qui isolent les États-Unis.

Mais le plus important, c’est que le monde attend. Les États-Unis enregistrent actuellement un déficit budgétaire de plus de 1 000 milliards de dollars par an et s’endettent à peu près au même rythme qu’au plus fort de l’effondrement financier précédent. Selon vous, que se passera-t-il lorsque le prochain effondrement financier frappera (selon de nombreuses voix autorisées, il devrait frapper soit cette année, soit l’année prochaine) ? En attendant, j’espère que vous apprécierez d’être trollé, parce que je suis sûr qu’il y aura plus de trollage en provenance des États-Unis, juste pour vous tenir occupé, mais je suppose que vous le savez .

 

Le 25 juin 2019, Club Orlov, – Traduction du Sakerfrancophone

  • 7 juillet 2019 à 00:00

« Manger, boire et dormir » : le monde écœuré de Musset

Par info@dedefensa.org

« Manger, boire et dormir » : le monde écœuré de Musset

Musset grand auteur ignoré… Dans ses Confessions d’un enfant du siècle, il décrit le malaise moderne (on écrirait postmoderne, si la révolution c’est la modernité…) :

« Un sentiment de malaise inexprimable commença donc à fermenter dans tous les cœurs jeunes. Condamnés au repos par les souverains du monde, livrés aux cuistres de toute espèce, à l’oisiveté et à l’ennui, les jeunes gens voyaient se retirer d’eux les vagues écumantes contre lesquelles ils avaient préparé leur bras. Tous ces gladiateurs frottés d’huile se sentaient au fond de l’âme une misère insupportable. »

Le fric amène la libération sexuelle ultra façon DSK-Robbe-Grillet-Sade-etc., la pauvreté la gesticulation politico-sociale désordonnée, des barricades romantiques aux gilets jaunes :

« Les plus riches se firent libertins ; ceux d’une fortune médiocre prirent un état et se résignèrent soit à la robe, soit à l’épée ; les plus pauvres se jetèrent dans l’enthousiasme à froid, dans les grands mots, dans l’affreuse mer de l’action sans but. Comme la faiblesse humaine cherche l’association et que les hommes sont troupeaux de nature, la politique s’en mêla. »

La France ne produit plus d’idées, elle les recycle :

« Quand les idées anglaises et allemandes passèrent ainsi sur nos têtes, ce fut comme un dégoût morne et silencieux, suivi d’une convulsion terrible. Car formuler des idées générales, c’est changer le salpêtre en poudre, et la cervelle homérique du grand Goethe avait sucé, comme un alambic, toute la liqueur du fruit défendu. »

Plus personne ne croit en rien (d’ailleurs est-ce si grave, Alfred ?) :

« Ce fut comme une dénégation de toutes choses du ciel et de la terre, qu’on peut nommer désenchantement, ou si l’en veut, désespérance, comme si l’humanité en léthargie avait été crue morte par ceux qui lui tâtaient le pouls. De même que ce soldat à qui l’on demanda jadis : A quoi crois-tu ? et qui le premier répondit : à moi ; ainsi la jeunesse de France, entendant cette question, répondit la première : à rien. »

Manger, boire et dormir (sans oublier la télé et bronzer l’été) définit le futur humain :

« Voici donc ce que disait le corps :

L’homme est ici-bas pour se servir de ses sens ; il a plus ou moins de morceaux d’un métal jaune ou blanc avec quoi il a droit à plus ou moins d’estime. Manger, boire et dormir, c’est vivre. Quand aux liens qui existent entre les hommes, l’amitié consiste à prêter de l’argent ; mais il est rare d’avoir un ami qu’on puisse aimer assez pour cela. La parenté sert aux héritages : l’amour est un exercice du corps ; la seule jouissance intellectuelle est la vanité. »

On reverra la Maman et la Putain de Jean Eustache, sommet du nihilisme parisien, snob, enfumé – tourné sous la misérable présidence Pompidou - et qui montrait le développement tératologique de cette weltanschauung du vide, qui peut tourner en rond pendant encore cent ans (cela dépendra du climat).

Le mécontentement du pauvre reste à l’ordre du jour :

« Mais si le pauvre, ayant bien compris une fois que les prêtres le trompent, que les riches le dérobent, que tous les hommes ont les mêmes droits, que tous les biens sont de ce monde, et que sa misère est impie ; si le pauvre, croyant à lui et à ses deux bras pour toute croyance, s’est dit un beau jour : Guerre au riche ! à moi aussi la jouissance ici-bas, puisque le ciel est vide ! à moi et à tous, puisque tous sont égaux ! ô raisonneurs sublimes qui l’avez mené là, que lui direz-vous s’il est vaincu ? »

Après la maladresse communiste (Chateaubriand dans sa célèbre conclusion des Mémoires), on le calme le pauvre, par la malbouffe et le smartphone. Ce sont les riches qui sont les plus rebelles, voyez Chesterton et Tocqueville. Ils sont insatiables et ils se garderont  pour eux seuls ce que le capital laisse de cette planète.

Puis Musset voit qu’on n’invente plus rien : on recycle. Le monde anesthésié et stérilisé du progrès n’est bon qu’à recycler, dès le début du romantisme, qui recycle l’orient des voyages ou bien le moyen âge (Heine en parle bien aussi, qui en souligne le danger…en Allemagne) :

« Notre siècle n’a point de formes. Nous n’avons donné le cachet de notre temps ni à nos maisons, ni à nos jardins, ni à quoi que ce soit. On rencontre dans les rues des gens qui ont la barbe coupée comme du temps d’Henri III, d’autres qui sont rasés, d’autres qui ont les cheveux arrangés comme ceux du portrait de Raphaël, d’autres comme du temps de Jésus-Christ. Aussi les appartements des riches sont des cabinets de curiosités ; l’antique, le gothique, le goût de la Renaissance, celui de Louis XIII, tout est pêle-mêle. Enfin nous avons de tous les siècles, hors du nôtre, chose qui n’a jamais été vue à une autre époque ; l’éclectisme est notre goût ; nous prenons tout ce que nous trouvons, ceci pour sa beauté, ceci pour sa commodité, telle autre chose pour son antiquité, telle autre pour sa laideur même; en sorte que nous ne vivons que de débris, comme si la fin du monde était proche. »

On répète, car c’est génial : « nous ne vivons que de débris, comme si la fin du monde était proche. »

Comme Pouchkine dans Eugène Onéguine, Musset trouve qu’on lit trop (aujourd’hui « on se goinfre d’images », comme dit Clint Eastwood !). La surconsommation littéraire produit le champ de ruines Bovary que traitera Flaubert :

« Tel était mon esprit ; j’avais beaucoup lu ; en outre, j’avais appris à peindre. Je savais par cœur une grande quantité de choses, mais rien par ordre, de façon que j’avais la tête à la fois vide et gonflée, comme une éponge… Je devenais amoureux de tous les poètes l’un après l’autre ; mais, étant d’une nature très impressionnable, le dernier venu avait toujours le don de me dégoûter du reste. Je m’étais fait un grand magasin de ruines, jusqu’à ce qu’enfin, n’ayant plus soif à force de boire la nouveauté et l’inconnu, je m’étais trouvé une ruine moi-même. »

Certains tancent l’individualisme, et ils ont tort. Le monde moderne liquide tout, et le salut ne se situera qu’à cette échelle ! Et on conseillera à ceux que ce Musset écœuré rebute le génial et dynamique récit érotique Gamiani, théoriquement anonyme, et qui était recommandé par Evola dans sa métaphysique du sexe. 

  • 6 juillet 2019 à 00:00

A l’ombre du CNR

Par info@dedefensa.org

A l’ombre du CNR

« Ce n’est pas un sprint, c’est une course de fond », résume Jacques Sapir pour commentaire du démarrage de la campagne pour obtenir les 4,7 millions de signatures de “soutien” permettant de faire avancer, peut-être décisivement mais pas nécessairement, le projet de Référendum d’Initiative Partagée sur la privatisation d’ADP (Aéroports De Paris), dit “Référendum ADP”. Cette campagne a été ouverte le 13 juin pour durer 9 mois, justifiant l’image sportive offerte par Sapir.

Je vous recommande l’émission du 1erjuillet de Sapir et de Clément Ollivier, une vidéo de 47 minutes sur Spoutnik-français, le fameux réseau d’influence russe et antidémocratique qui met en danger cette civilisation dont nous sommes si fiers et qui brille des mille feux de ses très-nombreuses vertus.

(A suivre les deux réseaux russes partout dénoncés comme diaboliques entreprises contre la vertu démocratique, on mesure la bassesse extraordinaire atteinte par les balbutiements du simulacre couturés de cicatrices qui nous sert de cadre civilisationnel. Nous sommes, – ils sont vraiment aux abois et sans la moindre conscience de l’infamie qu’ils sont devenus, nos zombieSystème qui prétendent nous diriger. Même la colère à leur encontre s’épuise, remplacée par le mépris radical, presqu’à les plaindre de s’agiter dans leur cloaque. La croisade menée contre RT et Spoutnik par rapport au comportement de la presseSystème est tellement grotesque qu’il ne reste plus qu’à en mourir de rire... Mais poursuivons.) 

Je cite la rapide présentation de l’émission, de ce même 1erjuillet, qui donne toutes les indications pratiques nécessaires...

« Si l’opinion publique semble majoritairement opposée à la privatisation d’ADP, la campagne de collecte des 4,7 millions de signatures de soutien au RIP s’annonce longue et opiniâtre. Dans la foulée des Gilets jaunes, pourrait-on voir émerger une mobilisation générale transpartisane, voire une amorce de refondation de notre espace démocratique ?
» Jacques Sapir et Clément Ollivier reçoivent Anne-Marie Le Pourhiet, juriste spécialiste du droit constitutionnel et membre du conseil scientifique de la fondation Res Publica, Flora Magnan, cofondatrice de la plateforme Signons.fr qui répertorie les actions sur le terrain, et François Boulo, figure des Gilets jaunes à Rouen.
» Sur iTunes et appareils Apple, cliquez sur ce lien.
» Sur Android et autres applications, copiez le flux RSS. »

Le débat qu’on peut suivre sur l’émission permet de saisir l’enjeu de cette bataille, qui se livrera au niveau de la population, “du citoyen”, convié à se faire le soutien et le propagandiste de la participation à la pétition. Il est manifeste que le “Référendum ADP” peut et doit devenir un formidable outil pour relancer le mouvement des Gilets-Jaunes dans une nouvelle formule d’action, cette fois bien définie et avec un but précis, un calendrier, un argumentaire solide et cohérent, une définition absolument constitutionnelle et répondant à l’esprit et à la lettre de la Constitution de la Vème République, – bref tout ce que leurs adversaires pressés de discréditer le mouvement ont reproché aux GJ de ne pas avoir.

Cela constituera une occasion remarquable de rassembler les GJ avec un plus vaste élan populaire, les intégrant tout à fait dans une démarche générale et évidemment populaire, avec les relais institutionnels de la plus complète légalité, jusqu’à faire du tout une véritable affirmation du peuple souverain détenteur de la souveraineté et de la légitimité de la nation. Il est absolument nécessaire que les GJ s’emparent de cette occasion et en fassent leur profit, sans quoi ils dépériront. Il est manifeste, il est évident que cette très longue campagne, si elle parvient à trouver son rythme offensif et constructif, constituera pour la saison à venir l’une des menaces les plus efficaces contre l’équipe Macron et la tendance déstructurante d’entropisation qu’elle sert sans la moindre dissimulation.

Le Référendum ADP concerne bien entendu la privatisation d’ADP, et le débat sur la souveraineté nationale et populaire qui va avec. Mais l’acte est aussi, sinon plus encore, essentiel dans sa démarche même, dans sa forme, dans le symbolisme qu’il véhicule. Il constitue l’usage en temps réel, en “masse réelle” du peuple, de l’exercice de son droit et de son devoir de s’exprimer directement quand il l’exige nécessaire, à côté de l’exercice courant et aujourd’hui bien poussif de la “démocratie représentative”. L’emploi qu’en fit de Gaulle, si souvent sollicité par ces messieurs-dames comme référence et fondateur de la Vème qui place le référendum comme un acte essentiel de la République Française, montre qu’il s’agit d’un acte nullement d’exception, mais de façon très différente d’une sorte de “respiration haute” de la démocratie, venant au-dessus de la “respiration courante” souvent pressée et oppressante des représentatifs, pour les remettre dans une voie souveraine dont ils tendent à constamment dévier. Ce n’est pas un coup de force, ce n’est pas du populisme, ce n’est pas un de ces diablotins qu’on nous agite constamment dans les sermons sans fin de l’église du Système ; c’est la pureté même, l’essence du fonctionnement politique fondamental. N’en faites pas trop souvent certes, mais n’oubliez pas d’en faire, et dans ce cas, respectueux et attentifs ; ainsi en est-il du cas du Référendum ADP.

Les événements étant ce qu’ils sont, le Référendum ADP n’échappe évidemment pas à la pression crisique qui partout exerce ses ravages. De ce fait, il prend une dimension historique supplémentaire, dont la référence très aisément rappelée est le CNR (Conseil National de la Résistance) fondé en 1943 par Jean Moulin. C’est-à-dire que certains perçoivent le Référendum ADP comme une voie ouverte vers un rassemblement général et national, dans ces temps de tourmente et de confusion qui valent bien, sous une forme différente, ceux de 1943 et autour.

Il est très important de préciser que, comme le CNR, ce mouvement fondamentalement politique sinon métapolitique doit être a-politicien et n’exclure aucune tendance sans même tenir des assises ni monter un procès pour cela ; c’est ce qu’a rappelé Sapir en citant le général de Bénouville comme membre du directoire du CNR alors qu’il venait de l’Action Française et de la Cagoule. Il aurait pu ajouter que de nombreux éléments de la droite et de l’extrême-droite furent, non seulement actifs dans la Résistance, mais de loin constituèrent le noyau initial de la Résistance (beaucoup plus que la gauche, certainement au début alors que le PCF était au mieux neutre, sinon bienveillant vis-à-vis des Allemands jusqu’à l’attaque de l’URSS de juin 1941, tandis qu’une partie importante de la gauche modérée, notamment chez d’ex-Dreyfusards [voir Simon Epstein, de l’université hébraïque de Jérusalem, auteur en 2001 des Dreyfusards sous l’occupation], soutenait Pétain). On rappellera le film documentaire sur les premiers pas de la Résistance, projeté en 2018 dans l’émission Historiquement Show, qui nous montre et nous démontre combien la droite et surtout l’extrême-droite y jouèrent, en liaison avec Londres, un rôle fondateur. (Voir le 19 juin 2018 : « “La gauche résistante, la droite collabo, il faut vraiment mettre tout ça à la poubelle et revoir toute la période”, dit Stéphane Courtois en commentaire du film documentaire de Detoo. »)

On comprend ce que ces références et rappels signifient, dans tous les cas pour mon compte : si l’on tient à la référence du CNR, dans l’action et dans l’esprit, il faut accepter un “rassemblement national” (!) sans aucune exclusive, sans cette diabolisation abjecte, couarde, dénonciatrice comme les collabos dénonçaient les résistants, et qui ne sert que le Système, qui est l’arme principale du Système. En attendant d’en convenir, les vertueux démocrates et diabolisateurs professionnels feraient bien de voir le documentaire en question qui est une sorte de prélude au CNR, de le méditer grandement, entre deux imprécations d’exclusion démocratique de tout dialogue avec les pestiférés lancés par le courageux et résistant président du Sénat, monsieur Larcher. (Par exemple, ceci que monsieur Larcher pourrait glisser dans un discours à-la-Malraux : « Parmi les quatre premiers envoyés de De Gaulle en France pour organiser les premiers réseaux de la résistance[à l’été 1940], il y avait deux Cagoulards, un maurassien et un royaliste [...] Rémy, Maurice Duclos, Pierre Fourcault, Honoré d’Estienne d’Orves... » Que faire de cette vérité de marbre, sinon la taire ?)

... Bref, le Référendum ADP est une aventure extrêmement intéressante, passionnante, qui pourrait conduire à des échappées sympathiques en permettant notamment d’aborder les problèmes essentiels qui empêchent la majorité antiSystème existante en France de prendre forme. Son grand problème tactique, c’est son animation, sa progression, alors que son “temps long” est l’antithèse du “temps médiatique” par quoi nos commentateurs réfléchissent sur les fondements du monde, au rythme duquel les tables rondes d’“experts” nous assomment à longueur de journée sur les chaînes d’information et à ce rythme si fluide et presqu'insaisissable qui impose pour un seul instant la notoriété et la perception de l’importance des événements. Le rassemblement de 4,7 millions de signature ne sera pas une mince affaire (actuellement, le site Signons.fr ouvert depuis le 13 juin annonce 480 300 “soutiens”, soit 10,18% du nombre requis, – mais le temps écoulé est encore trop court pour en déduire un rythme significatif) ; et encore, s’il est atteint et puisqu’il s’agit d’une demande non contraignante, il existe de nombreux moyens de faire obstacle à la procédure qui devrait s’ensuivre.

Mais là encore, distinguer le symbole de l’acte politique concret : s’il est essentiel, le référendum n’est pas l’essentiel à lui seul. Un tel rassemblement des 4,7 millions et en plus dans le sens qu’on voit constituerait une formidable poussée déstabilisatrice de l’équipe Macron. Elle obligerait Son Éminence à changer complètement de cap ou à entrer en état de coma contemplatif pour le reste du règne, – en des termes plus expéditifs, “à se soumettre ou à se démettre”. Là est l’essence de ce propos.

  • 5 juillet 2019 à 00:00

The-Donald, dictateur-bouffe à l’insu de son plein gré

Par info@dedefensa.org

The-Donald, dictateur-bouffe à l’insu de son plein gré

Le président Donald Trump a présidé hier à la première cérémonie militaire avec défilé pour le 4 juillet, jour anniversaire de l’indépendance des États-Unis. Trump avait été très impressionné l’année dernière par le défilé du 14 juillet auquel Macron l’avait invité, et il avait aussitôt proclamé qu’il serait du meilleur esprit et de très bonne démagogie d’en faire autant aux USA. Il avait un instant lancé le projet d’un tel défilé pour le Veteran’s Day du 11 novembre, mais avait égaré l’idée qui n’enthousiasmait personne, avant d’y revenir pour le très-fameux “Fourth-of-July”. La parade militaire a été quelque peu caricaturale et s’est déroulée dans une atmosphère à la fois fiévreuse, inquiète, bombastique dans le chef du discours présidentiel ; même et plus encore, parade militaire et le reste qu’on pourrait décrire à la limite comme dérisoire lorsque l’on considère les circonstances, les vérités-de-situation de l’effondrement de la puissance américaniste par rapport à la grossière exaltation qui en est faite, lorsqu’on observe l’agitation gluante et spasmodique de haine et de corruption qu’est devenue la vie politique de Washington. Rien n’arrête le désordre née en 2015-2016, transformant Washington D.C. en “D.C.-la-folle” ; au contraire tout l’accélère.

La cérémonie a été largement boycottée par divers segments du système de l’américanisme, tandis que Trump célébrait la puissance irrésistible et exceptionnaliste du système de l’américanisme. Les démocrates ont boycotté la cérémonie sous des motifs divers, jusqu’aux plus dérisoires comme par exemple le coût de fonctionnement pendant le défilé des éléments blindés (en tout, deux chars Abrams et deux véhicules de combatBradley !) et des quelques avions survolant le tout, les dégâts éventuellement causés à la chaussée, avec les autres classiques (Trump dictateur, etc.). Les grands réseaux télévisuels (CNN, MSNBC, NBC, etc.), sauf FoxNews très pro-Trump, ont également boycotté, ne retransmettant pas la cérémonie et marquant ainsi l’hostilité du système de la communication et de sa presseSystème au président.

Enfin, une troisième institution, pourtant fort sollicitée, a une attitude qui peut être estimée comme ambiguë : les militaires. Certes, le secrétaire à la défense faisant fonction, l’ancien secrétaire à l’US Army Mark Esper, et le président du comité des chefs d’état-major jusqu’en octobre, le général Dunford, étaient présents ainsi que divers officiers généraux. Par contre, les chefs d’état-major des quatre armes (USAF, US Army, US Navy, Marine Corps) étaient absents malgré une invitation qui avait été un instant considérée.WSWS.orgsemblaient estimer, hier 4 juillet, avant que la cérémonie n’ait lieu (dans la soirée), qu’il s’agissait d’une prudence concertée avec le président, mais nous y verrions plutôt une prudence de l’institution militaire elle-même qui ne veut pas trop s’impliquer dans ce qu’elle perçoit évidemment comme un sévère affrontement politique au sommet du système :

« Pour renforcer le caractère militariste de l’événement, une série de chefs militaires se joindront à Trump sur l’estrade dominant la cérémonie. Quatre des cinq chefs d’état-major interarmées s’absenteront, – apparemment pour éviter d’être perçus comme les acolytes de Trump. Leurs adjoints et de nombreux autres responsables militaires et civils du Pentagone serviront à fournir une claque spécialisée pour le discours de Trump. »

Aujourd’hui, WSWS.org a rendu compte de l’événement après qu’il ait eu lieu. Le début du texte rend assez bien compte de l’atmosphère, des perceptions exacerbées et souvent grotesques qui existent de tous les côtés dans “D.C.-la-folle”, donnant à cette cérémonie somme toute assez pingre par rapport à la puissance affirmée des bateleurs de l’américanisme, des allures de complot, de “coup d’État”, etc., qu’elle est à mille lieues de pouvoir prétendre être... Le désordre du pouvoir du système de l’américanisme continue, et même plus que jamais désordre en expansion, comme l’univers lui-même que l’hyperpuissance exceptionnaliste prétend inspirer, dominer et modeler à son image.

« Le président américain Donald Trump a entonné et clamé un hymne d’exaltation de la machine de guerre américaine dans son discours du 4 juillet hier soir au National Mall à Washington.
» Avec la démesure caractéristique de Trump, l'événement a donné l'impression d'un régime isolé et ébranlé par la crise, comme un discours venu d’un bunker assiégé. Trump a fait son discours derrière un mur de verre pare-balles, sur une scène flanquée des deux côtés par des chars et des véhicules blindés.
» Un rassemblement du grand public, aux côtés des VIP triés sur le volet et des militaires assis près de la scène, avait été mis en place. L'événement n'a pas été retransmis en direct dans son intégralité par les principaux réseaux d'information, à la seule exception du pro-Trump Fox News.
» Le but de la “confiscation” de la célébration traditionnelle du 4 juillet par Trump était de promouvoir une forme autoritaire et personnaliste de gouvernement, reposant sur une étroite couche de partisans d'extrême droite et de sections de l'armée.
» Plus des deux tiers de l'allocution d'une heure de M. Trump a consisté en des hommages à chacune des cinq principales branches de l'armée américaine, ponctués par des survols d'avions militaires de chacune d'elles. »

Cette appréciation des activités de Trump à cet égard, essentiellement pour lui dans le champ de la communication et de la promotion (de lui-même, de sa politique, du reste autour de lui et grâce à lui), se rencontre en général chez les démocrates et surtout dans la gauche libérale-progressiste, particulièrement chez les milliardaires d’Hollywood et de Silicon ValleyWSWS.org se rend bien entendu compte de cela, les trotskistes étant toujours particulièrement véhéments contre ce qu’ils considèrent comme “la fausse gauche” (c’est-à-dire tout ce qui est à gauche sauf eux), en réalité parfaitement intégrée dans le Système. Ainsi leur conclusion qui va dans ce sens finit-elle par rendre un ton assez juste et à rendre compte, involontairement par rapport à cette expression dialectique, d’une incontestable vérité-de-situation... On la retrouve dans les deux textes cités, dans le même sens…

• Celui du 4 juillet, assez emphatique par rapport aux ambitions et aux buts de la Grande République, qui a pourtant largement grugé son monde depuis ces origines prestigieuses, notamment jeffersoniennes, – ce pauvre Jefferson qui, par contraste avec ses belles formules de 1776, mourut en 1825 sur ces mots « Tout, tout est fini », qui commentaient l’état de la toujours-Grande République… : « Le 4 juillet marque l’un des grands événements libérateurs de l’histoire de l’humanité : la publication de la Déclaration d’indépendance comme coup d’envoi de la révolution démocratique bourgeoise américaine. La Déclaration écrite par Thomas Jefferson est un texte impérissable, avec des mots qui inspirent ceux qui luttent contre la tyrannie et l’oppression depuis plus de deux siècles.
» Elle affirme, pour la première fois dans l’histoire, le droit à la révolution populaire: “Qu’à chaque fois qu’une forme de gouvernement devient destructrice à ces fins, le peuple a le droit de la modifier ou de l’abolir, et d’instituer un nouveau gouvernement, en posant ses fondements sur de tels principes et en organisant ses pouvoirs de telle manière qu’ils semblent les plus susceptibles d’affecter sa sécurité et son bonheur”.
» Qui peut lire ces mots aujourd’hui sans voir en eux, en adaptant ce qui doit l’être, une condamnation de l’état actuel de la société américaine? En fin de compte, la célébration militariste de Trump n’est pas une expression de force, mais de faiblesse et de peur. Derrière toute cette démagogie se cache la conscience de la classe dirigeante qu’elle est confrontée à des défis à sa domination à travers le monde, et surtout à l’intérieur même des États-Unis. »

• Celui du 5 juillet, qui résume encore plus nettement la situation, en remettant à sa véritable place le président Trump et en commentant justement l’état actuel de l’“Empire” : « La menace de la dictature n'émane pas des penchants personnels de Trump, mais de la crise du capitalisme américain. Face à son déclin géopolitique historique et terrifiée par la croissance de l'opposition sociale dans son pays, la classe dirigeante américaine se dirige de plus en plus vers la dictature et la guerre comme moyen de guérir ses maladies internes et externes. »

Il est certain que ce défilé du 4 juillet, présenté ainsi d’une façon un peu terrifiante (dans le style hollywoodien), ou dénoncé comme un coup de force, était d’abord et avant tout une étrange démonstration que cette soi-disant hyperpuissance gouvernée par la seule communication, par le simulacre, et en phase décadente d’effondrement, est absolument incapable de faire croire par la façon dont elle organise l’apparat et le symbolisme de sa force à l’existence d’une tradition, voire d’une immanence dont la source se trouverait dans la transcendance de l’Histoire. C’est-à-dire qu’elle n’est qu’une hyperpuissance de papier (celui sur lequel on imprime le dollar), sans aucune, absolument aucune des inspirations de l’Histoire, – cette Histoire qui est pour Joseph de Maistre « une force morale, le véhicule de la providence, le site de l’accumulation de l’expérience, et l’instrument qui révèle l’humanité à elle-même... [...] elle est l’instrument de l’éducation divine... » (selon Carolina Armenteros, L’Idée française de l’histoire).

...Bref, il s’agissait d’un défilé-bouffe pour une hyperpuissance-bouffe dirigée par un président bouffe déguisé en dictateur-bouffe, – le qualificatif pouvant être étendu à ses critiques, à son opposition, et à “D.C.-la-folle” en général.

 D’une certaine façon, lorsque Trump parle du “tout-nouveau” F-22, produit au compte-goutte et dans des conditions abracadabrantesques entre 1998 et son abandon en 2011, du “formidable B-2comme le plus moderne bombardier du monde” alors que ses 21 exemplaires (à plus de $2 milliards l’exemplaire, estimation très-basse) ont été produits entre 1991 et 1999, il parle réellement de l’état de la machine de guerre américaniste, complètement usée, inefficace, engluée dans ses technologies ébouriffantes de modernité et de coût, totalement inefficientes sinon paralysantes, avec les dizaines et les centaines de $milliards de ses systèmes hypermodernes qui semblent exister pour saboter décisivement les missions pour lesquelles on les développe, et exposer au regard du Ciel l’arrogance de circonstance et l’impuissance finale du technologisme né de l’hybris. Lorsque, dans la même envolée, Trump rappelle que les forces US ont emporté, lors de la bataille de Fort McHenry en 1814, diverses positions dont “des aéroports”, il fait simplement étalage de l’ignorance complète, voire du désintérêt même pour la moindre connaissance et surtout la moindre connivence avec la vérité, avec l’histoire, avec le destin, d’un “univers” faussaire totalement réduit à la fonction de simulacre.

Lorsque WSWS.org dit, fort justement pour une fois sur un sujet si sensible pour le catéchisme trotskiste, que la “dictature”, ou la “menace de dictature” n’est pas vraiment le fait de Trump mais le fait de ce que nous nommons “Système”, ou du capitalisme, ou de n’importe quoi d’autre qui emprisonne le monde des humains “à l’insu de leur plein gré” dans un carcan terrifiant de néantisation (« La menace de la dictature n'émane pas des penchants personnels de Trump, mais de la crise du capitalisme américain. »), il résume parfaitement la Grande Crise. Alors la messe est dite : c’était bien la Grande Crise d’Effondrement du Système qui défilait devant le président et ses ouailles diverses, dans la soirée de ce “Fourth-of-July” 2019...

Pauvre Jefferson, « Tout, tout est fini »...

 

Mis en ligne le 5 juillet 2019 à 13H28

  • 5 juillet 2019 à 00:00

Archives-dd&e : Retrouver l’Histoire

Par info@dedefensa.org

Archives-dd&e : Retrouver l’Histoire

 A la suite du texte que nous avions publié le 10 mars 2007 dans la Lettre d’Analyse dd&e, et que nous avons repris dans la série Archives-dd&e le  23 juin 2019, nous avions publié le 25 mars 2007 un texte d’analyse générale à partir du même livre qui était le moteur principal du premier texte (Les États-Unis et la guerre d'Algérie, de Irving M. Wall), mais cette fois pour analyser la méthode de l’historien. L’idée nous en était venue, ou plutôt était venue à PhG parce que le livre portait à la fois sur la politique américaniste et l’américanisme, et sur la guerre d’Algérie, deux sujets qui lui sont chers :

• PhG s’est toujours intéressé aux USA, et plus tard, dans ses activités professionnelles, à l’américanisme et à la politique américaniste ;

• PhG est né en 1944, “Pied-Noir” en Algérie, qu’il quitta au début de 1962, et qui resta toujours pour lui, et de plus en plus avec l’âge et la nostalgie, un sujet fondamental dans son esprit et dans son souvenir, et même dirait-il dans son “âme poétique”.

A partir de ces solides centres d’intérêt et même de témoignage, il a paru intéressant de faire une critique de la méthodologie de l’historien que nous qualifierions de “scientifique”, ou d’“objectif” comme il (l’historien) se juge lui-même. Dans ce cas, les sujets représentés par Wall deviennent secondaires, c’est la méthode qui devient l’objet du travail. Bien entendu, car l’on s’en doute, l’approche choisie puis développée fut extrêmement critique et le texte se terminait sur une rapide mais très intense plaidoirie, résumée par le dernier intertitre : « De la relativisation inévitable de l'histoire : de l'échec de la méthode scientiste à la nécessité du prophétisme »

(• On observera qu’à la date où furent écrits ces articles, ces remarques étaient déjà marquées et justifiées bien évidemment par ce qui était apparu en pleine lumière depuis le 11 septembre 2001, c’est-à-dire une volonté arrêtée de mensonge qu’on appellerait presque “alt-vérité” [“vérité-alternative”] sous la forme de narrative destinées à structurer un simulacre de la part des autorités officielles. [Voir, parmi beaucoup d’autres textes, celui du 13 mars 2003, « Je doute, donc je suis »]. Cela fit réaliser aussitôt, dans tous les cas pour les esprits encore critiques et indépendant, de quelle extraordinaire relativité faussaire développée avec aplomb, impudence et effronterie, – et peut-être inconscience pour touiller le tout, – était parée l’affirmation d’objectivitéde la source, dans le chef des informations et documents officiels auxquels peut avoir accès un historien. Cette nouvelle attitude ne se réduit pas aux autorités officielles, elle touche toutes les institutions, organisations, grands conglomérats, etc., jusqu’aux individus eux-mêmes quand ils ont des positions officielles, etc.)

(• D’autre part, nous disons notre conviction que ce qui est apparu en plein jour avec 9/11, la volonté de mentir des autorités officielles et autres sources du genre, revenant d’ailleurs à créer un univers virtualiste, ou simulacre, existait déjà de manière plus discrète [plus habile] auparavant, notamment depuis le développement du système de la communication, depuis l’apparition de la modernité, depuis la Renaissance et la technique de l’imprimerie de Gutenberg…)

Nous publions donc dans cette Archives-dd&e la rubrique Analyse du 25 mars 2007 (Volume 22, n°13) faisant suite et enchaînant sur l’article précédemment repris du 23 juin 2019 sur « L’Algérie de John Foster Dulles ». Nous ferons la remarque fondamentale que toute l’analyse et la logique de ce texte de 2007 valent parfaitement aujourd’hui, sinon en bien plus accentué, en bien plus évident, en plus scandaleusement criard et éhonté, – au point que l’évidence nous engage bien plus fortement à dénoncer une méthodologie qui a complètement mis à jour le caractère faussaire de simulacre auquel son caractère ainsi exacerbé l’a conduite. La quasi-officielle affirmation que nous sommes dans l’ère de “la post-vérité” où l’esprit fonctionne selon des processus tels que le déterminisme-narrativiste nous décharge de toute obligation  vis-à-vis des sources officielles et institutionnelles, académiques et universitaires, qui constituaient d’habitude les canaux de la “vérité rationnelle” ; et même, cela nous engage à mettre en doute en priorité ces sources officielles, institutionnelles, etc.

(Nous doutons pleinement aujourd’hui que cette “vérité rationnelle”, dans les temps anciens où l’on pouvait encore y croire des quatre-cinq derniers siècles envisagés, ait étévraie et conforme à la raison à moins que nous parlions de la raison-subvertie.)

L’attaque contre la méthodologie de Wall, qui est la méthodologie générale de la réflexion historique-scientifique aux USA (et dans le bloc-BAO) mais aussi du commentaire et même du simple rapport de l’information (le journalisme de la presseSystème, de son aspect élaboré à son aspect le plus cru), est aujourd’hui plus que jamais fondée et doit être même fortement amplifiée en une attaque totale et sans retourparce que le cloisonnement entre les différents domaines s’est très fortement accentué, avec un développement faussaire dans chacun d’eux de type-post-vérité, et que les référence jugées comme acquises sans démonstration ni confirmation des domaines accessoires mentionnéssont totalement faussaires à leur tour. Nous parlons par exemple du mot “colons” avec toute la connotation qu’on sait, employé systématiquement par Wall pour désigner les “Pieds-Noirs”, ou “Européens d’Algérie”, et qui est un mensonge-simulacre d’une incroyable impudencemalgré les efforts et le zèle divers porte-voix du FLN (et des élites-zombies de tous pays du bloc-BAO) qui les relaient. Sur tel point comme celui des colons, comme sur tant d’autres, on peut dire qu’on était bien plus proche de la réalité (de la vérité-de-situationpour nous) en 1956, lorsque ce terme de “colons” était un terme au moins reconnu comme absolument partisan façon-PCF des belles années staliniennes/façon-Sartre, et ce terme dont Albert Camus écrivait ironiquement qu’ « à lire certaine presse, il semblait vraiment que l’Algérie était peuplée d’un million de colons à cravache et à cigares et montés en Cadillac ». A lire monsieur Wall en 2000-2007, il apparaît évident scientifiquement, sans démonstration ni statistiques nécessaires, que c’était le cas mais désormais démontré objectivement ; et à entendre les innombrables zombieSystème parler du problème aujourd’hui, 20 ans plus tard, c’est non seulement une vérité scientifique objective mais c’est en plus une parole d’Évangile de la religion postmoderne, qui justifie toutes les passions, toutes les fureurs et toutes les exécutions sommaires.

Une méthodologie qui en est tombée à ce point de bassesse ne vaut même pas qu’on la ramasse et ne nous intéresse en rien sinon comme référence pour chercher son contraire. Ainsi en venions-nous dans ce texte à l’“historien prophétique” comme nous en parlions déjà en 2007. Aujourd’hui, nous y sommes d’autant plus inclinés que l’extraordinaire “transparence” par impudence, impudeur et inconscience des faussaires, des actes de déformation grossière et d’inversion grotesque de l’histoire, – jusqu’à l’histoire la plus récente, de l’Ukraine au Russiagate, à l’Iran et au Venezuela, celle qui se fait aujourd’hui, – cette “transparence” arrogante et inconsciente à la fois ont complètement pulvérisé le concept d’objectivité de l’historien, singulièrement de l’historien et hagiographe assermenté-Système à la façon d’un Wall. Comme nous le suggérons largement dans notre Glossaire.dde, dans les rubriques déterminisme-narrativiste et vérité-de-situation, la réalité est totalement pulvérisée, et avec elle la prétention à l’“objectivité” des sciences humaines et sociales telles que les accepte le Système, telles que les diffuse les Système, telle qu’en accouche le Système... L’histoire officielle est par conséquent, plus qu’aucune autre, l’archétype de l’imposture et de la chose faussaire, – ce que, par exemple, PhG résumait de cette façon lorsqu’il fut interrogé par un quotidien bruxellois en septembre 2011 sur l’explication de l’attaque, les bruits & chuchotements complotistes, etc. : « La seule chose dont je suis sûr, c’est que la version officielle de l’attaque est fausse. »

… Nous en venons donc à l’“historien prophétique”, comme seule façon de sortir, par le haut, par le Ciel, hors de la poigne gluante et poisseuse des marais putrides du Système et de ses impératifsqui sont une salade russe de 1984, du Meilleur des mondes, de Fahrenheit 451, des discours de Macron et des éditos du New York Times et du Washington Post. Déjà en 2007, nous le devinions et le laissions entendre, douze ans plus tard nous l’affirmons avec la plus grande force, reposant sur l’intuition haute, sur les puissantes visions de l’“âme poétique”, – l’historien de l’Histoire est un métahistorien comme Maistre et Hölderlin, et Chateaubriand bien sûr, – c’est-à-dire autant poète que visionnaire, autant nostalgique élevé par la grandeur de la tradition que lecteur du passé pour y trouver les signes de l’avenir.

Plus que jamais, la longue description de Chateaubriand que Manuel de Diéguez donnait en 2004 à PhG nous semble convenir parfaitement à notre propos, pour définir exactement l’historien que ne peuvent être, ni monsieur Wall, ni l’historien-Système, – les adulés, les primés, les invitéssur les plateaux de l’“étrange lucarne” qui nous fait si souvent office de vérité. 

« Chateaubriand enseigne à transfigurer l’histoire et, dans la foulée, de s’y installer en démiurge. Du coup, il en orchestre le rythme orphique ; du coup, il en reconstitue le cours sur le mode biblique ; du coup, il nous pose la question : “Qu'est-ce qu'un poète ?” Il s’en explique : c’est “un cerveau de glace dans une âme de feu”. Le cerveau de glace est celui qui donne la distance, qui fait le tri, qui élague, qui distingue l'essentiel de l'anecdotique, mais avant tout celui qui sait que le matériau du biographe n'est pas “ce qui est arrivé”, mais ce qui sort transfiguré des cornues du poète. Chateaubriand donne l'illusion de se poser en souverain de l'histoire du monde. Dans sa Vie de Rancé il ira jusqu’à écrire : “Je ne suis plus que le temps”. Deux géants paraissent se partager le destin des nations : Napoléon et lui-même. »

dedefensa.org

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Histoire d'historien

Le livre d'Irving M. Wall (Les États-Unis et la guerre d'Algérie), dont on a présenté dans notre précédent numéro [voir sur ce site au 23 juin 2019] une analyse (très) critique du contenu, constitue une bonne base pour étendre notre appréciation (très) critique à la méthode du travail historique. Wall nous offre une démarche historique caractéristique de son époque, accordée aux conceptions actuelles de la méthodologie scientifique. Le travail est minutieux, très référencé et varié, à l'image de la multitude de sources auxquelles le chercheur a accès. Par exemple, on laisse souvent, – ou l’on semble laisser les opinions et analyses contradictoires les unes contre les autres, les unes à côté des autres, sans souci d’imposer d’une façon arbitraire un ordre qui viendrait du jugement de l’auteur. Le souci semble être celui de la reconstruction de la réalité telle qu'elle fut, – ou telle qu’on affirme implicitement qu’elle fut. 

Il s'agit plus d'un “chercheur” que d’un historien au sens classique du terme, un “savant de l'histoire” plus qu'un artiste de l'histoire. L'approche se veut très scientifique, très rationnelle. L'agrément de la lecture, voire l’“originalité” de la forme, qui peut exister d'une façon appuyée et très plaisante à la lecture, est directement fonction de la variété des sources et nullement selon le goût de l'auteur. C'est un territoire universitaire bien plus que littéraire, et dans le sens où le territoire universitaire s’oppose au territoire littéraire. L’intuition y a peu de place, à moins qu'elle ne soit au service de la recherche. Le sujet est borné dans le temps et dans l'espace jusqu'à être cloisonné pour le bien de la chose. Le commentaire s'affirme structuré, lui aussi appuyé sur des faits qu'on estime démontrés ou, dans tous les cas, reconstitués avec la plus grande fidélité possible. 

Objectivité, enfin, — voilà le maître-mot. Plus que d'objectivité, d'ailleurs, on devrait parler d'une objectivation de l'Histoire. La reconstruction de l'Histoire, si elle prétend retrouver la réalité historique, ne manque pas d'être arrangée de façon à ce qu'un certain ordre réponde à la raison qu'on y cherche, — et qu'on y retrouve. C’est une méthode très moderniste, au sens idéologique du mot. Ici apparaît évidemment le sens (vraiment très) critique de notre démarche.

Le cloisonnement du sujet permet paradoxalement d'imposer des affirmations générales extrêmement partisanes

Le “savant de l'Histoire” juge qu'il évolue dans un cadre général admis et qui va de soi. Il s'y réfère “en passant”, par des allusions ou par l'emploi de stéréotypes qui ne sont aucunement mis en question, mais au contraire tenus pour des évidences par tous. C'est l’acte du conformisme général porté au niveau du fondement implicite de la démarche. Le cadre général ainsi évoqué allusivement semble accessoire ; il se révèle en fait essentiel pour influencer implicitement tout le sens de l'étude spécifique. Le cloisonnement ainsi effectué, qui semblerait être un acte d’objectivation, s'avère en réalité être une source constante d'influence.

Venons-en au sujet traité par Wall. Il ne s'agit pas de l’histoire de l’“Algérie française” devenant indépendante, avec ses divers épisodes, ses drames, ses tragédies, mais bien de l'action des USA dans la guerre d'Algérie. La question de l'Algérie française y est donc évoquée souvent mais accessoirement, sans tentative d’analyse. Le jugement est donc regroupé sous la forme de l'emploi d’expressions, voire de mots. Insistons sur l'exemple de l’emploi du mot “colon” pour désigner les Français d'Algérie. Le sens conceptuel de ce mot est bien connu. Il s'agit d'un expatrié ayant bénéficié de la spoliation des indigènes de leurs terres. Il s'agit d'un agriculteur dont la fortune est bâtie sur une infamie originelle indiscutable et sans rémission : « En 1954 au début de la guerre, il y avait là-bas environ un million de colons d'origine européenne, minorité privilégiée par rapport à la masse des huit millions et demi de musulmans, en grande partie privés de terre et pauvres.»

Le terme revient systématiquement car les “colons” sont partout. Ce sont eux qui accueillent bruyamment Guy. Mollet à Alger le 6 février 1956 : « Mais Guy Mollet fut accueilli là-bas à coups de tomates et d'œufs pourris par des colons en état d'émeute. » Ce sont eux encore qui soutiennent le putsch d'avril 1961 : « … la deuxième rébellion contre de Gaulle qui éclata en Algérie le 20 avril[1961], menée cette fois par certains éléments de l'armée auxquels les colons apportèrent leur soutien. » Ce sont eux qui forment l'OAS : « un retard qui permit aux colons de mettre en place l'OAS et à celle-ci de mener une campagne terroriste d'une violence et d'une férocité presque inouïes. » (Pourquoi “presque” ? Ces monstres méritent “inouïe” tout court, monsieur Wall, auteur et chercheur si sérieux.)

Cela est-il sérieux de parler de “colons” dans un pays qui regroupait plus des deux tiers de sa population européenne dans des villes populeuses, où prédominaient des populations ouvrières et artisanes ? On sait que l'activisme citadin de l'Algérie française, y compris l'OAS, fut, du côté civil, le fait des milieux populaires (y compris une “OAS juive”), ces jusqu’au-boutistes qui n'avaient rien à perdre. Le stéréotype mensonger de Wall est répété sans explication puisqu'il s'agit d'un thème hors-sujet.

Ces termes renvoient à la simple image propagandiste de l'époque telle qu'elle s'est fixée dans l'histoire racontée à partir des nécessités idéologiques. Ce type d'emploi, extrêmement vieillot et contrastant avec la puissance et la nouveauté du matériel sorti des archives et formant le sujet principal, se retrouve dans des remarques parcellaires sur d'autres sujets, aussi déformés et renvoyant à la propagande de l'époque. Par exemple, lorsque Wall écrit que de Gaulle, en développant le nucléaire, a sacrifié les capacités conventionnelles de l'armée française comme on le voit aujourd'hui. Monsieur Wall, les événements actuels nous montrent l'inverse, point final.

Un autre aspect de cette “méthode” est la constante critique de l'atomisation et du désordre régnant dans les gouvernements français successifs de la IVème République, et même chez de Gaulle à partir de 1958. Les commentaires abondent, dits également comme allant de soi, comme l'on relève un fait d'évidence. Par exemple celui-ci, p.94 : « L'incapacité de Guy Mollet à démentir ce qu'il savait être faux renforça à Washington l'image d'un gouvernement français en pleine désorganisation, dont certains ministres, en l'occurrence ceux qui étaient chargés de la Défense et de l'Algérie, menaient leur propre politique, indépendamment d'un Président du Conseil incapable de les en empêcher. »

Le propos n'est pas ici de réhabiliter le fonctionnement des gouvernements de la IVème. Il nous importe plus d’observer que cela est écrit d'une manière magistrale, comme un maître (le gouvernement US, dont Wall devient naturellement le représentant) fait la leçon à un élève (le gouvernement français) du haut de sa vertu évidente, – manifestée autant par la justesse de sa position que par sa cohésion, son efficacité, l'illumination technique et morale de son action. Que vaut cette vertu ?

La situation du gouvernement américaniste dans les années 1950 est bien connue. Elle est parcourue de tendances souvent férocement concurrentes et contradictoires. Wall ne nous le cache d’ailleurs pas, désignant des groupes pro- et anti-français, faisant un long portrait de Robert Murphy, cet anti-français acharné qui oriente la politique US selon ce qu'il lui plaît et bien au-delà, sinon parfois contre les consignes. Les départements ont eux aussi des politiques différentes. Les militaires ne sont pas en reste. On connaît l’épisode MacArthur de la guerre de Corée, qui nous conduisit au bord de la guerre nucléaire. On connaît moins celui du général LeMay, régnant en maître sur le Strategic Air Command et manigançant de son propre chef des provocations pour un affrontement nucléaire avec l’URSS, à l'insu du pouvoir politique. On se rappelle Eisenhower, humilié par Krouchtchev à la conférence de Paris en mai 1960, pour la destruction d'un U-2 alors qu'il ignorait que les vols d'espionnage de la CIA au-dessus de l'URSS se poursuivaient.

Il y a une évidence implicite dans le propos de Wall. Ici (le cas de la France), c'est le désordre d'un pouvoir politique faible et impuissant. Là (les États-Unis), il va sans dire que c'est la saine pluralité d'un pouvoir démocratique assez puissant [vertueux]pour se permettre de laisser s'exprimer des tendances (de bonne taille parfois : une guerre nucléaire par escroquerie !). Il va sans dire mais cela mérite d'être dit : dans le cas américaniste, l'évidence de la vertu écrase tout. L'évidence implicite ne laisse aucun choix au lecteur. Les faits importent moins que l'évidence de la vertu. Il s'agit du cas fondamental et remarquable de l'objectivation de la vertu américaniste.

L'essentiel de la méthode : l'objectivation du propos par l'affirmation objective de la vertu

Ainsi en arrive-t-on prestement à la remarque étrange que, dans cette méthodologie qui s'affiche objective et scientifique, le cadre annexe est traité comme tel mais joue pourtant un rôle fondamental. Il est traité comme tel lorsqu'il s'agit de l'expliciter ; en réalité, on ne l'explicite pas et il est laissé au niveau des “on-dit”. On déduirait de cette piètre importance qui lui est assignée que ce cadre annexe ne joue aucun rôle dans la démonstration du sujet spécifique et cloisonné qui est traité. Mais non, on découvre rapidement qu'il tient un rôle d'influence complètement fondamental. C'est lui qui est le moteur de l'objectivation qui constitue l'ambition essentielle de la méthode.

A partir de l'impression générale très vague mais très puissante qu'il distille, l'orientation, la compréhension, la saveur même de l'étude fouillée du sujet fractionné sont complètement bouleversées dans le sens qui, supposons-nous, doit importer au “savant-historien”, – et il s'agit sans aucun doute d'un sens idéologique. Toute l'orientation de l'étude dépend d'une perception absolument approximative ; du niveau de la réputation et rien de plus, comme si l'on donnait comme axiome de base : “Il va sans dire que l'Amérique est vertueuse, et son gouvernement idem”.

Ce cadre général présente la vertu américaniste comme une sorte de donnée fondamentale du propos, indiscutable, évidente. D'une façon naturelle, “objective” dit-on aussitôt et justement, le récit est conduit à vitupérer avec constance le comportement du gouvernement français, décrit comme un désordre indigne et lamentable. Au contraire, le comportement du gouvernement US, qui est à peu près similaire dans ses effets, est décrit, sans commentaire nécessaire tant l'approbation se goûte dans le ton lui-même que suscite l'esquisse du cadre général comme on l'a vue, comme exemplaire, riche, plein d'une pluralité nécessaire, démocratique, sérieuse et féconde à la fois.

Certes, il n'y a aucune vertu particulière à trouver dans le comportement du gouvernement français dans cette période et dans ces circonstances. Cela nous permet d'ajouter qu'il n'y a pas non plus lieu à s'étendre dans la louange de l'action du gouvernement américaniste, qui s'ébat dans l'hypocrisie, dans le double langage, dans le mensonge et dans l'ignorance de ses diverses politiques. Qu'importe, on dirait que le ton est donné, comme l'on donne le “la”. L'effet est verrouillé et le lecteur pressé où mal informé garde l'impression générale, très “globalement positive” (pour les USA) comme disait l'autre, d'une administration US se battant avec alacrité, avec ardeur et sagesse, contre une organisation française (le gouvernement, les monstrueux “colons”, l'armée indisciplinée et félonne, etc.) stupide, fourbe, raciste, hystérique et privée de toute raison, détestable et rétrograde. L'impression n'est pas donnée par l'argument, par le fait, par la plaidoirie ni par rien de cette sorte, mais par la méthode d'objectivation qu'on a tentée de décrire. Elle est donnée, pourrait-on dire, “en toute vertu” d'objectivité.

… Laquelle vertu (du gouvernement US et du reste), en réalité n'en est pas une selon le sens commun, comme le serait le produit d'un jugement, d'une inclination, d'un parti-pris qui peut être honorable et ainsi de suite. La-dite vertu est, au contraire, un élément objectif du récit. C'est à ce point qu'il ne faut pas s'en tenir à l'appréciation sarcastique ou vitupérante. Au contraire, on touche à l'essentiel du propos et au fondement de la méthode.

Cette perception d'une vertu objective de l'acteur principal du récit est un point absolument fondamental, qui explique par ailleurs l'espèce d'innocence de la démarche, — encore une fois ce caractère de l’“allant-de-soi” et du “va-sans-dire”. La complexité de la démarche, son efficacité aussi, et éventuellement sa fragilité lorsqu'on en a mis à jour le mécanisme, c'est le rôle que tient cet argument de la vertu du gouvernement US, et de l'américanisme en général.

D'ailleurs et justement, ce n'est pas un argument. La vertu américaniste est un facteur fondamental de l'objectivation du récit, et non pas le contraire. Elle n'est pas objectivée par le récit mais elle objective elle-même le récit. C'est dire si cette vertu va de soi et qu'elle va objectivement de soi puisqu'elle constitue la pierre angulaire de toute l'objectivation du récit ; elle est l'un des constituants fondamentaux, – horreur, que disons-nous là en fait de restriction ! – elle est “le” constituant fondamental de la matière même de l'américanisme, comme le lait dans la constitution de la matière-fromage.

Ainsi, en constatant comme nous le faisons la vertu du gouvernement US, nous ne faisons pas un compliment à ce gouvernement, nous ne l'applaudissons pas, – non, nous mentionnons un fait et rien de plus, – et rien de moins, non plus. Mettre cette structuration de la matière-américaniste, voire de la matière-humanité en cause, c'est d'abord une obscénité contre la pensée “qui-va-de-soi”. C'est également, pour en revenir à la méthode, mettre tout le récit en cause au nom d'un fait qui ne tiendrait dans ce même récit qu'une place qu’on a vue en apparence accessoire (“le cadre général”). Cela revient à menacer absurdement de destruction une architecture solide, charpentée, fondée sur une multitude de sources parfaitement valables (vertueuses ?), et qui s'avère exemplaire et indubitable, qui justifie la méthode de l'histoire comme matière scientifique. Qui le ferait s’il n’était pas impliqué dans une enquête dans le but précis de démonter les mécanismes de la démarche ?

L’absurdité de cette [enquête pour] ceux qui n'en comprennent pas l'objet essentiel en fait justice. Nous ne mettons rien en cause du principal, cette remarquable étude fondée sur un travail minutieux et une multitude de sources inédites, garantes d'objectivité, donc nous acquiesçons à l'objectivité du récit ; donc la vertu objective de l'américanisation va de soi puisqu'elle occupe la place de pierre angulaire qu'on sait. La sacralisation objective du récit entraîne nécessairement celle de ses composants, et en premier évidemment, celle de sa pierre angulaire, – et, au-delà, le sacralisation objectivée de l'américanisme.

La vertu US, la juste morale américaniste, est donc un facteur à la fois primal et objectif. Puisqu'on y est, et pour clore le propos sur ce point, on peut aussi bien parler de modernisme que d'américanisme, c'est la même chose. L'histoire, si elle veut être objective, c'est-à-dire scientifique, ne peut être qu'américaniste ou/et moderniste.

Puisque l'“objectivation” scientifique de l'Histoire est une dissimulation de plus, autant revenir à l'Histoire prophétique

A la page 431 de L'influence américaine sur la politique française — 1945-1954 (son premier livre, de 1985, sur les relations France-USA), Irwin M. Wall écrit, à propos du comportement du gouvernement US vis-à-vis des autres gouvernements : « Comprenons qu'aux yeux des Américains un gouvernement n'était énergique et décidé que lorsqu'il prenait les décisions que Washington désirait. » Voilà qui est clair et qui nous éclaire à propos des condamnations du gouvernement français (signalées plus haut) que Wall, bon messager, nous rapporte à partir du jugement de Washington. Les gouvernements français étaient de toutes les façons exécrables parce qu'ils n'étaient pas au garde-à-vous devant Washington.

Irwin M. Wall faisant évidemment un travail objectif d'universitaire américaniste, comment concilier cette approche partisane du comportement français, jusqu'à la reconnaître implicitement ici et là comme dans cette citation, avec la nécessité d'objectivité qui doit caractériser son travail ? Comment, sinon en proclamant le gouvernement US vertueux et en “objectivant” cette vertu ? Comme on l'a vu, voilà qui est fait. Nous savons pourtant que cela ne suffit pas. Nous-mêmes, en contestant la vertu US et en démontrant le bien-fondé de cette contestation, nous ne détruisons pas nécessairement cette vertu mais, au moins, nous la relativisons. Est-ce à dire que nous la privons de son objectivation ? Non, semblent pourtant dire Wall et, avec lui, tant d'autres auteurs US qui vous parlent de l'exceptionnalité américaniste, et d'autres encore, non-US, français notamment, plus US que les US, plus américanistes que les américanistes. Que faire, alors, devant une telle contradiction ?

On ne peut qu'accepter cet état de chose, cette affirmation impérative de Wall et des autres, y compris d'une “objectivation” selon leurs conceptions américanistes, mais alors nous leur retirons l'étiquette de la caractéristique d'objectivité scientifique. Wall fait de l'Histoire partisane et, s'il l'objective, c'est alors qu'il a inventé une nouvelle catégorie de la pensée : le parti-pris objectif ou l'objectivation partisane. Rien de tout cela ne nous surprend vraiment car ces caractéristiques, pour être américanistes, n'en sont pas moins modernistes et retrouvées chez tous nos grands intellectuels du domaine.

Cette approche nous conduit à mettre en cause une méthodologie et la méthode qu'elle prétend servir, notamment et expressément dans ce cas pour l'Histoire. Il ne s'agit pas de science ni de science historique. Il s'agit d'histoire tout court, c'est-à-dire une étude du passé établie dans des bornes précises et selon un point de vue non moins précis. Ce point de vue peut prétendre à l'objectivité, mais il reste un point de vue. C'est alors que la tâche implicite mais principale du chercheur-savant le mal nommé revient à montrer plutôt que démontrer, à imposer comme une évidence allant de soi et indémontrable parce qu'il est inutile de démontrer, que ce point de vue est une sorte d'attitude objective tant il est puissant et appuyé sur des évidences historiques magnifiques et qui emportent l'adhésion.

Nous acceptons ici, à dedefensa & eurostratégie, la forme de cette démarche qui réduit l'objectivation à un outil au lieu de la sacralisation qu'elle prétend être. Relativisation pour relativisation, allons-y, – et alors, nous la revendiquons pour nous-mêmes, et que le meilleur gagne. Nous posons alors la question : à quoi sert cette tentative de tromperie grossière, de tenter d'habiller d'apparat scientifique une démarche qui ne l'est manifestement pas ? Mais la réponse est évidente. Il n'y a pas de recherche d'utilité mais un combat qui, au travers du récit de l'histoire, poursuit une bataille idéologique en cours. Ainsi les choses sont-elles plus claires et nous libérons-nous de nos chaînes, – cette obsession de l'objectivité scientifique qui n'est plus à cette lumière une vertu de l'intelligence humaine mais le sommet indépassable de la manipulation et de la dissimulation.

Jouons franc-jeu. À cette hypocrisie si caractéristique du modernisme, de l'américanisme et des conceptions anglo-saxonnes, nous préférons l'affirmation engagée de ce que la tradition française désigne en général comme la veine de “la philosophie de l'Histoire” et qui pourrait être aussi nommée, et nous préférons infiniment cette expression, – l'“Histoire prophétique”.

Le moment est venu où nous pouvons envisager de telles sortes de ruptures. Nous vivons une époque de rupture de la civilisation, voire de la forme mentale de l'activité humaine. Voilà une proposition relevant de l'Histoire prophétique, où la psychologie prophétique de l'historien joue un rôle essentiel.

Il est temps pour ceux qui en ont le goût, de retrouver la veine de l'Histoire prophétique d'école française ou d'inspiration française. Elle ne se caractérise pas essentiellement par son sens politique particulier ou par l'orientation idéologique quelconque qu'elle adopte (car elle a évidemment ceci ou cela). Elle se caractérise par la force spirituelle qu'elle met dans l'appréciation de l'Histoire. Elle concerne aussi bien Michelet, Joseph de Maistre que Chateaubriand. Pour mieux fixer notre propos, nous proposons une description de Chateaubriand, historien prophétique et transcendantal, selon cette description qu'en fait le philosophe Manuel de Diéguez (lettre personnelle à PhG, août 2004 – et cette citation faite pour illustrer de façon éloquente notre démarche, mais n'impliquant en rien que Diéguez endosse ou non notre propos, – il s'agit d'une citation complètement neutre à cet égard, dans un style magnifique éclairant le sens de notre démarche) :

« Chateaubriand enseigne à transfigurer l’histoire et, dans la foulée, de s’y installer en démiurge. Du coup, il en orchestre le rythme orphique ; du coup, il en reconstitue le cours sur le mode biblique ; du coup, il nous pose la question : “Qu'est-ce qu'un poète ?” Il s’en explique : c’est “un cerveau de glace dans une âme de feu”. Le cerveau de glace est celui qui donne la distance, qui fait le tri, qui élague, qui distingue l'essentiel de l'anecdotique, mais avant tout celui qui sait que le matériau du biographe n'est pas “ce qui est arrivé”, mais ce qui sort transfiguré des cornues du poète. Chateaubriand donne l'illusion de se poser en souverain de l'histoire du monde. Dans sa Vie de Rancé il ira jusqu’à écrire : “Je ne suis plus que le temps”. Deux géants paraissent se partager le destin des nations : Napoléon et lui-même

De la relativisation inévitable de l'histoire : de l'échec de la méthode scientiste à la nécessité du prophétisme

Contrairement aux apparences dont on pourrait juger cette analyse farcie, nous n'avons certainement pas voulu mettre Wall en cause d'une façon personnelle. Il a fait son travail et l'a bien fait. Cela signifie qu'il l'a fait conformément à une Méthode. (La majuscule s'impose à cause de l'aspect systématique du travail, car les historiens-Wall sont aussi nombreux qu'il y a de sujets parcellaires et cloisonnés traités avec minutie dans le sens décrit ici.)

Il s'agit de la Méthode de l'américanisme ou, plus largement dite, la Méthode moderniste. Elle use et, – peu à peu [et de plus en plus vite] à mesure que cette Méthode est portée à son extrême, – abuse de l'usage de la plus grande hypocrisie qu'ait conçue l'esprit libéré de l'homme : transformer cette liberté du jugement en une affirmation de vertu qui objective le produit de l'esprit et rend ce produit spécifique invulnérable à toute critique. Pour rendre la critique efficace, c'est la Méthode elle-même qu'il faut attaquer et dénoncer. C'est ce que nous avons essayé de faire et Wall nous a. servi obligeamment d'outil. Qu'il en soit remercié et qu'il pardonne la vigueur de certains propos qui ne le visaient évidemment pas in personam.

Répétons-le : l'époque de rupture que nous vivons permet d'envisager de telles audaces. Elle permet de concevoir l'audace de proposer d'en (re)venir à une conception prophétique de l'Histoire où l'inspiration, l'illumination de la psychologie joueraient un rôle important qui, à certains moments-clefs de synthèse ou de compréhension, deviendrait simplement essentiel. Face à cela, l'objectivation du monde n'a plus à nous opposer qu'une filouterie, une tromperie, une entourloupette intellectuelle dont nous apprécions chaque jour, en Irak, dans la cohésion des sociétés, dans le sens moral et la dignité des ambitions des êtres, dans la dégradation de notre cadre de vie, dans la manipulation systématique de la réalité, les effets extraordinaires du nihilisme achevé dans la civilisation occidentale, – décidément mortelle (la civilisation) comme disait Paul Valéry.

  • 4 juillet 2019 à 00:00

Du multiculturalisme au culte du diable

Par info@dedefensa.org

Du multiculturalisme au culte du diable

La semaine dernière, un articleque j’ai écrit il y a un an, « Les barbares envahissent le cimetière européen », a connu un regain d’intérêt. J’y décrivais comment la dégradation constante des pays occidentaux est accélérée par l’arrivée de migrants issus de groupes ethniques incompatibles. Ce qui a provoqué ce regain d’intérêt, c’est un articlede Paul Craig Roberts dans lequel il a décrit mon essai comme « la nécrologie de l’Europe et de l’Amérique ». Je maintiens tout ce que j’ai écrit – peu importe le nombre de personnes qui ont du mal à l’avaler – mais au cours de l’année écoulée, j’ai fait des recherches qui m’ont aidé à comprendre pourquoi exactement le projet occidental a déraillé, et il s’avère que j’ai beaucoup plus à dire sur ce sujet.

Il y a une tendance médiatique à dénigrer ce qu’on appelle le “déterminisme biologique”. Des facteurs tels que notre sexe biologique (et non notre genre, me direz-vous), notre reproduction (le résultat des pressions environnementales auxquelles notre ascendance a été soumise) et nos réactions et pulsions organiques instinctives (dont notre esprit conscient essaie de rendre compte en créant des histoires fictives et en concoctant des justifications après coup) sont dénigrés.

La nature humaine est traitée comme infiniment malléable et façonnable sous n’importe quelle forme imaginable grâce à l’endoctrinement et à l’éducation. L’instinct maternel de prendre soin des jeunes en toutes circonstances (ou pour toute espèce) et l’instinct paternel de s’opposer aux menaces extérieures et de repousser les agressions extérieures, même au prix de sa propre vie, sont considérés comme résultant du conditionnement social et de rôles sexués fixes et restrictifs, qui sont considérés obsolètes et nuisibles, et non de l’instinct. Lorsque cela se manifeste chez d’autres espèces de mammifères, c’est bien sûr de l’instinct, mais nous ne sommes pas des animaux (c’est du moins ce que nous nous disons). Selon certaines personnes, les seuls comportements instinctifs qui nous sont accordés sont la respiration, la tétée et, bien sûr, la masturbation. Selon eux, c’est le seul comportement où notre nature instinctive doit régner librement. Et c’est, bien sûr, grotesque.

Mais ça n’a pas vraiment d’importance. Il n’y a aucune raison d’avoir un débat intellectuel sur cette question, pas plus qu’on ne devrait discuter avec les animaux, qu’ils soient sauvages ou domestiques. S’il s’agit d’animaux, ce que nous sommes, il suffit de les observer dans leur habitat naturel (des boites climatisées, pour la plupart) et de voir comment ils se débrouillent. Et il s’avère que ceux qui nient leur nature instinctive et vont à l’encontre de leurs pulsions instinctives vont … disparaître. Instinct ou extinction, c’est à vous de choisir. Chassez la nature par la porte et elle reviendra par la fenêtre ; jetez-la par la fenêtre et elle grimpera par la cheminée. La Nature Gagne Toujours. Et, ne vous méprenez pas, selon la Nature, nous ne sommes qu’une bande d’animaux hautains.

La culture compte cependant. Plus important encore, chaque ethnie, à chaque étape de son développement (un processus appelé ethnogenèse), fait évoluer un ensemble spécifique de stéréotypes ethniques positifs. Les comportements stéréotypés sont ceux qui sont exigés des individus pour qu’ils soient considérés comme socialement adéquats. Il peut s’agir de diverses choses agréables, comme tenir la porte et céder sa place aux personnes âgées et aux femmes. Il s’agit notamment des normes de comportement et d’attitude, du choix de la tenue vestimentaire et du langage, d’une myriade d’autres détails et la violation de l’un ou l’autre de ces éléments déclenche une alarme. Au fur et à mesure qu’une ethnie se développe, certains comportements stéréotypés sont éliminés progressivement tandis que d’autres sont introduits progressivement ; ce qui est important, c’est que l’ensemble de ces comportements restent cohérents dans l’ensemble de l’ethnie.

En ce sens, les stéréotypes culturels sont utiles pour maintenir la solidarité ethnique, mais ils sont mutables et artificiels. Il y a un principe beaucoup plus important, masqué par les stéréotypes ethniques et fondé non pas sur la culture mais sur l’instinct biologique, le principe de complémentarité. Tout comme les animaux de sous-espèces différentes choisiront de s’accoupler avec des individus de la même sous-espèce, même s’il nous est difficile de les distinguer, les humains ressentent spontanément de la sympathie ou de l’antipathie pour les individus en raison de certains facteurs de compatibilité déterminés biologiquement qui échappent à leur esprit conscient. Nous ne savons pas comment cela fonctionne, mais cela n’implique en aucun cas que le phénomène n’existe pas. Il existe de nombreux exemples de tels comportements ; par exemple, des expériences ont montré que les femmes peuvent choisir des hommes dont le profil immunologique est complémentaire au leur en fonction de l’odeur de leur sueur. Il est clair qu’aucun processus conscient ne peut être impliqué dans une telle décision ; elle est basée purement sur l’instinct. De même avec le système d’identification inné de l’ami ou de l’ennemi humain ; nous ne savons pas comment il fonctionne, mais nous savons qu’il existe.

Lorsque ce système fonctionne bien, il fonctionne tout seul et il n’y a pas grand-chose à observer. Les cas intéressants sont ceux où il est ignoré et où cela aboutit à un échec sociétal. Un exemple frappant a été présenté par les Turcs ottomans : leur ancien grand empire s’est désintégré assez rapidement, et ce qui fut particulièrement évident dans cette désintégration instantanée, ce fut l’absence totale de solidarité ethnique. L’explication de ce phénomène est la suivante. Les Ottomans étaient très scrupuleux dans le maintien de lignes strictes de descendance  patrilinéaire, mais la descendance  matrilinéaire  était considérée comme sans importance. Ainsi, les Ottomans ont remplis leurs harems avec des femmes venant du monde entier, de tout leur empire et au-delà, et ils ne se sont pas particulièrement souciés si ces femmes, réunies par le destin, étaient complémentaires les unes aux autres ou non. Elles ont dû s’asseoir là en sifflant les unes contre les autres comme des serpents. Mais les fils qu’elles enfantaient de leurs seigneurs et maîtres ne ressentaient aucune complémentarité les uns avec les autres. De multiples rondes d’intrigues fabuleuses et de coups de poignard dans le dos ont suivi et l’empire s’est fracturé et a disparu. Des cendres de ce méli-mélo multi-ethnique naquit finalement la Turquie moderne, où les non-Turcs, qu’ils soient grecs, arméniens ou kurdes, ou de toutes les autres ethnies qui constituaient l’empire ottoman, se sont rapidement vu désigner leur place.

L’absence de solidarité ethnique n’est qu’un des symptômes d’une violation généralisée du principe de complémentarité. Une autre est l’apparition d’anti-systèmes de pensée, qu’il s’agisse du nihilisme, du culte du diable ou de l’humanitarisme militarisé et de l’éco-fascisme mondialistes modernes. Lorsque les humains naissent et mûrissent dans un environnement où leur système inné d’amis ou d’ennemis est rarement déclenché, ou alors toujours par quelqu’un qui n’est pas accepté au sein du groupe, ils ont tendance à décider spontanément que le monde est un bon endroit, que l’humanité est comme elle devrait être et que les deux sont là pour aimer et nourrir. Et lorsqu’on les pousse dans un environnement où leur système d’amis ou d’ennemis se met en alerte tout le temps, mais où on leur dit que les sentiments d’antagonisme et d’aliénation qui en découlent inévitablement sont des défauts personnels – parce qu’ils sont intolérants ou pire – ils arrivent spontanément à la conclusion contraire : le monde est plein de mal, l’humanité est déplorable et ce qu’il faut faire, plutôt qu’aimer et nourrir, c’est la révolution et des destructions.

Le destin occidental a beaucoup à voir avec ce processus. Après des siècles de confusion et de dégénérescence, deux sous-types humains biologiquement non complémentaires, regroupés en catholiques et protestants, bien que leurs subtiles différences théologiques aient été presque entièrement insignifiantes, ont mené de nombreuses guerres d’usure. Grâce à cela, ils ont réussi à se diviser en nations, qui ont ensuite formé des États-nations, et pendant un certain temps, ces ethnies ont fait preuve d’une solidarité et d’une cohésion sociale exemplaires. Mais ils ont alors commencé à accepter des migrants de leurs anciennes possessions coloniales, y compris celles avec lesquelles ils n’y avait jamais de mariage mixte par manque de complémentarité. Certes, le mécanisme de la peur ou de l’hostilité s’est mis à tirer, d’abord au hasard, puis de plus en plus fréquemment, et les gens qui ont grandi dans cet environnement sont devenus de plus en plus aliénés, découragés, nihilistes et de moins en moins poussés à aimer et à nourrir de manière désintéressée, de plus en plus portés à négliger ou, pire, à détruire un monde qui leur faisait peur et une société complètement pourrie.

Il y a un marqueur pour les personnes dont le manque de complémentarité avec leur entourage les pousse à embrasser les anti-systèmes sociaux : elles ne se reproduisent pas bien. Considérez la génération actuelle de dirigeants européens. Beaucoup d’entre eux n’ont pas d’enfants ; certains ont au plus un enfant. Cela vaut également pour l’ensemble de la société. C’est la solution de la Nature au manque de complémentarité : l’extinction. Les partisans de l’anti-système ne parviennent pas à se reproduire et leur nombre diminue. Pour faciliter ce processus, ils sont souvent remplacés par d’autres tribus – des tribus dont les membres ne tolèrent pas les violations de la complémentarité en leur sein : lorsque leurs systèmes innés d’identification ami ou ennemi sont déclenchés, ils ont tendance à recourir rapidement au meurtre et au chaos pour rétablir l’ordre. Les responsables et les médias européens et américains tentent d’étouffer le fait que cela se produit en fait, mais la question reste ouverte de savoir combien de temps ils pourront continuer à le faire.

Une autre question ouverte est de savoir si les personnes impliquées seront un jour capables d’accepter le jugement de la Nature. Il est fort possible qu’elles persisteront dans le fantasme que leur idéologie est irréprochable et que leur disparition résulte d’autres facteurs. Mais cette question est académique, car le résultat final est toujours le même : l’extinction biologique. Une question plus viscéralement importante est celle de savoir combien de dommages causés à ce “monde qui succombe” elles vont parvenir à causer avant leur départ définitif.

 

Le 20 juin 2019, Club Orlov, – traduction du Sakerfrancophone

  • 4 juillet 2019 à 00:00

Oups ? Soros & Koch vs. interventionnisme US...

Par info@dedefensa.org

Oups ? Soros & Koch vs. interventionnisme US...

Difficile à penser, à croire, à commenter, voire à hésiter et à mâchouiller en attendant... Caitline Johnstoneelle-même n’en revient pas et hésite zn toute ingénuité ironique à se prononcer. Il reste qu’il y a bien un article du  Boston Globe qui nous informe que Soros (ploutocrate nettement de gauche, pro-guerre) et un des frères Koch (Charles, l’un des deux ploutocrates nettement de droite, pro-guerres) se sont associés ($500 000 de chaque côté) pour fonder le Quincy Institute à Washington, dont la ligne politique est de faire cesser les “guerres sans fin” que mènent les USA partout dans le monde. On s’affiche purement anti-interventionniste, de quoi ravir Tulsi Gabbard.

Diverses réactions tweetées, dans tous les sens, mais avec une bonne dose d’incrédulité, de méfiance sinon de défiance. Un tweet relève tout de même que parmi les autres co-fondateurs, on trouve Trita Parsi, expert d’origine iranienne bien connu pour ses prises de position antiguerre, notamment contre une possible attaque contre l’Iran.

Impossible d’en dire plus, sinon que nous sommes dans une époque étrange où nous n’avons pas fini d’être étonnés... Au reste, il n’y a évidemment rien à perdre puisque les deux hommes sont (étaient ?) des pro-guerres affichés et qu’ils n’ont besoin d’aucune ruse pour faire leur besogne. Comme dit Johnstone, il nous suffit d’attendre pour voir ce que ce Quincy Institute produira. Effectivement, du point de vue de l’antiSystème qui n’a pas l’intention de juger quoi que ce soit de quelque chose qui n’a pas encore été fait, il suffit d’attendre et de juger sur pièces si pièces il y a ; et après tout, si Soros-Koch veulent soutenir Gabbard dans sa campagne antiguerre, ainsi soit-il...

Johnstone le 1erjuillet :

 « Si vous m'aviez demandé à quelle nouvelle je m’attendais le moins en passant en revue l’actualité ce matin, l’idée selon laquelle “des ploutocrates diaboliques d’horizons politiques opposés s’unissent pour tenter de mettre fin aux guerres sans fin de l’Amérique” aurait probablement été parmi mes premières. Et pourtant, bizarrement, c’est bien le cas.
» Un nouvel article du Boston Globe intitulé “Dans un revirement étonnant, George Soros et Charles Koch font équipe pour mettre fin à la politique de ‘guerre sans fin’ des États-Unis” rapporte que les deux milliardaires influents ont investi un demi-million de dollars chacun pour créer un nouveau groupe de réflexion à Washington DC avec l'objectif de faire exactement le contraire de ce que font normalement les think tanks washingtoniens financés par des milliardaires.
» “En plus d'être milliardaires et de dépenser une grande partie de leur fortune pour promouvoir les causes des animaux de compagnie, le financier de gauche George Soros et les frères Koch ultra-conservateurs ont peu en commun”, commence l’article. “Ils pourraient même être considérés comme diamétralement opposés. Soros est un vieux progressiste de type New Deal. Les frères Koch sont des extrémistes de droite qui rêvent de réduire les impôts et de démanteler le gouvernement. Ils ont maintenant trouvé un terrain d'entente : les États-Unis doivent mettre fin à leur ‘guerre sans fin’ et adopter une politique étrangère entièrement nouvelle.”
» “Concrètement, cela signifie que le Quincy Institute préconisera probablement le retrait des troupes américaines d'Afghanistan et de Syrie, un retour à l'accord nucléaire avec l'Iran, des approches moins conflictuelles avec la Russie et la Chine, la fin des campagnes de changement de régime contre le Venezuela et Cuba, et des réductions importantes du budget de la défense”, peut-on lire dans cet article. [...]

» ... Si vous êtes intéressé à voir les événements mondiaux à travers une lentille qui n'est pas contaminée par une gestion narrative corrompue, un certain scepticisme à l'égard de ce nouvel Institut Quincy n'est pas seulement approprié, mais absolument nécessaire.
» Le terme ‘think tank’ désigne presque toujours un groupe d'universitaires engagés par des ploutocrates pour trouver les raisons pour lesquelles il est très bon et intelligent de faire quelque chose de très mauvais et de très stupide, puis de vendre ces raisons à des points d'influence puissants. Ce sont des outils-clef de gestion narrative pour la classe des milliardaires, et les intérêts de la classe des milliardaires sont rarement alignés sur ceux des gens ordinaires. C'est particulièrement vrai lorsque ces milliardaires opèrent de manière bipartisane.
» Mais la bonne nouvelle, c'est que tout ce que nous avons à faire pour connaître la vérité sur les objectifs de ce nouveau groupe, c'est de surveiller son comportement au fil du temps et de prêter attention à qui profite des narrative qu'il finira par favoriser. Il suffit de noter mentalement les informations que vous avez à ce sujet maintenant, et de prêter attention à ce qui se passe quand vous voyez les mots “Quincy Institute” dans les rapports de la classe politique/médiatique à l'avenir. Si ce groupe de réflexion est ce qu'il prétend être, nous le verrons avec le temps dans les effets qu'il aura sur les discours dominants et les politiques gouvernementales. Si ce n'est pas le cas, nous le verrons aussi. »

 

Mis en ligne le 3 juillet 2019 à 14H15

  • 3 juillet 2019 à 00:00

Notes sur les termites de l’apocalypse

Par info@dedefensa.org

Notes sur les termites de l’apocalypse

3 juillet 2019 – Après le choc de l’extrême fin du mois dernière, l’espèce de nonchalante folie inconsciente avec laquelle Poutine a lancé son “paradigme badin” absolument relaps (« Le libéralisme est obsolète », – on croit rêver), on se trouve plongé dans une horror storycomme les croyants de l’Europe-UE et de sa liturgie intégriste en ont déjà connues beaucoup. La “crise” (qu’est-ce qui n’est pas crisique aujourd’hui ?) de l’accord de libre-échange UE-Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) qui a été l’un des rares sujets  de quasi-accord au G20 d’Osaka, tombe à un bien-plus mauvais moment que les précédents crisiques du genre, dans tous les cas en France qui est une des deux poutres-maîtresses de la susdite Europe-UE, certes complètement pourries mais poutre-maîtresse tout de même.

... Mais, répliquera-t-on, chacune de ces horror stories de la liturgie de l’Europe-UE tombait toujours “au plus mauvais moment” par rapport aux moments précédents des précédentes stories, n’est-ce pas ?

... Mais, répondra-t-on une fois de plus qui est peut-être la bonne, c’est vraiment un très-très “mauvais moment”, surtout pour la France qui vient de retrouver le savoir-faire des batailles sociales, avec un nouveau modèle, adapté-postmoderniste, – le modèle-GJ (Gilets-Jaunes).

Il se trouve que l’activisme européen de la France, avec une Allemagne désormais souffreteuse au rythme des tremblements de Merkel, est plus que jamais nécessaire pour soutenir la cohésion d’une Europe agitée de crises multiples, institutionnelles, internationales et nationales dans le chef de ses États-membres. Or l’activisme français dans cette affaire, s’exercerait plutôt contre la doxa européenne, dans le chef de cet accord infâme. Dominant le tout, et répercutant diverses crises parcellaires dont justement celles de nombreux États-membres, il y a cette sorte de contradiction qu’on trouve chez les zélotes passionnément attachés aux enseignements de leur religion, de rester aveuglément attachés, c’est-à-dire prisonniers de leur foi dans le libre-échange et le marché rendant compte de l’hyperlibéralismealors que partout surgissent, sous la poussée des nécessités sociales et politiques, les hérésies traîtresses à cette pureté théologique.

... Car bien sûr, le religion qui est en crise en Europe aujourd’hui n’est pas la religion chrétienne, liquidée en tant que telle depuis un bail, mais la religion de l’hyperlibéralisme avec ses saints divers (le marché, le libre-échange) percés d’autant de flèches que Saint-Sébastien. Tout cela, ce désordre singulier, fait que nous nous trouvons brusquement dans un “tourbillon crisique” qui s’est formé aussi vite qu’un orage dévastateur et furieux, et post-canicule, comme le climat, – lui justement, le climat, – en a aujourd’hui le secret quasiment quotidien.

La singulière alliance

Avec une foudroyante rapidité s’est formée de facto une singulière alliance, comme on pouvait le constater hier en entendant différents commentateurs, – une alliance entre écologistes tirant sur la gauche et jusqu’à la gauche extrême, les agriculteurs qui pèsent d’un poids énorme en France et sont de toutes les tendances, et les souverainistes, surtout à droite et jusqu’à l’extrême, qui brandissent l’étendard de la “protection” des richesses nationales, faux-nez à peine dissimulé pour le concept impie de “protectionnisme”.

Il faut dire que l’accord UE-Mercosur les accumule, comme on enfile des perles.

• Il ouvre le marché européen au déferlement des produits d’élevage et d’agriculture, de l’immense Brésil notamment, à des prix sans concurrence puisqu’au Brésil les salaires de misère type-Bolsanaro permettent cela. La puissante agriculture française, ou disons ce qu’il en reste, se trouve menacée de plein fouet. Quoi qu’on pense de l’état de cette agriculture, de son rôle par rapport à certaines pratiques, elles-mêmes par rapport à l’équilibre et à la bonne pratique autant des cultures et de l’élevage, que de l’environnements et de la situation du monde si l’on veut, il s’agit d’une attaque extrêmement puissantecontre ce que l’on a coutume de percevoir comme un des fondements de l’identité et de la souveraineté de la France.

• Parmi les pays du Mercosur, c’est surtout le Brésil de Bolsonaro qui fait hurler de rage les écologistes. Le pays est plongé dans une tourmente de corruption, de scandales, de désordre au niveau de ses structures étatiques. Surtout, accusent les écologistes, Bolsanaro, avec le soutien plus ou moins explicité de Trump, veut poursuivre, accélérer jusqu’à la néantisation de la chose, la déforestation de l’immense Amazonie.

• La question qui se pose d’une façon récurrente lorsqu’on voit le rôle et le comportement de l’Europe-UE (disons la Commission Européenne [CE], pour faire court), notamment depuis la fin de l’URSS et 1989-1991, est de savoir pourquoi et dans quel but elle se trouve sur une ligne si intransigeante pour le respect quasi-dictatorial des règles du marché et du libre-échange, – lesquels prônent justement l’absence de règles. Nous devons admettre que nous nous trouvons sur un terrain irrationnel, l’argument de base pour l’application de l’hyperlibéralisme dans tous ses effets et dans tous ses états étant de type théologique. La doctrine du libre-échange et du marché est une “foi” pour la bureaucratie bruxelloise, malgré les effets qu’on constate et qu’elle-même déplore ; les changements opérés dans le monde chez divers acteurs, dans le sens du protectionnisme et de l’unilatéralisme sous des formes variables, et qui mettent chaque fois l’UE en position délicate, n’y changent rien.

Nous avons souvent développé cet argument, par exemple lorsque nous représentions les institutions européennes comme une “Secte”ou comme une sorte de Mordorlors de la crise grecque de 2015, que la bureaucratie bruxelloise est de type religieux. La crise grecque, justement, l’a bien montré. Mais la différence de situation en 2019, par rapport à 2015, est frappante, selon une évolution qui s’amorçajuste après la “résolution” de la crise grecque et à cause de cette crise : partout, y compris à l’intérieur de l’UE, se développent des foyers d’hérésie, et les États-membres garants de cette foi par leur puissance sont aujourd’hui dans une position extrêmement différente du fait du profond affaiblissement par rapport à l’idée de l’UE qu’ils subissent. Tant l’Allemagne que la France subissent des crises intérieures, affichées ou larvées, qui vont toutes dans un sens centrifuge mettant en cause le centre bruxellois et la pureté de la doctrine de la foi. Ces attaques des grandes puissances européennes ne sont certainement pas volontaires dans les effets qu’elles provoquent, car paradoxalement ce sont leurs faiblesses (leurs crises) évidemment involontaires qui sont responsables de cette évolution. Cela est d’autant plus grave.

« Nous sommes en guerre » : contre qui ?

« Il est urgent d'affronter la réalité climatique, écologique plutôt que de toujours lui tourner le dos. Nous devons absolument nous rassembler, au-delà de toutes nos barrières politiques, religieuses, pour changer nos modes de vie. En temps de guerre, on est capable de s'unir sur l'essentiel. Et nous sommes en guerre ! »

Nous revenons à l’actualité de la destruction du monde avec le tonitruant Nicolas Hulot, parlant dans le tourbillon des effets du G20 et de l’accord UE-Mercosur, et de la super-canicule de la fin-juin. Tous ces éléments disparates s’ajoutent pour charger des psychologies déjà angoissées, survoltées, pressées par un temps crisique sans précédent, par les fureurs de la postmodernité voulant modifier notre civilisation de fond en comble (certes, pour ce qu’il en reste), tout cela couronné par le scandale national de quelques CRS lacrymogénisant quelques manifestants écologistes plus ou moins radicaux pratiquant un sit in à l’entrée d’un pont de Paris. Tout est bon, l’énormité comme le dérisoire, pour pousser au paroxysme crisique qui marque cette étrange époque...

Nicolas Hulot, donc, personnage d’une formidable influence dans le système de la communication qui règle tout de nos conceptions et de nos politiques :

« Sur tous les fronts. Nicolas Hulot est parti “en guerre” ce week-end contre l’accord de libre-échange conclu entre l’Union européenne et le Mercosur. Au diapason de nombreux élus écologistes, l’ancien ministre de la Transition écologique et solidaire a multiplié les interviews pour dénoncer un accord’“antinomique” avec la lutte contre le dérèglement climatique.
» “Il est fini le temps où j’arrondis les angles, terminé, j’en ai ras le bol”, a ainsi lancé Nicolas Hulot au Monde. “La mondialisation, les traités de libre-échange sont la cause de toute la crise que nous vivons.”
» “Le libre-échange est à l’origine de toutes les problématiques écologiques”, a-t-il encore accusé dans une tribune parue dans « le Journal du Dimanche”.
» Dans son viseur, l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay), conclu ce vendredi après plus de vingt ans de négociations, qui inquiète agriculteurs et ONG spécialisées dans les questions environnementales. »

En quelques interventions qui ont secoué les élites françaises autant que le reste, et finalement aussi bien quoiqu’indirectement les institutions de l’Europe-UE qui se chamaillaient à Bruxelles pour se trouver ses nouveaux grand’prêtres sans importance ni rayonnement, Hulot a mis les pieds dans le plat des évidences meurtrières. Son principal apport dans cette sortie furieusedans le champ de bataille du système de la communication est de mettre en rapport direct, à ce moment (après le G20 et la canicule) et avec cette puissance dépourvue d’artifices le désastre environnemental et l’action de l’hyperlibéralisme comme moteur de ce désastre, – le rapport direct, de cause à effet, entre le Système et la destruction du monde.

Effectivement, dans les jours qui suivirent, et alors que s’élevaient les geignements humanistes contre la “répression lacrymogénisante” des CRS, les commentateurs-Système se trouvèrent dans le plus grand embarras pour parvenir à sortir le Système et l’hyperlibéralisme de l’attaque de ce tsunami de bienpensance mettant ainsi à l’index ces événements. Le débat était relancé, et accroché à l’aiguillon d’événements en cours (le traité UE-Mercosur, toujours en processus d’examen) alors que l’écologie est devenue le cheval de bataille du “jeunisme”, du macronisme et de la bienpensance, alors que, cette fois, il est très marqué par le lien entre le Système et la destruction du monde, – c’est-à-dire le Système ennemi n°1 de l’écologie-vertueuse.

(Où l’on voit que nous ne détestons certainement pas, quand l’occasion s’en présente, de retourner les armes du Système contre lui-même[faire aïkido]. Ici, c’est la bienpensance, le politiquement correct [le PC], à genoux devant l’écologie depuis que “les jeunes” manifestent et que les adultes sans emploi votent pour lui, alors qu’une idole de la bienpensance et du PC, et de l’écologie, désigne comme seul responsable de la destruction du monde dénoncé par l’écologie, le Système lui-même. Nous ne barguignons pas là-dessus et disons : grâce soit rendue, en cette occasion, à la bienpensance et au PC... De toutes les façons, nous savons bien que la surpuissance du Système, dont la bienpensance et le PC sont l’une des armes, débouche sur son autodestruction, par exemple lorsque bienpensance et PC se mettent à l’accabler.) 

Pour poursuivre cette situation de l’heure et du jour, et situer son importance colossale en la mettant en perspective, on reprendra deux textes déjà publiés sur ce site, qui exposent sa position sur la question de la soi-disant “crise climatique” (exposée par PhG), et la question fondamentale du lien entre le Système de la modernité et la destruction du monde qui passe évidemment par la catastrophique “crise environnementale” dans son sens le plus large. 

Inconnaisance & déconstruction

Nous sommes donc dans un nouveau paroxysme d’une crise climatique, qui est quasi-institutionnalisée depuis octobre 2006 et le “rapport Stern”. Il est rarement question, sur ce site, du fond de la question, entre disons “climatistes” et “climatosceptiques”. Nous préférons désigner cette crise, et c’est déjà une indication, de l’expression beaucoup plus large et volontairement plus imprécise de “crise environnementale”. La différence est évidente : la “crise environnementale“ ne peut être déniée, quel que soit le responsable, et elle est directement incluse dans ce qu’il nous arrive de désigner comme “la crise du monde”, bien au-delà d’une “crise de régime”, au-delà d’une “crise de civilisation”. L’expression fait entrer l’événement dans la globalité de la Grande Crise Générale, et c’est ce qui importe.

(De ce point de vue, notre intérêt pour la “crise de l’environnement” est évident, sinon fondamental, ne serait-ce que par l’importance que nous attachons au phénomène de l’anthropocène qui est la borne nouvellement créée pour marquer ce qui constitue selon PhG l’une des trois révolutions qui ont déterminé le “déchaînement de la Matière”, et celle qui a évidemment présidé à la destruction du monde, alias “crise environnementale”. [Le début de l’ère de l’anthropocène a été fixé à 1784, comme date symbolique de l’“invention” du moteur à vapeur en Angleterre, qui est un des moments de l’“opérationnalisation” de ce que PhG nomme, d’après le titre du livre d’Alain Gras, le Choix du Feu. Si l’on accepte cette date plutôt que 1825 comme cela apparaît notamment dans La Grâce de l’Histoired’une façon plus littéraire et tout aussi symbolique, – lorsque Stendhal apprend avec horreur que, pour les libéraux, « les Lumières c’est l’industrie », – les trois révolutions du “déchaînement de la Matière” sont 1776, 1784 et 1789.] On trouve partout, sur ce site, des références à cette position par rapport à la question de l’anthropocène, qui est la question de l’action du Système sur l’environnement de notre monde ; le texte du  1er décembre 2013, avec des extraits de La Grâce de l’Histoire, ferait notamment l’affaire.)

Dans ce contexte, il semble utile de ressortir un texte où PhG exposait  la position générale du site, qui n’a pas varié d’un iota, sur cette question polémique de l’aspect proprement climatique de la “crise environnementale”. On doit avoir à l’esprit, en lisant ce texte du 10 août 2011, qu’il se situe dans une analyse générale  où il est question de l’inconnaissance, vertu que qui fait l’objet  d’un sujet  du  Glossaire.dde., mais aussi des déconstructeurs Deleuze et Derrida, et d’un de leurs critiques qu’on retrouvera sans surprise puisqu’il en a été souvent question dans ce Journal, Jean-François Mattei.

« Le sexe climatique des anges

» La question du climat est pour moi le type même de la connaissance qui enchaîne à l’objet, – un véritable débat deleuzien. Nul n’est sûr de rien, les chiffres abondent, auxquels tout le monde fait dire ce que chacun veut, des forces énormes de pression et d’intoxication liées au Système croisent et recroisent dans le débat à pleine vapeur, et pas moins chez les climatosceptiques (Mobil Exxon et les pétroliers, le groupe Murdoch, les partisans de libre-échange en mode turbo, une très forte majorité des élus républicains US si bien qu’on peut dire que les climatosceptiques ont la majorité au moins à la Chambre des Représentants du Congrès, etc.). La polémique est aussitôt de la partie et, avec elle, dans un tel cadre, la manipulation, et l’on est emporté dans ce piège qui colle comme de la glu, qui est le Système. Le tour est joué, tellement prévisible, – il ne s’agit plus du climat mais du Système, c’est-à-dire du Mal. Voilà pour la connaissance dans ce cas ; si je cédais à descendre dans l’arène, je ne suis sûr que d’une chose, pour mon compte, – je serais enchaîné au Système, broyé, concassé, parce qu’il est infiniment plus surpuissant que moi. Donc, je refuse cette “connaissance”-là de leurs débats sur le climat.

» Cela n’implique en rien ni l’indifférence ni l’ignorance, puisqu’il est question d’inconnaissance. Sur cette question du climat, le savoir me dit ceci… L’effondrement du monde, notamment avec son “eschatologisation”, avec la terrifiante dégradation de l'environnement et la perception du désordre du climat par rapport à notre organisation, avec d’autres multiples phénomènes chaotiques qui commencent par la crise de notre psychologie (le plus grave), l’effondrement du monde n’est pas l'objet d'un débat pour mon compte ; c’est un fait évident de tous les jours, une évidence colossale et écrasante que j’observe de ma position d’inconnaissance, la dévastation du monde qui a tout à voir avec le désordre de la modernité, et rien avec le classement scientifique en degrés centigrades dans un sens ou l'autre, et en pourcentage de responsabilité humaine ou autre. L’évidence, c’est-à-dire la vérité du monde, cela existe pour l’inconnaissance, c’est même ce qui lui permet de s’affirmer comme telle puisque cela fait partie de son savoir.

» Plus encore, vu de mon observatoire d’inconnaissance, j’ai deux remarques à faire. On verra qu’elles n’ont nul besoin de la “connaissance” ni de leurs débats sur la “vérité scientifique”, – laquelle est, au vu de l’histoire réelle, qui ne s’interdit pas de remonter au-delà de la Renaissance, une aventure sacrément impudente qui prend parfois des allures, elle aussi, de simulacre. (“Vérité scientifique”, – doux oxymore, quand tu nous tiens…)

» 1). Le débat se fait d’abord, dans sa rage polémique la plus extrême, autour de l’idée du “réchauffement climatique dû aux activités humaines”. Bel exemple de sophisme, que Deleuze ne démentirait pas, – et ils en sont tous coupables, de ce sophisme, des partisans du réchauffement dans ces conditions aux climatosceptiques. Car cet intitulé est faux, archi-faux, une imposture, une inversion comme seul notre Système sait en accoucher… Le Système, justement ; le seul intitulé qui vaille est bien : débat pour ou contre “le réchauffement climatique dû aux activités du Système”. La différence est apocalyptique.

» Tout le débat-polémique sur le climat est complètement subverti par cette imposture sémantique. Je suis sûr qu’elle n’a pas été voulue, parce qu’on fait chez les robots beaucoup moins dans le complot qu’on ne croit et que le sens des mots, finalement, on s’en fout ; même les “institutionnels” n’y voient que du feu, de Al Gore (pour) à Mobil Exxon (contre), – sauf qu’ils auraient une mauvaise surprise si le pot aux roses leur était révélé, et qu’on leur annonçait qu’ils débattent, horreur, pour ou contre “le réchauffement climatique  dû aux activités du Système”. Quant aux purs, ceux qui croient vraiment à la “vérité scientifique” et s’écharpent en son nom, ils ont toute mon affection et toute mon affliction, car ils sont prisonniers de leur “connaissance”.

» (Détail “opérationnel” : si j’ai tendance à prendre en compte, sans me battre pour elle, certes, la thèse des pro-“réchauffement climatique…”, c’est d’abord parce que c’est elle qui me rapproche le plus d’une mise en accusation du Système, – et alors qu’elle n’est tout de même pas une monstruosité insupportable par rapport à la “vérité scientifique”, référence immensément vertueuse découverte par le groupe Murdoch autour de 2006, avec la montée médiatique des climatosceptiques. On retrouve la ligne de ma pensée.)

» 2). La chose effective et concrète qui m’importe effectivement dans cette affaire, ce n’est ni le réchauffement, ni le refroidissement, ni le “tout va très bien, miss la marquise”, etc., tous ces jugements à l’emporte-pièce pour le temps présent et dépendant de chiffres, lesquels sont tordus jusqu’à ce tout le monde leur fasse dire ce que chacun veut … La seule chose qui m’importe, c’est le désordre qu’introduit cette prévision ou cette appréciation du dérèglement climatique (voilà une expression plus sérieuse, – quoiqu’il en soit du climat), désordre qui est déjà dans les psychologies. Pas besoin de “connaissance” du sujet pour constater cela, l’intuition fait l’affaire : ce désordre est psychologique et il est déjà là, bien présent, lancinant… Confirmation statistique ? (Les statistiques confirment toujours, des années plus tard, fort pompeusement et à prix élevé, l’invention du fil à couper le beurre.) Voici que 44% des citoyens US croient à la “théorie” du réchauffement climatique, contre 51% en 2009 et 71% en 2007  ; la même année que celle des 44% (2011), on nous dit que 77% croient à un redoublement des tempêtes, de l’instabilité climatique par rapport aux tendances admises, donc du désordre. Et dès qu’il y a une tempête aujourd’hui, gémissent les climatosceptiques, on l’attribue au “changement/réchauffement climatique du/indu aux activités humaines” ; eh oui, et qui t’a fait roi ? Voilà la deuxième chose très importante de la polémique du climat : le désordre psychologique est parmi nous, quand on mélange la perception du désastre et le “tout va très bien, misses la marquise”.

» Je parle, moi, du Système et pas du climat, car c’est lui, le Système, qui règne et règle tout dans les conditions que je décris par ses caractères (son hermétisme, son monopole de surpuissance), et qui constitue les données essentielles de ma réflexion. Si les climatosceptiques l’“emportaient” (hypothèse farfelue, que j’évoquais dans dde.crisis pour l’image développée, car personne n’emportera rien dans ce débat), cela ne signifierait pas que le climat est conforme à leurs calculs fiévreux mais que l’équilibre au sein du Système a penché vers eux, c’est tout, et cela sans que le Système ne change rien de sa course, et cette modification de fortune de l’équilibre interne grâce aux activités médiatiques notoirement efficaces et vertueuses du groupe Murdoch, au temps de sa splendeur et maintenant. Je ne participe pas à ces débats-là, parce que j’estime qu’une participation serait une marque d’allégeance au Système, donc une victoire du Système sur moi, – outre que ces débats m’abaisseraient considérablement parce que ce sont des débats réglés par le Système, pour poursuivre son simulacre type-Derrida, Deleuze & Cie. De là l’inconnaissance : je n’ai pas besoin de prendre connaissance de ces débats au sein du Système, et de “me situer” (de me compromettre) par rapport à eux, qui n’ont aucune réalité ontologique (Derrida, Deleuze & Cie, entrepreneurs en destruction d’ontologie par définition). Je ne veux pas m’exposer sans défense, dans mon humaine faiblesse dont je ne peux être tout à fait assuré, au piège de la séduction de la fascination du Mal, car c’est bien cela que représente le Système. (Pour écouter les sirènes, rappelle Mattei, Ulysse avait bien pris soin de se faire lier au mat.) J’ai mes priorités, dont l’essentielle est de résister. Je réserve mon attention à d’autres choses plus importantes, qui dépendent du savoir et de l’intuition haute que privilégie l’inconnaissance, où l’on peut fermement s’appuyer ; et enfin c’est être en dehors, alors que c’est désormais et nécessairement en dehors du Système qui tient le monde dans ses griffes que se trouve la vérité.

» Je veux refuser absolument l’idée d’une substance du Système, lui dénier absolument la moindre essence et le moindre sens, lui opposer, du dehors, hors de portée de sa subversion, une fermeté intraitable, qui le fasse hurler de rage, – et puis, le renvoyer au grand magasin des simulacres, avec ses proches, Derrida, Deleuze & Cie. Cela ne m’empêche pas, inconnaissance et savoir aidant justement, de ne pas ignorer à qui j’ai affaire, et comment... (On peut se reporter à dedefensa.org au jour le jour, ci-dessous.) L’important est d’opposer une frontière à l’imposture. »

Du côté de “la civilisation-imposture”

Le second texte que nous présentons confirme et surtout prolonge le précédent en développant l’épouvantable dilemme que nous affrontons aujourd’hui, qui conduit à une psychologie de type-apocalyptique, et à une vision collapsologique de notre avenir immédiat de plus en plus répandue.

(Nombre de commentateurs-Système soupirent à cet égard dans l’épisode actuel, qu’ils tentent de contenir dans les bornes d’une rationalité évidemment totalement subvertie par le Système en dénonçant comme une horreur irrationnelle et monstrueuse le démarche collapsologique. Il est vrai que le cri de colère de Hulot ne fait que mettre en lumière la progression de cette collapsologie et le crédit grandissant qu’elle acquiert à une stupéfiante vitesse.)

Ce texte ci-dessous est repris à nouveau d’une publication déjà ancienne : mis en ligne le  27 juillet 2002, et il s’agit d’un texte de la rubrique Analyse, de la Lettre d’Analyse dedefensa & eurostratégie (dd&e), encore active à cette époque, du numéro 20 du Volume 17, du 10 juillet 2002. Cette publication était précédée de l’annonce suivante : « Nous publions ci-après le texte de notre rubrique Analyse, de l'édition du 10 juillet de notre Lettre d'Analyse de defensa. Nous pensons que ce texte vient utilement compléter, élargir et prolonger le texte d'analyse sur Arnold Toynbee que nous avons récemment publié le 19 juin 2002. » (Le texte est repris avec quelques modifications et au moins deux coupures importantes de passages inutiles pour notre propos, qu’on peut retrouver dans le texte du 27 juillet 2002, repris le 10 décembre 2015dans le Glossaire.dde. Certaines expressions employées sont devenues courantes depuis dans notre dialectique, souvent dans une orthographe différente, – comme “anti-système” devenu antiSystème).

Ce texte décrit une des poutres-maîtresses de notre conception générale, – le déséquilibre de notre civilisation, entre son agir et son être, entre une action marquée par une hyperpuissance technicienne devant laquelle rien ne peut résister, et un être caractérisé par un vide devenu si abyssal (à la mesure inverse de sa dynamique de surpuissance) qu’on pourrait le qualifier de complet, qui prive par conséquent cette action de tout sens. Nous considérons bien entendu ce déséquilibre comme mortel, et très rapidement mortelle par conséquent notre civilisation.

L’idée n’est pas nouvelle, comme d’ailleurs toutes les idées fondamentales que la pensée croit développer aujourd’hui, selon une autre de nos conceptions qui est d’observer que notre pensée, à l’image de cette hyperpuissance technicienne, n’a cessé de régresser et de se subvertir dans les détails descriptifs de notre action, depuis plusieurs siècles qui nous font remonter à la Renaissance et au-delà, et engagés dans un processus infernal depuis la charnière des XVIIIe et XIXe siècle où nous situons le “déchaînement de la Matière”. Les idées de base contenues dans le texte reproduit ci-dessous ont depuis, été largement développées et enrichies mais elles restent absolument valables et figurent au centre même de la crise actuelle, déclenchée d’une façon très visible (ce qui mesure son retour dans une actualité pressante) à propos du projet d’accord UE-Mercosur et à la lumière écrasante d’une canicule aussitôt portée au crédit de la crise climatique (qu’elle le soit ou non ne nous importe en rien, du moment qu’elle prend place dans la coalition antiSystème de circonstance.).

Ce qui est donc “nouveau” en matière d’un fait fondamental du fait de la dynamique de cette conception en état de constant renforcement et renouvellement, et aujourd’hui encore avec un nouveau pas en avant, c’est la situation de pression extrême où nous nous trouvons, du fait de la Grande Crise générale, qui nous conduit à une psychologie typique tirant la conséquence da la situation exposée, ici (dans le texte ci-dessous) à son origine pour notre compte. Il s’agit de la nécessité que nous comprenons de plus en plus à mesure  qu’elle pénètre notre psychologie – d’où les désignations d’une “psychologie-apocalistique” ou “psychologie-de-l’apocalysme”, – qu’il faut détruire cette civilisation pour nous libérer d’une dynamique qui est celle de notre anéantissement, ou de notre entropisation. C’est dans ce contexte qu’il nous paraît intéressant de re-publier ce texte, car cela constitue d’une part une incitation bien plus pressante à le lire que la simple mention de son existence dans nos archives, et cela incite d’autre part à mesurer la constance de l’existence de cette conception sur ce site.

« La civilisation-imposture

» Nous développons l'hypothèse d'une explication générale satisfaisant en l'éclairant l'impression que nous ressentons tous, plus ou moins confusément, de façons parfois très différentes, voire opposées, de vivre une période exceptionnelle de rupture. A nouveau, nous insistons sur ce phénomène, sans précédent parce que son origine est mécanique et due à nos capacités technologiques, ce phénomène où il nous est donné de vivre ce temps de rupture et, en même temps, de nous observer en train de vivre ce temps de rupture. C'est à la fois une circonstance troublante et, pour qui réalise cette circonstance et entend l'utiliser à son profit, l'occasion d'une exceptionnelle lucidité. Nous avons les moyens, par la distance que nous pouvons prendre avec les événements, de vivre ces événements, d'être touchés par leur apparence, mais aussitôt de nous en dégager et, distance prise, de distinguer aussitôt les tendances fondamentales et nécessairement souterraines dissimulées derrière l'apparence des choses, derrière « l'écume des jours »

» On voit par ailleurs (notre rubrique de defensa par exemple, et bien d'autres choses) que nous estimons nous trouver dans une période marquée par des excès extraordinaire. Le plus considérable est, selon nous, le conformisme auquel s'est accoutumé l'essentiel de la population humaine. La force de la complicité (ah, nous insistons sur ce terme) établie entre le citoyen et le mensonge virtualiste qu'on lui présente comme explication de son temps est à couper le souffle. Mais reprenons vite notre souffle. Si nous savons y faire, cette extraordinaire supercherie doit nous donner des ailes en fait d'audace dans l'examen d'hypothèses enrichissantes pour expliquer cette fabuleuse et mystérieuse confusion qu'on nous présente comme le meilleur des mondes déjà accompli. Si nous savons y faire, nous pouvons utiliser à notre profit les structures de liberté que le système se contraint lui-même à respecter, parce que de cette liberté dépendent aussi les bénéfices dont il se nourrit. (Liberté de commercer, d'être informé sur le commerce, de faire circuler l'information qui entretient impérativement le conformisme général, tout cela nécessite de laisser subsister ces structures de liberté. Internet est le plus bel exemple du phénomène, structure de liberté pour faire circuler le commerce et l'information favorable au système et qui aboutit également, et surtout, à permettre la circulation de l'information anti-système dans une mesure qui était inespérée il y a 5 ans.)

» Donc, – audace et liberté, et audace fortement liée à la liberté, audace parce que liberté, voilà les antidotes dont il faut faire usage. La question que nous nous posons aujourd'hui concerne une hypothèse sur notre civilisation. Au contraire de ce qu'on en fait d'habitude (civilisation triomphante, civilisation en déclin, débat entre les deux, etc), nous avançons l'hypothèse que nous nous trouvons dans une civilisation caractérisée dans sa substance même (et non seulement par ce qu'elle produit) par l'imposture. Cette explication est nécessairement imprécise mais il n'existe pas de dérivé qualificatif du mot “imposture” (il est impossible d'en inventer un : “imposteuse” serait trop laid) qui résumerait mieux notre pensée. Alors, nous offrons simplement comme expression fabriquée l'expression “civilisation-imposture”, se rapprochant le mieux possible de ce que nous voulons dire.

» L'hypothèse que nous émettons est bien que notre civilisation usurpe le terme de civilisation, et même, pire encore, qu'elle ne devrait plus être là, à sa place de civilisation triomphante. A part le fondement intellectuel qu'on peut lui trouver, cette hypothèse a-t-elle quelque cohérence historique? C'est là où nous voulons en venir, et nous développerons pour cela la substance de l'argumentation étayant notre hypothèse. C'est là où nous nous tournons vers Arnold Toynbee.

» La théorie cyclique contre le sens progressiste

» Arnold Toynbee, cet historien des civilisations, d'origine anglo-saxonne, publie en 1949-51 (versions anglaise et française) un ouvrage (La civilisation à l'épreuve) rassemblant conférences et essais, tout cela écrit ou récrit avec l'actualisation qui convient à l'époque de l'immédiat après-guerre (période 1945-47). L'intérêt de l'ouvrage est de cerner l'appréciation contemporaine de Toynbee de la position et du développement de la civilisation occidentale. A partir de là, nous élargirons notre appréciation et en viendrons à notre hypothèse.

» Il y a dans ce Toynbee qui écrit en 1945-47 une convergence intéressante. D'une part il y a une vision historique extrêmement large, embrassant l'histoire des hommes et des civilisations de la façon la plus générale ; d'autre part, l'observation plus spécifique de sa période contemporaine, qui est caractérisée par l'installation par le pan-expansionnisme américaniste de son empire sur le monde. 

» Dans l'essai intitulé L'Islam, l'Occident et l'avenir, Toynbee observe la situation contemporaine générale du point de vue des rapports de l'Islam et de l'Occident. Il y observe ce qu'il qualifie de « mouvement [...] par lequel la civilisation occidentale ne vise à rien moins qu'à l'incorporation de toute l'humanité en une grande société unique, et au contrôle de tout ce que, sur terre, sur mer et dans l'air, l'humanité peut exploiter grâce à la technique occidentale moderne ». On voit la similitude remarquable entre l'interprétation du mouvement de « la civilisation occidentale » aussitôt après la guerre de 1945, pour les années 1945-49, et l'interprétation qu'une école historique classique pourrait avancer des événements en cours aujourd'hui.

[...]

» Mais Toynbee offre d'autres points de vue moins optimistes, moins triomphants, sur la situation de notre civilisation occidentale. C'est sa position la plus intéressante et la plus enrichissante, celle où il est pleinement historien des civilisations. D'abord, il remet constamment la civilisation occidentale à sa place, dans la relativité de l'histoire des civilisations, hors du regard déformé d'un contemporain occidental dont « l'horizon historique s'est largement étendu, à la fois dans les deux dimensions de l'espace et du temps », et dont la vision historique « s'est rapidement réduite au champ étroit de ce qu'un cheval voit entre ses œillères, ou de ce qu'un commandant de sous-marin aperçoit dans son périscope ». Ensuite, c'est l'essentiel, il aborde l'appréciation de notre civilisation du point de vue de ce qu'on pourrait nommer de l'expression néologistique de “continuité civilisationnelle”, qui pourrait résumer son appréciation du phénomènes des civilisations, sa thèse si l'on veut.

» L'historien des civilisations Toynbee observe que l'histoire de l'humanité organisée, avec son partage entre ces mouvements nommés “civilisations”, se déroule au long d'une vingtaine de ces civilisations, et nous constituons effectivement la vingtième. Sa vision des rapports entre ces civilisations est du type cyclique ou s'en rapprochant, avec des rapports qu'il juge établis entre les civilisations. Par exemple, ayant rappelé les rapports entre la civilisation gréco-romaine et la civilisation chrétienne qui lui succède tout en lui rempruntant beaucoup, Toynbee écrit que dans «une douzaine d'autres cas, on peut observer la même relation entre une civilisation déclinante et une civilisation ascendante. En Extrême-Orient, par exemple, l'Empire des Ts'in et des Han joue le rôle de l'Empire romain tandis que celui de l'Église catholique est assumé par l'école Mahayana du bouddhisme. » Toynbee note aussitôt le reproche fait par la pensée occidentale, ou « juive et zoroastrienne », à cette conception cyclique. Elle réduit l'histoire à « un récit fait par un idiot et ne signifiant rien » remarque-t-il, paraphrasant Shakespeare. Au contraire, la conception judéo-zoroastrienne voit dans l'histoire « l'exécution progressive et conduite de main de maître ... d'un plan divin ... »

» Faut-il trancher entre l'une et l'autre ? Toynbee tend à suggérer des compromis (« Après tout, pour qu'un véhicule avance sur la route que son conducteur a choisi, il faut qu'il soit porté par des roues qui tournent en décrivant des cercles et encore des cercles »), suggérant en cela une conception cyclique de l'histoire en spirale (chaque passage à un même point vertical se fait dans un plan horizontal supérieur). C'est finalement la thèse que nous recommande Toynbee, en acceptant l'idée d'un sens général de progrès mais qui se constituerait au travers d'expériences accumulées d'affirmations et de chutes successives de civilisations, correspondant effectivement au schéma cyclique. [Enfin, notons que le sentiment moderniste du sens progressiste de l'histoire (« l'exécution progressive ... d'un plan divin ») lié à notre civilisation et contredisant la théorie cyclique est désormais fortement critiqué et plus assimilée à un simulacre virtualiste qu'à une loi historique.]

» La puissance technologique rompt la succession des civilisations

» Allons à un autre point que Toynbee met en évidence dans ces analyses, qui concerne particulièrement notre civilisation occidentale. Il parle de « ce récent et énorme accroissement du pouvoir de l'homme occidental sur la nature, — le stupéfiant progrès de son “savoir-faire technique” — et c'est justement cela qui avait donné à nos pères l'illusoire imagination d'une histoire terminée pour eux ». Cette puissance nouvelle a imposé l'unification du monde et permis à l'homme occidental de prendre sur le reste, quel qu'il soit et quelle que soit sa valeur civilisationnelle, un avantage déterminant. Cette puissance constitue un avantage mécanique fonctionnant comme un verrou et donnant l'avantage décisif dans les rapports de forces, quelque chose que les lois de la physique et autres des mêmes domaines du fonctionnement du monde interdisent de pouvoir changer.

» Ce fait a bouleversé la marche cyclique par laquelle Toynbee définit les rapports des civilisations, et par laquelle il mesure la possibilité pour l'humanité de progresser au travers cette succession de civilisations. « Pourquoi la civilisation ne peut-elle continuer à avancer, tout en trébuchant, d'échec en échec, sur le chemin pénible et dégradant, mais qui n'est tout de même pas complètement celui du suicide, et qu'elle n'a cessé de suivre pendant les quelques premiers milliers d'années de son existence? La réponse se trouve dans les récentes inventions techniques de la bourgeoisie moderne occidentale. » Voilà le point fondamental de Toynbee: notre puissance technicienne, transmutée aujourd'hui en une affirmation soi-disant civilisatrice passant par la technologie, révolutionne l'évolution des civilisations et bouleverse leur succession.

[...]

» Résumons les arguments que nous donne Toynbee :

» • Son idée d'une approche en partie cyclique de l'évolution des civilisations nous paraît très intéressante. Elle implique qu'on ne peut envisager l'évolution des civilisations indépendamment les unes des autres, qu'il existe une certaine continuité de l'ordre du spirituel autant que de l'accidentel ; que toute civilisation, c'est l'essentiel, a une sorte de responsabilité par rapport à l'histoire, y compris dans son décadentisme, dans sa façon d'être décadente ...

» • Sa deuxième idée concernant notre civilisation est que, la disposition d'une telle puissance technique et technologique utilisable dans tous les recoins et dans une géographie terrestre totalement maîtrisée et contrôlée impose à notre “civilisation” (les guillemets deviennent nécessaires, par prudence) une ligne de développement même si ce développement s'avère vicié et qu'elle interdit tout développement d'une civilisation alternative et/ou successible.

» • Une autre idée, implicite et qui nous semble renforcée de nombreux arguments aujourd'hui, voire du simple constat de bon sens, est ce constat, justement, que l'hypertrophie technologique de notre civilisation s'est accompagnée d'une atrophie des comportements et des valeurs intellectuelles et spirituelles de civilisation, que ce soit du domaine de la pensée, de la croyance, de la culture au sens le plus large. Toynbee nous le suggère, après tout, lorsqu'il dit ce qu'il dit des Anglo-Saxons, qui mènent cette civilisation, de leur suprémacisme qui conduit éventuellement aux pires catastrophes par opposition aux musulmans et (c'est plus notable et intéressant) par opposition aux Français.

» Puissance technique, décadence et perversion

» Ainsi pouvons-nous en venir à la spéculation que nous entendions proposer à propos de notre temps de rupture et d'incertitude du sens. Nous avons déjà noté à plus d'une reprise combien il nous paraissait assez vain de faire le diagnostic des maux de notre civilisation, tant celui-ci avait été fait, et fort bien fait, dans les années de l'entre-deux-guerre, avant la polarisation idéologique de l'immédiat avant-guerre (avant 1939), c'est-à-dire dans les années entre 1919 et 1934.

» Notre hypothèse serait alors double, et fondée sur cette idée de la civilisation qui bascule lorsque l'équilibre entre ses capacités techniques et ses vertus spirituelles et intellectuelles se rompt au profit d'une des deux composantes, ce déséquilibre s'accentuant à la vitesse du développement des capacités technologiques dans notre cas et démentant les espérances des esprits rationnels qui espéraient voir en même temps les esprits s'élever, et, au contraire, ces esprits s'abaissant au fur et à mesure qu'ils sont gagnés par l'ivresse de la puissance mécanique.

» Il s'agit bien d'une première rupture, dont la guerre de 14-18 fut la marque la plus terrible. Cette rupture permet une perversion générale, y compris du processus de décadence. Alors que la décadence est une chute, notre puissance technique et technologique permet de dissimuler cette chute et plus encore, de la transformer en une évolution accélérée, une fuite en avant avec toutes les apparences de la puissance, protégés par cette puissance technologique qui empêche les lois naturelles de l'histoire des civilisations de jouer. A côté de cela, et comme on l'a souvent mis en évidence dans nos analyses, une architecture puissante d'information et de communication bâtie grâce au puissant apport de ces mêmes technologies où nous excellons permet d'offrir une interprétation flatteuse, rassurante, voire exaltante, de cette évolution; elle permet même, dans les cas extrêmes dont notre temps est l'exemple, d'offrir une reconstruction ordonnée et crédible de la réalité en une autre réalité (phénomène du virtualisme, devenu, selon notre appréciation, une véritable idéologie en soi).

» Une seconde rupture est celle dont nous proposons le constat et l'interprétation pour notre temps précisément, celle qui survient dans notre temps historique, particulièrement précisée depuis le 11 septembre 2001. Les événements figurés par le virtualisme sont d'une telle puissance que même l'architecture d'information et de communication ne suffit plus. Ce à quoi l'on assiste aujourd'hui est à la fois à l'affirmation totale de la nécessité de l'emploi du virtualisme, et à la mise en évidence parallèle des limites de cette méthode. Ce constat est visible dans l'appel à une “guerre contre le terrorisme” perpétuelle par Washington, artifice de préservation de sa puissance, et la mise en évidence, à mesure, de l'impossibilité d'imposer cette affirmation virtualiste au reste du monde; et, par conséquent, l'éloignement de facto du reste du monde des thèses américaines et de la représentation qui en est faite.

» Nous nous trouvons dans une situation inédite dans l'histoire. La valeur de notre civilisation, sa “vertu civilisationnelle” n'est plus laissée aux lois de l'histoire et à l'habituel processus historique de déclin et de décadence, mais à notre propre appréciation. Cette situation est d'autre part contestée par une partie de plus en plus importante des élites et de l'opinion au sein même de ce qui est nommé “civilisation occidentale”. D'où un débat d'une effrayante puissance et d'une vigueur incroyable, entre ceux, au sein de notre “civilisation”, qui affirment que notre civilisation avec le développement qu'elle impose à tous est plus que jamais l'avenir du monde et qu'il faut la développer sans restrictions ; et ceux qui pensent, plus ou moins confusément, que notre civilisation a trahi son contrat avec l'histoire, qu'elle a perdu son sens de la responsabilité historique à cause de l'ivresse de sa puissance, et par conséquent qui contestent de plus en plus précisément l'orientation qu'elle a prise.

» Cette situation inédite remet en cause l'idée même de “civilisation occidentale”, et cela est effectivement rendu possible, paradoxalement, par la puissance de cette civilisation et son maintien usurpé comme référence du développement humain. L'idée de Toynbee d'une civilisation remplaçant l'autre, d'une chaîne de civilisation, idée finalement contredite par la puissance de la civilisation occidentale qui impose son maintien en position dominante qu'on pourrait juger comme une imposture, pourrait laisser place à l'idée d'un schisme à l'intérieur de cette civilisation. Certains pourraient objecter que c'est ce qui s'est déjà passé avec la Réforme mais il nous semble que la description que nous faisons de l'état de notre “civilisation”, qui est incontestablement fille du schisme, montre que le schisme a tourné à l'imposture. Notre civilisation étant devenue aujourd'hui, par la force de sa technique, la civilisation universelle (d'où les bruits de “la fin de l'Histoire” type Fukuyama et renvoyant au XIXe siècle), la mise en cause de cette civilisation ne peut plus venir que de l'intérieur, et du cœur même de cette civilisation. C'est pourquoi l'on devra prêter attention à deux faits : en quoi la tension des rapports entre l'Amérique et l'Europe ne porte pas sur des notions effectivement schismatiques (de l'Europe par rapport à l'Amérique) ; en quoi la retrouvaille de la nécessité de retrouver des références transcendantes chez ceux-là même qui mettent en question notre civilisation ne réconcilie pas deux pôles perçus pendant des siècles comme ennemis : le besoin de justice (tempo progressiste) et la nécessité des traditions (tempo conservateur, voire réactionnaire). »

  • 3 juillet 2019 à 00:00

La presseSystème, Assange & Melzer

Par info@dedefensa.org

La presseSystème, Assange & Melzer

On a beau être habitué, désormais depuis des décennies, à la conduite honteuse et scandaleuse de ce que nous nommons la presseSystème par rapport aux activités inhumaines et illégales de leurs autorités officielles, et du Système par conséquent, le rôle de cette presseSystème dans le sort qui est imposé à Julian Assange s’impose comme un cas d’école dans l’exercice de l’infamie et l’inversion totale des valeurs qu’elle prétend défendre. Désormais, comme les journalistes à la plume facile observent avec gravité pour d’autres occasions, on ne pourra plus dire qu’“on ne savait pas”.

Le travail accompli par le juriste suisse Nils Melzer, sans doute le meilleur spécialiste de la recherche et de la dénonciation de la torture, et rapporteur de l’Onu sur les pratiques de torture, est à cet égard une occasion exceptionnelle de mettre en lumière, non seulement le détail des pratiques et des tortures exercées contre Assange depuis des années, mais également “l’infamie et l’inversion totale des valeurs que prétend défendre” la presseSystème dans son travail d’information à cet égard... Si bien qu’après tout, oui, on pourra dire qu’“on ne savait pas”, – pour ceux qui assurent leur propre information de citoyen des démocraties vertueuses en s’en remettant complètement à cette presseSystème, sans le moindre esprit critique ni le plus petit usage de leur libre-arbitre. A cet égard, les “lecteurs sérieux” de la presseSystème, les citoyens informés de nos démocraties, nos élites en général, etc., entretiennent et développent leur “culture intellectuelle” sur le modèle fameux de La Boétie, dit de La servitude volontaire.

Melzer a écrit un texte, un article d’opinion, en plus de son rapport officiel, pour donner son appréciation personnelle, en tant que citoyen autant que de juriste attaché aux valeurs que prétend défendre la presseSystème. Il a voulu donner son appréciation personnelle, comme sa fonction, son statut et sa mission lui en donnaient le droit sinon lui en faisaient devoir. Les grands journaux de référence, qui publient tant d’infamies et de niaiseries issues des cerveaux reptiliens des zombieSystème qui nous gouvernent, auraient dû accueillir avec reconnaissance ce travail d’un si éminent spécialiste chargé des meilleures références du monde. Faire cette hypothèse dans les années de plomb que nous vivons, c’est se croire en Utopie... Ils ont donc tous refusé la tribune de Melzer sous des motifs héroïques du type “ce n’est pas d’actualité”, “ce n’est pas notre priorité”, quelle heure est-il s’il vous plaît”, et ainsi de suite ; la façon dont Melzer a été reçue unanimement, telle qu’il la rapporte, laisse effectivement sans voix et dépasse la réserve générale de qualificatifs dont on dispose pour mesurer cette sorte d’incident. 

Melzer s’est donc replié sur un site, Medium, pour publier son article le 26 juin, et il a fallu une interview de RT.com le 29 juin pour lui assurer une certaine diffusion dans le domaine de la communication de grand public. Certains diront alors, pourquoi pas après tout, que Melzer est, comme Assange, un “agent de Moscou”. L’interview de RT.com est en effet intéressante en ce sens qu’elle nous donne quelques détails sur le processus de refus de publier de toutes les feuilles “de référence” auxquelles s’est adressé Melzer ; cela relève effectivement de la pure agression contre le Système et doit contribuer à rendre encore plus suspect le juriste Melzer... D’autant que ces divers éléments se trouvent relayés dans un texte de WSWS.org repris ci-dessous (et par dedefensa.org, qui plus est).

Une chose doit arrêter l’attention dans cet événement : l’extraordinaire unanimité de refus autant que l’absence totale bien entendu de justification plausible de ce refusWSWS.org écrit ceci à ce propos : « La déclaration faite à Melzer qu'Assange ne fait plus partie des “priorités” dans “la programmation des nouvelles” pourrait témoigner d'un veto d’autocensure officiel visant à faciliter les plans américains pour le faire taire à jamais en érigeant un mur de silence sur son sort. Ou peut-être que John Pilger avait raison quand il s’est adressé à un rassemblement de juin 2018 réclamant la liberté d'Assange appelé par le Parti de l'égalité socialiste: “L'ironie est que personne n'a dit à ces journalistes ce qu’ils devaient faire. Je les appelle les journalistes de Vichy, – d'après le gouvernement de Vichy qui a servi et assuré l'occupation allemande de la France”. »

WSWS.org fait précéder cette appréciation de détails concernant la mise sur pied d’un comité de journalistes sous les auspices bienveillantes du ministère britannique de la défense, pour déterminer les nouvelles qui doivent faire l’objet de censure (D-Notices),de la part de la presseSystème. Cet exemple pourrait alimenter la version selon laquelle il y a une instruction de censure contre tout ce qui concerne Assange désormais. Pourtant l’explication de Pilger sur les journalistes-collabos est plus intéressante, quoique l’analogie soit un peu forcée en raison de la différence de circonstances, notamment de l’état de guerre ouverte, y compris en France même avec l’existence de la résistance, et donc l’instauration de facto d’un état de siège permanent qui faisaient des journalistes militants-collaborateurs de véritables combattants au côté des nazis.

Il nous paraît évident que nombre sinon la plupart des journalistes qui professent dans la presseSystème ne se perçoivent pas eux-mêmes comme des “collabos” en état de guerre ouverte, ni comme de véritables “militants” qui impliquent un parti-pris, mais comme des journalistes attachés à la poursuite de la description de la réalité selon leurs valeurs morales qu’ils jugent entièrement rencontrées. Nous avons déjà tenté de définir cette attitude qui relève d’une pathologie de la psychologie, sous l’expression de “déterminisme-narrativiste”, prenant son essor dans son développement le plus complet à partir de la crise ukrainienne où a été effectuée au niveau de la communication la mise en place complète de simulacres décrivant des narrative sans plus aucun rapport avec la réalité. Le développement de cette pathologie de la psychologie conduit à une crise catastrophique de l'esprit qui affecte tous les pays (bloc-BAO) promoteurs de l'actuelle contre-civilisation en place.

Le sort d’Assange, pourtant célébré en 2010-2012 par ces mêmes journaux qui l’ignorent aujourd’hui, s’inscrit pour nous dans ce courant de simulacre d’une puissance inouïe. Il est évident que la seule façon de “protéger” cette réalité de simulacre, c’est de ne plus éditer ni dans la mesure du possible laisser éditer quoi que ce soit qui puisse aider un individu qui est passé “de l’autre côté du miroir” dans la perception des zombieSystème, et qui est désormais un ennemi diabolique de la réalité-simulacre.

Nous faisons l’hypothèse que cette même attitude psychologique se retrouve du côté des autorités et des élites qui pourraient être prises par les organisatrices de cette attitude unanime de la presseSystème. Nous croyons voir là une manifestation de ces puissants courants de communication qui représentent pour nous la pression de la surpuissance du Système et de sa propre influence échappant au contrôle humain, donc hors de toute nécessité de direction et d’organisation humaines. Effectivement, dans sa crudité et sa brutalité le terme zombieSystème a toute sa raison d’être, et il vaut aussi bien pour les autorités les plus puissantes et les forces les plus influentes.

Ci-dessous, le texte de Chris Marsden, de WSWS.orgdu 2 juillet 2019. Le titre complet du texte, qui est la version française du texte original en anglais du 1erjuillet 2019, est « Le rapporteur de l'ONU sur la torture, Nils Melzer, démasque la propagande et la censure dans les reportages sur Assange ».

dedefensa.org

_________________________

 

 

Melzer dénonce la censure du calvaire d’Assange

Lorsque le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, a publié le 31 mai une déclaration exigeant la fin immédiate de la « persécution collective » de Julian Assange, elle a fait les gros titres dans le monde entier.

Assange, a écrit Melzer, « a été délibérément exposé, pendant plusieurs années, à des formes progressivement sévères de peines ou traitements cruels, inhumains ou humiliants, dont les effets cumulatifs ne peuvent être qualifiés que de torture psychologique ».

« En vingt ans de travail auprès des victimes de guerre, de violence et de persécution politique, je n'ai jamais vu un tel exemple d’un groupe d'États démocratiques se rassemblant pour isoler, diaboliser et maltraiter délibérément un seul individu au cours d’une si longue période de temps et avec si peu de respect pour la dignité humaine et la primauté du droit », a-t-il ajouté.

Dans la perspective de la Journée internationale pour le soutien aux victimes de la torture, mercredi dernier, Melzer a écrit une tribune libre intitulée « Démasquer la torture de Julian Assange ». Il a présenté cet article percutant à des publications de premier plan, notamment The Guardian, The Times,The Financial Times, The Sydney Morning Herald, The Australian, The Canberra Times, The Telegraph, The New York Times, The Washington Post, la Fondation Thomson Reuters et Newsweek.

Tous ont refusé de la publier, laissant Melzer, l'un des plus éminents experts juridiques en matière de torture, la seule option de publier son article sur la plate-forme de blogging en ligne Medium.

Melzer a déclaré à RT que les rédacteurs de journaux lui avaient proposé diverses raisons pour le refus de publier sa tribune libre. «Certains d'entre eux ont dit que cela ne figurait pas parmi leurs priorités concernant les actualités, d'autres ont déclaré que cela ne faisait pas partie de leurs centres d'intérêts», a-t-il déclaré.

Rejetant avec mépris leurs excuses, Melzer a noté que les mêmes responsables de médias avaient publié avec plaisir des articles sur Assange « quand il était question de son chat et de son skateboard et… d'allégations selon lesquelles il aurait maculé des murs d’excréments […] Mais quand vous avez un article sérieux qui tente réellement de démasquer la fausseté de ce récit public et de révéler les faits dissimulés, alors cela ne les intéresse plus. »

La “pertinence” du billet de Melzer, – écrit pour la défense du plus célèbre prisonnier politique de la planète, – ne fait aucun doute. Les avis de fin de non-recevoir ne font que confirmer l’opposition unie continue des médias grand public privés et d’États contre un éditeur qui a dévoilé ce qu’eux ne voulaient pas voir publié : des preuves de crimes de guerre commis par les États-Unis en Irak et en Afghanistan.

La tribune de Melzer était d'une importance exceptionnelle pour révéler l'impact de la calomnie proférée contre Assange par les médias.

« Comme la plupart des gens », a-t-il écrit, « j'avais été inconsciemment orienté [contre Assange] par la campagne de diffamation incessante, diffusée au fil des ans ».

Mais « une fois que j’ai examiné les faits de cette affaire, ce que j’ai trouvé m’a rempli de répulsion et d’incrédulité. Assange n’est ni un “violeur”, ni un “pirate informatique”, ni un “espion russe”. Ni même le “narcissique égoïste” tel que l’a défini le magistrat en chef Emma Arbuthnot alors qu'elle le condamnait pour violation de la liberté provisoire. »

« Au bout du compte, j'ai finalement compris que j'avais été aveuglé par la propagande et qu'Assange avait été systématiquement calomnié pour détourner l'attention des crimes qu'il avait dénoncés. Une fois déshumanisé par isolement, ridicule et honte, tout comme les sorcières que nous brûlions sur le bûcher, il était facile de le priver de ses droits les plus fondamentaux sans provoquer l'indignation publique dans le monde entier. Et ainsi, un précédent juridique est en train d'être créé, à travers la porte dérobée de notre propre complaisance, qui à l'avenir pourra et sera également appliquée aux divulgations du Guardian, du New York Times et d’ABC News. »

Melzer conclut qu’« il ne s'agit pas seulement de protéger Assange, mais également d'éviter un précédent susceptible de sceller le sort de la démocratie occidentale. » Il poursuit: « Dès que la révélation de la vérité est devenu un crime, tandis que les puissants jouissent de l'impunité, ce sera trop tard pour corriger le cap. Nous aurons abandonné notre voix à la censure et notre destin à une tyrannie débridée. »

A quoi le personnel éditorial de certains des plus grands journaux du monde, y compris ceux proclamant leur “libéralisme”, a réagi en haussant les épaules tout en claquant la porte au visage de Melzer.

Dans de telles circonstances, une interdiction officielle de publication ne peut être exclue. Au Royaume-Uni, le World Socialist Web Site a attiré l’attention de la révélation du journaliste indépendant Matt Kennard sur le rôle joué par le rédacteur en chef du Guardian, Paul Johnson, qui siégeait au comité consultatif des rédacteurs en chef, géré par le ministère de la défense, chargé de l’application des D-Notices, un acte d’autocensure par les médias. Les D-Notices sont utilisés pour empêcher la publication d'informations préjudiciables aux intérêts de la sécurité nationale de l'impérialisme britannique.

La participation du Guardian à cette opération de censure immonde est loin d'être unique. Le comité actuel est présidé par Dominic Wilson, directeur général de la politique de sécurité au ministère de la Défense, et comprend les vice-présidents John Battle, responsable de la conformité au journal télévisé d’Independent Television News et Ian Murray, directeur exécutif de la Society of Editors (Association des rédacteurs en chef).

Les membres du comité comprennent la plupart des grands groupes de télévision et de journaux. Y figurent David Jordan, directeur de la politique et des normes éditoriales de la BBC; Sarah Whitehead, responsable adjointe de la retransmission des informations de Sky News; Michael Jermey, directeur des actualités et du sport chez ITV; Peter Clifton, rédacteur en chef de la Press Association; Craig Tregurtha, rédacteur en chef du Times et du Sunday Times; Robert Winnett, rédacteur en chef adjoint du Daily Telegraph; Jess Brammer, responsable de l'information pour le Huffington Post; Charles Garside, rédacteur en chef adjoint du Daily Mail; et David Higgerson de Trinity Mirror.

Sans doute, des réunions similaires entre les responsables des médias et les services de sécurité, formels ou informels, ont lieu aux États-Unis, en Europe, en Australie et dans le monde entier.

Quiconque suit l'actualité ou effectue simplement une recherche sur Google aura remarqué le net déclin des reportages sur Assange. Depuis le 14 juin, lorsque la juge Arbuthnot a annoncé qu'il ferait l'objet d'une audience d'extradition aux États-Unis de cinq jours en février, les principaux organes de presse se sont verrouillés. Ils sont déterminés à empêcher une large connaissance publique et une discussion des accusations portées contre Assange en vertu de la Loi sur l'espionnage, accusations passibles d'une peine de 175 ans d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à la peine de mort et qui criminalisent le journalisme et le droit à la liberté d'expression.

La déclaration faite à Melzer qu'Assange ne fait plus partie des « priorités » dans « la programmation des nouvelles » pourrait témoigner d'un veto d’autocensure officiel visant à faciliter les plans américains pour le faire taire à jamais en érigeant un mur de silence sur son sort. Ou peut-être que John Pilger avait raison quand il s’est adressé à un rassemblement de juin 2018 réclamant la liberté d'Assange appelé par le Parti de l'égalité socialiste: « L'ironie est que personne n'a dit à ces journalistes ce qu’ils devaient faire. Je les appelle les journalistes de Vichy, – d'après le gouvernement de Vichy qui a servi et assuré l'occupation allemande de la France. »

Cette conspiration des médias d'Etat doit être brisée. Le 20 juin, le comité de rédaction international du WSWS a lancé un appel intitulé « Pour une campagne mondiale contre l’extradition de Julian Assange aux États-Unis ! Pour la formation d'un comité de défense mondial pour assurer sa liberté ! » Le Parti de l'égalité socialiste (Royaume-Uni) tient une réunion publique à Londres ce mercredi 3 juillet. Nous invitons vivement tous ceux qui souhaitent prendre part à cette lutte à y assister.

Chris Marsden, WSWS.org

  • 2 juillet 2019 à 00:00

Les 4 dernières vérités de Michel Serres 

Par info@dedefensa.org

Les 4 dernières vérités de Michel Serres 

Penseur fourre-tout et rassurant de la société spectaculaire, Michel Serres n’a cessé de donner des brevets de bonne conduite au système. Prof de philo plus que philosophe, il aura rassuré tout le temps politiques, patrons et médiatiques. Aussi n’est-ce pas sans déplaisir que nous avons lu cette interview accordée à nos amis suisses du Temps. Elle a quelques mois et relève d’un testament lucide. En effet derrière la satisfaction de service pointait une certaine inquiétude, liée notamment à la disparition totale et abyssale du monde rural et de sa civilisation. On est passé en soixante ans de la France de Pagnol et Giono à celle des réseaux sociaux.

Sur ce point fondamental et si négligé par nos antisystèmes, Michel Serres déclarait :

« Dans les années 1900, il y avait 70% d’agriculteurs, et la campagne était très peuplée car l’agriculture exigeait des bras. En 2000, ils n’étaient plus que 3%. Le plus grand événement du XXe siècle reste la disparition de la paysannerie, car nous étions des paysans depuis le néolithique. Autrefois, dans ma jeunesse, il n’y avait pas un avocat, préfet ou médecin des villes qui n’avait pas de rapport avec la paysannerie, parce que son père ou son grand-père était agriculteur. Nous sommes aujourd’hui coupés de ce monde, et c’est une révolution, qu’on le regrette ou non. Un jour, j’ai dû rectifier une institutrice de ma petite fille qui avait dit en classe que les vaches n’avaient pas de cornes parce que c’étaient des femelles. Notre distance avec la paysannerie est désormais énorme. »

Voyez et revoyez le documentaire Farrebique…

Dans les années soixante, Eliade parle de la deuxième chute. Il n’y a même plus de rites agraires pour commémorer notre lien au cosmos, ajoutait le sage roumain. Depuis on est passé à la troisième chute. Et Serres, qui a tant célébré Hermès et la communication (mon prof de philo, le propre frère du matheux libéral Villani, l’encensait sur ce point…) de remarquer ensuite, un peu naïvement, que la dictature du camp électronique guette :

«  J’ai bien connu la Silicon Valley, où j’ai vécu trente-sept ans. A l’époque, il y régnait une idéologie très libertaire et égalitaire. Depuis, ils sont devenus les maîtres du monde, et la propriété exclusive des données par quatre ou cinq entreprises est une catastrophe qu’il faut régler vite. »

C’est la tyrannie oligarchique que tout le monde, Trump y compris, dénonce en vain naturellement. C’est que la machine est plus forte que l’esprit de l’homme ; et qu’elle le réduira en lait en poudre.

Ensuite Serres va encore plus loin. Il déclare que l’espèce humaine est gentille mais qu’elle est gouvernée par les méchants ! Quelle bonne surprise, cette évocation des élites hostiles ! La citation suit la question du Temps.ch :

Mais vous persistez à dire que l’humanité est meilleure?

Il y a des statistiques intéressantes sur l’augmentation de la bonté, oui. Quant à moi, je pense que 90% de l’espèce humaine est constituée de braves gens qui sont prêts à rendre service si l’on se casse la gueule, et qu’il n’y a que 10% de gens abominables. Hélas, ce sont ces 10% qui prennent le pouvoir. »

Salluste faisait cette même observation il y a deux mille ans. Et d’ajouter que « que la République tirerait plus d’avantage de mon repos, que de l’agitation des autres » (Jugurtha, IV).

Et du coup notre angoissé Michel Serres cite même ses ancêtres cathares qui voyaient le monde créé par un génie du mal (pour le monde moderne, il faudra en inventer un autre !) :

 « Je viens du Pays cathare, et les cathares disaient que plus on grimpe vers le sommet de la société, plus on s’approche des puissances du mal. L’expérience de la vie m’a prouvé que ce n’est pas faux. Mais comme on est des braves gens, on laisse faire ces 10%. »

Autre porte ouverte enfoncée par Serres, la croissance des inégalités : les huit américains les plus riches ont plus que les 50% les plus pauvres, etc. On le rassure, tout le monde s’en fout. L’important c’est le migrant et la théorie du genre…

« Sincèrement, qu’est-ce que vous trouvez moins bien maintenant?

Les inégalités financières et sociales, qui se creusent. Si vous supprimez la classe moyenne, et si vous créez des inégalités toujours plus fortes, il n’y aura plus de démocratie. C’est d’ailleurs ce qui se passe avec Donald Trump… Les grandes inégalités de revenus et de culture sont ce qui nous met le plus en danger. »

Serres tape dans le politiquement correct ici ; laissons Trump tranquille pour une fois. L’augmentation des inégalités a augmenté surtout comme on sait avec Clinton ou Obama. Quant au pire progrès dénoncé :

« L’américanisation générale de la culture et des entrées de ville, qui sont devenues abominables, un hurlement de laideur. »

Ce monde est bien laid et ne donne guère envie aux Poucet d’y survivre.  Content pourtant d’avoir montré qu’un personnage aussi consensuel ait « tiré sa référence » la tête haute…

  • 2 juillet 2019 à 00:00

Trump avec Carlson, sans Bolton

Par info@dedefensa.org

Trump avec Carlson, sans Bolton

La visite-surprise et spectaculaire de Trump à la frontière de la Corée du Nord, avec quelques pas historiques en Corée du Nord au côté de Kim Jong-un, constitue, selon The Guardian, bien plus qu’un simple “coup de communication”. (Une heure de conversation avec Kim, relançant le processus de dénucléarisation bloqué depuis le sommet de Hanoï, ce n’est plus seulement de la communication.) A cette première précision s’en ajoute une seconde, très significative : alors que Kim et Trump ont donc parlé sérieusement, Bolton était absent pour un déplacement du type sauve-la-face dont on imagine l’importance, à Oulam-Bator en Mongolie, alors que Tucker Carlson, de FoxNews, faisait partie de la suite présidentielle.

(Bolton s’est avéré être, par ses intrigues à la neocon, le premier responsable de l’échec du sommet Trump-Kim de Hanoi, dans un acte que Trump a finalement ressenti, après un long processus d’information finissant par mobiliser sa propre attention, comme une certaine forme de “trahison”. Kim et les Nord-Coréens ont publiquement dénoncé Bolton et précisé qu’ils ne voulaient plus avoir affaire à lui. On observera donc avec un certain intérêt quela très-puissante Amérique du président Trump qui fait trembler le monde s’est inclinéedevant les exigences de Kim, alors que la présence de Bolton était techniquement et politiquement logique sinon nécessaire vues sa position auprès du président et l’implication qu’il a eue dès sa prise de fonction dans le processus ; et surtout enfin, vue son insistance bien connue à vouloir suivre le président dans les importantes affaires extérieures et ainsi le “marquer à la culotte” [le manipuler] dans un sens belliciste-maximaliste.)

Quelques extraits du texte de The Guardian, d’abord sur la visite en général, où l’on voit que Trump fait toutes les concessions nécessaires du point de vue de la communication, notamment en acceptant sans discuter la version nord-coréenne des derniers essais de missiles :

« Il s'est avéré que[cette rencontre] était plus qu'une simple séance de photos pour la seule communication. Donald Trump a non seulement serré la main de Kim Jong-un et est devenu le premier président américain en exercice à faire quelques pas sur le sol de la Corée du Nord, mais il s'est également entretenu pendant une heure avec son homologue dans la zone démilitarisée (DMZ) entre les deux Corée, au lieu de se livrer à l'échange de civilités attendu. Et il y a eu un résultat tangible.
» Les réunions entre les groupes de travail américains et nord-coréens reprendront quatre mois après leur échec lors du sommet de Hanoi en février. Les vraies négociations sont de retour. La question, comme toujours, est de savoir si elles mèneront quelque part.
» Il ne fait aucun doute que les motifs invoqués par M. Trump pour provoquer la réunion, avec un préavis d’un jour, étaient principalement d'ordre électoral. Tout au long de la journée, M. Trump s'est plaint à maintes reprises du fait que la presse ne lui avait pas accordé suffisamment de crédit pour avoir désamorcé les tensions dans la péninsule coréenne.
» Sa propre narrative a pris certaines libertés avec la réalité, omettant de mentionner que les moments les plus dangereux, – l'essai d'une bombe à hydrogène et de missiles balistiques intercontinentaux par la Corée du Nord, et ses propres menaces de “feu et de fureur” contre la Corée du Nord, –  se sont tous produits pendant sa première année au pouvoir. Il a insisté sur le fait que tous les essais de missiles nucléaires et balistiques nord-coréens avaient cessé, en déclarant que les essais de missiles à combustible solide à courte portée effectués en mai n'étaient pas des essais réels. Il s'est pas expliqué de cette affirmation. »

 Plus loin, on lit ce paragraphe qui paraît sans aucun doute d’une réelle importance sur la situation actuelle de l’entourage de Trump et des orientations du président (ZeroHedge.com, qui reprend cette précision du Guardian, s’attache effectivement à ce point) ; on passera en souriant sur l’assimilation plaisante que le Guardian, qui garde précieusement ses réflexes de simulacre en diabolisation,fait en qualifiant d’“extrême-droite” les conservateurs non-interventionnistes US :

« La réunion de la DMZ avait pour but d'élaborer une narrative [convenant à Trump]. C'est pourquoi John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale ultra-faucon, ne se trouvait nulle part dans la délégation ; il avait été envoyé, ou s'était envoyé lui-même, à Oulan-Bator, en Mongolie. La suite officielle américaine comprenait par contre Tucker Carlson, l’animateur-vedette des talk-shows d’information de Fox News, qui est le principal canal d’accès de Trump vers la fraction non-interventionniste de sa base [conservatrice]d’extrême-droite. Des conversations de la onzième heures avec Carlsonauraient persuadé Trump de ne pas lancer de missiles contre l'Iran ce mois-ci, après la destruction d’un drone américain par les Iraniens. »

Ces diverses circonstances, d’un réel intérêt plus pour la scène américaniste que pour les affaires coréennes, – mais c’est le scène américaniste qui importe parce que tout en dépend, – suscite plusieurs remarques. Il s’agit au reste, le plus souvent, de confirmations, mais avec le pouvoir américaniste à “D.C.-la-folle” il n’est pas inutile de vérifier ses informations, sinon ses intuitions

• Les choix de Trump, notamment pour le domaine essentiel de ses conseillers, ne sont ni dictés, ni réfléchis. Il n’est pas la marionnette qu’on dit de qui l’on pense, mais la créature imprévisible, peu cultivée, agissant sur ses impulsions en général monstrueusement égocentrique (qui ne sont pas toujours fausse, il peut sentir juste),  dont l’aliment principal est la publicité qu’il en obtient et les avantages électoraux et démagogiques pour la suite de sa carrière. C’est comme cela qu’il a recruté Bolton, – lequel a su le flatter, flairant la bonne aubaine avec sa moustache avantageuse – et c’est à cette aune qu’il le traite. S’il juge que Bolton le gêne en période pré-électorale, il le jettera comme un vieux Kleenex moustachu et usagé.

• En effet, l’absence de Bolton, pour un déplacement et une rencontre substantielle décidés sur un coup de tête, sans aucun doute sans le consulter (Bolton), mais avec la présence de Tucker Carlson, donc peut-être (sans doute) sur avis de Tucker Carlson, voilà des éléments d’un très grand intérêt. Ils disent que Trump juge désormais, dans la perspective de USA-2020, que la politique non-interventionniste est du meilleur intérêt pour lui. Une dynamique d’accord (sans accord garanti mais qu’importe, on connaît The art of the deal façon-Trump) est une bonne chose pour la séquence USA-2020.

• Il y a donc de fortes chances que ce soit effectivement le fruit de l’influence de Carlson, qui est clairement un conservateur non-interventionniste (proche des paléo-conservateurs et des libertariens). Carlson va-t-il prendre une place prépondérante ? Il est dans tous les cas l’homme idoine pour Trump, pour USA-2020, mais certainement moins facile à manipuler que Bolton dans l’autre sens..

• En effet, USA-2020 pour Trump a désormais de fortes chances de se jouera sur un remix de ses promesses de USA-2016, bien entendu essentiellement dans le domaine où il a déçu et où il est très faiblie : le non-interventionnisme. C’est là qu’entre en jeu l’influence de Tulsi Gabbard du fait de son excellente performance au débat démocrate de mercredi dernier. (On en parle beaucoup dans le système de la communication, pas dans la presseSystème dont Trump se fiche éperdument, mais parmi les plumes antiSystème comme le montre divers articles ; notamment Catline JohnstoneJoaquim Flores [« Les paradigmes se déplacent alors que Tulsi émerge comme victorieuse du débat du parti démocrate, – Le débat présidentiel des démocrates du 26 juin a été stupéfiant par la présentation d’un changement essentiel des paradigmes aux USA »] ; et même Eric Zuesse malgré son pessimisme proverbial [« La seule candidate à la présidence américaine qui n’hésite pas à désigner les guerres extérieures comme des guerres de “regime change” (et elle y est fermement opposée) est Tulsi Gabbard, et elle obtient actuellement le soutien de moins de 1% des démocrates Les Américains, de toute évidence, ne se soucient pas de cette question. Du moins, pas encore. »])

• Il est assez probable que l’excellent résultat de Gabbard a renforcé chez Trump la conscience de la nécessité de renforcera sa position anti-interventionniste, en faisant surgir la possibilité d’une concurrence très dommageable. A l’extrême, si Gabbard ou un candidat démocrate aux positions équivalentes, était dans les élections contre Trump, elle aurait des chances sérieuses d’attirer une partie de son électorat, d’autant plus que Trump n’a nullement tenu ses engagements anti-interventionnistes.

• On comprend ainsi, d’une façon plus générale, qu’il existe une possibilité non négligeable que la question de la politique de sécurité nationale et des conflits extérieurs soit un des débats importants de USA-2020. Selon la même logique, la position isolée et très originale de Tulsi Gabbard, à laquelle il est de bon ton de n’accorder aucune chance, sinon même de reconnaître son existence, se retrouve en position de force à cause de l’émergence d’un tel enjeu.

 

Mis en ligne le 1erjuillet 2019 à 08H56

  • 1 juillet 2019 à 00:00

Le paradigme badin de Poutine

Par info@dedefensa.org

Le paradigme badin de Poutine

30 juin 2019 – Poutine a donné une longue interview au Financial Times (FT pour les amis), qui a fait grand bruit. L’essentiel de cette interview, selon ce qu’en ont retenu les grands traits du système de la communication (les “manchettes”, dirions-nous en langage journalistique), c’est que Poutine juge “dépassé” ou “obsolète” le système libéral sur lequel est aujourd’hui fondé notre civilisation.

Mais d’abord, l’objet du délit...Voici des extraits longs et importants du passage qui nous intéresse particulièrement (l’interview est beaucoup plus longue). C’est le Sakerfrancophone qui a traduit ces extraits, venus de l’article de MoonofAlabama [MoA] dont le Sakerfrancophone suit quotidiennement les publications. (Remerciements chaleureux de notre part à nos amis du Sakerfrancophone.)

« Qu'est-ce qui se passe en Occident ? Quelle est la raison du phénomène Trump, comme vous l'avez dit, aux États-Unis ? Que se passe-t-il également en Europe ? Les élites dirigeantes se sont éloignées du peuple.Le problème évident est l’écart entre les intérêts des élites et l’énorme majorité du peuple.
» Bien sûr, nous devons toujours garder cela à l'esprit. Une des choses que nous devons faire en Russie est de ne jamais oublier que le but du fonctionnement et de l’existence de tout gouvernement est de créer une vie stable, normale, sûre et prévisible pour le peuple et de travailler pour un meilleur avenir.
» Il y a aussi la prétendue idéologie libérale, qui a outrepassé son objectif.Nos partenaires occidentaux ont admis que certains éléments de cette idéologie, tels que le multiculturalisme, ne sont plus tenables.
» Quand le problème de la migration a pris de l'ampleur, beaucoup de gens ont admis que la politique du multiculturalisme n’était pas efficace et que les intérêts de la population de base devaient être pris en compte. Bien que ceux qui ont connu des difficultés à cause de problèmes politiques dans leur pays d’origine aient également besoin de notre aide. C’est très bien, mais qu’en est-il des intérêts de leur propre population lorsque le nombre de migrants qui se dirigent vers l’Europe occidentale n’est pas une poignée de personnes mais bien des milliers, voire des centaines de milliers ?...
» Où est-ce que je veux en venir ? Ceux qui s'inquiètent à ce sujet, les Américains ordinaires, l'examinent et disent : bon pour [Trump], au moins, il fait quelque chose, suggère des idées et cherche une solution.
» En ce qui concerne l'idéologie libérale, ses partisans ne font rien. Ils disent que tout va bien, que tout est comme il se doit. Mais est-ce comme ça ?Ils sont assis dans leurs bureaux confortables, tandis que ceux qui font face au problème tous les jours au Texas ou en Floride ne sont pas heureux, ils auront bientôt leurs propres problèmes. Est-ce que quelqu'un pense à eux ?
» La même chose se passe en Europe. J'ai discuté de cela avec beaucoup de mes collègues, mais personne n'a la réponse. Ils disent qu'ils ne peuvent pas poursuivre une politique intransigeante pour diverses raisons. Pourquoi exactement ? Juste parce que c'est comme ça, il y a la loi, disent-ils. Alors changez la loi !
» Nous avons également pas mal de problèmes dans ce domaine. ...
» En d’autres termes, la situation n’est pas simple en Russie non plus, mais nous avons commencé à travailler pour l’améliorer. Tandis que l'idée libérale présuppose que rien ne doit être fait. Les migrants peuvent tuer, piller et violer en toute impunité car leurs droits en tant que migrants doivent être protégés. Quels sont ces droits ? Chaque crime doit avoir sa punition.
» Ainsi, l'idéologie libérale est devenue obsolète. Elle est entrée en conflit avec les intérêts de l'écrasante majorité de la population et les valeurs traditionnelles. Je n'essaie pas d'insulter qui que ce soit, car nous avons été condamnés pour notre prétendue homophobie. Mais nous n'avons aucun problème avec les personnes LGBT. Dieu nous en préserve, laissez-les vivre comme ils le souhaitent. Mais certaines choses nous semblent excessives.
» Ils affirment maintenant que les enfants peuvent jouer cinq ou six rôles de genre. Je ne peux même pas dire exactement de quel genre il s'agit, je n'en ai aucune idée. Que tout le monde soit heureux, cela ne nous pose aucun problème. Mais cela ne doit pas occulter la culture, les traditions et les valeurs familiales traditionnelles des millions de personnes constituant le noyau de la population. [...]

» Vous savez, il me semble que les idées purement libérales ou purement traditionnelles n’ont jamais existé. Elles ont probablement déjà existé dans l’histoire de l’humanité, mais tout finit très vite dans une impasse s’il n’y a pas de diversité. Tout finit par devenir extrême d'une manière ou d'une autre.
» Diverses idées et opinions devraient avoir une chance d'exister et de se manifester, mais en même temps, les intérêts du grand public, de ces millions de personnes et de leurs vies, ne devraient jamais être oubliés. C'est quelque chose qui ne devrait pas être négligé.
» Ensuite, il me semble que nous pourrions éviter les bouleversements politiques majeurs. Cela s'applique aussi à l'idéologie libérale. Cela ne signifie pas - je pense que cela cesse maintenant d’être un facteur dominant - qu’il doit être immédiatement détruit. Ce point de vue, cette position devrait également être traitée avec respect.
» Ils ne peuvent tout simplement pas dicter quoi que ce soit à qui que ce soit, tout comme ils ont essayé de le faire au cours des dernières décennies. On voit des diktat partout: dans les médias et dans la vie réelle. Il est même jugé indigne de mentionner certains sujets. Mais pourquoi ? » 

Question sans réponse, sinon celle de l’absolutisme de la pensée libérale, littéralement enfermée dans une prison de l’esprit, celle de l’absence de « diversité » des idées, notamment pour imposer l’extrême diversité des communauté et des mœurs. (Poutine emploie le mot pour nous conduire à cette contradiction : « mais tout finit très vite dans une impasse s’il n’y a pas de diversité », car aucune diversité des idées n’est acceptée pour traiter de la diversité des communauté et des mœurs qui est imposée.)

La critique d’une telle attitude est évidente, et nous en laissons le soin à Simon Rite, dans un texte publié par RT.com. Rite le fait dans un style qui est celui des tenants de l’hyperlibéralisme, à la fois d’une absolue intransigeance et d’un esprit enfantin, celui d’un enfant qui refuse absolument toute remise en question de sa “pensée” réduite à quelques diktat dont l’aspect primaire le dispute à la puissance extraordinaire du caprice que rien ne saurait nuancer : pensée primaire, humeur intolérante, argument d’un totalitarisme infantile... Ainsi réagirent, selon Rite, les grands commentateurs devant cette déclaration sensationnelle et terrorisante à la fois du président russe : l’idée que quelque chose dans la doxa de fer du libéralisme pourrait être soumis à quelques éventuelles et aimables modifications, voire de rectifications.

« J'imagine un silence choqué descendant sur les salles de rédaction à travers le monde occidental ; peut-être qu'une perturbation dans le champ de force éveillé les avait prévenus à l'avance. Vladimir Poutine avait remis en question le libéralisme.
» Dans une interview accordée au Financial Times avant la réunion du G20 au Japon, le président russe a donné son point de vue sur “la soi-disant idée libérale, qui a survécu à son but”.
» Le choc dans les manchettes était palpable, car comment pourrait-on remettre en question la domination du libéralisme ? Les libéraux acceptent n'importe quoi (littéralement, c'est le but), mais ils deviennent totalement intolérants lorsque leurs croyances sont remises en question. 
» Poutine estime que “l'idée libérale est devenue obsolète”, ce qui suggère qu'il n'a pas essayé d'obtenir un emploi dans les médias grand public récemment, où non seulement elle n'est pas obsolète, mais constitue un préalable sine qua non pour seulement pénétrer dans le bâtiment.
» La crise existentielle provoquée par le rejet du libéralisme par Poutine était telle que, dans un large entretien qui portait sur les dangers potentiels d'une course aux armements nucléaires, de la guerre entre les Etats-Unis et la Chine, et même de la saga de l'empoisonnement de Salisbury, le FT a choisi comme titre du scoop “Poutine dit que le libéralisme est devenu obsolète”.  
» Vous avez peut-être remarqué que c'est la même structure de phrases que les petits enfants utilisent lorsqu'ils courent pour dire à leur mère ce que le grand garçon d'à côté vient de dire qui les a époustouflés. Vous ne me croyez pas ? “Maman, Poutine dit que le libéralisme est devenu obsolète !”  Vous voyez ?... » [...]

« “Quant à l'idée libérale, ses partisans ne font rien. Ils disent que tout va bien, que tout est comme il se doit. L'idée libérale est devenue obsolète. Elle est entrée en conflit avec les intérêts de l'écrasante majorité de la population”, [dit Poutine].
» Objectivement parlant, s'il y a vraiment une vague de populisme politique dans le monde occidental, c'est probablement l'échec du consensus libéral qui est en grande partie à blâmer. Les gens pensent qu'on les laisse tomber et ils blâment l'idéologie du libéralisme. Beaucoup de gens s'inquiètent de l'impact que l'immigration a eu sur leur vie ; ou ils sont confus au sujet des nouvelles règles du genre, ou ils ont le sentiment que personne ne les représente et que les élites s'éloignent de plus en plus. Si les libéraux ne sont pas capables de tenir compte de tout cela, les électeurs trouveront quelqu'un qui le pourra.
» Plus tard dans l'interview, Poutine a déclaré : “Diverses idées et diverses opinions devraient avoir une chance d'exister... cela ne signifie pas que [l'idée libérale] doive être immédiatement détruite. Ce point de vue, cette position doit également être traitée avec respect”. Désolé, Monsieur le Président, les libéraux ne sont pas là pour permettre des points de vue différents.
» Un point de vue extérieur pourrait-il conduire à une réflexion, une discussion sur la question de savoir si le libéralisme est devenu un dogme idéologique qui ne fonctionne pas toujours lorsqu'il est confronté à la réalité ?
» Eh bien, non, Poutine est le croquemitaine choisi et, parce que c'est lui qui l'a dit, les libéraux vont prendre cela comme un signe qu'ils sont sur la bonne voie... »

Aucune chance, littéralement aucune chance de quoi que ce soit qui puisse amener à une certaine relativisation de l’idéologie hyperlibérale. Cette idéologie pèse comme une prison de fer sur les esprits. Elle n’a aucun espace disponible, ni aucune volonté d’en user, pour une certaine relativisation, et certainement pas selon les conseils de sagesse de Poutine de la nuancer de certaines structures telles que famille, tradition, etc. Alors, dans ce cas la sagesse n’est pas dans ce conseil de sens commun que suggère le président russe, qui est pulvérisé en mille morceaux sur le mur intraitable de l’idéologie, de la religion hyperlibérale, de l’extrémisme radical de la croyance ; la sagesse est dans l’audace intraitable de la volonté calculée, froide et intraitable, de pousser à l’effondrement de l’édifice hyperlibéral (ce que nous nommons “Système”) ; lequel n’est pas loin de ne demander que cela.

Le véritable intérêt de cette intervention de Poutine est d’avoir fait souffler, à côté de la preuve une fois de plus assénée que rien ne bougera, un véritable vent de terreur chez ces croyants de l’hyperlibéralisme. Poutine, le monstre conchiée et véritable diable incarné, est détestée et voué aux gémonies pour sa dialectique d’hérétique absolument atroce ; il est aussi immensément craint, véritablement terrorisant, pour la même raison, parce qu’il a eu l’audace de mettre en cause la chose sacrée, et que cette audace est le signe de sa toute-puissance diabolique. Poutine, avec ce mot et parce qu’il est ce qu’il est dans le simulacre de notre représentation du monde, a renforcé leur volonté de ne rien changer à l’objet de leur foi, et “en même temps” (sacrénom) il a installé du fait de la puissance de ses manigances supposées une terreur épouvantable s’ils ne changent rien à l’objet de leur foi. Poutine est pour les croyants de la foi hyperlibérale un étrange objet de leurs sentiments, d’une puissance considérable qui les fascine : objet de haine par ses délicates mises en cause, objet de terreur parce qu’une telle puissance propose ces délicates mises en cause.

Quoi qu’on pense de Poutine et quoi qu’en veuille Poutine, qui est un modéré remarquable et appuyé pour une part libérale de lui-même malgré l’apparence-simulacre, il ne réalise pas que sa véritable sagesse dans cette occurrence est l’audace terrible qu’il a involontairement déployée, qui littéralement terrorise les croyants. Ceux-ci, les croyants, sont aussi fragiles qu’ils paraissent intraitables et figés dans leur croyance, car l’on sait bien que ceci qui est si rigide mais infecté de toutes parts par les termites du doute et de la contestation, peut aussi bien s’écrouler en un instant, comme une structure totalement pourrie de l’intérieur.

Ils le sentent bien, et certains vont jusqu’à le dire. Par exemple, le président de l’UE Donald Tusk, en fin de mandat, visitant le musée de Nagasaki consacré à la bombe atomique de 1945 sur cette ville, où Tusk évoqua certaines de ses craintes abyssales, – dans le cadre du souvenir de la bombe atomique, mais aussi et surtout, devant tous les périls qui s’accumulent, dont à notre sens cette bataille de l’esprit autour et à l’intérieur de la prison de l’hyperlibéralisme n’est évidemment pas la moindre puisque c’est l’essentiel, – même si ce n’est pas nécessairement le sentiment de Tusk, puisqu’après tout son propos en appelle indirectement au renforcement du ... libéralisme en hyperlibéralisme. C’était à Nagasaki, à la fin juin de l'an 2019, à la veille de l’ouverture du G20, et la terreur de l’esprit était bien au rendez-vous : 

« Exhortant les participants au G20 à “se réveiller avant qu'il ne soit trop tard”, M. Tusk a souligné que la scène internationale ne devrait pas “devenir une arène où les plus forts dicteront leurs conditions aux plus faibles sans aucune réserve” et “où les émotions nationalistes domineront sur le bon sens”“Vous devez comprendre : vous prenez la responsabilité non seulement de vos propres intérêts, mais surtout de la paix et d'un ordre mondial sûr et équitable”, a souligné Tusk.
» Il a mis l'accent sur des situations instables dans "des dizaines d'endroits sur tous les continents", ce qui, selon Tusk, indique "à quel point le monde s'est rapproché du bord du précipice".
» “Nous continuons à prétendre que nous maîtrisons parfaitement la dynamique des événements et des changements, mais c'est une illusion. La prise de conscience de ces risques devrait guider les discussions à Osaka.”»

Des LGTB+ aux Boules Quies

Ce qui se passe a finalement moins à voir avec un discours-polémique autour de l’idéologie du libéralisme devenu hyperlibéralisme tant la situation est tendue et montée aux extrêmes qu’avec le sort de la civilisation dans son entièreté. Dans les premières pages de son livre L’empire du politiquement correct (Cerf, 2019), Mathieu Bock-Côté observe que nous sommes en présence d’« un processus historique devant conduire au plein accomplissement de la civilisation égalitaire... »

Par là, Bock-Coté introduit l’idée de plus en plus évidente que ce qui est en cause n’est pas tant le libéralisme en tant qu’idéologie économique imprégnant le reste, mais le passage de la priorité de cet état de choses à un projet de société, ou plutôt projet de civilisation s’exprimant dans l’immense mouvement progressiste-sociétal qui s’est développé ces dernières années à une vitesse proprement stupéfiante. (Avec en plus, on vous fait grâce des détails, la quincaillerie transhumaniste, Intelligence Artificielle, etc.) Où l’on voit que le propos de Poutine autant que l’ouragan déclenché ne sont sur le fond, bien que la forme soit tempétueuse du fait des réactions provoquées, qu’accessoire par rapport à cet essentiel que nous décrivons ; mais si cet accessoire craque et s’effondre, l’essentiel suivra...

(Notons déjà, avant d’y revenir, que cette vitesse est elle-même bien suspecte, si l’on relève toutes les contestations qu’elle fait lever, montrant bien qu’elle est artificielle, résultat de la communication et des gouvernements et groupes de pression terroristes, et nullement l’effet d’une volonté collective et éventuellement populaire, postmoderniste certes mais qui devrait être populaire pour espérer, non seulement durer mais simplement s’implanter comme quelque chose de structuré, voire comme amorce de civilisation... Mais de structuration point du tout justement, puisque cette absence est l’essence même du propos.)

Bock-Côté observe encore : « La démocratie contemporaine se veut désormais inséparable du déploiement de l’entreprise diversitaire, que je présente comme sa seule traduction possible. La diversité présentée comme une richesse est le “grand inquestionnable du moment”. En douter est un péché.[…] la démocratie se présente comme le déploiement d’un processus historique inarrêtable de reconnaissance des catégories sociales ou identitaires “discriminées” surgissant dans la vie publique et faisant valoir leur droit à l’égalité. »

Donc, il n’y a rien à attendre, la rupture est consommée ; le nœud gordien attaché le plus intimement au noyau existentiel de la modernité est noué avec une terrible force et pour en être quitte il faudra le trancher, – pas d’aménagements ni de compromis possibles, malgré toute la bonne volonté de Poutine. D’ailleurs, précise MB-C, il s’agit d’un « changement de civilisation qui ne pourrait s’arrêter sans se retourner contre lui-même » (On reconnaît l’équation surpuissance-autodestruction qui, décidément, se porte comme un charme.)

“Changement de civilisation”, en effet : « De la dissolution des nations à l’abolition des frontières, de la déconstruction des appartenances traditionnelles et de l’indifférenciation entre les sexes, de la désincarnation du père et de la mère à leur transformation en interchangeables partent-1 et parent-2, elle ébauche un programme qui est celui d’un changement de civilisation. Le peuple est devenu une population à traiter sur le mode thérapeutique… »

Tout est au complet dans cet inventaire, notamment avec la reconnaissance du rôle fondamental de la philosophie de la déconstruction (Deleuze,Foucault& Cie), où la déstructuration, la dissolution & l’entropie (dd&e) sous la forme générale de la déconstruction sont admises comme la règle primordiale, essentielle, exclusive pour parvenir à cette nouvelle civilisation :

« La philosophie de la déconstruction, de ce point de vue, est probablement celle qui est connectée le plus intimement au noyau existentiel de la modernité »
» Cette fragmentation infinie de la subjectivité est visible dans l’acronyme LGTBQI+, qui semble appelé à s’étendre en mobilisant toutes les ressources de l’alphabet en amalgamant des réalités qui ont pou à voir entre elles. »

Tout est dit, notamment la messe…

Car même les commentateurs habituellement cantonnés aux réflexions hexagonales et politiciennes prennent en compte le caractère sismique de l’évolution/de la révolution en cours. Certains jugent (comme le spécialiste de la communication Arnaud Benedetti) que tout cela entre dans les mœurs de la communication, comme s’il s’agissait d’une simple adaptation, d’un simple correctif alors qu’il s’agit d’une nouvelle civilisation. (Benedetti juge que Macron, pour justifier d’être “progressiste”, insiste sur le sociétal parce qu’il est impuissant au niveau social ; ce qui n’est que poursuivre ce qu’on alla jusqu’à nommer le “hollandisme” du temps de celui d’avant.) Certains chroniqueurs classiques qui sortent extrêmement rarement des sentiers battus de la basse politique française commencent, eux, à s’inquiéter des courants de collapsologie où la question progressiste-sociétale joue un formidable rôle de détonateur, qui commencent à frôler l’intelligence française de la situation tournant à plein régime, et donc à menacer le passage à la nouvelle civilisation dont parle MB-C, jusqu'à suggérer qu'il n'est qu'un simple faux-nez dans le style des civilisations qui s'effondrent pour camoufler l'événement réel de l'effondrement. Si l’on veut quelques noms, – cas de Julien Dray ex-apparatchik socialiste reconverti en commentateur indépendant, de Soazig Quémemer de Marianne, tout cela sur la chaîne pourtant hautement blanchie et sanitisée façon-Système qu’est LCI.

...Ainsi le progressisme-sociétal est-il non pas le complément, mais de plus en plus apparaissant comme prétendant être le substitut au monde de l’idéologie hyperlibérale en perdition, grâce à son caractère affirmé comme “progressiste”, sa dimension délicieusement “morale” rejoignant l’utopie invertie de l’égalité (« la civilisation égalitaire... »). Le problème est, à notre sens, que le monde de l’idéologie hyperlibérale, l’utopie et la foi hyperlibérale à la fois, avec son agression déconstructrice systématique de toutes les structures, sa liberté échevelée appelant et approchant le chaos, ce monde de l’utopie hyperlibérale est l’indispensable cimier économique et doctrinal du progressisme-sociétal : le second sans le premier s’effondre, et le premier sans le second est privé de sens. Comme l’a susurré Poutine avec un seul mot, avec les effets constatés, il est avéré que l’hyperlibéralisme est de plus en plus fragile par ses propres contradictions et l’extraordinaire et paradoxale fragilité de la psychologie de ses fidèles et de ses zélotes (comme le montre leur sensibilité au “mot de Poutine”) ; et d’autant plus vite fragilisé qu’il est de plus en plus violé par ceux (les dirigeants) qui sont censés défendre sa vertu. Que devient alors le triomphe progressiste-libéral avec la désintégration de son cimier économique et doctrinal, quelle est sa solidité, sa durabilité, sa résilience selon le mot en vogue aujourd’hui si, comme cela se voit, des mesures structurantes, le contraire de la révolution, sont dressées ici et là ?

Ce qui nous conduit au constat d’une situation bien différente de celle que nous décrit notre communication enfiévrée. Eh oui, certes, notre brio de communication est considérable... Il nous permet d’appeler un phénomène vertueux et libérateur de structures sociales déstructurées et “progressistes-sociétales” ce qui est désintégration putride et décadence accélérée, et de nommer “changement de civilisation” ce qui est l’effondrement d’une civilisation.

(Nous devrions relire Arnold Toynbee, dont nous rappelons  régulièrement  les thèses, sur le mécanisme de la succession des civilisations, qui rejette absolument la possibilité d’une civilisation se manœuvrant elle-même pour se transformer comme si elle était une force autonome ayant enfin disposé de l’Histoire, faisant elle-même l’Histoire comme l’affirment, – tiens, justement, – nos grands esprits américanistes semeurs de chaos.)

Au reste, nous rappelons une autre interprétation que nous donnons du mouvement LGTBQ (ou, comme l’écrit Bock-Côté : « Cette fragmentation infinie de la subjectivité est visible dans l’acronyme LGTBQI+, qui semble appelé à s’étendre en mobilisant toutes les ressources de l’alphabet en amalgamant des réalités qui oint peu à voir entre elles », – il paraît qu’il suffirait de s’arrêter à “LGTB+” pour ne pas surcharger le bulbe rachidien)... Cette interprétation est complètement biblico-stratégique et nous semble mieux seoir à l’air du temps, plutôt que céder au vertige du cloisonnement et résumer l’époque au triomphe du LGTB+ sans prêter attention aux séismes et catastrophes, humaines et naturelles, qui s’accumulent autour de nous et au-devant de nous... Que restera-t-il de LGTB+ lorsque nous en serons àMax Max 

« Où l’on voit que le doctrine-PC devenue doctrine-LGTBQ apparaissait effectivement dans ses limbes foucaldiennes alors que la doctrine-MAD en était à son chant du cygne (décennies 1970 & 1980) devant la disparition prochaine, puis actée de l’URSS, qu’elle était ainsi  complètement vidée de sa substance, découvrant le vide de son essence ; qu’elle était donc, cette doctrine-PC devenue-LGTBQ, destinée après sa naissance et ses premières envolées, son cheminement hésitant puis de plus en plus triomphant, finalement son formidable essor notamment à partir du début des années 2010 pour sa phase finale et paroxystique, à occuper l’essentialité du cimier de la “culture-Armageddon” et à organiser la bataille de la catastrophe finale, ou Bien et Mal selon la logique de l’interprétation humaine n’auraient en rien leur place, où le trinôme déstructuration-dissolution-entropisation s’occuperait d’activer l’effondrement qui justifierait l’étiquette d’Armageddon. »

Il est vrai que, dans notre sinistre et crépusculaire humeiur, nous devrions préférer cette perspective aux lendemains qui chantent en arc-en-ciel [Over the Rainbow] et déploient sans restriction un courant de folies collectives. Question d’humeur, sans doute, et puis se payer Armageddon en lieu et place de la Gay Pridecorrespond mieux à l’extension du type-tragédie-bouffeque nous propose notre époque : des Boule-Quies si efficaces qu’elles permettent de danser sur le volcan qui gronde dans rien perdre du rythme-rock’n’rollqui nous importe. (Ou, comme disait le Général Flynn, “changer les transats de place sur le pont du Titanic”.)

  • 30 juin 2019 à 00:00

L’adieu aux armes

Par info@dedefensa.org

L’adieu aux armes

30 juin 2019 – Dans notre époque si étrange, les mots, les phrases, les analyses, les recherches acharnées des vérités-de-situation, le système de la communication sont plus que jamais les armes des hommes plongés dans cette ultime bataille de notre-Armageddon postmoderniste. Le “lynchage médiatique”, qui passe par les mots et le système de la communication, est une pratique courante de la guerre d’aujourd’hui. L’internet est, pour nous les combattants, un fantastique champ de bataille où vous savez pourquoi vous vous battez. Nous savons tous, d’une façon ou d’une autre, avec des mots différents, des perceptions dissemblables, nous savons tous que nous menons la bataille suprême face au Système.

Je parle pour ceux qui savent. Pour ceux-là, il y a dans ces quelques jours, dans un instant ou pour un moment, une grande tristesse qui passe son chemin et qu’il faut éprouver dans toute sa force. Je ne connaissais pas Justin Raimondo et il m’étonnerait beaucoup qu’il ait jamais entendu parler de moi. Mais, comme moi, comme nous, comme vous qui nous lisez, c’était un guerrier engagé dans cette guerre, et sa mort est une triste nouvelle. Elle n’est nullement une surprise puisqu’il avait informé ses lecteurs de son état (un cancer de la gorge), mais pour moi c’est comme s’il était mort au combat. Il lutta héroïquement durant ces derniers mois, donnant épisodiquement un texte à sa chronique d’Antiwar.com dont il était le co-fondateur.

Nous y sommes avec ce point que je veux mettre particulièrement en avant, en citant Antiwar.com. Ce site, qui portait la marque de Raimondo et de ses engagements fondamentaux qui m’ont toujours parus dignes d’éloge, – libertarien, non-interventionniste, historiquement de la veine des isolationnistes qui est le seul dessein qui aurait pu donner à l’Amérique un destin digne de ses ambitions, et puis aussi cette position de combattant pour la cause des homosexuels (dont il était) dénonçant les groupes officiels LGTBQ complètement gangrenés par le Système et son Corporate Power. Je dois beaucoup à Antiwar.com, qui fut manifestement une des premières sources d’information et d’opinion indépendante et dégagée des contraintes de l’information officielle, durant le conflit du Kosovo . Ce fut le premier engagement majeur de la guerre de la communication entrée dans sa phase fondamentale où le Système lui-même lançait toutes ses forces de dissimulation et de simulacre. Ce fut « La première guerre virtualiste » du 10 septembre 1999 (voir aussi le 25 mars 2019, un autre texte sur ce conflit). (*) 

Pour dedefensa & eurostratégie (la Lettre d’Analyse) et les premiers balbutiements de dedefensa.org(créé en 1998), ce courant d’information dont Antiwar.com fut l’un des fleurons et resta le plus constant fut un extraordinaire courant libérateur ; nous ne nous en doutions pas encore, mais en vingt ans nous avons pu mesurer la puissance de l’instrument que le système mit imprudemment à notre disposition...

Le 10 juillet 1999, nous écrivions un article sur « Notre Samisdat globalisé » (voir aussi le 25 mars 2019), d’où nous extrayons ceci :

« • Antiwar.com établi en 1995 au moment de l'engagement américain en Bosnie, avait alors connu un succès d'estime; succès renouvelé à l'occasion de l'une ou l'autre crise irakienne. Avec la guerre du Kosovo, le succès de Antiwar.com a été considérable, avec 1.000 entrées quotidiennes à la mi-avril, passant à plus de 5.000 au début mai. Surtout, Antiwar.com s'est trouvé au cœur de la tentative d'organisation du mouvement “anti-guerre” rassemblant des progressistes et des conservateurs aux États-Unis. [...]
» Internet est une information débarrassée des chaînes du “médiatisme”, mélange de conformisme et d'un moralisme développé pour dissimuler ce conformisme. C'est le refus de l'unanimisme qui s'impose désormais comme la vertu fondamentale de la presse générale, “libre-officielle”, qui a troqué la liberté pour la vertu (ce qui importe effectivement dans le développement de l'information/Internet pendant la guerre, c'est la diversité des opinions existante derrière la position générale anti-guerre qui s'exprima, plus que cette position anti-guerre elle-même; il s'agissait effectivement d'une situation de pluralité et d'une demande de liberté). La presse générale a choisi la vertu, et qui plus est la vertu officielle, Internet a recueilli la liberté. Ce n'est pas une vertu (sic) propre à Internet; c'est une nécessité : la liberté, abandonnée sur le bord du chemin, devait être recueillie par une âme compatissante. Ce fut Internet. Certains en concluraient qu'Internet a une âme ... »

Voilà... Salut à un frère d’arme de vingt ans que j’ai reconnu sans l’avoir jamais connu, qui ne me connaissait certainement pas, et à qui dedefensa.org doit une certaine reconnaissance. 

 

Note

(*) Vous lisez dans Frédéric Nietzsche au Kosovo combien cette guerre m’a marqué, comment elle fut livré bien plus à Bruxelles qu’en ex-Yougoslavie, de quelle façon le métier de journaliste commença à prendre ce virage tragique débauchant sur une glissade sans fin dans la servilité.

  • 30 juin 2019 à 00:00

Tulsi & WSWS.org

Par info@dedefensa.org

Tulsi & WSWS.org

29 juin 2019 – Le texte précédent à peine bouclé, voici que je reviens sur le sujet. On croirait le vieux capitaine un peu fleur-bleue, non ? Ce serait une bonne explication, qui permettrait d’évacuer le sujet et de passer à autre chose.

(“Il faut passer à autre chose”, expression typique de l’individualisme de notre temps, très courante, retrouvée dans nombre de dialogues de films, quand il s’agit d’expédier une tragédie, un événement proche de l’incompréhensible, quelque chose qui nous dépasse, des sentiments tragiques ou désespérés, bref tout ce qui freine la marche en avant du Progrès de la post-postmodernité … A l’image du scientifique qui, confronté à un problème qu’il ne parvient pas à résoudre selon les canons de la science moderniste occidentale, décrète qu’on laisse cela de côté pour poursuivre raisonnement et démonstration s’appuyant ainsi sur une affirmation non démontrée, affirmant que d’autres y reviendront plus tard avec la solution conforme qu’on aura trouvée dans le catéchisme.)

Bref, pourquoi tant parler d’elle si ce n’est fleur-bleue ? Parce qu’il faut avoir, seule au milieu de tous ces messieurs-dames fort bien montés (les candidats à l’investiture démocrate, USA-2020), – oui il faut “avoir des couilles” pour parler comme parle Tulsi Gabbard.

(Je vous concède les guillemets pour l’expression, tout en vous faisant noter que cela réduit dramatiquement l“hypothèse fleur-bleue”.)

...Et puis également (“Pourquoi tant parler d’elle ?”) parce que son intervention de mercredi dernier met indirectement en évidence un étrange comportement, dans le chef du site WSWS.org. On y retrouve, me semble-t-il, une compagne irritante de cette étrange époque où l’on peine à distinguer le véritable Ennemi alors qu’Il nous embrase tous, qu’Il nous triture, qu’Il nous broie, qu’Il perce notre âme et soumet notre esprit, comme ferait le diable lui-même ; on y retrouve, veux-je dire, l’impasse où conduit l’idéologisation en toutes choses, fût-ce la plus honorable, pure et stricte des idéologies, celle que développa l’éternel perdant Léon Trotski. Ainsi est-il fait justification du titre mêlant Gabbard et le site officiel de la IVème Internationale trotskiste.

(Mais, – cette remarque en passant, –  les événements actuels, avec les neocons venus du trotskisme, la doctrine du “chaos créateur” et le concept de “révolution permanente” qui vont si bien à l’hyperlibéralisme déstructuré de la postmodernité, – tout cela n’est-il pas une victoire posthume du “Vieux” [Léon] ? Remarque pas inutile : ceci expliquant cela, qui va suivre...)

On avait, vous en souvient-il, déjà apostrophé WSWS.org dans le premier texte que notre site consacrait à l’intervention de Gabbard mercredi soir. Je me permets de citer, là où notre-texte cite lui-même un texte de WSWS.org consacré au débat des dix premiers candidats démocrates : 

« Il faut noter, que le site WSWS.org a consacré un article sur cette “pantomime” du premier débat des candidats démocrates sans dire un seul mot de Tulsi Gabbard, la seule candidate antiguerre (bien que sa photo figure parmi les photos de quatre candidats, dont Sanders et Warren, en tête de l’annonce de l’article, en première page)... Surprise ? Pas de surprise ? WSWS.org n’aime pas trop citer dans un sens favorable, –– comme il aurait dû le faire pour Gabbard, – des personnalités non-trotskistes, appartenant à l’un ou l’autre parti de l’establishment. La vertu antiguerre, c’est l’exclusivité des trotskistes... »

Voici qu’aujourd’hui 29 juin, le même site WSWS.org consacre un second article aux débats (ceux de mercredi [avec Gabbard] et de jeudi [avec Biden, Sanders, etc.]) pour en donner un jugement général. Il est catégorique, ce jugement, méprisant, écrasant de sa longue tradition révolutionnaire et vertueuse la pourriture du système de l’américanisme aux abois, que ce soit les démocrates comme ici, ou les républicains qu’importe... Et Gabbard, dans tout cela ? Je cite la deuxième moitié de l’article, où le nom de Gabbard apparaît deux fois (les deux seules fois pour tout l’article, d’ailleurs) ; cette partie est consacrée au peu de cas que toute cette volaille corrompue et démocrate fait des multiples, inutiles et impitoyables guerres que le système de l’américanisme, bras-armé du Système, mène à travers le monde... Et vous vous dites : “Là, tout de même, ils ne peuvent pas ne pas parler de Gabbard” ; effectivement... Mais lisez donc plutôt (en gras, les deux allusions à Gabbard) :

« ... Il est remarquable, dans des conditions où le président Trump lui-même a déclaré que les États-Unis n'étaient qu'à 10 minutes de lancer un assaut majeur contre l'Iran plus tôt ce mois-ci, que les 20 candidats démocrates n'aient presque pas passé de temps à discuter de politique étrangère.
» En l'espace de quatre heures, il n'y a eu que quelques minutes consacrées au monde en dehors des États-Unis. Le silence sur le reste du monde ne peut être rejeté comme un simple esprit de clocher.
» De nombreux candidats démocrates à la présidence sont profondément impliqués soit dans l'élaboration des politiques, soit dans les opérations de combat de l'impérialisme américain. Parmi les 20 candidats figurent deux qui ont été déployés comme officiers militaires en Irak et en Afghanistan, Buttigieg et Tulsi Gabbard; Biden, vice-président pendant huit ans et ancien président de la Commission sénatoriale des relations étrangères ; et cinq sénateurs qui sont membres de commissions de sécurité nationale très en vue : Harris et Bennet au Comité sénatorial du renseignement, Elizabeth Warren et Kirsten Gillibrand au Comité des forces armées, et Cory Booker au Comité des relations étrangères.
» Si ces messieurs-dames décident de ne pas s'engager dans la politique étrangère, la raison en est claire : les démocrates savent que le peuple américain s'oppose catégoriquement aux nouvelles interventions militaires. Ils cherchent donc à dissimuler les préparatifs de l'impérialisme américain pour les grandes guerres, qu'il s'agisse de conflits régionaux avec l'Iran, la Corée du Nord ou le Venezuela, ou de conflits avec des rivaux mondiaux dotés d'armes nucléaires comme la Chine et la Russie.
» Dans les quelques commentaires qui ont été faits sur la politique étrangère, les candidats démocrates ont marqué leurs déclarations d’une note belligérante. Mercredi, quatre des dix candidats ont déclaré que la principale menace mondiale pour les États-Unis était la Chine, tandis que le maire de New York, Bill de Blasio, a choisi la Russie. De nombreux candidats ont évoqué la nécessité de lutter contre l'ingérence russe dans les élections américaines, – recyclant les allégations bidon selon lesquelles l’“ingérence” russe a aidé Trump à entrer à la Maison Blanche en 2016.
» Le premier soir, la Représentante Tulsi Gabbard d’Hawaii, à qui l’on a demandé de nommer la plus grande menace pour la sécurité mondiale, a répondu : “La plus grande menace à laquelle nous sommes confrontés est le risque de guerre nucléaire que nous courons aujourd'hui plus que jamais auparavant dans l'histoire”. Cette déclaration remarquable a été passée sous silence par les modérateurs et les autres candidats, et le sujet n'a pas été soulevé du tout la deuxième nuit, y compris par Bernie Sanders. »

Là-dessus, trois remarques me viennent à l’esprit :

• La première fois où Gabbard est citée, elle l’est dans un paragraphe qui citent les noms des « nombreux candidats démocrates à la présidence [qui sont ou ont été] profondément impliqués soit dans l'élaboration des politiques, soit dans les opérations de combat de l'impérialisme américain. » L’intitulé de la rubrique indique très directement que Gabbard est mis dans le lot de ceux qui ont été impliquées « dans les opérations de combat de l'impérialisme américain », c’est-à-dire comme représentante et actrice de cet impérialisme.

• La seconde fois où elle est citée, c’est parce qu’elle fait cette « déclaration remarquable » (et là, l’appréciation est tout à fait laudative) : « La plus grande menace à laquelle nous sommes confrontés est le risque de guerre nucléaire que nous courons aujourd'hui plus que jamais auparavant dans l'histoire. »

• Ma troisième remarque est pour dire mon ébahissement : après avoir cité cette « déclaration remarquable » de Gabbard, le commentaire poursuit qu’elle (la déclaration) « a été passée sous silence par les modérateurs et les autres candidats, et le sujet n'a pas été soulevé du tout la deuxième nuit, y compris par Bernie Sanders » Mais qui, en plus du “modérateur et des autres candidats” n’a dit mot de cette « déclaration remarquable » (et d’autres) de Tulsi Gabbard durant le débat, sinon pour ce qui nous concerne WSWS.org dans son texte du jour précédent ? Dans l’esprit de la chose, n’est-ce pas un peu faire ce que le sacré vieil oncle Joe (Staline) faisait avec les photos de Lénine d’où l’on faisait disparaître Trotski tout proche de Notre-Père, parce que Staline avait décidé que la vipère lubrique Trotski n’existait plus et même n’avait en fait jamais existé ? 

Il nous est souvent arrivé de citer WSWS.org, je crois chaque fois d’une façon respectueuse tout en marquant nos différences puisque je ne suis/nous ne sommes pas trotskistes, – aux dernières nouvelles. Il y eut même un crétin d’un SR ouest-européen (non-français) qui fit passer aux Français du même domaine l’analyse que dedefensa.org était trotskiste puisqu’on y citait WSWS.org. J’en ai bien ri pendant au moins une semaine car j’étais jeune alors (c’était en 2008). Je dois dire, à la décharge de la source directe qui m’en informait, qu’il y avait de sa part une certaine gêne à transmettre cette incroyable stupidité, avec cette question vraiment très gênée : “Euh, êtes-vous trotskiste ?”. Bref, nous avons toujours cité WSWS.org parce qu’ils nous ont habitués à un travail d’analyse sérieux, sans que nous soyons trotskistes pour autant.

Cela étant rappelé, je fais l’hypothèse que l’on comprend ma surprise irritée et mon incompréhension agacée dans le cas cité. Ainsi, tout vertueux qu’il soit le trotskiste WSWS.org est tout de même un peu comme les autres, non ? AntiSystème et tout ce que vous voulez dans ce sens, et même des analyses objectives, mais pourvu qu’on reste sous l’ombrelle trotskiste. Et alors là, dans le cas qui nous occupe, l’ombrelle trotskiste les conduit tout de même fort proche de la manipulation des faits et d’une vérité-de-situation, avec comme objet essentiel d’écarter tout ce qui hume le diable, – non pas le Système, pas du tout, mais ce qui s’est passé il y a un siècle.

Que reproche-t-on à Gabbard du point de vue de la bienpensance politiquement-correcte ? Certaines choses, aussi diverses que mystérieuses sinon bien fabriquées par glissement d'interprétaztion, comme dans le cas de tant de personnes de ces mondes politiques qui sortent du courant bienpensant tout en y étant institutionnellement rattachées ; un peu comme on accusait Ron Paul de “racisme” dans son passé lorsqu’il joua un rôle inattendu sur la scène nationale en 2008-2012. (Pour Tulsi Gabbard, voir son Wikipedia à Controversies, avec des accusations de nationalismes hindou, jusqu’à des accusations “sectistes”, ou affaires de sectes, comme dans le message de Marjolaine Jolicœur [quel joli nom, très fleur-bleue] dans notre Forum d’un article du 9 février 2019.) ... Et puis aussi, ceci et cela autour des choix autoritaires et impératifs, faits ou pas faits, en rapport avec LGTBQ & le reste... Autour de tout cela, quelques relents de parfums dits-sulfureux, comme on dit, – parfums de quoi ? Respirez bien et vous avez trouvé, quelques grains soupçonneux d’extrême-droite, directement ou indirectement (son père), c’est-à-dire populisme, fascisme, bête immonde et tout le reste.

Contre tout cela, voyez-vous, j’ai un bras d’honneur qui se nomme “inconnaissance, qui entérine mon désintérêt total pour un débat sur les années 1930 et le fascisme qui n’en finit pas, bête lancinante, de disparaître de notre horizon, qui trône comme une immense araignée dans le plafond troué de notre civilisation agonisant du plus complet abrutissement de l’esprit. La trouille-haine du fascisme est notre araignée au plafond, comme disaient les putes des Grands Boulevards il y a deux siècles.

(Imaginez-vous une France de 1914, un peu avant la Marne, où l’on débattrait jusqu’au déchirement le plus atroce du gouvernement et de la mort du roi Louis XVIII, de l’énigmatique Charles X, du retrait brutal de la vie politique de Chateaubriand, des plans secrets qu’est en train de tramer Talleyrand pour son retour en politique, – tout cela déterminant votre libéralisme pur et dur de 1914 comme brevet de démocratie par rapport à tous ces personnages, avec menace d’être conduit au bûcher s’il est prouvé que vous avez quelque considération pour Charles X, ou que vous avez trahi la Grande Révolution, ou que vous êtes un “demi-solde” de l’Empereur, etc.)

Ce que je veux dire ici est que je crois d’intuition espérée cette idée désespérante pour cette époque parce que mesure de l’époque, que l’essentiel de la pensée de tant de gens, et dans ces “tant de gens” sans doute bien ceux de WSWS.orgest conditionné par des considérations vieilles de quasiment un siècle pour déterminer une attitude, un jugement, une censure, une mise à l’index, dans une époque où, du fait du Système que nul ne peut ignorer si tant d’entre nous préfèrent l’ignorer, se produit sous nos yeux aveugles et nos esprits préoccupés du siècle dernier l’écrasement total de tout ce qui est structuration civilisationnelle depuis des siècles et des siècles. Nous avons cela en France tous les jours que Dieu fait, ce débat absurde et complètement vide de toute substance, débat sur le Rien de nos phantasmes, ennemi juré de l’essence même de l’esprit libre et critique.

Enfin et pour faire court, une seule chose m’intéresse : que Gabbard dise ce qu’elle dit présentement, publiquement, dans une occurrence qui secoue, électrise et terrorise le Système jusqu’à faire nier son existence à elle, jusqu’à faire juger “remarquables” les choses qu’elle dit sans en tirer l’évidente conséquence en ce qui concerne la personne politique qu’elle est sur la scène washingtonienne.

... Effectivement, je doute qu’elle soit trotskiste, – mais c’est pure hypothèse, et le serait-elle que je ne me réjouirais pas moins de ses fortes paroles qui ont la vertu exquise d’installer une sorte de désordre de plus, une Aranéide de taille et de plus dans la fourmilière constellée d’araignées au plafond qu’est “D.C.-la-folle”.

  • 29 juin 2019 à 00:00

Gabbard ? In Memoriam et la mémoire courte

Par info@dedefensa.org

Gabbard ? In Memoriam et la mémoire courte

29 juin 2019 – Il m’a paru rien moins que très intéressant de suivre les effets et retombées de l’excellente performance, en termes d’intérêt du public, de Tulsi Gabbard dans le premier des deux débats de la cohorte des candidats à la désignation démocrate. Le reste, y compris dans le deuxième débat, avec les vieux croutons type-Biden, type-Sanders, – vraiment aucun intérêt, chacun calibrant ses interventions. La fille de McCain (Meghan), aussi inepte que son père, avait pourtant raison dans son tweet retiré au bout de quelques toutes petites heures, – car franchise et honnêteté sont des denrées rares, qu’il ne faut pas trop gaspiller au nez et la barbe dure des impératifs d’image, de communication et de bienpensance partisane : Gabbard fut “la plus authentique”. Qu’en reste-t-il dans le système de la communication ? Voilà l’objet de cette intervention.

... Pratiquement rien pour le Système, la presseSystème & Cie. Gabbard fut l’objet d’un déni, d’une sorte de négationnisme auprès duquel l’“autre”, le seul acceptable, fait figure de piètre montage. Le déni non-Gabbard est autant “authentique” qu’elle le fut elle-même... La bienpensance, ou politically correct, c’est un peu comme la vache qui rumine : on mâche deux, trois fois après régurgitation de l’estomac les vérités-de-situation jusqu’à ce qu’il n’en reste rien, sinon quelques pets malodorants sous forme d’articles des sacro-saintes putains des New York Times et WashingtonPostdu cartéchisme.

Pour ce faire ma rapide enquête, j’emprunte deux textes qui situeront la chose : aussi bien un détail engagé de l’intervention de Gabbard par rapport à Trump par un partisan honnête de Trump quand elle n’est pas mâchée-remâchée ; que, pour le second texte, un florilège des réactions du Système dans la presseSystème.

• Le premier est du vieux briscard Patrick Buchanan, un des vieux sages de grande influence cachée du parti conservateur, tendance paléo, un malgré-tout-fidèle de Trump mais qui ne mâche pas ses mots quand il pense que son président est totalement en, mode erratique de trahison de ses engagements. Le titre en dit déjà long : « Memo pour Trump : remplacez Bolton par Gabbard » (chronique de Buchanan sur son site, reprise pour UNZ.com, où l’on voit bien que le vieux-sage se fiche complètement des autres croutons pourris jusqu’à l’os, Sanders, Biden, Warren & Cie).

« “Pendant trop longtemps, nos dirigeants nous ont laissé tomber, nous entraînant d’une guerre de regime change à l'autre, nous menant à une nouvelle guerre froide et à la course aux armements, ce qui nous a coûté des milliards de dollars durement gagnés en impôts et d'innombrables vies. Cette folie doit cesser.”
» Donald Trump, circa-2016 ?
» Pas du tout. Cette dénonciation de l'interventionnisme de John Bolton est venue de la députée Tulsi Gabbard d'Hawaï lors du débat de parti démocrate de mercredi soir. A 38 ans, elle était la plus jeune candidate sur scène.
» Gabbard a passé à la moulinette à la fois le “président et son cabinet de poule mouillée (qui) nous ont menés au bord de la guerre avec l'Iran”.
» Au cours d'un échange enflammé, le parlementaire Tim Ryan de l'Ohio a répondu que l'Amérique ne peut se désengager de l'Afghanistan : “Quand nous n'étions pas là, ils ont commencé à lancer des avions contre nos bâtiments.”
» “Les talibans ne nous ont pas attaqués le 11 septembre, répondit Gabbard, Al-Qaida nous a attaqués le 11 septembre. C'est pour ça que moi et tant d'autres personnes nous sommes enrôlés dans l'armée, pour poursuivre Al-Qaïda, pas les talibans.”
» Quand Ryan a insisté pour qu'on reste engagés en Afghanistan, Gabbard a riposté :
» “C'est ce que vous allez dire aux parents de ces deux soldats qui viennent d'être tués en Afghanistan ? ‘Eh bien oui, nous devons continuer à rester engagés’. En tant que soldat, je vous le dis, cette réponse est inacceptable. ... Nous ne sommes pas en meilleure position aujourd’hui en Afghanistan que lorsque cette guerre a commencé.”
» À la fin du débat, Gabbard était le vainqueur incontestable des sondages ‘en-ligne’ Drudge Report et Washington Examiner, loin devant parmi tous les candidats démocrates dont les noms ont été recherchés sur Google.
» Bien qu'on lui ait accordé moins de sept minutes de temps de parole dans un débat de deux heures, elle n'aurait pas pu utiliser ce temps plus efficacement. Et sa performance pourrait ébranler la campagne USA-2020 démocrate.
» Si elle peut se hisser quelques points au-dessus de ses 1 à 2 % dans les sondages, elle pourrait être assurée d'une place dans la deuxième série de débats.
» Si c'est le cas, les modérateurs vont maintenant lui poser des questions de politique étrangère qui ne seraient pas soulevées sans sa présence, et ces questions révéleront les divisions cachées du Parti démocrate.
» On pourrait demander aux principaux candidats démocrates de déclarer ce que devrait être la politique américaine, non seulement envers l'Afghanistan, mais aussi envers l'Irak, la Syrie, le Yémen, l'Arabie saoudite, Israël, le "Deal of the Century" de Jared Kushner et le rejet apparent de Trump de la solution à deux États.
» Si elle atteint le deuxième tour, Gabbard pourrait devenir le catalyseur du genre de débat mondialiste contre nationaliste qui a éclaté entre Trump et les républicains de Bush en 2016, un débat qui a contribué à la victoire de Trump à la convention de Cleveland et au vote de novembre.
» Le problème que Gabbard présente pour les démocrates est que, comme on l'a vu lors de la joute avec Ryan, elle prend des positions qui divisent son parti, alors que ses rivaux et rivales préfèrent parler de ce qui unit le parti, comme l’affreuse conduite de Trump, les frais de scolarité gratuits et le favoritisme  des riches.
» Avec plus de temps d'antenne, elle présentera également des problèmes pour le GOP. Car la politique étrangère que Tulsi Gabbard réclame n'est pas loin de la politique étrangère promise par Donald Trump en 2016, qui n'a pas tenu ses promesses depuis... »

• Le deuxième  texte est de “b.”, de MoonofAlabama (disons MoA), excellent chroniqueur au jour le jour des infamies du Système, qu’il dénonce essentiellement à l’aide de la mise en évidence des constructions, des manipulations, des simulacre, du  déterminisme-narrativiste du Système. Le Sakerfrancophone a eu l’heureuse idée de suivre MoA en traduction française, pratiquement “en temps réel” avec le texte initial traduit et mis en ligne dans la journée de sa parution ; il nous donnait donc hier l’analyse critique de MoA des réactions et commentaires qui ont suivi le premier débat où Gabbard a brillé jusqu’à figurer très largement en tête de tous les sondages “en-ligne”, ceux que notre site présentait  de cette façon qui, je dois le reconnaître, me va comme un gant bien ajusté : ces sondages « les moins sûrs scientifiquement et sans le professionnalisme des experts du sondage, donc  les plus assurés d’être proches du véritable sentiment d’intérêt, sinon de soutien des téléspectateurs et internautes. »

Je ne reprends pas cette première partie  du texte MoA, qui doublonne notre brave Brève de crise  du 27 juin, mais sa deuxième partie où il est question des réactions de la presseSystème à propos de l’excellente performance de Gabbard, devenue soudain inexistante, invisible, inconnue au bataillon, – “Gabbard qui, dites-vous ? Jamais entendu ce nom-là, qui fait pas très américaniste, hein !”

« Le Washington Post discute  des gagnants et des perdants du débat et place Gabbard dans la deuxième catégorie :
» “Gabbard était perdue pendant une grande partie du débat. Ce n'était peut-être pas de sa faute, – on ne lui a pas posé beaucoup de questions...”
» Oups !
» L’article principal  du New York Times sur le débat ne mentionne Gabbard qu’une seule fois, au paragraphe 32, sur 45 paragraphes. Il ne révèle rien sur ses positions politiques :
» “Il y a eu peu de discussions sur la politique étrangère jusqu'à ce que, vers la fin du débat, deux législateurs peu connus de la Chambre, Tulsi Gabbard d'Hawaii et Tim Ryan de l'Ohio, s'affrontent sur la façon de cibler les talibans avec détermination.”
» Le New York Times a aussi réuni des “experts” qui ont  discuté des gagnants et des perdants. Gabbard n’est mentionné qu’à la toute fin, et par un républicain, comme candidat potentiel au poste de Secrétaire à la Défense.
» CNN a aussi discuté des  gagnants et des perdants. Gabbard n’y est pas mentionné du tout.
» NBC News  a classé les performances des candidats. Il a mis Gabbard à la 8ème place et l’enfonce carrément :
» “Tulsi Gabbard, D-Hawaii : Elle a saisi l’occasion de mettre en lumière son expérience militaire en Afghanistan et son point de vue caractéristique en matière de politique étrangère puisqu’elle est anti-interventionniste, sans être gênée par ses sympathiques commentaires passés concernant le dictateur syrien Bachar al-Assad.”
» La plupart des médias évoqués ci-dessus ont pendant longtemps cherché à éviter de mentionner Gabbard et de discuter de ses positions politiques. Il est tout à fait évident que les médias grand public n’aiment pas ses opinions contre la politique de ‘regime change’ dans le monde et ont même peur d’écrire à ce sujet.
» Le bureau de campagne de Tulsi Gabbard a posté une  vidéo de ses déclarations pendant le débat. Elle y est bien applaudie. »

Il y a tout de même des remarques incroyables, qui illuminent comme la Tour Eiffel célébrant un discours de Sa Majesté Macron l’extraordinaire insignifiance d’inversion et de simulacre des plumes variées et colorées de ces zombies-plumitifs qu’on n’ose qualifier de “salopards” type-sartrien, – moi, je m’en garderais, ce serait leur faire tout de même un peu trop d’honneur. Deux exemples : 

• Le NYT, qui nous parle de ces « deux législateurs peu connus de la Chambre, Tulsi Gabbard d'Hawaii et... ». Ces petites plumes des zombies-plumitifs ont donc la mémoire aussi courte que leurs autres attributs. Ils ont oublié, ces chers anges, le  tintamarre extraordinaire que déclencha, en janvier de cette année, il y a cinq mois d’ici, l’annonce par Tulsi de sa candidature, – la candidature-inconnue de cette législatrice peu-connue dont personne n’a jamais parlé du tout, pas du tout, pas du tout :

Et donc ceci, datant de janvier 2019 : « RT-USA, qui n’a pas manqué l’occasion de sauter sur cette nouvelle, développe un article essentiellement à partir d’une collection de tweet exprimant l’horreur et la confusion absolues qui se sont emparées de la ménagerie des zombieSystème, neocon & harpies R2P, LGTBQ, DeepState, presseSystème, establishment et toute la clique tonitruante. [J’ai fait “Gabbard-2020” sur le sympathique moteur de recherche Google à 10H30 et ai obtenu 8 780 000 résultats en 0,30 seconde.] Titre de l’article RT-USA : “La ‘marionnette de Poutine’ contre la ‘complice d’Assad’ : Démocrates et Républicains unis dans une panique commune à l’idée d’une Gabbard défiant Trump en 2020”. »

• NBC, qui remarque à propos de cette faussaire Tulsi : « Elle a saisi l’occasion de mettre en lumière son expérience militaire en Afghanistan... » Ce ton ! On a l’impression évidemment pleinement justifiée que c’est une lâcheté et un déshonneur incroyables, au milieu de toutes ces héroïques chickenhawks(les décorées-poulesmouillées), de rappeler qu’on est allé au combat et qu’on s’est battu dans les guerres qu’ils vous concoctent depuis “D.C.-la-folle”. Scandaleuse “Politically Incorrect”, la Gabbard.

Tout cela décrit, on comprend combien Tulsi Gabbard est une candidate dont il est bien difficile de dire quoi que ce soit d’assuré. On dira bien entendu qu’avec 1%-2% de popularité dans les sondages, son avenir prête à sourire tristement ; pourtant, on note avec quel zèle, quelle puissance des habituels montages et narrative, on s’évertue à démontrer son inexistence, sa position de non-être en plus d’être une candidate « si peu connue », comme si elle existait vraiment, et dangereuse en plus... Et puis, si je n’ai pas de souvenir précis de la situation de juin 2015, il m’étonnerait beaucoup qu’il y ait eu plus de 1%, et plutôt moins d’ailleurs, aux USA et dans le monde, pour donner une chance à Trump d’être élu en novembre 2016. Le pari de Buchanan, c’est celui de la candidate boule de neige : arrivant à percer ce qu’on nomme dans le baratin des salons d’experts “le plafond de verre”, avec un à trois points de pour-cent en plus, assez pour rester dans la course et, par ses positions exprimées publiquement, forcer au débat sur la politique extérieure, et là s’imposer comme l’évidente représentante d’une ligne qui pourrait peut-être emporter l’adhésion d’un large public si l’opinion s’emparait de la question à sa façon...

On dira : “‘Ils’ ne la laisseront pas faire” ; on disait déjà cela de Trump, et ‘ils’ n’ont rien pu faire, sinon sottise sur sottise. La caractéristique centrale de la situation actuelle à “D.C.-la-folle”, comme d’ailleurs en de nombreux autres lieux du Système, ce n’est pas tant que de si étranges candidats puissent apparaître et éventuellement s’affirmer (et être élu, comme Trump), c’est que le Système semble totalement impuissant à les arrêterune fois qu’ils ont franchi une limite de crédibilité et d’“existence”, d’ailleurs très difficile à identifier et donc à prévenir et à bloquer, dans le système de la communication.

Le grand phénomène de notre temps, ce n’est pas la montée du populisme, ou de l’antiSystème, ou que sais-je encore ; le grand phénomène c’est l’effondrement du Système et l’étalage de son impuissance comme signe de sa dérive autodestructrice, avec la sottise en plus. Comme le diable « ne peut s'empêcher de laisser échapper toujours quelque sottise, qui est comme sa signature... », et avec le NYT et le Post à bonne école, il est bien possible qu’à force de taper sur Gabbard pour ses propos insensés, puis à nier son existence jusqu’à en faire un non-être, ‘ils’ finissent par lui ouvrir une voie inattendue

Par conséquent, Gabbard n’a strictement aucune chance saufsi la chance, qui est un peu sans emploi en ce moment vue la médiocrité des titulaires, passe par là et qu’elle s’en saisisse. Rien n’est possible, tout est possible. Elle aussi est imprévisible comme Trump et donc semeuse de désordre, même si elle l’est d’une façon radicalement différente ; très mesurée et maîtresse d’elle-même, c’est ce qu’elle dit tout haut et très rationnellement de l’absurdité de la politique belliciste du Systèmequi pourrait un jour éclater aux yeux de tous, – vous savez, le coup du “Mais le roi est nu”, – et soudain se transformer en un énorme dynamitage de la chose.

Bref et pour conclure, la saison USA-2020 apparaît grosse de l’une ou l’autre surprise bien rafraîchissante. Par ces temps de canicule, ce n’est pas à dédaigner.

  • 29 juin 2019 à 00:00

L’OTAN contre l’Iran ? La France dit “non”

Par info@dedefensa.org

L’OTAN contre l’Iran ? La France dit “non”

Le nouveau secrétaire à la défense US désigné (“faisant fonction” pour l’instant) a rencontré ses homologues de l’OTAN pour les exhorter à se regrouper autour des USA en cas de conflit avec l’Iran. L’accueil a été plutôt réservé, sinon glacial.  

« Mark Esper rencontrait ses homologues de l'OTAN à Bruxelles cette semaine pour tenter d'amener les membres de l'OTAN du côté de Washington alors que la confrontation avec Téhéran s'intensifie.
» S'adressant aux journalistes du siège de l'OTAN jeudi après une session à huis clos, M. Esper a déclaré que les autres alliés doivent condamner publiquement le “mauvais comportement” de l'Iran, affirmant que cela contribuerait à éloigner les événements de “la voie militaire”.
» Mais il semble y avoir du scepticisme parmi les Européens au sujet des efforts de Washington pour former une coalition contre l'Iran. Au cours de la réunion, Esper a été “averti par la France de ne pas impliquer l'alliance de l'OTAN dans une mission militaire dans le Golfe”, a rapporté Reuters. Avec d'autres poids lourds européens comme Berlin, Paris a appelé les États-Unis à “faire respecter l'accord nucléaire iranien”, que les États-Unis ont rompu il y a plus d'un an dans ce qui peut être considéré comme le point déclencheur de l'escalade actuelle. »

C’est la première sortie internationale du nouveau secrétaire-à-la défense-par-intérim, qui semblerait presque devenue une nouvelle fonction. Certes, Shanahan, qui l’avait occupée pendant une grosse moitié d’année, venait d’être nommé secrétaire à la défense “plein” et s’apprêtait à passer ses auditions de confirmation au Sénat, lorsqu’il a démissionné ; ou bien doit-on dire “mais il a démissionné”, ou bien encore laisser sous-entendre que c’est parce qu’il aurait laissé entendre qu’il partirait qu’il a été nommé ? (Bien que son départ ait été officiellement du à la publicité faite sur des problèmes familiaux suite à l’enquête de routine du FBI pour tout nouveau ministre.) Il y a dans le flou remarquable qui règne à la tête du Pentagone bien du grain à moudre pour les explorateurs d’hypothèses, comme on l’a déjà vu, et comme Jack Hunter, de Strategic-Culture.org, le dit encore au moment où Shanahan est sur le point de partir :

« Barbara Boland, de American Conservative, signalait au début de juin que le but de bloquer [alors]Patrick Shanahan dans son poste de secrétaire à la Défense par intérim était de placer Bolton en position de contrôler tous les moyens de la politique de sécurité nationale. (Le nouveau “faisant fonction” Mark Esper pourrait remplir un rôle similaire.)
» “Il est susceptible d’agréer à tout ce que Pompeo ou Bolton exige”, a déclaré Douglas Macgregor, colonel à la retraite de l'armée américaine et analyste de la défense, à propos de Shanahan. “Pompeo et Bolton ont des projets et un plan. Ce ne sont pas ceux de Trump, mais en l'absence d'un leadership fort, Shanahan ne résistera probablement pas beaucoup.”»

La même chose pour Esper ? Ou bien ; Esper à la place  de Shanahan n’est-ce pas une nouvelle façon pour la doublette/triplette Bolton-Pompeo-GinaCIA de mettre le Pentagone dans leur poche communedans la mesure où Esper, semble-t-il au contraire de Shanahan, a “des projets et un plan” en tous points similaires à ceux de la triplette ? La description qu’en fait ci-dessous Darius Shahtahmasebi montre en effet un homme idéologiquement très marqué, évidemment dans le sens-neocon.

Au fait, est-ce un avantage ? L’épisode de l’OTAN vu en introduction, tout comme l’hostilité assez générale de la plupart des pays “alliés” qu’on appelle sous le drapeau d’une coalition anti-Iran, montreraient plutôt qu’ajouter un extrémiste aux extrémistes déjà en placeet qui déclenchent la fureur, notamment des Européensn’est peut-être pas la meilleure idée du monde. Le seul apport d’Esper, semble-t-il, est qu’à une attaque contre l’Iran, il aimerait ajouter une attaque contre la Chine (sans parler de la Russie, c’est chose faite) et y embarquer l’OTAN au grand complet. (Y compris Erdogan et ses S-400 ?) C’est un peu maigre, et surtout fort salé.

Ainsi en revient-on à la question centrale : pourquoi Trump s’entoure-t-il de tels hommes, alors qu’il n’a nul besoin d’une guerre en ce début de campagne pour USA-2020, qu’il serait même gravement desservi par un tel événement ? (Il est très probable que, dans ses contacts bilatéraux au G20 d’Osaka, Trump assure tous ses interlocuteurs qu’il ne veut surtout, surtout pas la guerre...) Mise à part l’hypothèse de Trump marionnette du DeepState, qui est couturée de cicatrices diverses lui ôtant tout crédit tant Trump a fait ce qu’il a voulu depuis son arrivée au pouvoir, balançant notamment les uns après les autres les personnes prétendument placées pour le surveiller et le manipuler (Mattis, McMaster, Kelly, etc.), on en vient à penser que Trump s’arrange de ces extrémistes pour faire avancer sa politique commerciale agressive et prédatrice, appuyée sur une menace perpétuelle diverse, où la menace de l’agression militaire a sa place à côté des sanctions effectives.

Nous disons bien “menace d’agression militaire” et non pas “agression”, parce que Trump ne veut pas d’un conflit alors qu’il entre en campagne de réélection ; par conséquent, ce serait la situation incertaine du “manipulateur manipulé”, ou “qui manipule qui ?”. L’idée d’un Bolton qui rassemble sur lui autant de pouvoir que Cheney sous GW Bush, selon l’analogie de Barbara Boland citée plus haut, a beaucoup moins de validité si Trump tient effectivement le pouvoir pour réaliser son obsession du capitaliste prédateur soumettant tous ses partenaires et adversaires aux exigences d’une guerre commerciale appuyée sur la menace. L’essentiel pour un tel “plan” est que la menace militaire soit toujours présente, et même “follement présente” (Bolton & le reste font l’affaire), mais qu’elle ne soit jamais mise à exécution (l’abandon de l’attaque sur l’Iran dix minutes avant le coup d’envoi).

(Le cas GW Bush-Cheney était complètement différent. Le jeune Bush, aux capacités limitées, n’était pas du tout hostile aux aventures militaires, que du contraire s’il trouvait chez les aventuriers la solidité conceptuelle qui lui manquait. Il était chambré par son conseiller Rove, le “faiseur d’Empire” fort peu préoccupé par l’obsession commerce/dollar de Trump ; Rove, l’homme du « Nous sommes un empire maintenant et quand nous agissons nous créons notre propre réalité. Et alors que vous étudierez cette réalité, – judicieusement, si vous voulez, – nous agirons de nouveau, créant d’autres nouvelles réalités, que vous pourrez à nouveau étudier, et c’est ainsi que continuerons les choses. Nous sommes [les créateurs] de l’histoire... Et vous, vous tous, il ne vous restera qu’à étudier ce que nous avons [créé]. »)

A cette lumière, les effets de l’entrée dans le jeu d’un Esper tel qu’il est décrit ci-dessous sont assez complexes à évaluer. S’il est idéologiquement plus “structuré”  type-neocon,, comme cela semble le cas, il n’est pas assuré que la position des idéologues (la triplette, Bolton en tête) soit meilleure, parce que Trump reste en place et entend exercer au maximum ses prérogatives de manipulateur de la “menace non-exécutoire” d’une intervention militaire. C’est-à-dire que s’il est vrai que Bolton (prenons son cas), avec Esper devenu “membre actif” du club, contrôle énormément de puissance à l’image de Cheney en 2002-2003, par contre il a au-dessus de lui un président auto-bloquant et imprévisible, avec une puissante idée fixe (commerce-dollar) et un formidable narcissisme pour paradoxalement “structurer cette imprévisibilité”, cela revenant donc à un président impossible à manipuler à cause de son désordre. Il s’agit du contraire de ce qu’était GW Bush pour Cheney, un GW Bush sans idée précise, facilement impressionnable, d’une personnalité peu affirmée, peu sûr de lui, cherchant toujours des appuis solides chez ses subordonnées.

Nous irions même jusqu’à envisager que la venue du secrétaire à la défense par intérim avec une certaine structure idéologique allant dans le sens de Bolton, puisse se révéler comme un concurrent de Bolton dans le contrôle de la puissance, s’il choisit par exemple de s’appuyer sur les chefs militaires qui sont d’instinct hostiles aux extrémistes civils. Dans ce cas, la référence Cheney serait valable, mais le Cheney seconde période, notamment à partir du départ de Rumsfeld (novembre 2006), lorsque le nouveau secrétaire à la défense Gates s’appuya sur ses généraux (et surtout sur ses amiraux) pour contrer certains projets du clan Cheney, simplement (pour le cas de Gates) pour contrer la puissance de Cheney. Dans le cas actuel, et malgré l’idéologisation conformiste-unitaire des directions de la sécurité nationale qui n’empêche aucunement les affrontements bureaucratiques internes extrêmes, c’est Trump qui pourrait jouer des rivalités de pouvoir entre ses divers chefs de la sécurité nationale. On en revient toujours à Trump, comme ce qu’un simulacre de latin désignerait dans notre infernale sarabande de la communication, comme le Clownus Ex Machina imprévisible et tout-puissant...

Le texte ci-dessous, de Darius Shahtahmasebi, avocat international et commentateur politique spécialisé dans les affaires US, et basé en Nouvelle-Zélande, est en ligne sr RT.com le 26 juin 2019.

dedefensa.org

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Un antichinois au Pentagone 

Pour quelqu'un qui a fait campagne électorale en vue de mettre fin à des guerres inutiles et de faire en sorte que son pays redevienne ”grand”, Donald J. Trump a choisi de truffer son administration de certaines des personnes les plus bellicistes à Washington. Je pourrais écrire tout un essai sur ce seul fait, mais le passé tristement célèbre de gens comme John Bolton, Mike Pompeo et Elliot Abrams est en train de devenir rapidement connu de tous.

Le dernier hyper-faucon de Trump, qui semble prêt à entrer dans la mêlée de l’une des administrations les plus catastrophiques de tous les temps, est Mark Esper, actuellement ministre de l’armée de terre. Esper est le choix de Trump pour diriger le Pentagone, suite à la démission de James ‘Mad Dog’ Mattis en novembre dernier. Apparemment, personne n'est assez “chien fou” pour le goût de Donald Trump.

Esper s'intéresse particulièrement à la Chine depuis des décennies (c'est du moins ce qu'il dit). Selon Reuters, Esper a déclaré qu'il considérait la Chine comme une priorité personnelle dès les années 1990, à l'époque où il travaillait comme assistant au Capitole après avoir servi plus de dix ans dans l'armée.

« La question de la Chine, de la concurrence avec la Chine, des capacités de la Chine, n'est pas nouvelle pour moi... C'est à la fois le fondement et le constant renforcement de mon point de vue sur les questions de sécurité nationale, parce que j'ai suivi l’évolution depuis 20 ans maintenant », a dit M. Esper, qui rappelle qu’il était un planificateur de guerre dans le Pacifique au sein de l'état-major de l'Armée au milieu des années 1990.

Alors, à quoi ressemblerait une armée américaine dirigée par Esper dans un avenir proche ?

L'an dernier, lors d'un événement de politique étrangère à Brookings, M. Esper a expliqué sa vision de l'avenir de l'armée américaine. Après avoir expliqué que son mantra personnel est « la seule façon dont les êtres humains peuvent gagner une guerre est de l'empêcher... la meilleure façon d'empêcher une guerre est d'être prêt à la gagner », Esper a poursuivi en expliquant comment, pour contrer la Russie et la Chine, l'armée américaine devrait faire croître l'armée régulière au-delà de 500 000 soldats, entre autres choses.

(Il est intéressant de noter à ce stade que Bolton lui-même est également friand de cette sorte de formule, citant notamment souvent la plus fameuse, celle de la Rome antique, sur la guerre et la paix : « Si tu veux la paix, prépare la guerre », – mais je suis sûr que ce n'est qu'une coïncidence.)

« L’une des situations les plus dangereuses est le conflit de haute intensité. C'est là que nous pourrions [avoir] une guerre majeure, et cela aurait un impact très important sur les Etats-Unis », a aussi récemment déclaré M. Esper au Washington Examiner. « Nous devons donc bâtir une armée, une armée si vous voulez, capable de faire face à la Russie ou à la Chine, car nous savons qu'au cours des 18 dernières années, alors que nous nous sommes concentrés sur l'Irak et l'Afghanistan, les Russes et les Chinois se sont efforcés de moderniser leur force et de combler l'écart avec les États-Unis. C'est ce qui retient notre attention en ce moment. »

Malgré cet accent mis sur la Chine, il ne serait pas trop difficile de déterminer où se situera la loyauté d'Esper à long terme. Dans un passé pas si lointain, Esper a passé sept ans comme vice-président des relations gouvernementales chez Raytheon, un entrepreneur de la défense, où il a gagné des millions.

Dans son rôle bientôt confirmé de secrétaire à la Défense, il est susceptible d'avoir la décision finale sur les armes que le Pentagone achète. Cela dit, Patrick Shanahan, récemment démis de ses fonctions de ministre de la défense par intérim, était un dirigeant de longue date chez Boeing, ce qui démontre une fois de plus à quel point la démocratie américaine est constante dans ses choix.

Esper a également servi dans la guerre du Golfe en 1991 en tant qu'officier d'infanterie et a reçu l'étoile de bronze, indiquant que son implication dans la machine de guerre américaine est aussi profond et sérieux qu'on peut l'être. Sans compter qu'en 1986, lui et Pompeo ont fréquenté ensemble l'Académie militaire américaine. Même à la lumière des obstacles juridiques monumentaux qui devraient se dresser sur la route d'Esper avant qu'il ne puisse techniquement occuper le siège de secrétaire américain à la Défense, il semble qu'Esper soit déjà un acteur de première main dans l’administration Trump. En fait, Esper aurait été à la Maison-Blanche jeudi dernier pour une réunion avec le président américain sur la façon de réagir à la destruction par l'Iran d'un drone militaire américain RQ-4C. Si la querelle actuelle entre les États-Unis et l'Iran s'intensifie davantage, nous pourrions être témoins de ce qu'Esper apportera à l'establishment de la politique de sécurité nationale américaine.

L'annonce de la nomination d'Esper intervient au moment même où les chefs d'état-major interarmées américains annoncent une nouvelle doctrine nucléaire qui implique que le Pentagone estime que l'utilisation des armes nucléaires pourrait « créer les conditions nécessaires à des résultats décisifs et à la restauration de la stabilité stratégique ». Une doctrine d'opérations nucléaires publiée pendant l'administration de George W. Bush a également contribué à ouvrir la voie à la possibilité de frappes nucléaires préventives et à l'utilisation de l'arsenal nucléaire américain contre un éventail élargi de cibles.

Le Pentagone étend également sa rivalité avec la Chine pour inclure une nouvelle course aux armements dans l'espace. Dans une nouvelle évaluation de la menace qui pèse sur l'armée chinoise, le Pentagone cite 86 foisle mot “espace”, avertissant que l'armée chinoise s'emploie à « permettre des frappes de précision à longue portée » et à mettre au point des armes à énergie dirigée pour l'espace.

Du côté de Pékin, un général chinois de très haut niveau qui a cosigné un livre intitulé : La guerre sans restriction : Le maître-plan de la Chine pour détruire l’Amérique, a avertique les dirigeants américains qui se préparent à une course aux armements dans l'espace devraient être prêts à la perdre.

« La Chine n'est pas l'Union soviétique », a-t-il déclaré dans une interview accordée au South China Morning Post (SCMP). « Si les États-Unis pensent qu'ils peuvent aussi entraîner la Chine dans une course aux armements et la faire tomber comme ils l'ont fait avec les Soviétiques... au bout du compte, ce pourrait bien ne pas être la Chine qui retrouverait à terre. »

Si les États-Unis voulaient éviter un conflit avec une puissance nucléaire comme la Chine, il faudrait envisager qu'ils puissent au moins prendre davantage de mesures de précaution pour éviter une telle catastrophe. S'abstenir de nommer des gens comme Esper, qui doivent travailler en étroite collaboration avec des super-faucons établis comme John Bolton et Mike Pompeo, serait un bon début dans cette direction. Bien qu'on n'en parle pas souvent, M. Bolton s'est fait l'ardent défenseurd'une riposte contre la Chine, allant même jusqu'à contester la politique d'une seule Chine de Beijing à l'égard de Taïwan, une mesure qui pourrait aussi mener à la guerre.

Brian Weeden, directeur de la planification des programmes à la Secure World Foundation, a fait remarquer avec perspicacité: « L’une de mes plus grandes préoccupations est que, malgré tous les discours sur l'horreur d'un conflit armé avec la Chine pour tout le monde, toutes les politiques et actions actuelles semblent se préparer au conflit armé plutôt que de l'éviter. »

Cependant, éviter les conflits n'est tout simplement pas à l'ordre du jour d'Esper. Ce n’est pas une spéculation de ma part :

« Ma première priorité sera l'état de préparation,– veiller à ce que l'ensemble de l'armée soit prête à combattre tout au long du conflit », a déclaré M. Esper devant la Commission des forces armées du Sénat en novembre 2017. « Avec l'armée engagée dans plus de 140 pays à travers le monde, pour inclure des opérations de combat en Afghanistan et en Irak, des rotations d'entraînement en Europe pour dissuader la Russie et des unités déployées dans le Pacifique pour se défendre contre une Corée du Nord belliqueuse, la préparation doit être notre première priorité. »

Darius Shahtahmasebi

  • 28 juin 2019 à 00:00

A la rescousse

Par info@dedefensa.org

A la rescousse

Alors que nous écrivons ce message, ce 28 juin 2019, la barre de donation de dedefensa.orgpour ce mois de juin atteint €1 712. Nous tenons à remercier très sincèrement et chaleureusement ceux de nos lecteurs qui, répondant à nos premiers appels, sont intervenus dans cette donation. 

Bien sûr, cette somme est encore éloignée du montant qui nous est nécessaire pour continuer à fonctionner normalement. (Phrases sempiternelle, néanmoins rajeunies en fonction des nécessités...   « “… Nos lecteurs savent évidemment que, depuis 2011, les conditions économiques ont évolué et que les sommes proposées doivent être définies différemment. Le seuil du “fonctionnement minimum des fonctions essentielles du site” dépasse aujourd’hui très largement les €2.000 et se trouve quasiment au niveau des €3.000avec le reste à l’avenant... »)

Vous avez pu lire dans de nombreux messages, y compris dans ceux qui sont référencés dans le texte de présentation de la barre de comptage, les nombreux arguments que nous présentons pour justifier notre appel à votre soutien et à votre solidarité, – qui concernent aussi bien notre site que la presse antiSystème en général, avec le combat essentiel que nous menons tous. 

Ici, nous nous contentons de renouveler la demande faite à nos lecteurs d’intervenir et de faire en sorte que ce mois de juin 2019 se place dans la dynamique et la logique des mois et années précédents où le soutien mensuel à notre site a toujours rencontré notre attente, et toujours selon ce même mouvement de mobilisation dans les derniers jours du mois.

 

Mis en ligne le 28 juin 2019 à 01H23

  • 28 juin 2019 à 00:00

Gabbard explose le premier débat démocrate

Par info@dedefensa.org

Gabbard explose le premier débat démocrate

Hier soir aux USA avait lieu le premier des deux débats présentant vingt candidats démocrates pour les présidentielles (10 dans chaque débat). Bien entendu complètement ignorée avant le débat, mentionnée souvent faussement après sinon laissée à son statut de non-personne par la presseSystème, la députée Tulsi Gabbard s’est révélée de loin comme le plus populaire et la gagnante du débat d’après la majorité les sondages “en-ligne”, – les moins sûrs scientifiquement et sans le professionnalisme des experts du sondage, donc les plus assurés d’être proches du véritable sentiment d’intérêt, sinon de soutien des téléspectateurs et internautes. En général, Gabbard assure entre 30% et 40% des vbotes, devant Elizabeth Warren avec autour de 12%-15% des votes.

ZeroHedge.com donne une place importante à la performance de Gabbard au milieu de la foule de candidats démocrate de type-“copié-collé”, notamment et essentiellement dans le domaine des guerres sans fin, sans raison, sans rien du tout sinon des morts et des ruines, que constitue l’actuelle politique américaniste. Il faut noter, que le site WSWS.org a consacré un article sur cette “pantomime” du premier débat des candidats démocrates sans dire un seul mot de Tulsi Gabbard, la seule candidate antiguerre (bien que sa photo figure parmi les photos de quatre candidats, dont Sanders et Warren, en tête de l’annonce de l’article, en première page)... Surprise ? Pas de surprise ? WSWS.org n’aime pas trop citer dans un sens favorable, –– comme il aurait dû le faire pour Gabbard, – des personnalités non-trotskistes, appartenant à l’un ou l’autre parti de l’establishmentLa vertu antiguerre, c’est l’exclusivité des trotskistes...  A signaler enfin la réaction de Meghan McCain, la digne fille de son père, tweet très laudateur pour Tulsi puis retiré très rapidement du compte de Meghan McCain pour audace trop audacieuse : « Tulsi et moi ne pourrions pas être plus en désaccord sur nombre de sujets  (et elle a retiré ses fonds de soutien sur mon nom après que j’ai eu dénoncé sa rencontre avec Assad) MAIS jusqu'à présent, elle s’est montrée comme la candidate démocrate la plus posée et la plus authentique »

La stature et le succès de la députée de Hawaii a été fortement assurée notamment par sa carrière militaire, avec trois déploiements en Irak au sein de la Garde Nationale, et, très récemment, le grade de commandant. Bien entendu, ce sont ses positions sur la politique extérieure et de sécurité nationale qui ont retenu l’attention, et notamment sa dernière déclaration du débat : « De tous les candidats à la présidence, c'est moi qui suis la plus qualifiée pour assumer cette responsabilité d'entrer dans le Bureau ovale pour prendre les fonctions de commandant en chef. Et je pense que vous avez entendu ce soir certaines des raisons pour lesquelles ceux qui n'ont pas l'expérience, la compréhension et la conviction nécessaires mettraient malheureusement notre pays dans une situation où nous finirions par faire plus de guerres, ce qui nous coûterait plus de vies et d'argent des contribuables. C'est pourquoi je me présente comme candidat à la présidence, pour être cette personne, pour apporter ce changement dans notre politique étrangère avec ses guerres de ‘regime change’ et cette nouvelle course aux armements nucléaires du type-Guerre froide. Il faut  investir nos précieux dollars pour répondre aux besoins de notre peuple. »

Le texte du site Daily Caller donne ce résumé des résultats des sondages “en-ligne”, en affirmant le “triomphe” de Gabbard (« Gabbard Triumphs – Initial Online Polls Say She Wins The Day »)

« Dans son sondage en ligne, Drudge Report donne Gabbard à 41.63% avec 31 114 votes. Sa rivale la plus proche, Elizabeth Warren, est à   11.94% avec 8,925 votes. Jusqu’ici [16H30, ce jeudi], 74 736 votes ont été enregistrés sur le site de sondage de Drudge.
» Les autres sondage “en-ligne” du Washington Examiner, de NJ.comaet de Heavydonnent tous un avantage similaire à Gabbard . Chaque sondage donne son résultat entre 30% et 40% des votes.
» Parmi les trois, Washington Examiner a le plus haut pourcentage pour Gabbard, avec 39,22% des votes, NJ.com donne Gabbard première avec 34,67% et Heavy lui donne 32,24%.
» Il est important de noter que ces sondages sont très loin d’être scientifiques et ne sont évidemment pas représentatifs de toutes les personnes ayant assisté au débat.
» Néanmoins, les tendances de recherche de Google montrent qu’il y a eu de plus en plus d’intérêt des internautes pour Gabbard pendant le débat. Gabbard [qui était le nom le plus recherché dans le seul État d’Hawaii avant le débat]a terminé comme étant la candidate (le candidat) la plus recherchée à la fin du débat [le nom le plus recherché dans 34 États]. »

 

Mis en ligne le 27 juin 2019 à 16H30

  • 27 juin 2019 à 00:00

Le S-400 et la Full-Spectrum Defense

Par info@dedefensa.org

Le S-400 et la Full-Spectrum Defense

27 juin 2019 – Il y a une sorte d’insistance éhontée et grossière de marchands de tapis dans la démarche des représentants de commerce (Pompeo & le reste) du complexe militaro-industriel US lorsqu’il s’agit de fourguer de la quincaillerie technologico-militaire et de satisfaire à la voracité de la bureaucratie washingtonienne du bellicisme hégémonique. Les engagements que ces VRP (vendeur, représentant et placier) du CMI recherchent constituent une sorte d’emprisonnement contractuel qui tend à lier l’acheteur à des acquisitions qui s’inscrivent dans un système coordonné, ne fonctionnant que sous la direction coordonnée de cette bureaucratie, soumis à des upgrade et mises à niveau réguliers : c’est comme une pieuvre, un engluement, il est impossible de s’en débarrasser.

Une nouveauté extraordinaire et inédite dans sa visibilité et son absence de mesure concerne la même démarche pour son contraire : lorsqu’il s’agit de décourager un pays qui a décidé d’acheter un système non-américaniste, et particulièrement un système russe. C’est bien évidemment le cas pour les systèmes S-400, devenus le nœud gordien de la polémique du genre, et c’est le cas le plus extrême de cette nouvelle démarche, interférence grossière dans les souverainetés nationales, bien dans la manière de l’administration Trump sans la moindre vergogne, avec menaces à l’appui pour forcer la décision, comme si les USA estimaient être les maîtres absolus de la régulation internationale des choix et des ventes d’armes. Depuis deux-trois ans, ce sont surtout la Turquie et l’Inde qui sont soumis à des pressions renouvelées sans cesse malgré des fins de non-recevoir, pour décourager ces pays d’acheter des S-400. Sans doute ces pressions se poursuivront-elles, bien entendu assorties de sanctions, lorsque les premiers S-400 seront déployés, voire lorsqu’ils seront utilisés opérationnellement (peut-être contre des drone US, du type RQ-4C, à-l’iranienne).

• C’est le cas en Turquie, où le tout nouveau nième-secrétaire à la défense pour l’instant par intérim Mark Esper, du Pentagone, a fêté sa nouvelle position par une nouvelle communication/menaces à la Turquie, où l’achat des S-400 interfère selon la démarche US avec l’achat de F-35... Face à la Turquie qui va recevoir le mois prochain les premiers éléments de S-400, Esper a donc fait sa sortie d’inauguration de son “mandat” en psalmodiant robotiquement l’habituel admonestation bureaucratique et engluée : 

« ... Le Secrétaire à la Défense des États-Unis par intérim, Mark Esper, a averti la Turquie que l'achat tant attendu des systèmes de défense aérienne russes S-400 nuirait aux ambitions de la Turquie d'acquérir des chasseurs F-35 et entraînerait des conséquences économiques en raison des sanctions qui suivront probablement, rapporte Reuters, citant un haut fonctionnaire américain non identifié de la défense.
» “Le secrétaire a été très ferme, une fois de plus, sur le fait que la Turquie n'aura pas à la fois le S-400 et le F-35. Et s'ils acceptent le S-400, ils devraient accepter les ramifications non seulement pour le programme des F-35, mais aussi pour leur situation économique”, a déclaré le responsable après la réunion des ministres de la défense américain et turc en marge du sommet de l'OTAN qui s'est tenu à Bruxelles mercredi. »

• En même temps, Pompeo est en Inde où il délivre pour la nième fois lui aussi, sous forme de petite commission, le conseil appuyé et impératif, sous forme d’une torsion de mains amicale jusqu’au risque de fractures graves, donné à l’Inde de ne pas acheter de S-400. Lors de la première rencontre avec le ministre indien des affaires étrangères, l’intention d’achat des S-400 a été renouvelée du côté indien, toujours selon les mêmes échanges désormais très monotones ; les ministres US semblent de plus en plus confinés à des rôles de perroquet de leurs obsessions autant que de leurs bureaucraties, – ceci équivalant à ceci, – ce qui donne pour Pompeo actuellement en Inde ces remarques : 

« Le ministre indien des Affaires étrangères a déclaré que New Delhi n'aura rien d'autre à l'esprit que ses propres intérêts, lorsqu'il donnera suite à l'accord d'achat de systèmes de missiles de défense aérienne S-400 de Moscou, l'accord auquel les États-Unis sont fermement opposés.
» Subrahmanyam Jaishankar a fait ses commentaires alors qu'il répondait à une question sur le S-400 lors d'un entretien avec le secrétaire d'État américain Mike Pompeo lors de sa visite à New Delhi. “Nous entretenons des relations avec plusieurs pays, dont beaucoup sont d'une importance certaine. Ces relations répondent à une tradition. Nous ferons ce qui est dans notre intérêt national.” »

Comme d’habitude, devant cette fin de non-recevoir une fois de plus renouvelée et en attendant une nouvelle tentative et de nouvelles pressions dans les jours qui viennent, Pompeo a philosophiquement remarqué que « les meilleurs amis du monde peuvent très bien avoir des avis différents ».

• Même si ces comportements marquent sans le moindre doute une façon d’être et une façon de faire qui sont très caractéristiques de l’administration Trump dans sa façon d’avoir des relations avec ses meilleurs amis, – insistance gluante, menaces, sanctions diverses, promesses à peine voilées de brutalité, etc., bref une belle façon de négocier, – il n’en reste pas moins que la question des S-400 est extrêmement et particulièrement sensible. Dans StrategicCultre.org, Matthew Ehret, qui développe souvent des thèses complexes et parfois éclairantes sur les questions de stratégie et de psychologie de la guerre nucléaire, donne une explication générale qui semble cohérente sinon évidente mais qui n’en constitue pas moins, une fois qu’elle est décrite, l’occasion de réaliser la structuration bureaucratique, et absolument obsessionnelle du point de vue stratégique, de la démarche du Pentagone dans cette affaire. Il s’agit du concept de Full-Spectrum Defense opposé au concept de Full-Spectrum Dominance (traduction évidente entre “Défense du Spectre Complet” par opposition à la “Domination du Spectre-Complet”).

« L'adoption récente par l'Inde et la Turquie du système de défense avancé S-400 de la Russie représente un tournant majeur dans la bataille internationale en cours entre deux paradigmes opposés des affaires mondiales.
» Les deux nations résistent à l'immense pression d'un empire anglo-américain qui, depuis 2007, travaille de toutes ses forces à la construction d'une vaste infrastructure militaire autour de la Russie selon la doctrine utopique de la “Full Spectrum Dominance” (c'est-à-dire la conviction qu'une guerre nucléaire peut être gagnée avec un monopole de première frappe). Ce bouclier antimissile a commencé à viser la Chine et le flanc du Pacifique Sud de la Russie en 2011 lorsque M. Obama a dévoilé la branche militaire du ‘Pivot to Asia’ antichinois.
» Toutefois, si des pays comme l'Inde et la Turquie, qui étaient censés participer à l'encerclement de la Russie et de la Chine, devaient adopter la prochaine génération de systèmes radar/missiles défensifs comme le S400 de la Russie, alors toute la formule de la domination unipolaire s'écroulerait. Déjà, la Chine a adopté le S400 à partir de 2015, qui permet l'interception supersonique de missiles, d'avions et de bombes à courte et longue portée à 38 km d'altitude et à 400 km de distance. Parmi les autres pays qui ont manifesté leur intérêt pour la S400 figurent le Qatar, l'Arabie Saoudite, l'Égypte, l'Algérie, le Maroc et le Vietnam.
» La montée en puissance du S400 et la nouvelle architecture de sécurité qui l'accompagne sont connues sous le nom de ‘Full Spectrum Defense’ et constituent l'une des transformations les plus importantes de l'ordre mondial. Lorsqu'elle est considérée en tandem avec l'initiative mondiale de la nouvelle “Route de la Soie” (qui est étroitement intégrée à l'Union économique eurasienne et à l'Organisation de coopération de Shanghai), elle représente le plus grand espoir actuellement envisageable pour l’humanité.
» Certaines personnalités particulièrement obsédées au sein de l'OTAN et du complexe militaro-industriel préféreraient brûler en enfer en s’en tenant au scénario désuet écrit au début de 2007, lorsque le tambour battait [déjà]pour la guerre avec l'Iran à un rythme effréné. Ces chiffres, représentés par des personnalités telles que le ministre américain de la Défense [Mark Ehret], Mike Pompeo et John Bolton, sont convaincus qu'une guerre nucléaire avec la Russie et la Chine peut encore être gagnée... si seulement des pays “renégats” comme la Turquie et l'Inde pouvaient reprendre leur place et suivre le scénario ! »

Apparition de la Full-Spectrum Defense

Il y a un peu plus de vingt ans, le chef d’état-major général des forces armées belges nous disaient, à propos des F-16 que la Force Aérienne avait commandés en 1975 et reçus à partir de 1979 : « Avec les Américains, c’est effrayant ! Vous ne pouvez plus vous libérez dès lors que vous avez acheté leur matériel. Ils viennent vous voir au bout de dix ans, alors que vos avions volent très bien, et vous impliquent dans un processus de modernisation qui va vous lier à eux pour 10-15 ans supplémentaires et ainsi de suite... » Cet interlocuteur ne disait pas clairement que les Américains, c’est comme “une sangsue gluante” dont on ne peut se débarrasser, mais pas loin, – disons qu’il évoquait peut-être l’analogie plus légère du sparadrap du capitaine Haddock, cas historique tout de même plus sympathique.

Mais dans ce cas des S-400, le “plan” systématique et immuable de la bureaucratie technologique américaniste se retourne contre elle en prenant une dimension inattendue. Pour notre compte, c’est la première fois 1) que nous entendons parler de la Full-Spectrum Defense ; et 2) que nous réalisons par conséquent combien ceux qui choisiraient/choisissent (?) le S-400 (l’armement anti-aérien russe), dans ce cas la Turquie et l’Inde, se trouvent nécessairement destinés à devenir des adversaires de la Full-Spectrum Dominance qui est nécessairement la doctrine qu’exsude toute la bureaucratie de sécurité nationale. Cette production de la bureaucratie est impérative dans la mesure où elle implique symboliquement une domination totale des USA dans tous les domaines de la bataille et qu’il s’agit du credo absolument imparable, indestructible de la susdite bureaucratie.

(Que la chose date de 2006-2007 sous la forme de la possibilité “gagnante” d’une première frappe, qu’elle était déjà une simple illusion faussaire, tout cela n’importe pas puisque nous nous trouvons toujours au cœur du même simulacre.)

Du coup, le domaine de la réflexion dans le cadre du simulacre où évolue la puissance des USA vue par eux-mêmes (les USA) s’élargit et l’affaire prend une toute autre dimension puisqu’on apprend, – la Turquie et l’Inde en premier, – que ces deux pays font partie de l’ensemble Full-Spectrum Dominance, ou plutôt qu’ils en feraient partie s’ils décidaient finalement au profit d’une quelconque quincaillerie US de ne pas acheter des S-400 (mais, au fait, ils vont l’acheter si ce n’est déjà fait, non ?) ; ainsi, s’ils n’en font plus partie (du Full-Spectrum Dominance), ils apprennent qu’ils en faisaient partie... C’est de la métaphysique-simulacre pure du domaine militaro-industriel qu’il s’agit.

On comprend alors que l’hostilité qu’engendrerait le refus éventuel d’abandon du S-400 par la Turquie et l’Inde est un événement catastrophique absolument considérable, et pour des raisons stratégiques non moins formidables. Ce refus constituerait du point de vue de la bureaucratie un acte d’hostilité volontaire et impardonnable à l’encontre des USA. C’est le principe du “qui n’est pas avec nous est contre nous” multiplié d’abord par la haine de la Russie, ensuite par la croyance en la technologie US, enfin par la justesse absolument métaphysique de la doctrine de la Full-Spectrum Dominance.

C’est en ce sens que le texte de Ehret est éclairant, et même, plus que le texte, le seul emploi de l’expression Full-Spectrum Defense qui fait basculer, par une sorte de fascinant automatisme pavlovien renvoyant au monde-simulacre créé par son contraire (Full-Spectrum Dominance), toute cette affaire du point de vue commercial avec quelques prolongements politico-stratégiques secondaires à un point de vue essentiellement et absolument politico-stratégique avec des envolées métaphysiques, l’aspect commercial devenant alors objectivement très secondaire (même si Trump est toujours à ce niveau-là). Nous croyons en effet qu’un artifice de communication tel qu’une expression de cette sorte est capable de bouleverser une analyse générale, dans une époque où la communication écrase tout le reste, où règne le simulacre, où l’illusion de l’absolue puissance US est plus forte que jamais, à la mesure de l’effondrement de cette puissance dans l’impuissance totale.

Une telle progression sémantique conduit à créer à posteriori la nécessité absolue de la présence de la Turquie et de l’Inde dans l’encerclement antimissile de l’ensemble eurasiatique sino-russe (à l’instar de pays tels que la Pologne, la Roumanie, le Japon, – la Corée du Sud si elle le veut bien mais ce n'est pas sûr du tout), au moment où justement ces deux pays sembleraient se dérober à leur devoir absolu de figurer dans l’ensemble qui contribue à la Full-Spectrum Dominance. Ils en seraient /ils en seront (?) d’autant plus détestés et dénoncés comme apostats, définitivement chassés hors des conceptions stratégiques et vertueuses des USA

Bien entendu, des concepts tels que Full-Spectrum Dominance ne sont pas complètement dépassés ou obsolètes, ils sont plus droitement dit une complète illusion construite à l’intérieur du simulacre que développe constamment la bureaucratie militaro-industrielle US, ses experts, ses idéologies, etc. Elle était déjà une complète illusion en 2006-2007, c’est dire aujourd’hui !

Du coup, on pourrait croire que la Full-Spectrum Defense l’est de même, complète illusion … C’est vrai dans l’absolu, effectivement complète illusion ; mais c’est tout à fait différent dans les psychologies. Dès lors que les psychologies bureaucratiques et autres à Washington tiennent pour véridiques toutes ces choses, l’hostilité pour la Turquie et l’Inde deviennent des attitudes tangibleset des “réalités” politiques, et effectivement les pays concernés sont poussés, par simple réaction de résistance, à se regrouper dans quelque chose qui ressemblerait à l’occasion, puis de plus en plus structurellement, à une coordination opposée à l’hostilité US ; par conséquent, ainsi naîtrait la Full-Spectrum Defense dressée contre une Full-Spectrum Dominance qui n’existe pas, mais bel et bien contre les restes de la puissance de l’américanisme et contre ses prétentions de communication. Rien n'empêche alors cette Full-Spectrum Defense d'être coordonnée et organisée à terme, techniquement et tactiquement, selon un schéma où les Russes auraient bien entendu leur mot à dire.

Nous allons donc suivre avec intérêt les suites de cette affaire et peut-être cette attente sera-t-elle récompensée par quelque heureuse surprise, comme par exemple un Erdogan se décidant à menacer de quitter l’OTAN jusqu’à s’en faire exclure par un Trump de méchante humeur ; comme par exemple un Modi entrant dans l’Organisation de Coopération de Shanghai et signant ces pactes de coopération de défense avec l’ensemble eurasiatique sino-russe, etc. A cet égard, Trump a introduit une irrésistible logique de destruction des arrangements favorisant jusqu’ici les USA et la globalisation qui va avec, en faisant passer son extraordinaire bellicosité au niveau du commerce, dans le commerce des armes où il n’y a pour lui pas d’amis ni d’alliés, ni de pays à ménager, et enfin terminant dans les grands domaines stratégiques par la voie vers un isolement complet des USA au milieu du monde livré au chaos, et ce monde ne voyant plus d’issue que dans l’attente favorisée par lui de l’effondrement des USA isolés.

  • 27 juin 2019 à 00:00

Les gros yeux de l’été

Par info@dedefensa.org

Les gros yeux de l’été

Il n’y a pas grand-chose à signaler que je n’ai pas déjà signalé. Ce qui se passe est plus ou moins une redite, mais les attitudes semblent avoir changé. Il y a un nouveau développement qu’on désignera “faire les Vrais Gros Yeux” et, à ce rythme, cela pourrait bientôt devenir un sport olympique.

Les États-Unis sont en pilote automatique, en mode de croisière vers l’effondrement, submergés par la dette et politiquement dysfonctionnels, mais toujours en train d’essayer d’intimider le monde. En réponse, le monde s’est mis à faire les gros yeux de manière coordonnée à l’échelle mondiale : les Américains (et/ou leurs mandataires) endommagent certains pétroliers dans le golfe Persique et accusent l’Iran d’avoir fait le coup. Comme cela n’a pas eu l’effet escompté, les Américains (et/ou leurs mandataires) … ont décidé qu’il fallait endommager d’autres pétroliers dans le golfe Persique et blâmer l’Iran – c’est le moment de refaire les gros yeux. Pendant ce temps, il y a beaucoup de navires de la marine américaine qui naviguent dans le golfe Persique, et c’est un signe certain que les hostilités ouvertes avec l’Iran seront évitées parce que ces navires sont très chers, qu’il n’y a pas d’argent pour les remplacer. Étant donné les capacités très avancées en missiles et torpilles diverses de l’Iran, ils sont des cibles faciles.

Une autre occasion de faire les gros yeux se présente chaque fois que les responsables américains parlent de leurs exportations d’hydrocarbures. La seule raison pour laquelle les États-Unis ont un surplus temporaire d’hydrocarbures est due à l’industrie de la fracturation hydraulique, qui se noie dans l’encre rouge et ne sera jamais guérie parce que les prix dont elle a besoin sont supérieurs à ce que le monde peut se permettre de payer. Le pétrole de schiste n’est qu’un coup d’éclat temporaire, et ce qui vient ensuite, c’est ce qui se passe après le pic pétrolier – ce qui n’est pas étonnant, car c’est là que tous les meilleurs modèles économiques et outils de prévision cessent de fonctionner, mais je suppose que le monde va se séparer en pays riches en énergie et en pays pauvres en énergie, et les pauvres auront de la difficulté à maintenir un style de vie qui s’apparente à celui des gens du premier monde, en s’offrant des boissons caféinées super chères ou des psycho-analystes pour leurs animaux domestiques.

Une autre occasion à ne pas manquer est la guerre de Trump contre Huawei, qui a conduit Google à priver les smartphones Huawei de l’accès à son système d’exploitation Android. Maintenant, préparez-vous à faire les gros yeux, car les systèmes d’exploitation sont à ce stade des éléments libres qui flottent dans le domaine public. À l’exception de Microsoft Windows, qui est une merde absolue, ils sont tous basés sur Linux (comme Android) ou BSD Unix (Mac OS, etc.) et ces derniers sont tous les deux gratuits. Faire fonctionner Linux sur un smartphone, un réfrigérateur ou un grille-pain, c’est écrire tout un tas d’interfaces et de pilotes de périphériques, et c’est quelque chose qu’un million de singes avec des machines à écrire peuvent réussir à faire un million de fois plus vite qu’un singe travaillant d’arrache-pied mais seul. Ainsi, il n’y a plus une mais deux alternatives à Android en cours – une chinoise et une russe – qui continueront à prendre en charge toutes vos applications préférées. Pendant ce temps, Google sera rebaptisé Booble et tous ses brillants employés russes retourneront à Moscou. OK, tu peux faire les gros yeux maintenant.

Le temps a vraiment été sauvage. Aux États-Unis, une grande partie des terres agricoles ont été submergées, les semis de maïs et de soja ont été très réduits et en plus très retardés, et une seule gelée précoce entraînera une catastrophe pour la récolte. Le temps a été tout aussi sauvage de l’autre côté de la planète, en Russie, qui est l’autre grand exportateur agricole. Il neige à Norilsk, des grêlons de la taille d’un œuf et des pluies torrentielles ont provoqué des inondations dans le sud. Il y a des feux de forêt sans fin dans l’est et des températures étouffantes dans le centre. Mis à part les modèles climatiques, il y a certaines indications selon lesquelles, compte tenu de ce temps sauvage, nourrir tout le monde pourrait devenir un problème. Nul doute que les riches répondront en essayant d’amener les pauvres à se manger les uns les autres (faites les gros yeux, s’il vous plaît) et les pauvres répondront avec leur propre plan, qui est de manger les riches (re-gros yeux) mais une fois qu’ils les auront tous mangé, ils finiront par s’entre-dévorer de toute façon (snif).

Certaines personnes réclament que nous nous arrêtions avant qu’il ne soit trop tard ou qui emploient des mots à cet effet. Il y a une Suédoise obsessionnelle et compulsive, Greta, je crois, qui fait le tour du monde, sa campagne médiatique financée par les oligarques mondialistes habituels (Gore, Soros, etc.) qui dit aux gens que nous devons arrêter de brûler des combustibles fossiles, de manger de la viande, etc. Pour être parfaitement cohérente, à l’instar des obsessionnels compulsifs, elle devrait cesser de respirer parce que lorsqu’elle expire, elle produit du dioxyde de carbone qui réchauffe la planète.

De plus, quelqu’un devrait dire à Greta que si le monde cessait de brûler des combustibles fossiles, la température moyenne de la planète grimperait de 1º C à 1,5º C, ce qui est énorme, à cause d’un phénomène connu sous le nom d’assombrissement global. Tout le smog provenant de la combustion de combustibles fossiles limite la quantité de rayonnement solaire qui atteint la surface de la planète. Ajoutez à cela les 0,5º C de réchauffement qui ont été atteints depuis le début de l’ère des combustibles fossiles, et voilà vos 2º C qui, de l’avis général, seraient catastrophiques. Ainsi, quand quelqu’un commence à dire qu’il faut arrêter le réchauffement de la planète, il est peut-être temps de faire les Vrais Gros Yeux. Nous avons dépassé toute cette histoire de “Vérité incommode” ; considérez-vous royalement incommodés.

En parlant d’inconvénient, où je me trouve maintenant, dans le domaine d’Orlov, dans un endroit non divulgué, nous n’avons pas eu une bonne pluie de trempage depuis au moins deux semaines et je vais donc arroser … le champ de pommes de terre. C’est ce à quoi le monde en est arrivé : nous devons arroser ces satanées pommes de terre, parce que, vous savez, nous aimons manger. N’hésitez pas à faire les gros yeux.

 

Le 18 juin 2019, Club Orlov, – Traduction du Sakerfrancophone

  • 26 septembre 2019 à 00:00

Montée de l’Asie et marginalisation du paria US

Par info@dedefensa.org

Montée de l’Asie et marginalisation du paria US

Le roquet euro-américain se ridiculise sur tous les champs de bataille verbaux. On imagine mal comment on attaquerait l’Iran après s’être dégonflé/ridiculisé en Syrie et au Venezuela. Pour rentabiliser le pétrole pourri de Wichita peut-être ? Tout cela ne durera pas longtemps entre la dette, notre agressivité brouillonne et notre dépeuplement. L'Europe c'est 4% de la population du monde, a rappelé Giscard, quand c’était 25% du monde en 1914 (elle payé cher ce surpeuplement du reste). Et mon ami Blondet rappelle qu’en Italie 50% des femmes n’ont pas d’enfants. La prostitution explose partout, et la natalité a baissé de 40 % en Espagne depuis la Crise de 2007. En Amérique comme je l’ai rappelé avec Hamilton, cela ne va pas mieux. Ce qui désole plus c’est la définitive disparition des indiens.

Voyons le sujet du jour. Le roquet occidental aboie (Trump, Merkel, Macron, les britishs, tous dans le même sac), la caravane passe, et la caravane aujourd’hui c’est l’Asie. J’ai trouvé dans la presse israélienne de droite (elle est souvent très bonne et beaucoup plus tempérée que la presse US ou française – défense de rire) un texte passionnant sur la marginalisation du paria américain, l’unification de l’Asie et la montée d’une grand ensemble dont personnellement je n’attends rien de bon sur le plan spirituel et rien de brillant sur le plan matériel. Mais on ne refera pas le monde moderne. Il aura dissous les âmes puis les corps, les noumènes puis les phénomènes (Nietzsche).

On lit donc le Jérusalem post :

« Si vous vouliez savoir à quoi ressemblerait un monde sans influence américaine, vous auriez pu assister au sommet de l'Organisation de la coopération de Shanghai à Bichkek vendredi, puis vous rendre le lendemain à Douchanbé, la capitale du Tadjikistan, pour la Conférence sur les mesures de renforcement de la confiance et de la confiance en Asie (CICA). »

La cible, comme disent nos amis iraniens (« vous n’êtes plus une menace mais une cible »), ce sont les Etats-Unis en piteux état :
« Ensemble, ces sommets rassemblent plus de 30 États membres et observateurs et constituent un forum pour une alliance émergente composée de la Russie, de la Chine, de la Turquie et de l'Iran, afin de débattre de questions régionales et mondiales en l'absence des puissances occidentales. Ceci est important parce que tous ces pays, pour des raisons différentes, ont été confrontés à des défis de Washington ces dernières années. »

Le roquet Bolton aboie et menace tout le monde. Et comme dit Donald (débarrasse-t-‘en, Donald…), « si je l’écoutais il faudrait que je fasse la guerre au monde entier ».  C’est à se demander si ce Bolton ne le fait pas exprès, n’est pas payé pour achever l’empire !

L’article continue sur des banalités :

 « Le président russe Vladimir Poutine et le président chinois Xi Jingping ont rencontré vendredi les dirigeants des pays d'Asie centrale, ainsi que ceux de l'Inde et du Pakistan, afin de discuter de questions régionales et mondiales. Ils ont adopté la Déclaration de Bichkek qui visait à souligner la nécessité de combattre «trois forces du mal», notamment le séparatisme, le terrorisme et l'extrémisme. L'agence de presse russe Tass a estimé qu'il était important de le noter. 

Prends garde, Amérique :

« En outre, les pays s’efforcent de lutter contre la «criminalité transfrontalière» et de «créer un ordre mondial multipolaire». » Washington prend note. L '«ordre mondial multipolaire» vise à contester le leadership mondial des États-Unis après des décennies pendant lesquelles les États-Unis étaient une superpuissance mondiale hégémonique. Pas plus, peut-être, si la réunion de l'OCS est un indicateur. Outre la Chine, la Russie, l'Inde et le Pakistan, les pays voisins du Kirghizistan, du Kazakhstan, du Tadjikistan et de l'Ouzbékistan étaient également présents. »

Tous les participants ne sont pas politiquement corrects :

« En outre, l'OCS avait des observateurs venus d'Afghanistan, du Belarus, d'Iran et de Mongolie. »

Tout cela aboutit à une réduction de l’influence US (l’empire crèvera, mais sa matrice durera, vous verrez, voyez Rome ou l’anglais) :
« Il s’agit du 19ème sommet annuel du groupe, dont les membres ont cherché à signer une feuille de route pour la coopération avec la reconstruction en Afghanistan. Les États-Unis tentent de mettre fin à 19 années de guerre civile dans le pays par le biais d'un accord avec les talibans. L’OCS pourrait entrer dans le pays alors que les États-Unis réduisent son influence… »

Les iraniens se sont énervés :
« Alors que la Russie et la Chine cherchaient à renforcer la coopération régionale, l'Iran a profité de la réunion de l'OCS pour critiquer les États-Unis. Le président iranien Hassan Rouhani a déclaré au sommet que les Etats-Unis «violaient toutes les structures et règles internationales et utilisaient leurs ressources économiques, financières et militaires, avaient adopté une approche agressive et présentaient un risque grave pour la stabilité dans la région et dans le monde. »

Et vient le mot curieux de paria. On voit que les israéliens sont beaucoup plus subtils ici que les néocons (idem pour les relations avec la Russie d’ailleurs) :
« Un jour après que Washington ait accusé l'Iran d'avoir attaqué deux pétroliers, cela montre à quel point l'Iran cherchait à présenter les États-Unis comme un paria mondial devant un public plus réceptif. Le prochain sommet de l'OCS aura lieu en 2020 en Russie. »

Toujours habile et ennuyeux (il ennuie son peuple…), Poutine cherche à s’entendre avec tout le monde, y compris avec l’Iran paria :

« Rouhani a tenu une réunion avec Poutine pour discuter des liens économiques, selon Press TV en Iran. L'Iran a déclaré que les relations allaient sur un "bon rythme" et qu'il y avait une commission conjointe Iran-Russie pour la coopération se déroulant dans une semaine en Iran. Les États-Unis ont cherché à imposer des sanctions à Téhéran. Le message de l'Iran était que cela ne fonctionnait pas. »

Les autres participants aussi  refusent la partition occidentale (s’il y en a une, parce qu’entre Macron, Juncker ou Trump l’occident est mal barré, c’est le moins qu’on puisse rire !) :
« Au Tadjikistan samedi, le président chinois Xi Jinping a appelé à de nouveaux efforts en matière de sécurité et de développement parmi les pays participants à Douchanbé. La réunion de la CICA était importante pour l’Iran, la Turquie, le Qatar et d’autres pays. Erdogan a rencontré Rouhani, Jinping et l'émir qatari Tamim bin Hamad al-Thani. »

Si même le Qatar fait des siennes… On continue :
 La Turquie a profité de la réunion de la CICA pour condamner les actions des États-Unis reconnaissant Jérusalem comme capitale d'Israël. L’Iran a profité de la réunion pour avertir qu’il ne pouvait rester à l’intérieur du JCPOA - l’accord sur le nucléaire iranien - si d’autres pays le violaient. "Les autres pays doivent également payer leur part pour sauver cet accord important", a déclaré Rouhani. 

Le Qatar a rencontré samedi le dirigeant iranien et a souligné l'importance du dialogue. Il s’agit d’une des nombreuses réunions de haut niveau organisées pour les Qataris avec Poutine, Erdogan et la Chine, d’après les photos publiées par l’agence de presse Qatar. Doha a souligné l’importance des relations bilatérales stratégiques avec la Turquie et des relations bilatérales avec les autres pays. »

L’article poursuit :

 « La réunion semblait particulièrement importante pour la Chine et la Russie. Press TV en Iran a rapporté que le président Xi Jinping a célébré son 66e anniversaire avec Poutine. Ils ont échangé du thé et de la crème glacée. La prochaine réunion de l'ICCA, qui réunira 27 pays, aura lieu en 2022. »
Et de conclure sur le reflux occidental et le refus d’obtempérer oriental (que Guénon annonce déjà dans Orient et occident) :

« Ces deux réunions du week-end montrent à quel point l'influence des États-Unis est à la fois remise en cause et affaiblie, à mesure que la Chine, la Turquie, la Russie et l'Iran se sentent plus tournés vers l'avenir en Asie centrale, et moins en Europe et aux États-Unis. Les États-Unis ont giflé les tarifs douaniers sur la Chine, sanctionné l'Iran, menacé la Turquie d'un accord S-400 avec la Russie et sanctionné la Russie… Certaines des poignées de main à Bichkek et à Douchanbé ont pu être symboliques, mais beaucoup représentent des réunions importantes dans le but de défier les États-Unis et leurs alliés. Ils représentent également un consensus sur la lutte contre le terrorisme et la construction d’un ordre mondial multipolaire pour le XXIe siècle. »

Que dire ? Que McKinder avait raison, que qui tient l’île-monde tient le monde. L’occident à bout de souffle démographique, économique et militaire, à bout de souffle aussi sur le plan spirituel/intellectuel, n’est pas à même de contrer l’ascension asiatique. John Mearsheimer avait aussi souligné la catastrophe pour les USA du rapprochement sino-russe sous la présidence du fluet Obama ; un Obama auquel aura succédé un président encore plus nul et mal conseillé !

  • 26 juin 2019 à 00:00

Du Global Hawk au P-8 Poseidon

Par info@dedefensa.org

Du Global Hawk au P-8 Poseidon

Pour suivre et compléter le  texte du 22 juin de Elijah J. Magnier sur la position de l’Iran à la lumière des derniers événements accompagnant la tension entre les USA et l’Iran, voici un texte du même auteur rapportant une description précise, du côté iranien, des événements de la destruction du drone RQ-4C Global Hawk, et aussi de la décision de ne pas détruire un P-8 Poseidon  de la Navy qui se trouvait dans la même zone. Comme dans l’article précédent, Magnier travaille directement à partir de sources iraniennes, qui sont citées longuement et iden,tifiées dans leurs fonctions (essentiellement, des chefs militaiures des Gardiens de la Révolution).

Son récit semble corroborer diverses hypothèses opérationnelles déjà lancées, mais avec une crédibilité plus grande dans le chef des habitudes de travail de l’auteur, et de ses réseaux d’information. On trouve notamment des précisions sur la façon dont le drone a été identifié, tracé puis abattu. Magnier présente l’utilisation d’un missile iranien développé à partir du missile russe SA-6 et désigné 3-Khordad. Il confirme après d’autres que le Pentagone a été notablement surpris de la destruction du Global Hawk.

Il y a également, et peut-être surtout, une explication très complète de l’incident (ou l’absence volontaire d’incident) du P-8 Poseidon de l’US Navy, avec de nombreux détails notamment sur la présence exceptionnelle de 38 personnes à bord alors que l’équipage du P-8 est de neuf personnes. Il est manifeste que les sources de Magnier entendent suivre une politique informelle et indirecte de communication tendant à montrer, notamment aux USA, les capacités d’information et de renseignement de l’Iran.

Il est d’autre part à noter qu’une des déclarations d’une source de Magnier laisse planer une grande ambiguïté sur l'identité des auteurs des attaques récentes contre des pétroliers, les décrivant sous un jour favorable semble-t-il, puisque les attaques sont présentées indirectement comme une “riposte” aux décisions de Trump (« Ces attaques sont le résultat de la décision de Trump de sanctionner l’Iran et d’empêcher les autres pays d’acheter son pétrole. »). Jusqu'ici, l'Iran a toujours nié officiellement être impliqué dans ces attaques.

Plus que jamais, la situation reste ouverte dans cette crise, avec la détermination iranienne réaffirmée à toutes les occasions. Il est manifeste que des prolongements auront lieu dans les semaines qui viennent. Le titre original du texte de Elijah J. Magnier est « Comment l’Iran a décidé d’abattre un drone des Etats-Unis et évité de justesse la guerre en épargnant un autre de leurs appareils. »

dde.org

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Abattre un Global Hawk en évitant la guerre

L’Iran a évité de justesse une guerre totale au Moyen-Orient grâce à la décision du commandement central et du contrôle opérationnel de son armée et du Corps des Gardiens de la révolution iraniens (Pasdaran) de ne pas abattre un avion de guerre de renseignement, de surveillance et anti-sous-marin, de type P-8 Poséidon, de la marine américaine.

Il y avait 38 membres d’équipage à bord de l’avion P-8, au lieu des 9 habituels. Il y avait au moins 6 à 8 officiers (2 à 3 colonels, 3 à 4 lieutenants-colonels) et les autres probablement de grade inférieur. L’avion survolait les eaux iraniennes à portée des missiles iraniens quand le commandement central iranien a reçu la confirmation que les États-Unis ne déclencheraient pas une guerre en attaquant des cibles en Iran. Tout cela s’est produit après que l’Iran a abattu un des drones étatsuniens les plus perfectionnés jeudi dernier. Le drone violait l’espace aérien iranien, selon les autorités de Téhéran, qui ont ensuite présenté les débris du drone sans pilote aux médias. L’Iran avait reçu confirmation, par l’intermédiaire d’un pays tiers, que le Président Donald Trump ne bombarderait pas les positions iraniennes.

« L’Iran se préparait à détruire le Boeing espion anti-sous-marin de type P-8 Poséidon de la marine américaine qui volait dans la zone quand nous avons reçu la confirmation que les États-Unis avaient décidé de ne pas nous déclarer la guerre et de ne bombarder aucune position de notre commandement ni aucune de nos batteries de missiles, déclarées ou non, le long du détroit d’Ormuz. Si Trump en avait décidé autrement, nous avions reçu l’ordre d’attaquer plusieurs cibles des États-Unis et de leurs alliés, et le Moyen-Orient serait devenu le théâtre d’une guerre très destructrice avec des pertes énormes de toutes parts », a déclaré un général iranien des Gardiens de la révolution islamique.

Mais pourquoi la guerre a-t-elle failli éclater dans la matinée du 20 juin, et pourquoi l’Iran a-t-il  décidé d’abattre un drone américain ?

Un officier de haut rang des Pasdaran a déclaré que « les règles d’engagement sont déterminées par le commandement central de l’armée et des Pasdaran. Elles sont communiquées aux milliers de positions des forces de défense aérienne réparties dans tout le pays. Les décisions ne sont pas prises de manière indépendante et unilatérale par un général solitaire ou par le commandant d’une unité particulière, comme Trump semble bizarrement le croire.

» L’Iran a obtenu des informations détaillées et des objectifs de mission, grâce à la surveillance et à d’autres moyens de renseignement, concernant les missions du dernier contingent de forces américaines envoyé par Trump (le Pentagone a annoncé qu’il envoyait 1000 hommes) dans la région. Leur mission sera de surveiller l’espace aérien et maritime (du haut du ciel et du fond de la mer). Elles disposeront de plusieurs drones et de forces opérationnelles prêtes à attaquer des cibles potentielles. Il s’agit de protéger les pétroliers naviguant dans le golfe d’Oman et le golfe de Perse suite aux attaques contre des pétroliers à al-Fujairah et aux dernières attaques contre les deux pétroliers. Ces attaques sont le résultat de la décision de Trump de sanctionner l’Iran et d’empêcher les autres pays d’acheter son pétrole. L’Iran a clairement indiqué que pas une goutte de pétrole ne quitterait la région si l’Iran ne pouvait pas exporter le sien. Par conséquent, quoi que fasse l’armée étatsunienne, l’Iran ne laissera pas le pétrole arriver à destination, et encore moins maintenant qu’il a abattu le drone », a expliqué la source.

Selon l’officier militaire, le « commandement central iranien a diffusé un protocole à suivre par tous les commandements militaires répartis sur l’ensemble du territoire national, avec instruction d’empêcher toute violation du territoire maritime, terrestre et aérien de l’Iran. Lorsqu’une violation est constatée, qu’elle soit intentionnelle ou non intentionnelle, elle donne lieu à un avertissement. Le commandement  local du Corps des Gardiens de la révolution informe le commandement central de la violation et, simultanément, ordonne à l’intrus de modifier sa trajectoire et de s’identifier.

» C’est exactement ce qui s’est passé le matin du 20 juin, qui correspond au 30 Khordad du calendrier persan. C’est ce jour-là que le drone américain a été repéré. Il est parti des Émirats vers la côte iranienne et a exploré le Golfe pendant environ 4 heures. C’est en repartant qu’il a violé l’espace aérien iranien. La base a alors communiqué avec le drone et lui a transmis l’avertissement habituel. Le drone a réagi en éteignant son système numérique, ses lumières et son GPS, montrant par là qu’il s’agissait d’un objet militaire ayant une mission de collecte de renseignements ou une mission de combat. Il a donc été immédiatement considéré comme hostile et comme une cible potentielle. Quand il  a ignoré les appels répétés à l’identification, le commandement central de la position de défense aérienne a suivi les instructions et a décidé de descendre le drone. Nos radars pouvaient voir le drone et la chaleur qu’il produisait. Un missile “3-Khordad” a été tiré pour détruire la cible immédiatement”.

Le commandant militaire a confirmé que « le leadership politique et militaire coordonne les décisions du centre de commandement et pèse soigneusement les conséquences et les implications de toutes les instructions. Ces instructions sont claires : réagir fermement en cas de menace. L’Iran est la cible d’une guerre économique aussi violente qu’une guerre militaire. C’est pourquoi les milliers de positions de défense aérienne disséminées dans le pays répondront sans hésitation à toute violation ; elles sont en état d’alerte permanent et prêtes à exécuter les ordres qu’elles ont reçus au cas où les Etats-Unis décideraient d’aller à la guerre.

» Nous avons décidé de ne pas abattre le P-8 Poseidon parce que nous avons reçu la garantie qu’il n’y aurait pas de guerre. Mais si l’armée américaine avait décidé de nous attaquer, nous n’aurions pas hésité à frapper des cibles américaines aériennes et maritimes et des bases militaires américaines dans la région. On ne se posera pas la question des conséquences ni celle de savoir qui sera considéré comme responsable d’avoir déclenché le conflit. Ce sera la guerre », a dit le général.

L’Iran prévoit d’adopter une stratégie de frappes progressives en cas de guerre : « Nos alliés feront partie intégrante de la guerre et donc notre front s’étendra au-delà de l’Iran et des bases étatsuniennes voisines. Nos alliés sont prêts à se lancer dans la bataille, nous le savons. Nous avons noté qu’aucun drone israélien n’a été repéré dans le ciel libanais depuis quelques jours. De toute évidence, Israël évite les provocations pour ne pas recevoir un  message libanais similaire à l’abattage du drone américain. On dirait que les États-Unis ne veulent pas recevoir de message d’un autre front. Cela ne signifie pas pour autant qu’Israël va cesser de violer l’espace aérien libanais, mais Israël est maintenant conscient que ses mouvements aériens sont surveillés et que le ciel ne sera plus sûr quand viendra le moment de la confrontation. »

Les États-Unis ont été surpris par la capacité du missile “3-Khordad”. Son nom commémore le 24 mai 1982, le jour où la ville de Khorramshahr a été libérée après 578 jours d’occupation irakienne pendant la guerre Iraq-Iran. Sayyed Ali Khamenei a appelé ce 3 Khordad : “Le jour de la résistance et de la victoire”.

Le missile 3-Khordad – à l’origine un SAM-6 – avait été perfectionné par l’Iran en 2013 quand la Russie avait refusé de le développer. Des modifications spécifiques ont été introduites afin d’optimiser ses équipements électroniques, d’améliorer les capteurs de détection, y compris les capteurs thermiques, et de développer une option de verrouillage pour son GPS pour le protéger en cas d’interférences de forte intensité. Le missile a reçu les coordonnées qui l’ont lancé sur la trace thermique du drone américain et il a détruit la cible.

« Nous ne resterons pas les bras croisés si les pays signataires de l’Accord ne trouvent pas le moyen de permettre à l’Iran de retrouver son marché, son énergie et sa position commerciale sur le marché international. Si les sanctions ne sont pas levées d’une manière ou d’une autre, la situation empirera. Ce n’est que le début de la crise.

» L’Iran n’acceptera jamais d’être privé de ses missiles parce qu’ils sont la garantie de sa sécurité et de celle de la région. Aujourd’hui, l’Iran est beaucoup plus fort, il bénéficie du soutien de sa population et l’harmonie règne entre les dirigeants politiques et militaires. Nous ne nous soumettrons pas et nous ne négocierons pas avec Trump tant que des sanctions planent sur nos têtes. Le monde doit s’attendre à d’autres surprises dans les jours à venir parce que les Iraniens refusent de mourir de faim. Nous n’avons plus peur de la guerre, pas même d’une guerre d’envergure contre une superpuissance ».

Elijah J. Magnier

  • 25 juin 2019 à 00:00

La sagesse du pire

Par info@dedefensa.org

La sagesse du pire

25 juin 2019 – Après la dernière séquence où nous avons frisé l’attaque de l’Iran à la suite de la destruction de l’imposant RQ-4C Global Hawk, il y a une idée que je dirais empreinte de sagesse, – assez paradoxalement en apparence mais nous sommes là pour en débattre, – une idée qui se répand et s’étend, qui se résume à ceci : “Quelle dommage que Trump ait empêché cette attaque” (avec ce complément réellement désopilant pour le sage : “Heureusement, il n’a pas [encore ?] viré Bolton et Pompeo”).

On trouve cette idée dans ces trois paragraphes  de la dernière chronique de Paul Craig Roberts :

« Une partie du minuscule pourcentage de gens dans le monde occidental qui sont encore capables de penser regrette que Trump ait annulé son plan d’attaque fou. Ils pensent que les conséquences auraient été la destruction des gouvernements saoudien et israélien, –deux des pires engeances de l'histoire, – et l'interruption de l'approvisionnement en pétrole des États-Unis et de l'Europe, avec la dépression qui en aurait résulté et le renversement des gouvernements belligérants occidentaux.  Ils croient que la défaite américaine catastrophique est la seule façon de rétablir la paix dans le monde.
» En d'autres termes, il n'est pas clair que la décision de Trump d’annuler l’attaque nous a sauvés ou a constitué un échec pour nous. Le lobby israélien et ses agents néoconservateurs n’ont été aucunement sanctionnés [et n’ont pas eu la leçon qu’ils méritaient]. Trump n'a pas viré Bolton et Pompeo pour avoir failli déclencher une conflagration, et il n'a pas remis à sa place son stupide vice-président.  Donc, tout cela peut se reproduire.
» Et ce sera probablement le cas. La seule leçon que Bolton et Israël ont retenue est que le montage d’une attaque iranienne contre un cargo japonais, dénoncée par les Japonais, n’était pas suffisant pour mettre Trump dans la situation de devoir sauver la face en attaquant l'Iran.  Préparez-vous donc à une plus grande provocation bien orchestrée. Bolton et Israël savent que la presseSystème les couvrira. Soyez à l'affût d'une provocation qui ne permettra pas à Trump d'autre choix qu'une attaque. »

Il est vrai que l’idée rejoint celle qu’on ne cesse de répéter, notamment et le plus souvent en citantcette phrase d’un néo-sécessionniste du Vermont que Chris Hedges rencontrait en 2010 : « La perspective apparaît alors, du point de vue de la communication, extrêmement importante et sérieuse, et elle rejoint une possibilité qu’avait évoquée un néo-sécessionniste du Vermont, Thomas Naylor, en 2010, à propos de la crise iranienne : “Il y a trois ou quatre scénarios possibles de l’effondrement de l’empire [les USA]Une possibilité est une guerre avec l’Iran…” »

Il s’agit d’une logique inéluctable qui ne tient pas à une morbidité de la psychologie et du caractère, à une obsession catastrophiste de la pensée, mais à une analyse simple et rationnelle de la situation, passant par un diagnostic où le jugement doit se compter. Depuis des années et des années qui se sont écoulées, depuis 9/11, n’a cessé de se renforcer en nous, en moi, la conviction d’une folie collective touchant la direction du système de l’américanisme. On l’a évoquée souvent, cette question de “la folie”, passant par une psychologie exacerbée, particulièrement et essentiellement à “D.C.-la-folle” ; nous l’avons souvent identifiée, décortiquée, pour mieux tenter de la définir, elle qui affecte la direction de l’américanisme depuis l’origine, depuis les langueurs dépressives de Jefferson mourant en confiant comme son dernier et ultime jugement « Tout, tout est fini », – et il parlait du grand rêve de l’Amérique de faire cette perfection métapolitique...

(Par exemple et pour suggérer de quoi il s’agit, ces recherches sur la pathologie de la psychologie, au travers du monstrueux Pentagone, aliasMoby Dick, avec ses secrétaires à la défense malades de dépression et tentés par le suicide, sinon suicidés... : « Le début du texte de Carroll rend compte effectivement de cette dimension spirituelle, voire maléfique, du Pentagone, avec cette terrible analogie du capitaine Achab parti à la poursuite du grand cachalot blanc, son obsession, sa maladie intime ; et si l’analogie convient effectivement à McNamara, comme à Forrestal avant lui, elle est aussi, selon l’intuition de Melville, la métaphore de la psychologie américaniste et, partant, de l’esprit de l'américanisme, de cette pathologie de la psychologie qui renvoie également au développement général de la modernité comme phase finale de la civilisation occidentale entrée dans la subversion d’elle-même. »)

Alors, on comprend que tout cela ne peut pas bien se terminer, c’est-à-dire par des arrangements, un passage aimable et fataliste du flambeau de la puissance, une acceptation américaniste de rentrer dans le rang, de ne plus être l’Exceptionnel, Lumière du Monde et Phare de la Liberté à la fois, – allons ! Imagine-t-on une seconde que cela soit possible ?Non, n’est-ce pas. Par conséquent, il faut rompre.

L’Amérique est devenue une “puissance impuissante”, à la dérive, sans but sinon cet entêtement extraordinaire de la croyance dans le chaos comme Moteur-Divin pour lui restituer toute sa grandeur hirsute et sa majesté de pacotille, ce simulacre d’une psychologie aux abois et qui ne sait pas qu’elle est aux abois. Les reste de la puissance de l’Amérique sont pourtant, quoique nous en voulions et puissions, des domaine de puissance de blocage quasi-absolu, des clefs qui permettent d’ouvrir ou de fermer les portes essentielles du Système (le dollar, l’expansion et l’implantation de ses forces armées, le système juridique extraterritorial, etc.).

Il est donc impossible d’ignorer cette vieille canaille rancie et totalement simulacre que s’est révélée être l’Amérique, impossible de passer par-dessus elle, de la laisser de côté, etc. ; au contraire, elle détient la clef et les clefs pour un désordre terrifiant du monde, comme une sorte de volonté suicidaire inconsciente qui nous emporterait tous... Ainsi l’issue de l’effondrement s’impose-t-elle comme unique porte de sortie, et la sagesse est d’y travailler avec assiduité.

Il est vrai que la querelle actuelle avec l’Iran est de bon aloi à cet égard, surtout à cause de la disproportion des résolutions (en faveur de l’Iran, à cause de raisons spécifiques), qui compensent d’une certaine façon la disproportion des forces. Fort préoccupée d’elle-même, de ses simulacres et de ses miroirs, l’Amérique ne distingue pas très bien qu’elle a poussé l’Iran si complètement dans ses retranchements, que ce pays puissant et fier d’une si vieille tradition en est arrivé effectivement au même raisonnement que celui qu’expose PCG et que je défends ici, savoir qu’il faut effectivement susciter la marche vers une guerre pour produire à Washington, grâce notamment à un Trump survolté qui menace l’Iran des pires choses mais ne veut pas la guerre à cause de ses échéances électorales, des chocs gigantesques qui bouleverseront le Système.

Cette perspective vaudrait donc jusqu’en novembre 2020, – ce qui nous donne, dirais-je avec une certaine légèreté pour un sujet de cette gravité, du temps et du grain à moudre... Cela nous a conduit à écrire à propos de cette crise, plus que jamais avec raison à mon sens : « Désormais, nous sommes bien au-delà de l’habituel “Orient compliqué”, nous sommes dans un épisode peut-être décisif de la Grande Crise de notre contre-civilisation, de l’Effondrement du Système... » 

Il s’agit d’un exercice délicat du jugement et du commentaire, comme on l’a compris en lisant Paul Craig Roberts. “Tactiquement” du point de vue de l’évolution de mon jugement, je peux évidemment, et je ne m’en prive pas, vouer un Bolton aux gémonies et me féliciter que Trump, dans sa complète versatilité inconsciente, ait annulé l’attaque dix minutes avant son lancement ; “stratégiquement”, je dois plutôt le regretter, ce qui n’est pas simple et facile à faire ressentir et à justifier... 

Ce va-et-vient constant du jugement est un travail intellectuel qu’il faut conduire avec attention et précaution, surtout qu’il doit être compris par le lecteur exactement pour ce qu’il est. Ainsi, le commentaire du sage en ces temps où la folie est la norme, pourrait parfois apparaître comme l’appréciation d’un fou dont l’avis varie étrangement sinon d’une façon suspecte, – comme varie l’avis d’un fou, justement. Dans les temps de folie, le sage paraît être un fou aux fous qui se croient assurés de ne pas l’être.

Qu’importe, le sage ne doit pas craindre de passer pour ne pas l’être. Son jugement doit être qu’avec cette crise USA-Iran, on a probablement trouvé une occurrence proche d’être parfaite pour ouvrir la voie vers la séquence de l’achèvement de l’effondrement. L’affrontement est symboliquement d’une grande force et d’une extrême beauté de l’arrangement, opposant la puissance la plus jeune de nos avatars historiques, celle qui porte tous les attributs de la modernité et jure avoir inventé “le Nouveau-Monde” ; à « l’une des civilisations continues les plus anciennes du monde », “l’Iran ou Perse”, porteur et passeur d’une tradition qui s’inscrit dans la cosmologie du monde depuis les origines.

Nous attendrons donc que la chose se fasse et se passe, et se casse... Devinez vers oùpenche l’âme poétique du sage ?

  • 25 juin 2019 à 00:00

Analyse après autopsie

Par info@dedefensa.org

Analyse après autopsie

24 juin 2019 – La semaine dernière a vu une évolution importante, peut-être bien décisive pourquoi pas, dans l’affrontement entre les USA et l’Iran. Il s’agit, selon un jugement porté après des réflexions contradictoires, d’une séquence complète, que j’estime donc achevée, – d’où les enseignements pouvant en être tirés. Mon constat théorique est qu’il y a eu suffisamment d’“actions”, de commentaires, de communication, de réactions et d’absence de réactions, de ce qu’on nomme un “événement”, pour qu’on puisse considérer qu’il y a là une “séquence” complète et achevée. Un jugement est donc possible, effectivement par “autopsie” puisque le “cadavre” est encore chaud.

Bien entendu, cette séquence achevée n’achève absolument rien de la crise elle-même ; au contraire, elle lui fait franchir un palier supplémentaire. Elle débouche sur l’inconnu, y compris et surtout l’inconnu des intrigues et complots divers et extrêmement nombreux du côté américaniste : la crise est beaucoup plus à Washington qu’entre Washington et Téhéran. Enfin, pour ceux qui suivent ces événements de préférence aux réflexions de leur smartphone, cette séquence fixe la crise iranienne dans sa véritable dimension tragique.

L’épisode de la destruction du Global Hawk a mis en évidence, “en circonstances réelles” comme on dit “en temps réel”, les situations des uns et des autres dans une séquence d’une si extrême intensité qu’elle se rapproche de ce que serait le “climat” de la communication en cas d’ouverture des hostilités. Une remarque préliminaire porte, si l’on considère comme c’est très probable que l’on a frôlé la possibilité d’une attaque US, sur l’extraordinaire différence de l’atmosphère, de l’état d’esprit, du comportement, de l’organisation, bref de l’ordre et du rangement du côté US, entre la confrontation avec l’Irak de mars 2003 dont j’ai le plus vif souvenir et l’épisode dont nous avons tous eu le spectacle la semaine dernière. (Iran-Irak, les deux cas sont souvent rapprochés.) En mars 2003, tout était aligné, rangé, ordonné du côté US et derrière les USA, aux ordres ; en juin 2019, tout le contraire.

Un point important concerne effectivement l’attitude internationale. A part l’usual-culpritqui n’a même pas besoin de parler (l’axe Israël-Arabie-UK), il y eut un silence général ou son équivalent (revenant à psalmodier “Il faut tout faire pour apaiser la tension”), – à part, là encore, la sortie de Poutine répondant à une question sur l’éventuel rapprochement de la Russie de la position US contre l’Iran, par un sec “pas question”. Ce quasi-silence dans les circonstances de la destruction d’une machine de l’US Navy par l’Iran n’est pas indifférent : il indique ce que disait in fine l’UE, savoir que dans cette affaire les torts originels sont du côté US et que cela doit être absolument pris en compte.

Malgré de multiples tournées de Pompeo, les pressions des militaires sur leurs collègues et “alliés” étrangers, la démonstration est faite que la puissance US, ou ce qu’il en reste, ne règle plus les comportements. L’on peut s’interroger sur ce que serait l’inévitable “coalition du Bien” dont les publicistes américanistes ne peuvent se passer dans toutes leurs expéditions, en cas d’expédition contre l’Iran. Des surprises ne seraient pas exclues, et même recommandées…

La destruction du RQ-4C par les Iraniens a constitué clairement un événement inattendu pour Washington, où la quincaillerie militaire joue un rôle politique important. (Le RQ-4C, dernière version du Global Hawk, un énorme drone [taille d’un Boeing 737] de plus de $200 millions, considéré comme le système aérien d’intervention le plus avancé de l’arsenal US.) Cela rappelle un peu la destruction de l’U-2 de Gary Powers supposé hors de portée de la défense aérienne, par un SA-2 soviétique le 1ermai 1960 au-dessus de l’URSS, déclenchant une crise de première ampleur au sommet de Paris. Soudain, le Pentagone s’est trouvé avec la perte de RQ-4C devant l’inconnu (quant aux capacités iraniennes), devant la perspective d’affronter une force aux capacités inconnues mais supérieures très probablement à ce qui était planifié. Toute l’évaluation des forces iraniennes est à revoir à partir de cet incident et les hypothèses à cet égard (les capacités iraniennes) volent désormais très haut.

Pour cette raison (la surprise de la destruction du RQ-4C), il semble qu’on puisse dire que ce vol n’était pas vraiment ni tout à fait une provocation US mais une mission “normale” de reconnaissance électronique, et sans doute dans l’espace aérien iranien du fait de l’invincibilité supposée de l’engin. On ne lance pas une provocation passant par la destruction d’un de ses propres systèmes, avec un système de cette capacité et de cet avancement technologique. Les 24 heures de silence qui ont suivi la destruction du RQ-4C avant les menaces, les anathèmes et les reculs, mesurent sans doute la paralysie et l’incertitude de la surprise US. Cet événement a largement influé sur l’attitude des militaires, le président du JCS (Général Dunford) en tête, se prononçant contre une riposte armée parce que ses effets « pourraient mettre en danger les forces américaines », – effectivement, crainte justifiée mais tout de même curieux argument pour le chef de forces dont le destin est de faire la guerre et donc d’être “mises en danger”.

Encore tout cela, toutes ces remarques, répondent-elles jusqu’ici à un certain ordre, à une logique de situation. Mais au-delà, quel chaos, quel manque de préparation, quel goût singulier pour la contradiction et le désaccord, quelle improvisation et quel amateurisme dans la brutalité et l’impulsion ! L’effondrement en cours de l’Empire, –oui, oui, soyez-en sûr, – s’accompagne d’une incroyable médiocrisation du personnel de direction, de l’abaissement abyssal de la qualité, de l’ampleur du regard. On a pu le mesurer dans les divers débats, postures, déclarations, contradictions, accompagnant la possibilité d’une frappe, devenue probabilité, et soudain annulée, et suivie des explications alambiquées de Trump, des confirmations de leur entêtement obtusde la part des faucons.

Le sommet de cette stupéfiante agitation de la direction américaniste se trouve sans doute dans la longue explication de Trump sur ses désaccords avec Bolton, sur l’extrémisme paranoïaque de Bolton qu’il ne partage pas du tout (lui, Trump), sur ses tendances prédatrices exceptionnelles, etc. (« Si l’on écoutait Bolton, on combattrait le monde entier, okay ? ») Bolton reste tout de même un type magnifique, qui reste en fonction, dans tous les cas pour les prochaines heures ; Trump est très content d’avoir comme conseillers des faucons et des colombes (lesquelles ?), sans trop s’attacher au constat, –mais sans doute en fait-il partie ? – qu’il s’agit d’abord de fous et d’esprits totalement corrompus dans tous les sens.

Il n’empêche : les gens les plus sensés, y compris parmi les partisans de Trump comme Tucker Carlson, jugent quesi Trump ne s’est pas débarrassé de Bolton dans les prochaines semaines, et par conséquent s’il en perd le contrôle, il perdra les élections USA-2020, – bien sûr, si le monde n’est pas détruit d’ici là par un conflit devenu planétaire. Les explications de Trump non suivies d’effets alors qu’il a montré sa capacité et sa dextérité à se débarrasser de ministres et de conseillers constituent certainement la phase la plus folle et la plus énigmatique de la séquence. Elle résume, synthétise et symbolise l’incontrôlabilité de l’événement qui vient de se passer, et en général de l’environnement crisique où nous évoluons désormais.

C’est comme si les Iraniens, fermement campés sur une résolution sans faille, étaient devenus à la fois les spectateurs et le sparring-partnersun brin deus ex machina de cet exercice cosmique d’autodestruction de l’Empire.

  • 24 juin 2019 à 00:00
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