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Aujourd’hui — 20 septembre 2019Dedefensa.org

Notes sur les aventures du USS Harry S. Truman

Par info@dedefensa.org

Notes sur les aventures du USS Harry S. Truman

19 septembre 2019 – Après un temps assez long d’attente, l’escorte du porte-avions USS Henry S. Truman, formant avec ce navire un Groupe de porte-avions d’attaque (Carrier Strike Group), a finalement appareillé de Norfolk le 12 septembre sans son porte-avions, et rebaptisé pour l’occasion Groupe de surface d’attaque (Surface Strike Group). Le porte-avions, revenu à la grande base navale US sur l’Atlantique de Norfolk le 5 août pour préparer cette nouvelle mission, a rencontré des problèmes sérieux dans son circuit électrique, qui fait qu’il n’est pas opérationnel comme il aurait dû l’être dans ces circonstances tout à fait exceptionnelles de capacités d’emploi puisqu’il s'agit de son troisième déploiement opérationnel en quatre ans.

L’US Navy annonçait fièrement la chose il y a deux mois, selon les termes rapportés par Military.com le 4 juillet 2019, jour de la fête nationale : 

« L'exercice en cours permettra de s'assurer que ces navires, – les destroyers USS Ramage et USS Lassen, – sont certifiés pour être déployés avec le Truman et prêts pour les missions que la Navy a prévues pour eux.
» “Cet exercice mettra à l'épreuve notre force intégrée en tant que force multimissions”, a déclaré le contre-amiral Andrew J. Loiselle, commandant du Truman Strike Group. “Les manœuvres complexes de la période d’entraînement sont l’occasion de travailler en équipe, à la fois dans notre capacité à supporter des périodes prolongées en mer et à trouver des domaines où nous pouvons nous améliorer.
» La Navy n’a pas dit publiquement quand le Truman sera déployé, où il ira et combien de temps durera son déploiement. »

... La dernière phrase qui laissait entendre à quelque exaltante expérience l’on allait assister, rend désormais un son malheureux quand l’on apprend que les USS Ramage et USS Lassen, ainsi que deux autres navires de surface de renfort, sont partis sans l’essentiel, c’est-à-dire le USS Harry S. Truman. Ils étaient lassés d’attendre que le circuit électrique du grand porte-avions d’attaque soit effectivement réparé, s’il l’est finalement à temps...Cela est résumé par le site TheDrive.com le 13 septembre 2019, à la suite d’une nouvelle de l’immobilisation du Truman publiée par le site USNI News le 12 septembre.

« Un croiseur de classe Ticonderoga et trois destroyers de classe Arleigh Burke affectés au Truman Carrier Strike Group ont quitté les ports de la côte Est des États-Unis pour un déploiement prévu, mais sans deux éléments clés, le porte-avions de classe Nimitz USS Harry S. Truman et sa force aérienne embarquée. 
» Le porte-avions a été mis sur la touche depuis qu'il a subi un dysfonctionnement électrique le mois dernier et l'U.S. Navy ne sait pas encore, ni quand ni s’il pourra rejoindre son escorte. Cette situation a également ajouté à la pénurie actuelle de porte-avions déployables sur la côte Est, ce qui pourrait limiter la capacité du service à réagir en cas de crise. »

L’escorte du porte-avions sans porte-avions

Cette triste aventure du USS Harry S. Truman est rapidement présenté par Spoutnik-français du 18 septembre, autour d’une idée-centrale : c’est la première fois qu’un tel incident arrive pour un grand porte-avions d’attaque de l’U.S. Navy. Alors que, depuis le début août, le Truman attendait impatiemment son “‘escorte” de frégates et de croiseurs pour constituer son Groupe d’Attaque, voilà que l’“escorte” du grand porte-avions part sans lui et qu’on ignore s’il sera réparé suffisamment à temps pour “rejoindre son escorte”, celle qui est censée le protéger ! La situation est présentée sur un ton flegmatique, ce qui colore d’un certain ridicule d’un poids de 90 000 tonnes (celui du Truman) cette étrange “première” : “le fait qu’un groupe de porte d’avions d’attaque soit déployé opérationnellement sans porte-avions” est une véritable “première”, un simulacre naval sans précédent, – d’autant que la Navy, habile, a permis en rebaptisant le groupe “Surface Strike Group” d’entretenir le doute : après tout, le Truman, qui est également un bâtiment “de surface”, s’y trouverait peut-être, devenu stealthy et donc bien caché et diablement bien protégé par son “escorte”.

« ...“La réparation du porte-avions est en cours, tout est mis en œuvre pour le renvoyer en service”, a déclaré le commandement de l'US Navy.
» Comme l’ont indiqué à USNI News d’anciens militaires de l’US Navy, le fait qu’un Groupe de porte-avions d’attaque soit déployé opérationnellement sans porte-avions est sans précédent. »

Une faiblesse peut en cacher une autre

Nous en sommes là de cette odyssée étrange du Harry S. Truman alors qu’il faut savoir, pour bien en embrasser tout le charme, que lorsque son déploiement (le troisième de cette envergue en quatre ans) fut annoncé, nombre de commentaires soupçonneux sinon purement et simplement amers furent publiés. Il y a celui-ci, de Chris “Ox” Harmer, de War Zone, le 18 juillet 2019, qui soupçonnait que cette décision servait essentiellement à dissimuler une faiblesse de l’US Navy, celle du USS Dwight D. Eisenhower, ce qui a eu pour conséquence d’en mettre à jour une autre, celle du Truman... Ainsi parlait l’amer Harmer : 

« “Une armée marche avec son estomac”. Ce truisme de la mobilité militaire de l’époque préindustrielle a été attribué à Napoléon Buonaparte et à Frédéric le Grand. Personne n'est sûr si l'un ou l'autre l'a vraiment dit, mais tous deux ont certainement expérimenté la réalité de la maxime. En leur temps, non seulement les vastes armées de l'époque se déplaçaient à pied sur le champ de bataille, mais elles se déplaçaient à pied sur le champ de bataille. Il n'était pas rare que les fantassins marchassent des centaines de kilomètres entre les grandes batailles, et toute cette marche signifiait que les soldats devaient être bien nourris. S'ils ne l'étaient pas, ils mouraient de faim, de maladie ou étaient trop faibles pour combattre efficacement et étaient massacrés, ce qui arriva exactement à la Grande Armée de Napoléon à la suite de son invasion de la Russie avec des ressources insuffisantes.
» J'ai lu récemment que le porte-avions USS Harry S. Truman (CVN-75) de la marine américaine allait partir pour son troisième déploiement en seulement quatre ans, ce qui m'a rappelé ce dicton lapidaire. Bien que la Navy insiste sur le fait que le déploiement avait été planifié à l'avance, le fait qu'il ait été annoncé peu après que l'USS Dwight D. Eisenhower (CVN-69) eut terminé une période de maintenance de 18 mois qui devait initialement durer six mois a suscité des spéculations selon lesquelles la Navy avait déployé le Truman pour dissimuler le fait que l’Eisenhower ne pouvait simplement pas effectuer ce déploiement. »

Pourquoi liquider le USS Harry S. Truman ?

... Mais nous n’en avons pas fini avec le USS Harry S. Truman, tant s’en faut, et tant cette formidable unité semble résumer à elle seule tous les problèmes de l’US Navy en, train de couler très rapidement, et même, disent certains, pas loin d’être menacée de perdre un jour dans années 2020 sa position de “Première Dame des Mers du Monde”. Il faut savoir qu’en février 2019, l’US Navy annonçait par le biais du détail de son budget pour l’année fiscale 2020 (FY2020) que le Truman prendrait sa retraite en 2024, soit près de dix ans avant la date qui achève le demi-siècle de carrière de ce type d’unités ; et cela, alors que l’US Navy est de plus en plus serrée du point de vue de ses super-porte-avions ; et cela, alors que le Gerald R. Ford qui doit inaugurer la super-classe succédant à la classe USS Nimitz à laquelle appartient le Truman, connaît d’innombrables problèmes techniques comme nul ne peut en ignorer.

La décision de démobilisation du Truman fit tant de bruit, tant au Pentagone qu’au Congrès où personne n’arrive (toujours pas maintenant) à comprendre les raisons qui y ont poussée, que la grogne atteignit l’Olympe de Jupiter lui-même. Le président Trump entra dans l’arène à la fin avril pour proclamer qu’il fallait abandonner cette absurde décision (de démobiliser le Truman) que lui-même avait approuvée sans ciller en signant la proposition budgétaire du Pentagone. 

Commentaire de The War Zone du 1ermai 2019 : « Le président Donald Trump a annoncé qu’il avait annulé l’“ordre” de retirer du service le porte-avions USS Harry S. Truman de la classe Nimitz avant la date prévue, un jour après que le vice-président Mike Pence eut révélé pour la première fois que l'administration prenait ses distances de ce plan pendant une visite du navire. Le plan suscite une opposition croissante, en particulier parmi les membres du Congrès, depuis qu’il a été annoncé en février 2019. À l'époque, The War Zone a exposé en détails les raisons pour lesquelles il était peu probable que la proposition soit réalisée, et combien cette décision particulièrement rapide de l’abandonner effectivement ne fait que s’interroger plus encore à propos des raisons qui ont poussé l’administration Trump, le Pentagone et l’US Navy à la présenter à l’origine. »

Embouteillage entre 90 0000 et 100 000 tonnes

Nous en sommes donc dans une grande zone navale d’incertitude, et pas encore à la mer pour l’épisode présent, pour ce qui concerne le sort du USS Harry S.Truman. Certes, il y a l’ordre de Trump d’abandonner la décision de démobilisation du porte-avions, mais l’on sait que les “ordres” de Trump sont souvent aussi incertains qu’ils sont proclamés avec la plus grande emphase que permet le tweet. Quoi qu’il en soit, l’opposition contre la décision de la Navy reste extrême, alors que l’incident du Truman en panne vient un peu plus encore brouiller la perspective. La chose ne va-t-elle pas regonfler le camp des partisans de la démobilisation ? Dans tous les cas, elle ne simplifie certainement pas le cas du Truman, et surtout de l’énorme problème qui se pose à l’US Navy lorsque tout son contexte est considéré. C’est ce qui est fait dans un long article de Forbes.com de Craig Hooper, certes du 26 mars 2019 mais qui garde toute sa pertinence et même sa complète actualité.

Hooper détaille l’extrême imbroglio, à la fois kafkaïen et ubuesque où se trouve aujourd’hui l’US Navy. Comme on l’a déjà ressenti à l’une ou l’autre allusion, nul ne sait précisément pourquoi la Navy veut retirer le Truman à peu près une décennie avant sa fin de vie opérationnelle normale. Certains ont laissé entendre que ce pourrait être le signe que la Navy a compris que l’ère des grands porte-avions étaient terminée, avec la perspective de les voir se faire tailler d’horribles croupières du fait des missiles antinavires hypersoniques où Chinois et Russes sont passés maîtres. L’argument peut s’entendre, d’autant que trois autres porte-avions de la classe Nimitz arrivent en fin de vie opérationnelle normale en 2025-2032, le Nimitz lui-même, le Eisenhoweret le Stennis.Mais c’est sans doute mal connaître la Navy, sa bureaucratie, sa certitude de soi, sa programmation et l’hybris qui l’enivre du simple fait de contempler ces mastodontes de 90 000/100 000 tonnes.

100 000 tonnes en effet, c’est le tonnage de la nouvelle classe des “super-super”, la classe Gerald S. Ford, avec dans la foulée deux autres unités dont la construction est déjà lancée après le premier de la classe, le USS John F. Kennedy et le USS Enterprise, pour 2024 et 2028 respectivement, – en principe et en théorie, ajouterons-nous fort prudemment. Dans ce cas, on voit mal comment on peut continuer à accepter l’argument que la Navy abandonne les grands porte-avions...  Mais nous sommes d’ores et déjà emportés sur un autre champ de la polémique en cours, car l’arrivée possible/probable de ces nouvelles unités implique à la fois un grand embouteillage et un grand remue-ménage, avec des carambolages divers, et surtout le tout rythmé par les extraordinaires difficultés de mise au point que rencontre le Ford, comme on l’a vu à plusieurs reprises, avec le retard que cela implique et qui se répercutera sur les suivants.

Que reste-t-il de l’US Navy ?

Hooper nous explique donc plusieurs choses :

• Pour ces mastodontes qui demandent des périodes importantes et parfois très longues d’entretien opérationnel et de mise à niveau, il faut des chantiers navals avec leurs cales sèches, et les USA en manquent cruellement. De là la très grande difficulté de programmer la vie courante de tous ces porte-avions, la classe Nimitz en fin de vie et la classe Ford qui arriverait bientôt, à son heure (mais quand ?), à maturité, – si elle y arrive, certes...

• Au reste, les différences technologiques essentielles entre les deux classes, avec le Ford qui est présenté comme une super-merveille complètement nouvelle par rapport à la classe Nimitzimplique que les chantiers navals doivent être eux-mêmes modifiés pour traiter toutes ces choses nouvelles. Cela ajoute diablement à l’embarras, d’autant qu’il n’est pas assuré que ces installations ainsi modifiées soient encore adéquates pour traiter les classe Nimitz encore en service (d’où l’une des hypothèses pour répondre à la question : “pourquoi se débarrasser du Truman ?”).

• Mais comme l’on sait, il y a bien pire : il y a les formidables difficultés du premier de la nouvelle super-classe (voir plus haut : “d’innombrables problèmes techniques comme nul ne peut en ignorer”). Cela signifie 1) que le Ford a déjà pris du retard et qu’il passe énormément de temps dans les chantiers navals ; 2) que toutes les modifications qu’il reçoit, et dont on ne voit pas la fin, vont se répercuter sur les deux suivants qui, non contents (!) de dépasser leur date de mise en service opérationnel, vont à leur tour mobiliser les chantiers navals plus longtemps que prévu pour ces divers travaux...

Hooper : « Il pourrait être embarrassant pour la Marine ou le ministère de la Défense de l'admettre, mais la décision de retirer le Truman pourrait se résumer à une simple question de non-capacité de cale sèche “à l'ancienne”. En sacrifiant les carénage d’entretien de l’USS Harry S. Truman de 2024 à 2028, le Pentagone libérerait suffisamment de disponibilité de cale sèche pour accueillir, au besoin, des travaux de radoub ou de maintenance non planifiés mais importants sur le USS Gerald R. Ford et le USS John F. Kennedy. »

• ... Pendant ce temps, dans cet invraisemblable embouteillage de porte-avions immobilisés pour des travaux et des entretiens prévus et imprévus, sans compter les “imprévus imprévus” (les “unknown-unknowns” du philosophe Donald Rumsfeld) qui ne manqueront pas de survenir, que restera-t-il et combien restera-t-il de coques de l’US Navy encore à la mer ? Que restera-t-il de la maîtrise des mers du globe grâce aux “super” et aux “super-super” grands porte-avions d’attaque de la Navy ?

• “Les Chinois”, suggère Hooper...

Les Chinois rois des mers ?

En effet, Hooper termine son article sur les perspectives de la marine chinoise par rapport à l’US Navy, tournant autour de l’arrivée de porte-avions chinois, de leurs technologies, et notamment celle des catapultes et des systèmes électromagnétiques de lancement et de récupération des avions, qui paraît l’un des nœuds fondamentaux du formidable bond technologique en avant des nouveaux “super-super” type-Ford. (Hooper précise ainsi que les “experts” supputent et prévoient de quatre à six porte-avions chinois de technologies très avancées déployés dans les années 2020. Importante nouvelle pour notre compte.)

« Le Congrès a besoin de la vérité, aujourd'hui, pour prendre les bonnes décisions. Avec un préavis suffisant, il est possible de modifier les cales sèches ou d'en construire de nouvelles. Un plus grand nombre de travailleurs des chantiers navals peuvent être embauchés et formés. Les calendriers de livraison des porte-avions peuvent être modifiés selon une chronologie nouvelle. Les enjeux sont tout simplement trop élevés pour continuer à se perdre dans d’autres dissimulations [dont la Navy a le secret].
» Dans quelques années, le Pentagone saura avec certitude si le Ford est un fer à repasser sans fiabilité, exigeant un entretien considérable, ou s’il tient ses promesses. Mais le Congrès ne peut pas attendre. Le temps presse. Au plus tard, les systèmes électromagnétiques de lancement et de récupération de l'USS Gerald R. Ford doivent être à la fois opérationnels et fiables avant l’entrée en service des porte-avions chinois de Type-002 en 2023.
» Plus tard, l'Amérique aura de vrais problèmes.
» Le monopole américain sur les super-porte-avions est en train de s'effondrer et, considérant que la transition vers le super-porte-avions de classe Ford commencerait réellement au milieu des années 2020, la marine chinoise deviendrait une force de très-grande importante dans ce domaine des super-porte-avions, déployant de quatre à six porte-avions. 
» Si le plan actuel de construction navale de 30 ans est maintenu, les États-Unis n'auront que neuf grands porte-avions d’attaque en 2027, et plusieurs d'entre eux ne seront tout simplement pas prêts pour des opérations de guerre. Avec la diminution de la force de porte-avions des États-Unis, la Chine pourrait bien être tentée de rechercher la parité relative des porte-avions avec les États-Unis.
» Et, en dehors de la course stratégique évidente à la parité du nombre de super-porte-avions, les stratèges économiques de la Chine ont également conçu ce développement quantitatif de porte-avions comme un défi direct lancé à la position de l'Amérique en tant que leader mondial de la technologie et de l'ingénierie. De nombreux observateurs chinois pensent que les porte-avions de Type-002, les premiers grands super-porte-avions chinois de construction “maison”, n’utiliseront pas l'ancienne technologie de la catapulte à vapeur utilisée à bord des vieux porte-avions américains au profit des mêmes systèmes de lancement et de récupération électromagnétiques high-tech utilisés sur le Ford.
» Si les observateurs ont raison et que le nouveau porte-avions de Type-002 devient opérationnel à la mer avec des systèmes de lancement et de récupération électromagnétiques, la course à la parité électromagnétique sera lancée. Et, dans ce genre de concours, la tolérance de la Chine au risque dans les tests de développement, jumelée à la poursuite ciblée d'une seule technologie de pointe, donne à la Chine un avantage distinct. Les États-Unis, par contre, seront peut-être encore aux prises avec une tâche beaucoup plus ardue, celle d'intégrer systématiquement plusieurs technologies de pointe dans une coque unique mais beaucoup plus formidable.
» Il y a beaucoup de choses en jeu. Tandis que le prestige de l’US Navy diminue aux yeux du public en même temps que ses manifestations publiques, les dirigeants chinois comprennent le pouvoir inhérent aux simple affichage public de leur puissance. Même si le Ford est pleinement opérationnel d'ici 2024, les États-Unis pourraient rater une occasion de montrer en public l’incroyable nouvelle puissance technologique qu’apporte cette classe. D'autre part, les progrès en technologie électromagnétique de la Chine, – s'ils sont atteints, – peuvent recevoir une grande publicité dans quelques vidéos triomphantes d’exercice d’opérations aéronavales de grande envergure. Si la Chine gagne la course aux systèmes électromagnétiques fiables, le coup symbolique porté à la Navy sera diablement douloureux.
» Mais ce sera encore bien plus douloureux si la classe Ford ne parvient pas à résoudre toutes ses technologies et se cantonne au rôle de fers à repasser... »

Bon signe : nous n’y comprenons pas grand’chose

Reste à voir si tout cela se fera, et si “tout cela” ne sera pas pire encore... En effet, “tout cela” semble d’abord identifier une énorme crise ontologique de l’US Navy elle-même face à l’US Navy, entre sa puissance en train de s’effilocher, avec ses nouveaux mastodontes de 100 000 tonnes entre promesse du renouveau et très-possible “JSFisation” de la toute-puissante classe Gerald S. Ford, et ses interrogations au milieu du labyrinthe d’installations navales dépassées ou en nombre insuffisants, avec une classe Nimitz qu’on hésite à liquider ou à prolonger c’est selon... Le sort étrange et incertain du USS Harry S. Truman résume et symbolise bien cette formidable crise de l’US Navy, qui fut l’orgueil et le socle même de l’immense puissance militaire américaniste.

Pendant ce temps, plane la menace de la perception de la réduction à néant de la puissance des porte-avions du fait des armes hypersoniques. Les Chinois sont, avec les Russes, les maîtres de cette nouvelle arme ; mais en même temps, les experts projettent la possibilité d’une puissante flotte de porte-avions chinois qui pourrait supplanter au long des années 2020 la flotte US enfoncée dans ce désarroi labyrinthique qu’on a décrit. Les Chinois développeraient-ils un type de navires d’une puissance si considérable, dont ils savent très bien eux-mêmes l’extrême vulnérabilité face aux armes hypersoniques ? Dans tous cas prendre en compte cette perspective hypothétiique, c’est ajouter encore au désarroi de l’US Navy.

Hooper termine son article par une conclusion plaintive et si incertaine jusqu’au pathétique : « C’est pourquoi l'Amérique mérite des informations valides et véridiques pour gérer activement la transition de la classe de Nimitz en fin de carrière. Le Congrès a besoin de savoir maintenant si la retraite anticipée de l’USS Truman fait partie d'un grand plan stratégique ou s'il s'agit simplement d'un moyen de s'assurer que suffisamment d’espace est disponible dans les chantiers navals pour réparer les porte-avions défectueux de la classe Ford. »

Cette incertitude pathétique vaut certainement pour l’US Navy, pour la puissance navale en général, pour la puissance militaire conventionnelle confrontée aux inconnues et aux surprises de plus en plus catastrophique du technologisme en pleine crise, bref pour tout ce qui constitue le concept de puissance dans une époque si complètement hors du contrôle humain. Le destin du porte-avions et le destin de l’US Navy sont une illustration symbolique d’une très grande force de la Grande Crise d’Effondrement du Système. On comprend que le Congrès soit inquiet et n’y comprenne pas grand’chose. Nous non plus, nous n’y comprenons pas grand’chose, mais sans aucune inquiétude pour autant, – au contraire : c’est bien là le signe de cette Grande Crise.

  • 19 septembre 2019 à 00:00

L’Iran et l’art de la guerre

Par info@dedefensa.org

L’Iran et l’art de la guerre

20 septembre 2019 – Six jours après l’attaque terriblement efficace contre les installations de l’Aramco le 14 septembre et l’absence de riposte du Système qui aurait dû immédiatement sanctionner ce crime de lèse-majesté, le paysage commence à s’éclaircir. Il s’agit d’une défaite majeure pour le Système ; peut-être pas encore Waterloo mais au moins la Bérézina qui ouvre irrésistiblement la voie la voie à Waterloo, tout cela très rapide parce que le temps historique devenu métahistorique pourrait être, dans certaines circonstances, bien plus rapide qu’en 1813-1815.

Ce qui est caractéristique de notre époque complètement encalminée dans les illusions technologiques de la postmodernité est ce fait remarquable : ce que nous classons comme une grande date métahistorique, l’attaque contre Aramco, est complètement dépendant des performances et contre-performances de la ferraille technologique dont le Système et son serviteur américaniste sont si complètement férus, et s’avèrent pourtant si complètement les prisonniers à vie et jusqu’à la mort. En effet, l’attaque d’Aramco tend désormais à être unanimement appréciée en termes de ferraille technologique ; en d’autres mots : pourquoi le Parrain américaniste, en termes mafieux s’entend, n’a-t-il rien fait pour prévenir et contrer décisivement l’attaque, et ainsi sauver son valet saoudien ?

Réponse du ministère de la défense russe, d’habitude très peu expansif mais qui , cette fois, sort de sa réserve : « Après l'attaque contre Saudi Aramco, un responsable du ministère russe de la Défense a déclaré que le système Patriot n'était pas conforme aux caractéristiques déclarées.
[...]
» “Les justifications du secrétaire d’État américain [Mike Pompeo]qui a déclaré que ‘parfois, les systèmes antiaériens du monde entier donnent des résultats contradictoires’ n’auraient pu être acceptées que s’il était question d’un seul système Patriot qui défendait concrètement le site attaqué, selon une source au sein du ministère de la Défense. Mais grâce aux États-Unis, l’Arabie saoudite a déployé ces dernières années sur son territoire, surtout dans sa partie septentrionale, un puissant système de défense antiaérienne dans la région à champ de radar ininterrompu.”
» Mike Pompeo avait précédemment évoqué les batteries antiaériennes saoudiennes, qui comprennent le système américain Patriot, en déclarant que ces systèmes ne donnaient pas toujours “le résultat escompté”.
» “Il ne peut y avoir qu’une seule raison: les systèmes Patriot et Aegis tant vantés par les Américains ne sont pas conformes aux paramètres déclarés et n’ont qu’une faible efficacité de lutte contre des cibles aériennes de petites dimensions et les missiles de croisière, a poursuivi le responsable. Ils ne sont tout simplement pas capables de repousser une large utilisation par l’ennemi de moyens d’attaque aérienne dans la réalité du combat.”
» Toujours selon la même source, la frontière septentrionale de l’Arabie saoudite est protégée par 88 batteries de de tir du Patriot. En outre, trois frégates lance-missiles de la Marine américaine dotées du système Aegis contrôlant 100 missiles SM-2 se trouvent dans le Golfe au large des côtes de l’Arabie saoudite. »

Le Patriot est une bonne vieille histoire (depuis 1976-1984) d’un caractère exceptionnel dans la durabilité et la solidité de la farce déguisée en simulacre. La firme Raytheon, qui en est la mère-nourricière (voir le secrétaire à la défense Esper pour plus d’informations : il y officia pendant dix ans), sort régulièrement une nouvelle version (PAC-1, PAC-2, PAC-3...) après une démonstration des caractéristiques catastrophiques de sa progéniture, assurant alors que ses “défauts de jeunesse” sont corrigés ; il est manifeste qu’il y a eu des changementsentre chaque version par rapport à la précédente, puisque chaque version coûte beaucoup plus cher que la précédente. Les premiers exploits du Patriot datent de la première Guerre du Golfe, puis enchaînant sur la seconde (quelques détails dans ce texte). On rappellera plus en détails, à partir d’un autre texte du 29 juillet 2010, ce passage du type-anecdote, où l’on voit s’opposer l ‘un des très rares hommes politiques israéliens de grande vertu et adversaire de la dépendance d’Israël des USA, l’ancien ministre de la défense Moshe Arens, et le président Bush à propos des exploits du Patriot chargés de protéger Tel-Aviv en 1990-1991, – selon les confidences d’Arens lui-même dans un documentaire sur la Guerre du Golfe :

« Arens s’est toujours signalé par une forte affirmation nationaliste, et, à partir de sa formation d’ingénieur en aéronautique et sa position à la défense, par la transcription de cette position dans la recherche de l’affirmation de la souveraineté nationale au niveau des programmes d’armement, ce qui l’amenait à des conflits avec les USA. Il eut en 1991 un sévère accrochage avec le président Bush-père, au cours d’un entretien. Bush, qui avait une tendresse particulière pour Raytheon et son missile sol-air Patriot, avait été informé par le même Raytheon des performances exceptionnelles du Patriot durant la guerre du Golfe. Ces performances étaient un pur argument de relations publiques mais l’enthousiasme de Bush-père était purement ingénu. Le recevant à la Maison-Blanche, le président parla à Arens en termes dithyrambiques des performances du Patriot dans la défense de Tel Aviv contre des missiles irakiens Scud, lors de la guerre du Golfe. Arens lui répondit, sur un ton glacial, que le taux de réussite des Patriot contre les Scud dans cette occurrence était équivalent à zéro, – aucun Scud intercepté par le moindre Patriot. La réaction du président US fut extrêmement vive et la rencontre tourna à l’aigre. L’anecdote marque la considération de Arens pour les équipements US, et donc permet d’encore mieux entendre sa position d’aujourd’hui vis-à-vis du JSF. »

On ajoutera bien entendu que les missiles Standard (Standard Missile, ou SM) montés sur les frégates et croiseurs-AEGIS, également cités pour la défense d’Arabie, n’ont pas un pedigree plus glorieux. C’est le croiseur USS Vincennes qui, naviguant en 1988 dans le Golfe pour “protéger la liberté des mers”, repéra grâce à son système AEGIS/Standard un Airbus de la compagnie aérienne civile iranienne et l’identifia aussitôt comme un F-14 Tomcat de la force aérienne iranienne, le détruisant aussi sec en un seul tir de Standard, pour cette fois extrêmement précis : 290 morts civils et pas une seule condoléance ni excuse de l’administration Reagan. 

Tout cela est vite dit et écrit, mais illustre le vrai des capacités habituelles des armes et des systèmes américanistes, essentiellement depuis les années 1980 et encore plus vite depuis la fin de la Guerre froide, avec un déclin vertigineux de toute attention portée à leurs capacités et à leurs performances réelles (essais truqués, évaluations faussées, etc.) et une croyance religieuse des commanditaires (les hommes politiques) et des utilisateurs (les chefs militaires) dans les arguments de relations publiques des firmes productrices. L’attaque de l’Aramco en constitue une démonstration étonnante, au-delà même de ce qu’on pouvait concevoir auparavant s’il s’avère effectivement que pas un seul coup ne fut tenté et tiré contre l’attaque des drones. A ce point du raisonnement, que ces drones soient iranien, houthis ou monégasques importe peu : c’est l’inexistence de la défense qui constitue l’événement fondamental, et cette défense est entièrement américaniste ; elle est, certainement du point de vue quantitatif et très probablement du point de vue “qualitatif” (des équipes US contrôlant les systèmes les plus sensibles), mieux équipée que la plupart des zones stratégiques américanistes elles-mêmes.

Les déclarations de Pompeo à son départ vers l’Arabie sont d’un ridicule à mesure de l’ampleur de l’événement, – en même temps qu’ils donnent une idée de l’impuissance des USA à comprendre la vérité-de-situation, c’est-à-dire leur vérité-de-situation, c’est-à-dire qu’ils sont entraînés dans une spirale d’incapacité, de paralysie, d’effritement, – voire d’entropisation... Se répétant en Arabie, Pompeo a été jusqu’à préciser : « Même les meilleurs systèmes antiaériens du monde entier donnent parfois des résultats décevants », précisant qu’il était à Ryad notamment pour proposer aux Saoudiens des changements et des améliorations dans leur système de défense (sans doute un Patriot PAC-4 à guidage en or massif et beaucoup plus cher ?) ; exactement comme si eux, les Saoudiens, étaient complètement fautifs de l’échec des défenses, à cause de leur propre matériel, de leurs propres technologies, de leur propre méthodologie...

Ce que l’on peut constater au cours ces six derniers jours, c’est l’ampleur de l’écho de l’échec US au niveau militaire aussitôt transcrit en termes politiques sinon métahistoriques dans cette occurrence, tant l’Arabie est perçue à cet égard comme une sous-colonie illettrée, entièrement contrôlée par ces mêmes USA ; en appendice évidemment important, on trouve, quelles que soient les circonstances de l’attaque, la perception de l’affirmation militaro-technologique de l’Iran (et des forces qui lui sont liées, par conséquent), et cela de ses propres capacités pour l’essentiel, tant l’Iran entretient jalousement son autonomie et son indépendance, tant ses liens avec d’autres puissances (la Russie par exemple) sont à mille lieues de la vassalisation réciproque et corrompue entre les USA et l’Arabie, – quasiment d’une autre nature.

Sur ces sujets, on lira quelques paragraphes de la plus récente analyse (de ce jour) d’Alastair Crooke, le directeur de Conflict Forum, qui nous restituent effectivement les grandes significations de l’événement :

« Ce que la frappe de précision a fait, c’est de pulvériser le simulacre des États-Unis se faisant passer pour le “gardien” du Golfe et le garant de la sécurité du flot de pétrole brut alimentant les veines d’une économie mondiale fragile.  Il s’agissait donc d'une frappe de précision visant le paradigme dominant, – et elle a réussi un coup mortel.  Elle a mis en évidence le caractère faussaire des deux affirmations. Anthony Cordesman écrit que “les frappes contre l'Arabie saoudite constituent un avertissement stratégique clair que l'ère de la suprématie aérienne américaine dans le Golfe, et du quasi-monopole américain sur la capacité de frappe de précision, s'estompe rapidement”.
» Les Iraniens étaient-ils directement ou indirectement impliqués ?  Et bien.... ça n’a pas vraiment d’importance.  Pour bien comprendre les implications, il faut comprendre l’événement comme un message commun, venant d'un front commun (Iran, Syrie, Hezbollah, Hash’d a-Shaibi et les Houthis).  Il s’agissait de pulvériser la crise des sanctions au sens large : un tir stratégique (missile) crevant le “dirigeable” sur-gonflé de l’efficacité des tactiques américaines de “pression maximale”. Il fallait retourner la méthode de contrôle du monde par les sanctions et les tarifs et la fracasser littéralement. La Russie et la Chine sont presque certainement d’accord et sans doute applaudissent-ils (discrètement).
» Cette approche comporte des risques évidents. Le message sera-t-il entendu correctement à Washington ? Car, comme le souligne Gareth Porter dans un contexte différent, la capacité de Washington de comprendre, ou de “bien lire” dans “l’esprit” de ses ennemis semble avoir été en quelque sorte perdu, – par impuissance de Washington à éprouver quelque empathie que ce soit pour “l’altérité” (iranienne, chinoise ou russe).  Les perspectives ne sont donc probablement pas très bonnes.  Washington ne “comprendra pas”, au contraire il pourrait en rajouter, avec des conséquences potentiellement désastreuses. Porter écrit :
» “L’attaque d’Abqaiq est aussi une démonstration dramatique de la capacité de l'Iran à surprendre stratégiquement les États-Unis, bouleversant ainsi ses plans politico-militaires. L’Iran a passé les deux dernières décennies à se préparer en vue d'une éventuelle confrontation avec les États-Unis, et le résultat est une nouvelle génération de drones et de missiles de croisière qui donne à l’Iran la capacité de contrer beaucoup plus efficacement tout effort américain visant à détruire ses ressources militaires et de viser des bases américaines à travers le Moyen-Orient.
» “Le système de défense aérienne de l'Iran a été continuellement mis à niveau, à commencer par le système russe S-300 qu'il a reçu en 2016. L'Iran vient également de dévoiler en 2019 son système de défense aérienne Bavar-373, qu’il considère comme plus proche du système russe S-400, acheté par l’Inde et la Turquie, que du système S-300.
» “Ensuite, il y a le développement par l’Iran d’une flotte de drones militaires, ce qui a incité un analyste à qualifier l’Iran de ‘superpuissance des drones’. Parmi ses réalisations en matière de drones, mentionnons le Shahed-171 ‘drone furtif’ avec missiles à guidage de précision et le Shahed-129, qu'il a conçu à partir du Sentinel RQ-170 des États-Unis et du MQ-1 Predator”.
» Comprendre le message de Porter représente la clef pour comprendre la nature du ‘grand basculement’ qui a lieu dans la région. Les avions robots et les drones, – tout simplement, – ont changé les données fondamentales de la guerre. Les anciennes vérités ne tiennent plus, – il n'y a pas de solution militaire américaine simple pour l'Iran.  
» Une attaque américaine contre l'Iran n'apportera qu'une réponse iranienne ferme, – et une escalade. Une invasion américaine complète, – comme l'invasion de l'Irak en 2003, – n'est plus dans les capacités américaines. »

L’art de la guerre et leur psychologie

... Mais il nous apparaît évidemment, à nous aussi, que “ce que les Américains ne sont plus capables de faire” est en l’occurrence bien plus important que “ce que les Houthis [ou les Iraniens ou les Monégasques] sont capables de faire” ; en quelque sorte, c’est notre “Bye bye FDR” par obligation et par faiblesse, autant que par volonté unilatéraliste de repli : « Non seulement ils ne peuvent plus, mais ils ne veulent plus (à moins qu’ils ne veuillent plus parce qu’ils ne peuvent plus ?)... Bref, et comme disait l’avisé Macron : “Nous sommes sans doute en train de vivre la fin de l'hégémonie occidentale sur le monde.” » 

Le plus dramatique dans ce constat est évidemment ce qui se dit de plus en plus, et qui constitue l’élément fondamental de la psychologie de l’américanisme, cette impuissance totale de l’américanisme pour l’empathie, y compris et surtout cette absence complète d’empathie objective (se mettre à la place de l’autre pour mieux le comprendre) pour comprendre ce qui se passe dans “l’esprit” de l’adversaiere. Crooke/Porther le disent précisément : « ...la capacité de Washington de comprendre, ou de “bien lire” dans “l’esprit” de ses ennemis semble avoir été en quelque sorte perdue, – par impuissance de Washington à éprouver quelque empathie que ce soit pour “l’altérité” (iranienne, chinoise ou russe). » Nous serions tentés de proposer une nuance, de taille au demeurant : cette capacité n’a pas été “perdue”, parce que, selon ce que nous croyons de la psychologie de l’américanisme faite d’inculpabilité et d’indéfectibilité et ainsi si parfaitement spécifique, cette capacité n’a jamais existé dans cette psychologie ; la raison étant simplement que, pour la psychologie américaniste et donc exceptionnaliste, l'“autre” ne peut exister sinon bien entendu à être aussitôt gobé et digéré subito presto par l'américanisme.

Dans l’article qu’il consacre à l’attaque, Pépé Escobar écrit ceci : « Le refrain du renseignement américain selon lequel les Houthis sont incapables d'une attaque aussi sophistiquée trahit les pires courants de l’orientalisme et du “fardeau de l’homme blanc” exprimant le complexe de supériorité [le suprémacisme] de l’homme blanc. » Nous comprenons parfaitement cette affirmation, et ce qu’elle a de justifiée dans le chef de la reconnaissance des capacités des “autres”, sauf pour ce qui est de l’emploi du terme “homme blanc” rejoignant les thèmes LGTBQ à la mode du “suprémacisme de l’homme blanc”. L’histoire de la couleur n’a pas sa place ici ; il s’agit de psychologie et de technologie et, s’il faut parler de “suprémacisme”, alors nous dirions qu’il est question essentiellement, sinon exclusivement pour la séquence en cours qui est infiniment plus importante que l’histoire réécrite et caviardée postmodernistement du colonialisme, de “suprémacisme anglo-saxon” ; ou encore mieux, de “suprémacisme américaniste” (les Anglais s’y mettraient dedans), auquel nombre d’hommes de couleur, Obama en premier et en position de dirigeant suprême, souscrivent avec enthousiasme. Le philosophe de l’histoire, l’Anglais Arnold Toynbee, avait, trois-quarts de siècle avant nous, largement explicité la chose et donné tous les éléments permettant de comprendre la Grande crise actuelle...

Cela bien compris à propos du “suprémacisme anglo-saxon/américaniste” et qui est d’une importance fondamentale, il est bien évident que l’attaque de l’Aramco démontre, – directement ou indirectement qu’importe, – après plusieurs autres événements dans ce sens (de la capture du drone RQ-170 fin 2011 à la destruction du RQ-4C Global Hawk de juin 2019), que l’Iran dispose de capacités technologiques directement opérationnelles d’une ampleur et d’une qualité dont bien peu de puissances peuvent se targuer aujourd’hui. Depuis l’amère défaite de l’armée israélienne face au Hezbollah à l’été 2006, on sait également que des organisations non-étatiques peuvent, dans des guerres classiques d'une réelle impoirtance, s’affirmer comme des puissances d’une dimension d’organisation et de cohésion dont nombre de pays ne disposent pas, et les Houthis ne font ainsi que nous en apporter confirmation...

Bien entendu, on observera, sans guère de surprise, que tous les exemples que nous donnons vont dans le même sens, qui est antiaméricaniste comme on est antiSystème. Il n’y a aucune surprise dans ce constat, dans la mesure où les USA eux-mêmes, par leur folie belliciste et autodestructrice, leur technologisme d’une extrême surpuissance mais parvenu au point de l’autodestruction, nourrissent leurs adversaires des armes et des technologies dont ces adversaires useront contre eux (Blowbackou Janus)sans être infectés par la psychologie de l’américanisme.

Cela signifie que la résistance dans le domaine même qui nourrit l’hybris américaniste (le technologisme) n’a pas cessé d’augmenter, sur le terrain même où cet hybrisse manifeste (le technologisme). Le résultat n’est nullement d’inspirer de la prudence ou de l’habileté manœuvrière aux USA, – choses qui leur sont parfaitement inconnues, – mais plutôt de susciter une incompréhension sans cesse grandissante de “l’autre” (empathie nulle) et un réflexe de plus en plus automatisée dans le sens de la surenchère, de ce que l’on croit être de la surpuissance (de l’hyper-surpuissance) et qui s’avère être de l’autodestruction parce que les moyens de la guerre américaniste sont en chute sidérale pour ce qui est de la capacité opérationnelle véritable (voir également la fable des porte-avions).

... Et parce qu’en face, il y a l’Iran, pays qui maîtrise la technologie suffisamment pour la retourner contre son adversaire, et qui montre une résolution sans faille jusqu’à ne pas craindre d’aller jusqu’au bout. Ce faisant, l’Iran est un chiffon rouge agité avec sa propre habileté devant un taureau épuisé et dont la psychologie est aujourd’hui entrée dans le domaine de la folie. L’“art de la guerre” de l’Iran n’a, finalement, rien à voir fondamentalement avec la maîtrise de la technologies, même s’il passe nécessairement par cette maîtrise, mais avec une attaque directe, centrale et décisive contre le centre matriciel et absolument fécond de la faiblesse de l’ américanisme : sa psychologie.

Il est ainsi par conséquent bien dans le registre des possibilités que la fameuse prédiction du néo-sécessionniste du Vermont Thomas Naylor soit fondée, notamment grâce à la ténacité et la volonté de l'Iran : « Il y a trois ou quatre scénarios de l’effondrement de l’empire. L’un d’entre eux est la possibilité d’une guerre contre l’Iran... » Mais naturellement, cet effondrement n’aurait pas tant lieu sur le champ de bataille, que sur la perspective qu’il y ait la possibilité d’un tel champ de bataille, ce qui produirait à “Washington D.C.” un choc tel qu’effectivement la folie aurait raison de l’empire, – par ailleurs, dans un environnement déjà bien préparé à l’incursion de la folie., – on n’est pas “D.C.-la-folle” sans raison.

  • 20 septembre 2019 à 00:00
Hier — 19 septembre 2019Dedefensa.org

Notes sur les aventures du USS. Harry S. Truman

Par info@dedefensa.org

Notes sur les aventures du USS. Harry S. Truman

19 septembre 2019 – Après un temps assez long d’attente, l’escorte du porte-avions USS Henry S. Truman, formant avec ce navire un Groupe de porte-avions d’attaque (Carrier Strike Group), a finalement appareillé de Norfolk le 12 septembre sans son porte-avions, et rebaptisé pour l’occasion Groupe de surface d’attaque (Surface Strike Group). Le porte-avions, revenu à la grande base navale US sur l’Atlantique de Norfolk le 5 août pour préparer cette nouvelle mission, a rencontré des problèmes sérieux dans son circuit électrique, qui fait qu’il n’est pas opérationnel comme il aurait dû l’être dans ces circonstances tout à fait exceptionnelles de capacités d’emploi puisqu’il s'agit de son troisième déploiement opérationnel en quatre ans.

L’US Navy annonçait fièrement la chose il y a deux mois, selon les termes rapportés par Military.com le 4 juillet 2019, jour de la fête nationale : 

« L'exercice en cours permettra de s'assurer que ces navires, – les destroyers USS Ramage et USS Lassen, – sont certifiés pour être déployés avec le Truman et prêts pour les missions que la Navy a prévues pour eux.
» “Cet exercice mettra à l'épreuve notre force intégrée en tant que force multimissions”, a déclaré le contre-amiral Andrew J. Loiselle, commandant du Truman Strike Group. “Les manœuvres complexes de la période d’entraînement sont l’occasion de travailler en équipe, à la fois dans notre capacité à supporter des périodes prolongées en mer et à trouver des domaines où nous pouvons nous améliorer.
» La Navy n’a pas dit publiquement quand le Truman sera déployé, où il ira et combien de temps durera son déploiement. »

... La dernière phrase qui laissait entendre à quelque exaltante expérience l’on allait assister, rend désormais un son malheureux quand l’on apprend que les USS Ramage et USS Lassen, ainsi que deux autres navires de surface de renfort, sont partis sans l’essentiel, c’est-à-dire le USS Harry S. Truman. Ils étaient lassés d’attendre que le circuit électrique du grand porte-avions d’attaque soit effectivement réparé, s’il l’est finalement à temps...Cela est résumé par le site TheDrive.com le 13 septembre 2019, à la suite d’une nouvelle de l’immobilisation du Truman publiée par le site USNI News le 12 septembre.

« Un croiseur de classe Ticonderoga et trois destroyers de classe Arleigh Burke affectés au Truman Carrier Strike Group ont quitté les ports de la côte Est des États-Unis pour un déploiement prévu, mais sans deux éléments clés, le porte-avions de classe Nimitz USS Harry S. Truman et sa force aérienne embarquée. 
» Le porte-avions a été mis sur la touche depuis qu'il a subi un dysfonctionnement électrique le mois dernier et l'U.S. Navy ne sait pas encore, ni quand ni s’il pourra rejoindre son escorte. Cette situation a également ajouté à la pénurie actuelle de porte-avions déployables sur la côte Est, ce qui pourrait limiter la capacité du service à réagir en cas de crise. »

L’escorte du porte-avions sans porte-avions

Cette triste aventure du USS Harry S. Truman est rapidement présenté par Spoutnik-français du 18 septembre, autour d’une idée-centrale : c’est la première fois qu’un tel incident arrive pour un grand porte-avions d’attaque de l’U.S. Navy. Alors que, depuis le début août, le Truman attendait impatiemment son “‘escorte” de frégates et de croiseurs pour constituer son Groupe d’Attaque, voilà que l’“escorte” du grand porte-avions part sans lui et qu’on ignore s’il sera réparé suffisamment à temps pour “rejoindre son escorte”, celle qui est censée le protéger ! La situation est présentée sur un ton flegmatique, ce qui colore d’un certain ridicule d’un poids de 90 000 tonnes (celui du Truman) cette étrange “première” : “le fait qu’un groupe de porte d’avions d’attaque soit déployé opérationnellement sans porte-avions” est une véritable “première”, un simulacre naval sans précédent, – d’autant que la Navy, habile, a permis en rebaptisant le groupe “Surface Strike Group” d’entretenir le doute : après tout, le Truman, qui est également un bâtiment “de surface”, s’y trouverait peut-être, devenu stealthy et donc bien caché et diablement bien protégé par son “escorte”.

« ...“La réparation du porte-avions est en cours, tout est mis en œuvre pour le renvoyer en service”, a déclaré le commandement de l'US Navy.
» Comme l’ont indiqué à USNI News d’anciens militaires de l’US Navy, le fait qu’un Groupe de porte-avions d’attaque soit déployé opérationnellement sans porte-avions est sans précédent. »

Une faiblesse peut en cacher une autre

Nous en sommes là de cette odyssée étrange du Harry S. Truman alors qu’il faut savoir, pour bien en embrasser tout le charme, que lorsque son déploiement (le troisième de cette envergue en quatre ans) fut annoncé, nombre de commentaires soupçonneux sinon purement et simplement amers furent publiés. Il y a celui-ci, de Chris “Ox” Harmer, de War Zone, le 18 juillet 2019, qui soupçonnait que cette décision servait essentiellement à dissimuler une faiblesse de l’US Navy, celle du USS Dwight D. Eisenhower, ce qui a eu pour conséquence d’en mettre à jour une autre, celle du Truman... Ainsi parlait l’amer Harmer : 

« “Une armée marche avec son estomac”. Ce truisme de la mobilité militaire de l’époque préindustrielle a été attribué à Napoléon Buonaparte et à Frédéric le Grand. Personne n'est sûr si l'un ou l'autre l'a vraiment dit, mais tous deux ont certainement expérimenté la réalité de la maxime. En leur temps, non seulement les vastes armées de l'époque se déplaçaient à pied sur le champ de bataille, mais elles se déplaçaient à pied sur le champ de bataille. Il n'était pas rare que les fantassins marchassent des centaines de kilomètres entre les grandes batailles, et toute cette marche signifiait que les soldats devaient être bien nourris. S'ils ne l'étaient pas, ils mouraient de faim, de maladie ou étaient trop faibles pour combattre efficacement et étaient massacrés, ce qui arriva exactement à la Grande Armée de Napoléon à la suite de son invasion de la Russie avec des ressources insuffisantes.
» J'ai lu récemment que le porte-avions USS Harry S. Truman (CVN-75) de la marine américaine allait partir pour son troisième déploiement en seulement quatre ans, ce qui m'a rappelé ce dicton lapidaire. Bien que la Navy insiste sur le fait que le déploiement avait été planifié à l'avance, le fait qu'il ait été annoncé peu après que l'USS Dwight D. Eisenhower (CVN-69) eut terminé une période de maintenance de 18 mois qui devait initialement durer six mois a suscité des spéculations selon lesquelles la Navy avait déployé le Truman pour dissimuler le fait que l’Eisenhower ne pouvait simplement pas effectuer ce déploiement. »

Pourquoi liquider le USS Harry S. Truman ?

... Mais nous n’en avons pas fini avec le USS Harry S. Truman, tant s’en faut, et tant cette formidable unité semble résumer à elle seule tous les problèmes de l’US Navy en, train de couler très rapidement, et même, disent certains, pas loin d’être menacée de perdre un jour dans années 2020 sa position de “Première Dame des Mers du Monde”. Il faut savoir qu’en février 2019, l’US Navy annonçait par le biais du détail de son budget pour l’année fiscale 2020 (FY2020) que le Truman prendrait sa retraite en 2024, soit près de dix ans avant la date qui achève le demi-siècle de carrière de ce type d’unités ; et cela, alors que l’US Navy est de plus en plus serrée du point de vue de ses super-porte-avions ; et cela, alors que le Gerald R. Ford qui doit inaugurer la super-classe succédant à la classe USS Nimitz à laquelle appartient le Truman, connaît d’innombrables problèmes techniques comme nul ne peut en ignorer.

La décision de démobilisation du Truman fit tant de bruit, tant au Pentagone qu’au Congrès où personne n’arrive (toujours pas maintenant) à comprendre les raisons qui y ont poussée, que la grogne atteignit l’Olympe de Jupiter lui-même. Le président Trump entra dans l’arène à la fin avril pour proclamer qu’il fallait abandonner cette absurde décision (de démobiliser le Truman) que lui-même avait approuvée sans ciller en signant la proposition budgétaire du Pentagone. 

Commentaire de The War Zone du 1ermai 2019 : « Le président Donald Trump a annoncé qu’il avait annulé l’“ordre” de retirer du service le porte-avions USS Harry S. Truman de la classe Nimitz avant la date prévue, un jour après que le vice-président Mike Pence eut révélé pour la première fois que l'administration prenait ses distances de ce plan pendant une visite du navire. Le plan suscite une opposition croissante, en particulier parmi les membres du Congrès, depuis qu’il a été annoncé en février 2019. À l'époque, The War Zone a exposé en détails les raisons pour lesquelles il était peu probable que la proposition soit réalisée, et combien cette décision particulièrement rapide de l’abandonner effectivement ne fait que s’interroger plus encore à propos des raisons qui ont poussé l’administration Trump, le Pentagone et l’US Navy à la présenter à l’origine. »

Embouteillage entre 90 0000 et 100 000 tonnes

Nous en sommes donc dans une grande zone navale d’incertitude, et pas encore à la mer pour l’épisode présent, pour ce qui concerne le sort du USS Harry S.Truman. Certes, il y a l’ordre de Trump d’abandonner la décision de démobilisation du porte-avions, mais l’on sait que les “ordres” de Trump sont souvent aussi incertains qu’ils sont proclamés avec la plus grande emphase que permet le tweet. Quoi qu’il en soit, l’opposition contre la décision de la Navy reste extrême, alors que l’incident du Truman en panne vient un peu plus encore brouiller la perspective. La chose ne va-t-elle pas regonfler le camp des partisans de la démobilisation ? Dans tous les cas, elle ne simplifie certainement pas le cas du Truman, et surtout de l’énorme problème qui se pose à l’US Navy lorsque tout son contexte est considéré. C’est ce qui est fait dans un long article de Forbes.com de Craig Hooper, certes du 26 mars 2019 mais qui garde toute sa pertinence et même sa complète actualité.

Hooper détaille l’extrême imbroglio, à la fois kafkaïen et ubuesque où se trouve aujourd’hui l’US Navy. Comme on l’a déjà ressenti à l’une ou l’autre allusion, nul ne sait précisément pourquoi la Navy veut retirer le Truman à peu près une décennie avant sa fin de vie opérationnelle normale. Certains ont laissé entendre que ce pourrait être le signe que la Navy a compris que l’ère des grands porte-avions étaient terminée, avec la perspective de les voir se faire tailler d’horribles croupières du fait des missiles antinavires hypersoniques où Chinois et Russes sont passés maîtres. L’argument peut s’entendre, d’autant que trois autres porte-avions de la classe Nimitz arrivent en fin de vie opérationnelle normale en 2025-2032, le Nimitz lui-même, le Eisenhoweret le Stennis.Mais c’est sans doute mal connaître la Navy, sa bureaucratie, sa certitude de soi, sa programmation et l’hybris qui l’enivre du simple fait de contempler ces mastodontes de 90 000/100 000 tonnes.

100 000 tonnes en effet, c’est le tonnage de la nouvelle classe des “super-super”, la classe Gerald S. Ford, avec dans la foulée deux autres unités dont la construction est déjà lancée après le premier de la classe, le USS John F. Kennedy et le USS Enterprise, pour 2024 et 2028 respectivement, – en principe et en théorie, ajouterons-nous fort prudemment. Dans ce cas, on voit mal comment on peut continuer à accepter l’argument que la Navy abandonne les grands porte-avions...  Mais nous sommes d’ores et déjà emportés sur un autre champ de la polémique en cours, car l’arrivée possible/probable de ces nouvelles unités implique à la fois un grand embouteillage et un grand remue-ménage, avec des carambolages divers, et surtout le tout rythmé par les extraordinaires difficultés de mise au point que rencontre le Ford, comme on l’a vu à plusieurs reprises, avec le retard que cela implique et qui se répercutera sur les suivants.

Que reste-t-il de l’US Navy ?

Hooper nous explique donc plusieurs choses :

• Pour ces mastodontes qui demandent des périodes importantes et parfois très longues d’entretien opérationnel et de mise à niveau, il faut des chantiers navals avec leurs cales sèches, et les USA en manquent cruellement. De là la très grande difficulté de programmer la vie courante de tous ces porte-avions, la classe Nimitz en fin de vie et la classe Ford qui arriverait bientôt, à son heure (mais quand ?), à maturité, – si elle y arrive, certes...

• Au reste, les différences technologiques essentielles entre les deux classes, avec le Ford qui est présenté comme une super-merveille complètement nouvelle par rapport à la classe Nimitzimplique que les chantiers navals doivent être eux-mêmes modifiés pour traiter toutes ces choses nouvelles. Cela ajoute diablement à l’embarras, d’autant qu’il n’est pas assuré que ces installations ainsi modifiées soient encore adéquates pour traiter les classe Nimitz encore en service (d’où l’une des hypothèses pour répondre à la question : “pourquoi se débarrasser du Truman ?”).

• Mais comme l’on sait, il y a bien pire : il y a les formidables difficultés du premier de la nouvelle super-classe (voir plus haut : “d’innombrables problèmes techniques comme nul ne peut en ignorer”). Cela signifie 1) que le Ford a déjà pris du retard et qu’il passe énormément de temps dans les chantiers navals ; 2) que toutes les modifications qu’il reçoit, et dont on ne voit pas la fin, vont se répercuter sur les deux suivants qui, non contents (!) de dépasser leur date de mise en service opérationnel, vont à leur tour mobiliser les chantiers navals plus longtemps que prévu pour ces divers travaux...

Hooper : « Il pourrait être embarrassant pour la Marine ou le ministère de la Défense de l'admettre, mais la décision de retirer le Truman pourrait se résumer à une simple question de non-capacité de cale sèche “à l'ancienne”. En sacrifiant les carénage d’entretien de l’USS Harry S. Truman de 2024 à 2028, le Pentagone libérerait suffisamment de disponibilité de cale sèche pour accueillir, au besoin, des travaux de radoub ou de maintenance non planifiés mais importants sur le USS Gerald R. Ford et le USS John F. Kennedy. »

• ... Pendant ce temps, dans cet invraisemblable embouteillage de porte-avions immobilisés pour des travaux et des entretiens prévus et imprévus, sans compter les “imprévus imprévus” (les “unknown-unknowns” du philosophe Donald Rumsfeld) qui ne manqueront pas de survenir, que restera-t-il et combien restera-t-il de coques de l’US Navy encore à la mer ? Que restera-t-il de la maîtrise des mers du globe grâce aux “super” et aux “super-super” grands porte-avions d’attaque de la Navy ?

• “Les Chinois”, suggère Hooper...

Les Chinois rois des mers ?

En effet, Hooper termine son article sur les perspectives de la marine chinoise par rapport à l’US Navy, tournant autour de l’arrivée de porte-avions chinois, de leurs technologies, et notamment celle des catapultes et des systèmes électromagnétiques de lancement et de récupération des avions, qui paraît l’un des nœuds fondamentaux du formidable bond technologique en avant des nouveaux “super-super” type-Ford. (Hooper précise ainsi que les “experts” supputent et prévoient de quatre à six porte-avions chinois de technologies très avancées déployés dans les années 2020. Importante nouvelle pour notre compte.)

« Le Congrès a besoin de la vérité, aujourd'hui, pour prendre les bonnes décisions. Avec un préavis suffisant, il est possible de modifier les cales sèches ou d'en construire de nouvelles. Un plus grand nombre de travailleurs des chantiers navals peuvent être embauchés et formés. Les calendriers de livraison des porte-avions peuvent être modifiés selon une chronologie nouvelle. Les enjeux sont tout simplement trop élevés pour continuer à se perdre dans d’autres dissimulations [dont la Navy a le secret].
» Dans quelques années, le Pentagone saura avec certitude si le Ford est un fer à repasser sans fiabilité, exigeant un entretien considérable, ou s’il tient ses promesses. Mais le Congrès ne peut pas attendre. Le temps presse. Au plus tard, les systèmes électromagnétiques de lancement et de récupération de l'USS Gerald R. Ford doivent être à la fois opérationnels et fiables avant l’entrée en service des porte-avions chinois de Type-002 en 2023.
» Plus tard, l'Amérique aura de vrais problèmes.
» Le monopole américain sur les super-porte-avions est en train de s'effondrer et, considérant que la transition vers le super-porte-avions de classe Ford commencerait réellement au milieu des années 2020, la marine chinoise deviendrait une force de très-grande importante dans ce domaine des super-porte-avions, déployant de quatre à six porte-avions. 
» Si le plan actuel de construction navale de 30 ans est maintenu, les États-Unis n'auront que neuf grands porte-avions d’attaque en 2027, et plusieurs d'entre eux ne seront tout simplement pas prêts pour des opérations de guerre. Avec la diminution de la force de porte-avions des États-Unis, la Chine pourrait bien être tentée de rechercher la parité relative des porte-avions avec les États-Unis.
» Et, en dehors de la course stratégique évidente à la parité du nombre de super-porte-avions, les stratèges économiques de la Chine ont également conçu ce développement quantitatif de porte-avions comme un défi direct lancé à la position de l'Amérique en tant que leader mondial de la technologie et de l'ingénierie. De nombreux observateurs chinois pensent que les porte-avions de Type-002, les premiers grands super-porte-avions chinois de construction “maison”, n’utiliseront pas l'ancienne technologie de la catapulte à vapeur utilisée à bord des vieux porte-avions américains au profit des mêmes systèmes de lancement et de récupération électromagnétiques high-tech utilisés sur le Ford.
» Si les observateurs ont raison et que le nouveau porte-avions de Type-002 devient opérationnel à la mer avec des systèmes de lancement et de récupération électromagnétiques, la course à la parité électromagnétique sera lancée. Et, dans ce genre de concours, la tolérance de la Chine au risque dans les tests de développement, jumelée à la poursuite ciblée d'une seule technologie de pointe, donne à la Chine un avantage distinct. Les États-Unis, par contre, seront peut-être encore aux prises avec une tâche beaucoup plus ardue, celle d'intégrer systématiquement plusieurs technologies de pointe dans une coque unique mais beaucoup plus formidable.
» Il y a beaucoup de choses en jeu. Tandis que le prestige de l’US Navy diminue aux yeux du public en même temps que ses manifestations publiques, les dirigeants chinois comprennent le pouvoir inhérent aux simple affichage public de leur puissance. Même si le Ford est pleinement opérationnel d'ici 2024, les États-Unis pourraient rater une occasion de montrer en public l’incroyable nouvelle puissance technologique qu’apporte cette classe. D'autre part, les progrès en technologie électromagnétique de la Chine, – s'ils sont atteints, – peuvent recevoir une grande publicité dans quelques vidéos triomphantes d’exercice d’opérations aéronavales de grande envergure. Si la Chine gagne la course aux systèmes électromagnétiques fiables, le coup symbolique porté à la Navy sera diablement douloureux.
» Mais ce sera encore bien plus douloureux si la classe Ford ne parvient pas à résoudre toutes ses technologies et se cantonne au rôle de fers à repasser... »

Bon signe : nous n’y comprenons pas grand’chose

Reste à voir si tout cela se fera, et si “tout cela” ne sera pas pire encore... En effet, “tout cela” semble d’abord identifier une énorme crise ontologique de l’US Navy elle-même face à l’US Navy, entre sa puissance en train de s’effilocher, avec ses nouveaux mastodontes de 100 000 tonnes entre promesse du renouveau et très-possible “JSFisation” de la toute-puissante classe Gerald S. Ford, et ses interrogations au milieu du labyrinthe d’installations navales dépassées ou en nombre insuffisants, avec une classe Nimitz qu’on hésite à liquider ou à prolonger c’est selon... Le sort étrange et incertain du USS Harry S. Truman résume et symbolise bien cette formidable crise de l’US Navy, qui fut l’orgueil et le socle même de l’immense puissance militaire américaniste.

Pendant ce temps, plane la menace de la perception de la réduction à néant de la puissance des porte-avions du fait des armes hypersoniques. Les Chinois sont, avec les Russes, les maîtres de cette nouvelle arme ; mais en même temps, les experts projettent la possibilité d’une puissante flotte de porte-avions chinois qui pourrait supplanter au long des années 2020 la flotte US enfoncée dans ce désarroi labyrinthique qu’on a décrit. Les Chinois développeraient-ils un type de navires d’une puissance si considérable, dont ils savent très bien eux-mêmes l’extrême vulnérabilité face aux armes hypersoniques ? Dans tous cas prendre en compte cette perspective hypothétiique, c’est ajouter encore au désarroi de l’US Navy.

Hooper termine son article par une conclusion plaintive et si incertaine jusqu’au pathétique : « C’est pourquoi l'Amérique mérite des informations valides et véridiques pour gérer activement la transition de la classe de Nimitz en fin de carrière. Le Congrès a besoin de savoir maintenant si la retraite anticipée de l’USS Truman fait partie d'un grand plan stratégique ou s'il s'agit simplement d'un moyen de s'assurer que suffisamment d’espace est disponible dans les chantiers navals pour réparer les porte-avions défectueux de la classe Ford. »

Cette incertitude pathétique vaut certainement pour l’US Navy, pour la puissance navale en général, pour la puissance militaire conventionnelle confrontée aux inconnues et aux surprises de plus en plus catastrophique du technologisme en pleine crise, bref pour tout ce qui constitue le concept de puissance dans une époque si complètement hors du contrôle humain. Le destin du porte-avions et le destin de l’US Navy sont une illustration symbolique d’une très grande force de la Grande Crise d’Effondrement du Système. On comprend que le Congrès soit inquiet et n’y comprenne pas grand’chose. Nous non plus, nous n’y comprenons pas grand’chose, mais sans aucune inquiétude pour autant, – au contraire : c’est bien là le signe de cette Grande Crise.

  • 19 septembre 2019 à 00:00
À partir d’avant-hierDedefensa.org

Quelques petits drones et puis s’en vont

Par info@dedefensa.org

Quelques petits drones et puis s’en vont

La ferblanterie étasunienne, achetée à prix d’or noir par les Bédouins du Nedjd a une fois de plus montré son inefficacité. Fin juin 2019, l’Iran avait abattu un drone qui coûte la bagatelle de 220 millions de dollars. L’Homme orange à la Mèche blonde a vite abandonné ses menaces twittées à l’encontre la République islamique d’Iran pour se mettre à l’abri derrière une excuse rapiécée et pitoyable qui ne met en cause qu’une mauvaise interprétation d’un exécutant iranien. 

Une dizaine de drones d’allure pacifique, indétectables, déjouant toutes les barrières électroniques de brouillage et de surveillance partis à mille kilomètres de là mettent hors jeu près de 5% de la production mondiale du pétrole. Lors des universités de la Défense qui se sont tenues près de Bourges la semaine dernière, il a été admis qu’il existe un trou « capacitaire » face à ce type d’attaques. Thales et les services de sécurité aérienne tentent de mettre en place des radars holographiques susceptibles de détecter les drones à 7km (versus 3 avec les radars habituels) couplés avec beaucoup d’IA pour ne pas prendre en charge de fausses cibles comme des éléments naturellement ailés, les oiseaux. Le système de neutralisation devra mettre en jeu un arbre décisionnel complexe dans des zones habitées.  

A dire vrai, les hypothèses abondent sur l’origine de la destruction du principal site de transformation du pétrole d’Aramco d’Abqaiq et de l’incendie qui a ravagé le champ pétrolifère de Khurais. Missiles balistiques lancés depuis l’Irak qui dément catégoriquement ou même de l’Iran ? Mike Pompeo déclare être persuadé de la responsabilité de l’Iran qui aurait selon lui mené pas moins de cent opérations de sabotage ces derniers temps alors que Trump reste évasif sur l’identité des auteurs et attend une confirmation du régime des Bédouins. 

Jusqu’ici personne n’a envisagé que les engins destructeurs puissent avoir été émis depuis l’Arabie elle-même. En effet, la province Ach-Charqiya où sont concentrées les principaux gisements d’hydrocarbures est habitée par une grosse minorité chiite (50 à 60%, chiffres discutés). Les chiites, discriminés et souvent persécutés, sont considérés par Ryad comme une potentielle cinquième colonne. La répression de militants qui avaient relayé des soulèvements lors du mal nommé printemps arabe de 2011 particulièrement féroce a donné lieu à la mise en place d’un cadre ‘antiterroriste’ pour le traitement de la contestation sociale. Tortures, disparitions, exécutions sommaires et condamnations à mort en furent la  traduction. La focalisation des médias occidentaux sur le niqab et le sort des riches saoudiennes qui ne peuvent conduire elles-mêmes leurs luxueuses voitures vient occulter l’activité  prédatrice de la famille royale et la pauvreté du reste de la population. Le cheikh Nimr Al Nimr, haute figure spirituelle des chiites avait été embastillé pour avoir évoqué une sécession de la province, terre ancestrale de ses habitants, puis exécuté au début de l’année 2016. Entraver la pratique publique de leur culte et empêcher l’accès à des postes de responsabilité dans la fonction publique tout en encourageant l’implantation de sunnites venus d’ailleurs ne peut que renforcer leur détermination. 

Un petit pic fébrile

La petite poussée du prix du baril enregistrée sur les marchés boursiers était plus liée à la crainte d’une escalade vers une guerre conventionnelle avec l’Iran qu’à l’éventualité d’une pénurie de pétrole dans un contexte sinon de récession mondiale avouée du moins de stagnation économique avérée. Accessoirement, cette hausse de 15 à 20% des prix avantagera temporairement les entreprises étasuniennes qui polluent les nappes phréatiques par fracking  pour exploiter des puits vite épuisables de gaz et pétrole de schiste. Elle est la bienvenue également pour les pays de l’OPEP qui s’apprêtaient à réduire la production pour soutenir les prix. Le plus dommageable dans cette opération n’est pas non plus le retard qui sera mis à la mise en vente de 10% d’Aramco prévue initialement en 2018, ajournée au prétexte du faible prix du baril et maintenant remise aux calendes grecques. Deux groupes chinois s’étaient portés acquéreurs directs autour d’un consortium impliquant des fonds souverains chinois et avaient troublé l’assurance des spéculateurs de métier. Cette proposition faite par le premier client d’Aramco a sans doute quelque rapport avec les retards mis à l’introduction en bourse. Les places boursières pressenties pour effectuer l’opération, New York et Londres, étaient prêtes à absorber les 5% d’une entreprise valorisée à 2000 milliards de dollars quoique que son bénéfice du premier semestre ait chuté de 12%. Cependant l’Aramco est encore considérée l’une des entreprises les plus rentables au monde. Elles l’attendaient avec avidité car les politiques monétaires des Banques centrales des Usa et de l’UE consistaient à offrir de l’argent gratuit aux institutions financières sans que rien n’en revienne à l’activité économique concrète. Valoriser un fabricant de soda ou une maison déjà construite gonfle les prix, ne crée rien mais rend plus coûteux l’accès au logement et la boisson gazeuse sucrée. 

Non, le vrai perdant est le Complexe militaro-industriel des Usa. Il s’est fait moquer par un Poutine taquin qui a conseillé aux Ibn Saoud depuis Ankara, entre deux citations du Coran, de s’assurer une meilleure défense en acquérant plutôt des S300 ou S400 avec l’acquiescement hilare de ses deux compères à la tribune, le sunnite Erdogan et le chiite Rouhani. 

Maintenant, c’est vraiment admis

Le déclin en cours de l’hégémonie occidentale et étasunienne est à présent dans tous les esprits. Monarc Premier a dû l’admettre lors du dernier sommet du G7 fin août et ainsi justifier sa prétention à vouloir réintégrer la Russie dans un groupe au format G8. Cette domination s’opérait par la voie d’une supériorité militaire, longtemps incontestée, technologique et financière. Les drones (ou missiles) tirés depuis l’un des pays les plus pauvres de la planète ravagé par une guerre d’attrition et un blocus criminel depuis cinq années ont atteint le cœur qui irrigue l’économie capitaliste-impérialiste sur près d’un siècle avec une facilité déconcertante. Les parrains étasuniens n’ont pas les moyens de rétorquer à un nouvel affront qui les délégitime comme gendarmes du monde. La politique de pression maximale sur l’Iran à travers les sanctions économiques et financières qui l’asphyxient ne peut que conduire de sa part  à une réponse en proportion des dégâts infligés. L’acharnement d’une coalition de plus en plus dégarnie sur une population qui ne fait que revendiquer une plus grande représentativité à sa part zaydite détermine celle-ci à imaginer des répliques adaptées. 

L’Inde classé premier acheteur d’armement, 12% des transferts d’armes entre 2013 et 2017, importe ce qu’elle est incapable de produire et s’adresse à la Russie. Elle s’efforce de moderniser un armement obsolète ces dernières années. Les commandes passées depuis 2018 atteignent  14,5 milliards de dollars. Pour la seule acquisition de système de défense antiaérienne S-400, New Delhi a déboursé 5,2 milliards de dollars.

La deuxième  livraison des systèmes S-400 à la Turquie vient de s’achever dimanche 15 septembre 2019, comme le prévoyait un contrat signé en 2017 entre Ankara et Moscou en 2017. Après avoir tempêté et promis des sanctions sévères contre leur allié de l’OTAN qui a essuyé une tentative de coup d’Etat en 2016 et un tsunami sur la lire, sa monnaie domestique, Trump « se montre conciliant ». Il déclare travailler sur le dossier alors que le Congrès persiste et continue d’exiger une riposte

Le Qatar, lié par un accord militaire avec les USA et abritant sur son territoire la base étasunienne Al Udeid depuis la fin des années quatre-vingt-dix, se propose également  de débourser entre deux et quatre milliards et demi pour chaque unité du système anti-DCA le plus perfectionné à ce jour. Doha est déjà équipé des systèmes Patriot PAC-3 et THAAD (Terminal High Altitude Area Defence) Le vieux roi Salman ben Abdelaziz  lors de sa tournée en Russie en octobre 2017, appuyé sur sa canne, s’est sans doute entretenu avec Poutine du ‘déséquilibre’ qui naîtrait si un tel outil de défense tombait entre les mains d’un pays mis sous embargo par la coalition saoudite. Reparti sans doute bredouille sur cette question, Ryad aurait sollicité Macron pour empêcher cette vente afin de préserver ‘la stabilité de la région’. Le Qatar a commandé récemment 36 avions F-15 à Boeing, les Usa seraient en peine d’actionner la loi dite CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act) qui veut interdire par des menaces de sanctions tout commerce avec les entreprises russes. Doha défend son droit souverain d’acquérir les armes de son choix.

Pour l’année 2017, la Russie a évincé le Royaume Uni de sa deuxième place parmi les plus gros marchands d’armements, respectivement 9,5% et 9%, et se place derrière le champion étasunien avec 57% du marché mondial pour son CMI. Cette évaluation de l’Institut  suédois de recherche sur la paix internationale porte sur le volume des échanges en dollars. Depuis, la fédération de Russie a dévoilé la mise au point d’armes hypersoniques qui augurent d’une rupture stratégique. La vélocité des vecteurs d’ogives conventionnelles ou nucléaires dépasse Mach 5 et sont ainsi disqualifiées les capacités d’interception des défenses adverses. Le Kinjal, missile aérien de très haute précision, vole à plus de 10 000km/h ce qui en fait une arme invincible. Le Pentagone sait que ses porte-avions sont une cible vulnérable de choix et s’efforce de reprendre un programme de recherche sur les vecteurs hypersoniques abandonné en 2011. L’immense machinerie de la Défense américaine est prise de court, elle a laissé plusieurs longueurs d’avance à la Russie pour le monopole des missiles hypersoniques. La Russie affirme qu’elle développe des S-500 capables d’intercepter des missiles hypersoniques et les experts étasuniens sont convaincus qu’elle dit vrai.

Quand Trump fait sa danse du ventre autour de Rouhani, il ne parvient pas occulter le décor dans lequel il commet ses contorsions. L’Iran vient de signer en août un accord confidentiel avec la Russie pour élargir la coopération militaire entre les deux pays. Ce tournant a été acté juste après la prise d’un navire pétrolier britannique qui violait la réglementation maritime dans le Golfe. A traduire par ‘ciel imprenable et tirs de missiles intercontinentaux insaisissables’ sur toute la région.

Du faible au fort

La mise en péril de sites économiques vitaux semble à la portée de n’importe quel groupe de résistance à l’oppression militaire perpétrée par un Etat de l’envergure du royaume d’Arabie. Cette démonstration invalide la course éperdue des Bédouins du Nedjdà l’achat d’armements onéreux étasuniens alors que dans le même temps le déficit budgétaire de la pétromonarchie se creuse encore, il passera de 5,9% en 2018 à 6,5% en 2019. Les ressources de l’Etat ont augmenté grâce à la création d’impôts indirects et la hausse du prix de l’énergie, gains répercutés sur le pouvoir d’achat des travailleurs  alimentant un carburant efficace  pour allumer un mécontentement populaire latent.

La Fondation de l’Islam de France, un truc du gouvernement français dont la direction était assurée honorifiquement par Chevènement, assume un partenariat avec la Ligue islamique mondiale, un machin financé par les Ibn Saoud pour propager avec l’argent du pétrole la pratique wahhabite, véritable contresens du message coranique. Une conférence interreligieuse s’est ouverte ce mardi 17 septembre au palais Brongniart à Paris. Tout un symbole !  C’est à un petit jeu de réhabilitation des assassins des Yéménites et des équarisseurs de Jamal Khachoggi que vient de se prêter l’Etat français en donnant son aval au successeur de Chevènement, Ghaleb Bencheikh, un franco-algérien qui rêve d’incarner dans les ors de la République l’Islam de France. Dénoncés pour exercice patent d’anti-laïcité par l’hebdomadaire de droite Valeurs Actuelles, Matignon et l’Elysée ont annoncé leur non participation au dîner de clôture du show. Les deux lascars s’étaient probablement dit que la vente de quelques Dassault valait bien une conférence œcuménique qui fait la part belle au grand travail de Brzezinski, l’implantation des medersas salafistes du Pakistan à Mantes la Jolie. La publication par les journaux turcs des  enregistrements faits au consulat à Istanbul le jour de l’assassinat de Khachoggi ainsi que l’approche des élections municipales ont fait renoncer les deux piliers de l’exécutif approuvés à moins de 30% à participer à un raout de ‘l’Islam dit politique’. En aucun cas ils n’auraient cédé ni renoncé à un dîner du CRIF pas plus que toute la fine fleur du monde politicard français. Le Crif instrumentalise largement une religion au profit d’un colonialisme imprégné d’un judaïsme dévoyé et politisé, il n’est qu’une extension en plus radical de l’ambassade israélienne. On saura que la France aura recouvré une part de son indépendance quand ce truc ne sera plus le rendez-vous obligé avant toute promotion électorale.

Le Deal du siècle n’aura pas lieu. La Résistance à la colonisation, Hamas, Heznollah et Houtis est dotée de la volonté de ne pas subir l’extermination et la sortie de l’histoire et de quelques outils capables d’ébranler en quelques drones l’économie mondiale. 

Peut-être cela donnera-t-il à méditer que point  la fin du règne de la Quantité ?

La fin de l’hégémonie occidentale en cours d’achèvement n’implique pas nécessairement celle de l’organisation sociale  qui l’a suscitée, la prise en mains du destin de milliards d’humains par une infime minorité de possédants et de décideurs.

Le mouvement des Gilets jaunes, toujours vivant, et celui des Algériens dans leur héroïque vendredisation disent que le mode de propriété de ce que produit l’humanité pour subsister doit changer. Il ne s’agit pas de répartir mieux les richesses produites. Il importe de décider collectivement et de manière optimale quelle ‘richesse’ produire.

Des hommes capables de faire voler des objets tueurs à dix fois la vitesse du son ne seraient pas capables d’éradiquer le paludisme, l’analphabétisme, les migrations par désertification de zones devenues impropres à l’agriculture, la malnutrition et le suicide par manque de sens ?

  • 18 septembre 2019 à 00:00

Les bolcheviques arrivent ! (I)

Par info@dedefensa.org

Les bolcheviques arrivent ! (I)

Supposons que vous soyez Américain. Et supposons que vous ayez passé les 60 dernières années à vous reposer tranquillement dans un congélateur après vous être injecté de façon experte suffisamment de glycérine pour empêcher les cristaux de glace de perturber vos membranes cellulaires. Dieu seul sait pourquoi vous avez fait ça, mais c’est du passé maintenant. Quoi qu’il en soit, nous sommes maintenant en 2019 et pour une autre raison insondable, vos arrière-petits-enfants vous sortent du congélateur, vous décongèlent, vous envoient plusieurs chocs électriques avec un aiguillon à bétail pour faire battre votre cœur, vous font marcher pendant un moment en vous donnant un café noir bien fort et vous voilà de nouveau, comme neuf et prêt à agir.

Ensuite, vos arrière-petits-enfants (c’est du moins ce qu’ils vous disent) commencent à vous parler de la vie en Amérique en 2019. Ils vous disent que le loyer représente maintenant la moitié de leurs revenus et qu’ils ne peuvent même pas rêver d’acheter une maison, et encore moins espérer la posséder un jour. Ils vous disent qu’il leur faudra toute une vie pour  rembourser leurs frais de scolarité à l’université et qu’ils finiront probablement par puiser dans leur épargne-retraite (s’ils en ont une un jour, mais qu’ils ne préparent pas actuellement). Ils vous disent qu’au lieu de leur laisser un héritage, leurs parents sont décédés en laissant des biens inutiles et délabrés, lestés d’énormes dettes médicales pour leurs soins palliatifs de fin de vie. Quand vous vous demandez où sont passés tous les enfants, ils vous expliquent patiemment qu’il est maintenant trop coûteux d’avoir des enfants, même avec papa et maman qui travaillent à temps plein, à moins que maman ne soit une mère célibataire, auquel cas le gouvernement la paie en fonction du nombre d’enfants qu’elle a avec différents hommes qui ne sont pas autorisés à vivre avec elle (et qui passent la plupart du temps en prison dans tous les cas).

Toutes ces nouvelles informations regrettables vous laissent quelque peu perplexe, mais après avoir été un homme conscient du monde avec une large vision mentale de la situation et une tête faite pour les chiffres, vous décidez de faire un zoom arrière et de prendre une vue d’ensemble, pour voir si vous pouvez comprendre ce qui est arrivé à votre pays, bon sang. Et vous découvrez que le gouvernement américain s’est endetté de plus de $20 000 milliards et qu’il est sur la bonne voie pour continuer à contracter environ $1 000 milliards de nouvelles dettes chaque année, simplement pour rester solvable. Vous découvrez qu’environ la moitié de cette dette appartient à des pays étrangers qui se disputent activement entre eux sur la meilleure façon de la vendre pour s’approvisionner en or. Vous êtes choqués de découvrir que les gouvernements fédéraux, étatiques et locaux ont pris des engagements [pensions, santé… hors bilan] pour un montant vraiment ridicule de dettes, de l’ordre de centaines de milliers de $milliards selon la façon dont vous les estimez, sans qu’on puisse imaginer comment les couvrir.

Et puis vous entendez que le meilleur et le plus brillant espoir que les États-Unis puissent s’arracher du bord du plus grand gouffre financier que la planète ait jamais connu est ce qu’on appelle  la théorie monétaire moderne, selon laquelle les gouvernements souverains peuvent imprimer de l’argent à volonté pour s’assurer que leurs ressources (naturelles et humaines) sont pleinement utilisées et qu’ils peuvent le faire sans aucune conséquence négative. Vous avez l’esprit analytique, mais vous avez beaucoup de mal à comprendre comment un pays qui doit des milliers de $milliards à des étrangers, qui importe la moitié de tout ce qu’il consomme, qui ne fabrique plus grand-chose et qui serait obligé de déclarer un défaut souverain peu après avoir cessé d’emprunter des sommes toujours plus importantes, peut être considéré comme souverain. Le terme ne s’applique pas à ce qui, selon toute apparence, est un accord de séquestre permanent avec des entités privées transnationales et étrangères, avec les ¾ des quelque $2 000 milliards de dollars US en espèces, principalement en liasses de billets de 100 dollars (que peu d’Américains ont déjà vus) qui sont détenus à l’étranger. Ainsi, bien que vous vous rendiez compte que vous êtes peut-être en train de tirer des conclusions un peu trop hâtives, vous ne pouvez néanmoins pas réprimer le sentiment que, dans ce cas, l’impression de monnaie sans contrainte donnera exactement le même résultat que dans tous les autres cas – la république de Weimar en Allemagne, le Zimbabwe, le Venezuela, etc.

En fouillant un peu dans les questions militaires, vous découvrez que les États-Unis dépensent plus pour l’armée que le reste du monde réuni, entretiennent un millier de bases militaires partout sur la planète, mais n’ont pas gagné un seul conflit militaire depuis la Deuxième Guerre mondiale. Vous constatez également que les États-Unis ont pris beaucoup de retard par rapport à la Russie et à la Chine en matière de développement d’armes, à un point tel que la majeure partie de ce que les États-Unis ont en magasin est obsolète et totalement inutile. Ayant du mal à obtenir des informations utiles sur le reste du monde auprès des médias américains, vous mettez à profit votre formation linguistique et vous constatez que partout dans le monde, les gens rient activement et ridiculisent les Américains pour leur obstination entêtée à prétendre à la supériorité militaire alors qu’en fait, ils sont maintenant terriblement inadéquats sur tous les plans sauf en ce qui a trait aux détournements de fonds publics, la seule catégorie où ils sont vraiment imbattables. Vous arrivez donc à une conclusion évidente : il est clair que les États-Unis ont perdu la guerre froide.

Enfin, vous entendez la pire des nouvelles : la plus haute fonction du pays – celle de la Maison-Blanche – a été prise en charge par un tyran et un usurpateur, un raciste-sexiste-misogyne-fasciste-homophobe (etc…), un vandale mégalomaniaque installé par les Russes. Mais cela, vous dit-on, est sur le point de changer : en 2020, il y aura une nouvelle élection glorieuse au cours de laquelle des foules de jeunes se présenteront et voteront pour une administration totalement socialiste qui détruira l’ancien ordre mondial jusqu’à ses fondations et érigera un nouveau monde meilleur à sa place. Des dizaines d’entreprises seront nationalisées et forcées de répondre aux besoins du public au lieu d’essayer d’être rentables. Il y aura des soins de santé gratuits, une éducation gratuite, des frontières ouvertes et un revenu garanti pour tous. Et la  théorie monétaire moderne  paiera pour tout cela. Ce faisant, les émissions de gaz à effet de serre, les pets de vache et tout le reste, disparaîtront complètement ; l’air chaud exhalé par les politiciens ne contiendra que des gaz nobles ; les vaches seront reprogrammées pour produire du lait de soja. Avec l’aide d’elfes magiques, les voitures seront alimentées par des éoliennes et des panneaux solaires. Les chaînes de la tradition se briseront et un monde nouveau et parfait naîtra, plein d’égalité raciale, d’égalité entre les sexes et de résultats positifs garantis pour tous. Étant bien versé dans l’histoire, vous n’avez pas besoin de réfléchir trop longuement au nom que l’on devrait donner à ce nouveau mouvement politique : le bolchevisme. Et comme vous savez déjà comment se termine cette histoire, vous retournez dans votre congélateur pour attendre que les choses de décantent.

 

Le 10 septembre 2019, Club Orlov, – Traduction du Sakerfrancophone

  • 18 septembre 2019 à 00:00

Les bolcheviks arrivent ! (I)

Par info@dedefensa.org

Les bolcheviks arrivent ! (I)

Supposons que vous soyez Américain. Et supposons que vous ayez passé les 60 dernières années à vous reposer tranquillement dans un congélateur après vous être injecté de façon experte suffisamment de glycérine pour empêcher les cristaux de glace de perturber vos membranes cellulaires. Dieu seul sait pourquoi vous avez fait ça, mais c’est du passé maintenant. Quoi qu’il en soit, nous sommes maintenant en 2019 et pour une autre raison insondable, vos arrière-petits-enfants vous sortent du congélateur, vous décongèlent, vous envoient plusieurs chocs électriques avec un aiguillon à bétail pour faire battre votre cœur, vous font marcher pendant un moment en vous donnant un café noir bien fort et vous voilà de nouveau, comme neuf et prêt à agir.

Ensuite, vos arrière-petits-enfants (c’est du moins ce qu’ils vous disent) commencent à vous parler de la vie en Amérique en 2019. Ils vous disent que le loyer représente maintenant la moitié de leurs revenus et qu’ils ne peuvent même pas rêver d’acheter une maison, et encore moins espérer la posséder un jour. Ils vous disent qu’il leur faudra toute une vie pour  rembourser leurs frais de scolarité à l’université et qu’ils finiront probablement par puiser dans leur épargne-retraite (s’ils en ont une un jour, mais qu’ils ne préparent pas actuellement). Ils vous disent qu’au lieu de leur laisser un héritage, leurs parents sont décédés en laissant des biens inutiles et délabrés, lestés d’énormes dettes médicales pour leurs soins palliatifs de fin de vie. Quand vous vous demandez où sont passés tous les enfants, ils vous expliquent patiemment qu’il est maintenant trop coûteux d’avoir des enfants, même avec papa et maman qui travaillent à temps plein, à moins que maman ne soit une mère célibataire, auquel cas le gouvernement la paie en fonction du nombre d’enfants qu’elle a avec différents hommes qui ne sont pas autorisés à vivre avec elle (et qui passent la plupart du temps en prison dans tous les cas).

Toutes ces nouvelles informations regrettables vous laissent quelque peu perplexe, mais après avoir été un homme conscient du monde avec une large vision mentale de la situation et une tête faite pour les chiffres, vous décidez de faire un zoom arrière et de prendre une vue d’ensemble, pour voir si vous pouvez comprendre ce qui est arrivé à votre pays, bon sang. Et vous découvrez que le gouvernement américain s’est endetté de plus de $20 000 milliards et qu’il est sur la bonne voie pour continuer à contracter environ $1 000 milliards de nouvelles dettes chaque année, simplement pour rester solvable. Vous découvrez qu’environ la moitié de cette dette appartient à des pays étrangers qui se disputent activement entre eux sur la meilleure façon de la vendre pour s’approvisionner en or. Vous êtes choqués de découvrir que les gouvernements fédéraux, étatiques et locaux ont pris des engagements [pensions, santé… hors bilan] pour un montant vraiment ridicule de dettes, de l’ordre de centaines de milliers de $milliards selon la façon dont vous les estimez, sans qu’on puisse imaginer comment les couvrir.

Et puis vous entendez que le meilleur et le plus brillant espoir que les États-Unis puissent s’arracher du bord du plus grand gouffre financier que la planète ait jamais connu est ce qu’on appelle  la théorie monétaire moderne, selon laquelle les gouvernements souverains peuvent imprimer de l’argent à volonté pour s’assurer que leurs ressources (naturelles et humaines) sont pleinement utilisées et qu’ils peuvent le faire sans aucune conséquence négative. Vous avez l’esprit analytique, mais vous avez beaucoup de mal à comprendre comment un pays qui doit des milliers de $milliards à des étrangers, qui importe la moitié de tout ce qu’il consomme, qui ne fabrique plus grand-chose et qui serait obligé de déclarer un défaut souverain peu après avoir cessé d’emprunter des sommes toujours plus importantes, peut être considéré comme souverain. Le terme ne s’applique pas à ce qui, selon toute apparence, est un accord de séquestre permanent avec des entités privées transnationales et étrangères, avec les ¾ des quelque $2 000 milliards de dollars US en espèces, principalement en liasses de billets de 100 dollars (que peu d’Américains ont déjà vus) qui sont détenus à l’étranger. Ainsi, bien que vous vous rendiez compte que vous êtes peut-être en train de tirer des conclusions un peu trop hâtives, vous ne pouvez néanmoins pas réprimer le sentiment que, dans ce cas, l’impression de monnaie sans contrainte donnera exactement le même résultat que dans tous les autres cas – la république de Weimar en Allemagne, le Zimbabwe, le Venezuela, etc.

En fouillant un peu dans les questions militaires, vous découvrez que les États-Unis dépensent plus pour l’armée que le reste du monde réuni, entretiennent un millier de bases militaires partout sur la planète, mais n’ont pas gagné un seul conflit militaire depuis la Deuxième Guerre mondiale. Vous constatez également que les États-Unis ont pris beaucoup de retard par rapport à la Russie et à la Chine en matière de développement d’armes, à un point tel que la majeure partie de ce que les États-Unis ont en magasin est obsolète et totalement inutile. Ayant du mal à obtenir des informations utiles sur le reste du monde auprès des médias américains, vous mettez à profit votre formation linguistique et vous constatez que partout dans le monde, les gens rient activement et ridiculisent les Américains pour leur obstination entêtée à prétendre à la supériorité militaire alors qu’en fait, ils sont maintenant terriblement inadéquats sur tous les plans sauf en ce qui a trait aux détournements de fonds publics, la seule catégorie où ils sont vraiment imbattables. Vous arrivez donc à une conclusion évidente : il est clair que les États-Unis ont perdu la guerre froide.

Enfin, vous entendez la pire des nouvelles : la plus haute fonction du pays – celle de la Maison-Blanche – a été prise en charge par un tyran et un usurpateur, un raciste-sexiste-misogyne-fasciste-homophobe (etc…), un vandale mégalomaniaque installé par les Russes. Mais cela, vous dit-on, est sur le point de changer : en 2020, il y aura une nouvelle élection glorieuse au cours de laquelle des foules de jeunes se présenteront et voteront pour une administration totalement socialiste qui détruira l’ancien ordre mondial jusqu’à ses fondations et érigera un nouveau monde meilleur à sa place. Des dizaines d’entreprises seront nationalisées et forcées de répondre aux besoins du public au lieu d’essayer d’être rentables. Il y aura des soins de santé gratuits, une éducation gratuite, des frontières ouvertes et un revenu garanti pour tous. Et la  théorie monétaire moderne  paiera pour tout cela. Ce faisant, les émissions de gaz à effet de serre, les pets de vache et tout le reste, disparaîtront complètement ; l’air chaud exhalé par les politiciens ne contiendra que des gaz nobles ; les vaches seront reprogrammées pour produire du lait de soja. Avec l’aide d’elfes magiques, les voitures seront alimentées par des éoliennes et des panneaux solaires. Les chaînes de la tradition se briseront et un monde nouveau et parfait naîtra, plein d’égalité raciale, d’égalité entre les sexes et de résultats positifs garantis pour tous. Étant bien versé dans l’histoire, vous n’avez pas besoin de réfléchir trop longuement au nom que l’on devrait donner à ce nouveau mouvement politique : le bolchevisme. Et comme vous savez déjà comment se termine cette histoire, vous retournez dans votre congélateur pour attendre que les choses de décantent.

 

Le 10 septembre 2019, Club Orlov, – Traduction du Sakerfrancophone

  • 18 septembre 2019 à 00:00

Le singe de notre simulacre

Par info@dedefensa.org

Le singe de notre simulacre

Malgré une histoire encore assez courte, et dont on se demande d’ailleurs si elle durera encore très longtemps, l’aviation a déjà connu des machines dont la célébrité a dépassé le seul cadre de cette activité : du SPAD au Boeing 747 Jumbo Jet, de la “Forteresse Volante” B-17 au Mirage. Mais le JSF, devenu F-35 mais tout de même resté JSF, c’est autre chose. Nous l’avons souvent suivi comme un événement de représentation, – un artefact de La Société du Spectacle, si l'on veut, – dépendant au moins autant du système de la communication que du système du technologisme. L’importance énorme de ce programme à tous égards, et notamment son aspect quantitatif absolument considérable (correspondance évidente avec le Règne de la Quantité) alors qu’on voudrait mettre en évidence d’abord ses aspects qualitatifs pour le présenter comme une représentation parfaite du Progrès autant de la communication que du technologisme, tout dans le JSF/F-35 tend à faire de lui-même rien de moins qu’un événement de civilisation.

C’est ainsi que William Astore, lieutenant-colonel de l’USAF à la retraite et collaborateur de Tom Engelhardt sur son site TomDispatch.com, envisage le JSF/F-35, comme un “événement de civilisation”, c’est-à-dire une parfaite représentation de notre civilisation, – mais nous pouvons dire “contre-civilisation”, à ce point. Son article du 16 septembre 2019 (« The Ultra-Costly, Underwhelming F-35 Fighter – Lockheed Martin Remains Top Gun in the Pentagon's Cockpit »), qui entend traiter du JSF plutôt comme F-35, – c’est-à-dire un programme d’avion de combat d'ores et déjà catégorisé mais qui dépasse toutes les normes du domaine, – débute néanmoins en présentant effectivement l’avion comme cet “événement de civilisation” dont nous parlons, et, au-delà, comme le symbole même de notre contre-civilisation, notamment les USA certes, – et, disons symbole de sa folie, de son incontrôlabilité, etc.

Nous citons ici ce début de l’article, le reste renvoyant de façon plus classique à la description technique, technologique et opérationnelle du programme, mais développée sur le ton extrêmement critique qui convient.

« Vous êtes doué avec les chiffres ? Je peux me débrouiller avec $1,5 million. Je pense que je peux même imaginer $1,5 milliard, un montant mille fois plus élevé. Mais est-il possible d’imaginer un million de fois plus : $1 500 milliards ? Il s'agit là du coût estimé du programme du Pentagone pour la construction, le déploiement et l'entretien du chasseur à réaction F-35, qui n'est plus si neuf, tout au long de sa vie opérationnelle. Comment des gens peuvent-ils investir autant d'argent dans une technologie dont le but fondamental est la domination par la destruction, – et qui, par ailleurs,  ne fonctionnerait pas  particulièrement bien ?
» Les Égyptiens avaient des pyramides. Les Romains avaient des routes, des aqueducs et des colisées. Les Européens médiévaux avaient des châteaux et des cathédrales. De nos jours, les pyramides, les aqueducs et les cathédrales de l’Amérique sont ces avions de guerre, parmi d’autres programmes d’armement meurtriers, dont un programme de $1 700 milliards pour “moderniser” l'arsenal nucléaire américain. Contrairement aux projets massifs de l'histoire ancienne, qui perdurent encore et représentent en quelque sorte le triomphe de l'esprit humain, les dépenses massives de l'Amérique en armement militaire ont été consacrées à des totems de pouvoir qui s'avéreront soit éphémères, soit rendront notre existence même éphémère, en jetant une ombre profonde sur notre époque, grâce à leur pure extravagance et au colossal gaspillage qu'ils représentent.  
» Aussi éphémère que le chasseur furtif F-35 puisse figurer en termes historiques, c'est déjà un symbole classique des guerres éternelles toujours plus stériles que mène l'Amérique [depuis 9/11]Comme elles, ce programme s'est avéré incroyablement coûteux, incroyablement gaspilleur et impossible à arrêter, malgré les circonstances lamentables qui le caractérisent. Il en est venu à symboliser l’artefact ‘trop-gros-pour-échouer’(‘too-big-to-faill’), trop sacro-saint pour qu’on puisse espérer réduire la violence technologique inhérente à la culture militarisée de l’Amérique. 
» Malgré son coût stupéfiant et ses performances médiocres, le F-35 n'est pas simplement le produit de la cupidité crue et de la puissance du complexe parlementaro-militaro-industriel. D’une manière étrange, il symbolise également l'histoire d'amour que les Américains ont eue avec toutes sortes d'armes. Il s'agit, pourrait-on dire, des 1 500 milliards de façons dont nous vénérons les avions de guerre et tout ce qu'ils représentent pour nous.
» Ne considérez pas le slogan ‘Bruit des réacteurs, le son de la liberté’ (“Jet noise, the sound of freedom”) comme un simple autocollant de pare-chocs destiné aux véhicules des vétérans de l’armée de l’air. Après tout, les Américains ont inventé l'avion et nous avons toujours tendance à le voir comme le moyen par lequel ce pays peut dominer le reste du monde, projetant notre version de la (super) puissance, tout en semant la mort dans des parties notablement importantes de la planète. Il n'est donc pas surprenant que nos avions de combat high-tech rugissent régulièrement sur un mode festif dans le cirque des versions américaines des colisées romains, suscitant des applaudissements et des frissons parmi les amateurs de ce spectacle mais sans que l’on se soucie de leur coût, en argent et en vies. 
» Imaginez, par exemple, ce que les $1 500 milliards qui seront dépensés pour le F-35 au cours de sa durée de vie pourraient signifier pour l’énergie verte, les soins de santé, l’éducation, l’infrastructure ou pratiquement tout autre besoin urgent dans ce pays aujourd'hui. Compte tenu de nos actions, compte tenu de ce que nous avons été les plus disposés à financer de façon extravagante au cours de ce siècle, on pourrait penser que les Américains croiraient vraiment que quelques escadrons de F-35 pourraient faire exploser le changement climatique, guérir le cancer ou réparer les routes et les ponts des États-Unis.  Donald Trump semble penser que ce serait une bonne idée d’attaquer des ouragans avec des armes nucléaires ! Alors pourquoi pas ? »

… Le problème n’est-il pas finalement que le JSF n’est jamais parvenu à devenir le F-35 (et qu’il n’y parviendra évidemment jamais) ; que l’archétype symbolique de communication (JSF) semble impuissant à se transformer en objet opérationnel stéréotypé (F-35) au meilleur sens du terme ? En cela, effectivement, le JSF sort du domaine de l’aviation (en même temps qu’il annonce peut-être la fin de l’aviation) pour figurer comme élément essentiel des deux grandes forces fondatrices de la postmodernité, le système de la communication et le système du technologisme. Comme ces deux grandes forces, qui sont dans un état de crise accélérée chacune dans son genre, le JSF est dans un état crisique, mais il l’est lui par sa nature : le JSF est un objet crisique, une “crise en soi” si l’on veut.

Il peut être jugé justement, comme symbole de notre contre-civilisation, en fonction des deux références déjà mentionnés. Il est une progéniture directe du  Règne de la Quantité  alors qu’on a toujours affirmé qu’il se distinguerait d’abord par ses qualités (ses capacités technologiques, la technologie furtive, etc.). Le JSF est la démonstration de la crise fondamentale du technologisme, aggravée par les excès de la communication qui travaille à dissimuler cette crise, empêchant qu’on puisse envisager de la résoudre ; il montre que la puissance devenant surpuissance (hyperpuissance) comme l’est le technologisme aujourd’hui, engendre une production massive de quantité qui se réalise nécessairement aux dépens, et même dans le plus complet antagonisme de la qualité. Au plus les systèmes sont puissants (complexes), au plus ils deviennent système de systèmes comme l’est le JSF, au plus ils perdent la possibilité d’opérationnaliser les capacités (les qualités) ainsi empilées les unes sur les autres, et chacune dépendant de toutes les autres, et chaque faiblesse de l’une entraînant un affaiblissement général de toutes les autres, et donc la catastrophe, etc.

Le plus important et le plus intéressant, sans aucun doute, c’est la projection métaphysique et métahistorique que la crise du JSF qui s’est désormais largement affirmée dans sa maturité permet de faire à partir des éléments du Système. Le JSF comme manifestation de la crise du Système par conséquent, c’est-à-dire crise de la confrontation de la quantité et de la qualité, ou dit autrement selon les termes choisis par Guglielmo Ferrerola puissance (l’“idéal de puissance”) contre la perfection (l’“idéal de perfection”). Effectivement, la puissance, ou surpuissance dans le cas du Système, est absolument une créature du Règne de la Quantité, et c’est elle qui triomphe dans le cas du JSF, dans les faits même, dans les chiffres, dans les statistiques, dans la Matière déchaînée que représente la créature-JSF. Par contraste avec le besoin de perfection qui entoure la communication faite autour du programme, rien n’est perfection, ni même possibilité de recherche de la perfection, comme Astore le remarque lui-même en observant que « La structure conceptuelle du F-35 est par nature instable et son logiciel de maintenance a été jusqu’ici un “cauchemar de bugs” ; cela signifie que les équipes de mise au point et de maintenance travaillent, en un sens, pour fixer quelque chose qui est par nature mobile et désordonné ».

...Autrement dit selon les termes de Ferrero, on évolue dans une nature du JSF qui ne cesse de se développer vers la surpuissance (quantité) et par conséquent est constitutivement instable et insaisissable, tandis qu’on affirme nécessairement (pur simulacre de communication) que la nature même du JSF est qualitativement plus parfaite, – plus stable, plus “fixable” dans un état de perfection, – que tout ce qui précédé, tout ce qui a existé auparavant, etc. La vérité-de-situation est que cette surpuissance, sinon cette hyperpuissance, se heurte à son propre aveuglement avec la destruction de toute perfectibilité qu’elle opérationnalise ; la quantité a besoin de la qualité pour s’affirmer dans toute sa puissance, alors que cette puissance devenant surpuissance sinon hyperpuissance, détruit de plus en plus toute possibilité de qualité.

Effectivement, le JSF est la pyramide, les aqueducs et la cathédrale à la fois de la modernité qui prétend fixer décisivement sa puissance dans la perfection de la postmodernité. Même le système de la communication perverti ne parvient pas à structurer un simulacre autour d’une inversion aussi catastrophique, aussi monstrueuse. Ainsi le JSF sert-il à quelque chose : devenu F-35, (en termes de communication only) il parachève la démonstration in vivo de la GCES, – Grande Crise d’Effondrement du Système.

Mis en ligne le 17 septembre 2019 à 21H15

  • 17 septembre 2019 à 00:00

T.C.-80 : Bye bye FDR

Par info@dedefensa.org

T.C.-80 : Bye bye FDR

17 septembre 2019 – Trump marche sur des œufs et piétine l’Histoire... “Marcher sur des œufs”, c’est le moins qu’on puisse dire à propos de l’affaire de la très méchante et efficace attaque des installations de l’Aramco, comme un coup au cœur de l’Arabie dont le même Trump ne semble guère vouloir trop se préoccuper, et sans s’en dissimuler. Après que le chef de cabinet du vice-président, Marc Short, eût expliqué par ailleurs, en d’autre lieu et sur un ton apaisant que le tweet “locked and loaded” (“prêts et chargés”) de dimanche soir n’était nullement une menace de type militaire mais une image concernant la situation énergétique des USA face à des possibles remous de fournitures de pétrole après l’attaque, on a vu et entendu cette humeur apaisée hier lors d’une aimable rencontre du président avec la presse

Même si tout cela (l’attaque, etcetera) ressemble à l’Iran, gazouille le président, il est bien acquis que « Je ne veux pas faire la guerre à qui que ce soit» ; et il n’est pas question de représailles tant qu’il n’y a pas de « preuve définitive » (vaste programme) d’une éventuelle culpabilité de l’Iran, et alors on verra.

Ceci enfin, qui est historique n’est-ce pas, par rapport à ce qu’on sait et dit du “Pacte du Quincy” et de FDR-1945, ce président mourant qui vint sceller son legs ultime qui fit Empire de la Grande République, – et que Trump, ce va-nu-pieds, piétine de la sorte : « En outre, lorsqu'on lui a demandé s'il avait promis de protéger les Saoudiens, le président a répondu “Non, je n’ai pas promis cela aux Saoudiens.... Nous devons nous asseoir avec les Saoudiens et trouver une solution.” »

Non seulement ils ne peuvent plus, mais ils ne veulent plus (à moins qu’ils ne veuillent plus parce qu’ils ne peuvent plus ?)... Bref, et comme disait l’avisé Macron : « Nous sommes sans doute en train de vivre la fin de l'hégémonie occidentale sur le monde. » (Le temps de traduire ce texte du discours macronien, d’une forme infâme cachant les pépites reposant sur le fond, nos amis anglophones de la communication antiSystème commencent à réaliser le caractère historique de la chose : iciiciici, etc.)

Tout cela se fait en douceur, avec grâce et comme sans y toucher, cette façon que l’Empire a de recevoir des directs en pleine poire (le drone abattu par les Iraniens, l’attaque contre l’Aramco) et de passer outre en sifflotant. Les Saoudiens, MbS en tête, ne s’y trompent pas une seconde, pour le cas il s’agit de noyer le poisson en douceur. L’officieux de la famille royale, Arab News, nous fait savoir qu’il y aura enquête sur l’attaque et sur les responsables, et comment, et encore avec experts venus de tous les horizons Inch Allah, et y compris de l’ONU mazette, et que, mon Dieu, l’on sera fixé alors, disons « dans des semaines, sinon des mois ». D’ici là, les poules auront des implants...

...Pendant ce temps, bien en verve et sur un ton assez léger ma foi, en pleine conférence de presse commune suivant un sommet d’importance sur la Syrie avec les présidents iranien et turc, Poutine a suggéré à l’Arabie, à l’aide d’une sidérante citation du Coran, d’acheter des S-300 ou des S-400 pour protéger ses biens si précieux, le sang noir de son or noir, – de cette façon on pourra exposer les Patriot de l’Empire ainsi démobilisés pour Alzheimer précoce au musée des technologies revues et incorrigibles...

« En ce qui concerne l’aide à l’Arabie saoudite, il convient de rappeler que le Coran sacré évoque l’inadmissibilité de toute sorte de violence autre que pour protéger les siens. Donc pour [qu’ils puissent] défendre les leurs et leur pays, nous sommes prêts à octroyer l’aide appropriée à l’Arabie saoudite. Il suffit que les autorités politiques saoudiennes adoptent une décision étatique sage comme celle prise par le passé par les dirigeants iraniens qui avaient acquis à l’époque des S-300 ou comme le Président Erdogan qui a acheté à la Russie les systèmes ultramodernes S-400. Ils protégeront solidement toute infrastructure saoudienne. »

Et le président iranien Rouhani, présent également, de se tourner vers Poutine pour lui demander lequel des deux systèmes il conseille aux Saoudiens de choisir pour mieux abattre les drones que lui-même, Rouhani, n’a certainement pas lancés contre l’Aramco ; et Poutine, diplomate-équilibriste comme toujours : « Qu’ils choisissent. » Et c’est sur ce ton léger, un peu tragédie-bouffe tout de même et certainement simulacre surréaliste, que s’achève le “tourbillon crisique” du jour (T.C.-bouffe)...

Good Bye Lenin, disait le film ; bye bye FDR, dis-je pour mon compte. Ainsi s’ouvre, entre Offenbach et Wagner, le dernier chapitre de l’ultime phase de la partie finale de la Grande Crise d’Effondrement du Système.

  • 17 septembre 2019 à 00:00

Notes sur la seconde mort de FDR

Par info@dedefensa.org

Notes sur la seconde mort de FDR

16 septembre 2019 – Les dimensions de l’attaque de samedi contre les installations pétrolières de l’Arabie sont considérables. La production de pétrole de ce gros et gras royaume si choyé par les dirigeants du bloc-BAO est diminuée de moitié, ce qui représente 5% de la production de pétrole mondiale. L’attaque a affolé les marchés comme jamais depuis plusieurs décennies, mais surtout, pour nous dans tous les cas, elle ouvre une phase nouvelle dans la situation de la sécurité au Moyen-Orient. Désormais, et quoi qu’en disent et menacent d’en faire, – à défaut de faire, – les omniprésents américanistes et leur usine à gaz pentagonesque, la sécurité de l’Arabie et l’existence du régime sont en jeu, en même temps que certains équilibres économiques mondiaux ; et cette fois, il ne sera pas question d’une Amérique venant au secours de Ryad avec la maîtrise démontrée en 1990-1991 et après avoir suscité le conflit (comme en 1990-1991 également), car que ce soit les Houthis soutenus par l’Iran (très probable) ou l’Iran par un autre biais (beaucoup moins probable), l’équilibre des forces en présence n’est pas loin d’avoir basculé complètement au désavantage des américano-saoudiens, au contraire de 1990-1991.

En fait, ce qu’a prouvé l’attaque de samedi, et encore plus si elle vient des Houthis comme c’est probable, c’est qu’un conflit avec l’Iran, y compris comme riposte US à l’attaque de samedi, plongera toute la région dans la guerre et fera comme première victime assurée l’Arabie et son régime des Saoud. L’attaque de samedi, malgré le soutien hypersophistiqué mais complètement bidon des USA (où étaient les Patriot samedi ? En congé de week-end ?) a démontré l’extraordinaire fragilité de l’Arabie. S’il y a guerre au Moyen-Orient à cause des folies américaniste et israélienne, l’Arabie en sera la victime assurée, en plus de diverses bases et forces US dans la région.

Le commentaire de WSWS.org donne une très petite mesure du sentiment dominant chez les Saoudiens et chez les militaires US : « L'Arabie saoudite dispose d'un énorme budget militaire, – l'année dernière, elle s'est classée au troisième rang mondial pour les dépenses d'équipement militaire, avec un montant estimé à 67,6 milliards de dollars. La capacité des rebelles Houthi à pénétrer les défenses saoudiennes et à frapper les infrastructures pétrolières cruciales a fait craindre de nouvelles attaques. »

Crise du pétrole, comme au bon vieux temps

…Dans tous les cas, nous voilà de retour dans une phase de panique mondiale concernant le prix du pétrole. Vieux classique de la Grande Crise, avec (sans compter celui de Suez de 1956 qui est un peu hors-séquence) un premier épisode en 1973-1974, suivi par nombre d’autres (1979, etc.) et des montagnes et rapports et de livres d’analyse sur les spéculations concernant le sort de l’économie du monde par rapport au pétrole.

Exemple exotique de l’épisodedepuis samedi, avec son défilé de pourcentages, de prix du baril et ainsi de suite : 

« Les prix de l’or noir ont augmenté en moyenne de 12 à 13% à l’ouverture des marchés lundi 16 septembre. Le baril de Brent de la mer du Nord était monté en séance de 19%, un record depuis presque 30 ans.
» Les cours de l’or noir s'envolent en moyenne de 12 à 13% lundi 16 septembre après un week-end marqué par des attaques de drones contre des installations pétrolières saoudiennes et revendiquées par les rebelles yéménites Houthis. Celles-ci ont temporairement réduit de moitié la production de pétrole du royaume.
» La hausse du Brent de mer du Nord a atteint en séance un niveau sans précédent depuis la guerre du Golfe en 1991. Il prend notamment 10,08% à 66,29 dollars le baril après avoir gagné jusqu'à 19,5%, du jamais vu depuis le 14 janvier 1991, à 71,95 dollars, indique Reuters.
» Le West Texas Intermediate (WTI), brut léger américain, est en hausse de 8,97% à 59,77 dollars après avoir pris jusqu'à 15,5%, sa plus forte hausse journalière depuis le 22 juin 1998.
» L'Arabie saoudite est le plus gros exportateur mondial de pétrole et les attaques contre deux installations stratégiques de la compagnie Aramco ont réduit la production de 5,7 millions de barils par jour, soit près de la moitié de la production saoudienne, ou l'équivalent de 5% de la consommation quotidienne mondiale.
» Aramco n'a pas fourni de calendrier de retour à la normale, se contentant de déclarer dimanche qu'elle ferait dans environ 48 heures un nouvel état des lieux.» Une source au fait de la situation a déclaré à Reuters qu'un retour à la normale de la production de pétrole saoudienne devrait prendre “des semaines plutôt que des jours”. »

L’Arabie et ses inaltérables amis que sont les USA, avec un Trump complètement immergé dans ses engagements pro-saoudiens (parallèlement aux engagements pro-israéliens, tout cela sous le conseil éclairé du gendre Jared Kushner), crawlent désespérément pour rassurer tout le monde dans le monde super-sensible de la corde raide économique. Tout va tellement bien dans le Système que la moindre étincelle est perçue comme un irrésistible départ de feu, comme d’une forêt amazonienne, dans un environnement dévasté et si ouvert à cette sorte de destruction, comme l’est notre environnement véritable qui ne cesse de se détruire lui-même du fait de nos entreprises.

« L'Arabie saoudite, de concert avec les États-Unis et ses alliés, a cherché à rassurer les marchés nerveux sur le fait que toute chute de la production pétrolière sera temporaire et n'affectera pas l'approvisionnement. Riyad a déclaré qu'elle serait en mesure de fournir du pétrole à partir de ses réserves et de mettre en service une production supplémentaire. Trump a signalé qu'en cas de besoin, il pourrait mettre du pétrole à disposition à partir de la réserve de pétrole stratégique américaine.
» L'Agence internationale de l'énergie, basée à Paris, représente les principaux pays consommateurs d'énergie et coordonnerait toute libération de réserves. La dernière fois qu'elle a procédé à une libération d'urgence au milieu de l'intervention militaire menée par les États-Unis en Libye en 2011, elle a fourni une capacité de production de 1,7 million de barils par jour.
» Plusieurs analystes ont noté que les réparations du centre de traitement du brut d'Abqaiq, qui prépare près de 70 % du pétrole saoudien pour l'exportation, pourraient être plus difficiles que ce qui est officiellement suggéré. Robert McNally, ancien conseiller énergétique de la Maison-Blanche sous le président américain George W. Bush, a déclaré au New York Times que l'équipement spécialisé serait difficile à remplacer. "Une attaque réussie contre Abqaiq est la pire chose à laquelle les planificateurs de la sécurité énergétique pensent ", dit-il.
» Les attaques de drones du week-end dernier alimentent également les inquiétudes croissantes au sujet de l'économie internationale. Le Financial Times, basé à Londres, a commenté : “Une forte hausse des prix du pétrole intervient également à un moment délicat pour l'économie mondiale. Les craintes d'un ralentissement se font de plus en plus pressantes et il est peu probable que l'augmentation des coûts de l'énergie y contribue.”
» Ces craintes ne feront qu’être aggravées par la rhétorique belligérante de Washington qui menace de frapper l'Iran et qui pourrait rapidement dégénérer en un conflit beaucoup plus vaste. » (WSWS.org)

Le Yémen, mesure de l’ignominie du bloc-BAO

Dans la mesure de l’ignominie où nous avons depuis deux décennies une riche expérience, la guerre contre le Yémen tient une place particulière, à part, quelque chose comme l’archétype de l’ignoble. Le bloc-BAO, USA-UK en tête, avec la France en fidèle flanc-garde, y joue un rôle particulièrement remarquable et remarqué d’un sommet inégalé de l’hypocrisie accouchée par l’hybris d’une hégémonie en train de s’effondrer. L’attaque contre les installations pétrolières samedi n’a guère été placée sous cet éclairage, les plaintes et geignements des commentateurs couvrant essentiellement les dangers ainsi imposés à l’équilibre économique du monde via le prix du pétrole et ne se préoccupant aucunement du cas humanitaire de la guerre du Yémen.

« La guerre barbare menée par l'Arabie saoudite contre le Yémen, avec l'aide de l'armée américaine, n'a pratiquement pas été prise en compte dans la couverture médiatique des frappes de drone, écrit WSWS.org ce 16 septembre 2019Depuis 2015, les frappes aériennes menées par les Saoudiens contre des villes et des villages dans les zones contrôlées par Houthi ont tué des dizaines de milliers de civils, laissant 80 pour cent de la population au bord de la famine et nécessitant une aide alimentaire et plusieurs millions de personnes sur le point de mourir.
» Des avions de guerre saoudiens, armés de bombes américaines et britanniques et munis d'informations de ciblage fournies par des officiers américains basés en Arabie saoudite, ont mené des attaques répétées contre des cibles civiles, notamment des écoles, des hôpitaux, des zones résidentielles, des mosquées et des marchés. Jusqu'à la fin de l'année dernière, les États-Unis ont également assuré le ravitaillement en vol de l'attaque saoudienne.

• Le “royaume” des Saoud présente tous les caractères d’une situation extraordinairement rétrograde et barbare par rapport à nos canons humanistes au nom desquels nous affirmons nos prétention de puissance technologique et de supériorité morale, – tout ce qui fait le suprémacisme anglo-saxons (et nullement “suprémacisme blanc”certes, puisque tant de personnes de couleur et issues en ligne directe de “la diversité” adhèrent avec empressement à ce suprémacisme-là, l’anglo-saxon)  ;
• Il est l’archétype de l’extrémisme salafisteet le principal bailleur de fond des terroristes islamistes ;
• Il est couvert de l’argent, non de l’“or noir” comme on l’appelle, mais de quelque chose comme le “sang noir” du Système (“There will be blood”), puisque le pétrole alimente en pourrissant le monde jusqu’à l’entropisationl’une des trois révolutions du “déchaînement de la Matière”.

Couverte d’armements payé à prix d’or et à corruption à mesure à l’industrie US qui ne sait plus fabriquer que des simulacres d’équipements militaires hypersophistiqués, l’Arabie s’est imaginée qu’elle ne ferait qu’une bouché des pouilleux rebelles Houthis, surtout avec l’aide zélée du couple USA-UK et les bons vœux de Netanyahou. Ces deux-trois dernières années, il est apparu que les Houthis, aidés puissamment par les Iraniens qui n’ont plus aucune raison de freiner cette aide face aux “pressions maximales” et aux menaces de guerre de la phalange USA-Arabie-Israël, sont redoutablement sophistiqués et efficaces dans leurs attaques en plein dans le cœur de l’Arabie.

Il s’agit bien d’un événement essentiel, stratégique, autant que symbolique, autant que métahistorique. A sa façon, il achève quelque chose, comme l’orbe d’une révolution, qui avait commencé en 1945.

Le fantôme de Roosevelt

En février 1945, retour de la conférence Yalta, Roosevelt (FDR), transformé en l’ombre de lui-même, agonisant (il mourut deux mois plus tard), ramené aux USA à bord du croiseur USS Quincy, faisait escale par mouillage en plein Canal de Suez, dans le lac Amer, lieu sanctuarisé contre toute attaque de sous-marin. Il reçut dans sa chaise longue, recouvert d’une couverture, plusieurs visiteurs de marque, dont le roi Ibn Saoud avec lequel il passa un pacte, un accord de parole à parole dit “Pacte du Quincy”. Ce pacte garantissait de la part des USA la sécurité du royaume, lequel assurait en retour l’alimentation en pétrole des USA, source de la surpuissance du Système comme par l’irrigation d’un flot de sang noir, – sorte de pacte maléfiquesort of... Ce fut un des axes de l’après-guerre, de l’hégémonie des USA, du suprémacisme anglo-saxon, de l’alliance entre l’extrémisme militaro-technologique et théologico-démocratique des USA, et le simulacre de tradition et l’extrémisme religieux de l’Arabie, devant, après le règlement de comptes de la Guerre froide, déboucher à partir de 1979 sur le bouillonnement du terrorisme, du désordre et du chaos du monde. Tout le programme du “déchaînement de la Matière” en pleine accélération de surpuissance se trouve là, derrière l’ombre diaphane et déjà dans le royaume des morts de Franklin Delano Roosevelt, sur le USS Quincy et au cœur de l’American Century…Mais cette silhouette de FDR, n’est-ce pas également celle de l’autodestruction ?

L’attaque du 14 septembre 2019 est un terrible symbole. Les USA ont été dans l’incapacité, ni de prévoir, ni de prévenir, ni de repousser une attaque dont les effets sont absolument dévastateurs. Croulant sous son obsolescence, son impuissance, son océan de corruption, ses engagements de déstructuration et de terrorisme, sa fortune frelatée et déjà couverte de dettes, le royaume de Saoud est une proie rêvée pour la machinerie terrible de la métahistoire qui travaille désormais à plein régime pour briser décisivement l’élan terrible du déchaînement de la Matière dont le pétrole est son sang noir comme l’encre. Le plafond de plastique de l’invincible hyperpuissance US a été crevé par quelques bouseux de rencontre et par la grande tradition de l’histoire perse qui signale aux Etats-Unis d’Amérique que l’histoire du monde n’a pas commencé avec eux.

On ignore s’il y aura la guerre, si les USA, se tournant contre l’Iran, mettront leurs menaces entendues mille fois depuis trente ans à exécution. Quelque chose nous en fait douter, car ce quelque chose nous dit que, parmi les premiers étonnés et effrayés, on trouve les officiers du quartier-général de CENTCOM, bardés d’informations, d’analyses, de prévisions, et qui n’ont rien vu venir. Ainsi s’interrogent-ils, incrédules et n’en croyant pas leurs neurones : et s’il était possible que la puissance US fût ridiculisée sinon battue ? 

  • 16 septembre 2019 à 00:00

Blowback exochaotique du Système

Par info@dedefensa.org

Blowback exochaotique du Système

Deux “fronts” importants de la guerre saccadé et exochaotique (productrice de chaos) que le Système ne cesse de développer sous diverses formes (agressions, révolutions de couleur, etc.), voient leur opérationnalisation en passe d’être de plus en plus compromise par des effets dits-blowback(mot consacré par la CIA pour désigner les effets négatifs, nocifs et contre-productifs obtenus en retour des opérations effectuées par l’agence). D’une façon générale sinon exclusive, effectivement, ces épisodes opérationnels prétendument offensifs et présentés par le système de la communication du Système avec une assurance complète pour ce qui est de leur vertu et de leur efficacité, se terminent en blowbacks, comme la surpuissance accouche de l’autodestruction.

Il s’agit, pour les deux cas envisagés :
d’une part du développement de la “guerre du Yemen”, lancée par l’Arabie et son nouveau dirigeant MbS en 2015 au nom d’une coalition-bouffe, et guerre d'agression soutenue sinon suscitée par les habituels Anglo-Saxons (USA et UK), avec éventuellement l'aide de quelques moyens français, histoire de ne pas compromettre le commerce ;
d’autre part des événements en cours à Hong-Kong, à très nette perspective en camaïeu de “révolution de couleur” quasiment affichée-USA depuis début août.

• L’Arabie a subi samedi matin la plus violente attaque sur son territoire de la part des Houthis (selon leur propre revendication) et de leurs drones particulièrement performants. Cette attaque, qui a touché des installations des raffineries les plus importantes du pays, signalerait donc que les Houthis ont désormais des moyens militaires sophistiqués, – qui leur sont fort probablement livrés par l’Iran, – capables de mettre en péril l’économie et l’équilibre même du royaume, c’est-à-dire son existence en tant que possession de la maison des Saoud, et par conséquent du réseau de corruption et de pression de l’américanisme.

La guerre du Yémen est un constant aliment de l’antagonisme avec l’Iran (les Iraniens chiites soutiennent les rebelles houthis, des chiites également, soumis à des attaques saoudiennes et autres sans discrimination, relevant du “crime de guerre” et du “crime contre l’humanité”). De ce point de vue, on notera que les USA ont réagi à ces attaques importantes de samedi matin, d’abord par le secrétaire d’État Pompeo qui a estimé que l’Iran en portait la responsabilité, ensuite par le faucon Lindsey Graham, le sénateur républicain, qui a demandé une frappe US de riposte contre des raffineries iraniennes, en Iran bien entendu. Les Iraniens ont répondu qu'ils ne sont pas impliqués dans cette attaque mais qu'ils sont prêts à tout, y compris à la guerre si le conseiul de Graham est pris en compte.

Le reste des caractéristiques de l’attaque et des diverses réactions et déclarations élargissent  d’une façon significative le domaine affecté par cet événement et lui donnent un retentissement international au-delà de la comédie anti-iranienne que “D.C.-la-folle” interprète sans faillir depuis des années. Elles font mesurer indirectement tous les risques considérables pour l’équilibre économique mondial ainsi que pour l’existence même du régime saoudien que susciterait un affrontement avec l’Iran, par les capacités directes et indirectes de riposte de l’Iran dont les Houthis sont les démonstrateurs pour l’aspect indirect.

« Riyad a dénoncé l’attaque des drone comme étant une “attaque terroriste” mais n'a pas immédiatement désigné son auteur. Les Houthis ont revendiqué l’attaque du samedi matin, qui s'est soldé par des incendies massifs à la raffinerie de la ville d'Abqaiq, dans la province orientale riche en pétrole du royaume, et dans une autre installation du vaste champ pétrolier de Khurais, à environ 150 km de Riyadh.
» Le président Trump a téléphoné au prince héritier Mohammed bin Salman et a offert son aide au Royaume pour assurer sa sécurité. Il a également déclaré que l'attaque contre les installations pétrolières saoudiennes pourrait être préjudiciable à l'économie américaine et mondiale.
» L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a cependant déclaré que l'attaque n'est pas susceptible d'affecter les marchés pétroliers mondiaux car ils sont “bien approvisionnés en stocks commerciaux importants”. Néanmoins, l’AIE a déclaré qu’elle suivait de près la situation et qu’elle était en contact avec les Saoudiens et les “grands pays producteurs et consommateurs”.
» La déclaration de l’AIE s'est faite dans un contexte où les médias ont rapporté que l'attaque a forcé Riyad à réduire sa production de pétrole de 5 millions de barils par jour, ce qui équivaut à environ la moitié de sa production totale de pétrole et environ 5 % de l'approvisionnement mondial en pétrole.
» L’attaque du samedi est devenue la frappe la plus réussie que les Houthis aient lancée contre les Saoudiens, qui mènent une campagne de bombardement au Yémen depuis son intervention dans la guerre civile du pays en 2015. En mai, des drones armés avaient causé des dégâts mineurs à deux stations de pompage de l’Aramco, dans la province de l’Est, et Riyad avait accusé l’Iran de cette attaque, que les rebelles yéménites revendiquèrent également. Téhéran a rejeté ces allégations. »

• L’événement de Hong Kong est certes moins spectaculaire et moins important que celui de l’Arabie, mais il porte aussi sa signification. Pour la première fois, les manifestations classiques depuis trois mois (contestataires chargés des vertus démocratiques contre police) se sont transformées en divers points en affrontements de rue avec l’apparition de groupes pro-Pékin. Bien entendu, surgissent aussitôt des accusations selon lesquelles ces groupes sont mobilisés, éventuellement payés par le gouvernement ; c’est évidemment possible sinon probable, et c’est d’ailleurs suivre la voie tracée par tous les groupes de contestations manipulés par les USA, rétributions à la clef d’une manière quasi-systématique, notamment pour le lancement de tout mouvement de la sorte. 

Bref, il s’agit d’être franc et loyal avec ces événements-là qui deviennent très vite, tels que les semeurs de chaos les orientent, des événements-simulacres ; et “être franc et loyal” signifie que l’on doit déployer sans coup férir, pour les juger, une dose considérable d’un cynisme qu’on qualifiera sans hésiter de “vertueux” et de “moral”  (selon la “morale” de l’antiSystème qui ne peut songer une seconde à s’embarrasser de tout le tintamarre affectiviste des humanismes-bourgeois postmodernes, progressistes-sociétaux, se considérant avec enchantement dans un miroir, – “Miroir, suis-je le plus moral, etc. ?”).

A l’extrême que nous importe, si c’est effectivement le cas comme on ne manque pas de le dire, que Pékin ou tout autre pouvoir du genre mobilise et éventuellement paie des groupes de contre-manifestants, contre un mouvement qui est structurellement soutenu et financé par le Système et ses affidés US, – et cela, quelle que soit la justesse des revendications et toutes ces sortes de chose, puisqu’à l’arrivée en suivant cette voie ce sera nécessairement le chaos type-syrien ou type ukrainien... Des “Casques blancs” à Maidan, au très-jeune Joshua Wong intronisé depuis quelques semaines et sa rencontre avec la Dame-du-Consulat-US Grand-Timonier de la contestation anti-Pékin à Hong Kong, tous ces gens sont aujourd’hui à faces découvertes ; quels que soient leurs excellents sentiments dont il ne faut point douter, on sait pour quelle écurie ils roulent et avec quel carburant ils poussent leurs discours en mode-turbo. Il est inévitable, et c’est même belle et bonne bancale justice, que de riposter avec les mêmes armes, ce que font peut-être ou sans doute les Chinois de Xi ou leurs mandataires, sinon en les lançant dans tous les cas en observant avec tendresse ces groupes d’un nouveau type “armés“ du drapeau de la Chine populaire.

Quelques informations à cet égard pour bien montrer que nous sommes sur le territoire de l’affrontement des simulacres, sans aucune illusion ni débat nécessaires à ce propos...

« Trois mois après le début d'un mouvement de contestation sans précédent, Hong Kong demeure sur des chardons ardents. Ce 14 septembre, plusieurs bagarres ont éclaté entre des opposants au gouvernement et des militants pro-Pékin en divers endroits de la baie.
» L'une d'elle s'est déroulée dans un centre commercial, le Amoy Plaza où environ 200 personnes s'étaient rassemblées pour agiter des drapeaux chinois et chanter l'hymne national, dans ce qui constitue une des premières actions médiatique d'envergure des militants pro-Pékin. Les heurts ont éclaté à l'arrivée des opposants au gouvernement, donnant lieu à des scènes de pugilat, dont plusieurs personnes sont ressorties en sang ou avec des contusions. Dans la cohue, une personne a notamment été prise en chasse et immobilisée au sol sans ménagement.
» Un peu plus tôt dans la journée, dans un autre quartier de Hong Kong, Forest Hill, des hommes, dont certains agitaient des drapeaux chinois et portaient des t-shirts bleus sur lesquels était écrit «J'aime la police de Hong Kong» s'en sont pris à ce qui semblait être des opposants au gouvernement dans une galerie marchande.
[...]
» La police honkongaise, contactée par l'AFP, n'a pas fait de commentaires. Peu avant cette bagarre, des militants pro-Pékin ont été filmés en train d'enlever des post-it et des messages hostiles au gouvernement sur les murs dits “de Lennon” qui se sont multipliés à travers la ville au grand déplaisir des soutiens de Pékin. Rapidement, selon l'AFP, des habitants se sont pressés pour couvrir à nouveau ce mur de papiers multicolores.
» Selon le South China Morning Post, des bagarres ont également éclaté entre les deux camps dans une station de métro de Hong Kong. Plusieurs lignes de bus ont été suspendues après que des militants antigouvernementaux ont érigé des barricades dans les rues.
» Les opposants au gouvernement de Hong Kong ont de nouveau appelé à un grand rassemblement le 15 septembre, mais celui-ci a été interdit par la police. D'autres manifestations sont également prévues pour les deux prochains week-ends et le mouvement appelle à une grève générale à compter du mois d'octobre, au moment où Pékin s'apprête à célébrer le 70e anniversaire de la fondation de la Chine communiste. »

Nous réunissons ces deux “fronts” pour éviter absolument de tomber dans le piège de la diversification qui nous ferait prendre chacun des divers événements exochaotiques de l’actuelle séquence du désordre mondial comme spécifique et soluble dans des analyses d’expertsspécialisés dans l’identification des vertus démocratiques, permettant de disperser les responsabilités, littéralement comme on “noie le poisson” dans un tsunami de vertus démocratiques. Notre propos, systématique par ailleurs autant que faire se peut dans le  tourbillon crisique des événements du monde actuel, est de tout ramener à la cause centrale pour la désigner comme la cause exclusive et ne plus nous embarrasser des détails de type idéologique, engagement, etc., qui ne sont que des obstacles retardataires ; cette cause étant bien sûr l’action déstructurante du Système, le plus souvent avec l’action des USA qui vont jusqu’à expérimenter eux-mêmes et pour eux-mêmes le summum de cette démarche dans l’épisode colossal dit de “D.C.-la-folle”, – avec vue sur “la mère de toutes les révolutions de couleur”, – qui pourrait bien être effectivement en vue...

Il nous importe peu d’envisager qui l’emportera et comment évolueront les événements ici ou là, — tout en soulignant évidemment la gravité potentielle des derniers événements en Arabie, – puisque seule nous importe le schéma qui se répète de plus en plus régulièrement. Il s’agit du constat que les poussées de chaos (“exochaotiques”) engendrées par la politiqueSystème que suivent les USA, sous forme d’agression ou de “révolutions de couleur”, conduisent en général, d’une manière quasi-exclusive, à des situations de blowback pour les initiateurs de la chose. On pourrait finir par penser sans surprise réelle, et même en se trouvant confirmé, que le Système semble poussé par un instinct de mort (autodestruction) tel qu’il ne cessera pas d’exercer ces poussées jusqu’à ce que le blowback causé par l’une d’entre elles ait raison de ses structures, de son équilibre, de sa stature, – bref, au bout du compte de son existence.

Mis en ligne le 15 septembre 2019 à 16H09

  • 15 septembre 2019 à 00:00

Castelnau et la montée du fascisme sociétal en France

Par info@dedefensa.org

Castelnau et la montée du fascisme sociétal en France

Les gilets jaunes se sont faits tuer, énucléer, enfermer. On sait qu’on n’en est qu’au début.

Castelnau…D’un certain point de vue, son blog est le plus important du pays (ou de ce qu’il en reste) puisqu’il décrit le cadre illégal de notre servitude. Le pouvoir est devenu brutal, fou en France depuis François Hollande (attentats, guerres, diplomatie, économie, mais aussi justice), et Régis de Castelnau ne cesse de le rappeler à propos de ce qui aurait dû rester une ridicule affaire :

« La décision rendue par le tribunal correctionnel de Gap à l’encontre de trois militants de « génération identitaire » est un pur et simple scandale judiciaire, juridique, et démocratique. Le fonctionnement de l’appareil judiciaire depuis l’arrivée de François Hollande au pouvoir ne peut que susciter la consternation de quiconque est attaché aux libertés publiques fondamentales. »

Il ajoute :

« Nous avons fréquemment soulevé ici ces dérives et cette connivence idéologique, sociologique et politique  avec le pouvoir une magistrature qui n’a plus besoin de recevoir d’ordres, pour se mettre spontanément à son service. Mais cette fois-ci, il se trouve que ce jugement incompréhensible tant en ce qui concerne la manipulation du droit que la sévérité sidérante des sanctions, s’est télescopé avec l’annonce de l’annulation par la Cour de cassation de la condamnation d’un trafiquant d’êtres humains et la tragédie de Villeurbanne où un demandeur d’asile afghan a tué un jeune homme à coup de couteau et blessé six autres personnes parce que ses victimes « ne lisaient pas le Coran ». Dans l’affaire dite du « Col de l’Échelle », les magistrats qui ont joué à ce petit jeu mesurent-ils à quel point leurs manipulations et leur partialité politique, disqualifient l’institution judiciaire, et mettent l’opinion publique majoritaire en rage ? »

Hélas maître, l’opinion publique de ce foutu pays en a avalé d’autres, via Vichy ou Bonaparte. On pense à bâfrer, à la télé, à partir en vacances. »

Castelnau poursuit :

« De quoi s’agit-il ? Les militants d’un groupuscule d’extrême-droite appelé « génération identitaire » ont décidé l’organisation d’une manifestation à la frontière franco-italienne au lieu-dit « Col de l’Échelle » pour protester contre ce qu’ils qualifient de laxisme dans le contrôle de l’immigration clandestine empruntant le passage en France par les Alpes. On peut ne pas partager cette analyse, et même la contester, ne pas avoir la moindre sympathie pour le groupuscule et ses orientations, mais on rappellera que la liberté de manifestation est jusqu’à nouvel ordre une liberté fondamentale et un droit constitutionnel. Deux ou trois cent personnes se sont donc rendues sur le site, y ont déployé quelques banderoles, scandé force slogans, la manifestation se terminant sans violence ni dégradation. »

Et de rappeler comme Christophe Guilluy, un autre courageux qui va mal finir (et dire qu’on donne des leçons de démocratie à la Chine ou à la Russie) :

« Les antifascistes de pacotille, ceux dont l’engagement est comme le dit Christophe Guilluy un signe extérieur de richesse, ont poussé des hurlements. Dont les échos, arrivés dans les enceintes judiciaires ont été reçus par quelques oreilles complaisantes. Leurs propriétaires se demandant comment faire pour empêcher le retour des heures sombres et terrasser la bête immonde. »

Castelnau rappelle comment on a coincé les jeunes :

« En regardant bien les photos de la manifestation paisible, on pouvait constater que les 200 participants portaient, probablement pour éviter la fraîcheur montagnarde, des anoraks tous de la même couleur, un bleu ciel pâle. Eurêka ! Pourquoi ne pas utiliser le port illégal d’uniformes ? Ah non, faisons plus fort, allons carrément sur « l’usurpation de fonctions », celle de l’article 433–13 du code pénal.  On a donc considéré que ces jeunes gens avaient décidé de se faire passer pour des douaniers qui contrôlaient les passages aux frontières. Le simple examen des photos, le caractère à la fois public et pacifique de la manifestation démontre l’inanité de cette incrimination. Rappelons que c’est celle qui a été utilisée pour Alexandre Benalla portant un casque de policier et affublé d’un brassard lors de ses rodéos du 1er mai 2018 (À propos comment va-t-il Alexandre Benalla, la vie est belle ? Le business ? L’argent ça va ? Et l’instruction, toujours paisible ?)

 Au tribunal de Gap, cette manipulation n’a gêné personne, au contraire. Le procureur a pris des réquisitions invraisemblables de sévérité. Il a été suivi au millimètre par la collégialité qui a prononcé une décision qui se caractérise par une violence tous azimuts. D’abord six mois de prison ferme pour trois dirigeants du groupuscule, quand on connaît la jurisprudence habituelle des tribunaux français, il y a de quoi être estomaqué. Ensuite l’ampleur des peines d’amende, histoire de ruiner les militants et leur organisation puisque l’association « génération identitaire » a été condamnée en tant que personne morale à 75 000 € d’amende (!) pour avoir organisé l’abominable pogrom. Enfin le maximum de privation des droits civiques, c’est-à-dire d’éligibilité et de droit de vote, pendant cinq ans ! »

Et de conclure :

« Dites donc Monsieur Macron lorsque vous dites à Vladimir Poutine qu’en France les opposants ont le droit de se présenter aux élections, vous racontez n’importe quoi, vos magistrats ne sont pas d’accord. »

Rappelons à notre crétin de citoyen distrait que Macron était moins un homme neuf pour magazines à Drahi que le ministre du précédent président chassé pour impopularité. 

Après Castelnau enfonce la porte ouverte :

« Aussi, on peut légitimement être inquiet, lorsque l’on entend les organisations syndicales de magistrats psalmodier le mantra de l’indépendance de la justice, pour ne voir aucun inconvénient à ce qu’elle devienne au contraire de sa vocation, l’outil de la partialité politique. »

Plus justement :

« Et il est tout à fait lamentable de voir les petits-bourgeois « de gauche », ceux que Jean-Claude Michéa appelle « la gauche du Capital » rejouer no pasaran et applaudir à tout rompre. Témoignant que l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques ne leur pose aucun problème. Jusqu’au jour où c’est sur eux que ça tombera, comme  l’a montré la mésaventure  de Jean-Luc Mélenchon,  se réjouissant plutôt des rodéos judiciaires contre François Fillon et Marine Le Pen avant que cela ne lui tombe sur la figure. Souvenons-nous de ce que disait le pasteur  Niemoller. »

Ce pasteur comme on sait finit en camp de concentration. Mais, maître, comment osez-vous comparer…

Après une bonne question sans réponse sur notre exception française (voyez mon coq hérétique) : comment en est-on arrivé là ?

Vive la république….

  • 15 septembre 2019 à 00:00

La splendeur de l’Anderson

Par info@dedefensa.org

La splendeur de l’Anderson

14 septembre 2019 – Jusqu’il y a peu, je restais encore et tout à fait accessoirement pour le peu d’intérêt que je portais au cas, sur un jugement au mieux dérisoire et un peu méprisant pour l’actrice Pamela Anderson. Je connaissais vaguement sa notoriété de mannequin sexy, de playmate pour Playboy (recordwoman des photos de couverture, treize fois entre 1989 et 2011), de vedette de la série Alerte à Malibu, de ses innombrables mariages et liaisons tonitruantes, vidéos dites “porno-érotiques” avec l’un ou l’autre de ses maris, etc., bref l’archétype de celles qu’on catégorise également comme des bimbos.

Entretemps, j’appris, là encore tout à fait accessoirement, qu’elle défendait des causes, notamment celle de la défense des animaux, ce qui n’était pas antipathique. Mais cela restait bien accessoire, et mon jugement restait celui d’une pauvre créature à la fois victime et complice du système de l’entertainment-sexy, qui constitue une des branches actives de déstructuration du Système. Tout cela, jusqu’au jour où j’appris qu’elle était devenue une visiteuse assidue de Assange, coincé dans son ambassade équatorienne de Londres. Cela éveilla mon intérêt pour elle, quoique certains pouvait y voir des missions du type “repos du prisonnier”. On se défait difficilement des jugements accessoires suggérés pour le Système, tant qu’on ne les a pas explorés au plus près pour les pulvériser.

Ces dernières semaines, j’ai enfin complètement révisé ce jugement, et ne considère plus qu’il soit accessoire. Anderson, qui est aussi une véritable actrice, s’est révélée comme une femme courageuse, sinon héroïque. Elle continue à suivre Assange et elle a été l’un de ses premiers visiteurs (deux heures en mai dernier) dans l’ignoble prison de Belmarsh où la démocratie britannique le retient dans des conditions féroces, que ni la Gestapo ni le NKVD ne désapprouveraient. (« Quand je l'ai vu, il était mince. Mais ses yeux étaient clairs et concentrés. Ses cheveux étaient peignés. Il était rasé de près. Il était prêt. Comme un soldat... Il a tant sacrifié et il est vulnérable maintenant. Il compte sur nous tous pour le sauver et il sait que nous l'emporterons si nous restons concentrés et implacables. »)

Désormais, tout le monde prend Anderson au sérieux, politiquement parlant. Elle a figuré avec un brio étonnant et une belle maîtrise de soi dans le fameux talk-show politique de ABC, ‘The View’. A la suite de cette performance, l’austère et spartiate site trotskiste que nous connaissons bien, WSWS.org, a consacré deux articles de suiteà celle dont les jugements rapides, dont le mien, faisaient une bimbo sans la moindre profondeur. Dans le premier, du 9 septembre (version française du 12 septembreWSWS.org rendait compte de l’émission du 6 septembre

« ...Anderson a répondu de façon tranchante en posant la question: “Combien de personnes innocentes le gouvernement américain a-t-il tuées, et combien WikiLeaks en a-t-il tuées ?[...] L’armée a mis de nombreuses vies innocentes en danger”, a-t-elle déclaré.
» Un certain nombre de membres de l'auditoire ont applaudi aux déclarations factuelles et franches d’Anderson, qui sont si rares à la télévision commerciale. Meghan McCain[la fille du sénateur McCain, récemment décédé], visiblement en colère, a ordonné aux interrupteurs de “se calmer”.
» Anderson, malgré l'intervention provocatrice de McCain, a continué: “Des crimes de guerre ont été commis et ils doivent être punis et ils ne l'ont pas été. Personne ne s’est occupé des crimes de guerre qu’Assange a exposés, mais ils l'ont mis en prison pour le faire taire.” »

Le 13 septembre, donc, un deuxième article de WSWS.org était consacré à Anderson, cette fois avec une interview de l’actrice par le site trotskiste.

« WSWS.org a interrogé Anderson sur l’expérience de sa participation à ‘The View’. Elle a répondu : “Je suis toujours prête à avoir une conversation solide et j’en ai tant entendu. Mais là, j’ai vu avec stupéfaction cinq femmes intelligentes, pour lesquelles j’ai beaucoup de respect, avec tant de points de vue déformés, négatifs, désinformés et complètement propagandistes.”
» Elle a noté que cela était lié à une longue campagne de diffamation contre Assange : “J’entends les mêmes choses de beaucoup de gens : ‘Cet homme est mauvais’, ‘Il blesse des gens’, etc. Mais quand vous demandez pourquoi ou qui, ils ne savent pas ! Et il faut habituellement du temps, des heures ou des liens vers des faits avérés pour faire comprendre aux gens qu'ils ont été intoxiqués par la campagne de diffamation. Ça a malheureusement marché, et Julian n’a pas eu le soutien dont il avait besoin. »

Voilà... désormais, Anderson est complètement sur la liste noire du Système, car il apparaît bien qu’une défense et un activisme sérieux et politique en faveur d’Assange relèvent du “crime contre le Système” parmi les plus impardonnables. J’en veux pour un signe de plus une petite félonie de Wikipédia, qu’on peut mettre dans la même poubelle que les GAFA à cet égard, pour ce qui est du respect des consignes du Système. Dans le sujet que Wiki consacre à Pamela Anderson, – qui n’est pas rien : 25 003 signes ou 4 260 mots, – le nom d’Assange apparaît en tout et pour tout UNE SEULE FOIS, et accessoirement, sans aucune explication ni information sur l’activisme d’Anderson pour AssangeWikiveut bien vous dire qu’elle a pris position pour les Gilets-Jaunes et soutenu Mélenchon aux présidentielles (elle a vécu ces 3-4 dernières années en France), mais Assange, avec la description des conditions de sa détention, l’argument de son cas, etc., c’est du off limits pour le Système. (La phrase où le nom est mentionné cette SEULE FOIS : « En 2017, elle soutient la cause des migrants des camps de Calais et de Grande-Synthe en leur apportant des livres. La même année, elle apporte son soutien à Jean-Luc Mélenchon en vue de l'élection présidentielle française, appréciant son positionnement concernant Julian Assange et les droits des animaux... »)

Il y a tout de même des enseignements bien singuliers à tirer de ce cas Pamela Anderson. Voilà une femme qui, par faiblesse, à cause des circonstances, par jugements fautifs et passions factices, par entraînements des apparences-clinquantes et du plaqué-or de pacotille des célébrités faussaires et des obsessions de cette étrange époque invertie, en était arrivée à présenter l’image que j’ai décrite, et à laquelle moi-même j’ai complètement succombé. Mais les circonstances s’y mettent, et les événements incontrôlables que l’on sait, et la voilà qui révèle un caractère de rédemption où se glisse de l’héroïsme, – car il en faut pour affronter ces épreuves épouvantables mises en place par la communication-Système, ces charmantes conversations où se glissent des monstres type-Meghan McCain, qui se transforment alors en autant d’opérations de lynch public et télévisé. Et Anderson l’emporte haut la main malgré l’acharnement des Fouquier-Tinville de la philogynie guerrière, et alors “chapeau bas”... 

Manifestement, s’il fallait donner un classement politique, Anderson serait mise à gauche, ce qui serait complètement trompeur. Meryl Streep,  Robert De Niro et toute la bande progressiste-sociétale de Hollywood se disent également “de gauche” et ne souhaitent qu’une chose, mise à part une bonne petite guerre de plus : l’enfermement d’Assange dans une prison de torture où le Système vous rend fou, ce qui est son sort probable si l’Angleterre, entre deux Brexit manqués, le livre au Moloch qui attend son dû sur les terres du Mordor d’outre-Atlantique. Toute cette partie de ce monde qui sombre s’accroche à la défense de ses pauvres illusions, comme des privilèges de l’arrogance et de la facticité de la renommée et de la fortune en argent de papier-mâché. Il faudrait les avertir que, vous savez, les temps changent si vite, si vite, – par les temps qui courent... Et il n’y a qu’un seul classement acceptable, qui est par rapport au Système : Delenda Est Systemum, ou bien tant pis pour vous.

On peut et on doit ne pas s’empêcher une seule seconde, sans avoir froid aux yeux, d’observer à quel point cette lutte titanesque autour du Système, emporté dans son effondrement catastrophique, brouille toutes les images, tous les jugements faciles auxquels il nous obligeait jusqu’alors. Aucun lieu, aucune personne, fût-ce la plus futile et la plus factice comme semblait être si injustement Anderson, n’échappe aux obligations et aux pressions de l’immense Grande-Crise qui déchire notre civilisation, celle-là qui se croyait universelle et qui s’achève en une contre-civilisation catastrophique. Il faut le réaliser, chacun à sa manière, et assumer la responsabilité qui va avec ; Anderson le fait, « comme un soldat »...

Je voudrais tant insister sur cet aspect de la pénétration des psychologies d’une telle vérité-de-situation, cela qui influence nos pensées puis nos jugements, sans que nous en ayons pleine conscience ni, parfois, la moindre conscience. Il y a quelque chose d’un phénomène collectif en marche, sans que les composants de cette collectivité, – nous-mêmes, sapiens-sapiensde si grande prétention, – ne s’en avisent, sans qu’il y ait la moindre manigance humaine à son origine. La métahistoire, désormais, nous parle directement, par le biais de ces grands élans collectifs qui nous emportent ; écoutez-là, ce n’est pas inintéressant... C’est cette pénétration de toutes les psychologies, ce bouleversement jusqu’à la désintégrationdes simulacres patiemment élaborées pour nous tromper qui me fascinent, qui renforcent mon ardeur sans fin, mon élan sans compter, comme quelque chose d’extérieur à moi. Nul n’échappe à cette bataille immense, cet Armageddon de la postmodernité. 

  • 14 septembre 2019 à 00:00

Hong-Kong à hue et à dia

Par info@dedefensa.org

Hong-Kong à hue et à dia

Pendant que Hong-Kong poursuit son petit bonhomme de chemin révolutionnaire-de-couleur, nous nous penchons sur un texte révélateur de WSWS.org, récent (le 10 septembre 2019, 9 septembre 2019 dans l’anglo-américain original). L’intérêt du texte se trouve dans sa “situation”, dans la nécessité où les auteurs et d’une façon générale les idéologues type-trotskiste se trouvent de développer une argumentation à la fois bancale, instable et même fallacieuse, – et pourtant marquée d’une intention sans aucun doute vertueuse du point de vue de l’idéologie qui l’anime. Il s’agit d’un texte très spécifique et d’autant plus significatif, assez solennel d’une certaine façon puisqu’il constitue si l’on peut dire manifestement, –  un manifeste justement, du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI).

On comprend aussitôt que ce texte a été conçu dans l’urgence qu’imposent les événements, à partir d’une inquiétude latente jusqu’alors et soudain concrétisée sans aucun doute par la vision nerveuse et préoccupée de ses auteurs, d’une forêt de drapeaux américains, autant de Stars & Stripes de toutes dimensions que d’arbres dans la forêt amazonienne, brandis par une foule de contestataires hong-kongais “en marche” vers le consulat américain. Il y a même des pancartes superbement imprimées, tellement qu’on se croirait lors de la dernière ou de la prochaine présidentielle, – USA-2016, USA-2020, – demandant, et même implorant : « Président Trump, s’il vous plaît, libérez Hong-Kong » (“Make Hong-Kong Great Again” ?). On comprend alors que le CIQI, dont les organes ont jusqu’ici fortement soutenu les manifestations populaires à Hong Kong, s’est vu évidemment dans l’obligation d’intervenir, selon ce titre extrêmement pressant : « Aux manifestants de Hong Kong : Tournez-vous vers la classe ouvrière chinoise et non pas vers l'impérialisme américain. »

Car voici que se déroule à Hong Kong des événements qui placent nombre de soutiens de l’énorme vague de contestation devant une situation si compliquée, ambiguë, contradictoire, qu’elle en devient indémêlable. Le texte de WSWS.org rend parfaitement compte de cela, avec une réelle franchise qui est celle de leur idéologie impérative, évidemment comme les trotskistes ont l’habitude de faire : comment continuer à soutenir ces contestataires sans aucune réserve s’ils s’avèrent qu’ils se tournent vers les USA, monstre-clef du capitalisme et de l’impérialisme ? D’où le conseil en forme d’avertissement contenu dans le titre…

Cette situation et la sorte d’impasse intellectuelle qu’elle illustre étaient nécessairement prévisibles parce que tout désordre, n’importe où dans le monde, même s’il se veut  sincèrement antiSystème, se trouve, plus ou moins rapidement, sinon parfois dès l’origine lorsqu’il s’agit d’un montage et d’une tromperie de la meilleure foi du monde, devant le piège ou le complot habituel de l’ingérence américaniste sans aucune limite morale, politique ni idéologique, de son goût aveugle pour le désordre n’importe où et n’importe comment, de ses conteneurs chargés de ballots de billets de $50, $100 et $500, avec en prime des drapeaux-USA de toutes les dimensions, et éventuellement des cheeseburgers aux couleurs de la Grande République. Pour Hong Kong, la couleur était annoncée d’une façon quasi-officielle à cet égard depuis la photo diffusée dès le 8-10 août des leaders du mouvement en amicale et très-morale conversation avec une spécialiste US de ce genre de contestation, émargeant au consulat des USA de l’enclave.

Les trotskistes de WSWS.org et du CIQI comprennent bien cette évolution et cette confiscation américanistes puisqu’ils écrivent notamment :

« Les individus, groupes et partis de droite pro-capitalistes visent à détourner le mouvement de protestation dans les bras des ennemis des droits démocratiques. Ils peuvent le tenter parce qu’une perspective politique orientée vers la classe ouvrière en Chine, en Asie et au niveau international, est actuellement absente.
» L’impérialisme américain exploite et fomente depuis longtemps des mouvements de protestation, non pas pour défendre les droits démocratiques, mais pour promouvoir ses propres intérêts économiques et stratégiques prédateurs. Il a utilisé à plusieurs reprises la bannière des “droits de l’homme” dans ses efforts pour installer des régimes fantômes pro-américains. De surcroît, souvent il les utilise comme prétexte à ses invasions illégales et néocoloniales au Moyen-Orient, dans les Balkans, en Afghanistan et en Afrique du Nord. »

Il y a bien assez de ces remarques caractéristique dans cet appel, pour synthétiser la distance entre ce qu’on perçoit du réel (ce que nous nommons “vérité-de-situation”) et la théorie que les idéologues continuent à chérir. Ainsi observe-t-on cette illustration de l’impasse : le titre lui-même, et l’argument final, conseillent aux contestataires de “se tourner vers la classe ouvrière chinoise” au lieu de stupidement tomber dans le piège des capitalistes américanistes et des organisations qui leur servent de courroies de transmission ; mais on lit par ailleurs, dans l’extrait ci-dessus, qu’il n’y a rien à attendre de cette pseudo-“classe ouvrière chinoise” qui est aux abonnés absents (« …une perspective politique orientée vers la classe ouvrière en Chine, en Asie et au niveau international, est actuellement absente »). La théorie conseille impérativement de développer une stratégie en rapport avec une force qui, en pratique, n’existe pas. Le problème des trotskistes, comme de tous les idéologues utopistes-progressistes (de tendance communiste dans le sens général), c’est qu’ils ne peuvent laisser leurs ouailles (leurs lecteurs) sans une instruction impérative.

D’une façon assez significative, ces mêmes idéologues n’appliquent pas certains conseils tactiques de certains de leurs anciens, placés dans des conditions de lutte qui imposaient le réalisme. Nous avons ici à l’esprit la thèse de “l’ennemi principal”, cette conception développée par Ho Chi minh en 1945-1946 lorsque les communistes vietnamiens se trouvèrent avec deux adversaires qui se trouvaient eux-mêmes adversaires l’un contre l’autre : les Français en Indochine et les communistes chinois. Ho détermina qu’il ne pouvait affronter les deux et qu’il lui fallait donc déterminer l’“ennemi principal” pour le combattre, tandis qu’ils privilégieraient la recherche d’un arrangement avec les Français. Cette situation resta un épisode tactique sans lendemain mais elle permit de mesurer les avantages de cette posture des antagonismes.

Bien entendu, le concept d’“ennemi principal” doit être adapté à la situation générale, et l’actuelle situation est absolument différente de celle de 1945-1946, notamment du fait de l’absence de la possibilité d’un choix idéologique tranché. En fait, notre “situation générale” est telle qu’elle interdit l’exercice d’un choix idéologique, actant la disparition complète du facteur idéologique qui constitua la principale référence dans le XXème siècle.

En effet, une analyse responsable nous signifie que la “situation générale” dégageant les forces essentielles en action montre que nous continuons à vivre sous l’empire d’une seule force, celle des restes le plus souvent paralysants d’un capitalisme-impérialiste et d’un ultralibéralisme entrés par ailleurs dans une dynamique de décadence et d’effondrement. Il existe alors deux possibilités pour déterminer l’“ennemi principal”, en revenant à l’attitude à avoir par rapport aux événements de Hong Kong :

• Pour les trotskistes comme pour nombre d’idéologues de la même tendance que nous classerions avec la plus extrême indulgence dans la nébuleuse “anti-système” (plus qu’antiSystème), l’“ennemi principal” est le capitalisme-impérialisme et l’ultralibéralisme dans sa définition et sa pratique la plus complète. Dans le cas qui nous occupe, la Chine de Pékin, et son “prolongement” que sont les autorités de Hong-Kong sont autant (ou disons “presqu’autant”, mais dans tous les cas du même camp) l’“ennemi principal” que les USA. Le résultat est celui qu’on voit : le soutien automatique aux contestataires de Hong Kong aboutit à la confusion lorsque les petits drapeaux yankees commencent à fleurir sur la même foule contestataire.

• Pour d’autres sans doute, dans tous les cas pour nous, l’“ennemi principal” c’est le Système, c’est-à-dire une entité qui recouvre une façon d’être, une perception du monde, une anthropologie spécifique qui est bien entendu celle de la modernité entrée dans sa phase catastrophique. Ce n’est pas une perception réactionnaire mais une perception “progressiste” dans le sens où elle propose le “progrès” décisif d’acter l’échec décisif de la modernité et de la notion du Progrès qu’elle a imposée.

Notre tâche est d’identifier ceux qui se rattachent, volontairement ou non qu’importe, à cet “ennemi principal” et ceux qui, en fin de compte, s’y opposeront ou s’y opposent déjà. De là, notre extrême réserve concernant la contestation de Hong Kong, sans critique ni dénigrement certes mais plutôt dans le chef de quelques remarques interrogatrices, sceptiques jusqu’à nouvel ordre, toutes oreilles ouvertes, etc., sur l’évolution de ce mouvement, c’est-à-dire plus ou moins adossés à notre consigne d’inconnaissance face à un phénomène qui ne s’est pas encore fait connaître pour ce qu’il est…

(Par exemple, cette remarque du 21 août 2019 où se manifestait, sous une certaine ironie, notre incertitude volontaire du fait de l’inconnaissance vis-à-vis de Hong Kong : « Ainsi en est-il d’un récent (dimanche) tweet de Omar, avec vidéo rapide sur la grande foule de 1,7 million de personnes rassemblées à Hong-Kong ce même jour : “Could we take back our democracy if 1.7 million Americans marched for it?” (“Pourrions-nous nous réapproprier notre démocratie si 1,7 million d’Américains marchaient pour la réclamer ?“) Comme Hong-Kong est désormais considéré dans l’interprétation de communication, hors des geignements-PC de la presseSystème et des salons-plateaux TV, comme faisant partie du cycle des ‘révolutions de couleur’ (la confrérie des color revolutions), l’intervention d’Omar nous signale que le cycle est promis à s’achever dans une quasi-perfection orbitale aux USA... »)

Le texte de WSWS.org nous permet dans tous les cas ce commentaire, et un jugement implicite qui met, non pas “les pendules à l’heure” mais bien “nos pendules à l’heure”. Une telle démarche permet, en conservant une position d’activisme désengagé (pas si contradictoire que cela) d’éviter l’ambiguïté, la contradiction et l’impasse intellectuelle que l’on ressent à la lecture du texte de WSWS.org

Le texte de WSWS.orga été publié le 10 septembre 2019, comme on l’a déjà signalé. On peut également attirer l’attention de nos lecteurs sur un texte de SouthFront.orgsous le titre « La révolution de couleur s’invite à Hong Kong ».

dedefensa.org

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Aux manifestants de Hong Kong…

Des milliers de manifestants ont défilé vers le consulat américain à Hong Kong, hier. Ils marchaient pour demander au président Trump et au Congrès américain d’intervenir dans le conflit qui leur oppose à l’Administration de Hong Kong et au Parti communiste chinois (PCC). C’est un tournant dans une direction politique dangereuse qui menace d’isoler et de faire dérailler les longues manifestations pour les droits démocratiques fondamentaux.

Les individus, groupes et partis de droite pro-capitalistes visent à détourner le mouvement de protestation dans les bras des ennemis des droits démocratiques. Ils peuvent le tenter parce qu’une perspective politique orientée vers la classe ouvrière en Chine, en Asie et au niveau international, est actuellement absente.

L’impérialisme américain exploite et fomente depuis longtemps des mouvements de protestation, non pas pour défendre les droits démocratiques, mais pour promouvoir ses propres intérêts économiques et stratégiques prédateurs. Il a utilisé à plusieurs reprises la bannière des “droits de l’homme” dans ses efforts pour installer des régimes fantômes pro-américains. De surcroît, souvent il les utilise comme prétexte à ses invasions illégales et néocoloniales au Moyen-Orient, dans les Balkans, en Afghanistan et en Afrique du Nord.

La marche vers le consulat américain, accompagnée de l’agitation des drapeaux américains, survient au moment où l’administration Trump intensifie sa guerre commerciale et son renforcement militaire dans toute l’Asie contre la Chine. Il y a des appels lancés au Congrès américian pour qu’il adopte une loi qui pénaliserait la Chine au sujet des droits démocratiques à Hong Kong. Parallèlement, il y a des initiatives en cours pour dénoncer les Américains d’origine chinoise et les étudiants et les universitaires chinois aux États-Unis, en tant que laquais de Beijing. Et, du même coup, leur retirent leurs droits démocratiques.

Tout virage vers Washington fait directement le jeu de Pékin. Ce dernier, par le biais de ses médias d’État, cherche à calomnier les protestations à Hong Kong comme l’œuvre d’agitateurs radicaux et de la “main cachée” des États-Unis. Divers commentateurs, qui s’inspirent de Pékin, ont sommairement rejeté le mouvement comme une révolution de couleur faite aux États-Unis. Toutefois, ils n’ont rien à offrir aux millions de Hong Kong qui protestent contre la main lourde et antidémocratique de Pékin et de ses laquais dans la ville portuaire.

Des préoccupations légitimes au sujet des droits démocratiques ont suscité les protestations. Au début, il s’agissait de la législation qui permettrait d’extrader les critiques et les opposants de Pékin vers la Chine continentale sur la base d’accusations fallacieuses. Bien que l’Administration a suspendu ce projet, le mouvement a continué de s’amplifier, alimenté par la colère suscitée par les brutalités policières. Mais animé aussi par la crainte plus générale que le régime du Parti communiste chinois (PCC) ait l’intention d’imposer à Hong Kong son régime de police d’État.

Ce mouvement de protestation soutenu s’explique par des préoccupations plus profondes face à l’aggravation de la crise économique et sociale dans l’une des villes les plus chères du monde. De petites cliques de milliardaires dominent le mouvement alors que la majorité de la population lutte contre le manque de logements abordables, les prix élevés, les bas salaires et la baisse des opportunités de travail. Les manifestations, qui se sont étendues à des millions de personnes, ont de toute évidence touché des pans entiers de la classe ouvrière. La participation des ouvriers s’est également traduite par une grève générale le 5 août, puis les lundi et mardi de la semaine dernière.

Ce n’est pas un hasard si, dans la foulée des deux jours de grève de la semaine dernière, des efforts conscients sont faits maintenant pour détourner ces protestations dans la bonne direction vers l’impérialisme américain. Le groupe de l’opposition officielle connu sous le nom de “pandémocrates”, et les syndicats et groupes qui suivent son exemple représentent des couches de la classe capitaliste de Hong Kong. Ils s’opposent à l’empiétement de Beijing, mais craignent profondément toute éruption de la classe ouvrière.

Les travailleurs et les jeunes qui veulent lutter pour les droits démocratiques devraient s’opposer au virage vers l’impérialisme américain, mais pour ce faire, une perspective politique indépendante fait cruellement défaut. Marcher vers le consulat américain ne peut qu’aliéner le véritable allié politique du mouvement de protestation à Hong Kong, à savoir la classe ouvrière chinoise. Les travailleurs chinois font face aux mêmes attaques contre les droits démocratiques et sociaux par le régime du Parti communiste chinois à Pékin. Toutefois, ils sont en très grande majorité hostile aux États-Unis qui mènent une guerre commerciale et menacent de déclencher une guerre totale contre la Chine.

Les protestations à Hong Kong s’inscrivent dans le cadre de la résurgence de la classe ouvrière internationale. Ce mouvement s’est déjà manifesté dans les protestations des Gilets jaunes en France, des manifestations de l’opposition à Porto Rico, des mouvements de grève croissants aux États-Unis et en Europe, et des bouleversements sociaux en Afrique. Par opposition au tournant vers les États-Unis et Trump, les travailleurs et les étudiants de Hong Kong devraient s’orienter vers ce mouvement international de la classe ouvrière qui se développe, en particulier aux États-Unis.

La seule base pour unifier la classe ouvrière est une lutte commune contre le capitalisme et pour l’internationalisme socialiste. Pour ce faire, il est essentiel de s’opposer à toute forme de nationalisme et de chauvinisme. Il faut s’opposer en particulier au patriotisme réactionnaire chinois promu par Pékin. Il faut s’opposer aussi au «localisme» tout aussi réactionnaire de Hong Kong. Promu par le PCC, ce «localisme» sert de bouc émissaire aux Chinois du continent pour la détérioration des conditions sociales créée par le capitalisme. Les groupes et partis qui prônent un Hong Kong capitaliste «indépendant», d’une manière ou d’une autre, cherchent à le subordonner à l’impérialisme.

La lutte pour le socialisme exige une clarification politique des expériences stratégiques clés du XXe siècle, en particulier du rôle traître du stalinisme et de sa variante chinoise, le maoïsme. La révolution chinoise de 1949 a été un événement capital qui a mis fin à la longue domination de l’impérialisme sur la Chine, a unifié le pays fragmenté et a relevé le niveau de vie. Mais, dès le début, le régime du PCC l’a rabougri et déformé. Ce dernier prétendait parler au nom de la classe ouvrière et des masses, mais sur lequel les travailleurs et les paysans n’avaient surtout pas le droit de dire quelque chose.

S'appuyant sur la perspective nationaliste stalinienne du «socialisme dans un seul pays», Mao et le PPC ont mené la Chine dans une impasse économique et stratégique. Seulement 23 ans après la révolution, Mao a fait la paix avec l’impérialisme américain. Cela a établi le cadre pour la restauration capitaliste à partir de 1978. Ceci s’est rapidement accéléré après la répression brutale des travailleurs et des étudiants lors du massacre de la place Tiananmen en 1989. La Chine a connu des niveaux de croissance économique stupéfiants au cours des 30 dernières années au détriment de niveaux tout aussi stupéfiants d’inégalités sociales, de difficultés et de détresse.

Le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) — le mouvement trotskyste mondial — est le seul parti qui ait mené une lutte cohérente contre le stalinisme, ses apologistes et toutes les formes d’opportunisme de la classe ouvrière. Ce sont les leçons de cette lutte politique de plusieurs décennies qui forment le capital politique essentiel nécessaire pour mener les luttes de classe émergentes, que ce soit à Hong Kong et en Chine, ou ailleurs dans le monde. Nous exhortons les étudiants et les travailleurs à nous contacter pour ouvrir un dialogue sur ces questions politiques cruciales en vue de l’établissement nécessaire d’une section du CIQI en Chine.

Peter Symonds, WSWS.org

  • 13 septembre 2019 à 00:00

La vie sans Bolton

Par info@dedefensa.org

La vie sans Bolton

Une étrange impression de vide suit le départ de John Bolton, le super-faucon dont le monde entier devait craindre les foudres terrifiantes. La réputation de l’homme est (était ?) si terrifiante qu’on attendait quasi immédiatement plusieurs choses de son départ :

• d’abord, une violente réaction immédiate de l’intéressé, d’ailleurs plus ou moins promise par lui et qui semblait déjà amorcée par son attitude au moment de la décision (Trump ayant annoncé avec brutalité son limogeage, Bolton affirmant qu’il n’avait pas été limogé mais qu’il avait démissionné) ;
• ensuite, une action immédiate et affirmée, pour montrer son autorité soi-disant restaurée, du président lui-même ;
• enfin, une réaction très vive des commentateurs, dans un sens favorable et défavorable selon leurs orientations ; on notera la réaction très favorable des deux Paul, le père Ron, ancien député et candidat à la présidentielle, le fils Rand, sénateur du Kentucky : mais on voit dans les commentaires de Ron Paul qu’il n’en attend pas grand’chose en vérité. Même un site aussi attentif aux affaires US et à la politique extérieure que WSWS.org s’en tient à un article d’hier assez anodin sur le limogeage de Bolton.

Pas grand’chose de ce charivari attendu n’est donc survenuet, par l’évidence du temps écoulé notamment pour la nomination du successeur, il n’y a guère de signe qu’il faille attendre quelque chose de très spectaculaireà moins d’une trouvaille dont Trump a le secret. Quoi qu’il en soit, l’effet de surprise et de tension est passé, et de toutes les façons il a été bien moindre qu’on pouvait l’attendre du fait de la personnalité et de la réputation de Bolton. D’ailleurs, Trump hésite en se donnant une semaine pour décider de la personne à nommer en remplacement de Bolton, ce qui montre sa complète impréparation à ce qui est présenté depuis plusieurs semaines, à partir de fuites nombreuses décrivant l’atmosphère épouvantable entre Trump et Bolton, comme l’inévitable issue, – le départ de Bolton. On en est même jusqu’à parler, comme hypothèse extrême qui semble tout de même improbable, de l’attribution du poste de Bolton (conseiller du président et directeur du NSC) à Pompeo, en plus de la position de secrétaire d’État qu’il garderait, – ce qui serait un comble, vues la médiocrité et la brutalité de Pompeo.

(Il n’y a qu’un précédent à cette sorte d’initiative extraordinaire et assez illogique, mettant le même homme à deux fonctions faites pour s’équilibrer sinon se concurrencer d’une manière créative, entre le pouvoir du président qui a directement sous ses ordres le NSC exécutant son propre “gouvernement”, et l’influence et l’autorité du département d’État qui représente une puissante bureaucratie d’expertise, – tout cela demandant donc une séparation très nette, donc avec deux chefs différents. Le seul cas d’intégration des deux fonctions est celui d’Henry Kissinger, directeur du NSC de 1969 à 1973, court-circuitant et réduisant à néant pendant cette période, avec l’accord sinon la complicité active de Nixon qui ne donnant rien au département d’État, isolant totalement le pauvre William Rogers au département d’État, et Kissinger recevant finalement en 1973 le département d’État en plus du NSC, et en cela officialisant une situation qui existait de facto. Le cas de Pompeo est complètement différent. Il n’exerçait aucune prépondérance sur Bolton, au contraire, et il est bien entendu très loin d’avoir le brio, l’expérience théorique, l’autorité quasi-dictatoriale et l’intelligence cynique de Kissinger ; enfin, son président, Trump, à l’exact contraire de Nixon, n’a aucune vision ni le moindre intérêt pour la politique extérieure sinon ceux du businessman. L’opération Kissinger s’accordait à l’administration Nixon extrêmement concentrée selon le vœu du président sur des thèmes de sécurité nationale que celui-ci maîtrisait parfaitement ; rien de semblable avec Trump, dont la notion de sécurité nationale est réduite aux affaires, au commerce et à l’unilatéralisme de maquignonnage, aux sanctions économiques et financières, à la conception mercantiliste, etc.)

Dans le domaine extérieur, les réactions au départ de Bolton sont contrastées, et beaucoup moins démonstratives que ce qu’on pouvait là aussi attendre, là aussi en raison de la “réputation effrayante” de super-faucon de Bolton. On note une certaine satisfaction des Iraniens du fait que Trump parle de la possibilité mais exprimée très et si vaguement, de la levée de certaines sanctions contre l’Iran, avec son désir toujours présent de rencontrer le président iranien, au moins pour une séquence spectaculaire de photos des deux hommes, comme il l’avait fait avec le Nord-Coréen Kim. On ne voit absolument pas qu’il faille y voir pour autant une “percée” spectaculaire dans cette crise.

Beaucoup plus caractéristique et exemplaire de l’attitude générale et de ce que l’on peut attendre de l’événement, sérieusement, est la réaction de la Russie, extrêmement réservée sinon nettement pessimiste sur le fond. C’est une réaction du type “ça ne changera pas grand’chose”, et dite sans la moindre précaution de langage... 

« ...En tout état de cause, le célèbre conseiller néoconservateur, connu pour ses prises de position interventionnistes sur la scène internationale, ne fait plus partie de l'entourage officiel du président américain. Un départ à même de peser sur la politique étrangère des États-Unis ? La Russie, en tout cas, n'affiche actuellement aucun espoir en ce sens.
 
» “Nous avons observé à plusieurs reprises dans le passé que les permutations dans l'administration américaine n'apportaient aucune amélioration. C'est pourquoi nous n'avons aucune attente”, a déclaré Sergueï Riabkov, vice-ministre russe des Affaires étrangères, à l'agence de presse russe Ria Novosti. “Nous jugeons sur les actes, pas sur les déclarations ou les intentions. Quand nous verrons des progrès, alors nous pourrons dire que quelque chose a changé”, a poursuivi le ministre russe.
» Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Pechkov, a également déclaré aux journalistes : “Nous ne pensons pas que la présence ou la démission d'un fonctionnaire, même de haut rang, puisse avoir un impact sérieux sur la politique étrangère américaine.” »

Le contraste est donc saisissant, entre le tohu-bohu catastrophé ou enthousiaste lorsque Bolton fut nommé, et la quasi-indifférence sinon un effet d’annonce pour son départ même dans ces conditions si brutales et sans précédent. Certains en sont même réduit à des réactions de dérision, comme par exemple l’historien libertarien Thomas DiLaurenzo, avec cette remarque tristement et ironiquement désabusée, du type “rêvons un peu” : « Trump vire Bolton. Il était temps. Il devrait le remplacer par Tulsi Gabbard. » Le sentiment général est effectivement celui qu’on voit avec la Russie, et finalement appuyé sur la considération qui s’est de plus en plus installée qu’il n’y a finalement rien de bien structuré, rien de suivi, de cohérent, à attendre d’un Trump absolument insaisissable. La preuve par l’absurde après tout : pendant les dix-huit mois de son mandat, Bolton le furieux n’a pas réussi une seconde à intoxiquer Trump, il s’est cassé les dents sur lui ; pourquoi Trump changerait-il après le départ de Bolton puisque l’arrivée de Bolton ne l’avait pas changé ?

Finalement, ce qui déplaisait à Trump, c’est sans doute le sans-gêne brutal de Bolton, son ton célèbre pour être péremptoire, ses coups fourrés bureaucratiques, sa mine éternellement furieuse qu’on ne le suive pas et sa haine pour ceux qui ne le suivent pas, plus que ses conseils ou ses points de vue qui n’avaient aucun véritable effet sur la personnalité de Trump avec sa psychologie si caractéristique. Après tout, il est temps d’admettre définitivement que cet homme agit selon ses impulsions à la fois pseudo-intuitives et vraiment-narcissiques. Parfois l’“instinct” de Trump était en accord avec le conseil de Bolton, le plus souvent et de plus en plus souvent, il était en désaccord parce que Trump ne veut pas de vagues pour les élections de 2020 dont on se rapproche à grand pas. Cela signifie que même un Bolton, avec son sans-gêne brutal et sa fureur, n’ont rien pu faire pour manœuvrer Trump qui n’a à l’esprit que ses propres réactions instinctives... Autant pour le DeepState, dont il était pour certains l’exécutant, mais après tout comme McMaster avant lui. Personne ne peut rien contre une telle personnalitéde pure téléréalité qu’est Trump, bouffon insaisissable et formidable semeur de désordre, – ce dont nous ne plaignons d’ailleurs en aucune façon, que du contraire, comme nous ne cessons de répéter depuis l’origine, après quelques illusions vite dissipées. Effectivement, l’épisode Bolton ne vaut que par son limogeage, qui a accentué le désordre trumpiste, avec une démonstration de plus, c’est-à-dire une marque et une pression de plus, même si inconscientes, dans les psychologies.

Une démonstration de plus pour notre compte, sur l’importance quasi-exclusive des événements sans contrôle humain(qu’est-ce que Bolton a donc contrôlé, ou bien changé ?! Nada). L’être humain n’y compte, surtout quand il est bouffe, que s’il va dans le sens du “vent divin” (kamikaze en japonais), – c’est-à-dire des événements semant le désordre au sein du Système. Trump l’a démontré une fois de plus.

Pendant ce temps, l’Amérique célébrait, – ou dira-t-on “décélébrait” comme on dit “décérébrer” ?– le 11-septembre. Pour avoir un exemplaire de la chose, il suffit d’écouter celle que le parti démocrate a jugé bon, sinon excellent, de censurer pour la nomination démocrate USA-2020, pour éviter le piège affreux d’avoir l’air (lui, le parti démocrate) sage et avisé.

Mis en ligne le 12 septembre 2019 à 12H19

  • 12 septembre 2019 à 00:00

La folie de Sara 

Par info@dedefensa.org

La folie de Sara

On connaît le nom, le rôle et les liens supposés avec Netanyahou du milliardaire israélo-américain Sheldon Adelson. L’image qu’on s’en fait d’habitude est assez simple, sinon simpliste selon les schémas habituels des puissances de l’ombre : le soutien financier d’un multimilliardaire qui a fait sa fortune dans les casinos, non loin de Cosa Nostra, pour développer une politique ultra-sioniste que les deux hommes favorisent, cela dans l’entente la plus complète. Finalement, voilà que la situation apparaît bien plus complexe que cela, comme on le découvre dans un article d’Haaretz repris par Veterans Today, et en fonction des les multiples liens vers d’autres articles du même Haaretz, sur des sujets connexes.

En fait, les deux hommes sont surtout deux maris dont les femmes jouent un rôle tonitruant, sinon décisif, et chacune dans leur genre. La femme d’Adelson, la Docteure Miriam Adelson, psychologique et spécialiste de l’addiction aux drogues, joue désormais le rôle principal dans le couple. A 73 ans, elle a reçu l’essentiel de la fortune de son maris (ce qui en fait la première fortune d’Israël), Sheldon Adelson étant, à 85 ans, fortement handicapé par un cancer. Miriam Adelson n’en est pas moins une militante sioniste passionnée, peut-être plus encore que son mari, et jouant un rôle politique indirect extrêmement important. Elle est très impliquée dans la politique israélienne et met toutes ses forces pour la constitution d’un gouvernement de droite dure, de tendance très fortement sioniste.

… Alors, elle reste l’alliée et le soutien de Netanyahou ? Absolument pas. Les interrogatoires devant aboutir à un procès qui met en cause Netanyahou, dans une affaire de fraude et de détournement de fonds désignée comme l’“Affaire 2 000”, ont révélé combien les relations entre les Adelson et les Netanyahou sont devenus extrêmement conflictuels, d’ailleurs à partir de l’affaire elle-même qui les oppose. Mais il s’agit surtout du rôle de Sara Netanyahou. Miriam Adelson, tout comme son mari, la décrit comme une véritable malade mentale qui, de surcroît, entend tout régenter de l’action de son mari, jusqu’au point où l’on ne serait pas loin de penser que c’est Sara Netanyahou qui dirige Israël, et nullement Bibi. Cela n’est absolument pas du goût de Miriam Adelson, qui estime que des opportunités importantes d’alliance entre leaders de la droite, avec Netanyahou, ont été ratées à cause du comportement se Sara Netanyahou, et de sa haine de certains politiciens israéliens (Yamina Naftali Bennett et Ayelet Shaked).

Cette affaire, rapportée en détails par Haaretz, donne une vision très différente de la situation politique israélienne. Nous ne parlons du point de vue moral, puisque l’on sait depuis longtemps que la corruption, les affaires d’argent, les liens entre le politique et le crime organisée, etc., marquent la politique israélienne, et particulièrement Netanyahou. Ce qui apparaît, outre la situation étrange où les épouses jouent un rôle dondamental manifestement au détriment des époux pour des raisons diverses, c’est que la droite dure/extrême israélienne avec son preincipal bailleur de fond (Adelson) est très loin de présenter un front uni et cohérent, comme on tend souvent à le croire au nom d’un sentiment supposé d’une très forte solidité collective des dirigeants juifs. C’est même ce qui semblerait faire la principale force d’Israël, ou plutôt qui semblait jusqu’ici, car ce que nous montre ce rapide compte-rendu de Chanel 14/Haaretz, c’est une profonde corruption des comportements, des psychologies, jusqu’à des pathologies très dangereuses interférant fortement sur la politique israélienne.

Quoi qu’il en soit, les Netanyahou et les Adelson ne semblent donc plus être dans les meilleurs termes. L’article ci-dessous, du 10 septembre 2019, vient donc de Haaretz, avec relais de Veterans Today.

dde.org

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L’étrange couple Netanyahou

Le multimilliardaire Sheldon Adelson, autrefois le principal partisan et soutien financier du Premier ministre Benjamin Netanyahu, et son épouse Miriam ont témoigné devant la police que Sara Netanyahu est « folle » et qu’« elle décide de tout » chez les Netanyahou, y compris des nominations clés et même de certaines questions politiques, a rapporté dimanche le réseau Channel 13.

« Elle est complètement folle », a déclaré Sheldon Adelson, éditeur du quotidien Israel Hayom. « Elle est compulsive à propos des photos d'elle-même et de son apparence. Elle a notamment déclaré : “Je suis la première dame, je suis psy-cho-lo-gue et j'enseigne la psychologie aux enfants !”... Elle a dit à ma femme que si l’Iran réduisait Israël en cendres, ce serait de sa faute... parce que nous n'avons pas publié de bonnes photos d'elle », a déclaré Adelson, un donateur important pour les causes israéliennes et juives ainsi que pour le Parti républicain.

La Docteure Miriam Adelson a dit à la police que Sara Netanyahou choisit les personnes qui travaillent avec le premier ministre. « Elle choisit les aides, les gens autour de lui, le personnel, sa secrétaire. De cette façon, elle sait tout ce qui se passe ». Quand on lui a demandé si Sara Netanyahou influence les nominations gouvernementales, Adelson a répondu : « Cela aussi, je crois. »

Les Adelsons ont fait leurs déclarations dans le cadre de l'enquête policière sur l’“Affaire 2000”, impliquant un accord que Benjamin Netanyahou aurait négocié avec Arnon Mozes, éditeur du quotidien Yedioth Ahronoth, pour obtenir une couverture médiatique favorable en échange de restrictions opérationnalisées contre le quotidien d’Adelson Israël Hayom, son principal rival. L’accord n’a jamais été conclu. Le procureur général Avichai Mendelblit a décidé d'inculper Netanyahou pour fraude et abus de confiance dans cette affaire qui doit passer devant le tribunal. 

Sheldon Adelson a également déclaré à la police que Benjamin Netanyahou avait tenté de le convaincre de remplacer le rédacteur en chef d'Israël Hayom par Nir Hefetz, qui était autrefois conseiller médiatique de la famille Netanyahou (et qui est maintenant témoin pour l’accusation).

Le cabinet du premier ministre a nié l’intégralité des déclarations des Adelson : « A part les noms mentionnés, il n'y a pas un seul mot de vrai dans ce rapport frauduleux. C'est une pile de mensonges déformés et diffamatoires. Son but est de nuire au Premier ministre Netanyahou et à son épouse à la veille de l’élection. »

Dans son témoignage, Miriam Adelson a décrit un des accès de colère de la première dame : « A un dîner chez nous, elle criait tellement fort que Bibi est intervenu pour dire qu’ils allaient partir. » Lorsqu'on lui a demandé pourquoi Sara Netanyahu hurlait, Miriam Adelson a répondu : « Elle disait que je lui suçais le sang. C'était horrible. Elle a perdu la raison. Je l'ai serrée dans mes bras et je lui ai dit : “Calme-toi, Saraleh, tout ira bien. »

La Dre Adelson a déclaré que l'épouse du premier ministre n'était « tout simplement pas en bonne santé », ajoutant : « En tant que médecin, j'ai de la sympathie pour les gens qui ne sont pas en bonne santé. Je traite les toxicomanes. Elle n'est pas en bonne santé. »

Se référant à la haine de Sara Netanyahu à l'égard des leaders israéliens Yamina Naftali Bennett et Ayelet Shaked, la Dre Adelson a déclaré : « Cela me dérange que nous ayons un premier ministre dont la femme décide de tout. J'étais furieuse après les dernières élections quand il [le premier ministre] n'a pas formé une coalition avec Bennett parce qu'elle le déteste. » « Le sort du peuple juif est décidé parce que la première dame déteste Bennett et Shaked, de sorte qu'il ne forme pas une coalition avec la droite appropriée. »

La Dre Adelson a également témoigné que Sara Netanyahu lui avait demandé de faire un don à une organisation qui servait les intérêts politiques des Netanyahou. Elle a dit aux enquêteurs : « Il y a un fonds qui appartient à un juif marocain auquel elle voulait que je fasse un don. Elle a dit qu'il était agréable de donner des bourses d'études pour les enfants d'origine marocaine. Et puis elle a dit une phrase que je n'aimais pas. Elle a dit : “Il [celui qui est responsable des bourses] nous aide pour les élections, à Ashdod ou je ne sais où”. Je lui ai fait l’honneur de l’écouter mais, en fin de compte, il n’a pas reçu un centime. »

 

  • 11 septembre 2019 à 00:00

T.C.-79 : The Art of the Crisis

Par info@dedefensa.org

T.C.-79 : The Art of the Crisis

11 septembre 2019  – Trump a donc sans aucun doute inventé le concept de la présidence en crise permanente, de son propre fait encore plus, et bien sûr aggravé des faits de la haine qu’il suscite et entretient, des attaques de politique intérieure contre lui qui ne cessent pas, d’une non-politique étrangère basée elle aussi sur la crise permanente faite de voltefaces, de brutalité délibérée, d’un mépris des formes structurées, d’une absence de sens par ignorance de ce qu’est le sens des choses. Le monde, et les USA particulièrement, sont certes dans une situation crisique permanente, mais Trump parvient à surenchérir là-dessus et à manufacturer lui-même une présidence crisique permanente ; tout cela, pour fêter le 11-septembre, n’est-il pas vrai ?

Drôle d’anniversaire, indeed.

Plus encore, Bolton écrit de son côté qu’il n’a pas été chassé mais qu’il est parti de sa propre volonté, et qu’il aura « des choses à dire là-dessus ». Comme tweete Susan Glaser, du New York Post, (texte que je saupoudre de mes propres interventions intempestives) : « Je crois que c’est une première pour l’administration Trump [et pour toutes les administrations de l’ère moderne]. Un haut fonctionnaire[de cette importance]ayant fait l'objet d’une mise à pied conteste publiquement la version du Président de cette mise à pied. Bolton deviendra-t-il le premier des conseillers de sécurité nationale que Trump a chassé en l’humiliant publiquement à rompre avec lui [et avec tous les usages du Système] en révélant ce qui s’est vraiment passé dans les coulisses ? »

Trump devrait titrer les Mémoires qu’il écrira plus tard, après ses deux, trois ou quatre mandats successifs de dictateur fasciste (chœur des vierges folles), – The Art of the CrisisAlors que je ne cesse d’écrire que les sapiens sapiens n’ont plus aucune prise sur les événements, certainement je me dois de faire amende honorable permanente pour ce point précis, pour confirmer que Trump constitue la seule exception à la règle, ce qui est en soi un exploit parce que l’exception est de taille : son rythme à cet égard ne faiblit pas... Sorte de sapiens sapiens complètement inhabituel et hors des standards, pour le meilleur et pour le pire, avec préférence pour la seconde option.

Trump est bien le seul à savoir, à pouvoir imposer des crises en somme gratuite de sa propre volonté et autorité, donc des crises dont le premier effet est d’aggraver directement la situation crisique de “D.C.-la-folle” avec conséquences automatiques sur la situation crisique du monde. S’il y réussit aussi bien, c’est parce que ces crises qu’il provoque vont dans le sens vertigineux du désordre, qu’elles alimentent directement le “tourbillon crisique” qui caractérise la situation du monde, comme si elles étaient le fruit d’une sorte de volonté délibérée quoiqu’inconsciente montrant qu’il est gouverné par des forces supérieures que ce personnage sans profondeur et occupé à d’autres tâches plus pressantes ignore évidemment. Nous le notons pour lui.

Trump est un instrument du Ciel sans que son plein gré en soit informé, Trump est un bon petit soldat du désordre du monde nécessaire à la Grande Crise de l’Effondrement du Système. Médaille d’or assurée.

Pour ce cas du commentaire immédiat de cet évènement sensationnel, je ne m’attarde nullement à regretter ni à me réjouir du départ de Bolton, bien qu’il s’agisse du fauteur de guerre le plus patenté qu’on puisse imaginer. On verra plus tard, seul l’essentiel de la violence de l’événement compte pour l’instant.

Ce qui compte pour l’instant de cette heure-là (04H00) du 11-septembre (2019), c’est bien les conditions de ce départ, comme ce départ lui-même qui démontrent l’extraordinaire instabilité du pouvoir exécutif de la plus arrogante, la plus insolente, la plus présomptueuse, la plus cruelle et la plus catastrophiquement décadente puissance du monde ; cette instabilité-là qui ne peut désormais et plus que jamais que durer en s’amplifiant toujours et encore. On reconnaîtra son rôle important, non plutôt rôle primordial, lorsque l’effondrement sera acté. 

  • 11 septembre 2019 à 00:00

Marx et le malin génie de la dette américaine

Par info@dedefensa.org

Marx et le malin génie de la dette américaine

Une étude Bloomberg montre que toute la richesse US repose sur la dette.

Certains experts estiment que la dette US est trop élevée, qu’elle coulera donc l’Amérique et son eschatologique arrogance. Cette dramatisation est ancienne. En 1950 le libertarien John T. Flynn se plaint de la dette étasunienne qui se monte à 260  milliards alors (voyez aussi David Stockman et sa « grande déformation »). Elle est cent foisplus élevée aujourd’hui. Les Donald et autres illuminés du Deep State la verraient bien deux ou dix fois plus élevée encore, histoire de financer guerres, bases, porte-avions rouillés, forages pétroliers bidons, murs-simulacres, emplettes groenlandaises, baisses d’impôts, cadeaux, sanctions et postillons.Il serait ainsi possible de voir ce delirium se prolonger longtemps.  Voyez l’exemple de l’Angleterre, dont la dette valait trois fois le produit national en 1815, et qui passa le dix-neuvième siècle à rembourser l’ardoise de ses bonnes  guerres napoléoniennes, les enfants et les irlandais martyrs payant les notes aux banquiers.

Et comme le monde continue d’être hypnotisé par la décidément trop charismatique imagerie ricaine,les récents navets hollywoodiens sont financés par les fonds d’investissement des pays émergents. Alors…

Mais le monde moderne n’est pas né d’hier. On va relire Marx qui rappelle dans le plus effrayant chapitre du Capital :

« Le système du crédit public, c'est-à-dire des dettes publiques, dont Venise et Gênes avaient, au moyen âge, posé les premiers jalons, envahit l'Europe définitivement pendant l'époque manufacturière. Le régime colonial, avec son commerce maritime et ses guerres commerciales, lui servant de serre chaude, il s'installa d'abord en Hollande. »

On cultive depuis la dette, preuve de richesse. Marx :

« La dette publique, en d'autres termes l'aliénation de l'État, qu'il soit despotique, constitutionnel ou républicain, marque de son empreinte l'ère capitaliste. La seule partie de la soi-disant richesse nationale qui entre réellement dans la possession collective des peuples modernes, c'est leur dette publique. Il n'y a donc pas à s'étonner de la doctrine moderne que plus un peuple s'endette, plus il s'enrichit. Le crédit public, voilà le credo du capital. Aussi le manque de foi en la dette publique vient-il, dès l'incubation de celle-ci, prendre la place du péché contre le Saint-Esprit, jadis le seul impardonnables. »

Le crédit remplace le credo. On n’a jamais mieux défini le monde moderne…

Marx poursuit sur la magie de la dette immonde :

« La dette publique opère comme un des agents les plus énergiques de l'accumulation primitive. Par un coup de baguette, elle dote l'argent improductif de la vertu reproductiveet le convertit ainsi en capital, sans qu'il ait pour cela à subir les risques, les troubles inséparables de son emploi industriel et même de l'usure privée. Les créditeurs publics, à vrai dire, ne donnent rien, car leur principal, métamorphosé en effets publics d'un transfert facile, continue à fonctionner entre leurs mains comme autant de numéraire. »

La finance contrôle, qui n’a pas attendu Reagan et Wall Street :

 « Mais, à part la classe de rentiers oisifs ainsi créée, à part la fortune improvisée des financiers intermédiaires entre le gouvernement et la nation - de même que celle des traitants, marchands, manufacturiers particuliers, auxquels une bonne partie de tout emprunt rend le service d'un capital tombé du ciel - la dette publique a donné le branle aux sociétés par actions, au commerce de toute sorte de papiers négociables, aux opérations aléatoires, à l'agiotage, en somme, aux jeux de bourse et à la bancocratie moderne. »

Puis Marx définit ces associations de malfaiteurs qui ruinent pauvres et classes moyennes, et qu’on nomme indûment banques centrales :

« Dès leur naissance les grandes banques, affublées de titres nationaux, n'étaient que des associations de spéculateurs privés s'établissant à côté des gouvernements et, grâce aux privilèges qu'ils en obtenaient, à même de leur prêter l'argent du public. »

Retour aux banquiers d’Angleterre :

« Aussi l'accumulation de la dette publique n'a-t-elle pas de gradimètre plus infaillible que la hausse successive des actions de ces banques, dont le développement intégral date de la fondation dela Banque d'Angleterre, en 1694. Celle-ci commença par prêter tout son capital argent au gouvernement à un intérêt de 8 %%, en même temps elle était autorisée par le Parlement à battre monnaie du même capital en le prêtant de nouveau au public sous forme de billets qu'on lui permit de jeter en circulation, en escomptant avec eux des billets d'échange, en les avançant sur des marchandises et en les employant à l'achat de métaux précieux. »

L’important est de récupérer dix fois ce qu’on donne :

« Bientôt après, cette monnaie de crédit de sa propre fabrique devint l'argent avec lequel la Banque d'Angleterre effectua ses prêts à l'État et paya pour lui les intérêts de la dette publique. Elle donnait d'une main, non seulement pour recevoir davantage, mais, tout en recevant, elle restait créancière de la nation à perpétuité, jusqu'à concurrence du dernier liard donné.Peu à peu elle devint nécessairement le réceptacle des trésors métalliques du pays et le grand centre autour duquel gravita dès lors le crédit commercial. »

Et Marx rappelle, le crédit ayant remplacé le credo :

« Dans le même temps qu'on cessait en Angleterre de brûler les sorcières, on commença à y pendre les falsificateurs de billets de banque. »

Au passage, découvrez l’Homme qui rit de Victor Hugo, roman préféré d’Ayn Rand, modèle du Joker de Batman, et qui éclaire fantastiquement cette méphitique époque proto-capitaliste.

Marx poursuit :

« Il faut avoir parcouru les écrits de ce temps-là, ceux de Bolingbroke, par exemple, pour comprendre tout l'effet que produisit sur les contemporainsl'apparition soudaine de cette engeance de bancocrates, financiers, rentiers, courtiers, agents de change, brasseurs d'affaires et loups-cerviers. »

Après le monde devint un simple mouvement/battement d’argent :

« Avec les dettes publiques naquit un système de crédit international qui cache souvent une des sources de l'accumulation primitive chez tel ou tel peuple. C'est ainsi, par exemple, que les rapines et les violences vénitiennes forment une des bases de la richesse en capital de la Hollande, à qui Venise en décadence prêtait des sommes considérables. A son tour, la Hollande, déchue vers la fin du XVII° siècle de sa suprématie industrielle et commerciale, se vit contrainte à faire valoir des capitaux énormes en les prêtant à l'étranger et, de 1701 à 1776, spécialement à l'Angleterre, sa rivale victorieuse. Et il en est de même à présent de l'Angleterre et des États-Unis. Maint capital qui fait aujourd'hui son apparition aux États-Unis sans extrait de naissance n'est que du sang d'enfants de fabrique capitalisé hier en Angleterre. »

Simple question : le monde pourra-t-il ou voudra-t-il alors se passer de cette fascinante/proliférante dette américaine ?

 

Sources

Karl Marx – Le capital, I, chapitre VIII, l’accumulation primitive

Victor Hugo – L’homme qui rit

David Stockman – the great deformation

John T. Flynn – The decline of the American republic

  • 11 septembre 2019 à 00:00

Comment échapper au rhizome ?

Par info@dedefensa.org

Comment échapper au rhizome ?

10 septembre 2019 – En visite à Moscou, les ministres français de la défense et des affaires étrangères y rencontraient leurs homologues russes, selon la décision conjointe prise par Macron-Poutine le 19 août à Brégançon. Tout a marché assez bien, les deux éminences françaises ayant fait leur devoir sans vraiment y comprendre beaucoup : ce qui était jugé avec sévérité sinon agressivité il y a quelques mois encore par ces deux bidasses de la Macronie est brusquement devenue admirable et fondamentalement structurant... Un exemple : la situation en Centre-Afrique (c’est RT-France, désormais fait de journalistes comme on verra plus loin, qui rapporte la chose), vue par la ministre de la défense Florence Parly :

Le 5 novembre 2018, dans une interview parue dans l'hebdomadaire Jeune Afrique : « Je ne suis pas certaine que cette présence [russe en République centrafricaine] et les actions déployées par Moscou, comme les accords négociés à Khartoum à la fin août, contribuent à stabiliser le pays. » ;
Le 9 septembre 2019, en conférence de presse à Moscou : « Certains veulent y voir un lieu de compétition [entre la Russie et la France]. Nous avons des différences de méthode mais je veux le croire, nous avons un même objectif : aider les Centrafricains à restaurer l’autorité de l’État sur leur pays. Lorsque nos efforts convergent dans le cadre institutionnel de l’ONU ou bien de celui de l’Union africaine, nous obtenons des résultats. A l’image, par exemple, de l’assouplissement sur l’embargo sur les armes. Nous pouvons le faire alors faisons-le davantage. »

Mais le moment le plus sympathique de cette conférence de presse survint à la dernière question, adressée au ministre français des affaires étrangères Le Drian, et question d’une journaliste de Spoutnik portant sur le statut de ce réseau en France. Toujours en pointe de l’actualité, Le Drian répondit donc à propos de RT-France, par des explications extraordinairement confuses, lues par un ministre manifestement ébahi par cette question, et bottant en touche selon les instructions de son service de communication, vers le CSA qui avait réussi un montage grandguignolesque pour impliquer RT-France dans une critique reprise en la caviardant par l’AFP et le reste de la presseSystème.

La réponse de Le Drian, quoique confuse et balbutiée sur un ton monotone, a pourtant réussi ce scoop de faire parler le ministre français et fourbu des « journalistes de RT » alors que l’argument principal opposé en France, dans les divers organes macroniens et autres ministères, à l’accréditation et l’accès de ces “journalistes” (puisque c’est le cas), est justement qu’ils ne sont pas de vrais “journalistes”. La conférence de presse terminée sur cette réponse poussiéreuse et épuisée de Le Drian, le sémillant Lavrov saisit tout de même le micro, montrant sa rapidité de réaction, son sens de l’humour et de l’à-propos, et ainsi de suite, et cette intervention qualifiée avec satisfaction par le texte de RT-France de « loin d’être anodine... » : « ...En effet, avant de se lever, le chef de la diplomatie russe a, devant son auditoire, tenu à féliciter les journalistes de RT pour “avoir [officiellement] été qualifiés de journalistes”. »

En attendant, Spoutnik-français décrit discrètement son amertume d’avoir posé à Le Drian une question sur Spoutnik pour obtenir une réponse sur RT-France sans que rien ne soit relevé du côté français, – où l’on s’en fout, en général. Le swing et l’ardeur de cet échange, dans le chef assez branlant du ministre français qui n’y comprend, disons que dalle qui fait assez breton, méritent d’être détaillés (par Spoutnik, certes, dont on louera la retenue à faire quelque remarque désobligeante sur une confusion qui réduit ce réseau à néant) : 

« Lors d’une conférence de presse à Moscou, le chef de la diplomatie française a commenté le fait que les journalistes de Sputnik ne recevaient pas leurs accréditations auprès du ministère français des Affaires étrangères et de l'Élysée.
» Répondant à la question de Sputnik portant sur l’accréditation de ses journalistes en France, notamment à l’Élysée, le ministre français des Affaires étrangères a confondu l'agence avec la chaîne russe RT:
» “Les journalistes de RT exercent en France en toute liberté, ils n’ont pas accès à un certain nombre de lieux en raison d’une vision du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) qui avait cité certains manquement à l’information.”
» Or, Sputnik n’a pas eu de problème avec le CSA et pourtant il est toujours privé d'accréditation auprès d'un certain nombre d'instances, notamment le Quai d'Orsay.
» “Moi je fais une suggestion”, a poursuivi le ministre. “La France respecte totalement ses engagements en matière de liberté d’expression, elle était à l’origine d’initiatives sur la protection des journalistes au Conseil de l’Europe et à l’OSCE, elle s’est félicitée de la déclaration de l’initiative de Reporters sans frontières qui est une déclaration internationale sur l’information et la démocratie. Et bien nous pouvons peut-être avec vous faire en sorte de poursuivre cette déclaration qui a beaucoup de force et qui pourrait être validée par beaucoup d’États dont la Russie”. »

• Quittons Moscou et ses charmes, avec l’habileté et la finesse bien connues de la diplomatie politico-militaire française en bordée macroniste de déclarations d’amour conditionnelle faite aux Russes qu’on insultait quelques mois plus tôt, pour en venir à l’Iran. Mais il s’agit moins d’événements à rapporter que d’un commentaire d’un de nos confrères souvent présents dans nos références, Alastair Crooke. Dans son dernier commentaire, Crooke développe l’idée que l’Iran a totalement abandonné la possibilité d’un accord avec les USA, et va s’arranger d’autres orientations, notamment avec la Chine, avec laquelle il négocie un gigantesque contrat d’approvisionnement en énergie de $150 milliards pour plusieurs années, et alors que les livraisons à la Chine se poursuivent malgré les sanctions et les consignes US.

Mais ce qui nous intéresse pour notre propos, c’est le début du texte de Crooke, où est rapportée l’analyse iranienne de la situation structurelle des USA, et dans ce cas de l’impossibilité systémique de parvenir à un accord avec les USA. A côté de l’argument “les USA actuels sont des gangsters et des brutes auxquels on ne peut faire confiance”, est développé l’analyse de la situation structurelle de domaine institutionnel US qui rend impossible un accord avec ce pays. Le fait de la sanction contre les autres (contre tous les autres, à la limite) est devenu constitutif et structurant dans la “politique” US et dans les institutions qui en accouchent et qui l’opérationnalisent ; c’est-à-dire, disons, les USA prisonniers de leur propre politique de sanctions... On signalera l’avant dernier paragraphe qui contient l’argument essentiel de ce F&C, notamment avec la phrase et le mot “rhizome” soulignés de gras, et rejoint, par des chemins certes tortueux mais néanmoins essentiels, l’attitude français illustrée par les deux pieds-nickelés à Moscou... (Texte d’Alastair Crooke dans Strategic-Culture.org, le 9 septembre 2019) :

« L'élite de la politique étrangère de Washington s'accorde à dire que toutes les factions en Iran comprennent qu'en fin de compte, un accord avec Washington sur la question nucléaire doit être conclu. C'est inévitable, d'une façon ou d'une autre. Pour eux, l'Iran n'est rien d'autre qu'un “cintre la montre”, jusqu'à ce que l'avènement d'une nouvelle administration rende à nouveau possible un “accord”. A ce moment l’Iran reviendra à la table des négociations, affirment-ils.
» Peut-être. Mais c’est peut-être au contraire tout à fait faux. Peut-être bien que les dirigeants iraniens ne croient plus aux “accords” avec Washington. Peut-être bien en ont-ils tout simplement assez des bouffonneries des changement de régime à l’occidental (du coup d'État de 1953 à la guerre de l’Irak contre l'Iran menée à la demande de l'Occident, à la tentative actuelle d'étranglement économique de l'Iran). Ils abandonnent ce simulacre de paradigme pour quelque chose de nouveau, de différent.
» Ce chapitre est clos. Cela n’implique pas un certain antiaméricanisme enragé mais simplement la reconnaissance par l’expérience que cette voie est inutile. S’il y a un “contre la montre”, c’est celui de l’effritement de l'hégémonie politique et économique occidentale au Moyen-Orient et non celui de la politique intérieure américaine. L’adage populaire selon lequel, par exemple, “Paris sera toujours Paris” vaut, la lumière en moins, pour la politique étrangère américaine. Et croire que l’Iran répètera les mêmes vieilles rengaines en espérant des résultats nouveaux, c’est bien entendu croire à la folie de l’Iran. Une nouvelle administration américaine héritera des mêmes gènes que la précédente.
» Au reste, les États-Unis sont institutionnellement incapables de conclure un accord substantiel avec l'Iran. Un président américain, – n’importe quel président, – ne peut lever les sanctions du Congrès contre l’Iran. Les multiples sanctions américaines à l'encontre de l'Iran sont devenues un nœud gordien de législation de plus en plus interpénétrées les unes dans les autres depuis des décennies : un vaste rhizome de lois enchevêtrées et enracinées que même Alexandre le Grand ne pourrait démêler ni trancher d’un coup d’épée. C’est pourquoi le JCPOA s'est construit autour d'un noyau d’exemptions (“waivers”) présidentielles qui doivent être renouvelés tous les six mois. Quoi qu’il puisse être convenu à l’avenir, les sanctions, – “levées” ou non, – sont pour ainsi dire “éternelles”.
» Si l’histoire récente a appris quelque chose aux Iraniens, c'est que ce “processus” si fragile entre les mains d’un président américain mercurien peut simplement être balayé soudainement, comme de vieilles feuilles mortes. Oui, les États-Unis ont un problème systémique : les sanctions américaines sont une valve à sens unique : tellement facile à ouvrir pour entrer, impossible à manipuler pour en sortir au-delà de ces dérogations incertaines émises à la discrétion d'un président en exercice. »

C’est donc le mot “rhizome” qui nous arrête, effectivement présent dans le texte initial (anglais) de Crooke (« ...a vast rhizome of tangled, root-legislation that not even Alexander the Great might disentangle ») ; parce que ce mot désignant une sorte de chose végétale et souterraine, au départ élégamment décrite (« Le rhizome est la tige souterraine et parfois subaquatique remplie de réserve alimentaire [ex : chez Iris pseudacorus] de certaines plantes vivaces »), – mais ayant pris un sens et un poids tout à fait extraordinaires grâce à la philosophie quasi-contemporaine, celle que les milieux lettrés et académiques US eux-mêmes nomment “The French Theory”, et dans tous les cas désormais appliquée partout où règne le postmoderne. En ouverture de la saga des Gilets-Jaunes, le 13 novembre 2018, PhG s’était laissé aller à un exercice d’emploi subversif du concept en l’appliquant effectivement à ce mouvement, comme réaction antiSystème d’un Système lui-même constitué en rhizome...

« Soudain, les dernières brumes arrangées et mises en scène de la célébration du centenaire de la fin de la Grande Guerre dissipées sous l’Arc de Triomphe, je m’avise que la chose ne m’est pas indifférente, – puisqu’effectivement, malgré la lourdeur du jeu des mots, “Gilets Jaunes” rime avec “Maillot Jaune”, – car c’est bien de cette chose annoncée du 17 novembre dont je parle ici. Même Ségala ressorti du grenier, empaillé séquence-Mitterrand-1981 (“La force tranquille” sur fond de clocher mauriacien et maurrassien, vous kifez ?) et invité en table-talk-show hier soir sur LCI, – décidément ma référence-Système en fait de réseauSystème, – même Ségala dis-je, trouve ça parfaitement d’une grandiose importance... Car cette diffusion aux mille branches dont nul ne sait ni la racine, ni le tronc, ni la subordination, ni la hiérarchie, qui caractérise ce mouvement étrange et déroutant des “Gilets-Jaunes” du 17 novembre, est la parfaite incarnation du rhizome de Deleuze-Guattari, les déconstructeurs-nés.
» Petit aparté wikipédiesque : “Dans la théorie philosophique de Gilles Deleuze et Félix Guattari, un rhizome est un modèle descriptif et épistémologique dans lequel l'organisation des éléments ne suit pas une ligne de subordination (comme dans une hiérarchie) – avec une base (ou une racine, un tronc), offrant l'origine de plusieurs branchements, selon le modèle de l'Arbre de Porphyre –, mais où tout élément peut affecter ou influencer tout autre...”
» Selon Mattéi, son ennemi intime mais néanmoins loyal dans son jugement, – constatez-le, il n’y a que du beau monde : “Deleuze est simplement une réincarnation du Sophiste qui affronte Platon. (‘Nous ne nous trompons pas beaucoup en considérant Gilles Deleuze comme la moderne réplique de Protagoras. A l’image du grand sophiste d’Abdère, Deleuze introduit dans le discours des simulacres un brio rhétorique et une virtuosité hautaine que l’on pourrait qualifier d’aristocratiques.’) Toute la pensée de Deleuze revient à réaliser l’inversion de Platon, et, également, à réaliser l’inversion de Nietzsche qui figure ainsi, par jugement par antithèse, comme l’un des grands vis-à-vis de Platon, et en vérité continuateur de Platon pour qui sait le lire sans l’inverser, pour satisfaire on ne sait quel obscur dessein, – ou bien, le connaît-on trop, ce dessein ?”
[...]
» Bien entendu, j’ai aussitôt pensé à cette formule fameuse du “faire-aïkido, lorsqu’on retourne contre l’adversaire la puissance et la dynamique irrésistible de ses armes à lui. Comprenez-moi bien : j’ignore ce que sont ces “Gilets-Jaunes”, ni d’où ils viennent, ni ce qu’ils obtiendront ou pas, et que m’importe au reste ; la seule chose que j’en puisse dire est qu’ils tombent à pic pour faire la synthèse de la situation de la séquence, et là se trouve l’essentiel.
» On comprend aussitôt que je les vois nécessairement comme les créateurs involontaires et sans planification nécessaire d’une situation symbolique extrême ; c’est-à-dire d’une situation antiSystème absolument vertueuse dans sa perfection puisque venue apparemment et absolument à la fois de rien pour proposer le rien au Système nihiliste terrorisé, et ainsi défier la situation de l’entropisation par la menace implicite d’entropiser cette entropisation... »

Fermons ici le ban pour remarquer que la notion de rhizome est réellement d’actualité, qu’elle peut être d’emploi multiple, qu’elle ne répond pas à des critères impératifs, qu’elle est aussi insaisissable que l’objet lui-même (le rhizome de Deleuze), bref qu’elle est parfaitement de notre temps et de son Système…

La zombification des rhizotomates

Effectivement, nous plaçons dans notre interprétation dans la même catégorie des zombies-rhizomes (ou “rhizotomates”, ce qui leur irait bien), tous ces personnages et ces “processus“ mis en situation et en place dans les démocraties du bloc-BAO, et entraînés sur des chemins de mise en accusation incantatoire et de justice vengeresse et objectivée. Là-dessus et même alentour, nul ne sait exactement le “pourquoi” et le “jusqu’où” de l’affaire, parce que tout cela est désormais mis en place à partir de narrative diverses dont le caractère central est l’indifférence totale, sinon agressive, à la réalité, le négationnisme complet de toute vérité (y compris les vérités-de-situation), pour s’en tenir au diktat délicieux du simulacre.

Tout cela a été en général développé d’une façon décisive et totalitaire selon la logique implacable du déterminisme-narrativiste qui s’est installé de lui-même ou mu par des forces étranges et extérieures au cœur des politiques, puis de la perception, puis de la psychologie des démocraties du bloc-BAO. Aujourd’hui, effectivement, nul n’en peut sortir par des voies normales et pour tout de même tenter d’y parvenir, il faut songer à rompre : même des zombies-rhizomes ou “rhizotomates” surgissent des poussées et des dynamiques tendant à contester les simulacres en place, et donc leur propre processus de zombification ; le Système produit lui-même ses antiSystème, constituant finalement le champ de bataille de son propre effondrement.

Littéralement, toutes ces choses qui constituent le ou les simulacres du Système “n’ont ni queue ni tête”, à l’image du rhizome. Elles se constituent puis se structurent avec une force peu ordinaire, ce qui est assez logique puisqu’elles renvoient à une entité “remplies de réserve” et en connections sous-terre de “certaines plantes vivaces”, sinon “plantes vivaces” elles-mêmes. Elles n’ont besoin ni de queue ni de tête puisque leur fonction est bien de se structurer et de se fortifier d’elles-mêmes. Elles sont elles-mêmes leur justification d’être, et rien de ce qui est d’habitude pris pour référence et pouvant donner sens à ces dynamiques, rien de cela ne les intéresse. Nous sommes en terre du simulacre pur.

• Dans le cadre de l’antirussisme même pas obsessionnel, ou pathologique, mais bien ontologiquement dénonciateur de toute pensée indépendante et éventuellement critique de lui-même, depuis autour de 2014, nous nous sommes installés, non pas dans la détestation de la Russie mais dans l’assurance de la culpabilité totale du Russe en tant que tel, un peu comme on va au Club Med’ et s’en remet aux Gentils Organisateurs. La mise à l’index de RT et de Spoutnik par le Macron’s Gang ne repose strictement sur rien ; c’est un appendice du rhizome antirussiste central au bloc-BAO, développé dans ce cas à l’occasion des présidentielles françaises, alors que Macron naviguait serré et en position pas très rassuré, effectivement “pour faire l’intéressant” comme on disait dans les cours de récré’ de l’ancien temps, et attirer à nouveau la lumière du système de la communication sur la campagne du futur président. Ils se sont bien entendu inspiré de “D.C.-la-folle”, car tout, surtout les sottises “en marche”, est peu ou prou d’inspiration américaniste. Par conséquent on a sur les bras l’anathème anti-RT et anti-Spoutnikassorti de mesures officiellement liberticides pour protéger la “liberté de la presse”, et les deux pieds-nickelés en mission à Moscou n’ont qu’à se débrouiller comme ils peuvent. La grosse voix caverneuse mais non sans humour de Lavrov félicitant les journalistes de RT pour « avoir[officiellement] été qualifiés de journalistes » a rendu le teint grisâtre de Le Drian encore plus terreux, – rhizome oblige…

• Pour les sanctions US anti-Iran, c’est encore plus rhizome & Co, comme Crooke lui-même le signale, en convoquant le grand Alexandre et en le défiant de jamais pouvoir trancher ce nœud gordien-là de l’épouvantable bordel des législations sans fin du Congrès. Plus personne ne sait d’où elles viennent, et tout le monde ignore à l’unanimité où elles vont ; à quoi elles servent, pourquoi elles ont été décidées, pourquoi elles ont été votées, si le président est au courant et ainsi de suite… Le Congrès, c’est comme le Pentagone, et d’ailleurs comme “D.C.-la-folle” : on n’en sera quitte qu’en éparpillant tout cela en mille morceaux. Les Iraniens, y compris les modérés au pouvoir, l’ont désormais compris, – ils l’ont encore mieux compris qu’un Poutine, – et ils savent qu’on ne peut rien traiter de sérieux avec les USA. C’est ainsi.

… “C’est ainsi” que les empires, ou les pseudo-empires, baillent et s’endorment sur leurs monceaux de paperasseries, de billets de banque imprimés par tonnes, de statistiques trafiqués pour faire croire que tout va bien, et ainsi de suite vivant dans “le meilleur des simulacres”. “C’est ainsi” que Gulliver est peu à peu ligoté par ses millions de termites lilliputiennes s’activant dans tous les sens, un peu comme on fabrique aux USA un JSF ou un USS Gerald R. Ford. Tout cela renvoie au cérémonial du Système s’activant à transmuter sa surpuissance en autodestruction, s’y inscrit comme dans un catafalque, et se laisse doucement porter par cette dynamique “sans queue ni tête”.

Pendant ce temps, ce que tentent les pieds-nickelés à Moscou, au nom des ambitions de leur Macron, et les Iraniens, de plus en plus appréciés des Chinois et des Russes également, c’est d’échapper au rhizome qui les tient comme une pieuvre multiple avec toutes ses tentacules. Il s’agit de signes épars de tensions inévitables pour tenter d’échapper au Système à l’agonie, sans qu’on puisse savoir si l’un ou l’autre à une chance de réussir, et justement quoi consistera cette réussite. Au reste, il ne faut surtout pas se fixer sur ces exemples pour croire “identifier” le Système. Aux USA même, d’où tout semblerait venir de ces engluements sans fin au rhizome du Système, les mêmes tensions se manifestent dans le chef des divers désordres que l’on comptabilise sans cesse, y compris des LGTBQ au Squad, à une Tulsi Gabbard, etc., y compris dans les réalités catastrophiques de la situation socio-économique derrière l’écran de fumée du simulacre des statistiques, etc.

Les deux exemples que nous avons suivis, avec leurs divers aspects, assez ridicules et médiocres, ou bien téméraires et résolus, ou bien encore pathétiques c’est selon, représentent, chacun à leur façon, des tentatives d’échapper à l’immobilisme paralysant et fascinatoire du simulacre qu’a installé le Système, et qui se transforme en une sorte d’énorme mouroir d’une civilisation. Il est impossible de dire à quoi peuvent aboutir ces tentatives, et même s’il est de quelque intérêt de le savoir. Elles sont là essentiellement, dans notre démarche, pour montrer les formes très diverses des soubresauts que l’agonie d’effondrement du Système engendre. De l’une ou l’autre d’elles, à un moment donné, on peut attendre que la tentative de fuite du simulacre déclenche un processus soudain et brutalement déstabilisant, et très vite déstructurant, du Système lui-même. Peut-être même cette dynamique se fait-elle en plusieurs temps, d’ailleurs sans qu’on s’en aperçoive : après tout, c’est ce que nous disions des Gilets-Jaunes dans le texte référencé, et l’hypothèse reste toujours valable, et la méthode de la même façon (se constituer eux-mêmes en rhizome pour attaquer le rhizome qu’est le Système, «…et ainsi défier la situation de l’entropisation par la menace implicite d’entropiser cette entropisation... »)

  • 10 septembre 2019 à 00:00

B-52 : Lazare nous éclaire

Par info@dedefensa.org

B-52 : Lazare nous éclaire

Pour cette fois et à propos du B-52, il ne sera pas question des torrents de bombes que cet aimable mastodonte est capable de déverser. Il faut lire le texte ci-dessous en ayant à l’esprit celui que nous mettions en ligne le 5 septembre, sur Boeing et la catastrophique aventure du 737MAX.  Les remarques que cette aventure nous suggéraient ont tout à voir avec l’effondrement du technologisme qui frappe toutes les industries qui en dépendent, et par conséquent la décadence accélérée de Boeing complètement démontrée par la façon dont cette énorme société maîtrise (?) la crise, en jetant des seaux de carburant hautement combustible sur l’incendie... Ainsi écrivions-nous :

« Comme l’observe notre lecteur, “Il y a un petit quelque chose de JSFien dans cette autre histoire d'aviation, je trouve”. C’est l’évidence même et c’est, par ailleurs, de la pure logique des enchaînements dans la mesure où le courant d’effondrement du technologisme affecte toutes les choses qui en sont les plus dépendantes, en même temps que les producteurs, installés le plus souvent sur une réputation justifiée par les temps-jadis, qui s’est transformée au goût du jour en montagnes de $milliards, de corruption et de laisser-faire/laisser-aller. Ce que révèle la crise du 737MAX, c’est la chute de la valeur et des capacités de Boeing, qui fut certainement l’un des plus talentueux producteurs au monde d’avions lourds, civils et militaires, sans aucun doute jusqu’aux années 1970-1980 ; depuis, la chute effectivement, en oubliant le parachute puisqu’on n’imagine pas une seconde que l’on puisse chuter... »

... Or, il se trouve que, parallèlement à cette chute, les événements courants nous permettent d’observer un contre-exemple qui nous montre le chemin parcouru dans le sens de l’inversion. Il s’agit du B-52, ce bombardier qui fut produit entre 1952 et 1962 et dont le traité stratégique entre les USA et l’URSS fixa le plafond d’exemplaires en service à 76. En 2014 et en 2016, deux B-52 furent détruits dans des accidents de routine, l’un par un incendie provoqué lors d’un entretien du système électrique, l’autre lors d’un décollage. Ces deux exemplaires ont été remplacés (en 2015 pour le premier, en mai 2019 pour le second), pour retrouver le plafond des 76, par deux B-52 entreposés sur le “cimetière” de la base de Davis-Monthan, dans l’Arizona, où plusieurs milliers d’avions des forces armées US (les quatre armes) débarrassés de leur armement, de leurs systèmes, parfois de leurs moteurs et souvent “emballés” dans des matières protectrices.

Ces opérations ont coûté de l’argent, et portant sur des avions qui ont dépassé le demi-siècle de leur existence. L’USAF ne ferait pas ça pour un B-1 (il y en a une trentaine à Davis-Monthan) ni pour un B-2 (il n’y en a plus, le moule est perdu). En même temps que tout cela se passait, en 2018, l’USAF a annoncé qu’elle retirerait ses super-bombardiers, – 62 B-1 et 20 B-2 plus jeunes de 22-30 ans que les B-52, –dans les années 2030 au lieu d’aller jusqu’aux années 2050. Parallèlement, la vie opérationnelle des B-52 sera prolongée jusqu’aux années 2050, soit près d’un siècle de vie opérationnelle.  La cause, ou plutôt une des très-nombreuses causes : le maintien en service des 72 B-1 et B-2 jusqu’aux années 2050 coûterait $38,5 milliards ; pour les B-52, ce sera $22 milliards, dont des nouveaux moteurs qui feront économiser $10 milliards en entretien et en consommation.

Maintenant, quelques autres points :

• Les B-52 ont une disponibilité opérationnelle de 60% (60% de leur temps en opération) ; 40% pour le B-1, 35% pour le B-2 ;
• Une heure de vol du B-52 coûte $70 000, une heure de vol du B-2 se négocie autour de $150 000 ;
• Les B-1 et les B-2 ont très peu de place pour des modifications importantes, étant des avions très avancés, dits “plaqués-or”, qui utilisent des matériaux et des systèmes très rares et très couteux, dans un espaces limité, exactement ajusté pour eux. Le B-52, en vieil aluminium, disposait d’une place libre considérable au départ de sa vie active et on a pu ainsi le moderniser de toutes les façons durant ces six décennies de service ;
• Les B-1 et les B-2 sont également très limités pour des changements internes par la disparition de nombreuses pièces de technologies avancées qui sont très vite remplacées par de nouvelles technologies encore plus avancées. Le B-52 ignore ce genre de détails ;
• Le fabuleux B-2 doit subir une révision complète d’une année tous les sept ans, au prix de $60 millions. Le B-52 ricane ;
• Le B-52 est très flexible et peut remplir un très grand nombre de missions ; les deux autres types sont limités par leurs technologies “pointues” qui n’autorisent qu’une série très limitée de missions.

... Et ainsi de suite. Il existe désormais un pilote du B-52 de 1952-1962 dont le fils est devenu pilote de B-52 pendant son temps de service, et dont le petit-fils est actuellement pilote de B-52. Cet avion vivra sans doute 100 ans, tandis que les merveilles qui lui ont succédées seront mises à l’asile des catastrophes plus ou moins dissimulées. (Il faut noter que la situation n’est pas si différente en Russie, où l’on garde une grande confiance dans le Tu-95, contemporain du B-52.)

Même si l’avion et surtout son usage peuvent apparaître le contraire de l’exemplaire à beaucoup d’esprits, son histoire et sa situation par rapport à ses “successeurs” qui deviennent des handicapés sont absolument exemplaires de l’évolution du technologisme durant les derniers trois-quarts de siècle, et parallèlement, du niveau de professionnalisme et de qualité du jugement et du comportement des producteurs de choses technologiques avancées pour être utilisées dans les situations extrêmes de conflit. Que ce soit essentiellement le fait de l’invasion des financiers à la place des ingénieurs chez Boeing, il reste que l’évolution de cette société est exemplaire et symbolique à la fois de la dépravation et de l’inversion qui touchent les comportements et les conceptions ce ceux qui suivent le flux du technologisme, qui sont débordés par lui, entraînés par lui, d’ailleurs dans la plus complète inconscience tant que l’action Boeing ne chute pas trop (ce qu’elle est tout de même en train de faire par à-coups). Derrière la question technique, il y a une dimension morale dans ces destins tels qu’on peut les observer ; et il s’agit sans aucun doute d’une morale qui a à voir avec la métaphysique, dans le flux de la métahistoire, et nullement avec les “valeurs” dont se gargarisent les sapiens sapiens, en guise de feuille de vigne comme farouche gardienne de leurs vertus.

Bien entendu, le Pentagone, cette impeccable mécanique, n’a strictement rien compris à ce qu’il fait lui-même en retapant ses B-52. Pour remplacer ces catastrophes que sont les B-1 et B-2, et plus tard les B-52 à qui l’on peut difficilement demander de tenir un deuxième siècle, il fait développer en secret un nouveau bombardier (le B-21 Raider) depuis 2015. Il prévoit $55 milliards pour 100 exemplaires. En 1980, lorsqu’on découvrit l’existence du B-2 développé en secret depuis 1976, l’USAF nous promettait 132 exemplaires à $180 millions l’exemplaire ; on a terminé avec 21 exemplaires à $2,4 milliards l’exemplaire, – selon les estimations les plus basses. On attend donc avec intérêt la saga du B-21, pendant que les B-52 continueront à voler, puisque bon sang ne saurait mentir à l’heure de la diversité triomphante à laquelle est si sensible le Pentagone, alias Moby Dick.

Ci-dessous, sous le titre « Le B-52 tel que Lazare », on trouve la version originale du texte (du 12 juin 2019) sur l’aventure des B-52, texte de Mark Thompson, du groupe POGO de surveillance des comportements et de la gestion des diverses puissances aux USA, – de la puissance publique aux puissances d’argent. (Comme l’on sait, POGO est certainement le meilleur spécialiste indépendant du programme JSF/F-35.)

dedefensa.org

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The B-52 as Lazarus

The B-52 bomber is so huge it takes eight engines to lift it off the ground, along with a pair of outrigger wheels to make sure its wingtips don’t scrape the runway as it takes off. So how is it that this lumbering beast is turning stealthy and disappearing from the Air Force’s Arizona boneyard, where thousands of warplanes go to die?

Fact is, a pair of B-52 Stratofortresses, which came off the assembly line during the Kennedy Administration, have been roused from their well-deserved retirement. The first left Davis-Monthan Air Force Base in 2015, and the second on May 14, to return to active duty, joining other B-52s still in service. Despite their advanced age, B-52s continue to contribute: They’ve recently been dispatched to the Middle East  to deter Iran.  They’ve been flying  out of Guam—within striking distance of China—for more than a decade. They’ve been buzzing the Baltic Sea near Russia as well.

The bombers—just like the Russian Tu-95 bombers  probing air space near Alaska  in May—prowl the world’s skies, asserting a nation’s interest in what is happening below. They make for a double-edged sword: reassuring to allies but fraught with the possibility that a mistake could lead to war. Just as importantly, the B-52 highlights the continuing and costly U.S. reliance on a nuclear “triad” made up of bombers, and of missiles fired from land and submarines. That Cold War trio is  slated to cost $494 billion  between 2019 and 2028, within spitting distance of a half-trillion dollars. It’s also 23 percent higher than the $400 billion the Congressional Budget Office estimated it would cost from 2017 to 2026.

Boeing  churned out  744 B-52s at plants in Seattle, Washington, and Wichita, Kansas, over 10 years beginning in 1952. It is an investment that has paid off. The bomber  was built  with plenty of extra space on board for not-yet-invented weapons and electronics. It wasn’t crammed with gear, like the B-1 and B-2 that followed it, that make modifications complicated and costly. Its bones—the aluminum airframe—were rugged and built to last.

Old B-52 hands were delighted at the second revived B-52’s return to the 307th Bomb Wing at Barksdale Air Force Base in Louisiana. “Nothing like an old BUFF to put the fear of god into the enemy,” one posted on the unit’s  Facebook page  (BUFF is the bomber’s polite nickname among those who fly and maintain it, meaning Big Ugly Fat Fellow). “Really loved that bird,” added another. “Happy to see them still in the air keeping us safe.”

While the B-52’s latest re-enlistment says a lot about the durability and moxie of this Boeing behemoth, it also speaks volumes about the hazards of building bespoke gold-plated bombers. In fact, the two bombers built after the B-52—the B-1 and B-2—are going to be sent to the boneyard well before the B-52 finishes its tour of duty. The Air Force decided in 2018 to retire the two newest ones,—the 62 B-1s and 20 B-2s  remaining in active service—in the 2030s, nearly a decade earlier than planned. At the same time, it decided to extend the B-52’s life and keep them flying beyond 90 years, even though they’re at least  22 years older than the B-1s, and 30 years older than the B-2s.

The Air Force built both the B-1, between 1984 and 1988, and B-2, between 1987 and 2000, with supposed cutting-edge technologies that didn’t age well (and they wer  hyped, even when new). The 100 B-1s boast a swept-wing design. Spreading those wings allows it to take off heavy with weapons and fuel by generating extra lift. When it’s making a bombing run, it sweeps its wings back, allowing it to scream low and fast toward its target. But that design is  tough to maintain. It also can be  dangerous, as changing a plane’s wingspan from 137 to 79 feet in midflight poses unique challenges. Plus, the B-1’s primary reason for being—nuclear strikes on the Soviet Union—disappeared along with the Soviet Union nearly 30 years ago. Since then, per arms-control pacts with Russia, gear that the B-1 needs to carry and launch atomic weapons has been  stripped from the aircraft, eliminating its nuclear deterrence capability against atomic-club wanna-bes like Iran and North Korea.

The B-2’s radar-eluding design proved less effective than  advertised, and the maintenance it demanded made it too expensive even for the Pentagon. A B-2 gets a $60 million  year-long overhaul  every seven years, and has to be housed in a climate-controlled hangar for the other six. While the Air Force wanted 132 of the bat-winged planes, it  had to settle for 21, at more than $2 billion apiece.

Each of these bombers was like a finely machined box wrench, designed for turning nuts—but only nuts of a single size. In contrast, the B-52 is more like the adjustable wrench down in your basement: cheap and flexible enough to get most jobs done pretty well. But doing things simply is a lost art at the Pentagon, which is seeking $104.3 billion for research next year, more than $10 million an hour, 24/7.

The B-52 tapped to return to the fleet in May, dubbed “Wise Guy,” is to replace a B-52 destroyed in a  fiery takeoff accident  on Guam in 2016. Built in the early 1960s, Wise Guy had been enjoying its golden years sitting in the warm Arizona sun since leaving its frigid North Dakota base in 2008. The  first  B-52 that was tapped to return to service in 2015—“Ghost Rider”—replaced  a B-52 lost in an electrical fire during routine maintenance in 2014. The return of Ghost Rider to active duty in 2015, and of Wise Guy in May, restores the B-52 fleet to 76 aircraft, the  ceiling negotiated  with Russia.

It isn’t easy to bring a gargantuan war machine that has been sitting in the desert for a decade, after spending 17,000 hours in the air, back from the dead. Take Wise Guy, for instance. “The jet had cracks in the rear landing gear and was missing two engines,” Master Sgt. Steven Sorge, an Air Force mechanic who helped revive Wise Guy, said in an  Air Force release. “It also needed all its fuels cells and hoses replaced, as well as its tires.” While it took only four months of work to get the plane airborne, making it mission-ready will take 550 people two more years of work and cost $30 million, the Air Force  estimates.

B-52s had a major role  during the Cold War, where they sat on alert around the clock for eight years straight. They also played bit parts in the U.S. wars in Vietnam, Serbia, and post-9/11 Afghanistan and Iraq (as well as playing a  key supporting role  in the finale of Dr. Strangelove, Stanley Kubrick’s 1964 classic Cold War film). At least one Air Force B-52 aviator has seen his son and grandson  fly aboard B-52s.

If you want good news about a bomber, it’s tough to top the BUFF. The Air Force  reported last year  that it would cost $38.5 billion to keep the newer B-1s and B-2s flying until 2050, but only $22 billion to keep roughly the same number of the much older B-52s airborne. Further, the Air Force projected that $22 billion investment will include new engines that will yield $10 billion in fuel and maintenance savings.

Air Force Magazine  detailed  the math: the simpler B-52 is able to fly more than the newer bombers, which suffer from what the service calls the “vanishing vendor syndrome” because contractors no longer produce the sophisticated parts the B-1 and B-2 need. B-52s are ready to fly all missions 60 percent of the time, compared to 40 percent for the B-1s and 35 percent for the B-2s. The B-52 costs about $70,000 per hour to fly, half that of the B-2.

As the B-1s and B-2s are sent out to pasture, the Air Force wants to buy at least 100 B-21 Raider bombers to replace them. The service’s projected price tag of $55 billion—$550 million apiece—is as squishy  as the Air Force claim of a  $500 million price tag on the B-2  when it first rolled off the assembly line in California in 1988.

And the secrecy surrounding the B-21 mirrors that of the B-2 when it was being built. The Air Force has  refused  to say how much it is paying Northrop Grumman under a 2015 contract to develop the B-21. The Government Accountability Office noted  last  month that its own assessment of how much major weapons cost “importantly … excluded classified programs, such as the Air Force’s new B-21 Raider program.” (Here’s a tip based on 40 years of reporting on Pentagon spending: cost overruns tend to stay secret, while word of staying within budget generally becomes public).

Of course, in a world where Amazon is exploring delivering goods to your doorstep by drone, the need for a manned penetrating bomber becomes increasingly hard to justify. A bomber drone could fly into harm’s way without risking the life of the crew. Likewise, long-range nuclear-tipped missiles have enable the B-52 to be a vital part of the nation’s deterrence force without sending its five-member crew deep into enemy air defenses. There’s no reason new bombers—or retooled older ones, for that matter—couldn’t do the same thing at a far lower cost than the B-21.

Besides, those two “new” B-52 bombers recently returned to flight come from a big family. There are  lots more, five miles south of Tucson, waiting in the wings.

Mark Thompson

  • 9 septembre 2019 à 00:00

Le tourbillon crisique de l’Adrian Draya-1

Par info@dedefensa.org

Le tourbillon crisique de l’Adrian Draya-1

Hier, dans nos Notes d’Analyse qui prenaient (chronologiquement) comme premier sujet John Bolton, – d’où le titre, « Notes avec ou sans Bolton », – nous avions signalé dans des termes qui laissaient percer toute notre perplexité et notre immense scepticisme la “dernière“ de Bolton brandissant une photo-satellite où l’on ne voyait guère le pétrolier iranien Adrian Draya-1 mais où il se trouvait sans aucun doute selon Bolton, tout proche des côtes syriennes et prêt à livrer son pétrole à la Syrie. Notre commentaire à cet égard donnait ceci :

« ...Ayant dit cela, qui n’est pas faux, on est obligé par une actualité “sauvage” d’ajouter un bémol, qui est justement une manifestation de Bolton toute récente (le 7 septembre) dans l’affaire du pétrolier iranien, un des fleurons américanistes de cette crise et de Bolton lui-même : son affirmation qu’il tient, lui Bolton, la preuve indubitable que le pétrolier est tout proche des côtes syriennes, signant ainsi la culpabilité indubitable de l’Iran par le “mensonge”. Dans cette affaire tordue et grotesque, où les USA tiennent dans leur tourbillon de mensonges et de narrative le rôle des capi du crime organisé, la “preuve indubitable” est comme d’habitude une photo satellite où n’importe qui peut voir ce qui lui importe, et où une chatte se tromperait complètement dans le décompte de ses petits. Bolton affectionne cette sorte d’interventions et cette sorte de “preuve indubitable”. »

Or, une source, qui est peu suspecte de faiblesse pour Bolton vient au contraire indirectement confirmer la véracité de l’affirmation du même Bolton, contrairement à ce que laissait entendrenotre sceptique ironie fondée sur les pratiques habituelles du personnage. Il s’agit d’un texte de Elijah J. Magnier, couronné d’un immense agrandissement de la photo brandie par Bolton.

(Selon les détails fournis en légende, c’est une photo-satellite fournie par Maxar Technologies, diffusée par AP, montrant effectivement le pétrolier Adrian Draya-1 proche du port de Tartous, qui est également une base russe, – ce dernier point montrant que les Russes seraient très probablement mais bien entendu au courant de l’opération et y participeraient au moins passivement et indirectement.)

Magnier explique les tenants et aboutissants d’une opération, – car il y a bien “opération”, – qui s’effectuerait essentiellement à l’issue d’un accord secret entre les États-Unis (avec UK partie prenante) et l’Iran échangeant la livraison sans entraves du pétrole de l’Adrian Draya-1 à la Syrie contre la libération de l’équipage du pétrolier britannique, puis du pétrolier Stena Imperolui-même saisi par les Gardiens de la Révolution iraniens. Tout cela est détaillé dans le texte de Magnier.

Cela conduit à une autre interrogation, toujours concernant le cas Bolton, celle de savoir si Bolton était au courant de cet accord secret, s’il y a effectivement accord secret, puisqu’il a présenté le document comme la “preuve indiscutable” des “mensonges” iraniens. Si tout cela correspond à la réalité, cela signifie que Bolton continue à jouer son jeu aveuglément anti-iranien, et qu’il n’a pas été tenu au courant des tractations secrètes entre l’Iran et les USA-UK, ce qui serait logique compte tenu de son opposition absolue à toute entente USA-Iran, même parcellaire mais portant sur le sujet qu’il estime essentiel de l’Adrian Draya-1 ; ou bien, il était au courant indirectement ou par frustration (de n’avoir pu le bloquer) et a voulu saboter cet accord... Selon cette interprétation, on en revient par un autre canal à la confirmation de la mise à l’écart de Bolton sur des sujets opérationnels importants entre l’Iran et les USA (et UK). Voilà comment on peut raisonner en s’appuyant sur un ensemble d’affirmations dont aucune n’est portant impérative ni nécessairement vraie bien entendu, illustrant la méthode mais aussi la fragilité inévitable de la nécessité de tenter de parvenir à des vérités-de-situationen “navigant” par la logique et l’intuition entre des affirmations contradictoires dont il s’agit d’évaluer la véracité.

Voilà où nous en sommes dans cette affaire, sans dissimuler que de nouveaux éléments peuvent survenir qui bouleverseraient l’actuel état de la situation (vérité-de-situation ?) auquel nous sommes parvenus jusqu’ici. On peut simplement remarquer que les précisions données par Magnier, à cet instant précis qui suit de quelques heures l’intervention de Bolton, viennent certainement des Iraniens avec lesquels il a beaucoup de contacts, et ont de bonnes chances d’être fondées. Du point de vue de la communication et mise à part le fait même de la livraison de pétrole, les Iraniens ont tout intérêt à une telle situation qui décrédibilise Bolton et l’administration Trump par conséquent en montrant son désordre et sa fragmentation, autant que sa faiblesse car elle cède sur le pétrolier et la livraison de pétrole à la Syrie, et on peut alors en conclure qu’ils ne lanceraient pas de telles informations par l’intermédiaire indirect d’une source indépendante si elles étaient infondées et fausses, – les dégâts pour eux-mêmes en termes de communication devenant  alors considérables. Les Iraniens ont déjà montré leur grande habileté en matière de communication et de manœuvres secrètes face aux USA, et parfois avec les USA quand ceux-ci sont demandeurs, et il est logique de penser qu’ils ne commettraient pas une telle erreur d’une version inventée de toutes pièces, comme il est logique de penser que Magnier ne s’y prêteraient pas dans la mesure de ses capacités à distinguer la véracité de ces informations, parce qu’il y perdrait beaucoup de crédibilité. (Argument supplémentaire pour les Iraniens qui ne devraient certainement pas décrédibiliser une source [Magnier] qui leur est extrêmement utile.)

En acceptant donc cette version de Magnier qui semble complète et fort plausible, on est conduit aux remarques conditionnelles suivantes :

• Les USA (Trump en l’occurrence, sans Bolton et contre Bolton possiblement) veulent tout faire pour éviter un incident avec les Iraniens, pouvant dégénérer en conflit, avec la seule condition de “sauver la face” (ce qui leur reste de face). Il découlerait de cette hypothèse que l’initiative de Bolton pourrait bien avoir été prise comme un acte hostile à la politique du président, et dans ce cas non seulement sa marginalisation serait confirmée, mais son départ pourrait intervenir rapidement.

• Les Iraniens jouent un jeu extrêmement net d’offensive de communication contre l’administration Trump, en exploitant toutes les failles, qui ne manquent pas, dans son équipe. Cela confirme l’attitude générale des Iraniens qui ne font plus aucune confiance en rien aux USA, à leurs propositions diverses, etc., sauf dans des cas comme celui du pétrolier où ils tiennent une monnaie d’échange extrêmement concrète.

• Les Anglo-Saxons (puisque UK est de la partie) continuent à montrer leur faiblesse dans l’affrontement avec l’Iranpuisqu’ils passent un accord de cette sorte. Les USA ont affirmé continuellement et sur un ton menaçant que le pétrolier serait d’une façon ou l’autre empêché d’aller vers quelque port que ce soit, et donc qu’il serait finalement arraisonné ; ce n’est non seulement pas le cas, mais le pétrolier va effectivement livrer du pétrole en Syrie, ce que les USA jugeaient comme absolument illégal et inacceptable dans tous les cas. (Les Iraniens, eux qui ont affirmé que le pétrolier n’allait pas en Syrie, semblent se ficher complètement de se contredire, simplement parce qu’ils en face d’eux un adversaire qui ne cesse d’employer cette méthode de la déception de communication, de la narrativeet du mensonge.)

• Enfin, la présence de UK dans l’affaire, si elle se justifie par le fait que le pétrolier saisi par les Iraniens est britannique, montre que les Britanniques continuent à jouer un jeu modérateur auprès des USA, parfois même un jeu personnel en s’opposant aux consignes. Ils semblent vouloir faire beaucoup, y compris à l’insatisfaction de leur mentor washingtonien, pour n’être pas impliqués dans un conflit avec l’Iran.

Il est à noter enfin que le texte de Magnier porterait plus, dans l’esprit de la chose et selon le titre initial (« L’accord secret américano-iranien sur l’approvisionnement en pétrole de la Syrie »), sur un accord concernant le principe du ravitaillement en pétrole de la Syrie que sur le cas d’un pétrolier. Cela impliquerait une conception plus générale de principe, signifiant une concession majeure des USA concernant la Syrie, un desserrement des sanctions contre ce pays. Pour les Iraniens, l’accord sur l’Adrian Draya-1 serait dans ce cas un précédentqui impliquerait que d’autres pétroliers iraniens pourraient faire la même opération sans interférences ; encore faudrait-il pour cela qu’ils aient une monnaie d’échange pour obtenir une telle possibilité, la parole US à cet égard, en matière internationale, n’ayant que l’épaisseur d’un traité non officiel pesant le poids et ayant la forme d’un “chiffon de papier” froissé et déchiré.

Le texte de E.J. Magnier a paru sur son site le 7 septembre 2019.

dedefensa.org

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Accord secret USA-Iran sur le pétrole pour la Syrie

Un accord secret a été conclu entre les États-Unis et l’Iran, par l’intermédiaire d’une tierce partie, pour permettre au super pétrolier iranien Adrian Darya 1 (anciennement Grace 1) de livrer ses 2,1 millions de barils de pétrole au gouvernement syrien. Des pétroliers plus petits ont travaillé pendant cinq jours pour décharger le pétrole qui doit être acheminé vers le port syrien de Tartous.

Des sources proches de l’équipe de négociation ont déclaré que les États-Unis “étaient déterminés à empêcher le supertanker d’atteindre la Syrie en raison de la stratégie américano-européenne visant à sanctionner économiquement le président syrien Bachar al-Assad pour retourner les Syriens contre leur chef.” Ces pays, responsables de la guerre de 2011-2019, n’ont pas réussi à provoquer, par les armes, un changement de régime, ni la faillite de État syrien. Aujourd’hui, ils tentent d’atteindre leur but en encerclant le pays et en empêchant son retour à la normale. Les États-Unis ont empêché les pays du Golfe de retourner à Damas et forcé la Jordanie à restreindre la circulation de marchandises à destination et en provenance de la Syrie. Ils ont fermé le point de passage d’al-Tanaf avec l’Irak et occupent la zone nord-est (riche en pétrole !) sans aucun but stratégique. En dépit de ces mesures draconiennes, l’Iran est déterminé à soutenir ses alliés.

Selon nos sources, l’Adrian Darya 1 serait resté plusieurs jours en Méditerranée sans savoir où aller, en attendant la fin des négociations. Il a été convenu que quelques-uns des 7 membres de l’équipage du “Stena Impero” qui bat pavillon britannique seraient libérés tout de suite. D’autres membres de l’équipage seront libérés quand l’Adrian Darya 1 aura effectué la livraison. Le “Stena Impero” lui-même sera libéré sans autre demande de compensation financière dès que l’”Adrian Darya 1″ sera en sécurité.

L’Iran a dit avoir un acheteur pour les 2,1 millions de barils de pétrole transportés par le superpétrolier. Selon des sources bien informées, c’est Rami Makhlouf, un cousin du président Assad, qui a acheté le chargement d’une valeur de 130 millions de dollars (sur le marché libre). L’Iran livre gratuitement des centaines de milliers de barils tous les mois à la Syrie, et ce, depuis le début de la guerre de 2011. Damas paie le reste – à un prix très réduit – à l’Iran ou à qui Téhéran lui dit de le faire, selon ces sources.

Des sources ont confirmé la présence quotidienne d’un super drone Héron de type israélien au-dessus du super tanker iranien Adrian Darya 1 qui croisait près des eaux syriennes. Les drones ont disparu à l’instant où l’accord a été conclu, ce qui a permis au navire de se diriger librement vers le port de Tartous en Syrie.

Le secrétaire américain à la Défense, Mark Esper, a déclaré qu’il n’avait “pas l’intention de saisir l’Adrian Darya 1” et son administration a négocié indirectement avec l’Iran, pendant que Brian Hook, l’envoyé spécial des États-Unis pour l’Iran, essayait de soudoyer Akhilesh Kumar, le capitaine du supertanker iranien, en lui offrant 15 millions de dollars pour qu’ils les laissent saisir le navire, puis, n’y arrivant pas, il l’a menacé de “sanctions” s’il livrait la cargaison à la Syrie. En fin de compte, le gouvernement britannique et l’administration étasunienne ont obtenu l’assurance iranienne que le “Stena Impero” et son équipage seraient libérés dès que le super tanker iranien serait en sécurité. Le contenu des négociations n’avait rien à voir avec l’accord nucléaire.

L’Iran a réussi à résister aux États-Unis et au Royaume-Uni dans le golfe Persique. Il envoie ses drones survoler quotidiennement les navires de guerre britanniques patrouillant dans le détroit d’Ormuz et en face de la côte iranienne. Le Corps iranien des Gardiens de la révolution (Sparadan) responsable de la sécurité du golfe persique s’est avéré capable d’affronter les Etats-Unis et le Royaume-Uni et de défendre la sécurité et les intérêts financiers du pays.

L’Iran a également montré sa capacité et sa volonté d’apaiser les tensions dans les négociations à propos de l’Adrian Darya. Cependant, les responsables Iraniens n’ont nullement l’intention de reprendre quelque forme de dialogue que ce soit avec le président américain Donald Trump avant les élections de 2020.

L’Iran a également respecté ses engagements envers ses alliés, qui sont des éléments essentiels de sa sécurité nationale. L’Adrian Darya transportait suffisamment de pétrole pour satisfaire aux besoins de la Syrie et de ses alliés pendant des mois. Les sanctions américaines contre la Syrie et le Hezbollah se sont révélées relativement faciles à surmonter, et donc totalement inefficaces.

Elijah J. Magnier

(Traduction : Dominique Muselet)

  • 9 septembre 2019 à 00:00

Notes avec ou sans Bolton

Par info@dedefensa.org

Notes avec ou sans Bolton

8 septembre 2019 – Où en est-on avec Bolton ? De nombreuses sources US, y compris dans la presseSystème, parlent depuis des semaines de désaccords entre Trump et Bolton qui, dit-on désormais, ne se seraient « “jamais appréciés personnellement”, entre lesquels il n’y aurait jamais eu l’espèce d’“entente instinctive” que le président estime importante ». On a précisé ces derniers jours que Bolton n’appréciait guère les négociations de paix entre les USA et les talibans, jusqu’à cette révélation sensationnelle par tweets et Trump associés qu’un entretien secret était prévu ce dimanche à Camp David, entre Trump, le président afghan et un dirigeant taliban, mais pour préciser aussitôt, – dans le même tweet, que cet entretien était décommandé. La raison (officielle) de l’annulation de la chose serait la faible représentativité du dirigeant taliban, mais une autre interprétation est que l’opposition des milieux conservateurs conduits par Bolton en serait la véritable raison.

Bolton est une véritable peste belliciste, bien dans la lignée de cette sorte de personnages qui, tout au long de l’histoire des USA, ont plaidé et agi pour nombre de massacres, des présidents Jackson et Teddy Roosevelt à des militaires tel que le Général Curtiss LeMay. John Wight, qui trace cet historique, juge que la probable disgrâce de Bolton et son éventuel départ seraient une grande cause de soulagement pour le reste du monde. Pour autant, on observera qu’on n’en sait guère plus sur son sort exact.

Brièvement dit et dit autrement, on jugera que c’est surtout la confusion et une sorte d’incertitude fluide bien dans la manière de Trump qui, aujourd’hui, caractérisent la position et l’influence de John Bolton au cœur de l’équipe de sécurité nationale du président. Outre l’Afghanistan, la crise iranienne a renforcé cette impression. C’est Pompeo qu’on a vu surtout à l’œuvre ces deux-trois dernières semaines, et fort peu Bolton dont c’est pourtant pourrait-on dire, “la crise favorite”, tant sa vindicte et sa fureur anti-iraniennes sont évidentes...

Ayant dit cela, qui n’est pas faux, on est obligé par une actualité “sauvage” d’ajouter un bémol, qui est justement une manifestation de Bolton toute récente (le 7 septembre) dans l’affaire du pétrolier iranien, un des fleurons américanistes de cette crise et de Bolton lui-même : son affirmation qu’il tient, lui Bolton, la preuve indubitable que le pétrolier est tout proche des côtes syriennes, signant ainsi la culpabilité indubitable de l’Iran par le “mensonge”. Dans cette affaire tordue et grotesque, où les USA tiennent dans leur tourbillon de mensonges et de narrative le rôle des capi du crime organisé, la “preuve indubitable” est comme d’habitude une photo satellite où n’importe qui peut voir ce qui lui importe, et où une chatte se tromperait complètement dans le décompte de ses petits. Bolton affectionne cette sorte d’interventions et cette sorte de “preuve indubitable”.

... Au reste, cela importe-t-il vraiment de savoir si Bolton est là ou n’est pas là, dans sa position d’influence et de soi-disant acteur central ? Le titre de l’article de Wight, – « La mise à l’écart de John Bolton par Trump permet au reste du monde de respirer plus librement », – ce titre sur le “soulagement du monde” du fait d’une éventuelle élimination de Bolton est-il justifié ? Poser la question, certes, c’est y répondre...

“Sauvagerie” de la “politique” US

Ci-dessous, nous terminerons cette analyse par un texte détaillé de WSWS.orgsur les derniers développements de la crise iranienne, du côté américaniste où l’on s’agite beaucoup depuis des semaines et des années, sinon des décennies. Comme d’habitude avec WSWS.org, ce texte est détaillé, bien documenté avec de bonnes citations de l’hypocrisie de la presseSystème, et il met ainsi en évidence, on s’en doute, la fourberie, la vindicte, en un mot la “sauvagerie” de la politique américaniste. (“Sauvagerie” est un terme très adéquat, implicite dans l’analyse de WSWS.org : « Trump lui-même oscille sauvagement entre les offres de négociations et les menaces de guerre totale. »)

Il nous semble qu’il faut le lire, moins pour les informations qu’il nous apporte et qui sont intéressantes mais en général connues, que pour sa façon peut-être involontaire de décrire in vivo une sorte d’archétype de la “politique” de sécurité des États-Unis. On y retrouve la plupart des facteurs constitutifs de cette “politique” qui accepterait aisément la qualification de “non-politique”, – tout à fait avantageuse, cette “politique”/“non-politique”, parce qu’elle évite à coups de bombes et de $millions c’est selon les nuances et les délicatesses épuisantes de la diplomatie.. Bref, voici quelques-uns de ces facteurs :

• L’alignement constant des politiques américaniste et israélienne. On sait qu’il s’agit là d’une remarque critique fondamentale de la plupart des commentateurs dissidents, fondée sur l’idée d’une soumission complète des USA aux axes fondamentaux de la politique israélienne. Nous prendrions la chose d’une façon différente, selon notre habitude d’écarter les hypothèses de la maîtrise humaine des événements (ici, la manipulation des USA par Israël), au profit d’un automatisme général d’obéissance de ces deux acteurs au diktat de ce que nous nommons depuis des années “politiqueSystème, – cette chose ayant été identifiée pour notre compte autour de 2009-2010, lorsqu’il apparut que la politique d’Obama ne différerait pas de la politique de GW Bush, sinon par des artifices cosmétiques qui permettraient de ripoliner l’image vertueuse d’Obama auprès de ses divers fans et groupies libéraux-progressistes. Ainsi Trump lui-même se place-t-il à cet égard, avec un peu plus de brusquerie et de “sauvagerie”, dans les traces de ses prédécesseurs, soigneusement peintes d'une très vive couleur par la politiqueSystème.

• L’unilatéralisme constant de la “politique” US, absolument sans le moindre souci de coopération ni de respect de certaines règles internationales. Les “alliés” européens des USA, notamment, subissent régulièrement les effets de ce comportement avec d’autant plus de brutalité qu’il s’agit de Trump, qui ne s’embarrasse d’aucune précaution à cet égard. (Macron a pu s’en apercevoir à l’occasion des contrastes et contradictions observés entre le G7 et les suites du G7, notamment et justement pour ce qui concerne l’Iran.)

• Le comportement totalement semblable à celui du crime organisé, – les capi deCosa Nostra, – avec utilisation du chantage, de la corruption directe et affichée, de l’absence complète de scrupule dans les actes les plus grossiers. Ce comportement découle évidemment du précédent et s’affiche avec “sauvagerie” du fait toujours de l’état d’esprit de l’équipe Trump, des psychologies aussi bien de Trump que des pieds-nickelés du type Bolton-Pompeo. 

• L’ensemble de cette “politique” est animée, du fait de Trump lui-même et de sa formation fondamentale de businessman américaniste nous la jouant sur l’air de The Art of the Deal, avec l’utilisation massive de “mensonges” constants et dans tous les sens. Cela est fait avec une telle maestria, un tel affichage et un tel sans-gêne, que le mot “mensonge” mérite effectivement des guillemets parce que l’on est conduit à constater que ce que nous jugeons d’habitude comme un mensonge n’en est plus un. Il s’agit de simples automatismes sémantiques figurant comme des éléments d’une mécanique générale n’engageant strictement aucune responsabilité ni référence par rapport à ces choses nommées “réalité”, “vérité”, “parole donnée”, “respect” de toutes sortes de conventions imaginées comme étant communes à tous, etc. A cet égard et dans la production de son action dans quelque sens que ce soit (disons pro-Système ou antiSystème pour faire court), Trump est véritablement un “sauvage” qui, du fait de son éducation, de sa pratique et de son caractère, a poussé à son sommet The Art of the Savagery.

L’oeuvre zombificatrice de la politiqueSystème

On observera une fois de plus, car c’est bien l’élément central du propos, que toute cette fantastique agitation, essentiellement faite de communication bien entendu et comme il se doit, donne un résultat proche du néant et un effet général, aussi bien central que collatéral, du plus complet désordre possible. A cet égard, la politiqueSystème vaut, aussi bien pour Israël que pour les USA, comme une complète néantisation du concept de politique. Ce n’est pas une surprise pour la politiqueSystème et réduit d’autant les acteurs à leur rôle d’“outils utiles” de cette politique ; les acteurs, c’est-à-dire Israël et les USA dans ce cas, le nihilisme total et brutal de la politique israélienne de Netanyahou étant le meilleur argument pour expliquer son influence sur les USA, bien plus que les diverses entreprises humaines dont on habille cette situation.

Pour tenter de hausser le propos, nous rappellerons ici, extrait (conclusion) de notre Glossaire.dde sur ce sujet, à quoi correspond, selon nous, du point de vue que nous voudrions métahistorique, cette notion de politiqueSystème. Il s’agit nécessairement d’une notion, et aussi d’un concept, qui se trouve dans le domaine extrahumain et qui, dans le temps-courant de notre “étrange époque”, influence massivement sinon exclusivement toutes les entreprises humaines du domaine, grâce évidemment à la surpuissance du système de la communication que nous qualifierions dans ce cas du néologisme aisément compréhensible et justifié de “zombificatrice” (influence zombificatrice du système de la communication, – pour ce cas) :

« La politique-Système ne peut être comprise par conséquent que par rapport au Système dans la mesure extrêmement stricte et précise où l’on envisage celui-ci comme la création du “déchaînement de la Matière”, pour sa propre opérationnalité. On se trouve alors devant un projet, cette politiqueSystème, dont le but se confond avec ce “déchaînement”, et qui se traduit par la recherche d’une entropisation totalitaire du monde, c’est-à-dire la destruction de toutes les structures de façon à permettre l’accélération de la dissolution jusqu’à l’état d’entropisation, jusqu’à attaquer ses propres structures puisqu’elles sont les seules à subsister intactes. En toute logique, la politiqueSystème qui est aujourd’hui en pleine opérationnalisation explosive du passage vers l’autodestruction doit illustrer, peut-être précéder plus que suivre, le destin métahistorique fondamental du Système lui-même, c’est-à-dire avec cette opérationnalisation atteignant l’extrême de sa superpuissance et, en même temps, se transmutant dans une dynamique d’autodestruction. Les signes événementiels de ce destin dans le cadre où nous évoluons sont désormais évidents sinon décisifs, comme on l’a vu plus haut avec la crise USA-2016 qui doit se poursuivre sous diverses formes exotiques, notamment avec des effets psychologiques extraordinaires (voir le diagnostic “leurs têtes vont exploser” emprunté à Charles Krauthammer). »

... Mais revenons sur terre, si jamais nous l’avons quittée... Il s’agit donc d’une description de l’état de la “politique” iranienne des USA, de Washington D.C./“D.C.-la-folle”, disons après les prolongements divers de ces deux ou trois dernières semaines. (Il faut toujours avoir à l’esprit que les USA poursuivent cette politique d’agression et de regime change contre l’Iran depuis 1979, et, dans un souffle renouvelé depuis 9/11, selon une vision quasiment mystique de leur Mission définie en 2005 [voir le discours-Dostoïevski de GW Bush de janvier 2005], avec des menaces d’attaque reconduites et réactualisées de période en période. On appréciera les résultats.)

Bref, et pour répondre à la question posée plus haut (“...ce titre sur le “soulagement du monde” du fait d’une éventuelle élimination de Bolton est-il justifié ? Poser la question, certes, c’est y répondre...”) : “Avec ou sans Bolton”, qu’importe puisque “plus ça change plus c’est la même chose”...

Le texte ci-dessous a paru sur le site WSWS.org ce 7 septembre (sous le titre : « Washington intensifie sa campagne de “pression maximum” contre l’Iran »). Si on le lit avec l’état d’esprit recommandé, on sent effectivement cette sensation de vide et de rien, – non pas du “hors-sol”,  comme l’on dit si élégamment sur les plateaux des talk-showssimplement parce qu’il n’y a plus de sol depuis longtemps. Nous évoluons dans une sorte de gaz incertain, parcouru de “bruits et de fureurs”, et qui signifie bien quelque chose : l’épuisement total des forces dominantes, essentiellement des USA, sans que rien ne puisse les remplacer dans l’état actuel parce que leur pouvoir négatif (nuisance, désordre, néant-rien) reste prépondérant... Il apparaît de plus en plus probable que ce que nous attendons viendra de l’intérieur des USA, et ce sera la cause ou la conséquence de “l’événement providentiel”.

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“Pression maximum” contre l’Iran

« Cela fait maintenant un peu plus d’un an que Washington a réimposé des sanctions économiques contre l’Iran qui équivalent à un état de guerre. Les mesures punitives avaient été précédemment levées avec la signature de l’accord nucléaire iranien, officiellement connu sous le nom de Plan d’action global conjoint (JCPOA), qui a été négocié entre Téhéran et les grandes puissances en 2015.

» En abrogeant l’engagement américain à cet accord, en violation flagrante du droit international, l’administration Trump s’est lancée dans une stratégie d’agression américaine et de changement de régime en Iran. Cela s’est traduit par l’escalade constante d’une campagne de “pression maximale” qui vise à affamer le peuple iranien et à le soumettre. En même temps, les États-Unis consolident leurs forces militaires dans le golfe Persique en vue d’une intervention armée.

» L’objectif déclaré de la campagne “pression maximale” est de ramener à zéro les exportations pétrolières de l’Iran, qui représentent la part la plus importante des recettes du pays. Selon la plupart des estimations, les pressions américaines ont réduit les exportations de pétrole brut iranien d'environ 80 pour cent.

» Trump s’est réjoui des effets des sanctions lors d’une conférence de presse de la Maison-Blanche mercredi. “Ils ont un gros problème”, a-t-il dit. “Ils se font tuer, financièrement. Leur inflation est à un niveau auquel peu de gens ont déjà vu l’inflation.”

» Les mesures prises par les États-Unis constituent un acte criminel de punition collective contre les 83 millions d’Iraniens. En plus de réduire les revenus d’exportation du pays, le régime de sanctions américain a également exclu l’Iran du système financier mondial dominé par les États-Unis. Cela entrave gravement la capacité du pays à importer des produits de première nécessité, notamment des denrées alimentaires et des médicaments qui sont techniquement exemptés du blocus américain.

» En conséquence, des enfants dans les services de cancérologie se voient refuser les médicaments nécessaires pour combattre la maladie et meurent en nombre croissant. Les médicaments importés qui sont disponibles sont rares et leur prix a grimpé en flèche. Les sanctions financières ont perturbé les chaînes d’approvisionnement de l’importante industrie pharmaceutique iranienne, réduisant encore la disponibilité des médicaments et condamnant beaucoup d’autres à une mort précoce. Parmi les travailleurs iraniens, ceux qui ne sont pas carrément tués par les sanctions sont de plus en plus plongés dans la pauvreté et la faim. Les coûts de la nourriture, du logement et des autres produits de première nécessité montent en flèche.

» Cependant, rien ne prouve que les sanctions aient déstabilisé le gouvernement iranien. Sa principale base, la classe dirigeante capitaliste iranienne, continue de récolter des profits. Toutefois, les masses de travailleurs font face à des conditions de plus en plus désespérées.

» Washington monte progressivement un siège militaire contre l’Iran. À la fin du mois dernier, elle a lancé sa prétendue initiative conjointe en matière de sécurité maritime dans le golfe Persique. Elle avait pour mission de surveiller les pétroliers et les navires marchands autour du détroit d’Ormuz. C’est par là que passe un tiers du pétrole maritime mondial. Les seuls pays qui participent aux opérations du Pentagone — et avec des déploiements minimes — sont le Royaume-Uni, l’Australie et Bahreïn.

» L’annonce de l’opération navale américaine a suivi de quelques jours une admission publique de Donald Trump. Ce dernier a avoué qu’il avait été à dix minutes de lancer des missiles sur des cibles iraniennes. Les attaques étaient censées être des représailles contre l’Iran qui avait abattu un drone-espion américain survolant son territoire. Trump a annulé l’assaut non pas, comme il l’a prétendu, par souci pour la vie des Iraniens. Au contraire, ses généraux l’avaient prévenu qu’une telle attaque provoquerait des représailles qui pourraient tuer un grand nombre de soldats américains et couler des navires de guerre américains dans le golfe Persique.

» Depuis lors, Washington n’a cessé de chercher un moyen d’intensifier ses efforts en vue d’un changement de régime en Iran. Mercredi, l’Administration Trump a dévoilé une nouvelle série de sanctions radicales visant à paralyser les exportations de pétrole de l’Iran. Affirmant que le réseau maritime utilisé pour échapper aux sanctions unilatérales de Washington est géré par la force iranienne des Gardes de la révolution islamique – la Force Quds, l’Administration a menacé de cibler toute “personne non américaine qui fournit sciemment des biens, services ou soutiens importants” aux expéditions de pétrole iranien par des sanctions punitives. “Le fait de ne pas en tenir compte […] emporte de graves conséquences”, a déclaré un responsable de l’Administration au Washington Post.

» Alors même que l’administration annonçait une prime de 15 millions de dollars pour toute personne fournissant des informations servant à perturber le réseau maritime, il a été révélé que l’envoyé spécial de l’Administration en Iran, Brian Hook, avait personnellement contacté le capitaine de l’Adrian Darya, le pétrolier iranien saisi le 4 juillet dernier par les Royal Marines britanniques au large de Gibraltar et détenu pendant presque six semaines avant sa libération.

» Hook a envoyé un courriel au capitaine, un ressortissant indien, s'identifiant comme “le représentant des États-Unis pour l'Iran” et offrant un pot-de-vin de plusieurs millions de dollars s'il se rendait dans un port où le navire pourrait être saisi par les forces américaines sous prétexte d'appliquer les sanctions extraterritoriales imposées par Washington.

»  “Avec cet argent, vous pouvez avoir la vie que vous voulez et être à l’aise dans la vieillesse”, a écrit Hook dans un courriel à Kumar. “Si vous choisissez de ne pas suivre cette voie facile, la vie sera beaucoup plus dure pour vous.” Le capitaine n’a pas choisi “la voie facile” et a été pris pour cible par le département du Trésor américain avec des sanctions individuelles.

» “Après avoir échoué dans la piraterie, les États-Unis ont recours au chantage pur et simple: livrez-nous le pétrole iranien et vous recevrez plusieurs millions de dollars ou vous allez susciter des sanctions contre vous-même”, a tweeté mercredi le ministre iranien des affaires étrangères Mohammad Javad Zarif.

» Ces méthodes ont toute la dignité d’un homme de main de la mafia. C’est une classe dirigeante criminelle qui les emploie. La classe dirigeante américaine s’engage dans des guerres d’agression interminables depuis trois décennies. Elle tente désespérément d’inverser par des moyens militaires le déclin de l’hégémonie mondiale de l’impérialisme américain.

» L’imprudence de la politique américaine à l’égard de l’Iran ne peut s’expliquer que par la profonde crise que traverse le capitalisme américain, tant à l’échelle nationale que mondiale. Trump lui-même oscille sauvagement entre les offres de négociations et les menaces de guerre totale.

» Au sommet du G7 le mois dernier, il a semblé accepter la proposition du président français Emmanuel Macron d’accorder une ligne de crédit de 15 milliards de dollars à l’Iran. Cela était censé convaincre l’Iran de continuer à respecter les termes du JCPOA. » L’Iran devait échanger une sévère réduction de son programme nucléaire contre une levée des sanctions qui ont été réimposées par Washington. L’invitation de Macron au ministre iranien des affaires étrangères, Zarif, à des pourparlers au sein du G7 était considérée comme une préparation aux négociations directes entre les États-Unis et l’Iran.

» Mercredi, toutefois, Washington a indiqué qu’il n’avait pas l’intention de permettre à la France de conclure l’accord. De surcroît, Trump a dit aux journalistes qu’il n’avait pas besoin de Macron pour parler à l’Iran. Les responsables de l’Administration qui se sont adressés aux médias ont rejeté le “programme français”, exposant les conflits aigus entre l’Europe et l’Amérique sur la question iranienne.

» La menace que l’escalade des tensions provoquée par la campagne “pression maximale” de l’impérialisme américain n’éclate en une guerre totale a été soulignée par un long article publié mercredi dans le New York Times sur la collaboration prolongée entre Washington et Israël concernant l’Iran.

» Citant des responsables américains et israéliens, l'article indique clairement que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, envisage activement le lancement d'une frappe militaire unilatérale contre les installations nucléaires iraniennes, une action qui recevrait le feu vert de la Maison Blanche de Trump. Face à une crise politique croissante et à la menace de poursuites pénales, Netanyahou a ordonné ces dernières semaines des frappes militaires israéliennes contre des cibles qui seraient liées à l'Iran en Syrie, en Irak et au Liban.

» L’article soulignait également le caractère bipartite de la longue campagne américaine pour un changement de régime en Iran. L’article affirme que Trump a hérité d’une arme déjà chargée: des plans militaires pour une frappe en Iran qui avaient été méticuleusement affinés pendant les années Obama. L’article du Times cite comment, sous l’Administration d’Obama, le Pentagone a construit une réplique grandeur nature de l’installation nucléaire iranienne de Fordow dans un désert du sud-ouest des États-Unis, la détruisant avec une bombe de 30.000 livres conçue par l’aviation américaine.

» Malgré les différences tactiques qui existent entre les Démocrates et l’Administration Trump, on peut dire qu’il n’existe aucune fraction au sein de l’establishment américain au pouvoir qui s’oppose aux préparatifs incessants pour une troisième guerre mondiale.

» Il existe une profonde hostilité populaire à la guerre — et une profonde méfiance à l’égard des mensonges du gouvernement et des médias corporatifs utilisés pour la promouvoir — qui ne trouve aucune expression dans le système politique existant. La résurgence de la lutte de classe, tant aux États-Unis qu’à l’échelle internationale, fournit cependant les bases de l’émergence d’un mouvement de masse contre la guerre fondé sur la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière dans la lutte pour le socialisme. »

Bill Van Auken, WSWS.org

  • 8 septembre 2019 à 00:00

Notes avec Bolton ou sans Bolton

Par info@dedefensa.org

Notes avec Bolton ou sans Bolton

8 septembre 2019 – Où en est-on avec Bolton ? De nombreuses sources US, y compris dans la presseSystème, parlent depuis des semaines de désaccords entre Trump et Bolton qui, dit-on désormais, ne se seraient « “jamais appréciés personnellement”, entre lesquels il n’y aurait jamais eu l’espèce d’“entente instinctive” que le président estime importante ». On a précisé ces derniers jours que Bolton n’appréciait guère les négociations de paix entre les USA et les talibans, jusqu’à cette révélation sensationnelle par tweets et Trump associés qu’un entretien secret était prévu ce dimanche à Camp David, entre Trump, le président afghan et un dirigeant taliban, mais pour préciser aussitôt, – dans le même tweet, que cet entretien était décommandé. La raison (officielle) de l’annulation de la chose serait la faible représentativité du dirigeant taliban, mais une autre interprétation est que l’opposition des milieux conservateurs conduits par Bolton en serait la véritable raison.

Bolton est une véritable peste belliciste, bien dans la lignée de cette sorte de personnages qui, tout au long de l’histoire des USA, ont plaidé et agi pour nombre de massacres, des présidents Jackson et Teddy Roosevelt à des militaires tel que le Général Curtiss LeMay. John Wight, qui trace cet historique, juge que la probable disgrâce de Bolton et son éventuel départ seraient une grande cause de soulagement pour le reste du monde. Pour autant, on observera qu’on n’en sait guère plus sur son sort exact.

Brièvement dit et dit autrement, on jugera que c’est surtout la confusion et une sorte d’incertitude fluide bien dans la manière de Trump qui, aujourd’hui, caractérisent la position et l’influence de John Bolton au cœur de l’équipe de sécurité nationale du président. Outre l’Afghanistan, la crise iranienne a renforcé cette impression. C’est Pompeo qu’on a vu surtout à l’œuvre ces deux-trois dernières semaines, et fort peu Bolton dont c’est pourtant pourrait-on dire, “la crise favorite”, tant sa vindicte et sa fureur anti-iraniennes sont évidentes...

Ayant dit cela, qui n’est pas faux, on est obligé par une actualité “sauvage” d’ajouter un bémol, qui est justement une manifestation de Bolton toute récente (le 7 septembre) dans l’affaire du pétrolier iranien, un des fleurons américanistes de cette crise et de Bolton lui-même : son affirmation qu’il tient, lui Bolton, la preuve indubitable que le pétrolier est tout proche des côtes syriennes, signant ainsi la culpabilité indubitable de l’Iran par le “mensonge”. Dans cette affaire tordue et grotesque, où les USA tiennent dans leur tourbillon de mensonges et de narrativele rôle des capi du crime organisé, la “preuve indubitable” est comme d’habitude une photo satellite où n’importe qui peut voir ce qui lui importe, et où une chatte se tromperait complètement dans le décompte de ses petits. Bolton affectionne cette sorte d’interventions et cette sorte de “preuve indubitable”.

... Au reste, cela importe-t-il vraiment de savoir si Bolton est là ou n’est pas là, dans sa position d’influence et de soi-disant acteur central ? Le titre de l’article de Wight, – « La mise à l’écart de John Bolton par Trump permet au reste du monde de respirer plus librement », – ce titre sur le “soulagement du monde” du fait d’une éventuelle élimination de Bolton est-il justifié ? Poser la question, certes, c’est y répondre...

“Sauvagerie” de la “politique” US

Ci-dessous, nous terminerons cette analyse par un texte détaillé de WSWS.orgsur les derniers développements de la crise iranienne, du côté américaniste où l’on s’agite beaucoup depuis des semaines et des années, sinon des décennies. Comme d’habitude avec WSWS.org, ce texte est détaillé, bien documenté avec de bonnes citations de l’hypocrisie de la presseSystème, et il met ainsi en évidence, on s’en doute, la fourberie, la vindicte, en un mot la “sauvagerie” de la politique américaniste. (“Sauvagerie” est un terme très adéquat, implicite dans l’analyse de WSWS.org : « Trump lui-même oscille sauvagement entre les offres de négociations et les menaces de guerre totale. »)

Il nous semble qu’il faut le lire, moins pour les informations qu’il nous apporte et qui sont intéressantes mais en général connues, que pour sa façon peut-être involontaire de décrire in vivo une sorte d’archétype de la “politique” de sécurité des États-Unis. On y retrouve la plupart des facteurs constitutifs de cette “politique” qui accepterait aisément la qualification de “non-politique”, – tout à fait avantageuse, cette “politique”/“non-politique”, parce qu’elle évite à coups de bombes et de $millions c’est selon les nuances et les délicatesses épuisantes de la diplomatie.. Bref, voici quelques-uns de ces facteurs :

• L’alignement constant des politiques américaniste et israélienne. On sait qu’il s’agit là d’une remarque critique fondamentale de la plupart des commentateurs dissidents, fondée sur l’idée d’une soumission complète des USA aux axes fondamentaux de la politique israélienne. Nous prendrions la chose d’une façon différente, selon notre habitude d’écarter les hypothèses de la maîtrise humaine des événements (ici, la manipulation des USA par Israël), au profit d’un automatisme général d’obéissance de ces deux acteurs au diktat de ce que nous nommons depuis des années “politiqueSystème, – cette chose ayant été identifiée pour notre compte autour de 2009-2010, lorsqu’il apparut que la politique d’Obama ne différerait pas de la politique de GW Bush, sinon par des artifices cosmétiques qui permettraient de ripoliner l’image vertueuse d’Obama auprès de ses divers fans et groupies libéraux-progressistes. Ainsi Trump lui-même se place-t-il à cet égard, avec un peu plus de brusquerie et de “sauvagerie”, dans les traces de ses prédécesseurs, soigneusement peintes d'une très vive couleur par la politiqueSystème.

• L’unilatéralisme constant de la “politique” US, absolument sans le moindre souci de coopération ni de respect de certaines règles internationales. Les “alliés” européens des USA, notamment, subissent régulièrement les effets de ce comportement avec d’autant plus de brutalité qu’il s’agit de Trump, qui ne s’embarrasse d’aucune précaution à cet égard. (Macron a pu s’en apercevoir à l’occasion des contrastes et contradictions observés entre le G7 et les suites du G7, notamment et justement pour ce qui concerne l’Iran.)

• Le comportement totalement semblable à celui du crime organisé, – les capi deCosa Nostra, – avec utilisation du chantage, de la corruption directe et affichée, de l’absence complète de scrupule dans les actes les plus grossiers. Ce comportement découle évidemment du précédent et s’affiche avec “sauvagerie” du fait toujours de l’état d’esprit de l’équipe Trump, des psychologies aussi bien de Trump que des pieds-nickelés du type Bolton-Pompeo. 

• L’ensemble de cette “politique” est animée, du fait de Trump lui-même et de sa formation fondamentale de businessman américaniste nous la jouant sur l’air de The Art of the Deal, avec l’utilisation massive de “mensonges” constants et dans tous les sens. Cela est fait avec une telle maestria, un tel affichage et un tel sans-gêne, que le mot “mensonge” mérite effectivement des guillemets parce que l’on est conduit à constater que ce que nous jugeons d’habitude comme un mensonge n’en est plus un. Il s’agit de simples automatismes sémantiques figurant comme des éléments d’une mécanique générale n’engageant strictement aucune responsabilité ni référence par rapport à ces choses nommées “réalité”, “vérité”, “parole donnée”, “respect” de toutes sortes de conventions imaginées comme étant communes à tous, etc. A cet égard et dans la production de son action dans quelque sens que ce soit (disons pro-Système ou antiSystème pour faire court), Trump est véritablement un “sauvage” qui, du fait de son éducation, de sa pratique et de son caractère, a poussé à son sommet The Art of the Savagery.

L’oeuvre zombificatrice de la politiqueSystème

On observera une fois de plus, car c’est bien l’élément central du propos, que toute cette fantastique agitation, essentiellement faite de communication bien entendu et comme il se doit, donne un résultat proche du néant et un effet général, aussi bien central que collatéral, du plus complet désordre possible. A cet égard, la politiqueSystème vaut, aussi bien pour Israël que pour les USA, comme une complète néantisation du concept de politique. Ce n’est pas une surprise pour la politiqueSystème et réduit d’autant les acteurs à leur rôle d’“outils utiles” de cette politique ; les acteurs, c’est-à-dire Israël et les USA dans ce cas, le nihilisme total et brutal de la politique israélienne de Netanyahou étant le meilleur argument pour expliquer son influence sur les USA, bien plus que les diverses entreprises humaines dont on habille cette situation.

Pour tenter de hausser le propos, nous rappellerons ici, extrait (conclusion) de notre Glossaire.dde sur ce sujet, à quoi correspond, selon nous, du point de vue que nous voudrions métahistorique, cette notion de politiqueSystème. Il s’agit nécessairement d’une notion, et aussi d’un concept, qui se trouve dans le domaine extrahumain et qui, dans le temps-courant de notre “étrange époque”, influence massivement sinon exclusivement toutes les entreprises humaines du domaine, grâce évidemment à la surpuissance du système de la communication que nous qualifierions dans ce cas du néologisme aisément compréhensible et justifié de “zombificatrice” (influence zombificatrice du système de la communication, – pour ce cas) :

« La politique-Système ne peut être comprise par conséquent que par rapport au Système dans la mesure extrêmement stricte et précise où l’on envisage celui-ci comme la création du “déchaînement de la Matière”, pour sa propre opérationnalité. On se trouve alors devant un projet, cette politiqueSystème, dont le but se confond avec ce “déchaînement”, et qui se traduit par la recherche d’une entropisation totalitaire du monde, c’est-à-dire la destruction de toutes les structures de façon à permettre l’accélération de la dissolution jusqu’à l’état d’entropisation, jusqu’à attaquer ses propres structures puisqu’elles sont les seules à subsister intactes. En toute logique, la politiqueSystème qui est aujourd’hui en pleine opérationnalisation explosive du passage vers l’autodestruction doit illustrer, peut-être précéder plus que suivre, le destin métahistorique fondamental du Système lui-même, c’est-à-dire avec cette opérationnalisation atteignant l’extrême de sa superpuissance et, en même temps, se transmutant dans une dynamique d’autodestruction. Les signes événementiels de ce destin dans le cadre où nous évoluons sont désormais évidents sinon décisifs, comme on l’a vu plus haut avec la crise USA-2016 qui doit se poursuivre sous diverses formes exotiques, notamment avec des effets psychologiques extraordinaires (voir le diagnostic “leurs têtes vont exploser” emprunté à Charles Krauthammer). »

... Mais revenons sur terre, si jamais nous l’avons quittée... Il s’agit donc d’une description de l’état de la “politique” iranienne des USA, de Washington D.C./“D.C.-la-folle”, disons après les prolongements divers de ces deux ou trois dernières semaines. (Il faut toujours avoir à l’esprit que les USA poursuivent cette politique d’agression et de regime change contre l’Iran depuis 1979, et, dans un souffle renouvelé depuis 9/11, selon une vision quasiment mystique de leur Mission définie en 2005 [voir le discours-Dostoïevski de GW Bush de janvier 2005], avec des menaces d’attaque reconduites et réactualisées de période en période. On appréciera les résultats.)

Bref, et pour répondre à la question posée plus haut (“...ce titre sur le “soulagement du monde” du fait d’une éventuelle élimination de Bolton est-il justifié ? Poser la question, certes, c’est y répondre...”) : “Avec ou sans Bolton”, qu’importe puisque “plus ça change plus c’est la même chose”...

Le texte ci-dessous a paru sur le site WSWS.org ce 7 septembre (sous le titre : « Washington intensifie sa campagne de “pression maximum” contre l’Iran »). Si on le lit avec l’état d’esprit recommandé, on sent effectivement cette sensation de vide et de rien, – non pas du “hors-sol”,  comme l’on dit si élégamment sur les plateaux des talk-showssimplement parce qu’il n’y a plus de sol depuis longtemps. Nous évoluons dans une sorte de gaz incertain, parcouru de “bruits et de fureurs”, et qui signifie bien quelque chose : l’épuisement total des forces dominantes, essentiellement des USA, sans que rien ne puisse les remplacer dans l’état actuel parce que leur pouvoir négatif (nuisance, désordre, néant-rien) reste prépondérant... Il apparaît de plus en plus probable que ce que nous attendons viendra de l’intérieur des USA, et ce sera la cause ou la conséquence de “l’événement providentiel”.

________________________

 

 

“Pression maximum” contre l’Iran

« Cela fait maintenant un peu plus d’un an que Washington a réimposé des sanctions économiques contre l’Iran qui équivalent à un état de guerre. Les mesures punitives avaient été précédemment levées avec la signature de l’accord nucléaire iranien, officiellement connu sous le nom de Plan d’action global conjoint (JCPOA), qui a été négocié entre Téhéran et les grandes puissances en 2015.

» En abrogeant l’engagement américain à cet accord, en violation flagrante du droit international, l’administration Trump s’est lancée dans une stratégie d’agression américaine et de changement de régime en Iran. Cela s’est traduit par l’escalade constante d’une campagne de “pression maximale” qui vise à affamer le peuple iranien et à le soumettre. En même temps, les États-Unis consolident leurs forces militaires dans le golfe Persique en vue d’une intervention armée.

» L’objectif déclaré de la campagne “pression maximale” est de ramener à zéro les exportations pétrolières de l’Iran, qui représentent la part la plus importante des recettes du pays. Selon la plupart des estimations, les pressions américaines ont réduit les exportations de pétrole brut iranien d'environ 80 pour cent.

» Trump s’est réjoui des effets des sanctions lors d’une conférence de presse de la Maison-Blanche mercredi. “Ils ont un gros problème”, a-t-il dit. “Ils se font tuer, financièrement. Leur inflation est à un niveau auquel peu de gens ont déjà vu l’inflation.”

» Les mesures prises par les États-Unis constituent un acte criminel de punition collective contre les 83 millions d’Iraniens. En plus de réduire les revenus d’exportation du pays, le régime de sanctions américain a également exclu l’Iran du système financier mondial dominé par les États-Unis. Cela entrave gravement la capacité du pays à importer des produits de première nécessité, notamment des denrées alimentaires et des médicaments qui sont techniquement exemptés du blocus américain.

» En conséquence, des enfants dans les services de cancérologie se voient refuser les médicaments nécessaires pour combattre la maladie et meurent en nombre croissant. Les médicaments importés qui sont disponibles sont rares et leur prix a grimpé en flèche. Les sanctions financières ont perturbé les chaînes d’approvisionnement de l’importante industrie pharmaceutique iranienne, réduisant encore la disponibilité des médicaments et condamnant beaucoup d’autres à une mort précoce. Parmi les travailleurs iraniens, ceux qui ne sont pas carrément tués par les sanctions sont de plus en plus plongés dans la pauvreté et la faim. Les coûts de la nourriture, du logement et des autres produits de première nécessité montent en flèche.

» Cependant, rien ne prouve que les sanctions aient déstabilisé le gouvernement iranien. Sa principale base, la classe dirigeante capitaliste iranienne, continue de récolter des profits. Toutefois, les masses de travailleurs font face à des conditions de plus en plus désespérées.

» Washington monte progressivement un siège militaire contre l’Iran. À la fin du mois dernier, elle a lancé sa prétendue initiative conjointe en matière de sécurité maritime dans le golfe Persique. Elle avait pour mission de surveiller les pétroliers et les navires marchands autour du détroit d’Ormuz. C’est par là que passe un tiers du pétrole maritime mondial. Les seuls pays qui participent aux opérations du Pentagone — et avec des déploiements minimes — sont le Royaume-Uni, l’Australie et Bahreïn.

» L’annonce de l’opération navale américaine a suivi de quelques jours une admission publique de Donald Trump. Ce dernier a avoué qu’il avait été à dix minutes de lancer des missiles sur des cibles iraniennes. Les attaques étaient censées être des représailles contre l’Iran qui avait abattu un drone-espion américain survolant son territoire. Trump a annulé l’assaut non pas, comme il l’a prétendu, par souci pour la vie des Iraniens. Au contraire, ses généraux l’avaient prévenu qu’une telle attaque provoquerait des représailles qui pourraient tuer un grand nombre de soldats américains et couler des navires de guerre américains dans le golfe Persique.

» Depuis lors, Washington n’a cessé de chercher un moyen d’intensifier ses efforts en vue d’un changement de régime en Iran. Mercredi, l’Administration Trump a dévoilé une nouvelle série de sanctions radicales visant à paralyser les exportations de pétrole de l’Iran. Affirmant que le réseau maritime utilisé pour échapper aux sanctions unilatérales de Washington est géré par la force iranienne des Gardes de la révolution islamique – la Force Quds, l’Administration a menacé de cibler toute “personne non américaine qui fournit sciemment des biens, services ou soutiens importants” aux expéditions de pétrole iranien par des sanctions punitives. “Le fait de ne pas en tenir compte […] emporte de graves conséquences”, a déclaré un responsable de l’Administration au Washington Post.

» Alors même que l’administration annonçait une prime de 15 millions de dollars pour toute personne fournissant des informations servant à perturber le réseau maritime, il a été révélé que l’envoyé spécial de l’Administration en Iran, Brian Hook, avait personnellement contacté le capitaine de l’Adrian Darya, le pétrolier iranien saisi le 4 juillet dernier par les Royal Marines britanniques au large de Gibraltar et détenu pendant presque six semaines avant sa libération.

» Hook a envoyé un courriel au capitaine, un ressortissant indien, s'identifiant comme “le représentant des États-Unis pour l'Iran” et offrant un pot-de-vin de plusieurs millions de dollars s'il se rendait dans un port où le navire pourrait être saisi par les forces américaines sous prétexte d'appliquer les sanctions extraterritoriales imposées par Washington.

»  “Avec cet argent, vous pouvez avoir la vie que vous voulez et être à l’aise dans la vieillesse”, a écrit Hook dans un courriel à Kumar. “Si vous choisissez de ne pas suivre cette voie facile, la vie sera beaucoup plus dure pour vous.” Le capitaine n’a pas choisi “la voie facile” et a été pris pour cible par le département du Trésor américain avec des sanctions individuelles.

» “Après avoir échoué dans la piraterie, les États-Unis ont recours au chantage pur et simple: livrez-nous le pétrole iranien et vous recevrez plusieurs millions de dollars ou vous allez susciter des sanctions contre vous-même”, a tweeté mercredi le ministre iranien des affaires étrangères Mohammad Javad Zarif.

» Ces méthodes ont toute la dignité d’un homme de main de la mafia. C’est une classe dirigeante criminelle qui les emploie. La classe dirigeante américaine s’engage dans des guerres d’agression interminables depuis trois décennies. Elle tente désespérément d’inverser par des moyens militaires le déclin de l’hégémonie mondiale de l’impérialisme américain.

» L’imprudence de la politique américaine à l’égard de l’Iran ne peut s’expliquer que par la profonde crise que traverse le capitalisme américain, tant à l’échelle nationale que mondiale. Trump lui-même oscille sauvagement entre les offres de négociations et les menaces de guerre totale.

» Au sommet du G7 le mois dernier, il a semblé accepter la proposition du président français Emmanuel Macron d’accorder une ligne de crédit de 15 milliards de dollars à l’Iran. Cela était censé convaincre l’Iran de continuer à respecter les termes du JCPOA. » L’Iran devait échanger une sévère réduction de son programme nucléaire contre une levée des sanctions qui ont été réimposées par Washington. L’invitation de Macron au ministre iranien des affaires étrangères, Zarif, à des pourparlers au sein du G7 était considérée comme une préparation aux négociations directes entre les États-Unis et l’Iran.

» Mercredi, toutefois, Washington a indiqué qu’il n’avait pas l’intention de permettre à la France de conclure l’accord. De surcroît, Trump a dit aux journalistes qu’il n’avait pas besoin de Macron pour parler à l’Iran. Les responsables de l’Administration qui se sont adressés aux médias ont rejeté le “programme français”, exposant les conflits aigus entre l’Europe et l’Amérique sur la question iranienne.

» La menace que l’escalade des tensions provoquée par la campagne “pression maximale” de l’impérialisme américain n’éclate en une guerre totale a été soulignée par un long article publié mercredi dans le New York Times sur la collaboration prolongée entre Washington et Israël concernant l’Iran.

» Citant des responsables américains et israéliens, l'article indique clairement que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, envisage activement le lancement d'une frappe militaire unilatérale contre les installations nucléaires iraniennes, une action qui recevrait le feu vert de la Maison Blanche de Trump. Face à une crise politique croissante et à la menace de poursuites pénales, Netanyahou a ordonné ces dernières semaines des frappes militaires israéliennes contre des cibles qui seraient liées à l'Iran en Syrie, en Irak et au Liban.

» L’article soulignait également le caractère bipartite de la longue campagne américaine pour un changement de régime en Iran. L’article affirme que Trump a hérité d’une arme déjà chargée: des plans militaires pour une frappe en Iran qui avaient été méticuleusement affinés pendant les années Obama. L’article du Times cite comment, sous l’Administration d’Obama, le Pentagone a construit une réplique grandeur nature de l’installation nucléaire iranienne de Fordow dans un désert du sud-ouest des États-Unis, la détruisant avec une bombe de 30.000 livres conçue par l’aviation américaine.

» Malgré les différences tactiques qui existent entre les Démocrates et l’Administration Trump, on peut dire qu’il n’existe aucune fraction au sein de l’establishment américain au pouvoir qui s’oppose aux préparatifs incessants pour une troisième guerre mondiale.

» Il existe une profonde hostilité populaire à la guerre — et une profonde méfiance à l’égard des mensonges du gouvernement et des médias corporatifs utilisés pour la promouvoir — qui ne trouve aucune expression dans le système politique existant. La résurgence de la lutte de classe, tant aux États-Unis qu’à l’échelle internationale, fournit cependant les bases de l’émergence d’un mouvement de masse contre la guerre fondé sur la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière dans la lutte pour le socialisme. »

Bill Van Auken, WSWS.org

  • 8 septembre 2019 à 00:00

Lévi-Strauss et la civilisation cannibale

Par info@dedefensa.org

Lévi-Strauss et la civilisation cannibale

Les voyages, la mondialisation, la civilisation, la science, le progrès ? Voici ce que cet élégant marginal écrivait au début de ses fameux et si peu lus tropiques :

« Est-ce alors que j’ai, pour la première fois, compris ce qu’en d’autres régions du monde, d’aussi démoralisantes circonstances m’ont définitivement enseigné ? Voyages, coffrets magiques aux promesses rêveuses, vous ne livrerez plus vos trésors intacts. Une civilisation proliférante et surexcitée trouble à jamais le silence des mers. Les parfums des tropiques et la fraîcheur des êtres sont viciés par une fermentation aux relents suspects, qui mortifie nos désirs et nous voue à cueillir des souvenirs à demi corrompus. »

Le progrès ronge et dévore ce monde depuis longtemps – et l’immobilise. A l’heure où Chine et Usa s’affrontent partout dans la zone indopacifique comme on dit, on relira ces lignes écrites il y a trois quarts de siècle :

« Aujourd’hui où des îles polynésiennes noyées de béton sont transformées en porte-avions pesamment ancrés au fond des mers du Sud, où l’Asie tout entière prend le visage d’une zone maladive, où les bidonvilles rongent l’Afrique, où l’aviation commerciale et militaire flétrit la candeur de la forêt américaine ou mélanésienne avant même d’en pouvoir détruire la virginité, comment la prétendue évasion du voyage pourrait-elle réussir autre chose que nous confronter aux formes les plus malheureuses de notre existence historique ? »

S’ensuite une définition plus acerbe encore :

« Cette grande civilisation occidentale, créatrice des merveilles dont nous jouissons, elle n’a certes pas réussi à les produire sans contrepartie. Comme son œuvre la plus fameuse, pile où s’élaborent des architectures d’une complexité inconnue, l’ordre et l’harmonie de l'Occident exigent l’élimination d’une masse prodigieuse de sous-produits maléfiques dont la terre est aujourd’hui infectée. Ce que d’abord vous nous montrez, voyages, c’est notre ordure lancée au visage de l’humanité. »

Alors on se console ; c’est que notre civilisation est une solide et durable catastrophe : 

« Je comprends alors la passion, la folie, la duperie des récits de voyage. Ils apportent l’illusion de ce qui n’existe plus et qui devrait être encore, pour que nous échappions à l’accablante évidence que vingt mille ans d’histoire sont joués. Il n’y a plus rien à faire : la civilisation n’est plus cette fleur fragile qu'on préservait, qu'on développait à grand-peine dans quelques coins abrités d’un terroir riche en espèces rustiques, menaçantes sans doute par leur vivacité, mais qui permettaient aussi de varier et de revigorer les semis. »

Notre érudit voyageur ajoute :

« L’humanité s’installe dans la monoculture ; elle s’apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat.

On risquait jadis sa vie dans les Indes ou aux Amériques pour rapporter des biens qui nous paraissent aujourd’hui dérisoires : bois de braise (d’où Brésil) : teinture rouge, ou poivre dont, au temps d’Henri IV, on avait à ce point la folie que la Cour en mettait dans des bonbonnières des grains à croquer. Ces secousses visuelles ou olfactives, cette joyeuse chaleur pour les yeux, cette brûlure exquise pour la langue ajoutaient un nouveau registre au clavier sensoriel d’une civilisation qui ne s’était pas doutée de sa fadeur. »

Voici à quoi servent les voyages et les photos alors :

« Dirons-nous alors que, par un double renversement, nos modernes Marco Polo rapportent de ces mêmes terres, cette fois sous forme de photographies, de livres et de récits, les épices morales dont notre société éprouve un besoin plus aigu en se sentant sombrer dans l’ennui ?

Un autre parallèle me semble plus significatif. Car ces modernes assaisonnements sont, qu’on le veuille ou non, falsifiés. »

Le blanc transforme le sauvage en misérable déraciné - revoyez les statues meurent aussi de Resnais - avant de devenir lui-même ce white trash, ce misérable déraciné. Et après il pleurniche, débloque et veut se faire pardonner à tout prix…

Mais je m’oublie. Lévi-Strauss :

« J’ouvre ces récits d’explorateurs : telle tribu, qu’on me décrit comme sauvage et conservant jusqu’à l’époque actuelle les mœurs de je ne sais quelle humanité primitive caricaturée en quelques légers chapitres, j’ai passé des semaines de ma vie d’étudiant à annoter les ouvrages que, voici cinquante ans, parfois même tout récemment, des hommes de science ont consacrés à son étude, avant que le contact avec les blancs et les épidémies subséquentes ne l’aient réduite à une poignée de misérables déracinés. »

C’est que le voyage, qui de nos jours forme plus la vieillesse que la jeunesse, est valorisant. On va chercher du primitif, c’est plus classe :

« Car ces primitifs à qui il suffit de rendre visite pour en revenir sanctifié, ces cimes glacées, ces grottes et ces forêts profondes, temples de hautes et profitables révélations, ce sont, à des titres divers, les ennemis d’une société qui se joue à elle-même la comédie de les anoblir au moment où elle achève de les supprimer, mais qui n’éprouvait pour eux qu’effroi et dégoût quand ils étaient des adversaires véritables. Pauvre gibier pris aux pièges de la civilisation mécanique, sauvages de la forêt amazonienne, tendres et impuissantes victimes, je peux me résigner à comprendre le destin qui vous anéantit, mais non point être dupe de cette sorcellerie plus chétive que la vôtre, qui brandit devant un public avide des albums en kodachrome remplaçant vos masques détruits. Croit-il par leur intermédiaire réussir à s’approprier vos charmes ? Non satisfait encore ni même conscient de vous abolir, il lui faut rassasier fiévreusement de vos ombres le cannibalisme nostalgique d’une histoire à laquelle vous avez déjà succombé. »

Ah oui, le cannibalisme culturel… Notre grand seigneur ajoute :

« Qu’est-ce que Lahore ? Un terrain d’aviation dans une banlieue imprécise ; d’interminables avenues plantées d’arbres, bordées de villas ; dans un enclos, un hôtel, évocateur de quelque haras normand, aligne plusieurs bâtiments tous pareils, dont les portes de plain-pied et juxtaposées comme autant de petites écuries donnent accès à des appartements identiques : salon par-devant, cabinet de toilette par-derrière, chambre à coucher au milieu. Un kilomètre d’avenue conduit à une place de sous-préfecture d’où partent d’autres avenues bordées de rares boutiques : pharmacien, photographe, libraire, horloger. Prisonnier de cette vastité insignifiante, mon but me paraît déjà hors de portée. Où est-il, ce vieux, ce vrai Lahore ? »

C’est Debord qui insiste sur le mot-clé de cette époque entropique : falsification. Comme disait William Engdahl dans le Saker, on exigede l’homme et du bétail transgéniques.

Empreint de sagesse biblique (l’ecclésiaste, les proverbes), Lévi-Strauss se demande à quelle époque il aurait fallu vivre. C’est la question de beaucoup d’insatisfaites vies, et sa réponse n’est guère rassurante :

« Alors, insidieusement, l’illusion commence à tisser ses pièges. Je voudrais avoir vécu au temps des vrais voyages, quand s’offrait dans toute sa splendeur un spectacle non encore gâché, contaminé et maudit ; n'avoir pas franchi cette enceinte moi-même, mais comme Bernier, Tavernier, Manucci... Une fois entamé, le jeu de conjectures n'a plus de fin. Quand fallait-il voir l’Inde, à quelle époque l’étude des sauvages brésiliens pouvait-elle apporter la satisfaction la plus pure, les faire connaître sous la forme la moins altérée ? Eût-il mieux valu arriver à Rio au XVIIIe siècle avec Bougainville, ou au XVIe avec Léry et Thevet ? Chaque lustre en arrière me permet de sauver une coutume, de gagner une fête, de partager une croyance supplémentaire. »

Le bon vieux temps ? Quel bon vieux temps ?

Guénon nous avait quitté nos illusions en dénonçant le siècle à perruques dans la crise du monde moderne. Et Lévi-Strauss remarque l’inconfortable de sa position :

« Mais je connais trop les textes pour ne pas savoir qu’en m’enlevant un siècle, je renonce du même coup à des informations et à des curiosités propres à enrichir ma réflexion. Et voici, devant moi, le cercle infranchissable : moins les cultures humaines étaient en mesure de communiquer entre elles et donc de se corrompre par leur contact, moins aussi leurs émissaires respectifs étaient capables de percevoir la richesse et la signification de cette diversité. En fin de compte, je suis prisonnier d’une alternative : tantôt voyageur ancien, confronté à un prodigieux spectacle dont tout ou presque lui échappait - pire encore inspirait raillerie et dégoût ; tantôt voyageur moderne, courant après les vestiges d’une réalité disparue. »

Et d’ironiser sur les romantiques du futur :

« Dans quelques centaines d’années, en ce même lieu, un autre voyageur, aussi désespéré que moi, pleurera la disparition de ce que j’aurais pu voir et qui m’a échappé. Victime d’une double infirmité, tout ce que j’aperçois me blesse, et je me reproche sans relâche de ne pas regarder assez. »

Enfin, notre savant ne rate jamais une pointe contre les américains qui le persécutent administrativement du reste à Porto-Rico. Il ironique encore sur cette « civilisation » :

« À Porto Rico, j’ai donc pris contact avec les Etats-Unis ; pour la première fois, j’ai respiré le vernis tiède et lewintergreen(autrement nommé thé du Canada), pôles olfactifs entre lesquels s’échelonne la gamme du confort américain : de l'automobile aux toilettes en passant par le poste de radio, la confiserie et la pâte dentifrice ; et j’ai cherché à déchiffrer, derrière le masque du fard, les pensées des demoiselles des drugstores en robe mauve et à chevelure acajou. »

C’est que ces grands démocrates sont des méfiants :

« …ensuite et surtout les soupçons que j’avais prêtés à la police martiniquaise relativement à mes documents ethnographiques, et dont je m’étais si judicieusement protégé, la police américaine les partageait au plus haut point. Car, après avoir été traité de judéo-maçon à la solde des Américains à Fort-de-France, j’avais la compensation plutôt amère de constater que, du point de vue des U.S.A., il y avait toute chance pour que je fusse un émissaire de Vichy, sinon même des Allemands. »

Une autre pique, et pas des moindres, sur nos sacrés missionnaires américains :

« J’ai connu beaucoup de missionnaires et j’ai apprécié la valeur humaine et scientifique de plusieurs. Mais les missions protestantes américaines qui cherchaient à pénétrer dans le Mato Grosso central autour de 1930 appartenaient à une espèce particulière : leurs membres provenaient de familles paysannes du Nebraska ou des Dakota, où les adolescents étaient élevés dans une croyance littérale à l’Enfer et aux chaudrons d’huile bouillante.

Certains se faisaient missionnaires comme on contracte une assurance. Ainsi tranquillisés sur leur salut, ils pensaient n’avoir rien d’autre à faire pour le mériter ; dans l’exercice de leur profession, ils témoignaient d’une dureté et d'une inhumanité révoltantes. »

 

Source

Claude Lévi-Strauss – Tristes tropiques, pp. 27-37, p. 341

  • 7 septembre 2019 à 00:00

L'événement providentiel

Par info@dedefensa.org

L'événement providentiel

6 septembre 2019 – Il est intéressant de rapprocher plusieurs événements disons des dernières 48 heures, et bien entendu des événements de communication puisque c’est cette force qui aujourd’hui oriente et dynamise les relations internationales. Ces événements sont chacun très inhabituels et très originaux, et ils n’ont pas nécessairement de liens politiques : chacun pourrait être traité et analysé en lui-même, éventuellement dénoncé selon le cortège habituel de FakeNews et de FalseFlags, sans autre référence, dans le but de retrouver une “réalité” qui se déclinerait de toutes les façons en plusieurs versions aussi “satisfaisantes” les unes que les autres, aussi bien du côté du Système que du côté des nombreuses étiquettes “anti-systèmes”. (Pour ces derniers, aucun rapport avec notre antiSystème.) De ce point de vue, sans aucun doute “règne la quantité

Nous choisissons une autre approche qui est de les rassembler pour tenter de leur trouver une unité qui les rassemble.

• Il y a d’abord la stimulante polémique sur les tentatives d’“achat” du département d’Etat des Etats-Unis, soit tentative d’“achat” d’un capitaine de pétrolier iranien, soit peut-être bien tentative d’“achat” d’un ministre iranien des affaires étrangères. Quelques remarques détaillées à ce propos :

« Venant confirmer des informations du Financial Times, le département d'Etat américain a confié avoir tenté d'offrir plusieurs millions de dollars au capitaine indien de l'Adrian Darya 1 afin de saisir le pétrolier iranien. En vain.
» Les États-Unis ont offert directement plusieurs millions de dollars au capitaine d'un navire iranien accusé de transporter du pétrole vers la Syrie pour tenter de saisir le tanker, a confirmé le département d'Etat américain le 4 septembre à l'AFP. Cette méthode peu orthodoxe a été dévoilée par le quotidien britannique Financial Times : l'émissaire de la diplomatie américaine pour l'Iran, Brian Hook, a personnellement envoyé des emails au capitaine indien du Adrian Darya 1 (auparavant nommé Grace 1) pour lui proposer l'argent.
» “Je suis Brian Hook [...] je travaille pour le secrétaire d'Etat Mike Pompeo en tant que représentant des États-Unis pour l'Iran”, a-t-il écrit à Akhilesh Kumar le 26 août. “Je suis porteur de bonnes nouvelles”, a-t-il ajouté. En l'occurrence, une récompense s'il acceptait d'acheminer le navire, relâché onze jours plus tôt par Gibraltar qui l'avait un temps saisi, vers un pays qui pourrait l'arraisonner pour le compte de Washington.
» Quatre jours plus tard, visiblement sans réponse positive, le Trésor américain sanctionnait le capitaine. “Ces détails sont exacts”, a confié à l'AFP un responsable du département d'Etat. “Nous sommes entrés en contact avec plusieurs capitaines de navires et avec des compagnies de transport maritime pour les sensibiliser aux conséquences de tout soutien à une organisation terroriste étrangère”, a-t-il ajouté, sous couvert d'anonymat.
» Washington estime que le pétrole était destiné à la Syrie, et que sa vente, interdite par les Etats-Unis, devait servir à financer la Force al-Qods, branche chargée des opérations extérieurs du corps d'élite de l'armée iranienne, les Gardiens de la révolution, et inscrite sur la liste noire américaine des organisations terroristes depuis le mois d'avril dernier.
» Alors que la méthode pourrait être critiquée, Brian Hook a opportunément annoncé le 4 septembre que le département d'Etat offrirait dorénavant de manière officielle des récompenses pouvant atteindre 15 millions de dollars à toute personne qui fournirait des informations susceptibles d'aider à viser “les opérations financières des Gardiens de la révolution et de leur Force al-Qods”. “Cela inclut des informations qui permettent de viser des navires comme l'Adrian Darya”, a-t-il insisté.
» Selon lui, le navire “semble se diriger” vers la Syrie alors que le gouvernement iranien s'était engagé – pour obtenir sa libération par les autorités de Gibraltar – à ne pas livrer son pétrole à Damas. “Ayant échoué avec la piraterie, les Etats-Unis s'en remettent carrément au chantage : livrez-nous le pétrole iranien en échange de plusieurs millions de dollars ou subissez des sanctions”, a réagi sur Twitter le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif. “Cela ressemble fortement à l'invitation que j'avais reçue il y a quelques semaines à me rendre dans le Bureau Ovale”, a-t-il ajouté. Le ministre iranien affirme avoir refusé une invitation à la Maison Blanche avant finalement d’être sanctionné personnellement par Washington.
» La porte-parole de la diplomatie américaine, Morgan Ortagus, lui a répondu en calquant son tweet. “Ayant échoué avec la piraterie, l'Iran s'en remet carrément au chantage: donnez-nous 15 milliards de dollars ou nous allons développer nos activités nucléaires”, a-t-elle écrit, en référence à la ligne de crédit que Téhéran négocie actuellement avec les Européens pour contourner les sanctions américaines. »

On ne recherchera pas nécessairement les responsabilités initiales de cet épisode puisqu’on les connaît depuis l’origine : il s’agit des États-Unis, point final. Il reste que le monde assiste sans commentaire particulier à cette évolution étrange de la crise iranienne, qui représente aujourd’hui le plus grand danger d’une guerre pouvant monter à un niveau conventionnel de grande envergure avec certains des acteurs possédant du nucléaire, qui ne débouche sur aucune issue négociée visible aujourd’hui, qui est marquée par une volonté arrêtée de tenter de provoquer un conflit selon la ligne activiste Bolton/Pompeo-Netanyahou,– et voilà que cette crise se joue donc au niveau de l’emploi affiché, et même satisfait de méthodes du crime organisé : corruption à ciel ouvert, chantage, etc. ; la seule différence est certes que Pompeo a beaucoup moins d’allure qu’un Brando ou un Pacino en Parrain.

…On ignore même si le commentaire ambigu du ministre iranien (« Cela ressemble fortement à l'invitation que j'avais reçue il y a quelques semaines à me rendre dans le Bureau Ovale ») concerne comme il est écrit le refus d’une simple séance de propagande, ou bien l’hypothèse qu’on ait voulu l’“acheter” comme on a voulu “acheter” le capitaine du pétrolier. Rand Paul, qui fut l’intermédiaire entre Trump et Zarif, n’est pourtant pas coutumier des manœuvres de type Bolton/Pompeo, lui qui voulut s’opposer à Bolton lorsqu’il fut question d’en faire un secrétaire d’État… Là aussi, confusion, désordre, insaisissabilité, déstructuration des relations politiques et psychologiques.

… Par ailleurs, et pour compléter ce dossier, on peut y ajouter des confidences de sources européennes selon lesquelles dans les diverses pressions exercées par les USA sur leur “allié” britannique pour empêcher qu’on permette au pétrolier de quitter Gibraltar, – ce qui s’est traduit par un étonnant bras d’honneur britannique, – on trouve des tentatives d’“achat” par les USA de l’un ou l’autre magistrat (britannique) chargé du dossier. La somme reste toujours la même, qui semble effectivement le “tarif” officiel du département d’État, autant pour un capitaine de pétrolier que pour un magistrat britannique, que pour un général vénézuélien, que pour tel ou tel philosophe hongkongais : $15 millions

• Passons à un tout autre théâtre, celui de Vladivostok où avait lieu un de ces grands séminaires dont les Russes sont désormais très friands. Cette fois, il s’agit de la réunion annuelle, à destination de l’Asie (Eastern Economic Forum). Poutine n’a pas manqué de marquer cette rencontre d’une référence à son ami, le président français Emmanuel M., selon la formule ironique peut-être involontaire de Spoutnik-français d'un Poutine “emboîtant le pas de son “ami” :

« Emboîtant le pas à Emmanuel Macron, Vladimir Poutine a estimé que l’Occident perdait son leadership dans le monde[lors de son intervention au] Forum économique oriental de Vladivostok. “Je pense que tout le monde se rend compte, et le Président Macron l’a récemment dit en public, que le leadership de l’Occident touche à sa fin”, a déclaré Vladimir Poutine.
» “Les règles qui existaient jusqu’ici plaçaient les pays occidentaux dans une situation exclusive en leur accordant pour ainsi dire une énorme rente en déterminant leur leadership. Il ne restait aux autres pays qu’à suivre cette voie”, a déclaré le Président russe. Mais “quand les concurrents ont pris de la force”, ils ”ont commencé à parler le langage des guerres commerciales et des sanctions” » 

Mais certainement, le plus intéressant du point de vue du caractère étrange de l’évolution des événements, c’est la révélation faite par Poutine qu’il avait offert aux USA de leur vendre des missiles hypersoniques pour qu’ils (les USA) n’aient pas eux-mêmes à développer leurs propres missiles. Poutine a employé un ton très détendu, presque ironique sinon goguenard, qui a fait naître chez certains l’idée que peut-être il plaisantait : 

« Bon, j’ai dit à Donald, si vous le voulez, on vous les vend [des nouvelles armes russes, y compris les systèmes hypersoniques]. Comme cela, on pourrait immédiatement tout rééquilibrer. Cependant, ils disent qu’ils en produiront bientôt eux-mêmes. Peut-être qu’ils en produiront bientôt. Mais à quoi bon dépenser de l’argent, alors que nous en avons déjà dépensé.
» Poutine a fait également savoir que Moscou était prêt à négocier avec Washington au sujet de la prise en compte de l’arme hypersonique russe dans le cadre des pourparlers sur le traité New Start de réduction des armes stratégiques. “Nous pouvons discuter de savoir comment tenir compte[des systèmes hypersoniques], en fonction du nombre de porteurs et d’ogives. C’est une question spéciale, en tout cas la Russie est prête à ce dialogue, à cette discussion. Néanmoins, nous n’avons reçu pour l’instant aucune réponse claire de la part des Américains”. »

Les réactions US ont été variées, comme on les attendait, c’est-à-dire célébrant la puissance, l’avance, la dynamique des technologies et de la puissance (américaniste, pas russe) ; dans le style light (“Mais non, les Russes sont distancés dans ces technologies, nous n’avons pas besoin d’eux”), le style Fast & Furious(“Oh Jésus, on a été juste un peu pris de court, on va mettre le paquet et dans 6 mois-un an nous les aurons dépassés et laissés dans la poussière”), le style ingénu (“mais qu’est-ce que c’est que ces trucs hypersoniques, ils ne servent à rien”) ou bon-enfant (“Sacré Vlad’, toujours le mot pour rire”). On agite le tout en saupoudrant, pour clore le débat, avec quelques tweets du Grand Homme sur l’avance technologique des USA (Business Insider : « On ne sait pas exactement à quelle technologie Trump faisait référence, mais les États-Unis ont déclaré qu'ils travaillaient sur plusieurs nouveaux projets en examinant de plus près les menaces et les défis de la concurrence des grandes puissances. »)

On ne sait pas non plus ce que Poutine a derrière la tête, sinon l’arrangement qu’il espère désespérément mais désormais avec un sourire narquois de la part des “partenaires” du bord du Potomac, mais la somme de mensonges et de n’importe quoi balancée par les experts mis en présence de son offre a de quoi laisser sans voix. Les USA voyagent en mode “D.C.-la-folle”, avec une extraordinaire indifférence pour la réalité désintégrée, et une haine affreuse pour la vérité.

En attendant l’événement providentiel

Nous choisissons de traiter ensemble ces événements, exemples parmi d’autres, parce qu’ils sont extraordinairement caractéristiques du désordre, de l’absence totale de logique et de responsabilité, du désintérêt complet pour le moindre crédit qu’on peut accorder à tout ce qui est dit, annoncé, proclamé. Même les mensonges, qui sont en nombre considérable, manque du moindre soin dans la cohérence, dans la manufacture, etc. dans les domaines où on a l’habitude de les classer. On voit même chez les plus réputés sérieux (Poutine et son offre sur l’armement, annoncée sur un ton badin proche de la plaisanterie) une certaine dérision qui classe les échanges internationaux du plus haut niveau sur les problèmes les plus graves, dans le rayon de l’incapacité d’avoir un dialogue normal, – et Dieu sait si l’on est conduit à le comprendre et à partager ses sarcasmes de toutes les façons.

En d’autres mots, si on veut tenter de bien les comprendre, nous dirions que ces événements échappent complètement à la maîtrise humaine, même s’ils sont développés à partir d’initiatives humaines jugées et présentées comme extrêmement importantes, - et qui le seraient en d’autres circonstances, – et qui s’avèrent le plus souvent irresponsables, ou bien extraites de leur contexte et sans appréciation de leurs effets, ou bien expédiées pour la forme sans aucune espérance de rencontrer quelque écho. Toujours “en d’autres mots”, nous dirions encore que ces événements se constituent eux-mêmes dans l’importance et dans la signification qu’ils seraient amenés à prendre, dans le courant général du système de la communication. 

Littéralement, ils (les événements) choisissent dans le fourmillement extraordinaire de la communication, dans le “règne de la quantitédont on voit par ailleurs qu’il est le principal instigateur du système de la communication, les références et les influences qui leur conviennent pour “se constituer eux-mêmes”. Nous voulons dire par là que si l’une ou l’autre de ces péripéties aboutit à quelque chose de sérieux, positivement ou négativement qu’importe, les humains, y compris ceux qui ont le plus de capacités et ont déjà montré leur savoir-faire, n’y auront joué aucun rôle sinon dans l’accessoire des choses.

Les seules choses (“événements” ?) que les humains semblent capables d’organiser semblent complètement marqués par une sorte de folie, de déchaînement de la psychologie (sinon “de la Matière”), comme par exemple lorsqu’on mentionne deux dynamiques actuellement en cours du fait des USA, – entre la folie guerrière et nucléaire de l’équipe Bolton-Pompeo et la folie sociétale de l’ensemble américaniste (peut-on parler de “société américaine” ?), bigarrée et emportée comme l’hôpital psychiatrique en folie de Vol au-dessus d’un nid de coucous.

Cela justifie évidemment entièrement la formule que nous avons déjà offerte à une autre occasion : nous n’avons plus besoin d’un homme providentiel, nous avons besoin d’un événement providentiel !

« … Alors voici : si les choses continuent comme la com’ nous en indiquent le chemin, avec la porte de l’hôpital psychiatrique d’outre-Atlantique qui n’est même pas fermée à clef et qui est même ouverte à tous les vents, – ce sera un événement providentiel, même si Macron n’est pas notre homme providentiel !
»… Car il nous faut un événement providentiel, au risque le plus terrible qu’on puisse imaginer, car il faut que les forces puissantes qui nous accompagnent tranchent enfin le nœud gordien. Car il nous faut ceci : “Levez-vous, orages désirés !” »

Ces séries d’événement décrites, farfelues, grossières, incroyables d’impudences, goguenardes, qui ne soulèvent pas la moindre question dans tous les journaux de référence de la presseSystème qui sont bien assez occupés à réviser à longueur de colonnes leur “Petit-Livre-Rouge” du Politiquement-Correct (PC) avec ajout des dernières révélations de notre-Prophète Lilian Thuramtout cela n’a guère d’importance en soi. Cette situation permet même aux beaux esprits, y compris et surtout les anti-systèmes, de lâcher leur fameux “Ce n’est que de la com’ !”. Il faut juste savoir que ce n’est certainement pas de sapiens-sapiens que viendra la lumière, y compris et particulièrement celle des « Levez-vous, orages désirés ! ». La collapsologie, fille catastrophique et même pas adultérine de la crisologie, n'est une science des choses du monde que lorsque l’on voit “les choses derrière les choses” comme dit le poète de Quai des brumes ; une science qui doit apprendre absolument et impérativement à se détacher des diktats des sciences de la modernité, les « sciences profanes » de Guénon, – lequel poursuit dans le livre déjà cité du Règne de la Quantité : 

« Si nos contemporains, dans leur ensemble, pouvaient voir ce qui les dirige et vers quoi ils tendent réellement, le monde moderne cesserait aussitôt d’exister comme tel, et le “redressement” auquel nous avons fait souvent allusion ne pourrait manquer de s’opérer par là même. » Manifestement, “nos contemporains” ne peuvent pas voir, qui jouent pour la plupart d’entre eux aux gangsters et aux faiseurs de simulacres de bazar. La marche du monde prend le monde en charge et c’est d’elle qu’il faut attendre le providentiel.

  • 6 septembre 2019 à 00:00

Du Règne de la Quantité

Par info@dedefensa.org

Du Règne de la Quantité

6 septembre 2019 – Un mien ami me faisait remarquer ce qui lui paraît être un manquement dans dedefensa.org, par rapport notamment à ce qui se fit dans ce site dans certaines périodes du passé. Il parlait du Règne de la Quantité, que je mets en italique par référence à l’ouvrage-clef de René Guénon certes, parce qu'il me sert dans ce texte de référence unique. J’ignore si j’ai bien perçu le sens de sa remarque, – et nullement une critique, je crois, – mais je reconnais y avoir été sensible, exactement comme ce texte le démontre évidemment.

Pour moi, le Règne de la Quantité se manifeste essentiellement, je dirais presque exclusivement tant est grande sa puissance dans ce domaine au niveau du système de la communication, et notamment bien entendu de l’information qui est le produit essentiel de ce “règne”. On sait que tous les outils, tous les engagements, toutes les folies et les résistance qui marquent cette “étrange époque” comme s’il s’agissait d’actes et d’événements accomplis, se manifestent “essentiellement, je dirais presque exclusivement” dans ce champ de la communication. C’est la véritable puissance qui règle les événements du temps de notre “étrange époque”. Le système de la communication  exerce un empire sur notre perception et sur notre esprit, et, pour ceux qui identifient cette vérité-de-situation et se battent avec acharnement et courage pour n’y pas céder d'une façon fautive, sur notre capacité à exercer un jugement sélectif face à son déferlement continuel et convulsif, et donc à combattre avec une éventuelle très grande efficacité ce qui est en lui de la perversité absolue du Règne de la quantité. Observer cela, c’est définir l’action permanente que tout honnête homme doit mener, et que je tente de mener personnellement, “honnête homme” ou pas...

Peut-être est-ce là que se trouve le nœud de la remarque de mon ami. Lorsqu’on est engagé dans une telle bataille permanente du jugement sélectif, – le jugement qui jauge, apprécie, et choisit en éliminant impitoyablement ce qui accessoire pour aller à l’essentiel, “séparer le bon grain de l’ivraie”, si vous voulez, – lorsqu’on est dans cette bataille de l’esprit tout entier, on songe peu à signaler, à décrire, à analyser cette bataille. De cette façon, si j’affronte en permanence le défi permanent qu’il nous jette, je songe fort peu à décrire cette situation du Règne de la Quantité. C’est peut-être là que se trouve le manquement signalé, et je me trouve alors dans la volonté de le réduire tant qu’il se peut, et pour peu que cet acte apporte un supplément d’âme à mon action.

Donc, opportunité ici de remédier en partie à ce manque de description et de référence qui constitue effectivement une contribution non négligeable à la nécessaire action de Résistance. En effet, il y a “action”, et il y a “Résistance”. Lorsque Guénon écrivit et publia Le Règne de la Quantité, en 1945, le système de la communication n’existait pas dans la situation de l’absolue puissance qui est la sienne aujourd’hui. Il jouait un rôle annexe dans les affaires du monde qui, pour important qu’il fût, restait un rôle de type secondaire, n’agissant pas directement sur les événements, ne les suscitant pas quasiment d’une façon ontologique, comme biologique. Aujourd’hui, tout cela doit être renversé : le système de la communication a changé de nature. Plus encore, un aspect imprévu, inattendu et essentiel est apparu : ce que je nomme l’effet-Janus, qui fait qu’un dissident de la Résistance peut utiliser le système de la communication contre le Système, qui fait que le Règne de la Quantité, lorsqu’il est manipulé avec lucidité et sagesse, peut servir à attaquer le Règne de la Quantité... Ne vous étonnez pas de retrouver l’inévitable équation surpuissance-autodestruction.

Je me demande si cette remarque de Guénon dans son livre éponyme de tout ce que nous disons ici, ne peut pas servir, justement et paradoxalement, mais en prolongeant le propos, de référence théorique à ce qui précède (attaquer le Règne de la Quantité avec le Règne de la Quantité ; attaquer la communication-Système avec la communication-Janus)... Lorsqu’il écrit : « Maintenant, ce qu’il importe de noter... [...,] c’est que, en vertu de la loi de l’analogie, le point le plus bas [qui est le “Règne absolu de la Quantité”] est comme un reflet obscur ou une image inversée du point le plus haut, d’où résulte cette conséquence, paradoxale en apparence seulement, que l’absence la plus complète de tout principe implique une sorte de “contrefaçon” du principe même, ce que certains ont exprimé, sous une forme “théologique”, en disant que “Satan est le singe de Dieu” », Guénon n’esquisse-t-il pas, si l’on va un pas plus loin mais quel pas, l’idée de l’ouverture vers une évolution décisive dont notre “étrange époque” est le théâtre ? Pour mon compte et selon ce que je sais et dis du système de la communication, cela signifie, ce que je crois absolument, qu’en évoluant dans ce magasin cosmique du Règne de la Quantité on peut y trouver du matériel métaphysique pour porter des coups terribles au Règne de la Quantité. A nous de le trouver... Le système de la communication est à la fois l’accomplissement complet du Règne de la Quantité et l’ouverture pour une contre-attaque qui se voudrait à son terme décisive.

De même et exactement dans le même registre de la communication avec son extension à l’information, lorsque Guénon écrit, toute première phrase de sa préface au Règne  : « Depuis que nous avons écrit [en 1925] ‘La Crise du Monde moderne’, les événements n’ont confirmé que trop complètement, et surtout trop rapidement, toutes les vues que nous exposions alors sur ce sujet, bien que nous l’ayons d’ailleurs traité en dehors de toute préoccupation d’“actualité” immédiate... », ne peut-on observer, en 2019, et en tenant compte de ce changement de nature du système de la communication (qui s’attache, lui, aux “préoccupations d’‘actualité’ immédiate”), que les “préoccupations d’actualité’ immédiate” ont désormais leur place, et même une place essentielle, dans le travail de critique et d’attaque du Règne de la Quantité ? C’est ce que j’ai souvent interprété sous la forme du constat qu’un certain nombre parmi les événements en cours (“‘actualité’ immédiate”) ont directement, à côté de leur aspect trivial d’avilissement qu’implique la “quantité” comme référence exclusive, un aspect métahistorique très haut qui échappe à cette prison référentielle de la “quantité”, qui demande expressément qu’on s’y attache.

Ainsi est défini le travail que je cherche, que l’on cherche, en déroulant le fil rouge de ce site dedefensa.org. Il s’agit d’abord d’un formidable travail d’enquête pour écarter la masse énorme de l’accessoire, – Règne de la Quantité pur et simple, – et garder les diamants bruts qui la parsèment, les débarrasser de leur gangue en bon artisan de la chose, en faire des instrument d’attaque au tranchant sans pareil, comme seul un diamant peut avoir. Ainsi est expliqué, comme un exemple très récent de ce travail, le commentaire suivi et reconduit à mesure, de quelques paroles dites par un personnage absolument archétypique du Règne de la Quantité, qui acquièrent brusquement une dimension effectivement métahistorique sans qu’il ne le sache, sans qu’il ne le veuille, sans qu’il n’y pense, etc. Si vous pensez à Macron et ses dernières déclarations, je ne vous en voudrais pas... L’exemple est bon, d’autant qu’il montre le labyrinthe des considérations sans divertissement, sans la moindre richesse, sans le moindre fond, dissimulant cette fameuse et glorieuse pépite gisant dans le courant des dialectiques vides et creuses du temps présent.

Nous sommes bien à l’extrême du Règne de la Quantité, et pourtant rien n’y est absolue néantisation, rien ne peut être ce point d’entropisation qui « est en quelque sorte en dehors et en-dessous de toute existence réalisée et même réalisable ». Au contraire dirait-on paradoxalement, « tout ce qui existe en quelque façon que ce soit, même l’erreur, a nécessairement sa raison d’être, et le désordre lui-même doit finalement trouver sa place parmi les éléments de l’ordre universel ». Par conséquent, Règne de la Quantité ou pas, et Règne de la Quantité bien évidemment, je parviens à y trouver mon miel, à y puiser les forces de la Résistance, et même plus le Règne est affirmé, plus la contestation est forte, vive, justifié, pleine d’ardeur...

Plus triomphe le Règne, plus sa chute est proche.

 

Notes

Citations de la préface du Règne de la Quantité – et les signes des Temps, de René Guénon, Gallimard, collection Tradition, 1945, nouvelle édition en 1972.

  • 6 septembre 2019 à 00:00

L’arrogance comme certitude

Par info@dedefensa.org

L’arrogance comme certitude

Un lecteur (Mr. Alain Vité que nous remercions, sur le Forum du texte du 4 septembre 2019 du Journal-dde.crisis de PhG) nous signale un texte du 3 septembre 2019 du site MoA (Moon of Alabama) traduit par nos amis du Sakerfrancophone, ayant comme sujet des nouvelles du Boeing 737MAX et de Boeing soi-même. Il s’agit d’informations intéressantes et il nous a paru judicieux de reprendre ce texte, non sans remercier le Sakerfrancophone.

Avant d’en venir à son contenu pour une remarque ou l’autre, nous voudrions d’abord répondre à la question de notre lecteur concernant le sort de Boeing, et exprimée dans ces termes extrêmement nets : « Quel serait selon vous et s'il y a quelque chose à en penser, l'impact d'un séisme tel que la faillite de Boeing sur les USA, dans l'état actuel maladif du pays, tant concret que d'esprit ? » La meilleure réponse se trouve dans une citation substantielle du premier texte que nous avions consacré au 737MAX, le 14 mars 2019. Cette question du sort de Boeing y était clairement examiné, avec des références historiques, et rien depuis n’est venu démentir cette perspective selon notre point de vue, et même au contraire comme on l’a vu encore récemment; et bien entendu le texte de MoA relayant des informations du Wall Street Journal(WSJ) va indirectement mais absolument dans ce même sens...

Donc, un extrait de notre texte du 14 mars dernier :

« Avant la décision de Trump d’ordonner l’immobilisation de la flotte des 737 Max, – le dernier pays utilisateur au monde à prendre cette décision, – les commentaires sur l’attitude de Boeing étaient déjà  très négatifs  et ils le restent. Ils portent essentiellement sur la question de la fiabilité de la société, sur la confiance qu’on peut encore lui faire, et cela sur le long terme, dès lors qu’il n’y a pas vraiment, ou pas seulement faute technique mais bien d’abord dissimulation de certains facteurs vitaux pour les équipages, pour enfin atteindre le but suprême de resserrement des dépenses permettant d’atteindre un prix encore plus compétitif.
» Même si la critique du technologisme de Trump reste tout à fait acceptable, sinon extrêmement judicieuse même s’il n’en développe pas toutes les conséquences, il s’agit ici également et, dirait-on, avant tout, de procédés humains de tromperie délibérée, dans le but désormais habituel du gain pour satisfaire les actionnaires déjà gavés de $millions et de $milliards… Le capitalisme dans toute sa glorieuse puanteur et son sublime voyage jusqu’au bout de la pourriture.
 » “Boeing a de gros problèmes”, a déclaré Giemulla, professeur honoraire de droit de l'aviation à l'institut de technologie de Berlin. Il a expliqué qu’“en général, un accident d'avion est un événement unique et n'infecte pas une série complète de modèles”. “Bien que Boeing hésite à admettre que les indications sont à l'origine de cette impression, il serait judicieux d’ordonner l’immobilisation de toute la flotte”, a-t-il ajouté. [...Ce qui est fait.]
» L’absence de réaction d'un constructeur d'aéronefs face à des risques évidents “témoigne d'une vision maladroite de sa responsabilité vis-à-vis du public”, selon le professeur. “La confiance en est détruite de cette façon. Retrouver cette confiance sera difficile et prendra plusieurs années. Cette affaire est un cas historique”, a-t-il déclaré.
» Les sociétés de Wall Street, Melius Research et Jefferies, ont estimé qu'il en coûterait à Boeing entre 1 et 5 milliards de dollars pour le maintien au sol de ses 737 Max pendant trois mois. »
[...]
» Nous allons tenter d’aller au-delà et d’examiner un autre aspect de cet incident qui a aussitôt pris l’allure d’une circonstance crisique toute prête à prendre sa place dans le tourbillon crisique, – signe des temps, n’est-ce pas… Il s’agit de Boeing, ce monstre incroyable, de sa place énorme dans la puissance économique des USA, de son éventuelle faiblesse comme tous les avortons aux stéroïdes nés du Système ont au fond d’eux-mêmes, – tout cela contrecarré par la fameuse formule magique, l’abracadabra enfantée par la crise de 2008, celle du ‘Too Big to Fall’ (de préférence à ‘Too Big to Fail’, qui montre un peu trop d’optimisme en n’envisageant pas le pire). Avorton monstrueux gonflé aux stéroïdes, Boeing l’est un peu, dans la mesure où il a mis pas mal de ses œufs dans le même panier, celui des 737 Max, et que tout cela pue vraiment l’œuf pourri ; et ce n’est pas rien puisque certaines compagnies planifient déjà des annulations de commande du 737Max et  que l’on parle de la possibilité d’annulations allant  jusqu’à $600 milliards...
» Or, il ne s’agit pas que de Boeing, il s’agit de bien plus que de Boeing
» Un rappel d’abord, selon cet axiome qui nous gouverne, selon lequel il faut tenir compte de tous les facteurs, y compris et même d’abord, avant tous les autres, du facteur psychologique. Dans un des textes de la rubrique Glossaire.dde sur le moment historique fondamental selon nous du “Trou noir du XXème siècle” (1945-1948), nous avons rapporté comment en 1946-1948, l’industrie aéronautique US avait failli s’effondrer, comment elle avait été sauvée de justesse par le gouvernement US et ses commandes militaires après l’interprétation-simulacre par l’américanisme, par Forrestal (Pentagone) et par Marshall (département d’État) du ‘coup de Prague’ du 27 février 1948. L’intervention gouvernementale, bien entendu complètement en opposition aux pratiques capitalistes, – What else ? – fut accomplie pour la raison essentielle que cet effondrement imminent de l'industrie aéronautique risquait d’entraîner les USA dans une nouvelle Grande Dépression essentiellement par l’effet psychologique. L’enjeu est considérable et de cet ordre, aujourd’hui avec Boeing, – beaucoup plus psychologique, presque magique si l’on évoque la puissance et l’écho du nom de Boeing, que par les simples calculettes et graphiques des comptables-économistes.
» Bien, on dira : même au pire de l’affaire des 737Max, Boeing ne peut pas s’écrouler, comme on vous assure de la virginité de Marie… C’est ce qu’on disait de General Motors, de Lehman Brothers, de Wall Street en 1929, etc. Le problème de Boeing, c’est que son joker-737max est menacé et que le même Boeing a déjà suscité, par son attitude de déni complètement faussaire dès l’origine du programme Max, un front international contre lui. D’autre part, les autorités US (Trump, la FAA, etc.) ne doivent pas être enchantées par leur ‘champion’ qui les a enfoncées d’abord dans un déni foireux et très dangereux, puis forcées à virer de bord à 180° devant la montée de l’opposition internationale. (Boeing lui-même, virant de 180° instantanément à la suite de ses autorités, affirmant qu’il fallait stopper tous les vols pour examiner le Max après avoir affirmé 12 heures plus tôt que le fer à repasser se portait comme un charme.)
» Quoi qu’il en soit, et en nous référant à la période 1947-1948 signalée plus haut, ce n’est pas tant la chute achevée de Boeing, qu’un processus de dégradation en accélération, qui peut répandre comme une contagion psychologique le poison de l’effondrement à d’autres monstres gonflés aux stéroïdes, et par conséquent au paysage économique US lui-même. Il s’agit d’une hypothèse intéressante qu’il faut considérer, sans y croire aveuglément bien entendu ; cela, d’autant plus que la crise risque de durer longtemps alors qu’il faut attendre la fin de l’enquête sur le crash du 737Max, qui sera longue et certainement très agitée, faisant tanguer toutes les structures du Système. »

Cette citation montre bien implicitement que nous avons toujours ce même sentiment vis-à-vis de l’avenir de Boeing, et le fait qu’un effondrement de Boeing pourrait, devrait déclencher une crise financière et économique majeure. Le fait qu’on parle assez peu, sinon très peu de cette question (737MAX, avenir de Boeing), sinon un article épisodique comme celui du WSJ, est certainement la preuve que le cas est d’une importance extrême et exposé à des possibilités prospectives très dangereuses. Lorsqu’un cas présente une très grand danger pour le Système, la réponse du Système, paradoxe puisque “par la communication et la presseSystème”, c’est tout simplement le silence.

...Pourtant, donc, parfois le silence est rompu. Ce que nous en rapporte MoA (WSJ) n’est pas du tout encourageant pour la suite. Dans un mouvement caractéristique de l’époque présente, qui révèle notamment la catastrophique chute du technologisme, l’habituel processus-Système/surpuissance avec la consigne du “Circulez y’a rien à voir” complétée par la manœuvre discrète du “noyer le poisson”, avec des solutions de replâtrage auxquelles tout le monde coopérait en belle et bonne complicité, est remplacé par un processus-Système/autodestruction. Ce qui se passe en coulisse ne répare pas les plâtres mais au contraire aggrave les fissures jusqu’à des béances fort dangereuses. On le constate avec les nouvelles du texte ci-dessous :

• D’une part, le désaccord et le climat exécrable des négociations entre Boeing et les organismes internationaux de régulation du transport aérien devraient conduire à un nouveau délai pour la quasi-recertification des 737MAX (de fin de l’année 2019 à 2020 ?). Au début de la crise, en mars, le délai pour la re-certification avec modifications techniques était juin, puis il est passé à août, etc.

• D’autre part, à mesure que s’éternisent ces négociations, de nouveaux problèmes techniques sont mis à jour avec de nouvelles modifications à apporter avec les risques afférents; de nouvelles questions et de nouvelles demandes de modification sont communiqués à Boeing, qui rechigne de plus en plus à donner des réponses ou à annoncer des décisions, laissant présager ainsi de nouveaux délais. (« ...Cela prendra des mois et il y a de fortes chances que de nouveaux problèmes apparaissent pendant ces tests. Ils nécessiteront encore plus de modifications logicielles et encore plus de tests. »)

Comme l’observe notre lecteur, « Il y a un petit quelque chose de JSFien dans cette autre histoire d'aviation, je trouve ». C’est l’évidence même et c’est, par ailleurs, de la pure logique des enchaînements dans la mesure où le courant d’effondrement du technologisme affecte toutes les choses qui en sont les plus dépendantes, en même temps que les producteurs, installés le plus souvent sur une réputation justifiée par les temps-jadis, qui s’est transformée au goût du jour en montagnes de $milliards, de corruption et de laisser-faire/laisser-aller. Ce que révèle la crise du 737MAX, c’est la chute de la valeur et des capacités de Boeing, qui fut certainement l’un des plus talentueux producteurs au monde d’avions lourds, civils et militaires, sans aucun doute jusqu’aux années 1970-1980 ; depuis, la chute effectivement, en oubliant le parachute puisqu’on n’imagine pas une seconde que l’on puisse chuter...

On observera que ce parcours suit évidemment celui de la puissance des USA, et du Système lui-même, tandis que les comportements semblent singer ceux du pouvoir politique, y compris et encore plus celui qu’a instauré Trump : un mépris complet et affiché pour les instances internationales, qu’on considère au mieux à parité avec celles des USA, avec en moins le caractère corrompu de ces instances US qui les font acquiescer à toutes les décisions et exigences de Boeing. Il résulte de cette arrogance un climat détestable qui entrave au maximum les négociations et complique les arrangements, voire simplement la possibilité d’arrangement. Tout comme son gouvernement et le système de l’américanisme, Boeing est totalement unilatéraliste et exceptionnaliste, et il insulte en général tout ce qui n’est pas américaniste, – mais le reste du monde n’est plus ce qu’il était et n’accepte plus guère ce type de comportement alors que Boeing lui vend, à ce “reste du monde”, 80% de sa production. Ce comportement autodestructeur est un facteur essentiel de la crise du 737MAX, en accélérant sa transformation potentielle en une crise de Boeing, sans d’ailleurs que Boeing ne s’en avise mais au contraire en faisant en sorte que lui-même, Boeing, alimente l’incendie qui gronde et le dévore... Fidèle enfant du Système.

dedefensa.org

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737MAX : Boeing insulte et aggrave la crise

United Airline et American Airlines ont prolongél’immobilisation  de leurs Boeing 737 MAX. Le retour de l’avion sur leur programme de vol est maintenant prévu pour décembre. Mais il est probable que cette situation se prolongera encore une bonne partie de l’année prochaine.

Après qu’une  mauvaise conception  de l’avion et l’absence d’analyse de sécurité de son système d’augmentation des caractéristiques de manœuvre (MCAS) aient entraîné la mort de 347 personnes, l’immobilisation de tous les avions du même type et des milliards de dollars de pertes économiques, on pourrait s’attendre à ce que la compagnie fasse preuve de décence et d’humilité. Malheureusement, le comportement de Boeing ne montre ni l’un ni l’autre.

Il y a encore peu d’informations détaillées sur la façon dont Boeing va réparer le MCAS. Rien n’a été dit par Boeing sur le système de compensation manuelle du 737 MAX qui  ne fonctionne pas  quand on en a besoin. Les câbles de gouvernail de direction non protégés de l’avion  ne répondent pas  aux normes de sécurité, mais ils étaient quand même certifiés. Les ordinateurs de commandes de vol des avions peuvent  être submergés  par de mauvaises données et il sera difficile de corriger cela. Boeing continue de ne répondre à aucune de ces préoccupations.

Les organismes internationaux de réglementation de la sécurité aérienne ne font plus confiance à la Federal Aviation Administration (FAA) qui n’a pas réussi à déceler ces problèmes lorsqu’elle a initialement certifié ce nouveau modèle. La FAA a également été le dernier organisme de réglementation à immobiliser l’avion après le crash de deux 737 MAX. L’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) a demandé à Boeing d’expliquer et de corriger  cinq problèmes majeurs  qu’elle avait identifiés. D’autres organismes de réglementation ont posé des questions supplémentaires.

Boeing doit regagner la confiance des compagnies aériennes, des pilotes et des passagers pour pouvoir à nouveau vendre ces avions. Seule une information complète et détaillée peut y parvenir. Mais l’entreprise n’en fournit pas.

Comme Boeing vend environ 80% de ses avions à l’étranger, il a besoin de la bonne volonté des régulateurs internationaux pour remettre le 737 MAX en vol. Cela rend inexplicable l’arrogance dont la compagnie  a fait preuve  lors d’une réunion avec ces organismes de réglementation :

« Les frictions entre Boeing Co. et les autorités internationales de sécurité aérienne risquent d’entrainer un nouveau retard dans la remise en service de la flotte de 737 MAX immobilisée au sol, selon les responsables du gouvernement et des syndicats de pilotes informés sur le sujet.
» Le dernier problème de cette longue saga, selon ces responsables, découle d'une séance d'information organisée par Boeing en août, qui a été interrompue par des organismes de réglementation des États-Unis, d'Europe, du Brésil et d'ailleurs, qui se sont plaints que le constructeur d'avions n'ait pas fourni de détails techniques ni répondu aux questions précisessur les modifications apportées au fonctionnement des ordinateurs de contrôle en vol des MAX. »

Le sort de l’activité aéronautique civile de Boeing repose sur la re-certification du 737 MAX. Les régulateurs se sont rendus à cette réunion pour obtenir des réponses à leurs questions et Boeing s’est présenté avec arrogance sans avoir fait le travail qui lui était demandé. Les régulateurs ont considéré cela comme une insulte. Boeing a été renvoyé dans ses pénates pour faire ce qu’il était censé faire en premier lieu : fournir des détails et des analyses qui prouvent la sécurité de ses avions.

Que pensent les gestionnaires de Boeing de ces organismes internationaux de réglementation ? Qu’il s’agit de larbins d’infortune à l’image des gestionnaires de la FAA  qui  ont approuvé  les “données” communiquées par Boeing même après que leurs ingénieurs les aient informés qu’elles n’étaient pas sûres ?

Une autre information choquante apparaît au détour de  l’article  du Wall Street Journal cité ci-dessus :

« Au cours des dernières semaines, Boeing et la FAA ont identifié un autre risque potentiel pour les ordinateurs de commande de vol qui, selon deux représentants, un du gouvernement et un des pilotes, nécessiterait des modifications et des essais supplémentaires du logiciel. »

Le nouveau problème doit aller au-delà des problèmes de calculateur de commandes de vol (FCC)  identifiés par la FAA en juin.

À l’origine, le plan de Boeing pour corriger l’activation incontrôlée du MCAS consistait à faire fonctionner les deux FCC en même temps et à éteindre le MCAS lorsque les deux ordinateurs ne sont pas d’accord. C’était déjà un énorme changement dans l’architecture générale qui consistait jusqu’à présent en un système FCC actif et un système FCC passif qui pouvait être commuté en cas de défaillance.

Toute modification logicielle supplémentaire rendra le problème encore plus complexe. Les processeurs  Intel 80286 sur lesquels le logiciel FCC fonctionne sont limités en capacité [et très anciens, abandonnés au début des années 90, NdT] . Toutes les procédures supplémentaires que Boeing va maintenant ajouter à ces procédures pourraient bien dépasser les capacités des systèmes.

Changer de logiciel dans un environnement aussi délicat qu’un ordinateur de commandes de vol est extrêmement difficile. Il y aura toujours des effets secondaires surprenants ou des régressions où des erreurs déjà corrigées réapparaissent de façon inattendue.

L’ancienne architecture était possible parce que l’avion pouvait encore être piloté sans ordinateur. On s’attendait à ce que les pilotes détectent une erreur informatique et soient en mesure d’intervenir. La FAA n’exigeait pas un niveau élevé d’assurance de conception (DAL) pour le système. Les accidents du MCAS ont montré qu’un problème de logiciel ou de matériel peut maintenant provoquer la chute d’un avion 737 MAX. Cela change le niveau d’examen et donc de re-certification auquel le système devra se soumettre.

Toutes les procédures et fonctions du logiciel devront être testées dans toutes les combinaisons possibles pour s’assurer qu’elles ne se bloquent pas ou ne s’influencent pas mutuellement. Cela prendra des mois et il y a de fortes chances que de nouveaux problèmes apparaissent pendant ces tests. Ils nécessiteront encore plus de modifications logicielles et encore plus de tests.

Les organismes de réglementation de la sécurité des vols sont conscients de ces complexités. C’est pourquoi ils doivent se pencher en profondeur sur ces systèmes. Le fait que la direction de Boeing n’était pas prête à répondre à leurs questions montre que l’entreprise n’a pas tiré de leçons de son échec. Sa culture est toujours celle de l’arrogance induite par la finance.

Construire des avions sûrs exige des ingénieurs qui savent qu’ils peuvent faire des erreurs et qui ont l’humilité de permettre aux autres de vérifier et de corriger leur travail. Elle exige une communication ouverte sur ces questions. La stratégie de Boeing consistant à ne rien dire prolongera l’immobilisation au sol de ses avions. Cela aura juste pour effet d’accroître les dommages causés à la situation financière et à la réputation de Boeing.

The Moon of Alabama

 

(The Moon of Alabama, 3 septembre 2019, – Sakerfrancophone du 4 septembre 2019, traduit par Wayan, relu par Hervé.)

  • 5 septembre 2019 à 00:00

Ressusciter l’économie américaine

Par info@dedefensa.org

Ressusciter l’économie américaine

Donald Trump a récemment ordonné à des sociétés américaines de déplacer leur production hors de Chine vers les États-Unis. Plus facile à dire qu’à faire ! Ou plutôt à défaire. Le transfert de la production en Chine (et, dans le cas des technologies de l’information, en Inde) a permis aux entreprises américaines de profiter de l’écart salarial important et d’un environnement réglementaire moins strict afin d’être plus rentables. Elles ont dépensé ces profits excédentaires en rachetant leurs propres actions, en versant de généreux dividendes à leurs actionnaires et en utilisant leurs cours artificiellement gonflés pour justifier les salaires et primes exorbitants des dirigeants.

En cours de route, ils ont appauvri les travailleurs américains en les privant d’une base d’emplois bien rémunérés, érodé la base de compétences de la population américaine et, ce qui est peut-être le plus important, détruit la demande pour leurs produits parce que de plus en plus d’Américains ne peuvent plus se le permettre. Au fur et à mesure que ces tendances se sont manifestées, rendant la Chine prospère et les États-Unis de plus en plus affectés et appauvris avec près de 100 millions de personnes en âge de travailler sans emploi permanent, les entreprises américaines ne pouvant plus profiter de leur production délocalisée dans la même mesure ont donc profité des faibles taux d’intérêt pour emprunter des sommes énormes et continuer à les utiliser pour acheter leurs propres actions, payer des dividendes et continuer à payer des rémunérations exorbitantes à leurs cadres.

À l’heure actuelle, bon nombre des grandes sociétés américaines sont des zombies financiers qui sont à la merci d’une hausse des taux d’intérêt pour être acculées à la faillite. Et ce sont ces zombies qui sont chargés de ramener la production aux États-Unis. Bonne chance avec ça ! Ce qui veut dire qu’il est très peu probable qu’un tel effort puisse réussir. Mais même si cela pouvait réussir, est-ce que cela résoudrait le problème, à savoir que les États-Unis dégénèrent progressivement en un pays du tiers monde en faillite ? Sans doute pas parce que, voyez-vous, l’argument essentiel du  “Make America Great Again” (MAGA) de Trump, à savoir que la Chine est  devenue  la plus grande économie du monde (en parité de pouvoir d’achat) et l’usine du monde simplement parce que les entreprises américaines y ont délocalisé leur production, est complètement erroné.

Non, le succès retentissant de la Chine tient principalement à sa planification économique et à sa gouvernance sociale supérieures. Appelez ça le stalinisme 2.0. Sous Staline, l’URSS a été en mesure de produire des taux de croissance réguliers à deux chiffres grâce à une combinaison de planification centrale et de mécanismes de marché. Il y avait aussi quelque 4 millions de prisonniers politiques, ce qui, pour un pays de 200 millions d’habitants, semble un peu exagéré, mais c’est de la politique, pas de l’économie. Lorsqu’il s’agit de gérer l’économie, le stalinisme, et en particulier le stalinisme 2.0 – sa version chinoise moderne – a été et est un succès retentissant. Fondamentalement, c’est une recette pour construire le socialisme en utilisant des moyens capitalistes (principalement capitalistes d’état) avec les éléments du marché que l’on juge efficaces.

Le simple fait de ramener la production de Chine ne sauverait pas les États-Unis. Pour obtenir des résultats comparables à ceux de la Chine, les États-Unis devraient procéder à certains changements afin de s’aligner davantage sur le stalinisme 2.0. Je vais maintenant esquisser quelques-uns de ces changements, pour vous donner une idée de ce que cela impliquerait.

Tout d’abord, le système politique américain est un désastre. Il y a deux partis politiques qui s’entendent sur un certain nombre de choses – une guerre sans fin, des emprunts sans fin – et qui se disputent tout le temps. C’est une perte de temps improductive. Éliminez-les et remplacez-les par un seul parti. Appelez ça le parti communiste, si vous voulez ; cela n’a pas d’importance, puisque personne ne sait ce qu’est le communisme ou ne s’en soucie de toute façon. Le but de ce parti unique est de transmettre les décisions prises au niveau fédéral jusqu’au dernier habitant et de s’assurer qu’elles sont respectées. Vous ne voulez pas que l’Amérique retrouve sa grandeur ? OK, alors, vous devez être un terroriste. Bienvenu au Goulag ! Il y a aussi le problème des États : ils sont trop nombreux et chacun a son propre pouvoir législatif, son propre pouvoir exécutif, son propre système judiciaire, etc. Éliminez tout cela, regroupez les États en régions et transformez les autorités régionales en ministères fédéraux : Département du Nord-Est, Département de l’Ouest, etc.

Ensuite, il faut faire quelque chose au sujet des frais juridiques exorbitants. Les États-Unis comptent plus d’avocats par habitant que tout autre pays au monde et la profession juridique est privatisée et autogérée – essentiellement elle écrit ses propres lois. Pire encore, le système juridique est un mélange de lois fédérales, étatiques et locales. Enfin, les tribunaux peuvent fonder leurs décisions sur des précédents, ce qui est scandaleux, car cela leur permet de réinterpréter les lois et de contester les législateurs. Les avocats devraient soit travailler directement pour le gouvernement et être rémunérés selon un horaire unique, soit ne pas être autorisés à travailler du tout. La jurisprudence devrait être complètement supprimée et remplacée par seulement deux ensembles de lois : un code criminel et un code civil, tous deux de niveau fédéral. Les jurys devraient être éliminés et remplacés par des collèges de juges et, pour les affaires plus courantes, par des magistrats.

Le système médical américain représente un quart de l’économie, et c’est un gaspillage monstre. Cuba dépense environ 5 % par habitant pour les soins médicaux par rapport à ce que les États-Unis dépensent, et ses résultats en matière de santé sont bien meilleurs. La pratique médicale devrait être traitée comme un service public et déprivatisée. Les priorités médicales devraient être établies en fonction des priorités nationales, la priorité la plus élevée étant accordée au maintien d’une main-d’œuvre saine et productive. À cette fin, les soins de santé des enfants devraient être prioritaires, car les enfants en bonne santé constituent la base de la future main-d’œuvre, tandis que les retraités et les inactifs devraient bénéficier d’un minimum de soins principalement palliatifs afin de maintenir le moral du public. La médecine gériatrique aux États-Unis représente actuellement 35 % de toutes les dépenses médicales ; ce pourcentage doit être ramené à environ 2 %.

Étant donné qu’une grande partie de la base industrielle des États-Unis est soit obsolète, soit a été démantelée et vendue à mesure que la production était délocalisée, elle doit être plus ou moins reconstruite à partir de zéro. À cette fin, le gouvernement fédéral devrait saisir de vastes étendues de terres, les déclarer zones fédérales de développement économique et y construire des ensembles industrielles, ainsi que des logements pour les travailleurs, des écoles, des cliniques et autres ressources. Les logements devraient être des logements à haute densité, sous la forme d’immeubles d’habitation de grande hauteur, et desservis par des transports en commun. Les sites de ces zones devraient être choisis en fonction de la proximité des ressources et de la logistique. De grandes sections de l’étalement suburbain actuellement utilisées comme logements de banlieue peuvent être rasées au bulldozer pour leur faire de la place.

De nombreux autres changements, plus mineurs, devraient également être apportés. Par exemple, le système impérial obsolète des poids et mesures, toujours en usage au Liberia, au Myanmar et, plus curieusement, aux États-Unis, doit être supprimé. Tout recours aux lourdeurs impériales devrait être interdit. Les malades mentaux, qui sont actuellement autorisés à errer dans les rues des États-Unis, devraient être enfermés. Pour améliorer la cohésion sociale, l’utilisation de langues autres que l’anglais devrait être interdite. Des programmes de rééducation obligatoires devraient être mis en place pour ceux qui ne respectent pas le code vestimentaire, se comportent de manière impolie ou utilisent une mauvaise grammaire ou un langage grossier. Et ainsi de suite….

Mais peut-être plus important encore, il faut comprendre que le rapatriement de la production aux États-Unis et le redéploiement de la base industrielle ne seront pas une entreprise rentable, du moins au départ. D’entrée de jeu, et pour au moins la durée du premier plan quinquennal, il ferait perdre certainement de l’argent. Emprunter cet argent serait une bien mauvaise idée ; le gouvernement fédéral a déjà une dette de $21 000 milliards. Au lieu de cela, cet argent devrait être confisqué au 1% de la population qui possède près de 40% de la richesse du pays. Cela rapporterait environ $50 000 milliards, soit plus qu’il n’en faut pour financer ce projet. Le mieux est de le faire dans le cadre d’une révolution culturelle : rassembler ce 1%, leur faire porter des bonnets d’âne et les faire marcher dans les rues en les lapidant de peaux de fruits et de légumes et en leur infligeant des insultes verbales. Ou bien, prendre effectivement tout leur argent et les condamner à une vie de service public gratuit.

Ces changements peuvent sembler importants, et ils le seraient effectivement. Mais il y a des raisons de croire que s’ils sont faits et que le stalinisme 2.0 est imposé aux États-Unis et suivi fidèlement, alors il y a une chance que l’Amérique puisse effectivement retrouver sa grandeur. Alors, bonne chance et que Dieu bénisse l’Amérique !

 

Le 27 Août 2019, Club Orlov, – Traduction du Sakerfrancophone

  • 4 septembre 2019 à 00:00

T.C-78 : Vertigo

Par info@dedefensa.org

T.C-78 : Vertigo

4 septembre 2019 – Si vous lisez l’ami Orlov du jour à propos du “stalinisme 2.0” à installer aux USA pour redresser l’économie selon les vœux de Trump (Make America Great Again), vous vous dites :“Il ironise”, car c’est l’esprit et le style de notre auteur. Si vous lisez WhatDoesItMeans de Sorcha Faal à propos de la “révolution culturelle” (“2.0” ?) à-la-Mao qui a d’ores et déjà démarré aux USA, vous vous dites : “Il complotiste” parce que c’est la tendance et l’irrépressibilité de ce site étrange de plus en plus adapté à notre “étrange époque”. (Vous noterez d’ailleurs que, pour arriver au “stalinisme 2.0”, Orlov identifie l’étape intermédiaire d’une “révolution culturelle” de même facture.)

Mais que voulez-vous, c’est comme cela les nouvelles aux USA depuis des mois et des mois, voire des années, en augmentation exponentielle, comme un tsunami, – depuis USA-2016, me semble-t-il. Même Wall Street panique à la pensée d’une sorte de coup d’État bolchévique qui se profile si l’un des deux démocrates parmi les favoris, – Warren ou Sanders, – finissait par l’emporter en 2020, comme Lénine en Octobre 17.

L’endurance de l’évolution comme une révolution, la capacité de transmutation en un monstre toujours plus monstrueux de la crise intérieure, voilà la situation des USA, entre “stalinisme 2.0” et “‘révolution culturelle” à-la-Mao. Tout cela est un spectacle si stupéfiant que ni un Homère, ni un Dante ni un Shakespeare, gens de grande sagesse derrière leur grande connaissance de la folie humaine, n’aurait pu le concevoir. Peut-être, tout juste, l’énigmatique Général Robert E. Lee qu’on a récemment privé de statues pensait-il comme s’il le devinait, songeur et impénétrable, à ce destin affreux de la Grande République qui l’avait vaincu, à ce moment infiniment triste où il  remettait les outils de sa capitulation à son ancien subordonné, confondu de gêne et d’une si profonde estime contrarié, le Général Ulysse S. Grant, à Appomattox, un jour d’avril 1865.

Voyez-vous comme je bascule, d’un jour sur l’autre, – d’une terrible menace de la crise nucléaire post-FNI machinée par des fous de guerre, se déroulant selon un processus stratégique conduisant à l’impensabilité du conflit catastrophique ; à une folle menace complètement machinée par des idéologues emportés par un affectivisme débridé contre un monde devenu insupportable, et déroulée selon un processus psychologique conduisant à l’incontrôlabilité du désordre sans limites.

Quelle est la plus grave menace américaniste, la menace extérieure ou la menace intérieure ?

Quelle est la plus grave menace produite par ce monde devenu fou ? celle qui est rationnellement stratégique dans son déroulement, celle qui est rationnellement idéologique dans ses ambitions, et toutes deux aussi irrationnelles que le “déchaînement de la Matière” ? Quel est l’incendie le plus grave, la menace du feu nucléaire ou l’embrasement de la psychologie ? Je veux dire si l’on veut dire autrement, ne s’agit-il pas du même “feu dans les esprits”, comme disait GW Bush en se référant à Dostoïevski sans savoir de qui il s’agissait ?  (*)

Dostoïevski est bienvenu dans ce débat, naturellement ; lui qui, selon Mircea Marghescu (**), a dans son œuvre romanesque qui dépasse en la transcendant la littérature, révélé « le débat occulté entre l’homme traditionnel et l’homme moderne, entre les défenseurs de la tradition et les pionniers du progrès ». Depuis Les Possédés, le “déchaînement de la Matière” a fait son chemin et l’incendie a embrasé tous les esprits qui prétendent aujourd’hui conduire l’action de l’homme sur le monde et même contre le monde, tous ces “pionniers du progrès” emportés par l’incendie qui gronde dans leurs esprits.

Car si je mets en balance ces deux menaces, – celles que je nomme successivement menace extérieure et menace intérieure de l’américanisme, – si j’égrène les catégories de l’incendie, c’est pour le confort de la dialectique et la sûreté de l’argument. Car l’on sait bien  qu’au bout du compte c’est le même feu qui brûle dans tous ces esprits, que ce soit celui d’un Bolton ou celui d’une Elizabeth Warren ; c’est le feu du progrès, le feu de la liberté, le feu de la modernité, le feu qui rend fou... Les américanistes sont, à cet égard, les incendiaires patentés et assermentés de la modernité qui a embrasé le monde bien au-delà de ce que peut nous apporter le dérèglement climatique en fait de malédiction, – sinon à tenir, fort justement, le dérèglement climatique comme une production de la modernité et un enfantement de l’incendie de l’esprit, – au choix, complotiste ou contre-complotiste...

Ainsi mets-je tous les espoirs, finalement, dans la vigueur de cet “incendie dans l’esprit”, comme étant, – c’est un principe de la pyrotechnie comme simulacre de la combustion des incendiaires sur commande, – toujours plus grande lorsqu’on est proche du foyer que lorsqu’on s’en éloigne. L’isolationnisme de l’américanisme va dans ce sens, qui ramène tout au foyer, au cœur grondant de son exceptionnalité, et par conséquent je crois qu’on peut avoir l’espoir que l’incendie de l’esprit saura brûler l’esprit irrémédiablement perverti avant que celui-ci ne parvienne à allumer le feu nucléaire, que la menace intérieure dévorera l’américanisme avant la mise à feu de la menace extérieure de l’américanisme.

Mais à part ça madame la Marquise, bien entendu tout cela n’est que de la com’.

 

Notes

 (*) Sans doute a-t-on oublié la chose mais je crois que nous en reparlerons... La formule du “feu dans les esprits” a probablement été employée par ailleurs, outre G.W. Bush et Dostoïevski, mais c’est du premier citant sans doute le second que je la tire, à partir d’un excellent commentaire de Justin Raimondo du 21 janvier 2005, présentant le discours d’investiture de GW Bush du 20 janvier 2005 sous le titre : « W et Dostoïevski – George W. Bush est un homme possédé. » Voici quelques extraits du texte de Raimondo, en ayant à l’esprit que tout cela annonce ce qui se passe aujourd’hui, peut-être encore bien plus que le 11-septembre :

« “Parce que nous avons agi dans la grande tradition libératrice de cette nation, des dizaines de millions de personnes ont gagné leur liberté. Et comme l'espoir fait naître l'espoir, des millions d'autres la gagneront à leur tour. Par nos efforts, nous avons ainsi allumé un feu, un feu dans l'esprit des hommes. Il réchauffe ceux qui font confiance à son pouvoir ; il brûle ceux qui combattent le progrès qu’il apporte. Et un jour, cet incendie indompté de la liberté atteindra les coins les plus obscurantistes de notre monde.”
» Un feu, un incendie dans l'esprit, – sûrement, pensai-je, les rédacteurs de discours de Bush ne peuvent pas avoir inséré cette phrase sans en connaître l'origine littéraire. Il est tiré du roman de Dostoïevski ‘Les Possédés’... »
[...]
» C'est probablement le discours le plus inquiétant et même le plus effrayant jamais prononcé par un président américain. [...] Bush ressemblait plus à Trotski s'adressant à l'Armée rouge qu'à un président américain s'adressant à son peuple. Le ton militant, ouvertement idéologique, avait un air absolument bolchévique...
[...]
» ...George W. Bush est un homme possédé – et que Dieu nous vienne en aide si nous n'arrivons pas à le maîtriser. »

(**) Homunculus, Critique dostoïevskienne de l’anthropologie , de Mircea Marghescu, éditions L’Âge d’Homme, 2005.

  • 4 septembre 2018 à 00:00

L’homme de la com’

Par info@dedefensa.org

L’homme de la com’

3 septembre 2019 – Il est bien difficile de se déprendre de l’empire exclusif d’un jugement catégorique ; pour ce qui concerne Macron, et pour ma part, il n’en a pas manqué ; et c’est d’ailleurs toujours le cas, je veux dire que ce jugement catégorique ne s’est pas complètement dissipé… Il est alors paradoxal d’examiner ses récentes activités avec un œil si indulgent, et envisager même des perspectives de bouleversements importants et créateurs pour disons “notre parti” sur cette question des relations entre la Russie et la France, celle-ci qui est devenue un sujet important ces deux dernières semaines, un sujet d’argumentation, de proclamation, de polémique, de désaccord c’est selon.

(Je ne parle pas ici des salons, des talk-shows et autres zombiesSystème qui ont fait de l’antirussisme le miel de leur intelligence toute entière saisie et pressée par l’affectivisme… Plus, divers privilèges, positions, renvois d’ascenseur et réputations, jusqu’au PC par terrorisation certes, mais l’affectivisme sans aucun doute et l’affectivisme en premier ; car l’affectivisme, cette curieuse maladie de l’esprit où l’émotion se fait prendre pour l’intelligence, l’affectivisme est bien là, j’en suis persuadé, et c’est leur façon d’être honnêtes avec eux-mêmes ; je crois qu’ils croient aux causes dont ils seront plus tard les premiers à déplorer les effets, cela pour citer par pur artifice analogique de grammaire un grand ancêtre qui fut souvent cité ces dernières années… Bref, ceux-là, aucun intérêt pour nous.)

… Non, je parle ici des segments divers qu’on trouve dans ce fourre-tout qu’on pourrait nommer “antiSystème”, ou bien “dissidence”, ou bien “marginaux” et ainsi de suite, pourvu qu’il s’agisse d’esprits indépendants par rapport aux moyens de pression habituels. Les désaccords bruissent et les jugements s’empilent et se répètent : Macron est un menteur, il est l’homme de la banque, il est arrogant, il est l’homme de Bruxelles et un globaliste indécrottable, etc. … Et par-dessus tout, bien entendu, Macron c’est de la com’, – d’abord de la com’, encore de la com’, toujours de la com’ !

Là, sans aucun doute nous sommes bien d’accord, il s’agit sans aucun doute d’une créature toute entière faite de cette chose, comme l’est un socle et un piédestal de pure communication, – mais où il faut savoir que l’on peut éventuellement poser des accessoires supplémentaires et possiblement intéressants. Il faut aussitôt ajouter, dans une sorte de “et alors ?” enjoué, que l’appréciation (“homme de la com’”) n’est pas nécessairement infamante disons d’un point de vue réaliste, dans une époque où la puissance principale, celle qui règle tout, celle qui déclenche des événements imprévus, c’est la puissance de la communication.

Ainsi peut-être s’agit-il bien de cela : son discours, ses grands plans de rapprochement avec la Russie, oui, c’est peut-être bien de la com’, dans une époque qui n’est faite que de com’, – ce qui nous laisse avec un grand blanc dans le scripte et cette même lancinante question : “Et alors ?”.

Il y a quelques temps, commentant un texte lui-même de commentaire de la visite de Poutine à Brégançon, se trouvait exposée l’idée que Macron serait peut-être bien obligé “de faire du de Gaulle”, parce que, en un sens, il ne lui restait que cela à faire. Et nous écrivions effectivement en commentaire de ce commentaire, invoquant la haute référence « du Général soi-même » (le 19 août 2019) :

« Monsieur Bigot a complètement et rationnellement raison tout au long de son texte, jusqu’à sa dernière phrase et y compris cette dernière phrase : “En 2019, Macron pourrait être acculé par la réalité à faire du de Gaulle malgré lui.” Sans aucun doute, c’est ce qu’il faudrait faire sauf que, aujourd’hui, dans le contexte que nous connaissons, même un de Gaulle ne pourrait plus faire ‘du de Gaulle’, – à moins de partir rejoindre le Londres de Churchill ou le Baden de Massu, si la chose existait encore... Et de nous la jouer : ‘Un antiSystème parle aux antiSystème’. »

Je suis bien prêt à compléter ce jugement que je trouve, rétrospectivement, ou trop sévère ou un peu trop court c’est selon, – et je dirais finalement “un peu trop court” en attendant les événements qui suivirent… Je suis prêt à compléter ce jugement par cette phrase nette et sans appel : ce qui m’importe aujourd’hui, ce qui m’apparaît essentiel, nécessaire et suffisant, irrésistible pour tout dire, c’est l’événement providentiel et nullement l’homme providentiel.

Alors et dans ce cas, que m’importe que Macron ne soit point vertueux comme nous le voudrions, qu’il mente à tour de bras, qu’il soit de fausse culture et de culture maigrelette, qu’il n’entende rien à la géopolitique dont tous les experts-antiSystème font si grand cas en roulant de grands yeux. (… Parfois d’une manière un peu fatigante tant elle est impérative, cette manière de faire si grand cas, – il y a quelque chose de l’impératif-Système chez certains antiSystème, savez-vous ?)

Du moment qu’il a pris ce train en marche, Macron, il est bien et fort possible qu’il ait mis le doigt, ou disons la langue pour faire exotique, dans un terrible engrenage. Sa perspective, en effet, croise celle, absolument terrifiante, des fous de “D.C.-la-folle”, les ‘Staches’ Bolton et les Mark Esper, les poches bardées de fusées qu’ils espèrent bien fourguer à leurs employés européens pour les braquer sur Moscou séance trenante. Et là, vous pouvez m’en croire, au souvenir même de ce que fut la crise des euromissiles que je vécus si intensément entre 1979 et 1983 (*), nous entrons dans une terra incognita qui secouera l’Europe dans un bruit de tonnerre.

(Pardonnez-moi, mais je suis positivement stupéfait de l’absence complète d’inquiétude ou de précisions préoccupées à cet égard. Plus personne ne semble se souvenir de ce que furent ces années folles et fiévreuses, finalement une sorte de crise des missiles de Cuba s’étendant sur quatre années et enveloppant toute l’Europe de ses perspectives de tonnerre et de feu. Personne ne semble comprendre que la liquidation du traité FNI par les USA à l’automne 2018 est l’événement déstructurant essentiel de l’architecture de containment du risque suprême de la Guerre froide.)

… Alors voici : si les choses continuent comme la com’ nous en indiquent le chemin, avec la porte de l’hôpital psychiatrique d’outre-Atlantique qui n’est même pas fermée à clef et qui est même ouverte à tous les vents, – ce sera un événement providentiel, même si Macron n’est pas notre homme providentiel !

… Car il nous faut un événement providentiel, au risque le plus terrible qu’on puisse imaginer, car il faut que les forces puissantes qui nous accompagnent tranchent enfin le nœud gordien. Car il nous faut ceci : “Levez-vous, orages désirés !” Ce que nous devons attendre des événements en cours et en-marche, ce n'est pas tant une amélioration des relations franco-russes que la montée à son paroxysme de la crise de la présence US en Europe, de l'occupation de l'Europe par les USA.

Peut-être bien remercierons-nous un jour le Ciel et les dieux qui s’y trouvent en pleine rigolade d’avoir eu un Macron qui n’est rien que de la com’, car cela signifie avoir l’esprit court et ne pas penser à toutes les conséquences. Inconscient du danger et poussé par la com’ et la lumière qu’elle dispense, peut-être est-ce ainsi que l’on se précipite pour déclencher des événements providentiels… Pour un événement providentiel de cette sorte, il faut un homme qui ne le soit pas, une cervelle d’oiseau, une légèreté inconséquente, un de ceux qui ne mesurent pas les conséquences de ces actes tout entiers dictés par la com’ ; un homme de son temps, quoi...

 

Note

(*) La crise va en fait de 1977 (alerte du chancelier Schmidt concernant le déploiement de SS-20 soviétiques) à décembre 1987 (signature du traité FNI). 1979-1983, c’est la phase d’une extrême tension, d’une tension inouïe, où la possibilité d’un conflit était quotidienne.

  • 3 septembre 2019 à 00:00

Notes sur Macron le russophile

Par info@dedefensa.org

Notes sur Macron le russophile

2 septembre 2019 – On a déjà eu sur ce site des échos des divers événements diplomatiques que le président français Macron a développés depuis la visite de Poutine à Brégançon. Il y a eu notamment des échos du discours aux ambassadeurs du 28 août, qui s’est révélé sur le fond comme un texte que certains pourraient juger révolutionnaire avec bien des arguments. Bien entendu, il ne s’agit pour l’instant que de communication, mais d’une telle tension dans le contenu qu’il y a là un événement politique ; pour l’instant également, même s’il y a événement politique il n’y a, à proprement parler et sur les thèmes essentiels, pas encore de politique, et notamment pas encore de politique avec son contenu opérationnel. Nous sommes ici pour apprécier s’il peut y en avoir, et si oui comment et dans quelles conditions.

Tout cela signifie-t-il que Macron a un Grand Dessein, une Grande Politique ou quelque chose de cette sorte ? Pas de réponse pour l’instant, et sans doute même au-delà continuera-t-on à ignorer comment répondre ; mais l’on doit voir également et essentiellement qu’il n’importe guère, dans la circonstance complexe où nous sommes, que Macron ait ou n’ait pas un Grand Dessein/une Grande Politique dès lors qu’il a pris la direction qu’on lui voit prendre ; dès lors qu’il a bien compris, lui qui est essentiellement un homme de communication, que cette “direction qu’on lui voit prendre” est, du point de vue de la communication dans tous les cas (du reste aussi mais c’est un autre point de vue), la plus intéressante et la meilleure possible, – si l’on veut adopter son langage, “le meilleur investissement de communication, avec retour de dividendes”… Là-dessus, l’on verra que la politique, que la pression opérationnelle, non seulement ne démentent pas la communication mais ne laissent d’autre choix que de faire ce qui est en train d’être fait, pour encore exister au niveau où Macron désire se tenir ; “retour sur dividendes”, là aussi, mais dans une affaire dont l’enjeu va bien au-delà “des affaires”, notamment de communication.

Au fait, il est question de la Russie

Bien entendu, nous parlons essentiellement de la Russie comme Macron lui-même, qui, dans toutes ses interventions de ces dernières semaines, qui prétendaient être à portée générale et globale, a parlé essentiellement de la Russie selon ce que notre point de vue et l’oreille que nous lui avons prêtée nous invite à conclure. C’est sur ce point précisément que l’on peut et que l’on doit voir si une politique avec un contenu opérationnel peut s’ébaucher. La reprise de contact avec la Russie et les contacts de “suivi”, – c’est-à-dire de l’“opérationnel” avec une rencontre des ministres de la défense et des affaires étrangères à Moscou ce mois-ci, pour la première fois depuis 2012 dans un autre monde, – ont finalement été accueillis sans trop de protestation, beaucoup moins dans tous les cas qu’on aurait pu attendre d’un monde de la communication, des salons et des élitesSystème marqués par une russophobie et un antirussisme extrêmes sinon pathologiques depuis bien une dizaine d’années.

On prendra l’interview ci-dessous de Jean-Pierre Chevènement comme une sorte de point de vue d’un officieux, nettement représentatif du courant souverainiste qui se rapproche radicalement de Macron à cette occasion, et également Chevènement comme homme des rapports discrets entre les Russes et le président Hollande, du temps de Hollande et “le Che” soumis alors à la portion congrue d'une politique fermée et inexistante sans aucune raison réaliste à-la-française. On la prendra également comme une intervention qu’on jugerait presque, bien que Chevènement soit sans aucun doute un homme indépendant, comme une intervention “autorisée”, c’est-à-dire reflétant hors de toute institutionnalisation et hors de toute contrainte formelle le point de vue de la présidence, avec notamment un jugement impératif concernant le traitement qui sera fait, – avertissement sans frais, – à toute éventuelle opposition du fameux “État profond” à la politique russe qui est lancée. 

On observera dans cette interview : 
D’abord qu’elle est donnée à RT-France (le 28 août) ; c’est normal dira-t-on puisqu’il s’agit de la Russie mais c’est ironique ajoutera-t-on  lorsqu’on entend Chevènement, si proche de Macron sur ce point, parler à un réseau que les troupes macronistes et le président en tête ne cessent de dénoncer comme un détestable et insupportable “organe de propagande” ;
Ensuite, qu’elle démarre sur un plan très général du fait de l’intervieweur du réseau russe lui-même («…la rentrée d'Emmanuel Macro est marquée par une activité extraordinaire sur le plan international. Peut-on parler d'un retour de la France comme puissance diplomatique de premier plan ? »), mais qu’elle est aussitôt orientée par l’interviewé vers le sujet de la Russie et des relations avec la Russie, apparaissant ainsi comme absolument central.

L’interview de Chevènement à RT-France

RT France : « Rencontre avec Vladimir Poutine à Brégançon, médiation de la crise iranienne, le sommet du G7 à Biarritz : la rentrée d'Emmanuel Macron est marquée par une activité extraordinaire sur le plan international. Peut-on parler d'un retour de la France comme puissance diplomatique de premier plan ? »

Jean-Pierre Chevènement : « La France est une grande nation politique depuis très longtemps. Elle est membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et a à la fois une politique européenne et une politique mondiale. Par conséquent, le président de la République, qui est un homme très actif et très entreprenant, a pris de nombreuses initiatives à l’occasion de la rentrée 2019. La première a été celle de l’invitation de Vladimir Poutine à Brégançon et tous les échos qui en sont revenus sont des échos favorables. Disons que le contact entre les deux présidents est un excellent contact.
» Je pense que des rendez-vous importants ont été pris, comme celui de nos ministres de Affaires étrangères et de la Défense qui doivent se rencontrer dans une dizaine de jours, mais également la réunion en format de “Normandie” des quatre dirigeants [Russie, Ukraine, France et Allemagne] pour voir s’il est possible d’arriver à l’application des accords de Minsk. C’est cela qui débloquera la situation à tous égards, y compris le retour de la Russie au sein du G8. Il faut que ces accords de Minsk puissent aboutir en reconnaissant à la fois aux populations russophones de l’est de l’Ukraine leur droit culturel, à savoir la possibilité de donner un enseignement en russe à leurs enfants, et puis d’autre part il faudra que l’Ukraine, au terme de ce processus, puisse récupérer sa frontière. Cela a toujours été l’intention de la Russie qui n’a jamais eu de visées annexionnistes sur le Donbass. Par conséquent c’est un résultat qui devrait être apporté à condition qu’il n’y ait pas d’obstacle de la part du nouveau président ukrainien. Les échos qui m’en reviennent sont relativement favorables. Nous pouvons être, comme l’a déclaré le président Poutine, “relativement optimistes”.
» La France est très présente sur de nombreux champs d’intervention comme l’Iran. Le ministre iranien des Affaires étrangères est venu à Biarritz où il a pu rencontrer le président de la République. D’autre part le président Trump a évoqué la possibilité qu’un sommet entre l’Iran et l’Amérique puisse se tenir. Ce sont des nouvelles relativement positives. La France a repris l’initiative d’une politique européenne et mondiale incluant la Russie qui est à nos yeux un grand pays d’Europe.

RT France : « Sur le volet russe, Emmanuel Macron semble avoir changé de stratégie en multipliant les gestes envers Moscou. Pourquoi ce changement de ton ? Quelles sont les perspectives d'une telle politique selon vous ? »

Jean-Pierre Chevènement : « Je ne pense pas qu’il y ait un changement d’attitude du président Macron. Dès la réunion à Versailles avec le président Poutine, en 2017, il avait émis des signaux positifs sur l’importance qu’il comptait rendre au dialogue entre la Russie et la France. Il poursuit sur cette lancée et le dit d’une manière de plus en plus claire.
» Des initiatives ont suivi et, normalement, ce grand axe de notre politique étrangère a été solennellement réaffirmé par le président Macron. Bien sûr qu’il y a des obstacles et des gens que ce rapprochement n’arrange pas. Mais ces obstacles doivent être vaincus et le président Macron a eu des paroles tout à fait éloquentes concernant les résistances de “l’État profond” et ces résistances doivent être vaincues.

RT France : « Dans son discours devant les ambassadeurs, Emmanuel Macron a mis en garde contre une éventuelle résistance de “l’État profond” au nouveau cap annoncé par le président. Cet “État profond” existe-t-il en France ? »

Jean-Pierre Chevènement : « Il existe partout, y compris en Russie. Il y a des gens qui entendent faire comme ils ont toujours fait. Ils pensent tout savoir et n’ont pas d’ordres à recevoir. Emmanuel Macron a rappelé à juste titre que le décideur en dernier ressort c’est le président de la République dans les institutions françaises et que par conséquent les orientations qu’il donne doivent se traduire sur le terrain. Il a appelé nos diplomates à faire preuve de la même audace que celle qu’il a montrée sur de nombreux dossiers et particulièrement sur la question d’un rapprochement avec la Russie qui répond à l’intérêt mutuel. Une certaine russophobie qui existe dans certains milieux devrait mettre une sourdine à son expression. La démocratie est le pouvoir du peuple et le président de la République est élu par le peuple. »

RT France : « La couverture médiatique de la visite de Poutine en France a pourtant été assez négative, de nombreux titres très critiques à l’égard de l’initiative du président. Votre commentaire ? »

Jean-Pierre Chevènement : « Les médias ne font pas partie de la sphère de l’État par conséquent l’État profond ne les concerne pas. Les médias sont toujours libres de commenter à leur manière. Je ne suis pas aussi négatif parce que j’ai vu que même des journaux dont je connais l’orientation tenaient compte de l’orientation nouvelle donnée par Emmanuel Macron à notre politique vis-à-vis de la Russie. »

RT France : « Ces derniers jours, Emmanuel Macron semble parler au nom de toute l'Europe. Pourtant il a préconisé une “indépendance diplomatique et l'autonomie stratégique” de la France sur le plan international. Quel est votre avis sur cette question ? »

Jean-Pierre Chevènement : « La France est évidemment un pays indépendant et elle le montre en prenant des initiatives mais elle ne le fait pas contre les pays voisins, européens ou autres. Emmanuel Macron s’attache à maintenir un climat cordial y compris avec le président Trump. C’est ainsi qu’on peut le faire bouger et faire évoluer les choses donc la politique de la France est une politique indépendante mais pas une politique d’hostilité vis-à-vis de quiconque. Nous essayons de trouver les compromis souhaitables et en particulier en Europe. Emmanuel Macron a souhaité souligner l’importance d’une architecture européenne de sécurité et de confiance. Par conséquent il y a peut-être des commentaires désobligeants mais vous ne pouvez pas empêcher des gens qui ont été sur une ligne négative de faire des commentaires quand il leur faut changer de ligne. C’est humain. »

Fabrication d’une “politique européenne”

La dernière question est intéressante : « Emmanuel Macron semble parler au nom de toute l'Europe. Pourtant il a préconisé une “indépendance diplomatique et l'autonomie stratégique” de la France sur le plan international... ? » Et la réponse en bord de fuite tangentielle, – ou dirait-on borderline aujourd’hui, –  ne l’est pas moins : « La France est évidemment un pays indépendant et elle le montre en prenant des initiatives mais elle ne le fait pas contre les pays voisins, européens ou autres… » La politique française est donc “indépendante” et “européenne” par proximité, bonne entente et bon voisinage sinon copinage très sympathique, voire même et “y compris” (!), – il ne faut pas oublier les amis les plus francs, – “euro-atlantiste” (« Macron s’attache à maintenir un climat cordial y compris avec le président Trump »).

Il reste que le diagnostic que nous posions il y a peu, avec le regard sévère du sceptique qui demande tout de même à voir, reste, – lui par contre, – entièrement valable : « Par conséquent, la France peut évoluer (dans un sens spatial, sur le devant de la scène), nul ne l’en empêchera ; simplement, nul ne viendra se joindre à elle, et encore moins quoi que ce soit qui ressemble à une “politique européenne”. D’une certaine façon, on pourrait objectivement et cyniquement observer que ce pourrait être une chance pour la France, malgré Macron et ses hoquets-hochets européens. »

Macron lance en effet sa “nouvelle politique russe” aussitôt et sans discussion baptisée “politique européenne” alors qu’apparaît complète la paralysie de “l’Europe” dans le chef de toutes les forces qui, hors la France, pourrait contribuer à sa politique extérieure et de sécurité. Il y a la conjonction de plusieurs événements neutralisant les trois forces principales qui, avec la France, peuvent peser dans une telle entreprise : 

L’effritement du pouvoir allemand (confirmation avec les résultats d’hier en Saxe et dans le Brandebourg) et l’affaiblissement économique prononcé font perdre toute sa vigueur européenne soi-disant offensive à l’Allemagne, qui est de plus régulièrement humiliée par l’administration Trump. Aujourd’hui, l’Allemagne s’efface littéralement, devient informe comme s’il s’avérait que cette forte substance au cœur de l’Europe était privée d’essence ;
La catastrophique situation britannique se trouve toute entière décrite dans le “tourbillon crisique” spécifique qu’on sait, – inutile d’en dire tellement plus ;
Le départ de l’équipe des dirigeants européens, et particulièrement de Frederica Mogherini qui tenta vainement de mettre en place quelques éléments d’une véritable politique extérieure européenne (elle fut très active dans la réalisation du traité JCPOA avec l’Iran). Mogherini avait acquis à cause de cela une notoriété réelle et une reconnaissance chez ses pairs, aussi bien des pays de l’UE que de la Russie ; elle est remplacée par l’actuel ministre espagnol des affaires étrangères Josep Borrell qui ne bénéficie d’aucun avantage particulier pour le sortir de l’anonymat avant longtemps.

Il ressort de tout cela que seule la France est aujourd’hui capable d’agir parce que sa structure particulière, son histoire, sa tendance fondamentale à la souveraineté et à l’indépendance quelles que soient les circonstances jusqu’aux plus catastrophiques et les directions de même sinon pire, permettent de séparer sa possibilité d’action extérieure dans le domaine de la situation intérieure, évidemment crisique parce que c’est la France et parce que la Grande Crise nous frappe tous, et la France particulièrement.

Ainsi peut-on, en toute tranquillité, développer une politique française en la qualifiant d’“européenne”, puisque la France est en Europe et qu’aucune autre nation ni entité n’est capable ni ne veut aujourd’hui développer une véritable politique extérieure et de sécurité en Europe, prenant en compte le fait de l’existence de la Russie. John Laughland salue justement cette politique comme la prise en compte classique des formes et des forces géopolitiques, au contraire des ersatz de non-politiques émanant notamment de l’UE, et prenant en compte à la fois les utopies et l’absence de forme des “valeurs postmodernes”, et la vassalisation automatique aux USA.

« Emmanuel Macron semble donc avoir confirmé sa croyance en la théorie classique des relations internationales, selon laquelle ces relations doivent être conduites selon les réalités discernables de la puissance et de la géographie, et non selon les tentations idéologiques trompeuses.
» En bref, il a énoncé une vision fondée sur l'État plutôt que sur les valeurs.
» Il est frappant de constater que cette approche est diamétralement opposée à celle de l’Union Européenne en tant qu'institution au cours des cinq dernières années, s’efforçant de retrouver une certaine cohésion interne en présentant la Russie comme un épouvantail menaçant les valeurs postmodernes que défend l'Europe. En projetant par-dessus la tête des bureaucrates de l’UE le rôle spécifique de la France en tant que médiateur international, Macron a le mérite de poursuivre une politique véritablement européenne au lieu de la fausse politique dite “européenne” actuelle, conçue par les bureaucrates de Bruxelles pour satisfaire leurs propres lubies. »

(R)éveil de l’antiaméricanisme

Une explication supplémentaire peut être avancée, dont il est difficile de déterminer la chronologie profonde et le cheminement, ni de démontrer la réalité de son existence, mais qui frappe intuitivement par sa vigueur logique et sa correspondance avec les événements. Elle est suggérée par George Galloway, dans un article du 28 août 2019, sur le tournant politique amorcé par Macron.

« Mais Macron a aussi un autre mobile. Il sait que pour la grande majorité des Européens, – peut-être surtout en France, – le pays “à problème” n'est pas la Russie mais les États-Unis ; pas Poutine, mais Trump. Le taureau Donald Trump s’agitant furieusement dans le magasin de porcelaine de la Maison-Blanche a fait remonter à la surface une hostilité toujours latente à l'égard de la domination américaine, qui s’étend du gaullisme au parti communiste autrefois puissant et orienté vers Moscou… 
» Et cette angoisse, voire cette peur de l’insouciance et de l’inconstance américaine s'accroît rapidement dans tous les pays européens. Quelle que soit la motivation de Macron, et quels que soient les nombreux autres péchés qu'il a commis et continue de commettre, ne soyons pas trop exigeants. Après tout, il y a plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de repentance. »

Il s’agit d’une suggestion très intéressante et qui mérite d’être développée. Au début de la présidence Trump, après la folle campagne USA-2016, il était simple de séparer et d’opposer Trump au reste des USA type-American Dream mâtiné d'Hollywood et de Silicon Valley, de ce que le public européen peut percevoir comme une “super-Amérique raisonnable” et qui fut interprétée pendant huit années avec une maestria et une cooltitude exceptionnelles par le remarquable comédien qu’est Obama, Africain-Américain mais nullement blackface. Mais le temps a passé et Trump est resté et il est bien possible qu'il rempile pour quatre ans, avec ses tweets, ses humeurs, son incroyable unilatéralisme et son mépris de tous les engagements internationaux, ses menaces et ses voltefaces constantes, son insaisissabilité et l’impossibilité de capitaliser quelque confiance que ce soit sur son comportement ; et Trump finit effectivement par incarner l’Amérique, d’autant que l’alternative que nous offrent les démocrates semble une folie encore plus grande ; et l’on en vient effectivement à percevoir l’Amérique pour ce qu’elle est vraiment, cet énorme monstre blessé et hagard de la folie d’hybris poursuivant une politique nihiliste de chaos et de déstructuration, au nom d’une hégémonie qui n’existe même plus, comme Macron l’a fort justement dit.

La thèse de Galloway est séduisante : ce sentiment antiaméricaniste conduit effectivement nombre d’Européens, dans tous les cas, dans les opinions publiques, puis chez quelques dirigeants dont émerge désormais Macron, à regarder et à considérer, par contraste vivifiant, la Russie d’un autre œil, à l’écouter et à l’entendre d’une autre oreille

Importance centrale de feu le traité FNI

En faisant intervenir l’argument de l’antiaméricanisme, Galloway transporte la problématique générale sur un autre terrain, nous voulons dire sur le terrain “opérationnel”, où le tournant politique pris par Macron a une toute autre signification. Galloway avait d’ailleurs effleuré cet aspect par une remarque, plus haut dans son texte, alors qu’il se plaignait de la constante et consternante inconsistance du G7 : « Ainsi, par exemple, la question invisible du massacre du traité FNI par les États-Unis et de l'implantation de missiles nucléaires à courte portée en Pologne et en Roumanie par l'OTAN, – bien que constituant un danger clair et présent pour la paix dans le monde, – n'a pas été examinée. »

Au contraire du G7, Macron, lui, en a parlé, dans son discours aux ambassadeurs, dans un passage complètement tourné vers la question-clef de la sécurité européenne :

« Je crois qu'il nous faut construire une nouvelle architecture de confiance et de sécurité en Europe, parce que le continent européen ne sera jamais stable, ne sera jamais en sécurité, si nous ne pacifions pas et ne clarifions pas nos relations avec la Russie. Ce n'est pas l'intérêt de certains de nos alliés, soyons clairs avec ce sujet. Certains d'ailleurs nous pousseront toujours à avoir plus de sanctions, parce que c'est leur intérêt. Quand bien même ce sont nos amis. Mais ce n'est pas le nôtre [notre intérêt] très profondémentEt je crois que pour arriver à l'objectif que je viens d'évoquer, qui est celui de rebâtir un vrai projet européen dans ce monde qui risque la bipolarisation, réussir à faire front commun entre l'Union européenne et la Russie  […]  est indispensable.
[…]
» Nous devons être intraitables lorsque notre souveraineté ou celle de nos partenaires est menacée. Mais il nous faut stratégiquement explorer les voies d'un tel rapprochement et y poser nos conditions profondes. Il s'agit de sortir des conflits gelés sur le continent européen, il s'agit de repenser ensemble la maîtrise des armements conventionnels, nucléaires, biologiques et chimiques, parce que regardez la situation dans laquelle nous sommes plongés. Nous sommes dans une Europe où nous avons laissé le sujet des armements à la main de traités qui étaient préalables à la fin de la guerre froide entre les États-Unis et la Russie. Est-ce que c’est ça une Europe qui pense son destin, qui construit ?  Pour ma part je ne crois pas donc il faut avoir ce dialogue avec la Russie. La fin du traité FNI nous oblige à avoir ce dialogue parce que les missiles  [américains ?] reviendraient  sur notre territoire... »

Ainsi tous deux, Galloway et Macron, citent-ils ce point opérationnel fondamental de la fin du traité FNI, qui constitue la pierre d’achoppement de la grande crise européenne. (On en a vu beaucoup là-dessus : ici,ici,ici,ici, rien que pour le mois d’août.) 

De Versaille-2017 à Brégançon-2019

Lorsque Chevènement répond, à une question directe sur le “changement de stratégie” de Macron vis-à-vis de la Russie, « Je ne pense pas qu’il y ait un changement d’attitude du président Macron. Dès la réunion à Versailles avec le président Poutine, en 2017, il avait émis des signaux positifs sur l’importance qu’il comptait rendre au dialogue entre la Russie et la France. Il poursuit sur cette lancée et le dit d’une manière de plus en plus claire. », – lorsqu’il dit cela, Chevènement, il pousse diplomatiquement le bouchon un peu loin. Il y a les choses et l’esprit des choses.

Entre Versailles-2017 et Brégançon-2019, il y a ceci, qui est fondamental : la désintégration du traité FNI par des Américains-américanistes plus fous que jamais, avec “Staches” Bolton éructant et tout le monde suivant à la queue-leu-leu, y compris les “raisonnables” démocrates qui continuent à croire que ce sont les Russes qui ont installé Trump à la Maison-Blanche. C’est dire si les amabilités Poutine-Macron de Versailles n’ont rien à voir avec celles de Brégançon ; désormais, l’on parle de choses sérieuses, et les quatre ministres qui vont se voir à Moscou dans quelques jours auront des choses très importantes à se dire.

Tout le monde sait parfaitement qu’avec l’équipe actuelle, notamment avec le nouveau-venu Esper au Pentagone, le pire est de loin le plus probable. La fin du traité FNI a été faite autant pour encercler la Chine de missiles à portée intermédiaire que pour avoir les mains libres pour déployer des missiles terrestres de théâtre à têtes nucléaires en Europe. Pour les Français, qui ont gardé une culture nucléaire et dissuasive de base, et qui ont enregistré le fait de la fin de l’URSS, cette perspective est quasiment aussi inacceptable qu’elle l’est pour la Russie, voire plus encore puisque c’est l’Europe qui est prise en otage nucléaire par la bande de fous qui éructent la politique hyper-provocatrice de sécurité nationale de “D.C.-la-folle”. C’est pour cette raison absolument “opérationnelle” qu’à notre point de vue, Macron, avec le soutien sinon l’influence pressante, jusqu’à la pression pure et simple, des personnalités du domaine du temps de Mitterrand (Védrine, Chevénement) et leurs émules des générations suivantes, que la “politique russe” de Macron est moins en état de continuité par rapport à 2017 qu’en état d’accélération rupturielle.

Il est probable que les Russes commencent à admettre que les Français sont sérieux, qu’ils se sont enfin débarrassés de la narrative antirussiste pour voir d’où vient le plus clair danger. (Cela n’empêche pas, bien au contraire car l’on chérit les paradoxes et les incontinences, de poursuivre une croisade de croisière russophobe à l’intérieur, notamment contre les médias russes, croisade qui continue à résonner dans les salons et talk-shows parisiens. C’est comme cela que les choses fonctionnent avec diverses polémiques et narrative cloisonnées, qui ne sont nullement requises de répondre à une même logique objective d’autant qu’aucune référence, par conséquent aucune logique objective n’existe à cet égard pour la fugacité vagabonde des esprits postmodernes.)

L’enjeu est là, faites vos jeux

Ainsi l’enjeu est-il mieux fixé, dont on peut apprécier la puissance et les effets potentiels dévastateurs. Pour les Russes, la messe est dite depuis longtemps ; pour les Français, qui ont compris que la détermination russe contre ce qui se prépare est sans faille, il n’y a plus guère de choix sinon la reculade-débandade complète une fois que la voie est engagée, parce qu’il s’agit de rien moins que l’enjeu de la guerre nucléaire en Europe ; ils y ont, en tant que puissance nucléaire avec une force indépendante, une responsabilité particulière, qui éclipse tout le reste. La première ironie de cette situation, – il y en a tant d’autres et beaucoup de savoureuses, – c’est qu’en l’occurrence le véritable ennemi c’est bien l’“occupant américain” et nullement l’“ancien ennemi soviétique”.

Pour autant, baptiser une telle politique qui va se heurter en priorité à ce formidable enjeu immédiatement opérationnel “politique européenne”, en référence à l’UE (et sans oublier l’OTAN), c’est faire preuve d’une ironie crépusculaire. Les Européens sont très loin d’être sur une même ligne dans cette affaire, considérée d’une façon aussi large que possible :

• Il existe tout un “clan” antirussiste jusqu’à son dernier souffle, avec les pays baltes et la Pologne, – encore plus que l’Ukraine telle qu’elle est en train d’évoluer.
• On ne sait pas ce que peut espérer faire l’Allemagne, qui voudrait jouer au Kaiser européen et qui reste le principal entrepôt des forces US en Europe, des USA qui sont en train de mettre en place les conditions d’une crise majeure en Europe.
• Deux pays ont d’ores et déjà des installations qui peuvent recevoir quasiment d’une façon complètement dissimulée des missiles sol-sol à courte portée et pouvant porter une tête nucléaire : on parle des lanceurs US Mark-46 installés dans des bases US en Pologne et en Roumanie, sur les frontières russes de ces deux pays.
• Les USA ont des têtes nucléaires stockées dans plusieurs pays de l’UE (dont l’Allemagne, bien entendu), dont on ne sait ni le degré de modernisation, ni la capacité d’adaptabilité à des lanceurs pouvant éventuellement menacer la Russie.

Si Macron veut poursuivre sa politique de dialogue avec la Russie pour établir sa séduisante « nouvelle architecture de confiance et de sécurité », il ne peut faire l’impasse sur toutes ces situations où la Russie juge son existence même menacée ; d’ailleurs on ne lui en donnera pas une seconde l’occasion, – éventuellement du côté US et de ses vassaux, du côté de l’OTAN, etc., où l’on devrait accentuer les pressions pour le surarmement.

La France s’est engagée sur une voie très délicate et très dangereuse, une voie qui dévoile tous les simulacres et les impostures accumulés pendant trois quarts de siècle d’influence, de domination et d’occupation du continent européen, par les USA. Par ailleurs, elle n’a pas vraiment le choix de faire différemment, dès lors qu’elle envisage de s’affirmer diplomatiquement et au niveau de la sécurité en Europe. Au bout du chemin, elle se heurtera au monstre inamovible qu’on sait, doté aujourd’hui d’une direction plus souvent en état de démence qu’en état de vacances. On s’oriente par conséquent vers des conditions crisiques extrêmement sévères, extrêmement complexes, extrêmement déstructurantes pour toutes les structures en place aujourd’hui en Europe. Cela risque d’aller très vite, parce que le trio Bolton-Esper-Pompeo n’est pas du genre à attendre.

  • 2 septembre 2019 à 00:00

Des Habsbourg aux Windsor

Par info@dedefensa.org

Des Habsbourg aux Windsor

Martin Sieff, grand journaliste aux USA (agence UPI) avant de “passer à la dissidence”, trace un parallèle saisissant entre deux grandes familles royales et impériales, leurs deux empires et leurs sorts fatals : les Habsbourg d’Autriche-Hongrie et les Windsor du Royaume-Uni. En effet, il ne fait aucun doute pour Sieff que le “coup d’État” de “BoJo”-Boris Johnson (suspension du Parlement jusqu’au 16 octobre) est la décision spectaculaire qui scelle le sort tragique de l’effondrement britannique en cours depuis le vote du Brexit et ce qui a suivi. L’appréciation de Sieff n’est pas tant d’être “pro” ou “anti” Brexit, mais d’apprécier combien cet événement jusqu’au coup d’éclat de “BoJo” a été le choc qui a précipité la  chute de cette « élégante vieille maison gothique charpentée de bois précieux qui a été minée par des termites pendant des générations » sans que nul ne s’en avise.

Il s’agit moins d’un jugement politique, ou même d’une prévision métapolitique, que d’une vision analogique rapprochant ces deux destins tragiques au travers d’une succession de coups du sort et de la pression d’un destin fatal. Il est vrai que Sieff sait trouver les événements qui justifient cette analogie, jusqu’à cette étonnant coïncidence du règne de François-Joseph jusqu’à la chute de l’Empire, durant 68 ans, ce qui est le plus long règne de notre histoire commune, en passe d’être rejoint par Elizabeth II dont le règne entre dans sa 68èmeannée.

Ce travail d’historien prophétique, se nourrissant de perceptions et d’intuitions rencontre cette espèce de sensation que nombre d’entre nous ressentons, de l’épuisement vital du Royaume-Unis, un peu à l’image de cette Reine à la fois magnifique et surannée, dont on découvre qu’elle est nonagénaire et qu’elle vit une longue décadence depuis cette année 1992 qu’elle qualifia d’Annus horribilis dans son discours du 24 novembre 1992.

Le texte de Martin Sieff a été publié sur le site Strategic-Culture.orgle 30 août 2019.

dde.org

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Les Windsor et le sort des Habsbourg

Une fière dynastie impériale a dominé un continent entier pendant un demi-siècle. Même lorsqu’elle a été contrainte d’abandonner son rôle mondial, elle demeura l’esprit et l’âme d’un immense empire central en Europe. Sa capitale est devenue un mythe avec sa culture irradiante, son théâtre sans égal, sa musique extraordinaire qui a envoûté le monde entier. En complet contraste avec son passé impérial, elle se glorifiait d'être devenue un exemple de tolérance et de diversité pour le monde entier.

Et puis, soudainement, sans signe prémonitoire, tout a mal tourné. Le grand empire s'est effondré, ne laissant qu'un petit lambeau de territoire isolé, dominé par une immense et si fière ville impériale qui ne pouvait même plus se nourrir, et encore moins assurer sa subsistance économique. La famille impériale fière et digne de l'empire avait été impliquée dans une suite de scandales sordides, bizarres et finalement tragiques.

S'agit-il de l'histoire du légendaire Empire des Habsbourg d'Autriche-Hongrie au cours du demi-siècle jusqu’à sa dissolution à l’issue de la Première Guerre mondiale ? Bien sûr. Et c’est exactement le même sort terrible qui s’abat aujourd'hui sur le Royaume-Uni.

Le Royaume-Uni n'a jamais été conquis et occupé par aucune puissance étrangère depuis 950 ans, soit depuis 1066. Elle n'a subi aucune révolution ni guerre civile depuis les années 1640, il y a plus d'un tiers de millénaire.

Pourtant, soudainement, à la suite de sa décision tout juste majoritaire en 2016 (52 pour cent contre 48 pour cent) de quitter l'Union européenne, le Royaume-Uni s'effondre de toutes parts. On dirait que s’écroule brusquement une élégante vieille maison gothique charpentée de bois précieux qui a été minée par des termites pendant des générations, – mais personne ne s'en était aperçu.

En même temps, la famille royale britannique, depuis des centaines d'années l'incarnation de la dignité publique, du décorum et du bon sens discret (du moins apparaissaient-ils ainsi) est devenue la proie de l’avidité des tabloïds à scandale. Chaque faux pas, chaque embarras et chaque scandale est instantanément présenté avec fracas à une audience mondiale de milliards de personnes avides de sensations morbides.

La fière dynastie britannique des Windsor est-elle sur le point de suivre la voie des Habsbourg d'Autriche ? C’est exactement le cas. A cause de l’échec que marque la crise du Brexit, le Royaume-Uni est sur le point de se désintégrer, l'Écosse et l'Irlande du Nord empruntant des chemins différents et laissant la Petite Angleterre isolée, confuse et en crise économique, tout comme l'Autriche dans les années 1920.

Les parallèles entre les Royalsbritanniques et leurs malheureux prédécesseurs Habsbourg sont troublants. Le désordre qui s’étend est encore présidé par une souveraine incroyablement âgée, élevée dans un monde oublié et disparu depuis longtemps, universellement respectée pour sa probité et sa dignité mais qui ne semble généralement pas avoir la moindre idée de ce qui se passe autour d’elle.

Pour les Habsbourg, c'était l'empereur François-Joseph, – toujours vénéré à Vienne aujourd'hui. Il régna pendant 68 ans, ce qui demeure le plus long règne de l'histoire de tous les monarques depuis Pépi II de la sixième dynastie de l'Égypte ancienne.

Et aujourd'hui, la reine Elizabeth II en est aussi à sa 68e année de règne et elle demeure presque universellement vénérée.

Comme François-Joseph, la Reine n’est pas épargnée par les déchirements, les humiliations personnelles et les scandales. Sa belle-fille, la princesse Diana, est devenue une icône charismatique et romantique qui a envoûté le monde entier comme personne ne l’avait fait depuis Marilyn Monroe, et elle a divorcé de son mari héritier sans doute privé du trône, le prince Charles. Puis elle est morte tragiquement dans un accident de voiture dans un tunnel parisien. Les rumeurs de conspiration et d'assassinat secret bourdonnent toujours autour de cette mort.

Le prince héritier Rudolph, le fils unique de François-Joseph, libéral, réformateur et très aimé du peuple, mourut aussi violemment, apparemment par suicide à 30 ans avec sa maîtresse encore adolescente, la baronne Mary Vatsera, dans le pavillon de chasse de Meyerling en 1889. Ce n’était un secret pour personne que François-Joseph et Rudolph se détestaient et que la mort du jeune couple a été l’objet du soupçon de meurtre parce que le fils était déterminé à accorder la pleine indépendance à la Hongrie dès son accession au trône.

La mère de Rudolph, l'impératrice Élisabeth (“Sisi”), extraordinairement belle et accomplie mais également instable, connut également une fin violente. Elle fut poignardée à mort par un anarchiste sur le bord du lac à Genève, en Suisse, en 1898.

Le sombre destin des Habsbourg ne relâcha point son emprise. Plus tard héritier du trône, l'archiduc François-Ferdinand et son épouse bien-aimée Sophie furent abattus par un terroriste serbe dans la ville de Sarajevo, en juin 1914. Les derniers mots de l'archiduc furent « Sophie ! Sophie ! Ne mourrez pas ! Vivez pour nos enfants ! » C'est cet attentat qui a amené l’ancien empire à enclencher le mécanisme vers la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle il fut complètement détruit.

Sombre ironie, François-Ferdinand avait prévu la guerre et son issue. Depuis 1912, il s'était battu pour empêcher le chef d'état-major de l'armée impériale, le maréchal Franz Conrad von Hotzendorf, amoureux de la guerre et criminellement incompétent, de la susciter et de la provoquer.

S'il y a un Conrad von Hotzendorf qui hante aujourd’hui les couloirs du Palais de Buckingham, la résidence principale de la dynastie des Windsor, c'est le nouveau Premier ministre Boris “BoJo” Johnson, un autre bouffon incompétent et avide de pouvoir qui rêve de devenir le second Oliver Cromwell d'Angleterre (un seul, c’était déjà trop).

Le mercredi 28 août, en suspendant le Parlement Johnson a prévalu sur tout ce que représente la vieille reine Elizabeth. Il a liquidé près de 360 ans de règne constitutionnel en Angleterre depuis la restauration de la monarchie en 1660 après la mort de Cromwell et il a fait de la reine la complice de son forfait.

La fin de la monarchie et l'effondrement final du Royaume-Uni sont maintenant certains. Cela viendra vite.

Martin Sieff

  • 1 septembre 2019 à 00:00

Macron et la déshérence du projet occidental

Par info@dedefensa.org

Macron et la déshérence du projet occidental

Philippe Grasset a eu le nez creux en relevant ce texte extraordinaire. Que se passe-t-il quand le représentant du système se met à parler juste, quand il nous coupe l’herbe sous le pied ? Car Macron peut désintégrer son opposition antisystème avec ce discours aux ambassadeurs, qui succède à un fauxG7-simulacreoù le Donald s’est fait piéger comme un alevin. 

Macron avait reçu Poutine après son élection, et il l’a revu à Brégançon, mettant fin à la débile/soumise diplomatie héritée des années Hollande-Obama. Et comme en plus il reconnaît la violence de l’ordre néo-libéral financiarisé et la logique des révoltés… en bref, on a un chef d’Etat qui a compris, ce qui vaut mieux qu’un chef d’Etat qui fait semblant de nous avoir compris. On étudiera ici la justesse de la pensée, et pas les résultats d’une politique qui nous indiffère du reste.

Et dans ce long discours (17 000 mots) dont on a surtout apprécié la première partie analytique, on a relevé cette observation sur la fin de la domination occidentale :

« Nous le vivons tous ensemble ce monde et vous le connaissez mieux que moi, mais l'ordre international est bousculé de manière inédite mais surtout avec, si je puis dire, un grand bouleversement qui se fait sans doute pour la première fois dans notre histoire à peu près dans tous les domaines, avec une magnitude profondément historique. C'est d'abord une transformation, une recomposition géopolitique et stratégique. Nous sommes sans doute en train de vivre la fin de l'hégémonie occidentale sur le monde. »

Puis, comme un savant synthétiseur qu’il est, Macron rappelle finement :

« Nous nous étions habitués à un ordre international qui depuis le 18ème siècle reposait sur une hégémonie occidentale, vraisemblablement française au 18ème siècle, par l'inspiration des Lumières ; sans doute britannique au 19ème grâce à la révolution industrielle et raisonnablement américaine au 20ème grâce aux 2 grands conflits et à la domination économique et politique de cette puissance. Les choses changent. »

Oui, l’Angleterre c’était l’usine, l’Amérique la guerre (froide, tiède, interminable, et il le fait bien comprendre). La France c’était la culture.

Ensuite, surtout, ce président incrimine la médiocrité occidentale et ses méchantes manières :

« Et elles sont profondément bousculées par les erreurs des Occidentaux dans certaines crises, par les choix aussi américainsdepuis plusieurs années et qui n'ont pas commencé avec cette administration mais qui conduisent à revisiter certaines implications dans des conflits au Proche et Moyen-Orient et ailleurs, et à repenser une stratégie profonde, diplomatique et militaire, et parfois des éléments de solidarité dont nous pensions qu'ils étaient des intangibles pour l'éternité même si nous avions constitué ensemble dans des moments géopolitiques qui pourtant aujourd'hui ont changé. »

Puis on remarque que le monde est de facto multipolaire malgré les twits de Dumb-Trump et Dumber-Bolton :

 « Et puis c’est aussi l'émergence de nouvelles puissances dont nous avons sans doute longtemps sous-estimé l'impact.

La Chine au premier rang mais également la stratégie russe menée, il faut bien le dire, depuis quelques années avec plus de succès. J'y reviendrai. L'Inde qui émerge, ces nouvelles économies qui deviennent aussi des puissances pas seulement économiques mais politiques et qui se pensent comme certains ont pu l'écrire, comme de véritables États civilisations et qui viennent non seulement bousculer notre ordre international, qui viennent peser dans l'ordre économique mais qui viennent aussi repenser l'ordre politique et l'imaginaire politique qui va avec, avec beaucoup de force et beaucoup plus d'inspiration que nous n'en avons. »

Essentiel aussi, on souligne l’habileté et la stratégie de ces nouveaux venus (encore que l’Inde de Modi fasse plutôt grimacer) qui contraste avecl’absence de méthode des américains, digne du colonel Kurz :

« Regardons l'Inde, la Russie et la Chine. Elles ont une inspiration politique beaucoup plus forte que les Européens aujourd'hui. Elles pensent le monde avec une vraie logique, une vraie philosophie, un imaginaire que nous avons un peu perdu. »

L’occident, coquille vide qui a perdu le sens, cela nous fait un beau débat, qui va de Goethe à Valéry… Enfin un qui a compris que la Chine et la Russie sont dirigées de main de maître. 

Vient une autre surprise. Le commis présumé des banques et des oligarques reconnaît que la matrice a fourché… Et cela donne :

« D'abord elle s'est profondément financiarisée et ce qui était une économie de marché, que certains avaient pu même parfois théoriser en parlant d'économie sociale de marché et qui était au cœur des équilibres que nous avions pensé est devenue une véritable économie d'un capitalisme cumulatif où, il faut bien le dire, d'abord la financiarisation puis les transformations technologiques ont conduit à ce qu'il y ait une concentration accrue des richesses chez les champions, c'est-à-dire les talents dans nos pays, les grandes métropoles qui réussissent dans la mondialisation et les pays qui portent la réussite de cet ordre. »

L’économie de marché nous replonge dans la pauvreté après un siècle et demi de succès :

 « Et donc l'économie de marché qui jusqu'à présent par la théorie des avantages comparatifs et tout ce que nous avions sagement appris jusque-là et qui permettait de répartir la richesse et qui a formidablement marché pendant des décennies en sortant de manière inédite dans l'histoire de l'humanité des centaines de millions de concitoyens du monde de la pauvreté,a replongé et conduit à des inégalités qui ne sont plus supportables. Dans nos économies, la France l'a vécu ces derniers mois, très profondément mais en fait nous le vivons depuis des années et dans le monde entier. Et cette économie de marché produit des inégalités inédites qui au fond viennent bousculer en profondeur là aussi notre ordre politique. »

C’est l’économie des manipulateurs de symboles dont nous avions parlé en citant Robert Reich (the work of nations).  Macron reconnaît et donc comprend la colère des classes moyennes :

« Quand les classes moyennes qui sont le socle de nos démocraties n'y ont plus leur part, elles doutent et elles sont légitimement tentées ou par des régimes autoritaires ou par des démocraties illibérales ou par la remise en cause de ce système économique… »

Et sur les britanniques qui ont voulu sortir de cette Europe bureaucrate notre orateur remarque :

« Et au fond, ce que les brexiteurs ont proposés au peuple britannique qui était un très bon mot d'ordre: reprendre le contrôle de nos vies, de notre nation. C’est ce que nous devons savoir penser et agir dans une nation ouverte. Reprendre le contrôle. Fini le temps où on expliquait à nos concitoyens la délocalisation, c'est l'ordre des choses, c'est une bonne chose pour vous. Les emplois vont en Pologne ou en Chine, au Vietnam et vous allez retrouver le … on n'arrive plus à expliquer cette histoire. Et donc, nous devons trouver les moyens de peser dans la mondialisation mais aussi de repenser cet ordre international. »

Une bonne petite mise au point sur les américains :

« Les Etats-Unis d'Amérique sont dans le camp occidental mais ils ne portent pas le même humanisme. Leur sensibilité aux questions climatiques, à l'égalité, aux équilibres sociaux qui sont les nôtres n'existe pas de la même manière.Il y a un primat de la liberté qui caractérise d'ailleurs la civilisation américaine très profondément et qui explique aussi nos différences même si nous sommes profondément alliés. Et la civilisation chinoise n'a pas non plus les mêmes préférences collectives pour parler pudiquement, ni les mêmes valeurs. »

Car Macron voudrait éviter la soumission à un bloc ou à l’autre. Il faudrait donc l’Europe.  Il ajoute étonnamment :

« Le projet de civilisation européenne ne peut pas être porté ni pas par la Hongrie catholique, ni par la Russie orthodoxe. Et nous l'avons laissé à ces deux dirigeants par exemple, et je le dis avec beaucoup de respect, allez écouter des discours en Hongrie ou en Russie, ce sont des projets qui ont leurs différences mais ils portent une vitalité culturelle et civilisationnelle, pour ma part, que je considère comme erronée mais qui est inspirante. »

Il préfère se réclamer de la Renaissance et des Lumières. Aucun commentaire.

Il nous rassure sur son armée :

« Nous sommes en passe de devenir de manière indiscutable la première armée européenne par les investissements que nous avons décidé, par la loi de programmation militaire, par la qualité de nos soldats et l'attractivité de notre armée. Et aujourd'hui, en Europe, personne n'a cette vitalité et personne n'a décidé ce réinvestissement stratégique et humain. Ce qui est un point essentiel pour pouvoir peser. Et nous restons une grande puissance diplomatique, membre permanent du Conseil de sécurité, au cœur de l'Europe et au cœur de beaucoup de coalitions. »

Il met en garde sur la Russie, tel John Mearsheimer :

« Je pense en plus que pousser la Russie loin de l'Europe est une profonde erreur stratégique parce que nous poussons la Russie soit à un isolement qui accroît les tensions, soit à s'allier avec d'autres grandes puissances comme la Chine, qui ne serait pas du tout notre intérêt. »

Une mise au point pour l’Amérique :

« Mais pour le dire en termes simple,nous ne sommes pas une puissance qui considère que les ennemis de nos amis sont forcément les nôtres ou qu'on s'interdit de leur parler… »

Et d’ajouter sur cette architecture de confiance et de sécurité qui lui avait valu les gluants sarcasmes du Donald :

« Nous sommes en Europe, et la Russie aussi. Et si nous ne savons pas à un moment donné faire quelque chose d'utile avec la Russie, nous resterons avec une tension profondément stérile. Nous continuerons d'avoir des conflits gelés partout en Europe.

Je crois qu'il nous faut construire une nouvelle architecture de confiance et de sécurité en Europe, parce quele continent européen ne sera jamais stable, ne sera jamais en sécurité, si nous ne pacifions pas et ne clarifions pas nos relations avec la Russie.Ce n'est pas l'intérêt de certains de nos alliés, soyons clairs avec ce sujet. »

On rappelle les faiblesses de la Russie – en les outrant certainement :

« …cette grande puissance qui investit beaucoup sur son armement, qui nous fait si peur a le produit intérieur brut de l'Espagne, a une démographie déclinante et un pays vieillissant, et une tension politique croissante. Est-ce que vous pensez que l’on peut durer comme cela ?Je pense que la vocation de la Russie n'est pas d'être l'alliée minoritaire de la Chine… »

Sur la Chine il rappelle :

« Nous respectons les intérêts et la souveraineté de la Chine, mais la Chine doit elle aussi respecter pleinement notre souveraineté et notre unité, et sur ce plan la dynamique européenne est essentielle. Nous avons commis des erreurs profondes il y a 10 ans sur ce sujet. »

Que d’erreurs occidentales décryptées… Et pour parler comme Laetitia, « pourvu que ça dure », cette lucidité et ce rapprochement avec la Russie. Pour le reste, les rassemblements nationaux et autres France insoumises ont du souci à se faire. Et les antisystèmes aussi…

Le fait d’avoir assimilé le basculement mondial de ces dernières décennies et d’avoir pris la mesure des inégalités créées par une économie postindustrielle ne donne pas à cette présidence une garantie pour échapper à l’échec ou à la manip’ ; mais reconnaissons aussi que pour la première fois depuis longtemps un esprit présidentiel est capable de saisir et d’analyser les grandes transformations de cette époque étrange.

  • 31 août 2019 à 00:00

De la profondeur de l’“État-profond”

Par info@dedefensa.org

De la profondeur de l’“État-profond”

31 août 2019 – Dans l’intense agitation diplomatique qu’a suscitée le président français Macron au moins depuis le 19 août (visite de Poutine à Brégançon), parmi les divers points remarquables mis en évidence l’un des plus insolites est l’emploi de l’expression “État profond” par Macron, et le brouhaha fait autour de cela. Les réseaux “fakenewsistes” russes ont deux textes intéressants là-dessus, Spoutnik-France le 27 août 2019 avec un texte de Hakim Salek interviewant le spécialiste français des relations internationales Romain Mielcarek, et RT-France le 29 août 2019, avec un texte reprenant toute cette “affaire” sémantique et ses significations politiques (« Emmanuel Macron face au défi de “l’État profond” »).

Fort justement, on nous avertit que cette expression a été popularisée disons “officiellement” aux USA par Donald Trump, qui fait en permanence fort grand fracas de sa “guerre” contre le DeepState ; il n’en reste pas moins que l’emploi de l’expression par un président français, comme l’a fait Macron, constitue un événement certes sémantique, mais aussi et d’abord un événement de communication qui a une forte résonnance politique. Il y a d’abord un point important qui est le phénomène de la reprise, dans la séquence politique actuelle, de cette expression par les plus hautes instances officielles ; le texte de RT-France cite un intervenant sur tweeter qui fait cette remarque :

« Par ailleurs, avant d’être utilisée par [Trump, l’expression] l’était par les milieux dits ‘complotistes’, ce que n’ont pas manqué de souligner plusieurs internautes. “Il faudra quand même m’expliquer comment un parti prétend lutter contre les ‘fausses nouvelles’ et la désinformation quand le Président lui-même (et du coup les députés LREM) reprennent et normalisent un vocabulaire complotiste comme ‘État profond’ », s’inquiétait l’un d’entre eux sur Twitter. »

... Là-dessus, j’introduis une réserve en précisant qu’à mon point de vue, “État profond” n’est pas une expression des “complotistes”, ou disons pas des seuls “complotistes”. C’est d’abord une expression de “dissidents” plus ou moins antiSystème, parmi lesquels des gens sérieux et honorables comme Peter Dale Scott et Philip Geraldi ; et parmi ces “dissidents”, l’on peut effectivement mettre des “complotistes”, là aussi avec cette expression délibérément fourre-tout puisqu’on y trouve des sérieux, des farfelus, des crédibles, des schizophrènes, etc., et plus récemment des officiels eux-mêmes car les hypothèses et accusations de “complots” contre le Système lancés à l’encontre de divers événements et mouvements (la Russie, les Gilets-Jaunes, etc.) n’ont pas manqué ces 3-4 dernières années.

Lorsque l’expression “État profond” avait fait sa réapparition “dans la séquence politique actuelle” (son origine remonte aux années 1990 et à la Turquie, mais très largement confinée à ce pays), un texte avait été publié sur ce site pour tenter d’établir une définition de la chose (le 10 août 2015 : « L’“État profond” selon Bhadrakumar, et définition »). On y faisait le constat que l’expression désigne assez logiquement une sorte de continuité structurelle de l’État qui n’est pas nécessairement mauvaise, bien au contraire, et notamment dans le cas français où l’État a toujours été particulièrement structuré. (C’était d’ailleurs le sens de la remarque prise comme argument de départ du texte, du commentateur indien M.K. Bhadrakumar, parlant de l’“État profond” russe qui avait permis à la Russie de survivre pendant les années 1990 à la désintégration puis au dépeçage de l’URSS.) Mais le cas qui nous occupe, venu de l’expression américaniste du DeepState a une forme complètement péjorative, et cela correspondant à la vérité-de-situation métahistorique des USAsi différente des nations structurée comme l’est la France… Je fais là une citation de ce texte, où est expliquée la “différence américaniste”, ce qui justifie cette “forme complètement péjorative” :

« Une remarque essentielle selon nous, que nous répétons souvent, doit dominer cette discussion : la différence fondamentale existant entre les USA et les notions historiques de “nation” et d’“État“, – avec les notions principielles liées à ces grands concepts politiques, dont la France qualifiée d’ailleurs de “Grande Nation” fut (et reste malgré tout au regard de l'Histoire) l’exemple de référence de leur application. Pour nous, les USA ne sont pas une “nation” dans le sens identitaire qui contribue à la légitimité et à la souveraineté de l’entité politique évoquée et ne disposent pas d’un État dans le sens régalien du terme contribuant lui aussi “à la légitimité et à la souveraineté de l’entité politique évoquée”. La cause en est que les USA n'ont explicitement pas été conçus comme une “nation” au sens historique, – et, pour nous, au  sens métahistorique  par conséquent, – et cela dès l’origine… 
[…]
» De ce fait, l’on comprend et l'on doit juger logique, à partir de la vérité métahistorique montrée par les évènements, que les auteurs US qui emploient le terme “État profond” soient en général des “dissidents” contestataires du régime actuel, et qu’ils donnent bien entendu une connotation absolument négative à sa définition, et cette définition effectivement réduite à cette connotation négative. A Washington qui produit aujourd’hui cette “politiqueSystème” infâme, ce qui se prétend État ne peut être qu’une imposture, avec un dessein caché, subversif, etc., et pire encore lorsqu'il s'agit d'organisations cachées émanant de ce non-État. A Washington n’existe qu’un gouvernement, une administration, qui est un pouvoir parmi d’autres pouvoirs, son action devant être la résultante la plus efficace et la mieux équilibrée des intérêts de ces autres pouvoirs. Plus précisément, le gouvernement est l’organe exécutif, qui n’a pas d’intérêt propre, qui est chargé de la gestion des intérêts des autres pouvoirs qui sont en fait des centres de pouvoir représentant eux-mêmes des intérêts en général privés, ou dans tous les cas sectoriels. Il n’y a pas d’État au sens principiel, donc il n’y a pas de bien public, donc il n’y a pas d’intérêt général. Celui qui crée ce qui est nommé “État profond” ne cherche pas à assurer une continuité du bien public et de l’intérêt général, mais au contraire à dissimuler disons au pseudo-contrôle démocratique, notamment au quatrième pouvoir qu’est la presse, le fonctionnement normal du système de l’américanisme... En ce sens, on pourrait dire que l’expression d’“État profond” est stricto sensu un non-sens pour les USA puisque ce qui n’existe pas ne peut avoir une émanation secrète plus “profonde” que lui, – mais dans ce cas, l’usage justifie l’emploi de l’expression, à condition qu’on en comprenne parfaitement la définition… »

Le temps a passé depuis 1788 et même depuis 2015, et cette distinction n’a plus guère lieu d’être aujourd’hui, dans cette si étrange époque, parce que les pouvoirs politiques sont partout atrophiés et impuissants, leurs légitimités réduites aux souvenirs, leur continuité semblable à une sorte d’encéphalogramme plat et au plus bas, ne transmettant qu’une absence d’ontologie. Par conséquent, et ceci comme un avatar logique de notre américanisation qui est en fait une entropisation, c’est bien la compréhension américaniste de l’expression, extrêmement péjorative, qui fait partout autorité.

L’expression est d’autant plus péjorative qu’elle s’est forgée, aux USA, dans un renforcement constant depuis la Guerre froide de la parcellisation des pouvoirs, de l’affirmation des bureaucraties et des intérêts particuliers, qui ont renforcé le néant régalien du pouvoir washingtonien. Sur ce point, je pense que l’on peut mettre en évidence des événements que l’histoire officielle n’a pas retenus, qui ont marqué une des dernières batailles du pouvoir politique US pour reprendre la main contre le DeepState, qui a eu lieu dans les années 1985-1990, comme une sorte de “miroir” des événements qui se déroulaient en URSS où Gorbatchev était occupé, – selon moi et malgré tout ce que peuvent dire ses détracteurs, – à attaquer le DeepState soviétique, et notamment son complexe militaro-industriel, – alors que survécut, comme l’a noté Bhadrakumar, un “État profond” de la nation russe comme survécut (ou réapparut) la Russie elle-même. Un passage d’un autre texte du site (du 7 janvier 2015) décrit ces événements “que l’histoire officielle n’a pas retenus” par le sous-titre « Coup d’État “à-la-Gorbatchev” de Bush-père » (Quelques mois auparavant ce “Coup d’État”, en décembre 1988, Gorbatchev avait annoncé le retrait unilatéral de 13 divisions de l’Armée Rouge de Tchécoslovaquie et de Hongrie.) :

« Concernant cet épisode, – il y en eut de multiples de cette sorte pendant la période, – il y eut une “réplique sismique” six mois plus tard. On voit à quel point l’action de Gorbatchev bousculait absolument tout, – non seulement la position soviétique, mais aussi la position occidentale et, bien entendu, la situation des relations Est-Ouest et par conséquent la situation du reste du monde.
» A la fin mai 1989, le président Bush (Bush-père) proposa lors d’un sommet de l’OTAN un désarmement des armes nucléaires de courte portée et des avions de combat affectés à cette tâche. Cette décision était annoncée unilatéralement, sans consultation d’aucune sorte, y compris de tous les alliés. La chose éclata comme une bombe et fut aussitôt interprétée comme une “réponse” aux initiatives-Gorbatchev de décembre 1988, pour tenter de tenir le rythme. Un mois plus tôt, en avril, une réunion des ministres de la défense de l’OTAN avait montré que la bureaucratie travaillait à pleine vitesse, et semblait devoir triompher, pour décider de la modernisation de ce type d’armements qui resteraient évidemment déployées, – le contraire de la proposition-Bush le mois suivant.
» Que s’était-il passé ? Bush-père avait simplement fait un coup d’État bureaucratique. Il avait saisi le dossier de ces armes des griffes de la bureaucratie, balancé aux orties le discours lénifiant qu’on lui proposait, rassemblé autour de lui un petit groupe d’experts (son conseiller de sécurité nationale Scowcroft, le secrétaire d’État Baker, l’amiral Crowe, président du comité des chefs d’état-major, etc.) pour travailler sur une décision exactement inverse et entrer dans le jeu de Gorbatchev. Ensemble, ils firent le discours-bombe du sommet de l’OTAN. La bureaucratie US/OTAN était furieuse mais tant pis pour elle.
» Un commentateur fit cette observation absolument fondamentale que “Bush menait désormais contre sa bureaucratie la même bataille que Gorbatchev contre la sienne”. (Une chose semblable, quoique moins élaborée, s’était produite en 1987. Reagan avait forcé à la signature d’un traité FNI [Force Nucléaires Intermédiaires/de Théâtre] avec l’URSS à un niveau zéro-zéro, – suppression complète de ces forces, – contre l’avis forcené de sa bureaucratie qui voulait conserver un seuil minimal de telles forces en Europe et voulait un accord à un chiffre réduit par rapport au nombre de systèmes déployés. Sorte de coup d’État bureaucratique, là aussi.) Il s’avérait alors que la “révolution-Gorbatchev” touchait l’Ouest également, où les directions politiques commençaient à se révolter contre leurs bureaucraties du temps de la Guerre froide, comme Gorbatchev avait pulvérisé la sienne. La lecture vraie de la situation politique d’alors balayait tous les antagonismes courants, les intérêts nationaux apparents immédiats, etc. C’était une vérité de situation sans précédent. »

Ce passage, dont je tiens certains détails de cette époque, appris par moi à cette époque à partir de sources extrêmement sûres, met en évidence des épisodes restés à peu près inconnus et qui mettent diablement à mal la narrative d’aujourd’hui selon laquelle les USA épuisèrent l’URSS dans une course aux armements échevelée, – alors qu’en fait, la course échevelée se faisait, à partir de 1986 après Tchernobyl, pour désarmer. Les dirigeants US étaient de la partie, et Reagan lui-même qui avait personnellement et en toute inconscience imposé le zéro-zéro du traité FNI qui paniquait sa bureaucratie, – je veux dire, pour retrouver mon sujet, qui paniquait son DeepState… Car ce qui est décrit là est bien une bataille entre la direction politique et le DeepState de la bureaucratie de sécurité nationale.

Ainsi peut-on voir que l’expression “État profond”, telle que nous l’utilisons aujourd’hui, correspond à une situation d’urgence où le pouvoir politique se trouve soudain devant la possibilité, sinon la nécessité d’une politique créative de rupture. Dans le cas évoqué, cette situation d’urgence créée par Gorbatchev que personne n’avait vu venir tel qu’en lui-même ; et dans ce cas, le pouvoir politique soudainement devenu ennemi du DeepState parce que ce représentant du Système, c’est-à-dire le pouvoir politique US ici, devenant soudainement vertueux à cause des événements et de l’accélération extraordinaire de l’Histoire. Il faut comparer les circonstances actuelles (Trump, Macron & Cie) avec cette circonstance d’il y a 30 ans et plus.

Pour clore cet épisode : finalement le DeepState, aidé par les neocon qui commençaient à éructer furieusement, reprit la main avec la chute du Mur de novembre 1989 et la perte de contrôle des événements par Gorbatchev. Il transforma une formidable coopération forcée par l’Histoire en une remise en ordre progressive, avec la narrative qui convient et qu’on nous sert aujourd’hui (les USA forçant Gorbatchev “dans une course aux armements échevelée”, et “remportant la victoire” dans la Guerre froide) (*). Cette narrative, à partir de la Guerre du Golfe provoquée par un montage du département d’État, enchaînant sur l’élargissement de l’OTAN jusqu’à la Russie, la guerre du Kosovo, l’exploitation before & after du 11-septembre, etc., est responsable de la politique de destruction et de déstructuration des USA telle que nous l’avons vécue depuis. Bush-père, un moment touché par la grâce, était vite revenu aux conditions qui allaient accoucher la “politiqueSystème”, les autres présidents suivant le train en marche, jusqu’à l’apparition de l’écueil inattendu de la candidature-bouffe de Donald Trump et le dérapage en plein hôpital psychiatrique de “D.C.-la-folle” et du DeepState lui-même.

En 1985-1989, personne ne parlait ni de DeepState ni d’“État profond”. Aujourd’hui, trente ans et presqu’autant de catastrophes plus tard, tout le monde en parle ; mais il s’agit de la même chose, de cette espèce de force maléfique qui se forme et se reforme selon des composants différents, dans des conditions différentes, pour conduire aux politiques catastrophiques que nous subissons. A la lumière de ces divers éléments, quelques réflexions en guise de conclusion :

D’abord, je crois impossible de définir ce qui est par définition indéfinissable (“cette espèce de force maléfique”) malgré l’expression dont on l’affuble, – DeepState ou “État profond” selon l’entendement d’aujoiurd’hui, – pour avoir l’air cohérent et l’air d’y comprendre quelque chose ;
Ensuite, je crois effectivement qu’il existe une force en marche dont l’origine et la composition dépassent l’entendement humain, et qui est à la source de cette époque catastrophique que nous vivons, – mais avec le secret espoir, moi, et même l’espoir souvent affirmé que cette force surpuissante est également autodestructrice ;
Enfin, je crois qu’à partir du moment où elle est nommée comme c’est le cas aujourd’hui, le domaine officiel adoptant une dialectique de “dissident”, et bien sûr quel que soit son nom, – DeepState ou “État profond” cela fait l’affaire, – cette force perd son principal atout qu’était sa dissimulation derrière les diverses machinations qu’élaborent nos esprits enfiévrés et imaginatifs, et qu’elle entre effectivement dans sa phase autodestructrice.

Ce dernier point est certes l’essentiel parce qu’il est immédiatement opérationnel. De ce point de vue, et après que le bouffon-Trump ait fait une moitié de chemin (l’emploi de l’expression par un bouffon, même président, lui donne un crédit bien insuffisant), l’adoption de l’expression par un président très comme-il-faut (Macron, certes) constitue un événement important sinon décisif. Cela indique, comme ce fut le cas en 1986-1989, que des directions qu’on jugeait inoxydables-Système pourraient être tentées, sinon (et plutôt) emportées par un courant de quasi-dissidence qui les conduirait à une position plus très éloignée de l’antiSystème. Tout cela, bien entendu, se fait, – sans rire et comme de coutume, – “à l’insu de leur plein gré”, sans que ni les uns ni les autres non seulement ne sachent ce qu’il se passe, mais plus encore ne sachent précisément ce qu’ils font.

 

Note

(*) Il y a beaucoup de textes comme celui-cisur le site allant résolument et radicalement contre cette thèse, qui viennent notamment de l’expérience de l’auteur, PhG soi-même, dans une période vécue “en temps réel” sur la question des rapports des dépenses de défense USA-URSS et le rôle de ces dépenses dans la période Gorbatchev. Le même auteur se permet de citer un extrait de son livre Le monde malade de l'Amérique, publié en 1999, – une note à l'introduction concernant cette thèse développée après-coup de l'effet soi-disant décisif de l'effort d'armement US sur l'économie de l'URSS. (Depuis, des archives déclassifiées ont montréla réalité à cet égard, et l’absence complète d’efforts soviétiques supplémentaires de défense durant la période Gorbatchev, par conséquent l’imposture de faire de l’effondrement de l’URSS la conséquence de dépenses de défense forcées par les USA, – narrative totale, narrative de fin de siècle pour un siècle nouveau...)

Extrait du livre Le Monde malade de l'Amérique :

« L'appréciation classique est que l'effort d'armement de Reagan (la SDI essentiellement, ou ''Guerre des étoiles'') a obligé l'URSS à suivre, et amené son effondrement. La thèse vint des milieux conservateurs américains (Richard Perle, Kristoll, etc.), mais elle est aujourd'hui servie presque unanimement en Occident. Elle permet de réchauffer avec ponctualité l'argument structurel des dépenses massives du Pentagone (face à d'autres éventuels ''ennemis''). Elle a pour premier but historique de justifier rétrospectivement l'effort américain de 1981-85, qui fut la cause conjoncturelle principale du déficit et du chaos budgétaire américain des années qui suivirent. Trois choses nous en font douter :
» (1) l'économie soviétique se caractérisait non par sa faiblesse ou sa force en termes occidentaux, mais par son irréalité. La fabrication d'armement n'était pas un choix pesant pour l'économie, c'était la structure même du fonctionnement ''non-économique'' de l'URSS. Certains aménagement massifs mais statistiquement non reconnus (par exemple, le marché noir faisant 20% du volume des échanges) permettaient à la population de vivre. La thèse selon laquelle l'économie soviétique a été ''étouffée'' (par son propre effort) nous paraît inappropriée : si elle avait continué comme elle faisait dans les années soixante et soixante-dix, c'est-à-dire en augmentant indéfiniment la production d'armements par ailleurs inemployés et déficients, elle aurait continué à les empiler sans autre forme de problème, et les lois de l'économie n'auraient pas été écornées puisqu'il n'y en avait pas ; le commerce occidental avec l’Est, trop intéressant pour les capitalistes, aurait continué à faire l'appoint.
» (2) Il y a eu une volonté de réforme interne à l'URSS, mais elle est née dans l'armée (qui voulait une meilleure qualité des technologies) puis dans les sphères du KGB (Andropov, dont Gorbatchev était proche), à la fin des années mil neuf cent soixante-dix, bien avant la SDI de Reagan. Bientôt (en 1981-82, toujours avant la SDI) fut fait le constat global de la complète irréalité, et de l'inefficacité en termes de qualité de production et de production même, de l'économie soviétique.
» (3) Tout aussi rapidement devant la situation d'irréalité, certains dirigeants admirent que la réforme ne pourrait être qu'économique, qu'elle devrait d'abord être politique (cela fut dit à Leslie Gelb par le maréchal Ogarkov, alors chef d'état-major général soviétique, lors d'un entretien en mars 1983 à Genève, quelques jours avant que Reagan ne fasse son discours sur la SDI). On aurait pu déjà comprendre que Gorbatchev privilégierait la glasnost sur la perestroïka, parce que c'était d'elle qu'on pouvait attendre le changement (politique) amenant les modifications économiques, que cette glasnost devrait donc être une sorte de ''révolution culturelle'' où le citoyen et le cadre du Parti seraient invités à faire pression sur la nomenklatura bureaucratique pour exiger une meilleure gestion de l'économie, et donc une réforme fondamentale. Les analystes américains (et européens pour suivre fidèlement) continuent à expliquer l'effondrement soviétique par désorganisation d'une économie évident dès 1986-87, par des décisions de dépenses massives en URSS (pour contrer le programme SDI américain lorsqu'il commença à se concrétiser) qui n'auraient pu être prise qu'en 1984-85 au mieux, et plus raisonnablement en 1985-86. C'est un peu rapide chronologiquement pour l'économie d'une Menace de la taille de l'URSS, en tout cas d'après ce qu'on nous en servit, et un peu court pour le raisonnement. L'effondrement de l'économie soviétique nous paraît être plutôt dû à la modification des comportements suscitée par la glasnost, entraînant désorganisation puis désordre, en même temps qu'apparaissait l'irréalité économique et politique du monde soviétique : cela peut effectivement être obtenu en un temps très court, au contraire d'un effondrement sous la pression budgétaire. »

  • 31 août 2019 à 00:00

Notes sur le doigt sur la détente

Par info@dedefensa.org

Notes sur le doigt sur la détente

30 août 2019 – D’une façon subreptice plus que spectaculaire, l’énorme puissance militaire en déclin sinon en déliquescence des USA, donc essentiellement le Pentagone, progresse vers une sorte de point de “tout ou rien” où cette puissance se trouverait acculée à être surpassée, refuserait de l’être, et serait prête à tous les risques, toutes les aventures pour écarter cette issue, jusqu’à des issues suicidaires emportant les autres dans son effondrement. A cet égard, il semble que l’abandon du traité FNI, avec le développement d’un surarmement nucléaire à capacités opérationnelles adaptées et très souples que cela induit, avec les armes jusqu’alors interdites par lui, constitue un tournant dans cette voie.

Nous ne disons pas que ce tournant est conçu, voulu et négocié comme tel, – comme un instrument pouvant et devant aller jusqu’au suicide collectif, – mais il s’insère parfaitement dans l’évolution des stratégies, des conceptions et surtout des psychologies. Dans cet immense asile qu’est “D.C.-la-folle”, le Pentagone est en passe de retrouver un rôle central de fou particulièrement actif, sous la direction d’un “homme nouveau” qui a le profil de l’emploi, le nouveau secrétaire à la défense Mark Esper. Guerrier victorieux du temps du sommet de la puissance américaniste (colonel de l’US Army en action durant la première guerre du Golfe de 1991 puis scholar à tendance neocon à Heritage Foundation à la fin des années 1990, lobbyiste pour Raytheon durant une décade), Esper représente avec son caractère sombre et ses faibles engagements politiques la personnalité idéale pour suivre le Pentagone avec sa bureaucratie écrasante, et lui permettre de s’installer dans une posture beaucoup plus agressive et activiste que celle qu’il eut durant une décennie après  l’attaque du 11-septembre

Nous suivons pour cette appréciation générale de l’évolution du Pentagone un texte de l’analyste Darius Shahtahmasebi, un spécialiste du droit international basé en Nouvelle-Zélande, qui est devenu analyste géopoliticien et publie notamment dans RT.com. Son dernier article, du 29 août 2019, est bienvenu pour donner une base opérationnelle à notre raisonnement, sous le titre : « De nouvelles bases pour s’opposer à la Chine ? La zone Indo-Pacifique est la nouvelle région prioritaire pour les USA ».

Nous allons présenter et développer notre commentaire à partir des trois parties entre laquelle nous avons divisé cet article. La première concerne les projets d’expansion du Pentagone dans la zone Indo-Pacifique, puisqu’il s’avère décidément qu’avec son plus d’un millier de bases outremer, le Pentagone se juge clairement à la portion congrue à cet égard. Il est évident qu’il n’est plus possible, ni de raisonner, ni de contrôler un monstre de cette sorte devenu absolument fou d’hybris et d’aveuglement sur ses propres capacités.

Les projets de Mark Esper

« Après avoir dévasté le Moyen-Orient par des sanctions, des guerres et le soutien d'extrémistes pour mener des guerres par procuration, les USA se tournent vers la région Indo-Pacifique. Pour le Pentagone, cette zone, et non le Moyen-Orient, est désormais “prioritaire”.
» Cette semaine, lors d’une intervention au Naval War College, le secrétaire américain à la Défense Mark Esper a appelé à l’expansion des bases dans la région du Pacifique, surnommant le théâtre Indo-Pacifique “notre théâtre prioritaire”. Ces remarques s'inscrivaient clairement dans le cadre plus large de l'objectif du Pentagone de freiner et de contenir l'influence croissante de la Chine dans l'ensemble de la région.
» M. Esper a clairement indiqué que les États-Unis avaient identifié un certain nombre d'endroits clés de la région Indo-Pacifique ; ils chercheraient à investir “plus de temps et de ressources dans ces zones que nous avons délaissées dans le passé”.
» Bien qu'il ne soit pas si évident de savoir ce que sont ces régions ou lieux, il y a quelques possibilités flagrantes qui viennent à l'esprit, y compris Singapour, les Philippines, le Vietnam, la Malaisie, l'Indonésie et même certaines des petites nations insulaires du Pacifique moins connues du public américain comme les Palaos. Les Palaos sont un candidat probable, étant donné que les médias occidentaux ont déjà applaudi le fait qu'ils ont « tenu tête à un géant » [Pékin] sur la question de Taiwan. 
» Comme l'a souligné Eric Sayers du Center for a New American Security, le problème avec des pays comme les Philippines est qu'ils peuvent restreindre l'accès à leurs ports en fonction de la nature du litige. Avec des nations plus petites comme les Palaos, il est probable que les États-Unis n’auraient même pas besoin de claquer des doigts pour utiliser cet endroit pour combattre la Chine. »

L’empire envers et contre tout

Comme on le voit, l’état d’esprit est absolument radical. Le Pentagone étant devenu cette puissance qu’on sait, évolua à partir de 9/11 avec une certaine retenue, disons selon les termes qu’emploierait la raison bureaucratique de la puissance maîtrisée et irrésistible : puisqu’il est acquis que rien ne peut nous résister et que tout le monde le reconnaît, il est inutile de prendre des risques collatéraux qui pourraient réduire notre influence par des difficultés inattendues. Pour cette raison, le Pentagone et les chefs militaires freinèrent pendant ces années les lubies de leurs directions politiques enfiévrées par les délires des neocons. (C’est l’U.S. Navy qui, en 2006-2009, bloqua les manœuvres politiques destinées à déclencher un conflit avec l’Iran.)

Aujourd’hui, la situation a fondamentalement changé. Partout, le Pentagone sent l’influence de sa puissance diminuer, et son statut impérial mis ainsi en question. Puisque la puissance n’est plus ni maîtrisée, ni irrésistible, la “raison bureaucratique” qui l’accompagnait disparaît et laisse place à des sentiments irrationnels d’angoisse, de panique, de fureur destructrice, etc.  Dès lors, le Pentagone est poussé à la radicalité absolue, au “tout ou rien”, suivant une logique folle d’engagement extrême, allant à son terme jusqu’au nucléaire, domaine où les USA possèdent à la différence du reste une puissance considérable.

Pour cela, l’abandon du traité FNI est primordial. Il permet la réintroduction de vecteurs de moyenne portée et de théâtre, basés à terre (alors que de tels missiles peuvent être et ont toujours pu être portés par des avions, des navires de surface et des sous-marins) ; c’est-à-dire des armes nucléaires déployées quasi-exclusivement à partir de territoires non-américains, c’est-à-dire réaffirmant l’empire puisqu’il s’agit de bases constellant les pays associés ou soumis à l’empire, c’est-à-dire soumettant tout l’empire à la radicalisation du “tout ou rien” du Pentagone.

Mais il y a des obstacles à ce programme que sous-tendent avec force l’intervention et les projets d’Esper et de la bureaucratie qui sont au service de cette entité, de cet égrégore qu’est le Pentagone. Certains pays alliés, peut-être nombre d’entre eux, parmi les plus fidèles, peuvent être entravés dans leur soutien jusqu’à la perspective qu’ils puissent le refuser dans certaines circonstances, – à cause des Chinois par exemple... N’y a-t-il pas de cas plus probant que l’Australie, pourtant perçue comme alliè très des USA ?

Retour au texte de Shahtahmasebi...

L’Australie tenue par la Chine

« Ce qui sera intéressant à voir dans les années à venir, c'est la place d'États comme l'Australie et la Nouvelle-Zélande dans ce “théâtre prioritaire”. 
» Un  rapport récent  suggère que les États-Unis sont en pourparlers avec le gouvernement australien dans le but de formuler un accord qui permettrait à Canberra de traiter une grande quantité de ‘terres rares’ requises par le Pentagone. L’adversaire dans cet épisode est à nouveau Pékin, qui maintient un certain monopole sur la production de ‘terres rares’, ces matières premières peu répandues qui sont utilisées dans les lasers, les radars et même les moteurs à réaction.
» Toujours à propos de la situation stratégique de l'Australie, un  groupe de réflexion  australien vient d'avertir que l'armée américaine est  surchargée  dans la région Indo-Pacifique et risque de subir une défaite cuisante face à Pékin avant même d'avoir la possibilité d'intervenir. Le rapport indique que “l'arsenal croissant de missiles à longue portée et très précis de la Chine constitue une menace majeure pour presque toutes les bases, pistes d'atterrissage, ports et installations militaires des États-Unis, et de ses alliés et partenaires dans le Pacifique occidental”.
» Si quelqu'un se demande encore pourquoi la région Indo-Pacifique est soudainement devenue un “théâtre prioritaire”, cela devrait être tout sauf clair à ce stade. C'est une priorité pour les Etats-Unis car l'Amérique est sur le point d'être complètement évincée. Effectivement, certains analystes mettent en garde contre cette évolution depuis un certain temps.
» Encore une fois, je ne suis pas la seule personne à mettre ces questions en lumière. Dans un article  de la BBC  intitulé « Les États-Unis sont-ils toujours la seule superpuissance militaire de l’Asie ? », Jonathan Marcus, correspondant diplomatique et de défense, conclut que « la prééminence des États-Unis dans le Pacifique n’existe plus ». Le problème, comme c'est souvent le cas avec les commentateurs occidentaux sur les questions impliquant la domination américaine dans les grandes affaires géopolitiques, est que la question est généralement formulée dans la perspective de “Que peuvent bien faire les États-Unis pour empêcher la puissance chinoise de se développer ?”.
» Or, il se trouve que les États-Unis devront probablement faire face à des vérités déstabilisantes, en particulier en ce qui concerne cette zone Indo-Pacifique. Le mois dernier, un professeur australien d'études stratégiques au Strategic and Defence Studies Centre a écrit dans le Guardian un article d'opinion  estimant essentiellement  que l'Australie devra accepter une base militaire chinoise dans la région à un moment donné. Contrairement à la stratégie actuelle de Washington qui consiste à essayer (ou à espérer) de surpasser la Chine, le professeur Hugh White croit que les “coûts que nous devrions assumer pour empêcher la Chine d'entrer dans la région pourraient simplement s'avérer impossibles à supporter”.
» Aussi antagonistes que soient les relations spécifiques de Washington avec Pékin, les relations entre la Chine et le reste du monde sont trop imbriquées pour s'attendre à autre chose qu'un désastre si l’on continue à suivre la stratégie actuelle. Un rapport récemment publié par le groupe de réflexion ‘China Matters’ vient de  conclure  que si la croissance économique de la Chine ne diminuait que de quelques pour cent, l'Australie pourrait perdre $140 milliards de revenus et plus d'un demi-million d'emplois. »

Apocalypse requise

Dans de telles conditions et compte tenu du fait que cette situation de tension dans la zone indo-Pacifique se retrouve dans d’autres zones, l’esprit du “tout ou rien” et l’angoisse de l’Empire (du Pentagone) conduisent à l’hypothèse suicidaire. C’est la conclusion de Shahtahmasebi :

« Et il se pourrait que les avancées chinoises ouvre d’autres fronts de cette sorte de conflit du fait de la stratégie inadaptée des USA ; la région Indo-Pacifique ne serait alors que la pointe émergée de l'iceberg. Dans le cadre de son projet de la Nouvelle Route de la Soie, Pékin a commencé à impliquer dans cette immense initiative des États des Balkans, ce qui ne fera qu’irriter davantage les USA et pourrait les conduire à faire quelque chose de terriblement catastrophique en réaction.
» Tous les empires ont une fin. C'est un aspect indiscutable de notre histoire. Reste bien sûr à voir si tous les empires continueront à tomber à l'avenir, mais en général, nous basons toutes les prédictions futures sur les expériences passées. Jusqu’où un empire est prêt à précipiter sa propre chute avec ses infrastructures impériales pour empêcher une puissance montante de le dépasser en profitant de ces infrastructures, c'est aussi une hypothèse qu’il est impératif de prendre en compte.
» Les États-Unis ont des armes nucléaires, beaucoup d’armes nucléaires, et l’idée fait de plus en plus son chemin qu'ils pourraient les utiliser dans des conditions hors des doctrines courantes, les situations classique où une frappe nucléaire est nécessaire pour se défendre contre une autre frappe nucléaire. Cela voudrait dire de leur part : “Hé, si nous tombons, nous allons entraîner  le reste de la planète  avec nous”. »

Bien entendu, le tableau est notablement incomplet. Il y a des points convergents qui l’assombrissent, et d’autres, très divergents, qui le relativisent considérablement.

• Les points convergents concernent l’évidence que l’état d’esprit et les mesures qu’on distingue concernent aussi bien les autres théâtres d’opération, notamment autour de la Russie. Un exemple très récent, qui a paru d’abord être une plaisanterie de Trump, est la proposition de rachat du Groenland. Depuis le tweet de Trump, les penseurs-neocon se sont emparés du sujet, s’ils ne l’ont inspiré eux-mêmes bien entendu. D’où des  appréciations argumentées  sur la valeur stratégique qu’aurait le Groenland pour les USA vis-à-vis de l’Europe et de la Russie.

Dans tous les cas, on a pu entendre Macron, dans son discours aux ambassadeurs, affirmer que la fin du traité FNI posait un grave problème à l’Europe, devant ce qu’on devine être les intentions américaines de redéployer des missiles à portée intermédiaire en Europe, comme durant la période 1983-1987 ; c’est dans tous les cas ce qu’on croit distinguer dans ce passage du discours :

« Nous sommes dans une Europe où nous avons laissé le sujet des armements à la main de traités qui étaient préalables à la fin de la guerre froide entre les États-Unis et la Russie. Est-ce que c’est ça une Europe qui pense son destin, qui construit ? Pour ma part je ne crois pas donc il faut avoir ce dialogue avec la Russie. La fin du traité FNI nous oblige à avoir ce dialogue parce que [sinon les missiles US] reviendraient sur notre territoire... »

• Les points divergents, sinon très divergents, concernent bien entendu les situations intérieures, notamment aux USA et dans les pays alliés des USA qui seraient sollicités de recevoir les missiles post-FNI. Il s’agit d’un vaste sujet que nous ne cessons d’explorer, – surtout la situation de quasi-guerre civile aux USA, dont l’importance dans la problématique que nous évoquons est évidente et considérable.

Une psychologie autonome

De quoi s’agit-il finalement, si l’on va au cœur de la psychologie qui conduit cette opération qu’on pourrait tout simplement baptiser “post-FNI”, tant la dénonciation du traité FNI prend une importance considérable ? Techniquement, derrière la rhétorique de type “défensif” et d’équilibrage des forces (notamment avec la Chine), il s’agit aussi bien et encore plus sûrement d’installer la possibilité d’une first strike nucléaire tactique contre la Chine, contre la Russie, et contre d’autres peut-être ; cette first strike nucléaire tactique devant en théorie annihiler les capacités de riposte nucléaire stratégique par la destruction de centres de commandement, de communication, etc.

Mais tout cela relève bien entendu de la rhétorique technique, d’ailleurs soumise à de nombreux aléas comme on l’a vu. Le plus important est l’état d’esprit, la psychologie que nous nous donnent à voir ces divers constats et analyses. Il y a la démarche absolument inarrêtable de vivre dans un état de pré-affrontement permanent avec des hausses constantes de la tension, dans la perspective d’un affrontement probable qui exclut de moins en moins le nucléaire dans des conditions opérationnelles “normales”. Cet état d’esprit est directement dépendant du sentiment de déclin qui est ressenti au moins inconsciemment, et jugé insupportable et inadmissible par le Pentagone, – et par cette expression “le Pentagone”, on suggérerait qu’il y a là une perception et une psychologie uniques dépendant de cette entité chargée à la fois de puissances et de symboles. La chose a souvent été suggérée, aussi bien par un  Alexander Cockburn  (« Le complexe militaro-industriel  [CMI]  américain est devenu un organisme autonome doté d'un système immunitaire qui attaque et étouffe toute menace à son approvisionnement alimentaire, – l'argent des contribuables. »), que par un Rumsfeld  le 10 septembre 2001, discourant en détails saisissant qui représentent d’une façon réaliste une entité et une psychologie autonomes :

« Notre sujet aujourd’hui est un adversaire qui constitue une menace, une sérieuse menace, contre la sécurité des États-Unis d’Amérique. Cet adversaire est un des derniers bastions de la planification centralisée. Il gouverne en édictant des plans quinquennaux. D’une seule capitale où il se trouve, il tente d’imposer ses exigences au travers des fuseaux horaires, des continents, des océans et au-delà. Avec une brutale constance, il bâillonne la pensée libre et détruit les idées nouvelles. Il désorganise la défense des États-Unis et met en danger les vies des hommes et des femmes en uniforme.
» Peut-être cet adversaire paraît ressembler à ce que fut l’Union Soviétique, mais cet ennemi s’en est allé : nos ennemis sont aujourd’hui plus subtils et plus implacables. Vous devez penser que je suis en train de décrire un de ces dictateurs décrépits qui survivent encore. Mais leur temps est passé, à eux aussi, et ils ne font pas le poids à côté de cet adversaire que je décris.
» Cet adversaire est beaucoup plus proche de nous. C’est la bureaucratie du Pentagone. Non pas les gens mais les processus. Non pas les hommes et les femmes en uniforme mais l’uniformité de la pensée et de l’action que nous leur imposons bien trop souvent... »

Notre Grande Crise d’Effondrement du Système étant ce qu’elle est, sa résolution ne peut passer par une réforme quelconque. Il faut des fractures et des ruptures, et la plus indispensable d’entre toutes, aujourd’hui, concerne le Pentagone parce qu’il s’agit d’une entité opérationnelle disposant des capacités de destruction totale du monde et d'une psychologie autonome qui pourrait tendre vers un paroxysme suicidaire. C’est pour cette raison que nous jugeons d’une façon générale le sort des USA allant vers une désintégration comme le facteur nécessaire et suffisant dans la possibilité de ces chocs de fracture-rupture qui sont les composants du paroxysme de cette Grande Crise ; parce que le sort des USA, à ce stade de pression de la Grande Crise, déterminera celui du Pentagone.

La question est de savoir s’il faudra une guerre pour cela, – ce dont, secrètement, le Pentagone-en-crise doit rêver comme ultime affirmation de sa puissance, – ou si la possibilité extrême de la guerre provoquera des chocs internes suffisants aux USA pour provoquer des tempêtes terribles, capables d’emporter notamment le Pentagone. Dans tous les cas, ce que nous dit Esper, c’est que le Pentagone commence à perdre patience devant ces événements imprévus de son déclin qui surviennent, et ces événements espérés qui ne surviennent pas. Il est possible que l’on sache assez vite de quoi il retourne.

  • 30 août 2019 à 00:00

Architecture illuminée et mondialisation

Par info@dedefensa.org

Architecture illuminée et mondialisation

Récemment sur les plages en Espagne on a fait la fête en s’inspirant du grand incendie de Notre-Dame qui a visiblement enchanté tout un monde, comme en son temps la chute des deux tours. Le feu des gargouilles et du chef-d’œuvre gothiquedécrypté en son temps par Fulcanelli suscite des vocations festives. Je le dis parce que c’est la presse locale qui s’en est fait l’écho. Euphoriquement.

Que brûlera-t-on tantôt pour danser ?

Concernant les grands travaux et la symbolique luciférienne nous sommes en France en avance. On découvrira le Paris maçonnique de Dominique Setzepfandt, qui narre le recouvrement de cette capitale par la symbolique antichrétienne depuis deux siècles et demi ; et on lira toujours du même auteur le livre sur Mitterrand (décidément on n’en sort pas de celui-là, entre le festif, le New Age, la haine du local et le culte de Mammon) grand architecte de l’univers, qui expliquait à quelle sauce nous mangeraient les bâtisses comme la grande arche, la pyramide, la gondole et les satanées colonnes du palais-Royal. 

Concernant la pyramide on rappellera cela : 

« Le ministère de la Vérité frappait par sa différence avec les objets environnants. C’était une gigantesque construction pyramidale de béton d’un blanc éclatant. Elle étageait ses terrasses jusqu’à trois cents mètres de hauteur. De son poste d’observation, Winston pouvait encore déchiffrer sur la façade l’inscription artistique des trois slogans du Parti : 

LA GUERRE C’EST LA PAIX 

LA LIBERTE C’EST L’ESCLAVAGE 

L’IGNORANCE C’EST LA FORCE 

Le ministère de la Vérité comprenait, disait-on, trois mille pièces au-dessus du niveau du sol, et des ramifications souterraines correspondantes. »

George Orwell avait compris que le monde moderne serait pavé de bonnes intentions…

En réalité on sait très bien que la terre se recouvre d’immondices lucifériennes ; à l’intention sournoise des élites correspond l’indifférence du troupeau hébété des citoyens – ou sa curiosité ludique (cf. Paucard et sa crétinisation par la culture). Il y a les labyrinthes,  la tour de Babel tronquée et européenne, les guidestones de Géorgie qui prônent l’extermination élitiste de 90% de la population de cette planète ; il y a l’affreux siège de la BCE, l’affreux musée Guggenheim de Bilbao, il y a les épouvantables tours de 5 à 800 mètres que l’on bâtit partout, il y a la pyramide ziggurat de Dubaï (un monument, celle-là, voyez son site Wikipédia), la satanique et reptilienne salle d’audience du Vatican, qui n’a pas attendu notre jésuite illuminé pour nous montrer ce qu’il était devenu ! 

Guénon évoque en effet la dimension sinistre et anti-traditionnelle – du point de vue chrétien – de saint-Pierre de Rome ; le cinéaste soviétique Andreï Tarkovski était effaré de voir ce qu’était devenu l’art catholique ; Huysmans dénonça l’appétit de laideur qui déshonore l’Eglise romaine, etc. 

Je ne m’étendrai pas plus, voyez les blogs traditionnels qui se spécialisent dans ce domaine sinistre. Et consultez vigilantcitizen.com.

Pourquoi dire cela ? Je repensai à Hitchcock et à ce démoniaque conditionnement architectural dans ses films : Washington, capitale maçonnique (bâtie par un « frère » français) dans l’Inconnu du Nord-Express. Dans la mort aux trousses, voyez la gare centrale, bâtie par Vanderbilt, les présidents du mont Rushmore et la baraque du panthéiste Frank Lloyd Wright, qui inspira Ayn Rand et le film le rebelle de King Vidor. La symbolique du pont et des musées va très loin aussi dans Vertigo. Et on ne parlera pas du motel de Psychose…

Marrs développe un chapitre fondamental à propos de l’architecture illuminée des milliardaires américains. Et de citer le Biltmore Estate, géante mansionnéogothique construite par Vanderbilt à la fin du dix-neuvième siècle, qui servit de décor à maints films, notamment à Bienvenue Mr Chance, génial hommage luciférien aux simples d’esprits (l’enterrement de l’oligarque dans une pyramide dotée de l’œil qui voit toutest un sommet du genre). Le cinéma grouille de clins d’œil maçonniques.

La planète dévastée par le règne de la quantité se recouvre donc d’obélisques, de mastabas, de pyramides, de temples gréco-latins (cela fait une paille, depuis la Renaissance en fait, et c’est venu de la romaine et anciennement catholique Italie), de bâtiments en l’honneur de Cybèle ou de Lucifer, ou de qui l’on voudra. Texe Marrs, qui avait bien expliqué l’initié qu’était en vérité Donald Trump (voyez son codex magica), a consacré un magistral ouvrage à cette obsession américaine et planétaire de l’architecture illuminée. La mondialisation de l’économie devenue folle(Debord) a liquidé tout reste traditionnel et fait émerger une culture de masse du satanisme qui s’adonne à cœur joie à désosser nos âmes. Il y a la mode, la musique et le showbiz comme toujours, et aussi – et surtout – l’architecture dite moderne.

 

Sources

René Guénon – symboles de la science sacrée (Gallimard)

Nicolas Bonnal – Mitterrand le grand initié (Albin Michel) ; Hitchcock et la condition féminine (Amazon.fr) ; la culture comme arme de destruction massive (Amazon.fr)

Texe Marrs – Codex magica ; mysterious monuments

Dominique Setzepfandt – Mitterrand le grand architecte ; Paris maçonnique

George Orwell – 1984 (ebooksgratuits.com)

Alain Paucard – La crétinisation par la culture (Age d’homme)

Ayn Rand – The fountainhead

  • 29 août 2019 à 00:00

dedefensa.org a besoin de votre solidarité

Par info@dedefensa.org

dedefensa.org a besoin de votre solidarité

Alors que nous écrivons ce message, ce 29 août 2019, la barre de donation de dedefensa.orgpour le mois d’août atteint €1 650. Nous tenons à remercier très sincèrement et chaleureusement ceux de nos lecteurs qui, répondant à nos premiers appels, sont intervenus dans cette donation. 

Bien sûr, cette somme est encore bien éloignée du montant qui nous est nécessaire pour continuer à fonctionner normalement. (Phrases sempiternelle, néanmoins rajeunies en fonction des nécessités...  « “… les montants de €2.000 et €3.000,[...] constituent pour nous les sommes permettant respectivement un fonctionnement minimum des fonctions essentielles du site et un fonctionnement plus aisé de ces fonctions”. Nos lecteurs savent évidemment que, depuis 2011, les conditions économiques ont évolué et que les sommes proposées doivent être définies différemment. Le seuil du “fonctionnement minimum des fonctions essentielles du site” dépasse aujourd’hui très largement les €2.000 et se trouve quasiment au niveau des €3.000 avec le reste à l’avenant... »)

Vous avez pu lire dans de nombreux messages, y compris dans ceux qui sont référencés dans le texte de présentation de la barre de comptage, les nombreux arguments que nous présentons pour justifier notre appel à votre soutien et à votre solidarité, – qui concernent aussi bien notre site que la presse antiSystème en général, avec le combat essentiel que nous menons tous. 

Ici, nous nous contentons de renouveler la demande faite à nos lecteurs d’intervenir et de faire en sorte que ce mois d’août 2019 se place dans la dynamique et la logique des mois et années précédents où le soutien mensuel à notre site a toujours rencontré notre attente, et toujours selon ce même mouvement de mobilisation dans les derniers jours du mois.

Mis en ligne le 29 août 2019 à 21H38

  • 29 août 2019 à 00:00

Devenir négatif

Par info@dedefensa.org

Devenir négatif

L’article qui suit a été publié pour la première fois il y a trois ans. Depuis lors, la Réserve fédérale américaine a relevé les taux d’intérêt au-dessus de zéro, avant de les baisser à nouveau. Entre-temps, le montant total de la dette à rendement négatif dans le monde a atteint 13 000 milliards de dollars (USD). C’est plus que les budgets fédéraux 2019 combinés des États-Unis, de la Chine, de l’Allemagne, de la France, du Royaume-Uni, du Japon, de l’Italie, du Brésil et du Canada (qui, soit dit en passant, sont neuf des économies les plus grandes, les plus surdéveloppées et les plus vulnérables à l’effondrement sur la planète). Il peut sembler surprenant que les investisseurs soient prêts à prêter de l’argent à un taux d’intérêt négatif, mais c’est une offre qu’ils ne peuvent refuser : ils préfèrent perdre leur argent lentement au fil du temps plutôt que d’un seul coup.

Certains investisseurs (et banques centrales) ont décidé que les réserves en devises étrangères sont une mauvaise idée et achètent plutôt de l’or, mais cela ne changera pas la situation économique globale. Et dans l’ensemble, l’effondrement financier mondial est en pause depuis 2008, mais maintenant, quelqu’un a appuyé à nouveau sur le bouton “jouez”. Quoi qu’il en soit, le moment semble bien choisi pour dépoussiérer cet article du  7 juin 2016 et examiner une fois de plus ce que sont les taux d’intérêt négatifs et ce qu’ils font.

 

(20 Août 2019, Club Orlov– Traduction du Sakerfrancophone)

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Le culte de l’argent

J’ai récemment écrit au sujet de la progression des taux d’intérêt de positifs à nuls(depuis 2008) et, enfin l’apparition des taux d’intérêt négatifs. Et je posais à mes lecteurs une simple question : comment les taux d’intérêt négatifs peuvent faire sauter le système financier? Apparemment, aucun d’entre vous ne connaissait la réponse. Maintenant, je dois avouer pour commencer que je ne connaissais pas la réponse non plus, ce qui était la raison pour laquelle je posais la question, et mes premières tentatives pour la trouver ont été un peu hésitantes. Mais maintenant, après y avoir réfléchi, je crois avoir trouvé la réponse…

Mais d’abord, revenons un peu en arrière pour répondre à plusieurs questions préliminaires:

1.Pourquoi les taux d’intérêt zéro sont-ils devenus nécessaires?

2.Pourquoi les taux d’intérêt négatifs sont-il maintenant nécessaire?

3.Et pourquoi les taux d’intérêt négatifs sont-ils vraiment une excellente idée?

Si vous ignorez certaines conséquences imprévues au point 3 (ce qui est le cas de tout le monde tout le temps, en fait, il ne faut pas vous en soucier pour l’instant).

1. Les taux d’intérêt sont descendus à zéro parce que la croissance économique est tombée à zéro. Si vous vous demandez maintenant pourquoi c’est arrivé, il vous suffit de googler“Halte à la croissance” en   cliquant sur ce lien. (Un avis public au sujet de la fin prévue de la croissance a été exposé au bureau de planification global il y a quatre décennies. Ce n’est pas la faute de quelqu’un d’autre si les gens de cette planète ne s’intéressent pas aux affaires mondiales. Je veux dire : sérieusement…)

Les taux de croissance et les taux d’intérêt sont liés : un taux d’intérêt positif est à peine plus qu’un pari que l’avenir sera plus grand et plus prospère, ce qui permet aux gens de payer leurs dettes avec intérêt. Ce point est évident : si votre revenu augmente, il devient plus facile de rembourser vos dettes; s’il stagne, cela devient plus difficile; s’il se rétrécit, cela devient finalement impossible.

Oui, vous pouvez pinailler et couper les cheveux en quatre, et prétendre qu’il y a encore une certaine croissance. Mais dans les pays développés, la plus grande partie de cette croissance n’a été que manigances financières, alimentées par une explosion de la dette, et la plupart des avantages de ce bout de croissance est tombée dans la poche des plus riches, le 1%. De fait, elle n’a à peu près rien apporté aux autres. Cette croissance a-t-elle aidé à soutenir une classe moyenne nombreuse, stable et prospère ? Non, elle ne l’a pas fait.

En fait, les salaires aux États-Unis, qui étaient autrefois la plus grande économie du monde, stagnent depuis des générations. En réponse, la Réserve fédérale a réduit continuellement les taux d’intérêt, jusqu’à ce qu’ils atteignent zéro en 2008. Et ils y sont restés depuis. Mais maintenant, il se trouve que ce n’est pas assez. Si la Réserve fédérale veut garder la partie en cours, elle doit faire plus, parce que…

2. Une fois que vous êtes confronté à une économie en décroissance continue,  maintenir les taux d’intérêt à zéro ne suffit pas à prévenir l’effondrement financier. Les taux d’intérêt doivent descendre en terrain négatif.

Voici seulement quelques exemples particulièrement frappants.

L’Australie a amassé une énorme pile de dette, de plus de 120% du PIB, et la plus grande partie est une dette hypothécaire due à la surévaluation des biens immobiliers. Maintenant que l’économie de l’Australie, qui a été tirée par les exportations de matières premières vers la Chine, est en stagnation, une grande partie de cette dette est transformée en prêts à intérêts seulement, parce que les Australiens n’ont plus l’argent pour rembourser le principal du prêt. Mais que se passe-t-il s’ils ne peuvent même plus assurer le paiement des intérêts ? La solution évidente est de refinancer leurs prêts hypothécaires avec un intérêt à 0 % ; problème résolu! Bien sûr, comme les conditions se détériorent davantage, les Australiens vont finir par être incapables de payer les taxes et les services publics. Les taux d’intérêt négatifs arrivent à la rescousse! Refinançons à nouveau à taux d’intérêt négatif. Cela implique que maintenant les banques vont les payer pour vivre dans leurs maisons hors de prix.

Un autre exemple : les compagnies d’énergie (pétrole et gaz) aux États-Unis ont accumulé un fantastique tas de dette. Tout cet argent a été aspiré dans le développement de ressources marginales et très coûteuses, telles que les pétroles de schiste et l’offshore profond. Depuis lors, les prix de l’énergie ont chuté, ce qui rend tous ces investissements non rentables et réduit considérablement les recettes. En conséquence, les sociétés d’énergie aux États-Unis sont à quelques mois de devoir dépenser la totalité de leur chiffre d’affaires en paiements d’intérêts. La solution, bien sûr, est de leur permettre de rouler leur dette avec les taux à 0 %, et si vous voulez qu’ils recommencent les forages (leur production diminue d’environ 10 % en rythme annualisé), alors s’il vous plaît, mettons en place les taux d’intérêt négatifs.

3. Vous commencez à voir comment cela fonctionne? Alors qu’auparavant il fallait faire attention en s’endettant et avoir un plan pour gérer le remboursement, avec des taux d’intérêt négatifs, vous n’avez plus à vous en inquiéter. Si votre dette vous rapporte, alors plus de dette est toujours mieux que moins de dettes. Cela n’a plus d’importance que l’économie se contracte en permanence, parce que maintenant vous pouvez être payé, rien que pour vous tourner les pouces!

Mais y a-t-il des conséquences imprévues aux taux d’intérêt négatifs ? Les conséquences involontaires sont difficiles à imaginer, et la plupart des gens se font mal à la tête rien qu’en essayant. Comment peut-il en résulter qu’une énergie nucléaire propre et abondante finira par polluer la planète entière avec des radionucléides à vie longue, que les taux de cancer monteront jusqu’au ciel ? Comment se peut-il que de merveilleuses semences génétiquement modifiées vont nous rendre malades et infertiles en quelques générations ? Et comment se peut-il que l’ingénieuse technologie de l’informatique mobile ait transformé nos enfants en zombies, qui sont constamment collés à leur smartphone comme des somnambules de la vie? Il est difficile de penser à tout cela sans prendre quelques pilules du bonheur; et comment se peut-il que la prise de ces pilules du bonheur… Vous voyez l’idée.

La conséquence inattendue des taux d’intérêt négatifs est qu’ils détruisent l’argent. C’est vrai dans un sens tout à fait trivial : si vous déposez x dollars à –p % par an, un an plus tard, vous n’aurez que x*(1–p) dollars parce x*p dollars auront été détruits. (Dans le cas où vous préférez compter sur vos doigts et vos orteils, si vous déposez $10 à –10 % par an, alors un an plus tard, vous aurez seulement $9 parce que $1 a été détruit.) Mais ce que je veux dire est quelque chose d’un peu plus profond : les taux d’intérêt négatifs érodent le concept même de l’argent.

Pour en comprendre la raison, nous devons poser une question un peu plus fondamentale : qu’est-ce que l’argent ? Je pense que l’argent est le culte du dieu Mammon. Regardez les symboles suivants:

€ - $ - ¥  - £

Est-ce qu’ils ne ressemblent pas à des symboles religieux? En fait, voilà ce qu’ils sont : ils sont les symboles de la foi dans l’argent. Ils sont également des unités sans dimension, d’un genre particulier. Il y a quelques unités assez adimensionnelles en mathématiques et en sciences, telles que π, e, %, ppm, mais elles sont toutes des ratios reliant des quantités physiques entre elles. Elles sont adimensionnelles, parce que les unités s’annulent. Par exemple, π est le rapport entre la circonférence et le diamètre d’un cercle; une longueur sur une longueur ne donne rien. Mais les quantités monétaires ne se rapportent pas directement à une grandeur physique. On peut dire que certains nombres d’unités monétaires (appelons-les “boules”) sont équivalentes à un certain nombre de navets, mais que, voyez-vous, ce n’est qu’une question de foi. Si le producteur de navets se révèle être incroyant, il sera dans son droit de dire : “Je ne vais pas prendre vos fichues boules !” Ou, s’il est un producteur de navets poli :“Votre argent n’est pas accepté ici, Monsieur !”

Bien sûr, si notre producteur de navets devait le faire, il aurait quelques problèmes parce que, voyez-vous, le culte de Mammon est un culte d’État. Vous n’avez pas le choix d’être croyant ou non, parce que c’est seulement en adorant Mammon que vous pouvez gagner de l’argent pour payer vos impôts, et si vous ne payez pas vos impôts vous allez en prison. Et vous ne pouvez pas produire de l’argent par vous même, parce que ce droit est réservé aux grands prêtres de Mammon, les banquiers. Fabriquer votre propre argent fait de vous un hérétique, et vous subirez l’équivalent moderne du bûcher, qui équivaut à une amende de $250 000 et une peine d’emprisonnement de 20 ans.

Mais cela va au-delà, parce que l’État insiste sur le fait que presque tout ce qui existe doit être évalué en unités de son argent. Et la façon dont tout doit être évalué est au centre d’un processus de légitimation mystique qui est le cœur du culte de l’argent : la “main invisible” de Mammon se fait apparente dans le “marché libre”, qui est le temple virtuel de Mammon. La “main invisible” fixe le prix de tout comme une révélation mystique et, comme toute révélation, elle est au-delà de la critique. C’est un rituel de rédemption, dans lequel les gens agissent avec leurs plus vils instincts antisociaux, la cupidité et la peur, grâce à l’intervention divine de Mammon, pour servir le bien commun. On soupçonne également le “marché libre” d’avoir toutes sortes de propriétés miraculeuses, et comme avec tous les miracles, c’est une question de fumée, de miroirs et d’incrédulité. Par exemple, le “marché libre” est réputé être “efficace”. Mais il fixe le prix des navets, et le résultat est que 40 % de la nourriture aux États-Unis finit par être gaspillée. Ce n’est certainement pas efficace.

Ce genre d’inefficacité peut être tolérée lorsque les ressources sont abondantes. Si jeter 40 % des navets provoquait une pénurie de ces légumes, les producteurs de navets pourraient en faire pousser plus et les vendre à des prix que les consommateurs peuvent encore se permettre de payer. Mais lorsque les ressources ne sont plus abondantes, cette astuce ne fonctionne plus, et vous vous retrouvez avec quelque chose qui s’appelle une défaillance du marché. L’état actuel de l’industrie mondiale de pétrole en est un bon exemple : soit le prix est si élevé que les consommateurs marginaux ne peuvent plus se le permettre (comme ce fut le cas jusqu’à tout récemment), soit le prix est si bas que les producteurs marginaux ne peuvent pas rembourser leurs frais (comme c’est le cas actuellement).

Donc un combat de destruction de l’offre suit un épisode de destruction de la demande, puis le motif se répète. Tout le monde perd, et de plus, c’est terriblement inefficace. Il serait beaucoup plus efficace de mandater un planificateur central pour calculer le prix optimal du pétrole une fois par mois. Ensuite, tous les producteurs marginaux auraient à sauter par la fenêtre, tous les consommateurs marginaux à s’ouvrir les poignets, et les conditions d’équilibre prévaudraient. Comme l’approvisionnement en pétrole diminue (il s’épuise d’environ 5 % par an), un certain nombre supplémentaire de producteurs et de consommateurs devraient se sacrifier pour le bien, et ainsi de suite jusqu’à ce que le dernier baril soit produit et brûlé, laissant ces producteurs et ces consommateurs nageant encore dans les mares de leur propre sang.

Comme les ressources naturelles diminuent, notre foi dans le culte de Mammon est mise à rude épreuve. Mais quelles sont les alternatives ? Eh bien, il y a un culte antique encore plus ancien, qui est basé sur l’idolâtrie : le culte des métaux précieux. L’or a certaines utilisations industrielles et esthétiques, mais il est surtout utile pour créer un veau d’or pour que vous l’adoriez (ou, si vous êtes l’ancien président ukrainien Viktor Ianoukovitch, des toilette en or). Les économistes nous disent que l’or est une “relique barbare”, et ils ont raison, mais qu’est-ce qu’il faudra faire quand il y aura une  Götterdämmerung  (un crépuscule des dieux) ? La nature a horreur du vide, et dans une Götterdämmerung, d’anciennes divinités païennes peuvent parfois émerger et demander des vierges sacrificielles, comme l’empoisonnement d’écosystèmes fluviaux entiers pour l’exploitation minière de l’or à l’aide de mercure, ou le gaspillage de quantités prodigieuses de combustibles fossiles dans l’industrie minière, le broyage et le tamisage de millions de tonnes de roche pour n’obtenir que trois parties par million d’or.

Les taux d’intérêt négatifs sont la Götterdämmerung de Mammon. Le culte de l’argent est renforcé par l’idée que sa divinité énorme et toute-puissante sera encore plus grande et toute-puissante demain; si le contraire est démontrable, alors la foi des gens en elle commencera à faiblir et à se faner. Les taux d’intérêt négatifs sont comme un bain d’eau glacée pour Mammon, provoquant l’effacement de sa divinité un peu plus à chaque plongeon. Les gens voient cela, et pensent : “Je ne veux pas adorer ses boules qui rétrécissent”. Puis ils passent à autre chose et dépensent leurs propres “boules” pour tout ce qu’ils peuvent trouver: des terres en jachère, des maisons vides, des veaux d’or, des boîtes de boutons en laiton… Ils ne se soucient pas d’investir leurs “boules” dans des navets pour les cultiver, parce que pour ce qui est de l’utilisation des navets, tout ce que vous pouvez faire avec eux, c’est de les vendre pour encore plus de “boules” qui rétrécissent.

Les taux d’intérêt négatifs sont une excellente idée et peut-être la seule façon de garder en vie le jeu financier un peu plus longtemps, mais, compte tenu de ces conséquences imprévues, ils sont aussi une idée terrible. Les banquiers le savent. Ils veulent préserver le statut de leur culte, et parlent sans cesse de hausser les taux d’intérêt. Mais ils ne l’ont pas encore fait, parce qu’ils savent aussi qu’une seule petite augmentation se traduirait par des milliards de dollars de pertes, ce qui déclencherait des défaillances généralisées d’entreprises et ouvrirait la voie à la plus grande ‘Grande Dépression’ jamais traversée. Ce n’est pas un problème à résoudre pour eux ; c’est un piège.

Ils vont retarder l’échéance, prier et faire des déclarations chargées avec des mots clés prévus pour plaire aux algorithmes de trading à haute fréquence conçus pour faire léviter artificiellement le “marché libre” avec des injections judicieusement chronométrées d’“argent gratuit”. Mais à la fin, tout ce qu’ils pourront faire, c’est avoir l’air courageux, attendre un moment d’inattention et… courir vers la sortie!

Et votre travail consiste à sortir avant eux.

 

(Le 7 juin 2016, Club Orlov– Traduction du Sakerfrancophone)

  • 29 août 2019 à 00:00

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Par info@dedefensa.org

Lost in Translation ?

29 août 2019 – Je l’avoue ingénument et sans barguigner, je ne lis quasiment jamais les textes officiels, discours, communiqués, etc. Je me dis que d’autres s’en chargent et mettent en évidence les choses importantes qui y ont été dites, et que d’ailleurs le conseiller en com’ de l’orateur ou de l’inspirateur aura pris soin de souligner. A la rigueur, j’ai même l’un ou l’autre mien ami qui lit tel ou tel texte pour sa convenance personnelle et me signale ce qui doit l’être.

Et puis il survient ceci que nous envisageons un texte ou l’autre assez rapidement sur le sujet des relations de la France et de la Russie, et ainsi suis-je conduit à lire des extraits du discours du président français “aux Ambassadeurs”, puis bientôt avec l’idée de jeter un coup d’œil sur le texte officiel. Je sais bien qu’il ne s’agit pas nécessairement de ce que Macron a effectivement dit, puisqu’il y a toujours cette mention, en une fort belle langue, – « Seul le prononcé fait foi » – mais quoi, il s’agit d’un texte officiel. Je dis cela car mes remarques vont porter sur le fond et sur la forme, successivement. 

 Quant au fond, le président français dit beaucoup de choses importantes et intéressantes, dont certaines sont inédites et fracassantes, – dans tous les cas l’une d’entre elles sans aucun doute. Je donne ici deux citations qui annoncent la Bonne-Nouvelle et dont j’attends encore et en vain le fracas et les exclamations dans les analyses fiévreuses des commentateurs du domaine, dans la presseSystème dans tous les cas, qui est grassement payée, qui se doit de suivre les choses actuelles et dans l’instant… (Je souligne de gras les très courts “éléments de langage” comme ils disent, qui arrêtent absolument mon attention, qui me laissent sans voix.) 

« Nous sommes sans doute en train de vivre la fin de l'hégémonie occidentale sur le monde. Nous nous étions habitués à un ordre international qui depuis le 18ème siècle reposait sur une hégémonie occidentale, vraisemblablement française au 18ème siècle, par l'inspiration des Lumières ; sans doute britannique au 19ème grâce à la révolution industrielle et raisonnablement américaine au 20ème grâce aux 2 grands conflits et à la domination économique et politique de cette puissance. Les choses changent. Et elles sont profondément bousculées par les erreurs des Occidentaux dans certaines crises, par les choix aussi américains depuis plusieurs années et qui n'ont pas commencé avec cette administration mais qui conduisent à revisiter certaines implications dans des conflits au Proche et Moyen-Orient et ailleurs… »
[…]
« Je peux vous le dire avec certitude. Nous savons que les civilisations disparaissent, le[s] pays aussi. L’Europe disparaîtra. L’Europe disparaîtra avec l’effacement de ce moment occidental et le monde sera structuré autour de deux grands pôles : les États-Unis d’Amérique et la Chine. »

Il y a bien des choses que l’on peut discuter du point de vue de la logique interne dans ces deux extraits qui sont situés à une certaine distance l’un de l’autre. Par exemple, comment concilier sans émettre quelques nuances essentielles l’affirmation que c’est la fin de l’hégémonie occidentale sur le monde, exprimée essentiellement au XXème siècle par l’hégémonie des USA, et que l’hégémonie est désormais organisée autour de deux grands pôles, dont ces mêmes USA ?

(Bien entendu, on comprendra aisément que j’émette des réserves sérieuses, sinon radicales, sur l’importance accordée aux USA dans la nouvelle “organisation” du monde, et même sur celle qui est accordée à la Chine, et enfin sur le fait même d’une “organisation” ainsi et aussi hiérarchisée, – mais c’est une autre histoire…)

Ce qui m’éberlue absolument, c’est simplement l’annonce, par le président d’une des puissances occidentales importantes, que « Nous sommes sans doute en train de vivre la fin de l'hégémonie occidentale sur le monde ». C’est une affirmation extraordinaire, – non pas fausse, non pas fantaisiste, non pas irréaliste, mais tout à fait vraie à mon sens, d’une vérité quasiment explosive, – et l’extraordinaire dans le fait que cette vérité-là soit dite, pour le coup d’une façon claire et affirmée, sans l’amabilité de l’incertitude ou de l’ambiguïté, par un homme chargé des plus grandes et hautes responsabilités, et notamment de celle de faire perdurer le plus longtemps possible la narrative sur la vertu sans fin du Système, sur le suprémacisme libéral et démocratique (notez l’absence de couleur) dont les certitudes assurées de l’Occident sont les gardiennes. Comment est-il possible que cette phrase n’ait pas soulevé un tollé, suscité des analyses sans fin, des polémiques, des tirades vengeresses et des grondements d’approbation ! Mais non, rien de tout cela, comme un silence de fin du monde (de “fin de civilisation”, tiens), et moi qui me retrouve, comme cloué de stupidité, vaguement honteux après tout (“Et toi !”, me dis-je, “avec ton refus de lire toutes leurs fadaises, voyez comme l’on rate de ces pépites”...).

Je ne m’étends pas plus, la nouvelle a suffisamment de force pour voler de ses propres ailes, et se venger sous peu de cette indifférence coupable ; d’autre part, je vous ai promis que mes remarques porteraient sur le fond (c’est fait) et sur la forme (c’est à faire) du texte. En effet, cet autre aspect m’éberlue encore plus, doublement, géométriquement... La forme du texte est, comment dire, comme enfantine, ou bien une mauvaise traduction, avec une absence de style confinant à la caricature, des incorrections, des incompréhensions, des n’importe quoi ; tenez, j’ai la même impression que lorsqu’on fait faire une traduction automatique à un texte anglais (même avec DeepLqui est excellent, infiniment supérieur à l’affreux Google) : vous comprenez la traduction, le sens du texte ainsi traité, mais vous savez que vous allez devoir le relire avec attention, pour faire des corrections de forme, et même parfois de fond, comme lorsque vous corrigez des rédactions “françaises” d’élèves des équivalents cuvée-2019 des classes de seconde ou des première de mon temps, à cette époque où l’on savait encore écrire.

Je vous glisse ici l’un et l’autre passages, avec soulignés en gras, cette fois certains des passages dont la forme m’assourdit, m’interdit, me mets groggy comme disaient les boxeurs, toujours de mon temps... Il y a même certains cas où j’ai remplacé ou rajouté un mot [entre braquet, en caractère normal, – ni italique, ni gras] pour rendre le texte cohérent et logique, ou simplement compréhensible.

... Par exemple, lisez pour commencer le paragraphe complet sur la fin de l’hégémonie occidentale, puis d’autres tout au long du texte, sur des sujets qui m’intéressent.

« Nous le vivons tous ensemble ce monde et vous le connaissez mieux que moi, mais l'ordre international est bousculé de manière inédite mais surtout avec, si je puis dire, un grand bouleversement qui se fait sans doute pour la première fois dans notre histoire à peu près dans tous les domaines, avec une magnitude profondément historique. C'est d'abord une transformation, une recomposition géopolitique et stratégique. Nous sommes sans doute en train de vivre la fin de l'hégémonie occidentale sur le monde. Nous nous étions habitués à un ordre international qui depuis le 18ème siècle reposait sur une hégémonie occidentale, vraisemblablement française au 18ème siècle, par l'inspiration des Lumières ; sans doute britannique au 19ème grâce à la révolution industrielle et raisonnablement américaine au 20ème grâce aux 2 grands conflits et à la domination économique et politique de cette puissance. Les choses changent. Et elles sont profondément bousculées par les erreurs des Occidentaux dans certaines crises, par les choix aussi américains depuis plusieurs années et qui n'ont pas commencé avec cette administration mais qui conduisent à revisiter certaines implications dans des conflits au Proche et Moyen-Orient et ailleurs, et à repenser une stratégie profonde, diplomatique et militaire, et parfois des éléments de solidarité dont nous pensions qu'ils étaient des intangibles pour l'éternité même si nous avions constitué ensemble dans des moments géopolitiques qui pourtant aujourd'hui ont changé. Et puis c’est aussi l'émergence de nouvelles puissances dont nous avons sans doute longtemps sous-estimé l'impact. »
[...]
« L'esprit français c'est un esprit de résistance et une vocation à l'universel. Un esprit de résistance, cela veut dire, ne pas céder à la fatalité ni à l'adaptation des choses et aux habitudes. Cela veut dire de considérer que quand les choses sont injustes, on peut parce qu'on se donne les moyens de le faire et donc qu'on se donne les moyens d'être plus forts, qu'on fait les réformes pour le faire, qu'on se redonne du muscle économique, productif. »
[...]
« Le projet de civilisation européenne ne peut pas être porténi pas parla Hongrie catholique, ni par la Russie orthodoxe. Et nous l'avons laissé à ces deux dirigeants par exemple, et je le dis avec beaucoup de respect, allez écouter des discours en Hongrie ou en Russie, ce sont des projets qui ont leurs différences mais ils portent une vitalité culturelle et civilisationnelle, pour ma part, que je considère comme erronée mais qui est inspirante. Et donc, il nous faut trouver à travers ce projet européen qui est je crois très profondément aussi un projet français une force d'inspiration pour notre peuple. C'est l'esprit de la Renaissance, c'est l'esprit des Lumières... »
[...]
« Nul autour de la table du G7 ne veut que l’Iran ne puisse jamais se doter de l'arme nucléaire et tous tiennent à la stabilité et la paix dans la région. Ce qui veut dire que tout le monde aussi s'abstiendra d'avoir des comportements qui puissent menacer cette paix et cette stabilité. Et de l’autre côté nous avons tenté d'agir pour faire venir davantage l'Iran à la négociation et éviter une désescalade [une escalade] liée à l'absence de discussions entre les deux principales parties. Nous avons obtenu des premiers résultats ; ils sont fragiles, il faut avoir beaucoup d'humilité, mais qui, dans la discussion bilatérale avec l'Iran permettent de voir un chemin possible avec des compensations économiques et financières, avec aussi des demandes additionnelles, et qui ont au moins permis à court terme une désescalade et les conditions possibles de rencontres utiles. Nous l'avons fait en lien avec le soutien de nos partenaires européens, et en jouant pleinement ce rôle de puissance d'équilibre. Et pour pouvoir jouer utilement ce rôle dans les grands conflits ou comme nous l'avons fait autour de la table du G7, il nous faut pouvoir pleinement décliner si je puis dire cette forme d'indépendance indispensable de notre diplomatie et d'autonomie stratégique, ce qui suppose de repenser en profondeur la relation avec quelques puissances. Alors je sais que, comme diraient certains théoriciens étrangers, nous avons nous aussi un État profond. Et donc parfois le Président de la République dit des choses, se déplace et dit quelque chose, puis la tendance collective pourrait être de dire : ‘Il a dit ça enfin nous on connaît la vérité on va continuer comme on l'a toujours fait’. Je ne saurais [trop] vous recommander de ne pas suivre cette voie.D'abord parce qu’elle est collectivement inefficace puisqu'elle décrédibilise la parole du Président de la République et par voie de conséquence elle décrédibilise la parole de celles et ceux qui les représentent. Mais surtout elle nous enlève de la capacité à faire. Et donc dans cette capacité à repenser les grandes relations il y a notre relation avec la Russie. »
[...]
« Je crois qu'il nous faut construire une nouvelle architecture de confiance et de sécurité en Europe, parce que le continent européen ne sera jamais stable, ne sera jamais en sécurité, si nous ne pacifions pas et ne clarifions pas nos relations avec la Russie. Ce n'est pas l'intérêt de certains de nos alliés, soyons clairs avec ce sujet. Certains d'ailleurs nous pousseront toujours à avoir plus de sanctions, parce que c'est leur intérêt. Quand bien même ce sont nos amis. Mais ce n'est pas le nôtre[notre intérêt]très profondément. Et je crois que pour arriver à l'objectif que je viens d'évoquer, qui est celui de rebâtir un vrai projet européen dans ce monde qui risque la bipolarisation, réussir à faire front commun entre l'Union européenne et la Russie penser au fond ces cercles concentriques qui sont en train de structurer l'Europe jusqu'à une relation nouvelle avec la Russie, est indispensable. Et donc il nous faut pour cela et c'est ce que j'ai dit au Président Poutine la semaine dernière à Brégançon, avancer pas à pas. Vous aurez chaque jour des preuves de ne pas aller dans ce sens. Il y en aura chaque jour parce que les acteurs de part et d'autre essaieront chaque jour de menacer ce projet, y compris côté russe, parce qu'il y a beaucoup d'acteurs dans les services, dans les forces économiques, qui essaieront des attaques, des provocations et essaieront de fragiliser cette voie.
» Nous devons être intraitables lorsque notre souveraineté ou celle de nos partenaires est menacée. Mais il nous faut stratégiquement explorer les voies d'un tel rapprochement et y poser nos conditions profondes. Il s'agit de sortir des conflits gelés sur le continent européen, il s'agit de repenser ensemble la maîtrise des armements conventionnels, nucléaires, biologiques et chimiques, parce que regardez la situation dans laquelle nous sommes plongés. Nous sommes dans une Europe où nous avons laissé le sujet des armements à la main de traités qui étaient préalables à la fin de la guerre froide entre les États-Unis et la Russie. Est-ce que c’est ça une Europe qui pense son destin, qui construit ?Pour ma part je ne crois pas donc il faut avoir ce dialogue avec la Russie. La fin du traité FNI nous oblige à avoir ce dialogue parce que les missiles reviendraient sur notre territoire... »

Ne croyez pas une seconde que j’ai fait toute cette revue (limitée) pour me moquer, par sadique plaisir, par goût de la dénonciation, par manie de pseudo-puriste et ainsi de suite ; non plus que je l’ai faite par hostilité contre Macron, que je serais tenté dans ce cas de laisser complètement de côté, pour le féliciter d’avoir osé ce qu’il a osé sur le fond...  J’ai fait cette revue parce que, simplement, je suis malheureux. La langue française étant ce qu’elle est essentiellement parce qu’elle se développa et régna au long des siècles, il est profondément attristant, accablant, désolant de voir où ces quatre ou cinq dernières décennies de décadence, non d’effondrement, dans l’éducation, dans la culture, dans la politique, dans l’intelligence, etc., ont défiguré et réduit son génie et sa beauté, ceux qui nous sont (étaient ?) donnés en héritage, en legs précieux pour maintenir le lien unique et sublime d’une telle tradition. Je ne parviens pas à grincer de rire de tout cela, ni même à m’exclamer, ni à demander vengeance, rien de pareil ! Non, j’en suis à me demander si je ne me suis pas trompé de texte, sinon de site, si l’on n’a pas mis un brouillon au lieu du texte complet, etc., presque déjà à rédiger une rétractation honteuse demandant qu’on veuille bien pardonner ma méprise...

(Et peu importe ce que Macron a dit, qui évite et redresse peut-être nombre d’horreurs de la forme de son discours. Il reste, c’est absolument nécessaire, qu’un tel texte doit d’abord être écrit dans une langue de circonstance, avec le style qui importe et s’impose, comme il sied à l’une des plus vieilles et des plus glorieuses diplomaties du monde ; après, certes, l’orateur en fait ce qu’il veut, mais le texte doit rester, selon sa forme initiale aussi bien que dans sa forme dite.)

Voyez-vous, je crois qu’il y a beaucoup de choses dans le discours de Macron (par ailleurs interminable, pardonnez-moi si je l’ai lu en diagonale brisée et parfois pressée), et beaucoup de choses diablement intéressantes. Je crois que la forme, – avec le piètre esprit de nombre des commentateurs, – est la cause de ceci qu’on n’ait pas su en retirer la substantifique moelle dans le commentaire qui en fut fait immédiatement, notamment la remarque développée au début de cette page, concernant la fin de l’hégémonie occidentale. Malgré l’ambition autant que la justesse des diverses initiatives considérées, parce que ces initiatives ne se comprennent pas vraiment dans toute leur dimension à cause de la forme, parce que les esprits qui sont pour la plupart de cette tragique époque du vide et du rien se conforment à cette incompréhension sinon la suscitent et l’aggravent, je crains que la politique proposée ait beaucoup de peine à se constituer conformément à ce qu’on en attend.

J’espère que les traducteurs russes auront bien fait leur travail qui est bien plus d’adaptation que de traduction, et que Poutine aura bien compris ce dont il s’agit.

  • 29 août 2019 à 00:00

Epstein, option-A et option-B

Par info@dedefensa.org

Epstein, option-A et option-B

Une audience générale sur l’affaire Epstein a eu lieu hier à New York, avec toutes les parties en présence, – l’accusation (les autorités de New York), les défenseurs d’Epstein, les diverses parties civiles qui se sont établies à partir de diverses personnes qui ont été victimes des activités d’Epstein, c’est-à-dire évidemment des femmes de différents âges. Les positions, répercutées par divers médias (voir notamment ZeroHedge.com) sont les suivantes, telles qu’on peut les résumer :

• Le procureur représentant les autorités légales (New York City et l’État de New York) demande de classer sans suite les poursuites contre Epstein mais précise qu’une telle décision n’entrave en rien la poursuite de l’enquête, notamment sur la possible identification de co-conspirateurs, et l’inculpations de personnes dans ce cadre. Il signale qu’actuellement, sur le plan fédéral, le FBI et d’autres juridictions continuent d’enquêter sur la mort d’Epstein et sur ses activités.

• Les avocats d’Epstein contestent la version du suicide et demandent au juge Berman, chargé de l’affaire, d’entreprendre, sous sa propre autorité, sa propre enquête sur la mort de l’accusé. Les pouvoirs du juge sont tels qu’il pourrait intervenir sur place, au MCC (Metropolitan Correctional Center), où était emprisonnés Epstein, dans sa cellule même, et qu’il pourrait ainsi ordonner sa propre enquête de police.

• Les parties civiles représentant de nombreuses plaignantes (chiffre inconnu, autour sinon plus de trente femmes) sont en général pour le maximum d’enquêtes, de poursuites, etc., pour faire toute la lumière sur les activités d’Epstein. L’un des avocat, David Boies représentant Virginia Giuffre,  accusatrice et victime d’Epstein, résume le sentiment général en estimant qu’« Epstein n'a pas agi seul. Il n'aurait pas pu faire ce qu'il a fait, à une telle échelle, pendant tant d'années, sans plusieurs autres personnes-clef. Ces personnes doivent assumer leur part de responsabilité et dire ce qu’elles savent. »

• Le juge n’a pas statué sur ces diverses demandes, et précisément sur la demande de clôture du classement sans suite de l’inculpation d’Epstein, car il veut examiner toutes ces demandes à la lumière des témoignages de plusieurs personnes victimes de Epstein, entendues hier, et dont certains ont été extrêmement chargés d’émotion.

L’appréciation qu’on peut en tirer à ce point est que l’extrême complexité et l’ampleur du cas, avec le nombre considérable de parties prenantes, empêchent un étouffement de l’affaire, le système juridique US fonctionnant comme un bulldozer que rien n’arrête lorsqu’on se trouve dans cette sorte ce circonstances. Cela est encore plus compliqué par le fait que cette affaire évolue en fait dans deux dimensions, chacune d’une extrême importance dans le système de la communication, et qu’il semble extrêmement difficile, voire tout simplement impossible de les annuler toutes deux, alors qu’elles semblent promises de plus en plus à interagir l’une dans l’autre, et à dépendre l’une de l’autre, notamment (essentiellement) du point de vue capital de la communication:
D’une part, la dimension abordée jusqu’ici prioritairement, avec l’implication de personnalités politiques, voire les activités occultes d’Epstein (agent de tel ou tel service) ;
D’autre part, la dimension “féministe” (c’est-à-dire le sort fait à tant de jeunes filles, adolescentes, etc., en nombre impressionnant, sur une durée extraordinairement longue) ; c’est un point capital, lorsqu’on connaît l’importance et le poids des questions sociétales aujourd’hui.  

Jusqu’ici, il a été surtout question de la première dimension, à peine de la seconde. Désormais, on sent que la seconde commence à apparaître sur le devant de la scène sans que la première ne disparaisse, notamment grâce aux bons soins du Washington Post (WaPo). A ce sujet, on a vu, notamment dans le même texte référencé, combien l’attitude du New York Times (NYT) différait du WaPo jusqu’à l’exact inverse du “Circulez y a rien à voir”. Soudain, changement d’attitude du NYT : un très-abondant article du 26 août du susdit quotidien de référence, avec nombre de témoignages des victimes d’Epstein, porte sur les frasques extraordinaires jusqu’à l’étrange et au bizarroïde, sorte de labyrinthe kafkaïen avec une touche diabolique, non seulement d’Epstein mais du non moins étrange-bizarroïde couple Epstein-Ghislaine Maxwell.

On comprend le sens de la manœuvre : le NYT, inquiet pour son influence et sa notoriété des épanchements du WaPo qui mettent en évidence sa propre et suspecte retenue dans la dimension politique, se met lui aussi à foncer. Simplement le WaPo exploite la dimension politique, disons l’option-A, on l’a vu pour des raisons peut être peu ordinaires et très-intéressantes, mais le NYT choisit l’option-B, la “dimension féministe”, c’est-à-dire sociétale : puisqu’il se trouve vulnérable, sur son aile DeepState, il se renforce sur son aile sociétale. Tout cela se comprend et fait aussi bien, bel et bien notre affaire, car les deux domaines, les deux options A et B, ne s’annulent pas mais, au contraire, cheminent côte-à-côte.

Un point de détail, qui ne l’est certainement pas dans ses prolongements possibles, dans les circonstances et en fonction des forces existantes, en fonction de l’importance du système de la communication. Dans la partie civile se trouvent plusieurs avocats représentant diverses plaignantes (le flou est complet à cet égard, sur le nombre, l’identité ou l’anonymat, etc., de ces plaignantes), dont Gloria Bloom Allred, qui se trouvait à l’audience d’hier, qui est une avocate célèbre des causes féministes militantes. Cela signifie que le lobby hyperpuissant aux USA du féminisme et des associations sociétales se rapproche d’une implication dans l’affaire Epstein, évidemment contre Epstein et pour une résolution la plus complète possible de cette affaire, pour la cause de la défense des femmes.

Si effectivement, l’on parvient à cette évolution qui montre une complète autonomie (plutôt qu’indépendance) du mouvement sociétal à cause de sa propre puissance au sein du Système, on en déduira sa remarquable évolution par rapport à, disons 2013 puisqu’un exemple précis est disponible. Cette année-là, la Gay Pridede San Francisco, – exemple emblématique de manifestation sociétale, –fut l’objet d’une polémique vigoureuse où l’on vit le sociétal le céder complètement au complexe militaro-industriel (avec adjonction du corporate power). La chose fut vigoureusement dénoncée par deux dissidents homosexuels, Glenn Greenwald et Justin Raimondo, – et elle mérite d’être rappelée :

« ...L’un ou l’autre membre de l’organisation, ou l’un ou l’autre militant, avait pris sur lui, ou sur eux s’ils sont plusieurs, d’instituer le soldat  Bradley Manning  comme héros (Grand Marshall) de la Parade. Manning est notoirement homosexuel [il/elle a depuis effectué l’opération transgenre pour devenir Chelsea Manning], en plus d’être le héros à l’incroyable courage qui a passé à WikiLeaks les centaines de milliers de cables confidentiels des organisations de sécurité (Pentagone, département d’État, etc.) du système de l’américanisme, principal organisme du Système. Identifié et arrêté, Manning subit depuis plus d'un an, d’une façon absolument arbitraire et même totalitaire, à l’image des pires dictatures, un traitement inhumain et cruel d’une barbarie sans précédent. (Nous disons bien “sans précédent” parce que, dans sa sophistication infâme, dans sa vindicte aveugle, dans sa haine absolue de tout ce qui n’est pas elle, dans sa volonté également absolue de déshumanisation par la torture, la pression psychologique, l’humiliation permanente, dans la durée qu’elle imprime à toutes ces pratiques, etc., la barbarie moderniste enfantée par le Système et pratiquée dans nombre d'organisations de sécurité des USA est littéralement sans précédent.) Faire de Manning le héros de la Gay Pride, c’était l’évidence même selon ce qu’on suppose que devrait être “l’esprit gay”, si la chose existe. Le  26 avril 2013, la “president of the Board of SF Pride”, Lisa L Williams, a pris la décision d’annuler presto subito cette décision.
» • On trouvera tous les détails de cette opération infâme dans une chronique absolument furieuse de Glenn Greenwald, dans le Guardian du  27 avril 2013. Greenwald dit non seulement son mépris pour cette décision, mais il rajoute les précisions selon lesquelles la Gay Pride est activement soutenue par l’élément-clef du Système dans cette analyse, le corporate power... Il s’agit d’une démonstration à couper le souffle de l’asservissement total au Système de cet événement “sociétal” qu’est l’évolution statutaire de la “communauté gay”. (Cela n’a évidemment rien à voir avec le sentiment des gay-militants, selon ce qu’il en est. C’est à eux de comprendre ce qui se passe précisément, ce qui est fait en leur nom et quel but servent d’abord la sollicitude officielle qui les entoure et les réformes fondamentales qui leur sont offertes. C'est un défi redoutable qu'ils ont à relever.)
[...]
» • Là-dessus, nous nous tournons vers Justin Raimondo, avec sa chronique d’Antiwar.com du  29 avril 2013. Justin n’allait pas rater l'événement : libertarien de la droite extrême, antiguerre et isolationniste, et... homosexuel qui se garde bien d’être militant au nom de cette seule caractéristique. Néanmoins, il faisait partie de la première Gay Pride, non autorisée, non sponsorisée, à San Francisco en 1972. A cette époque, la Gay Pride pouvait, selon Raimondo, éprouver une certaine fierté (pride) d’être, puisqu’elle s’affichait d’abord dissidente et adversaire de l’establishment, du National Security State, – bref, de ce que nous avons coutume de nommer le Système.
» ... Aujourd’hui, constate Raimondo, c’est le contraire. Le mouvement gay, c’est le Système même ; complètement récupéré, noyauté par les partisans d’Obama, devenus quasiment militariste, ce sont les supplétifs des flics du Système, sinon les flics du Système eux-mêmes. C’est Raimondo qui parle, certes, mais nous aurions vraiment beaucoup de peine à lui donner tort... »

Nous ne dirions certainement pas qu’avec ses multiples associations à but très lucratif, ses régiments d’assermentés nous chapitrant sur la liberté du monde, avec son emprise incontestable sur la haute morale de l’époque nous ne dirions pas une seconde que le “système sociétal” s’est libéré de l’emprise du Système (du CMI et ducorporate power) ; tout au contraire, nous dirons droitement qu’il s’est institutionnalisé, qu’il a acquis sa propre puissance et ses propres intérêts et sources de revenu au sein du Système, et qu’il n’est plus prêt à céder aux injonctions d’autres composants du Système.

C’est effectivement pour cette raison que l’option-B (“Epstein ennemi des femmes comme esclavagiste sexuel”) pourrait bien s’avérer aussi valable que l’option-A (“Epstein et sa troupe de personnalités politiques compromises”) . Elle ne la supprime pas ni ne la supplante, et la logique de ce brillant arrangement serait de les observer cheminant côte-à-côte pour notre plus grand plaisir et notre satisfaction esthétique d’apprécier comment le Système produit ainsi des enfants terribles qui le valent bien, chacun réclamant sa part au risque d’ébranler l’ensemble.

Il ne faut pas s’y tromper et garder bon espoir : l’affaire Epstein reste plus incandescente que jamais, avec des braises qui rougeoient, prêtes à enflammer ce qui passe à portée. Le piteux communiqué du 24 août, du Prince Edward, fils d’Elisabeth II et petit baiseur de décadence, en dit long à cet égard.

Mis en ligne le 28 août 2019 à 15H35

  • 28 août 2019 à 00:00

Du porno au souterrain

Par info@dedefensa.org

Du porno au souterrain

27 août 2019 – Je l’avoue, j’ai trouvé cette séquence extraordinairement pathétique, à la fois marquée du désespoir le plus profond, d’une sorte d’indicibilité de l’humiliation et de l’imposture, et puis aussi presque comme un apaisement serein, une ardeur discrète et roborative, comme quelqu’un qui vous confie avec une voix douce et d’ailleurs : “Vous savez, je suis hors de ce monde désormais”. J’ignore si cela pourrait avoir eu lieu en un autre temps, en un autre lieu, — au cœur de notre Grande Crise, sous un pont à Las Vegas qui seraient comme le souterrain d’où Dostoïevski nous envoyait ses notes, – mais je suis assuré qu’il n’y a que là et dans ces temps étranges et maudits que nous portons, épuisés, que cela peut avoir lieu au vu et au su de notre puissance de communication qui donne ainsi la mesure de l’infamie, qui la multiplie et qui la hurle, qui la sanctifie par le sacrilège de l’inversion comme ferait le diable lui-même.

Curieusement, Sputnik a fait deux textes sur ce même sujet, le second du 24 août à 18H03 ajoutant quelques détails à celui du 22 août à 01H39, et notamment la vidéo d’une TV hollandaise qui a retrouvé cette star du porno devenue SDF, et l’interrogeant dans son souterrain, sur fond de tentes improvisées, de boîtes en carton et de débris divers. Pour mieux fixer les détails de cette étrange rencontre je fais suivre le texte du 22 août, le plus court, en ajoutant qu’une souscription a été ouverte pour elle, sur JustGiving, pour arriver à £50 000, pour des soins médicaux et dentaires, pour un abri plus sûr, voire un programme d’assistance qui pourrait assurer ce qu’on nommerait après tout sa “réinsertion”. (Au moment où l’article était écrit, le 22 août,  on avait atteint $80 ; actuellement, £395.)

« La star du porno américaine Jenni Lee, qui est classée 119e sur la liste des meilleures actrices pornos de Pornhub, a été retrouvée le mois dernier[le 27 juillet] dans les tunnels sous le Las Vegas Strip parmi les sans-abri.
» Lee, dont le vrai nom est Stephanie Sadorra, a été interviewée par un journal télévisé néerlandais pour un documentaire sur le réseau de tunnels occupés par des centaines de sans-abri.
» “En fait, je suis devenu très célèbre. Peut-être un peu trop célèbre”, dit-elle dans le documentaire diffusé sur RTL 5. “Je devrais toujours être dans le top 100 sur une liste quelque part. J'avais l'habitude d’être si sexy.”
» Malgré l'absence d'accès à l'eau courante, Sadorra a insisté sur le fait qu'elle était heureuse de vivre sous terre dans une communauté soudée parce que les gens acceptaient mieux, ajoutant que “tout le monde est vraiment respectueux, y compris pour une femme”.
» “Tout le monde est bon l’un pour l'autre, ce que je ne pense pas qu’on trouve beaucoup (en surface). Je suis heureuse, j’ai tout ce dont j’ai besoin ici,” dit-elle.
» On ne sait pas depuis combien de temps Sadorra, qui est originaire de Clarksville, dans le Tennessee, est sans abri ni comment elle s'est retrouvée dans les tunnels. Elle a dit dans l'interview que “les difficultés forment les plus solides camaraderies” et qu'elle croyait que le fait d'être sous terre dans les tunnels lui avait permis de se faire de vrais amis.
» Le profil de Sadorra sur Pornhub compte toujours environ 45 000 abonnés et elle a environ 135 millions de visites sur le site porno. Elle a commencé le mannequinat à l'âge de 19 ans et a joué dans des publicités télévisées, jouant dans son premier film porno hardcore (“film pour adultes”) à 21 ans. »

Le texte ci-dessus ne rend pas compte de toute l’étrange intensité de cette si étrange rencontre. L’intervieweur parle à Sadorra avec précaution, presque avec une tendresse interrogative, comme s’il parlait à une personne qu’il avait préjugée comme gravement malade et malheureuse, et qu’il découvrait finalement en assez bonne condition, – sauf les dents en mauvais état et les ongles sales qu’elle tripote et veut parfois dissimuler, – et finalement point trop malheureuse. Elle, on la voit gênée lorsqu’elle évoque le monde d’où elle vient (« En fait, j’ai été très célèbre. En fait, un peu trop célèbre. ») ; on imagine le porno en l’entendant, son petit rire plein de dérision presque méprisante lorsqu’elle évoque son classement comme actrice très sexy (en fait “very hot”, et qu’on traduirait plutôt dans leur vocabulaire ignoble comme “très chaudasse”), cette célébrité pleine de sous-entendus et de regards inquisiteurs, comme dans une prison, comme dans une cage ; puis gênée, presque intimidée de dire qu’elle se trouve bien là où elle est, qu’il s’y est fait des amitiés solides sans arrière-pensées, – gênée et presque intimidée, mais déterminée... 

Peut-être suis-je trop naïf de voir tout cela, mais son attitude m’y invite. En l’écoutant, vous songez au caractère irréfragablement sordide du porno, dont certaines voix dans nos élites vont jusqu’à vous dire qu’il y a de l’art là-dedans. Je préfère prendre le risque de la naïveté et même de la pudicité lorsque je songe à ce monde du fric poisseux, du corps totalement déshumanisé, de l’être totalement réduit à sa matière la plus vile, de la crasse morale et de la puanteur du cynisme, et à la fin comme au début du fric qui roule... Le porno avec le fric qu’il véhicule, avec l’extension effarante qu’il a pris, constitue peut-être le symbole le plus effrayant de la pourriture abjecte (certains disent “pourrissure”) à laquelle conduit le capitalisme sans aucun frein précipité dans les abîmes du cloaque ; et tout se passe alors comme si la jeune femme de 36 ans, qui a rompu les amarres depuis trois ans on ne sait comment, après douze ans de “pratique”, avait senti inconsciemment comme on le comprend, et cela dans ces termes : la pourriture abjecte à laquelle conduit le capitalisme précipité dans les abîmes du cloaque, et tout cela monté par la communication globalisée comme un spectacle universel, cosmique, recommandé, magnifié, acclamé !

Et l’intervieweur qui n’est pas au bout de ses surprises, lui demandant : “Croyez-vous que c’est mieux ici, en-dessous, ou bien est-ce mieux là-haut, au-dessus ?”, et elle répondant “Ici”, dans le souterrain... Dostoïevski aurait-il imaginé une autre réponse ? Et l’intervieweur lui demandant si elle pourrait un jour sortir de cette “abjecte pauvreté”, et elle, après un instant de réflexion : « Oui, sans doute, mais pourquoi ? » Il faut réfléchir à ce “pourquoi ?”, qui est tout simplement vertigineux dans les circonstances évoquées ici, parce qu’il n’y a dans cette époque-là, la nôtre, aucune réponse impérative possible, aucun “parce que” qui emporte aussitôt l’adhésion.

(Et cela n’est pas seulement un symbole si l’on en croit le dernier avis affiché sur l’appel à souscription pour venir en aide l’ex-actrice porno Saddora, qui a été installé par des personnes ou une organisation extérieures depuis qu’elle a été retrouvée [l’interview date du 27 juillet]. Cet avis parle bien de convaincre Sadorra de quitter son souterrain : « Après avoir parlé à des professionnels confrontés à des situations extrêmes comme celle de Stephanie, nous comparons actuellement différentes options de réadaptation. Dans la région de Las Vegas, ces programmes coûtent généralement entre $10 000 et $20 000 par mois. L’objectif de ce fonds est de convaincre Stéphanie de s'engager dans un tel programme sans avoir à se soucier de son financement. »)

Je ne vais pas jusqu’à penser qu’il n’a pas existé de plus grand malheur que celui de Sadorra, que le monde n’a pas toujours été plein de ces situations terribles d’abjection, de pauvreté. Ce qui m’importe ici, c’est vraiment la dimension irrésistiblement symbolique qui s’impose, entre cette pratique extraordinairement avilissante pour la psychologie et la perception qu’est le porno, la place considérable qu’il tient dans les flots monstrueux de fric qui constituent le sang même du capitalisme, essentiellement à cause de la puissance de la communication globalisée (le porno sur internet, entre un Epstein avec ses $milliards et une Sadorra alias “Jenni Lee” avec ses 49 000 followers et ses 135 millions de visites sur le site porno) ; et d’autre part le parcours humain tragique de la jeune femme, entre la crucifixion du vice, la chute dans la réduction de soi dans l’infamie et puis, comme une sorte de rédemption, ce souterrain qui nous ramène toujours à Dostoïevski.

Le monde a de tous les temps été tragique, mais jamais il n’a autant affiché l’abjection où peut pousser cette tragédie en la faisant passer pour une tragédie-bouffe, jamais il n’a autant démontré l’hypocrisie extraordinaire de ceux qui s’en satisfont et applaudissent à ses “valeurs”. Notre “étrange époque” est remarquable par sa capacité à réussir en même temps à monter un fantastique simulacre jusqu’à l’abjection et l’absolue corruption des psychologies dans la caverne de Platon, et en même temps à nous donner à voir, pour ceux qui veulent bien regarder, tous les mécanismes de ce simulacre, jusqu’à nous faire humer la puanteur extraordinaire de son abjection et de sa corruption. Pour parvenir à un tel résultat, oui, l’on peut croire que des forces puissantes et mystérieuses se sont mises en branle pour découvrir le simulacre des simulacres : l’homme qui imagine être son propre maître, son propre créateur depuis qu’il a accepté d’aider au “déchaînement de la Matière”, et qui ainsi participe activement à sa propre destruction. A-t-on jamais vu, Platon, une telle présomption et une aussi grande prétention ? On peut alors comprendre que Sadorra alias “Jenni Lee”, préfère son souterrain au simulacre de l’au-dessus, en attendant que la tragédie cosmique se dénoue.

  • 27 août 2019 à 00:00

De Brégançon au G7, intelligence par inadvertance

Par info@dedefensa.org

De Brégançon au G7, intelligence par inadvertance

Macron, pourrait-on dire, c’est tout-“com’”, – nous-mêmes voulant signifier par là que toutes ses entreprises sont marquées d’abord, sinon essentiellement, et parfois même exclusivement par le seul souci de la communication. Il faut donc juger “ses entreprises” en ayant à l’esprit cette préoccupation qui les dévalorise radicalement mais leur donne une certaine “existence” dans une époque totalement nimbée dans le simulacre de la communication. A Biarritz (G7) comme à Brégançon, quelques jours plus tôt (Poutine), Macron a fait de la com’ pour lui-même mais un “lui-même” qui prétendrait agir d’une façon altruiste, si l’on veut dans le but d’entraîner l’Europe à le suivre, donc à accoucher d’une “politique européenne” dans divers dossiers importants. On peut également juger que l’altruiste a une idée derrière la tête qui est, puisqu’il apparaîtrait comme l’inspirateur d’une telle “politique européenne”, dont il s’imposerait dès lors comme le concepteur, dont il profiterait pour maintenir et renforcer sa stature de président français, de se constituer en une sorte de “faisant fonction de président européen”.

Mais laissons ces chimères empanachées de grands mots sans le moindre remède ; rien dans tout cela, par rapport au personnage-Macron, n’est grandiose ni très intéressant, et d’ailleurs ce n’est pas ce qui nous intéresse. Nous laissons Macron à ses manœuvres et autres, mais nous continuons à suivre celui qui est, quoiqu’on veuille et même si on le déplore grandement, le président de la France ; c’est-à-dire d’un pays qu’on a coutume, encore aujourd’hui et malgré tant d’événements contrariants et décourageants, de juger “grand” et “qui compte en Europe”. La France compte d’autant plus par élimination, parce qu’elle reste la seule des “trois grands” européens :

Parce que le Royaume-Unis est en plein Brexitet qu’il est nécessairement hors du jeu européen, en plus de son extrême fragilisation intérieure,de la sidérante déstructuration de son système politique et social qui fut pendant plusieurs siècles l’objet justifié de tant d’admiration ;
Parce que l’Allemagne est en pleine décadence de la fonction impériale européenne qu’on lui avait octroyée un peu vite (on s’est toujours fait des illusions sur l’Allemagne de l’après-guerre, y compris avec la réunification) ; en décadence à cause de son affaiblissement économique et surtout d’une grave crise de sa direction politique à l’heure où Merkel s’efface à une vitesse surprenante, toujours chancelière mais rapetissant à vue d’œil, et cette direction politique constamment humiliée par les rebuffades des USA et impuissante à y répondre d’une façon crédible.

A Brégançon, Macron a tenté de jeter les bases d’un rapprochement de la Russie vers l’Europe, selon des arguments connus et évidents. On peut avoir des doutes sur la réussite de l’entreprise, notamment à cause du grand vide caractérisant toute entreprise de “politique européenne”, mais là n’est pas vraiment la question. A Biarritz, Macron a tenté un “gros coup” avec les Iraniens, qui s’est avéré, du point de vue collectif, du point du vue du G7 où se trouvent les USA, un coup particulièrement raté ; personne n’a vraiment suivi, comme il fallait s’y attendre, les Allemands ont été glacials, Trump à peine poli et alternant les “oui peut-être” et les “non c’est beaucoup trop tôt”. “Coup raté”, certes ; mais là encore, “là n’est pas vraiment la question”...

En vérité, la France n’est pas écartée, ni snobée, ni mise à l’écart ; la France est seule, ce qui est différent, les autres ne faisant rien ou bien faisant n’importe quoi (Trump) selon l’humeur et le temps qu’il fait, – et Trump, plutôt de mauvaise humeur à cet égard, parce qu’on voudrait le priver de son joujou iranien sur lequel il exerce sa capacité de nuisance sanctionneuse. Par conséquent, la France peut évoluer (dans un sens spatial, sur le devant de la scène), nul ne l’en empêchera ; simplement, nul ne viendra se joindre à elle, et encore moins quoi que ce soit qui ressemble à une “politique européenne”. D’une certaine façon, on pourrait objectivement et cyniquement observer que ce pourrait être une chance pour la France, malgré Macron et ses hoquets-hochets européens.

L’idée est, dans le cas de Poutine et de la Russie, exposée par exemple par le rédacteur en chef de Politique MagazinePhilippe Mesnard, qui parle assez joliment de “l’intelligence inattendue” de Macron (« Brégançon ou l'intelligence inattendue d'Emmanuel Macron ») … Quoique nous aurions plutôt dit “l’intelligence par inadvertance d’Emmanuel Macron”, si nous nous comprenons bien.

Mesnard écrit, en conclusion de son article : 

« Vladimir Poutine est venu à Brégançon rencontrer un président français qui, depuis son élection, est un partisan convaincu de l’Union européenne, à qui il n’arrive pourtant jamais à imposer ses vues et encore moins ses volontés ; un président qui admoneste régulièrement la Russie sur les droits de l’homme en feignant d'ignorer que la manière dont la France a réprimé les Gilets jaunes a scandalisé le monde ; un président qui a joué à être fort en étant insultant ; un président qui, au Moyen-Orient, joue un jeu que personne ne comprend, sauf à considérer que nous sommes les valets des Américains ; un président qui fixe des caps, trace des lignes rouges et prétend faire renaître l’Europe tout en guidant la Russie vers son destin alors même qu’il efface la France, à Marrakech ou à Aix-la-Chapelle, et renie son histoire.
» Vladimir Poutine est venu rencontrer un président français dévoré d’ambition et qui se sert de la France comme d'un marchepied. Mais peut-être cette rencontre est-elle effectivement une chance pour la France. Macron veut se poser, une fois de plus, en sauveur de l’Europe. Sa diplomatie se résume à croire que la politique de Trump et le Brexit lui donnent de l’oxygène. Il voit dans la Russie de Poutine, qu’il a contribué à isoler, une opportunité de se mettre en scène. Qu’il la saisisse et peut-être la France pourra-t-elle en bénéficier. Si la France, rassemblant les débris de sa crédibilité diplomatique, se rappelant qu’elle est la seule armée européenne qui vaille, se souvenant de son rang et de l’audience qui fut la sienne, réussit à imposer la Russie à l’Union européenne et aux États-Unis, elle aura réussi à regagner la place qu’elle avait perdue. »

La même logique peut être employée pour l’Iran, avec la France continuant à parler avec ce pays, au nom de l’Europe certes et de toutes les façons partie prenante au traité JCPOA, mais en tant que nation française bien connue pour beaucoup de raisons solidement évidentes... En effet, cela est d’autant plus évident pour ce cas que les principaux architectes européens du JCPOA, qui ont effectivement joué un rôle important, telle la Haute Représentante de l’UE Frederica Mogherini, quittent leurs postes dans quelques semaines : non seulement il n’y a pas de “politique européenne”, mais là où il y en eut une esquisse [l’Iran et le JCPOA], les acteurs de cette performance disparaissent de la scène... Le vide est complet.

On ne demande pas à Macron de réussir des choses formidables, de résoudre des crises. C’est impossible aujourd’hui, tout simplement et affreusement dit, comme est impossible toute action structurée et cohérente dans le “tourbillon crisique” qui emporte l’Europe, le monde et la civilisation. Dans cette “époque étrange” de la médiocrité affirmée comme la vertu centrale d’une ontologie-simulacre, des forces infiniment supérieures aux nôtres, sont aujourd’hui en action et nulle interférence sur le sens profond des événements n’est possible.

Dans ces circonstances, on ne demande à Macron que ce qu’il peut être et faire : être présent et s’agiter dans le vide existant entre les deux bords d’une confrontation absurde (dans le cas russe comme dans le cas iranien, et c’est la même confrontation), orchestrée par une Amérique devenue folle à l’image d’un président dont la normalité est effectivement une sorte de folie, et en présence de laquelle (la folie américanisto-trumpiste) tout le monde tient son rôle de paralytique impuissant et asservi. Avec son passé, son poids et sa notoriété, son habitude structurelle et inconsciente de l’indépendance, la France peut effectivement rompre les rangs...

Macron veut du galon, si possible historique, au nom de la “politique européenne” ? Bon vent et qu’il s’y mette, il n’y a pas vraiment de concurrence sur le marché ; et comme il n’y a pas de “politique européenne”, quoi qu’en veuille Macron ce sera une politique française puisqu’il ne reste que cela. En d’autres mots, Macron-l’hypereuropéen ne peut vraiment exister selon ses ambitions qu’en étant Français ; s’il insiste pour être “européen” (les guillemets s’imposent), il deviendra, ou redeviendra, ou se confirmera comme un être politique absolument vide, et il sera définitivement installé dans son néant. Si cela est à prendre avec la première option, la France n’a qu’à prendre, sans se faire la moindre illusion, ni sur Macron, ni sur les événements, ni sur le sort du monde ; d’autres, qui ne sont pas de ce monde, s’en chargent bien volontiers...

 

Mis en ligne le 26 août 2019 à 15H12

  • 26 août 2019 à 00:00

Merkel et la pathologie des élites mondialistes

Par info@dedefensa.org

Merkel et la pathologie des élites mondialistes

Zerohedge.com nous apprenait récemment qu’un général allemand trois étoiles, Joachim Wundrak, reprochait à Merkel de ne plus évoquer le peuple allemand. Elle est trop politiquement correcte pour cela, ajoutait ce provocant militaire, qui se lance dans la politique.

Voyons Merkel : pour ce vieil hippopotame de la pensée inique,il n’y a en effet qu’une population destinée à être triquée, taxée et remplacée. Au nom du nouvel ordre et de ses paradigmes.

Et pourtant elle est toujours là, en hystérésis, gardant son colossal pouvoir de nuisance, un peu comme les USA à l’échelle mondiale – ou occidentale. Rappelons ce que nous écrivions sur cette déconcertante brandebourgeoise il y a deux ans :

« Qui veut comprendre Merkel doit lire sa lettre au très néocon Washington Post, publiée le 20 février 2003. Merkel, télécommandée par le méphitique agent d’influence  Jeffrey Gedmin, y étale son adoration pour Bush et menace la France de Jacques Chirac et Dominique de Villepin. Tout devait se faire selon elle dans le cadre de l’alliance transatlantique, invasion migratoire y compris ; car tout nous porte à croire que cette invasion était déterminée depuis longtemps par les élites type Peter Sutherland.

Autoritaire et humanitaire, Merkel incarne le prototype féministe ; voyez L’Express qui évoqua dans une manchette débile ces femmes qui sauvent le monde. En réalité si nous avions eu Hillary Clinton au pouvoir, nous aurions déjà la guerre mondiale. Merkel incarne l’esprit de la nursery décrit en 1921 par Chesterton lors de son voyage en Amérique. Pour Chesterton la féministe considère le citoyen comme un enfant, plus comme un citoyen.

La trique dans une main, les (rares) sucreries dans l’autre… Les peuples en Europe sont en effet toujours traités comme des enfants, et menacés s’ils se montrent récalcitrants. Les arguments des élites reproduisent en continu un nouveau schéma matriarcal. »

Et nous concluions pessimistes :

« Devenu fou, le système étatique postmoderne accable les contribuables, poursuit les internautes, persécute les familles, relâche les violeurs (voyez l’intervention de Poutine à ce sujet). Il devient tyrannique pour appuyer la dérive de la chancelière muée en femme la plus impuissante du monde, car ces animaux blessés sont toujours dangereux. A propos de gros animaux rappelez-vous qu’en Allemagne on a ouvert des bordels zoophiles (où on sodomise chiens et moutons), et qu’on met en prison les parents qui refusent la théorie du genre pour leurs enfants. 

Car on n’est pas des sauvages mais tout de même.

Espérons que les Allemands se réveillent pour la liberté européenne, celle qui repose sur la solidarité des peuples et l’amitié avec la Russie, pas sur la guerre avec Moscou et la bureaucratie de bunkerMais s’ils sont aussi abrutis qu’en 1933, je vous garantis qu’on est mal partis. »

Ce qui est affolant en Occident en ce moment, c’est d’avoir créé à la chaîne des élites hostiles aussi épouvantables que cette Angela ; et des peuples aussi indécis ou hébétés au moment de voter.

  • 26 septembre 2019 à 00:00

De l’utilité de l’inutilité

Par info@dedefensa.org

De l’utilité de l’inutilité

25 août 2019 – Cette curieuse manie qu’ils ont de se réunir à G7, alors que certains ne cessent de répéter qu’à sept ils ne représentent qu’une petite partie du monde qui importe, que certains affirment qu’ils ne veulent pas négocier entre eux et qu’ils sont bien plus forts tout seul qu’avec les autres parmi les sept, que certains annoncent quelque chose comme pour avoir le plaisir assuré d’être contredit par d’autres, que certains signent tel chiffon de papier nommé comme il vous plaira (communiqué, déclaration commune ou déclaration isolée, ou “message commun”, ou brouillon égaré, etc.) pour pouvoir dire aussitôt, ou très vite, “mais non, je n’ai rien signé”.

Bien, à cet égard Biarritz ne déroge pas à la tradition de l’inutilité de cette sorte de réunion ; mais écrivant cela emporté par l’élan des franchises convenues, c’est pour aussitôt découvrir qu’il y a des erreurs dans mon propos ; que j’aurais pu dire au contraire que ce G7 “ne déroge pas à ce qui est désormais la tradition de l’utilité de cette sorte de réunion”. Je parle ici de “tradition” comme un hacker ou un trader parle de la continuité qui s’est établie entre les événements des trois quatre dernières semaines, avant la rupture de la tradition, entre le mois dernier et le mois prochain..

Depuis quelques années, disons deux ou trois décennies, le G7 a changé de nature, et par conséquent de tradition. Désormais, sa fonction conforme à sa nouvelle tradition, car l’on est dans une époque où, en politique également, l’on change de tradition comme de déclaration solennelle, c’est de nous montrer non pas l’état du monde mais le désordre du monde. Cette réunion, c’est comme un microcosme du passé refait complètement au goût du jour, de ces pays qui se disaient les plus puissants et qui sont aujourd’hui les plus en avance dans le cours grondant et furieux de la désintégration du monde de leur civilisation, donc toujours dans leur position de leader, et qui se rassemblent pour nous dire : “la désintégration continue, de plus belle et de plus en plus vite, et avec elle le désordre, nous veillons à cela”.

Bien, il y a de la diversité, – je parle du domaine comportemental et psychologique plus que du domaine sociétal. (Au fait, leurs spin doctors les ont-ils briefés sur l’absence de femme dans les 7, – parce que Merkel n’est pas de ce sexe ni d’aucun autre, – comme sur l’absence de gens de couleur et donc issus de la diversité, – parce que Abe fait un peu trop palot pour prétendre cocher cette case ?) Il y a les bons élèves, les galopins, les ronchons, les rêveurs et les clowns, les dandies et les ahuris, tout le monde s’embrasse-Folleville, mais tout cela n’est là que pour la chronique de la chose et nullement pour prétendre être “la chose”, – la chronique de l’absence, la chronique du vide, là où l’on voudrait faire figurer quelque chose d’ordonné.

Ce qui compte, c’est bien l’illustration du désordre. Macron dit “tout le monde m’a chargé de parler à l’Iran en leur nom”, une demi-heure plus tard Trump dit : “Je n’ai pas discuté de cela”. Un avion iranien se pose, avec le ministre iranien des affaires étrangères à bord, qui doit rencontrer les Français tandis que les Américains regardent ailleurs. Tout est parfait, tout est dans l’ordre puisque le désordre lui-même est bien en ordre. Qu’importe ce qu’il restera de cela, puisqu’effectivement on n’en attend rien.

Je ne dis pas que ces personnages en eux-mêmes sont inutiles. Chez eux, par leurs actions propres ou leur inaction, par leurs erreurs nombreuses et surprenantes, leurs interventions intempestives et originales, leur aveuglement, leur grossièreté considérable, leur unilatéralisme chronique avec cette façon de voir midi de plus en plus à sa seule porte, sans souci du reste, tandis que le monde, qui suit tout seul son propre rythme qu’imposent les événements ordonnés de bien plus plus haut que ne peut se hisser le sapiens, en est déjà à 14H00, – chez eux et par rapport à eux-mêmes, tous ces gens ont une utilité considérable. Qui pourra nier l’ampleur des catastrophes superbement déstabilisantes engendrées par Trump, l’entêtement prodigieux de Macron à exaspérer ses administrés par son arrogance et ses allures de donneur de leçon proclamant son humilité, l’humanitarisme crispé et teuton d’une Merkel ouvrant toutes grandes les portes de ses BMW et de ses Volkswagen au flot des migrants-réfugiés, ou réfugiés-migrants. D’une façon ou l’autre et chacun à sa façon, tous ces gens ont leur utilité en défendant un système par des coups violents involontairement portés au Système, – puisque tout cela revient à cela, effectivement. Mais ensemble, réunis en Congrès, en G7, ils sont complètement inféconds, improductifs, stériles, superflus, – vite dit, ils sont inutiles.

Ils papotent, ils pontifient, ils échangent des avis, des analyses, des jugements péremptoires, peut-être même des recettes qui sait, ou bien encore les derniers potins de la situation cataclysmique du monde. “Le monde brûle !”, s’exclame Macron, songeant à l’immense Amazonie qui est le poumon du monde. Trump s’en fiche parce qu’il ne croit pas à l’existence de ces incendies qui sont encore un de ces fucking-falseflag de comploteurs du climat, et il s’exclame à son tour : “Vous devez m’acheter mon pétrole et mon gaz, et ne pas vous en laisser conter par Poutine, et pas plus par Xi avec sa fucking Huawei et sa fucking 5G, et ses droits-de-l’homme à Hong-Kong”. On le rassure, on fait comme si on l’avait entendu sans l’avoir écouté, on lui assure qu’on fera comme il l’entend. Conte raconte comment Salvini ne l’emportera pas au paradis, Merkel et Tusk parlent ensemble du danger populiste à un Trump inattentif qui prend l’insulte pour lui. Le désordre général règne en maître au G7.

Tout cela est entrecoupé de poses et de photos immortalisatrices où l’on se tape dans le dos, où l’on s’étreint, où l’on se fait des blagues, où l’on s’aime bien finalement. De temps en temps émerge une phrase sentencieuse : “Nous courons le risque d’une énorme crise financière, la récession, la dépression, et bla-bla-bla”, puis l’on parle d’autre chose, de la situation économique aux USA qui est formidable, de Poutine qui devrait être là, de Tusk qui préférerait qu’on fasse venir l’Ukrainien dont on ne connaît pas encore très bien le nom, plutôt que le Russe car Tusk est Polonais et la Pologne n’aime pas la Russie c’est bien connu.

On se quitte bons amis finalement, en se promettant de rester en contact, de ne pas manquer de se passer des coups de fil de temps en temps, avec la 5G ça marche bien. Le G7 ressembler à ce tableau de Dali, vous savez, le si fameux “La persistance de la mémoire”, celui des montres molles ou fondantes c’est selon, dont on fait même commerce, dont le Wikipédia nous dit qu’elle (la toile) « tourne autant en dérision la rigidité du temps — opposée ici à la persistance de la mémoire, titre de l’œuvre — qu’elle reflète les angoisses du peintre devant l’inexorable avancée du temps et de la mort. » Si la mollesse de ces montres sont bien la dérision dont le peintre charge le temps, eh bien l’on pourrait faire du G7 et de ses acteurs le même tableau : une réunion molle réunissant les plus grands dirigeants de la civilisation occidentale, également devenus mous à se trouver ensemble, et cette civilisation occidentale qu’ils ont la lourde charge d’encore prétendre la représenter se décomposant elle-même comme la mollesse fondante qui affecte les montres de Dali, comme de vieux camemberts pourris par temps de canicule certifiée-crise climatique.

A part cela, Biarritz éclatait de son charme discret et désuet, mais inimitable et sans égal à jamais, niché pour l’éternité dans la nostalgie du temps qui passe...

...En effet, à Biarritz, recevant la consécration de la grandeur de la vieille-Grande Nation qu’est la France, le désordre du monde si bien ordonné a atteint son point d’orgue, sa vitesse d’accélération de croisière sous l’action des forces immenses qui nous dépassent et nous emportent, et l’inutilité de ces réunions nous a fait la démonstration la plus convaincante de son existence et de sa performance constamment renouvelée. Nous sommes désormais convaincus de la chose et ainsi a-t-il été prouvé que l’on pouvait encore se rendre bien utile en montrant presque volontairement que l’on est inutile

Tchouang Tseu a enfin trouvé à qui parler, lui qui disait : « Les hommes connaissent tous l’utilité d'être utile, mais aucun ne connaît l’utilité d’être inutile... » Parole inutile ! Désormais, ils en connaissent l’utilité.

  • 25 août 2019 à 00:00

L’Europe et son “tourbillon crisique”

Par info@dedefensa.org

L’Europe et son “tourbillon crisique”

Malgré ce que suggérerait notre titre, le texte présenté ci-dessous, – de Pierre Lévy, rédacteur-en-chef de Ruptures, – s’intéresse essentiellement à la situation italienne après la démission du gouvernement Conte. Néanmoins, il se termine judicieusement par un rapprochement entre deux crises qui ont une place essentielle dans le “tourbillon crisique”, celle de l’Italie et celle du Royaume-Uni. Par ailleurs et pour mettre un grain de cohérence dans ce désordre considérable, on observera que ce rapprochement est sollicité par une très grande proximité de deux dates ; en effet, c’est le 15 octobre au plus tard que l’Italie doit boucler son budget qui constitue un enjeu considérable (dont le leader de laLiga Salvini ne sera sans guère de doute plus comptable) et sera examiné à la loupe par l’UE ; tandis que c’est le 31 octobre qu’expire le délai décidé pour tenter de trouver un accord UK-UE pour la sortie “en douceur” du Royaume-Uni de l’Union Européenne. 

« Comparaison n’est pas raison, mais deux analogies sont frappantes avec la situation qui prévaut au Royaume-Uni. D’abord, l’ombre omniprésente de l’UE dans la politique nationale de ces pays. Mais aussi les tentatives désespérées d’une partie de la classe politique pour contourner la volonté populaire : à Rome, un improbable “tout sauf Salvini” dans le seul but d’éviter un verdict électoral ; à Londres, la proposition (vouée à l’échec) de Jeremy Corbyn de rassembler députés travaillistes, rebelles conservateurs, libéraux-démocrates et indépendantistes écossais dans l’unique objectif de faire tomber Boris Johnson... »

Cela suffit bien entendu pour remettre à sa place l’épisode italien de la démission du gouvernement Conte, qui débouche sur une situation de blocage entre de nouvelles élections que refusent les adversaires de Salvini, et un “gouvernement de circonstances”, formé effectivement et justement dans ce seul but à très court terme et sans la moindre fondation d’empêcher des élections dont Salvini serait assuré de sortir grand vainqueur.

Conte a reproché à Salvini son comportement dans des circonstances extrêmement tendues, le 20 août au Sénat, comme le rapportent tous les observateurs et commentateurs : « Il y a eu un débat au Sénat avant la démission de Conte. Ce dernier dans un discours de 50 minutes, a réglé ses comptes avec son ministre de l'Intérieur Salvini, avec qui il avait travaillé étroitement jusqu'à il y a deux semaines. Il a accusé Salvini, qu'il appelait “caro Matteo” (cher Matteo), de rechercher personnellement le pouvoir et d’être irresponsable et l'a critiqué pour avoir provoqué sans raison une “crise grave” qui “a de graves conséquences pour le pays, la vie économique, financière, politique et sociale” » (selon Marianne Arens, sur WSWS.org le 23 août).

Il est vrai que Salvini n’a pas brillé par l’élégance ni le sens de la responsabilité collective dans cet épisode, mais c’est bien là son rôle. Il évolue dans le Système mais ne veut se plier ni à ses règles ni à ses compromis, selon une ambition politique qu’il veut extérieure à ces règles et à ces compromis. Certes, il veut le pouvoir, mais il ne pourrait l’avoir qu’à cette condition d’agir comme un dynamiteur, nullement comme un constructeur, – cela, quelles que soient ses ambitions assumées, quels que soient les buts politiques précis qu’il poursuit rationnellement et en toute conscience. La formidable puissance de la communication qui l’accompagne, jusqu’au verdict à son encontre de « la lèpre » selon Macron, image d’une grande stupidité mais efficace dans ce courant de communication, tout cela fait de Salvini sans qu’il soit nécessaire qu’il le réalise ni qu’il le calcule un dynamiteur, le contraire d’un constructeur respectant son “devoir constitutionnel” que Conte lui reproche avec justesse de ne pas avoir rempli. Le reste n’est que tactique politicienne, pour voir concrétisée dans la représentation parlementaire de la Liga son actuelle supériorité écrasante dans les sondages.

Il n’est pas assuré, selon nous, que Salvini veuille vraiment des élections immédiates comme but principal de son premier dynamitage du début août, et il n’est pas assuré qu’il ne préférerait pas un gouvernement “anti-Salvini” fait de bric et de broc, et obligé de s’atteler au “sale travail” (le budget) ; la circonstance le ferait, lui qui s’en laverait les mains et n’y aurait aucune responsabilité, encore grimper dans les sondages. Nous voulons dire par là qu’il n’est pas assuré que Salvini n’en arrive pas à juger plus intéressant de céder un peu de temps contre une montée supplémentaire de sa popularité qui propulserait la Liga à proximité d’une majorité absolue.

...Certains jugent Salvini effectivement convaincu qu’il peut atteindre de tels sommets pour son parti. Une telle hypothèse, qui n’est pas la moins probable, tant s’en faut, signifie des conditions encore plus proches d’une “explosion populiste” qui pourrait vraiment secouer l’Union Européenne. Si l’on ajoute un Brexit dur assumé, le déclin continue de l’Allemagne avec l’effacement d’une Merkel dont le maintien forcé à son poste accélère ce déclin, une France qui voudrait s’affirmer comme leader européen avec l’effacement allemand et un rapprochement de la Russie, mais qui serait paradoxalement isolée dans sa position de seule grande puissance si elle tentait d’imposer “au nom de l’UE” une politique étrangère et de sécurité volontariste comme celle qui a été vaguement esquissée à Brégançon avec Poutine, effectivement on peut envisager pour l’UE des secousses telluriques de très-très grandes magnitudes.

Peut-être un jour Macron jugera-t-il que le seul moyen de tenir est de prévoir un séjour à Canossa pour y rencontrer un Salvini devenu Premier ministre, pour envisager l’issue de secours d’une “Europe des nations” tournant un visage aimable vers la Russie (ce qui satisferait complètement Salvini). Mais il s’agit certainement d’un scénario de pure spéculation et un peu trop ordonné pour ces temps de désordre. Il est bien plus probable que l’évolution de la situation européenne, d’ailleurs interdépendante avec d’autres situations régionales chaotiques, se fasse dans le sens d’une accélération de son “tourbillon crisique” dont les secousses telluriques ont comme effet principal une accélération correspondante du désordre

Il y a donc beaucoup d’arguments pour penser que Salvini en Italie, comme Johnson au Royaume-Uni et comme nombre d’autres, constituent des facteurs de désordre impossibles à éliminer malgré les diverses tentatives des rescapés de “l’ancien monde”. En d’autres termes, l’évolution des choses se poursuit “selon le plan prévu”, c’est-à-dire hors de tout “plan” assuré, avec comme arme principale contre les derniers balbutiements d’agonie du susdit “ancien monde”, – la formule dantonesque “du désordre, encore du désordre, toujours du désordre”. Cette occurrence fait que les événements fondamentaux et décisifs qu’on prévoit régulièrement (Brexit, Salvini, etc.) sont certes fondamentaux mais nullement décisifs, mais avec comme apport principal d’alimenter ce “tourbillon crisique” dont nul ne sait dans quel trou noir il se contractera finalement pour ouvrir la voie vers quelque chose qu’on pourrait envisager de qualifier de “nouveau monde”...

dedefensa.org

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L’enjeu de la crise en Italie

La crise politique en Italie était certaine. Seule, la date était inconnue. En annonçant, le 8 août, que son parti ne pouvait plus gouverner dans le cadre de la coalition formée il y a quatorze mois avec le Mouvement 5 étoiles (M5S), Matteo Salvini, le chef de la Ligue et omniprésent ministre de l’Intérieur sortant, a mis fin à ce suspense… et en a relancé un autre.

Il a fait valoir qu’un gouvernement ne pouvait raisonnablement durer si l’un des partenaires – en l’occurrence le M5S – bloque les décisions. Et il est vrai que de plus en plus de dossiers étaient l’objet d’affrontements entre les deux forces qui formaient ensemble l’exécutif. Le dernier conflit en date portait sur la réalisation du tunnel ferroviaire sur la ligne Lyon-Turin, un projet d’infrastructure que la Ligue avait fait inscrire dans le programme initial de gouvernement, mais qui se heurtait à l’opposition du M5S. Objectivement, M. Salvini était donc fondé à pointer ces bisbilles toujours plus nombreuses.

Ses anciens alliés de même que ses adversaires, ainsi que la majeure partie de la presse italienne, ont de leur côté accusé ce dernier de vouloir provoquer des élections anticipées dans le seul intérêt de son parti, en l’occurrence pour profiter opportunément de la remarquable popularité de celui-ci. Car en lui accordant 36%, 38%, voire 40% des intentions de vote, les sondages semblent confirmer et même amplifier la spectaculaire progression de la Ligue : lors des européennes de mai dernier, celle-ci avait obtenu plus de 34% des suffrages, soit le double du score réalisé lors des législatives de février 2018.

Cette analyse n’est sans doute pas fausse. Matteo Salvini ne s’en est d’ailleurs pas caché, affirmant qu’un retour aux urnes constituait « la voie royale » de la démocratie, et que le pays avait besoin qu’on lui confie « les pleins pouvoirs », c’est-à-dire une majorité ne dépendant pas de partenaires réticents.

Lors du débat qui s’est tenu le 20 août au Sénat, dans une ambiance particulièrement tendue, le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, a annoncé la fin du gouvernement, rendant ainsi caduque la motion de défiance que s’apprêtait à déposer la Ligue. M. Conte s’est montré particulièrement dur à l’égard de celui qui a pris l’initiative de la rupture, lui reprochant en particulier son irresponsabilité et son absence de sens constitutionnel. En outre, selon le président du Conseil, cette situation serait de nature à affaiblir l’Italie au sein de l’Union européenne.

Institutionnellement, la balle est désormais dans le camp du président de la République, qui a entamé ses consultations avec les présidents des chambres et les leaders des principaux partis. Sergio Mattarella, qui avait déjà tenté, au printemps 2018, de faire capoter la formation de la coalition entre la Ligue et le M5S au nom du respect par l’Italie des règles et du cadre européens, est un pro-UE notoire, et ne fait pas mystère de son souhait d’éviter des élections anticipées. C’est la tenue de celles-ci qui est désormais l’enjeu des tractations en cours.

Ou bien le chef de l’État constate l’existence d’une majorité alternative à l’attelage actuel qui a failli, ou bien les électeurs devront retourner aux urnes d’ici fin octobre. Cette seconde hypothèse constituerait le succès du plan conçu par Matteo Salvini. Celui-ci peut en effet espérer remporter une large victoire.

Ou bien les diverses forces politiques réussissent à mettre sur pied une alliance de circonstance – et donc de court terme – évitant des élections immédiates. Mais contrairement à ce qu’affirment certains commentateurs, ce cas de figure ne serait pas un échec pour la Ligue. Loin de là. Car le nouveau cabinet aurait comme tâche prioritaire de préparer le budget 2020, qui doit être soumis à la Commission européenne à l’automne, et doit être conforme à ses règles. En l’occurrence, celles-ci imposent de trouver au bas mot 23 milliards (compte tenu des négociations antérieures entre Rome et Bruxelles), c’est-à-dire d’opérer des coupes majeures dans les budgets publics, et de renoncer aux baisses d’impôts initialement promises. En un mot, il faudrait désormais faire le « sale boulot ».

Ce nouveau gouvernement devrait également rompre avec la « fermeté » vis-à-vis des arrivées de migrants sur les côtes italiennes, fermeté sur laquelle Matteo Salvini a construit une large part de son aura. Celui-ci, fort de l’art de la communication populaire dans lequel il excelle, pourrait alors apparaître comme le seul opposant, et encaisser ainsi tranquillement les dividendes d’une popularité qui ne pourrait que croître.

Dernier élément qui nourrirait celle-ci, et pas des moindres : il ne manquerait pas de pointer – non sans quelque raison – les sordides combinazionedes partis unis par leur seule volonté d’éviter le retour aux urnes (et donc par la seule envie des parlementaires sortants de s’accrocher à leur fauteuil). Un argument particulièrement dévastateur pour le M5S : fondé à l’origine comme un «non-parti» dénonçant les turpitudes et l’entre-soi de la caste politique, cette formation perdrait ce qui lui reste de crédit dans un contexte où elle a déjà dégringolé considérablement entre les élections de mars 2018 et les européennes de mai 2019 (passant de 33% à 17%).

Déjà, les paris sont ouverts : une alliance entre le Parti démocrate (PD, classé « centre gauche ») et le M5S, telle que l’a proposé l’ancien président du Conseil, le très impopulaire Matteo Renzi ? Ce serait stupéfiant au regard des insultes que les deux partis se sont échangées dans les années récentes (« populistes dangereux et irresponsables » d’un côté, « corrompus et pourris » de l’autre). Une coalition élargie à Forza Italia, de Silvio Berlusconi, comme l’a suggéré Romano Prodi, qui fut lui-même chef du gouvernement italien (1996-1998 et 2006-2008) et président de la Commission européenne (1999-2004) ? Une construction encore plus baroque, mais qui aurait l’avantage d’être bruxello-compatible, a précisé M. Prodi ; celui-ci a même baptisé son projet Ursula – le prénom de Mme Von der Leyen, la future chef de l’exécutif européen… On évoque aussi la formation d’un «gouvernement technique», comme ce fut le cas sous pression de Bruxelles entre 2011 et 2013, sous la conduite de l’ex-commissaire européen Mario Monti.

Comparaison n’est pas raison, mais deux analogies sont frappantes avec la situation qui prévaut au Royaume-Uni. D’abord, l’ombre omniprésente de l’UE dans la politique nationale de ces pays. Mais aussi les tentatives désespérées d’une partie de la classe politique pour contourner la volonté populaire : à Rome, un improbable «tout sauf Salvini» dans le seul but d’éviter un verdict électoral ; à Londres, la proposition (vouée à l’échec) de Jeremy Corbyn de rassembler députés travaillistes, rebelles conservateurs, libéraux-démocrates et indépendantistes écossais dans l’unique objectif de faire tomber Boris Johnson et de différer ainsi encore un peu l’échéance du Brexit dont le principe a été acté par les citoyens en juin 2016.

Dans les deux cas, ces calculs sont non seulement vains, mais pourraient bien se retourner contre les manœuvriers en exacerbant encore un peu plus la colère populaire.

Côté Royaume-Uni, la sortie aura lieu. Côté Italie, on suivra évidemment avec attention les développements de ces prochains jours. Dans ce cas cependant, la question majeure reste entière : dès lors que les amis de Matteo Salvini auront conquis le pouvoir, sauront-ils, voudront-ils assumer l’affrontement inévitable avec Bruxelles, le moment venu ? C’est là que se situe en réalité tout l’enjeu.

Pierre Lévy

 

(Publié le 21 août 2019, “Opinions”, RT.com)

  • 24 août 2019 à 00:00

Epstein, ou l’anguille sous roche

Par info@dedefensa.org

Epstein, ou l’anguille sous roche

24 août 2019 – Nul ne parvient à se débarrasser vraiment de l’“affaire Epstein”, avec son “suicide apparent” qui ne parvient pas à prendre sa place dans la glorieuse rubrique-Système des “affaires classées”. Très curieusement sinon de façon révélatrice (on va le voir), ceci se signale à notre vigilance, ceci qui doit encore renforcer notre attention et nourrir nos interrogations : la façon dont, pour la deuxième fois depuis le 10 août, le Washington Post relance les doutes et les soupçons avec des articles très structurés et très détaillés.

A ce point sur lequel je veux débuter cette petite chronique sur un ton anecdotique qui nous conduira tout de même là où je voudrais nous emmener, je vous dirais mon étonnement du comportement de mes “amis” trotskistes de WSWS.org que je suis avec beaucoup d’intérêt et de respect, et aussi un certain attendrissement devant la façon étrange dont ils tournent leur approche du sujet. On l’avait déjà vue dans un texte d’avant (du 14 août), cette tendance assez touchante pour que la doctrine reste bien droite et que le Grand-Léon ne les gronde pas d’Ici-Haut où on l’a accueilli :

« On s’en aperçoit à la lecture régulière de nos insolites amis de WSWS.org qui, à décrire la schizophrénie de Washington D.C./“D.C.-la-folle”, parviennent difficilement à dissimuler leur propre schizophrénie. Il ne fait en effet aucun doute pour WSWS.org que le Système, – c’est-à-dire la ploutocratie réactionnaire-capitaliste de D.C., – veut effectivement “enterrer” l’affaire du “suicide apparent” d’Epstein après avoir commis, ou laissé commettre le forfait. On en revient donc au constat présenté plus haut et aussitôt affiché par WSWS.org “que cette affaire devrait être conclue presto-pronto selon la narrative officielle, suivie de l’habituel ‘Circulez, il n’y a rien à voir’”, suivi effectivement du second constat : “Le problème est qu’il n’y a pas vraiment de narrative officielle”. »

Cette fois, c’est vraiment encore mieux, parce que l’essentiel de l’article de ce 23 août (pas plus tard qu’hier) est consacré au plus récent article du 21 août du Washington Post, et surmonté du titre : « Why is the New York Times still trying to sweep the Epstein case under the rug? » (“Pourquoi le NYT est-il toujours en train d’essayer de passer l’affaire Epstein sous silence ?”) Moi qui sais bien, comme WSWS.org d’ailleurs, pourquoi le NYT est effectivement “toujours en train d’essayer” ce qu’on sait bien, je me demande pourquoi mes gentils amis de WSWS.org n’ont pas titré leur texte plutôt comme ceci : « Why is the Washington Post still trying to put the light on the Epstein case’ inconsistencies and contradictions ? » (“Pourquoi le WaPo est-il toujours en train d’essayer de mettre en lumière les inconséquences et les contradictions de l’affaire Epstein ?”)

L’article de WSWS.org ne nous cache rien, allant jusqu’à juger “extraordinaire” (allez, je souligne en gras) un des premiers paragraphes de l’article du WaPo, – ce qui aurait bien mérité un titre, non ? 

« Un article important publié jeudi 22 août dans le quotidien Washington Post dénonce la violation systématique des règles pénitentiaires régissant la détention du trafiquant sexuel multimillionnaire Jeffrey Epstein au cours de la période précédant immédiatement sa mort, le 10 août.
» Le journaliste Devlin Barrett écrit : “Au moins huit membres du personnel de direction du Bureau des prisons savaient que des instructions strictes avaient été données de ne pas laisser Jeffrey Epstein, un délinquant sexuel multimillionnaire, seul dans sa cellule, alors que l'ordre a été apparemment ignoré dans les 24 heures précédant sa mort, selon des personnes familières avec cette affaire”.
» Son rapport se poursuit : “Le fait que tant d’officiers pénitentiaires étaient au courant de la directive, – non seulement des officiers de correction de bas niveau, mais aussi des superviseurs et des gestionnaires, – a alarmé les enquêteurs qui évaluent ce qui semble jusqu'à présent être un étonnant manquement à suivre les instructions, ont dit ces personnes”.
» Ce langage est tout à fait extraordinaire, suggérant que les journalistes du Post ont des raisons de croire que la faille de sécurité n'a pas d'explication légitime et pourrait être le résultat d'une action concertée pour laisser Epstein exposé et vulnérable... »

Sur la fin, tout de même, le brave WSWS.org se rappelle brusquement qu’il a titré sur le NYT, et qu’il faut donc bien dire un mot sur le NYT justifiant ce titre... Voici l’avant-avant-dernier paragraphe où éclate cette révélation, avec la curieuse explication de la proximité du siège du NYT du lieu de la mort d’Epstein (donc il devrait en savoir plus !) par rapport à la distance entre le Washington du WaPo et Manhattan, à New York City :

« Dans ces conditions, la vraie question est de savoir pourquoi la majorité des médias américains, sous la houlette du New York Times, a choisi de gober l’affirmation du “suicide” et dénoncé toute remise en cause du verdict officiel comme une “théorie du complot”. Epstein a été tué dans le centre de Manhattan, à quelques kilomètres de Times Square. Mais la plupart des rapports exposant de nouveaux éléments de preuve dans cette affaire ont été publiés dans les pages du Washington Post, tandis que le Times a publié de longs rapports, – comme un compte rendu en première page dans son édition du dimanche 19 août, – qui pourrait se résumer par l’habituel “Circulez, y a rien à voir”... »

Ainsi pouvons-nous en déduire, en raisonnant de schizophrénie (celle du NYT) en schizophrénie (celle de WSWS.org), que le comportement du WaPodéjà signalé à propos d’un premier article provoquant avec un zeste d’analyse sur la pointe de la plume, confirme une singulière tendance de cet organe qui nous avait habitués, dans l’“étrange époque” que nous traversons, à des alignements impeccables sur les consignes du Système... Mais justement, quelles sont les consignes du Système ? On l’avait déjà écrit sur cet auguste site : « Le problème est qu’il n’y a pas vraiment de narrative officielle », – et « il n’y a pas vraiment de narrative officielle » parce qu’il semble bien qu’il y ait “anguille sous roche” au sein du DeepState.

Passant ainsi de l’inconséquence sans conséquence de WSWS.org à l’article du WaPo, je poursuis mon raisonnement, en véritable petit Sherlock, ma loupe en bouche, d’une façon si innocente qu’on finirait par croire que je suis, moi aussi, de la veine des complotistes... Mais cette fois, ce serait une sorte de “complot à OK DeepState, supposant qu’il y a quelque bisbille, “du rififi Inside The Matrix”, quelque chose dans le genre Discorde chez l’ennemi.

Car enfin, vous savez ce qu’est notre-WaPo ? On le rappelait il y a peu, dans un article à propos d’un article du dit-WaPo, sur lequel je vais aussitôt enchaîner : « Il est assez coutumier de résumer la chose en disant que le ‘Washington Post’ (‘WaPo’) est “a CIA asset”, dans la mesure certaine où son actuel propriétaire, Jeff Bezos, l’hyper-milliardaire de Amazon, a acquis le quotidien grâce à un contrat de $600 millions avec la CIA, payé cash par l’agence. Plusieurs journalistes du ‘WaPo’ sont considérés comme de véritables relais de la CIA. » Et que dit cet article du WaPo qui y était commenté ? Que les relations entre le parti démocrate et Israël sont devenues très mauvaises, ce  qui a été mis en évidence à l’occasion de l’équipée des filles de The Squad ; et l’on sait bien que le parti démocrate a toujours été, traditionnellement veux-je dire, le principal soutien d’Israël à Washington et il est le parti favori des juifs américains, en grande majorité progressistes et donc plus proches des démocrates, – et votant démocrate, ce pourquoi The-Donald  est furieux. (Vous savez d’ailleurs bien, si vous lisez notre amie Badia Benjelloun, que les juifs américains commencent à se lasser des entreprises de Netanyahou et de l’inconditionnalité du soutien d’Israël qu’on exige d’eux.)

De tout ce qui précède, vous pouvez explorer les deux hypothèses suivantes et (voir plus loin) complémentaires, à savoir :
1) que la CIA pourrait bien ne pas détester que l’on sache qu’Epstein a été liquidé, et que cela permettrait de faire sortir en pleine lumière certaines implications, complicités, perversités aventureuses d’un tel ou tel que la dite-CIA voudrait voir mise au grand jour, – et, le moment venu, le WaPo pourrait avoir les bonnes infos... 
2) et que la CIA aimerait bien qu’Israël modifie ceci ou cela dans sa politique, en prenne un peu moins à son aise, s’abstienne de certaines actions, de certaines pressions, que sais-je, et qu’il est par conséquent intéressant de faire savoir à la direction de ce pays que son influence aux USA est en train d’être mise en cause, peut-être de façon radicale, ce qui constitue un événement extraordinaire...

Peut-on lier les deux hypothèses ? Peut-être bien, et même à pleines mains si l’on se réfère  à une affirmation largement répandue, selon laquelle Epstein en croquait de tous les côtés (agent double-triple-quadruple ?), et notamment comme agent du Mossad au côté du père de sa bonne amie Ghislaine Maxwell. (Philip Giraldi, un ancien de la CIA, développe largement cette thèse Epstein-Mossad.) A partir de là, on peut spéculer sur la possibilité d’affrontements externes entre la CIA et le Mossad (courant entre amis) et d’affrontements internes aux USA/DeepState qui leur sont liés, et affrontements symbolisés en parfait exercice de journalisme objectif par les lignes opposées suivies par le New York Times et le Washington Post sur l’affaire Epstein.

Voilà... Spéculations, tout cela. Il reste que je n’ai pas souvenir d’avoir vu une telle divergence sur une affaire aussi sensible que le cas-Epstein, entre les deux principaux journaux nationaux de la presseSystème US, tous deux références-Système en or massif. Cela donne un crédit très grand à l’hypothèse générale dite du “rififi Inside the Matrix”. Il n’y a rien de plus intéressant et de plus prometteur, et également rien de plus probable dans ces temps d’immense désordre à “D.C.-la-folle”, que cette situation de Discorde chez l’ennemi.

Pour cette raison, et sans faire ni dans le complotisme ni dans la divination, mais en s’en tenant au sens commun de l’esprit et du jugement dans cette “étrange époque” où le désordre, la radicalisation, l’absence de sens commun pour ses propres intérêts sont la marque du Système au rythme de sa surpuissance mutant en autodestruction, on peut avancer que l’affaire Epstein est loin d’être close et qu’elle nous réserve quelques retours de flammes qui ne manqueront pas d’intérêt ni de chaleur. Avançons donc...

  • 24 août 2019 à 00:00

Un Roi avec divertissement

Par info@dedefensa.org

Un Roi avec divertissement

23 août 2019 – Trump s’exclame, exulte, tempête ! Il s’écrie “Wow !” Il fait venir ce pauvre besogneux de “Staches” (Bolton), qui range ses bombes avant d’attaquer le fameux pétrolier iranien : “See that ! See that ! I am the Antechrist for these Dems bastards ! I love it !” Il fait venir ce gros-cul de Pompeo-the-Pompeux, qui met en place le 666ème(le chiffre de la Bête) projet d’invasion du Venezuela : “Mike, I’m the King of Israel, the God of the Second Coming ! Do you believe that ?” Contrairement au fameux roman énigmatique, Trump est “un Roi avec divertissement”.

Redevenons... euh... sérieux...

Trump a provoqué une tempête dont les thèmes sont terribles, d’une sensibilité et d’un caractère presque religieux, – Israël et ses liens avec les USA, les juifs américains, l’antisémitisme... Ayant provoqué cette tempête terrible qui a allumé un terrible incendie, il s’est empressé de souffler sur les braises avec entrain, en tweetant des affirmations remarquables ; l’un d’elles selon lesquelles, d’après l’un de ses admirateurs, il ne serait rien de moins que le personnage central de la Seconde-Venue (Second Coming) de Jésus, – donc qu’il serait Jésus et nul autre. Wow !” , commente-t-il.

Il faut donc jeter un coup d’œil sur la terrible tempête de tweets terribles qui s’est déchaînée en commentaire furieux, ahuries, pleins de dégoût, tonnant de colère et tonitruant d’horreur, de vénération, de révélation, dégoulinant d’amour inconditionnel, – tout cela, suivant ces trois tweets en chaîne et enchaînés qu’avait postés le Président... (Je les laisse en anglo-américain pour le charme, la couleur locale, l’exotisme et la précision scientifique de l’historien.)

« Thank you to Wayne Allyn Root for the very nice words. “President Trump is the greatest President for Jews and for Israel in the history of the world, not just America, he is the best President for Israel in the history of the world...and the Jewish people in Israel love him....
» ....like he’s the King of Israel. They love him like he is the second coming of God...But American Jews don’t know him or like him. They don’t even know what they’re doing or saying anymore. It makes no sense! But that’s OK, if he keeps doing what he’s doing, he’s good for.....
» .....all Jews, Blacks, Gays, everyone. And importantly, he’s good for everyone in America who wants a job.” 
Wow! »

Cette affaire de la plus haute importance ne tombe pas du ciel comme un éclair dans un ciel bleu. Elle s’inscrit dans une longue série d’attaques et de contre-attaques depuis plus d’une semaine autour des sujets déjà mentionnés, qui commencèrent avec l’épisode de la visite contrariée de deux des quatre cavalières de l’Apocalypse de The Squad. Trump, qui ne lâche jamais sa proie, a poursuivi une  terrible offensive contre les deux jeunes femmes, en l’élargissant très vite, – superbe sens de l’à-propos, – à la question du vote des juifs américains dont il juge péremptoirement qu’ils devraient tous, sans-exception, lui revenir à cause de sa politique israélienne d’une tendresse extrême pour Netanyahou, au lieu d’aller en majorité, selon ce qu’on en dit, au parti démocrate qui est le parti des infâmes jeunes femmes du Squad.

Voici quelques paragraphes plus sérieusement écrits, que je glisse à ce point pour faire saisir l’ampleur de l’affrontement ; où l’on voit qu’il s’agit d’un débat d’ampleur national, et cela dit, sérieusement je vous l’assure, à la fois avec ironie pour la forme du débat, avec beaucoup plus de sérieux pour le fond.

« ...“Je pense que les juifs qui votent pour les démocrates... Je pense que ça montre soit un manque total de connaissance ou un manque incroyable de loyauté”, a déclaré Donald Trump le 20 août, provoquant un tollé aux États-Unis.
» Interrogé sur la conférence de presse donnée la veille par les deux élues démocrates persona non grata en Israël, Donald Trump s’est indigné des sous-entendus de l'une d'elles, Ilhan Omar, qui a invité les représentants américains à se rendre sur le territoire israélien pour constater comment étaient utilisés les fonds américains alloués à la défense israélienne. 
» “Je n’arrive même pas à croire que l’on ait cette conversation”, s'est insurgé le président américain. “Il y a 5 ans, l’idée même de parler[...] de réduire l’aide aides à Israël à cause de deux personnes qui détestent Israël et détestent les juifs...” a-t-il poursuivi. Attaquant l'élue démocrate, Donald Trump avait affirmé quelques minutes plus tôt : “Omar est un désastre pour les juifs. Je ne peux pas imaginer que s’il y a des juifs dans sa circonscription, ils puissent voter pour elle.”
» Destinée initialement aux représentantes du Parti démocrate, cette attaque a largement fait réagir, provoquant notamment l’indignation d’une dizaine d’associations et d’organisations juives américaines ou pro-Israël lassées d’être “utilisées” par le président dans sa bataille électorale. L'évocation par Donald Trump de l'idée de déloyauté de la communauté juive a été vue comme une rhétorique antisémite. Une grande partie de ces puissantes organisations, avec à leur tête l'AIPAC, avaient d’ailleurs déjà dénoncé la décision d’Israël d'interdire aux deux élues démocrates de se rendre sur son territoire.
» “On ne sait pas très bien à qui le président s’en prend quand il dit que les juifs ‘manqueraient de loyauté’, mais les accusations de déloyauté ont été utilisées depuis longtemps pour attaquer les juifs.[...] Il est grand temps d’arrêter d’utiliser les juifs comme un outil politique”, a souligné le président de l'Anti-Defamation League (ADL).
» Même son de cloche pour le directeur du Centre de l’action religieuse pour une réforme du judaïsme (RAC) qui a estimé que les propos du président étaient “irresponsables et dangereux”. “Les libertés politiques et religieuses sont la marque de fabrique de cette nation. Arrêtez d’utiliser la communauté juive pour gagner des points dans les sondages”, a ainsi lancé le rabbin Jonah Pesner.
» L’American Jewish Committee (AJC), qui se présente comme apolitique, a pour sa part qualifié la déclaration de Donald Trump d’“inappropriée, pas la malvenue et véritablement dangereuse”. “Les juifs américains, comme tous les Américains, ont une large gamme d’opinions politiques”, a affirmé le président de l'organisation, David Harris, dans un communiqué, appelant le président à “arrêter sa rhétorique qui divise et à se rétracter”. »

Vous voyez comme le cas est complexe et compliqué à la fois, ce qui est assez rare. Il est vrai que Trump est le président qui a, – et de loin, de très-loin, – la politique la plus pro-israélienne de tous les présidents US depuis qu’Israël existe. A cette lumière, l’accuser d’antisémitisme est une gageure difficile à conduire à terme, malgré l’expérience accumulée depuis des décennies dans ce genre de manœuvre expiatoire.

Trump étant un homme simple, homme de rapports (d’argent) et de pourcentage d’intérêt (à son avantage, pour chaque acte posé), sa logique disant “puisque j’ai cette politique, tous les juifs américains doivent voter pour moi” est imparable. D’ailleurs certains juifs pro-Trump et votant Trump, et certaines juives comme la ravissante mannequinne Elizabeth Pipko,  fondatrice en plus de The Exodus Movement, abondent dans le sens du président, contre l’avis d’organisations juives aux USA aussi puissantes que celles qui ont été citées plus haut.

Pour être plus sophistiqué, l’argument de ces organisations et des juifs anti-Trump, qui semblent être la majorité des juifs américains, n’en est pas moins respectables. Va-t-on les traiter comme du bétail obligé de voter dans un seul sens, pour n’importe qui, pour un clown-bouffon, sans autre débat ? Ce n’est pas loin de l’esprit de l’Holocauste, ça, d’autant qu’ils sont beaucoup parmi les activistes de l’ultra-gauche démocrate, à peinturlurer Trump en nouveau Hitler.

... Vous aurez remarqué que, du côté de Netanyahou, c’est plutôt silence-radio sur le cas, signe d’un embarras évident. On le comprend aisément, toute cette affaire le place devant de singulières contradictions, qui sont l’essence même de l’incroyable pavlovisme pro-israélien de la politique washingtonienne.

Alors, encore et toujours, il y a Trump, encore-Trump et toujours-Trump, le clown-bouffon qui marche les pieds dans le plat. Dès qu’une polémique grotesque et tonitruante dont il est l’inspirateur commence à sembler s’apaiser en un débat sérieux où l’on pourrait noyer le poisson d’arrangements douteux sous l’argument de belles phrases huppées, humanitaristes, larmoyantes, martiales dans le sens de “nos-valeurs-partagées” et ainsi de suite, il en remet une couche grandiose qui grippe la délicate machinerie aux compromis-Système entre maffieux de bon aloi. Alors, dans ce cas c’est son triple tweet vu plus haut où il joue au Roi d’Israël et au Jesus de la Seconde-Venue en citant un zélé trumpiste, histoire de dire en rigolant, “Wow ! C’est pas moi qui le dis”... La machine repart de plus belle, explose en tweets extatiques (la minorité) et en tweets absolument déchaînés, complètement furibards (“ce type est fou”, “complètement timbré”, “un entonnoir à la Maison-Blanche”).

Vous croyez que je me fais chroniqueur de l’insignifiant et du superfétatoire ? Détrompez-vous aussitôt, car voici effectivement l’étrange génie de ce bouffon venu d’on ne sait où, manipulé par ses travers spasmodiques et les forces mystérieuses qui utilisent ces travers à bon escient, – un escient antiSystème en fin de compte, – manipulé au-delà de tout par son inextinguible et presque spirituel bonheur de sa contemplation sans fin de soi-même. Comprenez-vous qu’avec toutes ces grotesqueries dont ils nous abreuvent depuis une décade, rallumant sans cesse l’incendie qui ne demande qu’à s’éteindre dans le chef de tous ces gens sérieux de l’ombre et des 0,001% multimilliardaires, tous ces manipulateurs des complots immémoriaux qui mènent le monde à notre nez et à notre barbe, il finit par faire apparaître les vrais dimensions iniques et grassement payée de la cause dont il se veut le défenseur à mort pourvu que ce soit pour ses intérêts.

(Bien sûr, en n’oubliant pas, je m’en garderais bien, l’aide précieuse de quelques allumeuses d’incendies politiques de première dimension, telles que sont les filles du Squad, d’où la justesse du propos, – pardon si c’est du mien dont je parle : « Les filles du Squad sont aussi insaisissables que Trump, tantôt alliées absolues du Système, tantôt radicalement antiSystème. [...] En un sens, elles ont introduit dans le parti démocrate, ou “aile gauche du Parti unique”, le même désordre-chaos que Trump a introduit dans le parti républicain, ou “aile droite du Parti unique”. Les deux s’équivalent, pour cette raison ils se haïssent jusqu’à la mort. »)

Est-ce que vous vous rendez compte que ce bouffon, cet “entonnoir à la Maison-Blanche”, a réussi à mettre sur le devant de la scène, jusqu’à mortellement diviser les juifs américains eux-mêmes et à mettre dans l’embarras le plus profond son allié de toujours, Netanyahou, il a réussi  à exposer au grand jour, c’est-à-dire à mettre en cause la problématique incroyablement contradictoire et tordue du soutien indéfectible de Washington à Israël. Il a réussi à mettre cette question-sacrée au grand jour de la haine autour de Trump qui déchire “D.C.-la-folle” depuis USA-2016, cette “question-sacrée” qui est (était ?) une des dernières poutre-maîtresses unissant encore les deux ailes du parti unique, qui désormais se déchirent et se consument encore plus dans une haine inextinguible. Leur haine qui désormais embrase la question-sacrée des relations entre les USA et Israël est comme un incendie de la grande forêt amazonienne : qui l’arrêtera car rien ne semble pouvoir l’arrêter... Et le pompier-pyromane-schizophrène, c’est le bouffon, c’est “l’entonnoir de la Maison-Blanche” qui crie à gorge déployé qu’il faut que l’incendie s’éteigne, et qu’il ne s’éteindra, – “messieurs-dames, Wow ! votez pour moi”, – que si tous les juifs américains votent pour lui.

  • 23 août 2019 à 00:00

Notre urgence mensuelle

Par info@dedefensa.org

Notre urgence mensuelle

Depuis quatre jours que notre barre de comptage est affichée, le “19 courant...”, les contributions de nos lecteurs ont été rares, à un point qui nous préoccupe naturellement. C’est une situation courante dans notre fonctionnement, notre préoccupation l’est aussi. 

Comme vous le voyez en tête de notre page d’accueil, la barre de donation atteint ce 22 juin au matin €569 alors qu’elle atteignait €492 lorsque nous l’avons installée. Vous mesurez aisément le rythme de progression de nos donations mensuelles pour ce mois d’août 2019, assez pour comprendre qu’il ne nous permettrait certainement pas s’il se poursuivait de seulement entrevoir les premiers contreforts de notre “zone de sécurité”. 

Vous connaissez les nombreux arguments que notre site, qui ne dispose d’aucun autre soutien que celui de ses lecteurs et notamment pas celui de la publicité, peut avancer pour solliciter ce soutien. Nous sommes dans des temps toujours plus cruciaux, toujours de plus en plus cruciaux, chaque mois plus cruciaux que le mois précédent. Les crises tant intérieures qu’extérieures se multiplient, nourrissant une dynamique crisique irrésistible qui embrase le Système dans sa totalité. Dans cette fureur métahistorique qui accélère la Grande Crise Générale d’Effondrement du Système, vous avez besoin plus que jamais de la survie et de l’apport essentiel de la presse alternative et antiSystème.

Plus que jamais, nous avons besoin, nous, de votre mobilisation pour le soutien de dedefensa.org.

 

Mis en ligne le 22 août 2019 à 15H52

  • 22 août 2019 à 00:00

Archives-dd&e : Le “chroniqueur métahistorique”

Par info@dedefensa.org

Archives-dd&e : Le “chroniqueur métahistorique”

Il y a 15 ans, le 10 juillet 2004, nous avions salué l’entrée dans la vingtième année de publication de la Lettre d’Analyse dd&e (quasi-mère biologique du site dedefensa.org), dont le “numéro zéro” avait été publié le 10 juillet 1985. On voit qu’il s’agit d’une longue chaîne de travail, de conceptions et d’évolution de ces conceptions. La Lettre d’Analyse a été conduite au milieu de ce qui constitue sans doute la plus grande période de bouleversement du XXème siècle, à la lumière de ce qui a suivi, à ce point où l’on est tenté de clore le “XXème siècle historique” en 1989 pour mieux aligner la séquence du bouleversement qui conduit à notre situation actuelle.

L’article que nous consacrions à nos vingt ans avait surtout pour but de mettre en évidence l’extraordinaire changement qu’avait connu, pendant ces vingt années, la condition de “journaliste”. En effet, nous confirmons le constat essentiel de cet article, qui est proposé par cette phrase : « De cette façon, les années 1980 constituent l'aboutissement d'une certaine forme de journalisme dont les débuts se confondent avec les origines de la presse moderne. » Cela signifie qu’il y a moins de différences dans les fondements de son travail entre un “journaliste” de 1920 et un “journaliste” de 1995 d’une part, entre ce “journaliste” de 1995 et un “journaliste” de 2000 d’autre part.

(On appréciera bien entendu que nous mettions “journaliste” entre guillemets dans ce cas. La raison en est qu’il y a toujours eu à notre sens au moins deux sortes de “journalistes”,  – les deux sortes se définissant par rapport aux liens entretenus, d’allégeance ou pas avec le ou les pouvoirs, – mais qu’à partir de 1989-1995 et disons d’une façon spectaculaire à partir de 1999 [la rocambolesque et terrible guerre du Kosovo], les deux sortes se sont clairement définies, notamment par la sorte de média employé, et la partie défavorisée [les “indépendants” vis-à-vis des pouvoirs] l’étant beaucoup moins à cause de la modicité économique des nouveaux types de médias sur l’internet.)

Les années depuis 2004 ont largement confirmé ce constat. Il existe désormais deux presses, de façon bien distincte et dans tous les domaines (écrits, radios, audiovisuel) : ce que nous nommons la presseSystème, à cause de son allégeance au pouvoir(au Système) et la presse “alternative” plus qu’antiSystème dans la mesure où il est extrêmement difficile de se définir comme antiSystème d’une façon principielle par rapport aux acteurs terrestres, parce que la référence adverse doit être constamment identifiée et construite, parce qu’il n’existe aucun étiquette stable possible : 

• être pour le Système est assez facile pour un “journaliste”, puisqu’il suffit de suivre les consignes sans s’interroger sur leur validité et leur efficacité (même si les consignes du Système produisent des effets antiSystème, le “journaliste” de la presseSystème n’en a cure : c’est un bienpensant, un PC, par conséquent il s’interdit tout esprit critique vis-à-vis des consignes, il agit aveuglément, en automate, en zombie, même parfumé et “authoritative”) ;

• être antiSystème demande l’usage continuel de l’esprit critique, d’abord en commençant par comprendre que le Système qui cherche l’entropisation produit du chaos, développe une surpuissance qui se transmue, à mesure mais nécessairement, en autodestruction ; il s’agit donc de déterminer constamment une appréciation critique des productions du Système, y compris et comme souvent quand certaines d’entre elles se contredisent, pour déterminer toujours ce qui est le plus extrêmement nocif pour le Système, pour le signaler, quitte à faire une différence jusqu’à l’opposition dans le comportement du même personnage, quitte à opposer tactique et stratégie, etc. (Un exemple constant à cet égard se trouve dans the Squad des quatre jeunes députées US démocrates et bigarrées : elles soutiennent à fond le LGTBQ, le féminisme et l’antiracisme, l’immigration “frontières ouvertes”, toutes choses prônées ô combien par le Système ; mais elles critiquent Israël-Netanyahou avec une vigueur jamais vue, rendent fou Elliot Abrams le tueur-USA de l’Amérique du Sud, évoquent une color revolution” aux USA, toutes choses fondamentalement antiSystème.)

Depuis 2004 où est écrit ce texte, les choses se sont incroyablement complexifiées dans le chef de l’antiSystème, tandis que le Système reste figé dans l’attitude-zombie qu’on a décrite. Aujourd’hui, l’essentiel pour le journaliste-sans-guillemets, c’est-à-dire le journaliste qui tend nécessairement à être antiSystème, est bien d’éviter tous les pièges qui se tendent à l’antiSystème, que l’antiSystème produit parfois sinon souvent de lui-même parce qu’il se laisse séduire par les étiquettes et se laisse entraîner, sinon fasciner par tel ou tel événement, tel ou tel personnage, en oubliant l’usage de son esprit critique.

Déjà en 2004, nous définissions plus justement ce vrai-journaliste en présentant « le journaliste devenu chroniqueur historique », c’est-à-dire le chroniqueur qui a choisi une référence en-dehors des contraintes du Système, – la référence historique, que nous avons prestement et plus justement transformé en “référence métahistorique”. Le “journaliste devenu chroniqueur métahistorique”, voilà la formule, en gestation en 2004, évidente aujourd’hui. Le journaliste-zombieSystème a le Système comme référent (“référent” selon le mot qu’employaient les polices politiques dans les manipulations des accusés lors des procès politiques communistes : le référent d’un accusé était l’homme des services chargé de surveiller et d’aiguiller cet accusé, souvent avec douceur voire affection, pour qu’il avoue ses supposés-crimes et se repente pour la gloire du Parti, et réclame une peine exemplaire pour son compte). Le journaliste antiSystème, ou “journaliste devenu chroniqueur”, a la métahistoire comme référence, et il l’a choisie en toute liberté, pour y appuyer solidement son esprit critique ; il sait bien, parce que c’est l’évidence, que la métahistoire ne peut être qu’antiSystème.

dedefensa.org

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“...On a toujours vingt ans”

Nous entrons avec ce numéro dans la vingtième année de publication de De defensa, dont le premier numéro (“numéro zéro”) date du 10 juillet 1985. Un coup d'oeil rétrospectif sur ce que nous fûmes, sur ce que nous sommes devenus, — et pourquoi...

En 1985, au printemps et à l'été 1985, on commençait à se douter de quelque chose. C'est alors que nous décidâmes de lancer de defensa, sans qu'il y ait de rapport de cause à effet entre ceci et cela. Il n'empêche : il y a une conjonction qu'on peut nommer, selon ce qu'on en croit, “coïncidence” ou signe du destin.

Depuis le 9 mars 1985, Mikhaïl Gorbatchev était secrétaire général du PC de l'URSS. Comme d'habitude, les grands “experts” n'y avaient vu que du feu.

• Voici l'avis sur la nomination de Gorbatchev, le 12 mars 1985, de Richard Pipes, alors au NSC de Ronald Reagan comme spécialiste de l'URSS et l'un des pères des “néo-conservateurs” (et effectivement père de Daniel Pipes, “néo-conservateur” actuel, allumé, et spécialiste du Moyen-Orient) : « La nomenklatura soviétique a tellement peur du moindre changement dans le système hérité de Staline, fondement de ses pouvoirs et de ses privilèges, qu'elle se choisit des secrétaires généraux de plus en plus faibles. »

• Le 15 mars 1985, Zbigniew Brzezinski était de passage à Bruxelles. Il déclara ceci à propos de Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev : les vieillards du Politburo qui ont choisi Gorbatchev « ont dû voir dans cet homme plus jeune qu'eux quelque chose de rassurant pour eux.[...] Ils l'ont choisi parce qu'il leur donne l'assurance, si vous voulez, d'une immortalité indirecte, parce qu'il continuera(leur)politique, mais en la revitalisant, en lui donnant un nouvel élan »

Deux mois plus tard, en mai 1985, le “jeune homme rassurant” des gérontes du Politburo lançait la plus formidable purge (d'une façon plus civile que les gammes staliniennes) depuis les années trente, mais cette fois contre les vieux cadres du Parti, ossifiés, conservateurs, immobilistes, etc.

Nous l'ignorions alors mais de defensanaissait en même temps qu'éclatait la “révolution” qui allait conduire en cinq ans à l'effondrement de toutes les structures communistes, à la fin d'une époque, à l'éclatement de l'état d'esprit de la binarité politique qui présidait à l'analyse de la situation du monde depuis un demi-siècle. Nous l'ignorions alors, mais c'était encore bien plus que cela qui commençait en même temps que de defensa.

Nous avons connu la plus formidable transition qu'ait jamais connue l'histoire du journalisme : au départ, nous étions subordonnés à des autorités...

Lorsque de defensa commence, le métier de journaliste ressemble, grosso modo, à ce qu'il était un siècle auparavant. Les moyens techniques ont changé, bien sûr, mais pas le fondement de la démarche. Le journaliste dispose de sources classiques (agences de presse, déclarations officielles, interviews formelles ou non mais identifiées, etc.). D'autre part, il a des sources personnelles, rencontrées et “utilisées” informellement, souvent avec lesquelles il lie des liens d'estime, voire d'amitié, dans tous les cas de confiance (c'est souvent l'honneur du journaliste de “protéger” ses sources) ; le plus souvent, ces sources sont laissées anonymes dans ses comptes rendus et ses analyses.

D'une façon générale, le journaliste “respecte” toutes ses sources, générales et ouvertes, particulières et personnelles ; c'est-à-dire qu'il a le sens instinctif d'avoir à apprendre de ces sources, qu'elles sont la source de ses informations, donc l'outil principal et, par conséquent, le plus généralement, qu'elles orientent ses analyses. Le journaliste dépend de ses sources comme le revendeur d'une marque dépend des livraisons de cette marque, et même du choix de cette marque de le garder comme revendeur.

Même les “coups” les plus fameux, dont le Watergate est unanimement et d'un avis conformiste général considéré comme l'archétype, répondent tout de même à une logique politique, voire une idéologie, dont le journaliste est plus l'outil que le manipulateur.

Enfin, au-dessus de tout cela, il y a la bipolarité de la situation, conséquence de la Guerre froide. Il est difficile pour un journaliste traitant une matière plus ou moins proche de la politique, — et le domaine est vaste, — de ne pas se situer d'une façon ou l'autre par rapport à cette référence. Et l'engagement n'est pas accessoire, il est toujours fondamental, par un de ses aspects ou l'autre. Pour nombre de journalistes, c'est presque un aspect de leur “devoir” que de prendre position dans l'affrontement Est-Ouest.

De cette façon, les années 1980 constituent l'aboutissement d'une certaine forme de journalisme dont les débuts se confondent avec les origines de la presse moderne. C'est, si l'on veut, le triomphe du “journalisme de référence”. Plus vous avez de sources hautes placées, plus vous passez pour informé et, par conséquent (ce “par conséquent” est essentiel), plus vous passez paradoxalement pour indépendant du pouvoir. En effet, les engagements implicites qu'illustrent ces situations semblent inévitables, naturels, comme allant de soi, et ils n'interfèrent en aucune façon sur le jugement d'“indépendance” (alors qu'ils le déterminent complètement). C'est l'époque des “authoritative source”, appréciation donnée à ces grands journalistes “de référence” et à ces experts “indépendants” qui sont les vedettes des séminaires, ces gens qui côtoient les plus grands et entretiennent des trains de vie professionnels souvent luxueux, et dont l'avis est à la fois reçu comme techniquement sans reproche et politiquement indépendant.

Nous, à de defensa, nous étions nécessairement hors de ce Circuit (effectivement, les réseaux de ces journalistes et experts, parce qu'ils suivaient finalement les mêmes manifestations et s'abreuvaient aux mêmes sources, constituaient ce qu'on nommait alors le Circuit, — ou l'establishment de l'information, avec une coloration évidemment très fortement transatlantique).

Nous n'avions aucune notoriété, aucun appui particulier. Pour lutter contre la pauvreté de nos moyens, nous tentions de développer une méthode spécifique originale en refusant de suivre nécessairement les grands sujets du jour, imposés par l'agenda des autorités (les grandes négociations, les grandes conférences, etc.). A cette époque, l'accréditation à l'OTAN, pour tout journaliste à Bruxelles traitant des questions de sécurité, était une question de vie ou de mort. Nous étions donc accrédités, mais notre politique était de refuser systématiquement les orientations imposées. Il nous a toujours paru extraordinaire que les ministérielles de l'OTAN réunissent des centaines et des centaines de journalistes, pour filmer des banalités consternantes, se précipiter sur un communiqué composé à l'avance et fruit de compromis jusqu'à l'émasculation complète (le film de l'amputation progressive d'un projet de communiqué dans les semaines précédant une ministérielle est, par contre, d'un intérêt prodigieux pour connaître les véritables positions des uns et des autres) ; pour recevoir des confidences de sous-ministres et autres adjoints, nécessairement faites pour influer sur l'instant, pour peser sur une délibération du jour, etc.

Nous avions donc choisi quelques sujets spécifiques dont le développement méritait un suivi permanent, quels que fussent les péripéties et annonces officielles. Nous suivions la question de la campagne lancée en Belgique pour la coopération dans un nouvel avion de combat (le français Rafale contre l'américain Agile Falcon), la question du développement de l'UEO, la question du développement de l'action intérieure de Gorbatchev par rapport à sa politique extérieure (alors que, sur ce thème, on prenait en général de grandes précautions pour séparer ces deux volets de l'action de Gorbatchev), etc.

Nous nous distinguions du reste par la nécessité de chercher une place originale, parce que nous ne disposions d'aucune des armes habituelles du journalisme occidental : une forte assise financière, un conformisme de vision, une notoriété appuyée sur l'orthodoxie, des canaux de distribution et de promotion assurés et contrôlés dans le cadre du système politico-économique général. Notre originalité et notre indépendance étaient bien réelles, mais moins comme des vertus que d'abord comme les fruits de la nécessité.

Pour cette raison, évidemment, de defensa fut soupçonné de nombreux travers, de corruption, de compromission, tout cela hautement condamnable. Cela apparaissait d'autant plus évident que rien, ni dans notre train de vie, ni dans la logique de nos prises de position, ne justifiait de tels soupçons.

Cette période (1985-1988) fut pour nous celle des premiers enthousiasmes vite contenus et refroidis par l'incertitude, l'isolement, le doute, la sensation d'être “en-dehors du jeu” et, par conséquent, la cible de tous les soupçons et de tous les sarcasmes.

Est-ce que nous vîmes venir la révolution de l'information et des communications, celle qui a changé “leur” psychologie et renforcé la nôtre ? Question intéressante... 

Il faut se remémorer ces années entre 1986-1987 (Tchernobyl en avril 1986, surtout le traité des INF en décembre 1987, entraînant la destruction des missiles nucléaires US et soviétiques à portée intermédiaire) et novembre 1989-91 (de la chute du Mur à la dissolution de l'URSS). C'était un temps d'immense confusion, à la fois des plus affreux soupçons (ces événements cachent-ils des manigances ?) aux plus ardents enthousiasmes (nous approchons, nous vivons, nous “touchons” des événements historiques). Ce n'était plus “l'imagination au pouvoir” de 1968, c'était “l'Histoire s'approprie l'imagination”.

Mais la réalité humaine, — ce que nous nommons “l'Histoire événementielle”, — évoluait différemment. A côté des événements historiques purs se développaient des événements technologiques considérables, à l'aspect historique certes, mais indirects. Plus tard, nous nommerions le résultat de cette évolution : “virtualisme”, désignant par ce mot, non pas un accident, non pas une incidence d'attitudes diverses, non pas des modifications même très importantes de choses déjà existantes, — mais une modification fondamentale, substantielle, de l'“Histoire” faite par les humains, accompagnant, ou précédée par une transformation également substantielle de la psychologie elle-même. (Nous ne parlons pas en termes absolus à cet égard : “la psychologie elle-même”, certes, mais pas la psychologie de tous ; certains y échappèrent, y échappent, y échapperont. Nommons-les “dissidents”.)

Nous jugeons, sans surprise pour nos lecteurs, que les structures définitives du virtualisme furent mises en place en Amérique, sous l'administration Reagan. Nous pouvons même offrir une date symbolique et “politique” à cet égard : au printemps 1983, lorsque le conseiller spécial du président pour les communications obtint un siège au National Security Council, le gouvernement “particulier” du président US, au même titre que le directeur de la CIA ou le secrétaire d'État. A partir de là, l'“événement”, — décision ou réaction de l'administration, — devint une matière envisagée selon son effet de représentation et de perception dans un monde nécessairement artificiel, et non selon son effet direct dans le monde réel.

Avons-nous réalisé cette révolution, que nous serions tentés aujourd'hui de qualifier à la fois d'inouïe et de sans précédent, alors qu'elle avait lieu quasiment sous nos yeux ? Non, bien sûr. Nous sentions qu'il se passait quelque chose mais aucune réalisation synthétique fondamentale (l'acceptation in fine, même si le mot n'a pas été encore présenté par nous comme néologisme fondamental, du virtualisme). Nous avons réalisé au fur et à mesure, chemin faisant. Ou bien, pour certains, pour la plupart, — il n'y a pas de réalisation de quoi que ce soit, il y a le refus ou, plus souvent, l'ignorance de l'hypothèse d'une modification de la structure de l'Histoire.

Cette position pourrait sembler “évidemment raisonnable”, selon un système de pensée qui rejette la possibilité d'effets importants, voire rationnels, de domaines irrationnels. Elle est surtout rationnelle jusqu'à l'extrême, avec le risque énorme du travers que nous voyons dans cette attitude : que l'attitude rationnelle dissimule en réalité du rationalisme, ou enfante le rationalisme, — c'est-à-dire passer du fait (rationnel) au « système d'opinion » (rationalisme). Au lieu d'utiliser la raison comme outil pour comprendre le monde (y compris l'irrationnel du monde), cette attitude revient à faire de la raison une arme pour transformer le monde à sa guise (c'est-à-dire, forcer l'irrationnel non dans un jugement de la raison pour sa compréhension mais dans une pression de la raison pour sa transformation, et que l'irrationnel devienne arbitrairement du rationnel).

Il nous semble que les événements ont largement corroboré cette évolution qui, d'hypothèse, tend à devenir un outil de compréhension d'une évolution extraordinairement rapide de l'Histoire. C'est à cet égard que les événements depuis le 11 septembre 2001, et le 11 septembre lui-même, ont constitué un événement essentiel d'une révolution, un « tournant profond » comme disait Victor Serge à propos de la révolution bolchévique et de l’arrivée de Staline. L'exceptionnel se trouve dans ce que cette révolution, effectivement, s'est exercée dans un autre domaine que ceux habituellement considérés pour cette sorte d'événements, et que les anciennes sciences qui définissaient cette sorte d'événements, — la stratégie, la géopolitique, etc., — passent complètement au second plan au profit de nouvelles activités : communications, psychologie, etc., jusqu'à “notre” virtualisme.

L'intérêt de cette période historique, ce “temps historique” que nous avons vécu est qu'il est très rapide dans ses transformations, et qu'il est instantané. L'expression assez grossière “en temps réel” peut être employée aujourd'hui pour l'Histoire, ce qui est une révolution sans précédent pour la psychologie. La compression des événements est telle que nous vivons en même temps ce que nous nommons l'“actualité” et l'Histoire, — ou, dit autrement : l'“actualité” est directement historique.

Pour la compréhension de ces phénomènes, l'un des très rares avantages des conditions que nous connaissons est que cette Histoire qui se fait sous nos yeux est rigoureusement bornée. Ainsi, et malgré l'attirance bien compréhensible pour le caractère essentiel du 11 septembre 2001 (certainement événement historique, on l'a dit), nous dirions que l'événement fondamental, le basculement entre la “pré-histoire” de notre temps historique et son début effectif, est la guerre du Kosovo (23 mars-11 juin 1999). C'est effectivement au cours de cet événement, quelle que soit l'importance qu'on y attache, et, même, quel que soit le parti qu'on choisit, qu'un changement de substance s'est manifesté. L'événement n'a pas eu tant d'importance du point de vue militaire (victoire acquise par avance, fin des hostilités puis après-guerre sans modifications fondamentales des conditions générales de la situation de désordre, d'incertitude, etc.) que du point de vue de sa représentation générale, tant médiatique que du point de vue de la communication de l'information. Nous nous sentîmes autorisés à écrire un article dont le titre était : « la première guerre virtualiste » (voir notre rubrique Analysede defensa du 10 septembre 1999).

Pour le chroniqueur qui possède l'accès à l'essentiel des informations du monde, la question centrale aujourd'hui est de distinguer l'essentiel de l'accessoire, l'Histoire des événements sans importance, le qualitatif du quantitatif...

Bien entendu, tout n'est pas si simple, et c'est même le contraire. Lorsque nous écrivons : “La compression des événements est telle que nous vivons en même temps ce que nous nommons 'l'actualité' et l'Histoire, — ou, dit autrement : 'l'actualité' est directement historique”, — il est bien entendu que tous les événements ne sont pas historiques, que la plupart, même, ne le sont pas, d'autant plus que le virtualisme en fait des non-événements dont l'absence totale de substance répond à l'apparence tapageuse. Il y a donc un problème fondamental de jugement, de choix des événements, ce qui est une nouvelle réalité du monde complètement complexe et difficile à débrouiller. C'est l'autre phénomène le plus important, — avec celui de l'afflux d'informations, comme on va voir, — caractérisant la révolution qui a bouleversé notre métier, et le contenu de de defensa par conséquent, depuis nos origines il y a 20 ans.

L'afflux d'informations, justement, considéré vingt ans plus tard... Nous en avons peu parlé parce que la chose va aujourd'hui de soi. C'est pourtant une révolution essentielle, qui fait que le journaliste d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec ce qu'il était il y a vingt ans, tel que nous le décrivions plus haut. La question des sources, de l'accès aux autorités, c'est-à-dire stricto sensu la question de l'information résolue par la révérence devant l'autorité qui caractérise les “journaux de référence”, tout cela est devenu complètement marginal pour comprendre le monde. Aujourd'hui, le journaliste, dans l'éventuel accomplissement parfait de sa fonction (et non dans sa perversion), est devenu chroniqueur historique parce qu'il dispose des moyens de l'être. Il a dans ses mains le formidable outil de l'accès à toutes les informations du monde, à la vitesse de la lumière, qu'on lui a gracieusement fourni. Cela lui permet de figurer, comme chroniqueur historique, dans une position au moins d'équivalence par rapport aux autorités qui exercent le pouvoir mais qui produisent de moins en moins d'événements historiques, alors qu'il y a 20 ans il se trouvait au stade de la révérence accentuée.

(Continuez à savourer ceci, maintes fois signalé ici, comme on savoure une sucrerie de qualité : le système contre lequel le journaliste devenu chroniqueur historique doit à son honneur de partir en guerre a créé l'outil qui lui permet de mener cette guerre avec des chances raisonnables de remporter quelques cinglantes victoires. Savourez la douceur du paradoxe en vous rappelant que c'est Internet avec ses multiples sources qui a réussi à totalement foutre en l'air la machine américaniste lancée dans son absurde guerre irakienne.)

Aujourd'hui, le journaliste devenu chroniqueur historique n'a plus de révérence à faire devant les pouvoirs établis. Il en sait autant qu'eux, parfois plus. Bien entendu, ces journalistes devenus chroniqueurs historiques sont le petit nombre, les happy few, le plus grand nombre n'ayant rien vu venir ni passer et s'étant enfoncé dans la définition ancienne pervertie de leur fonction. Les “journalistes” du système, ceux qui poursuivent leurs durs labeurs dans les “journaux de référence” font de moins en moins d'information, sans parler de chronique historique qu'ils ignorent complètement, et, au contraire, des révérences de plus en plus prosternées (voir Le Monde, le Financial Times, le New York Times et ainsi de suite, tous devenus autant d'“officiels” comme l'on disait de la Pravda, reflétant avec zèle les considérations des puissances en place, précisément celles de Washington).

Le journaliste devenu chroniqueur historique, pour l'être justement, est désormais placé devant un problème de choix, de sélection. Il est placé devant le problème de la réalité confrontée au virtualisme, donc devant ce phénomène formidable que la vision objective qu'il doit façonner de l'Histoire sera nécessairement le produit de ce qui est au départ un choix subjectif. Il devra distinguer lui-même, grâce à ses propres références, appuyé sur son expérience et sur les outils énormes de disposition de l'information dont il dispose désormais, les courants essentiels des événements accessoires. Il devra avoir la prudence salutaire de répudier systématiquement toutes les versions officielles publiques du système dont on sait, depuis diverses déclarations fameuses, notamment de Donald Rumsfeld (au moment de l'attaque contre l'Afghanistan, il avait déclaré que le mensonge officiel était une nécessité de sécurité nationale destinée à protéger les troupes en action), qu'elles sont systématiquement, presque chirurgicalement mensongères. Une fois posé cet acte, peut-être pourra-t-il songer à une étude suspicieuse de ces déclarations pour, par comparaison, par analogie, en recueillir une parcelle ou l'autre de vérité indirecte.

Aujourd'hui, le rôle du “journaliste devenu chroniqueur historique” est devenu tout simplement fondamental, et il est peut-être unique. Les fonctions traditionnelles du domaine, elles (les “journalistes de référence”, les “historiens” en général acquis aux conceptions du système et repliés sur la seule exactitude scientifique, etc.), ont définitivement abdiqué tout rôle critique fondamental au profit de l'application des mots d'ordre du système.

Il s'agit bien d'une révolution, qui s'est déroulée sur ces vingt années dont nous “fêtons” cette saison l'achèvement, dans un climat mitigé de fierté du devoir accompli et d'incertitude devant les bouleversements extraordinaires dont nous mesurons chaque jour l'ampleur. Nous avons conscience que le “métier” de l'information est devenu d'une telle importance, bien au-delà des ronronnements sordides sur la “liberté de la presse”, sur la “liberté de l'information”, qu'il est à la fois l'instrument de sauvegarde ultime de la civilisation et un fardeau d'un poids extraordinaire pour ceux qui prennent le risque d'accepter de s'en charger. Notre métier n'est plus un choix, une aventure, un défi, etc., il est devenu un véritable destin.

C'est une sensation à la fois étrange, exaltante et effrayante d'avoir le pouvoir de comprendre soi-même, sur le moment, lorsqu'il est vécu, que ce moment fait partie d'un événement absolument historique, — à chaque instant pour ainsi dire. C'est exaltant et effrayant.

Vingt ans après, ou comment le métier de journaliste, le “métier de l’information”, a connu une révolution copernicienne, du “journaliste” au “chroniqueur de [la méta]histoire” ...

Le “métier” de l'information a, en 20 ans, complètement, radicalement changé. Les “journalistes”, plus ou moins “sérieux”, se sont divisés en deux. D'une part, une masse de gens écrivant dans un monde désormais virtualiste, sur des sujets démesurément grossis, renvoyant aux impératifs idéologiques du virtualisme. C'est le cas, lorsqu'on voit en France (11-15 juillet) la presse officielle unanime, “journaux de référence” en tête, consacrer des pages (nous disons : des pages, pas des colonnes) à une agression contre une jeune femme dans le RER, parce que cette agression aurait eu un caractère antisémite, alors qu'elle se révèle  n'être qu'un montage de la dame en question ; alors qu'on débat aux USA, au même moment, de la possibilité d'une suspension de l'élection présidentielle qu'on pourrait assimiler à « a Washington coup d'Etat », pas une ligne n'apparaissant sur cette question, hors un entrefilet ou l'autre. Il y a quelque chose de définitif dans cette grotesquerie professionnelle, qui situe l'avancement inquiétant des désordres psychologiques, désormais du domaine de la psychopathologie.

D'autre part, des individus ou groupes d'individus, manifestement les happy few en termes de moyens financiers et de volume apparent d'influence, des dissidents qui s'en tiennent au monde réel, l'observent et le commentent. (Ils le peuvent, notamment, grâce à ce bijou de la liberté qu'est Internet.) Placés devant les cohortes des grotesques affublés du nom de journalistes (ou commentateurs), devant l'énormité du spectacle qui leur est offert, devant la gravité de la psychopathologie ainsi observée, ces happy few en viennent nécessairement à faire beaucoup plus que du simple journalisme. Non seulement ils commentent, mais plus encore, ils sont conduits à offrir une vision générale et globale de la crise de notre temps. Ils sont placés devant l'évidence de la crise de civilisation qui nous déchire avec une force et une rapidité inouïes. Leur devoir est d'en rendre compte.

Notre honneur, à de defensa, vingt ans après, est de faire partie de ce second groupe. C'est moins un honneur prémédité qu'un honneur retrouvé.

  • 22 août 2019 à 00:00

Orange ethnologique : révolution de couleur en Amérique

Par info@dedefensa.org

Orange ethnologique : révolution de couleur en Amérique

Et si finalement Hillary avait eu raison ? Et si le Donald était ce président déplorable, doté d’une diplomatie déplorable, d’une puissance militaire déplorable, de manières déplorables et d’une balance commerciale déplorable (déficits prodigieux malgré les fameuses sanctions) ? Et si cet électorat de petits blancs hébétés par leurs médias néocons était un électorat de déplorables, bourré de ces chrétiens sionistes, éternels gobe-tout, qui aujourd’hui veulent la guerre avec la Chine, la Russie, l’Iran, et même avec une partie de notre Europe ?

Philippe Grasset a rappelé que le pentagone avait fait un « bras d’honneur » au pourtant bien soumis Macron pour avoir évoqué une « architecture européenne de défense » avec Vladimir Poutine. Quand bombarderont-ils Paris ? Ils menacent aussi la Grèce de complicité de terrorisme dans le cadre de leur persécution hallucinée de l’Iran.

La montée de la rage rance américaine accompagne la montée de leur impuissance. La guerre hybride a remplacé une guerre physique devenue impossible, même avec l’Iran et le Venezuela. Des experts US expliquaient avant-hier que dans la zone Inde-Pacifique l’US Navy n’est plus à la hauteur technologiquement. Déclin en piqué depuis la dernière démentielle campagne en Irak…

Lisons Orlov qui écrivait l’autre jour :

« Comme d’autres techniques américaines de changement de régime, qu’elles soient militaires ou financières, la méthodologie de la Révolution Colorée n’est plus en mesure de produire les résultats escomptés, c’est à dire le renversement de l’autorité légitime et l’installation d’un gouvernement fantoche. Mais, tout comme les autres techniques, elle est encore capable de faire des victimes.À ce jour, l’establishment de Washington a complètement perdu la main, tant sur le plan national qu’international. Les guerres commerciales ont été perdues ; les guerres de sanctions sont devenues des objets tournés en ridicule ; les menaces d’escalade militaire se sont révélées creuses. Tout le système financier américain est un homme mort (walking dead) qui marche encore.Que peuvent donc espérer les Washingtoniens ? Eh bien, ils peuvent toujours utiliser la méthodologie de la Révolution Colorée pour fomenter une révolte futile et inutile et, ce faisant, ruiner de nombreuses jeunes vies. »

Or il est dangereux de trop avoir recours à la révolution colorée quand on a une population si bigarrée à l’intérieur de ses frontières, population bien sûr présentée comme une chance pour l’Amérique. Le résultat c’est que les jeunes élues musulmanes tournent le dos à Israël (où elles n’ont pas eu le droit de se rendre, ô démocraties !) ; que l’histoire et la littérature sont devenues impossibles à enseigner en Amérique, où les jeunes blancs sont devenus minoritaires ; le résultat c’est que cette jeunesse nouvelle et enrichissante est mûre pour une révolution orange en Amérique. Ce ne sera pas orange mécanique, mais orange ethnologique. Notre walking dead perclus par son impérialisme humanitaire se planquera, et on ne le pleurera pas.

  • 22 août 2019 à 00:00

Une terrasse pour arène

Par info@dedefensa.org

Une terrasse pour arène

L’élève du professeur de théâtre, bien appliqué à tourner ses phrases, parle des massacres d’innocents à Idlib par le ‘régime’. Poutine répond qu’il faut débarrasser la région des terroristes takfiristes (*). Régler la question de l’Ukraine, maintenant dirigé par un amuseur public préféré à l’ancien fabricant de confiseries, oui dans le cadre du format Normandie c’est-à-dire en l’absence des Usa. Avec cependant la référence explicite à l’autonomie du Donbass. L’appui de Moscou aux séparatistes de l’Est du pays, russophones, dépendant entièrement de leurs échanges économiques avec la Russie ne s’est jamais matérialisé par l’envoi de chars mais davantage par l’accueil de plus d’un million d’ émigrés. D’ailleurs le Kremlin n’a réagi que peu lorsque Alexandre Zakharchenko, principal chef militaire et politique des séparatistes a été  assassiné en août dernier.

Faire cesser les conflits entre bandes armées dans une Libye, prospère et stabilisatrice de l’Afrique sub-sahélienne sous Kadhafi et transformée en État failli par l’intervention de la France et désormais pourvoyeuse de migrants et d’esclaves pour l’Europe. L’Asiate au regard bleu s’est abstenu de commenter la responsabilité du pays hôte et l’inefficacité de l’agitation française commise par l’entregent d’un  Ghassan Salamé.

Quand le verbeux Napoléon de pacotille cite dans une élocution laborieuse Dostoïevski, le fils de prolétaire, lettré selon les normes élevées de l’enseignement en Urss, oppose la guerre patriotique dont la commémoration est toujours fervente, qui a permis de délivrer l’Europe du nazisme. Le sacrifice de 23 millions de Soviétiques est une dette de sang et un titre qui peuvent fonder l’européanité de la Russie bien supérieur à un quelconque passage littéraire. Sur la question des tensions dans le Golfe arabo-persique et de l’Iran, l’invité est moins laconique. Il est vrai que la France a reçu des remontrances des Affaires étrangères étasuniennes quand elle a pris langue avec la diplomatie iranienne au plus fort de la crise du détroit d’Ormouz tout en refusant d’appuyer l’idée d’un contrôle occidental de mers et détroits dépendant d’une souveraineté nationale légalement reconnue. 

 Le contre-sommet des Usa

Mais sa préoccupation première est l’extinction du traité interdisant les missiles nucléaires de portée intermédiaire par la dénonciation unilatérale étasunienne.  Toute la structure de désescalade qui avait mis un terme relatif à la course aux armements entre les ‘ex deux Grands’ de la Guerre Froide s’effondre. Bush avait signé l’abandon du traité sur les ABM en 2001 et Trump, plus faucon qu’à son tour, n’est pas de reste en sortant de celui sur les FNI en août. Le jour même de la conférence de presse tenue dans une terrasse du fort de Brégançon, les Usa testaient un missile sol-sol d’une portée supérieure à 500 km au large de la Californie. Le choix de la date, le missile dérivé d’un Tomahawk et son système de lancement étaient prêts depuis un moment, se veut bien être une acclamation vigoureuse de la rencontre entre les deux chefs d’État. 

Les Usa ont également choisi cette date pour annoncer que  leur base d’Agades  au Niger, obtenue grâce à l’abnégation de l’armée française au Mali et au Niger, est fonctionnelle partiellement. Des vols à vue, de type cargo de transport Hercules C-130 ont été effectués. Accessoirement, ce même 19 août, l’administration de Trump  signe l’autorisation  de la vente de 66 chasseurs F16 à Taiwan pour un petit montant de 8 milliards de dollars. 

L’intervention qui se voulait impertinente de la journaliste de l’oligarque Patrick Drahi (BFMTV) à propos des manifestations à Moscou où les protestataires sont conviés à se rassembler pour quelques kopecks  apermis à l’homme aux pommettes saillantes une petite sortie sur la répression des Gilets Jaunes. Le propos presque embarrassé témoignait d’une certaine résistance à émettre des jugements sur la politique intérieure d’un pays tiers de surcroît hôte.

Le Monarque mangeur de pizza s’est égaré dans son hommage à l’Europe des Lumières, la sienne donc. Elle aurait inventé la croyance en l’homme libre et rationnel. Il se propose de faire partager cette foi en la liberté (limitée par et pour la propriété privée de la production socialisée) et la rationalité (celle attribuée à l’immanente volonté du Marché) avec cette Russie de moujiks à moitié serfs et slaves.

La rationalité de Poutine s’est limitée à citer le chiffre de 500 entreprises françaises qui opèrent en Russie ainsi que le poids des échanges entre les deux pays.

Mais l’essentiel a été tout de même dit.

Le Monarque a été sommé de justifier l’invitation faite à son hôte devant les aboyeurs de la bienpensance en forme de plumes ou d’hommes troncs des oligarques français.

L’équilibre de ce monde de plus en plus multipolaire connaît des changements de façon accélérée. Un certain degré de pragmatisme diplomatique devient nécessaire.

Lourde ardoise

 Car après tout, comment ne pas s’apercevoir que toutes les questions proposées en préambule par l’élève du professeur de théâtre ont été amorcées par les ingérences occidentales ? Et surtout que leur maître d’œuvre une fois qu’il a installé son chaos ‘créateur’ s’en est retiré.

C’est le cas en Afghanistan. Après 18 ans d’occupation et de narcotrafic, les anciens maîtres du monde négocient leur départ avec les Talibans. Les Chinois de leur côté y sont présents depuis plus de deux ans pour y (re)construire une infrastructure routière et geler l’activité favorite des opérations spéciales étasuniennes au travers des djihadistes séparatistes ouighours.

C’est le cas en Irak, réduit à un monceau de ruines, devenu grâce aux néoconservateurs bellicistes et pourvoyeurs de fonds au CMI l’arrière-pays de l’Iran.

C’est le cas en Syrie où la lutte contre les terroristes financés par les Occidentaux et les pétro-monarques prend l’allure d’un conflit avec la Turquie.  

C’est le cas en Libye. Le « maréchal » Haftar  (ancien) agent américain dialogue avec Moscou pour achever sa conquête de Tripoli.

Jamais aucun Président étasunien n’a autant été pro-israélien et jamais avec les énormes concessions faites à l’entité sioniste avec le résultat qu’il a rallié l’opinion contre ce traitement de faveur pour une colonisation atroce.

Le désinvestissement des Usa au Moyen-Orient est désormais perceptible même chez les pétro-monarques à l’entendement légendairement obtus qui  orientent différemment  leurs alliances.  

 Nuages et éclaircies

 En Asie,  l’hégémonie militaire des Usa est profondément remise en cause, au point que l’Australie doute sérieusement  du parapluie étasunien. Sur la ligne de front dans la lutte Chine-Usa dans cette région, Canberra évalue les risques à être la tête de pont d’une alliance militaire peu convaincante. La Chine est de plus un partenaire commercial éminent pour l’économie australienne. Cette rupture de confiance et d’équilibre laisse redouter une nucléarisation de l’Australie mais aussi bien celle  du Japon.

Poutine n’arborait pas son habituel sourire intérieur qui rendait malicieux son regard.

Fatigué de tant d’années au pouvoir ?

Fatigué de sa vigilance toujours en alerte et de la lutte qu’il mène face à ses ennemis qu’il croise dans les couloirs mêmes du Kremlin ?

Usé d’avoir porté jusqu’à ce point le redressement d’une grande nation qu’il a sortie des poubelles de l’histoire où l’avait plongée l’effondrement de l’URSS et les gangsters des Chicago Boys ?

Sous sa direction patiente et résolue, la Russie a reconquis un statut international. Ses enfants mangent de nouveau à leur faim, sont vaccinés même si l’école est de moins en moins gratuite.  Trop d’incertitudes liées à un capitalisme de plus en plus difficile à brider pèsent sur une démographie qui peinera à remplacer les générations antérieures.

Il faut éteindre un nouveau foyer d’incendie au Cachemire car il risque d’emporter dans ses flammes le Pakistan et l’Inde et de réduire à néant les efforts de la consentis pour la ceinture et des routes de la Soie.

Oui le monde change de plus en plus, quelle platitude ce serait si on ne la complétait pas.

1.) L’Allemagne ne sera plus bientôt la première base américaine en Europe. Les Usa se déplacent par commodité en Roumanie et en Pologne.

2.) L’Italie verra aussi les bases américaines se dégarnir en faveur de l’Afrique. Les drones tueurs prendront leur envol depuis Agades. Les mouvements sociaux actuels en Algérie peuvent être un bon mode d’entrée dans cette ancienne forteresse aux mains de l’armée et des renseignements algéro-français.

L’Europe se dénude. La volonté allemande et française de se réarmer dans un cadre européen et non plus dans l’OTAN est une tentative de réponse à cette nouvelle configuration. La Russie est la cible de l’intégration des ex pays satellites de l’Urss dans l’Union européenne et dans l’Otan. Les peuples des pays vassaux, singulièrement d’Italie, de France et d’Allemagne ont payé par l’austérité et la réduction de leurs droits la colonisation de l’Est européen par les Usa.

Lesquels Usa portent maintenant leur fer en Afrique d’où la France est en voie d’être expulsée. L’affrontement entre Chine et Usa aura lieu sur ce continent à la croissance soutenue et aux ressources minières indispensables. Par ailleurs, seule la démographie africaine est en mesure de limiter la chute libre de celle des pays occidentaux, de la Chine et du Japon. Comment se représenter une population française ou allemande  dans 30 ans  avec 70% de ses indigènes âgés de plus de 60 ans ? 

L’une des inquiétudes du Kremlin est aussi en lien  avec le déclin  de la population russe.

L’insouciance du préposé de l’oligarchie française à l’Élysées ne peut que contraster avec le front obscurci de tant de préoccupations du Tsar (**) de Moscou.

 

Notes

(*) Livrés clé en main par les puissances occidentales et ayant transité par la Turquie.

(**) Appellation affectueuse, respectueuse  et un tantinet ironique de Poutine par ses proches collaborateurs.

  • 22 août 2019 à 00:00
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