Elaine Mokhtefi s'est éteinte le 11 septembre à New York, à l'âge de 97 ans. Sept semaines plus tôt, un décret présidentiel avait fait de cette Américaine née en 1928 une citoyenne algérienne. Militante anticolonialiste, elle fut l'un des témoins privilégiés d'une décennie où Alger était la capitale des révolutions. Retour sur une trajectoire que ses Mémoires ont sortie de l'oubli, alors qu'un documentaire sur sa vie sortira prochainement.
Elaine Klein naît le 10 décembre 1928 à New York, dans une famille juive non pratiquante que le krach de 1929 précipite dans la pauvreté. Ses parents, commerçants dans le textile, déménagent dans le Connecticut, puis au Texas. C'est de cette errance qu'elle tire sa première éducation politique. « Quand nous sommes arrivés dans le Sud, au pays de la ségrégation, nous avons de nouveau observé une pauvreté insoutenable », écrit-elle dans ses Mémoires1.
En septembre 1945, à 16 ans, elle part seule pour la Géorgie, au Wesleyan College, une université pour femmes. « J'étais vraiment inconsciente », dira-t-elle de ce départ pour le Sud profond. Ce qu'elle y découvre n'a rien de l'invisibilité qu'elle avait observée dans le Nord : la ségrégation « sautait aux yeux, jour et nuit, à travers une réglementation et des lois appliquées par les citoyens et imposées par les forces de l'ordre ». Elle devient rebelle, écrit-elle, assez du moins pour que la doyenne lui refuse sa réinscription l'année suivante. « Mes idées sur le racisme, la culture et la religion se sont intensifiées avec le temps pour devenir des convictions politiques. »
Retour à New York en 1946, au Latin American Institute, pour deux ans de traduction en espagnol. Une conférence sur son campus lui fait découvrir le mouvement des United World Federalists (UWF), qui plaident pour un gouvernement mondial. Elle y adhère, devient directrice nationale de la section étudiante en 1950. L'année suivante, au congrès de l'Assemblée mondiale de la jeunesse à l'université Cornell, elle dénonce publiquement le racisme états-unien devant des délégations africaines. Les services de renseignement, le FBI, commencent à interroger son entourage. L'UWF, lui, se défait : parti d'un objectif simple, un gouvernement fédéral mondial garantissant la paix entre les nations, il a reformulé ses buts jusqu'à ne plus réclamer que le renforcement des Nations unies. La rupture entre les jeunes idéalistes et la direction centriste est consommée ; on la met à la porte. Quelques jours après ses 23 ans, elle prend le large.
Elle arrive à Paris au début de l'année 1952 et travaille comme interprète pour diverses organisations internationales. La jeune femme y prend la mesure de la condition faite aux travailleurs nord-africains, notamment lorsqu'elle se rend dans les bidonvilles en banlieue. Lors du défilé du 1er Mai, auquel elle participe, arrivent en fin de cortège des milliers d'ouvriers maghrébins. Ils n'y étaient pas conviés : la Confédération générale du travail (CGT) était revenue sur l'accord conclu avec les nationalistes algériens, refusant qu'une revendication d'indépendance s'exprime dans ses rangs, au moment où la France entendait étouffer toute contestation de sa présence en Afrique du Nord2. Elaine Klein ne le comprendra que quelques semaines plus tard, à l'arrestation du leader nationaliste algérien Messali Hadj3. L'image, elle, la frappe immédiatement. Ces hommes lui rappellent la condition des Noirs du sud des États-Unis : « J'ai fait un lien, et peut-être même un transfert de mes combats américains4. » Son engagement anticolonialiste s'enracine là, au moment où la guerre d'Algérie se profile.
Ce n'est pourtant pas à Paris que se noue le fil décisif de son parcours, mais dans une autre capitale : Accra. En août 1960, à l'université du Ghana, elle indique le chemin de la salle de conférences à un homme en chemise blanche qui l'interroge dans un anglais approximatif. Il s'appelle Frantz Fanon et représente le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) au Ghana. Avec Mohamed Sahnoun, délégué de l'Union générale des étudiants musulmans algériens (Ugema), ils forment pendant quelques jours un trio qui milite pour des résolutions sur la Palestine, l'Afrique du Sud et la fin du colonialisme. « L'entente fut immédiate », écrit-elle. Un an plus tard, elle rendra visite chaque week-end à Fanon mourant, à l'hôpital de Bethesda, près de Washington.
Mohamed Sahnoun la présente à Abdelkader Chanderli, qui dirige à New York la représentation du Front de libération nationale (FLN) auprès des Nations unies et compte parmi les principaux artisans de sa diplomatie. Celui-ci lui expose sa stratégie : l'indépendance ne se gagnera pas sur le terrain, mais par l'internationalisation du conflit. En 1960, elle rejoint ce bureau, proto-ambassade d'un État qui n'existe pas encore. Elle traduit, rédige, organise, fait circuler Yasmina et Djazaïrouna, ces films, produits par le GPRA, réalisés par Djamel-Eddine Chanderli et Mohammed Lakhdar-Hamina, destinés à porter la question algérienne devant les délégations afro-asiatiques.
Ce travail est tout sauf accessoire. Il constitue l'une des armes principales d'une guerre asymétrique où le FLN, conscient de son infériorité militaire, mise sur l'opinion internationale et sur l'arithmétique nouvelle de l'Assemblée générale, que l'admission massive des anciennes colonies vient de bouleverser. Elle y côtoie de nombreux hommes qui formeront l'élite du pays indépendant — M'hamed Yazid, Mohamed Benyahia, Lakhdar Brahimi, Ahmed Boumendjel — et deux hommes écartés après la crise de l'été 1962 et la prise de pouvoir par le groupe de Tlemcen5 : Benyoucef Benkhedda et Krim Belkacem, condamné à mort par contumace avant d'être assassiné à Francfort en 1970.
Elaine Klein s'installe à Alger en 1962, la veille des célébrations du 1er Novembre, date anniversaire du déclenchement de l'insurrection de 1954. Le pays manque de tout : sur neuf à dix millions d'habitants, quelque 1 500 étudiants et 500 diplômés de l'université. « L'improvisation était la règle. » Office national du tourisme, bureau de presse de la présidence, Algérie Presse Service puis la Radio-Télévision algérienne : Elaine devient l'une des traductrices les plus sollicitées du régime, y compris auprès d'Abdelaziz Bouteflika, alors ministre des affaires étrangères.
Ces années sont celles où l'Algérie fait de sa victoire un capital diplomatique. Anti-impérialiste par doctrine autant que par expérience, elle accueille, forme et finance les mouvements de libération : « Quasiment toutes les organisations de libération dans le monde avaient un bureau à Alger », écrit-elle, du Vietcong au Congrès national africain (ANC), de l'Organisation du peuple du Sud-Ouest africain (Swapo) au Front de libération du Mozambique (Frelimo) et au Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA), sans oublier les militants indépendantistes basques d'Euskadi ta Askatasuna (ETA), les exilés d'Espagne, du Portugal et d'Amérique latine. La formule d'Amílcar Cabral, dirigeant du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, restera comme le résumé de cette séquence : « Les chrétiens vont au Vatican, les musulmans à La Mecque, et les révolutionnaires vont à Alger6. »
Le point culminant est le premier Festival culturel panafricain7, en juillet 1969, qu'elle contribue à organiser : trente et un États africains, six mouvements de libération, Nina Simone, Oscar Peterson, Archie Shepp jouant avec des musiciens touareg, et des concerts en plein air qui tiennent la ville éveillée. C'est aussi le moment où ses combats la rattrapent. Éconduits par La Havane, les Black Panthers d'Eldridge Cleaver sont envoyés en Algérie, où ils ouvrent une « ambassade ». Ils ne parlent ni arabe ni français ; elle sert d'interprète et d'intermédiaire avec les autorités.


C'est également à cette époque qu'elle rencontre Mokhtar Mokhtefi, ancien combattant de l'Armée de libération nationale passé par le ministère de l'armement et des liaisons générales (MALG), puis devenu écrivain. Elle l'épouse en 1972 et porte depuis son nom. « Il cherchait la justice en toute chose », dira-t-elle de cet homme mort en 2015, dont les Mémoires, J'étais français-musulman, Itinéraire d'un soldat de l'ALN, paraîtront l'année d'après chez Barzakh.
Son histoire algérienne s'interrompt pourtant brutalement. En 1974, après avoir refusé à deux reprises de renseigner les services algériens sur son amie Zohra Sellami, mariée à l'ancien président Ben Bella, alors détenu, elle est contrainte de quitter le pays. Un billet d'avion pour Paris l'attend à l'aéroport. Dès lors interdite de séjour, elle ne pourra retourner en Algérie que quarante-quatre ans plus tard.
Elle revient en novembre 2018, à la veille de la parution française de ses Mémoires, Alger, capitale de la révolution, qu'elle a elle-même traduits en français et que Barzakh publie en Algérie. Son livre restitue de l'intérieur, mais sans complaisance, une décennie au cours de laquelle Alger s'est imposée comme l'un des centres de la politique révolutionnaire internationale. Il raconte aussi les contradictions de l'Algérie indépendante, les déceptions et les coups d'éclat.
Une poignée de mois après, alors qu'elle est de retour chez elle, le Hirak éclate. Interrogée sur son sentiment par Contretemps, la « revue de critique communiste », elle dira voir dans ce soulèvement « l'ouverture des cœurs et des esprits pour demander le départ du “pouvoir”, l'exigence du peuple pour la restitution de la démocratie, le pays pour tous ses citoyens… » « C'est en effet une deuxième révolution ! », conclura-t-elle.
Décembre 2025 prend des allures de consécration8. Invitée d'honneur de la 12e édition du Festival international du film d'Alger, elle enchaîne, en une semaine, rencontre et colloque, puis, le 10 décembre, jour de ses 97 ans, deux hommages et une standing ovation au Théâtre national algérien. On lui annonce ce soir-là que la nationalité algérienne lui sera accordée, décision formalisée par décret présidentiel le 23 juillet 20269.
Elaine Mokhtefi s'éteint le vendredi 11 septembre à New York, la ville où elle était née, quelques semaines avant un ultime voyage à Alger, où une réception était prévue pour célébrer sa nationalité. La réalisatrice serbe Mila Turajlić, autrice de Ciné-guérillas, Scènes des archives Labudović (2022), lui consacre un documentaire aujourd'hui en montage. L'occasion de maintenir vivante la flamme qui animait cette militante infatigable et de célébrer une longue histoire d'engagement auprès de celles et ceux qui luttaient pour leur émancipation.
1Alger, capitale de la révolution, De Fanon aux Black Panthers, La fabrique, 2019.
2L'année suivante, la CGT revient sur son refus et associe le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) de Messali Hadj au défilé du 14 juillet 1953, où plusieurs milliers de militants algériens se rassemblent. La police tire sur le cortège place de la Nation : six d'entre eux sont tués, ainsi qu'un syndicaliste français.
3Considéré comme le père du nationalisme nord-africain, Ahmed Messali (1898-1974) fonde successivement trois mouvements déterminants dans la lutte pour l'indépendance. Avec le Mouvement national algérien, il s'engagera dans une lutte fratricide avec le Front de libération nationale.
4« Dans les années 1960, l'Algérie était très généreuse avec les mouvements de libération », entretien avec Elaine Mokhtefi, Libération, 16 juillet 2019.
5Alliance formée durant la crise de l'été 1962 entre Ahmed Ben Bella et l'état-major de l'Armée de libération nationale des frontières, dirigé par Houari Boumediène. Son noyau d'officiers, réuni à Oujda, au Maroc, à partir de 1960 — le « clan d'Oujda » —, occupera ensuite les positions clés de l'appareil d'État et portera Boumediène au pouvoir après le coup d'État du 19 juin 1965. Voir notamment, Ferhat Abbas, L'Indépendance confisquée, 1962-1978, Flammarion, 1984.
6Jeffrey James Byrne, Mecca of Revolution : Algeria, Decolonization, and the Third World Order, Oxford University Press, 2016.
7Voir le film documentaire Festival panafricain d'Alger 1969 réalisé par William Klein.
8« Rencontre littéraire avec Elaine Mokhtefi aujourd'hui à Alger », Le Soir d'Algérie, 6 décembre 2025 ; « Hommages, émotion et nationalité : la folle semaine d'Elaine Mokhtefi à Alger », El Watan, 16 décembre 2025.
9Voir notamment « Elaine Klein obtient la nationalité algérienne à 98 ans : la couronne de toute une vie d'engagement », El Moudjahid, 29 juillet 2026 ; « Algérie : une Américaine de 98 ans obtient la nationalité algérienne par décret présidentiel », RFI, 2 août 2026.
Alors que la fermeture du détroit d'Ormuz désorganise les flux énergétiques mondiaux, l'Algérie apparaît comme l'un des rares bénéficiaires indirects de la crise. Grâce à sa position méditerranéenne, à ses infrastructures tournées vers l'Europe et à la remontée des prix, Alger encaisse une prime qui tombe à point nommé pour ses finances publiques fragilisées. Reste à savoir si cette aubaine sera, pour une fois, mise à profit.
Depuis le 2 mars 2026, la fermeture du détroit d'Ormuz perturbe l'un des principaux corridors énergétiques mondiaux, par lequel transitent près de 20 % des flux internationaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Les producteurs du Golfe voient leurs exportations entravées. L'Algérie, elle, expédie ses volumes depuis la Méditerranée occidentale, loin de la zone de crise.
Cet avantage géographique se traduit immédiatement sur le plan commercial. Au sud d'une Europe soucieuse de sécuriser ses approvisionnements, l'Algérie dispose d'un accès direct à ses marchés. L'Union européenne reste de loin son principal débouché gazier et absorbe une large part de son pétrole brut. Surtout, deux gazoducs relient directement le pays au continent : le Transmed vers l'Italie via la Tunisie, et le Medgaz vers l'Espagne, dont la capacité a été relevée ces dernières années. Le gaz algérien atteint ainsi ses clients sans dépendre des routes maritimes sous tension. Le gazoduc Maghreb-Europe, qui transitait par le Maroc, demeure suspendu depuis 2021 après la rupture diplomatique entre Alger et Rabat.
Alors que fin 2025, les équilibres financiers du pays s'étaient nettement dégradés, la nouvelle donne arrive à point. L'Algérie est l'une des économies les plus dépendantes au monde de ses exportations d'hydrocarbures : celles-ci représentent en moyenne plus de 90 % de ses recettes en devises et 60 % de ses recettes budgétaires totales. Lorsque les prix reculent, c'est toute la mécanique de l'État qui se contracte.
En 2025, les recettes d'exportation du secteur ont diminué, tandis que le déficit budgétaire dépassait 10 % du PIB selon le Fonds monétaire international (FMI). Le Fonds de régulation des recettes, l'épargne pétrolière accumulée lors des cycles haussiers précédents, est désormais épuisé. Les réserves de change ont, elles aussi, fortement reculé, à environ 55 milliards de dollars (46 milliards d'euros) à l'été 2025, soit moins du tiers de leur niveau de 2013. Dans le même temps, les banques publiques, principal relais du financement intérieur, sont déjà très sollicitées par les besoins du Trésor. Le budget 2026 avait alors été construit sur une hypothèse prudente de baril à 60 dollars (51 euros).
Cette hypothèse a rapidement volé en éclats. Si le Sahara Blend — brut de référence algérien apprécié des raffineurs européens pour sa faible teneur en soufre — valait encore moins de 70 dollars (60 euros) en janvier, il dépassait 100 dollars (85 euros) en moyenne en mars, selon l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), soit son plus haut niveau depuis le choc énergétique de 2022. Début mai, malgré l'annonce d'un cessez-le-feu qui reste fragile sur le terrain, les prix oscillent dans une fourchette de 95 à 110 dollars (de 81 à 94 euros).
Pour Alger, l'effet est immédiat : hausse des recettes d'exportation, amélioration de la balance courante, respiration budgétaire. La remontée du pétrole soutient aussi les revenus gaziers, dans un marché européen redevenu hypersensible au risque d'approvisionnement.
Plusieurs capitales européennes n'ont pas tardé à réagir. Le 25 mars, la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni s'est rendue à Alger. Le lendemain, le ministre espagnol des affaires étrangères José Manuel Albares lui a emboîté le pas.
L'Italie et l'Espagne reçoivent chacune près de 30 % de leurs importations gazières d'Algérie et cherchent à accroître leurs achats. Rome approfondit la coopération entre Ente nazionale idrocarburi (ENI) et la Sonatrach, notamment dans l'offshore et les hydrocarbures non conventionnels. Madrid mise sur une hausse supplémentaire des livraisons via le Medgaz. Dans une Europe encore marquée par le choc gazier de 20221, l'Algérie redevient un fournisseur stratégique de proximité. Le Fonds monétaire internationl (FMI) a par ailleurs relevé ses prévisions de croissance pour 2026, citant le pays parmi les gagnants économiques du conflit.
La crise pourrait aussi améliorer l'attractivité du pays auprès des investisseurs. Le 19 avril, Alger a lancé son deuxième appel d'offres international en deux ans, l'« Algeria Bid Round 2026 », portant sur sept périmètres d'exploration sahariens. Le calendrier ne doit rien au conflit : il répond à une nécessité ancienne. Les grands gisements historiques, Hassi Messaoud pour le pétrole et Hassi R'Mel pour le gaz, mis en production au tournant des années 1960, arrivent à maturité et exigent de nouveaux relais.
Mais la flambée des cours change le contexte. Des prix élevés améliorent la rentabilité potentielle des projets et rendent le risque algérien plus acceptable pour les majors. Encore faudra-t-il convertir l'essai. Les campagnes précédentes ont souvent suscité un intérêt inférieur aux attentes, freinées par les lourdeurs administratives, l'instabilité réglementaire perçue et une concurrence internationale soutenue pour les capitaux énergétiques.
Mais ce regain de fortune peut n'être qu'un répit. L'histoire récente invite à la prudence. Les deux derniers grands cycles haussiers — 2002-2008, puis 2022-2023 — ont permis à l'Algérie de reconstituer ses marges budgétaires sans engager de transformation économique durable.
Le pays demeure pris dans un piège de la rente : les recettes des hydrocarbures financent subventions, transferts sociaux et dépense publique, ce qui amortit les tensions économiques et sociales à court terme, mais réduit l'incitation à diversifier l'appareil productif, élargir la base fiscale et améliorer l'environnement des affaires. Lorsque les cours sont élevés, l'urgence du changement s'atténue ; lorsqu'ils se replient, les moyens d'agir se restreignent.
D'autres fragilités persistent. La consommation intérieure de gaz progresse rapidement et rogne les volumes exportables. Les exportations hors hydrocarbures demeurent marginales. L'économie informelle reste dominante, de l'ordre de 45 % du PIB. Enfin, la tentation du financement monétaire des déficits n'a pas disparu, avec les risques classiques : inflation plus élevée et pression sur le dinar.
Si le détroit d'Ormuz rouvrait durablement, les prix finiraient par se normaliser. L'Algérie conserverait alors les mêmes défis qu'avant la crise : dépendance pétro-gazière, marges budgétaires limitées, diversification inachevée. La crise au Moyen-Orient offre à Alger un répit budgétaire et une visibilité inespérée. Elle ne change rien à l'équation de fond.
1NDLR. La crise gazière dans le monde a débuté en 2021 à la suite de la forte reprise économique après la récession liée à la pandémie de Covid-19, et a été amplifiée par l'invasion de l'Ukraine par la Russie fin février 2022.
Quarante ans après sa mort, le 24 décembre 1985, Ferhat Abbas demeure une figure essentielle de l'histoire politique algérienne. Député, chef du premier Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), il incarne à lui seul les promesses trahies de la République française et les désillusions de l'indépendance.
« J'ai passé trente-cinq ans de ma vie dans vos bureaux, à supplier votre administration, vos gouvernements. Qu'ai-je obtenu ? », confiait Ferhat Abbas en 1957 au journaliste Jean Lacouture. Toute sa trajectoire est contenue dans cette phrase. Formé à l'école de la République, admirateur sincère des idéaux de 1789, Abbas a cru à l'égalité promise par la France coloniale avant d'en mesurer l'imposture.
Né en 1899 à Taher (nord-est de l'Algérie), il grandit dans une famille qui a connu à la fois le déclassement et l'ascension : son grand-père est chassé de ses terres après la révolte de Mokrani1 en 1871, la principale insurrection contre les forces coloniales françaises depuis la conquête d'Alger en 1830, tandis que son père devient caïd2. Ce double héritage – dépossession et promotion au sein de l'ordre colonial – éclaire son rapport ambivalent à la France : reconnaissance pour l'école républicaine, mais conscience aiguë des injustices coloniales.
Ferhat Abbas fait partie de la très petite minorité de « musulmans »3 admis dans les collèges, puis à l'université4. Très tôt, il se politise : dès 1922, il publie sous pseudonyme des chroniques virulentes contre la colonisation. À la tête de l'Association des étudiants musulmans nord-africains, il reprend l'héritage des Jeunes-Algériens qui, dès 1912, réclamaient l'abolition du Code de l'indigénat, la diffusion de l'enseignement, l'égalité fiscale et une citoyenneté française compatible avec le maintien du statut musulman. Son programme social tient alors en trois mots : école, routes, hôpitaux. Il reste convaincu que la généralisation des principes égalitaires de 1789 finira par fissurer le système colonial.
Parallèlement, Abbas s'enracine dans la vie politique locale. Installé comme pharmacien, il devient conseiller municipal, conseiller général, puis délégué financier. Figure montante de l'élite musulmane réformiste, il plaide dans le journal L'Entente franco-musulmane pour l'égalité des droits, la fin de l'arbitraire administratif et le rattachement « plein et entier » de l'Algérie à la France dans le cadre d'un véritable État de droit. C'est ce parcours qu'il revisite plus tard dans Le Jeune Algérien, De la colonie vers la Province (1930) où il souligne combien la majorité des Français furent, eux aussi, prisonniers du mythe de la colonisation civilisatrice.
La victoire du Front populaire en 1936 semble ouvrir une fenêtre. Le Congrès musulman d'Alger réunit élus « franco-musulmans », oulémas et nationalistes autour d'une charte demandant la citoyenneté complète, la suppression de l'indigénat, la scolarisation obligatoire et la représentation parlementaire. C'est dans ce contexte qu'émerge le projet Blum-Viollette, qui prévoit d'accorder la citoyenneté française à une minorité de musulmans sans renoncement à leur statut personnel lié à la religion. Compromis prudent, mais porteur d'une promesse d'évolution, il apparaît alors à Abbas comme un premier pas possible vers une égalité réelle.
Le rejet ferme de ce projet par les colons puis par l'Assemblée nationale en anéantit l'espoir. Aux yeux d'Abbas, il signe l'échec de la citoyenneté partagée. À la fin des années 1930, alors que la misère s'aggrave et que le nationalisme progresse, celui qui en fut la voix la plus éloquente en vient à reconnaître que l'assimilation n'est plus qu'une « doctrine morte », brisée par le refus persistant d'admettre les musulmans dans la cité française.
La Seconde guerre mondiale semble un moment d'ouverture : beaucoup espèrent que la victoire contre le nazisme sera aussi celle contre l'injustice coloniale. L'abrogation par le régime de Vichy du décret Crémieux, qui accordait aux juifs d'Algérie la citoyenneté française, convainc Abbas que la naturalisation est un privilège révocable.
La charte de l'Atlantique en 1941, à l'origine de la charte des Nations Unies, et le débarquement allié de novembre 1942 en Afrique du Nord ouvrent une brèche. À Sétif, il élabore, en 1943, le Manifeste du peuple algérien, texte fondateur qui rompt avec l'assimilation. Il y dénonce la dépossession foncière, la domination d'une minorité de colons et qualifie la colonisation de phénomène « impérialiste ». Il y revendique la reconnaissance de la langue arabe, des libertés publiques et une véritable représentation politique. L'« additif » précise l'objectif : une Algérie érigée en État doté d'une constitution propre, les modalités d'un lien avec la France faisant ensuite l'objet de débats au sein d'une commission. L'historien Benjamin Stora notera, dans Ferhat Abbas, une utopie algérienne (édition Denoël, 1995) écrit avec Zakya Daoud, que cette voie, abandonnée par le nouveau gouverneur général Georges Catroux, « aurait pu éviter une guerre longue, tragique et coûteuse ».
Pour donner un relais populaire à ce manifeste, Abbas fonde les Amis du Manifeste et de la liberté (AML), destinés à rendre « familière l'idée d'une nation algérienne » et à promouvoir une république autonome, fédérée à une France anticoloniale rénovée. Mais la méfiance des autorités, l'absence de réformes d'envergure, puis les massacres déclenchés le 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata scellent la rupture. Inculpé, Abbas mesure l'ampleur du fossé désormais ouvert entre Européens et « musulmans ».
En 1946, libéré de prison après une loi d'amnistie, Ferhat Abbas épouse Marcelle Stoetzel, issue d'une famille d'origine alsacienne installée en Algérie depuis deux générations. Née près de Blida, veuve d'un premier mariage, elle parle arabe ; ils se sont rencontrés quelques années plus tôt, lors d'un rassemblement qu'il organise dans la région. Compagne de travail autant que de vie, elle comptera durablement dans son engagement, même si son rôle a été gommé des récits historiques.
La même année, Ferhat Abbas fonde l'Union démocratique du Manifeste algérien (UDMA), qui défend une République algérienne autonome. Comme l'a montré l'historienne Malika Rahal dans L'UDMA et les Udmistes, Contribution à l'histoire du nationalisme algérien (Barzakh, 2017), ce parti – longtemps marginalisé par l'histoire officielle – est l'une des grandes forces du jeu politique de l'après-guerre. Il porte un projet de « République algérienne démocratique et sociale » ouverte aux Européens et aux juifs d'Algérie.
Face au Parti du peuple algérien (PPA) de Messali Hadj, qui mise sur la rupture et l'action directe, Ferhat Abbas dénonce un « boulangisme larvé »5 et plaide pour « la troisième voie, la seule raisonnable » : un front démocratique, réformiste et légaliste.
Devenu député de Sétif, il dépose à Paris une proposition de loi faisant de l'Algérie une république fédérée à la France, dotée d'un Parlement élu au suffrage universel. Alors que les fraudes électorales se banalisent, Abbas constate l'échec des réformes. « Le corps de l'Algérie est à l'étroit dans le vêtement qu'on lui impose », lance-t-il au président du Conseil. Le Parlement adopte finalement un statut censé reconnaître une « personnalité algérienne » au sein de la République, avec une assemblée à double collège. Pour Abbas, ce compromis est un trompe-l'œil : il dénonce une « caricature de statut » et appelle à « la révolution par la loi ». Après le refus répété de son projet, il démissionne de l'assemblée en 1947. Tandis qu'il durcit son diagnostic sur l'aveuglement colonial, les messalistes créent l'Organisation spéciale (OS), chargée de préparer l'insurrection. Les premiers maquis apparaissent en Kabylie. La voie fédérale qu'il défendait se trouve peu à peu écrasée entre l'obstruction coloniale et la montée de la lutte armée.
Lorsque la guerre éclate dans la nuit du 1ᵉʳ novembre 1954, avec une série d'attentats revendiqués par le Front de libération nationale (FLN), Ferhat Abbas sait que le drame « est la conséquence d'une politique anachronique qui se refuse à tenir compte de l'évolution du monde et de la prise de conscience du peuple algérien ». Il hésite encore, mais constate que l'histoire a basculé.
Dès 1955, les contacts se multiplient avec le FLN. Le dirigeant Abane Ramdane joue un rôle décisif en cherchant à rallier les forces réformistes au projet insurrectionnel. Au même moment, l'UDMA entre en crise : une partie des « jeunes udmistes » dénonce l'immobilisme de la direction. La « déclaration des 61 » en septembre 1955, par laquelle des élus algériens enterrent la politique d'intégration, marque une étape symbolique de ce ralliement à l'« idée nationale algérienne ».
Parallèlement, la guerre se durcit sur le terrain. Le conflit s'internationalise également : la Ligue arabe, la conférence de Bandung en 1955, puis les premiers débats à l'Organisation des Nations unies (ONU) inscrivent la « question algérienne » dans l'agenda des relations internationales. L'indépendance du Maroc et de la Tunisie en 1956 accentue encore le contraste avec une Algérie dont Paris continue d'affirmer qu'elle « fait partie de la France ».
C'est dans ce contexte que Abbas franchit, en avril 1956, le pas qu'il repoussait depuis des années. Il rejoint Le Caire, où il tient une conférence de presse devant une cinquantaine de journalistes. Il y dresse un réquisitoire contre la répression, décrit la misère des populations civiles, affirme qu'il n'est pas un homme de guerre, mais qu'il ne peut plus rester spectateur. À partir de là, il met son expérience au service du FLN. Il écrira dans Autopsie d'une guerre (Garnier, 1980) :
Nous avions été les hommes du dialogue et de l'entente entre Français et Musulmans. Par la faute d'un régime colonial qui s'était refusé à se modifier et à disparaître, nous étions devenus publiquement les hommes du FLN.
Le FLN n'apparaît alors plus seulement comme une organisation de « fellagas », mais comme le pôle de ralliement d'intellectuels et de militants de divers horizons, ce qui élargit son audience dans les milieux français comme dans les forums internationaux.
Cette évolution débouche, en 1958, sur la création du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). Pour les dirigeants du FLN, il s'agit de donner un visage politique à la révolution, d'apparaître comme un gouvernement responsable aux yeux des États étrangers, au moment où la IVᵉ République vacille. Connu pour sa modération, Ferhat Abbas est choisi comme premier président de ce gouvernement en exil. Sa nomination rassure et crédibilise l'action diplomatique du FLN. À la tête du GPRA, Abbas dirige autant qu'il le peut « l'organisation extérieure de la révolution algérienne ». Il multiplie les contacts avec les nouveaux États indépendants d'Afrique, avec les mouvements de libération, avec les non-alignés. L'internationalisation du conflit s'intensifie.
Lorsque de Gaulle, en septembre 1959, évoque l'« autodétermination », Abbas y voit un tournant, mais refuse qu'un tel principe soit imposé sous la contrainte de plus de 500 000 soldats stationnés en Algérie. Le GPRA fixe alors des lignes rouges, notamment l'indépendance comme préalable à toute négociation et l'indivisibilité du territoire algérien, Sahara compris. Cette position est d'autant plus sensible que la région saharienne devient un enjeu stratégique pour Paris : elle concentre à la fois les premiers essais nucléaires et les nouveaux gisements de pétrole et de gaz, dont la France entend bien garder le contrôle.
Les tentatives de contact avec Paris se multiplient. En juin 1960, une première rencontre officielle est organisée à Melun. Le GPRA accepte d'y envoyer une délégation, mais les conditions fixées par la France rendent tout dialogue impossible et les discussions sont rapidement rompues. L'épisode marque néanmoins un tournant : en métropole, une partie de l'opinion découvre qu'un compromis pourrait mettre fin au conflit et permettre le retour du contingent. En Algérie, à l'inverse, une partie des Européens et certains officiers hostiles à toute négociation y voient le signe d'une future capitulation du général de Gaulle.
Pendant ce temps, la guerre continue de ravager le pays. Les effectifs de l'armée française augmentent ; la torture et les regroupements de population se généralisent ; les maquis tiennent malgré les campagnes de « pacification ». L'Organisation armée secrète (OAS) s'oppose par la violence à toute perspective d'indépendance. En métropole, le contingent grossissant et les retours des soldats, traumatisés par la guerre, nourrissent un mécontentement diffus, tandis que l'« appel des 1216 » et les affaires comme celle de Djamila Bouhired7 alimentent un vaste mouvement de contestation intellectuelle et morale contre la conduite de la guerre.
Malgré les succès diplomatiques du GPRA, une ligne de fracture se dessine entre les différents centres de pouvoir du mouvement national : les maquis de l'intérieur sont par exemple inquiets qu'une paix hâtive ne soit pas à la hauteur des sacrifices consentis. Dans ce contexte tendu, Ferhat Abbas est accusé de manquer de fermeté – notamment sur le Sahara – et finit par être écarté de la présidence du gouvernement provisoire, au profit de Benyoucef Benkhedda, ancien militant du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) de Messali Hadj.
Les accords d'Évian, signés le 18 mars 1962, ouvrent la voie au cessez-le-feu et au référendum d'autodétermination. Le 5 juillet, l'indépendance est proclamée. Mais loin d'apaiser les tensions internes, cette séquence accélère une lutte de pouvoir qui couvait depuis plusieurs années au sein du mouvement nationaliste.
La crise éclate au grand jour à la conférence de Tripoli (Libye), à l'été 1962. Officiellement, le Conseil national de la révolution algérienne (CNRA) doit y adopter un programme pour l'Algérie indépendante. Le texte, en cinq points, affirme des orientations socialistes, l'importance de l'islam, la priorité au social, la perspective de nationalisations et le rôle prépondérant d'un parti unique. Ferhat Abbas, qui y voit un « communisme mal digéré », finit par l'accepter au nom de l'unité. Mais le débat se déplace rapidement sur la composition du futur bureau politique, c'est-à-dire sur le contrôle effectif de l'appareil d'État à naître.
Deux blocs émergent : d'un côté, le « groupe de Tlemcen », articulé autour d'Ahmed Ben Bella et soutenu par l'état-major de l'Armée de libération nationale des frontières (ALN) dirigé par Houari Boumediene, de l'autre, les dirigeants proches des maquis de l'intérieur, notamment Krim Belkacem, appuyés par la Fédération de France du FLN et plusieurs wilayas. Derrière ces étiquettes régionales se joue un affrontement plus profond entre une armée nombreuse, structurée, restée en dehors du territoire algérien pendant l'essentiel de la guerre, et des wilayas de l'intérieur qui ont supporté le poids principal des combats.
Au cœur de cette lutte de pouvoir, Abbas se retrouve pris en étau et finit par rallier le groupe de Tlemcen, estimant que ce choix pourrait éviter un affrontement ouvert. Quelques semaines plus tard, la marche sur Alger et la prise de contrôle des institutions consacrent la victoire de Ben Bella et Boumediene. Abbas regrettera bientôt ce ralliement, convaincu d'avoir assisté à la confiscation de l'indépendance par la logique de la force.
Après juillet 1962, Ferhat Abbas devient le premier président de l'Assemblée nationale constituante. Très vite pourtant, il dénonce la nature du pouvoir qui s'installe, et écrira :
C'était le régime du pouvoir personnel le plus absolu, la négation même de l'idéal qui avait armé nos combattants.
L'indépendance, selon lui, a été « confisquée8 » par le tandem politico-militaire qui domine désormais la vie publique. Il quitte ses fonctions en 1963. Sa critique lui vaut une mise à l'écart rapide : il est arrêté puis détenu quelque temps dans le Sahara, avant d'être assigné à résidence. Cette marginalisation politique se poursuit sous Boumediene, qui, après avoir renversé Ben Bella en 1965, verrouille le régime.
Retiré de la vie politique officielle, mais toujours militant, Abbas demeure un fervent défenseur du pluralisme. En mars 1976, il cosigne avec plusieurs camarades un « Appel au peuple algérien » qui réclame des mesures urgentes de démocratisation. Le texte stigmatise le « pouvoir personnel » et la dérive autoritaire du régime. La réponse est immédiate : Abbas est de nouveau assigné à résidence jusqu'en juin 1978.
Il meurt en 1985. À sa disparition, il reste ignoré du récit officiel, dans un pays où l'histoire nationale demeure fortement cadrée par les besoins de légitimation du régime et par l'hégémonie du discours élaboré au sein du FLN après 1962. Sa mémoire n'est réintroduite que lentement dans l'espace public, au gré des crises politiques et des débats sur le passé de la révolution. La décision de rebaptiser l'université de Sétif en son nom en 1992 marque une reconnaissance tardive, mais réelle, de celui qui fut tour à tour réformiste, indépendantiste, président du GPRA et opposant au pouvoir issu de l'indépendance qu'il avait pourtant contribué à rendre possible.
1Menée par le bachagha Mohammed El-Hadj El-Mokrani, l'insurrection réunit 200 000 combattants qui affrontent en Kabylie et dans le Constantinois les 86 000 soldats mobilisés par la puissance coloniale. Il faudra neuf mois à cette dernière pour en venir à bout. Les spoliations de terres qui en résultent plongent dans la misère les populations.
2NDLR. Fonctionnaire placé à la tête d'un douar, fraction d'une commune.
3Le Code de l'indigénat, en vigueur dans les colonies, en Algérie jusqu'en 1944, prévoit une catégorie de citoyens autochtones relevant du droit musulman, afin de bien distinguer nationalité et citoyenneté. En Algérie, les autochtones sont considérés comme des sujets musulmans, ce, indifféremment de leur religion.
4En 1914, à peine 400 élèves musulmans fréquentent les collèges et lycées d'Algérie. Lorsqu'il entame des études de pharmacie à Alger, ils ne sont que huit « musulmans » dans cette filière.
5NDLR. Le boulangisme, du nom du général Georges Boulanger, est un mouvement politique de la IIIe république qui fit passer l'idéal patriotique d'alors d'une gauche jacobine à une droite nationaliste.
6Ou « Manifeste des 121 », intitulé « Déclaration sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie », est un appel signé par 121 intellectuels, universitaires et artistes français, publié en septembre 1960. Parmi les signataires, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Simone Signoret, Alain Resnais. Il dénonce le militarisme, la torture et le rôle politique de l'armée dans le conflit.
7Militante emblématique de l'indépendance de l'Algérie, Djamila Bouhired est condamnée à mort par un tribunal militaire en juillet 1957 à la suite d'une série d'attentats du FLN. Soutenue par une campagne de mobilisation internationale, elle est graciée par le général de Gaulle en 1959 et libérée à la suite des accords d'Évian en 1962.
8L'Indépendance confisquée, Flammarion, 1984.