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Les dix activités incontournables à faire en Irlande

Les champs et les collines verdoyantes ont donné à l'Irlande son surnom d'« île d'Émeraude ». Néanmoins, avec près de 3 200 kilomètres de côtes, de rivières et de lacs, l'État insulaire est également inondé de bleu. Cette nature encore préservée s’accompagne d'anciens châteaux, de villages historiques et de pubs animés par la musique traditionnelle. Voici la meilleure façon de découvrir ce coin coloré de l'Europe.

 

ADMIRER LA CÔTE SAUVAGE DEPUIS L'OCÉAN

Sur un peu moins de 2 600 kilomètres, la Wild Atlantic Way est une route qui longe la côte ouest et serpente entre divers sites préhistoriques, phares et criques. La péninsule de Dingle est l'un des meilleurs endroits pour s'imprégner de la beauté sauvage de la région, en particulier depuis l'océan. 

Les excursions en petits groupes dans des embarcations pneumatiques organisées par Dingle Sea Safari permettent d'observer de près la faune marine, non loin des îles Blasket, un archipel inhabité depuis 1953 et connu pour ses « Cathedral Rocks », de gigantesques rochers. À proximité, les baies de Brandon et de Tralee, séparées par la flèche de sable de Maharees, sont propices à la plongée, tandis que la forte houle de Castlegregory attire les surfeurs, expérimentés ou non.

 

APPRENDRE L'HISTOIRE DE L'ÎLE GRÂCE AUX ALGUES

Les criques rocheuses du sud-ouest regorgent d’algues qui révèlent un pan méconnu de l'histoire irlandaise. « Pendant le Carême, lorsque les gens ne pouvaient pas manger de viande, ils descendaient sur ces côtes pour se procurer du nori, ou sleabhac, car il est riche en protéines », explique Kerryann O'Farrell d’Atlantic Irish Seaweed, dont les guides organisent des promenades éducatives sur les algues comestibles au port de Derrynane. Dans le comté de Kerry, Sneem Seaweed Baths soutient les prétendus bienfaits thérapeutiques des plantes marines et propose des bains chauffés dans un tonneau de whisky en bois avec vue sur la baie de Kenmare.

(À lire : les algues sont-elles l’aliment de demain ?)

 

SIROTER DU VRAI WHISKY IRLANDAIS

Dans les années 1800, Dublin était le premier producteur mondial d'« eau de vie », ou uisce beatha en irlandais. Celle-ci fait depuis peu son grand retour avec cinq nouvelles distilleries dans la ville, dont Roe and Co, où des dégustations permettent aux visiteurs de goûter différents whiskys, d'apprendre comment ils sont fabriqués et de s'essayer à la préparation de cocktails.

Au Musée du whisky irlandais, découvrez l'histoire de ce spiritueux. Puis, rendez-vous au Whiskey Palace, situé à l'intérieur du Palace Bar. Ouverte en 1823, cette institution de Fleet Street était la préférée d'écrivains comme Flann O'Brien. Aujourd'hui, on y sert plus de 400 whiskys, et le Palace Bar a même sa propre marque.

VISITER UNE ÎLE OÙ L’ON PARLE LE GAÉLIQUE IRLANDAIS

Située à un peu plus de 12 kilomètres au large de la côte sud, Cape Clear Island (Oileán Chléire) fait partie des Gaeltacht, régions où l’on parle en majorité le gaélique irlandais, que l'on trouve dans sept comtés et sur certaines îles. Il est possible d’y accéder grâce aux Cape Clear ferries, qui partent de Baltimore et passent devant le phare du Fastnet Rock, haut de près de 53 mètres, construit au sommet d'un minuscule rocher en mer.

À Cape Clear Island, l'ancienne école de filles abrite aujourd'hui l’Heritage Centre qui présente des expositions sur l'histoire et la culture maritimes de l'île. Et ne passez pas à côté de la crème glacée au lait de chèvre de chez Cléire Goats.

VOYAGER EN SUIVANT UN COURS D’EAU

La rivière Suir était autrefois l'une des principales voies de transport du comté de Tipperary. Aujourd'hui, la Suir Blueway, longue de 53 kilomètres, est l'une des trois « blueways » homologuées d'Irlande, c’est-à-dire des voies navigables dédiées à l'exploration. Vous pouvez participer à une excursion et naviguer le long de châteaux et sous des ponts de pierre, de Cahir à Carrick-on-Suir.

Vous pourrez également emprunter le chemin de halage restauré, long d’un peu moins de 21 kilomètres, qui s'étend de Clonmel à Carrick-on-Suir et passe par des cabanes de pêcheurs, des berges couvertes de fleurs sauvages et les vergers de pommes de Bulmers Cider, également connu sous le nom de Magners. À proximité, à Cashel, passez la nuit à l’hôtel historique Cashel Palace et visitez l’Apple Farm de Cahir, une exploitation familiale depuis 1968, où vous pourrez acheter des tartes et des chips fabriquées à partir de la variété locale Elstar.

 

FLANER DANS LE QUARTIER DE WESTEND, À GALWAY

Si Shop Street et Eyre Square attirent les foules, le quartier de Westend, de l'autre côté de la rivière Corrib, est l'âme de la ville. Imprégnez-vous de l'ambiance bohème dans des endroits comme Bell Book and Candle, une mine d’or de livres et de vinyles neufs et d'occasion ; le Flea Style Market, un marché aux puces mensuel à l'intérieur du Galway Arts Centre ; et le Crane Bar, qui accueille certains des meilleurs joueurs de violon et de bodhrán traditionnels de la ville.

Des visites guidées réalisées par des habitants vous révèleront l'histoire des origines de la bague de Claddagh. La balade gourmande de deux heures et demie vous permettra de découvrir les points forts de cette destination gastronomique émergente, où des restaurants innovants comme Kai proposent du crabe d'Aran servi avec du chou-rave et des œufs de poisson.

 

FAIRE UNE PROMENADE EN KAYAK SOUS LES ÉTOILES

L'Irlande regorge de lieux de premier choix pour faire du kayak, mais une balade nocturne peut montrer la nature sous un jour unique, déclare Jim Kennedy, d’Atlantic Sea Kayaking, qui emmène de petits groupes dans la baie de Castlehaven, dans le comté de Cork. Là, les kayakistes éteignent leurs lampes de poche et contemplent les étoiles par nuit claire ou, parfois, la bioluminescence de la baie.

Les sons de la nature se font plus intenses, du hululement de la chouette effraie au bavardage de la loutre. « Nous utilisons les kayaks comme un moyen d’entrer en contact avec la nature », explique Jim Kennedy. « Il se passe tellement de choses avec les cieux et l'obscurité. »

(À lire : Finlande, un week-end idéal à Punkaharju, au cœur de la région des lacs)

 

TENIR UNE POSITION DANS UN STUDIO DE YOGA SOUTERRAIN

Les galeries de Marble Arch , situées dans les comtés de Fermanagh et de Cavan, constituent le plus long réseau de grottes connu d'Irlande du Nord et font partie des Géoparcs mondiaux UNESCO. Pendant quelque 360 millions d'années, l'eau a sculpté ces grottes de calcaire, ce qui en fait une attraction touristique très prisée depuis le 19e siècle. Aujourd'hui, un cours de yoga d'une heure, dispensé à près de 50 mètres sous terre, permet de découvrir en toute intimité les paysages et les sons souterrains.

Ensuite, explorez les lacs Upper et Lower Lough Erne, parsemés de nombreuses îles, où vous pourrez monter à bord d'un bateau jusqu'à l’île de Devenish, un site monastique et un ancien grand port, dont les ruines remontent au 12e siècle.

FAIRE UNE RANDONNÉE LE LONG DE LA CÔTE DE L'IRLANDE DU NORD

Ouvert au public en 1902, le circuit de randonnée Les Gobbins d'Islandmagee, long de presque 5 kilomètres, est accroché à des falaises spectaculaires et emprunte des ponts édouardiens au-dessus de vagues déferlantes. Une visite guidée de quatre heures avec Islandmagee SUP permet d'explorer les grottes des falaises Seven Sisters et d’observer la nidification des macareux qui a lieu de mai à septembre. Ensuite, vous pourrez reprendre des forces à Kings Road, situé à Whitehead, avec du thé en vrac et des kombuchas signature de Craft Tea Brew Co. de Belfast, accompagnés d’un petit-déjeuner anglais.

 

GARDER UN PHARE

Great Lighthouses of Ireland propose un guide des phares les plus remarquables du pays. Celui de Saint John's Point, l'un des plus éloignés, se dresse à l'extrémité d'une étroite péninsule dans le comté de Donegal, avec vue sur la baie et le comté de Sligo. Passez la nuit à Clipper ou Schooner, les anciennes résidences des gardiens de phare et faites l'expérience de la solitude en veillant sur le phare. Naturellement, le lieu ne dispose pas de Wi-Fi, alors détendez-vous et lisez un livre au coin du feu, ou explorez le cap au lever du soleil.

Venise : découvrez la librairie la plus originale du monde

Quand Luigi Frizzo a loué la propriété dans laquelle il a établi sa librairie, on l’a averti que la zone pourrait être sujette aux inondations à cause de sa proximité avec l’eau, et la montée du niveau de la mer à Venise, en Italie. C’est de là qu’il a tiré son inspiration pour le nom de son établissement : Acqua Alta, marée haute en italien.

En plus de ce nom original, Luigi Frizzo s’est également montré proactif pour protéger ses plus de 400 000 livres, dont des premières éditions publiées il y a plus d’un siècle, et a créé une infrastructure résistante aux inondations. Il a décidé de stocker des centaines d’ouvrages dans des baignoires et des gondoles, moyens de transport à travers les étroits canaux vénitiens depuis le 11e siècle.

Si vous l’ignoriez, Acqua Alta se trouve à près d’un kilomètre et demi de la place Saint-Marc, la place publique principale de Venise. Étant l’une des zones les plus basses de Venise, elle est facilement inondée mais seule une marche de neuf minutes sépare Saint-Marc de la fameuse librairie. Les visiteurs arrivent en passant par Calle Lunga Santa Maria Formosa, dans le quartier de Castello, une rue étroite où un panneau élève la Libreria Acqua Alta au rang de « plus belle librairie du monde ».

Les visiteurs de la librairie auront le loisir d’observer les évolutions en matière d’infrastructures apportées après l’inondation de 2019, l’une des pires de l’histoire de Venise. L’eau a dépassé de presque deux mètres le niveau de la mer.

Aujourd’hui, des gondoles et des baignoires ont été posées sur de grandes tables en bois afin de protéger les biens les plus précieux de la menace que pose la montée des eaux. Bien qu’elles soient à l’origine là en tant que mesure préventive, les gondoles sont vite devenues des figures emblématiques pour des millions de personnes et ont participé à faire connaître la Libreria Acqua Alta à travers le monde. Ses escaliers sont, par exemple, l’un des lieux les plus photographiés de tout Venise.

« J’ai d’abord créé l’escalier comme moyen de stocker mes encyclopédies. J’avais déjà mis des livres dans la cour, où les deux grandes fenêtres ne pouvaient pas être ouvertes et j’ai commencé à déplacer les encyclopédies dans le jardin pour créer ce qui aller devenir l’escalier », explique Luigi Frizzo. Le propriétaire de quatre-vingt-deux ans est originaire de Trissino, petit village de la région de Vento, au nord de l’Italie.

Il ajoute : « je n’aurais jamais imaginé que ce que je considérais uniquement comme une solution pratique connaîtrait un tel succès. »

 

JE L’AI VU SUR TIKTOK !

En 2002, la Libreria Acqua Alta a ouvert, un lieu pour que les locaux puissent se réunir et profiter d’une sélection éclectique de livres, de l’art vénitien à l’histoire de la république de Venise, en passant par des romans et des bandes-dessinées dans lesquels Venise a une place centrale.

La librairie abrite également des livres de seconde main et des livres anciens, comme une première édition de Le Fiale, un recueil de poèmes écrit par le poète italien Corrado Govoni. Cette rare trouvaille, loin des yeux des clients, a été publiée à Florence en 1903 et est aujourd’hui estimée à 1 500 euros.

Comme beaucoup de villes européennes, Venise n'échappe pas au surtourisme, et sa popularité va croissant sur les réseaux sociaux, comme Instagram et TikTok. La librairie a surfé sur la vague de ce phénomène et on retrouve désormais des milliers de vidéos sur TikTok ainsi que des hashtags sous des plus de 50 000 publications Instagram.

À l’entrée de la librairie, sous le signe proclamant que la Libreria Acqua Alta est la plus belle librairie du monde, les touristes font la queue et progressent lentement vers l’entrée. La file les entraîne près d’une gondole qui se trouve au cœur du bâtiment, puis des baignoires abandonnées pleines de magazines, de piles de livres rares et vieux. Leur chemin croise également celui de Dominique, la chatte de la librairie.

C’est un pèlerinage de dizaines de touristes vers la librairie, avec comme destination finale sa terrasse, où, après une attente pour monter l’escalier de livres, ils ont l’occasion de photographier la rivière Tetta. L’endroit est très prisé sur les réseaux sociaux.

Si Venise tente de pallier le surtourisme et de taxer les voyageurs qui ne dorment pas sur place, la librairie continue d’accueillir les foules. Elle a, selon Diana Zanda, responsable de la librairie depuis 2023, adopté des règles pour organiser le trafic.

« Nous demandons au groupe de dix personnes ou plus de nous appeler en avance », dit-elle. « Quant à l’escalier, nous avons dû demander à un employé de la librairie de dire aux visiteurs de ne pas rester plus de quelques minutes s'ils souhaitent simplement prendre une photo. Cela aide à faire avancer la queue plus rapidement. » Diana Zanda explique que la librairie reçoit chaque jour entre 2 000 et 5 000 visiteurs.

« La plupart sont des touristes qui viennent parce qu’ils ont vu quelque chose sur Instagram ou bien une vidéo de notre librairie sur TikTok », ajoute la responsable. Une cliente se joint à la conversation : « Oui, je vous ai vus sur TikTok ! »

 

LES LIBRAIRIES, ATTRACTIONS TOURISTIQUES

Jorge Carrión est l’auteur de Librairies – Itinéraires d’une passion, un livre qui explore l’importance des librairies en tant qu’espaces culturels et intellectuels, ainsi que leur rôle au sein des communautés. Jorge Carrión croit que, depuis 2013, des lieux tels que la Libreria Acqua Alta ne sont plus de simples librairies mais ont évolué et sont devenus des attractions touristiques populaires.

« Le tourisme culturel, comme tous les tourismes, a commencé à changer en 2010, avec l’émergence d’Instagram. À cette époque, un nouveau type d’attraction touristique a fait son apparition. Un tourisme qui est vite devenu viral et qui encourageait la circulation des selfies. Et TikTok n’a fait qu’amplifier cette mode », explique l’auteur.

Il poursuit : « Jusqu’à il y a quinze ans, les librairies ne faisaient pas partie de ce jeu et elles sont à présent au nombre de quatre : El Ateneo Grand Splendid à Buenos Aires, Lello à Potto, Shakespeare and Company à Paris et la Libreria Acqua Alta. Ce ne sont pas les meilleures, mais ce sont les plus photogéniques. »

Mais alors, comment Acqua Alta reste-t-elle à flots dans une ère où les visiteurs sont plus intéressés par les selfies que par les livres uniques que proposent les boutiques ?

Ils sont nombreux à acheter des marque-pages, des cartes postales, des calendriers, des magnets et autres souvenirs mais ce sont aussi les ventes de livres de seconde-main, des éditions qui ne sont plus imprimées et d’autres trouvailles rares qui aident cette librairie à survivre.

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Comment la nature a inventé l’œil

« Si vous demandez aux gens à quoi servent les yeux des animaux, ils vous répondront : à la même chose que chez les humains. Mais c’est faux. Totalement faux. » Dans son laboratoire de l’université de Lund (Suède), Dan-Eric Nilsson contemple les yeux d’une cuboméduse. Lui en a deux, bleu clair, dirigés vers l’avant. La cuboméduse en a vingt-quatre, marron foncé, regroupés en quatre structures – les rhopalies. Nilsson me montre un modèle de rhopalie : on dirait une balle de golf où des tumeurs auraient poussé. Une tige la relie à la méduse. « La première fois que j’en ai vu, je n’en croyais pas mes yeux, dit Nilsson. Elles avaient l’air vraiment bizarre. »

Quatre des six yeux de chaque rhopalie sont de simples fentes ouvrant sur un puits pour détecter la lumière. Mais les deux autres sont très complexes : comme les yeux de Nilsson, ils possèdent un cristallin qui concentre la lumière et forme des images, quoiqu’à basse résolution. La cuboméduse figure parmi les animaux les plus frustes : une masse gélatineuse et palpitante, avec quatre faisceaux de tentacules urticants et un simple anneau nerveux en guise de cerveau.

De quelles informations peut-elle avoir besoin ? À quoi peuvent lui servir ses yeux ? En 2007, Nilsson et son équipe ont démontré que la cuboméduse Tripedalia cystophora utilise ses yeux à lentilles inférieurs pour repérer des obstacles – les racines de la mangrove où elle nage, par exemple. Il leur a encore fallu quatre ans pour découvrir le rôle des yeux à lentilles supérieurs. Premier indice : grâce à un poids flottant situé à la base de la rhopalie, l’œil supérieur regarde toujours vers le haut. S’il détecte des taches foncées, la méduse sent qu’elle nage sous le couvert de la mangrove (où elle peut trouver les petits crustacés à manger). Si la lumière est plus vive, cela signifie qu’elle s’est éloignée au large, et risque de mourir de faim.

Le règne animal compte une variété d’yeux quasi infinie : certains ne voient qu’en noir et blanc, d’autres distinguent la totalité de l’arc-en-ciel (et même des formes de lumière indiscernables pour l’œil humain) ; certains ne perçoivent pas la provenance de la lumière, d’autres détectent une proie qui court à des kilomètres de distance. Les plus minuscules, sur la tête d’une micro-guêpe, sont aussi petits qu’une amibe ; les plus gros, chez des calmars géants, ont la taille d’une grande assiette. L’œil du calmar, comme le nôtre, fonctionne à la façon d’un appareil photo. Un seul cristallin y concentre la lumière sur une seule rétine. Et la rétine est tapissée de photorécepteurs (des cellules qui absorbent les photons et changent leur énergie en signal électrique). En revanche, l’œil de la mouche est un œil composé – ou « à facettes ». Il répartit la lumière sur des milliers d’unités indépendantes, dont chacune a sa propre lentille et ses propres photorécepteurs.

Les yeux humains, comme ceux de la mouche et du calmar, sont fixés par paire sur la tête. Mais la coquille Saint-Jacques a des rangées d’yeux le long de son manteau ; l’étoile de mer en a au bout des bras ; et le corps de l’oursin pourpre fait office d’unique gros œil. Il y a des yeux dotés de lentilles bifocales, d’autres pourvus de miroirs, et même des yeux capables de regarder simultanément en haut, en bas et sur le côté.

Une telle diversité a de quoi déconcerter. Tous les yeux détectent la lumière, et la lumière se comporte de manière prévisible. Mais elle a de multiples usages. Elle traduit l’avancée du jour, la profondeur de l’eau, la présence d’ombre. Elle se réfléchit sur les ennemis, les partenaires et les abris. La cuboméduse s’en sert pour trouver des pâturages sans danger. Nous, humains, l’utilisons pour scruter un paysage, interpréter les expressions faciales et lire ces phrases. La diversité des tâches dévolues aux yeux n’a d’autre limite que la générosité de la nature. Pour comprendre comment ils ont évolué, les scientifiques doivent donc examiner leurs structures, mais aussi comment les animaux les utilisent.

Il y a environ 540 millions d’années, la vie s’est brusquement diversifiée sur la Terre. C’est ce qu’on appelle l’explosion cambrienne. Les ancêtres de la plupart des classes d’animaux modernes sont apparus à ce moment-là. Et nombre de ces précurseurs ont laissé des traces fossiles. En passant certaines empreintes très
bien conservées au microscope électronique à balayage, des scientifiques ont pu reconstituer leur anatomie intérieure, yeux compris, et restituer la façon dont ils voyaient le monde.

« J’étais stupéfaite, se souvient Brigitte Schoenemann, de l’université de Cologne. Nous pouvons même calculer le nombre de photons qu’ils pouvaient capturer. »

Ces créatures disposaient déjà d’yeux complexes. Nous n’avons aucune trace de leurs précurseurs, plus simples. L’étude des fossiles ne nous dit pas comment des animaux aveugles ont soudain pu voir leur environnement. Voilà un mystère qui troublait Charles Darwin.

« Supposer que l’œil, avec tous ses dispositifs inimitables [...], pourrait avoir été formé par sélection naturelle, semble, je l’avoue sans mal, absurde au plus haut degré », écrit-il dans L’Origine des espèces (traduction de Thierry Hoquet, Seuil, 2013). Mais il fournit la solution dès la phrase suivante : « Cependant, la raison me dit que si l’on peut montrer qu’il existe de nombreuses gradations depuis un œil parfait et complexe jusqu’à un œil très imparfait et simple, chaque degré étant utile à son possesseur ; si, de plus, l’œil varie tant soit peu et que les variations sont héritées, ce qui est certainement le cas, et si toute variation ou modification dans l’organe peut éventuellement être utile à un animal sous des conditions changeantes de vie, alors notre difficulté à croire qu’un œil parfait et complexe peut être formé par sélection naturelle, bien qu’insurmontable pour notre imagination, ne peut plus être considérée comme réelle. »

De fait, des animaux actuels illustrent chaque étape intermédiaire possible entre les taches photosensibles primitives du ver de terre et les yeux perçants de l’aigle. Nilsson a même montré que les premières pouvaient devenir les seconds. Le zoologiste a réalisé une simulation en laboratoire. Elle commence par une petite plaque de cellules vivantes photosensibles pigmentées. À chaque génération d’une année, la plaque épaissit. Elle s’arrondit lentement, passant d’une forme de feuille à une forme de coupe. Puis elle acquiert un cristallin grossier, qui s’améliore peu à peu. Même avec les hypothèses les plus pessimistes, en comptant que l’œil ne progresse que de 0,005 % par génération, il ne faudrait que 364 000 ans à la simple plaque pour devenir un organe pleinement fonctionnel, comparable à un appareil photo. Un clin d’œil, en termes d’évolution.

Toutefois, les yeux simples ne sont pas qu’une étape. Ils répondent aux besoins des utilisateurs. Chaque bras de l’étoile de mer est doté d’un œil, qui ne perçoit ni les couleurs, ni les détails, ni les objets rapides. Mais elle ne chasse pas des lapins en pleine course. Elle a besoin de repérer les récifs coralliens pour rentrer tranquillement chez elle. Ses yeux en sont capables. Pas besoin d’élaborer de mécanisme plus performant. « Au cours de l’évolution, les yeux ne sont
pas passés de la médiocrité à la perfection, souligne Nilsson. Ils sont passés de l’exécution parfaite de quelques tâches simples à l’exécution excellente d’un grand nombre de tâches complexes. » Le zoologue suédois a intégré ce concept dans un modèle qui retrace l’évolution de l’œil en quatre étapes. Chaque stade se définit, non par ses structures physiques, mais par ce qu’il permet aux animaux de faire.

Première étape : mesurer l’intensité de la lumière ambiante, pour évaluer le moment de la journée ou la profondeur où se situe l’animal dans l’eau. Un unique photorécepteur y suffit. L’hydre, une cousine de la méduse, ne possède pas d’yeux. Mais son corps est équipé de photorécepteurs qui commandent ses cellules urticantes, peut-être pour réagir aux ombres créées par le passage de victimes potentielles.

Deuxième étape : les photorécepteurs gagnent une protection (en général, un pigment foncé). Ce pigment bloque la lumière issue de certaines directions. Les animaux savent ainsi d’où elle vient. Cette représentation à un seul pixel n’est pas encore une véritable vision. Elle suffit toutefois à s’approcher d’une source lumineuse ou de s’en éloigner afin de gagner un refuge sombre.

Troisième étape : dorénavant dotés d’un bouclier, les photorécepteurs forment des groupes, et chaque groupe s’oriente de façon légèrement différente. L’animal peut alors assimiler des informations sur la lumière venue de plusieurs directions et se forger une image de son environnement. À cette étape, la détection de lumière devient réellement la vision, et les faisceaux de photorécepteurs deviennent de véritables yeux. De quoi trouver un habitat adapté (pour l’étoile de mer) ou éviter les obstacles (cuboméduse).

Quatrième étape : c’est ici que l’évolution des yeux – et de leurs porteurs – décolle vraiment. Le cristallin apparaît : cette lentille concentre la lumière. La vision devient nette et détaillée. « Quand on arrive à la quatrième étape, la liste de tâches est infinie », souligne Nilsson. Cette flexibilité fut peut-être l’une des étincelles
qui provoquèrent l’explosion cambrienne. Tout à coup, les confrontations entre prédateurs et proies (jusqu’alors limitées à renifler, goûter et toucher de très près) purent se dérouler à distance. Une sorte de course aux armements s’engagea : les animaux se mirent à grossir, à devenir plus mobiles, à développer des coquilles défensives, des épines dorsales, des cuirasses. Les animaux et leurs yeux ont évolué en parallèle. Toutes les structures élémentaires de la vision qui existent aujourd’hui étaient déjà présentes au Cambrien. Mais leur élaboration a suivi des chemins extraordinairement variés, et toujours pour réaliser des tâches spécialisées.

Le mâle de l’éphémère semble avoir un énorme œil composé, collé au-dessus d’un plus petit : le oremier sert à repérer dans le ciel les silhouettes des femelles en vol. Le quatre-yeux, un poisson, a scindé ses deux yeux : une moitié demeure au-dessus de la surface, scrutant le ciel, l’autre guette proies et menaces dans l’eau. Et l’œil humain ? Il est plutôt rapide, décèle bien les contrastes, et seuls les rapaces bénéficient d’une meilleure résolution. Bref, un bon œil multitâche pour l’animal le plus polyvalent.

Les yeux ont-ils évolué en une seule fois ou à de nombreuses reprises ? Ernst Mayr, biologiste de l’évolution allemand, affirmait que les yeux avaient entre quarante et soixante-cinq origines indépendantes. Il s’appuyait sur leur grande diversité de formes. Walter Gehring, biologiste du développement suisse, penchait pour une évolution unique. Il avait découvert qu’un même gène, Pax6, commande le développement de l’œil chez presque toutes les créatures.
Les deux hommes avaient raison. Les yeux véritables de la troisième étape ont effectivement évolué en plusieurs fois à partir de leurs précurseurs plus simples de la deuxième étape.

Par exemple, la cuboméduse a développé les siens indépendamment des mollusques, des vertébrés et des arthropodes. Mais les systèmes optiques de tous ces organismes sont des développements des mêmes détecteurs de lumière rudimentaires de la première étape. Tous les yeux de tous les êtres vivants utilisent les mêmes éléments de base : les opsines (des protéines qui constituent la base moléculaire de tous les yeux) et les chromophores (des molécules capables d’absorber l’énergie d’un photon). Les opsines travaillent toujours en association avec un chromophore.

Comment ? Un photon arrive. Le chromophore en absorbe l’énergie et, rapidement, se déforme en conséquence. L’opsine qui lui est associée est alors obligée de se déformer à son tour. Cette transformation engendre toute une série de réactions chimiques, qui se termine par un signal électrique.

Il existe des milliers d’opsines différentes, mais toutes appartiennent à la même famille. Il y a quelques années, Megan Porter, aujourd’hui à l’université de Hawaii à Manoa, a comparé les séquences de presque 900 gènes qui codent ces protéines dans l’ensemble du règne animal. Conclusion : toutes les opsines sont nées d’un ancêtre commun, puis se sont diversifiées en un gigantesque arbre généalogique.

La mère de toutes les opsines n’a pas surgi du néant. L’évolution a improvisé les premières opsines à partir de protéines qui fonctionnaient moins comme un capteur de lumière que comme une horloge. Ces protéines se fixaient à la mélatonine, une hormone qui régule l’horloge biologique de vingt-quatre heures chez beaucoup d’organismes. Puisque la mélatonine est détruite par la lumière, s’il n’y en a plus, c’est peut-être que les premiers rayons de l’aube arrivent. Bien sûr, on ne peut recourir qu’une seule fois à cet indicateur. Une créature qui sent l’aube arriver grâce à la mélatonine doit en recréer sans cesse. Les chromophores couplés aux opsines ne posent pas ce problème. S’ils changent de forme en absorbant la lumière, ils peuvent facilement revenir en arrière. Résultat, quand les protéines liées à la mélatonine (les ancêtres des opsines) ont muté, elles sont soudain devenues des capteurs de lumière réutilisables. Les premières opsines étaient nées. Elles étaient si efficaces que l’évolution n’a jamais rien trouvé de mieux.

Par la suite, elle s’est contentée de créer des variations sur ce même thème. Les choses sont différentes pour les autres composants de l’œil. Prenez le cristallin. Il est presque toujours composé de cristallines, des protéines qui améliorent la vision en concentrant la lumière sur les photorécepteurs. Au contraire des opsines, les cristallines n’ont en commun que le nom. Des groupes d’animaux différents ont développé leur propre type de cristallines de façon indépendante, en récupérant des protéines ayant des rôles très divers, sans rapport avec la vision. Mais toutes étaient stables, faciles à stocker et capables de fléchir la lumière – l’idéal pour former le cristallin.

Les lentilles les plus étranges de la nature n’ont pas du tout de cristallines. Ce sont celles du chiton (ci-dessus), un mollusque marin à la coquille ovale, formée de plaques articulées. Ces plaques sont parsemées de centaines de petits yeux de la troisième étape, avec chacun sa propre lentille. Les lentilles sont composées d’un minéral, l’aragonite, que les chitons assemblent à partir de molécules de calcium et de carbonate présentes dans l’eau de mer. Autrement dit, cet animal a élaboré un moyen d’affiner sa vision en regardant à travers une roche. Quand leurs lentilles minérales s’érodent, les chitons en fabriquent tout simplement de nouvelles.

Les opsines, le cristallin et tous les autres composants de l’œil témoignent du bricolage improvisé de l’évolution. Celle-ci invente sans cesse de nouvelles fonctions pour des matériaux déjà existants, et fabrique des structures complexes à partir de structures simples. Mais l’évolution ne prévoit rien. Quand elle
s’engage sur une voie, elle ne peut plus repartir à zéro. C’est pourquoi ses œuvres sont toujours entachées d’imperfections. Dan-Eric Nilsson n’est guère impressionné par les yeux à facettes.

Leur structure, composée de nombreuses unités répétitives, limite inéluctablement la résolution visuelle. Pour qu’une mouche voie avec la même résolution qu’un humain, son œil devrait mesurer 1 m de diamètre. « Les insectes et les crustacés ont prospéré malgré leurs yeux composés, et non pas grâce à eux, remarque Dan-Eric Nilsson. Ils se seraient bien mieux débrouillés avec des yeux de type appareil photo. Mais l’évolution ne l’a pas compris. L’évolution n’est pas intelligente. »

« Les yeux des insectes ont une résolution temporelle beaucoup plus rapide, nuance Eric Warrant, également de l’université de Lund. Deux mouches peuvent se pourchasser à une vitesse phénoménale, et voir jusqu’à trois cents éclairs lumineux par seconde. Nous, nous avons de la chance si nous en voyons cinquante ! » L’œil de la libellule lui offre un champ visuel à quasiment 360°. Quant au grand sphinx de la vigne (ci-dessus), ses yeux sont si sensibles qu’il perçoit encore les couleurs à la seule lumière des étoiles. « À certains égards, notre vision est meilleure, mais, à maints égards, elle est moins bonne, estime Eric Warrant. Aucun œil n’est plus performant sur tous les plans. »

Les yeux humains, qui marchent comme un appareil photo, ont leurs propres problèmes. Exemple : notre rétine est conçue à l’envers. Les photorécepteurs se situent derrière un lacis de neurones, comme si on plaçait les fils électriques d’un appareil photo devant l’objectif. Le faisceau de fibres nerveuses doit aussi passer à travers un trou dans la couche des photorécepteurs pour gagner le cerveau. C’est pourquoi nous avons un point aveugle. Ces défauts n’ont aucun avantage : ce ne sont que des bizarreries de l’histoire de notre évolution.

Nous avons élaboré des moyens de contourner les problèmes. Notre rétine recèle de longues cellules qui jouent le rôle de fibres optiques, en canalisant la lumière
à travers les neurones, vers les photorécepteurs. Et notre cerveau est capable de compléter les détails manquants du point aveugle.

Mais il y a des problèmes que nous ne savons pas éviter. Par exemple, il arrive que notre rétine se décolle du tissu sous-jacent, entraînant la cécité. Cela n’arriverait pas si les neurones se trouvaient derrière les photorécepteurs et les maintenaient en place. Comme chez la pieuvre et le calmar. L’évolution ne suit pas de projet. Elle improvise au fur et à mesure. Et elle fait parfois demi-tour. La complexité des yeux s’accorde aux besoins : si ces besoins régressent, les yeux aussi. La plupart des oiseaux et des reptiles voient la couleur grâce à quatre types de photorécepteurs en cônes, dont chacun possède une opsine sensible à une couleur différente. Mais les mammifères descendent d’un ancêtre nocturne qui avait perdu deux de ces cônes (sans doute parce que la vision des couleurs est moins importante la nuit, et parce que les cônes sont plus efficaces en plein jour).

La plupart des mammifères continuent à voir le monde à travers une palette limitée. Les chiens ne possèdent que deux cônes – l’un sensible au bleu, et l’autre, au rouge. Mais des primates ont en partie compensé cette perte en développant un nouveau cône sensible au rouge. C’est ainsi qu’un monde de rouges et d’oranges auparavant invisible s’est ouvert à nos ancêtres, qui ont alors peut-être pu distinguer les fruits mûrs des fruits verts. Les mammifères marins, eux, ont délaissé le cône bleu en devenant aquatiques. Nombre de baleines ont aussi perdu le cône rouge. Elles n’ont que des photorécepteurs en bâtonnets, excellents pour percer les ténèbres des grands fonds, mais inutiles pour voir la couleur. Si les avantages de la vue se réduisent à zéro, certains animaux perdent les yeux, comme le tétra aveugle, un petit poisson d’eau douce. Au Pléistocène, quelques-uns nagèrent dans des grottes profondes, où les yeux étaient inutiles.

Leurs descendants cavernicoles devinrent aveugles, et l’ancien emplacement des yeux s’est recouvert de peau. Ces dégénérescences se sont produites parce que l’élaboration et la conservation des yeux nécessitent beaucoup d’énergie. Voilà pourquoi les animaux n’ont pas d’yeux supérieurs à leurs besoins, et les perdent facilement s’ils n’en ont plus l’usage. Gaspiller de l’énergie sur un système sensoriel inutile mène droit à l’extinction. Les yeux témoignent à la fois de la créativité infinie de l’évolution et de son sens implacable de l’économie. À l’université du Maryland, Tom Cronin scrute un aquarium où le fixent deux yeux composés évoquant des muffins montés sur tiges. « M.Exorbité », comme l’appelle Cronin, est une crevette-mante à la robe kaléidoscopique – pêche, blanc, vert et rouge sang. Ses bras se terminent par des marteaux impressionnants, qui se déploient à une telle vitesse et avec une telle force qu’ils sont capables de briser des coquillages ou la vitre d’un aquarium.

Les yeux de la crevette-mante sont chacun divisés en trois sections distinctes, mais qui se concentrent sur le même espace étroit. Cela permet à un seul œil de percevoir la profondeur. Il distingue également les ultraviolets (invisibles pour nous) et la lumière polarisée. Tom Cronin a aussi découvert que la crevette-mante possède douze types de récepteurs de couleur (l’humain en a trois), chacun sensible à une teinte. Pendant des années, les scientifiques ont donc supposé que la crevette-mante détectait des différences infimes entre les couleurs. Mais, en 2013, Hanne Thoen (université du Queensland, Australie) a présenté à des crevettes-mantes des fibres optiques affichant des teintes différentes, et les récompensait par de la nourriture si elles en attaquaient une en particulier. Puis elle a rapproché les couleurs jusqu’à ce que les animaux ne puissent plus les distinguer. Conclusion : les crevettes ne distinguent même pas des différences évidentes pour nous.

Alors, à quoi servent tous ces récepteurs ? Hanne Thoen pense qu’ils s’apparentent à l’adresse du boxeur. Notre rétine traite beaucoup d’informations visuelles, ajoute et soustrait des données transmises par les cônes avant de les envoyer au cerveau. Il est possible que la crevette-mante, elle, transmette les réponses de ses douze récepteurs de couleurs directement à son cerveau. Celui-ci comparerait alors les données brutes avec une sorte de grille de correspondance des diverses couleurs.

La crevette-mante n’est pas douée pour différencier des couleurs entre elles, mais sait peut-être très bien les reconnaître individuellement. Ce qui pourrait l’aider à prendre les décisions rapides indispensables à ses attaques éclair. Cette hypothèse laisse Tom Cronin sceptique. De retour dans son laboratoire, il trempe une
pipette dans une boîte de Petri renfermant une crevette-mante plus petite, qui ne mesure que quelques centimètres de long. Elle suit l’objet intrus des yeux, puis riposte. Le coup est assez puissant pour produire un craquement audible, comme un claquement de doigt. « La bestiole a réfléchi longtemps avant de frapper. Ce n’est pas une décision qu’elle prend comme ça, souligne Tom Cronin en claquant des doigts. Reste la question : à quoi tout cela sert-il ? »

Cette question, Dan-Eric Nilsson se la pose encore, lui aussi. Il ne suffit pas de connaître la structure des yeux de la crevette-mante, les gènes impliqués, ou les signaux neuraux envoyés au cerveau. En fin de compte, pour comprendre pourquoi ces yeux sont tels qu’ils sont, nous devons savoir à quoi ils servent. À communiquer ? À attraper rapidement des proies ? À mieux percevoir la profusion de couleurs des récifs coralliens ? Voici la vérité sur les yeux des animaux : nous ne pouvons comprendre leur évolution qu’en apprenant à voir le monde extérieur à travers eux.

“The Philippines Should Deepen Its Engagement with BRICS”

The Philippines should deepen its engagement with BRICS as part of efforts to diversify its diplomatic and economic partnerships without treating participation in the grouping as alignment with China or any other major power, foreign policy experts said

12th BRICS Parliamentary Forum to Be Held in Delhi

Prime Minister Narendra Modi will attend the event and meet the leaders who are scheduled to attend BRICS Parliamentary Forum

Visa-Free Travel Opens a New Сhapter in China-Russia Relations

The extension of the mutual visa-free travel policy through the end of 2027 represents an important step toward strengthening these people-to-people connections

Putin-Witkoff talks expose broken Western unity on Ukraine

Germany, France and Britain struggle to prop up Zelensky amid US-Russian push.

Embarquez à bord du "mode express" pour vous rendre de Paris à Milan

Le mois d’avril marque le grand retour des trains Freciarossa de la compagnie ferroviaire italienne Trenitalia, qui relient Paris et Milan. Les trains ne circulaient plus depuis un glissement de terrain dans les Alpes françaises survenu en 2023. Les locomotives « flèches rouges » transportent les passagers entre les deux capitales de la mode en un peu moins de 6h30. Il n’y a cependant aucune raison de ne pas prévoir un plus long trajet, en s’arrêtant entre les deux villes. La ligne de train passe à travers des paysages montagneux à couper le souffle et marque l’arrêt dans certaines villes aux portes des Alpes ainsi que dans deux villes parmi les plus sous-estimées d’Europe. Le prix de départ d’un billet aller est de 35 €.

 

PARIS

Des nouveautés arrivent dans le 19e arrondissement. Le cinéma La Géode, nouvellement rénové, permet de profiter d’une séance de film en IMAX au sein d’une gigantesque boule à facettes. Des musiciens viennent jouer de la musique à l’espace de restauration, le Boom Boom Villette, qui se situe à proximité.

 

LYON

La capitale gastronomique de la France, magnifiquement située à la confluence de deux grands fleuves, abrite une pléthore d’expériences culinaires délicieuses. L’Astral, un nouveau restaurant, propose des menus de haute cuisine, tandis que le restaurant conceptuel 220 BPM emmène ses petits groupes d’hôtes à des festins d’anthologie dans un endroit tenu secret, au cœur d’une forêt. Vous pouvez également vous essayer au « tour apéritif » avec les spécialistes locaux Praline et Rosette.

TURIN

Auparavant la capitale du royaume d’Italie, cette ville souvent négligée n’a rien perdu de son élégance atemporelle, grâce à son abondance de palazzos et de porticos sur fond d’Alpes italiennes. Pour une température agréable, la meilleure saison est le printemps, vous pourrez en plus profiter de la Nuit européenne des musées, le 17 mai. Cette nuit-là, bon nombre d’institutions culturelles ouvrent gratuitement leurs portes pour des visites nocturnes de leurs collections.

 

MILAN

La ville bat son plein durant la Design Week de Milan, du 8 au 13 avril. Des quartiers, comme Brera et Zona, se transforment en galeries en plein air. Ne manquez pas de visiter la Pinacothèque de Brera, qui a rouvert ses portes après cinquante ans. Après cela, le quartier de Citta Studi vous accueillera à bras ouverts, avec ses nombreux cafés et bars. Ou bien prenez la voie des eaux à De Montel, qui sera bientôt le plus grand parc thermal urbain d’Italie, à son ouverture en avril.

Coureurs de l’extrême : comment les Tarahumaras sont-ils devenus les maîtres de l’endurance ?

En 2009, le journaliste américain Christopher McDougall publie Né pour courir, où il retrace l’histoire de Micah True, un Américain ayant vécu près de vingt ans aux côtés des Tarahumaras. En 2003, ce passionné fonde l'Ultramarathon Caballo Blanco (Cheval Blanc), en référence à son surnom, réunissant cette communauté et plusieurs des meilleurs ultramarathoniens américains. L’ouvrage contribue largement à forger la légende de ce peuple amérindien, notamment auprès des coureurs de fond du monde entier.

Originaires de l’actuel État de Chihuahua, les Tarahumaras se sont réfugiés au 16ᵉ siècle dans les Barrancas del Cobre, au cœur de la Sierra Madre occidentale, pour échapper à la conquête espagnole et préserver leur culture. Le territoire qu’ils occupent aujourd’hui, connu sous le nom de Sierra Tarahumara, est formé de canyons escarpés et difficilement accessibles, dont les altitudes peuvent atteindre 2 500 mètres. Ils vivent d’une agriculture de subsistance, cultivant principalement le maïs et les haricots rouges, et complètent leurs ressources par l’élevage de chèvres, de vaches et de moutons. Les estimations varient, mais certaines sources évaluent leur population à un peu plus de 100 000 personnes, faisant des Tarahumaras l’un des plus grands peuples autochtones du Mexique mais aussi l’un des plus pauvres. 

Leur nom, attribué par les premiers missionnaires espagnols, est une déformation de Rarámuri, le terme par lequel ils se désignent dans leur propre langue, issue de la famille uto-aztèque. Selon certains ethnologues, ce mot signifierait « ceux qui ont les pieds légers ». Réputés pour leur agilité et leur endurance, les Tarahumaras sont en effet capables de parcourir d’incroyables distances d’une seule traite, parfois plusieurs centaines de kilomètres.

Chez eux, la course revêt une dimension spirituelle. Bien que partiellement convertis au catholicisme, ils ont conservé certaines traditions précolombiennes, comme des jeux d’endurance : le rarájipari, où les hommes poursuivent une balle de bois sur des dizaines de kilomètres, et l’ariweta, où les femmes font de même avec un cerceau lancé et rattrapé à l’aide d’une canne. La course répond aussi à une nécessité : dans cette région isolée, à l’habitat dispersé, elle demeure un mode de transport et de communication essentiel.

 

S’ADAPTER À L’ENVIRONNEMENT

Avocat de formation, Jean-François Tantin a pratiqué la course à pied toute sa vie. Mais, avec le temps, les marathons ne lui ont plus suffi. Il s’est alors tourné vers les longues distances, celles qui vous poussent à vous surpasser sur des centaines de kilomètres. Son goût de l’aventure et de l’effort l’a mené aux quatre coins du monde et sur tous types de terrains : des déserts sablonneux aux montagnes enneigées, en passant par les forêts tropicales. Il y a une dizaine d’années, au moment de prendre sa retraite, alors que beaucoup en profitent pour se reposer ou voyager, l’ancien homme de loi fait un tout autre choix : il décide d’organiser ses propres courses extrêmes.

C’est par l’intermédiaire d’un organisateur de trekking dans les Barrancas del Cobre que Jean-François Tantin découvre l’existence des Tarahumaras et leur endurance hors du commun. « Perdus dans ces canyons, [les Tarahumaras] se sont au fur et à mesure adaptés à leur environnement. En fait, ils se sont mis à marcher et également à courir pour aller d’un endroit à l’autre, et ils sont devenus ainsi, sans le savoir, des coureurs extrêmement endurants, capables de courir plusieurs centaines de kilomètres en s’arrêtant très peu », souligne-t-il.

Pour Véronique Billat, physiologiste, spécialiste de la performance et de l’entraînement sportif, « l’endurance exceptionnelle des Tarahumaras s’explique par une combinaison d’adaptations physiologiques, d’habitudes de vie et de facteurs culturels : activité physique dès l’enfance, déplacement quotidien à pied, entraînement en altitude, faible masse grasse, musculature adaptée au terrain et processus d’économie d’énergie lors de la course ».

La chercheuse souligne particulièrement le rôle de l’entraînement en altitude et en terrain montagneux, qui favorise « une meilleure oxygénation (augmentation de l’hémoglobine), une plus grande efficacité cardiovasculaire, une capacité de tolérance à l’hypoxie et une endurance accrue sur les plans musculaire et ventilatoire ».

 

ÉCONOMIE D’ÉNERGIE ET ÉCOUTE DU CORPS

En 2016, Jean-François Tantin crée l’Ultra Run Rarámuri, un parcours de 190 km cumulant plus de 10 000 mètres de dénivelé positif à travers les canyons rarámuri. Après un premier repérage, il parvient à réunir de manière confidentielle une dizaine de coureurs français et belges de bon niveau, désireux de se confronter aux célèbres Tarahumaras. « Les coureurs rarámuri ne sont absolument pas des sportifs au sens où on l’entend. Pour eux, la course à pied est un moyen de déplacement. Ils se sont donc adaptés, d’une certaine manière, à notre demande, car pour eux courir n’a rien à voir avec l’esprit de compétition : c’est simplement un mode de vie. [Cette course] ne représentait donc pas grand-chose pour eux, et ne les inquiétait pas du tout », explique l’organisateur.

« Dès le début de la course, on s’est rendu compte qu’ils étaient nettement supérieurs à nos coureurs. […] Tous les coureurs rarámuri sont arrivés largement avant les nôtres. […] Le premier a gagné avec quinze heures d’avance sur le meilleur Français ». Au-delà de leur performance sportive, Jean-François Tantin a été frappé par le minimalisme de leur matériel. « Ils courent sans aucun équipement, sans eau ni sac. Ils n’ont pas de chaussures, seulement des sandales : les huaraches. Une sorte de spartiate qui s’attache autour du mollet, dont la semelle est [fabriquée à partir] de pneus de récupération », précise-t-il.

La physiologiste Véronique Billat souligne plusieurs effets bénéfiques de la course en sandales. En plus de réduire le temps d’appui au sol et de renforcer la musculature intrinsèque du pied, « [elle] favorise une attaque médio ou avant-pied, augmente la fréquence de la foulée, limite les chocs articulaires et permet une meilleure restitution de l’énergie élastique stockée dans le tendon d’Achille ». Cette technique réduit ainsi le coût énergétique de la course et préviendrait certaines blessures liées à l’amorti excessif des chaussures modernes, surtout sur terrains variés.

« Mais leur secret va plus loin », souligne la spécialiste. « Les Tarahumaras adaptent leur allure en fonction de leur ressenti, sans se fier à une vitesse imposée. Cette écoute du corps permet d’optimiser l’effort, d’éviter le surrégime et de mieux gérer la fatigue sur la durée ». La chercheuse ajoute que cette variation naturelle de la vitesse « favorise la récupération partielle, stimule différents systèmes énergétiques et prolonge le temps passé à des intensités élevées sans épuisement brutal ».

Chez les Tarahumaras, « l’économie d’énergie ainsi obtenue, associée à une écoute fine des sensations et à la variabilité du geste, permet de repousser les limites de l’endurance humaine, illustrant parfaitement les principes modernes de l’entraînement », conclut Véronique Billat. Selon elle, « leur exemple inspire la recherche d’une approche plus instinctive et globale de l’ultra-endurance, [tout en restant] indissociable de leur culture ».

 

LA FIN D’UN MYTHE ?

Au total, Jean-François Tantin a organisé quatre éditions de l’Ultra Run Rarámuri : en 2016, 2017, 2018 et 2022. Pour cette dernière édition, il a décidé de réserver la course à des coureurs européens et canadiens d’élite. Mais lorsque les Rarámuri se présentent sur la ligne de départ entièrement équipés, le Français comprend que quelque chose a changé. « Voyant que les Rarámuri devenaient de plus en plus exposés et connus, certains Mexicains peu scrupuleux se sont dit qu’ils allaient tenter de devenir un peu les agents de ces coureurs. Et pour les rendre encore plus performants, ils ont voulu leur appliquer les standards européens, en les équipant comme les coureurs [occidentaux] », observe-t-il, au détriment de leurs particularités culturelles.

« Lors de cette course, il s’est avéré que porter des chaussures était pour eux presque un supplice », relève l’organisateur. Cette année-là, le Français Julien Chorier remporte l’épreuve, « avec une heure et demie d’avance sur les deux meilleurs coureurs rarámuri », mettant ainsi fin au mythe. L’édition 2022 sera la dernière pour Jean-François Tantin. « J’ai décidé d’arrêter d’organiser des courses au Mexique, car nous avons constaté que la médiatisation avait un impact réellement nocif sur ces coureurs, leur faisant en quelque sorte perdre leur identité », explique-t-il. L'ancien avocat observe d’ailleurs que les Rarámuri apparaissent désormais plus souvent sur les courses internationales, à l’image de María Lorena Ramírez. 

Aujourd’hui, dans la Sierra Tarahumara, si le développement des routes facilite l’accès à l’éducation et aux soins, il expose aussi la région à de nouvelles menaces, comme la déforestation et le trafic de drogues. « Là-bas, les cartels de drogue ont trouvé quelque chose de très intéressant pour eux. Comme ce sont des endroits complètement inaccessibles, […] ils ont soudoyé [certains Rarámuri] pour qu’ils abandonnent leur culture traditionnelle du maïs au profit du pavot. […] On a été très étonnés, en plein repérage, de tomber au milieu de nulle part sur des champs de pavot », constate Jean-François Tantin.

Today’s News X World interview on the Ukraine war endgame

as from minute 17.30

This is the interview in which I set out the basic framework of the coming endgame in the war in which Donald Trump will have a decisive role

gilbertdoctorow

BRICS-Asean: A New Architecture for Trade, Investment and Economic Opportunity

The BRICS-Asean Chamber of Commerce and the recently established BRICS-Asean Independent Commission for Trade and Economy signal an ambitious new direction in international economic cooperation, creating practical bridges between businesses, investors, industries and markets across member countries, Asean and the wider global economy

Ethiopia’s BRICS Membership Unlocking New Economic Opportunities

Ethiopia’s BRICS membership is opening new opportunities across various sectors, Senior Researcher at the Foreign Affairs Institute (FAI) Himanot Eshetu told ENA

Platforms for Regional Arrangements: Exploring the Environmental Route

The current article builds on some of the work in this area undertaken by BRICS+ Analytics, with key insight this time related to the possibilities of creating platforms for regional integration arrangements in the sphere of environmental policy coordination

Les caves de l'enfer irlandaises, lieu de naissance d'Halloween

Au milieu d'un champ dans une partie méconnue de l'Irlande se trouve un grand monticule occupé par des moutons. Ces animaux errent librement, mâchant à l'envie l'herbe qu'ils foulent. Pourtant, s'ils s'étaient trouvés au même endroit il y a 2 000 ans, ces animaux auraient probablement été saisis de peur avant d'être sacrifiés pour apaiser les démons celtiques qui, dit-on, habitaient la grotte voisine d'Oweynagat.

Considéré par les Celtes comme un passage entre l'Irlande et l'autre monde, un monde infesté de démons, Oweynagat (littéralement la grotte des chats) est le lieu de naissance du festival de Samain, racines anciennes d'Halloween, selon l'archéologue irlandais Daniel Curley. Loin de sa version actuelle, Halloween était à l'origine un rituel sanglant et étrange observé à Rathcroghan, un ancien centre celtique du comté irlandais de Roscommon.

Curley est un expert de Rathcroghan, qui était la plaque tournante de l'ancien royaume irlandais de Connaught. Au cœur de Rathcroghan, sur ce monticule monumental, des animaux étaient sacrifiés dans un temple païen pendant Samain, première des quatre grandes fêtes religieuses de l’année celtique protohistorique. Aujourd'hui, l'Irlande fait campagne pour ajouter Rathcroghan à la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Un site vieux de 5 500 ans dont les scientifiques et les historiens tentent de percer les mystères.

ENRACINÉ DANS LA TRADITION

Réparti sur 6,5 km² de riches terres agricoles, Rathcroghan compte 240 sites archéologiques. Parmi ces sites, des tumulus funéraires, des stelles, des terrassement linéaires, un sanctuaire rituel daté de l'âge du fer et Oweynagat, la « porte de l'enfer ».

Il y a plus de 2 000 ans, lorsque le paganisme était la religion dominante parmi le peuple irlandais majoritairement celtique, c'est ici, à Rathcroghan, que le festival du Nouvel An celtique de Samain est né. Dans les années 1800, la tradition de Samain a été apportée par des immigrants irlandais aux États-Unis, où elle devenue la version américaine d'Halloween que l'on connaît.

Dorothy Bray, professeure agrégée et experte en folklore irlandais à l'Université McGill au Canada, souligne que les Celtes païens divisaient l'année en deux grandes périodes, une saison sombre et une saison claire. Quatre festivités ponctuaient l'année : Imbolc, le 1er février, célébrait l'arrivée du printemps qui coïncidait avec la saison de l'agnelage. Bealtaine, le 1er mai, marquait la fin de l'hiver et le début de l'été. C'était l'occasion de cueillir les premières fleurs et de danser dans la nature. Le 1er août annonçait Lughnasadh, la fête des moissons dédiée au dieu Lugh et présidée par les rois celtes. Puis le 31 octobre, on fêtait Samain, marquant à la fois la fin et le début d'une année pastorale.

Rathcroghan n'était pas encore une ville mais le lieu de rencontre de tout le royaume pour ces festivités. Pendant Samain, en particulier, Rathcroghan bouillonnait d'activités pour l'élite de Connachta, concentrées sur son temple surélevé, entouré de cimetières.

Ces mêmes privilégiés ont peut-être vécu à Rathcroghan. Le reste de la communauté de Connachta résidait dans des fermes dispersées et ne descendait dans la capitale que pour les célébrations en question. Lors de ces événements animés, ils commerçaient, festoyaient, jouaient à des jeux, arrangeaient des mariages et faisaient des déclarations de guerre et de paix.

On faisait aussi des offrandes rituelles, destinées aux esprits, explique Mike McCarthy, guide touristique et chercheur de Rathcroghan qui a co-écrit plusieurs publications portant sur ce site. Cette dimension souterraine et trouble, également connue sous le nom de Tír na nÓg était habitée par des démons, des fées et des lutins. Pendant Samain, certains de ces démons s'échappaient et pénétraient dans le monde des vivants par la grotte d'Oweynagat.

« Samain était le moment où le mur invisible entre le monde des vivants et l'autre monde disparaissait », explique McCarthy. « Des bêtes redoutables venues d'un autre monde émergeaient pour ravager le paysage environnant et le préparer pour l'hiver. »

Si ces terribles esprits préparaient les terres arables, leur fureur pouvait aussi faire des victimes, aussi les Celtes se protégeaient-ils en allumant des feux au sommet des collines et dans les champs. Pour éviter d'être entraînés dans les profondeurs de Tír na nÓg par les démons, ils se déguisaient en goules, des créatures humanoïdes malveillantes. Deux millénaires plus tard, les jeunes enfants du monde entier suivent encore cette tradition à Halloween.

En dépit des légendes captivantes que ce site a engendré, on pourrait facilement passer devant Rathcroghan et ne repérer que des enclos. Habitée depuis plus de 10 000 ans, l'Irlande compte tant de vestiges historiques que beaucoup peuvent passer inaperçus. Certains, abandonnés il y a des siècles, sont cachés sous terre.

Rathcroghan est de ceux-là. Pourtant selon certains experts, ce pourrait être le plus grand complexe royal non fouillé d'Europe. Non seulement Rathcroghan n'a jamais été fouillé, mais il est antérieur à l'histoire écrite de l'Irlande. Cela signifie que les scientifiques doivent reconstituer son histoire à l'aide de techniques non invasives et grâce aux artefacts mis au jour à proximité.

Si les Irlandais sont depuis des siècles persuadés de la richesse historique du site, ce n'est que dans les années 1990 qu'une équipe de chercheurs irlandais a utilisé la technologie de la télédétection pour révéler ses secrets archéologiques enfouis.

« [Maintenant] une excavation ciblée peut être engagée, ce qui répondra à nos questions de recherche tout en limitant les dommages inhérents à l'excavation » relève Curley.

 

BIENTÔT AU PATRIMOINE MONDIAL DE L'UNESCO ?

Cette politique de préservation de l'intégrité et de l'authenticité de Rathcroghan s'étend au tourisme. Malgré son importance, Rathcroghan est peu connu en dehors de l'Irlande et attire peu de visiteurs. Ce ne serait peut-être pas le cas s'il avait été vendu depuis longtemps comme le « lieu de naissance d'Halloween », souligne Curley.

La renommée de Rathcroghan devrait cependant monter en flèche si l'Irlande réussit à en faire un site du patrimoine mondial de l'UNESCO. Le gouvernement irlandais a inclus Rathcroghan dans le cadre des « sites royaux d'Irlande », suggérés pour obtenir le statut de patrimoine mondial. L'exposition mondiale d'un tel classement attirera probablement beaucoup plus de visiteurs à Rathcroghan.

Mais il semble peu probable que ce joyau historique devienne pour autant une attraction touristique kitsch d'Halloween. « Si Rathcroghan intégrait la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO et que cela attirait plus de gens [sur le site], ce serait formidable, car cela pourrait entraîner plus de financements pour entretenir le site », estime Curley. « Mais nous voulons un tourisme durable, pas une ruée vers le tourisme fantaisiste d'Halloween. »

Les voyageurs pourraient avoir du mal à trouver l'entrée des enfers de Rathcroghan. Oweynagat, même s'il est le lieu de naissance de Medb, peut-être la reine la plus célèbre de l'histoire irlandaise, reste insaisissable. Il est à peine balisé et est caché par les arbres dans un enclos au bout d'une voie sans issue, à environ 900 mètres au sud du monticule du temple, beaucoup plus accessible. Les visiteurs les plus téméraires sont pour le moment libres de sauter au-dessus d'une clôture, traverser un champ et descendre dans le passage étroit d'Oweynagat. 

De nos jours, les jeunes âmes qui errent au moment d'Halloween sont apaisées par des bonbons, ignorant qu'elles suivent là une tradition liée aux grottes de l'enfer, à des créatures surnaturelles et à un royaume celtique aujourd'hui enfoui.

Gastronomie : le poulet du général Tao n'a jamais été destiné à un public chinois

Au cours des cinquante dernières années, rares sont les plats à avoir autant défini la cuisine sino-américaine que le poulet du général Tao. Avec son glaçage brillant, collant, sucré-salé, enrobant une panure croustillante, il est devenu un incontournable dans les menus à emporter aux États-Unis, mais aussi en Europe.

Pourtant, ce plat n’a jamais été destiné à refléter la cuisine traditionnelle chinoise. Bien qu’il soit originaire de Taïwan, le poulet du général Tao a été spécifiquement élaboré pour satisfaire le palais des Américains.

 

LES ORIGINES DU POULET DU GÉNÉRAL TAO

La version originale du poulet du général Tao n’avait rien à voir avec la version baignant dans la sauce du plat servi aujourd’hui. Il s’agissait à l’origine d’un plat raffiné méticuleusement créé par Peng Chang-kuei, l’un des chefs chinois les plus expérimentés et les plus respectés de sa génération.

Né en 1919 dans la province chinoise du Hunan, dans le sud du pays, Peng Chang-kuei a commencé sa carrière en tant que commis, devenant ensuite chef de banquet officiel pour le gouvernement national chinois, avant de fuir pour Taïwan avec les nationalistes après la guerre civile chinoise.

« Peng Chang-kuei avait quelque chose de royal », confie Cindy Hsu, journaliste taïwanaise qui a interviewé le chef en 2013. « Il était toujours très vif et dirigeait sa cuisine avec une précision militaire ».

C’est en 1953, à Taipei, que Peng Chang-kuei a eu l’idée de ce plat alors qu’il préparait un dîner d’État en l’honneur de l’amiral américain Arthur W. Radford au cours d’un banquet de trois jours.

« À l’époque, Peng Chang-kuei était le plus grand chef de Taïwan », explique la journaliste. « Trois restaurants différents avaient été invités, mais en réalité, c’est lui qui a tout cuisiné ».

Le troisième jour, Peng Chang-kuei avait déjà épuisé tout son répertoire de plats de banquet classiques et souhaitait impressionner l’invité d’honneur avec quelque chose de nouveau. « Il savait que les Américains étaient friands de poulet frit, alors il a désossé une cuisse de poulet et l’a plongée dans la friture », poursuit Cindy Hsu. « Mais comme le poulet frit nature n’avait rien de nouveau pour eux, il s’est dit qu’ils apprécieraient peut-être quelque chose de salé, sucré et légèrement épicé à la fois ». Des saveurs qui se retrouvaient souvent dans des plats comme le Sloppy Joes et les ailes de poulet en sauce.

Il a donc recouvert le poulet croustillant d’une couche de sauce acidulée, a ajouté de fines tranches de piment pour rehausser le tout, et a nommé le plat en l’honneur du général Tao, célèbre stratège militaire du 19e siècle qui a joué un rôle clé en aidant la dynastie Qing à maintenir la stabilité dans l’ensemble de l’Empire.

Selon Peng Chang-kuei, Zeng avait la réputation d’être frugal, ce qui ne collait pas avec son plat riche et décadent à base de poulet. Le général Tao en revanche, bien que moins connu, avait l’image de quelqu’un de plus audacieux et impressionnant, plus en phase avec les saveurs du plat.

 

L’AMÉRICANISATION D’UN PLAT CHINOIS

En 1973, Peng Chang-kuei a migré à New York, où il a ouvert un restaurant de cuisine hunanaise appelé Uncle Peng’s Hunan Yuan, qui a rencontré un franc succès. L’établissement, situé à Manhattan, près des Nations Unies, a attiré une clientèle de diplomates. Henry Kissinger, secrétaire d’État des États-Unis, était un habitué.

Mais des versions revisitées du célèbre plat à base de poulet de Peng Chang-kuei figuraient déjà sur les menus de la concurrence, notamment du chef chinois Tsung Ting Wang et du restaurateur David Keh. Celles-ci, plus adaptées au palais des Américains, présentaient une chapelure plus épaisse et une sauce plus sucrée. « Le poulet du général Tao n’est pas censé être sucré », explique Peng Tieh-Cheng, le fils de Peng. « La cuisine hunanaise ne fait pas dans le sucré. Elle est davantage épicée et salée ».

Mais c’était exactement le but recherché. « Nous ne voulions pas vraiment copier le chef Peng », a confié Ed Schoenfeld, ancien associé de David Keh, au magazine Salon en 2010. « Nous voulions apporter notre propre touche au plat. C’est pour cela que notre poulet du général Tao était coupé différemment, en petits cubes, et que nous le servions avec des châtaignes d’eau, des champignons noirs, une sauce hoisin et du vinaigre ».

Mais Peng Chang-kuei n’avait que faire des copieurs. « Mon père savait à quel point il était difficile pour les Chinois de faire des affaires à l’étranger », explique Peng Tieh-Cheng. « Il laissait passer quand d’autres utilisaient son nom pour y parvenir ».

À ce moment-là, le plat créé par Peng l’avait dépassé en notoriété. La visite du président Richard Nixon en 1972 en Chine avait provoqué une vague de curiosité concernant la cuisine chinoise et les restaurants chinois établis aux États-Unis y réagirent immédiatement. Les plats tels que le poulet du général Tao plaisaient particulièrement : salés, sucrés et croustillants, ils étaient toutefois suffisamment exotiques pour donner un goût d'aventure.

« Ces chefs chinois ont pu profiter de ce nouvel intérêt pour la cuisine chinoise », observe David R. Chan, blogueur culinaire basé à Los Angeles qui a mangé dans des milliers de restaurants chinois aux États-Unis depuis les années 1950. « Plein de nouveaux plats faisaient leur apparition à New York, comme le poulet du général Tao, et les gens en raffolaient ».

Le phénomène du poulet du général Tao est principalement resté cantonné à New York jusque dans les années 1990, lorsque les vagues d’immigrés fidjiens ont commencé à dominer l’industrie de la restauration chinoise dans l’est des États-Unis. À leur apogée à la fin des années 1990, les chefs fidjiens se taillaient la part du lion des restaurants chinois à l’est du Mississippi selon les dires de David R. Chan. La plupart ont ouvert des buffets, qui proposaient toujours le poulet du général Tao.

« La recette varie d’une personne à une autre, mais le fait de l’appeler “poulet du général Tao” lui donne déjà du poids », souligne Peng Tieh-Cheng.

Ces restaurants le présentaient toujours de la même façon : servi sur des paniers vapeur, accompagné de plateaux remplis de brocolis sautés vert vif, de rouleaux de printemps frits et de diverses sources de protéines enrobées de sauces collantes et colorées. C’est dans ces restaurants buffets que le poulet du général Tao est passé d’un plat peu connu à un incontournable de la cuisine sino-américaine émergente.

Selon David R. Chan, il n’est cependant pas parvenu à conquérir la côte ouest, où son cousin plus sucré et coloré, le canard à l’orange, domina la scène culinaire sino-américaine grâce à des chaînes comme Panda Express.

 

L’HÉRITAGE DU POULET DU GÉNÉRAL TAO

Peng Chang-kuei a ensuite ouvert le restaurant Peng Yuan Hunan à Taipei dans les années 1980, qui existe encore aujourd'hui. Il s'agit désormais d'une chaîne de restaurants comptant neuf établissements, spécialisés dans les banquets de mariage et les évènements spéciaux, où les invités mangent autour de grandes tables rondes drapées d'épaisses nappes, sous des luminaires ornementaux suspendus au plafond.

La cuisine reste fidèle à l'essence d'un repas chinois classique et raffiné : équilibre des textures, enchaînement réfléchi des plats et harmonie des saveurs. Plus que de simples restaurants hunanais, les établissements offrent désormais une expérience pan-chinoise intégrant des influences cantonaise, shanghaïenne et sichuanaise.

Le poulet du général Tao figure cependant toujours au menu et n’a rien perdu de son raffinement originel : délicatement frit et moelleux, offrant un équilibre parfait entre des saveurs acidulées et salées. Il est servi dans une assiette en grès brillante, accompagné d'une orchidée reposant sur un délicat lit de persil. Le piquant du plat est à peine perceptible et se manifeste plutôt en léger arrière-goût.

En dehors des établissements Peng Yuan, le poulet du général Tao est rarement proposé dans les restaurants. On en trouve parfois des versions au menu d’établissements servant de la cuisine hunanaise ou sichuanaise à Taïwan, mais il est rarement mis en valeur et n'est presque jamais considéré comme un plat typique.

Le poulet du général Tao est surtout considéré comme une curiosité, un plat qui ne s'est jamais imposé en Chine, mais qui a fait grand bruit à l'étranger. « Il est considéré comme rétro », explique Kuo Chung-Hao, professeur d'histoire de l'alimentation à l'université médicale de Taipei. « Ce n'est pas quelque chose que les gens d'ici mangent souvent ».

S’il porte le nom d’un général chinois, le poulet du général Tao n'a toutefois jamais été imaginé pour un public chinois ou taïwanais, mais bien pour satisfaire les papilles gustatives d’un Américain, avant d’être retravaillé pour s'adapter aux préférences gustatives du grand public américain. Depuis le tout début, ce plat a été élaboré par un chef chinois pour un amiral américain, ce qui fait du poulet du général Tao un plat tout aussi américain que chinois.

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Voici pourquoi votre corps résiste à la perte de poids

Aujourd'hui, près de la moitié des Français sont en surpoids et 33 % de la population est tentée de faire un régime (contre 45 % de la population mondiale). Perdre du poids est difficile. Mais ne pas reprendre du poids est encore plus difficile. Selon des données des Instituts américains de la santé (NIH) et de la Société américaine de l’obésité, 80 à 95 % des individus qui parviennent à perdre du poids le reprennent en l’espace de trois à cinq ans.

Selon les scientifiques, cela n’est pas dû à un manque de volonté. Les hormones, la génétique et même l’évolution poussent le corps à résister : en augmentant la sensation de faim, en ralentissant le métabolisme et en favorisant la reprise de poids. Pour Kimberley Gudzune, directrice médicale du Comité américain de la médecine de l’obésité, il s’agit d’une lutte biologique que la culture populaire ignore la plupart du temps.

« On part du principe qu’une fois qu’on y est, on y reste de façon magique. Mais malheureusement, ce n’est pas vraiment le cas », prévient-elle.

Cela fait des décennies que l’on présente les régimes sous l’angle de la discipline. Mais des chercheurs commencent désormais à comprendre pourquoi le corps résiste avec une telle intensité à la perte de poids et comment les hormones, la chimie cérébrale et même des expériences vécues durant la petite enfance influencent la façon dont le poids va se réguler tout au long de la vie.

 

CE QUE LA TÉLÉ RÉALITÉ NOUS A APPRIS SUR LA PERTE DE POIDS

La culture populaire glorifie depuis longtemps la perte de poids spectaculaire et montre rarement ce qui vient ensuite. Peu d’exemples sont aussi clairs que celui donné par The Biggest Loser, une série de télé réalité diffusée entre 2004 et 2016. On y récompensait les participants qui perdaient le plus de poids possible. Ceux-ci étaient entourés d’entraîneurs, de nutritionnistes et d’une équipe médicale. Mais pour les scientifiques, l’émission a également révélé comment le corps résiste au changement.

Une étude publiée en 2016 dans la revue Obesity s’est intéressée à quatorze participants, tous souffrant d’obésité de grade 3, que l’on appelait auparavant « obésité morbide », et ont comparé leur composition corporelle et leur métabolisme basal entre deux points dans le temps : la fin de la compétition et six ans après.

L’étude a montré que les participants regagnaient une partie considérable du poids qu’ils avaient perdu lors de l’émission. Même ceux qui avaient réussi à maintenir leur perte de poids avaient un métabolisme basal qui tournait au ralenti. Ce ralentissement métabolique complique grandement le maintien du poids. « Quand on perd du poids, le corps ne brûle pas autant de calories », explique Kimberley Gudzune, qui entend par là qu’une personne ayant perdu du poids doit absorber moins de calories qu’une personne de même gabarit qui n’a jamais eu à perdre de poids pour arriver là où elle en est.

Cette différence n’est pas uniquement d’ordre métabolique, elle est aussi hormonale. Après une perte de poids réalisée uniquement par le biais d’un régime, le taux de ghréline (l’hormone de la faim) augmente, tandis que les taux du peptide YY et de la leptine diminuent. Même un an après une perte de poids, on a pu observer ces changements hormonaux.

Selon Andres Acosta, gastro-entérologue et chercheur sur l’obésité à la Mayo Clinic, ce ne sont là que quelques-unes des « adaptations métaboliques » dont se sert le corps humain pour « lutter » quand nous perdons du poids. Des traitements tels que la chirurgie bariatrique ou les médicaments à base de GLP-1 peuvent aider à compenser ces changements en améliorant la communication entre le cerveau et l’intestin concernant la faim et la satiété. Cependant, certains patients ont des craintes vis-à-vis de ces méthodes.

 

LA SCIENCE DU « POIDS D’ÉQUILIBRE DU CORPS »

Une idée souvent évoquée pour expliquer ces défenses biologiques est la théorie du poids d’équilibre. Celle-ci suggère que le corps possède plusieurs mécanismes lui permettant de conserver un certain poids déterminé tôt dans la vie et que la plupart des individus auraient différents poids d’équilibre successifs au cours de leur vie.

Cette théorie est souvent évoquée mais pas unanimement acceptée par les spécialistes de l’obésité. Selon Kimberley Gudzune, celle-ci est susceptible de trop simplifier plusieurs processus, mais pourrait aider le public à comprendre pourquoi le maintien du poids de forme est si difficile. Certains mécanismes sont, selon elle, davantage étayés par la science, comme les variations hormonales ou de la dépense énergétique, deux facteurs allant dans le sens de la théorie du point d’équilibre, tout en ayant également leur logique propre.

 

POURQUOI LA STIGMATISATION COMPLIQUE LE TRAITEMENT DE L’OBÉSITÉ

La stigmatisation liée au poids ne fait pas que conditionner la façon dont on traite les personnes obèses, elle peut aussi avoir des conséquences sur leur santé.

« Il y a cette idée reçue quant à ce que les personnes au poids “normal” font pour stabiliser celui-ci », note Andrew Kraftson, directeur du Programme de gestion du poids et de la Clinique d’endocrinologie post-bariatrique de l’Université Michigan Health.

Les personnes ayant des problèmes de poids pourraient s’imaginer que les individus avec un corps plus petit pèsent leurs aliments et comptent chaque calorie qu’ils consomment. Mais « ce n’est pas du tout vrai », tempère Andrew Kraftson. Comparer les deux, ajoute-t-il, relève du « raisonnement fallacieux » ; leurs expériences ne sont pas comparables.

Faire de telles comparaisons peut produire une honte intériorisée et conduire à l’idée que certains traitements efficaces tels que la chirurgie bariatrique ou des médicaments à prendre sur le long terme, comme les GLP-1, relèvent de la triche ou de la solution de facilité.

Selon Kimberley Gudzune, le traitement contre l’obésité a radicalement changé en très peu de temps. Quand elle a commencé la pratique de la médecine de l’obésité en 2010, Kimberley Gudzune voyait régulièrement des patients qui n’annonçaient pas à leur famille ou à leurs amis qu’ils cherchaient de l’aide.

« La honte et la stigmatisation qui entourent l’obésité étaient si fortes qu’ils ne souhaitaient pas révéler à qui que ce soit qu’ils cherchaient un traitement », explique Kimberley Gudzune.

Les réseaux sociaux ont rendu ces tensions plus visibles. Si certaines plateformes ont aidé à normaliser les conversations concernant les traitements contre l’obésité, d’autres amplifient les idéaux corporels irréalistes et les préjugés contre les personnes obèses.

Une enquête récente réalisée par Reuters a révélé qu’Instagram promouvait régulièrement du contenu « en lien avec les troubles alimentaires » auprès d’adolescents vulnérables. Mais Kimberley Gudzune reconnaît également que certaines personnes sur les réseaux sociaux ont normalisé le fait de traiter l’obésité. « C’est encore un sujet très débattu », admet-elle, mais les patients sont désormais plus enclins à exprimer leur volonté à chercher une aide professionnelle qu’auparavant.

Le jugement relatif à la volonté demeure un obstacle de taille, à la fois socialement et dans le monde de la santé. En sus, rappelle Kimberley Gudzune, les personnes obèses peuvent vivre avec un « biais intériorisé quant au poids », un type de honte et d’auto-stigmatisation associé à plusieurs problèmes de santé (troubles liés à l’image corporelle, dépression et troubles alimentaires notamment).

Kimberley Gudzune a également entendu d’innombrables fois des patients raconter qu’ils étaient allés consulter un médecin pour un mal de gorge pour s’entendre dire qu’ils devaient perdre du poids. « Ce sont des choses que les gens ont entendues de la bouche de leurs médecins et d’autres professionnels de santé, déplore-t-elle. Cela n’inspire pas qui que ce soit à chercher des soins et un traitement quand on est constamment rabaissé. »

Selon elle, le milieu médical prend de plus en plus conscience du biais lié au poids. Elle espère d’ailleurs que cela rendra les traitements plus accessibles.

 

COMMENT LES MÉDECINS PERSONNALISENT LES TRAITEMENTS CONTRE L’OBÉSITÉ

Avant qu’Andres Acosta ne parle de maintien du poids à ses patients, il leur explique que le parcours de perte de poids – s’ils choisissent de s'y engager – comprendra des adaptations métaboliques. En tant que médecin et spécialiste de l’obésité, son rôle est de les accompagner et de les aider à surmonter les défis spécifiques qu’ils rencontrent en chemin.

Comme il le rappelle, chacun réagit différemment à la perte de poids, raison pour laquelle il a mis au point un test de phénotypage clinique pour identifier les facteurs spécifiques les plus présents chez un patient obèse ayant du mal à perdre du poids (ou susceptibles de l’empêcher de perdre du poids à l’avenir). Les patients sont classés en quatre groupes : « cerveau vorace », « intestin vorace », « faim émotionnelle » et « métabolisme lent ». 

Les personnes appartenant au groupe « cerveau vorace » ont besoin de plus de calories pour se sentir rassasiées. Celles appartenant au groupe « intestin vorace » ont faim peu après avoir mangé. « Faim émotionnelle » renvoie à un besoin de manger pour gérer ses émotions, qu’elles soient positives ou négatives. Et « métabolisme lent » aux personnes dont le métabolisme est réduit.

Selon Andres Acosta, si l’on tient compte du phénotype spécifique d’un patient, celui-ci peut recevoir un traitement et des médicaments personnalisés ciblant les mécanismes sous-jacents de l’obésité, ce qui permet un succès à long terme non seulement pour ce qui est de la perte de poids mais également de maintien au niveau désiré.

Consulter un professionnel de santé peut aider à identifier quelles interventions ou médicaments correspondent le mieux aux objectifs et préférences d’une personne. Selon Kimberley Gudzune, il persiste une « idée sous-jacente » suivant laquelle l’obésité ne devrait pas nécessairement être traitée par un professionnel de santé, mais elle œuvre à changer cela. « Nous ne disons pas aux personnes qui ont une tension élevée, de l’hypertension ou du diabète : “Débrouillez-vous seules” », explique-t-elle.

 

L’AVENIR DE LA PRISE EN CHARGE DE LA PERTE DE POIDS

Au fond, souligne Andrew Kraftson, la question n’est pas celle d’un nombre sur la balance, mais bien celle de la santé. Le simple fait d’énoncer ses objectifs peut déjà apporter de la clarté, car certains peuvent venir de soi, tandis que d’autres pourraient nous avoir été imposés subconsciemment.

Selon Andrew Kraftson, dans l’idéal, le bon cadre pour accompagner une personne dans la gestion de son poids repose sur une prise en charge globale. Les médecins n’ont pas toujours le temps, ni le savoir-faire nécessaires pour répondre aux besoins d’un patient et ils gagneraient à s’entourer d’une équipe comprenant diététiciens et professionnels de la santé mentale. « Ce n’est pas qu’une question d’ordonnance », prévient-il. L’obésité est une maladie complexe et chronique sans explication unique. La biologie, l’environnement et la santé mentale sont autant de facteurs qui entrent en ligne de compte.

« Tout notre environnement construit va à l’encontre notre santé, observe Andrew Kraftson. Il faudrait un investissement considérable pour changer cela. »

Ces crânes retrouvés à Londres seraient ceux de gladiateurs décapités

Les brutales décapitations faisaient partie de la mise à mort théâtralisée des gladiateurs, des criminels et des victimes de guerre de l’Empire romain, comme l'attestent des archéologues légistes ayant examiné des crânes mis au jour sur des sites du Londres antique.

Capitale en pleine expansion d’une province romaine en l’an 100 après J.-C., Londonium (aujourd'hui Londres) accueillait légions romaines et des Bretons insulaires pour la tenue de combats de gladiateurs. La ville abritait également des tanneries et des fosses communes le long du Walbrook, l’une des rivières perdues de Londres. 

Trente-neuf crânes excavés de ces fosses ont été analysés dans un rapport publié en 2013 dans le Journal of Archaeological Science par Rebecca Redfern, du musée de Londres, et Heather Bonney, du musée d’histoire naturelle de Londres. Nombre d’entre eux portaient les marques d’une décapitation ou d’autres formes de violence. Ils nous ont ainsi livré l’histoire sanglante des temps antiques.

« Il est possible qu’il s’agisse des vestiges de criminels ou de gladiateurs exécutés. Ces têtes étaient peut-être des trophées », indique Mme Redfern. « Il est clair que les blessures observées sur ces vestiges humains n’ont pas pu être causées par accident. »

À l’époque romaine, les combats de gladiateurs étaient l’un des principaux divertissements connus. Ces hommes s’affrontaient vêtus de divers costumes et usaient d’une multitude d’armes au sein d’amphithéâtres à travers l’Empire. Si les Romains représentaient souvent les gladiateurs en plein combat et les légionnaires brandissant les têtes de leurs ennemis tout juste vaincus devant les empereurs, les crânes ont fourni des preuves directes de la vie et de la mort brutales au sein de l’empire. 

 

LES TRAUMATISMES CRÂNIENS

En 1989, des archéologues ont excavé les crânes de plusieurs fosses reliées à des tanneries ainsi que d’un puits autrefois situé le long du Walbrook. La plupart dataient de l’an 120 à 160 après J.-C., alors que Londonium était à son apogée. Ils appartenaient à des hommes de 26 à 35 ans.

Selon l’analyse microscopique menée sur ces vestiges en 2014, l’ensemble de ces crânes portaient des marques de traumatismes causés par des armes contondantes ou tranchantes. Les visages ont été frappés ou lacérés, les orbites et les pommettes fracturées, et l’arrière de la tête éclaté.

Huit de ces crânes portaient les marques d’anciennes fractures cicatrisées, témoignage de la vie rude que ces hommes menaient.

Au moment du décès, un peu plus de la moitié des crânes affichaient des traces de blessures multiples récentes, notamment des mâchoires brisées ou tailladées. L’un des crânes, enterré seul, a révélé des marques de coupures, indiquant qu’il avait été décapité. L’étude a pu suggérer l’existence d’une décapitation, avant ou après la mort, puisque presque tous les crânes ont été enterrés isolés. Seul un os issu d’une cuisse a été retrouvé à leurs côtés.

 

DES GLADIATEURS DE LONDONIUM ?

Les autrices de l’étude suggèrent que ces marques de vie ardue pourraient signifier que les crânes auraient appartenu à des gladiateurs vaincus dans l’amphithéâtre de Londonium, situé à l’époque non loin du Walbrook.

« Les preuves de décapitation pourraient refléter l’exécution des combattants blessés mortellement au sein de l’amphithéâtre. » Bien que des funérailles étaient souvent organisées pour les gladiateurs romains, « les corps de nombreux combattants n’étaient pas réclamés. Ils auraient alors été exclus des cimetières et des pratiques funéraires classiques », ajoutent-elles.

Toutefois, Kathleen Coleman, experte des coutumes des gladiateurs à Harvard, a émis quelques doutes. « Les vestiges humains mutilés retrouvés dans le Walbrook laissent croire qu’ils pourraient avoir appartenu à des victimes de grand banditisme ou d’émeutes civiles », a-t-elle alors expliqué.

Ce à quoi Mme Redfern a répondu que les émeutes ne permettaient pas d’expliquer la présence d’une véritable collection de crânes. « Il n’existe pas de preuve de troubles à l’ordre civil, d’émeutes ou d’autres actes de violence organisée à Londres au cours de la période à laquelle les vestiges de ces hommes [ont été enterrés] », a-t-elle répondu par e-mail. De fait, elle a assuré envisager « deux issues possibles : qu’il s’agisse de gladiateurs mortellement blessés ou de victimes de chasseurs de têtes romains, une hypothèse attrayante ».

Par exemple, comme d’autres monuments publics romains, la colonne Trajane à Rome dépeint des soldats romains brandissant les têtes de leurs ennemis « barbares », vaincus au combat. Les crânes retrouvés à Londres ne présentaient pas de blessures pouvant être reliées à une suspension sur des poteaux après la décapitation. Il s’agissait là d’une pratique courante à l’époque. En revanche, cela ne signifie pas qu’ils n’auraient pas été exposés d’une manière ou d’une autre après leur exécution dans l’amphithéâtre de Londinium.

Néanmoins, en l’absence de pierres tombales comme celles retrouvées dans un cimetière de gladiateurs au sein des ruines d’Éphèse en Turquie, « il n’existe aucune preuve permettant de relier ces squelettes aux gladiateurs », conclut Mme Coleman.

 

UNE JUSTICE À LA ROMAINE

Les autrices de l’étude ont donc évoqué plusieurs autres possibilités, notamment que les crânes aient appartenu à des criminels exécutés ou qu’il s’agisse de trophées de guerre rassemblés par les légionnaires romains.

« L’armée romaine était fortement associée aux pratiques des chasseurs de têtes », dévoile l’étude. Non loin du mur d’Hadrien, sujet aux affrontements frontaliers, les occasions de rapporter un tel trophée étaient nombreuses. Les signes de décapitation, parfois caractérisés par des perforations, et le nombre impressionnant de crânes laissaient penser que « certains de ces vestiges ont été considérés comme des trophées ».

Il se pourrait aussi que des criminels aient été tués puis exposés après leur mort. L’un des crânes retrouvés semble avoir été grignoté par un chien avant d’être jeté dans un puits.

« L’image des Romains assoiffés de sang est très répandue, pourtant c’est la première fois que nous obtenons des preuves de ce type d’actes violents à Londres », a souligné Mme Redfern. Elle a précisé que les preuves n’étaient pas assez formelles pour exclure l’une des hypothèses mises en évidence par l’étude.

Des analyses isotopiques pourraient permettre de révéler l’origine des crânes. Il serait ainsi possible de déterminer si ces hommes étaient des locaux exécutés ou de simples malchanceux venus d’ailleurs, peut-être des gladiateurs, dont la vie s’est achevée dans d'atroces souffrances.

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Sommeil : la meilleure des positions est-elle de dormir sur le côté ?

Au cours des dernières années, de plus en plus de recherches ont montré qu’une action aussi triviale que de dormir sur le côté pourrait être la réponse à la diminution de lombalgies, de brûlures d’estomac et d’apnée du sommeil. Ces maux affectent des dizaines de millions de personnes à travers le monde. Adopter cette position n’aurait cependant pas tous les bienfaits qu’on lui prête bien souvent.

« Dormir sur le côté a des bienfaits évidents, plus que de dormir sur le ventre ou sur le dos. Mais ce n’est pas le cas pour tout le monde », explique Raj Dasgupta, médecin spécialisé en santé pulmonaire et en médecine du sommeil à l’hôpital californien Huntington Memorial.

 

LES BIENFAITS SUR L’APNÉE DU SOMMEIL

Le plus souvent, les personnes qui dorment sur le dos ronflent. Ronfler peut, en soi, être un problème mais il s’agit surtout d’un symptôme d’une apnée du sommeil obstructive, un mal commun chez les adeptes de cette position. « Cette obstruction est souvent causée par la langue. La gravité la fait se relâcher, ce qui bouche l’ouverture de la gorge lorsque l’on dort sur le dos », explique Rafael Pelayo, professeur de médecine clinique de l’université de Stanford, au sein de la division spécialisée en médecine du sommeil.

Cette obstruction perturbe les conduits respiratoires et entraîne des pauses de la respiration, que l’on appelle des apnées. Elles peuvent durer quelques secondes ou plus d’une minute. Ces apnées interrompent non seulement le sommeil, mais elles empêchent également l’oxygène d’atteindre les poumons, le cerveau et le cœur. Chez les personnes concernées, cela se traduit par une baisse de la qualité du sommeil et par « des épisodes de vertige durant la journée qui peuvent causer des troubles cognitifs, des accidents, affecter l’humeur et la qualité de vie », ajoute Meir Kryger, professeur émérite de médecine au sein du département de médecine de l’université de Yale. Il est également l’auteur du livre The Mystery of Sleep: Why a Good Night’s Rest is Vital to a Better, Healthier Life, qui n’a pas été traduit en français.

Lorsque les apnées fréquentes ne sont pas traitées, les spécialistes ont observé qu’elles pouvaient conduire à des effets indésirables sur la santé cardiovasculaire. « Les problèmes les plus inquiétants liés à une apnée du sommeil non-traitée incluent notamment des risques plus élevés d’AVC, d’hypertension, de maladies cardiaques, de démence, voire la mort », avertir Sonia Ancoli-Israel, une scientifique qui étudie le sommeil au Centre de biologie circadienne de l’université californienne de San Diego.

Dormir sur le côté peut prémunir de tels problèmes en permettant à la langue de tomber naturellement sur le côté de la bouche, au lieu d’obstruer les voies respiratoires de l’arrière de la gorge. « On dispose de preuves tangibles que cette position de sommeil garde les voies respiratoires dégagées, ce qui réduit à la fois les ronflements et la fréquence des pauses dans la respiration », déclare Raj Dasgupta.

Cela affecte également les positions du palais mou et du larynx « modifiant la forme et la taille des voies aériennes supérieures », décrit Susan Redline, directrice des programmes de médecine épidémiologique du sommeil et de médecine du sommeil et cardiovasculaire du Birgham and Women’s Hospital. Elle explique que cette anatomie améliorée des voies respiratoires est même « comparable à l’utilisation d’un dispositif oral pour l’apnée du sommeil ».

En plus d’améliorer la respiration du système respiratoire supérieur, Susan Redline ajoute que « dormir sur le côté augmente le volume des poumons, ce qui rend plus facile la prise de respirations profondes et ce qui aide à renforcer les structures des voies respiratoires supérieures. Cela réduit encore plus les probabilités d’obstruction et d’apnée du sommeil. »  Dormir sur le côté a également révélé une amélioration de l’efficacité des muscles des voies respiratoires supérieures, contribuant à l’ouverture et à la rigidification des voies respiratoires.

 

LES BIENFAITS SUR LES LOMBALGIES

Pour ce qui est des douleurs dans le dos, les méta-analyses montrent que dormir le côté est également mieux que dormir sur son dos et encore plus que dormir sur le ventre.

Dormir sur le ventre n’est « pas recommandé pour les personnes souffrant de douleurs dans le bas du dos car cette position est celle qui soutient le moins cette partie du corps », explique Aleksandar Videnovic, professeur de neurologie du sommeil au sein du département de médecine de Harvard.

En contraste, dormir sur le côté est plus indiqué chez ces personnes, car cela aide à garder la courbe naturelle de la colonne vertébrale et réduit la pression que subit le bas du dos. Raj Dasgupta explique que cette position diminue également les douleurs dans les hanches et empêche les organes internes de subir une certaine pression, ce qui est d’une grande importance chez les personnes enceintes et les personnes en surpoids.

Rafael Pelayo rajoute que dormir sur le côté, avec un oreiller entre les jambes, contribue encore plus à conserver un alignement naturel de la colonne vertébrale et à diminuer les symptômes de lombalgie.

 

LES BIENFAITS SUR LES BRÛLURES D’ESTOMAC

Dormir sur le dos est également susceptible d’empirer les cas de remontées acides. Cela cause cette sensation bien connue de brûlure dans l’estomac qui, si elle n’est pas prise en charge, peut conduire à des ulcères, des difficultés pour déglutir, une hernie hiatale, une protrusion de l’estomac à travers le diaphragme, et peut même augmenter les risques de cancer de l’œsophage.

Les recherches montrent que dormir sur le côté peut aider à prévenir les brûlures d’estomac et le reflux gastro-œsophagien, en positionnant l’œsophage au-dessus de l’estomac. Il est ainsi plus dur pour le contenu de l’estomac de remonter l’œsophage.

Il a été montré qu’à cause de la forme de l’estomac, de la position du petit intestin et de l’angle de connexion entre l’œsophage et l’estomac, c’est le sommeil sur le côté gauche plus que sur le côté droit qui est plus efficace pour prévenir les brûlures d’estomac. Une étude parue en 2022 dans la revue scientifique American Journal of Gastroenterology a fait part de découvertes similaires.

Meir Kryger ajoute que dormir sur le côté a également ce bénéfice ajouté d’accélérer la digestion en déplaçant le contenu de l’estomac vers la première partie du petit intestin, le duodénum. Cela signifie qu’il y a moins d’aliments ou de sucs gastriques qui peuvent remonter dans l’œsophage.

Aleksandar Videnovic ajoute que dormir avec un oreiller épais ou avec la tête surélevée peut contribuer à la réduction des remontées acides.

 

COMMENCER À DORMIR SUR LE CÔTÉ

Tout le monde veut être soulagé de ses maux, que ce soient les personnes souffrant d’apnée du sommeil, de lombalgies ou de brûlures d’estomac. Changer la position dans laquelle on dort peut parfois sembler être un rêve éveillé. Il s’agit cependant d’une transition plus facile qu’on ne le croit.

« Assurez-vous d’avoir suffisamment d’espace pour être dans une position confortable, surtout si vous ne dormez pas seul. » C’est le conseil de Jennifer Martin, spécialiste en médecine du sommeil certifiée et présidente du panel de directeurs de l’Académie américaine de médecine du sommeil. Il suffit ensuite de conditionner son corps à trouver plus agréable le fait de dormir sur le côté, soit en dormant avec un oreiller de corps dans le dos, en plaçant une serviette enroulée sur le côté ou en attachant une balle de tennis dans le dos de son pyjama pour rendre inconfortable le sommeil sur le dos.

Il est également possible de faire l’acquisition d’appareils qui commenceront à vibrer ou à émettre un signal sonore si l’on se retourne sur le ventre ou le dos. Certaines applications sur smartphone peuvent également avertir dès qu’elles détectent des ronflements, afin de réajuster sa position de sommeil. « Un coup de coude de la part de la personne avec qui vous partagez votre lit pour également être un bon moyen de vous faire comprendre qu’il faut vous mettre sur le côté », plaisante Meir Kryger.

« S’assurer que son environnement de sommeil est sombre, calme et frais [est à privilégier] car les facteurs environnementaux peuvent déranger plus qu’à l’accoutumée si vous essayez de vous adapter à une nouvelle position de sommeil », explique Jennifer Martin. « Et si vous ne parvenez toujours pas à trouver votre confort en dormant sur le côté, que vous ne passez toujours pas de bonnes nuits, eh bien, il faudra songer à se rendre chez un spécialiste afin de vous faire évaluer pour de potentiels troubles du sommeil. »

Bravant l’interdit, cette femme a été la première à gravir le mont Fuji

Tatsu Takayama repose dans le temple Saishō-ji, dans un quartier calme de l’ouest de Tokyo, sous une pierre tombale banale et modeste qui se fond parmi les autres.

Pourtant, les ossements ici enterrés portent en eux l’esprit remarquable d’une femme dont la révérence pour les montagnes, et le courage de les honorer lui ont survécu.

En 1832, Tatsu est devenue la première femme à gravir le mont Fuji, chose qui était interdite à l’époque à la gent féminine. Défiant la loi et les coutumes religieuses, elle est partie à l’assaut de la montagne, habillée en homme, risquant l’exil.

Juste avant de parvenir au sommet, elle a dit à ceux qui l’accompagnaient : « Je veux grimper jusqu’au sommet, même si je dois mourir au moment de l’atteindre. Si je parviens à rentrer chez moi, j’encouragerai toutes les femmes à grimper », a écrit l’historienne Fumiko Miyazaki dans un article intitulé Female Pilgrims and Mt. Fuji: Changing Perspectives on the Exclusion of Women (Les femmes pèlerins et le mont Fuji : évolution des points de vue sur l’exclusion des femmes).

Alors que sa prouesse était extraordinaire, son histoire est quasiment tombée dans l’oubli, éclipsée par les premiers récits d’alpinisme au Japon mettant en avant des hommes. Elle a également pâti de la préservation limitée des récits religieux et d’alpinisme des femmes à l’époque.

« Ce qu’elle a fait ne relevait pas de l’alpinisme au sens moderne. L’ascension de montagnes au Japon était alors un acte religieux, un pèlerinage. Ce n’était pas une conquête », explique Barbara Ambros, professeure en études religieuses à l’université de Caroline du Nord (États-Unis). « C’est à cause de cela que des femmes comme Tatsu Takayama sont souvent tombées dans l’oubli ».

Pourtant, cela souligne à quel point l’ascension de la jeune femme était exceptionnelle, un acte de dévotion courageux au mépris des règles qui mérite d’être reconnu au même titre que les premiers récits d’alpinisme au Japon. Ce que l’on sait de son histoire, grâce aux rares archives du temple et aux documents de famille, est remarquable.

 

LA MONTAGNE INTERDITE AUX FEMMES

Le mont Fuji n’est pas une simple montagne. Pour les Fuji-kô, une confrérie shinto populaire qui s’est développée autour d’Edo, dans l’actuelle Tokyo, au cours de l’époque d’Edo (1603 - 1868), ce n’était pas une destination ; c’était une divinité.

Le gravir signifiait endurer le manque d’oxygène au nom de la dévotion, ce qui se rapprochait le plus de la purification. Atteindre son sommet signifiait se trouver parmi les dieux.

Basés dans la région de Kanto, au Japon, les Fuji-kô organisaient des pèlerinages structurés sur le mont Fuji. Ils passaient la nuit dans des oshi, des auberges accueillant les pèlerins, où des guides-prêtres offraient prières et préparations rituelles aux grimpeurs.

Pour les femmes, cette révérence avait des limites. Selon la doctrine Edo du nyonin kinsei(« l’interdiction aux femmes »), ces dernières étaient rituellement impures et constituaient une menace à la sainteté de la montagne, alors même que la montagne elle-même était vénérée comme une divinité féminine.

« On croyait que les dieux de la montagne seraient offensés », rapporte Barbara Ambros. « Les femmes étaient considérées comme impures par le sang des menstruations et de l’accouchement. On pensait que cela leur était si inhérent qu’elles ne pouvaient devenir pures ».

Des gardes et des postes de contrôle ont été installés sur la montagne pour réguler le flux de pèlerins et faire respecter l’exclusion des femmes au-delà de certaines altitudes ; celles qui se faisaient attraper devaient faire demi-tour ou étaient punies. Des générations de femmes fuji-kô ont prié de loin, érigeant des sanctuaires aux pieds de la montagne et confiant leurs vœux aux hommes. Certaines d’entre elles ont même construit des Fujizuka, de petites répliques du mont Fuji qu’elles pouvaient escalader afin d’effectuer l’ascension, au moins symboliquement.

D’autres, en revanche, ne se contentaient pas de l’ascension symbolique. Comme l’a écrit Fumiko Miyazaki dans son article, « les pèlerines essayaient de gravir le plus possible la montagne lorsque l’occasion se présentait », défiant la loi qui le leur interdisait.

« Tatsu n’était sans doute pas la seule femme à avoir atteint le sommet », confie Barbara Ambros. « Sa religion avait une image particulière et à contre-courant pour l’époque des relations entre les hommes et les femmes ».

 

UNE ASCENSION DE DÉFI

Aujourd’hui encore, le mont Fuji s’élève dans une symétrie presque parfaite au-dessus des plaines du centre d’Honshū, au Japon, culminant à 3 776 mètres d’altitude. À l’aube, la lumière illumine progressivement sa face, ses forêts de cèdres et de pins, et ses éboulis volcaniques et champs de scories. L’oxygène se fait plus rare au sommet, où, même en été, les gelées persistent dans ses plis.

Tatsu Takayama a débuté son ascension en milieu de saison, fin octobre 1832. Comme indiqué dans Takayama Tatsuko kankei shiryō, une compilation de récits historiques et de documents sur Tatsu Takayama, celle-ci s’est élancée sur le sentier Yoshida accompagné de cinq hommes (trois autres condisciples, un porteur et Sanshi, le prêtre fuji-kô âgé de soixante-huit ans qui ouvrait la voie). Sanshi faisait figure d’exception : la plupart des guides de l’époque respectaient l’exclusion des femmes, mais une petite minorité bruyante plaidait pour un accès limité des femmes à la montagne.

Tatsu était alors âgée de vingt-quatre ans. Les cheveux coupés courts, elle veillait à sa posture et était « vêtue d’un kimono de style Benkei », cousu dans un épais tissu de couleur sombre, large aux épaules et resserré à la taille.

Le petit groupe s’est élancé dans le froid mordant et avant la levée du jour. Ils avaient aux pieds des sandales en paille de riz et plusieurs épaisseurs de tabi en coton, des chaussettes conçues pour être portées avec des sandales. Chaque pèlerin portait ce qu’il pouvait attacher à sa taille, à savoir des boulettes de riz enveloppées dans du tissu, des ofuda, des talismans en papier portant le sceau de leur congrégation fuji-kô pour leur porter chance, et un morceau de pierre à feu.

Ils ont passé la nuit au cinquième poste, Chūgū. Le matin, la montagne était recouverte de blanc ; il avait neigé pendant la nuit.

Une chronique fuji-kô reproduite dans les récits de Takayama Tatsuko kankei shiryō nous apprend que le groupe « a progressé dans la neige épaisse », le sentier disparaissant devant eux pour réapparaître et disparaître de nouveau. Le vent déchirait leurs vêtements et leur mordait le visage.

Quelques heures plus tard, le torii, portail érigé au sommet de la montagne, a émergé du brouillard. Dans la pratique shinto, le torii symbolise la frontière entre les mondes et indique l’entrée en terres sacrées.

Sanshi a consigné l’ascension dans un rouleau déposé dans les archives fuji-kô qu’a conservé la famille de Tatsu à Kamiochiai, dans l’arrondissement de Shinjuku. Il s’agit d’un des rares documents qui existent encore pour attester de son incroyable ascension.

 

UNE ASCENSION QUI A FAIT BOUGER LES LIGNES

Bien que Tatsu ait enfreint l’interdiction aux femmes de gravir le mont Fuji, les documents historiques laissent à penser qu’elle ne s’est pas fait prendre. Sans doute est-elle passée inaperçue parmi les autres pèlerins. Son ascension matinale et le fait qu’elle était habillée en homme lui auraient aussi permis de ne pas se faire repérer. Toujours est-il que la nouvelle de son exploit s’est lentement répandue au sein des réseaux fuji-kô et des communautés locales.

« La nouvelle de l’ascension de Tatsu a suscité l’aversion des résidents du coin, certains allant jusqu’à la considérer comme responsable des catastrophes naturelles survenues les années suivantes », indique Fumiko Miyazaki dans son livre.

L’interdiction pour les femmes de gravir la montagne est restée en place. Les registres de patrouille du temple, des documents officiels conservés par les temples fuji-kô pour consigner les activités de pèlerinage, préservés dans la compilation de documents historiques intitulée Nihon Sangaku Fujin-shi, font état de plusieurs femmes appréhendées à mi-chemin vers le sommet.

Ce n’est qu’en 1867, trente-cinq ans après l’ascension de Tatsu Takayama, que les choses ont commencé à changer, lorsque Fanny Parkes, l’épouse du diplomate britannique Sir Harry Parkes, a été saluée comme la première femme à gravir le mont Fuji.

L’ascension de Fanny Parkes a créé un précédent pour les femmes non japonaises désireuses de gravir le mont Fuji. La présence de grimpeuses étrangères a été progressivement tolérée par les agents en charge du sentier à la fin de la période d’Edo, avant même que ne soit officiellement levée l’interdiction aux femmes d’accéder au sommet de la montagne.

Suite à cela, les pèlerins se sont faits plus nombreux, les sentiers ont été élargis et des refuges ont fait leur apparition. Et c’est ainsi que les Japonaises ont gravi le mont Fuji et que leur histoire a été oubliée, enterrée aux marges de l’histoire. La marque de Tatsu s’est estompée.

En 1872, quarante ans après l’ascension de Tatsu, le gouvernement de Meiji a levé l’interdiction pour les femmes d’accéder aux montagnes sacrées. La réforme était de nature pratique, et non morale, une conséquence de la modernisation et d’un décret gouvernemental. Malgré l’opposition de longue date des villageois et des autorités du temple à l’accès des femmes aux montagnes, lesquels prétextaient que cela provoquerait des catastrophes, aucune manifestation de grande ampleur n’a été documentée sur le sujet.

Plus d’un siècle plus tard, dans les années 1980, les historiens Kōichirō Iwashina et Hiroshi Okada ont retrouvé Tatsu Takayama une nouvelle fois. Dans les archives familiales, ils ont découvert un rouleau fuji-kô élimé et à l’encre à demi-effacée, mentionnant sur une ligne la femme qui avait gravi le mont Fuji l’année du dragon.

Au temple Saishō-ji, la tombe de Tatsu se fond parmi les autres. L’inscription gravée sur la pierre tombale, érodée par la pluie et recouverte de mousse, est désormais illisible. Rien n’indique que la jeune femme a été la première ou la plus courageuse à gravir la montagne sacrée.

Le mont Fuji attire aujourd’hui encore chaque été des milliers de pèlerins. La plupart ne sauront jamais que la première femme à avoir atteint son sommet l’a fait habilléeen homme, dans la neige et alors que cela lui était interdit.

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Cinq villages pour explorer la Suisse la plus authentique

Nichée au cœur de l’Europe et frontalière de cinq pays, la Suisse séduit par son incroyable diversité. En prenant le temps de la parcourir en voiture, en train ou en téléphérique, on découvre des villages parmi les plus pittoresques du continent, où traditions locales, architectures variées et spécialités gastronomiques racontent autant d’histoires différentes. Des communautés alpines reliées à d’immenses glaciers aux hameaux hors du temps des régions laitières, en passant par les villages d’inspiration italienne bordant des lacs étincelants, chacun possède une identité propre et un charme singulier.

 

1. MÜRREN, RÉGION DE LA JUNGFRAU

Pourquoi y aller ? Pour vivre le rêve alpin.

Accroché à des falaises vertigineuses au-dessus de la vallée de Lauterbrunnen et de ses cascades, Mürren semble tout droit sorti d’un décor de cinéma. Que l’on y accède par le téléphérique le plus raide du monde depuis Stechelberg ou par le train longeant les crêtes depuis Grütschalp, l’arrivée offre un panorama exceptionnel sur les trois sommets emblématiques de la région de la Jungfrau : l’Eiger, le Mönch et la Jungfrau.

Les pics glaciaires dominent ce village sans voiture, composé de chalets en bois sombre décorés de géraniums l’été et recouverts de neige l’hiver. À 1 650 mètres d’altitude, les activités de plein air sont omniprésentes. On peut notamment parcourir le Northface Trail, qui traverse des prairies fleuries au départ de l’Allmendhubel, ou emprunter la spectaculaire via ferrata reliant Mürren à Gimmelwald le long des falaises calcaires. Pour encore plus de sensations, prenez le téléphérique jusqu’au Schilthorn, à 2 970 mètres d’altitude. Ce sommet, rendu célèbre par le film de James Bond Au service secret de Sa Majesté (1969), abrite le restaurant Piz Gloria, offrant une vue à 360° sur près de 200 sommets alpins.

 

2. GUARDA, GRISONS

Pourquoi y aller ? Pour le calme et les grands espaces.

Loin de la foule, au cœur de la basse vallée de l’Engadine, Guarda s’étire sur un versant verdoyant à 1 650 mètres d’altitude, face à la silhouette acérée du Piz Buin dans les Alpes de la Silvretta. Guarda a conservé tout son caractère : ruelles pavées, chalets aux volets colorés ornés de fresques sgraffito (une technique consistant à gratter une couche de surface pour révéler une couleur sous-jacente) et fontaines de pierre où l’eau s’écoule en permanence.

À l’Ustaria Crusch Alba, les conversations en romanche résonnent dans une ambiance chaleureuse où l’on déguste des spécialités grisonnes comme la soupe d’orge au jambon cru ou la Bündner Nusstorte, une tarte caramélisée aux noix typique de la région. Avec seulement 160 habitants, Guarda offre une parenthèse hors du temps, surtout pour ceux qui s’aventurent dans le Parc national suisse voisin. Les sentiers y traversent des paysages sauvages fréquentés par les bouquetins, les chamois et les aigles royaux.

 

3. BETTMERALP, VALAIS

Pourquoi y aller ? Pour les glaciers.

Perché sur un plateau dominant la vallée du Rhône à 1 950 mètres d’altitude, Bettmeralp évoque l’univers du roman Heidi. Accessible uniquement par téléphérique, le village est composé de chalets en bois et d’une petite chapelle blanche dominant les environs.

En hiver, lorsque la neige recouvre les toits, les habitants se déplacent souvent en luge ou à skis dans le vaste domaine de l’Aletsch Arena. En été, les randonneurs viennent profiter d’une atmosphère paisible et de certains des plus beaux itinéraires de Suisse, le long du glacier d’Aletsch, long d’environ 23 kilomètres. Parmi les incontournables figure la randonnée reliant Bettmerhorn à Bettmeralp en passant par le lac Märjelensee, dont les eaux turquoise offrent des vues spectaculaires sur le glacier.

 

4. MORCOTE, TESSIN

Pourquoi y aller ? Pour les lacs.

Là où la Suisse rejoint l’Italie, sur les rives du lac de Lugano, Morcote figure régulièrement parmi les plus beaux villages du pays. Entre montagnes boisées, eaux bleu profond et élégantes demeures historiques bordées de portici (galeries couvertes à arcades), le décor est particulièrement séduisant. Les ruelles pavées serpentent entre terrasses viticoles et cyprès.

Le principal attrait du village demeure le Parco Scherrer, un jardin subtropical où s’épanouissent camélias, azalées, palmiers et lauriers-roses. Pour admirer l’un des plus beaux panoramas sur le lac, grimpez jusqu’à l’église Renaissance et baroque Santa Maria del Sasso. Les amateurs de gastronomie pourront également découvrir les vins biologiques du domaine familial Tenuta Castello di Morcote, réputé notamment pour ses merlots primés.

 

5. GRUYÈRES, FRIBOURG

Pourquoi y aller ? Pour les châteaux, le fromage et le chocolat.

Avec son château médiéval perché sur une colline et ses ruelles pavées, Gruyères possède un décor digne d’un film historique. De nombreux sentiers de randonnée et itinéraires cyclables sillonnent la campagne environnante, notamment le Sentier des Fromageries, une boucle d’environ 13 kilomètres traversant pâturages verdoyants et fruitières traditionnelles.

Le parcours relie notamment La Maison du Gruyère, où l’on découvre les secrets de fabrication du célèbre fromage, à l’authentique Fromagerie d’Alpage de Moléson, où le gruyère est encore préparé dans un chaudron de cuivre chauffé au feu de bois. Après une fondue moitié-moitié ou une meringue généreusement servie avec de la crème double de Gruyère, direction le village voisin de Broc pour visiter la Maison Cailler. Fondée en 1825, elle est l’une des institutions chocolatières les plus emblématiques de Suisse.

FreshRSS 1.30.3

Par : Alkarex

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Diabète de type 1,5 : une forme méconnue, différente des types 1 et 2

La plupart des gens savent qu’il existe deux types de diabète : le type 1 et le type 2. Savoir quel type de diabète vous avez est très important, car cela détermine la manière de vous traiter. Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c’est qu'il existe une variation moins connue de la maladie : le diabète auto-immun de l’adulte au développement lent (LADA), parfois appelé de façon informelle diabète de type 1,5.

Souvent confondu avec le diabète de type 2 en raison de son apparition lente à l’âge adulte, le LADA est en réalité une maladie auto-immune, plus étroitement liée au type 1. Ses symptômes ne correspondent pas exactement au modèle du diabète de type 1 ou de type 2, pourtant ces distinctions sont fréquemment ignorées, entraînant un retard diagnostic - et donc une perte de chances, et un traitement parfois inefficace qui pourrait avoir pour conséquences d'autres complications de santé.

Les scientifiques commencent à avoir une meilleure compréhension de ce qui cause cette forme de diabète et de la manière de distinguer ses symptômes. Voici ce que les endocrinologues veulent que vous sachiez, et leurs conseils pour demander les tests appropriés permettant de poser un diagnostic.

 

LE LADA

Les trois formes principales de diabète appartiennent à la grande catégorie du diabète sucré, maladie chronique caractérisée par la présence d'un excès de sucre dans le sang appelé hyperglycémie. Cela peut survenir pour différentes raisons, explique Alexander Turchin, endocrinologue au Mass General Brigham, mais la plupart sont liées à l’insuline, une hormone qui joue un rôle clé dans la régulation du taux de sucre dans le sang.

Le diabète de type 1 apparaît lorsque le pancréas ne produit plus suffisamment d’insuline, précise Turchin. Il s’agit d’une maladie auto-immune : les anticorps du système immunitaire se dérèglent et détruisent progressivement les cellules du pancréas chargées de produire l’insuline. Avec le temps, le nombre de cellules chute et la sécrétion d’insuline devient insuffisante, voire nulle. La génétique joue un rôle central dans le diabète de type 1, le plus souvent diagnostiqué chez les enfants et les jeunes adultes.

Le diabète de type 2, lui, survient lorsque l’organisme devient moins sensible à l’action de l’insuline, un phénomène appelé résistance à l’insuline, poursuit Turchin. « En d’autres termes, il y a suffisamment d’insuline, mais le corps n’y réagit pas comme il le devrait », explique-t-il. Résultat : « le sucre ne peut plus être correctement assimilé. » Si la génétique peut être en cause, des facteurs liés au mode de vie, comme le surpoids ou le manque d’activité physique, sont le plus souvent responsables, car ils exposent l’organisme à des taux de sucre trop élevés sur de longues périodes. Le diabète de type 2 peut toucher des personnes de tous âges, mais il se manifeste généralement après quarante ans et est diagnostiqué à un âge moyen proche de soixante-cinq ans, selon les chiffres de l'Inserm.

Le diabète LADA apparaît plus souvent à partir de trente ans. Cette forme particulière évolue plus lentement que le diabète de type 1.

Les patients présentent des symptômes classiques tels que des mictions fréquentes, une soif intense et une perte de poids rapide, qui s’installent sur quelques jours ou semaines. « Quand ces symptômes apparaissent, le processus auto-immun est déjà en cours depuis un certain temps, mais il atteint enfin un stade où le corps ne peut plus compenser et la glycémie augmente brutalement », explique Alexander Turchin.

Avec le LADA, ce processus est plus progressif. « C’est le même mécanisme [que pour le diabète de type 1], mais au lieu de se produire en deux semaines, il s’étale sur plusieurs années », poursuit-il. « Les mêmes anticorps ciblent les mêmes cellules du pancréas, mais leur action est plus lente. Les niveaux d’insuline chutent progressivement, tandis que la glycémie s’élève tout aussi lentement. »

Comme le diabète de type 1, le diabète LADA comporte une composante génétique. Mais des facteurs environnementaux pourraient également intervenir, comme certaines infections respiratoires basses, selon une étude publiée dans Diabetes/Metabolism Research and Reviews. Cette forme de diabète reste toutefois rare : elle représente environ 2 à 12 % des diagnostics posés chez l’adulte, d’après l’American Diabetes Association.

 

POURQUOI EST-CE SI DIFFICILE À DIAGNOSTIQUER ?

Les symptômes du diabète auto-immun latent de l’adulte (LADA) sont très similaires à ceux des diabètes de type 1 et de type 2. Ils incluent une perte de poids inexpliquée, une soif excessive, des mictions fréquentes, une augmentation des infections ainsi que des lésions cutanées qui ne cicatrisent pas, explique Schafer Boeder, endocrinologue au sein de UC San Diego Health.

On estime qu’environ 5 à 10 % des cas sont mal diagnostiqués. Cela s’explique en partie par le chevauchement des symptômes, mais aussi par la croyance persistante que le diabète auto-immun, comme le diabète de type 1, ne se manifeste que chez les enfants et les adolescents, ajoute-t-il.

« Dans ces situations, les patients suivent généralement les recommandations de leur médecin : ils modifient leur alimentation, essaient d’augmenter leur activité physique et prennent les traitements prescrits. Mais rien de tout cela n’est efficace », observe Schafer Boeder. « Au contraire, ils constatent une élévation rapide de leur glycémie malgré des changements de mode de vie adaptés et la prise régulière de médicaments. C’est précisément à ce moment-là que le diabète LADA commence à se distinguer du diabète de type 2. »

Dans le cas du diabète de type 2, la première approche thérapeutique repose sur l’hygiène de vie, ce qui signifie que les patients n’ont pas nécessairement besoin d’injections d’insuline immédiatement. En revanche, les personnes atteintes de LADA ont besoin d'un traitement par insuline beaucoup plus tôt, et une prise en charge tardive peut s'avérer dangereuse, avertit Kathleen Dungan, endocrinologue au Wexner Medical Center de l’Ohio State University.

Un diabète LADA non diagnostiqué pendant cinq à dix ans peut évoluer vers une acidocétose diabétique et, en l’absence de traitement adapté, entraîner la mort, ajoute Kathleen Wyne, également endocrinologue au Wexner Medical Center. Cette complication résulte d’une hyperglycémie incontrôlée et/ou d’interruptions prolongées de traitement. Lorsque le taux d’insuline est durablement trop faible, l’organisme décompose les graisses trop rapidement et les transforme en un carburant appelé cétones. Conséquence : un sang devenu acide, ce qui peut s’avérer fatal sans prise en charge urgente.

 

COMMENT EN PARLER AVEC VOTRE MÉDECIN ?

Obtenir un diagnostic de diabète LADA reste difficile, tant pour le patient que pour le médecin, insiste Schafer Boeder.

« Le patient passe souvent par une phase de diagnostic erroné ou d’incertitude, ce qui est très frustrant », dit-il. « Pour le praticien, l’erreur est parfois liée à un manque de sensibilisation au fait que le diabète auto-immun peut survenir chez l’adulte. Mais, souvent, c’est tout simplement un diagnostic complexe, surtout aux premiers stades. »

Si vous avez été diagnostiqué avec un diabète de type 2 mais que vous ne répondez pas au traitement, il est recommandé d’évoquer la possibilité d’un diabète LADA avec votre médecin, conseille Schafer Boeder.

Selon Wyne, il faut demander à son équipe médicale (souvent le médecin traitant) un dépistage spécifique du diabète de type 1. « La plupart des cliniques pour adultes ne savent pas comment procéder », dit-elle. « L’important est de doser les cinq anticorps : GAD, ICA, IAA, IA2 et ZnT8. Se contenter de mesurer la glycémie, l’hémoglobine glyquée (HbA1c) ou le peptide C (ou toute combinaison de ces trois marqueurs) n’est pas suffisant. » Si ces anticorps sont positifs, cela « soutient très fortement » le diagnostic de diabète auto-immun latent de l’adulte, précise Schafer Boeder.

Une fois le diagnostic établi, le diabète LADA peut être pris en charge efficacement, insiste Boeder. L’essentiel est de collaborer avec son équipe soignante afin d’adapter la dose d’insuline nécessaire et son mode d’administration, via un stylo ou une pompe à insuline, souvent connectée à un capteur de glucose en continu. Dans certains cas, des agonistes du GLP-1, tels que l’Ozempic ou le Wegovy, peuvent également être utilisés.

« Si le LADA est bien contrôlé, vous pouvez mener une vie longue et en bonne santé, aussi longue - voire plus longue - que celle des personnes non diabétiques », conclut Schafer Boeder.

Grâce aux réseaux sociaux, le paganisme connaît un nouvel élan

L’intérêt pour le paganisme et ses rituels, comme les cristaux et les cartes du tarot, l’astrologie et la magie des plantes, a remis les spiritualités païennes au cœur de certaines tendances culturelles, ou tout au moins dans le haut de votre fil d’actualité TikTok.

Autrefois, les Celtes parcouraient la lande balayée par les vents pour vénérer Cernunnos, leur dieu cornu. Les Égyptiens ont traversé des déserts pour invoquer la protection d’Isis et d’Osiris. Quant aux druides, ils voyageaient jusqu’à une clairière pour faire des rituels au clair de lune. Mais au fil du temps, ces dieux et déesses sont devenus des mythes et les rituels de cette religion pré-chrétienne sont entrés dans la clandestinité.

Aujourd’hui, près d’1,5 million de personnes aux États-Unis s’identifient comme païennes, contre 134 000 en 2001. Ce chiffre englobe les Wiccans et les kémites, ainsi que les sorcières et les guérisseuses sur TikTok qui suivent une autre voie spirituelle. 

En France, comme ailleurs en Occident, les mouvements néopaïens et les spiritualités inspirées des religions anciennes gagnent également en visibilité, notamment sur les réseaux sociaux.

« En général, on observe une distanciation avec les religions organisées et un rapprochement avec la spiritualité », indique Helen Berger, autrice et sociologue spécialiste du paganisme et de la sorcellerie modernes. Selon elle, les mouvements d’émancipation des femmes et des droits des homosexuels, la crise climatique et le désir d’une religion davantage axée sur l’affirmation de la vie ont suscité l’émergence d’une communauté spirituelle en plein essor.

Partez à la découverte des traditions culturelles des communautés païennes en prenant part à des rituels d’ensorcellement à Salem, dans le Massachusetts (États-Unis), à des rituels de pleine Lune à Asheville, en Caroline du Nord (États-Unis), ou des pratiques encore visant à dépasser la métaphysique à Sedona, en Arizona (États-Unis).

 

QU’EST-CE QUE LE PAGANISME ?

« Il est très difficile d’expliquer brièvement ce qu’est le paganisme, car il revêt une multitude de formes », explique Sarah Pike, autrice et professeure de religion comparée à l’université d’État de Californie, à Chico (États-Unis). « Pour les païens, le monde naturel est sacré. Ils célèbrent l’interconnectivité de tous les éléments, et perçoivent les humains, la nature et les êtres spirituels comme faisant partie intégrante d’un réseau de vie ».

Traditionnellement, le terme « païen » désigne toute personne qui ne croyait pas aux principes judéo-chrétiens, et qui appartenait souvent aux cultures anciennes grecque, romaine, égyptienne, scandinave et irlandaise.

« La plupart des païens n’employaient pas eux-mêmes le terme de "païen" ni ne se considéraient comme appartenant à un groupe distinct », ajoute Edward Watts, professeur d’histoire à l’université de Californie, à San Diego (États-Unis).

Après des siècles de persécution, le paganisme était majoritairement une pratique à la marge. Ce n’est qu’à partir des années 1960 qu’il est devenu une religion attrayante aux yeux de ceux qui n’acceptaient pas les normes sociales contraignantes.

Au cours de la dernière décennie, l’essor de TikTok (le hashtag #witchtok totalise plus de 35 milliards de vues) et les séries TV populaires ont contribué à alimenter l’intérêt pour ce mouvement spirituel.

 

OÙ VIVRE UNE EXPÉRIENCE PAÏENNE ? 

Assister à un rituel est l’une des meilleures façons d’en savoir plus sur le néopaganisme. Le Samain, célébré dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, marque la fin de la saison des récoltes et le début de l’hiver.

À Salem, les païens célèbrent cette fête en dansant, en se promenant dans la nature et en honorant leurs ancêtres. Les curieux peuvent assister au bal d’Halloween officiel des sorcières de Salem, avec au programme des danses cérémoniales, des rituels d’ensorcellement et autres pratiques païennes.

Selon Dixie Deerman, qui est surnommée « Queen Lady Passion » et est la fondatrice et la grande prêtresse de Coven Oldenwilde, à Asheville, assister à des rituels en direct est une expérience transformatrice. Les participants se trouvent dans un état extatique lorsqu’ils les vivent, ce qui crée un sentiment d’unité avec les autres personnes présentes.

« S’immerger dans un rituel, c’est comme flotter dans une eau aux vertus bienfaisantes pour l’âme », poursuit Dixie Deerman. « N’importe qui peut être emporté dans un rite libérateur qui encourage une passion débridée ».

Les voyageurs peuvent se rendre au Mother Grove Goddess Temple, situé près du centre-ville d’Asheville, pour assister à des rituels publics lors des anciens jours saints (et pour la Journée de la Terre) et participer à des évènements vouant un culte à la nature, comme à l’occasion des cérémonies de la pleine Lune.

Pour les autres fêtes païennes majeures comme Yule (solstice d’hiver), Ostara (équinoxe de printemps) et Litha (solstice d’été), la Witch House de Salem, seule structure permanente en ville ayant des liens directs avec les procès des sorcières de Salem de 1692, propose des démonstrations et des activités permettant d’en savoir un peu plus sur les traditions païennes.

Selon Roger Herson, un magicien, les boutiques New England Magic et Pentagram, situées à Salem, sont les lieux idéaux pour découvrir le paganisme, puisqu’il s’agit « d’un magasin et d’une école de sorcellerie ».

« De nombreuses sorcières sont toujours en activité à Salem et enseignent la « magie » de manière authentique, contrairement à celles qui font plus dans le strass et les paillettes », observe le magicien.

Salem et Asheville ne sont pas les seules villes connues pour leurs rassemblements païens. En Californie du Sud, Pacific Circle Revival organise une retraite communautaire lors de laquelle les campeurs se déconnectent pour mieux se reconnecter à la terre à l’aide de rituels spirituels et d’ateliers pédagogiques.

Tous les ans en juillet, à l’occasion du solstice d’été, WitchsFest USA, l’un des festivals païens les plus importants aux États-Unis, attire des milliers de personnes dans les rues de Manhattan pour des cercles de danse, soixante ateliers de magie différents et des conférences données par des figures païennes mondiales.

Les communautés adeptes du paganisme, qui regorgent de boutiques de voyance, de cours d'astrologie, de guérisseurs naturels et de magasins d'articles métaphysiques, en appellent aux composantes physiques du paganisme. Mais à Sedona, ville connue pour ses vortex et ses sites d’énergie tourbillonnante, ce sont les activités spirituelles qui attirent chaque année des milliers de touristes dans la région des Red Rocks.

« Les guides touristiques expliquent qu’il existe quatre vortex spécifiques autour de la ville : Airport Mesa, Cathedral Rock, Bell Rock et Boynton Canyon. Mais d’après les traditions locales, toute la zone est un vortex qui améliore les pratiques spirituelles, comme la méditation, la clairvoyance et le yoga », explique Susannah Crockford, conférencière en anthropologie à l’université d’Exeter (Royaume-Uni).

Si vous êtes à la recherche d’une expérience transformatrice, Sedonya Conscious Living Retreat permet aux visiteurs de prendre part à une cérémonie d’intention et d’activation de la nouvelle Lune et à une retraite Ritual to Rise en pleine nature.

Green Witch Creations, un apothicaire basé à Sedona, propose des ateliers d’émancipation spirituelle, d’alignement des chakras et de guérison de l’aura. Vous y trouverez également des bijoux et des cristaux liés aux chakras et vous pourrez participer à des lectures de cartes du tarot ainsi que des séances de Reiki (des soins énergétiques).

Dixie Deerman estime que les personnes qui s’intéressent au paganisme devraient d’abord chercher des façons de goûter à cette culture et être prêtes à apprendre.

« Les touristes affluent pour nous rencontrer et voir si ce que nous écrivons dans nos livres est vrai », raconte-t-elle au sujet des païens et du paganisme. « Ils voient que nous vivons ce que nous écrivons et cela les pousse à explorer cette voie », conclut-elle.

L'univers expliqué aux enfants : qu'est-ce qu'une planète ?

Les huit planètes de notre système solaire se classent en deux typologies : les petites planètes rocheuses (Mercure, Vénus, la Terre et Mars) et les grandes géantes gazeuses (Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune).

Depuis la Terre, on peut aisément repérer six des planètes du système solaire à l'œil nu, et les huit planètes si tu disposes de jumelles ou d'un télescope.

Les astronomes ont découvert des centaines de mondes au-delà de notre système solaire et en repèrent d'autres chaque jour. Les scientifiques pensent que certaines de ces exoplanètes pourraient abriter une vie extraterrestre. Qui sait ? Peut-être qu'un petit extraterrestre, ailleurs dans la galaxie, se demande aussi si tu existes.

Des milliers d'années avant l'invention d'Internet ou de Super Mario Kart, les gens se divertissaient en observant le ciel nocturne et en reliant les étoiles pour créer des images - appelées constellations - d'animaux, d'objets et de héros légendaires. Mais ces anciens observateurs ont remarqué que certaines étoiles ne coopéraient pas avec les constellations. 

Ces boules de lumière bizarres suivaient leur propre chemin dans le ciel nocturne, si bien que les Grecs anciens les ont appelées planètes, ce qui signifie errantes. 

En 1930, neuf planètes avaient été identifiées : Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune et Pluton.

Mais qu'est-ce qu'une planète ? La question semble facile à poser. Après tout, tu te trouves en ce moment même sur une planète ! Pourtant, jusqu'à il y a peu, la définition scientifique était assez floue. La découverte d'autres « vagabonds » du système solaire rivalisant en taille avec Pluton a soudain amené les scientifiques à se demander ce qui n'était pas une planète. 

En 2006, ils se sont concertés et ont défini trois conditions pour qu'un objet céleste puisse être considéré comme une planète : une planète doit être en orbite autour du soleil, être suffisamment grande pour que sa propre gravité lui donne une forme sphérique et avoir une orbite dépourvue d'autres petits objets. Malheureusement pour Pluton, longtemps considéré comme la « neuvième planète » de notre système solaire, la troisième condition n'était pas remplie. Pluton a donc été rétrogradé au rang de « planète naine », une classification des objets du système solaire. 

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À quoi ressembleront les chats du futur ?

En l'espace de 10 000 ans seulement, les chats sont sortis de l'état sauvage et ont accompagné les humains dans leur voyage autour du globe. Pourtant, les félins existent depuis environ 37 millions d'années d'évolution dans un monde dépourvu d'humains.

Même pendant les milliers d'années que les chats ont passées avec les humains, nous n'avons eu que peu d'influence sur le moment et les partenaires avec lesquels ils se sont reproduits. Physiquement, les chats domestiques diffèrent relativement peu de leurs congénères sauvages. La majorité des races de chat ont moins de 200 ans et sont de taille et de forme assez semblable. Tout cela contribue à souligner à quel point la domestication des chats est récente.

 

RACES DISTINCTES

Ce n'est que récemment que des races comme les ragdolls et les sacrés de Birmanie sont apparues, tout comme le rex de Cornouailles à poils frisés ou le sphynx dépourvu de fourrure. D'autres races comme les Persans sont plus vieilles, leurs origines remontent au Moyen-Orient dans les années 1600, mais cela reste quand même des races très jeunes comparées aux races de chiens.

Bien que certaines races de chien aient des différences notables en termes d'instinct et de personnalité, la majorité des races de chats se distinguent surtout par leur apparence, pas vraiment en tempérament ou en taille. Les élevages de chat sont toujours activement en train de créer de nouvelles variétés, notamment des hybrides entre chat domestique et chat sauvage. Le bengal était à l'origine le croisement entre un chat-léopard du Bengale et un chat domestique. Le savannah est un croisement entre un serval et un chat domestique. Certaines de ces races sont d'ailleurs controversées en raison de leur origine sauvage.

 

LES CHATS DANS LE FUTUR

En Europe, il y a plus de 1 000 ans, les chats étaient utilisés à la fois pour lutter contre les nuisibles et pour leur fourrure. Quand des archéologues scandinaves ont comparé la taille des peaux de chats à l'époque des Vikings à celle des corps des matous d'aujourd'hui, ils ont constaté que les chats du 21ᵉ siècle étaient 16 % plus grands.

Ce qui rend ces résultats si inhabituels, c'est que la domestication réduit généralement la taille d'un animal. Les chiens sont un quart plus petits que les loups ; les animaux d'élevage, tels que les bovins, les moutons et les chèvres, sont également plus petits que leurs homologues sauvages.

Et ce n'est pas seulement la disponibilité de croquettes très nutritives qui a fait grossir les chats. Les scientifiques ont également constaté une augmentation de la taille des chats sauvages en liberté dans le bush australien. Bien que ces chats puissent voler des restes de nourriture humaine, ils ne sont pas tous nourris régulièrement par l'Homme. Bien entendu, les chats ne feront pas tout d'un coup la taille de Godzilla, pas plus qu'ils auront soudainement des pouces opposables.

GRAND ET AMICAL 

Mais quel genre de chat deviendront-ils ? Une possibilité, c'est que les chats du futur seront bien plus grands que les félins d'aujourd'hui.

Un contact continu avec les humains aidera aussi les chats à devenir plus amicaux. Par nature, les chats ont tendance à être plus solitaires et distants que les chiens, qui ont une longue histoire évolutive en tant qu'animaux de meute plutôt que chasseurs solitaires. Le contact permanent avec les humains pourrait avoir contribué à donner aux chats les plus amicaux un avantage en termes de survie, en leur permettant de transmettre à leur progéniture des gènes plus sociables.

Avec le temps, cela pourrait avoir créé un animal plus détendu, sans gâcher l'un des aspects les plus attachants de la vie avec un chat : lorsque votre chaton vous fait des câlins, vous savez que c'est pour de vrai.

En comparant les comportements sociaux et la personnalité des chats domestiques avec ceux des panthères nébuleuses, des panthères des neiges, des lions et des chats sauvages écossais, les scientifiques ont constaté que les chats domestiques n'étaient pas vraiment adaptés à la vie en groupe. Ils avaient tendance à être dominateurs, névrosés et impulsifs, ce qui n'est pas exactement le trait de caractère que l'on recherche chez un ami.

Cependant, les personnalités des chats domestiques sont majoritairement comme celles des lions les plus sociables, qui ont découvert un moyen de vivre en groupe. Cela suggère que les chats aient la matière pour s'adapter à un avenir plus sociable. Et même si les groupes de chats ne deviendront probablement pas des clans de lions, ces derniers nous prouvent que les félins peuvent vivre côte à côte lorsque les circonstances s'y prêtent.

Les humains consacrent de plus en plus de temps à l'étude de la psychologie et du comportement des chats, ce qui leur donne l'occasion d'améliorer leur relation avec eux. En comprenant ce qui motive les chats, ce qui les rend heureux, ce qu'ils peuvent ou ne peuvent pas tolérer, nous pouvons faire en sorte que nos chats aient la meilleure vie possible.

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