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À partir d’avant-hierAnalyses, perspectives

La France numérique, ce coffre-fort électronique au code 1234

Par : h16

Si l’État français était un immeuble, ce serait un bâtiment haussmannien cossu avec une porte d’entrée à digicode, son code scotché sur l’interphone depuis 2017. Évidemment, ce digicode ne protège pas des vélos dans un local poubelle, mais les données bancaires, fiscales et personnelles des soixante-dix millions de Français.

Et si vous pensiez que la série de cyberattaques contre l’administration était un phénomène passager ou que si un problème se fait jour dans une administration, ce n’est pas pour cela que toutes les autres sont percluses de hacking sauvage, détrompez-vous : depuis décembre 2025 et comme un précédent billet le mentionnait avec un peu de consternation, c’est un véritable festival ininterrompu.

On pourrait (pour faire court) remonter par exemple à mi-décembre, quand un pirate compromet les serveurs du ministère de l’Intérieur, accédant aux fichiers TAJ (antécédents judiciaires) et FPR (personnes recherchées) ce qui représente potentiellement 16,5 millions d’entrées, coupables comme victimes… Un début roboratif.

Mais ce n’est pas tout : début janvier, c’est l’OFII qui tombe, avec 2,1 millions de dossiers d’étrangers en libre accès sur le « dark web » (via un sous-traitant, évidemment).

Mais ce n’est pas tout : mi-janvier, l’Urssaf révèle de façon presque décontractée qu’un accès frauduleux a exposé les données de 12 millions de salariés, offrant aux pirates noms, prénoms, dates de naissance, employeurs. Douze millions, soit un salarié français sur deux.

Mais ce n’est pas tout : début février, c’est la plateforme de recrutement « Choisir le Service Public » – nom ironique s’il en est – qui est piratée à son tour. Les données personnelles et professionnelles de milliers de fonctionnaires se retrouvent dans la nature. Quelque part, c’est très pratique : les aspirants fonctionnaires, directement concernés par cette fuite, découvrent les joies du service public avant même d’y entrer. Quel gain de temps !

Mais ce n’est toujours pas tout : le 18 février dernier, c’est Bercy qui annonce, dans un e-mail plat duquel ne ressort pas vraiment la honte que devrait inspirer ce genre d’événement, que le fichier FICOBA a été infiltré, et ce pendant plusieurs semaines. FICOBA, pour ceux qui l’ignorent, c’est en quelque sorte l’annuaire centralisé de tous les comptes bancaires ouverts en France. Un pirate a ainsi consulté 1,2 million de comptes, avec leur IBAN, l’identité des titulaires et leurs adresses. Le plus beau reste sans doute le mode opératoire puisqu’il s’agit tout simplement de l’usurpation des identifiants d’un fonctionnaire, soit un simple identifiant et le mot de passe associé. Nous sommes en 2026, et des fichiers sensibles comme celui-ci ne disposent toujours pas d’authentification à deux facteurs.

Et pour couronner le tout, le 20 février, 2 393 agents de la DGSI, de la DGSE, de la Police, de la Gendarmerie et même de la CNIL se retrouvent exposés dans une compilation de fuites antérieures. On notera avec un amusement gêné que la CNIL, l’autorité censée vérifier que les données des Français sont bien protégées, compte 86 de ses propres agents dans le lot. Le cordonnier est non seulement mal chaussé, mais il marche pieds nus dans un champ de tessons.

Le rapport 2025 du ministère de l’Intérieur dénombrait déjà plus de 17 500 cyberattaques en France, soit une hausse de 4 %. On attend les chiffres de 2026 avec la sérénité d’un passager du Titanic qui vient d’entendre un bruit bizarre.

Comment en est-on arrivé là ?

Ici, la presse de grand chemin accusera facilement les Russes, les conspirationnistes et les non-vaccinés parce qu’elle n’est pas réputée pour faire le tri dans ses prétextes. Mais plus sérieusement, on pourra noter trois failles structurelles qui se conjuguent pour faire de l’État français un buffet à volonté numérique.

D’abord, la centralisation pathologique. La France a toujours adoré les grands fichiers : un fichier unique pour tous les comptes bancaires (FICOBA), un fichier unique pour tous les antécédents judiciaires (TAJ), un fichier unique pour 36 millions de demandeurs d’emploi (ce qui a valu à France Travail d’être condamnée à 5 millions d’amende par la CNIL pour sa gestion calamiteuse du piratage de 2024).

En théorie, l’avantage d’un fichier centralisé, c’est l’efficacité administrative. En pratique, la seule efficacité administrative aura été de constituer un point unique de défaillance, le reste des services continuant de s’enfoncer de toute façon dans la médiocrité.

Ensuite, le sous-investissement chronique. Pendant que la France parade dans les rapports internationaux sur la cyberdéfense, les DSI ministérielles fonctionnent avec des bouts de chandelle. L’ANSSI, bras armé de l’État en cybersécurité décidément trop court, fait ce qu’elle peut avec un budget qui ferait sourire n’importe quel RSSI de grande entreprise. Le résultat est prévisible : des systèmes vieillissants, des mises à jour reportées, des prestataires au rabais, des passoires à tous les niveaux.

Par-dessus ce joyeux tableau, la France est aussi une cible géopolitique de premier plan. En avril 2025, le gouvernement a officiellement attribué au GRU russe via le groupe APT28 une campagne de piratage de quatre ans contre des ministères, des collectivités et des organismes de recherche français. Quand vos adversaires sont les services de renseignement d’une puissance nucléaire, il serait peut-être judicieux de protéger vos systèmes avec autre chose qu’un Post-it sous le clavier.

Car c’est là qu’on touche au fond du problème : l’hygiène numérique de l’État français est catastrophique. Des mots de passe partagés en clair au ministère de l’Intérieur, pas d’authentification multifacteurs sur FICOBA, des identifiants transversaux interministériels sans cloisonnement… Chaque fuite alimente la suivante par effet domino : les données d’une brèche servent à compromettre le système d’à-côté. C’est l’équivalent numérique d’un immeuble où toutes les portes s’ouvrent avec la même clé et où quelqu’un a laissé un double sous le paillasson.

Et pour le moment, le paillasson, c’est le citoyen qui paie pour cette indigence.

Le plus savoureux dans cette affaire est que l’État – qui n’est pas parvenu à empêcher un pirate de consulter 1,2 million de comptes bancaires avec un simple login volé – est aussi celui qui prépare la centralisation de l’identité numérique de 68 millions de Français, celui-là même qui multiplie les interconnexions entre fichiers au nom de l’efficacité et qui veut vérifier l’âge des internautes en ligne pour « protéger les petits enfants ».

Pas de doute, cela va terriblement bien se passer.

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Planisphère. La géopolitique résiste-t-elle au cyber ? Avec F. Manet

Le 29 avril 2025, la France attribue pour la première fois officiellement des cyberattaques répétées à la Russie. Le cyber, est-ce virtuel, immatériel ou matériel ? De quelles façons la couche matérielle du cyber est-elle un champ d'affrontement géopolitique entre acteurs étatiques mais aussi non étatiques ? Pourquoi la couche logicielle du cyber est-elle l'enjeu de l'expression des rivalités de puissance étatique comme non étatique ? Podcast avec une synthèse rédigée.

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Israël : Baisse de la natalité et digitalisation croissante dans la société ultra-orthodoxe

L'Institut Haredi pour les Affaires Publiques vient de publier son rapport 2024 sur l'état de la communauté ultra-orthodoxe en Israël, mettant en lumière des transformations majeures au sein de cette société. Selon l'étude réalisée par le Dr Eitan Regev et Yehudit Miletsky, les pressions économiques accélèrent des changements significatifs dans les modes de vie haredi. 

L’article Israël : Baisse de la natalité et digitalisation croissante dans la société ultra-orthodoxe est apparu en premier sur Strategika.

Échec et hilarité : le gouvernement se lance dans de nouvelles lubies informatiques.

Par : h16

Il y a quelques constantes dans l’univers, depuis la vitesse de la lumière jusqu’à la certitude de la mort et d’une ferme ponction fiscale si vous habitez en France. Au fil des ans, une autre constante s’est installée, à savoir celle de l’incompétence terminale des administrations françaises en matière de numérique : chaque projet lancé, généralement en fanfare, s’est terminé de façon aussi piteuse que coûteuse.

Par exemple, en 2012, l’État français décidait posément de financer avec l’argent des autres (i.e. le vôtre) le lancement d’un “Cloud souverain” en proposant à deux acteurs du marché d’alors, Cloudwatt et Numergy, de s’y mettre un bon coup. Assurément, la réussite (et la souveraineté numérique) était au tournant et un peu d’argent public aiderait à ce but louable et facile à atteindre. En 2015 (soit à peine trois ans plus tard), les résultats étaient là, indiscutables : c’était un échec retentissant et coûteux.

Dans la même période, le même État lançait en parallèle différents projets informatiques, certains destinés à améliorer les traitements de procédures administratives, d’autres à chapeauter la solde des militaires ou d’autres encore à faire de la bonne comptabilité publique bien solide, bien carrée, bien propre sur elle. Chacun se souvient notamment du désastre du logiciel Louvois, de la transition ultra-douloureuse vers un RSI catastrophiquement géré, du logiciel d’Opérateur national des Payes, des cartes grises qui connaissent encore à ce jour de francs soucis de fonctionnement.

L’arrivée en 2020 de la pandémie de covid aura donné l’occasion aux mêmes freluquets d’étendre leur incompétence jusque sur les téléphones mobiles : l’application “StopCovid” fut un modèle de réalisation onéreuse, mal boutiquée et sous-optimale. Gouffre pour les contribuables, gadget inutile sur le plan sanitaire, véritable pied-de-biche administratif pour ouvrir la porte à la société de surveillance, ce fut là encore une belle illustration de tout ce qu’il ne faut pas faire en matière d’informatique par l’État.

On pourrait aussi évoquer les différentes tentatives de claquer le pognon gratuit du contribuable dans différentes lubies du moment, depuis les tablettes Apple de la part de François Hollande en 2014 jusqu’aux ordinateurs “gratuits à 500€ pièce” distribués en Île-De-France pour un électoralisme bien gras…

À chaque tentative des clowns républicains de pousser l’État à s’occuper d’informatique, depuis le “plan Calcul” jusqu’à ces précédents avatars ridicules en passant par le “plan Informatique pour tous”, à chaque fois le même constat d’un gâchis obscène d’argent public et d’une absence visible et criante de tout résultat palpable. L’engouement avec lequel le pouvoir lance actuellement, en toute décontraction, une “stratégie nationale pour l’intelligence artificielle” devrait terroriser tous les contribuables français et le fait que ce domaine regorge de chercheurs français qui sont tous installés à l’étranger ou travaillent pour des sociétés étrangères en dit long sur la capacité des clowns gouvernementaux à louper systématiquement les tendances de plusieurs décennies.

En pratique, depuis 40 ans, à chaque fois que l’État s’est occupé de technologies modernes informatiques, ce fut toujours sur un coup de tête, par effet de mode : les politiciens, attirés par des mots-clés technoïdes comme des moustiques par la lumière électrique dans une nuit d’été moite, se sentent systématiquement propulsés par cette envie irrésistible de claquer des sommes conséquentes. À chaque gimmick, un chèque public, et à chaque chèque public, un échec.

Alors que dans les années 2000, Google devenait le premier moteur de recherche en part de marché, susurrez “moteur de recherche français” à l’oreille de ces brochettes de guignols au pouvoir et pouf, voilà des fonds publics qui déboulent sur l’une ou l’autre promesse vaporeuse. Malgré tout, après des années de gestion catastrophique et de pertes colossales, les projets financés vont au drain.

On a même eu droit à des frétillements consternants de ministricules républicains pendant moult pince-fesses destinés à promouvoir la “French Tech” dans une Starteup-Naychonne qui n’en finissait pas de financer des chèvres en espérant les transformer en licornes. Bien évidemment, alors que les sources magiques d’argent gratuit commencent à se tarir et que les transitions chèvres-licornes n’ont toujours pas eu lieu, la même “French Tech” se réveille avec une sévère gueule de bois que seul le contribuable pourra apaiser avec ses poches profondes et ses générations futures endettables à merci.

Devant ce constat, comment ne pas se réjouir du récent choix par le gouvernement de trois projets qui sont censés rivaliser avec Microsoft Office et Google Docs ?

Oui, vous avez bien lu : malgré l’échec retentissant des précédents projets de “Cloud souverain”, le gouvernement relance le manège et distribue une enveloppe de 23 millions d’euros d’argent gratuit des autres pour financer trois (pourquoi pas un, pourquoi pas dix-huit ?) projets de suites bureautiques collaboratives dans le cloud, dans le but de faire émerger des alternatives crédibles aux deux principales suites actuellement utilisées et qui ont le goût douteux d’être américaines. Et cette fois-ci au contraire des précédentes, c’est sûr, cela va marcher parce que… eh bien parce que c’est ainsi.

Ah, vraiment, comment ne pas comprendre que cette nouvelle tentative va mener à la même réussite flamboyante que toutes les autres ? Du reste, comment douter que l’État français se devait absolument d’intervenir dans ce domaine pour aider à l’apparition d’un concurrent, pardon, de trois concurrents solides aux mastodontes installés ? Pourquoi imaginer un monde dans lequel une solution apparaîtrait par besoin, issue du marché et de l’innovation humaine, alors qu’on peut obtenir un résultat clairement inférieur tout en claquant des sommes colossales d’argent public ?

Petit à petit, de plans mal boutiqués en projets vaporeux, de partenariats douteux en subventions dilapidées, l’État français s’est dilaté comme jamais pour s’insérer dans tous les pans de la société civile et a su se bâtir une solide réputation, tant dans le domaine informatique que partout ailleurs en réalité, à savoir celle d’une source de financements presque infinie et sans responsabilité attachée, sans comptes à rendre ni garantie de résultats.

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Guichet unique, échecs multiples

Par : h16

Depuis le 1er janvier 2023, la République Française a basculé dans le domaine sucré du Guichet Unique Numérique Pour Les Entreprises : ce site web technofuturiste est donc devenu, youpi youpi, l’unique point d’entrée des entreprises pour réaliser leurs tracasseries formalités administratives. Depuis, tout se déroule comme prévu : c’est un échec total.

Pour garantir ce plantage mémorable, les administrations concernées avaient mis tous leurs atouts possibles à la poubelle : calendrier irréaliste voté en 2019 avec une candeur d’irresponsables dans le cadre de la loi Pacte, utilisation de technologies poussives voire dépassées, pression de politiciens délicieusement incompétents, coordination inexistante, bordélique ou antagoniste des différents exécutants, rien n’a été laissé au hasard pour garantir une explosion en vol.

Magnifique échec, alors que, pourtant, tout avait fort mal commencé.

Dès septembre 2022, on murmurait déjà avec insistance, lors de formations en ligne organisées par l’Institut national de la propriété intellectuelle (INPI) qui gère le site, qu’il restait de petits dysfonctionnements par-ci par-là, notamment concernant le volet “modifications” du site. De nombreux experts-comptables, généralement mandatés pour suivre les entreprises et modifier leurs statuts le cas échéant, notaient cependant que … rien ne marchait.

Mais quatre mois avant le passage au guichet unique, on pouvait garder espoir.

Quelle touchante naïveté.

Dès le tout début janvier, le portail mis en place subissait une attaque informatique. Malgré des tests de sécurité, patatras, le site subissait ainsi, le 3 janvier, une attaque par déni de service provoquant “100.000 demandes de modifications à la seconde” selon Bercy (100 selon la police et 1.000.000 selon les syndicats).

Le samedi suivant, l’administration semblait avoir trouvé la parade. Ouf, le portail pouvait à nouveau recueillir les milliers de demandes diverses des entreprises… Pour les transformer immédiatement en cauchemar gluant : toujours selon Bercy (dont le patron est un certain Bruno Le Maire – coïncidence ?) la situation était telle après seulement un mois de cafouillages dantesques que 20.000 entreprises se retrouvaient à patauger dans les pénibleries administratives.

Et alors qu’un nombre toujours croissant d’entrepreneurs s’enfonçait doucement (sans gesticuler – ne jamais gesticuler) dans les sables mouvants de l’administration française, il fut discrètement décidé de mettre en place une procédure de secours, essentiellement composée de l’ancien site “Infogreffe”.

Avec le toupet qui caractérise les imbéciles, la direction de Bercy se félicite tout de même de cette magnifique catastrophe en notant qu’avant, 70% des démarches se faisaient sur papier alors qu’elles ne sont plus que 5 à 10% à présent, pendant que le nombre d’entreprises complètement engluées dans les nasses numérico-bureaucratiques de ce guichet unique se compte en dizaines de milliers.

Il n’est qu’à lire l’invraisemblable situation de certains artisans ou chefs d’entreprises qui ont eu la douloureuse obligation d’en passer par cette … hum… disons innovation pour comprendre que le relativisme décontracté au ministère de l’Économie n’est qu’une posture malaisée pour camoufler un désastre : certains, privés de papiers officiels par l’incurie des gouvernants et des administrations, se retrouvent à devoir refuser des contrats, perdre du chiffre d’affaires voire mettre la clé sous la porte.

Et si la gestion des créations d’entreprise fonctionne à peu près (et Bercy s’en félicite bruyamment avec des petits gloussements rigolos), beaucoup d’entreprises ont du mal à déposer leurs comptes notamment si elles dépassent le délai de 30 jours après l’assemblée générale. Alors qu’il y avait jusqu’à présent une tolérance de la part des greffiers, l’application n’en a aucune et les dépôts sont retoqués, indépendamment même de la complexité des questions posées (on passe de trois questions jadis à 18 dans ce guichet unique, et dont certaines imposent une connaissance juridique très pointue hors de portée de la plupart des patrons de petites et moyennes entreprises).

La situation passe l’ubuesque en vitesse supraluminique lorsqu’on comprend que, notamment, l’absence de K-Bis pour une entreprise signifie aussi l’impossibilité pour cette dernière de collecter puis de verser correctement la TVA lors de ses transactions. Les cessations d’entreprises tombent dans le même trou noir administratif : inextricablement, les départs en retraite de chefs d’entreprise se transforment en casse-tête de passation, et les éventuels émoluments devant aller à l’État ne peuvent être calculés…

Autrement dit, avec cette souplesse et ce brio que seul peut se permettre un clown professionnel bardé de décennies d’expérience comique, Bruno Le Maire et sa brochette de camarades de Bercy, en imposant ce guichet unique, se sont tiré une balle dans le pied avec application : non seulement, ce couac mémorable va entraîner de nouveaux paquets dodus d’entreprises dans la faillite, mais en plus ceci va-t-il grêver les comptes publics de taxes non perçues au moment même où, toutes choses égales par ailleurs et tout guichet unique en panne, le niveau de faillites dans le pays s’envole.

Ce portail unique n’est qu’une nouvelle occurrence de ces plantages consternants et répétitifs de l’administration en matière d’informatisation.

À l’exception notable (et, pour tout dire, carrément louche) du prélèvement à la source dont la majeure partie du fardeau a été rejetée sans vergogne sur les entreprises et les particuliers, absolument toutes les autres expériences d’informatisation de l’administration française se sont terminées par des catastrophes mémorables pour les usagers et les contribuables.

Chorus, Louvois, paye des fonctionnaires, RSI, Parcoursup, j’en passe, l’administration française a ceci de spécifique qu’elle n’apprend jamais de ses erreurs : nimbée de cette certitude qu’elle a toujours raison et que ses plantages, pourtant catastrophiques et répétés, ne sont que le résultat d’une obstination idiote de la réalité à ne pas se plier à ses désirs, l’administration, ses responsables et les politiciens à la manœuvre remettent régulièrement le couvert pour nous offrir, à chaque fois, de nouveaux spectacles navrants d’échecs lamentables.

Or, si tout ceci n’est probablement pas essentiel à l’effondrement complet du pays auquel nous assistons actuellement, à n’en pas douter cela s’ajoute au désastre et impose de conclure que ce pays est foutu.

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Erreurs de calculs en Bisounoursie

Par : h16

Alors oui, certes, en effet, le Français est quelque peu ponctionné par-ci par là. Certes, son parcours quotidien est semé de taxes, ponctions, accises, amendes et autres impôts dont il doit s’acquitter, parfois sans même s’en rendre compte. Certes. Mais le Français peut s’enorgueillir d’en avoir pour son argent, pardi !

Ainsi, il est maintenant de notoriété publique que les services régaliens de l’État sont largement assurés, et qu’au delà de l’indispensable, le nécessaire, l’utile et le superflus sont même amplement couverts : les administrations de sécurité, de santé, d’éducation et d’accompagnements sociaux mobilisent avec brio des masses considérables de pognon gratuit des autres d’argent public pour offrir un service toujours mieux étudié aux populations dont les besoins ne cessent de croître.

C’est donc avec une totale stupéfaction qu’on apprend que, parfois, ces mêmes administrations rencontrent de petites anicroches qui amoindrissent l’excellence de leurs prestations : en République du Bisounoursland, il semble en effet absolument invraisemblable que de telles erreurs voient le jour, mais force est de constater que le monde tel que nos énarques l’envisagent est parfois bien chafouin et ne peut s’empêcher d’introduire quelques malices.

L’actualité laisse cependant poindre quelques étonnantes nouvelles dont la répétition et l’accumulation forcent à se demander s’il n’y aurait pas dans ces petits soucis comme un problème plus général.

On est ainsi en droit de se demander comment prendre avec sérieux les chiffres de Santé Publique France concernant les cas de Covid-19 lorsqu’on apprend que ces derniers ont été, pendant des mois, largement surestimés de plus de 10% : certains patients, se faisant tester plusieurs fois, ont été compté comme des patients différents par l’algorithme de pseudonymisation. Apparemment, la correspondance entre le pseudonyme dépendait de la casse des caractères du nom ou prénom du patient qui pouvaient varier d’un établissement de test à l’autre. C’est ballot.

De tels petits soucis arrivent, que voulez-vous.

Mais voilà, il arrive qu’ils se répètent : alors que l’aspect légendaire de la précision du calcul des retraites français est connu dans le monde entier, alors que les administrations en charge de verser leurs pensions à nos anciens sont reconnues et louées pour leur humanité, leur efficacité, leur sens du devoir et leur amabilité, on découvre, toujours aussi abasourdi, qu’un dossier de retraite sur six comporterait une erreur de calcul selon la Cour des Comptes, et dans les trois quarts des cas au détriment du pensionné. Dans un cas sur dix, cette erreur revient à raboter les pensions distribuées de plus de 1000€ par an ce qui, au regard des pensions moyennes tournant actuellement autour de 1400 euros, représente plusieurs dizaines d’euros par mois carottés discrètement.

La Cour des Comptes, dont la justesse des constats – jamais remis en question – est inversement proportionnelle à leur impact sur les finances publiques et les us et coutumes des administrations concernées, se permet une analyse sans fard de la situation :

« Année après année, cette situation traduit une efficacité déclinante des dispositifs de maîtrise des risques de la branche vieillesse et l’absence de mise en œuvre par la Caisse nationale d’assurance vieillesse d’actions efficaces à même de redresser ses résultats dans le domaine du paiement à bon droit des retraites. »

Comprenez ici que la situation se dégrade, et vu l’historique des comptes-rendus de la Cour des Comptes, on peut raisonnablement tabler sur un enterrement du rapport sans fleurs ni couronne. Autrement dit, ça va continuer tranquillou.

Ces erreurs d’algorithmes ou de calculs de pensions pourraient passer pour des péripéties improbables en République du Bisounoursland, le pays du lait et du miel, mais il s’impose malheureusement comme un schéma d’ensemble lorsqu’on continue d’éplucher les remarques de la Cour des Comptes. Elle en profite en effet, sur le sujet plus général des comptes de la Sécurité sociale, pour aboutir à la conclusion qu’elle ne pourra pas les certifier tant tout ceci tient d’un bricolage sans queue ni tête.

Les comptes des URSSAF sont incertifiables, la branche maladie, avec deux milliards de remboursement maladie en trop, ne le sera pas davantage et les prestations de la Caisse d’allocations familiales comportent 10% de versements par erreur. Si l’on y ajoute le constat de la branche retraite en déroute, le tableau ne fait guère rêver.

Ici, certains pourraient être tentés de croire que, malgré ces quelques errements, les administrations françaises ne s’en sortent finalement pas trop mal : alors que nous venons de traverser un épisode particulièrement délicat de pandémie puis de gestion gouvernementale particulièrement hasardeuse de cette dernière, que le règne du « quoi qu’il en coûte » s’est rapidement transformé en « faites pleuvoir des billets ! » sans la moindre vergogne, le fait que le pays semble continuer, malgré tout, à fonctionner représente probablement l’un de ces petits miracles dont il faut se réjouir.

Malheureusement, les apparences sont d’autant plus trompeuses qu’on ne paie jamais immédiatement les effets d’un crédit exorbitant : la vraie facture n’a pas encore été présentée, seules ses prémices sont pour le moment palpables avec un début d’inflation et une hausse notable des faillites. Le délitement, plus profond, de toutes les administrations, de tous les services publics, s’il est pourtant visible pour qui veut se donner la peine de regarder, n’est pas encore clairement accepté par la masse et encore moins par les dirigeants dont une prise de conscience signifierait probablement une fuite rapide.

Même les impôts commencent à accumuler les problèmes, puisque des milliers de Français vont ainsi devoir payer plus d’impôts que prévu suite à des erreurs dans les algorithmes (dantesques) qui pilotent le calcul de l’impôt français. Ayant jusqu’à présent réussi à repousser sur les entreprises les difficultés ubuesques du prélèvement à la source, on arrive progressivement au bout des camouflages et des ajustements que Bercy doit réaliser pour plumer les oies sans les faire crier.

On est en droit de se demander combien de temps l’édifice fiscal français pourra tenir alors que les rentrées se font plus délicates, les sorties augmentent, les déficits explosent tous les records et la compétitivité du pays continue de dégringoler…

Eh oui, il faut se résoudre à l’évidence : pour mille milliards de prélèvements, de nos jours, on ne fait pas grand chose de bien. Les routes ne sont pas mieux entretenues que lorsque les prélèvements étaient moitié moins hauts, les hôpitaux ne sont pas moins débordés, les forces de police ne font pas mieux leur travail – loin s’en faut, les trains ne roulent pas plus vite (au contraire) et n’arrivent pas mieux à l’heure (c’est l’inverse), la sécurité sociale ne rembourse pas mieux mais moins bien, moins souvent et pour un nombre de plus en plus réduit d’actes, les retraites sont de plus en plus étiques et maintenant pleines d’erreurs, et nos têtes pas toutes blondes ne savent plus lire ni écrire… Bref, c’est la déroute.

Les services publics sont minimaux, désagréables et de moins en moins compétents, on n’en a plus du tout pour l’argent prélevé, et, de surcroît, les administrations se plantent dans leurs calculs.

Forcément, ça va bien se terminer.

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5 - Hégémonie juridique dans le cyberespace

Les Etats-Unis se sont construit une hégémonie juridique dans le cyberespace. L'industrie informatique et l'Internet sont des créations américaines et les Européens ont la plupart du temps été des suiveurs, malgré quelques exceptions brillantes.

- L'Internet, vecteur de puissance des Etats-Unis ? / , , , , , , , ,

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