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Aujourd’hui — 14 novembre 2019Dedefensa.org

Destitution, grand spectacle

Par info@dedefensa.org

Destitution, grand spectacle

On trouvera dans ce texte de WSWS.org, du 14 novembre 2019 un récit analytique complet de la situation au Congrès alors que commencent les audiences publiques du processus de mise en accusation du président Trump. Cette mise en accusation à la Chambre est acquise, au contraire de sa destitution par le Sénat, où les républicains majoritaires feront sans doute en sorte de la refuser.

Mis à part les habituels “éléments de langage“ trotskistes, aisément repérables et qui doivent être laissés à leur place, le texte permet d’avoir un aperçu assez instructif, sinon précis parce qu’il est difficile de ranger précisément un tel désordre. L’essentiel est néanmoins exposé : “D.C.-la-folle” est réellement entrée dans sa ophase institutionnelle en lançant ce processus légal dans une atmosphère de complète illégalité des formes, des jugements et des appréciations.

dde.org

_________________________

 

 

L’enquête sur la destitution devient publique 

Hier marquait le début de la phase publique de l'enquête du Parti démocrate sur la destitution de Donald Trump. Le Comité du renseignement de la Chambre des représentants, qui dirige l'enquête, recueillera cette semaine les témoignages de trois fonctionnaires du département d'État encore en poste qui ont défié l'interdiction de la Maison-Blanche de coopérer à l'enquête et qui ont témoigné à huis clos le mois dernier.

Ces trois personnes ont largement soutenu les allégations des démocrates selon lesquelles Trump aurait abusé des pouvoirs de son bureau et miné la sécurité nationale en retenant l'aide militaire destinée à l'Ukraine et en repoussant une réunion de la Maison-Blanche avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans le but de forcer Kiev à lancer une enquête sur la corruption de l'ancien vice-président Joe Biden et son fils Hunter. Elles ont aussi appuyé une enquête sur l'ingérence présumée de l’Ukraine lors des élections américaines de 2016. L'allégation est que Trump a sollicité illicitement une intervention de Zelensky lors des élections de 2020 contre Biden, son adversaire démocrate potentiel.

Le jeune Biden recevait 50.000 dollars par mois pour siéger au conseil d'administration de la grande compagnie gazière ukrainienne Burisma pendant que son père était responsable de la politique ukrainienne pour l'administration Obama.

William Taylor, le plus haut diplomate américain en Ukraine, et George Kent, sous-secrétaire d'État adjoint aux Affaires européennes et eurasiennes, devaient témoigner hier. Vendredi, Marie Yovanovitch, l'ancienne ambassadrice des États-Unis en Ukraine, témoignera.

Dans leurs dépositions à huis clos, Taylor et Kent ont soutenu l'accusation selon laquelle Trump avait ordonné le gel d'une aide militaire mandatée par le Congrès à l'Ukraine pour faire pression sur Kiev et forcer une enquête sur les démocrates. Yovanovitch témoignera vendredi de la campagne menée par l'avocat personnel de Trump, l'ancien maire de New York Rudy Giuliani, pour obtenir son rappel à Washington, qui a été effectué sur ordre de Trump et du secrétaire d'État Mike Pompeo en avril dernier.

L'intensité du conflit de destitution est indiquée par la décision des réseaux de câblodistribution et de radiodiffusion de suspendre leur programmation régulière et de téléviser les audiences du début à la fin. Il s'agit d'un conflit amer au sein de la classe dirigeante et de l'État entre deux factions de droite qui s'affrontent sur des questions de politique étrangère depuis la nomination de Trump comme candidat républicain à la présidence à l'été 2016.

La campagne de destitution des démocrates n’a aucun contenu démocratique ou progressiste. Ils ne s'adressent pas à l'opposition populaire générale à l'administration fasciste de Trump, mais plutôt à des sections puissantes de l'establishment du renseignement, de l'armée et de la politique étrangère qui s'opposent à Trump parce qu'il n'est pas suffisamment belligérant envers la Russie et réfractaire au maintien et au développement des opérations militaires américaines en Syrie et en Afghanistan.

Les trois questions publiées la semaine dernière par le président du Comité du renseignement de la Chambre, Adam Schiff, pour servir de base aux audiences télévisées le confirment: est-ce que Trump a demandé, lors d'un appel téléphonique avec le président Zelensky le 25 juillet, que le gouvernement ukrainien ouvre une enquête sur ses rivaux politiques aux États-Unis; est-ce que Trump a utilisé ses pouvoirs de président pour inciter l'Ukraine à lancer les enquêtes; et est-ce que Trump et ses principaux collaborateurs ont tenté d'entraver, de supprimer ou de dissimuler des informations relatives aux deux premières questions?

Les attaques réelles de Trump contre les droits démocratiques et les intérêts sociaux des travailleurs sont exclues de l'enquête de destitution, y compris sa persécution des immigrants, ses appels aux forces racistes et fascistes, son opposition à un contrôle de l’exécutif par le Congrès et le fait de s'arroger des pouvoirs quasi dictatoriaux.

L'enquête de destitution a été déclenchée par une plainte adressée à l'inspecteur général des services de renseignement au sujet de l'appel téléphonique du 25 juillet d'un soi-disant dénonciateur, un analyste de la CIA qui travaillait alors au bureau ukrainien du Conseil national de sécurité de la Maison-Blanche, alors dirigé par le faucon de guerre John Bolton, congédié depuis. Le nom d’Eric Ciaramella a été révélé par les médias de droite.

Mardi, les républicains de la Chambre ont publié une note de service de 18 pages décrivant leur stratégie pour s'opposer à la destitution et intervenir dans les audiences publiques. Elle énumère quatre points qui «contredisent le récit de la destitution démocrate selon lequel le président Trump a mis à profit l'aide américaine en matière de sécurité et une réunion présidentielle pour forcer l'Ukraine à enquêter sur ses rivaux politiques».

• Premièrement, l'appel du 25 juillet «ne montre aucune preuve de conditionnalité ou de pression».
• Deuxièmement, «Le président Zelensky et le président Trump ont dit qu'aucune pression n’avait été exercée durant l'appel.»
• Troisièmement, «le gouvernement ukrainien n'était pas au courant de la suspension de l'aide américaine» au moment de l'appel du 25 juillet.
• Quatrièmement, «le gel de l'aide à la sécurité a été levé le 11 septembre» sans que le gouvernement ukrainien n'ait annoncé les enquêtes.

En plus de réitérer les allégations républicaines selon lesquelles le processus d'enquête sur la destitution est antidémocratique et une attaque illégitime contre les prérogatives du pouvoir exécutif, le mémo réitère les accusations de corruption liées à Hunter Biden et cite des articles de presse sur la collaboration entre le gouvernement ukrainien et la campagne Clinton lors des élections de 2016.

«Les démocrates veulent destituer le président Trump parce que des bureaucrates anonymes et non élus n'étaient pas d'accord avec les décisions du président et étaient gênés par sa conversation téléphonique avec le président Zelensky», affirme la note.

Au cours du week-end, le républicain Devin Nunes, membre de la Commission de renseignement de la Chambre des représentants, a envoyé une lettre au président Schiff lui demandant de convoquer un certain nombre de témoins supplémentaires pour témoigner en public, dont Hunter Biden, le dénonciateur, Nellie Ohr, chercheur pour Fusion GPS, engagé par le Comité national démocrate pour mener une recherche sur Trump, avec un accent sur la Russie et Alexandra Chalupa, une militante ukrainienne qui a travaillé pour le gouvernement Obama et le Comité national démocrate.

Schiff a refusé d'appeler Biden ou le dénonciateur et a déclaré que le comité examinerait les autres demandes républicaines.

L’alignement de démocrates et de leurs alliés des médias – tels que le New York Times, le Washington Post, CNN et NBC – avec des faucons de guerre néoconservateurs s'est reflété dans la réponse du spécialiste de droite Max Boot au document stratégique républicain.

«Il ne reste que la loyauté tribale que les républicains, y compris les intellectuels républicains, éprouvent envers un président républicain. Ils ne trouveraient jamais de telles excuses pour un démocrate», a-t-il écrit dans une chronique du Washington Post mardi.

Jennifer Rubin s'est fait l'écho de la même ligne dans une chronique du Post publiée mardi: «Enfin, le fait que l'aide soit finalement allée à l'Ukraine parce que l'incident a été mis au jour dans les médias n'est pas une défense. La tentative de meurtre est toujours un crime; solliciter un pot-de-vin ne signifie pas que le pot-de-vin a fonctionné.»

Les trois responsables du département d'État qui témoignent cette semaine sont de fervents partisans du régime nationaliste de droite de Kiev, qui a été installé lors d'un coup d'État soutenu par les États-Unis et dirigé par des fascistes en 2014, mené dans le cadre d'une campagne pour isoler la Russie et la réduire au statut de semi-colonie de l’impérialisme américain. Au fond, la campagne de destitution des démocrates s'inscrit dans la continuité de l'hystérie anti-Russie qui sous-tend l'enquête Mueller sur la collusion présumée de la campagne Trump avec Moscou, et qui a été utilisée pour justifier la censure sur Internet au nom de la lutte contre les «fausses nouvelles».

Les démocrates n'appellent pas à témoigner les parents d'enfants emprisonnés dans le cadre de la guerre contre les immigrés à la Gestapo de Trump. Ils ne tiennent pas non plus Trump responsable des milliers de membres de famille ouvrières et des jeunes tués par la police, dont Trump fait régulièrement l'éloge. Ou ceux touchés par les coupures de Trump dans les coupons alimentaires et autres prestations sociales, effectuées en partie pour pouvoir offrir des billions de dollars en réductions d'impôts pour les riches.

Au contraire, ils cherchent à mener ce qui équivaut à révolution de palais de manière à éviter d'encourager une opposition croissante de la classe ouvrière aux inégalités sociales, à la guerre et aux atteintes aux droits démocratiques. Ils sont pétrifiés par la propagation des grèves et des protestations et par le soutien croissant au socialisme, en particulier chez les jeunes.

Leur objectif est d'achever les auditions publiques et de léguer l'enquête à la Commission judiciaire de la Chambre, qui devrait rédiger des articles de destitution d'ici la fin de ce mois ou début décembre. Les démocrates veulent tenir un vote en plénière sur la destitution et ouvrir la voie à un procès au Sénat sous contrôle républicain, où une majorité des deux tiers est requise pour condamner et destituer le représentant ciblé. Une condamnation étant improbable, les démocrates veulent en finir avec le processus avant le premier scrutin des primaires démocrates, le 3 février en Iowa.

Il n'est pas surprenant que la destitution menée sur une base aussi à droite et proguerre ait suscité peu d'enthousiasme ou d'engagement populaire. Un sondage de CBS News publié mardi montre que le pays est essentiellement divisé sur la destitution. Une majorité d'Américains, selon le sondage, a des sentiments négatifs à l'égard de la conduite des démocrates et des républicains dans la crise de destitution.

Barry Grey

  • 14 novembre 2019 à 00:00

Sur la corruption systémique

Par info@dedefensa.org

Sur la corruption systémique

Le philosophe  Slavoj Žižek  a, entre autres, fait une distinction utile entre la violence subjective, qui a lieu entre les individus, et la violence systémique, qui est perpétuée par les institutions. Žižek est marxiste, et une partie de sa justification pour introduire cette distinction est de justifier la violence révolutionnaire comme moyen de s’opposer à la violence systémique des systèmes oppressifs. Cela peut se discuter puisque la violence révolutionnaire est souvent elle-même systémique, née d’une idéologie qui dicte un changement radical d’une sorte ou d’une autre, alors que le résultat final d’un changement révolutionnaire selon les lignes marxistes est souvent un État totalitaire qui élève la violence systémique à un tout autre niveau. Peu importe : je pense que la distinction est cependant utile.

Elle est utile parce qu’elle permet de tracer une certaine différence – entre l’action libre et action forcée – qui ne passe pas seulement par la violence mais par toute forme de vilenie et de perfidie. La violence subjective est un exemple de l’action libre : vous frappez une personne que vous n’aimez pas et vous effectuez un acte selon votre opinion personnelle. La violence systémique, par contre, c’est là où, par exemple, des drones dépersonnalisés se comportent comme des primates et n’ont d’autre choix que d’emprisonner les parents pour l’absentéisme de leurs enfants – rien de personnel, les règles sont les règles. Cette forme de l’action forcée traverse de nombreux aspects du comportement individuel et collectif. Le mensonge, par exemple, peut se faire en privé (pour épargner les sentiments de quelqu’un ou pour donner une leçon à un idiot) ou en public (par exemple en excluant près de 100 millions d’Américains au chômage de longue durée du calcul du taux de chômage officiel).

En particulier, un objectif est remarquablement présent lorsque l’on observe le phénomène qui est fréquemment utilisé pour faire triompher la violence révolutionnaire en tant que violence subjective : la corruption. La corruption est souvent perçue comme le fléau des pays sous-développés et appauvris, dont les dirigeants et les fonctionnaires sont souvent accusés de népotisme, de favoritisme, de corruption, de détournement de fonds, de blanchiment d’argent, de complot et de collusion avec des criminels, etc. Un tel comportement est souvent acceptable pour leurs maîtres néocolonialistes, qui ne voient rien de mal à ce que l’argent prêté à un pays en voie de développement finisse sur des comptes bancaires privés en Suisse ou aux États-Unis des meilleurs et des plus brillants éléments du pays, laissant le reste de la population aux prises avec une dette permanente et forcé de travailler gratuitement pour des générations. Ce n’est que lorsque les dirigeants d’un pays décident de contester cet état de fait, de répudier les dettes du pays, de nationaliser ses industries clés ou de contester le stationnement de troupes étrangères (surtout américaines) sur son sol que leur corruption devient soudain un problème et que le gouvernement, rebaptisé “régime”, devient un objet justifié de la violence révolutionnaire.

La technologie du “regime change” est maintenant assez avancée. Les téléphones intelligents, les médias sociaux et les messageries cryptées rendent l’organisation d’une telle manifestation synthétique très économique. La protestation soi-disant spontanée est organisée en une structure strictement hiérarchique composée de dizaines, de centaines, de milliers et ainsi de suite, où à chaque niveau, seulement dix personnes connaissent la seule personne dont elles doivent répéter sans réfléchir le comportement. L’utilisation de participants mineurs, de bébés en poussette et de personnes handicapées en fauteuil roulant, associée à l’abondance de vidéos diffusées sur des blogs, limite les choix des personnes chargées de préserver l’ordre public. Une fois l’ordre public détruit et le chaos régnant, le changement de régime devient facile à opérer. L’ancien régime corrompu est discrètement écarté et le nouveau régime corrompu est installé à sa place et immédiatement reconnu politiquement, bénéficie d’un large soutien financier et d’une couverture médiatique. Aujourd’hui, tout cela est devenu une procédure standard et des exemples en sont facilement observables dans de nombreuses régions de la planète.

Bien sûr, ceux qui participent aux manifestations ont souvent l’impression d’avoir des griefs légitimes qui les forcent à agir, mais là n’est pas la question. Leurs chefs sont peut-être corrompus, mais les éliminer, c’est comme poursuivre des termites à titre individuel tout en laissant intact leur nid. Tout ce qu’ils peuvent espérer, c’est faire de la place pour plus de termites. L’épicentre de la corruption, qui fait que seuls les termites sont autorisés à gouverner, est bien au-delà de la portée de tout mouvement local de protestation. Là-bas, la corruption va bien au-delà des transgressions mineures des acteurs privés, mais elle est ancrée dans les systèmes de droit, de police et de réglementation. C’est cet épicentre de corruption systémique, qui se cache derrière des lois trop compliquées, de vastes bureaucraties, des médias soumis, des systèmes éducatifs dociles et des agences de renseignement et d’application de la loi intéressées, qui rend les protestations locales largement futiles et toute victoire qu’elles remportent éphémère et incomplète. Il est impossible de poursuivre le bien commun dans un environnement où l’ensemble du système est conçu pour servir les intérêts d’un petit clan financier transnational par tous les moyens nécessaires, jusqu’au génocide inclus.

Un événement marquant a eu lieu récemment : des représentants de chaque nation africaine se sont réunis à Sotchi, cette ville“subtropicale”dans l’extrême sud de la Russie, et leur but était simple : ils veulent tous chasser les régimes néocolonialistes européens et américains qui pillent la richesse des Africains depuis des générations, et chasser les sociétés transnationales qui ont volé leurs ressources, et il leur faut la formule secrète de la Russie pour y parvenir. La Russie a hérité ce savoir-faire de l’URSS : au cours de la guerre froide, toute une série de nations africaines, asiatiques et sud-américaines ont acquis leur indépendance des anciens centres impériaux. Puis l’URSS s’est effondrée et les anciens colonialistes ont commencé à y retourner de force, fomentant des guerres civiles pour maintenir l’équilibre entre les pays, favorisant et protégeant les intérêts des sociétés transnationales, imposant aux pays une lourde dette et renversant des gouvernements qu’ils n’aimaient pas – tout ce qui les empêchait de piller le pays. Mais maintenant, la Russie est de retour et les Africains savent qu’avec son aide stratégique, ils peuvent arrêter le pillage et devenir riches et stables.

Les Russes poursuivent la stratégie classique qui consiste à “résoudre les problèmes les plus difficiles d’abord”. Au Moyen-Orient, ils se sont d’abord occupé de la Syrie, la transformant d’un champ de bataille d’intérêts régionaux rivaux avec les États-Unis à la manœuvre en un modèle de coopération internationale où les États-Unis sont réduits à garder – et voler une partie – du pétrole syrien. En Afrique, l’un de leurs premiers ordres du jour a été de mettre fin à la guerre civile apparemment sans fin en République centrafricaine, une république riche en ressources, mais sujette à une extrême violence, en évinçant les Français, pires qu’inutiles, qui étaient ses anciens maîtres coloniaux. Maintenant, le gouvernement de ce pays aura la liberté d’agir dans son propre intérêt, et si ses anciens maîtres se lèvent pour tenter un changement de régime, ils entendront un “nyet” tranquille mais très ferme des Russes et rentreront chez eux.

Que se passera-t-il lorsque les Européens et les Américains rentreront chez eux et seront forcés de commencer à payer pour leurs ressources naturelles, au lieu de simplement les voler dans le cadre d’un plan de corruption ? L’accumulation de richesse et la préservation de leur position est tout ce qui compte pour les bénéficiaires de ces repaires de corruption, et ils ne sont pas du tout dégoûtés des méthodes qu’ils utilisent pour y parvenir. Si la demande faiblit, il est temps d’endetter la société. Si l’offre faiblit, il est temps de supprimer la demande en exigeant le remboursement des dettes. Si une nation s’interpose entre eux et “leur” pétrole, il est temps de détruire cette nation. S’ils ne peuvent pas continuer à voler les producteurs, il est temps pour eux de commencer à tuer les consommateurs.

Le génocide est dans leur ADN. Les Américains ont supervisé le plus long et le plus grand génocide au monde, exterminant plus de 100 millions d’Amérindiens. Ce n’est pas non plus une histoire ancienne : pendant la Grande Dépression, les autorités américaines ont creusé un trou démographique estimé à environ 10 millions de personnes, brûlant des céréales et déversant du lait dans les rivières alors que les gens mouraient de faim. Ceux qui ont eu l’audace de se plaindre de cet outrage ont ensuite été persécutés en tant que communistes. Les Américains ont appris le génocide des Britanniques. Pour vous faire une idée, essayez de rechercher “Génocide britannique” sur le net et commencez à suivre les liens qui vont apparaître.

Il ne fait aucun doute qu’il y a beaucoup de corruption dans le monde. Les hauts fonctionnaires placent leurs fils, cousins et cousines et neveux en position d’autorité. Les policiers acceptent des pots-de-vin pour divers services qui ne sont pas strictement légaux. Des fonds sont détournés, des entrepreneurs paient des pots-de-vin, etc. Mais c’est de la corruption équivalent à du commerce de détail – de gré à gré et à titre personnel – comme l’achat d’un  falafel  de corruption à un vieil homme avec une charrette à bras, alors que la corruption au centre impérial de Washington est un véritable buffet à volonté de corruption où vous pouvez manger un repas de corruption à trois plats avec plusieurs excursions au bar à salades et un choix de desserts corrompus, où un serveur vous apportera une boisson corrompue de votre choix chaque fois que vous claquerez des doigts, et qui, après avoir atteint le point d’éclatement, vous apportera un bol d’eau avec des pétales de rose flottant dedans pour que vous puissiez rincer la corruption du bout de vos doigts.

A Washington, en particulier, il y a des lobbyistes qui rédigent des lois que les législateurs signent sans les lire. Partout aux États-Unis, il y a des médecins qui ne pensent rien de la production de millions d’opiomanes – tant que c’est rentable – tout en refusant un traitement médicalement nécessaire si ce n’est pas rentable. Il existe également un système judiciaire corrompu qui arrête et condamne les personnes qui n’ont pas les moyens de se défendre afin de les utiliser comme esclaves dans des prisons privées. Et tout le système est présidé par des avocats et des banquiers suceurs de sang qui finiront par assécher tout le pays. C’est un monde où ceux qui sont au bas de l’échelle et qui ont le plus de raisons d’essayer de s’en tirer en magouillant sont relativement honnêtes, tandis que ceux qui sont au sommet pourraient vivre à l’aise sans commettre d’actes répréhensibles majeurs, mais sont tous des criminels pur jus, et alors, ceux qui sont vraiment tout en haut sont par définition des tueurs de masse.

Lorsque les cannibales sont à court de non cannibales à manger, le résultat inévitable est un cannibalisme de second ordre, où les cannibales se mangent entre eux. Finalement, il ne reste plus de cannibales de second ordre, et certains d’entre eux sont forcés de devenir des cannibales de troisième ordre, qui ne mangent que des cannibales qui mangent d’autres cannibales. Et ainsi de suite. Alors, qu’est-ce qu’un non cannibale doit faire ? Fuir, bien sûr !

 

06 novembre 2019,  Club Orlov, – Traduction du Sakerfrancophone

  • 14 novembre 2019 à 00:00

Institutionnalisation de la démence et du désordre

Par info@dedefensa.org

Institutionnalisation de la démence et du désordre

14 novembre 2019 – Les audiences publiques, et grandement télévisées pour se référer dans l’inconscient arc-en-ciel d’un parti démocrate devenu fou aux heures glorieuses du  Watergate, ont commencé hier à la Chambre des Représentants du Congrès des États-Unis. Cette digne institution, pilier absolument et quasiment transcendantal de la Grande République, est en train de s’installer dans un acte décisif d’institutionnalisation de la démence et du désordre, conjointement désormais mais avec la démence comme cause originelle.

Voilà pour le fond des choses, pour la stratégie si vous voulez. Pour la tactique, c’est-à-dire la manœuvre courante pour mettre tout cela en, place, on prendra les deux premiers paragraphes du  texte de ce jour de WSWS.org, site auquel nous faisons dans cette circonstance grande référence pour ses qualités d’analyse et sa fureur contre les deux constituants du Parti unique US (démocrates et républicains) qui conviennent parfaitement à notre approche tactique de l’événement. 

(Quant à la stratégie de WSWS.org, à finalité stratégique, elle nous fait grandement sourire par son entêtement dans une conception puérile et complètement dépassée de la Grande Crise présente, tant elle est d’un autre univers, notamment et entre autres jugements, en identifiant le président Trump comme “raciste” et “fasciste”. Passons outre tant cela est totalement et absolument hors de propos et ridicule. Cette mise au point suffit.)

Les deux paragraphes en question :

« Le premier jour des audiences publiques télévisées sur la destitution éventuelle du président Trump a été dominé par les dénonciations de la Russie par Adam Schiff, président du House Intelligence Committee, et les deux premiers témoins, George Kent et William Taylor, fonctionnaires actuels du département d'État.
» Ces déclarations soulignent la nature réelle de la campagne de destitution : les démocrates ne ciblent pas Trump pour ses crimes contre les immigrés, ses attaques contre les droits démocratiques ou ses efforts pour construire un mouvement raciste et fasciste en Amérique. Au lieu de cela, ils agissent en tant que représentants et avocats politiques d'une puissante faction de l'appareil de sécurité nationale qui s'oppose fermement à Trump sur les questions de politique étrangère concernant la Russie, l'Ukraine et le Moyen-Orient. »

Un autre texte du même site, présenté le 13 novembre (14 novembre en version française) nous a semblé intéressant dans la mesure où, annonçant le début des auditions publiques, il faisait du même coup une analyse générale de la crise de la destitution, à quel stade elle se trouve, quelles sont les positions des uns et des autres, les possibilités d’évolution, etc. (On le trouvera par ailleurs sur ce site, ce même jour, présenté sous forme de “grand spectacle”.) Il montre bien ce qui finalement domine le débat sur la destitution du président Trump, qui se trouve réuni en plusieurs aspects qui sont tous caractérisés par le terme d’“inversion” qu’on trouvera dans ces quelques remarques.

• Il est de bon ton aujourd’hui, dans la presse US (presseSystème en tête) et dans les commentaires de minimiser la procédure de destitution comme étant une procédure assez banale du combat politique. Cette idée a certainement été renforcée par la comédie grossière,  légère et crade à la fois de la crise de destitution de Bill Clinton de 1998 autour d’un aspect spécifique relativement mineur (Clinton a-t-il menti en disant qu’il n’avait pas eu de relations sexuelles avec  sa partenaire compte tenu du fait stratégique fondamental qu’une fellation n’est pas considéré comme un “acte sexuel” [lequel acte, citoyens, doit nécessairement impliquer une pénétration en un lieu bien précis] ?) ; cela, indirectement lié à l’aspect lui-même mineur d’une aventure de passage d’un président connu pour ses frasques, avec une stagiaires de la Maison-Blanche (Monica Lewinsky). 

Toute personne qui a vécu au temps du Watergate et suivi cette affaire qui devait mener à la destitution s’il n’y avait pas eu démission du président Nixon devra aisément convenir qu’au contraire de ce qu’on en dit aujourd’hui, l’acte de la destitution constitue une crise institutionnelle majeure. Au contraire de la destitution-bouffe Clinton-Lewinsky, le Watergate constituait la représentation extérieure d’une crise profonde du système de l’américanisme, reposant sur la terrible déroute de la guerre du Vietnam, et déclenchée en 1970 par un complot (effectivement, il s’agit de “complotisme”) contre Nixon dans le chef du chef d’état-major des armées, l’amiral Moorer, avec l’aide d’un officier du renseignement naval, Bob Woodward, bientôt engagé par un hasard bienheureux par le Washington Post. Les suites de la démission de Nixon ont montré combien cette enjeu d’une destitution exprimait une très profonde crise du système de l’américanisme, laquelle dura jusqu’à l’élection de Reagan en novembre 1980, élection par ailleurs truquée. (L’excellent Robert Parry, décédé l’année dernière, a montré comment cette victoire était basée sur un arrangement secret avec les dirigeants de la République Islamique d’Iran sur le sort des 59 otages US de l’ambassade de Teheran emprisonnés en novembre 1979.)

• Le processus actuel de destitution est remarquablement paradoxal en ce qu’il réunit les deux aspects précédents en un cocktail explosif. D’une certaine façon, le point de départ précis de la mise en accusation est au moins aussi léger, sinon plus que ce qu’on trouve dans l’affaire Clinton-Lewinsky, quoique dans un autre domaine moins courtelinesque. En effet, l’accusation de départ est basé sur une conversation téléphonique dont la transcription montre que ce dont est accusé Trump n’existe pas. Les conditions dans lesquelles évolue l’enquête sont sur plus d’un point scandaleusement inconstitutionnelles, notamment dans le chef du comportement des démocrates, de la pression faussaire extraordinaire de la presseSystème, de l’amoncellement de faux-témoignage (sous serment) de fonctionnaires en état de rébellion vis-à-vis de la présidence. De ces faits, l’ensemble tend alors à confirmer qu’effectivement le processus de destitution est une pièce sans importance soumise à toutes les intrigues et manœuvres du dispositif constitutionnel US, et qu’on peut déformer à volonté selon les intérêts politiciens.

Mais à la complète différence du cas Clinton-Lewinsky, ce qu’exprime cette affaire bâclée du processus de destitution en cours est une représentation-bouffe d’une profonde tragédie d’une crise sans précédent du système de l’américanisme, dépassant très largement en gravité le  Watergate. Nous sommes ainsi dans l’archétype de la “tragédie-bouffe”, comme nous nommons un aspect si spécifique de notre époque ; où l’aspect bouffe est “hénaurme” jusqu’à la démence dans la  narrative  et par conséquent l’énorme entrave du déterminisme-narrativisteoù il faut poursuivre sa perception et son intervention dans la logique des mensonges fondamentaux et énormes de l’origine ; où l’aspect tragique pur est d’une profondeur sans précédent puisque c’est l’équilibre, sinon l’existence même du système de l’américanisme dans le chef des composants de son pouvoir qui sont menacés de destruction, de dissolution et même d’entropisation. 

• Dans cet exposé se trouve justifié le mot d’“inversion”, qui est d’ailleurs lui-même une forme de définition de l’expression “tragédie-bouffe”. Il y a inversion complète dans l’importance accordée à la cause prétendue de la mise en accusation. Il y a inversion complète dans la gravité extraordinaire que recouvre ce montage-bouffe qui conduit la mise en accusation. Une autre inversion est apparue dès le premier jour des auditions avec la réapparition de l’énorme bidouillerie nommée Russiagate pour attaquer Trump à partir d’accusations martelées depuis 2016, et complètement démenties par l’enquête de deux années conduite par un procureur complètement sénile nommé Mueller.. Cette nomination du sénile Mueller, autre signe d’inversion dans le choix par le Système des personnes chargées des missions les plus importantes dans cette entreprise également de complète inversion de destruction du président Trump, jusqu’ici sans la moindre amorce de réussite au contraire des habitudes du Système dans ce genre d’entreprise.

... Mais il est vrai que nous sommes, alors pour le coup sans aucun doute, dans la dynamique de l’inversion suprême. Jamais le Système, dans sa représentation opérationnelle qu’est le système de l’américanisme, n’a aussi complètement présenté son caractère fondamental d’inversion. Sa marche en avant si impétueuse, que nous nommons “surpuissance”, engendre une production tout aussi ébouriffante d’“autodestruction”. C’est l’équation invertie par excellence : surpuissance = autodestruction.

Le Système et les délices de l’autodestruction

Nous écrivons plus haut, dans le dernier point consacré à une appréciation plus nette de l’“inversion” qui mène toute cette aventure, et tous les actes du Système, à propos de la nomination du procureur Mueller pour conduire l’enquête sur l’Objet-Simulacre-Terriblement-Identifié qu’est Russiagate : “...autre signe d’inversion dans le choix par le Système des personnes chargées des missions les plus importantes dans cette entreprise également de complète inversion de destruction du président Trump, jusqu’ici sans la moindre amorce de réussite au contraire des habitudes du Système dans ce genre d’entreprise.” Il est vrai en effet que le Système n’a plus du tout a aujourd’hui l’habileté, l’à-propos et l’efficacité qu’il a toujours montrées pour l’élimination sous diverses formes de personnalité prétendant ou assumant la fonction suprême, et qu’il (le Système) jugeait gênantes ou trop peu sûres...

(Cette habileté qu’il montra en 1944 pour écarter le vice-président Wallace promis à remplacer Roosevelt mourant, en 1963 pour pulvériser radicalement le président Kennedy, en 1974 pour chasser le président Nixon, en 1980 pour interdire un deuxième mandat au président Carter, en 2000 pour piéger le vice-président Gore au profit de GW Bush... Où l’on voit que les étiquettes et les orientations politiques de convenance [conservateurs, progressistes, etc.] ne comptent guère, ce sont des personnalités identifiées comme gênantes en fonction de critères-Système et de la logique-Système et rien que cela qu’on expédie et élimine tous ces personnages, – sans le moindre souci d’idéologie ou d’orientation politique.)

Au contraire de cette habileté, nous voyons depuis quatre ans un extraordinaire manque d’habileté, presque jusqu’à la perfection, déployé par le Système vis-à-vis de Trump. Ce candidat aurait dû être  être “traité” d’une façon ou l’autre, avec un moyen ou l’autre, selon la logique du Système dès juillet 2016 et sa nomination comme candidat, et bien plus encore en novembre 2016 avec sa victoire. L’extraordinaire incompétence des “grrrrands” services, FBI, CIA et leur compère MI6, sortant des rapports bidonnés, des accusations mal fagotées, des témoignages à mourir de rire de diverses escort girlspour crocheter Trump, a été l’une des grandes marques de l’effondrement grotesque des capacités du Système affublé de son très-seyant masque de DeepState (pourquoi pas celui du Joker ?)

Il était alors évident, en fonction du personnage que paraissait être Trump, que cette fameuse habileté-Système pouvait être utilisée avec bonheur pour en faire un parfait exécutant du Système. Le narcissisme de Trump et sa vanité proverbiale, et puis ses faiblesses devant les apparences et ses incompétences politiques, etc., tout cela laissait toutes les possibilités pour trouver des arrangements. On pouvait aisément envisager des arrangements où l’aspect central de la personnalité de Trump pouvait être satisfait sans compromettre les grandes lignes d’action du Système, et surtout, – c’est la principale de ces “lignes d’action”, – en conservant la stabilité du système de l’américanisme et du pouvoir qui sont la condition de l’efficacité de l’action.

Ce modus operandi était d’autant plus concevable que l’on sait très bien que nombre de politiques de Trump répondent parfaitement aux vœux du Système, notamment sa politique commerciale agressive, son mépris des normes internationales ; ses habitudes de pression sans la moindre retenue sur nombre de pays souverains ; ses initiatives de “désengagement” qui ne sont que des simulacres de communication et n’empêchent en rien l’interventionnisme de se poursuivre partout ; son soutien à des dépenses d’armement renforcées et augmentées, etc. On comprend comment un peu d’habileté et de contrôle de la situation et du personnage aurait pu en faire un parfait exécutant du Système tout en conservant intactes les structures fondamentales du pouvoir à Washington D.C.

...Mais entretemps, Washington D.C. était devenu “D.C.-la-folle”. C’était le “grain de sable divin” que le Système n’avait pas prévu.

L’on peut alors se demander si Trump lui-même n’est pas, sans qu’il le sache, sans qu’il le veuille, sans qu’il l’imagine une seconde, – Grand Dieu, non ! – si Trump n’est pas, lui, ce “grain de sable divin”. Cela ne lui vaudra ni considération particulière de notre part, ni reconnaissance de la métahistoire dans ce sens, mais le simple constat une fois de plus que, vraiment, “les voies du seigneur sont impénétrables”.

Ce qu’a réalisé Trump sans le vouloir une seconde ni conduire une stratégie à ce propos, c’est de semer un incendie extraordinaire de puissance, de rancune, de colère, de mépris, de haine, de fureur aveugles à son encontre, ôtant à ses adversaires qui auraient dû tenir en substance leur rôle des zombieSystème exécutant les consignes de Système, – cette habileté justement, – toute capacité de le faire, se laissant emporter tempêtueusement par un affectivismepoussée jusqu’à la démence, jusqu’à l’irresponsabilité totale, jusqu’à la fantasmagorie dans leur perception de leur politique et des intérêts du Système qu’il faut savoir défendre.

Il faut bien avoir à l’esprit que ce n’est pas Trump qui a suscité tout cela, comme on élabore une stratégie voulons-nous dire (Trump est incapable d’élaborer une stratégie). C’est la réaction des zombieSystème, et finalement du Système lui-même, avant même que Trump ne les justifiât, qui est cause du désordre ; tout cela fut pris d’une complète démence, hybris-Systèmene supportant pas l’hybris supposé de Trump, qui enferma Trump dans son rôle de producteur de haine et de fureur contre lui-même, provoquant en retour chez lui-même des réactions extrêmes, irrationnelles. Ainsi Trump devint-il rétif à tout contrôle, devenu élément totalement incontrôlable, un antiSystème sans le savoir et en s’en fichant complètement.

Le résultat est un formidable champ de ruines que constitue le mandat de Trump, – et champ de ruines pour le Système d’abord ; bien plus que pour Trump qui désormais vit dans le désordre comme un très gros poisson dans l’eau saumâtre du marigot de Washington. Au-delà, sur ce champ de ruines fumant et pétaradant des folies humaines, avec cette pantomime de la destitution enchaînant sinon interférant sur les présidentielles (USA-2020) les plus folles, et de très loin, qu’aient jamais connues les États-Unis, on voit s’esquisser la perspective d’une bataille encore plus titanesque, de la sorte où des empires parmi les plus grands qu’on ait vus se sont effondrés dans la dérision, la néantisation et le ricanement d’une métahistoire qui n’en attendait pas tant, et si vite.

  • 14 novembre 2019 à 00:00
Hier — 13 novembre 2019Dedefensa.org

DEBKAFile et la situation de la direction russe

Par info@dedefensa.org

DEBKAFile et la situation de la direction russe

Le texte du site DEBKAFile du 11 novembre 2019doit être signalés, non pas tant pour ses informations qui sont pourtant intéressantes mais de seconde main, mais par la forme et le véritable fond, l’intention affirmée de s’ingérer dans ce qui est présentée comme des divergence internes russes. Cette démarche n’est nullement antagoniste par ingérence, mais au contraire se présente sous un jour amical, pour s’interroger avec prudence mais avec insistance à propos d’un centre de pouvoir russe (le ministère de la défense) dont on pourrait se demander s’il n’agit pas contre la politique du président russe d’“amitié et de coopération avec Israël”. (Nous ne faisons là que traduire la perception que nous avons eue et continuons à avoir de ce texte, sans trancher à ce propos.) C’est en cela, en fonction des habitudes et des méthodes de DEBKAFiles, qui est un site que nous consultons régulièrement à cause des positions dont il est l’émanation, que ce texte est tout à fait insolite et d’un profond intérêt, encore plus politique que militaire.

Les informations que dénonce DEBKAFiles, venues de sources russes dites “proches du ministère russe de la défense”, ont déjà été reprises par d’autres sites, notamment l’iranien PressTV (dans un ensemble de textes annonçant une montée de tension et un risque de guerre générale)et SouthFrontLes deux reprises ont donné comme sources, au contraire de DEBKAFiles, des sources chinoises qui avaient repris les sources russes signalées, – ce qui, selon certains points de vue (notamment des Iraniens), – implique que la Chine elle-même tient un rôle dans cette circonstance. Tout cela a lieu, on l’a déjà signalé, dans une situation d’extrême tension impliquant Israël et les principales forces de “la résistance”, les Russes indirectement, avec des menaces contre les forces US présentes dans la zone et certaines suggestions affirmant que ces forces sont dans un état de tension et d’inquiétude- extrêmes devant de possibles attaques tout en affirmant des ambitions hégémoniques extravagantes.

Mais c’est bien entendu le texte DEBKAFiles qui est le plus intéressant parce qu’il nous donne le plus d’indications, indirectement mais très ouvertement, sur l’aspect des relations russo-israélienne, et surtout sur la situation interne russes selon l’analyse israélienne (qui peut aussi avoir son lot de désinformation : il n’empêche, la chose écrite si ouvertement recèle un sens spécifique). Voici ce texte, relativement court, que nous donnons intégralement, de ce fait et parce que tous les détails comptent...

« Des fuites hostiles concernant Israël, l’IDF[Israel Defense Forces], leurs armes et leur coopération avec les États-Unis sont lancées à partir de “sources” au ministère russe de la défense tous les deux-trois jours, ce qui alimente un malaise à Jérusalem et dans le haut commandement de l’IDF. Ces “révélations” anonymes sont devenues encore plus hostiles ces derniers temps avec des tentatives de dénigrer l'image et les capacités de l'IDF.
» Le dimanche 10 novembre, des sites militaires russes ont affirmé que l’USAF prévoyait de déployer des avions de combat à technologie furtive F-35 en Israël et construisait des centaines de hangars qui fourniront un espace [de 252,000 sq. m.[?]]pour des centaines de ces avions de combat. Ils seront en mesure de contrer la présence militaire russe “en Iran et en Syrie”.
» Un jour plus tôt, samedi, ces “sources” russes avaient expliqué en grands détails comment leur missile tactique Tochka de moyenne portée  (désigné dans le code-OTAN comme le SS-21 Scarab) avait aveuglé et pris en charge les systèmes électroniques et de guidage “David Sling” de la défense aérienne de portée intermédiaire d'Israël. Selon ce récit, Tochka a annulé l’ordre d'autodestruction d’un missile israélien lorsque sa trajectoire déviée l’a amené dans les mains de l'armée syrienne [qui l’a récupéré au sol en bon état], ce qui a fait que les ingénieurs russes [auxquels les Syriens l’ont fait parvenir] ont pu l’examiner et se faire une idée précise de ses caractéristiques.
» Cette nouvelle constitue une version nouvelle du premier récit de l'incident diffusé par ces mêmes sites militaires d’information russes le mercredi 6 novembre, lorsque le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Riabkov, est arrivé en Israël pour des pourparlers discrets avec des responsables israéliens sur des questions relatives au programme nucléaire iranien et à la Syrie.
» Les sources militaires de DEBKAfile rappellent que l'incident en question s'est produit le 23 juin 2018 lorsque deux missiles “David’s Sling” de l’IDF ont été tirés sur des missiles SS-21 syriens au-dessus de la mer de Galilée israélienne et les ont manqués. Tous deux sont tombés en territoire syrien. L'un s'est autodétruit ; le second ne s'est pas autodétruit. Des sources militaires à Moscou affirment maintenant que cela est dû à des capacités électroniques russes supérieures.
» La visite de Riabkov a été précédée d'une “divulgation” antérieure par des “sources de l'armée russe”, selon laquelle un exercice conjoint de la marine et des forces aérospatiales russes mené récemment, aurait inclus “des exercices de tir de missiles de croisière et de l’artillerie lourde en Méditerranée orientale en face de la côte israélienne”.
» Nos sources notent que la nouvelle ne donnait pas le nom du navire ou de la partie de la côte israélienne qui se trouvait à portée de tir, mais seulement que l'incident s’est produit à partir d’en-dehors des eaux territoriales israéliennes et a amené [les tirs simulés] à une proximité sans précédent des côtes d'Israël.
» Qui est donc responsable de ce flot de récits de peu d’importance mais gênants, poursuivis sans relâche, même pendant les pourparlers amicaux à Jérusalem avec un haut responsable du Kremlin ? Ils semblent provenir des milieux du ministère russe de la Défense, qui n'approuvent pas tous les liens amicaux du président russe Vladimir Poutine avec Israël. »

Nous ne nous étendrons pas sur les aspects techniques et opérationnels, malgré qu’ils soient très révélateurs de certaines conditions opérationnelles israéliennes éventuelles, et de certaines activités russes interférant directement sur les opérations israéliennes, également éventuelles. L’ensemble laisse une impression de réelle tension autour d’Israël, notamment indirectement de la part des Russes (des militaires russes). C’est effectivement ce dernier point qui est le plus intéressant dans la nouvelle, et que les Israéliens ont voulu mettre en évidence dans une démarche extrêmement inhabituelle. Cette démarche est surtout caractérisée par une façon extrêmement singulière et exprimée sans aucune dissimulation, effectivement inhabituelle de la part d’une publication comme DEBKAFiles proche des services de sécurité israélien, qui joue le jeu de l’information secrète et inconnue au point de vue opérationnel et politique, avec anonymat des sources, etc., qui recherche évidemment l’influence mais ne le laisse jamais paraître d’une façon explicite. Au contraire, on voit bien qu’ici c’est le contraire qui se manifeste, d’une façon très explicite, DEBKAFiles se présentant presque comme porte-parole officieux (des services de sécurité).

On détachera plusieurs points de réflexions, qui sont bien entendu autant d’hypothèses sans aucune possibilité de confirmation, mais qui nous semblent suffisamment étayées par ce que nous savons de DEBKAFiles et de son modus operandipour au moins être évoquées avec possibilité de confirmations, ou de significations indirectes spécifiques.

• Le premier point est une confirmation qui touche cette fois les services de sécurité nationale israéliens, de l’importance pour Israël des liens avec la Russie. Dans ce cas, on peut parler des liens spécifiques “avec Poutine”, et au-delà, avec l’appareil diplomatique sa la direction russe. Ce n’est pas une nouvelle sensationnelle mais c’est une précision intéressante, surtout dans ce fait qu’elle semble impliquer des organes de sécurité nationale dans leur situation d’entité (à côté de leur situation de subordination théorique au pouvoir politique) ayant une attitude politique spécifique, et dont on a souvent pensé qu’ils (ces organes) ne partageaient pas nécessairement cette politique russe de Netanyahou..

• L’hypothèse qu’implique l’orientation du texte de DEBKAFileest-elle crédible dans le sens d’être concevable ? Certainement, sans le moindre doute. Il existe aujourd’hui des tensions entre la défense, les militaires et les organes de sécurité d’une part, Poutine et la direction politique d’autre part, d’une façon générale pour ce que les organes de sécurité estime être le manque de fermeté de Poutine vis-à-vis des diverses relations avec des pays amis-ennemis selon les circonstances. Israël est l’un de ceux-là, bien entendu, et sur un théâtre d’opération explosif et très sensible. Il est certain que l’une des grandes interrogations dans la direction russe actuelle est l’état des relations entre Poutine qui en est à son dernier mandat de président et perd de sa popularité, et son ministre Shoigou, homme à la très forte personnalité.

• On doit aussi admettre l’hypothèse que ce texte, surtout venu des services de sécurité encore une fois, indique une inquiétude réelle et très forte de voir les Russes décider de s’impliquer beaucoup plus nettement et directement dans les divers affrontements. Une telle hypothèse donne le rôle le plus important aux services de sécurité nationale et aux militaires, qui sont les seuls juges opérationnels des priorités sur le terrain . Dans ce cas, le texte constitue un véritable “message” adressé aux relais des autorités politiques russes d’avoir à accueillir les informations et les décisions des militaires russes sur le terrain avec une extrême attention, et éventuellement un soupçon concernant certaines intentions cachées, notamment de collusion de ces militaires russes avec les Syriens et les Iraniens qui cherchent une plus forte implication des Russes contre Israël et ne sont guère enchantés des bonnes relations entre Poutine et Israël.

• Enfin, la question finale, embrassant toutes les précédentes : toutes ces hypothèses et ces interrogations ont-elles un véritable fondement possible ? Encore une fois, notre penchant est plutôt de répondre positivement. Nous ne voyons certainement pas où se trouve l’intérêt pour un DEBKAFile de fabriquer cette sorte d’histoire, d’autant qu’il paraît très vraisemblable, dans les conditions politiques actuelles en Russie, qu’il existe un jeu personnel des organes de sécurité nationale et de la défense dans un sens beaucoup plus dur que celui que mène Poutine. On notera alors que ce qui vaut pour les relations avec Israël, pour le Moyen-Orient, vaut également, sinon encore plus, pour l’Europe avec tous les points de tension existants et une OTAN qui est « dans un état de mort cérébrale ».

• ... On notera également, que, dans ce texte, DEBKAFile ne s’attarde pas à montrer ou démontrer la fausseté éventuelle de ces informations, y compris l’étonnante précision concernant les centaines de F-35 que l’USAF s’apprêterait à déployer “contre l’Iran et la Syrie” ; sur des territoires immenses de hangars en construction accélérée. Cette narrative a quelque chose de surréaliste, mais après tout aussi surréaliste que l’est (vraiment) l’histoire du JSF qu’est d’abord le F-35, et tout aussi surréaliste que le comportement incroyable des résidus de forces militaires US en Syrie partant, puis revenant, puis laissant dire que les USA voudrait créer un état “syrien libre“ indépendant là où sont les Kurdes (et le pétrole), – et toutes cette sorte de narrativerocambolesques dans une époque qui nous a appris à regarder comme possibles et parfois probables les narrative les plus rocambolesques. Par conséquent, le texte doit être lu , – en élaborant un peu, mais à peine, –  selon l’hypothèse également du plus grand intérêt selon laquelle, s’il le faut, les Russes, dans tous les cas leurs militaires, pourraient être conduits à envisager, sinon à réaliser un engagement militaire armée contre les forces américanistes qui saupoudrent la région comme s’ils se trouvaient au Texas ou dans l’État de New York.

 

Mis en ligne le 13 novembre 2019 à 09H45

  • 13 novembre 2019 à 00:00
À partir d’avant-hierDedefensa.org

Macron après/avec Trump : l’énigme antiSystème

Par info@dedefensa.org

Macron après/avec Trump : l’énigme antiSystème

12 novembre 2019 – Pour mon compte, un des signes les plus convaincants que nous vivons dans une époque étrange, sans pareille ni précédent, se trouve dans l’extrême difficulté où nous nous nous trouvons, nous, de porter des jugements cohérents et décisifs sur certains des hommes de pouvoir et leur action de communication. Les deux cas les plus remarquables sont Trump et Macron, car je crois que Macron ressemble de plus en plus à Trump de ce point de vue, et bien sûr cette observation va avec le fait qu’ils sont à la tête de deux puissances très significatives et signifiantes à la fois de la Grande Crise qui détruit notre contre-civilisation.

(Peu importent les “puissances” respectives de ces “puissances”, dans tous les domaines significatifs et mesurable de la “puissance” définie selon le Règne de la Quantité. Je parle absolument dans le domaine de la symbolique, qui est d’une importance considérable dans une époque où la communication tient la première place dans la mesure de la “puissance”, ce qui permet dans certains cas d’échapper à l’emprisonnement du Règne de la Quantité.Il reste alors ceci que les USA et la France sont deux références essentielles, chacune dans leur genre dirais-je, pour donner à apprécier l’importance et la profondeur de la Crise Générale qui frappe d’abord et de plein fouet le bloc-BAO qui est à la fois et directement cause et victime de cette Grande Crise.) 

On a déjà beaucoup parlé sur ce site, et moi-même avec ma part, de l’insaisissabilité de Trump quant au jugement de ses actions et de ses conceptions, – s’il en a, des unes et des autres. De ce côté, la messe de l’impossibilité de juger est dite. Parlons donc de Macron dans cette situation étonnante où l’on pourrait le rapprocher de Trump. J’ai relu ce que j’écrivais de lui lorsqu’il reçut Poutine à Versailles, à la fin-mai 2017, et je retrouve dans une même mesure cette même situation d’incertitude, absolument similaire deux ans et demi après malgré l’usure du pouvoir, alors  que les occasions de dire toute mon hostilité à cet homme comme représentant du Système n’ont pas manqué (Benalla, Gilets-Jaunes, etc.), – et que cette hostilité fut dite sur ce site et dans ce Journal, sans retenue aucune.

« Je rengaine ici mon sarcasme, y compris celui que j’avais laissé traîner ici et là par anticipation. Malgré mes nombreux préjugés, apriorismes, parti-pris, mauvaises fois et autres, je me devais donc d’admettre qu’il n’a pas fait trop mal, c’est-à-dire par aussi mal qu’on pouvait craindre, le Macron. Rencontre sérieuse, un peu de fermeté par là, l’une ou l’autre ouverture par ici, etc. “Nulle affaire sérieuse dans le monde ne peut être traitée sans consulter la Russie” (autant pour “la Russie, puissance régionale”, de l’inimitable Obama). On se voit, on conclut de se revoir et de poursuivre, on essaiera de faire de mieux en mieux la prochaine fois. Macron paraissait encore assez vide, Poutine un peu circonspect dans le genre “est-ce que c’est du lard ou du cochon”. Le premier se tenait bien droit, style-bon élève ; il n’est pas assuré que le second se soit beaucoup amusé, mais au moins il n’avait pas à subir l’humeur lugubre et la face terriblement blette de l’ex-président-poire, le “président normal”. » (29 mai 2017.)

Avec cette interview à The Economist  dont on a déjà parlé à plusieurs reprises, toujours cette même impression de ne pas savoir dans quel sens trancher, tout en admettant le caractère extraordinaire du propos, et l’applaudissant comme une audace extrême ou le vilipendant comme une fourbe manœuvre de suprême dissimulation...  Plus encore : il est frappant de voir combien les réactions, y compris et même surtout chez les antiSystème, sont similairement contradictoires.

J’ai relevé quatre exemples de réactions d’auteurs ou d’organisations que l’on peut considérer comme antiSystème, qui publient dans des sites de la presse alternative/“de Résistance”/éventuellement antiSystème, etc., et cela quelle que soit l’étiquette conventionnelle qu’on voudrait leur coller (droite extrême, gauche extrême, doctrinaire, indépendant, etc.), et qui n’a aucune signification décisive et ontologique dans l’hyperdésordre actuel. Je les signale ici, avec un court extrait qui suscitera éventuellement le goût d’aller lire le texte en entier ; ce qui m’importe ici n’est pas tant l’approbation ou la désapprobation qu’ils manifestent à propos de ces déclarations de Macron, que l’importance qu’ils accordent à ces déclaration.

• Le site trotskiste qu’on connaît bien, WSWS.org, est comme toujours extrêmement sévère et furieusement anti-Macron, mais il accorde une importance extrême à ses déclarations et met en évidence leur caractère extraordinaire :

« C’était le contenu d'un long entretien profondément pessimiste accordée à The Economist britannique par le président français Emmanuel Macron, déclarant que l’alliance de l’OTAN entre l’Amérique et l’Europe était morte. L’entretien contenait des déclarations pratiquement sans précédent de mémoire d’homme pour un président français. [...]
» De manière significative, Macron lui-même a souligné que ce qui est en train de naître n’est pas une querelle passagère au sein de l’OTAN, mais une rupture profonde des relations internationales préparée au cours de décennies de guerres impérialistes depuis la dissolution de l’Union soviétique par stalinisme en 1991.

• Voici maintenant John Laughland, dans une de ses chroniques sur RT-com. On connaît Laughland sur ce site, et on l’apprécie pour ses positions indépendantes, ses critiques virulentes de nombre d’aspects du Système. Dans ce texte sur l’interview à The Economist, Laughland est emporté par une rage réductrice, pour montrer que ce que dit Macron tout le monde le sait depuis longtemps, et que d’ailleurs Macron est plein de contradictions, qu’il ne vaut pas mieux que l’OTAN et ainsi de suite. Le ton furieux est tout à fait remarquable. Quelques mots extraits du texte...

« Cependant, plusieurs choses à propos de cette affirmation indiquent qu'Emmanuel Macron a perdu la capacité de penser, si par penser nous voulons dire s'assurer que l'on ne dit pas des choses qui sont si contradictoires qu'elles n'ont pas de sens. [...] 
» Emmanuel Macron a peut-être raison de dire que l'OTAN est en état de mort cérébrale, mais ce n'est pas nouveau. L'alliance a perdu sa raison d'être lorsque le Pacte de Varsovie a été dissous en 1991 et que la menace soviétique a disparu. Au cours des décennies qui se sont écoulées depuis, nous avons toutefois compris que la mort cérébrale politique est une maladie contagieuse qui a maintenant infecté tous les dirigeants européens, y compris, malheureusement, l'occupant actuel du palais de l’Élysée. »

• Voici maintenant Joaquim Flores, collaborateur de Strategic-Culture.org, site fort peu ami du Système, dans un texte du 9 novembre 2019  qu’il consacre à l’intervention de Macron. Assez curieusement, – mais à quoi ne conduit pas cette étrange époque ? – Flores met sur un même pied de Gaulle, Pétain et Marine Le Pen, – et Macron, par “la force des choses” (une des expressions favorites du Général)...

« A moins d’un mois de la prochaine grande réunion de l'OTAN, prévue pour la première semaine de décembre, le Français Macron est passé en mode déclamatoire pour préparer le public à de grands changements. En effet, l’entretien majeur que Macron a accordé le 7 novembre à The Economist sur la question du prétendu engagement hésitant des États-Unis envers l'OTAN est un signe étonnant des temps. [...]
» Les lamentations apparentes de Macron sur la “mort cérébrale” de l'OTAN sont donc très révélatrices. En cela, il fait référence à des vérités que tout le monde sait mais que personne n’ose dire : “L'OTAN est essentiellement une force d'occupation militaire contre la souveraineté européenne, – pour que l'UE soit une entité géostratégique, elle doit contrôler ses propres forces militaires”. On dirait que cela aurait pu être dit par de Gaulle, voire Pétain, et que la notion s'inscrit facilement dans la plate-forme de Marine Le Pen. La réalité de la France oblige Macron à tenir ces propos. »

• Le dernier exemple est de la plume de Finian Cunningham, lui aussi critique direct du Système. Un peu dans la même veine que Laughland, Cunningham détaille avec sarcasme ce qu’il juge être la prétention française à occuper une place prépondérante en Europe, – puisque c’est ainsi qu’il analyse les déclarations de Macron. Même si les deux hommes sont antiSystème, ils sont également insulaires et de culture anglaise, et l’on sent que, dans ce cas, un vieux réflexe d’hostilité à la France, éventuellement napoléonienne, a joué son rôle... 

Cunningham également sur Strategic-Culture.org, ce qui fait un sympathique contraste avec Joaquim Flores, – pour nous donner cette conclusion : « Cette semaine, cependant, le néo-napoléonien Macron est allé trop loin dans sa quête de renaissance de la puissance mondiale française. L’exagération, la pseudo-critique de l'Amérique et de l'OTAN, c’était en réalité l’agrandissement de la puissance française par la création d'un nouveau rôle de superviseur militaire de l'Europe. Et tante Angela a été obligée de gifler le vilain petit Français. Parce que Berlin a ses propres projets. »

Qu’on me comprenne bien, qu’on ne se méprenne pas, en aucune façon. A ce point et dans cette démarche, je me fiche complètement de savoir qui a raison et qui a tort dans ces réactions, même si par ailleurs j’ai mon opinion là-dessus qu’on peut retrouver dans différents textes du site sur l’interview. Ce qui m’importe, c’est la diversité des réactions, même chez des gens qui, disons, mène le même combat. (Et il s’agit, dans le cas de Macron, de la même sorte de contradictions qu’on retrouve à propos de Trump, lorsque l’un le dénonce pour ses agissements américanistes sur instruction du DeepState quand il entretient les discordes entre pays européens [cas de la Pologne, de l’Italie ou du Brexit] “pour mieux affaiblir l’Europe” et favoriser l’hégémonie et le racket US, lorsque l’autre l’applaudit pour la même démarche parce qu’ainsi il contribue à affaiblir l’UE, cette insupportable machine globaliste.)

La proximité que je vois entre Trump et Macron, c’est la perception intuitive qu’on ressentit au départ à propos de ces deux hommes, – quelles qu’aient été leurs intentions proclamées par eux-mêmes, qui n’entrent pas en ligne de compte ici. Tous deux se sont fait élire sur une rhétorique anti-système (sans majuscule), Trump pour “drainer le marigot” washingtonien, Macron pour faire succéder un “nouveau monde” à l’ancien qui se dissolvait en psalmodiant la rengaine du Système ; et tous deux ont été aussitôt identifiés comme des “marionnettes du Système” introduites par subterfuge, l’un (Trump) en en étant le prisonnier, l’autre (Macron) en en étant le complice. Je me rappelle qu’on écrivit là-dessus sur ce site et dans ce Journal, en mai-juin 2017, à l’occasion de l’élection de Macron, à propos de « la valse des marionnettes » qui introduisait l’élégant néologisme de “marionnettisation”, aussi bien que des seules marionnettes Trump-Macron, – dont ceci, extrait du deuxième texte référencé :

« Les deux marionnettes les plus fameuses de ces deux années, on les connaît puisqu’il s’agir de Trump et de Macron, comme il est précisé selon divers arrangements et raisons de notre jugement dans le texte référencé. Le moins que l’on doive reconnaitre, et je le fais pour nous tous à cet égard, c’est qu’elles ne déçoivent pas, mais alors pas du tout. C’est à croire, – et ceci n’est pas une idée en l’air, – que ces temps du Dernier Temps ont, pour donner leur pleine mesure, besoin de marionnettes plus que de ces gens sérieux, lourds de vertus et de connaissances, au faîte du pouvoir pour que le pouvoir serve encore et enfin à quelque chose. »

Ce qui est remarquable enfin, c’est que deux ans après ce constat de la “marionnettisation” parvenue à son accomplissement complet puisqu’embrassant les directions de deux pays aussi importants en termes d’influence et de symbolisme au sein du bloc-BAO (du Système), les “marionnettes” sèment plus que jamais la confusion aussi bien chez les zombieSystème que chez les antiSystème de la sorte qui s’en remet encore, les uns et les autres, aux étiquettes idéologisées. Elles (les “marionnettes”) sont de plus en plus incompréhensibles, de plus en plus incontrôlables, par rapport au Système qu’elles devraient normalement servir avec zèle et efficacité, et cela sans vraiment le vouloir, qui (Trump) répondant à son instinct grossier d’American-businessman, qui (Macron) répondant à son instinct rationalisé de banquier-financiarisé. Elles sont de plus en plus, ces “marionnettes” et ces deux-là en particulier, la marque indubitable de la Fin des Temps, de l’exposition obscène du Règne de la Quantité, le signe immanquable que la surpuissance du Système est enfin entré dans sa phase d’autodestruction.

Ainsi peut-on évoluer vers le constat qu’il y a là la marque de l’installation d’une nouvelle catégorie de dirigeants, absolument dans le Système sinon “marionnette” du Système-finissant, et pourtant produisant dans la perception générale un désordre considérable que personne n’arrive à contenir et qui s’avère au bout du compte absolument antiSystème. L’on sait bien ce que ne cesse de répéter, que je crois que l’ennemi absolu du Système c’est le désordre ; parce que le Système surpuissant a installé un simulacre de structuration dont dépend sa survie, et que les chocs successifs que lui assène le désordre menacent chaque jour un peu plus cette fragile pseudo-architecture. Ainsi les “marionnettes” du Système sont-elles finalement productrices du désordre mortellement antiSystème. Ce sont les dirigeants-Système et les héros de La Fin des Temps.

Comprenez bien ce raisonnement... Que m’importe que l’OTAN soit un zombie faisant n’importe quoi, ce « que tout le monde sait mais que personne n’ose dire » ; que m’importe que l’“armée européenne” dont rêve Macron, le Napoléon-IV de la postmodernité, soit une lubie absolument irréalisable, sinon avec la vertu d’exposer ce simulacre grotesque qu’est “leur-Europe” ; que m’importe, etc... Ce qui m’importe, pour l’épisode en question de l’interview à The Economist, c’est le désordre et la confusion produits par cette intervention.

Le paradoxe ultime de cette situation, c’est qu’il y a, je crois, chez chacun d’eux (Trump-Macron) une sorte de réelle sincérité dans tel ou tel acte, pourtant producteur de désordre sans précédent. Je crois Macron sincère lorsqu’il dit ce qu’il dit de l’OTAN, et qu’il est donc sincèrement “européen” lorsqu’il fait la promotion d’une “armée européenne” dans la projection de laquelle Cunningham voit étrangement l’ombre terrible et funeste de Napoléon-IV. Caitline Johnstone et Assad de Syrie croient que Trump est « le plus honnête président qu’ait eu les États-Unis » simplement parce qu’il ne dissimule rien, par exemple lorsque les forces US rackettent le pétrole syrien comme de vulgaires porte-flingues des compagnies pétrolières US ou “daeschiennes” ; ou bien, pour Caitline, lorsqu’on le voit sur une photo, marchant pompeusementen smoking à la mode-Epstein au côté d’Elizabeth II :

« Non, quand je dis que Trump est le président américain le plus honnête de tous les temps, je veux dire qu'il a un don unique pour exposer la gueule de l'empire pour ce qu’elle est exactement, dans toute sa dépravation, toute sa tromperie, toute sa corruption, et dans ce cas, tout son ridicule à couper le souffle. Je veux dire, regardez cette photo... »

Quel étrange mélange de dérision, de bouffonnerie, d’aveuglements impuissants, et pourtant d’événement formidables et inimaginables qui s’inscrivent comme tels dans nos inconscients pour ce qu’il valent vraiment. Nous vivons une Fin des Temps étincelante : il ne s’agit de la comprendre et de l’expliquer, ce qui est bien au-delà de nos capacités ; il ne s’agit pas de la faire passer au jugement de notre raison qui est subvertie et bouffie d’hybris soldée au dernier Prisunic. Il s’agit d’en saisir l’émanation bouleversante au travers de notre capacité d’intuition, pour ressentir ce terrible et sublime grondement tellurique indiquant que les dieux, décidément las de nos prétentions grotesques et de nos frasques indignes, ont décidé d’agir.

  • 12 novembre 2019 à 00:00

L’américanisation et notre nullité terminale

Par info@dedefensa.org

L’américanisation et notre nullité terminale

Météo hier soir : on montre New Delhi noyée sous un nuage permanent de smog avec une poignée de zombis effectuant leur jogging en Nike.

La colossale braderie des âmes qui s’opère réduit à néant tous les cultes connus. Le crédit a remplacé le credo, a déclaré notre Marx, et on détruira et remplacera tout parce que c’est le triomphe de la destruction créatrice et du calcul égoïste. Le zombi touriste remplace le bâtisseur de Notre-Dame, du Taj Mahal ou bien de l’Alhambra. Et voyez ce que nos ploucs de la bourse et du business ont fait de Versailles, des îles ou bien d’Ushuaia. Le pauvre a neuf mètres carrés et un smartphone mais comme me dit un vieux promeneur andalou que je croise sur mon bord de mer assiégé, il n’est plus éduqué. Quant au riche, il se fait avoir à peu près partout, tant les prix ont augmenté, tant les prestations ont baissé, et tant ses clones se sont grotesquement multipliés.

L’américanisation… Paraphrasons Oswald Spengler : « la domination mondiale américaine est un phénomène négatif, résultant non pas d'un surplus d'énergie d'un côté, mais d'un déficit de résistance. »

Plus l’homme moderne est nul, plus il s’américanise. L’américanisme lui ordonne de renoncer à son argent (sauf s’il est milliardaire en gros lards), sa race, sa famille, sa liberté, son sexe, son rang, sa culture, sa nation, sa tradition. Tout cela manifeste une résiliente toxicité qu’on ne cesse ici de dénoncer, mais aussi cet effondrement vieux de deux siècles. Je cite à nouveau Baudelaire, témoin de notre effilochement lors du stupide dix-neuvième siècle :

« Impitoyable dictature que celle de l'opinion dans les sociétés démocratiques; n'implorez d'elle ni charité, ni indulgence, ni élasticité quelconque dans l'application de ses lois aux cas multiples et complexes de la vie morale. On dirait que de l'amour impie de la liberté est née une tyrannie nouvelle, la tyrannie des bêtes, ou zoocratie… »

C’était avant les véganiens et la nouvelle culture branchée du cannibalisme.

Le poète ajoute avant les attentats de Las Vegas :

 « Brûler des nègres enchaînés, coupables d'avoir senti leur joue noire fourmiller du rouge de l'honneur, jouer du revolver dans un parterre de théâtre, établir la polygamie dans les paradis de l'Ouest, que les Sauvages (ce terme a l'air d'une injustice) n'avaient pas encore souillés de ces honteuses utopies, afficher sur les murs, sans doute pour consacrer le principe de la liberté illimitée, la guérison des maladies de neuf mois, tels sont quelques-uns des traits saillants, quelques-unes des illustrations morales du noble pays de Franklin, l'inventeur de la morale de comptoir, le héros d'un siècle voué à la matière. »

Et de rajouter que l'américanomanie gagne du terrain vers 1850 chez le clergé catholique:

« Il est bon d'appeler sans cesse le regard sur ces merveilles de brutalité, en un temps où l'américanomanie est devenue presque une passion de bon ton, à ce point qu'un archevêque a pu nous promettre sans rire que la Providence nous appellerait bientôt à jouir de cet idéal transatlantique! »

Il y a donc déficit de notre part. Ortega Y Gasset évoque cette montée de la stupidité que le penseur et économiste oxonien Cipolla a théorisée. Nous ne sommes et ne valons plus grand-chose, et c’est pourquoi, que ce soit sous Macron, Sanchez, Merkel, Hollande, Johnson, Obama, May nous nous détruisons et nous anéantissons avec allégresse, démographiquement, spirituellement. Le triomphe du féminisme et du multiculturalisme US, dangers autrement plus percutants que l’épouvantail terroriste ou le baril d’islam saoudien, sont là pour le démontrer – et pour nous absorber.

Ce n’est pas la première fois que cela se produit, comme le rappela Oswald Spengler :

 « La domination mondiale romaine fut un phénomène négatif, résultant non pas d'un surplus d'énergie d'un côté, mais d'un déficit de résistance ». 

Je trouve géniale cette phrase, moi qui aime surtout dans le monde romain les textes lucides sur sa décadence, en oubliant quelques lueurs comme l’Enéide (chant VI), les bonnes lettres de Sénèque ou le songe de Scipion (Cicéron, République). Pour le reste on est formidablement proche de notre entropie actuelle (un autre qui en parle est Ugo Bardi, chimiste de formation mué historien de vocation sur Lesakerfrancophone.fr).

On ne va pas rappeler notre époque et sa soumission, et son adoration, et sa déification des américains. L’action Boeing triple depuis le scandale du Boeing 737, rappelle Philippe Grasset, ce qui signifie que nous voulons mourir – nous « crasher » - par et pour ces dieux américains qui nous hypnotisent (cf. mes rappels de Guénon à ce sujet : le monde moderne est hallucinatoire).

Spengler donc, qui remet notre empire romain, sa bureaucratie, son homogénéisation, ses thermes et son multiculturalisme à leur place :

« Considéré en soi, la domination mondiale romaine était un phénomène négatif, résultant non pas d'un surplus d'énergie d'un côté - que les Romains n'avaient jamais eu depuis Zama - mais d'un déficit de résistance de l'autre. Que les Romains n'aient pas conquis le monde est certain; ils ont simplement pris possession d'un butin ouvert à tous. L'Imperium Romanum a été créé non pas à la suite d'efforts militaires et financiers aussi extrêmes que ceux qui avaient caractérisé les guerres puniques, mais parce que l'Orient ancien renonçait à toute autodétermination externe. L’apparition de brillants succès militaires ne doit pas nous induire en erreur. Avec quelques légions mal entraînées, mal dirigées et maussades, Lucullus et Pompée ont conquis des royaumes entiers - un phénomène qui aurait été impensable à l'époque de la bataille d'Issus… »

Au passage, et toujours dans son introduction, Spengler, dont on a fait un distrait poète, mais qui est surtout un naturaliste compétent, nous voit déjà cuits culturellement, et à l’époque de Picasso, Schoenberg et Stravinsky encore :

« Qu'il s'agisse de peinture ou de musique de qualité, il ne peut plus y avoir de question pour les Occidentaux. Leurs possibilités architecturales sont épuisées depuis cent ans. Seules d’extensives possibilités leur sont laissées… »

Depuis nous avons touché le fond, mais nous creusons encore. C’est ce qu’on nomme l’art contemporain, qui recouvre et pollue Versailles et les ronds-points de l’ancienne France.

L’empire romain exerce sa fascination comme aujourd’hui notre matrice US. Spengler :

« Il existe un type d'érudit dont la clarté de la vision tombe sous un charme irrésistible lorsqu'il passe d'une redingote à une toge, d'un terrain de football britannique à un cirque byzantin, d'un chemin de fer transcontinental à une voie romaine dans les Alpes, d'un destroyer de trente nœuds à une trirème, des baïonnettes prussiennes aux lances romaines - de nos jours même, du canal de Suez d'un ingénieur moderne à celui d'un pharaon. » 

Hypnose, quand tu nous tiens…

Spengler rappelle les conditions romaines, notamment dans le domaine… immobilier :

« Pour moi, c’est un symbole de la première importance que dans la Rome de Crassus - le triumvir et le spéculateur de chantier tout-puissant - le peuple romain avec ses inscriptions fières, le peuple devant lequel tremblaient Gaulois, Grecs, Parthes, Syriens, vive dans une misère effrayante dans des établissements de plusieurs étages de banlieues sombres, acceptant avec indifférence ou même avec une sorte d'intérêt sportif les conséquences de l'expansion militaire: beaucoup de familles célèbres et nobles, beaucoup de descendants des hommes qui ont vaincu les Celtes et les Samnites ont perdu leurs maisons ancestrales en se tenant à l'écart de la précipitation sauvage de la spéculation et ont été réduits à louer des appartements misérables… le long de la voie Appienne, où se trouvent les tombes splendides et encore merveilleuses des magnats financiers, les cadavres de la population ont été jetés avec des cadavres d’animaux, la ville ayant été abandonnée dans une fosse commune monstrueuse… »

La ville se dévore elle-même, comme disait un Guy Debord impressionné par Mumford, elle est devenue cetamas de détritus urbainsqui constitue l’universelle mégapole… quant aux vieilles familles, elles ne font plus rêver personne en occident depuis longtemps : elles ont été, comme les rois, réduites à l’état de larves people.

A la place du spéculateur Crassus on a le spéculateur Donaldus qui bute aussi sur les iraniens, pardon, sur les parthes : lisez la vie de Crassus de Plutarque qui vous expliquera mieux que Wikipédia comment les parthes en finirent avec lui (Crassus)…

Et cette cerise sur le gâteau (ou sur le catho, pensez à cet antipape et à sa pacha Mama) sur notre apocalypse touristique :

« dans Athènes dépeuplée, qui vivait de visiteurs et de la richesse de riches étrangers, la foule de touristes parvenus de Rome resta bouche bée devant les œuvres de l'époque péricléenne avec aussi peu de compréhension que le globe-trotter américain de la chapelle Sixtine de Michel-Ange, tous pièce d'art amovible ayant été enlevée ou achetée à un prix avantageux pour être remplacée par les bâtiments romains qui ont grandi, colossaux et arrogants, à côté des structures basses et modestes de l'ancien temps… »

L’épuisement du monde actuel, toujours plus lâche et stérile, ne se peut expliquer une nouvelle fois que par Guénon. Notre désindustrialisation sur ordre (n’en déplaise à tel lecteur à la fois peu instruit et malpoli), qui marque l’américanisation, a une dimension tératologique. Après l’époque de la solidification, survient la désintégration bien méphitique. Lisez l’intuition de Guénon sur les fissures de la grande muraille pour vous en convaincre. Dans le monde déchristianisé où nous évoluons, règne un satanisme extatique et cultuel sur fond d’églises cramées. A la pollution des Indes ou au smog du collectionneur Dorian Gray succèdent Netflix et sa froide inculture Illuminati.

 

Sources

René Guénon - Règne de la quantité, XXV

Guy Debord – La Société du Spectacle, § 174

Lewis Mumford – La Cité dans l’Histoire

Philippe Grasset - La Grâce de l’Histoire, le deuxième cercle, éditions mols

Nicolas Bonnal – Tolkien (Avatar), Les Territoires protocolaires (Maule)

Charles Baudelaire – Préface aux œuvres traduites d’Edgar Poe (ebooksgratuits.com)

Oswald Spengler, déclin de l'occident, introduction, archive.org

  • 11 novembre 2019 à 00:00

Notes sur l’effondrement du Mur

Par info@dedefensa.org

Notes sur l’effondrement du Mur

Ce texte met en évidence par contraste de l’enthousiasme pour la chute du Mur de novembre 1989, la trahison constante, sans cesse poursuivie pour la suite de l’URSS désintégrée en divers pays, et bien entendu pour la Russie elle-même, – pour des motifs d’abord de simple ignorance, indifférence et inculture (le plus souvent), puis de cynisme, de machiavélisme grossier et d’arrogance. Il y a, depuis la chute du Mur, une “infamie civilisationnelle”, la nôtre, celle de l’Occident, du bloc-BAO, des zombieSystème du “déchaînement de la Matière”, orques et progéniture du diabolisme tout ensemble... Le texte présent poursuit et complète les Notes d’analyse d’hier sur « le kidnapping du Mur »

11 novembre 2019 – Des documents officiels du gouvernement US déclassifiés il y a deux ans (le  12 décembre 2017) et étudiés par deux chercheurs de la Brookings Institution, sont venus apporter une confirmation puissantede l’affirmation des Russes selon laquelle les pays de l’OTAN, et notamment les USA, n’ont pas tenu leur promesse de 1990-1991 de ne pas élargir l’OTAN au-delà des frontières de l’Allemagne réunifiée, en échange de l’accord de l’URSS (d'alors) d’accepter cette réunification. (Par traité signé à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, l’URSS avait le droit d’opposer son veto à une telle réunification : son acceptation constituait donc un geste politique d’une force considérable dans le sens de la conciliation.)

Il s’agit d’une importante évolution parce que l’essentiel de l’aspect rationnel de la crise qui oppose aujourd'hui plus que jamais la Russie au  bloc-BAO concerne d’abord l’extension de l’OTAN qui se trouve dans l'état actuel de la géographie sur les frontières mêmes de la Russie, dans un mouvement qu’il est difficile de ne pas percevoir comme un encerclement de cette puissance. Le débat est évident puisqu’à l’origine, en 1990-1991, comme l’affirment les Russes et le confirment les documents déclassifiés, une promesse solennelle leur avait été faite que l’OTAN ne dépasserait pas d’un seul “pouce à l’Est” la frontière de l’Allemagne réunifiée… (Notamment ce rappel d’une des formulations parmi d’autres de cette promesse, lorsque « le secrétaire d'État James Baker[affirma] à Gorbatchev que l'OTAN ne s'étendrait pas d’“un pouce à l'est” lors d'une réunion du 9 février 1990 [qui]  ne concernait que la réunification allemande... »)

Le site Off Guardian reprit le  15 décembre 2017  un article du même jour de Dave Majumdar dans  The National Interest  sur ces nouveaux documents déclassifiés.

Où sont ces promesses ?

Nous donnons ici une partie du texte que reprend Off Guardian : « Le leader soviétique Mikhaïl Gorbatchev avait reçu de nombreuses garanties que l'alliance de l'OTAN ne s'étendrait pas au-delà de ce qui était alors la frontière de l'Allemagne de l'Est en 1990, selon de nouveaux documents déclassifiés.

» Les dirigeants russes se plaignent souvent que l'OTAN ait invité la Hongrie, la Pologne et la Tchécoslovaquie d'alors à rejoindre l'alliance en 1997 au sommet de Madrid en violation des assurances données à l'Union soviétique avant son effondrement de 1991. L'alliance a rejeté la notion  que de telles assurances avaient été données [aux Russes] ;  cependant, les chercheurs ont continué à débattre de la question pendant des années. Désormais, les documents nouvellement déclassifiés montrent que Gorbatchev a reçu des assurances que l'OTAN ne s'étendrait pas au-delà de l'Allemagne de l'Est.

» “Les documents montrent que plusieurs dirigeants nationaux avaient considéré et rejeté l'adhésion de l'Europe centrale et orientale à l'OTAN au début de 1990 et jusqu'en 1991”, écrivent les chercheurs de l'Université George Washington,  Svetlana Savranskaya et Tom Blanton. “Les discussions de l'OTAN dans le contexte des négociations d'unification allemandes en 1990 ne se limitaient pas au statut du territoire de l'Allemagne de l'Est, et les plaintes ultérieures soviétiques et russes d'être trompées sur l'expansion de l'OTAN étaient et sont fondées aux plus hauts niveaux.”

» En effet, les présidents russes Boris Eltsine et Vladimir Poutine se sont plaints amèrement de l'expansion de l'OTAN vers leurs frontières, malgré ce qu'ils croyaient être des assurances contraires. “Qu’est-il advenu des assurances données par nos partenaires occidentaux après la dissolution du Pacte de Varsovie ? Où sont ces déclarations aujourd'hui ?” demandait Poutine lors de la Conférence de Munich sur la politique de sécurité en 2007. “Personne ne s'en souvient. Mais je me permettrai de rappeler à ce public ce qui a été dit. Je voudrais citer le discours du Secrétaire général de l'OTAN, M. Woerner, à Bruxelles le 17 mai 1990. Il a déclaré à l'époque que : ‘le fait que nous sommes prêts à ne pas placer une armée de l'OTAN hors du territoire allemand constitue une ferme garantie de sécurité pour les Soviétiques.’ Où sont ces garanties ?” »

A la recherche des origines

Pour explorer cette question vitale et essentielle dans la crise qui oppose la Russie au bloc-BAO, nous reprenons l’essentiel d’un texte que nous publiâmes le 5 septembre 2008, à l’occasion de la crise géorgienne où il était déjà question de cette affaire de l’expansion de l’OTAN. Nous en modifions la forme selon la formule des Notes d’Analyse, en ajoutant ici et là quelques précisions que nous jugeons utiles et qui ont un intérêt et une importance non négligeables. Pour le principal, l’essentiel de ce que donnait ce texte reste absolument valable aujourd’hui, sinon encore plus pertinent à la lumière des nouveaux documents déclassifiés mais aussi des événements survenus depuis.

Ce texte du septembre 2008 reprenait lui-même des éléments d’un texte alors à paraître d’une rubrique de notre Lettre d’Analyse dde&e, comme nous le signalions alors sous cette forme : « Dans notre prochain numéro de la Lettre d’Analyse de defensa & eurostratégie, Volume 24 n°01 du 10 septembre 2008, nous consacrons la rubrique Analyse à cette question de l’élargissement de l’OTAN en examinant les conditions de son origine et de son lancement, sous le titre “Sur l’origine accessoire de la crise”. »

“De la médiocrité des origines de la crise”

Il devrait apparaître évident à tout esprit normalement critique et normalement informé que l’OTAN est aujourd'hui une “machine de guerre” américaniste antirusse, destinée à encercler la Russie et à exercer une pression grandissante sur ce pays. Elle l’est principalement au travers de la dynamique d’élargissement, que les Américains aimeraient voir poussée au moins jusqu’à la Géorgie et l’Ukraine.

(Cette remarque déjà valable en 2008 l’est toujours aujourd’hui, sauf qu’elle doit être nuancée par les capacités et la situation US, ainsi que par le désaccord grandissant entre les USA et l’UE. Cet affaiblissement radical, voire cet effondrement notamment de la puissance et de l’influence US, rendent de moins en moins possibles de tels projets, du point de vue “opérationnel”. Mais l’esprit de la chose, qui est l’encerclement agressif de la Russie, subsiste plus que jamais, la tromperie touchant aussi ceux qui la génèrent quant à leurs propres capacités.)

Sans doute, sans aucun doute l’OTAN est aujourd’hui cette “machine de guerre” antirusse, même si elle n’en a aucun moyen militaire acceptable pour cette tâche, – cela fait partie du déséquilibre psychologique complet des américanistes-occidentalistes, de leur présence dans un univers différent du vrai monde. Cette orientation agressive de l’OTAN admise, les esprits logiques, notamment et surtout chez les antiSystème trop influencés par le Système et sa puissance, en tirent la conclusion évidente, sinon rationnelle, qu’il en est ainsi depuis l’origine, que l’élargissement de l’OTAN fut une stratégie minutieusement élaborée pour ce but de l’encerclement de la Russie, qu’il y avait un plan mûrement conçu. Tout cela est logique.

Une décision incompréhensible

Tout cela est logique mais inexact. (Le “plan” existait certes chez les plus extrémistes qui ont toujours des “plans” d’agression mondiale, les neocons sans aucun doute, mais ils n’avaient alors qu’une très faible influence sur la politique extérieure US comme l’avait montré le rejet brutal par Bush-père du  “plan d’hégémonie”  mondiale de Wolfowitz au printemps 1992. Les  neocons  n’avaient pas encore leur appareil de relations publiques qui se développa dans les dernières années 1990 pour donner son plein effet à partir de 9/11 parce qu’à partir de là cette clique et sa pensée extraordinairement agressive convinrent parfaitement au déchaînement de la  politiqueSystème.Les  neocons ne sont pas les concepteurs de la politiqueSystème mais leurs exécutants.)

Si le fait de l'élargissement de l'OTAN est devenu cette “machine de guerre”, c’est, disons, par enchaînement mécanique qui place le moyen de la chose chronologiquement avant la chose, un peu comme “la fonction crée l’organe”, – et ce serait alors : “la dynamique crée la stratégie”, ou, encore plus platement, “le mouvement crée l’objectif”. Au départ, l’élargissement de l’OTAN n’avait nullement l’objectif de la Russie. La chose est bien plus triviale, bien plus médiocre que cela.

Comme déjà signalé, nous consacrions la rubrique Analyse dans le numéro Volume 24 n°01 du 10 septembre 2008 de la Lettre d’Analyse de defensa & eurostratégie, à cette question de l’élargissement de l’OTAN en examinant les conditions de son origine et de son lancement, sous le titre « Sur l’origine accessoire de la crise ». Nous commencions l'analyse par la question de l’élargissement de l’UE vers les pays de l’Est, dont le processus fut lancé avant celui de l’OTAN et qui fut fortement soutenu par les USA, non pour “encercler” la Russie mais pour empêcher l’UE de se forger une politique trop indépendante des USA, et concurrente des USA. La pénétration de l’influence US dans les pays d’Europe de l’Est eut donc pour but d’abord, pour les USA, d’en faire des “agents des USA” au sein de l’UE, contre la logique éventuellement indépendante et concurrente des USA de l’UE.

Sur le point central de la “décision” de lancer cette politique d’élargissement de l’OTAN, nous apportions quelques précisions sur certaines de nos sources que nous gardions anonymes à l’époque mais qui peuvent aujourd’hui être mieux identifiées. L’une d’entre elles, dans les milieux de sécurité nationale (OTAN) de Bruxelles, avait tissé des liens avec l’un des adjoints du directeur du NSC de l’administration Clinton (le NSC, ou National Security Council, étant le “gouvernement de sécurité nationale” personnel du président). Début 1995, son interlocuteur du NSC disait à notre source ne rien comprendre au changement de politique en faveur de l’élargissement qui venait d’être ordonné, « mais puisqu’il faut l’appliquer, nous commençons à chercher des arguments valables, et surtout en nous gardant bien d’inquiéter la Russie ». Nous avons même souvenir d’un témoignage direct, venu d’un dîner en ville à Bruxelles, auquel participait le nouvel ambassadeur US à l’OTAN Alexander Vershbow (en 1998, peu après sa nomination), et celui-ci affirmant : « Eh oui, c’est la politique officielle de mon pays, l’élargissement. Nous ne savons pas pourquoi elle a été décidée mais nous nous appliquons désormais à la développer. »

L’esprit de la chose

Cette description des débuts erratiques et sans finalité antirusse (sans aucune finalité, d’ailleurs) de “la politique de l’élargissement” n’exonère nullement de leur responsabilité les gouvernements concernés (occidentaux, essentiellement américanistes) dans la situation présente. Cette responsabilité se trouve d’abord dans leur irresponsabilité : leur incapacité de prévoir des politiques à long terme, leur incapacité d’envisager les conséquences politiques de leurs actes jusqu’aux plus accessoires, ou ceux qu’on considère alors qu’on les pose comme accessoires, leur incapacité de résister à l’appropriation de la politique par des groupes incontrôlés et douteux. Il ne reste plus ensuite qu’à suivre une “politique” qui s’est imposée par la seule dynamique d’une mécanique incontrôlée, et aux historiens assermentés et bien en cour, et qui jouent le jeu du pouvoir en place (avec lui ou contre lui), qu’à récrire quinze ans ou un quart de siècle plus tard une histoire rationnelle et cohérente qui corresponde aux catastrophes d’aujourd’hui.

La réalité est que rarement une époque de si grands bouleversements et de politiques si extrêmes qu'est la nôtre n’aura été aussi peu préparée, aussi peu conçue, aussi peu embrasséedans ses effets et ses composants. Mais l’on comprendra évidemment, la formule est trop tentante pour l’écarter, que ceci (l’absence de l’esprit) explique sans doute cela (le bouleversement).

Un autre point essentiel à signaler est le complet changement d’esprit qui arriva avec Clinton et son équipe. Son “That’s economic, supid” de sa campagne présidentielle de 1992 avait de très fortes implications, bien plus qu’électorales. Pour cette équipe, nous étions vraiment entrés dans “la fin de l’Histoire” (Ave et thank you, Fukuyama) et les questions de sécurité nationale n’avaient plus du tout l’importance d’antan. Du coup, une question comme l’élargissement de l’OTAN était surtout utilitaire et ne posait à aucun de ces personnages des préoccupations majeures ; quant à la parole donnée ; c’était une sorte de vestige de la préhistoire... (Bien entendu, cet état d’esprit commença à se modifier avec la guerre du Kosovo, à une vitesse en augmentation exponentielle, puis avec 9/11, etc.)

A l'origine d'une “stratégie”

C’est impérativement dans le contexte de l’évolution de l’UE vis-à-vis de l’élargissement qu’il faut placer la question de l’adhésion à l’OTAN des pays d’Europe de l’Est. Cette question est, au départ, secondaire et annexe à la question de l’intégration dans l’Europe, et non le contraire. Au départ, justement, l’engagement occidental et particulièrement US était, comme cela vient d’être confirmé par les nouveaux documents déclassifiés, qu’il n’y aurait pas d’élargissement de l’OTAN vers l’Est.

Comment cette situation change-t-elle ? Bien sûr, il y a la pression commençante des pays concernés, de l’ex-Europe communiste, qui envisagent l’entrée dans l’OTAN parallèlement, voire prioritairement à l’entrée dans l’UE. Mais cette position-là n’a strictement aucune importance ni le moindre poids au départ. Du côté américain, jusqu’en 1993-94, il n’est pas question d’un tel élargissement, dans tous les cas dans les cercles politiques et stratégiques. Ce qui va imposer le cas au premier plan de la réflexion, c’est une circonstance électorale. A la fin 1993, on prépare les élections  mid-term aux USA et les démocrates commencent à craindre de solides déboires. (Ceux-ci seront confirmés, par une formidable défaite en novembre 1994, qui plongera Clinton dans une dépression profonde pendant quelques mois.) Toutes les énergies, tous les arguments doivent être rassemblés. Dans la région de Chicago, où les démocrates ont un fort point d’appui électoral avec une minorité d’origine polonaise, un important élu démocrate, qui tient cette région, vient d’être inculpé pour corruption et disparaît du jeu. Il faut à tout prix reprendre l’électorat en main. Sollicitée par le parti, l’administration Clinton propose de lancer l’idée d’une adhésion de la Pologne à l’OTAN. Présenter cette idée comme une promesse de l’administration doit ramener les Polonais-Américains, qui réclament à grands cris cette mesure, du côté du parti démocrate. Cette idée implique évidemment le principe de l’élargissement de l’OTAN, qui devient ainsi, subrepticement, la politique de l’administration Clinton...

Cela est en complète contradiction avec la politique suivie jusqu’alors. Dans notre numéro de notre Lettre d’Analyse dd&e du 10 octobre 1994, nous écrivions : « L’année dernière, à la même époque (le 21 octobre 1993 exactement, à la réunion des ministres de la défense de l’Organisation [l’OTAN]), les États-Unis présentaient l’idée du “Partnership for Peace” (PfP, ou “Partenariat pour la Paix”). Le but  [opérationnel]  était clair et double : apaiser les pays d’Europe de l’Est qui réclamaient leur entrée dans l’OTAN, sans inquiéter ni isoler la Russie. L’interprétation politique du PfP était également claire : l’initiative renvoyait aux calendes grecques le problème de l’élargissement. »

Mais les événements fondamentaux (!) qu’on a vus concernant l’électorat polonais-américain dans la région de Chicago eurent lieu et la “politique” de l’administration Clinton changea du tout en tout. Lorsque le vice-président Al Gore glisse, dans son discours de Berlin du 9 septembre 1994 (pour la cérémonie de retrait des forces alliées d’occupation accompagnant le retrait russe de l’ex-RDA), « Nous allons commencer des discussions sur l’élargissement de l’OTAN d’ici la fin de l’année », il prend complètement de court et à contre-pied toute la communauté et la bureaucratie stratégiques de Washington. C’est une idée du domaine de la communication (et non stratégique, sinon de stratégie électorale) de la Maison-Blanche. Elle est adoptée et développée sans consultation d’aucun service et département de sécurité nationale, ni de personne d’autre, et c’est une idée directement en connexion avec la situation électorale. Les experts US resteront pendant longtemps sans comprendre la cause stratégique de ce revirement qui contredit la politique officielle établie avec le PfP.

Surtout, on n’encercle pas la Russie

Encore faut-il observer, pour en avoir l’esprit net, que la décision est accompagnée d’une précision importante. Al Gore détaille bien la démarche qu’il propose : recherche d’un élargissement de l’OTAN « sans exclure la Russie ». Dans un superbe article sur la crise de Géorgie le 19 août 2008, William Pfaff rappelle ceci : « Le président Clinton déclara à Boris Eltsine que l’expansion de l’OTAN stopperait avec les pays européens annexés au bloc soviétique par l’armée russe durant et juste après la Seconde Guerre mondiale. Dès lors, la Hongrie, la république tchèque et la Pologne, victimes spécifiques de la guerre froide [lancée] par l’URSS furent les premiers à être admis dans l’OTAN. » En d’autres mots, jusqu’à ce qu’il soit lancé, en 1995, et même encore à cette époque, le processus d’élargissement n’a aucune finalité stratégique fondamentale et ne contient qu’une seule préoccupation politique : éviter à tout prix que la Russie se sente menacée, encerclée ou isolée. Il n’empêche que l’inverse exactement va se produire. Observé par un esprit rationnel, – il n’en manque pas à Moscou, – l’élargissement de l’OTAN va apparaître de plus en plus comme ayant une finalité stratégique et cela sera exactement celle qu’on voulait empêcher qu’il parût avoir : donner à la Russie l’impression d’être menacée, encerclée et isolée.

Il est essentiel de bien apprécier ce qu’on pourrait, ce qu’on devrait qualifier de mesure psychologique fondamentale de la crise. A ce point de notre exposé, il n’y a aucune hostilité fondamentale de l’Ouest à l’encontre de la Russie, y compris de la part des USA. L’élargissement de l’OTAN, subi dans l’esprit de la chose bien plus qu’initié comme une contrainte des complications de la politique politicienne US, suit la même logique que l’élargissement de l’UE. C’est une mesure de tentative de réarrangement de l’ordre européen selon des intérêts divers plutôt agréables à l’Ouest, après le choc de la fin de la Guerre froide, et mesure qui n’implique en aucune façon d’isoler ou d’encercler la Russie.

Les poussées du capitalisme sauvage en Russie, d’inspiration et de manipulation US, jusqu’à la crise russe de 1998, ne peuvent en aucune façon être interprétés comme un mouvement d’agression contre la Russie, relié alors selon cette interprétation aux élargissements en cours en Europe. Il s’agit simplement de la logique du capitalisme, point final, – telle est la pensée évidente de l’establishment washingtonien, de l’administration Clinton, de Wall Street, etc. Il faut résolument isoler cet aspect des motifs pour bien comprendre l’évolution des événements jusqu’à la situation actuelle. Quoi qu’il en paraisse en réalité, et d’ailleurs au plus juste des propos, l’état d’esprit US n’était au départ de cette aventure nullement antagoniste de la Russie. Il faut accepter ce phénomène.

Le Graal de la globalisation

Certes, la question se pose aussitôt : comment en est-on arrivé à une situation complètement inverse des intentions de départ, sur ce point essentiel du “traitement stratégique” de la Russie ? Mais d’abord s’impose le constat qu’effectivement, malgré les précautions diverses prises pour mettre en évidence qu’il ne fallait en aucun cas que la Russie fût inquiétée par l’élargissement, l’élargissement portait un puissant poids déstabilisant à cet égard. C’est de ce point de vue qu’on peut parler d’une “mécanique”, d’une dynamique qui s’est entretenue d’elle-même, qui a rejoint par ailleurs un courant général de transformation de la politique occidentale en une politique imposée par une mécanique de système.

Deux faits fondamentaux sont intervenus pour orienter la perception de l’élargissement et effectivement transformer l’élargissement en un mouvement d’encerclement de la Russie qui ne pouvait et ne peut être jugé que comme intrinsèquement agressif. Il s’agit d’un fait structurel et d’un évènement conjoncturel.

Le fait structurel est l’accélération, aux USA essentiellement, de la “privatisation” de la politique parallèlement à l’évolution de l’état d’esprit aux USA, et particulièrement avec l’administration Clinton en faveur de l’économie, du libre-échange, de la libéralisation, etc., vers le  Graal que constitue la globalisation. L’accélération décisive fut imprimée sous l’administration Clinton, poursuivie et amplifié avec les deux mandats Bush. Cette “privatisation” acheva de transformer la politique américaniste en une créature des “intérêts privés” et des “groupes de pression”. La pénétration de ce phénomène dans la politique extérieure fut considérable et l’activisme US en Europe de l’Est dès la fin des années 1990 était essentiellement le fait de groupes de pression émanant de l’industrie d’armement intéressée par le rééquipement des anciens pays communistes, de l’industrie pétrolière intéressée par toutes les perspectives énergétiques dans la grande région du Caucase, de groupes idéologiques liés à ces industries (les neocons qui sortent ainsi de leur position d’attente et s’allient à l’industrie d’armement), d’instituts et d’ONG avec des intérêts économiques et idéologiques.

Tous ces groupes trouvèrent par tous les moyens habituels des activités d’influence des relais impeccables dans les pays d’Europe de l’Est. Dans ces pays, les nouveaux dirigeants et les bureaucraties venaient souvent des anciennes directions communistes, et parfois des dissidents du communisme, et tous affichaient par opportunisme ou par conviction des idées anticommunistes et antirusses. D’une façon évidemment naturelle, tous ces groupes trouvèrent un pôle d’activité commune dans une hostilité grandissante à la Russie. Très vite, leurs activités de relations publiques se concentrèrent  sur des visées politiques, qui ouvraient le champ à leurs intérêts privés. Ce sont ces groupes qui machinèrent aussi bien le soutien des pays d’Europe de l’Est à la guerre en Irak (“les dix de Vilnius”, rassemblés par l’activisme  de personnages comme un  Bruce P. Jackson, à la fois  neocon  et vice-président de Lockheed Martin jusqu’en 2001), que les “révolutions de couleur” antirusses, que la promotion, pour divers pays, de l’entrée dans l’OTAN prenant de plus en plus des allures antirusses. La bureaucratie de Washington assura de plus en plus nettement son soutien à ces groupes, dans un réflexe expansionniste à partir de 1995-96 (intervention US en ex-Yougoslavie avec l’accord de Dayton de novembre 1995), et sans plus aucune restriction à partir de la guerre du Kosovo et de l’attaque du 11 septembre 2001.

Le tournant du Kosovo

Deuxième élément, cet “évènement conjoncturel” déjà noté, la guerre du Kosovo fut entreprise à l’Ouest pour des motifs confus, et beaucoup plus avec l’idée de la coopération avec une Russie docile (coopération effective d’ailleurs) que dans un esprit d’hostilité vis-à-vis de ce pays. Première  guerre complètement virtualiste  au point d’en faire  un sujet de roman, la guerre du Kosovo fut menée par l’Ouest, pas encore vraiment  bloc-BAO, en toute illégalité et en toute impunité, dans des conditions d’infamie et de lâcheté exceptionnelles, et avec un état d’esprit désormais hyper-humanitaire qui ouvrait la nouvelle ère des “tueries innocentes” de la contre-civilisation occidentale. Il se dit souvent, et c’est très-probablement pure vérité quand on connaît son parcours politique depuis tandis que Bill est limité aux escapades vers la “pedo-island” d’Epstein, qu’Hillary Clinton fut le principal stratège de cette guerre “humanitaire“, poussant sans arrêt le pauvre Bill rescapé des frasques avec Monica Lewinsky dans une surenchère des bombardements. Nul, parmi ces esprits postmodernes-tardifs, n’imaginait une seconde que les Russes ne seraient dans ces conditions pas convaincus dans l’enthousiasme et la reconnaissance, et une fois pour toutes, d’entrer dans le rang des conceptions et des consignes américanistes-occidentalistes.

Tout au contraire bien entendu, parce que les Russes sont les Russes, cette guerre fut ressentie en Russie comme profondément antirusse, pour des raisons évidemment compréhensibles. (Le chroniqueur serbe Nebojsa Malic écrivait le 28 août 2008 : « Le dissident de légende Alexandre Soljenitsyne, décédé récemment, argumentait que la guerre du Kosovo avait complètement pulvérisé les illusions des Russes à propos de l’Ouest. Ce ne peut être une coïncidence si, très peu de temps après qu’Eltsine ait laissé Belgrade à son sort entre les mains de l’OTAN, il abandonnait le pouvoir tandis que Poutine y accédait. ») La Russie nota la complète illégalité du point de vue du droit international du cadre où s’était déroulée cette guerre : ce précédent pouvait faire craindre le pire pour l’avenir. On sait comment s’est achevée l’aventure (indépendance du Kosovo en février 2008) et le choc que cela a causé en Russie. Les Européens comprenaient l’effet désastreux de cette décision d’indépendance mais n’y opposèrent aucune résistance sérieuse. A Washington, la cause des Kosovars disposait d’un réseau serré et efficace de lobbies privés. L’affaire était bouclée.

L’emprisonnement de notre psychologie

A partir de la guerre du Kosovo, effectivement, les événements s’enchaînèrent, comme on en a vu quelques-uns. C’est en 2002 que la promotion active pour le déploiement de missiles antimissiles US en Europe de l’Est fut lancée, sous la direction du  neocon et obscur fonctionnaire du département d’État sous GW Bush John Bolton, promis comme l’on sait désormais à un destin glorieux mais court. Le phénomène des “révolutions de couleur” fit son apparition. Les derniers pays de l’Est, exsudant un antirussisme d’un radicalisme extrême se pressaient aux portes de l’OTAN. Désormais, l’“ennemi russe” était à nos portes, nous qui avions repoussé nos portes aux portes de la Russie.

Le  discours de Poutine  à la  Wehrkunde de Munich de février 2007 montra que les Russes commençaient à comprendre. L’année suivante, avec la guerre de Géorgie, il apparaissait clairement qu’ils avaient compris. Le reste, jusqu’à aujourd’hui, nous le connaissons, avec cette extraordinaire transformation du bloc-BAO en robot d’un  déterminisme-narrativiste  identifié avec certitude depuis la crise ukrainienne et qui achève d’emprisonner complètement le bloc dans l’obsession catastrophique de cet antirussisme qui prend en charge tout le poids de la maladie sans remède affectant la psychologie suprémaciste de cette contre-civilisation.

L'effondrement de “la chute du Mur” jusqu’à la démence

Arrivé à ce point terminal du développement “stratégique” de l’évolution-extension de l’OTAN comme principal legs de la chute du Mur, et évolution stratégique explicable par le dérisoire, l’irresponsabilité, l’accident, la démagogie électorale, la cupidité et l’appât du gain, et éventuellement la vanité sous forme d’un hybris incroyablement bas et prétentieux (le plan de Wolfowitz et la clique-neocon), il est évident qu’il nous faut passer à une explication plus vaste pour expliquer notre évolution jusqu’à ce champ de ruines animé de secousses telluriques de plus en plus fortes vers l’effondrement qu’est notre étrange époque présente. Il s’agit d’une explication passant par l’exacerbation de la psychologie accouchant d’une idéologisation de la stratégie, – ou si l’on veut, un simulacre de stratégie satisfaisant l’exacerbation psychologique. A ce prix, l’on conduit l’aventure de la chute du Mur à son terme catastrophique, c’est-à-dire nous, c’est-à-dire eux devant l’effondrement.

Ainsi peut-on considérer que cette évolution chaotique, sans but stratégique précis au contraire de ce que le jugement rationnel antiSystème affirme aujourd’hui, constituait en fait la formation d’une situation stratégique complètement idéologisée jusque dans ses fonctions sociétales (LGTBQ) qui justifierait, permettrait et structurerait le déchaînement psychologique auquel on assiste depuis 2001 (depuis 9/11, bien entendu). Bien entendu, il s’agit dans notre chef d’une hypothèse qui présuppose que l’action humaine n’est absolument pas rationnellement ni consciemment comptable de tous les événements politiques et stratégiques auxquels on assiste, ce qui est une de nos convictions.

Il s’agit en effet de pouvoir apprécier le socle événementiel qui, à la fois, suscite, anime et justifie la démence de la psychologie qui caractérise actuellement le comportement humain, lorsque ce comportement est observé objectivement, et notamment dans ses effets de déstructuration et de dissolution du cadre civilisationnel, –, ou prétendument civilisationnel, au point où nous en sommes, – où nous évoluons. La période qui a suivi la chute du Mur, qui s’est notamment inscrite dans la façon dont l’OTAN a évolué contre toute raison stratégique, contre toute mesure de l’équilibre et de l’harmonie nécessaires à l’établissement d’un équilibre fécond, ne s’explique par rien de ce qui a précédé, et notamment par rien de l’action essentielle de Gorbatchev ; elle s’explique par contre complètement par tout ce qui a suivi jusqu’à nous, c’est-à-dire par la démence de la psychologie qui suscite et conditionne l’effondrement civilisationnel qui est absolument nécessaire à la marche de l’univers, cette démence ayant besoin d’un cadre dynamique pour s’exprimer et se développer.

C’est donc au regard de notre situation catastrophique présente que la chute du Mur doit être observée et comprise, et nullement selon un raisonnement s’appuyant sur un simulacre stratégique complètement idéologisé et confié à un hybris, – lui-même simulacre d’hybrisdans le chef de la puissance américaniste devenue complètement folle après avoir mesuré son impuissance totale dans les aventures qui ont suivi 9/11. La chute du Mur n’est nullement une “libération” d’un empire soviétique déjà complètement désintégrée, mais la naissance c’un simulacre qui allait permettre à la psychologie civilisationnelle de notre suprémacisme d’exprimer toute sa démence. Nous y sommes.

  • 11 novembre 2019 à 00:00

Notes sur le kidnapping du Mur 

Par info@dedefensa.org

Notes sur le kidnapping du Mur 

10 novembre 2019 – Il s’agit donc de “commémorer” cet événement du 9 novembre 1989. Nous devrions le faire avec d’autant plus d’allant que nous avons vécu avec une très grande intensité cette époque, notamment depuis le 9 mars 1985 et l’arrivée au pouvoir de Gorbatchev, – dans le chef de notre ancêtre dans les arcanes de ce site, Philippe Grasset, alors fermement installé à Bruxelles. (Voir notamment notre série improbable sur les “journalistes Made in CIA”, le  20 octobre 2014, le  22 octobre 2014, etc., où PhG tint son rôle.)

Nous avions choisi en novembre 2014 (vingt-cinquième anniversaire de la chute du Mur), et la proposons à nouveau aujourd’hui, une méthodologie spécifique pour donner à l’événement l’ampleur qui importe, c’est-à-dire en établissant son lien avec notre époque. Plus encore, nous avions choisi et conservons ce choix de baser cette méthodologie sur  un texte archétypique des distorsions de l’historiographie-Système de la période. Le texte est assez clair, quoique d’une brièveté également élégante, pour qu’on y trouve les principaux éléments faussaires qui permettent d’articuler notre propos, – lequel sera bien entendu critique. Il n’est de meilleure assise pour se faire bien comprendre que de prendre appui sur l’argument de l’adversaire, lorsque cet adversaire possède la puissance dominante (le Système) qu’il entend justifier, légitimer et pérenniser par une réécriture de l’histoire qui conduit à cette position.

(Et, sans aucun doute, nous parlons de “réécriture automatique”, presque dans le sens d’“écriture automatique”, c’est-à-dire venue naturellement d’un esprit nullement contraint, presque spontanément et sans direction autoritaire de la raison, tant cet esprit est devenu totalement esprit-Système sous l’empire d’une psychologie corrompue dans ce sens. Donc, le faussaire est involontaire, la  narrative  règne comme si elle était aussi légitime qu’une famille régnante depuis des siècles, – et quasiment de droit divin.)

Annus Mirabilis: The Road to 1989, and Its Legacy

Le texte, portant ce titre (Annus Mirabilis: The Road to 1989, and Its Legacy), publié par le German Marshall Fund (GMF), par Ivan Vejvoda, vice-président du GMF et qu’on peut caractériser pour son orientation par sa position de Directeur de la Fondation Soros à Belgrade de 1998 à 2002, est re-publié en Ouverture libre ce 10 novembre 2019.

Nous avons rajouté à ce texte nos interventions habituelles pour marquer les passages qui nous intéressent, par des soulignés en gras de certains mots, groupes de mots, voire paragraphes entiers (c’est rare), comme c’est le cas ici. Nous allons nous attacher à ces passages du texte avec souligné en gras.

1989 et sa dynamique jusqu’à nous

Laissons les deux premiers paragraphes. Ils présentent l’événement d’il y a vingt-cinq ans de la chute du Mur, puis reprennent les événements de désordre, contestations et révoltes qui marquèrent l’histoire tumultueuse de l’Europe de l’Est sous domination soviétique de 1953 (révolte de Berlin-Est deux mois après la mort de Staline, brutalement réprimée et étouffée) jusqu’à la révolte polonaise de Solidarnosc de 1980-1981 qui ne fut jamais complètement réduite jusqu’au processus de 1988-1989 faisant passer par étapes successives la Pologne du statut communiste au statut libéral. Attachons-nous au troisième paragraphe, qui reprend l’action de l’URSS, dans le chef de Gorbatchev à partir de sa désignation comme Premier Secrétaire du PC de l’URSS le 9 mars 1985.

« L'apparition de Mikhaïl Gorbatchev à la tête de l'Union soviétique en 1985 a conduit aux modestes ouvertures politiquesde la glasnost (publicité de l’information) et de la perestroïka (mouvement réformateur économique). Gorbatchev est arrivéavec sa doctrine “My Way”qui consista à laisser les pays satellites soviétiques suivre leur propre voie,renonçant ainsi à l'emprise de Moscou sur l'Europe centrale et orientale. Cela a conduit à des ouvertures en cascade, – la disparition des structures autoritaires, l'adoption progressive des institutions politiques démocratiques et l'évolution progressive des économies de marché fondées sur l'État de droit, – en Pologne, Hongrie, Allemagne de l'Est, Tchécoslovaquie, Roumanie, Bulgarie et Albanie. »

 Il y a deux remarques principales à faire, qui sont historiquement fondamentales pour comprendre non pas seulement le 9 novembre 1989 (chute du Mur) mais le 9 novembre 1989 dans la dynamique qui y conduisit et par rapport à cette dynamique qui le dépassa et conduisit à la situation se développant dans les années 1990, accouchant de domaines fondamentaux de cette époque qui, au moins depuis 9/11, est la nôtre.

La glasnost, ou la modestie gorbatchévienne

Ce membre de phrase, – les « modestes ouvertures politiquesde la glasnost (publicité de l’information) et de la perestroïka (mouvement réformateur économique) » – est, avec un seul mot, une monstruosité historique dans le sens d’être un faussaire de l’histoire, un faux-monnayeur de la mémoire. Ce mot (“modeste”) suffit effectivement à ce verdict. Il nous paraît tout simplement d’une impudence extraordinaire d’écrire une telle phrase, non pas par rapport à un débat d’idées mais par rapport à une “vérité de situation”  que nombre de personnes ont vécu au jour le jour (dont PhG, comme signalé plus haut).

Nous avons déjà signalé l’importance de l’action de Gorbatchev, dans plusieurs articles (voir, par exemple, le texte du  12 mai 2008, qui reprend un article de PhG du début de 1986, à partir d’un témoignage d’une Soviétique, montrant les effets instantanés et colossaux de la  glasnost en URSS,  dès novembre 1985). Bien plus que la  perestroïka, qui vint après et fut d’effets très contradictoire, avec le vice terrible de préparer la mise à l’encan de la Russie par le capitalisme sauvage dans les années 1990, la  glasnost fut un événement  psychopolitique colossal, une révolution psychologique sans aucun précédent dans l’histoire par sa forme et son efficacité. Cet événement déchaîna aussitôt une libération de l’esprit, et, fondamentalement, en URSS même avant de toucher les satellites de l’Europe de l’Est.

Bien plus encore, les effets de la  glasnost  affolèrent et paniquèrent l’Occident, les USA, l’Europe, l’OTAN, bien plus que Gorbatchev lui-même et ses conseillers. L’Occident se trouvait devant un effondrement structurel accéléré, non pas du monde communiste dont il ne devinait pas une seconde le destin, mais de tout ce qui structurait et maintenait une certaine stabilité stratégique et politique en Europe, entre les deux blocs. A partir de 1985, les Occidentaux freinèrent constamment la révolution de la  glasnost, sans aucun succès, absolument paniqués par l’audace du comportement de Gorbatchev et ses effets. Les mesures unilatérales de désarmement de Gorbatchev (retrait des forces soviétiques de divers pays d’Europe de l’Est) plongeaient les stratèges occidentaux dans l’angoisse et une incompréhension totale (assorties de rumeurs de complots du KGB mettant en scène un effondrement de l’Empire pour mieux piéger l’Occident, – comprenne qui pourra mais cette thèse a encore des adeptes). Le jour même de l’effondrement du Mur fut vécu par la hiérarchie militaire occidentale comme un jour d’alerte maximale pour les forces qu'elle commandait, devant quelque chose de complètement inconnu et d'incompréhensible.

(Témoignage du temps d’alors, dans La Lettre d’Analyse dedefensa & eurostratégiedu 10 novembre 1989 : « “Il existait deux points intangibles dans nos analyses de l’évolution en Allemagne de l’Est, dont l’éventuelle réforme se ferait très lentement[par rapport aux autres pays tels la Hongrie et la Pologne], à cause du cadre stalinien et policier où elle se trouvait, de l’autodiscipline allemande et du relatif succès économique. L’autre était que l’URSS permettrait l’évolution au-delà de laquelle elle imposerait un coup d’arrêt. Eh bien, en quelques semaines ces deux points ont été totalement démentis”. Ces quelques mots, dits par une source à l’OTAN, font mesurer le désarroi où se trouvent les experts occidentaux devant l’évolution de la situation en Europe Centrale et de l’Est, mais essentiellement en Allemagne de l’Est.
» La plus grande source d’étonnement des experts de l’OTAN est certainement la “passivité soviétique”, et encore plus si l’on considère le rôle actif que jouent les Soviétiques dans le processus en Europe Centrale et de ‘Est. Selon leurs analyses, le point qui était jugé insupportable pour l’URSS est largement dépassé en Allemagne de l’Est. Cela ne modifie en rien l’attitude des Soviétiques. Ceux-ci suscitent et attisent les réformes, faisant montre d’un activisme très réel, puis ils se font totalement passifs devant les effets de ces réformes et leur  caractère incontrôlable. Quelle analyse peut-on faire de cette attitude ? s’interrogent les experts. Devant le déroulement des événements, il semble qu’il faille admettre la dernière attitude plausible : “L’URSS est tellement absorbée et préoccupée par ses problèmes internes que plus rien d’autre ne compte pour elle”... »)

 Les Occidentaux furent constamment à la remorque de la “modeste” révolution colossale lancée par Gorbatchev et, en septembre 1989, ne voyaient la réunification de l’Allemagne au mieux que pour après 2000. (Sauf la fameuse exception de l’ambassadeur US à Bonn, Vernon Walters, ancien interprète d’Eisenhower et ancien n°2 de la CIA, qui prévoyait justement cette réunification pour les deux ou trois années à venir, – mais personne ne prêta la moindre attention à son évaluation, jugée comme absolument farfelue...)

L’emploi du mot “modeste” dans le texte cité constitue un tribut fameux rendu au succès du Système à imposer sa réécriture absolument invertie de l’histoire récente.

Gorbatchev, le maître du  vrai  “désordre créateur”

Un deuxième aspect de ce passage est choquant, dans l’enchaînement des deux affirmations soulignés par nous, qui donne une impression absolument fausse du sens et du contenu de l’évolution des événement : « L'apparition de Mikhaïl Gorbatchev à la tête de l'Union soviétique en 1985 a conduit aux modestes ouvertures politiquesde la glasnost (publicité de l’information) et de la perestroïka (mouvement réformateur économique). Gorbatchev est arrivé avec sa doctrine “My Way”qui consista à laisser les pays satellites soviétiques suivre leur propre voie... »

L’impression que laisse ce passage, avec ce qui suit où sont exaltées la grande sagesse des Occidentaux épuisant l’URSS par une nouvelle course aux armements (argument totalement faux) et le combat pour leur libération des peuples d’Europe de l’Est à ce moment précis (faux également, – s’ils se battirent effectivement ce ne fut pas à ce moment), peut être résumée comme ceci : 1) d’abord la “modeste” glasnost de Gorbatchev qui joua un rôle mineur ; 2) ensuite la doctrine dite-My Way  de Gorbatchev, dont on comprend à demi-mot ou entre les lignes qu’elle fut imposée par la pression des peuples voulant se libérer ; 3) tout cela menant à la libération de l’Europe de l’Est quasiment couronnée par l'événement de “la Chute du Mur”. La chronologie implicite est évidemment faussaire. Comme on l’a rappelé pour faire une analogie dans le texte du  25 octobre 2014, la “doctrine” dite-My Way, énoncée (au printemps 1990) sur un mode léger et très  showbiz  par Chevardnadze et non par Gorbatchev, était simplement la prise en compte d’un mouvement irréversible et sans la moindre organisation, qui suivait la chute du Mur, alors qu'on se trouvait déjà dans le processus de réunification de l'Allemagne intégrant  de facto l'ex-RDA dans l'OTAN. C’était une doctrine  showbiz  du désordre et non une doctrine stratégique organisée : « En 1990, le ministre des affaires étrangères de Gorbatchev, Edouard Chevardnadze, avait qualifié le désir manifesté par les satellites est-européens de l’URSS en processus accéléré d’émancipation de sortir du Pacte de Varsovie qui se dissolvait à une très grande vitesse, de “doctrine Sinatra”. Il faisait allusion à la chanson “My Way’, adaptation par Sinatra du “Comme d’habitude” de Claude François, exprimant dans la version US le constat et la volonté de suivre sa propre voie pour faire sa propre vie.»

En d’autres mots, rien ne fut organisé, et le désordre régnait partout. Le maître de ce désordre était Gorbatchev, qui l’avait déchaîné parce qu’il jugeait, – selon une intuition historique fondamentale, – que c’était la seule manière de briser le carcan formidable de la bureaucratie soviétique. Lui, au moins, avait compris ce que peut être le “désordre créateur”, qui est la seule manière (antiSystème) de s’attaquer à une structure massive du Système. Il faut comprendre ce point fondamental que c'était complètement, absolument, une affaire intérieure à l’URSS et rien d’autre ; le reste, l’Occident, les pays d’Europe de l’Est, dirigeants et populations, suivaient comme ils pouvaient... On devrait se rappeler la réponse fameuse de Gorbatchev aux dirigeants est-allemands affolés à la fin de l’été 1989, lorsque ces sympathiques  apparatchiks  lui demandaient quoi faire devant le désordre qui menaçait de s’étendre : « Eh bien, laissez-les faire ! »

Le Grand Montage-Système autour de 1989

Tous ces points sur le rôle de Gorbatchev, le désordre, l’absence d’organisation, etc., impliquent effectivement le rôle central, fondamental sinon exclusif d’un événement politique intérieur à l’URSS, et venu de Gorbatchev seul (la glasnost  et le reste). Cela est complètement contredit par un autre passage du texte cité, qui reprend l’antienne des neocons, des bellicistes et “exceptionnalistes” US, et des partisans de la production d’armements du complexe militaro-industriel : l’effort de réarmement des USA sous Reagan, notamment à partir de 1982-1983 avec la SDI, sont une des causes centrales de l’effondrement de l’URSS, – au contraire de la si modeste glasnost de Gorbatchev. Nous vivons depuis sur cette légende pour justifier le surarmement US et la politique belliciste et interventionniste de déstructuration et de dissolution des USA.

Ce point est mis en évidence par ce passage du texte de Vejvoda, qui fait intervenir l’Occident, comme s’il y avait une stratégie élaborée, comme facteur “significatif” des événements de 1985-1989  : « La pression politique, économique et militaire exercée par les États-Unis et les États d'Europe occidentale dans les années 1980 a également contribué de manière significative à la dynamique géopolitique le long de la ligne de faille de la guerre froide. »

Il n’y a rien de plus faussaire, d’une fausseté tellement pure que c’est exactement le contraire qui se produisit ... La vérité-de-situationest que les groupes dirigeants les plus avancées de l’URSS savaient depuis la fin des années 1970qu’ils ne pouvaient plus faire progresser la puissance de ce pays parce que ce processus était bloqué par l’apparition des technologies de l’électronique, de l’informatique et de tous les moyens de diffusion de la communication que cela impliquait. Le problème n’avait rien à voir avec la course aux armements, mais avec la situation politique intérieure de l’URSS qui restreignait toutes les communications dans sa structure policière et bureaucratique ossifiée, et donc interdisait le développement des capacités technologiques désormais inscrite dans la révolution de l’informatique avec son corolaire de la nécessité d’une communication ouverte. 

Nous avons publié de nombreux textes développant ce thème. Nous citerons deux extraits de deux de ces textes, le premier montrant cette réalisation de la nécessité d’une “révolution politique“ en URSS par la plus haute autorité militaire, et son antériorité de facto aux effets supposés des pressions occidentales spécifiques sur l’économie soviétique, notamment par une nouvelle “course aux armements” lancée par l’initiative de la SDI (Strategic Defense Initiative, ou défense anti-missiles stratégiques).

• Le 11 août 2005, un extrait à propos d’un événement de mars 1983 ... La “révolution politique” dont le maréchal Ogarkov avance la nécessité, ce sera la  glasnost qui, en libérant la parole et les communications, permettra l’introduction massive des technologies de l’informatique et de la communication en URSS. A cette époque, Gorbatchev travaille, avec une équipe d’économistes et de conseillers politiques, sur un programme de réforme politique et économique fondamental de l’URSS. Il agit avec le soutien actif d’Andropov, président du KGB puis Premier Secrétaire du PC de l’URSS de novembre 1982 jusqu’à sa mort début 1984.

«En mars 1983, quelques jours après [le discours (23 mars)] de Ronald Reagan annonçant la SDI (Star War), le maréchal Ogarkov, chef d’état-major de l’Armée Rouge, fait une promenade avec le journaliste américain Leslie Gelb, ancien haut fonctionnaire du département d’État durant la présidence Carter. La scène se passe à Genève, où se poursuivaient, sans grand espoir de réussite alors, les négociations sur la limitation des engins à portée intermédiaire et à capacités nucléaires, — ceux-là que les Américains appelèrent successivement LRTNF, puis TNF (Theater Nuclear Forces) tout court, qui étaient surnommés les euromissiles, — SS-20 du côté soviétique, Pershing II et Glicom (missiles de croisière terrestre) du côté américain. Gelb garda secret le contenu de cet entretien pendant près de 10 ans, avant d’en publier la substance dans un article, dans le New York Times le 20 août 1992, sous le titre “Foreign Affairs: Who Won the Cold War?”. On est frappé par la franchise du maréchal Ogarkov, exposant les difficultés considérables des Soviétiques. Voici un passage de cet article, nous livrant une confidence du Maréchal (nous soulignons en gras le passage qui est essentiel pour notre propos):

» “Nous ne pouvons pas égaler la qualité des armes américaines pendant une génération ou deux. La puissance militaire moderne est basée sur la technologie, et la technologie est basée sur les ordinateurs. Aux États-Unis, les jeunes enfants jouent avec les ordinateurs...... Ici, nous n'avons même pas d'ordinateurs dans tous les bureaux du ministère de la Défense. Et pour des raisons que vous connaissez bien, nous ne pouvons pas rendre les ordinateurs largement disponibles dans notre société. Nous ne pourrons jamais vous rattraper dans le domaine des armes modernes tant que nous n'aurons pas une révolution économique. Et la question est de savoir si nous pouvons avoir une révolution économique sans révolution politique.” »

• Le 7 juin 2004, nous publiions un article de William Blum, sous le titre de Was Reagan responsible for the Soviet Union's downfall?. Blum est un homme sérieux, et non un de ces polémistes de l’internet que le Système ignore d’un haussement d’épaules ... Ancien haut fonctionnaire du département d’État, Blum avait publié trois livres à l'époque : “Killing Hope: U.S. Military and CIA Interventions Since World War II”, “Rogue State: a guide to the World's Only Super Power” et “West-Bloc Dissident: a Cold War Political Memoir”. Il écrivait ceci (qui peut être renforcé par des documents rendus publics par la National Security Archives, voir le  30 avril 2010) :

 « Bien que les dépenses de la course aux armements aient sans aucun doute endommagé le tissu de l'économie civile et de la société soviétique encore plus qu'aux États-Unis, cela durait depuis 40 ans au moment où Mikhaïl Gorbatchev est arrivé au pouvoir sans la moindre trace d’effondrement imminent. Le conseiller proche de Gorbatchev, Alexandre Yakovlev, a répondu à la question de savoir si l'augmentation des dépenses militaires de l'administration Reagan, combinée à sa rhétorique sur l’“Empire du mal”, avait forcé l'Union soviétique à une position plus conciliante : “Ça n'a joué aucun rôle. Aucun. Je peux vous le dire avec la plus grande certitude possible. Gorbatchev et moi étions décidés à modifier notre politique, que le président américain fût Reagan, Kennedy ou quelqu'un de plus libéral encore. Il était clair que nos dépenses militaires étaient énormes et que nous devions les réduire. »

(Témoignage du temps d’alors, dans la Lettre d’Analyse dedefensa & eurostratégie du 25 novembre 1989, concernant l'intérêt des USA pour une coyrse aux armements avec l'URSS de Gorbatchev :  « Quatre ans après, [la chute du Mur] est un deuxième tournant essentiel[pour les USA]... [...]
» [Le] premier tournant a eu lieu à la fin de 1985, avec l’attitude du Congrès décidant une réduction des dépenses de défense proposées par l’administration Reagan. La préoccupation budgétaire avait remplacé la préoccupation de sécurité chez les élus. Depuis 1985, aidé par la loi Gramm-Rudman Hollins [acclamée par Reagan comme étant ‘The Law of the Land’parce qu’elle imposait au plafond au déficit budgétaire], la tendance au déclin des dépenses militaires est devenue structurelle au Congrès, et d’ailleurs bien avant que les premiers échos de la perestroïka et de la glasnost soient pris au sérieux... »)

Héroïsme et activisme des années 1985-1989

Il faut ici reprendre à nouveau le passage complet dont on a plusieurs fois cité un extrait ci-dessus, pour confirmer un aspect faussaire déjà signalé, suggéré par le simple enchaînement des affirmations...  « La pression politique, économique et militaire exercée par les États-Unis et les États d'Europe occidentale dans les années 1980 a également contribué de manière significative à la dynamique géopolitique le long de la ligne de faille de la guerre froideMais le principal héritage de 1989, de l'annus mirabilis, est celui de la résilience et du courage des individus et de sociétés entières dans leur quête des libertés et des droits, souvent dans des circonstances difficiles. Leur retour à une Europe entière, libre et pleinement en paix, – et à la démocratie, aux valeurs et aux politiques fondées sur des règles, – a été largement et indéniablement un succès. »

L’impression est donc qu’à la pression occidentale sur l’URSS grâce à la “course aux armements” (faux) s’ajoute celle des peuples de l’Europe l’Est forçant à leur libération par leur résistance héroïque et leur activisme... Ce dernier point est aussi faux que le précédent. Les peuples d’Europe de l’Est soviétisé ont montré sans le moindre doute un héroïsme et un activisme considérables, comme la dissidence soviétique (ou russe) en URSS qu’on n’évoque pas dans ce texte puisque la démonisation de la Russie est la consigne principale et qui fut pourtant au moins aussi considérable en fait d’héroïsme et d’activisme. Mais, à partir de 1985 et de la  glasnost, cet héroïsme devint inutile, ainsi que l’activisme, puisque le mouvement formidable lancé par Gorbatchev les dépassait en intensité libératrice... Autant pour la « modeste ouverture politique » de Gorbatchev, dans une élégante démarche faussaire de plus.

Désappointement de Fukuyama

Entre alors en scène le héros-philosophe de la pièce, “penseur postmoderne”, Fukuyama et sa “fin de l’histoire” ... Il est mentionné, indirectement, d’une manière désappointée parce que sa consigne n’a finalement pas été suivie. (On observera tout de même que Vejvoda, évoquant tous ces conflits qui démentent que l’histoire est finie, ne s’intéresse guère qu’à la sphère russe, avec une allusion catégorique à la Chine... Pas un mot de la myriade de conflits sanglants, cyniques, déstructurants, etc., déclenchés par les USA, le bloc BAO, le Système, et notamment l’Afghanistan et l’Irak dont l’origine remonte jusqu’à 1979 et à 1991 respectivement, puis le reste, Libye, Syrie, Yémen, etc.). 

« Pourtant, malgré les prévisions les plus optimistes,l'histoire a continué. Un quart de siècle plus tard [trente ans plus tard], la géopolitique constitue toujours un élément central des relations internationales. Un certain nombre de conflits gelés créés au début des années 1990 dans des régions comme le Haut-Karabakh, la Transnistrie, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud ne sont toujours pas réglés à ce jour. Et, également en 1989, à l'autre bout du monde, une Chine montante a violemment réprimé un mouvement étudiant et populaire démocratique sur la place Tiananmen. »

Pour Fukuyama, on rappellera ce qu’on a écrivit à ce propos (voir le  22 octobre 2014), savoir que sa thèse fut en fait une simple action de constitution de  narrative  au gré des événements, – quoi qu’il ait pu écrire dans ses livres où il tentait d’extraire la doctrine postmoderniste d’événements qu’il n’avait en aucun cas anticipés.

«... Fukuyama n’a pas, à l’origine, voulu parler du monde post-communiste effectivement réalisé. La chronologie en témoigne : il exposa sa thèse pour la première fois en avril 1989, et à ce moment, personne n’envisageait sérieusement une perspective opérationnelle identifiable de la disparition du communisme et de l’URSS, encore moins cela va de soi comme un effondrement, une implosion extrêmement rapide et imminente. La thèse initiale de Fukuyama, qui était une démarche politique active soutenue par le département d’État, avait pour but essentiel sinon exclusif de soutenir le mouvement de globalisation propre au seul “Monde Libre” d’alors (alias-bloc BAO plus tard), qui s’apprêtait à des décisions économiques fondamentales (négociations du GATT, notamment). [...] [...L]a thèse de Fukuyama est devenue opérationnelle pour l’establishment washingtonien après le basculement de 1996, concrétisé par les JO d’Atlanta dont l’importance symbolique et communicationnelle est, pour les USA, absolument considérable, – alors qu’elle est absolument ignorée par l’historiographie officielle. [...]

»... L’“histoire” dont la fin était annoncée [par Fukuyama] était l’histoire classique, développée sur plusieurs siècles avec l’Europe comme centre, où les USA avaient tardé à prendre leur place et n’avaient pas la place à laquelle ils pouvaient prétendre. Désormais, en fait de “fin de histoire” qui valait pour cette histoire développée autour de l’Europe, s'installait en réalité une histoire nouvelle, qui plaçait les USA au centre de tout et comme seul centre possible, qui faisait des USA l’histoire elle-même as a whole : “D'où ce point par rapport à la thèse de Fukuyama transformée par l'évolution américaine qu'on a décrite : s’il s’agit de ‘la fin de l'Histoire’, cela est devenu ‘la fin de l'Histoire’ que la civilisation occidentale, centrée sur l'Europe, avait développée. L'Histoire américaniste doit la remplacer, elle l'a d'ores et déjà remplacée.”»

L’hyperdésordre contre le désordre

Et le texte «Annus Mirabilis...» se termine par un paragraphe entièrement souligné de gras par nous et avec [entre braquets] nos corrections fondamentales sur les responsabilités de 2014, qui enchaîne sur la citation concernant la “fin de l’histoire” qui n’est pas du tout finie, en la confirmant de façon dramatique ... 

« Aujourd'hui, le monde bipolaire est devenu multipolaire, une configuration que l'on ne peut pas encore qualifier de nouvel ordre du type de celui créé après la Paix de Westphalie en 1648, le Congrès de Vienne en 1815, le Traité de Versailles en 1918-1919 ou la Deuxième Guerre mondiale. Aujourd'hui, dans de nombreuses sociétés, la désaffection du public pour la politique, la renationalisation croissante, l'accroissement des inégalités et les mouvements en faveur de l'indépendance régionale empêchent la recherche d'une plus grande prévisibilité et dans la vie des gouvernements comme des citoyens. La violation de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine et l'annexion de la Crimée par la Russie [Le coup d’État US-Europe à Kiev en février 2014 et la crise ukrainienne qui s’ensuit]témoignent de la persistance d'un ordre international instable. Le monde résonne encore aujourd'hui[résonne aujourd’hui plus que jamais et jusqu’à la rupture de la séquence] des contrecoups des événements marquants de 1989. »

Cette conclusion ne représente, sans conscience de l’être, rien de moins qu’un aveu d’échec complet de la nouvelle ère philosophique de la postmodernité rayon farces & attrapes, qui a occasionné un tsunami d’analyses également philosophiques extraordinairement complexes, de la “fin de l’histoire” qu’on a vue à divers thèmes variés, des LGTBQ à l’Art Contemporain (AC). (Cette étrange école de pensée philosophique prétend annoncer, exposer et justifier les effets attendus des conceptions qu’elle développe alors que ces “effets” ont précédé les conceptions et la pensée elle-même pour s’emboîter parfaitement dans la dynamique déstructurante et dissolvante du Système dont ils sont constitutifs d'une façon très active.) D’une façon concrète, ce paragraphe de conclusion du texte ainsi décortiqué acte l’installation du monde multipolaire, antithèse de l’artefact globalisé que nous propose la postmodernité ; ce “monde multipolaire” n’est en fait rien d’autre que l’installation de  l’hyperdésordre que nous avons défini (Glossaire.ddeen 2015.

Par conséquent, pour nous cette “multipolarité” est mal nommée, et nous lui préférons le concept de “apolarité” ou de “antipolarité” que nous avons développé et tenté d’expliciter dans plusieurs textes de l’époque considérée où cette situation était discutée (voir le 10 novembre 2013, le 16 novembre 2013 et le 11 janvier 2014). Il s’agit d’un concept de “mise en ordre” de ce qui est une situation générale de désordre qui tend effectivement à devenir un concept sous l’expression d’“hyperdésordre”. Il s’agit bien entendu de concept paradoxaux, – nous parlons pour l’“antipolarité” d’une “‘mise en ordre’ du désordre”, – dans la mesure où tous ces concepts sont des réactions de résistance de type antiSystème non organisées ni voulues par les opérateurs-sapiens, à la tentative postmoderniste d’instaurer un ordre globalisant lui-même paradoxal.

(Cet “ordre” globalisant est effectivement paradoxal puisqu’il est d’abord une systématisation de la déstructuration et de la dissolution de toutes les formes et de tous les principes, – donc, pour nous, une tentative absolue d’instauration de pur désordre dont le but ultime est l’entropisation selon la formule-dd&e.)

L’hyperdésordre en train de détruire cette tentative d’“ordre” postmoderne qui est en vérité elle-même pur désordre démoniaque de destruction du sens et de la nature du monde, est donc paradoxalement une poussée dont le sens antiSystème qui pourrait être jugé effectivement à finalité de “remise en ordre”. Même si les moyens sont totalement anarchiques et d’hyperdésordre, le sens, involontairement ou volontairement antiSystème c’est selon, est bien décrit selon cette orientation de la remise en ordre par le simple fait de la destruction du désordre que sème le Système, dans ce cas au travers de sa philosophie postmoderniste dont la pseudo-essence a été précédée par sa pseudo-existence. Au simulacre d’une fausse philosophie s’est ajoutée l’inversion de son opérationnalisation.

1989 peut encore servir...

Cela nous permet donc de conclure que nous nous retrouvons en complet accord avec la conclusion d’un texte (même si les références opérationnelles comme l’Ukraine sont faussaires) dont tous les éléments de développement sont considérés par nous comme faussaires. Cela permet de mesurer l’avancement considérable du Système de sa dynamique de surpuissance vers la transmutation de cette dynamique en autodestruction. L’année 2014 est, à cet égard, notamment avec la crise ukrainienne et les poussées identitaires et principielle de l’antiSystème en Europe, particulièrement fructueuse : elle a ouvert un nouveau cycle crisique dans le bloc-BAO et alentour (USA depuis 2015-2016, populisme en Europe, contagion des révoltes populaires dans le monde) qui nous conduit vers un épisode décisif de rupture du Système, – dont 2020, avec les élections US, devrait annoncer la séquence ultime.

Il s’agit de l’échec d’établir la postmodernité... Cette philosophie que nous qualifierions dans ses infinies complications inaudibles de “verrou de la modernité”, voudrait, ou plutôt voulait permettre d’établir la modernité sans fin en écartant la contestation de la modernité par la suppressions de ses illusions, de ses “lendemains qui chantent”, et en laissant libre cours au désordre qui n’est comptable d’aucune promesse. Cette école de pensée où le désordre issu de la pensée précède la pensée, – exemple d’école selon la pédagogie moderniste, – constituait un habillage parfait pour le Système, ainsi complètement à l’aise pour prétendre conduire à bien sa Mission-dd&e. C’était 1989 kidnappé au profit d’une envolée définitive vers un “ordre” d'un monde réduit à son entropisation, – soit le désordre jusqu'à l'absolu de sa fixité entropique.

L’on constate donc que cela n’a pas marché, –“pas encore”, disent-ils (« une configuration qui ne peut pas encoreêtre qualifiée de ‘nouvel ordre’ »), puisque leur métier est de suivre les consignes-Système jusqu’au bout. L’on constate, nous constatons, à la lumière du fait qu’implique la conclusion du texte comme de nos propres observations, que le kidnapping de 1989 n’a pas marché, et que nous nous retrouvons avec 1989 sur les bras, en nous demandant, “Que peut-on en faire ?”. Une suggestion : 1989 pourrait servir à nouveau, cette fois pour faire tomber le Système dans son entièreté, comme le premier 1989 avait servi à parachever la chute de la partie soviétique du Système, – Gorbatchev regnante...

(... Lequel Gorbatchev, dessillé par l’affaire ukrainienne après avoir cédé pendant quelques années aux sirènes du libéralisme postmoderne qui lui offrait une interprétation vertueuse-Système de son action, a semblé à partir de cette époque de plus en plus et de mieux en mieux comprendre ce qui se passe, et qu’une nouvelle application de sa méthode s’imposait sans nul doute ... [Voir RT du 8 novembre 2014, sur l’intervention de Gorbatchev à un séminaire de Berlin pour le 25ème anniversaire de la chute du Mur].)

Ce que nous appelions dès 2014-2015 l’“hyperdésordre”, c’est-à-dire un désordre destructeur (autodestruction) de la situation de désordre du Système, est aujourd’hui à son plus haut régime de surpuissance. Paradoxe des paradoxes : la surpuissance engendrant l’autodestruction, l’autodestruction évolue à un régime de surpuissance. Cet “hyperdésordre” est le legs, l’héritage du “désordre créateur” de Gorbatchev, bien plus convaincant que celui que propose le capitalisme et l’exact opposé, puisque détruisant la situation mise en place au nom du Système par le pseudo-“désordre créateur” du capitalisme. Le “désordre créateur” de Gorbatchev (“hyperdésordre” aujourd’hui) détruisait la néantisation créée par le désordre que le Système, qui recherche l’entropisation, tend à mettre en place quasiment et en complète inversion de manière structurée.

Le legs de novembre 1989, considéré 30 ans après bien plus encore que 25 ans après, est bien celui-ci : le 9 novembre 1989 a été raté, tout faux, sordide montage du Système ; alors, recommençons, en dix fois plus grand et cent fois plus fort... L’affaire est en cours.  

  • 10 novembre 2019 à 00:00

Piètre anti-anniversaire

Par info@dedefensa.org

Piètre anti-anniversaire

10 novembre 2019 – C’est un caprice un peu enfantin mais bien excusable après tout, qui m’a poussé à publier en retard d’un-deux jours l’un et l’autre texte sur le 9 novembre 1989 (anniversaire), qui reprennent d’ailleurs nombre d’éléments de textes publiés en 2014 (25èmeanniversaire de la chute du Mur) parce que la situation-de-vérité de cet événement n’a pas changé, et non plus leur narrative infâme qu’ils ont instituée fermement en 2014, en pleine crise ukrainienne. Certainement, je l’ai déduit sinon compris, cela comme un symbole pour moi, je ne voulais à aucun prix être mêlé à leur commémoration officielle qui était évidemment du genre festif comme les décrivait Murray, avec rock’n roll et célébration du LGTBQ et des avancées sociétales postmodernes, la liberté enfin conquise pour entrer dans notre bonheur postmoderne, saupoudrées d’une haine antirussiste solide et durable, qui sont le legs direct, selon eux, de la chute du Mur. Le couple Merkel-Soesterberg, la chancelière en chute libre et mangée aux mites, et le Secrétaire Général de l’OTAN aussi sexy qu’un hareng saur très-froid, étaient les héros de la fête, les véritables disc-jockeys de tout ce chambard.

(Mais comment peuvent-ils se supporter eux-mêmes ? Quelle peut-être une conversation Merkel-Soesterberg en marge d’une telle fiesta historique ? Question à $64.) 

Il n’en fallait pas plus pour susciter une nausée qui m’a fait remettre au lendemain le travail prévu le jour même, et fêter cet anti-anniversaire avec décalage de mauvaise humeur. Cet événement d’il y a trente ans a été inverti, subverti, mâchouillé par leur simulacre, d’une façon absolument vertigineuse. La narrative officielle de ce qui a mené à la chute du Mur, puis de ce qui a suivi, est une ivresse folle d’infamies, de mensonges débitées en rondelles, de petites lâchetés intellectuelles et de sourires mécaniques entre eux. 

Tout cela pour en venir à une rapide présentation, à une explication. Nous allons publier ce jour deux textes qui ont surtout un rapport avec les événements qui précédèrent et conduisirent à l’événement de la chute du Mur. Demain, nous poursuivrions avec ce qui suivit, pour nous mener à la catastrophique et honteuse situation présente. Il m’importait de dire qu’à cet égard, nous avons été piocher dans des textes déjà publiés qui présentent tous les aspects de ces situations historiques, – publications de 2014 et 2017, légèrement revues et avec quelques modifications, mais rien sur l’essentiel. En effet, rien d’essentiel n’a bougé depuis qu’a été mise en place l’infamie suprême, à l’occasion de la crise ukrainienne qui leur a permis de s’installer dans un simulacre absolue nourrie à un  déterminisme-narrativiste vertigineux, – rien, sauf une aggravation constante de leur situation crisique, une galopade effrénée vers les abimes auxquels ils sont promis.

Après tout, et malgré les protestations des esprits figés dans des sentiments justifiés en partie mais qui ne méritent pas d’imposer la paralysie à l’intelligence et le gel polaire d’un jugement radical, je trouve que  l’escapade de Macron auprès des  gentlemen de  The Economist  tombait assez bien. Ce président a eu l’esprit, volontairement ou pas c’est selon, de fêter la chute du Mur d’une fort belle façon, dont on a pu apprécier  qu’elle enrageait le Système et ses zombieSystème.

Certains qui se croient antiSystème par la radicalité fabriquée de leur pseudo-raison disent que ce ne sont que “des paroles” et qu’il manque les actes qui sont paraît-il l’essentiel. Ils oublient ou plutôt ils ignorent qu’aujourd’hui la parole est un acte comme elle n’a jamais été, et que l’entièreté du bloc-BAO est encalminé dans une paralysie qui lui interdit d’agir. Même les si-puissants Yankees qui continuent à être l’objet d’une incroyable vénération entre le dit et le non-dit, y compris de nombre d’antiSystème qui ne cessent de dénoncer leur puissance qui n’existe plus, – ce qui est une façon de s’incliner devant cette pseudo-puissance, – même eux-les-Yankees sont aujourd’hui incapables d’agir. Alors l’on parle, et la parole est reine et compte pour l’essentiel, et par conséquent ce qu’a dit Macron n’est pas indifférent. Il serait temps de comprendre et d’admettre cela sans rien aliéner, ni de son indépendance, ni de sa liberté de jugement.

 

Notes

Les deux textes de ce jour, accompagnant ces observations du Journal-dde.crisis sont respectivement :

• L'Ouverture Libre de ce 10 novembre 2019.

Les Notes d'analyse de ce même 10 novembre 2019.

(Mise à jour : voir également les Notes d'analyse du 11 novembre 2019.)

  • 10 novembre 2019 à 00:00

1989, Annus Mirabilis

Par info@dedefensa.org

1989, Annus Mirabilis

Voici un texte de Ivan Vejvoda, vice président (senior Vice President) pour les programmes au German Marshall Fund (GMF). Ce texte est emprunté au site du GMF, et il est en date du  6 novembre 2014. On consultera l’article  que  Wikipedia  consacre à Vejvoda pour en savoir plus à son propos. On notera pour l’essentiel qu’occuper un poste de responsabilité au GMF, qui est l’une des courroies de transmission les plus élégantes du Système dans son axe transatlantique, après avoir été de 1998 à 2002 Directeur de la Fondation Soros à Belgrade permet de se faire une idée précise des tendances politiques et idéologiques de cette personnalité, et de sa position vis-à-vis du Système.

Le texte de Vejvoda est écrit à l’occasion du 25ème anniversaire de la chute du Mur de Berlin. Il en appréhende les causes diverses, toutes venues de l ‘évolution de la sphère communise, et les événements qui ont suivi. Il s’agit d’un texte court, rapide et complet, sans outrance, et enfin parfaitement stéréotypique de la version-Système de cet événement et de cette tranche d’histoire. Il nous sert en quelque sorte de “papier-martyr” à déchirer à belles dents pour développer notre appréciation de l’événement (9 novembre 1989) et de ses effets jusqu’à aujourd’hui. Nous avons nous-mêmes souligné de gras les remarques, les phrases, les passages qui nous intéressent, qui nous servent dans des Note d’analyse publiées en parallèle. 

Si ce texte est écrit il y a cinq ans, il n'y a rien à en changer pour qu'il restitue une application complètement conformiste de la “version officielle” du Système , la narrativeinterprétative de “1989-et-après” qui s'est constituée au long des événements depuis 1989, qui a été fixée en 2014 (année de la parution de l'article) avec la crise ukrainienne et qui n'a pas varié depuis dans son sens, qui a accéléré dans son rythme et son aggravation. Le dernier paragraphe (repris ci-dessous en traduction) rend parfaitement compte sans que l’auteur ne le réalise (évidemment) des conditions de la Grande Crise Générale, ce que nous nommons la Grande Crise d’Effondrement du Système, sans évidemment en identifier la cause fondamentale ; il  montre que ces conditions étaient donc présentes d'une façon très identifiées en 2014 et n'ont fait effectivement, depuis, que se renforcer et accélérer... Les conditions établies en 2014 (et dont nous donnons [entre braquets] ce que nous jugeons être la vérité-de-situation à la place de leur simulacre) nous ont conduit là où nous sommes aujourd’hui, au bord de l’effondrement du Système. 

« Aujourd'hui, le monde bipolaire est devenu multipolaire, une configuration que l'on ne peut pas encore qualifier de nouvel ordre du type de celui créé après la Paix de Westphalie en 1648, le Congrès de Vienne en 1815, le Traité de Versailles en 1918-1919 ou la Deuxième Guerre mondiale. Aujourd'hui, dans de nombreuses sociétés, la désaffection du public pour la politique, la renationalisation croissante, l'accroissement des inégalités et les mouvements en faveur de l'indépendance régionale empêchent la recherche d'une plus grande prévisibilité dans la vie des gouvernements comme des citoyens. La violation de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine et l'annexion de la Crimée par la Russie|Le coup d’État US-Europe à Kiev en février 2014 et la crise ukrainienne qui s’ensuit]témoignent de la persistance d'un ordre international instable. Le monde résonne encore aujourd'hui [résonne aujourd’hui plus que jamais et jusqu’à la rupture de la séquence] des contrecoups des événements marquants de 1989. »

Rien n’a changé depuis 2014 dans la structuration de la situation crisique générale, empêchant ainsi toute possibilité de réforme et de restructuration-Système, tandis que l’aggravation dynamique de toutes les pires tendances mises en place et identifiées s’est accélérée au-delà de tout contrôle. Enfin, de nouvelles crises dans le même sens, frappant essentiellement le bloc-BAO, sont apparues et ont contribué à pousser la tension crisique à notre point de rupture existant aujourd’hui .

dde.org

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The Road to 1989 and Its Legacy

In East Berlin, on the night of November 9, 1989, an international order that had originated in Yalta and Potsdam 45 years earlier came to a dramatic end. The fall of the Berlin Wall triggered a series of major events, beginning with the reunification of Germany in 1990. Thus began the first accelerated transition to democracy by a former communist country, the German Democratic Republic. Following a massive political, economic, and social integration effort, Germany today stands as a major force in Europe and in the European Union.

Communism’s end in Europe came much earlier and more suddenly than anyone had expected. Many circumstances and events — both major and minor — led to the breakthrough. Individuals and movements in several communist countries courageously stood up for their rights and freedoms, from the protestors in East Germany in 1953 and Hungary in 1956 to those in Czechoslovakia in 1968 and Poland in 1981. They created alternative spaces and oases of civil society. They were often crushed and brutally repressed, but held on to a deep unflinching commitment, with the hope that their struggles for human dignity and freedom would one day bear fruit. The Helsinki Accords of 1975 created an additional basis for the pursuit of human rights and freedom in authoritarian regimes on which dissidents could rely.

The appearance of Mikhail Gorbachev at the helm of the Soviet Union in 1985 led to the modest political openingsof glasnost (openness) and perestroika (reform movement). Gorbachev came up with a “My Way” doctrineof letting the Soviet satellite countries follow their own paths, relinquishing Moscow’s iron grip over Central and East Europe. This led to cascading openings — the shedding of authoritarian structures, the progressive espousal of democratic political institutions, and the gradual evolution of market economies based on the rule of law — in Poland, Hungary, East Germany, Czechoslovakia, Romania, Bulgaria, and Albania.

The political, economic, and military pressure of the United States and West European states in the 1980s also contributed significantly to the geopolitical dynamic along the Cold War fault line. But the principle legacy of 1989, of the annus mirabilis, is one of the resilience and courage of individuals and whole societies in their pursuit of freedoms and rights, often under adverse circumstances. Their return to a Europe whole, free, and fully at peace — and to democracy, values, and rules-based polities — was largely and undeniably successful.

In the years following the fall of the Berlin Wall, the European Union spearheaded its greatest enlargement through a democratization process that led to the integration of these countries in 2004, 2007, and 2013. NATO led a parallel enlargement process of its own in 1999, 2004, and 2009. The historical sea change also led to the breakup of three communist federations: peacefully in Czechoslovakia in 1993, more or less peacefully in the Soviet Union in 1991, and through a protracted conflict in the former Yugoslavia throughout the 1990s. The longest period of peace in Europe, made possible by the United States’ security umbrella, continues, notwithstanding the conflict in the Balkans or recent events in Ukraine.

Yet, despite the most optimistic predictions, history has continued. A quarter of a century later, geopolitics still constitute a core element of international relations. A number of frozen conflicts created in the early 1990s in such places as Nagorno-Karabakh, Transnistria, Abkhazia, and South Ossetia remain unresolved to this day. And, also in 1989, on the other side of the world, a rising China violently repressed a democratic student and popular movement in Tiananmen Square.

Today, the bipolar world has become multipolar, a configuration that cannot yet be called a new order of the kind created after the Peace in Westphalia in 1648, the Congress of Vienna in 1815, the Treaty of Versailles in 1918-19, or World War II. Today’s manifestations in many societies of public disaffection with politics, growing renationalization, widening inequality, and regional independence movements prevent the pursuit of greater predictability and in the lives of governments and citizens alike. The violation of Ukraine’s sovereignty and territorial integrity and the annexation of Crimea by Russia are a testimony to the persistence of an unsettled international order. The world still reverberates with the aftershocks of the seminal events of 1989.

Ivan Vejvoda, German Marshall Fund

 

 

  • 10 novembre 2019 à 00:00

Macron, la tragédie sans bouffe ?

Par info@dedefensa.org

Macron, la tragédie sans bouffe ?

Une expression qui refléte bien la très-haute estime où nous tenons cette “étrange” époque, c’est l’expression d’un sujet du  Glossaire.dde de  “tragédie-bouffe”. C’est dire l’intérêt que nous mettons dans notre démarche lorsque nous sommes conduits à nous poser la question, – à propos de Macron et  de son interview à  The Economist  suivant son discours du 27 août, – de savoir si cet homme politique qui prétend à la dignité de chef d’État puisqu’il en occupe la fonction n’est pas en train d’atteindre à la perception que notre “étrange” époque, derrière son masque-bouffe clinquant et bling-bling de communication, est d’abord une immense “tragédie sans bouffe”, puisque époque de la Fin des Temps.

L’interview ci-dessous, publiée par  Figaro-Vox  le 8 novembre s’adresse à Arnaud Benedetti, professeur en communication à Paris-Sorbonne et auteur du  Coup de com’ permanent (éd. du Cerf, 2018) souvent sollicité sur les médias (LCI, Figaro-Vox, etc.), sur la question de la communication, notamment celle de Macron, dans les événements en cours. On notera que son intérêt jusqu’ici portait essentiellement, voire exclusivement, sur les événements intérieurs du quinquennat Macron (affaire Benalla, Gilets-Jaunes), et fort peu, si pas du tout, sur les événements extérieurs. Cette fois, au contraire, il traite essentiellement, – c’est d’ailleurs tout le sens affirmé de l’interview,– sur l’événement purement extérieur, même s’il a évidemment et nécessairement une dimension et des effets intérieurs, qu’est l’interview à  The Economist.

De façon très significative, alors qu’il acte l’échec de la communication qu’avait déployée Macron comme stratégie de départ de son quinquennat, Benedetti en arrive à constater que Macron se trouve confronté avec les problèmes tragiques de cette “étrange” époque. (« Le charme communicant n’opérant plus, la politique, la vraie, celle du conflit, des linéaments de classes aussi, des inquiétudes existentielles collectives est revenue. ») Il reconnaît alors cette attitude que montre Macron, que nous avons observée depuis le 27 août, d’accepter cette confrontation, en n’hésitant plus à clamer que “le roi est nu”, – tout en faisant (Benedetti) les réserves du communicant qui constate que cette façon de se hausser (de se “re-présidentialiser”, dit-il) ne conduira nullement Macron à des issues politiques triomphales, – tant et tant s’en faut, face à la crise qui engloutit notre civilisation, que telle issue est nécessairement impossible...

« Son ton prophétique, inquiet vise à le “re-présidentialiser”, à le hausser aussi au niveau d’une Histoire lourde et hors-normes, comme s’il voulait être “l’homme du destin” ainsi que Churchill le disait de De Gaulle en juin 1940.  [...] Le risque est néanmoins d’apparaître comme un “prophète désarmé”. On sait depuis Machiavel qu’il s’agit là du sceau de la pire des faiblesses pour le Prince. »

Cela est donc juste mais cela n’est pas l’essentiel : ni Machiavel, ni de Gaulle, ni quelque Prince ou héros de la métahistoire que ce soit, ne pourraient rien aujourd’hui contre l’immense crise qui nous écrase. La lucidité du constat et les rares précautions à prendre sont les seules choses qu’un “prophète” ou qu’un “Prince“ puisse offrir à ses mandants, – voire avec un secret espoir que la chose aille aussi vite que possible, “et que la Bête meurt” enfin... Que le prophète (comme image d’un être humain hors des standards) soit “désarmé”, qui s’en étonnerait car qui pourrait dire quelle “arme” humaine pourrait exister aujourd’hui face à cette cataracte, cette tempête qui pulvérise la civilisation et secoue le monde ?

Benedetti juge que « tout se passe comme si le chevénementisme de sa jeunesse en venait à irriguer son propos » (la référence est bonne, et l’ambiguïté du propos ne permet pas de savoir si Macron a été tenté par le chevènementiste dans sa jeunesse). D’ailleurs, il a  le soutien de Chevènement, comme il a celui de Védrine, c’est-à-dire des rares (vieux) hommes politiques français ayant encore une vue globale et réaliste du monde, c’est-à-dire de la crise du monde. Ainsi, dit Benedetti, Macron est « en quelque sorte un Giscard qui aurait compris pour reprendre la formule d’Aron que “l’histoire est tragique” ». (C’est Françoise Giroud, ministre de quelques jours chez Giscard, qui avait fait cette remarque que Giscard ne croyait pas que “l’Histoire est tragique”.)

Cette analyse nous sied. Benedetti pose que Macron, avec ses interventions, acte “l’échec de son idéal” qu’est la communication maîtrisée et manipulée, c’est-à-dire faussaire et trompeuse, véritable rejeton de l’inversion de l’époque. Drôle d’idéal ! C’est déjà une vertu que cet homme (Macron), chargé de tant de préjugés, de défauts, de visions modernistes faussaires, soit parvenu à distinguer certaines  vérités-de-situation  fulgurantes de la Grande Crise d’Effondrement du Système.

Cela ne signifie pas qu’il ne continuera pas à manœuvrer dans sa politique intérieure, de se rendre détestable en nombre d’occasions, impopulaire, etc., car il conserve ses traits de caractère dont nombre sont assimilables à des défauts parfois insupportables. On voit néanmoins que son évolution de la perception de la situation du monde l’a rendu extraordinairement prudent dans sa volonté de réformisme et de modernisation de la “société” [?] française. C’est Julien Dray qui disait avant-hier sur LCI que les événements extérieurs dans le monde, toutes les révoltes  qui éclatent, marquent profondément Macron et le conduisent à l’attentisme, au louvoiement pour les réformes-en-France, notamment celle des retraites, parce qu’il est devant l’énigme de la possibilité affreuse pour lui d’une reprise brutale d’une colère française absolument possible, un épisode “Gilet-Jaune” multiplié par dix, transcendé par l’extraordinaire brouhaha extérieur, – par la “giletjaunisation du monde”, comme dit Frédéric Taddei.

Macron n’a pas abandonné la pratique de la com’. Simplement, il l’a mise à l’épreuve de ce qu’il a mesuré de la crise du monde, ce qui n’est déjà pas si mal. C’est dans tous les cas un signe que cette crise pénètre tous les esprits puisqu’elle frappe toutes les psychologies. Quel dirigeant pouvait plus sembler issu du Système, et absolument accointé avec le Système, que le Macron fraîchement élu de mai 2017, objet absolument immanquable de tous les sarcasmes et les haines antiSystème ? (Et nous n’étions pas les derniers.) C’est pourtant le même homme qui, aujourd’hui, est vilipendé par ceux de ses “compagnons” qui l’accueillirent comme un sauveur et qui, eux, n’ont jamais osé regarder la vérité-de-situation du monde dans les yeux, – Merkel en premier, le résidu politique le plus représentatif de cette caste des zombieSystème devenus orques de la Fin des Temps, terminant son temps de service avant de prendre sa place dans la poubelle postmoderne de l’Histoire.

dedefensa.org

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« Macron prend acte de l’échec de son idéal »

Figaro-Vox : « En donnant une interview iconoclaste à ‘The Economist’, dans laquelle il s’en prend pêle-mêle à l’OTAN ou encore à la règle des 3 %, le chef de l’État réaffirme-t-il son rôle de leader sur la scène internationale ? »

Arnaud Benedetti : « Il se veut un lucide agitateur d’idées. Il intériorise le désordre international pour livrer une analyse qui prend à revers pour une part le logiciel politique qui fut le sien durant la campagne présidentielle. La mondialisation n’est plus heureuse, elle est inquiète. L’irénisme n’est plus de mise. C’est une vision plutôt sombre, au demeurant assez réaliste, de la nouvelle scène mondiale qu’il véhicule. Il prend acte de l’échec en quelque sorte de son idéal. Pour autant, ce chant un peu désespéré se veut volontariste. Il essaye de rétablir, de restaurer le politique en instrument de maîtrise et cet instrument de maîtrise c’est le retour à une Europe-puissance qui ne fait pas du marché, de l’économie sa finalité exclusive. D’où son insistance sur la notion de souveraineté, sur les questions de défense et de technologie. Sa lecture est désormais bien plus régalienne qu’économique. La critique du dogme des 3% constitue peut-être la meilleure illustration de cet infléchissement. Tout se passe comme si le chevénementisme de sa jeunesse en venait à irriguer son propos. Dans les faits, il métabolise la critique des populistes dont il a fait ses adversaires pour les contourner par un appel à une Europe qui se vertébrerait par le haut. Le problème c’est qu’il se heurte à la realpolitik dont il se veut aussi l’apôtre. Nonobstant les avancées qu’il prétend percevoir chez certains de ses homologues, Emmanuel Macron est pour l’instant un homme assez isolé. Son diagnostic sur l’Union européenne comporte un angle mort: le besoin de démocratie exprimé par les eurocritiques. Or il n’existe pas à ce stade d’autre forme politique authentiquement démocratique que celle de l’État-nation. Cet impensé de la rhétorique macroniste résonne comme une limite à l’aggiornamento que le Président appelle de ses vœux, non sans énergie. »

Figaro-Vox : « Le chef de l’État brosse son lecteur anglais dans le sens du poil… après avoir fait la même chose auprès des lecteurs de Valeurs Actuelles sur l’immigration. Fidèle en cela à la stratégie originelle du macronisme ?»

Arnaud Benedetti : « Le macronisme en effet à un petit côté transformiste. Comme s’il s’agissait de “trianguler” en permanence et en surface. La surface des choses c’est sa com’  le choix entre autres de ses relais médiatiques. Il adresse des signaux, des clins d’œil, sans pour autant dire exactement ce que les publics auxquels il s’adresse souhaitent entendre. Il les reconnaît pour autant, – ce qui déjà à l’heure du “politiquement correct” constitue une transgression. Il désigne moins l’adversaire, se résout à moins le stigmatiser, il “conflictualise” moins, il conceptualise plus, il est moins adepte de Carl Schmitt mais plus d’Alain. »

» Tout le problème néanmoins consiste à demeurer audible, lisible, cohérent. Macron a quand même vendu cette idée qu’il était d’abord l’homme qui ne changeait pas, a contrario de ses prédécesseurs et des “politiques” traditionnels que des opinions dubitatives et déniaisées soupçonnent d’une versatilité de circonstances. Afin sans doute d’atténuer cette banalisation et non sans conviction certainement, le Chef de l’État argue non sans raison qu’il fait avec un monde entré en convulsions, en anomie . Il est en quelque sorte un Giscard qui aurait compris pour reprendre la formule d’Aron que “l’histoire est tragique”. Il professe cette idée à plusieurs reprises, parfois avec une surabondance de coquetteries, dans l’entretien accordé à ‘The Economist’. Son ton prophétique, inquiet vise à le “re-présidentialiser”, à le hausser aussi au niveau d’une Histoire lourde et hors-normes, comme s’il voulait être “l’homme du destin” ainsi que Churchill le disait de De Gaulle en juin 1940. D’ailleurs le choix d’un média anglais pour parler de haut, réactive quelque part aussi cet imaginaire. Le risque est néanmoins d’apparaître comme un “prophète désarmé”. On sait depuis Machiavel qu’il s’agit là du sceau de la pire des faiblesses pour le prince. »

Figaro-Vox : « À mi-mandat, quel bilan faites-vous de la révolution communicante portée par Emmanuel Macron ? »

Arnaud Benedetti : « Macron a cru maîtriser la com’. La distance, le surplomb, l’art du récit médiatique ont été au seuil du mandat les vecteurs de sa façon d’être au monde. Il a cru que l’ère de la com’ n’était pas aussi bousculée qu’elle ne l’était par le surgissement de ce nouvel espace public que la combinaison de l’info permanente et des réseaux a fait advenir. Ses succès initiaux, alors que beaucoup lui prédisaient un maelström social sur le code du travail ou sur le changement de statut de la SNCF, l’ont sans doute aussi éloigné de la réalité sociale du pays, de sa fragmentation, de la cornerisation de nombre de ses territoires, du déclassement de segments entiers de la population. »

» Le social l’a d’autant plus rattrapé qu’il donnait le sentiment de n’y voir qu’une survivance obsolète du passé. Ses petites phrases intentionnelles ou non, délibérées ou saisies sur le vif l’ont exposé à la vindicte qui est l’arme fatale des invisibles, des oubliés, de celles et ceux qui se sentent méprisés. L’épisode Benalla a infusé un “vent mauvais” dans les tréfonds de l’opinion, il a précédé la colère des gilets jaunes et lui a conféré, inconsciemment ou pas, une partie de son souffle dévastateur. Dès lors le doute s’est installé, y compris chez les éditorialistes les plus enclins à accorder leur bienveillance au Président. Le charme communicant n’opérant plus, la politique, la vraie, celle du conflit, des linéaments de classes aussi, des inquiétudes existentielles collectives est revenue. Il n’y a pas eu de révolution communicante mais un essoufflement progressif de la com’ comme instrument de gouvernement. »

Interview de Paul Seguy, pour Figaro-Vox

  • 9 novembre 2019 à 00:00

Le masque et la plume

Par info@dedefensa.org

Le masque et la plume

8 novembre 2019 – Je reviens, “dans la foulée” comme l’on dit, sur l’interview d’hier de Macron, dans The Economist, tel que présenté sur ce site. Ce qui est remarquable et significatif à la fois, c’est que deux réactions de lecteurs ont, elles, manifesté deux réactions inverses, et cela me donne le sujet d’une réflexion, disons sur “l’esprit de la chose” et sur la manière d’en traiter.

Je signale rapidement ces réactions pour en sortir la perception que j’en ai eue, et ce qu’il y a lieu d’en faire, IMO comme dit le colonel Lang.

(Ce “IMO” [In My Opinion] ne cesse de me ravir chez cet ancien officier de la DIA habitué aux acronymes si courants chez les militaires US , cela en toute estime, puisque je trouve que ce colonel-là dit si souvent des choses sensées qu’on ne trouve guère au Pentagone.) 

• La première opine quant à l’importance qu’il faut accorder à cette intervention de Macron, mais une importance dont nous n’avons manifestement pas exploré, nous autres à dedefensa.org, toute la profondeur ; puisque, nous est-il asséné sur le ton assuré d’un cours magistral de la Sorbonne ou de l’ENA, « Mieux vaut aller à l’original, plutôt que d'en rester à ce que tel ou tel média ou organe de presse a pu choisir d'en glaner. »

• La seconde, furieuse et emportée, remet les choses au point dans une perspective où les grandes lignes et l’identité des maîtres du monde sont rappelées à nos esprits un peu léger pour nous faire comprendre ce qui se passe. Il ne faut pas oublier qu’Israël et les neocons mènent la danse, et c’est là qu’est la source unique, claire et incomparable de l’intervention-Macron, comme de tout ce qui s’est passé depuis 9/11 et les vingt siècles qui ont précédé. On conclut donc :

« On peut penser que Macron agit comme un couillon dans cette affaire d'OTAN laquelle en apparence semble bien fondée (oui l'OTAN est obsolète depuis longtemps), mais n'a en fait pour ressort que l'influence néo-con (coucou Jacques Attali).
» Et les néo-cons ne veulent pas que la France sorte de l'OTAN.
» Bref, une probable énième tempête dans un verre d'eau venant de notre grand communicant en chef. »

Je ferai très rapidement le ménage, qui est de m’abstenir de répondre en détails et en arguments à ces deux types de remarque allant dans deux sens opposés, donc aucun n’est celui de ce site. Chacun chasse sur ses terres. Pour l’importance d’« aller à l’original » pour comprendre toute la puissance d’une pensée, je rappelle ce qu’il en fut de la précédente sortie de Macron, du 27 août (« Nous sommes sans doute en train de vivre la fin de l'hégémonie occidentale sur le monde »). J’avais ditégalement ce que je pensais de la forme après être pour une fois “allé à l’original”, ce qui se trouvait aussi bien chez notre ami Hervé du Sakerfrancophone, relevant effectivement cette même phrase remarquable sur “la fin de l’hégémonie occidentale” mais observant après être également “allé à l’original” : « Il ne doit rester [à l’Élysée] que des stagiaires pour la maintenance du site ou alors la torpeur estivale aura affaibli l’équipe éditoriale car personne ne semble avoir pris deux minutes pour nettoyer le texte de ces incohérences, phrases incompréhensibles, fautes diverses... »

Quant à l’action des Israéliens et des neocons pour expliquer tous les mystères du monde, je dois avouer une certaine lassitude intellectuelle, avec parfois une petite nausée, tant cette sorte de diktat ressemble à une censure de l’esprit pour grandes surfaces et Prisunic, – anti-système (*) si à l’aise dans le Système. Je transfère le dossier à “Disney-complotisme-Epstein”, et en viens à l’essentiel du propos.

Au contraire de celle du discours du 27 août, la phrase de Macron dans The Economist (« Ce qu’on est en train de vivre, c’est la mort cérébrale de l’OTAN ») a aussitôt percuté... Diantre ! c’est en english-speaking, et puis The Economist, ce n’est pas rien comme diffusion, façon Bible-postmoderniste de concert avec le Financial Times. Ainsi avons-nous aussitôt le coinstat irréfutable que cette phrase a été accueillie chez nombre de commentateurs-Système avec un catastrophisme certain et aterré, celui de la trahison insupportable et abominable ; cela donne bien à la dite-phrase l’importance d’un tonneau rempli de poudre avec une mèche qui commence à sentir le roussi. Les phrases qui dérangent, on les banalise dans les extrêmes, – aussi bien les anti-système (*) que les zombieSystème, chacun bloqué dans sa haine-panique spécifique.

Ici, je donne un aperçu des réactions-Système, venues des experts tous zombies-certifiés et exprimant sans le moindre doute possible l’extraordinaire banalité conformiste du PC-Système, mais furieusement exprimée comme si l’on était poète et révolutionnaire, à l’image du commentaire de la Merkel cabossée de tous les côtés et parvenant à maintenir à flot son non moins extraordinaire degré de banalité-médiocre, ou de médiocrité-banale j’hésite. (Merkel : « Je ne pense pas que des jugements aussi radicaux soient nécessaires, même si nous avons des problèmes et que nous devons nous serrer les coudes. L'OTAN reste vitale pour notre sécurité. »)...

Bref, bref florilège d’experts-Système venu de Sa Grandeur, The New York Times :

« François Heisbourg, un expert français de la défense, a déclaré que M. Macron, qui aime parler, “parle comme un expert politique détaché des réalités politiques” et non comme le leader d'un allié clé de l'OTAN. M. Heisbourg a qualifié les propos de M. Macron de “bizarres” et de “dangereux” pour un chef d'État.
» Les commentaires de M. Macron “seront vraiment dommageables pour l'OTAN et pourraient être saisis par ses opposants, y compris Trump”, a écrit sur Twitter Thomas Wright, un chercheur principal à la Brookings Institution de Washington.
» Il a qualifié l'entretien de “délibéré, provocateur et catastrophique” et a ajouté que M. Macron “agit de plus en plus unilatéralement sans coordination avec le reste de l'UE ni même sans informer ses propres fonctionnaires et collègues gouvernementaux”.
» Ulrich Speck, un analyste allemand, a déclaré dans un tweet : “Avec Macron qui dit que l’OTAN est ‘en état de mort cérébrale’, on comprend mieux ce que signifie pour lui ‘autonomie stratégique’ : Une Europe sans OTAN.” Ses paroles semblaient aussi “un défi direct lancé à Berlin”, a dit M. Speck.
» Shashank Joshi, rédacteur en chef de la défense de l'Economist, a déclaré : “Je n'arrive pas à imaginer comment Macron aurait pu trouver une plus grosse bombe-puante à lancer sur l’OTAN avant le sommet des dirigeants de Londres en décembre. Des mots extraordinaires, et un timing extraordinaire.” »

Je suis assez rassuré. Si Heisbourg, que j’ai un peu connu dans les années 1980 comme un parfait expert-Système (soyez rassuré, il ne se souvient plus de moi), si Heisbourg donc dit ce qu’on lit, c’est que la phrase de Macron tombe à pic et fait du dégât. Je parle bien de “la phrase”, comme je parlais d’“une phrase” pour le discours du 27 août, car c’est à cela, chaque fois à une phrase, que se ramène, 1) la perception de ce qu’a dit Macron ; et 2) les réactions fondamentales qui en découlent. Ainsi vont les choses aujourd’hui, à l’ère de la communication ; “aller à l’original” dans le domaine du politique et pour la sphère du bloc-BAO qui représente notre-civilisation et toutes ses valeurs, c’était une bonne chose du temps de De Gaulle, de Talleyrand ou de Bossuet ; aujourd’hui...

C’est-à-dire que, par quelque moyen que vous arriviez à la phrase-clef, par recherche effrénée ou par promotion immédiate, sachez que c’est la seule qui sera sortie du texte et restera comme significative et signifiante à la fois. J’ignore à quoi pensait Macron lorsqu’il a sorti ses deux phrases, – « Nous sommes sans doute en train de vivre la fin de l'hégémonie occidentale sur le monde »le 27 août et « Ce qu’on est en train de vivre, c’est la mort cérébrale de l’OTAN » le 7 septembre, – et d’ailleurs soyez complètement assuré que je me fiche bien de savoir “à quoi pensait Macron”. Seules comptent les phrases dirais-je en bon logocrate qui connaît la musique, hors de “l’original” et de l’axe neocon-Israël, et les dégâts que ces phrases produisent dans des esprits dressés à percevoir extrêmement court et uniquement par rapport à la ligne du Parti.

Je me demande même si Macron pensait, dans le sens-Système de la chose, s’il n’a pas sorti ses phrases un peu comme un Candide, sans penser à mal ni plus loin que le bout de son nez. J’aime bien la version anglaise du jugement de Heisbourg, qui est certainement de Heisbourg lui-même tant on speak think-tanker dans son monde, traduite sans le même tonus signifiant parce qu’il n’y pas d’équivalent franchouillard de la chose, par “Macron parle comme un expert politique détaché des réalités politiques“ :  Macron “is speaking like a policy-detached think-tanker” ; cette phrase dans cette langue, qui implique vraiment, au bout du compte, cette signification-là : Macron parle comme s’il n’avait pas lu les consignes (les “éléments de langage”). La phrase heisbourienne devrait donc être vraiment traduite par “Macron parle comme un expert du Parti qui n’a pas lu les consignes du Parti, qui ignore la ligne du Parti et qui s’en éloigne catastrophiquement”... “Comme c’est bizarre”, ajoute Heisbourg, bien dans l’air du temps.

Autrement dit, bon an mal an, parce qu’il a bien visé ou parce qu’il a glissé qu’importe, Macron a mis un sacré coup de pied dans la fourmilière pourrie du bloc-puant-et-BAO. C’est comme ça, il faut vivre avec. Ce Macron ne m’a jamais été plus sympathique qu’à nombre d’entre vous, et il m’a paru parfois absolument détestable. Mais c’est bien lui qui a envoyé le coup de pied ; alors, on applaudit et on dit “bravo l’artiste”, en souhaitant qu’il continue ses sottises de Candide irresponsable, – “Candide irresponsable”, la pire chose qui puisse arriver au Système.

 

Note

(*) Pour moi, un anti-système n’est pas un antiSystème, et les différences dans les assemblages de mots, l’emploi des majuscules, etc., portent une signification intrinsèque. C’est la différence entre la pause bloquée dans un sentiment souvent extrême, et menacée de devenir simulacre (anti-système), et l’essence même d’un combat dont on a juré qu’il est vital et sans retour (antiSystème). Cette évolution sémantique, sinon micro-sémantique, contredirait parfois aujourd’hui ce que j’écrivais il y a dix ans ; mais alors, la crise n’avait pas évolué au point où elle en est aujourd’hui, où l’on distingue autant d’épines de ronces chez les anti-système qu’il y a de vipères souvent paresseuses et parfois trop-Candide chez les zombieSystème.

  • 8 novembre 2019 à 00:00

L’Espagne entre Soros-Sanchez et Vox-Franco

Par info@dedefensa.org

L’Espagne entre Soros-Sanchez et Vox-Franco

Voici un pays tranquille où soudain se lève du ventre fécond l’indispensable bête immonde… On peut féliciter l’ingénierie sociale qui a créé Vox de rien du tout, attendu que l’Espagne n’a pas les problèmes des autres pays d’Europe. Elle a juste celui de la Catalogne, mais qui n’aurait pas suffi à créer un énième parti d’extrême-droite totalement inutile et nocif. Si vous voulez savoir à quel point l’extrême-droite est inutile et nocive, je vous conseille de lire le tome deuxième et bâclé de Le Pen qui se flatte au nom d’un ego bien surdimensionné d’avoir empoisonné pour rien la vie politique française depuis trente-six ans. Je dis bien pour rien, alors que j’avais aimé l’élégant tome premier qui me rendit aussi nostalgique que Philippe Grasset de la quatrième république, de sa rusticité candide, de sa grandeur chevaleresque, de sa créativité populaire et de son dynamisme patriote. Revoyez l’éblouissant chômeur de Clochemerle, revoyez les Pagnol et les Duvivier pour voir !  La France aura crevé sous le gaullisme, tout comme l’Espagne s’est dissoute sous le franquisme ou le Chili sous le pinochétisme. Sous le képi, le capital…

On se souvient de la pièce d’Ionesco, Amédée ou comment s’en débarrasser… Ici on a Franco comme on avait en France Pétain, papi et Papon dans les années 80-90. On a un cadavre idéologique, il faut le faire croître et spéculer dessus pour diviser la droite et rester au pouvoir. L’inculte et plagiaire Sanchez a peut-être été à l’école du parti, on lui aura raconté l’équation Mitterrand qui se fit sur le dos du peuple hébété et ignare : souverainisme = nazisme. Le conseiller de tout le monde Attali l’a remise au goût du jour et il a eu raison de le faire puisque ça marche. Il n’y a plus que des zombies en France, il ne prend pas de risques…

J’ai déjà dit tout le bien que je pense de Sanchez qui est aux ordres des globalistes, comme dirait l’inconscient Donald, et qui a reçu Soros le lendemain même de sa scandaleuse arrivée au pouvoir (on eut affaire à un coup d’Etat mondialiste ici comme en France). Le délire sociétal et LGBTQ, les migrants, la fiscalité, les persécutions féministes jusque dans le lit nuptial, l’explosion du chômage ne feront pas reculer l’électeur, qui préfèrera cela à Vox.

Mais je laisse sur cette ténébreuse affaire la parole à mon ami paléoconservateur Guillaume de Thieulloy qui écrivait dans son journal récemment :

« Le gouvernement socialo-communiste qui règne actuellement sur l’Espagne a finalement réussi à obtenir l’exhumation du général Franco de la tombe qu’il occupait à El Valle de los Caidos.

La première chose qui frappe dans cette affaire, c’est que la gauche ne lâche jamais rien et poursuit de sa haine même les morts. On se souvient que, pendant la guerre d’Espagne, les Rouges n’hésitèrent pas à ajouter les profanations de sépultures aux multiples tortures qu’ils pratiquèrent. De ce point de vue au moins, on peut dire que les nationalistes, qui ne furent pas tous des enfants de chœur, étaient autrement plus civilisés que leurs adversaires.

La dépouille de Franco est ainsi une énième victime de la haine de la gauche. »

Guillaume rappelle pourquoi le franquisme, comme Vichy, ne passe pas :

« Il faut dire que l’homme a de quoi énerver, puisqu’il fut l’un des très rares chefs militaires et politiques à battre militairement le communisme. Mais cela même devrait en faire un personnage d’intérêt pour tout Européen un tant soit peu attaché aux libertés…

Au reste, Franco était un bien singulier dictateur, qui prépara sa succession des décennies avant sa mort afin d’assurer que l’Espagne puisse renouer avec la prospérité et les libertés, après les années noires de la guerre civile et la difficile reconstruction qu’il mena à bien. »

Le combat très mitterrandien sur le symbolisme est ici en pleine forme :

« Le plus impressionnant peut-être, dans cette sordide affaire, réside dans le symbolisme du lieu. El Valle de los Caidos (ceux qui sont tombés en espagnol) est un lieu superbe à quelques kilomètres de Madrid, où le général Franco, à la fin de la guerre civile, décida d’enterrer les morts des deux camps, installant un monastère pour prier pour le repos des âmes des morts.

Il est assez rare que le vainqueur d’une guerre civile pousse la magnanimité jusqu’à traiter ses anciens ennemis en frères et ce geste de paix aurait pu impressionner les commentateurs.

Cependant, c’est le contraire qui advint : El Valle de los Caidos est voué aux gémonies au motif qu’elle aurait été bâtie par des prisonniers politiques. »

 

Guillaume rappelle l’essentiel : 

« …sait-on que les prisonniers politiques espagnols étaient volontaires et bénéficiaient d’une remise de peine pour construire El Valle de los Caidos (qui, soit dit en passant, n’était pas prévue pour être le « mausolée de Franco », comme le laissent croire les médias : ce n’est qu’après la mort de Franco que le roi Juan Carlos décida de l’y enterrer) ? Les prisonniers de Staline ont-ils bénéficié des mêmes avantages ? » 

Et de conclure :

« Ajoutons que nous, Français, ne devons pas seulement à Franco d’avoir échappé au communisme. Nous lui devons également la défaite du nazisme, puisqu’il refusa à Hitler le contrôle de Gibraltar, qui aurait empêché les Alliés de prendre pied en Afrique du Nord. »

Humour noir : encore un dictateur nationaliste qui aura trahi le führer (comme leur Pétain, aux fachos français, finalement) et qui s’en sera mal porté…

Attaquer le franquisme a-t-il fait monter Vox alors ? Je ne le crois  guère. J’ai plutôt l’impression que le pays ici, entre son vide idéologique, son inconfort matériel (génération 635 euros, bulle immobilière, solitude-smartphone glacée…), la désintégration accélérée du catholicisme avec l’axe pacha-Mama Bergoglio, l’affaire catalane et l’affaire basque, avait besoin d’un défoulement que Vox, parti financé par les iraniens (pas les mollahs) selon le quotidien socialo-libéral-mondialiste El Pais (Irangate…), pouvait fournir à prix modique.

Enfin, la gauche radicale (Montoro/Podemos) veut déterrer les cadavres des fosses communes de la guerre civile, les juger et les ranger, entre bons et méchants, entre démocrates et nationalistes. La gauche est merveilleuse.

Pensons à Saint-Saëns, à ce que Ray Harryhausen, pourrait tirer d’une telle idée, des millions de squelettes combattant comme au bon vieux temps, comme dans Jason ?

  • 8 novembre 2019 à 00:00

Mort de l’OTAN ? Blaguons un peu avec Macron

Par info@dedefensa.org

Mort de l’OTAN ? Blaguons un peu avec Macron

Décidément, le jeune Emmanuel M. reste, malgré ses multiples avatars, ses casseroles idéologiques et ses conceptions politico-économiques stupides, une boîte à surprise. Ainsi pouvait-on en juger (“boîte à surprise”) lors de son intervention du 27 août où, après des recherches minutieuses, des commentateurs hors-Système et même antiSystème découvrirent des pépites que les grrrrrrands professionnels de la grrrrrrande presseSystème du bloc-BAO avaient ratées. (Si l’on parlait d’un film on dirait que la presseSystème montra dans ce cas une attitude qu’on nommerait “une connerie chorale” en jugeant qu’on se trouve là devant l’archétype de la chose.) Il s’agit bien sûr de cette déclaration selon laquelle il est notamment question de la fin de l’hégémonie occidentale, dont on mit du temps à comprendre l’importance :

« …Bref, et comme disait l’avisé Macron : « Nous sommes sans doute en train de vivre la fin de l'hégémonie occidentale sur le monde. » (Le temps de traduire ce texte du discours macronien, d’une forme infâme cachant les pépites reposant sur le fond, nos amis anglophones de la communication antiSystème commencent à réaliser le caractère historique de la chose : iciiciici, etc.) »

Cette fois, Macron nous dit, via The Economist qui est certainement l’une de ses lectures de chevet, que l’OTAN est cliniquement kaput, ou dit autrement « en état de mort cérébrale ». C’est dans une interview du célèbre hebdo qui défend depuis bien plus d’un siècle l’Anglosphère, le libre-échange et le néo-ultralibéralisme, le suprémacisme anglo-saxon même déguisé en Jokey progressiste-sociétal, – et, par conséquent, l’OTAN elle-même.

Dans le viseur de Macron, outre l’OTAN kaput mais qu’on pourrait ressusciter si certains voulaient bien changer d’attitude, et notamment accepter de devenir le serviteur fidèle d’une “vraie défense européenne”, les USA de Trump avec des pincettes, et la Turquie d’Erdogan avec une artillerie extrêmement lourde.

Lisons le compte-rendu qu’en fait RT-France, qui vaut bien largement toutes les salades congelées que vont nous servir Le MondeLibé et Jacques Attali (qui est cité justement, au moment où il nous régale de sa petite vesse mensuelle) :

« “Ce qu’on est en train de vivre, c’est la mort cérébrale de l’OTAN” : le jugement, particulièrement sévère, est celui du président de la République française. Dans un entretien accordé au magazine ‘The Economist’, Emmanuel Macron a expliqué ce constat par le désengagement américain vis-à-vis de ses alliés de l'alliance atlantique et le comportement de la Turquie, également membre de l'organisation militaire.
» Le chef d’État ne souhaite pas pour autant la fin de l'OTAN, appelant au contraire à “clarifier maintenant quelles sont [ses]finalités stratégique ”. En même temps, le président français a plaidé à nouveau pour “muscler” l'Europe de la Défense – une idée pourtant  peu appréciée par l'alliée américain au sein de l'OTAN.
» La décision de la Turquie de lancer en octobre une offensive militaire contre la milice kurde des Unités kurdes de protection du peuple (YPG), qu'elle considère comme terroriste, a mis mal à l'aise ses partenaires de l'OTAN – les États-Unis et la France, entre autres, condamnant de leur côté fermement cette intervention.
» L'OTAN est apparu à cette occasion divisée sur une question d'ordre stratégique, au point que des commentateurs ont ni plus ni moins annoncé la “mort” de l’organisation militaire. “L’OTAN est mort[e]puisqu'une puissance de l'OTAN [la Turquie]a décidé de se battre, totalement librement, en achetant d’ailleurs des armes russes sans l'accord des autres membres”, avait par exemple jugé le mois dernier l'économiste Jacques Attali sur France Info. »

Outre la “mort cérébrale” de l’OTAN, qu’il est nécessaire rapidement de mettre aux soins intensifs pour la faire revenir dans ce bas-monde, Macron parle de la « “fragilité extraordinaire de l'Europe” qui “disparaîtra” selon lui, si elle ne “se pense pas comme puissance dans ce monde”. » Et de revenir bien entendu sur l’idée d’“armée européenne” qu’il est vital sous peine de mort de développer, mais selon une perspective si ambitieuse qu’on finirait par croire que l’OTAN, même ranimée et regonflée aux stéroïdes, ne serait que la supplétive de l’Europe super-ranimée (elle aussi). Le texte qui fait rapport de l’interview rappelle qu’en novembre 2018,  « Donald Trump avait exprimé  son indignation face à la proposition d'Emmanuel Macron de créer une “vraie armée européenne” pour “protéger[l’Europe] de la Chine, de la Russie et même des États-Unis d'Amérique” ».

Cela nous ramène à l’OTAN et, sur cette question des USA ainsi mentionnée, Macron fait quelques remarques nullement dénuées de sens sur ce qu’il perçoit des conceptions de Trump, terminant sur un clin d’œil vers la Russie, – selon l’arrangement du texte de RT-France qui est loin d’être de simple opportunité, – qui ferait croire qu’après tout il (Macron) préférerait peut-être bien la Russie aux USA comme partenaire stratégique : 

« Dans son entretien à ‘The Economist’, Emmanuel Macron estime que le président américain et la France ne partagent pas la même philosophie de l'alliance atlantique. “Le président Trump, j’ai beaucoup de respect pour cela, pose la question de l’OTAN comme un projet commercial. Selon lui c’est un projet où les États-Unis assurent une forme d’ombrelle géopolitique, mais en contrepartie, il faut qu’il y ait une exclusivité commerciale, c’est un motif pour acheter américain. La France n’a pas signé pour ça”, a-t-il déclaré.
» Enfin, le président français juge que l'affirmation de la puissance européenne passera par la réouverture d'“un dialogue stratégique, sans naïveté aucune et qui prendra du temps, avec la Russie”. Une position affichée de longue date par le président français. »

Pour cette fois, ne dissimulons pas notre sérieux : l’humeur exécrable de Macron contre l’OTAN ne rencontre pas une opposition sourde et puissante de la part de l’“État-profond”à la française, comme c’est le cas pour sa volonté de rapprochement de la Russie. L’hostilité française à la Turquie, et indirectement à l’OTAN qui a plutôt et aussitôt soutenu la position turque dans l’affaire syrienne (la pseudo-“invasion” turque de la Syrie), est très répandue et extrêmement radicale dans les milieux et les bureaucraties diplomatiques et de la sécurité français, à Evere comme à Paris. Lorsqu’on remarque devant un haut-fonctionnaire français du domaine que cette hostilité à la Turquie implique, chose gravissime, le souhait du départ ou de l’expulsion de ce pays de l’Alliance, certains peuvent entendre comme réponse : « Qu’est-ce qui est plus grave, une OTAN sans la Turquie ou une OTAN sans la France ? ».

Cela ferait penser qu’il y a dans des esprits très échauffés l’idée d’un “c’est eux ou c’est nous”, avec comme conclusion d’une telle situation de confrontation qu’il y aurait de toutes les façons une crise gravissime et inévitable de l’OTAN. C’est bien entendu le sentiment de l’Attali cité, qui conclut déjà, et d’ailleurs pas faussement, que “l’OTAN est mort[e]”. Son allusion aux armes russes de la Turquie, – les S-400 et peut-être des Su-35 demain, – est par contre un peu déplacée et montre que cet esprit un peu trop embrumé suit mal le raisonnement puisqu’il transforme un argument anti-Trump de Macron (« l’OTAN comme un projet commercial […] il faut qu’il y ait une exclusivité commerciale, c’est un motif pour acheter américain. ») en un argument anti-Turquie. (Il y a déjà eu des cas du genre, comme les S-300 russes achetés par la Grèce, qui n’ont pas provoqué de crise.)

Finalement, l’humeur antiturque des français est assez peu compréhensible par rapport à l’énormité du sujet qu’elle déplace et des questions qu’elle pose. Elle est d’une intensité peu ordinaire par comparaison au sujet officiel-officieux qui la justifie (attaque des Turcs en Syrie, – Dieu sait si ce n’est pas la première, – défense des Kurdes “lâchement abandonnés” par la soldatesque US, laquelle continue à faire des ronds dans les sables syriens, ici ou là, avec l’odeur du pétrole et les batailles internes des différents centres de pouvoir de “D.C.-la-folle” en sus) ; quant au diagnostic sur “la mort cérébrale de l’OTAN”, on dira qu’il est valable depuis pas loin de tout juste vingt ans, après tout et après la chute du Mur… Aussi y a-t-il peut-être quelque chose de plus profond chez les Français, dont eux-mêmes ne se rendent peut-être pas compte, qui fait qu’on découvre parfois que le roi est nu simplement parce qu’on ouvre les yeux par inadvertance, – car nu, il l’est depuis longtemps. (Autrement dit : cela fait bien longtemps que « l’OTAN [est] un projet commercial […] il faut qu’il y ait une exclusivité commerciale, c’est un motif pour acheter américain » ; simplement, –ô surprise, o tempora, o mores, – Trump est plus sincère que ses prédécesseurs, il appelle un chat un chat…)

Dans tous les cas, si Macron poursuit sur ce terrain, une chose est assurée : il doit vite concrétiser son rapprochement avec la Russie, car il trouvera des USA déterminés et impitoyables de quelque que ce soit, et l’Europe en pleine accélération de désintégration. Il ne faut pas non plus se tromper en imaginant qu’une défaite ou une destitution de Trump, c’est-à-dire dans tous les cas une victoire d’un démocrate, ouvrirait de nouvelles perspectives de “coopération” avec les USA (“coopération, kèsako ?” interrogent les USA). Les perspectives devraient être pires, puisque s’ouvrant sans doute sur la perspective d’un conflit avec la Russie, la victoirte démocrate signifiant celle du DeepState.

Sur cette question, le texte de ce jour sur Strategic-Culture.org de Philip Giraldi, excellent commentateur généralement excellemment informé, est du plus haut intérêt. Giraldi s’intéresse au témoignage du colonel Vindman qui vient d’(avoir lieu à la Chambre des Représentants, dans l’instruction de la mise en accusation pour la destitution du président Trump. Vindman est un Ukrainien naturalisé Américain, qui s’occupe présentement du dossier-Ukraine au Conseil National de Sécurité (NSC). Son témoignage est intéressant parce qu’il est complètement indifférent à la polémique de savoir si Trump a demandé au président ukrainien d’impliquer les Biden dans l’affaire de corruption qui les met dans un mauvais cas, parce qu’il ne s’intéresse qu’au blocage de l’aide militaire pour l’Ukraine brandie par les démocrates comme argument prouvant dans ce cas la tentative de corruption du président ukrainien par Trump. Pour Vindman, cela signifie surtout qu’on n’arme pas les Ukrainiens contre les Russes. Giraldi juge que Vindman parle pour le DeepState et que le but du DeepState est non seulement l’armement de l’Ukraine, mais l’entrée de l’Ukraine (et de la Géorgie) dans l’OTAN… Voilà le véritable enjeu de l'Ukraingate parce que les démocrates sont à 200% otages du DeepState.

« Le colonel Vindman, qui dépendait de la détestable et hyper-antirusse Fiona Hill, laquelle dépendait du fou de guerre John Bolton, a été au cœur au milieu de tous les plans pour faire tomber la Russie. Il ne s'inquiète pas vraiment de la polémique Trump vs. Biden. Il s'agit plutôt, pour lui, d’accélérer l’aide militaire de 380 millions de dollars, y compris les armes offensives, qui était en préparation pour Kiev. Et en supposant que les Ukrainiens puissent réellement apprendre à utiliser les armes, l'objectif est de punir les Russes et de prolonger le conflit au Donbass sans autre raison [que la dynamique de désordre à finalité antirusse].
» Notez l'extrait suivant de la déclaration préparée par Vindman : “J'étais inquiet des implications pour le soutien du gouvernement américain à l'Ukraine... Je me suis rendu compte que si l'Ukraine menait une enquête sur les Biden, cela serait probablement interprété comme un jeu partisan qui ferait sans aucun doute perdre à l’Ukraine le soutien bipartisan qu'elle a maintenu jusqu'ici.” […]
» Alexander Vindman ne dit ni n’écrit que l'intégration de l'Ukraine dans l'OTAN est son objectif réel, mais ses commentaires sur “l'intégration dans l’Occident” et la “communauté euro-atlantique” l'indiquent clairement. L'expansion de l'OTAN jusqu'aux frontières de la Russie par l’irresponsable Clinton a constitué la destruction d’une des plus importantes occasions d’une stabilisation de sécurité après la Guerre froide. L’ajout de l’Ukraine et de la Géorgie à l'alliance amplifierait cette erreur, car ces deux pays sont des intérêts vitaux pour la sécurité nationale de Moscou compte tenu de leur histoire et de leur géographie. Vindman doit être considéré comme une manifestation de la pensée de l'État profond qui a causé tant de maux aux États-Unis au cours des vingt dernières années… »

Voilà l’alternative qui attend Macron (et les Européens) via l’OTAN si Trump s’en va, alors qu’un président français vient de nous dire que poursuivre dans l’OTAN selon les conceptions de Trump n’est plus guère possible. De tous les côtés et de toutes les façons, tout tourne au pire, – et cette fois, en remontant du Moyen-Orient jusqu’au cœur de l’Europe, là où les dangers de conflit sont infiniment plus graves. Certes, dans cette soupe Erdogan et ses conquêtes grandioses, sous la couverture des S-400 et l’œil attentif d’Attali, ne sont qu’un avant-goût, une mise en bouche.

“D.C.-la-folle” étant effectivement folle, il s’agit d’aller jusqu’au bout de la démence, comme on dit boire le calice jusqu’à la lie, et enfin saisir l’OTAN au corps pour bien vérifier qu’elle n’existe plus. Macron a pris un chemin semé d’embûches en disant ce qu’il a dit, mais cela est après tout préférable à la stratégie de l’autruche habituellement suivie. Dans tous les cas, et malgré ses beaux projets (ceux de Macron), l’Europe dans sa forme actuelle ne survivra pas aux événements tels qu’ils se profilent, – mais les USA non plus, certainement, et peut-être plus vite encore qu’on ne croit, – c’est-à-dire encore plus vite que “les événements tels qu’ils se profilent”...

 

Mis en ligne le 7 novembre 2019 à 17H55

  • 7 novembre 2019 à 00:00

Disney et le complotisme-Epstein

Par info@dedefensa.org

Disney et le complotisme-Epstein

Comme chacun sait, le complotisme est chose détestable, mais semble-t-il la plus répandue du monde dans cette si étrange époque. Alors, que faire lorsque le complotiste est la si gentille Système-proof Disney Cie, recommandée pour les enfants, notamment pour les protéger des vilains messieurs aux mœurs intrigantes, et que la personne ainsi protégée par le complot est le fameux “suicidé  à l’insu de notre plein gré”, le sympathique philanthrope spécialisé dans l’aide à la tendre jeunesse, Jeffrey Epstein ? Que faire, oui, que faire ? 

Garnement, réfractaire, rebelle, il ne te reste qu’à prendre ta plume comme l’on agite un sabre... Et c’est ce que j’ai fait, bien que la matière qui en stupéfie certainement certains qui ont du temps à perdre (pertes du temps à se laisser stupéfier par ça), – Epstein dans ses œuvres suivi de sa liquidation en prison, — soit si peu originale, si conforme (si conformiste) à ce qui ne cesse de se dire lorsqu’éclate une affaire de la sorte. Tous les noms qui valent volent de l’un à l’autre contestataire, aussitôt et prestement accusés de “complotisme” d’ainsi penser à mal, et que nous retrouverons bientôt (les noms qui violent) bel et bien alignés dans les placards des Disney-complotistes.

Passons aux faits & actes...

Il est question du  Project Veritas, lancé en 2016 par James O’Keefe essentiellement pour dénoncer et mettre à nu les attaques lancées durant la campagne USA-2016 contre Trump (agent de Moscou, etc.) ; donc programme archi-conservateur, raciste, xénophobe, vraiment infréquentable et jouant le rôle d’une sorte de WikiLeaks US. Leur devise : « Whistleblowers welcome ». De temps en temps, Project Veritas  sort un assez chouette pavé à jeter dans la fosse à purin. Ici, nous parlons du plus récent, qui fait des vagues, qui concerne la mise à jour des manœuvres et pressions exercées pendant trois ans sur et par le réseau ABC, – qui appartient à Disney, nous y sommes ; c’est-à-dire le complot élaboré pour ne pas passer l’enquête sur les activités débordantes du Epstein, enquête déjà bouclée il y a trois ans d’une de ses journalistes-vedettes Amy Robach.  

R.T. com a écrit : « ABC et d'autres médias grand public ont refusé de diffuser les accusations contre le prédateur sexuel Jeffrey Epstein parce qu'un “réseau de personnes” comprenant leurs dirigeants était impliqué, a déclaré James O’Keefe du Projet Veritas à RT. [...]
» “Il est révélateur que ce lanceur d’alerte ait divulgué cette cassette à Project Veritas et non au Washington Post, au New York Times, à CBS ou à CNN, parce que ces médias veulent protéger les gens impliqués dans les activités de Jeffrey Epstein [et n’auraient donc pas passé ses révélations],” a-t-il ajouté.
» “Ils sont d’accord pour diffuser les allégations contre Brett Kavanaugh [nommé à la Cour Suprême par Trump], ou contre Trump, mais quand il s’agit de Bill Clinton et de certaines de ces personnes qui sont mentionnées par Amy dans cette bande enregistrée sur le vif, ils disent qu’il n’y a pas eu assez de recoupements des informations,” dit O'Keefe, rappelant que Robach avait spécifiquement mentionné que “nous avions [Bill] Clinton.” »

En outre, quelques précisions de ZeroHedge.com pour compléter le dossier :  « ABC News a répondu à la vidéo de Veritas en déclarant qu'à l’époque [il y a trois ans], “tous nos reportages n'étaient pas conformes à nos normes de diffusion, mais nous n’avons jamais cessé d'enquêter sur cette histoire. Depuis, nous avons une équipe sur cette enquête et d'importantes ressources y sont consacrées. Ce travail a débouché sur un documentaire de deux heures et un podcast en six parties qui seront diffusés au cours de la nouvelle année.”
» Robach a ajouté dans une déclaration : “J'ai été prise dans un moment de frustration en privé” et “j’étais contrariée qu'une importante interview que j'avais menée avec Virginia Roberts [une des “esclaves sexuelles d’Epstein] n’ait pas été diffusée parce que nous n’avons pas pu obtenir de recoupements suffisants.” (Quoi qu’il en soit, le ‘Miami Herald’ a fait le travail, lui.)
» O'Keefe suggère qu’il s’agit d’une réponse dictée par un avocat du type “protégez votre cul et sauve qui peut”. »

Robach n’est pas très contente de s’être fait piéger, mais elle en veut surtout à la direction d’ABC qui l’a contrainte à couvrir l’immonde pédophile, souteneur universel d’une légion de gamines à peine pubères et livrées aux désirs d’immondes males blancs et suprémacistes. C’est dans tous les cas celui du Prince Edward Andrew, dont l’implication dans le bordel kafkaïen d’Epstein conduisit le Palais (Buckingham) à être le plus actif dans les pressions autour et sur ABC pour bloquer le reportage de Robach. (Décidément, les Windsor ne cessent de puer de plus en plus au fil du temps et à mesure qu’on les débarrasse de leurs oripeaux royaux jusqu’à n’être plus que nus.) 

La contradiction dans cette affaire où progressistes-sociétaux et conservateurs pro-Trump se mélangent sans trop de soucis de cohérence  a même conduit la pimpante AOC (l’ultragauchiste Alexandria Otavio-Cortez, du fameux Squad de la Chambre des Représentants) à relayer sur son compte tweet la torpille dénonciatrice du lanceur d’alerte O’Keefe, sous les applaudissements de conservateurs déchaînés ; cela, avant que quelque bonne âme “vigilante” et donc donneuse dans l’âme ne lui rappelle que le O’Keefe en question est quasiment un fasciste-raciste-blanchiste-suprémaciste de l’Altright, à droite de Trump, et la belle, AOC, de retirer donc, précipitamment et courageusement, son message-relais.

La progressiste-sociétale Robach, désormais libérée de l’interdiction des gentils GO de Disney du fait de l’intervention de Project Veritas, se paye tout de même un tweet que beaucoup de pro-Trump et d’antiSystème signeraient des deux mains : « “Est-ce que je pense qu'il [Epstein] a été tué ? Et comment, je le pense à 100%....Il a fabriqué sa vie entière et sa fortune sur le chantage exercé sur ses “invités”. Il y avait beaucoup d'hommes dans ses avions. Beaucoup d'hommes qui ont visité cette île. Beaucoup d'hommes puissants qui sont venus dans cet appartement.”  –  @abcnewsanchor  @arobach#EpsteinCoverup»

Quoi qu’il en soit, et justement parce qu’il en est jusqu’à l’étal en place publique, l’affaire Epstein est de retour sous la forme d’abord d’un hashtag “#Epsteindidntkillhimself” qui connaît depuis 18-24 heures un succès planétaire (« “#Epsteindidntkillhimselfenflamme la planète et le réveil global accélère », selon Alex Jones, source absolument fiable puisque complotiste à 200%, soutien de Project Veritas, lui-même soutien de AOC). Un aéroport (San Diego) annonce à tous ses passagers en transit qu’il a lancé une page tweet “Epstein Coverup” tandis que le frère de Jeffrey Epstein se souvient que le corps présentait des blessures inexplicables pour un suicide, chose déjà dite et redite le 30 octobre par un médecin-légiste fameux, et que diverses vidéos compilent sur Youtube les dernières nouvelles et les documents d’archives de la relance de l’affaire où tout le monde y passe, aussi bien les Clinton que Trump.

Ainsi y a-t-il comme une tentative de faire sortir cette affaire de la naphtaline-moraline où les dynamiques habituelles du Système d’étouffement automatique de cette sorte d’ordure puante, appuyées sur les forces d’inertie curieusement créées par le rythme stupéfiant des nouvelles (comme si la vitesse entraînait l’oubli de la chose instantanée dans l’immobilisme de la réflexion réduite au Rien), l’avaient rangée comme dans un passé qui n’eut jamais vraiment lieu. Et puis voilà, le passé resurgit, et avec lui les épouvantables entreprises de complotisme que le Système ne cesse de dénoncer, surtout depuis 9/11, archétype de la chose, monument commémoratif de la tactique favorite du Système qui est de classer dans le rubrique “complotisme” toute mise en cause de son simulacre de légitimité, de son autorité-bouffe... On verra où tout cela nous mènera, sinon en notant qu’entretemps, pour le temps présent, c’est un peu plus de désordre, un peu plus de sauve-qui-peut et du “c’est pas moi c’est l’autre”, un peu plus de cette division et de cette parcellisation dans le Système selon la fameuse formule du futur Général de Gaulle de La discorde chez l’ennemi.

Dans l’attente et pour l’immédiat, voici encore quelques réflexions entre amis, suscité par cet épisode d’où il ressort que personne, nulle part, chez eux sans aucun doute, n’est à l’abri, de moins en moins, d’un retour de bâton et d’un coup du sort.

• La farce du “complotisme” est vraiment devenue un énorme boomerang manié avec délice, et pas mal de courage sans nul doute, par les “lanceurs d’alerte” qui s’en payent des tranches... Et contre cela, ils, – les employés et zombieSystème, – sont désormais divisés, parce que le résultat de cette sorte de “complotisme en retour” frappe ceux des zombieSystème qui sont impliqués et épargne les autres, conduisant les seconds, par simple acte de prudence-PC et tactique de consolidation de son petit bastion personnel, à en remettre des tonnes sur l’infamie et l’ignominie des premiers... D’où du désordre, encore plus de désordre, toujours plus de désordre dans cette surpuissance colossale (le Système) qui fonctionne victorieusement lorsque tout son rangement intérieur des cohortes de zombieSystème marchent au pas cadencé de l’unification sans le moindre accroc, sans le moindre frissonnement dans les rangs, sans un seul cheveu qui dépasse et fasse désordre. 

• Du coup, on ne distingue plus qui est vraiment anti-Trump, anti-Clinton, antiféministe, pseudo-raciste et pseudo-antiraciste, pseudo-multicuturaliste et anti-communautariste, pro-russe et anti-chinois, agent de Kiev et agent double, sioniste et antisémite, hyper-néocapitaliste et anti-Wall Street, etc. Des alliances de hasard se font et se défont sans qu’aucun des protagonistes ne comprenne pourquoi. Par conséquent et dans ce trouble profond, la seule chose que je vois qui me paraît intéressante, et qui poursuit en l’amplifiant sublimement ce qui précède, c’est le débouché de toutes ces agitations qui farandolent comme on danse Saint-Guy sur le désordre, le Grand Désordre, le pur désordre, qui est, dans la conjoncture actuelle, de l’antiSystème pur sucre. Il est vrai que voir AOC dans les bras d’un O’Keefe, ne serait-ce que pour une heure ou deux sous les applaudissements de Robach et le sourire contraint du CA de Disney Inc., est particulièrement, à la fois productif et roboratif.

Jeudi dernier, lors de l’émission-TV Daily Show, Hillary Clinton invitée avec sa fille Chelsea pour leur bouquin commun, s’est trouvée soudain devant une question inattendue du présentateur pourtant très amical, très progressiste-sociétal et très-PC, Trevor Noah : « Je dois vous poser une question qui me tourmente depuis un certain temps : comment avez-vous tué Jeffrey Epstein ? » Éclat de rire de l’ex-belle Première Dame, ce qui est sa réaction instinctive lorsqu’on lui parle d’un assassinat qui la concerne tout à fait directement ; et Noah de poursuivre, pour aussitôt montrer qu’il ne faisait que plaisanter pour mieux mettre en valeur la vertu et le courage d’opprimée et de martyrisée de son invitée : 

« Vous semblez être derrière tout ce qui est néfaste, et pourtant vous n'utilisez pas [ce pouvoir] pour devenir présidente... [...] Qu’est-ce que cela vous fait d’être la croquemitaine de la droite et d’être l’objet de tant de théories conspirationnistes ? »

— Eh bien, c'est une surprise constante pour moi... parce que les choses qu'ils disent, – et maintenant, bien sûr, c'est pire que jamais avec internet et l’intervention en ligne, – sont tellement ridicules, au-delà de toute imagination que je pourrais avoir... »

C’était pure prémonition puisque tout est double langage, simulacre et inversion chez elle... Car enfin, comment cette diablesse de femme, décidément insubmersible avec son éclat de rire carnassier et plein de dents, avait-elle deviné qu’une conspiration de plus allait être mise à jour dans l’antre la plus convenable et sérieuse du legs du grand serviteur de la Vertu conspirationniste que fut Walt Disney ? 

  • 7 novembre 2019 à 00:00

Taine et l’élite festive en 1789

Par info@dedefensa.org

Taine et l’élite festive en 1789

L’irréprochable Régis de Castelnau se moque des bourgeois cathos qui vont manifester contre la MPA et revoter Macron après. Mais ces bourgeois se fichent là de leur tradition, car le Figaro-madame encense les homosexuelles mariées-cathos-bourgeoises… Rabelais en avait rêvé, la bourgeoise l’a fait :elle est folle à la messe et à la fesse.

Bien avant l’époque dénigrée par Philippe Muray, l’élite française s’adonnait à l’île aux plaisirs et aux fêtes galantes ; car l’Ancien régime finissant voulait surtout s’amuser, quoiqu’en aient pensé mes maîtres Maistre ou Bonald. Dans son volume sur l’Ancien Régime, qui brasse bien sûr d’autres sujets (mais celui de la fête nous intéresse ici), Hippolyte Taine écrit déjà :

« Ajoutez l’absence des causes qui font la tristesse moderne et mettent au-dessus de nos têtes un pesant ciel de plomb. Point de travail âpre et précoce en ce temps-là ; point de concurrence acharnée ; point de carrières indéfinies ni de perspectives infinies. Les rangs sont marqués, les ambitions sont bornées, l’envie est moindre. L’homme n’est pas habituellement mécontent, aigri, préoccupé comme aujourd’hui. On souffre peu des passe-droits là où il n’y a pas de droits ; nous ne songeons qu’à avancer, ils ne songent qu’à s’amuser. Au lieu de maugréer sur l’Annuaire, un officier invente un travestissement de bal masqué ; au lieu de compter les condamnations qu’il a obtenues, un magistrat donne un beau souper… »

Eh oui, après Napoléon et « notre révolution manquée » (Bernanos), le Français se fera rentier-ronchon-fonctionnaire (Cochin).  En attendant, c’est la fête du soir au matin, aux moins pour le privilégié surendetté – la condition du paysan décrite par Taine relevant bien sûr du cauchemar, qui n’est pas notre sujet.

Taine donc et l’île aux plaisirs aristocratiques :

« On y fait de la musique en plein air, au clair de lune, Garat chante et le chevalier de Saint-Georges joue du violon. À Morfontaine, « le comte de Vaudreuil, Lebrun le poète, le chevalier de Coigny, si aimable et si gai, Brongniart, Robert, font toutes les nuits des charades et se réveillent pour se les dire ». À Maupertuis chez M. de Montesquiou, à Saint-Ouen chez le duc de Nivernais, à Saint-Germain chez le maréchal de Noailles, à Gennevilliers chez le comte de Vaudreuil, au Raincy chez le duc d’Orléans, à Chantilly chez le prince de Condé, ce ne sont que fêtes. On ne peut lire une biographie, un document de province, un inventaire du temps, sans entendre tinter les grelots de l’universel carnaval. »

Et le clergé ne vaut guère mieux après un siècle de Lumières. L’homo festivus s’en donne à cœur joie, même en soutane :

« Quant à la soutane, elle a les mêmes libertés que la robe. À Saverne, à Clairvaux, au Mans et ailleurs, les prélats la portent aussi gaillardement qu’un habit de cour. Pour la leur coller au corps, il a fallu la tourmente révolutionnaire, puis la surveillance hostile d’un parti organisé et la menace d’un danger continu.

Jusqu’en 1789, le ciel est trop beau, l’air est trop tiède, pour qu’on se résigne à se boutonner jusqu’au cou. « Liberté, facilité, monsieur l’abbé, disait le cardinal de Rohan à son secrétaire ; sans cela nous ferions de ceci un désert. »

Beaumarchais écrivit même à propos de Figaro :

« Il y a quelque chose de plus fou que ma pièce, disait l’auteur lui-même, c’est son succès. »

Un siècle après Pascal, voilà où nous en sommes donc :

« Se divertir, c’est se détourner de soi, s’en déprendre, en sortir ; et, pour en bien sortir, il faut se transporter dans autrui, se mettre à la place d’un autre, prendre son masque, jouer son rôle. Voilà pourquoi le plus vif des divertissements est la comédie où l’on est acteur. C’est celui des enfants qui, tout le long du jour, auteurs, acteurs, spectateurs, improvisent et représentent de petites scènes. C’est celui des peuples que leur régime politique exclut des soucis virils et qui jouent avec la vie à la façon des enfants. À Venise, au dix-huitième siècle, le carnaval dure six mois ; en France, sous une autre forme, il dure toute l’année. »

On est antiraciste, écologiste à ses heures perdues :

« Aussi l’exaltation qui commence ne sera guère qu’une ébullition de la cervelle, et l’idylle presque entière se jouera dans les salons. – Voici donc la littérature, le théâtre, la peinture et tous les arts qui entrent dans la voie sentimentale pour fournir à l’imagination échauffée une pâture factice.

Rousseau prêche en périodes travaillées le charme de la vie sauvage, et les petits-maîtres, entre deux madrigaux, rêvent au bonheur de coucher nus dans la forêt vierge. »

On a vu ces danseurs à poil à Bordeaux en 2014 pour célébrer les fêtes galantes des Rameau… Avant de ronchonner –si vous l’avez fait – contre cette provocation, lisez Taine : il parle aussi des fêtes polissonnes et pré-Epstein…

On adore les grands travaux ridicules :

« Par suite, dans tous les détails de la vie privée, la sensibilité étale son emphase. On bâtit dans son parc un petit temple à l’Amitié. On dresse dans son cabinet un petit autel à la Bienfaisance. On porte des robes à la Jean-

Jacques Rousseau « analogues aux principes de cet auteur ». On choisit pour coiffure « des poufs au sentiment », dans lesquels on place le portrait de sa fille, de sa mère, de son serin, de son chien, tout cela garni des cheveux de son père ou d’un ami de cœur ».

Tout devient spectacle d’opérette, même la guerre est ludique :

« Chaque chevalier a son « frère d’armes », chaque dame a son amie, chaque membre a sa devise, et chaque devise, encadrée dans un petit tableau, va figurer dans « le Temple de l’Honneur », sorte de tente très galamment décorée et que M. de Lauzun a fait dresser au milieu d’un jardin  — La parade sentimentale est complète, et, jusque dans cette chevalerie restaurée, on retrouve une mascarade de salon. »

Il y aura un prix à payer, l’impuissance devant la violence….

« C’est que, plus les hommes se sont adaptés à une situation, moins ils sont préparés pour la situation contraire. Les habitudes et les facultés qui leur servaient dans l’état ancien leur nuisent dans l’état nouveau. En acquérant les talents qui conviennent aux temps de calme, ils ont perdu ceux qui conviennent aux temps de trouble, et ils atteignent l’extrême faiblesse en même temps que l’extrême urbanité. Plus une aristocratie se polit, plus elle se désarme, et, quand il ne lui manque plus aucun attrait pour plaire, il ne lui reste plus aucune force pour lutter. – Et cependant, dans ce monde, on est tenu de lutter si l’on veut vivre. »

Et aussi une certaine ineptie bien festive :

« Les voilà donc qui, déjà abusés par l’étroitesse de leur horizon ordinaire, fortifient encore leur illusion par l’illusion de leurs pareils. Ils ne comprennent rien au vaste monde qui enveloppe leur petit monde ; ils sont incapables d’entrer dans les sentiments d’un bourgeois, d’un villageois ; ils se figurent le paysan, non pas tel qu’il est, mais tel qu’ils voudraient le voir. »

Taine cite Georges Sand :

« Toutes ces belles dames et ces beaux messieurs qui savaient si bien marcher sur les tapis et faire la révérence ne savaient pas faire trois pas sur la terre du bon Dieu sans être accablés de fatigue. Ils ne savaient pas même ouvrir ou fermer une porte ; ils n’avaient pas la force de soulever une bûche pour la mettre dans le feu : il leur fallait des domestiques pour leur avancer un fauteuil ; ils ne pouvaient pas entrer et sortir tout seuls. Qu’auraient-ils fait de leurs grâces, sans leurs valets pour leur tenir lieu de mains et de jambes ? » (G. Sand. V, 61.) »

Même devant la guillotine ce monde masqué pérorera :

« L’éducation toute-puissante a réprimé, adouci, exténué l’instinct lui-même.

Devant la mort présente, ils n’ont pas le soubresaut de sang et de colère, le redressement universel et subit de toutes les puissances, l’accès meurtrier, le besoin irrésistible et aveugle de frapper qui les frappe. Jamais on ne verra un gentilhomme arrêté chez lui casser la tête du jacobin qui l’arrête. Ils se laisseront prendre, ils iront docilement en prison; faire du tapage serait une marque de mauvais goût, et, avant tout, il s’agit pour eux de rester ce qu’ils sont, gens de bonne compagnie. En prison, hommes et femmes s’habilleront avec soin, se rendront des visites, tiendront salon ; ce sera au fond d’un corridor, entre quatre chandelles ; mais on y badinera, on y fera des madrigaux, on y dira des chansons, on se piquera d’y être aussi galant, aussi gai, aussi gracieux qu’auparavant… »

Ce monde était irréel :

« Devant les juges, sur la charrette, ils garderont leur dignité et leur sourire ; les femmes surtout iront à l’échafaud avec l’aisance et la sérénité qu’elles portaient dans une soirée. »

Citons le traditionaliste Frithjof Schuon pour conforter ce point de vue de Taine :

« Les monarques européens du XIXe siècle firent des efforts quasi désespérés pour endiguer la marée montante de la démocratie, dont ils étaient devenus déjà, partiellement et malgré eux, des représentants ; efforts vains en l’absence du poids opposé qui seul eût pu rétablir la stabilité, et lequel n’est autre que la religion, seule source de légitimité et de force des princes. On luttait pour le maintien d’un ordre en principe religieux, et on représentait cet ordre sous des formes qui le désavouaient ; les costumes même des rois, et toutes les autres formes dans lesquelles ils vivaient, criaient le doute, le « neutralisme » spirituel, la mise en veilleuse de la foi, la mondanité bourgeoise et terre à terre. Cela était vrai déjà, à un moindre degré, au XVIIIe siècle, où l’art vestimentaire, l’architecture et l’artisanat exprimaient, sinon des tendances démocratiques, du moins une mondanité sans grandeur et étrangement doucereuse ; à cette incroyable époque, tous les hommes avaient l’air de laquais - les nobles d’autant plus qu’ils étaient nobles - et une pluie de poudre de riz semblait s’être abattue sur un monde de rêve ; dans cet univers à moitié gracieux et à moitié méprisable de marionnettes, la Révolution, qui ne fit que profiter d’un suicide préalable de l’esprit religieux et de la grandeur, ne pouvait pas ne point éclater ; le monde des perruques était par trop irréel. Des remarques analogues s’appliquent - avec les atténuations qu’exigent des conditions encore éminemment différentes - à la Renaissance et même à la fin du Moyen Age ; les causes de la glissade vers le bas sont toujours les mêmes au regard des valeurs absolues. »

Notre bobo ou catho postmoderne festif, endetté, maniéré, asexué et théâtral, est-il préparé à son châtiment ? Nous le saurons bientôt…

 

Sources 

Hippolyte Taine - Les origines de la France contemporaine, l’Ancien Régime, livre deuxième, chapitres 2 et 3 (classiques.uqac.ca)

Frithjof Schuon - Regards sur les mondes anciens (archive.org)

  • 6 novembre 2019 à 00:00

Liquider complètement la CIA et le FBI ?

Par info@dedefensa.org

Liquider complètement la CIA et le FBI ?

On sait que le site SST (Sic Semper Tyrannis) du colonel Pat Lang, ancien officier de la DIA, est particulièrement influent dans la communauté du renseignement (IC, pourIntelligence Community), dans sa partie non infectée par l’évolution depuis 9/11, contre l’autre partie de l’IC devenue absolument séditieuse et jouant aujourd’hui un rôle stupéfiant d’animatrice d’un “coup d’État permanent” contre le président des États-Unis. On dit même, selon des sources qui stupéfierait et mettrait en ébullition nos organes de censure institués par la liberté de la presse, – type “Decodex” du très-vertueux Le Monde, – que SST est régulièrement consulté par celui qui reste pour l’instant et officiellement le président des États-Unis.

D’où l’importance, de notre point de vue, de ce commentaire du 4 octobredu colonel Lang lui-même, mais parlant en son nom et en celui d’un des principaux animateurs du site, l’anonyme “TTG”. (L’association des deux signale, à leurs yeux, l’importance qu’ils veulent accorder à ce texte.) Le titre lui-même dit tout à cet égard, puisqu’il ne s’agit de rien moins au bout du compte que de proposer de “raser jusqu’aux fondations” la CIA et le FBI, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien : « Burn CIA and FBI to the ground? Start over? » (On comprend que, dans ce cas bien entendu, poser les questions c’est y répondre.)

Si l’on considère le sérieux du site, la qualité de son lectorat, son influence dans l’IC, on comprend que Lang ne pose pas ces questions à la légère. En fait, il n’a jamais envisagé de proposer de telles mesures dans aucun de ses textes, et cela montre l’aspect pressant et gravissime de son analyse, et cela reflétant un climat qui ne cesse de s’aggraver jusqu’à la demande de mesures extrêmes au sein de la partie saine de l’IC, par exemple autour de groupements tels que les VIPS(“Veteran Intelligence Professionals for Sanity”).

Dans le texte référencé, Lang signale quelques-unes des plus énormes erreurs de ces services de renseignement et de contre-espionnage, notamment dans les quelques années avant 9/11 et depuis. Lang ne laisse aucune place aux hypothèses de manipulation, de falseflag, etc., s’en tenant à un raisonnement hors de toute position polémique pour simplement juger des capacités des services, et surtout, depuis quelques années, de leur subversion par rapport au pouvoir légal élu, de leur sédition par rapport à l’ordre public aux États-Unis, de leur forfaiture par rapport à la Constitution ; il va jusqu’à en faire une sorte de “police politique” comme il en existe dans les systèmes totalitaires, au service d’une tendance politique subversive et séditieuse.

(Ce n’est pas pour rien que ce texte offre en illustration la reproduction d’un simple timbre émis par l’URSS au début des années 1920. Les connaisseurs reconnaîtront le visage de Felix Dzerjinski, créateur en 1918 de la Tchéka, premier nom de la police politique soviétique comprenant les administrations du Goulag et de la terreur policière intérieure. Au bout du compte de l’URSS, c’est le KGB qui assura l’héritage de la Tchéka après la période stalinienne.)

Considérant ce qui précède à propos des erreurs nombreuses des services, le dernier point, le point 5, mentionné dans la liste des accusations lancées contre les deux agences mises en cause (CIA et FBI), est bien entendu le point le plus important, celui qui signale la sédition et la forfaiture : « Et puis il y a la situation trouble actuelle concernant les dirigeants de la Communauté du renseignement, Brennan, Clapper, etc. et les dirigeants du FBI. Il est clair que quoi qu’ils aient fait exactement, ils ont pris le parti de combattre le président élu et en fonction Donald Trump, également candidat pour 2020. »

A partir de ces constats soulignés par son sempiternel IMO (“In My Opinion”), Lang s’adresse à ses lecteurs dans son style inimitable qui rappelle certaines complicités entre-soi du temps de la DIA, en les interpellant sous le vocable très Amérique-des-origines de “pilgrims”.

« Dites-moi, pèlerins, pourquoi nous devrions supporter de telles absurdités ? Pourquoi devrions-nous payer les dirigeants de ces organismes pour le privilège de les voir abuser de nous ? Nous sommes des hommes et des femmes libres. Envoyons ces porcs dans les déserts qu’ils méritent, dans un monde où ils devront travailler dur pour gagner de l'argent.
» TTG et moi sommes d'accord que la première chose à faire est de dépouiller la CIA de tout rôle qu'elle joue encore dans le monde de l'action secrète[AC, ou Covert Action]. L’AC comprend toutes les mesures autres que la guerre, mais plus violentes que la diplomatie, qui sont prises pour mettre en œuvre la politique étrangère légale des États-Unis.  La CIA ne devrait pas avoir cette mission, qu'elle partage avec les forces armées depuis le 11 septembre 2001.  La mission actuelle de la CIA est de servir de principal service clandestin américain, soutenu par l'armée.  Dans ce rôle, ils sont censés recruter des étrangers pour espionner pour nous mais aussi pour diriger une grande partie de la CA. Pour tous ceux qui les ont vus essayer de le faire pendant de nombreuses décennies, il est évident qu’ils n’ont tout simplement pas les compétences requises. Les regarder agir, c'est comme regarder un singe essayer de jouer au tennis sans raquette. Dans leurs efforts pour se conformer à cette mission, les dirigeants civils de la CIA embauchent des gens qui ont déjà été soldats et qui cherchent un autre emploi et ils débauchent aussi des jeunes soldats des forces spéciales de l'armée.  Pourquoi ne pas éliminer l’“intermédiaire” dans le processus et faire en sorte que les militaires dirigent l'AC ?
» On peut soutenir que le FBI, qui est à l'origine une création du cerveau pervers de J. Edgar Hoover (il avait amassé des dossiers sur les politiciens américains afin de les contrôler) et la CIA, un artefact de la guerre froide (qui avait TOUJOURS trop de pouvoir), devraient simplement être démantelés en tant qu’institution et remplacés par des organes gouvernementaux plus représentatifs de nos valeurs nationales collectives.
» Le pays a besoin d'un service de police et de contre-espionnage qui obéit à la loi. Le pays a besoin d’un petit organisme pour effectuer des pénétrations stratégiques de menaces étrangères importantes.
» Faut-il confier les missions de la CIA et du FBI à des structures existantes telles que le US Marshal’s Service et/ou la DIA ou faut-il construire de nouveaux groupes avec de meilleurs contrôles qui leur seraient imposés ?
» J'attends avec impatience la discussion. Pl »

La modération très professionnelle du propos énoncé au nom d’un patriotisme américaniste au-dessus de tout soupçon, modération sans aucun doute voulue malgré la sévérité des verdicts rendus sur les actions des services concernés, contraste avec la radicalité extrême de la mesure recommandée. C’est là, sans aucun doute, qu’on voit la gravité de l’affrontement interne aux USA (à “D.C.-la-folle”), du fait que la logique la plus encadrée par le professionnalisme, la plus retenue par un patriotisme strict, – la plus “modérée” dirait-on, – aboutit à la recommandation de mesures qui ne peuvent être objectivement jugée que comme étant d’un extrémisme révolutionnaire. Aujourd’hui, la logique la plus “modérée” conduit, sans se pervertir en aucune façon, à recommander l’“extrémisme révolutionnaire” ; sans jouer sur les mots, on dira que ce cheminement de la logique modérée accouchant l’extrémisme est extrêmement logique puisque nous vivons le temps de l’Inversion parfaite jusqu’à l’entropisation.

Cela étant apprécié de la sorte, – notre “IMO” à nous, pour employer le langage du colonel Lang, – il y a des enseignements politiques plus concrets qu’une certaine intuition, ou une intuition certaine après tout, vous pousserait à proposer. La situation décrite par Lang de la sédition et de la forfaiture, après quatre années agitées où cet activisme subversif des organisations impliquées à fourni toutes les preuves de son existence, a désormais une forme structurelle qui en fait une  vérité-de-situation que nul ne peut plus ignorer tout simplement parce qu’elle est devenue trop grave pour être ignorée. C’est dire qu’on a dépassé les bornes de la seule communication, même si cette évolution est essentiellement due à la puissance de la communication (IC, DeepState, etc.), pour nous retrouver sur le territoire de l’affrontement inévitable. On doit en déduire que cet affrontement peut et devrait prendre des formes de tension révolutionnaire qui s’apparenteront à une lutte sans merci pour le pouvoir.

En d’autres mots, cette sédition et cette forfaiture relèvent désormais d’une insurrection à ciel ouvert des organismes désignés par Lang. Pour prendre la possibilité la plus tragique, nous dirions que la situation ne pourrait plus se dénouer, en prenant l’hypothèse de l’avantage des organes séditieux, par l’élimination physique d’un Trump comme on élimina physiquement Kennedy (et peut-être même qu’il faudrait considérer une acte de destitution comme une forme d’“élimination physique”) ; mais au contraire, que cette “élimination physique” conduirait immanquablement à l’installation d’une situation opérationnelle de guerre civile introduisant à des affrontements de cette sorte, où des organes du gouvernement de sécurité nationale s’affronteraient entre eux. A l’inverse, c’est-à-dire dans le cas où Trump passerait l’obstacle de la destitution et gagnerait sa réélection, notre appréciation est que son second mandat s’ouvrirait sur l’inévitable affrontement déjà en cours avec les organisations séditieuses qui, bien entendu, n’accepteraient jamais la solution que Lang suggère.

Décidément, l’élection USA-2020 se présente bien pour s’imposer comme l’élection de tous les effondrements. Dans cette perspective l’élection USA-2016 de Donald Trump, jugée pourtant comme si extraordinaire, sans précédent ni équivalent, n’apparaît que comme une mise en bouche.

 

Mis en ligne le 5 novembre 2019 à 13H55

  • 5 novembre 2019 à 00:00

“Bizarre, vous avez dit ‘bizarre’” ? 

Par info@dedefensa.org

“Bizarre, vous avez dit ‘bizarre’” ? 

... « Comme c’est bizarre », poursuivait Louis Jouvet sur un ton coupant comme lui seul savait avoir, devant un Michel Simon bredouillant comme lui seul savait faire. “Bizarre” se dit notamment “Weird” en anglo-américain, et donc “Weirder” signifiant “plus bizarre” comme dans “de plus en plus bizarre”. C’est Caitline Johnstone qui utilise ce mot dans son texte du 1ernovembre 2019 intitulé « Les choses vont être de plus en plus bizarres » (« Things Are Only Going To Get Weirder »).

Ce texte est à placer dans la catégorie des réflexions des commentateurs critiques (antiSystème ? dissidents ?) de l’évolution catastrophique actuelle (la Grande Crise de l’Effondrement du Système ), qui font depuis des années le tour des symptômes de cet effondrement et décident pour ce cas, et ils le feront de plus en plus souvent parce que les Derniers Temps nous pressent, de décrire le processus de l’effondrement dans la perspective de l’au-delà de l’effondrement. Nous-mêmes, nous abordons assez régulièrement ce thème puisque désormais l’idée des suites et des conséquences de l’effondrement ne peut que prendre une place centrale dans la réflexion. 

Johnstone décrit une réflexion concentrée autour de la notion de pattern (que nous traduisons par “modèle” et que nous pourrions également désigner sous le mot de “structure”/[“structure principielle”] accordé à notre propre arsenal dialectique), selon l’idée de la nécessité pour les êtres humains de s’inscrire dans des “modèles” pré-existant pour vivre en société, mais aussi désormais de la pressante nécessité (très difficile, voire inconsciente) de détruire certains de ces “modèles” parce qu’ils s’avèrent faussaires et mauvais, et en un sens absolument mortels et porteurs d’entropisation. Ce que Johnstone qualifie de “bizarres”, ce sont tant d’événements stupéfiants, inexplicables, incompréhensibles qui défilent sous nos yeux ; Johnstone en promet encore bien d’autres, parce qu’il s’agit justement d’événements qui signalent la destruction de ces “modèles” “faussaires et mauvais, et en un sens absolument mortels et porteurs d’entropisation”.

Les conceptions de Johnstone se rapprochent de celles que nous avons trouvées si séduisantes et si correspondantes aux nôtres pour comprendre la situation crisique générale présente dans le livre de de Mircea Marghescu (Homunculus, Critique dostoïevskienne de l’anthropologie), représentant un “modèle dostoïevskien” de critique radicale de la modernité. De même que nous faisons en diverses occasions sans pouvoir en préciser plus, Johnstone en appelle dans son raisonnement, pour soutenir son jugement général qui est celui de l’effondrement/post-effondrement du Système, à des “références irrationnelles”, – ou plutôt que la raison-subvertie qualifierait avec horreur d’“irrationnelles” dans le langage-PC : « Il y a une intelligence qui dirige les choses derrière les bruits des narrative bavardes auxquelles nous sommes sensibles...[...] ...cette mystérieuse intelligence directrice qui anime la scène du monde bien au-delà des diarrhées verbales... »

dde.org

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... De plus en plus bizarre

Les choses deviennent de plus en plus étranges. Si vous aviez dit à quelqu'un, il y a dix ans, que Dennis Rodman aiderait un jour à négocier la paix entre la Corée du Nord et le président Donald Trump, il aurait cru que vous décriviez un film bizarre conçu par Mike Judgeou les gars de South Park. Mais dans ce cas, il s’agit d’une  vraie nouvelle.

Tout ce qui s'est passé ces dernières années a été bizarre. Le comportement des médias de masse a été bizarre, Russiagate c’était bizarre, Ukraingate c’est bizarre, un ancien candidat présidentiel accusant un candidat présidentiel actuellement président de travailler pour le Kremlin c’est bizarre, les gens accusant constamment des étrangers sur Internet d'être des agents russes c’est bizarre, les factions du gouvernement américain divulguant constamment des informations contre les autres factions du gouvernement américain c’est bizarre, le DNC se faisant prendre à manipuler leurs primaires c’est bizarre, La défaite d'Hillary Clinton aux élections c’est bizarre, l'empoisonnement au Skripal c’est  bizarre, les représentants du gouvernement américain tweetant ouvertement sur leur coup d'État au Venezuela c’est bizarre, la narrative-simulacre de l’effondrement syrien c’est bizarre, l'arrestation d'Assange c’est bizarre, la campagne pour censurer Internet c’est bizarre, – et je ne vous cite que les choses que j’ai en tête dans mes propres domaines de spécialisation étroite. N'importe qui d'autre pourrait énumérer des douzaines d'autres nouveaux développements bizarres à partir de leur propre domaine de l’information.

J'entends souvent des gens dans mon métier me dire : “On se remémorera toutes ces conneries et on pensera à quel point c'était bizarre !"

Non, cela ne se passera pas comme ça. Parce que ça va devenir encore plus bizarre.

Ça va devenir encore plus bizarre, parce que c’est ce à quoi ressemble la scène du monde quand les vieux modèles commencent à s’effondrer.

L’esprit humain est conditionné à rechercher des modèles afin d’établir une base structurelle à partir de laquelle on peut envisager des actions futures. Ce cadre perceptif existe pour nous donner la sécurité et la sûreté, de sorte que les perturbations dans les modèles sur lesquels il est basé nous apparaissent comme si bizarres, voire menaçantes sinon effrayantes. Ces perturbations nous donnent un sentiment d'insécurité, parce que notre outil cognitif permettant de rester en contrôle de nous-mêmes semble être devenu inopérant.

Cependant, lorsqu'il s'agit d'une espèce qui a été constamment orientée vers sa propre destruction, une perturbation des modèles est une bonne chose. Nos tendances écocides et bellicistes nous ont amenés à un point où nous nous trouvons aujourd'hui engagés dans la tendance de notre propre extinction, et c'est vers là que nous nous dirigerons certainement si nous continuons à conformer notre comportement sur la trajectoire que nous avons suivie jusqu’ici. Seul un changement radical des modèles peut changer cette trajectoire. Et nous assistons à un changement de modèle.

Bien sûr, l’événement est aussi furieux que l’enfer. La perturbation et la destruction le sont toujours. Montrez-moi seulement quelqu’un qui se sortirait d’une grave dépendance aux drogues dures avec douceur et facilité, sans changement majeur dans sa vie à part l’absence de toxicomanie ; montrez-moi quelqu'un qui s’est débarrassé d’une relation abusive à long terme dont la vie n’en a pas été bouleversée. Les gens voient la sécurité dans les modèles, même les modèles malsains, et ils construisent leurs propres modèles sur les modèles de ceux qui font partie de leur vie. Lorsque certains de ces modèles disparaissent des références des personnes impliquées, la situation peut sembler extrêmement dangereuse pour nombre de ces personnes.

Lorsque les modèles commencent à disparaître, on peut avoir l'impression que les choses empirent. Parce qu’un modèle disparu est une absence de quelque chose et non une chose en soi, les gens ne le voient pas parce que l’esprit humain est naturellement attiré vers les choses et non vers l’absence des choses. Ainsi, leur attention sera attirée sur tout ce qui commence à se passer en l'absence de l'ancien modèle, ce qui ne sera pas nécessairement une chose agréable ou attirante, et ils diront “Oh non ! Les choses empirent maintenant !” Ce n’est pas vraiment le cas. Un modèle malsain a disparu et, en son absence, quelque chose de désagréable s'est mis en place pendant un certain temps. Mais l'absence de l'ancien modèle malsain est une bonne chose et, à long terme, mènera à de bons résultats, tout comme le fait de quitter un mariage violent peut entraîner des difficultés financières et du désarroi psychologique à court terme mais mènera à une prospérité à long terme.

Je suis devenu convaincuedans ma vie personnelle que les humains sont beaucoup plus capables de briser les modèlesqu'ils ne le pensent. Il y a une intelligence qui dirige les choses derrière les bruits des narrative bavardes auxquelles nous sommes sensibles, dont la plupart d'entre nous ne sont pas conscients mais dont je suis convaincue qu’elle fait disparaître les anciens modèles de comportement de notre espèce, à la fois collectivement et individuellement.

Nous sommes tous conscients mentalement que les choses doivent changer par rapport aux modèles dans lesquels nous nous sommes engagés collectivement, mais nous n'avons pas été en mesure d'apporter ces changements parce que nos efforts pour le faire découlent des mêmes modèles de conditionnement qui nous ont mis dans ce pétrin au départ. Nos modèles nous ont conduits à des révolutions violentes, mais ces révolutions ont mené ont simplement à des gouvernements qui finissent par perpétuer les mêmes vieux modèles que nous voulions liquider. Nos modèles ont conduit à des mouvements politiques non-violents, mais ceux-ci ont fini par être récupérés et leur énergie a servir à renouveler la même modélisation. Bien qu'on nous ait dit au long des siècles que le véritable ennemi est le Roi ou l’Empereur ou l’aristocratie ou les juifs ou les communistes, le véritable ennemi dissimulé a toujours été notre propre tendance conditionnée à répéter les mêmes modèles de comportement collectif.

C'est ce qui semble s'évaporer. Non pas parce que quelqu'un a eu l'idée de l’Idéologie Politique Suprême, non pas parce qu'un révolutionnaire intelligent a élaboré le Plan Décisif pour pulvériser le statu quo, non pas parce que des tueurs expérimentés ont liquidé ceux qui étaient au pouvoir et les ont remplacés par eux-mêmes, mais parce que cette mystérieuse intelligence directrice qui anime la scène du monde bien au-delà des diarrhées verbales fait disparaître nos modèles d’une façon telle que nous ne voyons rien se faire parce que nous n’avons pas la capacité de nous préoccuper des absences (celles des modèles qui sont détruits). 

L'observation du fait évident que l'humanité est profondément conditionnée est ce qui a conduit à des débats philosophiques à travers les âges à propos de l'existence du libre arbitre. Comment une espèce aussi redevable à ses modèles pré-conditionnés peut-elle avoir la liberté de choix dans ses actions ? D’après mon expérience, la réponse est qu’il y a quelque chose d’actif en chacun de nous qui offre la possibilité de se défaire des vieux modèles. Nous n'avons aucun libre arbitre quant à la façon dont un comportement conditionné donné se déroulera tant que nous le conserverons, mais il y a quelque chose en chacun de nous qui est capable d’ouvrir la porte de l’esprit pour en expulser complètement une habitude mentale. C'est la seule mesure dans laquelle on peut dire que le libre arbitre existe.

Parfois je me demande si le monde tel que nous le connaissions s'est vraiment terminé en décembre 2012 comme l'avaient prédit tant de mystiques, de médiums et de psychonautes. Pas dans un holocauste nucléaire ou un météore géant évidemment, mais par le début de la destruction de la colle qui maintient les modèles de comportement humain en place. Il n'y a certainement pas eu d'élection présidentielle américaine normale depuis cette date, et il ne semble pas y en avoir à l'horizon dans un avenir prévisible. Les choses sont devenues de plus en plus étranges depuis, et cette tendance semble s'accélérer plutôt que de ralentir.

Les choses sont bizarres, et elles vont devenir de plus en plus bizarres. Bouclez vos ceintures, camarades.

Caitline Johnstone

  • 4 novembre 2019 à 00:00

Métahistoire d’un mot

Par info@dedefensa.org

Métahistoire d’un mot

4 novembre 2019 – J’avais choisi pour le titre de  l’article d’hier sur Boeing, presque sans y réfléchir, le mot de “cataracte”. Pour moi, ce mot était absolument identifié à “cascade”, pour indiquer un mouvement puissant de chute d'une intense fluidité et d’un puissant emportement dont Boeing est absolument le prisonnier... Soudain, le texte mis en ligne, et moi-même y revenant l’une ou l’autre fois pour quelques vérifications, soudain l’irrésistible doute me saisit. La mémoire, à mon âge, n’est pas à son aise dans les choses banales et immédiates, et elle peut perdre pied en une seconde, temporairement mais sans avertissement ni appel, avant de se retrouver par inadvertance, dix minutes plus tard, lorsqu’on n’a plus besoin d’elle.

J’ai donc été saisi d’un doute affreux concernant le mot “cataracte” et j’allais aussitôt consulter l’ami-qui-sait-tout, le faux-ami, le traître et le faux-frère, la dernière production du diable américaniste, Google itself. Que dit donc Google de “cataracte” ? Mes doutes les plus affreux sont confirmés. Il n’est question que de cette affection de l’œil, nullement de “cascade” comme je pensais qu’on en trouve sous ce nom dans les fleuves tumultueux, cela constituant l’image que je cherchais initialement pour Boeing (un énorme “long fleuve tranquille du capitalisme” soudain transformé en une ‘cataracte’ évidemment crisique et incontrôlable).

L’inévitable Wikipédia nous assène ainsi, et doctement :

« La cataracte est l’opacification partielle ou totale du cristallin, lentille convergente située à l'intérieur de l'œil. Cette opacification est responsable d'une baisse progressive de la vue, au début accompagnée de gêne à la lumière (photophobie). Cette baisse de la vision peut être rapide (quelques semaines) si elle est causée par un traumatisme. »

Diablement troublé, voire un instant affolé, dans tous les cas oubliant ma sûreté initiale, je me préparais à changer le titre en “La cascade de Boeing” ; tout de même, une dernière vérification avant l’application de la peine... Je vais voir à “cascade”, toujours chez Google, en en cherchant les synonymes ; et j’y trouve effectivement “cataracte”, et mon humeur est à nouveau bouleversée, dans l’autre sens, tandis que ma vénérable mémoire fait la faraude, dans le genre “Je te l’avais bien dit, vieil homme qui doute de tout et surtout de moi”. J’obtins ceci, une autre définition (dont je conserve les liens à la différence de la définition précédente qui ne nous intéresse pas dans ses entrelacs médicaux), pour le même mot, exactement à ma convenance :

« Cataracte (du grec kata, en bas, et rassô, briser), nom donné à la chute d'un  fleuve, lorsque, une dépression subite de son lit amenant une grande différence de niveau, les eaux tombent avec fracas d'une hauteur considérable et sur une grande largeur. Il est synonyme de catadoupe, mot emprunté également aux Anciens, et du mot chute, et doit être réservé aux fleuves dans lesquels ce phénomène se produit avec une grande puissance. La plus belle cataracte est le  Niagara, en  Amérique du Nord. »

Ainsi étais-je rassuré, et le titre pouvait donc rester en l’état, ô combien : Boeing confronté au Niagara par la grâce du titre, voilà qui correspondait parfaitement au sens du texte. Cependant, je ne m’en tins pas là. L’incident apaisé et réflexion rapidement faite, un autre constat s’imposa à moi. Je réalisai alors que, non seulement “cataracte” (cascade massive) convenait mais bien plus encore, que les deux sens du mot “cataracte” se complétaient à merveille pour parfaitement rendre compte du sens du  texte :
d’une part, cette description physique et dynamique de la crise Boeing par une image parfaite de roulement et de chute, « une dépression subite de son lit amenant une grande différence de niveau, les eaux tombent avec fracas d'une hauteur considérable et sur une grande largeur » ;
d’autre part, une description pathologique symbolisant parfaitement un état psychologique lui-même pathologique d’aveuglement de la perception, complétant la définition de la crise : « une baisse progressive de la vue, au début accompagnée de gêne à la lumière (photophobie). Cette baisse de la vision peut être rapide (quelques semaines) si elle est causée par un traumatisme ».

Les mots du langage nous guident dans la nuit des temps et le fracas du monde, dit le logocrate que je suis. Comme ne cesse de le rappeler dans le Forum notre inlassable chroniqueur “JC” virevoltant entre Thom et Guénon, effectivement je suis invinciblement convoqué par le sens même et si profond que George Steiner donne du logocrate (citation que ne cesse de rappeler “J.C.” à mon propos) :

« Le point de vue “logocratique” est beaucoup plus rare et presque par définition, ésotérique. Il radicalise le postulat de la source divine, du mystère de l’incipit, dans le langage de l’homme. Il part de l’affirmation selon laquelle le logos précède l’homme, que “l’usage” qu’il fait de ses pouvoirs numineux est toujours, dans une certaine mesure, une usurpation. Dans cette optique, l’homme n’est pas le maître de la parole, mais son serviteur. Il n’est pas propriétaire de la “maison du langage” (die Behausung der Sprache), mais un hôte mal à l’aise, voire un intrus… »

Même si les sens ne distinguent pas aussitôt les signes puissants et le poids symbolique considérable que souffle l’esprit divin aux mots du langage dans des situations particulières qui y invitent, l’esprit humain, inconsciemment, finit par se soumettre par intuition à leur rangement harmonieux qui est effectivement celui de la lumière jaillissant dans la nuit et du fracas soudain ordonné dans l’équilibre retrouvé du monde. L’expérience si imprévue et si involontaire de “la cataracte Boeing”, qui paraîtrait si dérisoire à certains, me paraît joliment et élégamment convenir à cet égard. C’est comme si, après tout, cet épisode significatif que je viens de conter donnait une grande véracité, une  vérité-de-situation décisive à l’événement décrit (la crise mortelle de la mythologie américaniste au travers de la crise d’effondrement de Boeing, tout cela mêlé en tourbillon crisique). 

  • 4 novembre 2019 à 00:00

La cataracte Boeing

Par info@dedefensa.org

La cataracte Boeing

3 novembre 2019 – Il ne se passe une semaine où une nouvelle vient aviver la plaie béante que le modèle 737 Max-8 a ouverte dans le flanc de ce que le monde entier et civilisé considérait comme un géant inamovibles, invincible, intouchable et indicible à la fois de la mystique aérospatiale, de la technologie avancée et de la sûreté de son emploi, du transport aérien par tous les temps, de la sécurité nationale de l’Empire, du prestige même de la modernité et de son “idéal de puissance, – et accessoirement, à peine, disons du Grand Capitalisme financier et internationale, et des  Neuf Cercles  de corruption qui l’accompagnent après avoir été soigneusement décompté par Dante. Eh bien, rien ne va plus... Le bijou de l’habileté investimentaire et professionnelle de Boeing, un vieux 737 des années soixante retapé en luxueux Max-8 des années 2015 fait aujourd’hui figure de verrue sanglante et puante. Boeing a été une habileté trop loin, lui qui représentait plus qu’aucune autre entité, – et c’est certes le fondement de notre thèse, – la gloire, la puissance et l’excellence de l’Amérique américaniste...

Il y a quelques jours, le CEO et ex-président de Boeing, Dennis Muilenburg, est venu au Congrès  pour se faire insulter par un panel de sénateurs, le bousculant méchamment  comme savent faire les corrompus, – certains par Boeing, – soudain investis de la toge de juge devenu “intouchable démocratique”, surchargée (la toge) de la Vertu de la Grande République.

(Le CA du géant-Boeing a, il y a quatre mois, viré Muilenburg de sa fonction de président, croyant solder la responsabilité de la direction, mais il l’a maintenu CEO. Cette demi-mesure peut s’avérer une erreur stratégique, une de plus, due à l’aveuglement de l’arrogance des géants “too big to jail” [expression signifiant “trop gros pour aller en prison”, selon la formule heureuse, datée de 2013, trouvée par le ministre de la justice d’Obama Eric Holder, un Africain-Américain parfaitement américaniste, donc qui connaît la musique].)

Cet épisode de “Mister Muilenburg goes to Congress”, pour l’audition des 29-30 octobre, n’est certainement pas central dans la tragédie-bouffe de Boeing, mais symboliquement cela laisse des traces. Le site WSWS.org, que nous allons abondamment citer pour pouvoir mieux souligner la dimension qui à notre avis en est absente, a trouvé bonne l’occasion d’analyser et de dénoncer ce qu’il baptise assez justement de cette façon (titre de l’article, avec version  française  selon une traduction lourdaude que nous laissons de côté) : « Le crash de Boeing et la criminalisation du capitalisme américain » (« The Boeing crashes and the criminalization of American capitalism »)

En exergue de son texte, WSWS.org place une citation du dramaturge (progressiste, cela va de soi) Arthur Miller, d’après sa pièce de 1946 “All My Sons” (“Ils étaient tous mes fils”). La citation dit : « Certains dans notre monde préfèrent laisser des hommes se pendre avant que leur responsabilité dans ces drames soit publiquement mise en évidence. » Puis commence le texte lui-même d’analyse de la situation et de l’attitude de Boeing dans cette période d’une crise sans aucun précédent dans l’histoire de ce géant mythique de l’aviation, et peut-être même, — c’est notre hypothèse, – dans l’histoire de l’aviation commerciale et de la technologie aérospatiale (y compris ses applications militaires) ; on gardera à l’esprit ce que cette dramaturgie crisique implique d’appendices fondamentaux ainsi mis en cause, ceux de la qualité et de l’expérience historique nécessaires du travail d’invention et de production dans cette industrie, d’une société vieille de plus d’un siècle tout en ayant gardé son identité propre (William E. Boeing, fondateur de la société en 1917) ; et ce qu’elle implique enfin pour cette industrie aéronautique d’une façon générale, comme crise sans précédent dans l’histoire de l’aviation et plus précisément pour notre cas, du transport aérien... A tous égards crise sans précédent, nous insistons là-dessus...

« Lorsque le dramaturge américain Arthur Miller écrivit ces mots en 1947, il composait une œuvre basée sur la conspiration entre la Wright Aeronautical Corporation et des inspecteurs militaires et civils pour approuver la production de moteurs d’avion défectueux destinés à des appareils utilisés pendant la Seconde Guerre mondiale. La collusion s’était produite entre 1941 et 1943 et avait été portée devant le comité d'enquête du sénateur Harry Truman après que des travailleurs eussent exposé cette catastrophe jusqu’alors dissimulée. Un certain nombre de cadres furent condamnés à la prison.
» Dans la pièce de Miller, le principal coupable, Joe Keller, jette le blâme du drame dont il est le responsable suprême sur un subalterne avant d’apprendre que 21 pilotes sont morts des suites de cette malversation, dont l’un de ses fils. Keller, dévoré de honte et de remord, se suicide.
» Le CEO de Boeing, Dennis Muilenburg, n'a pas manifesté de telles émotions lorsqu'il a été entendu par la commission sénatoriale du commerce mardi et la commission des transports et de l'infrastructure de la Chambre mercredi. Sachant qu’il n’avait rien à craindre des politiciens démocrates et républicains qui lui posaient des questions avec déférence [pas toutes, tout de même, – Ndlr], il a fait de l’obstruction et s’est défilé, défendant sa décision d’ignorer et de cacher les multiples avertissements des ingénieurs et des pilotes et de mettre en service le mortel Boeing 737 Max-8 en 2017.
» Il a même défendu l’idée du transfert de la surveillance par les régulateurs fédéraux à Boeing même et a appelé à une nouvelle “mise à jour”, c’est-à-dire à éviscération décisive de la réglementation.
» Deux ans après le lancement du nouvel avion, deux 737 Max 8 s'étaient écrasés à la suite d’un dysfonctionnement d'un mécanisme automatique contre la perte d’assiette de vol appelé système d'augmentation des caractéristiques de manœuvre (MCAS), dont l'existence même avait été cachée aux pilotes. Au total, 346 hommes, femmes et enfants ont été tués.
» Lors des auditions de cette semaine, M. Muilenburg a reconnu qu'il était au courant des signaux d'alarme, mais pas un seul membre du Congrès ou sénateur n'a suggéré que lui-même ou ses complices de la Federal Aviation Administration (FAA) devraient faire l'objet de poursuites pénales. Les médias de la presseSystème non plus.
» La première catastrophe s'est produite il y a un peu plus d'un an lorsque le vol Lion Air 610 a plongé dans la mer au large de Jakarta, en Indonésie, tuant 189 personnes. La deuxième est survenue cinq mois plus tard, lorsque le vol 302 d'Ethiopian Airlines s'est écrasé au sol près d'Addis-Abeba, coutant la vie à 157 personnes de plus.
» Lors de l'audience de mercredi, M. Muilenburg n’a même pas acté la présence des membres de familles de défunts des suites des accidents qui se tenaient derrière lui en tenant des photos de leurs conjoints, enfants, parents, frères et sœurs disparus. Il s'est retourné pour les affronter seulement après qu'un membre du groupe lui ait demandé de “regarder les gens quand vous dites que vous êtes désolé”.
» Les accidents de Max-8 n'étaient pas de simples accidents, mais des crimes. Elles sont le résultat de la criminalisation de la classe dirigeante des entreprises américaines.
» Les enquêtes menées par les responsables indonésiens et éthiopiens de la sécurité aérienne ont conclu que Boeing et la FAA étaient coupables de ces accidents.
» À l'heure actuelle, des faits, dont certains ont été soulevés lors des audiences, démontrent de façon irréfutable que Boeing a sciemment mis en service un aéronef qui n'était pas sécurisé :
» • Des courriels de pilotes et d'ingénieurs avertissant des dangers, dont un de Mark Forkner, pilote technique en chef de Boeing, signalant que le MCAS était dans une situation d’absence de contrôle, “flagrante” et “impossible à corriger” pendant un essai sur simulateur de vol.
» • Un courriel envoyé à Muilenburg par un cadre supérieur recommandant l'arrêt complet du programme Max-8 parce que les protocoles de sécurité standard étaient ignorés dans la course au lancement de l'avion avant que le concurrent européen de Boeing, Airbus, ne gagne une part du marché. Il a écrit : “Toutes mes inquiétudes sont confirmées et, pour la première fois de ma vie, j'hésite à faire voyager ma famille dans un Boeing.”
» • Un avertissement adressé au Congrès en 2016 par le syndicat professionnel des spécialistes de la sécurité aérienne, qui représente les travailleurs de la FAA, selon lequel la déréglementation avait atteint un point où les organismes de réglementation ne pouvaient intervenir dans les problèmes d’un avion qu’“après un accident ait eu lieu et des personnes soient tuées”.
» • La suppression de toute mention du MCAS dans les manuels de formation au pilotage et la réduction de la formation des pilotes sur le nouvel avion à une vidéo d’une heure sur un iPad.
» • L’extension par Boeing de la puissance et de la portée du MCAS peu avant le lancement du Max-8, sans notification à la FAA, aux autres organismes de réglementation, aux pilotes ou aux compagnies aériennes.
» • La décision de Boeing d’installer [sous l’aile, plus près du fuselage] un nouveau moteur plus gros à une cellule vieille de cinq décennies, plutôt que de revoir la conception de l'avion. Les raisons en sont la réduction des coûts et de la main-d’œuvre, et l’accélération de la production et de la certification. La tendance au décrochage du Max-8, que le MCAS avait pour but de corriger, a rendu le nouvel avion “fatalement défectueux”, selon l’ancien pilote et expert en sécurité aérienne Chesley ‘Sully’ Sullenberger.
» • Le refus de Boeing et de la FAA d’interdire de vol le 737 Max-8 après le crash du Lion Air d'octobre 2018, malgré la connaissance du problème MCAS par Boeing avant la catastrophe. Même après le crash du vol 302 d’Ethiopian Airlines cinq mois plus tard, Boeing et la FAA ont refusé d’interdire de vol l’avion jusqu’à ce que toutes les autres autorités dans le monde l’aient fait... »

La réflexion passe alors au stade plus général qu’expose ainsi le comportement de Boeing, de l’attitude, du comportement et des effets du capitalisme totalement dérégulé, extrêmement corrupteurs de toutes les autorités légales. Le cas de Boeing est exemplaire parce que les accidents de 2018-2019, la mise en cause puis l’interdiction de vol des 737 Max-8, la mise en évidence d’innombrables erreurs, malfaçons, etc., connues des autorités de la société et passées outre pour des impératifs de rentabilité qui se résument à des impératifs de profit, tout cela n’a fait qu’accentuer l’attitude d’arrogance, la marche en avant dans l’erreur et la malfaisance, l’indifférence pour les victimes, etc., du système, – le Système, certes, – dont Boeing est ainsi un parfait représentant.

Bien entendu, il n’y a nulle part l’indice de la perception des divers acteurs de la crise, confits dans la certitude de leur exceptionnalisme, que cette évolution effectivement “surpuissante” (selon notre équation surpuissance-autodestruction) puisse recéler très rapidement sinon parallèlement, des germes aussitôt éclos d’autodestruction, – ce qui sera et est déjà le cas, évidemment. A cet égard, le capitalisme, ou hypercapitalisme financiarisée, achèvement quasi-parfait du Système, est totalement aveugle, il est même totalement contre-productif au niveau de la perception. Au plus s’accumulent les signes de l’autodestruction, au plus l’hypercapitalisme (le Système) fonce en mode de surpuissance, assuré de la protection de tous les “too big” du monde (“too big to fail”, “too big to fall”, “too big to jail”, etc.).

Effectivement, WSWS.org élargit son champ d’action et, à partir de Boeing qui représente une base solide pour lancer l’attaque, se lance dans une furieuse diatribe contre les pratiques du Grand Capitalisme international et financiarisé. La cible est de taille mais, par les temps qui court, elle est juteuse et particulièrement vulnérable : ainsi Boeing devient-il, non pas celui “par qui le scandale arrive” mais celui “par qui le scandale se confirme”, et scandale dans des proportions inimaginables de grandeur et d’infamie. Malgré la “déférence” des parlementaires vis-à-vis de Muilenburg signalée par WSWS.org, que nous trouvons un peu trop forcée selon l’emportement anticapitaliste des trotskistes parce que certains des interrogateurs n’ont pas mâché leurs mots, l’ampleur du comportement scandaleux auquel conduit l’hypercapitalisme apparaît d’une façon convaincante sinon franchement spectaculaire.

« Tous ces crimes de procédure ou d’omission découlent de la subordination au profit de Boeing de toutes les considérations, y compris la sécurité. Ce n’est pas l’apanage de l'industrie aérospatiale, mais la base de l'ensemble du système capitaliste. Les vies perdues en cours de route ne sont que le prix à payer pour réaliser des profits.
» Alors que l’immobilisation au sol du Max-8 et les poursuites intentées par les pilotes et les proches des victimes devraient coûter $8 milliards à Boeing, la valeur de l'entreprise a augmenté de près de $200 milliards entre le moment où le piège mortel a été mis en place à partir de 2011 et celui où les avions ont été immobilisés.
» L’anarchie et l’irrationalité du marché capitaliste ont été déchaînées par la déréglementation de l’industrie du transport aérien, – puis de tous les autres secteurs de l'économie capitaliste, – qui a commencé sous le régime du démocrate Jimmy Carter en 1978 et qui s'est poursuivie sous celui des démocrates et des républicains pendant les quatre dernières décennies. Il s'agit de la financiarisation et de la désindustrialisation de l'économie et de la destruction des emplois, des salaires et des services sociaux.
» Pour sa part, Muilenburg a mis à pied 16 000 travailleurs en 2016 et 2017, ses deux premières années complètes en tant que CEO. En récompense, il touche un salaire de $30 millions par an. Cette année, sa rémunération s’est renforcée par la vente très à-propos d’une bonne partie de ses actions de Boeing un mois avant le crash de Ethiopian Airlines.
» Comme de nombreuses grandes entreprises, Boeing occupe une position stratégique dans les opérations mondiales de l'impérialisme américain et est étroitement intégré dans l'appareil militaire et de renseignement de l'État. C'est le plus grand exportateur américain et le deuxième plus grand entrepreneur dans le domaine de la défense. Elle est en première ligne du conflit commercial croissant avec l'Europe, dans lequel Boeing affronte l’européen Airbus. Depuis l'élection de Trump, Boeing a plus que triplé le cours de ses actions, ce qui a été le fer de lance de la montée en flèche du Dow Jones qui a soutenu la fortune de l'élite dirigeante américaine... »

... On peut poursuivre en observant que cette montée boursière de Boeing s’est fortement interrompue depuis plusieurs semaines, à cause des déboires sans nombre que connaît ce conglomérat, jusqu’à prendre  une allure alarmante. En même temps, les critiques  commencent à fuser sur la façon dont cette énorme entreprise a été gérée, jusqu’à se conduire elle-même au bord de l’abime. Il s’ensuit des effets déplaisants tandis que la crise se poursuit.

• Les premiers effets extérieurs aux seuls Max-8 déjà commandés (et actuellement immobilisés au sol, non livrés ou “gelés” sur les chaînes de montage), et effets concernant Boeing lui-même comme fournisseur général, commencent à être signalés. C’est le cas, selon Reuters,  d’une commande  en train d’être négociée de 300 Airbus par la société indienne Indigo qui hésitait et avait l’intention initiale de partager sa commande entre Airbus et Boeing, mais c’est bien sûr un cas parmi  d’autres  dans une tendance qui ne cessera de s’amplifier.

« Des sources ont dit à Reuters que l’opération [de la commande d’Indigo] serait d’un volume de $33 milliards, soit environ $110 millions par avion. [...] Il s'agirait de la plus grosse commande qu'Airbus ait jamais reçue d'une compagnie aérienne. Cette opération est interprétée comme la première d’un mouvement mondiale d’abandon de Boeing pour Airbus après la crise du 737 Max. [...] Le contrecoup pour Boeing n'en est qu'à ses débuts. Nous nous attendons à ce qu'un plus grand nombre de transporteurs dans le monde continuent d'abandonner des commandes de 737 Max pour des A320neos. » 

Encore n’est-il question que du 737 Max-8 dans ce commentaire. D’autres modèles  de Boeing sont touchés par cette tendance, qui concerne l’entité elle-même, dans toute sa puissance.

• Il y a un domaine beaucoup plus discret mais non moins important, sinon plus important. Il s’agit de la situation dans laquelle se trouverait la branche militaire de Boeing si la déroute de la branche commerciale, qui lui fournit l’essentiel de son cash-flow pour les investissements immédiats et nécessaires en même temps qu’elle sécurise le soutien de ses actionnaires et des banques, venait à mettre en danger l’équilibre général de l’empire-Boeing.

Il se dit que le Pentagone planche, très discrètement, sur une séparation des deux branches (militaires et civils), voire sur le rapprochement de la branche militaire d’un des très rares conglomérats du domaine (Lockheed-Martin, Northrop-Grumman, Raytheon...). Dans tous les cas c’est une opération extraordinairement délicate, parce que Boeing-militaire n’entend pas être subordonné à une autre société qui lui serait inférieure en capacités, parce qu’alors le seul cas acceptable dans ce genre qui serait un rapprochement avec l’autre géant Lockheed-Martin conduirait à rassembler des intérêts opposés en même temps que s’établirait un monopole de facto complet d’une puissance inacceptable pour le Pentagone. Du coup, même une sorte de séparation de Boeing-militaire constitué en société indépendante, mais “nationalisé” de facto, pourrait également être envisagée, ce qui constituerait un anathème pour les conceptions américanistes. Nous n’en sommes certainement pas à des échéances concrètes, rapprochées, identifiables, – pas encore mais les choses vont si vite, si vite – mais on y travaille, on y travaille... 

Ainsi Boeing ressemble-t-il à une usine à gaz en train de tomber en ruines, et de cette façon ressemble si fortement et justement au Pentagone lui-même, aux forces militaires US elles-mêmes, à l’économie américaniste elle-même, à l’Amérique américaniste et ex-impériale elle-même...

Boeing et la mythologie américaniste

Dans la conclusion de son article, WSWS.org développe à partir du cas Boeing une attaque générale contre le système capitaliste selon le constat évident du constat du comportement inacceptable, irresponsable et cupide des dirigeants des plus grandes entreprises capitalistes (exemple de Boeing)... Cela donne à peu près ceci :

« Boeing n'est qu'un exemple parmi d'autres de l'anarchie dans les opérations des grandes entreprises. Le passé récent a été marqué par la marée noire de BP, l'intoxication au plomb de Flint, l'épidémie d'opioïdes, les incendies de forêt et les pannes d'électricité liés aux actions de PG&E et le krach de Wall Street en 2008. Pas un seul CEO n'a été emprisonné à la suite de ces désastres causés par la cupidité et la criminalité des entreprises. [...]
» Le caractère de plus en plus criminel de la classe dirigeante américaine est le produit de la dégénérescence et de la crise de tout le système social et économique du capitalisme. Les catastrophes de Boeing soulignent la nécessité de mettre fin au capitalisme et de le remplacer par le socialisme, qui est basé sur la satisfaction des besoins sociaux et non sur le profit privé. »

Cette “attaque générale” n’est certes pas injustifiée, même si l’appel à un retour à un socialisme à la sauce trotskiste ouvre le champ à de vastes polémiques ponctuées de sourires condescendants. Surtout, c’est à notre sens rater l’essentiel de cette crise qui se déroule sous nos yeux, dans le chef de Boeing. Ceci est justement l’essentiel ici, pour nous qui refusions la réduction à l’économisme et au matérialisme moderniste, essentiel enfin pour aller vers une réflexion différente qui soit plus enrichissante que les anathèmes justifiées mais répétées des millions de fois depuis plusieurs siècles ; il s’agit donc de sortir Boeing du seul champ du capitalisme. Il s’y trouve certes, ô combien, mais ce n’est pas le plus intéressant.

... Car le plus intéressant est qu’il s’agit de Boeing.

Désormais, et pour nous d’une façon inéluctable, c’est l’énorme “monde” de Boeing, le formidable symbole qu’est cette entreprise qui sont mis en cause, pour son comportement et l'esprit que dénote ce comportement. Tout ce qui, chez ce géant, relevait d’une certitude quasi métaphysique, – son expérience dans la production industrielle et sa puissance technologique assurant la qualité et la sûreté de ses produits, sa stratégie dans ses choix industriels autant que dans sa gestion, la grandeur et pour ceux qui apprécient le domaine la beauté de ses productions, – tout cela est entré dans une phase crisique affreusement destructrice, comme investie par le démon. La qualité fondamentale, de nature même, de ce géant de l’aéronautique est en train de se dissoudre à une vitesse accélérée dans une image catastrophiquement abimée, entraînant la décadence d’une confiance vieille de plus de trois-quarts de siècle sinon d’un siècle, – autant dans les produits militaires que dans les produits civils. C’est de ce point de vue que l’on doit mesurer l’ampleur de la catastrophe qui est en train de se faire sous nos yeux.

Il ne nous semble pas assuré que tous les commentateurs réalisent ce qu’est Boeing pour la structure même de l’exceptionnalisme américaniste qui fait une place si importante (stratégique et symbolique, voire théologique) à l’aéronautique, et par conséquent dans l’imaginaire et la mémoire américanistes. Il suffit de consulter la composition de l’article extraordinaire  consacré à Boeing  dans le Wikipédia-français (2800 signes consacrés à la période jusqu’en 1917-1950, 6900 signes pour la période entre 1990 et aujourd’hui, rien pour la période 1950-1990) pour mesurer la vision absolument amputée qu’ont de Boeing ces commentateurs habitués aux chiffres, aux pourcentages, aux $milliards...

Cet article de vulgarisation consacre deux lignes à Boeing pendant la guerre, alors que cette société produisit deux avions majeurs, le B-17 et le B-29, dont le second qui est sans aucun doute pour la période  l’achèvement technologique le plus avancé en matière d’opérationnalité de l’aviation de combat stratégique, et l’avion qui largua les seules bombes atomiques/nucléaires utilisées dans une guerre réelle. De 1945 à 1965-1970, Boeing assura l’essentiel de la puissance stratégique nucléaire US, sous la forme de ses deux bombardiers B-47 et  B-52  qui constituèrent eux-mêmes l’essentiel de la flotte du fameux Strategic Air Command. Du point de vue de l’aviation civile pour la période de l’immédiat après-guerre, d’abord distancé par Douglas (la série DC-4 et la suite) et Lockheed (la série Constellation), Boeing fut le premier avionneur US à introduire l’avion à réaction en service de transport civil (le premier du monde était britannique avec le De Havilland Comet, au destin tragique) ; ce fut le célébrissime 707, dont les frais à fonds perdus de recherches et développements (R&D) avaient été réglés par la commande militaire (USAF) pour un avion ravitailleur en vol KC-135 (le 707 en est la version civile quasiment à l’identique, débarrassée de tout l’appareillage de ravitaillement en vol). En 1969, avec le gros-porteur 747 dit Jumbo Jet, Boeing introduisit une véritable révolution de son propre chef, ouvrant l’ère du transport aérien de masse, “démocratisé”, tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Ce rapide passage en revue n’a pour but que de documenter la constance de Boeing dans sa position de n°1 mondial dans l’aviation stratégique militaire et le transport aérien civil. Dans ce dernier domaine, l’affrontement avec Airbus à partir des années 1980, avec des hauts et des bas, mais une position à nouveau consolidée à partir de 2010, constitue une saga mondiale globalisée de la modernité qui s’inscrit directement dans la place majeure qu’occupe Boeing dans la mythologie américaniste d’inspirateur de la modernité du monde. Nous placerions ainsi Boeing comme entité primordiale dans cette mythologie américaniste, plus encore que Ford, que Coca-Cola, que Hollywood, et même que les GAFA qui dépendent complètement du simulacre de monde artificiel qu’ils prétendent créer.

Le sort actuel de Boeing est d’autant plus un enjeu primordial qu’au contraire de nombre d’acteurs américanistes de cette mythologie aux destins contrariés par des circonstances économiques classiques, c’est un Boeing au sommet de sa puissance dans le domaine sans doute le plus “élevé” selon la spiritualité-faussaire de l’américanisme qui est aujourd’hui frappé par une crise vertigineuse. Comme dans un brusque retournement du destin, l’on voit en quelques mois brutalement s’accumuler tous les côtés sombres des facteurs du triomphe de cet  “idéal de puissance”, du Règne de la Quantité (technologie, productivité, financiarisation, gestion, qualité du personnel de direction à la conscience moderniste aiguisée, etc.). Ce n’est pas Boeing qui est en crise, c’est la mythologie de l’américanisme qui voit sa crise déjà bien affirmée menacée d’entrer dans une spirale finale avec la crise de Boeing.

Le fait que nous voyons mal comment Boeing pourrait se sortir intact de ce tourbillon crisique qui le secoue, dans une circonstance où ce géant qui ne peut tenir que s’il les surpasse tous nous semble totalement impuissant, et surtout psychologiquement alors qu’il a “vendu son âme au diable” (à la financiarisation) et refuse d’en démordre même au risque suprême, devant la tâche d’accepter un déclin temporaire et de réussir à faire d’incidents gravissimes des accrocs de passage, pour tenter de renaître de ses cendres. Boeing est comme l’Amérique elle-même, il est l’Amérique elle-même : il est le premier ou il n’est rien, incapable par incapacité psychologique d’écarter son arrogance pour tenter une renaissance de ses mœurs. Il retranscrit ainsi dans le domaine de la modernité la théologie implicite dictée par ce Lincoln tant de fois cité, où l’équation du suicide se trouve dans cette impuissance “quasi-volontaire” de se reconnaître quelque faiblesse : « Si la destruction devait un jour nous atteindre, nous devrions en être nous-mêmes les premiers et les ultimes artisans. En tant que nation d’hommes libres, nous devons éternellement survivre, ou mourir en nous suicidant. »

Nous ignorons bien entendu le destin de Boeing. Nous disons simplement que le risque mortel existe désormais, alors que Boeing occupe dans la mémoire longue de l’américanisme, et dans sa théologie que nul au sein de l’américanisme ne peut discuter, une place essentielle ; donc, Boeing comme pilier fondamental de la modernité et du Système. L’on voit que nous nous trouvons ici loin du débat sur le capitalisme type-WSWS.org, qui n’est pas inutile mais qui reste lié aux conditions imposées par le Système, donc restant à l’intérieur du Système et prisonnier de ses règles. Le sort de Boeing, dans sa possible marche vers un destin fatal, ne représente rien de moins qu’une voie vers une échappée métahistorique de l’effondrement des USA, et du Système. Il est à mettre en bonne place au côté du tourbillon crisique qui emporte le pouvoir à “D.C.-la-folle”. Tout cela invite à l’optimisme du pessimiste lucide.

  • 3 novembre 2019 à 00:00

DeepState en mode inversion-bouffe

Par info@dedefensa.org

DeepState en mode inversion-bouffe

On nous avait appris, notamment dans les religieuses références de notre presseSystème, que le complotisme est une tare plus infâme qu’on ne saurait dire, qui vous apparente aux serial-killerset aux pervers(pédophiles)-sexuels, et que le soi-disant (mépris) “État-profond”, malgré l’emploi qu’en fit par inadvertance notre-Président, est le produit le plus infâmant de cette “tare infâme”. Aux USA, où l’on nomme le DeepState et où le complotisme fleurit sur toutes les tombes des héros des guerres sans fin depuis 2001, l’infâme est encore plus infâme. C’est dire ce qu’on pense du DeepState, qui n’existe que dans les délires d’Alex Jones.

Sauf que...

Cela se passait il y a deux ou trois jours à la Schar School of Policy and Governmentde l’université George Mason, où l’on recevait notamment en conférence John Brennan, ancien directeur de la CIA jusqu’en janvier 2017, et John E. McLaughlin, n°2 de la CIA pour les cinq premières années du siècle, donc durant 9/11, l’invasions de l’Irak et ainsi de suite. Quelle ne fut pas alors la surprise des dieux et des censeurs d’entendre McLaughlin s’écrier « Dieu merci, il y a l’État profond ! » ; et de se féliciter de son existence bel et bien, hors de toutes ces fumisteries conspirationnistes qui voudraient vous convaincre que le DeepState n’existe pas. En effet, de la conférence l’on apprit le plus officiellement du monde :
1). que le DeepState existe ;
2). qu’il s’emploie activement à faire tomber l’actuel président de toutes les manières possibles ;
3). qu’il représente à la fois le patriotisme, la légalité et la légitimité, la vertu et la lumineuse intelligence de l’exceptionnalisme américaniste.
4). qu’il n’est donc plus nécessaire que la presseSystème s’emploie à affirmer que le DeepState est un délire de complotiste, elle se contente de ne rien dire des déclarations de McLaughlin et de Brennan dans le sens qu’on a vu (à peu près comme fit la presseSystème française lorsque le président Macron employa l’expression).

C’est Nebojsa Malic, de RT.com, qui nous rapporte la chose, le 1ernovembre 2019

« En quelques mois à peine, l'establishment politique américain est passé de la dénégation furieuse de l'existence de l’“État profond” et de sa théorie conspirationniste, à son éloge comme le rempart de la République contre le président Donald Trump.
» “Dieu merci pour le Deep State”, a déclaré l'ancien directeur de la CIA John E. McLaughlin lors d'un événement cette semaine, décrivant les diplomates et les agents de renseignement qui ont témoigné devant l'enquête de destitution du Congrès comme “des personnes qui font leur devoir ou répondent à un appel plus élevé”.
» Faisant l'éloge de l'officier de renseignement “lanceurs d’alerte” dont la plainte au sujet de l'appel téléphonique de Trump a lancé l'enquête de destitution, M. McLaughlin a déclaré que la communauté du renseignement est “institutionnellement engagée à faire preuve d'objectivité et à dire la vérité”. 
» On pourrait penser que cela pourrait être un peu excessif sinon prétentieux, venant de l'ancien directeur adjoint de la CIA à l'époque du fameux “fiasco des ADM irakiennes”, – et directeur intérimaire pendant un certain temps en 2004, – mais les commentaires de McLaughlin ont été applaudis par l’assistances de la Schar School of Policy and Government de George Mason University[où avait lieu la conférence].
» Il ne fut pas le seul à faire l'éloge de l'état profond. À ses côtés se trouvait John Brennan, le directeur de la CIA sous le président Barack Obama, dont la patte se trouve partout sur le dossier Steele et le montage dit-Russiagate, et qui reçoit maintenant un salaire très-confortable en tant qu’expert en accusation de Trump de trahison [pour les chaînes NBC et MSNBC].
» Brennan a fait valoir que la raison pour laquelle Trump “a une relation litigieuse avec les gens de DeepState... c'est parce que les gens du DeepState disent la vérité”. Il a félicité les agents non élus du renseignement et de la police de continuer à “faire leur travail quoi [que Trump]fasse ou dise”.
» Dans des circonstances normales, ces aveux seraient plutôt bouleversants. Ce n'est pas tous les jours que les anciens patrons de l'appareil du renseignement admettent en fait qu'ils se mêlent de la politique du pays, parce qu'ils estiment avoir une “loyauté plus élevée”, – pour reprendre les termes de l'ancien patron du FBI James Comey, un autre membre de cette joyeuse cabale, – que qu’ils doivent au chef de l’exécutif élu par le peuple américain.
» Pourtant, l’écho en a été, au mieux, furtif, avec un haussement d'épaules silencieux et l’implicite “Circulez, n’y a rien à voir”, de la part des principaux médias de la presseSystème. Ce n'est pas particulièrement surprenant, étant donné le rôle de ces médias dans le Russiagate. Il y a quelques semaines à peine, le New York Times a publié un article d'opinion faisant l'éloge du Deep State, dans le même esprit que Brennan et McLaughlin.
» Lorsque Trump et ses défenseurs ont parlé de l’État profond pendant l'hystérie Russiagate, ils ont été traités comme des fous, des paranoïaques et des illusionnistes. Aujourd'hui, on dit que l'État profond est réel, qu'il a toujours été réel et qu'il agit dans le meilleur intérêt de la République américaine, – et si vous n'y croyez pas, c'est vous qui êtes fou, paranoïaque et halluciné. Vous voyez la logique ?
» Quoi que l'on puisse penser de Trump, il est difficile de croire que ceux-là mêmes qui crient le plus fort au sujet de “notre démocratie” élèvent une bureaucratie non élue, des espions et des contre-espions comme arbitres de celle-ci. On a presque l'impression que les responsables de la théorie dela  conspiration du Russiagate l'ont utilisée comme un écran de fumée pour leurs propres (méfaits) actes.

... Mais dire cela qui termine le texte de Malic (» On a presque  [...] écran de fumée... »), c’est verser dans le complotisme, au contraire désormais de se référer au DeepState.Le renversement est un exemple d’inversion si extravagant que l’expression d’“inversion-bouffe” s’impose.

Le cas décrit ici est beaucoup plus significatif, il est même d’une autre nature de celui de Macron parlant sans élaborer de l’“État profond”, et c’est pourquoi l’on s’y attarde de cette façon critique et même sarcastique. Macron citait l’“État profond” pour dénoncer la résistance de cette chose à certaines décisions de l’autorité politique tandis que les deux disc-jokeysde la conférence de l’université George Mason, à Fairfax, en Virginie, et deux anciens dirigeants de la CIA en plus, font l’apologie du DeepState, CIA en tête, pour son action pour tenter de déstabiliser et de faire tomber le président des États-Unis. Inversion-bouffe, sans aucun doute, où tout le monde acclame cette affirmation de totale illégalité de la part de hauts-fonctionnaires, plaçant au-dessus de l’élu à la plus haute fonction du pays des organisations qui sont constitutionnellement sous son autorité, et exposant avantageusement l’activité de tentative d’un coup d’État contre le président.

D’autant plus inversion-bouffe que ces deux hauts fonctionnaires ont dirigé l’Agence au moment où elle accumulait erreurs sur sottises, et stupidités sur grossièretés, sans compter les crimes et dégâts collatéraux, au moment où elle engageait le pays dans des guerres illégales qui se soldent par des désastres, etc., et d’ailleurs dans cette période où la tentative de coup d’État contre Trump s’est jusqu’ici soldé par une accumulation d’échecs plus minables les uns que les autres ; et ces divers constats et échos au moment (suite-sans-fin,) où la presseSystème ne dit pas un mot de tout cela, et pas un mot non plus de cet aspect-là de l’illégalité stupéfiante de l’intervention des deux clowns, McLaughlin et Brennan. Par conséquent, non seulement l’inversion est inversion pure, mais en plus elle est inversion d’une stupidité qui semble sans limites ni bornes, ni même frontières malgré les migrations tant aimées. Nous sommes bien au royaume des bouffons, et nous sommes donc bien dans cette époque où  l’accolement du mot “tragédie” et du mot “bouffe” est absolument justifié, sinon impérative.

On retrouve parfaitement tous les éléments caractérisant cette époque, notamment et particulièrement son satanisme (dont l’inversion est un caractère essentiel) exposé dans toute son imposture et son infamie, qui ne prend même pas la peine de se cacher en aucune façon, mais comme si c’était pour mieux montrer la complète stupidité autodestructrice à laquelle aboutit l’exercice exacerbé de sa surpuissance. La phrase de Guénon, que nous n’avons plus citée depuis pas mal de temps, depuis trop longtemps enfin, cette phrase est plus que jamais actuelle, en insistant sur le fait (c’est bien sûr l’évidence cela va sans dire, alors pourquoi ne pas le dire), – insistant sur ce fait que dans ce cas la signature dit tout, résume tout, expose tout en matière d’essence de la chose ainsi définie : « On dit même que le diable, quand il veut, est fort bon théologien ; il est vrai, pourtant, qu’il ne peut s'empêcher de laisser échapper toujours quelque sottise, qui est comme sa signature... »

L’étrange époque que nous vivons est celle de la sottise enfin autorisée à s’ébattre en toute liberté, sans contrainte ni limite, sans rappel à l’ordre ni consignes, sans “éléments de langage” ni PC de quoi que ce soit, en quelque sorte en toute nudité... Le petit garçon d’Andersen s’écriant “Mais la sottise est nue !” 

 

Mis en ligne le 2 novembre 2019 à 11H22

  • 2 novembre 2019 à 00:00

Comment la Chine efface les américains

Par info@dedefensa.org

Comment la Chine efface les américains

L’Amérique ? C’est devenu depuis les années soixante un mixte d’impérialisme facho-nihiliste, d’oligarchie tiers-mondiste et de fascisme antiraciste-féministe. Mais cela ne mène plus très loin. America, gratte again…

La Chine s’est éveillée et, pauvre Napoléon, le monde ne tremble pas. Le monde sortira des guerres impériales/humanitaires (les idées chrétiennes devenues folles de Chesterton) et autre croisades occidentales/accidentelles. Mais voyons des analyses US plus précises…

J’ai demandé à Hervé de traduire un texte Unz.org de l’universitaire Roberts Godfree sur la déculottée US dans tous les domaines (ce n’est pas que l’Europe vaille mieux, on est tous d’accord). Aucune schadenfreude : ce qui m’affole c’est que notre occident anesthésié ne se rend compte de rien ou s’en sort par des boniments paternalistes ou des clichés racistes.

Et cela donne : 

« En 2003, j’ai publié un livre sur le déclin des trente-six indicateurs sociaux et économiques de l’Amérique. J’en ai envoyé des copies par la poste à l’Administration, au Congrès et aux chefs de département et j’ai reçu une réponse du Directeur général de la Central Intelligence Agency, qui m’a dit que l’Agence fournissait des informations presque identiques au gouvernement depuis plusieurs décennies. Pendant ce temps, notre déclin et la montée en puissance de la Chine se sont accélérés et cet élan nous a menés si loin, si rapidement, que toute compétition est devenue irréaliste. »

Roberts remet alors des pendules à l’heure :

« Si la Chine ressemblait à la caricature que nos médias nous présentent depuis ces sept dernières décennies, alors oui, nous devrions contrebalancer son autoritarisme excessif, répressif et autoritaire et investir notre trésor dans les technologies de pointe pour faire en sorte que nous fassions l’envie du monde….Mais que faire si la Chine n’est ni répressive, ni autoritaire ? Et s’il ne nous reste plus de trésor à investir ? Et si les dirigeants chinois étaient plus populaires, respectés et compétents que les nôtres ? Que se passerait-il si son économie était déjà 30 % plus forte que la nôtre, connaissait une croissance trois fois plus rapide, avec deux tiers de fardeau de la dette en moins ? Et si elle était déjà en avance sur nous sur le plan scientifique et technologique, imprenable sur le plan militaire, et si elle possédait des alliés plus nombreux et plus puissants que les nôtres ? »

On rappelle que les chinois/confucéens sont contents :

« Gouvernement : Confucius, le politologue suprême disait : « Si les gens n’ont pas confiance en leurs dirigeants, l’État ne peut pas exister. » La confiance en notre gouvernement est à son plus bas niveau de l’histoire. Gallup affirme  que la plupart d’entre nous considèrent le gouvernement comme notre problème le plus urgent et que seuls 54 % d’entre nous « exprimons constamment une position pro-démocratique ». Le système de gouvernement professionnel et non confessionnel de la Chine l’a ramené à son rôle d’Empire du milieu. Comparé au nôtre, le gouvernement chinois est tourné vers l’avenir, décentralisé, efficace et économe. L’Examen d’admission au gouvernement sélectionne chaque année les 2 % des meilleurs diplômés et la réussite est la seule voie vers le pouvoir et la responsabilité. Les 200 membres du Conseil d’État – tous promus pour leur capacité à travailler en coopération – ont gouverné collectivement des milliards de personnes pendant 5 000 ans et leurs données publiques sont stupéfiantes. La plupart ont un doctorat et un QI supérieur à 140. Tous ont commencé leur carrière dans les villages les plus pauvres du pays et n’en sont partis qu’après avoir augmenté les revenus du village de 50%. Ils ont répété cette performance à tous les niveaux, y compris à la présidence, comme le fait Xi. »

Roberts rappelle que le vaurien Donald a parfois raison décidément dans sa discordance cognitive :

« Nous choisissons les dirigeants par acclamation – une coutume gréco-romaine qui favorise les vauriens qui savent parler – et c’est exactement ce que nous avons alors que, comme l’a  fait remarquer  le président Trump, « les dirigeants chinois sont beaucoup plus intelligents que nous. C’est comme prendre les New England Patriots et Tom Brady et les faire jouer contre ton équipe de football du lycée. »

Et Roberts d’ajouter :

« Aujourd’hui, la Chine génère 20 % du PIB mondial par rapport à nos 15 %, ses importations et ses exportations sont équilibrées, ses relations commerciales sont excellentes, sa monnaie est assez valorisée, son économie est 30 % plus importante et croît trois fois plus vite, ses salaires dans le secteur manufacturier sont à égalité avec les nôtres et ses plans pour 2025 sont à couper le souffle. Toujours de nouvelles autoroutes, voies ferrées, métros et ports et, l’année prochaine, l’Internet le plus rapide et le plus avancé avec des villes entières construites autour de la 5G. »

Soutien du monde émergent, la Chine n’est même pas impopulaire et elle manage sans menace une bonne partie du monde :

« En 2018, le taux d’approbation mondial de 34 % de la Chine battait celui de l’Amérique, qui était de 31 %... Nous avons cédé le contrôle de la Crimée et de la mer Noire à la Russie et, de plus en plus, du Moyen-Orient. Avec la Nouvelle route de la soie, la Chine et la Russie fusionnent l’Union économique eurasienne (Arménie, Bélarus, Kazakhstan, Kazakhstan, République kirghize et Russie avec le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et la Moldavie en considération) ; l’Organisation coopérative de Shanghai, OCS (Russie, Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Inde, Chine, Pakistan ; avec l’Afghanistan, l’Iran, la Mongolie et la Biélorussie comme observateurs et l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Cambodge, le Népal, le Népal, Sri Lanka et la Turquie comme partenaires de dialogue) ; et le Partenariat économique régional global, (Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Myanmar, Philippines, Singapour, Thaïlande, Vietnam, Chine, Japon, Inde, Corée du Sud, Australie et Nouvelle-Zélande). Une fois que les gazoducs Nord Stream II et South Stream seront achevés en décembre, comment l’UE pourra-t-elle résister à s’y brancher ? »

Voyons la Science et le QI chinois :

« Leurs cinq points de QI supplémentaires par rapport à nous signifient qu’ils ont 300 000 personnes avec un QI de 160, comparativement à 30 000 en Occident. La Chine a dépassé les États-Unis pour devenir le premier producteur mondial d’articles scientifiques, représentant près d’un cinquième de la production mondiale totale, selon un  nouveau rapport. La Chine  domine le classement mondial  des articles de recherche les plus cités publiés dans les 30 domaines technologiques les plus en vogue. Bien que les États-Unis aient produit 3,9 millions d’articles sur la recherche en tous domaines, comparativement à 2,9 millions en provenance de la Chine, cette dernière a produit la plus grande part dans 23 des 30 domaines qui ont suscité le plus d’intérêt, tandis que l’Amérique a obtenu la tête pour les sept autres.

Puis la Technologie : « Les deux tiers des ordinateurs les plus rapides au monde sont chinois, mais rien ne révèle plus le vide de notre armoire technologique que la domination chinoise du haut débit mobile amélioré. Nous prendrons deux fois plus de temps et dépenserons deux fois plus pour intégrer un système moins abordable, fonctionnel, compatible et évolutif. Pourtant, nos impitoyables médias ont tourné en dérision le président Trump lorsqu’il a appelé l’Amérique à dominer la 6G, malgré le fait publiquement connu que Huawei a 600 mathématiciens, physiciens et ingénieurs travaillant sur le 6G depuis plus d’un an. La Chine est en tête du classement mondial dans la plupart des dix principaux domaines « prometteurs » comme la recherche sur les piles et représente plus de 70 % de tous les articles sur les photocatalyseurs et le traitement du cancer ciblé par l’acide nucléique, qui se classent respectivement en 12e et 14e position. Les États-Unis sont en tête dans trois domaines de la biotechnologie, dont l’édition du génome en 7eme position, et l’immunothérapie en 10eme. La Chine est le chef de file mondial de  la recherche fondamentale  et de la plupart des technologies, en particulier celles concernant les  régions chaudes. »

L’Aérospatiale ? 

« La Chine a lancé plus de missions spatiales en 2018 que la Russie ou l’Amérique et son premier avion de ligne local décollera cette année, bien que la FAA ait trainé les pieds. C’est le premier fournisseur mondial de drones et le plus grand fabricant et exportateur d’avions de combat légers. Maintenant que son avion de combat, le WS-15, est en production, son J-20 va dépasser les nôtres. »

Ironiquement, l’auteur ajoute sur cette guerre commerciale aux dimensions modestes :

« Comme le dit Parag Khanna, Pékin doit se demander pourquoi le numéro 3 lancerait une guerre commerciale contre le numéro 1. Bien que nous soyons autosuffisants à bien des égards, nous sommes peut-être moins indispensables que nous ne l’imaginons. «L’Amérique d’abord» sonne bien, sauf quand cela signifie en fait « l’Amérique seule ».

Indicateurs sociaux ?

« Le GINI chinois, qui n’avait jamais atteint nos niveaux, est en train de chuter comme une pierre et l’extrême pauvreté disparaîtra l’année prochaine, lorsque tous les Chinois auront une maison, un emploi, beaucoup de nourriture, une éducation, des rues sûres, des soins de santé et de vieillesse (il y aura alors plus de toxicomanes, de suicides et d’exécutions, plus de personnes sans abri, pauvres, affamées et prisonnières en Amérique qu’en Chine). 500 000 000 de Chinois vivant en milieu urbain auront une valeur nette et un revenu disponible supérieurs à ceux des Américains moyens, leurs mères et leurs nourrissons seront moins susceptibles de mourir en couches, leurs enfants obtiendront leur diplôme d’études secondaires trois ans plus tôt que nos enfants ; et survivront. 98 % des Chinois listés comme « pauvres » sont déjà propriétaires de leur maison et Xi a programmé de ramener le coefficient GINI au-dessous de celui de la Finlande, d’ici 2021-2035. »

L’éducation est incomparable reflétant celle des quatre dragons qui nous impressionnaient tant au cours des lointaines années 80 : 

« Aucun pays n’a autant d’ingénieurs intelligents, bien formés et dévoués. Un quart des travailleurs en Science, Technologie et Mathématiques dans le monde sont des Chinois, une main-d’œuvre intellectuelle huit fois plus nombreuse, qui croît six fois plus vite et qui obtient son diplôme d’études secondaires trois ans plus tôt que chez nous. D’ici 2025, la Chine comptera plus de travailleurs qualifiés sur le plan technologique que l’ensemble des pays de l’OCDE – États-Unis, UE, Canada, Mexique, Australie, Israël, Japon, Corée, Nouvelle-Zélande et Turquie – réunis. »

Pierre d’achoppement, la sécurité, la fierté nationale :

« Faible criminalité, pas d’absurdités religieuses ou de violence islamique. Les entreprises peuvent investir en toute sécurité sans crainte de troubles religieux, de violence ou de vol qualifié.

La foi en l’avenir, le nationalisme, la croyance en une Chine meilleure. Les Chinois croient fermement en l’avenir et sacrifient volontiers temps et efforts pour la prochaine génération. Les Chinois ont le même sentiment que celui que nous avions dans les années 60, sauf que leurs salaires et leur richesse ont doublé chaque décennie depuis soixante-dix ans. »

A l’heure où l’occident bascule dans le techno-bolchévisme, la dystopie écologiste, le transgenre et le fascisme humanitaire, la Chine est démocrate…

« La Chine est la première  démocratie  au monde. Bien que cette affirmation mette en colère de nombreux Occidentaux, quel que soit le système de mesure utilisé, la Chine est une démocratie prospère et l’Amérique ne l’est pas, que ce soit sur le plan électoral, populaire, procédural, opérationnel, financier ou technologique. »

Roberts ajoute qu’elle saura même se défendre :

« L’armée chinoise  dispose de certains des  systèmes d’armes  les plus modernes au monde pour la moitié du coût de la défense américaine. Ses missiles les plus modernes surpassent les nôtres dans toutes les catégories grâce au couplage étroit entre leurs chimistes de pointe et les fabricants de propergols pour fusées. Les systèmes d’armes russes comblent toutes leurs lacunes. »

Cerise sur le gâteau : « 95 % des chinois soutiennent les politiques de leur gouvernement et la plupart sont prêts à se battre pour leur pays. »

L’indianiste Daniélou écrivit que les aryens occidentaux étaient de simples prédateurs. Le chaos des siècles passés l’aura montré. On verra la suite avec nos chinois…

 

  • 2 novembre 2019 à 00:00

Kunstler : USA-2020 empêchée par le désordre ?

Par info@dedefensa.org

Kunstler : USA-2020 empêchée par le désordre ?

Pour une fois, nous écoutons James Howard Kunstler hors du cadre habituel de ses billets bihebdomadaires. Les problèmes évoqués par Greg Hunter, du site USA Watchdog (reprise par ZeroHedge.com) sont décisifs et définitifs, et appellent chez Kunstler des réponses qui le sont autant. Placés devant cette directivité, notre brillant commentateur ne s’embarrasse plus de ses effets de style ou de son ironie si séduisante, mais va droit au but dans ses évocations.

Les extraits ci-dessous- sont repris d’une transcription de certains passages de l’interview sur une vidéo qui est jointe à l’article. Ils éclairent les points principaux de la pensée de Kunstler. Nous les avons placés dans un ordre qui n’est pas celui de l’interview, mais qui permet de tracer mieux la perspective générale que Kunstler envisage pour les USA. C’est peu de dire, bien entendu, qu’elle est catastrophique, sinon apocalyptique.

• D’abord, on présente les considérations de Kunstler sur la possible action de l’administration Trump contre la coalition médiatique (presseSystème) qui s’est déchaînée contre lui depuis son élection et son installation à la Maison-Blanche. Kunstler pense à des mesures légales qui, tout en ne censurant pas cette presse par interdiction ou mesures pénales, devraient l’inciter à adopter une autre attitude... Ainsi pourrait-on comprendre son propos, qui renvoie à une juridiction très complexe dont dispose le ministère de la justice. En effet, Kunstler estime que l’Attorney General Barr (le ministre de la justice) et son procureur Durham vont lancer des mises en accusation qui ne seront pas nécessairement des inculpations. 

« Je me demande si les rédacteurs en chef et les éditeurs du Washington Post et du New York Times, ainsi que les producteurs de CNN et de MSNBC, ne vont pas être désignés comme ‘co-conspirateurs non-accusés’ rassemblés dans un effort visant à tromper le pays et à organiser un véritable coup d'État pour destituer le président et annuler les élections de 2016. Je le dis en tant que personne qui n’est pas nécessairement un partisan de Trump. Je n’ai pas voté pour lui. Je ne suis pas une pom-pom girl pour ce type, mais je pense que le comportement de ses antagonistes a été bien pire et beaucoup plus dangereux pour la nation et le projet américain à long terme [que ce que lui-même a fait]. Je pense qu’il est vraiment nécessaire que des mesures soient prises pour que les responsables répondent des actes qu'ils ont commis...
» Je ne suis pas avocat et je n'ai jamais travaillé pour le ministère de la Justice, mais il me semble qu’en nommant les éditeurs et les rédacteurs en chef de ces entreprises comme ‘co-conspirateurs non accusés’, on évite de donner l'impression de vouloir censurer ou d’interdire la presse parce qu'on ne va pas les mettre en prison, mais on va les mettre en difficulté. Cela pourrait inciter leurs conseils d'administration à congédier quelques personnes et peut-être changer leur façon de faire leur travail d’information. »

• Cette observation concernant de possibles actions de justice implique évidemment des réactions extrêmement violentes de la part de la gauche radicale, des progressistes-sociétaux, des démocrates, etc. Kunstler semble assez convaincu qu’il n’y a pas assez dans les accusations qui sont en train d’être montées contre le président Trump pour le destituer.

(La Chambre des Représentants a voté hier l’ouverture officielle du processus pour rédiger l’acte de mise en accusation contre Trump, par 232 voix contre 196. Pendant ce temps, alors que les sondages généraux du public donnent une faible majorité favorable à la destitution, les résultats par États sont très diversifiés, notamment dans les États-clef de l’élection présidentielle qui sont assez anti-destitution, ce qui suggère des possibilités extrêmes d’affrontements internes, de contestations juridiques et électorales, sinon populaires.)

Le sentiment général de Kunstler est ainsi, plus encore que celui d’une potentialité de guerre civile ou d’actes politiques nettement tranchés, celui de la possibilité de désordres considérables au niveau institutionnel et jusqu’au public lui-même. Dans ces conditions, juge-t-il, il est très envisageable que l’élection présidentielle de 2020 (USA-2020) ne puisse avoir lieu et soit retardée... Jusqu’à quand, et comment, et avec quelles réactions, etc. ? Terra parfaitement et complètement incognita...

« ... Il va probablement y avoir beaucoup d'actions en justice intentées contre les personnes qui ont commencé ce coup d'État contre [Trump], et cela va être extrêmement inquiétant pour la gauche [dans la perspective de l’élection présidentielle, avec par conséquent un désordre à mesure]....
» Je pense que l'une des fortes possibilités est que nous n'ayons pas d'élections en 2020. D’une façon ou d’une autre, le pays peut de trouver dans un état de si grand désordre que nous ne pourrons pas tenir d’élections. Il peut y avoir tellement de conflits que nous ne pourrons pas régler les questions juridiques liées à la tenue des élections, et il se peut qu’elle soit suspendue. Je ne sais pas ce que cela signifie [comme perspectives politiques et pour les événements à venir], mais je suis très impressionné par le désordre dans lequel nous nous trouvons déjà. C'est plutôt une sorte de trouble mental [d’incompréhension et d’incommunicabilité] qui existe entre les deux parties qui s’affrontent, et cela pourrait [évoluer très rapidement et] se transformer en nombre de violences publiques et en nombre d’impasses institutionnelles.” »

• C’est dans ce cadre politique absolument sans précédent et sans aucune possibilité d’envisager rationnellement aucune prévision qu’il faut placer les appréciations de Kunstler concernant l’évolution catastrophique des situations financières et économiques aux USA. Il voit une évolution vers une situation de blocage et de faillite du fait notamment des dettes ; il affirme que les choses ne ressemblent à rien de ce que nous avons vu dans le passé parce que nous approchons d'un jour où notre système monétaire fondé sur l’endettement sera pris en compte.

Kunstler dit que l’on peut distinguer cette perspective, désormais... Et, dans ce cas, l’effet pourrait être un repli vers des économies locales, une sorte de vague de localisme aux USA, actant la désintégration complète du pays,de facto plutôt que par le haut, par des processus politiques de sécession, une “dissolution” de l’entité fédérale par le bas, évidemment suscitée et accélérée par la paralysie et l’impuissance totales du système institutionnel...

« Ce qui semble se dessiner, c’est un mouvement vers une sorte de démantèlement du système bancaire. En réalité, nous sommes coincés dans une situation où nous avons trop d’obligations que nous ne pouvons pas respecter et trop de dettes qui ne seront jamais remboursées. Nous essayons de diriger le pays depuis quinze ou vingt ans en nous endettant parce que nous ne pouvons plus assurer la croissance industrielle à laquelle nous étions habitués et que nous n'avons plus l’appui des dépenses de l’énorme ‘industrie de consommation’. Nous avons emprunté sur l’avenir pour payer nos factures courantes et aujourd'hui, et nous n’avons plus les moyens d'emprunter davantage...

» Je pense que nous allons perdre la capacité d’assurer un grand nombre d'activités que nous avons entreprises. Cela commence par l'énergie et sa relation avec les services bancaires et notre capacité à générer le genre de croissance dont vous avez besoin pour continuer à rembourser vos dettes. La raison pour laquelle la dette ne sera jamais remboursée et les obligations ne seront jamais respectées, c'est que nous ne générons pas ce genre de croissance. Nous ne faisons que générer des fraudes et des escroqueries. Les fraudes et les escroqueries sont amusantes pendant que vous les commettez et elles semblent produire beaucoup de profits sur papier, mais après un certain temps, elles s’avèrent complètement être des simulacres. Alors vous devez faire autre chose. Finalement, beaucoup de choses dans notre économie et notre mode de vie sont des simulacres et vont échouer puis disparaître. Alors, nous devrons prendre d'autres dispositions pour la vie quotidienne. Cela signifiera probablement que nous organiserons nos affaires à une échelle beaucoup plus locale. »

On notera, – et ce sera notre observation centrale et notre commentaire essentiel, – que Kunstler est beaucoup plus frappé par l’imbroglio institutionnel, les paralysies des institutions et l’impuissance générale du système de l’américanisme, et aussi les blocages psychologiques avec des attitudes frisant la démence collective, notamment chez les propagateurs des conceptions sociétales allant jusqu’aux extrêmes de l’absurde dans tous les domaines LGTBQ. Ce qu’il tend à nous montrer, beaucoup plus qu’une menace insurrectionnelle majeure ou, à l’inverse, une menace dictatoriale ou totalitaire, c’est une perspective d’un extraordinaire désordre dont on admettra que les prémisses que nous vivons depuis quatre ans sont notablement convaincants.

Dans ce cas, la suppression ou le report de USA-2020 ne serait pas le spectre du fascisme que ne cessent de brandir WSWS.org et les foules diverses de la postmodernité échevelée, mais le résultat direct de la dissolution complète du système dans l’impuissance et la paralysie générées par le désordre et à leur tour impuissance et paralysie génératrices de désordre. Nous serions parfaitement sur la voie de l’autodestruction après avoir subi la pression effroyable de la surpuissance.

Nous serions alors placés devant un “modèle américain” tout à fait inédit, un American Dream tout à fait original, complètement parfaitement inverti en un pimpant American Nightmare. C’est alors le monde entier qui devrait se redéfinir autour de ce “modèle” qui, évidemment, aurait toutes les tendances du monde (le même) à se répandre, – notre fascination pour l’Amérique en un sens, qui est celui de l’inversion, notre fascination jusqu’au bout, jusqu'aux abysses, – pour liquider enfin cette cointre-civilisation satanique.

« Rêvons un peu », disait Sacha...

 

Mis en ligne le 1ernovembre 2019 à 11H37

  • 1 novembre 2019 à 00:00

NordStream-2, pour quelques kilomètres...

Par info@dedefensa.org

NordStream-2, pour quelques kilomètres...

Les Danois ont finalement donné leur accord pour que le gazoduc  NordStream-2 passe dans leurs eaux et achève sa mise en place, de la Russie à l’Allemagne. Les Danois ont finalement résisté aux très fortes pressions des USA, qui leur demandaient de sortir n’importe quel argument environnemental pour interdire le passage de la chose dans leurs eaux dont la pureté est bien connue ; certains jugeront, avec quelque raison, qu’il s’agit d’un acte de courage de la part du Danemark...

Dit autrement et avec quelques détails des meilleures sources, loin des suppositions aventureuses : « Le Danemark a autorisé mercredi 30 octobre la construction du gazoduc Nord Stream 2, ôtant le dernier obstacle à la finalisation de cet ouvrage controversé qui doit approvisionner l’Europe en gaz russe via la Baltique. Déjà construit à plus de 80 %, le gazoduc Nord Stream 2, un investissement d’une dizaine de milliards d’euros financé pour moitié par le géant russe Gazprom, doit permettre le doublement des livraisons de gaz russe à l’Allemagne.
» Sa construction  était jusqu’à présent bloquée  par l’absence de permis délivré par le Danemark pour traverser ses eaux territoriales. Le projet initial de construction prévoyait en effet de passer au large de l’île de Bornholm, tout comme le gazoduc Nord Stream 1, opérationnel depuis 2012. Plusieurs tracés avaient été proposés, et refusés, mais la route du sud-est qui a finalement été retenue “présente le moins de risques et d’impacts du point de vue de l’environnement et de la sécurité”, a indiqué l’agence danoise de l’énergie dans un communiqué. »

Tom Luongo, un chroniqueur dissident US de tendance libertarienne et d’esprit indépendant consacre  une analyse à cet événement qui complète une saga d’affrontement entre la Russie d’une part avec les encouragements chuchotés de certains européens, les USA de l’autre, avec plus ou moins de partenaires du  bloc-BAO selon les occasions. Pour Loango, c’est une grande victoire pour l’Allemagne, c’est même une sorte de “libération”, – comme symboliquement la fin d’une “occupation” par moyens différents interposés, ou plus justement dit selon nous tout en adoptant ce point de vue, le “début de la fin éventuelle” d’une “occupation”.

« En un sens, ce gazoduc est la déclaration d'indépendance de l'Allemagne par rapport à plus de soixante-dix ans de politique américaine. N'oubliez jamais que l'Allemagne est un territoire occupé avec plus de 50 000 soldats américains stationnés là-bas. »

L’idée développée ici est que cette “occupation” militaire aurait continué de peser de tout son poids si la dépendance énergétique s’y était ajoutée dans l’hypothèse d’un échec de  NordStream-2, à un moment où les Allemands croient  de moins en moins à la réalité de la protection militaire des USA. 

« Le stratagème consistait à arrêter Nordstream 2, puis à poursuivre en justice Gazprom pour ne pas avoir respecté les volumes qu'elle avait promis de livrer. Pendant des années, l’entreprise aurait dû faire face à des procès divers et variés au sein de l'UE tandis que les États-Unis seraient intervenus[avec leur gaz] comme le chevalier blanc, pour empêcher les Européens de geler jusqu'à la mort.

» Heureusement pour le monde, ce plan a échoué. »

... Et, selon, Luongo, les forces militaires déployées en Allemagne n’ont plus guère de poids sur la direction politique allemande, sans le levier de l’alimentation énergétique, ou plus crûment dit le “chantage énergétique”. Il est par conséquent très possible qu’on voit se renforcer le courant déjà très fort accéléré sous la présidence Trump de privilégier pour la Pologne l’engagement US en Europe, éventuellement au détriment de l’Allemagne avec  des transferts de force comme la menace en a déjà été évoquée, puisqu’effectivement la Pologne est le principal acolyte des USA dans ce jeu... Voici le début de l’analyse de Luongo, centré sur l’Allemagne.

 « Au cours des trois dernières années et jusqu’aux derniers kilomètres, les États-Unis se sont opposés à la construction du gazoduc Nordstream 2 de la Russie à l’Allemagne.
» Effectivement, la bataille s'est déroulée jusqu’aux derniers kilomètres, puisque le Danemark a refusé pendant des mois le permis environnemental final sur Nordstream 2.
» Les États-Unis, en particulier sous l'égide de Trump, s’étaient engagés à adopter une “approche pangouvernementale” pour empêcher que le gazoduc ne touche terre en Allemagne.
» J'ai documenté tous les rebondissements de Nordstream 2 au cours des dernières années (voyez mes archives), aussi bien sur ce site que sur Seeking Alpha et dans la collection de mon ancienne Newsletter sur Newsmax
» Jamais je n'ai pensé qu’arriverait un jour où les États-Unis finiraient par bloquer ce projet. La raison en est simple. L'Europe, et en particulier l'Allemagne, a besoin du gaz et il n’y a aucune raison impérieuse pour que l’Allemagne en soit arrivé à céder si elle veut survivre au XXIe siècle comme une des grandes économies du monde.
» Le gazoduc russe est tout simplement trop bon marché pour qu'un autre GNL puisse rivaliser avec le projet russe
» En un sens, ce gazoduc est la déclaration d'indépendance de l'Allemagne par rapport à plus de soixante-dix ans de politique américaine. N'oubliez jamais que l'Allemagne est un territoire occupé avec plus de 50 000 soldats américains stationnés là-bas.
» Il était extrêmement audacieux de la part du président Trump de décrire Nordstream 2 comme l’acceptation par l’Allemagne de devenir une “otage de la Russie” quand l’Allemagne a été otage des États-Unis depuis 1945.
» L’histoire n'est pas le fort de Trump... »

Luongo, qui a suivi avec attentions cette affaire comme il le rappelle lui-même, juge qu’il y eut essentiellement un seul allié véritablement actif et efficace pour les USA dans cette bataille, et qu’il s’agit effectivement de la Pologne qui a, elle, choisi d’acheter du gaz US et non russe. L’hostilité viscérale, historique et stratégique de la Russie dans le chef des Polonais, s’accompagne dans ce cas d’une hostilité polonaise à l’Allemagne plutôt du fait des conceptions complètement divergentes entre ces deux pays au sein de l’UE, – l’euroscepticisme polonais qui voit l’UE comme une machine à dévorer sa souveraineté, contre la puissante position de l’Allemagne au sein, sinon au faite de l’UE...

Comme on le voit dans ce cas, on se trouve dans les contradictions qu’impliquent les  vérités-de-situation stratégiques aussi bien que le combat de l’antiSystème contre le Système... Comme on le voit, d’ailleurs, essentiellement dans le cas germano-polonais, où tout le monde perd et tout le monde gagne à la fois ; c’est-à-dire, où cette affaire (réussite de  NordStream-2) ne peut être considérée que comme une étape dans un affrontement bien plus vaste (alors que la réussite des USA de contrecarrer le projet aurait par contre constitué une victoire du Système). Effectivement, les mouvements autour de la Pologne complètent fort bien les enseignements des mouvements autour de l’Allemagne :
• on doit considérer que l’achèvement de  NordStream-2 constitue une défaite pour l’implantation et l’influence des USA en Europe, – une défaite “objective” politique et culturelle, et donc déstructurante comme l’est le système de l’américanisme de notre point de vue ontologique quelles qu’aient été les préoccupation de Trump, qui étaient évidemment, essentiellement économiques, la question de l’ontologie, comme celle de l’histoire, étant de peu d’intérêt pour lui ;
• même si elle constitue un soutien absurde du point de vue souverainiste et de l’“antimodernité” du fait de la tradition, c’est-à-dire du point de vue antimoderniste culturel (ce sont des positions qu’on peut distinguer chez les populistes polonais au pouvoir) lorsqu’on voit comment les USA traitent la souveraineté et les cultures des autres, même de la part du pseudo-“populiste” (?) Trump, la position de la Pologne est compréhensible dans le chef de son hostilité à l’UE comme machine à broyer la souveraineté et les traditions soutenant l’antimodernisme culturel ;
• de ce point de vue (souverainisme et antimodernisme), la proximité entre la Russie et l’Allemagne dans cette affaire, de même que l’hostilité de la Pologne à l’encontre de la Russie, si elles se comprennent stratégiquement et autres dans les concepts politiques relatifs, sont complètement invertis d’un point de vue ontologique, puisque la Russie est manifestement une force de tendance souverainiste et culturellement antimoderne ;  
• par conséquent, on peut effectivement parler dans la probable conclusion de la saga  NordStream-2  d’une étape dans la Grande Crise Générale, avec les entrechocs et entrelacs habituels des contradictions, des positions à contrepieds, des inversions, d’une déstructuration supplémentaire de l’Europe-UE (excellente chose), etc. Pour nous, bien entendu et comme nous le répétons souvent, plus aucune des matières habituelles des grandes données pseudo-scientifiques habituelles ne règle rien de la situation crisique générale : ni la géostratégie de la puissance d’influence et d’hégémonie, ni la géopolitique de la puissance énergétique, etc. Tous ces facteurs, considérés en général comme essentiels et stratégiques, ne sont considérés, selon notre point de vue, que comme tactique et rien d’autre. 

Le seul intérêt, le seul avantage de l’issue qu’on observe est l’absence de “victoire” des forces économiques et d’influence du système de l’américanisme, avec comme conséquence l’approfondissement du fossé séparant les USA de l’Europe/UE (c’est-à-dire un fossé à l’intérieur du bloc-BAO). Il s’agit là d’un facteur intéressant de l’accroissement du désordre et de la confusion à l’intérieur du Système.

 

Mis en ligne le 31 octobre 2019 à 15H05

  • 31 octobre 2019 à 00:00

Lettre à Georges, à propos de Jullian Assange

Par info@dedefensa.org

Lettre à Georges, à propos de Jullian Assange

36èmeannée

Mon cher Georges,

J’évite de t’écrire quand l’humeur ambiante chagrine ou impatiente risque de ternir l’aimable cordialité que tu offres à tes correspondants. L’éclat de ta foi inattaquable irradie quand tu leur consacres des conversations exigeantes, souriantes et exquises. Mais ici, il arrive souvent que les instants crépitent d’incertitudes. Le feu qui consume l’éphémère c’est-à-dire l’injuste ronronne, il flambe cependant de plus en plus fréquemment. De sorte que se vivifie parmi les cendres des illusions ce qui est utile pour l’homme.

Les Chiliens viennent de perdre la peur qui les a bridés depuis l’intervention étasunienne du 11 septembre 1973 soldée par l’assassinat de Salvador Allende et la mise en pratique d’un capitalisme débridé sous l’autorité d’une dictature militaire sanglante. La mémoire traumatique des exécutions sommaires, des disparitions a été dépassée, grèves et manifestations géantes ont eu lieu malgré les blindés et les unités spéciales de l’armée dans les rues. Le chant de Victor Jara, tué d’une rafale de balles après que la junte lui aie brisé les poignets pour le punir d’avoir défendu la paix au Vietnam, retentissait depuis toutes les fenêtres ouvertes après l’heure du couvre-feu, signe de ralliement d’un peuple qui n’en peut plus de l’absence de services publics tous privatisés et des inégalités d’un niveau incompatible avec toute vie sociale. Cette séquence chilienne des services de la CIA en Amérique du Sud avait initié le triomphe de la théorie néo-libérale de Milton Friedman et le reflux mondial des mouvements qui revendiquaient la propriété collective des moyens de production déjà fortement socialisés. Les morts du stade de Santiago du Chili sont venus contaminer le mode de répression des militants partout dans le monde, jusqu’au Maroc où les opposants pouvaient connaître comme sépulture l’Océan Atlantique dans lequel s’engloutissaient des corps jetés depuis des hélicoptères, les pieds entravés et alourdis de kilos de béton comme viatique pour atteindre les fonds marins. La tradition de la répression s’est perpétuée mais avec une présentation moins sauvage. De lourdes peines de prison ont sanctionné la participation de quelques activistes au formidable Hirak du Rif en 2016-2017.  Des centaines de milliers de Marocains étaient sortis dire leur refus de la tyrannie et de la corruption après le broyage d’un poissonnier dans une benne à ordure française à Al Hoceima.  

Les plus vivants parmi nous sont enferrés dans des cachots et privés de soleil.

Tu en fais partie.

Tu entames en cette fin d’octobre ta trente-sixième année de détention et c’est en ton honneur que fut réinventée en France la prison à perpétuité puisque tu es libérable depuis maintenant vingt ans et que  les montagnes du Liban et leurs cèdres se languissent de ta présence. Nous savons que tu es un prisonnier politique, le plus anciennement détenu en Europe, en dépôt dans une prison française pour le compte des Usa et d’Israël. Tu représentes une mesure indirecte précise de l’assujettissement d’une République française aveulie qui a renoncé à toute souveraineté et confond depuis trop longtemps le judiciaire, le législatif et l’exécutif – si tant est qu’une réelle séparation des pouvoirs, jamais populaires- eusse eu une quelconque réalité.   

Tu n’es pas seul

Tu n’es pas seul à nourrir les appétits de vengeance de la barbarie étasunienne et sioniste en Europe. Tu as été rejoint par un autre ‘extra-européen’, australien d’origine, qui s’est rendu célèbre et divulguant les infâmes exactions de l’armée d’occupation en Irak après l’invasion de 2003.

Julian Assange, un informaticien talentueux, a appartenu dans sa jeunesse à un réseau de cypherpunksqui élaborait des techniques de chiffrement susceptibles de permettre aux individus d’échapper à la surveillance des Etats sur internet. Il n’est pas de la mouvance anarchiste et n’a jamais eu d’affinité pour le communisme qu’il semble confondre et résumer à un autoritarisme stalinien. Il avait revendiqué sa proximité idéologique avec le libéralisme économique. La démarche qui l’a motivé pour se lancer dans l’aventure ‘Wikileaks ‘ se fonde sur l’idée de défendre le citoyen de l’intrusion de l’Etat, d’œuvrer pour rendre moins asymétrique la diffusion (et surtout la rétention) d’informations. Sa conviction politique était circonscrite à la croyance assez naïve que l’outil mathématique maîtrisé appliqué à internet dispensait à l’individu une liberté inaliénable qu’aucun gouvernement ne peut spolier ni restreindre. 

Assange ne s’inscrit dans aucune filiation de lutte comme la tienne qui a compris les soubassements matériels, sociologiques, institutionnels et idéologiques qui déterminent nos vies. La mouvance informe qui est parfois désignée par ‘Dissidence éclairée’ avait accueilli au début les  documents fuités par Wikileaks de manière assez suspicieuse. Elle avait expérimenté dans sa chair les psy-ops, les attentats menés sous faux drapeaux et les informations opportunément distillées en vue de manipulations par les agences de renseignements. Il avait été remarqué par exemple qu’Israël n’en a jamais été la cible. Des rumeurs qu’une officine de l’Open Foundationde Georges Soros apportait un soutien et offrait un financement à Wikileaks avaient circulé de manière prégnante. Oui, mon cher Georges, ces décennies ont développé chez les militants ‘anti-système’ une tendance paranoïaque, une méfiance plus aiguisée salutaire certes mais aussi paralysante. En réalité, en dehors de la rémunération de ses contributeurs, un site web qui publie ce type de documents peut fonctionner avec moins de 100 dollars par mois. Les 391 831 documents qui relatent les horreurs pratiquées par l’armée américaine  en Irak, tortures, exécutions injustifiées de civils, comportements inappropriés des soldats qui furent livrés au public en 2010 ont fini par dissiper cette réserve. Il y eut ensuite en 2012 la livraison de 250 000 câbles diplomatiques, de comptes-rendus  élaborés par les ambassades étasuniennes qui témoignaient d’une grande médiocrité d’observation de la part de leurs rédacteurs. Puis des documents classés secret-défense auxquels a eu sans doute accès l‘analyste de l’armée Bradley Meaning devenu depuis Chelsea Meaning grâce à une clé informatique fournie par Assange. Il devenait urgent pour l’Etat fédéral des Usa mettre fin à cette hémorragie qui gêne leur renseignement et le secret de leur politique. 

Tout ce travail de dénonciation dangereux pour ses acteurs n’a pas changé fondamentalement l’ordre des choses. (*) L’opinion fut saisie d’indignation le temps que d’autre sujets préparés par les scénaristes dûment payés des médias mainstream lui servent d’autres épisodes, d’autres émotions, support de divertissement et de division.  

Julian Assange conscient d’être poursuivi par la vindicte étasunienne est allé en Suède donner une conférence en août 2010 et demander l’asile politique, ce pays n’ayant pas de convention d’extradition vers des pays en dehors de l’Union européenne. Non seulement il n’a obtenu aucune protection, mais un piège grossier s’est refermé sur lui. 

Le féminisme au service de l’impérialisme

Une jeune femme qui l’avait invité à partager sa couche l’a accusé d’un rapport non consenti (pendant qu’elle dormait), de viol donc. La plaignante, Anna Ardin traîne une réputation de gauchiste, elle a travaillé dans un groupe de femmes anticastriste qui recevait des fonds du gouvernement US et était soutenu par un agent de la CIA, terroriste et assassin notoire.Après avoir fait une fête en l’honneur de son violeur, elle donne des versions contradictoires à la police du crime pour finir par admettre que le rapport fut consenti mais qu’il se serait achevé sans préservatif. Voilà l’étrange charge accusatoire contre l’homme qui a fait connaître au monde la manière dont se déroulent les guerres frauduleuses de l’Occident contre l’Afghanistan et l’Irak. Il s’est trouvé un procureur dans la grande démocratie suédoise pour déclarer recevables de telles balivernes. Mon cher Georges, tu es certainement choqué de t’apercevoir combien le féminisme s’est dévoyé et a dégénéré et combien les préoccupations sociétales sont venues se substituer aux contradictions profondes du capitalisme. 

Sous le coup d’un mandat d’arrêt européen lancé par la Suède en novembre 2010, il se livre à la police du Royaume-Uni début décembre puis est assigné à résidence. En 2011, un tribunal à Londres valide puis confirme l’extradition pour la Suède. Il épuise tous les recours pour éviter l’extradition en Suède qui signifie en réalité une livraison aux Usa ce qui équivaut à une mort certaine et finit par se réfugier dans l’ambassade d’Equateur en juin 2012. Un groupe de travail de l’ONU a très tôt déclaré qu’Assange est victime d’une détention arbitraire mais cet avis n’est pas contraignant. La Suède classe sans suite en 2017 l’enquête pour viol sans le disculper. Le Royaume Uni déclare qu’il poursuivra pour non respect des conditions de la liberté sous caution. Le nouveau Président à la tête de l’Equateur élu en  2017 est beaucoup moins bienveillant à l’égard du réfugié, il adopte une politique économique néolibérale avec restriction budgétaire conforme aux vœux du FMI auprès duquel il sollicite un prêt. Déjà en situation de confinement dans une chambre, sa situation se durcit, il a moins de liberté pour communiquer avec l’extérieur tout en subissant une surveillance étroite de son courrier, de son courriel et de ses appels téléphoniques. 

Le Droit, fait pour être violé par le puissant

Julian Assange se fait arrêter en avril 2019 par la police britannique à l’ambassade d’Equateur, ce qui constitue un déni grave du droit l’asile signé par la plupart des Etats de la part des deux gouvernements, britannique et équatorien. Un homme est saisi depuis un espace garanti par l’immunité diplomatique pour non respect des conditions de liberté sous caution pour un mandat d’arrêt suspendu depuis 2017, lui-même structuré autour d’une plainte surréaliste, un bijou de fabrication maladroite pour faire tomber l’animateur de Wikileaks. L’opinion publique ne s’est pas soulevée à l’annonce de cette arrestation illégale et abracadabrantesque car elle a été travaillée en amont et perçoit Assange non pour ce qu’il est, un homme traqué par la machinerie judiciaire capitaliste et impérialiste sans limitation de frontière pour ses ramifications mais comme un violeur. 

Assange aurait pu continuer à moisir dans sa petite chambre à l’ambassade, épié et condamné à une mort lente. La divulgation de la messagerie de la Convention démocrate étasunienne a relancé un processus. Assange avait mis en évidence que la CIA pouvait trafiquer les circuits empruntés par des messages transitant par internet et simulant leur provenance, fabriquer ainsi  des opérations électroniques ‘sous faux drapeaux’.

Le verdict de 50 semaines de prison pour un délit formel de surcroît dans une prison de haute sécurité réservée aux criminels dangereux est tombé, avec l’examen de la demande d’extradition de la part des Usa en cours. Ses visiteurs, quand ils parviennent à le voir, témoignent tous de son aspect émacié et de l’évidence de la torture psychologique qu’on lui inflige, liée au moins à l’isolement dont il n’est tiré qu’une heure par jour. Assange ne peut compter sur sa famille et encore moins sur sa défense, sans doute recevant des subsides de ses adversaires. Son avocate Jennifer Robinson avait forgé ses armes en offrant une assistance juridique bénévole ‘droitdelhommiste’ aux activistes du mouvement séparatiste de la Papouasie occidentale en Indonésie. Lors de la dernière comparution de Julian devant une juge britannique que l’aberration de la détention de la grande figure de Wikileaks ne perturbe pas, pour examen de la demande d’octroi d’un délai raisonnable pour le dossier de l’extradition, Robinson n’a pas osé remettre en question les conditions inhumaines de son emprisonnement. L’état de destruction de l’homme est avancé au point qu’il a eu du mal à dire sa date de naissance et d’énoncer son nom sans hésiter.

Comme pour toi, lors de ton procès en 1984 où ton avocat a reconnu avoir été quelques mois au service des renseignements français, la Défense d’Assange semble assurée par des traîtres à sa cause, plus ou moins appointés par une officine ou l’autre de Soros. 

L’ex-directeur de la DST en fonction à l’époque de ton procès, Yves Bonnet, a admis que ton procès a été bidonné, que tu es victime d’une vengeance d’Etats et qu’il serait temps que la France retrouve un peu de son honneur en te permettant de retourner chez toi.

Le traitement d’Assange risque de le conduire à la mort avant même d’arriver aux Usa. Les techniques de torture psychologique occidentale sont en constante évolution et en perfectionnement. On a vu cela sur les milliers d’Irakiens enfermés dans des camps et travaillés pour devenir la chair à canon pour les mercenaires de la CIA, les innombrables groupuscules ‘islamistes’ qui devaient fragmenter la Syrie et l’Irak en perpétuant une guerre civile sans fin.

A bientôt

Cher Georges, tu sais comme moi que ta libération ne peut plus être si lointaine. L’heure de l’hégémonie étasunienne arrive à sa fin, son système économique construit sur une dette de plus en plus monstrueuse vit ses derniers moments car il est en train de sombrer sous le dynamisme industriel et commercial asiatique. Les classes populaires des Etats occidentaux et de leurs vassaux se soulèvent et réclament que soit mis fin aux privilèges, à l’exploitation, aux guerres, aux mensonges médiatiques. Algérie, Liban, France, Chili, Porto Rico, Haïti, les points chauds se multiplient. Il convient seulement de prendre garde au risque inévitable de la prise en main de révolte par les habituels agents des révolutions colorées.

A bientôt autour d’un café à Beyrouth ou d’un thé à la menthe à Alger ou Rabat.

 

(*) Une grande audience fut donnée aux révélations de Wikileaks à partir de juillet 2010 quand de grands journaux Comme le New York Times, the Guardian, Le Monde, El Pais et Der spiegel les ont relayées et rendues plus accessibles au public.

  • 31 octobre 2019 à 00:00

Spécialité civilisationnelle : l’attaque chimique-bidon

Par info@dedefensa.org

Spécialité civilisationnelle : l’attaque chimique-bidon

On débat avec grand entrain des genres et transgenres, des voiles, des retraites de nos démocraties, des attaques terroristes qui mettent en péril nos très-nombreuses valeurs, et fort peu par conséquent des documents WikiLeaks transmis par un “lanceur d’alerte” sur la façon dont les organes officiels fabriquent ce qu’on a coutume de désigner comme des falseflags. Une des grandes spécialités du domaine, pratiquée essentiellement par le MI6, la CIA et les Saoudiens avec quelques supplétifs, est l’attaque chimique-bidon attribuée à l’armée syrienne, et ouvrant la voie à une attaque devant liquider “le boucher de Damas”, – attaque que ces brillants complotistes ne sont même pas capables de mener à terme.

Les documents sur lesquels Federico Pieraccini a construit son texte du 29 octobre montrent comment l'Organisation pour l'Interdiction des Armes Chimiques (OIAC) a fabriqué l’enquête-bidon sur l’attaque-bidon de Douma, en Syrie en 2018. On peut être sûr que toutes les autres “attaques” sont du même genre et du même type, y compris et surtout celle d’août 2013 qui nous mena très près d’une offensive aérienne massive, – qui n’eut pas lieu finalement, tant les comploteurs sont incapables d’aller au bout de leur complot. (Pour cet épisode, voir les textes sur ce site le 27 août 2013, le 29 août 2013, le 02 septembre 2013, le 06 septembre 2013, le 10 septembre 2013, le 12 septembre 2013.)

Il n’y a donc rien de nouveau dans ces documents sinon la confirmation officielle de ce que tout observateur sensé devrait déduire de l’appréciation de ces événements. Il est remarquable et sans surprise que ces documents WikiLeaks n’aient pas soulevé l’ombre d’une ride d’analyse dans la presseSystème qui poursuit imperturbablement sa narrative sur “le boucher de Damas”. Il est également remarquable que tous ces montages minutieux où domine l’esprit-Pied Nickelés n’ait effectivement jamais abouti à ce que l’Occident humanitariste des Lumières brûle de faire depuis quasiment une décennie : taper sur DamasPour paraphraser en toute inversion les formule à-la-Churchill de la bataille d’Angleterre, “jamais autant de comploteurs travaillèrent avec autant de facilités à fabriquer des montages dont aucun d’eux [les comploteurs] ne sut profiter pour effectuer cette attaque dont ils rêvent tant et tous”. Certes, ils ont convaincu le public-Système et se sont tous convaincus eux-mêmes que “le boucher de Damas” est bien “le boucher de Damas” ; mais pour en arriver à devoir envisager de passer par “le boucher de Damas” pour tenter tant bien que mal de participer à une esquisse de stabilisation qui passerait nécessairement par “le boucher de Damas” (et les Russes, certes), – puisque décidément ils sont impuissants à déstabiliser jusqu’à l’entropisation finale.

Il est extrêmement difficile d’expliquer et de comprendre à la fois une telle duplicité et une telle impuissance par le seul jeu des forces humaines et autres capacités du domaine... Tout se passe comme si le Diable leur donnait tous les atouts pour frapper, pour leur faire un croche-pied à l’instant ultime. Ainsi se font-ils même berner par le Diable qui, au dernier moment, les juge vraiment trop minables.

Dans son texte du 29 octobre 2019 sur Strategic-Culture.org, Federico Pieraccini écrit après son titre « Wikileaks dévoile des rapports falsifiés de l'OIAC pour accuser le gouvernement syrien au lieu des Jihadistes soutenus par l'Occident ! » : « Les révélations, – soigneusement ignorées par les médias grand public, – mettent en lumière l’écheveau des complicités et des complaisances diverses tissées par les médias complices et l'hypocrisie éhontée de l’Occident, dans cette affaire impliquant l’OIAC, Wikileaks et Julian Assange dans sa détention illégale.
» Un lanceur d’alerte de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a remis à Wikileaks des documents authentiquesconcernant l'enquête sur l'attentat de Douma en Syrie en 2018.
» Ces documents ont confirmé ce que beaucoup écrivaient depuis des mois, à savoir que les enquêtes et les conclusions de l'OIAC avaient été conçues pour parvenir à un résultat prémédité défavorable à l'armée arabe syrienne et conforme aux objectifs de politique étrangère de Washington, Tel Aviv, Riyad, Paris, Ankara, Doha et Londres.
» Une attaque chimique à imputer à l'armée syrienne semblait être le moyen le plus simple de déclencher le mécanisme interventionniste dit R2P (“responsabilité de protéger”) et d'atteindre les objectifs de politique étrangère visés. Ce que nous savons maintenant avec certitude selon les documents Wikileaks, c'est que l'organisation internationale censée garantir l’impartialité et l’objectivité a falsifié rapports et procédures.
» Selon José Bustani, premier directeur général de l'OIAC et ancien ambassadeur du Brésil au Royaume-Uni et en France :
» “Les preuves convaincantes d'un comportement irrégulier dans l'enquête de l'OIAC sur l'attaque chimique présumée de Douma confirment les doutes et les soupçons que j'avais déjà.
» ”Je n'arrivais pas à comprendre ce que je lisais dans la presse internationale. Même les rapports officiels d'enquête semblaient, au mieux, incohérents.
» ”J'ai toujours espéré que l'OIAC serait un véritable paradigme du multilatéralisme. J'espère que les préoccupations exprimées publiquement par le Groupe, dans sa déclaration commune de consensus, catalyseront un processus par lequel l'Organisation pourra être ressuscitée pour devenir l'organe indépendant et non discriminatoire qu'elle était.”
» L'organe censé garantir l'impartialité a comploté pour piéger la Syrie pour un crime que ce pays n’a pas commis, pour donner à l’Occident un argument pour attaquer.
» Dans ce mécanisme pervers, la presse européenne et américaine a qualifié de partiaux et de peu fiables tous les témoignages des Syriens sur place, des journalistes étrangers indépendants et d’autres sources non approuvées s’écartant de la narrative ainsi fabriquée.
» Ces révélations de Wikileaks sont une occasion rare de regarder le dessous des cartes pour comprendre les mécanismes conduisant à des millions de morts, à la destruction de pays, à l’élimination de générations entières... 

 

Mis en ligne le 30 octobre 2019 à 15H36

  • 30 octobre 2019 à 00:00

“Drôle de guerre” à l’allemande

Par info@dedefensa.org

“Drôle de guerre” à l’allemande

Une des inquiétudes essentielles du site WSWS.org pour l’avenir de la démocratie et le triomphe inéluctable de la classe ouvrière, c’est la remilitarisation de l’Allemagne. Dans les années de Guerre froide, les “éléments de langage” de la RDA (République Démocratique Allemande, ou Allemagne de l’Est/communiste) parlaient des “revanchards ouest-allemands” (en général néo-nazis, pour faire bonne mesure) et du “revanchisme de Bonn”.

A plusieurs reprises déjà, ces dernières années, disons depuis la “rupture” de la crise financière jusqu’à la crise grecque (2010-2015) qui a consacré l’intronisation de l’Allemagne comme puissance tutélairede l’UE, WSWS.org a distingué des signes jugés alarmants de ce fil rouge-sang de la remilitarisation de l’Allemagne. Nous dirions que ce fil nous a toujours semblé ténu, mais soit... Depuis l’arrivée de Trump, avec la glaciation des liens USA-Allemagne d’une part, la crise économique allemande et la paralysie chronique de l’UE d’autre part, ces signes se sont faits, toujours selon WSWS.org, de plus en plus pressants.

Cette fois, il s’agit d’une puissante campagne de presse (la presseSystème s’entend) conduite pour soutenir, encourager, louanger et acclamer la proposition de la ministre de la défense allemande d’une intervention militaire européenne, – voire, à défaut, allemande ? – de plusieurs dizaines de milliers d’hommes en Syrie. Le point important dans cette circonstance est que la ministre (connue sous ses initiales AKK dont on trouvera l’explication dans le texte, nous-mêmes étant découragés d’avance à cet égard) est désignée comme devant succéder à la chancelière Angela Merkel

« À la suite du retrait des troupes américaines du nord de la Syrie, les médias allemands sont tombés victimes d’une véritable fièvre de guerre. La proposition de la ministre de la défense nationale Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK) d'envoyer des dizaines de milliers de soldats dans la région pour établir une zone de sécurité s'est accompagnée de tribunes libres débordant d’enthousiasme militariste. »

Le texte donne un maximum d’extraits venant de différentes plumes qui constituent ainsi un convainquant échantillonnage de la presseSystème, – du Système tout court, ce sera plus simple. L’unité stylistique et hystérique est remarquable et l’on doit admettre qu’effectivement une vague de fièvre belliciste a parcouru l’Allemagne des commentateurs bon-chic bon-genre dans une occurrence qui nous semble absolument pathétique. Comment l’Allemagne, voire l’Europesous si cette infâme soupe à la grimace qu’est l’UE pouvait trouver un jugement à l’unisson, peuvent-elles envisager le déploiement de “plusieurs dizaines de milliers d’hommes” en Syrie ; pour quoi faire ? Défendre les Kurdes ? Commencer une guerre avec la Russie, et éventuellement avec la Turquie ? Pendre haut et court Bachar al-Assad ? Et finalement, la question finale : avec quels moyens, avec quels matériels, avec quelles capacités de projection ? A part pour le déplacement et l’accueil de migrants sur leurs territoires, les Européens en tant que tels n’ont aucuns moyens sérieux pour toute autre stratégie...

On croit donc rêver et il s’agit en fait d’un cauchemar assez piètre, de démocraties (occidentales & européennes) en décomposition accélérée, relevant d’une civilisation dont le sagace président Macron nous annonce que « Nous sommes sans doute en train de vivre la fin de [son] hégémonie sur le monde. » Que les commentateurs allemands puissent applaudir à un tel plan, et qu’une future chancelière (AKK) puisse y songer sérieusement alors qu’elle est pourtant ministresse (ce titre de la fonction lui sied) de la défense mesurent la remarquable incohérence et le vide entretenue avec zèle de l’information tentant d’approcher la vérité-de-situationsur l’état des choses dans la démocraties occidentales, et notamment en Allemagne.

Cette puissance, devenue un “nain militaire” pendant la Guerre froide par rapport à ce qu’elle était au sommet de sa gloire hitlérienne (Rommel, Guderian &Cie) dont il est mal venu de parler aujourd’hui, est aujourd’hui un grabataire dans cette même matière, qui nous balbutie les leçons droitdel’hommesques et d’accueil des réfugiés en fait de stratégie militaire. Songer à une expédition en Syrie, et encore pour s’allier aux Kurdes contre le reste (contre les “méchants”) dans une manœuvre rappelant effectivement le brio de l’Afrika Korps, relève d’une dégénérescence cérébrale en pleine activité. Les Européens type-UE méritent bien les insultes et le mépris d’Erdogan, qui n’est pourtant pas un géant titanesque de l’Histoire.

Quoi qu’il en soit, le texte de WSWS.org représente une magnifique revue de presse, dans un pays où la plume fait office de panzer. Ce qui est remarquable dans cette revue de presse, c’est l’hystérie tout à fait inhabituelle, et hystérie belliciste bien entendu, qui reflète comme un tic mimétiste la même hystérie qu’on trouve à “D.C.-la-folle” chez les innombrables fauteurs de guerre installés dans des fauteuils de cuir pour mieux écrire leurs articles vengeurs et impériaux. Le comble étant bien entendu que l’hystérie allemande qui répond à l’hystérie washingtonienne a pour principale cause, à côté d’affirmation de volonté d’indépendance militaire, les innombrables déplorations de le qui est perçu comme l’abandon par les USA de leur leadership militaire (lequel existe toujours, comme capacité autobloquante, dans la mainmise US sur l’Allemagne au sein de l’OTAN) ; soit, pour mesurer le délire, ces quelques phrases, piquées ici et là, sans crainte des innombrables contradictions et inversions de la pensée :

• « La trahison des Kurdes par Donald Trump menace l'ordre mondial et notre sécurité et marque le début d'une nouvelle ère ».
• « Le pouvoir ne tolère pas le vide. Partout où les Américains se replient, d'autres puissances étendront leur influence. [...] Cela signifie pour les Européens: ils doivent devenir un acteur indépendant de la politique de la puissance. »
• « Tout le monde comprend maintenant à quel point les États-Unis sont peu fiables sous Trump. »
• « ... Où l’Allemagne devrait-elle assumer la plus grande responsabilité en matière de sécurité et de paix réclamée partout si ce n'est dans une région aux portes de l'Europe que Washington a maintenant entièrement cédée à Moscou et à Téhéran...»

Bien entendu, WSWS.org prend tout cela très au sérieux, comme indice d’un militarisme allemand rappelant celui qui préluda à la Première Guerre mondiale : « L'adhésion quasi unanime au militarisme de l'élite dirigeante, à laquelle s’oppose la grande majorité de la population, rappelle la période antérieure à la Première Guerre mondiale. Dans son ouvrage classique intitulé ‘La grande puissance nerveuse’, Volker Ulrich a décrit comment le nationalisme allemand, initialement vêtu d'un costume libéral et émancipateur et visant à modifier l'ordre existant, s'est transformé avec la constitution du Reich en 1871 en un “processus illibéral”, une “idéologie d’intégration conforme à l’État”, qui “a déclaré que la nation et le Reich n'étaient qu’une seule et même chose.” »

Suit une vaste description d’un peuple allemand qui (en 1914) ne voulait pas vraiment la guerre, mais qui y fut emporté par une direction comprenant essentiellement la bourgeoisie d’argent et les grands conglomérats producteurs d’armements et des moyens de l’armement. L’antienne est connue et ne nous pousse pas à nous précipiter sur le livre d’Ulrich. Nous nous en tiendrons à notre ouvrage favori sur le climat allemand avant la grande guerre, absolument moderniste, marqué dans l’art, dans les comportements, y compris dans les très puissantes communautés homosexuelles, c’est-à-dire tout ce qui constituait l’avant-gardisme moderniste-frénétique auquel la population allemande, dans cette sorte d’ivresse wagnérienne qui suivit le départ de Bismarck, adhéra avec enthousiasme. Ainsi Modris Eksteins écrivait-il dans Le Sacre du Printemps(1989) sur le “climat allemand” de la veille d’août 1914, quasi-unanime sauf peut-être le pauvre Guillaume II : 

«Pour l'Allemagne, la guerre est donc “eine innere Notwendigkeit”, une nécessité spirituelleC'est une quête d'authenticité, de vérité, d'accomplissement de soi, de ces valeurs évoquées par l'avant-garde avant le conflit, et un combat contre tout ce à quoi celle-ci s'est attaquée, c'est-à-dire le matérialisme, l'hypocrisie et la tyrannie.[...] La guerre devient synonyme d'émancipation et de liberté, “Befreiungs” ou “Freiheitskampf”. Pour Carl Zuckmayer, c'est “une libération par rapport à la petitesse et à la mesquinerie bourgeoises”. Franz Schauwecker la considère comme “des vacances de la vie”. [...] Pour [Emil] Ludwig comme pour bien d'autres, le monde s'est transformé du jour au lendemain. “La guerre l'a rendu beau”, dira plus tard Ernst Glaeser, dans son roman Jahrgang 1902. L'instant faustien auquel Wagner, Diaghilev et tant d'autres artistes modernes cherchent à accéder par leurs œuvres, est donné à tout un peuple. “Cette guerre est un plaisir esthétique sans égal”, dit l'un des personnages de Glaeser. » (On trouve ce texte et d’autres développements sur l’Allemagne à la veille de 1914 dans des extraits des Âmes de Verdun, que nous avons publiés le 7 novembre 2018.)

Nous respectons avec une certaine tendresse les convictions de WSWS.orgmais doutons au-delà de tout que l’on puisse comparer le climat actuel de l’Allemagne (et par conséquent la résolution, la volonté, et les moyens qui s’ensuivent) avec celui que décrit Eksteins. Cela ne doit pas nous empêcher, bien au contraire, de lire ce texte intéressant de Peter Schwarz, du 29 octobre 2019.

dedefensa.org

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La fièvre de guerre des médias allemands

À la suite du retrait des troupes américaines du nord de la Syrie, les médias allemands sont tombés victimes d’une véritable fièvre de guerre. La proposition de la ministre de la défense nationale Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK) d'envoyer des dizaines de milliers de soldats dans la région pour établir une zone de sécurité s'est accompagnée de tribunes libres débordant d’enthousiasme militariste.

Il est remarquable que les journalistes fassent peu d'efforts pour dissimuler leurs cris de bataille sous couvert des expressions habituelles de «paix», «droits de l'homme» et «démocratie». Au lieu de cela, ils déclarent ouvertement que l'enjeu actuel est la défense des intérêts de l’Allemagne en tant que grande puissance, lesquels, croient-ils, ne sont pas défendus par leur ancien partenaire, les États-Unis.

La simple possibilité que les terribles guerres dans la région pourraient être terminées dans des conditions qui affaiblissent les puissances occidentales et leurs alliés régionaux, y compris les dictateurs sanglants al-Sissi en Égypte et le prince héritier Mohammed bin-Salman en Arabie Saoudite, a mis les chroniqueurs des médias hors d’eux. Ils sont inconditionnellement engagés à poursuivre les interventions militaires sanglantes visant à empêcher l'expansion de l'influence russe et chinoise, bien que ces guerres au cours des trois dernières décennies aient transformé la région en un enfer pour ses populations.

Dans une tribune libre pour la Süddeutsche Zeitung , Paul-Anton Krüger s’est plaint qu'au Moyen-Orient, «tout le monde comprend maintenant à quel point les États-Unis sont peu fiables sous Trump». Aux côtés de la Russie, la Chine comble le vide, a-t-il poursuivi. «En revanche, les Européens, pour qui le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord font partie de leur voisinage immédiat, se tiennent à l'écart comme un chevalier sans son armure: incapables d'agir, à court d'idées et impuissants.»

La ministre de la défense, Kramp-Karrenbauer, avait l'intention de «contrecarrer cela avec sa proposition de créer une zone de sécurité dans le nord de la Syrie». Mais cela a «été un échec cuisant». Cependant, elle a révélé «l'état misérable de la politique étrangère et de sécurité allemande et européenne, malgré tous les grands discours sur l'autonomie stratégique. Personne ne devrait être étonné que l'Europe et l'Allemagne, dans une région qui revêt une importance capitale pour elles, ne soient plus prises au sérieux», a conclu Krüger.

Mark Schieritz pour Die Zeit était encore plus franc. «Il faut interpréter la militarisation de l'Europe comme un projet progressiste», a-t-il déclaré. «La trahison des Kurdes par Donald Trump» menace «l'ordre mondial et notre sécurité» et marque «le début d'une nouvelle ère».

«Le pouvoir ne tolère pas le vide», a écrit Schieritz. «Partout où les Américains se replient, d'autres puissances étendront leur influence [...] Cela signifie pour les Européens: ils doivent devenir un acteur indépendant de la politique de la puissance.» La détermination manifestée dans le domaine de la politique économique est également requise dans la politique de défense, a-t-il ajouté. «L’Europe devrait soit créer une armée commune, soit au moins renforcer ses armées nationales et mettre en place une dissuasion nucléaire crédible. Cela est inévitable dans un monde où les anciennes alliances se délitent.»

Pour la Frankfurter Allgemeine Zeitung, Kramp-Karrenbauer a fait valoir ses qualifications pour accéder au poste de la prochaine chancelière allemande par le biais de sa proposition. «Elle a du courage», a écrit Berthold Kohler, rédacteur en chef de la FAZ, faisant l'éloge de la ministre de la défense. La proposition «pourrait constituer la percée dont elle a un besoin urgent sur le front politique national si elle veut conserver sa chance de succéder à Merkel.»

Le plan de Kramp-Karrenbauer, selon Kohler, correspond «à l'exigence selon laquelle l'Allemagne devrait assumer davantage de responsabilités dans les affaires mondiales.» «Seuls ceux qui pensent que l'Allemagne doit faire l’autruche et se tenir à l’écart de tous les conflits» pourraient condamner la proposition de principe. «Mais ce serait un déni de réalité [...] Où l'Allemagne devrait-elle assumer la plus grande responsabilité en matière de sécurité et de paix réclamée partout si ce n'est dans une région aux portes de l'Europe que Washington a maintenant entièrement cédée à Moscou et à Téhéran...»

Torsten Krauel, rédacteur en chef de Die Welt, estime également que Kramp-Karrenbauer est une candidate convenable pour être chancelière, car elle est prête à envoyer des dizaines de milliers de soldats à la guerre et à leur mort. «Que la proposition d'AKK soit réalisée ou reste lettre morte dans le brouhaha de la politique internationale est d'importance secondaire à cet égard», a-t-il déclaré. «L'important est que Kramp-Karrenbauer ait prouvé, à l'instar de Merkel, qu'elle possède des gènes alpha femelles.»

Christiane Hoffmann, qui après 19 ans à la FAZ est passée à Der Spiegel en 2013, a eu du mal à contenir son enthousiasme face au «courage» de Kramp-Karrenbauer. «Sa proposition de créer une zone de sécurité dans le nord de la Syrie n'est rien de moins qu'une sensation de politique étrangère, un tournant dans la politique de sécurité de l'Allemagne, une rupture avec la "culture de la retenue militaire" allemande qui, malgré tous les appels en faveur de la prise de plus de responsabilité politique dans le monde, continuait de définir sa politique», a-t-elle déclaré débordante d’enthousiasme à Spiegel Online.

La ministre allemande de la défense a «proposé que l'Europe s'engage militairement dans son voisinage, ce qui est malheureusement le plus dangereux du monde», a écrit Hoffmann. «Et elle a raison. L’Europe doit s’engager davantage en Syrie après le retrait des États-Unis. Il est dans son intérêt de jouer un rôle dans la détermination de l’avenir de la région, dont la stabilité est si importante pour la sécurité de l’Europe.»

Selon la conclusion de Hoffmann, «la proposition de Kramp-Karrenbauer pourrait constituer un premier pas vers la fin de la politique étrangère retenue et passive de ces dernières années, qui attendait que des catastrophes se développent avant de réagir par des mesures d'urgence». La politique étrangère allemande a «manqué de courage ces dernières années. L'Allemagne est trop riche, trop grande et, oui, trop puissante pour continuer à se soustraire à ses responsabilités. Et la région en crise au sud de l'Europe est trop dangereuse pour la laisser en permanence s'en tirer toute seule ou aux soins des Poutins et des Erdogans de ce monde.»

Hoffmann a emprunté quasiment les phrases finales de son article mot à mot au discours dans lequel le ministre des affaires étrangères de l'époque et actuel président allemand Frank-Walter Steinmeier avait annoncé la «fin de la contrainte militaire» à la Conférence de Munich sur la sécurité il y a cinq ans et demi. Depuis lors, le World Socialist Web Site a plusieurs fois averti que la classe dirigeante allemande était en train de revenir à ses traditions militariste et fasciste. L'engouement pour le plan de Kramp-Karrenbauer, qui est partagé non seulement par les journaux de droite et conservateurs, mais également par des publications plus libérales et ceux alignées sur SPD, le confirme.

L'adhésion quasi unanime au militarisme de l'élite dirigeante, à laquelle s’oppose la grande majorité de la population, rappelle la période antérieure à la Première Guerre mondiale. Dans son ouvrage classique intitulé «La grande puissance nerveuse», Volker Ulrich a décrit comment le nationalisme allemand, initialement vêtu d'un costume libéral et émancipateur et visant à modifier l'ordre existant, s'est transformé avec la constitution du Reich en 1871 en un «processus illibéral», une «idéologie d’intégration conforme à l’État », qui «a déclaré que la nation et le Reich n'étaient qu’une seule et même chose.»

À cette époque, des organisations furent fondées pour mener campagne en faveur du colonialisme, de la construction de flottes de cuirassés et d’une politique étrangère impérialiste. L’association la plus agressive fut l’Association nationale allemande, qui a recruté parmi les «notables de la classe moyenne éduquée: chefs d’établissement, professeurs, journalistes, travailleurs indépendants et responsables de l’État». Parmi ses personnalités figurait Alfred Hugenberg, président de Krupp, qui plus tard, en tant que dirigeant du Parti populaire national allemand et qu'un nabab des médias devait jouer un rôle majeur dans l'accession au pouvoir d'Hitler.

Un développement similaire a lieu aujourd'hui. L'enthousiasme suscité par la proposition de Kramp-Karrenbauer dans les médias montre que l'opposition au retour du militarisme ne peut venir que d'en bas, à travers la mobilisation de la classe ouvrière pour un programme socialiste et anticapitaliste.

Peter Schwarz, WSWS.org

  • 30 octobre 2019 à 00:00

dedefensa.org, votre solidarité et votre soutien

Par info@dedefensa.org

dedefensa.org, votre solidarité et votre soutien

Alors que nous écrivons ce message, ce 29 octobre 2019, la barre de donation de dedefensa.orgpour le mois d’août atteint €1 521. Nous tenons à remercier très sincèrement et chaleureusement ceux de nos lecteurs qui, répondant à nos premiers appels, sont intervenus dans cette donation. 

Bien sûr, cette somme est encore bien éloignée du montant qui nous est nécessaire pour continuer à fonctionner normalement. (Phrases sempiternelle, néanmoins rajeunies en fonction des nécessités...   « “… les montants de €2.000 et €3.000,[...] constituent pour nous les sommes permettant respectivement un fonctionnement minimum des fonctions essentielles du site et un fonctionnement plus aisé de ces fonctions”. Nos lecteurs savent évidemment que, depuis 2011, les conditions économiques ont évolué et que les sommes proposées doivent être définies différemment. Le seuil du “fonctionnement minimum des fonctions essentielles du site” dépasse aujourd’hui très largement les €2.000 et se trouve quasiment au niveau des €3.000avec le reste à l’avenant... »)

Vous avez pu lire dans de nombreux messages, y compris dans ceux qui sont référencés dans le texte de présentation de la barre de comptage, les nombreux arguments que nous présentons pour justifier notre appel à votre soutien et à votre solidarité, – qui concernent aussi bien notre site que la presse antiSystème en général, avec le combat essentiel que nous menons tous. 

Ici, nous nous contentons de renouveler la demande faite à nos lecteurs d’intervenir et de faire en sorte que ce mois d’octobre 2019 se place dans la dynamique et la logique des mois et années précédents où le soutien mensuel à notre site a toujours rencontré notre attente, et toujours selon ce même mouvement de mobilisation dans les derniers jours du mois.

Mis en ligne le 29 octobre 2019 à 08H59

  • 29 octobre 2019 à 00:00

Merkel et notre destruction sur commande 

Par info@dedefensa.org

Merkel et notre destruction sur commande 

Il faudra bien étudier cette histoire de notre destruction sur commande depuis la fin des années 2000, depuis les années Obama. Une force conquérante (Soros, la finance, le genre, les migrants, la dette, l’austérité, le LGBTQ, le techno-fascisme, les attentats, l’écologie) n’a cessé de nous contraindre.La classe politique est partout devenue hostile, voire haineuse. La culture a été censurée, le cinéma annihilé ; le prêche humanitaire est continu. Le citoyen/résistant assiste à la destruction sans retenue cette fois de son pays et de ses libertés ; le fascisme sociétal veut destituer le président américain, fût-ce comme ça, sans le sénat… Lynchons, pendons le représentant du p’tit blanc…

En France nous aurons été servis avec le phénoménal Sarkozy (Syrie, Libye, vente d’or, réforme, trique), Lagarde (prenez garde, elle n’a pas fini de nuire), Hollande et son bébé-ministre successeur vendu au chaland comme un Bonaparte. 

Mais Merkel : ce morpion au bilan apocalyptique ne partira plus, le personnel politique ayant été là-bas comme en France anéanti. J’ai rappelé que pour l’historien américain Stanley Payne, alors que les espagnols sont anesthésiés (bouffe, télé, sport, techno-addiction), leurs députés ne sont pas élus mais choisis par leur hiérarchie, pour exécuter l’agenda d’élites qui nous mènent au néant. Elites qui d’ailleurs furent suffisamment stupides pour ne pas comprendre que cette attitude renforce Hezbollah, Iran, Chine ou bien Russie. Même le pas très futé PM israélien et ses comparses milliardaires US  vont finir par s’en rendre compte. Lisez Haaretz qui commence – un peu tard ! – à dessiller son lectorat. 

Ce délitement de la raison pratique reflète aussi l’ascension de la stupidité. L’économiste Carlo Cipolla écrivait dans son classique :

Loi 3: Une personne stupide est une personne qui crée des problèmes à une autre personne ou à un groupe de personnes sans en tirer soi-même le moindre bénéfice.

 

Cela définit bien nos politiciens : 10% de crapules certes, mais aussi, mais surtout 90% de stupides - ou de couards.

Pays remplacé, humilié, écrasé, mutilé, ruiné, privé de libertés, l’Allemagne de Merkel offre la meilleure dystopie de notre Europe, avec sans doute la Suède et cette poignée de Gille scandinaves qui ont toujours été à l’avant-garde du masochisme sociétal, manifestation de cette angoisse existentielle du modernedont parlait Guénon…

On va évoquer un texte allemand pour décrire l’Allemagne. Il a été traduit par nos amis suisses (lesobservateurs.ch) et souligne les points suivants :

« Si l'Allemagne était une entreprise, il y aurait un panneau accroché à l'entrée déclarant : "On ferme." Infrastructures endommagées, Internet plus lent qu'en Roumanie, écoles sales, système énergétique en panne, avenir gâché : Le pays de Merkel est en feu. »

Alors qu’elle avait hérité une machine prestigieuse, Merkel a saboté les industries allemandes. Le texte rappelle :

« Autrefois, l'Allemagne était un pays de précision, de fiabilité et de fabrication de la plus haute qualité, dont les produits sont demandés et appréciés dans le monde entier. Après quatorze ans de gouvernement Merkel, l'Allemagne n'est pas seulement un champ de ruines sur le plan économique. Et la prochaine crise frappe déjà à la porte. »

La récession est revenue :

« La récession bat déjà son plein. Et cette fois, les choses ne se passeront pas aussi bien qu'il y a dix ans, pendant la crise financière mondiale. Car à présent, le noyau industriel souffre. Audi, BASF et Bayer, Thyssen-Krupp, Siemens et SAP annoncent des licenciements et des suppressions d'emplois. »

Merkel détruit avec sa coalition écologiste son industrie et écrase le pays d’impôts (53 milliards d’euros pour sauver le climat en éliminant les humains) :

« Et il ne s'agit que des grands noms. D'autres grands constructeurs automobiles sont également en difficulté, aux prises avec des pertes, des problèmes massifs de ventes et des restructurations. Les entreprises de taille moyenne et les leaders du marché sont également sous pression depuis longtemps - des noms brillants comme Krone, WMF ou Vorwerk. »

Tout s’écroule :

« Dans le sillage des grands acteurs, les petits et moyens sous-traitants tombent également dans le piège. Si une petite entreprise de Basse-Bavière ou de Lusace doit fermer ses portes, ce n'est peut-être pas une grande nouvelle nationale. Mais pour la région touchée, quelques centaines d'emplois perdus sont aussi une catastrophe. »

Le texte ajoute que la classe moyenne se vide de son sang ; mais pourquoi toujours dire classe moyenne ? Soyons guénoniens et écrivons le peuple. Merkel c’est la femme savante (oh, Molière !), la bourgeoise gentilhommesque qui rêve d’anéantir un peuple culpabilisé, privé de sa terre et de son héritage culturel, comme nous tous en Europe. 

« Ce ne sont pas des cas isolés. Avec les nombreuses petites et grandes faillites et autres pertes d'emplois, la structure industrielle nationale, qui était jusqu'à présent l'épine dorsale de la prospérité allemande, est en train de s'effriter. Par le biais de cette hémorragie, la crise s'installe dans les salons de la classe moyenne et de la classe ouvrière. »

On accuse Donald, le Brexit, la malchance :

« Rien de tout cela ne tombe du ciel. Des politiciens, qui veulent continuer à collecter et à redistribuer l'argent des contribuables comme s'il n'y avait pas de lendemain, insistent encore à l'envi sur Donald Trump et sa guerre commerciale avec la Chine, ou sur le "démoniaque" Boris Johnson et son adhésion au "Brexit" : Or cette crise économique est essentiellement interne. »

L’agenda nihiliste et malthusien, exterminateur même du climat se met en place :

« La "protection du climat" ruine le noyau industriel[...] Les raisons des difficultés rencontrées par le principal équipementier automobile Continental sont déterminées par l'abaissement des limites d'émissions de gaz d'échappement et de CO2 pour les voitures à moteur à combustion interne et le passage forcé aux voitures électriques, ce que les politiciens veulent, mais pas les acheteurs de voitures. [...] »

L’hystérie climatique gangrène les cervelles et mène notre colonelle à appliquer benoitement  le plan Morgenthau de 1944-45, qui prévoyait désindustrialisation et dépeuplement d’un pays alors écrasé, criminalisé, occupé:

« En période de récession, les politiciens forcent l'économie et l'industrie allemandes à s'attaquer à plusieurs projets de changement structurel important à la fois. Après la sortie du nucléaire, la sortie du charbon est également prévue. Pour les régions minières de lignite d'Allemagne de l'Ouest et de l'Est, cela signifie que même le dernier employeur industriel va migrer. »

Important, le réseau ferroviaire et routier s’écroule comme en France :

« Le réseau routier et ferroviaire est depuis longtemps devenu obsolète et inefficace. Pendant des années, les investissements nécessaires à la préservation et au développement des infrastructures de transport n’ont pas été effectués. Malgré les recettes fiscales records - durant les années Merkel, les recettes fiscales des administrations publiques ont presque doublé - il n’y a jamais eu assez d’argent. »

L’Allemagne passe pour un pays riche. Mais les Allemands sont en moyenne trois plus pauvres que les Espagnols. Avec l’afflux migrant et l’étau négatif (pardon, les taux négatifs) de Goldman-Draghi, les prix dans l’immobilier ont gentiment doublé en dix ans.

Notre locuteur :

« L'argent dilapidé aujourd'hui fera cruellement défaut lorsque, dans une ou deux décennies, les baby-boomers d'aujourd'hui prendront leur retraite et que la demande de paiements augmentera fortement. Le conte de fées du "pays riche", avec lequel chaque gouvernement fédéral a justifié la poursuite du pillage des contribuables, a depuis longtemps cessé d'être vrai : en ce qui concerne le patrimoine moyen des ménages privés, l'Allemagne est presque au bas de la liste de l'UE, et se situe même loin derrière les pays du sud, qui demandent des transferts toujours plus urgents de l'Allemagne. »

L’éducation s’écroule comme la natalité (la natalité effondrée est obligatoire, comme qui dirait nurembergeoise).Les parents conservateurs risquent la prison s’ils refusent l’éducation dégénéréeet imposée. On comprend les hésitations…

La suite :

« Le système éducatif allemand produit un grand nombre de diplômés de l'enseignement secondaire qui non seulement ne sont souvent pas apte aux études universitaires, mais ont également des difficultés avec l'allemand et les mathématiques, ainsi que des diplômés universitaires qui maîtrisent les études de genre et la pédagogie sociale, mais qui ne sont pas adaptés aux tâches complexes d'une société industrielle moderne. Parallèlement au déclin des Hautes Ecoles et des Ecoles secondaires, le nombre de spécialistes et de travailleurs qualifiés dont l'économie a un besoin urgent diminue également. »

Il faudrait importer du gastarbeiter, sauf que 95% des migrants sont inexploitables…La suite :

« Les politiciens prétendent que les travailleurs qualifiés qui font défaut seront importés. La réalité est différente : Sur les deux millions de "travailleurs qualifiés" qui sont entrés dans le pays depuis l'ouverture des frontières par Merkel, une grande partie ne trouvera jamais sa place dans le monde du travail allemand ; une proportion considérable d'entre eux est analphabète et incapable de se former. »

L’Allemagne n’attire personne de sérieux professionnellement, car si on paie plus d’impôts, on touche moins :

« En revanche, les professionnels ont tendance à négliger les tentatives de recrutement allemandes. Qui voudrait travailler dans un pays qui offre des salaires plus bas et des impôts plus élevés que les pays d'immigration ? Face à l'escroquerie fiscale, les autochtones hautement qualifiés fuient également à l'étranger, tandis que le gouvernement importe constamment de nouveaux prolétariats migratoires. »

Rappelons que quatre millions d’allemands sont partis, pour des pays limitrophes germanophones ou pour le reste du monde.

La catastrophe Merkel, c’est aussi la tyrannie humanitaire, c’est aussi le fascisme sociétal. On termine alors :

« Outre les projets idéologiques, les charges fiscales exorbitantes surtout liées à l'expansion incontrôlée de l'industrie du social, pèse sur la population active. Dans les partis et les médias dominants, des mécènes et des partisans maintiennent fermement le lobby social sous contrôle. »

Qui réagira en Allemagne ? On revotera écolo, socialo, chrétien, démocrate ? Sans oublier 10-15% pour l’extrémisme facho-identitaire-toléré-syndiqué ? N’oublions pas quel’occident est un malade démographique, économique, culturel et que cela n’a rien à voir avec la fin de l’histoire du sieur Fukuyama : on n’assiste pas à la fin de l’histoire mais à la fin de l’occident qui projette sur le monde ses fantasmes de perdition. Quand on voit cet antipape inculte adorer la divinité amazonienne et les arbres, quand on voit les pasteures luthériennes renoncer aux signes chrétiens pour les remplacer par le croissant islamiste, quand on voit le satanisme US devenir la culture de masse, on se dit qu’on est mal barrés tout de même…

Sources

Cipolla – Les lois de la stupidité

Bonnal – Comment les Français sont morts

(Traduction libre Schwarze Rose pour les Observateurs.ch)

  • 29 octobre 2019 à 00:00

Résilience du “populisme”

Par info@dedefensa.org

Résilience du “populisme”

Dans son texte ci-dessous, Tom Luongo s’attaque à George Soros qui vient, dans une interview au New York Times nous annoncer que la vague du populisme est arrivée à son sommet et, par conséquent, qu’elle reflue désormais. Bien entendu, Luongo n’est pas vraiment d’accord et il expose sa position avec une certaine véhémence, justifiée par les étonnantes affirmations de Soros.

... “Étonnantes affirmations”, notamment au vu de deux votes du week-end qui sembleraient nous indiquer que le spéculateur-philanthrope-globaliste d’origine hongroise et notamment citoyens des États-Unis, fermement installé dans son simulacre, son grand âge et un entourage incliné à aller au-devant de ses jugements, – bref, que Soros va un peu vite dans ses jugements justement. Il s’agit des résultats dans une région d’Italie et d’Allemagne respectivement. Dans ces deux grands pays de l’UE, les partis populistes s’affirment comme jamais auparavant, malgré les campagnes furieuses de communication du type-lynchage et les diverses mesures répressives prises contre eux. 

Ce sont ces campagnes antipopulistes qui font dire à Björn Höcke, qui a mené l’AfD à un résultat brillant en Thuringe et qui est un des dirigeants les plus extrémistes de l’AfD et un critique de la culture de repentance pour les crimes nazis, que son électorat ne le cède pas “aux campagnes de diffamation” et à “la culture de la repentance”. En face, la présidente du SPD par intérim, Malu Dreyer, s'est dite “choquée” qu'un tenant de la droite la plus ultra obtienne pareil succès, – car effectivement, c’est la droite “la plus ultra” [la droite de l’AfD] qui sort renforcée de ces campagnes antipopulistes. Peut-être ce fait mérite-t-il quelques instants de méditation de la part des zombieSystème. (Même chose, – nous parlons de la méditation, – pour les soi-disant antiSystème qui vouent aux gémonies la servitude volontaire des peuples et leur prétendue fascination pour la méthode moutonnière.)

Voyons ces deux résultats du week-end...

• D’abord en Italie, où il est de bonne coutume pour le Système de porter des cierges pour le repos de l’âme du mouvement de Salvini depuis la fin du gouvernement qu’il dominait, et fin qu’il a lui-même provoquée. Au contraire, les résultats régionaux des élections dans la petite région de l’Ombrie ont montré une puissance décuplée de ce parti. L’Ombrie est certes une très petite région en Italie (900 000 habitants) mais elle a toujours été un fief de la gauche. Cette fois, la candidate de la Liga, la dynamique avocate Donatella Tesei, avec son parti soutenu par deux autres partis de droite,Fratelli d’Italia (FI) et Forza Italia de Berlusconi, l’a emporté d’une façon irrésistible. La coalition a fait 57,55% des voix, résultat donc tout à fait remarquable, avec la FI, parti nationaliste-populiste marqué, recevant 10% des voix tandis que Forza Italia en recevait 7,5%. En face, la “gauche” reflétait l’alliance au pouvoir PD-M5S et recevait 37,5% des voix. La dégringolade du M5S est impressionnante : 7,4% des voix contre 32% aux législatives de 2018.

Quelques motssur cette élection :

« L’avocate Donatella Tesei, candidate du parti de droite anti-immigration Lega de Matteo Salvini, soutenue aussi par les nationalistes de Fratelli d'Italia et la centre droit de Forza Italia de Silvio Berlusconi, a obtenu le 27 octobre une majorité écrasante de 57,55% aux élections régionales en Ombrie.
» Dans le camp d'en face, Vincenzo Bianconi, issu de la société civile et soutenu par une alliance – inédite au niveau local – entre le Parti Démocrate (PD, centre gauche) et le Mouvement Cinq Etoiles (anti-système) a, elle, recueilli 37,5% des voix.
» Même si l’Ombrie, au centre du pays, ne compte qu'environ 900 000 habitants, il s'agissait d'un test pour l'attelage PD-M5S au pouvoir depuis moins de deux mois. Un gouvernement penchant à gauche et pro-européen a remplacé la coalition populiste Ligue-M5S qui a gouverné l'Italie entre juin 2018 et août 2019.
» Matteo Salvini, venu à Pérouse “fêter la victoire” au côté de Donatella Tesei, s'est réjoui de “résultats extraordinaires”. Il a félicité les habitants de l'Ombrie “pour avoir choisi la liberté au nom de 60 millions d'Italiens”, dans une allusion aux législatives qu'il réclame sur tous les tons depuis qu'il a fait exploser le 8 août son pacte instable avec le M5S. “Vos jours sont comptés”, a lancé Matteo Salvini à l'adresse du président du Conseil Giuseppe Conte, du chef du M5S Luigi di Maio, et de son allié Nicola Zingaretti, patron du PD. »

• Ensuite en Allemagne, avec les élections régionales en Thuringe. Le schéma désormais habituel s’est renouvelé en s’accentuant. Les deux partis de l’establishment-Système s’effondrent tandis que les deux partis à l’extrême se renforcent très fortement. L’AfD d’extrême-droite double son électorat tandis que le parti de Merkel recule de 12 points de pourcentage, de 31% à 21,8%. Le SPD et les écolos sont à 8,2% et 5,1% respectivement : ils ne pourront pas fournir l’appoint dont aurait besoin le vainqueur, le parti de gauche très marqué Der Linke, désormais premier parti de Thuringe avec une belle progression alors qu’il n’était dans la précédente législature qu’un appoint pour le SPD. La situation est plus que complexe, quasiment indémêlable pour former un gouvernement du Land, avec toutes les exclusives d’alliance jetées les unes contre les autres, par les uns et les autres.

 « Selon les projections des chaînes de télévision publique, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) est avec 23,5% arrivée en deuxième position lors de l'élection régionale en Thuringe, dans l'ancienne Allemagne de l'est communiste, faisant plus que doubler son score du précédent scrutin, en 2014.
» Derrière ce mouvement anti-migrants et eurosceptique, l'Union chrétienne-démocrate (CDU) d'Angela Merkel termine à 21,8%, soit un repli de près de 12 points en cinq ans dans cet Etat qu'elle dominait jadis sans partage.
» C'est un autre parti classé aux extrêmes du paysage politique qui l'a emporté, celui de gauche radicale Die Linke, héritière du parti communiste est-allemand. Son porte-drapeau, l'actuel chef du gouvernement régional Bodo Ramelow, est arrivé en tête avec 31%, un score en progression.[...]
» L'est de l’Allemagne confirme avec la Thuringe son statut de  bastion du parti. En septembre déjà, l'AfD y avait dépassé à l'Est la barre des 20% dans deux scrutins, en Saxe et dans le Brandebourg. Elle est plus faible dans l'ouest du pays et est créditée au plan national d'environ 15% des suffrages.
» La figure de proue du parti dans cette région, Björn Höcke, tenant de l'aile plus droitière du mouvement, a estimé que l'AfD, en progression constante depuis 2015 et l'arrivée d'environ un million de migrants dans le pays, était “en train de devenir un grand parti populaire national”. »

Ci-dessous, le texte de Tom Luongo, du 28 octobre 2019, sur son site Gold Goats ’n Guns.

dde.org

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Peak Populism or Peak Globalism?

Last week George Soros rose from his casket to give an interview with, of course,  The New York Times to pronounce  that we’ve reached peak populism. 

Anne Rice would have been proud of the whitewash.

The anomalies of Brexit and Donald Trump’s election were about to be reversed by the force of his beloved open society.

But is that the case? 

If so why can’t Brexit be betrayed once and for all? 

Why can’t Trump be removed from office for all of his crimes against decency?

Why can’t Open Society Foundation operate in places like Hungary, Turkey and Russia? 

Why are populist, anti-immigration parties like Alternative for Germany (AfD) surging, frustrating Soros’ ideal centrist coalitions that have ruled post-war Europe (and nearly destroyed it) for the past seventy years?

Why are the Gilet Jaunes, nearly a year-old, continuing to protest hand-picked neoliberal flunkie Emmanuel Macron?

Why is Syria being returned to control under Assad?

Why am I long guillotines?

Nearly a year ago I published a piece called, “Have We Reached Peak Soros?” in which I outline the hurdles that Soros and his co-conspirators in The Davos Crowd face over the next two generations.

Decentralization and the ability of people to communicate in real time are changing the face of human society, not always for the better if Twitter is any example. In that essay I outline why Soros has been so focused on getting back control of The Wire to control what we think and who we express those thoughts towards.

Because of these things…

Everywhere where opposition to globalists is hardening Soros is pulling up his tents and running away.
Bullies are weak. Soros hides behind the venal and the vane. He’s never built anything of value, only won a rigged version of a zero-sum game, i.e. currency trading.
He’s not an entrepreneur, he’s a vampire. And vampire’s don’t build things, they destroy things other people love while being unloved themselves… 
But most importantly, fewer and fewer people are falling for the Hobson’s Choice I described earlier that Soros gins up to move the political ball in his direction.
Now, instead, he is resorting to openly backing voter fraud in Broward County and Georgia. He’s paying protesters to harass Senators over a Supreme Court nominee and organizing a violent storming of the U.S. southern border which is quickly becoming a political albatross around the Democrats’ neck.
Lies are expensive. That’s why men like Soros need so much money.

While Soros believes The Davos Crowd will have the last laugh in all of these major political battles, because they’ve rigged the rules and tilted the table, the reality is that they cannot get past the growth of dissatisfaction with their policies.

And that growing dissatisfaction means it gets more expensive to buy the people off. Did you ever wonder why a third-world economy like Saudi Arabia needs $80+ per barrel oil? 

Social spending

Soros himself is emblematic of the problem with our unsustainable society. Corrupt money begets a corrupt society. The cries of anguish and the rise of anti-capitalist leftism are a reflection of that corruption.

He may be right that there is a critical mass of opposition to Wall St. and its bottomless pit of vice but, let’s get serious here, do you really think Soros isn’t part of that and he won’t be caught up in the backlash from the chaos he’s unleashed?

What’s scary for men like Soros are people who see through the false divides — Remain v. Leave, Conservative v. Liberal, “Capitalism” v. “Socialism,” Wall. St. v. Main St. 

What’s scary are the folks who reach across these false ideological divides and do root cause analysis, exposing the real fault lines in society.

Individualism vs. Globalism 

Soros, in his interview, proclaims Chinese Premier Xi Jinping as the new bogeyman. He’s anti Xi, not anti-China. Xi stands athwart Western globalists like Soros, like Vladimir Putin, Nigel Farage and Viktor Orban. This doesn’t make these men heroes per se, but it does put them on the right side of the struggle at this point in time.

Because the Open Society Soros advocates for is neither Open because opposition to it needs to be ‘bent towards the right direction’ and a society because it means the dissolution of culture, race, history and biology.

Soros has made billions through this corrupt system of corrupt money to extract your time and blood as unearned wealth which is then served back to you as a cold, bile-filled cocktail of cultural Marxism and its unquenchable envy.

He is looking at the events of today thinking that every little victory his billions buy him — a Brexit extension here, a rigged local election there — are signs that he’s still winning.

When the reality is far different. Iran ended trillions in U.S. foreign policy spending with a couple of $50,000 drones. Nigel Farage spent a few thousand pounds organizing the Brexit Party and has created a nightmare for the U.K. and EU which could destroy both of them.

Donald Trump uses 30 seconds of his day to tweet something inconvenient and the media, which Soros influences, loses days of programming trying to undo it.

Lies are expensive. The truth sells itself. 

From here every victory costs more and more to earn. They are tightening the fiscal noose around the necks of those who promised Nirvana and have delivered Hell.

The real fatigue in the West today is having to listen to these tired, shameless specters shout at us while we drag them kicking and screaming into the light to burn.

I guess it’s fitting George is Hungarian.

Peak populism? Don’t make me laugh.

Tom Luongo

  • 29 octobre 2019 à 00:00

Baghdadi m’a dit...

Par info@dedefensa.org

Baghdadi m’a dit...

28 octobre 2019 – Cela fait un certain temps, – je parle en termes d’années, voire de décennies, – que je ne suis pas du tout sinon n’ai jamais été impressionné, ni même seulement intéressé par le caractère “moral” et “civilisateur” des exploits anti-terroristes et en général anti-méchants de notre contre-civilisation. Le “Mission Accomplished” de Bush, en avril 2001 après la désintégration barbare de l’Irak par les hordes civilisées de la Grande République, à bord du USS Abraham Lincoln ( ou bien était-ce le USS Ronald Reagan ? C’est du même tonneau), a été un moment tragique-bouffe et symbolique à cet égard ; de la sorte où l’on se dit, “C’est donc qu’Audiard avait tout compris, ‘Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît’”.

Alors, la mort de Baghdadi (“la nième mort”, disent les Russes, méchants garçons qui ne veulent pas jouer le jeu), – vous comprenez, moi... Mais bon, on va en parler tout de même, car cela “fait sens” comme on dit dans les talk-shows, et dans plusieurs domaines du simulacre. (Nous avons réussi à créer une catégorie spéciale du simulacre : le simulacre-labyrinthe, ou simulacre-Kafka, où se perdent les personnages d’Audiard “qui osent tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît”.)

Le premier mot, ou les trois premiers si vous voulez, qui viennent à ma plume pour qualifier cette affaire, c’est dans l’ordre-désordre selon l’air du temps et le sens du vent : confusion, désordre, chaos. On avait déjà eu le cas avec la “mort” (?) de ben Laden, cette fois c’est un remake multiplié par dix. Pour caractériser cette situation, il y cette étrange contradiction : au milieu de la foule de précisions, de révélations, de détails d’ailleurs souvent divergents et venus de tous les côtés, tout cela dominé par les déclarations sonores de Trump remerciant un certain nombre de pays de leur aide pour la réussite de cette attaque, et notamment ô combien la Russie (“TTG”, du site STT du colonel Lang : « Je pense que la Russie a fourni des informations cruciales à l’USI[renseignement US] dans la préparation de ce raid. La coordination entre les États-Unis et la Russie ne se limitait probablement pas à “informer[les Russes] de notre action”, comme l'a dit Trump dans son discours de ce matin. »)

... Bien, je reprends en reprenant mon souffle, et pour mettre en évidence la singularité de la chose : “au milieu de la foule de précisions, de révélations, de détails d’ailleurs souvent divergents et venus de tous les côtés... et notamment ô combien la Russie”, il y a le scepticisme complet, affiché officiellement par les Russes dans tous les cas jusqu’à maintenant, et scepticisme détaillé venu du ministère de la défense. La chose a été largement diffusée et répercutée sur les réseaux officiels et autres, sous la forme d’un communiqué très circonstancié du porte-parole officiel de la défense, le général Igor Konachenkov, de cette façon sur RT-France : 

« “Le ministère russe de la Défense n’a pas d’informations fiables sur la conduite par les militaires américains d’une opération, dans la partie sous contrôle turc de la zone de désescalade d’Idleb, visant à une nouvelle[nième] ‘élimination’ de l’ancien chef de Daech, Abou Bakr al-Baghdadi”, a commenté le porte-parole
» Estimant que les détails donnés par les différents participants à l'opération étaient “contradictoires” et soulevaient “des doutes raisonnables quant à la réalité de cette mission et, surtout, quant à son succès”, le porte-parole a estimé que la simple affirmation de la présence du chef de Daesh dans une zone contrôlée par “le groupe al-Qaïda syrien” méritait des “preuves directes et précises” de la part de Washington.
» La mort d'Abou Bakr al-Baghdadi avait, par le passé, déjà été annoncée à plusieurs reprises puis démentiepar des messages audio ou vidéo attribués à l'intéressé. Elle n'avait jamais été confirmée jusque-là. »

Voilà pour illustrer “confusion, désordre, chaos”, car pour que les Russes démentent aussi clairement dans une première réaction une occurrence où Trump applaudit l’aide de la Russie apportée aux USA en Syrie, il faut vraiment que la situation de la communication soit fort compliquée ; encore plus, bien plus que sur le terrain... (Pour la suite de cette affaire Russie-USA à ce propos, on verra ce qu’il en résultera de la vérité-de-situation, si jamais nous arrivons à la saisir. Pour l’instant, seule nous intéresse la formule “confusion-désordre-chaos”.) 

Il y eut tout de même parmi les commentateurs-Système des gens suffisamment zélés et alignés (à peu près 99,97% dans cette catégorie) pour prendre l’affaire au sérieux comme on nous la décrivait chaotiquement, et nous la commenter “sérieusement”, – c’est-à-dire avec raison, professionnalisme et, surtout-surtout, sens moral... Je vous donne un exemple, – un exemple parmi d’autres, et je ne m’y attarderai pas, c’est promis, – sorti aussi bien de mes tiroirs qu’entré dans les oreille hier après-midi

... Il y eut donc une parole immortelle d’un des commentateurs français, de Claude Weill, un des multiples consultants de LCI. Voici ce que je disais de lui le 25 novembre 2018, dans une chronique que je préparai pour ce Journalet que je n’ai finalement pas publiée : « D’abord, il y a Claude Weill, ancien de ‘L’Obs’, chroniqueur de ‘Nice-Matin’ ; l’air distant, un peu hautain, la voix grave et posée, homme de raison assurée (Gilbert Collard parlera une demi-heure plus tard, indirectement à son propos sans que l’autre ne s’en émeuve, de “fatuité”)... ». Eh bien, Weill, hier, lors d’une de ces innombrables table ronde, posa fermement que la mort de Baghdadi “ne changeait pas grand’chose” car “le terrorisme est une idéologie” et qu’une idéologie ne dépend pas d’un homme... Prendre le terrorisme pour une “idéologie”, voilà où ils en sont, à force de se noyer dans les méandres-simulacres de leurs commentaires éclairés sur une situation qu’ils ne comprennent en rien sinon pour les déformer.

(Il y avait eu un débat après 9/11 aux USA, pour “partir en guerre contre le terrorisme”. Certains observèrent alors : “Mais le terrorisme n’est pas ‘un ennemi’, c’est une tactique de guerre, et on ne fait pas opérationnellement la guerre à une tactique de guerre dont tout le monde peut ou non user ; dire cela, c’est comme si vous disiez que vous partez opérationnellement en guerre contre la guerre”. Rien n’y fait, on continue à discourir dans ce sens, où les mots sont constamment détournés de leurs sens.) 

Enfin, laissons là Baghdadi, Daesh et le terrorisme... Car l’essentiel de cette affaire, c’est ce qu’elle nous a montré, – surprise, surprise, – de la situation à “D.C.-la-folle”.

.. Bien entendu, il y a Trump, qui a utilisé l’affaire comme on tape sur une grosse caisse, avec l’ampli à fond, comme si la civilisation venait d’être sauvée par ces exceptionnels soldats du système de l’américanisme, aidés par tant de copains-pays-alliés, dont la Russie, oui la Russie ! Tout le monde est superbe et au-dessus de tout soupçon dans cette affaire, surtout lui-le-POTUS, votez pour Trump... Bien, fermez le ban, tout cela est du classique et du cousu-main. Obama avait fait la même chose avec la “mort” de ben Laden en 2011, avec un peu plus d’élégance, c’est-à-dire selon la tactique différente de ne pas se mouiller dans le bombastique grossièrement personnalisé de la dialectique à-la-Trump, plutôt d’envoyer tous ses fidèles-adorateurs taper sur les grosses caisses en faveur de la réélection du Prophète en 2012 ; c’est cela qu’on nomme “élégance”, aujourd’hui, jours tristes et sombres...

Mais le plus beau du spectacle vint de l’opposition à Trump : comment faire pour réduire l’effet d’annonce, dénier que Trump ait remporté une “victoire” “contre le terrorisme” au profit de la sécurité des USA, dénier qu’il y ait une “victoire”, dénier que Trump put faire quoi que ce soit “au profit de la sécurité des USA”, dénier enfin qu’il y ait quelque intérêt pour les USA que le POTUS restât POTUS quatre ans de plus. Le vacarme fut considérable. Dame Pelosi se plaignit amèrement qu’on ne l’ait pas avertie de l’opération, elle la Speaker de la Chambre, que cet oubli évidemment voulu aggravait encore l’acte de mise en accusation pour la destitution de l’insupportable Trump. De partout du côté démocrate fusèrent les critiques, comme un feu d’artifice saluant une “victoire” qui ne serait qu’un simulacre... Peut-être n’est-ce pas faux, mais qu’est-ce donc alors que “D.C.-la-folle” sinon le simulacre des simulacres, – et eux-mêmes,  les dénonciateurs de simulacres, les pires du pire des simulacres ?

Oui, oui, le plus beau vint sans aucun doute de la presseSystème. Comment annoncer la liquidation du plus terrible des “terroristes” depuis ben Laden, sinon pire que ben Laden, puisqu’ainsi le dit la narrative, sans faire à Trump la faveur d’un compliment-simulacre ? Le pompon revient au Washington Post (WaPo), et notamment : comment qualifier Baghdadi pour ne pas trop favoriser Trump ? On se dit d’abord, dans la rédaction-en-chef, qu’on le qualifierait dans le titre de manchette où tout est dit que les cervelles légères et conformes doivent retenir, de « Terroriste-en-chef de l’État Islamique » ; mais diantre, c’était faire la part un peu drôlement trop belle à l’autre, le Commandant-en-Chef des forces armées US, par simple effet contradictoire, et l’on changea subito presto en « Austère érudit religieux » ; mais diantre, c’était faire la part un peu drôlement trop belle au chef de Daesh, ça pouvait faire jaser, et l’on changea subito prestoen « Leader extrémiste ».

(ZeroHedge.com : « In the final analysis the Washington Post fumbled the Abu Bakr al-Baghdadi headline three times; first, referring to him as the “Islamic State's terrorist-in-chief,” to “Austere Religious Scholar,” and then finally, to ”Extremist Leader.” »)

Cette épique gymnastique qui doit concilier, en un instant fatal où le simulacre antiTrump côtoie presque une réalité, même simulacre elle-même qu’importe, et impose une vérité-de-situation, anima drôlement (phoneyfunny) la soirée de dimanche sur les réseaux, tweets & Cie. Je signale deux réactions, pour simplement donner une mesure du swingde la chose et du côté rock’n roll de “D.C.-la-folle”, allant du pseudo-sérieux au caricatural présentant les seules choses dignes d’intérêt dans ce simulacre :
• D’abord une réaction officielle du WaPo, réalisant finalement le ridicule absurde (ou l’absurdité ridicule) de son comportement du côté des manchettes de première page du texte. Il s’agit d’un tweetde Katrhy Coratti Kelly, vice-président pour la communication du quotidien, suite au deuxième changement (passage de « Austère érudit religieux » en « Leader extrémiste » pour la manchette) : « Regarding our al-Baghdadi obituary, the headline should never have read that way and we changed it quickly. »
• Mais aussi, la plus intelligente et la plus créatrices des initiatives de cette soirée qui déploya tous les déchets et le vrac puant d’une époque de simulacre, fut celle d’établir un nouveau compte#hashtag sous la dénomination #WaPoDeathNoticesdans lequel les utilisateurs proposent des formules type-WaPo pour qualifier des morts célèbres pour leur affreuse calamité, désignés selon le nouveau style des titres nécrologiques du si-grand quotidien de Washington ; et cela donna par exemple (traduction inutile, me semble-t-il), quelques perles qui suggère la tiédeur de l’imagination des titreurs du WaPo :
« Adolf Hitler, passionate community planner and dynamic public speaker, dies at 56. » ;
« Mao Zedong, who saved 20-45 million of his own people from having to suffer through the struggle of existence, dies at 82. » ;
« Gaius Julius Caesar, 56, noted author and Egyptologist, dies surrounded by his friends. » ;
« Charles Manson, famous songwriter and meditation leader, dead at 83 » ;
« Jeremy Epstein, do-gooder who provided Caribbean vacations to young ladies, dies at 66 » ;
« Satan, unorthodox faith leader known for pushing back against famous wine maker Jesus, dies at 14 billion. »

Voilà donc où nous en sommes réduits, ou plutôt où nous en sommes projetés, dans des sommets de tragédie-bouffeoù le bouffe prend une place démesurée, cosmique, énorme comme une galaxie-bouffe enfantant des simulacres qui frôle l’éternité. Il me faudra du temps avant que je consente à prendre au sérieux les arguments et les commentaires des uns et des autres cadenassés dans le simulacre du Système, sur un événement aussi totalement faussaire de toutes les façons qu’on le considère et parce qu’il s’agit de considérer en simulant, caractérisant un comportement guerrier (et non un “ennemi” ou une “idéologie”) dans l’épisode duquel nous (c’est-à-dire le Système, et le système de l’américanisme) portons la plus complète responsabilité de semeur du chaos depuis Brzezinski-1979.

Pour l’instant, le seul effet important de la “mort” (?) de Baghdadi, c’est d’avoir fait monter d’un cran de plus la folle démence de “D.C.-la-folle”, d’avoir ajouté un peu de kérosène à très haut degré d’octane dans la cuve bouillonnante du Trou Noir où l’empire s’effondre avec un entêtement digne d’éloge et un sens ardent de l’accélération.

  • 28 octobre 2019 à 00:00

Le tourbillon (crisique) des révoltes

Par info@dedefensa.org

Le tourbillon (crisique) des révoltes

Citons-nous donc nous-mêmes, – ceci, de la Lettre d’Analyse (papier) dedefensa, Volume 5 n°7 du 10 décembre 1989, sous le titre « La deuxième phase de la déstabilisation » : « En cette fin d’année s’achève la première phase de la grande déstabilisation de 1989 : en cinq mois, de juillet à décembre, l’effondrement du seul système géopolitique édifié en dehors de l’Union Soviétique pour la protection du communisme. Cet effondrement parachève et accompagne l’effondrement de la doctrine communiste dont la perversité fondamentale a été de s’appuyer sur des mouvements collectifs mécanistes sans faire la moindre référence à la psycho-sociologie et à l’histoire, et en cherchant à détruire l’idée nationale et la culture qui s’y rattache. »

... “En même temps” que le mouvement d’effondrement de ce système géopolitique avaient lieu d’autres événements marquants, comme ceux de la place Tien An-men, la fin (1989-1990) de la dictature Pinochet au Chili, la fin (1989-1990) de la guerre civile au Liban.

Tout cela donne une impression de vrac avec pourtant des liens structurants chronologiques (les trente années entre 1989 et 2019) et événementiels (les deux événements concernant le Chili et le Liban contrastant avec les événements actuels dans ces deux pays). Mais le principal lien structurant concerne l’“effondrement”, vérifié ou potentiel : celui du système géopolitique soviétique d’une part, et d’autre part, trente ans plus tard, celui qui menace son prétendu “vainqueur”, qui est le système globaliste néo-libéral.

Il n’y a aucune prétention d’analyse historique selon les normes de “l’histoire conçue comme une science” dans le cadre du Système, mais une affirmation métahistorique portant un sens de répétition dans le Temps métahistorique. Notre titre du 10 décembre 1989 (« La deuxième phase de la déstabilisation ») qui portait sur l’achèvement de la déstructuration d’un des piliers de la Guerre froide, et donc du monde de la Guerre froide, devient alors par prémonition entièrement sollicitée (aucune prétention de notre part à cet égard) une tentative de description de l’événement d’effondrement dont nous jugeons qu’il est actuellement en cours. Plus encore, – ou mieux, c’est selon, – on peut à nouveau utiliser ce titre en le projetant au 10/31 décembre 2019, en estimant que s’ouvre une sorte de « deuxième phase de la déstabilisation » avec le début de la campagne USA-2020, qui poursuit et doit achever la déstabilisation commencée par USA-2016.

Il va sans dire, par conséquent, que nous lions tous les événements de contestation dont certains esprits français en font la progéniture des Gilets-Jaunes (GJ), et dont nous avons vuqu’ils nous apparaissent comme des signes d’un besoin de bouleversement non pas idéologique mais ontologique :
« • Les événements en cours de par le monde forcent même les plus réticents à considérer qu’il existe une certaine unité entre eux, – malgré leur extrême diversité, leur dispersion géographique, leurs différences d’orientation, etc. • Cela est notamment le cas d’événements du type “constatation populaire” allant de Hong Kong au Chili, du Liban à l’Équateur, etc., tout cela rejoignant les poussées qui s’avèrent de plus en plus durables et fondamentales, et précipitamment étiquetées “populistes”. • Il faut écarter les analyses idéologiques et considérer l’ensemble de cette dynamique qui se constitue en une attaque massive, non organisée, qu’on dirait aisément comme supra-humaine, contre le régime dominant... »

Il est alors intéressant, ne serait-ce que pour aiguiser sa critique fondamentale et sans retour tout en s’appropriant certains détails importants de la qualité de l’analyse, – vieille habitude avec le site hyper-idéologisé mais très professionnel WSWS.org, – de reprendre un texte de ce site qui donne une image globale de ces mouvements, tous différents et pourtant tous liés par une même logique métahistorique. Les différents points crisiques actuels ne sont pas tous abordés dans ce texte, loin s’en faut. (Le texte s’attache aux cas chilien et libanais ; on sait qu’on peut parler de “points crisiques” liés aux avatars de tous genres du Système [y compris les manigances du type “révolution de couleur”, Made In CIA] au Chili, en Bolivie, en Équateur, au Venezuela, en Haïti, en Guinée-Bissau, en Éthiopie, en Algérie, en Catalogne, en Égypte, en Irak, au Liban, en Indonésie, à Hong-Kong, etcetera-Système.)

Le texte de WSWS.org du 26 octobre 2019(texte original en anglais le 25 octobre 2019) s’intitule « Du Chili au Liban: l'offensive de la classe ouvrière balaie le globe ». C’est dire si l’hyper-idéologie est absolument omniprésente, avec cette phraséologie autour de “la classe ouvrière”. Ce n’est bien sûr pas cela qui nous intéresse puisque nous-mêmes avons décidé pour la facilité de la chose, et bien sûr sans abandonner en rien notre ferveur pour la nostalgie et le passé, de vivre largement dans le XXIème siècle pour y observer les événements de ce premier cinquième du XXIème siècle ; ce qui nous intéresse, c’est l’observation que même l’hyper-idéologisation conduit au constat de l’unification globalisante des actes de révolte s’exerçant dans des conditions complètement différentes, pour des motifs également différents, etc.

Cela signifie que nous sommes conduits, par cette globalisation même, à une unicité de combat qui ne tient, qui ne peut tenir que par l’hostilité au Système, – mais quelle force a ce lien ! Cette “unicité de combat” qui, de ce fait, construit une démarche antiSystème pure, l’on dirait presque, avec l’ironie du scientifique moderniste, une “démarche antiSystème chimiquement pure”. Il est alors bien entendu, selon le point de vue que nous avons décidé d’épouser (le “modèle dostoïevskien”), déjà plusieurs fois présenté, que ce qui importe n’est en aucune façon l’idéologie, mais l’ontologie même de l’être dans cette gigantesque bataille cosmique, laquelle doit être placée dans un cadre cyclique métahistorique pour être comprise et embrassée comme il importe qu’elle soit.

La cerise sur le gâteau que nous offre ce texte, c’est l’observation qu’à la longue liste de “points crisiques” en cours devrait évidemment être ajouté les USA, qui dominent “crisiquement” le reste de la tête et des épaules. (Certains y mettraient la France, pionnière pour l’esprit de la chose avec ses Gilets-Jaunes.) L’article fait donc une analogie des diverses situations examinées, notamment celles du Chili, avec des situations américanistes. Il s’attaque avec délice, – et pour le nôtre également, – à un édito somptueux d’hypocrisie ou d’aveuglement c’est selon, de l’édifiante Grey Lady, le fameux et Saint-New York Times ; lequel édito va jusqu’à critiquer la “dictature de Pinochet”, qu’il charge de nombreux pêchés à la base de l’actuelle situation, sans préciser, – mais cela fait partie de l’American Dream, certes ! – que le trio Kissinger-ITT-CIA fut à l’origine des choses, et le capitalisme déconstructeur et social-darwiniste venu de Chicago l’organisateur.

dedefensa.org

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L’offensive de la classe ouvrière balaie le globe

Cette semaine a été marquée par une nouvelle étape dans l'éruption de la lutte de classe mondiale, avec des manifestations de masse paralysant deux pays à priori sans points communs mais qui expriment incontestablement des griefs similaires, dont la source est la crise systémique et historique du système capitaliste mondial.

Au Chili, l'annonce par le gouvernement de droite du président Sebastián Piñera d'une hausse de 4 pour cent des tarifs de transports en commun a déclenché une vague incontrôlable de manifestations de masse qui a provoqué une crise du régime capitaliste. La réponse du gouvernement, reflétant les craintes de la bourgeoisie chilienne, a été d'imposer l'état d'urgence et le couvre-feu, en déployant 20.000 soldats dans les rues de Santiago et des milliers d'autres à travers le pays. Selon des chiffres officiels, 18 personnes ont été tuées depuis le début des manifestations, des centaines de blessés et au moins 5000 arrêtés. Les méthodes criminelles de la dictature de Pinochet, soutenue par les États-Unis, ont été ressuscitées, avec des informations faisant état de disparitions, de tortures infligées à des prisonniers et d'agressions sexuelles à l'encontre de femmes détenues au cours des manifestations.

Cette répression nue n'a eu comme réaction que de faire gonfler les manifestations. Selon les chiffres du ministère chilien de l'Intérieur, 424.000 personnes ont participé à 68 marches et manifestations distinctes à travers le pays mercredi. Sans aucun doute, le chiffre réel est beaucoup plus élevé. Une grève générale se poursuivait pour son deuxième jour jeudi, mobilisant des centaines de milliers d'autres personnes dans les rues.

Entre-temps, le Liban a également été secoué par des manifestations de masse au cours de la semaine écoulée, faisant descendre dans les rues environ un quart des six millions d'habitants que compte le pays. Le facteur déclencheur immédiat a été la tentative du gouvernement d'imposer une nouvelle mesure d'austérité sévère visant à faire payer à la classe ouvrière la crise économique profonde, à savoir une taxe de 6 $ par mois sur les messages WhatsApp. Comme au Chili, les tentatives d'utilisation de l'armée pour disperser des manifestations n'ont fait qu'exacerber la colère populaire.

A la fois Piñera au Chili et ses homologues libanais, le Premier ministre Saad Hariri et le président Michel Aoun, ont tenté d’atténuer les bouleversements populaires par des déclarations de remords et des propositions de mesures d’aide économique minimales. Dans les deux pays, les masses dans les rues ont rejeté ces gestes cyniques comme étant trop peu, trop tard, et exigé la chute des régimes.

Dans les deux pays, la dynamique derrière les manifestations de masse est l’accroissement incessant de l'inégalité sociale. Au Liban, les 1 pour cent les plus riches accaparent 58 pour cent de la richesse, tandis que les 50 pour cent les plus pauvres en possèdent moins de 1 pour cent, dans un pays longtemps considéré comme le paradis «du marché libre» de la région pour l’investissement capitaliste. Au Chili, récemment présenté par Piñera comme une «oasis» régionale pour le capital financier, le 1 pour cent le plus riche engloutit 33 pour cent du revenu national, selon les données de la Banque mondiale de 2017.

Le New York Times, principal porte-parole de l'élite dirigeante américaine, a pris note de l'éruption de manifestations de masse au Chili, au Liban et dans d'autres pays, commentant dans un article à la une que «les experts perçoivent une tendance: un hurlement plus fort que d’habitude contre les élites dans les pays où la démocratie est une source de déception, où la corruption est perçue comme éhontée et où une toute petite classe politique vit dans l’opulence alors que la jeune génération a du mal à joindre les deux bouts.»

Curieusement, ce qui manque dans cet article dont le gros titre décrit de «fureur populaire à travers le monde» est ce qui se passe aux États-Unis. Il cite l'un des «experts», Vali Nasr, qui a récemment quitté son poste de doyen de la faculté de John Hopkins pour les hautes études internationales, qui déclare: «Dans les pays où les élections sont décisives, comme les États-Unis et la Grande-Bretagne, le scepticisme à l'égard de l’ordre politique traditionnel a donné lieu à des résultats populistes, nationalistes et anti-immigrés aux urnes. Dans d'autres pays, où les gens n'ont pas voix au chapitre, des manifestations massives éclatent.»

Les éditeurs du Times sont-ils vraiment inconscients de ce qui se passe aux États-Unis ou cherchent-ils à se donner du courage? Ils publient cet article alors que 46.000 travailleurs de l'automobile sont en grève contre General Motors depuis 40 jours et que 32.000 enseignants et employés d'école de Chicago entrent dans la deuxième semaine d'un débrayage qui a fermé le deuxième district scolaire du pays. Aux États-Unis, le nombre de travailleurs en grève l'année dernière - plus d'un demi-million - était le plus élevé depuis plus de trois décennies.

Toutes les conditions décrites par le Times dans d’autres pays ; l’inégalité sociale profonde, la corruption et un système politique totalement indifférent aux intérêts des masses de travailleurs, trouvent leur expression flagrante aux États-Unis, au centre du capitalisme mondial, où 1 pour cent de la population accumule environ 40 pour cent de la richesse totale, et une explosion sociale est également à l’ordre du jour.

Jeudi, le Times aégalement publié un éditorial intitulé «Le Chili apprend le prix à payer de l'inégalité économique». Notant que «la colère des manifestants est le résultat des frustrations de la vie quotidienne», il explique que: «Les Chiliens vivent dans une société des disparités économiques extraordinaires [...] la prospérité de Santiago est indéniable. Vu du sommet du plus haut bâtiment d'Amérique du Sud, qui se dresse au milieu d'un quartier financier appelé «Sanhattan», les quartiers d’appartements de luxe, d’hôpitaux privés et d’écoles privées s'étendent à perte de vue.

«Mais la pauvreté de Santiago est également frappante: les hôpitaux publics en ruine, les écoles surpeuplées, les bidonvilles situés à la périphérie de la métropole.

«Et plus loin de Santiago se trouvent des villes épargnées par le récent boom économique.»

Remplacer le Chili par les États-Unis et «Sanhattan» par Manhattan, et il n'y aurait pas grand chose à modifier de cette représentation d'un pays dominé par l'inégalité sociale.

Le coefficient de Gini, la mesure statistique la plus utilisée pour évaluer l'inégalité des revenus, place les États-Unis à 41,5 à peine moins inégaux que le Chili à 47,7.

L'éditorial du Times attribue la crise chilienne à la «conception trop étroite à long terme de ses obligations envers ses citoyens», qu’il attribue à la dictature de Pinochet, qui dirigea le pays de 1973 à 1990, et pour avoir imposé des politiques fondées sur la «concurrence du marché libre». Ce qu’il oublie de mentionner, c’est que ces politiques ont été élaborées par les soi-disant «Chicago Boys», économistes bourgeois formés par le parrain du «marché libre» de l’Université de Chicago, Milton Friedman.

Les mêmes politiques essentielles ont été mises en place par les gouvernements américains successifs - démocrates et républicains - privant des millions de personnes de services sociaux essentiels allant des soins de santé aux aides alimentaires en passant par les retraites, tout en laissant 40 millions de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté officiel de $25.000 par an pour une famille de quatre personnes.

Les manifestations au Chili et au Liban sont marquées par les déclarations des manifestants des deux pays, selon lesquelles les dernières mesures d'austérité ne sont que la goutte qui ont fait déborder le vase, et qu'ils luttent contre un ordre social inégale qui s'est développé pendant les 30 dernières années. Au Chili, ces trois décennies ont commencé avec la fin de la dictature militaire et au Liban, avec la fin de la guerre civile.

Ceci est aussi l'expression d'un changement mondial. Les relations sociales créées au cours des 30 dernières années ont commencé avec le rétablissement du capitalisme par la bureaucratie stalinienne en Union soviétique. Elles ont été fondées sur la suppression de la lutte de classe, la montée ininterrompue de l'inégalité sociale et du parasitisme financier et le vaste transfert de richesses des masses de travailleurs du monde entier à une très petite élite de riches. Aujourd'hui, cet ordre social se délite rapidement sous l’effet d'une résurgence de la lutte de la classe ouvrière internationale.

Des événements objectifs révèlent la faillite politique complète des organisations de la pseudo-gauche et des soi-disant universitaires «de gauche» qui avaient enterré la classe ouvrière et la lutte pour le socialisme. Rien dans leur perspective, basée sur le nationalisme et les politiques d’identité, ne prévoyait l’apparition d’une éruption mondiale de la lutte de classe.

Cependant, le World Socialist Web Site et le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) ont largement anticipé ces événements, tant dans leur analyse théorique que dans leur pratique.

Dans son document de perspectives publié en 1988, intitulé «La crise capitaliste mondiale et les tâches de la IVe Internationale», le CIQI a expliqué pourquoi la lutte des classes revêtirait inévitablement un caractère mondial, fondé sur «le développement massif des sociétés transnationales et l'intégration mondiale de la production capitaliste qui en découlait, ont produit une uniformité sans précédent dans les conditions auxquelles les travailleurs du monde sont confrontés.»

Le document indiquait: «Depuis longtemps, le marxisme a énoncé la proposition élémentaire que la lutte de classe n’est nationale que dans sa forme, mais qu’il s’agit essentiellement d’une lutte internationale. Cependant, étant donné les nouvelles caractéristiques du développement capitaliste, même la forme de la lutte de classe doit revêtir un caractère international. Même les luttes les plus élémentaires de la classe ouvrière posent la nécessité de coordonner ses actions à l'échelle internationale.»

Cela devient maintenant la question politique la plus urgente et la plus concrète. Les manifestations sociales et les grèves de masse actuelles sont l’expression initiale de la lutte révolutionnaire croissante de la classe ouvrière internationale pour mettre fin au capitalisme et réorganiser l’économie mondiale de manière à répondre aux besoins sociaux et non au profit privé.

Bill Van Auken, WSWS.org

  • 27 octobre 2019 à 00:00

Reprendre goût à la vie

Par info@dedefensa.org

Reprendre goût à la vie

Notre époque se caractérise par la tiédeur des gens, la langueur des récits médiatiques et l’absence de virilité à tous les niveaux. Les acteurs de la cité spectaculaire tergiversent en permanence, en attendant que les circonstances soient propices à un changement de cap leur permettant une sortie honorable. Bref, il s’agit, d’abord et avant tout, de ménager ses propres fesses tout en sacrifiant notre prochain en qualité de bouc émissaire salutaire.

Personne n’est responsable de quoi que ce soit, tous agissent en toute impunité, trop pressés de ramasser une mise qui n’est qu’un leurre pathétique puisque même les pensions de vieillesse des mieux nantis seront bientôt amputées. Cette culture de la mort a été travestie en culte de la performance à tous crins, véritable antienne du néolibéralisme.

La vie s’étiole

Malheureusement, comme notre monnaie de singe qui déprécie chaque jour davantage, le force de travail est vite dévalorisée et les athlètes sont incapables de battre de nouveaux records sans l’aide de la pharmacopée contemporaine. Les spéculateurs misent, désormais, sur la déconfiture de l’économie occidentale afin de rafler une prime à la faillite qui sera réinjectée dans de nouveaux secteurs porteurs appelés, eux aussi, à être sacrifiés dans un proche futur. Notre économie de la déprédation est véritablement une fuite en avant morbide et délétère. Cette « mort à crédit » s’apparente à un suicide collectif à doses homéopathiques.  Sans savoir à quelle sauce nous serons mangés, nous anticipons sur l’anéantissement de notre prochain afin d’être en mesure de tirer notre épingle du jeu. Notre épingle dans la botte de foin.

Une épingle dans une botte de foin

Le philosophe Friedrich Nietzsche, dans son dernier opus intitulé « Crépuscule des Idoles », s’emporte contre l’engeance humaine, cette sous-espèce timorée qui semble incapable d’assumer un principe de réalité qui constitue la règle du jeu de toute forme de survie. Nietzsche clame, haut et fort, que l’homme sain, viril et solaire cultive sa sensualité au point où les forces de la vie finissent par l’irriguer de toutes leurs potentialités fertiles. A contrario, l’esclave de la modernité – sous-homme pris en charge par l’esprit des Lumières au moment où le joug tutélaire du monde catholique s’étiolait – est incapable de s’extirper de cette « culture de la mort » qui est le propre des systèmes de morale et de rétribution basés sur la lâcheté. Ainsi, il dénonce la pratique d’une église du XIXe siècle, déspiritualisée, qui « combat la passion en la coupant, dans tous les sens du terme. Sa pratique, son « traitement », c’est le « castratisme ». Elle ne demande jamais : « Comment peut-on spiritualiser, embellir, diviniser un appétit ? » … mais attaquer les passions à la racine, cela revient à attaquer la vie à la racine; la  praxis de l’Église est hostile à la vie … », avance le prophète de la « mort de Dieu ».

La culpabilisation mène à la culture de la mort

Nietzsche, iconoclaste rébarbatif, morigène contre la culpabilisation à outrance des instincts de vie par des clercs obsédés par le contrôle et le châtiment. Il en veut particulièrement à ce catéchisme qui utilise une raison dévoyée au service du musellement des forces de vie qui, seules, permettent à l’homme de s’épanouir. Ainsi, reprenant le fil de sa plaidoirie contre les clercs, il assène ce qui suit : « la théorie de la volonté a été essentiellement inventée à des fins de châtiment, c’est-à-dire par « désir de trouver coupable ». Toute l’ancienne psychologie, la psychologie de la volonté, est née de ce que ses auteurs, les prêtres qui étaient à la tête des anciennes communautés, voulaient se donner un  droit  d’infliger des punitions, ou donner à Dieu un tel droit … Si l’on a conçu les hommes « libres », c’est à seule fin qu’ils puissent devenir coupables : par conséquent, il  fallait absolument  que chaque action fût conçue comme voulue, que l’origine de toute action fût conçue comme résidant dans la conscience (ce qui revenait à faire de l’imposture la plus radicale  in psychologicis  le principe même de la philosophie…) ».

S’appuyant sur les enseignements des présocratiques, Nietzsche accuse la morale occidentale d’avoir pris en otage le fatum, ou destinée, afin de contraindre l’espèce humaine à justifier toutes les facettes de son existence. Les puritains anglo-saxons se qualifiant de « justifiés » du haut de leur arrogant mépris de classe suprémaciste.

Assumer sa destinée

Reprenons la définition du fatum telle qu’énoncée par le Larousse de la philosophie : « Les tragédies antiques (notamment celles d’Eschyle et l’Œdipe roi de Sophocle) expriment une croyance fondamentale en un « fatum » qui régit toutes les actions humaines, et l’on peut dire que tout le problème de la vie humaine est de se réconcilier avec son destin (amor fati), de faire de son destin sa destination propre : Œdipe aveugle retrouve la sérénité intérieure quand il reconnaît que tout est bien et que l’ordre des choses s’est accompli. Car le véritable bonheur de l’homme est de pouvoir se « réaliser » à l’occasion des événements qui lui arrivent : d’exploiter tous les événements dans le sens de sa volonté et de reconnaître dans ce qui lui arrive le signe de sa destinée ».

Revenons à la dernière mouture cinématographique du Joker, mésadapté congénital incarné par un Joaquin Phoenix qui ressemble plus à un mime qu’à un acteur à proprement parler. Glorieux  misfit d’une société qui n’a plus rien de rassembleur, le  Joker mis en scène par Arthur Fleck est un avorton qui rêve d’une bouffée d’air frais au cœur des bas-fonds d’une  Gotham city  cauchemardesque. On se croirait dans un roman de Dostoïevski tant le désespoir suinte de toutes parts. Gagnant sa vie dans une agence de clowns ambulants, Joker-misfit  tente le plus simplement du monde de s’incarner dans une société malade qui n’a rien à faire de lui. Même la réadaptation lui est refusée tant la société le rejette par tous ses pores.

Sorte de psychopathe lunatique, Joker  tente de survivre entre deux hallucinations lancinantes et prends soin de sa propre mère. Celle qui avait laissé un de ses amants le battre atrocement alors qu’il n’était qu’un petit enfant. Véritable descente aux enfers, il n’y a pas d’issue pour ce  misfit qui se fait berner et abuser jusqu’à plus soif par son entourage. Perdant son boulot et « pétant les plombs », il décide de se faire justice alors qu’un trio de boursicoteurs avinés s’aventure à le molester dans un wagon de métro. Il dégaine son flingue et fait la peau des brutes déguisées en « honnêtes citoyens ». C’est le point de rupture. La suite du récit prend une tournure dantesque alors que le  Joker  s’amuse à trucider toutes les « pourritures » qui se trouvent sur son chemin. Incapable de retourner les forces du destin à son avantage, condamné d’avance par une société qui le traite en déchet, le Joker accepte son fatum jusqu’au bout, retournant par un effet miroir la violence de la société en direction de ses surgeons les plus méprisables. C’est triste à dire, mais on dirait que le Joker a repris le goût de vivre en assumant son rôle d’exterminateur de vermines.

 Sortir des griffes de l’inquisiteur 

L’immense romancier russe Fiodor Dostoïevski traite de l’univers concentrationnaire de nos sociétés dans « Les Frères Karamazov ». Ce roman épique dresse un impitoyable réquisitoire contre la manipulation mentale et l’absence de réelle liberté qui sont la marque d’un univers dominé par des inquisiteurs. Un passage du roman, intitulé Le Grand Inquisiteur, met en scène le retour ici-bas de Jésus-Christ à l’époque où l’inquisition espagnole s’occupait de régenter les cas de conscience de la piétaille. Repéré au sein d’une foule de larbins, Jésus sera livré au Grand Inquisiteur qui le condamnera à mourir le jour suivant sur un bûcher … expiatoire. Puisque le Christ [soleil impérissable] doit bien finir par payer pour son retour sur terre dans un contexte où les puritains n’ont pas besoin d’un fauteur de troubles.

En effet, Jésus a résisté à la tentation du démon en plein désert alors qu’il lui demandait d’accomplir les trois actes suivants : utiliser ses pouvoirs divins pour changer les roches en pains [le mystère]; se précipiter dans le vide à partir du faîte du Temple et compter sur les anges pour amortir sa chute [le miracle] et finir par se proclamer « roi du monde » [l’autorité] sous l’influence du Prince des ténèbres.

Repoussant l’ultime tentation de Satan, Jésus, toujours selon l’acte d’accusation du Grand Inquisiteur, aurait surestimé les capacités de résistance de la nature humaine et mis la table pour que même les plus tenaces des croyants finissent par être découragés face à l’ampleur du programme christique. L’humanité incapable d’assumer les forces mises en œuvre par la liberté et l’amour, serait comparable à un troupeau de moutons qu’il convient de mener à la baguette selon cet inquisiteur qui admet être prêt à se compromettre avec le démon afin de duper son prochain. Tirant parti de l’ordre concentrationnaire, le Grand Inquisiteur est de factole disciple consommé du Diabole puisqu’il va jusqu’à déclarer ceci face à Jésus : « nous ne sommes pas avec Toi, mais avec lui, depuis longtemps déjà ». Tout est dit. Tout est consommé.

Refuser de payer pour les péchés des autres

L’« homme de bonne volonté », malgré ses vœux d’humilité et d’obéissance filiale, refuse de payer pour les péchés des autres, dans un contexte où ses détracteurs pratiquent l’inversion accusatoire. En effet, pourquoi les « pauvres pécheurs » devraient-ils demander pardon pour le martyr du Christ commandité par les pharisiens aux manettes ?

Le Grand Inquisiteur a parfaitement saisi l’essence propre à ce retournement de valeurs, cette inversion proprement satanique qui consiste à sacrifier des agneaux consentants en les culpabilisant à outrance. Nietzsche fulmine à nouveau contre les confessionnaux : « Dans le haut Moyen Âge, alors qu’en fait l’Église n’était qu’une grande ménagerie, on traquait partout les plus beaux spécimens de la « brute blonde », on « amendait », par exemple, les superbes Germains –. Mais à quoi ressemblait, après cela, un Germain « amendé » et attiré traîtreusement dans un cloître ? À une caricature d’homme, à un avorton : il était devenu un « pécheur », il était en cage, on le tenait prisonnier de terrifiantes idées … Et il gisait là, malade, pitoyable, il s’en voulait à lui-même, plein de haine contre les impulsions vitales, plein de soupçons pour tout ce qui était encore fort et heureux … bref, un « chrétien » ! 

La culpabilisation du genre humain : odieuse prophylaxie

On le réalise, c’est tout le message du Christ en faveur d’un ressourcement de la personne qui est travesti au gré de cette théologie qui agit comme une odieuse prophylaxie. L’être solaire, épanoui et libre, doit être domestiqué afin que les clercs aux commandes puissent le transformer en résidu humain. Sous-homme qui va jusqu’à demander pardon d’exister, en faisant de son mea culpa une sorte de sauf-conduit lui permettant de respirer malgré l’oppression endurée au quotidien. On le réalise, c’est la révolte du Joker  qui fait sa grandeur alors que notre société décadente lui refuse jusqu’au droit de mendier pour une maigre pitance. Incapable de s’en remettre indéfiniment aux psychologues et travailleurs sociaux – nouveaux clercs de la société spectaculaire – le  Joker « pète les plombs » en semant la terreur autour de lui. Sa révolte n’est pas orientée contre Dieu ou un ordre spirituel véritablement supérieur, mais bien contre les diktats d’une société qui utilise la  loi et l’ordre  afin d’exploiter jusqu’à plus soif les agneaux consentants  que sont devenus les citoyens consommateurs.

Nietzsche finit par enfoncer le clou : « Le type du criminel, c’est le type de l’homme fort, placé dans des conditions défavorables, c’est un homme fort que l’on a rendu malade. Ce qui lui manque, c’est la jungle [non pas l’anarchie capitaliste], une nature et un mode de vie plus libres et plus dangereux, qui légitime tout ce qui, dans l’instinct de l’homme fort, est arme d’attaque et de défense. Ses vertus sont mises au ban de la société. Les plus ardents de ses penchants innés sont bientôt inextricablement mêlés de sentiments dépressifs, de soupçons, de craintes, de déshonneur. Mais c’est là, presque littéralement, la recette de la dégénérescence physiologique ».

Le lecteur aguerri aura compris que, bien loin de faire l’apologie du meurtre et d’une luxure débridée, Nietzsche s’en prend aux puritains faméliques pour qui la vie dans son plus simple appareil représente un marais malodorant.

 

Un lien : 

http://classiques.uqac.ca/classiques/nietzsche/nietzche_photo/nietzsche_photo.html

  • 27 octobre 2019 à 00:00

Tulsi G. et la Grande Sorcière

Par info@dedefensa.org

Tulsi G. et la Grande Sorcière

26  octobre 2020 – Je reprends ici, à la fois prétexte et occasion d’aller au fond, une chronique de James Howard Kunstler du 22 octobre, sous le titre « Enter, the Dragon », consacrée à la passe d’armes Clinton-Gabbard, qui marque le retour d’Hillary dans l’arène folle de “D.C.-la-folle” (USA-2020).

Dans un déchaînement de verve éblouissant (on s’en aperçoit dans le texte que je reprends, en complément, après cette page du Journal, et dans sa langue original tant Kunstler emploie dans ce cas nombre d’expressions et d’images d’une saveur intraduisible), Kunstler attaque et frappe comme un sourd sur HRC (Hillary Rodham Clinton), comme si c’était, au-delà de la corrompue-corruptrice, une véritable créature du Malin, presque la Diable elle-même.

(Mélange des genre, et comment ! Pourquoi le Diable ne serait-il pas féminin, et j’écrirais alors “la Diable”, sans souci du mot “diablesse” qui est beaucoup trop terrestre et perd son sens extrahumain et ésotérique, pour une connotation qui n’est pas dépourvue de considération laudative.)

Ces mots, “Malin”, “Diable”, ce n’est pas un hasard dans mon chef... 

Ici et d’abord, je vais m’attarder un peu sur une anecdote, extraordinaire en vérité, – imaginez ce qu’on en ferait en fait de DeepFuckNews  aujourd’hui si la même chose était dite à propos de l’ordure-Trump ? Imaginez  les titres du Monde, du Guardian, de Sa -Sainteté The New York Times ! Donc, le 21 octobre 2019, nous avions introduit ceci en dernière minute dans le texte, trop discrètement par conséquent et du coup avec une bonne raison pour que j’y revienne ; un élément retrouvée par le canal de WhatDoesItMLeans, – source immonde pour le coup, et absolument à proscrire ô citoyens vertueux, – et pourtant qui nous la donne, et sans lui nous l’aurions ratée, ô citoyen vertueux.

Voici le citation :
« Ou bien, après tout, Hillary ne fait-elle que répondre aux suggestions de cette grande dame d’Eleanor Roosevelt, veuve de FDR et elle-même décédée en 1962. N’est-ce pas le gentil Bill, entre deux virées-Epstein, qui  nous confiait en 2012  “ce que tout le monde sait”, savoir qu’outre l'exercice de sa fonction de secrétaire d’État, sa femme trouvait le temps d'être un peu nécromancienne et communiquait “on a regular basis” avec Eleanor. Cela explique bien des choses. »

Regardez et écoutez le gentil et si séduisant Bill (le lien renvoie à une vidéo), avec sa voix presque enrouée et troublée d’émotions comme il sait si bien en jouer, ces émotions si graves à-la-bill (« Je n’ai jamais-eu-de-relations-sexuelles-avec-cette-personne ») ; regardez et écoutez Bill parlant de la Grande République, des sublimes Roosevelt... Non ! Il ne plaisante pas du tout durant cette intervention, d’ailleurs il s’agit d’une cérémonie officielle, il parle devant la famille Roosevelt, icône sacrée s’il en est, et devant un parterre de représentants de l’establishment, et son air si désolé nous touche au plus profond de la grande et belle histoire des incomparables États-Unis avec ses chevaliers de vertus, Epstein en tête... 

Il y a avec la vidéo une transcription du passage qui nous intéresse, présenté par Maglor Valinor ce 24 avril 2012, au cours de cette belle cérémonie :
« Lors d'une cérémonie d'inauguration du Franklin D. Roosevelt Four Freedoms Park à New York mercredi, l'ancien président Bill Clinton a déclaré que son épouse “était connue pour communier” avec Eleanor Roosevelt, et que Roosevelt lui avait transmis un message par Hillary.
» “Un merci spécial aux membres de la famille Roosevelt qui sont ici”, a dit Clinton, dans le parc situé sur l'île Roosevelt.  “Et aussi à celle qui n’est pas parmi nous, Eleanor, qui a fait en sorte que les quatre libertés soient incluses dans le préambule de la Déclaration universelle des droits de l'homme en 1948.”
» “Je le sais parce que, comme vous l’avez tous appris lorsque j'étais président, ma femme, aujourd'hui secrétaire d’État, était connue pour communiquer régulièrement avec Eleanor”, a-t-il dit.  “Elle m'a appelé hier soir en rentrant du Pérou pour me rappeler de dire ça. Eleanor lui avait parlé et lui avait rappelé que je devais le dire.”
» Dans le livre ‘The Choice’ de 1996, l'auteur Bob Woodward affirmait qu'Hillary Clinton avait eu des conversations imaginaires [on hésite sur la traduction du mot employé d‘imaginary’, qu’Hillary n’apprécierait pas] avec Eleanor Roosevelt et le Mahatma Gandhi à titre de libération thérapeutique. »

A cette lumière de la déclaration de Bill, alors qu’on a tant l’habitude de classer toutes ces nouvelles dans la rubrique pas sérieuse des ragots d’allumés de salon et de tables tournantes, la page de ce journal-dde.crisis du 6 novembre 2016 sur la présence du satanisme dans la campagne démocrate, avec Antéchrist et tout le bazar très sérieusement considéré, et Hillary en tête du lot, particulièrement versée dans le domaine de l’ésotérisme et créature très-élue avec une place de choix dans le non-dit du Eyes Wide Shut de Kubrick, – avec tout cela tout semble rendre un tout autre écho, n'est-ce pas ? Ces personnages, – outre leur corruption, leur cynisme, leur cruauté, ou plutôt avec tout cela qui les caractérise dans ce sens, – tous ces personnages sont en vérité possédés, possédés comme créatures du Diable, pas d'autre jugement, et jugement diablement sérieux ; et Hillary comme leur Grande Sorcière, titre à l’égal féminin et même supérieur, – féministe oblige, bordel de Dieu-satanique ! – à celui de Grand Sorcier, white, male, suprémacist, qui conduit le Ku-Klux-Klan.

Ne laissez pas traîner cette hypothèse dans les tiroirs de l’anecdote, elle est peut-être plus sérieuse qu’on ne la croirait, elle expliquerait bien des choses, elle donnerait à Hillary la dimension explicative de la résilience de ce personnage terrestrement, incroyablement pourri jusqu’à l’os, cette créature affreusement cruelle comme l’observe Cloughley (« avec Hillary Clinton, alors Secrétaire d’État des États-Unis, blaguant devant un journaliste de télévision “We came, we saw, he died”, – la remarque la plus barbare et la plus inhumaine [à propos du massacre de Kadhafi] proférée par une figure publique dans ce siècle ») ; et cette Hillary qui pourtant survit, ressuscite de ses cendres maudites, plus immonde et catastrophique que jamais, sans parvenir à crever comme charogne dans les restes des festins diaboliques.

Peut-être la fureur du tweet de Tulsi qualifiant Hillary de “Queen of Wargonders”, ce qui a une signification ésotérique en rapport avec le Malin, avec cette Tulsi qui vient de contrées où l’on sait ce que le surnaturel pèse et elle-même avec sa foi religieuse en hindouisme, peut-être a-t-elle identifié ce que nous devons voir en vérité dans une époque où la raison-subvertien’est plus qu’un déchet de l’hybris vaniteux de sapiens-sapiens, et devenue territoire si fécond pour la semence diabolique. (*)

... C’est alors qu’il importe de revenir à Kunstler et à son texte. D’abord, Kunstler ne cache pas son admiration pour Tulsi G., comme il l’appelle, dans la façon dévastatrice qu’elle a eue pour répondre à l’attaque de Clinton :

« Ce n’est pas que Tulsi G soit la favorite, avec deux réseaux TV et toute la presseSystème de la nation l’ignorant systématiquement. Tulsi devait sans doute porter un gilet pare-balles exceptionnel parce qu’elle a facilement supporté l’attaque et y a répondu avec une hargne royale et une pincée de napalm :
» “Super ! Merci @HillaryClinton. Vous, la reine des bellicistes, incarnation de la corruption et personnification de la pourriture qui a rendu le Parti démocrate malade pendant si longtemps, vous êtes enfin sortie de derrière le rideau où vous vous dissimuliez...
» “Depuis le jour où j'ai annoncé ma candidature, il y a eu une campagne concertée pour détruire ma réputation. Nous nous demandions qui était derrière tout cela et pourquoi. Nous savons maintenant que c'était bien entendu vous, grâce à vos réseaux et à vos puissants alliés dans les médias de la presseSystème et le système de la sécurité nationale...” 
» Ouch!... » 

Après cette appréciation élogieuse et également significative de la réponse de Gabbard à l’attaque de Clinton, Kunstler pose la question de savoir si Clinton pourrait finalement être candidate : « Le parti démocrate serait-il assez malade et pourri pour finalement faire de Hillary Clinton sa candidate pour 2020 ? Pour sûr, dirais-je... »

Le reste du corps de texte, jusqu’à la conclusion, est une revue de détails des favoris, avec leurs faiblesses, leurs casseroles, leurs mensonges, et d’ailleurs même pas un mot pour le pauvre Sanders qui s’échine à paraître un candidat de gauche en suivant à la virgule le “Hillary talking points” et en acceptant d’être le candidat manipulable favori des gamines gauchistes duSquad.

(J’ai vu récemment Sanders à un show télévisé, retour de son malaise cardiaque, nous déclarer pompeusement que Trump était “le président le plus corrompu de toute l’histoire des USA”, – et que ce soit vrai ou pas importe peu, le personnage [Sanders] est dans son langage et ses simagrées embarrassées épouvantable d’asservissement à la doxa du parti, avec ses contorsions pour continuer à paraître socialiste, – qu’il soit ou non socialiste d’ailleurs, peu me chaut, ce Sanders a un caractère de carton-pâte prémâché, une ontologie absolument pourrie par le Système.)

Kunstler termine donc sa très rapide revue de la situation par ces deux paragraphes où il revient sur l’héroïne de l’aventure : « Et bien sûr, on s'interroge beaucoup sur le DNC lui-même [la commission dirigeant le parti démocrate] et sur le mélange singulier d’arnaqueurs, de requins de Wall Street et de bellicistes qui dirigent actuellement l'organisation. On dirait une équipe de campagne d’Hillary. Le DNC a transféré l'ensemble de ses capacités à l’équipe de campagne d'Hillary en 2016 et en a fixé la nomination avec les super-délégués cousus-main pour elle. Est-il possible qu’Hillary contrôle toujours le DNC ? Je pense qu'une grande partie du butin rassemblé dans la Fondation Clinton au fil des ans a permis à Hillary d'acheter les restes en lambeaux de tout ce qui est encore utilisable dans le DNC. Tout ce fric pourri a largement servi à fabriquer toutes les saloperies montées de toutes pièces qui ont lancé Russiagate, Ukrainegate, et maintenant Impeachgate.
» Le prochain point crucial sera la poursuite devant la justice d’un paquet de fonctionnaires et d’élus, nommés et retraités, tous des acteurs de la guerre civile administrative actuelle entre les branches et agences du gouvernement lui-même. Le risque est que ce soit un coup de trop et une tâche trop lourde pour un gouvernement constitutionnel tel que nous le connaissons aujourd'hui. On verra. Quoi qu’il en soit, Toute cette pourriture mènera aux gros poissons, la tête pourrie du parti : Barack Obama et Hillary. S’ils sont officiellement impliqués, ce sera le dernier râle pour le vieux parti démocrate. Peut-être que quelque chose de nouveau s'organisera alors autour de la solide Tulsi G. Elle n'est pas la seule à espérer un tel coup de torchon. »

Tout cela dit, je reviens sur ce qui fait le centre de mon propos : la dimension ésotérico-satanique de la Clinton, révélée indirectement et en passant par Woodward, ex-espion de la Navyet chroniqueur attitré de l’establishment américaniste depuis le Watergate. Autrement dit, message depuis longtemps bien compris par ce milieu (direction-Système à D.C. aussi bien qu’Hollywood) dont la spiritualité totalement invertie et satanique constitue une donnée “objective” dont nous ne tenons jamais assez compte, quand nous ne l’ignorons pas complètement, dans nos territoires soumis aux restes pourris de l’empire en décomposition. A cette lumière, là aussi, certains pourraient comprendre que la dernière phrase du tweet de réponse de Tulsi G. prend une autre signification, comme on était tenté de le proposer dans un texte précédent : « Il est maintenant clair que cette primaire est entre vous et moi. Ne vous cachez pas lâchement derrière vos candidats faux-nez. Participez directement à la course. »

Je ne dissimule pas une seconde combien je suis intéressé par l’interprétation diffuse qui se dégage de l’addition de ces différents éléments, autour d’une personnalité si marquée qu’est celle d’Hillary Clinton, avec son aura de satanisme, à la fois bibeloterie d’ésotérisme, à la fois marque puissante imprimée par elle dans une politiqueSystème qu’elle a si parfaitement épousée, qu’elle a si parfaitement servie en activiste zélée de la chose, et politiqueSystème qui ne répond en rien à une logique d’une politique classique, même “impériale”, et qui répond en tout à un courant suprahumain de déconstruction et d’entropisation nihiliste...

On s’est beaucoup attaché sur ce site aux définitions diverses ce la “politiqueSystème” ; disons que ces quelques phrases, tirées du Glossaire.dde sur le sujet font  l’ affaire :

« [L]a politiqueSystème est incompréhensible selon les normes politiques. Elle constitue la représentation opérationnelle d’une force étrangère à l’arène politique, au cadre historique et à l’entendement rationnel humain, une force étrangère à notre monde tel que nous le percevons, à peine maquillée en “politique“ comme un grossier faux-nez pour pouvoir figurer dans cette arène mais sans s’en expliquer, ni de sa présence, ni de ses buts. (D’ailleurs qui, parmi les acteurs-figurants historiques habituels, – les directions politiques du bloc BAO, – songerait à l’interroger ? Comme on l’a vu, ils sont intellectuellement paralysés et, d’une certaine façon, tenue sous la complète fascination du phénomène.)
» Pour appréhender la politiqueSystème, il faut quitter le cadre historique normal et accepter une approche métahistorique qui, seule, fournit la clef de la compréhension de la substance et du rôle de la politiqueSystème... »

Il apparaît évident, avec tous ces éléments rassemblés, que l’explication d’une Hillary Clinton comme créature satanique, donnant à la politiqueSystème la dimension du Mal qui seule lui convient, s’insère absolument dans l’appréciation logique de cette situation. Dans ce cadre absolument métaphysique, il apparaît clairement que la possibilité de l’entrée dans la course à la présidence d’Hillary Clinton introduirait l’élément-clef porteur, d’une façon ou d’une autre, du détonateur déclenchant le paroxysme de la crise ultime, de la Grande Crise d’Effondrement du Système, par le moyen de l’attaque du Mal contre une création (les États-Unis) dont il (le Mal) est en grande partie le géniteur, – portant à son point de fusion l’équation surpuissance-autodestruction.

C’est dans ce cadre que la phrase de Gabbard, personnalité dotée d’une très grande puissance dialectique et d’un arsenal intellectuel impressionnant pouvant être l’une et l’autre portés et transmutés en une arme redoutable par le système de la communication, prendrait tout son sens : « Il est maintenant clair que cette primaire est entre vous et moi. »

Note

(*) Lorsqu’il a commencé à être question de la candidature Gabbard, des messages très hostiles à son encontre ont été diffusés, sous pseudio, souvent semblant être sous une forme automatique (mêmes arguments, même structure de texte). Ces messages mettaient en cause son implication dans une secte, et surtout offrait l’accusation, – mortelle dans cette époque de basses eaux d’égout où nous vivons, – d’“extrême-droite”, directement ou indirectement qu’importe. Toutes les conditions et présupposés de ces messages avaient l’allure suspecte ; quant à l’“accusation” d’extrême-droite, elle est, par définition, la mesure de l’universelle sottise qui habite les zombieSystème et leur allégeance aveugle. Qu’ils reposent en paix. En attendant, cela laisse à penser dans le sens de ce texte, sur les conditions de la tragédiebouffe et du satanisme-bouffe qui sont en train de marquer la scène de la crise de l’américanisme, – et du rôle qu’y pourraient tenir respectivement Clinton et Gabbard.

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Enter, the Dragon

You’d think Hillary Clinton might come up with a better zinger than “Russian asset” when she flew out of her volcano on leathery wings Friday and tried to jam her blunted beak through Tulsi Gabbard’s heart. Much speculation has been brewing in the Webiverse that the Flying Reptile of Chappaqua might seek an opening to join the Democratic Party 2020 free-for-all. Wasn’t “Russian asset” the big McGuffin in the Mueller Report — the tantalizing and elusive triggering device that added up to nothing — and aren’t most people over twelve years old onto that con by now?

It’s not like Tulsi G was leading the pack, with two cable news networks and the nation’s leading newspapers ignoring her existence. Tulsi must have been wearing her Kevlar flak vest because she easily fended off the aerial attack and fired back at the squawking beast with a blast of napalm:

“Great! Thank you @HillaryClinton. You, the queen of warmongers, embodiment of corruption, and personification of the rot that has sickened the Democratic Party for so long, have finally come out from behind the curtain. From the day I announced my candidacy, there has been a concerted campaign to destroy my reputation. We wondered who was behind it and why. Now we know — it was always you, through your proxies….”

Ouch! The skirmish does raise the question, though: is the Democratic Party so sick and rotted that it would resort to entertaining Hillary Clinton as the 2020 nominee? Fer sure, I’d say. The party has been on suicide watch since the Mueller Report blew up in its face. At this point, it’s choking to death on its current leaders in the race. Apart from his incessant hapless blundering on the campaign trail, Joe Biden will never survive assisting his son Hunter’s grifting adventures in foreign lands. It’s just too cut-and-dried and in-your-face. The kid scammed millions out of Ukraine and China and it’s all documented. Mr. Biden will soon announce his retirement from the field — to spend more time with his family, or for vague health reasons.

Mrs. Warren has been on a roll since August — with Joe B foundering — but she has two big problems: 1. She seems incapable of telling the truth about her personal “story.” For decades she pretended to be a Cherokee Indian for the purpose of career advancement on various college faculties (including Harvard), and lately she told a whopper about being fired from a teaching job years ago on account of being pregnant, apparently unaware that a tape recording existed of her telling a totally different story — that she quit the job to do something else, even when they offered her a new contract. How many times would those bytes be replayed in 2020? And 2. She’s retailing a cargo of economic policy bullshit that would turn the USA into Venezuela with sprinkles on top, and she’s already hard-pressed to explain all the numbers that don’t add up in her Medicare-for-all package. Over the weekend, she demanded that transgender illegal border jumpers “must” be released into the United States. There’s a winning issue in the Rustbelt states!

And of course, there are questions a’plenty about the DNC itself and the peculiar mix of race hustlers, Wall Street catamites and war-hawks currently running the outfit. Sounds like a Hillary quorum to me. The DNC handed off the whole operation to the Hillary campaign in 2016 and fixed the nomination with super-delegate hugger-mugger. Is it possible that Hillary still controls the leadership? My guess is that a big chunk of the loot assembled into the Clinton Foundation over the years has enabled HRC to buy the tattered remnants of the DNC lock, stock, and barrel. All that funny money bought a whole lot more, too, including all the predicating bullshit that kicked off RussiaGate, UkraineGate, and now ImpeachGate.

The next gate to go through will be the wholesale prosecution of a whole lot of government officials, elected, appointed, and retired, for the malicious shenanigans that led to the current administrative civil war between the branches and agencies of the government itself. It may prove to be a gate too far for the existence of constitutional government as we’ve known it. All that rot leads to the heads of the big fish: Barack Obama and Hillary. When they are officially implicated, that will be the last roundup for the old donkey. Perhaps something new will organize around the stalwart Tulsi G. She is not alone out there.

James Howard Kunstler

  • 26 octobre 2019 à 00:00

La “société du spectacle de la catastrophe”

Par info@dedefensa.org

La “société du spectacle de la catastrophe”

25 octobre 2019 – Il y a plusieurs idées dans cette analyse que nous voudrions le plus large possible de la perception que nous avons, ou plutôt qui nous est imposée, des événements en cours et qui forment sans aucun doute ce phénomène désormais classique pour nous du “tourbillon crisique”, mais bien sûr d’un tourbillon crisique de plus en, plus large, de plus en plus intégrateurs de tous ces événements, de plus en plus “global”.  C’est comme la transformation d’un immense tourbillon crisique global en un incendie à mesure, – ou bien, écrit en termes plus classiques par Pépé Escobar, « Burn, Neoliberalism, Burn ».

Ce constat n’est plus une exception, une bizarrerie ou une sophistication antisystème, mais il répond à la simple logique, y compris des dîners en ville et des tournées des hommes politiques, y compris des plus présidentiels... L’idée de la crise de la globalisation ne cesse de s’imposer à toutes les perceptions, aussi vrai qu’un immense incendie de forêt vous étouffe sous sa chaleur incandescente. Même un Macron, et dirait-on un Macron de plus en plus à contre-emploi puisqu’il devait nous apporter le simulacre de la relance d’un “monde nouveau” s’imposant sans douleur comme le lui avaient demandé les élites-zombies du type “globalisées”, même et surtout Macron ne cesse de s’affirmer dans son rôle étrange de lanceur d’alerte du catastrophisme. Rien que cette petite phrase dite à La Réunion, nous dit tout en poursuivant notamment son discours du 27 août : « Le modèle est à bout, tout le monde le ressent » ; mais ne croyait-on pas etr ne disait-on pas, sur la foi de sa campagne présidentielle de 2017, qu’il était le réparateur du “modèle”, ou l’installateur du “nouveau modèle”, donc crise globale en voie de résolution, sinon résolue après deux ans de mandat ? 

Au contraire, la chute s’accentue, accélère, “tout le monde le ressent”. Dans son T.C.-81, le dernier paragraphe de PhG nous offre une piste intéressante, en nous haussant un cran largement plus haut que la liste sans fin et les explications sempiternellement semblables, de la paupérisation aux inégalités, des effets de l’effondrement dans un incendie gigantesque de Système : « ...Et d’ailleurs, ceci, plus que tout le reste et au-dessus de tout le reste : voyez-vous, pour la première fois depuis l’Aube des Temps, nous ne sommes plus acteurs de nous-mêmes mais spectateurs de notre destin, et notre destin comme séparé de nous, impérieux, puissant, grondant, notre destin comme un torrent... Cette étrange et terrible époque est aussi une fascination qui nous emporte vers des rives inconnues. »

Cela signifie, pour utiliser une image fameuse, que la très-fameuse “société du spectacle” de Debord est en train si ce n’est déjà fait de radicalement changer de forme, sinon de structure, c’est-à-dire d’ontologie (bien au-delà de l’idéologie, on y reviendra). Ce n’est plus le fait d’“offrir un spectacle” qui importe, étant alors admis que ce “spectacle” tel qu’identifié par Debord était fait pour nous tromper à la manière de la caverne de Platon, de nous anesthésier dans les délices d’une servitude volontaire festive ; c’est le programme du “spectacle” qui a changé, nouvelle affiche, nouvelle trame, nouveau style et nouveaux ”acteurs” ( ?), – nouveau “spectacle” qui se joue à guichets fermés. La “société du spectacle” est devenue la “société du spectacle de la catastrophe”, – et l’on comprend sans peine que ce qui importe est bien entendu le mot “catastrophe”...

Ce changement de programme, quel événement ! Le concept de spectacle catastrophique (pour nous) de Debord se retourne complètement et devient un spectacle de la catastrophe qu’est devenu le Système qui prétendait nous anesthésier par le spectacle du simulacre festif, pour faire de nous l’homo festif de Philippe Murray. Au contraire, ils ont fait de nous l’homo catastrophique, et même les trucs festifs qui vont des pipole aux I-phonedégagent la même extraordinaire puanteur que nous humons sans discontinuer au spectacle de la catastrophe. Le point absolument fondamental qui nous concerne, nous autres sapiens-sapiens, est que l’évolution a en même temps transformé notre fonction : de participants, donc acteurs de la fête (festif), à observateurs, donc spectateurs de la catastrophe.

PhG suggérait dans son bouquin de 2003, sans l’expliciter ni bien sûr en mesurer les formidables conséquences dans la vie même des événements du monde, cette évolution vers cette fonction d’acteurs comme détaché de l’événement, c’est-à-dire sans aucune prise ni influence sur l’événement, mais d’autre part découvre-t-on désormais, sans responsabilité ni acceptation de la dimension complètement faussaire manifestée lors de sa création ; comme ici dans un des nombreux articles (le 21 juin 2014) reprenant le passage impliqué qui fait l’ouverture de l’essai Des tours de Manhattan aux jardins de l’Élysée inclus dans le livre :

« C’est une dynamique d’appréciation que nous avons de plus en plus privilégiée depuis l’attaque du 11 septembre 2001, qui marque symboliquement, à notre sens, l’installation de cette nouvelle capacité de l’observation humaine des événements. (Voir ‘Chroniques de l’ébranlement’, de Philippe Grasset, Mols 2003 : “D’abord, il y a ceci : en même temps que nous subissions cet événement d’une force et d'une ampleur extrêmes, nous observions cet événement en train de s’accomplir et, plus encore, nous nous observions les uns les autres en train d’observer cet événement. L'histoire se fait, soudain dans un déroulement explosif et brutal, nous la regardons se faire et nous nous regardons en train de la regarder se faire...”). »

Sans lire le texte de Pépé Escobar qui contient diverses arguments logiques, c’est-à-dire idéologiques, qui nous importent peu, simplement en nous en tenant au titre si court  dont les mots ont une puissance extraordinaire qui dit bien plus que ce qu’ils disent (« Burn, Neoliberalism, Burn », c’est-à-dire interprété comme il faut “Créve, néolibéralisme, crève”), nous retrouvons notre étendard : Delenda Est Systemum, – d’abord et avant toutes choses « détruire, dit-elle », et après on verra.

(D’ailleurs, écrivant cela, nous savons bien que nous ne faisons que commenter avec la rage de la Grande Santé un processus que les événements du Très-Haut ont d’ores et déjà décidé : le Système, le néolibéralisme, est déjà entré dans le domaine de la charogne qui pue, – et fort bien, cela, – “crève, la Bête”.)

Mais il faut, avant de poursuivre, faire un rapide retour en arrière pour fixer les enjeux et trier entre les arguments qui comptent et ceux qui ne comptent que comme poussières... « Va jouer avec cette poussière », disait Montherlant que notre système (Système) s’est empressé d’oublier une fois qu’il se fût suicidé à-la-romaine (en 1972, pour cause de cécité naissante), lui qui jouait hautement au Don Juan irrésistible dragueur alors qu’il était un gay-des-pissotières, mais avec le réflexe hautain, – distance entre l’esprit et la matière trop brute, – de le dissimuler dans ses écrits. Cette “poussière”, pour nous, c’est l’agitation effrénée des économistes plus ou moins “-Système”, qui sont obligé de constater le décès du néolibéralisme et qui tentent désespérément de le ranimer dans le genre bouche-à-bouche avec des projets de réformes, un zeste de “social” type Gilets-Jaunes, une pincée de keynésianisme ressuscité et ainsi de suite.

Il est vrai qu’ils sont de plus en plus KO, les économistes, ou considérés comme tel : c’est donc tout à fait hors de leur contrôle que nous parlerons... Le retour en arrière que nous proposons, c’est la crise de 2008. Nous en avons un excellent souvenir, non des prémisses de cette crise, mais bien de l’atmosphère qui régnait avant la crise, alors que l’effondrement américaniste en Irak ouvrait la voie à un tourbillon crisique conduisant au Trou Noir. (Voyez par exemple le F&C du 11 novembre 2007 : « Comment s’effondrer ? », avec déjà nombre de questions en vogue aujourd’hui d’ores et déjà posées.)

Nous nous trouvions psychologiquement, – dans la perception que nous en avions, – au bord de la possibilité de l’effondrement du Système ; alors, la crise de 2008 (ce que nous nommons 9/15, de la date du 15 septembre 2008), crise dans la grande tradition du capitalisme du seul système financier entraînant les restes économiques, nous est très vite apparue, et nous apparaît plus que jamais, comme une tentative de sauvegarde par le pire, par la vidange, par la purge, comme lorsqu’on opère une colonoscopie : transformer la Grande Crise de l’Effondrement du Système en une crise classique, même si énorme, du capitalisme, dont la caractéristique a toujours été qu’il s’agissait d’une purge avant une reprise triomphante du susdit capitalisme (la colonoscopie ayant permis d’examiner la chose “à nu”, débarrassée des encombrants déchets qu’on imagine, et de dire : “OK, tout va bien, on continue”).

(Mr. Mellon, une des premières fortunes capitalistes US alors, et fort logiquement secrétaire au Trésor de Hoover, ne disait-il pas en 1931 à ce même président Hoover que le chômage et la misère qui dévastaient les USA entrés dans la Grande Dépression constituaient en, vérité une excellente “purge salutaire” qui allait “nous débarrasser des mauvais éléments [les chômeurs, les pauvres] qui entravent le développement de notre système” ? Oui, il le disait, et Hoover se félicitait d’avoir choisi un gardien du Trésor si sagace et droit dans sa logique.)

Nous avons très souvent proposé et développé dans une myriade de textes cette thèse de 9/15 sauvant le Système, et poursuivant à sa manière 9/11, en pleine superpuissance, pour annoncer des “lendemains-qui-chantent” au rythme des matraques et des grenades de “dés-encerclement”, au swing des migrations forcées et de la Grande Substitution-Superstition (mieux que Grand Remplacement, finalement), par la grâce de l’action du Système purgé par lui-même par cette même superpuissance qu’on vénère tant, de ses “éléments indésirables” selon Mr. Mellon. Nous citons ici un passage assez long venu d’un texte du 16 juin 2012et repris dans un Glossaire.dde du 10 décembre 2012.

(On ne s’offusquera pas si les événements sont considérés du point de vue
1) de la psychologie qui nous est si chère parce qu’élément essentiel entre lessapiens-sapiens et les événements ordonnés par le Très-Haut, et essentiellement les psychologies [les plus faibles, finalement] des directions-Système soumises à la “terrorisation” du Système par le biais de l’idéologie exercée comme une foi religieuse ;
2). de la métaphysique ou métahistoire qui sont les domaines privilégiés de notre réflexion, qui jouent selon nous un rôle déterminant effaceur de tout le reste dans l’évolution psychologique perçue comme le véritable aliment du moteur de la crise, – dito, la surpuissance-autodestruction du Système.)

«Dans cette schématisation d’une réinterprétation radicale des évènements dans leurs cours tumultueux et fous depuis 9/11, la crise de 2008 (9/15, commençant le 15 septembre 2008 avec la faillite de Lehman Brothers) n’est pas du tout une catastrophe. Pour ces psychologies des directions politiques et des élites spécifiques du bloc BAO sous l’empire de la terrorisation, 2008 est au contraire une confirmation de la nouvelle dimension métaphysique dont 9/11 fut le choc fondateur. 2008 comme “triomphe de cette politique” née avec 9/11…[...]
» “[…U]ne appréciation finalement logique. Ce qui parle au travers des psychologies terrorisées de cette catégorie de sapiens entièrement soumise au Système, c’est le Système lui-même ; comme le Système est passé d’une dynamique de surpuissance à une dynamique d’autodestruction, il est complètement logique que le catastrophique effondrement de 2008 soit en vérité perçu, à peine inconsciemment, comme un triomphe puisqu’il s’agirait effectivement d’un triomphe sur la voie de l’autodestruction.”
» La dynamique centrale de cette époque, dynamique de cette métaphysique-Système qui est une métaphysique faussaire parfaitement invertie, est caractérisée par la violence. Bien entendu, cette violence du Système est précisément la dynamique d’entretien et de renforcement de la terrorisation des psychologies.
» Cette violence s’est parfaitement exprimée dans les évènements 9/11 (2001) et 9/15 (2008), et l’on comprend que seul le niveau de violence de ces évènements importe, et nullement leur sens ou leur signification. Ces évènements agissent alors comme de formidables incitatifs à poursuivre pour ces psychologies terrorisées, dans un contexte où la terrorisation est alors vécue comme une bénédiction, presque au sens religieux du terme. (On est loin de réduire, comme on le fit, notre époque à un homme [Bush]et à une clique [“neocons”]. Dépassé et dérisoire, tout cela ; c’est l’ensemble qui est emporté…)
»“Dans ce cas où l’orientation des choses n’est pas en question puisque réglée par avance, les évènements n’ont qu’une piètre importance pour ce qui est de leur sens ; seule compte leur violence, qui agit directement sur la psychologie. Ainsi, la crise de 2008, qui apparaît au jugement équilibré comme une sorte de contre-9/11 mettant en question tout ce qui a été fait depuis 9/11, mettant fondamentalement en cause le Système tel que 9/11 l’a révélé, la crise de 2008 agit au contraire comme un accélérateur, comme un multiplicateur de 9/11. Si l’on veut, c’est la signification métaphysique-usurpée qui est prise en compte par la psychologie terrorisée, comme si cette psychologie demandait ainsi une sorte de supplément de la même potion, de la même “drogue métaphysique” [à laquelle elle est totalement soumise]...
»“Ainsi ces psychologies terrorisées le furent-elles plus encore par la crise de 2008 et ce qui s’ensuivit, comme par une nouvelle agression type-9/11, – mais l’on devrait dire plutôt : une nouvelle impulsion type-9/11. Ce qui importe est la violence de la chose, permettant de renouveler la terreur et sa pression sur la psychologie des dirigeants-Système…”»

... Et ainsi roule le torrent. A partir du simulacre-9/15, que le Système croyait faire prendre pour une résurrection et qui parut l’être pendant quelques mois, la deuxième phase de l’effondrement depuis 9/11, promise à être un effondrement d’encore plus haut et dans un Trou Noir encore plus profond, – appelons cela “l’effondrement final”, – se mit en branle. Nous en cueillons depuis quelques temps (depuis 2014 et l’Ukraine, depuis 2016 et l’élection de Trump) les fruits de plus en, plus amers ... On remarquera que nous nous fichons de l’économie, de ses théories et de ses chiffres, comme d’une guigne. Nous ne sommes pas dans ces sous-sols du Système. Nous visons haut, très haut, pour faire chuter bas, très bas.

La révolution ontologique

Jusqu’ici, nous n’avons examiné que les aspects négatifs qui vont dans le sens de l’effondrement du Système, et nous ne pouvons faire autrement parce qu’il s’agit là des bornes assignés à l’enquête humaine, – essentiellement de la raison, qui doit en même temps se débarrasser de la subversion qui la tient dans l’état de raison-subvertie, décisivement depuis le “déchaînement de la Matière”. Cela n’empêche que se manifestent ici ou là, chez celui-ci ou chez celui-là, dans tel ou tel signe, les éclairs de l’intuition haute dont on sait qu’elle (l’intuition haute) détient une part non négligeable des messages des dieux.

Le frein le plus évident, le plus constant, le plus dévastateur parmi les bornes qui nous contraignent dans l’évolution de notre perception de la Grande Crise et de ses effets au-delà, c’est la dernière ruse du diable qui se nomme “idéologie”. Nous avons introduit récemment un concept qui nous permet de mieux éclairer la voie par où nous distinguerions mieux l’échappée permettant de rompre ces bornes contraignantes, justement en nous attaquant plus fortement et mortellement que jamais à l’idéologie, en lui déniant son rôle central dans l’évolution de ces temps crisiques. Nous le répétons, non par paresse ou absence de réflexion, mais pour mieux presser le lecteur de penser à la richesse de ce concept, et à la façon dont il s’adapte superbement à tout le courant de pensée que suit notre site depuis presque deux décennies.

Ce concept, le “modèle dostoïevskien”, dans le texte du 11 octobre 2019 : « Le cas spécifiquement métahistorique choisi ici est inspiré par la thèse de Mircea Marghescu, dont nous avons déjà parlée, dans son livre ‘Homunculus’ sur une ‘Critique dostoïevskienne de l’anthropologie’. Accordant une importance quasiment sans égale sur la signification et l’analyse très originale et décisive de la modernité dans son affrontement avec la Tradition, dans l’œuvre de Dostoïevski, Marghescu écarte l’explication idéologique au profit de l’explication décisivement fondamentale de l’ontologie.
» “Deux hypostases de l’humain s’affrontent, ontologiquement différentes puisque chacune à son ouverture au monde spécifique… […]La transgression dont Raskolnikov se rend coupable et qui plus tard ne fera que se répéter avec le meurtre, n’est pas idéologique mais ontologique ; ‘avant’ et ‘après’, ce n’est pas d’un même homme puisque le second a une conscience nouvelle dont les compétences ont été ‘élargies’.[…]On comprend mieux ainsi la teneur du conflit dostoïevskien, – qui n’a rien de commun avec le débat idéologique…”
» Marghescu oppose ainsi, dans l’univers dostoïevskien, l’‘homme normal’, également désigné plus précisément comme ‘homme traditionnel’, et ‘l’homme nouveau”, qui est le moderne et qui pourrait être ‘l’homme moderne’, – Raskolnikov nous étant présenté comme l’archétype de l’être qui, changeant d’‘être’, passe de l’un à l’autre. On comprend ainsi que, loin d’être un progrès dans le sens de la valeur qualitative, cette évolution, qui passe sous les fourches caudines de cette inversion diabolique du progrès qu’est ‘le Progrès  selon le moderne’, représente une complète catastrophe ontologiqueprésentant aujourd’hui les comptes décisifs qu’il importe de régler, dans le cadre absolument contraignant comme un Temps de la Grande Crise de l’Effondrement du Système. »

Ce qui nous importe ici, dans l’utilisation que nous faisons de ce concept, est de bien mesurer et apprécier l’ampleur du changement qui nous attend, comme nécessité absolue de nous conformer à la Grande Crise, et d’acter l’Effondrement du Système. Il ne s’agit pas de modifier une pensée pour passer d’une opinion à une autre, d’une idéologie à une autre, certes non et pouah ! Il s’agit d’une modification complète de l’orientation et de l’usage de l’esprit, à partir d’une perception radicalement modifiée, pour déboucher sur des voies impensables et indicibles dans les circonstances actuelles.

(Et si l’on suggère qu’il s’agit évidemment de retrouver la voie et le modèle de “l’homme traditionnel”, il doit être entendu qu’il ne s’agit pas de transcrire cette proposition en “retour en arrière” dans l’histoire telle qu’elle nous est enseignée dans les universités du Système et de la pensée-PC. [Si cela n’est pas entendu même sans le dire, comme allant de soi, autant cesser d’en converser tant l’évidence est grande et tant il aura été démontré que ceux qui ne voient pas cette évidence n’ont rien à faire dans notre propos puisqu’ils ne sont capables de ne parler, eux, qu’en termes idéologiques.] Il s’agit de nous sortir de l’histoire-PC, selon la pensée-PC, dans les universités-PC, et cet acte-là, considérable et cosmique, acte effectivement du passage à “l’homme traditionnel”, non pas “retour en arrière”, – quelle sottise, Grand Dieu ! – mais “libération des chaînes des idéologies”.)

Alors seulement prendrons-nous conscience de n’être plus des acteurs de cette tragédiebouffe, acteur comme l’on se précipite en servitude volontaire, mais spectateur d’une “société du spectacle” que nous aurions retournée, – subversion vertueuse d’un concept subversif, – en une “société du spectacle de la catastrophe”. En subvertissant le concept initial identifié et dénoncé par Debord, nous accomplissons un acte véritablement révolutionnaire qui concerne l’ontologie ; cela, en revenant, non pas historiquement et temporellement mais ontologiquement, à l’“homme de la tradition” ; et alors, il s’agit de prendre le terme de “révolutionnaire” selon ce que nous en avait rappelé Hanna Arendt, savoir qu’une “révolution” est d’abord un mouvement cosmique qui se fiche du temporel et de l’histoire-PC ; mouvement d’effectuer une ellipse dont l’accomplissement ontologique est de revenir au point de création fondamental de la figure spatiale ainsi accomplie selon la grâce du parcours cyclique qui détiendrait le secret de l’éternelle renaissance de la dynamique exposant le phénomène sacré de l’éternité. 

Au regard de cette voie, il apparaît que l’immense Grande Crise de l’Effondrement du Système, – cet énorme phénomène sans précédent, – est constituée d’une infinité de désintégrations de croyances, de préjugés, de vanités d’hybrisétiques, incroyablement petits et médiocres, encombrés de personnages bouffis jusqu’au vide complet de fortunes et de corruptions inutiles, totalement dans l’incapacité de penser autrement qu’avec les terribles “Kremlin talking pionts” qui menacent paraît-il notre immortelle démocratie. Le contraste entre l’énormité du Système et l’écrasante petitesse de la médiocrité de ses constituants est le signe que ces “hommes-modernes” aux regards tangentiels ont pris l’idéologie pour l’ontologie et s’essaient à faire du transgenre avec les deux. Le résultat est l’asile de fou qu’est devenu le pont du Titanic, tandis que le fameux orchestre du naufrage joue jusqu’à la dernière goutte, une cacophonie à épuiser, en quelques notes subversives plutôt que fausses, Schönberg et Boulez à la fois.

Même le Diable doit commencer à en avoir soupé, de crétins de ce calibre. 

  • 25 octobre 2019 à 00:00

La presse israélienne et la Berezina stratégique

Par info@dedefensa.org

La presse israélienne et la Berezina stratégique

Israël est le grand perdant de la situation actuelle au Moyen-Orient. Il va payer les pots cassés du déclin occidental le premier. Aujourd’hui ce sont les russes, les chinois et les iraniens qui appliquent la sobre doctrine de Théodore Roosevelt au début du siècle dernier : prenez un gros bâton mais discutez à voix basse. Or l’occident ne sait que gueuler en n’astiquant pas son bâton. Sa corruption, son aveuglement, sa médiocrité ont une dimension confondante ; on n’a jamais vu cela dans l’histoire et il faudra le prochain écroulement financier pour que peut-être on se réveille.

Car on peut toujours rêver.

Mais restons en Israël. 

 Pour évaluer la défaite locale, rien ne vaut la presse israélienne, toujours plus honnête et compétente que la presse occidentale et française. Etant en première ligne, elle ne rigole pas.

Invoquant ainsi la nette détérioration de la situation dans les territoires occupés durant le mandat de Benjamin Netanyahu, le journal israélien Yediot Ahronoth dresse un bilan des dix ans de pouvoir de ce désastreux  indéboulonnable qui nous rappelle Merkel : « Israël a perdu des pans entiers de sa puissance de dissuasion face à l'Iran, mais aussi face à ses alliés. De graves erreurs commises par Netanyahu ont fait qu'Israël se trouve dans une impasse stratégique avec en filigrane ses ennemis qui l'assiègent, son protecteur qui le lâchent et une Russie qui tire profit de cette situation ».  

L’article d’Yediot Ahronoth, signé Daniel Friedman, ajoute :

« Outre la tourmente politique intérieure, Netanyahu a récemment souligné que l’Iran menaçait sérieusement Israël. Mais qu'a-t-il fait pour la contrer? Rien ou plutôt ce qu'il a fait n'a rien changé à la donne. La menace iranienne et celle de ses alliés se sont exacerbées pendant son mandat. L’influence de l’Iran partout dans la région, en particulier en Syrie, a été considérablement renforcée depuis que Netanyahu est devenu le Premier ministre », a fait remarquer le journal alors que Benjamin Netanyahu vient tout juste d'avouer son échec dans la formation d'un nouveau cabinet... »

Et ce n’est pas tout. Le pays du génie juif (22% des prix Nobel, le vingtième siècle ayant été comme on sait « le siècle juif ») s’avoue vaincu par l’Iran des mollahs sur le plan technologique et scientifique. Mais où est passé Einstein ? Et qui a dit que l’islam faisait reculer ? L’Iran n’est pas l’Arabie… 

Friedman poursuit sur l’incessante reculade :

« De même, les groupes militaires palestiniens, notamment le Jihad islamique et le Hamas, ont été renforcés depuis la prise de fonction de Netanyahu. L'arsenal balistique du Hamas s'est considérablement développé permettant de prendre pour cible Tel-Aviv et l’aéroport de Ben Gourion voire des localités plus éloignées. Le Jihad islamique s'est doté, lui, de son propre arsenal et mène des opérations en plein cœur d'Israël. Et que dire de la Cisjordanie qui semble désormais avoir tissé des liens avec Gaza alors qu'il y a quelques années encore Ramallah agissait de concert avec Israël. Ayant concentré tous ses efforts sur la consolidation de son propre pouvoir, Netanyahu a pris des mesures qui se sont avérées inefficaces pour contenir la pluie de missiles du Hamas et du Jihad islamique.»

Jadis redouté et célébré, Netanyahou fait fuir tout le monde, y compris électeurs et alliances (il lui restera François Hollande pour se consoler ?).

Friedman souligne ensuite les déboires de la politique internationale de Netanyahu et son cabinet :

« Cette politique est à l’origine de la détérioration des relations de Tel-Aviv au niveau international. Les ambiguïtés dans les relations avec la Russie, la déperdition des relations amicales avec l’Europe, la méfiance par rapport à la Maison Blanche et la perte du soutien du parti démocrate américain ainsi que de la communauté juive aux États-Unis, en sont la preuve. N’ayant aucune perspective de la fin de diverses sanctions par de nombreuses organisations internationales contre Israël, la défaillance de la politique israélienne sur le plan international a deux origines : l’Iran et la Palestine. Ces deux dossiers ont terni l'image d'Israël, l'Iran ayant bien joué toutes ses cartes et affaibli son rival israélien. Mais avec un PM militaire au pouvoir en la personne de Gantz Israël peut-il s'en prendre militairement à l'Iran? Force est de constater que faute de moyens, Tel-Aviv est incapable de se doter de nouveaux armements et de développer des systèmes de défense antimissiles pour se lancer dans une confrontation militaire avec l’Iran. Surtout que ce pays possède des engins qui dépassent nos boucliers antimissiles et que pour y parer il nous faudrait du temps et de l'argent. Quant au défi que représente Gaza, l’option militaire semble être la seule solution, mais elle est exclue en raison de ses coûts élevés et ses conséquences politiques majeures. »

Même si BHL conseille la guerre ?

Le journal d'ajouter: 

« Nous ne sommes pas capables de faire face à l’Iran, nous devrions donc tenir compte de nos faiblesses et éviter les actes de provocation : pas d’annexion des parties de la Cisjordanie ni du Golan soit des promesses électorales en l'air faites par Netanyahu. Notre seule solution? Se rapprocher de Ramallah et d'Abbas, pour qu'il neutralise Gaza et surtout ne plus penser à avoir un clash direct avec l'Iran.

Car personne ne veut de clash direct avec l’Iran (ou la Russie), et surtout pas le Donald. Si ce dernier est destitué et remplacé par les clowns du parti démocrate et les remugles du Deep State, préparez-vous à rigoler. Les navires US ne sont plus des menaces mais des cibles, comme dit Rouhani.

Prenons un autre texte aussi impressionnant : le général israélien Eitan Ben Eliyahu, ancien commandant de l’armée de l’air d’Israël s’est penché à travers un article paru toujours dans le journal Yediot Aharonot sur les capacités de l’Iran dans le domaine de la technologie. Lui tire carrément la sonnette d’alarme.

« Les capacités technologiques de l’Iran et de ses différents mandataires ont atteint un niveau tel qu’ils peuvent maintenant modifier l’équilibre des pouvoirs dans le monde.

Évoquant l’attaque en représailles de l’armée yéménite du 14 septembre contre les installations pétrolières saoudiennes (Aramco), le journal israélien a souligné qu’elle a été un franc succès opérationnel sous plusieurs angles :

1. Les Saoudiens ont découvert l’attaque trop tard pour l’en empêcher ;

2. L’emplacement exact de la base utilisée pour lancer les missiles reste inconnu ;

3. La coordination entre les drones et les missiles de croisière était impressionnante,

4. Les images post-attaque montrent des résultats précis, avec chaque cible touchée en son centre.

Dans une autre partie de son article, le général israélien note que depuis quatre ans, Israël attaque des cibles en Syrie afin d’abaisser l’influence régionale de l’Iran, mais ce pays a prouvé qu’il était capable de réaliser ses objectifs…

Selon Ben Eliyahu, l’Iran envoie le message qu’une attaque israélienne contre les forces iraniennes en Syrie pourrait donner lieu à une attaque similaire à celle perpétrée en Arabie saoudite. Faisant référence aux tentatives avortées d’Israël visant à convaincre Washington pour une attaque sur le sol iranien, le journal israélien rappelle qu’avec le retrait récent des militaires américains du nord-est de la Syrie, le régime israélien est de nouveau choqué. Ce qui montre que l’Iran a bien renforcé sa puissance dissuasive afin d’affaiblir la menace US dans la région et d’obliger les États-Unis à se retirer de l’Asie de l’Ouest. 

La vérité c’est que l’Iran fanatique et arriéré de nos attardés de journalistes se balade, comme les russes et les chinois(voyez le dernier texte d’Orlov à ce sujet). Vient la cerise sur le gâteau – la tarte crémeuse sur le BHL :

« Tous les plans de l’Iran sont en train de se réaliser. Il a réussi à affaiblir la menace américaine et à chasser Washington du Moyen-Orient. De plus, les sanctions de Trump ont conduit l’Iran à reprendre son enrichissement d’uranium »,

Le général israélien conclue vers la fin de son article qu’Israël pourrait poursuivre sa politique actuelle envers l’Iran, tout en gardant à l’esprit que la prochaine attaque en Syrie pourrait entraîner une frappe chirurgicale de l’Iran et de ses alliés.

Une conclusion ? Dans mon livre sur Kubrick j’ai eu recours à Isaïe pour certains « éclaircissements » de cette œuvre incomprise. J’y reviens :

« Mais c’est ici un peuple pillé et dépouillé ; ils sont tous liés dans des fosses, et ils sont cachés dans des prisons ; ils sont devenus un butin, et il n’y a personne qui délivre, — une proie, et il n’y a personne qui dise : Restitue ! » (Isaïe, 59, 22.)

Et aussi (sur les hommes aux yeux fermés) :

Soyez étonnés et soyez stupéfaits ! Aveuglez-vous et soyez aveugles ! Ils sont enivrés, mais non de vin ; ils chancellent, mais non par la boisson forte. Car l’Éternel a répandu sur vous un esprit de profond sommeil ; il a bandé vos yeux ; les prophètes et vos chefs, les voyants, il les a couverts (Is, 29, 10). »

  • 25 octobre 2019 à 00:00

T.C.-81 : 19ème(Global) Nervous Breakdown​

Par info@dedefensa.org

T.C.-81 : 19ème(GlobalNervous Breakdown

24 octobre 2019 – J’avoue que le titre est un peu sollicité, mais quoi, – la chanson des Rolling Stones, qui ne sont pas de mes favoris (en 1966, j’étais plutôt Beatles), parle bien de la dix-neuvième crise de nerfs (19th Nervous Breakdown) et nous sommes bien en 2019, n’est-ce pas... Certes, et aujourd’hui je parle bien d’une crise de nerfs globale.

(Figurez-vous que j’avais commencé ce texte le 22 septembre dernier et puis je l’avais laissé à l’abandon, ou de côté pour une reprise et c’est le cas... j’écrivais alors, comme deuxième paragraphe : «C’est bien à cela [une crise de nerfs globale] que m’a fait penser le samedi de la “reprise” en France, assez bien réussie/on tout à fait ratée (divergence des commentaires selon la position et le salaire) : Gilets-Jaunes (GJ), agrémentée des deux autres manifs (climat et retraites), avec le bon coup des Black Boxes infiltrant la vertueuse manif-climat-jeuniste qui avait la préférence solidaire et citoyenne de tous nos commentateurs... » Avec l’une ou l’autre élégante modification, cela pourrait tenir pour aujourd’hui, non ?

Les Nervous Breakdowns se ressemblent comme les feuilles se ramassent à la pelle, ou bien est-ce toujours la même qui ne cesse de grandir comme un ouragan qui grossit en ne cessant pas de gronder comme le tonnerre de la fin, d’un monde ?)

Bien, nous sommes en France (dans l’esprit de la chose) et la France n’est pas le monde. Mais chacun a sa petite musique à lui pour participer à l’immense concert cacophonique du Global Nervous Breakdown, – les Anglais (la folle samba du Brexit), les US (Trump, sa destitution-bouffe & “D.C.-la-folle”), les Hongkongais avec l’aide du consulat des USA, les Chiliens, les Libanais, les gens de Barcelone et de la Catalogne, les Iraniens et les Saoudiens, et les Yéménites, les Ukrainiens et leur président-humoriste, les Russes selon le point de vue d’où l’on se place, les Chinois, les Israéliens, tiens les Cairotes également (c’était le mois dernier), et ainsi de suite, tout le monde autour du monde, comme une ronde qui n’aurait ni terme ni but, un peu comme toutes les rondes d’ailleurs car l’on sait que le cercle est une figure bien énigmatique... 

Pour la première fois dans ces débats en forme d’impasse, je l’ai remarqué hier (sur LCI par exemple, où bouche bée, j’entendais le professeur Olivier Duhamel qui-sait-tout-d’habitude avouer son impuissance à embrasser le phénomène), ils parlaient, en plus des problèmes nombrilistes français, des soubresauts du monde, ils commençant à les considérer comme un Tout, comme ne faisant qu’un Tout, malgré l’extrême diversité des situations et des “revendications”. Pour la première fois, j’ai eu la sensation que ces élites postmodernes du Système sortaient de leur salon-prison des polémiques courantes de plateau-TV en plateau-TV pour commencer à percevoir que ce sont les gens du monde entier, et non plus les seuls Gaulois, qui peuvent dire que “le ciel leur tombe sur la tête”.

Comment expliquer... Au fait, interroge Patrick Armstrong dans Strategic-Culture.org, qui a écrit ceci ? ... « Nous le vivons tous ensemble ce monde et vous le connaissez mieux que moi, mais l'ordre international est bousculé de manière inédite mais surtout avec, si je puis dire, un grand bouleversement qui se fait sans doute pour la première fois dans notre histoire à peu près dans tous les domaines, avec une magnitude profondément historique. C'est d'abord une transformation, une recomposition géopolitique et stratégique. Nous sommes sans doute en train de vivre la fin de l'hégémonie occidentale sur le monde. »

(C’est Poutine bien sûr, avance Armstrong comme une évidence pour enduire d’erreurs ses lecteurs inattentifs... Mais non, pas du tout ! s’exclame-t-il, lui-même qui n’en revient pas encore ; mais bien sûr c’est Macron, celui qu’ils ne cessent de découvrir outre-Atlantique, chez les antiSystème où le petit président français devient une icône, depuis le discours du 27 août, – et du coup Armstrong donne ce titre dramatique à son article, pour qualifier l’intervention du président français : « Penser l’impensable, dire l’indicible », c’est-à-dire pour un des dirigeants du système du bloc-BAO, envisager le pire comme si le pire était en train de se produire.)

Je reviens à Paris, France, avec mon œil braqué sur l’étrange lucarne. On s’est diablement agité il y a un mois lorsque je commençai ce texte, et encore ces derniers jours comme je l’ai déjà dit, et hier tout encore et sans faiblir, où l’on se demandait devant l’extension des désordres si l’on ne se trouvait pas dans une sorte de super-1968 ou bien encore dans un remix immensément grossi de 1848. Malgré toutes leurs hypothèses, toutes leurs analyses et réflexions, leurs lieux communs et leurs repères historiques et parfois audacieux, ce qui pèse à cet instant sur ces innombrables tables rondes, débats, face-à-face, conversations, etc., c’est une indicible, une incroyable incompréhension stupéfiée, – pas dite comme ça, un peu dissimulée sinon quasiment inconsciente, mais qu’on sent peser sur toutes ces épaules ; et croyez-le, je ne leur en fais nullement critique, ni sarcasme persifleur, absolument pas.

Car, voyez-vous, je suis un peu comme eux. Malgré ma conviction née d’intuition haute, malgré ma raison convaincue de suivre cette voie, je ne peux me dépendre de cette stupéfaction-là de voir que, malgré tout cela et plus encore, ça tient et ça marche, et même ça court, – et que le “ça” ne désigne pas du tout le Système mais bien la “Crise d’Effondrement du Système”... Je parle moins de tel ou tel mouvement, telle ou telle manifestation, que du sentiment irrésistible qui ne cesse de grandir, d’être au bord, d’être au fond, d’être devant quelque chose qui ressemble à un abîme, d’être dans quelque chose d’absolument incompréhensible, quelque chose qui prétend être Équilibre même et dont le destin par conséquent est d’être rompu... Something has to give, Everything got to give !

Je veux parler de ce que nous désignons souvent comme une “folie” sur ce site, et moi comme les autres, et même plus fou que les autres, qui est cette crise nerveuse globale, qui est un colossal mouvement de rejet du plus profond de l’être collectif de tout ce que le Système entendrait nous imposer. Voyez-vous, dans ce cas je ne fais pas de vraie différence entre zombiesSystème et antiSystème, j’oublie mon mépris et ma colère pour les premiers, ma connivence incertaine pour les seconds, pour en venir à ce mouvement d’unité collective, de révolte et de répulsion venu du fond de nous-mêmes, quoi que nous voulions et fassions, quoi que nous en sachions. L’essentiel dans ce propos est bien d’accepter l’idée que la plupart des acteurs ne savent pas qu’ils ne savent pas que tous, nous avons plus ou moins cette attitude, sans le savoir nous-mêmes et en croisant parfois une vérité-de-situation que nous n’osons accepter complètement quand elle se révèle. (C’est le fameux “unknow-unknows” du grand philosophe de l’école du Pentagone Donald Rumsfeld porté à son extrême de complication : les “knowns/unknowns unknow-unknows”.) 

... Et d’ailleurs, ceci, plus que tout le reste et au-dessus de tout le reste : voyez-vous, pour la première fois depuis l’Aube des Temps, nous ne sommes plus acteurs de nous-mêmes mais spectateurs de notre destin, et notre destin comme séparé de nous, impérieux, puissant, grondant, notre destin comme un torrent... Cette étrange et terrible époque est aussi une fascination qui nous emporte vers des rives inconnues.

  • 24 octobre 2019 à 00:00

Situation d’urgence métahistorique

Par info@dedefensa.org

Situation d’urgence métahistorique

Depuis six jours que notre barre de comptage est affichée, le “19 courant...”, les contributions de nos lecteurs ont été rarissimes, à un point qui nous préoccupe naturellement. C’est une situation courante dans notre fonctionnement, notre préoccupation l’est aussi. 

Comme vous le voyez en tête de notre page d’accueil, la barre de donation atteint ce 24 octobre au matin €529 alors qu’elle atteignait €237 lorsque nous l’avons installée. Vous mesurez aisément le rythme de progression de nos donations mensuelles pour ce mois d’octobre, assez pour comprendre qu’il ne nous permettrait certainement pas s’il se poursuivait de seulement entrevoir les premiers contreforts de notre “zone de sécurité”. 

Vous connaissez les nombreux arguments que notre site, qui ne dispose d’aucun autre soutien que celui de ses lecteurs et notamment pas celui de la publicité, peut avancer pour solliciter ce soutien. Nous sommes dans des temps toujours plus cruciaux, toujours de plus en plus cruciaux, chaque mois plus cruciaux que le mois précédent, – et chaque fois que revient cette formule sous notre plume, le mois passé, chaque fois elle nous paraît dépassée... Les crises tant intérieures qu’extérieures se multiplient, nourrissant une dynamique crisique irrésistible qui embrase le Système dans sa totalité. Dans cette fureur métahistorique qui accélère la Grande Crise Générale d’Effondrement du Système et où la communication joue un rôle essentiel, fondamental, lui aussi métahistorique d’ailleurs, vous avez besoin plus que jamais de la survie et de l’apport essentiel de la presse alternative et antiSystème.

Plus que jamais, nous avons besoin, nous, de votre mobilisation pour le soutien de dedefensa.org.

 

Mis en ligne le 24 octobre 2019 à 01H27

  • 24 octobre 2019 à 00:00

Épilogue  pour un perdant

Par info@dedefensa.org

Épilogue  pour un perdant

Dissonance cognitive

Le conseiller officiel des princes français, successivement Mitterrand, Sarkozy puis Hollande, vient de soutenir que le souverainisme, autre nom pour un nationalisme économique et diplomatique, serait une nouvelle manière de formuler l’antisémitisme.

Attali est un fervent défenseur du sionisme qui est précisément un nationalisme fondé sur la revendication d’une terre usurpée à ses occupants et réservée exclusivement  aux Juifs de tout pays. Mieux que toute autre démonstration, sa direction de l’hymne israélien devant un Shimon Peres, l’artisan des attaques sous faux drapeaux de communautés juives en Egypte et en Irak pour hâter leur émigration et père de la bombe atomique israélienne, dit son attachement viscéral à une entité coloniale raciale, expansionniste et belliciste. Tenir ensemble les deux positions tient lieu d’une acrobatie qui s’étaie d’une machinerie idéologique installant comme normalité acceptable et bien reçue ce type de dissonance cognitive.

L’internationalisme d’Attali tel qu’il est prôné par les mass médias s’articule autour des intérêts des transnationales qui en sont les principaux actionnaires. Il préconise aussi l’interventionnisme militaire des Usa partout dans le monde qui assure leur domination sur un marché qu’ils ont souhaité sans limitation par des frontières.

Pauvre Trump qui avoue ne pas savoir le nombre de pays et de sites (et nous non plus) où stationnent des forces militaires étasuniennes ! L’incohérence apparente de ses décisions s’éclaire d’un nouveau jour pour peu qu’on observe avec distance les slaloms qu’il emprunte pour appliquer sa doctrine personnelle de Défense exprimée depuis sa campagne électorale. Il ne l’a pas fondée sur une guerre sans fin contre l’ennemi du millénaire ‘ le terrorisme islamiste’. Cette  Global War on Terror (GWOT) était le substrat qui devait dynamiser sous son impulsion destructrice l’économie étasunienne étranglée par la crise des dotcom, officialisée par Bush Junior et reprise par Obama. Il a revendiqué très tôt un isolationnisme au nom duquel les Usa ne devraient plus concourir à renverser des régimes auxquels ils ne comprennent rien. L’abandon annoncé de l’activité des services de renseignements, d’espionnage, de contre-espionnage, responsable de psy-ops et de regime change, motive la fronde d’une fureur inouïe soutenue contre lui par ses opposants.

Désarroi

La procédure de destitution promise à son encontre menée sous la direction de la Speaker démocrate à la Chambre des Représentants correspond  à ce moment où Bolton fut licencié et la décision fut prise du retrait des militaires étasuniens du Nord-Est de la Syrie. Nancy Pelosi repousse pour l’instant le vote qui permettrait l’enquête et la mise en accusation du POTUS actuel, ce qui témoigne du désarroi du camp belliciste et de l’atomisation du parti démocrate. Poussée par l’aile gauche de son Parti à bouter dehors un Trump honni par tous ceux que ne préoccupent que les questions sociétales, on pourrait supposer qu’elle est prise par un vertige devant la crise constitutionnelle qu’ouvrirait cette séquence à la veille des élections présidentielles. En réalité, elle redoute en cas d’un tel vote que les questions des Républicains qui surgiraient lors des confrontations dans les commissions ne fragilisent les positions de députés de son camp. Elle tente d’emprunter des voies qui conduiraient à la mise en accusation qui shuntent ce vote et éviteraient des questions fort embarrassantes de la part des Républicains. Les Démocrates et la Killary sinon à leur tête au moins instigatrice occulte se seraient avisés en outre qu’ouvrir le dossier de l’Ukraine exposerait les malversations sans nombre, la corruption profonde des responsables étasuniens du coup d’Etat de 2014. Mais inévitablement, la question devra passer devant leSénat dominé par les Républicains qui ouvrira un procès, il appellera alors à témoigner les Biden, l’agent du FBI lanceur de l’alerte et vraisemblablement Obama. Du très grand spectacle en perspective avec le père Donald aux premières loges.

Patiemment avec un art consommé de l’esquive du négociateur en immobilier ou plus certainement par simple exploitation opportuniste des failles évidentes de l’adversaire, Trump démine le paysage et nettoie le marais puant de l’Etat réel qui double le formel de la Maison Blanche, celui des Renseignements et du CMI. Brenan, Comey et Obama sont en passe d’être mis en accusation par le nouveau ministre de la Justice. 

La résolution bipartisane votée massivement (354 voix contre 60)  au Congrès contre le retrait des forces militaires de Syrie n’a qu’une portée symbolique, elle  indique néanmoins clairement l’orientation de la classe politique étasunienne perfusée par les donations de lobbys qui dirigent le pays, Lockheed, Boeing, Raytheon et AIPAC.

Panique à Tel Aviv

En effet, l’entité coloniale parrainée par l’ONU en 1948 s’estime menacée par la volonté de la Maison Blanche de mettre fin à la présence étasunienne au Moyen Orient.

Tous les sionistes s’élèvent contre l’isolationnisme affiché de Trump. Le retrait des Usa met en échec le projet longtemps caressé par Israël de fragmenter la Syrie. Un Kurdistan syrien soutenu militairement par le régime de tel Aviv était bien l’un des enjeux de la guerre instituée en Syrie depuis 2011, drôle de guerre civile qui fait intervenir pas moins de neuf pays et une myriade de nationalités parmi les combattants pour la démocratie. Pour promouvoir le Rojava, la propagande, d’une efficacité éprouvée, a mis en avant des femmes en tenue de combat avec un physique avantageux selon les canons occidentaux. Elle a séduit une gauche européenne, très idiote et particulièrement utile, transformée par manque de perspective claire en l’alliée objective de l’impérialisme sioniste et étasunien.

Un premier choc non amorti de cet abandon étasunien de la région a été enregistré par l’absence d’une réaction à la mesure de l’impact de l’attaque des Houtis sur les sites d’exploitation pétrolière de l’ARAMCO. L’envoi de 1000 ou 2000 soldats de l’US Army et le renforcement de la défense anti-missiles par des Patriot supplémentaires ne masque pas le désintérêt pour le sort des Saoud emberlificoté par un héritier de 32 ans pusillanime et responsable de l’engagement d’un royaume d’un autre âge dans une guerre ingagnable avec le Yémen et d’un blocus contre le Qatar un voisin et ancien allié.

Certes, cette attitude indifférente  a déplu à Tel Aviv  mais elle permettra des ventes supplémentaires d’appareils et de dispositifs de surveillance par les nombreuses firmes israéliennes dédiées à la sécurité, coûteux et d’une utilité dérisoire.

Pourtant, Trump avec l’aide de son gendre Kushner s’est montré le plus sionistophile des présidents des Usa par l’ « octroi » de Jérusalem et le droit reconnu à Israël d’attaquer qui il veut au Proche Orient, reconnu comme son terrain de jeu exclusif. 

Lâchage du surgeon

Israël est de plus confronté à une crise politique ouverte par l’absence de majorité claire pour la formation d’un nouveau gouvernement. Netanyahu a renoncé à la mission que lui a confié le Président faute de consensus autour de sa personne, compromise dans des affaires de corruption désormais trop voyantes.

Il devient impérieux pour l’exécutif de l’entité sioniste de tenir compte d’une réalité de plus en plus prégnante, les Usa ne frapperont pas militairement l’Iran, on le sait depuis les demandes réitérées de Sharon. Les sanctions économiques qui frappent durement la République islamique d’Iran renforcent une cohésion patriotique. Elles créent une fragilité politique dans le pays car la petite bourgeoisie urbaine, particulièrement atteinte par cette guerre économique, peut à tout moment rentrer en rébellion ouverte et déclencher des manifestations susceptibles d’être manipulées par les mains bien visibles des révolutions colorées.

Les modalités du retrait américain du sol syrien, incomplet car 300 ou 400 soldats continueraient de ‘protéger’  (sic !) le sous-sol riche en hydrocarbures du Nord Est syrien du gouvernement légal de Damas sont encore discutées et disputées.   

Le transfert des garnisons américaines en Irak, illégal car elles n’y sont pas invitées par un gouvernement irakien opportunément contesté, est en cours et se poursuivra.

Toutes les lamentations déversées dans les journaux israéliens n’y changeront rien.

L’exécutif étasunien est touché d’un certain degré de sagacité et de clairvoyance concernant les guerres menées au Proche Orient dans l’intérêt exclusif d’Israël. Obama déjà a été fustigé abondamment pour avoir refusé de bombarder la Syrie en 2013 lors du montage  rocambolesque par des acteurs affublés de casques blancs d’une attaque chimique au chlore par Assad de son opposition.  

Trump en homme d’affaires plus ou moins avisé a également fait un prompt calcul. Sa décision est frappée au coin d’un bon sens d’investisseur et spéculateur immobilier. La donne pétrolière ne justifie plus une telle présence au Proche Orient, le pétrodollar arrive en fin de course et les ressources dans le sous-sol séoudien aussi. Il semble plus opportun de développer une indépendance énergétique quitte à aggraver le désastre écologique et financier grâce aux forages pour l’exploitation des hydrocarbures piégés dans les roches schisteuses. 

Les affrontements entre la Chine et la Russie et l’Occident sont à observer désormais au sein du continent africain, réservoir de matières premières irremplaçables. Des dizaines de milices à la solde de transnationales dans le Sud et le Nord Kivu à l’Est de la République Démocratique du Congo ont fait des millions de morts ces dernières années. Goma, ville frontalière proche du Burundi et du Rwanda, est réputée pour être la ville la plus dangereuse au monde. Israël a investi depuis des décennies dans des relations avec des pays africains pour les appuis diplomatiques qu’il pouvait en obtenir, une politique de revers par rapport à la Ligue Arabe à l’époque du front de refus arabe mais aussi pour les ressources minières comme le diamant. L’industrie diamantaire israélienne est en pleine crisedans un contexte de fléchissement mondial de la demande en pierres précieuses. (L’or se porte bien, merci la guerre commerciale et monétaire initiée par Trump). L’acquisition d’un savoir-faire par l’industrie chinoise  d’un diamant synthétique indiscernable du diamant naturel détrônera à jamais cette spécialité autrefois  à la fois lucrative et sanguinaire de l’Etat hébreu. La Chine est déjà bien établie économiquement en Afrique, elle offre maintenant son appui militaire pour consolider sa présence et pérenniser l’expansion de ses entreprises nationales dont les domaines d’activité excèdent largement la seule occupation extractive. 

Le nucléaire turc en bonne voie

Israël en entreprenant avec les néoconservateurs sionistes étasuniens la guerre contre le terrorisme et le remodelage du Grand Moyen Orient a échoué à détruire toute opposition à son projet d’extension jusqu’à l’Euphrate. Au contraire, l’Iran, sans partager aucune frontière avec lui l’entoure de toute part, par l’intermédiaire de formations politiques comme le Hezbollah du Liban  et les Houtis du Yémen et de pays alliés comme la Syrie et l’Irak.  La preuve de sa vulnérabilité à la technologie militaire iranienne a été administrée par l’attaque des deux sites de l’ARAMCO en Arabie.

La rencontre de Poutine avec Erdogan du 22 octobre à Sotchi a scellé un accord décisif qui consacre l’intégrité territoriale d’une Syrie souveraine, n’en déplaise au conseiller inamovible des condottieri français. La déclaration publique commune cèle certainement des points essentiels tus par les deux chefs d’Etat. Erdogan veut parachever le programme nucléaire turc qui ne sera pas nécessairement limité à un usage énergétique. Le coefficient d’affinité élevé d’Ankara pour le Kremlin avec les orientations très accommodantes pour les vues russes résulte sans doute de cette ambition. 

N’ayant pas voulu entendre d’une oreille attentive les revendications justifiées d’un Moyen Orient totalement dénucléarisé, Israël devra compter sous peu avec une bombe nucléaire turque voire même d’une bombe séoudienne. Et l’entité coloniale perdra l’exclusivité de la possession de têtes nucléaires au Proche Orient, ce qui garantissait son immunité.

Dans cette équation à multiples variables, les solutions ne sont pas univoques mais certaines sont maintenant exclues. Assad restera comme une constante parmi l’étendue des issues possibles. Peu importe que des milliers de Djihadistes soient ‘relâchés dans la nature’ lors du mouvement précipité de retrait des troupes étasuniennes. Ils atterriront sans doute dans le champ magnétique des shekels israéliens mais sans l’aide de la Turquie qui fut plus que compréhensive avec eux ni des ressources fournies par les Usa qui ont couvert logistiquement leurs opérations. Les mercenaires se replieront vers d’autres destinations quoiqu’en dise l’exécutif turc. Les forces russes en Syrie s’occuperont d’empêcher le retour à la maison des groupes tchétchènes et daghestanais de Daesh, combattants les plus aguerris de l’ex Etat islamique. 

  • 24 octobre 2019 à 00:00

La guerre-Système face à la “post-vérité”

Par info@dedefensa.org

Le guerre-Système face à la “post-vérité”

Le concept de “post-vérité” est connu, officiellement reconnu et employé, et chargé de significations pompeuses et extraordinaires. Pour nous, qui ne l’employons guère, il n’est qu’une variante linguistique de ce phénomène visible et quasiment mesurable de désintégration de la réalité que nous avons depuis longtemps (depuis 2002-2003) identifié et auquel nous donnons une place fondamentale dans nos analyses, d’abord pour l’effet sur les psychologies, ensuite pour les postures politiques. Les concepts de “virtualisme”, de narrative, de“déterminisme-narrativiste”, de “vérité-de-situation” font parties de notre cohorte dialectique du domaine.

Mais le concept de “post-vérité” a ceci de particulier qu’il s’agit, selon notre appréciation, d’un concept-Système (établi par le Système), au contraire des nôtres, et donc un concept fonctionnant à l’avantage du Système, dont on peut et doit préjuger qu’il est faussaire comme tout ce qui vient du Système, comme un simulacre d’une vérité-de-situation qu’il s’agit de subvertir. La définition qui est citée par Wikipédia a d’ailleurs cette ambiguïté faussaire  caractérisant le travail de déstructuration du Système, en portant plus sur la technique et le “comment ?” du concept que sur son ontologie et son “pourquoi ?” ; cela permet d’accepter en faisant l’important avec une expression originale une référence essentielle de notre “étrange époque” en la restreignant à ses mécanismes d’apparence de fonctionnement, sans en tirer la moindre conséquence fondamentale et même en interdisant d’en tirer la moindre conséquence fondamentale : « Le néologisme “post-vérité” “fait référence à des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles.” »

Cette définition est donnée sans la moindre précision de savoir
• si les opérateurs d’un tel processus savent reconnaître ce qu’on nomme un “fait objectif” et éventuellement le respect qu’on lui doit, ce qui nous paraît fort improbable ; 
• si les opérateurs de ce processus, dans l’hypothèse où ils reconnaîtraient eux-mêmes les “faits objectifs qui ont moins d’influence...”, en feraient quelque chose, ce qui nous paraît également fort improbable ;
• pour quel but et pour quelles conséquences existe un tel processus qui donne aux soi-disant “faits objectifs” “moins d’influence pour modeler l’opinion publique” ;
• bref, si les opérateurs d’un tel processus savent ce qu’ils font, ce qui nous paraît tout à fait improbable.

C’est à partir de ces constats et de ces questions, – dont nul n’ignore, à nous suivre, que nous avons nos idées sinon nos réponses à cet égard, – que nous abordons un texte de Brian Cloughley, dans Strategic-Culture.org, du 22 octobre 2019. Ce texte est une violente attaque contre des personnalités du Système, zombifiées comme il se doit, à propos des “guerres extérieures” d’intervention humanitariste, et bien entendu sur les attaques lancées contre Trump ces dernières semaines notamment du fait de sa décision de retrait US de la Syrie.

Première citation du texte de Cloughley, autour des possibilités d’attaque de l’Iran (le mois dernier) et d’un personnage d’un bon rang dans le Système :  « En septembre, alors que les États-Unis avaient l'intention d’affronter l'Iran et, si possible, d'organiser des opérations militaires contre ce pays, il y a eu un curieux manque de soutiende la part de nombreux pays qui, par le passé, étaient prêts à sauter dans le train des bombardements pour attaquer avec les USA tout pays qui aurait eu l’audace de déplaire au complexe militaro-industriel à Washington.
» Le Los Angeles Times du 9 septembre affirmaitque les anciennes marionnettes avaient de bonnes raisons de rejeter les avances de Washington. Ce qui est intéressant et curieux est que l'auteur citait Ivo Daalder, ancien ambassadeur des États-Unis auprès de l'OTAN : “Le président Trump a rendu beaucoup plus difficile la création de coalitions et la mobilisation des gens en notre faveur quand nous en avons besoin. Quand on perd la confiance des autres pays, il est difficile de la restaurer”. C'est certainement le cas mais le fait que cette observation ait été faite par Daalder est d'une stupéfiante ironie parce que Daalder fut une des chevilles ouvrières de l’attaque contre la Libye en 2011 qui provoqua une perte de confiance internationale considérable dans l’action et le comportement des États-Unis et de leurs homologues de l'OTAN.
» Au cours des sept mois de frappes aériennes américano-OTAN sur la Libye (l'Allemagne et la Turquie avaient refusé de participer au jamboree), ce pays fut pulvérisé et Daalder, alors Représentant permanent des États-Unis au Conseil de l'OTAN co-signa un article dans ‘Foreign Affairs’ avec l'amiral James G Stavridis, Commandant suprême allié en Europe (commandant militaire de l'OTAN), se réjouissant avec exaltationque “l'intervention de l'OTAN en Libye a été à juste titre qualifiée de modèle en la matière. L'alliance a réagi rapidement à la détérioration de la situation qui menaçait des centaines de milliers de civils se rebellant contre un régime oppressif. Elle a réussi à protéger ces civils et, en fin de compte, à fournir le temps et l'espace nécessaires aux forces locales pour renverser Mouammar Kadhafi.”
» La guerre menée contre la Libye par l'alliance militaire américano-OTAN n'a pas été “saluée comme une intervention modèle” par ceux qui connaissent les circonstances dans lesquelles les États-Unis ont décidé de détruire le pays et de renverser son dirigeant, assassiné il y a huit ans dans des circonstances ignobles (avec Hillary Clinton, alors Secrétaire d’État des États-Unis, blaguant devant un journaliste de télévision “We came, we saw, he died”, – la remarque la plus barbare et la plus inhumaine proférée par une figure publique dans ce siècle).
» Lorsque les résultats des bombardements devinrent évidents, CNN rapportaque “les assassinats, les enlèvements, les blocus de raffineries de pétrole, les milices rivales se battant dans les rues, les extrémistes islamistes installant des camps et, surtout, un gouvernement faible et chronique ont fait de la Libye un endroit dangereux dont l'instabilité s'est déjà étendue au-delà des frontières et en Méditerranée. Il n'y a effectivement pas d'État de droit en Libye.”
» Le pays reste aujourd’hui aussi ingouvernable, dangereux et chaotique que l'OTAN et les États-Unis l'ont rendu il y a huit ans. On pourrait imaginer que cet exemple des effets néfastes d'une intrusion militaire malveillante inciterait le public américain à rejeter tout autre fandangos de ce genre. Mais apparemment non. »

Ce “apparemment non” indique la deuxième partie de l’article de Cloughley, où il rapporte les résultats d’une vaste enquête dont les instituts sophistiquées et couverts d’argent de la communauté de sécurité nationale et affiliés ont le secret, – le Chicago Council on Global Affairs inclus, bien entendu.

Pourquoi le Chicago Council on Global Affairs ? Parce que c’est l’organisme qui exécute l’enquête d’une part, parce que c’est Ivo Daalder qui en est le président d’autre part. Et voilà que Daalder, qui nous offrit aux petits oignons l’attaque de la Libye, qui la trouva merveilleusement réussie alors qu’il s’agit d’une épouvantable et cruelle entreprise de déstructuration nihiliste, qui explique l’actuel absence de confiance des alliés dans les USA indirectement par le refus de Trump de faire plus d’opérations du type-Libye, – voilà donc que Daalder patronne une impressionnante étude où une forte majorité de la population des États-Unis en redemande, – dans le genre libyen, tel que célébré par le diplomate devenu Monsieur Loyal du cirque belliciste ...

« Le 4 octobre, les résultats d'un sondage ont été publiés concernant l'attitude des citoyens des États-Unis à l'égard des interventions militaires dans les pays étrangers. Le Chicago Council on Global Affairs a concluque ‘le soutien américain à la participation active aux affaires mondiales reste à des niveaux presque records. Ce niveau d'appui est presque le plus élevé jamais enregistré en 45 ans d'histoire de nos enquêtes statistiques”. Le président de ce Conseil n'est autre qu'Ivo Daalder, celui de “l'intervention modèle” en Libye, et il est à noterqu’“en février 2015, le Chicago Council s’était associé à la Brookings Institution et à l’Atlantic Council pour produire l’étude ‘Preserving Ukraine’s Independence, Resisting Russian Aggression: What the United States and NATO Must Do’, un rapport exhortant les États-Unis et l'OTAN à fournir une assistance défensive puissante pour préserver l'indépendance de l'Ukraine.”[...]
» Le Chicago Council admet que “les Américains sont plus enclins à dire que les interventions militaires américaines rendent les États-Unis moins sûrs plutôt que plus”, mais souligne immédiatement qu’“il y a des moments où ils pensent qu'une action militaire est appropriée. Par exemple, les Américains sont favorables à l'utilisation de troupes américaines pour empêcher l'Iran d'obtenir des armes nucléaires (70%) et pour combattre les groupes extrémistes islamiques violents en Irak et en Syrie (59%). Les Américains soutiennent également l'utilisation de troupes américaines pour défendre leurs alliés. Une majorité dans les deux partis sont favorables à l'engagement de troupes américaines pour défendre la Corée du Sud contre une invasion nord-coréenne (58%) et pour défendre un allié de l'OTAN comme la Lettonie, la Lituanie ou l'Estonie contre une invasion russe (54%)”.
» En d'autres termes, malgré la destruction de l'Afghanistan et de l'Irak par les invasions américaines et de la Libye par une campagne soutenue et impitoyable de bombardements et d'attaques de missiles, les citoyens interrogés par le Chicago Council sont toujours prêts à partir en guerre contre le prochain pays qui, d'une manière quelconque, offense la politique de Washington. La Russie est en tête de liste. »

Le système de l’américanisme, au travers ses riches fondations et think-tanks, est coutumier de cette sorte d’enquêtes qui appuient en général la politique expansionniste d’agression voulue par le Système, évidemment déguisée sous des termes élégants et de haute valeur morale, et présentant les opportunités de guerre en identifiant péremptoirement autant d’agresseurs potentiels que nécessaire pour devoir y répondre, si possible préventivement. Très souvent, les enquêtes sont “dirigées” par la forme des questions posées et, d’autre part, aucune assurance formelle n’est donnée quant à la validité scientifiques des démarches effectuées, des échantillons utilisées, du traitement des réponses. Cela ne signifie pas que telle ou telle enquête soient faussée, mais simplement que la qualité de ces enquêtes repose sur la réputation des opérateurs, et jusqu’à il y a quelques années (certainement jusqu’à la fin de la Guerre froide et dans l’immédiate période suivante) le système fonctionnait parfaitement de cette façon, sans que personne ne le contestât sérieusement. (Dieu sait s’il accoucha de simulacres abracadabrantesques.)

Le problème est que nous sommes entrés depuis 2001 dans une période dont la devise devrait être “Je doute, donc je suis”, une période d’une désintégration de plus en plus rapide de la réalité, donc de la confiance dans les éléments dépendant de cette réalité ainsi mise en cause, jusqu’aux situations radicales que nous connaissons aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle nous parlions au début de cette analyse de “post-vérité”, d’une façon d’ailleurs critique en y voyant une manœuvre faussaire de plus du Système ; et ce n’est pas pour rien que Cloughley précise que Ivo Daalder, cité comme il l’a fait dans son enthousiasme pour le “modèle-libyen”, préside le Chicago Council on Global Affairs qui a développé cette enquête.

Dans une situation rationnelle – selon les références du Système, soit la raison-subvertie, – et à la lumière de ce qu’une telle enquête nous “dit” du “sentiment” de l’opinion publique, un président ne pourrait développer la politique que Trump parvient à mettre en place vaille que vaille, jusqu’à faire parler de “retrait majeur” ou de “défaite majeure” c’est selon, le fait de retirer un millier de soldats US de leurs divers déploiements absolument illégaux en Syrie. Pourtant Trump l’a fait et il ne cesse désormais d’appuyer sur cet aspect du repli de la politique militaro-diplomatique US, tout en secouant la tête, presque embarrassé, gêné, sentiments fort rares chez lui, à l’idée d’exposer l’expansion de l’usine à gaz en forme de toile d’araignée des militaires US dans le monde, – et toujours la main au portefeuille, Trump, prêt à rengainer : « You know, we're in many countries, many, many countries. I... I'm embarrassed to tell you how many. I know the exact number, but I'm embarrassed to say it because it's so foolish...We're in countries... we're protecting countries that don't even like us. They take advantage of us. They don't pay; nothing. »

Nous voulons signifier par-là que Trump, avec sa personnalité hors-norme, son énorme narcissisme, sa certitude de mieux sentir avec ses tripes que des armées d’experts, son sens aigu du subjectivisme le plus radical sans le moindre souci de la problématique mensonge-vérité selon les normes du Système, a appris peu à peu durant son mandat à sélectionner et à identifier les données “scientifiques” de la vie politique US pour généralement n’en tenir aucun compte. Il en est de même pour cette sorte d’enquête inspirée par l’inspiré Ivo Daalder, qui va absolument contre la conviction de Trump que le public américain en a assez des entreprises extérieures, de l’idée d’ajouter quelques pays à ces « many countries, many, many countries we’re in... », et que lui, Trump, serait plutôt convaincu que retraiter de quelques-uns de ces « many, many countries we’re in... » lui attirerait des voix supplémentaires. Pour Trump, une telle enquête n’est qu’un montage de plus de ses adversaires pour bloquer sa réélection.

C’est ainsi que nous rejoignons sa politique largement affirmée, notamment vis-à-vis de l’Iran, de refuser par tous les moyens possibles la possibilité d’un enchaînement belliciste avec l’Iran, sur le terrain militaire. Cela est clairement présenté dans son cas comme une nécessité absolue pour remporter la victoire dans les présidentielles de 2020. On mesure ainsi le fossé qui ne cesse de se creuser entre lui et les partisans de la politiqueSystème qui le haïssent (DeepState, démocrates-Clinton, establishment  type-Daalder, etc.). On mesure également dans cet épisode l’extraordinaire subjectivisation de la vie politique à “D.C.-la-folle” où les arguments dits-“objectifs”, comme prétend être cette enquête présentée ici avec tout le decorum et la pompe d'un soi-disant “fait objectif”, se trouvent repoussés en fonction des trucages habituels auxquels tout le monde sacrifie dans la catégorie des « appels à l’émotion et aux opinions personnelles »..

La subjectivité totale imposée par la postmodernité est, comme tout processus de communication, un terrible Janus à double face. Elle a tué la fausse “objectivité” des certitudes des “experts”-Système qui a régulièrement produit, depuis bientôt vingt ans, une impressionnante et historique, et même métahistorique série de catastrophes sanglantes qui a réduit l’“hyperpuissance” de la fin du XXème siècle en un détritus d’empire s’abîmant dans une démence sans fond, comme dans le Trou Noir où le tourbillon-crisique l’emporte irrémédiablement. Elle donne une arme très efficace à ceux qui savent et veulent s’en servir contre le Système.

 

Mis en ligne le 23 octobre à 16H45

  • 23 octobre 2019 à 00:00

Les Ayatollahs sautent de joie

Par info@dedefensa.org

Les Ayatollahs sautent de joie

Lors de la récente Assemblée générale des Nations Unies, il y avait une personne qui paraissait plus heureuse que les autres, surtout en comparaison des Européens, aux mines plutôt sombres. C’était le président iranien Hassan Rouhani. Il rayonnait positivement de plaisir et de bonne humeur. Bien que son discours ait été dur, contenant des termes tels que “terrorisme économique” et “piraterie internationale”, dont il accusait le régime de Washington, son comportement n’était que joie. En passant, il a anéanti les espoirs de Boris Johnson de négocier un rapprochement entre l’Iran et les Washingtoniens, estimant clairement que toute nouvelle tentative de négociation avec eux était tout à fait inutile.

Rohani n’est certainement pas le seul à adopter cette position, même s’il est peut-être le seul parmi les dirigeants nationaux à le faire ouvertement. Les Chinois ont fait traîner les négociations commerciales sans aucune intention de parvenir à un accord. Les Russes considèrent les négociations de maîtrise des armements avec les Washingtoniens comme plutôt inutiles, promettant une réponse symétrique (mais beaucoup moins coûteuse) à toute escalade américaine.

En effet, à quoi bon négocier avec les Américains si, comme l’expérience l’a montré, ils peuvent par la suite revenir à l’improviste sur un accord conclu ? Ils le font soit sans aucune justification (comme ce fut le cas récemment avec les Kurdes syriens), soit sur la base d’un quelconque caprice du moment (comme l’abandon du traité FNI entre les États-Unis et la Russie).

Ce point semble encore mérité d’être répété quelques fois, bien qu’il ait été soulevé à maintes reprises par de nombreux analystes et qu’il devienne de plus en plus flagrant. (Les Russes ont même inventé un nouveau mot pour décrire cette condition : недоговороспособный (“nedogovorosposóbny”, littéralement “incapable-de-passer-un-accord”].) Mais il y a un autre point à faire valoir et la plupart des observateurs géopolitiques semblent passer à côté jusqu’à présent. Soit dit en passant, cela explique l’humeur joyeuse de Rohani à l’ONU, et je suis également heureux de le partager avec vous.

Négocier des accords avec le régime de Washington n’est pas seulement inutile, c’est aussi sans la moindre nécessité car il est désormais possible pour tous les grands acteurs géopolitiques d’atteindre leurs objectifs stratégiques sans aucun accord avec les États-Unis, et parfois même sans avoir à engager un dialogue sérieux avec eux. Les exceptions sont le Japon et l’UE, dont la capacité d’affirmer leur volonté souveraine est très limitée, ayant cédé une grande partie de leur souveraineté aux États-Unis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et pendant la guerre froide.

Même des joueurs mineurs, comme la Corée du Nord, ont appris cette leçon. Après avoir tenté de négocier avec les États-Unis, les Nord-Coréens ont rapidement découvert que les Américains venaient souvent les mains vides, essayant d’obtenir des concessions sans rien donner en retour, et qu’ils se livraient à des effets de manche, comme les commentaires spectaculaires et contre-productifs de John Bolton sur l’application du “modèle libyen” en Corée du Nord. (Le dirigeant libyen, si vous vous souvenez, a été sauvagement assassiné par des forces soutenues par les États-Unis.)

Mais en ne parvenant pas à un accord avec les États-Unis, les Nord-Coréens ont obtenu quelque chose de précieux : la reconnaissance universelle que les États-Unis sont militairement impuissants à s’y opposer. Oui, ils peuvent les détruire, mais la Corée du Sud et le Japon seraient également détruits, et comme il s’agit de deux nations que les États-Unis sont tenus de défendre en vertu d’un traité, prendre des mesures qui entraînent leur destruction n’est pas exactement une stratégie. Ainsi, les États-Unis sont passés d’une position belligérante contre la Corée du Nord, la menaçant militairement, à devoir se contenter d’appliquer des sanctions économiques presque totalement impuissantes étant donné la nature largement autarcique de l’État nord-coréen et son absence de commerce avec les États-Unis.

C’est un exemple intéressant, parce qu’il montre que même des acteurs relativement faibles et mineurs peuvent maintenant obtenir des Américains qu’ils fassent ce qu’ils veulent sans négocier aucun accord avec eux. Mais cette même logique s’applique encore plus aux grandes entités géopolitiques, comme la Chine, la Russie et l’Iran. Pour reprendre quelques métaphores religieuses, ces trois pays forment la Sainte Trinité que le destin a désignée pour vaincre le Grand Satan (les États-Unis, du moins dans le langage politique iranien). Chacun d’eux joue un rôle essentiel.

La fonction de la Russie est de tirer parti de sa technologie militaire supérieure pour contrecarrer militairement les États-Unis et de rendre tout son complexe militaro-industriel fantastiquement surévalué, impuissant et obsolète, avant de le faire disparaître dans l’oubli. La Réserve fédérale américaine imprime maintenant $60 milliards par mois, un chiffre qui correspond à peu près au coût mensuel du budget de la défense américaine.

La technologie russe a déjà transformé toute la flotte des porte-avions américains en une pile de déchets flottants inutiles. La Russie a mis au point des armes qui peuvent détruire des porte-avions à une distance de sécurité supérieure à la portée utile de leurs jets. Les missiles hypersoniques russes ont fait la même chose pour l’ensemble des systèmes de défense antimissile américains. De même, tout l’argent que les États-Unis ont dépensé pour développer des avions “stealth”($1 500 milliards pour le seul programme de l’avion de combat F-35) a été annulé par les nouveaux systèmes radar russes qui peuvent parfaitement bien voir ces avions supposés invisibles. Ironiquement, le développement de la stealth technology était basé sur les travaux d’un scientifique soviétique,  Peter Ufimtsev, qui a émigré aux États-Unis après l’effondrement de l’URSS : ce que la Russie donne, la Russie le reprend aussi.

La Russie a également mis sa technologie de défense à la disposition d’autres pays, notamment les deux autres membres de la Sainte Trinité. À la surprise générale, Vladimir Poutine a annoncé récemment que la Chine sera en mesure d’utiliser le système russe d’alerte rapide en cas d’attaque nucléaire pour détecter les attaques lancées contre le territoire chinois. Cela étendra effectivement les capacités de dissuasion nucléaire de la Russie à la Chine. Et l’Iran a acheté des systèmes de défense aérienne russes S-300 et discute activement de l’achat du S-400 encore plus perfectionné. Ces systèmes feront de l’espace aérien au-dessus de l’Iran et de certaines parties de la Syrie des zones d’interdiction de vol pour les avions américains et de l’OTAN, [et israéliens].

Si les objectifs de la Russie sont de pousser doucement les États-Unis vers l’oubli dans une tentative futile de les suivre dans le développement de nouveaux systèmes d’armes (les systèmes russes ont tendance à être non seulement plus efficaces mais aussi moins chers) tout en réalisant un profit en vendant leurs armes aux pays qui cherchent à s’assurer contre l’agression américaine, les objectifs chinois sont plus ambitieux encore. Au cours des cinquante dernières années, la Chine, qui était un pays agraire rustique, est devenue la plus grande superpuissance industrielle du monde. Entre-temps, aux États-Unis, le segment industriel s’est réduit à environ un dixième de l’ensemble de l’économie, le reste étant maintenant composé de  baristas, de toiletteurs de chiens, de moniteurs de yoga et d’autres types de gratte-dos mutuels.

En raison de ce changement spectaculaire, les États-Unis enregistrent un important déficit commercial structurel avec la Chine. Alors qu’auparavant la Chine finançait ce déficit commercial en achetant de la dette américaine sous forme de bons du Trésor, elle a cessé de le faire il y a quelque temps et vend maintenant des bons du Trésor et achète de l’or. Elle n’est pas la seule à le faire (par exemple, la Russie a déjà vendu toutes ses obligations du Trésor américain), ce qui provoque d’importantes perturbations financières aux États-Unis, au point où les institutions financières refusent d’accepter des titres de créances américains en garantie de prêts à un jour [MarchéRepo].C’est cette évolution qui a forcé la Réserve fédérale à imprimer $60 milliards par mois tout en empilant dans son bilan les titres de créances américains désormais boudés. La tendance à long terme est indubitable : au cours des 77 derniers mois, les banques centrales étrangères ont vendu les deux tiers des bons du Trésor américain qu’elles avaient accumulés au cours des 35 dernières années.

Il est curieux de constater que, jusqu’à présent, la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine n’a fait qu’aggraver le déficit commercial. Ainsi, la tactique de négociation non-négociatrice de la Chine semble fonctionner brillamment. Les États-Unis n’ont que deux moyens de financer leur déficit commercial : 1). vendre des déchets financiers ; et 2). vendre des terres, des usines et du matériel, la propriété intellectuelle et tout ce qui a de la valeur. Il n’y a vraiment pas d’autres options. Et comme la vente de déchets financiers ne fonctionne plus, l’option-2 est tout ce qui reste. Cela rappelle le démembrement d’actifs qui a eu lieu dans l’ex-URSS après son effondrement (et qui se poursuit toujours en Ukraine, pays qui se prépare à commencer à vendre ses terres aux sociétés transnationales).

Certains pourraient penser qu’il existe également une option-3 : ramener l’industrie aux États-Unis. Mais il a fallu 50 ans à la Chine pour devenir une puissance industrielle, avec des taux de croissance réguliers à deux chiffres. Aux États-Unis, le taux de croissance jusqu’à présent au cours de ce siècle, si l’on ne tient pas compte de l’effet du gonflement de la dette, a en fait été négatif. Les États-Unis n’ont pas 50 ans devant eux, même pas 10 ans. Et si au cours d’une telle hypothétique transformation, elle devait financer son déficit commercial en vendant les usines et les équipements dont elle aurait besoin pour se réindustrialiser, elle n’y parviendra jamais.

Et cela nous amène en Iran avec ses ayatollahs rieurs et souriants. La quête sacrée de l’Iran en tant que partie intégrante de la Sainte Trinité consiste à paralyser les États-Unis et leurs mandataires au Moyen-Orient, rendant la région sûre pour une théocratie démocratique (ou peut être autre chose). Il y a deux proxys américains sur place : l’Arabie Saoudite et Israël. Cette attrition finira sans doute aussi par se produire pour eux, dans le cas de l’Arabie saoudite, lorsque ses plus anciens et plus grands gisements pétroliers, comme celui de Ghawar, cesseront finalement de produire ; dans le cas d’Israël, cela arrivera lorsque le flux d’argent du Trésor américain vers ce pays cessera en raison des difficultés financières mentionnées ci-dessus, malgré le pouvoir considérable du lobby pro-israélien aux États-Unis.

Mais c’est une vision à long terme ; dans le cas présent, ce qui fait sourire les ayatollahs, c’est que la séquence récente des événements est une comédie. Les Américains ont renié l’accord avec l’Iran laborieusement négocié sous l’administration Obama et réimposent des sanctions unilatérales (et essentiellement illégales) contre l’Iran. En réponse, la Chine continue d’acheter du pétrole iranien, tout comme la Turquie et plusieurs autres pays.

Pendant ce temps, l’UE regroupe et forme l’INSTEX, – un système commercial qui évite le dollar américain et le système de virements électroniques SWIFT et qui est spécialement conçu pour contourner les sanctions commerciales unilatérales américaines, en particulier dans le cas de l’Iran. Ensuite, les Américains se sont lancés dans une guerre de pétroliers – et l’ont perdue rapidement de la façon la plus humiliante possible, car il devient clair qu’ils sont militairement impuissants à patrouiller dans le si important détroit d’Ormuz. Et puis deux événements vraiment ridicules ont eu lieu.

Premièrement, les Yéménites, qui ont été attaqués par une coalition dirigée par les Saoudiens pendant plusieurs années et qui ont subi d’horribles privations, sont parvenus à bloquer la moitié de la production pétrolière de l’Arabie saoudite avec des roquettes et des drones. Les États-Unis ont immédiatement blâmé l’Iran… sauf que cela implique que les batteries de défense aérienne saoudiennes fabriquées par les États-Unis, dont la plupart sont dirigées contre l’Iran, sont des tas de ferraille inutiles incapables d’arrêter de petits drones lents, et volant bas. Pour ajouter à l’humour de la situation, les Américains ont décidé alors d’expédier en Arabie Saoudite encore plus de ces mêmes batteries Patriot inutiles.

Deuxièmement, les Yéménites ont reconquis une parcelle de territoire frontalier que l’Arabie saoudite leur a confisquée il y a plusieurs décennies, détruisant ainsi près de la moitié de la partie relativement fonctionnelle de l’armée saoudienne, avec des soldats réellement Saoudiens (le reste étant essentiellement composé de mercenaires provenant de tout le Proche-Orient). Les Américains, qui ont récemment vendu aux Saoudiens pour $100 milliards de systèmes d’armement devenus manifestement inutiles, refusent de lever le petit doigt pour les aider.

Pour faire monter l’hilarité d’un cran, Vladimir Poutine, lors d’une conférence de presse conjointe avec le turc Erdoğan et notre vieil ami Rohani, a proposé de vendre des systèmes russes de défense aérienne à l’Arabie Saoudite. Ceux-ci ont été testés au combat sur des drones lancés contre la base aérienne russe de Hmeimimim, en Syrie, par ce qui reste de l’EI. Peu ont pu passer au travers, donc arrêter les drones n’est pas un problème pour les Russes. Il ne fait aucun doute que cela coûterait aux Saoudiens un peu moins cher que les 100 milliards de dollars qu’ils ont donnés aux Américains – et dont ils n’ont rien obtenu d’efficace en retour.

À la lumière de tout cela, ma nouvelle et importante thèse est que les nations souveraines du monde entier, grandes et petites, mais surtout la Sainte Trinité de la Chine, la Russie et l’Iran, peuvent amener les États-Unis à faire ce qu’ils veulent sans négocier avec elle.

 

Le 15 octobre 2019, Club Orlov, – traduction du Sakerfrancophone

  • 23 octobre 2019 à 00:00

De l’“Orient surréaliste” à “D.C.-la-folle”

Par info@dedefensa.org

De l’“Orient surréaliste” à “D.C.-la-folle”

Le texte de E.J. Magnier ci-dessous qui s’appuie sur la rencontre de Poutine et d’Erdogan à Sotchi aujourd’hui 22 octobre, représente en réalité un intéressant historique des événements qui, depuis début octobre, ont abouti à l’actuelle situation. On découvre, sans surprise excessive, que non seulement il s’agit de l’“Orient compliqué”, mais surtout de l’“Orient surréaliste”, où la Russie règne en maîtresse absolue, reconnue désormais par tout le monde, – sauf bien entendu, à “D.C.-la-folle”, les généraux à la retraite, les neocon en chômage et les enquêteurs démocrates et clintonien sur les “Russian assets”.

Témoignent de cette domination russe, si besoin était, ces quelques passages d’une nouvelle de DEBKAFile concernant les “autorisations de frappe” israéliennes que Netanyahou devrait venir prochainement demander à Poutine, toujours à Sotchi... Au fait, un Netanyahou toujours Premier ministre d’un État en décomposition, mais qui vient d’abandonner la tâche de former un nouveau gouvernement au profit de son adversaire Gantz, dans une situation de complet blocage du pouvoir israélien, – un peu comme partout, d’ailleurs, – sauf peut-être en Russie, en Iran et en Syrie pour la séquence actuelle... “Compliqué” peut-être, “surréaliste” sans le moindre doute.

« Le président Vladimir Poutine reçoit son invité turc Recep Erdogan à Sotchi ce mardi 22 octobre en tant que maître du nord de la Syrie après que ses forces spéciales[russes] ont commencé à se déplacer vers des positions américaines évacuées, dont la grande base aérienne de Tabqa. [...]
» Le contrôle militaire et aérien de Moscou étendu sur le nord et l'est de la Syrie, à la suite du retrait américain, appelle à une extension de l'accord de coopération militaire israélo-russe qui limite les frappes aériennes d'Israël contre l'Iran au nord et à l'ouest. Des addenda à ces accords devront être négociés. Par conséquent, on peut supposer que le Premier ministre Benjamin Netanyahou se rendra bientôt à Sotchi pour discuter de la coordination avec Poutine et ses chefs de la défense et déterminer dans quelles parties des régions de l’Est de la Syrie l’armée de l'air israélienne sera autorisée [par les Russes]à intervenir contre l’Iran et ses alliés. »

L’article de Magnier ci-dessous reprend donc l’historique dissimulée et officieux des événements, manœuvres, accords, promesses, volte-face, etc., qui ont marqué la séquence qu’on peut intituler “retrait des forces US de Syrie”. C’est en fait “dans la première semaine d’octobre” que les USA ont informé la Turquie et la Russie de leur intention de partir, ce qui implique une certaine planification, la coopération au moins de la Maison-Blanche et du Pentagone, etc., – c’est-à-dire une décision d’une forme très différente de ce qu’on a d’abord perçu, c’est-à-dire l’habituel tweet de Trump, manifestant une décision soudaine et solitaire imposée à son administration, à ses alliés, etc., et susceptible d’être annulée de façon aussi abrupte par une décision contraire.

(Une probabilité quasi-certaine du côté US : c’est le départ de Bolton, forcé à la démission par Trump, qui a permis de lancer la planification de la décision de retrait. Bolton bloquait d’une façon décisive cette volonté de retrait.)

On peut également accepter l’idée que l’opération de retrait s’est faite dans une certaine “étroite coopération” entre la Maison-Blanche et le Kremlin. Du côté US, les termes du marché sont clairs : la Russie prend en charge la responsabilité de la situation de sécurité, et elle évite tout débordement trop voyant (par exemple contre les Kurdes), qui susciterait à Washington des pressions contre Trump. Tout ce que veut le président US aujourd’hui, c’est avoir les mains libres pour sa bataille intérieure, et pas seulement les élections, mais aussi la destitution, les troubles possibles, l’affrontement avec l’ultragauche démocrate et surtout les réseaux Clinton-Obama et leurs alliés de la CIA. Les USA sont complètement refermés sur eux-mêmes, non par isolationnisme mais à cause de l’importance de l’affrontement interne, et toute question de politique extérieure est jugée d’abord par ses effets sur cette bataille intérieure.

Ce que le récit de Magnier nous montre principalement, c’est d’abord l’entêtement peu ordinaire de :la direction politique kurde à croire au soutien US, y compris jusqu’à aller à des désaccords avec les chefs militaires kurdes. Même aujourd’hui, la situation n’est nullement assurée, dans la mesure où cette direction politique est largement “lobbyisée”. Elle agit comme un puissant lobby à Washington, et elle est tenue dans sa politique par cette position qui est objectivement d’une complète corruption psychologique (en faveur des USA), pesant de tout son poids sur ses choix politiques et stratégiques.

C’est dans ce contexte qu’il faut mesurer l’importance des récents événements, qui apparaissent comme une “défaite” de première importance de l’américanisme à nombre de commentateurs (“la plus grave défaite des USA depuis le Vietnam”, estime Pépé Escobar)... Sauf que nous ajouterions à tout cela le qualificatif déjà employé, qui vaut quelques autres concepts dont nous faisons bombance : “simulacre”, “narrative”, parce qu’il s’agit bien nécessairement d’une “défaite surréaliste” puisque la bataille, ou la guerre menée étaient également “surréalistes”, comme reste complètement “surréaliste” tous les détritus de la politique “étrangère” US . Cette politique “étrangère” US n’est qu’un copié-collé de la politiqueSystème où ni les stratèges, ni les idéologues, ni les complotistes n’ont conceptuellement aucun rôle, sinon de scénaristes de bandes dessinées. Le Diable se charge de tout, et sa politiqueSystème n’a pas pour vocation de satisfaire les intérêts des États-Unis dont elle se fiche bien, ni l’hybris des vétérans des multiples Grandes Guerres sans fin lancées depuis le 11 septembre 2001 ; elle n’a pour vocation que la destruction jusqu’à l’entropisation de tout, y compris, et nous dirions même principalement, des exécutants de l’entropisation...

Magnier peut donc écrire que la fin de l’aventure d’un “Kurdistan” composé à partir de lambeaux de territoires pris à l’Irak, à la Turquie et à la Syrie s’aligne avec la fin de l’“aventure fantasmée” d’un “nouveau Moyen-Orient”, aussi bien née des cerveaux allumés des neocon que des crétins malins qui peuplent les détritus (là aussi, le même mot) de la politique des USA, du type de ceux (Karl Roveen l’occurrence) qui racontaientà l’été 2002 : « Nous sommes un empire maintenant et quand nous agissons nous créons notre propre réalité. » Il y a que les débiles profonds-hallucinés, comme Audiard nous l’avait appris, pour croire à de tels détritus (encore et toujours ce mot) de leur propre hybris“surréalistes” lancées dans la dégénérescence tourbillonnante (“tourbillon crisique”).

En attendant, Magnier nous instruit de cette façon : « Les Kurdes syriens croyaient que leur rêve d’avoir leur propre État avait des chances de se concrétiser, car la partition de l’Irak et de la Syrie leur apparaissait probable. Si cela s’était avéré, le nord de l’Irak serait devenu la partie orientale de l’État kurde et le Rojava (nord-est syrien) sa partie occidentale.
» Mais le plan visant à créer le “nouveau Moyen-Orient” a échoué et la présence continuelle des forces US est non seulement illégale, mais ne leur est d’aucune utilité. Trump a promis de se retirer et il est fort probable qu’il respectera sa promesse, d’autant plus qu’elle donnera un coup de pouce à sa campagne électorale en 2020... »

On comprend alors, du fait de la profusions de débiles profonds-hallucinés dans le zombieland qu’est “D.C.-la-folle”, la levée de boucliers des parlementaires, généraux (à la retraite), commentateurs, experts, contre la décision de “trahir” l’héroïque peuple kurde laissé à la barbarie de nos-alliés-turcs-de-l’OTAN. Tous ces gens-là manœuvrent essentiellement, c’est-à-dire exclusivement en fonction de leurs positions à Washington D.C., de leurs privilèges, de leur petits arrangements sociaux et de leurs appointements. Tout borné qu’il soit et malgré sa folie, Trump a compris tout cela. Après tout, ce monde-là n’est pas différent de celui dans lequel il évoluait.

Ils (les zombies, catégorie “débiles profonds-hallucinés”) se battront jusqu’au bout et donc rien n’est fini, et des avatars peuvent surgir, tant que ce “jusqu’au bout”-là n’est pas atteint et réglé décisivement. Il reste que le vrai, le seul mystère est bien de savoir ce qui nous attend là-bas, quand nous aurons atteint et réglé ce “jusqu’au bout”-là. C’est tout le charme inédit de notre Grande Crise d’Effondrement du Système.

Ci-dessous, le texte de E.J. Magnier du 21 octobre 2019, dont le titre original est : « Rencontre Poutine-Erdogan pour aplanir les différences et réduire l’écart séparant les alliés. »

dedefensa.org

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...Jusqu’à la rencontre Poutine-Erdogan

Dans la première semaine d’octobre, les USA ont informé la Turquie et la Russie de leur intention de se retirer du nord-est syrien. Le président turc Recep Tayyib Erdogan a alors sorti son plan établi il y a plus d’un an consistant à déployer ses forces dans une zone du nord-est syrien faisant 440 km de longueur et 35 km de largeur, en prenant le contrôle de villes comme Manbij, Ain al-Arab et Ras al-Ayn. Le commandement central des USA et le commandement militaire russe, ainsi que d’autres pays dont la Syrie, ont été informés de l’intention de la Turquie de combler le vide laissé par les USA. La Turquie croit que son incursion dans le territoire syrien sert ses intérêts de sécurité nationale et permettra de reloger des millions de Syriens vivant en Turquie, tout comme ceux qui quitteront Idlib une fois enclenchée l’offensive visant la libération de la ville. Erdogan juge nécessaire de créer une zone tampon à la frontière séparant la Turquie de la zone sous contrôle des YPG, la branche syrienne du PKK, cette dernière organisation figurant dans la liste des groupes terroristes des USA, de l’Europe, de l’OTAN et de la Turquie.

La réaction rapide de la Turquie a sonné l’alarme à Washington et poussé le président Donald Trump à envoyer une lettre – jugée  humiliante  par la Turquie – à son homologue turc, l’implorant de ne « pas faire l’idiot » et d’attendre avant d’agir. Simultanément, le président Poutine a convoqué une réunion de son conseil de sécurité nationale pour discuter du retrait des USA et de l’intention de la Turquie de remplacer les forces US dans le nord-est syrien. Des sources dans le milieu du renseignement ont confirmé les préparatifs des USA en vue de leur retrait. Le président Bachar al-Assad a été consulté et mis au fait des intentions des USA et de la Turquie.

Les décideurs en Syrie ont évalué la situation. Les informations préliminaires confirmaient que les USA comptaient vraiment se retirer, malgré l’habitude de Trump de changer d’idée et de revenir sur ses décisions au dernier moment. Il a été entendu de prendre cette possibilité de retrait des USA au sérieux et d’y répondre en regroupant les forces nécessaires à un déploiement dans le nord-est syrien.

Damas a tenté de communiquer avec les Kurdes syriens avant l’annonce officielle du retrait des USA du nord-est syrien, afin de connaître leur réaction à cette décision qui changeait complètement la donne. Les YPG se montraient condescendants. Damas en a conclu que les Kurdes plaçaient encore leurs espoirs dans une intervention des USA, des Britanniques et des Français pour infirmer la décision de Trump. Les dirigeants politiques kurdes doutaient de la capacité de Trump à donner suite à son intention.

Damas était convaincu que les Kurdes n’avaient  pas tiré  leur leçon et qu’ils misaient sur une présence continuelle de forces étrangères – USA, UE (forces britanniques, françaises et italiennes) et Israël  – qui avaient dans les fait décidé de mettre fin à leur présence illégale dans le nord-est syrien. Les responsables syriens savaient que les Kurdes seraient les plus grands perdants. Mais le gouvernement syrien trouvait inacceptable de laisser tout le nord-est syrien sous contrôle turc si les USA retiraient leurs forces.

Les décideurs en Syrie savaient que les responsables russes et iraniens s’entendaient sur l’importance de maintenir des contacts directs avec la Turquie pour coordonner la présence de leurs forces dans le nord-est syrien. Leur but n’était pas d’augmenter la tension avec la Turquie et d’affronter les forces turques en sol syrien, mais plutôt de s’organiser avec cette présence et de limiter son avance le temps que les USA se retirent. Un affrontement entre la Turquie et la Syrie dans le nord-est syrien aurait probablement servi l’intérêt des USA, ce que voulaient éviter la Russie et l’Iran.

La motivation et la préoccupation d’Ankara reposaient sur le fait que les Kurdes syriens miseraient sur le soutien des forces US et de leurs alliés européens jusqu’au jour du retrait de ces forces. Il était impératif de combler le vide et de fermer la porte à tout retour possible de ces forces en Syrie. Les forces turques assuraient ainsi la rétrocession du territoire au gouvernement syrien. Sauf que Damas risquait de se retrouver avec un nouvel occupant, la Turquie, qui n’est pas porté à se retirer rapidement malgré toute les promesses provenant d’Ankara ou de Moscou.

Lorsque la Turquie a déployé ses mandataires et ses forces dans le nord-est syrien, les Kurdes syriens ont pris conscience du danger. Leur commandant militaire, le général Ferhat Abdi Sahin, alias Mazloum Abdi, croyait que la seule solution était de demander la protection de la Russie et du gouvernement central à Damas. La Russie, contrairement à l’armée syrienne, a une présence limitée de troupes terrestres. Les militaires russes ont donc conseillé aux Kurdes de négocier avec Damas. Ces négociations ont eu lieu à la base militaire de Hmeimim et à Damas. L’aéroport de Qamishli– sous contrôle de l’armée syrienne – a servi de plaque tournante à la délégation kurde dans ses pourparlers avec les responsables militaires russes et du gouvernement syrien.

Malgré la désapprobation des dirigeants politiques kurdes du nord-est syrien, le général Abdi, qui a combattu avec le chef du PKK Abdallah Ocalan, a signé une demande d’intervention appelant l’armée syrienne à défendre les Kurdes dans les zones sous contrôle des USA. Damas est évidemment au fait de la collaboration entre Kurdes et Israéliens, ces derniers ayant échoué dans leur tentative de maintenir la présence des forces US dans le nord-est syrien.

Il manquait de temps pour organiser un déploiement rapide de l’armée syrienne dans une zone presque cinq fois plus grande que le Liban (40 000 à 50 000 km2). La Russie et l’Iran travaillaient conjointement pour ralentir le président Erdogan et minimiser le coût de son invasion. La Turquie s’est montrée compréhensive dans ses négociations avec la Russie et l’Iran en se disant prête à négocier et à organiser la présence de l’ensemble de ses forces dans la zone contestée, sans toutefois tolérer la moindre présence armée des Kurdes dans le secteur. Le président Erdogan s’est aussi engagé à ne pas attaquer l’armée syrienne dans toute ville ou les soldats de Damas étaient présents.

La semaine dernière, le président Bachar al-Assad a dit à une délégation russe  dirigée par l’envoyé spécial du président Vladimir Poutine en Syrie Alexander Lavrentiev qu’il rejetait toute occupation de son pays et que les USA devaient quitter le pays tôt ou tard. Assad a exprimé ses craintes que la Turquie décide de rester dans le pays de nombreuses années avant de négocier son retrait. Le gouvernement central à Damas est prêt à résister à cette occupation et soutiendra sans doute la résistance intérieure s’y opposant. La Russie a confirmé son soutien à la pleine intégrité du territoire syrien et sa volonté de mettre un terme à la guerre en Syrie, en mettant fin à la présence de toutes les forces d’occupation et en se montrant favorable aux réformes constitutionnelles favorisant une réconciliation rapide.

La Russie a affirmé qu’il était possible de parler au président Erdogan et d’en arriver à un accord raisonnable, car une fois entériné un accord clair, la Turquie a plus de chances de respecter ses engagements, contrairement au président Trump qui change d’idées tous les jours. La Syrie et ses alliés ont décidé de continuer à surveiller l’évolution des choses, de maintenir une liaison directe et de préparer d’autres troupes en vue de leur déploiement dans le nord-est syrien.

Les soldats de Trump  se retirent  des principales provinces et ne sont plus présents à Raqqa et à l’est d’Alep. Le retrait des USA de la frontière avec la Turquie a amené les forces turques et leurs mandataires à accélérer la cadence et ils sont parvenus à occuper Ras al-Ayn pour prendre le contrôle de la ville. Les Kurdes syriens, même s’ils  tentent  toujours d’amener Trump à revenir sur sa décision et de rester en Syrie, prennent un peu plus conscience que le seul allié étranger qui leur reste est la Russie, qui peut leur servir de garant pour préserver les villes et les villages où ils vivent à la suite du retrait des USA.

Le président des USA a donné à son homologue turc, le président Erdogan, ce qu’il voulait : un cessez-le-feu pour permettre aux Kurdes de se retirer de la zone syrienne convoitée par la Turquie, forçant ainsi les Kurdes à abandonner ce territoire et à déplacer leurs forces à l’intérieur des terres, ce qu’ils ont d’ailleurs fait en abandonnant la ville de Ras al-Ayn ce weekend. Du point de vue des Kurdes, c’est encore pire que le retrait total des forces US de toute la région. Les mandataires de la Turquie se sont révélés inefficaces dans leur lutte contre Daech en 2016 et contre les Kurdes depuis de début de l’opération militaire. En livrant les villes sans résister, ils permettent à la Turquie d’atteindre ses objectifs en essuyant moins de pertes.

Trump n’a jamais promis aux Kurdes un État, ni qu’il resterait indéfiniment en Syrie pour les protéger. Le départ des forces US est une issue inévitable, même dans des pays qu’ils occupent depuis les décennies (l’Afghanistan et l’Irak sont les meilleurs exemples). Les Kurdes syriens croyaient que leur rêve d’avoir leur propre État avait des chances de se concrétiser, car la partition de l’Irak et de la Syrie leur apparaissait probable. Si cela s’était avéré, le nord de l’Irak serait devenu la partie orientale de l’État kurde et le Rojava (nord-est syrien) sa partie occidentale.

Mais le plan visant à créer le “nouveau Moyen-Orient” a échoué et la présence continuelle des forces US est non seulement illégale, mais ne leur est d’aucune utilité. Trump a promis de se retirer et il est fort probable qu’il respectera sa promesse, d’autant plus qu’elle donnera un coup de pouce à sa campagne électorale en 2020.

Le président Erdogan se retrouve avec un allié tout proche, la Russie, avec qui il négociera et organisera la présence de ses troupes dans le nord-est syrien. Les forces US se retirent de manière organisée. Trump n’a pas clarifié ses intentions à l’égard des gisements pétroliers et gaziers sous le contrôle des USA. Il voudrait donner aux Kurdes le contrôle du nord-est syrien, mais sans présence de forces US sur place, sauf au poste frontalier  d’al-Tanf  (150 à 200 militaires US). Il craint un  contrôle iranien  sur les gisements pétroliers. Téhéran approvisionne le gouvernement syrien en pétrole depuis huit ans. Sa dernière livraison de 2,1 millions de barils a créé une situation explosive entre l’Iran et le R.-U., marquée par la confiscation d’un superpétrolier et d’autres navires appartenant aux deux pays.

Les Kurdes syriens vendaient du pétrole à Damas lorsqu’ils contrôlaient le nord-est syrien, en dépit des requêtes des USA de cesser d’approvisionner en énergie la population syrienne. Les Kurdes de Syrie reconnaissent maintenant l’armée syrienne comme les seuls défenseurs qui leur restent, avec la garantie de la Russie. Si les USA s’inquiètent vraiment de la sécurité des Kurdes, le seul choix qui s’impose est de soutenir un gouvernement central stable à Damas pour garantir la protection des Kurdes.

La présence de l’armée syrienne à Manbij et Ayn al-Arab a contrecarré le plan turc de contrôler la zone convoitée faisant 440 km de longueur et de 35 km de longueur. Les deux villes se trouvent au milieu de cette zone qu’Erdogan veut occuper. Voilà pourquoi la rencontre Poutine-Erdogan d’aujourd’hui est cruciale pour l’avenir de la Syrie. L’accord d’Adana conclu en 1998 par la Syrie et la Turquie sera passé en revue. Il sera probablement aussi question de la réforme de la constitution syrienne pour accélérer le consentement à sa mise en œuvre et permettre le retrait des troupes turques, si c’est vraiment le seul motif qui pousse les Turcs à rester en Syrie.

Bien des progrès ont été accomplis pour mettre fin à la guerre en Syrie. Une solution pacifique est en vue et le contrôle d’Idlib par les djihadistes tire à sa fin.

Elijah J. Magnier

  • 22 octobre 2019 à 00:00

Des généraux contre Trump

Par info@dedefensa.org

Des généraux contre Trump

Un certain nombre d’officiers généraux à la retraite, mais toujours tenus au devoir de réserve fondamental par rapport au pouvoir civil en exercice, ont réalisé plusieurs opérations de communication où ils mettent en cause, justement, ce pouvoir civil, et particulièrement le Commandant-en-Chef des forces armées des États-Unis, – le président bien sûr. Ces mises en cause sont radicales, comme lorsque l’amiral McRaven signe un article dans le New York Times sous le titre  « Our Republic Is Under Attack From the President » ; ou lorsque le Général Petraeus, en réponse à une question sur CNN hier, qualifie de “trahison” la décision de Trump de retrait de forces US de Syrie, qui est également l’argument essentiel de l’article de McRaven.

La plupart de ces officiers généraux ont un passé extrêmement spécifique, c’est-à-dire correspondant à ce que notre époque a de si “spécifique” jusqu’à nous faire la désigner comme “notre étrange époque”. McRaven a commandé les Special Forces (commandement JSOC) de 2011 à 2014, sous la présidence d’Obama et dans une atmosphère également “étrange”, telle que la détaillait Seymour Hersh à propos de ces Special Forces, parlant de “Garde prétorienne”, de l’Opus Dei et des Chevaliers de Malte. Quant à Petraeus, sa présentation n’est pas à faire : c’est le général le plus politico-médiatique de la période, inégalé pour les relations publiques, également proche de la direction politique (Obama) au service du Système et lui-même totalement une créature de communication dans le cadre du Système. Un autre officier général à la retraite, Joseph Votel, intervient dans le débat ; également ancien des Special Forces, il commanda CentCom jusqu’en mars de cette année et prit souvent des initiatives qui ne répondaient guère aux consignes de sa direction politique. 

Il est tentant,  à “D.C.-la-folle” où tout se mélange selon le rythme du tourbillon crisique, de mettre en parallèle cette offensive d’officiers généraux extrêmement politisés et peu soucieux des traditions militaires, avec la sortie d’Hillary Clinton contre Gabbard et Stein, qui a d’ailleurs profondément divisé le parti démocrate. Accuser sans la moindre preuve de “trahison”, – car c’est bien ce qui fut dit, – une parlementaire (Gabbard) siégeant à la Chambre des Représentants du Congrès et de surcroit commandant dans la Garde Nationale ayant effectué deux déploiements en Irak, représente une démarche risquée de la part d’une ancienne secrétaire d’État, – « Elle joue un jeu très dangereux » observe Van Jones, ancien activiste Africain-Américain, anciennement proche d’Obama.

(Ou bien, après tout, Hillary ne fait-elle que répondre aux suggestions de cette grande dame d’Eleanor Roosevelt, veuve de FDR et elle-même décédée en 1962. N’est-ce pas le gentil Bill, entre deux virées-Epstein, qui nous confiait en 2012 “ce que tout le monde sait”, savoir qu’outre l'exercice de sa fonction de secrétaire d’État, sa femme trouvait le temps d'être un peu nécromancienne et communiquait “on a regular basis” avec Eleanor. Cela explique bien des choses.)

Ci-dessous, on trouve le texte de WSWS.org concernant cette offensive contre Trump, qui semble finalement les préoccuper beaucoup plus que toutes celles qu’ils conduisent sur leurs divers théâtres d'opération. (Titre original : « Military brass denounce Trump’s withdrawal of troops from Syria ».)

dde.org

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Military Brass vs Trump’s Policy

As Donald Trump responds to the Democratic-controlled House of Representatives’ impeachment inquiry by seeking to whip up far-right and fascistic forces, the Democrats and their allies in the media are promoting dissident elements in the military command that are publicly denouncing the White House’s decision to withdraw US troops from northern Syria.

The extraordinary intervention of high-ranking retired generals is a breach of the core constitutional principle of the subordination of the military to civilian authority. It highlights the right-wing and antidemocratic character of both factions in the political conflict in Washington and the immense dangers facing the working class if the resolution of the crisis is left in the hands of the warring factions of the ruling class.

The open intervention by sections of the military also underscores the issues of US imperialist foreign policy that are at the heart of the Democrats’ opposition to Trump. Echoing the statements of the Democratic Party and its media mouthpieces such as the New York Times, military critics of Trump are focusing on Trump’s abandonment of Washington’s Syrian Kurdish allies and his green light for Turkey to invade Kurdish areas near the Syrian-Turkish border. They are accusing Trump of creating a security vacuum that is being filled by Russia and Iran, weakening US influence in the Middle East and undermining US credibility internationally.

Last week, retired Navy Admiral William H. McRaven published an op-ed column in the New York Times under the provocative headline “Our Republic Is Under Attack From the President.” McRaven, who as a top commander of US Special Operations forces from 2006 to 2014 directed military death squads responsible for war crimes in Iraq and Syria, denounced Trump’s attacks on the intelligence agencies, the FBI, the State Department and the corporate media and called for Trump’s removal, “the sooner, the better.”

On Sunday, retired US Army Gen. David Petraeus, the former commander of US troops in Afghanistan and Iraq and director of the CIA in 2011-2012, characterized Trump’s withdrawal of troops as a “betrayal” in an interview on the CNN News program “State of the Union.”

Moderator Jake Tapper asked Petraeus, “Did the United States betray the Kurds?” to which the former commander and chief spy replied, “Well, I think we have abandoned our Syrian Kurdish partners.”

He went on to warn, “Iran, Russia and Bashar Assad’s forces are coming in. We give them a victory.”

When Tapper pressed him, asking, “You called it an abandonment, but is it a betrayal?” Petraeus answered, “I do think it is, yes.”

Another top military officer, Joseph Votel, who only last March retired from his post as commander of the US Central Command, which oversees US military operations in the Middle East and Central Asia, coauthored an article on October 8 in the Atlantic headlined “The Danger of Abandoning Our Partners.” The article appeared only two days after Trump announced his decision to withdraw US forces from northeastern Syria.

Like McRaven, Votel is a veteran of US Special Operations, having headed the Special Operations Command from March of 2016 to March of this year. This period includes some of the bloodiest fighting in Iraq and Syria, including the US-led demolition of Mosul and Raqqa, which killed uncounted thousands of civilians.

In the article, Votel writes that the decision to “abandon our Kurdish partners” comes “at precisely the time we need them most, given the war-weariness of the American public coupled with ever more sophisticated enemies determined to come after us.”

He concludes: “This policy abandonment threatens to undo five years’ worth of fighting against ISIS and will severely damage American credibility and reliability in any future fights where we need strong allies.”

In other words, the endless wars of the past 30 years must be continued into the indefinite future and expanded into new regions of the world, and the lies about fighting “terrorism” and defending “democracy” and “human rights’ must be upheld to contain and defuse popular anti-war sentiment.

The corporate media is beginning to comment on the open intervention of the military into US politics and foreign policy. The Washington Post on Sunday published an article headlined “Trump’s abrupt withdrawal from Syria tests military’s ‘code of silence’.”

The Post cites a “senior official” as saying that “those serving in Syria” are “livid” over the cease-fire deal announced by the White House last Thursday, which they view as a “total capitulation” to Turkey. The article goes on to cite Peter Feaver, a scholar on civil-military relations at Duke University, who says the chorus of military denunciations of Trump’s policy “comes close to a litmus test of that principle.”

The Atlantic had its own piece on Sunday that is even blunter in describing dissension within the military brass. Under the headline “Top Military Officers Unload on Trump,” the author, Mark Bowden, writes, “In 20 years of writing about the military, I have never heard officers in high positions express such alarm about a president.” He adds that “those in command positions monitor the president’s Twitter feed like field officers scanning the horizon for enemy troop movements.”

Bowden specifically cites as a bone of contention both Trump’s order last June to carry out a military strike against Iran in response to the shootdown of a US drone, and Trump’s sudden reversal of the order a bare 10 minutes before it was to take effect. The article goes on to say that the “generals I spoke with didn’t agree on everything, but they shared the following five characterizations of Trump’s military leadership.” It then lists Trump’s “disdain of expertise,” the fact that the “trusts only his own instincts,” that he “resists coherent strategy,” is “reflexively contrary” and has a “simplistic and antiquated notion of soldiering.”

The political furor over Trump’s withdrawal of US troops from Syria (not to bring them home, as Trump promised, but to shift them to western Iraq) has become the central driver of the Democrats’ impeachment effort. Despite the mutual mudslinging between the Democrats and Republicans over the various investigations of the White House, the majority of Republicans have joined with the Democrats to condemn the withdrawal of troops from Syria, demonstrating the fundamental agreement between the two parties on the use of military violence in the attempt to establish US hegemony over the oil-rich Middle East and the Eurasian continent.

Last week, the House passed a resolution condemning the withdrawal from northern Syria by the lopsided vote of 354 to 60, with a large majority of Republicans voting with the Democrats. A similar vote is expected in the Senate, and on Sunday the Republican majority leader, Senator Mitch McConnell, published an op-ed piece in the Washington Post under the headline, “A grave mistake on Syria.”

House Speaker Nancy Pelosi headed up a surprise bipartisan visit to Jordan over the weekend to highlight congressional opposition to any pullback in Syria. The delegation included House Foreign Affairs Chairman Eliot Engel and the chairman of the House Intelligence Committee, Adam Schiff, who is heading up the impeachment inquiry. Also included was one Republican member of the House Armed Services Committee, Mac Thornberry, who has announced his retirement at the end of his current term.

Following a meeting with Jordanian King Abdullah II Saturday night, Pelosi said the delegation had discussed “the dangerous opening to ISIS, Iran and Russia” resulting from Trump’s decision to pull US troops from Syria.

These developments vindicate the warnings by the World Socialist Web Siteagainst allowing the popular opposition to Trump to be channeled behind the Democratic Party, and the need to base the fight to bring down his fascistic administration by deepening and expanding the class struggle and directing it against both big-business parties and the capitalist system.

Barry Grey, WSWS.org

  • 21 octobre 2019 à 00:00

Saint-Exupéry contre la vie ordinaire

Par info@dedefensa.org

Saint-Exupéry contre la vie ordinaire

Ecrivain rarement relu car incompris et saccagé à l’école, Antoine de Saint-Exupéry nous donnait pourtant une bonne vision du monde moderne dans Terre des Hommes. Et cela donne :

« Conduits par le même chauffeur taciturne, un matin de pluie. Je regardais autour de moi : des points lumineux luisaient dans l’ombre, des cigarettes ponctuaient des méditations. Humbles méditations d’employés vieillis. À combien d’entre nous ces compagnons avaient-ils servi de dernier cortège ? »

Ici en Espagne, j’entends toujours ébaubi la nullité de nos retraités français sur le paseo maritime. Ils ne parlent que de leur santé, du médecin, des remboursements, de leur immobilier, et de machin qui est à Sydney ou à Harvard. Le grand remplacement a déjà eu lieu, il a été spirituel et moral, je ne crois pas une seconde à un quelconque redressement, et cela donne la médiocrité déjà décrite au dix-neuvième siècle (voyez aussi les analyses de notre ami Mircea Marghescu sur Dostoïevski, synthétisées récemment par Philippe Grasset). Cela donne sous la plume de Saint-Ex : 

« Je surprenais aussi les confidences que l’on échangeait à voix basse. Elles portaient sur les maladies, l’argent, les tristes soucis domestiques. Elles montraient les murs de la prison terne dans laquelle ces hommes s’étaient enfermés. Et, brusquement, m’apparut le visage de la destinée. »

Ensuite notre aède du petit prince se défoule. Et ce n’est pas à raconter aux enfants ni aux élèves :

« Vieux bureaucrate, mon camarade ici présent, nul jamais ne t’a fait évader et tu n’en es point responsable. Tu as construit ta paix à force d’aveugler de ciment, comme le font les termites, toutes les échappées vers la lumière. Tu t’es roulé en boule dans ta sécurité bourgeoise, tes routines, les rites étouffants de ta vie provinciale, tu as élevé cet humble rempart contre les vents et les marées et les étoiles. Tu ne veux point t’inquiéter des grands problèmes, tu as eu bien assez de mal à oublier ta condition d’homme. Tu n’es point l’habitant d’une planète errante, tu ne te poses point de questions sans réponse : tu es un petit bourgeois de Toulouse. Nul ne t’a saisi par les épaules quand il était temps encore. Maintenant, la glaise dont tu es formé a séché, et s’est durcie, et nul en toi ne saurait désormais réveiller le musicien endormi ou le poète, ou l’astronome qui peut-être t’habitait d’abord. »

Le successeur peut toujours devenir disc-jockey (trois fils de mes amis d’enfance sont disc-jockeys !), avocat d’affaires ou faire des jeux de mots.

L’aviation faisait alors rêver… Chantre d’une certaine modernité, notre auteur voit vite l’impasse technique – même l’aviation des pionniers dégénère :

« Je ne me plains plus des rafales de pluie. La magie du métier m’ouvre un monde où j’affronterai, avant deux heures, les dragons noirs et les crêtes couronnées d’une chevelure d’éclairs bleus, où, la nuit venue, délivré, je lirai mon chemin dans les astres. »

Après la prose poétique, la crue réalité. Le ciel de l’idéal héroïque devient usine ou laboratoire :

« Ainsi se déroulait notre baptême professionnel, et nous commencions de voyager. Ces voyages, le plus souvent, étaient sans histoire. Nous descendions en paix, comme des plongeurs de métier, dans les profondeurs de notre domaine. Il est aujourd’hui bien exploré. Le pilote, le mécanicien et le radio ne tentent plus une aventure, mais s’enferment dans un laboratoire. Ils obéissent à des jeux d’aiguilles, et non plus au déroulement de paysages. Au-dehors, les montagnes sont immergées dans les ténèbres, mais ce ne sont plus des montagnes. Ce sont d’invisibles puissances dont il faut calculer l’approche. Le radio, sagement, sous la lampe, note des chiffres, le mécanicien pointe la carte, et le pilote corrige sa route si les montagnes ont dérivé, si les sommets qu’il désirait doubler à gauche se sont déployés en face de lui dans le silence et le secret de préparatifs militaires. »

C’est déjà l’aviation de la seconde guerre mondiale qui marquera la fin absolue de l’histoire. Voyez le légendaire début du film de Wyler Nos plus belles années. Depuis le progrès piétine mais comme tout est terminé... On perd ses jours dans le smartphone…

Vient la fameuse parabole du Mozart assassiné. On va lire plutôt le passage peu sage et oublié de ce sympathique maître qui se prend ici pour Céline. Il évoque comme on sait des ouvriers polonais :

« Les voitures de première étaient vides… Tout un peuple enfoncé dans les mauvais songes et qui regagnait sa misère. De grosses têtes rasées roulaient sur le bois des banquettes. Hommes, femmes, enfants, tous se retournaient de droite à gauche, comme attaqués par tous ces bruits, toutes ces secousses qui les menaçaient dans leur oubli. Ils n’avaient point trouvé l’hospitalité d’un bon sommeil. 

Et voici qu’ils me semblaient avoir à demi perdu qualité humaine, ballottés d’un bout de l’Europe à l’autre par les courants économiques, arrachés à la petite maison du Nord, au minuscule jardin, aux trois pots de géranium que j’avais remarqués autrefois à la fenêtre des mineurs polonais. Ils n’avaient rassemblé que les ustensiles de cuisine, les couvertures et les rideaux, dans des paquets mal ficelés et crevés de hernies. Mais tout ce qu’ils avaient caressé ou charmé, tout ce qu’ils avaient réussi à apprivoiser en quatre ou cinq années de séjour en France, le chat, le chien et le géranium, ils avaient dû les sacrifier et ils n’emportaient avec eux que ces batteries de cuisine. »

L’évocation devient dure :

« Un enfant tétait une mère si lasse qu’elle paraissait endormie. La vie se transmettait dans l’absurde et le désordre de ce voyage. Je regardai le père. Un crâne pesant et nu comme une pierre. Un corps plié dans l’inconfortable sommeil, emprisonné dans les vêtements de travail, fait de bosses et de creux. L’homme était pareil à un tas de glaise. »

Et l’évocation devient même terrible (le monde moderne dégoûte tout le monde sauf les porcs, comme dirait Gilles Chatelet) :

« Et l’autre qui n’est plus aujourd’hui qu’une machine à piocher ou à cogner, éprouvait ainsi dans son cœur l’angoisse délicieuse. Le mystère, c’est qu’ils soient devenus ces paquets de glaise. Dans quel moule terrible ont-ils passé, marqués par lui comme par une machine à emboutir ? Un animal vieilli conserve sa grâce. Pourquoi cette belle argile humaine est-elle abîmée ? »

Une envolée verbale sur ce remugle humain :

« Et je poursuivis mon voyage parmi ce peuple dont le sommeil était trouble comme un mauvais lieu. Il flottait un bruit vague fait de ronflements rauques, de plaintes obscures, du raclement des godillots de ceux qui, brisés d’un côté, essayaient l’autre. Et toujours en sourdine cet intarissable accompagnement de galets retournés par la mer. »

Puis Mozart arrive :

« Quand il naît par mutation dans les jardins une rose nouvelle, voilà tous les jardiniers qui s’émeuvent. On isole la rose, on cultive la rose, on la favorise. Mais il n’est point de jardinier pour les hommes. Mozart enfant sera marqué comme les autres par la machine à emboutir. Mozart fera ses plus hautes joies de musique pourrie, dans la puanteur des cafés concerts. Mozart est condamné. »

Saint-Ex envoie dinguer la charité, soulignant plutôt l’anesthésie :

« Je me disais : ces gens ne souffrent guère de leur sort. Et ce n’est point la charité ici qui me tourmente. Il ne s’agit point de s’attendrir sur une plaie éternellement rouverte. Ceux qui la portent ne la sentent pas. C’est quelque chose comme l’espèce humaine et non l’individu qui est blessé ici, qui est lésé. »

Retour à Céline, au voyage en banlieue :

« Je ne comprends plus ces populations des trains de banlieue, ces hommes qui se croient des hommes, et qui cependant sont réduits, par une pression qu’ils ne sentent pas, comme les fourmis, à l’usage qui en est fait. De quoi remplissent-ils, quand ils sont libres, leurs absurdes petits dimanches ? »

Enfin cette évocation de la chanson en Russie, qui m’a enchanté enfant :

« Une fois, en Russie, j’ai entendu jouer du Mozart dans une usine. Je l’ai écrit. J’ai reçu deux cents lettres d’injures. Je n’en veux pas à ceux qui préfèrent le beuglant. Ils ne connaissent point d’autre chant. J’en veux au tenancier du beuglant. Je n’aime pas que l’on abîme les hommes. »

Qu’ils ont décidément raison d’être russophobes !

 

Sources 

Antoine de Saint-Exupéry – Terre des hommes

Nicolas Bonnal – Céline, la colère et les mots (Avatar, Amazon.fr)

  • 21 octobre 2019 à 00:00

Leur catastrophe ontologique

Par info@dedefensa.org

Leur catastrophe ontologique

Nous avons choisi comme exemple pour soutenir notre propos un texte de The Moon of Alabamadu 18 octobre 2019, traduit par les bons soins du Sakerfrancophone. Ce texte nous montre essentiellement le décalage évidemment stupéfiant entre les perceptions des médias essentiellement de la presseSystème, et la vérité-de-situationen Syrie après les derniers développements le 18 octobre. Nous affirmons que la description correspond effectivement pour l’essentiel de la vérité-de-situation contre le simulacre que se construit la presseSystème, parce que l’évidence et l’enquête l’indiquent. Nous ne perdons pas notre temps à démontrer ce qui est l’évidence et laisserons les versions de la presseSystème à leur triste destin.

Ce qui nous importe est de tenter d’analyser ce qui fait qu’il existe ainsi des mondes parallèles, – lesquels, par définition, ne se rencontrent jamais, – l’évidence étant que notre monde parallèle est celui de la vérité-de-situation, point final pour ce cas. Nous partirions d’un point précis, un extrait de presse d’un des rares experts anglo-saxon hors du simulacre-Système, Anatol Lieven, et qui explique notamment ce comportement du type simulacre des directions-Système et de la presseSystème par « l'obsession de soi, l'autosatisfaction et la mégalomanie idéologique... » Dans ce membre de phrase, alors que les observations psychologiques nous paraissent justes, un terme qualificatif nous arrête, que nous contestons, concernant l’idéologie (“mégalomanie idéologique”).

Nous nous rapportons alors à un passage d’un texte récentoù nous examinions ce que nous baptisions « Une destitution métahistorique » en proposant un “modèle dostoïevskien” pour donner une explication du conflit qu’on trouve derrière cette destitution. Nous allons utiliser ce développement comme analogie, et cette idée comme “modèle” justement.

« Le cas spécifiquement métahistorique choisi ici est inspiré par la thèse de Mircea Marghescu, dont nous avons  déjà parlée, dans son livre  ‘Homunculus’  sur une ‘Critique dostoïevskienne de l’anthropologie’. Accordant une importance quasiment sans égale sur la signification et l’analyse très originale et décisive de la modernité dans son affrontement avec la Tradition, dans l’œuvre de Dostoïevski, Marghescu écarte l’explication idéologique au profit de l’explication décisivement fondamentale de l’ontologie.
» “Deux hypostases de l’humain s’affrontent, ontologiquement différentes puisque chacune à son ouverture au monde spécifique… […] La transgression dont Raskolnikov se rend coupable et qui plus tard ne fera que se répéter avec le meurtre, n’est pas idéologique mais ontologique ; ‘avant’ et ‘après’, ce n’est pas d’un même homme puisque le second a une conscience nouvelle dont les compétences ont été ‘élargies’.[…] On comprend mieux ainsi la teneur du conflit dostoïevskien, – qui n’a rien de commun avec le débat idéologique… 
» Marghescu oppose ainsi, dans l’univers dostoïevskien, l’‘homme normal’, également désigné plus précisément comme ‘homme traditionnel’, et ‘l’homme nouveau’, qui est le moderne et qui pourrait être ‘l’homme moderne’, – Raskolnikov nous étant présenté comme l’archétype de l’être qui, changeant d’‘être’, passe de l’un à l’autre. On comprend ainsi que, loin d’être un progrès dans le sens de la valeur qualitative, cette évolution, qui passe sous les fourches caudines de cette inversion diabolique du progrès qu’est “le Progrès selon le moderne”, représente une complète catastrophe ontologique qui présente aujourd’hui les comptes décisifs qu’il importe de régler, dans le cadre absolument contraignant comme un Temps de la Grande Crise de l’Effondrement du Système.
» L’‘homme nouveau’ “voit s’achever l’aventure commencée à la Renaissance puisqu’il a épuisé ses projets dans l’action et qu’il n’en a pas d’autres.  […] Au moment même où Zarathoustra, – et les naïfs, – se croient encore aux aurores et appellent un ‘homme nouveau’, Stavroguine et Raskolnikov savent que la nuit tombe et que ‘l’homme nouveau’ a vécu…”. [...]
» En prenant cette approche Marghescu/Dostoïevski, nous ne prétendons pas une seconde, cela va de soi, que la crise américaniste se ramène au conflit entre l’‘homme traditionnel’ et l’‘homme nouveau’ ; nous prétendons que dans un sens opérationnel précieux pour l’analyse, “tout se passe comme si la crise américaniste se ramenait au conflit entre l’‘homme traditionnel’ et l’‘homme nouveau’” »

Ce que nous voulons alors signifier principalement, c’est ceci que les idéologies ne sont pas causes essentielles de la séparation en mondes parallèles, mais des faux-nez pratiques pour cela, pour les esprits courts comme pour les esprits qui se croient machiavéliques. Comme l’indique le “modèle dostoïevskien”, il s’agit d’ontologie, nullement d’idéologie. Dans le cas qui nous occupe ici également, celui de la perception, de la communication et de l’interprétation, les divergences absolument irréconciliables qu’on constate, qui sont comme s’il s’agissait de deux mondes parallèles, répondent à deux « hypostases de l’humain [qui] s’affrontent, ontologiquement différentes puisque chacune à son ouverture au monde spécifique... » ; et l’affrontement dont il est question n’est pas préparé, volontaire, argumenté, tactiquement développé, – il est simplement de nature comme deux antagonismes fixes, comme un le faut d’un rapport qui ne peut espérer être résolu ni par l’argumentation logique, ni par la polémique, ni par l’invective.

De cette façon, la presseSystème, après des années de rodage, d’apprentissage pavlovien dans ce sens, est devenue ontologiquement différente dans sa perception, par rapport à la nôtre, à celle de ceux qui s’opposent à elle. Certes, il y a des évolutions et des nuances, mais elles sont soit accidentelles, soit idéologiques dans une des deux catégories figées dans une posture d’affrontement, qui ne sont pas des “hommes traditionnels” purs ou des “hommes modernes” accomplis, et qui peuvent ne pas être insensibles à certains arguments d’idéologies qui leur sont proches. Exactement comme dans le texte référencé, le “modèle dostoïevskien” ne ramène pas à la pureté des essences originelles, il ne fait que donner une mesure, une orientation, un penchant fondamental et donc une position fondamentale dans l’affrontement :

• de même que nous disions des citoyens US, dans le cas des partisans de Trump et autres du genre, et d’ailleurs chacun selon des degrés différents et une mesure plus ou moins grande de lucidité, notamment dans le jugement sur Trump : « ...les adversaires des progressistes-sociétaux (plutôt que “partisans de Trump”, circonstance tactique importance mais devenant anodine) représentent les “hommes traditionnels” bien qu’ils ne le soient absolument pas stricto sensu puisqu’ils sont au départ fils des USA, donc des “hommes nouveaux” fidèles aux principes des Pères fondateurs qui ont engendré la modernité » ;
• de même dirions-nous que ceux qui s’opposent à la dictature épouvantable de la presseSystème et proclament leur propre perception comme celle de l’ontologie du monde, comme une vérité-de-situation (d’ailleurs avec une justesse variable et parfois aucune justesse selon le cas, – mais cela est d’une importance annexe), « représentent les “hommes traditionnels” bien qu’ils ne le soient absolument pas stricto sensu » parce qu’ils n’occupent cette position que dans le cadre d’une posture relative par rapport à l’époque où nous vivons.

... Peu importe enfin si l’on a compris l’essentiel du propos. Il faut opposer un déni aussi fort que possible à ce qu’expose la presseSystème, en recherchant tous les fragments de vérité-de-situation possibles. Cela ne nous rend ni meilleurs, ni vertueux, ni “traditionnels”, selon ce qu’on est plus ou moins dans ces domaines, mais cela participe au barrage qui est constamment renouvelé contre le torrent du monde faussaire que déverse l’“homme moderne” aujourd’hui parvenu à un degré qu’on jugerait proche de la rupture de la représentation-simulacre du monde.

Ci-dessous, comme exemple des mondes parallèles de la communication rendant compte de la situation syrienne tels que nous les avons présentés, nous proposons le texte de The Moon of Alabama du 18 octobre 2019 déjà signalé, sur une traduction du Sakerfrancophone.

dedefensa.org

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Syrie & médias : des mondes parallèles

Les médias et les “experts” américains ont tout faux dans la description des pourparlers d’hier entre le vice-président américain Mike Pence et le président turc Recep Tayyip Erdogan. Ces entretiens n’étaient qu’un spectacle pour apaiser les critiques contre la décision du président Donald Trump de retirer les troupes américaines du nord-est de la Syrie.

Ces fausses négociations n’ont pas changé le  plan plus large gagnant-gagnant-gagnant-gagnant, ni les faits sur le terrain. L’armée arabe syrienne remplace les troupes kurdes du PKK / YPG à la frontière avec la Turquie. Les forces armées du PKK / YPG, qui s’étaient  renommées  pompeusement “forces démocratiques syriennes” pour obtenir l’appui des États-Unis, seront dissoutes et intégrées à l’armée syrienne. Ces mesures sont suffisantes pour donner à la Turquie les garanties de sécurité dont elle a besoin. Elles empêcheront toute nouvelle invasion turque.

Le WashingtonPost  rapporte :

La Turquie a accepté jeudi un cessez-le-feu qui suspend sa marche vers la Syrie et interrompt temporairement une semaine de violents combats avec les forces kurdes, tout en permettant au gouvernement du président Recep Tayyip Erdogan de créer une zone tampon convoitée depuis longtemps au-delà de ses frontières.
L'accord, annoncé par le vice-président Pence après plusieurs heures de négociations, semblait laisser au chef de la Turquie l'essentiel de ce qu'il cherchait lorsque ses militaires ont lancé un assaut contre le nord-est de la Syrie il y a un peu plus d'une semaine : l'expulsion des milices kurdes syriennes de la frontière et la levée de la menace américaine d'imposer des sanctions à l'économie vulnérable de la Turquie.

Pence dit que la Turquie a accepté de faire une pause dans son offensive pendant cinq jours, alors que les États-Unis ont aidé à faciliter le retrait des forces dirigée par les kurdes, aussi appelées Forces démocratiques syriennes (SDF), d'une large bande de territoire allant de la frontière de la Turquie jusqu'à près de 20 miles au sud en Syrie. Après l’achèvement du retrait des Kurdes, l’opération militaire turque, commencée le 9 octobre, sera « complètement arrêtée », a déclaré M. Pence.

Le New YorkTimes  titre  faussement à la une : « Trump se dégonfle, le cessez-le-feu cimente les acquis de la Turquie en Syrie. »

L'accord de cessez-le-feu conclu avec la Turquie par le vice-président Mike Pence revient à une victoire quasi totale du président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui gagne du territoire, paie peu de pénalités et semble avoir manœuvré le Président Trump.
Le mieux que l’on puisse dire au sujet de cet accord est qu’il pourrait mettre fin aux tueries dans l’enclave kurde du nord de la Syrie. Mais le coût pour les Kurdes, alliés américains de longue date dans la lutte contre État islamique, est sévère : même des responsables du Pentagone sont désorientés quant à savoir où iraient les dizaines de milliers de Kurdes déplacés, qui doivent se diriger au sud de la frontière turco-syrienne. comme exigé par les accords - s'ils acceptent d'y aller, pour commencer. [...]
Les responsables militaires se sont déclarés étonnés d'apprendre que l'accord autorisait essentiellement la Turquie à annexer une partie de la Syrie, à déplacer des dizaines de milliers d'habitants kurdes et à anéantir des années de succès dans la lutte antiterroriste contre État islamique.”

Les États-Unis ne peuvent pas  « permettre à la Turquie d’annexer une partie de la Syrie ».Les États-Unis ne possèdent pas la Syrie. Il est complètement ridicule de penser qu’elle a le pouvoir de permettre à la Turquie d’annexer certaines de ses parties.

La Turquie ne « gagnera pas de territoire ». Il n’y aura pas de « corridor de sécurité » turc. Les civils kurdes des régions de Kobani, Ras al Ain et Qamishli n’iront nulle part. Les Turcs ne toucheront pas ces zones à majorité kurde car elles sont, ou seront bientôt, sous le contrôle du gouvernement syrien et de son armée.

Cette photo, prise hier, montre la frontière syro-turque traversant le nord de Kobani. L’armée syrienne en a pris le contrôle et a hissé le drapeau syrien. Il n’y a plus aucune force kurde là-bas qui pourrait menacer la Turquie.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Cavusoglu, a  confirmé  que la Turquie était d’accord avec les propositions du gouvernement syrien :

« La Russie “a promis que le PKK ou YPG ne se trouveraient pas de l'autre côté de la frontière“, a déclaré Cavusoglu dans une interview à la BBC. “Si la Russie, accompagnée par l'armée syrienne, retire des éléments des YPG de la région, nous ne nous opposerons pas à cela”. »

Même les Syriens, partisans opposés à leur gouvernement apprécient le stratagème :

Rami Jarrah @RamiJarrah - 12h53 UTC · 17 oct. 2019 :« Le ministre des Affaires étrangères de Turquie a répété une fois de plus que si la Russie et le régime syrien s’emparaient des zones frontalières, ils ne feraient pas d'objection, du moment que le PYD soit expulsé.
» Assad a eu l'opportunité la plus facile de saisir les terres depuis le début de la guerre. »

Ces mouvements ont été  planifiés  depuis le début. L’invasion turque dans le nord-est de la Syrie avait pour  but  de donner à Trump une raison de retirer ses troupes. Elle visait à pousser les forces kurdes à se soumettre enfin au gouvernement syrien. Dans les coulisses, la Russie avait déjà organisé le remplacement des forces kurdes par des troupes du gouvernement syrien. Elle a  coordonné  les mouvements de l’armée syrienne avec l’armée américaine. La Turquie avait convenue que le contrôle du gouvernement syrien serait suffisant pour apaiser ses craintes concernant une guérilla kurde et un proto-État kurde à sa frontière. Toute nouvelle invasion turque de la Syrie est donc inutile.

Le plan est gagnant pour tout le monde. La Turquie sera libre de toute menace kurde. La Syrie regagne son territoire. Les États-Unis peuvent partir sans autres problèmes. La Russie et l’Iran gagnent en prestige. Les Kurdes se prennent en charge.

Le  “cessez-le-feu” et le retrait des groupes armés kurdes de la frontière, qui auraient été  négociés  hier entre Pence et Erdogan, avaient déjà été décidés avant que les États-Unis n’annoncent leur retrait de Syrie.

Le journaliste chevronné Elijah Magnier a  écrit hier, avant les négociations des États-Unis avec les Turcs :

« Assad espère que la Russie parviendra à stopper l’avance turque et à en réduire les conséquences, peut-être en demandant aux Kurdes de se retirer à 30 km des frontières turques pour apaiser les inquiétudes du président Erdogan. Cela pourrait également convenir à l’accord Adana de 1998 entre la Turquie et la Syrie (zone tampon de 5 km au lieu de 30 km) et offrir la tranquillité à toutes les parties concernées. La Turquie veut s'assurer que le YPG kurde, la branche syrienne du PKK, est désarmé et contenu. Rien ne semble difficile à gérer pour la Russie, en particulier lorsque l’objectif le plus difficile a déjà été offert gracieusement : le retrait des forces américaines. »

Ce que Magnier décrit correspond exactement à ce sur quoi Pence et Erdogan se sont mis d’accord car cela faisait – depuis le début – partie d’un plan commun plus vaste.

Donald J. Trump @realDonaldTrump - 20:13 UTC · 17 oct. 2019 : « C'est un grand jour pour la civilisation. Je suis fier des États-Unis qui m'ont suivi dans ma démarche, nécessaire, mais quelque peu non conventionnelle. Les gens essaient de régler cette “affaire” depuis de nombreuses années. Des millions de vies seront sauvées. Félicitations à tous ! »

La question est maintenant de savoir si les États-Unis respecteront l’accord ou si la pression sur le président Trump sera si lourde qu’il  devra se retirer de l’accord. Les États-Unis doivent déplacer  toutes  leurs troupes du nord-est de la Syrie pour que le plan réussisse. Toute force américaine résiduelle, même petite et insoutenable, compliquera encore davantage la situation.

Le fait que les médias et les experts américains ont complètement mal interprété la situation est le symptôme d’un échec plus général. Anatol Lieven  décrit  ainsi le désordre de la stratégie américaine au Moyen-Orient :

« Ce modèle a ses racines dans la décadence du système politique américain et l'establishment politique domestique, y compris le pouvoir des lobbies et leur argent sur la politique des États-Unis dans des domaines clés ; le retrait des études régionales dans les universités et les groupes de réflexion, conduisant à une ignorance totale de certains des pays clés auxquels les États-Unis ont à faire ; l'obsession de soi, l'auto-satisfaction et la mégalomanie idéologique qui, dans chaque différend, amènent une part si importante de l'establishment et des médias américains à faire des États-Unis une force du bien absolu et de leurs opposants un mal absolu; et l'échec, – lié à ces trois syndromes, – d'identifier les intérêts vitaux et secondaires et de choisir entre eux. »

Seuls quelques réalistes, aux États-Unis, reconnaissent la réalité. Stephen Walt :

« L’essentiel: la solution à la situation en Syrie consiste à reconnaître la victoire d’Assad et à collaborer avec les autres parties intéressées pour y stabiliser la situation.Malheureusement, cette approche raisonnable, bien que peu savoureuse, est un anathème pour le “marais”de la politique étrangère, – démocrates et républicains confondus, – ses membres sont en train de rassembler les arguments habituels, usés jusqu'à la corde, pour expliquer pourquoi tout est de la faute de Trump et que les États-Unis n'auraient jamais dû retirer un seul soldat. »

Je suis confiant pour le moment que le DeepState sera contenu par Trump et que le plan  “Win-Win-Win” réussira. Erdogan se rendra bientôt en Russie pour discuter des prochaines étapes vers la paix en Syrie. Les discussions porteront sur un plan commun visant à libérer le gouvernorat d’Idleb sous contrôle djihadiste. Cette étape nécessitera peut-être un sommet entre le président syrien Bachar al-Assad et Erdogan, pendant lequel la Russie et l’Iran contribueront à faciliter la tâche.

Les États-Unis s’étant retirés du dossier syrien, de telles étapes vers la paix seront désormais beaucoup plus faciles.

The Moon of Alabama (traduction le Sakerfrancophone)

  • 20 octobre 2019 à 00:00

La folie d’Hillary

Par info@dedefensa.org

La folie d’Hillary

20 octobre 2019 – La dernière intervention d’Hillary Clinton, après un long silence, a provoqué des réactions nombreuses et pleines de désordres contradictoire. Voir par exemple celle du député Amash, qui juge l’intervention de Clinton au second degré et considère, lui, qu’elle agit comme si elle était « un agent de Trump » (“a Trump asset”). Plus classique par sa logique immédiate, et déjà perceptible dans les réactions, cette réaction d’un lecteur du texte de The Moon of Alabama sur ce sujet : 

« En quelque sorte, Hillary fait quelque chose de constructif pour la première fois de sa carrière, – en donnant un coup de pouce à Tulsi Gabbard, qui est le seul candidat à contester le complexe militaro-industriel, qui a probablement causé plus de morts et de destruction que n’importe quoi d’autre dans l'histoire. »

Dans ce même texte, The Moon of Alabama (MoA) désigne exactement le territoire psychologique qui convient lorsqu’il présente cette intervention par les simples mots (nullement sous forme de question) “Hillary Clinton est devenue folle” :

« The Democratic Party Should Suspend Hillary Clinton.
» Hillary Clinton has gone mad:
» Hillary Clinton appeared to suggest that Rep. Tulsi Gabbard (D-Hawaii) is the “favorite of the Russians” to win the 2020 presidential election and is being groomed by Moscow to run as a third-party candidate against the eventual Democratic nominee... [...] 
» “And that’s assuming Jill Stein will give it up, which she might not because she’s also a Russian asset,” Clinton added, referring to the 2016 Green Party presidential candidate. »

On comprend qu’on puisse considérer l’intervention de Clinton, avec tous ses effets catastrophiques évidemment prévisibles du point de vue des démocrates (du point de vue qui aurait dû être celui de Clinton), comme une sorte d’acte si déraisonnable qu’il indique un état pathologique grave de sa psychologie, – bref, oui, qu’“elle est folle”... Pourtant, l’enregistrement s’étant fait sur le podcast d’un homme d’Obama qui reste proche de l’ancien président (sur Campaign HQ, de David Plouffe), on peut admettre que cette démarche de Clinton a la soutien du groupe Obama et de ce qu’il représente dans le parti démocrate. Alors, sont-ils tous fous ? Cela fait beaucoup, pour une pathologie qui n’est pas directement, je veux dire biologiquement contagieuse.

Ainsi vais-je suivre une autre piste. L’hypothèse de “la folie” (au sens large et trivial qui est le sien, et non-scientifique, du terme) est toujours présente, mais sous une autre forme. L’hypothèse que je fais est la suivante : Hillary croit vraiment à ce qu’elle avance, que Stein et Gabbard sont effectivement des “Russian assets” (et Trump, le “Russian asset” en chef). Mueller n’a pas réussi, avec ses deux ans d’enquête, à le prouver malgré l’évidence, parce qu’il est débile, – ou peut-être bien qu’il est lui-même un “Russian asset”. D’ailleurs, la preuve suprême, c’est tout le Russiagate qui bourdonne depuis juillet 2016, que toute la compagnie progressiste-sociétale et la presseSystème ne cessent d’affirmer comme si c’était l’évidence même, simplement d’ailleurs parce que c’est l’évidence même. Hillary a été battue lors d’USA-2016 par un complot russe, – mais ouvrez donc vos yeux, à la fin !

Je crois que c’est pour cette raison de la conviction irrésistible, appuyée sur tant de preuves qui n’ont pas besoin d’être prouvées parce qu’elles sont évidentes, que Hillary est revenue sur le devant de la scène et alignant Gabbard et Stein dans sa ligne de mire. En un sens, elle réapparaît pour sauver conjointement et dans un même élan, le parti démocrate, la démocratie et la Grande République ; et, ce faisant, la politique des “guerres sans fin” et sans raison un peu partout. Et je crois aussi qu’autour d’elle on partage cette conviction, Bill parce qu’il a beaucoup à se faire pardonner, y compris ses escapades type-Epstein sur la podo-island, et, dans l’ombre, Obama lui-même parce qu’il les domine tous par son hybris, son narcissisme, sa suprématie absolument évidente (dite-“suprémacisme anglo-saxon”), son refus hautain et sans retour de l’intolérable évolution qui a vu la défaite de sa candidate et l’installation au pouvoir du clown, “Russian asset” en chef.

Ainsi ne s’agit-il pas du cas de “la folie d’Hillary” mais de la manifestation, au sommet du groupe progressiste-sociétal US, de cette folie collective que ce groupe a déclenchée lui-même pour galvaniser ses troupes, et dont il s’est naturellement convaincu qu’elle était une parfaite représentation de la réalité, – leur vérité-de-situation à eux, c’est-à-dire complètement invertie. Tout ce qu’ils ont inspiré, la presseSystème, Hollywood, les commentaires des élites-Système, la “zomblangue” pour dire la messe, tout cela leur est revenu en boucle, encore et encore, et ils ont fini évidemment par y croire complètement.

L’intervention de Clinton signale que ce groupe qui se tenait jusqu’ici sur une certaine réserve tout en conservant ses réseaux et ses capacités de manipulation, a décidé de passer à une phase beaucoup plus offensive devant l’incurie et les maladresses de leurs troupes du parti démocrate, leurs successeurs à la tête du parti, qui n’arrivent pas à stabiliser la situation à l’avantage de la progressiste-sociétale postmodernité.

Par conséquent, je prévois la très grande probabilité, dans le tourbillon crisique qui va s’accélérer jusqu’à la tempête catégorie 5 avec la destitution et les primaires, et selon l’hypothèse assez évidente pour mon compte que les manœuvres des démocrates en action (Pelosi & Cie) vont continuer à accumuler les avatars au milieu de leur grande offensive, qu’Hillary décide de revenir dans la circuit. Après tout, c’est une jeunette (71 ans) comparée aux Sanders et Biden (tous deux octogénaires en 2021), et du même calibre que Warren (70 ans), – Hillary est vraiment dans le coup, dans cette atmosphère où la conquérante jeunesse triomphe aux USA. Elle a tant d’expérience pour son âge, elle a tant d’autorité, elle est si complètement lé-gi-ti-me.

Enfin ! Elle ne va tout de même pas laisser parader ces “Russian assets” (Gabbard, Stein, Trump, et quelques autres croyez-moi), et laisser ainsi la Grande République se faire annexer par Poutine. Je suis presque sûr, je suis comme sûr qu’Hillary est prête à “faire don de sa personne” à l’Amérique, comme candidate estampillée SuperWoman sauvant l’Amérique. Cela promet encore plus que ne peux imaginer : la seule chose dont je suis sûr, c’est que je ne suis absolument pas sûr (known unknows de Rumsfeld) d’avoir la capacité de mesurer la vitesse et l’ampleur catastrophiques qu’acquerra ainsi le tourbillon crisique. 

Par ailleurs et ainsi Gabbard n’aurait-elle pas vraiment tort, dans tous les cas dans l’esprit de la chose si pas dans la compétition elle-même (si cette compétition des présidentielles USA-2020 a lieu d’ailleurs, puisqu’il y a tout ce qui peut survenir) : « Il est maintenant clair que cette primaire est entre vous [Clinton] et moi. »

  • 20 octobre 2019 à 00:00

Hillary vs  Tulsi, duel du siècle ?

Par info@dedefensa.org

Hillary vs Tulsi, duel du siècle ?

Ce serait, ce sera vraiment une drôle d’élection, USA-2020, à tous égards, quelque chose qui introduirait dans les affaires du monde un baril de poudre, une mèche allumé, des fous qui pensent à autre chose, la haine comme combustible principal de l’hôpital psychiatrique, avec les coucous qui cherchent désespérément leur nid. Prenez Tulsi Gabbard et Hillary Clinton : la première n’existe pas pour l’essentiel de la presseSystème non-US (interrogez donc un vrai “journaliste” français [ditto, de la presseSystème] à cet égard) et quand elle existe pour la presseSystème US, c’est comme marionnette de Poutine ; la seconde semblait ne plus exister du tout, comme une sorte de fantôme redoutable et écrasant, sinon irrésistible, de spectre gluant également, une Lady McBeth d’un autre temps.

Mais voilà que tout bascule, d’abord par le biais d’une interview qu’Hillary Clinton donne à l’ancien conseiller du président Obama, David Plouffe. Commentant la course à la nomination du parti démocrate, et notamment le quatrième débat entre les candidats, elle ditque, sans vouloir faire de prédictions bien entendu, en toute objectivité et toute honnêteté comme à son habitude, elle pense que « les Russes ont l’œil sur une personne qui est présentement parmi les candidats dans les primaires et qu’ils essaient de l’orienter pour qu’elle devienne une candidate indépendante[des deux principaux partis]. […] Elle est [cette personne] la favorite des Russes. » Clinton estime qu’ainsi, “cette personne” divisera les démocrates et fera élire Trump, qui est le favori des Russes finalement… Peut-être pourrait-on demander à Vlazdimir Vladimlirovitch de désigner directemet le prochain président, sans passer par des élections coûteuses.

Par ailleurs, dans la même interview largement présentée par WSWS.org qui, pour la première fois, parle assez longuement de Gabbard et montre à son égard une position plutôt ambiguë, Clinton désigne également et nommément Jill Stein, candidate pour “les Verts” en 2016, d’une façon absolument formelle comme un agent des Russes (“a Russian asset”), – donc en plus de “la personne” en question : « Cela est assumer que Jill Stein laissera tomber[une candidature en 2020], ce qu’elle pourrait ne pas faire parce qu’elle aussi est un agent russe. […] Oui, elle est un agent russe, je veux dire, complètement. Ils [les Russes] savent qu’ils ne peuvent gagner sans un troisième candidat indépendant. »

(Aparté qui-va-de-soi : Bien entendu, nul n’aura à l’esprit, et surtout pas les commentateurs des journaux de référence, d’avoir la méchante idée d’imaginer une seconde qu’Hillary Clinton barbote extraordinairement dans le “complotisme” le plus débridé, un “complotisme” à deux coups au mains, portant sur deux élections, sur les primaires, etc. ; et toujours, toujours, un “complotisme” contre elle, contre sa Sublime Personne, car ce qu’Hillary ne pardonne pas à Stein, c’est de lui avoir pris des voix lors du vote de novembre 2016, donc d’avoir permis à cet épouvantable Trump de se la payer comme on caresse le cul d’une escort girl. A cet égard de l’imagination obsessionnelle et du caractère narcissique, il est possible que Clinton mérite un traitement psychiatrique au moins aussi vigoureux que celui que les adversaires de Trump réclament pour Trump. Dans tous les cas, sa façon de mettre en cause Stein, d’une façon si diffamatoire, pourrait bien la mener devant les tribunaux, ce qui animerait un peu plus encore les bacchanales en cours…)

Revenons-en à Tulsi Gabbard, – puisqu’il s’agit principalement d’elle à notre estime, bien entendu, – pour observer le principal : elle a aussitôt riposté avec colère par le biais de son compte tweeter. La députée d’Hawaii, bête absolument-noire de tous les belliciste US et désormais quotidiennement accusée d’être “a Russian asset”, nous fait part de deux choses :

• “C’est vous, Hillary Clinton, la plus pourrie d’entre les pourries (et pourris) de la politique à Washington D.C., qui êtes derrière la campagne de diffamation qui tend à faire de moi une ‘marionnette du Kremlin’”.

• Au lieu de vous cacher, sortez au grand jour et annoncez enfin ce que vous avez en tête et préparez en secret : que vous êtes candidate pour la désignation du parti démocrate pour USA-2020.

Voici le texte des tweets du 18 octobre : 

« Super ! Merci Hillary Clinton. Vous, la reine des bellicistes, incarnation de la corruption et personnification de la pourriture qui a rendu le Parti démocrate malade pendant si longtemps, vous êtes enfin sortie de derrière le rideau où vous vous dissimuliez...
» Depuis le jour où j'ai annoncé ma candidature, il y a eu une campagne concertée pour détruire ma réputation. Nous nous demandions qui était derrière tout cela et pourquoi. Nous savons maintenant que c'était bien entendu vous, grâce à vos réseaux et à vos puissants alliés dans les médias de la presseSystème et le système de la sécurité nationale...
» Il est maintenant clair que cette primaire est entre vous et moi. Ne vous cachez pas lâchement derrière vos candidats faux-nez. Participez directement à la course. »

Cet accrochage d’une extrême violence montre que la campagne USA-2020 n’a pas encore révélé toutes ses potentialités explosives. Concernant le sort de Gabbard, on la croyait malheureusement, non pas éliminée mais neutralisée par l’appareil du parti démocrate et toute sa production de corruptions et de FakeNews, voire de DeepFuke (ce sont les termes qu’ils emploient ou qu’ils méritent). Or, la sortie d’Hillary nous montre au moins une chose.Le parti démocrate, dans son noyau même dont la pourriture-Clinton est la plus prestigieuse représentante et manipulatrice (surtout dans un parti démocrate qui ne sait qui se choisir, qui est déchirée entre divers clans et tendances, avec une évolution extrémiste constante, etc.), le parti démocrate donc a encore peur de Tulsi Gabbard, et même plus peur que jamais.

Une attaque comme celle de Clinton, qui compte beaucoup plus d’adversaires qu’elles ne croient, peut devenir un brevet d’honorabilité paradoxal pour Gabbard, voire la propulser parmi les personnalités les plus importantes de la campagne, de la façon que suggère Gabbard elle-même avec cette affirmation extrêmement audacieuse : « Il est maintenant clair que cette primaire est entre vous et moi ». On a de la peine à penser, selon ce qu’on connaît du personnage mesuré et maître de soi qu’est Gabbard, que cette phrase stupéfiante soit une sortie provocatrice sans aucune assise ni indice intéressant, – par exemple une sortie “à-la-Trump”… Ce n’est pas son genre, à moins qu’elle ait jugé qu’en cette circonstance, tenter un tel coup, avec une personnalité comme Clinton, c’était la sagesse tactique même pour la faire sortir de ses gonds et tenter effectivement de rafler USA-2020.

Quoi qu’il en soit, l’algarade furieuse entre les deux femmes conduit à plusieurs questions dont nous n’avons pas les réponses, qui sefvent de compléments à nos observations.

• Lorsqu’elle accuse Clinton d’être la manipulatrice en cheffe des attaques contre elle, Gabbard fait-elle seulement une supposition basée sur la seule interviewe, ou dispose-t-elle d’éléments plus concrets ?

• Son défi à Hillary est-il fondé ? (“Cessez donc de vous dissimuler derrière vos divers faux-nez qui font pour vous le travail de déblayage”, en d’autres mots « Participez directement à la course. ») Gabbard sait-elle quelque chose de précis sur les intentions d’Hillary ou bien tente-t-elle de la pousser à prendre une telle décision d’une façon irréfléchie, sous le coup de la colère et de la vanité blessée ?

Quoi qu’il en soit, on jugera justifié que Gabbard mette le paquet, notamment avec la phrase qu’un commentateur-zombie jugerait effectivement ahurissante : « Il est maintenant clair que cette primaire est entre vous et moi. » Le problème pour ceux qui seraient tentés d’expédier Gabbard d’un sourire méprisant avec la question “Pour qui se prend-elle ?”, c’est qu’on pourrait leur répondre avec une question également stéréotypée mais qui a toute sa place : “Qui m’a fait reine?”, puisque tout le monde ne cesse de l’accuser et de la dénoncer, Hillary Clinton en tête. 

C’est là finalement qu’est le nœud de l’intrigue de ces élections USA-2020 du côté démocrate : pourquoi tant d’attention est-elle accordée, tant d’efforts sont-ils déployés, contre une candidate (Gabbard) dénoncée de partout, bloquée dans des sondages calibrés pour la démolir, dénoncée comme “agent russe”, jugée hors-course avant que d’exister ? Au fait, ils finiraient par ouvrir une enquête contre Gabbard, quelque chose dans ce sens ; ils sont assez déments pour le faire. Nous verrions alors la campagne USA-2020 exploser de toutes parts, de toutes les façons, et sans doute s’amorcer les grandes cérémonies de l’enterrement de l’“Empire des Etats-Unis d’Amérique”.

Run, Tulsi, run...

 

Mis en ligne le 19 octobre 2019 à 13H56

  • 19 octobre 2019 à 00:00

L’honneur de notre civilisation : des chaises vides

Par info@dedefensa.org

 L’honneur de notre civilisation : des chaises vides

Vous avez sur l’estrade des intervenants le rapporteur spécial de l’ONU sur le torture Nils Melzer, avec deux adjoints. Une jeune femme présente ces trois personnes. Devant ces quatre personnes, les chaises attribuées aux journalistes puisqu’il s’agit d’une présentation faite à la presse. Selon un décompte qui semble correspondre à une vérité-de-situation, les journalistes étaient au nombre de quatre. Jusqu’ici, expose WSWS.org, un seul grand média a publié un article illustré d’une vidéo : RT.com le 16 octobre.

Ah oui ! Nous allions oublier le sujet : non pas une violence faite au meneur des manifestations à Hong-Kong ni l’arrestation d’un opposant à Moscou, mais l’exposé par un juriste internationalde très grande valeur des conclusions de l’enquête dont l’a chargée l’ONU à propos du régime de torture imposé depuis des mois dans une prison britannique à Julian Assange, en attendant sa très-probable extradition par Sa Très-Gracieuse vers les États-Unis.

Si les États qui font cela sont des monstres froids, notre civilisation qui refuse de voir cela est un monstre puant. Un seul souhait est possible chez toute personne raisonnable, mesurée et bienveillante : qu’elle crève enfin, notre civilisation qui pue la charogne...

Reconnaissons évidemment l’honneur de RT.com et celui de WSWS.org, car tout se passe comme s’ils avaient sauvé l’honneur de cette civilisation qu’ils n’aiment pourtant guère, et d’ailleurs si elle avait encore un honneur à sauver... Suivent quelques extraits du texte de WSWS.org, qui parle d'un boycott alors que nous parlerions plutôt de l'ahurissement dément d'une presseSystème zombifiée comme le reste.

« In a press briefing at the United Nations headquarters in New York on October 15, UN Special Rapporteur on Torture Nils Melzer restated his assessment that WikiLeaks’ publisher Julian Assange has been subjected to an unprecedented campaign of persecution that amounts to “torture.”
» The UN finding, first issued in May, and updated by Melzer at the briefing, should have provoked banner headlines in the major newspapers in the US, Britain and internationally.
» Melzer’s warnings carry the weight and authority of a UN official and an internationally-respected legal expert. They concern Assange, the world’s most famous persecuted journalist, who has done more than any publisher to expose the brutal realities of imperialist war, diplomatic intrigue and pervasive CIA surveillance.
» As it was, footage aired by the Russian-funded RT outlet showed a grand total of four people in the audience, surrounded by rows of empty chairs. To date, the RT article, and an accompanying video, appears to be the only report on the briefing by any media outlet in the world.
» If Melzer had been condemning the persecution of journalists in Iran, Russia, China, or another country in the crosshairs of US imperialism, he would have been surrounded by dozens of reporters from the New York Times, the Washington Post, the Guardian and other conduits for the intelligence agencies. They doubtless would have published stories, warning in sombre tones of an assault on the media and insisting on the necessity to defend press freedom.
» Because Assange is being targeted by the US government and its allies, including Britain and Australia, for his role in revealing American war crimes, the establishment media simply did not show up.
» The press boycott is all the more striking given that even corporate publications have acknowledged that if Assange is extradited from Britain to the US, it will establish a precedent for journalists anywhere in the world to be hauled before US courts for the “crime” of publishing true and newsworthy information that the American government sought to conceal.
» The New York Times and the Washington Post, moreover, have noted that the 17 Espionage Act charges that have been levelled against Assange by the Trump administration pose a direct threat to the US Constitution’s press freedom protections, and could be used against other publications in the future—including their own… »

 

Mis en ligne le 18 octobre 2019 à 11H26

  • 18 octobre 2019 à 00:00

“Éléments de langage” pour notre “zomblangue”

Par info@dedefensa.org

“Éléments de langage” pour notre “zomblangue”

18 octobre 2019 – Le quatrième débat des candidats démocrates à la désignation pour les présidentielles USA-2020 a vu l’installation dans l’emploi courant d’une expression intéressante dans le cadre de la nouvellement-nommée (par décret personnel), – “zomblangue” (*), d’une nouvelle expression que je trouve à l’instant délicieuse et significative. C’est la très-pétillante Caitline Johnstone qui, hier, note la chose. Il s’agit au départ de l’expression “talking points”, traduite en français par nos ardents “communicants” par l’expression délicate d’“éléments de langage”, adaptée aux nécessités de la Guerre pour la Vérité que mènent ces zombieSystème, – et cela donne “Kremlin talking points”, que vous traduirez aisément...

« Ce ne sont pas des théories de conspiration. Ce ne sont même pas des secrets. Ce sont des faits. Mais parce que ce sont des faits gênants, ils sont étiquetés “éléments de langage du Kremlin” par ceux dont le travail est de défendre le statu quo », nous explique Johnstone.

Le fait est qu’on retrouve l’expression “Kremlin talking points” dans des textes déjà anciens, et, par exemple, c’est déjà Johnstone qui notait cet emploi d’une manière détaillée le 2 mai 2018, à propos d’une remarque-tweetée évidemment infâme contre l’écologiste Jill Stein. Mais je parle ici, à son exemple dans son texte d’hier, de ce que je tendrais à considérer, du fait de la prolifération de l’expression dans les tweets, d’une institutionnalisation du procédé, une installation solennelle dans la zomblangue, un peu comme lorsque l’Académie Française décide d’approuver officiellement l’emploi d’un mot nouveau que la pratique impose.

Johnstone nous donne quelques éléments à cet égard, effectivement après le débat du 15 octobre où la chère Tulsi Gabbard a été laminée par la machinerie de la presseSystème malgré ses interventions courageuses et d’une fermeté incroyable, – tout ce qu’il faut pour ne pas réussir dans nos temps d’exception.

Quelques extraits du texte de Johnstone :

« In response to  a statement  during the Democratic primary debates by presidential candidate Andrew Yang that both Russia and the United States have engaged in election interference, liberal pundit Molly McKew  tweeted, “I now retract any vaguely nice thing I ever said about Yang knowing technology things because he answered the question on Putin with moral equivalency and a Kremlin talking point.”[...]
» Hawaii Congresswoman Tulsi Gabbard was also branded with the accusation of voicing “Kremlin talking points” for  remarks she made during last night’s debate. In her case those “talking points” consisted of the indisputable fact  that the bloodshed in Syria can be blamed on US politicians from both parties, and  the indisputable fact  that the US has  armed extremist militias  in that nation with  the goal of effecting regime change
» “Literally a Kremlin talking point, but whatever,”  tweeted #Resistance pundit Leah McElrath in response to Gabbard’s debate comments.
» “It is a fact that the Russian talking point for years has been that the United States arms al-Qaeda in Syria. Tulsi Gabbard just said it on national television,”  tweeted  journalist Scott Stedman.
» “How odd to listen to Tulsi Gabbard mouthing Syrian and Russian talking points on the Democratic debate stage…sorry but no one thinks US troops withdrawn by Trump were there as part of a ‘regime change war’ by the US,”  tweeted  Susan Glasser of CNN and ‘The New Yorker’. »

C’est intéressant, tout ça, outre l’aspect exotique de la connerie courante à très grande vitesse... Bien entendu, l’affaire est un accouchement direct du Russiagate, on s’en serait douté et il n’y a rien pour nous surprendre en quoi que ce soit. Mais il y a autre chose ; il y a cette remarque qu’il y a effectivement une sorte de langage de plus en plus marqué, défini, extrêmement précis, – bien entendu, il s’agit de la “zomblangue” déjà signalé (*). Eh bien, je ne trouve pas que ce soit un très bon signe pour les zombieSystème, mais tout au contraire un signe d’essoufflement.

(On reconnaît dans mon propos l’extrême pessimiste du sort du Système qui devient optimiste en ne cessant de traquer les signes d’effondrement de la chose. On ne se refait pas... Pour autant, chassez ces étiquettes que je ne saurais lire, – “pessimiste”, “optimiste”, – puisqu’une seule chose compte au-delà des humeurs du caractère : Delenda Est Systemum.)

Effectivement, lorsqu’une entreprise de subversion dont le modus operandi est l’apparence extrêmement marquée et fondamentale pour donner du naturel à la chose, de la non-organisation, de la non-institutionnalisation, se voit au contraire conduite à l’organisation et à l’institutionnalisation, c’est le signe d’un fonctionnement qui est en train de se vicier, de perdre sa nature même. Les différents agents, dits “défenseur du statu-quo” par Johnstone, sont conduits à des réflexes conditionnés d’imitation les uns les autres, dans le cadre parfaitement identifié (notamment par Johnstone) de la folie-bouffe humaine ; cela implique qu’ils ne disposent plus d’une sorte d’inspiration venue du facteur fondamental, cette création diabolique (au sens précis) inspirant d’en-dessous les individus sans laisser penser à une complicité et à une conformation.

Comprenez-moi bienb même si je semble mle répéter, il faut que cela ait l’air naturel, venu sans aide extérieure de leurs pensées individuelles. S’il y a une structuration, – et dans ce cas, ce que je nomme la zomblangue en est une, – et que cette structuration est mise à jour par certaines plumes accusatrices, c’est que cette subversion a tombé le masque et commence à apparaître pour ce qu’elle est. C’est le signe de sa mort annoncée.

« Mes chers frères, n'oubliez jamais, quand vous entendrez vanter le progrès des Lumières, que la plus belle des ruses du Diable est de vous persuader qu'il n'existe pas ! », écrivait fameusement Baudelaire. L’acte que nous pouvons détailler aujourd’hui de l’institutionnalisation de la subversion en une zomblangue qui mériterait une Académie, constitue la mise en échec de « la plus belle des ruses du Diable ».

Salut à Caitline Johnstone.

 

Note

(*) C’est vrai, ça... A l’imitation de la “novlangue” de Orwell, je proposerais de réunir leur façon de parler, – avec leurs tangentes, leurs signes de reconnaissance, leurs points de couardise, de lâcheté, de faiblesse quasi-caoutchouteuse du caractère, de trouille absolument colossale ou d’hystérisation constante de la psychologie, – sous le néologisme très postmoderne de “zomblangue”. Sa composition est aisément compréhensible. Je reviendrais bien volontiers sur ce cas, un de ces jours d’inspiration.

  • 18 octobre 2019 à 00:00

Les Kurdes au risque du PC

Par info@dedefensa.org

Les Kurdes au risque du PC

 

Le premier texte ci-dessous, après notre présentation et nos commentaires, nous dit des choses intéressantes. Après tout lorsque l’auteur nous parle, à propos des gens (en général de confession musulmane, mais n’en parlons pas trop) qui avaient rejoint Daesh-1 et qui rejoindront Daesh-2 (puisqu’il s’agit bien de cela), de tels opprimés rejoignant ce qui est défini en théorie comme « un projet de résistance et de vengeance pour des milliers d’individus humiliés, détruits, lessivés dans un monde uniformisé et occidentalo-centré devant l’éternel », ce n’est pas si mal parlé. Cela pourrait même s’appliquer au Gilets-Jaunes (qui ne sont pas tous de confession musulmane, mais n’en parlons pas trop). Enfin, il y a des choses de ce genre dans ce texte, qui méritent considération et même approbation.

On retiendra la façon tranchée et justifiée avec laquelle est condamnée l’interventionnisme américaniste (et cela en pleine activité avant Trump, – soit GW Bush et Obama, – Trump montrant désormais plutôt une tendance au freinage sinon au désengagement). Notons les phrases significatives : 

« L’ingérence américaine et ses retraits successifs inconscients des territoires investis sont les deux mamelles de la diplomatie américaine et n’ont eu de cesse de provoquer le chaos. » [...]
« Et force est de constater que les annonces successives, depuis des années, du départ des soldats américains de zones de conflit perpétuelles, cycliques ou ponctuelles, de l’Afghanistan à l’Irak en passant par la Syrie ou la Libye, ne font que favoriser le retour de la menace puissance dix. »

Tout cela, pour nourrir un texte qui nous annonce :

1) le chaos total dans la zone kurde qui est l’objectif de l’invasion turque, avec la suggestion qu’il pourrait bien y avoir un massacre des Kurdes en conséquence ;

2) l’émergence très probable sinon acquise d’un Daesh-2, puisque les Kurdes ne pourront plus remplir leur « rôle de geôliers bien confortables pour nous. Mais sans moyen et abandonnés par les Occidentaux, les camps de combattants étrangers, comme de femmes et d’enfants et mineurs livrés à eux-mêmes, venus rejoindre la terre de Chams depuis cinq ans étaient devenus des mourroirs. Ils pourraient devenir des accélérateurs pour accéder au paradis

Or, que se passe-t-il d’autre qui aurait dû être mentionné et analysé dans dans ce même texte, et qui ne l'est pas ?

1) Pas un seul mot des Russes, qui ont tout réglé dans cette affaire comme la chose apparaît de plus en plus évidente, qui pénètrent dans la zone kurde avec bénédiction sinon prière des forces US qu’ils remplacent, qui sont prêts à soutenir les forces syriennes et kurdes avec un appui-air si nécessaire, qui ont déjà mis en place un système de contrôle aérien (sorte de “no-fly-zone”) avec un premier F-16 turc qui, aventuré dans ces airs contrôlés, a dû prendre la fuite devant l’arrivée d’un patrouille de Su-27 russes. 

2) Quelques mots sont dit des forces syriennes, sous la forme d’expression englobant les lettres “b-a-c-h-a-r” sous la forme d’un nom ou d’un composé, et dans les quatre cas suivants qui suggèrent que ces forces pourraient bien être des massacreuses en puissance des Kurdes : 
• « Les Kurdes syriens des YPG sont dans une mauvaise passe et les sacrifiés de l’histoire immédiate, coincés entre le marteau turc et l’enclume bachariste, leur ancien ennemi avec qui ils viennent toutefois de conclure un accord pour survivre » ;
• « Car non seulement, c’est faire le jeu d’une Turquie, déjà accusée depuis 2014 de faciliter les choses à l’État islamique, pendant que nous nous battions à la fois contre lui [l’EI] malgré l’écran de fumée bachariste qui commettait tout autant de crimes humains contre sa propre population » ;
• « Deuxièmement, la déstabilisation du nord de la Syrie renvoie autant la question du sort non réglé de Bachar el Assad que l’agressivité sans limite de la politique néo-ottomane d’Erdogan » ;
• « Pourquoi ne doit-il plus rester comme seul alliés des Kurdes que l’armée de Bachar el Assad, leur ancien ennemi, avec qui ils viennent de conclure un accord de protection ? »

... Peut-on justifier sérieusement un tel jugement, sur la situation syrienne : « La Syrie, restabilisée après l’effondrement de Daech 1 en 2018, pourrait, avec la nouvelle décision suicidaire du président américain, rebasculer dans le chaos. Et le Rojava, pour les Kurdes des YPG qui ont été nos alliés indéfectibles dans ce combat contre l’hydre djihadiste, disparaître purement et simplement, abandonné par les Occidentaux, les Nations unies, les Américains et le monde » ? L’auteur, spécialiste des questions de terrorisme, et Daesh précisément, a-t-il examiné cet aspect des choses ci-après, ou bien les a-t-il seulement à l’esprit ?

1) l’action contre Daesh et les autres djihadistes, exceptionnellement efficace, des Russes (depuis septembre 2015) et de l’armée syrienne (Assad, please) rétablie dans des capacités opérationnelles également exceptionnelles dès cette époque ; et aussi, l’action des Iraniens, nullement mentionnés dans le texte, et du groupe Hezbollah, inscrit aux abonnés absents sinon pour être qualifié de terroriste par les États-Unis et leurs suiveurs-zombies du bloc-BAO. Tout le monde informé, et notre auteur par conséquent, ne devrait-il pas savoir que ces diverses forces ont assuré largement, disons 80% de la destruction de Daesh, tandis que la “coalition”, essentiellement au service des USA, ne semblait avoir comme mission essentielle que de contrecarrer l’action des susdites diverses forces ci-dessus, et de répéter en chœur “Assad Must Go” ?
2) la situation des Kurdes aujourd’hui, « abandonné par les Occidentaux, les Nations unies, les Américains et le monde » ? Comment peut-on émettre une telle affirmation, tout comme de qualifier de “suicidaire” la décision de Trump, dont le contingent n’avait aucune capacité de résister aux Turcs, ses alliés de l’OTAN, et de trancher que tout va “rebasculer dans le chaos” ? Comment peut-on avancer que « l’armée turque [va] régler le sort des Kurdes » alors que les Kurdes sont désormais sous la protection de l’armée syrienne et sous l’ombrelle aérienne des Russes ? N’y a-t-il pas une certaine contradiction, née d’une passion outrancière qui brouille le jugement et cloisonne les choses pour vous protéger des contradictions, entre “massacre” et “protection”, dans ces deux phrases successives : « Que dire aussi de ceux qui vont regarder inconscients le massacre des Kurdes par un pays non arabe et indirectement complice des Occidentaux ? Pourquoi ne doit-il plus rester comme seul alliés des Kurdes que l’armée de Bachar el Assad, leur ancien ennemi, avec qui ils viennent de conclure un accord de protection ? »
3) La phrase de conclusion, qui suit les deux phrases précédentes, – « Merci, Monsieur Trump, pour l’apocalypse annoncée », – nous paraît un peu courte et un peu leste. Il y aurait d’autres personnes à consulter, de Bush à Obama, de Blair à Fabius, de madame Clinton à la maison des Saoud, et tant d’autres, et tant d’autres, qui firent bien mieux que The-Donald.

Et ainsi de suite... Certes, ce texte, répétons-le, a des aspects intéressants, et il en aurait encore bien plus s’il s’était attardé à la phrase cité en premier lieu. Ce « projet de résistance et de vengeance pour des milliers d’individus humiliés, détruits, lessivés dans un monde uniformisé et occidentalo-centré devant l’éternel », ce n’est certainement pas Daesh, que ce soit le n°1 ou le n°999 ; parce que, d’une part, Daesh est essentiellement une création financée et armée du conglomérat USA-Arabie, champion de ce « monde uniformisé et occidentalo-centré », comme toutes les activités djihadistes depuis la lumineuse idée de Brzezinski, de juillet 1979, d’activer contre l’URSS en Afghanistan une guérilla djihadiste (c’était alors les moudjahidine, ou “freedom fighter” selon la traduction-Reagan, financés et équipés par la CIA et l’Arabie) ; parce que, d’autre part, il n’y a pas que les musulmans-djihadisés à être ces « individus humiliés, détruits, lessivés dans un monde uniformisé et occidentalo-centré devant l’éternel », – il existe même nombre de “mâles blancs de plus de 50 ans” qui sont dans ce cas...

Mais nous comprenons fort bien ce qui se passe. Les phrases employées dans le texte pour désigner le gouvernement légal de la Syrie, son président et son armée (“enclume”, “écran de fumée”, “sort non réglé”, “seul allié... ancien ennemi”) ressortent totalement du langage PC (Politiquement-Correct, et non Parti-Communiste, quoique...). Ces expressions, employées par un universitaire, pourraient l’être par une Catherine Fourest, un Cyril Hanouna, un Romain Goupil, un Laurent Fabius, c’est-à-dire tous ces personnages du show-business et de l’entertainment touchés par l’affectivisme et par le goût de marcher droit comme d’autres le sont par la Grâce. Elles le sont aussi par des personnalités qui font œuvre sérieuses et même “scientifiques”, où paraît-il l’objectivité est de rigueur, – mais la rigueur “objective” dans ce cas est bien celle des exigences-PC, qu’elles soient consciemment assumées ou inconsciemment acceptées.

Outre ce que ces expressions “fortes” nous disent de la force de caractère des personnes en question, de leur probité intellectuelle et de quelques autres traits de cette sorte, elles conduisent nécessairement à des analyses complètement faussaires à partir de problèmes fondamentaux qui sont souvent correctement identifiés, en faisant de leurs utilisateurs même de très haute compétence technique des complices avérés même si inconscients pour certains. Elles sont des constituants puissants de la tragédie d’inversion qui affecte l’intelligence occidentale et, d’une façon plus générale, la modernité et la civilisation qui s’en réclame. Elles sont des signaux très-forts (au contraire des “signaux-faibles” par quoi on reconnaît la possibilité d’une radicalisation d’un individu plus ou moins barbu et ainsi de suite) qui indiquent la certitude de la montée au paroxysme de la GCES, cette crise de l’effondrement accéléré du Système qui s’est fondé sur l’outil du suprémacisme anglo-saxon, qui s’alimente à l’utilisation extensive du simulacre, et qui entend embrigader sous ses couleurs arc-en-ciel toutes les communautés de toutes les couleurs possibles dans le but d’une homogénéisation générale, ce fameux « monde uniformisé et occidentalo-centré devant l’éternel » dont nous étions avertis bien des décennies avant l’apparition fantomatique et programmé de Daesh-1.

Après le texte (sur RT-français le 14 octobre), qui a été l’objet du commentaire ci-dessus, de Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques, chercheur Moyen-Orient relations euro-arabes/terrorisme et radicalisation, enseignant en relations internationales, auteur de Daech la suite (éditions de l’Aube), nous plaçons le texte de The Moon of Alabama (MoA) du 16 octobre 2019 (voir une version française sur Le Sakerfrancophone) donnant un compte-rendu complet de la situation dans la région kurde de Syrie. Le titre original de Boussois est : « La malédiction kurde et le sacrifice de l’Histoire : Daesh 2 est en marche » ; le titre original de MoA est : « How The Win-Win-Win-Win Plan For Syria's Northeast Succeeds ». On mesurera le contraste entre les deux.

dedefensa.org

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Daesh-2 est en marche

Les Kurdes syriens des YPG sont dans une mauvaise passe et les sacrifiés de l’histoire immédiate, coincés entre le marteau turc et l’enclume bachariste, leur ancien ennemi avec qui ils viennent toutefois de conclure un accord pour survivre. L’ingérence américaine et ses retraits successifs inconscients des territoires investis sont les deux mamelles de la diplomatie américaine et n’ont eu de cesse de provoquer le chaos.

La métaphore pourrait faire sourire, si elle n’avait pas des conséquences dramatiques dans les terrains que les Américains, lassés de situations inextricables, préfèrent déserter militairement que trouver des solutions politiques durables. Et force est de constater que les annonces successives, depuis des années, du départ des soldats américains de zones de conflit perpétuelles, cycliques ou ponctuelles, de l’Afghanistan à l’Irak en passant par la Syrie ou la Libye, ne font que favoriser le retour de la menace puissance dix.

Et les Kurdes sont bien les sacrifiés de la grande Histoire. Car la nature a horreur du vide et l’internationale djihadiste, même affaiblie, va ressurgir avec plus de violence encore et de détermination. Damas et Ankara auront au moins un temps un ennemi commun. L’histoire du djihadisme depuis quarante ans l’a prouvé : il profite des failles identitaires et des dissensions géopolitiques régionales des États. Nous finissons parfois par ne même plus savoir qui doivent être nos alliés pour défaire nos ennemis, à supposer que les premiers ne soient pas aussi finalement les seconds. Maintenant ou demain. Après 18 ans de guerre, et le déplacement de GI’s américains sous Obama, l’Afghanistan n’a jamais été autant sous contrôle des Talibans, et les négociations et discussions récentes sous égide qatarie entre Américains et islamistes ont une fois encore achoppé. L’Irak n’est pas à l’abri d’un nouveau basculement et la force des milices chiites pro-iraniennes n’a pas fini de jouer la carte de la déstabilisation, soutenu par un Iran en crise. La Syrie, restabilisée après l’effondrement de Daech 1 en 2018, pourrait, avec la nouvelle décision suicidaire du président américain, rebasculer dans le chaos. Et le Rojava, pour les Kurdes des YPG qui ont été nos alliés indéfectibles dans ce combat contre l’hydre djihadiste, disparaître purement et simplement, abandonné par les Occidentaux, les Nations unies, les Américains et le monde. Un communiqué laconique du 7 octobre du coordinateur humanitaire de l’ONU pour la Syrie se contentait de constater : «Nous nous préparons au pire. Nous ne savons pas ce qu'il va se passer.» 

Auréolée d’un fort prestige à l’international, la cause kurde a toujours touché le monde pour sa résilience unique. Particulièrement celle des combattants révolutionnaires kurdes de Turquie qui se battent depuis des décennies pour leur indépendance alors que l’étiquette de terroristes n’a de cesse de leur coller à la peau depuis qu’Ankara les as estampillés comme tels et enfermé en prison leur leader charismatique Abdullah Öcallan. Par peur de la contagion, Ankara s’est toujours méfié des Kurdes syriens à ses frontières. Malgré tout, et alors que leurs voisins ont obtenu davantage d’autonomie, ils ont résisté coûte que coûte et continuent à représenter pour la Turquie une menace existentielle. Alors qu’ils disposent d’une certaine autonomie dans le nord de la Syrie et au Kurdistan irakien, la peur d’une création ex-nihilo d’une zone internationale kurde pouvant regrouper les trois entités auto-proclamées indépendantes n’a jamais été toléré par le pouvoir turc. Or, l’invasion du nord de la Syrie, évacué des Américains, par l’armée turque représente un danger bien plus grand pour la région que pour la simple Turquie erdoganiste. Et pour le monde.

Car premièrement, c’est lancer un bien mauvais signe à des alliés qui nous ont aidé par la force et la détermination des Pechmergas à éradiquer Daech 1 et ne favoriser que l’émergence d’un Daech 2. La réaction de Donald Trump minorant le rôle des Kurdes dans l’effondrement de l’Etat islamique et surjouant le génie américain et l’excellence et satisfaction du travail bien accompli est la preuve que ces derniers n’étaient que des pions coincés entre des intérêts impériaux divergents : «We did our job perfectly», tweetait le président américain le 10 octobre 2019. Dans le même temps, laisser l’armée turque régler le sort des Kurdes pose un cas de conscience universelle que les Nations unies porteront longtemps comme un fardeau de complicité et de lâcheté dans un monde ou le multilatéralisme s’effondre. Car non seulement, c’est faire le jeu d’une Turquie, déjà accusée depuis 2014 de faciliter les choses à l’Etat islamique, pendant que nous nous battions à la fois contre lui malgré l’écran de fumée bachariste qui commettait tout autant de crimes humains contre sa propre population.

Deuxièmement, la déstabilisation du nord de la Syrie renvoie autant la question du sort non réglé de Bachar el Assad que l’agressivité sans limite de la politique néo-ottomane d’Erdogan. Turquie toujours membre de l’OTAN donc manifestement alliée tout de même à l’administration américaine.

Troisièmement, les Kurdes jouaient le rôle de geôliers bien confortables pour nous. Mais sans moyen et abandonnés par les Occidentaux, les camps de combattants étrangers, comme de femmes et d’enfants et mineurs livrés à eux-mêmes, venus rejoindre la terre de Chams depuis cinq ans étaient devenus des mourroirs. Ils pourraient devenir des accélérateurs pour accéder au paradis. Les camp d’Al Hol et de Derik, sont devenus le symbole et un exutoire confortable, notamment pour les gouvernements européens incapables de prendre leurs responsabilités afin de rapatrier leurs concitoyens radicalisés pour les juger sur leurs propres sols. Sans compter les centaines d’enfants nés en Syrie dans le malheur, qui n’ont rien demandé à personne et qui sont élevés dans la haine des mécréants dès leur plus jeune âge. Tant de familles européennes ont exigé en vain leur retour pour essayer de les sauver. Au pire, les plus faibles, femmes et enfants, risquent la mort face aux attaques turques. Au mieux, les plus vaillants des camps de Roj, Aïn Issa et Qamishli s’enfuiront pour poursuivre leur combat et essayer de rejoindre Idlib, l’actuel bastion d’irréductibles djihadistes.

Quatrièmement, la déstabilisation en cours dans le nord de la Syrie renvoie désormais aussi à ceux qui se satisfaisaient de la chute de Rakka le parfum d’un doute sur leurs profondes convictions matinées de naïveté lorsqu’ils brandissaient le drapeau de la liberté pendant que le noir et blanc était enterré… provisoirement. Alors Daech est mort, vive Daech ? Non puisque le Rojava kurde sur le point de s’effondrer va rouvrir une brèche, que le chercheur belge Rik Coolsaet considère comme une fenêtre d’opportunité pour reprendre la lutte.

Un rapport du conseil de sécurité des Nations unies estimait déjà le 15 juillet 2019, que, en tout et pour tout, près de 30 000 combattants de Daech 1 étaient emprisonnés ou s'étaient évaporés dans la nature en Syrie et en Irak : «Parmi ceux qui se sont rendus au prétendu "califat", 30 000 pourraient être encore en vie et leurs projets resteront une préoccupation au niveau international dans les années à venir. Certains rejoindront peut-être Al-Qaïda ou d’autres groupes terroristes qui pourraient apparaître. D’autres deviendront des dirigeants ou des agents de radicalisation, notamment dans les prisons s’ils sont effectivement poursuivis en justice par des États membres qui ne sont pas en mesure de faire face à ce problème dans leur système pénal.» Voilà qui est prometteur pour notre sécurité, alors même qu’une bonne partie d'entre eux pourraient au moins croupir dans nos prisons plutôt que d'être dispersés. Or, depuis la chute de Rakka le 18 octobre dernier 2018, les appétits comme la détermination des djihadistes enfermés dans les camps tenus par les Kurdes n’attendaient que la fuite pour reprendre les armes ou la mort en martyrs. Les camps du Kurdistan syrien n’étaient qu’une zone de transit pour des milliers de combattants qui rêvaient aussi de rejoindre d’autres terres de djihad.

Enfin, de nouvelles vocations sont déjà en train d’émerger dans l’inconscient djihadiste universel. Car certains n’osaient franchir le cap et il est plus que probable que dans la tête de milliers de jeunes à la dérive, un fort sentiment de frustration, de haine et de déception se soit emparé de leur esprit depuis la chute de Daech 1, a eu le temps d'essaimer par un phénomène de franchises dans plus de 40 pays. Pire : l’Etat islamique, qui a survécu plus que vécu trois ans, pourrait rapidement basculer dans le registre des grands mythes du monde arabo musulman qu’il faut ressusciter à tout prix contre l’arrogance et la folie occidentale. Quels que soient les moyens, quelle que soit la durée. Car une idéologie ne meurt jamais. Elle se diffuse de manière insidieuse et ne peut plus être arrêtée. Comme un virus sans remède adéquat. Le projet de Califat sur la Syrie et l’Irak n’était pas un projet nihiliste. C’était un projet effroyable, mais c’était un projet de résistance et de vengeance pour des milliers d’individus humiliés, détruits, lessivés dans un monde uniformisé et occidentalo-centré devant l’éternel : pour le moment on parle d’une armée potentielle de 12 000 âmes et … 120 000 sympathisants prêt à ressusciter le califat. Que dire aussi de ceux qui vont regarder inconscients le massacre des Kurdes par un pays non arabe et indirectement complice des Occidentaux ? Pourquoi ne doit-il plus rester comme seul alliés des Kurdes que l’armée de Bachar el Assad, leur ancien ennemi, avec qui ils viennent de conclure un accord de protection ? Merci, Monsieur Trump, pour l’apocalypse annoncée.

Sébastien Boussois

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How The Win-Win-Win-Win Plan Succeeds 

The Syrian and Russian operations in the northeast of Syria are going well.

Russian troops prevented attempts by Turkish supported Jihadis to attack Manbij. Russian and Syrian units now also entered Ayn al-Arab/Kobani. Syrian government troops took control of the electricity producing dam in Tabqah and some units set up posts in Raqqa. Other units entered the Conoco and Al-Umar oil fields north of Abu Kahmal and east of Deir Ezzor. Some local tribe which profited from the oil explorations there held a small protest against the return of government control.

The Turkish controlled Jihadis made little progress. Mostly Kurdish fighters are preventing them from expanding from the area they are informally allowed to hold. The Turkish command has called up more irregular 'rebel' troops including Jihadis from Jaish al-Islam who had once controlled Ghouta in the east of Damascus. They had been transported to Idleb after their defeat. A  video  shows them on a bus traveling through Turkey to reinforce the Turkish attack.

The Russian air force in Syria is preventing the use of the Turkish air-force in support of the Turkish attacks. Yesterday a Turkish F-16 entered Syrian air space but retreated when some Russian fighters appeared to hunt for it.

The U.S. is continuing its retreat from northeast Syria. Yesterday a video by a Russian journalist showed the inside  of one of a camps  that U.S. troops had hastily left. There was still food on the table and the Cokes in the fridge were still cold. The view was a bit embarrassing. Today the U.S. bombed a U.S./French military base in Kharab' Ashaq near the Lafarge cement factory shortly after its troops had left it. The likely intent was to prevent more embarrassing pictures.

Turkey still insists on a corridor of some 20 kilometers depth to prevent a PKK build up in the area near its border. At that depth Turkey would occupy the M4 highway which is a main economic corridor in the northern area. Under the  Adana agreement  from 1998 Turkey is allowed to make temporary incursions at the border up to a depth of 5 kilometer to fight any PKK concentration. Anything beyond that infringes on Syria's sovereignty and can not be tolerated.

Under the same treaty Syria is obligated to prevent any PKK camps or training areas in Syria. The U.S built 'Syrian Democratic Forces' are nothing but the PKK with a few drafted Arabs mixed in. The SNC will soon be dissolved into the Syrian Arab Army and the autonomous Kurdish administration will be removed. All that will alleviate the Turkish concerns and remove its justification for any occupation of Syrian land.

The mainstream borg is up in arms that Turkey uses Jihadis to attack their beloved anarcho-marxist PKK terrorists group. They have conveniently forgotten the history of the U.S. war on Syria, its  arming of those Jihadis  and its pampering of al-Qaeda.

The U.S. did not betray the Kurds any more than it betrayed Turkey and the Jihadis which the Obama administration armed throughout the war. Those were also U.S. 'allies' that were left hanging. Raina Khalek made a good video narrative  that debunks much of the false Syria narrative the main stream media is now using.

To prevent Congress from putting harsh sanctions on Turkey, President Trump issued his own milder ones that will not do any harm to Turkey's economy. He has also sent Vice President Pence to talk with President Erdogan. It is just a bit of show to limit the fall out from the Turkish operation.

Everyone involved recognizes that this is a win-win-win-win situation. Erdogan could show that he was fighting against the PKK terrorists and prevented their attempts to become a proto-state. Trump could hold his campaign promise of removing U.S. troops from useless foreign interventions. Syria regained its northeast and the important economic resources of that area. Russia gained global prestige and additional influence in the Middle East.

Everyone is happy but the PKK Kurds. They are the  biggest losers  of this game but only in the sense that they are back to where they started. They had entered into a cooperation with the U.S. to eliminate ISIS. When that was done they got greedy and tried to rule over Arab land. It was always an unsustainable situation. After the defeat of ISIS the U.S. had no strategic reason to further pamper them. Only some wannabe imperialists in Washington DC and in Israel were urging to continue the relation.

There are signs that the series of events was preplanned and somewhat coordinated. There were intensive talks between Russia and Turkey and many phone calls between Trump and Erdogan. There were also talks we do not know about. Syrian and Russian troops were ready to enter the northeast.

It is likely that the plans of these actors extend beyond the northeast and include a solution for the Jihadi controlled Idleb governorate. It will be the next area where some surprising co-operations are likely to happen.

Added: This Trump  answer  to a question about Syria makes much sense.

The Moon of Alabama

  • 17 octobre 2019 à 00:00
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